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-The Project Gutenberg EBook of Tableau historique et pittoresque de Paris
-depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Tome 6/8), by Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
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-
-Title: Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Tome 6/8)
-
-Author: Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor
-
-Release Date: August 16, 2019 [EBook #60106]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TABLEAU HISTORIQUE DE PARIS ***
-
-
-
-
-Produced by Mireille Harmelin, Guy de Montpellier, Christine
-P. Travers and the Online Distributed Proofreading Team
-at http://www.pgdp.net (This file was produced from images
-generously made available by the Bibliothèque nationale
-de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
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-TABLEAU
-
-HISTORIQUE ET PITTORESQUE
-
-DE PARIS.
-
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-
-IMPRIMERIE DE COSSON, RUE GARANCIÈRE.
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-
- TABLEAU
- HISTORIQUE ET PITTORESQUE
- DE PARIS,
-
- DEPUIS LES GAULOIS JUSQU'À NOS JOURS.
-
-
- Dédié au Roi
- Par J. B. de Saint-Victor
-
-
- _Seconde Édition_,
- REVUE, CORRIGÉE ET AUGMENTÉE.
-
-
- QUATRE VOLUMES IN-8º, ET UN ATLAS IN-4º.
- TOME TROISIÈME.--DEUXIÈME PARTIE.
-
-
- _Miratur molem..... magalia quondam._
- ÆNEID., lib. I.
-
-
-
-
- PARIS,
- LIBRAIRIE CLASSIQUE-ÉLÉMENTAIRE,
- RUE DU PAON, Nº 8.
-
- M DCCC XXIV.
-
-
-
-
-AVIS DE L'ÉDITEUR.
-
-
-Une inadvertance de l'imprimeur, dont on s'est aperçu trop tard pour
-pouvoir y porter remède, a produit une irrégularité dans la manière de
-numéroter les pages adoptée jusqu'à présent dans cet ouvrage. Les
-nombres, au lieu de _suivre_ dans cette seconde partie du troisième
-volume ceux de la première, ainsi qu'il a été pratiqué dans les
-première et seconde parties des deux volumes précédents, recommencent
-par l'_unité_, comme si cette partie formoit un volume séparé.
-
-Cette erreur est de peu d'importance sans doute; nous ajouterons même
-que, vu le nombre considérable de pages que contient chacun de ces
-volumes, cette manière de les numéroter est à la fois plus simple et
-plus commode que la première.
-
-Elle eût été adoptée dès le commencement, si nous avions pu nous faire
-alors une juste idée de l'étendue que devoit avoir l'ouvrage. Au lieu
-de suivre les divisions de la première édition, et de publier trois
-volumes partagés en six parties, chacune de ces parties eût formé un
-volume séparé, et celle-ci seroit le sixième.
-
-Nous espérons que messieurs les Souscripteurs jugeront comme nous
-qu'une erreur qui ne produit absolument aucun changement dans
-l'économie du livre mérite à peine d'être remarquée.
-
-
-
-
-TABLEAU
-
-HISTORIQUE ET PITTORESQUE
-
-DE PARIS.
-
-
-
-
-QUARTIER SAINT BENOIT.
-
- Ce quartier est borné à l'orient par la rue du
- Pavé-de-la-Place-Maubert, le marché de ladite place, les rues de
- la Montagne-Sainte-Geneviève, Bordet, Moufetard, et de Lourcine
- exclusivement; au septentrion, par la rivière, y compris le
- Petit-Châtelet; à l'occident, par les rues du Petit-Pont et de
- Saint-Jacques inclusivement; et au midi, par l'extrémité du
- faubourg Saint-Jacques, jusqu'à la rue de Lourcine.
-
- On y comptoit, en 1789, cinquante-neuf rues, trois culs-de-sac,
- deux abbayes, deux églises collégiales, quatre paroisses, trois
- chapelles, quatre séminaires, six communautés d'hommes, quatre de
- filles et six couvents; deux écoles, dix-neuf colléges, un
- hôpital, deux places, etc.
-
-
-PARIS SOUS LOUIS XIII ET SOUS LA MINORITÉ DE LOUIS XIV.
-
-Il faut suivre avec attention le règne de Louis XIII: il n'a pas été,
-selon nous, moins étrangement jugé par ses nombreux historiens que les
-règnes qui l'ont précédé. La révolution, qui nous a appris à nous
-tenir en garde contre leurs censures passionnées, nous apprendra de
-même à nous méfier de leurs admirations niaises et de leurs jugements
-superficiels. Comment en seroit-il autrement? Nous voyons de nos yeux
-des catastrophes qu'ils n'avoient pas su prévoir, qu'il ne leur
-appartenoit pas même de pouvoir imaginer. Il nous est donné de saisir
-dans leur ensemble des faits qu'ils isoloient sans cesse les uns des
-autres, qu'il leur arrivoit souvent de considérer comme de grands et
-heureux résultats des vues purement humaines selon lesquelles la
-société chrétienne étoit depuis si long-temps gouvernée; tandis que,
-les considérant selon l'ordre de la Providence et dans les justes
-rapports où ils sont placés, nous y découvrons à la fois et les effets
-nécessaires de ces fausses doctrines que nous avons tant de fois
-signalées, et les causes non moins fatales d'événements réservés aux
-âges suivants, et dont nous étions destinés à subir les dernières
-conséquences.
-
-(1610.) Une partie de la grande chambre du parlement étoit assemblée
-dans une des salles du couvent des Grands-Augustins, située dans cette
-partie méridionale de Paris que nous décrivons maintenant[1]; et le
-président de Blanc-Mesnil y tenoit l'audience du soir, lorsque le
-bruit s'y répandit que Henri IV venoit d'être assassiné. Pendant ce
-temps, les conseillers les plus intimes de la reine délibéroient déjà
-avec elle sur les moyens de lui assurer la régence. Le moment étoit
-favorable et même décisif, car le prince de Condé et le duc de
-Soissons, les deux princes du sang qui avoient le plus de puissance et
-de crédit, étoient alors absents de la cour. Aussi sut-elle en
-profiter; et le parlement étoit encore dans le premier trouble où
-l'avoit jeté cette fatale nouvelle, lorsque le duc d'Épernon, celui de
-tous ces conseillers de Marie de Médicis qui, dans cette circonstance,
-montra le plus de présence d'esprit et de résolution, y entra tout à
-coup, et demanda avec hauteur, même d'un ton presque menaçant[2], que
-cette princesse fût déclarée régente, séance tenante et sans
-délibérer. Elle le fut en effet à l'instant même. Le lendemain, le roi
-vint tenir son lit de justice où la régence fut confirmée; et aussitôt
-commencèrent les troubles de cette orageuse minorité.
-
- [Note 1: Dans le quartier Saint-André-des-Arcs.]
-
- [Note 2: Il s'assit au banc des pairs, et montrant son épée,
- qu'il tenoit à la main: «Elle est encore dans le fourreau,
- dit-il; mais il faudra qu'elle en sorte, si l'on n'accorde
- pas, dans l'instant, à la reine-mère un titre qui lui est dû
- selon l'ordre de la nature et de la justice.»
-
- (Vie du duc d'Épernon, tom. II.)]
-
-On forma un conseil de régence; et d'abord la plupart des grands
-seigneurs et des officiers de la couronne prétendirent y avoir entrée.
-Tandis que les ministres de la reine étoient occupés à satisfaire ou à
-repousser ces prétentions, le comte de Soissons arriva à Paris, se
-plaignant hautement qu'une affaire d'une aussi grande importance que
-la régence du royaume eût été terminée sans sa participation, et
-soutenant qu'un arrêt du parlement ne suffisoit point pour la
-conférer; qu'elle ne pouvoit l'être que par le testament des rois, ou
-par une déclaration faite de leur vivant, ou par l'assemblée des
-états-généraux. Il fallut apaiser ce prince hardi et entreprenant: les
-ministres y parvinrent en lui donnant une pension de cinquante mille
-écus et le gouvernement de la Normandie.
-
-Il fallut aussi calmer les alarmes des huguenots, qui n'avoient point
-dans les conseillers de la régente la confiance qu'avoit fini par leur
-inspirer le feu roi, et qui surtout étoient loin de les craindre
-autant qu'ils l'avoient craint. On se hâta donc de publier une
-déclaration qui confirmoit l'édit de Nantes dans toutes ses
-dispositions. L'arrivée du duc de Bouillon dans la capitale avoit
-suivi de près celle du comte de Soissons: son crédit étoit grand dans
-le parti religionnaire dont il étoit considéré comme un des chefs
-principaux; sa souveraineté de Sedan, ses alliances et ses
-intelligences avec un grand nombre de princes étrangers, l'activité
-de son esprit et son habileté, en faisoient un personnage considérable
-et capable de se faire redouter. Il étoit arrivé assez tôt pour
-assister au conseil dans lequel fut agitée la grande question de
-savoir si l'on suivroit la politique du feu roi, qui n'avoit rassemblé
-deux armées en Champagne et en Dauphiné, que pour soutenir les
-entreprises des princes protestants contre la maison d'Autriche et les
-projets de conquête du duc de Savoie sur le Milanois; ou si,
-abandonnant un tel système, on conclueroit avec l'Espagne une alliance
-solide, si nécessaire au repos de la chrétienté. Cet avis prévalut et
-fit voir qu'il y avoit de bons esprits dans cette assemblée[3].
-L'armée du Dauphiné fut dissoute; on conserva celle de Champagne; et
-le duc de Bouillon, à qui l'on avoit promis, trop légèrement sans
-doute, le commandement de cette armée[4], ne vit point sans un dépit
-profond ses espérances trompées, et la préférence que l'on donna, dans
-cette circonstance, au maréchal de la Châtre.
-
- [Note 3: Abandonné par la France, le duc de Savoie fut
- obligé de demander la paix au roi d'Espagne en suppliant;
- celui-ci, satisfait de l'avoir humilié, la lui accorda sans
- autres conditions. Certes, si l'on considère que le projet
- de ce duc étoit de s'aider du secours des François pour
- chasser les Espagnols du nord de l'Italie, cette conduite de
- Philippe II peut être citée comme un exemple de modération.]
-
- [Note 4: Elle fut destinée à porter secours, en cas de
- besoin, aux princes protestants d'Allemagne, qui
- prétendoient à la succession de Bergues et de Juliers, et
- aux états-généraux, qui appuyoient ces prétentions. La
- France ne sortoit point de cette politique qui lui faisoit
- ménager tous les partis.]
-
-Mais ce qui inquiéta la régente plus vivement que tout le reste, ce
-fut le retour du prince de Condé de l'exil volontaire où il s'étoit
-condamné sous le feu roi[5]. Elle craignoit qu'il ne fût rentré en
-France pour lui disputer la régence et s'emparer du gouvernement. Ses
-craintes et celles de ses ministres furent telles à cet égard, qu'à
-l'occasion de ce retour, l'ordre fut donné d'armer les bourgeois de
-Paris, et que l'on créa pour les commander de nouveaux officiers qui
-prêtèrent serment de fidélité à la reine[6]. De son côté, le prince
-n'étoit pas sans méfiance et sans alarmes: il ne voulut entrer à Paris
-que bien accompagné; sur l'invitation secrète qu'il leur en fit faire,
-un grand nombre de seigneurs et de gentilshommes allèrent au-devant de
-lui et lui formèrent un cortége imposant, qui l'accompagna jusqu'au
-Louvre, où il se rendit au moment même de son arrivée. Telles étoient
-les dispositions des esprits, signes précurseurs et manifestes des
-discordes qui alloient bientôt éclater.
-
- [Note 5: La passion insensée que Henri IV avoit conçue pour
- Marguerite de Montmorenci sa femme, l'avoit déterminé à
- prendre ce parti. Il sortit précipitamment de France en
- 1609, emmenant la princesse avec lui, et se retira d'abord à
- Bruxelles, ensuite à Milan.]
-
- [Note 6: Tout le peuple parut disposé à soutenir ses
- intérêts; et l'on n'entendoit que ces mots dans les rues:
- «Nous ne reconnoissons que le roi et la reine.»]
-
-Dès ces premiers moments de la régence, on commença à s'apercevoir de
-l'empire absolu qu'exerçoient sur l'esprit de la reine Concini et sa
-femme Éléonore Galigaï. Leur faveur sembloit croître de jour en jour;
-rien ne s'obtenoit que par eux, rien ne se faisoit que par leur avis.
-Tout plioit devant ces deux étrangers, et les princes du sang étoient
-réduits eux-mêmes à rechercher leur amitié. Des querelles de cour, des
-jalousies, des méfiances nouvelles furent les premiers résultats de
-cette affection aveugle et impolitique de Marie de Médicis; et nous en
-verrons bientôt de plus tristes effets.
-
-(1611) Cette année fut remarquable par la disgrâce du duc de Sully,
-depuis long-temps odieux à la cour, disgrâce que quelques-uns de son
-parti, et même des plus considérables, avouèrent qu'il avoit bien
-méritée[7]. Le plus grand nombre des protestants n'en jugea pas ainsi.
-Ces sectaires qui savoient si bien mettre à profit ou les malheurs de
-l'état ou la foiblesse de ceux qui le gouvernoient, ne pouvoient
-laisser échapper l'heureuse occasion que leur offroit une minorité
-pour recommencer leurs insolences et leurs mutineries. Cette même
-année étoit justement celle où il leur étoit permis de se réunir en
-assemblée générale afin de procéder à l'élection de deux députés qui
-résidoient constamment pour eux auprès de la cour, et qu'ils
-renouveloient tous les trois ans; elle se tint, comme à l'ordinaire,
-à Saumur, et indépendamment des délégués de chaque église, qui
-devoient légalement la former, on y vit arriver les ducs de La
-Trimouille, de Bouillon, de Sully, de Rohan, MM. de Soubise, de La
-Force, de Châtillon, et un grand nombre d'autres seigneurs des plus
-considérables du parti. L'alarme se répandit bientôt à la cour,
-lorsqu'on les vit, oubliant qu'ils n'étoient assemblés que pour
-procéder à la nomination de leurs députés, proposer de nouvelles
-formules de serment, répondre aux déclarations de la régente par des
-cahiers de plaintes, et refuser de nommer ces députés jusqu'à ce que
-l'on eût fait droit à leurs réclamations, dans lesquelles les intérêts
-du duc de Sully ne furent point oubliés. La France entière partageoit
-les alarmes de la cour, et craignoit de se voir replonger dans les
-horreurs de ces guerres civiles si peu éloignées d'elle, et dont les
-traces sanglantes n'étoient point encore effacées; et en effet, si
-l'on en eût cru les plus violents, le parti entier eût, à l'instant
-même, repris les armes et commencé les hostilités. Mais plusieurs
-autres, qui exerçoient aussi une grande influence, étoient plus
-modérés; quelques-uns même entretenoient des intelligences avec la
-cour, entre autres le duc de Bouillon; et ce fut particulièrement à
-ses efforts et à son habileté que l'on dut d'arrêter, au moyen de
-quelques concessions nouvelles, leurs pernicieux desseins. Son zèle
-toutefois étoit loin d'être désintéressé: la récompense qu'il en reçut
-ne lui paroissant pas suffisante[8], il se repentit bientôt de ce
-qu'il avoit fait; et c'est alors qu'on le vit, se tournant du côté du
-prince de Condé, s'insinuer, par mille artifices, jusque dans sa
-confiance la plus intime, et employer tout ce qu'il avoit de
-ressources dans l'esprit pour aigrir ses mécontentements.
-
- [Note 7: Dès le jour de la mort de Henri IV, il avoit
- commencé à se rendre odieux et suspect à la cour, en
- refusant opiniâtrement de venir au Louvre, malgré les
- invitations pressantes et même les ordres de la reine-mère,
- pour aller se renfermer dans la Bastille, d'où il envoya
- enlever tout le pain qu'il put trouver aux halles et chez
- les boulangers, comme s'il eût eu le dessein d'y soutenir un
- siége. Si l'on en croit Bassompierre de qui nous tenons
- cette circonstance, il fit, ce même jour, une faute encore
- plus grave et qui ne fut pas oubliée: ce fut d'écrire au duc
- de Rohan son gendre, qui étoit alors à l'armée de Champagne,
- de marcher droit sur Paris avec six mille Suisses qu'il
- commandoit en qualité de colonel-général; et celui-ci
- s'étoit déjà avancé d'une journée, lorsque Sully le
- contremanda. On se plaignoit généralement de ses manières
- hautaines et inciviles, de son obstination à ne suivre que
- ses idées particulières; et tout en reconnoissant qu'il
- avoit fort accru l'épargne du feu roi, (bien que ce fût
- plutôt par un système de parcimonie que par une économie
- bien entendue), on l'accusoit de malversations dans
- l'exercice de sa charge, et l'on en citoit pour preuve la
- fortune immense qu'il avoit su se faire en très-peu de
- temps. Il répondit à cette accusation, la plus sensible pour
- lui et qu'on reproduisoit le plus souvent, par un mémoire
- dans lequel il rendoit compte au public du commencement et
- des progrès de sa fortune; mais il n'en est pas moins vrai
- de dire que, dans l'assemblée des protestants tenue à
- Saumur, la proposition ayant été faite de le soutenir, le
- duc de Bouillon représenta au duc de Rohan, qu'il ne jugeoit
- pas prudent que l'assemblée se déclarât si hautement en sa
- faveur; et que, _quelque grande que fût l'exactitude et la
- fidélité_ d'un surintendant des finances, il étoit difficile
- que l'_on ne trouvât pas quelque chose à redire à sa
- conduite_ lorsqu'on l'examinoit à la rigueur; et que si la
- cour le mettoit en jugement, elle trouveroit bientôt le
- moyen d'obliger M. de Sully à quitter tous ses emplois, en
- n'usant, pour y réussir, que des voies les plus juridiques
- et les plus légitimes. (Mém. du duc de Rohan.) Ajoutons que
- dans cette même assemblée et dans celles qui suivirent, ce
- même Sully se montra l'un des plus factieux et des plus
- fanatiques parmi ceux qui vouloient la guerre civile;
- qu'entêté comme il l'étoit de toutes les doctrines
- religieuses de sa secte, il en professoit aussi toutes les
- doctrines politiques, ainsi qu'il le prouva en maintes
- occasions, et principalement lorsque la mort de Henri IV
- l'eût dégagé de ces liens d'affection et de reconnoissance
- qui l'attachoient à ce grand roi. De tout ceci nous
- concluons, et sans nier toutefois qu'il ne fût recommandable
- par plusieurs qualités estimables, que Sully est fort
- au-dessous de la renommée qu'on lui a faite, renommée qu'il
- doit en grande partie à sa qualité de chaud protestant; et
- que pour valoir mieux que L'Hôpital, préconisé comme lui, et
- pour des raisons à peu près semblables, par la tourbe de nos
- libres penseurs, ce n'étoit cependant ni un génie supérieur
- ni un véritable homme d'état.]
-
- [Note 8: Il avoit la prétention, non-seulement d'entrer dans
- le ministère, mais d'y avoir la première place et de mener
- toutes les affaires.
-
- (D'Estrées, _Mém. de la Rég._, p. 89.)]
-
-(1612) Ils commencèrent à se manifester à l'occasion du mariage de
-Louis XIII avec une infante d'Espagne: le contrat en fut signé le 22
-août de cette année. Ce mariage, vivement désiré par le pape, et dont
-les effets naturels devoient être de changer toute la politique de la
-chrétienté, ne pouvoit être vu d'un bon oeil par le parti protestant;
-et du reste, les esprits étoient, dès lors, tellement faussés sur tout
-ce qui touchoit aux véritables rapports des sociétés que le
-christianisme avoit réunies sous une loi commune, que plusieurs, même
-parmi les catholiques, blâmoient aussi ce mariage comme ne devant
-amener d'autre résultat que de fortifier en Allemagne la puissance de
-la maison d'Autriche, et d'ôter à la France la confiance et l'appui
-des princes protestants. Le prince de Condé et le comte de Soissons
-adoptèrent ces idées: ce n'étoit qu'avec une extrême répugnance qu'ils
-avoient donné leur consentement à ce mariage; la faveur de Concini,
-qui n'avoit plus de bornes, aigrissoit encore leur mécontentement;
-elle continuoit à remplir la cour de cabales et de divisions; et le
-duc de Bouillon, attentif à profiter de toutes les fautes de la
-régente, ne cessoit de répéter au prince de Condé qu'elle perdoit
-l'état, et qu'il lui appartenoit, comme premier prince du sang, de
-porter remède à un aussi grand mal; il lui montroit tous ces
-mécontents qu'avoit faits l'aveugle prévention de Marie de Médicis
-pour ce qu'il appeloit un _faquin de Florentin_, prêts à se réunir à
-lui dans une si noble et si juste cause, lui offrant en même temps le
-secours et l'appui du parti protestant, c'est-à-dire une armée de cent
-mille hommes et les places fortes de France les mieux pourvues de
-munitions et d'artillerie. Tout cela produisit enfin l'effet qu'il en
-attendoit. (1614) Cette intrigue, conduite habilement et avec un tel
-mystère que la reine et ses ministres n'en saisirent pas le moindre
-fil et n'en eurent pas même le soupçon, éclata tout à coup par la
-retraite des deux princes, que suivirent bientôt les ducs de Nevers,
-de Longueville, de Mayenne, de La Trimouille, de Luxembourg, de Rohan,
-et un grand nombre d'autres seigneurs. Le duc de Bouillon partit le
-dernier; le duc de Vendôme, arrêté au moment où il se disposoit à
-sortir de Paris, trouva bientôt le moyen de s'échapper; et tandis que
-les autres confédérés se rassembloient dans la ville de Mézières, il
-courut en Bretagne dans le dessein de faire soulever cette province
-dont il étoit gouverneur.
-
-Dans la situation critique où cette fuite des princes mettoit la
-régente, le duc d'Épernon donna le conseil vigoureux de faire prendre,
-à l'instant même, les armes à la maison du roi; de mettre le jeune
-monarque à la tête de cette petite armée, et de poursuivre les princes
-et seigneurs fugitifs avant qu'ils eussent eu le temps de rassembler
-des troupes et d'organiser leur parti. De l'aveu même du prince de
-Condé, ils étoient perdus si ce conseil eût été suivi; mais on préféra
-négocier lorsqu'il falloit combattre. Aux manifestes du prince de
-Condé, la reine répondit par des apologies; et sans que l'on eût tiré
-l'épée de part et d'autre, cette première guerre fut terminée par le
-traité de Sainte-Ménéhould, dans laquelle on accorda aux mécontents à
-peu près tout ce qu'ils demandoient, ce qui ne produisit de leur part
-et ne devoit en effet produire qu'une feinte soumission. Il fallut
-même que le jeune roi fût mené en Bretagne pour forcer le duc de
-Vendôme à mettre bas les armes; et il ne fût point rentré dans le
-devoir, si une partie de la province n'eût refusé de se faire complice
-de sa rébellion.
-
-Quant aux protestants, ils se conduisirent, en cette circonstance, et
-ceci est très-remarquable, comme s'ils eussent été réellement une
-puissance indépendante, qui auroit eu des intérêts propres et
-entièrement étrangers à ceux de l'état. Après avoir promis aux princes
-d'être leurs auxiliaires contre la régente, ils avoient fait savoir à
-celle-ci que, si elle vouloit les satisfaire, ils l'aideroient à
-réduire les mécontents; puis, voyant que les deux partis vouloient la
-paix, ils s'étoient retournés du côté de ceux-ci pour rallumer la
-guerre. Renfermé dans la ville de Saint-Jean-d'Angeli dont, deux ans
-auparavant, il avoit eu l'audace de s'emparer sans que la cour eût osé
-lui demander raison d'un tel attentat, le duc de Rohan, protestant de
-bonne foi et l'un des chefs les plus ardents de ce parti, dirigeoit
-toutes ces manoeuvres, et étendant ses vues dans l'avenir, espéroit, à
-la faveur de ces discordes intestines, lui faire regagner tout ce
-qu'il avoit perdu.
-
-Jusqu'à cette époque, la ville de Paris n'avoit pris aucune part à ces
-divisions: elle étoit demeurée soumise à l'autorité de la régente; et
-le parlement, que les princes avoient tenté d'entraîner dans leur
-rébellion, n'avoit pas même voulu ouvrir les missives qu'ils lui
-avoient adressées. La majorité du roi, déclarée dans un lit de justice
-tenu le 20 octobre de cette année, sembloit devoir accroître encore
-cette confiance du peuple et de ses magistrats dans une administration
-qu'avoit confirmée, au milieu de cette grande solennité, la volonté
-suprême du monarque. Les états-généraux, dont la convocation étoit un
-des principaux articles du traité de Sainte-Ménéhould, indiqués
-d'abord à Sens, transférés ensuite à Paris, ne produisirent rien qui
-mérite d'être remarqué. Les princes essayèrent vainement de s'y rendre
-maîtres des délibérations: ils n'y purent obtenir aucun crédit, et le
-temps s'y passa en vaines altercations qui tournèrent au profit de
-l'autorité.
-
-(1615) Ce fut pendant ces états, les derniers que l'on ait tenus en
-France, que commencèrent à paroître deux hommes destinés à jouer avant
-peu et successivement le premier rôle dans le gouvernement, le sieur
-Charles d'Albert de Luynes, qui entroit alors dans la faveur du roi et
-à qui fut donné le gouvernement d'Amboise, dont un des articles du
-traité de pacification obligeoit le prince de Condé à se démettre; et
-Armand-Jean Du Plessis de Richelieu, évêque de Luçon, qui, dans la
-présentation des cahiers, harangua le roi au nom du clergé[9].
-
- [Note 9: Il est cependant très-remarquable que, dans ces
- états-généraux, le clergé de France, parlant en corps et non
- sous l'influence de la puissance séculière, proposa au roi
- de recevoir le concile de Trente, lui déclarant «qu'il y
- alloit de l'honneur de Dieu et de celui de cette monarchie
- très-chrétienne, qui, depuis tant d'années, avec _un si
- grand étonnement des autres nations catholiques_, portoit
- cette _marque de_ DÉSUNION sur le front, etc.» (_Voy._ les
- Mémoires du clergé pour l'année 1615; l'_Anti-Febronius
- vindicatus_ de Zaccaria, tom. V, Épit. II, pag. 93; et De
- l'Église gallicane, par M. de Maistre, p. 5.) Celui qui
- porta la parole en cette occasion, fut, comme nous venons de
- le dire, ce même évêque de Luçon, ce Richelieu, _qui
- depuis_....!
-
- Il n'y a pas d'apparence que la demande que faisoient les
- évêques et archevêques, un moment rendus à leurs _véritables
- libertés_, fût favorablement accueillie par ce même pouvoir
- temporel qui tendoit sans cesse à accroître ses usurpations;
- mais elle fut d'abord violemment combattue par cette
- opposition _politiquement_ calviniste, dont les
- parlementaires avoient depuis long-temps répandu les maximes
- dans le troisième ordre qu'ils dirigeoient à leur gré. Ce
- fut donc le tiers-état qui s'opposa surtout à l'admission de
- ce concile, lequel fut rejeté, _quant à la discipline_, et à
- qui l'on voulut bien faire la faveur singulière de
- l'admettre, _quant au dogme_. Quels étoient les principaux
- meneurs de cette opposition du tiers-état? Écoutons l'abbé
- Fleury parlant à l'époque où il étoit désabusé de toutes ces
- dangereuses doctrines: «Ce furent, dit-il, des
- jurisconsultes profanes ou libertins qui, tout en faisant
- sonner le plus haut les libertés, y ont porté de rudes
- atteintes en poussant les droits du roi jusqu'à l'excès; qui
- inclinoient aux maximes des hérétiques modernes, et en
- exagérant les droits du roi et ceux des juges laïques ses
- officiers, ont fourni l'un des motifs qui empêchèrent la
- réception du concile de Trente.» (Sur les libertés de
- l'Église gallic., Opusc., p. 81.)]
-
-Déçus des espérances qu'ils avoient fondées sur cette assemblée des
-états-généraux, les princes recherchèrent l'appui du parlement et
-l'excitèrent à demander des réformes dans l'administration. Cette
-compagnie qui les avoit repoussés lorsqu'ils étoient en révolte
-ouverte, les accueillit dès qu'ils lui offrirent les apparences d'une
-résistance _légale_ à l'autorité, résistance dans laquelle elle se
-voyoit appelée à paroître au premier rang, et qui alloit confirmer ses
-anciennes prétentions à s'immiscer dans les affaires publiques.
-
-S'étant donc assemblé le 28 mars, le parlement prit un arrêté par
-lequel les princes, ducs, pairs et officiers de la couronne ayant
-séance en la cour, étoient invités de s'y rendre pour donner leur avis
-sur les propositions qu'il avoit résolu de faire «pour le service du
-roi, le soulagement de ses sujets et le bien de l'état.»
-
-On n'a pas besoin de dire que la reine, jalouse comme elle l'étoit de
-son autorité, se trouva offensée au dernier point de cet arrêt. On
-défendit aux princes de se rendre aux assemblées du parlement; la
-démarche de cette compagnie fut déclarée attentatoire à l'autorité
-royale; et les gens du roi, mandés le lendemain au Louvre, reçurent
-l'ordre d'y apporter son arrêt et le registre de ses délibérations.
-
-En donnant son registre, le parlement fit porter au roi quelques
-paroles de soumission, protestant qu'il n'avoit prétendu ordonner la
-convocation dont on se plaignoit que sous le _bon plaisir_ de sa
-majesté. Cependant, comme il ne cessa point de demander une réponse à
-ce sujet, et que cette demande devint même l'objet d'un nouvel arrêté
-rendu solennellement le 9 avril suivant, l'ordre lui fut intimé
-d'envoyer des députés au Louvre. Ces députés y furent très-mal reçus.
-Le jeune prince, endoctriné par sa mère, débuta avec eux par des
-paroles pleines d'aigreur. Le chancelier de Silleri, parlant ensuite
-au nom du roi, leur défendit expressément de se mêler du gouvernement
-de l'état, et surtout de faire désormais la moindre démarche pour
-l'exécution de leur arrêt. Les députés répondirent par des
-protestations d'une entière obéissance; et le lendemain, les chambres
-assemblées n'en arrêtèrent pas moins qu'il seroit fait des
-remontrances au roi sur les désordres de l'état. Ni les efforts ni les
-menaces de la reine ne purent empêcher l'effet du nouvel arrêt. Leurs
-remontrances, dressées par des commissaires, examinées dans plusieurs
-séances tenues exprès par les chambres assemblées, furent lues le 26
-mai dans une audience que le parlement demanda au roi. Dans ces
-remontrances, où cette compagnie établissoit d'abord le droit qu'elle
-avoit de prendre connoissance des affaires de l'état, elle attaquoit
-indirectement l'alliance et le double mariage conclu avec l'Espagne,
-et d'une manière plus marquée, la faveur extraordinaire dont jouissoit
-un étranger, le maréchal d'Ancre[10], au préjudice des propres sujets
-du roi, demandoit une meilleure administration des finances, proposoit
-quelques dispositions favorables aux princes, et du reste répétoit une
-partie des remontrances contenues dans les cahiers du tiers-état, lors
-de la dernière assemblée des états-généraux. Toutes ces choses furent
-écoutées avec beaucoup d'impatience de la part de la reine; et lorsque
-la lecture en fut achevée, sa colère éclata sans mesure. La députation
-fut renvoyée avec de grandes menaces; le lendemain 27 mai, un arrêt du
-conseil, rendu contre les remontrances du parlement, ordonna qu'elles
-seroient biffées de ses registres, en même temps que son arrêté du 28
-mars; et des lettres-patentes lui furent expédiées pour qu'il eût à
-enregistrer à l'instant même cet arrêt.
-
- [Note 10: Concini.]
-
-Cependant cette affaire, qui occupoit alors tous les esprits et qui
-sembloit devoir être poussée aux dernières extrémités, n'eut point les
-suites fâcheuses qu'on auroit pu en attendre. Le parlement, voyant la
-cour irritée à ce point, s'humilia sous l'autorité royale, ainsi que
-c'étoit son usage quand il sentoit qu'il n'étoit pas le plus fort,
-satisfait d'ailleurs d'avoir ainsi empêché de tomber en désuétude ses
-anciennes prétentions à s'immiscer dans le gouvernement de l'état, et
-retira ses remontrances. De son côté, la cour, sachant l'affection que
-les peuples portoient à cette compagnie, ne parla plus ni de
-l'enregistrement ni de l'exécution de son arrêté; mais, dès ce moment,
-l'opinion publique, sur laquelle le parlement exerçoit une grande
-influence, fut ébranlée; et la haine qu'inspiroit aux grands l'extrême
-faveur du maréchal d'Ancre, se communiqua à toutes les classes de la
-société, qui commencèrent à le considérer comme le seul auteur de
-toutes les divisions de la cour, et de tous les maux dont la France
-étoit affligée.
-
-Un démêlé très-vif qu'il eût avec le duc de Longueville[11], dans
-lequel celui-ci succomba, accrut encore cette haine générale dont il
-étoit l'objet. Alors les princes, indignés de cet outrage, s'éloignent
-une seconde fois de la cour, publient un manifeste sanglant,
-particulièrement dirigé contre le favori, font traîner en longueur les
-négociations que l'on a la foiblesse d'entamer avec eux, afin de se
-donner le temps de rassembler des troupes, passent la Loire à la tête
-d'une armée, font un traité avec les protestants, dont les alarmes
-croissoient à mesure que l'époque du mariage du roi devenoit plus
-prochaine; et la guerre civile semble prête à renaître. Du côté de la
-cour, deux armées sont formées: l'une commandée par le maréchal de
-Bois-Dauphin, et destinée à poursuivre celle des princes; l'autre sous
-les ordres du duc de Guise, et couvrant la marche du roi, qui traversa
-ainsi son royaume en bataille rangée pour aller à Bordeaux recevoir et
-épouser l'infante d'Espagne. Le duc de Rohan, à la tête d'un corps de
-protestants armés, osa s'avancer jusqu'à Tonneins, et, dans une
-conférence qu'il eut avec des députés du roi, qui lui demandoient
-raison de sa conduite, s'emporta en plaintes et en reproches dans
-lesquels l'esprit de son parti se montroit tout entier[12]. Le conseil
-de la régente sembla en cette circonstance recouvrer quelque vigueur:
-il fut décidé que le duc de Rohan seroit déclaré ennemi de l'état; on
-ôta à M. de La Force, qui s'étoit joint à lui, le gouvernement du
-Béarn; les protestants reçurent l'ordre de mettre bas les armes, sous
-peine d'être poursuivis comme rebelles et criminels de lèse-majesté;
-enfin les deux armées royales furent réunies en une seule sous les
-ordres du duc de Guise, pour aller à la rencontre de celle des
-princes, qui étoit déjà entrée dans le Poitou, et l'accabler ainsi
-sous des forces supérieures.
-
- [Note 11: Ce prince, qui avoit le gouvernement de la
- Picardie, avoit voulu s'opposer à quelques travaux que le
- maréchal d'Ancre projetoit de faire à la citadelle de la
- ville d'Amiens, dont il étoit gouverneur. Il n'avoit point
- réussi dans cette entreprise; et ayant voulu y mettre de la
- violence, les officiers préposés à la garde du château
- avoient repoussé la force par la force, et l'avoient obligé
- de faire retraite.]
-
- [Note 12: Il dit que les protestants s'étoient vus forcés de
- prendre les armes, parce qu'ils avoient vu le roi lever des
- troupes sans les y admettre, ce qui leur faisoit craindre
- qu'elles ne fussent destinées à agir contre eux; que
- l'assemblée de Grenoble les avoit exhortés _à se mettre en
- défense_ en cas que les députés qu'ils envoyoient au roi
- n'obtinssent pas de réponse favorable, et qu'en effet on
- n'avoit eu aucun égard aux demandes de ces députés; qu'on
- avoit publié en divers endroits du royaume que les mariages
- entre la France et l'Espagne _entraîneroient la ruine de la
- religion protestante_; que cette juste crainte étoit
- principalement ce qui leur avoit mis les armes à la main.]
-
-(1616) Toutefois, au milieu de ces démonstrations guerrières qui
-sembloient devoir annoncer des résultats décisifs, on négocioit
-toujours; et la cour, toujours foible, étoit encore disposée à acheter
-la paix. Des conférences ne tardèrent donc point à s'établir pour
-parvenir à cette paix si vivement désirée; et elles le furent dans la
-ville de Loudun. Les confédérés s'y rendirent, chacun avec des
-intentions différentes, et uniquement occupé de ses intérêts
-particuliers. Les princes et la plupart des mécontents catholiques
-vouloient sincèrement la fin des troubles, et n'y mettoient d'autre
-prix qu'un changement dans l'administration qui leur permît d'y
-prendre part: là se bornoit leur ambition. Les chefs protestants
-avoient des vues plus profondes: la paix ne leur convenoit point; ou
-du moins s'ils consentoient à la faire, ce n'étoit qu'à des conditions
-qu'on ne pouvoit leur accorder sans affoiblir l'autorité royale et en
-avilir la majesté. Ne pouvant obtenir ces conditions insolentes, il
-n'étoit point d'efforts qu'ils ne fissent auprès du prince de Condé et
-de séductions qu'ils n'employassent pour le déterminer à rejeter les
-propositions de la cour; mais celui-ci étoit las de la guerre civile,
-et ce n'étoit point au profit des protestants qu'il avoit prétendu la
-faire. Il signa donc un traité de paix qui lui assura ce qu'il
-désiroit depuis long-temps, la place de président du conseil; et les
-chefs protestants se virent ainsi dans la nécessité de le signer après
-lui, bien qu'ils n'y trouvassent ni les avantages ni les sûretés
-qu'ils prétendoient obtenir. Or, à moins de leur accorder
-l'indépendance absolue, il étoit impossible de jamais les satisfaire.
-
-Le roi prit la route de Paris immédiatement après la signature du
-traité, et s'arrêta un moment à Blois, où il se fit dans le ministère
-quelques changements attribués à l'influence du maréchal d'Ancre, qui
-ne vouloit dans le conseil que des hommes qui lui fussent entièrement
-dévoués[13]. Cependant les princes, retirés dans leurs terres ou dans
-leurs gouvernements, ne sembloient pas fort empressés de reparoître à
-la cour, comme s'ils eussent conçu quelques inquiétudes sur
-l'exécution du traité. Enfin le duc de Longueville consentit à s'y
-rendre sur les invitations pressantes de la reine; mais ce fut pour y
-recommencer ses cabales contre elle et contre ses ministres, et avec
-une telle violence, que cette princesse ne vit d'autre parti à prendre
-que de tâcher de lui opposer le prince de Condé, qu'elle engagea plus
-vivement encore à y revenir. Ce fut l'évêque de Luçon qui fut chargé
-de cette négociation. Le prince y revint en effet, mais pour cabaler
-aussi de son côté; et l'on put bientôt reconnoître que le traité de
-Loudun loin d'apaiser les ressentiments les avoit accrus. De même que
-les protestants n'étoient point satisfaits et ne pouvoient l'être,
-parce qu'ils prétendoient à l'égalité avec les catholiques; de même
-rien ne pouvoit contenter les princes, s'ils ne devenoient entièrement
-maîtres des affaires; et ils se montrèrent bientôt, à l'occasion de
-cette faveur extrême dont continuoit de jouir le maréchal d'Ancre,
-plus susceptibles et plus jaloux qu'ils n'avoient encore été. Ils ne
-manquoient aucune occasion de lui faire quelque affront, et
-cherchoient par toutes sortes de moyens à accroître la haine populaire
-dont il étoit déjà l'objet. L'autorité de la régente étoit attaquée de
-toutes parts; et les appuis les plus fermes de son parti
-l'abandonnoient peu à peu pour se ranger du côté des mécontents.
-Ceux-ci tenoient des assemblées nocturnes[14] dans lesquelles ils
-méditoient une révolution entière dans le gouvernement de l'état; et
-le maréchal, instruit qu'on y avoit délibéré de le faire assassiner,
-en fut alarmé au point de s'enfuir en quelque sorte de Paris. Mais en
-s'éloignant de cette ville il conseilla à Marie de Médicis de faire
-arrêter le prince de Condé que les factieux désignoient ouvertement
-pour la remplacer dans la régence, et d'attaquer ainsi le mal dans sa
-source. La reine vit en effet qu'elle n'avoit pas un moment à perdre,
-et fit un effort sur elle-même pour prendre ce parti vigoureux. Le
-prince, que la retraite du maréchal avoit rendu tout puissant et
-auprès de qui se pressoit déjà la foule des courtisans, fut arrêté
-dans le Louvre même, où l'on avoit su adroitement l'attirer; mais on
-manqua les ducs de Vendôme, de Mayenne, de Bouillon, et leurs
-principaux partisans. Presque tous s'échappèrent de Paris avec la plus
-grande facilité; et telle étoit l'anarchie qui régnoit alors dans le
-gouvernement, que plusieurs d'entre eux, s'étant rassemblés à la porte
-Saint-Martin, y tinrent une espèce de conseil, dont le résultat fut de
-rentrer dans la ville pour essayer d'y exciter un soulèvement en leur
-faveur; mais le peuple n'y paroissant point disposé, ils se virent
-enfin forcés de se retirer au nombre d'environ trois cents cavaliers,
-qui allèrent se cantonner dans la ville de Soissons.
-
- [Note 13: Les sceaux furent ôtés au chancelier de Silleri,
- et donnés à Du Vair, premier président du parlement de
- Provence; et Puisieux, fils du chancelier, qui étoit
- secrétaire d'état, reçut, peu de temps après, l'ordre de
- quitter la cour.]
-
- [Note 14: À Saint-Martin-des-Champs et dans le faubourg
- Saint-Germain.]
-
-Toutefois la haine des Parisiens pour le favori de la régente, et par
-conséquent pour l'administration actuelle, s'étoit si souvent
-manifestée, et par des signes si peu équivoques, que la princesse,
-mère du prince de Condé, dès qu'elle eut appris le malheur arrivé à
-son fils, crut pouvoir seule et malgré le départ des chefs du parti,
-exciter une sédition; elle monta sur-le-champ en carrosse et parcourut
-toutes les rues de Paris, accompagnée d'un groupe de gentilshommes à
-cheval qui crioient: «Aux armes, messieurs de Paris, le maréchal
-d'Ancre a fait tuer monsieur le prince de Condé, premier prince du
-sang; aux armes, bons François, aux armes.» Elle alla ainsi jusqu'au
-pont Notre-Dame, sans que sa présence ni les cris de ses gentilshommes
-produisissent aucun effet. Les marchands fermèrent leurs boutiques,
-mais le peuple demeura tranquille; on aperçut seulement une femme qui
-essayoit de commencer une barricade auprès de Sainte-Croix-de-la-Cité.
-Un cordonnier, nommé Picard, entièrement dévoué aux princes, et ennemi
-déclaré de Concini, tenta aussi d'ameuter la populace, sur laquelle il
-avoit beaucoup de crédit, et malgré tous ses efforts ne parvint à
-réunir qu'une petite troupe mal armée, qui se dissipa d'elle-même en
-un instant. Cependant quelques domestiques du prince, envoyés à
-dessein dans les environs de la maison du maréchal, parvinrent à y
-former un rassemblement, échauffèrent la multitude, et la poussèrent à
-en briser les portes et à la piller. Le guet qui se présenta pour
-arrêter le désordre fut repoussé; et le pillage, interrompu seulement
-par la nuit, fut recommencé le lendemain, jusqu'à ce que la maison eût
-été entièrement dévastée.
-
-Ce fut alors que l'évêque de Luçon entra au conseil: le maréchal
-d'Ancre, que le mauvais succès de cette confédération avoit rendu plus
-puissant que jamais, mécontent de quelques ministres[15] dont l'avis
-n'étoit pas que les princes fussent éloignés des affaires et qu'on les
-traitât avec cette rigueur, avoit obtenu de la régente qu'ils fussent
-renvoyés pour être remplacés par ses propres créatures; et Richelieu
-étoit du nombre de ceux qui lui avoient montré le plus de dévouement.
-Celui-ci fit voir d'abord ce qu'il étoit; et attribuant avec raison à
-la foiblesse et à l'indécision du gouvernement, et les troubles
-précédents et ceux qu'avoit fait naître cette nouvelle rébellion, il
-conseilla de montrer plus de vigueur et d'employer pour l'étouffer
-tout ce que la puissance royale avoit de force et de majesté. Son
-conseil fut suivi: on commença par des exemples de sévérité dans Paris
-même, où il se fit plusieurs exécutions de ceux qui cherchoient à y
-enrôler des soldats pour le parti des princes. (1617) Trois armées
-furent mises en campagne: l'une étoit sous les ordres du duc de Guise,
-qui venoit de faire sa paix, et du maréchal de Themines; le maréchal
-de Montigny commandoit la seconde, et la troisième avoit pour chef le
-comte d'Auvergne, que l'on tira de la Bastille, où il étoit depuis
-long-temps renfermé[16], pour l'opposer aux rebelles, et qui justifia
-la grâce qu'on lui avoit accordée et la confiance que l'on avoit mise
-en lui, en les battant partout où il les rencontra. Ces trois armées
-agissoient simultanément sur tous les points où les princes avoient
-établi leurs moyens de résistance[17]. Ainsi poursuivis de toutes
-parts, ceux-ci se virent bientôt réduits aux dernières extrémités;
-mais au moment où ils étoient prêts de succomber, une révolution de
-cour les sauva.
-
- [Note 15: Il nomma Barbois contrôleur des finances à la
- place du président Jeannin, et l'évêque de Luçon fut fait
- secrétaire d'état.]
-
- [Note 16: Il étoit fils naturel de Charles IX. Henri IV
- l'avoit fait mettre à la Bastille pour être entré dans la
- conspiration du duc de Biron; et il étoit condamné à y finir
- ses jours.]
-
- [Note 17: Dans le Perche, dans le Maine, dans le
- Soissonnois, dans l'Île de France, dans la Champagne, dans
- le Berry, dans le Nivernois.]
-
-Et en effet, pour profiter de semblables succès, il auroit fallu un
-autre caractère que celui de Marie de Médicis: il n'y avoit en elle
-que foiblesse et imprévoyance; les apparences de résolution qu'il lui
-arrivoit quelquefois de montrer, n'étoient autre chose que
-l'entêtement d'un esprit capricieux et borné; et elle le fit bien voir
-dans cette obstination qu'elle mit à soutenir contre l'animadversion
-publique ce Concini et sa femme, qu'elle avoit pour ainsi dire tirés
-de sa domesticité, et qu'elle opposoit aveuglément, et en les
-comblant sans cesse de nouvelles faveurs, à tant d'ennemis dont ces
-faveurs scandaleuses accroissoient de jour en jour le nombre, et qui,
-grands et petits, s'élevoient contre elle de toutes parts. On
-s'indignoit à la fois et des richesses prodigieuses amassées par ces
-deux étrangers aux dépens de la substance des peuples, et de voir les
-princes du sang sacrifiés à de tels favoris; et de ce pouvoir sans
-exemple que s'étoit arrogé un Italien de faire et défaire les
-ministres en France, selon qu'ils étoient plus ou moins soumis à ses
-caprices, et des instruments plus ou moins serviles de sa fortune et
-de ses volontés. Ainsi prenoit sans cesse de nouvelles forces le parti
-opposé à la régente; et ses ennemis les plus dangereux n'étoient pas
-dans le camp des princes, mais à la cour même et jusque dans la
-société la plus intime de son fils. Luynes possédoit toute la
-confiance du jeune roi, et s'en servoit avec beaucoup d'adresse pour
-discréditer sa mère auprès de lui et le déterminer à sortir enfin de
-tutelle, à secouer un joug dont il devoit se sentir humilié, et qui
-étoit devenu insupportable à ses sujets. Louis avoit pour le maréchal
-d'Ancre une aversion naturelle qui ne contribua pas peu à lui faire
-recevoir les impressions que vouloit lui donner son favori; celui-ci
-venoit de former avec les princes une union secrète dont l'objet
-étoit de perdre la reine et ses deux créatures: en même temps qu'il
-disposoit le roi à voir ces princes d'un oeil plus favorable, il
-continuoit de l'aigrir et de le prévenir contre sa mère, jusqu'à lui
-persuader que ses jours n'étoient pas en sûreté auprès d'elle; et lui
-montrant dans le maréchal d'Ancre le principal artisan des complots
-qui s'ourdissoient contre son autorité et peut-être contre sa vie, il
-parvint à en obtenir un ordre de le faire arrêter. Mais, n'ignorant
-pas combien Concini s'étoit fait de partisans par ses bienfaits et ses
-prodigalités, il jugea qu'en une telle entreprise, il n'y avoit de
-sûreté pour lui que dans un assassinat, et fit ajouter à l'ordre de
-l'arrêter celui de le _tuer en cas de résistance_, bien décidé à
-interpréter ainsi le moindre mouvement ou la moindre parole qui lui
-échapperoient au moment où l'on se saisiroit de lui.
-
-Cette intrigue, bien que tramée dans le plus profond mystère, n'avoit
-pu demeurer si secrète que quelques vagues indices n'en fussent
-parvenus jusqu'à la reine et au maréchal. Elle en conçut des alarmes
-assez vives pour avoir avec son fils plusieurs explications dans
-lesquelles elle lui offrit d'abandonner entièrement la conduite des
-affaires, et même de se rendre au parlement pour y faire une
-abdication solennelle du pouvoir qu'elle exerçoit en son nom. Louis
-fit voir en cette circonstance cette disposition naturelle qu'il
-avoit à dissimuler ses vrais sentiments, l'un des traits les plus
-marquants de son caractère: loin d'entrer dans les vues de sa mère, il
-lui donna tous les témoignages de confiance et de satisfaction qui
-pouvoient la rassurer, combattit le dessein qu'elle paroissoit former
-de ne plus prendre part au gouvernement, et l'invita fortement à
-vouloir bien continuer de servir de guide à sa jeunesse et à son
-inexpérience. De son côté le maréchal avoit par intervalles de tristes
-pressentiments: il songeoit quelquefois à se retirer de cette cour
-orageuse où il n'avoit qu'un seul appui qui, d'un jour à l'autre,
-pouvoit lui manquer, et à mettre hors de France sa vie et sa fortune
-en sûreté. L'ambition de sa femme l'empêcha, disent les historiens, de
-céder à cette heureuse inspiration.
-
-Luynes toutefois ne précipita rien: il vouloit que le roi fût bien
-affermi dans les résolutions qu'il lui avoit fait prendre. Le voyant
-enfin tel qu'il désiroit qu'il fût, il s'occupa de chercher l'homme
-propre à frapper un coup aussi hardi. Le baron de Vitri, capitaine des
-gardes-du-corps, jouissoit d'une grande réputation de courage et
-faisoit hautement profession de haïr et de mépriser le maréchal: ce
-fut sur lui qu'il jeta les yeux. Vitri, sur l'ordre du roi qui lui fut
-montré, accepta la commission de s'emparer de Concini, mort ou vif,
-et s'étant associé quelques amis aussi déterminés que lui[18],
-l'exécuta avec beaucoup de sang-froid et de résolution. Cette scène
-tragique se passa le 24 avril, à six heures du matin, sur le petit
-pont du Louvre, où le maréchal alloit entrer. Vitri l'arrêta de la
-part du roi; et d'après ses instructions, regardant comme un acte de
-résistance un mouvement que celui-ci fit en arrière et une exclamation
-qui lui échappa, il le fit tuer sur-le-champ de trois coups de
-pistolet[19]. Montant aussitôt dans la chambre du roi, il lui dit ce
-qui avoit été fait; de là il se rendit dans l'appartement de la
-maréchale, qui étoit voisin de celui de la reine, et lui signifia
-l'ordre qu'il avoit de l'arrêter. Marie de Médicis fut à l'instant
-même confinée dans son appartement; on lui ôta ses gardes, qui furent
-remplacés par ceux du roi: celui-ci refusa de la voir, quelques
-instances qu'elle pût faire pour obtenir cette entrevue; et elle
-demeura seule et abandonnée, tandis que, dans l'appartement de son
-fils, tout respiroit la joie et retentissoit d'acclamations[20]. À
-l'exception de l'évêque de Luçon, dont la conduite, dans cette
-position difficile, avoit été aussi adroite que mesurée, tous les
-ministres nouveaux furent disgraciés et les anciens rappelés; à force
-d'outrages et de mauvais traitements, on détermina la reine à demander
-elle-même à se retirer de la cour; la ville de Blois fut désignée
-pour le lieu de son exil; et tout fut réglé d'avance pour son entrevue
-d'adieux avec son fils, et jusque dans les plus petites circonstances.
-Les princes revinrent aussitôt à la cour, et justifièrent leur révolte
-«par la nécessité où ils s'étoient trouvés de prendre les armes pour
-s'opposer aux violences et pernicieux desseins du maréchal d'Ancre,
-qui se servoit des forces du roi contre l'intérêt de sa majesté et
-dans l'intention de les opprimer.» On souffrit que le corps de
-celui-ci fût déterré par la populace, et qu'elle exerçât sur ce
-cadavre les plus indignes outrages[21]; et la maréchale, condamnée à
-mort par arrêt du parlement, fut exécutée en place de Grève le 8
-juillet suivant[22]. Ainsi finit d'elle-même la guerre civile; et
-cette révolution de cour fut aussi complète qu'il étoit possible de la
-désirer.
-
- [Note 18: Les principaux étoient du Hallier son frère,
- Persan son beau-frère, Bournonville, Guichaumont, et Rigaud,
- exempt des gardes-du-corps.]
-
- [Note 19: Vitri avoit placé un garde-du-corps à la porte du
- Louvre pour épier le moment où le maréchal sortiroit de la
- maison qu'il avoit près de ce palais, avec ordre de le venir
- avertir aussitôt à la porte du grand cabinet du roi, où il
- l'attendoit. La garde remplit exactement sa commission:
- Vitri partit sur-le-champ, et prit avec lui en passant tous
- ceux qui l'attendoient, et fit une telle diligence, qu'il
- arriva près du maréchal lorsque celui-ci n'étoit encore que
- sur le Petit-Pont, où il lisoit une lettre. Comme Vitri
- étoit fort vif, peut-être seroit-il passé sans le voir, si
- du Hallier, qui le suivoit, ne lui eût dit: «_Monsieur,
- voilà M. le maréchal._»--«_Où est-il?_ reprit
- Vitri.»--«_Tenez, le voilà_, lui dit Guichaumont, et en même
- temps celui-ci lui tira le premier coup de pistolet. Les
- autres tirèrent aussi; mais on a toujours cru que
- Guichaumont l'avoit tué, parce qu'il tomba dès qu'il l'eut
- frappé. D'autres disent que Vitri, s'approchant de lui, le
- prit d'une main par le bras, et que, levant de l'autre son
- bâton de commandement, il lui déclara l'ordre qu'il avoit de
- l'arrêter. _Moi, prisonnier!_ reprit le maréchal en faisant
- un pas en arrière: et c'est alors que partirent les trois
- coups de pistolet. (_Mém. du marq. de Fontenay-Mareuil._)
- Plusieurs disent que Concini, se voyant attaqué, fit mine de
- vouloir tirer son épée pour se défendre; mais M. de Brienne
- assure, dans ses Mémoires, «qu'aucun de ceux qui en
- pouvoient rendre témoignage, n'en étoit convenu en
- particulier.»
-
- On remarque que parmi plus de trente gentilshommes qui
- l'accompagnoient, aucun d'eux ne mit l'épée à la main, à
- l'exception de Saint-Georges, qui depuis fut capitaine des
- gardes du cardinal de Richelieu; mais, voyant que les autres
- l'abandonnoient, il fut forcé de se retirer.]
-
- [Note 20: Les courtisans s'y rendoient en foule, et l'on fut
- obligé de mettre ce jeune prince sur un billard; afin qu'il
- fût plus à portée de voir ceux qui venoient lui rendre
- hommage, et d'en être vu.]
-
- [Note 21: Le corps du maréchal fut déposé d'abord dans la
- salle des portiers, ensuite dans le petit jeu de paume du
- Louvre. Il y resta jusqu'à neuf heures du soir, et fut porté
- ensuite à Saint-Germain-l'Auxerrois, où on l'enterra
- secrètement sous l'orgue, afin de cacher au peuple sa
- sépulture. Elle fut connue toutefois dès le lendemain, et
- quelques gens de la lie du peuple, ou dirigés par ses
- ennemis, ou poussés par leur propre fureur, s'attroupèrent
- dans l'église Saint-Germain, déterrèrent le cadavre et
- exercèrent sur lui mille indignités, aux cris redoublés de
- _vive le roi_. On le pendit à des potences qu'il avoit fait
- dresser lui-même, on lui arracha le coeur, on coupa sa chair
- par petits morceaux; ces mêmes potences, que l'on abattit,
- lui servirent de bûcher; et les cendres, ainsi que les
- débris de son cadavre, furent jetés dans la rivière.
-
- Quoiqu'on ne puisse justifier ce ministre de quelques abus
- de pouvoir dans le haut rang où la faveur l'avoit placé, il
- faut bien se garder de croire que ce fût un aussi méchant
- homme que l'a dépeint cette multitude de libelles, de
- déclarations, de remontrances, publiés alors par ses
- ennemis. Le maréchal d'Estrées, qui s'étoit jeté dans le
- parti des princes, et qui sans doute prit part d'abord à
- toutes ces calomnies, s'étonne, dans ses mémoires, des excès
- auxquels on s'étoit porté contre lui, et lui rend ainsi un
- témoignage qui ne sauroit être suspect: «Quand je fais
- réflexion, dit-il, sur les circonstances de la mort du
- maréchal d'Ancre, je ne la puis attribuer qu'à sa mauvaise
- destinée, ayant été conseillée par un homme qui avoit les
- inclinations fort douces; et comme il étoit lui-même
- _naturellement bienfaisant et qu'il avoit désobligé fort peu
- de personnes_, il falloit que ce fût _son étoile_ ou la
- nature des affaires qui eussent soulevé tant de monde contre
- lui.»]
-
- [Note 22: Dans l'arrêt qui la condamne, elle n'est point
- déclarée _sorcière_, comme plusieurs l'ont avancé, mais
- seulement criminelle de _lèse-majesté divine et humaine_,
- sans que son crime fût autrement spécifié. Au reste, il est
- certain qu'elle se défendit victorieusement sur toutes les
- accusations capitales qu'on éleva contre elle; et l'on ne
- peut s'empêcher de la considérer comme une victime immolée à
- la vengeance de ceux qui possédoient alors un pouvoir, dont
- elle et son mari avoient joui trop long-temps. Elle mourut
- avec un courage modeste, qui excita beaucoup de pitié et
- même d'attendrissement parmi tous ceux qui étoient accourus
- à ce triste spectacle.]
-
-(1618) Le gouvernement prit dès ce moment une allure plus ferme; et le
-pouvoir de celui qui succédoit au maréchal venant immédiatement du
-roi, imposa davantage, fut d'abord moins envié et moins contesté. Mais
-cela dura peu: le même esprit de mutinerie continuoit d'animer tous
-ces grands impatients du joug. Peut-être s'étoit-il accru par
-l'impunité et par cette espèce de triomphe qu'ils venoient de
-remporter sur l'autorité. La reine-mère avoit été pour eux un objet de
-haine, tant qu'elle avoit eu entre les mains cette autorité, qu'elle
-refusoit de partager avec eux: ils devinrent ses partisans dès qu'elle
-eut été abattue, et qu'ils eurent reconnu que par cet événement leur
-position n'étoit point changée. Blessé des hauteurs de Luynes,
-contrarié par lui dans quelques-unes de ses prétentions, le duc
-d'Épernon écouta le premier les propositions que lui fit faire Marie
-de Médicis, de former un parti pour la tirer de sa captivité, car elle
-étoit véritablement prisonnière à Blois; et les protestations qu'elle
-faisoit de vivre désormais entièrement éloignée des affaires, les
-engagements solennels qu'elle offroit même de prendre à cet égard, ne
-rassuroient point assez le roi et son favori, pour qu'ils cessassent
-un seul instant d'exercer à son égard la plus rigoureuse surveillance.
-L'intrigue fut conduite avec beaucoup de mystère et d'habileté: pour
-en assurer le succès, d'Épernon feignit même un moment de se
-réconcilier avec Luynes; et bientôt il eut rallié autour de lui assez
-de mécontents pour tenter l'entreprise audacieuse de délivrer la reine
-et de s'attaquer à l'autorité même du souverain.
-
-(1619) Tout étant préparé, il sort de Metz, malgré l'ordre exprès que
-le roi lui avoit donné d'y rester, et en même temps la reine se sauve de
-Blois. Aussitôt tous les ennemis de Luynes se déclarent ses partisans;
-on lève des troupes de part et d'autre; la mère et le fils éclatent
-réciproquement en reproches, en plaintes, en récriminations; la guerre
-commence. Mais à peine commencée, elle tourne en négociations, grâce aux
-soins de l'évêque de Luçon, qui, par sa conduite également adroite et
-mesurée, avoit su inspirer de la confiance au favori sans manquer à ce
-qu'il devoit à la reine, de reconnoissance et d'attachement[23].
-L'accommodement se fit, le roi vit sa mère à Tours, et tout s'y passa de
-manière à faire croire que la réconciliation étoit sincère des deux
-parts. Quant au duc d'Épernon, il y reçut, non des lettres de grâce pour
-sa révolte, mais en quelque sorte des remerciements pour avoir levé des
-troupes et augmenté les garnisons des places fortes de son gouvernement;
-et il fut déclaré que, «l'ayant fait dans la persuasion que c'étoit
-_pour le service du roi_, il n'y avoit rien qui ne dût être _agréable à
-sa majesté_.» «Suppositions chimériques, dit un écrivain
-contemporain[24], incapables de faire illusion à personne, et toutes
-propres à rendre le gouvernement méprisable.» «Mais il y avoit
-long-temps, ajoute le continuateur du père Daniel, que l'on étoit dans
-l'habitude d'en user ainsi. C'étoit le style et l'usage du temps. Les
-seigneurs révoltés n'auroient pu se résoudre à poser les armes, si on ne
-leur eût offert que des lettres d'abolition. Ils ne vouloient pas être
-traités en criminels dans les actes mêmes où on leur accordoit le pardon
-de leurs crimes[25].»
-
- [Note 23: Ces marques d'attachement qu'il n'avoit cessé de
- lui donner depuis sa disgrâce, l'avoient fait exiler à
- Avignon; et ce fut Luynes lui-même qui le tira de son exil
- pour l'employer dans cette affaire; Richelieu y réussit de
- manière à satisfaire les deux partis.]
-
- [Note 24: Mém. chron., t. I.]
-
- [Note 25: Tom. XIII, in-4º, p. 250.]
-
-Malgré les apparences de bon accord qu'avoit offertes leur entrevue,
-la mère et le fils se séparèrent conservant au fond du coeur autant
-d'aigreur et de méfiance l'un contre l'autre qu'auparavant. Le roi
-retourna à Paris; la reine se retira dans son gouvernement. Ce n'étoit
-point l'avis de l'évêque de Luçon: il vouloit qu'elle allât à la cour
-pour y tenir tête à ses ennemis et essayer de regagner l'amour et
-l'affection de son fils; d'autres, lui rappelant l'exil et la
-captivité de Blois, lui conseilloient de demeurer dans un lieu où elle
-pouvoit se faire craindre et se défendre si elle étoit attaquée: ce
-fut ce dernier conseil qui fut suivi. Marie de Médicis continua de
-correspondre avec son fils par des lettres où elle se montra plus
-susceptible et plus jalouse que jamais. Luynes, craignant alors de sa
-part quelque nouvelle entreprise, résolut de tirer enfin de sa prison
-le prince de Condé, qui n'avoit point été jusqu'alors compris dans
-l'amnistie accordée aux mécontents, parce qu'on avoit jugé plus
-prudent de ne point rejeter encore au milieu d'eux un personnage de
-cette importance: il l'en fit donc sortir dans l'intention de
-l'opposer à la reine, et de la contenir au moyen d'un si puissant
-auxiliaire. La nouvelle qu'elle en reçut ne parut pas d'abord lui être
-désagréable; mais la déclaration qui accompagna sa délivrance et que
-l'on publia quelques jours après[26], fut faite dans des termes qui
-l'offensèrent au dernier point, et ce ne fut pas sans beaucoup de
-peine que le roi et son favori parvinrent à l'apaiser.
-
- [Note 26: On y faisoit dire au roi «que l'audace de ceux qui
- avoient abusé de son nom et de son autorité, auroient porté
- les choses à une entière et déplorable confusion, si Dieu ne
- lui eût donné la force et le courage de les châtier; qu'un
- des plus grands maux qu'ils eussent procuré étoit la
- détention du prince de Condé, qui n'avoit eu d'autre cause
- que _les artifices_ et _les mauvais desseins_ de ceux qui
- vouloient joindre la ruine du prince à celle de l'état,
- ainsi que sa majesté l'avoit reconnu, après s'être
- soigneusement informé de tout ce qui avoit pu servir de
- prétexte à son emprisonnement.» Or, c'étoit attaquer
- ouvertement la reine, qui avoit elle-même fait arrêter le
- prince de Condé.]
-
-Cependant celui-ci étoit arrivé plus rapidement encore que le
-maréchal d'Ancre au comble de la faveur. Le roi venoit d'ériger pour
-lui en duché-pairie, et sous le nom de Luynes, la terre de Maillé en
-Touraine; lui et les siens étoient pour ainsi dire accablés de biens
-et d'honneurs: aussi commença-t-il à devenir, de même que celui à qui
-il avoit succédé dans ce pouvoir emprunté, un objet de haine et
-d'envie pour les courtisans; et au milieu de cette cour turbulente et
-séditieuse, plusieurs tournèrent de nouveau les yeux vers la
-reine-mère, regardant la ville d'Angers, où elle exerçoit une sorte
-d'autorité souveraine, comme un refuge contre ce qu'ils appeloient la
-tyrannie du nouveau favori.
-
-(1620) Le duc de Luynes, qui voyoit l'orage se former contre lui,
-conçut le dessein d'attirer cette princesse à Paris, afin de la
-surveiller de plus près. Des démarches furent faites auprès d'elle,
-pour la déterminer à y revenir: elles furent inutiles, et Marie de
-Médicis les repoussa avec d'autant plus de hauteur que son fils
-s'étoit avancé jusqu'à Orléans avec toute sa maison, comme s'il eût
-voulu employer la force pour l'y contraindre, dans le cas où l'on
-n'auroit pu réussir par la négociation. Le duc de Luynes, qui désiroit
-éviter la guerre civile, ne voulut pas pousser les choses plus loin,
-et le roi revint à Fontainebleau.
-
-Ce n'étoit au fond qu'un acte de modération: on crut y voir de la
-foiblesse, et l'audace des mécontens s'en accrut. Enfin un complot
-fut formé en faveur de la reine-mère, et éclata tout à coup par la
-retraite ou la fuite de plusieurs princes du sang et d'un grand nombre
-de seigneurs les plus considérables de la cour. Le duc de Mayenne fut
-le premier qui sortit brusquement de Paris, sous prétexte qu'il n'y
-étoit point en sûreté et qu'on avoit formé le projet de l'arrêter. Le
-duc de Vendôme le suivit de près; le duc de Longueville se retira dans
-son gouvernement de Normandie; le comte et la comtesse de Soissons
-prirent la route d'Angers[27]; les ducs de Retz, de la Trémouille, de
-Roannez, de Rohan, d'Épernon, de Nemours, etc., s'allèrent cantonner
-dans les terres ou places fortes qu'ils possédoient en Bretagne, en
-Normandie, en Poitou, en Saintonge, dans l'Angoumois. Presque toute
-la noblesse de ces provinces s'étant déclarée pour la reine, son parti
-parut d'abord formidable, et ses conseillers, dont la présomption
-s'accroissoit encore par ces apparences si prospères, furent d'avis
-que dans la position où elle se trouvoit et avec les espérances
-qu'elle pouvoit concevoir, elle devoit faire la guerre et repousser
-toute négociation.
-
- [Note 27: On avoit été prévenu de leur projet de départ, et
- le premier mouvement du roi avoit été de les faire arrêter.
- L'avis du président Jeannin fut qu'il valoit mieux les
- laisser partir, parce que, mal intentionnés comme ils
- l'étoient pour le service du roi, leur présence à Paris ne
- pouvoit qu'être dangereuse, et l'empêcheroit lui-même d'en
- sortir. Il représenta en outre qu'ils apporteroient dans la
- cour de la reine plus de trouble et de confusion que de
- profit et d'utilité; qu'il y avoit lieu de croire que tous
- les mécontents s'en iroient ainsi les uns après les autres;
- mais aussi qu'au premier qui reviendroit, les autres ne
- tarderoient point à le suivre. Cet avis prévalut; et, en
- effet, depuis que l'on gouvernoit au nom du roi, ces
- mutineries des princes, bien que dangereuses encore,
- commençoient à être moins redoutées.]
-
-L'évêque de Luçon ne partageoit point cette confiance: son coup
-d'oeil, plus perçant et plus sûr, avoit reconnu d'abord que tout
-céderoit invinciblement à l'ascendant de l'autorité royale; que la
-reine-mère, vis-à-vis de son fils, étoit dans une position bien moins
-favorable que ne l'avoient été les princes vis-à-vis de la régente; et
-que si ceux-ci n'avoient pu réussir dans leurs desseins, elle avoit
-encore de moindres chances de succès. On ne l'écouta point; et
-l'événement le justifia bientôt dans tout ce qu'il avoit pressenti.
-Avec une rapidité qui rendit presque ridicule ce qui avoit d'abord
-causé tant d'alarmes, le roi parcourut la Normandie à la tête de son
-armée, sans y rencontrer la moindre résistance: partout les portes des
-villes, que les mécontents avoient fermées, s'ouvrirent pour ainsi
-dire d'elles-mêmes à son approche; et il entra ainsi en Anjou, comme
-il auroit pu le faire au milieu de la paix la plus profonde. La
-confusion se mit aussitôt dans le conseil de la reine; à peine ses
-troupes firent-elles quelque résistance au pont de Cé; elles
-résistèrent plus foiblement encore à l'attaque de la ville d'Angers,
-qui fut emportée en quelques heures; et les négociations, qui
-n'avoient été interrompues qu'un moment, devenant alors la seule
-ressource de Marie de Médicis, un traité fut signé presque aussitôt
-entre elle et son fils, dans lequel la cour commença à se montrer plus
-ferme à l'égard des princes et des seigneurs révoltés[28], et dont le
-résultat fut de la faire revenir enfin à la cour, ce que le duc de
-Luynes vouloit par-dessus tout. L'évêque de Luçon fut un de ceux qui
-contribuèrent le plus à la conclusion de ce traité.
-
- [Note 28: Il fut dit que S. M. vouloit bien leur accorder un
- pardon qu'ils ne méritoient pas, pourvu que, dans
- l'intervalle de huit jours après la paix, ils posassent les
- armes et rentrassent dans l'obéissance qu'ils lui devoient.
- On ajouta que le roi n'entendoit rendre à aucun de ces
- rebelles les charges et gouvernements dont il avoit disposé
- depuis leur révolte.]
-
-La reine étoit réduite à désirer cette réconciliation: le duc de
-Luynes, qui la lui faisoit accorder comme une faveur, la désiroit plus
-ardemment encore. Ainsi étoit étouffée dans son germe une guerre
-civile peu dangereuse sans doute, si l'on ne considère que ceux contre
-qui on la faisoit, mais dont les conséquences lui causoient de justes
-alarmes: car les protestants avoient toujours les yeux ouverts sur ce
-qui se passoit. Ces intraitables factieux n'attendoient que de
-nouveaux désastres pour lever l'étendard de la rébellion; et bien
-qu'ils fussent également ennemis de tout ce qui portoit le nom de
-catholique, ils étoient prêts à traiter avec tous les partis dès
-qu'ils y trouveroient l'avantage du leur. Déjà en 1618, et au moment
-où l'évasion de la reine du château de Blois sembloit leur offrir la
-perspective de longs troubles, ils s'étoient soulevés dans le Béarn et
-avoient insolemment refusé de restituer au clergé les biens dont ils
-l'avoient dépouillé dans les anciennes guerres civiles, quoique l'édit
-qui ordonnoit cette restitution leur assignât sur les domaines du roi
-un revenu égal à celui des biens qu'on leur redemandoit. L'année
-suivante, leur assemblée, qu'ils avoient tenue à Loudun, ne s'étoit
-pas montrée moins violente et moins audacieuse que celle de Saumur; et
-les choses y furent même poussées si loin, qu'on crut devoir les
-menacer, s'ils ne se hâtoient de nommer leurs députés, de les traiter
-comme criminels de lèse-majesté. Cette menace les effraya fort peu; et
-ce qui prouva qu'ils avoient raison de ne s'en point effrayer, c'est
-que l'on fut obligé d'en venir à négocier avec eux, et à employer,
-pour les déterminer à se séparer, le crédit des principaux seigneurs
-de leur parti[29]. Ils se séparèrent enfin, mais pleins de méfiance
-dans les promesses de la cour et déterminés à résister, à opposer la
-force à la force si l'on tentoit d'exécuter l'édit de Béarn, que,
-depuis deux ans, la cour étoit obligée de suspendre. Le duc de Luynes
-jugea très-bien qu'il étoit impossible de supporter plus long-temps de
-semblables insolences sans que la majesté royale en fût dégradée, et
-l'autorité souveraine en péril. Il étoit donc résolu d'humilier les
-protestants. L'occasion de cette paix paroissoit favorable; il ne la
-manqua pas: au lieu de retourner à Paris, le roi prit la route de
-Bordeaux, et se rendant de sa propre personne dans le Béarn, il y fit
-enregistrer son édit au parlement de Pau, et termina dans l'espace de
-cinq jours et avec beaucoup de hauteur, tout ce qui avoit rapport à
-ces contestations scandaleuses.
-
- [Note 29: On y employa le maréchal de Lesdiguères, le
- marquis de Châtillon et Du Plessis-Mornay, qui servirent
- utilement la cour en cette occasion.]
-
-(1621) Ce fut pour les protestants le signal d'une révolte ouverte:
-instruits qu'on ne s'arrêteroit point là, et que le dessein étoit pris
-de les réduire enfin par la force, à peine le roi étoit-il parti,
-qu'ils prirent les armes et commencèrent les hostilités dans le Béarn
-même et dans le Vivarais. On les réprima, mais toutefois de manière à
-les persuader qu'on les craignoit et qu'on n'osoit se porter contre
-eux aux dernières extrémités. Pendant ce temps, le duc de Luynes,
-poussant sa fortune aussi loin qu'elle pouvoit aller, se faisoit
-nommer connétable de France, et avec une rare habileté, déterminoit
-Lesdiguères, non-seulement à lui céder ses prétentions sur cette
-dignité suprême de l'armée, mais encore à y accepter le second rang
-après lui[30]. Ayant ainsi attaché cet illustre guerrier à la cause
-royale et par des noeuds qu'il lui devenoit impossible de rompre, le
-nouveau connétable cessa de feindre; et il fut décidé que l'on feroit
-enfin sentir aux protestants révoltés tout le poids de l'autorité
-royale.
-
- [Note 30: Il fut créé maréchal général des camps et armées.]
-
-Il étoit temps en effet d'arrêter leur audace; et il étoit devenu
-impossible de la supporter plus long-temps. Ces sectaires avoient
-formé une nouvelle assemblée à La Rochelle; et cette assemblée y
-continuoit ses délibérations, malgré les défenses du roi plusieurs
-fois réitérées. Instruits des mesures de rigueur que l'on étoit résolu
-de prendre contre eux, ils s'étoient déjà préparés à résister, ainsi
-qu'on l'eût pu faire de puissance à puissance; et dans un réglement
-qu'ils firent pour régulariser leurs préparatifs de défense, tout le
-royaume fut partagé en cercles, dont chacun avoit son commandant
-particulier, lequel devoit correspondre avec le commandant supérieur
-de toutes les églises, essayant ainsi de constituer au sein de la
-monarchie une sorte de république fédérative. L'assemblée de La
-Rochelle poussa même l'insolence jusqu'à se créer un sceau particulier
-avec lequel elle scelloit ses commissions et ses ordonnances; enfin
-tout prit au milieu d'eux, non-seulement le caractère de la révolte,
-mais celui de l'indépendance la plus absolue.
-
-Toutefois ils étoient loin de pouvoir soutenir par des moyens
-suffisants d'aussi grands desseins et des prétentions aussi hautaines:
-leurs chefs étoient divisés entre eux; leur parti n'avoit réellement
-de prépondérance que dans le Poitou, en Guienne, dans le Languedoc, et
-généralement dans le midi de la France; partout ailleurs les
-catholiques étoient les plus forts. Aussi, dès que Louis se fut mis en
-campagne, rien ne résista; partout les protestants furent désarmés, et
-dans le Poitou même sa marche ne fut arrêtée que par les villes de La
-Rochelle et de Saint-Jean-d'Angely. Celle-ci fut bientôt forcée de se
-rendre à discrétion, et M. de Soubise, qui y commandoit, se vit réduit
-à la nécessité humiliante de venir demander pardon au roi à deux
-genoux. Il étoit bien autrement difficile de s'emparer d'une place
-telle que La Rochelle; mais du moins le duc d'Épernon, qui en
-commandoit le siége, força-t-il les Rochellois à n'oser tenir la
-campagne et à demeurer renfermés dans leurs murailles. Cependant le
-roi continuoit sa marche victorieuse; tout plioit devant lui, et il
-arriva à Agen le 10 août, n'ayant été de nouveau arrêté un moment que
-par le siége de la petite ville de Clérac. Ce fut à ce siége que l'on
-commença à faire des exécutions sur les rebelles. La place ayant été
-forcée de se rendre sans condition, quatre de ses habitants furent
-pendus, que l'on choisit parmi les plus considérables et les plus
-mutins.
-
-Ce fut à Agen que l'on décida que Montauban seroit assiégé; et c'étoit
-devant cette ville que les armes du roi devoient recevoir leur premier
-échec. Le siége en fut long et meurtrier: il y périt beaucoup de
-noblesse; le duc de Mayenne y fut tué; et le duc de Luynes ayant
-vainement tenté de ramener au roi le duc de Rohan, qui étoit alors
-dans le Midi le chef suprême de son parti[31], il fallut lever ce
-siége où l'armée royale s'étoit fort affoiblie, où surtout elle fut
-humiliée; ce qui releva d'autant le courage et l'ardeur des
-protestants, qui remuèrent aussitôt dans toutes les provinces et
-attaquèrent sur plusieurs points, où d'abord ils n'avoient songé qu'à
-se défendre. Le nouveau connétable montra, dans cette opération
-militaire, le peu d'expérience qu'il avoit de la guerre; et pendant
-tout le reste de cette campagne, dont les résultats n'eurent rien de
-décisif, sa faveur commençant à baisser, peut-être une disgrâce
-entière étoit-elle le dernier prix que son maître lui réservoit,
-lorsqu'il mourut, le 14 décembre, d'une fièvre maligne qui l'emporta
-en peu de jours, devant la petite ville de Monheur, dont le siége est
-devenu mémorable par ce seul événement.
-
- [Note 31: Il ne voulut jamais consentir à faire une paix
- particulière pour lui et les siens, se montrant décidé à ne
- traiter que dans l'intérêt général de son parti. Il dit au
- duc de Luynes «que les guerres soutenues par les protestants
- avoient toujours été malheureuses dans leur commencement;
- mais que l'inquiétude de l'esprit françois, le
- mécontentement de ceux qui ne gouvernoient pas, et les
- _secours étrangers_ leur avoient toujours procuré les moyens
- de réparer leurs disgrâces.» C'étoit mettre le doigt sur la
- plaie de la France; et ces paroles remarquables prouvent que
- les protestants connoissoient les avantages de leur position
- et les changements que l'esprit de secte devoit apporter
- dans la politique de l'Europe, beaucoup mieux que leurs
- ennemis n'entendoient leurs propres intérêts.]
-
-Plusieurs ont présenté ce personnage comme un homme de peu de mérite
-et fort au-dessous de sa fortune. Nous en jugeons tout autrement: il
-nous est impossible de ne pas reconnoître en lui, pendant le peu de
-temps qu'il disposa du pouvoir, des vues, de l'adresse, de la fermeté;
-et rien ne le prouve davantage que de voir ses plans suivis par
-Richelieu, qui, dans tout ce qui concerne les protestants, ne fit
-qu'achever ce que le duc de Luynes avoit commencé[32].
-
- [Note 32: Ce fut lui qui le premier conçut le projet de leur
- enlever leurs places fortes qui faisoient toute leur sûreté;
- et il avoit commencé à l'exécuter.]
-
-Aucun des ministres qui marchoient à sa suite, n'avoit, ni dans son
-caractère ni dans ses rapports avec le roi, ce qu'il falloit pour le
-remplacer[33]: aussi firent-ils de vains efforts pour demeurer les
-maîtres des affaires. Dirigée par l'évêque de Luçon, qui seul avoit
-toute sa confiance, la reine-mère ne tarda point à rentrer dans le
-conseil, où elle se conduisit avec une prudence et une modération qui
-la remirent entièrement dans les bonnes grâces du roi. La cour étoit
-alors de retour à Paris, et l'on y délibéroit sur le dernier parti à
-prendre à l'égard des protestants: la question étoit de savoir si l'on
-continueroit la guerre, ou s'il étoit plus avantageux de leur accorder
-la paix. Le prince de Condé fit prévaloir le premier avis, vers lequel
-le roi étoit naturellement porté; et en effet leur audace, depuis la
-levée du siége de Montauban, n'avoit plus de frein: à Montpellier ils
-s'étoient déclarés en révolte ouverte; ils avoient repris l'offensive
-en Languedoc et en Guyenne, où ils assiégeoient les villes, pilloient
-les églises, ravageoient les campagnes, et résistoient avec
-acharnement aux troupes royales partout où elles se présentoient pour
-les comprimer. M. de Soubise dévastoit le Poitou avec une armée de six
-mille hommes; et la ville de La Rochelle, centre et boulevard de tout
-le parti, levoit des soldats en son propre nom, et exerçoit
-insolemment tous les droits de la souveraineté.
-
- [Note 33: Ces ministres étoient le cardinal de Retz, le
- comte de Schomberg et le marquis de Puisieux.]
-
-(1622) La guerre étant donc résolue, le roi partit, accompagné de sa
-mère, qui, ne voulant pas exposer à de nouvelles chances périlleuses
-le crédit que les circonstances venoient de lui rendre, croyoit
-prudent de ne point rester éloignée de lui. Le projet de Louis avoit
-d'abord été de se rendre par Lyon dans le Languedoc: la désobéissance
-du duc d'Épernon, qui refusa de sortir de ses gouvernements[34] pour
-porter des secours aux troupes royales dans le Poitou, força ce prince
-de prendre sa route par cette province. Il y trouva plus de
-résistance que jusqu'alors les rebelles ne lui en avoient opposé: il
-lui fallut livrer de nombreux combats; il assista de sa personne à
-plusieurs siéges très-meurtriers, dans lesquels il commença à donner
-des preuves de cette intrépidité extraordinaire qui lui étoit
-naturelle; et que l'on doit encore considérer comme un des traits
-frappants et singuliers d'un caractère où tant de foiblesses et si
-étranges se laissoient apercevoir[35]. Tout cédant enfin à son courage
-et à la supériorité de ses armes, il arriva avec son armée victorieuse
-devant la ville de Montpellier, que le duc de Montmorenci tenoit
-depuis long-temps bloquée et dont le siége lui étoit réservé. Ce fut
-là qu'il apprit l'entrée en France d'un corps considérable d'Allemands
-sous les ordres du comte de Mansfeld, qui, ne pouvant plus tenir en
-Allemagne, où il s'étoit fait l'auxiliaire de l'électeur palatin
-contre l'empereur[36], cherchoit un moyen d'en sortir et de faire
-subsister ses soldats. C'étoient les ducs de Bouillon et de Rohan qui
-l'avoient engagé à tenter cette invasion; et à ces traités sacriléges
-qui appeloient ainsi l'étranger dans le sein du royaume pour les
-soutenir dans leur rébellion, on pouvoit reconnoître les protestants.
-Le duc de Lorraine lui ayant ouvert un passage à travers ses états,
-Mansfeld entra en France par la Champagne; et l'alarme se répandit
-bientôt jusqu'à Paris, où la reine-mère, qu'une indisposition avoit
-d'abord retenue à Nantes, étoit retournée avec une partie du conseil,
-et où elle commandoit en l'absence de son fils. Toutefois cette alarme
-dura peu: plus habile à piller et à détruire qu'à commander une armée,
-Mansfeld, qui d'abord avoit pu négocier avec le duc de Nevers envoyé
-contre lui, et qui n'avoit pas su le faire à propos, vit son armée se
-mutiner et se désorganiser au premier échec qu'elle éprouva; et à
-peine entré dans nos provinces, fut forcé d'en sortir honteusement et
-en fugitif. Pendant ce temps, la guerre continuoit avec acharnement
-dans le Languedoc; les protestants se défendoient en désespérés dans
-leurs villes; il falloit les prendre presque toutes d'assaut, et des
-exécutions sanglantes étoient le prix de cette résistance furieuse et
-obstinée.
-
- [Note 34: Rien ne prouve plus quelle étoit alors
- l'indocilité des grands que la conduite qu'il tint en cette
- occasion: non-seulement il refusa d'obéir à l'ordre du roi,
- prétendant que sa présence étoit absolument nécessaire dans
- ses gouvernements; mais il s'emporta jusqu'à maltraiter de
- paroles, et à plusieurs reprises, le gentilhomme qui avoit
- été chargé de lui faire connoître les intentions de sa
- majesté.]
-
- [Note 35: Bassompierre, qui en raconte plusieurs traits fort
- remarquables, ajoute qu'il n'avoit jamais connu d'homme plus
- brave que lui: «Le feu roi son père, dit-il, qui étoit dans
- l'estime que chacun sait, ne témoignoit pas pareille
- assurance.»]
-
- [Note 36: Cette guerre de l'empereur contre l'électeur
- palatin forme la première période de la fameuse guerre de
- trente ans, laquelle est désignée sous le nom de _période
- palatine_. Nous aurons bientôt occasion d'en reparler.]
-
-Cependant, de l'un et de l'autre côté, on étoit las de la guerre et
-inquiet de ses résultats. Les protestants connoissoient l'infériorité
-de leurs forces, et voyoient que, dans une semblable lutte, ils
-devoient finir par succomber. Louis n'étoit point sans s'apercevoir
-que de semblables triomphes alloient à la ruine de son royaume; et
-dans une guerre ainsi poussée à outrance, craignoit, de la part de ces
-sectaires, les effets de leur fanatisme et de leur désespoir. Il avoit
-essayé d'abord de les diviser, et déjà plusieurs de leurs principaux
-chefs avoient consenti à faire leurs traités particuliers; mais ce fut
-inutilement que l'on tenta de gagner le duc de Rohan; le plus
-considérable de tous: il continua de rejeter et avec la même fermeté
-toutes les offres qui lui furent faites tant pour lui que pour les
-siens, et voulut un traité général. Il fallut céder; et Lesdiguères,
-depuis peu connétable et à qui son retour à la foi catholique avoit
-enfin valu cette dignité suprême, fut le principal négociateur de ce
-nouveau traité, qui fut signé immédiatement après la reddition de la
-ville de Montpellier. On y confirma l'édit de Nantes dans toutes ses
-clauses; il y eut amnistie générale, et les protestants y conservèrent
-à peu près toutes les anciennes concessions qu'ils avoient
-successivement obtenues.
-
-(1623, 24) C'est ici que les voies commencent à s'ouvrir pour
-Richelieu, et qu'on le voit enfin paroître avec quelque éclat sur ce
-grand théâtre de la cour, qu'il ne devoit plus quitter, où il alloit
-bientôt occuper le premier rang et fixer tous les regards. Nous avons
-vu comment, avec une adresse qui ne fut jamais sans dignité, il avoit
-su se ménager entre les partis qui divisoient la cour, et se concilier
-les ennemis de la reine sans manquer à ce qu'il lui devoit, et sans
-perdre un seul instant les justes droits qu'il avoit à sa confiance et
-à son attachement. Cette faveur dont il jouissoit auprès d'elle
-s'accroissant de jour en jour, il dut aux sollicitations pressantes de
-cette princesse d'être compris dans une promotion de cardinaux que fit
-le pape Grégoire XV; et ce fut à Lyon, où le roi passa à son retour de
-cette campagne, qu'il reçut de la main de sa majesté les insignes de
-sa nouvelle dignité. La cour étoit alors troublée par les intrigues,
-et les tracasseries des ministres, qui cherchoient à se supplanter les
-uns les autres[37], divisés entre eux par leurs intérêts particuliers,
-réunis dans un seul intérêt commun, qui étoit de ranimer l'ancienne
-méfiance du roi contre sa mère, et d'empêcher que, rentrant au
-conseil, elle n'y ramenât avec elle le nouveau cardinal dont ils
-avoient déjà reconnu la supériorité, et qu'ils redoutoient tous comme
-leur rival le plus dangereux. Ce fut un jeu pour celui-ci de renverser
-des hommes aussi foibles et aussi malhabiles. Dirigée par un guide
-d'un esprit si pénétrant et qui avoit une si profonde expérience de la
-cour et du maître dont il s'agissoit de s'emparer, Marie de Médicis
-reprit en peu de temps auprès de son fils le crédit qu'elle avoit
-perdu; provoqua la disgrâce des Sillerys, qui étoient les deux
-antagonistes de son favori; gagna le marquis de La Vieuville, qui
-avoit toute la confiance du roi, ou plutôt le força, malgré ses
-répugnances et les craintes que lui inspiroit Richelieu, à combattre
-avec elle les préventions que le roi avoit contre celui-ci, et dans
-cette dernière révolution qu'éprouvoit alors le ministère, à permettre
-qu'enfin l'entrée du conseil lui fût ouverte. Par un dernier trait
-d'habileté, Richelieu, qui étoit ainsi parvenu à se faire offrir la
-place qu'il faisoit solliciter, feignit d'abord de refuser ce qu'il
-désiroit avec tant d'ardeur; et tranquillisant ainsi tant d'esprits
-ombrageux sur cette soif d'ambition dont il étoit dévoré, et dont il
-avoit laissé entrevoir des indices que l'oeil du roi lui-même n'avoit
-point laissé échapper, il prit d'abord la dernière place au conseil et
-parut disposé pour long-temps à s'en contenter; mais les fautes que
-commettoit La Vieuville ayant bientôt amené sa disgrâce, il arriva
-que, dans un si court intervalle, aucun des ministres n'étoit déjà
-plus en mesure de lui disputer la première; et dès ce moment commença
-cette partie du règne de Louis XIII, que l'on peut à plus juste titre
-appeler le règne de Richelieu.
-
- [Note 37: La place de surintendant des finances avoit été
- ôtée au comte de Schomberg et donnée au marquis de La
- Vieuville; les sceaux avoient été rendus au chancelier de
- Sillery, qui, se trouvant ainsi appuyé de son fils le
- marquis de Puisieux, avoit la prépondérance dans le conseil.
- La Vieuville souffroit impatiemment leur crédit; de là des
- brouilleries, des factions, des cabales et mille autres
- misères de cette espèce, qui leur furent également funestes
- à tous.]
-
-Nous ne suivrons point cet homme extraordinaire dans tous les détails
-de sa vie publique; ils sont immenses: les événements qui s'y
-accumulent sont au nombre des plus célèbres et des plus éclatants que
-présentent nos annales; ils ont rempli l'Europe, et l'histoire en est
-tracée partout. Mais si les faits sont bien connus, il s'en faut que
-la politique qui les fit naître ait été appréciée ce qu'elle est en
-effet; que les conséquences en aient été bien saisies: c'est là ce qui
-demande toute notre attention.
-
-Jetons donc un coup d'oeil sur l'état de la société en France, tel que
-nous le présentent ces premières années du règne de Louis XIII.
-
-Cet état étoit au fond le même que sous les règnes précédents; et la
-main vigoureuse de Henri IV, qui avoit un moment arrêté les progrès du
-mal, étant venu à défaillir, tous les symptômes de dissolution sociale
-avoient reparu. Les trois oppositions que nous avons déjà signalées
-(les grands, les protestants, le parlement qui représentoit
-l'opposition populaire) s'étoient à l'instant même relevées pour
-recommencer leur lutte contre le pouvoir; et ce pouvoir que les
-Guises, les derniers qui aient compris la monarchie chrétienne,
-avoient vainement tenté de rattacher à l'autorité spirituelle par tous
-les liens qui pouvoient le soutenir et le ranimer, s'obstinant à en
-demeurer séparé, à chercher dans ses propres forces le principe et la
-raison de son existence, ainsi assailli de toutes parts, se trouvoit
-en péril plus qu'il n'avoit jamais été, étant remis entre les mains
-d'une foible femme et d'un roi enfant.
-
-Or, comme c'est le propre de toute corruption d'aller toujours
-croissant lorsqu'une force contraire n'en arrête pas les progrès, il
-est remarquable que ce que l'influence des Guises, aidée des
-circonstances où l'on se trouvoit alors, avoit su conserver de
-religieux dans la société _politique_, s'étoit éteint par degré, ne
-lui laissant presque plus rien que ce qu'elle avoit de matériel.
-
-Et en effet, sous les derniers Valois, au milieu du machiavélisme d'un
-gouvernement qui avoit fini par se jeter dans l'indifférence
-religieuse et dans tous les égarements qui en sont la suite, nous
-avons vu se former, parmi les grands, un parti qui, sous le nom de
-_politique_, s'étoit placé entre les catholiques et les protestants,
-n'admettant rien autre chose que ce matérialisme social dont nous
-venons de parler, et s'attachant au monarque uniquement parce qu'il
-étoit le représentant de cet ordre purement matériel. Nous avons vu en
-même temps un prince insensé préférer ce parti à tous les autres[38],
-sa politique sophistique croyant y voir un moyen de combattre à la
-fois l'opposition catholique qui vouloit modérer son pouvoir, et
-l'opposition protestante qui cherchoit à le détruire.
-
- [Note 38: Henri III.]
-
-Mais ce parti machiavélique n'avoit garde de s'arrêter là: des
-intérêts purement humains l'avoient fait naître; il devoit changer de
-marche au gré de ces mêmes intérêts. On le vit donc s'élever contre le
-roi lui-même après avoir été l'auxiliaire du roi, s'allier tour à tour
-aux protestants et aux catholiques, selon qu'il y trouvoit son
-avantage; et l'État fut tourmenté d'un mal qu'il n'avoit point encore
-connu. Aidés de la foi des peuples et de la conscience des grands, que
-cette contagion n'avoit point encore atteints, ces Guises, qu'on ne
-peut se lasser d'admirer, eussent fini par triompher de ce funeste
-parti: le dernier d'eux étant tombé, il prédomina.
-
-Chassé de la société politique, la religion avoit son dernier refuge
-dans la famille et dans la société civile. En effet l'opposition
-populaire étoit religieuse, et par plusieurs causes qui plus tard se
-développeront d'elles-mêmes, devoit l'être long-temps encore; mais
-par une inconséquence qui partoit de ce même principe de révolte
-contre le pouvoir spirituel, principe qui avoit corrompu en France
-presque tous les esprits, les parlementaires, véritables chefs du
-parti populaire, refusant de reconnoître le caractère monarchique de
-ce pouvoir et son infaillibilité, cette opposition étoit tout à la
-fois religieuse et démocratique, c'est-à-dire également prête à se
-soulever contre les papes et contre les rois; et elle devoit devenir
-plus dangereuse contre les rois et les papes, à mesure que la foi des
-peuples s'affoibliroit davantage: or, tout ce qui les environnoit
-devoit de plus en plus contribuer à l'affoiblir.
-
-Quant aux protestants, leur opposition doit être plutôt appelée une
-véritable révolte: ou fanatiques ou indifférents (car ils étoient déjà
-arrivés à ces deux extrêmes de leurs funestes doctrines), ils
-s'accordoient tous en ce point qu'il n'y avoit point d'autorité qui ne
-pût être combattue ou contestée, chacun d'eux mettant au-dessus de
-tout sa propre autorité. C'étoient des républicains, ou plutôt des
-démagogues qui conjuroient sans cesse au sein d'une monarchie.
-
-Un principe de désordre animant donc ces trois oppositions (et nous
-avons déjà prouvé que la seule résistance qui soit dans l'ordre de la
-société, est celle de la loi divine, opposée par celui-là seul qui en
-est le légitime interprète aux excès et aux écarts du pouvoir
-temporel[39]; parce que, nous le répétons encore, et il ne faut point
-se lasser de le redire, cette loi est également obligatoire pour celui
-qui commande et pour ceux qui obéissent, devenant ainsi le seul joug
-que puissent légalement subir les rois, et la source des seules vraies
-libertés qui appartiennent aux peuples), par une conséquence
-nécessaire de ce désordre, tout tendoit sans cesse dans le corps
-social à l'anarchie, de même que dans le pouvoir il y avoit tendance
-continuelle au despotisme, seule ressource qui lui restât contre une
-corruption dont lui-même étoit le principal auteur. Pour faire rentrer
-les peuples dans la _règle_, il auroit fallu que les rois s'y
-soumissent eux-mêmes: ne le voulant pas, et n'ayant pas en eux-mêmes
-ce qu'il falloit pour _régler_ leurs sujets, ils ne pouvoient plus que
-les _contenir_. Né au sein du protestantisme, dont il avoit sucé avec
-le lait les doctrines et les préjugés, peut-être Henri IV ne
-possédoit-il pas tout ce qu'il falloit de lumières pour bien
-comprendre la grandeur d'un tel mal, et sa politique extérieure, que
-nous avons déjà expliquée, sembleroit le prouver[40]; peut-être
-l'avoit-il compris jusqu'à un certain point, sans avoir su
-reconnoître quel en étoit le véritable remède, ou, s'il connoissoit ce
-remède, ne jugeant pas qu'il fût désormais possible de l'appliquer.
-Quoi qu'il en soit, son courage, son activité, sa prudence, n'eurent
-d'autre résultat que de lui procurer l'ascendant nécessaire pour
-contenir ces résistances, ou rivales ou ennemies de son pouvoir; et
-leur ayant imposé des limites que, tant qu'il vécut, elles n'osèrent
-point franchir, il rendit à son successeur la société telle qu'il
-l'avoit reçue des rois malheureux ou malhabiles qui l'avoient précédé.
-
- [Note 39: _Voy._ 1re partie de ce volume, p. 227 et Seqq.]
-
- [Note 40: _Voy._ 1re partie de ce volume, p. 432.]
-
-Sous l'administration foible et vacillante d'une minorité succédant à
-un règne si plein d'éclat et de vigueur, ces oppositions ne tardèrent
-point à reparoître avec le même caractère, et ce que le temps y avoit
-ajouté de nouvelles corruptions. De la part des grands, il n'y a plus
-pour résister au monarque ni ces motifs légitimes, ni même ces
-prétextes plausibles de conscience et de croyances religieuses qui,
-sous les derniers règnes, les justifioient ou sembloient du moins les
-justifier: ces grands veulent leur part du pouvoir; ils convoitent les
-trésors de l'état; ils sont à la fois cupides et ambitieux. Aveugle
-comme tout ce qui est passionné, cette opposition aristocratique
-essaie de soulever en sa faveur l'opposition populaire, soit qu'elle
-provoque une assemblée d'états-généraux, soit qu'elle réveille dans
-le parlement cet ancien esprit de mutinerie et ces prétentions
-insolentes qui, dès que l'occasion lui en étoit offerte, ne manquoient
-pas aussitôt de se reproduire. On la voit s'allier à l'opposition
-protestante avec plus de scandale qu'elle ne l'avoit fait encore; et,
-se fortifiant de ces divisions, celle-ci marche vers son but avec
-toute son ancienne audace, des plans mieux combinés, plus de chances
-de succès, et ne traite avec tous les partis que pour assurer
-l'indépendance du sien. Enfin la cour elle-même, ainsi assaillie de
-toutes parts, ayant fini par se partager entre un jeune roi que ses
-favoris excitoient à se saisir d'un pouvoir qui lui appartenoit, et sa
-propre mère qui vouloit le retenir, le désordre s'accroissoit encore
-de ces scandaleuses dissensions.
-
-Et qu'on ne dise point que les mêmes désordres reparoissent à toutes
-les époques où le gouvernement se montre foible, et qu'en France les
-minorités furent toujours des temps de troubles et de discordes
-intestines: ce seroit n'y rien comprendre que de s'arrêter à ces
-superficies. Dans ces temps plus anciens, et, en apparence, plus
-grossiers, les désordres que les passions politiques excitoient dans
-la société n'avoient ni le même principe ni les mêmes conséquences: la
-corruption étoit dans les coeurs plus que dans les esprits; et lorsque
-ces passions s'étoient calmées, des croyances communes rétablissoient
-l'ordre comme par une sorte d'enchantement, ramenant tout et
-naturellement à l'unité[41]. On voyoit le régulateur suprême de la
-grande société catholique, le père commun des fidèles (et les
-témoignages s'en trouvent à presque toutes les pages de l'histoire),
-s'interposant sans cesse entre des rois rivaux, entre des sujets
-rebelles et des maîtres irrités. Sa voix puissante et vénérable
-finissoit toujours par se faire entendre; et, grâce à son intervention
-salutaire, cette loi divine et universelle qui est la vie des
-sociétés, reprenoit toute sa puissance. Maintenant cette grande
-autorité étoit presque entièrement méconnue: les croyances communes,
-seul lien des intelligences, étoient impunément attaquées, minées de
-toutes parts par le principe de l'hérésie protestante, dissolvant le
-plus actif qui, depuis le commencement du monde, eût menacé
-l'existence des nations; le pouvoir temporel s'étant privé de son seul
-point d'appui, devenoit violent ne pouvant plus être fort, et se
-conservoit ainsi pour quelque temps par ce qui devoit achever de le
-perdre; de même, et par une conséquence nécessaire, l'obéissance dans
-les sujets se changeoit en servitude, ce qui les tenoit toujours
-préparés pour la révolte; et dès que cet ordre factice et matériel
-étoit troublé, ce n'étoit plus d'une crise passagère, mais d'un
-bouleversement total que l'État étoit menacé, et l'existence même de
-la société étoit mise sans cesse en question.
-
- [Note 41: Sous les deux premières races, et particulièrement
- vers le déclin de la seconde, le désordre politique étoit
- aussi grand, plus grand peut-être qu'à aucune autre époque
- de la monarchie; et il y eut un moment où la dissolution de
- toutes les parties du corps social sembla être arrivée à son
- dernier période, et ne plus laisser aucun espoir. Quelle fut
- la puissance qui rendit tout à coup à cette monarchie, qui
- périssoit pour ainsi dire au sortir de l'enfance, cette vie
- prête à s'éteindre, et la lui rendit pour une longue suite
- de siècles? La religion, encore un coup, seul principe vital
- des sociétés, et dont la nation entière étoit en quelque
- sorte imprégnée. Ce fut elle qui, après avoir défendu les
- peuples contre les excès du pouvoir temporel, rendit à ce
- pouvoir lui-même l'énergie dont il avoit besoin, le préserva
- de ses propres fureurs, et lui indiqua les bornes dans
- lesquelles il eût dû se renfermer pour se maintenir, se
- fortifier, et tout coordonner autour de lui. Séparé depuis
- de l'autorité spirituelle, nous le voyons, sous la troisième
- race, décliner de nouveau, et plusieurs circonstances, dont
- la cause est encore dans cette même religion, rendent sa
- chute moins rapide et moins sensible; mais cette fois-ci il
- tombe pour ne se plus relever.]
-
-Le mal étoit-il donc dès lors sans ressource; et ce germe de mort que
-non-seulement la France, mais toute l'Europe chrétienne portoit dans
-son sein, étoit-il déjà si actif et si puissant, qu'il fût devenu
-impossible de l'étouffer? C'est là une question qu'il n'est donné
-peut-être à personne de résoudre; mais, ce qui est hors de doute,
-c'est qu'il appartenoit à la France, plus qu'à toute autre puissance
-de la chrétienté, de tenter cette grande et sainte entreprise, de
-donner au monde chrétien l'exemple salutaire de rentrer dans les
-anciennes voies; et tout porte à croire que d'autres nations l'y
-auroient suivie. Voilà que les circonstances portent à la tête des
-affaires, à travers mille obstacles qu'il a su vaincre avec la plus
-rare habileté, un homme d'une grande capacité et d'un grand caractère:
-il a saisi d'une main ferme le timon de l'État; et pour la première
-fois depuis le commencement du nouveau règne, les factions qui
-l'agitent commencent à sentir le poids d'une volonté. Cet homme est un
-prince de l'église: on doit croire qu'il est nourri de ses maximes,
-qu'il en comprend la politique, que c'est sous son ministère que
-s'arrêteront les progrès du mal, que s'opèrera peut-être une
-révolution entière dans le système funeste qui, depuis deux siècles,
-détruit la société. Rien de tout cela n'arrivera: cet esprit si
-pénétrant demeurera sans intelligence pour toutes ces choses; cette
-volonté si inflexible ne déploiera son énergie que pour fortifier et
-accroître un si grand mal; cette activité si prodigieuse, que pour le
-répandre partout et le rendre à jamais irrémédiable: Richelieu sera à
-lui seul plus funeste à la société que tous ceux qui ont gouverné
-avant lui.
-
-Dès les commencements de son administration, il laissa entrevoir
-quelle seroit sa politique relativement aux affaires générales de
-l'Europe: mais il falloit se rendre le maître dans l'intérieur avant
-de songer à exercer au dehors une véritable influence; et, destinés à
-nous trouver presque toujours en contradiction avec les historiens qui
-nous ont précédé, nous le louerons de ce qu'il fit pour y parvenir,
-lorsque, sous ce rapport, la plupart d'entre eux l'ont dénigré[42]. Le
-désordre étoit alors à son comble, et nous ne pouvons l'exprimer plus
-vivement qu'en empruntant ses propres paroles. «Lorsque votre majesté,
-dit-il au roi dans son testament politique[43], se résolut de me
-donner en même temps et l'entrée de ses conseils et grande part à sa
-confiance, je puis dire avec vérité que les huguenots partageoient
-l'État avec elle; que les grands se conduisoient comme s'ils n'eussent
-pas été ses sujets, et les plus puissants gouverneurs de province,
-comme s'ils eussent été souverains en leurs charges... Je puis dire
-que chacun mesuroit son mérite par son audace; qu'au lieu d'estimer
-les bienfaits qu'ils recevoient de votre majesté par leur propre prix,
-ils n'en faisoient cas qu'autant qu'ils étoient proportionnés au
-déréglement de leur fantaisie; et que les plus entreprenants étoient
-estimés les plus sages, et se trouvoient souvent les plus heureux.» Il
-s'étoit proposé de remédier efficacement à de si grands abus; et il
-avoit promis au roi d'employer toute son industrie et toute l'autorité
-qui lui étoit confiée «pour ruiner le parti huguenot, rabaisser
-l'orgueil des grands, réduire ses sujets dans les bornes de leur
-devoir, et relever son nom dans les nations étrangères au point où il
-devoit être[44].»
-
- [Note 42: En abattant les grands, il détruisit, dit-on,
- l'opposition aristocratique en France, et renversa ainsi la
- dernière barrière qui s'élevoit encore contre le despotisme
- de la cour. On se trompe: cette opposition de la noblesse
- s'étant faite toute matérielle, et ne pouvant plus être ni
- dirigée ni contenue par le principe religieux à qui seul il
- appartient de légitimer et coordonner toute puissance, soit
- qu'elle _commande_, soit qu'elle _résiste_, étoit devenue
- elle-même un principe d'anarchie, et par conséquent de
- destruction. Les faits le prouvent mieux que tous les
- raisonnements. Or, qui ne sait que, lorsque la société est
- arrivée à ce degré de corruption, l'anarchie ne peut être
- vaincue et comprimée que par le despotisme? Et sans doute,
- des deux maux celui-ci est le moindre, puisque tant qu'il a
- le pouvoir, le despote conserve l'état, par cela seul qu'il
- veut se conserver lui-même. Si Richelieu, devenu maître
- absolu sur les débris de tant de résistances purement
- anarchiques, eût cherché à modérer le pouvoir sans bornes
- qu'il avoit conquis, en adoptant une politique chrétienne
- dans un royaume chrétien, il n'est point de bons effets
- qu'il n'eût pu produire et d'éloges qu'on ne dût lui
- donner.]
-
- [Note 43: Première partie, ch. I.]
-
- [Note 44: _Test. polit._ Première partie, ch. I.]
-
-Il marcha donc constamment vers ce double but avec un courage et une
-persévérance que rien ne put ébranler, au milieu de périls et
-d'obstacles qu'une âme aussi forte et une volonté aussi inflexible
-pouvoient seules surmonter. Tant qu'il le jugea nécessaire, il
-dissimula avec les huguenots, dont les révoltes et les insolences
-alloient toujours croissant: pour pouvoir en finir avec ces sectaires,
-il lui falloit terminer ou du moins suspendre les guerres extérieures
-dont ils savoient si bien profiter, remettre l'ordre dans les
-finances, relever la marine françoise, qui, dans une si grande
-entreprise, lui devoit être un si puissant auxiliaire. Il y parvint;
-et tout étant ainsi préparé, ses projets éclatèrent au milieu d'une
-conspiration de la cour soulevée presque tout entière contre lui,
-conspiration qui menaçoit sa vie et le roi lui-même des derniers
-attentats[45]. Les chefs du complot, et parmi eux des princes du sang,
-sont arrêtés[46]; ceux des conjurés qui avoient des gouvernements de
-provinces en sont à l'instant même dépouillés; le duc d'Anjou, dont
-ils avoient fait le prétexte et l'instrument de leurs machinations,
-est forcé de se soumettre[47], et, dans la frayeur dont il est saisi,
-déclare lui-même ses complices; un de ces grands, le prince de
-Chalais, monte sur l'échafaud, et ses pareils commencent à reconnoître
-que leurs rébellions ne sont pas privilégiées, que leurs personnes ne
-sont pas inviolables. Ce coup, frappé à propos, en impose: le siége de
-La Rochelle, qui n'eût jamais été entrepris si la terreur ne se fût
-pas mise parmi les ennemis du cardinal, est commencé, poursuivi,
-achevé sous la direction même du ministre, malgré toutes les
-difficultés que présentoit une position jusque là jugée inexpugnable,
-tous les dangers que faisoit renaître sans cesse une résistance
-désespérée, et tous les obstacles qu'osoit y apporter encore cette
-faction des grands qui ne vouloit pas que la ville fût prise, parce
-que son ambition avoit besoin de l'existence des protestants. Ce
-boulevard du protestantisme tombe enfin: alors tout prend dans cette
-guerre, jusqu'alors si périlleuse, une marche prompte et décisive. Une
-année se passe à peine que le parti huguenot est forcé partout de se
-remettre à la discrétion du vainqueur, humilié par ses continuelles
-défaites, dompté par le sac de ses villes, par le supplice de ses
-chefs, réduit à vivre désormais tranquille et soumis au milieu de ses
-forteresses démolies et ouvertes de toutes parts[48]. L'entrée
-triomphante du cardinal dans Montauban fut la dernière scène de ce
-grand événement.
-
- [Note 45: Gaston, duc d'Anjou et frère du roi, refusoit
- obstinément d'épouser mademoiselle de Montpensier. Le roi et
- la reine-mère s'étoient déclarés pour ce mariage; et le
- cardinal, dans l'intention de plaire à tous deux, en
- pressoit vivement la conclusion. Alors les diverses cabales
- de la cour, quoique divisées entre elles, attentives à tout
- ce qui pouvoit les faire sortir de l'état de dépendance où
- Richelieu avoit résolu de les réduire, se rassemblent,
- délibèrent, forment des complots; et dans ces complots il
- n'étoit question de rien moins que d'assassiner le ministre,
- de détrôner le roi, de l'enfermer dans un couvent comme
- imbécile, et de mettre à sa place son frère, à qui l'on
- auroit fait épouser la jeune reine Anne d'Autriche.]
-
- [Note 46: Entre autres le duc de Vendôme et son frère le
- grand prieur; le comte de Soissons n'évita la prison qu'en
- sortant précipitamment du royaume. Le maréchal d'Ornano fut
- renfermé à Vincennes, où il mourut; ce qui lui évita
- l'échafaud, où il auroit indubitablement suivi le prince de
- Chalais.]
-
- [Note 47: Il consentit à épouser mademoiselle de
- Montpensier; et ce fut à l'occasion de ce mariage qu'il prit
- le titre de duc d'Orléans, ayant reçu en apanage l'Orléanois
- et le pays Chartrain; et cet apanage fut un piége qu'on lui
- tendit pour le déterminer à sacrifier tous ceux qui
- l'avoient servi, ce qu'il fit sans la moindre difficulté.]
-
- [Note 48: C'est alors qu'il acheva d'exécuter le projet
- hardi et profondément conçu par Luynes, de faire démolir,
- non-seulement toutes les places fortes des protestants, mais
- encore d'abattre dans l'intérieur de la France toutes les
- fortifications qui y existoient encore. Ce fut là le coup
- mortel porté à la ligue protestante et à celle de la haute
- noblesse, toujours subsistante et toujours prête à de
- nouveaux attentats.]
-
-Tout n'étoit pas fini pour l'heureux ministre: la cabale de la cour,
-un moment déconcertée par des succès si éclatants, n'en devint que
-plus furieuse et plus ardente contre lui, lorsqu'après l'événement de
-la guerre de Mantoue[49], non moins glorieux pour les armes du roi,
-elle le vit si avant dans la faveur de son maître, que tout pouvoir
-lui étoit donné, et qu'il falloit que tout pliât sous ses volontés. La
-reine-mère, qui l'avoit protégé tant qu'elle avoit cru trouver en lui
-un instrument de cette ambition puérile dont elle étoit possédée de se
-mêler sans cesse des intrigues du cabinet et des affaires de l'état,
-se déclare dès ce moment son ennemie la plus acharnée. Gaston, que sa
-qualité d'héritier du trône rendoit alors plus considérable qu'il ne
-le fut depuis, unit ses ressentiments à ceux de sa mère: tout se
-rallie autour de ces deux personnages éminents; le roi seul défend son
-ministre; et cependant, poursuivi par les larmes et par les
-emportements de la reine, il chancèle un moment, et l'on espère qu'il
-va l'abandonner; Richelieu lui-même se croit perdu, et fait les
-préparatifs de sa retraite. Tout change de face en un seul jour, que
-l'histoire a rendu célèbre sous le nom de _journée des dupes_. Le
-cardinal a avec le roi une entrevue qu'il croit la dernière: il en
-sort plus puissant et plus redoutable que jamais; et, vainqueur de ses
-ennemis, il sait profiter de la victoire. L'obstination et la conduite
-imprudente de Marie de Médicis lui servent à aigrir contre elle
-l'esprit de son fils, qui finit par s'en éloigner sans retour,
-lorsqu'il la voit attirer la jeune reine dans son parti et mêler
-l'Espagne à toutes ces querelles. Cependant la haine froide et
-profondément calculée du ministre demandoit, au milieu de cette cour,
-presque entière conjurée contre lui, une victime dont la chute y
-répandît l'effroi et la consternation: le maréchal de Marillac fut
-celle qu'il choisit. Celui-ci étoit coupable sans doute, mais non pas
-assez pour porter sa tête sur un échafaud, si la vengeance du cardinal
-ne l'eût poursuivi. Avant même qu'on l'eût arrêté, le garde-des-sceaux
-son frère avoit déjà été disgracié et exilé. Le procès du maréchal,
-qui fut long, n'étoit pas encore terminé[50], que Gaston, dont
-Richelieu s'étoit ressaisi un moment par le moyen de ses favoris, se
-déclare de nouveau contre lui au gré de ces mêmes favoris: les
-ennemis du ministre croient enfin avoir trouvé une dernière occasion
-de le perdre; et pour rendre cette occasion décisive, leurs conseils,
-et particulièrement ceux de la reine-mère, poussent le foible prince à
-faire un éclat, à quitter la cour et à se mettre ouvertement à la tête
-du parti qui demandoit la disgrâce et l'exil de Richelieu. La cabale
-s'agite alors avec plus de violence que jamais, et conçoit de cette
-retraite les plus grandes espérances; il en fut autrement: ce que
-Marie de Médicis avoit considéré comme un moyen de reprendre son
-ancien ascendant, fut précisément ce qui acheva de la perdre. D'accord
-avec son ministre, qui désormais le menoit à son gré, le roi exile sa
-mère à Compiègne, où, de même qu'à Blois, elle est gardée à vue et
-traitée en prisonnière. Tous ses confidents sont exilés ou arrêtés.
-Gaston continuant de cabaler à Orléans, où il s'étoit renfermé, son
-frère marche contre lui à la tête d'une armée, le suit dans sa fuite
-jusqu'en Bourgogne, et le force à sortir de France et à se réfugier en
-Lorraine. Le maréchal de Bassompierre, qui avoit trempé dans ce
-dernier complot, est enfermé à la Bastille, où il seroit resté jusqu'à
-la fin de ses jours, si Richelieu ne fût mort avant lui; le duc de
-Guise, autre partisan de Gaston, se hâte de se retirer dans son
-gouvernement, et n'évite qu'en s'exilant lui-même volontairement le
-ressentiment du cardinal; enfin Marie de Médicis s'échappe de sa
-prison, ou, pour mieux dire, l'habile ministre s'en débarrasse en la
-laissant échapper. Elle se retire aux Pays-Bas, et quitte ainsi
-follement la France, où il étoit bien résolu de ne la jamais laisser
-rentrer. Dès ce moment la cour, déserte de tous ses ennemis, se peuple
-de ses flatteurs et de ses créatures; Richelieu est maître absolu,
-maître sans rivaux et sans contradicteurs: c'est alors qu'il achève de
-se faire connoître, que son regard embrasse l'Europe, et que sa
-funeste politique se développe à tous les yeux.
-
- [Note 49: L'empereur, le roi d'Espagne, le duc de Savoie et
- presque toute l'Italie s'étoient déclarés contre le duc de
- Nevers, Charles de Gonzague, héritier légitime du duché de
- Mantoue vacant par la mort du dernier duc, Vincent, mort en
- 1627. Le cardinal détermina le roi à soutenir les droits du
- nouveau duc, et à se mettre lui-même à la tête de l'armée
- qu'il destinoit à l'établir dans la souveraineté dont
- vouloient l'exclure tant et de si puissants princes. Il y
- réussit complétement.]
-
- [Note 50: Richelieu le fit juger par des commissaires qui
- lui étoient entièrement dévoués, repoussant avec hauteur et
- même avec violence toutes les démarches que fit le parlement
- pour attirer à lui cette grande affaire. Le maréchal fut
- condamné à mort pour concussion: il ne fut en effet que trop
- prouvé que, sous ce rapport, il étoit loin d'être sans
- reproche; mais bien d'autres étoient coupables du même
- délit, que l'on ne songeoit point à inquiéter, et les agents
- qui l'avoient aidé dans les malversations qu'on lui
- reprochoit ne furent pas même décrétés. Sa mort excita la
- compassion des uns, l'indignation des autres; et il n'étoit
- personne alors qui ne fût persuadé que le jugement étoit
- inique et que le maréchal avoit été sacrifié à la haine et à
- la politique du premier ministre.]
-
-Abaisser la maison d'Autriche, c'est-à-dire détruire autant qu'il
-étoit en lui la seule puissance qui, de concert avec la France, pût
-soutenir la société chrétienne, la défendre contre l'ennemi redoutable
-dont elle étoit pressée de toutes parts, et qui pénétroit, pour ainsi
-parler, jusque dans ses entrailles, tel étoit le projet qu'avoit
-depuis long-temps conçu un prince de l'église catholique, apostolique
-et romaine; et ce projet, il le poursuivit, comme tout ce qu'il
-entreprenoit, avec une constance, une activité, une vigueur, que l'on
-pourroit trouver admirables s'il s'étoit proposé un autre but, mettant
-l'Europe en feu et la France elle-même en péril pour y réussir, et y
-employant des moyens qui passent en perversité tous ceux que la
-corruption des règnes précédents avoit pu imaginer.
-
-Certes, la politique de la maison d'Autriche, au milieu de ces graves
-circonstances, est loin de mériter des éloges: c'étoit celle de son
-temps; et, pour nous servir d'une expression devenue fameuse de nos
-jours, _elle marchoit avec son siècle_, et s'enfonçoit autant qu'il
-étoit en elle dans les intérêts purement matériels de la société. Nous
-avons fait voir quelle avoit été la folle ambition de Philippe II, sa
-conduite cauteleuse envers la France, et, dans nos guerres de
-religion, l'hypocrisie de son zèle religieux. Sous ses successeurs,
-ces dispositions hostiles et cette marche insidieuse n'avoient point
-changé: le cabinet d'Espagne surtout n'avoit point cessé, autant qu'il
-étoit en lui, de fomenter nos discordes intestines, dans l'espoir
-insensé d'en faire son profit. Mais, quoi qu'il en pût être de ses
-fausses maximes et des artifices de sa politique, il n'en est pas
-moins vrai de dire que, par la position où la Providence l'avoit
-placée et malgré les fautes qu'elle n'avoit cessé de commettre, la
-maison d'Autriche se trouvoit en Europe à la tête du parti catholique
-et l'ennemie naturelle de tous ses ennemis. En Allemagne elle étoit
-établie comme un boulevard de la chrétienté contre les protestants et
-les sectateurs de Mahomet; et, tandis qu'elle y contenoit l'hérésie
-protestante par la terreur de ses armes; que, s'étendant par-delà les
-confins de l'Italie, elle l'empêchoit de pénétrer dans le centre même
-de la société religieuse, ses tribunaux ecclésiastiques lui fermoient
-l'entrée de la péninsule, et l'étouffoient à l'instant même dans son
-germe, dès qu'elle osoit s'y montrer. Sans cesse attentifs à ce qui se
-passoit au milieu du monde chrétien, les papes, dont l'oeil pénétrant
-avoit saisi toute l'étendue du mal, mettoient dans cette royale
-famille leurs plus chères espérances; et, portant d'un autre côté
-leurs regards sur ces rois de France, qu'ils appeloient toujours les
-fils aînés de l'Église, ils voyoient et avoient raison de voir, dans
-l'union de ces deux puissances, le salut de la chrétienté. C'étoit
-vers cette union salutaire que se portoient tous leurs désirs; c'étoit
-pour la former qu'ils mettoient en jeu tous les ressorts de leur
-politique, qu'ils employoient ce reste d'influence que le respect
-humain leur avoit encore conservé dans les affaires générales de
-l'Europe. Ils crurent un moment avoir atteint ce but par le mariage de
-Louis XIII avec une infante; et, si la France eût eu à la tête de ses
-affaires un autre homme que Richelieu, peut-être y seroient-ils
-parvenus[51].
-
- [Note 51: Dans les brouilleries qui s'élevèrent entre la
- France et l'Espagne, au sujet de l'affaire de Mantoue, le
- duc de Savoie chargea son envoyé à Paris «de conférer en
- particulier avec M. le cardinal de Bérulle, en l'absence de
- M. le cardinal de Richelieu, et de lui remontrer combien il
- convenoit au service de Dieu, à la foi catholique et au bien
- de la France, de maintenir l'union des couronnes de France
- et d'Espagne, pour conduire à une heureuse fin _les
- entreprises commencées avec tant de prospérité et de
- gloire_.» (_Mercure franc._, t. XV, p. 504.) Il vouloit
- parler de la destruction de l'hérésie. On a de nombreux
- témoignages que cette opinion qu'énonçoit un prince
- chrétien, étoit alors partagée par tout ce qu'il y avoit
- d'honnêtes gens en France et dans la chrétienté.]
-
-Mais depuis que ce royaume étoit gouverné par les maximes qui
-tendoient à séparer sans cesse la politique de la religion, il ne
-s'étoit point encore rencontré un esprit plus imbu de ces doctrines
-dangereuses, plus habile à les réduire en système, plus ardent à les
-mettre en pratique, que ce trop fameux ministre. Déjà, et dès le
-commencement de son ministère, il avoit fait voir, dans l'affaire de
-la Valteline, quels étoient ses principes politiques et dans quelles
-voies il étoit résolu de marcher[52]; dès lors on l'avoit vu opposer
-aux dangers qui menaçoient la religion catholique la _raison d'état_,
-et donner sujet de faire au roi très-chrétien ce reproche que, tandis
-que ses armes étoient employées d'un côté à détruire l'hérésie dans
-son royaume, de l'autre, elles l'aidoient à se relever dans les pays
-étrangers.
-
- [Note 52: Les Grisons, qui étoient protestants, réclamoient
- la souveraineté de la Valteline, alors au pouvoir de
- l'Espagne, et dont les habitants étoient catholiques. La
- France exigeoit que ce pays fût restitué à ceux qu'elle
- appeloit ses _légitimes_ souverains. Le roi d'Espagne et le
- pape objectoient avec juste raison que c'étoit en exposer la
- population entière à devenir hérétique, et proposoient tout
- autre parti plutôt que de les remettre sous la domination de
- leurs anciens maîtres. Richelieu ne voulut rien entendre,
- opposant toujours ce qu'il appeloit la _justice_ et le
- _droit des gens_ à l'intérêt de la religion, si visiblement
- menacée par une semblable restitution. Ébranlé par tout ce
- qu'il entendoit dire contre la résolution de son ministre,
- et peut-être aussi par le murmure de sa conscience, le roi
- convoqua à Fontainebleau, le 29 septembre 1625, une
- assemblée de prélats, de magistrats, de seigneurs de sa
- cour, afin de s'éclairer de leurs lumières sur le parti à
- prendre dans une affaire aussi importante et aussi délicate.
- L'opinion contraire y fut soutenue avec beaucoup de chaleur
- et de force; mais le cardinal mit plus d'opiniâtreté encore
- à soutenir la sienne, séparant sans cesse dans son discours
- _les affaires d'état de celles de la religion_; et ce fut
- son avis qui l'emporta, au grand scandale de tous les
- opposants.]
-
-La maison d'Autriche, disent les apologistes de Richelieu, tendoit à
-la monarchie universelle; il falloit arrêter une ambition qui n'avoit
-plus de bornes. Cette accusation vague, si souvent répétée et si
-légèrement crue parce qu'elle n'a été que foiblement contredite, tombe
-d'elle-même dès que l'on considère avec un peu d'attention et la
-situation de l'Europe et celle de cette famille souveraine. Placée en
-Allemagne à la tête d'une confédération de petits souverains, sous la
-condition expresse de protéger leurs droits et de garder leurs
-constitutions, nul d'entre eux n'eût été disposé à l'aider dans ses
-projets dont le résultat eût été de les asservir eux-mêmes; et
-Ferdinand II venoit de l'éprouver, lorsque, après avoir abattu deux
-ligues protestantes qui s'étoient formées contre lui, il s'étoit vu
-arrêter dans ses projets de domination absolue par les électeurs
-catholiques eux-mêmes, qui vouloient que l'empereur fût le protecteur
-et non le maître de l'empire[53]. Impuissante de ce côté pour exécuter
-des projets aussi gigantesques, que pouvoit-elle en Espagne, en Italie
-et dans les Pays-Bas? On l'a vu sous Charles-Quint, lequel cependant
-réunissoit sur sa tête toutes ces couronnes depuis divisées, lorsque,
-après la bataille de Pavie, la France sembloit être réduite aux
-dernières extrémités; on l'a vu, sous Philippe II, lorsqu'elle étoit
-déchirée par les partis, et d'un bout à l'autre livrée à toutes les
-horreurs de la guerre civile. Ni par leurs intrigues, ni par la force
-de leurs armes, ces princes si habiles et si puissants n'avoient pu
-venir à bout de se maintenir dans une seule de ses provinces.
-Étoit-ce, lorsque le dernier coup venoit d'être porté dans ce royaume
-au protestantisme, lorsque l'autorité royale y avoit repris toute sa
-force au milieu des partis abattus, que l'on pouvoit sérieusement en
-craindre la conquête par le roi d'Espagne? Non; cette crainte
-chimérique eût été indigne de Richelieu: c'étoit un sujet ambitieux
-qui vouloit se rendre nécessaire à son maître en concevant des projets
-que lui seul sembloit capable d'exécuter; et c'étoit parce qu'il
-n'avoit point d'autre conscience politique que celle des intérêts
-matériels de la France, qu'il avoit conçu de semblables projets.
-
- [Note 53: Ce prince, aidé de la ligue catholique, dont le
- chef étoit le duc de Bavière, venoit de reconquérir la
- Bohème sur l'électeur palatin, qui avoit eu l'audace de
- profiter de la révolte de ses habitants pour s'en emparer et
- s'en faire déclarer roi. Ce fut là, ainsi que nous l'avons
- déjà dit (pag. 52), la première période de la guerre de
- trente ans, dite période _palatine_, laquelle, commencée en
- 1618, finit en 1625. L'électeur palatin, qui s'étoit sauvé
- en Hollande, fut mis au ban de l'empire, et Tilly acheva
- d'écraser les princes protestants qui combattoient encore
- pour lui, même après sa retraite, dans un combat qu'il leur
- livra en 1623, près de Stadlo, dans l'évêché de Munster. La
- dignité d'électeur palatin fut alors donnée au duc de
- Bavière, et le Palatinat partagé entre lui et les Espagnols.
- Tout sembloit devoir être fini; mais l'empereur, enhardi par
- le succès, conçut des projets plus vastes: ses troupes se
- répandirent dans toute l'Allemagne; il fit des coups
- d'autorité qui inquiétèrent la ligue protestante; et la
- liberté du corps germanique parut menacée. Aussitôt il se
- forma une confédération nouvelle pour la défendre, à la tête
- de laquelle parut le roi de Danemarck. C'est la seconde
- période de cette même guerre, connue sous le nom de _période
- danoise_, qui commence en 1625 et finit en 1630. L'empereur
- y remporte des succès encore plus brillants et plus
- décisifs; et c'est alors que le fameux Walstein (ou
- Vallenstein) se montre, à la tête de ses armées, le plus
- habile et le plus heureux capitaine de l'Europe. Vainqueur
- une seconde fois, et plus puissant alors qu'il n'avoit
- jamais été, Ferdinand exerça quelque temps en Allemagne un
- pouvoir absolu, dont les princes protestants ressentirent
- seuls les atteintes, mais qui commença néanmoins à déplaire
- aux princes catholiques. Tant qu'il conserva réunies les
- forces imposantes qu'il avoit sur pied, ce mécontentement
- général n'osa point éclater: à peine les eut-il divisées,
- que la diète électorale, qu'il avoit rassemblée à Ratisbonne
- en 1630 pour obtenir d'elle l'élection de son fils à la
- dignité de roi des Romains, s'éleva contre lui, et le força
- par ses plaintes, et, même par ses menaces, à réformer une
- grande partie de ses troupes et à renvoyer leur général.
- Brulart de Léon, ambassadeur du roi de France, et le fameux
- père Joseph, capucin, envoyés à la diète par le cardinal de
- Richelieu, aidèrent les électeurs à obtenir ce triomphe sur
- l'empereur; et ainsi se préparèrent les voies qui devoient
- bientôt introduire le roi de Suède dans le sein de
- l'empire.]
-
-Ainsi donc, cherchant de toutes parts des ennemis à la maison
-d'Autriche et n'en trouvant point de plus ardents contre elle que les
-princes protestants d'Allemagne; les voyant, dans ce moment même, plus
-irrités que jamais contre l'empereur Ferdinand, qui usoit, plus
-violemment peut-être que ne l'eût voulu une sage politique, des
-avantages que lui donnoit cette suite continuelle de victoires[54]
-qu'il devoit au génie de Walstein, et dont l'éclat étoit tel que le
-souverain lui-même qui en recueilloit le fruit, étoit importuné de la
-gloire de son sujet; s'apercevant que le mécontentement avoit gagné
-jusqu'aux princes catholiques, que les entreprises et les manières
-trop hautaines du chef de l'empire commençoient à alarmer pour leurs
-propres priviléges, il jeta les yeux sur le roi de Suède qu'on lui
-avoit représenté comme un homme supérieur, comme un chef propre à
-rendre formidable la ligue nouvelle qu'il vouloit former contre
-l'empereur. Bien qu'il ait cru devoir s'en défendre, lorsque la
-clameur publique l'accusa d'avoir excité un prince protestant à entrer
-à main armée dans un pays catholique, il est certain que ce fut
-Richelieu lui-même qui l'y poussa, après avoir ménagé un accommodement
-entre lui et Sigismond, roi de Pologne, qui lui disputoit la couronne
-de Suède, et que ce prince entreprenant étoit venu chercher et
-combattre jusque dans ses propres états. Par suite d'un traité signé
-avec la France, Gustave aborda sur les côtes de la Poméranie le 24
-juin 1630; et alors commença cette partie de la guerre de trente ans
-qui est désignée sous le nom de _Période suédoise_.
-
- [Note 54: _Voyez_ la note de la page précédente.]
-
-Qui n'en connoît les succès, les revers, les désastres effroyables? Le
-héros de la Suède entra comme un torrent en Allemagne: la ligue
-protestante à la tête de laquelle s'étoit mis l'électeur de Saxe,
-après avoir un moment balancé à se joindre à lui, et comme si elle eût
-craint de se donner un nouveau maître, finit par se rallier sous ses
-drapeaux; et la ligue catholique étant demeurée indécise, rien ne
-s'opposa d'abord à la marche du vainqueur. Il prend sa revanche du sac
-de Magdebourg[55] à la bataille de Leipzic, où il remporte une
-victoire complète sur le féroce Tilly. De là, tandis que les Saxons
-pénétroient en Bohème et en Silésie, il parcourt rapidement les
-provinces de Franconie, du Haut-Rhin, de Souabe et de Bavière, toutes
-les villes lui ouvrant leurs portes, et tous les princes protestants
-s'empressant de faire alliance avec lui. Il passe ensuite le Rhin à
-Oppenheim, force le 15 avril 1632 le passage du Lech[56]; et le 17 mai
-suivant il entre triomphant dans Munich. C'est alors que Ferdinand,
-naguère au faîte de la puissance, est réduit à la dure extrémité de
-s'humilier à son tour devant le sujet orgueilleux dont il avoit
-abaissé l'orgueil; et Walstein lui fait acheter aux conditions les
-plus dures la grâce qu'il veut bien lui faire de reprendre le
-commandement de ses armées. Sa première opération est de chasser les
-Saxons de la Bohème; puis il transporte le théâtre de la guerre en
-Saxe, pour forcer le roi de Suède à quitter la Bavière. Bientôt les
-deux armées ennemies sont en présence à Lutzen: la bataille s'engage;
-Gustave est tué au premier choc; mais les Suédois n'en sont pas moins
-vainqueurs; et Walstein, forcé de se retirer en Bohème, se contente
-d'en défendre l'entrée à l'armée victorieuse. C'est alors que la
-situation précaire où se trouvoit son souverain lui fait concevoir des
-projets ambitieux que Richelieu favorise, et dont il auroit profité
-sans la catastrophe tragique qui termina la vie de cet illustre
-ambitieux. Instruit qu'il le trahissoit, et impuissant à faire punir
-juridiquement un sujet devenu en quelque sorte le rival de son maître,
-Ferdinand le fit assassiner à Egra le 25 février 1634. Le roi de
-Hongrie paroît alors à la tête des armées impériales, et signale ses
-premières armes par la victoire de Nordlingue, où il écrase l'armée
-des confédérés. L'assemblée générale des états protestants, qui
-s'alloit réunir à Francfort-sur-le-Mein pour renouveler l'alliance
-avec la Suède, se dissipe d'elle-même à la première nouvelle de cette
-défaite; l'électeur de Saxe, l'ennemi le plus acharné de Ferdinand,
-est le premier à faire sa paix avec lui: et le traité de Prague, dans
-lequel le chef de l'empire reprit une partie de son ancien ascendant,
-ayant été accepté par la plupart des princes protestants, le parti
-Suédois parut abattu et ruiné sans retour[57].
-
- [Note 55: Les habitants de Magdebourg, comptant sur
- l'assistance du roi de Suède, n'avoient voulu écouter aucune
- des sommations que leur avoit faites le général de
- l'empereur. La ville ayant été emportée d'assaut le 10 mai
- 1631, Tilly l'abandonna à la fureur des soldats, qui
- passèrent presque tous les habitants au fil de l'épée. Tout
- y fut détruit de fond en comble, et il ne resta debout que
- la cathédrale et quelques cabanes de pêcheurs.]
-
- [Note 56: Tilly y reçut une blessure, dont il mourut trois
- jours après.]
-
- [Note 57: Le ministre suédois Oxenstirn fut si effrayé de
- cette défection générale de la ligue protestante, qu'il
- entra lui-même en négociation pour tâcher de faire
- comprendre la Suède dans le traité. Mais l'empereur ayant
- refusé d'avoir aucune communication directe avec le cabinet
- de Suède, et l'électeur ne faisant que des propositions peu
- acceptables, Oxenstirn rompit lui-même les conférences,
- jugeant plus avantageux aux intérêts de la Suède et à sa
- dignité, de voir son armée chassée de l'empire que de subir
- les conditions d'une paix déshonorante.]
-
-Tant que ce parti avoit été triomphant, Richelieu, par un reste de
-pudeur, avoit tenu secrète l'alliance contractée entre la France et le
-chef de la ligue protestante; et, se renfermant dans une neutralité
-apparente, il offroit aux princes catholiques de l'Allemagne qui
-imploroient son secours contre un si terrible vainqueur, le partage de
-cette neutralité que Gustave rendoit impossible par les conditions
-intolérables auxquelles il vouloit la leur faire acheter. Dès que
-l'artificieux ministre vit la cause des Suédois sur le point d'être
-perdue, il leva le masque et se déclara ouvertement pour eux. Un
-nouveau traité est signé à Compiégne, le 28 avril 1635, entre Louis
-XIII et la reine Christine. La France traite en même temps avec les
-États-Unis, rompant ainsi la trève que ceux-ci étoient prêts à
-conclure avec l'Espagne; et chaque prince de l'union protestante est
-appelé à faire avec Richelieu son traité particulier. Maître de la
-Lorraine, dont il s'étoit emparé, n'ayant d'autre droit pour le faire
-que celui du plus fort,[58] celui-ci porte la guerre tout à la fois
-dans les Pays-Bas; dans les états héréditaires de l'Autriche, où il
-envoie une armée auxiliaire des armées protestantes; en Italie où il
-traite contre l'empereur avec les ducs de Savoie, de Parme et de
-Mantoue[59]. L'Europe entière est embrasée; et des résultats décisifs
-auroient pu seuls, même selon les règles de la politique humaine,
-justifier le ministre qui avoit allumé ce feu qu'il ne lui étoit pas
-donné de pouvoir éteindre. Ils furent loin de l'être: partout les
-succès sont contestés, partout les revers suivent les victoires. Les
-armées françoises entrent à diverses reprises dans le pays ennemi, et
-sont obligées d'en sortir; les ennemis de leur côté pénètrent en
-France sur plusieurs points, et les alarmes qu'ils causent se font
-ressentir jusqu'à Paris[60]. La Bourgogne, la Picardie, la Guienne, le
-Languedoc, sont tour à tour envahis et dévastés par les Impériaux ou
-par les Espagnols; les armées françoises envahissent et dévastent à
-leur tour les Pays-Bas, le Milanois, la Lorraine, la Franche-Comté, la
-Catalogne, la Cerdagne et le Roussillon. Le Portugal secoue le joug de
-l'Espagne et s'allie avec la France pour consolider l'indépendance
-qu'il venoit d'acquérir[61]. Pendant toute la vie de Richelieu, et six
-années encore après sa mort, l'Europe fut comme un vaste champ de
-bataille où parurent tour à tour les plus grands hommes de guerre qui
-eussent encore illustré les temps modernes[62], où l'on ne voit que
-villes prises et reprises, que batailles tour à tour gagnées et
-perdues, sans qu'il y ait un parti qui puisse décidément s'attribuer
-la victoire; mais les peuples souffrent et achèvent de se
-corrompre[63].
-
- [Note 58: Richelieu trouvoit mauvais qu'un prince catholique
- ne demeurât pas spectateur indifférent d'une lutte qui
- s'élevoit entre le chef de l'empire et un prince protestant.
- La cour de France étoit en outre irritée contre lui, à cause
- du mariage secret de la princesse Marguerite, sa soeur, avec
- le duc d'Orléans, mais fort injustement sans doute,
- puisqu'il offroit de consentir à la dissolution de ce
- mariage. Il s'engageoit en même temps à donner des garanties
- suffisantes de sa fidélité, demandant seulement que le roi
- n'exigeât point qu'il remît entre ses mains Nancy, capitale
- de ses états, ce qu'il ne pouvoit faire sans renoncer en
- même temps au titre de prince souverain. Richelieu ne voulut
- rien entendre; la ville fut assiégée et prise, moitié par
- force, moitié par artifice; et le duc se vit momentanément
- dépouillé de ses états.]
-
- [Note 59: Ce traité fut signé à Rivoli, en Piémont, le 11
- juillet 1635. Le principal commandement étoit donné au duc
- de Savoie; et des articles secrets régloient le partage du
- duché de Milan entre les ducs de Savoie et de Mantoue. Le
- roi de France se réservoit quelques places et districts du
- côté du Piémont.]
-
- [Note 60: La prise de Corbie (en 1635) y excita une telle
- frayeur, que l'on enrôla tous les laquais en état de porter
- les armes. Chaque propriétaire ou principal locataire de
- maison eut ordre de fournir un homme; tous les
- gentilshommes, maîtres d'hôtel et officiers servants du roi,
- furent cités pour se faire inscrire dans les vingt-quatre
- heures. Tout à Paris, de gré ou de force, devint soldat,
- comme si l'ennemi eût déjà été à ses portes; mais cette
- terreur ne dura qu'un moment.]
-
- [Note 61: Les Espagnols en furent chassés en 1640, et l'on
- proclama roi de Portugal, Jean IV, de la maison de Bragance.
- Le traité par lequel le nouveau roi fit alliance avec la
- France, fut signé à Paris, le premier juin 1641.]
-
- [Note 62: Avant sa mort, Tilly, Walstein, Gustave roi de
- Suède, le duc de Saxe Weymar, Jean Banier, Gustave Horn,
- Mercy, Jean de Werth, le maréchal d'Harcourt, le maréchal de
- Guébriant, etc.; après sa mort, Turenne, Merci, le duc
- d'Enghien, Piccolomini, Torstenson, Wrangel, Koenigsmarck,
- etc.]
-
- [Note 63: La guerre de trente ans ne finit qu'en 1648, sous
- le ministère du cardinal Mazarin. C'est le 24 octobre de
- cette année que fut signé à Munster et à Osnabruck le fameux
- traité de Westphalie, tant vanté par l'école de nos modernes
- diplomates. Nous aurons bientôt occasion d'en parler, et
- nous ferons voir que ce fut une paix aussi funeste que la
- guerre qui l'avoit précédée: on négocia comme on avoit
- combattu, pour le matériel de la société. Cette paix ne fut
- point générale, et la guerre continua entre la France et
- l'Espagne jusqu'à la paix des Pyrénées, conclue en 1659.]
-
-Les progrès de cette corruption furent d'autant plus rapides, que ce
-fut dans cette guerre fatale que parurent entièrement à découvert ces
-ressorts de la politique des princes chrétiens, uniquement fondée sur
-ce principe, qu'elle devoit être entièrement séparée de la religion,
-tandis que le fanatisme, qui est le caractère de toutes les sectes
-naissantes, produisoit parmi les princes protestants une sorte
-d'unité. Ainsi donc, ceux-là tendoient sans cesse à se diviser entre
-eux, parce qu'ils étoient uniquement occupés de leurs intérêts
-temporels; et ceux-ci, bien que leurs doctrines dussent incessamment
-offrir au monde ce matérialisme social dans ce qu'il a de plus
-désolant et de plus hideux, trouvoient alors, dans l'esprit de secte
-et dans une commune révolte contre les croyances catholiques, des
-rapports nouveaux et jusqu'alors inconnus qui les lioient entre eux,
-et de tous les coins de l'Europe attachoient à leurs intérêts
-politiques tous ceux qui partageoient leurs doctrines. Avant la
-réformation, les puissances du Nord étoient en quelque sorte
-étrangères à l'Europe; dès qu'elles l'eurent embrassée, elles
-entrèrent dans l'alliance protestante et, par une suite nécessaire,
-dans le système général de la politique européenne. «Des états qui
-auparavant se connoissoient à peine, dit un auteur protestant
-lui-même[64], trouvèrent, au moyen de la réformation, un centre commun
-d'activité et de politique qui forma entre eux des relations intimes.
-La réformation _changea_ les rapports des citoyens entre eux et des
-sujets _avec leurs princes_; elle changea les _rapports politiques_
-entre les états. Ainsi un destin bizarre voulut que _la discorde qui
-déchira l'église_ produisît un lien qui unît plus fortement les
-_états_ entre eux[65].» Enfoncés dans ce matérialisme insensé, au
-moyen duquel ils achevoient de se perdre et de tout perdre, ces mêmes
-princes catholiques se croyoient fort habiles en se servant, au
-profit de leur ambition, de ce fanatisme des princes protestants, ne
-s'apercevant pas qu'il n'avoit produit entre eux cette sorte d'union
-politique que par ce qu'il y avoit en lui de religieux, et que c'étoit
-là un effet, singulier sans doute, mais naturel, inévitable même, de
-ce qui restoit encore de _spirituel_ dans le protestantisme.
-
- [Note 64: Schiller.]
-
- [Note 65: L'auteur n'entend parler ici que des états
- protestants.]
-
-Ainsi donc, chose étrange, ce qui appartenoit à l'unité se divisoit;
-et il y avoit accord parmi ceux qui appartenoient au principe de
-division. Déjà on en avoit eu de tristes et frappants exemples dans
-les premières guerres que l'hérésie avoit fait naître en France: on
-avoit vu des armées de sectaires y accourir de tous les points de
-l'Europe au secours de leurs frères, chaque fois que ceux-ci en
-avoient eu besoin; tandis que le parti catholique n'y obtenoit de
-Philippe II que des secours intéressés, astucieusement combinés,
-quelquefois aussi dangereux qu'auroient pu l'être de véritables
-hostilités. La France en avoit souffert sans doute; mais, nous avons
-vu aussi que cette politique perverse n'avoit point réussi à son
-auteur.
-
-L'histoire ne la lui a point pardonnée; cependant qu'il y avoit loin
-encore de ces manoeuvres insidieuses à ce vaste plan conçu par une
-puissance catholique, qui, dans cette révolution dont l'effet étoit de
-séparer en deux parts toute la chrétienté, réunit d'abord tous ses
-efforts pour comprimer chez elle l'hérésie qui y portoit le trouble et
-la révolte; puis, devenue plus forte par le succès d'une telle
-entreprise, ne se sert de cette force nouvelle que pour aller partout
-ailleurs offrir son appui aux hérétiques, fortifier leurs ligues,
-entrer dans leurs complots, légitimer leurs principes de rébellion et
-d'indépendance[66], les aider à les propager dans toute la chrétienté,
-indifférente aux conséquences terribles d'un système aussi pervers, et
-n'y considérant que quelques avantages particuliers dont le succès
-étoit incertain, dont la réalité même pouvoit être contestée! Voilà ce
-que fit la France, ou plutôt ce que fit Richelieu après s'en être
-rendu le maître absolu; tel est le crime de cet homme, crime le plus
-grand peut-être qui ait jamais été commis contre la société.
-
- [Note 66: Voici comment s'exprime le duc d'Olivarès dans une
- de ces lettres, au moment où les armées françoises
- s'apprêtoient à entrer dans la Catalogne: «Si la nécessité
- d'une juste défense et l'_intérêt de la religion_ permettent
- quelquefois la vente des calices et des vases sacrés,
- pourquoi ne feroit-on pas des choses moins extraordinaires
- dans une occasion si pressante? il est constant que _partout
- où les François mettent le pied, la secte de Calvin y entre
- avec eux_; puisque l'État et la Religion _sont également
- menacés_, je dois parler sans déguisement, etc.» (Recueil
- d'Aubert, t. II, p. 365.)]
-
-L'abaissement de la maison d'Autriche étoit devenu pour lui comme une
-idée _fixe_ à laquelle étoient enchaînées toutes les facultés de son
-esprit et toutes les forces de sa volonté. Rien ne put jamais l'en
-faire départir, ni les chances douteuses d'une guerre où les revers et
-les succès furent si long-temps balancés; ni les malheurs des
-provinces qu'écrasoient les impôts après qu'elles avoient été
-dévastées par les armées[67]; ni l'indignation des gens de bien qui
-détestoient cette guerre impie, la considérant dès-lors comme le fléau
-et le scandale de la chrétienté[68]; ni les exhortations paternelles
-du chef de l'Église, qu'il ne se faisoit aucun scrupule de tromper et
-de combattre comme _politique_, parce que, selon lui, la politique
-n'avoit rien à démêler avec la religion[69]; ni son maître lui-même,
-dont la conscience se réveilloit quelquefois pour s'élever contre les
-iniquités d'un tel ministre[70], et à qui il avoit su persuader
-qu'après l'avoir jeté dans de si grands périls et de si grands
-embarras, lui seul étoit capable de l'en tirer[71]. Pour arriver à ce
-but, il déployoit, ainsi que nous l'avons déjà dit, une activité et
-des ressources qui tenoient du prodige: il avoit des agents et des
-espions dans toutes les cours de l'Europe; il négocioit sans cesse
-avec amis et ennemis[72]; il enseignoit la trahison aux grands[73],
-il poussoit les petits à la révolte[74]; et ses manoeuvres pour
-soutenir le parti puritain en Angleterre et pour exciter les
-mécontents d'Écosse, doivent le faire considérer comme un des auteurs
-de la révolution qui fit monter Charles Ier sur l'échafaud[75]. Toutes
-ces entreprises inouïes qui étonnoient et troubloient l'Europe, il les
-exécutoit au milieu des conspirations sans cesse renaissantes qui se
-tramoient contre lui[76]; et lorsqu'on le croyoit perdu, c'étoit par
-le supplice, l'exil ou l'emprisonnement des conspirateurs qu'il
-apprenoit à ses ennemis à redouter un pouvoir que sembloient affermir
-les dangers et les travaux. Tout finit donc par trembler devant lui;
-et le parlement, qui fut à ses pieds jusqu'au dernier moment, en
-murmurant sans doute, mais osant à peine faire entendre ses
-murmures[77]; et le clergé qui, en vertu des _libertés gallicanes_,
-continuoit de résister au pape chaque fois que l'occasion s'en
-présentoit, et qui, en vertu des _servitudes_ auxquelles il s'étoit
-volontairement réduit à l'égard du pouvoir temporel, ne savoit rien
-opposer aux violences de ce ministre, à ses hauteurs, et accordoit
-tous les subsides qu'il jugeoit à propos de lui demander[78]; et la
-cour, qui avoit fini par l'honorer un peu plus que le monarque
-lui-même; et les gens de guerre pour qui il étoit la source de toutes
-faveurs et de tout avancement[79]; et la reine Anne d'Autriche
-elle-même, qu'il traita en criminelle d'état, et força de s'accuser et
-de demander grâce devant le roi son époux, pour avoir osé exprimer
-dans quelques lettres le désir que la France fût débarrassée de son
-ministre, et que la bonne intelligence fût enfin rétablie entre son
-père et son mari[80]. Enfin tel étoit l'empire qu'il avoit pris sur
-Louis XIII, qu'il le força, peu de semaines avant sa mort, à lui
-sacrifier des serviteurs qu'il aimoit[81]; et que ce foible prince
-recula devant la menace que lui fit de se retirer dans son
-gouvernement du Hâvre, un homme qui étoit près de sortir de ce monde
-pour aller dans l'autre rendre compte devant Dieu.
-
- [Note 67: La France, pendant le cours de cette guerre, eut
- presque toujours quatre armées en campagne; en 1638, elle en
- eut jusqu'à sept, sans compter sa flotte et ses galères.]
-
- [Note 68: L'opinion de tout ce qu'il y avoit en France
- d'honnête et d'éclairé, étoit que «Le cardinal n'avoit
- allumé la guerre en Europe que pour se rendre nécessaire et
- pour satisfaire son ambition, et que le roi rendroit compte
- à Dieu de tout le sang humain dont les villes et les
- provinces étoient inondées. On gémissoit sur le malheur des
- peuples; on étoit scandalisé des alliances contractées avec
- les puissances hérétiques; on déploroit le pillage des
- églises et l'oppression des catholiques d'Allemagne, etc.»
- (Continuat. du P. Daniel. T. XV, in-4º, p. 17.)]
-
- [Note 69: Le pape le considéroit, avec juste raison, comme
- le seul auteur de cette guerre qui désoloit la chrétienté,
- et voyoit avec douleur et ressentiment, sa médiation sans
- cesse rejetée par un prince de l'Église qui sembloit s'être
- fait le plus grand ennemi du saint-siége et de la religion.
- Celui-ci prenoit avec le saint Père, tour à tour, ou des
- manières soumises ou un ton menaçant, selon qu'il vouloit le
- tromper ou l'effrayer. Mazarin, qu'Urbain VIII avoit envoyé
- en France pour travailler à une paix si ardemment désirée,
- et dont Richelieu avoit su reconnoître la souplesse et
- l'habileté, lorsqu'il n'étoit encore que simple officier
- dans les troupes du pape, aidoit ce ministre dans toutes ces
- manoeuvres auprès de sa cour: ce fut là l'origine de sa
- fortune.]
-
- [Note 70: Il est remarquable que toute personne qui avoit su
- obtenir la confiance de Louis XIII dans l'intimité de la vie
- privée, parvenoit très-facilement à l'aigrir contre le
- cardinal. Il sembloit même qu'il n'attendît que de
- semblables occasions pour manifester l'impatience avec
- laquelle il supportoit un joug qu'il lui étoit impossible de
- briser. Richelieu, maître absolu de la France, ne vivoit
- auprès de son maître que d'alarmes et d'inquiétudes, et
- étoit obligé d'employer plus de soins et d'habileté pour
- venir à bout d'un favori, que pour tenir tête à tous les
- cabinets de l'Europe. Mlle de la Fayette et le P. Caussin,
- confesseur du roi, furent sur le point de renverser sa
- fortune; et si celui-ci eût été aussi expérimenté en
- intrigues de cour, qu'il avoit de droiture de coeur et
- d'esprit, il est probable qu'il seroit venu à bout du
- dessein qu'il avoit formé de délivrer la chrétienté de la
- tyrannie de Richelieu. Il ne s'agissoit que de présenter au
- roi une personne qu'il jugeât capable de succéder à ce
- ministre: «Mais, dit un écrivain du temps (Vittorio Siri),
- il n'y avoit seulement pas pensé, tant il étoit peu propre à
- mener une affaire de cette importance.» Ce qui fit qu'il
- succomba.]
-
- [Note 71: Il résulte des entretiens secrets et confidentiels
- qu'eut le roi avec le P. Caussin, que ce prince étoit
- persuadé que la guerre qu'il faisoit à l'Espagne étoit juste
- et nécessaire; que les sollicitations du pape devoient être
- comptées pour rien dans une affaire de cette nature; que la
- reine sa femme étoit stérile et n'avoit aucune affection
- pour lui; que la reine sa mère vouloit le détrôner pour
- mettre la couronne sur la tête de Monsieur; que la plupart
- des grands du royaume et des seigneurs de sa cour ne lui
- étoient point attachés; que plusieurs étoient disposés à le
- trahir pour secouer le joug de l'autorité royale qui leur
- étoit insupportable; qu'ils soulevoient le peuple contre
- lui, et que, _sans le cardinal, il auroit peine à se
- maintenir sur le trône_; qu'enfin son peuple n'étoit pas
- aussi malheureux, ni aussi surchargé d'impôts que les gens
- mal intentionnés pour le gouvernement affectoient de le
- publier; qu'après tout l'on n'étoit ni plus riche ni plus
- heureux dans les autres États de l'Europe, et qu'il _y avoit
- même du danger à laisser le peuple dans une trop grande
- abondance_. (Mém. Man. revu par le P. Caussin.) Le cardinal
- avoit même trouvé des théologiens et des canonistes en
- nombre suffisant pour tranquilliser sa conscience sur des
- alliances avec des princes protestants contre des princes
- catholiques, et lui persuader que de telles alliances
- n'étoient point contraires à la loi de Dieu, _surtout après
- les précautions que l'on avoit prises pour maintenir partout
- l'exercice public et tranquille de la véritable religion_.
- (Contin. du P. Daniel, tom. XV, in-4º, pag. 117.) Il pensoit
- aussi et déclare formellement dans son testament politique
- que «Le roi auroit pu accepter _avec justice_ l'alliance des
- Turcs qui lui avoit été plusieurs fois offerte.»]
-
- [Note 72: Il étoit persuadé qu'une négociation n'est jamais
- stérile, et que si elle ne produit aucun effet présent, on
- en retire toujours un avantage certain pour l'avenir. Aussi
- ne furent-elles jamais aussi fréquentes que sous son
- ministère. Il n'y avoit point de cour en Europe dont il ne
- connût parfaitement les intérêts, et à laquelle il ne fît
- faire sans cesse quelque proposition nouvelle pour en
- recueillir quelque fruit. À ses amis, il montroit la route
- qu'il falloit suivre, et se servoit habilement de leurs
- forces pour augmenter les siennes; à l'égard de ses ennemis,
- il leur tendoit à tous moment des piéges pour affoiblir leur
- puissance. On peut dire qu'au moyen de ces continuels
- artifices, il étoit devenu en quelque sorte le ministre de
- toutes les cours de l'Europe. (Voyez _Test. Polit._, 2e.
- part., chap. VI.)]
-
- [Note 73: Ayant su le projet ambitieux qu'avoit formé
- Walstein de quitter le service de l'empereur et de se faire
- roi de Bohème, il envoya auprès de lui un officier nommé
- Duhamel, pour lui offrir le secours et la protection du roi
- de France dans cette coupable entreprise.]
-
- [Note 74: Il se justifie, dans son testament politique,
- d'avoir excité le soulèvement des Catalans contre l'Espagne.
- Le fait est si odieux en lui-même, qu'il lui étoit
- impossible d'en convenir; mais comment croire qu'il n'ait
- pas été complice de ces rebelles, lorsqu'on le voit leur
- porter secours et négocier avec eux?]
-
- [Note 75: M. de Brienne ne peut s'empêcher d'en convenir, et
- ne le disculpe qu'en faisant remarquer «que les choses
- allèrent bien plus loin que le cardinal ne _l'avoit prévu_,
- et qu'il ne l'eût souhaité.»]
-
- [Note 76: Gaston, qui, jusqu'à la naissance du Dauphin,
- depuis Louis XIV, causa de si grands embarras au cardinal, à
- cause de l'importance que lui donnoit sa qualité d'héritier
- présomptif de la couronne, n'obtint cependant d'autres
- résultats de tant de cabales qu'il forma contre lui et de
- tant de projets mal conçus, que de sacrifier inutilement
- ceux qui avoient été assez imprudents pour se dévouer à sa
- passion et à ses intérêts. On sait quelle fut la catastrophe
- sanglante du duc de Montmorenci, dernier rejeton de son
- illustre race: bien d'autres, dans cette fatale apparition
- du prince en Languedoc, eussent partagé son sort, si la
- fuite ne les eût mis à couvert. Telle étoit la haine qu'on
- portoit à ce redoutable ministre, que, malgré la terreur
- dont il s'environnoit et dont il sembloit en quelque sorte
- se faire une sauvegarde, on ne cessa pas un seul instant, et
- jusqu'à ses derniers moments, de conspirer contre lui. Dans
- un complot de ce genre, très-profondément combiné,
- l'irrésolution de Gaston, qui, au moment de l'exécution,
- n'osa pas faire le geste que l'on attendoit comme signal,
- sauva seule Richelieu d'une mort qui sembloit inévitable. Si
- le comte de Soissons n'eût pas été tué à la bataille de la
- Marfée, la partie étoit liée à Paris avec un grand nombre de
- personnes à qui sa tyrannie étoit devenue
- insupportable[76-A]: sur la première nouvelle que l'on
- auroit eue des succès de l'armée espagnole, succès que l'on
- croyoit immanquables, on devoit s'emparer de la Bastille, où
- l'on avoit des intelligences, forcer le parlement à rendre
- un arrêt en faveur du prince; enlever à la fois tous les
- postes jusqu'au palais cardinal, établir des barricades dans
- les parties de la ville où le peuple se montreroit le plus
- échauffé, parvenir ainsi jusqu'au ministre que l'on auroit
- enlevé ou poignardé. Il arriva au contraire, par la mort du
- comte de Soissons, que MM. de Guise et de Bouillon, qui
- avoient pris parti pour lui, furent obligés, l'un de se
- soumettre aux conditions qu'on voulut lui imposer, l'autre
- d'aller chercher un refuge à Bruxelles. La conspiration de
- Cinqmars, la dernière qui ait menacé sa fortune et sa vie,
- sembloit plus dangereuse encore, puisqu'on ne peut guère
- douter que le roi lui-même ne fût d'accord avec les
- conspirateurs, c'est-à-dire qu'il n'eût donné une sorte de
- consentement à ce qu'on le délivrât de son ministre, même
- par les moyens les plus violents[76-B]. Cependant elle finit
- comme les autres par le supplice, l'exil ou l'emprisonnement
- des conjurés[76-C]. Le cardinal étoit alors mourant, et
- suivit de près ses dernières victimes dans la tombe.]
-
- [Note 76-A: L'abbé de Gondi, que nous verrons bientôt jouer
- un si grand rôle dans la guerre de la fronde, étoit entré
- dans cette conspiration.]
-
- [Note 76-B: Il n'y donna pas son consentement formel; mais,
- si l'on en croit Monglat, l'un des conjurés, il souffroit
- qu'on parlât devant lui du projet d'assassiner le cardinal,
- qu'on lui proposât même de l'approuver, et n'en témoignoit à
- son favori ni moins de confiance ni moins d'affection. Sans
- le traité que les chefs de ce complot avoient eu
- l'imprudence de signer avec l'Espagne, il est probable
- qu'ils auroient réussi. Ce fut la découverte de cette pièce
- qui les perdit. Louis XIII, dès qu'il en eut connoissance,
- les abandonna à Richelieu.]
-
- [Note 76-C: Le duc de Bouillon, qui s'y trouvoit encore
- impliqué, perdit cette fois sa principauté de Sedan, qu'il
- étoit parvenu à conserver dans la conspiration précédente.]
-
- [Note 77: Soit que, par mesures financières, il lui plût de
- créer de nouveaux offices, ou qu'il fît présenter des édits
- bursaux à l'enregistrement; soit qu'il jugeât à propos de
- faire juger par commissaires des accusés que cette cour de
- justice réclamoit comme appartenant à sa jurisdiction, ainsi
- qu'il arriva dans les affaires du maréchal de Marillac et du
- duc de la Valette, la moindre résistance qu'elle osoit lui
- opposer, lui attiroit à l'instant même les traitements les
- plus durs et les plus humiliants. Ses arrêts étoient cassés
- comme de juges _incompétents, interdits et sans pouvoirs_;
- ses députés étoient mandés au Louvre, où le roi, endoctriné
- par son ministre, ne les recevoit que la menace à la bouche,
- ne leur laissant d'autre parti que celui d'obéir à l'instant
- même, pour éviter qu'il ne se portât contre leur compagnie
- aux dernières extrémités; ce qui n'empêchoit que des lettres
- de cachets ne fussent très-souvent envoyées à ceux de ses
- membres qui s'étoient montrés les plus ardents dans la
- délibération, et qu'à la suite de ces appels ou de ces
- remontrances, il n'y en eût presque toujours quelques-uns de
- punis par l'exil ou par la prison.]
-
- [Note 78: Le parlement ayant déclaré nul le mariage de
- Gaston avec la princesse de Lorraine, ce prince en appela au
- pape, qui décida, sans s'arrêter aux subtilités qu'on lui
- opposoit touchant les irrégularités du contrat civil, que
- les lois particulières de la France ne pouvoient influer en
- aucune manière sur le sacrement, lequel dépendoit uniquement
- de l'institution de J. C. et des lois de l'Église; et que ce
- mariage, ayant été contracté selon toutes les règles
- prescrites par le concile de Trente, avoit tous les
- caractères qui le rendoient indissoluble. Le clergé de
- France _en pensa autrement_; et, dans une assemblée générale
- qu'il tint l'année suivante (en 1635), il fut établi que la
- coutume ancienne de France, relativement aux mariages des
- princes, devoit l'emporter sur une décision du pape en
- _matière de sacrements_, qu'un mariage qu'il avoit déclaré
- _valide_, ne l'étoit pas; et _cet avis prévalut_. Mais dans
- une autre assemblée de ce même clergé, que le cardinal
- convoqua à Mantes, en 1641, pour en obtenir un secours
- extraordinaire en raison des besoins extrêmes de l'état, les
- deux présidents et quelques évêques ayant opiné à ne pas
- accorder la somme entière qui étoit demandée, un commissaire
- du roi entra dans l'assemblée, et signifia aux opposants des
- lettres de cachet qui leur ordonnoient d'en sortir à
- l'instant même, et de se rendre incontinent dans leurs
- diocèses sans passer par Paris. On vota alors le subside tel
- que le ministre l'avoit réglé; et les orateurs du clergé
- admis à lui présenter leurs hommages, après avoir harangué
- le roi, épuisèrent pour le louer toutes les formules de
- l'adulation.]
-
- [Note 79: Pour lui plaire et réussir dans ce que l'on
- sollicitoit auprès de lui, il ne suffisoit point de se
- montrer dévoué au bien de l'état et de se dire le serviteur
- du roi, il falloit lui persuader que l'on étoit surtout son
- _serviteur_ et entièrement _dévoué_ à sa personne. C'étoit
- là ce que recommandoient par-dessus tout ses affidés à ceux
- à qui ils vouloient du bien.]
-
- [Note 80: Voilà au fond à quoi se réduisoit cette
- correspondance d'Anne d'Autriche avec l'Espagne,
- correspondance dont le cardinal fit tant de bruit, et à
- l'occasion de laquelle on procéda à l'égard de la reine de
- France comme on auroit pu le faire envers une personne
- coupable de haute trahison. Ses papiers furent saisis au
- Val-de-Grâce; on la menaça de faire mettre ses domestiques à
- la question, et elle fut obligée de s'avouer, par écrit,
- coupable envers son époux, d'intelligences avec les ennemis
- de l'état.]
-
- [Note 81: C'étoient quatre officiers des gardes qu'il
- prétendoit être entrés dans le complot de Cinqmars. Louis
- XIII, qui leur étoit fort attaché, refusa d'abord, et même
- avec emportement, d'accorder au cardinal leur renvoi et leur
- exil. Celui-ci insista avec plus de hauteur encore que son
- maître, et le roi céda. Tous reçurent en s'éloignant des
- témoignages de sa bienveillance. Trevelles, l'un d'eux,
- étoit à peine parti, qu'il lui envoya un gentilhomme lui
- dire de sa part qu'il n'avoit pu refuser son éloignement aux
- instances réitérées du cardinal, mais qu'il lui conservoit
- toujours la même amitié; qu'au reste son _exil ne seroit pas
- long_ (Richelieu mourut quelques semaines après cet
- événement); puis, n'osant pas montrer à son ministre à quel
- point il étoit affecté du sacrifice qu'il l'avoit forcé de
- lui faire, il fit tomber tout son ressentiment sur Chavigni,
- qui n'avoit été auprès de lui que le porteur de la demande
- de Richelieu.]
-
-Tant qu'il vécut, les hérétiques, qu'il avoit comprimés plutôt
-qu'abattus en France, n'osèrent remuer; et c'en fut même fini à jamais
-de l'espèce de puissance politique qu'ils s'y étoient arrogée. Mais
-comme ce prince de l'Église étoit en même temps le protecteur de
-l'hérésie hors de France, il ne pensa pas un seul instant à l'empêcher
-de se propager au milieu du royaume très-chrétien; indifférent à toute
-licence des esprits et à tout désordre moral, pourvu que l'on se
-courbât sous sa main de fer, et que l'ordre matériel ne fût point
-troublé. Aussi arriva-t-il, par l'effet de cette politique scandaleuse
-et par cette communication continuelle que tant de campagnes faites
-sous les mêmes drapeaux établissoient entre les Français catholiques
-et les protestants étrangers, que le nombre des sectaires et des
-libres-penseurs s'accrut sous Louis XIII plus que sous aucun des
-règnes qui l'avoient précédé, n'attendant que des circonstances plus
-favorables pour exercer de nouveau leurs ravages et recommencer leurs
-attaques contre la société. Nous ne tarderons point à les voir
-reparoître sous d'autres formes, dans une position différente,
-employant d'autres armes, et n'en marchant pas avec moins d'ardeur et
-de persévérance vers le but qu'ils vouloient atteindre et qu'enfin ils
-ont atteint. Alors ceux-là même qui avoient le plus conservé pour
-Richelieu de cette vieille admiration que ne lui ont pas refusée
-quelquefois les esprits les plus impatients de toute autorité
-légitime[82], conviendront peut-être que nous ne l'avons point trop
-sévèrement jugé, et ne pourront trouver pour lui d'autre excuse que de
-dire qu'_il ne comprit point_ toute l'étendue du mal qu'il faisoit, ni
-les suites qu'il devoit avoir. Nous sommes nous-même porté à croire
-qu'il en est ainsi, bien que nous ne l'en considérions pas moins comme
-un homme sans conscience et sans probité; et reconnoissant en lui,
-ainsi que nous l'avons déjà fait, la force de la volonté, un esprit
-subtil, actif, infatigable, nous lui refusons les vues profondes qui
-font le véritable homme d'état; persuadé d'ailleurs qu'on ne peut
-l'être dans aucune société sans être un homme religieux, et dans une
-société chrétienne surtout, si l'on n'est en même temps un parfait
-chrétien[83].
-
- [Note 82: Il est remarquable en effet que ce sont
- ordinairement les plus grands partisans de toutes les
- fausses libertés qui se montrent les plus grands
- enthousiastes des tyrans et des despotes, et nous en avons
- de notre temps des exemples qui sont faits pour étonner.
- C'est que ces hommes, qui ne craignent point de remuer la
- société jusque dans ses fondements pour réaliser les
- chimères de leur orgueil, effrayés bientôt des conséquences
- terribles de leurs entreprises et des orages qu'ils ont
- amassés sur leurs têtes, sentent le besoin du pouvoir, et
- l'appellent à leur secours. Il reparoît alors, mais autre
- qu'il n'avoit été, et s'en fait applaudir jusque dans ses
- plus grandes violences, parce que, s'il n'étoit violent, il
- ne pourroit les sauver des périls où les ont jetés leurs
- propres fureurs.]
-
- [Note 83: L'un des hommes à qui les grandes renommées en
- imposoient le moins, l'illustre comte de Maistre appelle
- Richelieu, «L'un des plus grands génies qui aient jamais
- veillé près d'un trône;» et lui donne ce magnifique éloge
- dans un livre où il peint, en traits aussi vifs
- qu'énergiques, le ravage qu'avoit fait en France la doctrine
- qui a séparé le pouvoir politique du pouvoir religieux. (_De
- l'Égl. Gallic._, p. 298.) Ceci ne prouve autre chose sinon
- que le génie même le plus vaste ne peut pas tout embrasser,
- et que l'oeil le plus pénétrant ne peut pas tout voir.]
-
-Richelieu mourut à Paris dans son palais le 4 décembre 1642. Louis
-XIII reçut la nouvelle de sa mort avec indifférence; et l'on ne tarda
-point à s'apercevoir qu'il éprouvoit une satisfaction secrète d'être
-délivré de cette servitude à laquelle un sujet audacieux avoit su
-depuis si long-temps le réduire. Le jour même de sa mort, Mazarin
-qu'il avoit recommandé au roi comme le personnage le plus propre à le
-remplacer, entra au conseil pour y occuper, dès son entrée, la
-première place. Rien ne fut changé du reste dans le ministère; et le
-grand conseil, composé de tous les ministres, continua de tenir ses
-séances comme à l'ordinaire; mais toutes les résolutions furent prises
-dans un conseil secret où furent admis seulement trois ministres,
-Mazarin, Chavigny et Desnoyers[84]. Là Louis XIII manifesta hautement
-sa volonté très-décidée de gouverner lui-même et de ne plus se laisser
-maîtriser par les agents de son autorité[85]. Il fit voir en même
-temps qu'il étoit plus pitoyable pour ses peuples et plus
-consciencieux dans sa politique qu'on n'avoit pu le penser, lorsque
-Richelieu abusoit de son nom pour opprimer la France et troubler
-l'Europe. Il étoit résolu d'apporter de prompts remèdes à tant de
-maux[86]; mais le temps ne lui en fut pas laissé, et déjà atteint
-d'une maladie mortelle lorsqu'il fut délivré de son ministre, il
-mourut lui-même à St-Germain-en-Laye le 14 mai de l'année suivante,
-laissant deux fils, Louis XIV, né le 5 septembre 1638,[87] et
-Philippe, duc d'Anjou, né le 21 septembre 1640.
-
- [Note 84: Les deux autres secrétaires d'état étoient MM. de
- Brienne et de la Vrillière.]
-
- [Note 85: Desnoyers en fit bientôt la triste expérience, et
- fut renvoyé pour avoir voulu imiter le cardinal de Richelieu
- et essayé de conduire son maître.]
-
- [Note 86: «Ah! mon pauvre peuple, s'écria-t-il au lit de la
- mort, je lui ai bien fait du mal à raison des grandes et
- importantes affaires que je me suis vues sur les bras, et je
- n'en ai pas eu toujours toute la pitié que je devois, et
- telle que je l'ai depuis deux ans, ayant été partout en
- personne et vu de mes yeux toutes ses misères; mais, si Dieu
- veut que je vive encore, ce que je n'ai pas grand sujet de
- croire et beaucoup moins de souhaiter, la vie n'ayant rien
- qui me semble aimable, j'espère qu'en deux autres années je
- le pourrai mettre à son aise.» (_Mém. de madame de
- Motteville_, tom. I.)]
-
- [Note 87: La naissance de Louis XIV est due à un événement
- singulier. On sait l'éloignement, ou pour mieux dire
- l'espèce d'aversion que Louis XIII avoit conçue pour la
- reine: étant parti un jour de Versailles pour aller coucher
- à Saint-Maur, et passant par Paris, il lui plut de s'arrêter
- au couvent de la Visitation pour y rendre visite à Mlle. de
- la Fayette. Pendant cette visite, il survint un orage
- violent qui se prolongea jusqu'à la nuit, de manière que le
- roi se trouva embarrassé, voyant de la difficulté à
- continuer son voyage, et son appartement n'étant point tendu
- au Louvre. Guitaut, capitaine aux gardes, lui fit entendre
- que chez la reine il trouveroit un souper et un appartement
- tout préparé. Louis rejeta d'abord cette proposition; mais
- l'orage redoublant, il finit par l'accepter. Anne
- d'Autriche, mariée depuis vingt-deux ans, accoucha neuf mois
- après de son premier fils: elle n'en fut ni plus aimée, ni
- plus considérée de son mari.]
-
-Si l'on excepte une émeute qui s'éleva dans Paris à l'occasion des
-protestants,[88] et si l'alarme momentanée que lui causa la marche des
-Espagnols en Picardie, lors de la prise de Corbie, cette capitale
-n'éprouva sous ce règne aucune émotion qui mérite d'être remarquée.
-Dans le calme dont elle ne cessa de jouir, ses faubourgs s'accrurent,
-sa population augmenta; et, par une suite nécessaire de cet état de
-repos dans un pays catholique, les fondations pieuses et charitables
-s'y multiplièrent plus que sous la plupart des règnes précédents.
-Cependant la police étoit toujours imparfaite; et l'on est étonné de
-voir, sous un gouvernement aussi vigoureux, tant d'imprévoyance et de
-désordre dans l'administration de la première ville du royaume. La
-famine et la peste y emportèrent à différentes époques un grand nombre
-d'habitans; plusieurs incendies y causèrent de grands ravages[89];
-des bandes de voleurs la désolèrent[90]; et l'on ne voit point que les
-magistrats, malgré tout leur zèle et tout leur dévouement, aient eu
-entre les mains des moyens suffisants pour prévenir ou même pour
-arrêter dans leur source de semblables fléaux. Sous ce règne, les rues
-de Paris, depuis long-temps négligées et devenues presque
-impraticables, furent entièrement repavées: l'on projeta même de
-rendre navigables les fossés qui l'entouroient, et de faire construire
-de nouveaux ponts pour la commodité du commerce; mais la grandeur du
-projet et les dépenses considérables qu'il auroit exigées, le firent
-abandonner.
-
- [Note 88: Elle fut excitée par la mort du duc de Mayenne,
- tué en 1621 au siége de Montauban. Le peuple de Paris, qui
- chérissoit ce prince, attaqua les religionnaires à leur
- retour de Charenton, où ils avoient un prêche, ce qui,
- depuis long-temps, étoit vu de très-mauvais oeil par la
- multitude. Ils furent assaillis en rentrant dans la ville, à
- coups de pierres; et l'on en tua plusieurs. Une troupe de
- ces furieux se porta ensuite à Charenton, où elle mit le feu
- au temple, et pilla les marchands qui étoient dans la cour.
- Ce tumulte, commencé à la porte Saint-Antoine, continua
- plusieurs jours dans l'enceinte même de Paris.]
-
- [Note 89: Le palais fut presque entièrement brûlé; plusieurs
- ponts s'écroulèrent par le même accident. La Sainte-Chapelle
- manqua aussi d'être consumée par les flammes.]
-
- [Note 90: Ces voleurs, auxquels on donna le nom de _filous_,
- étoient en si grand nombre, qu'ils repoussèrent plus d'une
- fois, et avec perte, les archers du guet. On ne parvint à
- les détruire qu'en ordonnant à tous les soldats, ouvriers et
- mendiants valides qui se trouvoient alors sans occupation,
- de sortir en vingt-quatre heures de la ville.]
-
-(1643) Aigri contre la reine, à qui il croyoit avoir beaucoup de
-reproches à faire; conservant surtout contre elle un profond
-ressentiment de la part[91] qu'il l'accusoit d'avoir eue dans
-l'affaire de Chalais; plus mécontent encore de son frère dont le
-caractère foible, inconstant, et les continuelles mutineries lui
-avoient causé tant de chagrins et de si fâcheux embarras, persuadé
-d'ailleurs que l'un et l'autre étoient également incapables de
-gouverner, Louis XIII auroit voulu pouvoir les exclure tous les deux
-de la régence; et, avant la mort de Richelieu, il avoit déjà prononcé
-cette exclusion à l'égard du duc d'Orléans, de la manière la plus dure
-et la plus flétrissante pour lui. C'étoit une dernière satisfaction
-qu'il sembloit donner à son ministre, mais se voyant lui-même sur le
-point de mourir, et cherchant vainement quelque autre moyen de
-pourvoir au gouvernement de l'état pendant la minorité de son fils, ce
-fut pour lui une nécessité de revenir sur ses premières résolutions:
-toutefois, il les modifia de manière à ne point laisser à son frère et
-à sa femme un pouvoir trop absolu. Il nomma la reine régente, et
-Gaston lieutenant-général du royaume; mais il institua en même temps
-un conseil souverain de régence, sans lequel Anne d'Autriche ne
-pouvoit rien décider. Le duc d'Orléans étoit le chef de ce conseil; en
-cas d'absence, le prince de Condé le remplaçoit; et celui-ci étoit
-remplacé par Mazarin[92]. La reine et Gaston jurèrent entre les mains
-du roi de se conformer à ses dernières dispositions; le lendemain, 10
-avril, sa déclaration à ce sujet fut enregistrée au parlement; et
-Louis XIII rendit les derniers soupirs au milieu des intrigues et des
-cabales qu'avoit déjà fait naître l'attente d'une révolution
-très-prochaine dans les affaires.
-
- [Note 91: Voyez pag. 69. Il étoit toujours persuadé qu'elle
- avoit désiré sa mort pour épouser son frère le duc d'Anjou,
- et ne revint pas, même au lit de la mort, de cette funeste
- prévention.]
-
- [Note 92: Les autres membres dont ce conseil étoit composé
- étoient les sieurs Séguier, chancelier de France;
- Bouthillier, surintendant des finances, et son fils
- Chavigni, secrétaire-d'état.]
-
-Et d'abord se rangèrent du parti de la reine tous ceux que la mort de
-Richelieu avoit fait sortir de prison ou revenir de l'exil, ayant à
-leur tête le duc de Beaufort, fils du duc de Vendôme; qui, dès
-long-temps, lui avoit donné les marques du plus grand dévouement, et
-en qui Anne d'Autriche avoit la confiance la plus entière[93]. Ce fut
-là ce qu'on appela la cabale des _importants_, à cause des airs
-d'autorité et de protection que se donnoient tous ceux qui y étoient
-admis; et cette dénomination, qui jetoit sur eux une sorte de
-ridicule, suffiroit seule pour prouver combien étoit foible et
-incertain, dans ses premiers moments, le pouvoir de la régente. Les
-plus brouillons, entre autres Potier, évêque de Beauvais,
-prétendirent d'abord qu'il falloit emporter de vive force le pouvoir,
-se persuadant qu'une simple déclaration de la reine suffiroit pour
-annuler les restrictions que Louis XIII avoit mises à son influence
-dans le gouvernement; d'autres plus prudents et plus expérimentés
-prévinrent que l'on n'obtiendroit rien du parlement, si l'on ne se
-présentoit à lui, muni du consentement des princes et des autres chefs
-du conseil de régence. On négocia donc avec eux: on leur promit à tous
-des dignités, des récompenses, et sous un autre titre, un pouvoir
-aussi grand. Le prince de Condé accéda au traité par les instances de
-sa femme, qui étoit dans l'intimité de la reine; le duc d'Orléans,
-dont le favori, l'abbé de la Rivière, avoit été gagné, se laissa aller
-plus facilement encore; et, dans le lit de justice que le jeune roi
-tint le 18 mai, quatre jours après la mort de son père, Anne
-d'Autriche obtint tout ce qu'elle voulut: elle fut déclarée régente,
-tutrice sans restriction, et maîtresse de former un conseil à volonté.
-Le cardinal Mazarin acheva de vaincre en cette circonstance les
-préventions que la reine avoit d'abord conçues contre lui[94]. Sa
-réputation d'habileté et d'expérience dans les affaires étoit grande:
-c'étoit Richelieu lui-même qui l'avoit faite; ses manières prévenantes
-et agréables firent le reste auprès d'une princesse qui n'étoit
-insensible à aucune des petites vanités de son sexe. Il fut nommé
-surintendant de l'éducation du roi, et, dans tous les points, la
-déclaration de Louis XIII demeura sans effet. C'étoit la seconde fois
-que le parlement disposoit ainsi souverainement de la régence, ce qui
-enfla son orgueil et commença à lui persuader qu'il étoit en effet le
-_tuteur des rois_.
-
- [Note 93: Il s'étoit montré assez dévoué à ses intérêts pour
- aimer mieux sortir de France que de faire au cardinal un
- aveu contraire aux intérêts de cette princesse. À son
- retour, la reine lui donna publiquement des marques
- très-vives de confiance et d'affection.]
-
- [Note 94: Quoiqu'il eût eu soin de l'instruire, avant la
- mort de Louis XIII, de tout ce qui se passoit dans le
- cabinet, prévoyant le temps où il pourroit avoir besoin de
- sa faveur, elle le considéroit néanmoins comme l'un des
- auteurs de la déclaration du roi au sujet de la régence.
- Dans cette circonstance il céda avec tant de facilité et de
- si bonne grâce les droits que cette déclaration pouvoit lui
- donner, que ce petit nuage fut bientôt dissipé. Il sut même
- persuader à la reine que cette déclaration, qui l'avoit si
- fort blessée, étoit au fond ce qui avoit pu être fait de
- plus avantageux pour son service: car, dans les dispositions
- où le roi étoit à son égard, il étoit probable qu'il eût
- pris, pour l'exclure du gouvernement, des mesures plus
- difficiles à rompre, si celles-ci n'eussent pas été
- adoptées.]
-
-Aussitôt que sa régence eut été confirmée, Anne d'Autriche quitta le
-Louvre, et vint avec ses fils habiter le palais cardinal, dont
-Richelieu avoit fait don au roi par testament; c'est alors, comme nous
-l'avons déjà dit, qu'il fut nommé _Palais-Royal_, et que l'on ouvrit,
-sur les ruines de l'hôtel de Silleri, la place qui existe encore
-devant la façade de ce monument[95].
-
- [Note 95: Voyez tom. I, 2e part., p. 872.]
-
-Nous allons peindre un temps singulier, où les factions diverses qui
-se disputent le pouvoir, sans être moins ambitieuses, ne peuvent plus
-marcher aussi violemment à leur but, parce que, ni en elles-mêmes, ni
-dans ce qui les environne, elles n'ont plus la force qu'elles avoient
-eue autrefois; où l'intrigue, la souplesse, la ruse, toutes les
-petites passions, sans en excepter la galanterie, viennent au secours
-de leur foiblesse; où les femmes se trouvent mêlées à toutes les
-affaires, pour leur donner souvent un aspect frivole et badin, auquel
-ceux qui n'approfondissent rien, se sont laissés prendre: «La fronde
-étoit plaisante», a dit le plus superficiel et sans doute le plus
-brillant des écrivains du dix-huitième siècle[96]. Cet homme avoit le
-coeur trop corrompu pour qu'il lui fût donné de comprendre ce que le
-fond en avoit de triste et de sérieux. Quant à nous, nous voyons, dans
-les troubles dont elle se compose, une suite nécessaire des désordres
-qui l'ont précédée: elle nous offre une preuve de plus de cette marche
-continuelle et progressive de la société vers sa dissolution, et la
-démonstration la plus frappante peut-être des doctrines que nous avons
-proclamées, et du principe unique sur lequel nous avons établi la
-stabilité de l'ordre social. Mais pour bien faire comprendre
-l'application nouvelle que nous allons faire de ce principe et de
-cette doctrine, il convient de bien faire connoître les personnages de
-ce drame politique aussi compliqué que bizarre, et de mettre autant de
-clarté qu'il nous sera possible dans le récit des faits.
-
- [Note 96: Voltaire.]
-
-La faveur inattendue de Mazarin, faveur qu'il sut conserver et
-accroître par cette habileté, ces heureux dons de la nature, et ces
-qualités de l'esprit qui l'avoient fait naître[97], fut la première
-source des brouilleries de la cour. Les chefs de la cabale des
-_importants_ aspiroient au ministère, et s'étoient crus un moment
-assurés d'y parvenir: déçus de leurs espérances, furieux de se voir
-supplantés par un étranger qui, selon eux, étoit venu leur enlever le
-prix de leurs souffrances et de leur dévouement, ils réunirent tous
-leurs efforts contre lui, renforcés bientôt par la duchesse de
-Chevreuse et par le marquis de Châteauneuf[98], les derniers que l'on
-vit reparoître, parmi ces amis ou serviteurs d'Anne d'Autriche qui
-avoient subi les persécutions de Richelieu, et tous les deux bien plus
-capables que l'évêque de Beauvais ou le duc de Beaufort, de diriger un
-parti. Mazarin eut l'adresse de faire écarter Châteauneuf, qu'il
-craignoit[99]; et la duchesse de Chevreuse se montra moins adroite que
-passionnée en abusant, dès les premiers jours de son arrivée à la
-cour, de cette ancienne affection que lui avoit conservée la reine,
-pour satisfaire la haine qu'elle avoit contre la maison de Richelieu.
-Elle ne fit pas attention que la prévoyance du ministre de Louis XIII
-s'étendant jusques sur l'avenir des siens, qu'il supposoit devoir être
-en butte après sa mort aux ressentiments de tous ceux qu'il avoit
-maltraités pendant sa vie, il leur avoit préparé, par le mariage de sa
-nièce Maillé de Brézé avec le duc d'Enghien, l'appui le plus solide
-dans la maison de Condé; et que répandant alors sur cette maison les
-biens, les honneurs, et lui donnant tout ce qu'il lui étoit possible
-d'accorder d'autorité, il lui avoit ainsi laissé toute la force
-nécessaire pour défendre et protéger ses alliés. L'acharnement que la
-duchesse mit à poursuivre les neveux du cardinal, la hauteur avec
-laquelle elle demanda leurs dépouilles pour ses amis et ses
-protégés[100], soulevèrent contre elle et contre sa cabale la plus
-grande partie de la cour. La princesse de Condé, qui étoit plus avant
-qu'elle encore dans la faveur de la reine, et qui avoit contribué à
-faire éloigner Châteauneuf[101], prit ouvertement la défense des
-Richelieu; et Mazarin, qui ne croyoit pas que le moment fût venu de
-rompre entièrement avec les _importants_, accorda peu de chose, et
-donna pour le reste des promesses qu'il étoit bien résolu de ne point
-tenir.
-
- [Note 97: «C'étoit, disoit le maréchal d'Estrées, qui
- l'avoit connu à Rome, l'homme du monde le plus agréable; il
- avoit l'art d'enchanter les hommes, et de se faire aimer par
- ceux à qui la fortune le soumettoit. Sa conversation étoit
- enjouée et abondante; il paroissoit sans prétention, et il
- faisoit semblant, fort habilement, de n'être pas habile.»
- (_Mém. de M. de Mottev._, tom. I.)]
-
- [Note 98: La duchesse de Chevreuse, impliquée dans l'affaire
- de la correspondance secrète de la reine avec l'Espagne,
- avoit été forcée de sortir précipitamment de France pour
- n'être pas arrêtée. Châteauneuf, qui étoit garde des sceaux
- en 1633, eut l'imprudence, Richelieu étant dangereusement
- malade, de laisser éclater le désir de le remplacer, et même
- la hardiesse d'y travailler. Instruit de ce qui s'étoit
- passé, le ministre le fit renfermer au château d'Angoulême,
- d'où il ne sortit qu'à la mort de son inexorable ennemi.]
-
- [Note 99: Il fit entendre à la reine que ces deux exilés se
- vantoient hautement de la gouverner et de conduire les
- affaires; qu'il distribuoient à l'avance les grâces, les
- emplois et les dignités. Anne d'Autriche, très-susceptible
- sur cet article, écrivit à Châteauneuf, qui s'en revenoit
- triomphant à la cour, qu'il eût à rester, jusqu'à nouvel
- ordre, dans sa maison de Mont-Rouge, près Paris.]
-
- [Note 100: Elle vouloit qu'on reprît au maréchal de la
- Meilleraie le gouvernement de Bretagne, qui lui avoit été
- donné après l'affaire de Chalais, et qu'on le rendît au duc
- de Vendôme; qu'on ôtât l'amirauté à la maison de Brézé pour
- en gratifier le duc de Beaufort; enfin, que le jeune duc de
- Richelieu fût dépouillé du gouvernement du Hâvre, qu'elle
- demandoit pour le prince de Marsillac, depuis duc de la
- Rochefoucauld.]
-
- [Note 101: Elle ne pouvoit lui pardonner d'avoir présidé à
- la condamnation du duc de Montmorenci son frère.]
-
-Cependant tandis que l'on intriguoit à la cour, les armes de France
-étoient de toutes parts victorieuses: la bataille de Rocroi, que le
-duc d'Enghien venoit de gagner à l'âge de vingt-deux ans, avoit
-détruit en un moment toutes les espérances que la maison d'Autriche
-avoit pu fonder sur les agitations et la foiblesse presque toujours
-inséparables d'une minorité; et les troupes espagnoles, qui avoient pu
-espérer de pénétrer encore dans le coeur du royaume, se voyoient
-attaquées dans leurs propres provinces, et réduites maintenant à une
-pénible défensive. Tous les yeux se fixèrent aussitôt sur un prince
-qui, à peine sorti de l'adolescence, effaçoit déjà l'éclat des plus
-grands généraux; et lorsqu'il reparut dans cette cour, tout
-resplendissant de gloire et entouré des jeunes compagnons de ses
-exploits, les partis qui la divisoient se le disputèrent avec la plus
-grande ardeur, et essayèrent d'entraîner en même temps vers eux la
-troupe brillante dont il étoit accompagné.
-
-Il sembloit naturel qu'il se rangeât du côté des alliés de sa maison:
-la galanterie le jeta d'abord dans l'autre parti auquel appartenoit
-déjà la jeune duchesse de Longueville sa soeur; et bientôt des
-tracasseries de femmes le ramenèrent vers les siens. La duchesse de
-Montbazon[102], à laquelle il adressoit des voeux qui n'étoient point
-dédaignés, s'étoit permis, à l'égard de la duchesse de Longueville,
-une de ces indiscrétions injurieuses que les femmes ne pardonnent
-point[103]. Forcée d'en faire une réparation éclatante, elle ne put
-dévorer cet affront, qui fut un triomphe pour les Condé; et son dépit
-l'emportant au-delà de toutes les bornes, elle affecta de braver les
-ordres de la reine et de violer les conditions qui lui avoient été
-imposées: elle fut exilée. Les chefs de la cabale s'emportèrent
-aussitôt contre Mazarin, qu'ils accusèrent d'être le principal auteur
-de cette disgrâce, et imaginèrent des moyens nouveaux pour se
-débarrasser de lui. La reine, obsédée de leurs cris, impatientée de
-leurs remontrances indiscrètes et malignes sur les rapports trop
-familiers peut-être qui existoient entre elle et son ministre, finit
-par les considérer comme les seuls auteurs des bruits mortifiants pour
-elle qui s'élevoient à ce sujet. Déjà aigrie contre ces censeurs
-incommodes, le duc de Beaufort, qui s'étoit déclaré hautement et
-ridiculement le champion de madame de Montbazon, acheva de l'irriter
-par ses insolences brutales à son égard et par des menaces violentes
-contre le cardinal, dont celui-ci craignoit ou du moins faisoit
-semblant de craindre les effets, Anne d'Autriche crut enfin que la
-dignité du trône ne lui permettoit pas de souffrir plus long-temps ces
-insultes et ces mutineries. Entrant dans les craintes que lui
-témoignoit Mazarin, elle en fit part au prince de Condé et au duc
-d'Orléans, les intéressa à ses ressentiments, et, s'autorisant du
-consentement qu'ils lui donnèrent, fit arrêter le 2 septembre et
-renfermer à Vincennes ce même duc de Beaufort à qui, cinq mois
-auparavant, elle avoit prodigué les marques les plus éclatantes de
-confiance et d'attachement; la duchesse de Chevreuse, Châteauneuf et
-un grand nombre d'autres reçurent l'ordre de s'éloigner de la cour;
-l'évêque de Beauvais fut renvoyé dans son diocèse; et ainsi expira,
-presque sans bruit, la cabale des _importants_.
-
- [Note 102: Elle avoit épousé le père de la duchesse de
- Chevreuse, et étoit à peu près du même âge que sa
- belle-fille.]
-
- [Note 103: La jeune princesse se retirant un jour d'une
- assemblée, il arriva que des lettres galantes furent
- trouvées sous ses pas. Ces lettres furent lues et commentées
- d'une manière très injurieuse pour elle; et, comme on la
- soupçonnoit d'un commerce secret avec Coligni, depuis duc de
- Châtillon, madame de Montbazon prononça, sans hésiter, que
- ces lettres étoient d'elle et de lui.]
-
-(1644, 45, 46, 47) Ici commence ce qu'on appelle les beaux jours de la
-régence; et ces beaux jours durèrent environ trois années. Grâce au
-génie de Turenne et du duc d'Enghien, qui continuoient au dehors à
-marcher de victoire en victoire, la France jouissoit au dedans d'une
-sécurité profonde; et il y eut un moment de joie expansive dans la
-nation, que tous les historiens du temps ont remarqué. Mazarin en
-profita pour entrer plus avant encore dans la faveur de la reine, et
-affermir sa fortune et son pouvoir contre les coups qui bientôt
-alloient leur être portés: car cette ivresse de la France ne devoit
-être que passagère. La guerre, pour être heureuse, n'en exigeoit pas
-moins des dépenses extraordinaires, auxquelles il étoit impossible de
-subvenir autrement que par des impôts. Les haines, les jalousies, les
-prétentions ambitieuses qui avoient d'abord éclaté au milieu de cette
-cour, en apparence si galante et si dissipée, continuoient de
-fermenter dans le fond des coeurs, et, pour éclater de nouveau,
-sembloient n'attendre qu'un moment plus favorable. Le crédit toujours
-croissant de Mazarin ne leur laissoit point de repos; et déjà toutes
-ces petites passions préludoient dans l'ombre, en ne laissant pas
-échapper une seule occasion de répandre sur ce ministre un mépris et
-un ridicule qui rejaillissoient jusque sur la régente. La ville
-recevant insensiblement de la cour ces impressions fâcheuses, elles ne
-tardèrent point à devenir populaires; et la haine fut bientôt générale
-contre lui, sans qu'on pût dire au juste pourquoi on le haïssoit: le
-prétexte qui devoit justifier cette haine ne tarda point à se
-présenter.
-
-«Malheureusement, dit le cardinal de Retz, Mazarin, disciple de
-Richelieu, et de plus, né et nourri dans un pays où la puissance du
-pape n'a point de bornes, crut que le mouvement rapide et violent
-donné sous le dernier ministère étoit le naturel; et cette méprise fut
-l'occasion de la guerre civile.» Nous pensons que cet habile fauteur
-d'intrigues eût été fort embarrassé d'expliquer lui-même quel étoit ce
-_naturel_ auquel il falloit que le ministre s'accommodât. Il n'y eut
-point de _méprise_ en ceci; mais seulement le résultat inévitable de
-la différence des positions et des caractères. Richelieu étoit altier,
-violent, inflexible; il gouvernoit sous le nom du monarque absolu qui
-lui avoit communiqué toute sa puissance: rien ne lui résista; tout se
-courba devant lui. Mazarin avoit, de même que son prédécesseur, de la
-pénétration, de l'habileté; mais son caractère étoit timide et
-irrésolu. Essayant de remplacer par l'adresse et la ruse ce qui lui
-manquoit en force et en volonté, il avoit en outre le désavantage de
-conduire les affaires sous l'autorité incertaine d'une régence et au
-milieu des embarras d'une minorité: l'opposition, qui avoit rendu si
-orageuses les premières années de Louis XIII, sortit donc à l'instant
-même de la longue inaction à laquelle ce terrible Richelieu avoit su
-la réduire. C'est ainsi que s'explique très-_naturellement_ l'état
-d'une société politique où tous les principes _naturels_, qui font la
-vie sociale, étoient depuis long-temps méconnus.
-
-Toutefois cette opposition qui, dès qu'elle sent que le pouvoir
-foiblit, recommence à se soulever contre lui, n'a plus maintenant le
-même caractère qu'elle avoit autrefois. Ce même homme qui y joua un
-rôle si remarquable, va nous apprendre ce que le despotisme du règne
-précédent l'avoit faite; et ses aveux à cet égard sont d'autant plus
-précieux, que la naïveté en est extrême, et qu'il ne semble pas se
-douter de la grande révélation qu'il va nous faire: «Ce signe de vie,
-dit-il, dans le commencement presque imperceptible, ne se donne point
-par Monsieur; il ne se donne point par M. le prince; il ne se donne
-point par les grands du royaume; il ne se donne point par les
-provinces: il se donne _par le parlement_, qui, jusqu'à notre siècle,
-n'avoit jamais commencé de révolution, et qui certainement auroit
-condamné, par des arrêts sanglants, celle qu'il faisoit lui-même, si
-tout autre que lui l'eût commencée.»
-
-Ce que Gondi appelle un _signe de vie_ est donné par le parlement, et
-il semble s'en étonner! Que prouve cet étonnement sinon que ces
-princes et ces grands, qui attendoient ce _signe de vie_ pour se
-ranimer eux-mêmes et recommencer à troubler l'état, ne connoissoient
-ni leur position, ni ce qu'ils alloient faire, ni ce qu'ils étoient en
-effet devenus? Avant Richelieu, nous les avons vus formant à eux
-seuls une opposition qui, dès qu'elle étoit mécontente, levoit des
-armées, soulevoit les provinces, se cantonnoit dans les places fortes,
-menaçant le pouvoir, transigeant avec lui et se faisant payer le prix
-de sa rébellion. Une seconde opposition, non moins menaçante et plus
-dangereuse encore, celle des protestants donnoit en quelque sorte la
-main à la première, avoit comme elle ses armées et ses forteresses, et
-toutes les deux réunies pouvoient tout oser et tout braver. Nous avons
-vu comment le ministre de Louis XIII les abattit toutes deux; et en
-effet elles étoient arrivées à ce point qu'elles menaçoient
-l'existence même de la société, et qu'elles ne pouvoient plus être
-souffertes. L'esprit dont elles avoient été animées survivoit sans
-doute à leurs désastres; mais leur force matérielle étoit réellement
-anéantie et sans retour. Ces villes fortifiées, ces châteaux forts
-dont l'intérieur de la France avoit été hérissé, étant désormais
-ouverts de toutes parts, l'une et l'autre opposition n'avoient plus ni
-moyens pour commencer l'attaque, ni refuge après la défaite; et sans
-aucun point de contact entre elles, divisées dans leurs propres
-membres, elles étoient désormais incapables de rien entreprendre qui
-pût troubler et alarmer le pouvoir. Il n'en étoit pas de même du
-parlement: au milieu de ces orages politiques qui avoient tout
-renversé autour de lui, il avoit su se conserver, parce que, dans la
-marche sûre et prudente qu'il s'étoit tracée, en même temps qu'il se
-créoit des droits politiques qui ne lui appartenoient pas, il avoit
-toujours eu l'art de céder à propos, dès que la résistance lui avoit
-semblé offrir quelque apparence de danger, se rendant par cela même
-plus cher à la multitude qu'il s'étoit arrogé le droit de protéger et
-de défendre, et accroissant de ses humiliations et de ses défaites, la
-force morale qu'il tiroit de ces affections populaires. N'ayant point
-d'autres moyens d'attaque et de défense que cette force morale qui,
-lorsqu'elle n'avoit point d'appui étranger, sembloit devoir causer peu
-d'ombrage; ne se montrant hostile contre le pouvoir politique que
-lorsqu'il s'agissoit de soutenir ce qu'il appelloit les intérêts du
-peuple, il se faisoit ensuite l'auxiliaire de ce même pouvoir contre
-l'autorité spirituelle, dès que celui-ci avoit besoin de son secours,
-lui rendant alors son esprit de révolte agréable, parce qu'il se
-révoltoit avec lui; et se montrant ainsi flatteur et servile, lorsque
-les circonstances ne lui étoient pas utiles ou favorables à être
-insolent et mutin. Il n'avoit donc plié sous Richelieu que pour se
-relever ensuite plein de vigueur et de vie, avec toutes ses
-prétentions orgueilleuses, tous ses vieux préjugés, et ce qu'une si
-longue contrainte avoit pu y ajouter d'aigreur et de ressentiment.
-D'un côté, le pouvoir royal dans des mains où l'adresse s'efforçoit de
-suppléer à la force, de l'autre, cette opposition toute populaire, et
-plus forte que jamais de la faveur d'une multitude qui souffroit et
-qui avoit été long-temps opprimée, voilà tout ce qui restoit de
-_vivant_ dans l'état; et lorsque tout se complique en apparence, tout
-se simplifie en effet. Le _roi_ et le _peuple_ sont seuls en présence
-l'un de l'autre: et toute la suite des événements va nous prouver
-qu'en effet rien n'a de force et de vie que selon qu'il se rallie au
-peuple ou au roi.
-
-Cependant les tracasseries et les intrigues de cour ne perdoient rien
-de leur activité. Mazarin devoit en grande partie son élévation à
-Chavigni: celui-ci abusa de cette espèce d'avantage qu'il croyoit
-avoir sur le premier ministre; il se rendit avec lui difficile,
-exigeant, et lui donna, dans le conseil, assez d'embarras et de
-contrariétés, pour que celui-ci se crût obligé de l'en éloigner.
-Chavigni avoit de l'audace et de l'habileté: lui et ses amis crièrent
-à l'ingratitude; et il alla se cantonner pour ainsi dire dans le
-parlement, où il trouva des partisans, parce que le ministre y avoit
-des ennemis. Les présidents Longueil, Viole, de Novion et de
-Blancmesnil se déclarèrent pour lui, entraînant après eux plusieurs
-des plus brouillons parmi les conseillers; Châteauneuf, qui étoit
-toujours relégué à Montrouge, se joignit à cette cabale, qui devint
-assez inquiétante pour que Mazarin crût devoir s'en délivrer par un
-coup d'autorité. Châteauneuf fut exilé en Berri, d'autres dans leurs
-maisons de campagne; et Chavigni se vit réduit à se circonscrire dans
-le gouvernement de Vincennes, qui lui avoit été donné par Richelieu.
-Ces mesures étoient sans doute peu rigoureuses: elles n'en firent pas
-moins beaucoup de mécontents, parce qu'elles furent considérées comme
-des actes arbitraires.
-
-(1648) L'embarras des finances, cette cause la plus fréquente des
-révolutions, devoit bientôt faire naître des mécontentements plus
-sérieux; et c'étoient là les fruits amers que la politique de
-Richelieu avoit légués à ses successeurs. Nous avons dit que la guerre
-d'Espagne, bien que les résultats continuassent d'en être heureux,
-exigeoit des dépenses considérables: il falloit de l'argent pour la
-soutenir; il en falloit pour fournir aux profusions d'une cour
-prodigue et fastueuse; les sommes énormes qu'il avoit fallu donner au
-duc d'Orléans, au prince de Condé et à plusieurs autres pour acheter
-leur assistance ou payer leur fidélité, achevoient d'épuiser le
-trésor; et une mauvaise administration confiée à des ministres qui
-tous, sans en excepter Mazarin lui-même, ne paroissent pas avoir été
-fort scrupuleux sur les moyens de s'enrichir, mettoit le comble à ces
-désordres. La dépense se trouva donc bientôt dans une disproportion
-effrayante avec la recette: pour combler ce _déficit_, le surintendant
-Emery, traitant effronté, impitoyable, et en qui cependant le cardinal
-avoit une entière confiance, inventoit tous les jours mille ressources
-odieuses, quelquefois même ridicules. Le parlement qui avoit déjà
-enregistré, non sans difficulté, plusieurs édits vexatoires[104], dont
-il étoit l'auteur, retrouvant contre ce despotisme maladroit et
-purement fiscal son ancien esprit de mutinerie, éclata enfin à
-l'occasion du _tarif_, impôt qui établissoit une augmentation
-considérable sur les droits des denrées qui entroient à Paris; et les
-murmures de la population entière de cette capitale se mêlèrent aux
-remontrances de ses magistrats. La cour, effrayée de ce commencement
-de fermentation, retira le tarif, mais pour y substituer
-impolitiquement des édits encore plus onéreux, et à un tel point, que
-le parlement leur préféra encore ce premier édit qui fut modifié. Tout
-cela ne se passa point sans assemblées des chambres, conférences avec
-les ministres, députations vers la régente; il y eut des discours et
-des écrits, dans lesquels les questions les plus graves et les plus
-dangereuses sur les droits des peuples et des rois, sur le pouvoir
-arbitraire et le pouvoir limité furent publiquement discutées. Les
-têtes continuèrent à s'échauffer, et le peuple commença à s'attrouper
-et à murmurer.
-
- [Note 104: Un vieil édit de 1548 défendoit de prolonger les
- faubourgs de Paris au-delà de certaines limites: Emery
- imagina de le tirer de la poussière, de faire toiser les
- constructions faites au-delà de ces limites, et de mettre à
- l'amende les délinquants. La _Paulette_ étoit un droit au
- moyen duquel, en payant chaque année un soixantième du prix
- d'achat, chaque magistrat laissoit à sa famille la propriété
- de sa charge; c'étoit une concession que le roi avoit faite
- à la magistrature par un bail qui se renouveloit tous les
- neuf ans: ce bail expirant, il exigea des cours souveraines,
- le parlement excepté, quatre années de leurs gages à titre
- de prêt. Il établit des charges nouvelles dont les noms
- n'étoient pas moins ridicules que les attributions:
- c'étoient des conseillers du roi, contrôleurs des bois de
- chauffage, des jurés crieurs de vin, des jurés vendeurs de
- foin, etc.]
-
-La cour eut l'imprudence d'opposer la violence aux murmures: plusieurs
-membres du parlement, plus hardis que les autres, furent enlevés et
-transférés dans diverses prisons[105]; et, pour emporter de vive force
-l'enregistrement, on conçut l'idée bizarre, et l'on donna ce signe de
-foiblesse de conduire le jeune roi en robe d'enfant au parlement: il y
-parut au moment où on l'y attendoit le moins, portant avec lui un
-grand nombre d'édits, tous plus ruineux les uns que les autres; et sa
-présence mit cette compagnie dans la nécessité de les vérifier.
-L'avocat-général Talon s'éleva d'abord avec force contre une
-semblable surprise, attentatoire à la liberté des suffrages. Le
-lendemain, les maîtres des requêtes, à qui l'un de ces édits donnoit
-douze nouveaux collègues, s'assemblent et prennent la résolution de ne
-pas souffrir cette création nouvelle, dont l'effet étoit, tout à la
-fois, de diminuer le prix des anciennes charges et de les rendre moins
-honorables. Le même jour, les chambres assemblées commencent à
-examiner tous les édits vérifiés. La régente et son ministre traitent
-cet examen de révolte contre l'autorité royale; et, en même temps
-qu'ils ordonnent la pleine et entière exécution de ces édits, le duc
-d'Orléans et le prince de Conti sont chargés de porter, l'un à la
-chambre des Comptes, l'autre à la cour des Aides, ceux qui
-concernoient ces deux compagnies. C'est alors que le soulèvement
-devint général: la cour des Aides députa vers la chambre des Comptes,
-lui demandant de s'unir à elle pour la réformation de l'état; l'une et
-l'autre s'assurèrent du grand Conseil; et le parlement, sur
-l'invitation qu'elles lui en firent, donna aussitôt son arrêt
-d'_union_ avec ces trois cours de justice. Il portoit «qu'on
-choisiroit dans chaque chambre du parlement deux conseillers, qui
-seroient chargés de conférer avec les députés des autres compagnies,
-et qui feroient leur rapport aux chambres assemblées, lesquelles
-ensuite ordonneroient ce qui conviendroit.»
-
- [Note 105: Les conseillers, le Comte et Gueslin; les
- présidents, Gaïan et Barillon.]
-
-Le cardinal fit casser cet arrêt par le conseil[106]; et par une
-imprudence nouvelle, ordonna encore l'enlèvement de deux
-magistrats[107]. Le parlement, à qui la défense de s'assembler avec
-les autres compagnies fut notifiée dans les termes les plus durs, n'y
-répondit qu'en se réunissant le même jour avec elles, pour délibérer
-sur l'ordonnance même du conseil. Cependant le peuple continuoit à
-murmurer; il y eut même des voies de fait exercées contre des
-officiers envoyés par la régente pour s'emparer de la feuille de
-l'arrêt, et la cour commença enfin à concevoir quelques craintes. Elle
-fit proposer des accommodements, que le parlement rejeta avec une
-sorte de hauteur, parce qu'ils touchoient son intérêt particulier,
-qu'il affectoit de négliger pour ne songer qu'au bien public; et,
-comme l'effervescence populaire alloit toujours croissant, la régente,
-bien plus encore par le danger dont elle étoit menacée que par les
-remontrances et les délibérations de cette compagnie, crut devoir
-céder, et permit enfin l'exécution de cet arrêt d'union qu'elle avoit
-d'abord si fortement contesté. Alors les députés nommés par le
-parlement et par les autres cours souveraines se réunirent dans la
-_chambre de Saint-Louis_, et commencèrent à y tenir des assemblées
-régulières. Toutefois la reine, en tolérant cette espèce de comité,
-lui fit dire «que son intention étoit que les affaires s'y
-expédiassent en peu de temps, pour le bien de l'état, surtout qu'il y
-fût avisé aux moyens d'avoir de l'argent promptement.»
-
- [Note 106: Mazarin, qui n'avoit jamais bien pu prononcer le
- françois, ayant dit que cet arrêt d'_Ognon_ étoit
- attentatoire, ce seul mot le rendit ridicule; et, comme on
- ne cède jamais à ceux que l'on méprise, le parlement en
- devint plus entreprenant. (Voltaire.)]
-
- [Note 107: Turgot et d'Argonges, conseillers au grand
- conseil.]
-
-Mais le parlement, devenu par ce triomphe plus audacieux, et plus
-entreprenant, ne tint nul compte de cette injonction de la régente; et
-ce qu'elle indiquoit à la chambre de Saint-Louis, comme l'objet
-principal de ses délibérations, fut justement ce dont elle s'occupa le
-moins. On la vit agir, dès les commencements, comme si elle eût été
-appelée à partager le gouvernement de l'état: ce fut sur les affaires
-publiques que roulèrent ses discussions, et même une sorte d'ordre
-s'établit touchant la manière de les discuter. Les matières étoient
-présentées à la chambre par un de ses membres: on les y examinoit avec
-attention, on donnoit même une décision; mais cette décision étoit
-ensuite portée aux chambres assemblées, dont la sanction devenoit
-nécessaire pour lui donner de la validité. En dix séances, tout ce qui
-concernoit le gouvernement, justice, finances, police, commerce, solde
-des troupes, domaine du roi, état de sa maison, etc., fut soumis aux
-délibérations de ce comité, et devint, par une suite nécessaire,
-l'objet des délibérations du parlement. Ou par désoeuvrement ou par
-curiosité, une foule de gens s'attroupoient dans les salles du palais,
-et y passoient les journées entières à recueillir ce qui se disoit, y
-mêlant leurs propres réflexions et les répandant ensuite au dehors.
-Les projets de réforme et les moyens d'y parvenir devenoient la
-matière de toutes les conversations; on s'en entretenoit dans les
-boutiques, dans les ateliers, jusque dans les marchés et les places
-publiques. Il devint à la mode de censurer le gouvernement et de
-décrier les ministres, surtout le cardinal, devenu bientôt le
-principal et presque le seul objet de l'animadversion de cette
-multitude. Alors deux partis se formèrent, qui se distinguèrent l'un
-de l'autre par des noms de factions: les partisans de la cour furent
-appelés _Mazarins_, les autres reçurent le nom de _Frondeurs_; mot
-alors bizarrement employé dans une telle acception[108], et dont le
-nouveau sens a été depuis adopté dans la langue françoise. Enfin cette
-manie de s'occuper des affaires de l'état passa de Paris dans les
-provinces, et de toutes parts disposa les esprits à prendre part aux
-troubles de cette capitale.
-
- [Note 108: En voici l'origine la plus vraisemblable: dans
- les premiers démêlés du parlement avec la cour, le duc
- d'Orléans assistoit souvent aux assemblées de cette
- compagnie, et sa présence et son esprit conciliateur y
- calmoient l'effervescence des opinions; mais ce calme ne
- duroit qu'un moment, et la chaleur revenoit dès qu'il étoit
- parti. Bachaumont[108-A], fils du président Lecogneux,
- plaisantant à ce sujet, dit un jour que «le parlement, se
- contenant ainsi à l'aspect du duc d'Orléans, ne ressembloit
- pas mal aux écoliers qui, rassemblés pour jouer à la fronde
- dans les fossés de la ville, se séparoient dès qu'ils
- voyoient le lieutenant civil ou les archers, et se
- réunissoient pour _fronder_ de nouveau aussitôt qu'ils
- étoient partis.» Il ajouta que, «maintenant que le duc étoit
- parti, il alloit bien _fronder_ l'opinion de son père.»
- L'allusion parut heureuse; le mot fût adopté, et ne tarda
- pas à devenir un signe de ralliement.]
-
- [Note 108-A: L'auteur du Voyage ingénieux, fait en
- communauté avec Chapelle, et qui les a immortalisés tous les
- deux à si peu de frais.]
-
-Si nous pénétrons maintenant dans l'intérieur du parlement; si nous
-rassemblons ce que les mémoires du temps nous peuvent fournir de
-lumières sur les éléments dont il se composoit, sur l'esprit et les
-passions dont il étoit animé, ils nous montrent, dans ses jeunes
-conseillers, des têtes ardentes, déjà imbues de toutes ces vieilles
-traditions de la magistrature, qui leur persuadoient qu'en s'asseyant
-sur les fleurs de lis, ils étoient devenus les _protecteurs du
-peuple_, et des censeurs du pouvoir, qui ne pouvoient être ni trop
-sévères ni trop vigilants. Trouver ainsi une occasion de passer
-subitement de l'étude aride des lois et des fonctions obscures de
-juges civils ou criminels, à la mission importante de réformateurs de
-l'état, au rôle brillant d'orateurs politiques, délibérant en
-présence de la nation entière, attentive à leurs discours et charmée
-de leur éloquence, leur sembloit un événement aussi heureux pour eux
-que pour la France; et les illusions de leur amour-propre ajoutoient
-encore à cet esprit de licence et à cette espèce d'enthousiasme
-républicain dont ils étoient possédés. Parmi les magistrats à qui
-l'âge avoit donné, dans les manières, plus de sérieux et de gravité,
-un grand nombre, et même le plus grand nombre, n'avoit pas, pour
-s'élever contre la cour et décrier le gouvernement, d'autres motifs
-que ceux qui entraînoient cette jeunesse ardente et tumultueuse: la
-haine du pouvoir et la manie de se rendre agréable à la multitude;
-mais plusieurs d'entre eux, et quelques-uns de ceux-ci étoient
-justement les plus habiles ou les plus influents, y joignoient des
-ressentiments particuliers qui rendoient leurs dispositions hostiles
-encore plus actives et plus dangereuses. Les présidents Potier de
-Blancmesnil, Longueil de Maisons, Viole et Charton[109] étoient les
-principaux dans cette classe de mécontents. Enfin, au milieu de cette
-élite de ses magistrats qu'il considéroit comme les défenseurs nés de
-ses franchises et de ses libertés, le peuple de Paris s'étoit fait une
-espèce d'idole d'un vieux conseiller nommé Broussel. C'étoit un homme
-d'un caractère ardent, d'un esprit borné; et, soit qu'il fût aigri
-contre cette cour, qui l'avoit négligé ou dédaigné[110], soit qu'il se
-laissât emporter par un zèle inconsidéré pour le bien public, on n'en
-voyoit point, même parmi les plus jeunes et les plus fougueux, de plus
-violent dans ses diatribes contre le ministère, ne manquant aucune
-occasion de le censurer, de le mortifier, et se montrant surtout
-intraitable lorsqu'il s'agissoit d'impôts: c'étoit là ce qui l'avoit
-rendu cher à la multitude qui l'appeloit _son père_, et mettoit en lui
-toutes ses espérances.
-
- [Note 109: Le président de Blancmesnil en vouloit au
- cardinal à cause de la disgrâce de l'évêque de Beauvais
- qu'il avoit supplanté; Longueil étoit piqué de ce qu'il ne
- pouvoit obtenir pour son frère une place de président, et
- pour lui-même celle de chancelier de la reine, qu'il
- sollicitoit; Viole épousoit la querelle de son ami Chavigny;
- Charton étoit un esprit turbulent et séditieux, qui
- détestoit les ministres par la seule raison qu'ils avoient
- le pouvoir. C'étoit, au reste, un homme très-médiocre. Il
- étoit connu par le sobriquet de président _je dis ça_, parce
- qu'il ouvroit et concluoit toujours ses avis par ces mots.]
-
- [Note 110: On assure que la cour auroit pu le gagner en
- donnant à son fils une compagnie aux gardes qu'il demandoit
- pour lui.]
-
-On conçoit le parti que des brouillons et des ambitieux pouvoient
-tirer d'une assemblée ainsi disposée, et dont l'influence étoit si
-grande sur la population de Paris: aussi devint-elle aussitôt un
-instrument de trouble et de discorde entre les mains de quelques
-intrigans habiles, restes de la cabale des _importants_, et qui
-crurent y trouver un moyen, les uns de parvenir au ministère, les
-autres d'y rentrer, en forçant la reine à changer ses ministres. Les
-principaux étoient Châteauneuf, Laigues, Fontrailles, Montrésor,
-Saint-Ibal, Chavigni qui venoit de se joindre à eux, et
-Jean-François-Paul de Gondi, alors coadjuteur de l'archevêque de
-Paris, son oncle, décoré lui-même du titre d'archevêque de Corinthe,
-depuis cardinal de Retz, et l'un des plus audacieux caractères et des
-plus dangereux esprits qui aient jamais paru au milieu des factions
-populaires. Pour exciter du désordre dans l'état, ils n'avoient point
-de plus nobles motifs que ceux que nous venons de faire connoître;
-mais ils se gardoient bien de les laisser même soupçonner à ces
-fanatiques du bien public, dont ils feignoient de partager l'ardeur
-patriotique, et qu'ils poussoient ainsi hors de toute mesure, pour
-arriver au but qu'ils s'étoient proposé, et que, seuls et abandonnés à
-eux-mêmes, il leur étoit impossible d'atteindre.
-
-Au milieu de ces artisans d'intrigues et de cette assemblée si
-ridiculement factieuse et turbulente, s'élevoit la figure imposante de
-Matthieu Molé, premier président, personnage également remarquable par
-la vigueur de son esprit et par la fermeté de son caractère, intrépide
-au point d'étonner ses adversaires même les plus courageux, et de les
-avoir plus d'une fois forcés au respect et à l'admiration. Quant à ses
-principes et à ses opinions, c'étoit si l'on peut s'exprimer ainsi, le
-beau idéal des doctrines parlementaires: il croyoit, et de la foi la
-plus inébranlable, que la cour de justice du roi possédoit en effet
-très-légitimement le droit qu'elle s'étoit arrogé de résister à
-l'autorité royale, lorsque, _dans sa sagesse_, elle avoit reconnu que
-celle-ci se trompoit ou qu'elle dépassoit volontairement les bornes
-que lui prescrivoient les lois fondamentales du royaume. Mais il
-convenoit en même temps que cette résistance devoit s'arrêter dans les
-justes bornes au-delà desquelles elle eût attaquée le principe même de
-la souveraineté, et compromis le salut de la monarchie; et c'est ainsi
-que, cherchant long-temps cette balance chimérique des droits et des
-devoirs, il trouva long-temps le secret de mécontenter les deux
-partis: le parlement, parce que, autant qu'il étoit en lui, il
-cherchoit à l'arrêter quand il le voyoit aller trop loin; les
-ministres, parce qu'il exécutoit rigoureusement les mesures que sa
-compagnie lui prescrivoit contre eux. Les uns l'accusoient d'être
-vendu à la cour, les autres de favoriser les frondeurs; et il ne
-sortit de cette position équivoque, où il lui étoit même impossible de
-se maintenir, que lorsqu'il eut pris enfin la seule résolution
-raisonnable que, dans de telles circonstances, il convint de prendre à
-un homme de bien, celle de se ranger du côté de l'autorité. Toutefois,
-avant d'en venir là, placé entre l'un et l'autre parti, fort de la
-droiture de ses intentions et de son amour pour la paix, qui étoit
-l'unique objet de tous ses désirs et de toutes ses sollicitudes, s'il
-ne parvint pas à la procurer, il empêcha du moins le mal d'arriver à
-cet excès qui auroit mis la monarchie en péril; et peut-être fut-elle
-sauvée alors par ce grand et vertueux magistrat.
-
-Cependant la chambre de Saint-Louis continuoit ses opérations; et ce
-comité préparatoire offroit cet avantage aux chefs cachés de tous ces
-mouvemens, qu'il leur devenoit ainsi facile de porter aux ministres
-les coups les plus rudes sans qu'on pût soupçonner la main d'où ils
-étoient partis; et, les attaquant aussi vivement qu'ils le jugeoient
-nécessaire, de se mettre à l'abri de leurs ressentiments. C'étoit là
-qu'étoient mystérieusement concertées toutes les propositions hardies
-et toutes les questions désagréables que l'on élevoit à leur sujet:
-les membres de cette chambre les examinoient d'abord, ainsi que nous
-venons de le dire; et elles étoient ensuite présentées aux chambres
-assemblées où on les discutoit publiquement: ainsi le premier auteur
-demeuroit ignoré, et, suivant le plan qu'avoient formé les
-boute-feux, le parlement se trouvoit de plus en plus compromis avec la
-cour. C'est par cette voie que furent successivement proposés, la
-suppression des intendants de provinces qui étoient odieux au peuple,
-l'érection d'une chambre de justice destinée à faire rendre gorge aux
-traitants, la confection d'un nouveau tarif pour les entrées de Paris,
-un mode de paiement pour les rentes de l'hôtel de ville, et plusieurs
-autres règlements de finances, bons peut-être en eux-mêmes, mais qui,
-dans la circonstance présente, produisoient le pire de tous les
-effets, celui de jeter l'alarme parmi les prêteurs, et au milieu des
-circonstances les plus pressantes, d'enlever ainsi à l'état ses
-dernières ressources. Vainement le duc d'Orléans, sur l'invitation que
-lui en fit la reine, se rendit-il assidu aux assemblées du parlement
-pour essayer de modérer par de justes représentations et par des
-paroles conciliantes des prétentions si multipliées et si
-intempestives; vainement le premier président l'aida-t-il de tous ses
-efforts en faisant naître des délais, et profitant des moindres
-prétextes pour rompre les assemblées ou en rendre les délibérations
-inutiles: ni l'un ni l'autre ne gagnèrent rien sur ces esprits ardents
-et opiniâtres. Cependant la pénurie des finances devenoit de jour en
-jour plus effrayante; les coffres du roi étoient vides, les armées
-n'étoient point payées, et l'on se voyoit menacé non-seulement de
-perdre le fruit de tant de victoires qui devoient conduire à une paix
-utile et glorieuse, sur laquelle l'ennemi, instruit de nos discordes
-intestines, se rendoit déjà moins traitable, mais encore de voir de si
-grands succès se changer en revers dont la suite eût été incalculable.
-
-Dans de telles extrémités, la régente crut qu'en accordant au
-parlement une partie de ses demandes, elle verroit finir ces
-dangereuses tracasseries: on fit donc tenir le 31 juillet, un lit de
-justice au jeune roi; le chancelier y lut une déclaration par laquelle
-la cour faisoit des concessions sur toutes les propositions qui lui
-avoient été présentées par le parlement; et la fin de son discours fut
-une défense formelle de continuer les assemblées de la chambre de
-Saint-Louis, et l'injonction aux magistrats de rentrer dans leurs
-fonctions accoutumées, et de rendre la justice aux sujets du roi.
-
-La cour achevoit ainsi de montrer sa foiblesse, et ses adversaires
-n'en devinrent que plus hardis. La chambre de Saint-Louis cessa en
-effet de s'assembler; mais les assemblées des chambres recommencèrent
-dès le lendemain; et, malgré tout ce que put imaginer le premier
-président pour l'empêcher, la délibération s'établit sur la
-déclaration même du roi. Il fut arrêté que l'on feroit des
-remontrances; et, tandis qu'on les rédigeoit, de nouveaux articles,
-qui avoient été ou différés ou oubliés, furent mis sur le bureau.
-
-Irritée au dernier point et ainsi poussée à bout, la régente se décida
-enfin à employer d'autres moyens: la victoire de Lens, que le duc
-d'Enghien, maintenant prince de Condé[111], venoit de remporter sur
-les Espagnols, lui parut une occasion favorable pour rompre le charme
-qui attachoit à la suite de quelques magistrats, une multitude qu'elle
-voyoit en même temps transportée d'un tel succès; et, éblouie de la
-gloire du jeune héros, elle se crut assez forte, après un si grand
-événement, pour faire un exemple, abattre d'un seul coup l'audace du
-parlement, et frapper de terreur les secrets auteurs de toutes ces
-manoeuvres séditieuses.
-
- [Note 111: Le prince de Condé, son père, étoit mort le 26
- décembre 1646.]
-
-Elle y eût réussi sans doute, si elle n'eût eu en tête un ennemi
-encore plus actif et plus profond que son ministre n'étoit souple et
-rusé. Gondi, ennemi de Mazarin, qui l'avoit desservi dans une
-circonstance importante, mal vu à la cour, à laquelle il avoit d'abord
-voulu s'attacher, et où celui-ci avoit su le rendre odieux, cherchoit
-depuis long-temps, et ainsi que nous l'avons déjà dit, à faire son
-profit des tempêtes publiques qui commençoient à s'élever autour de
-lui, et dans lesquelles il n'avoit pas balancé à se jeter, comme dans
-son propre élément. Prodige d'adresse et de dissimulation, tandis que
-de sourdes libéralités lui gagnoient les coeurs des peuples, que, par
-une apparence de zèle religieux et de sollicitude pastorale, il
-captoit la confiance des classes plus élevées de la capitale, et que,
-par des manoeuvres plus savantes encore, il échauffoit, dans des
-assemblées mystérieuses, les esprits les plus turbulents et les plus
-déterminés du parti[112], ce prélat affectoit de donner à la cour des
-avis sincères et désintéressés sur les dangers qui l'environnoient,
-exagérant le péril, et chargeant les portraits, afin de n'être pas
-écouté; mais conservant, par cette conduite politique, une modération
-convenable à son caractère d'archevêque, et nécessaire à la réussite
-de ses projets. Il étoit ainsi parvenu à se rendre l'âme de la
-faction, le centre de tous ses mouvements secrets, lorsque la régente,
-croyant avoir bien pris toutes ses mesures, fit tout à coup enlever,
-non pas avec mystère et dans le silence de la nuit, mais en plein
-midi, au moment que l'on chantoit le _Te Deum_ pour le grand succès
-que venoient de remporter les armes de France, trois des plus
-opiniâtres parmi les membres du parlement, Charton, Blancmesnil et
-Broussel. Charton s'esquiva; Blancmesnil fut conduit à Vincennes, et
-le vieux Broussel emmené à Saint-Germain.
-
- [Note 112: Il avoue lui-même, dans ses mémoires, que depuis
- le 28 mars jusqu'au 25 août, il dépensa trente mille écus,
- qui faisoient alors une somme considérable, pour se créer
- des partisans. Il ajoute, qu'afin de s'attirer l'estime et
- la confiance du public, il voyoit souvent les curés de
- Paris, les invitoit à sa table, et les consultoit sur le
- gouvernement de son diocèse; montrant un grand zèle pour la
- décence du culte, la pompe des cérémonies, les saluts, les
- processions, assistant à tout, officiant souvent lui-même,
- et prêchant dans la cathédrale, les couvents et les
- paroisses. Sous ce rapport il est difficile de pousser plus
- loin le cynisme des aveux que ne le fait ce scandaleux
- prélat.]
-
-L'esprit de révolte, jusqu'alors comprimé, sembloit n'attendre qu'un
-acte de cette nature pour éclater avec toutes ses fureurs.
-L'arrestation de Blancmesnil fit peu de sensation; mais celle du vieux
-Broussel[113], cette idole du peuple, produisit une émotion générale.
-On s'assembla dans les rues; on s'excita mutuellement, on cria de
-toutes parts _aux armes_; les marchands, effrayés, fermèrent leurs
-boutiques, et la face de Paris fut changée en un instant.
-
- [Note 113: La voiture qui l'enlevoit fut arrêtée et brisée
- par la populace, malgré la garde nombreuse qui
- l'environnoit. Broussel, jeté dans un autre carrosse que
- l'on rencontra par hasard, fut sur le point d'en être
- arraché par cette multitude, qui s'attachoit sans cesse à
- ses traces. Ce second carrosse se rompit encore, et le
- prisonnier eût été enlevé, si Guitaut, capitaine des gardes
- de la reine, n'eût envoyé le sien, dans lequel on le força
- d'entrer, et qui parvint enfin à gagner un relais placé près
- des Tuileries.]
-
-Averti par ces cris, le coadjuteur, qui voyoit avec plaisir commencer
-des troubles dans lesquels il devoit jouer un rôle si dangereux et si
-brillant, jugeant nécessaire cependant de détruire les soupçons que la
-cour avoit déjà conçus contre lui à ce sujet, sort de l'archevêché en
-rochet et en camail pour aller trouver la reine, marche jusqu'au
-Palais-Royal, au milieu d'une foule immense, qui demandoit Broussel
-avec des hurlements de rage, y arrive, accompagné du maréchal de La
-Meilleraie, qu'il avoit rencontré à la tête des gardes, près le
-Pont-Neuf, cherchant à apaiser le tumulte, et que cette même populace
-avoit forcé à la retraite. Il y montre toute l'étendue du mal, et le
-maréchal confirme la peinture qu'il en fait. La reine et le cardinal
-n'écoutèrent point d'abord de tels discours, venant d'un homme que
-l'on regardoit comme l'auteur de la révolte; mais les avis, toujours
-plus alarmants, se succédèrent avec tant de rapidité, qu'il fallut
-enfin y penser sérieusement; et, parmi ceux qui s'en effrayèrent,
-Mazarin n'étoit pas le moins effrayé. On tint une espèce de conseil
-dont le résultat fut qu'il falloit rendre Broussel. Le coadjuteur
-vouloit qu'on le rendît sur-le-champ: la reine exigeoit qu'avant tout
-le peuple se séparât, et ce fut Gondi lui-même que l'on chargea de
-porter à la multitude cette espèce de capitulation. Il sentit tout le
-danger d'une semblable commission; mais il lui fallut céder, entraîné
-d'ailleurs par le maréchal de La Meilleraie, qui voulut l'accompagner,
-et dont l'emportement acheva de tout perdre. Tandis que le coadjuteur
-s'avançoit à la rencontre des mutins, et s'apprêtoit à leur parler, le
-maréchal se précipita vers eux d'un autre côté, à la tête des
-chevau-légers de la garde, agitant son épée, et criant de toutes ses
-forces: _Vive le roi! liberté à Broussel!_ Ce cri fut mal entendu, et
-ce mouvement parut un signe d'hostilité. On lui répond en criant _aux
-armes!_ il est assailli d'une grêle de pierres; et, perdant enfin
-patience au bout de quelques moments, il tire et blesse mortellement,
-vis-à-vis les Quinze-Vingts, un crocheteur qui, selon les uns, passoit
-tranquillement ayant sa charge sur le dos, selon d'autres se montroit
-le plus ardent parmi ceux dont il étoit environné. Alors la fureur du
-peuple ne connut plus de bornes: l'insurrection s'étendit dans tous
-les quartiers, et les environs du Palais-Royal furent dans un moment
-remplis de gens armés. Le coadjuteur, porté par la foule jusqu'à la
-Croix-du-Tiroir, y retrouva M. de La Meilleraie qui se défendoit avec
-peine contre un gros de bourgeois postés dans la rue de l'Arbre-Sec.
-Le prélat se jeta au milieu d'eux pour les séparer, et le maréchal fit
-cesser le feu de sa troupe; mais, au même instant, un autre peloton de
-séditieux, qui sortoit de la rue des Prouvaires, fit une décharge
-très-brusque sur les chevau-légers. Fontrailles, qui étoit auprès du
-maréchal, eut le bras cassé; un des pages du coadjuteur fut blessé, et
-lui-même renversé d'un coup de pierre qui l'atteignit à la tête.
-Enfin, ayant été reconnu au moment où un bourgeois, lui appuyant son
-mousqueton sur la tempe, alloit lui faire sauter la cervelle, il fut
-relevé, entouré avec de grandes acclamations; et, profitant avec
-beaucoup de présence d'esprit de cette circonstance pour dégager le
-maréchal, il marcha du côté des halles, entraînant avec lui toute
-cette populace, tandis que M. de La Meilleraie effectuoit sa retraite
-vers le Palais-Royal.
-
-Ses exhortations, ses prières, ses menaces calment les esprits. La
-foule qui l'avoit accompagné, et à laquelle s'étoient joints tous les
-fripiers dont ce quartier fourmille, consent à déposer les armes;
-mais, obstinés à ravoir Broussel, ils le ramènent vers le
-Palais-Royal, où le maréchal de La Meilleraie, qui l'attendoit à la
-barrière, le fait entrer et le présente à la reine comme son sauveur
-et celui de l'État. Il y fut néanmoins accueilli avec un dédain
-ironique, parce qu'on ne cessoit point de le considérer comme l'auteur
-de la sédition qu'il avoit feint d'apaiser, et que la cour n'avoit
-encore qu'une idée imparfaite de la grandeur du mal. Gondi en sortit,
-la rage dans le coeur, et méditant des projets de vengeance. Cachant
-toutefois son dépit à la populace qui l'attendoit, il soutint jusqu'au
-bout le rôle de pacificateur qu'il avoit voulu prendre dans cette
-journée; et, forcé de se faire monter sur l'impériale de sa voiture,
-pour rendre compte à cette multitude du résultat de son ambassade, il
-lui parla avec un ton pénétré des promesses positives que la reine
-avoit données de la délivrance des prisonniers, promesses qu'il
-regardoit comme sacrées, et qui ne laissoient plus aucun prétexte au
-rassemblement. La nuit vint[114]; la cohue se dissipa, et Gondi rentra
-chez lui, blessé et en proie aux plus vives inquiétudes. Cependant on
-étoit si loin de se fier dans le public aux promesses de la reine, que
-beaucoup de bourgeois restèrent en armes devant leurs portes, et que
-des corps-de-garde furent distribués dans diverses parties de la
-ville; on en posa même un à la barrière des Sergents, à dix pas des
-sentinelles du Palais-Royal.
-
- [Note 114: Le coadjuteur dit, dans ses mémoires, qu'il n'eut
- pas beaucoup de peine à adoucir cette multitude, parce que
- l'heure du souper approchoit. «Cette circonstance,
- ajoute-t-il, paroîtra ridicule; mais elle est fondée, et
- j'ai observé qu'à Paris, dans les émotions populaires, les
- plus échauffés ne veulent pas ce qu'ils appellent _se
- désheurer_.»]
-
-Les alarmes du coadjuteur et la méfiance du peuple n'étoient que trop
-bien fondées: car, cette nuit même, on délibéroit, dans le conseil de
-la régente, sur les moyens de se rendre maîtres le lendemain de
-Paris[115]. Trois mécontents, Laigues, Montrésor et Argenteuil,
-vinrent successivement trouver le prélat, et lui donner les avis les
-plus sinistres sur les dispositions de la cour, qui, disoient-ils,
-vouloit à la fois le punir de la révolte, et le perdre dans l'esprit
-du peuple, en le faisant passer pour un des agents de ses promesses
-fallacieuses. Il n'en falloit pas tant pour enflammer cet esprit
-ardent et audacieux, pour le jeter dans les dernières extrémités. Il
-déclare à ses amis que, le lendemain avant midi, il sera maître
-lui-même de cette ville dont la cour prétend s'emparer, et commence
-sur-le-champ l'exécution d'un plan de défense que ceux-ci regardèrent
-d'abord comme le projet d'un insensé. Tandis que la régente et le
-ministre faisoient mettre sous les armes toute la maison du roi; qu'on
-introduisoit secrètement dans la ville quelques troupes cantonnées
-dans les environs, et que l'avis étoit donné aux bons bourgeois sur
-lesquels la cour croyoit pouvoir compter, de s'armer secrètement, les
-agents de Gondi parcouroient la ville, en y répandant les bruits les
-plus alarmants; lui-même se concertoit avec plusieurs colonels de
-quartiers qui lui étoient dévoués, faisoit établir des pelotons de
-leurs milices depuis le Pont-Neuf jusqu'au Palais-Royal, dans tous les
-endroits où l'on avoit entendu dire que la cour devoit faire poster
-des troupes, s'emparoit de la porte de Nesle, et faisoit commencer les
-barricades. Le jour paroissoit à peine que le parlement étoit déjà
-assemblé.
-
- [Note 115: On n'a jamais su précisément ce qui avoit été
- agité dans ce conseil; les uns disent qu'Anne d'Autriche
- vouloit casser tout ce qui avoit été fait dans le parlement,
- depuis les assemblées de la chambre de St. Louis; d'autres,
- qu'elle prétendoit casser le parlement lui-même, ou
- l'interdire et l'exiler. Il paroît certain du moins que tous
- ses desseins, quels qu'ils fussent, étoient violents.]
-
-La cour ignoroit absolument toutes ces dispositions. À six heures du
-matin, le chancelier Séguier sort de sa maison et prend la route du
-Palais, où il devoit, suivant les uns, casser tout ce que le parlement
-avoit fait jusque là, suivant d'autres, lui prononcer son interdiction
-absolue. Sa voiture est arrêtée sur le quai de la Mégisserie, par les
-chaînes déjà tendues; il est reconnu, entouré, menacé; des cris de
-_mort_ se font entendre, et le poursuivent jusqu'au quai des
-Augustins. Il se sauve, suivi de son frère, l'évêque de Meaux, et de
-sa fille, la duchesse de Sully, dans l'hôtel du duc de Luynes; la
-populace y pénètre après lui, le cherchant partout avec des cris
-effroyables[116]. Un hasard presque miraculeux le dérobe aux
-perquisitions de ces assassins. Le maréchal de La Meilleraie accourt
-avec une troupe de cavaliers, et le délivre enfin de cette horrible
-position. La foule, qui s'écarte un moment devant les soldats, plus
-furieuse encore de voir sa proie lui échapper, se réunit de nouveau,
-poursuit sa voiture jusqu'au Palais-Royal, l'accablant d'une grêle de
-pierres et de balles: la duchesse de Sully en fut légèrement blessée
-au bras; quelques gardes et un exempt de police sont tués.
-
- [Note 116: Il s'étoit jeté dans un petit cabinet, où, livré
- aux plus mortelles angoisses, il se confessoit à son frère,
- et se préparoit à la mort. Le lieu paroissant extrêmement
- abandonné, les mutins se contentèrent de frapper plusieurs
- coups contre la cloison, et d'écouter s'ils n'entendroient
- pas quelque bruit. Ils allèrent ensuite visiter d'autres
- appartements.]
-
-Cette fureur se communique dans un instant à toute la ville: la
-populace des faubourgs se précipite de toutes parts vers le palais et
-la cité, où le gros du rassemblement étoit déjà formé. En moins de
-deux heures près de treize cents barricades sont élevées dans Paris;
-tous les dépôts d'armes sont ouverts ou forcés; l'air retentit des
-plus horribles imprécations contre Mazarin et les autres ministres; la
-reine elle-même n'est point ménagée. Les cris de _vive Broussel! vive
-le coadjuteur!_ se mêlent à ces cris forcenés. Cependant le parlement,
-assemblé tumultuairement, décidoit d'aller en corps redemander à la
-régente ses membres arrêtés; et la cour faisoit solliciter alors ce
-même coadjuteur qu'elle avoit outragé la veille, pour obtenir de lui
-qu'il calmât la sédition. Il s'en défendit avec une douleur hypocrite,
-et le parlement se mit en marche pour le Palais-Royal, au milieu des
-acclamations d'une multitude qui abaissoit devant lui ses armes et
-faisoit tomber ses barricades. Le premier président, Mathieu Molé,
-marchoit à la tête de sa compagnie. Il parla à la reine avec beaucoup
-de chaleur et d'éloquence, essayant de la convaincre qu'il n'y avoit
-d'autre moyen de calmer une population entière, prête à se porter aux
-dernières extrémités, que de rendre les prisonniers. La reine, d'un
-caractère inflexible jusqu'à l'opiniâtreté, ne lui répondit que par
-des reproches et par des menaces, et sortit brusquement pour ne pas en
-entendre davantage. Molé et le président de Mesmes, qui avoient un
-égal dévouement pour la cour, mais non pas le même courage, reviennent
-et veulent tenter un dernier effort au moment où la compagnie
-s'apprêtoit à sortir: ils rembrunissent encore les couleurs du
-tableau, montrent Paris entier, armé, furieux, et sans frein, l'État
-sur le penchant de sa ruine; ils n'obtiennent rien. Mazarin propose
-seulement de rendre les prisonniers, si le parlement consent à ne plus
-s'occuper de l'administration, et à se renfermer uniquement dans ses
-fonctions judiciaires: la compagnie promet de s'assembler le soir
-pour délibérer sur cette proposition; la cour est satisfaite de cette
-promesse qui lui faisoit gagner du temps, ce qui étoit beaucoup pour
-elle; et les magistrats commencent à défiler pour retourner au palais.
-
-Le peuple, qui croyoit Broussel renfermé dans le Palais-Royal, et qui
-s'attendoit à le voir ramené par le parlement, ne le voyant pas
-reparoître, commença à murmurer dès la première barricade; les
-murmures augmentèrent à la seconde; ils dégénérèrent à la troisième,
-près de la croix du Tiroir, en menaces et en voies de fait. Un furieux
-saisissant le premier président, et lui appuyant le bout d'un pistolet
-sur le visage, «lui commande de retourner à l'instant, et de ramener
-Broussel, ou le Mazarin et le chancelier en otage, s'il ne veut être
-massacré lui et les siens.» Molé, calme et serein au milieu de cette
-foule, qui grossissoit sans cesse autour de lui, l'accablant de
-malédictions et d'outrages, ne donne pas le moindre signe de crainte
-ni de foiblesse, répond aux cris de ces rebelles avec toute la dignité
-d'un magistrat qui a le droit de les punir de leur rébellion, et
-ralliant paisiblement sa compagnie, revient au petit pas vers le
-Palais-Royal, au milieu de ce cortége de forcenés.
-
-Il lui fallut essuyer ici de non moins rudes assauts. Anne d'Autriche,
-que la colère avoit mise hors d'elle-même et entièrement aveuglée sur
-le danger, s'indignoit que le parlement eût osé revenir après ce qui
-s'étoit passé; et l'on prétend même qu'elle eut un moment la pensée de
-faire arrêter quelques conseillers, pour lui répondre des fureurs de
-la populace. Molé parla avec plus d'éloquence et de chaleur encore que
-la première fois. Cinq ou six princesses qui se trouvoient dans le
-cabinet, se jetèrent aux pieds de la reine; le duc d'Orléans, Mazarin
-surtout, dont la frayeur étoit extrême, se joignirent à la foule
-suppliante qui l'environnoit, et parvinrent enfin à lui arracher ces
-paroles: «Eh bien! Messieurs du parlement, voyez donc ce qu'il est à
-propos de faire.» Ces paroles sont saisies avec empressement: on fait
-monter le parlement dans la grande galerie; il y tient séance,
-délibère, et le résultat de la délibération est que la reine sera
-remerciée de la liberté des prisonniers, et que, jusqu'aux vacances,
-la compagnie ne s'occupera plus des affaires publiques, à l'exception
-du paiement des rentes sur l'Hôtel-de-Ville et du tarif. Des lettres
-de cachet sont délivrées; on prépare les carrosses du roi et de la
-reine pour aller chercher Broussel et Blancmesnil, et le parlement
-fait marcher ces carrosses devant lui comme un signe certain du
-triomphe qu'il vient de remporter. Les passages alors lui sont
-ouverts; et les acclamations qui l'avoient accompagné le matin, le
-suivent encore jusqu'au palais.
-
-Le peuple n'en resta pas moins armé toute la nuit et le lendemain,
-jusqu'au retour de Broussel, qui ne parut à Paris que vers dix heures
-du matin. Il y fut reçu avec tous ces transports frénétiques que la
-multitude éprouve ordinairement pour ses idoles. Les barricades sont
-rompues, les corps-de-garde se dispersent, et deux heures après, les
-rues de Paris étoient libres et sa population paroissoit tranquille;
-cependant il s'y conserva encore, pendant quelques jours, un reste de
-fermentation qui continua de donner des inquiétudes à la reine et au
-cardinal. Sur le moindre bruit qui se répandoit que des troupes
-arrivoient dans les environs de Paris, des cris de fureur se faisoient
-entendre de nouveau, tantôt dans un quartier, tantôt dans un autre; à
-ces cris se mêloient le cliquetis des armes, et quelquefois même des
-salves de mousquetade. Mazarin, plus effrayé que jamais, demeura,
-pendant ce temps, déguisé, botté, et tout prêt à partir, parce que,
-disoit-on, le peuple étoit résolu de le prendre pour otage, et, si la
-cour usoit de violence, d'exercer sur lui les plus terribles
-représailles. On ne parvint à calmer cette multitude qu'en lui
-témoignant une confiance sans réserve, en éloignant les troupes qui
-lui portoient ombrage, et en réduisant la garde du roi à un très-petit
-nombre de soldats. On conçoit combien une telle condescendance dut
-coûter à la fierté de la régente.
-
-La cour sembloit abattue, le parlement triomphoit; mais l'auteur
-secret de tant de désordres, Gondi, étoit trop clairvoyant pour ne pas
-prévoir que le retour seroit terrible, surtout pour lui, s'il ne se
-procuroit des appuis plus solides que cette faveur inconstante du
-peuple, et cette fougue momentanée du parlement, divisé lui-même en
-plusieurs partis, et incapable de marcher long-temps dans les mêmes
-voies. La feinte douceur que la reine et son ministre lui témoignèrent
-le lendemain, les caresses dont ils l'accablèrent, ne firent que
-l'affermir dans ces idées et dans sa résolution. Il savoit que le
-vainqueur de Lens étoit mécontent de la cour, et surtout de Mazarin:
-ce fut sur lui qu'il jeta les yeux; c'est lui qu'il résolut de faire
-le soutien de son parti.
-
-Le prince n'étoit point encore revenu de l'armée: il s'agissoit,
-jusqu'à son retour, de maintenir la cour dans l'inaction, sans cesser
-cependant d'entretenir l'animosité du peuple, ce que personne ne
-savoit faire avec plus d'habileté que le coadjuteur[117]; et il y eût
-réussi, si le parlement eût voulu entrer dans ses vues, si ce prélat
-eût pu modérer les mouvements de cette compagnie, comme il savoit
-exciter ceux de la multitude. Il avoit trouvé le moyen de s'introduire
-dans les assemblées secrètes que tenoient quelques-uns de ses membres,
-et c'étoit sous son influence que s'y préparoient les matières qui
-devoient être présentées aux chambres assemblées, et que l'on y
-convenoit de la manière dont elles seroient présentés: en ceci il
-n'avoit d'autre intention que de tenir toujours la compagnie en
-haleine. Mais, par une impétuosité qui rompit toutes ses mesures, le
-parlement osa se proroger lui-même à l'approche des vacances sur
-lesquelles la régente avoit compté; et insistant, malgré le refus
-qu'elle en fit d'abord, la forcer en quelque sorte à lui accorder une
-prolongation de service, sous prétexte d'affaires qui ne souffroient
-aucun délai. Anne d'Autriche outrée de cette insolence, voyant
-d'ailleurs s'accroître de jour en jour l'audace séditieuse de la
-populace[118], prit enfin la résolution d'emmener le roi hors de
-Paris, et d'employer, s'il le falloit, contre cette ville rebelle,
-toutes les forces de la monarchie.
-
- [Note 117: Ses émissaires, et il en avoit une armée,
- répandoient partout que la reine avoit toujours le dessein
- d'assiéger Paris, et que les troupes qui devoient être
- employées à cette expédition, étoient déjà dans les
- environs; on assuroit que, parmi ces troupes, il y avoit des
- Flamands et des Suisses, qu'elle destinoit à faire une
- seconde St. Barthélemi; l'on faisoit en même temps circuler
- mystérieusement des prophéties qui annonçoient tous ces
- malheurs, et de plus, des maladies, des inondations, des
- fléaux de toute espèce, comme un juste châtiment du ciel,
- qu'attiroit aux peuples la corruption de son gouvernement;
- des colporteurs distribuoient sous le manteau, des libelles,
- des vers, des chansons, où la prévention d'Anne d'Autriche
- pour son ministre étoit présentée sous les couleurs les plus
- odieuses. Ainsi s'échauffoient les têtes, et plus peut-être
- que Gondi n'auroit voulu.]
-
- [Note 118: Les choses en vinrent au point que l'on osa lui
- manquer de respect dans les promenades publiques, faire
- retentir à ses oreilles les chansons faites contre elle, et
- la poursuivre dans les rues avec des huées.]
-
-Tout fut préparé dans le plus profond mystère, et la cour partit tout
-à coup pour Ruel le 13 septembre au matin. Dès qu'elle y fut arrivée,
-Mazarin, qui, dans sa position, avoit le grand avantage de pouvoir
-employer la force quand la ruse ne lui sembloit pas suffisante pour
-arriver à ses fins, avoit cru devoir se délivrer par un moyen violent
-de Chavigni et de Châteauneuf, qu'il considéroit comme les plus
-dangereux de tous ses ennemis. Le premier fut constitué prisonnier à
-Vincennes, dont il étoit gouverneur; le second fut de nouveau exilé.
-Ce coup d'autorité exaspéra les esprits: les principaux frondeurs se
-virent menacés, dans cette violence dont deux d'entre eux venoient
-d'être les victimes; on cria à la tyrannie; pour la première fois,
-Mazarin fut nommé, dans les opinions, avec les qualifications, les
-plus injurieuses; on agita la question de savoir s'il ne conviendroit
-pas de pourvoir à la sûreté publique en mettant des bornes à
-l'exercice du pouvoir absolu sur la liberté des citoyens. Le parlement
-fit prier les princes de se rendre dans son sein pour y délibérer sur
-l'arrêt de 1617[119], qui, à l'occasion du maréchal d'Ancre,
-défendoit, et ce _sous peine de la vie_, aux étrangers, de s'immiscer
-dans le gouvernement de l'État; et, malgré un arrêt du conseil, donné
-en cassation du sien, persista dans toutes ses conclusions. La reine,
-de plus en plus irritée, se fait alors amener furtivement de Paris son
-second fils, le duc d'Anjou, qu'une indisposition l'avoit forcée d'y
-laisser: à peine cette nouvelle est-elle sue, que l'alarme se répand
-de nouveau partout; le parlement donne ordre au prévôt des marchands
-et aux échevins de pourvoir à l'approvisionnement et à la sûreté de la
-ville; tout s'y dispose comme si elle étoit sur le point de soutenir
-un siége; les bourgeois préparent leurs armes, et ne paroissent point
-effrayés des hasards et des conséquences d'une guerre civile.
-
- [Note 119: Cet arrêt étoit renfermé dans les fameuses
- remontrances dont nous avons parlé à la page 18.]
-
-Gondi, qui ne l'auroit point voulu sitôt parce qu'il ne jugeoit pas
-que l'on y fût encore assez préparé, tout déconcerté qu'il étoit par
-ce mouvement trop rapide du peuple et par cette folle conduite du
-parlement, prenoit cependant ses mesures pour un événement qu'il
-jugeoit inévitable; et il étoit prêt à faire partir pour Bruxelles un
-négociateur chargé de traiter avec le comte de Fuensaldagne qui y
-commandoit, et de le déterminer à faire marcher une armée espagnole au
-secours de Paris, lorsqu'on vint lui annoncer l'arrivée du prince de
-Condé, à laquelle il ne s'attendoit pas sitôt. C'étoit Anne d'Autriche
-elle-même qui l'avoit appelé dans l'intention de s'en faire un appui
-qu'elle ne croyoit pas pouvoir lui manquer. Mais Gondi, plus fécond
-encore en ressources, et rassuré par ce retour même qui sembloit
-devoir détruire toutes ses espérances, renonça aussitôt au projet
-qu'il avoit formé du côté de l'Espagne, et conçut le dessein, plus
-hardi peut-être, de disputer à la cour le héros sur lequel elle avoit
-compté. Il vit le prince en secret, le trouva, au sujet de Mazarin,
-tel qu'il le désiroit, sut lui persuader que tout le mal venoit de cet
-entêtement que la reine mettoit à soutenir un tel ministre, et qu'il
-falloit employer tous les moyens pour la forcer à l'abandonner. Le
-prince tomboit d'accord avec lui sur tous ces points: abattre le
-cardinal et gouverner peut-être à sa place lui sembloit une
-perspective séduisante; mais les prétentions excessives et les
-entreprises audacieuses du parlement l'effrayoient: «Je m'appelle
-Louis de Bourbon, disoit-il, et je ne veux pas ébranler la couronne;»
-comme si un instinct secret lui eût révélé qu'en effet il n'y avoit
-plus rien désormais entre le roi et le parlement.
-
-Dans l'espèce d'irrésolution où le jetoit cette situation des
-affaires, il fut décidé qu'on prendroit un parti mitoyen; que, pour le
-moment, le prince se présenteroit comme intermédiaire entre les deux
-partis, et dans cet intervalle de repos qu'il auroit su faire naître,
-travailleroit de tous ses efforts à dégoûter la reine de Mazarin, et
-sinon à le précipiter tout à coup du haut rang où elle l'avoit élevé,
-du moins à l'en laisser _glisser_, de manière qu'il devînt ensuite
-facile de s'en débarrasser tout-à-fait. En conséquence de ce plan, qui
-convint à Gondi parce qu'il lui faisoit gagner du temps, Condé
-détourna la reine du projet qu'elle avoit formé d'attaquer Paris, et
-lui proposa d'engager une conférence entre lui-même, le duc d'Orléans
-et les députés du parlement. Cette conférence eut lieu à
-Saint-Germain, où la cour s'étoit transportée; et Gondi, par une
-démarche très-adroite, trouva le moyen d'en faire exclure le cardinal.
-Elle commença le 25 septembre, et dura, à plusieurs reprises, jusqu'au
-22 octobre. On y discuta, les uns après les autres, tous les articles
-de l'arrêté du parlement; et tous, long-temps débattus, furent enfin
-accordés jusqu'à celui _de la sûreté publique_[120], qui avoit le
-plus offensé la cour, et au moyen duquel la liberté fut aussitôt
-rendue à MM. de Châteauneuf et de Chavigni. Tout cela se fit d'abord
-malgré la reine, qui auroit bien voulu que les princes ne se fussent
-pas montrés si faciles; mais, après avoir vainement tenté de les
-ramener à ces partis violents qu'elle étoit toujours disposée à
-prendre, elle se radoucit tout à coup, par l'envie extrême qu'elle
-avoit de voir cesser les assemblées du parlement. Enfin cette
-déclaration fameuse qui portoit un si rude coup à l'autorité royale
-fut enregistrée comme la compagnie l'avoit conçue et rédigée; les
-chambres prirent leurs vacations, et la cour revint à Paris, où le roi
-fut reçu de ce peuple aveugle et léger, avec les acclamations
-ordinaires et les transports de la plus vive allégresse.
-
- [Note 120: Cet article par lequel on prétendoit borner
- l'exercice du pouvoir absolu sur la liberté des citoyens,
- étoit un résultat du mécontentement qu'avoient produit les
- emprisonnements faits depuis le commencement des troubles,
- et notamment celui de Chavigni. Le parlement demandoit qu'il
- ne fût pas permis de garder personne en prison plus de
- vingt-quatre heures, sans l'interroger. La cour opposoit de
- solides raisons à une demande qui ne prouvoit que le peu
- d'expérience de ceux qui le faisoient en affaires d'état;
- elle résista long-temps, et obtint enfin, avec beaucoup de
- peine, que ce terme seroit prolongé jusqu'à trois jours.
- Toutefois, la régente ne voulut jamais consentir à ce que
- cette restriction au pouvoir absolu, fût insérée dans la
- déclaration: elle dit que sa parole devoit suffire. Le
- prince de Condé fut d'avis que le parlement devoit s'en
- contenter; et depuis il eut lieu de s'en repentir.]
-
-Le caractère même de cette paix présageoit son peu de durée. Elle
-étoit trop désavantageuse à la régente pour qu'elle ne cherchât pas
-d'abord à en éluder les conditions, ensuite à accabler des rebelles
-qui avoient eu l'audace de traiter avec leur souverain et de prescrire
-des bornes à son autorité. Ceux-ci sentoient tout le danger de leur
-position, surtout Gondi, dont l'ambition n'avoit rien gagné à ce
-dernier arrangement, et qui craignoit toujours le juste châtiment que
-lui méritoient les barricades. Les yeux sans cesse attachés sur cette
-cour qu'il avoit si profondément offensée, et sur les factieux
-subalternes que dirigeoit son dangereux génie, cet artisan de
-discordes n'attendoit que l'occasion favorable pour ourdir de nouveaux
-complots. La disposition générale des esprits étoit telle qu'elle ne
-pouvoit tarder à se présenter. (1649) Par une maladresse que rien ne
-peut justifier, Mazarin, dès les premiers jours, avoit jugé à propos
-de contrevenir aux articles les plus minutieux de cette déclaration,
-que, dans la chaleur des partis, on regardoit comme une loi
-fondamentale de l'État: c'en fut assez pour rallumer un feu mal
-éteint. Les esprits les plus impétueux et les plus turbulents du
-parlement demandèrent à grands cris l'assemblée des chambres, et ne
-l'obtenant pas assez vite du premier président, s'assemblèrent
-d'eux-mêmes, entraînèrent ainsi le reste de leurs confrères, et
-recommencèrent leurs délibérations séditieuses. La reine, effrayée de
-cette fermentation nouvelle, crut leur en imposer en y envoyant les
-princes et les pairs; mais Gaston, toujours flottant entre les deux
-partis, étoit peu attaché à ses intérêts; Condé mettoit dans ses
-paroles et dans ses actions une hauteur, une véhémence qui n'étoient
-propres qu'à aigrir les esprits; la plupart des grands respiroient la
-faction. Dans cette journée mémorable, le premier de ces deux princes
-parla vaguement et foiblement; le second s'emporta jusqu'à menacer un
-conseiller[121] dont les clameurs l'importunoient. Le tumulte le plus
-violent s'élève aussitôt dans l'assemblée; on oublie le respect que
-l'on doit à son rang et à son caractère; il est forcé de faire une
-sorte de réparation en protestant qu'il n'a eu l'intention de menacer
-personne, et sort au milieu des cris insolents des jeunes conseillers
-des enquêtes, la rage dans le coeur, et bien résolu à ne plus
-s'exposer à de semblables avanies, «ne voulant pas, disoit-il, de
-prince qu'il étoit, devenir bourgmestre de Paris.»
-
- [Note 121: Quatresous, conseiller aux enquêtes.]
-
-C'est ainsi qu'il se lia plus fortement que jamais au parti de la
-régente, dont Gondi avoit espéré une seconde fois le détacher. Mais
-cet esprit si actif, si fécond en ressources, au moment même où Condé
-lui échappoit, cherchoit déjà et trouvoit de nouveaux appuis. Les
-divisions intestines qui agitoient la cour, et qu'il épioit avec soin
-jusque dans leurs plus petits détails, celles surtout qui venoient
-d'éclater dans la propre famille du prince, lui fournirent bientôt
-tous les moyens nécessaires pour relever son parti, pour lui donner
-même un nouvel éclat. Le prince de Conti, mécontent et jaloux d'un
-frère dont la gloire l'offusquoit et qui l'accabloit de sa
-supériorité; la duchesse de Longueville, soeur de ces deux princes,
-qui croyoit avoir des raisons de haïr Condé après l'avoir tendrement
-aimé; le duc de Longueville, furieux contre Mazarin, qui l'avoit bercé
-de fausses espérances; le jeune Marsillac[122], amant de la duchesse,
-maître absolu de son esprit et dont l'ambition étoit encore plus
-grande que l'amour; tous ces esprits ardents ou irrités, animés encore
-par l'éloquence insidieuse et entraînante du coadjuteur, et suivis de
-cette foule de mécontents qui abondent toujours dans les cours, se
-jetèrent dans son parti, promirent de rester à Paris, de le défendre
-s'il étoit attaqué, s'abouchèrent avec les principaux chefs de la
-faction parlementaire, les Viole, les Longueil, etc., qui leur
-promirent tout au nom de leur compagnie; et tandis qu'ils espéroient
-faire servir les mouvements aveugles du parlement à leurs propres
-intérêts, se rendirent eux-mêmes les instruments des projets ambitieux
-du coadjuteur.
-
- [Note 122: Depuis duc de La Rochefoucauld, l'auteur des
- Maximes.]
-
-Sûr des moyens de défense, Gondi voulut commencer lui-même l'attaque.
-Son ennemi étoit détesté: en accroissant chaque jour cette haine
-populaire par des bruits absurdes et calomnieux[123] que personne ne
-sut jamais mieux que lui faire circuler parmi la multitude, il voulut
-y joindre encore le ridicule. Mazarin y prêtoit malheureusement
-beaucoup. Le chansonnier Marigni[124] fut déchaîné contre lui, et
-remplit Paris de ses ballades et de ses triolets. Les railleries les
-plus piquantes, les sarcasmes les plus amers l'accablèrent de toutes
-parts; les placards les plus diffamants couvroient toutes les
-murailles, et la presse vomissoit chaque jour des libelles encore plus
-horribles qui se distribuoient clandestinement. Tant d'outrages
-rejaillissoient jusque sur la reine, qui n'étoit plus désignée dans le
-public que par le sobriquet de _dame Anne_. Elle ne pouvoit faire un
-pas dans Paris sans entendre retentir à ses oreilles quelques-uns de
-ces vaudevilles insolents et grossiers, où sa vertu même n'étoit pas
-épargnée. Enfin, ne pouvant plus supporter tant d'outrages, sentant
-croître, de jour en jour, les embarras de sa position, à cause de
-cette pénurie des finances que le parlement sembloit se faire un jeu
-d'accroître par ses résistances, sûre du prince de Condé que ses
-prières et ses larmes avoient achevé de fixer au soutien de sa cause,
-parvenue à obtenir du duc d'Orléans qu'il ne s'opposeroit point au
-projet qu'elle avoit formé, elle prit la résolution de sortir une
-seconde fois de Paris, et d'exercer sur cette ville rebelle le
-châtiment qu'elle avoit mérité.
-
- [Note 123: «La nuit de Noël devoit être éclairée par des
- feux aussi affreux que ceux de la Saint-Barthélemi; la reine
- avoit résolu de marquer ce saint temps par l'exécution la
- plus injuste et la plus sanglante; la ville seroit livrée au
- meurtre et au pillage; la vengeance des barricades et des
- autres révoltes feroit à jamais trembler la postérité.»]
-
- [Note 124: Carpentier de Marigni, fils du seigneur d'un
- village de ce nom, près de Nevers, fameux par son esprit
- satirique et mordant, et par le ton piquant de ses
- vaudevilles, genre de poésie dans lequel il n'avoit point
- alors d'égal.]
-
-Cette sortie, préparée dans le mystère le plus profond, fut exécutée au
-milieu de la nuit dans le plus grand désordre. Tous ceux qui devoient
-accompagner le roi, avertis au moment même du départ, le suivirent dans
-un trouble et avec des inquiétudes qui furent encore augmentées par
-l'état de dénuement dans lequel la cour entière se trouva à son arrivée
-à Saint-Germain. La reine, fière de l'appui de Condé, et méditant les
-projets d'une vengeance qu'elle croyoit prompte et facile, montroit
-seule de la fermeté et même une sorte de joie. À Paris, le premier
-sentiment du peuple et du parlement fut celui de la consternation. Gondi
-et ceux qui avoient son secret changèrent bientôt ces dispositions: ils
-parvinrent à rendre quelque courage à cette compagnie, et dans un moment
-surent faire passer la multitude de l'abattement à la fureur. On prit
-les armes; on s'empara des portes; toutes les issues furent fermées à
-ceux qui vouloient gagner Saint-Germain; on pilla leurs bagages; on
-maltraita leurs gens; et ces excès furent autorisés par un arrêt du
-parlement, qui, sans avoir égard à une lettre écrite par le roi au
-prévôt des marchands[125], et dont la lecture fut faite dans sa première
-assemblée, ordonna à ce magistrat de veiller à la sûreté publique et à
-la garde des portes. Le lieutenant de police eut ordre en même temps
-d'assurer l'approvisionnement de Paris et le passage de vivres.
-
- [Note 125: Le roi y déclaroit vaguement qu'il n'étoit sorti
- de Paris que sur la connoissance qu'il avoit eue des
- complots de quelques membres du parlement contre sa
- personne, et de leurs intelligences avec les ennemis. Il
- exhortoit les bourgeois à embrasser sa cause, et à l'aider
- dans sa vengeance contre les rebelles.]
-
-Cependant ce parlement, regardé par le peuple comme la seule autorité
-qu'il dût écouter, alors qu'il agissoit lui-même comme si cette
-autorité eût été légitime, étoit livré aux plus cruelles perplexités,
-et renfermoit déjà dans son sein tous les germes de foiblesse et de
-division. Deux partis, l'un de factieux, l'autre de membres dévoués à
-la cour, l'agitant en sens contraire, cherchoient, chacun de son
-côté, à entraîner ceux de leurs confrères qui, étrangers à toutes les
-passions, à tous les intérêts, ne vouloient que le bien public; et du
-reste, se voyant ainsi isolés entre le peuple et la cour, tous
-craignoient le nom de rebelles, et le déshonneur qui y étoit attaché.
-Gondi, peu inquiet d'abord de ces incertitudes qu'il étoit sûr de
-faire disparoître à l'instant où il montreroit les appuis illustres
-qu'il avoit su donner à la révolte, commençoit lui-même à concevoir
-les plus vives alarmes: le duc de Bouillon et le maréchal de La Mothe,
-qui s'étoient aussi engagés avec les frondeurs, étoient restés à Paris
-avec la duchesse de Longueville; mais le duc, époux de cette
-princesse, parti de la Normandie dont il étoit gouverneur, au lieu de
-se rendre dans cette capitale, avoit tourné court à Saint-Germain,
-sans donner depuis de ses nouvelles; le prince de Conti, forcé par son
-frère de suivre la cour, ne paroissoit point encore; et l'on n'étoit
-pas moins inquiet de Marsillac, qui s'étoit rendu auprès du jeune
-prince pour fortifier ses résolutions et favoriser sa fuite. Ces
-alarmes, que partageoient les autres chefs de la faction, étoient
-accrues par la conduite inégale du parlement, tantôt poussant l'audace
-jusqu'à renvoyer sans les ouvrir de nouvelles lettres du roi qui lui
-ordonnoient de se transporter à Montargis, tantôt foible au point
-d'envoyer en quelque sorte demander grâce à Saint-Germain. Ses députés
-s'y présentèrent sans avoir été appelés, tandis que Gondi, mandé à la
-cour par un ordre formel du roi, faisoit arrêter sa voiture par le
-peuple pour être dispensé de faire un voyage aussi périlleux. Ils y
-furent mal reçus, renvoyés avec menaces, et cette rigueur impolitique
-servit les factieux plus que tout le reste. Dès qu'on apprit qu'il n'y
-avoit point de transaction à espérer, le désespoir donna du courage
-aux plus foibles; et les chefs ne manquèrent pas de semer des bruits
-alarmants dont l'effet fut d'accroître encore cette effervescence
-générale. La chambre des comptes et la cour des aides, qui avoient
-également député vers la cour, qui avoient éprouvé la même réception,
-partagèrent les ressentiments du parlement; et tous les corps, à
-l'exception du grand conseil, se réunirent dans le projet de se
-défendre contre ce qu'ils appeloient la tyrannie du cardinal. Il n'y
-eut qu'un cri contre lui, et c'est alors que fut rendu cet arrêt qui
-le déclare «ennemi du roi et de l'État, perturbateur du repos public;
-lui ordonne de se retirer le jour même de la cour, et dans huitaine du
-royaume, enjoignant, passé ce temps, aux sujets du roi de lui _courre
-sus_, et faisant défense à toute personne de le recevoir.» On ordonna
-des subsides, on leva des soldats dans la populace de Paris, on nomma
-même un général[126] à cette armée sans expérience et sans discipline.
-
- [Note 126: Le marquis de la Boulaye, que l'on croit avoir
- été de tout temps vendu au cardinal, et dont nous aurons
- occasion de parler par la suite.]
-
-Cependant Gondi attendoit toujours avec la plus vive impatience les
-véritables chefs qui devoient former et commander une aussi foible
-milice. Sourdes intrigues, courses nocturnes, largesses populaires, il
-n'avoit rien épargné pour allumer le feu de la sédition; le succès
-avoit passé ses espérances, et des nouvelles satisfaisantes qu'il
-reçut enfin de Marsillac achevoient de le rassurer, lorsque
-l'événement le plus inattendu vint le jeter dans de nouveaux embarras.
-Le duc d'Elboeuf, prince de la maison de Lorraine, poussé par l'amour
-de l'intrigue et des nouveautés, surtout par son extrême indigence, se
-croyant appelé à jouer sur ce théâtre le rôle des Guise et des
-Mayenne, entra tout à coup à Paris avec ses trois fils, et vint offrir
-ses services d'abord au corps de ville, où on le reçut avec les plus
-vifs transports de joie, ensuite au parlement, où, malgré les efforts
-des membres initiés aux secrets du coadjuteur, il sut entraîner tous
-les esprits, et fut nommé sur-le-champ général en chef de l'armée
-parisienne. Pendant que ces choses se passoient, les princes se
-présentèrent enfin aux portes de la ville, qu'on eut beaucoup de peine
-à leur ouvrir[127], et y entrèrent au milieu des préventions et des
-méfiances du peuple, lequel ne pouvoit croire que la famille de Condé
-pût venir prendre sincèrement sa défense. C'est ici qu'il faut admirer
-les ressources prodigieuses du moteur secret de tant d'intrigues
-ténébreuses. Si d'Elboeuf conservoit sa supériorité, Gondi n'étoit
-plus rien: avec les princes il étoit tout; il falloit donc, sans
-perdre de temps, abattre l'un et relever les autres. Aussitôt tous ses
-agents secrets sont mis en mouvement pour décrier le nouveau général.
-Marigni le chansonne; il est présenté sourdement dans le peuple comme
-un traître qui s'est introduit dans Paris d'intelligence avec la cour,
-à laquelle il est vendu; on lui suppose même une correspondance
-secrète avec elle, et on la fait circuler. Pendant qu'on faisoit jouer
-toutes ces machines, le coadjuteur parcouroit les rues de Paris ayant
-Conti dans son carrosse, démarche qui annonçoit de la confiance,
-calmoit le peuple, et l'accoutumoit à la vue du jeune prince. Lorsque
-tout fut ainsi préparé, il le conduisit au parlement, où commencèrent
-aussitôt les premières scènes d'une action théâtrale qu'il avoit
-concertée avec tous les chefs de son parti. Le duc de Longueville se
-présenta d'abord, offrant à la compagnie ses services, toute la
-Normandie dont il étoit gouverneur, et la priant de trouver bon que,
-pour sûreté de sa parole, il fît loger à l'Hôtel-de-Ville sa femme, sa
-fille et son fils. Le duc de Bouillon parut ensuite, faisant les mêmes
-protestations, mais donnant à entendre que c'étoit sous les ordres du
-prince de Conti qu'il espéroit servir la cause commune. Le maréchal de
-La Mothe offrit après lui ses services aux mêmes conditions. À mesure
-que ces illustres personnages se succédoient, le prince d'Elboeuf
-perdoit de sa considération et de ses partisans. C'est en vain qu'il
-voulut élever la voix, et réclamer le rang suprême qui lui avoit été
-accordé la veille: on ne l'écouta point; et il fut forcé de descendre,
-avec les autres chefs, à celui de simple général sous le prince de
-Conti, qui fut créé généralissime. En sortant du parlement, Gondi alla
-chercher les duchesses de Bouillon et de Longueville, qu'il conduisit
-lui-même comme en triomphe à l'Hôtel-de-Ville, au milieu des
-acclamations d'une multitude immense attirée par la nouveauté d'un
-spectacle, qui d'ailleurs achevoit de détruire toutes les méfiances.
-La Bastille, que la cour n'avoit pas songé à mettre en état de
-défense, fut sommée et prise le même jour[128] par capitulation; et la
-guerre civile fut ainsi organisée, au gré du coadjuteur.
-
- [Note 127: Ils restèrent très-long-temps à la porte
- Saint-Honoré, où ils étoient arrivés au milieu de la nuit;
- il fallut que le coadjuteur et Broussel allassent haranguer
- les bourgeois pour les déterminer à les laisser entrer, ce
- qu'ils ne firent qu'avec de grandes difficultés, et lorsque
- le jour commençoit déjà à paroître.]
-
- [Note 128: Cette forteresse, qui auroit pu servir à
- inquiéter et à contenir la ville, avoit été laissée sans
- pain, sans munitions et avec une garnison de vingt-deux
- soldats, suffisante pour garder des prisonniers, mais non
- pour soutenir un siége. Du Tremblay, frère du célèbre père
- Joseph, qui en étoit gouverneur, la rendit après une
- première décharge de six canons qu'on avoit placés dans le
- jardin de l'arsenal, et priva ainsi du plaisir de voir un
- siége les dames de Paris, qui s'étoient fait apporter des
- chaises dans ce jardin pour assister à ce spectacle.]
-
-Laigues, Vitri, Noirmoutier, Brissac, de Luynes, et un grand nombre
-d'autres seigneurs, mécontents de la cour, et attirés par le nom d'un
-prince du sang, vinrent grossir la foule des frondeurs. Ces nouveaux
-venus furent chargés des levées, des fortifications, du soin d'exercer
-les soldats, et reçurent divers départements dans les conseils que
-l'on créa. Un personnage destiné à y jouer un plus grand rôle, le duc
-de Beaufort, échappé depuis quelque temps de sa prison avec beaucoup
-de bonheur et d'audace, ne tarda pas à les joindre. C'étoit un prince
-d'un esprit borné, à la fois courageux et fanfaron, adoré de la
-populace dont il avoit le langage et les manières, également méprisé
-dans les deux partis, où il fut désigné sous le nom de _Roi des
-Halles_, qu'il n'avoit que trop mérité. Gondi, commençant à
-s'apercevoir qu'il gouvernoit difficilement le prince de Conti et la
-duchesse de Longueville, sentit tout le parti qu'il pouvoit tirer de
-cet instrument aveugle qui venoit de lui-même se jeter entre ses
-mains. Il se l'attacha fortement, et par son moyen devint seul
-puissant dans le peuple. On continuoit cependant les levées. Elles se
-firent avec une telle facilité, que dans l'espace de deux jours on mit
-sur pied une armée de douze mille hommes. Les biens de Mazarin furent
-confisqués, vendus publiquement pour subvenir aux frais de la guerre;
-et la recherche de ses meubles fit naître les délations et les
-vexations les plus odieuses à l'égard d'un grand nombre de
-particuliers. Le parlement, s'occupant, dès ces premiers moments, de
-concentrer et de régulariser l'autorité, forma plusieurs chambres
-administratives auxquelles furent attribuées toutes les diverses
-branches de la police générale et particulière, ce qui réduisit les
-généraux et le prince de Conti lui-même à une nullité presque absolue.
-Une circulaire fut envoyée à tous les parlements et aux villes les
-plus considérables, par laquelle on les invitoit à s'unir au parlement
-et à la capitale pour _la délivrance_ du roi et l'expulsion de son
-ministre; et l'on crut justifier suffisamment tant d'attentats contre
-l'autorité légitime en envoyant à la cour des remontrances dans
-lesquelles, après avoir renouvelé contre le cardinal toutes les
-déclamations tant de fois répétées, le parlement déclaroit de nouveau
-ne s'être soulevé que pour soustraire le roi et le peuple à son
-insupportable tyrannie.
-
-Tandis que toutes ces choses se passoient à Paris, la régente et son
-ministre, déployant toute l'étendue de la puissance royale,
-déclaroient le parlement criminel de lèse-majesté; et Condé se
-préparoit, avec huit à neuf mille hommes, à en bloquer cinq cent mille
-renfermés dans une ville immense et fortifiée. Mais cette poignée de
-soldats étoit un débris de cette brave armée avec laquelle il avoit
-remporté tant de victoires; et la multitude innombrable qui lui étoit
-opposée, se composoit d'artisans, de laquais, de citadins amollis par
-le repos et les plaisirs de la capitale. Le mépris profond qu'il avoit
-pour de semblables ennemis l'avoit porté d'abord à s'emparer de tous
-les postes qui servoient de communication avec les provinces d'où
-Paris tiroit ses subsistances, formant ainsi le projet audacieux de
-l'affamer, projet qu'un autre eût à peine osé concevoir avec une armée
-de cinquante mille hommes. Forcé bientôt de se réduire à un plus petit
-nombre de quartiers, pour ne pas s'exposer à être battu en détail, et
-à voir fondre ainsi sa petite troupe, il se réduisit à trois postes,
-Saint-Denis, Sèvre et Saint-Cloud, qu'il commit à la garde de ses
-plus habiles officiers, tandis qu'à la tête d'une troupe légère,
-toujours à cheval, il couroit de quartier en quartier, interceptant
-quelques convois, brûlant quelques moulins, et donnant l'exemple d'une
-activité et d'une vigilance admirables, pour produire malheureusement
-d'assez médiocres effets. Quant à l'armée de la fronde, elle étoit
-retenue dans la ville par ses chefs, non qu'ils manquassent de
-courage, mais parce qu'ils savoient mieux que personne ce que valoit
-cette lâche et indocile milice.
-
-Ils se hasardèrent enfin à la faire sortir, à essayer s'ils ne
-pourroient pas l'aguerrir dans quelques petits combats. C'est ici que
-la fronde prend réellement un caractère plaisant et même ridicule que
-tous les écrivains ont reconnu, mais dont ils ont fait une application
-trop générale; c'est ici que l'esprit national se montre dans toute sa
-piquante singularité. Les troupes parisiennes, pleines de jactance
-dans leurs paroles, riches et élégantes dans leurs habillements,
-sortoient en campagne, ornées de plumes et de rubans, pour jeter leurs
-armes et fuir à toutes jambes vers la ville, lorsqu'elles
-rencontroient le moindre escadron de l'armée royaliste. Elles y
-rentroient au milieu des huées, des brocards, des traits malins de
-toute espèce. On rioit de la gaucherie de leurs évolutions militaires.
-Toujours battues lorsqu'elles osoient faire la moindre résistance, on
-ne les consoloit de ces petits échecs que par de plus grandes risées.
-L'entrée de quelques convois qu'on avoit pu dérober à la vigilance de
-l'ennemi, passoit pour un grand triomphe, et l'on honoroit du titre de
-bataille la plus petite escarmouche. Dans l'attaque de Charenton[129],
-la seule affaire sérieuse de ce siége burlesque, la seule où Condé
-éprouva de la résistance, et où ses soldats furent obligés de déployer
-leur valeur, l'armée parlementaire, trois fois plus nombreuse que
-celle des royalistes, s'ébranla si lentement pour aller au secours des
-assiégés, qu'on voyoit encore son arrière-garde au milieu de la place
-Royale, tandis que les autres corps, arrêtés sur les hauteurs de
-Picpus, y contemploient tranquillement l'assaut et la prise de la
-ville, sans oser seulement traverser la vallée de Fécamp, qui les
-séparoit des royalistes. Une gaieté folle animoit les deux partis:
-Marigni, Blot, le médecin Gui-Patin, Scarron, Mézerai, jeune alors,
-inondoient Paris de chansons, de ballades, de pamphlets, où ils
-déchiroient et plaisantoient tout le monde, royalistes et
-parlementaires. Condé, d'un autre côté, si dédaigneux et si railleur,
-réjouissoit la cour des sarcasmes amers qu'il lançoit sur ses
-valeureux adversaires[130]. Les bons mots pleuvoient de tous les
-côtés. Faisant allusion au prince de Conti son frère, qui étoit
-contrefait et même un peu bossu, il fit un jour une profonde
-salutation à un singe attaché dans la chambre du roi, lui donnant le
-titre de _généralissime de l'armée parisienne_. La cavalerie que
-fournirent les maisons les plus considérables de Paris fut nommée, par
-les frondeurs eux-mêmes, _cavalerie des portes cochères_. Le régiment
-de Corinthe, levé par le coadjuteur, ayant été battu dans une
-rencontre, on appela cet échec _la première aux Corinthiens_. Vingt
-conseillers créés par Richelieu, et dédaignés de leurs confrères,
-ayant voulu effacer la honte de leur nouvelle création en fournissant
-chacun un subside de 15,000 liv., n'en retirèrent d'autre avantage que
-d'être appelés _les Quinze-Vingts_.
-
- [Note 129: Le prince s'étoit d'abord emparé de ce poste, et
- l'avoit ensuite abandonné. Les frondeurs, qui le jugèrent
- utile pour favoriser l'arrivée de leurs convois, le
- fortifièrent, et y jetèrent trois mille hommes de leurs
- moins mauvaises troupes, sous les ordres du marquis de
- Chanleu. Il fut tué dans l'attaque, après s'être défendu
- jusqu'à la dernière extrémité, et avoir refusé quartier.]
-
- [Note 130: Il disoit que toute cette guerre ne méritoit
- d'être écrite qu'en vers burlesques; il l'appeloit aussi _la
- guerre des pots de chambre_.]
-
-Cependant, la prise de Charenton commença à diminuer un peu de cet
-enivrement des frondeurs. Jusque-là Paris avoit nagé dans
-l'abondance, tandis que la disette régnoit à Saint-Germain. Les
-habitants des campagnes, sûrs d'être bien payés, profitoient de tous
-les passages pour porter leurs denrées à la capitale; et les propres
-soldats de Condé, attirés par le même appât, contribuoient eux-mêmes à
-l'approvisionner. Mais lorsque le prince, maître de ce poste
-important, eut pris des mesures pour resserrer davantage les assiégés,
-les privations commencèrent à se faire sentir; la fatigue et le dégoût
-succédèrent par degrés aux premiers mouvements d'enthousiasme, sinon
-dans le peuple, du moins dans la classe des bourgeois aisés, qui seuls
-supportoient tout le poids de la guerre. Accablés de subsides, exposés
-aux insolences du peuple et aux vexations des soldats, ils soupiroient
-après la paix, qui seule pouvoit leur rendre le repos et la
-considération qu'ils avoient perdus. Il est inutile de dire que la
-partie la plus saine du parlement, dominée et contenue par les
-factieux, la désiroit avec la même ardeur. Quant aux généraux, pleins
-en apparence d'une animosité commune contre le ministère, ils
-n'avoient en effet d'autre but que leur intérêt particulier; et leur
-mécontentement, né de l'oubli ou du dédain de la cour, étoit prêt à
-cesser dès qu'elle se montreroit disposée à leur accorder ses faveurs.
-Si l'on en excepte le coadjuteur et le duc de Beaufort, il n'en étoit
-pas un seul qui n'eût avec elle quelque négociation secrète. La cour
-elle-même fatiguée d'une guerre plus difficile à terminer qu'elle ne
-l'avoit cru d'abord, et dont les suites pouvoient devenir
-très-fâcheuses, n'étoit point éloignée maintenant de l'accommodement
-qu'elle avoit d'abord refusé avec tant de hauteur; et ses émissaires,
-secrètement répandus dans Paris, s'y abouchoient avec les chefs,
-travailloient à y développer ces dispositions pacifiques, dont les
-signes devenoient de jour en jour plus manifestes. Le regard perçant
-de Gondi avoit pénétré tous ces mouvements divers, et saisi tout d'un
-coup les dangers extrêmes d'une semblable situation. De tant d'appuis
-qu'il croyoit avoir élevés à ses projets ambitieux, tous étoient sur
-le point de lui manquer, à l'exception de ce peuple, qui étoit bien
-plus dans les mains du parlement que dans les siennes, dont il
-connoissoit la cruelle inconstance, et dont il avoit été forcé même de
-partager la faveur avec le duc de Beaufort, ce qui la rendoit encore
-plus incertaine. Un esprit aussi violent et aussi fier ne pouvoit
-supporter l'idée d'une paix où, confondu dans la foule des
-négociateurs, il n'eût joué que le rôle d'un factieux subalterne; et
-ce parlement, ces chefs, auxquels il pouvoit encore opposer la
-multitude, en devenoient les arbitres, si cette multitude venoit à
-l'abandonner. Cependant, comme l'intérêt des généraux n'étoit pas le
-même que celui des parlementaires; que ceux-ci désiroient la paix
-uniquement pour l'amour d'elle, tandis que les autres feignoient de
-vouloir la guerre pour devenir par son moyen maîtres des conditions du
-traité, le coadjuteur avoit su, dans les premiers moments, les opposer
-les uns aux autres avec son habileté accoutumée. D'abord, et malgré
-toutes les difficultés que le premier président lui avoit opposées, il
-avoit trouvé le moyen de prendre séance au parlement, comme substitut
-de l'archevêque de Paris, son oncle, dont l'absence le servit ainsi
-merveilleusement; et l'on conçoit l'avantage immense qu'en avoit tiré
-un esprit aussi délié et aussi insinuant que le sien: en peu de temps
-il s'y étoit rendu maître presque absolu des délibérations. Déjà
-Talon, Molé, Mesmes, ayant osé hasarder quelques propositions
-pacifiques, avoient été vivement combattus par le prince de Conti, et
-forcés au silence par les clameurs des enquêtes[131]. Un héraut envoyé
-par le roi, et qu'on auroit reçu venant de la part d'un ennemi, fut,
-par un artifice de Gondi, et sous les prétextes les plus
-frivoles[132], renvoyé sans réponse, sans même qu'on daignât ouvrir
-ses paquets. Cependant son adresse et son crédit n'avoient pu empêcher
-qu'on ne députât du moins vers la reine pour lui rendre raison d'un
-procédé aussi inouï; et la manière affable dont les députés avoient
-été reçus, le récit qu'ils firent à leur retour des bonnes
-dispositions de la régente, avoient encore accru cette disposition à
-la paix qui lui causoit de si vives alarmes: car, il faut le répéter,
-toute la force de cet ambitieux et de ses adhérents, avoit été
-jusqu'alors dans leur union avec le parlement; seuls ils n'étoient
-rien, et la reine en étoit tellement convaincue, qu'elle écrivoit au
-Prévôt des Marchands et aux Échevins: «Chassez le parlement de Paris;
-et en même temps qu'il sortira par une porte, je rentrerai par
-l'autre.» Une réconciliation sincère de cette compagnie avec la cour
-ne leur eût pas été moins funeste, et les eût mis entièrement à la
-discrétion d'Anne d'Autriche, qui n'étoit rien moins que disposée à
-leur pardonner. Gondi sentit donc qu'il étoit perdu s'il ne cherchoit
-un appui plus sûr, un pouvoir plus indépendant, plus disposé à
-favoriser ses vues, et au moyen duquel il pût compromettre sans retour
-le parlement avec la reine et son ministre.
-
- [Note 131: Cette chambre, presque toute composée de jeunes
- conseillers, étoit celle qui renfermoit le plus grand nombre
- de frondeurs.]
-
- [Note 132: Il fut long-temps à chercher comment on pourroit
- s'y prendre pour ne pas le recevoir, sans manquer de respect
- au roi; enfin, après y avoir long-temps rêvé, il trouva un
- moyen, et le fit présenter par Broussel. Celui-ci prétendit
- que l'envoi de ce héraut étoit un piége tendu par Mazarin,
- ces sortes de formalités ne s'observant qu'à l'égard des
- ennemis, et que le recevoir, c'étoit se déclarer ennemis du
- roi. Ce beau raisonnement parut sans réplique.]
-
-Il ne pouvoit trouver un tel appui que dans les ennemis de l'état.
-L'Espagne, qui ne demandoit pas mieux que de se mêler des affaires de
-la France pour en accroître le désordre, n'avoit cessé de négocier
-secrètement avec lui depuis le commencement des troubles; nous avons
-vu qu'il avoit été sur le point de solliciter lui-même son secours, et
-qu'il n'y avoit renoncé que lorsqu'il avoit pu espérer de faire cause
-commune avec les princes. Maintenant que ceux-ci se faisoient des
-intérêts différents des siens, il se détermina à donner plus de suites
-à ces négociations. Les dispositions où se trouvoit cette puissance
-les rendirent très-faciles; et le comte de Fuensaldagne, sur les
-ouvertures que lui fit faire le coadjuteur, lui dépêcha, de l'aveu de
-l'archiduc, un moine bernardin nommé Arnolfini, lequel arriva à Paris
-muni d'un blanc-seing, que les chefs de la fronde pouvoient remplir à
-volonté; mais c'étoit surtout Gondi qu'il avoit ordre d'écouter et
-d'entraîner, s'il étoit possible, à se lier particulièrement et par
-des engagements positifs.
-
-Gondi étoit trop habile pour donner dans de semblables piéges; et ce
-fut vainement que le duc de Bouillon, qui lui-même négocioit depuis
-long-temps avec l'archiduc, tâcha de l'y déterminer. Il n'avoit garde
-de se compromettre à ce point, lorsque d'un moment à l'autre la
-politique de la cour pouvoit, ou par la levée du siége ou par le
-renvoi de Mazarin, ôter tout prétexte à la guerre civile, et dans un
-cas pareil ne lui laisser d'autre ressource que d'aller dans les
-Pays-Bas jouer le rôle des exilés de la ligue, et servir, comme il le
-dit lui-même, d'aumônier à l'archiduc. Il ne doutoit pas, et
-l'événement prouva qu'il ne s'étoit point trompé, que ce duc de
-Bouillon lui-même ne l'abandonnât sans le moindre scrupule, si la cour
-consentoit jamais à lui rendre la principauté de Sedan dont elle
-l'avoit dépouillé. Il osa donc concevoir le projet d'engager les
-généraux et le parlement avec le gouverneur espagnol; sûr de pouvoir
-ainsi continuer sans danger ses négociations clandestines, et, quelque
-issue que prissent les affaires, de trouver l'impunité avec un si
-grand nombre de coupables. Jamais intrigue ne fut mieux ourdie, ni
-manoeuvres ne furent plus habilement conduites. Secrètement endoctriné
-par Gondi et par ses deux associés le duc et la duchesse de Bouillon,
-le moine que l'on avoit revêtu d'un habit de cavalier, et à qui l'on
-avoit fabriqué des instructions, des harangues, des lettres remplies
-de projets et des promesses les plus brillantes, prend le nom plus
-imposant de don Joseph d'Illescas, et arrive la nuit avec grand
-fracas chez le duc d'Elboeuf que l'on vouloit tromper d'abord, afin
-qu'il aidât lui-même à tromper les autres. Celui-ci, qui se croit
-aussitôt l'homme le plus considérable du parti, rassemble chez lui les
-chefs, et leur présente cet envoyé avec une importance qui ne laisse
-pas que d'amuser Gondi et Bouillon, tous les deux présents à cette
-scène de comédie. Cette vue d'un émissaire d'une puissance ennemie,
-venant leur proposer de traiter avec elle, sans la participation du
-roi et peut-être contre lui, effaroucha d'abord quelques
-parlementaires, qui assistoient à cette conférence: mais ce premier
-moment de trouble et de surprise étant passé, on se mit à examiner le
-parti qu'il étoit possible de tirer de l'intervention des Espagnols;
-on convint de la marche à suivre; et il fut décidé que don Illescas
-seroit présenté par le prince de Conti aux chambres assemblées.
-
-Il le fut dès le lendemain 19 février, au moment même où les gens du
-roi, revenus de leur voyage à la cour, rendoient compte de l'accueil
-favorable qu'ils y avoient reçu. Ce fut vainement que le président de
-Mesmes, interpellant le prince de Conti, voulut lui faire honte d'oser
-demander pour un envoyé de l'archiduc une faveur qu'il avoit fait
-refuser au héraut de son propre souverain: toute _la cohue_ du
-parlement (c'est ainsi que Gondi lui-même appelle la chambre des
-enquêtes), ameutée par ce chef expérimenté, s'éleva contre lui, et fit
-tant par ses cris qu'il fallut céder, et que le faux don Illescas fut
-introduit. Il prit place au banc du bureau et prononça un discours
-dont la substance étoit «Que Mazarin avoit offert à l'Espagne une paix
-avantageuse; mais que son maître, sachant combien ce ministre étoit
-odieux à la nation, avoit jugé plus convenable à sa dignité de
-s'adresser au parlement, le considérant comme le conseil et le tuteur
-des rois; et que telle étoit la confiance qu'il avoit dans la sagesse
-de cette illustre compagnie, qu'il la laissoit maîtresse des
-conditions.» Bien qu'un tel exposé, dont le faux sautoit aux yeux, dût
-rendre au moins suspecte la mission de ce personnage, il fut remercié;
-et l'on décida qu'il seroit fait registre de son discours pour en
-référer à la régente.
-
-Pour les chefs des frondeurs c'étoit avoir beaucoup obtenu, quoiqu'en
-apparence ce fût peu de chose; et avoir ainsi engagé le parlement à
-écouter les Espagnols, actuellement en guerre ouverte avec la France,
-c'étoit justifier d'avance tous les traités que Gondi et les siens
-pourroient faire avec l'ennemi. Il fut lui-même étonné de son propre
-succès: Molé, de Mesme, Talon et parmi les royalistes du parlement les
-plus intègres et les plus éclairés en furent effrayés; ils virent
-avec douleur l'ascendant que prenoient les brouillons dans leur
-compagnie, et résolus de tout sacrifier pour déjouer leurs intrigues
-et ramener la paix, tandis que l'envoyé espagnol retournoit auprès de
-son maître pour lui rendre compte de l'heureux succès de sa mission,
-le premier président demandoit des passe-ports à la cour pour se
-rendre auprès d'elle à la tête d'une députation de la compagnie. Elle
-étoit composée des gens du roi, du président de Mesmes et de huit
-conseillers.
-
-La reine et son ministre désiroient alors plus vivement que jamais
-d'entrer en accommodement; et en effet la situation de leurs affaires
-devenoit de jour en jour plus alarmante. Ces négociations des
-frondeurs avec l'Espagne, toutes fâcheuses qu'elles étoient, les
-inquiétoient peut-être moins que celles qui se faisoient de
-Saint-Germain à Paris. Gaston, foible et ambitieux, se ménageant
-toujours entre les partis, écoutoit alors secrètement Conti, la
-duchesse de Longueville et Marsillac, qui, opposés depuis quelque
-temps au coadjuteur, lui offroient de le mettre à la tête de leur
-parti. Beaufort et Gondi ne lui faisoient pas des offres moins
-séduisantes; et la régence étoit des deux côtés l'appât qu'on faisoit
-surtout briller à ses yeux. Lui-même faisoit aussi sonder les chefs du
-parlement pour savoir ce qu'il en pourroit espérer, s'il se décidoit
-à embrasser leur cause; et quoiqu'il fût encore retenu par l'ascendant
-de Condé, il pouvoit d'un moment à l'autre prendre une fatale
-résolution. Si l'on jetoit les yeux sur les provinces, elles offroient
-encore de plus grands sujets de crainte. Quelques-unes étoient
-ouvertement révoltées, d'autres ébranlées et prêtes à entrer dans la
-révolte; plusieurs commandants de places fortes, gagnés par les
-frondeurs, paroissoient disposés à livrer l'entrée des frontières à
-l'ennemi; enfin la défection incroyable de Turenne[133], jusque-là si
-fidèle, bien que l'adresse et l'activité de Mazarin en eussent
-sur-le-champ arrêté les plus fâcheux effets, redoubloit encore d'aussi
-vives alarmes en faisant voir jusqu'où pouvoit s'étendre cet esprit de
-vertige et de révolte. Les passe-ports furent donc accordés sans
-difficulté aux députés du parlement.
-
- [Note 133: Il y fut entraîné par les suggestions du duc de
- Bouillon, son frère aîné, qui ne cessoit de lui représenter
- les affronts que leur maison avoit essuyés, et le
- délabrement causé dans leur fortune par la cession qu'ils
- avoient été forcés de faire de leur principauté de Sedan.
- Son armée, composée de ces braves Veymariens, long-temps
- l'effroi des Espagnols, séduite par l'argent que Mazarin sut
- répandre à propos au milieu d'elle, l'abandonna si
- complétement, qu'il se vit forcé de se sauver, lui sixième,
- d'abord chez la landgrave de Hesse, sa parente, ensuite en
- Hollande.]
-
-Gondi excepté, les chefs n'avoient point calculé ce qui pouvoit
-résulter d'une conférence entre la cour et le parlement. La députation
-lui causoit, à lui seul, des inquiétudes; et ces inquiétudes ne furent
-que trop justifiées. Les députés, reçus avec une rigueur apparente,
-mais au travers de laquelle ils purent facilement démêler que la cour
-ne demandoit pas mieux que d'entrer en accommodement, supprimèrent,
-dans le rapport qu'ils firent de leur première entrevue, tout ce qui
-étoit de nature à aigrir les esprits, et n'offrirent à leur retour que
-des peintures agréables de la manière dont on les avoit accueillis, et
-des ouvertures de paix qui leur avoient été faites. Le parlement ne
-manqua pas de saisir ces premières lueurs d'espérance, et fit inviter
-les généraux à venir en délibérer avec lui. Avant de s'y rendre ils
-s'assemblèrent tumultuairement, et, suivant le succès plus ou moins
-heureux de leurs négociations particulières avec la cour, se
-montrèrent plus ou moins opposés à ces dispositions pacifiques de la
-compagnie. Gondi, sans expliquer ses raisons, sut avec une adresse
-merveilleuse les amener à son avis, qui étoit de laisser le parlement
-faire des avances pour la paix jusqu'à la réponse de l'archiduc. Il
-préféroit sans doute la guerre à une paix faite uniquement par cette
-compagnie; mais il vouloit encore moins faire une telle guerre, et
-surtout des alliances avec les ennemis de l'état, sans être soutenu
-par un corps puissant et vénéré, qui seul pouvoit ôter à la rébellion
-son caractère infâme et ses affreux dangers. Le peuple, qu'il
-méprisoit autant qu'a jamais pu le faire aucun chef de parti, lui
-sembloit un instrument dont il ne devoit user qu'avec les plus grandes
-précautions, par cela même qu'il lui étoit alors possible d'en faire
-tout ce qu'il auroit voulu. Anéantir par lui le parlement, c'étoit, en
-lui ôtant son dernier frein, se livrer soi-même à ses caprices, et se
-mettre à la merci des étrangers; s'en servir pour intimider cette
-compagnie et diriger ses délibérations, c'étoit agir avec prudence,
-habileté, et suivant les véritables intérêts de la faction. Tel étoit
-le plan que s'étoit tracé cet esprit supérieur, et qu'il suivit
-constamment tant que les autres chefs ne lui opposèrent pas des
-obstacles invincibles. Tandis qu'il protégeoit contre la fureur
-populaire ce même parlement assemblé pour accepter les conférences
-offertes par la reine, il prenoit en même temps ses mesures pour le
-forcer à les rompre dès qu'il le jugeroit à propos, non-seulement par
-le soin qu'il avoit d'entretenir la multitude dans sa haine contre
-Mazarin, mais encore en ôtant à la compagnie toute influence sur
-l'armée, jusqu'alors enfermée dans la ville, et qu'il sut faire sortir
-et camper hors des murs de Paris. C'est alors qu'il commença à parler
-en maître, à faire trembler les modérés du parlement, à concevoir
-l'espérance d'éterniser la guerre, ou du moins de n'être forcé à faire
-qu'une paix utile et honorable.
-
-Les conférences, dont Mazarin eut encore la mortification de se voir
-exclu, ne tardèrent pas à s'ouvrir; et leurs commencements furent
-très-orageux. Des deux côtés les prétentions étoient extrêmes. La cour
-manquoit à ses promesses en resserrant plus que jamais les passages
-qu'elle s'étoit engagée à laisser libres pendant toute la durée des
-négociations, et le prince de Condé aigrissoit les esprits par une
-hauteur déplacée. D'un autre côté le parlement, sous l'influence du
-coadjuteur, rendoit des arrêts en faveur de Turenne, contre les
-partisans de la cour, contre le cardinal; et les espérances de paix
-sembloient s'éloigner de jour en jour davantage. Sur ces entrefaites
-l'archiduc envoya un second député, et Gondi reconnut plus que jamais
-combien il étoit difficile de suivre un plan tel que le sien avec des
-hommes uniquement guidés par de petites passions et par de petits
-intérêts. Le moment étoit décisif. Avant que les conférences eussent
-amené aucun résultat, il falloit engager le parlement avec les
-Espagnols, en donnant la paix générale intérieure et extérieure comme
-le but unique de cette alliance audacieuse; et de cette manière on
-paroit à tous les inconvénients[134]. Plus tard il falloit ou adopter
-tout ce qu'auroient conclu les députés, ou se jeter dans les bras des
-ennemis. Il ne fut point écouté. Les généraux, ou gagnés par l'argent
-des Espagnols, ou dirigés par l'état plus ou moins heureux de leurs
-rapports secrets avec la cour, signèrent avec l'archiduc un traité
-partiel qui les mettoit dans une situation fausse et dangereuse. Ils
-purent reconnoître peu de jours après quelle faute ils avoient faite:
-car au moment même où les conférences sembloient prêtes à se rompre
-par l'exagération des prétentions opposées, où l'influence des chefs,
-et surtout de Gondi, sur le parlement, sembloit plus forte que jamais,
-enfin lorsque les députés, dont les pouvoirs alloient expirer, étoient
-sur le point de se retirer, on apprit tout à coup à Paris que le 11
-mai, l'accommodement avoit été signé à Ruel par les princes, les
-ministres, et tous les députés.
-
- [Note 134: C'est-à-dire qu'on se trouvoit quitte avec les
- Espagnols, s'ils ne se disposoient pas à la paix générale;
- qu'on pouvoit suivre à son gré les mouvements du parlement
- pour la paix particulière, ou rejeter cette paix, sous
- prétexte qu'elle ne devoit se faire qu'avec la paix
- générale, etc.]
-
-Du côté de la cour, ce fut la crainte qu'inspiroit cette liaison des
-frondeurs avec les ennemis de l'État, qui amena si brusquement une
-telle détermination; du côté des députés, ce fut un dévouement
-patriotique qui mérite d'être admiré. Ils ne se dissimuloient point le
-danger extrême auquel ils alloient s'exposer; mais si les conditions
-de cette paix étoient raisonnables et entroient dans l'intérêt
-général, ils pouvoient espérer de la faire recevoir malgré les
-factieux; et même dans le cas où ils auroient été désavoués, ils
-affoiblissoient du moins la faction en faisant voir au parlement la
-possibilité de traiter avec avantage, sans lier sa cause à des
-intérêts étrangers. Tels furent les motifs qui firent conclure ce
-traité, que Mazarin fut admis à signer, et dans lequel le parlement,
-faisant la loi à la cour dans tout ce qui touchoit ses intérêts,
-oublia entièrement ceux des généraux. Leur étonnement fut égal à leur
-dépit lorsqu'ils apprirent un événement qui détruisoit en un moment
-toutes leurs espérances; et cependant, tel étoit leur aveuglement sur
-ces négociations fallacieuses dont la cour les amusoit depuis si
-long-temps, que chacun d'eux, dans la crainte de se fermer toutes les
-voies de conciliation qu'il croyoit s'être ouvertes, opina à rejeter
-le dernier avis de Gondi, qui consistoit à forcer le parlement
-d'entrer sur-le-champ dans l'alliance avec l'Espagne pour la paix
-générale, ce qui étoit encore praticable, parce que rien n'étoit si
-facile que de le forcer à désavouer ses députés. Ils aimèrent mieux
-employer l'influence du peuple à faire rompre le traité conclu avec la
-cour, pour en entamer un autre dans lequel ils fussent admis à faire
-valoir leurs prétentions particulières. Ce fut vers ce but qu'ils
-dirigèrent les délibérations dans la séance où les députés rendirent
-compte à la compagnie du résultat de leur mission, séance à jamais
-mémorable, où Molé arracha l'admiration de ses ennemis mêmes, par le
-calme majestueux, le courage intrépide avec lequel il soutint la
-violence des assauts que les factieux lui livrèrent dans l'intérieur
-même du parlement, et les cris de mort qu'une populace furieuse
-élevoit au dehors contre lui[135]. Les choses en vinrent au point que
-les chefs même qui avoient ameuté cette populace se virent dans la
-nécessité de protéger contre ses excès les députés qui avoient trahi
-leur cause; et rien ne leur réussit des mesures qu'ils avoient prises
-par cette difficulté qu'ils éprouvèrent sans cesse, et dont ils
-faisoient en ce moment et plus que jamais la fâcheuse expérience,
-d'engager le parlement aussi loin qu'ils auroient voulu, ce corps
-s'arrêtant toujours, par une sorte d'instinct monarchique, au degré
-qui séparoit la résistance au pouvoir de la révolte déclarée. Ces
-chefs forcèrent sans doute les députés à retourner à la cour pour
-modifier ce traité; mais tout ce qu'il en résulta pour eux, ce fut
-d'être abandonnés par le peuple après l'avoir été par le parlement,
-dès qu'on s'aperçut qu'ils n'avoient fait la guerre et ne vouloient
-faire la paix que pour leur propre intérêt. La cour, les voyant ainsi
-décriés et réduits, par la défection de l'armée de Turenne, à
-l'impuissance la plus absolue, se moqua d'eux, et les paya presque
-tous de vaines promesses. Gondi, qui ne demanda rien, qui ne fut pas
-même compris nominativement dans cette paix honteuse où il avoit été
-entraîné malgré lui, fut le seul cependant qui y gagna quelque chose,
-parce qu'il conserva du moins avec Beaufort cette faveur populaire
-qu'il réserva pour des temps meilleurs. Le parlement fit encore la loi
-à son souverain[136]; mais Mazarin, que l'on avoit jugé si malhabile,
-resta à son poste; les Espagnols reçurent des conjurés eux-mêmes le
-signal de la retraite[137]; et l'on vit tout à coup au tumulte et aux
-désordres des partis succéder un calme apparent pendant lequel chacun
-se prépara à soutenir ou à exciter de nouveaux orages.
-
- [Note 135: Il recueillit les voix avec le plus grand
- sang-froid. On ne vit nul mouvement sur son visage, on
- n'aperçut aucune altération dans sa voix; et il prononça
- l'arrêt avec la même fermeté qu'il l'auroit fait dans une
- audience ordinaire. Comme la fureur de la populace sembloit
- devenir, de moment en moment, plus violente, malgré les
- efforts que Gondi, Beaufort et le président Novion avoient
- pu faire pour l'apaiser, on proposa au premier président,
- dont la vie étoit évidemment menacée, de s'échapper par le
- greffe; il s'y refusa constamment: «La cour, dit-il, ne se
- cache jamais; si j'étois assuré de périr, je ne commettrois
- pas cette lâcheté, qui ne serviroit d'ailleurs qu'à donner
- de la hardiesse aux séditieux: ils me trouveroient bien dans
- ma maison, s'ils imaginoient que je les eusse redoutés ici.»
- Il sortit donc au milieu de cette populace déchaînée,
- marchant d'un pas ferme et assuré. Un forcené lui ayant
- appuyé son pistolet sur le visage: «Quand vous m'aurez tué,
- lui dit-il sans s'émouvoir, il ne me faudra que six pieds de
- terre.» Il avoit même conservé en sortant assez de présence
- d'esprit pour adresser un mot piquant et railleur au
- coadjuteur, qui joignoit ses instances à celles de tout le
- parlement, et qui ne vit enfin d'autre moyen de le sauver
- que de le tenir embrassé, et de traverser ainsi avec lui les
- flots de la populace, tandis que le duc de Beaufort jouoit
- le même rôle auprès du président de Mesmes, dont la frayeur
- étoit aussi naïve et aussi forte, que le courage de Molé
- étoit extraordinaire et sublime.]
-
- [Note 136: Dans le premier traité, il avoit été dit que le
- parlement ne s'assembleroit point pendant l'année 1649.
- Cette défense fut supprimée, avec une promesse tacite du
- parlement de l'observer.]
-
- [Note 137: Ils s'étoient avancés jusqu'à Pont-à-Vere, près
- de Rheims, et de là s'étoient approchés de Guise, que même
- ils avoient fait investir.]
-
-Gondi, comme nous venons de le dire, tiroit seul des avantages réels
-de cette paix. Il avoit rejeté avec mépris les faveurs insidieuses et
-mesquines de la cour, telles que le paiement de ses dettes, la
-jouissance de quelques abbayes, etc. Ce n'étoit pas pour si peu de
-chose qu'un homme de cette trempe avoit daigné conspirer: la pourpre
-et le ministère, tels étoient les objets de sa vaste ambition.
-Beaufort, qui n'avoit pu obtenir ce qu'il désiroit[138], étoit
-toujours entre ses mains; et l'amour du peuple pour ce prince sembloit
-s'augmenter encore de la haine qu'il portoit toujours à Mazarin. D'un
-autre côté, la duchesse de Chevreuse revenue de son exil[139], par une
-suite de ce mépris où étoit tombée l'autorité royale, liée avec le
-coadjuteur par des rapports où l'amour n'avoit pas moins de part que
-la politique, lui servoit d'intermédiaire pour renouer ses intrigues
-avec l'Espagne, et même pour tromper Mazarin, dont elle avoit la
-confiance, et à qui elle faisoit entrevoir la possibilité de l'attirer
-à son parti. Gondi voyoit en outre un germe de division prêt à éclater
-entre le ministre et Condé, et fondoit sur ces divisions de nouvelles
-espérances. La haine publique pour son ennemi sembloit augmenter de
-jour en jour, et il avoit grand soin de l'entretenir par ses
-manoeuvres accoutumées. Les partisans de la cour étoient publiquement
-et impunément insultés par les frondeurs[140]; et telle étoit leur
-puissance, que, malgré cette paix solennellement jurée et la
-soumission apparente qui en étoit résultée, Mazarin et la régente
-n'osèrent rentrer à Paris qu'après avoir négocié leur retour avec les
-chefs du parti. Gondi eut l'audace d'aller lui-même à Compiègne pour
-en régler les conditions; et le roi rentra enfin dans sa capitale avec
-les apparences d'un triomphe qui n'en imposa à personne, mais du moins
-au milieu de ces acclamations d'amour qu'excita presque toujours parmi
-les François la présence de leur légitime souverain.
-
- [Note 138: Il demandoit la surintendance des mers, que Condé
- ambitionnoit aussi de son côté.]
-
- [Note 139: On n'a point oublié que cette dame avoit été
- exilée au commencement de cette régence, pour être entrée
- dans les intrigues du duc de Beaufort; elle s'étoit retirée
- à Bruxelles, où elle avoit servi d'intermédiaire aux
- négociations des frondeurs avec l'Espagne. Gondi étoit
- amoureux de mademoiselle de Chevreuse sa fille, très-belle
- personne, qui, _si on l'en croit_, ne lui étoit point
- cruelle. Telles étoient les moeurs de ce prélat; et ce
- n'étoit point assez pour lui qu'elles fussent mauvaises, il
- a voulu en publiant ses mémoires, qu'elles devinssent
- scandaleuses.]
-
- [Note 140: C'est alors qu'arriva l'aventure de Jarsay, dont
- nous avons parlé dans le premier volume de cet ouvrage, 2e.
- partie, p. 947.]
-
-Cette paix, loin de calmer les esprits, sembloit avoir donné un
-nouveau degré d'activité à la haine, à l'intrigue, à toutes les
-passions. Condé, fier, impétueux, trop ambitieux peut-être, ne voyoit
-point de prix qui fût au-dessus de ses services; et Mazarin, effrayé
-de cette ambition soutenue par un aussi grand caractère, sembloit ne
-plus voir en lui qu'un sujet dangereux qui vouloit abuser de ce qu'il
-avoit fait pour son maître. Les demandes exagérées du prince, tant
-pour lui que pour ses créatures, étoient éludées aussi adroitement que
-possible par le ministre; mais, se renouvelant sans cesse, elles lui
-suscitoient chaque jour de nouveaux embarras. Celui-ci, pour échapper
-à la protection trop redoutable du héros, voulut s'appuyer de
-l'alliance de la maison de Vendôme, en mariant une de ses nièces au
-duc de Mercoeur, auquel elle auroit porté en dot l'amirauté. Condé s'y
-opposa hautement, et même avec des paroles outrageantes pour Mazarin.
-La duchesse de Longueville, qui s'étoit rapprochée de son frère après
-avoir été rejetée du parti des frondeurs, aigrissoit encore par ses
-artifices des ressentiments dont elle espéroit profiter. Les troubles
-de la Guienne et de la Provence, causés par l'orgueil et la tyrannie
-des gouverneurs de ces deux provinces, le comte d'Alais et le duc
-d'Épernon, mirent le comble à cette mésintelligence, par l'opposition
-de vues et d'intérêts que firent éclater en cette circonstance le
-prince et le cardinal, le prince soutenant le comte d'Alais, qui étoit
-son parent, le cardinal refusant d'abandonner le duc d'Épernon à la
-merci du parlement de Bordeaux. Enfin Mazarin ayant essayé de
-brouiller son rival avec Gaston, au moyen d'une de ces fourberies qui
-lui étoient si familières, Condé, poussé à bout, reconnut qu'un éclat
-étoit nécessaire; toutefois plus habile et plus rusé qu'on n'auroit pu
-l'attendre d'un caractère si altier et si violent, il sentit que son
-intérêt n'étoit pas de perdre le ministre, mais de le subjuguer; et,
-pour y parvenir, il employa des manoeuvres dignes de la politique
-astucieuse de son ennemi. Sûr que le cardinal n'oseroit rien
-entreprendre contre lui sans l'aveu de Gaston, il commence par
-s'assurer de ce prince en gagnant l'abbé de La Rivière son favori. Il
-s'attache plus fortement encore, par ses bienfaits et par ses
-caresses, la duchesse de Longueville et le prince de Conti; il protége
-ouvertement Chavigni, l'un des plus fougueux ennemis du ministre;
-soutient avec chaleur les prétentions des ducs de Bouillon et de
-Longueville, qui demandoient, l'un Sedan, l'autre le Pont-de-l'Arche,
-qu'on leur avoit promis à la paix de Ruel; rompt enfin publiquement
-avec Mazarin[141], et appelle autour de lui les frondeurs qu'il
-méprisoit intérieurement, et qui, malgré la sécurité qu'ils
-affectoient, étoient en ce moment fort abattus, et cherchoient de tous
-côtés un appui contre les ressentiments et la vengeance de la cour.
-Ils y volent, ivres de joie et d'espérances. Déjà Gondi et Beaufort ne
-rêvent que soulèvements, séditions, guerre civile; les sarcasmes et
-les libelles renaissent de toutes parts; Condé, jusque-là odieux aux
-Parisiens, a presque la faveur populaire; on réforme d'avance l'état;
-on change le ministère: Mazarin semble perdu sans ressource. Tout à
-coup La Rivière[142], que l'adroit ministre a su gagner à son tour,
-lui ramène le duc d'Orléans, dont l'esprit versatile et jaloux
-commençoit déjà à s'inquiéter de la marche trop rapide du héros.
-Gaston propose à Condé sa médiation: celui-ci, satisfait d'avoir jeté
-l'effroi dans l'âme de Mazarin, l'accepte, se rend maître des
-conditions du raccommodement[143], et dès qu'il a repris à la cour
-toute son influence, abandonne brusquement les frondeurs, convaincus
-alors, mais trop tard, qu'ils ont été ses dupes, qu'il en a fait les
-vils instruments de son ambition.
-
- [Note 141: Il n'étoit sorte de mortifications qu'il ne se
- plût à lui faire essuyer. Un jour que le ministre soutenoit,
- avec plus de chaleur que de coutume, les droits de la
- couronne, qu'il prétendoit attaqués par Condé, celui-ci, lui
- passant la main sous le menton avec un sourire insultant, le
- quitta en lui disant, _adieu, Mars_. Après un souper, où ce
- prince et Gaston l'avoient accablé des plus sanglantes
- railleries, ils lui envoyèrent une lettre avec cette
- adresse: _À l'illustrissimo signor Faquino_.]
-
- [Note 142: Il lui laissoit entrevoir l'espérance du chapeau
- de cardinal. Tous les mémoires du temps s'accordent à
- peindre cet abbé de la Rivière, comme un des plus vils
- caractères de cette époque, ce qui n'est pas peu dire.]
-
- [Note 143: Ces conditions étoient telles que la nécessité
- seule pouvoit les faire accepter par la reine et par son
- ministre, jusqu'à ce qu'ils trouvassent l'occasion favorable
- de s'en dégager. Entre autres clauses, toutes très-dures et
- très-impérieuses, la reine s'obligeoit à ne disposer
- d'aucune charge, d'aucun bénéfice, à ne point lever
- d'armées, ni nommer de général, sans le consentement du
- prince.]
-
-La fronde fut abattue par ce mépris du prince; et l'inaction dont elle
-avoit espéré sortir, et dans laquelle cet abandon soudain l'avoit
-replongée, alloit achever sa ruine. Personne ne le sentoit plus
-vivement que Gondi; et s'il eût été possible de lui rendre son
-activité, il savoit aussi tout ce qu'il pouvoit espérer de ce parti
-puissant dans lequel on comptoit encore, outre la faction
-parlementaire, une foule de seigneurs qu'à la signature de la paix
-Mazarin avoit imprudemment négligés ou confondus dans la foule des
-rebelles. Épiant sans cesse les occasions de le ranimer, le coadjuteur
-avoit d'abord tenté, mais vainement, de donner un caractère séditieux
-à une assemblée de la noblesse, convoquée sur le motif frivole d'une
-distinction extraordinaire accordée à quelques personnes de la
-cour[144]. N'ayant pu parvenir à en faire des états généraux, il vit
-que tout étoit perdu si, continuant à jouer le rôle d'un vil
-séditieux, de tribun sans aveu d'une populace révoltée, il ne trouvoit
-le moyen, comme il le dit lui-même, _de se reprendre et se recoudre
-pour ainsi dire avec le parlement_. Les vacations de cette compagnie,
-la défense faite aux chambres de s'assembler, et à laquelle elles
-s'étoient soumises par le traité, sembloient lui ôter à ce sujet toute
-espérance: le malheur des temps ne tarda pas à lui en fournir
-l'occasion la plus favorable qu'il pût désirer.
-
- [Note 144: Il s'agissoit des honneurs du tabouret accordés
- trop facilement à mesdames de Pons et de Marsillac. Cette
- faveur excita l'envie, et fit naître une nuée de
- prétendants.]
-
-On voit qu'il est question ici de la fameuse affaire des rentiers.
-Emeri, que, dès le commencement des troubles, Mazarin s'étoit vu forcé
-par le cri public de dépouiller de la direction des finances, venoit
-d'y rentrer non-seulement sans le moindre obstacle, mais même avec une
-sorte de faveur; et son génie, plein de ressources, avoit su ranimer
-le crédit public, et redonner quelque vie au trésor épuisé. Parmi les
-opérations utiles qu'il crut nécessaire de faire pour adoucir la haine
-populaire, le paiement des rentes sur l'Hôtel-de-Ville interrompu par
-les troubles civils, lui parut devoir être avant tout rétabli. Les
-adjudicataires, qu'un arrêt du conseil condamna, d'après cette
-disposition, à payer toutes les semaines une somme considérable, s'y
-refusèrent, et prouvèrent l'impossibilité où ils étoient de le faire
-par la cessation presque absolue du paiement des impôts. Les rentiers,
-décidés à jouir de tous les bénéfices de la loi, s'assemblent
-aussitôt, et présentent requête à la chambre des vacations: ils
-n'obtiennent que partie de ce qu'ils avoient demandé, et s'assemblent
-de nouveau. Alors Gondi introduit parmi eux cinq à six frondeurs
-subalternes qui ne tardent pas à dominer l'assemblée, et à la diriger
-selon les vues du parti. On y propose la création de douze syndics
-chargés de veiller aux intérêts du corps; on y arrête une députation
-au coadjuteur et au duc de Beaufort, pour leur demander une protection
-qu'ils n'avoient garde de refuser. Cette démarche solennelle et leur
-réponse hypocrite ramènent à eux la multitude qui commençoit à les
-négliger, et soutiennent l'audace des rentiers. La chambre des
-vacations avoit défendu à ceux-ci de s'assembler: ils bravent ses
-menaces, et présentent requête tant pour assurer l'état de leurs
-syndics, que pour amener une assemblée générale des chambres, but
-secret de tous ces mouvements toujours dirigés par les frondeurs.
-Molé, dont l'oeil vigilant a pénétré toutes ces intrigues, veut faire
-casser le syndicat; et ce dessein, à peine entrevu dans une assemblée
-tenue chez lui, augmente encore l'effervescence des esprits. Une
-révolte est sur le point d'éclater; et les membres du parlement, en
-sortant de la séance, sont insultés par la populace. Cependant les
-chefs, n'espérant pas réussir complètement par de tels moyens, et
-sachant d'ailleurs que la cour étoit disposée à faire un coup
-d'autorité en s'assurant des syndics les plus mutins et les plus
-ardents, imaginèrent, pour achever d'émouvoir le peuple entier, une
-imposture odieuse sans doute, mais très-habilement concertée. Il fut
-décidé, dans un conciliabule tenu chez le président Bellièvre, l'un
-des plus fougueux frondeurs, de supposer l'assassinat d'un des
-syndics; et Joly, conseiller au châtelet, le plus turbulent de tous,
-qui depuis fut attaché à la personne du coadjuteur[145], s'offrit pour
-être le syndic assassiné. Les préparatifs de cette tragi-comédie se
-firent chez Noirmoutiers[146]. Un gentilhomme, nommé d'Estainville,
-désigné pour être l'assassin, perça d'un coup de pistolet l'habit de
-Joly étendu sur un mannequin, et précisément à l'endroit où il falloit
-qu'il le fût pour rendre l'assassinat vraisemblable. Joly passe en
-carrosse le lendemain à sept heures et demie dans la rue des
-Bernardins, baisse la tête à un signal convenu; le coup part, et la
-balle, traversant la voiture, va tomber à dix pas de là pour y être
-ramassée par le secrétaire de l'avocat-général Bignon, qui demeuroit à
-quelque distance de là. Le prétendu meurtrier, muni d'un bon cheval,
-se sauve à bride abattue. Joly, qui d'avance avoit eu soin de se faire
-au bras une espèce de plaie, fait constater sa blessure par un
-chirurgien du voisinage, et va se jeter dans son lit.
-
- [Note 145: Lorsqu'il fut cardinal de Retz. Ce Joly a écrit
- des mémoires dont Voltaire a dit justement qu'ils étoient à
- ceux de Gondi ce que le domestique est au maître.]
-
- [Note 146: Dans la maison où l'amiral Coligni avoit été
- assassiné, rue Béthisi.]
-
-Les frondeurs aussitôt se répandent par la ville, criant de toutes
-parts qu'on a voulu assassiner un syndic, et que ce premier crime
-n'est que le prélude des plus sanglantes exécutions. Ils se réunissent
-aux rentiers, et se précipitent à la Tournelle, demandent vengeance
-d'un aussi horrible attentat. Cependant Mazarin a pénétré cette
-intrigue ténébreuse, et songe déjà à la faire retomber sur ses
-auteurs. Le tumulte étoit grand; il essaie de le rendre plus affreux
-encore, d'exciter une sédition populaire, pour commettre Condé avec
-les frondeurs, et détruire ainsi ses ennemis les uns par les autres.
-L'agent qu'il met en jeu[147] pour cette manoeuvre ayant manqué son
-coup, il prend la résolution d'employer les mêmes machinations que les
-factieux, de les combattre avec leurs propres armes. Le même jour un
-guet-apens est posté par son ordre dans la place Dauphine, le plus
-près possible du Pont-Neuf, passage habituel du prince pour se rendre
-au Palais-Royal, d'où il retournoit chaque jour vers minuit à l'hôtel
-de Condé. On feint de s'alarmer de ce rassemblement; on envoie contre
-lui le guet, avec lequel il a une sorte d'engagement. Les cavaliers
-inconnus déclarent qu'ils sont là par ordre de M. de Beaufort: tout
-semble annoncer un complot, et l'adresse du ministre sait si bien
-ménager les apparences, que Condé, tout intrépide qu'il est, conçoit
-quelques alarmes et consent, sur les sollicitations pressantes et
-hypocrites dont il est obsédé, que son carrosse parte, occupé par un
-seul laquais. La voiture passe sur le Pont-Neuf à onze heures du soir;
-elle est entourée; un coup de pistolet part; le laquais est blessé.
-Condé, enveloppé dans une trame aussi subtile, ne doute plus que les
-chefs de la fronde n'aient voulu attenter à ses jours; et dès ce
-moment, livré à toute l'ardeur de son bouillant caractère, il ne
-respire plus que la plus terrible vengeance.
-
- [Note 147: Ce fut le marquis de La Boulaye, que nous avons
- déjà vu paroitre dans le premier siége de Paris, qui fut
- chargé par Mazarin, auquel il étoit secrètement vendu, de
- soulever la dernière populace, de se mettre à sa tête, et de
- pousser les choses au point de forcer le prince à déployer
- contre les mutins une force militaire. On ajoute, ce qui
- seroit horrible à croire, que cet agent avoit reçu l'ordre
- secret d'essayer de faire tuer Condé dans la mêlée; mais
- cette assertion n'est point suffisamment prouvée, et une
- telle atrocité n'étoit point dans le caractère du ministre.
- Quoi qu'il en soit, La Boulaye ne réussit point, et les
- chefs des frondeurs, qui reconnurent le piége, ne voulurent
- point le seconder.]
-
-Tout Paris fut comme lui dans l'erreur; et le peuple, tout séditieux
-qu'il pouvoit être, n'en étoit point alors au point d'applaudir à des
-assassinats. Gondi et Beaufort, signalés comme les auteurs du crime,
-d'accusateurs qu'ils étoient devenus accusés, perdent en un moment
-toute leur faveur. Beaufort, abattu, veut fuir, se jeter dans une
-place forte, c'est-à-dire s'avouer coupable. Gondi le retient, fait
-passer dans son âme une partie de son courage, et tous les deux
-décident de faire tête à l'orage. Ils se promènent sans suite dans la
-ville, vont faire plusieurs visites au prince, qui refuse de les
-recevoir, enfin affectent la tranquillité la plus profonde, tandis que
-Condé, dirigé sans s'en douter par le cardinal, présentoit requête au
-parlement pour que l'on informât sur l'entreprise tentée contre sa
-personne. L'affaire de Joly fut mêlée avec celle-ci dans les
-informations; on décréta de prise-de-corps plusieurs personnes, entre
-autres La Boulaye, que Mazarin fit évader. Toutefois ses manoeuvres,
-jusque là bien conduites, manquèrent tout à coup lorsque l'on
-produisit les témoins qui venoient déposer contre les chefs de la
-fronde. Il est probable qu'il avoit été impossible de s'en procurer
-d'autres; mais c'étoient des hommes de la dernière classe du peuple,
-dont plusieurs avoient été condamnés à des peines infamantes, et qui
-d'ailleurs ne purent présenter que des allégations vagues et
-entièrement dénuées de vraisemblance, contre ceux qu'ils venoient
-accuser. La bassesse de ces misérables, qui furent convaincus d'être
-espions à gage du ministre, révolta les juges et le peuple lui-même;
-et cette circonstance, jointe à la sécurité que montroient les
-accusés, commença à leur ramener les esprits. Ils essayèrent de
-profiter de ces dispositions pour dessiller les yeux du prince; mais
-Condé, aussi, imprudent qu'inflexible, déclara avec sa hauteur
-ordinaire qu'il les poursuivroit jusqu'à ce qu'ils se fussent exilés
-eux-mêmes de la capitale.
-
-Cependant les accusés passoient alternativement de la crainte à
-l'espérance. Les avocats-généraux, malgré tous les efforts de Molé, ne
-trouvant contre eux aucune preuve valable, n'avoient pas cru devoir
-les impliquer dans leur réquisitoire: ils se crurent délivrés de cette
-affaire. Mais le procureur-général, gagné par la cour, promit de
-lancer contre eux un décret: ils le surent, et se virent bientôt dans
-le même embarras qu'auparavant. Le parti entier s'assembla chez le duc
-de Longueville, et tous les avis y furent violents, à l'exception de
-celui de Gondi, qui, leur montrant jusqu'à l'évidence la folie qu'il y
-auroit à vouloir employer la force dans l'état où ils étoient réduits,
-finit par les convaincre qu'il n'y avoit point d'autre voie de salut
-que d'aller se défendre au parlement avec tout le courage de
-l'innocence. Ils y allèrent en effet; et le coadjuteur, se servant à
-propos de son audace et de son éloquence ordinaires, montra dans un
-jour si éclatant toute l'absurdité des accusations, toute la bassesse
-des témoins, que, malgré le décret qui dans cette séance mémorable fut
-effectivement lancé contre lui et contre Beaufort[148], il adoucit
-les membres qui lui étoient le plus opposés, ranima ceux qui tenoient
-à son parti, et, sortant du palais au milieu des acclamations du
-peuple, fut reconduit en triomphe à l'archevêché.
-
- [Note 148: Broussel y fut aussi compris.]
-
-(1650) Ce furent alors les frondeurs qui demandèrent à grands cris le
-jugement de leurs chefs, jugement auquel Mazarin mit tous les
-retardements qu'il lui fut possible d'imaginer pour aigrir davantage les
-deux partis. Les accusés récusèrent hautement Molé et son fils
-Champlâtreux, qu'ils signalèrent comme leurs ennemis; ils récusèrent
-aussi Condé comme leur accusateur, et tout à coup retirèrent leurs actes
-de récusation, ce qui leur donna un grand air d'innocence, et ne
-contribua pas médiocrement au succès de leur cause. Dans les
-délibérations orageuses que fit naître cette grande affaire, Condé put
-facilement s'apercevoir que son parti s'affoiblissoit de jour en jour;
-et la défection de Gaston, qui jusqu'alors avoit fait cause commune avec
-lui, acheva de détruire ses espérances, sans rien diminuer de sa fierté
-et de son ardeur de vengeance. Au parlement, dans la ville, les deux
-partis ne marchoient qu'armés et pour ainsi dire en ordre de
-bataille[149]. À tous moments le sang étoit prêt à couler; et les
-haines, aigries, envenimées par ce choc continuel des opinions dont la
-grande chambre étoit le tumultueux théâtre, sembloient être devenues à
-jamais irréconciliables. C'étoit là que le rusé ministre attendoit son
-trop bouillant rival; c'étoit dans ces haines allumées par sa cauteleuse
-adresse qu'il alloit trouver des ressources sûres pour se délivrer enfin
-du plus humiliant esclavage. Il est trop vrai que l'orgueil et la
-tyrannie de Condé ne pouvoient plus être supportés. Il révoltoit la cour
-et la ville par ses hauteurs, dominoit insolemment dans le conseil,
-maltraitoit les ministres, outrageoit la reine elle-même à laquelle il
-étoit devenu odieux[150], et sembloit marcher ouvertement à
-l'indépendance. Aussi imprudent qu'il étoit audacieux, en même temps
-qu'il se brouilloit ouvertement avec la fronde, il poussoit à bout le
-cardinal, qui, ne pouvant frapper à la fois les deux ennemis qui le
-harceloient, se décida à abattre le plus dangereux. Il avoit fallu
-surtout empêcher leur réunion, à laquelle rien n'eût pu résister; et
-c'est en quoi l'on ne peut trop admirer la rare habileté de Mazarin.
-Anne d'Autriche, profondément offensée, lui avoit permis de la venger;
-et ce fut dans les frondeurs eux-mêmes que le ministre trouva les appuis
-nécessaires pour assurer une vengeance qui n'alloit pas moins qu'à faire
-arrêter son redoutable ennemi. Il parvient d'abord à détacher de lui
-Gaston, qu'il éclaire sur la trahison de son favori La Rivière, depuis
-long-temps vendu à Condé; il gagne le coadjuteur par madame de
-Chevreuse, tandis que le prince, quoiqu'à demi détrompé sur l'affaire de
-l'assassinat, continuoit à poursuivre celui-ci avec l'entêtement le plus
-déraisonnable et surtout le plus impolitique. Ce qu'on auroit peine à
-croire, si les discordes civiles n'offroient pas trop souvent des
-exemples de ces révolutions singulières qu'amènent dans les événements
-les passions et les intérêts, ce Gondi, qui naguère ne respiroit que la
-révolte, que la cour regardoit comme un traître digne du dernier
-supplice, est appelé par la reine pour être l'appui du trône contre un
-héros qui jusque-là en avoit été le soutien et le défenseur. Il ose
-aller aux entrevues qu'elle lui fait proposer, la voit ainsi que son
-ministre, en est accueilli, fêté, caressé; règle les conditions
-auxquelles il permet l'exécution de ce grand coup d'état; stipule pour
-tous les chefs de son parti des récompenses qu'il refuse pour lui-même,
-afin de conserver toujours son influence sur la multitude; se concerte
-avec le ministre pour tromper Condé et l'attirer dans le piége;
-abandonne enfin sans scrupule le duc de Longueville et le prince de
-Conti, inutiles désormais à la fronde, et qu'il étoit prudent
-d'envelopper dans la disgrâce du chef de leur maison. Mais, dans toutes
-ces dispositions si habilement prises, il fut forcé de consentir à faire
-un secret de l'entreprise à Beaufort dont on craignoit l'indiscrétion[151];
-et l'amour-propre offensé de celui-ci ne le pardonna jamais au coadjuteur.
-
- [Note 149: Sous prétexte qu'il n'y avoit pas sûreté pour sa
- vie, Condé ne se rendoit au parlement qu'avec un cortége
- d'environ mille personnes, tant gentilshommes qu'officiers
- du roi. De son côté, le coadjuteur avoit fait venir de la
- province beaucoup de militaires et d'autres gentilshommes,
- qui, réunis aux frondeurs de Paris, lui formoient une
- escorte tout aussi redoutable. Les deux partis étoient
- confondus dans les salles du parlement. De tous ceux qui s'y
- rendoient, conseillers, ecclésiastiques ou laïcs, il n'en
- étoit presque pas un seul qui ne cachât sous sa robe un
- poignard ou une baïonnette; et cinq ou six fois par jour on
- les voyoit sur le point de s'égorger, quoiqu'ils
- s'accablassent de politesses. Ce fut à une de ces séances
- que, le coadjuteur s'étant muni comme les autres d'un
- poignard si maladroitement caché qu'on en voyoit passer le
- manche, quelqu'un s'écria plaisamment: _Voilà le bréviaire
- de monsieur le coadjuteur_.]
-
- [Note 150: Il osa lui tenir tête en plusieurs rencontres, et
- surtout à l'occasion du mariage du jeune duc de Richelieu
- qu'elle désapprouvoit. Jarsay ayant osé devenir amoureux de
- la reine, il trouva mauvais qu'elle en eût été offensée, et
- le prit ouvertement sous sa protection.]
-
- [Note 151: Comme ce prince ne cachoit rien à madame de
- Montbason, dont il étoit l'amant, on craignoit qu'elle
- n'allât redire ce qu'il lui auroit confié à Vigneul, attaché
- à la maison du prince de Condé, et qui étoit encore mieux
- avec elle que Beaufort.]
-
-Les trois princes furent arrêtés au Palais-Royal, en plein jour, au
-moment où ils alloient entrer au conseil. Ils le furent par la faute
-de Condé, qui méprisa tous les avis qu'on lui faisoit passer de
-toutes parts sur le coup qu'on méditoit contre lui[152]. Mais le
-ministre en commit une plus grande encore en ne s'assurant pas, en
-même temps, de toute la famille et des principaux amis de ce prince.
-Naturellement éloigné des partis violents, il se contenta de faire
-exiler les deux princesses à Chantilli[153]. La duchesse de
-Longueville, Bouillon, Turenne, Grammont, une foule de gentilshommes
-attachés à Condé, eurent le temps de se sauver dans les provinces,
-essayant de les soulever en sa faveur. Parmi ses amis qui restèrent à
-Paris, plusieurs l'abandonnèrent lâchement. Le jeune Boutteville seul,
-par une témérité folle que l'amitié justifie, essaya d'émouvoir le
-peuple en parcourant les rues, et en répandant le bruit que c'étoit
-Beaufort que Mazarin venoit de faire arrêter. À ce nom adoré, la
-fermentation devint générale; les bourgeois s'armèrent; et la cour
-eût vu se renouveler les barricades, si Gondi, averti à temps de
-l'erreur, ne se fût hâté de publier partout le nom du véritable
-prisonnier. Beaufort lui-même parut à cheval suivi d'un nombreux
-cortége; et le peuple, passant alors des plus vives alarmes à la joie
-la plus effrénée, alluma des feux de joie et tira des coups
-d'arquebuse pour célébrer un événement qui le délivroit du plus odieux
-de ses ennemis.
-
- [Note 152: Mazarin lui fit signer à lui-même l'ordre de son
- arrestation, en lui disant qu'un certain Descoutures, témoin
- décisif dans son affaire contre les rentiers, venoit d'être
- arrêté hors de Paris; mais qu'il étoit à craindre que,
- lorsqu'on l'y amèneroit, il ne fut enlevé. Condé consentit à
- la demande que lui faisoit le ministre d'envoyer des troupes
- à sa rencontre, et signa l'ordre aux gendarmes et aux
- chevau-légers de conduire au château de Vincennes le
- prisonnier qu'on leur remettroit.]
-
- [Note 153: La princesse douairière, mère du prince, et la
- princesse de Condé, son épouse. Elles emmenèrent avec elles
- son fils, le duc d'Enghien, encore enfant.]
-
-Dès le lendemain de la détention des princes, tous les grands du
-royaume, les officiers de la couronne et les compagnies supérieures
-furent mandés au Palais-Royal pour y entendre un long manifeste contre
-Condé, que le cardinal accusa ouvertement d'aspirer à la tyrannie. Ce
-manifeste, envoyé le jour suivant au parlement en forme de
-déclaration, y fut enregistré sans la moindre difficulté. Il n'est pas
-besoin de dire que Gondi et Beaufort furent à l'instant déchargés de
-toutes les accusations qui avoient été portées contre eux.
-
-Cependant la cour étoit loin de jouir avec une entière sécurité de
-l'espèce de triomphe qu'elle venoit de remporter. Les princes étoient
-à peine sur la route de Vincennes, que les frondeurs avoient inondé le
-Palais-Royal, entourant la reine et l'accablant de leurs protestations
-de fidélité. Elle avoit reçu leurs hommages avec un sang-froid au
-travers duquel perçoient le mépris qu'elle ressentoit pour eux et la
-méfiance qu'ils lui inspiroient. Pour un tyran dont elle venoit de se
-délivrer, elle alloit peut-être se donner une foule de tyrans; et tout
-la portoit à croire qu'elle n'avoit fait que changer d'esclavage. En
-effet Mazarin, qui avoit cru respirer un moment, retomba bientôt dans
-ses premières inquiétudes lorsqu'il vit l'adroit et vigilant Gondi
-chercher avidement la confiance de Gaston, dont lui-même avoit fait
-éloigner l'insignifiant favori, s'emparer entièrement de cet esprit
-jaloux et pusillanime, et étayer son parti de l'appui d'un aussi grand
-nom. Telle étoit leur situation fâcheuse et singulière, qu'une union
-même momentanée étoit à peu près impossible entre de tels rivaux. Les
-frondeurs ne pouvoient pas même avoir l'air de former la moindre
-liaison avec Mazarin, sans perdre cette confiance de la multitude
-qu'il leur étoit si important de conserver; et Mazarin, qui avoit tant
-de raisons de se méfier d'eux, prétendoit les soumettre à toutes ses
-volontés, en se montrant toujours prêt, s'ils osoient remuer, à
-délivrer Condé, et à se réconcilier avec lui à leurs dépens. La
-prompte pacification de la Normandie que la duchesse de Longueville
-avoit vainement tenté de soulever, celle de la Bourgogne, qui parut
-d'abord plus difficile parce que le prince y avoit un grand nombre de
-partisans[154], et qui fut ensuite presque aussi rapide, augmentoient
-encore l'assurance du ministre; et dans plusieurs circonstances il
-s'essaya en quelque sorte avec les frondeurs en leur suscitant une
-foule de petites contrariétés[155], en se servant du raccommodement
-même de Gondi avec la cour pour le décrier dans l'esprit de la
-multitude. Celui-ci de son côté, parant rapidement les coups que le
-cardinal commençoit à lui porter, le montroit à tous les mécontents
-comme un despote insolent que rien ne pouvoit plus contenir depuis
-qu'il avoit mis une partie de la famille royale dans les fers, et
-parloit déjà de demander de nouveau son expulsion en même temps que la
-liberté des princes. Il n'en falloit pas tant pour faire trembler
-Mazarin, qui reconnut alors la nécessité de ménager un parti qu'il ne
-pouvoit encore braver impunément, et se rapprocha de son ennemi avec
-toutes ces feintes caresses qu'il prodiguoit ici très-inutilement,
-puisqu'il savoit bien que Gondi n'en pouvoit jamais être la dupe.
-Celui-ci se prêta sans peine à ce rapprochement, dans la crainte que
-des divisions si promptement manifestées n'augmentassent le nombre des
-partisans de Condé, qui déjà commençoient à remuer; et tous les deux,
-se payant de mensonges et de flatteries, se nourrissant de méfiance,
-conclurent une sorte de paix factice que l'un et l'autre se
-promettoient bien de rompre dès que leur intérêt le demanderoit.
-
- [Note 154: Il étoit gouverneur de Bourgogne, et aussitôt
- après la paix de Ruel, il avoit fait un voyage dans ce
- gouvernement, où il avoit gagné tous les esprits par ses
- caresses et ses libéralités. Toutefois la province fut
- conservée au roi par la fidélité et le courage de l'avocat
- général Millotet.]
-
- [Note 155: Il voulut modifier l'amnistie accordée dans les
- dernières conférences à tous ceux qui avoient participé aux
- désordres commis depuis la paix; il chercha à brouiller
- Gondi avec les rentiers en suspendant leurs paiements, et en
- cherchant à faire regarder le prélat comme l'auteur de cette
- suspension.]
-
-Pendant que ces choses se passoient à Paris, les princesses, gardées à
-vue dans leur retraite de Chantilli, avoient trouvé le moyen
-d'échapper à leurs surveillants par le secours d'un serviteur du
-prince, nommé Lénet[156]; et, tandis que la plus jeune, réfugiée à
-Montrond avec le duc d'Enghien, s'y entouroit des partisans de son
-mari, et se préparoit à soutenir par les armes une cause si sacrée
-pour elle, la princesse douairière, introduite furtivement à Paris, y
-faisoit connoître son arrivée en paroissant tout à coup au parlement,
-auquel elle présentoit requête pour la délivrance de son fils. Elle
-n'obtint rien, malgré l'assistance de Molé, qui désiroit avec ardeur
-la réunion de la famille royale; et Gaston, montrant une fermeté dont
-le principe n'étoit point en lui-même, non-seulement fit rejeter sa
-demande, mais encore la força de sortir de la capitale, et de se
-retirer dans le nouveau lieu d'exil qui lui avoit été désigné[157].
-Alors la jeune princesse lève l'étendard de la révolte, se concerte
-avec les ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld, retirés, l'un dans
-la vicomté de Turenne, l'autre dans le Poitou; entre dans la Guienne,
-où les germes de mécontentement, loin d'être étouffés, sembloient
-s'accroître de jour en jour davantage par l'arrogance intolérable de
-d'Épernon, si impolitiquement maintenu dans ce gouvernement; y
-entraîne les esprits déjà disposés à se soulever; paroît devant
-Bordeaux, dont les portes lui sont ouvertes, où elle est reçue avec
-transport par le peuple et par la bourgeoisie, qui étoient contre le
-gouverneur, où l'audace et les manoeuvres de Lénet forcent le
-parlement à consacrer tout ce qu'elle entreprend de concert avec les
-ducs[158] contre l'autorité du roi; rassemble des troupes; fait un
-traité avec les Espagnols, qui se présentent aussitôt pour profiter de
-ces nouveaux troubles, tandis que la duchesse de Longueville et
-Turenne, réfugiés dans Stenai sur les frontières du Luxembourg,
-traitoient de leur côté avec eux, et formoient une armée dont ce grand
-capitaine prenoit le commandement en se donnant le titre singulier de
-_lieutenant-général de l'armée du roi pour la liberté des princes_.
-Ainsi Mazarin se trouva placé entre les frondeurs qui commençoient à
-l'insulter dans Paris, et des partis armés qui le menaçoient aux deux
-extrémités du royaume.
-
- [Note 156: Il avoit été procureur au parlement de Dijon
- avant de s'attacher au prince. C'étoit un homme plein
- d'audace et de ressources, qui joua au siége de Bordeaux un
- rôle presque aussi remarquable que Gondi au siége de Paris.
- Il a laissé des mémoires où l'on trouve des détails curieux
- et qui lui appartiennent.]
-
- [Note 157: Elle se retira à Châtillon-sur-Loing, près de la
- duchesse de Châtillon, et y mourut le 2 décembre de la même
- année.]
-
- [Note 158: Toutefois le parlement, d'accord avec la haute
- bourgeoisie, refusa d'abord l'entrée de la ville à ceux-ci,
- à moins qu'ils ne congédiassent un gros corps de noblesse et
- de troupes réglées dont ils étoient accompagnés, craignant,
- avec juste raison, que, s'ils admettoient dans leur ville un
- parti armé, ils n'en fussent bientôt maîtrisés et menés plus
- loin qu'ils ne voudroient. La Rochefoucauld et Bouillon
- furent donc forcés de se loger dans les faubourgs; mais,
- comme ils entroient tous les jours dans la ville, sous
- prétexte d'aller faire leur cour à la princesse, leurs
- intrigues soutenues par celles de Lénet furent conduites si
- habilement, qu'ils finirent par s'y faire recevoir avec
- leurs troupes.]
-
-Turenne, dont l'intention étoit de tout tenter pour l'enlèvement des
-princes, dressa son plan en conséquence, et contre le gré des
-Espagnols. Après avoir côtoyé quelque temps la frontière pour
-inquiéter toutes les places et mieux cacher son dessein, il entra tout
-à coup en France, et commença ses opérations par le siége du Catelet
-qu'il emporta en peu de jours. Guise, qu'il alla aussitôt investir,
-opposa plus de résistance, et donna au cardinal le temps de lui porter
-des secours. Ce ministre avoit senti d'abord tout le danger d'un tel
-mouvement sur une frontière si voisine de la capitale, lorsque d'un
-autre côté des provinces entières se soulevoient; et son premier soin
-fut d'y porter à l'instant toutes les forces dont il pouvoit disposer.
-Le maréchal Duplessis-Praslin, chargé de diriger cette opération, le
-fit avec beaucoup de bonheur et d'habileté. Il sembloit que Turenne,
-dans sa révolte, eût perdu tout son génie: il fut vaincu par un homme
-ordinaire, et l'armée espagnole leva honteusement le siége de Guise.
-
-Ce triomphe de Mazarin jeta l'alarme parmi les frondeurs. Ils
-craignirent qu'il ne devînt trop puissant, qu'il ne secouât enfin leur
-joug s'il parvenoit à pacifier la Guienne; et dès ce moment toutes
-leurs manoeuvres eurent pour but de l'en empêcher. Le ministre les
-devina, et les trompa cette fois-ci complétement. On leur sacrifia le
-chancelier Séguier, dont il se méfioient, et les sceaux furent donnés
-au marquis de Châteauneuf, ami intime de la duchesse de Chevreuse;
-plusieurs d'entre eux reçurent des grâces dont ils furent satisfaits;
-le cardinal feignit d'entrer dans toutes leurs vues, sut ainsi leur
-inspirer assez de sécurité pour qu'ils laissassent le roi partir pour
-Fontainebleau; et, dès qu'il l'eut tiré de leurs mains, la cour
-entière, suivie d'un corps nombreux de troupes, s'avança rapidement
-vers la Guienne, et vint mettre le siége devant Bordeaux.
-
-Furieux d'avoir été pris pour dupes, les chefs du parti se préparèrent
-à prendre leur revanche, et ils y réussirent. Pendant la durée du
-siége, qui fut long, meurtrier, et dans lequel les Bordelois
-montrèrent plus de courage et d'ardeur que n'avoient fait les
-Parisiens, le parlement de cette ville envoya des députés à celui de
-la capitale: Gondi crut dès-lors entrevoir, dans cet événement, le
-moyen de rendre les frondeurs maîtres du traité qui pourroit résulter
-entre le roi et la province révoltée; mais jamais peut-être il n'eut
-plus besoin de toutes les ressources de son génie, parce que jamais sa
-position n'avoit été plus embarrassante. Nous avons dit que les amis
-de Condé s'agitoient sourdement en sa faveur: le duc de Nemours et la
-duchesse de Châtillon, qui dirigeoient tous leurs mouvements, étoient
-déjà parvenus à se faire des partisans nombreux jusque dans le
-parlement; et leurs espérances s'accrurent encore par cette députation
-qui, dans la médiation qu'elle venoit solliciter à Paris, ne séparoit
-point les intérêts des princes de ceux de la ville de Bordeaux. Opposé
-à leur délivrance par un intérêt très-puissant, non moins opposé à
-tout ce qui pouvoit accroître l'ascendant du ministre, il falloit que
-Gondi sût à la fois arrêter la fougue du parlement, que la plus petite
-circonstance pouvoit entraîner à faire inconsidérément tout ce que
-demandoient les députés; inspirer assez de fermeté à Gaston pour le
-déterminer à s'emparer de la médiation, à tenir la balance égale entre
-les partis, en séparant les deux questions, et surtout y mettre assez
-d'adresse pour que le parlement, contenu et dirigé par ce prince, ne
-fût point choqué de l'influence qu'il exerçoit sur ses délibérations.
-Grâce à ses manoeuvres, tout réussit au gré de ses voeux. Malgré les
-efforts et les intrigues des ducs et de la princesse, les Bordelois,
-fatigués d'un siége dont le résultat ne pouvoit manquer de leur être
-funeste, acceptèrent la paix proposée d'accord avec Gaston, sans
-insister davantage sur la liberté des princes; et la cour, en même
-temps qu'elle recevoit la loi des frondeurs par l'organe du duc
-d'Orléans, se vit forcée de traiter d'égal à égal avec une ville
-rebelle qu'elle auroit voulu punir de sa rébellion. La princesse,
-libre par le traité de se choisir une retraite, sortit de Bordeaux au
-moment où le roi y fit son entrée. Bouillon et La Rochefoucauld, qui
-avoient fait preuve, dans cet événement, d'une conduite et d'un
-courage dignes d'une meilleure cause, n'y gagnèrent autre chose que
-d'être nommés dans une amnistie accordée généralement à tous les
-fauteurs de la révolte.
-
-Cet avantage, que Gondi venoit de remporter à force d'intrigue et
-d'activité, changeoit du reste peu de chose à ce qu'il y avoit de faux
-et d'embarrassant dans sa position. Son union politique avec la cour
-lui avoit fait perdre une partie de sa faveur populaire; parmi les
-principaux frondeurs, les uns étoient gagnés par les libéralités de
-Mazarin, d'autres flottoient entre les partis au gré de leurs
-intérêts; il n'y avoit guère que les moins considérables qui lui
-fussent sincèrement attachés. Il avoit à la vérité une ressource en
-apparence plus sûre dans Gaston, dont ses artifices avoient
-entièrement subjugué le foible caractère; mais cette foiblesse même
-lui faisoit craindre justement qu'à tous moments il ne lui échappât.
-D'un autre côté la cour, qu'il venoit d'outrager même en ayant l'air
-de la servir, qui le regardoit avec raison comme l'artisan caché de
-l'affront qu'elle venoit d'essuyer, revenoit à Paris plus irritée que
-jamais contre lui; et le ministre, croyant pouvoir plus facilement
-l'attaquer dans l'état de foiblesse où lui-même s'étoit réduit, ne
-dissimuloit plus ses dispositions hostiles contre ce dangereux rival.
-Il l'accusoit ouvertement, non-seulement d'être l'auteur secret du
-traité honteux de Bordeaux, mais encore d'avoir concerté avec Turenne
-certaines négociations insidieuses proposées par les Espagnols pendant
-son absence[159]; il le noircissoit secrètement auprès des partisans
-des princes, leur faisant entendre qu'il ne tenoit pas à lui qu'on ne
-prît à leur égard les plus horribles résolutions; il insinuoit en même
-temps à Gaston que son nouveau favori cherchoit uniquement à se
-raccommoder avec la cour en le trahissant. Ainsi placé entre un prince
-inconstant et pusillanime dont le frêle appui menaçoit à chaque
-instant de s'écrouler, et un ministre, non moins astucieux que lui,
-qui, d'un moment à l'autre, pouvoit, pour le perdre entièrement,
-ouvrir aux princes leur prison, et se réunir de nouveau avec eux, qui
-même en avoit fait entrevoir plus d'une fois le dessein, Gondi, qui
-avoit affecté le désintéressement le plus complet dans une intrigue
-populaire, vit bien qu'il falloit suivre une autre marche, dans une
-intrigue purement de cabinet, et qu'il n'avoit d'autre ressource
-contre un aussi redoutable ennemi que cette haute dignité, depuis si
-long-temps l'objet secret de son ambition, qui seule pouvoit le mettre
-à l'abri de ses coups, en le faisant marcher de pair avec lui.
-Profitant donc, et sans perdre un moment, de cette faveur de Gaston
-qu'il possédoit encore tout entière, de ce reste de vigueur que
-conservoit encore son parti, il afficha hautement ses prétentions au
-chapeau de cardinal, après avoir persuadé aux chefs de la fronde
-qu'ils étoient aussi intéressés que lui à la demande qu'il faisoit de
-cette dignité, laquelle devenoit dans ses mains leur sauve-garde à
-tous; et se servant contre Mazarin lui-même des armes avec lesquelles
-celui-ci avoit voulu le combattre, il lui fit craindre, s'il éprouvoit
-un refus, qu'il ne se réunît aussitôt au parti des princes, comme il
-en étoit vivement sollicité.
-
- [Note 159: Comme ils craignoient que leur entrée en France
- ne soulevât les peuples contre eux, ils étoient revenus à ce
- projet de paix générale déjà mis en avant pendant le siége
- de Paris, tant pour couvrir leurs desseins que pour
- brouiller ensemble les frondeurs et Mazarin. Ils ne
- réussirent qu'en partie, parce que, contre leur attente, les
- conférences qu'ils avoient proposées furent acceptées, ce
- qui les força à lever le masque.]
-
-Mazarin, épouvanté d'une telle menace, sentit plus que jamais combien
-il étoit fâcheux pour lui de n'avoir pas ces précieux otages
-entièrement en sa puissance. Depuis quelque temps ils n'étoient plus à
-Vincennes: une entreprise très-hardie que Turenne avoit faite pour les
-délivrer[160], un complot formé dans le même dessein par leurs plus
-dévoués partisans, avoient déterminé à les transporter dans quelque
-lieu plus sûr. Gondi eût bien voulu qu'on les eût renfermés à la
-Bastille, dont le gouverneur étoit dévoué à la fronde; le ministre
-avoit au contraire proposé de les faire conduire au Hâvre-de-Grace,
-dont il étoit entièrement le maître, et les difficultés insurmontables
-que firent naître des prétentions si opposées, avoient déterminé à
-adopter la proposition faite par Gaston de les transférer à Marcoussy,
-château-fort situé à six lieues de Paris, près de Montlhéry. Il
-arriva, par cette complication d'intrigues que resserroient sans cesse
-tant de passions et d'intérêts divers, que Mazarin imagina de mettre à
-profit ce désir immodéré qu'avoit Gondi d'obtenir le cardinalat, pour
-effectuer une translation nouvelle de ces illustres prisonniers,
-tandis que Gondi lui-même crut, en donnant au ministre l'espoir de
-cette translation, parvenir à lever tous les obstacles qui
-s'opposoient à sa nomination. Laigues, Beaufort, la duchesse de
-Chevreuse furent employés tour à tour dans cette négociation; on
-distribua les rôles et dans le conseil de la reine et parmi ces agents
-de la fronde, comme dans une comédie; Gaston vînt lui-même à
-Fontainebleau, bien endoctriné par Gondi, qui, connoissant toute sa
-foiblesse, ne l'avoit toutefois laissé partir qu'à regret. En effet
-il soutint mal son personnage: vaincu par les prières et les caresses
-de la reine, ébloui par les promesses mensongères de Mazarin, il signa
-l'ordre de cette translation tant désirée avant d'avoir pris toutes
-les précautions suffisantes. À peine cette signature importante lui
-eut-elle été arrachée, que les princes, tirés de Marcoussy, furent
-conduits précipitamment dans le château du Hâvre; Mazarin, maître
-alors de sa proie, ne garda plus aucune mesure, et refusa positivement
-le chapeau qu'attendoit le coadjuteur.
-
- [Note 160: Ses troupes s'avancèrent jusqu'à dix lieues de
- Paris: il avoit dans cette ville des intelligences avec le
- duc de Nemours et le comte de Tavannes; et si ses ordres
- eussent-été ponctuellement exécutés, il n'est pas douteux
- qu'il eût enlevé les princes.]
-
-C'étoit une sorte de triomphe qu'il remportoit sur ses ennemis; mais
-ce triomphe devoit lui coûter cher. Gondi, poussé à bout, se décida
-enfin à écouter les partisans des princes; Laigues et la duchesse de
-Chevreuse, joués comme lui par Mazarin, entrèrent dans tous ses
-ressentiments, et l'aidèrent de toutes leurs forces dans cette
-nouvelle machination. Elle fut conduite avec l'adresse et l'activité
-que l'on pouvoit attendre de ces habiles conjurés. Gaston, qu'il étoit
-si difficile d'entraîner à un parti décisif, fut persuadé par Laigues,
-et permit de tout faire; Gondi se rapprocha du garde des sceaux
-Châteauneuf, qu'il haïssoit, dont il étoit détesté, mais qui désiroit
-autant que lui la perte de Mazarin, dont il ambitionnoit les
-dépouilles. Il eut des entrevues secrètes avec la princesse
-Palatine[161], qu'on voit paroître pour la première fois sur ce
-théâtre d'intrigues, et qui depuis y joua un des rôles les plus
-importants. Cette femme extraordinaire, d'un esprit aussi pénétrant,
-aussi délié que le coadjuteur, mais d'un caractère plus noble et plus
-franc, s'étoit attachée à la cause des princes, avoit obtenu leur
-confiance entière, et dirigeoit alors tout le parti attaché à leurs
-intérêts. Elle avoua à Gondi qu'elle n'attendoit leur liberté que des
-frondeurs, de lui surtout. Les rapports singuliers qu'ils démêlèrent
-aussitôt dans leurs vues et dans le tour de leur esprit, les
-disposèrent d'abord favorablement l'un à l'égard de l'autre, et la
-négociation n'éprouva entre eux ni lenteur ni difficultés; les
-difficultés véritables se trouvoient dans le plan à suivre pour
-tromper la cour, prête à prendre l'alarme dès qu'elle verroit
-l'apparence sérieuse d'une union entre les deux partis. Pour y
-parvenir, les amis des princes[162] furent eux-mêmes trompés. Le duc
-de Beaufort et madame de Montbason, gagnée, suivant l'usage, à prix
-d'argent, parurent les premiers. Ce prince signa d'abord un traité
-partiel, qui fit croire à Mazarin que les chefs des frondeurs, divisés
-entre eux, négocioient surtout sans l'aveu et sans l'appui de Gaston.
-Les autres chefs réunis signèrent ensuite un second traité. Lorsque
-tout fut ainsi préparé, on arracha au foible Gaston sa signature; de
-leur côté les princes accordèrent tout ce qu'on leur demanda[163], et,
-sans perdre un moment, les frondeurs commencèrent à exécuter le plan
-que Gondi avoit concerté.
-
- [Note 161: Anne de Gonzague de Clèves, princesse de Mantoue
- et de Montferrat, comtesse Palatine du Rhin, également
- fameuse par ses intrigues politiques, sa galanterie, sa
- conversion et les austérités de sa pénitence.]
-
- [Note 162: Cette cabale de Condé, composée de ce que la cour
- avoit de plus brillant en jeunes gens de qualité, avoit reçu
- le nom de cabale des _Petits-maîtres_, mot qui est resté
- dans la langue françoise, comme ceux de _Frondeurs_ et
- d'_Importants_.]
-
- [Note 163: On stipuloit, dans ces traités, le mariage de
- mademoiselle d'Orléans, fille de Gaston, avec le jeune duc
- d'Enghien, en même temps qu'on rappeloit le mariage déjà
- projeté de mademoiselle de Chevreuse avec le prince de
- Conti. On promettoit de faire revivre, en faveur du duc
- d'Orléans, l'office de connétable de France. Gondi devoit
- avoir le chapeau de cardinal, etc.]
-
-Un événement qui arriva, pendant ces négociations mystérieuses put
-convaincre le cardinal des dispositions où étoient à son égard ses
-irréconciliables ennemis. La voiture du duc de Beaufort fut arrêtée à
-dix heures du soir au milieu de la rue Saint-Honoré par une bande de
-brigands. Un de ses gentilshommes nommé Saint-Egland, qui alloit le
-chercher dans cette voiture à l'hôtel Montbason, ayant voulu faire
-quelque résistance, fut tué par ces misérables, qui ne cherchoient
-qu'à voler, et qui se sauvèrent dès qu'ils virent arriver du secours.
-Aussitôt le parti entier jeta les hauts cris, attribuant ce meurtre à
-Mazarin, qui, disoit-on, avoit eu l'intention de faire poignarder le
-duc lui-même[164]. Le jugement de plusieurs de ces assassins, qu'on
-arrêta peu de temps après, et dont les aveux ne laissèrent aucun doute
-sur le véritable caractère de cet assassinat, ne fit point cesser
-leurs clameurs; et Beaufort osa se plaindre de leur exécution comme
-d'un attentat nouveau, dont le but étoit d'ensevelir à jamais un
-secret aussi important. Une telle calomnie, soutenue avec une si
-grande obstination, auroit dû sans doute déterminer Mazarin à rester à
-Paris, pour conjurer ce nouvel orage; mais, d'un autre côté, les
-progrès des Espagnols en Champagne sembloient justifier les plaintes
-qu'on élevoit contre lui de toutes parts, d'avoir dégarni cette
-frontière pour faire la guerre de Guienne, et sacrifié ainsi l'intérêt
-de l'État à ses inimitiés particulières. Il pensa donc qu'un succès
-militaire, en apaisant ces murmures, lui fourniroit en même temps le
-moyen d'abattre ses ennemis sans retour; et formant un corps de
-troupes d'environ douze mille hommes, qu'il fit marcher du côté de
-Rhétel, sous les ordres du maréchal Duplessis-Praslin, il partit peu
-de temps après pour en diriger lui-même les opérations.
-
- [Note 164: La cour, dans sa défense, fit courir le bruit que
- ce prétendu assassinat n'étoit qu'une _Joliade renforcée_.]
-
-Jusqu'ici, dans cette suite de nouvelles manoeuvres, Gondi ne s'étoit
-servi que de son habileté: il falloit maintenant y joindre l'activité
-et l'audace, et l'on sait ce qu'il pouvoit faire en ce genre. Il
-prépara donc, pour la rentrée du parlement, une suite de scènes bien
-liées entre elles, dont la première fut jouée le jour même de la
-mercuriale[165]. On y présenta, au nom de la princesse de Condé, une
-requête par laquelle elle demandoit que son mari et les deux autres
-prisonniers fussent amenés au Louvre, et gardés par un officier de la
-maison du roi; que le procureur-général fût mandé pour déclarer s'il
-avoit quelque chose à proposer contre leur innocence; que, dans le cas
-contraire, ils fussent mis sur-le-champ en liberté. Le secret de la
-nouvelle association avoit été si bien gardé, que Molé lui-même, qui
-désiroit toujours la réunion de la famille royale, mais qui la vouloit
-par des voies légitimes, appuya fortement cette requête, bien persuadé
-qu'elle ne venoit que des amis des princes, et étant loin de penser
-que Gondi pût y avoir la moindre part. La délibération fut remise,
-tout d'une voix, au 20 décembre. Cependant la reine, alarmée, fit
-défendre par les gens du roi de s'occuper de cette affaire, et, dans
-la séance du 7, l'avocat-général Talon, après avoir fait son rapport
-sur cette défense, venoit de donner des conclusions en conséquence,
-lorsqu'on apporta une autre requête par laquelle mademoiselle de
-Longueville demandoit aussi la liberté de son père. On en avoit à
-peine achevé la lecture qu'un grand bruit se fit entendre à la porte
-de la grand'chambre: c'étoit des Roches, capitaine des gardes du
-prince de Condé, qui vouloit entrer et présenter à la compagnie une
-lettre des trois prisonniers, par laquelle ils demandoient, ou qu'on
-leur fît leur procès, ou qu'on leur rendît la liberté. Molé,
-commençant à soupçonner quelque manoeuvre, et doutant de la validité
-de cette lettre, s'opposa, malgré les clameurs des enquêtes, à
-l'admission de l'envoyé; il invoqua les formes avec sa fermeté
-ordinaire, et son avis l'emporta. Cependant la lettre, après avoir
-passé par le parquet, fut reconnue pour authentique, et des Roches la
-présenta. Les gens du roi concluoient à ce qu'elle fût rejetée, ainsi
-que les deux requêtes; mais, sans statuer sur leurs conclusions, on
-remit la délibération au lendemain. Une lettre de cachet, envoyée par
-la reine, ordonna de la suspendre pendant huit jours; le parlement ne
-lui en accorda que quatre, sans égard pour l'état d'indisposition
-réelle où se trouvoit cette princesse, et qu'elle avoit donné pour
-prétexte de cette suspension. La délibération reprit donc son cours;
-les déclamations contre le ministre recommencèrent; et bien que
-Gaston, d'accord avec Gondi, eût refusé d'assister aux séances, afin
-de donner le change à la cour, qui, si elle l'eût vu déclaré
-tout-à-fait contre elle, auroit pu prendre un parti, et traiter
-elle-même avec les princes, la violence des opinions, loin de se
-ralentir, sembla augmenter de moment en moment. Le jour qu'on avoit
-choisi pour porter les derniers coups approchoit, lorsque la nouvelle
-de la victoire de Rhétel vint, comme un coup de foudre, frapper tous
-les esprits. Cette ville avoit été prise, ou plutôt achetée à prix
-d'argent par le cardinal; Turenne et les Espagnols venoient d'être
-entièrement défaits par le maréchal Duplessis; et Mazarin, qui
-s'attribuoit audacieusement toute la conduite de cette campagne
-brillante, s'apprêtoit à revenir triomphant à Paris.
-
- [Note 165: Le 2 décembre.]
-
-Tout sembloit perdu. Gaston, les amis des princes, les frondeurs,
-étoient attérés; Gondi seul, devenu plus audacieux par l'excès même du
-péril, résolut de tenir tête à l'orage. Le jour même où ce succès fut
-annoncé au parlement, tout en témoignant la joie qu'il en ressentoit,
-il osa joindre à son discours insidieux une demande plus formelle que
-jamais de la liberté des princes: ceci commença à relever les
-courages. Le jour suivant il alla plus loin, et donnant à Mazarin,
-pour le mieux décrier, tout l'honneur de la victoire, il s'attacha à
-démontrer l'imprudence extrême qu'il y avoit eu à risquer une bataille
-dont la perte eût ouvert aux ennemis le coeur même du royaume, et
-amené le bouleversement et la perte totale de la France. Présentés
-sous cette face, les succès de Mazarin devinrent presque pour lui un
-sujet de blâme et d'accusation; à ces reproches, que Gondi lui
-adressoit publiquement, il joignoit avec plus de succès encore une
-foule de calomnies sourdement répandues dans le peuple et parmi ses
-partisans, ou pour aigrir les haines, ou pour accroître les terreurs.
-Tout alla au gré de ses désirs. Les acclamations recommencèrent à son
-entrée et à sa sortie du palais; et l'arrêt qui intervint enfin après
-tant de délibérations, arrêt dans lequel la personne du ministre ne
-fut point épargnée, ordonna des remontrances à la reine pour demander
-la liberté des princes, et une députation au duc d'Orléans pour le
-prier d'interposer à cet effet son autorité. Mazarin arriva le
-lendemain à Paris.
-
-(1651) Son entrée eut un appareil triomphal; mais les courtisans seuls
-y prirent part, et ce triomphe fut renfermé dans les murs du
-Palais-Royal. Cependant la reine, un peu rassurée par la présence de
-son ministre, refusa d'abord de recevoir les députés du parlement,
-alléguant toujours pour prétexte le mauvais état de sa santé. Ces
-lenteurs firent gagner quelques jours; mais enfin il fallut les
-recevoir et écouter ces remontrances: elles furent présentées par
-Molé, qui, n'étant pas encore suffisamment éclairé sur les manoeuvres
-de Gondi et la connivence secrète du duc d'Orléans, les prononça avec
-une vigueur et une liberté dont la cour entière fut choquée. La reine
-essaya encore de gagner du temps; mais forcée enfin de s'expliquer par
-les impatiences du parlement, elle fit une réponse dure et chagrine,
-dans laquelle elle déclara qu'il ne falloit point compter sur la
-liberté des princes que tous leurs partisans n'eussent mis bas les
-armes[166] et que Stenai ne fût rentré au pouvoir du roi.
-
- [Note 166: On y désignoit particulièrement Turenne et la
- duchesse de Longueville.]
-
-Alors le coadjuteur, voyant arriver le moment décisif, dirige tous ses
-efforts vers Gaston, qu'il veut faire éclater, lui montrant Mazarin,
-qui soupçonnoit déjà leurs projets, sur le point peut-être de les
-faire avorter, en traitant lui-même avec les princes. Il en arrache
-enfin la permission de prononcer son nom dans la délibération qui
-devoit avoir lieu sur la réponse de la reine. L'effet en fut
-prodigieux: à peine Gondi a-t-il déclaré _au nom de son altesse_
-qu'elle est disposée à s'unir à la compagnie pour la délivrance de ses
-cousins, que les acclamations les plus vives s'élèvent de toutes
-parts. La plus grande partie du parlement, se précipitant hors de la
-grand'chambre, vole vers le Luxembourg, pour remercier le prince de
-cette faveur signalée. La cour est consternée; son effroi redouble
-lorsqu'elle voit Gaston, animé d'un courage qu'il empruntoit à tous
-ceux qui l'environnoient, et surtout à son favori, rassembler les
-quarteniers de la ville, et leur ordonner de tenir leurs armes prêtes
-pour le service du roi; mander Châteauneuf, Le Tellier, le maréchal de
-Villeroi; déclarer hautement aux premiers qu'il n'ira point au
-Palais-Royal, qu'il n'assistera à aucun conseil tant que la reine sera
-sous l'influence d'un ministre abhorré de la nation; charger le
-dernier de lui répondre de la personne du roi; enfin commander en
-maître absolu et déployer, dans toute son étendue, le caractère d'un
-lieutenant-général du royaume.
-
-Mazarin surtout étoit dans un effroi qui tenoit du délire. La cour
-essaya aussitôt d'entamer des négociations avec le duc. On lui promit
-formellement la délivrance des princes, et l'on fit même partir devant
-lui, pour le Hâvre, ceux qui devoient la négocier[167]. On lui offrit
-pour lui-même tout ce qu'il voudroit demander; on alla même jusqu'à
-proposer le mariage d'une de ses filles avec le roi. La reine,
-connoissant tout l'empire qu'elle avoit sur lui, sollicitoit vivement
-la faveur de le voir, de l'entretenir un seul instant; mais Gondi, qui
-redoutoit plus que tout le reste un semblable entretien, lui fit
-éviter tous ces piéges, et surtout celui-là. Gaston refusa donc
-obstinément de rien entendre, et demanda avant toutes choses l'exil de
-Mazarin. Alors la régente et son ministre, parvenus au dernier degré
-de fureur contre l'artisan d'une trame si funeste et si perfide,
-imaginèrent de détourner sur lui l'orage élevé sur leurs têtes, et de
-le faire accuser en plein parlement. Servien[168], Châteauneuf, sont
-appelés pour les aider dans cette manoeuvre; Molé, outré d'avoir été
-joué par le coadjuteur[169], et toujours guidé par cette même ardeur
-de voir la paix s'établir enfin parmi les membres de la famille
-royale, leur prête son ministère; et tous réunis fabriquent contre
-Gondi une pièce très-violente, dans laquelle il étoit accusé des plus
-horribles complots, de complots qui n'alloient pas moins qu'à mettre
-le royaume en combustion, pour assouvir son ambition insatiable. Cette
-pièce, débitée d'abord solennellement devant les députés du parlement
-mandés au Palais-Royal, fut lue quelques instants après dans la
-grand'chambre par le premier président lui-même devant Gaston, qui,
-depuis sa déclaration, y paroissoit pour la première fois, et venoit
-par sa présence achever ce que les frondeurs avoient si heureusement
-commencé. La surprise fut extrême; et comme il arrive toujours dans
-les grandes assemblées, où le moindre incident qu'on n'a pas prévu
-peut troubler les esprits et changer la marche des choses, ce coup
-porté au coadjuteur alloit peut-être renverser tous ses projets, en
-donnant une face nouvelle à la délibération: c'est alors que,
-rassemblant tout ce qu'il avoit de sang-froid, d'éloquence et
-d'intrépidité, il prononça ce discours, aussi adroit qu'énergique,
-dans lequel, ne répondant à l'accusation intentée contre lui que par
-un prétendu passage de Cicéron qu'il venoit de composer lui-même
-sur-le-champ[170], il rétablit la question principale qui devoit
-faire l'objet de la délibération du parlement, savoir, la liberté des
-princes et l'exclusion de Mazarin. Les esprits furent à l'instant même
-ramenés vers lui. Ce fut vainement que la reine, au milieu même de la
-séance, fit encore conjurer Gaston de venir la trouver; que Molé,
-Talon, joignirent à ses prières les plus vives instances, les
-exhortations les plus pathétiques, un seul coup d'oeil de Gondi suffit
-pour maintenir le foible prince; il ne cessa de refuser, sous prétexte
-qu'il n'y avoit point de sûreté pour lui au Palais-Royal; et après
-quelques efforts impuissants du parti attaché au gouvernement, l'avis
-du coadjuteur forma l'arrêt.
-
- [Note 167: Lionne et le maréchal de Grammont; mais Gaston
- savoit très-bien qu'ils étoient partis sans aucunes
- propositions, et simplement avec l'assurance qu'on les
- enverroit par le courrier suivant.]
-
- [Note 168: Surintendant des finances, l'un des
- plénipotentiaires de la paix de Munster.]
-
- [Note 169: La cour le trompoit également en lui persuadant,
- pour le faire agir, qu'elle étoit prête à donner la liberté
- aux princes. Il le dit formellement au parlement, et se vit
- ensuite désavoué, après le mauvais succès de l'accusation
- élevée contre Gondi.]
-
- [Note 170: Cet habile factieux savoit que rien ne donne un
- air d'autorité comme une citation faite à propos, parce
- qu'elle offre sur-le-champ à l'esprit un point de
- comparaison qui fixe ses incertitudes; et cet effet doit
- être surtout très-grand au milieu des opinions flottantes
- d'une assemblée qui délibère. Voici ce passage, qu'il
- composa, dit-il, du latin le plus pur qu'il lui fut possible
- d'imaginer: _In difficillimis reipublicæ temporibus urbem
- non deserui; in prosperis nihil de publico delibavi; in
- desperatis nihil timui_.]
-
-La cour se vit alors pressée de toutes parts: le clergé avoit déjà
-envoyé une députation à la reine pour solliciter également la
-délivrance des princes. Gaston excita la noblesse, qui s'étoit
-assemblée l'année précédente, à s'assembler de nouveau, et à faire de
-cette délivrance l'objet principal de ses délibérations. La reine,
-dont les alarmes redoublent, croit alors devoir prendre des
-précautions pour sa sûreté: le duc s'en plaint hautement dans le
-parlement, comme d'un outrage fait à la fidélité qu'il conserve au
-roi, et la compagnie lui donne à l'instant même, en sa qualité de
-lieutenant du royaume, tout pouvoir sur les maréchaux de France et sur
-tous les corps militaires. Plusieurs séances orageuses se succèdent,
-dans lesquelles Molé, toujours d'accord avec la cour, est accablé
-d'outrages, parce qu'il cherche à gagner du temps. On demande à grands
-cris l'exécution de l'arrêt; et Gaston ne veut point absolument
-communiquer avec la reine que la lettre de cachet pour délivrer les
-prisonniers ne soit expédiée. Anne, désespérée, concerte avec son
-ministre une ruse dont celui-ci surtout espéroit un grand succès, et
-qui montra seulement l'extrémité à laquelle tous les deux étoient
-réduits. Au moment où l'on s'y attendoit le moins, Mazarin quitte
-Paris, va s'établir à Saint-Germain, et se flatte ainsi d'avoir ôté à
-Gaston tout prétexte de se refuser à cette entrevue, qui sembloit à la
-cour entière l'événement décisif. Le prince eût cédé sans doute, si
-Gondi, devenu le maître absolu de toutes ses pensées et de toutes ses
-actions, ne l'eût rendu inébranlable sur cet article important. Il
-s'obstine donc à ne vouloir rien entendre que les princes ne soient
-délivrés. Cependant cette évasion du cardinal fait naître des
-inquiétudes: on croit y voir le projet d'enlever de nouveau le roi de
-sa capitale, et l'on prend à ce sujet les précautions les plus
-insultantes pour la reine. Elle croit calmer les esprits en faisant
-porter au parlement une promesse verbale de renvoyer le ministre: le
-vague de cette promesse produit l'effet contraire; il accroît leur
-effervescence, et un arrêt rendu au milieu du plus affreux tumulte,
-renouvelant celui qui, deux ans auparavant, avoit proscrit Mazarin,
-ordonne qu'il sera chassé de France, qu'il en sortira avant quinze
-jours avec tous ses parents et domestiques, permettant à tout le
-monde, passé ce délai, de _lui courre sus_. C'est alors une nécessité
-pour cette princesse de signer la lettre qui ratifie une délivrance si
-ardemment désirée.
-
-Elle la signa toutefois avec une facilité qui pouvoit étonner dans un
-caractère aussi inflexible que le sien: c'est qu'alors elle étoit
-réellement décidée à se soustraire à la tyrannie qui l'opprimoit, et
-que tout étoit préparé pour sa fuite. Gaston en est averti, et retombe
-dans ses incertitudes: l'idée de retenir son roi prisonnier
-l'épouvante. L'audacieux Gondi, qui le voit balancer, se charge seul
-de l'événement. Il fait monter Beaufort à cheval; le maréchal de La
-Mothe, Laigues, Coligni, Tavannes, Nemours, imitent son exemple. On se
-saisit de toutes les portes qui avoisinent le Palais-Royal, et l'on y
-fait, à l'entrée et à la sortie, les perquisitions les plus sévères.
-Les bourgeois prennent les armes; la demeure du souverain est cernée
-par les patrouilles des frondeurs; et ces factieux ont l'insolence
-d'en violer l'entrée, de pénétrer, au milieu de la nuit, jusque dans
-la chambre du jeune prince, pour s'assurer par leurs propres yeux
-qu'il est bien en leur puissance. La reine, voyant toutes les issues
-fermées, veut s'échapper par la rivière: elle la trouve couverte de
-bateaux armés qui sont prêts à la repousser. Lorsque tant d'attentats
-sont consommés, Gondi, par son ascendant irrésistible, entraîne Gaston
-au parlement, et malgré les reproches amers, les plaintes éloquentes
-de Molé, lui fait tout approuver. La reine est forcée de désavouer le
-projet de sa fuite, et les députés, qui devoient aller ouvrir aux
-princes les portes de leur prison, reçoivent l'ordre de partir; mais
-avant qu'ils fussent arrivés au Hâvre, les princes étoient déjà
-délivrés.
-
-C'étoit à Mazarin lui-même qu'ils devoient leur liberté. Tant que ce
-ministre avoit espéré ou l'entrevue de la reine avec Gaston, ou son
-évasion de Paris, il étoit resté aux environs de cette capitale,
-décidé, dès qu'il verroit la moindre apparence de succès, à s'emparer
-des trois prisonniers, et à les transférer dans quelque lieu plus sûr
-que le Hâvre[171]. Les mauvaises nouvelles qu'il reçut, et qui lui
-furent confirmées par la reine elle-même, le déterminèrent à
-s'éloigner; et il dirigea ses pas vers la prison des princes,
-incertain encore s'il exécuteroit son projet, ou si, prévenant les
-frondeurs, il essaieroit de se faire auprès d'eux un mérite d'une
-liberté qu'il leur accorderoit sans conditions[172]. Plusieurs ont
-prétendu que Mazarin eût pris le premier de ces deux partis, s'il eût
-pu entrer au Hâvre avec son escorte; mais, forcé par le gouverneur de
-la laisser hors de la ville, il n'eut plus d'autre ressource que le
-dernier; et s'humiliant devant les princes plus qu'il n'étoit
-convenable, quelle que fût sa situation, il alla lui-même leur
-annoncer qu'ils étoient libres. Ceux-ci le reçurent avec un mépris que
-Condé poussa même jusqu'à l'insulte; et tandis que le ministre sortoit
-de France pour aller se confiner à Bruyll, sur les terres de
-l'électeur de Cologne, les princes s'avancèrent rapidement vers Paris,
-où ils firent, peu de jours après, une sorte d'entrée triomphale. Le
-peuple, toujours aveugle et inconstant, alluma des feux de joie pour
-leur délivrance, aussi stupidement qu'il l'avoit fait pour leur
-captivité. Leur entrevue avec Gaston, Beaufort, Gondi, etc., se passa
-en effusions de tendresse; ils ne virent qu'un moment, et avec une
-contrainte et une froideur remarquables, la régente qui les attendoit
-en tremblant; le parlement les reçut tous les trois, principalement
-Condé, avec les plus vifs transports d'allégresse; et ce prince,
-maintenant soutenu d'un parti formidable contre une reine qui sembloit
-désormais sans appui, parut être un moment ce qui avoit toujours été
-le voeu secret de son ambition, l'arbitre suprême de l'État.
-
- [Note 171: À Brest, dont le gouverneur étoit entièrement à
- sa disposition.]
-
- [Note 172: Les frondeurs n'avoient pu leur en sauver une
- extrêmement désagréable, laquelle étoit de ne rentrer dans
- leurs gouvernements qu'à la majorité du roi.]
-
-Cependant cette ambition, contraire aux intérêts des frondeurs,
-laissoit déjà entrevoir un germe de divisions qu'une main habile
-pouvoit développer; et Mazarin, du fond de sa retraite, où son oeil
-pénétrant veilloit sans cesse sur ses ennemis, où sa politique
-artificieuse dirigeoit seule encore tous les conseils de la cour,
-n'avoit garde de le laisser échapper. Condé ne vouloit point d'égal;
-les frondeurs étoient décidés à ne point souffrir de maître; et tous
-étoient également avides du pouvoir: il en résulta que, dès le
-commencement, cette espèce de prépondérance que le prince prétendit
-s'arroger sur le parti excita la jalousie de tout le monde. Lui-même
-ne tarda pas à ne considérer ceux qui l'environnoient que comme autant
-d'obstacles à sa grandeur; et la reine, ayant saisi cette disposition
-où il se trouvoit, hasarda, pour l'attirer vers elle, des avances qui
-ne furent ni reçues ni absolument rejetées, mais qui commencèrent à
-l'ébranler. Gondi s'en aperçut aussitôt dans une séance du parlement,
-où il vit ce prince applaudir et donner sa voix à un avis qui, à
-l'occasion de Mazarin, tendoit à exclure du ministère tous les
-cardinaux, tant étrangers que françois, ce qui étoit visiblement
-dirigé contre lui.
-
-Toutefois il sut encore parer ce coup qu'on vouloit lui porter; et le
-garde des sceaux Châteauneuf l'aida puissamment dans cette
-circonstance, parce qu'il avoit les mêmes vues et les mêmes intérêts.
-Mais l'arrivée subite de la duchesse de Longueville à Paris, de cette
-femme dont on a dit si justement qu'après avoir été l'_héroïne_ du
-parti, elle en étoit devenue l'_aventurière_, excita plus vivement les
-alarmes du coadjuteur. Elle étoit revenue plus audacieuse encore par
-sa révolte même; et tandis que Turenne, fatigué du rôle honteux
-qu'elle lui avoit fait jouer, rentroit en grâce auprès de la régente,
-et lui vouoit une fidélité qui désormais ne devoit plus se démentir,
-la duchesse, se précipitant de nouveau dans le chaos des intrigues,
-essayoit de reprendre sur son frère l'ascendant qu'elle avoit perdu;
-et, sans montrer un désir bien vif de le voir se rapprocher de la
-cour, manifestoit ses mauvaises dispositions à l'égard des frondeurs,
-en cherchant à rompre le mariage depuis si long-temps projeté entre le
-prince de Conti et mademoiselle de Chevreuse. La cour, qui, par
-d'autres motifs, craignoit autant qu'elle les séductions de la fille
-et le caractère audacieux et intrigant de la mère, n'épargnoit rien
-pour arriver au même but; et la princesse Palatine, négociatrice
-secrète employée par la régente pour éblouir et ramener Condé, étaloit
-à ses yeux tout ce qui pouvoit flatter ses projets ambitieux. À son
-gouvernement de Bourgogne on ajoutoit celui de Guienne; la Provence
-devoit être donnée au prince de Conti; ses principaux serviteurs
-obtenoient, à proportion, des récompenses aussi magnifiques[173]; en
-un mot, tout ce qu'il demandoit lui étoit sur-le-champ accordé.
-
- [Note 173: La Rochefoucauld devoit avoir le gouvernement de
- Blayes, avec la lieutenance générale de la Guienne.]
-
-Cette facilité extrême, et même maladroite, auroit dû lui faire
-soupçonner quelque piége caché sous des amorces aussi brillantes: loin
-d'avoir la moindre méfiance, il se livre inconsidérément à ces
-promesses fallacieuses[174]; cherche des prétextes pour retarder
-l'union projetée avec la duchesse de Chevreuse; trompe et humilie à la
-fois madame de Montbason[175]; et continuant cependant à se ménager
-entre la cour et les frondeurs, il exige, avant d'abandonner ceux-ci,
-la disgrâce de Châteauneuf qu'il haïssoit[176]. Pour lui complaire, on
-donne les sceaux à Molé, qui garde en même temps sa place de premier
-président; et Chavigni, odieux à la reine, mais entièrement dévoué au
-prince, sort de l'exil où il languissoit depuis long-temps, pour venir
-reprendre sa place au conseil. À la nouvelle du renvoi de Châteauneuf,
-le duc d'Orléans laisse éclater son dépit, sans pouvoir toutefois s'en
-prendre ouvertement à Condé, qui dissimule encore quelque temps avec
-lui, mais qui laisse enfin échapper son secret dans une conférence où
-le duc avoit réuni les chefs des deux frondes pour délibérer sur ces
-mutations, dans lesquelles il voyoit une violation de ses droits, et
-même une sorte d'insulte faite à sa personne. Gondi et plusieurs
-autres proposèrent des partis vigoureux que Condé désapprouva
-hautement, et que le timide Gaston put bientôt se repentir de n'avoir
-pas suivis: car, dès le lendemain, le prince se croyant sûr de la
-cour, et ne voyant pas d'ailleurs la possibilité de se maintenir plus
-long-temps entre les deux partis, leva le masque en rompant
-brusquement, et même d'une manière outrageante, avec madame de
-Chevreuse.
-
- [Note 174: Le cardinal de Retz pense que ces négociations
- étoient faites de bonne foi: cela pouvoit être de la part de
- la reine, qui suivoit aveuglément tous les conseils de
- Mazarin; mais en examinant la suite des événements, il est
- impossible de croire que, dès le commencement, ce ministre
- n'ait pas voulu tromper Condé.]
-
- [Note 175: On ne peut s'empêcher de dire que la manière dont
- il la trompa étoit indigne non seulement d'un prince, mais
- d'un homme qui auroit eu le moindre sentiment de probité.
- Elle avoit remis, de confiance, à la princesse Palatine une
- obligation de cent mille écus que Condé avoit souscrite à
- son profit lorsqu'il avoit été question d'obtenir, pour sa
- délivrance, la signature de Beaufort. Celle-ci la donna au
- prince, qui la déchira, et se moqua ensuite de madame de
- Montbason.]
-
- [Note 176: Il étoit odieux à toute sa maison, pour avoir
- présidé, ainsi que nous l'avons déjà dit, à la condamnation
- de Montmorenci, frère de la princesse, lequel avoit été
- décapité sous le règne précédent, pour crime de haute
- trahison.]
-
-Les frondeurs sembloient perdus, surtout Gondi. En horreur à la cour,
-qu'il venoit de trahir; sans pouvoir auprès du peuple, à qui son
-alliance passagère avec elle l'avoit rendu justement suspect; ne
-pouvant compter sur un prince tel que Gaston; négligé de ses propres
-partisans, comme un intrigant subalterne, désormais inutile à leurs
-intérêts, il ne sembloit pas que rien pût le tirer d'une situation
-aussi critique; et la résolution qu'elle lui fit prendre, bien qu'elle
-fût, dans de telles circonstances, la seule qui pût encore le sauver,
-n'en prouva pas moins l'extrémité fâcheuse à laquelle il étoit réduit.
-Trop prudent pour engager avec Condé une lutte inutile et téméraire,
-il se retira tout à coup du monde et des affaires, se renferma à
-l'archevêché, affecta de n'avoir plus de relations qu'avec des
-chanoines et des curés, parut uniquement occupé des fonctions de son
-sacré ministère; et cependant dans cette retraite forcée, dont les
-frondeurs s'étonnoient, qui excitoit les risées de ses ennemis, il
-entretenoit un commerce régulier avec Gaston et Châteauneuf, alloit
-toutes les nuits à l'hôtel de Chevreuse, répandoit dans le peuple des
-bruits alarmants sur les négociations du prince avec la cour, faisoit
-de son palais une espèce de château-fort, où il étoit à l'abri de
-toute entreprise violente que l'on auroit voulu tenter contre sa
-personne, et attendoit ainsi pour reparoître sur la scène, les
-événements que la fortune pourroit faire naître en sa faveur, puisque
-son génie n'avoit plus le pouvoir de les provoquer.
-
-Le succès justifia sa conduite, et fit passer pour politique profonde
-ce qui n'étoit sans doute que l'oeuvre de la nécessité. Mazarin, comme
-nous l'avons dit, et comme tout semble le prouver, n'avoit poussé la
-reine à tant d'avances à l'égard de Condé, ne lui avoit fait faire
-tant de concessions que pour abattre une seconde fois cet implacable
-ennemi. Il venoit de le brouiller plus fortement que jamais avec les
-frondeurs, dont l'appui l'auroit rendu si redoutable; il se garda bien
-de détruire ceux-ci comme il eût pu si facilement le faire dans le
-premier moment de leur consternation, les réservant pour lui porter
-encore de nouveaux coups. Condé s'enveloppa de lui-même dans une trame
-si subtilement ourdie, en se séparant une seconde fois de la fronde
-avant d'avoir entièrement achevé ses arrangements avec la cour. Cette
-faute le mit dans une situation équivoque. En même temps qu'elle
-nuisoit au succès de ses négociations[177], elle le forçoit de ménager
-encore Gaston, qui, toujours guidé secrètement par le coadjuteur,
-feignit de se réconcilier avec Chavigni, en demandant toutefois qu'on
-lui fît le sacrifice de Molé. Condé, par une ingratitude que rien ne
-peut excuser, abandonna celui-ci, qui rendit les sceaux et ne lui
-pardonna jamais. Ce fut après lui avoir suscité un tel ennemi que
-Mazarin crut le moment favorable pour éclater. Dans une lettre qu'il
-écrivit aussitôt à la reine, il n'eut pas de peine à lui démontrer que
-ces avantages énormes accordés à un prince d'un tel caractère
-exposoient l'autorité royale aux plus grands dangers; il le lui fit
-voir avant peu maître absolu du royaume, si elle avoit l'imprudence
-impardonnable de lui céder elle-même ses plus riches provinces; et,
-plutôt que de traiter à des conditions aussi funestes, il l'exhorta,
-au nom du salut de la France et de son propre fils, à se servir des
-frondeurs, à mettre Gondi lui-même à la tête des affaires, en le
-nommant premier ministre. Il n'en falloit pas tant pour déterminer une
-princesse si ombrageuse sur le pouvoir; et, la nuit même qui suivit la
-réception de cette lettre, le coadjuteur, réveillé brusquement par le
-maréchal Duplessis, apprit, non sans le plus grand étonnement,
-l'épouvante que le prince causoit à la régente, et la proposition
-inattendue que Mazarin l'avoit engagée à lui faire, et qu'elle lui
-faisoit effectivement, de lui donner la première place dans le
-gouvernement.
-
- [Note 177: En effet la cour commença aussitôt à faire naître
- des difficultés pour gagner du temps, et bien établir
- l'intrigue qu'on venoit de former pour sa perte.]
-
-Il n'étoit pas aussi facile d'abuser Gondi que le prince de Condé. Il
-reconnut aussitôt la ruse: il vit que Mazarin, dont l'intention ne
-pouvoit être de lui céder si philosophiquement ses honneurs et son
-pouvoir, ne vouloit créer ici qu'un fantôme de ministre, ou pour
-perdre entièrement le prince, ou pour le mettre dans la nécessité
-absolue de recourir à lui, et qu'alors son premier soin seroit de
-briser l'ouvrage de ses mains, ce qu'il feroit sans peine d'un
-coadjuteur de Paris. La dignité seule de cardinal pouvoit mettre Gondi
-hors des atteintes d'un si dangereux adversaire. Il résolut donc de
-refuser le ministère, et de profiter de cette heureuse circonstance
-pour obtenir la pourpre. Son plan s'arrange aussitôt dans sa tête: il
-voit la reine en secret, promet de se dévouer tout entier à sa cause,
-sous la condition expresse de pouvoir continuer à déchirer
-publiquement Mazarin, seul moyen de reprendre son autorité dans le
-peuple et parmi les frondeurs; s'engage à lui ramener Gaston, à forcer
-Condé de sortir de Paris, et pour prix de ces services obtient la
-promesse positive du cardinalat. Il fut convenu, dans cette entrevue
-fameuse, que Châteauneuf seroit rappelé et nommé à la place que le
-coadjuteur venoit de refuser. La haine que tous les deux lui portoient
-sembloit les pousser à l'élever si haut pour avoir le plaisir de l'en
-précipiter. La princesse palatine, qui s'étoit rangée du parti de la
-reine, que, dès ce moment elle n'abandonna plus, fut chargée par elle
-d'être l'intermédiaire entre le cardinal et le coadjuteur.
-
-Gondi instruit d'abord Gaston d'une révolution aussi inespérée; et
-sortant tout à coup de sa retraite, comme s'il y eût été forcé par
-l'amour du bien public et par la situation critique des affaires,
-commence aussitôt l'exécution de ses promesses en alarmant secrètement
-les frondeurs sur les prétentions extraordinaires de Condé, sur les
-correspondances mystérieuses et continuelles de la reine avec le
-cardinal, montrant la guerre civile comme le résultat inévitable d'une
-telle ambition et d'une telle opiniâtreté. Tout change en un moment:
-une querelle de plume s'établit entre la grande et la petite fronde,
-dans laquelle la première a tout l'avantage. Dans le parlement, le
-coadjuteur déconcerte Condé, qui savoit ses liaisons nouvelles avec la
-cour, en criant plus haut que lui contre Mazarin; et, s'ennuyant des
-lenteurs, propose à la reine de le faire arrêter par l'autorité de
-Gaston. Elle n'ose prendre un parti aussi violent: sur son refus, il
-revient au projet de le forcer à lui céder la place, et, pour y
-parvenir, affecte de suivre régulièrement les séances du parlement,
-avec un cortége aussi nombreux et aussi redoutable que celui du
-prince, éclairant sa conduite, attaquant ses avis, déclamant contre
-ses prétentions. Cette lutte audacieuse continue pendant trois mois,
-irrite, exaspère l'impétueux Condé. Excité encore par sa soeur, par
-quelques amis avides de nouveaux désordres, il entame avec l'Espagne
-de secrètes négociations. La reine en a connoissance, et délibère une
-seconde fois de le faire arrêter. Condé, qui en est averti[178], croit
-d'abord que ce n'est qu'une feinte, et s'abstient seulement d'aller au
-Palais-Royal. Cependant la réflexion ne tarda pas à lui faire
-reconnoître qu'il court un danger véritable au milieu de tant
-d'ennemis dont il est entouré, flottant entre les brouilleries et les
-raccommodements, ne jouissant que d'un crédit précaire, à la merci des
-caprices d'un peuple dont il étoit si facile de lui enlever la faveur,
-et des résolutions d'une compagnie où ses partisans n'étoient pas les
-plus nombreux. Malgré son intrépidité naturelle, il commence à
-s'alarmer; ses amis se réunissent pour accroître ses alarmes; il finit
-par se persuader que sa liberté est réellement menacée, sort de Paris
-comme un fugitif, et va se renfermer dans sa maison de Saint-Maur.
-
- [Note 178: On prétend que ce fut la reine qui, par le
- conseil du coadjuteur, lui fit donner elle-même cet avis,
- parce qu'elle ne vouloit effectivement que le pousser à
- sortir de Paris.]
-
-Gondi, qui n'attendoit que son départ pour donner à ses intrigues le
-dernier degré d'activité, ne manqua pas de le présenter aussitôt sous
-les couleurs les plus odieuses, comme un acte de rébellion qui
-annonçoit les plus sinistres projets. Toutes ces impressions furent
-reçues; et Condé, qui écrivit aussitôt au parlement pour expliquer les
-motifs d'une démarche aussi étrange, ne fut écouté qu'avec la plus
-grande défaveur. Tout succédoit au gré de la cour, si Gaston n'eût
-montré, dans cette circonstance importante, ses indécisions
-accoutumées. Elles épouvantèrent la reine, qui, malgré les conseils
-toujours vigoureux du coadjuteur, n'osa dans ces premiers moments
-prendre un parti décisif contre son ennemi. Gaston, à son tour, voyant
-qu'elle balançoit, crut qu'elle ménageoit, peut-être à ses dépens, un
-accommodement avec Condé, et se hâta de faire secrètement des avances
-à celui-ci. Dans ce moment même arrivèrent des lettres de Mazarin,
-qui, fixant les irrésolutions de la reine, la déterminèrent à s'unir
-ouvertement avec le duc et à éclater contre le prince. Gondi est
-chargé d'en faire la proposition à son maître; mais il étoit trop
-tard, et quoiqu'il sentît bien la faute qu'il avoit faite, faute dont
-il fit l'aveu à son favori, le timide Gaston n'osa jamais rompre les
-nouveaux engagements qu'il venoit de contracter avec un rival dont le
-génie faisoit trembler le sien. Condé, trouvant une force nouvelle
-dans une telle foiblesse, du fond de sa retraite demandoit avec
-hauteur le renvoi de Tellier, Lionne et Servien, créatures du
-cardinal, et qu'il appeloit par dérision les _sous-ministres_. Le duc,
-n'osant s'y opposer, descendit jusqu'à la prière pour le déterminer à
-se désister d'une demande que la reine regardoit comme le plus grand
-des outrages. Il fut inébranlable. Ce fut vainement que Gondi, dans
-plusieurs séances du parlement où cette question fut agitée, essaya,
-par tous les moyens que put lui suggérer son adresse et son éloquence,
-de vaincre les inconcevables irrésolutions de Gaston; celui-ci
-persista dans son dessein ridicule de ménager à la fois et la reine et
-Condé, et par cette conduite versatile trouva le secret de les
-mécontenter tous les deux. Les sous-ministres furent renvoyés, sur
-l'avis secret de Mazarin; mais la reine, par le mépris que lui
-inspiroit Gaston, se fortifia dans la résolution de ne point céder à
-Condé; et celui-ci, enhardi par les avances du duc et par les terreurs
-qu'il lui inspiroit, osa bientôt braver la cour et revenir à Paris.
-
-Sa situation à Saint-Maur étoit en effet assez embarrassante. Une
-foule nombreuse de ses anciens partisans s'étoit d'abord rassemblée
-autour de lui; mais presque tous avoient disparu lorsqu'ils eurent
-reconnu que son intention étoit de les engager trop avant. Turenne
-l'avoit abandonné, parce qu'il s'ennuyoit de la rébellion; Bouillon,
-parce qu'il croyoit trouver plus de sûreté dans le parti de la cour;
-le duc de Longueville, par lassitude; et La Rochefoucauld, si
-maltraité dans la dernière guerre, ne cherchoit qu'à lui inspirer des
-sentiments pacifiques. D'un autre côté, le renvoi des sous-ministres
-ne laissoit plus aucun prétexte à son éloignement. Sa soeur, le prince
-de Conti, Nemours, étoient les seuls qui l'excitassent à la guerre.
-Naturellement porté aux partis violents et décisifs, il les écoutoit
-volontiers; mais, dans l'impuissance absolue où il se trouvoit alors
-de suivre un tel conseil, il se trouva heureux que cette foiblesse
-extrême de Gaston, toujours balançant entre lui et la cour, lui
-fournît le moyen de rentrer à Paris sans danger. Il y revint donc
-brusquement; et, avec son audace accoutumée, se rendit au parlement,
-où il n'eut aucun succès, de là chez Gaston, qui, dissimulant le
-chagrin que lui causoit son retour, se montra plus foible qu'il
-n'avoit jamais été.
-
-La reine, indignée d'une telle lâcheté, s'adressa alors à Gondi, le
-sommant de lui tenir la parole qu'il lui avoit donnée, de s'opposer
-aux entreprises du prince. L'intérêt du coadjuteur étoit sans doute de
-ne pas violer une semblable promesse: il se mit donc en mesure de la
-remplir, et, quelques jours après, parut au parlement avec un cortége
-aussi nombreux que celui de Condé. De tels moyens n'étoient pas faits
-pour intimider ce caractère intrépide: aussitôt le prince augmenta
-lui-même sa suite, qu'il rendit plus effrayante encore que magnifique;
-il parla plus hardiment que jamais dans le parlement contre les
-liaisons de la régente avec Mazarin; il affecta de se tenir éloigné du
-Palais-Royal, ou de n'en approcher que pour étaler aux yeux de la cour
-le cortége insolent dont il étoit sans cesse accompagné; enfin les
-choses en vinrent au point que la reine, outrée de son audace et de
-cette foiblesse désespérante du duc d'Orléans, exigea de Gondi qu'il
-se déclarât ouvertement contre Condé, et qu'il la servît même contre
-la volonté de Gaston.
-
-Il s'y décida, et la volonté ferme du favori finit par entraîner celle
-du maître. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'il employa d'abord
-contre le prince un moyen dont la cour avoit usé peu de temps
-auparavant pour le perdre lui-même: Châteauneuf, qui, d'après les
-arrangements pris, devoit bientôt rentrer au ministère; Molé, que tant
-de raisons rendoient contraire à Condé, furent appelés dans un
-conseil, où l'on dressa contre lui une pièce qui le peignoit sous les
-traits les plus odieux; et certes, pour lui donner tous les caractères
-d'un rebelle, il n'y avoit malheureusement qu'à rassembler les faits.
-Le parlement, la chambre des comptes, la cour des aides, le corps de
-ville furent mandés au palais par députés, et y entendirent d'abord la
-lecture de cette foudroyante Philippique. Condé, alarmé, veut se
-justifier dans la séance du lendemain, et interpelle Gaston de venir à
-son secours: Gaston s'y refuse, et Gondi, qui lui a inspiré le courage
-de risquer ce refus, l'y fait persister, malgré les sollicitations
-pressantes de son impérieux rival. Cependant le duc, tout en refusant
-de l'accompagner, se laisse arracher un écrit, dans lequel il a l'air
-de justifier le prince des inculpations dirigées contre lui, et
-principalement de ses intelligences avec les Espagnols, intelligences
-qui n'étoient que trop réelles, et plus actives que jamais en ce
-moment, à cause du péril où il croyoit se trouver. Muni de cette
-pièce, Condé vole à la grand'chambre, et en même temps qu'il y
-renouvelle son apologie, accuse ouvertement le coadjuteur d'être
-l'auteur des calomnies présentées par la reine contre lui. Celui-ci
-réplique avec une hauteur qui put passer pour téméraire: car si Condé
-eût voulu relever une parole outrageante qui lui étoit échappée,
-Gondi, mal accompagné ce jour là, eût peut-être couru risque de la
-vie. Le prince ne le fit point, ou par mépris, ou par grandeur d'âme.
-Son ennemi n'éprouva d'autre désagrément que d'être hué en sortant par
-le parti opposé; et, échappé à ce danger, alla se préparer à en braver
-le surlendemain de plus grands. La reine l'y excita elle-même, et
-concerta avec lui tous les préparatifs de cette journée fameuse. Elle
-mit à sa disposition une partie des troupes de la garde; les habitants
-du pont Saint-Michel et du pont Notre-Dame, vendus à ce chef de parti,
-reçurent l'ordre de se tenir prêts au premier signal; ils eurent un
-mot de ralliement; Gondi alla la veille reconnoître le champ de
-bataille, marquer les postes, et la grand'chambre prit l'aspect d'une
-ville assiégée. L'audacieux prélat y arriva le premier, entouré de
-tous ses amis; Condé ne tarda pas à s'y rendre avec des forces à peu
-près égales. Gaston, résolu à se déclarer pour le vainqueur, affecta
-de garder la neutralité en se renfermant dans son palais.
-
-On s'étoit assemblé pour délibérer sur l'accusation portée contre le
-prince. Son impatience ne lui permit pas de laisser entamer la
-délibération; et dès qu'il eut pris place, il commença à se plaindre
-de cet appareil menaçant dont les avenues du palais et la
-grand'chambre elle-même offroient le spectacle extraordinaire, et
-lança à Gondi un trait piquant que celui-ci releva sur-le-champ avec
-une insolence qui mit le prince hors de lui-même. Il répliqua par un
-propos menaçant; Gondi y répondit par une bravade plus insolente
-encore. Dans un moment, comme si cette parole eût été le signal du
-combat, l'assemblée entière se lève avec un bruit effroyable, chacun
-court se ranger auprès de son chef, les présidents se jettent entre
-ces deux troupes, toutes les deux armées, et prêtes à s'élancer l'une
-sur l'autre; ils pressent, ils conjurent, ils supplient; ils demandent
-surtout que l'on fasse disparoître cette foule de gens qui entourent
-le sanctuaire de la justice, les armes à la main. Condé cède le
-premier, et ordonne à La Rochefoucauld de faire retirer ses amis;
-Gondi sort de son côté pour donner également aux siens le signal de la
-retraite: au tumulte que l'on vient d'apaiser dans la grand'chambre
-succède tout à coup dans la grand'salle un tumulte plus affreux
-encore, dès que le coadjuteur y paroît. À sa vue, quelques partisans
-du prince tirent l'épée en criant _au Mazarin!_ ceux de Gondi en font
-autant: dans un moment, les deux troupes, jusqu'alors confondues, se
-séparent, se forment sur deux files, se mesurent de l'oeil, sont
-prêtes à se précipiter l'une sur l'autre, agitant, avec la fureur la
-plus effrénée, des sabres, des épées, des pistolets; le sang va
-couler. La présence d'esprit de Crénan, capitaine des gardes du prince
-de Conti, et de Laigues, son ami, qui étoit dans le parti opposé,
-arrêta un massacre dont les suites étoient incalculables, et pouvoient
-amener la destruction entière de Paris. Il fut convenu que les deux
-partis crieroient ensemble _vive le roi!_ sans rien ajouter. La salle
-retentit aussitôt de ce cri unanime; on remet l'épée dans le fourreau,
-et les partis se confondent comme auparavant.
-
-Pendant que ces choses se passoient, Gondi couroit un affreux danger.
-Dès qu'il avoit vu briller les armes, il avoit cherché à rentrer dans
-le parquet des huissiers: La Rochefoucauld, maître de la porte, le
-saisit au passage, le serra entre les deux battants, criant à ses amis
-de se dépêcher de le tuer, tandis qu'un misérable de la dernière
-classe du peuple qui l'avoit poursuivi, le voyant ainsi engagé entre
-la grand'salle et le parquet, levoit un poignard pour l'en frapper.
-Les amis du duc eurent horreur de sa proposition, et refusèrent de lui
-prêter un aussi infâme ministère; l'assassin fut contenu de l'autre
-côté par d'Auvilliers; et Champlâtreux entrant presqu'au même instant
-dans le lieu où se passoit cet odieux événement, repoussa La
-Rochefoucauld avec indignation, et délivra le prélat[179]. La scène se
-prolongea dans la grand'chambre, où les deux ennemis rentrèrent
-ensemble, en s'accablant d'injures.[180] Le désordre alloit peut-être
-renaître avec des suites plus affreuses, lorsqu'enfin persuadés par
-les ardentes supplications du premier président et des gens du roi,
-les deux chefs consentirent à faire sortir leurs créatures, l'un par
-les degrés de la Sainte-Chapelle, l'autre par le grand escalier. Cette
-foule étoit à peine dissipée, que la compagnie se sépara.
-
- [Note 179: L'action de Champlâtreux étoit d'autant plus
- digne d'éloges, qu'il avoit été de tout temps l'ennemi de
- Gondi et l'ami de Condé. Du reste, on est forcé de convenir
- que l'auteur des Maximes commit ici une action atroce,
- qu'aucun ressentiment ne peut justifier.]
-
- [Note 180: Le coadjuteur se plaignit de ce que La
- Rochefoucauld avoit voulu le faire assassiner. «Traître,
- répondit celui-ci, je me soucie peu de ce que tu
- deviennes.»--«Tout beau! La Franchise, notre ami, repartit
- le prélat; vous êtes un poltron; et je suis un prêtre: le
- duel nous est défendu.» _La Franchise_ étoit le nom de
- guerre que l'on donnoit, dans la fronde, au duc de La
- Rochefoucauld; et Gondi avoue que ce fut à tort qu'il
- l'appela _poltron_. «Je mentis, dit-il, car il est
- assurément fort brave.» Ce qui n'empêche pas que ce qu'il
- avoit fait ne fût fort lâche.]
-
-Gondi reconnut alors qu'il s'étoit trop avancé, que la lutte étoit
-trop inégale entre lui et un prince du sang du caractère de Condé.
-L'impossibilité de la soutenir plus long-temps sans s'exposer aux plus
-grands dangers, le détermina à user du conseil que lui donna Gaston,
-de se faire défendre par la reine d'assister aux séances du
-parlement[181]. Cependant Condé, maître du champ de bataille,
-continuoit de demander hautement raison de l'écrit publié contre lui,
-et faisoit rendre des arrêts en sa faveur; Gaston restoit toujours
-dans son indécision accoutumée; et la reine, après avoir long-temps
-refusé de s'expliquer sur les remontrances que lui adressoit la
-compagnie, tant en faveur du prince que contre les liaisons qu'elle
-continuoit d'avoir avec Mazarin, commençoit à mollir sensiblement, et
-paroissoit disposée à entrer dans tous les accommodements qu'on lui
-proposoit. Mais la face des choses alloit changer encore plus
-rapidement que jamais: cette douceur affectée n'étoit qu'une feinte
-conseillée par Mazarin lui-même pour gagner du temps, et atteindre une
-époque solennelle qui devoit nécessairement produire une grande
-révolution dans la situation des partis. Cette époque étoit celle de
-la majorité du roi. Condé, qui n'étoit point la dupe de ces vaines
-apparences, ne voyoit arriver qu'avec effroi un événement qui alloit
-accroître les forces de ses ennemis de tout le prestige attaché à
-l'autorité royale. Il eût dû le prévoir sans doute; mais
-l'imprévoyance étoit le vice radical de presque tout ce qui se faisoit
-alors, et l'on a pu remarquer que les plus habiles étoient sans cesse
-occupés à combattre ce qu'il y avoit de faux dans leur position. À
-mesure que ce moment fatal approchoit, le prince sentoit redoubler ses
-terreurs; mille soupçons funestes l'agitoient; pour peu que le peuple
-eût semblé ému du spectacle imposant qu'on alloit étaler à ses yeux,
-on pouvoit profiter de cette impression pour l'arrêter de nouveau, et
-abattre ainsi son parti. Plusieurs indices porteroient à croire qu'on
-en avoit conçu le dessein: il est certain du moins qu'il en eut la
-crainte; et, déterminé par un motif si puissant à ne point assister à
-la majorité, il écrivit au roi pour s'en excuser, et sortit de Paris
-la veille même du jour consacré à cette grande cérémonie.
-
- [Note 181: Cette défense, à laquelle Molé prit part, sans
- savoir que Gondi la désirât, lui valut de la part de
- celui-ci de très-vifs remerciements, dont le premier
- président fut touché. Ce fut là le commencement d'une amitié
- mutuelle que la belle action de Champlâtreux avoit déjà
- préparée, et qui, de part et d'autre, se maintint
- constamment et sans la moindre altération.]
-
-Tandis qu'elle se faisoit avec une pompe que commandoit la politique,
-et que rien encore n'avoit égalé, le prince étoit à Trie, où il
-essayoit inutilement d'entraîner le duc de Longueville dans sa
-révolte. Le chagrin qu'il en conçut s'accrut encore par la nouvelle
-des changements opérés, le jour même de la majorité, dans le
-ministère, changements qui, bien qu'arrangés depuis long-temps[182],
-sembloient n'avoir été faits que pour le braver. Dans les perplexités
-où le jetoient et le fâcheux état du présent et l'incertitude plus
-fâcheuse encore de l'avenir, il revint, malgré les instigations
-continuelles de ses amis, à des sentiments plus modérés, et résolut de
-tenter encore son accommodement avec la cour. Une perfidie de Gaston
-empêcha l'exécution de ce projet, qui sans doute eût épargné à la
-France une longue suite de malheurs. Condé lui avoit envoyé un nouveau
-plan de pacification, et étoit allé attendre sa réponse à
-_Angerville_, en Gâtinois: le duc, dont l'intérêt n'étoit pas de le
-voir revenir, forcé cependant de lui répondre, et de ménager les
-apparences, lui envoya un courrier, qui, se trompant à dessein[183],
-d'après l'ordre secret qu'il en avoit reçu, alla d'abord à
-_Angerville_ en Beauce, et ne se rendit au lieu indiqué que
-vingt-quatre heures après le départ de l'impatient Condé. Furieux de
-voir ses avances méprisées, aigri encore par les avis que lui donnoit
-Chavigni de ne point se fier aux promesses de la cour, sans cesse
-excité par son conseil, qui ne cessoit de lui répéter que, dès qu'il
-auroit tiré l'épée, tout seroit à ses pieds; encouragé surtout par les
-marques d'attachement que lui prodigua la ville de Bourges, où il
-venoit de se retirer, ce prince ne voulut rien entendre, lorsqu'on lui
-apporta dans cette ville, de la part de la reine, des conditions aussi
-favorables qu'il pouvoit les désirer. Lénet fut envoyé en Espagne pour
-achever les traités ébauchés avec l'archiduc; Nemours alla prendre le
-commandement des troupes renfermées dans Stenai; et, suivi de La
-Rochefoucauld, Condé prit la route de la Guienne, avec l'espoir, en
-apparence très-fondé, de soulever toutes les provinces environnantes.
-
- [Note 182: Châteauneuf, qu'il détestoit, fut nommé premier
- ministre, comme il avoit été convenu entre la reine et le
- coadjuteur; on rendit les sceaux à Molé; La Vieuville fut
- mis à la tête des finances, et l'on éloigna du conseil
- Chavigni, qui étoit dévoué au prince.]
-
- [Note 183: Voltaire prétend que ce fut la reine qui envoya
- ce courrier, et qu'il se trompa sans dessein. C'est une
- erreur que démentent la plupart des mémoires du temps.]
-
-L'effet ne répondit point à son attente; et son génie militaire, sa
-prodigieuse activité ne purent faire que de nouvelles levées ne
-fussent pas vaincues par de vieux soldats que lui-même avoit aguerris.
-Le comte d'Harcourt, qu'on envoya d'abord à sa poursuite, eut
-constamment l'avantage sur lui; mais Condé, qui, à la place de son
-ennemi, l'eût entièrement détruit si celui-ci eût été à la sienne, ne
-se laissa pas même entamer; et la marche de ce grand général jusqu'à
-Bordeaux doit être considérée, vu l'insuffisance de ses moyens, comme
-un de ses plus hauts faits militaires. À peine fut-il arrivé dans
-cette ville, que la cour pensa à marcher sur ses pas; mais, pour
-exécuter ce projet, il falloit le consentement des frondeurs, surtout
-celui de Gondi. Elle l'obtint, en lui montrant pour prix de sa
-fidélité le don immanquable du chapeau[184], premier objet de tous ses
-désirs. L'aveu de Gaston suivit nécessairement le sien; mais le
-coadjuteur ne poussa point la complaisance jusqu'à abandonner ce
-prince à la reine, qui désiroit vivement l'emmener avec elle. Il ne
-pourroit dominer un personnage de ce caractère qu'en le gardant auprès
-de lui; et d'ailleurs l'intérêt de Gaston étoit de rester à Paris,
-puisqu'il n'ignoroit pas que Mazarin, quoique absent, continuoit seul
-à gouverner la cour.
-
- [Note 184: Il n'avoit encore que la nomination de France à
- cette place éminente, nomination qui pouvoit être révoquée.]
-
-Ici les intrigues se compliquent plus que jamais, et la situation de
-chaque parti semble devenir plus embarrassante. Le coadjuteur, sur une
-simple promesse, avoit laissé la reine échapper de ses mains; c'étoit
-une grande faute, car il résultoit de la position nouvelle de cette
-princesse qu'elle pouvoit ou rappeler son ministre ou faire la paix
-avec Condé, pour écraser ensuite les frondeurs. Si elle s'arrêtoit au
-premier parti, en se déclarant pour elle, Gondi se perdoit dans
-l'esprit de Gaston, le peuple l'abandonnoit entièrement, et la bonne
-foi de Mazarin devenoit la seule garantie de la récompense qu'il
-attendoit; s'il la prévenoit dans le second, en déterminant Gaston à
-recevoir à l'instant même les avances que le prince ne cessoit de lui
-faire, sa nomination étoit aussitôt révoquée, et sa fortune rejetée de
-nouveau dans tous les hasards des troubles politiques. Dans un tel
-état de choses, toute résolution ferme et absolue sembloit
-dangereuse[185]: cette indécision de son maître, qui l'avoit si
-souvent désespéré, se trouva propre à le servir. Il résolut, et rien
-n'étoit plus aisé sans doute, de maintenir Gaston toujours flottant
-entre la cour et Condé, toujours négociant avec l'un et l'autre, de
-manière à inspirer à la reine assez de crainte pour qu'elle jugeât
-imprudent de trop s'avancer, assez de confiance pour qu'elle ne crût
-pas nécessaire de rien précipiter. Tandis qu'il espéroit gagner ainsi
-l'époque qui devoit faire confirmer sa nomination au cardinalat, il
-affectoit de se montrer plus fidèle que jamais à la cour, en
-maintenant le parlement dans ses mauvaises dispositions à l'égard de
-Condé, en laissant même enregistrer un arrêt du conseil, qui le
-déclaroit lui et ses adhérents criminels de lèse-majesté, si dans
-l'espace d'un mois ils n'avoient déposé les armes; et rien en effet ne
-pouvoit mieux remplir ses vues que d'achever de brouiller ainsi la
-régente avec le prince, sans enlever entièrement à celui-ci l'espoir
-de s'unir de nouveau avec Gaston. D'un autre côté, l'ambition de
-Châteauneuf le servoit au gré de tous ses voeux, en suscitant sans
-cesse des obstacles au retour de Mazarin, retour que ce ministre
-craignoit peut-être plus que Gondi lui-même, puisqu'il devoit être
-nécessairement le signal de sa disgrâce. À force de souplesse,
-d'activité dans son travail, d'intrigues de toute espèce, il étoit peu
-à peu parvenu à rendre moins pénible à la reine l'absence du cardinal;
-il avoit même conçu quelque espoir de l'en détacher tout-à-fait en
-créant un simulacre de premier ministre dans la personne du prince
-Thomas de Savoie, parent de cette princesse, ce qu'elle avoit vu avec
-une sorte de complaisance. Cependant, par un retour singulier, Condé
-se voyoit réduit à désirer le rappel de son ennemi, n'imaginant plus
-que ce seul moyen de forcer Gaston à revenir à lui, et à lui rendre
-ainsi le parlement, la capitale et toutes les grandes villes du
-royaume. Tel étoit le but d'une foule de négociations insidieuses
-qu'il conduisoit à la fois à Bruyll, à Paris, à la cour, et dont
-Gourville[186] étoit l'agent infatigable.
-
- [Note 185: Il avoit pensé à former un _tiers-parti_ en
- provoquant l'union des parlements et des grandes villes, et
- en mettant Gaston à leur tête. Il est hors de doute qu'il se
- fût ainsi rendu formidable, et que c'eût été alors une
- nécessité de satisfaire son ambition. Mais Gaston fut
- épouvanté de l'audace d'un tel projet; et Gondi dit que
- lui-même en eut quelque scrupule, pensant au bouleversement
- horrible qu'il pouvoit amener dans le royaume: preuve
- nouvelle qu'il n'y avoit plus réellement dans l'état que
- deux puissances, le peuple et le roi.]
-
- [Note 186: Cet homme, également remarquable par son audace
- et par ses talents, qui, de simple valet de chambre du duc
- de La Rochefoucauld, étoit devenu l'ami, le confident et
- l'un des agents les plus nécessaires de Condé, avoit formé,
- quelque temps auparavant, de concert avec son maître, le
- projet hardi et dangereux d'enlever Gondi, pour soustraire
- Gaston à son invincible influence. Il forma son plan, et le
- conduisit avec autant de prudence que d'habileté. Gondi
- devoit être saisi et entraîné hors de Paris en sortant de
- chez madame de Chevreuse, qui habitoit l'hôtel de
- Longueville, rue Saint-Thomas-du-Louvre. Ce fut un hasard
- presque miraculeux qui le sauva.]
-
-De toutes ces dispositions diverses, dont aucune n'échappoit à l'oeil
-pénétrant de Mazarin, une seule lui causoit de sérieuses alarmes:
-c'étoit le refroidissement de jour en jour plus marqué qu'il
-découvroit dans la correspondance de la régente. Ces indices, toujours
-croissants, lui firent enfin reconnoître qu'il étoit perdu s'il
-tardoit un seul moment à rentrer en France: aussitôt toutes les
-créatures qu'il avoit à la cour furent mises en mouvement auprès de la
-reine pour la ramener à son ancien attachement, et tandis qu'on
-ranimoit ainsi, sans beaucoup d'efforts, une affection dont les
-traces étoient si profondes, le cardinal se préparoit à donner un
-grand éclat à son retour, en essayant d'entamer avec les Espagnols des
-négociations pour la paix générale, et d'acheter au duc de Lorraine la
-petite armée qu'il mettoit en quelque sorte à l'enchère de toutes les
-puissances de l'Europe[187]. N'ayant pu réussir dans ces deux projets,
-il en forma un troisième, moins brillant peut-être, mais sans doute
-plus utile à ses intérêts: ce fut de gagner les commandants des places
-frontières, et de les décider à lui fournir chacun une partie de leurs
-troupes, d'en former une armée et de se présenter au roi avec ce
-renfort. Il y parvint avec beaucoup de promesses et un peu d'argent.
-Huit mille hommes furent ainsi réunis auprès de Sedan, et le maréchal
-d'Hocquincourt, qui d'ailleurs en avoit l'ordre secret de la cour,
-consentit à les commander[188]. Mazarin avoit eu, pendant cet
-intervalle, assez de pouvoir pour se faire donner, par le roi
-lui-même, un ordre très-pressant de revenir, et, muni de cette pièce
-importante, il se prépara à rentrer en France à la tête de cette
-petite armée.
-
- [Note 187: Charles IV, chassé deux fois de ses états, alors
- envahis par les François, erroit dans l'Europe, à la tête
- d'une armée de dix mille hommes, seul reste de sa première
- grandeur, et dont il trafiquoit avec tous les souverains,
- combattant tour à tour pour les partis les plus opposés;
- suivant qu'il étoit plus ou moins payé.]
-
- [Note 188: Ce maréchal est le même qui, servant le parti des
- frondeurs pendant le siége de Paris, écrivoit à madame de
- Montbason ce billet fameux: _Péronne est à la belle des
- belles_. Par un retour qui n'est que trop commun dans cette
- guerre singulière, il montroit alors à la cour le plus
- entier dévouement; et dans cette circonstance, il poussa la
- flatterie envers Mazarin jusqu'à faire prendre à ses troupes
- l'écharpe verte, qui étoit la livrée de ce ministre. Chaque
- chef avoit alors ses couleurs et sa livrée: les troupes de
- Condé portoient l'isabelle; celles de Gaston le bleu; celles
- d'Espagne, qui vinrent après, le rouge; les royalistes
- portoient l'écharpe blanche.]
-
-La nouvelle inattendue de ce retour fut un coup de foudre pour Gondi:
-c'est alors qu'il reconnut la faute irréparable qu'il avoit faite de
-laisser la régente sortir de Paris; cette faute, ainsi qu'il le dit
-lui-même avec une confusion profonde, étoit _des plus lourdes,
-palpable, impardonnable_; elle changeoit toute la face des affaires;
-et le seul parti qui lui restoit à prendre étoit d'en atténuer autant
-que possible les effets. Vainement donc la régente fit mille
-tentatives pour obtenir de lui, au sujet de ce retour projeté du
-cardinal, un consentement d'où dépendoit entièrement celui de Gaston;
-il ne voulut rien écouter. Il exhala son dépit en reproches et en
-menaces, et remplissant l'âme de Gaston de toute l'ardeur dont il
-étoit lui-même enflammé, il l'entraîna sur-le-champ au parlement, où
-recommencèrent aussitôt et avec une fureur nouvelle toutes les scènes
-que la haine contre ce ministre, l'intérêt, la crainte, toutes les
-passions y avoient si souvent et depuis si long-temps excitées.
-Plusieurs séances très-orageuses se succédèrent en peu de jours et se
-terminèrent par un arrêt terrible contre Mazarin, dans lequel on
-défendoit aux commandants de place, aux maires et échevins des villes,
-de lui livrer passage, où l'on ordonnoit des députations au roi, pour
-lui présenter ce retour comme une calamité publique.
-
-La cour, prenant alors une marche nouvelle parce qu'en effet sa
-situation n'étoit plus la même, au lieu de chercher désormais à
-arrêter les excès du parlement, prit la résolution de l'abandonner à
-lui-même, persuadée avec raison que l'anarchie poussée au dernier
-période ne pouvoit manquer d'être favorable au retour de l'autorité.
-En conséquence de ces dispositions nouvelles, Molé, dont la fermeté ne
-pouvoit plus lui être utile, fut appelé auprès du roi, dans la crainte
-que, s'il restoit à Paris, le duc d'Orléans ne s'emparât des sceaux.
-Il partit, emmenant avec lui le surintendant et toute la chancellerie.
-Beaucoup de personnes de qualité suivirent son exemple, et quittèrent
-la capitale, comme un séjour désormais mal assuré. Bouillon et
-Turenne, que Gaston vouloit faire arrêter, se sauvèrent, par
-l'assistance même de Gondi[189]; Laigues et Noirmoutiers se rangèrent
-du côté de la cour; la duchesse de Chevreuse elle-même, détachée du
-coadjuteur par la jalousie que lui causoient ses liaisons avec la
-princesse Palatine, suivit le même parti. Ces départs successifs
-jetoient l'alarme dans Paris: Gaston l'augmentoit encore par la
-violence de ses procédés. Avant le départ du premier président, il
-avoit excité clandestinement une émeute de la plus vile populace,
-s'imaginant donner ainsi à la cour une preuve de l'horreur que les
-Parisiens avoient pour le ministre exilé; ces misérables avoient osé
-assiéger la maison de Molé, et l'intrépide magistrat les avoit
-dissipés par sa seule présence. À peine fut-il parti, que le duc,
-retournant au parlement, où les esprits aigris, irrités par le
-désordre des séances précédentes, étoient préparés à tous les excès, y
-annonça comme certain, ce qui jusqu'alors n'avoit été qu'un événement
-probable, le retour de Mazarin; et les dispositions de la cour
-tellement favorables à ce retour, qu'elle-même l'avoit ordonné. À ces
-mots, la faction poussa des cris de rage; les opinions les plus
-violentes, les plus désordonnées se succédèrent avec les mouvements
-les plus impétueux; et du sein de ce fracas de paroles sortit enfin
-cet arrêt fameux qui, déclarant de nouveau le cardinal criminel de
-lèse-majesté, perturbateur du repos public, proscrivoit sa tête et
-fixoit même le prix de cette proscription[190]. Des conseillers furent
-nommés pour aller sur la frontière armer les communes, et élever
-partout des obstacles à son passage; un autre arrêt, adressé à tous
-les parlements, les invita à prendre les mêmes mesures contre cet
-ennemi de l'état. Cependant, chose vraiment remarquable, au milieu de
-tant d'attentats contre le ministre, l'autorité royale commençoit à
-faire sentir son ascendant; un roi majeur imposoit à ces brouillons,
-qui jusque-là avoient suivi aveuglément l'impulsion de leurs chefs. Ce
-fut donc vainement que Gaston et Gondi, qui sentoient que des arrêts
-étoient bien peu de chose contre une armée, essayèrent d'entraîner le
-parlement à lever des contributions, et à soudoyer des troupes pour
-s'opposer efficacement à la rentrée du cardinal. Cette proposition fut
-rejetée d'une voix presque unanime, comme attentatoire à l'autorité du
-souverain. Ainsi on reconnoissoit cette autorité et on l'outrageoit
-tout à la fois, par une contradiction qui confondoit ceux mêmes qui se
-livroient à des démarches si inconsidérées[191].
-
- [Note 189: Le prélat avoit été chargé lui-même de les
- arrêter; mais, n'ayant pu se résoudre à trahir à ce point
- l'amitié, il les fit avertir secrètement de sa commission,
- et leur laissa le temps de sortir de Paris. Gaston, à qui il
- eut la confiance de l'avouer quelques jours après, ne lui en
- sut aucun mauvais gré.]
-
- [Note 190: Cette proscription fut calquée sur celle de
- l'amiral Coligni. L'histoire du président de Thou ayant
- appris qu'elle avoit été portée à la somme de 50,000 écus,
- la tête de Mazarin fut mise au même prix; et il fut ordonné
- qu'on prélèveroit cette somme sur la vente de sa
- bibliothèque. Toutefois le peuple sembla ne point partager
- ici la passion violente de ses magistrats. L'arrêt fut
- tourné en ridicule, et Marigni fit afficher dans Paris une
- répartition des 150,000 livres; tant pour qui couperoit le
- nez au cardinal, tant pour une oreille, tant pour un oeil,
- tant pour qui le feroit eunuque, etc.]
-
- [Note 191: Gondi reprochant un jour ces contradictions au
- procureur-général Talon: «Que voulez-vous, répondit
- celui-ci, nous ne savons plus ce que nous faisons; _nous
- sommes hors des grandes règles_.» Mot dont il ne sentoit pas
- lui-même toute la force: car il y avoit long-temps qu'on
- s'étoit mis en France hors des _grandes règles_ d'une
- société chrétienne; et le despotisme du règne qui venoit de
- finir, et l'anarchie qui signaloit les commencements du
- nouveau règne, étoient des conséquences de ce long
- égarement.]
-
-(1652.) Cependant Mazarin s'avançoit en France, protégé par son armée;
-et le maréchal d'Hocquincourt lui frayoit un passage, culbutant sans
-peine les foibles milices que les commissaires du parlement avoient
-rassemblées contre lui. Sur les avis qu'il recevoit de sa marche et de
-ses succès, le parlement continuoit à rendre des arrêts
-contradictoires; protestant hautement contre le retour du ministre,
-même après une déclaration du roi, qui faisoit connoître que ce retour
-étoit son ouvrage, refusant l'offre que lui faisoit Condé de ses
-services contre l'ennemi commun, éludant sans cesse les propositions
-de Gaston, qui ne cessoit de demander la création d'une force
-militaire imposante, et l'union avec les autres parlements. La
-conduite bizarre de cette compagnie jetoit le duc et Gondi dans un
-embarras inexprimable: le premier, plus jaloux que jamais des qualités
-brillantes de son illustre rival, eût préféré sans doute de continuer
-à flotter entre les partis; mais la nullité absolue à laquelle le
-réduisoient de tels arrêts ne lui montroit plus d'autre ressource que
-dans cette jonction avec Condé, pour laquelle il avoit une si grande
-répugnance: car de former lui-même une _tiers-parti_, de lever de son
-côté l'étendard de la révolte, l'idée seule l'en faisoit frémir, et
-toute l'éloquence de son favori, qui avoit formé le plan de ce
-tiers-parti[192], ne put jamais l'y déterminer.
-
- [Note 192: _Voy._ pag. 268.]
-
-Celui-ci étoit dans une position plus embarrassante encore, par ses
-engagements avec la cour, qui l'empêchoient d'entrer dans cette union
-déjà méditée entre le prince et le duc d'Orléans, par ses vues
-secrètes d'ambition qui lui rendoient Mazarin odieux et son retour
-insupportable, par la difficulté qu'il trouvoit à empêcher entre les
-deux princes un rapprochement dont la nécessité devenoit pour Gaston
-de jour en jour plus évidente. Il étoit impossible sans doute qu'il
-se tirât complétement de ce labyrinthe inextricable où la force des
-événements l'avoit engagé; mais il fit du moins tout ce qu'il étoit
-possible de faire. Prévoyant que le premier soin de Mazarin, à son
-retour, seroit d'empêcher sa promotion au cardinalat, il intrigua à la
-cour de Rome; et, profitant de l'aversion naturelle que le pontife
-avoit pour ce ministre, qu'il avoit connu dans sa jeunesse et dont il
-avoit su apprécier l'esprit intrigant et le caractère artificieux, il
-fit hâter sa nomination qui fut déclarée la veille même du jour où
-l'on reçut de la cour l'ordre qui la révoquoit. Ménageant toujours la
-reine pour ne pas se fermer toutes les voies au ministère, il
-remplissoit la promesse qu'il lui avoit faite de ne point s'unir
-lui-même avec Condé, et la forçoit en quelque sorte à ne pas trouver
-mauvais qu'il laissât Gaston suivre ce parti, le seul en effet qu'il
-lui fût possible de prendre. Enfin, quoique sa nouvelle dignité, dont
-la source étoit inconnue au plus grand nombre, offrît mille moyens à
-ses ennemis de calomnier ses intentions, de le présenter comme vendu à
-la cour et à Mazarin, il conserva la faveur du duc, parce que celui-ci
-connoissoit tout le mystère de cette conduite, vraiment inexplicable
-aux yeux du public. Pour jouer plus sûrement tant de rôles différents,
-Retz, (c'est ainsi que nous nommerons désormais le nouveau cardinal)
-affecta, dès ce moment, de n'en plus jouer aucun. Sa haute dignité ne
-lui permettoit plus de paroître aux séances du parlement[193]: il
-saisit avec joie une si favorable occasion de s'absenter entièrement
-de ces assemblées, qui, comme il le dit lui-même, «n'étoient plus que
-des cohues non-seulement ennuyeuses, mais insupportables.» Il courut
-pour la seconde fois se renfermer à l'archevêché; et, dans cette
-retraite, commandée par la plus subtile politique, conseiller secret
-de Gaston, qu'il dirigeoit dans ses nouveaux rapports même en évitant
-de les partager, il attendoit ainsi, et en quelque sorte sans danger,
-le moment où il pourroit reparoître sur la scène, libre d'y jouer
-alors le personnage qui lui sembleroit le plus convenable à ses
-intérêts.
-
- [Note 193: Le cérémonial romain défendoit aux cardinaux de
- se trouver à aucune cérémonie publique jusqu'à ce qu'ils
- eussent _reçu le bonnet_; d'ailleurs cette dignité ne
- donnant aucun rang dans le parlement que lorsqu'on y suivoit
- le roi, Retz n'auroit pu y siéger qu'en qualité de
- coadjuteur, et n'y avoit place qu'au-dessous des ducs et
- pairs, ce qui n'étoit pas compatible avec les prétentions
- des membres du sacré collége.]
-
-Turenne, Mazarin et les deux princes, vont maintenant occuper sur
-cette scène les premiers rangs. L'arrivée du ministre à Poitiers, où
-résidoit alors la cour, avoit fait disparoître aussitôt tous ses
-concurrents. L'ambitieux Châteauneuf s'étoit vu forcé de se retirer
-pour aller mourir dans l'exil; et le prince Thomas étoit retombé dans
-la nullité la plus absolue. Mazarin, soit qu'il possédât au suprême
-degré l'heureux don de captiver les esprits, soit que, suivant la
-belle expression de Bossuet, il fût «devenu nécessaire, non-seulement
-par l'importance de ses services, mais encore par des malheurs _où
-l'autorité souveraine étoit engagée_,» avoit eu l'art de se rendre
-aussi agréable au jeune roi qu'il l'avoit jamais été à sa mère, et
-dirigeoit ainsi les affaires avec une puissance plus absolue peut-être
-qu'auparavant. Gaston, qui venoit enfin de se déclarer ouvertement
-pour Condé, avoit formé une petite armée, destinée, sous les ordres de
-Beaufort, à agir de concert avec les troupes espagnoles et françoises
-que Nemours amenoit de Flandre pour le service du prince[194].
-Celui-ci entra en France sans éprouver la moindre résistance, parce
-que les troupes du roi étoient divisées; et, s'avançant jusqu'à
-Mantes, son dessein étoit de prendre le chemin de la Guienne, afin de
-renfermer la cour entre ses troupes et celles avec lesquelles
-manoeuvroit Condé. Mais la régente ne lui en laissa pas le temps: elle
-avoit maintenant d'aussi fortes raisons pour revenir à Paris et y
-combattre l'ascendant d'une faction qui menaçoit d'entraîner tout le
-royaume, qu'elle en avoit eu pour le quitter avant l'arrivée du
-cardinal; et, laissant assez de troupes au comte d'Harcourt pour tenir
-Condé en échec dans la Guienne et l'empêcher d'en sortir, elle revint
-côtoyant la Loire, protégée par une armée inférieure en forces à celle
-de Nemours, et dont le commandement fut partagé entre Turenne et le
-maréchal d'Hocquincourt. Cette armée, après avoir repris, presque sans
-coup férir, la ville d'Angers, que le duc de Rohan avoit soulevée un
-moment en faveur du prince, s'avança jusqu'à Blois et sembla menacer
-Orléans. Cette ville étoit le chef-lieu de l'apanage de Gaston.
-Devoit-il en fermer les portes aux troupes du roi? C'étoit là une
-action hardie dont, en sa qualité de prince, les suites
-l'effrayoient[195]; et c'en étoit assez pour le faire retomber dans
-ses anciennes perplexités. Enfin il se décida à y envoyer
-_Mademoiselle_, sa fille aînée, pour y soutenir ses partisans contre
-ceux de la cour: elle partit, la tête exaltée sur la mission dont elle
-étoit chargée[196], et entra à Orléans par une brèche que lui
-ouvrirent quelques habitants, les autorités locales ayant refusé de la
-recevoir. La possession d'Orléans ouvroit à l'armée des frondeurs les
-provinces d'outre-Loire, et l'armée royale étoit encore trop foible
-pour s'opposer à leurs progrès; mais la mésintelligence des chefs
-l'empêcha de profiter de cet avantage, et sauva ainsi la cour d'un
-très-grand danger, Nemours voulant absolument que les deux armées
-réunies se rapprochassent de Condé pour lui porter secours, Beaufort,
-d'après les ordres secrets de Gaston et de Retz, refusant de passer
-la Loire et d'abandonner ainsi Paris aux entreprises de l'armée
-royaliste[197]. Des chefs la discorde passa aux officiers, de ceux-ci
-aux soldats, à un tel point que plus d'une fois les troupes des deux
-princes furent sur le point de se charger; et, profitant de ces
-divisions, l'armée du roi remontoit la Loire, mettant toujours cette
-rivière entre elle et l'armée des frondeurs.
-
- [Note 194: Lorsque cette armée, composée d'environ 12000
- hommes, entra en France, il s'éleva un cri dans le parlement
- contre une alliance aussi manifeste avec les ennemis de
- l'état. Gaston soutint en pleine assemblée que ces troupes
- étoient allemandes et non espagnoles, et qu'elles étoient à
- sa solde: «Je voulus, dit Gondi, lui faire honte d'une
- manière de parler si contraire aux vérités les plus connues.
- Il répondit en se moquant de moi: Le monde veut être
- trompé.»]
-
- [Note 195: On lui représentoit qu'après tout ce qu'il avoit
- fait, après avoir traité avec Condé et avec les ennemis de
- l'état, outragé la reine et son ministre, il n'y avoit plus
- à délibérer. «Nous autres princes, disoit-il à Gondi, nous
- comptons les paroles pour rien; mais nous n'oublions jamais
- les actions. La reine ne se souviendroit pas demain à midi
- de toutes mes déclamations contre le cardinal, si je voulois
- le souffrir demain matin; mais si mes troupes tirent un coup
- de mousquet, elle ne me le pardonnera jamais.»]
-
- [Note 196: On lui avoit persuadé que, si elle rendoit
- quelque service important au prince de Condé, jamais il ne
- feroit la paix, qu'il n'y mît pour condition son mariage
- avec le roi. Elle partit de Paris habillée en amazone, et
- accompagnée de mesdames de Fiesque et de Fronténac, qu'on
- appeloit ses _maréchales-de-camp_. Son père, qui connoissoit
- le tour romanesque de son esprit, dit en la voyant partir:
- «Cette chevalière seroit bien ridicule, si le bon sens de
- mesdames de Fiesque et de Fronténac ne la soutenoit.»]
-
- [Note 197: «Un prétendu démenti, que M. de Beaufort
- prétendit, assez légèrement, avoir reçu, produisit, dit le
- coadjuteur, un prétendu soufflet que M. de Nemours ne reçut
- aussi, au dire de bien des gens, qu'en imagination. C'étoit
- au moins, ajoute-t-il, un de ces soufflets problématiques,
- dont il est parlé dans les petites lettres de Port-Royal.»
- Celui-ci fondit sur l'autre l'épée à la main, et l'on eut
- beaucoup de peine à les séparer. Toutefois les excuses et
- les larmes de Beaufort parurent l'apaiser; mais il garda de
- cette aventure un ressentiment profond, qui éclata peu de
- temps après, comme nous aurons bientôt occasion de le dire.]
-
-Pendant que toutes ces choses se passoient, la situation de Condé dans
-la Guienne devenoit de jour en jour plus mauvaise. C'étoit vainement
-que son audace et son génie luttoient, avec de misérables recrues,
-contre l'excellente armée du comte d'Harcourt: ses prodiges de valeur
-et de conduite ne faisoient que reculer une ruine qui sembloit
-inévitable; et, se voyant sans ressource de ce côté par la foiblesse
-extrême à laquelle il étoit réduit, il prévoyoit également de l'autre
-une perte assurée, s'il ne trouvoit un moyen d'étouffer des discordes
-dont l'effet eût été de détruire une armée, désormais son unique
-espérance. Sa présence pouvoit seule rétablir l'ordre: il se décide à
-partir; et, laissant le prince de Conti et la duchesse de Longueville
-se disputer entre eux, et fomenter dans Bordeaux d'obscures cabales,
-il traverse une grande partie de la France, déguisé, au travers d'une
-foule de dangers dont le récit a un air presque romanesque, et arrive
-inopinément aux avant-postes de son armée, lorsque la mésintelligence
-entre Beaufort et Nemours étoit parvenue au dernier degré. À son
-aspect, le courage du soldat est ranimé: Montargis, dont le siége
-avoit été décidé, puis abandonné, ouvre ses portes à la première
-sommation. Maître de cette ville, Condé forme le projet de surprendre
-l'armée royale, dont les deux chefs s'étoient séparés à cause de la
-disette des fourrages. Il marche pendant une nuit obscure sur une
-partie de cette armée cantonnée près de Bléneau, et commandée par le
-maréchal d'Hocquincourt, tombe sur ses quartiers, trop éloignés les
-uns des autres, les enlève presque sans résistance, jette le désordre
-et l'épouvante parmi ses troupes, et, sur le point de remporter une
-victoire complète, se la voit arracher par Turenne, dont les belles
-manoeuvres sauvent l'armée royale et la cour, qu'il avoit déjà
-sauvées à l'attaque du pont de Gergeau[198]. Cependant ce succès,
-quoique imparfait, jette un si grand éclat sur les armes de Condé,
-qu'il croit pouvoir quitter sans danger le commandement de ses
-troupes[199] et se rendre à Paris, où les avis secrets de Chavigni le
-pressoient de venir pour déjouer, disoit-il, les intrigues de Retz,
-dont l'ascendant sur Gaston devenoit de jour en jour plus dangereux,
-et tendoit à le mettre entièrement hors de sa dépendance. Il est
-certain que ni le duc ni son confident ne se soucioient de le voir
-dans la capitale; qu'ils prirent, pour l'empêcher d'y arriver[200],
-des mesures que Gaston n'eut pas ensuite le courage de soutenir; et
-que, sans le bruit de ses exploits, qui l'avoit précédé, le prince
-n'eût peut-être pas trouvé les portes ouvertes pour le recevoir.
-
- [Note 198: Cette attaque du pont de Gergeau avoit eu lieu
- pendant la marche de l'armée royale au-dessus d'Orléans;
- Turenne soutint, lui seizième, tout l'effort de quatre
- bataillons du régiment de l'Altesse, tandis que ses
- travailleurs élevoient derrière lui une barricade. Beaufort,
- qui commandoit cette attaque à l'insu de Nemours, et qui y
- fit marcher toute son armée, fut forcé de se retirer avec
- une très-grande perte. De là l'explication entre les deux
- beaux-frères, qui eut des suites si outrageantes et depuis
- si funestes.]
-
- [Note 199: Il les laissa sous les ordres de Tavannes, Valon
- et Clinchamp; mais, quels que fussent les talents de ces
- officiers, ils ne pouvoient le remplacer que bien
- imparfaitement, et ce fut une faute très-grande d'avoir
- quitté son armée dans des circonstances qui pouvoient lui
- devenir si favorables.]
-
- [Note 200: Ils sollicitèrent une assemblée de
- l'hôtel-de-ville, qui députa ensuite vers Gaston, pour lui
- dire «qu'il paroissoit contre l'ordre que M. le prince
- entrât dans la ville avant de s'être justifié sur la
- déclaration enregistrée contre lui au parlement.» Gaston
- répondit dans le sens de la députation, et rétracta sa
- réponse, lorsqu'il eut vu les mouvements de la populace
- ameutée par Chavigni.]
-
-Il y entra au milieu des applaudissements de la populace, que Chavigni
-avoit su émouvoir en sa faveur, mais avec l'improbation unanime de
-tous les corps de Paris, qui ne pouvoient voir, sans en être indignés,
-cet air de triomphe dans un sujet qui venoit de tailler en pièces une
-partie de l'armée de son roi. Quoique Gaston eût avec lui toutes les
-apparences d'une intelligence parfaite, et affectât même de
-l'accompagner partout, le prince fut froidement reçu au parlement, à
-la chambre des comptes, à la cour des aides; partout on lui reprocha,
-du moins indirectement, l'état de rébellion dans lequel il sembloit
-persister contre l'autorité légitime, et il ne put obtenir des
-chambres assemblées que des arrêts nouveaux contre Mazarin:
-l'autorisation qu'il demandoit de lever des troupes et de l'argent lui
-fut refusée. Une assemblée de l'hôtel-de-ville, où il espéroit
-dominer, ne lui fut guère plus favorable; et, sur l'invitation qu'il
-lui fit d'écrire aux principales villes du royaume pour former une
-_union_ avec la capitale, il fut seulement arrêté qu'il seroit fait
-une députation au roi pour le supplier de donner la paix à son peuple.
-
-La cour eût pu tirer un grand parti de cette disposition des esprits,
-si elle ne se fût trop hâtée de manifester la ferme résolution de
-maintenir le cardinal contre la haine publique, qui ne cessoit de le
-poursuivre; mais une déclaration du roi envoyée sur ces entrefaites au
-parlement, par laquelle il étoit sursis à tous les arrêts rendus
-contre son ministre, et que la compagnie avoit ordre d'enregistrer
-sur-le-champ, ramena, presque malgré eux, vers le prince un grand
-nombre de ceux que le devoir commençoit à en éloigner. Les membres du
-parlement, même les plus vertueux, dominés par l'esprit de corps, ne
-vouloient pas que Mazarin pût se relever sur les débris de leurs
-arrêts. L'exemple de cette grande corporation entraîna toutes les
-autres; Condé entendit un cri unanime s'élever contre ce nom abhorré;
-et les Parisiens oublièrent un moment le rebelle pour ne voir en lui
-que l'ennemi du cardinal. Toutefois, malgré cette espèce de succès, il
-étoit loin encore de dominer dans Paris. Les honnêtes gens, las de la
-guerre civile, le voyoient avec d'autant plus de peine, que ses
-partisans essayoient de l'y faire régner par la terreur, excitant à
-toutes sortes de désordres cette populace qu'ils avoient soulevée.
-Retz aigrissoit encore ce mécontentement par toutes les intrigues qui
-lui étoient familières. Ainsi Condé, placé au milieu de tant
-d'intérêts divers, dont aucun ne s'accordoit entièrement avec les
-siens, ne se soutenoit réellement dans la capitale que par la haine
-que l'on portoit à Mazarin. Toutefois ses égards et ses déférences lui
-gagnèrent entièrement Gaston, qui lia enfin sa fortune à la sienne,
-sans renoncer toutefois à écouter les conseils du coadjuteur.
-
-Pendant ce temps, l'armée royaliste se rapprochoit de Paris en
-exécutant divers mouvements, dont le but étoit de rompre les
-communications de Condé avec l'armée des confédérés. Celle-ci, chassée
-de Montargis par la disette des fourrages, alla se renfermer dans
-Étampes. Ce fut alors que Turenne, chargé seul du commandement des
-troupes royales, dont l'existence avoit été de nouveau compromise par
-les imprudences de d'Hocquincourt, fit faire à l'armée royale un
-mouvement qui la plaça entre Paris et l'armée rebelle, et déploya
-cette belle suite de manoeuvres qui accrurent encore sa réputation
-militaire, et le montrèrent à l'Europe comme un digne rival de Condé.
-Tandis qu'il assiégeoit Étampes, vaillamment défendue par Tavannes, et
-qu'il poursuivoit ce siége au milieu des contrariétés de toute espèce
-que lui suscitoit la misère profonde des peuples et de la cour[201],
-le duc de Lorraine, cet illustre aventurier dont nous avons déjà
-parlé, entra en France avec son armée vagabonde; et, laissant partout
-des traces horribles de son passage, vint camper auprès de Dammartin,
-à sept lieues de Paris. Déjà vendu à Mazarin, il feignit de passer
-tout à coup dans le parti des princes, qui allèrent au-devant de lui,
-le comblèrent de caresses, et le reçurent dans Paris même avec les
-plus grands honneurs. Le peuple imbécile, dont il venoit de dévaster
-les campagnes, l'applaudit à son entrée, en même temps que le
-parlement refusoit de le recevoir dans son sein, le traitant
-publiquement d'ennemi de l'État. Mais, également insensible aux
-honneurs et aux outrages, uniquement avide d'argent, il continua dans
-Paris même de négocier avec la cour, et, après s'être fait chèrement
-payer par elle sa retraite, se fit payer encore par les princes pour
-rester, se conduisant, dit Talon[202], «comme un bandit qui n'a ni
-foi ni loi, ni probité quelconque.» Turenne, que le traité conclu avec
-lui avoit déterminé à lever le siége d'Étampes, et dont sa trahison
-dérangeoit tous les plans, se conduisit avec tant de sang-froid et
-d'habileté dans cette circonstance périlleuse qui devoit perdre un
-général ordinaire, qu'au lieu de se trouver enfermé entre les deux
-armées ennemies, comme on en avoit formé projet, il vint lui-même
-assiéger le camp de l'étranger, et le força à se retirer en Flandre,
-suivant ses premiers engagements. On ne peut exprimer la fureur des
-princes et des Parisiens à cette fatale nouvelle: Condé surtout étoit
-consterné; il savoit trop la guerre pour ne pas avoir déjà reconnu
-que, dans la circonstance où il se trouvoit, elle ne pouvoit lui
-offrir aucune chance favorable sans un tel auxiliaire, et cette
-retraite sembloit anéantir toutes ses espérances.
-
- [Note 201: Les campagnes, ravagées par les soldats,
- n'offroient, dans tous les lieux où avoient passé les
- armées, que le spectacle d'une entière destruction. La
- cessation absolue du paiement des impôts avoit réduit la
- cour elle-même à une indigence qui semble à peine croyable,
- et souvent le roi manquoit des choses les plus nécessaires à
- la vie. Les troupes étoient dénuées de tout, et ne vivoient
- que de pillage; les blessés mouroient souvent faute de soins
- et de nourriture.]
-
- [Note 202: Il ne semble pas que, dans l'invasion de ses
- états, on se fût conduit envers lui avec plus de justice et
- de probité. Dans un système de politique extérieure commencé
- par Richelieu et continué par son élève Mazarin, on n'avoit
- pas le droit de reprocher à qui que ce fût de _n'avoir ni
- foi ni loi_.]
-
-Du reste les négociations ne lui réussissoient pas plus que les armes.
-Mazarin avoit su l'y engager depuis quelque temps par les conseils de
-Chavigni, qui sans doute étoit dès-lors livré à la cour et au
-ministre; et, consommé comme il l'étoit dans l'art de séduire et de
-tromper, on peut juger quel parti le cardinal sut tirer de ces
-négociations pour amuser et diviser les partis. Il est peu de
-spectacle plus curieux que le manége dont la cour fut alors le
-théâtre. Dès que Condé eut commencé à négocier, Gaston envoya aussitôt
-des négociateurs. Le parlement, de son côté, arrêta des remontrances;
-et tous d'accord sur un seul point, l'expulsion de Mazarin et
-l'éloignement des troupes royales, se présentoient sur tous les autres
-avec des intérêts entièrement opposés. Ce n'étoit des deux côtés
-qu'entrevues, conférences, demandes, promesses, manoeuvres de toute
-espèce, dans lesquelles on se jouoit mutuellement; où souvent les
-négociateurs eux-mêmes traitoient contre les intérêts de ceux qui les
-avoient envoyés. Condé se présentoit avec des prétentions
-exorbitantes: Mazarin, sans les rejeter positivement, avoit grand soin
-de leur donner de la publicité pour les faire traverser par Retz et
-Gaston; sur les remontrances adressées par le parlement, le roi
-l'invitoit à lui faire une députation solennelle pour traiter de la
-paix concurremment avec les princes; et les princes, effrayés d'une
-démarche qui, de même qu'au siége de Paris, pouvoit rendre cette
-compagnie maîtresse des conditions du traité, traversoient, autant
-qu'il étoit en eux, les rapports qu'elle prétendoit se créer avec la
-cour. Les partisans de la guerre les aidoient dans cette manoeuvre:
-Beaufort soulevoit la populace; les magistrats, qui n'avoient plus un
-Molé à leur tête, poursuivis, maltraités à la sortie de leurs séances,
-de jour en jour plus orageuses, n'osoient plus s'assembler; une
-anarchie complète régnoit dans Paris; et cependant la cour, moins
-traitable que jamais depuis l'éloignement du duc de Lorraine, tandis
-qu'elle embarrassoit tous les partis dans des piéges si adroitement
-tendus, profitoit du temps précieux qu'elle leur faisoit perdre pour
-concentrer toutes les forces dont elle pouvoit disposer, préparer des
-opérations militaires plus décisives, et finir la guerre d'un seul
-coup.
-
-Quoique Condé eût donné au parlement une parole solennelle de tenir
-ses troupes toujours à dix lieues de la capitale, cependant, sous
-prétexte que la cour, après avoir pris le même engagement, ne l'avoit
-pas rempli, il ne s'étoit fait aucun scrupule de violer sa promesse en
-s'emparant de Charenton, du pont de Neuilly et de Saint-Cloud. Après
-la retraite du duc de Lorraine, ce prince avoit rassemblé le gros de
-son armée dans ce dernier village, étendant son camp jusqu'à Surène,
-tandis que Turenne, renforcé par un corps de troupes considérable que
-le maréchal de La Ferté lui avoit amené de la Lorraine, étoit venu
-occuper Chevrette, à une lieue de Saint-Denis, de manière que la
-rivière seule séparoit les deux armées. Avec des forces si supérieures
-à celles de Condé, il jugea qu'il lui seroit facile de l'anéantir s'il
-pouvoit le placer entre l'armée royale et les murs de Paris, parce que
-les intelligences que la cour avoit su se procurer dans cette ville où
-le désordre étoit à son comble[203], lui donnoient l'assurance que
-jamais les portes ne s'en ouvriroient pour frayer un passage à l'armée
-rebelle. Pour exécuter ce grand dessein, Turenne avoit fait construire
-un pont de bateaux à Épinay; et le succès en eût été immanquable, si
-le coup d'oeil perçant de Condé n'eût saisi d'abord tout son plan et
-reconnu le danger extrême où il alloit se trouver: car une armée
-double de la sienne, se partageant en deux, pouvoit tout à la fois
-venir d'un côté l'attaquer dans son camp, et de l'autre le tenir en
-échec au pont de Saint-Cloud, ce qui auroit rendu sa défaite
-inévitable. Il prit donc sur-le-champ la résolution de sortir d'une
-situation aussi périlleuse, de gagner Charenton avec sept à huit mille
-hommes qui lui restoient, et de s'y poster sur cette langue de terre
-qui fait la jonction de la Seine avec la Marne. Deux chemins y
-conduisoient: l'un, plus long et plus sûr, c'étoit de traverser Meudon
-et la plaine de Grenelle, de longer les faubourgs Saint-Germain et
-Saint-Marcel, pour passer ensuite la Seine à l'endroit où est
-l'hôpital général. Mais il auroit fallu faire remonter par Paris un
-pont de bateaux; et il étoit incertain que les bourgeois voulussent le
-permettre; alors Condé se seroit vu forcé de se replier sur le
-faubourg Saint-Germain, et il ne devenoit pas impossible qu'un combat
-ne s'y engageât avec les troupes royalistes sous les fenêtres mêmes du
-Luxembourg, et que Gaston, foudroyé par l'artillerie du roi dans son
-propre palais, ne se décidât brusquement à faire sa paix avec la cour.
-L'autre chemin, plus court, en passant à travers le bois de Boulogne
-et en défilant presque à la vue de l'ennemi, le long des faubourgs
-Saint-Honoré, Saint-Denis, Saint-Martin, étoit aussi plus dangereux.
-Ce fut ce dernier que Condé se vit forcé de suivre. Il leva son camp
-au milieu de la nuit, espérant, par l'activité de ses mouvements,
-prévenir ceux de l'ennemi; mais il avoit en tête un général qui, de
-même que lui, ne se laissoit pas facilement surprendre. Turenne,
-instruit de sa marche au moment même où son armée commençoit à
-s'ébranler, détache aussitôt quelques escadrons pour le harceler dans
-sa retraite, et ces troupes légères sont bientôt suivies de toute
-l'armée royale. Des hauteurs de Montfaucon, où Condé, dès le point du
-jour, avoit su entraîner Gaston qui paroissoit alors disposé à faire
-un grand effort en sa faveur, les deux princes virent les troupes
-confédérées s'étendant depuis Charenton, où l'avant-garde étoit déjà
-arrivée, jusqu'au faubourg Saint-Denis. De ce côté l'arrière-garde,
-plusieurs fois chargée et rompue par les escadrons royalistes, se
-rallioit avec peine, s'efforçant de gagner le faubourg Saint-Antoine,
-tandis que l'armée royale s'avançoit, développant ses rangs et se
-mettant en bataille dans la plaine située entre Saint-Denis et Paris.
-À cette vue Gaston, tremblant, court se renfermer dans son palais; et
-Condé, bien convaincu que la retraite est maintenant tout-à-fait
-impossible, fait replier son avant-garde sur le corps de bataille qui
-n'étoit pas encore sorti du premier des deux faubourgs, s'empare des
-barrières et de quelques foibles retranchements élevés peu de temps
-auparavant par les Parisiens[204], place son canon et ses troupes à
-l'entrée des trois principales rues[205], et attend ainsi de pied
-ferme l'effort de l'ennemi. Turenne, dont l'artillerie n'étoit point
-encore arrivée, balance d'abord à l'attaquer, et s'y détermine enfin
-sur l'ordre exprès qu'il en reçoit de Mazarin[206]. Tavannes,
-Clinchamp, Valon, Nemours sont opposés à Navailles, à Saint-Maigrin, à
-Turenne lui-même; Condé est partout. Tandis que des deux côtés on se
-prépare au combat, la reine, à genoux dans l'église des Carmélites de
-Saint-Denis, élève ses mains vers le Dieu des armées pour le succès de
-sa juste cause; le roi, suivi du cardinal et de toute sa cour, gagne
-les hauteurs de Charonne et de Menil-Montant, d'où ses regards
-embrassent tous les mouvements des deux armées; et les Parisiens,
-craignant également et royalistes et confédérés, ferment leurs portes
-et se rangent aussi comme spectateurs sur leurs murailles.
-
- [Note 203: La populace étoit pour Condé, mais la plupart des
- colonels de quartiers suivoient le parti de la cour; il y
- eut même, dit-on, un projet formé par Guénegaud, trésorier
- de l'épargne, pour livrer la porte du Temple à l'armée
- royale.]
-
- [Note 204: Pour se défendre du brigandage des Lorrains.]
-
- [Note 205: Les rues de Charonne, de Charenton et du faubourg
- Saint-Antoine.]
-
- [Note 206: Mazarin, le voyant ainsi balancer, craignit que
- cette incertitude ne fût le fruit de quelque intelligence
- secrète avec le prince, et lui envoya l'ordre exprès
- d'attaquer, «comme si, dit Turenne lui-même, il n'y avoit
- qu'à avancer pour défaire les ennemis.»]
-
-Ainsi commença ce fameux combat du faubourg Saint-Antoine, où, sur un
-espace très-resserré et avec un très-petit nombre de troupes, les deux
-généraux firent des prodiges d'habileté et de valeur, qui ajoutèrent
-encore un nouvel éclat à leur haute renommée. Condé surtout, attaqué
-par des forces supérieures dans une circonstance qui sembloit devoir
-être décisive, exalté par le péril extrême qu'il couroit, se surpassa
-lui-même, parut être au-dessus d'un mortel. Suivi d'un gros de
-gentilshommes et du régiment de l'Altesse, on le voyoit se porter dans
-tous les postes avec la rapidité de l'éclair, rétablir le combat,
-ramener la victoire. À chaque instant les barricades sont forcées, et,
-dès qu'il paroît, regagnées. Turenne lui-même, déjà parvenu jusqu'à
-l'abbaye Saint-Antoine, perd, à son aspect, tout le terrein dont il
-s'est emparé, et sa valeur tranquille est forcée de céder à ce
-bouillant courage. Des flots de sang coulent des deux côtés; mais les
-pertes de l'armée royale sont à l'instant réparées, et celles de Condé
-l'épuisent de moment en moment davantage. Ses plus braves officiers
-sont tués à ses côtés; l'ennemi étant parvenu à se loger dans les
-maisons qui bordent l'entrée du faubourg, ce n'est plus qu'au milieu
-d'un feu croisé et au travers d'une grêle de balles qu'il est possible
-d'arriver jusqu'aux barricades: les soldats refusent de braver une
-mort qui semble inévitable; leurs chefs qu'ils abandonnent s'y
-précipitent seuls, et sous ce feu meurtrier disputent à des bataillons
-entiers ces foibles retranchements[207]. C'est alors que la situation
-de l'armée confédérée devient à chaque instant plus critique. Gaston,
-tour à tour agité par la crainte et par la jalousie, n'ose sortir du
-Luxembourg ni prendre un parti; Retz, qui craint plus encore une
-victoire de Condé que sa défaite, reste tranquille à l'archevêché.
-C'est en vain que quelques amis du prince réunis autour du duc
-essaient de l'ébranler, il paroît inflexible. Cependant le danger
-étoit à son comble: sur tous les points où Condé ne paroissoit pas,
-ses troupes étoient repoussées, enfoncées; cet escadron redoutable qui
-l'avoit accompagné partout, qui avoit fait avec lui tant de prodiges
-de valeur, étoit presque entièrement détruit; le soldat, épuisé de
-fatigue, tomboit dans le découragement et molissoit dans sa
-résistance; les rues étoient encombrées de cadavres. Cependant les
-guichets de la porte Saint-Antoine ne s'ouvroient que pour laisser
-entrer les blessés; tout sembloit perdu, et la lassitude que cette
-résistance opiniâtre avoit aussi causée à l'ennemi retardoit seule de
-quelques instants cette perte assurée. Mademoiselle, dont la tête
-romanesque se monte à la vue des dangers que court un héros; que
-l'ambition et la vanité animent peut-être autant que cette noble
-pitié, vole au Luxembourg, se jette aux pieds de son père, emploie les
-larmes, les caresses, les plus ardentes supplications, parvient enfin
-à lui arracher l'ordre qui doit faire le salut du prince et de son
-armée, traverse Paris au milieu des flots d'un peuple que le spectacle
-déplorable de tant de morts et de mourants[208] commençoit à soulever,
-voit dans la Bastille même Condé qui paroît devant elle dans un
-affreux désordre et livré au plus grand désespoir, lui montre son
-ordre et fait à l'instant même ouvrir les portes. Le héros, rassuré,
-va préparer sa retraite, et l'effectue avec autant de sang-froid qu'il
-avoit montré d'ardeur dans la bataille, au moment même où Turenne,
-renforcé par le corps du maréchal La Ferté, se préparoit à le tourner
-et à l'enfermer entre son armée et les murailles de la ville. Les
-troupes du prince passent au milieu de Paris, gagnent les faubourgs
-Saint-Marceau et Saint-Victor, et, s'étendant le long de la rivière
-des Gobelins, mettent la Seine entre elles et l'armée royale.
-Cependant l'arrière-garde, qui faisoit ferme encore sur la rive
-droite, est inquiétée par la cavalerie ennemie: alors Mademoiselle
-fait pointer sur elle le canon de la Bastille; ses décharges réitérées
-jettent le désordre dans cette cavalerie, la forcent à regagner la
-campagne, et les derniers débris de l'armée du prince doivent leur
-salut à cette action violente et audacieuse[209].
-
- [Note 207: Le duc de Nemours y reçut treize coups de feu
- dans ses armes, et La Rochefoucauld un coup au-dessus des
- yeux, qui lui fit perdre la vue pendant quelque temps.]
-
- [Note 208: Parmi les personnages de distinction qui furent
- tués, tant d'un côté que de l'autre, dans cette sanglante
- affaire, on compte Saint-Maigrin, Mancini, neveu du
- cardinal, Flamarens, La Roche-Griffard; les comtes de
- Castries et de Bossut, Tauresse, du nom de Montmorenci, etc.
- Guitaut, Jarsay, Valon, Clinchamp, Coigny, Melun, de Foix et
- une foule d'autres furent blessés.]
-
- [Note 209: À la dernière volée, le cardinal, faisant
- allusion à la passion démesurée qu'avoit la princesse
- d'épouser le roi, dit en riant: «Voilà un boulet de canon
- qui vient de tuer son mari.» Le président Hénault a raison
- de dire que, pour hasarder cette action plus que hardie,
- elle avoit obtenu un ordre de Gaston, conservé dans la
- bibliothèque du roi; mais il faut avouer en même temps
- qu'elle avoit sollicité cet ordre, et qu'elle contribua plus
- que personne à le faire exécuter.]
-
-La cour avoit compté sur une victoire plus complète, et la gloire du
-vaincu effaçoit presque celle du vainqueur[210]. Cependant Condé,
-qu'une action si brillante rendoit plus cher à ses partisans, et
-faisoit admirer de ceux même qui ne l'aimoient pas, voulut profiter de
-l'éclat qu'elle jetoit sur lui pour tenter un coup hardi qui le rendît
-maître absolu de Paris, où son autorité continuoit d'être foible et
-précaire, espérant se procurer ainsi une paix plus avantageuse, ou de
-nouveaux moyens de continuer la guerre. Il ne s'agissoit pas moins que
-de s'emparer des suffrages dans la prochaine assemblée de
-l'Hôtel-de-Ville, d'y faire déposer le gouverneur de Paris, le prévôt
-des marchands et la plupart des échevins qui lui étoient contraires,
-pour les remplacer par Beaufort, Broussel et autres gens à sa
-dévotion. Le duc d'Orléans, qu'il avoit su entraîner dans ce projet,
-devoit être nommé lieutenant-général du royaume; il recevoit, lui, le
-titre de généralissime des armées, et la ville signoit un traité avec
-les princes. Ce plan étoit hardi; mais, pour en rendre le succès
-immanquable, Condé méditoit le projet plus hardi encore, mais plus
-difficile, de faire sortir de Paris ce Retz dont le génie continuoit
-d'obséder Gaston et luttoit sans cesse contre le sien. C'étoit le
-matin même du jour désigné pour l'assemblée, et au moyen d'une émeute
-populaire secrètement préparée par ses nombreux agents, que devoit
-être frappé ce coup décisif. Le cardinal, saisi dans l'archevêché,
-d'où il affectoit toujours de ne point sortir, eût été conduit hors de
-la ville, avec défense d'y rentrer sous peine de la vie; Condé
-entraînoit ensuite à l'Hôtel-de-Ville Gaston abattu et tremblant, et,
-dans le premier trouble où cette violence eût jeté les esprits, il
-auroit pu en effet tout demander et tout obtenir. Cette manoeuvre, si
-bien concertée, manqua par les moyens mêmes qui devoient la faire
-réussir. Les émissaires du prince, mêlés à la populace qu'ils avoient
-rassemblée dès la pointe du jour sur le Pont-Neuf et dans la place
-Dauphine, avoient imaginé, pour se reconnoître, de mettre des bouquets
-de paille à leurs chapeaux. Ce signe est remarqué et devient dans un
-moment celui de tous les factieux. Ils forcent tous ceux qu'ils
-rencontrent à l'arborer sans distinction de rang, de sexe, ni d'âge.
-Les esprits s'échauffent par cette manie même, la sédition s'accroît
-et semble s'étendre sur la ville entière. Gaston, qui en ignore
-l'auteur, s'imagine qu'elle est préparée contre Condé lui-même, et,
-malgré tous les efforts que celui-ci fait pour lui échapper, le
-retient au Luxembourg jusqu'à l'heure de l'assemblée. Ils s'y rendent;
-mais la première partie du projet manqué fait avorter l'autre. Ils
-trouvent à l'Hôtel-de-Ville une résistance qu'ils n'attendoient pas;
-on n'y parle que d'obéissance au roi, dont on vient de recevoir une
-lettre[211], et les princes eux-mêmes sont interpellés par le
-maréchal de l'Hôpital, gouverneur de la ville, pour savoir s'ils ne
-sont pas également disposés à obéir. Ils sortent outrés de dépit, et
-traversant la place de Grève, où malheureusement cette populace
-ameutée et toujours guidée par les mêmes chefs les avoit suivis sans
-dessein, il leur échappe de dire assez haut pour être entendus que
-l'_Hôtel-de-Ville est rempli de Mazarins_. Cette parole imprudente,
-recueillie, commentée, vole dans un moment de bouche en bouche. Les
-émissaires de Condé croient y reconnoître le signal qu'ils attendoient
-depuis si long-temps, et dirigent aussitôt la fureur du peuple contre
-ses magistrats. La place retentit du cri d'_union_ plusieurs fois
-répété; et ces clameurs sont suivies de plusieurs coups de fusils
-tirés par les plus furieux dans les vitres de la salle d'assemblée;
-les archers qui gardoient les portes ont l'imprudence d'y répondre par
-une décharge dont plusieurs mutins sont tués ou blessés. C'est le
-signal du plus horrible désordre: ces portes, que l'on a fermées, sont
-dans un moment ou enfoncées ou livrées aux flammes; la foule s'y
-précipite, et alors commence une scène de désolation, où l'on ne voit
-plus que des victimes et des bourreaux. On égorge dans les salles de
-l'Hôtel-de-Ville; ceux qui peuvent en échapper sont massacrés sur la
-place; quelques-uns rachètent leur vie à prix d'argent; d'autres
-cherchent à gagner les toits, ou à se cacher dans les coins les plus
-obscurs. La soif du pillage, qui se mêle à celle du sang, en fait
-découvrir plusieurs, et cette découverte étend et prolonge le carnage.
-Nul moyen de porter du secours; les rues circonvoisines étoient
-barricadées et gardées par ces furieux. Déjà la flamme, après avoir
-dévoré une partie de l'Hôtel-de-Ville, s'étend jusqu'à l'église
-Saint-Jean-en-Grève, et menace tout le quartier. On n'entend que des
-cris de fureur ou de désespoir; et c'est dans ce moment seulement que
-les princes sont avertis du désastre que leur imprudence a causé.
-Gaston épouvanté veut y envoyer Condé; il refuse, et propose Beaufort,
-plus accoutumé que lui à apaiser la populace. Mademoiselle s'offre
-d'elle-même quelques moments après, et tous les deux, non sans quelque
-effroi pour eux-mêmes et de longues hésitations, parviennent, vers
-minuit, jusqu'au théâtre de cette horrible boucherie, qui étoit cessée
-lorsqu'ils y arrivèrent. Ils entrèrent dans l'Hôtel-de-Ville et mirent
-en sûreté ceux qui s'y étoient cachés. Leur dévouement trop tardif
-n'eut pas d'autre effet.
-
- [Note 210: Ses louanges retentissoient partout, et jusque
- dans le camp ennemi. «Ah! madame, dit Turenne à la reine,
- vous ne m'aviez envoyé que contre un prince de Condé, et
- j'en ai trouvé mille; je n'avois pas besoin de le chercher,
- je le trouvois toujours à ma rencontre.»]
-
- [Note 211: Dans cette lettre, le roi déclarant aux officiers
- municipaux qu'il étoit content de leur conduite, parce qu'il
- savoit que l'armée rebelle avoit été introduite dans Paris
- malgré eux (ce qui étoit vrai), les exhortoit à persévérer
- dans ces sentiments de fidélité, et à remettre l'assemblée à
- huitaine.]
-
-Il n'y a point de preuves certaines que Condé fût l'auteur de ce
-massacre; et quoique ce soit un préjugé fâcheux contre lui que
-l'indifférence avec laquelle il en reçut la nouvelle, et le refus
-qu'il fit d'aller arrêter le mal, son caractère, que l'on trouve
-toujours noble et généreux, même au milieu de ses plus grandes
-erreurs, semble repousser jusqu'au soupçon d'un crime où il y auroit
-eu autant de bassesse que d'atrocité. Il n'en est pas moins vrai qu'il
-en fut accusé, et que ce malheureux événement acheva de ruiner
-entièrement ses affaires: à l'admiration qu'avoient inspirée ses
-exploits succéda tout à coup l'horreur profonde que l'on éprouve pour
-les tyrans. Comme eux, Condé régna dans Paris, par la terreur. Les
-citoyens consternés, se renfermèrent chez eux; le parlement et
-l'Hôtel-de-Ville restèrent presque déserts; et au milieu d'un petit
-nombre de magistrats, ou vendus à son parti, ou subjugués par la
-crainte, le prince put impunément faire les changements qu'il avoit
-projetés. Beaufort fut gouverneur de Paris, Broussel, prévôt des
-marchands. Cependant la misère du peuple étoit à son comble[212]; une
-soldatesque effrénée ravageoit la campagne; et leurs chefs, pour la
-retenir dans une cause injuste, étoient forcés de fermer les yeux sur
-ses excès; la famine commençoit à se faire sentir dans la ville; tout
-enfin annonçoit une révolution prochaine, qui, pour être un peu
-retardée par l'effet de ces mesures tyranniques, n'en paroissoit pas
-moins inévitable.
-
- [Note 212: Le moindre pain valoit huit sous la livre; il n'y
- avoit plus ni police, ni frein, ni subordination. Enhardi
- par l'exemple des soldats qui pilloient les environs de la
- ville et qui vendoient publiquement leur butin, le peuple
- sembloit épier l'occasion de commencer un pillage dans Paris
- même; ceux qui auroient pu le contenir, bons bourgeois ou
- magistrats, se cachoient ou trouvoient le moyen de
- s'échapper, malgré les gardes que l'on avoit mis aux portes
- pour empêcher de sortir de la ville.]
-
-En effet Paris, depuis cette époque jusqu'à la fin de ces malheureux
-troubles, présente l'image de la plus horrible confusion. Retz,
-réveillé tout à coup par cette scène sanglante, de l'espèce de
-sécurité dans laquelle il sembloit plongé, instruit peut-être du
-danger qu'il avoit couru, sortit de sa retraite, et reparut avec un
-appareil formidable[213], prêt à disputer à Condé cette puissance
-absolue qu'il sembloit s'arroger, déclamant contre les horreurs qui
-venoient de se passer, et attirant ainsi vers lui tous ceux qui
-gémissoient de la nouvelle tyrannie. Avec les intérêts les plus
-opposés, les deux princes, affectant l'union la plus parfaite, se
-faisoient donner par le parlement ces titres de lieutenant général du
-royaume et de généralissime des armées qu'ils avoient tant
-ambitionnés; mais les arrêts de cette compagnie, reçus maintenant avec
-mépris dans la France entière, tournés en ridicule dans Paris même,
-étoient cassés sur-le-champ par des arrêts de la cour, qui en
-faisoient voir toute l'absurdité[214]. Gaston demandoit de l'argent
-pour lever des troupes; et d'après ses demandes, on ordonnoit des
-impôts que tout le monde refusoit de payer. Il fut résolu de former un
-conseil pour la nouvelle autorité qu'on venoit d'établir: dans cette
-formation, des disputes sur les préséances donnèrent lieu à des scènes
-ou tragiques ou scandaleuses; Nemours provoqua Beaufort à un duel,
-dont il fut lui-même la victime[215]; Condé donna un soufflet au comte
-de Rieux, qui le lui rendit[216]. C'est ainsi que, de jour en jour, le
-parti des princes perdoit de son autorité et de sa considération. D'un
-autre côté la cour n'étoit guère moins embarrassée: elle savoit que
-Fuensaldagne et le duc de Lorraine s'apprêtoient à rentrer en France
-pour soutenir de nouveau les rebelles; et forcée de quitter les
-environs de Paris, elle ne savoit où se retirer. Turenne releva seul
-les courages abattus, et détermina le roi à se réfugier, non en
-Bourgogne, comme Mazarin en avoit donné le conseil pusillanime, mais
-seulement à Pontoise, tandis que, portant son armée du côté de
-Compiègne, il alloit observer la marche de l'ennemi. Toutefois la
-correspondance n'en continuoit pas moins entre le roi et le parlement;
-et, dans ces rapports entre le maître et les sujets, le renvoi de
-Mazarin étoit le seul prétexte qu'ils donnassent du refus d'obéissance
-à ses ordres. Pour les pousser à bout, le jeune prince promet et
-annonce le départ prochain de son ministre: aussitôt Condé, qui
-craint avec raison un piége caché sous cette promesse, se réunit à
-Gaston pour la décréditer comme une ruse nouvelle du cardinal; et tous
-les deux déclarent en plein parlement ne pouvoir désarmer que l'ennemi
-de l'état ne soit hors du royaume. Cette déclaration rompt toutes les
-communications entre le roi et cette compagnie: elle a même l'audace
-de rappeler ses députés, qui avoient reçu l'ordre de se rendre au lieu
-où la cour résidoit. Alors le monarque, déployant enfin le caractère
-trop long-temps méconnu de l'autorité souveraine, rend un arrêt par
-lequel il transfère à Pontoise le parlement de Paris, interdisant à
-ses membres tout acte de leur juridiction jusqu'à ce qu'ils y fussent
-réunis.
-
- [Note 213: Il plaça des soldats dans l'archevêché et dans
- les maisons voisines; il fit des amas de vivres, de
- munitions, et garnit de grenades les tours de la
- cathédrale.]
-
- [Note 214: Le parlement refusoit d'obéir aux ordres du roi,
- parce qu'il le disoit prisonnier de Mazarin; et en même
- temps il lui demandoit, pour rentrer sous son obéissance, de
- renvoyer le ministre qui le tenoit en captivité.]
-
- [Note 215: On a prétendu que la véritable cause de ce duel
- étoit une rivalité d'amour dont madame de Châtillon[215-A]
- étoit l'objet. On peut croire aussi que le ressentiment de
- l'outrage qu'il avoit essuyé à Orléans n'étoit point encore
- éteint dans le coeur de Nemours. Ils se battirent derrière
- l'hôtel Vendôme, cinq contre cinq. Nemours apporta lui-même
- les épées et les pistolets, et chargea ceux-ci de sa propre
- main. Quand il en présenta un à Beaufort, celui-ci fit
- encore un dernier effort pour l'arrêter: «Ah! mon frère! lui
- cria-t-il affectueusement, qu'allons-nous faire? pourquoi
- nous égorger? quelle honte! Oublions le passé et vivons bons
- amis.--Ah! coquin, répondit Nemours, tu trembles! Il faut
- que l'un de nous deux reste sur la place.» Beaufort, après
- avoir reçu son feu, le tua roide de trois balles, qui le
- percèrent au-dessus de la mamelle, au moment même où, jetant
- son pistolet, ce furieux se précipitoit sur lui l'épée à la
- main. Le marquis de Villars, l'un des seconds de Nemours,
- tua son adversaire Héricourt, qu'il n'avoit jamais vu
- auparavant.]
-
- [Note 215-A: Elle partageoit depuis long-temps ses faveurs
- entre Nemours et Condé. Ce dernier en étoit passionnément
- amoureux.]
-
- [Note 216: Plusieurs disent au contraire que ce fut le comte
- de Rieux qui, dans la chaleur de la dispute, osa faire le
- premier un geste menaçant que le duc d'Orléans punit
- seulement par quelques jours de prison, et dont, dans tout
- autre temps, Condé eût tiré une vengeance plus éclatante.]
-
-Quatorze à quinze d'entre eux trouvèrent le moyen de sortir de la
-ville sous divers déguisements, et de se rendre à Pontoise, où ils
-furent installés par Molé. Le parlement de Paris ne manqua pas de
-rendre sur-le-champ un arrêt qui déclaroit nul et illégitime le
-nouveau parlement: celui-ci lui répondit par un arrêt non moins
-violent, et sans doute mieux fondé, puisqu'il étoit soutenu de
-l'autorité royale. Au milieu de ces débats entre les deux parlements,
-Mazarin préparoit la scène qui devoit enfin terminer cette guerre
-funeste et scandaleuse. En gagnant du temps, en opposant sans cesse
-les uns aux autres tous les intérêts, toutes les passions, il avoit
-allumé entre ses ennemis des méfiances que rien ne pouvoit guérir, des
-haines que rien ne pouvoit calmer. Réduits, par leurs discordes
-intestines, au dernier état de foiblesse, les rebelles ne trouvoient
-un reste de force que dans la haine commune qu'ils lui portoient, et
-dans l'union apparente qu'elle produisoit entre eux. Il résolut de
-leur enlever cette dernière ressource; et son éloignement de la cour,
-si fâcheux pour lui dans un temps où les partis divers étoient dans
-toute leur vigueur, devenoit maintenant un coup de la plus adroite
-politique. La mort subite du duc de Bouillon[217], dont les talents
-supérieurs, l'ambition, l'activité pouvoient seuls l'inquiéter pendant
-sa retraite momentanée, acheva de le décider. Jamais comédie ne fut
-jouée avec plus d'adresse et de naturel. Le parlement de Pontoise,
-d'accord avec le cardinal et la régente, demanda son expulsion dans
-des termes non moins énergiques que celui de Paris. Mazarin lui-même
-pria le roi à mains jointes de le laisser partir; et après avoir
-établi dans le ministère un ordre tel que personne ne pût avoir la
-pensée d'envahir une place qu'il ne quittoit que pour quelques
-instants, il sortit de France une seconde fois, le 19 août, et se
-retira à Sedan, d'où il continua de conduire toutes les affaires.
-
- [Note 217: Il étoit alors parvenu auprès de la reine à une
- faveur assez grande pour donner à Mazarin de véritables
- inquiétudes.]
-
-Ce qu'il avoit prévu ne manqua pas d'arriver: ce départ acheva
-très-rapidement la révolution déjà commencée dans les esprits. Dès que
-la nouvelle en fut répandue à Paris, le parlement entier montra
-ouvertement la ferme résolution de se soumettre à un monarque qui
-daignoit faire les premiers pas, et engagea les princes à accéder à
-son acte de soumission. Jamais ils ne s'étoient trouvés dans une
-position plus embarrassante; et cet exil de Mazarin, si long-temps le
-prétexte de leur révolte, étoit en effet l'événement le plus fâcheux
-qui pût alors leur arriver. N'osant se compromettre par un refus, ils
-feignirent d'entrer dans les vues de la compagnie, mais avec des
-restrictions qui leur laissoient en effet la faculté d'accepter ou de
-refuser, se proposant intérieurement de combattre encore, et d'obtenir
-du succès de leurs armes une paix telle qu'ils la vouloient avoir. La
-cour, se fortifiant de plus en plus de la foiblesse de ses ennemis,
-tint ferme, et ne voulut entendre de leur part aucunes conditions
-particulières. Condé, dont les avances et les propositions avoient été
-plus mal reçues que celles de Gaston, essaya de nouveau d'agiter le
-parlement; mais il n'inspiroit plus la même terreur: on osa le
-contredire; et l'acte de soumission fut arrêté.
-
-Ce fut pour les princes une nécessité d'y souscrire; mais ils le
-firent purement par politique: car dans ce moment même ils attendoient
-le duc de Lorraine, qui rentroit en France de concert avec
-Fuensaldagne, et que l'or de l'Espagne avoit entièrement gagné à leur
-parti. Tous les deux y vinrent en effet, chacun avec une armée; mais
-les ruses politiques de Mazarin déterminèrent le général espagnol à se
-retirer[218], et les belles opérations militaires de Turenne
-paralysant tous les efforts du prince lorrain, et de Condé
-réunis[219], portèrent ainsi le dernier coup à la faction chancelante
-de celui-ci. Retz alors voyant que la paix étoit inévitable, que tout
-y tendoit invinciblement, fait prendre à Gaston le seul parti qui fût
-convenable dans la situation désespérée des choses, celui d'essayer de
-se rendre l'arbitre de cette paix tant souhaitée, et de se donner tout
-le mérite du retour du roi dans sa capitale. Il se charge de cette
-mission délicate, et qui, dans la circonstance où il se trouvoit,
-n'étoit pas sans danger pour lui, part pour Compiègne à la tête d'une
-députation du clergé, y est reçu mieux qu'il n'espéroit[220], mais ne
-réussit point dans l'objet de son voyage. La cour, qui, quelques mois
-auparavant, eût accepté ses propositions avec empressement, se voyoit
-actuellement dans une situation à pouvoir reconquérir ses droits, sans
-grâces ni conditions; elles furent donc refusées, jusqu'à celle que
-faisoit le duc d'Orléans de se retirer à Blois, pourvu qu'une amnistie
-honorable assurât son état, celui des princes et de leurs partisans;
-et ce furent les amis du cardinal, Servien, Le Tellier, Ondeley, qui,
-se méfiant de la facilité de la reine, empêchèrent le succès de cette
-négociation.
-
- [Note 218: Il imagina d'écrire de Sedan au duc de Lorraine
- une lettre tournée en forme de réponse, comme s'il y avoit
- eu entre eux un commencement de négociation. Il y discutoit
- des propositions d'accommodements, accordoit celle-ci,
- refusoit celle-là, et finissoit par dire que si Charles
- s'opiniâtroit à refuser les offres de la cour, elle sera
- forcée de traiter avec Condé, trouvant moins fâcheux pour
- elle de se livrer à un prince du sang que d'exposer le
- royaume à une invasion. Le courrier, porteur de cette
- dépêche, eut ordre de se laisser prendre par les Espagnols.
- Fuensaldagne, l'ayant lue, en conclut qu'il seroit
- impolitique de rendre Condé trop redoutable à la reine; et
- complétement dupe de cette ruse, au lieu de joindre le duc
- de Lorraine, il se contenta de lui envoyer quelque cavalerie
- et ramena son armée en Flandres.]
-
- [Note 219: Trompée par les artifices de Charles, qui
- négocioit toujours en avançant vers Paris, la reine avoit
- ordonné à Turenne de ne point l'inquiéter dans sa marche.
- Celui-ci, dont le coup d'oeil étoit plus pénétrant, aima
- mieux désobéir et courir les dangers de sa désobéissance,
- que de risquer de tout perdre. Il continua à serrer de près
- l'armée du duc; et n'ayant pu empêcher la jonction de ses
- troupes avec celles des princes qui avoient pris ensemble
- leur campement sur les bords de la Seine et de la Marne,
- près d'Albon, il se plaça devant elles, dans une position
- avantageuse, près de Villeneuve-Saint-George, derrière un
- bois, et dans l'angle que forme la rivière d'Yères à son
- confluent avec la Seine. Les deux armées restèrent en
- présence tout le mois de septembre, tandis que l'on
- continuoit de négocier. Turenne les tint ainsi en échec tant
- qu'il le crut nécessaire, et jusqu'à ce qu'il eût rempli son
- objet, qui étoit de fatiguer les Parisiens par le séjour au
- milieu d'eux de ces soldats étrangers, pillards et
- indisciplinés, d'amuser les princes par ces négociations que
- l'on traînoit en longueur, de les discréditer, et d'achever
- d'en détacher le peuple et ses chefs. Quand il vit les
- choses arrivées au point où il les vouloit, il décampa sans
- livrer bataille, ce qui étoit l'objet de tous les voeux du
- prince de Condé, et le laissa étonné et désespéré de sa
- retraite.]
-
- [Note 220: Il reçut alors le chapeau des mains du roi; sans
- cette cérémonie, si long-temps et si prudemment différée,
- qui seule l'établissoit réellement cardinal françois, il se
- seroit déclaré, dit-on, pour Condé, qu'il ne combattoit que
- contre son gré, et dont le parti vainqueur eût pu le
- conduire au ministère.]
-
-Gaston, voyant ses avances rebutées, éclata d'abord en plaintes et en
-menaces, puis retombant bientôt dans ses indécisions accoutumées,
-fournit ainsi à ses ennemis tous les moyens nécessaires pour réussir
-sans son secours. Quant à Condé, le mauvais succès de ses armes avoit
-achevé de lui faire perdre toute considération à Paris. La haine et le
-mépris pour son parti y étoient parvenus au dernier degré; les
-Espagnols et les Lorrains étoient publiquement insultés par la
-populace; chaque jour lui apprenoit la défection de quelques-uns des
-siens, même de ceux sur lesquels il avoit le plus compté. Dans ce
-naufrage général, chacun pensoit à ses propres intérêts: la fureur de
-négocier s'étoit emparée de tout le monde; et la route de Compiègne à
-Paris étoit en quelque sorte couverte de négociateurs qui alloient et
-venoient, sous divers déguisements, recevoir des réponses ou porter
-des conditions. Au milieu de cette population immense et exaspérée
-contre lui, Condé en vint au point de craindre pour sa propre sûreté.
-Se voyant donc sans espoir du côté de la cour; excité par ceux qui
-s'étoient sincèrement attachés à sa fortune à écouter les propositions
-brillantes que lui faisoient les Espagnols; entraîné par cette passion
-qu'il avoit pour la guerre, et par cette hauteur de caractère qui ne
-lui permettoit pas de plier sous un ministre qu'il avoit si long-temps
-et si publiquement dédaigné, il se résolut enfin à sortir de France,
-et se jetant dans les bras des ennemis de son pays, il prit, le 18
-octobre, avec le duc de Lorraine, le chemin de la Flandre par la
-Picardie.
-
-Le jour de son départ fut pour la capitale un jour d'allégresse.
-L'imprudent Gaston en triompha lui-même, se persuadant que sa retraite
-alloit le rendre maître absolu du traité que Paris se disposoit à
-faire avec son souverain; mais la cour étoit désormais trop puissante
-pour daigner seulement l'écouter, et lui trop foible, même pour
-diriger les soumissions de la ville envers elle. Délivrés de ce reste
-de terreur que leur inspiroit encore Condé, le parlement,
-l'Hôtel-de-Ville, toutes les grandes corporations résolurent de faire
-leur paix particulière, sans s'embarrasser beaucoup du désir que le
-duc témoigna d'être seul chargé de ce soin, et des efforts qu'il fit
-pour mettre obstacle à leur dessein. Le clergé avoit commencé, les
-autres suivirent. Toutes les députations furent accueillies avec
-douceur et bonté, à l'exception de celles du parlement et de
-l'Hôtel-de-Ville, la cour les considérant comme interdits, et ne
-reconnoissant d'autre parlement que celui qu'elle avoit assemblé à
-Pontoise. L'un et l'autre firent bientôt leur paix en annulant
-d'eux-mêmes toutes les dispositions séditieuses qu'ils avoient
-successivement prises: élection irrégulière d'un gouverneur et
-d'échevins anti-royalistes, création d'un conseil d'union, concession
-du titre de lieutenant-général au duc d'Orléans, et de généralissime
-au prince de Condé; et en attendant qu'ils fussent reçus en corps,
-leurs membres se mêlèrent aux députés des autres corporations. La
-cour, alors à Mantes, s'avança jusqu'à Saint-Germain, où Sa Majesté,
-sur les humbles supplications que lui firent les députés de revenir à
-Paris, promit d'y faire incessamment son entrée.
-
-Enfin, trois jours après, le 21 octobre, le monarque rentra dans sa
-capitale par la porte Saint-Honoré, dans tout l'appareil de sa
-puissance, et au milieu des acclamations unanimes d'un peuple fatigué
-de sa révolte et plein d'espérances pour l'avenir. Gaston fut exilé à
-Blois, où Beaufort le suivit; Mademoiselle n'attendit pas l'ordre du
-roi, et se retira dans ses terres. Les duchesses de Chevreuse et de
-Montbason reçurent défense de paroître à la cour, et partirent pour
-leurs châteaux. Sur la menace qu'on lui fit de le faire pendre s'il se
-laissoit assiéger, le fils du vieux Broussel se hâta de rendre la
-Bastille. Dès le lendemain de son arrivée, le roi tint au Louvre un
-lit de justice auquel furent également appelés les conseillers de
-Paris et ceux de Pontoise; dix à douze seulement des premiers avoient
-reçu l'ordre de quitter Paris. Dans ce lit de justice, le roi fit
-enregistrer un édit qui interdisoit au parlement toute délibération
-sur le gouvernement de l'état et sur les finances, ainsi que toutes
-procédures contre les ministres qu'il lui plairoit de choisir.
-
-Retz, bien accueilli d'abord, plutôt par l'inquiétude que pouvoit
-causer encore sa popularité que par le souvenir de ce qu'il avoit fait
-pour la paix, à laquelle il n'avoit en effet contribué qu'en ne s'y
-opposant pas, pouvoit profiter de cette position heureuse où tant de
-circonstances inespérées l'avoient placé, pour assurer à jamais son
-avenir. Mais cet esprit inquiet et turbulent étoit en quelque sorte
-ennemi du repos; en sortant du Louvre, où il s'étoit trouvé au moment
-même de l'arrivée du roi, il étoit allé conseiller encore la révolte
-à Gaston prêt à partir pour son exil. La reine, instruite de cette
-nouvelle manoeuvre, ne pensa d'abord à s'en venger qu'en l'éloignant
-de Paris, et lui fit faire à ce sujet des propositions où il crut voir
-de la foiblesse[221]: elles accrurent son audace; il s'aveugla au
-point de croire qu'il pouvoit imposer des conditions; et s'environnant
-d'une escorte de ses partisans, qui le mettoit à l'abri d'un coup de
-main, se confiant en ce qu'il croyoit avoir conservé d'ascendant sur
-une multitude qui lui avoit été si long-temps dévouée, il prétendit
-traiter avec la cour de puissance à puissance, et poussa l'insolence
-au point que le dessein fut pris de l'arrêter et même de l'attaquer à
-main armée, si l'on ne pouvoit autrement s'en emparer. On ne fut point
-obligé d'en venir à ces extrémités: lui-même, par excès de confiance,
-se laissa prendre à un piége que lui tendit Mazarin; sur la foi d'un
-traité entamé avec ce ministre, il se relâcha de ses précautions, vint
-au Louvre moins accompagné, et y fut arrêté le 19 décembre. Le peuple,
-dont on avoit craint quelque mouvement en sa faveur, le vit conduire à
-Vincennes sans témoigner la moindre émotion[222]. Ainsi finit Gondi,
-moins habilement sans doute qu'il n'avoit commencé.
-
- [Note 221: Elle lui offrit l'ambassade de Rome, cent mille
- écus pour payer ses dettes, une pension de cinquante mille
- écus, et une pareille somme pour former ses équipages.]
-
- [Note 222: La mort de son oncle l'ayant rendu, pendant sa
- prison, archevêque de Paris, on lui demanda sa démission
- pour prix de sa liberté; il la donna, ou feignit de la
- donner. En attendant qu'elle eût été ratifiée à Rome, il fut
- transféré au château de Nantes, d'où il se sauva. Il erra
- ensuite en Espagne, en Flandres, à Rome, en Allemagne,
- tandis que ses partisans, et particulièrement un curé de la
- Magdelaine qu'il avoit fait son grand-vicaire, soutenoient
- ses droits avec autant de talent que d'intrépidité. Si Gondi
- les eût secondés par une conduite régulière et par plus de
- persévérance, il est probable qu'il seroit rentré en France
- encore archevêque de Paris; mais il se lassa de l'exil et
- transigea. On lui donna de grosses abbayes en échange de son
- archevêché; il fixa sa demeure en Lorraine, paya ses dettes
- à la longue par de strictes économies; obtint, sur la fin de
- sa vie, la permission de revenir à Paris, y passa ses
- derniers jours dans un petit cercle d'amis qui charmoient la
- douceur de son commerce et l'agrément de sa conversation; et
- y mourut dans les sentiments de piété les plus édifiants.]
-
-(1653) Mazarin attendoit tranquillement l'accomplissement de toutes
-ces mesures qu'il commandoit et dirigeoit du fond de sa retraite, pour
-venir reprendre, avec plus de puissance que jamais, le gouvernement de
-la France. Turenne et les principaux officiers de l'armée le reçurent
-aux frontières et l'accompagnèrent dans sa marche triomphale jusqu'à
-Paris, où son entrée, qu'il y fit le 3 février, fut celle d'un
-souverain qui, après avoir visité dans une paix profonde les provinces
-de son royaume, vient réjouir sa capitale de son retour.
-
-Le roi étoit allé lui-même au-devant de l'heureux ministre hors des
-murs de la ville; et les Parisiens se montrèrent aussi extrêmes dans
-les hommages qu'ils lui rendirent qu'ils l'avoient été dans les
-outrages dont ils l'avoient accablé. Ils lui donnèrent à
-l'Hôtel-de-Ville une fête, dans laquelle lui furent prodigués tous les
-honneurs jusqu'alors réservés au souverain; il jeta de l'argent au
-peuple, qui répondit à ses largesses par mille acclamations; et l'on
-dit que, surpris lui-même d'un changement si grand et si subit, il
-conçut un grand mépris pour une nation qui se montroit si inconstante
-et si légère. S'il en est ainsi, il faut s'en étonner: Mazarin
-avoit-il donc si peu d'expérience des choses humaines; et pouvoit-il
-ignorer que, dans tous les temps et dans tous les lieux, les peuples,
-abandonnés à eux-mêmes, furent toujours ce que les Parisiens venoient
-de se montrer? S'il en étoit autrement, ils n'auroient pas besoin
-d'être conduits; et la société d'ici-bas seroit tout autre que Dieu
-n'a voulu qu'elle fût. Ceux qui les gouvernent ne doivent donc point
-les mépriser, puisqu'ils ne sont que ce qu'il leur est impossible de
-ne pas être: leur devoir est de les bien conduire, s'ils ne veulent
-devenir eux-mêmes véritablement dignes de mépris; et de se rappeler
-sans cesse que ces peuples sont entre leurs mains comme un dépôt qui
-leur a été confié, et dont il leur sera demandé un compte
-très-rigoureux.
-
-Plus que jamais affermi dans cet empire qu'il avoit su prendre sur la
-reine-mère, et trouvant dans le jeune roi un élève docile, qui, tant
-qu'il vécut, n'osa pas même essayer de régner et se reposa sur lui de
-la conduite de toutes les affaires, Mazarin, dès ce moment et jusqu'à
-la fin de sa vie, gouverna la France en maître absolu. Il y avoit
-encore à Bordeaux quelques restes de faction fomentés par le prince de
-Conti et par la duchesse de Longueville: ce fut un jeu pour lui de les
-apaiser. Ce parlement, qui avoit mis sa tête à prix, aussi souple
-maintenant sous sa main qu'il l'avoit été sous celle de Richelieu, sur
-l'ordre qu'il reçut de son nouveau maître et ainsi que le coadjuteur
-l'avoit prédit, fit le procès à ce même prince de Condé dont un si
-grand nombre de ses membres avoient été les complices, le dépouilla de
-tous ses emplois, charges, gouvernements, et le condamna à mort comme
-criminel de lèse-majesté. Mazarin vécut ainsi huit années depuis son
-retour à Paris, assez heureux pour avoir pu achever, par le traité des
-Pyrénées et par le mariage de Louis XIV, le grand ouvrage de cette
-paix européenne qu'il avoit commencée par le traité de Westphalie;
-assez puissant pour avoir pu impunément accumuler d'immenses
-richesses, en achevant, pour y parvenir, de combler le désordre des
-finances; faisant en quelque sorte de la fortune publique sa propre
-fortune et celle des siens, avec un scandale dont jusqu'à lui
-peut-être il n'y avoit point eu d'exemple; et au moyen de cette espèce
-de brigandage, élevant sa famille aux plus hautes alliances, la
-faisant entrer dans des maisons souveraines, et même dans la maison
-royale de France. Il mourut en 1661, dans ce comble de prospérité et
-de gloire, laissant, comme homme d'état, une réputation équivoque, et
-cette idée généralement répandue qu'il devoit moins sa fortune à son
-génie qu'à son adresse et aux circonstances singulières qui l'avoient
-si heureusement servi. «Donnez-moi le roi de mon côté, deux jours
-durant, disoit le cardinal de Retz, et vous verrez si je suis
-embarrassé.» Ce mot, d'un grand sens, nous semble de tout point
-applicable à Mazarin: ainsi s'expliquent les retours inespérés de
-cette fortune, qui, au milieu de tant d'obstacles faits pour l'abattre
-sans retour, se relevoit sans cesse au moyen de cette prédilection
-inexplicable dont Anne d'Autriche étoit en quelque sorte possédée pour
-cet étranger, prédilection que sembloient accroître les traverses
-qu'elle éprouvoit à cause de lui, et dont on étoit d'autant plus
-étonné et confondu qu'on cherchoit vainement à comprendre comment il
-avoit pu la mériter.
-
-Dans sa politique extérieure, Mazarin se montra un digne élève de
-Richelieu, en achevant ce que son maître avoit commencé. Comme il
-importe de faire connoître en quel état il laissa cette Europe qu'il
-prétendoit avoir pacifiée, nous allons jeter un coup d'oeil rapide sur
-ce qui se passoit hors des frontières de la France, et pendant les
-premières années de la régence, et pendant celles où elle fut agitée
-et affoiblie par la guerre civile.
-
-(De 1643 à 1648.) La bataillé de Rocroi, gagnée par le duc d'Enghien,
-à peine sorti de l'adolescence, avoit jeté un grand éclat sur les
-commencements de la régence; et ce premier succès si brillant avoit
-été suivi de plusieurs autres moins décisifs, lorsque la défaite de
-Randzau, à Tudelingue, força notre armée d'Allemagne à rétrograder et
-à se mettre à couvert derrière le Rhin. Turenne, que l'on appela alors
-de l'Italie pour rétablir l'honneur de nos armes, vint en prendre le
-commandement, et marcha de nouveau en avant, accompagné du jeune
-vainqueur de Rocroi. Tous les deux remportèrent ensemble la victoire
-non moins fameuse de Fribourg, qui les rendit maîtres de tout le cours
-du fleuve qu'ils venoient de traverser. Pendant ce temps, le duc
-d'Orléans s'emparoit en Flandres de Gravelines; le maréchal de Brézé
-battoit la flotte espagnole à la vue de Carthagène; le fameux général
-suédois Torstenson conquéroit avec une rapidité qui tenoit du prodige,
-toute la Chersonnèse cimbrique, couronnoit ses marches savantes et ses
-manoeuvres admirables par la victoire de Niemeck, où il tailla en
-pièces l'armée impériale commandée par Gallas; remportoit bientôt
-après une victoire nouvelle à Tabor sur tous les généraux réunis de
-l'empereur, et portoit, jusque dans le sein de l'Autriche, la terreur
-de son nom et de ses armes. En Catalogne, la France avoit d'abord
-éprouvé des revers, puis obtenu quelques avantages qui lui
-fournissoient les moyens de s'y soutenir. En Savoie on se battoit
-également avec des alternatives de succès et de revers.
-
-Ce fut immédiatement après la bataille de Tabor que Turenne se laissa
-surprendre par Merci, et fut battu à Mariendal par sa faute, et cette
-faute est la seule qu'il ait commise en toute sa carrière militaire.
-Elle est réparée par le duc d'Enghien, qui quitte l'armée de Champagne
-pour voler à son secours, et gagne la bataille de Nortlingue, dans
-laquelle Merci fut tué. On voit, dans cette guerre, ce prince
-paroître, pour ainsi dire à la fois, sur tous les points menacés.
-Après avoir vaincu à Nortlingue, il retourne en Flandres partager les
-succès du duc d'Orléans, et met le comble à ses exploits par la prise
-de Furnes et de Dunkerque. Il fut moins heureux l'année suivante en
-Catalogne, où il échoua au siége de Lérida.
-
-Cependant, au milieu de tant d'opérations militaires, dans lesquelles
-l'avantage étoit visiblement pour la France et pour ses alliés,
-l'Espagne négocioit avec les Hollandois, ses anciens sujets; et
-ceux-ci, n'ayant nul égard à l'engagement qu'ils avoient pris de ne
-rien conclure avec cette puissance sans l'aveu de la France, avoient
-fait avec elle, en 1648, un traité de paix qui releva ses espérances,
-et lui permit de reprendre l'offensive[223]. Sûr de n'avoir plus de
-diversion à craindre de ce côté, l'archiduc Léopold, frère de
-l'empereur, pénétra dans la Flandre, où il prit plusieurs villes, et
-sut se maintenir, malgré les efforts des armées françoises pour l'en
-chasser; tandis que Turenne, qui, depuis deux ans et faute de
-secours, n'avoit rien fait de remarquable en Allemagne, rentroit en
-France par suite du traité de neutralité fait avec l'électeur de
-Bavière, traité qui n'empêcha pas celui-ci de se réunir à l'empereur,
-dès qu'il eut été délivré de la crainte que lui inspiroient les armées
-françoises. C'est alors que les succès toujours croissants de
-l'archiduc furent arrêtés, ou pour mieux dire détruits sans retour,
-par la victoire décisive de Lens, que remporta sur lui le prince de
-Condé. Dans le cours de cette même année 1648, commença à Paris la
-guerre civile, et fut signé à Munster le traité de Westphalie.
-
- [Note 223: Ce qui avoit indisposé les Hollandois contre la
- France, c'est que, dans une négociation entamée en 1646 avec
- l'Espagne, Mazarin avoit proposé l'échange des Pays-Bas
- catholiques et de la Franche-Comté contre la Catalogne et le
- Roussillon[223-A]. Ce projet étoit de nature à les
- inquiéter; ils considéroient avec raison le voisinage de la
- France comme beaucoup plus redoutable pour eux que celui des
- Espagnols; et en effet, les Pays-Bas, sous la domination
- d'une puissance éloignée et que tant de guerres avoient
- fatiguée et épuisée, devenoient pour eux une barrière contre
- la prépondérance naissante de la France, et déjà visible à
- tous les yeux.]
-
- [Note 223-A: Voyez les art. 3 et 4 de ce traité dans le P.
- Bougeant. (_Hist. des guerres et des négociat._, t. II, p.
- 368.)]
-
-Depuis qu'une guerre si longue et si acharnée, allumée par la
-politique coupable de Richelieu, embrasoit et désoloit l'Europe, bien
-des tentatives avoient été faites pour lui rendre la paix. Les
-premières ouvertures d'une pacification générale avoient été tentées
-par le pape, en 1636. Il offroit sa médiation aux puissances
-belligérantes, et la ville de Cologne pour lieu des conférences.
-L'empereur et le roi d'Espagne y envoyèrent des députés, et invitèrent
-la France à répondre, de concert avec eux, à l'appel du souverain
-pontife. Elle se garda bien de le faire, sûre que les Suédois et les
-Hollandois ne consentiroient point à négocier sous la médiation du
-chef de l'église catholique, et ne voyant, dans de telles
-conférences, que l'inconvénient de se séparer de ses alliés: ce fut au
-contraire pour elle un motif nouveau de resserrer l'alliance qu'elle
-avoit contractée avec la Suède; et les deux puissances prirent, en
-1638, l'engagement formel de n'entrer dans aucune négociation pour la
-paix, sans leur mutuel consentement.
-
-Forcé de renoncer à l'espoir d'une pacification générale, l'empereur
-conçut alors le projet de traiter avec les princes et états de
-l'empire, sans la participation des puissances étrangères, et une
-diète fut convoquée à cet effet à Ratisbonne; mais elle ne lui procura
-point le résultat qu'il en vouloit obtenir, les princes protestants
-ayant refusé les conditions de l'amnistie qu'il leur avoit proposée.
-
-Il revint alors à son premier dessein d'une négociation pour la paix
-générale, en cessant d'y faire intervenir le pape, dont la médiation
-eût rendu, à l'égard des puissances protestantes, tout moyen de
-conciliation impraticable. Le médiateur fut le roi de Danemarck; et un
-traité préliminaire, signé à Hambourg, décida que le congrès se
-tiendroit en même temps à Munster et à Osnabruck, en Westphalie.
-L'ouverture en fut fixée au 25 mars 1642. Toutefois, il se passa
-encore plus d'une année avant que ces préliminaires eussent été
-ratifiés, les chances variables de la guerre changeant elles-mêmes
-d'un jour à l'autre les dispositions des souverains. Enfin, toutes
-les difficultés étant levées, le congrès s'ouvrit le 11 juillet 1643,
-dans les deux villes qui avoient été désignées; et toutes les
-puissances intéressées dans cette grande querelle y envoyèrent
-successivement leurs ministres. Il ne s'étoit point encore vu en
-Europe une réunion de tant de négociateurs, ambassadeurs, députés, au
-nom de tant de nations différentes qu'il s'en trouva à ce fameux
-congrès de Westphalie.
-
-Les ministres de France[224], qui y étoient arrivés les derniers,
-s'apercevant que la crainte de déplaire à l'empereur empêchoit
-plusieurs princes de l'empire d'y envoyer leurs plénipotentiaires,
-écrivirent, de concert avec les ministres de Suède, une circulaire à
-tous ces princes, pour les inviter à prendre part aux délibérations,
-afin de défendre _leur liberté civile et religieuse_ contre les
-attentats de la maison d'Autriche, qui, disoient-ils, ne cessoit
-d'aspirer à la monarchie universelle. Tel étoit l'esprit dans lequel
-ces négociateurs du roi très-chrétien venoient à ce congrès. Ce fut
-vainement que l'empereur témoigna son mécontentement d'une lettre, ou
-plutôt d'un libelle dont les expressions étoient si déplacées et si
-choquantes, et s'opposa à cette admission de tous les états de
-l'empire à traiter avec lui et avec les puissances, la déclarant
-attentatoire à sa dignité et contraire à ses intérêts. Les ministres
-de France et de Suède insistèrent, soutenant qu'il y alloit, pour les
-moindres de ces états, comme pour les plus considérables,
-non-seulement de leur liberté et de leurs biens, mais encore _de leur
-religion_, qui étoit _ce qu'ils avoient de plus cher_; et l'empereur,
-déconcerté par la victoire que Torstenson venoit en ce moment même de
-remporter à Jancowits[225], se vit obligé de céder à cette
-proposition, vraiment inconcevable, si l'on considère par qui et en
-quels termes elle étoit présentée. Ces difficultés et mille autres qui
-vinrent encore entraver les préliminaires, retardèrent l'ouverture des
-conférences jusqu'aux premiers jours de l'année 1646. Les ministres
-des puissances catholiques étoient établis à Munster, et ceux des
-princes protestants à Osnabruck.
-
- [Note 224: C'étoit Claude de Mesmes, comte d'Avaux, et Abel
- Servien, comte de la Roche-des-Aubiers: celui-ci étoit
- l'homme de confiance de Mazarin. Des dissensions s'étant
- élevées entre ces deux plénipotentiaires, la cour se décida
- à envoyer au congrès, en 1645, un premier plénipotentiaire,
- dans la personne d'un prince du sang: ce fut Henri
- d'Orléans, duc de Longueville, que nous avons vu jouer
- depuis un des premiers rôles dans la guerre de la fronde.]
-
- [Note 225: En 1645.]
-
-Il est impossible de suivre ici, même sommairement, la marche
-tortueuse et compliquée de ces négociations dans lesquelles, depuis
-le plus grand jusqu'au plus petit, tous les princes, protestants et
-catholiques, vouloient sûreté pour leurs intérêts, garantie pour leurs
-envahissements; où la vérité et l'erreur traitoient sur le pied de
-l'égalité la plus parfaite. La France y gagna les villes de Metz,
-Toul, Verdun, Pignerol, Brisac, le landgraviat de la haute et basse
-Alsace[226], et la préfecture des dix villes impériales qui y étoient
-situées. La Suède partagea la Poméranie avec la maison de
-Brandebourg[227]; et les autres princes de l'empire, alliés des deux
-hautes puissances, obtinrent, suivant leur mérite, le prix de leur
-félonie[228]. Ce fut, du reste, la partie du traité la plus facile à
-régler. Relativement aux états protestants, ce que l'on appeloit les
-_griefs de religion_ présenta de bien plus grandes difficultés. Ce fut
-vainement que les plénipotentiaires impériaux tentèrent d'en renvoyer
-la solution à une assemblée particulière: les Suédois, soutenus par
-les ministres de France, exigèrent qu'ils fussent discutés en plein
-congrès; et c'est dans la discussion de ces griefs, et dans les
-concessions qui en furent la suite, qu'il faut chercher le véritable
-esprit de la politique européenne, telle que la réforme l'avoit faite,
-telle qu'elle n'a point cessé d'être jusqu'à la révolution, telle
-qu'elle est encore, et plus perverse peut-être, malgré cette terrible
-leçon.
-
- [Note 226: Au sujet de la cession de cette province, il fut
- question de savoir si elle seroit cédée en toute propriété
- au roi de France et en la détachant de l'empire germanique,
- ou s'il devoit consentir à la tenir à titre de fief, avec
- voix et séance à la diète. Les plénipotentiaires françois
- discutèrent dans un Mémoire qu'ils envoyèrent en cour, les
- avantages de l'un et de l'autre mode de posséder, et
- parurent pencher pour le second, vu qu'ils y voyoient pour
- leur souverain la possibilité _d'être un jour élevé à la
- dignité impériale_; et ces mêmes hommes ne manquoient point,
- à toute occasion, de crier contre l'ambition de la maison
- d'Autriche et contre sa tendance à la monarchie
- universelle.]
-
- [Note 227: L'électeur de Brandebourg prétendoit à l'entière
- possession de cette province, en vertu des traités de
- confraternité passés entre ses prédécesseurs et les anciens
- ducs de Poméranie, dont la maison venoit de s'éteindre en
- 1637, par la mort du dernier d'entre eux, Bogislas XIV. On
- lui accorda un dédommagement pour la partie de cette
- province que l'on donnoit à la Suède.]
-
- [Note 228: Ce que l'on remarqua le plus en ce genre, furent
- les avantages faits à la landgrave douairière de
- Hesse-Cassel, qui s'étoit montrée la plus acharnée contre le
- parti catholique, et dont les troupes n'avoient pas manqué
- une seule occasion d'exercer leurs fureurs contre les
- possessions du clergé. Elle fit monter très-haut ses
- prétentions, et le comte d'Avaux lui-même les jugea
- exorbitantes. Mais elle rencontra un zélé protecteur dans le
- duc de Longueville, qui trouva très-bon qu'on sécularisât
- pour cette princesse hérétique un grand nombre d'évêchés, et
- répondit à l'évêque d'Osnabruck, qui lui représentoit ce
- qu'il y avoit de scandaleux dans de semblables concessions,
- qui d'ailleurs étoient fort au-delà des droits qu'elle
- pouvoit légitimement faire valoir: «Il faut faire beaucoup
- en faveur d'une dame _aussi vertueuse_ que madame la
- landgrave; pourquoi, Messieurs, surmontez-vous vous-mêmes,
- et donnez toute satisfaction à Madame en ce qu'elle désire.»
- (_Trait. de paix_, t. I, p. 160.)]
-
-C'est dans ce fameux traité de Westphalie, devenu le modèle des
-traités presque innombrables qui ont été faits depuis, qu'il est
-établi plus clairement qu'on ne l'avoit encore fait jusqu'alors, qu'il
-n'y a de réel dans la société que _ses intérêts matériels_; et qu'un
-prince ou un homme d'état est d'autant plus habile qu'il traite avec
-plus d'insouciance ou de dédain tout ce qui est étranger à ces
-intérêts. La France, et c'est là une honte dont elle ne peut se laver,
-ou plutôt, osons le dire (car le temps des vains ménagements est
-passé) un crime dont elle a subi le juste châtiment, la France y parut
-pour protéger et soutenir, de tout l'ascendant de sa puissance, cette
-égalité de droits en matière de religion que réclamoient les
-protestants à l'égard des catholiques. On établit une année que l'on
-nomma _décrétoire_ ou _normale_ (et ce fut l'année 1624) laquelle fut
-considérée comme un terme moyen qui devoit servir à légitimer
-l'exercice des religions, la jurisdiction ecclésiastique, la
-possession des biens du clergé, tels que la guerre les avoit pu faire
-à cette époque; les catholiques demeurant sujets des princes
-protestants, par la raison que les protestants restoient soumis aux
-princes catholiques. Si, dans cette année _décrétoire_, les
-catholiques avoient été privés dans un pays protestant de l'exercice
-_public_ de leur religion, ils devoient s'y contenter de l'exercice
-_privé_, à moins qu'il ne plût au prince d'y introduire ce que l'on
-appelle le _simultané_, c'est-à-dire l'exercice des deux cultes à la
-fois[229]. Tous les états de l'empire obtinrent en même temps un droit
-auquel on donna le nom de _réforme_: et ce droit de _réformer_ fut la
-faculté d'introduire leur propre religion dans les pays qui leur
-étoient dévolus; ils eurent encore celui de forcer à sortir de leur
-territoire ceux de leurs sujets qui n'avoient point obtenu, dans
-l'année décrétoire, l'exercice public ou privé de leur culte, leur
-laissant seulement la liberté d'aller où bon leur sembleroit, ce qui
-ne laissa pas même que de faire naître depuis des difficultés. Le
-corps évangélique étant en minorité dans la diète, il fut arrêté que
-la pluralité des suffrages n'y seroit plus décisive dans les
-discussions religieuses. Les commissions ordinaires et extraordinaires
-nommées dans son sein, ainsi que la chambre de justice impériale,
-furent composées d'un nombre égal de protestants et de catholiques:
-il n'y eût pas jusqu'au conseil aulique, propre conseil de l'empereur
-et résidant auprès de sa personne, où il ne se vît forcé d'admettre
-des protestants, de manière à ce que, dans toute cause entre un
-protestant et un catholique, il y eût des juges de l'une et de l'autre
-religion. La France, encore un coup, la France catholique soutint ou
-provoqua toutes ces nouveautés inouïes et scandaleuses; et ses
-négociateurs furent admirés comme des hommes d'état transcendants; et
-le traité de Westphalie fut considéré comme le chef-d'oeuvre de la
-politique moderne.
-
- [Note 229: Ceux qui n'avoient eu, pendant l'année
- décrétoire, l'exercice ni public ni privé de leur religion,
- n'obtinrent qu'une tolérance purement civile; c'est-à-dire
- qu'il leur fut libre de vaquer aux devoirs de leur religion
- dans l'intérieur de leurs familles et de leurs maisons. En
- quoi la _dévotion privée_ différa de l'_exercice privé_, qui
- renfermoit l'idée d'une assemblée ou d'une réunion de
- plusieurs familles pour assister ensemble aux pratiques du
- culte.]
-
-Quant à la suprématie du chef de l'empire, elle ne fut plus qu'un vain
-simulacre, par le privilége qui fut accordé à tous les princes de
-l'empire de contracter, _sans son aveu_, telle alliance qu'il leur
-plairoit avec des puissances étrangères, et au moyen de la clause qui
-transporta à la diète le droit, jusqu'alors exercé par le conseil
-aulique, de _proscrire_ les princes pour cause de désobéissance ou de
-trahison. Ainsi furent réduits les empereurs à être, ou à peu de chose
-près, les présidents d'un gouvernement fédératif; ainsi la diète, que
-jusqu'à cette époque ils convoquoient rarement et seulement lorsqu'il
-leur étoit impossible de s'en passer, devint bientôt permanente à
-Ratisbonne, où elle n'a point cessé d'être assemblée depuis 1663
-jusque en 1806. C'est alors que la dissolution subite et si
-facilement opérée du corps germanique a prouvé par une dernière
-catastrophe, précédée de tant d'autres que nous ferons successivement
-connoître, ce qu'étoit ce traité de Westphalie, plus funeste encore
-aux vassaux qu'il avoit affoiblis et divisés en leur donnant
-l'indépendance, qu'au souverain qu'il avoit dépouillé de ses
-prérogatives et rendu impuissant à les protéger.
-
-Le pape protesta contre ce traité impie et scandaleux, qu'il n'eût pu
-reconnoître sans renoncer à sa foi et à sa qualité de chef de l'Église
-universelle. L'Espagne refusa également d'y accéder, à cause de la
-cession de l'Alsace qu'on y avoit faite à la France; et, ainsi que
-nous l'avons déjà dit, la paix ne fut réellement conclue qu'entre la
-France, l'empereur, la Suède, et les princes et états de l'empire,
-alliés ou adhérents des uns et des autres. La France et l'Espagne
-continuèrent la guerre, celle-ci ayant pour auxiliaire le duc de
-Lorraine, la première étant assistée de la Savoie et du Portugal.
-
-(De 1648 à 1659) Les troubles de la fronde, qui éclatoient au moment
-où la paix venoit d'être signée à Munster, et cet avantage immense
-qu'avoit obtenu l'Espagne de détacher les Hollandois de l'alliance de
-sa rivale, lui fournirent d'abord les moyens de soutenir avec plus
-d'égalité une guerre que jusqu'alors le génie de Condé et de Turenne
-avoit rendue pour elle si pénible et si difficile. Toutefois, malgré
-les embarras de ses dissensions intestines et la défection de ses
-meilleurs généraux, les succès de la France balancèrent encore ceux de
-ses ennemis; et l'on continua long-temps de se battre sur tous les
-points de ces mêmes frontières, si long-temps le théâtre de tant de
-batailles sanglantes et stériles, sans obtenir de part et d'autre
-aucun résultat décisif. Condé lui-même, en passant dans le camp
-ennemi, n'y porta point ce bonheur qui jusqu'alors ne l'avoit pas un
-seul instant abandonné; parce qu'en effet il ne joua, dans les armées
-espagnoles, qu'un rôle secondaire qui ne lui permit pas d'y fixer la
-victoire. Enfin Turenne l'emporta: ses manoeuvres habiles la firent
-passer et pour toujours sous les drapeaux de la France. Dans les
-campagnes mémorables de ce grand capitaine, qui se succédèrent depuis
-1654 jusqu'en 1658, les lignes d'Arras furent forcées, la prise de
-Quesnoi et de Landreci ouvrit aux armées françoises l'entrée des
-Pays-Bas espagnols; il gagna la bataille des Dunes, prit Dunkerque,
-Furnes, Dixmude, Oudenarde, Menin, Ypres, etc., et ne fut arrêté dans
-cette suite non interrompue de succès que par la paix des Pyrénées,
-signée en 1659, paix fallacieuse, qui, portant en elle-même un germe
-de guerres nouvelles, laissa à peine aux peuples le temps de
-respirer.
-
-
-ORIGINE DU QUARTIER.
-
-Avant la clôture de Philippe-Auguste, les anciens plans nous
-représentent ce quartier comme un grand espace de terrain au milieu
-duquel s'élevoient quelques églises entourées de terres labourées, de
-vignes et autres cultures qui appartenoient ou aux réguliers qui
-desservoient ces églises ou à d'autres particuliers. Les plus
-remarquables de ces cultures étoient les clos _Garlande_, _Bruneau_,
-et _Mauvoisin_. On verra par la suite comment ils se couvrirent
-successivement d'habitations, avant et après que l'enceinte eût été
-élevée.
-
-Cette enceinte de Philippe-Auguste renfermoit, dans ce quartier, tout
-l'espace qui s'étend depuis la rivière jusqu'au haut de la rue
-Saint-Jacques; et, traversant la ligne où est maintenant la rue qui en
-a reçu le nom de rue des Fossés-Saint-Jacques, elle alloit gagner
-celle de Saint-Victor. Toutefois le terrain qu'elle embrassoit ne
-formoit pas le tiers de l'emplacement qu'occupe aujourd'hui le
-quartier Saint-Benoît.
-
-
-LE PETIT-CHÂTELET.
-
-La plupart des historiens de Paris, en parlant du Petit-Pont, au bout
-duquel cette forteresse étoit bâtie, l'ont confondu avec le pont
-méridional que fit construire Charles-le-Chauve; et, par une suite de
-cette méprise, ils ont pris la tour qui se trouvoit à l'extrémité de
-celui-ci pour celle du Petit-Pont. D'autres ont avancé que ce Châtelet
-avoit été élevé pour arrêter les violences des écoliers, ce qui n'est
-pas une moins grande erreur. C'en est une également de croire qu'il
-ait anciennement servi de prison, comme il en servoit dans les
-derniers temps.
-
-Ce qu'il y a de certain, ce qui est prouvé par les monuments les plus
-authentiques, c'est que les deux seuls ponts qui servoient d'entrée à
-Paris dans les premiers temps, et lorsque la ville tout entière étoit
-renfermée dans la Cité, étoient terminés chacun par une forteresse qui
-servoit de porte et qui en défendoit l'entrée. D. Félibien avance[230]
-que celle-ci, entièrement détruite par les Normands, ne fut rebâtie
-que quatre cent cinquante ans après, sous Charles V, et ceux qui ont
-écrit d'après lui ont adopté cette opinion. Cependant cet auteur cite
-lui-même des titres qui en prouvent la fausseté: le premier est un
-accord fait en 1222 entre Philippe-Auguste, l'évêque et l'église de
-Paris[231], dans lequel il est fait mention d'un dédommagement accordé
-par le roi pour l'enceinte du Châtelet du Petit-Pont. Il dit ensuite,
-en parlant de l'inondation de l'année 1296, que le _Châtelet du
-Petit-Pont fut renversé_[232]; et ce fait il l'avoit sans doute
-recueilli dans un vieux registre de Saint-Germain, intitulé _Rotulum_,
-où il étoit consigné[233].
-
- [Note 230: Hist. de Paris, t. I, p. 3.]
-
- [Note 231: _Ibid._, p. 265.]
-
- [Note 232: _Ibid._, p. 467.]
-
- [Note 233: _Chron. manusc._ de Du bruel, fol. 15, Vº.]
-
-Le Petit-Châtelet fut reconstruit en 1369. C'étoit une construction
-très-massive, d'un aspect désagréable, et percée par le milieu d'une
-ouverture étroite et très-obscure[234]. Tel qu'il étoit, on le jugea
-digne cependant de servir de demeure au prévôt de Paris, auquel il fut
-spécialement affecté en 1402 par le roi Charles VI; et dans l'acte qui
-en donnoit la jouissance à ce magistrat, il étoit qualifié
-d'habitation très-honorable, _honorabilis mansio_. On en a fait depuis
-une prison, et il a servi à cet usage jusqu'au moment de sa
-destruction, arrivée plusieurs années avant la révolution[235].
-
- [Note 234: _Voy._ pl. 150.]
-
- [Note 235: Dans un tarif fait par saint Louis, dit
- Saint-Foix, pour régler les droits de péage qui étoient dus
- à l'entrée de Paris sous le Petit-Châtelet, on lit que le
- marchand qui apportera un singe pour le vendre paiera quatre
- deniers; que si le singe appartient à un _joculateur_, cet
- homme, en le faisant jouer et danser devant le péager, sera
- quitte du péage, tant dudit singe que de tout ce qu'il aura
- apporté pour son usage. De là vient le proverbe, _payer en
- monnoie de singe, en gambades_. Un autre article porte que
- les _jongleurs_ seront aussi quittes de tout péage en
- chantant un couplet de chanson devant le péager.]
-
-Sa démolition fut ordonnée pour l'avantage de l'Hôtel-Dieu, qui avoit
-besoin de s'agrandir, et qui fit en effet construire de nouveaux
-bâtiments sur une partie de l'emplacement qu'avoit occupé cette
-forteresse. Ces constructions furent élevées sur les plans de M. de
-Saint-Far, architecte du roi pour les hôpitaux civils.
-
-
-LE PRIEURÉ DE SAINT-JULIEN-LE-PAUVRE.
-
-La haute antiquité de ce monument le met au nombre de ceux dont
-l'origine présente le plus d'obscurité; et sur de telles difficultés les
-historiens n'offrent guère que des conjectures plus ou moins
-vraisemblables. Celles de plusieurs auteurs qui lui donnent pour
-titulaire saint Jean-de-Brioude, dont ils prétendent que saint Germain
-d'Auxerre apporta des reliques à Paris, en feroient remonter la
-fondation jusqu'au commencement du cinquième siècle. Du Breul veut même
-qu'avant cette dédicace, qu'il ne regarde que comme la seconde, cette
-église ait été consacrée à saint Julien, évêque du Mans, célèbre par sa
-grande charité envers les pauvres[236]. Mais un autre critique, l'abbé
-Chastelain[237], dit qu'il s'agit ici de saint Julien-l'Hospitalier, et
-son opinion paroît la plus vraisemblable. Il est certain qu'il y avoit
-anciennement dans les faubourgs, et près des portes des villes, des
-hospices pour les pauvres et pour les pèlerins; et, si l'on en avoit
-élevé un près de la porte méridionale de Paris, il est assez naturel de
-croire que c'étoit saint Julien-le-Pauvre et l'Hospitalier qu'on lui
-avoit choisi pour patron. Du reste, quelques titres, à la vérité fort
-récents, prouvent que c'étoit en effet une maison hospitalière, et nous
-citerons entre autres un arrêt de 1606, pour la reddition des comptes de
-plusieurs hôpitaux, entre lesquels on nomme Saint-Julien-le-Pauvre[238].
-
- [Note 236: Page 293.]
-
- [Note 237: _Mart. Rom._, p. 108 et 109.]
-
- [Note 238: Reg. de la ville, fol. 519.]
-
-Grégoire de Tours est le plus ancien auteur qui ait parlé de cette
-église; et plusieurs circonstances de son récit prouvent qu'elle
-existoit ayant l'année 580[239]. Telle est la seule date authentique que
-l'on puisse donner de son antiquité. Elle fut ensuite au nombre des
-églises dont Henri Ier fit don à la cathédrale, donation de laquelle du
-Boulai[240] a conclu qu'elle fut appelée _Fille de Notre-Dame_ (_Filia
-Basilicæ Parisiensis_). Ce qui a pu causer son erreur, c'est que, dans
-un acte sans date, qui toutefois ne peut être plus ancien que le
-douzième siècle[241], on trouve qu'alors cette église avoit passé, on ne
-sait comment, entre les mains de deux laïques[242], qui la donnèrent au
-monastère de Notre-Dame-de-Long-Pont, près Montlhéri; mais on ne voit à
-aucune époque que l'église Notre-Dame de Paris y ait placé des
-chanoines, comme elle l'avoit fait à Saint-Étienne et à Saint-Benoît, ce
-qui prouve qu'elle ne l'a pas long-temps possédée.
-
- [Note 239: Lib. VI, cap. 17; et lib. IX, cap. 6.]
-
- [Note 240: _Hist. univ._, t. I, pag. 402.]
-
- [Note 241: Cart. Longip., fol. 110.]
-
- [Note 242: Étienne de Vitri et Hugues de Munteler.]
-
-L'église de Saint-Julien-le-Pauvre, telle qu'elle a subsisté jusque
-dans les derniers temps, paroît avoir été rebâtie vers l'époque où
-elle fut donnée aux religieux de Long-Pont; et l'on pense que c'est
-alors qu'elle fut qualifiée prieuré. Au siècle suivant, l'université
-choisit ce lieu pour y tenir ses assemblées, qu'elle transféra ensuite
-aux Mathurins, puis au collége de Louis-le-Grand.
-
-En 1655, ce prieuré fut réuni à l'Hôtel-Dieu par un traité passé entre
-les administrateurs de cette maison et les religieux de Long-Pont.
-Cette union, confirmée par une bulle du pape, donnée en 1658, ne fut
-cependant entièrement consommée que par des lettres-patentes que le
-roi n'accorda qu'en 1697. La chapelle fut alors desservie par un
-chapelain à la nomination de la paroisse Saint-Séverin[243].
-
- [Note 243: L'église de Saint-Julien-le-Pauvre a été démolie
- pendant la révolution.]
-
-
-_Chapelle de Saint-Blaise et de Saint-Louis._
-
-Cette chapelle étoit située à côté de Saint-Julien-le-Pauvre, dont
-elle dépendoit. Les maçons et les charpentiers y établirent leur
-confrérie en 1476. Elle fut rebâtie en 1684: cependant, comme elle
-menaçoit ruine, on jugea à propos de la démolir vers la fin du siècle
-dernier, et le service en fut transféré dans la chapelle
-Saint-Yves[244].
-
- [Note 244: Outre la confrérie établie dans cette chapelle,
- l'église de Saint-Julien-le-Pauvre étoit le lieu de
- rassemblement de celles de Notre-Dame-des-Vertus, des
- couvreurs, des marchands papetiers, des fondeurs; et l'on y
- faisoit les catéchismes et retraites des Savoyards, fondés
- par l'abbé de Pontbriand.]
-
-
-LA CHAPELLE SAINT-YVES.
-
-La fondation de cette chapelle suivit de très-près la canonisation du
-personnage auquel elle étoit consacrée: car l'acte par lequel il est
-mis au rang des saints est de l'année 1347; et l'on voit que dès
-1348[245] quelques particuliers de la province de Tours et du duché de
-Bretagne, désirant former entre eux une confrérie en son honneur,
-obtinrent de Foulques de Chanac, évêque de Paris, la permission de
-faire bâtir une chapelle ou une église collégiale sous son nom.
-D'autres titres nous apprennent que cette confrérie avoit un cimetière
-près de son église, lequel fut béni, en 1357, par l'évêque de
-Tréguier. Comme saint Yves, indépendamment du cours complet d'études
-qu'il avoit fait dans l'Université de Paris, s'étoit rendu très-habile
-dans l'étude du droit civil qu'il étoit allé étudier à Orléans, son
-église ou chapelle fut acquise, on ignore à quelle époque, par une
-confrérie composée d'avocats et de procureurs, qui l'a conservée
-jusque dans les derniers temps. Ils choisissoient l'un d'entre eux
-tous les deux ans pour en inspecter les desservants. Il y avoit aussi
-deux gouverneurs honoraires, dont l'un étoit ecclésiastique et
-inamovible; l'autre, laïc, lequel changeoit tous les trois ans.
-
- [Note 245: Du Breul, p. 586.]
-
-Il y avoit dans cette église plusieurs chapellenies à la présentation
-des confrères, mais toutes d'un très-modique revenu. Les chanoines de
-Saint-Benoît étoient les curés primitifs de Saint-Yves[246].
-
- [Note 246: Cette chapelle a été entièrement démolie.]
-
-
-LES CARMES.
-
-Nous nous garderons bien de parler de cette prétention singulière
-qu'avoient les Carmes de faire remonter leur origine jusqu'aux
-prophètes Élie et Élisée, ni des discussions trop vives et peut-être
-un peu bizarres qui, vers la fin du dix-septième siècle, s'élevèrent à
-ce sujet entre ces religieux et les continuateurs de Bollandus. Si
-l'on peut alléguer que deux papes (Pie V et Grégoire XIII) permirent à
-cet ordre de prendre pour patrons ces deux grands personnages de la
-Bible, et approuvèrent un office destiné à célébrer leur fête, dans
-lequel Élie étoit reconnu pour _fondateur et instituteur de l'ordre
-des Carmes_, il faut avouer en même temps qu'un bref d'Innocent XII,
-donné en 1698, impose sagement un silence absolu sur l'institution
-primitive de cet ordre, et sur sa succession depuis Élie et Élisée
-jusqu'à nous. Tout ce que l'on sait de positif à ce sujet, c'est qu'au
-douzième siècle il y avoit en Syrie quelques solitaires qui s'étoient
-retirés sur le Mont-Carmel, où ils vivoient sans aucune règle
-particulière[247]. Ils en reçurent une, vers le commencement du siècle
-suivant, du B. Albert, patriarche de Jérusalem[248], et cette règle,
-approuvée, en 1224, par Honorius III, fut depuis mitigée et confirmée
-par plusieurs souverains pontifes.
-
- [Note 247: Ces ermites s'étoient, dès le principe, revêtus
- d'un costume uniforme composé d'une robe brune, par-dessus
- laquelle ils portoient un manteau blanc; mais comme ce
- manteau étoit la marque distinctive des seigneurs sarrasins,
- ils se virent forcés d'y faire des changements, et le
- mélangèrent de noir et de blanc. Cette bigarrure, que
- conservèrent ceux que saint Louis amena à Paris, leur fit
- donner le nom de _Barrés_; nom qu'ils communiquèrent à une
- rue du quartier Saint-Paul, qui le porte encore
- aujourd'hui.]
-
- [Note 248: Papebroch. 8 avril, p. 778 et 786.]
-
-Saint Louis, comme nous l'avons déjà dit, amena en France, à son
-retour de la Terre-Sainte, quelques religieux du Mont-Carmel. Ils y
-arrivèrent avec lui en 1254, et dès 1259 on les voit établis dans
-l'emplacement qu'ils cédèrent depuis aux Célestins[249]. Il est
-probable que, n'étant alors qu'au nombre de six, ils n'eurent dans le
-principe qu'une petite chapelle particulière; mais un acte de ce
-temps-là semble prouver que la dévotion des fidèles, qui accouroient
-de tous côtés dans la demeure de ces nouveaux cénobites, les mit
-bientôt dans la nécessité de s'agrandir.
-
- [Note 249: _Voy._ t. II, 2e part., p. 935.]
-
-Cependant ils ne tardèrent pas à se dégoûter d'une habitation que les
-fréquents débordements de la rivière rendoient extrêmement incommode.
-Pendant une grande partie de l'année ils ne pouvoient sortir de chez
-eux qu'en bateau, et se trouvoient d'ailleurs dans un éloignement de
-l'Université, qui doubloit encore pour eux ces incommodités. Dans une
-situation aussi désagréable, les Carmes s'adressèrent à
-Philippe-le-Bel, et ne l'implorèrent point en vain. Ce prince, par ses
-lettres du mois d'avril 1309, leur donna une maison, située rue de la
-Montagne-Sainte-Geneviève[250]; ils obtinrent, en 1310, du pape
-Clément V, la permission d'y bâtir un nouveau couvent; et comme cette
-maison n'étoit pas encore assez spacieuse pour contenir tous ces
-religieux, dont le nombre s'étoit considérablement augmenté,
-Philippe-le-Long leur donna, en 1317, une autre maison voisine de la
-première, laquelle avoit issue dans la grande rue Sainte-Geneviève et
-dans celle de Saint-Hilaire, aujourd'hui rue des Carmes. Au moyen de
-ces donations, ils se trouvèrent en état de faire construire une
-chapelle et des bâtiments plus vastes et plus commodes que ceux qu'ils
-vouloient abandonner. Quant à leur ancienne demeure, ils obtinrent, en
-1318, du pape Jean XXII, la permission de la vendre; et l'on sait
-qu'elle fut acquise par Jacques Marcel, qui la donna ensuite aux
-Célestins.
-
- [Note 250: Plusieurs historiens ont prétendu qu'il y avoit
- en cet endroit une chapelle de Notre-Dame, antérieure à la
- translation de ces religieux. Cette opinion est dépourvue de
- toute autorité; il n'est point fait mention de cette
- chapelle dans les chartes de Philippe-le-Bel et de
- Philippe-le-Long; et si elle eût existé, ces religieux ne se
- fussent point adressés au pape Jean XXII pour obtenir la
- permission de construire une église ou oratoire, ainsi que
- les autres bâtiments réguliers.]
-
-Toutefois la chapelle qu'ils venoient d'élever, et qu'ils dédièrent
-sous l'invocation de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, se trouva bientôt trop
-petite pour contenir l'affluence toujours croissante des fidèles qui
-s'y rendoient de tous les côtés. Ils firent alors commencer, à côté de
-cette chapelle, l'église que l'on voyoit encore dans les derniers
-temps. Les libéralités de Jeanne d'Évreux, troisième femme et alors
-veuve de Charles-le-Bel[251], leur fournirent les moyens d'en achever
-promptement la construction; et elle fut dédiée, le 16 mars 1353, sous
-l'invocation de la sainte Vierge, par le cardinal Gui de Boulogne, en
-présence de cette reine et de ses nièces les reines de France et de
-Navarre.
-
- [Note 251: Cette princesse, par son testament fait en 1349,
- laissa et donna, pour _l'oeuvre du Moustier de Notre-Dame du
- couvent des Carmelistes_, sa couronne, la fleur de lis
- qu'elle eut à ses noces, sa ceinture et ses tressons
- d'orfévrerie. Ces joyaux étoient garnis d'une grande
- quantité de perles, de diamants et d'autres pierres
- précieuses. À ce don elle ajouta celui de 1500 florins d'or
- à l'écu, et voulut que ses pierreries fussent vendues, pour
- que le prix en fût appliqué sur-le-champ aux bâtiments et
- ornements de l'église.]
-
-Ils achetèrent ensuite, en concurrence avec les administrateurs du
-collége de Laon, une partie de l'ancien collége de Dace, qu'ils
-enclavèrent dans leur couvent. Leurs bâtiments s'accrurent encore
-depuis de diverses acquisitions qu'ils firent dans le voisinage,
-principalement de celle d'un certain nombre de maisons de la rue de la
-Montagne-Sainte-Geneviève, qu'ils ont fait reconstruire.
-
-L'église de ce monastère étoit vaste, mais d'une construction
-irrégulière, puisqu'elle se composoit de l'ancienne chapelle et de la
-nouvelle église, dédiée en 1353. La dévotion au scapulaire y attiroit
-un grand concours de peuple le second samedi de chaque mois, afin de
-gagner les indulgences qui y étoient attachées.
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CARMES.
-
- SCULPTURES.
-
- Sur le maître-autel, décoré de beaux marbres, que Louis XIV
- avoit donnés à ces religieux, mais dont la composition étoit
- d'un très-mauvais goût, on voyoit un groupe composé de quatre
- figures, et représentant la Transfiguration. Le tabernacle étoit
- formé d'un globe autour duquel rampoit un serpent, et que
- surmontoit un Christ attaché à la croix, le tout en bronze doré.
-
-
- SÉPULTURES.
-
- Dans cette église et dans le cloître avoient été inhumés:
-
- Oronce Finé, savant mathématicien, professeur au collége de M{e}
- Gervais, mort en 1555.
-
- Gilles Corrozet, libraire de Paris, et auteur d'une description
- de cette ville, qui passe pour la première qu'on en ait faite.
- Son épitaphe apprenoit qu'il étoit mort en 1568.
-
- Félix Buy, religieux de cette maison, et célèbre théologien, mort
- en 1687.
-
- Louis Boulenois, avocat au parlement de Paris, auteur de
- plusieurs ouvrages de jurisprudence, mort en 1762. Ses cendres et
- celles de son épouse avoient été recueillies dans un riche
- mausolée que leur avoient élevé leurs enfants. Ce monument,
- exécuté par un sculpteur nommé _Poncet_, se composoit d'un
- sarcophage porté sur un piédestal, et surmonté d'une urne de
- porphyre. On voyoit auprès la Justice éplorée, et les médaillons
- des deux époux étoient attachés à une pyramide qui couronnoit
- toute cette composition[252].
-
- [Note 252: Ce tombeau a été détruit. On a rendu les
- portraits des deux époux à la famille.]
-
- La famille des Chauvelin avoit aussi sa sépulture dans cette
- église.
-
-Le cloître étoit fort grand, et environné d'arcades gothiques. Des
-peintures exécutées sur ses murailles, et qui étoient au nombre des
-plus anciennes de ce genre qu'il y eût à Paris, représentoient les
-vies des prophètes Élie et Élisée. On y lisoit aussi l'histoire de
-l'ordre, écrite en vieilles rimes françoises. Les curieux avoient
-soin de se faire montrer une chaire de pierre pratiquée dans le mur,
-qui avoit servi anciennement aux professeurs de théologie de cet
-ordre, et dans laquelle on prétend qu'_Albert-le-Grand_, _saint
-Bonaventure_ et _saint Thomas_ ont donné des leçons publiques.
-
-La bibliothèque étoit composée d'environ douze mille volumes[253].
-
- [Note 253: L'église des Carmes a servi, pendant plusieurs
- années, d'atelier pour une manufacture d'armes: depuis elle
- a été détruite, et sur son emplacement on a élevé un marché.
- _Voy._ à la fin du quartier, l'article _monuments
- nouveaux_.]
-
-
-LA COMMANDERIE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN.
-
-C'étoit une propriété de l'ordre de Malte, qui, comme nous l'avons
-déjà dit, remplaça celui des Templiers, et fut mis en possession de
-tous ses biens; toutefois il étoit possesseur de cette maison avant la
-destruction de ces religieux. Ces deux ordres avoient été institués
-pour l'utilité des pèlerins qui alloient visiter les lieux saints,
-mais avec cette différence que les Templiers, autrement dits _frères
-de la Milice du Temple_, se contentoient d'assurer les passages, de
-conduire et de défendre sur la route ces pieux voyageurs, tandis que
-les _frères Hospitaliers de Jérusalem_ s'engageoient à leur donner
-l'hospitalité et à leur procurer tous les secours que pouvoit exiger
-leur situation. L'institution de ces derniers avoit même précédé de
-quelque temps celle des Templiers: cependant il n'y a point de preuves
-qu'ils aient eu avant ceux-ci un établissement à Paris; et quelques
-efforts que fasse l'abbé Lebeuf[254] pour reculer le plus possible
-cette antiquité, les raisonnements qu'il présente à ce sujet,
-combattus avec beaucoup de force par Jaillot, ne sont point appuyés de
-titres qui soient antérieurs à l'année 1171, époque que Sauval donne
-aussi pour la fondation de Saint-Jean-de-Latran. Du reste, ce surnom
-de _Latran_, qui est celui d'une basilique de Rome, ne fut donné à
-leur chapelle que dans le courant du seizième siècle: jusque-là, leur
-maison avoit été nommée _Saint-Jean-de-Jérusalem_ et _l'Hôpital de
-Jérusalem_.
-
- [Note 254: T. I, p. 236.]
-
-Cette commanderie occupoit un très-grand espace de terrain qui
-s'étendoit jusqu'à la rue des Noyers. Il se composoit d'une grande
-maison où demeuroit le commandeur, d'une immense tour carrée qui
-paroît avoir été destinée autrefois à recevoir les pèlerins, et d'une
-grande quantité de maisons très-mal bâties, où logeoient toutes sortes
-d'artisans qui y jouissoient du droit de franchise, de même que les
-habitants de l'enclos du Temple. L'église, qui paroissoit avoir été
-bâtie dès le temps de l'établissement, étoit desservie par un
-chapelain de l'ordre de Malte, et servoit de paroisse à tous ceux qui
-habitoient l'enceinte de la commanderie[255].
-
- [Note 255: L'église de Saint-Jean-de-Latran, qui existoit
- encore il y a quelques années, est aujourd'hui à moitié
- démolie, et l'on travaille en ce moment à achever cette
- démolition; les bâtiments sont occupés par des
- particuliers.]
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN.
-
- SCULPTURES.
-
- Derrière le maître-autel, une Vierge, de la main d'_Anguier_
- aîné.
-
-
- TOMBEAUX.
-
- Dans le choeur on voyoit le mausolée de Jacques de Souvré,
- grand-prieur de France, exécuté par le même sculpteur[256].
-
- [Note 256: Le Commandeur est représenté nu dans la partie
- supérieure du corps, et à moitié couché sur son tombeau. Il
- s'appuie, du bras gauche, sur un fragment de rocher; l'autre
- bras est soutenu par un génie en pleurs. Son casque, sa
- cuirasse et le reste de son armure sont déposés à ses pieds.
- L'exécution de ces figures manque de vigueur et de
- sentiment, les formes en sont dépourvues de caractère, les
- draperies sont lourdes; au total c'est de la sculpture
- extrêmement médiocre[256-A].]
-
- [Note 256-A: Ce monument, déposé aux Petits-Augustins, y
- étoit soutenu par deux cariatides qui appartenoient au
- tombeau du président de Thou. Nous aurons occasion d'en
- parler.]
-
- Dans une chapelle attenant à l'église on lisoit l'épitaphe d'un
- particulier nommé Huard, mort en 1553, après avoir fait le tour
- du monde.
-
- Jacques de Bethem, dernier archevêque de Glascow en Écosse,
- ambassadeur en France pendant quarante-deux ans, et l'un des
- fondateurs du collége des Écossois, avoit sa sépulture dans cette
- église.
-
-Cette commanderie pouvoit rapporter 12,000 livres de rente. L'hôtel
-_Zone_, situé dans le faubourg Saint-Marcel, et la maison de la
-_Tombe-Isoire_[257], sise hors des murs, étoient au nombre de ses
-dépendances.
-
- [Note 257: _Voy._ 1re part. de ce vol., p. 622 et t. II, 1re
- part., p. 458.]
-
-
-L'ÉGLISE COLLÉGIALE ET PAROISSIALE DE SAINT-BENOÎT.
-
-L'origine de cette église se perd dans la nuit des temps, et cette
-obscurité qui l'environne a porté plusieurs historiens à exagérer
-encore son antiquité. Du Breul, Sauval et plusieurs autres[258] ont
-prétendu qu'elle avoit été bâtie dès le temps de saint Denis, et
-consacrée à la Sainte-Trinité par cet apôtre des Gaules. Adrien de
-Valois[259] soutient au contraire qu'on n'a aucune preuve que cette
-église existât avant l'an 1000: ces deux opinions sont également
-éloignées de la vérité. Il existe une charte de Henri Ier[260], le
-premier monument sans doute qui en fasse mention, par laquelle ce
-monarque donne au chapitre de Notre-Dame plusieurs églises situées
-dans le faubourg de Paris, dont quelques-unes avoient été décorées du
-titre d'abbayes, entre autres celles de Saint-Étienne, de
-Saint-Séverin et de Saint-Bacque, «lesquelles, ajoute cet acte,
-étoient depuis long-temps au pouvoir de ses prédécesseurs et au sien;»
-«_nostræ potestati et antecessorum nostrorum_ antiquitùs
-_mancipatas_.» Cette église de Saint-Bacque est celle qui porte
-aujourd'hui le nom de Saint-Benoît, et le mot _antiquitùs_ prouve
-évidemment qu'elle existoit avant l'an 1000. Il paroît même par le
-diplôme de Henri Ier que la cathédrale, à laquelle il rendit cette
-église, avoit eu sur elle, dans les siècles précédents, quelques
-droits de supériorité que l'invasion des Normands lui avoit fait
-perdre. Du reste ce nom de Saint-Bacque qu'elle portoit, et qu'il ne
-faut point séparer de celui de Saint-Serge, parce que l'église a de
-tout temps fêté ensemble ces deux saints martyrisés en Syrie, fait
-penser à Jaillot qu'il faut reculer l'origine du monument dont nous
-parlons jusqu'au sixième ou du moins jusqu'au septième siècle.
-
- [Note 258: Du Breul, p. 257.--Sauval, t. I, p. 410.
- _Chronol. hist. des curés de Saint-Benoît_, p. 4.]
-
- [Note 259: De Basil. Paris, p. 480 et 482.]
-
- [Note 260: Bibliot. du Roi, manusc. 5185, cc.]
-
-Dans le douzième, on trouve cette église désignée sous le nom de
-Saint-Benoît, ainsi que l'aumônerie ou l'hôpital voisin, dans lequel
-se sont depuis établis les Mathurins. Cependant il ne faut pas que
-cette dénomination porte à croire, avec quelques historiens, qu'elle
-ait été autrefois une abbaye desservie par des religieux de
-Saint-Benoît. Il n'existe aucune preuve qu'il y ait jamais eu en cet
-endroit un monastère de Bénédictins; on n'y conservoit aucune relique
-de saint Benoît; sa fête n'y étoit pas même anciennement célébrée; et
-l'abbé Lebeuf[261] a prouvé jusqu'à l'évidence que le nom de _Benoît_
-n'étoit autre chose que celui de Dieu, _Benedictus Deus_. Dans nos
-anciens livres d'église et de prières, on lit _la benoîte Trinité_, et
-_Dominica benedicta_, _l'office Saint-Benoît_, _l'autel
-Saint-Benoît_, pour dire le dimanche de la Trinité, l'autel de la
-Trinité, etc. Ce n'est qu'au treizième siècle que l'on commença à
-accréditer cette fausse opinion qui fit regarder l'église de
-Saint-Benoît comme une ancienne abbaye de religieux de son ordre, et
-lui fit donner pour patron ce fameux abbé du Mont-Cassin.
-
- [Note 261: T. I, p. 212.]
-
-Les historiens de Paris sont également peu d'accord sur l'époque où la
-chapelle de Saint-Benoît, devenue collégiale après la donation de
-Henri Ier, réunit à ce titre celui de paroisse, par l'admission d'un
-chapelain chargé d'administrer les sacrements. L'un d'eux a avancé que
-cette érection d'un curé n'eut lieu qu'en 1183. Jaillot prouve le
-contraire par une lettre d'Étienne, abbé de Sainte-Geneviève, au pape
-Luce III, mort en 1185, dans laquelle, parlant en faveur de Simon,
-_chapelain_ de Saint-Benoît[262], il se plaint de ce qu'il est
-inquiété par quelques chanoines qui lui disputent certains droits
-contre l'_usage ancien_ observé tant par lui que par ses
-_prédécesseurs_. Il est donc évident que, dès que le chapitre
-Notre-Dame fut en possession de l'église Saint-Benoît, il y fit
-exercer les fonctions curiales, peut-être pendant quelque temps par
-des chanoines qui se succédoient tour à tour, mais bientôt après par
-un prêtre ou chapelain, qui en fut spécialement chargé.
-
- [Note 262: Il n'est pas douteux que, par les mots
- _capellarius_, _presbyter_, _capicerius_, _sacerdos ecclesiæ
- N_, on a toujours entendu le curé.]
-
-On ignore pourquoi le chevet de cette église, contre l'usage établi,
-étoit autrefois tourné à l'occident. Cette situation lui fit donner le
-nom de Saint-Benoît le _bestournet_, _le bétourné_, _le
-bestorné_[263], et ce nom, qui veut dire _mal tourné_, _renversé_ (_S.
-Benedictus malé versus_) se trouve dans tous les actes du treizième
-siècle. Cette église ayant été en partie reconstruite sous le règne de
-François Ier, plusieurs de nos historiens ont prétendu que l'autel fut
-alors placé à l'orient, et que c'est à partir de cette époque qu'elle
-fut appelée Saint-Benoît le _bien tourné_; mais il est certain que
-cette dénomination est plus ancienne, sans qu'on puisse en déterminer
-positivement la cause; et plusieurs actes des quatorzième et quinzième
-siècles, cités par Jaillot et l'abbé Lebeuf, désignent déjà ce
-monument avec cette dernière épithète: _Sanctus Benedictus_ benè
-_versus_.
-
- [Note 263: Cartul. S. Genev. et Sorbon., fol. 57.]
-
-Excepté les piliers du choeur au côté septentrional, qui paroissent
-être un reste des premières constructions, le portail et tout ce qu'il
-y a de plus ancien dans cette église ne passe pas le règne de François
-Ier. Le sanctuaire ne fut rebâti que vers la fin du dix-septième
-siècle (en 1680), et alors, pour accroître l'aile méridionale, on y
-renferma une rue qui communiquoit de la rue Saint-Jacques au cloître.
-Le reste de l'église fut, à cette époque, réparé sur les dessins et
-sous la conduite d'un architecte nommé Beausire. La balustrade de fer
-qui régnoit au pourtour du choeur, l'oeuvre et le clocher furent faits
-dans le même temps. On prétend que les pilastres corinthiens qui
-décorent le rond-point ont été exécutés d'après les dessins de
-Perrault[264].
-
- [Note 264: _Voy._ pl. 151.]
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-BENOÎT.
-
- TABLEAUX.
-
- Sur l'autel de la chapelle de la paroisse, une descente de croix;
- par _Sébastien Bourdon_.
-
- Dans la chapelle des fonts, le baptême de N. S., par _Hallé_.
-
- Deux autres tableaux peints sur bois, représentant saint Denis et
- saint Étienne; par un peintre inconnu.
-
- Dans la chapelle de la Vierge, et sur les lambris, des peintures
- représentant la vie de cette sainte mère du Sauveur.
-
- Deux tableaux représentant, l'un saint Joseph, l'autre l'ange qui
- conduit le jeune Tobie; par un peintre inconnu.
-
-
- SCULPTURES.
-
- Sous une voûte, au fond d'une chapelle, à gauche en entrant, un
- Christ au tombeau, avec les trois Maries, saint Joseph
- d'Arimathie, etc.
-
- La cuvette des fonts baptismaux. Cette cuvette, d'une pierre
- blanche et dure, est bordée d'ornements arabesques d'un travail
- très-élégant et très-délicat, et portée sur un socle carré,
- enrichi de bas-reliefs d'une exécution qui n'est point inférieure
- à celle des ornements. Elle porte la date de 1547; et tout
- annonce en effet que c'est un ouvrage du plus beau temps de la
- sculpture moderne[265].
-
- [Note 265: Ce monument, dont aucun historien de Paris
- n'avoit fait mention, a été déposé aux Petits-Augustins.]
-
-
- TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
-
- Dans cette église avoient été inhumés:
-
- Jean Dorat, professeur royal de langue grecque, surnommé le
- Pindare français, mort en 1588.
-
- René Chopin, savant jurisconsulte, mort en 1606.
-
- Pierre Brulard, seigneur de Crosne et de Genlis, secrétaire
- d'état, mort en 1608.
-
- Guillaume Château, habile graveur, mort en 1683.
-
- Jean-Baptiste Cotelier, professeur de langue grecque et habile
- théologien, mort en 1686.
-
- Claude Perrault, célèbre architecte, mort en 1688.
-
- Jean Domat, avocat du roi au présidial de Clermont, célèbre
- jurisconsulte, mort en 1696.
-
- Charles Perrault, frère de Claude, auteur des Contes de Fées, et
- du Parallèle des anciens et des modernes, mort en 1703.
-
- Gérard Audran, l'un des plus célèbres graveurs de son siècle,
- mort en 1703.
-
- Marie-Anne des Essarts, femme de Frédéric Léonard, le plus riche
- libraire de son temps, morte en 1706. Son mari lui avoit fait
- élever un petit monument, exécuté par _Vancleve_, sur les dessins
- d'_Oppenor_[266].
-
- [Note 266: Il n'existe point au Musée des Petits-Augustins.]
-
- Jean-Foy Vaillant, médecin, et savant antiquaire, mort en 1706.
- (Son épitaphe est au Musée des Petits-Augustins.)
-
- Le comédien Michel Baron, mort en 1729.
-
-Le chapitre de Saint-Benoît étoit composé de six chanoines nommés par
-un pareil nombre de chanoines de Notre-Dame, à qui appartenoit cette
-nomination; d'un curé et de douze chapelains choisis par le chapitre.
-Les chapellenies y étoient assez nombreuses.
-
-Cette église, suivant l'ancien usage des collégiales, avoit son
-cloître, dans lequel on entroit encore, dans les derniers temps, par
-trois ouvertures anciennement fermées de portes. Ce cloître étoit
-vaste, et l'on y portoit, après la moisson et les vendanges, les
-redevances en grains et en vins affectées à ces chanoines; le chapitre
-Notre-Dame y avoit aussi une grange pour déposer celles qu'il
-percevoit dans les environs, et l'on y tenoit un marché public dans le
-temps de la récolte. Il faut ajouter aussi que la justice temporelle
-s'y exerçoit, et qu'il y avoit une prison.
-
-
-CIRCONSCRIPTION.
-
-L'étendue de la paroisse Saint-Benoît formoit une figure assez
-irrégulière. Ce qu'elle avoit à l'orient et vers le nord consistoit dans
-le côté gauche de la place Cambrai, en entrant par la fontaine,
-jusqu'aux trois dernières maisons de la rue Saint-Jean-de-Latran; elle
-avoit au côté droit de cette place, toutes les maisons jusqu'à l'ancien
-collége de Cambrai exclusivement; quelques maisons en descendant la rue
-Saint-Jean-de-Beauvais, jusque vis-à-vis l'École de Droit; puis le côté
-gauche de la rue des Noyers, à partir de celle des Anglois et en allant
-à la rue Saint-Jacques; ensuite toutes les maisons qui suivent à gauche
-en remontant cette même rue jusque vers le collége Du Plessis. Elle
-reprenoit à la porte du collége des Jésuites, et continuoit à gauche
-jusqu'à la rue Saint-Étienne-des-Grès, où elle finissoit avant la
-chapelle du collége des Cholets. Du collége de Lisieux, elle revenoit à
-la rue Saint-Jacques, qu'elle continuoit des deux côtés jusqu'à
-l'Estrapade, se prolongeant du côté gauche jusqu'au milieu de la place,
-et du côté droit jusqu'aux Filles de la Visitation. Revenant à la rue
-Saint-Hyacinte, elle en avoit les deux côtés dans la partie supérieure,
-et de même dans la rue Saint-Thomas. Elle enfermoit ensuite le clos des
-Jacobins, la rue de Cluni, le collége du même nom et ses dépendances, la
-rue des Cordiers, celle des Poirées, la rue de Sorbonne en grande
-partie, la Sorbonne, et toutes les maisons placées entre le coin de la
-rue des Maçons jusqu'à celui de la rue Saint-Jacques, qu'elle remontoit
-ensuite jusqu'à celle des Cordiers.
-
-Au couchant, elle renfermoit le collége de Dainville et ses
-dépendances; en descendant la rue de la Harpe, tout ce qui est à
-gauche jusqu'au coin de la rue Serpente exclusivement, ce qui comprend
-une partie de la rue des Deux-Portes et de celle de Pierre-Sarrazin.
-Elle avoit en outre, dans la rue des Carmes, un écart composé de
-quatre à cinq maisons.
-
-
-L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-HILAIRE.
-
-On ne trouve aucuns monuments qui puissent fournir quelques lumières
-sur l'origine de cette église. L'abbé Lebeuf[267] pense qu'il faut en
-attribuer la construction au chapitre Saint-Marcel, propriétaire par
-succession d'une partie du clos Bruneau, et qui s'étoit acquis par-là
-le droit de nomination à cette cure, à laquelle il a effectivement
-présenté dès l'an 1200. Cette conjecture semble donc assez
-vraisemblable; mais lorsqu'il ajoute que la situation de cette église
-près de celle de Sainte-Geneviève pourroit faire penser que Clovis,
-qui se croyoit redevable à l'intercession de saint Hilaire de la
-victoire qu'il avoit remportée sur Alaric, auroit fait bâtir en cet
-endroit un oratoire sous son nom, il ne présente qu'une opinion vague
-et qui n'est fondée sur aucune autorité.
-
- [Note 267: T. I, p. 206.]
-
-Le plus ancien titre qui parle de cette église est la bulle d'Adrien
-IV, de 1158: elle y est appelée chapelle de Saint-Hilaire-du-Mont,
-_capella sancti Hilarii de Monte_. Jaillot pense que les chanoines de
-Saint-Marcel et de Sainte-Geneviève, dont les seigneuries étoient
-limitrophes, avoient pu faire entre eux divers échanges, et que
-c'étoit peut-être à ce titre que les premiers possédoient une partie
-du clos Bruneau; que la chapelle de Saint-Hilaire aura servi aux
-vassaux de Saint-Marcel, trop éloignés de cette basilique; enfin que
-la population de ce territoire s'étant successivement accrue, cette
-chapelle, de même que celle de Saint-Hippolyte, aura été érigée en
-paroisse. Elle fut rebâtie en 1300, reconstruite et augmentée vers
-1470, réparée de nouveau et décorée au commencement du siècle dernier
-par les soins et les libéralités de M. Jollain, l'un des curés de
-cette paroisse.
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-HILAIRE.
-
- TABLEAUX.
-
- Sur le maître-autel, une Nativité; par un peintre inconnu.
-
- Dans la chapelle de la Vierge, deux tableaux représentant saint
- Jean et saint Joseph; par _Belle_.
-
-
- SÉPULTURES.
-
- Dans cette église avoit été inhumé Patrice Maginn, docteur en
- droit, et premier aumônier de la reine d'Angleterre, mort en
- 1683.
-
-Il y avoit dans cette paroisse une chapellenie instituée par un bedeau
-de l'université nommé _Hamon Lagadon_. Le chapitre de Saint-Marcel
-nommoit à la cure[268].
-
- [Note 268: L'église de Saint-Hilaire a été détruite.]
-
-
-CIRCONSCRIPTION.
-
-Le territoire de cette paroisse, resserré entre celui de
-Saint-Étienne-du-Mont et celui de Saint-Benoît, étoit très-circonscrit.
-Il est remarquable qu'il étendoit sa juridiction sur le collége
-d'Harcourt, situé derrière la rue de la Harpe, parce qu'avant la
-construction de ce collége, ce lieu étoit habité par des vassaux de
-Saint-Marcel. Le collége des Lombards dépendoit aussi de cette
-paroisse.
-
-
-L'ABBAYE ROYALE SAINTE-GENEVIÈVE.
-
-Plus un monument est ancien, plus il excite la curiosité; et c'est
-alors surtout, comme il nous est arrivé si souvent de nous en
-plaindre, qu'il est plus difficile de la satisfaire. Les commencements
-de notre monarchie sont des temps de désordre et d'ignorance; les
-révolutions fréquentes qui en marquent le cours interrompirent plus
-d'une fois la suite des traditions, causèrent la destruction ou la
-perte de presque tous les titres qui pouvoient jeter quelques lueurs
-au milieu de ces profondes ténèbres; et ce manque absolu d'autorités
-se fait sentir surtout lorsqu'il est question des choses qui se sont
-passées sous la première race. Cependant quelque obscurité qui
-environne les événements de ces temps reculés, il n'est personne qui
-ignore, et la tradition en est venue jusqu'à nous, que l'abbaye
-Sainte-Geneviève fut fondée par Clovis Ier, sur une colline au
-sud-est de Paris, et dans un lieu qui servoit de cimetière public;
-mais nos historiens ne sont d'accord ni sur l'année où cette église a
-été bâtie, ni sur l'époque des changements survenus dans les noms
-qu'elle a portés, ni même sur l'état de ceux qui furent choisis
-d'abord pour la desservir.
-
-Cependant, quant à l'année de sa fondation, ces historiens ne
-diffèrent entre eux que depuis l'an 499 jusqu'à 511, c'est-à-dire d'un
-intervalle d'environ douze ans[269]. Il est certain que, dès la fin de
-l'année 496, Clovis avoit été baptisé, et que la plus grande partie
-des François avoit, à son exemple, embrassé le christianisme; mais on
-ne trouve aucun titre qui prouve que, vers cette époque, et même
-pendant les dix années qui la suivirent, ce prince ait fait bâtir
-d'église à Paris ni même en France. On sait que la guerre qu'il avoit
-déclarée à Gondebaud, roi de Bourgogne, les alliances qu'il
-contractoit avec d'autres souverains, et une foule de soins non moins
-importants l'occupoient alors tout entier; de manière que, sans
-pouvoir également offrir de preuves positives d'aucune autre date, il
-nous paroît plus vraisemblable de reculer cette fondation jusqu'à
-l'année 508, après la fameuse bataille qu'il livra, près de Poitiers,
-au roi des Visigoths, Alaric II. Trois historiens, Aimoin, Roricon et
-Frédégaire[270], rapportent qu'à la prière de Clotilde ce monarque
-avoit fait voeu, s'il revenoit vainqueur, de bâtir une église sous
-l'invocation de saint Pierre. La bataille fut livrée en 507; Clovis y
-tua Alaric de sa propre main, et revint l'année suivante à Paris,
-qu'il choisit alors pour la capitale de ses états. Il nous semble
-qu'aucune époque ne peut être plus convenable pour y placer la
-fondation de l'église de Sainte-Geneviève. Elle fut nommée dans le
-principe tantôt l'église de Saint-Pierre, tantôt la basilique des SS.
-Apôtres[271]. Nous dirons plus bas quand et à quelle occasion on la
-consacra à la patronne de Paris.
-
- [Note 269: Corrozet place cette fondation en 499; Du Breul,
- Sauval, Delamarre, le P. Daniel, l'abbé Fleuri en 500; les
- historiens de Paris en 509; les auteurs du _Gallia
- christiana_ un peu avant 511, etc.]
-
- [Note 270: Aim. lib. 1, cap. 10; Gesta franc. Roric. lib. 4;
- Fredeg. schol. epit. cap. 25.]
-
- [Note 271: Greg. Tur. lib. III. cap. 18, et lib. IV. cap.
- 1.--_Ibid._ lib. II, cap. 43, etc.]
-
-Le nom de _basilique_, dont se sert Grégoire de Tours en parlant de
-cette église, a fait penser qu'elle avoit d'abord été desservie par
-des religieux. Les noms de _monastère_, _d'abbé_, _de frères_, par
-lesquels les vieux titres désignent sans cesse et l'église et ceux qui
-la desservoient, mais surtout le témoignage d'un ancien livre, qui
-déclare formellement qu'elle avoit été bâtie pour y faire observer _la
-religion de l'ordre monastique_[272], semble fortifier cette opinion
-que les savants du premier ordre, dom Mabillon, l'abbé Fleuri, l'abbé
-Lebeuf, le P. Dubois, etc., ont embrassée.
-
- [Note 272: _Ubi religio monastici ordinis vigeret._ Telles
- sont les propres expressions d'un passage de la vie de
- sainte Bathilde, où l'on parle de la fondation faite par la
- reine Clotilde de la basilique de Saint-Pierre.]
-
-Jaillot, qui, sans avoir une science aussi universelle que ces hommes
-célèbres, avoit certainement plus approfondi ces matières qu'aucun
-d'entre eux, ose s'élever seul contre leur sentiment. D'abord il n'a
-pas de peine à prouver que ces noms de _basilique_, de _monastère_,
-donnés à l'église, de _frères_ et d'_abbé_, dont sont qualifiés les
-desservants, ont été mille fois employés pour désigner les chapitres,
-les églises, la cathédrale elle-même; l'histoire de Paris en offre
-mille exemples. Le passage de la vie de sainte Bathilde présente plus
-de difficultés, et cependant il nous semble qu'il en a heureusement
-triomphé; ses raisonnements qu'il sait fortifier d'exemples et
-d'autorités, sans rien offrir d'absolument décisif, nous portent à
-croire que ces desservants, soumis à la règle, à la vie _monastique_,
-n'étoient autre chose, dès l'origine, qu'un collége de chanoines
-séculiers.
-
-Ces chanoines subsistèrent dans le même état jusqu'au douzième
-siècle; et pendant ce long espace de temps on les voit sans cesse
-l'objet d'une protection spéciale de la part des rois de France et des
-plus grands princes. Un diplôme du roi Robert, de 997, confirme les
-donations qui leur ont été faites, en ajoute de nouvelles, leur donne
-le droit de nommer leur doyen[273], de disposer de leurs prébendes.
-Par une charte donnée en 1035, Henri Ier se déclare le protecteur de
-_la vénérable congrégation des chanoines de Sainte-Geneviève_. Une
-autre charte, datée de 1040 ou environ, contient d'autres donations
-faites en leur faveur par Geoffroi Martel, comte d'Anjou; des bulles
-de divers papes confirment tous ces priviléges, etc.; mais en 1148 il
-se fit un changement notable dans leur administration intérieure:
-Eugène III, qui occupoit alors le trône pontifical, et qu'un événement
-fâcheux avoit forcé de se réfugier en France dès l'année précédente,
-étoit depuis quelque temps informé du relâchement qui existoit dans
-cette communauté; peut-être même pensoit-il déjà à y introduire la
-réforme. Une scène scandaleuse, qui se passa sous ses propres yeux,
-dans l'église de Sainte-Geneviève[274], le confirma dans cette
-résolution, que le peu de séjour qu'il fit en France l'empêcha
-toutefois d'exécuter lui-même. Louis-le-Jeune, entrant dans ses vues,
-en confia le soin à Suger, qu'il venoit de nommer régent de son
-royaume avant son départ pour la Terre-Sainte. Cette réforme n'eut
-point lieu, suivant toutes les apparences: car on voit l'année
-suivante (en 1148) le même pape Eugène former d'abord le projet de
-substituer à ces chanoines huit religieux de l'ordre de Cluni, et
-ensuite, vaincu par les prières et les représentations qu'ils lui
-firent, se contenter d'introduire dans leur maison douze chanoines de
-Saint-Victor[275], qui opérèrent enfin cette réforme si nécessaire.
-C'est ainsi que les chanoines de Sainte-Geneviève, de séculiers qu'ils
-étoient, devinrent réguliers.
-
- [Note 273: Outre le doyen, elle avoit encore deux autres
- dignitaires, dont l'un étoit le préchantre et l'autre le
- chancelier. Sous Louis-le-Gros, on y comptoit au moins vingt
- prébendes, dont plusieurs étoient possédées par des
- ecclésiastiques très-qualifiés. La considération dont
- jouissoit le chapitre de Sainte-Geneviève étoit telle, que,
- pendant plus d'un siècle, nos rois furent dans l'usage de
- connoître par eux-mêmes des causes et affaires de tous les
- chanoines en particulier. Mais ce qu'il y a de plus
- remarquable, c'est que dès-lors ce chapitre, à l'imitation
- de la cathédrale, avoit ses écoles, où les lettres
- florissoient, et que son chancelier y avoit les mêmes
- attributions que celui de Notre-Dame. Il en résulta que
- lorsque l'Université se fut étendue jusque sur le territoire
- de cette église, ce chancelier eut naturellement sur les
- écoliers la même inspection que l'autre avoit sur eux, hors
- de la terre de Sainte-Geneviève.]
-
- [Note 274: Le pape étant allé à la basilique des SS. Apôtres
- pour y célébrer la messe, il arriva qu'après qu'il se fut
- retiré dans la sacristie, ses officiers voulurent s'emparer
- d'un riche tapis que les chanoines avoient étendu sous les
- pieds du pontife. Ils prétendoient qu'un ancien usage leur
- donnoit le droit de l'enlever. Les domestiques de l'abbaye
- voulurent aussi l'avoir. Les deux partis commencèrent par
- s'arracher le tapis des mains, avec des injures et des cris;
- ils en vinrent bientôt aux coups, et le tumulte fut si
- grand, que le roi, qui n'étoit pas encore sorti de l'église,
- ayant cru devoir se présenter pour rétablir l'ordre, fut
- lui-même frappé dans la foule par les domestiques de
- l'abbaye.]
-
- [Note 275: Annal. manusc. de Sainte-Geneviève, fol. 275.]
-
-Piganiol pense que ce fut vers cette année, et à l'occasion du
-changement qui survint alors dans cette abbaye, qu'elle prit le nom de
-Sainte-Geneviève. C'est une erreur: Jaillot cite des actes des
-septième et huitième siècles, dans lesquels elle est déjà désignée
-sous les noms de Saint-Pierre et de Sainte-Geneviève; et dès le
-neuvième on la trouve sous le nom seul de cette sainte. On sait
-qu'elle y avoit sa sépulture; et la vénération que les Parisiens
-avoient conservée pour cette illustre protectrice de leur ville, les
-miracles qui s'opéroient à son tombeau, ont dû naturellement amener
-très-vite un pareil changement. Il y a de nombreux exemples de ces
-mutations, dans lesquelles la dévotion particulière d'un peuple, même
-d'une classe de citoyens, a fait préférer le nom d'un patron à celui
-du titulaire d'une église.
-
-La réforme se soutint parmi les chanoines de Sainte-Geneviève jusqu'à
-ces guerres funestes qui désolèrent les règnes de Charles VI et
-Charles VII, et jetèrent le désordre dans les monastères comme dans
-toutes les autres parties de la société. La discipline régulière fut
-dès-lors entièrement anéantie dans cette abbaye, et ce n'est que sous
-le règne de Louis XIII qu'on pensa à la rétablir. Afin d'y parvenir,
-ce prince, après la mort de Benjamin de Brichanteau, évêque de Laon,
-qui en étoit abbé, crut devoir y nommer, de son autorité et pour cette
-fois seulement, le cardinal de La Rochefoucauld, sous la condition
-qu'il y établiroit la réforme. Pour se conformer aux intentions du
-roi, cette Éminence ne trouva point de moyen plus efficace que d'y
-faire entrer, en 1624, le père Faure avec douze religieux de la
-réforme que ce même père venoit d'établir dans la maison de
-Saint-Vincent de Senlis. La réforme de Sainte-Geneviève achevée en
-1625, confirmée par des lettres patentes de 1626, et par une bulle
-d'Urbain VIII donnée en 1634, fut entièrement consolidée, cette même
-année, par l'élection du père Faure comme abbé coadjuteur de cette
-abbaye, et supérieur général de la congrégation. C'est à cette époque
-qu'il faut fixer la triennalité des abbés de Sainte-Geneviève, la
-primatie de cette abbaye chef de l'ordre, et le titre qu'on lui a
-donné de _chanoines réguliers de la congrégation de France_.
-
-L'église de Sainte-Geneviève ne présente pas dans ses antiquités
-moins d'obscurités et d'incertitudes que son clergé. On ne peut pas
-assurer que l'édifice bâti par Clovis et par sainte Clotilde subsistât
-encore lorsqu'en 857 les Normands, qui, depuis douze ans, n'avoient
-pas cessé de ravager les bords de la Seine, débarquèrent dans la
-plaine de Paris, et mirent le feu à cette basilique, ainsi qu'à toutes
-les autres églises, excepté celles de Saint-Vincent et de Saint-Denis,
-qui furent rachetées de ces barbares à prix d'argent. Peut-être
-avoit-elle été déjà reconstruite au huitième siècle, en même temps que
-cette dernière. Ce qu'il y a de certain, c'est que les murailles de
-l'édifice que détruisirent les Normands subsistèrent encore en partie,
-quoiqu'en très-mauvais état, jusque vers l'an 1190. Elles furent alors
-réparées par Étienne, qui en étoit abbé; et ces réparations, dont une
-partie a subsisté jusque dans les derniers temps, étoient encore
-très-visibles sur le côté extérieur et méridional de la nef. Suivant
-l'abbé Lebeuf, cette partie extérieure de la carcasse étoit un débris
-des constructions qui existoient même du temps des barbares. Quant à
-tout le travail du dedans, piliers, voûtes, petites colonnades, on y
-reconnoissoit le caractère de l'architecture gothique du treizième
-siècle; mais leur disposition singulière, l'élévation des ailes et
-leur peu de largeur, la ceinture du sanctuaire formée en rotonde,
-sembloient prouver que la nouvelle église avoit été rebâtie sur les
-anciens fondements; et un pilier, placé près de la porte qui
-communiquoit avec l'église Saint-Étienne, indiquoit par son chapiteau
-plus ancien de deux siècles, que le sol de ce monument avoit été
-relevé. Les trois portiques[276] du frontispice étoient aussi du
-treizième siècle. Enfin les constructions de la tour qui servoit de
-clocher annonçoient deux époques: la partie inférieure étoit du
-onzième siècle, l'autre avoit été réparée[277] à la fin du quinzième,
-sous le règne de Charles VIII.
-
- [Note 276: Dans les premiers temps, suivant l'auteur de la
- vie de sainte Geneviève, cette église n'avoit qu'un seul
- portique, où étoient simplement peintes les histoires des
- patriarches, des prophètes, des martyrs et des confesseurs.
- La sculpture ne fut employée que long-temps après pour ces
- sortes de représentations, et lorsqu'en élargissant les
- églises on jugea à propos d'élargir aussi et d'exhausser les
- portiques.]
-
- [Note 277: _Voy._ pl. 152. Le tonnerre étoit tombé sur
- l'abbaye, et y avoit causé de grands dommages; le clocher
- avoit été renversé, les cloches avoient été fondues, et
- plusieurs endroits de la maison endommagés.]
-
-Lorsque les desservants de l'abbaye Sainte-Geneviève s'étoient vus
-menacés de la première invasion des Normands, avant de quitter leur
-monastère, ils avoient eu soin d'ouvrir le tombeau de leur sainte
-patronne, d'en enlever les reliques et de les transporter dans les
-terres de l'abbaye, où ils les tinrent cachées. Quand le calme fut
-rétabli, ils s'empressèrent de les rapporter; et chaque fois que les
-barbares revenoient, on emportoit de nouveau ce précieux dépôt. Ce
-tombeau, d'où ils avoient tiré ses ossements, étoit renfermé dans une
-_crypte_, ou chapelle souterraine qui servoit également de sépulture à
-saint Prudence, à saint Céran, évêques de Paris, et à plusieurs autres
-saints personnages morts en odeur de sainteté. Les corps de ceux-ci y
-furent laissés; et ce n'est que lorsqu'on eut relevé les ruines de
-l'ancienne voûte, calcinée par le feu des barbares, qu'on tira de
-terre ces sépulcres, et qu'on les rassembla dans la _crypte_, qui fut
-alors réparée. Elle fut depuis entièrement rebâtie, et extrêmement
-ornée par les soins du cardinal de La Rochefoucauld: la voûte en étoit
-soutenue par des piliers de marbre; l'on y descendoit par de beaux
-escaliers symétriquement placés aux deux côtés de la porte du choeur,
-et près d'un jubé découpé en pierre avec beaucoup de délicatesse. Dans
-cette chapelle souterraine, on voyoit encore le tombeau de sainte
-Geneviève, mais il n'y restoit plus rien de ses reliques. Depuis qu'on
-les en avoit tirées, elles n'étoient point sorties de la châsse qui
-avoit servi à les transporter; et cette châsse avoit été placée dans
-l'église supérieure.
-
-La crypte contenoit cinq autres chapelles. Il y en avoit encore un grand
-nombre dans l'église supérieure et dans le cloître. La plupart furent
-détruites ou changées de forme par le cardinal de La Rochefoucauld,
-lorsque dans le siècle dernier il fit réparer l'église et la maison. La
-plus remarquable de celles qui furent conservées étoit une grande et
-belle chapelle située au côté méridional du cloître, et connue dans
-l'ancien temps sous le nom de _Notre-Dame-de-la-Cuisine_, parce qu'elle
-étoit effectivement placée auprès de la cuisine de l'abbaye. Elle avoit
-été construite par ce même abbé Étienne à qui l'on devoit les
-réparations de l'église, et portoit, depuis environ deux cents ans, le
-nom de _Notre-Dame-de-la-Miséricorde_.
-
-C'étoit au pied de l'autel de cette chapelle que le chanoine de
-Sainte-Geneviève, chancelier de l'Université, donnoit le bonnet de
-maître-ès-arts.
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE ET DE L'ABBAYE SAINTE-GENEVIÈVE.
-
- TABLEAUX.
-
- Dans la nef, quatre grands tableaux, dont trois représentoient
- des voeux de la ville de Paris, et le quatrième ses actions de
- grâces pour la convalescence de Louis XV. Ces tableaux avoient
- été peints par _de Troy_ père et fils, _Largillière_ et _de
- Tournière_.
-
- Dans la sacristie, plusieurs tableaux, parmi lesquels on
- remarquoit un _Ecce Homo_ et une Notre-Dame-de-Douleur, exécutés
- en tapisserie.
-
- Dans le réfectoire, qui étoit très-vaste, la multiplication des
- pains; par _Clermont_.
-
- Dans la chapelle de Notre-Dame-de-la-Miséricorde, plusieurs
- tableaux, sans noms d'auteurs.
-
- Dans une très-grande salle, nommée la salle des Papes, les
- portraits d'un grand nombre de souverains pontifes, et quelques
- tableaux.
-
- Sur la coupole de la bibliothèque, l'apothéose de saint Augustin,
- par _Restout_ père, et un morceau de perspective peint sur un des
- murs; par _La Joue_.
-
-
- SCULPTURES.
-
- Sur le maître-autel, un riche tabernacle de forme octogone, dont
- les quatre faces principales étoient ornées de colonnes
- composites de brocatelle antique, avec bases et chapiteaux de
- bronze doré; le tout couronné d'un dôme que surmontoit une croix
- d'ambre. Ce tabernacle, rapporté en pierres rares et précieuses,
- telles que jaspes, agates, lapis, grenats, etc., avoit été fait
- aux frais du cardinal de La Rochefoucauld.
-
- À côté de cet autel, les statues de saint Pierre et de saint Paul
- en métal doré.
-
- Au milieu du choeur, un lutrin d'une composition élégante et
- ingénieuse: il étoit à trois faces, et entouré de trois anges
- touchant une triple lyre, qui servoit de point d'appui à l'aigle.
- Le dessin de ce morceau étoit attribué à _Lebrun_.
-
- Un candélabre donné par la ville, et orné de ses armes, de celles
- du roi et de celles de l'abbaye; par _Germain_.
-
- Près de la porte par laquelle les chanoines entroient dans le
- choeur, sous deux arcades enfoncées, deux figures en terre cuite,
- représentant Jésus-Christ dans le tombeau et ressuscité; par
- _Germain Pilon_[278].
-
- [Note 278: Ces figures, de la proportion seulement de quinze
- à dix-huit pouces, ont été déposées au Musée des
- Petits-Augustins.]
-
- Dans le vestibule du couvent, quatre statues représentant les
- prophètes.
-
- Dans la galerie dite l'_oratoire_, une Nativité en plomb bronzé.
-
-
- TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
-
- _Dans l'église._
-
- Derrière le maître-autel, la châsse qui renfermoit le corps de
- sainte Geneviève. Cette châsse, que plusieurs historiens de Paris
- ont faussement attribuée à saint Éloi[279], étoit de vermeil
- doré, d'un travail gothique, couverte de pierreries dues à la
- piété et à la libéralité de nos rois. Elle étoit soutenue par
- quatre statues de vierges plus grandes que nature, portées
- elles-mêmes sur des colonnes d'un marbre antique et rare; un
- bouquet de diamants d'un très-grand prix couronnoit ce monument:
- c'étoit un don de la reine Anne d'Autriche, mère de Louis XIV.
-
- [Note 279: Deux cents ans avant l'invasion des Normands, et
- lorsque le corps de la sainte étoit encore dans son tombeau,
- saint Éloi avoit effectivement orné ce monument d'ouvrages
- d'orfévrerie, c'est-à-dire de quelques rinceaux d'or et
- d'argent qui formoient au-dessus une espèce de petit
- édifice. Il fallut les enlever pour ouvrir ce tombeau; et
- les précieuses reliques, transportées dans un coffre de
- bois, y restèrent jusqu'au treizième siècle, sans autres
- décorations que quelques feuilles d'argent dont on imagina
- de le couvrir. Enfin, en 1240, un particulier nommé Godfroy
- donna une somme pour la construction d'une nouvelle châsse;
- son exemple fut imité par d'autres, et c'est alors que l'on
- construisit ce précieux ouvrage, dans lequel il entra,
- dit-on, cent quatre-vingt-treize marcs d'argent et sept
- marcs et demi d'or. L'orfèvre qui l'avoit fait se nommoit
- _Bonard_. La translation du corps de la sainte s'y fit le 22
- octobre 1242.]
-
- Au milieu, le cénotaphe de Clovis. Ce monument, sur lequel étoit
- couchée la statue de ce prince en marbre blanc, remplaçoit un
- tombeau plus simple, et d'une pierre plus commune, tel qu'on
- avoit coutume de les faire pour les rois de la première race; une
- inscription latine apprenoit qu'il avoit été élevé sur les ruines
- de l'autre par l'abbé et le chapitre de Sainte-Geneviève.
-
- Derrière le choeur, une châsse renfermant les reliques de sainte
- Clotilde. Cette reine avoit d'abord été inhumée près des degrés
- du grand autel. On ignore en quel temps ces reliques furent
- levées, mais la châsse n'étoit que de l'année 1539, époque à
- laquelle on en fit la translation. Clotilde sa fille, femme
- d'Amalaric, roi des Visigoths, les jeunes fils de Clodomir,
- assassinés par Childebert et Clotaire, avoient été également
- inhumés dans cette église.
-
- Dans une chapelle près de la sacristie, le tombeau du cardinal de
- La Rochefoucauld, abbé commandataire de cette église, mort en
- 1645. Ce monument a été exécuté par un sculpteur nommé _Philippe
- Buyster_[280].
-
- [Note 280: Le cardinal y est représenté à genoux sur un
- coussin, les mains jointes. Un génie, sur lequel Saint-Foix
- s'est fort égayé, soutient la queue de son manteau, et l'on
- ne peut s'empêcher de convenir que c'est là en effet une
- imagination fort ridicule. L'exécution de ces figures est
- froide et sèche; le dessin en est pauvre, et d'une grande
- incorrection; c'est de la sculpture très-médiocre. (Déposé
- aux Petits-Augustins.)]
-
- Sur un des piliers de la nef, le buste du célèbre Descartes, et
- une épitaphe qui apprend que les restes de ce philosophe, mort en
- Suède en 1650, ont été transportés dans cette église dix-sept ans
- après sa mort.
-
- Près de ce monument, et du même côté, avoit été déposé le coeur
- de Jacques Rohault, son disciple, et l'un des plus grands
- mathématiciens de son siècle, ce qu'indiquoit une inscription
- composée par Santeuil.
-
- Le fameux boucher Goy, l'un des chefs de la faction des
- _Cabochiens_ sous Charles VI, avoit été inhumé dans cette église.
-
-
- _Dans la chapelle souterraine._
-
- Le tombeau de sainte Geneviève. Il étoit en marbre, sans aucun
- ornement, et entouré de grilles de fer.
-
- Les tombeaux de saint Prudence et de saint Céran, évêques de
- Paris; leurs reliques en avoient été tirées dans le treizième
- siècle. Sainte Alde ou Aude, compagne de sainte Geneviève, avoit
- été inhumée dans cette même chapelle.
-
-
- _Dans la chapelle Notre-Dame-de-la-Miséricorde._
-
- Le tombeau de Joseph Foulon, abbé de Sainte-Geneviève, mort en
- 1607. On y voyoit la représentation en bronze doré de ce prélat,
- revêtu de ses habits pontificaux[281].
-
- [Note 281: Cette figure passoit pour avoir été exécutée par
- _Germain Pilon_. Elle n'existe point aux Petits-Augustins.]
-
- Celui de Benjamain de Brichanteau, évêque de Laon, et successeur
- de Foulon, mort en 1619.
-
-
- _Dans le chapitre._
-
- Plusieurs tombes de marbre blanc renfermant les corps des trois
- premiers abbés de la réforme; du P. Faure, premier abbé, mort en
- 1644; de François Boulart, deuxième abbé, mort en 1667; du P.
- Blanchart, troisième abbé, mort en 1675. À côté avoit été inhumé
- le P. Lallemant, religieux de cette communauté, recteur et
- chancelier de l'Université, personnage aussi recommandable par
- ses talents que par ses vertus: il est mort en 1673.
-
-
- _Dans le petit cimetière._
-
- Nicolas Lefèvre, prêtre, sous-précepteur du roi d'Espagne
- Philippe V, des ducs de Bourgogne et de Berri, directeur des
- filles de Sainte-Anne, personnage d'une vertu éminente, mort en
- 1706.
-
-L'ancien cloître de cette abbaye, qui tomboit en ruine, avoit été
-reconstruit à la moderne en 1744[282]. Il étoit soutenu d'un côté par
-des colonnes doriques; la porte d'entrée de la maison et le péristyle
-qui le précédoit, avoient été bâtis au commencement du même siècle,
-sur les dessins du père de Creil, religieux de cette communauté. Il
-étoit aussi l'auteur du grand escalier, que l'on admiroit pour la
-hardiesse de sa coupe. La galerie dite l'_Oratoire_, ornée de
-pilastres corinthiens, présentoit alternativement des figures de
-demi-relief en plomb doré, et des tableaux offrant divers sujets de la
-vie de la sainte Vierge.
-
- [Note 282: Ces constructions ayant occasionné des fouilles
- dans les terres du préau, on y trouva un très-grand nombre
- de cercueils de pierre qui contenoient encore des
- squelettes, mais pas une seule inscription.]
-
-La bibliothèque, qui n'existoit pas encore lorsque le cardinal de La
-Rochefoucauld fut nommé abbé commandataire de Sainte-Geneviève, étoit
-devenue, par degrés, l'une des plus considérables et des plus
-curieuses de Paris. Les PP. Fronteau et Lallemant, qu'on doit en
-regarder comme les fondateurs, y rassemblèrent en peu d'années sept à
-huit mille volumes. Le P. Dumolinet l'augmenta considérablement, et y
-ajouta un cabinet d'antiquités, composé en grande partie de ce qu'il y
-avoit de plus rare dans celui du fameux Peiresc. Enfin le legs que M.
-Le Tellier, archevêque de Reims, fit à cette maison de sa belle
-bibliothèque, et les acquisitions successives que l'on ne cessoit de
-faire, avoient tellement accru cette magnifique collection, qu'au
-commencement de la révolution on y comptoit environ quatre-vingt mille
-volumes et deux mille manuscrits. Elle étoit placée dans une galerie
-construite en forme de croix, et surmontée d'un dôme. Ce bâtiment, qui
-existe encore, a, dans la plus grande dimension, cinquante-trois
-toises de longueur. Les côtés de la croix sont inégaux, et c'étoit
-pour faire disparoître aux yeux cette irrégularité qu'on avoit peint
-sur le mur de l'un d'eux le morceau de perspective dont nous avons
-déjà parlé. Cette bibliothèque étoit alors ornée des bustes en marbre
-ou en plâtre de plusieurs hommes illustres. On y voyoit ceux de
-Colbert, de Louvois, du chancelier Le Tellier, de Jules Hardouin,
-Mansart, d'Arnauld, etc., exécutés par Girardon, Coisevox, Coustou,
-etc.
-
-Le cabinet de curiosités, bâti en 1753, deux ans avant la
-bibliothèque, faisoit suite à ce monument. Il renfermoit une grande
-quantité de morceaux précieux d'histoire naturelle, des antiquités
-étrusques, grecques, égyptiennes, romaines; une collection de
-médailles anciennes et modernes, dont plusieurs parties étoient
-complètes, et qui jouissoit de la plus grande estime parmi les
-antiquaires, etc., etc.[283]
-
- [Note 283: La bibliothèque de Sainte-Geneviève existe encore
- et continue d'être ouverte au public.]
-
-L'abbaye de Saint-Geneviève relevoit immédiatement du saint-siége; ses
-abbés portoient, depuis 1256, les ornements pontificaux, et leur
-autorité s'étendoit sur un grand nombre d'églises paroissiales
-dépendantes de cette abbaye; ils jouirent même pendant long-temps de
-tous les droits épiscopaux sur la paroisse de Saint-Étienne-du-Mont.
-On sait que, dans les grandes calamités publiques, on descendoit la
-châsse de la patronne de Paris pour la porter processionnellement à
-Notre-Dame; à cette procession[284] où assistoient les cours
-supérieures et tout le clergé de Paris, les religieux de
-Sainte-Geneviève marchoient pieds nus, prenant la droite sur le
-chapitre de l'église métropolitaine, comme leur abbé la prenoit en
-cette occasion sur l'archevêque de Paris.
-
- [Note 284: Cette procession fut faite, pour la première
- fois, en 1229, à l'occasion de la maladie _des Ardents_.
- (Voy. t. I, prem. part., pag. 288.)]
-
-
-_Palais de Clovis._
-
-Une ancienne tradition veut que Clovis ait fait bâtir un palais en
-même temps que la basilique de Saint-Pierre; et cette tradition,
-adoptée par une foule d'historiens de Paris, se trouve confirmée par
-le témoignage de l'auteur des annales manuscrites de Sainte-Geneviève,
-qui lui-même étoit membre de cette abbaye. Sauval va plus loin: il
-prétend que _de son temps on a détruit la chambre de Clotilde_; et peu
-d'années avant la révolution, on dit qu'il existoit encore un bâtiment
-appelé _la chambre de Clovis_. Cependant ces assertions vagues ne
-forment point un corps de preuves suffisantes pour persuader que
-Clovis eût fait bâtir un palais si proche des _Thermes_, qu'il
-habitoit, sans qu'il en restât aucun vestige ni dans les archives de
-Sainte-Geneviève ni dans les monuments que nous ont laissés les
-historiens du moyen âge. Entre plusieurs objections très-fortes qu'il
-seroit possible d'élever contre l'existence de ce monument, il en est
-une surtout qui nous semble décisive, et on la tire d'un passage de
-Grégoire de Tours, qui, rendant compte d'un concile[285], où il avoit
-lui-même assisté, et qui fut tenu en 577 dans la basilique de
-Saint-Pierre, dit que Chilpéric reçut les évêques, et leur offrit un
-repas dans un endroit construit à la hâte et couvert de feuillages:
-_Stabat rex juxta tabernaculum ex ramis factum..... et erat ante
-scamnum pane desuper plenum, cum diversis ferculis._ «Chilpéric, dit
-Jaillot, respectoit trop les évêques pour les recevoir dans une
-semblable tente s'il eût eu un palais dans le voisinage; et, s'il fit
-construire ce pavillon, ce ne fut que pour leur éviter la peine de
-venir jusqu'au palais des Thermes, quoique peu éloigné du lieu de leur
-assemblée.» Il n'y a donc rien de plus incertain que l'existence de ce
-palais de Clovis.
-
- [Note 285: Lib. V, cap. 18. Il fut encore tenu deux autres
- conciles dans cette église, en 573 et 615.]
-
-
-_Chapelle de Saint-Michel et porte papale._
-
-Il n'en est pas ainsi de la chapelle Saint-Michel: elle a réellement
-existé. C'étoit, comme nous l'avons déjà dit, l'usage d'en bâtir une
-dans les cimetières, sous le vocable de cet archange; et tout s'accorde
-à prouver que, dans les premiers siècles de notre monarchie, la montagne
-Sainte-Geneviève étoit un lieu destiné aux sépultures[286]. Cette
-chapelle fut vraisemblablement érigée peu de temps après la grande
-basilique, et aura eu le même sort lors de l'invasion des Normands.
-L'abbé Lebeuf[287] la place au-delà de la porte du monastère qui
-regardoit le sud-ouest; et les annales de Sainte-Geneviève que nous
-venons de citer disent qu'elle étoit située près la porte qui regardoit
-la campagne.
-
- [Note 286: Prudence, huitième évêque de Paris, y fut enterré
- en 400.]
-
- [Note 287: T. II, p. 381.]
-
-Sans nous déterminer pour l'un ou pour l'autre de ces deux situations,
-nous remarquerons que, dans la dernière, qui est le lieu que depuis on
-a nommé l'_Estrapade_, on voyoit encore au dix-septième siècle la
-place d'une porte qu'on appeloit la _porte papale_, et dont l'origine
-et le nom ont fort exercé la sagacité de nos antiquaires. Parmi ces
-opinions diverses, nous préférons encore celle de Jaillot, qui pense
-que cette porte fut ouverte à l'instar de ces portes dorées dont parle
-du Cange[288], et qu'elle le fut pour faire honneur au pape Eugène
-III, lorsqu'il vint à Sainte-Geneviève en 1147. On en ouvrit une
-semblable dans les murs de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, lorsqu'en
-1163 le pape Alexandre III y vint faire la dédicace de l'église.
-
- [Note 288: Dans ses _notes_ sur l'histoire de la prise de
- Constantinople par les François en 1204, écrite par Geoffroi
- de Villehardouin: «_Portæ aureæ_, dit-il, _dictæ, in
- majoribus civitatibus, portæ præcipuæ per quas solemnes
- ingressus vel processus fieri solebant_.»]
-
-
-_Bailliage de Sainte-Geneviève._
-
-Les chanoines de Sainte-Geneviève, étant seigneurs d'une partie du
-quartier où étoit située leur abbaye, avoient un bailliage qui
-connoissoit de toutes causes, tant civiles que criminelles, dans
-l'étendue de son ressort, et dont les appels se relevoient au
-parlement. Il tenoit ses audiences dans une maison voisine de
-l'église.
-
-
-ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT
-
-Il n'y a rien de certain sur l'origine de cette paroisse, à laquelle on
-a successivement donné les noms de _Notre-Dame_, de _Saint-Jean_ du
-Mont, et enfin de _Saint-Étienne_. Il paroît que, dans le principe, les
-fonctions curiales s'exerçoient dans l'église même de Sainte-Geneviève,
-pour le petit nombre de personnes qui habitoient alors les environs de
-l'abbaye. Lorsque, par les derniers traités faits avec les Normands, on
-se vit entièrement à l'abri de leurs incursions, le bourg de
-Sainte-Geneviève, abandonné en même temps que l'église, ne tarda pas à
-se repeupler; alors le service se fit dans la chapelle Notre-Dame[289],
-située dans la crypte ou église souterraine; ce qui dura jusqu'au règne
-de Philippe-Auguste. La clôture ordonnée par ce prince ayant engagé les
-Parisiens à construire des édifices dans les clos de vignes et sur les
-terrains incultes renfermés dans cette nouvelle enceinte, le nombre des
-habitants de la paroisse du Mont s'accrut à un tel point, qu'il devint
-absolument nécessaire de faire bâtir une nouvelle église paroissiale.
-L'abbé de Sainte-Geneviève et les chanoines abandonnèrent à cet effet un
-terrain contigu à leur église, sur lequel on construisit une chapelle
-destinée à servir de paroisse, mais qui faisoit tellement partie de
-l'église de l'abbaye, que l'on n'y entroit que par une porte percée
-dans le mur méridional, laquelle a subsisté jusque dans les derniers
-temps; et que les fonts baptismaux sont encore restés environ quatre
-cents ans dans la grande église. On ne sait pas précisément à quelle
-époque ni pour quelles raisons le nouvel édifice fut dédié sous le nom
-de Saint-Étienne. Jaillot prétend qu'il fut bâti ou du moins commencé du
-temps de l'abbé Galon, mort en 1223.
-
- [Note 289: La paroisse en prit le nom, et le changea en
- celui de Saint-Jean, nom que prit aussi la chapelle. On
- l'appeloit vulgairement paroisse _du Mont_.]
-
-Ce fut cette grande augmentation d'habitants qui fit naître la
-contestation qui s'éleva entre les abbés de Sainte-Geneviève et
-l'évêque de Paris. Les premiers vouloient soustraire la paroisse du
-Mont à la dépendance de l'ordinaire, et l'évêque soutenoit la validité
-de sa juridiction. Ces débats, où intervint le pape Urbain III, furent
-terminés en 1202, par une transaction dans laquelle il fut convenu que
-l'abbé présenteroit à l'évêque les sujets qu'il destineroit à
-desservir les églises paroissiales dépendantes de son abbaye; accord
-que suivirent des concessions et des échanges qui parurent satisfaire
-également les deux parties contractantes[290].
-
- [Note 290: L'évêque soumit à la paroisse du Mont tous ceux
- qui feroient bâtir dans le clos Bruneau et dans le clos
- Mauvoisin. L'abbé et les chanoines cédèrent à l'évêque la
- chapelle Sainte-Geneviève dans la Cité, et abandonnèrent la
- prébende et la vicairie qu'ils avoient à Notre-Dame.]
-
-Cette église subsista ainsi jusqu'en 1491, que le nombre toujours
-croissant des paroissiens détermina à y faire de nouvelles
-augmentations. L'abbé de Sainte-Geneviève céda à cet effet une portion
-de l'infirmerie qui se trouvoit au chevet de l'église; et si l'on en
-juge par le caractère de l'architecture, il ne paroît pas qu'il y soit
-rien resté de l'ancien bâtiment. Les constructions en furent
-commencées, du côté de l'orient, vers les premières années du règne de
-François Ier. En 1538, l'église fut augmentée des chapelles et de
-l'aile de la nef du côté de Sainte-Geneviève. On bâtit, en 1606, la
-chapelle de la communion et les charniers. Enfin le grand et le petit
-portail, dont la reine Marguerite de Valois posa la première pierre en
-1610, ne furent achevés que sept ans après, ce qui paroît prouvé par
-les deux inscriptions qui y étoient gravées, lesquelles portoient la
-date de 1617.
-
-L'architecture de Saint-Étienne-du-Mont a joui d'une grande
-réputation. La coupe extraordinaire et aussi adroite que hardie de son
-jubé et des deux escaliers qui y conduisent y attiroit les curieux.
-Ces escaliers sont à jour, et l'on voit le dessous des marches
-tournant autour d'une colonne, et portées en l'air par encorbellement.
-Les voûtes, non moins remarquables, sont ornées de tout ce que l'art
-de la coupe des pierres peut offrir de plus recherché. On admiroit
-aussi la sculpture de la frise du portique, qui, bien qu'un peu
-confuse, tient cependant du style antique et des riches ornements de
-l'architecture romaine[291].
-
- [Note 291: _Voy._ pl. 153 et 154.]
-
-Cette église possédoit en outre de précieux monuments des arts, et
-renfermoit d'illustres sépultures.
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT.
-
- TABLEAUX.
-
- Dans la chapelle Saint-Pierre, près de la sacristie, cet apôtre
- ressuscitant Tabithe; par _Le Sueur_.
-
- La vie de saint Étienne, exécutée en tapisseries sur les dessins
- de ce grand artiste et de _La Hire_, autre peintre célèbre. Les
- dessins, au nombre de dix-neuf, en étoient conservés dans la
- salle d'assemblée des marguilliers.
-
- De très-beaux vitraux, peints par _Pinaigrier_, et qui formoient
- une des plus riches collections qui soient sorties du pinceau de
- cet artiste[292].
-
- [Note 292: Ces vitraux sont déposés au Musée des
- Petits-Augustins.]
-
-
- SCULPTURES.
-
- Au pourtour du choeur, les statues des douze apôtres. Celles de
- saint Philippe, de saint André et de saint Jean l'Évangéliste
- étoient de la main de _Germain Pilon_.
-
- Derrière le choeur, trois bas-reliefs de ce grand sculpteur,
- incrustés dans le mur, dont le plus grand offroit Jésus-Christ au
- jardin des Olives, et ses apôtres endormis; les deux autres,
- beaucoup plus petits, représentoient saint Pierre et saint Paul.
-
- Sous une voûte pratiquée dans le passage de cette église à celle
- de Sainte-Geneviève, le tombeau du Christ et les trois Maries,
- grandes comme nature. Ce monument étoit encore attribué à
- _Germain Pilon_[293].
-
- [Note 293: Ces ouvrages de Germain Pilon n'ont point été
- déposés aux Petits-Augustins.]
-
- La chaire du prédicateur, exécutée par _Claude l'Estocard_, sur
- les dessins de _La Hire_. Les panneaux, ornés de bas-reliefs,
- sont séparés les uns des autres par des Vertus assises; et une
- grande statue de Samson soutient la masse entière de la chaire.
- Sur l'abat-voix est un ange qui tient deux trompettes, et semble
- appeler les fidèles[294].
-
- [Note 294: Cette belle chaire est encore dans l'église, où
- elle est toujours restée.]
-
- Le jubé, porté par une voûte surbaissée, est orné de très-bonnes
- sculptures par Biard père. Il faut aussi remarquer, au milieu de
- la voûte de la croisée, une clef pendante de plus de deux toises
- de saillie, et du travail le plus délicat.
-
-
- SÉPULTURES.
-
- Dans cette église ont été inhumés:
-
- Blaise Vigenere, traducteur de plusieurs ouvrages anciens, mort
- en 1596.
-
- Nicolas Thognet, habile chirurgien, mort en 1642.
-
- Jean Perrau, professeur au collége royal, mort en 1645.
-
- Pierre Perrault, avocat au parlement, père des deux Perrault si
- connus dans le dix-septième siècle, mort en 1669. Le monument que
- lui avoient élevé ses fils représentait un génie en pleurs
- éteignant un flambeau. Il avoit été exécuté par _Girardon_[295].
-
- [Note 295: Ce monument n'est point aux Petits-Augustins.]
-
- Eustache Le Sueur, l'un des plus grands peintres de l'école
- françoise, mort en 1655.
-
- Jean-Baptiste Morin, médecin et professeur royal de
- mathématiques, mort en 1656.
-
- Antoine Le Maître, l'un des membres de la société de Port-Royal,
- mort dans cette maison en 1658.
-
- Issac Le Maître de Saci, son frère, mort dans la même maison en
- 1684.
-
- L'illustre Jean Racine, mort en 1699, et d'abord enterré dans le
- cimetière de Port-Royal, comme il l'avoit demandé par son
- testament. Lorsqu'on détruisit cette maison, son corps fut exhumé
- et transféré, avec les corps de MM. Le Maître, à
- Saint-Étienne-du-Mont, où ils furent déposés dans les caves de la
- chapelle Saint-Jean-Baptiste[296].
-
- [Note 296: Les cendres de ce grand poëte ont été respectées,
- et sont restées à Saint-Étienne.]
-
- Blaise Pascal, l'un des grands écrivains dont s'honore la France,
- mort en 1662[297]. Il étoit enterré auprès du choeur, derrière la
- chapelle de la Vierge; et son épitaphe gravée sur une table de
- marbre blanc, étoit attachée vis-à-vis sur un pilier.
-
- [Note 297: On a également laissé le corps de cet homme
- célèbre dans son sépulcre; son épitaphe est au Musée des
- Petits-Augustins.]
-
- Pierre Barbay, professeur en philosophie dans l'Université de
- Paris, mort en 1664.
-
- François Pinsson, avocat au parlement, auteur de plusieurs
- ouvrages, mort en 1691.
-
- Jean Gallois, abbé de Saint-Martin-de-Core, de l'Académie
- françoise, et professeur de grec au collége Royal, mort en 1707.
-
- Jean Miron, docteur en théologie de la faculté de Paris et de la
- société de Navarre.
-
- Dans le cimetière:
-
- Simon Piètre, médecin célèbre.
-
- Pierre Petit, poëte latin estimé, mort en 1687.
-
- Joseph Pitton de Tournefort, célèbre botaniste, mort en 1708,
- etc.
-
-La cure de Saint-Étienne-du-Mont a continué jusqu'aux derniers temps
-d'être à la nomination de l'abbé de Sainte-Geneviève, qui y nommoit
-toujours un religieux de sa congrégation.
-
-
-CIRCONSCRIPTION
-
-Le principal territoire de cette paroisse étoit divisé comme suit.
-
-1º. Elle avoit la place devant l'église dite le carré
-Sainte-Geneviève; la rue Saint-Étienne-des-Grès jusqu'au collége de
-Lisieux d'un côté, de l'autre jusqu'à celui des Cholets inclusivement;
-puis, du même côté, les rues de Reims, des Chiens, des Cholets, des
-Sept-Voies, des Amandiers, la rue Juda et la rue entière de la
-Montagne.
-
-2º. Dans la rue Saint-Jacques, commençant à droite au-dessous du
-collége des Jésuites, elle continuoit jusqu'au dessous de la rue du
-Cimetière-Saint-Benoît; dans la place Cambrai, elle avoit le collége
-du même nom, le collége Royal, la rue Saint-Jean-de-Latran à droite
-jusqu'à la rue Fromentel, et deux maisons à gauche; les deux côtés de
-la rue Saint-Jean-de-Beauvais presque en entier, et quelques maisons
-dans la rue Saint-Hilaire.
-
-3º. Dans la rue des Noyers, les deux côtés de cette rue lui
-appartenoient en grande partie, ainsi que le couvent des Carmes, et le
-bas de leur rue jusque derrière le collége de Beauvais. Elle avoit
-ensuite toute la place Maubert, et la rue des Lavandières jusqu'à la
-rue des Anglois.
-
-4º. Son territoire prenoit ensuite à droite de l'entrée de la rue
-Galande, et continuoit jusqu'à l'ancienne chapelle Saint-Blaise
-exclusivement. Il embrassoit les deux côtés de la rue du Fouare,
-plusieurs maisons également des deux côtés dans la rue de la Bûcherie,
-en allant à celle Saint-Julien, et s'étendoit jusqu'au bout oriental
-de la rue des Bernardins, ce qui renfermoit la rue Perdue, la rue de
-Bièvre et le commencement de celle de Saint-Victor. Cette paroisse
-continuoit d'avoir le côté droit de cette rue jusqu'à celle de
-Versailles, dont elle avoit aussi le côté droit, renfermant ainsi les
-rues du Bon-Puits, du Paon, du Mûrier et de Saint-Nicolas, qui toutes
-aboutissent à la rue Traversine, qu'elle possédoit également. De là
-elle regagnoit la rue Clopin, qu'elle renfermoit tout entière, et se
-prolongeoit dans la rue des Fossés-Saint-Victor, à commencer au côté
-droit de la rue des Boulangers; puis remontant, elle renfermoit tout
-le haut de la première de ces deux rues avec toutes celles qui y
-aboutissent dans cette partie.
-
-5º. Dans la rue Mouffetard, elle avoit une partie du côté droit de
-cette rue en descendant, à partir de la seconde rue Contrescarpe, et
-de même le côté gauche jusqu'à la rue Copeau, dont elle avoit aussi la
-gauche jusqu'à la Pitié. Cette paroisse possédoit en outre un bout de
-la rue des Fossés-Saint-Jacques, la seconde rue Contrescarpe, les
-rues du Puits-qui-parle, du Cheval-Vert, des Poules; tout le carré des
-Filles Sainte-Aure dans la rue Neuve-Sainte-Geneviève; l'autre côté de
-la même rue jusqu'à celle du Pot-de-Fer. Enfin elle avoit la rue des
-Postes depuis le cul-de-sac des Vignes jusqu'au clos de la Visitation.
-
-6º. Elle avoit de plus, dans Paris, l'hôtel de Cluni et les maisons
-qui y touchoient. Hors de Paris, du côté de Vaugirard, la ferme de
-Grenelle, ancienne propriété des chanoines de Sainte-Geneviève[298].
-
- [Note 298: L'église Saint-Étienne-du-Mont est encore
- aujourd'hui une des paroisses de Paris.]
-
-
-_La Communauté des Filles Sainte-Geneviève._
-
-Cette communauté n'étoit point, comme quelques personnes l'ont pensé,
-un démembrement de celle que mademoiselle Blosset avoit formée, et qui
-fut réunie aux Miramiones. Cette institution, absolument étrangère à
-l'autre, n'avoit pour objet que l'instruction des jeunes filles
-pauvres, et formoit ce qu'on appelle communément _école de charité_.
-Les filles qui se réunirent pour la composer furent placées rue de la
-Montagne-Sainte-Geneviève, dans une maison appartenant à l'abbaye; et
-cet établissement, fait en 1670, fut dû aux soins de M. Beurrier,
-alors curé de Saint-Étienne-du-Mont. Vers la fin du siècle dernier,
-il étoit administré par des filles tirées de la maison de la rue
-Saint-Maur[299].
-
- [Note 299: Les bâtiments de cette communauté sont occupés
- par des particuliers.]
-
-
-LA NOUVELLE ÉGLISE SAINTE-GENEVIÈVE.
-
-Lorsqu'en 1744 on reconstruisit le cloître de Sainte-Geneviève, prêt à
-tomber en ruines, quelque indispensable que fût cette reconstruction,
-l'état de dégradation complète dans lequel étoit l'église demandoit
-peut-être des réparations encore plus urgentes. Toutefois l'abbé et
-les chanoines attendirent jusqu'en 1754 pour présenter au roi une
-requête, dans laquelle, après avoir peint le délabrement toujours
-croissant de cet édifice, délabrement devenu tel à cette époque qu'il
-menaçoit la sûreté des fidèles, ils démontroient la nécessité de bâtir
-une église nouvelle, et l'impossibilité où ils étoient de le faire
-sans de puissants secours. Leur demande fut favorablement accueillie;
-on saisit même avec empressement cette occasion d'élever enfin dans
-Paris un monument digne de la patronne d'une ville aussi célèbre. Le
-roi parut regarder une telle entreprise comme une chose qui devoit
-contribuer à illustrer son règne; et, pour assurer aux frais
-considérables qu'elle alloit entraîner un fonds suffisant et
-invariable, on établit sur les billets de loterie un impôt d'un
-cinquième, dont le produit fut entièrement réservé à la reconstruction
-de l'église de Sainte-Geneviève. Le terrain qu'on lui destina fut béni
-par l'abbé le 1er août 1758; et l'église souterraine qu'il fallut
-bâtir, quoique retardée par les obstacles qu'offrit le peu de solidité
-du terrain[300], fut achevée dans l'année 1763. L'église supérieure
-étoit déjà élevée à une certaine hauteur, lorsqu'en 1764 Louis XV vint
-solennellement y poser la première pierre.
-
- [Note 300: On y trouva des puits au nombre de plus de cent
- cinquante, dont plusieurs avoient jusqu'à quatre-vingts
- pieds de profondeur. On présuma qu'ils avoient été creusés,
- dans des temps très-reculés, par des potiers de terre qui
- habitoient ce quartier, et qui trouvoient en cet endroit les
- matières avec lesquelles ils faisoient de très-belles
- poteries, dont on a découvert en même temps de nombreux
- fragments.]
-
-Cette église fut commencée sur les dessins et sous la conduite de J.
-G. Soufflot, architecte. Cet artiste, qui venoit d'achever ses études
-en Italie, changea, dans la disposition générale et dans l'ordonnance
-de cet édifice, le système d'architecture alors en usage à Paris: il
-employa des colonnes isolées et d'un grand diamètre, tant à
-l'extérieur qu'à l'intérieur, et présenta un plan dont la nouveauté,
-la grâce et la légèreté réunirent tous les suffrages: l'effet en fut
-tel, qu'on alla jusqu'à croire qu'il avoit surpassé dans cette
-composition tout ce que les Grecs et les Romains ont produit de plus
-élégant et de plus magnifique.
-
-Ce plan consiste en une croix grecque de trois cent quarante pieds de
-long y compris le péristyle, sur deux cent cinquante de large hors
-oeuvre[301], au centre de laquelle s'élève un dôme de soixante-deux
-pieds huit pouces de hauteur, que supportoient intérieurement quatre
-piliers si légers, qu'à peine apercevoit-on leurs massifs au milieu du
-jeu de toutes les colonnes isolées qui composent les quatre nefs de la
-croix[302]. Ce système de construction élégante et légère est continué
-dans les voûtes de l'édifice, où l'on a pratiqué des lunettes évidées
-avec beaucoup d'art, et qui donnent en quelque sorte l'apparence de la
-délicatesse gothique à ces voûtes circulaires, opposées les unes aux
-autres dans des sens différents, et produisant, par le passage et les
-oppositions de la lumière, des effets agréables et variés. Que l'on
-ajoute à cela la fraîcheur d'une exécution toute nouvelle, la
-blancheur et l'éclat d'une pierre fine et choisie, une distribution
-heureuse d'ornements de sculpture, on pourra se faire une idée du
-spectacle ravissant dont on jouit pendant quelques mois, lorsque les
-échafauds qui avoient si long-temps masqué ces voûtes disparurent, et
-laissèrent se développer tout ce bel ensemble d'architecture[303]. On
-peut dire que Paris entier se porta dans la nouvelle église:
-l'enthousiasme étoit à son comble, et Soufflot passoit déjà pour avoir
-conçu et exécuté le plus beau monument de l'architecture moderne. Il
-ne restoit plus à faire que le pavement en marbre, dernière opération
-qui alloit achever de donner à cette basilique la richesse convenable,
-et dessiner avec plus de netteté les lignes de ce plan magnifique,
-lorsque des fractures multipliées, commençant à se manifester aux
-quatre piliers du dôme et aux colonnes les plus voisines, jetèrent
-l'alarme, et firent connoître que le poids et la poussée de cette
-masse, suspendue sur de trop frêles soutiens, agissoient déjà depuis
-long-temps, et par leur chute soudaine menaçoient d'écraser tout
-l'édifice.
-
- [Note 301: _Voy._ pl. 167.]
-
- [Note 302: La hauteur, depuis le pavé jusqu'au cadre de la
- lunette pratiquée dans le milieu de la voûte, est de cent
- soixante-dix pieds. La châsse de Sainte-Geneviève devoit
- être placée au centre de ce dôme, de manière à être aperçue
- de tous les points de l'église.]
-
- [Note 303: _Voy._ pl. 156.]
-
-Il fallut donc, et sans perdre un moment, renoncer à la jouissance que
-procuroit ce beau spectacle d'architecture, jouissance commune en
-Italie, mais très-rare en France, et encombrer de nouveau par des
-cintres, des étais, des échafauds, un monument que l'on avoit pu
-croire achevé, après un travail non interrompu de plus de quarante
-années, et une dépense de plus de quinze millions.
-
-Le mal que l'on venoit de reconnoître avoit déjà été prévu et annoncé
-depuis long-temps par d'habiles constructeurs; et plusieurs causes
-avoient concouru à le produire. 1º Le peu d'empatement que
-présentoient les masses des quatre piliers du dôme aux parties
-supérieures, trop étendues en superficie; 2º le procédé vicieux adopté
-pour la pose des pierres dont ces piliers étoient formés; 3º
-l'ébranlement causé à la masse entière de l'édifice pendant le
-ragrément de toutes les parties de l'intérieur[304]; 4º la qualité
-aigre et cassante de la pierre employée à la construction de ces
-piliers, qui, bien que très-dure, se fend et s'écrase ensuite
-facilement sous la charge.
-
- [Note 304: On y avoit employé jusqu'à deux cents ouvriers à
- la fois, ce qui avoit pu imprimer une sorte de mouvement et
- d'accélération de chute à cette masse suspendue sur des
- points d'appui trop légers, et vicieux dans le mode de leur
- construction.]
-
-On s'assura du reste que les fondations étoient bonnes, et n'avoient
-point tassé d'une manière sensible; que l'église souterraine, dont le
-sol est à dix-huit pieds au-dessous de celui de la nef supérieure,
-étoit construite de manière à résister à la pression et à tout le
-poids des constructions supérieures; que le dôme et les trois coupoles
-dont il est couvert offroient la même solidité dans leur construction;
-que nul effet fâcheux ne s'y étoit manifesté, malgré la rupture des
-pierres des piliers intermédiaires au dôme et à l'église basse, en
-sorte qu'il fut bien constaté que la construction vicieuse de ces
-piliers étoit la seule cause du mal.
-
-Ces points bien reconnus, le problème à résoudre étoit de trouver les
-moyens de prévenir les accidents et l'accroissement du tassement, sans
-nuire au système de décoration intérieure, et sans addition de
-massifs, de piliers ou de colonnes, dont l'effet eût été de détruire
-l'harmonie du plan et l'heureux effet des voûtes. La direction de ces
-travaux, tant pour l'étaiement que pour les réparations et additions
-de résistance jugées nécessaires, fut confiée à M. Rondelet, qui n'a
-point cessé d'en suivre l'exécution depuis l'année 1770; qui a
-présidé lui-même à la construction des trois coupoles, avec un soin et
-une intelligence auxquels on ne sauroit donner trop d'éloges, ne
-négligeant rien de ce qui pouvoit compléter et présenter dans tous ses
-développements possibles la conception de Soufflot.
-
-Les opérations combinées de cet habile constructeur, tant pour
-l'étaiement des arcades au moyen de doubles cintres de sa composition,
-exécutés partie en charpente et partie en maçonnerie, que pour
-remplacer les pierres cassées, sans causer d'ébranlements ni de
-secousses, sans aucun refoulement dangereux, ont conservé ou plutôt
-rendu aux arts et à la piété des fidèles ce monument du dernier
-siècle, sans que la décoration primitive en ait été sensiblement
-altérée.
-
-Mais quel que soit l'heureux résultat de cette restauration, l'église
-de Sainte-Geneviève mérite-t-elle d'être considérée comme un
-chef-d'oeuvre de l'art; et la réflexion ne doit-elle pas un peu
-diminuer de l'admiration qu'elle inspira d'abord? Ne se mêle-t-il
-point quelques défauts aux beautés supérieures dont on fut frappé à la
-première vue? C'est ce qu'il convient d'examiner.
-
-Il n'est sans doute, dans l'aspect général de Paris, aucun point de
-perspective plus élégant et plus majestueux que cette belle colonnade
-du dôme, s'élevant avec sa coupole sur toute la partie sud-est de la
-ville, et se groupant avec les maisons et les monuments des quartiers
-Saint-Marcel et Saint-Benoît; mais si l'on s'approche pour considérer
-en détail ce qui a tant frappé dans l'ensemble, ce dôme et la
-combinaison de sa masse avec celle du portail ne satisferont plus au
-même degré le connoisseur d'un goût délicat et sévère: on trouvera
-qu'il ne repose pas avec assez de grandeur et d'harmonie sur l'attique
-qui lui sert de soubassement; que sa base, trop rétrécie, est loin
-d'offrir cette masse imposante et vigoureuse que présentent à
-l'extérieur les mosquées de Constantinople et même les dômes de
-Saint-Pierre de Rome et de Saint-Paul de Londres; enfin que les
-colonnes du dehors, fuselées par des mains barbares, ont été tellement
-amaigries dans leur partie inférieure, qu'une faute aussi grossière ne
-peut provenir que d'une erreur considérable dans l'appareil.
-
-Si l'on porte ensuite ses regards sur le portail, on ne peut
-disconvenir qu'il ne présente un parti noble et grand: un seul ordre,
-couronné d'un fronton d'une immense proportion, rappelle d'abord le
-portique du Panthéon à Rome, dont Soufflot a visiblement voulu
-produire une imitation sur une plus grande échelle: heureux si la
-prétention de faire mieux que son modèle, de rendre plus parfaite
-encore cette belle production de l'antique, ne l'eût jeté dans des
-erreurs dont le résultat a été d'en altérer les admirables
-proportions! Que de fautes il a faites qu'il étoit si facile d'éviter!
-On est d'abord choqué de la maigreur de ses entrecolonnements, et l'on
-voit aussitôt que ce défaut n'existeroit pas s'il eût placé deux
-colonnes de plus sous le fronton, au lieu de les reléguer en
-arrière-corps aux angles du péristyle[305]. Groupées dans ce petit
-espace d'une manière confuse, elles ont en outre l'inconvénient de
-produire des ressauts et des profils multipliés qui tiennent au style
-vicieux de l'école, et présentent une disparate désagréable dans un
-monument où l'on a voulu imiter la simplicité de l'antique.
-
- [Note 305: Ce péristyle est composé de vingt-deux colonnes
- d'ordre corinthien, de cinq pieds et demi de diamètre, de
- cinquante-huit pieds de hauteur, y compris base et
- chapiteaux. _Voy._ pl. 155.]
-
-On ne peut nier aussi que la hauteur du fronton ne soit excessive: sa
-masse semble disputer avec celle des colonnes, et les écraser de son
-poids énorme[306]. Les chapitaux trop allongés et les revers pesants
-des feuilles doivent paroître d'une forme bien lourde et bien
-grossière si on les compare avec la proportion mâle et la taille
-savante des chapitaux du Panthéon. Les cannelures des colonnes
-manquent de pureté dans leurs profils; les ornements qui décorent ce
-péristyle sont d'un mauvais choix; en un mot ce portail, dans sa masse
-et dans ses détails, ne présente qu'une copie dégénérée du plus noble
-modèle.
-
- [Note 306: Il a cent vingt pieds de base sur environ
- vingt-quatre pieds de haut.]
-
-«On ne peut le dissimuler, dit l'habile architecte à qui nous avons
-emprunté la plus grande partie de ces idées[307], Soufflot n'avoit
-point assez approfondi l'étude de l'antique dans le portique dont il
-vouloit reproduire l'effet. On doit lui savoir gré sans doute de
-n'avoir employé qu'un seul grand ordre, de s'être affranchi de la
-vieille routine, en offrant cet aspect majestueux de colonnes isolées
-et d'un grand diamètre; mais il faut le blâmer de n'avoir pas suivi
-les justes proportions de ce système antique qu'il vouloit faire
-revivre. Peut-être seroit-il plus juste de l'en plaindre: car on peut
-dire que, sous le rapport de ce genre d'étude, l'art étoit encore chez
-nous dans l'enfance; on avoit encore cette fausse idée qu'il falloit
-apporter ce que l'on appeloit du _goût_ dans le perfectionnement de
-ces rigides proportions, et ajouter de la _grâce_ à ces formes
-sévères. Une présomption mal entendue ne les plaçoit point au premier
-rang qui leur appartient; on n'avoit point encore moulé ces beaux
-ornements dont la collection choisie brille dans nos musées, et l'on
-pensoit qu'il suffisoit d'un dessin ou de l'oeuvre de _Desgodets_,
-pour recréer à l'instant tous ces beaux détails des monuments de
-l'ancienne Rome. Quant à ceux de la Grèce, ils n'étoient absolument
-connus que de nom. Imbus de semblables préjugés, et privés d'éléments
-aussi nécessaires, les artistes d'alors étoient sans doute dans
-l'impossibilité de mieux faire; on ne peut faire un crime à Soufflot
-de n'avoir pas su ce que tout le monde ignoroit à l'époque où il
-bâtissoit, et ces fautes, qu'il n'eût pas faites dans un temps
-meilleur, sont absolument indépendantes de son talent[308].»
-
- [Note 307: Feu M. Legrand.]
-
- [Note 308: La destination de ce monument fut changée pendant
- la révolution: on le consacra, sous le nom de Panthéon
- françois, à la sépulture des Grands Hommes, et l'on sait
- quels hommes y furent alors enterrés. (Voy. l'article
- _monuments nouveaux_.)]
-
-
-LES FRÈRES PRÊCHEURS OU DOMINICAINS, DITS LES JACOBINS.
-
-Ce fut au milieu des croisades entreprises contre les Albigeois, dont
-l'hérésie dangereuse n'étoit autre chose que l'ancienne erreur des
-Manichéens, que l'ordre dont nous parlons prit son origine. Tandis que
-la puissance temporelle cherchoit à arrêter par les armes un mal dont
-les progrès rapides menaçoient la tranquillité des états, saint
-Dominique essayoit de ramener, par l'onction de ses paroles, ces
-malheureux égarés. Le succès qu'obtinrent ses prédications lui fit
-naître la pensée de s'associer quelques personnes animées du même
-zèle, et d'en former un ordre religieux destiné à la propagation de la
-foi. Les membres du nouvel institut devoient s'attacher spécialement à
-prêcher aux peuples les vérités saintes et immuables de l'évangile, à
-les soutenir autant par leurs exemples que par leurs discours, à
-convaincre les hérétiques et à les ramener par la force de la
-persuasion. Cet ordre fut approuvé en 1216 par Honorius III, sous le
-titre de _Frères Prêcheurs_. Dès l'année suivante, saint Dominique
-envoya quelques-uns de ses disciples à Paris: ils y arrivèrent le 12
-septembre 1217, se logèrent dans une maison près Notre-Dame, entre
-l'Hôtel-Dieu et la rue l'Évêque, et y demeurèrent jusqu'à l'année
-suivante. Alors ils obtinrent de la libéralité de Jean Barastre, doyen
-de Saint-Quentin, une maison près des murs, et une chapelle du titre
-de Saint-Jacques, laquelle avoit été attachée à un hôpital institué
-pour les pèlerins, et qu'on appeloit l'_hôpital Saint-Quentin_. C'est
-de cette chapelle que la rue Saint-Jacques a pris son nom, et que les
-Dominicains ont été appelés _Jacobins_, non-seulement à Paris, mais
-dans toute l'étendue du royaume.
-
-Ce premier établissement des Frères Prêcheurs dans la capitale n'a
-point été raconté de la même manière par nos historiens. Plusieurs y
-ont mêlé une foule de petites circonstances dont la fausseté est
-évidente, et qui, du reste, sont trop peu importantes pour mériter
-d'être discutées. Nous les passerons donc sous silence, et nous
-continuerons, dans ce récit, de nous attacher, comme nous l'avons
-toujours fait jusqu'à présent, aux autorités les plus graves et aux
-opinions les plus vraisemblables.
-
-Quoique les Jacobins eussent été mis en possession, dès l'année 1218,
-de la chapelle et de l'hôpital du doyen de Saint-Quentin, il paroît
-qu'ils n'avoient point encore acquis le droit d'y célébrer l'office,
-du moins publiquement: car on trouve que vers ce temps-là un de leurs
-religieux étant décédé fut enterré à Notre-Dame-des-Vignes; mais en
-1221 ils jouissoient déjà de la permission d'avoir une église et un
-cimetière qui leur avoient été accordés dès l'année précédente par le
-chapitre de Notre-Dame. Ce fut aussi cette même année que l'Université
-renonça en leur faveur au droit qu'elle pouvoit avoir sur la chapelle
-Saint-Jacques[309], sous la condition toutefois de certaines prières
-qu'ils seroient tenus de dire, de services qu'ils feroient célébrer,
-et stipulant en outre que si quelque membre de cette compagnie
-choisissoit sa sépulture chez les Jacobins, il seroit inhumé dans le
-chapitre, si c'étoit un théologien; dans le cloître, s'il étoit membre
-d'une autre faculté.
-
- [Note 309: _Hist. univ._, t. III, p. 105.]
-
-Saint Louis, auquel la plupart des religieux sont redevables de leur
-établissement à Paris, combla ceux-ci de ses bienfaits: il fit achever
-l'église qu'ils avoient commencée, bâtir le dortoir et les écoles, et
-leur donna deux maisons dans la rue de l'Hirondelle. De là l'erreur de
-Sauval, qui avance quelque part que les Jacobins doivent leur
-fondation à ce monarque[310]. Diverses donations qu'il suppose leur
-avoir été faites à cette même époque paroissent également suspectes,
-et l'on ne voit point qu'avant 1281 leur territoire ait reçu aucun
-accroissement. Dans cette année ils firent l'acquisition de quelques
-maisons sises près de leur couvent[311], acquisition pour laquelle
-ils obtinrent des officiers municipaux un acte d'amortissement, et que
-confirma aussitôt Philippe-le-Hardi.
-
- [Note 310: T. I, p. 410.]
-
- [Note 311: _Livre Rouge de l'hôtel-de-Ville_, fol. 112, vº.
- Ces maisons sont celles qui étoient contiguës au collége de
- Cluni, et celles qui donnoient sur la rue Saint-Jacques,
- touchant à la voûte Saint-Quentin, où est aujourd'hui
- l'entrée de ce côté-là.
-
- (JAILLOT.)]
-
-Le cimetière, l'infirmerie et l'un des dortoirs de cette maison
-étoient situés au-delà de l'enceinte de Philippe-Auguste. Louis X,
-quelques-uns disent Philippe-le-Long, voulant accroître le terrein
-qu'ils possédoient déjà, leur donna toute la partie du mur qui régnoit
-le long de leur couvent, et les deux tours qui se trouvoient dans cet
-espace, concession qui leur procura la facilité d'étendre de ce côté
-leurs bâtiments; mais lorsqu'en 1358 on eut pris la résolution de
-creuser un fossé autour de l'enceinte méridionale, ce fut une
-nécessité d'abattre ces nouvelles constructions. Alors, pour
-indemniser les Jacobins de cette perte, Charles V acheta des religieux
-de Bourgmoyen, près de Blois, la maison et les jardins qu'ils
-possédoient à Paris, et les donna aux Jacobins, francs et quittes de
-toutes redevances. Il paroît que cette maison occupoit une grande
-partie du terrain dont se composa depuis le jardin de ces Pères. Quant
-aux jardins des religieux de Bourgmoyen, ils sont aujourd'hui couverts
-des maisons qui forment les rues Saint-Dominique et Saint-Thomas,
-comme nous aurons occasion de le dire en parlant du quartier du
-Luxembourg.
-
-Les Jacobins obtinrent encore de Louis XII l'ancien parloir aux
-Bourgeois[312], et une ruelle qui régnoit le long du mur de la ville.
-On voit dans les registres de la ville que, «le 5 août suivant, la
-ville s'opposa à cette concession, attendu, dit-elle, que c'est son
-propre héritage, et qu'il y a une tour hors les murailles qui pourroit
-nuire à la ville si lesdits frères en étoient possesseurs, étant deux
-cents religieux de toutes nations.» Il ne paroît pas que cette
-réclamation ait empêché l'effet de la donation.
-
- [Note 312: Ce lieu, destiné aux assemblées des officiers
- municipaux, est appelé, dans des lettres du roi Jean de
- 1350, _Parlamentum_, _seu Parlatorium Burgensium_ (Livre
- Rouge de l'Hôtel-de-Ville, fol. 17, vº). Quant à la ruelle,
- nommée _Coupe-Gorge_, à cause des accidents fréquents qui y
- arrivoient, Sauval et d'autres l'ont confondue avec la rue
- de _Coupe-Gueule_, située entre la rue de Sorbonne et celle
- des Maçons.]
-
-Le cloître de ces religieux fut reconstruit, en 1556, des libéralités
-d'un riche bourgeois nommé Hennequin. En l'an 1563, ils firent rebâtir
-leurs écoles, qui tomboient en ruines, au moyen des aumônes que leur
-procura un jubilé que le pape Pie IV leur avoit accordé à cette
-intention.
-
-L'enceinte de ce couvent renfermoit un assez grand terrain; mais les
-bâtiments, presque tous d'un gothique très-grossier, et la plupart
-sans symétrie, n'avoient rien qui méritât d'être remarqué. Il en étoit
-de même de l'église, dont le vaisseau étoit vaste, mais sans
-proportion et sans régularité. Elle étoit partagée en deux dans toute
-sa longueur, comme celle que l'ordre possédoit à Toulouse.
-
-Ce qui méritoit d'attirer l'attention, c'étoit le nombre considérable
-d'illustres personnages qui avoient été inhumés dans cette église, ou
-dont on y avoit déposé le coeur ou les entrailles. On y comptoit
-non-seulement les plus grands noms de la France, mais encore des
-princes du sang, des rois et des reines, entre autres les trois chefs
-des branches royales de Valois, d'Évreux et de Bourbon. Du reste elle
-étoit peu riche en tableaux et autres monuments des arts.
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES JACOBINS.
-
- TABLEAUX.
-
- Sur le maître autel, un très-beau tableau qui leur fut donné par
- le cardinal Mazarin, représentant la naissance de la Vierge, et
- attribué par les uns à _Sébastien del Piombo_, par d'autres, au
- _Valentin_[313]. La décoration de cet autel, enrichi de colonnes
- en marbre d'ordre corinthien, étoit également due aux libéralités
- de ce ministre.
-
- [Note 313: Ce tableau avoit été transporté, vers les
- derniers temps, dans la salle des exercices, connue sous le
- nom d'_Écoles de Saint-Thomas_.]
-
- Dans l'église, une Descente de croix, d'une belle exécution, sans
- nom d'auteur.
-
- Au-dessus de la chaire, un saint Thomas prêchant; par _Élisabeth
- Chéron_.
-
-
- SÉPULTURES.
-
- Dans cette église avoient été inhumés:
-
- Charles de France, comte de Valois, chef de la branche de ce nom,
- laquelle a régné deux cent soixante années.
-
- Charles de Valois, comte d'Alençon, second fils de Charles de
- France. Il fut la tige des comtes d'Alençon.
-
- Agnès de France, septième fille de Jean de France, duc de
- Normandie.
-
- Louis de France, comte d'Évreux, et chef de la branche de ce nom.
-
- Robert de France, comte de Clermont en Beauvoisis, sixième fils
- de saint Louis, et chef de la branche de Bourbon.
-
- Louis Ier, duc de Bourbon, fils de Robert de France, comte de
- Clermont et de la Marche.
-
- Marguerite de Bourbon, fille de Robert, et première femme de Jean
- de Flandre, comte de Namur.
-
- Pierre, duc de Bourbon et comte de la Marche, fils de Louis Ier.
-
- Louis IIIe du nom, fils puîné de Louis IIe du nom, duc de
- Bourbon.
-
- Béatrix de Bourbon, fille de Louis Ier et de Marie de Hainaut. On
- voyoit sa figure debout, et appuyée contre un pilier du
- sanctuaire, avec son épitaphe au-dessus[314]. Elle avoit en outre
- son tombeau dans la nef, à main gauche.
-
- [Note 314: Cette statue, en pierre de liais, se voit aux
- Petits-Augustins; le masque est en albâtre.]
-
- Anne de Bourbon, fille de Jean Ier, comte de la Marche, de
- Vendôme et de Castres.
-
- Philippe d'Artois, fils aîné de Robert, comte d'Artois; et
- Blanche sa femme, fille du duc de Bretagne.
-
- Gaston, comte de Foix, premier du nom.
-
- Clémence, fille de Charles Martel, roi de Hongrie, et seconde
- femme de Louis X, roi de France.
-
- Cette église possédoit en outre:
-
- Le coeur de Philippe III, dit le Hardi, roi de France et fils de
- saint Louis.
-
- Celui de Pierre de France, comte d'Alençon, cinquième fils de
- saint Louis.
-
- Celui de Charles IV, roi de France.
-
- Celui de Philippe III, dit le Sage, roi de Navarre, fils de Louis
- de France, comte d'Évreux.
-
- Celui de Charles de France, roi de Naples et de Sicile, frère de
- saint Louis.
-
- Les entrailles de Philippe V, dit le Long,}
- } tous les deux
- } rois de France.
- Celles de Philippe VI, dit de Valois, }
-
- Devant le maître-autel étoit la tombe de Humbert de la
- Tour-du-Pin, deuxième du nom, Dauphin de Viennois, mort à
- Clermont en Auvergne, en odeur de sainteté, en 1355[315].
-
- [Note 315: Il se consacra à Dieu après la mort de son fils,
- qui s'étoit noyé dans l'Isère; céda ses états à Philippe VI;
- entra dans l'ordre de Saint-Dominique; fut successivement
- prêtre, patriarche d'Alexandrie, et administrateur perpétuel
- de l'évêché de Reims. Après sa mort son corps fut transporté
- à son couvent de Paris, et enterré auprès de Clémence, reine
- de France, et soeur de sa mère. Sa tombe étoit composée de
- quatre grandes plaques de cuivre jetées en moule. Il y étoit
- représenté revêtu des habits de son ordre, la chape plus
- courte que sa robe. Il avoit la mitre, les gants, le pallium
- qui descendoît jusqu'à ses pieds, et tenoit sous son bras
- gauche le bâton de la croix patriarcale.]
-
- Au-dessus de la porte du Revestiaire, la statue du cardinal Gui
- de Malsec à genoux devant un crucifix.
-
- Dans les chapelles et dans diverses autres parties de l'église
- avoient été inhumés plusieurs autres personnages remarquables,
- savoir:
-
- Dans la chapelle de Saint-Thomas ou des Bourbons, les PP. Nicolas
- Coeffeteau et Noël Alexandre, tous les deux de l'ordre des Frères
- Prêcheurs, et célèbres par leur profonde érudition.
-
- Sous une tombe, devant la chapelle de la Passion, Pierre de la
- Palue, religieux de Saint-Dominique et patriarche de Jérusalem.
-
- Dans la nef, devant les orgues, trois générales perpétuelles des
- Béguines de Paris, Agnès d'Orchies, Jeanne La Bricharde et Jeanne
- Roumaine.
-
- Aussi dans la nef, Jean Passerat, professeur d'éloquence au
- collége royal, et George Critton, Écossois, docteur en droit
- civil et canonique, et professeur royal en langue grecque et
- latine[316].
-
- [Note 316: Les bustes de ces deux personnages accompagnoient
- leurs monuments.]
-
- Dans l'aile où étoit située la chapelle du Rosaire, Nicolas de
- Paris, substitut du procureur-général du parlement.
-
- Auprès de l'oeuvre de la confrérie du Rosaire[317], Claude Dormy,
- évêque de Boulogne-sur-Mer, auparavant moine de Cluni, et prieur
- de Saint-Martin-des-Champs. Il étoit représenté à genoux sur la
- porte d'une chapelle[318].
-
- [Note 317: La dévotion à la confrérie du Rosaire attiroit
- dans cette église un grand concours de peuple, tous les
- premiers dimanches du mois. La reine Anne d'Autriche engagea
- Louis XIII à y entrer, et y fit inscrire Louis XIV, son
- fils, encore au berceau. Depuis cette époque la coutume
- s'étoit introduite d'y faire inscrire les enfants de France
- peu de temps après leur naissance.]
-
- [Note 318: La statue de ce prélat avoit été déposée aux
- Petits-Augustins.]
-
- Près de cette chapelle, Pierre de Rostrenan, chambellan du roi
- Charles VII. Sa figure en albâtre étoit couchée sur sa tombe.
-
- Jean Clopinel, dit de Meung, continuateur du roman de la Rose,
- avoit été aussi inhumé dans ce couvent, mais on ignore si ce fut
- dans l'église ou dans le cloître, etc., etc.
-
-L'église des Jacobins, qui, depuis long-temps, menaçoit ruine, avoit
-été abandonnée par ces religieux, quelques années avant la
-révolution; et l'office divin se célébroit dans la salle des
-exercices, connue sous le nom d'_Écoles de Saint-Thomas_. Ces écoles,
-situées à côté de l'église, avoient été commencées aux dépens du P.
-Jean Binet, docteur en théologie, et religieux de cet ordre, mort en
-1550. On y remarquoit une chaire revêtue de marbre, dans laquelle
-étoit, dit-on, renfermée celle qui avoit servi à saint Thomas d'Aquin.
-La salle principale étoit ornée de plusieurs représentations des plus
-grands personnages de l'ordre, parmi lesquels on distinguoit les
-portraits de saint Dominique, de Pierre de Tarentaire, pape sous le
-nom d'Innocent V, et de Hugues de Saint-Cher, cardinal du titre de
-Sainte-Sabine.
-
-La bibliothèque, composée de quinze à seize mille volumes, contenoit
-plusieurs manuscrits d'ouvrages de piété, légués par saint Louis à ces
-religieux.
-
-L'ordre de Saint-Dominique est un des plus illustres qu'il y ait eu
-dans l'église. Sans parler d'une foule de savants, aussi
-recommandables par leurs vertus que par leurs lumières, qui sont
-sortis de ses écoles, ou qui ont travaillé dans le silence de ses
-cloîtres, il compte parmi ses membres douze saints canonisés et
-plusieurs béatifiés; quatre papes, Innocent V, Benoît XI, Pie V et
-Benoît XIII; cinquante-huit cardinaux, vingt-trois patriarches; tous
-les maîtres du sacré Palais, depuis saint Dominique, qui fut le
-premier en 1217; vingt-huit confesseurs de nos rois, et quarante-deux
-des rois d'Espagne[319].
-
- [Note 319: Les bâtiments des Jacobins ont été détruits en
- grande partie: l'église, qui existe encore, sert de
- magasin.]
-
-
-L'ÉGLISE COLLÉGIALE DE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS.
-
-Les Historiens de Paris ne sont d'accord ni sur l'origine de cette
-église, ni sur l'étymologie du surnom qui lui a été donné; il est peu
-de monuments qui aient exercé davantage leur sagacité. Quelques-uns
-ont avancé que saint Denis l'Aréopagite avoit célébré les saints
-mystères dans un oratoire qu'il avoit lui-même dédié en cet endroit
-sous l'invocation de saint Étienne, et en ont conclu que le véritable
-surnom étoit des _Grecs_, parce que ce saint et ses disciples étoient
-venus d'Athènes dans les Gaules. D'autres, rejetant cette tradition
-très-incertaine, ont pensé, mais sans en apporter des preuves
-meilleures, que ce surnom venoit de quelques degrés qu'il falloit
-monter pour entrer dans cette église, et qu'on devoit dire _S.
-Stephanus de gradibus_. Plusieurs prétendent que cette église, étant
-située à la sortie de la ville, a été appelée ainsi, _ab egressu
-urbis_, et qu'il convient d'écrire Saint-Étienne-_d'Egrès_. Il n'est
-pas moins difficile d'adopter cette dernière explication: car c'est un
-fait incontestable que l'édifice en question étoit renfermé dans
-l'enceinte de Philippe-Auguste.
-
-Enfin l'abbé Lebeuf[320], s'appuyant sur les cartulaires de
-Sainte-Geneviève et de Sorbonne, dans lesquels l'église de
-Saint-Étienne est nommée _de gressis_ et _de gressibus_, donne sur
-cette dénomination _des grès_ deux opinions très-plausibles, et qui
-ont été adoptées par Jaillot. Il pense que ce nom peut venir des
-_grès_ ou bornes posées dans cette rue, pour marquer les limites des
-seigneuries, du roi, de l'abbaye Sainte-Geneviève et autres, ou d'une
-famille _de Grèz_, connue au treizième siècle, laquelle possédoit, au
-nom du roi, un pressoir et vignoble sur le bord de la rue
-Saint-Étienne. Il cite en effet plusieurs actes dans lesquels il est
-fait mention de cette famille; mais il n'en est aucun d'où l'on
-puisse conclure que son nom ait été ajouté à celui de l'église avant
-le commencement du treizième siècle.
-
- [Note 320: T. I, p. 226.]
-
-Sur l'ancienneté de son origine il n'y a pas moins de variété dans les
-opinions. Il faut d'abord rejeter celle de du Breul et autres qui
-attribuent son érection à saint Denis l'Aréopagite: elle n'est appuyée
-sur aucune preuve, pas même sur des conjectures vraisemblables. L'abbé
-Lebeuf[321] se contente de dire que cet édifice existoit dans le
-septième siècle, et cite à ce sujet le testament d'une dame nommée
-Hermentrude, qui désigne l'église Saint-Étienne parmi celles
-auxquelles elle distribue des legs; mais il est combattu par Jaillot:
-celui-ci prétend ne reconnoître dans cette église Saint-Étienne que
-l'ancienne église-mère, laquelle, comme on sait, étoit originairement
-sous l'invocation de ce saint. Ce critique rejette également
-l'interprétation qu'Adrien de Valois donne à un passage des annales de
-saint Bertin, au moyen duquel il prétend prouver que cette église fut
-rachetée, en 857, des fureurs des Normands, qui livroient alors aux
-flammes tous les édifices dont Paris étoit environné. Il n'a pas de
-peine ensuite à prouver que ce n'est point de ce monument, mais de la
-cathédrale qu'il est question dans le poëme d'Abbon, lorsque cet
-auteur dit qu'en 886 le corps de saint Germain fut reporté dans la
-basilique de Saint-Étienne, martyr. Toutefois, en regardant comme
-incomplètes toutes ces preuves apportées par divers historiens de
-l'existence de l'église Saint-Étienne à ces différentes époques,
-Jaillot est loin d'en conclure qu'il n'y avoit pas alors quelque
-chapelle de ce nom dans les faubourgs. Il est certain que le
-territoire sur lequel elle est située appartenoit à la cathédrale
-avant l'invasion des Normands; il est probable en outre que ce
-territoire entra dans la transaction faite avec ces barbares, et du
-reste l'existence de cette église et sa dépendance de l'église-mère
-sont constatées, dans le siècle suivant, par des actes présentés par
-ce critique comme les premiers qui en parlent avec authenticité.
-
- [Note 321: T. I, p. 223.]
-
-Au commencement du onzième siècle, les malheurs des temps et les
-troubles de l'état avoient fait abandonner plusieurs églises; le
-service divin ne s'y faisoit plus régulièrement, et les biens qu'elles
-possédoient avoient été usurpés. Un clerc, nommé Girauld, jouissoit
-des églises de Saint-Étienne, de Saint-Julien, de Saint-Séverin et de
-Saint-Bache (Saint-Benoît). On voit par une charte sans date[322],
-mais qui doit avoir été donnée entre 1031 et 1050, que sur la demande
-d'Imbert, évêque de Paris, Henri Ier, qui régnoit alors, accorda la
-propriété de ces églises à la cathédrale, toutefois sous la réserve
-des droits de Girauld, qui continua d'en jouir jusqu'à sa mort. C'est
-donc à cette époque qu'il convient de fixer l'origine de Saint-Étienne
-comme église collégiale. Elle étoit, comme nous l'avions déjà
-dit[323], l'une des _quatre-filles_ de Notre-Dame, et son desservant
-avoit rang parmi les prêtres cardinaux qui assistoient l'évêque à
-l'autel les jours de Noël, de Pâques et de l'Assomption.
-
- [Note 322: Pastor. A, p. 596; B, p. 93; D. 56; _Gall.
- christ._, t. VII; _Instrum._, col. 31.]
-
- [Note 323: _Voy._ t. I, prem. part., p. 361.]
-
-Il ne paroît pas que, dans ces premiers temps, le clergé en ait été
-nombreux: le chapitre de Notre-Dame commettoit un chanoine pour avoir
-soin de cette église, qui, jusqu'en 1187, ne fut desservie que par
-deux prêtres; mais depuis cette année jusqu'à 1250, le nombre des
-membres de cette collégiale s'accrut successivement, de manière
-qu'elle se composa dès lors de onze chanoines et d'un chefcier, qui
-fut élu, pour la première fois, dans cette dernière année[324]. Ils se
-maintinrent ainsi jusqu'à la fin. Les chanoines et le chefcier étoient
-à la nomination de deux chanoines de Notre-Dame, en vertu du droit
-attaché à leur prébende, et il y avoit de plus un chapelain que
-nommoit le chapitre de Saint-Étienne-des-Grès.
-
- [Note 324: Pastor. A, p. 654.]
-
-Les bâtiments de cette église n'avoient d'ancien que le côté où étoit
-la chapelle de Notre-Dame-de-Délivrance: plusieurs piliers qui
-existoient encore dans cette partie de l'édifice et la tour
-paroissoient être de la fin du onzième siècle. Le portail étoit plus
-moderne d'environ cent ans; le reste, construit à diverses époques
-beaucoup moins reculées, se trouvoit masqué par une foule de
-constructions irrégulières élevées entre le portail extérieur et
-l'église, et servant de logements aux membres du chapitre et aux gens
-attachés à leur service. Ce portail extérieur avoit été, suivant les
-apparences, bâti dans le dix-septième siècle[325].
-
- [Note 325: _Voy._ pl. 157.]
-
-On raconte que saint François-de-Sales, encore étudiant à Paris,
-venoit souvent prier dans cette chapelle de la Vierge dont nous venons
-de parler.
-
-Il y fut institué, en 1533, une confrérie qui depuis devint célèbre,
-et à laquelle deux papes (Grégoire XIII et Clément VIII) attachèrent
-de grandes indulgences.
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS.
-
- Sur la droite du maître-autel, un tableau représentant la
- Vierge, et l'Enfant-Jésus caressant saint Jean-Baptiste; par un
- peintre inconnu.
-
- Sur la tranche d'un bénitier de marbre, placé au pied d'un des
- piliers de l'orgue, on lisoit une inscription grecque
- _récurrente_[326], copiée sans doute d'après les bénitiers de la
- croisée de Notre-Dame, où elle se trouvoit également gravée, mais
- beaucoup plus anciennement. Elle étoit conçue en ces termes:
-
- [Grec: NIPSÔN ANOMÊMATA MÊ MONAN OPSIN].
-
- 1626.
-
- Lava peccata non solam faciem.
-
- [Note 326: C'est-à-dire qu'elle pouvoit être lue également
- de gauche à droite et de droite à gauche.]
-
-On prétend que cette inscription étoit primitivement gravée sur le
-bénitier de l'église de Sainte-Sophie à Constantinople[327].
-
- [Note 327: L'église Saint-Étienne-des-Grès a été détruite.]
-
-
-LA CHAPELLE SAINT-SYMPHORIEN.
-
-Cette chapelle, qui fut détruite dans le dix-septième siècle, étoit
-située dans la rue des Cholets, vis-à-vis le collége qui porte le même
-nom. Son origine, sur laquelle on n'a aucun renseignement, devoit
-être fort ancienne, car il en est fait mention dans le testament
-d'Hermentrude. On la trouve citée depuis dans la charte de
-Philippe-Auguste de 1185, et dans le cartulaire de Sainte-Geneviève à
-la date de 1220. Sauval dit qu'elle subsistoit encore de son temps; il
-devoit ajouter aussi qu'il l'avoit vu détruire, car il n'est mort
-qu'en 1670, et alors il y avoit huit ans que cette chapelle, tombant
-en ruines, avoit été vendue au collége de Montaigu, par contrat du 2
-septembre 1662.
-
-La chapelle Saint-Symphorien avoit été bâtie au milieu d'un clos de
-vignes qui s'étendoit jusqu'à Notre-Dame-des-Champs (les Carmélites).
-Ce vignoble appartenoit au roi et à différents seigneurs. D'anciens
-titres nous apprennent que le monarque avoit, entre l'église
-Saint-Étienne et le collége de Lisieux, un pressoir, dans lequel on
-portoit le vin qui se recueilloit au clos _des Mureaux_. Ce clos,
-situé au faubourg Saint-Jacques, étoit nommé, au treizième siècle,
-_Murelli_, dans le suivant _de Murellis_, aliàs _de Cuvron_. On
-donnoit le nom de _clos Saint-Étienne_ aux vignes plantées près de
-cette église.
-
-
-LES RELIGIEUSES DE LA VISITATION DE SAINTE-MARIE.
-
-Nous avons déjà parlé de l'origine de ces religieuses et de leur
-établissement à Paris en 1619[328]. Leur nombre s'étant
-considérablement augmenté dès le commencement, ce fut une nécessité de
-chercher presque aussitôt un lieu convenable pour y fonder un nouveau
-monastère et y établir une colonie de ces saintes filles. L'archevêque
-de Paris leur en accorda la permission en 1623. Elles achetèrent en
-conséquence, au faubourg Saint-Jacques, une maison dite _Saint-André_,
-avec quelques bâtiments et jardins qui l'environnoient, et firent
-disposer le tout dans la forme propre à y recevoir une communauté. Ce
-second établissement, dans lequel elles entrèrent le 13 août 1626,
-fut confirmé par des lettres patentes données en 1660.
-
- [Note 328: _Voy._ t. II, 2e part., p. 1249.]
-
-La maison du faubourg Saint-Jacques étant devenue, dans le courant du
-siècle dernier, l'une des plus considérables de l'ordre, ces dames se
-trouvèrent dans une situation assez prospère pour penser à faire
-reconstruire leur église en entier et une partie de leurs bâtiments.
-Ce projet fut exécuté quelques années avant la révolution. L'église,
-qui existe encore, est petite, mais d'une architecture élégante[329].
-Le portail en est simple et de bon goût.
-
- [Note 329: _Voy._ pl. 158. Elle a été rendue au culte.]
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA VISITATION.
-
- Sur le maître-autel, dédié à saint François-de-Sales, un tableau
- représentant ce saint évêque; par _Le Brun_.
-
- Dans un des bas-côtés, à droite, la Visitation; par _Suvée_.
-
- Dans le bas-côté, à gauche, le tableau des Sacrés-Coeurs; par
- _Mauperin_.
-
- Ces dames possédoient en outre plusieurs tableaux de _La Fosse_,
- renfermés dans l'intérieur de leur maison.
-
-
-LE SÉMINAIRE SAINT-MAGLOIRE.
-
-C'étoit dans l'origine un hôpital connu sous le nom de
-Saint-Jacques-du-Haut-Pas. On ne sait rien de positif ni sur l'origine
-des religieux qui le desservoient, ni sur l'époque de leur
-établissement à Paris. Le P. Helyot[330] nous présente cet ordre comme
-une société de laïcs qui, au douzième siècle, et à l'exemple des
-religieux appelés _Pontifices_ ou faiseurs de ponts, s'étoient voués à
-l'occupation pénible de faciliter aux pèlerins les passages difficiles
-des rivières, et faisoient eux-mêmes les ponts et bacs destinés à cet
-usage. Il dit qu'ils portoient, comme marque distinctive, un marteau
-figuré sur la manche gauche de leur habit; que cet institut, ayant été
-favorisé, forma une espèce de congrégation religieuse, dont le
-chef-lieu fut le grand hôpital de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, au
-diocèse de Lucques en Italie. Quelques historiens en ont fait un ordre
-militaire; d'autres prétendent qu'ils étoient chanoines réguliers. La
-première opinion sembleroit la plus probable, parce qu'en effet le
-chef de l'ordre prenoit le titre de commandeur.[331] Jaillot
-conjecture qu'ils étoient établis à Paris dès le douzième siècle; et
-que c'est d'eux qu'il est question dans une donation faite, en 1183,
-par Philippe-Auguste de tout ce qui lui appartenoit sous Montfaucon;
-d'autres historiens ne pensent pas que l'hôpital du Haut-Pas ait été
-fondé avant l'année 1286. Quelques-uns même, tels que Sauval et D.
-Félibien, reculent cette fondation jusqu'au quatorzième siècle; mais
-des titres authentiques en constatoient l'existence dès 1260[332].
-
- [Note 330: _Hist. des Ordr. rel._, t. II, p. 280.]
-
- [Note 331: L'abbé Lebeuf, t. I, p. 246.]
-
- [Note 332: L'abbé Lebeuf, t. I, p. 247.]
-
-Ces hospitaliers, ne trouvant pas en France l'occasion de rendre aux
-fidèles les services auxquels ils s'étoient obligés par leur institut,
-cherchèrent quelque autre moyen de leur devenir utiles, et le trouvèrent
-dans l'érection d'un hôpital, où ils reçurent les pèlerins des deux
-sexes, et leur prodiguèrent tous les secours de l'humanité et de la
-religion. L'utilité de cette nouvelle institution fut si vivement
-sentie, que, malgré la suppression de cet ordre faite en 1459 par Pie II
-et la réunion de ses revenus à celui de Notre-Dame de Bethléem, on
-résolut de le conserver en France. Antoine Canu, qui en étoit commandeur
-en 1519, fit rebâtir l'hôpital et reconstruire une plus grande église,
-qui fut dédiée, par François Poncher, évêque de Paris, sous le nom de
-Saint-Raphaël archange et de Saint-Jacques-le-Majeur. Les choses
-restèrent dans le même état jusqu'au milieu du siècle suivant, que cet
-hôpital fut mis dans la main du roi, sans qu'on en sache la raison. On
-trouve qu'en 1554 il fut destiné, par un arrêt du conseil, à recevoir
-les soldats blessés, et qu'en 1561 le roi en faisoit acquitter les
-charges.
-
-Nous avons déjà dit qu'en 1572 un ordre de Catherine de Médicis fit
-transférer à Saint-Jacques-du-Haut-Pas les religieux de
-Saint-Magloire[333]. Cette translation, qui ne s'opéra que
-difficilement, et contre le gré de ces religieux, fit naître parmi eux
-des dégoûts, y produisit un relâchement si marqué, que M. de Gondi,
-évêque de Paris et abbé de ce monastère[334], se crut obligé de
-recourir à l'autorité du parlement, qui, par son arrêt du 13 février
-1586, ordonna que cette abbaye seroit réformée, et nomma des
-commissaires à cet effet. Cette réforme eut tout le succès que l'on
-pouvoit désirer; mais le nombre des religieux diminua successivement,
-et à un tel point, que M. Henri de Gondi, cardinal de Retz et évêque
-de Paris, jugea qu'il ne pouvoit trouver ni un lieu ni une
-circonstance plus favorable pour établir un séminaire qu'il avoit
-depuis quelque temps résolu de former. Il obtint à cet effet des
-lettres-patentes du mois de juillet 1618, qui autorisèrent la
-fondation de ce séminaire, et y appliquèrent le produit de la mense
-conventuelle.
-
- [Note 333: _Voy._ tom. I, 2e part., p. 583.]
-
- [Note 334: Dès 1480 l'abbaye Saint-Magloire étoit possédée
- en commande. Catherine de Médicis, long-temps avant la
- translation, avoit demandé la suppression du titre et de la
- dignité abbatiale, et l'union des revenus à l'évêché de
- Paris, ce qui fut accordé par une bulle de Pie IV en 1564,
- et confirmé, en 1575, par une autre bulle de Grégoire XIII.]
-
-Ce fut aux PP. de l'Oratoire que ce prélat jugea à propos de confier
-la direction du nouvel établissement: ils furent chargés d'instruire
-et d'entretenir douze ecclésiastiques, à sa nomination et à celle de
-ses successeurs. L'événement justifia pleinement la sagesse d'un tel
-choix; et de cette école, recommandable par la science et la piété de
-ses directeurs, on a vu, dans l'espace de près de deux siècles, sortir
-une foule de sujets distingués, dont plusieurs ont été l'ornement de
-l'Église, et en ont rempli les premières dignités.
-
-Ce fut le 16 mars 1620 que fut passée la transaction entre les PP. de
-l'Oratoire et les religieux de Saint-Magloire: il fut convenu que
-ceux-ci pourroient rester dans la maison, qu'ils y jouiroient chacun
-d'une pension de 414 livres, et de la prébende de l'église Notre-Dame,
-qu'on avoit affectée à leur mense. Le dernier de ces religieux y
-mourut en 1669.
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.
-
- Sur le maître-autel, un tableau représentant l'Annonciation; sans
- nom d'auteur.
-
- Dans la nef, plusieurs autres tableaux médiocres, ou copiés
- d'après de bons maîtres.
-
-La bibliothèque, composée de dix-huit à vingt mille volumes,
-renfermoit les manuscrits de M. de Saint-Marthe sur les grandes
-maisons de France[335].
-
- [Note 335: Ce séminaire est maintenant occupé par
- l'institution des Sourds-Muets.]
-
-
-L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-JACQUES-DU-HAUT-PAS.
-
-Cette église doit le nom qu'elle porte à la chapelle de l'hôpital dont
-nous venons de parler. Vers le milieu du quinzième siècle, les
-habitants des faubourgs Saint-Jacques et Saint-Michel, trop éloignés
-des églises Saint-Médard, Saint-Hippolyte et Saint-Benoît, leurs
-paroisses, avoient sollicité l'érection de cette chapelle en
-succursale. Cette demande, après quelques contestations, leur fut
-accordée en 1566; et la sentence de l'official qui ordonna cette
-érection remit la nomination du chapelain qui devoit résider à
-Saint-Jacques-du-Haut-Pas aux curés et vicaires perpétuels des églises
-que nous venons de nommer.
-
-Les Bénédictins de Saint-Magloire ayant été transférés, en 1572, dans
-la maison des Hospitaliers de Saint-Jacques, il arriva que l'office de
-ces religieux devant se dire à certaines heures, se rencontroit
-souvent avec celui de la succursale, ce qui, des deux côtés, devint
-également incommode, et détermina les paroissiens à faire bâtir une
-nouvelle chapelle à côté de l'ancienne. Elle fut commencée en 1584, et
-l'on en bénit le cimetière le 10 mai de la même année.
-
-Dès l'époque de l'érection de cette succursale, le prêtre qui la
-desservoit avoit pris le titre de curé; plusieurs actes cités par
-Jaillot le lui donnent, et il paroît que cette cure étoit alors à la
-nomination du trésorier de la Sainte-Chapelle. Cependant la chapelle
-de Saint-Jacques-du-Haut-Pas n'étoit point encore une paroisse en
-titre; et ce titre elle ne le dut qu'à l'augmentation rapide des
-habitants de ce quartier. Cette augmentation devint telle, que, dès
-1603, on forma le projet de faire bâtir une église plus vaste, ce qui
-toutefois ne fut exécuté qu'en 1630, parce qu'une foule d'obstacles en
-traversèrent jusque-là l'exécution. La première pierre en fut posée,
-le 2 septembre de cette année, par Monsieur, frère de Louis XIII; et
-ce fut alors seulement que les habitants obtinrent l'érection de leur
-église en paroisse, ce qui ne fut accordé toutefois qu'après de
-longues contestations, et sous la condition de certaines redevances
-aux curés des diverses églises dont la chapelle Saint-Jacques étoit
-auparavant dépendante. Il fut aussi ordonné que cette cure seroit à
-l'avenir à la présentation alternative du chapitre Saint-Benoît et du
-curé de Saint-Hippolyte.
-
-Toutefois les travaux de la nouvelle église, commencés avec beaucoup
-d'ardeur, restèrent suspendus, faute de secours, jusqu'en 1675; et à
-cette époque on n'avoit encore construit que le choeur de l'église que
-nous voyons aujourd'hui. On en dut la continuation à madame
-Anne-Geneviève de Bourbon, princesse du sang, duchesse douairière de
-Longueville, qui s'étoit retirée aux Carmélites. Elle posa la première
-pierre de la tour et du portail le 19 juillet de cette année, et ses
-libéralités furent d'un grand secours à la fabrique pour en achever la
-construction; mais il est juste de dire que la plus grande partie de
-la dépense fut faite par les paroissiens. Il est peu d'exemples dans
-cette histoire d'un zèle de piété plus unanime et plus touchant. Les
-carriers, qui étoient en grand nombre dans le quartier, fournirent
-gratuitement toute la pierre dont cette église est pavée, et les
-ouvriers employés à sa construction voulurent donner chacun un jour
-de leur travail par semaine. Ces deux parties de l'église, le portail,
-décoré de quatre colonnes doriques, et la tour, d'une forme carrée,
-furent construits sur les dessins de l'architecte Guittard, membre de
-l'académie, et achevés en 1684. On commença en 1688 la chapelle de la
-Vierge située dans le fond du choeur[336].
-
- [Note 336: _Voy._ pl. 159. Cette église a été rendue au
- culte.]
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-JACQUES-DU-HAUT-PAS.
-
- TABLEAUX.
-
- Sur le dernier pilier de la nef, à droite, près de la croisée, le
- martyre de saint Barthélemi; par _La Hire_[337].
-
- [Note 337: Ce fut, dit-on, ce tableau qui commença la
- réputation de cet habile peintre.]
-
- Vis-à-vis la chaire, un Christ; par _Lelu_.
-
- Sur la porte de la sacristie, une Nativité et un saint Pierre
- dans la prison; sans nom d'auteur.
-
- Sur l'autel de la Vierge, une Assomption; dans une chapelle à
- gauche, le mariage de la Vierge; également sans nom d'auteur.
-
-
- SÉPULTURES.
-
- Dans cette église et dans le cimetière avoient été inhumés:
-
- Jean Duverger de Haurane, abbé de Saint-Cyran, mort en 1643.
-
- Jean-Dominique Cassini, célèbre astronome, mort en 1712.
-
- Philippe de La Hire, habile géomètre, et fils du peintre de ce
- nom, mort en 1718.
-
- Jean Desmoulins, curé de cette paroisse, et l'un des plus dignes
- pasteurs dont puisse s'honorer l'église de Paris, mort en 1732.
-
-
-CIRCONSCRIPTION.
-
-L'étendue de cette paroisse ne peut pas être facilement désignée du
-côté de la campagne, et par conséquent il est difficile de bien
-établir ses limites avec Saint-Hippolyte; mais on peut faire observer
-que, du côté de la ville, son territoire étoit limitrophe avec
-Saint-Séverin vers les Chartreux; puis avec Saint-Cosme et
-Saint-Benoît, en commençant, après la porte Saint-Jacques, à la rue
-Saint-Dominique qu'elle avoit tout entière.
-
-
-_Cour et Hôpital Sainte-Geneviève._
-
-Un peu en deçà de cette église, on voyoit une maison très-ancienne et
-mal bâtie, dont la porte étoit décorée d'une statue de sainte
-Geneviève. Jaillot est le seul de nos historiens qui en ait fait
-connoître l'ancienne destination. Elle avoit été acquise, en 1604, par
-M. Léonard Thuillier, proviseur du collége des Lombards, ainsi que le
-clos _Gaudron_ auquel elle confinoit, dans l'intention d'en faire un
-asile pour les pauvres. Ayant obtenu, en 1610, l'autorisation de la
-puissance temporelle, il y fit construire une chapelle, et y établit
-un hôpital, qu'il légua aux marguilliers de Saint-Jacques-du-Haut-Pas
-par son testament du 2 janvier 1617. Nous ignorons à quelle époque
-cette institution cessa d'exister; mais dans le siècle dernier les
-Feuillants et le curé de Saint-Jacques occupoient la plus grande
-partie de cette maison.
-
-
-LA COMMUNAUTÉ DES FILLES SAINTE-AURE.
-
-Cette communauté fut établie en 1687 par M. Gardeau, curé de
-Saint-Étienne-du-Mont[338]. Sa première intention avoit été uniquement
-de procurer un asile et la subsistance à plusieurs jeunes filles de sa
-paroisse que la misère avoit plongées dans le libertinage. Il les
-avoit réunies dans une maison de la rue des Poules, sous la protection
-d'un saint prêtre de son clergé, nommé Labitte, lequel avoit donné la
-première idée de cet établissement. Il fut d'abord fondé sous le nom
-de sainte Théodore. Quelque temps après, M. de Harlai ayant jugé à
-propos de donner un autre directeur à ces filles, il s'en fallut peu
-que ce changement n'amenât la destruction de la communauté. Le plus
-grand nombre d'entre elles refusa de reconnoître son autorité; elles
-sortirent même de la maison, sans garder aucune mesure de bienséance.
-Il fallut toute la prudence et toute la douceur de ce nouveau
-directeur (M. Lefevre)[339] pour ramener une partie de ce troupeau
-dispersé. De ces restes qu'il avoit si heureusement réunis, il forma
-la communauté de Sainte-Aure, qu'il plaça dans une maison commode, rue
-Neuve-Sainte-Geneviève. Leur chapelle fut bénite en 1700, et M. le
-cardinal de Noailles donna des constitutions à ces filles en 1705. M.
-Lefevre ne se contenta pas de leur procurer des secours spirituels, il
-affermit encore leur établissement par plusieurs acquisitions qu'il
-fit pour leur communauté, et par la construction d'une église plus
-vaste, commencée en 1707. Le roi fit expédier, en 1723, des
-lettres-patentes en leur faveur[340].
-
- [Note 338: Sauval, t. I, p. 658 et 714.]
-
- [Note 339: Son mérite et ses talents le firent choisir
- depuis pour être sous-précepteur des enfants de France.]
-
- [Note 340: Les bâtiments de cette communauté sont occupés
- maintenant par une pension.]
-
-Vers la fin du siècle dernier, ces filles avoient embrassé la clôture
-et la règle de saint Augustin: elles prenoient le titre de
-_religieuses de Sainte-Aure, adoratrices du sacré coeur de Jésus_.
-
-
-LES ORPHELINES DU SAINT ENFANT JÉSUS ET DE LA MÈRE DE PURETÉ.
-
-Tel est le titre de cette communauté, et non celui des _Cent Filles_,
-que plusieurs nomenclateurs lui ont donné. L'abbé Lebeuf dit «qu'elle
-fut fondée vers 1710, pour de pauvres orphelines de la campagne.»[341]
-Piganiol recule cette date jusqu'à 1735. Jaillot prétend que cet
-établissement est antérieur de plusieurs années à la première de ces
-deux dates, et qu'il prit naissance vers 1700, par le soin de quelques
-personnes pieuses qui le commencèrent dans le cul-de-sac des Vignes,
-sous la protection de l'archevêque et des officiers municipaux. La
-maison qu'occupoient ces orphelines avoit été prise à loyer; elles en
-firent l'acquisition en 1711, ainsi que d'une autre maison voisine, et
-y firent construire des classes, un réfectoire et une chapelle.
-L'acquisition fut amortie, et l'établissement confirmé par
-lettres-patentes en 1717. Plusieurs personnes charitables y fondèrent
-des places qui restèrent à la nomination de leurs familles[342].
-
- [Note 341: T. II, p. 418.]
-
- [Note 342: Entre autres, M. Cabou, conseiller au grand
- conseil, et mademoiselle Ferret.]
-
-Outre les filles que la charité y plaçoit, on en recevoit d'autres avec
-de bonnes recommandations, moyennant une pension modique. Il suffisoit,
-pour être admise dans cette maison, qu'une fille fût orpheline de père
-ou de mère, de la ville ou de la campagne: elle pouvoit y entrer dès
-l'âge de sept ans, et y demeurer jusqu'à vingt. Dans le commencement de
-l'établissement, la direction et l'administration en avoient été
-confiées à des filles pieuses, qui formoient entre elles une société
-purement séculière; mais en 1754 on leur substitua des filles de la
-communauté de Saint-Thomas-de-Villeneuve[343].
-
- [Note 343: Cette maison est occupée maintenant par une
- communauté de dames de Charité.]
-
-
-_Communauté de Saint-Siméon-Salus._
-
-Dans le même cul-de-sac, et presque vis-à-vis la maison des
-Orphelines, étoit une pension pour les femmes ou filles tombées en
-démence, à laquelle on avoit donné le titre de communauté de
-_Saint-Siméon-Salus_. On y avoit ménagé une petite chapelle sous
-l'invocation de ce saint, qui cacha, par un excès d'humilité, de
-grandes vertus sous les apparences de la folie et de l'extravagance.
-Elle fut construite en 1696. Les malades qu'on y renfermoit étoient
-traités avec un soin extrême, et tous les moyens possibles étoient
-employés pour procurer leur guérison.
-
-
-LES FILLES SAINTE-PERPÉTUE.
-
-Cette communauté de filles, qui a cessé de subsister environ vingt ans
-avant la révolution, habitoit une maison située dans la rue de la
-Vieille-Estrapade. Elles devoient leur établissement au zèle de la
-demoiselle Grivot, qui les avoit instituées en 1688, et placées rue
-Neuve-Saint-Étienne[344]. L'objet de leur institut étoit d'instruire
-les jeunes filles et de leur apprendre, avec les principes de la
-religion, tous les travaux convenables à leur sexe. M. de Noailles,
-qui protégeoit spécialement cet établissement, à cause de son utilité,
-transféra les filles Sainte-Perpétue dans la maison que la communauté
-de Saint-François-de-Sales venoit d'abandonner, pour aller habiter la
-place du Puits-de-l'Ermite. Elles la tinrent à loyer jusqu'au moment
-de leur suppression, dont nous ignorons les causes. À l'exception de
-Jaillot, aucun historien moderne n'a fait mention de cette communauté.
-
- [Note 344: Sauval, t. II, p. 706.]
-
-
-LES RELIGIEUSES DE LA PRÉSENTATION NOTRE-DAME.
-
-Sauval et ceux qui l'ont suivi ont parlé fort inexactement de ce
-prieuré perpétuel de Bénédictines mitigées[345]. Voici les faits tels
-qu'ils ont été rétablis par Jaillot: «Quelques religieuses de cet
-ordre avoient tenté de former un établissement à Paris sans avoir pu
-obtenir la permission, lorsque madame Marie Courtin, veuve du sieur
-Billard de Carouge, voulant favoriser sa nièce, religieuse de l'abbaye
-d'Arcisse, forma le projet de fonder dans cette capitale un couvent de
-cet ordre, dont cette religieuse eût été prieure perpétuelle. Elle
-proposa en conséquence aux Bénédictines dont nous avons déjà parlé, de
-se réunir à cette nièce, nommée Catherine Bachelier, et lui fit, en
-conséquence de cette réunion, une donation entre-vifs de 900 livres de
-rente, dont celle-ci devoit jouir conjointement avec sa petite
-communauté. Le contrat fut passé en 1649; et, en conséquence de cette
-donation, Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, permit à ces
-religieuses de s'établir dans une maison qu'elles avoient déjà louée
-rue des Postes, sous la condition qu'après la mort de la soeur
-Bachelier, leur prieure seroit triennale. La division se mit bientôt
-entre elles; l'archevêque fut obligé de les séparer dès l'année
-suivante, et permit à la soeur Bachelier de s'établir ailleurs. Elle
-se plaça dans la rue d'Orléans, au faubourg Saint-Marcel, avec une
-compagne qu'elle avoit amenée d'Arcisse; et madame de Carouge ayant
-bien voulu élever jusqu'à la somme de 2,000 livres la rente qu'elle
-lui avoit accordée, cette religieuse se vit en état de demander la
-confirmation de son établissement, ce qui lui fut accordé par des
-lettres patentes de 1656.
-
- [Note 345: T. I, p. 661.]
-
-Cette communauté s'étant assez rapidement augmentée, et les lieux
-qu'elle occupoit se trouvant trop resserrés, elle acheta, en 1671, une
-maison et un jardin d'environ deux arpents dans la rue des Postes, où
-elle avoit pris son origine. Cette maison leur fut cédée par M.
-Olivier, greffier civil et criminel de la cour des aides, moyennant
-une rente de 615 livres, et sous la condition qu'on recevroit dans la
-communauté une fille pour être religieuse de choeur, laquelle ne
-paieroit que 200 livres de rente. Il s'en réserva la nomination, sa
-vie durant, et après lui à ses enfants seulement, à l'exclusion de
-leurs descendants[346].
-
- [Note 346: Les bâtiments de cette communauté sont occupés
- par une pension.]
-
-
-LES RELIGIEUSES DE NOTRE-DAME DE CHARITÉ, DITES LES FILLES DE
-SAINT-MICHEL.
-
-À l'exception de Jaillot, aucun de nos historiens n'a fait mention de
-cette communauté. Elle fut instituée par le P. Eudes, de l'Oratoire,
-dont nous aurons bientôt occasion de parler. Son zèle, qui avoit déjà
-éclaté dans une utile et pieuse fondation, voulut se signaler de
-nouveau en rassemblant dans un asile commun quelques-unes de ces
-malheureuses victimes que la misère ou la séduction précipite dans le
-libertinage, et que le repentir seul ne pourroit en arracher, si la
-charité ne venoit à leur secours, et ne leur procuroit les ressources
-indispensables pour se maintenir dans ces salutaires dispositions. Il
-jugea nécessaire de leur faire garder la clôture, et confia le soin de
-leur conduite à des personnes pieuses, et qu'il crut douées d'assez de
-discernement pour s'acquitter dignement d'une tâche aussi difficile.
-
-Cet établissement fut commencé à Caen le 25 novembre 1641. Mais le P.
-Eudes eut bientôt acquis la conviction qu'il ne pourroit atteindre
-complétement le but qu'il s'étoit proposé, qu'en le faisant diriger
-par des religieuses qui se consacreroient spécialement à cette oeuvre
-de charité. Il sollicita donc et obtint, en 1642, des lettres-patentes
-par lesquelles il lui fut permis de rassembler à Caen une communauté
-de religieuses qui feroient profession de la règle de saint Augustin,
-et dont l'occupation particulière seroit d'instruire les filles
-pénitentes qui voudroient se mettre sous leur conduite. Le P. Eudes
-choisit les religieuses de la Visitation pour former les sujets de ce
-nouvel institut: il rédigea les statuts et les règlements que devoient
-observer les religieuses pénitentes, et voulut que, quoique logées
-dans le même monastère, elles fussent séparées de celles qui les
-dirigeoient, surtout qu'elles ne pussent jamais être reçues à faire
-profession, quelque solide que pût être leur conversion, accordant
-toutefois, dans le cas d'une vocation décidée, qu'on leur procurât des
-facilités pour entrer dans d'autres couvents. À l'égard de celles qui
-n'étoient point appelées au cloître, elles devoient être rendues à
-leurs parents, ou placées avantageusement, après avoir été
-suffisamment instruites. M. Leroux de Langrie, président au parlement
-de Normandie, se déclara fondateur de l'établissement; il fut
-approuvé, en 1666, par le pape Alexandre VII, et se répandit bientôt
-en Bretagne, où il se forma successivement trois maisons. Ce fut du
-monastère de Guingamp qu'on fit venir quelques-unes de ces religieuses
-pour diriger la maison des Filles de la Magdeleine, dont nous avons
-déjà parlé[347]. M. le cardinal de Noailles, touché du zèle que ces
-saintes filles mirent dans l'exercice de ces pénibles fonctions,
-frappé du talent particulier qu'elles avoient pour conduire ce
-troupeau encore indocile; convaincu d'ailleurs de la triste nécessité
-de multiplier de semblables asiles dans une aussi grande ville que
-Paris, résolut de leur procurer un second établissement dans cette
-capitale. S'étant associé, pour cette oeuvre pieuse, une charitable
-personne (mademoiselle Marie-Thérèse Le Petit de Vernon de
-Chausserais), ils achetèrent conjointement, le 3 avril 1724, une
-grande maison et un jardin dans la rue des Postes; et la même année
-ces filles y furent établies. Ce prélat leur obtint en même temps des
-lettres-patentes qui furent confirmées en 1741 et en 1764. Leur
-chapelle fut bénite sous le nom de saint Michel.
-
- [Note 347: _Voy._ t. II, 2e part., p. 709.]
-
-Conformément à leur institut, les filles pénitentes qui s'y
-présentoient volontairement, ou qu'on y renfermoit en vertu d'ordres
-supérieurs, étoient logées dans des bâtiments séparés de ceux des
-religieuses, et il y en avoit d'autres destinés aux jeunes demoiselles
-dont on leur confioit l'éducation[348].
-
- [Note 348: Cette maison est maintenant habitée par des
- particuliers.]
-
-
-_Communauté de Sainte-Anne-la-Royale._
-
-Au dix-septième siècle il y avoit dans la rue des Postes un autre
-monastère que Sauval a confondu avec celui des Bénédictines de la
-Présentation; c'étoient les Augustines qui s'y étoient établies, en
-1640, sous le titre de _Sainte-Anne-la-Royale_, titre qu'elles avoient
-pris en reconnoissance des bienfaits d'Anne d'Autriche, à qui elles
-devoient la maison qu'elles occupoient dans cette rue, et dans
-laquelle ces filles sont restées jusqu'en 1680. Alors, faute de
-revenus et de moyens suffisants pour se maintenir, elles furent
-obligées de la céder à leurs créanciers, et de se disperser dans
-d'autres communautés. Cette maison fut adjugée au sieur de Sainte-Foi,
-par décret du 19 mars 1689.
-
-
-LES RELIGIEUSES URSULINES.
-
-L'éducation des jeunes filles, si importante chez les nations
-chrétiennes où les femmes jouissent d'une si grande influence dans la
-société, fut long-temps très-imparfaite parmi nous; et l'on peut dire
-même qu'avant l'établissement de l'ordre des Ursulines, on n'avoit
-point conçu sur un si grand objet un système complet et régulier. Cet
-ordre fut institué dans l'année 1537 par la B. _Angèle_, qui habitoit
-la ville de Bresse en Lombardie. Ce ne fut dans le principe qu'une
-congrégation de filles et de femmes qui se vouoient à la pratique de
-toutes les vertus chrétiennes, et s'occupoient spécialement de
-l'instruction des jeunes personnes de leur sexe. Cet institut fut
-confirmé en 1544, par Paul III, sous le nom de _Compagnie de
-Sainte-Ursule_, et Grégoire XIII l'approuva de nouveau en 1572. Ces
-filles vivoient alors séparément dans leurs maisons; mais dans la
-suite plusieurs se réunirent, pratiquant la vie commune, sans
-toutefois faire de voeux ni garder de clôture. Elles ne tardèrent pas
-à s'introduire en France; et Françoise de Bermont, l'une d'entre
-elles, avec la permission de Clément VIII, établit, en 1594, une
-congrégation d'Ursulines à Aix en Provence, où leur réputation
-s'accrut encore et contribua à augmenter le nombre de leurs maisons.
-Il arriva que, peu de temps après, mademoiselle Acarie, ayant formé le
-projet de créer à Paris un couvent de Carmélites réformées, et n'ayant
-pu le mettre à exécution, conçut le dessein, plus utile peut-être,
-d'employer les personnes qu'elle avoit rassemblées, à l'instruction
-gratuite des jeunes filles. Madame l'Huillier, veuve de M. Leroux de
-Sainte-Beuve, voulut coopérer à cette oeuvre charitable, se déclara
-fondatrice du nouvel établissement, et logea ces filles, en 1608,
-dans une maison qu'elle avoit louée au faubourg Saint-Jacques.
-Françoise de Bermont fut alors appelée par elle de son monastère de
-Provence, et vint à Paris avec une de ses compagnes pour conduire la
-nouvelle communauté et lui donner la règle qu'elle observoit.
-
-L'ordre qu'elle y établit fit sentir à la fondatrice que son institut
-deviendroit d'une utilité bien plus grande, si ces filles consentoient
-à être de véritables religieuses, et joignoient aux voeux ordinaires
-celui de se consacrer à l'instruction des personnes de leur sexe. Les
-ayant trouvées toutes dans des dispositions favorables à ses vues,
-elle acheta quelques vieux bâtiments dans le faubourg Saint-Jacques,
-et une grande place vide, faisant partie du clos de Poteries, lequel
-s'étendoit jusqu'au cul-de-sac de la rue des Postes, et jusqu'à la rue
-de Paradis. Les lieux réguliers y furent construits en peu de temps;
-on célébra la première messe dans la chapelle le 29 septembre 1610, et
-les Ursulines en prirent possession le 11 octobre suivant. L'année
-d'après, le roi autorisa cet établissement par un simple brevet; mais
-dès que la fondation en eut été consolidée par l'engagement que prit
-madame de Sainte-Beuve de payer 2,000 livres de rente pour l'entretien
-de douze religieuses, on eut recours aux deux puissances pour en
-assurer la stabilité. Le roi accorda des lettres-patentes,
-enregistrées le 12 septembre 1612, et le pape Paul V permit, dans la
-même année, d'ériger cette communauté en corps de religion, sous le
-titre de Sainte-Ursule, et sous la règle réformée de Saint-Augustin.
-
-Dès que l'on eut obtenu la bulle qui faisoit de la communauté des
-Ursulines une maison religieuse et régulière, on pria l'abbesse de
-Saint-Étienne de Soissons de se transporter à Paris avec quelques-unes
-de ses compagnes, pour former aux exercices du cloître les personnes
-qui voudroient embrasser le nouvel institut. Elle arriva dans cette
-ville le 11 juillet 1612 avec quatre religieuses, et quatre mois
-après, le jour de Saint-Martin, elle donna l'habit à douze novices.
-Leur nombre s'étant en très-peu de temps considérablement augmenté, la
-fondatrice fit jeter les fondements d'une nouvelle église, dont la
-première pierre fut posée par la reine Anne d'Autriche le 22 juin
-1620; elle fut achevée en 1627, et a subsisté jusque dans les derniers
-temps de la monarchie.
-
-Cette maison a été le berceau ou le modèle de toutes celles qui se
-sont établies depuis dans les diverses provinces du royaume et dans
-les autres états de l'Europe. L'ordre entier étoit divisé en onze
-provinces, et celle de Paris contenoit quatorze monastères. Les
-services éminents qu'il rendoit, services dont l'utilité étoit
-généralement sentie, avoient fait multiplier ses établissements au
-point qu'on en comptoit plus de trois cents dans l'étendue de la
-France[349].
-
- [Note 349: Les bâtiments des Ursulines ont été démolis.]
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.
-
- TABLEAUX.
-
- Sur le maître-autel, décoré d'un très-riche tabernacle,
- l'Annonciation; par _Van Mol_, élève de Rubens.
-
- À gauche du maître-autel, un saint Joseph, sans nom d'auteur, et
- un autre tableau représentant sainte Angèle, qui instruit des
- enfants; par _Robin_.
-
-
- SÉPULTURES.
-
- Dans le choeur avoit été inhumée madame de Sainte-Beuve,
- fondatrice de ce monastère, morte en 1630.
-
- Dans l'église on voyoit la tombe de Jean de Montreuil, conseiller
- du roi, et son résident en Angleterre et en Écosse, mort en 1651.
-
-
-LES BÉNÉDICTINS ANGLOIS.
-
-Jaillot est le seul qui nous ait laissé des renseignements exacts sur
-l'établissement en France de ces religieux; les autres historiens, en
-parlent à peine, n'en ont pas même donné de dates certaines. La
-persécution violente excitée par Henri VIII contre les catholiques, un
-moment suspendue sous le règne trop court de Marie, s'étant renouvelée
-avec une force nouvelle lorsque Élisabeth fut montée sur le trône, les
-Bénédictins anglois, de même que tous les autres ministres du culte
-romain, se virent dans la nécessité de se cacher, de se disperser, et
-d'aller chercher un asile hors de l'Angleterre. On les reçut en
-Espagne et en Italie; vers la fin du règne de cette princesse, ils
-firent une tentative pour rentrer dans leur pays, et y faire revivre
-leur congrégation: elle n'eut point le succès qu'ils en avoient
-d'abord espéré. Forcés, par les lois sanguinaires de Jacques VI,
-successeur d'Élisabeth, de s'expatrier une seconde fois, ils se
-retirèrent à Dieulouard en Lorraine, et formèrent en même temps un
-établissement à Douai, qui étoit alors sous la domination espagnole.
-C'est vers ce temps-là (en 1611) qu'ils furent appelés par Marie de
-Lorraine, abbesse de Chelles, pour diriger son monastère, et qu'elle
-conçut le projet de leur procurer un établissement à Paris, tant pour
-y former des sujets propres à veiller sur sa communauté, que pour
-faire des missions en Angleterre.
-
-Elle en fit venir six, qu'elle plaça d'abord, en 1615, au collége de
-Montaigu, et ensuite dans le faubourg Saint-Jacques; mais le refus
-qu'ils firent, en 1618, de se prêter à une nouvelle translation, les
-brouilla avec leur bienfaitrice, et tarit la source de ses
-libéralités. Dans l'extrémité où ils se trouvèrent alors réduits, ces
-religieux furent secourus par le P. Gabriel Gifford, alors chef des
-trois congrégations, italienne, espagnole et angloise, qu'on avoit
-réunies, en 1617, sous le nom de _Congrégation Bénédictine angloise_;
-il pourvut à leurs besoins, et loua pour eux, rue de Vaugirard, une
-maison qui se trouve aujourd'hui comprise dans les bâtiments du
-Luxembourg. Six ans et demi après, ils furent transférés dans la rue
-d'Enfer; ils logèrent ensuite dans une maison que les Feuillantines
-avoient habitée; enfin le P. Gifford, étant devenu archevêque de
-Reims, acheta pour eux, au même endroit, trois maisons avec jardin,
-sur l'emplacement desquels on construisit le monastère qu'ils ont
-occupé jusque dans les derniers temps.
-
-Ces religieux obtinrent, en 1642, de l'archevêque de Paris, la
-permission de s'y établir et de célébrer l'office divin dans leur
-chapelle, ce qui fut confirmé par des lettres-patentes de Louis XIV.
-Ce prince, qui les protégeoit, leur en accorda bientôt de nouvelles,
-par lesquelles il leur permit de posséder des bénéfices de leur ordre
-ainsi que les religieux nés dans son royaume, et attribua au grand
-conseil la connoissance de toutes les affaires qui pouvoient les
-concerner. En 1674, on démolit l'ancienne maison et la salle qui leur
-servoit de chapelle, pour construire de nouveaux bâtiments et
-commencer l'église qui existoit encore de nos jours. La première
-pierre en fut posée par mademoiselle Marie-Louise d'Orléans, depuis
-reine d'Espagne, et le roi contribua à la dépense, d'une somme de
-7,000 fr. Cette église fut achevée et bénite le 28 février 1677, sous
-le titre de _Saint-Edmond_, roi d'East-Angles, c'est-à-dire de la
-partie orientale d'Angleterre. Le P. Schirburne, alors prieur de la
-maison de Paris, à qui l'on devoit en grande partie ces constructions,
-ayant été élu général de sa congrégation, voulut ajouter encore à ses
-bienfaits en sollicitant l'union à cette communauté de son prieuré de
-Saint-Étienne de Choisi-au-Bac, ce qui fut accordé et exécuté[350].
-
- [Note 350: Les bâtiments de cette maison servent d'atelier à
- une manufacture de coton.]
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.
-
- TABLEAUX.
-
- Sur le maître-autel, orné de colonnes corinthiennes, un tableau
- représentant saint Edmond, roi d'Angleterre et martyr; sans nom
- d'auteur.
-
- Dans une des petites chapelles, une Vierge peinte par _Louise de
- Bavière_, abbesse de Maubuisson, petite-fille de Jacques Ier, roi
- d'Angleterre.
-
-
- SCULPTURES.
-
- Dans cette église étoit déposé le corps de Jacques II, roi de la
- Grande-Bretagne, mort à Saint-Germain-en-Laye, le 6 septembre
- 1701, ainsi que celui de Louise-Marie Stuart, sa fille, morte au
- même endroit le 18 avril 1712.
-
- La maison de Fitz-James avoit aussi sa sépulture dans cette
- église.
-
-
-LES RELIGIEUSES FEUILLANTINES
-
-Le pape Sixte V, en approuvant la réforme exécutée par le P. Jean de
-La Barrière dans son abbaye de Feuillants, de l'ordre de Cîteaux, lui
-avoit permis, par sa bulle du 13 novembre 1587, d'établir des
-monastères de l'un et de l'autre sexe. Les premières Feuillantines,
-fondées près de Toulouse suivant les uns, à Montesquiou de Volvestre,
-diocèse de Rieux, suivant les autres, furent transférées dans la
-première de ces deux villes, le 12 mai 1599. Il paroît que les
-Feuillants ne se montrèrent pas dans le principe disposés à leur
-procurer de nouveaux établissements: car ils se refusèrent obstinément
-à toutes les offres qui leur furent faites à ce sujet, et ce monastère
-fut le seul qu'elles possédèrent jusqu'en 1622. À cette époque, madame
-Anne Gobelin, veuve de M. d'Estourmel de Plainville, capitaine d'une
-compagnie des Gardes-du-corps, forma le projet d'attirer des
-Feuillantines à Paris; et prévoyant les difficultés qu'elle alloit
-éprouver de la part des Pères Feuillants, elle eut assez de pouvoir
-pour déterminer la reine Anne d'Autriche à écrire à ces religieux,
-assemblés alors à Pignerol dans leur chapitre général. Cette lettre,
-que le chapitre reçut comme un ordre honorable, eut tout l'effet qu'on
-en attendoit. Le 30 juillet de cette même année 1622, les supérieurs
-firent partir de Toulouse six religieuses, qui arrivèrent à Paris au
-mois de novembre suivant, et descendirent chez les Carmélites, d'où
-elles furent conduites processionnellement, par les Feuillants de
-Paris, dans la maison qui leur étoit destinée. Elle avoit été achetée
-dès 1620 par leur bienfaitrice, et, pendant cet intervalle, disposée
-d'une manière convenable à recevoir une communauté. Des
-lettres-patentes confirmèrent l'établissement, et madame d'Estourmel
-acheva de le consolider par un don de 27,000 livres, et une rente de
-2,000 liv. qu'elle lui assura.
-
-La chapelle de ce monastère fut changée, au commencement du siècle
-suivant, en une église dont le portail, construit par un architecte
-nommé Marot, présentoit la forme pyramidale et les ornements
-d'architecture en usage à cette époque. Quelques historiens de Paris
-en ont dit beaucoup de mal: nous ignorons pourquoi, car il n'est pas
-certainement le plus mauvais de ceux qui ont été construits dans le
-même système[351]. La maison fut en même temps réparée, et toutes ces
-dépenses se firent au moyen du bénéfice d'une loterie qui leur fut
-accordée par arrêt du conseil du 29 mars 1713[352].
-
- [Note 351: _Voy._ pl. 167.]
-
- [Note 352: Les bâtiments de cette communauté sont en partie
- détruits, en partie habités par des particuliers.]
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES FEUILLANTINES.
-
- Sur le maître-autel, enrichi de colonnes composites, une copie de
- la fameuse Sainte-Famille de _Raphaël_, qui décoroit les
- appartements de Versailles.
-
-
-LES FILLES DE LA PROVIDENCE.
-
-Cet utile établissement reconnoissoit pour fondatrice madame Marie
-Lumague, veuve de M. François de Polallion, gentilhomme ordinaire du
-roi et conseiller d'état. Cette dame, qu'une piété sublime avoit
-associée à toutes les oeuvres de charité de S. Vincent-de-Paule, son
-directeur, conçut le projet de retirer du libertinage les jeunes
-personnes de son sexe que la séduction ou la misère avoient pu y
-engager, et de prévenir la chute de celles qui étoient sur le point de
-s'y précipiter. Les fondements de cette charitable institution furent
-jetés en 1630 dans une maison qu'elle possédoit à Fontenay; peu de
-temps après madame de Polallion transféra sa communauté naissante à
-Charonne. Elle y prospéra tellement qu'en 1643 elle étoit déjà
-composée de cent filles. C'est alors que Louis XIII, dont elle avoit
-attiré l'attention, permit à ces filles de venir se fixer à Paris, lui
-accordant, avec cette permission, la faculté de recevoir des
-donations, et tous les priviléges dont jouissent les maisons royales.
-Cette communauté reçut, par les mêmes lettres-patentes, le nom de
-_Maison de la providence de Dieu_.
-
-Toutefois il ne paroît pas que ces filles aient pensé alors à profiter
-de la faveur que le roi leur avoit accordée: car en 1647 elles
-habitoient encore Charonne. On les voit enfin, dans le courant de
-cette année, venir occuper, rue d'Enfer, une maison qui fut depuis
-renfermée dans celle des Feuillants. Vincent-de-Paule qu'on regarde
-avec raison comme le second instituteur de cette maison, et qui en fut
-nommé directeur, n'eut point de repos qu'il ne leur eût procuré un
-emplacement plus vaste et plus commode. Ce fut à sa sollicitation que
-la reine Anne d'Autriche se déclara protectrice de la communauté de la
-Providence. Elle avoit acheté, en 1651, de l'Hôtel-Dieu, une maison
-fort spacieuse, qui avoit été destinée à recevoir les pestiférés, et
-qu'on nommoit l'_hôpital de la Santé_: on la partagea en deux parts,
-dont une fut comprise dans les jardins du Val-de-Grâce, et l'autre
-donnée aux Filles de la Providence. Elles en prirent possession le 11
-juin 1652, ainsi que d'une chapelle sous l'invocation de saint Roch et
-de saint Sébastien, que l'Hôtel-Dieu y avoit fait construire, et qu'on
-a depuis ornée et agrandie. Le B. Vincent-de-Paule leur donna alors
-des statuts, qu'elles ont conservés jusqu'à la fin, avec de
-très-légers changements.
-
-Cette maison étoit administrée par une supérieure qu'on élisoit tous
-les trois ans, et qui faisoit signer les registres de recette et de
-dépense à une dame séculière agréée par l'archevêque, laquelle avoit
-la qualité de directrice et protectrice de la communauté. Les
-personnes qui la composoient ne faisoient que des voeux simples.
-Consacrées depuis long-temps uniquement à l'éducation des jeunes
-personnes, ce qui n'avoit pas été le premier but de leur institution,
-elles ne cessèrent point de remplir dignement cet important ministère
-jusqu'au moment qui a détruit tous ces asiles d'innocence et de piété,
-qu'il sera si difficile de refaire ce qu'ils ont été[353].
-
- [Note 353: On a établi une fonderie dans cette maison.]
-
-L'utilité de cet établissement avoit engagé M. de Harlai à en
-former de semblables dans l'île Saint-Louis, sur la paroisse
-Saint-Germain-l'Auxerrois, et à la Ville-Neuve; mais ils ne purent se
-maintenir, et, long-temps avant la révolution, ils avoient déjà cessé
-d'exister.
-
-
-LES CARMÉLITES.
-
-La maison qu'habitoient ces religieuses avoit été autrefois un prieuré
-que les anciens titres nomment indifféremment _Notre-Dame-des-Vignes_
-et _Notre-Dame-des-Champs_. La grande antiquité de cette maison a fait
-renaître, à son sujet, ces conjectures déjà hasardées par plusieurs
-de nos historiens sur tant de monuments dont l'origine se perd
-également dans la nuit des temps: on a prétendu que saint Denis y
-avoit célébré les saints mystères. Cette tradition, qu'on ne peut
-soutenir d'aucune espèce d'autorité, n'est cependant pas dépourvue de
-quelque vraisemblance: car alors ce lieu étoit solitaire; éloigné de
-la ville; et l'apôtre des Gaules, ainsi que le troupeau qu'il avoit
-formé, persécutés par les idolâtres, devoient en effet chercher les
-lieux écartés pour adorer le vrai Dieu et le prier en commun. Mais ce
-qu'on ne peut s'empêcher de trouver ridicule, c'est que cette manie
-d'érudition ait porté quelques antiquaires à voir dans cet ancien
-édifice un temple dédié, à Mercure selon les uns, à Cérès ou à Isis
-selon les autres. Cette opinion singulière n'avait d'autres fondements
-que l'examen très-imparfait d'une statue placée sur le pignon de
-l'église et qui subsistoit encore dans les derniers temps. Ils
-prétendoient y reconnoître les attributs de ces divinités du
-paganisme, jusque-là que des pointes de fer placées autour de sa tête
-pour empêcher les oiseaux de s'en approcher et la garantir de leurs
-ordures, leurs sembloient des épis de blé, qui, comme on sait, sont au
-nombre des symboles de Cérès. Cependant des savants plus raisonnables,
-après avoir examiné plus attentivement cette figure, reconnurent
-qu'elle représentoit tout simplement l'archange saint Michel[354]
-tenant une balance, dont les bassins contenoient chacun une tête
-d'enfant; ce monument, dont l'antiquité paroissoit assez grande,
-n'avoit été mis qu'en 1605 à la place qu'il occupoit.
-
- [Note 354: Nous avons déjà dit plusieurs fois que sa statue
- se plaçoit ordinairement dans les cimetières, et que dans la
- plupart il y avoit un oratoire sous son nom. L'abbé Lebeuf
- ayant trouvé en cet endroit un moulin qui subsistoit encore
- à la fin du siècle dernier, et qu'on nommoit le moulin _de
- la Tombe-Isoire_ (t. I, p. 230), en a conclu que ce nom ne
- signifioit, par corruption, qu'un assemblage de tombes.
- Jaillot ne trouve aucun titre qui puisse faire penser qu'on
- ait jamais employé le mot de _Tombe-isoire_ pour désigner un
- cimetière, et sans daigner s'arrêter à réfuter la fable d'un
- géant nommé Isore, que l'on supposoit enterré en ce lieu, il
- rapporte plusieurs actes dans lesquels il a lu _apud tumbam
- Ysore_, et prouve que c'étoit le nom d'une famille encore
- connue au seizième siècle, et qui occupoit une grande maison
- aboutissant à la place Maubert. (Cens. de Sainte-Geneviève,
- de 1540, fol. 15.)]
-
-L'abbé Lebeuf en a conclu que ce lieu avoit été d'abord occupé par un
-oratoire de Saint-Michel, qu'avoit ensuite remplacé la chapelle de
-Notre-Dame-des-Champs; et citant à ce sujet l'acte d'une donation
-faite, en 994, aux religieux de Marmoutier, par Raynauld, évêque de
-Paris, il en infère que, dès ce temps-là, ces religieux étoient
-établis dans cette chapelle. Jaillot nous paroît avoir très-solidement
-réfuté cette opinion, fondée sur une fausse interprétation de divers
-passages de cet acte, et présume avec plus de vraisemblance que
-l'époque de l'établissement de ces religieux à Notre-Dame-des-Champs
-ne peut être fixée plus loin que l'an 1084, parce que c'est alors
-seulement qu'elle leur fut donnée par _Adam Payen_ et _Gui Lombard_,
-qui la tenoient _de leurs ancêtres_[355]; donation dont les
-cartulaires de ces religieux offroient les actes les plus
-authentiques. Il rejette également l'opinion de Du Breul, Lemaire et
-leurs copistes, qui avancent que cette église fut rebâtie sous le
-règne du roi Robert; et d'accord ici avec le savant qu'il vient de
-combattre, il pense que la crypte[356] ou chapelle souterraine n'est
-pas d'un gothique plus ancien que le douzième siècle, et que le
-portail est au plus du treizième.
-
- [Note 355: Cart. B. M. de Campis, fol. 34.]
-
- [Note 356: On assuroit, par tradition, dans le couvent des
- Carmélites, qu'il y avoit sous cette crypte, située au fond
- de l'église, une autre cave encore plus basse; ce qui
- sembleroit indiquer des restes de sépulcres romains.
- Peut-être est-ce en ce lieu souterrain que saint Denis
- rassembloit les fidèles. Son image ou celle de saint Martin
- de Tours étoit sculptée sur le trumeau de la grande porte;
- et les six grandes statues placées aux deux côtés du
- portique représentoient sensiblement Moïse, Aaron, David,
- Salomon et deux autres prophètes.
-
- (LEBEUF.)]
-
-L'établissement du collége de Marmoutier, fait au commencement du
-quatorzième siècle, et dont nous aurons bientôt occasion de parler,
-diminua considérablement le nombre des religieux qui habitoient
-Notre-Dame-des-Champs; cependant ils continuèrent d'y rester jusqu'à
-la fin du seizième. Alors on s'entretenoit dans l'Europe entière des
-effets prodigieux opérés par la réforme que sainte Thérèse avoit
-introduite dans l'ordre des Carmélites, réforme dont les progrès
-avoient été si rapides, qu'en 1580, dix-huit ans après son premier
-établissement à Avila, cette réforme s'étoit déjà répandue dans toute
-l'Espagne; et que, malgré les mortifications et les austérités
-prescrites par cette sainte fille, on comptoit plus de trente-deux
-couvents, tant d'hommes que de femmes qu'elle-même avoit établis. Dès
-cette époque, le pape Grégoire XIII avoit séparé cet institut des
-Carmes mitigés, et en avoit fait ainsi un nouvel ordre dans l'Église.
-La réputation de sainteté qu'il avoit acquise, fit naître à madame
-Avrillot, épouse de M. Acarie, maître des requêtes, et à quelques
-autres personnes de piété, le projet de faire venir des religieuses
-carmélites à Paris. Les troubles dont la France fut agitée sous le
-règne de Henri III en suspendirent quelque temps l'exécution. Elle
-devint bientôt plus facile par la protection de la princesse Catherine
-d'Orléans-Longueville, qui voulut bien accepter le titre de fondatrice
-du couvent qu'on procureroit à Paris à ces religieuses, et promit de
-le doter de 2,400 livres de rente. On jeta les yeux sur le prieuré de
-Notre-Dame-des-Champs, où il n'y avoit plus que quatre religieux, et
-qui, moyennant une modique dépense, pouvoit être disposé de manière à
-recevoir convenablement la nouvelle communauté. Le cardinal de
-Joyeuse, abbé commendataire de Marmoutier, donna son consentement sans
-aucune difficulté; et les religieux qui voulurent d'abord résister,
-furent obligés de céder à l'ordre que le roi leur fit intimer les 14
-et 20 février 1603. Dès l'année précédente, ce prince avoit donné son
-approbation à l'établissement des Carmélites; et le pape Clément VIII
-consentit non-seulement à la formation d'un monastère, mais d'un ordre
-entier, dont le couvent de Paris seroit le chef-lieu. Les choses étant
-ainsi disposées, M. de Bérulle, conseiller et aumônier du roi, depuis
-instituteur des prêtres de l'Oratoire et cardinal, obtint en Espagne,
-du général des Carmes, six religieuses, qui en partirent le 29 août
-1604, et entrèrent le 17 octobre suivant dans le couvent qu'on leur
-avoit fait préparer[357]. Cet ordre se répandit aussi rapidement en
-France qu'en Espagne, et à la fin du dix-huitième siècle, on en
-comptoit soixante-deux monastères dans le royaume. Ces religieuses
-furent appelées d'abord _Carmelines_ ou _Thérésiennes_: on leur donna
-depuis le nom de _Carmélites_, comme plus conforme à l'étymologie
-latine.
-
- [Note 357: _Voy._ pl. 167.]
-
-L'église de ce couvent étoit riche en monuments des arts, et au nombre
-de celles que les curieux et les étrangers visitoient avec le plus
-d'empressement.
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CARMÉLITES.
-
- TABLEAUX.
-
- La nef et le sanctuaire étoient ornés de douze tableaux, placés
- sous chaque vitrage, et dans l'ordre suivant:
-
- À gauche, à partir de l'autel, 1º Jésus-Christ ressuscité,
- apparoissant aux trois femmes; par _Laurent de La Hire_;
-
- 2º Jésus-Christ dans le désert servi par les anges; par _Le
- Brun_;
-
- 3º Jésus-Christ sur le bord du puits de Jacob, s'entretenant avec
- la Samaritaine, par _Stella_;
-
- 4º L'Entrée triomphante de Jésus-Christ dans Jérusalem; par
- _Laurent de La Hire_;
-
- 5º Jésus-Christ chez Simon le Pharisien, par _Le Brun_;
-
- 6º Le Miracle des cinq pains, par _Stella_.
-
- À droite, également à partir de l'autel, 1º l'Adoration des
- Bergers;
-
- 2º La Descente du Saint-Esprit sur les Apôtres;
-
- 3º L'Assomption de la Vierge;
-
- 4º L'Adoration des Mages;
-
- 5º La Présentation au temple;
-
- 6º La Résurrection du Lazare.
-
- Le second, le troisième et le sixième de ces tableaux étoient de
- _Philippe de Champagne_, les trois autres avoient été exécutés
- dans l'école de ce peintre.
-
- Dans la chapelle de la Magdeleine, un tableau représentant cette
- célèbre pécheresse, par _Le Brun_[358].
-
- [Note 358: Ce tableau, maintenant déposé, ainsi que
- plusieurs autres de cette église, dans le Musée du roi, a
- été à la fois l'objet d'éloges outrés et de contes
- ridicules. C'est encore un préjugé assez généralement
- répandu qu'il offre l'image de madame de La Vallière, et que
- jamais Le Brun n'a rien fait de plus beau. Cependant il n'y
- a pas, dans cette figure, le moindre rapport de ressemblance
- avec les portraits bien authentiques de cette dame célèbre;
- et du reste, ce tableau, loin d'être un des meilleurs de
- l'artiste, peut être justement mis au rang de ses plus
- médiocres. L'expression manque de vérité; l'attitude est
- maniérée et théâtrale; il y a de l'exagération dans la
- couleur. Du reste, c'est ainsi que l'on a long-temps jugé,
- parmi nous, les productions des beaux-arts, sans goût, sans
- méthode, sans aucunes connoissances positives.]
-
- Sur les panneaux de cette même chapelle, plusieurs tableaux de
- l'école de ce peintre.
-
- Dans la chapelle de Sainte-Thérèse, le songe de saint Joseph; par
- _Philippe de Champagne_.
-
- Sur les lambris, la vie entière de ce saint, par _Jean-Baptiste
- de Champagne_, son neveu.
-
- Sur l'autel, une sainte Thérèse, sans nom d'auteur.
-
- Dans la troisième chapelle, sainte Geneviève, par _Le Brun_.
-
- Sur les lambris, plusieurs traits de la vie de cette sainte, par
- _Verdier_.
-
- En face du choeur des religieuses, l'Annonciation, par _Le
- Guide_.
-
- Les voûtes étoient enrichies d'une grande quantité de peintures à
- fresque, par _Philippe de Champagne_. On y remarquoit, entre
- autres, un Christ placé entre la Vierge et saint Jean, qui
- paroissoit être sur un plan perpendiculaire, quoiqu'il fût
- horizontal. Le trait de ce morceau avoit été donné, dit-on, à
- Champagne par un mathématicien très-habile, nommé _Desargues_.
-
- Sur une petite porte en dehors de l'église, on voyoit une
- Annonciation peinte en grisaille, et attribuée au même peintre.
-
-
- SCULPTURES.
-
- Sur l'attique du maître-autel, magnifiquement décoré de colonnes
- de marbre avec chapiteaux et modillons de bronze doré[359], un
- grand bas-relief aussi de bronze doré, représentant
- l'Annonciation, par _Anselme Plamen_.
-
- [Note 359: Cette décoration, ainsi que les peintures de la
- voûte, étoit due aux libéralités de la reine Marie de
- Médicis.]
-
- Sur le même autel, deux anges en bronze, par _Perlan_.
-
- Sur le tabernacle, exécuté en orfèvrerie, et auquel on avoit
- donné la forme de l'arche d'alliance, un bas-relief représentant
- l'Annonciation[360].
-
- [Note 360: On y exposoit, une ou deux fois par an, un grand
- soleil enrichi de pierreries du plus grand prix.]
-
- Sur la grille qui séparoit la nef du sanctuaire, un Christ de
- bronze doré, regardé comme un des plus beaux ouvrages de _Jacques
- Sarrasin_.
-
- Sur l'entablement d'une tribune placée au-dessus de la porte
- d'entrée, saint Michel foudroyant le démon, sculpture exécutée
- d'après les dessins du peintre _Stella_.
-
- Dans la chapelle de la Magdeleine, la statue en marbre du
- cardinal de Bérulle, par _Jacques Sarrasin_[361]. Le piédestal
- étoit orné de deux bas-reliefs, par _l'Estocart_[362].
-
- [Note 361: Le cardinal est représenté à genoux, les mains
- croisées sur sa poitrine, et dans l'attitude de la prière.
- L'exécution de cette figure est lourde et molle dans toutes
- ses parties. Les bas-reliefs sont au nombre de trois, dont
- deux sur les faces latérales représentent les sacrifices de
- l'ancienne et de la nouvelle loi; l'autre, sur le devant de
- la plinthe, offre les armes du cardinal. Ils nous ont paru
- d'un meilleur style, et plusieurs parties en sont même
- traitées avec une sorte de délicatesse. (Déposé aux
- Petits-Augustins.)]
-
- [Note 362: Tous les embellissements de cette chapelle
- avoient été faits par les libéralités de l'abbé Le Camus.]
-
-
- SÉPULTURES.
-
- Dans cette église avoient été inhumés:
-
- Marguerite Tricot, femme de Louis Lavocat, dame d'atours de la
- princesse de Condé, morte en 1651.
-
- François Vautier, premier médecin du roi, mort en 1652.
-
- Pierre de Bullion, abbé de Saint-Faron, mort en 1659.
-
- Julie d'Angennes, duchesse de Montausier, morte en 1671.
-
- Trois filles de Henri-Charles de Lorraine et de Marie de
- Brancas-Villars, nées jumelles, et mortes presqu'en naissant en
- 1671.
-
- Le duc de Montausier, mort en 1690.
-
- Édouard le Camus, prêtre, l'un des bienfaiteurs de cette maison,
- mort en 1674.
-
- Antoine de Varillas, historiographe de France, mort en 1696.
-
- Philippe Hecquet, docteur en médecine de la faculté de Paris,
- mort en 1737[363].
-
- [Note 363: L'épitaphe de ce savant homme, trop longue pour
- être rapportée ici, avoit été composée par Rollin.]
-
- Le coeur du maréchal de Turenne, le coeur d'Anne-Marie
- Martinozzi, princesse de Conti.
-
-Quoique les Carmélites eussent été établies et fixées à
-Notre-Dame-des-Champs, on ne leur en donna cependant pas les revenus.
-Le titre de prieuré subsista jusqu'en 1671, qu'il fut réuni, avec les
-biens qui en dépendoient, au séminaire d'Orléans.
-
-C'est dans ce monastère que Louise-Françoise de La Baume Le Blanc,
-duchesse de La Vallière, se retira, lorsque l'heureuse inconstance de
-Louis XIV, qu'elle avoit si tendrement aimé, lui eut rendu le séjour
-de la cour insupportable; et c'est là que, sous le nom de _soeur
-Louise de la Miséricorde_, elle se livra, pendant trente-six ans, à
-toutes les austérités de la règle et de la pénitence. Elle y mourut
-en 1710.
-
-
-L'ABBAYE ROYALE DU VAL-DE-GRÂCE.
-
-C'étoit un monastère de filles de la réforme de Saint-Benoît,
-originairement situé dans une vallée près de Bièvre-le-Châtel, ce qui
-lui avoit fait donner le nom de _Vauparfond_ et _Valprofond_. Les
-monuments qui font mention de cette abbaye ne passent pas le
-commencement du douzième siècle; mais on a quelque raison de croire
-qu'elle existoit dès le milieu du précédent[364]. Des lettres-patentes
-de Charles VIII, de l'année 1487, nous apprennent que le Valprofond
-étoit de fondation royale, et que la reine Anne de Bretagne, l'ayant
-pris sous sa protection, voulut qu'il s'appelât à l'avenir
-_Notre-Dame-du-Val-de-la-Crèche_. Ce fut cette même princesse qui en
-sollicita la réforme, laquelle y fut introduite en 1514 par Étienne
-Poncher, évêque de Paris. On y voit les abbesses déclarées
-triennales, devenir perpétuelles en 1576, et se soumettre de nouveau à
-la triennalité en 1618. Ce fut vers cette époque qu'une foule de
-considérations extrêmement pressantes, telles que la situation
-désagréable de l'abbaye du Val, la vétusté de ses bâtiments, et les
-dangers imminents dont ils étoient menacés par de fréquentes
-inondations, firent naître le projet d'en transférer les religieuses à
-Paris. En 1621 on avoit déjà acheté à cet effet une grande place dans
-le faubourg Saint-Jacques, avec une maison appelée _le fief de Valois_
-ou _le Petit-Bourbon_, lorsque la reine Anne d'Autriche se déclara
-fondatrice du nouveau monastère, fit rembourser la somme de 36,000
-liv., prix de l'acquisition, et ordonna la disposition des lieux, de
-manière que les religieuses du Val-de-Grâce purent y entrer le 20
-septembre de la même année. La reine y fit ajouter depuis quelques
-bâtiments et un nouveau cloître, dont elle posa la première pierre le
-3 juillet 1624.
-
- [Note 364: Gall. Christ., t. VII, inst. col. 196.]
-
-Toutefois, malgré l'affection particulière que Anne d'Autriche avoit
-conçue pour cette maison, elle ne put, dans ces premiers temps, lui en
-donner que de foibles témoignages. Le cardinal de Richelieu vivoit
-encore; et l'on sait que tant que vécut ce ministre, elle n'eut ni le
-pouvoir d'accorder des grâces, ni même le crédit d'en faire obtenir.
-La mort de Louis XIII, qui ne survécut que cinq mois au cardinal,
-l'ayant mise à la tête de l'administration du royaume, une de ses
-premières pensées fut d'accomplir le voeu qu'elle avoit fait, dans des
-temps moins heureux, de bâtir à Dieu un temple magnifique, s'il
-faisoit cesser une stérilité de vingt-deux ans. Ce voeu avoit été
-exaucé, et l'obligation où elle étoit de le remplir lui devint
-d'autant plus agréable, qu'elle y trouvoit en même temps une occasion
-de donner au monastère du Val-de-Grâce une marque éclatante de cette
-affection qu'elle lui portoit. Il fut donc résolu que l'église et le
-monastère seroient rebâtis avec la plus grande magnificence: les
-fondements du nouvel édifice furent ouverts le 21 février 1645, et le
-1er avril, le jeune roi Louis XIV y posa la première pierre dans le
-plus grand appareil[365]. Les troubles qui agitèrent la minorité de ce
-prince suspendirent bientôt les travaux commencés; mais ils furent
-repris en 1655. Monsieur, frère unique du roi, mit la première pierre
-au couvent; et ces bâtiments, si solides et si étendus, furent
-continués avec tant d'activité, qu'ils étoient achevés au commencement
-de 1662, et que l'église put être bénie en 1665.
-
- [Note 365: Dans cette pierre fut encastrée une médaille d'or
- de trois pouces et demi de diamètre, pesant un marc trois
- onces, sur laquelle est d'un côté le portrait de Louis XIV,
- porté par la reine sa mère, avec cette inscription: _Anna,
- Dei gratiâ, Francorum et Navarræ regina regens, mater
- Ludovici XIV, Dei gratiâ, Franciæ et Navarræ regis
- christianissimi_. Au revers sont gravés le portail et la
- façade de l'église, et autour est écrit: _Ob gratiam diù
- desiderati regii et secundi partûs_. Au bas sont marqués le
- jour et l'année de la naissance de Louis XIV. _Quinto
- septembris_ 1638.]
-
-Le célèbre architecte François Mansard fournit les dessins de ce grand
-édifice, et fut chargé de son exécution, qu'il conduisit jusqu'à neuf
-pieds au-dessus du sol. Il perdit alors la faveur de la reine, parce
-que, dit-on, il ne voulut rien changer à son plan, dont l'achèvement
-eût coûté des sommes considérables[366], et beaucoup au-dessus de la
-dépense qu'on vouloit faire pour ce monument. Jacques Le Mercier
-remplaça Mansard, et conduisit ces constructions jusqu'à la corniche
-du premier ordre, tant intérieur qu'extérieur; c'est à cette époque
-que les travaux furent interrompus. Ils furent repris en 1654, sous la
-direction de Pierre Le Muet, architecte alors en réputation, auquel on
-associa depuis Gabriel Le Duc, qui arrivoit d'Italie, où il avoit
-fait, dit-on, de longues études sur l'architecture des temples. Il
-étoit impossible que chacun de ces architectes n'eût pas la prétention
-d'y mettre un peu du sien; et dès-lors on ne doit pas être surpris de
-trouver dans le style et dans les ornements des diverses parties
-quelques discordances, suites inévitables de ce changement successif
-de direction. Il faut plutôt s'étonner qu'il n'ait pas produit des
-effets plus fâcheux: car le monument en général est exécuté avec
-beaucoup de soin et de précision; la sculpture intérieure, faite par
-les frères Anguier, est très-délicate et très-achevée; partout on a
-déployé une magnificence dont notre description ne pourra pas sans
-doute embrasser tous les détails, ni donner une idée complète et
-satisfaisante.
-
- [Note 366: Piqué du traitement qu'il venoit d'éprouver,
- Mansard, pour s'en venger, engagea M. Henri du Plessis
- Guénégaud, secrétaire d'état, à faire bâtir, dans son
- château de Frêne, à sept lieues de Paris, une chapelle, dans
- laquelle cet architecte exécuta en petit le dessin qu'il
- avoit conçu pour le Val-de-Grâce. Les historiens de Paris,
- accoutumés à juger les objets d'arts sur parole, et d'après
- les réputations bien ou mal fondées, n'ont pas manqué de
- dire que c'étoit le chef-d'oeuvre de l'architecture
- françoise. La vérité est que ce monument, dont la partie la
- plus remarquable est un dôme sur pendentifs, n'offre rien
- d'extraordinaire que la singularité de l'exécution sur une
- si petite échelle: il n'a que dix-huit pieds de diamètre. Le
- plan n'en est pas même très-heureux.]
-
-Les édifices qui composent l'abbaye du Val-de-Grâce consistent
-principalement en plusieurs grands corps de logis et une belle église,
-surmontée d'un dôme très-riche et très-élevé. La cour qui sert
-d'entrée présente une ligne de constructions de vingt-cinq toises de
-largeur. Aux deux côtés sont deux ailes de bâtiments flanqués de deux
-pavillons carrés qui donnent sur la rue, de laquelle le monastère est
-séparé par une grille de fer régnant de l'un à l'autre pavillon. Au
-fond de la cour et au centre de ces constructions s'élève sur un
-perron de quinze marches le portail de la grande église, orné d'un
-portique que soutiennent huit colonnes corinthiennes. Au-dessus de ce
-premier ordre s'en élève un second, formé de colonnes composites, et
-raccordé avec le premier par de grands enroulements placés aux deux
-côtés. Dans le tympan du fronton étoient les armes de France
-écartelées d'Autriche avec une couronne fermée[367].
-
- [Note 367: _Voy._ pl. 160.]
-
-Les colonnes du premier portique sont accompagnées de deux niches
-contenant les statues de saint Benoît et de sainte Scholastique,
-toutes les deux en marbre. Sur la frise on lisoit cette inscription:
-
- _Jesu nascenti Virginique matri._
-
-Les deux niches se trouvent répétées dans le second ordre, mais sans
-statues.
-
-Le dôme, d'une belle proportion, est, à l'extérieur, couvert de lames
-de plomb avec des plates-bandes dorées. Un campanille le surmonte: il
-est entouré d'une balustrade de fer, et porte un globe de métal, sur
-lequel s'élève une croix, qui fait le couronnement de tout l'ouvrage.
-
-L'intérieur de ce monument, lequel présente une longueur de vingt-cinq
-toises dans oeuvre, non compris la chapelle du Saint-Sacrement[368],
-sur treize toises de largeur dans la croisée du dôme, est orné de
-pilastres corinthiens à cannelures; ces pilastres, qui séparent les
-arcades de la nef, se prolongent dans l'intérieur du dôme, où ils
-semblent servir d'appui à quatre grands arcs-doubleaux, au-dessus
-desquels régne un entablement continu que surmonte un ordre de
-pilastres corinthiens accouplés. Le dôme qui s'élève au-dessus a dix
-toises et demie de largeur sur vingt toises quatre pieds de hauteur
-sous clef[369].
-
- [Note 368: Cette chapelle, placée derrière le chevet du dôme
- de l'église, étoit enfermée dans une enceinte particulière
- par des murs de clôture de neuf pieds de hauteur, et
- destinée uniquement aux religieuses. Le grand autel élevé
- entre cette chapelle et la nef étoit double, et disposé de
- manière que ces filles pouvoient y recevoir la communion et
- adorer le Saint-Sacrement sans être vues des personnes du
- dehors.]
-
- [Note 369: _Voy._ pl. 161.]
-
-Dans l'arc du fond opposé à la nef se présente le grand autel, exécuté
-sur les dessins de Gabriel Le Duc. Il est décoré de six grandes
-colonnes torses en marbre, revêtues de bronze, et fait à l'imitation
-de celui de Saint-Pierre de Rome, ce qui fut ensuite répété dans
-toutes les églises où l'on voulut déployer une grande richesse de
-décoration. Au-dessus se dessine un entablement couronné d'un
-baldaquin, et sur chaque colonne sont des anges portant des
-encensoirs; d'autres anges plus petits semblent se jouer dans les
-festons qui lient ensemble toutes les parties de ce couronnement. Ils
-tiennent des cartels où sont écrits quelques versets du _Gloria in
-excelsis_. Les anges, le baldaquin et tous les autres ornements sont
-dorés au mat ou d'or bruni.
-
-Dans l'enfilade de la croisée du dôme, sur la droite, se trouve la
-chapelle Sainte-Anne, dans laquelle étoient déposés les coeurs des
-princes et princesses de la famille royale[370]; à gauche étoit placé
-le choeur des religieuses, séparé du dôme par une grille de fer.
-
- [Note 370: Le premier qui y fut déposé fut celui de madame
- Anne-Élisabeth de France, première fille de Louis XIV, morte
- en 1662; Anne d'Autriche voulut aussi donner le sien aux
- religieuses du Val-de-Grâce, comme une dernière marque de
- son affection; et depuis, cet usage a toujours subsisté pour
- tous les princes et princesses de la maison royale. On
- disposa en conséquence un caveau au-dessous de cette
- chapelle; il fut revêtu de marbre, et au milieu de la
- chapelle, tendue en velours noir rehaussé d'armoiries
- d'argent, on éleva une estrade surmontée d'un dais, où ces
- portions de leurs dépouilles mortelles furent long-temps
- exposées avant d'être inhumées dans le caveau. Le 17 janvier
- 1696, un ordre du roi les y fit descendre, à l'exception de
- ceux d'Anne d'Autriche et du duc d'Orléans, qui restèrent
- dans la chapelle.]
-
-La grande voûte de la nef, l'intérieur des arcs-doubleaux qui
-soutiennent le dôme, sont enrichis d'une foule de sculptures,
-ornements d'architecture, médaillons, bas-reliefs, que la main des
-frères Anguier a su rendre dignes de la majesté du lieu[371]; les
-marbres les plus précieux ont été employés au pavement de l'église, et
-disposés en compartiments qui répondent à ceux de la voûte; enfin la
-fresque qui couvre le plafond du dôme met le comble à la magnificence
-de ce beau monument. Ce morceau de peinture, l'un des plus grands de
-ce genre qui existe en Europe, représente la gloire des élus dans le
-ciel[372], et contient plus de deux cents figures de proportion
-colossale. C'est du reste un ouvrage d'un très-rare mérite; et ce qui
-le rend plus admirable encore, c'est que Pierre Mignard, qui en est
-l'auteur, le conçut et l'exécuta dans l'espace de treize mois. Il
-passe pour son chef-d'oeuvre, et Molière l'a célébré dans un poëme que
-le peintre dut sans doute regarder comme la récompense la plus
-glorieuse de ses travaux. Toutes les inscriptions qu'on y lit encore
-furent placées sous la direction de Quenel, alors intendant de tous
-les édifices royaux. Depuis, pour ces sortes de compositions, on a
-consulté l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
-
- [Note 371: La voûte de la chapelle offre, dans six
- médaillons, les têtes de la sainte Vierge, de saint Joseph,
- de sainte Anne, de saint Joachim, de sainte Élisabeth, de
- saint Zacharie. On y voit en outre des figures d'anges
- chargés de cartels, avec des inscriptions et des
- hiéroglyphes relatifs à ces divers personnages.
-
- Aux quatre angles du dôme, dans quatre médaillons, sont les
- quatre Évangélistes, accompagnés d'anges portant également
- des inscriptions dans des cartels. Sur les arcades des neuf
- chapelles, dont trois sont sous le dôme et six dans la nef,
- des figures allégoriques présentent les divers attributs de
- la Vierge, tels que la Patience, la Pauvreté, l'Humilité,
- l'Innocence, la Virginité, la Prudence, la Justice, la
- Piété, etc., etc.]
-
- [Note 372: Dans la partie la plus élevée de la composition
- on voit un ange qui tient ouvert le livre des sceaux, où
- sont écrits les noms des élus. De côté et d'autre, des
- saints distribués par groupes, patriarches, apôtres,
- martyrs, vierges, confesseurs, etc., sont abîmés dans la
- contemplation de la majesté divine, etc.
-
- Dans la partie inférieure, la reine Anne d'Autriche est
- représentée conduite par sainte Anne et par saint Louis au
- pied du trône de l'Éternel, et lui offrant le plan du dôme
- qu'elle vient de construire. Vers le point le plus élevé de
- la voûte la vue se perd dans les espaces infinis des cieux.]
-
-Telle est l'église du Val-de-Grâce, dont le portique, avec ses deux
-ordres, son double fronton, ses enroulements, son dôme entouré de
-consoles et de pilastres, n'obtiendroit pas sans doute aujourd'hui les
-éloges qu'on lui prodigua dans un temps où l'architecture des temples
-étoit toute en décorations postiches et théâtrales; mais qui, malgré
-tous ses défauts, n'en est pas moins un monument dont l'aspect frappe,
-éblouit, par l'adresse avec laquelle tant de parties incohérentes
-sont combinées, tant au dehors qu'au dedans, pour former un ensemble
-harmonieux, et par ce luxe d'ornements qui y répand la magnificence
-sans rien ôter à la majesté[373].
-
- [Note 373: L'église du Val-de-Grâce est une de celles qui
- ont le moins souffert de la révolution, quoique sa
- destination ait changé: car le couvent est maintenant un
- hôpital militaire, et l'église un dépôt d'effets destinés à
- ce genre d'hôpitaux. Toutefois des mesures ont été prises
- pour la conservation du pavement en marbre et de
- l'architecture, au moyen d'un plancher superposé et de
- cloisons qui les préservent. L'autel principal et son riche
- baldaquin sont également garantis et conservés.]
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DU VAL-DE-GRÂCE.
-
- TABLEAUX.
-
- Au-dessus de la porte de l'église, une descente de croix; par
- _Lucas de Leyde_.
-
- Dans la chapelle du Saint-Sacrement, plusieurs tableaux dont les
- sujets ne sont pas indiqués; par _Philippe et Jean-Baptiste de
- Champagne_.
-
-
- SCULPTURES.
-
- Dans les niches du portail, les statues en marbre de saint Benoît
- et de sainte Scholastique; par _François Anguier_.
-
- Sous le baldaquin du grand autel, une crèche en marbre, composée
- des trois figures, l'Enfant-Jésus, la sainte Vierge et saint
- Joseph, grandes comme nature. Ce groupe, exécuté par le même
- sculpteur, passe pour un de ses meilleurs ouvrages.
-
- Derrière cette figure, un tabernacle en forme de niche, soutenu
- par douze petites colonnes, et orné d'un bas-relief représentant
- une descente de croix; par le même.
-
- Une quantité innombrable de reliquaires d'or et d'argent, et de
- riches ornements donnés à ce monastère par la reine Anne
- d'Autriche, parmi lesquels on distinguoit un soleil d'or émaillé
- et enrichi de pierreries, d'un prix très-considérable.
-
-
- SÉPULTURES.
-
- Outre les coeurs des princes de la famille royale déposés dans
- cette église, et dont le nombre s'élevoit, en 1780, à plus de
- quarante, elle contenoit les restes de plusieurs autres
- personnages considérables, savoir:
-
- Dans les murailles de la vieille église, les entrailles d'Honorat
- de Beauvilliers, comte de Saint-Agnan, mort en 1662.
-
- Dans le cloître, du côté du chapitre:
-
- Les entrailles de Marie de Luxembourg, duchesse de Mercoeur,
- morte en 1623.
-
- Le corps de Jeanne de l'Escouet, veuve de Charles de Beurges,
- seigneur de Seury, etc., morte en 1631.
-
- Le coeur de Philippine de Beurges, leur fille, morte en 1636.
-
- Le coeur de César du Cambout, marquis de Coislin, etc., tué au
- siége d'Aire en 1641.
-
- Le corps de Bénédicte de Gonzague, abbesse d'Avenay, morte en
- 1637.
-
- Le corps de Constance de Blé d'Uxelles, abbesse de Saint-Menou,
- morte en 1648.
-
- Le corps de la princesse Bénédicte, duchesse de Brunswick, mère
- de la princesse Amélie Wilhelmine, femme de l'empereur Joseph
- Ier, morte en 1730.
-
-Indépendamment de cette faveur particulière accordée au monastère du
-Val-de-Grâce, de recevoir en dépôt une partie des restes mortels de la
-famille royale, cette maison avoit obtenu de Louis XIV des armes
-écartelées de France et d'Autriche, surmontées d'une couronne fermée,
-avec permission de les faire sculpter ou peindre tant au dehors qu'au
-dedans de ses bâtiments, même de les faire graver pour servir de scel
-au monastère et à l'ordre entier. Les lettres-patentes expédiées à ce
-sujet sont de 1664. D'autres lettres-patentes de la même année
-accordèrent à ces religieuses le droit de franchise en faveur des
-artisans, qui occupoient des maisons qu'elles avoient fait construire
-sur un emplacement de quatre cent soixante-douze toises, qu'elles
-avoient nommé _cour Saint-Benoît_. Ces priviléges étoient les mêmes
-que ceux dont jouissoient les gens de métier établis dans le fief de
-Saint-Jean-de-Latran, auquel cet établissement étoit contigu.
-
-La reine Anne d'Autriche, toujours occupée du bien-être de ses filles
-adoptives[374], avoit déjà augmenté le terrain de leur monastère par
-l'acquisition faite, en 1651, aux administrateurs de l'Hôtel-Dieu, de
-l'ancien hôpital de _la Santé_; elle fit aussi plusieurs fondations
-dans cette maison, et lui procura l'union et la mense de l'abbaye de
-Saint-Corneille de Compiègne[375].
-
- [Note 374: Son attachement pour elles étoit si grand,
- qu'elle se fit faire, dans la clôture de leur monastère, un
- appartement et un oratoire, où elle se retiroit
- très-souvent, surtout dans les grandes fêtes de l'année. On
- compte que, depuis le commencement de sa régence jusqu'à sa
- mort, elle y passa cent quarante-six nuits.]
-
- [Note 375: Cette union fut autorisée et confirmée par le
- roi, à la charge de recevoir gratuitement douze demoiselles;
- nombre qui fut depuis réduit à six.]
-
-
-LES FILLES SAINTE-AGATHE.
-
-Cette communauté, qui avoit adopté la règle de Cîteaux, étoit aussi
-connue sous le nom de _filles de la Trappe_ ou _du Silence_. Les
-religieuses qui la composoient s'établirent d'abord, vers 1697[376],
-dans la rue Neuve-Sainte-Geneviève, près la rue du Puits-qui-Parle.
-L'année suivante, la maison qu'elles occupoient ayant été vendue par
-décret, elles allèrent se loger au village de la Chapelle, où elles ne
-purent former un établissement. On les voit ensuite revenir à Paris,
-s'associer avec la demoiselle Guinard, qui occupoit alors, dans la rue
-de Lourcines, l'hôpital de Sainte-Valère, et s'en séparer peu de temps
-après pour aller habiter deux maisons contiguës qu'elles venoient
-d'acquérir dans la rue de l'Arbalète. Elles y demeurèrent depuis
-l'année 1700 jusqu'en 1753, que l'archevêque de Paris jugea à propos
-de supprimer cette communauté. Les filles de Sainte-Agathe
-s'occupoient principalement de l'éducation des jeunes demoiselles.
-
- [Note 376: Sauval, t. I, p. 649.]
-
-
-LES CAPUCINS.
-
-Nous avons déjà parlé de l'origine et de l'établissement de ces
-religieux à Paris[377]. Godefroy de La Tour leur ayant légué, en 1613,
-par son testament, une grande maison et un jardin au faubourg
-Saint-Jacques, M. Molé, président au parlement, en prit possession, la
-même année, en qualité de syndic de ces religieux, et leur obtint des
-lettres-patentes qui autorisoient ce nouvel établissement. La grange
-de cette maison fut d'abord disposée de manière à servir de chapelle à
-ces pères, jusqu'à ce que les libéralités de M. de Gondi, évêque de
-Paris, les eussent mis en état de faire construire l'église qui existe
-encore à présent. Elle fut bénite, au nom de ce prélat, par son neveu
-Jean-François de Gondi, alors doyen de Notre-Dame, et depuis premier
-archevêque de Paris; M. de Harlai, archevêque de Rouen, la dédia
-ensuite sous le titre de l'_Annonciation de la Sainte Vierge_. Cette
-église n'a rien que de très-simple dans sa construction. La maison
-servoit de noviciat aux religieux de cet ordre dans la province de
-Paris[378].
-
- [Note 377: _Voy._ t. I, 2e part., p. 992.]
-
- [Note 378: Cette maison sert maintenant d'hôpital pour les
- maladies vénériennes.]
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.
-
- Deux tableaux représentant, l'un la Présentation au Temple,
- l'autre l'Annonciation; par _Lebrun_.
-
-
-L'HOSPICE SAINT-JACQUES-DU-HAUT-PAS.
-
-Cet hospice, destiné à recevoir des malades, avoit été construit, peu
-d'années avant la révolution, par les soins de M. Cochin, curé de la
-paroisse Saint-Jacques-du-Haut-Pas. Il contenoit dix-huit lits pour
-les femmes et seize pour les hommes. Les soeurs de la Charité, qui en
-avoient la direction, y recevoient en outre des pensionnaires
-infirmes, lesquels pouvoient être admis dans cette maison au nombre de
-vingt à vingt-cinq.
-
-Ce petit édifice, qui existe encore, construit sur les dessins de M.
-Vieilh, architecte, se compose d'un corps de logis et de deux
-pavillons en retour. Le milieu est occupé par un portail orné de deux
-colonnes doriques, avec attique et fronton. Toute cette composition
-est de bon goût, et réunit la simplicité à l'élégance[379].
-
- [Note 379: _Voy._ pl. 162. Cette maison, maintenant connue
- sous le nom d'hospice _Cochin_, a été rendue à sa première
- destination.]
-
-
-L'OBSERVATOIRE ROYAL.
-
-L'observatoire est un des monuments qui attestent avec le plus d'éclat
-le goût de Louis XIV pour tout ce qui, dans les sciences et les arts,
-avoit de la grandeur et de l'utilité. Parmi les savants et les grands
-artistes en tous genres que ses caresses et ses libéralités alloient
-chercher dans toutes les parties de l'Europe, le célèbre
-Jean-Dominique Cassini, le premier astronome de son temps, fut un de
-ceux qu'il désira le plus d'attirer dans ses états. En même temps
-qu'il faisoit négocier auprès de lui pour le déterminer à quitter
-l'Italie, ce prince ordonna que l'on choisît un lieu propre à la
-construction d'un édifice où l'on pût commodément faire toutes les
-observations astronomiques. Claude Perrault donna les dessins, et
-dirigea les travaux de ce monument, dont les fondations furent posées
-au mois d'août 1667, et qui fut achevé en 1672. Sa construction est
-faite avec un très-grand soin, et avec ce luxe d'appareil que l'on
-remarque au péristyle du Louvre, bâti par le même architecte.
-
-L'échelle de ce bâtiment est grande, et son aspect imposant: la
-simplicité de son ordonnance et des membres d'architecture qui en
-forment les détails, les dimensions élevées de ses murs et de ses
-ouvertures, tout annonce un édifice public du premier ordre sur un
-terrain néanmoins assez resserré.
-
-La masse principale du plan est un carré auquel on a ajouté des tours
-octogones sur deux angles, et un avant-corps sur une des faces. Ce
-carré est disposé de manière que les deux faces latérales sont
-exactement parallèles, et les deux autres perpendiculaires au
-méridien, qui en fait l'axe, et qui est tracé sur le plancher d'une
-grande salle au centre de l'édifice. Cette disposition parut heureuse
-pour un monument destiné à l'astronomie; mais la suite ne confirma pas
-cette opinion qu'on en avoit d'abord conçue. Les bâtiments même
-n'étoient pas encore totalement achevés, que déjà plusieurs astronomes
-avoient remarqué de graves défauts dans leur construction. Le ministre
-Colbert, qui, dit-on, en fut averti, chargea Cassini, qui venoit
-d'arriver de Bologne, de s'entendre avec l'architecte pour en diriger
-l'exécution de la manière la plus favorable aux travaux astronomiques;
-mais, soit qu'il fût arrivé trop tard, soit que Perrault montrât de
-la répugnance à modifier son projet, le bâtiment se continua, et fut
-achevé sur les mêmes dessins[380].
-
- [Note 380: _Voy._ pl. 163 et 166.]
-
-Les fondations furent difficiles à établir, à cause de la profondeur
-des carrières sur lesquelles on vouloit les asseoir; et ce ne fut
-qu'en les comblant de massifs considérables que l'on parvint à donner
-à ce monument l'extrême solidité, qui en est une des qualités les plus
-remarquables. Sa construction est toute en pierres posées par assises
-réglées, et qui règnent au pourtour de l'édifice; on n'y a employé ni
-fer ni bois: tous les planchers, tous les escaliers y sont voûtés en
-pierres, et appareillés avec le soin le plus recherché. Une
-plate-forme couvroit originairement tout l'édifice, et permettoit d'en
-parcourir le sommet; mais les eaux ayant pénétré la terrasse et
-endommagé les voûtes, il fallut refaire en entier la couverture, pour
-empêcher la dégradation totale du monument, ce qui fut exécuté en
-1787. Cette couverture est maintenant divisée en plusieurs parties de
-comble, et entourée d'un mur d'appui. De là on peut contempler la
-voûte du ciel dans toute l'étendue de l'horizon.
-
-Six pièces, de formes différentes, composent la distribution
-intérieure, et ont leurs ouvertures exposées aux différents points du
-ciel. Cependant, malgré les pompeux éloges donnés à ce monument par la
-plupart de nos historiens, on est forcé de l'avouer, sous le rapport
-de convenance, aucun édifice n'étoit moins propre à sa destination. Il
-a fallu construire en dehors, et attenant à ce bâtiment colossal,
-ainsi que sur la plate-forme, de petits cabinets pour y placer les
-instruments destinés aux travaux habituels des physiciens et des
-astronomes. Tout ce faîte extérieur ne contenoit pas une seule petite
-pièce commode où l'on pût faire sûrement et tranquillement une série
-d'observations; et ce n'est guère que depuis quelques années qu'on a
-su en rendre l'intérieur habitable, et même le pourvoir de tous
-instruments nécessaires pour les travaux des astronomes.
-
-Cassini avoit fait tracer sur le plancher de l'une des tours un
-planisphère terrestre de vingt-sept pieds de diamètre: depuis
-long-temps on ne l'y voit plus. On avoit aussi pratiqué dans toutes
-les voûtes, au centre du bâtiment, des ouvertures de trois pieds de
-diamètre, et correspondant entre elles depuis la couverture jusqu'au
-fond des caves souterraines pratiquées sous l'édifice; la première
-intention étoit de s'en servir pour des observations astronomiques;
-mais on y a éprouvé des difficultés qui ont forcé d'y renoncer: elles
-n'ont été utiles qu'à mesurer les degrés d'accélération de la chute
-des corps, et à faire la vérification des grands baromètres.
-
-Ces ouvertures pénètrent jusqu'au fond de ces caves au travers d'un
-escalier fait en vis, et composé de trois cent soixante marches, ce
-qui forme en tout, depuis le sommet, un puits de vingt-huit toises de
-profondeur. Ces caves servent à faire des expériences sur les
-congélations et les réfrigérations, à déterminer les divers degrés de
-l'humidité, du sec, du chaud, du froid. Elles s'étendent fort au loin
-dans les carrières voisines, et ont des parties où l'eau se pétrifie.
-Plus de cinquante rues percées dans des carrières y forment une espèce
-de labyrinthe. Partie de ces caves est revêtue de maçonnerie, d'autres
-sont simplement taillées dans le tuf.
-
-La plupart des salles de cet édifice offrent cette particularité
-remarquable, qu'une personne parlant très-bas près de l'un des murs,
-ses paroles parviennent à l'oreille d'une autre personne placée près
-du mur opposé, sans que ceux qui occupent le milieu de la pièce
-puissent rien entendre de ce qu'elles disent. Ce phénomène
-d'acoustique, qui dépend de la forme elliptique des voûtes, est trop
-connu maintenant pour que nous croyions devoir l'expliquer. Sous la
-voûte de la salle du nord, un aéromètre indique la force des vents;
-cette salle est ornée de peintures représentant les saisons et les
-signes du zodiaque: on y voit aussi les portraits des plus célèbres
-astronomes.
-
-La façade de l'Observatoire, du côté du septentrion, est couronnée
-d'un fronton où sont sculptées les armes du roi. L'avant-corps de
-celle du midi offre deux trophées astronomiques, et ce sont les seuls
-ornements de sculpture qu'il y ait sur ce monument.
-
-Une machine, dite cuvette de jauge, donne la mesure de l'eau pluviale
-qui tombe chaque année.
-
-
-COLLÉGES, ÉCOLES, SÉMINAIRES.
-
-_Écoles de Médecine_ (rue de la Bûcherie.)
-
-On ne peut douter qu'il n'y ait eu des médecins à Paris dès le
-commencement de la monarchie; mais il n'est pas facile de déterminer
-l'époque à laquelle ils formèrent un corps et furent agrégés à
-l'Université. Duboulai veut que Charlemagne lui-même ait fait entrer
-cette étude au nombre de celles qui étoient en vigueur dans l'école
-palatine[381], tandis que d'autres écrivains[382] reculent jusqu'au
-règne de Charles VII l'origine de cette corporation. Ces deux opinions
-sont également éloignées de la vérité. Il y a des preuves certaines
-qu'on se livroit à l'étude publique de la médecine dès le commencement
-du douzième siècle, qu'anciennement cette faculté étoit
-ecclésiastique, et que ses membres étoient obligés de garder le
-célibat, ce que l'on peut aisément concevoir, si l'on réfléchit que,
-dans le moyen âge, à l'exception d'un très-petit nombre de personnes,
-il n'y avoit que le clergé qui s'adonnât à l'étude et qui cultivât les
-sciences et les arts. Toutefois comme la profession de médecin, plus
-lucrative qu'aucune autre, faisoit négliger l'étude de la théologie,
-un décret du concile de Reims, tenu en 1131, défendit aux moines et
-aux chanoines d'étudier la médecine; et dans celui de Tours, en 1163,
-Alexandre III déclara qu'il falloit regarder comme excommuniés les
-religieux qui sortoient de leurs cloîtres pour apprendre l'art de
-guérir. L'étude du droit civil fut comprise dans le même anathème.
-
- [Note 381: _Hist. univ. Paris._, t. II, p. 572.]
-
- [Note 382: Les auteurs du Dictionnaire de Trévoux.]
-
-Sous le règne de Philippe-Auguste les médecins étoient déjà reçus dans
-les nations académiques qui formoient l'Université; mais on ne voit
-pas qu'il y eût alors un lieu particulier affecté aux écoles de
-médecine. Différents actes de ces temps prouvent que les cours s'en
-faisoient dans le domicile des professeurs. Le nombre des écoliers
-s'étant augmenté, on loua des maisons particulières pour les y
-rassembler, sans qu'on puisse déterminer au juste dans quel endroit
-ces écoles étoient situées[383].
-
- [Note 383: Jaillot n'adopte point l'opinion, avancée par
- plusieurs, qu'on enseignoit alors la médecine dans les
- écoles de la cathédrale, et même à l'entrée de l'église. «On
- a pu, dit-il, s'assembler et prendre des décisions près le
- bénitier, _ad cupam B. M. inter duas cupas_, sans qu'on
- doive en conclure qu'on y donnoit des leçons. Il en est de
- même de l'église de Sainte-Geneviève-la-Petite (des
- Ardents), de Saint-Éloi, de Saint-Julien-le-Pauvre, des
- Bernardins, des Mathurins, de Saint-Yves, etc. Tous ces
- endroits ne me paroissent point devoir être considérés comme
- des écoles, mais comme des lieux d'assemblée de la faculté,
- ou pour traiter des affaires de son corps, ou pour faire
- des actes de religion.»]
-
-Nous avons déjà dit que ce fut au milieu du treizième siècle que les
-facultés composant le corps de l'Université se formèrent en compagnies
-distinctes, et eurent des écoles spécialement affectées à leurs études
-particulières. La théologie dut les siennes à Robert Sorbon; les
-professeurs de droit établirent les leurs au clos Bruneau (rue
-Saint-Jean-de-Beauvais), et la faculté des arts resta rue du Fouare.
-Comme il n'existe aucun acte qui indique alors un établissement
-particulier pour l'école de médecine, on peut croire qu'elle demeura
-encore unie à cette dernière faculté dans les anciennes écoles de
-cette même rue, et rien ne prouve en effet qu'elle ait changé de
-domicile jusqu'à l'année 1454, que, dans une assemblée tenue près des
-bénitiers de Notre-Dame, elle résolut d'établir une école où tous ses
-cours publics seroient réunis. On ne voit point que ce projet ait
-alors reçu son exécution; mais dans une seconde assemblée tenue en
-1469 il fut décidé, qu'on achèteroit, rue de la Bûcherie, une maison
-appartenant aux Chartreux, et voisine d'une autre dont la faculté
-étoit déjà propriétaire. L'acquisition fut faite en 1472; mais la
-disposition des lieux s'opéra lentement, et ce ne fut qu'en 1505 qu'on
-y tint les écoles. L'achat successif de terrains et de maisons
-circonvoisines procura à la faculté les moyens de faire pratiquer tous
-les logements nécessaires, et d'avoir un jardin où l'on cultiva les
-plantes médicinales. L'amphithéâtre fut établi en 1617 dans une maison
-contiguë à ce jardin, et qui faisoit le coin de la rue du Fouare et de
-celle de la Bûcherie, et subsista ainsi jusqu'en 1744, que la faculté,
-voyant qu'il tomboit en ruine, en fit construire un nouveau[384].
-Cette dernière salle, de forme ronde, est terminée par une coupole;
-son pourtour est garni de gradins où se placent les étudiants; huit
-colonnes doriques y soutiennent une corniche sur laquelle règne un
-balcon.
-
- [Note 384: En 1678, la plus grande partie des bâtiments
- avoit été refaite ou réparée par les bienfaits de M. Lemasle
- des Roches, chantre et chanoine de l'église de Paris.]
-
-La première chapelle, achevée en 1502, fut démolie en 1529, et
-remplacée par une autre, qu'on transféra encore, en 1695, dans un
-endroit différent.
-
-Quelques années avant la révolution, les écoles avoient été
-transportées rue Saint-Jean-de-Beauvais, aux anciennes Écoles de
-Droit; mais les démonstrations anatomiques se faisoient toujours à
-l'amphithéâtre de la rue de la Bûcherie. C'étoit là aussi que la
-faculté tenoit ses assemblées, dans une salle au premier étage, ornée
-des portraits de tous ses doyens[385], et de plain-pied avec la
-chapelle.
-
- [Note 385: Le doyen de la faculté de médecine étoit élu tous
- les ans, le premier samedi d'après la Toussaint; mais on le
- continuoit ordinairement deux années dans sa charge. C'étoit
- lui qui indiquoit les assemblées, qui présidoit et concluoit
- à la pluralité des voix. Il avoit sa place au tribunal du
- recteur de l'Université, et y donnoit sa voix au nom de sa
- faculté. L'érection des professeurs se faisoit le même jour
- que celle des doyens.]
-
-
-_Collége de Picardie_ (rue du Fouare).
-
-On comptoit autrefois dans cette rue quatre écoles pour les quatre
-nations de l'Université; et c'est pourquoi, dans plusieurs titres du
-treizième siècle, elle est appelée de l'_École_ et des _Écoliers_. La
-nation de Picardie est la seule qui continua d'y demeurer jusque vers
-la fin du siècle dernier. En 1487, elle avoit obtenu la permission d'y
-faire construire une chapelle, qui fut dédiée, en 1506, sous
-l'invocation de la sainte Vierge, de saint Nicolas et de sainte
-Catherine.
-
-Saint Guillaume Berruyer, que la nation de France honoroit comme son
-patron, étoit celui d'une chapelle qu'il y avoit autrefois dans cette
-rue. Il y a bien de l'apparence que c'étoit la chapelle des écoles de
-cette nation: elle ne subsiste plus depuis long-temps.
-
-
-_Collége de Cornouaille_ (rue du Plâtre).
-
-La première fondation de ce collége fut faite en 1317[386], et non en
-1380, comme plusieurs l'ont avancé, par Galeran Nicolas ou Nicolaï dit
-de Grève, clerc de Bretagne, qui, par son testament, laissa le tiers
-de ses biens aux pauvres écoliers du diocèse de Cornouaille ou
-Quimper-Corentin, faisant leur cours d'études à Paris. Ses exécuteurs
-testamentaires n'accomplirent sa volonté qu'en 1321, et fondèrent
-alors cinq bourses, qu'ils laissèrent à la nomination de l'évêque de
-Paris. Ce prélat approuva le nouvel établissement en 1323; et ces
-boursiers, qui n'avoient point de domicile, furent placés dans le
-collége que Geoffroi du Plessis venoit de fonder[387]. Les choses
-restèrent en cet état jusqu'en 1380, que Jean de Guistri,
-maître-ès-arts et en médecine, né dans le diocèse de Cornouaille,
-acheta, dans la rue du Plâtre, une maison, où il logea les cinq
-boursiers ses compatriotes, ajoutant à ce bienfait celui de fonder
-quatre bourses nouvelles[388]; ses exécuteurs testamentaires
-trouvèrent dans ses biens de quoi en créer une cinquième, et il fut
-décidé que le nouveau collége seroit appelé collége _de Cornouaille_.
-
- [Note 386: _Voy._ Jaillot, quart. Saint-Benoît, p. 193.]
-
- [Note 387: Hist. de Paris, t. III, p. 490.]
-
- [Note 388: L'un des nouveaux boursiers devoit être prêtre,
- et avoir 6 sous par semaine; les autres 4 sous, comme ceux
- de la première fondation.]
-
-Un principal de ce collége, nommé Duponton, y fonda deux autres
-bourses en 1443; et en 1709 il y en eut encore une dernière, que l'on
-dut aux libéralités de M. Valot, conseiller au parlement et chanoine
-de Notre-Dame. Ce collége fut réuni, en 1763, à celui de
-Louis-le-Grand.
-
-
-_Collége de Lisieux_ (rue Saint-Jean-de-Beauvais).
-
-Il doit, suivant tous nos historiens[389], son origine à Gui de
-Harcour, évêque de Lisieux, qui laissa pour cet effet 1000 livres
-par son testament, et 100 livres pour le logement de vingt-quatre
-boursiers étudiant dans la faculté des arts: cet acte est de 1336.
-Au commencement du siècle suivant, Guillaume d'Estouteville, aussi
-évêque de Lisieux, fonda un autre collége sous le nom de _Torchi_,
-avec l'intention de le placer dans des maisons situées rue
-Saint-Étienne-des-Grès, qu'il avoit achetées de l'abbaye
-Sainte-Geneviève. Cependant, comme l'exécution de cette dernière
-partie du projet n'eut pas lieu sur-le-champ, il en est résulté sur
-la date de la fondation quelques difficultés, qu'il est facile de
-lever, en supposant, ce qui est très-vraisemblable, que Guillaume
-d'Estouteville établit d'abord ses boursiers dans le collége de
-Lisieux, fondé par Gui de Harcour, et acheta en même temps les
-maisons où il vouloit les loger; que sa mort, arrivée en 1414,
-ne lui ayant pas laissé le temps de les y établir, Estoud
-d'Estouteville, son frère et son exécuteur testamentaire, se chargea
-de remplir sa dernière volonté, ce qui toutefois ne fut exécuté
-qu'en 1422. On voit en effet, à cette époque, douze théologiens et
-vingt-quatre artiens réunis dans ce collége, qui fut, par arrêt de
-la cour, nommé _de Torchi_[390], dit de Lisieux. Les douze
-théologiens étoient de la fondation de MM. d'Estouteville, et les
-vingt-quatre artiens étoient certainement ceux que Gui de Harcour
-avoit fondés; ce qui d'ailleurs est démontré par un arrêt du 19 juin
-1430.
-
- [Note 389: Du Breul, pag. 692.--Hist. de Par., t. I, pag.
- 592.]
-
- [Note 390: Le nom de _Torchi_ étoit celui d'une terre
- appartenant à cette famille.]
-
-La chapelle de ce collége fut bâtie des deniers de l'abbé de Fescamp,
-sous l'invocation de saint Sébastien. La nomination des bourses
-appartenoit à ses successeurs et aux évêques de Lisieux. Le principal
-et le procureur étoient élus par les boursiers théologiens, le premier
-à vie, le second pour un an.
-
-Comme le terrain qu'occupoient les bâtiments de ce collége entroit
-dans le dessin de la place qui devoit être ouverte devant la nouvelle
-église Sainte-Geneviève, et que cependant son ancienneté sembloit
-exiger qu'il fût conservé, il fut ordonné, par arrêt du 7 septembre
-1763, qu'il seroit transféré dans le collége de Louis-le-Grand, ce qui
-fut alors exécuté; mais des raisons particulières firent changer cet
-arrangement, comme nous ne tarderons pas à le dire[391].
-
- [Note 391: Sauval fait mention d'un collége établi dans
- cette rue, et qui existoit encore en 1410; on le nommoit
- collége de _Suesse_, c'est-à-dire de Danemarck. Jaillot
- pense que ce pouvoit être celui de _Dace_, dont nous avons
- parlé à l'article du collége de Laon.
-
- Il y avoit encore dans cette même rue, et près de
- Saint-Jean-de-Latran, un autre collége nommé le collége de
- _Tonnerre_. Un acte de 1406 nous apprend qu'il avoit été
- fondé par l'abbé et par les religieux de
- Saint-Jean-en-Vallée. Quant à son nom, il le devoit à l'abbé
- lui-même, lequel se nommoit Richard de Tonnerre. On ignore
- en quel temps ce collége a cessé d'exister.
-
- La chapelle existe encore, ainsi que les bâtiments; ils sont
- occupés par des particuliers.]
-
-
-_Collége des Lombards_ (rue des Carmes).
-
-On trouve aussi ce collége sous le nom de collége de _Tournai_ ou
-d'_Italie_. Tous nos historiens s'accordent à lui reconnoître quatre
-fondateurs, tous domiciliés à Paris, André Ghini, Florentin,
-successivement évêque de Tournai, d'Arras et cardinal; François de
-l'Hôpital, bourgeois de Modène; Jean Reinier, bourgeois de Pistoie; et
-Manuel Rolland, de Plaisance. Mais la date de la fondation a fait
-naître des discussions trop minutieuses pour que nous croyions devoir
-les rapporter; on en peut toutefois conclure que l'acte n'en fut fait
-que en 1333[392], quoique les écoliers fussent établis depuis trois
-ans dans l'hôtel de l'évêque de Tournai, ce qui justifie la date de
-1330, que portoit l'inscription gravée sur la porte de ce collége.
-André Ghini établit quatre bourses pour des Florentins; le sieur
-l'Hôpital, trois pour des écoliers du Modenois; Reinier, trois pour
-ceux de Pistoie; Rolland, une pour un étudiant de Plaisance: à défaut
-de sujets nés dans ces provinces, on devoit admettre indifféremment
-des élèves italiens, sous la condition qu'ils céderoient la place
-aussitôt qu'il s'en présenteroit avec toutes les qualités que
-demandoit la fondation. Les aspirants devoient être clercs, et n'avoir
-pas 20 livres de rente pour être admis; on nomma trois proviseurs ou
-directeurs de ce collége; les fondateurs les mirent sous la protection
-de l'abbé de Saint-Victor et du chancelier de Notre-Dame; enfin il fut
-stipulé que la maison où ils demeuroient, située au mont
-Saint-Hilaire, seroit appelée _Maison des pauvres écoliers italiens de
-la charité de la bienheureuse Marie_.
-
- [Note 392: Hist. de Par., t. III, p. 427.]
-
-Ce collége fut peu à peu abandonné, et deux causes y contribuèrent:
-d'un côté, la modicité des bourses, insuffisantes pour procurer aux
-élèves les besoins de première nécessité, dégoûta les Italiens de
-s'expatrier; de l'autre, les Universités nombreuses qui se formèrent
-dans leur propre pays leur procurèrent des ressources assez grandes
-pour qu'ils ne fussent plus obligés d'aller chercher l'instruction
-chez une nation étrangère. Les bâtiments qu'ils avoient occupés
-tomboient en ruines, et alloient devenir tout-à-fait inhabitables,
-lorsque deux prêtres irlandois, le sieur Maginn et Kelli, formèrent le
-dessein de les faire réparer en faveur des prêtres et des étudiants de
-leur nation.
-
-Dès l'année 1623, Louis XIII avoit permis aux Irlandois de recevoir
-des legs et des donations dont l'objet devoit être de leur procurer
-la facilité de faire leurs études à Paris. Louis XIV avoit confirmé
-cette permission en 1672, en y ajoutant celle d'acheter une maison qui
-pût leur servir d'hospice. Celle dont ils firent l'acquisition étoit
-située rue d'Enfer, et ils y ont demeuré jusqu'en 1685. Ce fut pendant
-cet intervalle que les sieurs Maginn et Kelli jetèrent les yeux sur le
-collége des Lombards, espérant en faire une habitation plus commode
-pour leurs compatriotes; mais les trois proviseurs, qui l'habitoient
-encore, refusèrent d'abord de leur en céder la propriété, et se
-contentèrent de nommer onze Irlandois aux bourses vacantes depuis
-plusieurs années. Cette nomination fut confirmée en 1677; mais comme
-il étoit à craindre que ces nouveaux boursiers ne fussent inquiétés
-par des Italiens qui auroient pu venir réclamer leurs anciens droits,
-MM. Maginn et Kelli proposèrent de faire réédifier ce collége à leurs
-frais, sous la condition qu'ils en seroient proviseurs leur vie
-durant, et que ces places seroient toujours occupées à l'avenir par
-des sujets de leur nation; proposition qui fut acceptée, et que de
-nouvelles lettres-patentes confirmèrent en 1681. La reconstruction de
-ce collége fut exécutée en conséquence de cette transaction; et M.
-Maginn lui légua en outre 2,500 livres de rente.
-
-Malgré tous ces arrangements, il y eut, le 22 mars 1696, un acte
-d'association des boursiers irlandois à ceux du collége des Grassins.
-Un arrêt du parlement les renvoya, en 1710, au collége des Lombards.
-Toutefois cette association n'avoit eu lieu que pour les étudiants
-seulement, et ne comprenoit point ceux qui, après avoir fini leurs
-études, faisoient les préparations nécessaires pour pouvoir remplir
-dignement les fonctions de missionnaires en Irlande. Cette distinction
-fut consacrée par un autre arrêt du 20 mars 1728; ainsi cette maison
-devoit être à la fois considérée comme un séminaire et un collége:
-c'étoient deux communautés réunies.
-
-On y comptoit, en 1776, cent prêtres et environ soixante clercs
-étudiants, dont le plus petit nombre payoit une très-modique pension:
-la charité des fidèles faisoit le reste. À cette époque les clercs
-irlandois furent transférés dans la rue du Cheval-Vert, comme nous le
-dirons ci-après.
-
-Quelques années auparavant, les bâtiments du collége des Lombards
-avoient été réparés, et la chapelle avoit été reconstruite par la
-libéralité de M. de Vaubrun[393]. Son porche, de forme elliptique, et
-décoré de colonnes et de pilastres ioniques, avec entablement, avoit
-été élevé sur les dessins de Boscry, architecte[394].
-
- [Note 393: Guillaume Postel professa autrefois dans le
- collége des Lombards, et avec tant de célébrité, qu'on
- raconte que la grand'salle de cette maison, ne pouvant
- contenir la foule de ceux qui venoient l'entendre, il étoit
- obligé de les faire descendre dans la cour, et de leur
- donner leçon par une des fenêtres.]
-
- [Note 394: Ce collége est maintenant habité par des
- particuliers: la chapelle sert de magasin.]
-
-
- CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.
-
- Sur le maître-autel, un tableau représentant une Assomption; par
- _Jeaurat_.
-
-Ce collége étoit possesseur d'une petite bibliothèque.
-
-
-_Collége de Dormans-Beauvais_ (rue Saint-Jean-de-Beauvais).
-
-Ce collége doit sa fondation à Jean de Dormans, cardinal, évêque de
-Beauvais et chancelier. Il acheta, en 1365, les maisons que le collége
-de Laon avoit d'abord occupées, et cinq ans après y établit un maître,
-un sous-maître, un procureur et douze boursiers, nés dans la paroisse
-de Dormans en Champagne, ou, à leur défaut, dans le diocèse de
-Soissons. En 1371 et 1372, il fonda successivement douze nouvelles
-bourses, parmi lesquelles trois furent destinées à des écoliers pris
-dans les villages de Buisseul et d'Athis, au diocèse de Reims, et une
-quatrième à un religieux prêtre de l'abbaye de Saint-Jean-des-Vignes.
-La chapelle, dont Charles V voulut bien poser la première pierre, fut
-construite aux frais de Miles de Dormans, neveu du fondateur, et
-dédiée, en 1380, sous l'invocation de saint Jean l'Évangéliste. Il y
-fonda quatre chapelains et deux clercs. Nos historiens parlent d'un
-nouveau chapelain et de cinq autres boursiers, fondés à diverses
-époques par différents particuliers.
-
-La collation de toutes les places avoit été réservée au frère et au
-neveu du fondateur: l'abbé de Saint-Jean-des-Vignes éleva à ce sujet
-quelques contestations, qui furent terminées par un concordat,
-homologué en 1389, qui, laissant la collation de la bourse du
-religieux de Saint-Jean-des-Vignes à l'abbé, transportoit à la cour du
-parlement tous les droits du fondateur après la mort de Guillaume de
-Dormans, son neveu. Depuis, le premier président et deux commissaires
-de cette cour ont toujours eu l'administration de ce collége.
-
-Vers le commencement du seizième siècle, les professeurs qui
-enseignoient dans les écoles de la rue du Fouare s'étant retirés dans
-les colléges, celui de Beauvais tint des écoles publiques, et s'unit
-par la suite (en 1597) au collége de Presle, pour l'exercice des
-classes, ce qui subsista jusqu'en 1699, que cet exercice entier resta
-au seul collége de Beauvais. Depuis, les arrangements qui devoient
-incorporer le collége de Lisieux à celui de Louis-le-Grand n'ayant pu
-avoir leur entier effet, le collége de Beauvais fut choisi pour
-prendre la place que l'autre y devoit occuper, et les maisons qui lui
-appartenoient furent données au collége de Lisieux.
-
-
- CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.
-
- TABLEAUX.
-
- Sur le maître-autel, saint Jean l'Évangéliste dans l'île de
- Pathmos; par _Lebrun_.
-
-
- TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
-
- Au milieu du choeur, deux statues en cuivre sur un tombeau de
- marbre représentant Miles de Dormans, évêque de Meaux et
- archevêque de Sens, mort en 1405; et un autre évêque inconnu.
-
- Six statues en pierre, représentant:
-
- Jean de Dormans, chancelier de l'église de Beauvais, mort en
- 1380.
-
- Bernard de Dormans, chambellan de Charles V, mort en 1381.
-
- Renaud de Dormans, chanoine de Paris, maître des requêtes de
- l'hôtel, etc., mort en 1380.
-
- Jeanne Baube, femme de Guillaume de Dormans, et mère des trois
- personnages dont nous venons de parler, morte en 1405.
-
- Jeanne de Dormans sa fille, mariée à Pierre de Rochefort et à
- Philibert de Paillart, morte en 1407.
-
- Yde de Dormans, sa seconde fille, mariée à Robert de Nesle, morte
- en 1379[395].
-
- [Note 395: Deux de ces statues avoient été déposées au Musée
- des Petits-Augustins.]
-
-Plusieurs savants et saints personnages ont professé dans ce collége.
-Saint François Xavier y donna des leçons de philosophie en 1531. Le
-cardinal Arnauld d'Ossat fut aussi du nombre de ses professeurs; et
-dans le siècle dernier l'administration en fut successivement remplie
-par deux hommes très-recommandables, le célèbre M. Rollin et M.
-Coffin.
-
-
-_Collége de Presles_ (rue des Carmes).
-
-Nous avons déjà parlé de la fondation de ce collége à l'article du
-collége de Laon[396]. Nous avons dit comment les boursiers de ces deux
-établissements, réunis dans la même maison, ayant jugé à propos de se
-séparer, cette séparation, arrivée en 1333, produisit deux colléges
-particuliers. Ce changement fut autorisé par le pape Clément VI; et
-Philippe-le-Long, qui le confirma, voulut en même temps gratifier le
-collége dont nous parlons de vingt-quatre arpents de bois dans les
-forêts du Loup et de la Muette. Raoul de Presles, qui en étoit
-fondateur, traita alors avec Gui de Laon du logement que les deux
-colléges avoient d'abord occupé, en lui faisant un contrat de 24 liv.
-de rente, et à ce moyen resta dans l'établissement, tandis que les
-boursiers de l'autre collége alloient se loger au clos Bruneau. Mais,
-quelque temps après, le collége de Beauvais, qui venoit d'être fondé
-dans la rue voisine, sur un terrain contigu à celui du collége de
-Presles, eut besoin à son tour de quelques bâtiments pour les écoles
-publiques qui s'y tenoient. On entra dans des arrangements nouveaux,
-au moyen desquels les cours publics furent partagés: il y eut quatre
-classes et quatre professeurs dans chacun des deux colléges, ce qui
-subsista jusqu'en 1699, que l'exercice entier des classes fut cédé au
-collége de Beauvais.
-
- [Note 396: _Voy._ prem. part. de ce volume, p. 600.]
-
-Le collége de Presles, fondé pour de pauvres écoliers du diocèse de
-Soissons, étoit composé de treize boursiers et de deux chapelains
-choisis parmi eux. Les chapelains devoient être nommés par les
-boursiers, et ceux-ci par la communauté. En 1704 on réduisit le nombre
-des boursiers à huit; et en 1763 ce collége fut réuni à celui de
-l'Université.
-
-
-_Collége de Tréguier_ (place Cambrai).
-
-Une inscription qu'on lisoit sur la porte de ce collége portoit qu'il
-avoit été fondé en 1400, et Sauval, ainsi que ses copistes, avoient
-adopté cette date, qui ne pouvoit être que celle d'une reconstruction,
-car il est certain qu'il doit son origine à Guillaume de Coatmohan,
-grand-chantre de l'église de Tréguier, qui, par son testament du 20
-avril 1325, le fonda pour huit boursiers, pris dans sa famille ou dans
-le diocèse de Tréguier. Les statuts que l'on fit pour ce collége en
-1411 lui donnèrent de la réputation, et déterminèrent Olivier Doujon,
-docteur en droit, à y fonder, l'année suivante, six bourses nouvelles.
-Enfin, en 1575, ce collége fut considérablement augmenté par l'union
-qui lui fut faite du collége de Karembert. Celui-ci, qui portoit aussi
-le nom de Laon, parce qu'il avoit été crée pour des sujets de ce
-diocèse, étoit situé près de Saint-Hilaire. Du reste, nous ignorons
-par qui et à quelle époque il avoit été établi. Un M. de Kergroades,
-qui paroît avoir été parent du fondateur, et dont le consentement fut
-nécessaire pour opérer cette union, ne le donna qu'en se réservant la
-nomination des deux seules bourses qui y subsistoient encore. Ceci
-dura jusqu'en 1610, que le roi fit acheter le collége de Tréguier,
-pour élever le collége Royal sur son emplacement.
-
-
-_Le collége de Cambrai_ ou _des Trois-Évêques_ (même place).
-
-Il faut rectifier ce qui a été dit de ce collége par la plupart des
-historiens de Paris, qui le présentent comme ayant eu à la fois trois
-fondateurs. La vérité est qu'il fut institué en 1348, par une
-disposition testamentaire de Guillaume d'Auxonne, évêque de Cambrai,
-et ensuite d'Autun. Ce prélat, possesseur d'une maison et de jardins
-situés dans cet endroit, avoit formé le projet d'y fonder un collége,
-et d'affecter à cet établissement cette portion de ses biens: il
-chargea de l'exécution de ce projet Hugues de Pomare, évêque de
-Langres, par son testament du 13 octobre 1344; mais celui-ci mourut
-avant d'avoir pu remplir ses intentions. Il arriva en même temps que
-Hugues d'Arci, évêque de Laon, et depuis archevêque de Reims, mourut
-aussi sans avoir pu exécuter une fondation semblable qu'il s'étoit
-également proposée. Alors les exécuteurs testamentaires de ces trois
-prélats imaginèrent de se réunir, et instituèrent le collége dont nous
-parlons ici: c'est pour cette raison qu'il est souvent nommé collége
-_des Trois-Évêques_. L'acte qui contient cette donation est rapporté
-par Félibien sous la date de 1348[397]. Mais la manière dont il est
-conçu semble prouver que ce collége renfermoit déjà des étudiants, et
-par conséquent que le premier établissement étoit antérieur.
-
- [Note 397: Hist. de Par., t. III, p. 431.]
-
-La maison et les jardins que Guillaume d'Auxonne avoit laissés étoient
-plus que suffisants pour loger les boursiers; on prit sur les biens
-des autres fondateurs ce qui étoit nécessaire pour fournir à leur
-subsistance, ce qui produisit un fonds de 200 liv. de rente. On voit
-par les statuts que ce collége étoit composé d'un maître, d'un
-chapelain faisant l'office de procureur, et de sept boursiers. Ceux-ci
-étoient à la nomination du chancelier de l'église de Paris, auquel le
-chapelain, nommé lui-même par les anciens boursiers, les présentoit.
-
-En 1612, le roi ayant voulu faire l'acquisition du collége de Cambrai
-pour la construction des bâtiments du collége Royal, les commissaires
-de sa majesté passèrent un acte portant qu'après l'achèvement de cet
-édifice, le principal et les boursiers du collége détruit y seroient
-logés; que la chapelle qu'on y bâtiroit deviendroit leur propriété;
-qu'il seroit fait un fonds de 1000 liv. de rente pour leurs dommages
-et intérêts; enfin qu'on n'abattroit les constructions que jusqu'à la
-grande porte, de manière qu'ils pussent continuer à y loger jusqu'à ce
-que le bâtiment qu'on leur destinoit fût en état de les recevoir.
-Cette portion d'édifice fut conservée plus long-temps qu'on ne l'avoit
-cru, parce qu'alors le collége Royal ne fut pas fini, et les boursiers
-de celui de Cambrai ne cessèrent point d'y demeurer jusqu'à leur
-réunion au collége de Louis-le-Grand.
-
-Deux professeurs de la faculté de droit et le professeur de droit
-françois, dont la chaire avoit été fondée en 1680 par Louis XIV,
-donnèrent des leçons dans le collége de Cambrai jusqu'à la
-construction des nouvelles écoles près de Sainte-Geneviève.
-
-
-_Collége-Royal_ (même place).
-
-On a déjà pu voir dans cet ouvrage à quel dessein et dans quelles
-circonstances François Ier fonda cet établissement si digne d'un grand
-monarque. Il en avoit conçu l'idée dès le commencement de son règne, et
-son intention étoit de le placer à l'hôtel de Nesle (aujourd'hui le
-collége Mazarin); mais la guerre et les événements qui la suivirent en
-firent d'abord remettre l'exécution, et d'autres projets succédèrent
-ensuite à ceux-ci. En rapprochant et en conciliant les dates diverses
-que nos historiens ont données à cette fondation, on trouve que le roi,
-après avoir manifesté, en 1529, ses intentions pour la construction de
-ce collége, fixa, dès 1530, le nombre et les honoraires des professeurs
-qu'il nomma et institua l'année suivante. Cette fondation, vraiment
-royale, devoit répondre à la magnificence d'un prince qui mettoit en
-tout de la noblesse et de la grandeur: douze professeurs en langue
-hébraïque, grecque et latine, devoient recevoir par an 200 écus d'or
-pour honoraires, être logés dans ce collége, et y donner des leçons
-gratuites à six cents écoliers. Les circonstances n'ayant pas permis de
-construire les édifices projetés, les professeurs continuèrent
-d'enseigner dans les salles du collége de Cambrai et dans d'autres
-colléges. Mais si on en excepte cette partie du projet, toutes les
-autres clauses en furent remplies scrupuleusement; et même François Ier,
-faisant plus qu'il n'avoit promis, et voulant donner une preuve
-éclatante de l'affection particulière qu'il portoit à cette institution,
-donna, en 1542, aux professeurs la qualité de conseillers du roi, le
-droit de _committimus_[398], et les fit mettre sur l'état comme
-_commensaux_[399] de sa maison. C'est à ce titre qu'ils continuèrent
-jusqu'à la fin de prêter serment entre les mains du grand-aumônier.
-
- [Note 398: Le _committimus_ étoit un droit que le roi
- accordoit aux officiers de sa maison et à qui il lui
- plaisoit, de plaider en première instance aux requêtes du
- palais ou de l'hôtel, dans les matières personnelles,
- possessoires ou mixtes, et d'y faire envoyer ou évoquer
- celles où ils avoient intérêt.]
-
- [Note 399: Les _commensaux_ étoient les officiers des
- maisons du roi, de la reine, des enfants de France, des
- princes du sang. Au droit de _committimus_, ils joignoient
- celui d'être exempts de corvée, de guet et de garde. Ils
- avoient droit de préséance sur les juges des seigneurs,
- droits honorifiques dans les églises avant les marguilliers,
- etc., etc.]
-
-François Ier avoit fondé les chaires royales pour les savants les plus
-célèbres, sans aucune distinction de régnicoles et d'étrangers; et vu
-le sage parti qu'il avoit pris de consulter sans cesse, dans
-l'exécution de son projet, les hommes distingués dans les sciences et
-les lettres qui remplissoient sa cour, il avoit été assez heureux pour
-ne faire que de très-bons choix. Ses successeurs n'y portèrent pas
-sans doute la même attention, et plus d'une fois des hommes médiocres
-usurpèrent dans cet illustre corps des places qui n'appartenoient
-qu'au vrai mérite; cependant la succession des maîtres y présente plus
-de noms célèbres que dans aucun autre corps littéraire; et l'on peut
-assurer qu'il n'en est aucun qui, à nombre égal, ait produit autant
-d'ouvrages sur toutes les parties des connoissances humaines. Henri II
-y fonda une nouvelle chaire d'éloquence latine; Charles IX, une de
-philosophie grecque et latine, et une de chirurgie; Henri III, une de
-langue arabe. Ce monarque avoit pris solennellement l'engagement de
-mettre à exécution le projet de François Ier relativement à la
-construction des bâtiments où devoient se réunir les professeurs, et à
-la dotation du nouveau collége; mais les guerres civiles et les
-malheurs dans lesquels elles le jetèrent, le réduisirent bientôt à ne
-pouvoir plus même payer les gages de ces professeurs. Leur fidélité
-n'en fut point ébranlée, et pendant tous les orages de la ligue, ils
-restèrent invariablement attachés à ce prince et à son successeur
-Henri IV, qui en fut instruit, et qui se déclara leur plus zélé
-protecteur. Le duc de Sulli partagea ces sentiments de bienveillance
-de son maître; et ce fut à sa sollicitation et à celle du cardinal du
-Perron, que ce prince prit la résolution de faire enfin construire les
-logements et les écoles qui leur étoient nécessaires. Il fut décidé
-qu'on abattroit le collége de Tréguier qui menaçoit ruine, et que sur
-cet emplacement on feroit élever un bâtiment de trente-trois toises de
-long sur vingt de large. On devoit y pratiquer quatre grandes salles,
-et disposer l'étage supérieur pour y placer la bibliothèque royale de
-Fontainebleau. Il étoit même question d'y établir une imprimerie, des
-ateliers pour les artistes, et de doter cette maison de dix mille écus
-de rente. La mort funeste de ce grand roi suspendit l'exécution d'un
-projet aussi magnifique, mais ne le détruisit pas entièrement. Trois
-mois après, Louis XIII, accompagné de la reine sa mère, vint poser la
-première pierre de la seule aile de ce bâtiment qui alors ait été
-entièrement achevée; c'étoit celle qui avoit été destinée pour loger
-la bibliothèque. Les troubles de la régence ayant bientôt fait cesser
-les travaux, on y pratiqua trois salles, qui servirent d'écoles aux
-professeurs; mais ils n'eurent ni logements ni augmentation de gages.
-
-Henri IV avoit fondé dans ce collége une chaire d'anatomie et de
-botanique; Louis XIII en créa une seconde de langue arabe et une de
-droit canon; Louis XIV y ajouta une chaire de langue syriaque, une
-seconde de droit canon, et une de droit françois. C'est à quoi se
-bornèrent les bienfaits de ce monarque, protecteur magnifique des
-sciences et des lettres, mais qui probablement ne sentit pas de quelle
-importance étoit le seul établissement où les jeunes gens, après le
-cours ordinaire des études, pussent trouver des guides sûrs pour se
-perfectionner dans tout genre de science ou de littérature auquel ils
-voudroient se livrer. Cependant la situation des professeurs devenoit
-de jour en jour plus fâcheuse: réduits, vers la fin de ce règne, à un
-petit nombre d'auditeurs, brouillés depuis long-temps avec
-l'Université, qui répandoit contre eux de fâcheuses impressions dans
-l'esprit des élèves, mal payés de modiques appointements qui n'étoient
-plus en rapport avec les besoins de la vie, ils étoient sur le point
-d'abandonner leurs travaux, lorsqu'à l'avénement de Louis XV, le duc
-de La Vrillière, qui avoit alors la direction de ce collége, proposa
-au conseil un plan qui fut adopté, et empêcha la ruine d'un
-établissement si utile et si important. Il consistoit à faire rentrer
-dans le sein de l'Université les professeurs royaux, qui n'auroient
-jamais dû en être séparés, et par conséquent à leur donner une part
-dans le produit des messageries affecté aux besoins de cette
-compagnie. L'exécution de ce plan ranima les exercices du collége
-Royal; et quelques changements utiles dans la destination de plusieurs
-chaires qui étoient doubles ou triples dans des genres d'enseignements
-peu suivis, même tout-à-fait abandonnés, donnèrent le moyen d'y faire
-professer de nouvelles branches de science et de littérature, sans
-charger le trésor de dépenses nouvelles, de manière qu'il y eut dans
-le collége Royal, outre l'inspecteur chargé de veiller à la
-discipline, vingt professeurs, dont les attributions furent fixées,
-par un arrêt du conseil de 1773, dans l'ordre suivant:
-
- Une chaire pour l'hébreu et le syriaque.
- Une ------ pour l'arabe.
- Une ------ pour le turc et le persan.
- Une ------ pour le grec.
- Une ------ pour l'éloquence latine.
- Une ------ pour la poésie.
- Une ------ pour la littérature françoise.
- Une ------ pour la géométrie.
- Une ------ pour l'astronomie.
- Une ------ pour la mécanique.
- Une ------ pour la physique.
- Une ------ pour la médecine pratique.
- Une ------ pour la physique expérimentale.
- Une ------ pour l'anatomie.
- Une ------ pour la chimie.
- Une ------ pour l'hist. naturelle.
- Une ------ pour le droit canon.
- Une ------ pour le droit de la nature et des gens.
- Une ------ pour l'histoire et la morale.
- Une ------ pour les mathématiques, fondée par Ramus.
-
-Sur les nouveaux fonds accordés au collége Royal, on avoit trouvé le
-moyen de distraire une somme suffisante pour la réparation des
-constructions déjà faites; mais cette institution laissoit toujours à
-désirer un bâtiment qui pût contenir à la fois les écoles et des
-logements convenables pour les professeurs. La reconstruction totale
-en fut arrêtée en 1774, la première année du règne de Louis XVI; et M.
-le duc de La Vrillière posa la première pierre du nouveau bâtiment le
-22 mars de la même année. Cet édifice, construit sur les dessins de M.
-Chalgrin, présente l'ordonnance noble et simple d'un corps de logis
-flanqué de deux pavillons en retour, qu'unit entre eux une double
-grille avec un portail surmonté d'un fronton. Il n'y a que des éloges
-à donner au caractère d'architecture choisi par l'artiste, et à la
-manière dont il a exécuté cette conception[400].
-
- [Note 400: _Voy._ pl. 164 et 166.]
-
-
-_Collége du Plessis-Sorbonne_ (rue Saint-Jacques).
-
-Ce collége doit son nom à Geoffroi du Plessis, notaire apostolique et
-secrétaire de Philippe-le-Long. Il le fonda, en 1317[401], pour
-quarante étudiants pris dans les diocèses de Tours, Saint-Malo, Reims,
-Sens, Évreux et Rouen, et donna pour cet établissement différents
-revenus, et une maison avec cours, jardins et vergers, située rue
-Saint-Jacques, et qui s'étendoit jusqu'à la rue Fromentel et à celle
-des Cholets, nommée alors Saint-Symphorien[402]. Il y avoit déjà dans
-cette maison une chapelle de la Sainte-Vierge, et au-dessus de la
-porte un oratoire sous le nom de Saint-Martin. Le collége en prit le
-nom de _Saint-Martin-du-Mont_, et le fondateur, qui se réserva la
-collation des bourses, et la faculté de faire par la suite les
-changements qu'il jugeroit à propos, établit pour supérieurs de cet
-établissement les évêques d'Évreux et de Saint-Malo, l'abbé de
-Marmoutier, le chancelier de l'église de Paris, et le maître
-particulier du collége.
-
- [Note 401: La bulle de confirmation donnée par le pape Jean
- XXII n'est que du 30 juillet 1322; mais Jaillot a prouvé que
- le collége existoit avant cette époque, et dès 1317.]
-
- [Note 402: Il affecta vingt bourses aux artiens, dix aux
- philosophes, et dix aux théologiens ou étudiants en droit
- canon. Les petites bourses étoient fixées à 2 sous par
- semaine, celles des philosophes à 4 sous, et celles des
- théologiens à 6 sous. Le fondateur établit en même temps
- trois chapelains, dont les bourses étoient les mêmes que
- celles des théologiens, et le maître ou principal eut 8 sous
- par semaine.]
-
-Quelque temps après, Geoffroi du Plessis fonda le collége de
-Marmoutier à côté de celui de Saint-Martin; et quoi qu'en aient dit Du
-Breul et Corrozet, l'acte de fondation[403] prouve qu'il ne changea
-point les dispositions déjà faites en faveur de ce dernier collége
-pour accroître les avantages de sa nouvelle fondation. Sur quatre
-maisons qu'il possédoit encore dans ce même endroit, il se réserva, sa
-vie durant, la plus grande, qui donnoit sur la rue Chartière, et fit
-don des trois autres à l'abbaye de Marmoutier: il n'y eut de commun
-entre ces deux colléges que la chapelle que l'on bâtissoit.
-
- [Note 403: Jaillot, quart. S. Ben., p. 115.]
-
-S'étant ensuite fait religieux dans cet ordre, auquel il avoit
-témoigné une affection si particulière, Geoffroi profita de la faculté
-qu'il s'étoit réservée par l'acte de fondation, et soumit les deux
-colléges à l'abbé de Marmoutier, qui depuis en fut le seul
-administrateur; puis, par son testament, réduisit à vingt-cinq bourses
-les quarante qu'il avoit d'abord fondées. Ce collége de Marmoutier
-subsista jusqu'en 1637, que la réforme introduite dans cette abbaye le
-rendit inutile. Les bâtiments en furent vendus aux Jésuites en 1641,
-pour accroître le collége de Louis-le-Grand.
-
-À l'égard de celui de Saint-Martin-du-Mont, il ne tarda pas à prendre
-le nom de son fondateur: car, dans tous les actes de l'abbaye de
-Sainte-Geneviève qui le concernent, il n'est indiqué, dès le
-quatorzième siècle, que sous le titre de collége du Plessis. La
-modicité de ses revenus occasionna une diminution successive de ses
-boursiers; mais quoiqu'il se soutînt encore par la réputation que lui
-avoit acquise sa discipline et le mérite de ses professeurs, ses
-bâtiments menaçoient ruine au commencement du dix-septième siècle, et
-l'établissement étoit loin d'avoir en lui-même des ressources
-suffisantes pour les réparer, lorsque des circonstances heureuses
-vinrent tout à coup les lui procurer. Le cardinal de Richelieu avoit
-eu besoin de l'emplacement du collége de Calvi pour la construction de
-l'église de Sorbonne. L'équité ne permettoit pas de le détruire sans
-le remplacer; aussi ce ministre ordonna-t-il, par son testament, qu'il
-seroit bâti un autre collége sur le terrain enclavé entre les rues de
-Sorbonne, des Noyers et des Maçons; mais les dépenses énormes
-qu'auroit entraînées l'exécution d'un semblable projet en firent
-changer les dispositions. En conséquence il fut convenu que les
-héritiers du cardinal feroient unir un collége à la maison de
-Sorbonne, et qu'ils paieroient une certaine somme pour les bâtiments
-ou réparations qu'on seroit obligé d'y faire. On jeta les yeux sur
-celui du Plessis, non, comme l'ont pensé quelques auteurs, à cause de
-la conformité de son nom avec celui du cardinal[404], mais parce
-qu'alors l'abbaye de Marmoutier étoit possédée par un neveu de cette
-Éminence (Amador Jean-Baptiste de Vignerod), et qu'on espéroit avoir
-plus facilement son consentement que celui de tout autre. Il céda en
-effet, sans aucune difficulté, son droit de supériorité sur ce collége
-à la maison de Sorbonne, ainsi que tous les biens et revenus qui en
-dépendoient, réservant seulement la collation des bourses, dont deux
-seroient à la présentation de l'évêque d'Évreux, et deux à celle de
-l'évêque de Saint-Malo. Par l'acte passé à cet effet en 1646, la
-maison de Sorbonne fut tenue d'entretenir à ses frais les bâtiments,
-et de faire instruire les boursiers sous la direction et
-l'administration d'un principal et d'un procureur, qui seroient
-docteurs ou bacheliers. C'est depuis cette époque que ce collége fut
-appelé du Plessis-Sorbonne. Il soutint d'ailleurs jusqu'à la fin son
-ancienne renommée, et il n'en étoit aucun dans toute l'Université où
-la discipline scolastique fût mieux observée, et qui eût produit un
-plus grand nombre d'élèves distingués.
-
- [Note 404: On sait qu'il se nommoit du Plessis-Richelieu.]
-
-Dans les derniers temps, les bourses, réduites au nombre de dix, et
-extrêmement médiocres, étoient à la nomination du roi[405].
-
- [Note 405: Il sert maintenant de logement à des professeurs
- de la nouvelle Université.]
-
-
-_Le collége de Louis-le-Grand_ (même rue).
-
-Sans perdre de temps à discuter divers petits faits relatifs à la
-fondation de ce collége, et sur lesquels nos historiens ne sont pas
-d'accord, nous dirons simplement que l'institut des Jésuites, auquel
-on en doit l'établissement, ayant été approuvé, en 1540 et 1549, par
-deux bulles de Paul III, S. Ignace de Loyola, fondateur de _la Société
-de Jésus_, envoya sur-le-champ quelques-uns de ses disciples à Paris.
-Plusieurs personnes prétendent que, dès 1540, ils demeuroient au
-collége du Trésorier, et en 1542 à celui des Lombards. La première de
-ces deux assertions paroît dépouillée de preuves; quant au collége des
-Lombards, ils ne tardèrent pas à le quitter pour aller loger dans
-l'hôtel de Clermont, qui appartenoit au cardinal du Prat. Cette
-Éminence mit à les servir un vif intérêt, leur procura, avec le
-logement, une honnête subsistance, et, ce qui n'étoit pas moins
-important pour eux, la protection du cardinal de Lorraine. Ce fut par
-les soins de celui-ci qu'ils obtinrent, en 1551, des lettres-patentes
-par lesquelles Henri II permettoit leur établissement, mais à Paris
-seulement. Les oppositions de l'évêque, du parlement et de
-l'université suspendirent l'effet de cette faveur; soutenus par les
-Guises, qui gouvernoient entièrement Catherine de Médicis et son fils
-François II, les Jésuites se voyoient sur le point de triompher de ces
-obstacles, lorsque la mort du jeune monarque vint leur susciter des
-obstacles nouveaux. Malgré les différentes lettres de jussion
-adressées au parlement par Charles IX, la cour jugea qu'avant de les
-vérifier il étoit à propos de renvoyer les Jésuites devant l'assemblée
-générale du clergé, qui se tint à Poissi en 1561, pour y faire
-approuver leur institut. C'est là qu'ils furent enfin admis en France
-sous certaines conditions, à titre de société et de collége; et comme
-le parlement ne consentit à l'enregistrement qu'en 1562, c'est cette
-dernière date qu'on peut regarder comme celle du véritable
-établissement légal des Jésuites à Paris; celui de leur collége est
-encore postérieur, quoique Dubreul et ceux qui l'ont suivi en marquent
-l'institution en 1550.
-
-Le projet du cardinal du Prat avoit toujours été de procurer à ces
-pères un collége à Paris; et ce fut dans cette intention qu'à sa mort,
-arrivée en 1560, il leur laissa plusieurs legs considérables,
-indépendamment des donations qu'il leur avoit déjà faites. Dès qu'ils
-en eurent obtenu la possession, jaloux de remplir l'intention du
-fondateur, ils cherchèrent un emplacement convenable, et achetèrent en
-1563 un grand hôtel situé dans la rue Saint-Jacques, et connu sous le
-nom de la _cour de Langres_[406]. Cette acquisition fut amortie en
-1564. Alors, munis de la simple permission du recteur de l'Université,
-et des lettres de scolarité qu'il leur fit expédier la même année, ils
-commencèrent à ouvrir leurs cours, et donnèrent à leur maison le nom
-de _collége de Clermont de la Société de Jésus_. Mais à peine
-avoient-ils commencé à professer qu'un nouveau recteur leur défendit
-l'exercice des classes, défense contre laquelle ils crurent devoir
-s'élever, et qui les jeta dans de nouveaux embarras et dans
-d'interminables contestations. Heureusement pour eux la cause fut
-appointée; et ces pères, en attendant la décision, se trouvèrent
-autorisés à continuer les leçons publiques qu'ils avoient commencées.
-Les talents supérieurs et la célébrité des professeurs qu'ils
-employoient attirèrent bientôt dans leur collége un si grand nombre
-d'écoliers, tant externes que pensionnaires, qu'il fallut penser à en
-augmenter les bâtiments. Les Jésuites achetèrent à cet effet plusieurs
-maisons voisines en 1578 et 1582. Ils firent, dans cette dernière
-année, construire une chapelle, dont la première pierre fut posée par
-Henri III. Tous ces édifices furent reconstruits en 1628.
-
- [Note 406: Il étoit ainsi nommé parce qu'il avoit appartenu
- à Bernard de La Tour, évêque de Langres.]
-
-Ce collége s'est successivement agrandi par l'acquisition d'une ruelle
-et de quelques autres maisons, mais principalement par celle du
-collége de Marmoutier, dont nous avons déjà parlé, et du collége du
-Mans, dont ils ne prirent possession qu'en 1682, cinquante-sept ans
-après le marché qu'ils en avoient fait. Ils y furent autorisés par un
-arrêt du conseil de cette même année. Louis XIV, qui confirma cette
-acquisition par ses lettres-patentes, voulut en payer le prix de ses
-propres deniers[407]; et, pour mettre le comble à ses bienfaits, il
-leur fit expédier des lettres nouvelles, par lesquelles il déclaroit
-le collége des jésuites de fondation royale. Même avant cette dernière
-faveur, ces pères avoient déjà ôté l'inscription placée sur leur porte
-principale, _Collegium Claromontanum Societatis Jesu_, pour y
-substituer celle de _Collegium Ludovici Magni_.
-
- [Note 407: Il fit donner à cet effet la somme de 53,156
- livres.]
-
-Les jésuites continuèrent de professer dans ce collége, rivalisant de
-zèle et de succès avec les plus célèbres institutions de l'Université,
-jusqu'en 1763, époque de la destruction de leur ordre, événement qui
-fut si fatal à la France et à toute la chrétienté. Alors les bâtiments
-qu'ils avoient occupés furent donnés à l'Université par
-lettres-patentes de la même année, pour y tenir ses assemblées et
-former un collége général, auquel ont été réunis les boursiers de tous
-les colléges où il n'y avoit pas plein et entier exercice[408].
-
- [Note 408: La translation du collége de Lisieux y avoit déjà
- été ordonnée en 1762; celle du collége de Beauvais le fut en
- 1763. Voici les noms des autres colléges réunis à celui de
- Louis-le-Grand:
-
- Le collége de Notre-Dame, dit des Dix-Huit.
- -------- des Bons-Enfants.
- -------- du Trésorier.
- -------- des Cholets.
- -------- de Bayeux.
- -------- de Laon.
- -------- de Presle.
- -------- de Narbonne.
- -------- de Cornouaille.
- -------- d'Arras.
- -------- de Tréguier.
- -------- de Bourgogne.
- -------- de l'Ave-Maria.
- -------- d'Autun.
- -------- de Cambrai.
- -------- de Justice.
- -------- de Roissi.
- -------- de Maître-Gervais.
- -------- de Dainville.
- -------- de Fortet.
- -------- de Chanac.
- -------- de Reims.
- -------- de Séez.
- -------- du Mans.
- -------- de Sainte-Barbe.
- -------- de Grand-Mont.]
-
-Le temporel de ce collége étoit régi par une administration dont les
-membres, nommés par le roi, avoient pour président le grand-aumônier[409].
-
- [Note 409: Le collége de Louis-le-Grand est maintenant un
- des cinq colléges royaux de Paris.]
-
-
- TABLEAUX.
-
- Sur le maître-autel, trois tableaux, représentant, l'un,
- Jésus-Christ au milieu des docteurs; les deux autres, saint
- Charlemagne et saint Louis; par _Restout_.
-
-
-_Collége des Cholets_ (rue des Cholets).
-
-Nos historiens, qui varient beaucoup entre eux sur la date de la
-fondation de ce collége, s'accordent tous à dire que le cardinal Jean
-Cholet, légat en France, avoit légué, par son testament, en 1289, une
-somme de 6000 liv., pour fournir aux frais de la croisade publiée
-contre Pierre d'Aragon; qu'étant mort le 2 août 1292, et la guerre
-étant terminée, ses exécuteurs testamentaires employèrent cette somme
-à l'établissement d'un collége. Il est assez difficile de croire qu'en
-1289 Jean Cholet ait destiné une somme quelconque au succès d'une
-expédition contre un prince qui étoit mort quatre ans avant la date de
-ce testament; quoi qu'il en soit, une partie de ses biens fut
-effectivement employée à cette fondation. Jean de Bulles, archidiacre
-du Grand-Caux dans l'église de Rouen, et l'un des exécuteurs du
-testament de cette Éminence, offrit la maison où il demeuroit,
-vis-à-vis la chapelle Saint-Symphorien, et même en céda gratuitement
-la moitié, ce qui lui mérita d'être considéré comme second fondateur
-de ce collége. Il faut, suivant Jaillot, fixer cet événement à l'année
-1291. On joignit bientôt à cette première acquisition celle d'une
-maison voisine, et les droits d'indemnité en furent payés à l'abbaye
-Sainte-Geneviève en 1295, seconde date qui a induit en erreur le plus
-grand nombre de ceux qui ont parlé de cette fondation.
-
-Ce collége avoit été fondé seulement pour seize boursiers
-théologiens; mais les exécuteurs testamentaires étant morts, le
-cardinal Le Moine, qui leur fut substitué, confirma les statuts,
-ajouta quatre boursiers dont l'emploi étoit de célébrer l'office
-divin, et fit acheter une maison adjacente pour y placer vingt
-boursiers grammairiens. Tous ces boursiers devoient être pris dans les
-diocèses d'Amiens et de Beauvais.
-
-Quoique le cardinal eût nommé quatre chapelains, cependant il n'y
-avoit point de chapelle dans ce collége, et l'office se faisoit dans
-celle de Saint-Symphorien. Ce fut seulement en 1504 que, du
-consentement de l'évêque et de l'abbé de Sainte-Geneviève, on en fit
-bâtir une qui fut dédiée sous l'invocation de sainte Cécile, en
-mémoire du fondateur, cardinal, prêtre du titre de sainte Cécile. Le
-collége des Cholets, qui étoit sans exercice, fut réuni, en 1763, à
-celui de l'Université[410].
-
- [Note 410: Ce collége, dont il reste encore des parties,
- offre sur sa façade des sculptures gothiques qui n'ont point
- encore été remarquées, et qui sont au nombre des plus
- élégantes et des plus délicates qu'il y ait à Paris. Ses
- portes, tellement basses qu'elles excèdent à peine la
- hauteur d'un homme, présentent encore une singularité
- très-remarquable[410-A].]
-
- [Note 410-A: _Voy._ pl. 166.]
-
-
-_Collége et communauté de Sainte-Barbe_ (rue de Reims).
-
-Ce sont deux établissements différents formés dans le même lieu, mais
-dans des temps divers. Plusieurs de nos historiens se sont trompés sur
-la date de la fondation du collége, qu'ils font moins ancienne qu'elle
-ne l'est de plus de cent ans. L'abbé Lebeuf, qui la place avec raison
-en 1430, prétend que ce collége n'entra en plein exercice que vers
-1500. Cependant, si l'on en croit D. Félibien[411], Jean Hubert,
-docteur en droit canon, qui le fonda sur un emplacement pris à cens de
-l'abbaye Sainte-Geneviève[412], y plaça dès le principe des
-professeurs amovibles: on en a compté jusqu'à quatorze, dont neuf
-enseignoient les humanités, quatre la philosophie, et un la langue
-grecque. Toutefois on ne trouve point qu'il eût de dotation dès son
-origine; et on le considéroit moins alors comme un collége proprement
-dit que comme une maison louée par des professeurs qui donnoient des
-leçons générales dans les salles, et recevoient dans les chambres
-quelques élèves auxquels ils accordoient des soins particuliers. Cet
-établissement portoit dès-lors le nom de _Sainte-Barbe_.
-
- [Note 411: Hist. de Paris, t. II, pag. 1047.]
-
- [Note 412: Ce territoire, d'abord planté de vignes, avoit
- depuis été occupé par l'hôtel et les jardins des évêques de
- Châlons, et par un hôtel contigu appelé le _Château-Fêtu_.]
-
-Il arriva, en 1556, que Robert Dugast, aussi docteur régent en droit
-canon, ayant acquis les quatre cinquièmes de cette maison, forma le
-projet d'y établir un collége régulier. Par l'acte de cette fondation,
-daté de cette même année, il institua un principal, un chapelain et un
-procureur, tous les trois prêtres ou sur le point de l'être, et qui
-devoient être des diocèses d'Évreux, de Rouen, de Paris ou d'Autun. La
-nomination des boursiers, qui étoient au nombre de quatre, fut
-réservée au plus ancien conseiller-clerc du parlement, au chancelier
-de l'église et université de Paris, et au doyen des professeurs en
-droit. Les biens qu'il affecta à cet établissement furent amortis par
-des lettres de Henri II, données dans la même année 1556.
-
-Il paroît certain qu'il y eut dans ce collége un plein exercice,
-lequel y subsista jusqu'à ces temps malheureux de nos guerres de
-religion, où tant d'institutions furent altérées ou détruites. Il fut
-alors interrompu, et les leçons n'y ont jamais été rétablies. La
-mauvaise situation des affaires de ce collége le força même, dans le
-siècle suivant, de vendre à l'Université une partie de son
-emplacement, pour acquitter les dettes qu'il avoit contractées. Par
-cet acte, qui est de 1687, cette compagnie s'engagea à lui payer la
-somme de 48,750 livres, tant pour le libérer de ses créanciers, que
-pour lui procurer les moyens de bâtir une chapelle[413].
-
- [Note 413: Elle fut construite en 1694, et bénite la même
- année.]
-
-Ce fut vers ce temps-là que se forma la communauté annexée depuis à ce
-collége. Un docteur de Sorbonne, nommé Germain Gillot, avoit sacrifié
-une partie considérable de sa fortune pour fournir à la subsistance
-d'un certain nombre d'étudiants qu'il faisoit élever dans différents
-colléges. M. Thomas Durieux, aussi docteur de Sorbonne, l'un des
-élèves de M. Gillot, et son successeur dans cet acte de charité,
-voyant l'Université devenir propriétaire de la plus grande partie du
-collége de Sainte-Barbe, profita de cette occasion pour en louer les
-bâtiments, ainsi que ceux qui étoient restés à ce collége, et y
-rassembla en 1588 tout son petit troupeau sous le nom de _Communauté
-de Sainte-Barbe_. Depuis, ayant été nommé principal du collége du
-Plessis, cet homme respectable se trouva dans une situation à donner
-des soins encore plus assidus à ses enfants d'adoption, qui venoient
-prendre des leçons dans ce collége, et qui n'ont point cessé d'y être
-reçus jusque dans les derniers temps.
-
-L'institution de Sainte-Barbe se faisoit tellement remarquer par la
-sévérité de sa discipline et par le succès de ses études, que, dans
-le siècle dernier, elle attira l'attention du monarque. Louis XV
-voulant en 1730 donner à ce collége des marques éclatantes d'une
-protection spéciale, daigna s'attribuer la nomination à la
-supériorité, qu'il réunit avec la principalité du collége du Plessis,
-sous l'inspection particulière de l'archevêque de Paris. Au moment de
-la révolution, la communauté de Sainte-Barbe étoit encore composée,
-indépendamment des anciens boursiers, de trente-six théologiens,
-auxquels étoient attachés un supérieur local et trois maîtres chargés
-des conférences; de quarante-huit philosophes, sous un supérieur local
-et quatre maîtres; enfin de cent douze humanistes, conduits par douze
-maîtres particuliers.
-
-Saint Ignace de Loyola, qu'on nommoit alors _Inigo_, avoit fait ses
-études dans ce collége. On y a vu professer plusieurs hommes célèbres,
-entre autres, Jean-François Fernel, premier médecin de Henri II, et
-George Buchanan, poëte et historien.
-
-
-_Le collége de Coqueret_ (rue Chartière).
-
-Il y a une telle obscurité répandue sur l'origine de ce collége, qu'il
-étoit impossible d'assurer même qu'il ait jamais existé. Du
-Breul[414], copié par Piganiol et autres, nous apprend seulement que
-Nicole Cocquerel (ou plutôt Coqueret) avoit tenu de petites écoles
-dans la basse-cour de l'hôtel de Bourgogne; qu'il vendit ce lieu à
-Simon Dugast; et que celui-ci eut pour successeur dans la principalité
-du collége Robert Dugast, son neveu, fondateur du collége de
-Sainte-Barbe. Ce récit, qui souffre lui-même beaucoup de
-difficultés[415], n'est pas suffisant sans doute pour éclaircir
-l'histoire d'un établissement dans lequel on ne voit, pendant
-plusieurs siècles, ni principal ni boursiers. Dès 1571 la maison avoit
-été saisie: elle fut depuis judiciairement vendue une seconde fois, et
-n'a point cessé d'appartenir à des particuliers. À la fin du siècle
-dernier, il n'en restoit plus qu'un petit bâtiment rue Chartière, dans
-lequel s'étoit établie une manufacture de carton.
-
- [Note 414: Liv. II, p. 732.]
-
- [Note 415: Le testament du sieur Coqueret est de 1463, et le
- collége de Sainte-Barbe ne fut fondé qu'en 1556.]
-
-
-_Collége de Reims_ (rue des Sept-Voies).
-
-Ce collége doit son origine à Gui de Roye, archevêque de Reims, qui en
-ordonna la fondation par son testament, en 1409, année de sa
-mort[416]. On voit par cet acte que l'intention de ce prélat étoit
-d'y mettre, par préférence, des sujets nés dans les terres affectées à
-la mense archiépiscopale de Reims, dans sa terre de Roye, ou dans
-celle de Murel. Cette disposition testamentaire, contestée d'abord par
-ses héritiers, fut maintenue par une transaction qu'ils passèrent avec
-les écoliers de Reims[417], alors étudiants à Paris, et qui étoient
-destinés à remplir les bourses. Ceux-ci firent en conséquence
-l'acquisition de l'hôtel de Bourgogne, qui leur fut vendu le 12 mai
-1412 par Philippe, comte de Nevers et de Rhétel. En 1414 on institua
-un maître particulier, un chapelain et un procureur dans ce collége.
-Les troubles qui agitèrent Paris quelques années après pensèrent
-l'anéantir presqu'au moment où il venoit d'être établi; en 1418 il fut
-pillé, presque détruit, et demeura désert jusqu'en 1443, que Charles
-VII le rétablit, et y annexa le collége de Rhétel qui tomboit en
-ruines.
-
- [Note 416: Il périt malheureusement à Voltri, en allant au
- concile de Pise, le 8 juin de cette même année.]
-
- [Note 417: À la tête de leurs noms on lit celui du fameux
- Jean _Gerson_, chancelier de l'Université.]
-
-Ce collége de Rhétel n'étoit ni voisin de celui de Reims, ni contigu,
-comme l'ont dit plusieurs auteurs: il étoit situé dans la rue des
-Poirées. Gaultier de Launoi l'avoit créé pour les écoliers du
-Rhételois, et Jeanne de Bresle y avoit fondé depuis quatre bourses
-pour des écoliers du comté de Porcien. Lors de l'union, presque tout
-le revenu de ce collége étoit dissipé; alors il n'y avoit même plus de
-boursiers.
-
-Cette union soutint pendant quelque temps le collége de Reims, dont
-l'administration supérieure passa entre les mains de l'archevêque.
-Toutefois il tomba successivement dans un état si misérable, qu'en
-1699 il étoit déjà sans boursiers, et qu'en 1720 il n'y restoit que
-deux officiers. M. le cardinal de Mailli, archevêque de Reims,
-entreprit alors de le rétablir, et chargea de ce soin M. Le Gendre,
-chanoine de Notre-Dame, qui dressa des statuts, établit dans ce
-collége un principal, un chapelain, et trouva le moyen d'y réunir huit
-boursiers pris dans les lieux désignés par les fondateurs. En 1745 on
-en reconstruisit la façade, et en 1763 il fut réuni à celui de
-l'Université.
-
-
-_Collége de la Merci_ (même rue).
-
-Presque tous nos historiens ont placé l'érection de ce collége en
-1520. Jaillot lui donne cinq ans de plus d'ancienneté. Il dit que
-Nicolas Barrière, bachelier en théologie, et procureur général de
-l'ordre de la Merci, désirant procurer aux religieux de son ordre la
-facilité d'étudier à Paris, traita avec Alain d'Albret, comte de
-Dreux, d'une place et d'une masure qui faisoient partie de son hôtel,
-et que le contrat en fut passé à Dreux le 15 mai 1515[418]. Cet
-établissement n'eut pas une longue durée; car dès 1611 il n'y avoit
-plus dans la maison qu'un seul religieux, et la chapelle abandonnée
-étoit entièrement découverte. Ce collége, dans le siècle dernier,
-n'étoit plus qu'un hospice de la maison de cet ordre établie rue du
-Chaume[419].
-
- [Note 418: Hist. univ., t. VI, p. 72.]
-
- [Note 419: _Voy._ t. II, 2e part., p. 993.]
-
-
-_Collége de Fortet_ (même rue).
-
-Pierre Fortet, chanoine de l'église de Paris, avoit ordonné, par son
-testament du 12 août 1391, la fondation d'un collége où il y auroit un
-principal et huit boursiers[420], et destiné pour l'emplacement de
-cette institution une maison appelée _les Caves_, située au bout de la
-rue des Cordiers; mais il ne voulut point que ce projet fût réalisé de
-son vivant, et mourut en 1394, laissant ce soin à ses exécuteurs
-testamentaires.
-
- [Note 420: Quatre devoient être d'Aurillac, sa patrie, ou du
- diocèse de Saint-Flour; et quatre de la ville de Paris.]
-
-Ceux-ci offrirent au chapitre Notre-Dame la commission de remplir la
-volonté du testateur: le chapitre l'accepta, et ne trouvant pas la
-maison léguée propre à établir un collége, il acquit, en 1397, de M.
-de Listenoi, seigneur de Montaigu, une maison qu'il possédoit rue des
-Sept-Voies, et la fit disposer telle qu'elle devoit être pour une
-semblable institution. On nomma le principal, les boursiers, et on
-leur donna des statuts le 10 avril de la même année.
-
-Aux bourses fondées originairement dans ce collége plusieurs
-particuliers en ajoutèrent successivement onze nouvelles. Dès l'an
-1560 les bâtiments en avoient été reconstruits: on l'augmenta encore
-depuis, en y joignant l'hôtel des évêques de Nevers et celui de
-Marli-le-Châtel[421].
-
- [Note 421: C'est dans le collége de Fortet que furent tenues
- les premières assemblées de la Ligue. (_Voy._ prem. part. de
- ce volume, pag. 271.)]
-
-La chapelle étoit sous l'invocation de saint Geraud, en son vivant
-seigneur d'Aurillac[422].
-
- [Note 422: Les bâtiments de ce collége forment maintenant
- plusieurs maisons particulières.]
-
-
-_Collége de Montaigu_ (même rue).
-
-Il est redevable de sa fondation à la maison des Aycelin, plus connue
-sous le nom de Montaigu, illustre par son ancienneté et par les
-dignités qui furent la preuve et la récompense de ses services. Gilles
-Aycelin, archevêque de Rouen et garde des sceaux, en fut le premier
-fondateur. Propriétaire de plusieurs maisons dans les rues des
-Sept-Voies et de Saint-Symphorien, il chargea, par son testament du 13
-décembre 1314, Albert Aycelin, évêque de Clermont, son héritier, de
-loger de pauvres écoliers dans une partie de ces bâtiments, et de
-louer ou de vendre les autres pour fournir à leur subsistance.
-
-L'évêque de Clermont se conforma aux volontés de son oncle, et soutint
-cet établissement jusqu'à sa mort, arrivée en 1328. Gilles et Pierre
-Aycelin ses frères furent alors chargés de le diriger; mais les
-circonstances où ils se trouvoient[423] ne leur permirent point de
-s'en occuper, et ce collége resta pendant près de quarante ans privé
-de chef et de protecteur. Cependant les biens destinés à la fondation
-se dissipoient, les bâtiments tomboient en ruines, lorsque Pierre
-Aycelin, qui, de prieur de Saint-Martin-des-Champs, étoit devenu
-successivement évêque de Nevers, de Laon, cardinal et ministre d'état,
-voulut, par ses bienfaits, relever cette institution d'une ruine qui
-sembloit inévitable, et fonda six boursiers, dont deux devoient être
-prêtres, et les quatre autres clercs étudiants en droit canon ou en
-théologie.
-
- [Note 423: Pierre étoit entré dans l'ordre de Saint-Benoît,
- et Gilles étoit alors employé dans des négociations
- importantes.]
-
-Cette fondation, portée dans le testament du cardinal de Laon, daté
-du 7 novembre 1387, fut d'abord attaquée par Louis Aycelin de Montaigu
-de Listenoi son neveu; mais il ne tarda pas à se rétracter, ce qu'il
-fit à la sollicitation de son oncle maternel, Bernard de La Tour,
-évêque de Langres, et du cardinal de Thérouenne, et consentit à
-l'exécution des volontés du testateur, sous la condition que ce
-collége porteroit le nom de Montaigu, que les armes de cette maison
-seroient placées sur la porte principale, et que les boursiers,
-suivant l'intention du cardinal de Laon, seroient pris, de préférence,
-dans le diocèse de cette ville.
-
-Les statuts, dressés en 1402 par Philippe de Montaigu, évêque d'Évreux
-et de Laon, et l'un des exécuteurs testamentaires du cardinal,
-soumirent ce collége à l'autorité du chapitre de Notre-Dame, et d'un
-des descendants du fondateur; mais, soit que l'inspection en eût été
-négligée, soit que la modicité des revenus n'eût pas permis de faire
-les dépenses nécessaires pour les réparations, avant la fin du siècle
-les bâtiments menaçoient, pour la seconde fois, d'une ruine prochaine,
-et il ne restoit plus aucune ressource pour les réparer.
-
-Tel étoit l'état déplorable de ce collége, auquel, dit un
-historien[424], il restoit à peine 11 sous de rente, lorsque le
-chapitre Notre-Dame en donna, en 1483, la principauté au célèbre Jean
-Standonc[425]. Il parvint, par son zèle et par des travaux assidus, à
-soutenir cet établissement, ou, pour mieux dire, il en fut le second
-fondateur. Un projet grand et utile se présenta d'abord à sa pensée:
-ce fut d'y former une société d'ecclésiastiques capables de remplir
-toutes les fonctions du saint ministère, d'instruire la jeunesse et
-d'annoncer les vérités de l'évangile par toute la terre. Ses
-ressources étoient loin d'égaler son dévouement et sa charité: il en
-trouva dans la pieuse libéralité de l'amiral de Graville et du vicomte
-de Rochechouart. Les offres que ces deux seigneurs firent au chapitre
-de Notre-Dame, de rétablir les bâtiments, de faire construire une
-chapelle, d'y fonder deux chapelains, et d'entretenir douze boursiers,
-furent acceptées avec reconnoissance, et ratifiées par un acte du 16
-avril 1494; l'année suivante, le service divin fut célébré dans la
-nouvelle chapelle qu'on venoit de faire construire.
-
- [Note 424: M. Crévier.]
-
- [Note 425: _Voy._ t. II, 2e part., pag. 907.]
-
-Ces boursiers devoient faire un corps séparé de ceux qui formoient le
-collége: car Jean Standonc n'avoit voulu créer cette communauté qu'en
-faveur des pauvres; et en effet les réglements qu'il fit annoncent
-l'extrême pauvreté et la vie austère de ceux qui la composoient. Dans
-les commencements, ils alloient aux Chartreux recevoir avec les
-indigents le pain que ces religieux faisoient distribuer à la porte de
-leur monastère; la nourriture qu'on leur donna ensuite consistoit en
-pain, légumes, oeufs ou harengs, le tout en très-petite quantité. Ils
-ne mangeoient jamais de viande, ne buvoient point de vin. Leur
-habillement se composoit d'une cape de drap brun très-grossier, fermée
-par devant, et d'un camail fermé devant et derrière; ce qui les fit
-appeler les _pauvres capettes de Montaigu_.
-
-Il paroît, par les réglements, qu'il y avoit alors dans cette
-communauté quatre-vingt-quatre pauvres écoliers, en l'honneur des
-douze apôtres et des soixante-douze disciples, de plus le maître,
-appelé le _père_ ou _ministre des pauvres_, le procureur et deux
-correcteurs. Ces officiers devoient être présentés par le prieur des
-Chartreux, et constitués par le grand-pénitencier de l'église de
-Paris.
-
-L'austérité de ces statuts fut adoucie depuis, principalement par un
-nouveau réglement homologué au parlement en 1744, en vertu duquel les
-boursiers furent dispensés de réciter certains offices, et obtinrent
-la permission de faire gras à midi seulement: le soir, ils ne
-prenoient qu'une collation très-frugale.
-
-Le collége de Montaigu s'augmenta depuis considérablement par les
-libéralités de plusieurs personnes, et par les acquisitions que ces dons
-lui permirent de faire des hôtels ou colléges du Mont-Saint-Michel, de
-Vezelai, etc., et de celui des évêques d'Auxerre. Ce collége étoit de
-plein exercice; et dans les derniers temps le nombre des bourses
-s'élevoit à près de soixante[426].
-
- [Note 426: Ce collége est maintenant changé en maison
- d'arrêt.]
-
-
-_Le collége d'Hubant_ ou _de l'Ave-Maria_ (rue de la
-Montagne-Sainte-Geneviève).
-
-Ce collége fut fondé, en 1336, par Jean de Hubant, conseiller du roi,
-dans une maison qu'il avoit achetée du monarque lui-même dès 1327. Il
-y établit et fonda quatre bourses en faveur de quatre pauvres
-étudiants, affectant à leur entretien une maison située rue des
-Poirées, une autre sise au cloître Sainte-Geneviève, et la troisième
-partie des dîmes du territoire de Sormillier. L'abbé, le prieur de
-Sainte-Geneviève et le grand-maître du collége de Navarre furent
-nommés pour faire exécuter cette fondation.
-
-Jaillot pense qu'elle fut faite dans la maison de la rue
-Sainte-Geneviève, où ce collége resta établi jusqu'au moment de sa
-réunion. Cependant le censier de Sainte-Geneviève de 1380 n'en parle
-point à l'article de cette rue; mais à celui de la rue des
-_Almandiers_ on lit: «Les écoliers de Hubant, pour leur maison à
-l'Image-Notre-Dame......... tenant d'un côté à Jean de Chevreuse,
-d'autre, au jardin du comte de Blois.» On voit par le même censier
-qu'ils avoient deux autres maisons joignant celle-ci, et une troisième
-vis-à-vis. Quant au nom de l'_Image-Notre-Dame_ que portoit celle que
-nous venons de citer, il lui fut donné parce qu'au-dessus de la porte
-il y avoit une figure de la Vierge, aux pieds de laquelle étoient
-écrits ces deux premiers mots de la salutation angélique, _Ave Maria_;
-cette inscription ne tarda pas à devenir le nom du collége, et fit
-presque oublier celui du fondateur.
-
-Ce collége avoit été réuni à celui de l'Université.
-
-
-_Collége des Grassins_ (rue des Amandiers).
-
-Il doit son origine à M. Pierre Grassin, sieur d'Ablon, conseiller au
-parlement: ce magistrat laissa, par son testament du 16 octobre 1569,
-une somme de 30,000 livres, laquelle devoit être employée selon la
-disposition de M. Thierri Grassin, son frère et son exécuteur
-testamentaire, et par le conseil de M. Le Cirier, évêque d'Avranches,
-à fonder un collége de pauvres; ou s'il le trouvoit plus convenable, à
-bâtir sur l'eau une maison pour les pauvres malades. En cas que son
-fils vînt à mourir sans enfants, la somme destinée à cette fondation
-devoit être doublée. Celui-ci ne survécut pas long-temps à son père,
-et augmenta la fondation de 1200 liv. L'exécuteur testamentaire,
-Thierri Grassin, s'étant décidé à faire bâtir un collége, acheta, le
-26 avril 1571, de M. de Mesmes, une partie de l'hôtel d'Albret,
-consistant en une grande maison et deux petites contiguës à la
-première. Les 1er et 15 mai suivants, il acheta encore quatre autres
-maisons voisines. À ces acquisitions, qui remplissoient les intentions
-des fondateurs, il ajouta ses propres bienfaits, et acheva de
-consolider cet établissement en lui léguant sa bibliothèque, et
-environ 3,000 livres de rente.
-
-Les bâtiments de ce collége ne furent achevés qu'en 1574, quoique la
-première acquisition pût en faire remonter l'origine jusqu'en 1571,
-date qu'a donnée de préférence l'abbé Lebeuf. La chapelle fut bénite
-en 1578, sous l'invocation de la Vierge.
-
-En 1696 on transporta, comme nous l'avons déjà dit, dans ce collége la
-fondation faite quelques années auparavant dans celui des Lombards, en
-faveur des pauvres étudiants irlandois. Ils y restèrent jusqu'en
-1710, qu'un arrêt du parlement les fit retourner dans leur premier
-domicile.
-
-La fondation primitive du collége des Grassins avoit été faite pour un
-principal, un chapelain, six grands boursiers et douze petits: vers la
-fin du dix-septième siècle, le mauvais état du temporel de cette
-maison mit dans la nécessité de suspendre douze de ces bourses,
-jusqu'au moment où l'acquittement des dettes permettroit de les
-rétablir. Ce moment fut accéléré par les libéralités de M. Pierre
-Grassin, seigneur d'Arci, directeur général des monnoies de France,
-libéralités qui furent assez grandes pour rendre à ce collége toute
-son ancienne splendeur. Les bourses, destinées de préférence aux
-pauvres écoliers de Sens et des environs, étoient à la collation de
-l'archevêque de cette ville[427].
-
- [Note 427: Ce collége, dont la chapelle existe encore, est
- maintenant habité par des particuliers.]
-
-
- CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.
-
- TABLEAUX.
-
- Sur le maître-autel, Notre Seigneur bénissant des petits enfants;
- par _Hallé_.
-
- Sur la porte de la sacristie, la Résurrection du fils de la veuve
- de Naïm; par _Simon Vouet_.
-
- Vis-à-vis, le Départ de Tobie; par _Lebrun_.
-
-Le collége des Grassins étoit de plein exercice.
-
-
-_Écoles de droit_ (place Sainte-Geneviève).
-
-On sait que les Francs, devenus maîtres de cette partie des Gaules à
-laquelle ils ont donné leur nom, continuèrent de s'y gouverner par
-leurs lois et leurs coutumes, laissant aux peuples conquis les lois
-sous lesquelles ils avoient vécu depuis la conquête de Jules-César.
-
-C'est un préjugé généralement reçu que tous ces peuples vivoient sous
-la loi romaine: cependant nous apprenons, d'un écrivain presque
-contemporain[428], qu'il y avoit alors dans les Gaules bien d'autres
-codes, et que la multiplicité des lois et des priviléges personnels y
-étoit telle, que ce n'étoit pas seulement une région ou une cité qui
-se partageoit en plusieurs législations, mais que, dans l'intérieur
-même d'une maison, il ne se trouvoit pas souvent deux personnes qui
-vécussent sous la même loi. Il n'est pas besoin de dire qu'il s'agit
-ici, non des lois politiques qui établissent la forme du gouvernement,
-mais de ces lois purement civiles qui règlent la possession des biens,
-la manière de les acquérir et de les perdre, la forme des procédures,
-la grandeur relative des crimes, les moyens de les réparer et de les
-punir, la capacité ou l'incapacité des personnes pour remplir telles
-ou telles fonctions, l'âge auquel on commençoit à jouir de ses droits
-comme membre de la société, la nature des alliances, etc.
-
- [Note 428: Agobard. lib. adv. Gundob. legem., cap. 4.]
-
-Toutefois au milieu de ces lois conservées aux vaincus, celles que
-l'empereur Théodose avoit rassemblées au cinquième siècle, et qui se
-composoient de toutes les ordonnances portées par ses prédécesseurs,
-étoient en effet les plus généralement répandues; et nous apprenons de
-Grégoire de Tours que l'on faisoit étudier trois choses aux enfants de
-qualité, Virgile, l'arithmétique, et les lois Théodosiennes[429].
-
- [Note 429: Hist., lib. IV, cap. 42.--C'est lorsque l'on
- examine avec attention le récit des historiens
- contemporains, et ces divers codes sous lesquels étoient
- régis tous ces peuples et conquis et conquérants qui
- habitoient les Gaules, que l'on est en quelque sorte
- confondu de cet excès d'ignorance ou de mauvaise foi qui a
- fait naître depuis peu à quelques pédants politiques l'idée
- bizarre de les diviser en deux castes, séparées l'une de
- l'autre par des barrières à jamais insurmontables, dont
- l'une, sous le nom de _Francs_, se composoit de maîtres ou
- plutôt de tyrans orgueilleux et cruels; l'autre, sous celui
- de _Gaulois_, d'esclaves ou plutôt d'ilotes réduits à peu
- près à la condition des bêtes de somme. Or, il est
- remarquable que, dans tout ce qui concernoit la police
- générale et surtout dans les choses que l'état de
- civilisation plus avancé des Gaulois rendoit nouvelles pour
- les Francs, ceux-ci eurent le plus souvent recours aux lois
- et à la police des Romains: c'est ce qu'atteste un écrivain
- qui vivoit cent ans après la conquête[429-A].
-
- Ce seroit encore une grande erreur de croire que la loi
- romaine ne fit que des bourgeois, des prêtres et des
- plébéïens. Elle faisoit aussi des familles nobles, puisque,
- par diverses dispositions de son code, elle faisoit des
- familles militaires, et que ces dispositions ne furent point
- abrogées. Mais comme les circonstances n'étoient plus les
- mêmes, que la situation des peuples avoit plus de fixité et
- de tranquillité que dans ces temps désastreux, où l'empire
- penchant vers sa ruine et se trouvant entamé et déchiré de
- toutes parts, tous grands et petits étoient indistinctement
- forcés de prendre les armes; ceux qui n'appartenoient pas
- aux familles militaires rentrèrent naturellement dans
- l'ordre civil d'où ils étoient momentanément sortis, et ces
- familles, les seules où l'on eût le privilége d'être soldat
- en naissant, continuèrent seules de suivre leur ancienne
- profession et furent aussi les seules qui transmirent ce
- droit et cette obligation à leurs enfants.
-
- Ainsi ces soldats romains qui, au rapport de Procope, se
- donnèrent, avec leurs drapeaux et les pays qu'ils gardoient,
- aux Armoriques et aux Germains, conservèrent les moeurs,
- l'habillement et les lois de leur pays; mais ne cessèrent
- point d'être soldats. Le récit de Procope prouve au
- contraire qu'ils continuèrent de l'être, et qu'ils
- conservèrent et léguèrent à leurs descendants les avantages
- et les honneurs qui étoient attachés à la condition
- militaire[429-B]. Ainsi s'explique le passage de Grégoire de
- Tours, déjà cité; c'est de la jeune noblesse _romaine_ qu'il
- veut parler, lorsqu'il dit que l'étude des lois
- _Théodosiennes_ étoit une des parties principales de son
- éducation. Certes les barbares n'étudioient point les codes
- romains dont ils n'avoient que faire; les ridicules
- _doctrinaires_ que nous venons de signaler n'oseroient le
- soutenir et reculeroient eux-mêmes devant une pareille
- absurdité.]
-
- [Note 429-A: Agathias. _Voy._ encore t. I, prem. part., p.
- 55 et 56.]
-
- [Note 429-B: _Voy._ t. II, 2e part, p. 801.]
-
-
-Quant aux conquérants, ils vivoient sous le régime de leurs propres
-lois, lois également très-nombreuses et très-variées, mais qui
-néanmoins, sous les noms divers de _Salique_, _Gombette_, ou
-_Ripuaire_, présentent toutes ce caractère commun à la jurisprudence
-de ces peuples barbares, qu'il y a _composition_ pour toute espèce de
-violation de la loi, c'est-à-dire que tout délit, de quelque nature
-qu'il puisse être, y est évalué et _amendable_ en argent.
-
-Charlemagne n'osa point toucher à ce code que les Francs considéroient
-comme le titre le plus précieux de leur noblesse et la sauve-garde de
-leurs libertés. Tous ses efforts tendirent seulement à le rendre moins
-imparfait; et tel fut l'objet de ses fameux _capitulaires_, qui ne
-présentent point, ainsi que plusieurs l'ont pensé, une législation
-nouvelle, les premiers n'étant en grande partie que des recueils
-d'interprétations des anciennes lois, et, comme s'exprime l'archevêque
-Hincmar, d'arrêts rendus sur contestations en matières de lois. On y
-trouve aussi des explications et des répétitions de lois déjà
-établies, des réglements de police, des dispositions temporaires sur
-l'administration de l'état, etc. Ce n'est que dans le dernier que l'on
-voit enfin paroître des lois nouvelles et la réformation de celles qui
-les avoient précédées.
-
-Toutefois, il ne faut pas croire que le monarque promulguât ces lois
-nouvelles de sa propre et seule volonté, et selon son bon plaisir: ce
-n'étoit que dans le _plaid général_ et du consentement _de tous_ que
-se faisoient ces _capitules_, et qu'ils acquéroient force de loi[430].
-Louis-le-Débonnaire et Charles-le-Chauve, qui y firent de nombreuses
-additions, y observèrent ces mêmes formalités, qui en étoient la
-sanction nécessaire et sans laquelle ils eussent été de nul effet. La
-noblesse françoise vécut sous cette législation, jusqu'à l'époque où,
-le vasselage dégénérant de sa première institution, on vit commencer
-l'anarchie féodale et la souveraineté usurpée des grands et des petits
-vassaux.
-
- [Note 430: _Cap. excerp. ex Leg. Longip._, cap.
- 49.--Charlemagne répondit à un comte qui l'avoit consulté
- sur une loi dont l'interprétation sembloit lui offrir
- quelques difficultés «Si vos doutes portent sur la loi
- Salique, _adressez-vous à notre plaid général_.»]
-
-Cependant les lois Théodosiennes, promulguées en 438, avoient été
-augmentées dans le siècle suivant par Justinien Ier. Il y joignit
-d'abord, en 534, les décisions des jurisconsultes sur diverses
-matières de législation; en 541, il y ajouta les nouvelles
-constitutions publiées sous son règne; et cette compilation nouvelle,
-devenue la loi écrite de tous les peuples soumis à son autorité, fut
-connue sous le nom de _Pandectes_ ou _Digeste_.
-
-Cette collection, négligée dans l'Orient même, aussitôt après la mort
-de Justinien[431], perdue dans la suite des temps, et entièrement
-oubliée, fut retrouvée en 1133, au siége de la ville d'Amalfi par
-l'empereur Lothaire II. Les Pisans, qui avoient concouru à la prise de
-cette ville, demandèrent ce manuscrit pour toute récompense des
-services qu'ils avoient rendus: ils l'obtinrent; et les Pandectes,
-revues et mises en ordre par un savant jurisconsulte allemand[432],
-furent, peu de temps après, enseignées publiquement à Ravenne et à
-Boulogne. De ces écoles fameuses la connoissance s'en répandit bientôt
-dans l'Europe entière; et l'on peut fixer au milieu du douzième siècle
-l'époque à laquelle elles s'introduisirent parmi nous.
-
- [Note 431: L'empereur Basile et ses successeurs firent une
- autre compilation de lois sous le nom de _Basiliques_. Dans
- l'Occident, et particulièrement dans la partie des Gaules où
- l'on suivoit le droit écrit, on ne connoissoit que le Code
- Théodosien, les Institutes de Caïus et l'Édit perpétuel.]
-
- [Note 432: Irnerius.]
-
-Ce n'est point ici le lieu d'examiner si ce fut un bien ou un mal pour
-la chrétienté que l'adoption qui s'y fit des maximes de cette
-jurisprudence romaine, née au sein du paganisme, développée et
-perfectionnée sous le despotisme militaire d'empereurs, dont ceux-là
-même qui étoient chrétiens entendoient mal l'esprit et la politique du
-christianisme: nous dirons seulement que l'enthousiasme fut grand en
-France pour le code Justinien; on s'empressa de l'étudier, et cette
-étude du droit civil romain devint si générale, que l'Université en
-conçut des alarmes. Ainsi que nous l'avons déjà dit, les
-ecclésiastiques étant presque les seuls qui, dans le moyen âge,
-s'adonnassent aux lettres, et eussent quelque teinture des sciences,
-on craignit que cette étude, plus recherchée et par conséquent plus
-lucrative, ne les détournât de celle du droit canon, que cette
-compagnie considéroit avec raison comme beaucoup plus importante; et,
-pour en arrêter les progrès, elle crut nécessaire de réclamer
-l'autorité des papes et des conciles. Celui de Tours, tenu en 1163, se
-contenta d'interdire cette étude aux gens d'église; mais Honorius III
-alla plus loin, et défendit d'enseigner le droit civil à qui que ce
-fût, sous les peines civiles et canoniques les plus sévères.
-
-Si l'on en croit Rigord, les défenses de ce pape ne furent pas
-exactement observées. Du reste, quoiqu'elles ne s'étendissent point
-sur le droit canon, et que ses professeurs fussent dès-lors agrégés à
-l'Université, on ne trouve point qu'ils eussent encore de lieu affecté
-pour donner leurs leçons. Ce n'est que vers la fin du quatorzième
-siècle qu'il est fait mention d'écoles de droit situées rue
-Saint-Jean-de-Beauvais. Sauval dit qu'elles furent établies, en 1384,
-par Gilbert et Philippe-Ponce, au lieu même où depuis logea Robert
-Étienne. Si cette anecdote est vraie, il en faut conclure que ces
-écoles ont été transportées depuis de l'autre côté de la rue: car la
-maison qu'elles occupoient encore dans le siècle dernier étoit située
-vis-à-vis celle de ce célèbre imprimeur. Du Breul s'est contenté de
-dire qu'il y avoit de grandes et de petites écoles, et qu'en 1464 le
-bâtiment fut réparé de bonnes murailles, dont la toise ne coûtoit que
-16 sous. Jaillot ajoute qu'en 1495 il avoit été augmenté de deux
-masures et d'un jardin, qu'on acheta du chapitre Saint-Benoît.
-
-Comme les actes qui font mention de ces écoles ne disent point
-positivement qu'on y enseignât le droit civil, il est probable que la
-défense faite par le Saint-Siége continuoit d'y être observée, et
-qu'on n'y enseignoit que le droit canon. Toutefois cette défense
-n'étoit que pour la ville de Paris seulement; et les élèves, après
-avoir pris dans cette ville leurs degrés dans cette dernière science,
-alloient étudier le droit civil dans les provinces, où cette étude
-étoit sinon autorisée, du moins tolérée. En 1563 et 1568, on voit le
-parlement permettre de professer à Paris le droit civil, et cette
-permission cesser dès 1572; enfin Louis XIV, par son édit du mois
-d'avril 1679, ordonna que les leçons publiques du droit romain
-seroient rétablies, et l'année suivante, ce monarque voulut qu'à
-l'avenir il y eût un professeur en droit françois dans chaque
-université.
-
-Cette faculté, la seconde de l'Université, étoit composée de six
-professeurs en droit civil et canonique, d'un professeur en droit
-françois et de douze docteurs agrégés. Ils continuèrent à occuper les
-écoles de la rue Saint-Jean-de-Beauvais jusque vers la fin du
-dix-huitième siècle; mais ces écoles, qui d'ailleurs étoient
-très-incommodes, menaçant ruine de toutes parts, on prit la résolution
-d'en construire de nouvelles, et sur un plan plus digne d'une si
-grande institution. Elles furent élevées au côté gauche de la grande
-place ouverte devant la nouvelle église Sainte-Geneviève, et sur les
-dessins de Soufflot. C'est un grand bâtiment de très-belle apparence,
-dont la façade est ornée de quatre colonnes ioniques, qui soutiennent
-un fronton triangulaire, portant dans son tympan les armes du roi.
-L'architecte, par une innovation qui ne doit pas sembler heureuse, a
-jugé à propos de donner la forme d'une courbe rentrée à toute la
-façade de ce monument.
-
-Après une messe solennelle, célébrée à Sainte-Geneviève le 24 novembre
-1772, et un discours public prononcé par l'un des professeurs, la
-faculté des droits, ayant à sa tête le doyen d'honneur et les
-docteurs honoraires, prit possession de ces nouvelles écoles, dans
-lesquelles elle commença dès le lendemain tous ses exercices[433].
-
- [Note 433: Ce monument n'a point changé de destination.]
-
-
- CURIOSITÉS DES ÉCOLES DE DROIT.
-
- TABLEAUX.
-
- Dans la grand'salle, au premier, le portrait en pied de Louis XV,
- revêtu de ses habits royaux.
-
- Dans la salle des examens, le grand plan de Paris; par l'abbé de
- _La Grive_.
-
-
- SCULPTURES.
-
- Le buste en marbre de M. de Trudaine, et les portraits de
- plusieurs autres magistrats.
-
-
-_Le séminaire des Clercs irlandois_ (rue du Cheval-Vert).
-
-Jean Lée, prêtre irlandois échappé à la persécution de la reine
-Élisabeth, étant venu se réfugier à Paris avec six écoliers de sa
-nation, fut reçu avec eux au collége de Montaigu; ceci arriva en 1578.
-Le nombre de ces réfugiés s'étant bientôt augmenté, on les transféra
-au collége de Navarre, qu'ils quittèrent encore pour aller occuper une
-maison qu'avoit louée pour eux, au faubourg Saint-Germain, le
-président l'Escalopier. Nous avons dit comment, en 1677, ils furent
-établis avec les prêtres irlandois au collége des Lombards, où ils
-restèrent jusqu'en 1776, époque à laquelle ils vinrent occuper, rue du
-Cheval-Vert, une maison plus commode, qu'ils durent au zèle et à la
-libéralité de leur supérieur, M. l'abbé Kelly.
-
-Le but de cet établissement étoit de former à l'état ecclésiastique de
-jeunes Irlandois, pour les mettre en état de faire ensuite des
-missions dans leur pays.
-
-La chapelle, bâtie sur les dessins de M. Bellanger, architecte, est
-d'une grande simplicité. Au-dessus une grande salle servoit de
-bibliothèque[434].
-
- [Note 434: Cette maison est encore occupée par des prêtres
- de cette nation.]
-
-
-_La communauté des Eudistes_ (rue des Postes).
-
-La plupart de nos historiens de Paris ont oublié de parler de cette
-communauté, dont l'existence n'est pas même indiquée sur la plus
-grande partie des plans. C'étoit une congrégation de prêtres séculiers
-instituée sous le nom de _Jésus_ et de _Marie_ par le P. Eudes, dont
-nous avons déjà parlé. Il en avoit puisé l'esprit et conçu le dessein
-dans la congrégation de l'Oratoire, dont il étoit membre, et destina
-ces prêtres à diriger les séminaires et à faire des missions. Son
-projet reçut sa première exécution à Caen, où il fut autorisé par des
-lettres-patentes données en 1643.
-
-La double utilité de cet institut engagea quelques personnes pieuses à
-appeler les Eudistes à Paris; et M. de Harlai approuva, en 1651, la
-donation qu'on leur fit de la moitié d'une maison située près de
-l'église Saint-Josse qu'ils desservirent pendant quelque temps, et
-dont l'un d'eux fut même nommé curé. Mais cette maison ayant été
-vendue, ils acquirent en 1703 celle dont nous parlons, et dans
-laquelle ils demeurèrent jusque dans les derniers temps. Toutefois
-leur intention ne fut d'abord que de s'en servir comme d'un hospice:
-car on les voit, depuis cette époque, établis dans la cour du palais,
-et chargés de desservir la basse Sainte-Chapelle.
-
-Ce ne fut qu'en 1727 qu'ils vinrent habiter la rue des Postes, et que
-le concours des deux puissances leur procura enfin un établissement
-permanent. Un décret de l'archevêque de Paris du 28 juillet 1773 les y
-maintint sous le titre de communauté et de séminaire pour les jeunes
-gens de cette congrégation; et il leur fut permis en conséquence
-d'acquérir jusqu'à 6,000 livres de rente.
-
- Le maître-autel de la chapelle étoit décoré d'un Christ; sans nom
- d'auteur.
-
-
-_Séminaire Anglois_ (même rue).
-
-Ce séminaire fut établi en 1684 par quelques prêtres anglois, sous le
-nom et l'invocation de _saint Grégoire-le-Grand_. Les lettres-patentes
-données à cet effet par Louis XIV sont datées de cette année, et
-portent la permission d'établir une communauté d'ecclésiastiques
-séculiers anglois. L'archevêque de Paris y joignit son consentement en
-1685.
-
-La chapelle de ce séminaire, extrêmement petite, n'offroit rien de
-remarquable.
-
-
-_Séminaire du Saint-Esprit et de l'Immaculée Conception_ (même rue).
-
-Cet institut doit son existence à M. Claude-François Poullart des
-Places, prêtre du diocèse de Rennes. Convaincu que le manque de
-ressources empêchoit souvent de jeunes étudiants d'entrer dans les
-séminaires, et de suivre leur vocation, ce pieux ecclésiastique en aida
-d'abord quelques-uns, et conçut ensuite le projet de les réunir en
-communauté. Cet établissement, dont la charité et l'humilité étoient la
-base, et auquel plusieurs personnes respectables s'empressèrent de
-coopérer, fut formé en 1703 rue Neuve-Sainte-Geneviève. M. Poullart
-voulut qu'on ne reçût dans son séminaire que des jeunes gens capables
-d'étudier en philosophie ou en théologie; et qu'après le temps destiné à
-cette étude ils pussent encore résider deux ans dans cette maison, pour
-se préparer complètement aux fonctions du sacerdoce. Du reste il exigea
-qu'ils ne prissent aucun degré, qu'ils renonçassent à l'espoir des
-dignités ecclésiastiques, qu'ils se bornassent à servir dans les pauvres
-paroisses, dans les postes déserts ou abandonnés, pour lesquels les
-évêques ne trouvoient presque point de sujets, enfin à faire des
-missions tant dans le royaume que dans nos colonies.
-
-Cet établissement parut si utile, qu'il ne tarda pas à obtenir de
-puissantes protections: le clergé, assemblé en 1723, lui assigna une
-pension. Il en obtint une autre du roi en 1726, avec des lettres de
-confirmation. Placé d'abord, comme nous venons de le dire, rue
-Neuve-Sainte-Geneviève, il fut transféré en 1731 dans la rue des
-Postes, au moyen d'un legs de 40,000 livres que M. Charles Le Baigue,
-prêtre habitué de Saint-Médard, avoit fait à ce séminaire par son
-testament du 17 septembre 1723. Avec cette somme ils achetèrent
-d'abord une maison à laquelle ils firent depuis des réparations et des
-augmentations considérables. La première pierre des bâtiments neufs
-fut posée en 1769 par M. de Sartine.
-
-La façade de ces bâtiments avoit été construite sur les dessins de M.
-Chalgrin; il étoit aussi l'architecte de la chapelle, dont l'intérieur
-étoit décoré d'un ordre ionique[435].
-
- [Note 435: Cette communauté a été rétablie; les bâtiments
- des deux établissements précédents sont occupés maintenant
- par des pensions ou par des particuliers.]
-
-
- CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.
-
- SCULPTURES.
-
- Sur la porte extérieure, un bas-relief représentant des
- missionnaires qui instruisent des nègres; par _Duret_.
-
- Dans l'intérieur, deux autres bas-reliefs; par le même.
-
- Dans la salle des exercices, une Assomption; par _Adam_ cadet.
-
-Une salle pratiquée au-dessus de la nef contenoit la bibliothèque.
-
-Cette maison étoit chargée de fournir les missionnaires des colonies
-de Cayenne et du Sénégal.
-
-
-_Collége de Pharmacie et jardin des Apothicaires_, (rue de
-l'Arbalète).
-
-Nous avons fait mention, dans le quartier précédent, d'un hôpital
-institué par le sieur Houel, dans la maison connue sous le nom de
-Sainte-Valère, et des événements qui en changèrent peu à peu la
-destination; on a vu que le jardin qu'il avoit formé vis-à-vis cet
-établissement et destiné à la culture des plantes médicinales, avoit
-été conservé: les apothicaires et les épiciers, qui, dans le
-dix-septième siècle, ne formoient encore qu'une seule communauté,
-acquirent, en 1626, la propriété de ce jardin, et le 2 décembre de la
-même année achetèrent la maison située rue de l'Arbalète, ce qui leur
-procura les moyens d'ouvrir leur entrée principale sur cette rue, et
-d'y faire construire le bâtiment qui existe encore aujourd'hui. Les
-pharmaciens devinrent ensuite les seuls maîtres de l'établissement,
-qui fut érigé en collége. Une inscription en lettres d'or sur une
-table de marbre noir apprenoit que cette érection avoit été faite en
-1777.
-
-Il y avoit dans ce collége six professeurs, qui, pendant les trois
-mois d'été, y donnoient des leçons publiques sur la chimie, la
-botanique et l'histoire naturelle; et tous les ans le lieutenant
-général de police y distribuoit solennellement des médailles[436] aux
-élèves qui s'étoient le plus distingués dans ces études.
-
- [Note 436: Ces prix avoient été fondés par M. Le Noir,
- dernier lieutenant de police.]
-
-Cette maison possédoit un très-joli cabinet d'histoire naturelle, un
-laboratoire de chimie, une bibliothèque, etc. Elle étoit aussi décorée
-de sculptures et de tableaux. Dans le jardin, les plantes étoient
-distribuées suivant la méthode de Tournefort[437].
-
- [Note 437: Cet établissement n'a point changé de
- destination.]
-
-
- CURIOSITÉS.
-
- TABLEAUX.
-
- Dans la grande salle, au-dessus de la porte, Louis XIV donnant le
- poids marchand au corps des épiciers; sans nom d'auteur.
-
- Sur la cheminée, Hélène et Ménélas arrivant en Égypte; et
- recevant du roi de cette contrée plusieurs plantes médicinales;
- par _Vouet_.
-
- Les portraits en médaillons de MM. Rouelle frères, chimistes
- renommés.
-
- Au pourtour de la salle, les portraits des anciens gardes de la
- communauté des épiciers et apothicaires.
-
-
- SCULPTURES.
-
- Entre deux croisées de la même salle, le buste de M. Le Noir.
-
-
-_École des Savoyards_ (rue Saint-Étienne-des-Grès).
-
-Cette école de charité, établie en 1732, étoit due au zèle et à la
-charité de M. l'abbé de Pontbriand. S'étant avisé un jour d'interroger
-sur la religion un Savoyard déjà avancé en âge, qui venoit de lui
-rendre quelque service, il le trouva d'une ignorance si profonde des
-vérités les plus importantes, qu'il résolut aussitôt de travailler à
-l'instruction de ces pauvres gens. Plusieurs personnes charitables
-auxquelles il communiqua son projet l'approuvèrent, et voulurent y
-prendre part. Ils se partagèrent aussitôt les divers faubourgs où
-étoient établies les chambrées des Savoyards[438], leur annoncèrent
-les bonnes dispositions où l'on étoit pour eux, et trouvèrent dans ces
-malheureux tant de docilité et de reconnoissance, que l'on put
-commencer aussitôt les catéchismes que l'on vouloit instituer. Les
-premiers se firent à Saint-Benoît; et bientôt, vu le grand éloignement
-des différents quartiers où les Savoyards étoient logés, on en établit
-de nouveaux dans plusieurs paroisses de Paris; à Saint-Merri, pour les
-Savoyards du Marais; au séminaire des Missions-Étrangères, pour ceux
-du faubourg Saint-Germain; à Saint-Sauveur, pour le faubourg
-Saint-Laurent, la place des Victoires et la porte Saint-Martin.
-
- [Note 438: Ils habitoient les faubourgs. Ceux de l'évêché de
- Genève, qui étoient les plus nombreux, logeoient dans le
- faubourg Saint-Marceau; ceux de Saint-Jean-de-Maurienne,
- dans le faubourg Saint-Laurent; ceux de l'archevêché de
- Moutier en Tarentaise, dans le Marais, etc. Ils étoient
- distribués par chambrées, dont chacune, composée de huit à
- dix Savoyards, étoit conduite par un chef, qui remplissoit
- auprès de ces enfants les fonctions d'économe et de tuteur.
- Chacun d'eux avoit sa place marquée dans Paris, où il se
- rendoit de grand matin; et le soir en rentrant, ce qui avoit
- été gagné dans la journée étoit mis dans une boîte commune
- nommée _tirelire_, que l'on n'ouvroit que lorsque la somme
- étoit assez considérable pour être employée utilement aux
- besoins de la petite société. Cette police des Savoyards
- s'est maintenue pendant la révolution, et subsiste encore
- aujourd'hui.]
-
-À ces leçons, les charitables instituteurs voulurent bien ajouter des
-prix pour entretenir l'émulation. La première distribution s'en fit
-rue Saint-Étienne-des-Grès, dans la chapelle de l'ancien collége de
-Lisieux. La charité des gens de bien qui habitoient ces divers
-quartiers fournissoit abondamment à ces dépenses. Bientôt on jugea
-qu'il étoit possible d'étendre les bienfaits de cette institution sur
-les pauvres enfants des diverses provinces du royaume; on y reçut des
-Auvergnats, des Limousins, des Normands, des Gascons, etc., etc., ce
-qui rendit les catéchismes plus nombreux, et donna lieu d'établir une
-nouvelle école dans la paroisse de la Magdeleine au faubourg
-Saint-Honoré.
-
-
-HÔTELS.
-
-_Hôtel de Bourgogne_ (rue des Sept-Voies).
-
-Cet hôtel, dont la plus grande partie servit à former le collége de
-Reims, appartenoit, dans le treizième siècle, aux ducs de Bourgogne.
-Il fut uni à la couronne, ainsi que leur duché, sous le règne du roi
-Jean; mais ce prince jugea à propos de se réserver l'hôtel, lors de
-l'investiture qu'il donna à son fils Philippe-le-Hardi des domaines et
-de la souveraineté de ce duché. Charles V son frère lui rendit cette
-habitation en 1364. On trouve que dix ans auparavant elle étoit
-occupée par les religieuses de Poissi, que la guerre avoit obligées de
-venir chercher un asile à Paris. En 1402, Philippe donna cet hôtel à
-son troisième fils Philippe, comte de Nevers et de Rhétel, qui le
-vendit aux écoliers de Reims en 1412.
-
-
-_Hôtel d'Albret_ (même rue).
-
-Cet hôtel, dont une très-petite portion fit le collége de la Merci,
-appartenoit anciennement aux comtes de Blois. Il subsiste encore à
-côté du collége de la Merci une partie de cette maison, laquelle a
-retenu le nom de _cour d'Albret_.
-
-
-_Petit-Bourbon_ (rue du Faubourg-Saint-Jacques).
-
-Nous avons dit à l'article du Val-de-Grâce qu'on en transféra les
-religieuses dans une maison appelée le _Petit-Bourbon_. Elle se
-nommoit auparavant le fief ou le séjour de Valois, nom qu'elle devoit
-à Charles de Valois, fils de Philippe-le-Hardi, auquel elle
-appartenoit au commencement du quatorzième siècle. Depuis elle passa
-dans la maison de Bourbon; et au seizième siècle elle faisoit partie
-des propriétés du connétable de Bourbon, sur lequel elle fut
-confisquée, avec tous ses autres biens. Louise de Savoie, ayant obtenu
-la permission d'aliéner ces biens jusqu'à la concurrence de 12,000
-livres de rente, donna, en 1528, le séjour de Bourbon à Jean
-Chapelain, son médecin. Ses descendants le vendirent aux religieuses
-du Val-de-Grâce.
-
-
-_Autres hôtels._
-
-Dans ce même quartier étoient situés les hôtels suivants, qui tous ont
-été détruits, et sur lesquels nous n'avons pu nous procurer aucun
-détail.
-
- Hôtel des évêques de Nevers, rue des Amandiers.
-
- ------ des abbés de Pontigni, rue des Anglois.
-
- ------ de Jean Gannai, chancelier de France,
- rue de l'Arbalète.
-
- ------ des abbés de Saint-Benoît-sur-Loire,
- rue de la Grande et de la Petite-Bretonnerie.
-
- ------ de Vezelai, du Mont }
- Saint-Michel[439], }
- }
- ------ des évêques d'Auxerre, }
- de Coutances, } rue des Cholets.
- du Mans, de }
- Senlis, de Langres, }
- de Châlons[440]. }
-
- ------ des abbés de Saint-Jean-des-Vignes,
- rue Saint-Jacques, près la chapelle
- Saint-Yves.
-
- ------ des évêques de Nevers en 1380, rue
- Judas.
-
- ------ de Marli-le-Châtel, rue des Sept-Voies.
-
- [Note 439: Ces deux hôtels sont compris aujourd'hui dans le
- collége de Montaigu.]
-
- [Note 440: Le collége de Sainte-Barbe a été bâti sur
- l'emplacement de cet hôtel.]
-
-
-FONTAINES.
-
-_Fontaine Saint-Benoît_ ou _de la place Cambray._
-
-Cette fontaine, située à l'entrée de la place Cambray et vis-à-vis
-l'église Saint-Benoît, a été construite vers l'an 1624.
-
-
-_Fontaine de Sainte-Geneviève._
-
-Cette fontaine est située dans la partie la plus élevée de la
-montagne.
-
-
-_Fontaine du Pot-de-Fer._
-
-Elle s'élève au coin de la rue Moufetard et de celle dont elle a pris
-le nom.
-
-
-_Fontaine des Carmélites._
-
-Elle a été construite dans la rue du Faubourg-Saint-Jacques et à
-l'entrée du couvent dont elle porte le nom.
-
-Ces quatre fontaines reçoivent leurs eaux de l'aqueduc d'Arcueil.
-
-
-_Porte Saint-Jacques._
-
-Cette porte étoit située à l'extrémité de la rue du même nom, près du
-carrefour auquel aboutissent les rues du Faubourg-Saint-Jacques,
-Saint-Hyacinthe et des Fossés-Saint-Jacques.
-
-Elle fut construite lors de l'enceinte de Philippe-Auguste, et abattue
-en 1684[441].
-
- [Note 441: _Voy._ pl. 147.]
-
-
-BARRIÈRES.
-
-Il n'y a que deux barrières dans toute l'étendue de ce quartier:
-
- La barrière de la Santé.
- La barrière Saint-Jacques[442].
-
- [Note 442: Cette dernière se nomme maintenant barrière
- d'Arcueil.]
-
-
-RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINT-BENOÎT.
-
-_Rue des Amandiers._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Sept-Voies,
-et de l'autre à celle de la Montagne-Sainte-Geneviève; dès le
-treizième siècle elle portoit ce nom, dont on n'a pu découvrir
-l'étymologie. On disoit également rue des _Almandiers_, de
-_l'Allemandier_ et des _Amandiers_.
-
-_Rue des Anglois._ Elle traverse de la rue Galande dans celle des
-Noyers, et étoit connue sous ce nom dès le treizième siècle. Sauval
-insinue qu'il lui a été donné à cause du long séjour que les Anglois
-ont fait à Paris[443]. Jaillot prouve qu'une telle opinion ne peut
-être admise, parce que cette rue étoit ainsi nommée plus de deux
-siècles avant le règne de Charles VI. Sans prétendre en donner la
-véritable étymologie, il pense qu'il seroit plus vraisemblable de
-l'attribuer aux Anglois que la célébrité de l'Université de Paris
-engageoit à venir faire leurs études dans cette ville, et dont le
-nombre étoit en effet si considérable, qu'ils formèrent une des quatre
-_nations_ dont ce grand corps étoit composé.
-
- [Note 443: T. I, p. 109.]
-
-
-_Rue de l'Arbalète._ Elle aboutit d'un côté à la rue Moufetard, de
-l'autre, à celle des Charbonniers. On lit dans les titres de
-Saint-Geneviève qu'au quatorzième siècle elle s'appeloit _rue des
-Sept-Voies_[444], et qu'au milieu du seizième on la nommoit _rue de la
-Porte de l'Arbalète_, autrement _des Sept-Voies_. Il y avoit dans
-cette rue une maison dite de l'Arbalète, qui faisoit le coin de la rue
-des Sept-Voies, et c'est là qu'il faut chercher sans doute
-l'étymologie de ces diverses dénominations.
-
- [Note 444: Cens. de 1380.]
-
-_Rue du Cimetière-Saint-Benoît._ Elle aboutit d'un côté à la rue
-Saint-Jacques, de l'autre à la rue Fromentel, et doit son nom au
-cimetière Saint-Benoît, auquel elle conduisoit en 1615. On agrandit ce
-cimetière en même temps qu'on en supprima un autre qui occupoit une
-partie de la place Cambrai. Quelques nomenclateurs donnent à cette rue
-la dénomination de _rue Breneuse_; un autre dit qu'elle s'appeloit _de
-l'Oseroie_ en 1300. Guillot en indique effectivement une sous ce nom,
-et l'abbé Lebeuf pense aussi qu'elle est représentée par
-celle-ci[445]. Jaillot produit plusieurs titres qui lui font croire
-qu'anciennement cette rue n'étoit point distinguée de celle de
-Fromentel, dont elle fait la continuation; et celle-ci se prolongeoit
-alors sous le même nom jusqu'à la rue Saint-Jacques. Quant à la rue de
-l'_Oseroie_, il conjecture que ce pouvoit être une ruelle comprise
-dans l'église Saint-Benoît, et sur l'emplacement de laquelle ont été
-construites les chapelles de la nef[446].
-
- [Note 445: T. II, p. 569.]
-
- [Note 446: Chronol. hist. des cur. de S. Ben., p. 26 et 27.]
-
-_Rue de Biron._ Cette rue, qui donne d'un côté rue du
-Faubourg-Saint-Jacques, de l'autre dans celle de la Santé, étoit
-encore sans nom en 1772. Elle a pris depuis celui qu'elle porte
-aujourd'hui.
-
-_Rue des Bourguignons._ Cette rue, qui donne d'un bout dans la rue du
-Faubourg-Saint-Jacques, et de l'autre dans celle de Lourcine, étoit
-anciennement nommée _rue de Bourgogne_. Sur plusieurs plans on ne la
-fait commencer qu'au coin de la rue de la Santé, ou, pour mieux dire,
-au bout du carrefour où étoit autrefois placée la _croix de la sainte
-Hostie_[447]; et toute la partie antérieure jusqu'à la rue
-Saint-Jacques y est nommée _rue des Capucins_. C'étoit par cette rue
-ou chemin, et le long des murs du Val-de-Grâce, que devoit passer le
-boulevard ou cours planté d'arbres dont on avoit résolu en 1704,
-d'environner la ville, et qui depuis a été tracé et exécuté à une
-assez grande distance de ce premier emplacement[448].
-
- [Note 447: Cette croix fut érigée en 1668, en réparation
- d'un sacrilége commis dans l'église Saint-Martin, cloître
- Saint-Marcel. Au mois de juillet, trois voleurs s'étant
- introduits dans cette église rompirent le tabernacle,
- emportèrent le saint ciboire, et dispersèrent les hosties.
- Ils furent arrêtés, et déclarèrent qu'ils avoient enveloppé
- une de ces hosties dans un linge, et l'avoient jetée près
- des murs du Val-de-Grâce. Elle y fut heureusement trouvée,
- et levée avec les cérémonies requises, à la suite desquelles
- M. l'archevêque ordonna une procession solennelle et
- expiatoire, où il assista nu-pieds et l'étole derrière le
- dos. On éleva ensuite la croix dont nous parlons, et tous
- les ans le clergé de la paroisse s'y rendoit
- processionnellement.]
-
- [Note 448: Il y a dans cette rue un cul-de-sac nommé
- d'_Hautefort_. C'est l'ouverture d'une rue projetée en 1724
- et non continuée, laquelle devoit traverser de celle des
- Bourguignons dans la rue des Lyonnois.]
-
-_Rue de la Grande et de la Petite-Bretonnerie._ Ces deux rues
-parallèles se réunissoient l'une à l'autre, et avoient leur entrée par
-la rue Saint-Jacques; c'étoit, à proprement parler, une rue qui
-tournoit autour de plusieurs maisons. Sauval dit qu'anciennement elle
-se nommoit _rue du Puits_[449]; et Jaillot la trouve, au commencement
-du quinzième siècle, sous le nom de _rue aux Bretons_; mais, dès le
-seizième, elle est désignée sous la double dénomination qui lui est
-restée. Ces deux rues avoient été ouvertes sur un fief qui appartenoit
-aux religieuses de Long-Champs; et l'on trouve qu'en 1661 le roi
-permit aux filles de la congrégation de Charonne, dont il vouloit
-favoriser l'établissement, de former un marché dans cet endroit[450].
-
- [Note 449: T. I, p. 121.]
-
- [Note 450: Ces rues ont été depuis supprimées, pour
- faciliter l'entrée de la place Sainte-Geneviève.]
-
-_Rue de la Bûcherie._ Elle commence à la rue du Petit-Pont, et finit à
-celle du Pavé-de-la-Place-Maubert. Sauval dit qu'elle devoit son nom à
-un port aux bûches qu'il y avoit auprès en 1415[451]. Jaillot prouve
-que ce port existoit en cet endroit bien des siècles avant cette
-époque; et, sans nier que le nom de cette rue en tire son étymologie,
-il pense qu'elle pourroit bien aussi avoir reçu cette dénomination de
-quelques boucheries établies anciennement en ce lieu. Au reste ces
-deux étymologies sont également constatées par des titres de
-Sainte-Geneviève du treizième siècle, dans lesquels on lit: _Vicus de
-Boucharia et Buscharia_, etc. Cette rue avoit été ouverte au bas d'un
-clos fort étendu qu'on appeloit le clos Mauvoisin, dont nous aurons
-bientôt occasion de parler; et, dès le sixième siècle, elle étoit
-couverte de maisons jusqu'à la rue du Fouare seulement. En 1202 le
-clos Mauvoisin ayant été donné à cens, sous la condition d'y bâtir, la
-rue fut successivement continuée jusqu'à son extrémité, opération qui
-cependant n'étoit pas encore terminée à la fin du siècle suivant[452].
-
- [Note 451: T. I, p. 121.]
-
- [Note 452: Plusieurs titres de l'archevêché font mention
- d'une ruelle qui donnoit dans cette rue, et qu'on nommoit,
- en 1490, _ruelle du Lion-Pugnais_, et en 1508, du
- _Trou-Punais_. Ce dernier nom étoit commun aux fossés ou
- cloaques où se perdoient les eaux et les immondices, qui de
- là étoient portées à la rivière. Jaillot pense que cette
- ruelle est la descente vis-à-vis la rue des Rats, qu'on
- appeloit _les Petits-Degrés_.]
-
-_Place Cambrai._ Elle fut ouverte, au commencement du dix-septième
-siècle, sur une partie de la rue Saint-Jean-de-Latran, qui s'étendoit
-jusqu'à la rue Saint-Jacques, et sur un terrain qui servoit
-anciennement de cimetière. On le nommoit _le Grand Cimetière_, _le
-Cimetière de Cambrai_, _le Cimetière de l'Acacias_; _le Cimetière du
-Corps-de-garde_. Ces différents noms venoient de la _terre de
-Cambrai_, ainsi appelée parce que la maison de l'évêque de Cambrai,
-convertie depuis en collége, y étoit située; d'un acacia qu'on y avoit
-planté, et d'un corps-de-garde voisin.
-
-_Rue des Capucins_[453]. Ce n'étoit, au siècle dernier, qu'un chemin
-qui conduisait de la rue du Faubourg-Saint-Jacques à celle de la
-Santé. On la nommoit ainsi parce qu'elle régnoit le long de l'enclos
-des Capucins.
-
- [Note 453: Cette rue est maintenant nommée _rue Méchin_,
- dans une de ses parties. Celle qui va du faubourg
- Saint-Jacques au Champ-des-Capucins a conservé son ancien
- nom.]
-
-_Rue des Carmes._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Noyers, et de
-l'autre à celle du mont Saint-Hilaire. Comme elle a été ouverte, ainsi
-que celle de Saint-Jean-de-Beauvais, sur le clos Bruneau, on lui en a
-souvent donné le nom. Elle portoit aussi celui de _Saint-Hilaire_,
-parce qu'elle aboutissoit à cette église, et c'est ainsi qu'elle est
-dénommée dans des actes de 1317 et 1372. Son dernier nom lui vient du
-couvent des Carmes qui y étoit situé.
-
-_Rue du Carneau._ C'est une ruelle qui descend de la rue de la
-Bûcherie à la rivière, et que presque tous nos plans ont figurée sans
-lui donner aucun nom. Jaillot prétend cependant que, dès le treizième
-siècle, elle étoit connue sous celui de _la Poissonnerie_, puis de _la
-Place au Poisson_ dans le dix-septième; plus anciennement elle
-s'appeloit _rue des Porées_. C'est ainsi qu'elle est indiquée dans le
-rôle des taxes de 1313, et dans un compte de 1398, rapporté par
-Sauval[454].
-
- [Note 454: T. III, p. 263.]
-
-_Rue des Charbonniers._ Elle fait la continuation de la rue de
-l'Arbalète, et aboutit à celle des Bourguignons. Son nom lui vient
-d'un lieu voisin dit _les Charbonniers_, dont il est question
-plusieurs fois dans le terrier du roi de 1540.
-
-_Rue Chartière._ Elle aboutissoit d'un côté à la rue du Puits-Certain,
-de l'autre à celle de Reims. Sauval dit qu'en 1300 elle s'appeloit _de
-la Charretière_[455]. Guillot écrit _de la Chareterie_, et l'on trouve
-dans d'autres titres _de la Charrière_[456], _de la Chartrière_ et
-_des Charettes_.
-
- [Note 455: T. I, p. 124.]
-
- [Note 456: Hist. de Par., t. III, p. 392.]
-
-_Rue du Cheval-Vert_[457]. Elle traverse de la rue des Postes à celle
-de la Vieille-Estrapade. Si l'on en excepte un seul plan, celui de
-Nolin, publié en 1699, où elle est appelée _rue du Chevalier_, on
-trouve le premier nom dans tous les actes, et notamment dans les
-censiers de Sainte-Geneviève, qui en font mention dès 1603. Elle fut
-fermée en 1646, sans qu'on en sache les raisons, et rouverte depuis,
-sans que l'époque de cette ouverture soit désignée. Son nom lui vient
-probablement de quelque enseigne.
-
- [Note 457: On la nomme maintenant _rue des Irlandois_.]
-
-_Rue des Chiens._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Sept-Voies, et
-de l'autre à celle des Cholets. Sauval[458] et ses copistes prétendent
-que le bas peuple avoit changé les deux dernières lettres du nom de
-cette rue, parce qu'elle étoit solitaire et malpropre. Jaillot pense
-au contraire que cette dénomination ordurière étoit la plus ancienne,
-et fut changée en celle _des Chiens_, qu'elle portoit déjà avant le
-milieu du dix-septième siècle. Guillot indique dans sa nomenclature
-une _rue du Moine_, que l'abbé Lebeuf croit être celle-ci; Jaillot,
-qui en doute, entame à ce sujet une longue discussion, qui n'éclaircit
-nullement cette question si peu importante[459].
-
- [Note 458: T. I, p. 125.]
-
- [Note 459: On la nomme aujourd'hui rue _Jean-Hubert_.]
-
-_Rue des Cholets._ Cette rue donne d'un côté dans la rue
-Saint-Étienne-des-Grés, de l'autre dans celle de Reims, et doit son
-nom au collége qu'on y a bâti. Auparavant on la nommoit
-_Saint-Symphorien_ et _Saint-Symphorien-des-Vignes_. Cette dernière
-dénomination venoit de ce que le carré que forme cette rue avec celle
-de Reims, des Sept-Voies et de Saint-Étienne-des-Grés, étoit un clos
-planté de vignes. On la trouve aussi indiquée sous les noms de _petite
-rue Sainte-Barbe_ et de _rue des Vignes_.
-
-_Rue d'Écosse._ Elle aboutit d'un côté à la rue du Mont-Saint-Hilaire,
-et de l'autre à celle du Four. Guillot n'en fait point mention,
-quoiqu'elle existât déjà de son temps. En 1313 on la nommoit _rue au
-Chauderon_, de l'enseigne d'une maison qui subsistoit encore en 1636;
-mais, dès le seizième siècle, on l'appeloit rue d'Écosse. Robert dit
-qu'elle a porté le nom de _rue des Trois-Crémaillères_.
-
-_Rue Saint-Étienne-des-Grés._ Elle donne d'un bout dans la rue
-Saint-Jacques, de l'autre sur la Place-Sainte-Geneviève. Dès 1230,
-elle est désignée sous ce nom dont nous avons fait connoître
-l'étymologie en parlant de l'église qui le lui a donné.
-
-_Rue de la Vieille-Estrapade._ Elle est située entre la
-Place-de-Fourci et celle de l'Estrapade; et cette dernière place qui
-lui a donné ce nom, l'avoit reçu parce que, pendant long-temps, on y
-avoit fait subir aux soldats le supplice de l'estrapade, dont
-l'appareil fut depuis transporté au marché aux chevaux. Avant cette
-époque, cette rue se nommoit _rue des Fossés-Saint-Marceau_, ayant été
-ouverte sur les fossés de la ville.
-
-_Rue du Fouare._ Elle aboutit d'un côté à la rue Galande, de l'autre à
-celle de la Bûcherie. Ce nom est une altération de celui de _feurre_,
-c'est-à-dire de paille, dans notre ancien langage; aussi, dans tous
-les vieux titres, cette rue est-elle appelée _vicus Straminis_, _vicus
-Straminum_, _via Straminea_. On voit dans un cartulaire de
-Sainte-Geneviève[460] qu'en 1202 Matthieu de Montmorenci, seigneur de
-Marli, et Mathilde de Garlande sa femme, donnèrent leur vigne appelée
-le clos Mauvoisin (c'est le même que celui de Garlande), à cens, à
-plusieurs particuliers, à la charge d'y bâtir. Ainsi se formèrent les
-rues Galande, du Fouare et autres qui se trouvent entre la rue de la
-Bûcherie et la Place-Maubert. Nous avons déjà dit comment, sous
-Philippe-Auguste, il s'établit de nouvelles écoles dans celle dont
-nous parlons. Elle reçut le nom qu'elle porte encore aujourd'hui,
-parce que les écoliers, suivant l'usage qui s'observoit alors,
-étoient, par respect pour leurs maîtres, assis par terre sur de la
-paille, dont on jonchoit les écoles.
-
- [Note 460: Fol. 190.]
-
-Les anciens titres prouvent que la rue du Fouare étoit fermée à ses
-deux extrémités; et l'on croit que c'étoit pour empêcher le passage
-des voitures, dont le bruit auroit pu incommoder et distraire les
-étudiants.
-
-_Rue du Four._ Elle donne d'un côté dans la rue des Sept-Voies, de
-l'autre dans celle d'Écosse, dont elle n'est pas même distinguée sur
-les anciens plans. Cependant le cartulaire de Sainte-Geneviève de 1248
-en fait mention sous le nom de _Vicus_ et de _ruella Furni_; Guillot
-la nomme _du Petit-Four, qu'on appelle le Petit-Four-Saint-Ylaire_. On
-lui avoit donné ce nom parce que le four banal, qui appartenoit à
-l'église Saint-Hilaire, y étoit situé.
-
-_Rue et place de Fourci._ Elles sont situées entre la rue de la
-Vieille-Estrapade et celle des Fossés-Saint-Victor. Sur la plupart
-de nos plans cette rue n'est pas distinguée de celle des
-Fossés-Saint-Marceau ou Vieille-Estrapade. Elle doit son nom à M.
-Henri de Fourci, président aux enquêtes et prévôt des marchands,
-qui, en exécution d'un arrêt du conseil du 17 avril 1685, fit
-combler les fossés et aplanir le terrain, beaucoup plus escarpé
-alors qu'il ne l'est aujourd'hui.
-
-_Rue Fromentel._ Elle aboutit d'un côté à la rue du
-Mont-Saint-Hilaire, vis-à-vis le Puits-Certain, et de l'autre à celle
-du Cimetière-Saint-Benoît. Ce nom est une abréviation de celui de
-_Froid-Mantel_, ainsi qu'il est indiqué dans le cartulaire de
-Sainte-Geneviève de 1243: _vicus qui dicitur Frigidum-Mantellum_. On
-trouve dans celui de Sorbonne, en 1250, _vicus Frigidi-Mantelli_;
-_Fretmantel_, aliàs _Brunel_ en 1313. Dans tous les actes des siècles
-suivants on lit _Fresmantel_, _Froit-Mantel_ et _Fromentel_[461].
-
- [Note 461: Au coin de cette rue est une maison dont quelques
- historiens ont parlé, à cause de la statue de Henri IV qu'on
- y voyoit encore à la fin du siècle dernier. L'abbé Lebeuf
- dit (t. I, p. 208) que «la tradition est que Gabrielle
- d'Estrées, duchesse de Beaufort, y a logé, et y a reçu
- quelquefois ce prince.» Il adopte cette tradition, et
- critique Piganiol, qui place l'hôtel de cette duchesse dans
- la rue Fromenteau, près le Louvre. Jaillot croit devoir le
- combattre, parce qu'il ne trouve rien qui puisse autoriser
- une semblable opinion. «Il est plus vraisemblable, dit-il,
- que l'hôtel de la duchesse de Beaufort étoit dans la rue
- Fromenteau, près le Louvre, que dans la rue Fromentel, près
- Saint-Hilaire, cette dernière maison n'annonçant rien, par
- sa structure ni par son étendue, qui puisse faire présumer
- qu'elle ait été occupée par Gabrielle d'Estrées; d'ailleurs
- je n'ai trouvé aucun titre où la rue Fromentel soit appelée
- Fromenteau, quoique celle-ci ait porté le nom de la
- première.»]
-
-_Rue Galande._ Elle commence au carrefour Saint-Séverin, et aboutit à
-la place Maubert. Ce nom est visiblement une altération de celui de
-Garlande, que portoit une famille très-connue au onzième siècle. Le
-clos Mauvoisin, comme nous l'avons dit plus haut, faisoit partie de la
-seigneurie de Garlande; le cartulaire de Sainte-Geneviève renfermoit
-une transaction de l'an 1225, qui nous apprenoit que c'est sur le
-terrain de ce clos qu'au commencement du treizième siècle furent
-percées les rues Galande, des Trois-Portes, des Rats et du Fouare, en
-vertu d'un accensement fait en 1202 par Matthieu de Montmorenci et
-Mathilde de Garlande sa femme[462]. Ce clos appartenoit dans le
-principe à l'abbaye Sainte-Geneviève, qui[463] l'avoit donné en fief à
-ce seigneur, à la charge que ceux qui y bâtiroient seroient de la
-paroisse du Mont. Nous avons déjà remarqué qu'en 1118 Étienne de
-Garlande avoit donné une partie des vignes de ce clos pour la
-dotation de la chapelle Saint-Agnan[464]: il faut ajouter qu'en 1134
-Louis-le-Gros approuva cette donation, sous la réserve de 18 den. de
-cens[465], d'où il faut conclure que ce clos étoit en partie dans la
-_directe_ du roi et en partie dans celle de Sainte-Geneviève.
-
- [Note 462: Gall. christ., t. VII, inst. col. 225.]
-
- [Note 463: Pigan., t. VI, p. 108.]
-
- [Note 464: _Voy._ t. I, prem. part., p. 280.]
-
- [Note 465: Past. A, fol. 583; B, 873; D, 206 et 306.]
-
-_Carré Sainte-Geneviève._ On appelle ainsi la place qui étoit devant
-les églises de Sainte-Geneviève et de-Saint-Étienne-du-Mont. Elle
-avoit été formée d'une partie de l'ancien cloître, qui fut donnée à
-cens en 1355 pour y bâtir les maisons qu'on y voit aujourd'hui. Ce
-cloître étoit fermé par des portes au bout des rues des Sept-Voies,
-des Amandiers et des Prêtres.
-
-_Place Sainte-Geneviève._ La construction de la nouvelle église
-Sainte-Geneviève a donné naissance à cette nouvelle place, formée de
-la destruction des rues de la Grande et de la Petite-Bretonnerie, et
-de la démolition de plusieurs édifices.
-
-_Rue Neuve-Sainte-Geneviève._ Elle aboutit d'un côté à la place de
-Fourci, de l'autre à la rue des Postes. Elle doit ce nom au clos de
-Sainte-Geneviève, sur lequel elle a été ouverte[466].
-
- [Note 466: Il y avoit autrefois trois ruelles dans cette
- rue: la première n'est désignée par aucun nom, à moins que
- ce ne soit celle qu'on trouve dans les titres sous celui de
- _ruelle Chartière_. Les deux autres se nommoient, l'une,
- _rue Sainte-Apolline_, l'autre, _ruelle de la Sphère_. C'est
- sur cette dernière et sur la partie d'un jeu de paume qui
- portoit le même nom, que fut bâtie la maison des Filles de
- Sainte-Aure.]
-
-_Rue de la Montagne-Sainte-Geneviève._ Nous avons déjà parlé de cette
-rue au quartier de la place Maubert. La petite partie qui dépend de
-celui-ci étoit comprise dans le cloître Sainte-Geneviève, qui, de ce
-côté, commençoit au bout de la rue des Amandiers. Dans ce petit espace
-se trouvoit une ruelle sans bout, ou cul-de-sac, dont il restoit
-encore des vestiges dans le siècle dernier[467].
-
- [Note 467: Cens. de S. Genev. de 1540.]
-
-_Cul-de-sac Gloriette._ Il dépendoit de ce quartier, quoiqu'il fût
-situé à l'extrémité de la rue de la Huchette, comprise dans le
-quartier Saint-André-des-Arcs. Ce cul-de-sac doit son nom au fief
-Gloriette, sur lequel il avoit été percé, et qui l'avoit communiqué
-également à la boucherie établie en cet endroit au quinzième siècle.
-Sa situation sur le bord de la rivière, qui le rendoit propre à
-l'écoulement du sang des animaux, lui fit donner le nom de
-_Trou-Punets_ ou _Punais_, qu'il porte dans plusieurs actes de ce
-temps-là. Le lieu qu'y occupoit la boucherie, laquelle existoit encore
-dans le siècle dernier, étoit une maison qui servoit auparavant de
-bureau pour recevoir le péage du Petit-Pont. En 1382 on en prit une
-partie pour faire une nouvelle tour au Petit-Châtelet[468].
-
- [Note 468: À côté de ce cul-de-sac étoit une ruelle
- _descendante de la boucherie de Gloriette-en-Seine_, telle
- est sa seule désignation dans un acte de 1492. Le terrier du
- roi de 1540 l'appelle _ruelle des Étuves_.]
-
-_Rue du Mont-Saint-Hilaire_ ou _du Puits-Certain_. Cette rue donne
-d'un côté dans les rues Saint-Jean-de-Beauvais et Chartière, de
-l'autre dans celles des Carmes et des Sept-Voies. Elle n'étoit d'abord
-désignée le plus souvent que sous le nom général de _clos Bruneau_:
-c'étoit celui du territoire sur lequel elle est située; mais dès le
-treizième siècle on lui donnoit déjà le nom qu'elle porte aujourd'hui.
-On l'appelle aussi vulgairement _rue du Puits-Certain_, à cause du
-puits public situé à l'entrée de cette rue, lequel fut construit par
-les soins et aux dépens de Robert Certain, curé de Saint-Hilaire. Du
-reste cette rue doit son dernier nom à l'église paroissiale qu'on y
-avoit élevée[469].
-
- [Note 469: Dans cette rue est un cul-de-sac appelé
- _Bouvard_: c'étoit, dans l'origine, un chemin qui descendoit
- de la Montagne dans la rue des Noyers, et qui coupoit le
- clos Bruneau en deux parties. Quoi qu'en dise l'abbé Lebeuf
- (t. I, p. 206), il paroît que cette ruelle n'existoit pas
- dans le treizième siècle, Guillot et le rôle des taxes de ce
- temps-là n'en parlent pas. Dans les siècles suivants on la
- trouve désignée d'abord sous le nom de _Longue-Allée_,
- ensuite sous ceux de _Josselin_, _Jousselin_, _Jusseline_,
- _Saint-Hilaire_. Jaillot pense que son dernier nom de
- _Bouvard_, ainsi, que celui de la _cour des Boeufs_, qui
- n'en est pas très-éloigné, est dû aux bouchers de la
- Montagne, qui mettoient leurs boeufs dans ces deux endroits.
- (Ce cul-de-sac est aujourd'hui fermé.)]
-
-_Rue Jacinthe._ Elle traverse de la rue Galande dans celle des
-Trois-Portes. Elle a même été long-temps confondue avec cette dernière
-sur les plans et dans les censiers de Sainte-Geneviève. On l'a aussi
-appelée _ruelle Augustin_.
-
-_Rue Saint-Jacques._ Elle commence au coin des rues Saint-Séverin et
-Galande, et finit à l'ancienne porte, au coin des rues Saint-Hyacinthe
-et des Fossés-Saint-Jacques. Au douzième siècle cette rue n'avoit
-point de nom particulier: on l'appeloit simplement _vicus Magnus_,
-_Major vicus_, _major vicus parvi Pontis_. Dans le siècle suivant, une
-chapelle de Saint-Jacques lui fit prendre le nom de cet apôtre, et le
-donna également aux religieux qui s'y établirent. Elle reçut aussi
-dans ses diverses parties les noms des églises qui en étoient les plus
-voisines. On trouve en 1263[470]: _Magnus vicus Sancti Jacobi
-Prædicatorum_; en 1250, 1258 et 1268, _Magnus vicus Sancti Stephani
-de Gressibus_; en 1273, _magnus vicus prope Sanctum Benedictum le
-Bestournet_; en 1298, _Magnus vicus ad caput ecclesiæ Sancti
-Severini_; _grant rue_, _grant rue outre le Petit-Pont_, _grant rue
-vers Saint-Mathelin_, _grant rue Saint-Benoît_, etc.; enfin _grand rue
-Saint-Jacques_.
-
- [Note 470: Cartul. Sorb., fol. 28.]
-
-_Rue du Faubourg-Saint-Jacques._ Elle fait la continuation de
-la rue Saint-Jacques depuis les rues Saint-Hyacinthe et
-des Fossés-Saint-Jacques jusqu'à la barrière et au nouveau
-boulevard[471].
-
- [Note 471: Cette rue étoit anciennement traversée par
- plusieurs rues, et contenoit quelques culs-de-sacs, qui,
- même avant la révolution, ne subsistoient plus qu'en partie.
-
- 1º. La _rue de Paradis_. Elle étoit située à côté du passage
- qui conduisoit aux Ursulines. Son premier nom étoit _rue
- Notre-Dame-des-Champs_[471-A]; on la nomma ensuite _ruelle
- Jean-le-Riche_ et _Neuve-Jean-Richer_[471-B], _des
- Poteries_, _de Saint-Séverin_. Le nom de Paradis vient d'une
- enseigne. (Cette rue, élargie maintenant par la démolition
- du couvent qui en étoit voisin, est appelée rue des
- Ursulines.)
-
- 2º. Les culs-de-sac des Ursulines et des Feuillantines:
- c'étoient deux passages qui conduisoient aux monastères de
- ces religieuses. Le premier est entré dans la nouvelle rue
- des Ursulines, l'autre est détruit sans qu'il en reste
- aucune trace.
-
- 3º. La _rue des Marionnettes_. Elle étoit ouverte en face du
- passage des Carmélites, et aboutissoit à la rue de
- l'Arbalète. On la trouve dans les censiers de
- Sainte-Geneviève sous les noms du _Mariollet_ et du
- _Marjollet_. Jaillot pense que ce nom lui vient d'un
- marmouzet placé sur la porte d'une grande maison qui servoit
- de boucherie. Ce marmouzet étoit appelé la Tête-Noire. Les
- jardins de cette maison, composés de cinq arpents, entrèrent
- dans le territoire des Feuillantines; la rue fut fermée, et
- la partie qui donnoit dans celle de l'Arbalète fut accordée
- par la ville aux filles de la Providence. (Il ne reste plus
- de vestiges de cette rue.)
-
- 4º. Le cul-de-sac ou passage des Carmélites, qui se
- prolongeoit ci-devant jusque dans la rue d'Enfer.
-
- 5º. La _rue des Samsonnets_. Cette rue, partant du coin des
- murs du Val-de-Grâce, alloit aboutir dans la rue des
- Bourguignons, au champ des Capucins. On la trouve sous les
- noms de _rue du Samsonnet-à-la-Croix_ et _du
- Puits-de-l'Orme_. En 1636 elle s'appeloit _rue de l'Égout_,
- parce qu'elle servoit en effet à cet usage. Vers cette
- époque, les protestants avoient dans cette rue un prêche,
- qu'on appeloit vulgairement _Temple de Jérusalem_[471-C].
- Elle étoit fermée depuis long-temps, et est aujourd'hui
- entièrement détruite.
-
- 6º. Enfin la _ruelle Saint-Jacques-du-Haut-Pas_, qui
- traversoit de la rue du Faubourg dans celle d'Enfer: ce
- passage se fermoit la nuit par deux portes grillées.]
-
- [Note 471-A: Sauval, t. I, p. 255.]
-
- [Note 471-B: Cens. de S. Genev.]
-
- [Note 471-C: Reg. de la ville, fol. 238.]
-
-_Rue des Fossés-Saint-Jacques._ Cette rue, qui commence à l'endroit
-où étoit l'ancienne porte qui sépare la ville des faubourgs, aboutit à
-l'Estrapade. Son nom vient des fossés sur lesquels elle a été bâtie.
-
-_Rue Jean-de-Beauvais._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Noyers, de
-l'autre à celles de Saint-Jean-de-Latran et du Mont-Saint-Hilaire.
-Sans nous arrêter à relever l'erreur de Sauval[472], qui la confond
-avec la rue de Beauvais située près du Louvre, nous dirons qu'elle
-prit d'abord le nom d'un ancien clos de vignes appelé dans les titres
-_clausum Brunelli_, _clos Burniau_, _Brunel_ et _Bruneau_, au travers
-duquel elle fut percée, et qu'elle le portoit encore au milieu du
-quinzième siècle; celui de Beauvais n'est pas si ancien, et a excité
-de longues discussions parmi les antiquaires. Les uns veulent qu'il
-vienne de la chapelle de Beauvais, dédiée sous l'invocation de saint
-Jean-Baptiste; l'autre d'un libraire nommé Jean de Beauvais, dont la
-maison étoit située au coin de cette rue. Cette question est si peu
-importante, que nous ne voulons ni exposer les raisons alléguées pour
-et contre, ni faire un choix dans ces deux opinions[473].
-
- [Note 472: T. I, p. 125.]
-
- [Note 473: Il y avoit autrefois dans cette rue un passage
- qu'on nommoit _petite ruelle de Saint-Jean-de-Latran_, et
- qui conduisoit à l'enclos de la maison du même nom.]
-
-_Rue Saint-Jean-de-Latran._ Elle aboutissoit d'un côté au haut de la
-rue Saint-Jean-de-Beauvais, de l'autre à la place Cambrai. On
-l'appeloit anciennement _rue de l'Hôpital_, à cause des
-_Hospitaliers_ qui s'y établirent au douzième siècle. C'est par la
-même raison qu'au quatorzième elle étoit désignée sous les noms de
-_rue Saint-Jean-de-l'Hôpital_, _Saint-Jean-de-Jérusalem_ et enfin
-_Saint-Jean-de-Latran_.
-
-_Rue Judas._ Elle traverse de la rue des Carmes à celle de la
-Montagne-Sainte-Geneviève. Ce nom est ancien; les cartulaires de
-Sainte-Geneviève de 1243 et 1248 indiquent déjà cette rue, _vicus
-Jude_. On peut présumer qu'il y demeuroit des Juifs au douzième
-siècle.
-
-_Rue-Saint-Julien-le-Pauvre._ Elle aboutit d'un côté à la rue Galande,
-de l'autre à celle de la Bûcherie. Ce seroit une des plus anciennes de
-Paris, si, dès l'origine, on avoit donné ce nom au chemin qui
-conduisoit à l'église Saint-Julien; mais il n'y avoit, dans ces temps
-reculés, que quelques maisons éparses de ce côté, qui depuis, s'étant
-multipliées et rapprochées, ont enfin formé la rue dont nous parlons.
-
-_Rue des Lavandières._ Cette rue donne d'un côté dans la rue des
-Noyers, et aboutit de l'autre à la place Maubert. Elle devoit son nom
-aux lavandières que la proximité de la rivière avoit engagées à se
-placer dans ce quartier. Les titres en font mention, dans le treizième
-siècle, sous les noms de _vicus et ruella Lotricum_[474]. Guillot et
-le rôle des taxes de 1313 l'appellent _rue à Lavandières_ et _aux
-Lavandières_. Ce nom n'a pas varié.
-
- [Note 474: Cart. de S. Genev. de 1243; Cart. Sorbon. de
- 1259.]
-
-_Rue des Lionnois._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Charbonniers,
-et de l'autre à celle de Lourcine. Cette rue fut percée au
-commencement du dix-septième siècle.
-
-_Rue Maillet_[475]. Cette rue, ouverte depuis 1780, donne d'un côté
-dans la rue du Faubourg-Saint-Jacques, de l'autre dans celle d'Enfer.
-
- [Note 475: Elle se nomme maintenant _rue Cassini_.]
-
-_Rue des Noyers._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Jacques, de
-l'autre à la place Maubert. Le nom qu'elle porte lui fut donné à cause
-de quelques noyers plantés au bas du clos Bruneau, dans l'endroit où
-elle est située. Sauval[476] prétend qu'elle a porté le nom de
-Saint-Yves, et n'en donne aucune preuve: on la trouve, au contraire,
-dans tous les titres sous sa première dénomination, qu'elle paroît
-avoir toujours conservée. Elle est appelée successivement, dès le
-treizième siècle, _vicus de Nuceriis_ et _Nucum_; _vicus Nucium_;
-_vicus de Nucibus_[477].
-
- [Note 476: T. I, p. 153.]
-
- [Note 477: Cart. de S. Genev. de 1243.]
-
-_Rue de l'Observatoire_[478]. Elle règne le long de l'enceinte dans
-laquelle on a construit le monument auquel elle doit sa dénomination.
-Ce n'étoit encore, au siècle dernier, qu'un chemin sans nom: ce n'est
-que depuis peu d'années qu'on a enfin inscrit à ses extrémités celui
-qu'elle porte aujourd'hui.
-
- [Note 478: Cette rue est maintenant fermée d'un côté. La
- partie qui donne dans la rue du Faubourg-Saint-Jacques forme
- un cul-de-sac nommé de _Longue Avoine_.
-
- À côté de ce cul-de-sac on a percé une rue nouvelle qui
- aboutit au boulevard. Elle se nomme _rue Le Clerc_.]
-
-_Rue du Plâtre._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Jacques, de
-l'autre à celle des Anglois, et doit son nom à une plâtrière qu'on y
-avoit ouverte dès le treizième siècle. Il n'a varié jusqu'à présent
-que dans la manière de l'écrire, et non dans sa signification. En 1247
-et 1254 on trouve _vicus Plastrariorium... Domus Radulphi Plastrarii_;
-_vicus Plastrariorium_ et _Plasteriorum_ en 1250; _rue de la
-Platrière_, en 1300; _à Plastriers_ et _des Plastriers_ au même
-siècle; enfin _rue du Plastre_ au quinzième et depuis[479].
-
- [Note 479: Cart. Sorb., fol. 64 et 123.--Pastor. A, p.
- 709.--Nécrol. de N. D., 16 juin.]
-
-_Rue du Petit-Pont._ Elle commence au Petit-Châtelet, et finit au bout
-des rues Galande et Saint-Séverin. Quoiqu'elle portât très-anciennement
-ce nom, et que, dans tous les actes des douzième et treizième siècles
-qui la concernent, on lise _vicus Parvi Pontis_, Jaillot cependant la
-trouve désignée, en 1230, sous celui de _rue Neuve_, _vicus Novus_[480].
-
- [Note 480: Arch. de S. Germ.-des-Prés.]
-
-_Rue des Trois-Portes._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Rats, de
-l'autre à celle du Pavé-de-la-Place-Maubert. Elle portoit ce nom dès
-le treizième siècle; on lui donna depuis celui d'_Augustin_, et le
-censier de Sainte-Geneviève l'indique ainsi: _Ruelle Augustin, dite
-des Trois-Portes_. L'abbé Lebeuf a donné de ce dernier nom une
-étymologie qui ne semble pas juste; Jaillot qui la combat, prouve que
-la véritable origine de cette dénomination vient de ce qu'il n'y avoit
-que trois maisons dans cette rue, et par conséquent trois portes. Les
-autorités qu'il cite à ce sujet paraissent sans réplique[481].
-
- [Note 481: Quart. S. Ben., p. 197.]
-
-_Rue des Postes._ Elle commence à l'Estrapade, et finit à la rue de
-l'Arbalète. Son premier nom étoit _rue des Poteries_; et l'étymologie
-de ce nom, qui a fort exercé les antiquaires, nous semble avoir été
-heureusement expliquée par Jaillot[482]. «Dans tous les titres de
-Sainte-Geneviève, dit-il, l'endroit où cette rue est située est nommé
-_le clos des Poteries_, _le clos-des-Métairies_. Il étoit planté en
-vignes qui _avoient été baillées, à la charge de payer_ le tiers-pot
-_en vendange de redevance seigneuriale_.» Voilà donc la véritable
-origine du nom de clos des Poteries. On le lui donnoit encore, quoique
-les vignes eussent été arrachées, et qu'on y eût bâti des maisons. Les
-terres labourées qu'on substitua aux vignes lui firent donner celui de
-_clos des Métairies_. Quant à la rue, dès le seizième siècle son nom
-primitif étoit altéré, car, dans le terrier du roi de 1540, elle est
-appelée _rue des Poteries_, et maintenant _des Postes_[483].
-
- [Note 482: Quart. S. Ben., p. 198.]
-
- [Note 483: Il y avoit autrefois dans cette rue deux ruelles
- qui y aboutissoient, et qui ne subsistent plus. On les
- appeloit _Chartière_ et _de la Sphère_.
-
- Il y avoit aussi deux autres rues, changées depuis en
- cul-de-sac. La première se nommoit anciennement
- _Saint-Séverin_, _des Poteries-des-Vignes_ et _de la Corne_.
- Sa situation entre les murs de plusieurs communautés et des
- rues désertes en ayant rendu le passage extrêmement
- dangereux, on la fit fermer, et elle prit alors le nom de
- _cul-de-sac de Coupe-Gorge_. Plusieurs accidents qui y
- arrivèrent encore depuis ce changement déterminèrent enfin à
- la détruire tout-à-fait, et le terrain en fut donné à ceux
- dont les jardins y aboutissoient. Ce cul-de-sac s'étendoit
- autrefois jusqu'à la rue des Marionnettes, et comprenoit la
- _rue du Puits-de-la-Ville_, qui avoit été en partie cédée
- aux filles de la Providence.
-
- Le second cul-de-sac, qui formoit une rue, laquelle
- aboutissoit à la précédente, existe encore, et se nomme le
- _cul-de-sac des Vignes_. Cette rue traversoit celle des
- Postes, et s'étendoit du côté opposé jusqu'à la rue
- Neuve-Sainte-Geneviève. Elle devoit son nom au clos de
- vignes sur lequel elle avoit été ouverte. Cependant on lit
- dans un terrier de Sainte-Geneviève, de 1603, qu'auparavant
- on l'appeloit _rue Saint-Étienne_, _Neuve-Saint-Étienne_,
- _clos des Poteries_; et qu'alors il y avoit un cimetière
- destiné aux pestiférés.]
-
-_Rue du Pot-de-Fer._ Elle traverse de la rue des Postes dans la rue
-Moufetard. Le terrier de Sainte-Geneviève de 1603 l'appelle _rue du
-Bon Puits_, à présent dite _du Pot-de-Fer_. Plus anciennement elle se
-nommoit _rue des Prêtres_. Son dernier nom lui vient d'une enseigne.
-Sauval et d'autres disent qu'elle s'appeloit autrefois _rue du
-Bon-Qutto_[484]; c'est sans doute une faute d'impression.
-
- [Note 484: T. I, p. 159.]
-
-_Rue des Poules._ Elle aboutit à la Vieille-Estrapade et à la rue du
-Puits-qui-Parle. Elle fut nommée ainsi en 1605[485]; auparavant on
-l'appeloit _rue du Châtaignier_. C'étoit dans cette rue que les
-protestants avoient autrefois leur cimetière. Un contrat passé en 1635
-l'indique sous le nom de _rue du Mûrier_, dite _des Poules_.
-
- [Note 485: Cens. de Ste. Genev., fol. 103.]
-
-_Rue des Prêtres._ Elle traverse de la rue Bordet au carré
-Sainte-Geneviève. En 1248 on l'appeloit _vicus Monasterii_. Guillot la
-nomme _petite ruellette Saint-Geneviève_. On la trouve aussi sous le
-nom de _rue du Moutier_. Enfin on l'a nommée rue des Prêtres, et ces
-deux noms sont relatifs à l'église où elle conduit, et aux prêtres qui
-s'y sont logés.
-
-_Rue du Puits-qui-Parle._ Elle aboutit d'un côté à la rue
-Neuve-Sainte-Geneviève, et de l'autre à celle des Postes. On lui a
-donné le nom qu'elle porte à cause du puits d'une maison qui fait le
-coin de cette rue et de celle des Poules, lequel formoit un écho. Les
-censiers de Sainte-Geneviève l'indiquent sous ce nom dès 1588. Rien ne
-prouve qu'anciennement elle ait été appelée _rue des Rosiers_, comme
-l'avancent Sauval et quelques autres[486].
-
- [Note 486: T. I, p. 160.]
-
-_Rue-du-Puits-de-la-Ville._ Elle est depuis long-temps fermée à ses
-deux extrémités. Nous venons de dire que c'étoit la continuation de la
-rue de la Poterie et de celle des Vignes. Elle devoit ce nom à un
-_regard_ pour les eaux qu'on y avoit pratiqué.
-
-_Rue des Rats._ Cette rue donne d'un côté dans la rue Galande, de
-l'autre dans celle de la Bûcherie. Guillot la désigne sous le nom de
-_rue d'Arras_; et le plus ancien censier de Sainte-Geneviève, sous
-celui des Rats. Ainsi elle est antérieure au règne de Charles VI, sous
-lequel Sauval prétend qu'elle fut ouverte[487]. Son dernier nom lui
-vient d'une enseigne.
-
- [Note 487: _Ibid._]
-
-_Rue de Reims._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Sept-Voies, de
-l'autre à celle des Cholets. On l'appeloit, au commencement du
-treizième siècle, _rue au duc de Bourgogne_; et on la trouve encore
-désignée sous le même titre dans le censier de Sainte-Geneviève de
-1540.
-
-_Rue de la Santé._ Elle commence au champ des Capucins, et aboutit à
-la barrière. On ne la connoissoit autrefois que sous le nom de _chemin
-de Gentilli_. Elle doit celui qu'elle porte aujourd'hui à l'hôpital
-qui y étoit situé.
-
-_Rue des Sept-Voies._ Cette rue donne d'un côté dans la rue
-Saint-Étienne-des-Grés, et de l'autre dans celle du Mont-Saint-Hilaire;
-dès le douzième siècle on la nommoit ainsi: _apud Septem vias_[488]. On
-trouve en effet sept rues qui aboutissent au milieu ou aux extrémités de
-celle-ci. Guillot l'appelle _rue de Savoie_; c'est sans doute pour la
-rime, car on ne trouve aucun titre qui fasse mention d'un hôtel ou de
-quelque autre propriété des ducs de Savoie en cet endroit[489].
-
- [Note 488: Cart. S. Gen., p. 83.]
-
- [Note 489: Dans cette rue est un passage nommé _cour des
- Boeufs_, qui communique de la rue des Sept-Voies à celle de
- la Montagne-Sainte-Geneviève. Au seizième siècle on
- l'appeloit _rue aux Boeufs_. Cette rue existoit dès le
- quatorzième, mais ne portoit alors aucun nom. La demeure de
- quelques bouchers, et les étables dans lesquelles ils
- mettoient leurs boeufs lui ont fait donner cette
- dénomination, qui n'a pas varié.]
-
-
-MONUMENTS NOUVEAUX
-
-_Et réparations faites aux anciens monuments depuis 1789._
-
-_Église Sainte-Geneviève._ Ce monument sacré, dont les
-révolutionnaires avoient fait le temple de la déesse _Raison_ et les
-catacombes de leurs grands hommes, vient enfin d'être rendu à sa
-destination primitive. Les emblèmes hideux dont ses murs étoient
-couverts ont été effacés; la croix brille sur le sommet de son dôme et
-décore son fronton.
-
-Dans l'intérieur elle ne présente encore que des murs entièrement nus
-et des autels dépouillés d'ornements: espérons qu'on reconnoîtra qu'il
-est impossible de la laisser long-temps encore dans un tel état sans
-manquer à toutes les convenances. Cette église est maintenant
-desservie par les prêtres des missions de France.
-
-_Église Saint-Étienne-du-Mont._ Cette église a été décorée de deux
-nouveaux tableaux: la lapidation de saint Étienne, par M. Abel Pujol,
-très-beau morceau, qui a commencé sa réputation; un tableau de M.
-Grenier, représentant un des actes de la vie de sainte Geneviève. L'un
-et l'autre ont été donnés par la ville à cette église, en 1819.
-
-_Le Séminaire Saint-Magloire._ On a démoli l'église, augmenté les
-bâtiments destinés aux sourds-muets, et élargi le passage qui
-communique avec la rue d'Enfer, pour y pratiquer une rue nouvelle.
-
-_Saint-Jacques-du-Haut-Pas._ Cette église a obtenu de la munificence
-de la ville un nouveau tableau représentant un Christ au tombeau. Le
-dessin en est médiocre; mais la manière dont il est peint rappelle la
-grande école des peintres italiens, que son auteur paroît vouloir
-imiter. Ce tableau a été donné en 1819.
-
-_L'Observatoire._ En avant de ce bâtiment, ont été construits deux
-pavillons qui servent de logement au concierge. De l'un à l'autre de
-ces pavillons règne une grille de fer qui sert d'entrée; et une avenue
-plantée d'arbres se prolonge depuis cette grille jusqu'à celle du
-jardin du Luxembourg.
-
-_Collége de Henri IV._ Il a été placé dans les bâtiments de
-Sainte-Geneviève, auxquels on a ajouté de nouvelles constructions,
-principalement du côté de la rue _Clovis_.
-
-_Filles de la Présentation de Notre-Dame._ Les bâtiments de cette
-communauté qui, depuis quelques années, ont été considérablement
-augmentés, sont occupés par le nouveau collége de Sainte-Barbe,
-aujourd'hui l'un des plus florissants de l'Université.
-
-_Marché des Carmes._ Sur le terrain qu'occupoient l'église et le
-couvent de ces religieux, on a élevé un nouveau marché destiné à
-remplacer l'ancien marché de la place Maubert.
-
-Ce monument forme un carré long, percé de grandes arcades, dont trois
-sont ouvertes sur chaque face, et servent d'entrée. On en compte
-extérieurement treize sur les grands côtés, onze sur les petits;
-intérieurement sept sur cinq, formant également un carré long qui sert
-de cour, et au milieu duquel on a élevé une fontaine. La composition
-en est simple: un bassin circulaire reçoit l'eau d'un socle carré sur
-lequel on a sculpté en creux deux navires antiques, deux cornes
-d'abondance, des guirlandes de fruits, des caducées. Sur l'une des
-faces est écrit le mot _Abondance_, sur l'autre le mot _Commerce_. Un
-double Hermès offrant deux têtes qui supportent un panier de fruits,
-couronne cette composition.
-
-Au-dessus des arcades ont été pratiquées des ouvertures
-carrées-longues pour aérer le bâtiment. Le toit, qui a peu
-d'élévation, est couvert de tuiles rondes; l'ensemble de cette
-construction a le caractère qu'il doit avoir: c'est un très-beau
-morceau d'architecture.
-
-
-RUES NOUVELLES.
-
-_Rue Cassini._ Voyez rue _Maillet_.
-
-_Rue Clovis._ Elle est percée sur une partie du terrain qu'occupoit
-l'ancienne église Sainte-Geneviève.
-
-_Rue Jean-Hubert._ Voyez rue _des Chiens_.
-
-_Rue Leclerc._ Voyez rue de _l'Observatoire_.
-
-_Rue Méchin._ Voyez rue _des Capucins_.
-
-_Rue d'Ulm._ Elle commence à la rue de la Vieille-Estrapade, et
-aboutit à celle des Ursulines.
-
-_Rue des Ursulines._ Elle a été formée de l'ancien cul-de-sac qui
-portoit le même nom; et s'ouvrant sur la rue du Faubourg
-Saint-Jacques, elle vient aboutir à la rue d'Ulm, avec laquelle elle
-forme un équerre.
-
-_Rue du Val-de-Grâce._ Elle est percée en face du portail de l'église
-de ce couvent, et communique de la rue du Faubourg-Saint-Jacques à la
-rue d'Enfer.
-
-
-
-
-QUARTIER S.-ANDRÉ-DES-ARCS.
-
- Ce quartier est borné à l'orient par les rues du Petit-Pont et
- Saint-Jacques exclusivement; au septentrion par la rivière,
- depuis la place qu'occupoit le petit Châtelet jusqu'au coin de la
- rue Dauphine; à l'occident par la rue Dauphine inclusivement; et
- au midi par les rues Neuve-des-Fossés-Saint-Germain-des-Prés, des
- Francs-Bourgeois et des Fossés-Saint-Michel ou de Saint-Hyacinthe
- exclusivement, jusqu'au coin des rues Saint-Jacques et
- Saint-Thomas.
-
- On y comptoit, en 1789, quarante-sept rues, trois culs-de-sac,
- trois églises paroissiales, cinq communautés d'hommes, treize
- colléges dont douze sans exercice, la Sorbonne, l'Académie royale
- de chirurgie, etc.
-
-
-ORIGINE DU QUARTIER.
-
-Jusqu'au règne de Philippe-Auguste, les anciens plans nous
-représentent ce quartier, ainsi que les deux précédents, comme un
-espace de terrain ou vague ou couvert de diverses cultures, mais
-presque sans aucun bâtiment. Ces terres appartenoient en grande partie
-à l'abbaye Saint-Germain; et ce fut à l'occasion de l'enceinte élevée
-par ce prince et des contestations qu'elle fit naître entre l'évêque
-et ce monastère, que fut bâtie l'église Saint-André, à laquelle cette
-portion de la ville doit le nom qu'elle a porté jusqu'au moment de la
-révolution.
-
-Ce quartier, borné, ainsi que nous venons de le dire, à l'occident par
-la rue Dauphine jusqu'à la porte dite de Buci, étoit ensuite
-circonscrit par les murailles de la nouvelle enceinte jusqu'à la porte
-Saint-Michel, où se faisoit sa jonction avec le quartier Saint-Benoît.
-Les descriptions particulières des monuments et des rues qui le
-composent feront connoître comment il est successivement parvenu à
-l'état où nous le voyons aujourd'hui[490].
-
- [Note 490: Si l'on en excepte la porte de Nesle, qui faisoit
- partie du quartier Saint-Germain, le quartier
- Saint-André-des-Arcs contenoit les trois dernières portes de
- l'enceinte méridionale de Philippe-Auguste, savoir: les
- portes Saint-Michel, Saint-Germain et de Buci. La porte
- Saint-Jacques appartenoit au quartier Saint-Benoît; celle de
- Saint-Victor et de la porte Bordelle au quartier de la place
- Maubert. Une vignette, que nous avons donnée (_Voy._ pl.
- 147), représente ces six portes, levées d'après le plan de
- Paris exécuté en tapisserie sous Charles IX; ainsi que
- l'ancienne porte Saint-Bernard. La porte de Nesle, qui est
- la huitième et dernière, se trouve dans une des vues du
- Louvre et dans la vue extérieure de l'hôtel qui lui a donné
- son nom.]
-
-
-LES GRANDS-AUGUSTINS.
-
-Les religieux de cette maison sont ainsi appelés pour n'être pas
-confondus avec les religieux du même ordre établis à Paris, et
-qu'on nomme Augustins-Réformés de la province de Bourges, ou
-_Petits-Augustins_, et Augustins-Réformés ou _Petits-Pères_[491].
-Ces religieux, dans leur origine, n'étoient connus que sous le nom
-d'_Ermites de Saint-Augustin_; mais il faut absolument rejeter
-l'opinion qui fait remonter leur institution jusqu'à ce Père de
-l'église, opinion adoptée et soutenue par quelques personnes qui
-pensoient, très-mal à propos, que le mérite principal d'un ordre
-étoit dans son antiquité ou dans la célébrité de son fondateur. Au
-douzième siècle, c'est-à-dire environ sept cents ans après la mort
-de saint Augustin, on voit se former en Italie quelques
-congrégations d'ermites, qui d'eux-mêmes prennent le titre que nous
-venons de citer: c'est tout ce qu'il est possible de savoir
-d'authentique sur le premier établissement de cet ordre. La plus
-ancienne de ces congrégations est celle des _Jean-Bonites_, ainsi
-appelés parce qu'ils eurent pour instituteur le B. Jean-Bon de
-Mantoue. Ils furent approuvés et mis sous la règle de Saint-Augustin
-par une bulle d'Innocent IV, du 17 janvier 1244. D'autres ermites
-prirent leur nom du lieu où ils s'étoient établis, comme les
-_Brittiniens_ et les _Fabals_, quelques-uns de la forme de leurs
-habits, tels que les _Sachets_[492]. Innocent IV avoit inutilement
-tenté de rassembler sous une seule règle toutes ces petites
-congrégations de différents ordres, ou pour mieux dire qui n'étoient
-d'aucun: Alexandre IV, son successeur, fut plus heureux; et dès l'an
-1256, ces ermites, réunis en chapitre général, s'étant soumis à la
-règle de Saint-Augustin, élurent pour chef de l'ordre Lanfranc
-Septala, général des Jean-Bonites. On fit des réglements; l'ordre
-fut divisé en quatre provinces, et une bulle du 13 avril de la même
-année confirma tous ces actes du chapitre.
-
- [Note 491: _Voy._ t. II, prem. part., p. 214.]
-
- [Note 492: Leur habillement avoit la forme d'un sac.]
-
-Quelques auteurs fixent à l'année suivante l'établissement des
-Augustins à Paris, et veulent en faire honneur à saint Louis.
-Cependant, si l'on en excepte un legs modique de 15 livres une fois
-payées, que ce prince leur laissa par son testament, on ne voit pas
-qu'il ait donné aucune charte de fondation en leur faveur[493]. Mais
-les archives de ces pères offroient sur ce point des renseignements
-certains, qui ont été recueillis par Jaillot, et que nous rapporterons
-d'après lui, en les débarrassant toutefois de leurs détails trop
-fastidieux. D'après des lettres de l'official de Paris, du mois de
-décembre 1259, il paroît que ces pères achetèrent d'une dame de cette
-ville une maison accompagnée d'un jardin, et située au-delà de la
-porte Montmartre, maison dans laquelle, suivant l'acte, ils étoient
-déjà établis. Ce terrain comprenoit alors à peu près l'espace renfermé
-aujourd'hui entre les rues Montmartre, des Vieux-Augustins, de la
-Jussienne et Soli. Ils obtinrent la permission d'y bâtir une chapelle,
-qui fut dédiée sous le titre de Saint-Augustin. Il y a dans les actes
-de l'Université des preuves que dès-lors ils avoient été admis dans
-cette compagnie.
-
- [Note 493: Hist. Univ., t. III, p. 393.]
-
-Cet ordre prenant de jour en jour de la consistance et de nouveaux
-accroissements, le chapitre général qui se tint à Padoue en 1281
-désigna les maisons de Padoue, de Bologne et de Paris pour servir de
-colléges. Les Augustins de cette dernière ville étoient, comme nous
-venons de le dire, logés hors de ses murs, et, afin de remplir leur
-nouvelle destination, ce fut pour eux une nécessité de changer de
-demeure. On les voit d'abord, en 1285, acquérir du chapitre Notre-Dame
-et de l'abbaye Saint-Victor _une maison en forme d'école_, et environ
-six arpents et demi de terre au lieu dit le _clos du Chardonnet_[494];
-et peu de temps après, une grande maison d'un particulier nommé Jean
-de Granchia. En 1286 Philippe-le-Bel leur accorda l'usage des
-murailles et des tourelles depuis la rivière de Bièvre jusqu'au chemin
-public[495]; ils acquirent, en 1287, de M. Rodolphe de Roie, une autre
-maison située dans la rue Saint-Victor; et sur ces emplacements
-réunis, ces pères élevèrent, en 1289, les bâtiments nécessaires à une
-communauté, un cloître et une chapelle. La maison qu'ils avoient
-occupée dans le quartier Montmartre leur étant devenue inutile, fut
-vendue, et nous ne croyons pas nécessaire de rapporter les longues
-discussions entamées à ce sujet par nos antiquaires, discussions dont
-l'objet est de savoir si ce fut en 1293 ou en 1301 que cette vente fut
-définitivement achevée.
-
- [Note 494: Cet endroit s'appeloit alors la terre de
- Notre-Dame, autrement dite de M. Pierre de Lamballe.]
-
- [Note 495: Cette petite rivière passoit alors le long de la
- rue Saint-Victor, comme nous l'avons déjà prouvé prem. part.
- de ce vol., p. 628.]
-
-La nouvelle habitation des Augustins, quoique fort spacieuse et
-commode par sa proximité des écoles, ne tarda pas à déplaire à ces
-religieux, parce que le lieu étoit si solitaire, que les aumônes ne
-pouvoient suffire à leur subsistance. Cet inconvénient devenant de
-jour en jour plus fâcheux, Gilles de Rome[496], un de leurs religieux,
-alors confesseur de Philippe-le-Bel, crut devoir employer la faveur
-dont ce prince l'honoroit à leur procurer un logement plus convenable.
-Une circonstance heureuse se présenta, et il sut en profiter: nous
-avons déjà parlé d'une de ces petites congrégations d'ermites de
-l'ordre de Saint-Augustin, nommée _Sachets_, ou _frères de la
-Pénitence de Jésus-Christ_. Ils étoient les seuls qui, lors de
-l'assemblée du chapitre de 1256, se fussent obstinément refusés à la
-réunion; et saint Louis, qui les protégeoit, les ayant fait venir à
-Paris en 1261, leur avoit fait don d'une maison avec ses dépendances,
-située sur la paroisse Saint-André-des-Arcs. Le trésor des chartes,
-qui fournit la preuve de cette donation, prouve encore que le pieux
-monarque y avoit ajouté de nouveaux bienfaits: il augmenta le terrain
-de ces religieux d'une maison et d'une tuilerie voisine de leur
-monastère, et paya en outre plusieurs sommes à l'abbaye
-Saint-Germain-des-Prés, pour des droits de cens et quelques autres
-parties de terrain qu'elle avoit consenti à leur céder.
-
- [Note 496: Il se rendit célèbre dans son ordre, dont il fut
- depuis général.]
-
-Toutefois cette faveur de saint Louis ne leur procura qu'une
-tranquillité momentanée; et le concile de Lyon, tenu en 1274, ayant
-supprimé tous les religieux qui n'avoient point de revenus fixes, à
-l'exception des dominicains, des frères mineurs et des carmes, il ne
-resta plus aux _Sachets_ aucune espérance de se maintenir dans leur
-établissement. L'autorité à l'ombre de laquelle ils existoient, et
-l'austérité de leur vie, les y soutinrent encore pendant quelques
-années; et ce ne fut qu'en 1293 que Philippe-le-Bel donna
-définitivement leur maison aux Augustins[497]. Du Breul a prétendu
-qu'ils la cédèrent volontairement, alléguant la pauvreté de leur
-ordre, qui ne leur permettoit plus de _tenir ledit lieu_[498]; mais il
-y a des preuves très-fortes qu'ils opposèrent, au contraire, beaucoup
-de résistance à leur dépossession, et que ce ne fut qu'après six mois
-de délais et de débats qu'ils consentirent enfin à remettre les clefs
-de leur maison.
-
- [Note 497: Manus. de S. Germ., C. 453, p. 257 et 260.]
-
- [Note 498: Page 353.]
-
-Les Augustins ne vinrent cependant pas s'établir dans cette dernière
-demeure, immédiatement après la retraite des Sachets. Soit qu'ils
-n'eussent pas trouvé dans la charité des fidèles les ressources
-nécessaires pour former aussitôt leur nouvel établissement, soit que
-la lenteur des formalités indispensables pour leur en assurer la
-possession eût retardé l'effet de la concession qui leur avoit été
-faite, il est certain qu'ils ne commencèrent à faire bâtir sur le quai
-qu'au mois d'août 1299. Le terrain qu'ils occupoient au _Chardonnet_
-fut vendu au cardinal Le Moine, et servit, comme nous l'avons déjà
-dit, d'emplacement au collége qui portoit le nom de ce prélat.
-
-Les Sachets avoient une chapelle qui faisoit l'angle du quai et de la
-rue des Grands-Augustins, et à qui sa situation sur le bord de la
-Seine avoit fait donner le nom de _Notre-Dame-de-la-Rive_; les
-Augustins s'en servirent d'abord, et quelques titres nous apprennent
-qu'ils célébrèrent ensuite l'office dans une salle voisine du cloître,
-laquelle étoit appelée _le Chapitre_. Enfin Charles V, qui s'étoit
-déclaré leur protecteur, commença à faire construire l'église qui a
-subsisté jusque dans les derniers temps. Toutefois la différence qu'on
-remarquoit dans le caractère de ses constructions prouve qu'elle
-n'avoit point été entièrement bâtie sous le règne de ce prince. On ne
-construisit alors que le choeur et l'aile depuis la rue des Augustins
-jusqu'à la petite porte qui s'ouvroit sur le quai, et cette partie du
-bâtiment, commencée en 1368, ne fut probablement achevée qu'en 1393,
-époque à laquelle on posa la couverture de l'église. On ne peut du
-reste fixer les dates de l'achèvement total de ce monument, qui
-n'étoit point voûté, et dont la structure étoit extrêmement
-grossière[499].
-
- [Note 499: _Voy._ pl. 177. Du Breul, Piganiol et leurs
- copistes ont inféré de ce que la dédicace de cette église
- n'avoit été faite que soixante treize ans après, en 1453,
- qu'elle avoit été rebâtie à cette dernière époque. Nous
- avons déjà fait voir que cette cérémonie, qui n'est point
- essentielle, et qui même n'a jamais été faite dans plusieurs
- églises du premier ordre, ne peut rien prouver relativement
- à l'époque de leur construction.]
-
-Le portail extérieur du couvent, situé sur le quai des Augustins,
-donnoit entrée dans une petite cour où étoient pratiquées, d'un côté
-la grande porte intérieure du couvent, de l'autre le portail de
-l'église, lequel n'avoit rien de remarquable.
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES GRANDS-AUGUSTINS.
-
- TABLEAUX.
-
- Sur l'un des côtés du choeur, sept grands tableaux, représentant:
-
- 1º. Le sacrement de l'Eucharistie et toutes les figures de
- l'ancien Testament qui s'y rapportent; par un peintre inconnu.
-
- 2º. Une promotion de l'ordre du Saint-Esprit sous Henri III,
- instituteur et fondateur; par _Vanloo_.
-
- 3º, 4º, 5º et 6º. La même cérémonie sous les quatre rois ses
- successeurs, en quatre tableaux, savoir: Henri IV, par _de Troye_
- fils; Louis XIII, par _Philippe de Champagne_; Louis XIV et
- Louis XV, par _Vanloo_.
-
- 7º. Saint Pierre guérissant les malades en les couvrant de son
- ombre; par _Jouvenet_.
-
- Dans la chapelle du Saint-Esprit, sur l'autel, la Descente du
- Saint-Esprit sur la Vierge et sur les Apôtres; par _Jacob Bunel_.
-
- Dans la sacristie, une Adoration des Rois; par _Bertholet
- Flemaël_.
-
- Au-dessus de la chaire, le martyre de saint Thomas de Cantorbéry;
- par un peintre inconnu.
-
-
- SCULPTURES.
-
- Sur le maître-autel, dont la décoration se composoit de huit
- colonnes corinthiennes de marbre brèche violette, disposées sur
- un plan courbe, et soutenant une coupole, un bas-relief
- représentant le Père Éternel dans sa gloire; le tout exécuté
- d'après les dessins de _Le Brun_[500].
-
- [Note 500: Ces colonnes sont entrées dans la décoration de
- la grande galerie du Musée.]
-
- Sur la chaire, des bas-reliefs très-estimés, et qui passoient
- pour être de la main de _Germain Pilon_.
-
- Dans le cloître, la statue de saint François, modèle en terre
- cuite, exécuté par ce sculpteur célèbre[501].
-
- [Note 501: Saint François y est représenté en extase, à
- genoux sur un rocher, les bras étendus, la tête penchée et
- le regard élevé vers le ciel. Cette sculpture, traitée avec
- l'élégance et le sentiment que l'on admire dans tous les
- ouvrages de ce grand sculpteur, avoit été également déposée
- au Musée des Petits-Augustins.]
-
- Au bas de la chaire, deux bas-reliefs du temps de la renaissance
- de l'art, représentant, 1º la Prédication de saint Jean; 2º
- Jésus-Christ et la Samaritaine[502].
-
- [Note 502: Ces morceaux, touchés avec sentiment, et bien
- qu'incorrects, annonçant un bon style, avoient été déposés
- aux Petits-Augustins.]
-
- Sur la porte de l'église, la statue de Charles V, et sur celle du
- cloître une image de saint Augustin, faite, dit-on, sur les
- dessins de _Champagne_.
-
- Sur la porte d'entrée du monastère, du côté du quai, la statue
- de la Vierge entre celles de Philippe-le-Bel et de Louis
- XIV[503].
-
- [Note 503: Toutes ces statues ont été détruites, ainsi que
- le plus grand nombre de celles qui décoroient l'entrée des
- églises.]
-
- La menuiserie du choeur étoit très-estimée, et les stalles
- passoient pour un chef-d'oeuvre de sculpture en bois.
-
-
- TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
-
- Dans ce monastère avoient été inhumés:
-
- Dans la petite cour, devant la porte intérieure du couvent, Raoul
- de Brienne, comte d'Eu et de Guines, connétable de France, lequel
- eut la tête tranchée dans l'hôtel de Nesle, l'an 1351.
-
- Dans l'église, Gilles de Rome, général des Augustins, mort en
- 1316.
-
- Isabeau de Bourgogne, femme de Pierre de Chambely, seigneur de
- Neauphle, morte en 1323.
-
- Jeanne de Valois, femme de Robert d'Artois, morte en 1363.
-
- Jean Sapin, l'un des conseillers du parlement qui furent pendus à
- Orléans par les calvinistes en 1562.
-
- Remy Belleau, poëte françois, mort en 1577[504].
-
- [Note 504: L'épitaphe de ce poëte se conserve au Musée des
- Petits-Augustins.]
-
- Gui du Faur, sieur de Pibrac, célèbre par ses quatrains, mort en
- 1584.
-
- Près de la sacristie, sous une table de marbre, les entrailles de
- François de Rohan, archevêque de Lyon, et de Diane de Rohan, sa
- nièce, femme de François de La Tour-Landry, comte de Châteauroux,
- morte en 1585.
-
- Près du grand autel, Jacques de Sainte-Beuve, fameux théologien,
- mort en 1677.
-
- Dans la nef, en face de la chapelle de la Vierge, Jacques de La
- Fontaine, seigneur de Malgenestre, mort en 1652. Sa statue étoit
- adossée à un pilier[505].
-
- [Note 505: Ce monument a été détruit.]
-
- Près de la chaire du prédicateur, Eustache du Caurroy, musicien
- célèbre du temps de Charles IX, Henri III et Henri IV, mort en
- 1609.
-
- Dans la chapelle de Saint-Nicolas-de-Tolentin, Pierre Dussayez,
- baron de Poyer, mort en 1548.
-
- Dans une petite chapelle, derrière celle du Saint-Esprit, le
- célèbre historien Philippe de La Clite de Comines, mort en
- 1509.--Hélène de Chambes, son épouse, et Jeanne de La Clite de
- Comines, leur fille, épouse de René de Brosse, comte de
- Penthièvre, morte en 1564[506].
-
- [Note 506: Philippe de Comines et sa femme sont représentés
- sur ce monument à mi-corps, ce qui les fait supposer à
- genoux sur deux prie-dieu enfoncés dans le tombeau. Ces
- figures, en pierre de liais, et d'un gothique très-grossier,
- sont remarquables par les couleurs et la dorure dont elles
- sont couvertes. Il paroît que c'étoit l'usage d'enluminer
- ainsi les statues dans le quinzième siècle, et les tombeaux
- de Paris en offrent d'autres exemples. Suivant la mode du
- temps, Philippe de Comines porte ses armoiries brodées sur
- son habit.
-
- La figure de Jeanne de Comines est en albâtre, et couchée,
- les mains jointes, sur son tombeau. On remarque déjà un
- progrès sensible dans l'exécution de cette figure.
- Quoiqu'elle ait encore beaucoup de la roideur gothique,
- cependant plusieurs parties de la draperie sont d'une
- imitation vraie et d'un assez bon style. La tête présente
- avec beaucoup de naturel le portrait d'une personne morte.
- On voit enfin, dans toute cette sculpture, la simplicité
- naïve qui précède toujours les beaux temps de l'art, et
- semble les préparer. (Déposé aux Petits-Augustins, avec une
- partie des arabesques qui décoroient cette chapelle.)]
-
- Dans la chapelle de Charlet, Pierre de Quiqueran, évêque de
- Senèz, mort en 1550. On voyoit sa statue à genoux sur son
- tombeau[507].
-
- [Note 507: Ce monument n'existe plus.]
-
- Dans la chapelle suivante, Honoré Barentin, conseiller d'état,
- mort en 1639, et Anne Duhamel, sa femme, morte dans la même
- année. Leurs bustes étoient placés sur une tombe de marbre
- noir[508]; plusieurs autres personnes de leur famille avoient été
- inhumées dans la même chapelle.
-
- [Note 508: Ces deux bustes, d'une sculpture médiocre, sont
- déposés aux Petits-Augustins.]
-
- Dans la chapelle Saint-Charles, Charles Brulart de Léon,
- ambassadeur de France dans plusieurs cours de l'Europe, mort en
- 1649. Son buste, en marbre blanc, étoit placé sur un piédestal de
- marbre noir[509].
-
- [Note 509: Ce buste est d'un travail sec et dur. (Déposé aux
- Petits-Augustins.)]
-
- Dans la chapelle suivante, Jérôme Tuillier, procureur-général de
- la chambre des comptes, mort en 1633; et Élisabeth Dreux, son
- épouse, morte en 1619. Leur tombeau, en pierre, étoit surmonté
- d'un ange en marbre blanc, tenant dans ses mains une tête de
- mort[510].
-
- [Note 510: Le monument de ces deux personnages a été
- détruit.]
-
- Dans la chapelle Saint-Augustin, sur une grande table de marbre
- blanc étoit gravée l'épitaphe du célèbre généalogiste Bernard
- Chérin, mort en 1785. Son portrait, en bronze et en médaillon,
- étoit placé au-dessus[511].
-
- [Note 511: On voit ce petit monument encastré dans un des
- murs du cloître des Petits-Augustins. Il est, sous tous les
- rapports, de la plus détestable exécution.]
-
- Dans un coin de cette chapelle, deux statues, en marbre blanc,
- agenouillées, offraient les images de Nicolas de Grimonville,
- baron de l'Archant, capitaine des gardes de Henri III et Henri
- IV, mort en 1592, et de Diane de Vivonne, sa femme[512].
-
- [Note 512: Ces deux statues, d'une sculpture très-médiocre,
- sont déposées dans les magasins du même Musée. (Presque tous
- les personnages que nous venons de mentionner avoient des
- épitaphes que l'on trouve rapportées très en détail dans
- Piganiol.)]
-
-La bibliothèque, placée dans une très-belle salle, étoit composée
-d'environ vingt-cinq mille volumes. Elle possédoit quelques manuscrits
-curieux, et l'on y voyoit deux beaux globes de _Coronelli_.
-
-Les religieux de ce monastère, objets particuliers de la protection de
-nos souverains, en avoient obtenu les distinctions les plus
-honorables: ils avoient été qualifiés _chapelains du roi_, et en
-exerçoient les fonctions, certains jours de l'année, à la
-Sainte-Chapelle; ils jouissoient en outre de plusieurs autres
-priviléges très-avantageux. Ce fut dans leur église que Henri III
-institua l'ordre du Saint-Esprit, le 1er janvier 1579; et depuis elle
-fut désignée pour toutes les cérémonies de cet ordre[513]. Ce prince y
-reçut celui de la Jarretière en 1585, et y établit sa fameuse
-confrérie des Pénitents. Elle avoit été choisie par le parlement pour
-la procession générale qui se faisoit tous les ans en mémoire de la
-réduction de Paris sous Henri IV. Le clergé de France tenoit ses
-assemblées dans le couvent; et dans diverses occasions le parlement,
-la chambre des comptes, le châtelet et des commissaires du conseil y
-ont aussi tenu des séances; etc. Enfin cinq salles, que les curieux ne
-manquoient pas de visiter, étoient destinées aux chevaliers du
-Saint-Esprit, et décorées de leurs portraits. Leurs archives y étoient
-déposées.
-
- [Note 513: Dans les salles où s'assembloient les chevaliers,
- on voyoit les portraits de tous ceux qui y avoient été reçus
- depuis l'origine de l'institution.]
-
-Cette maison servoit de collége aux religieux des quatre provinces de
-l'ordre[514]. Elle a fourni, dans tous les temps, des sujets
-recommandables par leurs vertus, des théologiens éclairés, d'habiles
-prédicateurs, et des écrivains distingués[515].
-
- [Note 514: Le premier chant du Lutrin offre le vers suivant,
- dans le discours de la Discorde:
-
- «J'aurai fait soutenir un siége aux Augustins!»
-
- Ce qu'il est impossible d'entendre si l'on ne connoît
- l'anecdote suivante, publiée par M. Brossette.
-
- «Les Augustins de ce couvent nommoient, tous les deux ans,
- en chapitre, trois de leurs religieux bacheliers, pour faire
- leur licence en Sorbonne, où ils avoient trois places
- fondées à cet effet. En 1658, le P. Célestin Villiers,
- prieur de ce couvent, voulant favoriser quelques bacheliers,
- en fit nommer neuf pour les licences suivantes. Ceux qui
- s'en virent exclus par cette élection prématurée se
- pourvurent au parlement, qui ordonna que l'on feroit une
- autre nomination en présence de quelques-uns de ses membres
- qu'il désigna: les religieux refusèrent d'obéir; et la cour
- se vit obligée d'employer la force pour faire exécuter son
- arrêt. Tous les archers furent mandés; on investit leur
- maison, et l'on essaya d'en enfoncer les portes; mais ce fut
- inutilement, parce que ces pères, prévoyant ce qui alloit
- arriver, les avoient fait murer. Les archers se virent donc
- forcés de tenter d'autres moyens, et tandis que les uns
- montoient sur les toits des maisons voisines pour tâcher de
- pénétrer dans le couvent, d'autres travailloient à faire une
- ouverture dans les murailles du jardin, du côté de la rue
- Christine. Alors les Augustins, qui avoient fait provision
- d'armes de toute espèce, sonnèrent le tocsin, se mirent en
- défense, et commencèrent à tirer d'en bas sur les
- assiégeants. Ceux-ci tirèrent à leur tour sur les moines,
- dont deux furent tués et plusieurs blessés. Cependant la
- brèche étant devenue praticable, ces pères, dans un danger
- aussi imminent, osèrent y apporter le saint Sacrement,
- espérant que l'aspect de cet objet vénérable glaceroit tout
- à coup le courage des assiégeants; mais voyant qu'on n'en
- continuoit pas moins de tirer sur eux, ils demandèrent à
- capituler; et l'on donna des otages de part et d'autre. Le
- premier article de la capitulation portoit qu'ils auroient
- la vie sauve, à condition qu'ils abandonneroient la brèche,
- et ouvriroient leurs portes. Les commissaires du parlement
- étant entrés dans le monastère, firent sur-le-champ arrêter
- et conduire à la Conciergerie onze religieux. Mais
- vingt-sept jours après, le cardinal Mazarin, ennemi du
- parlement, les fit mettre en liberté, et reconduire à leur
- couvent dans les carrosses du roi. Leurs confrères allèrent
- les recevoir en procession, des palmes à la main, chantant
- le _Te Deum_ et sonnant toutes les cloches.]
-
- [Note 515: L'église et le couvent des Grands-Augustins ont
- été entièrement démolis. Sur l'espace qu'ils occupoient on a
- élevé une halle pour la vente du gibier et de la volaille.]
-
-
-LA COMMUNAUTÉ DES FRÈRES CORDONNIERS.
-
-Cette association fut formée, en 1645, par les soins du baron de
-Renti. Ce vertueux gentilhomme, animé de la charité la plus ardente et
-d'un zèle infatigable pour les progrès de la religion, avoit déjà
-procuré des instructions chrétiennes aux pauvres passants qu'on
-retiroit à l'hôpital Saint-Gervais; il voulut associer au même
-bienfait les artisans que l'ignorance et les mauvaises moeurs qui en
-sont la suite entraînoient à profaner le dimanche et les fêtes par
-leurs débauches, et à mener en tout une vie grossière et scandaleuse.
-Pour arriver à un but aussi louable, il ne dédaigna point de
-s'associer un cordonnier du duché de Luxembourg, nommé Henri-Michel
-Buch. La probité intacte de cet homme, son exactitude à remplir ses
-devoirs, sa douceur et son humanité l'avoient fait nommer le _bon
-Henri_. Encouragé par son vertueux protecteur, il parvint à rassembler
-quelques personnes de son état qui parurent disposées à suivre ses
-exemples. M. de Renti, conjointement avec M. Coquerel, docteur de
-Sorbonne, leur donna des réglements, et la petite communauté commença
-ses exercices. Les tailleurs se joignirent à eux peu de temps après;
-mais depuis ces deux communautés se séparèrent, et continuèrent
-chacune de leur côté, à observer ces statuts qu'elles avoient adoptés,
-ce qui s'est pratiqué exactement jusque dans les derniers temps. Ces
-frères travailloient et mangeoient en commun, récitoient certaines
-prières à des heures réglées, ne chantoient que des psaumes ou des
-cantiques, et donnoient aux pauvres tout le superflu de leurs
-profits[516].
-
- [Note 516: Cette communauté a existé jusqu'au moment de la
- révolution.]
-
-
-L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS.
-
-Nous avons déjà raconté succinctement les débats qui s'élevèrent entre
-l'abbé de Saint-Germain et l'évêque de Paris[517], à l'occasion de la
-nouvelle clôture que Philippe-Auguste avoit fait élever au midi de sa
-capitale. Pierre de Nemours, qui gouvernoit alors l'église de Paris,
-saisit avec ardeur cette occasion de faire revivre, sur la portion du
-territoire de l'abbaye Saint-Germain, que l'on venoit de renfermer
-dans la ville, des prétentions que ses prédécesseurs avoient plusieurs
-fois tenté de faire valoir, mais toujours inutilement, soit qu'on
-respectât en ceci la mémoire de saint Germain, qui avoit lui-même
-exempté cette abbaye de la juridiction épiscopale, soit qu'on fût bien
-aise de mettre quelques bornes au pouvoir des évêques de cette ville,
-pouvoir dont les rois commençoient à se montrer contrariés et jaloux.
-Le chapitre de Notre-Dame s'unit au prélat pour réclamer la
-juridiction de l'église mère sur tout ce qui se trouvoit compris dans
-la nouvelle enceinte; et l'archiprêtre de Saint-Séverin prétendit en
-même temps faire entrer toute cette partie dans sa paroisse. Jean de
-Vernon, alors abbé de Saint-Germain, ses religieux et le curé de
-Saint-Sulpice s'y opposèrent, et réclamèrent l'autorité du souverain
-pontife; mais malheureusement pour eux ils n'attendirent point sa
-décision, et consentirent à remettre à des arbitres le jugement de
-cette affaire. Ceux-ci, par leur sentence du mois de janvier 1210,
-prononcèrent en faveur de l'évêque, à qui ils accordèrent toute
-juridiction dans la ville, ne la conservant à l'abbé que hors des
-murs; mais, par une sorte de compensation, ils déclarèrent que cet
-abbé continueroit de jouir de la justice dans tout son territoire,
-soit sur la paroisse de Saint-Séverin, soit au dehors; et par le même
-acte on lui accorda la faculté de faire construire, dans l'espace de
-trois ans, une ou deux églises paroissiales, et d'en nommer les
-curés[518]. En conséquence de cette transaction, Jean de Vernon fit
-bâtir les églises de Saint-André et de Saint-Côme: elles furent
-achevées en 1212, et les abbés eurent la nomination de ces deux cures
-jusqu'en 1345, que ce droit fut cédé à l'Université.
-
- [Note 517: _Voy._ t. I, 2e part., p. 502.]
-
- [Note 518: L'évêque fut tenu de lui payer 40 sous de rente
- pendant lesdites trois années. Quant au curé de
- Saint-Sulpice, pour le dédommager de la perte des dîmes que
- lui causoit ce retranchement, l'abbé de Saint-Germain eut
- l'option de lui payer 40 sous de rente tant qu'il vivroit,
- ou de lui faire donner chaque jour un pain blanc et une
- pinte de vin, tels qu'on les donnoit à ses religieux.]
-
-Tous nos historiens prétendent qu'au lieu même où fut bâtie l'église
-Saint-André étoit, au sixième siècle, une chapelle de _Saint-Andéol_;
-et en effet il en est fait mention dans la charte de fondation de
-Saint-Germain en 558, et dans une vie de _saint Doctrovée_, écrite par
-Gislemar vers la fin du onzième siècle. Cependant l'abbé Lebeuf et
-Jaillot combattent cette opinion; et les raisons sur lesquelles ils
-établissent leur doute sont soutenues de plus de recherches et
-d'érudition que n'en mérite une question aussi peu importante. Les
-recherches qu'a faites ce dernier critique sur l'origine du surnom de
-cette église sont sans doute plus utiles et plus curieuses: il prétend
-que d'abord elle n'en eut point, et qu'en effet cette addition étoit
-inutile, puisqu'elle étoit alors, et qu'elle a été jusqu'à la fin la
-seule basilique qui existât sous l'invocation de cet apôtre. En 1220,
-elle est appelée dans un acte, _S. Andreas in Laaso_; en 1254, 1260,
-1261, 1274, on lit _S. Andreas de Assiciis_, _de Arciciis_, _de
-Assibus_, _de Arsiciis_; et _S. Andreas_ sans aucun surnom dans la
-transaction passée, en 1272, entre Philippe-le-Hardi et l'abbaye
-Saint-Germain[519]. Il est vrai qu'un titre de 1284 l'offre pour la
-première fois avec le surnom _de Arcubus_; mais comme les noms de
-_Assiciis_ et _Arciciis_ ont été donnés au territoire de Laas dès
-1194, ce critique ne doute point que le nom _des Arcs_ ne vienne
-originairement de ce nom de _Laas_, qu'on a successivement altéré et
-corrompu; il réfute du reste les conjectures de D. Félibien et de
-l'abbé Lebeuf, qui veulent que le vrai surnom soit des _Ars_, et qui
-prétendent en trouver l'origine dans l'incendie fait par les Normands
-de tous les dehors de la Cité, et principalement des édifices bâtis
-sur la rive méridionale, qui étoit alors très-peuplée.
-
- [Note 519: Archiv. de S. Germ.--Cartul. Sorb.--Hist. de
- l'abb. S. Germ. Preuves, p. 65.]
-
-À l'égard des autres explications hasardées sur cette étymologie,
-lesquelles supposent que le surnom des _Arts_ a été donné à cette
-église, parce qu'elle étoit située à l'entrée du territoire de
-l'Université; des _Arcs_, parce qu'on fabriquoit autrefois des armes
-de cette espèce dans son voisinage, ou qu'il y avoit, à peu de
-distance, des arcades et un jardin dans lequel on s'exerçoit à tirer
-de l'arc, elles ne paroissoient avoir aucun fondement, et ne méritent
-pas d'être sérieusement réfutées[520].
-
- [Note 520: Quelques auteurs, pour autoriser cette dernière
- dénomination, ont établi dans ce quartier une manufacture
- entière d'armes. Près de Saint-André on faisoit, disent-ils,
- les _arcs_; dans la rue de la Vieille-Bouclerie on forgeoit
- les _boucliers_, et les flèches se faisoient dans la rue des
- _Sajettes_. Nous ferons voir que la rue de la
- Vieille-Bouclerie avoit un autre nom, et que celle du
- Cimetière-Saint-André n'a jamais été nommée des _Sajettes_
- ou _Sagettes_, mais des _Sachettes_, nom d'une communauté de
- pauvres filles qui s'y étoient établies.]
-
-L'église de Saint-André offroit, comme tous les monuments gothiques de
-Paris, des constructions de diverses époques, et de différents
-caractères. Le fond du sanctuaire annonçoit un gothique du
-commencement du treizième siècle; le reste étoit bien postérieur, et
-le portail avoit été reconstruit, ainsi que beaucoup d'autres parties,
-en 1660, sur les dessins d'un architecte nommé Gamard. La tour pouvoit
-avoir été bâtie en 1500; et l'on y voyoit encore, au-dehors de
-l'escalier, la marque des coups de mousquets qu'on y avoit tirés au
-temps des troubles de Paris. Les niches et statues qui ornoient sa
-partie latérale le long de la rue du Cimetière ne pouvoient pas avoir
-été faites avant le seizième siècle[521].
-
- [Note 521: _Voy._ pl. 169.]
-
-Il est remarquable que cette église étoit, avec celle de
-Saint-Sulpice, le seul monument de ce genre qui ne fût pas attaché à
-des maisons particulières. Elle étoit isolée et bordée de passages
-publics sur ses quatre côtés.
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS.
-
- TABLEAUX.
-
- Dans le choeur, dix tableaux, dont quatre qui représentoient les
- Évangélistes, étoient de la main de _Restout_; le cinquième, par
- _Hallé_, offroit une image de saint André; les cinq autres
- étoient d'un peintre nommé _Samson_.
-
- Dans les deux petites chapelles attenant la grille du choeur, un
- saint Pierre et une sainte Geneviève; par _Jeaurat_.
-
- Au-dessus de la chaire du prédicateur, un saint André, sans nom
- d'auteur, lequel avoit servi de modèle, dans les derniers temps,
- au dessin de la bannière[522].
-
- [Note 522: Sur l'un des vitraux de l'église, on voyoit une
- peinture singulière, représentant Jésus-Christ foulé comme
- des raisins par un pressoir, avec cette sentence d'Isaïe en
- caractères gothiques du seizième siècle: _Quare rubrum est
- indumentum tuum? Torcular calcavi solus._]
-
-
- SCULPTURES.
-
- Dans la chapelle de la Vierge, sa statue en marbre; par
- _Francin_.
-
- Au-dessus de l'oeuvre, un médaillon en marbre représentant saint
- André, donné à cette église par Armand Arouet, frère de Voltaire.
-
- Attenant l'oeuvre, un petit monument représentant la Religion qui
- foule aux pieds un cadavre ou squelette embarrassé dans son
- linceul, et arraché de son tombeau[523].
-
- [Note 523: Ce monument, exécuté seulement en plâtre, a été
- démoli lors de la destruction de l'église.]
-
-
- TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
-
- Dans cette église avoient été inhumés:
-
- À l'entrée du choeur, Anne-Marie Martinozzi, princesse de Conti,
- morte en 1672[524].
-
- [Note 524: Le mausolée élevé à cette princesse offroit une
- figure de demi-bosse en marbre blanc, accompagnée des
- attributs qui caractérisent la Foi, l'Espérance et la
- Charité. Ce monument, exécuté par _Girardon_, a été détruit
- pendant la révolution.]
-
- Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti, son fils aîné, mort en
- 1685.
-
- François-Louis de Bourbon, prince de Conti, son second fils, mort
- en 1709[525].
-
- [Note 525: Le tombeau de ce prince étoit surmonté d'un grand
- bas-relief représentant une _Minerve_ appuyée d'une main sur
- un lion, et de l'autre soutenant son portrait en médaillon.
- Ce monument, dont la composition est inconvenante, et
- l'exécution de la dernière médiocrité, est déposé aux
- Petits-Augustins.]
-
- Dans la nef, auprès de l'oeuvre, Jean-Baptiste Ravot d'Ombreval,
- conseiller du roi, etc., mort en 1699.
-
- Gilbert Mauguin, président en la cour des monnoies, mort en 1674.
-
- Dans la chapelle de MM. de Thou, Christophe de Thou, premier
- président du parlement, mort en 1582[526].
-
- [Note 526: Le buste de ce magistrat est placé aux
- Petits-Augustins, dans un renfoncement circulaire qui se
- trouve au milieu d'une espèce de décoration faite avec les
- débris de la chapelle que sa famille possédoit à
- Saint-André-des-Arcs. La tête est traitée avec beaucoup de
- chaleur et de vérité. C'est un morceau de sculpture
- très-recommandable. Les génies et les vertus qui
- l'accompagnoient ont été détruits ainsi que les armoiries.]
-
- Jacques-Auguste de Thou, président à mortier au parlement de
- Paris, historien célèbre, mort en 1617[527].
-
- [Note 527: Au bas de la décoration dont nous venons de
- parler, et sur une tombe ornée d'un bas-relief en bronze,
- est la statue du président. Il est représenté à genoux
- devant un prie-dieu, revêtu d'un grand manteau fourré
- d'hermine. Le bas-relief présente plusieurs figures
- allégoriques, entre lesquelles on distingue la Justice et la
- muse de l'histoire transmettant le nom de Jacques-Auguste de
- Thou à la postérité. Toute cette sculpture, exécutée par
- _François Anguier_, est d'un bon faire, et peut être comptée
- parmi les meilleurs ouvrages de cet artiste[527-A].]
-
- [Note 527-A: Sous le bas-relief étoient placées deux
- cariatides d'un très-beau travail, et exécutées par le même
- sculpteur. On les voyoit également au Musée des
- Petits-Augustins, mais attachées au tombeau du commandeur de
- Souvré. Il ne se peut rien imaginer de plus absurde et de
- plus inconvenant que cette idée de composer des monuments
- avec les débris d'autres monuments, et c'est cependant le
- spectacle choquant qui se présentait aux yeux à chaque pas
- que l'on faisoit dans ce Musée, dont l'arrangement
- présentoit tous les caractères de l'ignorance, de la
- prétention et du mauvais goût.]
-
- Marie de Barbançon Cani, sa première femme, morte en 1601.
-
- Gasparde de La Châtre, sa seconde femme, morte en 1627[528].
-
- [Note 528: Les statues de ces deux dames, exécutées, la
- première par _Barthélemi Prieur_, la seconde par _Anguier_,
- sont placées sur deux piédestaux en avant du monument de
- leur époux. Ces sculptures sont également dignes d'éloges,
- tant pour la pose que pour l'exécution.]
-
- Dans la chapelle Saint-Antoine, Pierre Séguier, président au
- parlement de Paris, mort en 1580.
-
- Pierre Séguier, son petit-fils, maître des requêtes, mort en
- 1638[529].
-
- [Note 529: Son buste est aussi conservé aux
- Petits-Augustins; c'est de la sculpture la plus médiocre. On
- voit dans le même Musée des débris de la chapelle de cette
- famille, parmi lesquels on remarque deux anges en albâtre,
- exécutés avec beaucoup de sentiment, et dont le faire
- annonce l'école de Jean Goujon.]
-
- Dans d'autres parties de la nef et des chapelles avoient été
- inhumés plusieurs autres personnages distingués, tels que:
-
- André Duchesne, célèbre par ses recherches sur l'histoire de
- France, mort en 1640.
-
- Pierre d'Hozier, savant généalogiste, mort en 1660.
-
- Robert Nanteuil, très-habile graveur, mort en 1678.
-
- Le Nain de Tillemont, l'un des plus savants ecclésiastiques de
- son temps, mort en 1637.
-
- Louis Cousin, président en la cour des monnoies, et de l'Académie
- françoise, mort en 1707.
-
- Antoine Houdard de La Mothe, de l'Académie françoise, mort en
- 1731.
-
- Claude Léger, curé de cette paroisse, personnage recommandable
- par sa charité et par ses vertus[530].
-
- [Note 530: La reconnoissance de ses paroissiens avoit élevé
- à ce pasteur respectable un monument qui a été détruit
- pendant les jours révolutionnaires. Il y étoit représenté
- revêtu d'une aube et d'une étole, et descendant avec calme
- au tombeau, appuyé sur la Religion. La Charité éplorée étoit
- assise au bas du sarcophage. Derrière la grotte qui
- renfermoit sa tombe, un groupe de fidèles sembloit pleurer
- une mort si regrettable; le tout étoit surmonté d'une
- pyramide, symbole de l'immortalité. Ce mausolée avoit été
- exécuté en stuc par M. _Delaître_.]
-
- Joli de Fleuri, procureur-général du parlement.
-
- L'abbé Le Batteux, littérateur distingué, mort en 1780[531].
-
- [Note 531: Son monument se compose d'un bas-relief en marbre
- blanc, où l'on voit une femme éplorée, à genoux et
- s'appuyant sur une urne cinéraire. Un médaillon suspendu à
- une pyramide qui s'élève au-dessus de cette composition
- offre le portrait du défunt, avec cette simple inscription:
- _Amicus amico._ Le tout exécuté par un sculpteur nommé
- _Broche_. (Déposé aux Petits-Augustins.)]
-
- Dans le cimetière:
-
- Charles du Moulin, savant jurisconsulte, mort en 1566.
-
- Henri d'Aguesseau, père du chancelier, mort en 1716.
-
-
-CIRCONSCRIPTION.
-
-Le territoire de la paroisse Saint-André commençoit dans la rue
-Hautefeuille, au coin de celle du Battoir. Il renfermoit tout le carré
-formé par un des côtés de cette rue et par la rue entière des
-Poitevins. Il continuoit ce même côté gauche de la rue Hautefeuille
-jusqu'à l'église. Au-delà il renfermoit tout le côté gauche de la rue
-Saint-André, depuis le chevet de l'église jusqu'à la place du
-Pont-Saint-Michel, le côté gauche de cette place et la moitié des
-maisons bâties sur le pont du même côté. De là, en revenant au quai
-des Augustins, cette paroisse avoit la rue de Hurepoix et tout le quai
-jusqu'au collége des Quatre-Nations exclusivement, espace dans lequel
-étoit comprise une grande partie de la rue Guénégaud. Elle avoit aussi
-les rues de Nevers et d'Anjou en entier, et presque toute la rue
-Dauphine.
-
-Elle embrassoit en outre la rue Contrescarpe, partie de la rue
-Saint-André jusqu'au chevet de l'église, ce qui renfermoit, du côté de
-la rivière, les rues Christine, des Augustins, de Savoie, Pavée,
-Gilles-Coeur, de l'Hirondelle; de l'autre, celle de l'Éperon en
-entier, le cul-de-sac de la Cour-de-Rohan, et enfin la rue du
-Cimetière-Saint-André.
-
-Parmi plusieurs chapelles fondées dans cette église, et dont l'abbé
-Lebeuf a donné le détail, il falloit remarquer celle de Saint-Nicolas,
-la plus grande et la plus riche de l'église, laquelle reconnoissoit
-pour fondateur le fameux Jacques Cottier, médecin de Louis XI.
-
-
-_Hospice de charité de la paroisse Saint-André-des-Arcs._
-
-Cet hospice, fondé par le dernier curé de cette paroisse, M. Desbois
-de Rochefort, étoit situé dans la rue des Poitevins, et consacré au
-service des pauvres malades de son arrondissement. Ils y étoient reçus
-au nombre de huit, quatre hommes et quatre femmes. On y faisoit aussi
-travailler les petites filles indigentes de la paroisse, au nombre de
-vingt-cinq; et tous ces soins étoient remplis par quatre soeurs de la
-Charité, qui trouvoient encore le temps de visiter les malades du
-dehors et de faire les petites écoles.
-
-
-ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-SÉVERIN.
-
-Il n'est point de monument dont l'origine soit plus incertaine, et ait
-produit plus d'opinions diverses parmi nos historiens. Les uns
-prétendent que cette église occupe la place d'une chapelle dédiée sous
-le nom de saint Clément, pape; d'autres veulent qu'elle ait été, dès sa
-fondation, sous le nom de saint Séverin, abbé d'Agaune, que Clovis fit
-venir à Paris, afin d'obtenir par son intercession la guérison d'une
-maladie grave dont il étoit tourmenté depuis deux années. Ceux-ci
-croient, au contraire, que ce fut un pieux solitaire, lequel portoit le
-même nom, et s'étoit retiré, du temps de Childebert Ier, dans une
-cellule près de la porte méridionale, qui fit construire cette chapelle
-sous le titre déjà énoncé du pape saint Clément. Ceux-là conjecturent
-que cette église n'étoit qu'un baptistère ou chapelle de
-Saint-Jean-Baptiste, dépendante du monastère ou basilique de
-Saint-Julien-le-Pauvre. Enfin, il en est qui pensent que c'est à la
-place de cette église qu'existoit autrefois un monastère de
-Saint-Séverin, et qu'il y avoit un peu plus loin une chapelle de
-Saint-Martin. Nous avons déjà réfuté cette dernière opinion, en parlant,
-dans le dixième quartier, de la basilique de Saint-Laurent[532]. Parmi
-les autres, il en est plusieurs qui ne méritent aucune attention, parce
-qu'elles ne sont soutenues d'aucune autorité. Par exemple, le culte de
-saint Clément n'a été public en France que long-temps après la mort de
-saint Séverin _le Solitaire_; il n'y a pas un seul titre qui puisse
-faire seulement soupçonner que l'église Saint-Séverin ait été une
-dépendance de Saint-Julien-le-Pauvre, ni qu'elle lui ait servi de
-baptistère; et plusieurs actes, tels que le diplôme de Henri Ier, que
-nous avons plusieurs fois cité, semblent prouver le contraire, en
-parlant de ces deux églises dans des termes qui supposent une parfaite
-égalité. Enfin, s'il faut choisir entre les deux seules opinions
-vraisemblables, que le titulaire de cette église est ou saint Séverin
-d'Agaune, ou saint Séverin _le Solitaire_, le peu de séjour que fit le
-premier à Paris semble devoir faire pencher la balance en faveur du
-second, qui y demeura long-temps, édifiant ses habitants par l'exemple
-et le spectacle de ses vertus. La charte de Henri Ier, qui désigne cette
-église sous le nom de Saint-Séverin-_le-Solitaire_, vient à l'appui de
-cette opinion[533]; et, dans les dernières années de la monarchie, on en
-avoit été tellement frappé, que sa fête y étoit célébrée avec toutes les
-solennités usitées pour les Saints titulaires, quoique le nom plus
-fameux de l'abbé d'Agaune eût fait prévaloir depuis long-temps son culte
-dans cette église.
-
- [Note 532: _Voy._ t. II, 2e part., p. 739.]
-
- [Note 533: Vales. de Basil. Paris., cap. XIV.]
-
-Jaillot, qui adopte cette idée, pense qu'après la mort de ce saint
-homme on aura bâti sur son tombeau une chapelle, dont la dévotion des
-fidèles rendit bientôt l'accroissement nécessaire. Elle aura ensuite
-éprouvé, comme beaucoup d'autres édifices, les fureurs des Normands
-dans le neuvième siècle. C'est alors que le corps du Saint fut levé,
-et qu'on transporta ses reliques à la cathédrale, où elles sont
-restées. Cependant il y a apparence que l'église, où jusque-là elles
-avoient été conservées, n'avoit point été entièrement détruite par ces
-barbares, puisqu'elle est énoncée dans la charte de Henri Ier au
-nombre de celles qu'il donne à l'église de Paris. Il est présumable
-qu'elle fut rebâtie après le décès du prêtre Girauld[534], auquel on
-en avoit laissé la jouissance sa vie durant, et que la population de
-ce quartier s'étant rapidement augmentée, l'église fut érigée en cure,
-avec le titre d'_archiprêtre_ pour celui qui la desservoit, titre qui
-lui donnoit la prééminence sur tous les curés de son district[535].
-Quoi qu'il en soit, l'acte le plus ancien qui fasse mention de la cure
-de Saint-Séverin est de 1210[536].
-
- [Note 534: _Voy._ p. 422 de cette deuxième partie.]
-
- [Note 535: Elle avoit été pendant long-temps presque
- l'unique paroisse de tout le canton méridional de Paris,
- puisque les paroisses Saint-André, Saint-Côme,
- Saint-Étienne, Saint-Sulpice et Saint-Jacques n'existoient
- point encore.]
-
- [Note 536: C'est une sentence arbitrale rendue entre
- l'évêque, son chapitre et l'archiprêtre de Saint-Séverin
- d'une part; l'abbé de Saint-Germain, ses religieux et le
- curé de Saint-Sulpice de l'autre, pour la fixation de la
- juridiction spirituelle de l'abbaye Saint-Germain, et celle
- de l'étendue de la paroisse Saint-Séverin.]
-
-Cette église a été rebâtie et agrandie à différentes époques. Dès l'an
-1347 le pape Clément VI avoit accordé des indulgences pour faciliter
-sa reconstruction. Elle fut augmentée en 1489, et le 12 mai de cette
-année on posa la première pierre de l'aile droite et des chapelles qui
-sont derrière le sanctuaire[537]. Les autres parties, telles que la
-tour, la nef et le choeur étoient plus anciennes d'un siècle environ,
-et d'un gothique assez délicat. L'abbé Lebeuf prétend que ses vitraux
-étoient les premiers où l'on eût dessiné des armoiries de
-famille[538].
-
- [Note 537: Ce sanctuaire a été bâti sur l'emplacement d'un
- hôtel acheté par la fabrique, et qui avoit appartenu à
- l'abbé et aux religieux des Eschallis, ordre de Cîteaux,
- diocèse de Sens.]
-
- [Note 538: _V._ pl. 170. L'église Saint-Séverin a été rendue
- au culte.]
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-SÉVERIN.
-
- TABLEAUX.
-
- Sur le maître-autel, une copie de la Cène; par _Philippe de
- Champagne_.
-
- Dans une chapelle, un saint Joseph et une sainte Geneviève; par
- le même.
-
- Dans la chapelle des Brinons, saint Pierre délivré de sa prison;
- par _Bosse_.
-
- Dans la chapelle Saint-Michel, cet Archange; par _Monnet_.
-
- Dans la chapelle des Fonts, le Baptême de Notre-Seigneur; sans
- nom d'auteur.
-
-
- SCULPTURES.
-
- Dans la chapelle du cimetière, le buste en marbre d'Étienne
- Pasquier.
-
- Au sixième pilier du côté de la rue, une vierge en bois placée à
- mi-corps dans une chaire de prédicateur. Dans cet endroit étoit
- autrefois une chapelle de la Vierge[539].
-
- [Note 539: Ces sculptures ne se trouvent point au Musée des
- Petits-Augustins.]
-
- La décoration du maître-autel, composée de huit colonnes de
- marbre, avec coupole, ornements en bronze doré, etc., avoit été
- exécutée par _Baptiste Tuby_, d'après les dessins de _Le Brun_.
-
-
- TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
-
- Dans cette église ont été inhumés:
-
- Étienne Pasquier, avocat-général de la chambre des comptes, connu
- par ses recherches sur l'histoire de France, mort en 1615.
-
- Scévole et Louis de Sainte-Marthe, frères jumeaux, et tous les
- deux historiographes de France, morts, le premier en 1650, le
- second en 1656.
-
- Louis Moréri, auteur du Dictionnaire qui porte ce nom, mort en
- 1680.
-
- Eustache Le Noble, écrivain fécond, et plus célèbre par ses
- aventures que par ses écrits, mort en 1711.
-
- Louis-Elie Dupin, docteur de Sorbonne, auteur de plusieurs
- ouvrages, mort en 1719.
-
- Pierre Grassin, conseiller du roi, fondateur du collége des
- Grassins.
-
- Dans la chapelle des Brinons, plusieurs membres de cette famille,
- à commencer par Yves Brinon, examinateur, de par le roi, au
- châtelet de Paris, et procureur au parlement, mort en 1529. La
- famille des Gilbert-de-Voisins avoit aussi sa sépulture dans
- cette chapelle, etc., etc.
-
- Dans le cimetière avoit été inhumé le marquis de Ségur,
- gouverneur du pays de Foix, etc., mort en 1737.
-
- Au milieu de ce cimetière, on voyoit autrefois un tombeau élevé,
- fermé par une grille de fer, sur lequel étoit la figure d'un
- homme couché, soutenant sa tête avec sa main, et le coude appuyé
- sur des livres. Ce tombeau renfermoit le corps d'un jeune
- seigneur allemand nommé Ennon, gouverneur de la ville de Emda,
- qui mourut à Paris, en 1545 pendant le cours de ses études[540].
-
- [Note 540: Ce fut dans ce cimetière, et dans l'année 1474,
- que les médecins et chirurgiens de Paris firent, pour la
- première fois, l'opération de la pierre, que jusqu'alors on
- n'avoit osé tenter sur un homme vivant. L'essai s'en fit sur
- un franc-archer qui venoit d'être condamné à la potence pour
- vol. Elle réussit très-bien. «Il fut recousu, et par
- l'ordonnance du roi, très-bien pansé, et tellement qu'en
- quinze jours il fut guéri, et eut rémission de ses crimes
- sans dépens, et il lui fut même donné de l'argent.»]
-
-
-CIRCONSCRIPTION.
-
-L'étendue de cette paroisse présentoit une forme oblongue, accompagnée
-de quelques branches. Le corps principal se composoit du petit
-Châtelet, des rues du Petit-Pont, Saint-Julien-le-Pauvre, du Plâtre,
-de la Parcheminerie, des Prêtres, de Boute-Brie, du Foin, des Maçons,
-auxquelles il falloit ajouter la place de Sorbonne, la rue
-Neuve-de-Richelieu, les rues Serpente, Percée, Poupée, Mâcon, de la
-Bouclerie, de la Huchette, Zacharie et Saint-Séverin.
-
-Les branches se formoient des rues qui n'entroient qu'en partie dans
-cette paroisse, et qui en marquoient les limites; savoir, partie du côté
-gauche et du côté droit de la rue de la Bûcherie et de la rue Galande;
-le côté droit de la rue des Anglois; partie de la rue des Noyers; les
-deux côtés de la rue Saint-Jacques dans une certaine étendue; le couvent
-des Mathurins et quelques maisons dans la rue du même nom; deux maisons
-dans la rue de Sorbonne; la rue de la Harpe à gauche, jusqu'à la rue
-Neuve-de-Richelieu, à droite jusqu'à la rue Serpente; partie des rues
-d'Enfer, de Hautefeuille et Saint-André-des-Arcs; une seule maison dans
-la rue Sarrasin.
-
-Il y avoit dans cette église un assez grand nombre de chapelles
-fondées à diverses époques, et dont l'abbé Lebeuf a donné le détail.
-Ce même auteur prétend que c'est une des premières églises de Paris où
-l'on ait vu des orgues; il y en avoit dès le règne du roi Jean[541].
-
- [Note 541: Avant qu'on eût refait la porte de cette église
- du côté de la rue Saint-Séverin, on en voyoit une
- très-ancienne, et presque entièrement couverte de fers de
- cheval. Une tradition disoit que cette entrée ayant été
- ouverte sur l'emplacement d'une maison qui appartenoit à un
- maréchal ferrant, emplacement dont il fit généreusement don
- à la fabrique, ces fers avoient été placés pour conserver le
- souvenir de ce bienfait. Jaillot, qui rejette cette
- explication comme un bruit populaire dépouillé de tout
- fondement, pense qu'ils avoient été successivement attachés
- à cette porte par des voyageurs, en l'honneur de saint
- Martin, l'un des patrons de cette église. C'étoit un ancien
- usage d'invoquer particulièrement ce Saint au commencement
- d'un voyage. Ceux qui faisoient cette dévotion attachoient
- un fer de cheval à la chapelle ou au portail de l'église;
- souvent même ils poussoient leur pieuse superstition jusqu'à
- faire marquer les chevaux avec la clef de saint Martin,
- pour les préserver de tout accident.]
-
-
-_Les Filles de Sainte-Marthe._
-
-La maison et le presbytère de cette communauté, destinée à
-l'instruction des pauvres filles, avoit son entrée dans la rue des
-Prêtres-Saint-Séverin, où est aussi la principale entrée de l'église
-paroissiale dont nous venons de parler.
-
-
-LES RELIGIEUX DE LA SAINTE-TRINITÉ DE LA RÉDEMPTION DES CAPTIFS, DITS
-LES MATHURINS.
-
-Cet ordre fut institué par Jean de Matha et par Félix de Valois, ainsi
-nommé du lieu de sa naissance ou de celui de sa demeure. La pieuse
-simplicité d'un ancien historien a voulu répandre sur l'origine de
-cette fondation quelque chose de miraculeux, l'appuyer sur des
-visions, sur des révélations dont nous croyons inutile de parler[542].
-Il est plus vraisemblable qu'il dut son établissement à la pitié
-qu'inspira aux deux fondateurs l'état malheureux auquel étoient
-réduits les chrétiens que le mauvais succès des croisades avoit rendus
-esclaves des Sarrasins. Jean de Matha conçut le premier le projet de
-consacrer sa vie à chercher les moyens de racheter ces pauvres
-captifs; et Félix de Valois, à qui il le communiqua, s'associa avec
-joie à une aussi charitable entreprise. Une bulle du pape Innocent III
-autorisa, en 1198, le nouvel institut; une seconde le confirma en
-1199; et, dix ans après, ce même pontife donna à Jean de Matha la
-maison et l'église de Saint-Thomas sur le mont Célius. Cet ordre, qui
-ne tarda pas à s'introduire en France, s'y étendit par la protection
-de Philippe-Auguste, et par les libéralités de plusieurs personnages
-d'une haute distinction. Gaucher III de Chastillon donna d'abord à ces
-religieux un terrain propre à bâtir un monastère; mais le nombre de
-ceux qui se présentoient pour embrasser la règle nouvelle devenant
-trop considérable pour qu'il leur fût possible de se loger dans un
-lieu aussi resserré, ce seigneur ajouta au don qu'il leur avoit déjà
-fait, celui du lieu même où les deux fondateurs avoient concerté
-ensemble pour la première fois le dessein de racheter les captifs. Cet
-endroit, nommé _Cerfroid_, est situé entre Gandelu et la Ferté-Milon,
-sur les confins du Valois.
-
- [Note 542: Rob. Guaguinus, in vitâ Philip. Aug.]
-
-On ne sait point précisément en quelle année les Trinitaires vinrent
-s'établir à Paris; mais on voit par un acte de l'année 1209 qu'à cette
-époque ils y avoient déjà une maison[543]. Ils occupoient un hôpital
-ou aumônerie, appelée de _Saint-Benoît_; et un acte capitulaire de
-leur chapitre général, tenu à Cerfroid, en 1230[544], semble prouver
-qu'ils devoient cette demeure à la libéralité de l'évêque et du
-chapitre de Paris. La chapelle de cette aumônerie étoit sous le titre
-de Saint-Mathurin, dont elle possédoit quelques reliques: c'est de là
-que les religieux de la Sainte-Trinité en prirent le nom, qu'ils
-communiquèrent ensuite à la rue dans laquelle ils demeuroient, et à
-toutes les maisons de leur ordre établies en France.
-
- [Note 543: Du Breul, p. 491.]
-
- [Note 544: Hist. eccl. Paris, t. I, p. 127.]
-
-Les bâtiments de cette maison furent augmentés peu à peu par les
-libéralités de saint Louis et de Jeanne, fille du comte de Vendôme,
-ainsi que par les acquisitions successives que firent les religieux.
-Le cloître, construit en 1219, par les soins d'un de leurs
-_ministres_[545], fut rebâti vers la fin du quinzième siècle, par
-Robert Gaguin, qui étoit aussi ministre ou général de l'ordre. Il fut
-encore reconstruit vers la fin du dix-huitième siècle. Ce même général
-avoit aussi fait rebâtir, agrandir et décorer l'église, dont l'ancien
-portail, élevé en 1406, étoit tourné du côté de la rue Saint-Jacques.
-Il fut détruit en 1610 pour élargir la rue, et en 1613 on acheva les
-bâtiments qui jusqu'alors étoient restés imparfaits. On n'y entroit
-alors que par une petite porte qui a subsisté jusqu'aux derniers temps
-dans la rue des Mathurins. Enfin on construisit, en 1729, un nouveau
-portail et une cour fermée par une grille[546].
-
- [Note 545: C'est ainsi que l'on nommoit le général des
- Mathurins.]
-
- [Note 546: Ces constructions furent faites sur l'emplacement
- de quelques maisons dans lesquelles on avoit placé deux
- étaux de boucherie et une halle aux parchemins. Les
- libraires avoient eu leur chambre syndicale en cet endroit
- depuis 1679 jusqu'en 1726. La halle avoit été accordée à
- l'Université dès 1291, et les Mathurins avoient obtenu le
- privilége de la boucherie en 1554.]
-
-L'Université tenoit ses assemblées dans une salle de cette maison
-depuis le treizième siècle. Mais elle les transféra en 1764 au collége
-de Louis-le-Grand, dont la possession venoit de lui être accordée.
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES MATHURINS.
-
- TABLEAUX.
-
- Sur le maître-autel, une Assomption; sans nom d'auteur. Sur les
- côtés, deux religieux de l'ordre, peints en grisaille, et sur les
- panneaux de menuiserie placés au-dessus des stalles du choeur, la
- vie de saint Jean de Matha et du B. Félix de Valois, en dix-neuf
- tableaux; par _Théodore Van Tulden_, élève de Rubens.
-
- Plusieurs grands tableaux placés dans la nef; sans nom d'auteurs,
- et exécutés aux frais de Louis Petit, général de l'ordre.
-
-
- SCULPTURES.
-
- Sur le couronnement du tabernacle, lequel étoit richement décoré
- de pilastres et de bronzes dorés, un ange tenant les chaînes de
- deux captifs agenouillés sur les angles de l'entablement.
-
- Sur l'entablement de la grille qui séparoit la nef du choeur,
- deux figures d'anges; par _Guillain_.
-
-
- SÉPULTURES.
-
- Dans cette église avoient été inhumés:
-
- Robert Gaguin, historien du quinzième siècle, vingtième général
- de l'ordre, mort en 1501[547].
-
- [Note 547: Sa tête, conservée dans un vase de faïence, étoit
- déposée à la bibliothèque du couvent.]
-
- Jean de Sacro Bosco, célèbre mathématicien.
-
- François Balduni, savant jurisconsulte.
-
- Sur la droite du cloître de cette maison, à côté d'une petite
- statue de la Vierge, on trouvoit une tombe plate sur laquelle
- étoient représentés deux hommes enveloppés dans des suaires.
- Autour de la tombe étoit gravée l'épitaphe suivante:
-
- _Hìc subtùs Jacent Leodegarius_ du Moussel _de Normaniâ, et
- Olivarius_ Bourgeois _de Britanniâ oriundi, clerici
- scholares, quondam ducti ad justitiam sæcularem, ubi
- obierunt, restituti honorificè, et hìc sepulti. Anno Domini
- 1408 die 16 mensis maii_[548].
-
- [Note 548: Sur une table de bronze encastrée dans la
- muraille, une inscription françoise, gravée en relief,
- offroit ce qui suit:
-
- «Ci-dessous gisent Léger du Moussel et Olivier
- Bourgeois, jadis clercs-écoliers, étudiants en
- l'Université de Paris, exécutés à la justice du roi
- notre sire, par le prévôt de Paris, l'an 1407, le
- vingt-sixième jour d'octobre, pour certains cas à eux
- imposés; lesquels, à la poursuite de l'Université,
- furent restitués et amenés au parvis Notre-Dame, et
- rendus à l'évêque de Paris, comme clercs, et au recteur
- et député de l'Université, comme suppôts d'icelle, à
- très-grande solennité, et de là en ce lieu-ci furent
- amenés, pour être mis en sépulture, l'an 1408, le
- seizième jour de mai, et furent lesdits prévôts et son
- lieutenant démis de leurs offices, à ladite poursuite,
- comme plus à plein appert par lettres-patentes et
- instruments sur ce cas. Priez Dieu qu'il leur pardonne
- leurs péchés. Amen.»
-
- Ces deux écoliers étoient coupables de meurtres et de vols
- sur le grand chemin. Le prévôt de Paris, Guillaume de
- Tignonville, les fit arrêter. L'Université les réclama,
- prétendant que cette affaire devoit être portée devant la
- justice ecclésiastique. Le prévôt, sans s'embarrasser de ces
- oppositions, fit pendre les deux criminels. L'Université
- cessa aussitôt tous ses exercices; et pendant plus de quatre
- mois il n'y eut dans Paris ni leçons ni sermons, pas même le
- jour de Pâques. Comme le conseil du roi ne se laissoit point
- ébranler, elle protesta qu'elle abandonneroit le royaume, et
- iroit s'établir dans les pays étrangers, où l'on
- respecteroit ses priviléges: cette menace fit impression. Le
- prévôt fut condamné à détacher du gibet les deux écoliers.
- Après les avoir baisés sur la bouche, il les fit mettre sur
- un chariot couvert de drap noir, et marcha à la suite
- accompagné de ses sergents et archers, des curés de Paris et
- des religieux. Ils furent ainsi conduits, comme le dit
- l'inscription, d'abord au parvis Notre-Dame, de là aux
- Mathurins, où le recteur les reçut de ses mains, et les fit
- inhumer honorablement. Le prévôt de Paris fut destitué de sa
- charge; mais ayant été nommé par le roi premier président de
- la chambre des comptes, moyennant le pardon qu'il vint
- demander à l'Université, il obtint qu'elle ne s'opposeroit
- point à son installation. (SAINTE-FOIX.)]
-
-La bibliothèque de ces chanoines réguliers étoit composée de cinq à
-six mille volumes, parmi lesquels il se trouvoit quelques manuscrits
-précieux[549].
-
- [Note 549: L'église des Mathurins a été entièrement démolie.
- Les bâtiments sont habités par des particuliers.]
-
-
-PALAIS DES THERMES.
-
-Dans la rue de la Harpe, et un peu en-deçà des Mathurins, au fond de
-la cour d'une vieille maison qui avoit autrefois pour enseigne une
-croix de fer, on trouve le monument le plus ancien de Paris, reste
-d'un vaste édifice élevé du temps des Romains, et connu sous le nom de
-_palais des Thermes_. On ne sait pas précisément par qui ni en quel
-temps il fut bâti; mais il est certain que Julien l'Apostat y a
-demeuré, et qu'il y faisoit son séjour lorsqu'il fut proclamé
-empereur. Ce fut aussi quelquefois l'habitation de nos rois de la
-première et de la seconde race; et sa dégradation ne commença sans
-doute que lorsqu'ils eurent transféré leur résidence dans la cité, et
-fait bâtir à la pointe de l'île le vaste bâtiment connu sous le nom de
-_Palais_[550].
-
- [Note 550: Les Thermes furent alors appelés le _Vieux
- Palais_.]
-
-Ce fragment d'édifice est presque carré, si l'on en excepte
-l'avant-salle qui précède la grande pièce. En face de l'entrée est une
-grande niche circulaire, accompagnée de deux autres, plus petites,
-moins profondes et quadrangulaires. De chaque côté les murs latéraux
-présentent un enfoncement dont on ignore l'objet. La salle, dont la
-hauteur est de quarante pieds au-dessus du sol actuel de la rue de la
-Harpe, se prolonge dans une dimension de cinquante-huit pieds de long
-sur cinquante-six de large. Elle est percée de quatre croisées, dont
-deux sont bouchées; la troisième ne l'est qu'à moitié; et la
-quatrième, ouverte en forme d'arcade, y introduit une belle lumière:
-celle-ci est pratiquée en face de l'entrée, au-dessus de la grande
-niche, et précisément sous le cintre de la voûte. Cette partie de
-l'édifice, comme dans presque tous les thermes de Rome, est faite en
-voûte d'arête, genre de couverture peu dispendieux et de la plus
-grande solidité, parce que toutes les poussées y sont divisées, et
-que par conséquent il ne s'y opère aucun travail[551]. Aux quatre
-angles on voit encore des débris de chapiteaux faits en forme de
-poupes de navire, lesquels servoient sans doute de couronnement à des
-pilastres qui ont été détruits[552].
-
- [Note 551: Si quelque chose pouvoit le démontrer, ce seroit
- sans doute la durée extraordinaire de cette construction,
- quoique tout semble concourir à sa ruine. On n'apprendra
- point sans étonnement que, depuis un grand nombre d'années,
- un jardin avoit été pratiqué, et existoit encore, il y a peu
- de temps, sur la voûte de cette salle. Un petit chemin pavé,
- d'environ trois pieds, étoit pratiqué dans tout son
- pourtour, et l'on avoit chargé le milieu d'une couche de
- terre végétale de trois à quatre pieds d'épaisseur environ,
- portant à nu sur les reins de la voûte d'arête dont nous
- venons de parler. Ainsi cette voûte recevoit continuellement
- les eaux pluviales et celles de l'arrosement journalier des
- légumes, arbres, arbustes, cultivés en pleine terre sur sa
- surface extérieure, et n'en paroissoit point sensiblement
- altérée. Cependant elle n'est composée que d'un blocage de
- briques et de moellons, liés entre, eux par un mortier
- composé de chaux et de sable de Paris.]
-
- [Note 552: _Voy._ pl. 177.]
-
-La construction des murs de cet édifice se compose de six rangées de
-moellons, formant des bandes, que séparent les unes des autres quatre
-rangées de briques, qui chacune ont un pouce à quinze lignes seulement
-d'épaisseur. Les joints pratiqués entre ces briques sont également
-d'un pouce de largeur, de manière que les quatre briques forment avec
-eux une épaisseur de huit pouces. Deux rangs de briques avec les
-moellons placés au milieu occupent un espace d'environ quatre pieds
-six pouces. Les moellons ont de quatre à cinq pouces de hauteur.
-
-Ce genre de construction étoit habituellement celui des Romains; et on
-le retrouve dans un grand nombre d'édifices, à Rome et dans toute
-l'Italie. Ce modèle, que le temps a respecté au milieu de Paris, y est
-malheureusement trop peu connu et mériteroit d'être imité. Il nous
-offre la solution de ce problème que s'étoient proposé les architectes
-de l'antiquité, de faire de grands et solides édifices avec des
-matériaux communs et de peu de valeur: c'est ce qu'on ne sait plus
-faire aujourd'hui.
-
-Les murs de cette salle étoient recouverts d'une couche de stuc qui
-avoit trois, quatre et même cinq pouces d'épaisseur. On en voit encore
-quelques débris: le reste paroît avoir cédé plutôt à la main des
-hommes qu'aux ravages du temps.
-
-Quelle place occupoit dans l'ensemble des Thermes de Julien cette
-belle salle que nous venons de décrire? c'est ce qu'il n'est pas
-facile de décider en la voyant ainsi séparée de l'immense édifice[553]
-dont elle faisoit partie. Les thermes des anciens se composoient
-d'une multitude de pièces qui toutes n'étoient point destinées à
-l'usage des bains; et, pour assigner à celle-ci son emploi précis, il
-faudroit la considérer dans son rapport avec de semblables pièces des
-thermes de Rome; il faudroit surtout rétablir, sur les indications des
-fondations et des ruines adjacentes, l'ensemble approximatif des
-salles contiguës. Le plan des Thermes n'existe dans aucun des grands
-ouvrages qui ont traité de cette partie des monuments antiques: la
-première restitution s'en trouve dans le deuxième volume des
-Antiquités de la France par M. Clérisseau; et l'idée qu'il en donne
-est assez satisfaisante, sans qu'on puisse toutefois s'assurer que
-c'en soit là le véritable plan.
-
- [Note 553: Ce palais s'étendoit jusque dans la rue des
- Mathurins, et l'hôtel de Cluni a été bâti sur l'emplacement
- d'une partie de ses constructions, comme nous le dirons en
- son lieu.]
-
-Sous l'édifice que nous décrivons, on a découvert un double rang en
-hauteur de caves en berceaux, ou plutôt de larges conduits de neuf
-pieds dans toutes leurs dimensions. Il y avoit ainsi trois berceaux
-parallèles séparés par des murs de quatre pieds d'épaisseur et se
-communiquant par des portes de trois à quatre pieds de large. Le
-premier rang de ces voûtes se trouve à dix pieds au-dessous du sol; on
-y descend par quinze marches. Le second rang est dix pieds plus bas.
-Quant à la longueur de ces routes souterraines, elle est inconnue, et
-l'on ne pénètre pas au-delà de quatre-vingt-six pieds, à cause des
-décombres qui en interceptent l'issue. Les voûtes en sont composées de
-briques, de pierres plates et de blocages à bain de mortier; la
-construction des murs est en petits moellons durs de six pouces de
-long sur quatre pouces d'épaisseur; le mortier introduit dans les
-joints a depuis six lignes jusqu'à un pouce[554].
-
- [Note 554: L'an 1544, en fouillant près de la porte
- Saint-Jacques pour faire un rempart contre l'armée de
- Charles-Quint, on découvrit les aqueducs souterrains qui
- amenoient l'eau d'Arcueil aux Thermes. Deux de leurs voûtes
- existoient encore en 1724. On en a trouvé de nombreuses
- correspondances dans plusieurs caves des maisons de ce
- quartier. Il y en a dans une petite cour du bâtiment des
- Mathurins; et l'on y voit une inscription moderne indiquant
- qu'il s'étoit fait anciennement un enfoncement près de ce
- lieu, et que cet enfoncement avoit fait découvrir un conduit
- souterrain communiquant à la salle des Thermes.]
-
-«Quand on pense, dit un habile architecte[555], avec quelle avidité on
-recueille les moindres renseignements sur des ruines lointaines, avec
-quel empressement on dessine de toutes parts des débris de
-constructions romaines, moins curieux et moins bien conservés que
-celui dont nous parlons, il y a lieu de s'étonner du peu de soin qu'on
-a apporté jusqu'à présent, soit à la conservation de ce monument, soit
-à sa publication. Plusieurs projets avoient été présentés à ce sujet
-avant la révolution: le gouvernement paroissoit disposé à faire un
-choix parmi ces projets[556], lorsque nos troubles civils vinrent
-tout arrêter. Il seroit à souhaiter que l'attention se portât de
-nouveau sur ce précieux débris, et qu'un édifice riche en souvenirs,
-fécond en leçons de tous genres pour l'art de bâtir, fût enfin
-désobstrué dans ses abords, fouillé dans ses fondations et soustrait
-aux agents destructeurs qui de toutes parts travaillent à sa
-ruine[557].»
-
- [Note 555: M. Legrand.]
-
- [Note 556: Peu de temps avant la révolution, M. le baron de
- Breteuil, ministre de Paris, avoit chargé M. Verniquet de
- figurer sur un plan tous les restes de ces anciennes
- constructions, et de publier le résultat de ce travail: les
- troubles qui survinrent en empêchèrent l'exécution. On avoit
- aussi proposé de faire de cette salle, restaurée et dégagée
- de tous ses alentours, un _Muséum_ d'architecture et de
- construction.]
-
- [Note 557: Ce voeu vient d'être rempli. _Voy._ l'art.
- _Monuments nouveaux_, _etc._]
-
-
-LES PRÉMONTRÉS.
-
-Personne n'ignore que l'institution de cet ordre de chanoines
-réguliers est due au zèle pieux de saint Norbert. Barthélemi, évêque
-de Laon, qui connoissoit les talents et les vertus de cet homme
-apostolique, l'avoit appelé près de lui pour l'aider à introduire la
-réforme parmi les chanoines de Saint-Martin, qui habitoient sa ville
-épiscopale. Le succès n'ayant pas répondu à ses efforts, saint
-Norbert, qui vouloit se livrer à la vie pénitente et contemplative, se
-retira dans un vallon de la forêt de Couci, que l'on nommoit
-_Prémontré_. Une chapelle de Saint-Jean-Baptiste qu'il trouva dans ce
-lieu, et que les religieux de Saint-Vincent-de-Laon, à qui elle
-appartenoit, avoient abandonnée, lui fit naître le projet de
-s'associer quelques personnes, et d'établir en cet endroit un
-monastère[558]. L'évêque Barthélemi, entrant dans ses vues, fit
-l'acquisition du vallon et de la chapelle, qu'il donna en 1120 à saint
-Norbert; et cette même année celui-ci jeta les fondements d'un ordre
-régulier, qu'il mit sous la règle de Saint-Augustin, et dont treize
-chanoines firent profession le jour de Noël en 1121[559]. L'ordre
-s'accrut assez rapidement; et dans le siècle suivant, Jean, abbé de
-Prémontré, voulant que ses religieux joignissent à la sainteté de leur
-vie une science suffisante pour instruire les fidèles qu'ils
-édifioient, prit la résolution de faire établir pour son ordre un
-collége à Paris. Il y acquit en conséquence plusieurs maisons dans
-les années 1252, 1255, 1256 et 1286[560]. On voit par une bulle
-d'Urbain IV, adressée à Renaud de Corbeil, évêque de Paris, que ces
-religieux obtinrent en 1263 la permission d'avoir un autel
-portatif[561]; mais on n'a pu découvrir dans quel temps on leur permit
-d'élever une chapelle. Celle qu'on leur avoit accordée fut démolie en
-1618, et l'on bâtit alors à la place l'église qui a subsisté jusqu'à
-la fin du dernier siècle. Elle fut dédiée sous l'invocation de
-_Saint-Jean-Baptiste_ et de _Sainte-Anne_. En 1672 on y fit plusieurs
-changements, et la nef fut agrandie par la suppression d'une maison
-située entre cette église et la rue Hautefeuille.
-
- [Note 558: Bibl. Præmonstrat., p. 372.--Hist. de Par., t. I,
- p. 338.]
-
- [Note 559: Fleuri.--Hist. ecclés., liv. 67, nº 17.]
-
- [Note 560: 1º Rue Hautefeuille, une grande maison appelée la
- maison _Pierre-Sarrasin_; 2º des religieuses de
- Saint-Antoine, la seigneurie et la censive sur neuf maisons
- situées rue des _Étuves_; 3º une autre maison contiguë aux
- précédentes; 4º une grange avec un jardin. Toutes ces
- acquisitions, amorties par Philippe-le-Bel en 1294,
- formoient un carré environné de quatre rues, ce qui fit
- donner, au rapport de Du Breul, le nom d'_île_ à leur
- terrain[560-A]. (Bib. Præmonst., p. 582 et seqq.)]
-
- [Note 560-A: On appeloit effectivement _île de maisons_ un
- canton environné de quatre rues, ou une grande maison
- isolée. Sur ces quatre rues qui entouroient les Prémontrés,
- deux ont été depuis long-temps détruites.]
-
- [Note 561: Du Breul, p. 585.]
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES PRÉMONTRÉS.
-
- SCULPTURES.
-
- Sur le maître-autel, décoré de colonnes ioniques accouplées et
- chargées d'ornements d'assez mauvais goût, deux anges de grandeur
- naturelle, soutenant un petit temple placé au-dessus du
- tabernacle.
-
- Dans deux niches et sur l'arrière-corps, deux autres statues
- également de grandeur naturelle; le tout sans nom d'auteur.
-
- Dans l'église, qui n'avoit rien de remarquable sous le rapport de
- l'architecture, la menuiserie des orgues, des stalles et la
- grille du choeur passoient pour d'assez bons ouvrages.
-
-La maison des Prémontrés à Paris portoit le titre de _prieuré_, et
-étoit destinée à servir de collége aux jeunes chanoines de leur ordre.
-Elle a produit un grand nombre de sujets distingués, qui ont été
-l'ornement et la lumière de l'église[562].
-
- [Note 562: Les bâtiments des Prémontrés sont maintenant
- occupés par des artistes et des particuliers.]
-
-
-ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-CÔME ET SAINT-DAMIEN.
-
-En parlant de l'église Saint-André-des-Arcs nous avons fait connoître
-l'origine de celle-ci. Ces deux églises furent érigées dans le même
-temps en paroisse, et cédées à l'Université en 1345. On ne sait si
-celle-ci fut reconstruite dans le siècle suivant, mais on trouve que
-la dédicace en fut faite en 1426.
-
-L'église de Saint-Côme étoit petite, et néanmoins suffisante au
-très-petit nombre de ses paroissiens: elle n'avoit rien dans sa
-construction qui fût digne d'être remarqué[563].
-
- [Note 563: Auprès de cette église, laquelle, quoique
- resserrée de tous les côtés, avoit un cimetière et un
- charnier, on avoit construit, en 1561, un petit bâtiment où,
- le premier lundi de chaque mois, plusieurs chirurgiens
- visitoient les pauvres malades qui se présentoient. Cet
- usage, suivant l'abbé Lebeuf, remontoit jusqu'à saint Louis.
- (Elle sert maintenant d'atelier à un menuisier.)]
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-CÔME.
-
- Sur le maître-autel, décoré de colonnes corinthiennes, une
- Résurrection; par _Houasse_.
-
- Dans la chapelle des fonts, un bas relief; sans nom d'auteur.
-
-
- TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
-
- Dans cette église avoient été inhumés:
-
- Nicoles de Beze, seigneur de la Selle, archidiacre d'Étampes,
- etc., etc., oncle du fameux Théodore de Beze, mort en 1543[564].
-
- [Note 564: On voyoit dans la nef ses armes gravées sur sa
- tombe, et peintes sur un des vitraux. Un petit cadre de
- bois, attaché à un pilier, offroit plusieurs épitaphes
- écrites sur parchemin, et composées en son honneur par
- Théodore de Beze. Elles ont été copiées dans le
- _Ménagiana_.]
-
- Charles Loiseau, savant jurisconsulte, mort en 1628.
-
- Pierre Dupuy, conseiller au parlement et garde de la bibliothèque
- du roi, mort en 1651.
-
- Jacques Dupuy son frère, prieur de Saint-Sauveur, et également
- garde de la bibliothèque, mort en 1656.
-
- Jacques-Omer Talon, avocat-général au parlement, mort en 1648.
-
- Omer Talon, aussi avocat-général au parlement dans le temps de la
- Fronde, mort en 1652.
-
- Denis Talon, président à mortier au parlement, mort en 1698.
-
- (Plusieurs autres membres de cette famille avoient leur sépulture
- dans la même église.)
-
- Jacques Bazin, marquis de Bezons, maréchal de France, gouverneur
- de Cambrai, etc., mort en 1733.
-
- Claude d'Espence, savant théologien, recteur de l'Université,
- etc., mort en 1571[565].
-
- [Note 565: Sur une colonne de pierre, près de la porte de la
- sacristie, on voyoit sa statue à genoux, en habit de
- docteur. (Ce monument a été détruit.)]
-
- Denis Bouthilier, avocat célèbre.
-
- François Bouthilier de Chavigny, évêque de Troyes, mort en 1731.
-
- François de La Peyronie, premier chirurgien du roi, mort en
- 1747[566], etc., etc.
-
- [Note 566: Le monument qui lui avoit été élevé aux frais des
- maîtres chirurgiens de Paris n'existe point au Musée des
- Petits-Augustins; il étoit adossé au premier pilier de
- l'église, et offroit le buste de ce savant homme, soutenu
- par la figure allégorique de la Prudence. Ce morceau avoit
- été exécuté par _Vinache_.]
-
-
-CIRCONSCRIPTION.
-
-Les limites de cette paroisse ont excité, dans le dix-septième siècle,
-de vives contestations qu'il seroit fastidieux de rapporter. Il paroît
-qu'elle s'étendoit réellement d'un côté jusqu'aux confins de celle de
-Saint-Benoît; qu'elle avoit le terrain qui entouroit la porte
-Saint-Michel depuis le lieu dit anciennement le _Parloir-aux-Bourgeois_
-jusque vis-à-vis la rue de Vaugirard. Une transaction qu'elle fit avec
-l'abbaye Saint-Germain lui enleva quelques maisons dans les rues d'Enfer
-et Vaugirard, pour l'agrandir d'un autre côté, de manière que, dans les
-derniers temps, elle se renfermoit dans les rues suivantes:
-
-À partir de l'église, elle avoit le côté droit de la rue de la Harpe,
-à l'exception du collége d'Harcourt; partie de la place Saint-Michel
-et de la rue Sainte-Hyacinthe, des deux côtés; la rue Saint-Thomas; la
-gauche de la rue d'Enfer jusqu'à celle de Saint-Dominique; le côté
-droit de la rue Sainte-Catherine; en revenant, le côté droit de la rue
-des Fossés-de-Monsieur-le-Prince jusqu'à celle de l'Observance,
-qu'elle renfermoit en entier avec le couvent des Cordeliers; partie de
-la rue qui portoit ce nom, des deux côtés; la rue du Paon tout entière
-avec son cul-de-sac; partie de la rue du Jardinet et de celle du
-Battoir; la rue Mignon tout entière.
-
-
-L'ACADÉMIE ROYALE DE CHIRURGIE.
-
-L'importance et la beauté du monument consacré aux travaux de cette
-société savante nous déterminent à intervertir ici l'ordre naturel de
-cet ouvrage, qui semble lui assigner sa place parmi les écoles et les
-colléges. Cette exception, que nous avons déjà faite pour plusieurs
-maisons religieuses, sera renouvelée encore dans ce même quartier, en
-faveur de l'église et de la maison de Sorbonne.
-
-La chirurgie fut d'abord en honneur dans l'Europe entière lors de la
-renaissance des lettres, parce que, dans la pratique comme dans la
-théorie, ceux qui exerçoient l'art de guérir l'avoient d'abord réunie
-à la médecine; mais elle tomba bientôt dans un profond avilissement,
-lorsque, par un dédain absurde, les médecins jugèrent à propos de la
-séparer de leur art, et de l'abandonner comme une profession purement
-mécanique, à la main des barbiers, qu'ils se contentoient de diriger
-dans les opérations chirurgicales et dans l'application des remèdes
-extérieurs. Cet arrangement bizarre la perdit sans ressource en
-Allemagne et en Italie, où elle avoit d'abord brillé du plus grand
-éclat. Il n'en fut pas de même en France, parce que, long-temps avant
-l'époque qui ramena les sciences et les arts en Occident, les
-chirurgiens formoient déjà un corps savant, à la vérité uniquement
-occupé de l'art chirurgical, mais à qui l'on avoit du moins accordé le
-droit d'unir la théorie à la pratique. Ce fut Jean Pitard, chirurgien
-de Saint-Louis, qui le premier pensa à réunir une société de gens de
-sa profession, à laquelle pût s'attacher la confiance publique que le
-charlatanisme d'une foule d'empiriques avoit alors fort indisposée
-contre l'art de la chirurgie. Il obtint d'abord de ce prince, en sa
-qualité de chirurgien du roi au Châtelet, une charte qui lui donnoit
-le pouvoir d'examiner et d'approuver, dans toute l'étendue de la
-ville, prévôté et vicomté de Paris, tous ceux qui voudroient y exercer
-l'art de la chirurgie. Cette charte fut bientôt suivie d'une
-permission de former un corps de chirurgiens, pour lequel il fit des
-statuts et des réglements. Ce corps toutefois ne fut entièrement
-établi qu'en 1278, sous le titre de _confrérie_; on en confirma pour
-lors les priviléges, et la nouvelle confrérie fut mise sous
-l'invocation de Saint-Côme et de Saint-Damien. Cette compagnie
-n'étoit alors composée que de gens lettrés et d'une capacité éprouvée;
-et une suite d'ordonnances de nos rois, depuis Philippe-le-Bel jusqu'à
-Charles VI[567], a pour objet de maintenir une juste sévérité dans
-l'examen de ceux qui se destinoient à exercer la chirurgie. En 1436,
-on trouve que le corps des chirurgiens fut agrégé à l'Université: ils
-avoient déjà adopté la pieuse et ancienne coutume introduite depuis
-long-temps parmi les médecins, de donner des consultations gratuites à
-l'entrée des églises. Un des statuts de la confrérie portoit qu'ils
-s'assembleroient le premier lundi de chaque mois à Saint-Côme, pour
-examiner les pauvres malades qui se présenteroient, et leur fournir
-les médicaments qui leur seroient nécessaires. Ce fut en conséquence
-de cette disposition que les curé et marguilliers de cette paroisse
-firent construire, vers 1561, au bas de leur église, un bâtiment
-destiné à cette oeuvre de charité.
-
- [Note 567: Livre Rouge vieux du Châtelet, fol. 14, 15, 36 et
- 91.--Rech. de Pasquier, liv. IX, chap. 30, 31 et 32.--1º
- Reg. des chart. à la Chamb. des Compt., fol. 33, 46 et
- 58.--Du Boulay, t. IV, p. 671 _et suiv._]
-
-Cependant, l'orgueil ou la jalousie des médecins pensa détruire une
-aussi sage institution; et il ne tint pas à eux que la chirurgie ne
-retombât parmi nous dans l'avilissement complet où elle étoit chez
-nos voisins: car, après de longues dissensions, dont l'objet étoit de
-soutenir des prétentions déraisonnables, la faculté de médecine, par
-une imitation honteuse des médecins étrangers, appela les barbiers à
-l'exercice de la chirurgie, les initia ensuite aux grandes opérations
-de l'art, et parvint enfin à les faire unir au corps des chirurgiens.
-Le mépris dans lequel cette indigne alliance le fit tomber fut tel,
-qu'un arrêt solennel le dépouilla, en 1660, de tous les honneurs
-littéraires. Cependant, par une espèce de prodige, la théorie s'y
-conserva; une suite d'hommes aussi habiles que courageux transmit
-fidèlement les traditions, l'art fit chaque jour de nouveaux progrès,
-et ces progrès devinrent si remarquables, que le gouvernement sentit
-enfin qu'il étoit aussi juste qu'honorable de rétablir la chirurgie
-dans son état primitif. Une loi rendue en 1724 ordonna d'abord
-l'établissement de cinq professeurs royaux pour enseigner la théorie
-et la pratique de l'art; en 1731, l'académie royale de chirurgie fut
-formée dans l'association de Saint-Côme; enfin, en 1743, cette
-agrégation humiliante des chirurgiens-barbiers fut entièrement
-supprimée; et l'arrêt qui ordonnoit leur suppression, mettant la
-chirurgie au nombre des arts libéraux, et lui en accordant tous les
-honneurs, droits et prérogatives, assimile le collége des chirurgiens
-au collége Royal, et à celui de Louis-le-Grand.
-
-L'augmentation de la confrérie et l'association des barbiers avoient
-forcé d'accroître les bâtiments qui lui étoient destinés. On avoit
-acheté quelques maisons voisines, élevé en 1671 un amphithéâtre
-anatomique, ajouté en 1706 une salle et de nouveaux bâtiments; mais
-toutes ces additions n'empêchant pas ce local d'être incommode et
-insuffisant, La Martinière, premier chirurgien de Louis XV, demanda
-l'emplacement du collége de Bourgogne, situé dans la même rue, pour y
-élever un plus vaste bâtiment. Il l'obtint; le collége fut démoli, et
-sur ce terrain on construisit l'école de chirurgie dont il nous reste
-à parler. Le roi en posa la première pierre en 1769, et l'exécution en
-fut confiée à M. Gondouin, architecte qui ne s'étoit encore fait
-connoître par aucuns travaux importants.
-
-Un style pur, noble, simple, et qui ne ressembloit en rien à tout ce
-qui se bâtissoit alors, attira tous les yeux, réunit tous les
-suffrages. Les gens de l'art y reconnurent la majesté de
-l'architecture romaine, dépouillée de ses riches superfluités, et
-rapprochée de la simplicité des monuments de la Grèce.
-
-Cet édifice se compose de quatre corps de bâtiments, formant une cour
-de onze toises de profondeur sur seize de largeur; la façade sur la
-rue en a trente-trois; un péristyle de quatre rangs de colonnes réunit
-les deux ailes: le bâtiment du fond est un amphithéâtre éclairé par en
-haut, et qui peut contenir douze cents personnes. Dans les deux ailes
-sont placées les diverses salles de démonstration et d'administration:
-elles renferment en outre un grand cabinet d'anatomie humaine, un
-autre de pièces anatomiques modelées en cire, une bibliothèque
-publique, une collection de tous les instruments employés dans la
-chirurgie.
-
-La décoration extérieure consiste, dans toute l'étendue de la façade
-et au pourtour de la cour, en un ordre ionique qui n'excède pas la
-hauteur du rez-de-chaussée; au fond est un péristyle de six colonnes
-corinthiennes d'un plus grand module, couronné d'un fronton, dans le
-tympan duquel un bas-relief offre la Théorie et la Pratique se donnant
-la main, et jurant sur l'autel d'Esculape de demeurer unies pour le
-soulagement de l'humanité. Sur le mur du fond, dans la partie la plus
-élevée, cinq médaillons offrent les portraits de cinq chirurgiens
-célèbres[568].
-
- [Note 568: Jean Pitard, Ambroise Paré, George Maréchal,
- François de La Peyronie, et Jean-Louis Petit.]
-
-Le mérite de ce péristyle, bien supérieur à toutes les décorations de
-ce genre que peuvent offrir d'autres monuments de la capitale,
-consiste principalement dans le juste rapport des parties avec
-l'ensemble. Les colonnes posent seulement sur quelques marches élevées
-au-dessus du sol, et ne sont point anéanties dans leur effet, comme
-dans le fameux péristyle du Louvre, par un soubassement d'une hauteur
-excessive. La masse de l'entablement et du fronton qui le couronne ne
-présente pas, comme au péristyle de Sainte-Geneviève, dont les
-colonnes sont placées à de trop grands intervalles, un poids énorme
-qui fatigue l'oeil. Rapprochées ici les unes des autres dans une juste
-proportion, on voit qu'elles supportent sans effort le couronnement de
-cet élégant édifice.
-
-Le grand bas-relief placé au-dessus de la porte représente, dans une
-composition allégorique, le Gouvernement accordant des grâces et des
-priviléges à la chirurgie; il est accompagné de la Sagesse et de la
-Bienfaisance: le génie des arts lui présente le plan de l'école.
-Toutes ces sculptures, extrêmement médiocres, sont de _Berruer_.
-
-Pour l'intérieur du monument, l'architecte a adopté un genre de
-décoration qui peut remplacer avantageusement la sculpture: c'est la
-peinture à fresque. On voit dans l'escalier la statue d'Hygie, déesse
-de la santé; dans une salle du rez-de-chaussée, six figures imitant
-le bas-relief; dans l'amphithéâtre un grand morceau en grisaille,
-offrant un sujet allégorique, le tout exécuté par _Gibelin_.
-Au-dessous de ce dernier tableau sont les bustes des deux fondateurs
-de l'académie de chirurgie, La Peyronie et La Martinière, tous les
-deux de la main de _Le Moine_. Cette école possédoit autrefois une
-statue de Louis XV par _Tassaer_.
-
-Il est peu d'édifices conçus avec autant de goût et distribués aussi
-heureusement que celui-ci. La critique, réduite à ne pouvoir attaquer
-que certains détails de la décoration extérieure, est forcée de se
-taire en considérant l'ensemble élégant et majestueux du monument.
-Placé dans une rue étroite, il étoit impossible autrefois de jouir du
-développement de sa façade; la démolition de l'église des Cordeliers a
-formé devant lui une place vague qui en détruit également
-l'effet[569].
-
- [Note 569: M. Goudouin lui-même avoit été chargé, dit-on, de
- ceindre cette place d'une décoration d'architecture composée
- de constructions utiles et analogues au monument principal.
- Sa mort a arrêté l'achèvement de ce projet, auquel il avoit
- donné un commencement d'exécution par l'érection d'une
- fontaine d'un très-beau style, et dont nous ne tarderons
- point à parler. (_Voy._ l'article _Monuments nouveaux_,
- etc.)]
-
-L'académie de chirurgie, dirigée par le ministre de Paris, se
-composoit d'un président, premier chirurgien du roi; d'un directeur,
-d'un vice-directeur et de plusieurs autres officiers tirés des
-quarante conseillers qui formoient le comité perpétuel de l'académie.
-Il y avoit vingt adjoints à ce comité; tous les autres maîtres en
-chirurgie du collége étoient académiciens libres.
-
-Dix-sept professeurs donnant tous les jours des leçons sur les
-diverses parties de la chirurgie, étoient distribués de la manière
-suivante:
-
- Deux pour la physiologie.
- Deux pour la pathologie chirurgicale.
- Deux pour l'hygiène.
- Deux pour l'anatomie.
- Deux pour les opérations.
- Deux pour les maladies des yeux.
- Deux pour les accouchements.
- Un pour la chimie.
- Deux pour l'école pratique de
- dissection.
-
-Cette compagnie avoit une assemblée publique, dans laquelle elle
-distribuoit des prix fondés par plusieurs de ses membres les plus
-célèbres[570].
-
- [Note 570: La destination de ce monument est devenue commune
- aux écoles de médecine et de chirurgie.]
-
-
-LES CORDELIERS.
-
-Cet ordre religieux, institué en 1208 par saint François, près d'Assise
-en Ombrie, et approuvé l'année suivante, fit des progrès si rapides,
-qu'au premier chapitre, tenu en 1219, on comptoit déjà plus de cinq
-mille députés. Ils avoient d'abord pris le nom de _Prédicateurs de la
-Pénitence_, mais leur instituteur voulut, par humilité, qu'ils
-s'appelassent _Frères Mineurs_; il ordonna même que le chef ou général
-de l'ordre ne prît que le simple titre de ministre. Nos historiens
-s'accordent à fixer leur arrivée à Paris de 1216 à 1217[571]; mais
-Jaillot présume qu'il y a ici quelque erreur: car il en résulteroit que
-ces religieux seroient restés treize à quatorze ans à Paris sans
-établissement fixe, puisque c'est seulement en 1230 qu'ils se fixèrent
-dans le lieu qu'ils ont occupé jusque dans les derniers temps. Cet
-emplacement leur fut cédé à titre de _prêt_ par l'abbé et le couvent
-Saint-Germain, sous la condition qu'ils ne pourroient avoir ni chapelle
-publique, ni cimetière, ni cloches pour appeler les fidèles au service
-divin, et que si par la suite ils venoient à quitter cette demeure, le
-couvent de Saint-Germain rentreroit dans la propriété des lieux cédés,
-et des augmentations qu'on y auroit faites. Telle est la forme de l'acte
-de concession[572]; mais Jaillot prétend et prouve, ce nous semble,
-très-bien que ce prétendu _prêt_ étoit une cession véritable que l'on
-avoit déguisée sous ce titre, pour ne pas violer en apparence le voeu de
-pauvreté absolue si rigoureusement ordonné par saint François à ses
-religieux; et qu'en effet ce fut saint Louis qui acheta de l'abbaye tout
-ce qu'elle paroissoit prêter aux Cordeliers. Plusieurs actes cités par
-lui viennent à l'appui de son opinion.
-
- [Note 571: Du Breul, p. 514.--Sauval, t. I., p. 630.--Hist.
- de Par., t. I, p. 284.--Piganiol, t. VII, p. 1, etc.]
-
- [Note 572: Du Breul, p. 515.--Hist. de Par., t. III, p.
- 115.]
-
-Les religieux de Saint-Germain ne tardèrent pas à se relâcher de ces
-conditions sévères qu'ils avoient imposées d'abord aux frères mineurs;
-et dès 1240 on voit que non-seulement ils leur permirent d'avoir une
-église, un cimetière et des cloches, mais encore qu'ils consentirent en
-leur faveur à l'aliénation de deux pièces de terre que des personnes
-pieuses vouloient acquérir pour eux, dont l'une étoit contiguë à leur
-couvent, et l'autre située au-delà des murs. Saint Louis se chargea de
-faire bâtir leur église, et y consacra une partie de l'amende de dix
-mille livres, à laquelle il avoit condamné Enguerrand de Couci[573].
-Elle ne fut dédiée que le 6 juin 1262, sous le titre de
-_Sainte-Magdeleine_. Depuis, ces religieux firent encore, sur les terres
-de l'abbé de Saint-Germain, diverses acquisitions que celui-ci voulut
-bien leur amortir; et en 1298, Philippe-le-Hardi leur donna la rue qui
-régnoit le long des murs, depuis la porte d'Enfer jusqu'à celle de
-Saint-Germain. Mais dans le siècle suivant, la nécessité où l'on se
-trouva de fortifier la ville, lors de la prison du roi Jean, ayant forcé
-d'abattre les maisons qu'ils avoient bâties sur ce terrain, et de
-détruire une partie de leurs vignes pour creuser des fossés, Charles V
-crut devoir les en dédommager en leur donnant la propriété de deux
-maisons situées rue de la Harpe et de Saint-Côme, qu'il avoit achetées
-des religieux de Molême; et de ses propres deniers fit construire pour
-eux de grandes écoles et plusieurs autres bâtiments. Ils reçurent à
-différentes époques des marques non moins éclatantes de la générosité de
-plusieurs illustres personnages. Ce fut Anne de Bretagne qui fit
-rebâtir leur réfectoire, lequel avoit cent soixante-douze pieds de long
-sur quarante-trois de large. Un incendie, arrivé en 1580, ayant détruit
-leur église presque de fond en comble[574], elle fut reconstruite sur
-les mêmes fondements par les libéralités de Henri III, des chevaliers du
-Saint-Esprit et autres personnes de considération. On commença les
-travaux en 1582. En 1585 le choeur fut fini, et dédié sous l'invocation
-de _Sainte-Magdeleine_. Les largesses du président de Thou, de son fils
-Jacques-Auguste de Thou et de quelques autres, fournirent les moyens de
-continuer la nef, qui fut achevée en 1606. En 1672 on bâtit la chapelle
-du tiers-ordre de Saint-François, laquelle fut dédiée sous le nom de
-_Sainte-Élisabeth_; enfin, en 1673, ces religieux firent reconstruire
-leur cloître et élever au-dessus de vastes dortoirs. On mit alors sur la
-porte cette inscription: _le grand couvent de l'observance de
-Saint-François_, 1673[575]. Toutefois ces bâtiments ne furent achevés
-que dix ans après.
-
- [Note 573: _Voy._ t. I, 2e part., p. 771.]
-
- [Note 574: Cet incendie arriva par l'imprudence d'un
- religieux qui s'endormit la nuit dans l'église, où il
- vouloit achever de dire l'office, après avoir attaché une
- bougie allumée au lambris de la chapelle de
- Saint-Antoine-de-Padoue. Il y avoit, dans cette chapelle une
- grande quantité d'_ex-voto_ en cire: le feu y prit, et se
- communiqua partout avec tant de rapidité et de violence, que
- dans un moment l'église entière fut embrasée. Les cloches
- furent fondues; le choeur, la nef, une partie du cloître
- furent ravagés par les flammes, qui détruisirent aussi un
- grand nombre de tombeaux[574-A].]
-
- [Note 574-A: Ces tombeaux, la plupart en marbre noir,
- offroient l'effigie, en marbre blanc ou en albâtre, des
- illustres personnages qui y avoient été inhumés. La mémoire
- nous en a été conservée par Corrozet, le premier qui ait
- imaginé d'écrire un livre sur Paris. Nous croyons devoir
- transcrire ici la liste qu'il en donne, laquelle a été
- négligée par le plus grand nombre de nos historiens.
-
- Marie, reine de France, femme de Philippe, fils de saint
- Louis, morte en 1321.
-
- Jeanne, reine de France et de Navarre, femme de
- Philippe-le-Bel, fondatrice du collége de Navarre, morte en
- 1304. (Au-dessous de son tombeau étoit le monument d'un
- prince et d'une princesse, tenant chacun un coeur dans leurs
- mains, et sans épitaphe.)
-
- Jeanne, reine de France et de Navarre, morte en 1329. Le
- coeur de Philippe-le-Long, son époux, mort en 1321.
-
- Le coeur de Jeanne, reine de France et de Navarre, femme de
- Charles-le-Bel, morte en 1370.
-
- Le coeur de Blanche de France, fille de Philippe-le-Long,
- morte religieuse de Longchamp en 1358.
-
- Mahaut, fille du comte de Saint-Paul, femme de Charles,
- comte de Valois, fils de Philippe-le-Hardi, morte en 1358.
- (Près de Mahaut étoit une autre princesse en habit de
- religieuse, et sans épitaphe.)
-
- Madame _Ainznée_, fille du roi de Castille. (Le reste de
- l'épitaphe étoit rompu.)
-
- Blanche de France, fille de saint Louis, femme de..... (Le
- reste de l'épitaphe étoit aussi rompu; mais c'étoit sans
- doute la princesse Blanche qui épousa Ferdinand de La Cerda,
- fils d'Alphonse X, roi de Castille, car l'autre princesse
- Blanche, également fille de saint Louis, ne fut point
- mariée.)
-
- Louis de Valois, fils de Charles, comte de Valois et de
- Mahaut, mort en 1329.
-
- Un prince, un chevalier, une dame, un comte et une comtesse,
- sans épitaphe.
-
- Louis _Amnez_, fils de Robert, comte de Flandre, mort en
- 1522.
-
- Pierre de Bretagne, fils de Jean duc de Bretagne, et de
- Blanche, fille de Thibaut roi de Navarre.
-
- Charles, comte d'Étampes, frère de Jeanne, reine de France
- et de Navarre, mort en 1336.]
-
- [Note 575: Au sujet de cette inscription, nous croyons
- devoir remarquer que les frères Mineurs, appelés
- _Cordeliers_, à cause de la corde qui leur servoit de
- ceinture, étoient anciennement _Conventuels_; mais en 1502
- on introduisit chez eux une réforme, qui fut nommée
- l'_Observance_, ce qui servit à les distinguer des autres
- religieux du même ordre. Cependant, en 1771, un bref du pape
- réunit les _Conventuels_ et les _Observantins_ existants en
- France, sous l'autorité du général des Conventuels.]
-
-L'église des cordeliers passoit pour une des plus grandes de Paris:
-c'étoit un immense vaisseau de trois cent vingt pieds de long sur plus
-de quatre-vingt-dix de large, sans compter les chapelles des
-bas-côtés. Le bâtiment n'en étoit point voûté, mais seulement plafonné
-d'une charpente dont la couleur enfumée par le temps y répandoit une
-grande obscurité et la rendoit d'un aspect désagréable; mais elle
-contenoit un assez grand nombre d'illustres sépultures qui la
-rendoient digne de l'attention des curieux[576].
-
- [Note 576: L'église des Cordeliers a été entièrement
- démolie. Une partie du cloître, qui existe encore, sert
- d'hospice à l'École de Médecine.]
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CORDELIERS.
-
- TABLEAUX.
-
- Sur le maître-autel, décoré d'un très-beau tabernacle en marbre,
- la Nativité de Notre-Seigneur; par _Franck_.
-
- Dans la chapelle des Gougenot, une Annonciation; par _Vien_.
-
- Dans une frise qui régnoit autour de la salle du chapitre, des
- têtes de cardinaux, patriarches, généraux, saints et saintes de
- l'ordre de Saint-François, peintes dans de petits compartiments.
-
-
- SCULPTURES.
-
- Dans deux niches qui accompagnoient le jubé, les statues de saint
- Pierre et de saint Paul.
-
- Dans la chapelle des Gougenot, sur le devant de l'autel, un
- bas-relief en pierre de liais représentant l'ensevelissement de
- Notre-Seigneur; par _Jean Goujon_. (Ce morceau de sculpture
- venoit de la démolition de l'ancien jubé de
- Saint-Germain-l'Auxerrois)[577].
-
- [Note 577: Ce bas-relief, que tous les historiens ont cru de
- bronze parce qu'il étoit noirci par le temps, et qu'ils ont
- faussement attribué à _Germain Pilon_, se trouve maintenant
- encastré dans le soubassement du tombeau du cardinal de
- Bourbon, déposé aux Petits-Augustins. C'est un morceau
- charmant où éclate toute la grâce, tout le sentiment de Jean
- Goujon. On peut le mettre au nombre de ses meilleurs
- ouvrages, et des chefs-d'oeuvre de la sculpture françoise.]
-
- Sur le portail de l'église, du côté de la rue de l'Observance,
- une statue de saint Louis, estimée des antiquaires, et que l'on
- disoit très-ressemblante.
-
-
- TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
-
- Dans cette église ont été inhumés:
-
- Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de France,
- décapité en place de Grève le 19 décembre 1475.
-
- Derrière le choeur et à côté du grand autel, Pierre Filhol,
- archevêque d'Aix, lieutenant général du roi au gouvernement de
- Paris, mort en 1540. (Sa statue étoit couchée sur son
- tombeau)[578].
-
- [Note 578: Ce monument ne se trouve point au Musée des
- Petits-Augustins.]
-
- Albert Pio, prince de Carpi, mort à Paris en 1535. (Il étoit
- représenté en bronze, à demi couché sur son tombeau)[579].
-
- [Note 579: Cette sculpture, exécutée par _Paul Ponce_, a
- dans le style quelque chose d'un peu barbare; mais on y
- remarque une belle pose, une draperie large et bien jetée,
- le caractère ferme et hardi de l'école de Michel-Ange. Au
- total c'est un bon ouvrage.]
-
- Alexandre de Hales, religieux de cet ordre, dit le docteur
- irréfragable et maître de saint Thomas et de saint Bonaventure,
- mort en 1245.
-
- Jean de La Haye, du même ordre, prédicateur ordinaire d'Anne
- d'Autriche, mort en 1661.
-
- Bernard de Beon et du Massé, seigneur de Bouteville, conseiller
- et lieutenant du roi, etc., mort en 1607.
-
- André Thevet, cosmographe de quatre rois, mort en 1590.
-
- François de Belleforêt, écrivain du seizième siècle, mort en
- 1583.
-
- Dans une chapelle, Gilles-le-Maître, premier président au
- parlement de Paris, mort en 1562. (On voyoit sa statue sur son
- tombeau)[580].
-
- [Note 580: Ce monument n'est point aux Petits-Augustins.]
-
- Dans la chapelle de Gondi, don Antoine, prétendu roi de Portugal,
- mort en 1595.
-
- Don Diego Bothelh, seigneur portugais qui s'étoit attaché à sa
- fortune, mort en 1607.
-
- Dans la chapelle des Longueil, plusieurs membres de cette
- famille, entre autres Antoine de Longueil, évêque de
- Saint-Pol-de-Léon, mort en 1500. (Sa statue étoit couchée sur une
- tombe placée dans l'épaisseur du mur)[581].
-
- [Note 581: Cette statue a été détruite.]
-
- Dans la chapelle des Besançon, plusieurs magistrats de ce nom et
- des familles de Bullion et de Lamoignon, qui en descendent. (Dans
- cette chapelle on voyoit sur un tombeau de marbre noir le buste
- de M. de Bullion, surintendant des finances, mort en 1640)[582].
-
- [Note 582: Ce buste, exécuté par _Anguier_, n'est pas
- dépourvu de mérite. (Déposé aux Petits-Augustins.)]
-
- Dans la chapelle des Briçonnet, plusieurs membres de cette
- famille illustre dans la magistrature. (Quatre bustes chargés
- d'inscriptions offroient les images de quatre d'entre eux[583],
- et à l'un des piliers on voyoit un squelette qui tenoit entre
- ses mains l'épitaphe de Catherine Briçonnet, épouse d'Adrien du
- Drac, morte en 1680.)
-
- [Note 583: Ces bustes, qui sont tous de la plus mauvaise
- exécution, se voient dans le même Musée. Le squelette et
- l'épitaphe n'existent plus.]
-
- Vis-à-vis la chapelle du Saint-Sépulcre, Jean de Rouen, savant
- professeur de langues anciennes, mort en 1615.
-
- Dans la chapelle Sainte-Élisabeth, Claude-Françoise de Pouilly,
- marquise d'Esne, etc., femme d'Alexandre, marquis de Redon, etc.,
- morte en 1672.
-
- Dans la chapelle des Gougenot, plusieurs membres de cette
- famille, et entre autres l'abbé Gougenot, prieur de Maintenay,
- associé libre de l'académie de peinture et sculpture, mort en
- 1767[584].
-
- [Note 584: Ce buste est également déposé aux
- Petits-Augustins, ainsi qu'un médaillon ovale représentant
- le père et la mère de ce personnage.]
-
- Plusieurs autres familles distinguées, telles que celles des
- Aîmeret, des Riantz-Villeray, des Hardi-la-Trousse, des La
- Palu-Bouligneux, des Vertamon, des Faucon-de-Ris, etc., avoient
- leurs sépultures dans cette église.
-
- Dans la salle du chapitre:
-
- Sous une tombe plate, Nicolas de Lyre, docteur en théologie,
- religieux Cordelier, et l'un des plus savants hommes de son
- siècle, mort en 1340.
-
-Le couvent des Cordeliers occupoit un très-vaste emplacement, mais se
-composoit d'un mélange de bâtiments anciens et sans symétrie, et de
-bâtiments modernes et réguliers. Le cloître étoit le plus vaste et le
-plus beau qu'il y eût à Paris. Le réfectoire, les dortoirs méritoient
-d'être vus. La bibliothèque, composée d'environ vingt-quatre mille
-volumes, étoit répartie en deux grandes pièces et trois cabinets. On y
-conservoit des manuscrits précieux donnés à cette maison par saint
-Louis, qui, comme on sait, légua ses livres, par égale portion, à ces
-pères et aux Jacobins de la rue Saint-Jacques. Ils possédoient aussi
-une collection de manuscrits grecs qui leur avoit été donnée par Marie
-de Médicis.
-
-Deux confréries fameuses, celle du tiers ordre de Saint-François et
-celle du Saint-Sépulcre avoient été établies ou transportées dans
-l'église de ce couvent: saint Louis fut de la dernière, laquelle
-existoit avant l'arrivée des Cordeliers à Paris. C'étoit aussi dans
-une des salles de leur maison que se tenoient régulièrement, deux fois
-par an, les assemblées des chevaliers de l'ordre royal de
-Saint-Michel.
-
-Ce monastère servoit de collége aux jeunes religieux de l'ordre qui
-venoient à Paris étudier la théologie. Parmi le grand nombre de ceux
-qui s'y sont illustrés, on distingue Alexandre de _Hales_, saint
-_Bonaventure_, Nicolas _de Lyre_, Jean _Duns_, dit _Scot_, surnommé le
-_docteur subtil_, etc. Cet ordre a aussi donné à l'église quelques
-papes et plusieurs cardinaux[585].
-
- [Note 585: En 1502 le cardinal d'Amboise avoit jugé à propos
- d'introduire la réforme dans plusieurs couvents dont les
- désordres causoient du scandale et commençoient même à
- donner de l'inquiétude. Les Cordeliers et les Jacobins
- surtout attirèrent son attention; mais ces derniers,
- auxquels il fit d'abord signifier l'ordre du pape,
- refusèrent d'obéir. Le cardinal, indigné, envoya une troupe
- de gens-d'armes avec ordre de chasser du couvent tous les
- Jacobins réfractaires. Ceux-ci se barricadèrent, et,
- soutenus de quelques écoliers, se défendirent assez
- long-temps. Forcés néanmoins de céder dans cette première
- attaque, ils osèrent revenir avec un renfort de douze cents
- écoliers, qui les remit en possession de leur couvent, d'où
- on ne put les chasser qu'en formant un nouveau siége. Les
- Jacobins de la réforme de Hollande vinrent les remplacer.
-
- L'aventure des Cordeliers a un caractère encore plus
- singulier: ils refusoient également la réforme que des
- Cordeliers observantins, placés dans leur maison, vouloient
- leur donner, lorsque le cardinal jugea à propos de leur
- envoyer deux évêques qui avoient déjà été chargés de la
- réforme des Jacobins. Avertis de leur visite, ces religieux
- exposent le saint Sacrement sur l'autel, et commencent à
- chanter des psaumes, des hymnes, des cantiques, fatiguent
- les deux prélats, qui d'abord n'osent les interrompre,
- redoublent leurs chants lorsque ceux-ci veulent leur imposer
- silence, et les forcent enfin à sortir de leur église. Les
- réformateurs revinrent le lendemain, accompagnés du prévôt
- de Paris, de plusieurs autres magistrats et de cent archers,
- avec ordre de chasser les Cordeliers, s'ils faisoient la
- moindre résistance. On les trouva, comme la veille,
- rassemblés dans leur église, où ils essayèrent encore de
- recommencer leurs chants scandaleux; mais on les fit taire,
- et la réforme se fit. Ils obtinrent seulement qu'elle ne fût
- point faite par les Cordeliers observantins, mais par
- dix-huit Cordeliers pris dans divers couvents. Dans le
- siècle suivant, où ils eurent encore besoin d'être rappelés
- à l'observation de leur règle, on tenta vainement de faire
- entrer chez eux des Récollets. Ils s'y refusèrent
- obstinément, et les obligèrent à se retirer en se réformant
- eux-mêmes.]
-
-
-LA SORBONNE.
-
-Cette belle institution devoit son origine à Robert, dit de _Sorbon_
-ou _Sorbonne_, lieu de sa naissance, situé dans le Rhételois. Né dans
-l'obscurité, il étoit parvenu par sa science et par ses vertus à
-mériter l'estime et les faveurs de saint Louis, dont il fut le
-chapelain et non le confesseur, comme quelques-uns l'ont avancé. Dans
-ce haut degré de fortune, Robert se ressouvint des obstacles que sa
-pauvreté avoit apportés à ses études, et surtout des difficultés qu'on
-éprouvoit à parvenir au doctorat quand on étoit né comme lui
-absolument sans biens. Ce fut pour aplanir ces difficultés qui
-pouvoient enlever à l'Église un grand nombre d'habiles défenseurs,
-qu'il forma le dessein d'établir une société d'ecclésiastiques
-séculiers qui, vivant en commun et dégagés de toute inquiétude sur les
-besoins de la vie, ne seroient occupés que du soin d'étudier et de
-donner gratuitement des leçons. Du Boulai et ceux qui l'ont suivi ne
-nous présentent ce collége que comme un établissement fondé en faveur
-de seize pauvres écoliers; mais le titre seul qu'il portoit prouve le
-contraire: on voit qu'il s'appeloit dès le principe la _Communauté des
-pauvres maîtres_, et que ses membres étoient, quelques années après,
-désignés ainsi: _Pauperes magistri de vico ad portas_[586]. «C'étoit,
-dit l'historien de l'Université[587], aux pauvres que Robert
-prétendoit fournir des secours. La pauvreté étoit l'attribut propre de
-la maison de Sorbonne; elle en a conservé long-temps la réalité avec
-le titre, et depuis même que les libéralités du cardinal de Richelieu
-l'ont enrichie, elle a toujours retenu l'épithète de _Pauvre_, comme
-son premier titre de noblesse.» Elle la conserva jusque dans les
-derniers temps, et les actes publics l'ont toujours qualifiée
-_pauperrima domus_, exemple rare et vraiment admirable d'humilité
-chrétienne, humilité dont son fondateur lui avoit du reste fourni le
-modèle: car on ne voit point qu'il ait voulu faire porter son nom à ce
-collége, et l'on sait qu'il se contenta du titre de _Proviseur_, plus
-simple alors qu'il ne l'est aujourd'hui.
-
- [Note 586: Cart. Sorb. ad. ann. 1274.]
-
- [Note 587: Crévier, t. I, p. 495.]
-
-Nos historiens ont extrêmement varié sur l'époque de la fondation de
-cet établissement; et la plupart, rapportant les lettres de concession
-accordées par saint Louis et datées de Paris l'an 1250, n'ont pas fait
-attention en adoptant cette date qu'alors saint Louis étoit en Afrique
-depuis deux ans, et par conséquent qu'elle ne pouvoit être qu'une
-erreur de copiste. L'abbé Ladvocat, docteur et bibliothécaire de ce
-collége, est tombé dans une erreur à peu près semblable, lorsque,
-d'après des inscriptions gravées dans la maison même de Sorbonne, il
-fixe cette fondation à l'année 1253, puisque saint Louis ne revint en
-France que l'année suivante. Il a du reste reconnu cette erreur; et en
-examinant avec attention tous les actes relatifs à la fondation de la
-Sorbonne, il faut, avec raison, la reculer jusqu'à l'année 1256.
-
-Une erreur plus grave est celle de Piganiol[588], qui présente comme
-fondateur de cette maison Robert de Douai, chanoine de Senlis et
-médecin de la reine Marguerite de Provence. Il cite à ce sujet le
-testament de ce personnage; mais, s'il l'avoit lu avec attention, il
-eût reconnu d'abord que ce titre, daté de 1258, est postérieur à
-l'érection du collége, ensuite que le testateur n'a d'autre intention,
-en faisant un legs, que d'augmenter une fondation déjà faite. Robert
-de Douai fut le bienfaiteur de la nouvelle institution et non son
-fondateur; et ce titre il le partagea avec Guillaume de Chartres,
-chanoine de cette ville, Guillaume de Némont, chanoine de Melun, tous
-deux chapelains de saint Louis, et même avec ce prince, qui, malgré
-toutes les libéralités dont il combla ce collége, n'en fut jamais
-appelé le fondateur[589].
-
- [Note 588: T. VI, p. 321.]
-
- [Note 589: L'inscription rapportée par la plupart des
- historiens de Paris indique seulement que c'est sous _son
- règne_ que la Sorbonne fut fondée: _Ludovicus, rex
- Francorum_, SUB QUO _fundata fuit domus Sorbonæ_.]
-
-Si nous reprenons l'histoire de cette fondation, nous trouvons que
-Robert de Sorbonne, ayant acquis ou échangé avec saint Louis quelques
-maisons dans la rue Coupe-Gueule et dans la rue voisine[590], y fit
-bâtir les premiers édifices de son collége et une chapelle. Il acquit
-ensuite de Guillaume de Cambrai ce qui restoit de terrain et de maisons
-jusqu'à la rue des Poirées; et, considérant que l'établissement qu'il
-venoit de former n'étoit destiné que pour des théologiens, il imagina de
-faire élever sur une partie de l'emplacement qu'il venoit d'acquérir un
-collége dans lequel on enseigneroit les humanités et la philosophie, et
-où l'on prépareroit ainsi des élèves propres à entrer dans les écoles de
-Sorbonne. Ce collége, achevé en 1271, reçut le nom de _Calvi_ ou la
-_Petite-Sorbonne_; la chapelle, dédiée d'abord à la _sainte Vierge_, fut
-rebâtie en 1326, et mise, en 1347, sous la même invocation et sous
-celle de _sainte Ursule_ et de ses compagnes, dont l'église célébroit la
-fête le 21 octobre, jour de la dédicace.
-
- [Note 590: Cette rue n'est pas nommée dans les actes, mais
- elle paroît être celle que l'on nomme aujourd'hui _rue de
- Sorbonne_. Saint Louis permit à Robert de la faire fermer à
- ses extrémités, ce qui lui fit donner le nom de _rue des
- Deux-Portes_, comme nous le dirons ci-après.]
-
-Les choses restèrent en cet état jusqu'au ministère du cardinal de
-Richelieu. Ce ministre, qui aimoit tout ce qui avoit de l'éclat, pensa
-qu'il feroit une chose utile pour sa gloire s'il faisoit rebâtir avec
-une magnificence digne de lui le collége dans lequel il avoit étudié
-la théologie. L'architecte _Le Mercier_, qui avoit déjà bâti pour lui
-le Palais-Royal, fut chargé de lui présenter un plan, tant pour la
-construction d'une église que pour celle des bâtiments qui devoient
-l'accompagner. La première pierre de la maison[591] fut posée en 1627
-par l'archevêque de Rouen; il posa lui-même celle de l'église en 1635.
-Cependant elle ne fut achevée que long-temps après sa mort, en 1653,
-comme le constatoit une inscription attachée au portail du côté de la
-cour.
-
- [Note 591: La maison de Sorbonne se compose de trois grands
- corps de logis, flanqués dans leurs encoignures par quatre
- gros pavillons, le tout environnant une cour qui a la forme
- d'un carré long. Trente-sept professeurs avoient le droit
- d'y être logés.]
-
-Cette église, dont l'architecture a été présentée par tous les
-historiens de Paris comme un chef-d'oeuvre digne de la plus grande
-admiration, se compose du côté de la place d'un portail décoré de
-deux ordres corinthien et composite élevés l'un sur l'autre, et assez
-semblable pour la masse à celui du Val-de-Grâce. Du côté de la cour,
-l'édifice est également terminé par un portail qui n'a qu'un seul
-ordre; il est élevé sur des marches, couronné d'un fronton, et, à
-quelques égards, conçu d'après le système du portique du Panthéon à
-Rome; mais l'espacement inégal des colonnes et leur accouplement aux
-angles de cette construction nuisent beaucoup à sa beauté. Le reste de
-cette façade, ouverte par deux étages de croisées, manque de
-caractère; la multiplicité des corps et des profils en détruit
-l'effet, et lui donne autant l'air d'un palais que d'une église. Au
-milieu de ces deux morceaux d'architecture s'élève un dôme dont les
-campanilles trop petites ne donnent point à l'ensemble cette forme
-pyramidale qui rend si agréable l'aspect de Saint-Pierre de Rome et de
-Saint-Paul de Londres. Au total, il y a plus de richesse et de
-prétention que de véritable beauté dans cette composition.
-
-L'intérieur, décoré d'un ordre de pilastres couronné par une corniche,
-étoit remarquable par l'éclat des marbres qui brilloient dans le
-pavement et dans les deux autels placés en face de chaque portail,
-ainsi que par les belles peintures que Philippe de Champagne avoit
-exécutées dans quelques parties du dôme; mais les curieux y
-admiroient surtout le mausolée du cardinal de Richelieu, lequel
-passoit pour le chef-d'oeuvre de Girardon[592].
-
- [Note 592: _Voy._ les pl. 173, 174, 175.]
-
-
- CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA SORBONNE.
-
- TABLEAUX.
-
- Au-dessus du grand autel, le Père Éternel dans une gloire; par
- _Le Brun_.
-
- Dans une des petites chapelles pratiquées dans l'épaisseur des
- piliers du dôme, la prédication de saint Antoine; par
- _Noël-Nicolas Coypel_.
-
- Dans une autre, saint Hilaire, évêque de Poitiers; par le même.
-
- Dans une troisième, saint Paul recouvrant la vue; par _Brenet_.
- Dans les pendentifs du dôme, les quatre Pères de l'église, peints
- à fresque par _Philippe de Champagne_.
-
- Dans la grande salle des actes, les portraits des papes depuis
- Benoît XIV, donnés successivement à la Sorbonne par chacun des
- pontifes régnant; ceux de Louis XV, du roi Stanislas, de Louis
- XVI et de quelques proviseurs de la maison, depuis le cardinal de
- Richelieu.
-
- Dans la bibliothèque, le portrait en pied du cardinal; celui de
- Michel Le Masle, son secrétaire; un portrait très-ressemblant du
- célèbre Érasme, et ceux de plusieurs autres hommes célèbres.
-
-
- SCULPTURES.
-
- Sur le grand autel, construit d'après les dessins de _Bullet_, et
- décoré de six colonnes corinthiennes avec bases et chapiteaux de
- bronze doré, un Christ de marbre blanc de six à sept pieds de
- proportion sur un fond de marbre noir; par _Michel Anguier_.
-
- Sur le fronton qui couronnoit cette ordonnance, deux anges; par
- _Tuby_ et _Vancleve_.
-
- Entre les colonnes, une statue de la Vierge en marbre; par
- _Louis Le Comte_; un saint Jean l'Évangéliste; par _Cadène_.
-
- Entre les pilastres de la nef, les statues des douze Apôtres et
- plusieurs anges de grandeur naturelle; par _Berthelot_ et
- _Guillain_.
-
- Dans la chapelle de la Vierge, une statue de cette mère du
- Sauveur tenant l'enfant Jésus entre ses bras; par _Desjardins_.
-
- Dans la bibliothèque, le buste en bronze du cardinal de
- Richelieu; par _Jean Varin_[593].
-
- [Note 593: Tous ces monuments n'existent plus; et l'on a pu
- remarquer qu'à l'exception des figures qui ornoient les
- tombeaux, presque toutes les sculptures qui servoient à la
- décoration des églises ont été détruites.]
-
-
- SÉPULTURES.
-
- Au milieu du choeur, le mausolée de ce fameux ministre, exécuté
- par _Girardon_[594]. Le corps du cardinal étoit déposé dans un
- caveau pratiqué au-dessous de ce monument.
-
- [Note 594: Le cardinal y est représenté couché sur son
- tombeau, une main sur sa poitrine, l'autre étendue, les yeux
- levés vers le ciel. La Religion le soutient; à ses pieds une
- femme, que l'on croit être la figure allégorique de la
- Science ou de l'Histoire, se penche sur le sarcophage avec
- l'expression de la plus vive douleur. Derrière le groupe,
- deux génies soutiennent l'écusson du ministre.
-
- Ce mausolée, que l'on regarde comme le chef-d'oeuvre de
- Girardon, a long-temps passé pour un ouvrage accompli; et ce
- préjugé, dont le vulgaire est encore imbu, n'est pas même
- entièrement effacé dans l'esprit de certains artistes et de
- prétendus connoisseurs obstinément attachés aux vieilles
- routines. Tous les historiens de Paris n'en ont parlé
- qu'avec des transports d'admiration; et ce sera sans doute
- un grand sujet d'étonnement pour tous ceux qui ne le
- connoissent que par sa haute renommée, lorsque nous leur
- dirons que ce prétendu chef-d'oeuvre est loin même d'être un
- bon ouvrage. On y trouve tous les défauts que nous avons
- reprochés à l'école du siècle de Louis XIV, défauts qui ont
- si rapidement amené la décadence entière de l'art sous Louis
- XV. Partout un goût systématique et faux y prend la place de
- l'imitation noble et vraie de la nature. Les draperies,
- jetées avec affectation, et exécutées en quelque sorte de
- _pratique_, ne présentent qu'un chiffonnage mesquin, lourd
- et monotone. La tête du cardinal, quoique touchée avec
- mollesse, n'est pas dépourvue d'expression, mais celle de la
- Religion est froide et sans caractère. La statue de la femme
- éplorée est beaucoup meilleure, et cette figure, qui offre
- dans sa pose une imitation frappante de la jeune fille du
- _testament d'Eudamidas_[594-A], pourroit même passer pour un
- morceau recommandable, si l'on n'y retrouvoit encore ces
- draperies lourdes et chiffonnées qui partout fatiguent et
- rebutent l'oeil de l'amateur délicat. La mollesse de touche
- que l'on peut généralement reprocher à l'auteur de ce
- monument l'a servi assez heureusement dans l'exécution des
- deux enfants. Cependant ces petites figures sont loin encore
- d'avoir le degré de finesse et de vérité qu'exigeroit une
- imitation parfaite de la nature, et que l'on retrouve si
- éminemment dans les belles sculptures du siècle
- précédent[594-B].]
-
- [Note 594-A: Tableau célèbre du Poussin.]
-
- [Note 594-B: Ce monument est bien conservé, et n'a d'autre
- restauration que le nez de la figure du cardinal, mutilé
- pendant les jours révolutionnaires.]
-
-La bibliothèque, l'une des plus nombreuses et des plus précieuses de
-Paris, contenoit près de soixante mille volumes et cinq mille
-manuscrits, parmi lesquels dominoient les ouvrages de théologie. On y
-comptoit environ huit cents bibles différentes, dont plusieurs étoient
-des premiers temps de l'imprimerie; plusieurs manuscrits sur vélin
-ornés de miniatures et de vignettes dorées; une collection d'estampes
-très-rares; des globes d'une grande dimension; une sphère armillaire
-en cuivre, etc., etc.
-
-Quant au régime intérieur de cette maison, il paroît certain que, dès
-les premiers temps, on y admit des docteurs, des bacheliers, boursiers
-et non boursiers, de pauvres étudiants: il y en avoit même encore à
-la fin du siècle dernier. Ceux qui l'habitoient furent dès-lors
-distingués par les noms d'_hôtes_ et d'_associés_, et on les recevoit
-de quelque pays qu'ils pussent être. Ce premier réglement n'a pas
-cessé un moment d'être en vigueur: les hôtes restoient dans la maison
-jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu le bonnet de docteur, ou l'espace de
-deux années après avoir reçu la bénédiction de licence; seulement leur
-nom avoit été changé en celui de _docteurs_ ou _bacheliers de la
-maison de Sorbonne_, tandis que les _associés-boursiers_ portoient
-celui de _docteurs_ ou _bacheliers de la maison et société de
-Sorbonne_. Du reste l'égalité la plus parfaite régnoit entre tous les
-membres; ils n'admettoient ni maîtres ni disciples, et cette sagesse
-de leurs réglements ne s'est pas démentie un seul instant[595].
-
- [Note 595: Les chaires de théologie fondées en Sorbonne, et
- qui existoient dans les derniers temps, étoient au nombre de
- sept:
-
- La première, fondée en 1532 par Ulrich Gering, célèbre
- imprimeur allemand, étoit connue sous le titre de _chaire de
- lecteur_.
-
- La deuxième et la troisième, fondées en 1596 par Henri IV,
- avoient pour objet, l'une _la théologie contemplative_,
- l'autre _la théologie positive_.
-
- La quatrième, fondée en 1606 par M. de Pellejai, conseiller
- au parlement, étoit destinée à _l'interprétation de
- l'écriture sainte_.
-
- La cinquième, pour _les cas de conscience_, étoit due à M.
- de Rouan, principal du collége des Trésoriers, et avoit été
- établie en 1612.
-
- La sixième, qui traitoit des _controverses_, avoit été
- fondée en 1616 par Louis XIII.
-
- La septième, consacrée à _l'interprétation du texte hébreux
- de l'écriture_, avoit pour fondateur le duc d'Orléans, qui
- l'avoit créée en 1751.]
-
-Les écoles extérieures étoient situées sur la place de Sorbonne.
-C'étoit un vaste bâtiment dans lequel se faisoit la distribution des
-prix de l'Université, en présence du parlement[596].
-
- [Note 596: L'église de Sorbonne, entièrement dégradée dans
- son intérieur, est restée long-temps déserte et abandonnée
- pendant la révolution. Les bâtiments de la maison avoient
- été destinés à loger des artistes. Sur l'état actuel de ce
- monument _voy._ l'art. _Monuments nouveaux_, etc.]
-
-
-COLLÉGES, ÉCOLES, etc.
-
-_Collége d'Autun_ (rue Saint-André-des-Arcs).
-
-Ce collége avoit été fondé par Pierre Bertrand, d'abord évêque de
-Nevers, ensuite d'Autun, et depuis cardinal; c'est la raison pour
-laquelle dans plusieurs actes il est indiqué sous le nom de collége
-_du cardinal Bertrand_. Dès l'année 1336, ce prélat, dans l'intention
-de faire une fondation de ce genre, avoit acheté quelques bâtiments
-contigus à une maison qu'il possédoit dans la rue et vis-à-vis
-l'église Saint-André. Les formalités nécessaires pour consolider son
-entreprise ne lui permirent pas de la commencer avant l'année 1341; et
-c'est en effet en cette année et non en 1337, comme l'ont prétendu
-divers historiens, que fut passé l'acte de fondation pour un
-principal, un chapelain et quinze boursiers, dont cinq devoient
-étudier en théologie, cinq en droit et cinq en philosophie. Leur
-nombre s'augmenta depuis de trois boursiers, par les libéralités
-d'Oudard de Moulins, qui les fonda en 1398, et de trois autres fondés
-en 1644 par François de Sazéa, évêque de Bethléem et principal de ce
-collége. La réunion qu'on en fit en 1764 au collége de Louis-le-Grand
-fit naître l'idée de placer l'école de dessin dans ses bâtiments, ce
-qui fut exécuté quelques années après[597].
-
- [Note 597: Les bâtiments de ce collége sont aujourd'hui
- entièrement détruits et remplacés par des maisons
- particulières.]
-
-
-_Collége de Boissi_ (rue du Cimetière-Saint-André).
-
-La plupart de ceux qui ont écrit sur Paris ont également varié et sur la
-date et sur l'auteur et sur les clauses de cette fondation. En
-rétablissant les faits d'après les actes les plus authentiques, on
-trouve que Godefroi ou Geoffroi Vidé, prêtre, chanoine de l'église de
-Chartres, et clerc du roi, mort en 1354, avoit ordonné par son testament
-que ce qui resteroit de son bien, après les legs payés, fût distribué
-aux pauvres de Paris et à ceux de Boissi-le-Sec, lieu de sa naissance,
-si toutefois les exécuteurs testamentaires ne jugeoient pas à propos
-d'en disposer autrement. La fondation d'un collége leur parut une chose
-plus utile que cette distribution; et Étienne Vidé, l'un d'eux, neveu du
-testateur, chanoine de Laon et de Saint-Germain-l'Auxerrois, offrit à
-cet effet la maison qu'il occupoit rue Saint-André et des Deux-Portes,
-et deux autres maisons contiguës. Cette fondation fut faite pour six
-écoliers, dont le plus ancien devoit être appelé _maître_, et un
-chapelain, avec cette clause que tous seroient pris dans la famille de
-Geoffroi et d'Étienne; à leur défaut, parmi les pauvres du village de
-Boissi-le-Sec; enfin s'il ne s'en trouvoit point dans ceux-ci qui
-eussent la capacité suffisante, ces boursiers devoient être choisis sur
-la paroisse Saint-André par les exécuteurs testamentaires, et après eux
-par le chancelier de l'église de Paris et le prieur des Chartreux. Par
-le même acte, Étienne Vidé déclare expressément qu'il veut que ces
-boursiers soient pauvres, et de basse extraction, comme lui et ses
-ancêtres avoient été, _quí non sint nobiles, sed de humili plebe, et
-pauperes, sicut nos et prædecessores nostri fuimus_, ce qui détruit sans
-réplique l'opinion de quelques auteurs qui veulent que Geoffroi et
-Étienne fussent seigneurs de Boissi-le-Sec. Le fondateur désiroit aussi
-qu'après sa mort le nombre des boursiers fût porté à douze, si ses
-facultés le permettaient; mais ce voeu n'eut point son exécution, et
-l'on ne voit d'autre augmentation que celle d'une septième bourse dont
-ce collége fut redevable, en 1717, à Guillaume Hodei. En 1519, Michel
-Chartier, principal de ce collége, y avoit fait bâtir une chapelle sous
-l'invocation de la sainte Vierge, de saint Michel et de saint Jérôme.
-
-Le collége de Boissi est un de ceux qui furent réunis à l'Université à
-la fin du siècle dernier[598].
-
- [Note 598: Les bâtiments en sont habités par des
- particuliers.]
-
-
-_Le Collége Mignon, dit depuis de Grandmont_ (rue Mignon).
-
-Ce collége fut fondé, en 1343, par Jean Mignon, archidiacre de Blois
-dans l'église de Chartres[599], et maître des comptes à Paris. Il
-l'institua pour douze écoliers qui devoient être pris, autant qu'il
-seroit possible, dans sa famille, et acquit dans cette intention, rue
-de l'Écureuil et des Petits-Champs, quelques maisons qu'il fit
-amortir; mais la mort l'empêcha d'exécuter ce projet, dont l'entier
-achèvement fut confié à ses exécuteurs testamentaires. Ils y mirent
-assez de lenteur pour que l'Université se crût autorisée à en porter
-des plaintes au roi Jean, qui régnoit alors. Par un arrêt du conseil
-rendu en 1353[600], huit ans après la mort du testateur, il fut
-ordonné que Robert Mignon, exécuteur du testament de son frère,
-achèteroit avant Noël des rentes suffisantes pour l'entretien de douze
-écoliers, leur abandonnerait la maison qu'occupoit Jean Mignon, ou une
-autre de même valeur; y construiroit une chapelle, etc., etc. Par ce
-même arrêt le roi amortit les biens destinés à la fondation de cette
-chapelle, et s'en déclara le fondateur, se réservant tous les droits
-d'administration. La chapelle, bâtie par les soins de Michel Mignon,
-fils de Robert, fut dédiée sous l'invocation de saint Gilles et saint
-Leu[601].
-
- [Note 599: L'évêché de Blois étoit un démembrement de celui
- de Chartres; il fut érigé, par une bulle d'Innocent XII, le
- 1er juillet 1697. (Gall. christ., t. VIII, inst. col. 451.)]
-
- [Note 600: Trésor des Chartres. Paris, liv. III, nº 22.]
-
- [Note 601: Sauval, t. III, p. 217.]
-
-Les choses restèrent en cet état jusqu'au règne de Henri III. Ce
-prince, voulant procurer un établissement aux Hiéronymites qu'il avoit
-amenés de Pologne, les plaça d'abord dans un logement qu'il avoit fait
-construire sur une partie de l'emplacement du palais des Tournelles,
-et, peu de temps après, jugea à propos de les transférer au bois de
-Vincennes à la place des religieux de Grandmont. Ceux-ci reçurent
-alors, en échange de l'habitation qu'on leur enlevoit, le collége de
-Mignon et 12000 livres de rente. Il fut convenu qu'on y mettroit un
-prieur et sept religieux, lesquels feroient les études convenables
-pour céder ensuite la place à d'autres, arrangement qui fut confirmé
-par des lettres-patentes données en 1584, et par des bulles du pape
-de 1585. Malgré les oppositions que l'Université crut mal à propos
-devoir y mettre[602], ce collége, connu depuis ce temps sous le nom de
-_Grandmont_, fut occupé par ces religieux jusqu'en 1769, époque à
-laquelle il fut réuni à celui de Louis-le-Grand. Vingt ans auparavant,
-en 1749, la chapelle avoit été agrandie et décorée d'un portail[603].
-
- [Note 602: L'affaire fut portée au parlement, et il fut
- facile de prouver qu'il n'étoit pas question ici de
- suppression, mais seulement de changement de boursiers
- séculiers en réguliers.]
-
- [Note 603: Les bâtiments en sont maintenant occupés par une
- administration publique.]
-
-
-_Collége de Vendôme_ (rue du Jardinet).
-
-Ce collége, qui occupoit avec l'hôtel du même nom l'espace compris
-entre la rue du Jardinet et celle du Battoir, fut démoli en 1441. Le
-procès-verbal fait à l'occasion de cette démolition ne donne aucun
-renseignement au sujet de sa fondation.
-
-
-_Collége de Tours_ (rue Serpente).
-
-Il doit sa fondation à Étienne de Bourgueil, archevêque de la ville
-dont il a pris le nom. Tous les historiens en fixent l'époque à
-l'année 1333. Jaillot seul prétend avoir lu un acte qui en fait
-remonter l'existence jusqu'en 1330. Ce collége avoit été fondé pour un
-principal et six boursiers dont l'archevêque de Tours s'étoit réservé
-la nomination pour lui et pour ses successeurs. La mauvaise
-administration de ceux qui le dirigeoient, et les dettes qu'ils
-avoient successivement contractées, avoient forcé de vendre une partie
-des biens destinés à la fondation et de suspendre les bourses, lorsque
-ce collége fut enfin réuni à celui de l'Université[604].
-
- [Note 604: C'est maintenant un hôtel garni.]
-
-
-_Collége de Suède_ (même rue).
-
-Ce collége existoit en 1333, et il en est fait mention dans l'acte de
-fondation de celui des Lombards, daté de la même année. Nous n'avons
-pu découvrir ni quand il a été fondé, ni quand il a été détruit.
-
-
-_Collége de Notre-Dame de Bayeux_ (rue du Foin).
-
-Ce collége, plus communément appelé collége de _Maître Gervais_, fut
-fondé par maître Gervais Chrétien, chanoine des églises de Bayeux et
-de Paris, _physicien_, c'est-à-dire médecin de Charles V. Les
-libéralités de ce prince l'avoient rendu propriétaire de trois maisons
-situées rue Erembourg-de-Brie, et de deux autres rue du Foin, qui
-étoient contiguës aux premières. Ce fut par leur réunion qu'il forma
-son collége, auquel il assigna des revenus pour l'entretien de
-vingt-quatre boursiers. Le contrat de fondation est, suivant Jaillot,
-du 20 février 1370. Charles V l'approuva par ses lettres données en
-1378, augmenta la fondation de deux bourses destinées à des étudiants
-en mathématiques, y ajouta la concession des dîmes de Saineville et de
-Caenchi, etc., et voulut mettre le comble à ses bienfaits en honorant
-ce collége du titre de _fondation royale_.
-
-L'année même de sa création, on avoit réuni aux écoliers du collége de
-Bayeux ceux d'un petit collége que Robert Clément avoit fondé, rue
-Hautefeuille, quelques années auparavant, et auxquels le fondateur
-n'avoit laissé que la maison qu'ils habitoient et 18 livres de rente,
-somme insuffisante pour les faire subsister. Le collége de Bayeux fut
-lui-même réuni, dans le siècle dernier, au collége de l'Université[605].
-
- [Note 605: Il est maintenant habité par des particuliers.]
-
-
-_Collége de Bourgogne_ (rue des Cordeliers).
-
-Ce collége s'honoroit d'avoir pour fondatrice Jeanne, comtesse de
-Bourgogne, épouse de Philippe-le-Long. Cette princesse avoit ordonné
-par son testament, fait en 1329, que son hôtel de Nesle seroit vendu,
-et que le prix qui en proviendroit serviroit à l'établissement d'un
-collége, dans lequel on recevroit vingt pauvres écoliers de la
-province de Bourgogne, auxquels elle léguoit en outre une somme de 200
-livres. Ses exécuteurs testamentaires, ayant vendu l'hôtel de Nesle au
-duc de Berri, achetèrent en conséquence une maison vis-à-vis les
-Cordeliers, dans laquelle ils établirent, en 1331, un collége tel
-qu'elle l'avoit prescrit, sous le nom de _Maison des écoliers de
-madame Jeanne de Bourgogne_, _reine de France_. Cette fondation fut
-approuvée par le pape Jean XXII et par Guillaume de Chanac, évêque de
-Paris, en 1334 et 1335. Vers le même temps on érigea dans ce collége
-une chapelle sous l'invocation de la Vierge.
-
-Cette fondation avoit été faite pour vingt boursiers étudiant en
-philosophie et non en d'autres facultés; et parmi eux devoient être
-choisis le principal et le chapelain. En 1340 on fonda un second
-chapelain. Par arrêt donné en 1536 il fut ordonné que les boursiers ne
-pourroient rester plus de cinq ans dans la maison; enfin, le 6
-novembre 1607, le nombre des bourses fut réduit à dix, y compris le
-principal et les deux chapelains, par ordonnance du chancelier de
-l'église de Paris et du gardien des Cordeliers, proviseurs et
-administrateurs nés de ce collége; toutefois avec cette clause qu'on y
-donneroit le logement seulement à dix autres écoliers du comté de
-Bourgogne, lesquels seroient choisis de préférence pour remplir les
-places de boursiers qui viendroient à vaquer.
-
-Le collége de Bourgogne avoit suivi le sort des autres petits colléges
-qui n'étoient pas de plein exercice, et sa réunion à l'Université
-avoit été faite en 1764. L'académie royale de chirurgie, placée dans
-la même rue entre l'église des Cordeliers et celle de Saint-Côme, se
-trouvant trop resserrée, et n'ayant pu jusqu'alors accroître ses
-bâtiments, profita de cette circonstance pour obtenir, en 1768, un
-arrêt du conseil qui nomma des commissaires et les autorisa à faire au
-nom du roi l'acquisition de ce collége et de quatre maisons qui en
-dépendoient, afin d'y placer les écoles de cette compagnie. Cette
-acquisition fut faite le 9 mars 1769.
-
-
-_Collége de Dainville_ (rue des Cordeliers).
-
-Michel de Dainville, archidiacre d'Ostrevant, au diocèse d'Arras,
-fonda ce collége en 1380, tant en son propre nom que comme exécuteur
-testamentaire de Gérard et de Jean de Dainville ses frères. Cette
-fondation fut faite pour douze boursiers, parmi lesquels on devoit
-choisir le principal et le procureur, et dont six devoient être du
-diocèse d'Arras, six de celui de Noyon. Le fondateur les établit dans
-une maison qu'il possédoit à l'angle que forme la rue de la Harpe avec
-celle des Cordeliers; et sur le mur on plaça une sculpture qui
-représentoit les rois Jean et Charles V, avec les fondateurs,
-présentant à la sainte Vierge le principal et les boursiers de ce
-collége; il a été réuni en 1763 à celui de l'Université[606].
-
- [Note 606: C'est maintenant un hôtel garni.]
-
-
-_École gratuite de dessin_ (même rue).
-
-Cette école, érigée par lettres-patentes du 20 octobre 1767, et placée
-d'abord dans les bâtiments du collége d'Autun, rue Saint-André-des-Arcs,
-fut ensuite transférée dans la rue des Cordeliers, à l'ancien
-amphithéâtre de Saint-Côme. Elle avoit été ouverte en faveur de cent
-cinquante jeunes gens que l'on y recevoit, quelle que fût leur
-profession, et même sans aucune profession, pourvu qu'ils eussent
-atteint l'âge de huit ans. Ils y apprenoient, suivant que leurs
-dispositions les y portoient, quelque branche de cet art, telles que
-l'architecture, la figure, les animaux, les fleurs, l'ornement, etc.;
-et, tous les ans, on y distribuoit de grands prix avec beaucoup de
-solennité.
-
-Le roi étoit le protecteur de cette école, dont le lieutenant de
-police présidoit le bureau d'administration[607].
-
- [Note 607: _V._ pl. 178. Ce monument n'a point changé de
- destination.]
-
-
-_Collége de Séez_ (rue de la Harpe).
-
-Ce collége fut fondé en 1427 par Jean Langlois, exécuteur
-testamentaire de Grégoire Langlois son oncle, évêque de Séez, pour
-huit boursiers, y compris le principal et le chapelain, dont quatre
-devoient être du diocèse de Séez et quatre de celui du Mans. La
-nomination de ces bourses se partageoit entre l'évêque de Séez et
-l'archidiacre de Passais. Jean Aubert, principal du collége de Laon,
-et commissaire député de l'évêque de Séez, y joignit depuis deux
-bourses nouvelles qui furent prises sur les sommes économisées par le
-principal de ce collége.
-
-En 1737, le prélat qui tenoit alors le siége de cette ville donna par
-contrat une somme de 40,000 livres à rente à ce collége, sous la
-condition que la moitié du revenu seroit mise en réserve et accumulée
-jusqu'à ce qu'elle formât 10,000 livres pour chacune des trois
-bourses, à la fondation desquelles cette somme étoit réservée. Il
-paroît que la première somme avoit été fournie par le diocèse de Séez,
-et par conséquent que la rente lui en appartenoit.
-
-La plus grande partie des bâtiments de ce collége, qui a été réuni à
-celui de l'Université, avoit été reconstruite en 1730, ainsi que le
-témoignoit une inscription placée au-dessus de la porte. On prétend
-que ces constructions nouvelles, dues aux libéralités de M.
-Charles-Alexandre Lallemand, évêque de Séez, avoient coûté près de
-100,000 livres[608].
-
- [Note 608: Les bâtiments de ce collége sont habités par des
- particuliers.]
-
-
-_Collége de Bayeux_ (même rue).
-
-Le nom de ce collége, et la qualité du fondateur qui étoit alors
-évêque de Bayeux, pourroient faire penser qu'il avoit été destiné pour
-des écoliers de ce diocèse; cependant ils n'y avoient aucun droit.
-Guillaume Bonnet, ce fondateur dont nous parlons, étoit né dans un
-lieu dépendant de l'archidiaconé de Passais, au diocèse du Mans; ce
-fut dans celui d'Angers qu'il fut élevé. Il y posséda des bénéfices et
-des dignités; et ce fut pour donner un témoignage éclatant de sa
-reconnoissance qu'il résolut, lorsqu'il fut monté sur le siége de
-Bayeux, de fonder à Paris un collége en faveur de douze boursiers,
-dont six seroient pris dans le diocèse du Mans et six dans l'évêché
-d'Angers. L'acte est daté de l'année 1308, et contient le détail des
-rentes et maisons qu'il affectoit à l'entretien de ce collége[609].
-Robert Benoît, son exécuteur testamentaire, en dressa les statuts en
-1315. D. Félibien dit qu'il ajouta quatre nouveaux boursiers aux douze
-anciens: cette nouvelle fondation est en effet ordonnée par le premier
-article des statuts; mais on ne trouve aucune preuve qu'elle ait été
-exécutée. Le collége de Bayeux a été réuni à l'Université[610].
-
- [Note 609: Il y avoit entre autres trois maisons sises
- vis-à-vis, appelées _les Marmousets_, qui ont été acquises
- depuis et enclavées dans le collége de Harcour.]
-
- [Note 610: C'est maintenant une maison habitée par des
- particuliers.]
-
-
-_Collége de Justice_ (même rue).
-
-Ce collége a pris le nom de Jean de Justice, chantre de Bayeux,
-chanoine de Paris et conseiller du roi. Dans l'intention de faire
-cette fondation, il avoit acheté quelques maisons appartenant à
-l'Hôtel-Dieu et situées rue de la Harpe, entre l'hôtel de Clermont et
-les dépendances du collége de Bayeux[611]; mais sa mort, arrivée en
-1353, l'ayant empêché de consommer son ouvrage, ses exécuteurs
-testamentaires se trouvèrent chargés de ce soin, qu'ils remplirent
-dès l'année suivante. Les historiens de Paris ne sont pas d'accord sur
-cette date, qui cependant doit être la bonne par plusieurs raisons, et
-principalement parce qu'elle est celle de l'acte d'amortissement qui
-se trouvoit autrefois dans les archives de Saint-Germain. Ce collége
-avoit été destiné pour douze boursiers, étudiant en médecine et en
-philosophie, parmi lesquels étoient choisis le principal, le chapelain
-et le procureur, et dont huit devoient être pris dans le diocèse de
-Rouen et quatre dans celui de Bayeux. Six nouvelles bourses furent
-fondées à diverses époques et par divers particuliers; et toutes
-furent suspendues en 1761, à l'exception de deux, pour fournir aux
-frais de la reconstruction des bâtiments. En 1764 ce collége fut réuni
-à l'Université.
-
- [Note 611: Du Breul, p. 711.--Hist. de l'abb. S. Germ., p.
- 157.--Hist. de Par., t. I, p. 610.]
-
-
-_Collége de Narbonne_ (même rue).
-
-Ce collége avoit été fondé, en 1317, par Bernard de Farges, archevêque
-de Narbonne, dans une maison qu'il occupoit rue de la Harpe. Ce fut là
-qu'il voulut retirer neuf pauvres écoliers de son diocèse, à
-l'entretien desquels il assigna les revenus du prieuré rural de
-Sainte-Marie-Magdeleine, situé dans les environs de la ville
-archiépiscopale. Un jurisconsulte nommé Amblard Cérène, désira
-participer à cette bonne oeuvre, et y fonda peu de temps après une
-bourse pour un chapelain. Mais sa plus grande illustration lui vint
-d'un pauvre écolier qu'on y avoit reçu par grâce, vu qu'il n'étoit pas
-du diocèse de Narbonne, et que par conséquent il n'avoit aucun droit
-d'y être admis. Cet écolier, nommé Pierre Roger, devenu pape sous le
-nom de Clément VI, après avoir passé par toutes les dignités de
-l'église, eut assez de grandeur d'âme pour ne point rougir de la
-bassesse de son premier état, et pour reconnoître hautement ce qu'il
-devoit à l'asile hospitalier où il avoit été élevé. Voulant laisser à
-ce collége un monument perpétuel de sa reconnoissance[612], il y fonda
-dix bourses, auxquelles il affecta pour dotation le prieuré de
-Notre-Dame de Marseille près de Limoux. Les premiers statuts n'y
-admettoient que des étudiants dans la faculté des arts et dans celle
-de théologie[613]; on y fit entrer depuis, en 1379, des élèves en
-médecine, et en droit civil et canon[614]. Ceux-ci en furent exclus en
-1544 par les nouveaux réglements que donna le cardinal de Lorraine,
-archevêque de Narbonne[615]. Ce prélat fixa le nombre des boursiers à
-seize, y compris le principal, le procureur et le chapelain, et fit
-aussi quelques dispositions nouvelles dans les sommes assignées pour
-leur entretien.
-
- [Note 612: Lemaire, t. II, p. 554.]
-
- [Note 613: Hist. de Paris, t. V, p. 673.]
-
- [Note 614: _Ibid._, p. 662.]
-
- [Note 615: _Ibid._, p. 775.]
-
-La modicité du revenu de ces bourses et la caducité des bâtiments de
-ce collége l'avoient fait insensiblement abandonner au point qu'il n'y
-restoit que le principal, lorsqu'en 1760 on commença à le rebâtir. Il
-a été réuni à l'Université[616].
-
- [Note 616: C'est aussi une maison habitée par des
- particuliers.]
-
-
-_Collége de Harcour_ (même rue).
-
-Ce collége, également fameux par son antiquité et par une suite non
-interrompue d'excellents professeurs, fut fondé en 1280 par Raoul de
-Harcour, chanoine de Paris. Issu d'une des plus illustres familles de
-la Normandie, et successivement élevé à plusieurs dignités
-ecclésiastiques dans les villes de Coutances, d'Évreux, de Bayeux et
-de Rouen, il résolut de procurer à de pauvres écoliers de sa province
-le moyen de s'instruire dans les arts et dans la théologie. Il acquit
-à cet effet quelques vieilles maisons situées dans la rue Saint-Côme,
-dite aujourd'hui de la Harpe, et y plaça aussitôt quelques écoliers.
-Son intention étoit de les faire abattre pour élever un collége sur
-leur emplacement; mais la mort vint le surprendre avant qu'il eût
-accompli son dessein. Son frère Robert de Harcour, évêque de
-Coutances, qu'il avoit chargé de remplir ses intentions, acheva ce qui
-étoit commencé, et augmenta les bâtiments par l'acquisition de trois
-maisons, situées vis-à-vis les premières[617], et qu'il fit rebâtir à
-neuf, ajoutant à ce don celui de 250 livres de rente amortie, pour
-l'entretien de vingt-quatre boursiers, seize artiens et huit
-théologiens, tous pris dans les diocèses nommés ci-dessus. Clément V
-accorda, en 1313, à ce collége, la permission d'avoir une chapelle et
-d'y faire célébrer l'office divin[618]. Les artiens occupoient alors
-les premiers bâtiments donnés par Raoul de Harcour, et les théologiens
-avoient été logés vis-à-vis dans ceux qu'avoit achetés son frère
-Robert. Comme la chapelle étoit située de ce côté, on pratiqua sous la
-rue un passage de communication d'une maison à l'autre.
-
- [Note 617: On les appeloit l'_hôtel_ ou _les maisons
- d'Avranches_.]
-
- [Note 618: Hist. Univ. Paris, t. IV, p. 162.]
-
-Le cartulaire de ce collége et les historiens de Paris font mention de
-plusieurs autres bourses fondées dans ce collége par divers
-particuliers[619]. Elles subsistèrent jusqu'en 1701, que de nouveaux
-réglements en réduisirent le nombre, pour les mettre dans un juste
-rapport avec les revenus qui y étoient affectés. Long-temps auparavant
-l'introduction de l'exercice des classes, la réputation des
-professeurs et le nombre toujours croissant des pensionnaires avoient
-fait penser aux moyens de l'agrandir: on y parvint par l'acquisition
-des maisons contiguës qui appartenoient au collége de Bayeux, et de
-l'hôtel des évêques d'Auxerre, qui tenoit aux murs et à la porte
-d'Enfer. Cet espace fut encore augmenté en 1646 par le don que fit
-Louis XIII d'une place, d'une tour, du mur, du rempart, du fossé, de
-la contrescarpe et des matériaux provenant de la démolition des
-murailles, qui l'avoisinoient, à la charge d'y faire construire et
-édifier une chapelle sous l'invocation de la Vierge et de saint Louis.
-Lorsque les bâtiments élevés sur cet emplacement furent achevés, on
-loua à des particuliers ceux qui jusqu'alors avoient été occupés par
-des artiens. En 1675 on construisit de nouveaux bâtiments et l'on
-éleva un portail énorme, chargé d'ornements d'architecture du plus
-mauvais goût, pour servir d'entrée à ce collége.
-
- [Note 619: Un cuisinier de ce collége, nommé Guion Gervais,
- voulut être compté au nombre de ses bienfaiteurs, et donna
- en 1679 une somme de 1,000 liv. pour fonder une bourse de
- grammairien.]
-
-Il étoit de plein exercice et s'est soutenu jusqu'à la fin avec une
-grande et juste réputation[620].
-
- [Note 620: Jaillot, quart. S.-André-des-Arcs, p. 122. Depuis
- la révolution, ce collége a été occupé quelque temps par
- l'École de droit.]
-
-
-_Collége du Trésorier_ (rue Neuve de Richelieu).
-
-Il est redevable de son nom et de sa fondation à Guillaume de Saône,
-trésorier de l'église de Rouen. L'acte qui constate cette fondation
-est daté du mois de novembre 1268. Quelques auteurs la placent par
-erreur une année plus tard, et l'un d'entre eux, Le Maire, ajoute que
-ce collége ne fut formé que pour douze boursiers, six grands et six
-petits. Le fait est que cette fondation fut faite en faveur de
-vingt-quatre boursiers, douze dans la faculté de théologie et douze
-dans celle des arts, lesquels devoient être pris dans les
-archidiaconés du grand et du petit Caux, diocèse de Rouen. Il n'y
-restoit plus que quatre grands boursiers et quatre petits, lorsqu'il
-fut réuni en 1763 au collége de l'Université[621].
-
- [Note 621: C'est aujourd'hui une maison garnie.]
-
-
-_Collége de Cluni_ (place de Sorbonne).
-
-Ce collége fut fondé en faveur des religieux de cet ordre qui
-viendroient étudier à Paris. Jusque là ils n'avoient point eu de
-maison, et demeuroient dans l'hôtel des évêques d'Auxerre, attenant à
-la porte dite depuis de Saint-Michel. Nos historiens varient sur
-l'époque de sa fondation, qu'il faut vraisemblablement fixer à l'année
-1269, ainsi que le portoit une inscription gravée dans le cloître. Les
-annales de Cluni nomment Yves de Poyson comme fondateur de ce collége;
-il pourroit bien y avoir erreur dans ce nom, car tous les auteurs et
-l'inscription même que nous venons de citer en font honneur à Yves de
-Vergi, abbé de Cluni, et à Yves de Chassant, son neveu et son
-successeur, lequel fit achever ce que son oncle avoit commencé[622].
-Vers l'an 1308 Henri de Fautières, aussi abbé de Cluni, mit la
-dernière main à cette fondation, en donnant à cette maison des statuts
-pleins de sagesse, et auxquels on se conformoit encore dans les
-derniers temps[623].
-
- [Note 622: Hist. S. Mart., p. 216.--Du Breul, p. 650.--Hist.
- Univ., t. III, p. 395.--Hist. de Par., t. I, p. 417.]
-
- [Note 623: Ce collége est maintenant habité par des
- particuliers; sa chapelle sert d'atelier à un peintre. Il
- reste encore quelques portions de son cloître, dont les
- arcades offrent des formes gothiques très-élégantes. _Voy._
- pl. 178.]
-
-
-_Le Collége Notre-Dame-des-Dix-Huit_ (rue des Poirées).
-
-Dans le projet qu'il avoit d'agrandir l'emplacement de la Sorbonne, le
-cardinal de Richelieu avoit acheté un ancien hôtel jadis possédé par
-les abbés du Bec, ainsi que quelques maisons voisines, accompagnées de
-jardins. La rue des Poirées fut alors coupée, et vint tourner en
-équerre dans celle des Cordiers. Sur le terrain qui restoit entre ce
-retour et la rue de Cluni, terrain qui a servi depuis de jardin à la
-maison de Sorbonne, étoit le petit collége dont nous parlons. Aucun
-historien n'a donné sur son origine de renseignements satisfaisants,
-et nous n'aurions que des conjectures vagues sur ce point d'antiquité,
-si Jaillot n'eût découvert un mémoire manuscrit fait par Jean-Jacques
-de Barthes, docteur en droit et principal de ce collége[624], dans
-lequel il expose «qu'en 1171 Jocius de Londonna, de retour de
-Jérusalem, étant allé à l'Hôtel-Dieu, y vit une chambre dans laquelle,
-_de toute ancienneté_, logeoient de pauvres écoliers. Il l'acheta 52
-livres du proviseur dudit Hôtel-Dieu, de l'avis, conseil et
-permission de Barbe d'or, doyen de Notre-Dame. Il la laissa audit
-Hôtel-Dieu, à la charge qu'il fourniroit des lits à ces pauvres
-écoliers, auxquels il assigna douze écus par mois, provenant des
-deniers qui se recevroient de la confrérie, et à la charge que lesdits
-clercs porteroient, chacun à leur tour, la croix et l'eau bénite
-devant les corps morts dudit Hôtel-Dieu, et qu'ils réciteroient chaque
-nuit les psaumes pénitentiaux et les oraisons pour les morts.» Dans ce
-même mémoire, il est fait mention de lettres du prévôt de Paris
-données en 1384, lesquelles rappellent une ordonnance du roi Charles
-VI, dont l'objet est de faire payer à ces écoliers une somme de 200
-livres pour arrérages de celle de 20 livres qu'ils avoient le droit de
-prendre tous les ans sur le trésor du roi. Ils étoient redevables de
-cette rente à Gaucher de Chastillon, connétable de France, qui la leur
-avoit donnée en 1301.
-
- [Note 624: Manusc. des S. Germ., C. 454, fol. 484.]
-
-Il paroît par quelques actes qu'ils furent d'abord logés dans une
-maison vis-à-vis l'Hôtel-Dieu. On les transféra ensuite rue des
-Poirées. Le chapitre Notre-Dame avoit l'inspection sur ce collége,
-auquel il avoit donné son nom; et les boursiers, réduits, dans les
-derniers temps, au nombre de huit, étoient à la nomination du
-chapitre. Depuis la destruction de leur collége, ils n'avoient plus
-de lieu affecté pour leur demeure.
-
-
-_Hôpital Mignon._
-
-Il avoit été fondé dans la rue des Poitevins, par Jean Mignon, pour y
-recevoir vingt-cinq _bonnes femmes_, et portoit son nom, ainsi que le
-collége dont il étoit fondateur.
-
-
-HÔTELS.
-
-_Hôtel des Abbés de Saint-Denis_ (rue des Grands-Augustins).
-
-Cet hôtel ou collége, bâti par Matthieu de Vendôme, abbé de
-Saint-Denis, couvroit tout l'espace renfermé entre les rues
-Contrescarpe et Saint-André, partie de la rue Dauphine, et le terrain
-sur lequel on a depuis ouvert les rues d'Anjou et Christine. Il avoit
-en outre pour dépendances, de l'autre côté de la rue des
-Grands-Augustins, une grande maison avec jardins que l'on a
-successivement appelée la maison _des Trois Charités Saint-Denis_,
-l'hôtel _des Charités Saint-Denis_, enfin l'hôtel _Saint-Cyr_, nom
-qu'elle portoit à la fin du siècle dernier. Une galerie couverte, et
-qui traversoit la rue, servoit de communication de l'un à l'autre
-bâtiment.
-
-
-_Hôtel de Savoie_ (rue de Savoie).
-
-Cet hôtel s'étendoit en partie jusqu'à la rue des Grands-Augustins.
-Il fut vendu, en 1670, à divers particuliers par madame
-Marie-Jeanne-Baptiste, épouse de Charles-Emmanuel, duc de Savoie,
-prince de Piémont, à laquelle il appartenoit, comme seule héritière de
-Charles-Amédée de Savoie son père, duc de Génevois, de Nemours et
-d'Aumale; et de Henri de Savoie son oncle, etc.
-
-
-_Hôtel de Gaucher de Châtillon et de l'évêque de Noyon_ (rue Pavée).
-
-L'hôtel de Gaucher de Châtillon, connétable de France, étoit situé à
-droite en entrant par le quai. Il passa ensuite aux évêques d'Autun en
-1331, à ceux de Laon en 1393; l'un d'eux le donna à son église en
-1552; son successeur le céda à rente au duc de Nemours, qui le fit
-rebâtir. Ce fut dans cet hôtel que logea le duc de Savoie lorsqu'il
-vint à Paris en 1599 pour traiter avec Henri IV, qui demandoit la
-restitution du marquisat de Saluces.
-
-Il paroît que l'évêque de Noyon avoit aussi son hôtel dans cette rue,
-et quelques actes en font mention; mais on ignore dans quel endroit il
-étoit situé[625].
-
- [Note 625: Dans cette même rue étoit, à la fin du siècle
- dernier, un bureau de messagerie pour la Normandie et la
- Bretagne, que l'on nommoit _l'hôtel Saint-François_, parce
- qu'on prétendoit que saint François-de-Sales y avoit
- demeuré. Cette tradition ne paroît guère vraisemblable, et
- n'étoit fondée sur aucune autorité. Des titres de l'abbaye
- Saint-Germain prouvent au contraire que cette maison portoit
- l'enseigne de _Saint-François_ dès 1640, et saint
- François-de-Sales ne fut canonisé qu'en 1665.]
-
-
-_Hôtels de la duchesse d'Étampes, et d'Hercule_ (quai des Augustins).
-
-Le premier de ces deux hôtels étoit situé au coin de la rue
-Gilles-Coeur, et s'étendoit jusqu'à celle de l'Hirondelle, où étoit sa
-principale entrée. Il avoit appartenu à Louis de Sancerre, connétable,
-et il est probable qu'avant lui on y avoit réuni un hôtel des évêques
-de Chartres. Ceux-ci le possédèrent encore depuis, ainsi que les
-évêques de Clermont; enfin il appartenoit à M. Dauvet, maître des
-requêtes, lorsque Anne de Pisseleu, duchesse d'Étampes, vint y
-demeurer, et engagea François Ier à en faire l'acquisition. Ce prince
-en fit démolir une partie, qui fut rebâtie avec plus de luxe et
-d'élégance, et ornée de chiffres et de devises. Au commencement du
-dix-septième siècle, il s'appeloit l'hôtel d'O et appartenoit à M.
-Séguier. Le mariage de sa fille avec le duc de Luines lui fit prendre
-ce dernier nom. Il le conserva jusqu'en 1671, qu'on le démolit en
-grande partie, pour le vendre à des particuliers. C'est dans cet hôtel
-que le chancelier Séguier se réfugia le 7 août 1648, pour éviter la
-fureur de la populace lors des barricades.
-
-Le nom d'_Hercule_ que portoit le second hôtel lui avoit été donné
-parce qu'on avoit peint dans les appartements, et même à l'extérieur,
-les aventures de ce héros fabuleux. Ces peintures avoient été faites
-aux frais de Jean de La Driesche, président de la chambre des comptes,
-qui le vendit à M. Louis Hallevin, seigneur de Piennes et chambellan
-du roi. Auparavant il avoit été possédé par le comte de Sancerre.
-Charles VIII l'acheta ensuite de M. de Piennes, avec tous les meubles
-de fer et de bois qui s'y trouvoient, moyennant la somme de 10,000
-livres.
-
-Sous Louis XII, cet hôtel étoit occupé par Guillaume de Poitiers,
-seigneur de Clerieu, auquel ce prince l'avoit probablement abandonné.
-François Ier le donna ensuite au chancelier du Prat[626] et à ses
-descendants. Cet hôtel, qui étoit extrêmement vaste, puisqu'il
-s'étendoit depuis la rue des Augustins jusqu'à la seconde maison de
-la rue Pavée, et dans l'autre dimension jusqu'aux jardins de l'abbé de
-Saint-Denis, avoit été habité par des hôtes du rang le plus illustre.
-L'archiduc Philippe d'Autriche, allant de Flandres en Espagne, y logea
-en 1499; il servit de demeure à Jacques V, roi d'Écosse, lorsqu'il
-vint à Paris, en 1536, pour épouser Magdeleine de France; ce fut dans
-cet hôtel qu'on remit à Henri III l'ordre de la Jarretière; et Favier
-dit que, de son temps, tous les chapitres de l'ordre du Saint-Esprit
-s'y sont tenus.
-
- [Note 626: On cite entre autres Antoine du Prat, son
- petit-fils, seigneur de Nantouillet et prévôt de Paris. Le
- duc d'Anjou, le roi de Navarre et le duc de Guise, sur qui
- il s'étoit permis des propos indiscrets, lui mandèrent un
- jour qu'ils iroient souper chez lui à cet hôtel d'Hercule;
- et ils y allèrent, malgré tous les prétextes qu'il put
- alléguer pour se dispenser de recevoir cet honneur. Après le
- souper, leur suite pilla ou jeta par les fenêtres son
- argent, sa vaisselle et ses meubles. «Le lendemain, dit
- l'Étoile, le premier président fut trouver le roi (Charles
- IX), et lui dit que Paris étoit ému pour le vol de la nuit
- passée, et que l'on disoit que Sa Majesté y étoit en
- personne, et l'avoit fait pour rire; à quoi le roi ayant
- répondu que ceux qui le disoient avoient menti, le premier
- président répliqua: J'en ferai donc informer, Sire.--Non,
- non, répondit le roi; ne vous en mettez pas en peine: dites
- seulement à Nantouillet qu'il aura affaire à trop forte
- partie, s'il en veut demander raison.»]
-
-
-_Hôtel de Thouars_ (rue des Trois-Chandeliers).
-
-Cet hôtel, nommé depuis la _maison des Carneaux_, faisoit le coin de la
-rue où il étoit situé, et appartenoit aux vicomtes de Thouars, depuis
-créés ducs de La Trémouille. Ils le laissèrent tomber en ruines, et
-l'abandonnèrent, en 1379, à la fabrique de Saint-Germain-le-Vieux.
-
-Les abbés de Clairvaux avoient à côté, dans la rue de la Huchette,
-une maison avec jardins, qui fut appelée d'abord la maison de
-Pontigni: elle étoit située vis-à-vis celle d'Arnauld de Corbie,
-chancelier de France.
-
-
-_Hôtels divers_ (rue Saint-André-des-Arcs).
-
-Cette rue renfermoit un assez grand nombre d'hôtels remarquables.
-Auprès de la rue Gilles-Coeur étoit celui d'Arras ou d'Artois; celui
-des comtes d'Eu étoit situé entre les rues Pavée et des
-Grands-Augustins; au coin de la première de ces deux rues on trouvoit
-la maison du chancelier Poyet. Enfin on y voyoit deux hôtels de
-Navarre: le premier, situé entre la rue de l'Éperon et la porte Buci,
-appartenoit à Philippe de France, duc d'Orléans, ce qui lui fit donner
-le nom de _Séjour d'Orléans_; on le voit successivement passer à Louis
-d'Orléans, son petit-neveu; à Charles VI, qui le donna, en 1400, au
-comte de Savoie; ensuite au duc de Berri; à Louis, duc de Guyenne, en
-1411; il appartint depuis à Louis XI, qui en donna une partie à
-Jacques Coytier, son médecin; enfin à Louis XII, qui le vendit en
-1489. Le second hôtel de Navarre étoit situé de l'autre côté: Jeanne,
-reine de France, le légua pour la fondation d'un collége, que ses
-exécuteurs testamentaires préférèrent transporter à la montagne
-Sainte-Geneviève[627]. L'hôtel fut alors vendu, et celui de Buci
-s'éleva sur son emplacement. Il a formé depuis les grand et petit
-hôtels de Lyon, situés rues Saint-André et Contrescarpe, dans lesquels
-étoient établies des messageries.
-
- [Note 627: _Voy._ prem. part. de ce vol., p. 602.]
-
-
-_Hôtel de Besançon_ (rue Gilles-Coeur).
-
-Les titres qui font mention de cet hôtel l'indiquent comme faisant le
-coin de cette rue et de la rue de l'Hirondelle.
-
-
-_Hôtel des comtes de Mâcon_ (rue de Mâcon).
-
-Cet hôtel, situé dans cette rue, s'étendoit sur celle de la
-Vieille-Bouclerie. On ne dit point en quel temps il a été démoli.
-
-
-_Hôtels divers_ (rue Hautefeuille).
-
-On y remarquoit, 1º l'hôtel de Forez, lequel s'étendoit depuis la rue
-Pierre-Sarrasin jusqu'à celle des Deux-Portes; 2º une maison au coin
-de cette rue, qui a été occupée par M. Joly de Fleury; 3º une
-troisième au coin de la rue Percée, où l'on voyoit une tourelle sur
-laquelle on avoit sculpté des fleurs-de-lis, les armes de France, et
-la salamandre, devise ordinaire de François Ier.
-
-
-_Maisons diverses_ (rues du Foin et Serpente).
-
-Dans la première de ces deux rues étoit située la maison des religieux
-des Vaux de Cernai, laquelle s'étendoit jusqu'à celle de la
-Parcheminerie. On trouvoit dans la seconde une maison qui avoit
-appartenu, en 1330, à l'abbé et aux religieux de Fécamp.
-
-
-_Hôtel de Tours_ (rue du Paon).
-
-Cet hôtel, changé depuis en une maison garnie, qui portoit pour
-enseigne l'hôtel de Tours, étoit situé vis-à-vis le cul-de-sac de la
-rue du Paon. Sauval dit que les archevêques de Tours avoient leur
-hôtel dans cette rue, sans indiquer en quel temps. Jaillot ne trouve
-aucune preuve qu'ils aient acquis ni vendu une maison dans ce
-quartier, mais il cite un rôle de 1640, dans lequel on indique, rue du
-Paon: «une maison appartenant à M. Boutillier, surintendant des
-finances; tenue par M. l'archevêque de Tours.» La demeure de ce
-prélat, et peut-être de quelqu'un de ses successeurs, aura pu faire
-donner à cet hôtel le nom qu'il a porté jusqu'au moment de la
-révolution.
-
-
-_Hôtel de l'archevêque de Rouen_ (cul-de-sac de la cour de Rouen).
-
-Cet hôtel étoit situé à l'extrémité de ce cul-de-sac, qui en avoit
-reçu le nom, et qui le porte encore aujourd'hui.
-
-
-_Hôtel de Saint-Jean-en-Vallée_ (rue des Cordeliers).
-
-Cet hôtel, appartenant à l'abbé et aux religieux du monastère que nous
-venons de nommer, étoit situé dans cette rue, et s'étendoit jusqu'à la
-rue du Paon; il avoit été bâti, ainsi que partie du collége de
-Bourgogne, sur un terrain assez étendu, appartenant à l'abbaye
-Saint-Germain, lequel s'appeloit, au quatorzième siècle, le _fief du
-couvent_.
-
-
-_Hôtel des comtes de Harcour_ (rue des Maçons).
-
-À la fin du siècle dernier, on voyoit encore au coin de cette rue, du
-côté des Mathurins, les restes d'une chapelle qui avoit fait partie
-d'un grand hôtel appartenant aux comtes de Harcour. Il passa depuis à
-la maison de Lorraine, car il est indiqué, en 1574, dans le compte du
-receveur du domaine de la ville: «L'hôtel de Harcour, dit de Lorraine
-appartenant de présent à M. Gilles Le Maistre, président en la cour
-de parlement.» Il fut occupé depuis par M. Le Maistre de Ferrières.
-
-
-_Le Parloir aux Bourgeois_ (rue de la Harpe).
-
-Nous avons déjà dit que c'étoit ainsi que l'on appeloit autrefois le
-lieu d'assemblée des officiers municipaux. Il fut établi
-successivement dans divers endroits de la ville, et notamment dans une
-salle construite au-dessus de la porte de la ville située à
-l'extrémité de cette rue.
-
-
-HÔTELS EXISTANTS EN 1789.
-
-_Hôtel de Cluni_ (rue des Mathurins).
-
-Le palais des Thermes, dont nous avons déjà décrit le beau débris que
-l'on voit encore dans la rue de La Harpe, s'étendoit aussi dans la rue
-des Mathurins. Au treizième siècle il fut détruit et divisé en plusieurs
-parties. Celle qui régnoit sur cette rue fut acquise en 1243, d'abord
-par Raoul de Meulent, ensuite par Robert de Courtenai. Au commencement
-du quatorzième siècle, un de ses descendants, Jean de Courtenai, la
-vendit à l'évêque de Bayeux. Elle fut ensuite acquise par Pierre de
-Chalus, évêque de Cluni, quoiqu'il eût déjà une maison à la porte
-Saint-Germain et un logement au collége de Cluni. Enfin cet hôtel fut
-entièrement rebâti, suivant Jaillot, en 1490[628], par les soins de
-Jacques d'Amboise[629], abbé du même monastère, évêque de Clermont, etc.
-Cet édifice, qui existe encore en entier, et qui est bien conservé, nous
-semble un des monuments gothiques les plus élégants de la capitale, et
-mérite d'être visité par les curieux. Le portail et les croisées en sont
-couverts de sculptures très-délicatement travaillées; la chapelle,
-située au premier étage sur le jardin, offre une construction
-remarquable et singulière: la voûte, très-chargée de sculptures, est
-soutenue par un seul pilier de forme octogone élevé au milieu, et auquel
-viennent aboutir toutes les arêtes. Sur les murs de cette chapelle, qui
-peut avoir vingt à vingt-deux pieds carrés, étoient placés, en forme de
-mausolées, les portraits de la famille de Jacques d'Amboise, entre
-autres celui du cardinal; ils étoient la plupart à genoux, habillés
-suivant le costume du temps. Le fond étoit décoré d'un groupe de quatre
-figures représentant saint Jean, Joseph d'Arimathie et la Vierge qui
-pleure sur le corps de son fils. Le piédestal de ce groupe servoit
-d'autel[630].
-
- [Note 628: Germain Brice place cette reconstruction en
- 1505.]
-
- [Note 629: Il étoit neveu du fameux cardinal Georges
- d'Amboise, le ministre chéri de Louis XII. Les murailles
- offrent de toutes parts les armes de sa famille, ainsi que
- le bourdon et les coquilles, attributs de saint Jacques, son
- patron.]
-
- [Note 630: Toutes ces figures ont été détruites pendant la
- révolution. Cette chapelle sert maintenant à des cours
- particuliers de pharmacie.]
-
-À droite, une tour octogone renferme un très-bel escalier à vis, bien
-appareillé, d'une coupe heureuse, qui conduit aux divers appartements.
-Sur les murailles de la cour, on montroit autrefois le diamètre de la
-fameuse cloche de Rouen appelée _Georges d'Amboise_, et l'on
-prétendoit même que c'étoit dans cette cour qu'elle avoit été jetée en
-fonte.
-
-
-_Hôtel de Henri de Marle_ (rue du Foin).
-
-Dans cette rue, et au coin de celle de Bout-de-Brie, est un hôtel dont
-la façade n'annonce rien de remarquable, mais dont la porte offroit
-jadis un écusson qu'il est nécessaire de décrire: le champ en étoit
-d'azur, à deux faces d'or, accompagnées de six besants de même, trois
-en chef, deux en coeur et un en pointe. Ces mêmes armoiries se
-trouvoient répétées aux deux côtés d'un autre grand écusson sculpté
-sur la porte intérieure, lequel portoit trois _C_ ou croissants
-entrelacés, surmontés d'une couronne royale. Enfin, au-dessus de cet
-écusson, on en voyoit un troisième offrant l'écu de France à trois
-fleurs de lis, soutenu par deux anges, et surmonté de la couronne
-royale. Une ancienne tradition, qui s'est perpétuée jusque dans le
-siècle dernier, présentoit cette maison «comme un ancien palais élevé
-par Henri II, et désigné dans le quartier sous le nom d'_hôtel de la
-Reine-Blanche_, parce qu'après la mort de ce prince il avoit appartenu
-à son épouse Catherine de Médicis, qui demeura veuve pendant trente
-ans, depuis l'an 1559 jusqu'à l'an 1589.»
-
-Jaillot, qui combat cette tradition, convient en effet
-qu'indépendamment des divers hôtels qui ont reçu le nom de la
-_Reine-Blanche_, pour avoir appartenu à Blanche de Castille, veuve de
-Louis VIII, à Blanche de Bourgogne, femme de Charles-le-Bel, à Blanche
-d'Évreux, veuve de Philippe de Valois, l'usage étant de donner aussi
-le nom de _Reines-Blanches_ à toutes les veuves de nos rois, parce
-qu'elles portoient le deuil en blanc, il ne seroit pas impossible
-qu'un hôtel eût tiré son nom de cette dénomination singulière; mais
-cet usage avoit été aboli par Anne de Bretagne, qui la première porta
-le deuil en noir à la mort de Charles VIII, et par conséquent ne peut
-trouver son application à l'occasion de Catherine de Médicis. Quant
-aux armes contenues dans le premier écusson, ce sont celles de Martin
-Fumée, fils du garde des sceaux, qui étoit propriétaire de cette
-maison en 1541. Si Henri II, qui ne commença à régner qu'en 1547, en
-eût fait l'acquisition, peut-on supposer qu'il y eût fait sculpter le
-chiffre de la duchesse de Valentinois sans y ajouter le sien? eût-il
-surmonté un pareil écusson de la couronne royale? ce prince ou
-Catherine de Médicis y auroient-ils laissé subsister les armes des
-sieur et dame Fumée? etc., etc. N'est-il pas plus probable que Martin
-Fumée, fils d'un garde des sceaux, occupoit à la cour quelque place
-distinguée, soit qu'il fût attaché au service de la reine Claude,
-première femme de François Ier, soit qu'il fût un des officiers de
-Catherine de Médicis, nouvellement mariée au Dauphin; et que dans la
-reconstruction de sa maison il aura voulu perpétuer le souvenir d'une
-situation honorable en faisant sculpter ces trois _C_ en différents
-endroits et sur l'écusson même de ses armes? Ce sont là sans doute de
-simples conjectures; mais ce qui est sans réplique, c'est que M.
-Rousseau, ancien conseiller aux eaux et forêts, à qui cette maison
-appartenoit en 1772, communiqua à ce critique une liste suivie des
-anciens propriétaires depuis cinq cents ans, dans laquelle il n'y
-avoit ni rois ni reines.
-
-Cet hôtel est désigné dans quelques titres sous le nom de Henri de
-Marle, maître des requêtes, qui le possédoit en 1540. Par la même
-raison il portoit, au dix-septième siècle, le nom d'hôtel de
-Bourlon[631].
-
- [Note 631: Les armoiries ont été effacées. Il ne reste plus
- d'autres ornements que deux colonnes et quelques sculptures
- qui accompagnent une porte intérieure, et dont le style
- annonce le siècle de François Ier.]
-
-
-_Chambre royale et syndicale des Libraires et Imprimeurs_ (rue du
-Foin).
-
-L'imprimerie, inventée et pratiquée en Allemagne vers le milieu du
-quinzième siècle, ne tarda pas à s'introduire en France. Dès 1470
-Guillaume Ficher et Jean Heynlin de La Pierre, docteurs de Sorbonne,
-firent venir d'Allemagne Ulric Géring, imprimeur, et ses deux
-associés, Martin Krantz et Michel Friburger, et leur donnèrent dans la
-Sorbonne même un emplacement où ceux-ci établirent leurs presses.
-Ainsi la première imprimerie qui ait existé à Paris et dans la France
-a eu son berceau dans l'asile même des sciences dont elle devoit
-accroître le domaine et faciliter l'étude.
-
-Les inconvénients de cet art nouveau, plus grands peut-être que ses
-avantages, ne tardèrent pas à se faire sentir. L'impiété et la
-débauche, qui jusqu'alors avoient été forcées de se cacher dans
-l'ombre, parce qu'elles n'auroient pu sans danger se montrer au grand
-jour, profitèrent bientôt des ressources qu'offroit l'imprimerie pour
-répandre dans la société leurs maximes empoisonnées. Le mal fut si
-rapide, et devint si extrême, que, dès le siècle suivant, le
-gouvernement jugea nécessaire d'exercer la police la plus rigoureuse
-non-seulement sur les livres qui s'imprimoient en France, mais encore
-sur tous ceux qu'on y faisoit venir de l'étranger. Une ordonnance de
-Henri II, datée du 27 juin 1551, «défend à tous libraires, imprimeurs
-et vendeurs de livres, d'ouvrir aucunes balles de livres qui leur
-seroient apportées de dehors, s'ils n'eussent été vus et visités.» On
-choisit d'abord pour cet examen des personnes hors du corps de la
-librairie; ensuite on en chargea les libraires eux-mêmes, ainsi qu'il
-est constaté par un arrêt du parlement du 15 février 1611, qui ordonne
-que «les livres apportés en la ville de Paris seroient vus et visités
-par les syndics et adjoints de la communauté en la manière
-accoutumée.»
-
-La visite se faisoit d'abord chez les libraires mêmes qui avoient reçu
-les balles; mais, comme il n'étoit pas toujours possible de remplir
-cette formalité à l'instant même de la réception, et que le moindre
-délai pouvoit amener des inconvénients, on résolut d'établir un lieu
-de dépôt où les balles seroient d'abord apportées et visitées avant
-d'être remises à leurs propriétaires. Ce dépôt fut d'abord placé, en
-1617, dans les bâtiments du collége royal. On le voit ensuite
-transféré successivement au collége de Cambrai jusqu'en 1679; dans des
-bâtiments qui touchoient le couvent des Mathurins jusqu'en 1726; enfin
-dans une maison appartenant à ces religieux, et située rue du Foin,
-vis-à-vis l'hôtel dont nous avons parlé dans l'article précédent[632].
-
- [Note 632: Cette maison est maintenant habitée par des
- particuliers.]
-
-C'étoit dans cette chambre que, deux fois par an, on apportoit de la
-douane toutes les balles de livres et estampes qui arrivoient à Paris.
-Elles y étoient ouvertes et visitées gratuitement par les syndics et
-adjoints, en présence de deux inspecteurs de la librairie. La
-communauté y tenoit aussi ses assemblées pour les élections,
-réceptions de sujets, etc.
-
-
-_Porte de Buci._
-
-Cette porte, située à l'extrémité occidentale de la rue
-Saint-André-des-Arcs, n'étoit pas encore entièrement achevée lorsque
-Philippe-Auguste en fit don à l'abbaye Saint-Germain par sa charte de
-1209. Ces religieux la vendirent, en 1350, à M. Simon de Buci,
-premier président au parlement, et le premier qui ait pris ce
-titre[633]; elle reçut alors le nom de son nouveau propriétaire. C'est
-par cette porte qu'en 1418 Périnet Le Clerc introduisit dans Paris les
-gens de la faction du duc de Bourgogne; depuis elle fut murée.
-François Ier la fit rouvrir en 1539; enfin on l'abattit en 1672, et
-pour en conserver la mémoire on grava une inscription sur une table de
-marbre placée à l'endroit où elle avoit été située. Cette inscription
-existoit encore à la fin du siècle dernier, un peu plus haut et du
-même côté que l'égout[634].
-
- [Note 633: Les trois présidents nommés en 1344 par
- Philippe-de-Valois ne prenoient alors que la qualité de
- _maîtres du parlement_.]
-
- [Note 634: _Voy._ pl. 147.]
-
-
-_Porte Saint-Germain._
-
-Cette porte, nommée successivement _porte des Cordèles_, _des Frères
-Mineurs_, _Saint-Germain_, étoit située à l'extrémité de la rue des
-Cordeliers, un peu au-dessus de la rue du Paon. On voit dans les
-registres de la ville qu'en 1586 il y eut ordre de la faire fermer, et
-d'ouvrir celle de Buci. Elle fut abattue en 1672[635].
-
- [Note 635: _Voy._ ibid.]
-
-
-_Porte d'Enfer._
-
-Cette autre porte de l'enceinte de Philippe-Auguste étoit située à
-l'extrémité de la rue de la Harpe, précisément à l'endroit où l'on a
-depuis construit une fontaine. Elle est nommée, dans quelques actes du
-quatorzième siècle, _Gilbert_ et _Gibert_, mais plus communément
-_Gibard_, qui étoit le véritable nom du territoire où est aujourd'hui
-la place Saint-Michel.
-
-Dès cette même époque on l'appeloit aussi porte d'_Enfer_. Quelques
-auteurs ont pensé que ce nom lui avoit été donné parce qu'elle étoit
-placée vis-à-vis d'un chemin qui conduisoit au château de _Vauverd_,
-qu'on supposoit habité par des démons[636]; Jaillot n'est pas de cet
-avis, et s'appuyant sur plusieurs actes authentiques du treizième
-siècle, dans lesquels on trouve _hostium Ferri_, il pense que ce nom
-de porte d'_Enfer_ n'est qu'une altération de celui de porte de _Fer_
-qu'on lui avoit donné, soit que la ferrure en fût plus considérable
-que celle des autres, soit qu'elle fût garnie de plaques de ce métal,
-ce qui semble plus vraisemblable. Il l'a trouvée, pour la première
-fois, sous le nom de _porta Inferni_ (porte d'Enfer) dans l'acte de
-fondation du collége de Harcour, passé en 1311[637].
-
- [Note 636: Nous en parlerons à l'article des Chartreux,
- quartier du Luxembourg.]
-
- [Note 637: À peu de distance de l'emplacement de cette
- porte, et entre l'ancien terrain des Jacobins et les maisons
- de la rue Sainte-Hiacynthe, on voit encore quelques débris
- des murailles et des tours qui formoient l'enceinte de
- Philippe-Auguste.]
-
-
-FONTAINES.
-
-_Fontaine Saint-Séverin._
-
-Elle est située à l'angle que fait la rue Saint-Jacques avec celle de
-Saint-Séverin, et fournit de l'eau de la Seine. On y lit ces deux vers
-de Santeuil:
-
- _Dùm scandunt juga montis anhelo pectore nymphæ,
- Hìc una è sociis, vallis amore, sedet._
-
-
-_Fontaine Saint-Côme._
-
-Elle est située rue des Cordeliers[638], près de l'église dont elle
-porte le nom.
-
- [Note 638: Maintenant de _l'École-de-Médecine_.]
-
-
-_Fontaine des Cordeliers._
-
-Cette fontaine fut bâtie en 1672 dans la rue dont elle a pris le nom,
-et aussitôt qu'on eut abattu la porte Saint-Germain. On la
-reconstruisit en 1717: elle n'avoit rien de remarquable que cette
-inscription de Santeuil:
-
- _Urnam nympha gerens dominam properabat in urbem:
- Dùm tamen hìc celsas suspicit illa domus,
- Fervere tot populos, quæsitam credidit urbem,
- Constitit, et largas læta profudit aquas._
-
-
-_Fontaine Saint-Michel._
-
-Cette fontaine fut élevée en 1684 sur les dessins de Bullet,
-architecte, à la place de la porte Saint-Michel, qu'on venoit
-d'abattre; elle se compose d'une niche surmontée d'un arc assez élevé,
-et accompagnée de deux colonnes doriques. Au-dessus est gravée cette
-inscription de Santeuil:
-
- _Hoc in monte suos reserat sapientia fontes;
- Ne tamen hanc puri respue fontis aquam._
-
-
-RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS.
-
-_Rue Saint-André-des-Arcs._ Elle aboutit d'un côté à la place du
-Pont-Saint-Michel et aux rues de la Huchette et de la Vieille-Bouclerie;
-de l'autre, au carrefour des rues Dauphine, Mazarine, de Buci et des
-Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Les anciens titres offrent une grande
-variété, tant sur le nom de cette rue que sur la manière de l'écrire. On
-l'appeloit dans le principe _rue de Laas_, et ce nom lui étoit commun
-avec celle de la Huchette, dont elle fait la continuation, parce que
-c'étoit celui du territoire sur lequel elles sont situées. Il étoit
-encore planté de vignes lorsqu'en 1179, Hugues, abbé de
-Saint-Germain-des-Prés, le donna à cens, à la charge d'y bâtir et de
-payer 3 sous de redevance pour chaque maison. Ce fut alors qu'on perça
-les rues _Saint-Germain_, _du Serpent_, _des Petits-Champs_ et _des
-Sachettes_, aujourd'hui nommées _Saint-André_, _Serpente_, _Mignon_ et
-_du Cimetière-Saint-André_.
-
-Lorsque l'enceinte méridionale de Philippe-Auguste eut été achevée, ce
-prince ayant accordé aux religieux de Saint-Germain-des-Prés la porte
-par laquelle on passoit pour aller à leur couvent, cette porte reçut
-le nom de _Saint-Germain_, et on le donna également à la rue de Laas,
-parce qu'elle y conduisoit. Vers le même temps on construisit l'église
-Saint-André, et la rue prit tantôt le nom de Saint-Germain, tantôt
-celui de Saint-André; mais le premier ayant été donné depuis à la rue
-des Cordeliers et à celle des Boucheries, il en est résulté que
-souvent les trois rues ont été confondues ensemble. Jaillot pense que
-l'abbé Lebeuf se trompe lorsqu'il conjecture que la rue dont nous
-parlons a porté à la fois ces deux noms; celui de _Saint-André_
-jusqu'à la rue de l'Éperon, celui de Saint-Germain depuis cet endroit
-jusqu'à la porte[639]. Ce dernier espace formoit alors une place vide,
-et resta ainsi jusqu'en 1350, qu'il fut vendu en partie à Simon de
-Buci. On donna pour lors le nom de porte de _Buci_ à celle qu'on avoit
-fait construire au bout de la rue Saint-André, et de porte
-_Saint-Germain_ à celle de la rue des Cordeliers[640].
-
- [Note 639: T. II, p. 565.]
-
- [Note 640: On prétend aussi que la partie de cette rue,
- depuis celle de la Vieille-Bouclerie jusqu'à la rue Mâcon,
- fut appelée _de la Clef_, en mémoire de la trahison de
- _Périnet Le Clerc_[640-A], qui, ayant dérobé les clefs de la
- porte de Buci sous le chevet du lit de son père, introduisit
- les Anglois dans la ville. (Sauval, t. I, p. 126) Cette
- tradition paroît plus vraisemblable que celle qui faisoit
- regarder une des bornes de la rue Saint-André-des-Arcs, dont
- la partie supérieure représentoit une tête d'homme, comme la
- statue de ce traître. Jaillot, qui la traite de bruit
- populaire dénué de toute espèce de fondement, dit avoir lu
- dans des notes manuscrites recueillies par D. Félibien, et
- qui se conservoient à Saint-Germain-des-Prés, que cette
- borne étoit un monument d'une amende honorable faite au
- chapitre de Notre-Dame, en expiation d'insultes exercées à
- l'égard d'un chanoine, lors d'une procession qui passoit en
- cet endroit. «Si ce fait étoit vrai, dit ce critique, on en
- eût vraisemblablement conservé le souvenir par une
- inscription ou par quelque monument de sculpture mieux placé
- et moins exposé à être détruit qu'une borne mise à l'angle
- de deux rues très-fréquentées, et qui, par sa position,
- pouvoit facilement être mutilée ou rompue.»]
-
- [Note 640-A: _Voy._ t. II, prem. part., p. 991.]
-
-Quant au nom de Saint-André, que cette rue doit à l'église à laquelle
-elle conduit, nous avons déjà dit qu'il avoit varié suivant les temps:
-on lit dans différents titres, _Saint-Andri_, _Saint-Andrieu_,
-_Saint-Andrieu-des-Ars_, _Saint-André-des-Arts et des Arcs_. Ces
-derniers noms semblent n'être qu'une altération de celui de _Laas_.
-
-_Rue du Cimetière-Saint-André._ Elle aboutit d'un côté à la rue
-Hautefeuille, de l'autre à celle de l'Éperon. Sous le règne de saint
-Louis, on l'appeloit rue des _Sachettes_, _à cause de certaines femmes
-dévotes, vivant ensemble proche le monastère Saint-André_; elles-mêmes
-avoient reçu ce nom de leur vêtement, fait en forme de sac: _Pauperes
-mulieres de saccis_, _saccitæ_. Cette congrégation, qui n'étoit pas
-autorisée, ayant été détruite peu de temps après, la rue fut appelée
-_des Deux-Portes_, parce qu'il y en avoit une à chacune de ses
-extrémités: elle portoit ce nom en 1356, et l'a conservé encore
-pendant deux siècles avec celui qu'elle porte aujourd'hui, lequel
-provient du cimetière qu'on y plaça dans cette même année 1356.
-
-_Rue des Grands-Augustins._ Elle commence sur le quai des Augustins,
-et aboutit à la rue Saint-André-des-Arcs. Matthieu de Vendôme, abbé de
-Saint-Denis, ayant acquis plusieurs maisons et jardins, dans
-l'intention d'y bâtir un collége pour ses religieux, le chemin qui
-traversoit ce terrain prit aussitôt le nom de son nouveau
-propriétaire. Dès 1269, on l'appeloit _rue à l'Abbé-Saint-Denys_, et
-successivement _rue du Collége-Saint-Denys_, _des Écoles_ et _des
-Écoliers-Saint-Denys_. Elle prit ensuite le nom de _rue de la Barre_
-du côté de celle de Saint-André; et Jaillot pense qu'elle le dut à la
-galerie couverte qui joignoit ensemble l'hôtel de Saint-Cyr et le
-collége Saint-Denis, dont il étoit une dépendance. Elle conserva
-long-temps ce nom, car on le trouve encore dans un acte de 1546. Cette
-rue étoit alors distinguée en deux parties: du côté du quai on la
-nommoit rue des Augustins, quelquefois _rue de l'hôtel de Nemours_;
-dans l'autre partie, elle s'appeloit, en 1523, _rue des
-Écoles-Saint-Denys_, autrement dite _de la Barre_. Elle est aussi
-énoncée _rue des Charités-Saint-Denys_ dans un acte de 1672[641].
-
- [Note 641: Sur le terrain des Augustins on a percé une rue
- nouvelle qui va de celle-ci à la rue Dauphine. On la nomme
- rue du _Pont de Lodi_.]
-
-_Rue du Battoir._ Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de
-l'autre à celle de l'Éperon. Guillot la nomme rue de la _Platrière_. Un
-terrier de Saint-Germain-des-Prés de 1523[642] la désigne sous le nom de
-_Haute-Rue, dite rue du Battouer, autrement la Vieille-Platrière_.
-Plusieurs autres titres lui donnent la même dénomination; et du reste
-tout ce qu'en a dit Sauval est erroné, comme Jaillot l'a très-bien
-prouvé.
-
- [Note 642: Fol. 140 vº.]
-
-_Rue de la Vieille-Bouclerie._ Elle commence au bout de la place du
-Pont-Saint-Michel, et finit à la rue de la Harpe, au coin de celle de
-Saint-Séverin, et il en est fait mention dès 1236[643], sous le nom de
-_vicus Boclearia_. Sauval prétend qu'en 1272 on l'appeloit
-_l'abreuvoir Maçon_[644]. Elle y conduisoit effectivement: du reste,
-ce qu'il en dit, et ce qu'en disent ceux qui l'ont copié ou critiqué
-est tellement embrouillé, qu'il est difficile de les suivre dans ces
-minutieuses discussions; ce qu'on peut en conclure, c'est qu'il
-existoit en ce quartier deux rues de la Bouclerie, ainsi qu'il est
-prouvé par les vers de Guillot:
-
- Assès tôt trouva Sacalie,
- Et la petite Bouclerie,
- Et la grand Bouclerie après,
- Et Hérondale tout emprès.
-
- [Note 643: Reg. de la Temp. de Notre-Dame.]
-
- [Note 644: T. I, p. 118.]
-
-La marche du poëte, ainsi que les titres, prouvent que la rue de la
-_Petite-Bouclerie_ est celle dont il s'agit ici, et que la _grande_
-est la rue _Mâcon_, qui aboutissoit alors à la boucherie, située au
-coin de la rue de l'Hirondelle.
-
-On trouve la _petite Boucherie_ désignée encore sous le nom de la
-_vieille Bouclerie_. Jaillot pense que ce n'est point une faute
-d'impression, mais que cette dénomination vient de ce que la boucherie
-de Saint-Germain étoit établie, au douzième siècle, à la place dite
-depuis du _Pont-Saint-Michel_, laquelle n'existoit point encore. Quant
-à l'opinion de quelques historiens qui veulent que le nom de
-_Bouclerie_ vienne de ce qu'on y faisoit de petits boucliers, elle
-n'est appuyée sur aucune preuve.
-
-_Rue Bout-de-Brie._ Elle aboutit d'un côté à la rue du Foin, de
-l'autre à celle de la Parcheminerie. On lit dans plusieurs actes,
-_Bourg-de-Brie_, _Bout-de-Brye_, _Bouttebrie_, _du Bourc-de-Brie_,
-_Boudebrie_, et ce sont autant d'altérations du nom primitif qui étoit
-_Erembourg_ ou _Eremburge de Brie_, _vicus Eremburgis de Briâ et de
-Bratâ_ en 1284 et 1288, ainsi qu'on le lit dans un cartulaire de la
-Sorbonne. Avant la fin du quatorzième siècle on lui donnoit le nom de
-_rue des Enlumineurs_, sans doute à cause de ceux qui s'y étoient
-établis. On la trouve en 1371 et 1373 sous l'un et l'autre de ces deux
-derniers noms[645].
-
- [Note 645: Sauval, t. III, p. 625.]
-
-_Rue des Trois-Chandeliers._ On nomme ainsi une des descentes de la
-rue de la Huchette à la rivière, en face de la rue Zacharie.
-Sauval[646], confondant cette rue avec une autre, qui lui est
-parallèle, lui donne en conséquence plusieurs noms qu'elle n'a point
-portés. Elle est nommée, dans le quatorzième siècle, rue _Berthe_, et
-rue et port _aux Bouticles_. Ce dernier nom lui venoit des boutiques
-ou bateaux placés à son extrémité, dans lesquels on conservoit le
-poisson. On l'appela ensuite _Bertret_ par corruption. Depuis ce
-temps, quelques chandeliers s'y étant établis, la firent nommer rue
-_Chandelière_[647]. Enfin elle prit le nom _des Trois-Chandeliers_, de
-l'enseigne d'une maison qui en faisoit le coin[648].
-
- [Note 646: T. I, p. 123.]
-
- [Note 647: Hist. de Par., t. V, p. 187.]
-
- [Note 648: Sauval, t. II, p. 125.]
-
-_Rue du Chat-qui-Pêche._ Elle commence à la rue de la Huchette, et
-aboutit à la rivière. Le censier de Sainte-Geneviève l'appelle, en
-1540, ruelle _des Étuves_; on la trouve aussi désignée sous le nom de
-rue de Renard[649].
-
- [Note 649: Entre cette rue et la précédente on voyoit
- encore, à la fin du siècle dernier, une ruelle ou descente à
- la rivière, fermée par une porte à son entrée dans la rue de
- la Huchette; elle se nommoit rue des _Trois-Canettes_, et se
- trouve sur le plan de Boisseau sous le nom _du Harpeur_.
- Elle étoit peu connue, parce qu'elle ne servoit qu'à
- l'écoulement des eaux et des immondices. En 1767 la maison
- voisine de cette ruelle s'étant écroulée, on revint au
- projet déjà conçu de construire un quai le long de la
- rivière, entre le pont Saint-Michel et le Petit-Pont. Il fut
- ordonné en conséquence que la rue des Trois-Canettes seroit
- supprimée, et celle des Trois-Chandeliers élargie jusqu'à
- douze pieds dans toute sa longueur; ce qui fut exécuté.]
-
-_Rue Christine._ Elle traverse de la rue Dauphine dans celle des
-Grands-Augustins. On l'ouvrit, en 1607, sur une partie de
-l'emplacement de l'hôtel et des jardins du collége Saint-Denis. Le nom
-qu'elle porte lui fut donné en l'honneur de Christine de France,
-seconde fille de Henri IV.
-
-_Rue du Cloître-Saint-Benoît._ Elle donne d'un bout dans la rue des
-Mathurins, et de l'autre vient tourner par un passage voûté dans la
-rue Saint-Jacques. (Voyez _rue des Mathurins_.)
-
-_Rue de Cluni._ Elle commence à la place de Sorbonne, et finit à la
-rue des Cordiers. Son nom lui vient du collége de Cluni, qu'elle
-avoisine: elle le portoit dès la fin du treizième siècle. Guillot
-l'appelle rue à _l'abbé de Cluni_.
-
-_Rue Contrescarpe._ Elle traverse de la rue Dauphine dans celle de
-Saint-André-des-Arcs, et tire son nom de son ancienne situation, le
-long des murs de l'enceinte de Philippe-Auguste. Dans le procès-verbal
-de 1636, on la trouve sous la dénomination de rue _de Basoche_.
-
-_Rue des Cordeliers._ Cette rue, ainsi nommée des religieux qui s'y
-sont établis, aboutit d'un côté à la rue de la Harpe, et de l'autre à
-celle de Condé, vis-à-vis la rue des Boucheries. Guillot l'appelle rue
-des _Cordèles_, et elle prit le nom de rue Saint-Germain lorsque la
-rue Saint-André-des-Arcs cessa de le porter[650]. En 1304, un acte la
-présente sous celui de rue _Saint-Cosme et Saint Damian_. Elle
-finissoit anciennement au-dessus de la rue du Paon, à la place où
-étoit une des portes de l'enceinte de Philippe-Auguste.
-
- [Note 650: Sauval dit qu'en 1255, époque de la fondation du
- collége des Prémontrés, on la nommoit _rue aux Étuves_. Il
- se trompe: cette dénomination étoit celle d'une rue qui ne
- subsiste plus aujourd'hui, et qui passoit de la rue des
- Cordeliers à la rue Mignon, dont elle faisoit la
- continuation, entre le collége de Bourgogne et la maison des
- Prémontrés. (JAILLOT.)]
-
-_Rue des Cordiers._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Jacques, et
-de l'autre à celle de Cluni. On ne peut guère douter, dit Jaillot,
-qu'elle ne doive ce nom à des cordiers auxquels on avoit permis d'y
-filer du chanvre. Guillot l'appelle rue _as Cordiers_. Il y a quelque
-apparence qu'anciennement elle se prolongeoit jusqu'à la rue de la
-Harpe, et que le passage des Jacobins en a occupé depuis une partie.
-
-_Rue Dauphine._ Elle commence au bout du Pont-Neuf, et aboutit au
-carrefour que forment les rues Saint-André-des-Arcs, de la Comédie,
-Mazarine et de Buci. Henri IV ayant fait achever le Pont-Neuf, et
-voulant en faciliter la communication avec le faubourg Saint-Germain,
-fit ouvrir cette rue, en 1607, sur le jardin des Augustins, et sur les
-bâtiments du collége Saint-Denis. Le nom qu'elle portoit lui fut donné
-en l'honneur du Dauphin. On le donna également à une porte que l'on
-fit bâtir à son extrémité. Cette porte, située presque vis-à-vis la
-rue Contrescarpe, fut abattue en 1672.
-
-_Rue de l'Éperon._ Elle aboutit d'un côté à la rue
-Saint-André-des-Arcs, de l'autre à celle du Jardinet. Le plus ancien
-nom sous lequel on la trouve désignée est celui de rue _Gaugain_,
-_vicus Galgani_. Elle le portoit en 1269[651], et l'a conservé
-jusqu'au commencement du quinzième siècle; Guillot l'appelle rue
-_Cauvain_. Ce nom est également dans plusieurs titres de l'abbaye,
-dans lesquels on lit _Gongan_, _Gongain_, _Gongaud_, _Gorigand_, etc.
-Ce sont des fautes de copistes. Au quinzième siècle on la trouve
-désignée rue _Chapron_, _de Chaperon et Chapon_; enfin, dans le
-procès-verbal de 1636, on lit rue de l'Éperon. Ces derniers noms
-viennent de plusieurs enseignes.
-
- [Note 651: Arch. de l'abb. S. Germ.]
-
-_Rue du Foin._ Elle traverse de la rue de la Harpe à la rue
-Saint-Jacques. On ignore à quelle occasion elle a reçu ce nom; mais
-dès la fin du treizième siècle elle étoit appelée rue _O Fain_; _de la
-Fennerie_ en 1332; _au Foin_ en 1383 et 1386[652]. Cependant, en 1383,
-on la trouve aussi sous la dénomination de rue _aux Moines de Cernai_,
-parce que les abbés des Vaux de Cernai y avoient leur hôtel. Depuis
-elle a repris son premier nom, qu'elle conserve encore aujourd'hui.
-
- [Note 652: Sauval, t. I, p. 135.]
-
-_Rue Gilles-Coeur._ Elle commence à la rue Saint-André-des-Arcs, et
-aboutit au quai des Augustins. Les titres de Saint-Germain du
-quatorzième siècle l'indiquent sous les noms de _Gilles-Queux_,
-_Gui-le-Queux_, et, peut-être, par faute de copiste, _Gui-le-Preux_.
-Jaillot observe que ce nom de _Gui-le-Queux_ a été aussi donné à la
-rue des Poitevins, et cherchant son étymologie, il pense qu'il vient
-de quelqu'un de ses plus notables habitans[653]. Un acte de 1397, cité
-par Sauval, lui donne le nom de _Gui-le-Comte_. Ceux de
-_Gilles-le-Coeur_ et de _Gist-le-Coeur_ sont évidemment des fautes de
-copistes.
-
- [Note 653: Ce nom de _Queux_ signifie, en vieux françois,
- _cuisinier_; mais personne n'ignore que la charge de
- _Grand-Queux_ étoit chez le roi une des premières de la
- couronne. Les Châtillon se sont fait un honneur de la
- posséder.]
-
-_Rue de la Harpe._ Elle commence au bout de la rue de la
-Vieille-Bouclerie, au coin des rues Mâcon et Saint-Séverin, et
-aboutit à la place Saint-Michel. Un titre de 1247 lui donne déjà ce
-nom, _vicus Cithare_[654]. Dix ans après on la trouve sous celui _de
-la Juiverie_; la rue _des Juifs_, _domus in Judearia ante domum
-Cithare_, _vicus Judeorum_[655]; en 1262, _vetus Judearia_[656]. On
-l'appeloit ainsi parce que les juifs y avoient leurs écoles. En 1270
-le cartulaire de Sorbonne fait mention de la rue _du Harpeur_;
-toutefois d'autres actes du même cartulaire l'indiquent à cette époque
-sous le nom de _la Harpe_: _in vico de Citharâ_ en 1270, et _vicus
-Harpe_ en 1281. Elle doit ce nom à l'enseigne de la seconde maison à
-droite, au-dessus de la rue Mâcon.
-
- [Note 654: Past. A, p. 793.]
-
- [Note 655: Nécrol. de N. D. au 31 mars et 25 avril.]
-
- [Note 656: Archiv. de S. Germ. des Prés.]
-
-Cette rue, divisée autrefois en deux parties, s'appeloit rue de la Harpe
-ou de la _Herpe_ depuis la rue Saint-Séverin jusqu'à celle des
-Cordeliers; et depuis cet endroit jusqu'à la porte Saint-Michel, on la
-nommoit tantôt rue _Saint-Côme_, tantôt rue aux _Hoirs d'Harecour_[657].
-Jaillot, qui cite les actes où elle porte cette dénomination, dit que la
-distinction des deux parties de la rue de la Harpe subsistoit encore
-dans le procès-verbal de 1636[658].
-
- [Note 657: Lebeuf, t. II, p. 567.]
-
- [Note 658: Hist. de Par., t. IV, p. 133.]
-
-_Rue Hautefeuille._ Elle aboutit d'un côté à la rue
-Saint-André-des-Arcs, et de l'autre à celle des Cordeliers. Nous ne
-nous arrêterons point à cette tradition ridicule, qui veut que cette
-rue doive son nom à un château _de Hautefeuille_, lequel appartenoit,
-dit-on, à un petit-neveu de Charlemagne, véritable personnage de
-roman[659]. En supposant même, dit Jaillot, que le vieux château
-mentionné par nos historiens[660], et dont on trouva des vestiges en
-1358, lorsqu'on creusa les fossés qui bordoient l'enceinte de
-Philippe-Auguste, fût appelé de Hautefeuille, ce qui n'est qu'une
-simple conjecture, sa situation vis-à-vis les Jacobins, entre les
-portes Saint-Michel et Saint-Jacques eût fait naturellement donner son
-nom aux rues qui y conduisoient directement, comme celles de la Harpe
-et de Saint-Jacques ou autres rues intermédiaires qui en étoient plus
-proches que la rue de Hautefeuille, éloignée de cet endroit d'environ
-dix-huit cents toises. Du reste elle portoit ce nom dès 1252, et se
-prolongeoit alors jusqu'aux murs. Il en restoit encore des traces
-sensibles, à la fin du siècle dernier, dans le jardin des Cordeliers.
-Quant à l'étymologie de cette dénomination, Jaillot pense qu'elle
-pourroit venir des arbres hauts et touffus dont cette rue ou chemin
-pouvoit être bordé, et cette conjecture il l'appuie sur un passage des
-premiers statuts faits pour les Cordeliers, dans lesquels on défend
-aux religieux de jouer à la paume sous _la Haute-Feuillé_.
-
- [Note 659: Huon de Bordeaux, dans son roman, l'appelle
- _Amauri de Hautefeuille_, et dit qu'il étoit neveu de
- Ganelon.]
-
- [Note 660: Corroz., fol. 79, vº.--Belleforest, Ann. p.
- 889.--Du Breul, p. 500.--Hist. de Par., t. I, p. 261.]
-
-Il faut observer qu'au treizième siècle elle n'étoit pas appelée rue
-de Hautefeuille dans toute son étendue actuelle: du côté de la rue
-Saint-André, et jusqu'aux rues Percée et des Poitevins on la nommoit
-_rue Saint-André_ et _du Chevet-Saint-André_. Au commencement du
-quinzième, une foule d'actes la désignent dans cette partie sous le
-nom de _la Barre_[661]: on suppose qu'elle le devoit à Jean de La
-Barre, avocat, qui demeuroit dans le voisinage[662].
-
- [Note 661: Arch. de S. Germ. des Prés, A. 3, 4, 5.--Terrier
- de 1523, fol. 138 et suiv.]
-
- [Note 662: _Ibid._, fol. 237, vº.]
-
-_Rue de l'Hirondelle._ Elle aboutit d'un côté à la rue Gilles-Coeur,
-de l'autre à la place du pont Saint-Michel. On trouve ce nom écrit de
-diverses manières dans différents actes; en 1200, rue _d'Arrondale en
-Laas_, et _d'Arondelle en Laas_ en 1222; en 1263, _d'Hirondale_; dans
-Guillot, _d'Hérondale_; enfin on a dit rue de l'Hirondelle. Il est
-probable que ce nom provenoit de quelque enseigne.
-
-_Rue de la Huchette._ Cette rue commence au carrefour que forment la
-place du pont Saint-Michel et les rues Saint-André-des-Arcs et de la
-Vieille-Bouclerie, pour venir aboutir à la rue du Petit-Pont. Elle
-faisoit partie du territoire de Laas, lequel appartenoit à l'abbaye
-Saint-Germain. En 1179 l'abbé Hugues ayant aliéné la plus grande
-partie de ce territoire à la charge d'y bâtir, on construisit, des
-deux côtés du chemin, des maisons qui formèrent une rue, nommée
-d'abord rue de _Laas_; c'est ainsi qu'elle est indiquée en l'année
-1210. Mais dès 1284 plusieurs titres lui donnent le nom de rue de _la
-Huchette_, qui probablement venoit de quelque enseigne.
-
-_Rue de Hurepoix._ Elle aboutissoit d'un côté au quai des
-Augustins, et de l'autre à la place du pont Saint-Michel. On ne la
-distinguoit pas anciennement du quai, et elle étoit nommée rue de
-_Seine-allant-aux-Augustins_. En 1636 on l'appeloit rue du
-_Quai-des-Augustins_. Vers ce temps-là elle prit le nom qu'elle
-porte aujourd'hui d'un hôtel garni situé à l'extrémité du quai, où
-venoient loger les marchands du Hurepoix[663].
-
- [Note 663: Cette rue vient d'être abattue du côté de la
- rivière pour la construction d'un nouveau quai.]
-
-_Rue du Jardinet._ Cette rue donne d'un côté dans la rue Mignon, de
-l'autre dans le cul-de-sac de la cour de Rouen, au coin des rues du
-Paon et de l'Éperon. Elle se prolongeoit anciennement jusqu'à la rue
-Hautefeuille, et de ce côté portoit le nom _des Petits-Champs_; ce nom
-fut ensuite donné à la rue entière. Depuis on l'appela rue de
-_l'Escureul_ et des _Escureux_; enfin rue du _Jardinet_; peut-être,
-dit Jaillot, à cause du jardin de l'hôtel et collége de Vendôme,
-compris entre cette rue et celle du Battoir[664].
-
- [Note 664: En face de cette rue est le cul-de-sac appelé de
- la _cour de Rouen_, ainsi nommé parce que l'hôtel de
- l'archevêque de Rouen y étoit situé.]
-
-_Rue Mâcon._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-André-des-Arcs, et
-de l'autre à la rue de la Harpe, au coin de celle de la
-Vieille-Bouclerie, laquelle a porté le même nom. Toutes les deux le
-devoient à l'hôtel des comtes de Mâcon, dont nous avons déjà parlé.
-
-_Rue de l'Abreuvoir-Mâcon._ C'est une descente du carrefour des rues
-Saint-André-des-Arcs, de la Vieille-Bouclerie et de la Huchette, à la
-rivière. C'étoit par ce passage que l'on menoit abreuver les chevaux
-des comtes de Mâcon, et son nom a la même origine que celui de la rue.
-Il est fait mention de cet abreuvoir dès 1272[665].
-
- [Note 665: On a démoli plusieurs maisons de cette rue pour
- agrandir la place Saint-Michel.]
-
-_Rue des Maçons._ Elle donne d'un côté dans la rue des Mathurins, et
-aboutit de l'autre à la place de Sorbonne. Corrozet l'appelle rue du
-_Palais-au-Terme_, autrement des _Maçons_. Le premier de ces noms
-appartenoit d'abord à la rue des Mathurins, et ne fut donné à celle
-des Maçons que lorsque l'autre eut pris le nom des religieux qui s'y
-sont établis. Piganiol l'appelle seul rue _aux Bains_ et _aux Étuves_.
-
-Celui qu'elle porte aujourd'hui lui vient, selon Jaillot, d'un
-bourgeois nommé _Le Masson_, lequel y demeuroit au commencement du
-treizième siècle. On trouve, en 1254, _vicus Cementariorum_[666], et
-dans plusieurs actes subséquents jusqu'en 1296, _vicus Lathomorum_.
-Cette rue se prolongeoit autrefois jusqu'à celle des Poitevins; on en
-a retranché une partie pour faire la place de Sorbonne.
-
- [Note 666: Cartul. Sorbon., fol. 55.]
-
-_Rue des Mathurins._ Elle traverse de la rue de la Harpe à la rue
-Saint-Jacques. Elle avoit pris, dans l'origine, des Thermes de Julien
-qui y sont situés, le nom de rue du _Palais-du-Therme_, du
-_Palais-des-Thermes_; en 1220, _vicus de Termis_, _de Terminis_.
-Piganiol lui donne encore, mais mal à propos, le nom de rue _des Bains_
-ou _des Étuves_. Il paroît que l'abbé Lebeuf s'est aussi trompé en la
-désignant sous celui de rue _Saint-Mathelin_, qui alors étoit
-effectivement synonyme de _Mathurin_. C'est à la partie de la rue
-Saint-Jacques qui l'avoisine que ce nom appartenoit; celle dont nous
-parlons est encore nommée rue du _Palais-du-Therme_ et rue du _Palaix_
-dans des titres de 1421 et 1450. Il n'y a guère que trois siècles qu'on
-lui a donné sa dernière dénomination[667]. Vis-à-vis des Mathurins est
-une rue qui conduit au cloître Saint-Benoît: Jaillot croit le
-reconnoître, dans le cartulaire de Sorbonne et à l'année 1243, sous le
-nom de _vicus Andriæ_ DE MACOLIS; elle est indiquée _rue
-d'André-Machel_ dans un acte de 1254. Aujourd'hui elle se confond avec
-l'ancien cloître sous le nom commun de rue _du Cloître-Saint-Benoît_.
-
- [Note 667: Il y avoit autrefois près de l'église des
- Mathurins un cul-de-sac qui la séparoit du palais des
- Thermes, et qui portoit le nom de _Coterel_ ou _Cocerel_.]
-
-_Rue Mignon._ Elle traverse de la rue du Battoir dans celle du
-Jardinet, qui, comme nous l'avons remarqué, a porté le nom de rue _des
-Petits-Champs_. Il fut aussi donné à la rue Mignon, qui fait équerre
-avec l'autre. Quant à sa dernière dénomination, elle la doit au
-collége du même nom dont nous avons déjà parlé.
-
-_Rue de l'Observance._ Cette rue, qui aboutit d'un côté à la rue des
-Cordeliers, de l'autre à celle des Fossés-de-Monsieur-le-Prince, fut
-percée en 1672. Elle a pris le nom qu'elle porte de l'église et de la
-principale porte des Cordeliers, dits de _l'Observance_, qui y étoient
-situées.
-
-_Rue du Paon._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Cordiers, de
-l'autre à celle du Jardinet. Ce nom lui vient d'une enseigne, et elle
-le portoit dès 1246[668]. Sauval s'est trompé en lui donnant celui de
-rue de l'_Archevêque-de-Reims_[669], lequel ne convient qu'au
-cul-de-sac situé dans cette rue, comme Jaillot l'a démontré[670].
-
- [Note 668: Cart. de Sorbon., fol. 132.]
-
- [Note 669: T. II, p. 77.]
-
- [Note 670: Ce cul-de-sac n'existe plus, de même que l'hôtel,
- lequel occupoit l'espace compris entre les rues de
- Hautefeuille, du Jardinet, du Paon et du cul-de-sac même où
- il étoit situé.]
-
-_Rue de la Parcheminerie._ Elle traverse de la rue Saint-Jacques à
-celle de la Harpe. Suivant le cartulaire de Sorbonne, on la nommoit
-rue _des Écrivains_, _vicus Scriptorum_ en 1273[671]. Guillot
-l'appelle rue _as Écrivains_. Comme le parchemin étoit la seule
-matière sur laquelle on écrivît, elle en prit son dernier nom; et
-l'on trouve en 1387 _vicus Pergamenorum_[672], et dans tous les titres
-du siècle suivant, rue _des Parcheminiers_ et de la _Parcheminerie_.
-
- [Note 671: Cart. Sorb. 1273-1279.]
-
- [Note 672: Comp. des heures du chap. N. D.]
-
-_Rue Pavée._ Cette rue, qui traverse du quai des Augustins à la rue
-Saint-André-des-Arcs, étoit ainsi nommée dès le treizième siècle. Au
-seizième on l'appeloit _rue Pavée-d'Andouilles_, dénomination dont
-l'origine est entièrement inconnue.
-
-_Rue Percée._ Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de l'autre
-à celle de la Harpe. Guillot ne nomme pas cette rue; elle existoit
-cependant au temps où il écrivoit. On la trouve indiquée, en 1262,
-1266 et 1277, sous le nom de _vicus Perforatus_. Dans plusieurs actes
-du siècle suivant, elle est nommée rue _Percée_, dite _des
-Deux-Portes_.
-
-_Rue Pierre-Sarrasin._ Cette rue, qui traverse de la rue Hautefeuille
-à celle de la Harpe, doit son nom à un bourgeois, lequel possédoit, au
-treizième siècle, plusieurs maisons en cet endroit. Dans un compte de
-1511[673] elle est appelée rue _Jean-Sarrasin_; mais elle ne tarda pas
-à reprendre son premier nom, qu'elle a conservé jusqu'à présent.
-
- [Note 673: Sauval, t. III, p. 555.]
-
-_Rue des Poirées._ Elle commence à la rue Saint-Jacques; et faisant un
-retour d'équerre, sous le nom de rue _Neuve-des-Poirées_, elle vient
-aboutir à la rue des Cordiers. L'ancien nom de cette rue étoit
-_Thomas_ et ensuite _Guillaume-d'Argenteuil_; c'est ainsi qu'elle est
-indiquée, en 1236, dans le cartulaire de Sorbonne[674]. On trouve
-ensuite _vicus ad Poretas_ en 1264, et _vicus Poretarum_ en 1271.
-Cette rue se prolongeoit autrefois jusqu'à celle des Maçons, et avoit
-reçu populairement le nom de rue _aux Écoliers-de-Rhétel_, à cause du
-collége de ce nom qui y étoit situé; mais dans tous les actes on la
-trouve désignée sous celui de rue _Porée_, _des Porées_ et _des
-Poirées_.
-
- [Note 674: Fol. 13, 14, 28, 116, etc.]
-
-_Rue des Poitevins._ Elle forme un équerre, et aboutit d'un côté à la
-rue Hautefeuille, de l'autre à celle du Battoir. On la nommoit, en
-1253, rue _Gui-le-Gueux_, ensuite _Gui-le-Queux_ dite _des Poitevins_,
-enfin simplement _des Poitevins_ en 1288. Plusieurs auteurs tels que
-Sauval, Dom Bouillart, Dom Félibien la nomment _Ginart-aux-Poitevins_
-et _Gerard-aux-Poitevins_; deux titres de 1356 l'appellent
-_Guiard-aux-Poitevins_[675].
-
- [Note 675: Manusc. de S. Germ., C. 454. La partie de cette
- rue qui aboutit à celle du Battoir étoit indiquée, au
- commencement du quinzième siècle, sous le nom grossier et
- ridicule de _rue du Pet_, en 1560 _rue du Petit-Pet_, et _du
- Gros-Pet_ en 1636.]
-
-_Place du Pont-Saint-Michel._ Elle est située à l'extrémité du quai
-des Augustins. L'abbaye Saint-Germain y avoit autrefois un pressoir
-pour faire _vin et verjus_; et c'étoit sur cette place que se
-faisoient les ventes par ordonnance de justice; depuis elles ont été
-transportés sur la place du Châtelet.
-
-_Rue des Deux-Portes._ Elle traverse de la rue Hautefeuille à celle de
-la Harpe, et doit ce nom aux portes qui la fermoient à ses extrémités.
-Elle le portoit des 1450.
-
-_Rue Poupée._ Elle aboutit d'un côté à la rue de la Harpe, de l'autre
-à celle de Hautefeuille. Dans le douzième siècle, elle est désignée
-sous le nom de _Popée_[676]; en 1300 on l'appeloit _Poupée_, et
-depuis, par altération ou par faute de copiste, _Poinpée_ et _Pompée_.
-
- [Note 676: Arch. de S. Germ.]
-
-_Rue Neuve-de-Richelieu._ Elle conduit de la rue de la Harpe à la
-place et à l'église de Sorbonne. Ce fut pour donner un point de vue à
-ce monument que, dès 1637, on projeta de faire une place vis-à-vis, et
-d'ouvrir une rue qui donneroit dans celle de la Harpe. Cette rue fut
-effectivement ouverte en 1639 sur un terrain formé de quelques
-dépendances des colléges de Cluni et du Trésorier. Elle a été
-quelquefois désignée sous les noms de rue _des Thrésoriers_ et _de
-Sorbonne_.
-
-_Rue de Savoie._ Elle traverse de la rue des Grands-Augustins dans la
-rue Pavée, et doit son nom à l'hôtel de Savoie situé dans cette
-dernière rue, lequel en occupoit tout l'espace jusqu'à celle des
-Grands-Augustins.
-
-_Rue Serpente._ Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de
-l'autre à celle de la Harpe. Elle devoit ce nom aux sinuosités qu'elle
-formoit avant d'avoir été redressée. Dès 1250 on l'appeloit rue _de la
-Serpente_ et _vicus Serpentis_. Guillot écrit, pour la rime, _de la
-Serpent_.
-
-_Rue Saint-Séverin._ Cette rue, qui aboutit d'un côté à la rue de la
-Harpe, et de l'autre à la rue Saint-Jacques, est fort ancienne et doit
-son nom à l'église que nous y voyons. On la trouve, on ne sait
-pourquoi, indiquée, dans un compte du domaine de 1574, rue
-_Colin-Pochet_, autrement dite _Saint-Séverin_[677].
-
- [Note 677: Sauval, t. III, p. 644. Il y a dans cette rue un
- cul-de-sac appelé _Sallembrière_; c'est une altération du
- nom _Saille-en-bien_, _Saliens in bonum_, qu'il portoit
- anciennement. Ce nom étoit celui d'un particulier qui y
- avoit sa maison; on le trouve dans un acte du cartulaire de
- Sorbonne daté de 1239, et dans plusieurs actes subséquents.
- Ce cul-de-sac, qui étoit une rue à cette époque, aboutissoit
- à une autre ruelle, laquelle ne subsiste plus, et qu'on
- nommoit rue _des Jardins_. Celle-ci donnoit dans la rue
- Saint-Jacques.]
-
-_Rue des Prêtres-Saint-Séverin._ Elle aboutit d'un côté à la rue
-Saint-Séverin, de l'autre à celle de la Parcheminerie. On l'appeloit,
-en 1244, _ruelle devant_ ou _près Saint-Séverin_. En 1260 et 1264, les
-titres de Sorbonne la nomment _strictus vicus sancti Severini_; les
-actes du temps, _ruelle_ et _ruellette Saint-Séverin_, _ruelle de
-l'archiprêtre_. En 1489, on disoit _ruelle Saint-Séverin dite au
-Prêtre_, et simplement _ruelle au Prêtre_ en 1508.
-
-_Rue de Sorbonne._ Elle commence à la rue des Mathurins, et aboutit à
-la place de Sorbonne. Le nom le plus connu que cette rue ait porté est
-celui _des Portes_ _et des Deux-Portes_; on le lui donnoit encore en
-1283, quoique, suivant le cartulaire de Sorbonne, on l'appelât, dès
-1281, _vicus de Sorboniâ et de Sorbonio_. Guillot la nomme _rue as
-Hoirs de Sabonnes_; Du Breul l'a confondue avec la rue _de
-Coupegueule_.
-
-_Place de Sorbonne._ Elle fut formée du retranchement d'une partie de
-la rue des Poirées, qui, comme nous l'avons dit, se prolongeoit alors
-jusqu'à la rue des Maçons.
-
-_Rue de Touraine._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Cordeliers, de
-l'autre à celle des Fossés-de-Monsieur-le-Prince. C'est mal à propos
-que sur les plans modernes elle est nommée rue _de Turenne_. On
-l'ouvrit, vers la fin du dix-septième siècle, presque sur le même
-alignement que la rue du Paon, et comme elle sembloit en faire la
-continuation, on lui donna le nom de _Touraine_, à cause de l'hôtel de
-_Tours_ situé dans cette dernière rue.
-
-_Rue Zacharie._ Elle traverse de la rue Saint-Séverin à celle de la
-Huchette. Ce nom est altéré; on disoit en 1219 rue _Saqualie_, _vicus
-qui dicitur Sachalia_[678]; les cartulaires de Sorbonne et de
-Saint-Germain lui donnent le même nom en 1262 et 1276. Ce nom étoit
-celui d'une maison qui y étoit située. La négligence des copistes en a
-altéré l'orthographe, et ils écrivirent successivement _sac-alie_,
-_saccalie_, _sac-à-lie_, _sac-alis_, _saccalit_. Cette rue est nommée
-_Zacharie_ dans le procès-verbal de 1636, et depuis a toujours
-conservé cette dernière dénomination[679].
-
- [Note 678: Past. A., fol. 690.--Nécrol. de N. D.]
-
- [Note 679: «Il n'y a pas long-temps, dit Saint-Foix, qu'on
- voyoit encore sur la porte de la maison qui fait le coin de
- cette rue et de la rue Saint-Séverin une pierre de deux
- pieds en carré, où l'on avoit gravé différentes figures; les
- principales étoient celles d'un homme renversé de cheval, et
- d'un autre à qui une dame mettoit sur la tête un _chapeau de
- roses_. On lisoit au haut ces mots: _Au vaillant Clary_; et
- en bas: _En dépit de l'envie_. C'est un monument que la
- soeur de Guillaume Fouquet, écuyer de la reine Isabeau de
- Bavière, osa faire mettre sur sa maison, à la gloire de sire
- de Clary, son parent, dans le temps que la cour, irritée du
- combat de ce brave homme contre Courtenay, le poursuivoit,
- et vouloit le faire périr sur l'échafaud.» Pierre Courtenay,
- chevalier anglois et favori de son maître, étoit venu à
- Paris uniquement pour défier à la lance et à l'épée Guy de
- La Trémouille, porte-oriflamme; s'en retournant, après avoir
- rompu avec lui quelques lances, il se vanta, dans une visite
- qu'il fit à la comtesse de Saint-Pol, soeur du roi
- d'Angleterre, qu'aucun François n'avoit osé _s'éprouver_
- contre lui; le sir de Clary, qui étoit présent, s'indignant
- de l'injure qu'il faisoit à sa nation, lui proposa le champ
- clos pour le lendemain, et eut le bonheur de le mettre hors
- de combat. Une intrigue de cour présenta sous un aspect
- odieux cette action si glorieuse pour un vrai chevalier; on
- lui fit un crime d'avoir osé _prendre une journée_ sans la
- permission du roi; et pour ne pas expier sa victoire par une
- mort ignominieuse, comme un traître à sa patrie, le brave
- Clary fut forcé de prendre la fuite, et resta long-temps
- dans l'exil.»]
-
-
-QUAIS.
-
-_Quai des Augustins._ Il aboutit d'un côté au Pont-Neuf, de l'autre à
-la rue du Hurepoix. Jusqu'au règne de Philippe-le-Bel il n'y avoit
-entre les Augustins et la rivière qu'un terrain en pente douce, planté
-de saules, et qui servoit de promenade aux habitants du voisinage;
-toutefois la moindre inondation rendoit le passage difficile, souvent
-même impraticable, et ruinoit les maisons qu'on y avoit bâties. Ces
-inconvénients devinrent si graves que ce prince donna ordre au prévôt
-des marchands de détruire cette saussaie, et de faire construire un
-quai depuis l'hôtel de Nesle jusqu'à la maison de l'évêque de
-Chartres. Cet ordre fut exécuté en 1313[680]; en 1389 on l'appeloit
-rue _de Seine par où l'on va aux Augustins_, et depuis rue _du
-Pont-Neuf_ (Saint-Michel) _qui va aux Augustins_; en 1444 rue _des
-Augustins_. Ce quai, ainsi que la rue des Augustins, doit le nom qu'il
-porte aux religieux qui s'y sont établis. Les marchés à la volaille et
-au pain y avoient été établis par arrêt du conseil de 1676, et une
-inscription placée au coin de la rue témoignoit qu'il avoit été
-entièrement reconstruit en 1708[681].
-
- [Note 680: Livre rouge de l'Hôtel-de-Ville, fol. 107.]
-
- [Note 681: Au-dessous du marbre sur lequel cette inscription
- étoit gravée, on voyoit encore, avant la révolution, un
- bas-relief gothique qui représentoit une amende honorable
- que les sergents à verge avoient été contraints de faire, en
- 1440, à Justice, à l'Université et aux Augustins. Sous
- prétexte de signifier un exploit, ils s'étoient permis de
- tirer par force un de ces religieux du cloître de son
- couvent et en avoient tué un autre qui vouloit s'opposer à
- cette violence. «Par sentence du prévôt de Paris, dit Du
- Breul, ils furent condamnés à faire trois amendes
- honorables, l'une au Châtelet, l'autre au lieu du forfait et
- occision, et la dernière à la place Maubert; ils devoient
- les faire sans chaperon, nuds jambes et nud pieds, tenant
- chacun à la main une torche ardente de quatre livres,
- requérants à tous merci et pardon; puis ils furent condamnés
- à faire faire une croix en pierre de taille près le lieu où
- ladite occision fut faite, avec image représentant ladite
- réparation: davantage leurs biens confisqués, préalablement
- prise sur iceux la somme de 1000 livres parisis, et _en
- après bannis à jamais du royaume_.» Cependant cette peine,
- qu'on peut considérer comme légère, vu l'énormité du crime,
- fut sans doute encore adoucie: car Jaillot prétend avoir vu
- plusieurs significations faites par un de ces sergents
- depuis 1440 jusqu'en 1449.]
-
-
-MONUMENTS NOUVEAUX
-
-_Et réparations faites aux anciens monuments depuis 1789._
-
-_Église Saint-Séverin._ Cette église est décorée de deux nouveaux
-tableaux qui lui ont été donnés par la ville en 1819. L'un représente
-la mort d'Ananie et Saphire; l'autre, saint Pierre guérissant un
-boiteux. Ces deux tableaux sont de feu Pallière, et font honneur à son
-pinceau.
-
-_Le Marché à la Volaille._ Ce marché, bâti en 1810 par M. Happe, sur
-l'emplacement qu'occupoient auparavant l'église et le couvent des
-Grands-Augustins, présente, entre quatre murs percés d'arcades, trois
-nefs parallèles, dont celle du milieu est plus large et plus élevée
-que les deux autres. L'aspect de ce monument a de la grandeur, et les
-dispositions intérieures sont aussi commodes qu'il étoit possible de
-le désirer.
-
-_Fontaine de l'École de Chirurgie._ Cette fontaine, située en face de
-l'école de chirurgie, doit former le centre d'un ensemble de
-constructions destinées à circonscrire et à décorer la place que la
-démolition de l'église des Cordeliers a ouverte devant ce monument.
-
-Elle se compose de quatre colonnes d'ordre dorique, de proportion
-très-élégante, qui supportent un entablement mutulaire, dont la
-composition, bien qu'elle soit peu correcte, a de la grâce et de la
-légèreté. Au-dessus s'élève un attique orné d'une grande table
-renfoncée sur laquelle doit être gravée une inscription. Entre les
-colonnes on aperçoit une vaste niche cintrée, du sommet de laquelle
-s'échappe et tombe en cascade un volume d'eau considérable: il remplit
-un bassin demi-circulaire, et se divise ensuite d'une manière commode
-pour l'usage au moyen d'un mécanisme ingénieux.
-
-Les constructions latérales déjà commencées, et propres à former des
-habitations particulières, rappellent les proportions de masses et les
-principales lignes de la façade de l'école. L'auteur de ce bel
-édifice, chargé d'en coordonner les accessoires, avoit conçu à cet
-effet un plan très-heureux: il est à souhaiter que ce plan soit suivi,
-et que ce qu'il avoit commencé soit achevé.
-
-_Collége Saint-Louis._ Il est établi dans les anciens bâtiments du
-collége de Harcour, auxquels on a fait des augmentations
-considérables.
-
-_Les Thermes._ La maison de la rue de la Harpe qui masquoit cette
-ruine antique a été démolie; on l'a couverte d'un toit, et encadrée
-dans des constructions qui l'entourent de toutes parts et la mettent
-désormais à l'abri des injures du temps et des dégradations nouvelles
-qu'elle auroit pu éprouver. L'emplacement qu'occupoit la maison
-formera au-devant une espèce de cour. Ces travaux, interrompus depuis
-quelque temps, ne sont point encore achevés.
-
-_La Sorbonne._ Ce vaste édifice, rendu à l'université, est devenu le
-chef-lieu de l'académie de Paris. On achève en ce moment d'en réparer
-l'église, dans laquelle le tombeau du cardinal de Richelieu sera remis
-à la place qu'il occupoit avant la révolution. Cette église sera sans
-doute consacrée aux solennités religieuses de cette compagnie.
-
-
-RUES ET PLACES NOUVELLES.
-
-_Rue du Cloître-Saint-Benoît._ Voy. _Cloître-Saint-Benoît._
-
-_Rue de l'École-de-Médecine._ C'est le nom que porte aujourd'hui la
-rue des Cordeliers.
-
-_Rue du Pont-de-Lodi._ Cette rue nouvelle communique de la rue
-Dauphine à celle des Grands-Augustins.
-
-_Place du Pont-Saint-Michel._ Elle a été agrandie de la rue de
-l'Abreuvoir, qui a été détruite et dont le terrain a été nivelé.
-
-_Quai Saint-Michel._ Il s'étend du pont Saint-Michel au Petit-Pont, et
-a été construit sur l'emplacement des maisons qui couvroient ce
-terrain et que l'on a abattues.
-
-
-FIN DE LA SECONDE PARTIE DU TROISIÈME VOLUME.
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES.
-
-TROISIÈME VOLUME.--SECONDE PARTIE.
-
-
- Pages.
-
-QUARTIER SAINT-BENOÎT.
-
- Paris sous Louis XIII et sous la minorité de Louis XIV. 1
-
- Origine du quartier 337
-
- Le Petit-Châtelet 338
-
- Saint-Julien-le-Pauvre 341
-
- Chapelle Saint-Yves 344
-
- Les Carmes 346
-
- Saint-Jean-de-Latran 352
-
- Saint-Benoît 355
-
- Saint-Hilaire 364
-
- Sainte-Geneviève 367
-
- Palais de Clovis 385
-
- Chapelle Saint-Michel 386
-
- Saint-Étienne-du-Mont 388
-
- Les filles Sainte-Geneviève 397
-
- Sainte-Geneviève (nouvelle église) 398
-
- Les Jacobins 408
-
- Saint-Étienne-des-Grès 419
-
- Chapelle Saint-Symphorien 425
-
- La Visitation 427
-
- Le séminaire Saint-Magloire 428
-
- Saint-Jacques-du-Haut-Pas 433
-
- Hôpital Sainte-Geneviève 437
-
- Sainte-Aure (communauté) 438
-
- Les orphelines de l'Enfant-Jésus 440
-
- Saint-Siméon-Salus (communauté) 441
-
- Les filles Sainte-Perpétue 442
-
- Les religieuses de la Présentation-Notre-Dame 443
-
- Les filles Saint-Michel 445
-
- Sainte-Anne-la-Royale (communauté) 448
-
- Les Ursulines 449
-
- Les Bénédictins anglois 453
-
- Les Feuillantines 457
-
- Les filles de la Providence 459
-
- Les Carmélites 462
-
- Le Val-de-Grâce 472
-
- Les filles Sainte-Agathe 485
-
- Les Capucins 486
-
- L'hospice Saint-Jacques-du-Haut-Pas 487
-
- L'Observatoire 488
-
- Colléges, Écoles, etc. 494
-
- Hôtels 569
-
- Fontaines 572
-
- Barrières 573
-
- Rues et places du quartier Saint-Benoît 574
-
- Monuments nouveaux, etc. 595
-
- Rues nouvelles 597
-
-
-QUARTIER SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS.
-
- Origine du quartier 599
-
- Les Grands-Augustins 600
-
- Les frères Cordonniers 615
-
- Saint-André-des-Arcs 617
-
- Saint-Séverin 627
-
- Les filles Sainte-Marthe 635
-
- Les Mathurins _Ibid._
-
- Palais des Thermes 641
-
- Les Prémontrés 647
-
- Saint-Côme et Saint-Damien 650
-
- Académie royale de Chirurgie 654
-
- Les Cordeliers 665
-
- La Sorbonne 673
-
- Colléges, Écoles, etc. 685
-
- Hôtels 709
-
- Fontaines 728
-
- Rues et places du quartier Saint-André-des-Arcs 730
-
- Quais 750
-
- Monuments, nouveaux, etc. 751
-
- Rues et places nouvelles 753
-
-
-FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.
-
-
-[Notes au lecteur de ce fichier numérique:
-
-Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été
-corrigées. L'orthographe de l'auteur a été conservée.
-
-Les lettres supérieures inusuelles ont été entourées de parenthèses.
-
-Corrections effectuées:
-
---Page 124: "Mazarin devoit en grande partie son élévation à Charigni"
-a été remplacé par "Mazarin devoit en grande partie son élévation à
-Chavigni".
-
---Note 248: "april" a été remplacé par "avril".
-
---Page 371: "de disposer de leurs prétendes" a été remplacé par "de
-disposer de leurs prébendes".]
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Tableau historique et pittoresque de
-Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Tome 6/8), by Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TABLEAU HISTORIQUE DE PARIS ***
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-<title>The Project Gutenberg e-Book of Tableau Historique et Pittoresque de Paris (6/8); Author: J. B. de Saint-Victor.</title>
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-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of Tableau historique et pittoresque de Paris
-depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Tome 6/8), by Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
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-
-Title: Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Tome 6/8)
-
-Author: Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor
-
-Release Date: August 16, 2019 [EBook #60106]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TABLEAU HISTORIQUE DE PARIS ***
-
-
-
-
-Produced by Mireille Harmelin, Guy de Montpellier, Christine
-P. Travers and the Online Distributed Proofreading Team
-at http://www.pgdp.net (This file was produced from images
-generously made available by the Bibliothèque nationale
-de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
-
-
-
-
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-
-</pre>
-
-
-<p class="p4 center">TABLEAU<br />
- HISTORIQUE ET PITTORESQUE<br />
- DE PARIS.</p>
-
-<p class="p4 center small">IMPRIMERIE DE COSSON, RUE GARENCIÈRE.</p>
-
-<h1>TABLEAU<br />
-<span class="smaller">HISTORIQUE ET PITTORESQUE</span><br />
- DE PARIS,<br />
-<span class="smaller">DEPUIS LES GAULOIS JUSQU'À NOS JOURS.</span></h1>
-
-<p class="p2 center">Dédié au Roi<br />
- Par J. B. de Saint-Victor.</p>
-
-<p class="p2 center"><i>Seconde Édition</i>,<br />
- <span class="smcap small">REVUE, CORRIGÉE ET AUGMENTÉE</span>.</p>
-
-<p class="p2 center small">QUATRE VOLUMES IN-8<sup>o</sup>, ET UN ATLAS IN-4<sup>o</sup>.<br />
- TOME TROISIÈME.&mdash;DEUXIÈME PARTIE.</p>
-
-<p class="right15"><i lang="la">Miratur molem..... Magalia quondam.</i><br />
- <span class="smcap">Æneid.</span>, lib. I.</p>
-
-<p class="p4 center smaller">PARIS,<br />
-LIBRAIRIE CLASSIQUE-ÉLÉMENTAIRE,<br />
-RUE DU PAON, N<sup>o</sup> 8.</p>
-<p class="center">M DCCC XXIV.</p>
-
-<div class="chapter">
-<h2>AVIS DE L'ÉDITEUR.</h2>
-
-<p>Une inadvertance de l'imprimeur, dont on s'est aperçu trop tard pour
-pouvoir y porter remède, a produit une irrégularité dans la manière de
-numéroter les pages adoptée jusqu'à présent dans cet ouvrage. Les
-nombres, au lieu de <em>suivre</em> dans cette seconde partie du troisième
-volume ceux de la première, ainsi qu'il a été pratiqué dans les
-première et seconde parties des deux volumes précédents, recommencent
-par l'<em>unité</em>, comme si cette partie formoit un volume séparé.</p>
-
-<p>Cette erreur est de peu d'importance sans doute; nous ajouterons même
-que, vu le nombre considérable de pages que contient chacun de ces
-volumes, cette manière de les numéroter est à la fois plus simple et
-plus commode que la première.</p>
-
-<p>Elle eût été adoptée dès le commencement, si nous avions pu nous faire
-alors une juste idée de l'étendue que devoit avoir l'ouvrage. Au lieu
-de suivre les divisions de la première édition, et de publier trois
-volumes partagés en six parties, chacune de ces parties eût formé un
-volume séparé, et celle-ci seroit le sixième.</p>
-
-<p>Nous espérons que messieurs les Souscripteurs jugeront comme nous
-qu'une erreur qui ne produit absolument aucun changement dans
-l'économie du livre mérite à peine d'être remarquée.</p>
-</div>
-
-
-<div class="chapter">
-<span class="pagenum"><a id="page1" name="page1"></a>(p. 1)</span>
-<p class="p4 center">TABLEAU<br />
-HISTORIQUE ET PITTORESQUE<br />
-DE PARIS.</p>
-
-<h2>QUARTIER SAINT BENOIT.</h2>
-
-<div class="resume">
- <p>Ce quartier est borné à l'orient par la rue du
- Pavé-de-la-Place-Maubert, le marché de ladite place, les rues de
- la Montagne-Sainte-Geneviève, Bordet, Moufetard, et de Lourcine
- exclusivement; au septentrion, par la rivière, y compris le
- Petit-Châtelet; à l'occident, par les rues du Petit-Pont et de
- Saint-Jacques inclusivement; et au midi, par l'extrémité du
- faubourg Saint-Jacques, jusqu'à la rue de Lourcine.</p>
-
- <p>On y comptoit, en 1789, cinquante-neuf rues, trois culs-de-sac,
- deux abbayes, deux églises collégiales, quatre paroisses, trois
- chapelles, quatre séminaires, six communautés d'hommes, quatre de
- filles et six couvents; deux écoles, dix-neuf colléges, un
- hôpital, deux places, etc.</p>
-</div>
-
-
-<h3>PARIS SOUS LOUIS XIII ET SOUS LA MINORITÉ DE LOUIS XIV.</h3>
-
-<p>Il faut suivre avec attention le règne de Louis XIII: il n'a pas été,
-selon nous, moins étrangement jugé par ses nombreux historiens que les
-règnes qui l'ont précédé. La révolution, qui nous a appris à nous
-tenir en garde contre <span class="pagenum"><a id="page2" name="page2"></a>(p. 2)</span> leurs censures passionnées, nous apprendra de
-même à nous méfier de leurs admirations niaises et de leurs jugements
-superficiels. Comment en seroit-il autrement? Nous voyons de nos yeux
-des catastrophes qu'ils n'avoient pas su prévoir, qu'il ne leur
-appartenoit pas même de pouvoir imaginer. Il nous est donné de saisir
-dans leur ensemble des faits qu'ils isoloient sans cesse les uns des
-autres, qu'il leur arrivoit souvent de considérer comme de grands et
-heureux résultats des vues purement humaines selon lesquelles la
-société chrétienne étoit depuis si long-temps gouvernée; tandis que,
-les considérant selon l'ordre de la Providence et dans les justes
-rapports où ils sont placés, nous y découvrons à la fois et les effets
-nécessaires de ces fausses doctrines que nous avons tant de fois
-signalées, et les causes non moins fatales d'événements réservés aux
-âges suivants, et dont nous étions destinés à subir les dernières
-conséquences.</p>
-
-<p>(1610.) Une partie de la grande chambre du parlement étoit assemblée
-dans une des salles du couvent des Grands-Augustins, située dans cette
-partie méridionale de Paris que nous décrivons maintenant<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1" title="Lien vers la note 1"><span class="smaller">[1]</span></a>; et le
-président de Blanc-Mesnil y tenoit l'audience du soir, lorsque le
-<span class="pagenum"><a id="page3" name="page3"></a>(p. 3)</span> bruit s'y répandit que Henri IV venoit d'être assassiné. Pendant ce
-temps, les conseillers les plus intimes de la reine délibéroient déjà
-avec elle sur les moyens de lui assurer la régence. Le moment étoit
-favorable et même décisif, car le prince de Condé et le duc de
-Soissons, les deux princes du sang qui avoient le plus de puissance et
-de crédit, étoient alors absents de la cour. Aussi sut-elle en
-profiter; et le parlement étoit encore dans le premier trouble où
-l'avoit jeté cette fatale nouvelle, lorsque le duc d'Épernon, celui de
-tous ces conseillers de Marie de Médicis qui, dans cette circonstance,
-montra le plus de présence d'esprit et de résolution, y entra tout à
-coup, et demanda avec hauteur, même d'un ton presque menaçant<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2" title="Lien vers la note 2"><span class="smaller">[2]</span></a>, que
-cette princesse fût déclarée régente, séance tenante et sans
-délibérer. Elle le fut en effet à l'instant même. Le lendemain, le roi
-vint tenir son lit de justice où la régence fut confirmée; et aussitôt
-commencèrent les troubles de cette orageuse minorité.</p>
-
-<p>On forma un conseil de régence; et d'abord la plupart <span class="pagenum"><a id="page4" name="page4"></a>(p. 4)</span> des grands
-seigneurs et des officiers de la couronne prétendirent y avoir entrée.
-Tandis que les ministres de la reine étoient occupés à satisfaire ou à
-repousser ces prétentions, le comte de Soissons arriva à Paris, se
-plaignant hautement qu'une affaire d'une aussi grande importance que
-la régence du royaume eût été terminée sans sa participation, et
-soutenant qu'un arrêt du parlement ne suffisoit point pour la
-conférer; qu'elle ne pouvoit l'être que par le testament des rois, ou
-par une déclaration faite de leur vivant, ou par l'assemblée des
-états-généraux. Il fallut apaiser ce prince hardi et entreprenant: les
-ministres y parvinrent en lui donnant une pension de cinquante mille
-écus et le gouvernement de la Normandie.</p>
-
-<p>Il fallut aussi calmer les alarmes des huguenots, qui n'avoient point
-dans les conseillers de la régente la confiance qu'avoit fini par leur
-inspirer le feu roi, et qui surtout étoient loin de les craindre
-autant qu'ils l'avoient craint. On se hâta donc de publier une
-déclaration qui confirmoit l'édit de Nantes dans toutes ses
-dispositions. L'arrivée du duc de Bouillon dans la capitale avoit
-suivi de près celle du comte de Soissons: son crédit étoit grand dans
-le parti religionnaire dont il étoit considéré comme un des chefs
-principaux; sa souveraineté de Sedan, ses alliances et ses
-intelligences avec un grand nombre de princes étrangers, <span class="pagenum"><a id="page5" name="page5"></a>(p. 5)</span> l'activité
-de son esprit et son habileté, en faisoient un personnage considérable
-et capable de se faire redouter. Il étoit arrivé assez tôt pour
-assister au conseil dans lequel fut agitée la grande question de
-savoir si l'on suivroit la politique du feu roi, qui n'avoit rassemblé
-deux armées en Champagne et en Dauphiné, que pour soutenir les
-entreprises des princes protestants contre la maison d'Autriche et les
-projets de conquête du duc de Savoie sur le Milanois; ou si,
-abandonnant un tel système, on conclueroit avec l'Espagne une alliance
-solide, si nécessaire au repos de la chrétienté. Cet avis prévalut et
-fit voir qu'il y avoit de bons esprits dans cette assemblée<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3" title="Lien vers la note 3"><span class="smaller">[3]</span></a>.
-L'armée du Dauphiné fut dissoute; on conserva celle de Champagne; et
-le duc de Bouillon, à qui l'on avoit promis, trop légèrement sans
-doute, le commandement de cette armée<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4" title="Lien vers la note 4"><span class="smaller">[4]</span></a>, ne vit <span class="pagenum"><a id="page6" name="page6"></a>(p. 6)</span> point sans un dépit
-profond ses espérances trompées, et la préférence que l'on donna, dans
-cette circonstance, au maréchal de la Châtre.</p>
-
-<p>Mais ce qui inquiéta la régente plus vivement que tout le reste, ce
-fut le retour du prince de Condé de l'exil volontaire où il s'étoit
-condamné sous le feu roi<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5" title="Lien vers la note 5"><span class="smaller">[5]</span></a>. Elle craignoit qu'il ne fût rentré en
-France pour lui disputer la régence et s'emparer du gouvernement. Ses
-craintes et celles de ses ministres furent telles à cet égard, qu'à
-l'occasion de ce retour, l'ordre fut donné d'armer les bourgeois de
-Paris, et que l'on créa pour les commander de nouveaux officiers qui
-prêtèrent serment de fidélité à la reine<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6" title="Lien vers la note 6"><span class="smaller">[6]</span></a>. De son côté, le prince
-n'étoit pas sans méfiance et sans alarmes: il ne voulut entrer à Paris
-que bien accompagné; sur l'invitation secrète qu'il leur en fit faire,
-un grand nombre de seigneurs et de gentilshommes allèrent au-devant de
-lui et lui formèrent un cortége imposant, qui l'accompagna jusqu'au
-Louvre, où il se rendit au moment même de son arrivée. Telles <span class="pagenum"><a id="page7" name="page7"></a>(p. 7)</span> étoient
-les dispositions des esprits, signes précurseurs et manifestes des
-discordes qui alloient bientôt éclater.</p>
-
-<p>Dès ces premiers moments de la régence, on commença à s'apercevoir de
-l'empire absolu qu'exerçoient sur l'esprit de la reine Concini et sa
-femme Éléonore Galigaï. Leur faveur sembloit croître de jour en jour;
-rien ne s'obtenoit que par eux, rien ne se faisoit que par leur avis.
-Tout plioit devant ces deux étrangers, et les princes du sang étoient
-réduits eux-mêmes à rechercher leur amitié. Des querelles de cour, des
-jalousies, des méfiances nouvelles furent les premiers résultats de
-cette affection aveugle et impolitique de Marie de Médicis; et nous en
-verrons bientôt de plus tristes effets.</p>
-
-<p>(1611) Cette année fut remarquable par la disgrâce du duc de Sully,
-depuis long-temps odieux à la cour, disgrâce que quelques-uns de son
-parti, et même des plus considérables, avouèrent qu'il avoit bien
-méritée<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7" title="Lien vers la note 7"><span class="smaller">[7]</span></a>. Le plus grand <span class="pagenum"><a id="page8" name="page8"></a>(p. 8)</span> nombre des protestants n'en jugea pas ainsi.
-Ces sectaires qui savoient si bien mettre à profit ou les malheurs de
-l'état ou la foiblesse de ceux qui le gouvernoient, ne pouvoient
-laisser échapper l'heureuse occasion que leur offroit une minorité
-pour recommencer leurs insolences et leurs mutineries. Cette même
-année étoit justement celle où il leur étoit permis de se réunir en
-assemblée générale afin de procéder à l'élection de deux députés qui
-résidoient constamment pour eux auprès de la cour, et qu'ils
-renouveloient tous les trois ans; elle se tint, comme à l'ordinaire,
-à Saumur, <span class="pagenum"><a id="page9" name="page9"></a>(p. 9)</span> et indépendamment des délégués de chaque église, qui
-devoient légalement la former, on y vit arriver les ducs de La
-Trimouille, de Bouillon, de Sully, de Rohan, MM. de Soubise, de La
-Force, de Châtillon, et un grand nombre d'autres seigneurs des plus
-considérables du parti. L'alarme se répandit bientôt à la cour,
-lorsqu'on les vit, oubliant qu'ils n'étoient assemblés que pour
-procéder à la nomination de leurs députés, proposer de nouvelles
-formules de serment, répondre aux déclarations de la régente par des
-cahiers de plaintes, et refuser de nommer ces députés jusqu'à ce que
-l'on eût fait droit à leurs <span class="pagenum"><a id="page10" name="page10"></a>(p. 10)</span> réclamations, dans lesquelles les intérêts
-du duc de Sully ne furent point oubliés. La France entière partageoit
-les alarmes de la cour, et craignoit de se voir replonger dans les
-horreurs de ces guerres civiles si peu éloignées d'elle, et dont les
-traces sanglantes n'étoient point encore effacées; et en effet, si
-l'on en eût cru les plus violents, le parti entier eût, à l'instant
-même, repris les armes et commencé les hostilités. Mais plusieurs
-autres, qui exerçoient aussi une grande influence, étoient plus
-modérés; quelques-uns même entretenoient des intelligences avec la
-cour, entre autres le duc de Bouillon; et ce fut particulièrement à
-ses efforts et à son habileté que l'on dut d'arrêter, au moyen de
-quelques concessions nouvelles, leurs pernicieux desseins. Son zèle
-toutefois étoit loin d'être désintéressé: la récompense qu'il en reçut
-ne lui paroissant pas suffisante<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8" title="Lien vers la note 8"><span class="smaller">[8]</span></a>, il se repentit bientôt de ce
-qu'il avoit fait; et c'est alors qu'on le vit, se tournant du côté du
-prince de Condé, s'insinuer, par mille artifices, jusque dans sa
-confiance la plus intime, et employer tout ce qu'il avoit de
-ressources dans l'esprit pour aigrir ses mécontentements.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page11" name="page11"></a>(p. 11)</span> (1612) Ils commencèrent à se manifester à l'occasion du mariage de
-Louis XIII avec une infante d'Espagne: le contrat en fut signé le 22
-août de cette année. Ce mariage, vivement désiré par le pape, et dont
-les effets naturels devoient être de changer toute la politique de la
-chrétienté, ne pouvoit être vu d'un bon &oelig;il par le parti protestant;
-et du reste, les esprits étoient, dès lors, tellement faussés sur tout
-ce qui touchoit aux véritables rapports des sociétés que le
-christianisme avoit réunies sous une loi commune, que plusieurs, même
-parmi les catholiques, blâmoient aussi ce mariage comme ne devant
-amener d'autre résultat que de fortifier en Allemagne la puissance de
-la maison d'Autriche, et d'ôter à la France la confiance et l'appui
-des princes protestants. Le prince de Condé et le comte de Soissons
-adoptèrent ces idées: ce n'étoit qu'avec une extrême répugnance qu'ils
-avoient donné leur consentement à ce mariage; la faveur de Concini,
-qui n'avoit plus de bornes, aigrissoit encore leur mécontentement;
-elle continuoit à remplir la cour de cabales et de divisions; et le
-duc de Bouillon, attentif à profiter de toutes les fautes de la
-régente, ne cessoit de répéter au prince de Condé qu'elle perdoit
-l'état, et qu'il lui appartenoit, comme premier prince du sang, de
-porter remède à un aussi grand mal; il lui montroit tous ces
-mécontents <span class="pagenum"><a id="page12" name="page12"></a>(p. 12)</span> qu'avoit faits l'aveugle prévention de Marie de Médicis
-pour ce qu'il appeloit un <em>faquin de Florentin</em>, prêts à se réunir à
-lui dans une si noble et si juste cause, lui offrant en même temps le
-secours et l'appui du parti protestant, c'est-à-dire une armée de cent
-mille hommes et les places fortes de France les mieux pourvues de
-munitions et d'artillerie. Tout cela produisit enfin l'effet qu'il en
-attendoit. (1614) Cette intrigue, conduite habilement et avec un tel
-mystère que la reine et ses ministres n'en saisirent pas le moindre
-fil et n'en eurent pas même le soupçon, éclata tout à coup par la
-retraite des deux princes, que suivirent bientôt les ducs de Nevers,
-de Longueville, de Mayenne, de La Trimouille, de Luxembourg, de Rohan,
-et un grand nombre d'autres seigneurs. Le duc de Bouillon partit le
-dernier; le duc de Vendôme, arrêté au moment où il se disposoit à
-sortir de Paris, trouva bientôt le moyen de s'échapper; et tandis que
-les autres confédérés se rassembloient dans la ville de Mézières, il
-courut en Bretagne dans le dessein de faire soulever cette province
-dont il étoit gouverneur.</p>
-
-<p>Dans la situation critique où cette fuite des princes mettoit la
-régente, le duc d'Épernon donna le conseil vigoureux de faire prendre,
-à l'instant même, les armes à la maison du roi; de mettre le jeune
-monarque à la tête de <span class="pagenum"><a id="page13" name="page13"></a>(p. 13)</span> cette petite armée, et de poursuivre les princes
-et seigneurs fugitifs avant qu'ils eussent eu le temps de rassembler
-des troupes et d'organiser leur parti. De l'aveu même du prince de
-Condé, ils étoient perdus si ce conseil eût été suivi; mais on préféra
-négocier lorsqu'il falloit combattre. Aux manifestes du prince de
-Condé, la reine répondit par des apologies; et sans que l'on eût tiré
-l'épée de part et d'autre, cette première guerre fut terminée par le
-traité de Sainte-Ménéhould, dans laquelle on accorda aux mécontents à
-peu près tout ce qu'ils demandoient, ce qui ne produisit de leur part
-et ne devoit en effet produire qu'une feinte soumission. Il fallut
-même que le jeune roi fût mené en Bretagne pour forcer le duc de
-Vendôme à mettre bas les armes; et il ne fût point rentré dans le
-devoir, si une partie de la province n'eût refusé de se faire complice
-de sa rébellion.</p>
-
-<p>Quant aux protestants, ils se conduisirent, en cette circonstance, et
-ceci est très-remarquable, comme s'ils eussent été réellement une
-puissance indépendante, qui auroit eu des intérêts propres et
-entièrement étrangers à ceux de l'état. Après avoir promis aux princes
-d'être leurs auxiliaires contre la régente, ils avoient fait savoir à
-celle-ci que, si elle vouloit les satisfaire, ils l'aideroient à
-réduire les mécontents; puis, voyant que les deux partis vouloient la
-paix, ils s'étoient retournés <span class="pagenum"><a id="page14" name="page14"></a>(p. 14)</span> du côté de ceux-ci pour rallumer la
-guerre. Renfermé dans la ville de Saint-Jean-d'Angeli dont, deux ans
-auparavant, il avoit eu l'audace de s'emparer sans que la cour eût osé
-lui demander raison d'un tel attentat, le duc de Rohan, protestant de
-bonne foi et l'un des chefs les plus ardents de ce parti, dirigeoit
-toutes ces man&oelig;uvres, et étendant ses vues dans l'avenir, espéroit, à
-la faveur de ces discordes intestines, lui faire regagner tout ce
-qu'il avoit perdu.</p>
-
-<p>Jusqu'à cette époque, la ville de Paris n'avoit pris aucune part à ces
-divisions: elle étoit demeurée soumise à l'autorité de la régente; et
-le parlement, que les princes avoient tenté d'entraîner dans leur
-rébellion, n'avoit pas même voulu ouvrir les missives qu'ils lui
-avoient adressées. La majorité du roi, déclarée dans un lit de justice
-tenu le 20 octobre de cette année, sembloit devoir accroître encore
-cette confiance du peuple et de ses magistrats dans une administration
-qu'avoit confirmée, au milieu de cette grande solennité, la volonté
-suprême du monarque. Les états-généraux, dont la convocation étoit un
-des principaux articles du traité de Sainte-Ménéhould, indiqués
-d'abord à Sens, transférés ensuite à Paris, ne produisirent rien qui
-mérite d'être remarqué. Les princes essayèrent vainement de s'y rendre
-maîtres des délibérations: ils n'y purent obtenir aucun crédit, et le
-temps s'y passa en vaines <span class="pagenum"><a id="page15" name="page15"></a>(p. 15)</span> altercations qui tournèrent au profit de
-l'autorité.</p>
-
-<p>(1615) Ce fut pendant ces états, les derniers que l'on ait tenus en
-France, que commencèrent à paroître deux hommes destinés à jouer avant
-peu et successivement le premier rôle dans le gouvernement, le sieur
-Charles d'Albert de Luynes, qui entroit alors dans la faveur du roi et
-à qui fut donné le gouvernement d'Amboise, dont un des articles du
-traité de pacification obligeoit le prince de Condé à se démettre; et
-Armand-Jean Du Plessis de Richelieu, évêque de Luçon, qui, dans la
-présentation des cahiers, harangua le roi au nom du clergé<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9" title="Lien vers la note 9"><span class="smaller">[9]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page16" name="page16"></a>(p. 16)</span> Déçus des espérances qu'ils avoient fondées sur cette assemblée des
-états-généraux, les princes recherchèrent l'appui du parlement et
-l'excitèrent à demander des réformes dans l'administration. Cette
-compagnie qui les avoit repoussés lorsqu'ils étoient en révolte
-ouverte, les accueillit dès qu'ils lui offrirent les apparences d'une
-résistance <em>légale</em> à l'autorité, résistance dans laquelle elle se
-voyoit appelée à paroître au premier rang, et qui alloit confirmer ses
-anciennes prétentions à s'immiscer dans les affaires publiques.</p>
-
-<p>S'étant donc assemblé le 28 mars, le parlement prit un arrêté par
-lequel les princes, ducs, pairs et officiers de la couronne ayant
-séance en la cour, étoient invités de s'y rendre pour donner leur avis
-sur les propositions qu'il avoit résolu de faire «pour le service du
-roi, le soulagement de ses sujets et le bien de l'état.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page17" name="page17"></a>(p. 17)</span> On n'a pas besoin de dire que la reine, jalouse comme elle l'étoit de
-son autorité, se trouva offensée au dernier point de cet arrêt. On
-défendit aux princes de se rendre aux assemblées du parlement; la
-démarche de cette compagnie fut déclarée attentatoire à l'autorité
-royale; et les gens du roi, mandés le lendemain au Louvre, reçurent
-l'ordre d'y apporter son arrêt et le registre de ses délibérations.</p>
-
-<p>En donnant son registre, le parlement fit porter au roi quelques
-paroles de soumission, protestant qu'il n'avoit prétendu ordonner la
-convocation dont on se plaignoit que sous le <em>bon plaisir</em> de sa
-majesté. Cependant, comme il ne cessa point de demander une réponse à
-ce sujet, et que cette demande devint même l'objet d'un nouvel arrêté
-rendu solennellement le 9 avril suivant, l'ordre lui fut intimé
-d'envoyer des députés au Louvre. Ces députés y furent très-mal reçus.
-Le jeune prince, endoctriné par sa mère, débuta avec eux par des
-paroles pleines d'aigreur. Le chancelier de Silleri, parlant ensuite
-au nom du roi, leur défendit expressément de se mêler du gouvernement
-de l'état, et surtout de faire désormais la moindre démarche pour
-l'exécution de leur arrêt. Les députés répondirent par des
-protestations d'une entière obéissance; et le lendemain, les chambres
-assemblées n'en arrêtèrent pas moins qu'il seroit fait des
-remontrances au <span class="pagenum"><a id="page18" name="page18"></a>(p. 18)</span> roi sur les désordres de l'état. Ni les efforts ni les
-menaces de la reine ne purent empêcher l'effet du nouvel arrêt. Leurs
-remontrances, dressées par des commissaires, examinées dans plusieurs
-séances tenues exprès par les chambres assemblées, furent lues le 26
-mai dans une audience que le parlement demanda au roi. Dans ces
-remontrances, où cette compagnie établissoit d'abord le droit qu'elle
-avoit de prendre connoissance des affaires de l'état, elle attaquoit
-indirectement l'alliance et le double mariage conclu avec l'Espagne,
-et d'une manière plus marquée, la faveur extraordinaire dont jouissoit
-un étranger, le maréchal d'Ancre<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10" title="Lien vers la note 10"><span class="smaller">[10]</span></a>, au préjudice des propres sujets
-du roi, demandoit une meilleure administration des finances, proposoit
-quelques dispositions favorables aux princes, et du reste répétoit une
-partie des remontrances contenues dans les cahiers du tiers-état, lors
-de la dernière assemblée des états-généraux. Toutes ces choses furent
-écoutées avec beaucoup d'impatience de la part de la reine; et lorsque
-la lecture en fut achevée, sa colère éclata sans mesure. La députation
-fut renvoyée avec de grandes menaces; le lendemain 27 mai, un arrêt du
-conseil, rendu contre les remontrances du parlement, ordonna qu'elles
-seroient biffées de ses registres, en même <span class="pagenum"><a id="page19" name="page19"></a>(p. 19)</span> temps que son arrêté du 28
-mars; et des lettres-patentes lui furent expédiées pour qu'il eût à
-enregistrer à l'instant même cet arrêt.</p>
-
-<p>Cependant cette affaire, qui occupoit alors tous les esprits et qui
-sembloit devoir être poussée aux dernières extrémités, n'eut point les
-suites fâcheuses qu'on auroit pu en attendre. Le parlement, voyant la
-cour irritée à ce point, s'humilia sous l'autorité royale, ainsi que
-c'étoit son usage quand il sentoit qu'il n'étoit pas le plus fort,
-satisfait d'ailleurs d'avoir ainsi empêché de tomber en désuétude ses
-anciennes prétentions à s'immiscer dans le gouvernement de l'état, et
-retira ses remontrances. De son côté, la cour, sachant l'affection que
-les peuples portoient à cette compagnie, ne parla plus ni de
-l'enregistrement ni de l'exécution de son arrêté; mais, dès ce moment,
-l'opinion publique, sur laquelle le parlement exerçoit une grande
-influence, fut ébranlée; et la haine qu'inspiroit aux grands l'extrême
-faveur du maréchal d'Ancre, se communiqua à toutes les classes de la
-société, qui commencèrent à le considérer comme le seul auteur de
-toutes les divisions de la cour, et de tous les maux dont la France
-étoit affligée.</p>
-
-<p>Un démêlé très-vif qu'il eût avec le duc de Longueville<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11" title="Lien vers la note 11"><span class="smaller">[11]</span></a>, dans
-lequel celui-ci succomba, <span class="pagenum"><a id="page20" name="page20"></a>(p. 20)</span> accrut encore cette haine générale dont il
-étoit l'objet. Alors les princes, indignés de cet outrage, s'éloignent
-une seconde fois de la cour, publient un manifeste sanglant,
-particulièrement dirigé contre le favori, font traîner en longueur les
-négociations que l'on a la foiblesse d'entamer avec eux, afin de se
-donner le temps de rassembler des troupes, passent la Loire à la tête
-d'une armée, font un traité avec les protestants, dont les alarmes
-croissoient à mesure que l'époque du mariage du roi devenoit plus
-prochaine; et la guerre civile semble prête à renaître. Du côté de la
-cour, deux armées sont formées: l'une commandée par le maréchal de
-Bois-Dauphin, et destinée à poursuivre celle des princes; l'autre sous
-les ordres du duc de Guise, et couvrant la marche du roi, qui traversa
-ainsi son royaume en bataille rangée pour aller à Bordeaux recevoir et
-épouser l'infante d'Espagne. Le duc de Rohan, à la tête d'un corps de
-protestants armés, osa s'avancer jusqu'à Tonneins, et, dans une
-conférence qu'il eut avec des députés du roi, qui lui demandoient
-raison de sa conduite, s'emporta en plaintes et en reproches <span class="pagenum"><a id="page21" name="page21"></a>(p. 21)</span> dans
-lesquels l'esprit de son parti se montroit tout entier<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12" title="Lien vers la note 12"><span class="smaller">[12]</span></a>. Le conseil
-de la régente sembla en cette circonstance recouvrer quelque vigueur:
-il fut décidé que le duc de Rohan seroit déclaré ennemi de l'état; on
-ôta à M. de La Force, qui s'étoit joint à lui, le gouvernement du
-Béarn; les protestants reçurent l'ordre de mettre bas les armes, sous
-peine d'être poursuivis comme rebelles et criminels de lèse-majesté;
-enfin les deux armées royales furent réunies en une seule sous les
-ordres du duc de Guise, pour aller à la rencontre de celle des
-princes, qui étoit déjà entrée dans le Poitou, et l'accabler ainsi
-sous des forces supérieures.</p>
-
-<p>(1616) Toutefois, au milieu de ces démonstrations guerrières qui
-sembloient devoir annoncer des résultats décisifs, on négocioit
-toujours; et la cour, toujours foible, étoit encore disposée à acheter
-la paix. Des conférences ne tardèrent donc point à s'établir pour
-parvenir à cette paix si <span class="pagenum"><a id="page22" name="page22"></a>(p. 22)</span> vivement désirée; et elles le furent dans la
-ville de Loudun. Les confédérés s'y rendirent, chacun avec des
-intentions différentes, et uniquement occupé de ses intérêts
-particuliers. Les princes et la plupart des mécontents catholiques
-vouloient sincèrement la fin des troubles, et n'y mettoient d'autre
-prix qu'un changement dans l'administration qui leur permît d'y
-prendre part: là se bornoit leur ambition. Les chefs protestants
-avoient des vues plus profondes: la paix ne leur convenoit point; ou
-du moins s'ils consentoient à la faire, ce n'étoit qu'à des conditions
-qu'on ne pouvoit leur accorder sans affoiblir l'autorité royale et en
-avilir la majesté. Ne pouvant obtenir ces conditions insolentes, il
-n'étoit point d'efforts qu'ils ne fissent auprès du prince de Condé et
-de séductions qu'ils n'employassent pour le déterminer à rejeter les
-propositions de la cour; mais celui-ci étoit las de la guerre civile,
-et ce n'étoit point au profit des protestants qu'il avoit prétendu la
-faire. Il signa donc un traité de paix qui lui assura ce qu'il
-désiroit depuis long-temps, la place de président du conseil; et les
-chefs protestants se virent ainsi dans la nécessité de le signer après
-lui, bien qu'ils n'y trouvassent ni les avantages ni les sûretés
-qu'ils prétendoient obtenir. Or, à moins de leur accorder
-l'indépendance absolue, il étoit impossible de jamais les satisfaire.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page23" name="page23"></a>(p. 23)</span> Le roi prit la route de Paris immédiatement après la signature du
-traité, et s'arrêta un moment à Blois, où il se fit dans le ministère
-quelques changements attribués à l'influence du maréchal d'Ancre, qui
-ne vouloit dans le conseil que des hommes qui lui fussent entièrement
-dévoués<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13" title="Lien vers la note 13"><span class="smaller">[13]</span></a>. Cependant les princes, retirés dans leurs terres ou dans
-leurs gouvernements, ne sembloient pas fort empressés de reparoître à
-la cour, comme s'ils eussent conçu quelques inquiétudes sur
-l'exécution du traité. Enfin le duc de Longueville consentit à s'y
-rendre sur les invitations pressantes de la reine; mais ce fut pour y
-recommencer ses cabales contre elle et contre ses ministres, et avec
-une telle violence, que cette princesse ne vit d'autre parti à prendre
-que de tâcher de lui opposer le prince de Condé, qu'elle engagea plus
-vivement encore à y revenir. Ce fut l'évêque de Luçon qui fut chargé
-de cette négociation. Le prince y revint en effet, mais pour cabaler
-aussi de son côté; et l'on put bientôt reconnoître que le traité de
-Loudun loin d'apaiser les ressentiments les avoit accrus. De même que
-les protestants n'étoient point satisfaits <span class="pagenum"><a id="page24" name="page24"></a>(p. 24)</span> et ne pouvoient l'être,
-parce qu'ils prétendoient à l'égalité avec les catholiques; de même
-rien ne pouvoit contenter les princes, s'ils ne devenoient entièrement
-maîtres des affaires; et ils se montrèrent bientôt, à l'occasion de
-cette faveur extrême dont continuoit de jouir le maréchal d'Ancre,
-plus susceptibles et plus jaloux qu'ils n'avoient encore été. Ils ne
-manquoient aucune occasion de lui faire quelque affront, et
-cherchoient par toutes sortes de moyens à accroître la haine populaire
-dont il étoit déjà l'objet. L'autorité de la régente étoit attaquée de
-toutes parts; et les appuis les plus fermes de son parti
-l'abandonnoient peu à peu pour se ranger du côté des mécontents.
-Ceux-ci tenoient des assemblées nocturnes<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14" title="Lien vers la note 14"><span class="smaller">[14]</span></a> dans lesquelles ils
-méditoient une révolution entière dans le gouvernement de l'état; et
-le maréchal, instruit qu'on y avoit délibéré de le faire assassiner,
-en fut alarmé au point de s'enfuir en quelque sorte de Paris. Mais en
-s'éloignant de cette ville il conseilla à Marie de Médicis de faire
-arrêter le prince de Condé que les factieux désignoient ouvertement
-pour la remplacer dans la régence, et d'attaquer ainsi le mal dans sa
-source. La reine vit en effet qu'elle n'avoit pas un moment à <span class="pagenum"><a id="page25" name="page25"></a>(p. 25)</span> perdre,
-et fit un effort sur elle-même pour prendre ce parti vigoureux. Le
-prince, que la retraite du maréchal avoit rendu tout puissant et
-auprès de qui se pressoit déjà la foule des courtisans, fut arrêté
-dans le Louvre même, où l'on avoit su adroitement l'attirer; mais on
-manqua les ducs de Vendôme, de Mayenne, de Bouillon, et leurs
-principaux partisans. Presque tous s'échappèrent de Paris avec la plus
-grande facilité; et telle étoit l'anarchie qui régnoit alors dans le
-gouvernement, que plusieurs d'entre eux, s'étant rassemblés à la porte
-Saint-Martin, y tinrent une espèce de conseil, dont le résultat fut de
-rentrer dans la ville pour essayer d'y exciter un soulèvement en leur
-faveur; mais le peuple n'y paroissant point disposé, ils se virent
-enfin forcés de se retirer au nombre d'environ trois cents cavaliers,
-qui allèrent se cantonner dans la ville de Soissons.</p>
-
-<p>Toutefois la haine des Parisiens pour le favori de la régente, et par
-conséquent pour l'administration actuelle, s'étoit si souvent
-manifestée, et par des signes si peu équivoques, que la princesse,
-mère du prince de Condé, dès qu'elle eut appris le malheur arrivé à
-son fils, crut pouvoir seule et malgré le départ des chefs du parti,
-exciter une sédition; elle monta sur-le-champ en carrosse et parcourut
-toutes les rues de Paris, accompagnée d'un groupe de <span class="pagenum"><a id="page26" name="page26"></a>(p. 26)</span> gentilshommes à
-cheval qui crioient: «Aux armes, messieurs de Paris, le maréchal
-d'Ancre a fait tuer monsieur le prince de Condé, premier prince du
-sang; aux armes, bons François, aux armes.» Elle alla ainsi jusqu'au
-pont Notre-Dame, sans que sa présence ni les cris de ses gentilshommes
-produisissent aucun effet. Les marchands fermèrent leurs boutiques,
-mais le peuple demeura tranquille; on aperçut seulement une femme qui
-essayoit de commencer une barricade auprès de Sainte-Croix-de-la-Cité.
-Un cordonnier, nommé Picard, entièrement dévoué aux princes, et ennemi
-déclaré de Concini, tenta aussi d'ameuter la populace, sur laquelle il
-avoit beaucoup de crédit, et malgré tous ses efforts ne parvint à
-réunir qu'une petite troupe mal armée, qui se dissipa d'elle-même en
-un instant. Cependant quelques domestiques du prince, envoyés à
-dessein dans les environs de la maison du maréchal, parvinrent à y
-former un rassemblement, échauffèrent la multitude, et la poussèrent à
-en briser les portes et à la piller. Le guet qui se présenta pour
-arrêter le désordre fut repoussé; et le pillage, interrompu seulement
-par la nuit, fut recommencé le lendemain, jusqu'à ce que la maison eût
-été entièrement dévastée.</p>
-
-<p>Ce fut alors que l'évêque de Luçon entra au conseil: le maréchal
-d'Ancre, que le mauvais <span class="pagenum"><a id="page27" name="page27"></a>(p. 27)</span> succès de cette confédération avoit rendu plus
-puissant que jamais, mécontent de quelques ministres<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15" title="Lien vers la note 15"><span class="smaller">[15]</span></a> dont l'avis
-n'étoit pas que les princes fussent éloignés des affaires et qu'on les
-traitât avec cette rigueur, avoit obtenu de la régente qu'ils fussent
-renvoyés pour être remplacés par ses propres créatures; et Richelieu
-étoit du nombre de ceux qui lui avoient montré le plus de dévouement.
-Celui-ci fit voir d'abord ce qu'il étoit; et attribuant avec raison à
-la foiblesse et à l'indécision du gouvernement, et les troubles
-précédents et ceux qu'avoit fait naître cette nouvelle rébellion, il
-conseilla de montrer plus de vigueur et d'employer pour l'étouffer
-tout ce que la puissance royale avoit de force et de majesté. Son
-conseil fut suivi: on commença par des exemples de sévérité dans Paris
-même, où il se fit plusieurs exécutions de ceux qui cherchoient à y
-enrôler des soldats pour le parti des princes. (1617) Trois armées
-furent mises en campagne: l'une étoit sous les ordres du duc de Guise,
-qui venoit de faire sa paix, et du maréchal de Themines; le maréchal
-de Montigny commandoit la seconde, et la troisième avoit pour chef le
-comte d'Auvergne, que l'on <span class="pagenum"><a id="page28" name="page28"></a>(p. 28)</span> tira de la Bastille, où il étoit depuis
-long-temps renfermé<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16" title="Lien vers la note 16"><span class="smaller">[16]</span></a>, pour l'opposer aux rebelles, et qui justifia
-la grâce qu'on lui avoit accordée et la confiance que l'on avoit mise
-en lui, en les battant partout où il les rencontra. Ces trois armées
-agissoient simultanément sur tous les points où les princes avoient
-établi leurs moyens de résistance<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17" title="Lien vers la note 17"><span class="smaller">[17]</span></a>. Ainsi poursuivis de toutes
-parts, ceux-ci se virent bientôt réduits aux dernières extrémités;
-mais au moment où ils étoient prêts de succomber, une révolution de
-cour les sauva.</p>
-
-<p>Et en effet, pour profiter de semblables succès, il auroit fallu un
-autre caractère que celui de Marie de Médicis: il n'y avoit en elle
-que foiblesse et imprévoyance; les apparences de résolution qu'il lui
-arrivoit quelquefois de montrer, n'étoient autre chose que
-l'entêtement d'un esprit capricieux et borné; et elle le fit bien voir
-dans cette obstination qu'elle mit à soutenir contre l'animadversion
-publique ce Concini et sa femme, qu'elle avoit pour ainsi dire tirés
-de sa domesticité, et qu'elle opposoit aveuglément, et <span class="pagenum"><a id="page29" name="page29"></a>(p. 29)</span> en les
-comblant sans cesse de nouvelles faveurs, à tant d'ennemis dont ces
-faveurs scandaleuses accroissoient de jour en jour le nombre, et qui,
-grands et petits, s'élevoient contre elle de toutes parts. On
-s'indignoit à la fois et des richesses prodigieuses amassées par ces
-deux étrangers aux dépens de la substance des peuples, et de voir les
-princes du sang sacrifiés à de tels favoris; et de ce pouvoir sans
-exemple que s'étoit arrogé un Italien de faire et défaire les
-ministres en France, selon qu'ils étoient plus ou moins soumis à ses
-caprices, et des instruments plus ou moins serviles de sa fortune et
-de ses volontés. Ainsi prenoit sans cesse de nouvelles forces le parti
-opposé à la régente; et ses ennemis les plus dangereux n'étoient pas
-dans le camp des princes, mais à la cour même et jusque dans la
-société la plus intime de son fils. Luynes possédoit toute la
-confiance du jeune roi, et s'en servoit avec beaucoup d'adresse pour
-discréditer sa mère auprès de lui et le déterminer à sortir enfin de
-tutelle, à secouer un joug dont il devoit se sentir humilié, et qui
-étoit devenu insupportable à ses sujets. Louis avoit pour le maréchal
-d'Ancre une aversion naturelle qui ne contribua pas peu à lui faire
-recevoir les impressions que vouloit lui donner son favori; celui-ci
-venoit de former avec les princes une union secrète dont l'objet
-étoit de perdre <span class="pagenum"><a id="page30" name="page30"></a>(p. 30)</span> la reine et ses deux créatures: en même temps qu'il
-disposoit le roi à voir ces princes d'un &oelig;il plus favorable, il
-continuoit de l'aigrir et de le prévenir contre sa mère, jusqu'à lui
-persuader que ses jours n'étoient pas en sûreté auprès d'elle; et lui
-montrant dans le maréchal d'Ancre le principal artisan des complots
-qui s'ourdissoient contre son autorité et peut-être contre sa vie, il
-parvint à en obtenir un ordre de le faire arrêter. Mais, n'ignorant
-pas combien Concini s'étoit fait de partisans par ses bienfaits et ses
-prodigalités, il jugea qu'en une telle entreprise, il n'y avoit de
-sûreté pour lui que dans un assassinat, et fit ajouter à l'ordre de
-l'arrêter celui de le <cite>tuer en cas de résistance</cite>, bien décidé à
-interpréter ainsi le moindre mouvement ou la moindre parole qui lui
-échapperoient au moment où l'on se saisiroit de lui.</p>
-
-<p>Cette intrigue, bien que tramée dans le plus profond mystère, n'avoit
-pu demeurer si secrète que quelques vagues indices n'en fussent
-parvenus jusqu'à la reine et au maréchal. Elle en conçut des alarmes
-assez vives pour avoir avec son fils plusieurs explications dans
-lesquelles elle lui offrit d'abandonner entièrement la conduite des
-affaires, et même de se rendre au parlement pour y faire une
-abdication solennelle du pouvoir qu'elle exerçoit en son nom. Louis
-fit voir en cette circonstance cette disposition <span class="pagenum"><a id="page31" name="page31"></a>(p. 31)</span> naturelle qu'il
-avoit à dissimuler ses vrais sentiments, l'un des traits les plus
-marquants de son caractère: loin d'entrer dans les vues de sa mère, il
-lui donna tous les témoignages de confiance et de satisfaction qui
-pouvoient la rassurer, combattit le dessein qu'elle paroissoit former
-de ne plus prendre part au gouvernement, et l'invita fortement à
-vouloir bien continuer de servir de guide à sa jeunesse et à son
-inexpérience. De son côté le maréchal avoit par intervalles de tristes
-pressentiments: il songeoit quelquefois à se retirer de cette cour
-orageuse où il n'avoit qu'un seul appui qui, d'un jour à l'autre,
-pouvoit lui manquer, et à mettre hors de France sa vie et sa fortune
-en sûreté. L'ambition de sa femme l'empêcha, disent les historiens, de
-céder à cette heureuse inspiration.</p>
-
-<p>Luynes toutefois ne précipita rien: il vouloit que le roi fût bien
-affermi dans les résolutions qu'il lui avoit fait prendre. Le voyant
-enfin tel qu'il désiroit qu'il fût, il s'occupa de chercher l'homme
-propre à frapper un coup aussi hardi. Le baron de Vitri, capitaine des
-gardes-du-corps, jouissoit d'une grande réputation de courage et
-faisoit hautement profession de haïr et de mépriser le maréchal: ce
-fut sur lui qu'il jeta les yeux. Vitri, sur l'ordre du roi qui lui fut
-montré, accepta la commission de s'emparer de Concini, mort ou vif,
-et s'étant associé quelques amis aussi <span class="pagenum"><a id="page32" name="page32"></a>(p. 32)</span> déterminés que lui<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18" title="Lien vers la note 18"><span class="smaller">[18]</span></a>,
-l'exécuta avec beaucoup de sang-froid et de résolution. Cette scène
-tragique se passa le 24 avril, à six heures du matin, sur le petit
-pont du Louvre, où le maréchal alloit entrer. Vitri l'arrêta de la
-part du roi; et d'après ses instructions, regardant comme un acte de
-résistance un mouvement que celui-ci fit en arrière et une exclamation
-qui lui échappa, il le fit tuer sur-le-champ de trois coups de
-pistolet<a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a><a href="#footnote19" title="Lien vers la note 19"><span class="smaller">[19]</span></a>. Montant aussitôt dans la chambre du roi, il lui dit ce
-qui avoit été fait; de là il se rendit dans l'appartement de la
-maréchale, qui étoit voisin de celui de la reine, et lui signifia
-l'ordre qu'il avoit de l'arrêter. Marie de Médicis <span class="pagenum"><a id="page33" name="page33"></a>(p. 33)</span> fut à l'instant
-même confinée dans son appartement; on lui ôta ses gardes, qui furent
-remplacés par ceux du roi: celui-ci refusa de la voir, quelques
-instances qu'elle pût faire pour obtenir cette entrevue; et elle
-demeura seule et abandonnée, tandis que, dans l'appartement de son
-fils, tout respiroit la joie et retentissoit d'acclamations<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a href="#footnote20" title="Lien vers la note 20"><span class="smaller">[20]</span></a>. À
-l'exception de l'évêque de Luçon, dont la conduite, dans cette
-position difficile, avoit été aussi adroite que mesurée, tous les
-ministres nouveaux furent disgraciés et les anciens rappelés; à force
-d'outrages et de mauvais traitements, on détermina la reine à demander
-elle-même à se retirer de la cour; la ville de Blois fut désignée
-pour le lieu de son exil; et tout fut <span class="pagenum"><a id="page34" name="page34"></a>(p. 34)</span> réglé d'avance pour son entrevue
-d'adieux avec son fils, et jusque dans les plus petites circonstances.
-Les princes revinrent aussitôt à la cour, et justifièrent leur révolte
-«par la nécessité où ils s'étoient trouvés de prendre les armes pour
-s'opposer aux violences et pernicieux desseins du maréchal d'Ancre,
-qui se servoit des forces du roi contre l'intérêt de sa majesté et
-dans l'intention de les opprimer.» On souffrit que le corps de
-celui-ci fût déterré par la populace, et qu'elle exerçât sur ce
-cadavre les plus indignes outrages<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href="#footnote21" title="Lien vers la note 21"><span class="smaller">[21]</span></a>; <span class="pagenum"><a id="page35" name="page35"></a>(p. 35)</span> et la maréchale, condamnée à
-mort par arrêt du parlement, fut exécutée en place de Grève le 8
-juillet suivant<a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href="#footnote22" title="Lien vers la note 22"><span class="smaller">[22]</span></a>. Ainsi finit d'elle-même la guerre civile; et
-cette révolution de cour fut aussi complète qu'il étoit possible de la
-désirer.</p>
-
-<p>(1618) Le gouvernement prit dès ce moment une allure plus ferme; et le
-pouvoir de celui qui succédoit au maréchal venant immédiatement du
-roi, imposa davantage, fut d'abord moins envié et moins contesté. Mais
-cela dura peu: le même esprit de mutinerie continuoit d'animer <span class="pagenum"><a id="page36" name="page36"></a>(p. 36)</span> tous
-ces grands impatients du joug. Peut-être s'étoit-il accru par
-l'impunité et par cette espèce de triomphe qu'ils venoient de
-remporter sur l'autorité. La reine-mère avoit été pour eux un objet de
-haine, tant qu'elle avoit eu entre les mains cette autorité, qu'elle
-refusoit de partager avec eux: ils devinrent ses partisans dès qu'elle
-eut été abattue, et qu'ils eurent reconnu que par cet événement leur
-position n'étoit point changée. Blessé des hauteurs de Luynes,
-contrarié par lui dans quelques-unes de ses prétentions, le duc
-d'Épernon écouta le premier les propositions que lui fit faire Marie
-de Médicis, de former un parti pour la tirer de sa captivité, car elle
-étoit véritablement prisonnière à Blois; et les protestations qu'elle
-faisoit de vivre désormais entièrement éloignée des affaires, les
-engagements solennels qu'elle offroit même de prendre à cet égard, ne
-rassuroient point assez le roi et son favori, pour qu'ils cessassent
-un seul instant d'exercer à son égard la plus rigoureuse surveillance.
-L'intrigue fut conduite avec beaucoup de mystère et d'habileté: pour
-en assurer le succès, d'Épernon feignit même un moment de se
-réconcilier avec Luynes; et bientôt il eut rallié autour de lui assez
-de mécontents pour tenter l'entreprise audacieuse de délivrer la reine
-et de s'attaquer à l'autorité même du souverain.</p>
-
-<p>(1619) Tout étant préparé, il sort de Metz, malgré <span class="pagenum"><a id="page37" name="page37"></a>(p. 37)</span> l'ordre exprès que
-le roi lui avoit donné d'y rester, et en même temps la reine se sauve
-de Blois. Aussitôt tous les ennemis de Luynes se déclarent ses
-partisans; on lève des troupes de part et d'autre; la mère et le fils
-éclatent réciproquement en reproches, en plaintes, en récriminations;
-la guerre commence. Mais à peine commencée, elle tourne en
-négociations, grâce aux soins de l'évêque de Luçon, qui, par sa
-conduite également adroite et mesurée, avoit su inspirer de la
-confiance au favori sans manquer à ce qu'il devoit à la reine, de
-reconnoissance et d'attachement<a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href="#footnote23" title="Lien vers la note 23"><span class="smaller">[23]</span></a>. L'accommodement se fit, le roi
-vit sa mère à Tours, et tout s'y passa de manière à faire croire que
-la réconciliation étoit sincère des deux parts. Quant au duc
-d'Épernon, il y reçut, non des lettres de grâce pour sa révolte, mais
-en quelque sorte des remerciements pour avoir levé des troupes et
-augmenté les garnisons des places fortes de son gouvernement; et il
-fut déclaré que, «l'ayant fait dans la persuasion que c'étoit <cite>pour le
-service du roi</cite>, il n'y avoit rien qui ne dût être <cite>agréable à sa
-majesté</cite>.» «Suppositions chimériques, <span class="pagenum"><a id="page38" name="page38"></a>(p. 38)</span> dit un écrivain
-contemporain<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a><a href="#footnote24" title="Lien vers la note 24"><span class="smaller">[24]</span></a>, incapables de faire illusion à personne, et toutes
-propres à rendre le gouvernement méprisable.» «Mais il y avoit
-long-temps, ajoute le continuateur du père Daniel, que l'on étoit dans
-l'habitude d'en user ainsi. C'étoit le style et l'usage du temps. Les
-seigneurs révoltés n'auroient pu se résoudre à poser les armes, si on
-ne leur eût offert que des lettres d'abolition. Ils ne vouloient pas
-être traités en criminels dans les actes mêmes où on leur accordoit le
-pardon de leurs crimes<a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a><a href="#footnote25" title="Lien vers la note 25"><span class="smaller">[25]</span></a>.»</p>
-
-<p>Malgré les apparences de bon accord qu'avoit offertes leur entrevue,
-la mère et le fils se séparèrent conservant au fond du c&oelig;ur autant
-d'aigreur et de méfiance l'un contre l'autre qu'auparavant. Le roi
-retourna à Paris; la reine se retira dans son gouvernement. Ce n'étoit
-point l'avis de l'évêque de Luçon: il vouloit qu'elle allât à la cour
-pour y tenir tête à ses ennemis et essayer de regagner l'amour et
-l'affection de son fils; d'autres, lui rappelant l'exil et la
-captivité de Blois, lui conseilloient de demeurer dans un lieu où elle
-pouvoit se faire craindre et se défendre si elle étoit attaquée: ce
-fut ce dernier conseil qui fut suivi. Marie de Médicis continua de
-correspondre avec son fils par des lettres où elle se <span class="pagenum"><a id="page39" name="page39"></a>(p. 39)</span> montra plus
-susceptible et plus jalouse que jamais. Luynes, craignant alors de sa
-part quelque nouvelle entreprise, résolut de tirer enfin de sa prison
-le prince de Condé, qui n'avoit point été jusqu'alors compris dans
-l'amnistie accordée aux mécontents, parce qu'on avoit jugé plus
-prudent de ne point rejeter encore au milieu d'eux un personnage de
-cette importance: il l'en fit donc sortir dans l'intention de
-l'opposer à la reine, et de la contenir au moyen d'un si puissant
-auxiliaire. La nouvelle qu'elle en reçut ne parut pas d'abord lui être
-désagréable; mais la déclaration qui accompagna sa délivrance et que
-l'on publia quelques jours après<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a><a href="#footnote26" title="Lien vers la note 26"><span class="smaller">[26]</span></a>, fut faite dans des termes qui
-l'offensèrent au dernier point, et ce ne fut pas sans beaucoup de
-peine que le roi et son favori parvinrent à l'apaiser.</p>
-
-<p>Cependant celui-ci étoit arrivé plus rapidement encore que le
-maréchal d'Ancre au <span class="pagenum"><a id="page40" name="page40"></a>(p. 40)</span> comble de la faveur. Le roi venoit d'ériger pour
-lui en duché-pairie, et sous le nom de Luynes, la terre de Maillé en
-Touraine; lui et les siens étoient pour ainsi dire accablés de biens
-et d'honneurs: aussi commença-t-il à devenir, de même que celui à qui
-il avoit succédé dans ce pouvoir emprunté, un objet de haine et
-d'envie pour les courtisans; et au milieu de cette cour turbulente et
-séditieuse, plusieurs tournèrent de nouveau les yeux vers la
-reine-mère, regardant la ville d'Angers, où elle exerçoit une sorte
-d'autorité souveraine, comme un refuge contre ce qu'ils appeloient la
-tyrannie du nouveau favori.</p>
-
-<p>(1620) Le duc de Luynes, qui voyoit l'orage se former contre lui,
-conçut le dessein d'attirer cette princesse à Paris, afin de la
-surveiller de plus près. Des démarches furent faites auprès d'elle,
-pour la déterminer à y revenir: elles furent inutiles, et Marie de
-Médicis les repoussa avec d'autant plus de hauteur que son fils
-s'étoit avancé jusqu'à Orléans avec toute sa maison, comme s'il eût
-voulu employer la force pour l'y contraindre, dans le cas où l'on
-n'auroit pu réussir par la négociation. Le duc de Luynes, qui désiroit
-éviter la guerre civile, ne voulut pas pousser les choses plus loin,
-et le roi revint à Fontainebleau.</p>
-
-<p>Ce n'étoit au fond qu'un acte de modération: on crut y voir de la
-foiblesse, et l'audace des mécontens s'en accrut. Enfin un complot
-<span class="pagenum"><a id="page41" name="page41"></a>(p. 41)</span> fut formé en faveur de la reine-mère, et éclata tout à coup par la
-retraite ou la fuite de plusieurs princes du sang et d'un grand nombre
-de seigneurs les plus considérables de la cour. Le duc de Mayenne fut
-le premier qui sortit brusquement de Paris, sous prétexte qu'il n'y
-étoit point en sûreté et qu'on avoit formé le projet de l'arrêter. Le
-duc de Vendôme le suivit de près; le duc de Longueville se retira dans
-son gouvernement de Normandie; le comte et la comtesse de Soissons
-prirent la route d'Angers<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27" title="Lien vers la note 27"><span class="smaller">[27]</span></a>; les ducs de Retz, de la Trémouille, de
-Roannez, de Rohan, d'Épernon, de Nemours, etc., s'allèrent cantonner
-dans les terres ou places fortes qu'ils possédoient en Bretagne, en
-Normandie, en Poitou, en Saintonge, dans l'Angoumois. Presque toute
-la noblesse de ces <span class="pagenum"><a id="page42" name="page42"></a>(p. 42)</span> provinces s'étant déclarée pour la reine, son parti
-parut d'abord formidable, et ses conseillers, dont la présomption
-s'accroissoit encore par ces apparences si prospères, furent d'avis
-que dans la position où elle se trouvoit et avec les espérances
-qu'elle pouvoit concevoir, elle devoit faire la guerre et repousser
-toute négociation.</p>
-
-<p>L'évêque de Luçon ne partageoit point cette confiance: son coup
-d'&oelig;il, plus perçant et plus sûr, avoit reconnu d'abord que tout
-céderoit invinciblement à l'ascendant de l'autorité royale; que la
-reine-mère, vis-à-vis de son fils, étoit dans une position bien moins
-favorable que ne l'avoient été les princes vis-à-vis de la régente; et
-que si ceux-ci n'avoient pu réussir dans leurs desseins, elle avoit
-encore de moindres chances de succès. On ne l'écouta point; et
-l'événement le justifia bientôt dans tout ce qu'il avoit pressenti.
-Avec une rapidité qui rendit presque ridicule ce qui avoit d'abord
-causé tant d'alarmes, le roi parcourut la Normandie à la tête de son
-armée, sans y rencontrer la moindre résistance: partout les portes des
-villes, que les mécontents avoient fermées, s'ouvrirent pour ainsi
-dire d'elles-mêmes à son approche; et il entra ainsi en Anjou, comme
-il auroit pu le faire au milieu de la paix la plus profonde. La
-confusion se mit aussitôt dans le conseil de la reine; à peine ses
-troupes firent-elles quelque résistance au pont de Cé; elles
-résistèrent <span class="pagenum"><a id="page43" name="page43"></a>(p. 43)</span> plus foiblement encore à l'attaque de la ville d'Angers,
-qui fut emportée en quelques heures; et les négociations, qui
-n'avoient été interrompues qu'un moment, devenant alors la seule
-ressource de Marie de Médicis, un traité fut signé presque aussitôt
-entre elle et son fils, dans lequel la cour commença à se montrer plus
-ferme à l'égard des princes et des seigneurs révoltés<a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28" title="Lien vers la note 28"><span class="smaller">[28]</span></a>, et dont le
-résultat fut de la faire revenir enfin à la cour, ce que le duc de
-Luynes vouloit par-dessus tout. L'évêque de Luçon fut un de ceux qui
-contribuèrent le plus à la conclusion de ce traité.</p>
-
-<p>La reine étoit réduite à désirer cette réconciliation: le duc de
-Luynes, qui la lui faisoit accorder comme une faveur, la désiroit plus
-ardemment encore. Ainsi étoit étouffée dans son germe une guerre
-civile peu dangereuse sans doute, si l'on ne considère que ceux contre
-qui on la faisoit, mais dont les conséquences lui causoient de justes
-alarmes: car les protestants avoient toujours les yeux ouverts sur ce
-qui se passoit. Ces intraitables factieux n'attendoient que de
-nouveaux désastres pour lever l'étendard de la rébellion; et bien
-qu'ils fussent également ennemis de tout ce qui portoit le nom de
-catholique, ils étoient prêts à traiter avec tous les partis dès
-qu'ils y trouveroient l'avantage du leur. Déjà en 1618, et au moment
-où l'évasion de la reine du château de Blois sembloit leur offrir la
-perspective de longs troubles, ils s'étoient soulevés dans le Béarn et
-avoient insolemment refusé de restituer au clergé les biens dont ils
-l'avoient dépouillé dans les anciennes guerres civiles, quoique l'édit
-qui ordonnoit cette restitution leur assignât sur les domaines du roi
-un revenu égal à celui des biens qu'on leur redemandoit. L'année
-suivante, leur assemblée, qu'ils avoient tenue à Loudun, ne s'étoit
-pas montrée moins violente et moins audacieuse que celle de Saumur; et
-les choses y furent même poussées si loin, qu'on crut devoir les
-menacer, s'ils ne se hâtoient de nommer leurs députés, de les traiter
-comme criminels de lèse-majesté. Cette menace les effraya fort peu; et
-ce qui prouva qu'ils avoient raison de ne s'en point effrayer, c'est
-que l'on fut obligé d'en venir à négocier avec eux, et à employer,
-pour les déterminer à se séparer, le crédit des principaux seigneurs
-de leur parti<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a><a href="#footnote29" title="Lien vers la note 29"><span class="smaller">[29]</span></a>. Ils se <span class="pagenum"><a id="page45" name="page45"></a>(p. 45)</span> séparèrent enfin, mais pleins de méfiance
-dans les promesses de la cour et déterminés à résister, à opposer la
-force à la force si l'on tentoit d'exécuter l'édit de Béarn, que,
-depuis deux ans, la cour étoit obligée de suspendre. Le duc de Luynes
-jugea très-bien qu'il étoit impossible de supporter plus long-temps de
-semblables insolences sans que la majesté royale en fût dégradée, et
-l'autorité souveraine en péril. Il étoit donc résolu d'humilier les
-protestants. L'occasion de cette paix paroissoit favorable; il ne la
-manqua pas: au lieu de retourner à Paris, le roi prit la route de
-Bordeaux, et se rendant de sa propre personne dans le Béarn, il y fit
-enregistrer son édit au parlement de Pau, et termina dans l'espace de
-cinq jours et avec beaucoup de hauteur, tout ce qui avoit rapport à
-ces contestations scandaleuses.</p>
-
-<p>(1621) Ce fut pour les protestants le signal d'une révolte ouverte:
-instruits qu'on ne s'arrêteroit point là, et que le dessein étoit pris
-de les réduire enfin par la force, à peine le roi étoit-il parti,
-qu'ils prirent les armes et commencèrent les hostilités dans le Béarn
-même et dans le Vivarais. On les réprima, mais toutefois de manière à
-les persuader qu'on les craignoit et qu'on n'osoit se porter contre
-eux aux dernières extrémités. Pendant ce temps, le duc de Luynes,
-poussant sa fortune aussi loin qu'elle pouvoit aller, <span class="pagenum"><a id="page46" name="page46"></a>(p. 46)</span> se faisoit
-nommer connétable de France, et avec une rare habileté, déterminoit
-Lesdiguères, non-seulement à lui céder ses prétentions sur cette
-dignité suprême de l'armée, mais encore à y accepter le second rang
-après lui<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a href="#footnote30" title="Lien vers la note 30"><span class="smaller">[30]</span></a>. Ayant ainsi attaché cet illustre guerrier à la cause
-royale et par des n&oelig;uds qu'il lui devenoit impossible de rompre, le
-nouveau connétable cessa de feindre; et il fut décidé que l'on feroit
-enfin sentir aux protestants révoltés tout le poids de l'autorité
-royale.</p>
-
-<p>Il étoit temps en effet d'arrêter leur audace; et il étoit devenu
-impossible de la supporter plus long-temps. Ces sectaires avoient
-formé une nouvelle assemblée à La Rochelle; et cette assemblée y
-continuoit ses délibérations, malgré les défenses du roi plusieurs
-fois réitérées. Instruits des mesures de rigueur que l'on étoit résolu
-de prendre contre eux, ils s'étoient déjà préparés à résister, ainsi
-qu'on l'eût pu faire de puissance à puissance; et dans un réglement
-qu'ils firent pour régulariser leurs préparatifs de défense, tout le
-royaume fut partagé en cercles, dont chacun avoit son commandant
-particulier, lequel devoit correspondre avec le commandant supérieur
-de toutes les églises, essayant ainsi de <span class="pagenum"><a id="page47" name="page47"></a>(p. 47)</span> constituer au sein de la
-monarchie une sorte de république fédérative. L'assemblée de La
-Rochelle poussa même l'insolence jusqu'à se créer un sceau particulier
-avec lequel elle scelloit ses commissions et ses ordonnances; enfin
-tout prit au milieu d'eux, non-seulement le caractère de la révolte,
-mais celui de l'indépendance la plus absolue.</p>
-
-<p>Toutefois ils étoient loin de pouvoir soutenir par des moyens
-suffisants d'aussi grands desseins et des prétentions aussi hautaines:
-leurs chefs étoient divisés entre eux; leur parti n'avoit réellement
-de prépondérance que dans le Poitou, en Guienne, dans le Languedoc, et
-généralement dans le midi de la France; partout ailleurs les
-catholiques étoient les plus forts. Aussi, dès que Louis se fut mis en
-campagne, rien ne résista; partout les protestants furent désarmés, et
-dans le Poitou même sa marche ne fut arrêtée que par les villes de La
-Rochelle et de Saint-Jean-d'Angely. Celle-ci fut bientôt forcée de se
-rendre à discrétion, et M. de Soubise, qui y commandoit, se vit réduit
-à la nécessité humiliante de venir demander pardon au roi à deux
-genoux. Il étoit bien autrement difficile de s'emparer d'une place
-telle que La Rochelle; mais du moins le duc d'Épernon, qui en
-commandoit le siége, força-t-il les Rochellois à n'oser tenir la
-campagne et à demeurer <span class="pagenum"><a id="page48" name="page48"></a>(p. 48)</span> renfermés dans leurs murailles. Cependant le
-roi continuoit sa marche victorieuse; tout plioit devant lui, et il
-arriva à Agen le 10 août, n'ayant été de nouveau arrêté un moment que
-par le siége de la petite ville de Clérac. Ce fut à ce siége que l'on
-commença à faire des exécutions sur les rebelles. La place ayant été
-forcée de se rendre sans condition, quatre de ses habitants furent
-pendus, que l'on choisit parmi les plus considérables et les plus
-mutins.</p>
-
-<p>Ce fut à Agen que l'on décida que Montauban seroit assiégé; et c'étoit
-devant cette ville que les armes du roi devoient recevoir leur premier
-échec. Le siége en fut long et meurtrier: il y périt beaucoup de
-noblesse; le duc de Mayenne y fut tué; et le duc de Luynes ayant
-vainement tenté de ramener au roi le duc de Rohan, qui étoit alors
-dans le Midi le chef suprême de son parti<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a href="#footnote31" title="Lien vers la note 31"><span class="smaller">[31]</span></a>, il fallut lever ce
-siége où l'armée royale s'étoit fort affoiblie, où surtout elle fut
-humiliée; ce qui releva d'autant le courage et l'ardeur des
-protestants, qui remuèrent aussitôt <span class="pagenum"><a id="page49" name="page49"></a>(p. 49)</span> dans toutes les provinces et
-attaquèrent sur plusieurs points, où d'abord ils n'avoient songé qu'à
-se défendre. Le nouveau connétable montra, dans cette opération
-militaire, le peu d'expérience qu'il avoit de la guerre; et pendant
-tout le reste de cette campagne, dont les résultats n'eurent rien de
-décisif, sa faveur commençant à baisser, peut-être une disgrâce
-entière étoit-elle le dernier prix que son maître lui réservoit,
-lorsqu'il mourut, le 14 décembre, d'une fièvre maligne qui l'emporta
-en peu de jours, devant la petite ville de Monheur, dont le siége est
-devenu mémorable par ce seul événement.</p>
-
-<p>Plusieurs ont présenté ce personnage comme un homme de peu de mérite
-et fort au-dessous de sa fortune. Nous en jugeons tout autrement: il
-nous est impossible de ne pas reconnoître en lui, pendant le peu de
-temps qu'il disposa du pouvoir, des vues, de l'adresse, de la fermeté;
-et rien ne le prouve davantage que de voir ses plans suivis par
-Richelieu, qui, dans tout ce qui concerne les protestants, ne fit
-<span class="pagenum"><a id="page50" name="page50"></a>(p. 50)</span> qu'achever ce que le duc de Luynes avoit commencé<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a><a href="#footnote32" title="Lien vers la note 32"><span class="smaller">[32]</span></a>.</p>
-
-<p>Aucun des ministres qui marchoient à sa suite, n'avoit, ni dans son
-caractère ni dans ses rapports avec le roi, ce qu'il falloit pour le
-remplacer<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a><a href="#footnote33" title="Lien vers la note 33"><span class="smaller">[33]</span></a>: aussi firent-ils de vains efforts pour demeurer les
-maîtres des affaires. Dirigée par l'évêque de Luçon, qui seul avoit
-toute sa confiance, la reine-mère ne tarda point à rentrer dans le
-conseil, où elle se conduisit avec une prudence et une modération qui
-la remirent entièrement dans les bonnes grâces du roi. La cour étoit
-alors de retour à Paris, et l'on y délibéroit sur le dernier parti à
-prendre à l'égard des protestants: la question étoit de savoir si l'on
-continueroit la guerre, ou s'il étoit plus avantageux de leur accorder
-la paix. Le prince de Condé fit prévaloir le premier avis, vers lequel
-le roi étoit naturellement porté; et en effet leur audace, depuis la
-levée du siége de Montauban, n'avoit plus de frein: à Montpellier ils
-s'étoient déclarés en révolte ouverte; ils avoient repris l'offensive
-en Languedoc et en <span class="pagenum"><a id="page51" name="page51"></a>(p. 51)</span> Guyenne, où ils assiégeoient les villes, pilloient
-les églises, ravageoient les campagnes, et résistoient avec
-acharnement aux troupes royales partout où elles se présentoient pour
-les comprimer. M. de Soubise dévastoit le Poitou avec une armée de six
-mille hommes; et la ville de La Rochelle, centre et boulevard de tout
-le parti, levoit des soldats en son propre nom, et exerçoit
-insolemment tous les droits de la souveraineté.</p>
-
-<p>(1622) La guerre étant donc résolue, le roi partit, accompagné de sa
-mère, qui, ne voulant pas exposer à de nouvelles chances périlleuses
-le crédit que les circonstances venoient de lui rendre, croyoit
-prudent de ne point rester éloignée de lui. Le projet de Louis avoit
-d'abord été de se rendre par Lyon dans le Languedoc: la désobéissance
-du duc d'Épernon, qui refusa de sortir de ses gouvernements<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a href="#footnote34" title="Lien vers la note 34"><span class="smaller">[34]</span></a> pour
-porter des secours aux troupes royales dans le Poitou, força ce prince
-de prendre sa route par cette province. Il y trouva plus de
-résistance que jusqu'alors <span class="pagenum"><a id="page52" name="page52"></a>(p. 52)</span> les rebelles ne lui en avoient opposé: il
-lui fallut livrer de nombreux combats; il assista de sa personne à
-plusieurs siéges très-meurtriers, dans lesquels il commença à donner
-des preuves de cette intrépidité extraordinaire qui lui étoit
-naturelle; et que l'on doit encore considérer comme un des traits
-frappants et singuliers d'un caractère où tant de foiblesses et si
-étranges se laissoient apercevoir<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35" title="Lien vers la note 35"><span class="smaller">[35]</span></a>. Tout cédant enfin à son courage
-et à la supériorité de ses armes, il arriva avec son armée victorieuse
-devant la ville de Montpellier, que le duc de Montmorenci tenoit
-depuis long-temps bloquée et dont le siége lui étoit réservé. Ce fut
-là qu'il apprit l'entrée en France d'un corps considérable d'Allemands
-sous les ordres du comte de Mansfeld, qui, ne pouvant plus tenir en
-Allemagne, où il s'étoit fait l'auxiliaire de l'électeur palatin
-contre l'empereur<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a><a href="#footnote36" title="Lien vers la note 36"><span class="smaller">[36]</span></a>, cherchoit un moyen d'en sortir et de faire
-subsister ses soldats. C'étoient les ducs de Bouillon et de Rohan qui
-l'avoient engagé à tenter cette invasion; et à ces traités sacriléges
-<span class="pagenum"><a id="page53" name="page53"></a>(p. 53)</span> qui appeloient ainsi l'étranger dans le sein du royaume pour les
-soutenir dans leur rébellion, on pouvoit reconnoître les protestants.
-Le duc de Lorraine lui ayant ouvert un passage à travers ses états,
-Mansfeld entra en France par la Champagne; et l'alarme se répandit
-bientôt jusqu'à Paris, où la reine-mère, qu'une indisposition avoit
-d'abord retenue à Nantes, étoit retournée avec une partie du conseil,
-et où elle commandoit en l'absence de son fils. Toutefois cette alarme
-dura peu: plus habile à piller et à détruire qu'à commander une armée,
-Mansfeld, qui d'abord avoit pu négocier avec le duc de Nevers envoyé
-contre lui, et qui n'avoit pas su le faire à propos, vit son armée se
-mutiner et se désorganiser au premier échec qu'elle éprouva; et à
-peine entré dans nos provinces, fut forcé d'en sortir honteusement et
-en fugitif. Pendant ce temps, la guerre continuoit avec acharnement
-dans le Languedoc; les protestants se défendoient en désespérés dans
-leurs villes; il falloit les prendre presque toutes d'assaut, et des
-exécutions sanglantes étoient le prix de cette résistance furieuse et
-obstinée.</p>
-
-<p>Cependant, de l'un et de l'autre côté, on étoit las de la guerre et
-inquiet de ses résultats. Les protestants connoissoient l'infériorité
-de leurs forces, et voyoient que, dans une semblable lutte, ils
-devoient finir par succomber. Louis n'étoit point <span class="pagenum"><a id="page54" name="page54"></a>(p. 54)</span> sans s'apercevoir
-que de semblables triomphes alloient à la ruine de son royaume; et
-dans une guerre ainsi poussée à outrance, craignoit, de la part de ces
-sectaires, les effets de leur fanatisme et de leur désespoir. Il avoit
-essayé d'abord de les diviser, et déjà plusieurs de leurs principaux
-chefs avoient consenti à faire leurs traités particuliers; mais ce fut
-inutilement que l'on tenta de gagner le duc de Rohan; le plus
-considérable de tous: il continua de rejeter et avec la même fermeté
-toutes les offres qui lui furent faites tant pour lui que pour les
-siens, et voulut un traité général. Il fallut céder; et Lesdiguères,
-depuis peu connétable et à qui son retour à la foi catholique avoit
-enfin valu cette dignité suprême, fut le principal négociateur de ce
-nouveau traité, qui fut signé immédiatement après la reddition de la
-ville de Montpellier. On y confirma l'édit de Nantes dans toutes ses
-clauses; il y eut amnistie générale, et les protestants y conservèrent
-à peu près toutes les anciennes concessions qu'ils avoient
-successivement obtenues.</p>
-
-<p>(1623, 24) C'est ici que les voies commencent à s'ouvrir pour
-Richelieu, et qu'on le voit enfin paroître avec quelque éclat sur ce
-grand théâtre de la cour, qu'il ne devoit plus quitter, où il alloit
-bientôt occuper le premier rang et fixer tous les regards. Nous avons
-vu comment, avec une adresse qui ne fut jamais <span class="pagenum"><a id="page55" name="page55"></a>(p. 55)</span> sans dignité, il avoit
-su se ménager entre les partis qui divisoient la cour, et se concilier
-les ennemis de la reine sans manquer à ce qu'il lui devoit, et sans
-perdre un seul instant les justes droits qu'il avoit à sa confiance et
-à son attachement. Cette faveur dont il jouissoit auprès d'elle
-s'accroissant de jour en jour, il dut aux sollicitations pressantes de
-cette princesse d'être compris dans une promotion de cardinaux que fit
-le pape Grégoire XV; et ce fut à Lyon, où le roi passa à son retour de
-cette campagne, qu'il reçut de la main de sa majesté les insignes de
-sa nouvelle dignité. La cour étoit alors troublée par les intrigues,
-et les tracasseries des ministres, qui cherchoient à se supplanter les
-uns les autres<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a><a href="#footnote37" title="Lien vers la note 37"><span class="smaller">[37]</span></a>, divisés entre eux par leurs intérêts particuliers,
-réunis dans un seul intérêt commun, qui étoit de ranimer l'ancienne
-méfiance du roi contre sa mère, et d'empêcher que, rentrant au
-conseil, elle n'y ramenât avec elle le nouveau cardinal dont ils
-avoient déjà reconnu la supériorité, et qu'ils redoutoient tous comme
-leur rival le plus <span class="pagenum"><a id="page56" name="page56"></a>(p. 56)</span> dangereux. Ce fut un jeu pour celui-ci de renverser
-des hommes aussi foibles et aussi malhabiles. Dirigée par un guide
-d'un esprit si pénétrant et qui avoit une si profonde expérience de la
-cour et du maître dont il s'agissoit de s'emparer, Marie de Médicis
-reprit en peu de temps auprès de son fils le crédit qu'elle avoit
-perdu; provoqua la disgrâce des Sillerys, qui étoient les deux
-antagonistes de son favori; gagna le marquis de La Vieuville, qui
-avoit toute la confiance du roi, ou plutôt le força, malgré ses
-répugnances et les craintes que lui inspiroit Richelieu, à combattre
-avec elle les préventions que le roi avoit contre celui-ci, et dans
-cette dernière révolution qu'éprouvoit alors le ministère, à permettre
-qu'enfin l'entrée du conseil lui fût ouverte. Par un dernier trait
-d'habileté, Richelieu, qui étoit ainsi parvenu à se faire offrir la
-place qu'il faisoit solliciter, feignit d'abord de refuser ce qu'il
-désiroit avec tant d'ardeur; et tranquillisant ainsi tant d'esprits
-ombrageux sur cette soif d'ambition dont il étoit dévoré, et dont il
-avoit laissé entrevoir des indices que l'&oelig;il du roi lui-même n'avoit
-point laissé échapper, il prit d'abord la dernière place au conseil et
-parut disposé pour long-temps à s'en contenter; mais les fautes que
-commettoit La Vieuville ayant bientôt amené sa disgrâce, il arriva
-que, dans un si court intervalle, <span class="pagenum"><a id="page57" name="page57"></a>(p. 57)</span> aucun des ministres n'étoit déjà
-plus en mesure de lui disputer la première; et dès ce moment commença
-cette partie du règne de Louis XIII, que l'on peut à plus juste titre
-appeler le règne de Richelieu.</p>
-
-<p>Nous ne suivrons point cet homme extraordinaire dans tous les détails
-de sa vie publique; ils sont immenses: les événements qui s'y
-accumulent sont au nombre des plus célèbres et des plus éclatants que
-présentent nos annales; ils ont rempli l'Europe, et l'histoire en est
-tracée partout. Mais si les faits sont bien connus, il s'en faut que
-la politique qui les fit naître ait été appréciée ce qu'elle est en
-effet; que les conséquences en aient été bien saisies: c'est là ce qui
-demande toute notre attention.</p>
-
-<p>Jetons donc un coup d'&oelig;il sur l'état de la société en France, tel que
-nous le présentent ces premières années du règne de Louis XIII.</p>
-
-<p>Cet état étoit au fond le même que sous les règnes précédents; et la
-main vigoureuse de Henri IV, qui avoit un moment arrêté les progrès du
-mal, étant venu à défaillir, tous les symptômes de dissolution sociale
-avoient reparu. Les trois oppositions que nous avons déjà signalées
-(les grands, les protestants, le parlement qui représentoit
-l'opposition populaire) s'étoient à l'instant même relevées pour
-recommencer leur lutte contre le pouvoir; et ce pouvoir que <span class="pagenum"><a id="page58" name="page58"></a>(p. 58)</span> les
-Guises, les derniers qui aient compris la monarchie chrétienne,
-avoient vainement tenté de rattacher à l'autorité spirituelle par tous
-les liens qui pouvoient le soutenir et le ranimer, s'obstinant à en
-demeurer séparé, à chercher dans ses propres forces le principe et la
-raison de son existence, ainsi assailli de toutes parts, se trouvoit
-en péril plus qu'il n'avoit jamais été, étant remis entre les mains
-d'une foible femme et d'un roi enfant.</p>
-
-<p>Or, comme c'est le propre de toute corruption d'aller toujours
-croissant lorsqu'une force contraire n'en arrête pas les progrès, il
-est remarquable que ce que l'influence des Guises, aidée des
-circonstances où l'on se trouvoit alors, avoit su conserver de
-religieux dans la société <em>politique</em>, s'étoit éteint par degré, ne
-lui laissant presque plus rien que ce qu'elle avoit de matériel.</p>
-
-<p>Et en effet, sous les derniers Valois, au milieu du machiavélisme d'un
-gouvernement qui avoit fini par se jeter dans l'indifférence
-religieuse et dans tous les égarements qui en sont la suite, nous
-avons vu se former, parmi les grands, un parti qui, sous le nom de
-<em>politique</em>, s'étoit placé entre les catholiques et les protestants,
-n'admettant rien autre chose que ce matérialisme social dont nous
-venons de parler, et s'attachant au monarque uniquement parce qu'il
-étoit le représentant <span class="pagenum"><a id="page59" name="page59"></a>(p. 59)</span> de cet ordre purement matériel. Nous avons vu en
-même temps un prince insensé préférer ce parti à tous les autres<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a><a href="#footnote38" title="Lien vers la note 38"><span class="smaller">[38]</span></a>,
-sa politique sophistique croyant y voir un moyen de combattre à la
-fois l'opposition catholique qui vouloit modérer son pouvoir, et
-l'opposition protestante qui cherchoit à le détruire.</p>
-
-<p>Mais ce parti machiavélique n'avoit garde de s'arrêter là: des
-intérêts purement humains l'avoient fait naître; il devoit changer de
-marche au gré de ces mêmes intérêts. On le vit donc s'élever contre le
-roi lui-même après avoir été l'auxiliaire du roi, s'allier tour à tour
-aux protestants et aux catholiques, selon qu'il y trouvoit son
-avantage; et l'État fut tourmenté d'un mal qu'il n'avoit point encore
-connu. Aidés de la foi des peuples et de la conscience des grands, que
-cette contagion n'avoit point encore atteints, ces Guises, qu'on ne
-peut se lasser d'admirer, eussent fini par triompher de ce funeste
-parti: le dernier d'eux étant tombé, il prédomina.</p>
-
-<p>Chassé de la société politique, la religion avoit son dernier refuge
-dans la famille et dans la société civile. En effet l'opposition
-populaire étoit religieuse, et par plusieurs causes qui plus tard se
-développeront d'elles-mêmes, devoit l'être long-temps encore; mais
-par une inconséquence qui <span class="pagenum"><a id="page60" name="page60"></a>(p. 60)</span> partoit de ce même principe de révolte
-contre le pouvoir spirituel, principe qui avoit corrompu en France
-presque tous les esprits, les parlementaires, véritables chefs du
-parti populaire, refusant de reconnoître le caractère monarchique de
-ce pouvoir et son infaillibilité, cette opposition étoit tout à la
-fois religieuse et démocratique, c'est-à-dire également prête à se
-soulever contre les papes et contre les rois; et elle devoit devenir
-plus dangereuse contre les rois et les papes, à mesure que la foi des
-peuples s'affoibliroit davantage: or, tout ce qui les environnoit
-devoit de plus en plus contribuer à l'affoiblir.</p>
-
-<p>Quant aux protestants, leur opposition doit être plutôt appelée une
-véritable révolte: ou fanatiques ou indifférents (car ils étoient déjà
-arrivés à ces deux extrêmes de leurs funestes doctrines), ils
-s'accordoient tous en ce point qu'il n'y avoit point d'autorité qui ne
-pût être combattue ou contestée, chacun d'eux mettant au-dessus de
-tout sa propre autorité. C'étoient des républicains, ou plutôt des
-démagogues qui conjuroient sans cesse au sein d'une monarchie.</p>
-
-<p>Un principe de désordre animant donc ces trois oppositions (et nous
-avons déjà prouvé que la seule résistance qui soit dans l'ordre de la
-société, est celle de la loi divine, opposée par celui-là seul qui en
-est le légitime interprète aux excès et <span class="pagenum"><a id="page61" name="page61"></a>(p. 61)</span> aux écarts du pouvoir
-temporel<a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a><a href="#footnote39" title="Lien vers la note 39"><span class="smaller">[39]</span></a>; parce que, nous le répétons encore, et il ne faut point
-se lasser de le redire, cette loi est également obligatoire pour celui
-qui commande et pour ceux qui obéissent, devenant ainsi le seul joug
-que puissent légalement subir les rois, et la source des seules vraies
-libertés qui appartiennent aux peuples), par une conséquence
-nécessaire de ce désordre, tout tendoit sans cesse dans le corps
-social à l'anarchie, de même que dans le pouvoir il y avoit tendance
-continuelle au despotisme, seule ressource qui lui restât contre une
-corruption dont lui-même étoit le principal auteur. Pour faire rentrer
-les peuples dans la <em>règle</em>, il auroit fallu que les rois s'y
-soumissent eux-mêmes: ne le voulant pas, et n'ayant pas en eux-mêmes
-ce qu'il falloit pour <em>régler</em> leurs sujets, ils ne pouvoient plus que
-les <em>contenir</em>. Né au sein du protestantisme, dont il avoit sucé avec
-le lait les doctrines et les préjugés, peut-être Henri IV ne
-possédoit-il pas tout ce qu'il falloit de lumières pour bien
-comprendre la grandeur d'un tel mal, et sa politique extérieure, que
-nous avons déjà expliquée, sembleroit le prouver<a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a><a href="#footnote40" title="Lien vers la note 40"><span class="smaller">[40]</span></a>; peut-être
-l'avoit-il compris jusqu'à un certain point, sans avoir su
-reconnoître quel en étoit le véritable remède, <span class="pagenum"><a id="page62" name="page62"></a>(p. 62)</span> ou, s'il connoissoit ce
-remède, ne jugeant pas qu'il fût désormais possible de l'appliquer.
-Quoi qu'il en soit, son courage, son activité, sa prudence, n'eurent
-d'autre résultat que de lui procurer l'ascendant nécessaire pour
-contenir ces résistances, ou rivales ou ennemies de son pouvoir; et
-leur ayant imposé des limites que, tant qu'il vécut, elles n'osèrent
-point franchir, il rendit à son successeur la société telle qu'il
-l'avoit reçue des rois malheureux ou malhabiles qui l'avoient précédé.</p>
-
-<p>Sous l'administration foible et vacillante d'une minorité succédant à
-un règne si plein d'éclat et de vigueur, ces oppositions ne tardèrent
-point à reparoître avec le même caractère, et ce que le temps y avoit
-ajouté de nouvelles corruptions. De la part des grands, il n'y a plus
-pour résister au monarque ni ces motifs légitimes, ni même ces
-prétextes plausibles de conscience et de croyances religieuses qui,
-sous les derniers règnes, les justifioient ou sembloient du moins les
-justifier: ces grands veulent leur part du pouvoir; ils convoitent les
-trésors de l'état; ils sont à la fois cupides et ambitieux. Aveugle
-comme tout ce qui est passionné, cette opposition aristocratique
-essaie de soulever en sa faveur l'opposition populaire, soit qu'elle
-provoque une assemblée d'états-généraux, soit qu'elle réveille dans
-le parlement cet ancien esprit de mutinerie <span class="pagenum"><a id="page63" name="page63"></a>(p. 63)</span> et ces prétentions
-insolentes qui, dès que l'occasion lui en étoit offerte, ne manquoient
-pas aussitôt de se reproduire. On la voit s'allier à l'opposition
-protestante avec plus de scandale qu'elle ne l'avoit fait encore; et,
-se fortifiant de ces divisions, celle-ci marche vers son but avec
-toute son ancienne audace, des plans mieux combinés, plus de chances
-de succès, et ne traite avec tous les partis que pour assurer
-l'indépendance du sien. Enfin la cour elle-même, ainsi assaillie de
-toutes parts, ayant fini par se partager entre un jeune roi que ses
-favoris excitoient à se saisir d'un pouvoir qui lui appartenoit, et sa
-propre mère qui vouloit le retenir, le désordre s'accroissoit encore
-de ces scandaleuses dissensions.</p>
-
-<p>Et qu'on ne dise point que les mêmes désordres reparoissent à toutes
-les époques où le gouvernement se montre foible, et qu'en France les
-minorités furent toujours des temps de troubles et de discordes
-intestines: ce seroit n'y rien comprendre que de s'arrêter à ces
-superficies. Dans ces temps plus anciens, et, en apparence, plus
-grossiers, les désordres que les passions politiques excitoient dans
-la société n'avoient ni le même principe ni les mêmes conséquences: la
-corruption étoit dans les c&oelig;urs plus que dans les esprits; et lorsque
-ces passions s'étoient calmées, des croyances communes rétablissoient
-l'ordre comme par une sorte d'enchantement, ramenant <span class="pagenum"><a id="page64" name="page64"></a>(p. 64)</span> tout et
-naturellement à l'unité<a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a><a href="#footnote41" title="Lien vers la note 41"><span class="smaller">[41]</span></a>. On voyoit le régulateur suprême de la
-grande société catholique, le père commun des fidèles (et les
-témoignages s'en trouvent à presque toutes les pages de l'histoire),
-s'interposant sans cesse entre des rois rivaux, entre des sujets
-rebelles et des maîtres irrités. Sa voix puissante et vénérable
-finissoit toujours par se faire entendre; et, grâce à son intervention
-salutaire, cette loi divine et universelle qui est la vie des
-sociétés, reprenoit toute sa puissance. Maintenant cette grande
-autorité étoit presque entièrement méconnue: <span class="pagenum"><a id="page65" name="page65"></a>(p. 65)</span> les croyances communes,
-seul lien des intelligences, étoient impunément attaquées, minées de
-toutes parts par le principe de l'hérésie protestante, dissolvant le
-plus actif qui, depuis le commencement du monde, eût menacé
-l'existence des nations; le pouvoir temporel s'étant privé de son seul
-point d'appui, devenoit violent ne pouvant plus être fort, et se
-conservoit ainsi pour quelque temps par ce qui devoit achever de le
-perdre; de même, et par une conséquence nécessaire, l'obéissance dans
-les sujets se changeoit en servitude, ce qui les tenoit toujours
-préparés pour la révolte; et dès que cet ordre factice et matériel
-étoit troublé, ce n'étoit plus d'une crise passagère, mais d'un
-bouleversement total que l'État étoit menacé, et l'existence même de
-la société étoit mise sans cesse en question.</p>
-
-<p>Le mal étoit-il donc dès lors sans ressource; et ce germe de mort que
-non-seulement la France, mais toute l'Europe chrétienne portoit dans
-son sein, étoit-il déjà si actif et si puissant, qu'il fût devenu
-impossible de l'étouffer? C'est là une question qu'il n'est donné
-peut-être à personne de résoudre; mais, ce qui est hors de doute,
-c'est qu'il appartenoit à la France, plus qu'à toute autre puissance
-de la chrétienté, de tenter cette grande et sainte entreprise, de
-donner au monde chrétien l'exemple salutaire de rentrer dans les
-anciennes voies; et tout porte <span class="pagenum"><a id="page66" name="page66"></a>(p. 66)</span> à croire que d'autres nations l'y
-auroient suivie. Voilà que les circonstances portent à la tête des
-affaires, à travers mille obstacles qu'il a su vaincre avec la plus
-rare habileté, un homme d'une grande capacité et d'un grand caractère:
-il a saisi d'une main ferme le timon de l'État; et pour la première
-fois depuis le commencement du nouveau règne, les factions qui
-l'agitent commencent à sentir le poids d'une volonté. Cet homme est un
-prince de l'église: on doit croire qu'il est nourri de ses maximes,
-qu'il en comprend la politique, que c'est sous son ministère que
-s'arrêteront les progrès du mal, que s'opèrera peut-être une
-révolution entière dans le système funeste qui, depuis deux siècles,
-détruit la société. Rien de tout cela n'arrivera: cet esprit si
-pénétrant demeurera sans intelligence pour toutes ces choses; cette
-volonté si inflexible ne déploiera son énergie que pour fortifier et
-accroître un si grand mal; cette activité si prodigieuse, que pour le
-répandre partout et le rendre à jamais irrémédiable: Richelieu sera à
-lui seul plus funeste à la société que tous ceux qui ont gouverné
-avant lui.</p>
-
-<p>Dès les commencements de son administration, il laissa entrevoir
-quelle seroit sa politique relativement aux affaires générales de
-l'Europe: mais il falloit se rendre le maître dans l'intérieur avant
-de songer à exercer au dehors une véritable <span class="pagenum"><a id="page67" name="page67"></a>(p. 67)</span> influence; et, destinés à
-nous trouver presque toujours en contradiction avec les historiens qui
-nous ont précédé, nous le louerons de ce qu'il fit pour y parvenir,
-lorsque, sous ce rapport, la plupart d'entre eux l'ont dénigré<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a><a href="#footnote42" title="Lien vers la note 42"><span class="smaller">[42]</span></a>. Le
-désordre étoit alors à son comble, et nous ne pouvons l'exprimer plus
-vivement qu'en empruntant ses propres paroles. «Lorsque votre majesté,
-dit-il au roi dans son testament politique<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a><a href="#footnote43" title="Lien vers la note 43"><span class="smaller">[43]</span></a>, se résolut de me
-donner en même temps et l'entrée de ses conseils et grande part à sa
-confiance, je puis dire avec vérité que les <span class="pagenum"><a id="page68" name="page68"></a>(p. 68)</span> huguenots partageoient
-l'État avec elle; que les grands se conduisoient comme s'ils n'eussent
-pas été ses sujets, et les plus puissants gouverneurs de province,
-comme s'ils eussent été souverains en leurs charges... Je puis dire
-que chacun mesuroit son mérite par son audace; qu'au lieu d'estimer
-les bienfaits qu'ils recevoient de votre majesté par leur propre prix,
-ils n'en faisoient cas qu'autant qu'ils étoient proportionnés au
-déréglement de leur fantaisie; et que les plus entreprenants étoient
-estimés les plus sages, et se trouvoient souvent les plus heureux.» Il
-s'étoit proposé de remédier efficacement à de si grands abus; et il
-avoit promis au roi d'employer toute son industrie et toute l'autorité
-qui lui étoit confiée «pour ruiner le parti huguenot, rabaisser
-l'orgueil des grands, réduire ses sujets dans les bornes de leur
-devoir, et relever son nom dans les nations étrangères au point où il
-devoit être<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a><a href="#footnote44" title="Lien vers la note 44"><span class="smaller">[44]</span></a>.»</p>
-
-<p>Il marcha donc constamment vers ce double but avec un courage et une
-persévérance que rien ne put ébranler, au milieu de périls et
-d'obstacles qu'une âme aussi forte et une volonté aussi inflexible
-pouvoient seules surmonter. Tant qu'il le jugea nécessaire, il
-dissimula avec les huguenots, dont les révoltes et les insolences
-<span class="pagenum"><a id="page69" name="page69"></a>(p. 69)</span> alloient toujours croissant: pour pouvoir en finir avec ces sectaires,
-il lui falloit terminer ou du moins suspendre les guerres extérieures
-dont ils savoient si bien profiter, remettre l'ordre dans les
-finances, relever la marine françoise, qui, dans une si grande
-entreprise, lui devoit être un si puissant auxiliaire. Il y parvint;
-et tout étant ainsi préparé, ses projets éclatèrent au milieu d'une
-conspiration de la cour soulevée presque tout entière contre lui,
-conspiration qui menaçoit sa vie et le roi lui-même des derniers
-attentats<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a><a href="#footnote45" title="Lien vers la note 45"><span class="smaller">[45]</span></a>. Les chefs du complot, et parmi eux des princes du sang,
-sont arrêtés<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a><a href="#footnote46" title="Lien vers la note 46"><span class="smaller">[46]</span></a>; ceux des conjurés qui avoient des gouvernements de
-provinces en sont à l'instant même <span class="pagenum"><a id="page70" name="page70"></a>(p. 70)</span> dépouillés; le duc d'Anjou, dont
-ils avoient fait le prétexte et l'instrument de leurs machinations,
-est forcé de se soumettre<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a><a href="#footnote47" title="Lien vers la note 47"><span class="smaller">[47]</span></a>, et, dans la frayeur dont il est saisi,
-déclare lui-même ses complices; un de ces grands, le prince de
-Chalais, monte sur l'échafaud, et ses pareils commencent à reconnoître
-que leurs rébellions ne sont pas privilégiées, que leurs personnes ne
-sont pas inviolables. Ce coup, frappé à propos, en impose: le siége de
-La Rochelle, qui n'eût jamais été entrepris si la terreur ne se fût
-pas mise parmi les ennemis du cardinal, est commencé, poursuivi,
-achevé sous la direction même du ministre, malgré toutes les
-difficultés que présentoit une position jusque là jugée inexpugnable,
-tous les dangers que faisoit renaître sans cesse une résistance
-désespérée, et tous les obstacles qu'osoit y apporter encore cette
-faction des grands qui ne vouloit pas que la ville fût prise, parce
-que son ambition avoit besoin de l'existence des protestants. Ce
-boulevard du protestantisme tombe enfin: alors tout prend <span class="pagenum"><a id="page71" name="page71"></a>(p. 71)</span> dans cette
-guerre, jusqu'alors si périlleuse, une marche prompte et décisive. Une
-année se passe à peine que le parti huguenot est forcé partout de se
-remettre à la discrétion du vainqueur, humilié par ses continuelles
-défaites, dompté par le sac de ses villes, par le supplice de ses
-chefs, réduit à vivre désormais tranquille et soumis au milieu de ses
-forteresses démolies et ouvertes de toutes parts<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a><a href="#footnote48" title="Lien vers la note 48"><span class="smaller">[48]</span></a>. L'entrée
-triomphante du cardinal dans Montauban fut la dernière scène de ce
-grand événement.</p>
-
-<p>Tout n'étoit pas fini pour l'heureux ministre: la cabale de la cour,
-un moment déconcertée par des succès si éclatants, n'en devint que
-plus furieuse et plus ardente contre lui, lorsqu'après l'événement de
-la guerre de Mantoue<a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a><a href="#footnote49" title="Lien vers la note 49"><span class="smaller">[49]</span></a>, non moins glorieux pour les armes du roi,
-elle le vit si avant dans la faveur de son <span class="pagenum"><a id="page72" name="page72"></a>(p. 72)</span> maître, que tout pouvoir
-lui étoit donné, et qu'il falloit que tout pliât sous ses volontés. La
-reine-mère, qui l'avoit protégé tant qu'elle avoit cru trouver en lui
-un instrument de cette ambition puérile dont elle étoit possédée de se
-mêler sans cesse des intrigues du cabinet et des affaires de l'état,
-se déclare dès ce moment son ennemie la plus acharnée. Gaston, que sa
-qualité d'héritier du trône rendoit alors plus considérable qu'il ne
-le fut depuis, unit ses ressentiments à ceux de sa mère: tout se
-rallie autour de ces deux personnages éminents; le roi seul défend son
-ministre; et cependant, poursuivi par les larmes et par les
-emportements de la reine, il chancèle un moment, et l'on espère qu'il
-va l'abandonner; Richelieu lui-même se croit perdu, et fait les
-préparatifs de sa retraite. Tout change de face en un seul jour, que
-l'histoire a rendu célèbre sous le nom de <cite>journée des dupes</cite>. Le
-cardinal a avec le roi une entrevue qu'il croit la dernière: il en
-sort plus puissant et plus redoutable que jamais; et, vainqueur de ses
-ennemis, il sait profiter de la victoire. L'obstination et la conduite
-imprudente de Marie de Médicis lui servent à aigrir contre elle
-l'esprit de <span class="pagenum"><a id="page73" name="page73"></a>(p. 73)</span> son fils, qui finit par s'en éloigner sans retour,
-lorsqu'il la voit attirer la jeune reine dans son parti et mêler
-l'Espagne à toutes ces querelles. Cependant la haine froide et
-profondément calculée du ministre demandoit, au milieu de cette cour,
-presque entière conjurée contre lui, une victime dont la chute y
-répandît l'effroi et la consternation: le maréchal de Marillac fut
-celle qu'il choisit. Celui-ci étoit coupable sans doute, mais non pas
-assez pour porter sa tête sur un échafaud, si la vengeance du cardinal
-ne l'eût poursuivi. Avant même qu'on l'eût arrêté, le garde-des-sceaux
-son frère avoit déjà été disgracié et exilé. Le procès du maréchal,
-qui fut long, n'étoit pas encore terminé<a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a><a href="#footnote50" title="Lien vers la note 50"><span class="smaller">[50]</span></a>, que Gaston, dont
-Richelieu s'étoit ressaisi un moment par le moyen de ses favoris, se
-déclare de nouveau contre lui au gré de ces mêmes favoris: les
-ennemis <span class="pagenum"><a id="page74" name="page74"></a>(p. 74)</span> du ministre croient enfin avoir trouvé une dernière occasion
-de le perdre; et pour rendre cette occasion décisive, leurs conseils,
-et particulièrement ceux de la reine-mère, poussent le foible prince à
-faire un éclat, à quitter la cour et à se mettre ouvertement à la tête
-du parti qui demandoit la disgrâce et l'exil de Richelieu. La cabale
-s'agite alors avec plus de violence que jamais, et conçoit de cette
-retraite les plus grandes espérances; il en fut autrement: ce que
-Marie de Médicis avoit considéré comme un moyen de reprendre son
-ancien ascendant, fut précisément ce qui acheva de la perdre. D'accord
-avec son ministre, qui désormais le menoit à son gré, le roi exile sa
-mère à Compiègne, où, de même qu'à Blois, elle est gardée à vue et
-traitée en prisonnière. Tous ses confidents sont exilés ou arrêtés.
-Gaston continuant de cabaler à Orléans, où il s'étoit renfermé, son
-frère marche contre lui à la tête d'une armée, le suit dans sa fuite
-jusqu'en Bourgogne, et le force à sortir de France et à se réfugier en
-Lorraine. Le maréchal de Bassompierre, qui avoit trempé dans ce
-dernier complot, est enfermé à la Bastille, où il seroit resté jusqu'à
-la fin de ses jours, si Richelieu ne fût mort avant lui; le duc de
-Guise, autre partisan de Gaston, se hâte de se retirer dans son
-gouvernement, et n'évite qu'en s'exilant lui-même volontairement le
-ressentiment <span class="pagenum"><a id="page75" name="page75"></a>(p. 75)</span> du cardinal; enfin Marie de Médicis s'échappe de sa
-prison, ou, pour mieux dire, l'habile ministre s'en débarrasse en la
-laissant échapper. Elle se retire aux Pays-Bas, et quitte ainsi
-follement la France, où il étoit bien résolu de ne la jamais laisser
-rentrer. Dès ce moment la cour, déserte de tous ses ennemis, se peuple
-de ses flatteurs et de ses créatures; Richelieu est maître absolu,
-maître sans rivaux et sans contradicteurs: c'est alors qu'il achève de
-se faire connoître, que son regard embrasse l'Europe, et que sa
-funeste politique se développe à tous les yeux.</p>
-
-<p>Abaisser la maison d'Autriche, c'est-à-dire détruire autant qu'il
-étoit en lui la seule puissance qui, de concert avec la France, pût
-soutenir la société chrétienne, la défendre contre l'ennemi redoutable
-dont elle étoit pressée de toutes parts, et qui pénétroit, pour ainsi
-parler, jusque dans ses entrailles, tel étoit le projet qu'avoit
-depuis long-temps conçu un prince de l'église catholique, apostolique
-et romaine; et ce projet, il le poursuivit, comme tout ce qu'il
-entreprenoit, avec une constance, une activité, une vigueur, que l'on
-pourroit trouver admirables s'il s'étoit proposé un autre but, mettant
-l'Europe en feu et la France elle-même en péril pour y réussir, et y
-employant des moyens qui passent en perversité tous ceux que la
-corruption des règnes précédents avoit pu imaginer.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page76" name="page76"></a>(p. 76)</span> Certes, la politique de la maison d'Autriche, au milieu de ces graves
-circonstances, est loin de mériter des éloges: c'étoit celle de son
-temps; et, pour nous servir d'une expression devenue fameuse de nos
-jours, <cite>elle marchoit avec son siècle</cite>, et s'enfonçoit autant qu'il
-étoit en elle dans les intérêts purement matériels de la société. Nous
-avons fait voir quelle avoit été la folle ambition de Philippe II, sa
-conduite cauteleuse envers la France, et, dans nos guerres de
-religion, l'hypocrisie de son zèle religieux. Sous ses successeurs,
-ces dispositions hostiles et cette marche insidieuse n'avoient point
-changé: le cabinet d'Espagne surtout n'avoit point cessé, autant qu'il
-étoit en lui, de fomenter nos discordes intestines, dans l'espoir
-insensé d'en faire son profit. Mais, quoi qu'il en pût être de ses
-fausses maximes et des artifices de sa politique, il n'en est pas
-moins vrai de dire que, par la position où la Providence l'avoit
-placée et malgré les fautes qu'elle n'avoit cessé de commettre, la
-maison d'Autriche se trouvoit en Europe à la tête du parti catholique
-et l'ennemie naturelle de tous ses ennemis. En Allemagne elle étoit
-établie comme un boulevard de la chrétienté contre les protestants et
-les sectateurs de Mahomet; et, tandis qu'elle y contenoit l'hérésie
-protestante par la terreur de ses armes; que, s'étendant par-delà les
-confins de l'Italie, elle l'empêchoit de pénétrer dans le <span class="pagenum"><a id="page77" name="page77"></a>(p. 77)</span> centre même
-de la société religieuse, ses tribunaux ecclésiastiques lui fermoient
-l'entrée de la péninsule, et l'étouffoient à l'instant même dans son
-germe, dès qu'elle osoit s'y montrer. Sans cesse attentifs à ce qui se
-passoit au milieu du monde chrétien, les papes, dont l'&oelig;il pénétrant
-avoit saisi toute l'étendue du mal, mettoient dans cette royale
-famille leurs plus chères espérances; et, portant d'un autre côté
-leurs regards sur ces rois de France, qu'ils appeloient toujours les
-fils aînés de l'Église, ils voyoient et avoient raison de voir, dans
-l'union de ces deux puissances, le salut de la chrétienté. C'étoit
-vers cette union salutaire que se portoient tous leurs désirs; c'étoit
-pour la former qu'ils mettoient en jeu tous les ressorts de leur
-politique, qu'ils employoient ce reste d'influence que le respect
-humain leur avoit encore conservé dans les affaires générales de
-l'Europe. Ils crurent un moment avoir atteint ce but par le mariage de
-Louis XIII avec une infante; et, si la France eût eu à la tête de ses
-affaires un autre homme que Richelieu, peut-être y seroient-ils
-parvenus<a id="footnotetag51" name="footnotetag51"></a><a href="#footnote51" title="Lien vers la note 51"><span class="smaller">[51]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page78" name="page78"></a>(p. 78)</span> Mais depuis que ce royaume étoit gouverné par les maximes qui
-tendoient à séparer sans cesse la politique de la religion, il ne
-s'étoit point encore rencontré un esprit plus imbu de ces doctrines
-dangereuses, plus habile à les réduire en système, plus ardent à les
-mettre en pratique, que ce trop fameux ministre. Déjà, et dès le
-commencement de son ministère, il avoit fait voir, dans l'affaire de
-la Valteline, quels étoient ses principes politiques et dans quelles
-voies il étoit résolu de marcher<a id="footnotetag52" name="footnotetag52"></a><a href="#footnote52" title="Lien vers la note 52"><span class="smaller">[52]</span></a>; dès lors on l'avoit vu opposer
-aux dangers qui menaçoient la religion catholique la <em>raison d'état</em>,
-et donner sujet de faire au roi très-chrétien ce reproche que, tandis
-que ses armes étoient employées d'un côté à détruire l'hérésie dans
-son royaume, <span class="pagenum"><a id="page79" name="page79"></a>(p. 79)</span> de l'autre, elles l'aidoient à se relever dans les pays
-étrangers.</p>
-
-<p>La maison d'Autriche, disent les apologistes de Richelieu, tendoit à
-la monarchie universelle; il falloit arrêter une ambition qui n'avoit
-plus de bornes. Cette accusation vague, si souvent répétée et si
-légèrement crue parce qu'elle n'a été que foiblement contredite, tombe
-d'elle-même dès que l'on considère avec un peu d'attention et la
-situation de l'Europe et celle de cette famille souveraine. Placée en
-Allemagne à la tête d'une confédération de petits souverains, sous la
-condition expresse de protéger leurs droits et de garder leurs
-constitutions, nul d'entre eux n'eût été disposé à l'aider dans ses
-projets dont le résultat eût été de les asservir eux-mêmes; et
-Ferdinand II venoit de l'éprouver, lorsque, <span class="pagenum"><a id="page80" name="page80"></a>(p. 80)</span> après avoir abattu deux
-ligues protestantes qui s'étoient formées contre lui, il s'étoit vu
-arrêter dans ses projets de domination absolue par les électeurs
-catholiques eux-mêmes, qui vouloient que l'empereur fût le protecteur
-et non le maître de l'empire<a id="footnotetag53" name="footnotetag53"></a><a href="#footnote53" title="Lien vers la note 53"><span class="smaller">[53]</span></a>. Impuissante de ce côté pour exécuter
-des projets aussi gigantesques, que pouvoit-elle en Espagne, en Italie
-et dans les Pays-Bas? On l'a vu sous Charles-Quint, lequel cependant
-réunissoit sur sa tête toutes ces couronnes depuis divisées, lorsque,
-après la bataille de Pavie, la France sembloit être réduite aux
-<span class="pagenum"><a id="page81" name="page81"></a>(p. 81)</span> dernières extrémités; on l'a vu, sous Philippe II, lorsqu'elle étoit
-déchirée par les partis, et d'un bout à l'autre livrée à toutes les
-horreurs de la guerre civile. Ni par leurs intrigues, ni par la force
-de leurs armes, ces princes si habiles et si puissants n'avoient pu
-venir à bout de se maintenir dans une seule de ses provinces.
-Étoit-ce, lorsque le dernier coup venoit d'être porté dans ce royaume
-au protestantisme, lorsque l'autorité royale y avoit repris toute sa
-force au milieu des partis abattus, que l'on pouvoit sérieusement en
-craindre la conquête par le roi d'Espagne? Non; cette crainte
-chimérique eût été indigne de Richelieu: c'étoit <span class="pagenum"><a id="page82" name="page82"></a>(p. 82)</span> un sujet ambitieux
-qui vouloit se rendre nécessaire à son maître en concevant des projets
-que lui seul sembloit capable d'exécuter; et c'étoit parce qu'il
-n'avoit point d'autre conscience politique que celle des intérêts
-matériels de la France, qu'il avoit conçu de semblables projets.</p>
-
-<p>Ainsi donc, cherchant de toutes parts des ennemis à la maison
-d'Autriche et n'en trouvant point de plus ardents contre elle que les
-princes protestants d'Allemagne; les voyant, dans ce moment même, plus
-irrités que jamais contre l'empereur Ferdinand, qui usoit, plus
-violemment peut-être que ne l'eût voulu une sage politique, des
-avantages que lui donnoit cette suite continuelle de victoires<a id="footnotetag54" name="footnotetag54"></a><a href="#footnote54" title="Lien vers la note 54"><span class="smaller">[54]</span></a>
-qu'il devoit au génie de Walstein, et dont l'éclat étoit tel que le
-souverain lui-même qui en recueilloit le fruit, étoit importuné de la
-gloire de son sujet; s'apercevant que le mécontentement avoit gagné
-jusqu'aux princes catholiques, que les entreprises et les manières
-trop hautaines du chef de l'empire commençoient à alarmer pour leurs
-propres priviléges, il jeta les yeux sur le roi de Suède qu'on lui
-avoit représenté comme un homme supérieur, comme un chef propre à
-rendre formidable la ligue nouvelle qu'il vouloit former contre
-l'empereur. Bien qu'il ait cru devoir s'en défendre, lorsque la
-clameur publique <span class="pagenum"><a id="page83" name="page83"></a>(p. 83)</span> l'accusa d'avoir excité un prince protestant à entrer
-à main armée dans un pays catholique, il est certain que ce fut
-Richelieu lui-même qui l'y poussa, après avoir ménagé un accommodement
-entre lui et Sigismond, roi de Pologne, qui lui disputoit la couronne
-de Suède, et que ce prince entreprenant étoit venu chercher et
-combattre jusque dans ses propres états. Par suite d'un traité signé
-avec la France, Gustave aborda sur les côtes de la Poméranie le 24
-juin 1630; et alors commença cette partie de la guerre de trente ans
-qui est désignée sous le nom de <cite>Période suédoise</cite>.</p>
-
-<p>Qui n'en connoît les succès, les revers, les désastres effroyables? Le
-héros de la Suède entra comme un torrent en Allemagne: la ligue
-protestante à la tête de laquelle s'étoit mis l'électeur de Saxe,
-après avoir un moment balancé à se joindre à lui, et comme si elle eût
-craint de se donner un nouveau maître, finit par se rallier sous ses
-drapeaux; et la ligue catholique étant demeurée indécise, rien ne
-s'opposa d'abord à la marche du vainqueur. Il prend sa revanche du sac
-de Magdebourg<a id="footnotetag55" name="footnotetag55"></a><a href="#footnote55" title="Lien vers la note 55"><span class="smaller">[55]</span></a> à la bataille de Leipzic, où il remporte une
-victoire complète sur le féroce Tilly. De <span class="pagenum"><a id="page84" name="page84"></a>(p. 84)</span> là, tandis que les Saxons
-pénétroient en Bohème et en Silésie, il parcourt rapidement les
-provinces de Franconie, du Haut-Rhin, de Souabe et de Bavière, toutes
-les villes lui ouvrant leurs portes, et tous les princes protestants
-s'empressant de faire alliance avec lui. Il passe ensuite le Rhin à
-Oppenheim, force le 15 avril 1632 le passage du Lech<a id="footnotetag56" name="footnotetag56"></a><a href="#footnote56" title="Lien vers la note 56"><span class="smaller">[56]</span></a>; et le 17 mai
-suivant il entre triomphant dans Munich. C'est alors que Ferdinand,
-naguère au faîte de la puissance, est réduit à la dure extrémité de
-s'humilier à son tour devant le sujet orgueilleux dont il avoit
-abaissé l'orgueil; et Walstein lui fait acheter aux conditions les
-plus dures la grâce qu'il veut bien lui faire de reprendre le
-commandement de ses armées. Sa première opération est de chasser les
-Saxons de la Bohème; puis il transporte le théâtre de la guerre en
-Saxe, pour forcer le roi de Suède à quitter la Bavière. Bientôt les
-deux armées ennemies sont en présence à Lutzen: la bataille s'engage;
-Gustave est tué au premier choc; mais les Suédois n'en sont pas moins
-vainqueurs; et Walstein, forcé de se retirer en Bohème, se contente
-d'en défendre l'entrée à l'armée victorieuse. <span class="pagenum"><a id="page85" name="page85"></a>(p. 85)</span> C'est alors que la
-situation précaire où se trouvoit son souverain lui fait concevoir des
-projets ambitieux que Richelieu favorise, et dont il auroit profité
-sans la catastrophe tragique qui termina la vie de cet illustre
-ambitieux. Instruit qu'il le trahissoit, et impuissant à faire punir
-juridiquement un sujet devenu en quelque sorte le rival de son maître,
-Ferdinand le fit assassiner à Egra le 25 février 1634. Le roi de
-Hongrie paroît alors à la tête des armées impériales, et signale ses
-premières armes par la victoire de Nordlingue, où il écrase l'armée
-des confédérés. L'assemblée générale des états protestants, qui
-s'alloit réunir à Francfort-sur-le-Mein pour renouveler l'alliance
-avec la Suède, se dissipe d'elle-même à la première nouvelle de cette
-défaite; l'électeur de Saxe, l'ennemi le plus acharné de Ferdinand,
-est le premier à faire sa paix avec lui: et le traité de Prague, dans
-lequel le chef de l'empire reprit une partie de son ancien ascendant,
-ayant été accepté par la plupart des princes protestants, le parti
-Suédois parut abattu et ruiné sans retour<a id="footnotetag57" name="footnotetag57"></a><a href="#footnote57" title="Lien vers la note 57"><span class="smaller">[57]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page86" name="page86"></a>(p. 86)</span> Tant que ce parti avoit été triomphant, Richelieu, par un reste de
-pudeur, avoit tenu secrète l'alliance contractée entre la France et le
-chef de la ligue protestante; et, se renfermant dans une neutralité
-apparente, il offroit aux princes catholiques de l'Allemagne qui
-imploroient son secours contre un si terrible vainqueur, le partage de
-cette neutralité que Gustave rendoit impossible par les conditions
-intolérables auxquelles il vouloit la leur faire acheter. Dès que
-l'artificieux ministre vit la cause des Suédois sur le point d'être
-perdue, il leva le masque et se déclara ouvertement pour eux. Un
-nouveau traité est signé à Compiégne, le 28 avril 1635, entre Louis
-XIII et la reine Christine. La France traite en même temps avec les
-États-Unis, rompant ainsi la trève que ceux-ci étoient prêts à
-conclure avec l'Espagne; et chaque prince de l'union protestante est
-appelé à faire avec Richelieu son traité particulier. Maître de la
-Lorraine, dont il s'étoit emparé, n'ayant d'autre droit pour le faire
-que celui du plus fort,<a id="footnotetag58" name="footnotetag58"></a><a href="#footnote58" title="Lien vers la note 58"><span class="smaller">[58]</span></a> celui-ci <span class="pagenum"><a id="page87" name="page87"></a>(p. 87)</span> porte la guerre tout à la fois
-dans les Pays-Bas; dans les états héréditaires de l'Autriche, où il
-envoie une armée auxiliaire des armées protestantes; en Italie où il
-traite contre l'empereur avec les ducs de Savoie, de Parme et de
-Mantoue<a id="footnotetag59" name="footnotetag59"></a><a href="#footnote59" title="Lien vers la note 59"><span class="smaller">[59]</span></a>. L'Europe entière est embrasée; et des résultats décisifs
-auroient pu seuls, même selon les règles de la politique humaine,
-justifier le ministre qui avoit allumé ce feu qu'il ne lui étoit pas
-donné de pouvoir éteindre. Ils furent loin de l'être: partout les
-succès sont contestés, partout les revers suivent les victoires. Les
-armées françoises entrent à diverses reprises dans le pays ennemi, et
-sont obligées d'en sortir; les ennemis de leur côté pénètrent en
-France sur plusieurs points, et les alarmes qu'ils causent se font
-ressentir jusqu'à Paris<a id="footnotetag60" name="footnotetag60"></a><a href="#footnote60" title="Lien vers la note 60"><span class="smaller">[60]</span></a>. La <span class="pagenum"><a id="page88" name="page88"></a>(p. 88)</span> Bourgogne, la Picardie, la Guienne, le
-Languedoc, sont tour à tour envahis et dévastés par les Impériaux ou
-par les Espagnols; les armées françoises envahissent et dévastent à
-leur tour les Pays-Bas, le Milanois, la Lorraine, la Franche-Comté, la
-Catalogne, la Cerdagne et le Roussillon. Le Portugal secoue le joug de
-l'Espagne et s'allie avec la France pour consolider l'indépendance
-qu'il venoit d'acquérir<a id="footnotetag61" name="footnotetag61"></a><a href="#footnote61" title="Lien vers la note 61"><span class="smaller">[61]</span></a>. Pendant toute la vie de Richelieu, et six
-années encore après sa mort, l'Europe fut comme un vaste champ de
-bataille où parurent tour à tour les plus grands hommes de guerre qui
-eussent encore illustré les temps modernes<a id="footnotetag62" name="footnotetag62"></a><a href="#footnote62" title="Lien vers la note 62"><span class="smaller">[62]</span></a>, où l'on ne voit que
-villes prises et reprises, que batailles tour à tour gagnées <span class="pagenum"><a id="page89" name="page89"></a>(p. 89)</span> et
-perdues, sans qu'il y ait un parti qui puisse décidément s'attribuer
-la victoire; mais les peuples souffrent et achèvent de se
-corrompre<a id="footnotetag63" name="footnotetag63"></a><a href="#footnote63" title="Lien vers la note 63"><span class="smaller">[63]</span></a>.</p>
-
-<p>Les progrès de cette corruption furent d'autant plus rapides, que ce
-fut dans cette guerre fatale que parurent entièrement à découvert ces
-ressorts de la politique des princes chrétiens, uniquement fondée sur
-ce principe, qu'elle devoit être entièrement séparée de la religion,
-tandis que le fanatisme, qui est le caractère de toutes les sectes
-naissantes, produisoit parmi les princes protestants une sorte
-d'unité. Ainsi donc, ceux-là tendoient sans cesse à se diviser entre
-eux, parce qu'ils étoient uniquement occupés de leurs intérêts
-temporels; et ceux-ci, bien que leurs doctrines dussent incessamment
-offrir au monde ce matérialisme social dans ce qu'il a de plus
-désolant et de plus hideux, trouvoient alors, dans l'esprit de secte
-et dans une <span class="pagenum"><a id="page90" name="page90"></a>(p. 90)</span> commune révolte contre les croyances catholiques, des
-rapports nouveaux et jusqu'alors inconnus qui les lioient entre eux,
-et de tous les coins de l'Europe attachoient à leurs intérêts
-politiques tous ceux qui partageoient leurs doctrines. Avant la
-réformation, les puissances du Nord étoient en quelque sorte
-étrangères à l'Europe; dès qu'elles l'eurent embrassée, elles
-entrèrent dans l'alliance protestante et, par une suite nécessaire,
-dans le système général de la politique européenne. «Des états qui
-auparavant se connoissoient à peine, dit un auteur protestant
-lui-même<a id="footnotetag64" name="footnotetag64"></a><a href="#footnote64" title="Lien vers la note 64"><span class="smaller">[64]</span></a>, trouvèrent, au moyen de la réformation, un centre commun
-d'activité et de politique qui forma entre eux des relations intimes.
-La réformation <em>changea</em> les rapports des citoyens entre eux et des
-sujets <em>avec leurs princes</em>; elle changea les <em>rapports politiques</em>
-entre les états. Ainsi un destin bizarre voulut que <em>la discorde qui
-déchira l'église</em> produisît un lien qui unît plus fortement les
-<em>états</em> entre eux<a id="footnotetag65" name="footnotetag65"></a><a href="#footnote65" title="Lien vers la note 65"><span class="smaller">[65]</span></a>.» Enfoncés dans ce matérialisme insensé, au
-moyen duquel ils achevoient de se perdre et de tout perdre, ces mêmes
-princes catholiques se croyoient fort habiles en se servant, au
-profit de leur ambition, de ce fanatisme <span class="pagenum"><a id="page91" name="page91"></a>(p. 91)</span> des princes protestants, ne
-s'apercevant pas qu'il n'avoit produit entre eux cette sorte d'union
-politique que par ce qu'il y avoit en lui de religieux, et que c'étoit
-là un effet, singulier sans doute, mais naturel, inévitable même, de
-ce qui restoit encore de <em>spirituel</em> dans le protestantisme.</p>
-
-<p>Ainsi donc, chose étrange, ce qui appartenoit à l'unité se divisoit;
-et il y avoit accord parmi ceux qui appartenoient au principe de
-division. Déjà on en avoit eu de tristes et frappants exemples dans
-les premières guerres que l'hérésie avoit fait naître en France: on
-avoit vu des armées de sectaires y accourir de tous les points de
-l'Europe au secours de leurs frères, chaque fois que ceux-ci en
-avoient eu besoin; tandis que le parti catholique n'y obtenoit de
-Philippe II que des secours intéressés, astucieusement combinés,
-quelquefois aussi dangereux qu'auroient pu l'être de véritables
-hostilités. La France en avoit souffert sans doute; mais, nous avons
-vu aussi que cette politique perverse n'avoit point réussi à son
-auteur.</p>
-
-<p>L'histoire ne la lui a point pardonnée; cependant qu'il y avoit loin
-encore de ces man&oelig;uvres insidieuses à ce vaste plan conçu par une
-puissance catholique, qui, dans cette révolution dont l'effet étoit de
-séparer en deux parts toute la chrétienté, réunit d'abord tous ses
-efforts pour comprimer <span class="pagenum"><a id="page92" name="page92"></a>(p. 92)</span> chez elle l'hérésie qui y portoit le trouble et
-la révolte; puis, devenue plus forte par le succès d'une telle
-entreprise, ne se sert de cette force nouvelle que pour aller partout
-ailleurs offrir son appui aux hérétiques, fortifier leurs ligues,
-entrer dans leurs complots, légitimer leurs principes de rébellion et
-d'indépendance<a id="footnotetag66" name="footnotetag66"></a><a href="#footnote66" title="Lien vers la note 66"><span class="smaller">[66]</span></a>, les aider à les propager dans toute la chrétienté,
-indifférente aux conséquences terribles d'un système aussi pervers, et
-n'y considérant que quelques avantages particuliers dont le succès
-étoit incertain, dont la réalité même pouvoit être contestée! Voilà ce
-que fit la France, ou plutôt ce que fit Richelieu après s'en être
-rendu le maître absolu; tel est le crime de cet homme, crime le plus
-grand peut-être qui ait jamais été commis contre la société.</p>
-
-<p>L'abaissement de la maison d'Autriche étoit devenu pour lui comme une
-idée <em>fixe</em> à laquelle étoient enchaînées toutes les facultés de son
-esprit <span class="pagenum"><a id="page93" name="page93"></a>(p. 93)</span> et toutes les forces de sa volonté. Rien ne put jamais l'en
-faire départir, ni les chances douteuses d'une guerre où les revers et
-les succès furent si long-temps balancés; ni les malheurs des
-provinces qu'écrasoient les impôts après qu'elles avoient été
-dévastées par les armées<a id="footnotetag67" name="footnotetag67"></a><a href="#footnote67" title="Lien vers la note 67"><span class="smaller">[67]</span></a>; ni l'indignation des gens de bien qui
-détestoient cette guerre impie, la considérant dès-lors comme le fléau
-et le scandale de la chrétienté<a id="footnotetag68" name="footnotetag68"></a><a href="#footnote68" title="Lien vers la note 68"><span class="smaller">[68]</span></a>; ni les exhortations paternelles
-du chef de l'Église, qu'il ne se faisoit aucun scrupule de tromper et
-de combattre comme <em>politique</em>, parce que, selon lui, la politique
-n'avoit rien à démêler avec la religion<a id="footnotetag69" name="footnotetag69"></a><a href="#footnote69" title="Lien vers la note 69"><span class="smaller">[69]</span></a>; ni son maître lui-même,
-<span class="pagenum"><a id="page94" name="page94"></a>(p. 94)</span> dont la conscience se réveilloit quelquefois pour s'élever contre les
-iniquités d'un tel ministre<a id="footnotetag70" name="footnotetag70"></a><a href="#footnote70" title="Lien vers la note 70"><span class="smaller">[70]</span></a>, et à qui il avoit su persuader
-qu'après l'avoir jeté dans de si grands périls et de si grands
-embarras, lui seul étoit capable de l'en tirer<a id="footnotetag71" name="footnotetag71"></a><a href="#footnote71" title="Lien vers la note 71"><span class="smaller">[71]</span></a>. Pour arriver à ce
-but, il déployoit, <span class="pagenum"><a id="page95" name="page95"></a>(p. 95)</span> ainsi que nous l'avons déjà dit, une activité et
-des ressources qui tenoient du prodige: il avoit des agents et des
-espions dans toutes les cours de l'Europe; il négocioit sans cesse
-avec amis et ennemis<a id="footnotetag72" name="footnotetag72"></a><a href="#footnote72" title="Lien vers la note 72"><span class="smaller">[72]</span></a>; il enseignoit la trahison aux <span class="pagenum"><a id="page96" name="page96"></a>(p. 96)</span> grands<a id="footnotetag73" name="footnotetag73"></a><a href="#footnote73" title="Lien vers la note 73"><span class="smaller">[73]</span></a>,
-il poussoit les petits à la révolte<a id="footnotetag74" name="footnotetag74"></a><a href="#footnote74" title="Lien vers la note 74"><span class="smaller">[74]</span></a>; et ses man&oelig;uvres pour
-soutenir le parti puritain en Angleterre et pour exciter les
-mécontents d'Écosse, doivent le faire considérer comme un des auteurs
-de la révolution qui fit monter Charles I<sup>er</sup> sur l'échafaud<a id="footnotetag75" name="footnotetag75"></a><a href="#footnote75" title="Lien vers la note 75"><span class="smaller">[75]</span></a>. Toutes
-ces entreprises inouïes qui étonnoient et troubloient l'Europe, il les
-exécutoit au milieu des conspirations sans cesse renaissantes qui se
-tramoient contre lui<a id="footnotetag76" name="footnotetag76"></a><a href="#footnote76" title="Lien vers la note 76"><span class="smaller">[76]</span></a>; et lorsqu'on le croyoit perdu, <span class="pagenum"><a id="page97" name="page97"></a>(p. 97)</span> c'étoit par
-le supplice, l'exil ou l'emprisonnement des conspirateurs qu'il
-apprenoit à ses ennemis <span class="pagenum"><a id="page98" name="page98"></a>(p. 98)</span> à redouter un pouvoir que sembloient affermir
-les dangers et les travaux. Tout finit donc par trembler devant lui;
-et le parlement, qui fut à ses pieds jusqu'au dernier moment, en
-murmurant sans doute, mais osant à peine faire entendre ses
-murmures<a id="footnotetag77" name="footnotetag77"></a><a href="#footnote77" title="Lien vers la note 77"><span class="smaller">[77]</span></a>; et le clergé qui, en vertu des <em>libertés gallicanes</em>,
-continuoit de résister <span class="pagenum"><a id="page99" name="page99"></a>(p. 99)</span> au pape chaque fois que l'occasion s'en
-présentoit, et qui, en vertu des <em>servitudes</em> auxquelles il s'étoit
-volontairement réduit à l'égard du pouvoir temporel, ne savoit rien
-opposer aux violences de ce ministre, à ses hauteurs, et accordoit
-tous les subsides qu'il jugeoit à propos de lui demander<a id="footnotetag78" name="footnotetag78"></a><a href="#footnote78" title="Lien vers la note 78"><span class="smaller">[78]</span></a>; et la
-cour, qui avoit fini par l'honorer un peu <span class="pagenum"><a id="page100" name="page100"></a>(p. 100)</span> plus que le monarque
-lui-même; et les gens de guerre pour qui il étoit la source de toutes
-faveurs et de tout avancement<a id="footnotetag79" name="footnotetag79"></a><a href="#footnote79" title="Lien vers la note 79"><span class="smaller">[79]</span></a>; et la reine Anne d'Autriche
-elle-même, qu'il traita en criminelle d'état, et força de s'accuser et
-de demander grâce devant le roi son époux, pour avoir osé exprimer
-dans quelques lettres le désir que la France fût débarrassée de son
-ministre, et que la bonne intelligence fût enfin rétablie entre son
-père et son mari<a id="footnotetag80" name="footnotetag80"></a><a href="#footnote80" title="Lien vers la note 80"><span class="smaller">[80]</span></a>. Enfin tel étoit l'empire qu'il avoit pris sur
-Louis XIII, qu'il le força, peu de semaines avant sa mort, à lui
-<span class="pagenum"><a id="page101" name="page101"></a>(p. 101)</span> sacrifier des serviteurs qu'il aimoit<a id="footnotetag81" name="footnotetag81"></a><a href="#footnote81" title="Lien vers la note 81"><span class="smaller">[81]</span></a>; et que ce foible prince
-recula devant la menace que lui fit de se retirer dans son
-gouvernement du Hâvre, un homme qui étoit près de sortir de ce monde
-pour aller dans l'autre rendre compte devant Dieu.</p>
-
-<p>Tant qu'il vécut, les hérétiques, qu'il avoit comprimés plutôt
-qu'abattus en France, n'osèrent remuer; et c'en fut même fini à jamais
-de l'espèce de puissance politique qu'ils s'y étoient arrogée. Mais
-comme ce prince de l'Église étoit en même temps le protecteur de
-l'hérésie hors de France, il ne pensa pas un seul instant à l'empêcher
-de se propager au milieu du royaume très-chrétien; indifférent à toute
-licence des esprits et à tout désordre moral, pourvu que l'on se
-courbât <span class="pagenum"><a id="page102" name="page102"></a>(p. 102)</span> sous sa main de fer, et que l'ordre matériel ne fût point
-troublé. Aussi arriva-t-il, par l'effet de cette politique scandaleuse
-et par cette communication continuelle que tant de campagnes faites
-sous les mêmes drapeaux établissoient entre les Français catholiques
-et les protestants étrangers, que le nombre des sectaires et des
-libres-penseurs s'accrut sous Louis XIII plus que sous aucun des
-règnes qui l'avoient précédé, n'attendant que des circonstances plus
-favorables pour exercer de nouveau leurs ravages et recommencer leurs
-attaques contre la société. Nous ne tarderons point à les voir
-reparoître sous d'autres formes, dans une position différente,
-employant d'autres armes, et n'en marchant pas avec moins d'ardeur et
-de persévérance vers le but qu'ils vouloient atteindre et qu'enfin ils
-ont atteint. Alors ceux-là même qui avoient le plus conservé pour
-Richelieu de cette vieille admiration que ne lui ont pas refusée
-quelquefois les esprits les plus impatients de toute autorité
-légitime<a id="footnotetag82" name="footnotetag82"></a><a href="#footnote82" title="Lien vers la note 82"><span class="smaller">[82]</span></a>, conviendront peut-être que nous <span class="pagenum"><a id="page103" name="page103"></a>(p. 103)</span> ne l'avons point trop
-sévèrement jugé, et ne pourront trouver pour lui d'autre excuse que de
-dire qu'<em>il ne comprit point</em> toute l'étendue du mal qu'il faisoit, ni
-les suites qu'il devoit avoir. Nous sommes nous-même porté à croire
-qu'il en est ainsi, bien que nous ne l'en considérions pas moins comme
-un homme sans conscience et sans probité; et reconnoissant en lui,
-ainsi que nous l'avons déjà fait, la force de la volonté, un esprit
-subtil, actif, infatigable, nous lui refusons les vues profondes qui
-font le véritable homme d'état; persuadé d'ailleurs qu'on ne peut
-l'être dans aucune société sans être un homme religieux, et dans une
-société chrétienne surtout, si l'on n'est en même temps un parfait
-chrétien<a id="footnotetag83" name="footnotetag83"></a><a href="#footnote83" title="Lien vers la note 83"><span class="smaller">[83]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page104" name="page104"></a>(p. 104)</span> Richelieu mourut à Paris dans son palais le 4 décembre 1642. Louis
-XIII reçut la nouvelle de sa mort avec indifférence; et l'on ne tarda
-point à s'apercevoir qu'il éprouvoit une satisfaction secrète d'être
-délivré de cette servitude à laquelle un sujet audacieux avoit su
-depuis si long-temps le réduire. Le jour même de sa mort, Mazarin
-qu'il avoit recommandé au roi comme le personnage le plus propre à le
-remplacer, entra au conseil pour y occuper, dès son entrée, la
-première place. Rien ne fut changé du reste dans le ministère; et le
-grand conseil, composé de tous les ministres, continua de tenir ses
-séances comme à l'ordinaire; mais toutes les résolutions furent prises
-dans un conseil secret où furent admis seulement trois ministres,
-Mazarin, Chavigny et Desnoyers<a id="footnotetag84" name="footnotetag84"></a><a href="#footnote84" title="Lien vers la note 84"><span class="smaller">[84]</span></a>. Là Louis XIII manifesta hautement
-sa volonté très-décidée de gouverner lui-même et de ne plus se laisser
-maîtriser par les agents de son autorité<a id="footnotetag85" name="footnotetag85"></a><a href="#footnote85" title="Lien vers la note 85"><span class="smaller">[85]</span></a>. Il fit voir en même
-temps qu'il étoit plus pitoyable pour ses peuples et plus
-consciencieux dans sa politique qu'on n'avoit pu le penser, lorsque
-Richelieu abusoit de <span class="pagenum"><a id="page105" name="page105"></a>(p. 105)</span> son nom pour opprimer la France et troubler
-l'Europe. Il étoit résolu d'apporter de prompts remèdes à tant de
-maux<a id="footnotetag86" name="footnotetag86"></a><a href="#footnote86" title="Lien vers la note 86"><span class="smaller">[86]</span></a>; mais le temps ne lui en fut pas laissé, et déjà atteint
-d'une maladie mortelle lorsqu'il fut délivré de son ministre, il
-mourut lui-même à St-Germain-en-Laye le 14 mai de l'année suivante,
-laissant deux fils, Louis XIV, né le 5 septembre 1638,<a id="footnotetag87" name="footnotetag87"></a><a href="#footnote87" title="Lien vers la note 87"><span class="smaller">[87]</span></a> et
-Philippe, duc d'Anjou, né le 21 septembre 1640.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page106" name="page106"></a>(p. 106)</span> Si l'on excepte une émeute qui s'éleva dans Paris à l'occasion des
-protestants,<a id="footnotetag88" name="footnotetag88"></a><a href="#footnote88" title="Lien vers la note 88"><span class="smaller">[88]</span></a> et si l'alarme momentanée que lui causa la marche des
-Espagnols en Picardie, lors de la prise de Corbie, cette capitale
-n'éprouva sous ce règne aucune émotion qui mérite d'être remarquée.
-Dans le calme dont elle ne cessa de jouir, ses faubourgs s'accrurent,
-sa population augmenta; et, par une suite nécessaire de cet état de
-repos dans un pays catholique, les fondations pieuses et charitables
-s'y multiplièrent plus que sous la plupart des règnes précédents.
-Cependant la police étoit toujours imparfaite; et l'on est étonné de
-voir, sous un gouvernement aussi vigoureux, tant d'imprévoyance et de
-désordre dans l'administration de la première ville du royaume. La
-famine et la peste y emportèrent à différentes époques un grand nombre
-d'habitans; plusieurs incendies y causèrent de grands <span class="pagenum"><a id="page107" name="page107"></a>(p. 107)</span> ravages<a id="footnotetag89" name="footnotetag89"></a><a href="#footnote89" title="Lien vers la note 89"><span class="smaller">[89]</span></a>;
-des bandes de voleurs la désolèrent<a id="footnotetag90" name="footnotetag90"></a><a href="#footnote90" title="Lien vers la note 90"><span class="smaller">[90]</span></a>; et l'on ne voit point que les
-magistrats, malgré tout leur zèle et tout leur dévouement, aient eu
-entre les mains des moyens suffisants pour prévenir ou même pour
-arrêter dans leur source de semblables fléaux. Sous ce règne, les rues
-de Paris, depuis long-temps négligées et devenues presque
-impraticables, furent entièrement repavées: l'on projeta même de
-rendre navigables les fossés qui l'entouroient, et de faire construire
-de nouveaux ponts pour la commodité du commerce; mais la grandeur du
-projet et les dépenses considérables qu'il auroit exigées, le firent
-abandonner.</p>
-
-<p>(1643) Aigri contre la reine, à qui il croyoit avoir beaucoup de
-reproches à faire; conservant surtout contre elle un profond
-ressentiment de la part<a id="footnotetag91" name="footnotetag91"></a><a href="#footnote91" title="Lien vers la note 91"><span class="smaller">[91]</span></a> qu'il l'accusoit d'avoir eue dans
-l'affaire <span class="pagenum"><a id="page108" name="page108"></a>(p. 108)</span> de Chalais; plus mécontent encore de son frère dont le
-caractère foible, inconstant, et les continuelles mutineries lui
-avoient causé tant de chagrins et de si fâcheux embarras, persuadé
-d'ailleurs que l'un et l'autre étoient également incapables de
-gouverner, Louis XIII auroit voulu pouvoir les exclure tous les deux
-de la régence; et, avant la mort de Richelieu, il avoit déjà prononcé
-cette exclusion à l'égard du duc d'Orléans, de la manière la plus dure
-et la plus flétrissante pour lui. C'étoit une dernière satisfaction
-qu'il sembloit donner à son ministre, mais se voyant lui-même sur le
-point de mourir, et cherchant vainement quelque autre moyen de
-pourvoir au gouvernement de l'état pendant la minorité de son fils, ce
-fut pour lui une nécessité de revenir sur ses premières résolutions:
-toutefois, il les modifia de manière à ne point laisser à son frère et
-à sa femme un pouvoir trop absolu. Il nomma la reine régente, et
-Gaston lieutenant-général du royaume; mais il institua en même temps
-un conseil souverain de régence, sans lequel Anne d'Autriche ne
-pouvoit rien décider. Le duc d'Orléans étoit le chef de ce conseil; en
-cas d'absence, le prince de Condé le remplaçoit; et celui-ci étoit
-remplacé par Mazarin<a id="footnotetag92" name="footnotetag92"></a><a href="#footnote92" title="Lien vers la note 92"><span class="smaller">[92]</span></a>. La reine et Gaston <span class="pagenum"><a id="page109" name="page109"></a>(p. 109)</span> jurèrent entre les mains
-du roi de se conformer à ses dernières dispositions; le lendemain, 10
-avril, sa déclaration à ce sujet fut enregistrée au parlement; et
-Louis XIII rendit les derniers soupirs au milieu des intrigues et des
-cabales qu'avoit déjà fait naître l'attente d'une révolution
-très-prochaine dans les affaires.</p>
-
-<p>Et d'abord se rangèrent du parti de la reine tous ceux que la mort de
-Richelieu avoit fait sortir de prison ou revenir de l'exil, ayant à
-leur tête le duc de Beaufort, fils du duc de Vendôme; qui, dès
-long-temps, lui avoit donné les marques du plus grand dévouement, et
-en qui Anne d'Autriche avoit la confiance la plus entière<a id="footnotetag93" name="footnotetag93"></a><a href="#footnote93" title="Lien vers la note 93"><span class="smaller">[93]</span></a>. Ce fut
-là ce qu'on appela la cabale des <em>importants</em>, à cause des airs
-d'autorité et de protection que se donnoient tous ceux qui y étoient
-admis; et cette dénomination, qui jetoit sur eux une sorte de
-ridicule, suffiroit seule pour prouver combien étoit foible et
-incertain, dans ses premiers moments, le pouvoir de la régente. Les
-plus brouillons, entre autres Potier, évêque de <span class="pagenum"><a id="page110" name="page110"></a>(p. 110)</span> Beauvais,
-prétendirent d'abord qu'il falloit emporter de vive force le pouvoir,
-se persuadant qu'une simple déclaration de la reine suffiroit pour
-annuler les restrictions que Louis XIII avoit mises à son influence
-dans le gouvernement; d'autres plus prudents et plus expérimentés
-prévinrent que l'on n'obtiendroit rien du parlement, si l'on ne se
-présentoit à lui, muni du consentement des princes et des autres chefs
-du conseil de régence. On négocia donc avec eux: on leur promit à tous
-des dignités, des récompenses, et sous un autre titre, un pouvoir
-aussi grand. Le prince de Condé accéda au traité par les instances de
-sa femme, qui étoit dans l'intimité de la reine; le duc d'Orléans,
-dont le favori, l'abbé de la Rivière, avoit été gagné, se laissa aller
-plus facilement encore; et, dans le lit de justice que le jeune roi
-tint le 18 mai, quatre jours après la mort de son père, Anne
-d'Autriche obtint tout ce qu'elle voulut: elle fut déclarée régente,
-tutrice sans restriction, et maîtresse de former un conseil à volonté.
-Le cardinal Mazarin acheva de vaincre en cette circonstance les
-préventions que la reine avoit d'abord conçues contre lui<a id="footnotetag94" name="footnotetag94"></a><a href="#footnote94" title="Lien vers la note 94"><span class="smaller">[94]</span></a>. Sa
-réputation <span class="pagenum"><a id="page111" name="page111"></a>(p. 111)</span> d'habileté et d'expérience dans les affaires étoit grande:
-c'étoit Richelieu lui-même qui l'avoit faite; ses manières prévenantes
-et agréables firent le reste auprès d'une princesse qui n'étoit
-insensible à aucune des petites vanités de son sexe. Il fut nommé
-surintendant de l'éducation du roi, et, dans tous les points, la
-déclaration de Louis XIII demeura sans effet. C'étoit la seconde fois
-que le parlement disposoit ainsi souverainement de la régence, ce qui
-enfla son orgueil et commença à lui persuader qu'il étoit en effet le
-<cite>tuteur des rois</cite>.</p>
-
-<p>Aussitôt que sa régence eut été confirmée, Anne d'Autriche quitta le
-Louvre, et vint avec ses fils habiter le palais cardinal, dont
-Richelieu avoit fait don au roi par testament; c'est alors, comme nous
-l'avons déjà dit, qu'il fut nommé <i>Palais-Royal</i>, et que l'on ouvrit,
-sur les ruines de l'hôtel de Silleri, la place qui existe encore
-devant la façade de ce monument<a id="footnotetag95" name="footnotetag95"></a><a href="#footnote95" title="Lien vers la note 95"><span class="smaller">[95]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page112" name="page112"></a>(p. 112)</span> Nous allons peindre un temps singulier, où les factions diverses qui
-se disputent le pouvoir, sans être moins ambitieuses, ne peuvent plus
-marcher aussi violemment à leur but, parce que, ni en elles-mêmes, ni
-dans ce qui les environne, elles n'ont plus la force qu'elles avoient
-eue autrefois; où l'intrigue, la souplesse, la ruse, toutes les
-petites passions, sans en excepter la galanterie, viennent au secours
-de leur foiblesse; où les femmes se trouvent mêlées à toutes les
-affaires, pour leur donner souvent un aspect frivole et badin, auquel
-ceux qui n'approfondissent rien, se sont laissés prendre: «La fronde
-étoit plaisante», a dit le plus superficiel et sans doute le plus
-brillant des écrivains du dix-huitième siècle<a id="footnotetag96" name="footnotetag96"></a><a href="#footnote96" title="Lien vers la note 96"><span class="smaller">[96]</span></a>. Cet homme avoit le
-c&oelig;ur trop corrompu pour qu'il lui fût donné de comprendre ce que le
-fond en avoit de triste et de sérieux. Quant à nous, nous voyons, dans
-les troubles dont elle se compose, une suite nécessaire des désordres
-qui l'ont précédée: elle nous offre une preuve de plus de cette marche
-continuelle et progressive de la société vers sa dissolution, et la
-démonstration la plus frappante peut-être des doctrines que nous avons
-proclamées, et du principe unique sur lequel nous avons établi la
-stabilité de l'ordre social. Mais pour bien faire comprendre
-l'application nouvelle que <span class="pagenum"><a id="page113" name="page113"></a>(p. 113)</span> nous allons faire de ce principe et de
-cette doctrine, il convient de bien faire connoître les personnages de
-ce drame politique aussi compliqué que bizarre, et de mettre autant de
-clarté qu'il nous sera possible dans le récit des faits.</p>
-
-<p>La faveur inattendue de Mazarin, faveur qu'il sut conserver et
-accroître par cette habileté, ces heureux dons de la nature, et ces
-qualités de l'esprit qui l'avoient fait naître<a id="footnotetag97" name="footnotetag97"></a><a href="#footnote97" title="Lien vers la note 97"><span class="smaller">[97]</span></a>, fut la première
-source des brouilleries de la cour. Les chefs de la cabale des
-<em>importants</em> aspiroient au ministère, et s'étoient crus un moment
-assurés d'y parvenir: déçus de leurs espérances, furieux de se voir
-supplantés par un étranger qui, selon eux, étoit venu leur enlever le
-prix de leurs souffrances et de leur dévouement, ils réunirent tous
-leurs efforts contre lui, renforcés bientôt par la duchesse de
-Chevreuse et par le marquis de Châteauneuf<a id="footnotetag98" name="footnotetag98"></a><a href="#footnote98" title="Lien vers la note 98"><span class="smaller">[98]</span></a>, les derniers que l'on
-vit reparoître, <span class="pagenum"><a id="page114" name="page114"></a>(p. 114)</span> parmi ces amis ou serviteurs d'Anne d'Autriche qui
-avoient subi les persécutions de Richelieu, et tous les deux bien plus
-capables que l'évêque de Beauvais ou le duc de Beaufort, de diriger un
-parti. Mazarin eut l'adresse de faire écarter Châteauneuf, qu'il
-craignoit<a id="footnotetag99" name="footnotetag99"></a><a href="#footnote99" title="Lien vers la note 99"><span class="smaller">[99]</span></a>; et la duchesse de Chevreuse se montra moins adroite que
-passionnée en abusant, dès les premiers jours de son arrivée à la
-cour, de cette ancienne affection que lui avoit conservée la reine,
-pour satisfaire la haine qu'elle avoit contre la maison de Richelieu.
-Elle ne fit pas attention que la prévoyance du ministre de Louis XIII
-s'étendant jusques sur l'avenir des siens, qu'il supposoit devoir être
-en butte après sa mort aux ressentiments de tous ceux qu'il avoit
-maltraités pendant sa vie, il leur avoit préparé, par le mariage de sa
-nièce Maillé de Brézé avec le duc d'Enghien, l'appui le plus solide
-dans la maison de Condé; et que répandant alors sur cette maison les
-biens, <span class="pagenum"><a id="page115" name="page115"></a>(p. 115)</span> les honneurs, et lui donnant tout ce qu'il lui étoit possible
-d'accorder d'autorité, il lui avoit ainsi laissé toute la force
-nécessaire pour défendre et protéger ses alliés. L'acharnement que la
-duchesse mit à poursuivre les neveux du cardinal, la hauteur avec
-laquelle elle demanda leurs dépouilles pour ses amis et ses
-protégés<a id="footnotetag100" name="footnotetag100"></a><a href="#footnote100" title="Lien vers la note 100"><span class="smaller">[100]</span></a>, soulevèrent contre elle et contre sa cabale la plus
-grande partie de la cour. La princesse de Condé, qui étoit plus avant
-qu'elle encore dans la faveur de la reine, et qui avoit contribué à
-faire éloigner Châteauneuf<a id="footnotetag101" name="footnotetag101"></a><a href="#footnote101" title="Lien vers la note 101"><span class="smaller">[101]</span></a>, prit ouvertement la défense des
-Richelieu; et Mazarin, qui ne croyoit pas que le moment fût venu de
-rompre entièrement avec les <i>importants</i>, accorda peu de chose, et
-donna pour le reste des promesses qu'il étoit bien résolu de ne point
-tenir.</p>
-
-<p>Cependant tandis que l'on intriguoit à la cour, les armes de France
-étoient de toutes parts victorieuses: la bataille de Rocroi, que le
-duc <span class="pagenum"><a id="page116" name="page116"></a>(p. 116)</span> d'Enghien venoit de gagner à l'âge de vingt-deux ans, avoit
-détruit en un moment toutes les espérances que la maison d'Autriche
-avoit pu fonder sur les agitations et la foiblesse presque toujours
-inséparables d'une minorité; et les troupes espagnoles, qui avoient pu
-espérer de pénétrer encore dans le c&oelig;ur du royaume, se voyoient
-attaquées dans leurs propres provinces, et réduites maintenant à une
-pénible défensive. Tous les yeux se fixèrent aussitôt sur un prince
-qui, à peine sorti de l'adolescence, effaçoit déjà l'éclat des plus
-grands généraux; et lorsqu'il reparut dans cette cour, tout
-resplendissant de gloire et entouré des jeunes compagnons de ses
-exploits, les partis qui la divisoient se le disputèrent avec la plus
-grande ardeur, et essayèrent d'entraîner en même temps vers eux la
-troupe brillante dont il étoit accompagné.</p>
-
-<p>Il sembloit naturel qu'il se rangeât du côté des alliés de sa maison:
-la galanterie le jeta d'abord dans l'autre parti auquel appartenoit
-déjà la jeune duchesse de Longueville sa s&oelig;ur; et bientôt des
-tracasseries de femmes le ramenèrent vers les siens. La duchesse de
-Montbazon<a id="footnotetag102" name="footnotetag102"></a><a href="#footnote102" title="Lien vers la note 102"><span class="smaller">[102]</span></a>, à laquelle il adressoit des v&oelig;ux qui n'étoient point
-dédaignés, s'étoit permis, à l'égard de la <span class="pagenum"><a id="page117" name="page117"></a>(p. 117)</span> duchesse de Longueville,
-une de ces indiscrétions injurieuses que les femmes ne pardonnent
-point<a id="footnotetag103" name="footnotetag103"></a><a href="#footnote103" title="Lien vers la note 103"><span class="smaller">[103]</span></a>. Forcée d'en faire une réparation éclatante, elle ne put
-dévorer cet affront, qui fut un triomphe pour les Condé; et son dépit
-l'emportant au-delà de toutes les bornes, elle affecta de braver les
-ordres de la reine et de violer les conditions qui lui avoient été
-imposées: elle fut exilée. Les chefs de la cabale s'emportèrent
-aussitôt contre Mazarin, qu'ils accusèrent d'être le principal auteur
-de cette disgrâce, et imaginèrent des moyens nouveaux pour se
-débarrasser de lui. La reine, obsédée de leurs cris, impatientée de
-leurs remontrances indiscrètes et malignes sur les rapports trop
-familiers peut-être qui existoient entre elle et son ministre, finit
-par les considérer comme les seuls auteurs des bruits mortifiants pour
-elle qui s'élevoient à ce sujet. Déjà aigrie contre ces censeurs
-incommodes, le duc de Beaufort, qui s'étoit déclaré hautement et
-ridiculement le champion de madame de Montbazon, acheva de l'irriter
-par ses insolences brutales à son <span class="pagenum"><a id="page118" name="page118"></a>(p. 118)</span> égard et par des menaces violentes
-contre le cardinal, dont celui-ci craignoit ou du moins faisoit
-semblant de craindre les effets, Anne d'Autriche crut enfin que la
-dignité du trône ne lui permettoit pas de souffrir plus long-temps ces
-insultes et ces mutineries. Entrant dans les craintes que lui
-témoignoit Mazarin, elle en fit part au prince de Condé et au duc
-d'Orléans, les intéressa à ses ressentiments, et, s'autorisant du
-consentement qu'ils lui donnèrent, fit arrêter le 2 septembre et
-renfermer à Vincennes ce même duc de Beaufort à qui, cinq mois
-auparavant, elle avoit prodigué les marques les plus éclatantes de
-confiance et d'attachement; la duchesse de Chevreuse, Châteauneuf et
-un grand nombre d'autres reçurent l'ordre de s'éloigner de la cour;
-l'évêque de Beauvais fut renvoyé dans son diocèse; et ainsi expira,
-presque sans bruit, la cabale des <i>importants</i>.</p>
-
-<p>(1644, 45, 46, 47) Ici commence ce qu'on appelle les beaux jours de la
-régence; et ces beaux jours durèrent environ trois années. Grâce au
-génie de Turenne et du duc d'Enghien, qui continuoient au dehors à
-marcher de victoire en victoire, la France jouissoit au dedans d'une
-sécurité profonde; et il y eut un moment de joie expansive dans la
-nation, que tous les historiens du temps ont remarqué. Mazarin en
-profita pour entrer plus avant encore dans la faveur de la reine, et
-<span class="pagenum"><a id="page119" name="page119"></a>(p. 119)</span> affermir sa fortune et son pouvoir contre les coups qui bientôt
-alloient leur être portés: car cette ivresse de la France ne devoit
-être que passagère. La guerre, pour être heureuse, n'en exigeoit pas
-moins des dépenses extraordinaires, auxquelles il étoit impossible de
-subvenir autrement que par des impôts. Les haines, les jalousies, les
-prétentions ambitieuses qui avoient d'abord éclaté au milieu de cette
-cour, en apparence si galante et si dissipée, continuoient de
-fermenter dans le fond des c&oelig;urs, et, pour éclater de nouveau,
-sembloient n'attendre qu'un moment plus favorable. Le crédit toujours
-croissant de Mazarin ne leur laissoit point de repos; et déjà toutes
-ces petites passions préludoient dans l'ombre, en ne laissant pas
-échapper une seule occasion de répandre sur ce ministre un mépris et
-un ridicule qui rejaillissoient jusque sur la régente. La ville
-recevant insensiblement de la cour ces impressions fâcheuses, elles ne
-tardèrent point à devenir populaires; et la haine fut bientôt générale
-contre lui, sans qu'on pût dire au juste pourquoi on le haïssoit: le
-prétexte qui devoit justifier cette haine ne tarda point à se
-présenter.</p>
-
-<p>«Malheureusement, dit le cardinal de Retz, Mazarin, disciple de
-Richelieu, et de plus, né et nourri dans un pays où la puissance du
-pape n'a point de bornes, crut que le mouvement <span class="pagenum"><a id="page120" name="page120"></a>(p. 120)</span> rapide et violent
-donné sous le dernier ministère étoit le naturel; et cette méprise fut
-l'occasion de la guerre civile.» Nous pensons que cet habile fauteur
-d'intrigues eût été fort embarrassé d'expliquer lui-même quel étoit ce
-<em>naturel</em> auquel il falloit que le ministre s'accommodât. Il n'y eut
-point de <em>méprise</em> en ceci; mais seulement le résultat inévitable de
-la différence des positions et des caractères. Richelieu étoit altier,
-violent, inflexible; il gouvernoit sous le nom du monarque absolu qui
-lui avoit communiqué toute sa puissance: rien ne lui résista; tout se
-courba devant lui. Mazarin avoit, de même que son prédécesseur, de la
-pénétration, de l'habileté; mais son caractère étoit timide et
-irrésolu. Essayant de remplacer par l'adresse et la ruse ce qui lui
-manquoit en force et en volonté, il avoit en outre le désavantage de
-conduire les affaires sous l'autorité incertaine d'une régence et au
-milieu des embarras d'une minorité: l'opposition, qui avoit rendu si
-orageuses les premières années de Louis XIII, sortit donc à l'instant
-même de la longue inaction à laquelle ce terrible Richelieu avoit su
-la réduire. C'est ainsi que s'explique très-<em>naturellement</em> l'état
-d'une société politique où tous les principes <em>naturels</em>, qui font la
-vie sociale, étoient depuis long-temps méconnus.</p>
-
-<p>Toutefois cette opposition qui, dès qu'elle <span class="pagenum"><a id="page121" name="page121"></a>(p. 121)</span> sent que le pouvoir
-foiblit, recommence à se soulever contre lui, n'a plus maintenant le
-même caractère qu'elle avoit autrefois. Ce même homme qui y joua un
-rôle si remarquable, va nous apprendre ce que le despotisme du règne
-précédent l'avoit faite; et ses aveux à cet égard sont d'autant plus
-précieux, que la naïveté en est extrême, et qu'il ne semble pas se
-douter de la grande révélation qu'il va nous faire: «Ce signe de vie,
-dit-il, dans le commencement presque imperceptible, ne se donne point
-par Monsieur; il ne se donne point par M. le prince; il ne se donne
-point par les grands du royaume; il ne se donne point par les
-provinces: il se donne <em>par le parlement</em>, qui, jusqu'à notre siècle,
-n'avoit jamais commencé de révolution, et qui certainement auroit
-condamné, par des arrêts sanglants, celle qu'il faisoit lui-même, si
-tout autre que lui l'eût commencée.»</p>
-
-<p>Ce que Gondi appelle un <cite>signe de vie</cite> est donné par le parlement, et
-il semble s'en étonner! Que prouve cet étonnement sinon que ces
-princes et ces grands, qui attendoient ce <cite>signe de vie</cite> pour se
-ranimer eux-mêmes et recommencer à troubler l'état, ne connoissoient
-ni leur position, ni ce qu'ils alloient faire, ni ce qu'ils étoient en
-effet devenus? Avant Richelieu, nous les avons vus formant à eux
-seuls une opposition qui, dès qu'elle <span class="pagenum"><a id="page122" name="page122"></a>(p. 122)</span> étoit mécontente, levoit des
-armées, soulevoit les provinces, se cantonnoit dans les places fortes,
-menaçant le pouvoir, transigeant avec lui et se faisant payer le prix
-de sa rébellion. Une seconde opposition, non moins menaçante et plus
-dangereuse encore, celle des protestants donnoit en quelque sorte la
-main à la première, avoit comme elle ses armées et ses forteresses, et
-toutes les deux réunies pouvoient tout oser et tout braver. Nous avons
-vu comment le ministre de Louis XIII les abattit toutes deux; et en
-effet elles étoient arrivées à ce point qu'elles menaçoient
-l'existence même de la société, et qu'elles ne pouvoient plus être
-souffertes. L'esprit dont elles avoient été animées survivoit sans
-doute à leurs désastres; mais leur force matérielle étoit réellement
-anéantie et sans retour. Ces villes fortifiées, ces châteaux forts
-dont l'intérieur de la France avoit été hérissé, étant désormais
-ouverts de toutes parts, l'une et l'autre opposition n'avoient plus ni
-moyens pour commencer l'attaque, ni refuge après la défaite; et sans
-aucun point de contact entre elles, divisées dans leurs propres
-membres, elles étoient désormais incapables de rien entreprendre qui
-pût troubler et alarmer le pouvoir. Il n'en étoit pas de même du
-parlement: au milieu de ces orages politiques qui avoient tout
-renversé autour de lui, il avoit su se conserver, parce que, dans la
-marche <span class="pagenum"><a id="page123" name="page123"></a>(p. 123)</span> sûre et prudente qu'il s'étoit tracée, en même temps qu'il se
-créoit des droits politiques qui ne lui appartenoient pas, il avoit
-toujours eu l'art de céder à propos, dès que la résistance lui avoit
-semblé offrir quelque apparence de danger, se rendant par cela même
-plus cher à la multitude qu'il s'étoit arrogé le droit de protéger et
-de défendre, et accroissant de ses humiliations et de ses défaites, la
-force morale qu'il tiroit de ces affections populaires. N'ayant point
-d'autres moyens d'attaque et de défense que cette force morale qui,
-lorsqu'elle n'avoit point d'appui étranger, sembloit devoir causer peu
-d'ombrage; ne se montrant hostile contre le pouvoir politique que
-lorsqu'il s'agissoit de soutenir ce qu'il appelloit les intérêts du
-peuple, il se faisoit ensuite l'auxiliaire de ce même pouvoir contre
-l'autorité spirituelle, dès que celui-ci avoit besoin de son secours,
-lui rendant alors son esprit de révolte agréable, parce qu'il se
-révoltoit avec lui; et se montrant ainsi flatteur et servile, lorsque
-les circonstances ne lui étoient pas utiles ou favorables à être
-insolent et mutin. Il n'avoit donc plié sous Richelieu que pour se
-relever ensuite plein de vigueur et de vie, avec toutes ses
-prétentions orgueilleuses, tous ses vieux préjugés, et ce qu'une si
-longue contrainte avoit pu y ajouter d'aigreur et de ressentiment.
-D'un côté, <span class="pagenum"><a id="page124" name="page124"></a>(p. 124)</span> le pouvoir royal dans des mains où l'adresse s'efforçoit de
-suppléer à la force, de l'autre, cette opposition toute populaire, et
-plus forte que jamais de la faveur d'une multitude qui souffroit et
-qui avoit été long-temps opprimée, voilà tout ce qui restoit de
-<em>vivant</em> dans l'état; et lorsque tout se complique en apparence, tout
-se simplifie en effet. Le <em>roi</em> et le <em>peuple</em> sont seuls en présence
-l'un de l'autre: et toute la suite des événements va nous prouver
-qu'en effet rien n'a de force et de vie que selon qu'il se rallie au
-peuple ou au roi.</p>
-
-<p>Cependant les tracasseries et les intrigues de cour ne perdoient rien
-de leur activité. Mazarin devoit en grande partie son élévation à
-Chavigni: celui-ci abusa de cette espèce d'avantage qu'il croyoit
-avoir sur le premier ministre; il se rendit avec lui difficile,
-exigeant, et lui donna, dans le conseil, assez d'embarras et de
-contrariétés, pour que celui-ci se crût obligé de l'en éloigner.
-Chavigni avoit de l'audace et de l'habileté: lui et ses amis crièrent
-à l'ingratitude; et il alla se cantonner pour ainsi dire dans le
-parlement, où il trouva des partisans, parce que le ministre y avoit
-des ennemis. Les présidents Longueil, Viole, de Novion et de
-Blancmesnil se déclarèrent pour lui, entraînant après eux plusieurs
-des plus brouillons parmi les conseillers; Châteauneuf, qui étoit
-toujours relégué à Montrouge, <span class="pagenum"><a id="page125" name="page125"></a>(p. 125)</span> se joignit à cette cabale, qui devint
-assez inquiétante pour que Mazarin crût devoir s'en délivrer par un
-coup d'autorité. Châteauneuf fut exilé en Berri, d'autres dans leurs
-maisons de campagne; et Chavigni se vit réduit à se circonscrire dans
-le gouvernement de Vincennes, qui lui avoit été donné par Richelieu.
-Ces mesures étoient sans doute peu rigoureuses: elles n'en firent pas
-moins beaucoup de mécontents, parce qu'elles furent considérées comme
-des actes arbitraires.</p>
-
-<p>(1648) L'embarras des finances, cette cause la plus fréquente des
-révolutions, devoit bientôt faire naître des mécontentements plus
-sérieux; et c'étoient là les fruits amers que la politique de
-Richelieu avoit légués à ses successeurs. Nous avons dit que la guerre
-d'Espagne, bien que les résultats continuassent d'en être heureux,
-exigeoit des dépenses considérables: il falloit de l'argent pour la
-soutenir; il en falloit pour fournir aux profusions d'une cour
-prodigue et fastueuse; les sommes énormes qu'il avoit fallu donner au
-duc d'Orléans, au prince de Condé et à plusieurs autres pour acheter
-leur assistance ou payer leur fidélité, achevoient d'épuiser le
-trésor; et une mauvaise administration confiée à des ministres qui
-tous, sans en excepter Mazarin lui-même, ne paroissent pas avoir été
-fort scrupuleux sur les moyens de s'enrichir, mettoit le comble à ces
-<span class="pagenum"><a id="page126" name="page126"></a>(p. 126)</span> désordres. La dépense se trouva donc bientôt dans une disproportion
-effrayante avec la recette: pour combler ce <em>déficit</em>, le surintendant
-Emery, traitant effronté, impitoyable, et en qui cependant le cardinal
-avoit une entière confiance, inventoit tous les jours mille ressources
-odieuses, quelquefois même ridicules. Le parlement qui avoit déjà
-enregistré, non sans difficulté, plusieurs édits vexatoires<a id="footnotetag104" name="footnotetag104"></a><a href="#footnote104" title="Lien vers la note 104"><span class="smaller">[104]</span></a>, dont
-il étoit l'auteur, retrouvant contre ce despotisme maladroit et
-purement fiscal son ancien esprit de mutinerie, éclata enfin à
-l'occasion du <em>tarif</em>, impôt qui établissoit une augmentation
-considérable sur les droits des denrées qui entroient à Paris; et les
-murmures de la population entière de cette capitale se mêlèrent aux
-remontrances de ses magistrats. La cour, effrayée de ce commencement
-<span class="pagenum"><a id="page127" name="page127"></a>(p. 127)</span> de fermentation, retira le tarif, mais pour y substituer
-impolitiquement des édits encore plus onéreux, et à un tel point, que
-le parlement leur préféra encore ce premier édit qui fut modifié. Tout
-cela ne se passa point sans assemblées des chambres, conférences avec
-les ministres, députations vers la régente; il y eut des discours et
-des écrits, dans lesquels les questions les plus graves et les plus
-dangereuses sur les droits des peuples et des rois, sur le pouvoir
-arbitraire et le pouvoir limité furent publiquement discutées. Les
-têtes continuèrent à s'échauffer, et le peuple commença à s'attrouper
-et à murmurer.</p>
-
-<p>La cour eut l'imprudence d'opposer la violence aux murmures: plusieurs
-membres du parlement, plus hardis que les autres, furent enlevés et
-transférés dans diverses prisons<a id="footnotetag105" name="footnotetag105"></a><a href="#footnote105" title="Lien vers la note 105"><span class="smaller">[105]</span></a>; et, pour emporter de vive force
-l'enregistrement, on conçut l'idée bizarre, et l'on donna ce signe de
-foiblesse de conduire le jeune roi en robe d'enfant au parlement: il y
-parut au moment où on l'y attendoit le moins, portant avec lui un
-grand nombre d'édits, tous plus ruineux les uns que les autres; et sa
-présence mit cette compagnie dans la nécessité de les vérifier.
-L'avocat-général Talon s'éleva d'abord avec force <span class="pagenum"><a id="page128" name="page128"></a>(p. 128)</span> contre une
-semblable surprise, attentatoire à la liberté des suffrages. Le
-lendemain, les maîtres des requêtes, à qui l'un de ces édits donnoit
-douze nouveaux collègues, s'assemblent et prennent la résolution de ne
-pas souffrir cette création nouvelle, dont l'effet étoit, tout à la
-fois, de diminuer le prix des anciennes charges et de les rendre moins
-honorables. Le même jour, les chambres assemblées commencent à
-examiner tous les édits vérifiés. La régente et son ministre traitent
-cet examen de révolte contre l'autorité royale; et, en même temps
-qu'ils ordonnent la pleine et entière exécution de ces édits, le duc
-d'Orléans et le prince de Conti sont chargés de porter, l'un à la
-chambre des Comptes, l'autre à la cour des Aides, ceux qui
-concernoient ces deux compagnies. C'est alors que le soulèvement
-devint général: la cour des Aides députa vers la chambre des Comptes,
-lui demandant de s'unir à elle pour la réformation de l'état; l'une et
-l'autre s'assurèrent du grand Conseil; et le parlement, sur
-l'invitation qu'elles lui en firent, donna aussitôt son arrêt
-d'<em>union</em> avec ces trois cours de justice. Il portoit «qu'on
-choisiroit dans chaque chambre du parlement deux conseillers, qui
-seroient chargés de conférer avec les députés des autres compagnies,
-et qui feroient leur rapport aux chambres assemblées, lesquelles
-ensuite ordonneroient ce qui conviendroit.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page129" name="page129"></a>(p. 129)</span> Le cardinal fit casser cet arrêt par le conseil<a id="footnotetag106" name="footnotetag106"></a><a href="#footnote106" title="Lien vers la note 106"><span class="smaller">[106]</span></a>; et par une
-imprudence nouvelle, ordonna encore l'enlèvement de deux
-magistrats<a id="footnotetag107" name="footnotetag107"></a><a href="#footnote107" title="Lien vers la note 107"><span class="smaller">[107]</span></a>. Le parlement, à qui la défense de s'assembler avec
-les autres compagnies fut notifiée dans les termes les plus durs, n'y
-répondit qu'en se réunissant le même jour avec elles, pour délibérer
-sur l'ordonnance même du conseil. Cependant le peuple continuoit à
-murmurer; il y eut même des voies de fait exercées contre des
-officiers envoyés par la régente pour s'emparer de la feuille de
-l'arrêt, et la cour commença enfin à concevoir quelques craintes. Elle
-fit proposer des accommodements, que le parlement rejeta avec une
-sorte de hauteur, parce qu'ils touchoient son intérêt particulier,
-qu'il affectoit de négliger pour ne songer qu'au bien public; et,
-comme l'effervescence populaire alloit toujours croissant, la régente,
-bien plus encore par le danger dont elle étoit menacée que par les
-remontrances et les délibérations de cette compagnie, crut devoir
-céder, et permit enfin l'exécution de cet arrêt d'union qu'elle avoit
-d'abord si fortement contesté. Alors les députés nommés <span class="pagenum"><a id="page130" name="page130"></a>(p. 130)</span> par le
-parlement et par les autres cours souveraines se réunirent dans la
-<i>chambre de Saint-Louis</i>, et commencèrent à y tenir des assemblées
-régulières. Toutefois la reine, en tolérant cette espèce de comité,
-lui fit dire «que son intention étoit que les affaires s'y
-expédiassent en peu de temps, pour le bien de l'état, surtout qu'il y
-fût avisé aux moyens d'avoir de l'argent promptement.»</p>
-
-<p>Mais le parlement, devenu par ce triomphe plus audacieux, et plus
-entreprenant, ne tint nul compte de cette injonction de la régente; et
-ce qu'elle indiquoit à la chambre de Saint-Louis, comme l'objet
-principal de ses délibérations, fut justement ce dont elle s'occupa le
-moins. On la vit agir, dès les commencements, comme si elle eût été
-appelée à partager le gouvernement de l'état: ce fut sur les affaires
-publiques que roulèrent ses discussions, et même une sorte d'ordre
-s'établit touchant la manière de les discuter. Les matières étoient
-présentées à la chambre par un de ses membres: on les y examinoit avec
-attention, on donnoit même une décision; mais cette décision étoit
-ensuite portée aux chambres assemblées, dont la sanction devenoit
-nécessaire pour lui donner de la validité. En dix séances, tout ce qui
-concernoit le gouvernement, justice, finances, police, commerce, solde
-des troupes, domaine du roi, état de sa maison, etc., fut <span class="pagenum"><a id="page131" name="page131"></a>(p. 131)</span> soumis aux
-délibérations de ce comité, et devint, par une suite nécessaire,
-l'objet des délibérations du parlement. Ou par dés&oelig;uvrement ou par
-curiosité, une foule de gens s'attroupoient dans les salles du palais,
-et y passoient les journées entières à recueillir ce qui se disoit, y
-mêlant leurs propres réflexions et les répandant ensuite au dehors.
-Les projets de réforme et les moyens d'y parvenir devenoient la
-matière de toutes les conversations; on s'en entretenoit dans les
-boutiques, dans les ateliers, jusque dans les marchés et les places
-publiques. Il devint à la mode de censurer le gouvernement et de
-décrier les ministres, surtout le cardinal, devenu bientôt le
-principal et presque le seul objet de l'animadversion de cette
-multitude. Alors deux partis se formèrent, qui se distinguèrent l'un
-de l'autre par des noms de factions: les partisans de la cour furent
-appelés <em>Mazarins</em>, les autres reçurent le nom de <em>Frondeurs</em>; mot
-alors bizarrement employé dans une telle acception<a id="footnotetag108" name="footnotetag108"></a><a href="#footnote108" title="Lien vers la note 108"><span class="smaller">[108]</span></a>, <span class="pagenum"><a id="page132" name="page132"></a>(p. 132)</span> et dont le
-nouveau sens a été depuis adopté dans la langue françoise. Enfin cette
-manie de s'occuper des affaires de l'état passa de Paris dans les
-provinces, et de toutes parts disposa les esprits à prendre part aux
-troubles de cette capitale.</p>
-
-<p>Si nous pénétrons maintenant dans l'intérieur du parlement; si nous
-rassemblons ce que les mémoires du temps nous peuvent fournir de
-lumières sur les éléments dont il se composoit, sur l'esprit et les
-passions dont il étoit animé, ils nous montrent, dans ses jeunes
-conseillers, des têtes ardentes, déjà imbues de toutes ces vieilles
-traditions de la magistrature, qui leur persuadoient qu'en s'asseyant
-sur les fleurs de lis, ils étoient devenus les <em>protecteurs du
-peuple</em>, et des censeurs du pouvoir, qui ne pouvoient être ni trop
-sévères ni trop vigilants. Trouver ainsi une occasion de passer
-subitement de l'étude aride des lois et des fonctions obscures de
-juges civils ou criminels, à la mission importante de réformateurs de
-l'état, au rôle brillant d'orateurs politiques, délibérant <span class="pagenum"><a id="page133" name="page133"></a>(p. 133)</span> en
-présence de la nation entière, attentive à leurs discours et charmée
-de leur éloquence, leur sembloit un événement aussi heureux pour eux
-que pour la France; et les illusions de leur amour-propre ajoutoient
-encore à cet esprit de licence et à cette espèce d'enthousiasme
-républicain dont ils étoient possédés. Parmi les magistrats à qui
-l'âge avoit donné, dans les manières, plus de sérieux et de gravité,
-un grand nombre, et même le plus grand nombre, n'avoit pas, pour
-s'élever contre la cour et décrier le gouvernement, d'autres motifs
-que ceux qui entraînoient cette jeunesse ardente et tumultueuse: la
-haine du pouvoir et la manie de se rendre agréable à la multitude;
-mais plusieurs d'entre eux, et quelques-uns de ceux-ci étoient
-justement les plus habiles ou les plus influents, y joignoient des
-ressentiments particuliers qui rendoient leurs dispositions hostiles
-encore plus actives et plus dangereuses. Les présidents Potier de
-Blancmesnil, Longueil de Maisons, Viole et Charton<a id="footnotetag109" name="footnotetag109"></a><a href="#footnote109" title="Lien vers la note 109"><span class="smaller">[109]</span></a> étoient les
-principaux dans cette classe de mécontents. Enfin, au milieu de cette
-élite de ses magistrats qu'il considéroit comme les défenseurs <span class="pagenum"><a id="page134" name="page134"></a>(p. 134)</span> nés de
-ses franchises et de ses libertés, le peuple de Paris s'étoit fait une
-espèce d'idole d'un vieux conseiller nommé Broussel. C'étoit un homme
-d'un caractère ardent, d'un esprit borné; et, soit qu'il fût aigri
-contre cette cour, qui l'avoit négligé ou dédaigné<a id="footnotetag110" name="footnotetag110"></a><a href="#footnote110" title="Lien vers la note 110"><span class="smaller">[110]</span></a>, soit qu'il se
-laissât emporter par un zèle inconsidéré pour le bien public, on n'en
-voyoit point, même parmi les plus jeunes et les plus fougueux, de plus
-violent dans ses diatribes contre le ministère, ne manquant aucune
-occasion de le censurer, de le mortifier, et se montrant surtout
-intraitable lorsqu'il s'agissoit d'impôts: c'étoit là ce qui l'avoit
-rendu cher à la multitude qui l'appeloit <em>son père</em>, et mettoit en lui
-toutes ses espérances.</p>
-
-<p>On conçoit le parti que des brouillons et des ambitieux pouvoient
-tirer d'une assemblée ainsi disposée, et dont l'influence étoit si
-grande sur la population de Paris: aussi devint-elle aussitôt un
-instrument de trouble et de discorde entre les mains de quelques
-intrigans habiles, restes <span class="pagenum"><a id="page135" name="page135"></a>(p. 135)</span> de la cabale des <i>importants</i>, et qui
-crurent y trouver un moyen, les uns de parvenir au ministère, les
-autres d'y rentrer, en forçant la reine à changer ses ministres. Les
-principaux étoient Châteauneuf, Laigues, Fontrailles, Montrésor,
-Saint-Ibal, Chavigni qui venoit de se joindre à eux, et
-Jean-François-Paul de Gondi, alors coadjuteur de l'archevêque de
-Paris, son oncle, décoré lui-même du titre d'archevêque de Corinthe,
-depuis cardinal de Retz, et l'un des plus audacieux caractères et des
-plus dangereux esprits qui aient jamais paru au milieu des factions
-populaires. Pour exciter du désordre dans l'état, ils n'avoient point
-de plus nobles motifs que ceux que nous venons de faire connoître;
-mais ils se gardoient bien de les laisser même soupçonner à ces
-fanatiques du bien public, dont ils feignoient de partager l'ardeur
-patriotique, et qu'ils poussoient ainsi hors de toute mesure, pour
-arriver au but qu'ils s'étoient proposé, et que, seuls et abandonnés à
-eux-mêmes, il leur étoit impossible d'atteindre.</p>
-
-<p>Au milieu de ces artisans d'intrigues et de cette assemblée si
-ridiculement factieuse et turbulente, s'élevoit la figure imposante de
-Matthieu Molé, premier président, personnage également remarquable par
-la vigueur de son esprit et par la fermeté de son caractère, intrépide
-au point d'étonner ses adversaires même les plus <span class="pagenum"><a id="page136" name="page136"></a>(p. 136)</span> courageux, et de les
-avoir plus d'une fois forcés au respect et à l'admiration. Quant à ses
-principes et à ses opinions, c'étoit si l'on peut s'exprimer ainsi, le
-beau idéal des doctrines parlementaires: il croyoit, et de la foi la
-plus inébranlable, que la cour de justice du roi possédoit en effet
-très-légitimement le droit qu'elle s'étoit arrogé de résister à
-l'autorité royale, lorsque, <em>dans sa sagesse</em>, elle avoit reconnu que
-celle-ci se trompoit ou qu'elle dépassoit volontairement les bornes
-que lui prescrivoient les lois fondamentales du royaume. Mais il
-convenoit en même temps que cette résistance devoit s'arrêter dans les
-justes bornes au-delà desquelles elle eût attaquée le principe même de
-la souveraineté, et compromis le salut de la monarchie; et c'est ainsi
-que, cherchant long-temps cette balance chimérique des droits et des
-devoirs, il trouva long-temps le secret de mécontenter les deux
-partis: le parlement, parce que, autant qu'il étoit en lui, il
-cherchoit à l'arrêter quand il le voyoit aller trop loin; les
-ministres, parce qu'il exécutoit rigoureusement les mesures que sa
-compagnie lui prescrivoit contre eux. Les uns l'accusoient d'être
-vendu à la cour, les autres de favoriser les frondeurs; et il ne
-sortit de cette position équivoque, où il lui étoit même impossible de
-se maintenir, que lorsqu'il eut pris enfin la seule résolution
-raisonnable <span class="pagenum"><a id="page137" name="page137"></a>(p. 137)</span> que, dans de telles circonstances, il convint de prendre à
-un homme de bien, celle de se ranger du côté de l'autorité. Toutefois,
-avant d'en venir là, placé entre l'un et l'autre parti, fort de la
-droiture de ses intentions et de son amour pour la paix, qui étoit
-l'unique objet de tous ses désirs et de toutes ses sollicitudes, s'il
-ne parvint pas à la procurer, il empêcha du moins le mal d'arriver à
-cet excès qui auroit mis la monarchie en péril; et peut-être fut-elle
-sauvée alors par ce grand et vertueux magistrat.</p>
-
-<p>Cependant la chambre de Saint-Louis continuoit ses opérations; et ce
-comité préparatoire offroit cet avantage aux chefs cachés de tous ces
-mouvemens, qu'il leur devenoit ainsi facile de porter aux ministres
-les coups les plus rudes sans qu'on pût soupçonner la main d'où ils
-étoient partis; et, les attaquant aussi vivement qu'ils le jugeoient
-nécessaire, de se mettre à l'abri de leurs ressentiments. C'étoit là
-qu'étoient mystérieusement concertées toutes les propositions hardies
-et toutes les questions désagréables que l'on élevoit à leur sujet:
-les membres de cette chambre les examinoient d'abord, ainsi que nous
-venons de le dire; et elles étoient ensuite présentées aux chambres
-assemblées où on les discutoit publiquement: ainsi le premier auteur
-demeuroit ignoré, et, suivant le plan qu'avoient formé les
-boute-feux, le parlement <span class="pagenum"><a id="page138" name="page138"></a>(p. 138)</span> se trouvoit de plus en plus compromis avec la
-cour. C'est par cette voie que furent successivement proposés, la
-suppression des intendants de provinces qui étoient odieux au peuple,
-l'érection d'une chambre de justice destinée à faire rendre gorge aux
-traitants, la confection d'un nouveau tarif pour les entrées de Paris,
-un mode de paiement pour les rentes de l'hôtel de ville, et plusieurs
-autres règlements de finances, bons peut-être en eux-mêmes, mais qui,
-dans la circonstance présente, produisoient le pire de tous les
-effets, celui de jeter l'alarme parmi les prêteurs, et au milieu des
-circonstances les plus pressantes, d'enlever ainsi à l'état ses
-dernières ressources. Vainement le duc d'Orléans, sur l'invitation que
-lui en fit la reine, se rendit-il assidu aux assemblées du parlement
-pour essayer de modérer par de justes représentations et par des
-paroles conciliantes des prétentions si multipliées et si
-intempestives; vainement le premier président l'aida-t-il de tous ses
-efforts en faisant naître des délais, et profitant des moindres
-prétextes pour rompre les assemblées ou en rendre les délibérations
-inutiles: ni l'un ni l'autre ne gagnèrent rien sur ces esprits ardents
-et opiniâtres. Cependant la pénurie des finances devenoit de jour en
-jour plus effrayante; les coffres du roi étoient vides, les armées
-n'étoient point payées, et l'on se voyoit menacé non-seulement <span class="pagenum"><a id="page139" name="page139"></a>(p. 139)</span> de
-perdre le fruit de tant de victoires qui devoient conduire à une paix
-utile et glorieuse, sur laquelle l'ennemi, instruit de nos discordes
-intestines, se rendoit déjà moins traitable, mais encore de voir de si
-grands succès se changer en revers dont la suite eût été incalculable.</p>
-
-<p>Dans de telles extrémités, la régente crut qu'en accordant au
-parlement une partie de ses demandes, elle verroit finir ces
-dangereuses tracasseries: on fit donc tenir le 31 juillet, un lit de
-justice au jeune roi; le chancelier y lut une déclaration par laquelle
-la cour faisoit des concessions sur toutes les propositions qui lui
-avoient été présentées par le parlement; et la fin de son discours fut
-une défense formelle de continuer les assemblées de la chambre de
-Saint-Louis, et l'injonction aux magistrats de rentrer dans leurs
-fonctions accoutumées, et de rendre la justice aux sujets du roi.</p>
-
-<p>La cour achevoit ainsi de montrer sa foiblesse, et ses adversaires
-n'en devinrent que plus hardis. La chambre de Saint-Louis cessa en
-effet de s'assembler; mais les assemblées des chambres recommencèrent
-dès le lendemain; et, malgré tout ce que put imaginer le premier
-président pour l'empêcher, la délibération s'établit sur la
-déclaration même du roi. Il fut arrêté que l'on feroit des
-remontrances; et, tandis qu'on les rédigeoit, <span class="pagenum"><a id="page140" name="page140"></a>(p. 140)</span> de nouveaux articles,
-qui avoient été ou différés ou oubliés, furent mis sur le bureau.</p>
-
-<p>Irritée au dernier point et ainsi poussée à bout, la régente se décida
-enfin à employer d'autres moyens: la victoire de Lens, que le duc
-d'Enghien, maintenant prince de Condé<a id="footnotetag111" name="footnotetag111"></a><a href="#footnote111" title="Lien vers la note 111"><span class="smaller">[111]</span></a>, venoit de remporter sur
-les Espagnols, lui parut une occasion favorable pour rompre le charme
-qui attachoit à la suite de quelques magistrats, une multitude qu'elle
-voyoit en même temps transportée d'un tel succès; et, éblouie de la
-gloire du jeune héros, elle se crut assez forte, après un si grand
-événement, pour faire un exemple, abattre d'un seul coup l'audace du
-parlement, et frapper de terreur les secrets auteurs de toutes ces
-man&oelig;uvres séditieuses.</p>
-
-<p>Elle y eût réussi sans doute, si elle n'eût eu en tête un ennemi
-encore plus actif et plus profond que son ministre n'étoit souple et
-rusé. Gondi, ennemi de Mazarin, qui l'avoit desservi dans une
-circonstance importante, mal vu à la cour, à laquelle il avoit d'abord
-voulu s'attacher, et où celui-ci avoit su le rendre odieux, cherchoit
-depuis long-temps, et ainsi que nous l'avons déjà dit, à faire son
-profit des tempêtes publiques qui commençoient à s'élever autour de
-lui, et dans lesquelles <span class="pagenum"><a id="page141" name="page141"></a>(p. 141)</span> il n'avoit pas balancé à se jeter, comme dans
-son propre élément. Prodige d'adresse et de dissimulation, tandis que
-de sourdes libéralités lui gagnoient les c&oelig;urs des peuples, que, par
-une apparence de zèle religieux et de sollicitude pastorale, il
-captoit la confiance des classes plus élevées de la capitale, et que,
-par des man&oelig;uvres plus savantes encore, il échauffoit, dans des
-assemblées mystérieuses, les esprits les plus turbulents et les plus
-déterminés du parti<a id="footnotetag112" name="footnotetag112"></a><a href="#footnote112" title="Lien vers la note 112"><span class="smaller">[112]</span></a>, ce prélat affectoit de donner à la cour des
-avis sincères et désintéressés sur les dangers qui l'environnoient,
-exagérant le péril, et chargeant les portraits, afin de n'être pas
-écouté; mais conservant, par cette conduite politique, une modération
-convenable à son caractère d'archevêque, et nécessaire à la réussite
-de ses projets. Il étoit ainsi parvenu à se rendre l'âme de la
-faction, le centre de tous ses mouvements secrets, lorsque la régente,
-croyant avoir bien pris toutes ses mesures, fit tout à coup enlever,
-non pas avec mystère et dans le silence de la nuit, mais en plein
-midi, au moment que l'on chantoit le <i lang="la">Te Deum</i> pour le grand succès
-que venoient de remporter les armes de France, trois des plus
-opiniâtres parmi les membres du parlement, Charton, Blancmesnil et
-Broussel. Charton <span class="pagenum"><a id="page142" name="page142"></a>(p. 142)</span> s'esquiva; Blancmesnil fut conduit à Vincennes, et
-le vieux Broussel emmené à Saint-Germain.</p>
-
-<p>L'esprit de révolte, jusqu'alors comprimé, sembloit n'attendre qu'un
-acte de cette nature pour éclater avec toutes ses fureurs.
-L'arrestation de Blancmesnil fit peu de sensation; mais celle du vieux
-Broussel<a id="footnotetag113" name="footnotetag113"></a><a href="#footnote113" title="Lien vers la note 113"><span class="smaller">[113]</span></a>, cette idole du peuple, produisit une émotion générale.
-On s'assembla dans les rues; on s'excita mutuellement, on cria de
-toutes parts <em>aux armes</em>; les marchands, effrayés, fermèrent leurs
-boutiques, et la face de Paris fut changée en un instant.</p>
-
-<p>Averti par ces cris, le coadjuteur, qui voyoit avec plaisir commencer
-des troubles dans lesquels <span class="pagenum"><a id="page143" name="page143"></a>(p. 143)</span> il devoit jouer un rôle si dangereux et si
-brillant, jugeant nécessaire cependant de détruire les soupçons que la
-cour avoit déjà conçus contre lui à ce sujet, sort de l'archevêché en
-rochet et en camail pour aller trouver la reine, marche jusqu'au
-Palais-Royal, au milieu d'une foule immense, qui demandoit Broussel
-avec des hurlements de rage, y arrive, accompagné du maréchal de La
-Meilleraie, qu'il avoit rencontré à la tête des gardes, près le
-Pont-Neuf, cherchant à apaiser le tumulte, et que cette même populace
-avoit forcé à la retraite. Il y montre toute l'étendue du mal, et le
-maréchal confirme la peinture qu'il en fait. La reine et le cardinal
-n'écoutèrent point d'abord de tels discours, venant d'un homme que
-l'on regardoit comme l'auteur de la révolte; mais les avis, toujours
-plus alarmants, se succédèrent avec tant de rapidité, qu'il fallut
-enfin y penser sérieusement; et, parmi ceux qui s'en effrayèrent,
-Mazarin n'étoit pas le moins effrayé. On tint une espèce de conseil
-dont le résultat fut qu'il falloit rendre Broussel. Le coadjuteur
-vouloit qu'on le rendît sur-le-champ: la reine exigeoit qu'avant tout
-le peuple se séparât, et ce fut Gondi lui-même que l'on chargea de
-porter à la multitude cette espèce de capitulation. Il sentit tout le
-danger d'une semblable commission; mais il lui fallut céder, entraîné
-d'ailleurs par le maréchal de La <span class="pagenum"><a id="page144" name="page144"></a>(p. 144)</span> Meilleraie, qui voulut l'accompagner,
-et dont l'emportement acheva de tout perdre. Tandis que le coadjuteur
-s'avançoit à la rencontre des mutins, et s'apprêtoit à leur parler, le
-maréchal se précipita vers eux d'un autre côté, à la tête des
-chevau-légers de la garde, agitant son épée, et criant de toutes ses
-forces: <em>Vive le roi! liberté à Broussel!</em> Ce cri fut mal entendu, et
-ce mouvement parut un signe d'hostilité. On lui répond en criant <em>aux
-armes!</em> il est assailli d'une grêle de pierres; et, perdant enfin
-patience au bout de quelques moments, il tire et blesse mortellement,
-vis-à-vis les Quinze-Vingts, un crocheteur qui, selon les uns, passoit
-tranquillement ayant sa charge sur le dos, selon d'autres se montroit
-le plus ardent parmi ceux dont il étoit environné. Alors la fureur du
-peuple ne connut plus de bornes: l'insurrection s'étendit dans tous
-les quartiers, et les environs du Palais-Royal furent dans un moment
-remplis de gens armés. Le coadjuteur, porté par la foule jusqu'à la
-Croix-du-Tiroir, y retrouva M. de La Meilleraie qui se défendoit avec
-peine contre un gros de bourgeois postés dans la rue de l'Arbre-Sec.
-Le prélat se jeta au milieu d'eux pour les séparer, et le maréchal fit
-cesser le feu de sa troupe; mais, au même instant, un autre peloton de
-séditieux, qui sortoit de la rue des Prouvaires, fit une décharge
-très-brusque sur les <span class="pagenum"><a id="page145" name="page145"></a>(p. 145)</span> chevau-légers. Fontrailles, qui étoit auprès du
-maréchal, eut le bras cassé; un des pages du coadjuteur fut blessé, et
-lui-même renversé d'un coup de pierre qui l'atteignit à la tête.
-Enfin, ayant été reconnu au moment où un bourgeois, lui appuyant son
-mousqueton sur la tempe, alloit lui faire sauter la cervelle, il fut
-relevé, entouré avec de grandes acclamations; et, profitant avec
-beaucoup de présence d'esprit de cette circonstance pour dégager le
-maréchal, il marcha du côté des halles, entraînant avec lui toute
-cette populace, tandis que M. de La Meilleraie effectuoit sa retraite
-vers le Palais-Royal.</p>
-
-<p>Ses exhortations, ses prières, ses menaces calment les esprits. La
-foule qui l'avoit accompagné, et à laquelle s'étoient joints tous les
-fripiers dont ce quartier fourmille, consent à déposer les armes;
-mais, obstinés à ravoir Broussel, ils le ramènent vers le
-Palais-Royal, où le maréchal de La Meilleraie, qui l'attendoit à la
-barrière, le fait entrer et le présente à la reine comme son sauveur
-et celui de l'État. Il y fut néanmoins accueilli avec un dédain
-ironique, parce qu'on ne cessoit point de le considérer comme l'auteur
-de la sédition qu'il avoit feint d'apaiser, et que la cour n'avoit
-encore qu'une idée imparfaite de la grandeur du mal. Gondi en sortit,
-la rage dans le c&oelig;ur, et méditant des projets de vengeance. Cachant
-toutefois son dépit à la populace qui l'attendoit, <span class="pagenum"><a id="page146" name="page146"></a>(p. 146)</span> il soutint jusqu'au
-bout le rôle de pacificateur qu'il avoit voulu prendre dans cette
-journée; et, forcé de se faire monter sur l'impériale de sa voiture,
-pour rendre compte à cette multitude du résultat de son ambassade, il
-lui parla avec un ton pénétré des promesses positives que la reine
-avoit données de la délivrance des prisonniers, promesses qu'il
-regardoit comme sacrées, et qui ne laissoient plus aucun prétexte au
-rassemblement. La nuit vint<a id="footnotetag114" name="footnotetag114"></a><a href="#footnote114" title="Lien vers la note 114"><span class="smaller">[114]</span></a>; la cohue se dissipa, et Gondi rentra
-chez lui, blessé et en proie aux plus vives inquiétudes. Cependant on
-étoit si loin de se fier dans le public aux promesses de la reine, que
-beaucoup de bourgeois restèrent en armes devant leurs portes, et que
-des corps-de-garde furent distribués dans diverses parties de la
-ville; on en posa même un à la barrière des Sergents, à dix pas des
-sentinelles du Palais-Royal.</p>
-
-<p>Les alarmes du coadjuteur et la méfiance du peuple n'étoient que trop
-bien fondées: car, cette nuit même, on délibéroit, dans le conseil de
-la régente, sur les moyens de se rendre maîtres le <span class="pagenum"><a id="page147" name="page147"></a>(p. 147)</span> lendemain de
-Paris<a id="footnotetag115" name="footnotetag115"></a><a href="#footnote115" title="Lien vers la note 115"><span class="smaller">[115]</span></a>. Trois mécontents, Laigues, Montrésor et Argenteuil,
-vinrent successivement trouver le prélat, et lui donner les avis les
-plus sinistres sur les dispositions de la cour, qui, disoient-ils,
-vouloit à la fois le punir de la révolte, et le perdre dans l'esprit
-du peuple, en le faisant passer pour un des agents de ses promesses
-fallacieuses. Il n'en falloit pas tant pour enflammer cet esprit
-ardent et audacieux, pour le jeter dans les dernières extrémités. Il
-déclare à ses amis que, le lendemain avant midi, il sera maître
-lui-même de cette ville dont la cour prétend s'emparer, et commence
-sur-le-champ l'exécution d'un plan de défense que ceux-ci regardèrent
-d'abord comme le projet d'un insensé. Tandis que la régente et le
-ministre faisoient mettre sous les armes toute la maison du roi; qu'on
-introduisoit secrètement dans la ville quelques troupes cantonnées
-dans les environs, et que l'avis étoit donné aux bons bourgeois sur
-lesquels la cour croyoit pouvoir compter, de s'armer secrètement, les
-agents de Gondi <span class="pagenum"><a id="page148" name="page148"></a>(p. 148)</span> parcouroient la ville, en y répandant les bruits les
-plus alarmants; lui-même se concertoit avec plusieurs colonels de
-quartiers qui lui étoient dévoués, faisoit établir des pelotons de
-leurs milices depuis le Pont-Neuf jusqu'au Palais-Royal, dans tous les
-endroits où l'on avoit entendu dire que la cour devoit faire poster
-des troupes, s'emparoit de la porte de Nesle, et faisoit commencer les
-barricades. Le jour paroissoit à peine que le parlement étoit déjà
-assemblé.</p>
-
-<p>La cour ignoroit absolument toutes ces dispositions. À six heures du
-matin, le chancelier Séguier sort de sa maison et prend la route du
-Palais, où il devoit, suivant les uns, casser tout ce que le parlement
-avoit fait jusque là, suivant d'autres, lui prononcer son interdiction
-absolue. Sa voiture est arrêtée sur le quai de la Mégisserie, par les
-chaînes déjà tendues; il est reconnu, entouré, menacé; des cris de
-<em>mort</em> se font entendre, et le poursuivent jusqu'au quai des
-Augustins. Il se sauve, suivi de son frère, l'évêque de Meaux, et de
-sa fille, la duchesse de Sully, dans l'hôtel du duc de Luynes; la
-populace y pénètre après lui, le cherchant partout avec des cris
-effroyables<a id="footnotetag116" name="footnotetag116"></a><a href="#footnote116" title="Lien vers la note 116"><span class="smaller">[116]</span></a>. Un hasard presque miraculeux <span class="pagenum"><a id="page149" name="page149"></a>(p. 149)</span> le dérobe aux
-perquisitions de ces assassins. Le maréchal de La Meilleraie accourt
-avec une troupe de cavaliers, et le délivre enfin de cette horrible
-position. La foule, qui s'écarte un moment devant les soldats, plus
-furieuse encore de voir sa proie lui échapper, se réunit de nouveau,
-poursuit sa voiture jusqu'au Palais-Royal, l'accablant d'une grêle de
-pierres et de balles: la duchesse de Sully en fut légèrement blessée
-au bras; quelques gardes et un exempt de police sont tués.</p>
-
-<p>Cette fureur se communique dans un instant à toute la ville: la
-populace des faubourgs se précipite de toutes parts vers le palais et
-la cité, où le gros du rassemblement étoit déjà formé. En moins de
-deux heures près de treize cents barricades sont élevées dans Paris;
-tous les dépôts d'armes sont ouverts ou forcés; l'air retentit des
-plus horribles imprécations contre Mazarin et les autres ministres; la
-reine elle-même n'est point ménagée. Les cris de <cite>vive Broussel! vive
-le coadjuteur!</cite> se mêlent à ces cris forcenés. Cependant le parlement,
-assemblé tumultuairement, décidoit d'aller en corps redemander à la
-régente ses membres arrêtés; et la <span class="pagenum"><a id="page150" name="page150"></a>(p. 150)</span> cour faisoit solliciter alors ce
-même coadjuteur qu'elle avoit outragé la veille, pour obtenir de lui
-qu'il calmât la sédition. Il s'en défendit avec une douleur hypocrite,
-et le parlement se mit en marche pour le Palais-Royal, au milieu des
-acclamations d'une multitude qui abaissoit devant lui ses armes et
-faisoit tomber ses barricades. Le premier président, Mathieu Molé,
-marchoit à la tête de sa compagnie. Il parla à la reine avec beaucoup
-de chaleur et d'éloquence, essayant de la convaincre qu'il n'y avoit
-d'autre moyen de calmer une population entière, prête à se porter aux
-dernières extrémités, que de rendre les prisonniers. La reine, d'un
-caractère inflexible jusqu'à l'opiniâtreté, ne lui répondit que par
-des reproches et par des menaces, et sortit brusquement pour ne pas en
-entendre davantage. Molé et le président de Mesmes, qui avoient un
-égal dévouement pour la cour, mais non pas le même courage, reviennent
-et veulent tenter un dernier effort au moment où la compagnie
-s'apprêtoit à sortir: ils rembrunissent encore les couleurs du
-tableau, montrent Paris entier, armé, furieux, et sans frein, l'État
-sur le penchant de sa ruine; ils n'obtiennent rien. Mazarin propose
-seulement de rendre les prisonniers, si le parlement consent à ne plus
-s'occuper de l'administration, et à se renfermer uniquement dans ses
-fonctions judiciaires: la compagnie promet de <span class="pagenum"><a id="page151" name="page151"></a>(p. 151)</span> s'assembler le soir
-pour délibérer sur cette proposition; la cour est satisfaite de cette
-promesse qui lui faisoit gagner du temps, ce qui étoit beaucoup pour
-elle; et les magistrats commencent à défiler pour retourner au palais.</p>
-
-<p>Le peuple, qui croyoit Broussel renfermé dans le Palais-Royal, et qui
-s'attendoit à le voir ramené par le parlement, ne le voyant pas
-reparoître, commença à murmurer dès la première barricade; les
-murmures augmentèrent à la seconde; ils dégénérèrent à la troisième,
-près de la croix du Tiroir, en menaces et en voies de fait. Un furieux
-saisissant le premier président, et lui appuyant le bout d'un pistolet
-sur le visage, «lui commande de retourner à l'instant, et de ramener
-Broussel, ou le Mazarin et le chancelier en otage, s'il ne veut être
-massacré lui et les siens.» Molé, calme et serein au milieu de cette
-foule, qui grossissoit sans cesse autour de lui, l'accablant de
-malédictions et d'outrages, ne donne pas le moindre signe de crainte
-ni de foiblesse, répond aux cris de ces rebelles avec toute la dignité
-d'un magistrat qui a le droit de les punir de leur rébellion, et
-ralliant paisiblement sa compagnie, revient au petit pas vers le
-Palais-Royal, au milieu de ce cortége de forcenés.</p>
-
-<p>Il lui fallut essuyer ici de non moins rudes assauts. Anne d'Autriche,
-que la colère avoit mise hors d'elle-même et entièrement aveuglée sur
-le <span class="pagenum"><a id="page152" name="page152"></a>(p. 152)</span> danger, s'indignoit que le parlement eût osé revenir après ce qui
-s'étoit passé; et l'on prétend même qu'elle eut un moment la pensée de
-faire arrêter quelques conseillers, pour lui répondre des fureurs de
-la populace. Molé parla avec plus d'éloquence et de chaleur encore que
-la première fois. Cinq ou six princesses qui se trouvoient dans le
-cabinet, se jetèrent aux pieds de la reine; le duc d'Orléans, Mazarin
-surtout, dont la frayeur étoit extrême, se joignirent à la foule
-suppliante qui l'environnoit, et parvinrent enfin à lui arracher ces
-paroles: «Eh bien! Messieurs du parlement, voyez donc ce qu'il est à
-propos de faire.» Ces paroles sont saisies avec empressement: on fait
-monter le parlement dans la grande galerie; il y tient séance,
-délibère, et le résultat de la délibération est que la reine sera
-remerciée de la liberté des prisonniers, et que, jusqu'aux vacances,
-la compagnie ne s'occupera plus des affaires publiques, à l'exception
-du paiement des rentes sur l'Hôtel-de-Ville et du tarif. Des lettres
-de cachet sont délivrées; on prépare les carrosses du roi et de la
-reine pour aller chercher Broussel et Blancmesnil, et le parlement
-fait marcher ces carrosses devant lui comme un signe certain du
-triomphe qu'il vient de remporter. Les passages alors lui sont
-ouverts; et les acclamations qui l'avoient accompagné le matin, le
-suivent encore jusqu'au palais.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page153" name="page153"></a>(p. 153)</span> Le peuple n'en resta pas moins armé toute la nuit et le lendemain,
-jusqu'au retour de Broussel, qui ne parut à Paris que vers dix heures
-du matin. Il y fut reçu avec tous ces transports frénétiques que la
-multitude éprouve ordinairement pour ses idoles. Les barricades sont
-rompues, les corps-de-garde se dispersent, et deux heures après, les
-rues de Paris étoient libres et sa population paroissoit tranquille;
-cependant il s'y conserva encore, pendant quelques jours, un reste de
-fermentation qui continua de donner des inquiétudes à la reine et au
-cardinal. Sur le moindre bruit qui se répandoit que des troupes
-arrivoient dans les environs de Paris, des cris de fureur se faisoient
-entendre de nouveau, tantôt dans un quartier, tantôt dans un autre; à
-ces cris se mêloient le cliquetis des armes, et quelquefois même des
-salves de mousquetade. Mazarin, plus effrayé que jamais, demeura,
-pendant ce temps, déguisé, botté, et tout prêt à partir, parce que,
-disoit-on, le peuple étoit résolu de le prendre pour otage, et, si la
-cour usoit de violence, d'exercer sur lui les plus terribles
-représailles. On ne parvint à calmer cette multitude qu'en lui
-témoignant une confiance sans réserve, en éloignant les troupes qui
-lui portoient ombrage, et en réduisant la garde du roi à un très-petit
-nombre de soldats. On conçoit combien une telle condescendance dut
-coûter à la fierté de la régente.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page154" name="page154"></a>(p. 154)</span> La cour sembloit abattue, le parlement triomphoit; mais l'auteur
-secret de tant de désordres, Gondi, étoit trop clairvoyant pour ne pas
-prévoir que le retour seroit terrible, surtout pour lui, s'il ne se
-procuroit des appuis plus solides que cette faveur inconstante du
-peuple, et cette fougue momentanée du parlement, divisé lui-même en
-plusieurs partis, et incapable de marcher long-temps dans les mêmes
-voies. La feinte douceur que la reine et son ministre lui témoignèrent
-le lendemain, les caresses dont ils l'accablèrent, ne firent que
-l'affermir dans ces idées et dans sa résolution. Il savoit que le
-vainqueur de Lens étoit mécontent de la cour, et surtout de Mazarin:
-ce fut sur lui qu'il jeta les yeux; c'est lui qu'il résolut de faire
-le soutien de son parti.</p>
-
-<p>Le prince n'étoit point encore revenu de l'armée: il s'agissoit,
-jusqu'à son retour, de maintenir la cour dans l'inaction, sans cesser
-cependant d'entretenir l'animosité du peuple, ce que personne ne
-savoit faire avec plus d'habileté que le coadjuteur<a id="footnotetag117" name="footnotetag117"></a><a href="#footnote117" title="Lien vers la note 117"><span class="smaller">[117]</span></a>; et il y eût
-réussi, si le parlement eût voulu entrer dans ses vues, si ce prélat
-eût pu modérer les mouvements de cette compagnie, comme il savoit
-exciter ceux de la multitude. <span class="pagenum"><a id="page155" name="page155"></a>(p. 155)</span> Il avoit trouvé le moyen de s'introduire
-dans les assemblées secrètes que tenoient quelques-uns de ses membres,
-et c'étoit sous son influence que s'y préparoient les matières qui
-devoient être présentées aux chambres assemblées, et que l'on y
-convenoit de la manière dont elles seroient présentés: en ceci il
-n'avoit d'autre intention que de tenir toujours la compagnie en
-haleine. Mais, par une impétuosité qui rompit toutes ses mesures, le
-parlement osa se proroger lui-même à l'approche des vacances sur
-lesquelles la régente avoit compté; et insistant, malgré le refus
-qu'elle en fit d'abord, la forcer en quelque sorte à lui accorder une
-prolongation de service, sous prétexte d'affaires qui ne souffroient
-aucun délai. Anne d'Autriche outrée de cette insolence, voyant
-d'ailleurs s'accroître de jour en jour l'audace séditieuse de la
-populace<a id="footnotetag118" name="footnotetag118"></a><a href="#footnote118" title="Lien vers la note 118"><span class="smaller">[118]</span></a>, prit enfin la résolution d'emmener le roi <span class="pagenum"><a id="page156" name="page156"></a>(p. 156)</span> hors de
-Paris, et d'employer, s'il le falloit, contre cette ville rebelle,
-toutes les forces de la monarchie.</p>
-
-<p>Tout fut préparé dans le plus profond mystère, et la cour partit tout
-à coup pour Ruel le 13 septembre au matin. Dès qu'elle y fut arrivée,
-Mazarin, qui, dans sa position, avoit le grand avantage de pouvoir
-employer la force quand la ruse ne lui sembloit pas suffisante pour
-arriver à ses fins, avoit cru devoir se délivrer par un moyen violent
-de Chavigni et de Châteauneuf, qu'il considéroit comme les plus
-dangereux de tous ses ennemis. Le premier fut constitué prisonnier à
-Vincennes, dont il étoit gouverneur; le second fut de nouveau exilé.
-Ce coup d'autorité exaspéra les esprits: les principaux frondeurs se
-virent menacés, dans cette violence dont deux d'entre eux venoient
-d'être les victimes; on cria à la tyrannie; pour la première fois,
-Mazarin fut nommé, dans les opinions, avec les qualifications, les
-plus injurieuses; on agita la question de savoir s'il ne conviendroit
-pas de pourvoir à la sûreté publique en mettant des bornes à
-l'exercice du pouvoir absolu sur la liberté des citoyens. Le parlement
-fit prier les princes de se rendre dans son <span class="pagenum"><a id="page157" name="page157"></a>(p. 157)</span> sein pour y délibérer sur
-l'arrêt de 1617<a id="footnotetag119" name="footnotetag119"></a><a href="#footnote119" title="Lien vers la note 119"><span class="smaller">[119]</span></a>, qui, à l'occasion du maréchal d'Ancre,
-défendoit, et ce <em>sous peine de la vie</em>, aux étrangers, de s'immiscer
-dans le gouvernement de l'État; et, malgré un arrêt du conseil, donné
-en cassation du sien, persista dans toutes ses conclusions. La reine,
-de plus en plus irritée, se fait alors amener furtivement de Paris son
-second fils, le duc d'Anjou, qu'une indisposition l'avoit forcée d'y
-laisser: à peine cette nouvelle est-elle sue, que l'alarme se répand
-de nouveau partout; le parlement donne ordre au prévôt des marchands
-et aux échevins de pourvoir à l'approvisionnement et à la sûreté de la
-ville; tout s'y dispose comme si elle étoit sur le point de soutenir
-un siége; les bourgeois préparent leurs armes, et ne paroissent point
-effrayés des hasards et des conséquences d'une guerre civile.</p>
-
-<p>Gondi, qui ne l'auroit point voulu sitôt parce qu'il ne jugeoit pas
-que l'on y fût encore assez préparé, tout déconcerté qu'il étoit par
-ce mouvement trop rapide du peuple et par cette folle conduite du
-parlement, prenoit cependant ses mesures pour un événement qu'il
-jugeoit inévitable; et il étoit prêt à faire partir pour Bruxelles un
-négociateur chargé de traiter avec le comte de Fuensaldagne qui y
-commandoit, et de le déterminer <span class="pagenum"><a id="page158" name="page158"></a>(p. 158)</span> à faire marcher une armée espagnole au
-secours de Paris, lorsqu'on vint lui annoncer l'arrivée du prince de
-Condé, à laquelle il ne s'attendoit pas sitôt. C'étoit Anne d'Autriche
-elle-même qui l'avoit appelé dans l'intention de s'en faire un appui
-qu'elle ne croyoit pas pouvoir lui manquer. Mais Gondi, plus fécond
-encore en ressources, et rassuré par ce retour même qui sembloit
-devoir détruire toutes ses espérances, renonça aussitôt au projet
-qu'il avoit formé du côté de l'Espagne, et conçut le dessein, plus
-hardi peut-être, de disputer à la cour le héros sur lequel elle avoit
-compté. Il vit le prince en secret, le trouva, au sujet de Mazarin,
-tel qu'il le désiroit, sut lui persuader que tout le mal venoit de cet
-entêtement que la reine mettoit à soutenir un tel ministre, et qu'il
-falloit employer tous les moyens pour la forcer à l'abandonner. Le
-prince tomboit d'accord avec lui sur tous ces points: abattre le
-cardinal et gouverner peut-être à sa place lui sembloit une
-perspective séduisante; mais les prétentions excessives et les
-entreprises audacieuses du parlement l'effrayoient: «Je m'appelle
-Louis de Bourbon, disoit-il, et je ne veux pas ébranler la couronne;»
-comme si un instinct secret lui eût révélé qu'en effet il n'y avoit
-plus rien désormais entre le roi et le parlement.</p>
-
-<p>Dans l'espèce d'irrésolution où le jetoit cette <span class="pagenum"><a id="page159" name="page159"></a>(p. 159)</span> situation des
-affaires, il fut décidé qu'on prendroit un parti mitoyen; que, pour le
-moment, le prince se présenteroit comme intermédiaire entre les deux
-partis, et dans cet intervalle de repos qu'il auroit su faire naître,
-travailleroit de tous ses efforts à dégoûter la reine de Mazarin, et
-sinon à le précipiter tout à coup du haut rang où elle l'avoit élevé,
-du moins à l'en laisser <em>glisser</em>, de manière qu'il devînt ensuite
-facile de s'en débarrasser tout-à-fait. En conséquence de ce plan, qui
-convint à Gondi parce qu'il lui faisoit gagner du temps, Condé
-détourna la reine du projet qu'elle avoit formé d'attaquer Paris, et
-lui proposa d'engager une conférence entre lui-même, le duc d'Orléans
-et les députés du parlement. Cette conférence eut lieu à
-Saint-Germain, où la cour s'étoit transportée; et Gondi, par une
-démarche très-adroite, trouva le moyen d'en faire exclure le cardinal.
-Elle commença le 25 septembre, et dura, à plusieurs reprises, jusqu'au
-22 octobre. On y discuta, les uns après les autres, tous les articles
-de l'arrêté du parlement; et tous, long-temps débattus, furent enfin
-accordés jusqu'à celui <em>de la sûreté publique</em><a id="footnotetag120" name="footnotetag120"></a><a href="#footnote120" title="Lien vers la note 120"><span class="smaller">[120]</span></a>, qui avoit le
-plus <span class="pagenum"><a id="page160" name="page160"></a>(p. 160)</span> offensé la cour, et au moyen duquel la liberté fut aussitôt
-rendue à MM. de Châteauneuf et de Chavigni. Tout cela se fit d'abord
-malgré la reine, qui auroit bien voulu que les princes ne se fussent
-pas montrés si faciles; mais, après avoir vainement tenté de les
-ramener à ces partis violents qu'elle étoit toujours disposée à
-prendre, elle se radoucit tout à coup, par l'envie extrême qu'elle
-avoit de voir cesser les assemblées du parlement. Enfin cette
-déclaration fameuse qui portoit un si rude coup à l'autorité royale
-fut enregistrée comme la compagnie l'avoit conçue et rédigée; les
-chambres prirent leurs vacations, et la cour revint à Paris, où le roi
-fut reçu de ce peuple aveugle et léger, avec les acclamations
-ordinaires et les transports de la plus vive allégresse.</p>
-
-<p>Le caractère même de cette paix présageoit son peu de durée. Elle
-étoit trop désavantageuse à la régente pour qu'elle ne cherchât pas
-d'abord à en <span class="pagenum"><a id="page161" name="page161"></a>(p. 161)</span> éluder les conditions, ensuite à accabler des rebelles
-qui avoient eu l'audace de traiter avec leur souverain et de prescrire
-des bornes à son autorité. Ceux-ci sentoient tout le danger de leur
-position, surtout Gondi, dont l'ambition n'avoit rien gagné à ce
-dernier arrangement, et qui craignoit toujours le juste châtiment que
-lui méritoient les barricades. Les yeux sans cesse attachés sur cette
-cour qu'il avoit si profondément offensée, et sur les factieux
-subalternes que dirigeoit son dangereux génie, cet artisan de
-discordes n'attendoit que l'occasion favorable pour ourdir de nouveaux
-complots. La disposition générale des esprits étoit telle qu'elle ne
-pouvoit tarder à se présenter. (1649) Par une maladresse que rien ne
-peut justifier, Mazarin, dès les premiers jours, avoit jugé à propos
-de contrevenir aux articles les plus minutieux de cette déclaration,
-que, dans la chaleur des partis, on regardoit comme une loi
-fondamentale de l'État: c'en fut assez pour rallumer un feu mal
-éteint. Les esprits les plus impétueux et les plus turbulents du
-parlement demandèrent à grands cris l'assemblée des chambres, et ne
-l'obtenant pas assez vite du premier président, s'assemblèrent
-d'eux-mêmes, entraînèrent ainsi le reste de leurs confrères, et
-recommencèrent leurs délibérations séditieuses. La reine, effrayée de
-cette fermentation nouvelle, crut leur en imposer en y envoyant les
-princes et les pairs; <span class="pagenum"><a id="page162" name="page162"></a>(p. 162)</span> mais Gaston, toujours flottant entre les deux
-partis, étoit peu attaché à ses intérêts; Condé mettoit dans ses
-paroles et dans ses actions une hauteur, une véhémence qui n'étoient
-propres qu'à aigrir les esprits; la plupart des grands respiroient la
-faction. Dans cette journée mémorable, le premier de ces deux princes
-parla vaguement et foiblement; le second s'emporta jusqu'à menacer un
-conseiller<a id="footnotetag121" name="footnotetag121"></a><a href="#footnote121" title="Lien vers la note 121"><span class="smaller">[121]</span></a> dont les clameurs l'importunoient. Le tumulte le plus
-violent s'élève aussitôt dans l'assemblée; on oublie le respect que
-l'on doit à son rang et à son caractère; il est forcé de faire une
-sorte de réparation en protestant qu'il n'a eu l'intention de menacer
-personne, et sort au milieu des cris insolents des jeunes conseillers
-des enquêtes, la rage dans le c&oelig;ur, et bien résolu à ne plus
-s'exposer à de semblables avanies, «ne voulant pas, disoit-il, de
-prince qu'il étoit, devenir bourgmestre de Paris.»</p>
-
-<p>C'est ainsi qu'il se lia plus fortement que jamais au parti de la
-régente, dont Gondi avoit espéré une seconde fois le détacher. Mais
-cet esprit si actif, si fécond en ressources, au moment même où Condé
-lui échappoit, cherchoit déjà et trouvoit de nouveaux appuis. Les
-divisions intestines qui agitoient la cour, et qu'il épioit avec soin
-jusque dans leurs plus petits détails, <span class="pagenum"><a id="page163" name="page163"></a>(p. 163)</span> celles surtout qui venoient
-d'éclater dans la propre famille du prince, lui fournirent bientôt
-tous les moyens nécessaires pour relever son parti, pour lui donner
-même un nouvel éclat. Le prince de Conti, mécontent et jaloux d'un
-frère dont la gloire l'offusquoit et qui l'accabloit de sa
-supériorité; la duchesse de Longueville, s&oelig;ur de ces deux princes,
-qui croyoit avoir des raisons de haïr Condé après l'avoir tendrement
-aimé; le duc de Longueville, furieux contre Mazarin, qui l'avoit bercé
-de fausses espérances; le jeune Marsillac<a id="footnotetag122" name="footnotetag122"></a><a href="#footnote122" title="Lien vers la note 122"><span class="smaller">[122]</span></a>, amant de la duchesse,
-maître absolu de son esprit et dont l'ambition étoit encore plus
-grande que l'amour; tous ces esprits ardents ou irrités, animés encore
-par l'éloquence insidieuse et entraînante du coadjuteur, et suivis de
-cette foule de mécontents qui abondent toujours dans les cours, se
-jetèrent dans son parti, promirent de rester à Paris, de le défendre
-s'il étoit attaqué, s'abouchèrent avec les principaux chefs de la
-faction parlementaire, les Viole, les Longueil, etc., qui leur
-promirent tout au nom de leur compagnie; et tandis qu'ils espéroient
-faire servir les mouvements aveugles du parlement à leurs propres
-intérêts, se rendirent eux-mêmes les instruments des projets ambitieux
-du coadjuteur.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page164" name="page164"></a>(p. 164)</span> Sûr des moyens de défense, Gondi voulut commencer lui-même l'attaque.
-Son ennemi étoit détesté: en accroissant chaque jour cette haine
-populaire par des bruits absurdes et calomnieux<a id="footnotetag123" name="footnotetag123"></a><a href="#footnote123" title="Lien vers la note 123"><span class="smaller">[123]</span></a> que personne ne
-sut jamais mieux que lui faire circuler parmi la multitude, il voulut
-y joindre encore le ridicule. Mazarin y prêtoit malheureusement
-beaucoup. Le chansonnier Marigni<a id="footnotetag124" name="footnotetag124"></a><a href="#footnote124" title="Lien vers la note 124"><span class="smaller">[124]</span></a> fut déchaîné contre lui, et
-remplit Paris de ses ballades et de ses triolets. Les railleries les
-plus piquantes, les sarcasmes les plus amers l'accablèrent de toutes
-parts; les placards les plus diffamants couvroient toutes les
-murailles, et la presse vomissoit chaque jour des libelles encore plus
-horribles qui se distribuoient clandestinement. Tant d'outrages
-rejaillissoient jusque sur la reine, qui n'étoit plus désignée dans le
-public que par le sobriquet de <i>dame Anne</i>. Elle ne pouvoit faire un
-pas dans Paris sans entendre retentir à ses oreilles quelques-uns de
-ces vaudevilles <span class="pagenum"><a id="page165" name="page165"></a>(p. 165)</span> insolents et grossiers, où sa vertu même n'étoit pas
-épargnée. Enfin, ne pouvant plus supporter tant d'outrages, sentant
-croître, de jour en jour, les embarras de sa position, à cause de
-cette pénurie des finances que le parlement sembloit se faire un jeu
-d'accroître par ses résistances, sûre du prince de Condé que ses
-prières et ses larmes avoient achevé de fixer au soutien de sa cause,
-parvenue à obtenir du duc d'Orléans qu'il ne s'opposeroit point au
-projet qu'elle avoit formé, elle prit la résolution de sortir une
-seconde fois de Paris, et d'exercer sur cette ville rebelle le
-châtiment qu'elle avoit mérité.</p>
-
-<p>Cette sortie, préparée dans le mystère le plus profond, fut exécutée
-au milieu de la nuit dans le plus grand désordre. Tous ceux qui
-devoient accompagner le roi, avertis au moment même du départ, le
-suivirent dans un trouble et avec des inquiétudes qui furent encore
-augmentées par l'état de dénuement dans lequel la cour entière se
-trouva à son arrivée à Saint-Germain. La reine, fière de l'appui de
-Condé, et méditant les projets d'une vengeance qu'elle croyoit prompte
-et facile, montroit seule de la fermeté et même une sorte de joie. À
-Paris, le premier sentiment du peuple et du parlement fut celui de la
-consternation. Gondi et ceux qui avoient son secret changèrent
-bientôt ces dispositions: ils <span class="pagenum"><a id="page166" name="page166"></a>(p. 166)</span> parvinrent à rendre quelque courage à
-cette compagnie, et dans un moment surent faire passer la multitude de
-l'abattement à la fureur. On prit les armes; on s'empara des portes;
-toutes les issues furent fermées à ceux qui vouloient gagner
-Saint-Germain; on pilla leurs bagages; on maltraita leurs gens; et ces
-excès furent autorisés par un arrêt du parlement, qui, sans avoir
-égard à une lettre écrite par le roi au prévôt des marchands<a id="footnotetag125" name="footnotetag125"></a><a href="#footnote125" title="Lien vers la note 125"><span class="smaller">[125]</span></a>, et
-dont la lecture fut faite dans sa première assemblée, ordonna à ce
-magistrat de veiller à la sûreté publique et à la garde des portes. Le
-lieutenant de police eut ordre en même temps d'assurer
-l'approvisionnement de Paris et le passage de vivres.</p>
-
-<p>Cependant ce parlement, regardé par le peuple comme la seule autorité
-qu'il dût écouter, alors qu'il agissoit lui-même comme si cette
-autorité eût été légitime, étoit livré aux plus cruelles perplexités,
-et renfermoit déjà dans son sein tous les germes de foiblesse et de
-division. Deux partis, l'un de factieux, l'autre de membres dévoués à
-la cour, l'agitant en sens contraire, cherchoient, chacun de son
-côté, à entraîner ceux de leurs <span class="pagenum"><a id="page167" name="page167"></a>(p. 167)</span> confrères qui, étrangers à toutes les
-passions, à tous les intérêts, ne vouloient que le bien public; et du
-reste, se voyant ainsi isolés entre le peuple et la cour, tous
-craignoient le nom de rebelles, et le déshonneur qui y étoit attaché.
-Gondi, peu inquiet d'abord de ces incertitudes qu'il étoit sûr de
-faire disparoître à l'instant où il montreroit les appuis illustres
-qu'il avoit su donner à la révolte, commençoit lui-même à concevoir
-les plus vives alarmes: le duc de Bouillon et le maréchal de La Mothe,
-qui s'étoient aussi engagés avec les frondeurs, étoient restés à Paris
-avec la duchesse de Longueville; mais le duc, époux de cette
-princesse, parti de la Normandie dont il étoit gouverneur, au lieu de
-se rendre dans cette capitale, avoit tourné court à Saint-Germain,
-sans donner depuis de ses nouvelles; le prince de Conti, forcé par son
-frère de suivre la cour, ne paroissoit point encore; et l'on n'étoit
-pas moins inquiet de Marsillac, qui s'étoit rendu auprès du jeune
-prince pour fortifier ses résolutions et favoriser sa fuite. Ces
-alarmes, que partageoient les autres chefs de la faction, étoient
-accrues par la conduite inégale du parlement, tantôt poussant l'audace
-jusqu'à renvoyer sans les ouvrir de nouvelles lettres du roi qui lui
-ordonnoient de se transporter à Montargis, tantôt foible au point
-d'envoyer en quelque sorte <span class="pagenum"><a id="page168" name="page168"></a>(p. 168)</span> demander grâce à Saint-Germain. Ses députés
-s'y présentèrent sans avoir été appelés, tandis que Gondi, mandé à la
-cour par un ordre formel du roi, faisoit arrêter sa voiture par le
-peuple pour être dispensé de faire un voyage aussi périlleux. Ils y
-furent mal reçus, renvoyés avec menaces, et cette rigueur impolitique
-servit les factieux plus que tout le reste. Dès qu'on apprit qu'il n'y
-avoit point de transaction à espérer, le désespoir donna du courage
-aux plus foibles; et les chefs ne manquèrent pas de semer des bruits
-alarmants dont l'effet fut d'accroître encore cette effervescence
-générale. La chambre des comptes et la cour des aides, qui avoient
-également député vers la cour, qui avoient éprouvé la même réception,
-partagèrent les ressentiments du parlement; et tous les corps, à
-l'exception du grand conseil, se réunirent dans le projet de se
-défendre contre ce qu'ils appeloient la tyrannie du cardinal. Il n'y
-eut qu'un cri contre lui, et c'est alors que fut rendu cet arrêt qui
-le déclare «ennemi du roi et de l'État, perturbateur du repos public;
-lui ordonne de se retirer le jour même de la cour, et dans huitaine du
-royaume, enjoignant, passé ce temps, aux sujets du roi de lui <em>courre
-sus</em>, et faisant défense à toute personne de le recevoir.» On ordonna
-des subsides, on leva des soldats dans la populace de Paris, on nomma
-même un général<a id="footnotetag126" name="footnotetag126"></a><a href="#footnote126" title="Lien vers la note 126"><span class="smaller">[126]</span></a> <span class="pagenum"><a id="page169" name="page169"></a>(p. 169)</span> à cette armée sans expérience et sans discipline.</p>
-
-<p>Cependant Gondi attendoit toujours avec la plus vive impatience les
-véritables chefs qui devoient former et commander une aussi foible
-milice. Sourdes intrigues, courses nocturnes, largesses populaires, il
-n'avoit rien épargné pour allumer le feu de la sédition; le succès
-avoit passé ses espérances, et des nouvelles satisfaisantes qu'il
-reçut enfin de Marsillac achevoient de le rassurer, lorsque
-l'événement le plus inattendu vint le jeter dans de nouveaux embarras.
-Le duc d'Elb&oelig;uf, prince de la maison de Lorraine, poussé par l'amour
-de l'intrigue et des nouveautés, surtout par son extrême indigence, se
-croyant appelé à jouer sur ce théâtre le rôle des Guise et des
-Mayenne, entra tout à coup à Paris avec ses trois fils, et vint offrir
-ses services d'abord au corps de ville, où on le reçut avec les plus
-vifs transports de joie, ensuite au parlement, où, malgré les efforts
-des membres initiés aux secrets du coadjuteur, il sut entraîner tous
-les esprits, et fut nommé sur-le-champ général en chef de l'armée
-parisienne. Pendant que ces choses se passoient, les princes se
-présentèrent <span class="pagenum"><a id="page170" name="page170"></a>(p. 170)</span> enfin aux portes de la ville, qu'on eut beaucoup de peine
-à leur ouvrir<a id="footnotetag127" name="footnotetag127"></a><a href="#footnote127" title="Lien vers la note 127"><span class="smaller">[127]</span></a>, et y entrèrent au milieu des préventions et des
-méfiances du peuple, lequel ne pouvoit croire que la famille de Condé
-pût venir prendre sincèrement sa défense. C'est ici qu'il faut admirer
-les ressources prodigieuses du moteur secret de tant d'intrigues
-ténébreuses. Si d'Elb&oelig;uf conservoit sa supériorité, Gondi n'étoit
-plus rien: avec les princes il étoit tout; il falloit donc, sans
-perdre de temps, abattre l'un et relever les autres. Aussitôt tous ses
-agents secrets sont mis en mouvement pour décrier le nouveau général.
-Marigni le chansonne; il est présenté sourdement dans le peuple comme
-un traître qui s'est introduit dans Paris d'intelligence avec la cour,
-à laquelle il est vendu; on lui suppose même une correspondance
-secrète avec elle, et on la fait circuler. Pendant qu'on faisoit jouer
-toutes ces machines, le coadjuteur parcouroit les rues de Paris ayant
-Conti dans son carrosse, démarche qui annonçoit de la confiance,
-calmoit le peuple, et l'accoutumoit à la vue du jeune prince. Lorsque
-tout fut ainsi préparé, il le conduisit au parlement, <span class="pagenum"><a id="page171" name="page171"></a>(p. 171)</span> où commencèrent
-aussitôt les premières scènes d'une action théâtrale qu'il avoit
-concertée avec tous les chefs de son parti. Le duc de Longueville se
-présenta d'abord, offrant à la compagnie ses services, toute la
-Normandie dont il étoit gouverneur, et la priant de trouver bon que,
-pour sûreté de sa parole, il fît loger à l'Hôtel-de-Ville sa femme, sa
-fille et son fils. Le duc de Bouillon parut ensuite, faisant les mêmes
-protestations, mais donnant à entendre que c'étoit sous les ordres du
-prince de Conti qu'il espéroit servir la cause commune. Le maréchal de
-La Mothe offrit après lui ses services aux mêmes conditions. À mesure
-que ces illustres personnages se succédoient, le prince d'Elb&oelig;uf
-perdoit de sa considération et de ses partisans. C'est en vain qu'il
-voulut élever la voix, et réclamer le rang suprême qui lui avoit été
-accordé la veille: on ne l'écouta point; et il fut forcé de descendre,
-avec les autres chefs, à celui de simple général sous le prince de
-Conti, qui fut créé généralissime. En sortant du parlement, Gondi alla
-chercher les duchesses de Bouillon et de Longueville, qu'il conduisit
-lui-même comme en triomphe à l'Hôtel-de-Ville, au milieu des
-acclamations d'une multitude immense attirée par la nouveauté d'un
-spectacle, qui d'ailleurs achevoit de détruire toutes les méfiances.
-La Bastille, que la cour n'avoit pas songé à mettre en état de
-<span class="pagenum"><a id="page172" name="page172"></a>(p. 172)</span> défense, fut sommée et prise le même jour<a id="footnotetag128" name="footnotetag128"></a><a href="#footnote128" title="Lien vers la note 128"><span class="smaller">[128]</span></a> par capitulation; et la
-guerre civile fut ainsi organisée, au gré du coadjuteur.</p>
-
-<p>Laigues, Vitri, Noirmoutier, Brissac, de Luynes, et un grand nombre
-d'autres seigneurs, mécontents de la cour, et attirés par le nom d'un
-prince du sang, vinrent grossir la foule des frondeurs. Ces nouveaux
-venus furent chargés des levées, des fortifications, du soin d'exercer
-les soldats, et reçurent divers départements dans les conseils que
-l'on créa. Un personnage destiné à y jouer un plus grand rôle, le duc
-de Beaufort, échappé depuis quelque temps de sa prison avec beaucoup
-de bonheur et d'audace, ne tarda pas à les joindre. C'étoit un prince
-d'un esprit borné, à la fois courageux et fanfaron, adoré de la
-populace dont il avoit le langage et les manières, également méprisé
-dans les deux partis, où il fut désigné sous le nom de <i>Roi des
-Halles</i>, qu'il n'avoit que trop mérité. Gondi, commençant à
-s'apercevoir <span class="pagenum"><a id="page173" name="page173"></a>(p. 173)</span> qu'il gouvernoit difficilement le prince de Conti et la
-duchesse de Longueville, sentit tout le parti qu'il pouvoit tirer de
-cet instrument aveugle qui venoit de lui-même se jeter entre ses
-mains. Il se l'attacha fortement, et par son moyen devint seul
-puissant dans le peuple. On continuoit cependant les levées. Elles se
-firent avec une telle facilité, que dans l'espace de deux jours on mit
-sur pied une armée de douze mille hommes. Les biens de Mazarin furent
-confisqués, vendus publiquement pour subvenir aux frais de la guerre;
-et la recherche de ses meubles fit naître les délations et les
-vexations les plus odieuses à l'égard d'un grand nombre de
-particuliers. Le parlement, s'occupant, dès ces premiers moments, de
-concentrer et de régulariser l'autorité, forma plusieurs chambres
-administratives auxquelles furent attribuées toutes les diverses
-branches de la police générale et particulière, ce qui réduisit les
-généraux et le prince de Conti lui-même à une nullité presque absolue.
-Une circulaire fut envoyée à tous les parlements et aux villes les
-plus considérables, par laquelle on les invitoit à s'unir au parlement
-et à la capitale pour <em>la délivrance</em> du roi et l'expulsion de son
-ministre; et l'on crut justifier suffisamment tant d'attentats contre
-l'autorité légitime en envoyant à la cour des remontrances dans
-lesquelles, après avoir renouvelé contre le cardinal toutes les
-déclamations <span class="pagenum"><a id="page174" name="page174"></a>(p. 174)</span> tant de fois répétées, le parlement déclaroit de nouveau
-ne s'être soulevé que pour soustraire le roi et le peuple à son
-insupportable tyrannie.</p>
-
-<p>Tandis que toutes ces choses se passoient à Paris, la régente et son
-ministre, déployant toute l'étendue de la puissance royale,
-déclaroient le parlement criminel de lèse-majesté; et Condé se
-préparoit, avec huit à neuf mille hommes, à en bloquer cinq cent mille
-renfermés dans une ville immense et fortifiée. Mais cette poignée de
-soldats étoit un débris de cette brave armée avec laquelle il avoit
-remporté tant de victoires; et la multitude innombrable qui lui étoit
-opposée, se composoit d'artisans, de laquais, de citadins amollis par
-le repos et les plaisirs de la capitale. Le mépris profond qu'il avoit
-pour de semblables ennemis l'avoit porté d'abord à s'emparer de tous
-les postes qui servoient de communication avec les provinces d'où
-Paris tiroit ses subsistances, formant ainsi le projet audacieux de
-l'affamer, projet qu'un autre eût à peine osé concevoir avec une armée
-de cinquante mille hommes. Forcé bientôt de se réduire à un plus petit
-nombre de quartiers, pour ne pas s'exposer à être battu en détail, et
-à voir fondre ainsi sa petite troupe, il se réduisit à trois postes,
-Saint-Denis, Sèvre et Saint-Cloud, qu'il commit à la garde de ses
-plus habiles officiers, tandis <span class="pagenum"><a id="page175" name="page175"></a>(p. 175)</span> qu'à la tête d'une troupe légère,
-toujours à cheval, il couroit de quartier en quartier, interceptant
-quelques convois, brûlant quelques moulins, et donnant l'exemple d'une
-activité et d'une vigilance admirables, pour produire malheureusement
-d'assez médiocres effets. Quant à l'armée de la fronde, elle étoit
-retenue dans la ville par ses chefs, non qu'ils manquassent de
-courage, mais parce qu'ils savoient mieux que personne ce que valoit
-cette lâche et indocile milice.</p>
-
-<p>Ils se hasardèrent enfin à la faire sortir, à essayer s'ils ne
-pourroient pas l'aguerrir dans quelques petits combats. C'est ici que
-la fronde prend réellement un caractère plaisant et même ridicule que
-tous les écrivains ont reconnu, mais dont ils ont fait une application
-trop générale; c'est ici que l'esprit national se montre dans toute sa
-piquante singularité. Les troupes parisiennes, pleines de jactance
-dans leurs paroles, riches et élégantes dans leurs habillements,
-sortoient en campagne, ornées de plumes et de rubans, pour jeter leurs
-armes et fuir à toutes jambes vers la ville, lorsqu'elles
-rencontroient le moindre escadron de l'armée royaliste. Elles y
-rentroient au milieu des huées, des brocards, des traits malins de
-toute espèce. On rioit de la gaucherie de leurs évolutions militaires.
-Toujours battues lorsqu'elles osoient faire la moindre <span class="pagenum"><a id="page176" name="page176"></a>(p. 176)</span> résistance, on
-ne les consoloit de ces petits échecs que par de plus grandes risées.
-L'entrée de quelques convois qu'on avoit pu dérober à la vigilance de
-l'ennemi, passoit pour un grand triomphe, et l'on honoroit du titre de
-bataille la plus petite escarmouche. Dans l'attaque de Charenton<a id="footnotetag129" name="footnotetag129"></a><a href="#footnote129" title="Lien vers la note 129"><span class="smaller">[129]</span></a>,
-la seule affaire sérieuse de ce siége burlesque, la seule où Condé
-éprouva de la résistance, et où ses soldats furent obligés de déployer
-leur valeur, l'armée parlementaire, trois fois plus nombreuse que
-celle des royalistes, s'ébranla si lentement pour aller au secours des
-assiégés, qu'on voyoit encore son arrière-garde au milieu de la place
-Royale, tandis que les autres corps, arrêtés sur les hauteurs de
-Picpus, y contemploient tranquillement l'assaut et la prise de la
-ville, sans oser seulement traverser la vallée de Fécamp, qui les
-séparoit des royalistes. Une gaieté folle animoit les deux partis:
-Marigni, Blot, le médecin Gui-Patin, Scarron, Mézerai, jeune alors,
-inondoient Paris de chansons, de ballades, de pamphlets, où ils
-déchiroient <span class="pagenum"><a id="page177" name="page177"></a>(p. 177)</span> et plaisantoient tout le monde, royalistes et
-parlementaires. Condé, d'un autre côté, si dédaigneux et si railleur,
-réjouissoit la cour des sarcasmes amers qu'il lançoit sur ses
-valeureux adversaires<a id="footnotetag130" name="footnotetag130"></a><a href="#footnote130" title="Lien vers la note 130"><span class="smaller">[130]</span></a>. Les bons mots pleuvoient de tous les
-côtés. Faisant allusion au prince de Conti son frère, qui étoit
-contrefait et même un peu bossu, il fit un jour une profonde
-salutation à un singe attaché dans la chambre du roi, lui donnant le
-titre de <i>généralissime de l'armée parisienne</i>. La cavalerie que
-fournirent les maisons les plus considérables de Paris fut nommée, par
-les frondeurs eux-mêmes, <i>cavalerie des portes cochères</i>. Le régiment
-de Corinthe, levé par le coadjuteur, ayant été battu dans une
-rencontre, on appela cet échec <i>la première aux Corinthiens</i>. Vingt
-conseillers créés par Richelieu, et dédaignés de leurs confrères,
-ayant voulu effacer la honte de leur nouvelle création en fournissant
-chacun un subside de 15,000 liv., n'en retirèrent d'autre avantage que
-d'être appelés <i>les Quinze-Vingts</i>.</p>
-
-<p>Cependant, la prise de Charenton commença à diminuer un peu de cet
-enivrement des frondeurs. Jusque-là Paris avoit nagé dans
-l'abondance, <span class="pagenum"><a id="page178" name="page178"></a>(p. 178)</span> tandis que la disette régnoit à Saint-Germain. Les
-habitants des campagnes, sûrs d'être bien payés, profitoient de tous
-les passages pour porter leurs denrées à la capitale; et les propres
-soldats de Condé, attirés par le même appât, contribuoient eux-mêmes à
-l'approvisionner. Mais lorsque le prince, maître de ce poste
-important, eut pris des mesures pour resserrer davantage les assiégés,
-les privations commencèrent à se faire sentir; la fatigue et le dégoût
-succédèrent par degrés aux premiers mouvements d'enthousiasme, sinon
-dans le peuple, du moins dans la classe des bourgeois aisés, qui seuls
-supportoient tout le poids de la guerre. Accablés de subsides, exposés
-aux insolences du peuple et aux vexations des soldats, ils soupiroient
-après la paix, qui seule pouvoit leur rendre le repos et la
-considération qu'ils avoient perdus. Il est inutile de dire que la
-partie la plus saine du parlement, dominée et contenue par les
-factieux, la désiroit avec la même ardeur. Quant aux généraux, pleins
-en apparence d'une animosité commune contre le ministère, ils
-n'avoient en effet d'autre but que leur intérêt particulier; et leur
-mécontentement, né de l'oubli ou du dédain de la cour, étoit prêt à
-cesser dès qu'elle se montreroit disposée à leur accorder ses faveurs.
-Si l'on en excepte le coadjuteur et le duc de Beaufort, il n'en étoit
-pas un seul qui <span class="pagenum"><a id="page179" name="page179"></a>(p. 179)</span> n'eût avec elle quelque négociation secrète. La cour
-elle-même fatiguée d'une guerre plus difficile à terminer qu'elle ne
-l'avoit cru d'abord, et dont les suites pouvoient devenir
-très-fâcheuses, n'étoit point éloignée maintenant de l'accommodement
-qu'elle avoit d'abord refusé avec tant de hauteur; et ses émissaires,
-secrètement répandus dans Paris, s'y abouchoient avec les chefs,
-travailloient à y développer ces dispositions pacifiques, dont les
-signes devenoient de jour en jour plus manifestes. Le regard perçant
-de Gondi avoit pénétré tous ces mouvements divers, et saisi tout d'un
-coup les dangers extrêmes d'une semblable situation. De tant d'appuis
-qu'il croyoit avoir élevés à ses projets ambitieux, tous étoient sur
-le point de lui manquer, à l'exception de ce peuple, qui étoit bien
-plus dans les mains du parlement que dans les siennes, dont il
-connoissoit la cruelle inconstance, et dont il avoit été forcé même de
-partager la faveur avec le duc de Beaufort, ce qui la rendoit encore
-plus incertaine. Un esprit aussi violent et aussi fier ne pouvoit
-supporter l'idée d'une paix où, confondu dans la foule des
-négociateurs, il n'eût joué que le rôle d'un factieux subalterne; et
-ce parlement, ces chefs, auxquels il pouvoit encore opposer la
-multitude, en devenoient les arbitres, si cette multitude venoit à
-l'abandonner. Cependant, comme l'intérêt des généraux n'étoit pas le
-même que celui <span class="pagenum"><a id="page180" name="page180"></a>(p. 180)</span> des parlementaires; que ceux-ci désiroient la paix
-uniquement pour l'amour d'elle, tandis que les autres feignoient de
-vouloir la guerre pour devenir par son moyen maîtres des conditions du
-traité, le coadjuteur avoit su, dans les premiers moments, les opposer
-les uns aux autres avec son habileté accoutumée. D'abord, et malgré
-toutes les difficultés que le premier président lui avoit opposées, il
-avoit trouvé le moyen de prendre séance au parlement, comme substitut
-de l'archevêque de Paris, son oncle, dont l'absence le servit ainsi
-merveilleusement; et l'on conçoit l'avantage immense qu'en avoit tiré
-un esprit aussi délié et aussi insinuant que le sien: en peu de temps
-il s'y étoit rendu maître presque absolu des délibérations. Déjà
-Talon, Molé, Mesmes, ayant osé hasarder quelques propositions
-pacifiques, avoient été vivement combattus par le prince de Conti, et
-forcés au silence par les clameurs des enquêtes<a id="footnotetag131" name="footnotetag131"></a><a href="#footnote131" title="Lien vers la note 131"><span class="smaller">[131]</span></a>. Un héraut envoyé
-par le roi, et qu'on auroit reçu venant de la part d'un ennemi, fut,
-par un artifice de Gondi, et sous les prétextes les plus
-frivoles<a id="footnotetag132" name="footnotetag132"></a><a href="#footnote132" title="Lien vers la note 132"><span class="smaller">[132]</span></a>, renvoyé sans réponse, sans même <span class="pagenum"><a id="page181" name="page181"></a>(p. 181)</span> qu'on daignât ouvrir
-ses paquets. Cependant son adresse et son crédit n'avoient pu empêcher
-qu'on ne députât du moins vers la reine pour lui rendre raison d'un
-procédé aussi inouï; et la manière affable dont les députés avoient
-été reçus, le récit qu'ils firent à leur retour des bonnes
-dispositions de la régente, avoient encore accru cette disposition à
-la paix qui lui causoit de si vives alarmes: car, il faut le répéter,
-toute la force de cet ambitieux et de ses adhérents, avoit été
-jusqu'alors dans leur union avec le parlement; seuls ils n'étoient
-rien, et la reine en étoit tellement convaincue, qu'elle écrivoit au
-Prévôt des Marchands et aux Échevins: «Chassez le parlement de Paris;
-et en même temps qu'il sortira par une porte, je rentrerai par
-l'autre.» Une réconciliation sincère de cette compagnie avec la cour
-ne leur eût pas été moins funeste, et les eût mis entièrement à la
-discrétion d'Anne d'Autriche, qui n'étoit rien moins que disposée à
-leur pardonner. Gondi sentit donc qu'il étoit perdu s'il ne cherchoit
-un appui plus sûr, un pouvoir plus indépendant, plus disposé à
-favoriser ses <span class="pagenum"><a id="page182" name="page182"></a>(p. 182)</span> vues, et au moyen duquel il pût compromettre sans retour
-le parlement avec la reine et son ministre.</p>
-
-<p>Il ne pouvoit trouver un tel appui que dans les ennemis de l'état.
-L'Espagne, qui ne demandoit pas mieux que de se mêler des affaires de
-la France pour en accroître le désordre, n'avoit cessé de négocier
-secrètement avec lui depuis le commencement des troubles; nous avons
-vu qu'il avoit été sur le point de solliciter lui-même son secours, et
-qu'il n'y avoit renoncé que lorsqu'il avoit pu espérer de faire cause
-commune avec les princes. Maintenant que ceux-ci se faisoient des
-intérêts différents des siens, il se détermina à donner plus de suites
-à ces négociations. Les dispositions où se trouvoit cette puissance
-les rendirent très-faciles; et le comte de Fuensaldagne, sur les
-ouvertures que lui fit faire le coadjuteur, lui dépêcha, de l'aveu de
-l'archiduc, un moine bernardin nommé Arnolfini, lequel arriva à Paris
-muni d'un blanc-seing, que les chefs de la fronde pouvoient remplir à
-volonté; mais c'étoit surtout Gondi qu'il avoit ordre d'écouter et
-d'entraîner, s'il étoit possible, à se lier particulièrement et par
-des engagements positifs.</p>
-
-<p>Gondi étoit trop habile pour donner dans de semblables piéges; et ce
-fut vainement que le duc de Bouillon, qui lui-même négocioit depuis
-long-temps avec l'archiduc, tâcha de l'y déterminer. <span class="pagenum"><a id="page183" name="page183"></a>(p. 183)</span> Il n'avoit garde
-de se compromettre à ce point, lorsque d'un moment à l'autre la
-politique de la cour pouvoit, ou par la levée du siége ou par le
-renvoi de Mazarin, ôter tout prétexte à la guerre civile, et dans un
-cas pareil ne lui laisser d'autre ressource que d'aller dans les
-Pays-Bas jouer le rôle des exilés de la ligue, et servir, comme il le
-dit lui-même, d'aumônier à l'archiduc. Il ne doutoit pas, et
-l'événement prouva qu'il ne s'étoit point trompé, que ce duc de
-Bouillon lui-même ne l'abandonnât sans le moindre scrupule, si la cour
-consentoit jamais à lui rendre la principauté de Sedan dont elle
-l'avoit dépouillé. Il osa donc concevoir le projet d'engager les
-généraux et le parlement avec le gouverneur espagnol; sûr de pouvoir
-ainsi continuer sans danger ses négociations clandestines, et, quelque
-issue que prissent les affaires, de trouver l'impunité avec un si
-grand nombre de coupables. Jamais intrigue ne fut mieux ourdie, ni
-man&oelig;uvres ne furent plus habilement conduites. Secrètement endoctriné
-par Gondi et par ses deux associés le duc et la duchesse de Bouillon,
-le moine que l'on avoit revêtu d'un habit de cavalier, et à qui l'on
-avoit fabriqué des instructions, des harangues, des lettres remplies
-de projets et des promesses les plus brillantes, prend le nom plus
-imposant de don Joseph d'Illescas, et arrive la nuit avec grand
-fracas chez le <span class="pagenum"><a id="page184" name="page184"></a>(p. 184)</span> duc d'Elb&oelig;uf que l'on vouloit tromper d'abord, afin
-qu'il aidât lui-même à tromper les autres. Celui-ci, qui se croit
-aussitôt l'homme le plus considérable du parti, rassemble chez lui les
-chefs, et leur présente cet envoyé avec une importance qui ne laisse
-pas que d'amuser Gondi et Bouillon, tous les deux présents à cette
-scène de comédie. Cette vue d'un émissaire d'une puissance ennemie,
-venant leur proposer de traiter avec elle, sans la participation du
-roi et peut-être contre lui, effaroucha d'abord quelques
-parlementaires, qui assistoient à cette conférence: mais ce premier
-moment de trouble et de surprise étant passé, on se mit à examiner le
-parti qu'il étoit possible de tirer de l'intervention des Espagnols;
-on convint de la marche à suivre; et il fut décidé que don Illescas
-seroit présenté par le prince de Conti aux chambres assemblées.</p>
-
-<p>Il le fut dès le lendemain 19 février, au moment même où les gens du
-roi, revenus de leur voyage à la cour, rendoient compte de l'accueil
-favorable qu'ils y avoient reçu. Ce fut vainement que le président de
-Mesmes, interpellant le prince de Conti, voulut lui faire honte d'oser
-demander pour un envoyé de l'archiduc une faveur qu'il avoit fait
-refuser au héraut de son propre souverain: toute <em>la cohue</em> du
-parlement (c'est ainsi que Gondi lui-même appelle la chambre <span class="pagenum"><a id="page185" name="page185"></a>(p. 185)</span> des
-enquêtes), ameutée par ce chef expérimenté, s'éleva contre lui, et fit
-tant par ses cris qu'il fallut céder, et que le faux don Illescas fut
-introduit. Il prit place au banc du bureau et prononça un discours
-dont la substance étoit «Que Mazarin avoit offert à l'Espagne une paix
-avantageuse; mais que son maître, sachant combien ce ministre étoit
-odieux à la nation, avoit jugé plus convenable à sa dignité de
-s'adresser au parlement, le considérant comme le conseil et le tuteur
-des rois; et que telle étoit la confiance qu'il avoit dans la sagesse
-de cette illustre compagnie, qu'il la laissoit maîtresse des
-conditions.» Bien qu'un tel exposé, dont le faux sautoit aux yeux, dût
-rendre au moins suspecte la mission de ce personnage, il fut remercié;
-et l'on décida qu'il seroit fait registre de son discours pour en
-référer à la régente.</p>
-
-<p>Pour les chefs des frondeurs c'étoit avoir beaucoup obtenu, quoiqu'en
-apparence ce fût peu de chose; et avoir ainsi engagé le parlement à
-écouter les Espagnols, actuellement en guerre ouverte avec la France,
-c'étoit justifier d'avance tous les traités que Gondi et les siens
-pourroient faire avec l'ennemi. Il fut lui-même étonné de son propre
-succès: Molé, de Mesme, Talon et parmi les royalistes du parlement les
-plus intègres et les plus éclairés en furent effrayés; ils virent
-<span class="pagenum"><a id="page186" name="page186"></a>(p. 186)</span> avec douleur l'ascendant que prenoient les brouillons dans leur
-compagnie, et résolus de tout sacrifier pour déjouer leurs intrigues
-et ramener la paix, tandis que l'envoyé espagnol retournoit auprès de
-son maître pour lui rendre compte de l'heureux succès de sa mission,
-le premier président demandoit des passe-ports à la cour pour se
-rendre auprès d'elle à la tête d'une députation de la compagnie. Elle
-étoit composée des gens du roi, du président de Mesmes et de huit
-conseillers.</p>
-
-<p>La reine et son ministre désiroient alors plus vivement que jamais
-d'entrer en accommodement; et en effet la situation de leurs affaires
-devenoit de jour en jour plus alarmante. Ces négociations des
-frondeurs avec l'Espagne, toutes fâcheuses qu'elles étoient, les
-inquiétoient peut-être moins que celles qui se faisoient de
-Saint-Germain à Paris. Gaston, foible et ambitieux, se ménageant
-toujours entre les partis, écoutoit alors secrètement Conti, la
-duchesse de Longueville et Marsillac, qui, opposés depuis quelque
-temps au coadjuteur, lui offroient de le mettre à la tête de leur
-parti. Beaufort et Gondi ne lui faisoient pas des offres moins
-séduisantes; et la régence étoit des deux côtés l'appât qu'on faisoit
-surtout briller à ses yeux. Lui-même faisoit aussi sonder les chefs du
-parlement pour savoir ce qu'il en pourroit espérer, s'il se décidoit
-<span class="pagenum"><a id="page187" name="page187"></a>(p. 187)</span> à embrasser leur cause; et quoiqu'il fût encore retenu par l'ascendant
-de Condé, il pouvoit d'un moment à l'autre prendre une fatale
-résolution. Si l'on jetoit les yeux sur les provinces, elles offroient
-encore de plus grands sujets de crainte. Quelques-unes étoient
-ouvertement révoltées, d'autres ébranlées et prêtes à entrer dans la
-révolte; plusieurs commandants de places fortes, gagnés par les
-frondeurs, paroissoient disposés à livrer l'entrée des frontières à
-l'ennemi; enfin la défection incroyable de Turenne<a id="footnotetag133" name="footnotetag133"></a><a href="#footnote133" title="Lien vers la note 133"><span class="smaller">[133]</span></a>, jusque-là si
-fidèle, bien que l'adresse et l'activité de Mazarin en eussent
-sur-le-champ arrêté les plus fâcheux effets, redoubloit encore d'aussi
-vives alarmes en faisant voir jusqu'où pouvoit s'étendre cet esprit de
-vertige et de révolte. Les passe-ports furent donc accordés sans
-difficulté aux députés du parlement.</p>
-
-<p>Gondi excepté, les chefs n'avoient point calculé <span class="pagenum"><a id="page188" name="page188"></a>(p. 188)</span> ce qui pouvoit
-résulter d'une conférence entre la cour et le parlement. La députation
-lui causoit, à lui seul, des inquiétudes; et ces inquiétudes ne furent
-que trop justifiées. Les députés, reçus avec une rigueur apparente,
-mais au travers de laquelle ils purent facilement démêler que la cour
-ne demandoit pas mieux que d'entrer en accommodement, supprimèrent,
-dans le rapport qu'ils firent de leur première entrevue, tout ce qui
-étoit de nature à aigrir les esprits, et n'offrirent à leur retour que
-des peintures agréables de la manière dont on les avoit accueillis, et
-des ouvertures de paix qui leur avoient été faites. Le parlement ne
-manqua pas de saisir ces premières lueurs d'espérance, et fit inviter
-les généraux à venir en délibérer avec lui. Avant de s'y rendre ils
-s'assemblèrent tumultuairement, et, suivant le succès plus ou moins
-heureux de leurs négociations particulières avec la cour, se
-montrèrent plus ou moins opposés à ces dispositions pacifiques de la
-compagnie. Gondi, sans expliquer ses raisons, sut avec une adresse
-merveilleuse les amener à son avis, qui étoit de laisser le parlement
-faire des avances pour la paix jusqu'à la réponse de l'archiduc. Il
-préféroit sans doute la guerre à une paix faite uniquement par cette
-compagnie; mais il vouloit encore moins faire une telle guerre, et
-surtout des alliances avec les ennemis de l'état, sans <span class="pagenum"><a id="page189" name="page189"></a>(p. 189)</span> être soutenu
-par un corps puissant et vénéré, qui seul pouvoit ôter à la rébellion
-son caractère infâme et ses affreux dangers. Le peuple, qu'il
-méprisoit autant qu'a jamais pu le faire aucun chef de parti, lui
-sembloit un instrument dont il ne devoit user qu'avec les plus grandes
-précautions, par cela même qu'il lui étoit alors possible d'en faire
-tout ce qu'il auroit voulu. Anéantir par lui le parlement, c'étoit, en
-lui ôtant son dernier frein, se livrer soi-même à ses caprices, et se
-mettre à la merci des étrangers; s'en servir pour intimider cette
-compagnie et diriger ses délibérations, c'étoit agir avec prudence,
-habileté, et suivant les véritables intérêts de la faction. Tel étoit
-le plan que s'étoit tracé cet esprit supérieur, et qu'il suivit
-constamment tant que les autres chefs ne lui opposèrent pas des
-obstacles invincibles. Tandis qu'il protégeoit contre la fureur
-populaire ce même parlement assemblé pour accepter les conférences
-offertes par la reine, il prenoit en même temps ses mesures pour le
-forcer à les rompre dès qu'il le jugeroit à propos, non-seulement par
-le soin qu'il avoit d'entretenir la multitude dans sa haine contre
-Mazarin, mais encore en ôtant à la compagnie toute influence sur
-l'armée, jusqu'alors enfermée dans la ville, et qu'il sut faire sortir
-et camper hors des murs de Paris. C'est alors qu'il commença à parler
-<span class="pagenum"><a id="page190" name="page190"></a>(p. 190)</span> en maître, à faire trembler les modérés du parlement, à concevoir
-l'espérance d'éterniser la guerre, ou du moins de n'être forcé à faire
-qu'une paix utile et honorable.</p>
-
-<p>Les conférences, dont Mazarin eut encore la mortification de se voir
-exclu, ne tardèrent pas à s'ouvrir; et leurs commencements furent
-très-orageux. Des deux côtés les prétentions étoient extrêmes. La cour
-manquoit à ses promesses en resserrant plus que jamais les passages
-qu'elle s'étoit engagée à laisser libres pendant toute la durée des
-négociations, et le prince de Condé aigrissoit les esprits par une
-hauteur déplacée. D'un autre côté le parlement, sous l'influence du
-coadjuteur, rendoit des arrêts en faveur de Turenne, contre les
-partisans de la cour, contre le cardinal; et les espérances de paix
-sembloient s'éloigner de jour en jour davantage. Sur ces entrefaites
-l'archiduc envoya un second député, et Gondi reconnut plus que jamais
-combien il étoit difficile de suivre un plan tel que le sien avec des
-hommes uniquement guidés par de petites passions et par de petits
-intérêts. Le moment étoit décisif. Avant que les conférences eussent
-amené aucun résultat, il falloit engager le parlement avec les
-Espagnols, en donnant la paix générale intérieure et extérieure comme
-le but unique de cette alliance audacieuse; et de cette manière on
-paroit à tous les inconvénients<a id="footnotetag134" name="footnotetag134"></a><a href="#footnote134" title="Lien vers la note 134"><span class="smaller">[134]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page191" name="page191"></a>(p. 191)</span> Plus tard il falloit ou adopter
-tout ce qu'auroient conclu les députés, ou se jeter dans les bras des
-ennemis. Il ne fut point écouté. Les généraux, ou gagnés par l'argent
-des Espagnols, ou dirigés par l'état plus ou moins heureux de leurs
-rapports secrets avec la cour, signèrent avec l'archiduc un traité
-partiel qui les mettoit dans une situation fausse et dangereuse. Ils
-purent reconnoître peu de jours après quelle faute ils avoient faite:
-car au moment même où les conférences sembloient prêtes à se rompre
-par l'exagération des prétentions opposées, où l'influence des chefs,
-et surtout de Gondi, sur le parlement, sembloit plus forte que jamais,
-enfin lorsque les députés, dont les pouvoirs alloient expirer, étoient
-sur le point de se retirer, on apprit tout à coup à Paris que le 11
-mai, l'accommodement avoit été signé à Ruel par les princes, les
-ministres, et tous les députés.</p>
-
-<p>Du côté de la cour, ce fut la crainte qu'inspiroit cette liaison des
-frondeurs avec les ennemis de l'État, qui amena si brusquement une
-telle détermination; <span class="pagenum"><a id="page192" name="page192"></a>(p. 192)</span> du côté des députés, ce fut un dévouement
-patriotique qui mérite d'être admiré. Ils ne se dissimuloient point le
-danger extrême auquel ils alloient s'exposer; mais si les conditions
-de cette paix étoient raisonnables et entroient dans l'intérêt
-général, ils pouvoient espérer de la faire recevoir malgré les
-factieux; et même dans le cas où ils auroient été désavoués, ils
-affoiblissoient du moins la faction en faisant voir au parlement la
-possibilité de traiter avec avantage, sans lier sa cause à des
-intérêts étrangers. Tels furent les motifs qui firent conclure ce
-traité, que Mazarin fut admis à signer, et dans lequel le parlement,
-faisant la loi à la cour dans tout ce qui touchoit ses intérêts,
-oublia entièrement ceux des généraux. Leur étonnement fut égal à leur
-dépit lorsqu'ils apprirent un événement qui détruisoit en un moment
-toutes leurs espérances; et cependant, tel étoit leur aveuglement sur
-ces négociations fallacieuses dont la cour les amusoit depuis si
-long-temps, que chacun d'eux, dans la crainte de se fermer toutes les
-voies de conciliation qu'il croyoit s'être ouvertes, opina à rejeter
-le dernier avis de Gondi, qui consistoit à forcer le parlement
-d'entrer sur-le-champ dans l'alliance avec l'Espagne pour la paix
-générale, ce qui étoit encore praticable, parce que rien n'étoit si
-facile que de le forcer à désavouer ses députés. Ils aimèrent <span class="pagenum"><a id="page193" name="page193"></a>(p. 193)</span> mieux
-employer l'influence du peuple à faire rompre le traité conclu avec la
-cour, pour en entamer un autre dans lequel ils fussent admis à faire
-valoir leurs prétentions particulières. Ce fut vers ce but qu'ils
-dirigèrent les délibérations dans la séance où les députés rendirent
-compte à la compagnie du résultat de leur mission, séance à jamais
-mémorable, où Molé arracha l'admiration de ses ennemis mêmes, par le
-calme majestueux, le courage intrépide avec lequel il soutint la
-violence des assauts que les factieux lui livrèrent dans l'intérieur
-même du parlement, et les cris de mort qu'une populace furieuse
-élevoit au dehors contre lui<a id="footnotetag135" name="footnotetag135"></a><a href="#footnote135" title="Lien vers la note 135"><span class="smaller">[135]</span></a>. Les choses en vinrent <span class="pagenum"><a id="page194" name="page194"></a>(p. 194)</span> au point que
-les chefs même qui avoient ameuté cette populace se virent dans la
-nécessité de protéger contre ses excès les députés qui avoient trahi
-leur cause; et rien ne leur réussit des mesures qu'ils avoient prises
-par cette difficulté qu'ils éprouvèrent sans cesse, et dont ils
-faisoient en ce moment et plus que jamais la fâcheuse expérience,
-d'engager le parlement aussi loin qu'ils auroient voulu, ce corps
-s'arrêtant toujours, par une sorte d'instinct monarchique, au degré
-qui séparoit la résistance au pouvoir de la révolte déclarée. Ces
-chefs forcèrent sans doute les députés à retourner à la cour pour
-modifier ce traité; mais tout ce qu'il en résulta pour eux, ce fut
-d'être abandonnés par le peuple après l'avoir été par le parlement,
-dès qu'on s'aperçut qu'ils n'avoient fait la guerre et ne vouloient
-faire la paix que pour leur propre intérêt. La cour, les voyant ainsi
-décriés et réduits, par la défection de l'armée de Turenne, à
-l'impuissance la plus absolue, se moqua d'eux, et les paya presque
-tous de vaines promesses. Gondi, qui ne demanda rien, qui ne fut pas
-même compris nominativement <span class="pagenum"><a id="page195" name="page195"></a>(p. 195)</span> dans cette paix honteuse où il avoit été
-entraîné malgré lui, fut le seul cependant qui y gagna quelque chose,
-parce qu'il conserva du moins avec Beaufort cette faveur populaire
-qu'il réserva pour des temps meilleurs. Le parlement fit encore la loi
-à son souverain<a id="footnotetag136" name="footnotetag136"></a><a href="#footnote136" title="Lien vers la note 136"><span class="smaller">[136]</span></a>; mais Mazarin, que l'on avoit jugé si malhabile,
-resta à son poste; les Espagnols reçurent des conjurés eux-mêmes le
-signal de la retraite<a id="footnotetag137" name="footnotetag137"></a><a href="#footnote137" title="Lien vers la note 137"><span class="smaller">[137]</span></a>; et l'on vit tout à coup au tumulte et aux
-désordres des partis succéder un calme apparent pendant lequel chacun
-se prépara à soutenir ou à exciter de nouveaux orages.</p>
-
-<p>Gondi, comme nous venons de le dire, tiroit seul des avantages réels
-de cette paix. Il avoit rejeté avec mépris les faveurs insidieuses et
-mesquines de la cour, telles que le paiement de ses dettes, la
-jouissance de quelques abbayes, etc. Ce n'étoit pas pour si peu de
-chose qu'un homme de cette trempe avoit daigné conspirer: la pourpre
-et le ministère, tels étoient les objets de sa vaste ambition.
-Beaufort, qui n'avoit pu obtenir ce qu'il désiroit<a id="footnotetag138" name="footnotetag138"></a><a href="#footnote138" title="Lien vers la note 138"><span class="smaller">[138]</span></a>, étoit
-toujours entre ses mains; <span class="pagenum"><a id="page196" name="page196"></a>(p. 196)</span> et l'amour du peuple pour ce prince sembloit
-s'augmenter encore de la haine qu'il portoit toujours à Mazarin. D'un
-autre côté, la duchesse de Chevreuse revenue de son exil<a id="footnotetag139" name="footnotetag139"></a><a href="#footnote139" title="Lien vers la note 139"><span class="smaller">[139]</span></a>, par une
-suite de ce mépris où étoit tombée l'autorité royale, liée avec le
-coadjuteur par des rapports où l'amour n'avoit pas moins de part que
-la politique, lui servoit d'intermédiaire pour renouer ses intrigues
-avec l'Espagne, et même pour tromper Mazarin, dont elle avoit la
-confiance, et à qui elle faisoit entrevoir la possibilité de l'attirer
-à son parti. Gondi voyoit en outre un germe de division prêt à éclater
-entre le ministre et Condé, et fondoit sur ces divisions de nouvelles
-espérances. La haine publique pour son ennemi sembloit augmenter de
-jour en jour, et il avoit grand soin de l'entretenir par ses
-man&oelig;uvres accoutumées. Les partisans de la cour étoient publiquement
-et impunément insultés par les frondeurs<a id="footnotetag140" name="footnotetag140"></a><a href="#footnote140" title="Lien vers la note 140"><span class="smaller">[140]</span></a>; et telle étoit leur
-puissance, <span class="pagenum"><a id="page197" name="page197"></a>(p. 197)</span> que, malgré cette paix solennellement jurée et la
-soumission apparente qui en étoit résultée, Mazarin et la régente
-n'osèrent rentrer à Paris qu'après avoir négocié leur retour avec les
-chefs du parti. Gondi eut l'audace d'aller lui-même à Compiègne pour
-en régler les conditions; et le roi rentra enfin dans sa capitale avec
-les apparences d'un triomphe qui n'en imposa à personne, mais du moins
-au milieu de ces acclamations d'amour qu'excita presque toujours parmi
-les François la présence de leur légitime souverain.</p>
-
-<p>Cette paix, loin de calmer les esprits, sembloit avoir donné un
-nouveau degré d'activité à la haine, à l'intrigue, à toutes les
-passions. Condé, fier, impétueux, trop ambitieux peut-être, ne voyoit
-point de prix qui fût au-dessus de ses services; et Mazarin, effrayé
-de cette ambition soutenue par un aussi grand caractère, sembloit ne
-plus voir en lui qu'un sujet dangereux qui vouloit abuser de ce qu'il
-avoit fait pour son maître. Les demandes exagérées du prince, tant
-pour lui que pour ses créatures, étoient éludées aussi adroitement que
-possible par le ministre; mais, se renouvelant sans cesse, elles lui
-suscitoient chaque jour de nouveaux embarras. Celui-ci, pour échapper
-à la protection trop redoutable <span class="pagenum"><a id="page198" name="page198"></a>(p. 198)</span> du héros, voulut s'appuyer de
-l'alliance de la maison de Vendôme, en mariant une de ses nièces au
-duc de Merc&oelig;ur, auquel elle auroit porté en dot l'amirauté. Condé s'y
-opposa hautement, et même avec des paroles outrageantes pour Mazarin.
-La duchesse de Longueville, qui s'étoit rapprochée de son frère après
-avoir été rejetée du parti des frondeurs, aigrissoit encore par ses
-artifices des ressentiments dont elle espéroit profiter. Les troubles
-de la Guienne et de la Provence, causés par l'orgueil et la tyrannie
-des gouverneurs de ces deux provinces, le comte d'Alais et le duc
-d'Épernon, mirent le comble à cette mésintelligence, par l'opposition
-de vues et d'intérêts que firent éclater en cette circonstance le
-prince et le cardinal, le prince soutenant le comte d'Alais, qui étoit
-son parent, le cardinal refusant d'abandonner le duc d'Épernon à la
-merci du parlement de Bordeaux. Enfin Mazarin ayant essayé de
-brouiller son rival avec Gaston, au moyen d'une de ces fourberies qui
-lui étoient si familières, Condé, poussé à bout, reconnut qu'un éclat
-étoit nécessaire; toutefois plus habile et plus rusé qu'on n'auroit pu
-l'attendre d'un caractère si altier et si violent, il sentit que son
-intérêt n'étoit pas de perdre le ministre, mais de le subjuguer; et,
-pour y parvenir, il employa des man&oelig;uvres dignes de la politique
-astucieuse de son ennemi. Sûr que <span class="pagenum"><a id="page199" name="page199"></a>(p. 199)</span> le cardinal n'oseroit rien
-entreprendre contre lui sans l'aveu de Gaston, il commence par
-s'assurer de ce prince en gagnant l'abbé de La Rivière son favori. Il
-s'attache plus fortement encore, par ses bienfaits et par ses
-caresses, la duchesse de Longueville et le prince de Conti; il protége
-ouvertement Chavigni, l'un des plus fougueux ennemis du ministre;
-soutient avec chaleur les prétentions des ducs de Bouillon et de
-Longueville, qui demandoient, l'un Sedan, l'autre le Pont-de-l'Arche,
-qu'on leur avoit promis à la paix de Ruel; rompt enfin publiquement
-avec Mazarin<a id="footnotetag141" name="footnotetag141"></a><a href="#footnote141" title="Lien vers la note 141"><span class="smaller">[141]</span></a>, et appelle autour de lui les frondeurs qu'il
-méprisoit intérieurement, et qui, malgré la sécurité qu'ils
-affectoient, étoient en ce moment fort abattus, et cherchoient de tous
-côtés un appui contre les ressentiments et la vengeance de la cour.
-Ils y volent, ivres de joie et d'espérances. Déjà Gondi et Beaufort ne
-rêvent que soulèvements, séditions, guerre civile; les sarcasmes et
-les libelles renaissent de toutes parts; Condé, jusque-là odieux aux
-Parisiens, a presque <span class="pagenum"><a id="page200" name="page200"></a>(p. 200)</span> la faveur populaire; on réforme d'avance l'état;
-on change le ministère: Mazarin semble perdu sans ressource. Tout à
-coup La Rivière<a id="footnotetag142" name="footnotetag142"></a><a href="#footnote142" title="Lien vers la note 142"><span class="smaller">[142]</span></a>, que l'adroit ministre a su gagner à son tour,
-lui ramène le duc d'Orléans, dont l'esprit versatile et jaloux
-commençoit déjà à s'inquiéter de la marche trop rapide du héros.
-Gaston propose à Condé sa médiation: celui-ci, satisfait d'avoir jeté
-l'effroi dans l'âme de Mazarin, l'accepte, se rend maître des
-conditions du raccommodement<a id="footnotetag143" name="footnotetag143"></a><a href="#footnote143" title="Lien vers la note 143"><span class="smaller">[143]</span></a>, et dès qu'il a repris à la cour
-toute son influence, abandonne brusquement les frondeurs, convaincus
-alors, mais trop tard, qu'ils ont été ses dupes, qu'il en a fait les
-vils instruments de son ambition.</p>
-
-<p>La fronde fut abattue par ce mépris du prince; et l'inaction dont elle
-avoit espéré sortir, et dans laquelle cet abandon soudain l'avoit
-replongée, alloit achever sa ruine. Personne ne le sentoit <span class="pagenum"><a id="page201" name="page201"></a>(p. 201)</span> plus
-vivement que Gondi; et s'il eût été possible de lui rendre son
-activité, il savoit aussi tout ce qu'il pouvoit espérer de ce parti
-puissant dans lequel on comptoit encore, outre la faction
-parlementaire, une foule de seigneurs qu'à la signature de la paix
-Mazarin avoit imprudemment négligés ou confondus dans la foule des
-rebelles. Épiant sans cesse les occasions de le ranimer, le coadjuteur
-avoit d'abord tenté, mais vainement, de donner un caractère séditieux
-à une assemblée de la noblesse, convoquée sur le motif frivole d'une
-distinction extraordinaire accordée à quelques personnes de la
-cour<a id="footnotetag144" name="footnotetag144"></a><a href="#footnote144" title="Lien vers la note 144"><span class="smaller">[144]</span></a>. N'ayant pu parvenir à en faire des états généraux, il vit
-que tout étoit perdu si, continuant à jouer le rôle d'un vil
-séditieux, de tribun sans aveu d'une populace révoltée, il ne trouvoit
-le moyen, comme il le dit lui-même, <cite>de se reprendre et se recoudre
-pour ainsi dire avec le parlement</cite>. Les vacations de cette compagnie,
-la défense faite aux chambres de s'assembler, et à laquelle elles
-s'étoient soumises par le traité, sembloient lui ôter à ce sujet toute
-espérance: le malheur des temps ne tarda pas à lui en fournir
-l'occasion la plus favorable qu'il pût désirer.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page202" name="page202"></a>(p. 202)</span> On voit qu'il est question ici de la fameuse affaire des rentiers.
-Emeri, que, dès le commencement des troubles, Mazarin s'étoit vu forcé
-par le cri public de dépouiller de la direction des finances, venoit
-d'y rentrer non-seulement sans le moindre obstacle, mais même avec une
-sorte de faveur; et son génie, plein de ressources, avoit su ranimer
-le crédit public, et redonner quelque vie au trésor épuisé. Parmi les
-opérations utiles qu'il crut nécessaire de faire pour adoucir la haine
-populaire, le paiement des rentes sur l'Hôtel-de-Ville interrompu par
-les troubles civils, lui parut devoir être avant tout rétabli. Les
-adjudicataires, qu'un arrêt du conseil condamna, d'après cette
-disposition, à payer toutes les semaines une somme considérable, s'y
-refusèrent, et prouvèrent l'impossibilité où ils étoient de le faire
-par la cessation presque absolue du paiement des impôts. Les rentiers,
-décidés à jouir de tous les bénéfices de la loi, s'assemblent
-aussitôt, et présentent requête à la chambre des vacations: ils
-n'obtiennent que partie de ce qu'ils avoient demandé, et s'assemblent
-de nouveau. Alors Gondi introduit parmi eux cinq à six frondeurs
-subalternes qui ne tardent pas à dominer l'assemblée, et à la diriger
-selon les vues du parti. On y propose la création de douze syndics
-chargés de veiller aux intérêts du corps; <span class="pagenum"><a id="page203" name="page203"></a>(p. 203)</span> on y arrête une députation
-au coadjuteur et au duc de Beaufort, pour leur demander une protection
-qu'ils n'avoient garde de refuser. Cette démarche solennelle et leur
-réponse hypocrite ramènent à eux la multitude qui commençoit à les
-négliger, et soutiennent l'audace des rentiers. La chambre des
-vacations avoit défendu à ceux-ci de s'assembler: ils bravent ses
-menaces, et présentent requête tant pour assurer l'état de leurs
-syndics, que pour amener une assemblée générale des chambres, but
-secret de tous ces mouvements toujours dirigés par les frondeurs.
-Molé, dont l'&oelig;il vigilant a pénétré toutes ces intrigues, veut faire
-casser le syndicat; et ce dessein, à peine entrevu dans une assemblée
-tenue chez lui, augmente encore l'effervescence des esprits. Une
-révolte est sur le point d'éclater; et les membres du parlement, en
-sortant de la séance, sont insultés par la populace. Cependant les
-chefs, n'espérant pas réussir complètement par de tels moyens, et
-sachant d'ailleurs que la cour étoit disposée à faire un coup
-d'autorité en s'assurant des syndics les plus mutins et les plus
-ardents, imaginèrent, pour achever d'émouvoir le peuple entier, une
-imposture odieuse sans doute, mais très-habilement concertée. Il fut
-décidé, dans un conciliabule tenu chez le président Bellièvre, l'un
-des plus fougueux frondeurs, de supposer l'assassinat d'un des
-syndics; <span class="pagenum"><a id="page204" name="page204"></a>(p. 204)</span> et Joly, conseiller au châtelet, le plus turbulent de tous,
-qui depuis fut attaché à la personne du coadjuteur<a id="footnotetag145" name="footnotetag145"></a><a href="#footnote145" title="Lien vers la note 145"><span class="smaller">[145]</span></a>, s'offrit pour
-être le syndic assassiné. Les préparatifs de cette tragi-comédie se
-firent chez Noirmoutiers<a id="footnotetag146" name="footnotetag146"></a><a href="#footnote146" title="Lien vers la note 146"><span class="smaller">[146]</span></a>. Un gentilhomme, nommé d'Estainville,
-désigné pour être l'assassin, perça d'un coup de pistolet l'habit de
-Joly étendu sur un mannequin, et précisément à l'endroit où il falloit
-qu'il le fût pour rendre l'assassinat vraisemblable. Joly passe en
-carrosse le lendemain à sept heures et demie dans la rue des
-Bernardins, baisse la tête à un signal convenu; le coup part, et la
-balle, traversant la voiture, va tomber à dix pas de là pour y être
-ramassée par le secrétaire de l'avocat-général Bignon, qui demeuroit à
-quelque distance de là. Le prétendu meurtrier, muni d'un bon cheval,
-se sauve à bride abattue. Joly, qui d'avance avoit eu soin de se faire
-au bras une espèce de plaie, fait constater sa blessure par un
-chirurgien du voisinage, et va se jeter dans son lit.</p>
-
-<p>Les frondeurs aussitôt se répandent par la ville, criant de toutes
-parts qu'on a voulu assassiner <span class="pagenum"><a id="page205" name="page205"></a>(p. 205)</span> un syndic, et que ce premier crime
-n'est que le prélude des plus sanglantes exécutions. Ils se réunissent
-aux rentiers, et se précipitent à la Tournelle, demandent vengeance
-d'un aussi horrible attentat. Cependant Mazarin a pénétré cette
-intrigue ténébreuse, et songe déjà à la faire retomber sur ses
-auteurs. Le tumulte étoit grand; il essaie de le rendre plus affreux
-encore, d'exciter une sédition populaire, pour commettre Condé avec
-les frondeurs, et détruire ainsi ses ennemis les uns par les autres.
-L'agent qu'il met en jeu<a id="footnotetag147" name="footnotetag147"></a><a href="#footnote147" title="Lien vers la note 147"><span class="smaller">[147]</span></a> pour cette man&oelig;uvre ayant manqué son
-coup, il prend la résolution d'employer les mêmes machinations que les
-factieux, de les combattre avec leurs propres armes. Le même jour un
-guet-apens est posté par son ordre dans la place Dauphine, le plus
-près possible du Pont-Neuf, passage habituel du prince pour se rendre
-au Palais-Royal, d'où il retournoit chaque jour <span class="pagenum"><a id="page206" name="page206"></a>(p. 206)</span> vers minuit à l'hôtel
-de Condé. On feint de s'alarmer de ce rassemblement; on envoie contre
-lui le guet, avec lequel il a une sorte d'engagement. Les cavaliers
-inconnus déclarent qu'ils sont là par ordre de M. de Beaufort: tout
-semble annoncer un complot, et l'adresse du ministre sait si bien
-ménager les apparences, que Condé, tout intrépide qu'il est, conçoit
-quelques alarmes et consent, sur les sollicitations pressantes et
-hypocrites dont il est obsédé, que son carrosse parte, occupé par un
-seul laquais. La voiture passe sur le Pont-Neuf à onze heures du soir;
-elle est entourée; un coup de pistolet part; le laquais est blessé.
-Condé, enveloppé dans une trame aussi subtile, ne doute plus que les
-chefs de la fronde n'aient voulu attenter à ses jours; et dès ce
-moment, livré à toute l'ardeur de son bouillant caractère, il ne
-respire plus que la plus terrible vengeance.</p>
-
-<p>Tout Paris fut comme lui dans l'erreur; et le peuple, tout séditieux
-qu'il pouvoit être, n'en étoit point alors au point d'applaudir à des
-assassinats. Gondi et Beaufort, signalés comme les auteurs du crime,
-d'accusateurs qu'ils étoient devenus accusés, perdent en un moment
-toute leur faveur. Beaufort, abattu, veut fuir, se jeter dans une
-place forte, c'est-à-dire s'avouer coupable. Gondi le retient, fait
-passer dans son âme une partie de son <span class="pagenum"><a id="page207" name="page207"></a>(p. 207)</span> courage, et tous les deux
-décident de faire tête à l'orage. Ils se promènent sans suite dans la
-ville, vont faire plusieurs visites au prince, qui refuse de les
-recevoir, enfin affectent la tranquillité la plus profonde, tandis que
-Condé, dirigé sans s'en douter par le cardinal, présentoit requête au
-parlement pour que l'on informât sur l'entreprise tentée contre sa
-personne. L'affaire de Joly fut mêlée avec celle-ci dans les
-informations; on décréta de prise-de-corps plusieurs personnes, entre
-autres La Boulaye, que Mazarin fit évader. Toutefois ses man&oelig;uvres,
-jusque là bien conduites, manquèrent tout à coup lorsque l'on
-produisit les témoins qui venoient déposer contre les chefs de la
-fronde. Il est probable qu'il avoit été impossible de s'en procurer
-d'autres; mais c'étoient des hommes de la dernière classe du peuple,
-dont plusieurs avoient été condamnés à des peines infamantes, et qui
-d'ailleurs ne purent présenter que des allégations vagues et
-entièrement dénuées de vraisemblance, contre ceux qu'ils venoient
-accuser. La bassesse de ces misérables, qui furent convaincus d'être
-espions à gage du ministre, révolta les juges et le peuple lui-même;
-et cette circonstance, jointe à la sécurité que montroient les
-accusés, commença à leur ramener les esprits. Ils essayèrent de
-profiter de ces dispositions pour dessiller les yeux du prince; mais
-Condé, aussi, <span class="pagenum"><a id="page208" name="page208"></a>(p. 208)</span> imprudent qu'inflexible, déclara avec sa hauteur
-ordinaire qu'il les poursuivroit jusqu'à ce qu'ils se fussent exilés
-eux-mêmes de la capitale.</p>
-
-<p>Cependant les accusés passoient alternativement de la crainte à
-l'espérance. Les avocats-généraux, malgré tous les efforts de Molé, ne
-trouvant contre eux aucune preuve valable, n'avoient pas cru devoir
-les impliquer dans leur réquisitoire: ils se crurent délivrés de cette
-affaire. Mais le procureur-général, gagné par la cour, promit de
-lancer contre eux un décret: ils le surent, et se virent bientôt dans
-le même embarras qu'auparavant. Le parti entier s'assembla chez le duc
-de Longueville, et tous les avis y furent violents, à l'exception de
-celui de Gondi, qui, leur montrant jusqu'à l'évidence la folie qu'il y
-auroit à vouloir employer la force dans l'état où ils étoient réduits,
-finit par les convaincre qu'il n'y avoit point d'autre voie de salut
-que d'aller se défendre au parlement avec tout le courage de
-l'innocence. Ils y allèrent en effet; et le coadjuteur, se servant à
-propos de son audace et de son éloquence ordinaires, montra dans un
-jour si éclatant toute l'absurdité des accusations, toute la bassesse
-des témoins, que, malgré le décret qui dans cette séance mémorable fut
-effectivement lancé contre lui et contre Beaufort<a id="footnotetag148" name="footnotetag148"></a><a href="#footnote148" title="Lien vers la note 148"><span class="smaller">[148]</span></a>, <span class="pagenum"><a id="page209" name="page209"></a>(p. 209)</span> il adoucit
-les membres qui lui étoient le plus opposés, ranima ceux qui tenoient
-à son parti, et, sortant du palais au milieu des acclamations du
-peuple, fut reconduit en triomphe à l'archevêché.</p>
-
-<p>(1650) Ce furent alors les frondeurs qui demandèrent à grands cris le
-jugement de leurs chefs, jugement auquel Mazarin mit tous les
-retardements qu'il lui fut possible d'imaginer pour aigrir davantage
-les deux partis. Les accusés récusèrent hautement Molé et son fils
-Champlâtreux, qu'ils signalèrent comme leurs ennemis; ils récusèrent
-aussi Condé comme leur accusateur, et tout à coup retirèrent leurs
-actes de récusation, ce qui leur donna un grand air d'innocence, et ne
-contribua pas médiocrement au succès de leur cause. Dans les
-délibérations orageuses que fit naître cette grande affaire, Condé put
-facilement s'apercevoir que son parti s'affoiblissoit de jour en jour;
-et la défection de Gaston, qui jusqu'alors avoit fait cause commune
-avec lui, acheva de détruire ses espérances, sans rien diminuer de sa
-fierté et de son ardeur de vengeance. Au parlement, dans la ville, les
-deux partis ne marchoient qu'armés et pour ainsi dire en ordre de
-bataille<a id="footnotetag149" name="footnotetag149"></a><a href="#footnote149" title="Lien vers la note 149"><span class="smaller">[149]</span></a>. À tous moments le sang étoit prêt à couler; et les
-haines, aigries, envenimées par <span class="pagenum"><a id="page210" name="page210"></a>(p. 210)</span> ce choc continuel des opinions dont la
-grande chambre étoit le tumultueux théâtre, sembloient être devenues à
-jamais irréconciliables. C'étoit là que le rusé ministre attendoit son
-trop bouillant rival; c'étoit dans ces haines allumées par sa
-cauteleuse adresse qu'il alloit trouver des ressources sûres pour se
-délivrer enfin du plus humiliant esclavage. Il est trop vrai que
-l'orgueil et la tyrannie de Condé ne pouvoient plus être supportés. Il
-révoltoit la cour et la ville par ses hauteurs, dominoit insolemment
-dans le conseil, maltraitoit les ministres, outrageoit la reine
-elle-même à laquelle il étoit devenu odieux<a id="footnotetag150" name="footnotetag150"></a><a href="#footnote150" title="Lien vers la note 150"><span class="smaller">[150]</span></a>, et sembloit marcher
-ouvertement à l'indépendance. <span class="pagenum"><a id="page211" name="page211"></a>(p. 211)</span> Aussi imprudent qu'il étoit audacieux,
-en même temps qu'il se brouilloit ouvertement avec la fronde, il
-poussoit à bout le cardinal, qui, ne pouvant frapper à la fois les
-deux ennemis qui le harceloient, se décida à abattre le plus
-dangereux. Il avoit fallu surtout empêcher leur réunion, à laquelle
-rien n'eût pu résister; et c'est en quoi l'on ne peut trop admirer la
-rare habileté de Mazarin. Anne d'Autriche, profondément offensée, lui
-avoit permis de la venger; et ce fut dans les frondeurs eux-mêmes que
-le ministre trouva les appuis nécessaires pour assurer une vengeance
-qui n'alloit pas moins qu'à faire arrêter son redoutable ennemi. Il
-parvient d'abord à détacher de lui Gaston, qu'il éclaire sur la
-trahison de son favori La Rivière, depuis long-temps vendu à Condé; il
-gagne le coadjuteur par madame de Chevreuse, tandis que le prince,
-quoiqu'à demi détrompé sur l'affaire de l'assassinat, continuoit à
-poursuivre celui-ci avec l'entêtement le plus déraisonnable et surtout
-le plus impolitique. Ce qu'on auroit peine à croire, si les discordes
-civiles n'offroient pas trop souvent des exemples de ces révolutions
-singulières qu'amènent dans les événements les passions et les
-intérêts, ce Gondi, qui naguère ne respiroit que la révolte, que la
-cour regardoit comme un traître digne du dernier supplice, est appelé
-par la reine pour être l'appui du trône contre un héros <span class="pagenum"><a id="page212" name="page212"></a>(p. 212)</span> qui jusque-là
-en avoit été le soutien et le défenseur. Il ose aller aux entrevues
-qu'elle lui fait proposer, la voit ainsi que son ministre, en est
-accueilli, fêté, caressé; règle les conditions auxquelles il permet
-l'exécution de ce grand coup d'état; stipule pour tous les chefs de
-son parti des récompenses qu'il refuse pour lui-même, afin de
-conserver toujours son influence sur la multitude; se concerte avec le
-ministre pour tromper Condé et l'attirer dans le piége; abandonne
-enfin sans scrupule le duc de Longueville et le prince de Conti,
-inutiles désormais à la fronde, et qu'il étoit prudent d'envelopper
-dans la disgrâce du chef de leur maison. Mais, dans toutes ces
-dispositions si habilement prises, il fut forcé de consentir à faire
-un secret de l'entreprise à Beaufort dont on craignoit
-l'indiscrétion<a id="footnotetag151" name="footnotetag151"></a><a href="#footnote151" title="Lien vers la note 151"><span class="smaller">[151]</span></a>; et l'amour-propre offensé de celui-ci ne le
-pardonna jamais au coadjuteur.</p>
-
-<p>Les trois princes furent arrêtés au Palais-Royal, en plein jour, au
-moment où ils alloient entrer au conseil. Ils le furent par la faute
-de Condé, qui méprisa tous les avis qu'on lui faisoit passer de
-toutes parts sur le coup qu'on <span class="pagenum"><a id="page213" name="page213"></a>(p. 213)</span> méditoit contre lui<a id="footnotetag152" name="footnotetag152"></a><a href="#footnote152" title="Lien vers la note 152"><span class="smaller">[152]</span></a>. Mais le
-ministre en commit une plus grande encore en ne s'assurant pas, en
-même temps, de toute la famille et des principaux amis de ce prince.
-Naturellement éloigné des partis violents, il se contenta de faire
-exiler les deux princesses à Chantilli<a id="footnotetag153" name="footnotetag153"></a><a href="#footnote153" title="Lien vers la note 153"><span class="smaller">[153]</span></a>. La duchesse de
-Longueville, Bouillon, Turenne, Grammont, une foule de gentilshommes
-attachés à Condé, eurent le temps de se sauver dans les provinces,
-essayant de les soulever en sa faveur. Parmi ses amis qui restèrent à
-Paris, plusieurs l'abandonnèrent lâchement. Le jeune Boutteville seul,
-par une témérité folle que l'amitié justifie, essaya d'émouvoir le
-peuple en parcourant les rues, et en répandant le bruit que c'étoit
-Beaufort que Mazarin venoit de faire arrêter. À ce nom adoré, la
-fermentation devint générale; les bourgeois s'armèrent; et la cour
-eût vu se renouveler les barricades, si Gondi, <span class="pagenum"><a id="page214" name="page214"></a>(p. 214)</span> averti à temps de
-l'erreur, ne se fût hâté de publier partout le nom du véritable
-prisonnier. Beaufort lui-même parut à cheval suivi d'un nombreux
-cortége; et le peuple, passant alors des plus vives alarmes à la joie
-la plus effrénée, alluma des feux de joie et tira des coups
-d'arquebuse pour célébrer un événement qui le délivroit du plus odieux
-de ses ennemis.</p>
-
-<p>Dès le lendemain de la détention des princes, tous les grands du
-royaume, les officiers de la couronne et les compagnies supérieures
-furent mandés au Palais-Royal pour y entendre un long manifeste contre
-Condé, que le cardinal accusa ouvertement d'aspirer à la tyrannie. Ce
-manifeste, envoyé le jour suivant au parlement en forme de
-déclaration, y fut enregistré sans la moindre difficulté. Il n'est pas
-besoin de dire que Gondi et Beaufort furent à l'instant déchargés de
-toutes les accusations qui avoient été portées contre eux.</p>
-
-<p>Cependant la cour étoit loin de jouir avec une entière sécurité de
-l'espèce de triomphe qu'elle venoit de remporter. Les princes étoient
-à peine sur la route de Vincennes, que les frondeurs avoient inondé le
-Palais-Royal, entourant la reine et l'accablant de leurs protestations
-de fidélité. Elle avoit reçu leurs hommages avec un sang-froid au
-travers duquel perçoient le mépris qu'elle ressentoit pour eux et la
-méfiance qu'ils <span class="pagenum"><a id="page215" name="page215"></a>(p. 215)</span> lui inspiroient. Pour un tyran dont elle venoit de se
-délivrer, elle alloit peut-être se donner une foule de tyrans; et tout
-la portoit à croire qu'elle n'avoit fait que changer d'esclavage. En
-effet Mazarin, qui avoit cru respirer un moment, retomba bientôt dans
-ses premières inquiétudes lorsqu'il vit l'adroit et vigilant Gondi
-chercher avidement la confiance de Gaston, dont lui-même avoit fait
-éloigner l'insignifiant favori, s'emparer entièrement de cet esprit
-jaloux et pusillanime, et étayer son parti de l'appui d'un aussi grand
-nom. Telle étoit leur situation fâcheuse et singulière, qu'une union
-même momentanée étoit à peu près impossible entre de tels rivaux. Les
-frondeurs ne pouvoient pas même avoir l'air de former la moindre
-liaison avec Mazarin, sans perdre cette confiance de la multitude
-qu'il leur étoit si important de conserver; et Mazarin, qui avoit tant
-de raisons de se méfier d'eux, prétendoit les soumettre à toutes ses
-volontés, en se montrant toujours prêt, s'ils osoient remuer, à
-délivrer Condé, et à se réconcilier avec lui à leurs dépens. La
-prompte pacification de la Normandie que la duchesse de Longueville
-avoit vainement tenté de soulever, celle de la Bourgogne, qui parut
-d'abord plus difficile parce que le prince y avoit un grand nombre de
-partisans<a id="footnotetag154" name="footnotetag154"></a><a href="#footnote154" title="Lien vers la note 154"><span class="smaller">[154]</span></a>, <span class="pagenum"><a id="page216" name="page216"></a>(p. 216)</span> et qui fut ensuite presque aussi rapide, augmentoient
-encore l'assurance du ministre; et dans plusieurs circonstances il
-s'essaya en quelque sorte avec les frondeurs en leur suscitant une
-foule de petites contrariétés<a id="footnotetag155" name="footnotetag155"></a><a href="#footnote155" title="Lien vers la note 155"><span class="smaller">[155]</span></a>, en se servant du raccommodement
-même de Gondi avec la cour pour le décrier dans l'esprit de la
-multitude. Celui-ci de son côté, parant rapidement les coups que le
-cardinal commençoit à lui porter, le montroit à tous les mécontents
-comme un despote insolent que rien ne pouvoit plus contenir depuis
-qu'il avoit mis une partie de la famille royale dans les fers, et
-parloit déjà de demander de nouveau son expulsion en même temps que la
-liberté des princes. Il n'en falloit pas tant pour faire trembler
-Mazarin, qui reconnut alors la nécessité de ménager un parti qu'il ne
-pouvoit encore braver impunément, et se rapprocha de son ennemi avec
-toutes ces feintes caresses qu'il prodiguoit ici très-inutilement,
-puisqu'il <span class="pagenum"><a id="page217" name="page217"></a>(p. 217)</span> savoit bien que Gondi n'en pouvoit jamais être la dupe.
-Celui-ci se prêta sans peine à ce rapprochement, dans la crainte que
-des divisions si promptement manifestées n'augmentassent le nombre des
-partisans de Condé, qui déjà commençoient à remuer; et tous les deux,
-se payant de mensonges et de flatteries, se nourrissant de méfiance,
-conclurent une sorte de paix factice que l'un et l'autre se
-promettoient bien de rompre dès que leur intérêt le demanderoit.</p>
-
-<p>Pendant que ces choses se passoient à Paris, les princesses, gardées à
-vue dans leur retraite de Chantilli, avoient trouvé le moyen
-d'échapper à leurs surveillants par le secours d'un serviteur du
-prince, nommé Lénet<a id="footnotetag156" name="footnotetag156"></a><a href="#footnote156" title="Lien vers la note 156"><span class="smaller">[156]</span></a>; et, tandis que la plus jeune, réfugiée à
-Montrond avec le duc d'Enghien, s'y entouroit des partisans de son
-mari, et se préparoit à soutenir par les armes une cause si sacrée
-pour elle, la princesse douairière, introduite furtivement à Paris, y
-faisoit connoître son arrivée en paroissant tout à coup au parlement,
-auquel elle présentoit requête <span class="pagenum"><a id="page218" name="page218"></a>(p. 218)</span> pour la délivrance de son fils. Elle
-n'obtint rien, malgré l'assistance de Molé, qui désiroit avec ardeur
-la réunion de la famille royale; et Gaston, montrant une fermeté dont
-le principe n'étoit point en lui-même, non-seulement fit rejeter sa
-demande, mais encore la força de sortir de la capitale, et de se
-retirer dans le nouveau lieu d'exil qui lui avoit été désigné<a id="footnotetag157" name="footnotetag157"></a><a href="#footnote157" title="Lien vers la note 157"><span class="smaller">[157]</span></a>.
-Alors la jeune princesse lève l'étendard de la révolte, se concerte
-avec les ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld, retirés, l'un dans
-la vicomté de Turenne, l'autre dans le Poitou; entre dans la Guienne,
-où les germes de mécontentement, loin d'être étouffés, sembloient
-s'accroître de jour en jour davantage par l'arrogance intolérable de
-d'Épernon, si impolitiquement maintenu dans ce gouvernement; y
-entraîne les esprits déjà disposés à se soulever; paroît devant
-Bordeaux, dont les portes lui sont ouvertes, où elle est reçue avec
-transport par le peuple et par la bourgeoisie, qui étoient contre le
-gouverneur, où l'audace et les man&oelig;uvres de Lénet forcent le
-parlement à consacrer tout ce qu'elle entreprend de concert avec les
-ducs<a id="footnotetag158" name="footnotetag158"></a><a href="#footnote158" title="Lien vers la note 158"><span class="smaller">[158]</span></a> contre l'autorité <span class="pagenum"><a id="page219" name="page219"></a>(p. 219)</span> du roi; rassemble des troupes; fait un
-traité avec les Espagnols, qui se présentent aussitôt pour profiter de
-ces nouveaux troubles, tandis que la duchesse de Longueville et
-Turenne, réfugiés dans Stenai sur les frontières du Luxembourg,
-traitoient de leur côté avec eux, et formoient une armée dont ce grand
-capitaine prenoit le commandement en se donnant le titre singulier de
-<i>lieutenant-général de l'armée du roi pour la liberté des princes</i>.
-Ainsi Mazarin se trouva placé entre les frondeurs qui commençoient à
-l'insulter dans Paris, et des partis armés qui le menaçoient aux deux
-extrémités du royaume.</p>
-
-<p>Turenne, dont l'intention étoit de tout tenter pour l'enlèvement des
-princes, dressa son plan en conséquence, et contre le gré des
-Espagnols. Après avoir côtoyé quelque temps la frontière pour
-inquiéter toutes les places et mieux cacher son dessein, il entra tout
-à coup en France, et commença ses opérations par le siége du Catelet
-qu'il emporta en peu de jours. Guise, qu'il <span class="pagenum"><a id="page220" name="page220"></a>(p. 220)</span> alla aussitôt investir,
-opposa plus de résistance, et donna au cardinal le temps de lui porter
-des secours. Ce ministre avoit senti d'abord tout le danger d'un tel
-mouvement sur une frontière si voisine de la capitale, lorsque d'un
-autre côté des provinces entières se soulevoient; et son premier soin
-fut d'y porter à l'instant toutes les forces dont il pouvoit disposer.
-Le maréchal Duplessis-Praslin, chargé de diriger cette opération, le
-fit avec beaucoup de bonheur et d'habileté. Il sembloit que Turenne,
-dans sa révolte, eût perdu tout son génie: il fut vaincu par un homme
-ordinaire, et l'armée espagnole leva honteusement le siége de Guise.</p>
-
-<p>Ce triomphe de Mazarin jeta l'alarme parmi les frondeurs. Ils
-craignirent qu'il ne devînt trop puissant, qu'il ne secouât enfin leur
-joug s'il parvenoit à pacifier la Guienne; et dès ce moment toutes
-leurs man&oelig;uvres eurent pour but de l'en empêcher. Le ministre les
-devina, et les trompa cette fois-ci complétement. On leur sacrifia le
-chancelier Séguier, dont il se méfioient, et les sceaux furent donnés
-au marquis de Châteauneuf, ami intime de la duchesse de Chevreuse;
-plusieurs d'entre eux reçurent des grâces dont ils furent satisfaits;
-le cardinal feignit d'entrer dans toutes leurs vues, sut ainsi leur
-inspirer assez de sécurité pour qu'ils laissassent le roi partir pour
-Fontainebleau; <span class="pagenum"><a id="page221" name="page221"></a>(p. 221)</span> et, dès qu'il l'eut tiré de leurs mains, la cour
-entière, suivie d'un corps nombreux de troupes, s'avança rapidement
-vers la Guienne, et vint mettre le siége devant Bordeaux.</p>
-
-<p>Furieux d'avoir été pris pour dupes, les chefs du parti se préparèrent
-à prendre leur revanche, et ils y réussirent. Pendant la durée du
-siége, qui fut long, meurtrier, et dans lequel les Bordelois
-montrèrent plus de courage et d'ardeur que n'avoient fait les
-Parisiens, le parlement de cette ville envoya des députés à celui de
-la capitale: Gondi crut dès-lors entrevoir, dans cet événement, le
-moyen de rendre les frondeurs maîtres du traité qui pourroit résulter
-entre le roi et la province révoltée; mais jamais peut-être il n'eut
-plus besoin de toutes les ressources de son génie, parce que jamais sa
-position n'avoit été plus embarrassante. Nous avons dit que les amis
-de Condé s'agitoient sourdement en sa faveur: le duc de Nemours et la
-duchesse de Châtillon, qui dirigeoient tous leurs mouvements, étoient
-déjà parvenus à se faire des partisans nombreux jusque dans le
-parlement; et leurs espérances s'accrurent encore par cette députation
-qui, dans la médiation qu'elle venoit solliciter à Paris, ne séparoit
-point les intérêts des princes de ceux de la ville de Bordeaux. Opposé
-à leur délivrance par un intérêt très-puissant, non moins opposé à
-tout ce qui <span class="pagenum"><a id="page222" name="page222"></a>(p. 222)</span> pouvoit accroître l'ascendant du ministre, il falloit que
-Gondi sût à la fois arrêter la fougue du parlement, que la plus petite
-circonstance pouvoit entraîner à faire inconsidérément tout ce que
-demandoient les députés; inspirer assez de fermeté à Gaston pour le
-déterminer à s'emparer de la médiation, à tenir la balance égale entre
-les partis, en séparant les deux questions, et surtout y mettre assez
-d'adresse pour que le parlement, contenu et dirigé par ce prince, ne
-fût point choqué de l'influence qu'il exerçoit sur ses délibérations.
-Grâce à ses man&oelig;uvres, tout réussit au gré de ses v&oelig;ux. Malgré les
-efforts et les intrigues des ducs et de la princesse, les Bordelois,
-fatigués d'un siége dont le résultat ne pouvoit manquer de leur être
-funeste, acceptèrent la paix proposée d'accord avec Gaston, sans
-insister davantage sur la liberté des princes; et la cour, en même
-temps qu'elle recevoit la loi des frondeurs par l'organe du duc
-d'Orléans, se vit forcée de traiter d'égal à égal avec une ville
-rebelle qu'elle auroit voulu punir de sa rébellion. La princesse,
-libre par le traité de se choisir une retraite, sortit de Bordeaux au
-moment où le roi y fit son entrée. Bouillon et La Rochefoucauld, qui
-avoient fait preuve, dans cet événement, d'une conduite et d'un
-courage dignes d'une meilleure cause, n'y gagnèrent autre chose que
-d'être nommés dans une amnistie <span class="pagenum"><a id="page223" name="page223"></a>(p. 223)</span> accordée généralement à tous les
-fauteurs de la révolte.</p>
-
-<p>Cet avantage, que Gondi venoit de remporter à force d'intrigue et
-d'activité, changeoit du reste peu de chose à ce qu'il y avoit de faux
-et d'embarrassant dans sa position. Son union politique avec la cour
-lui avoit fait perdre une partie de sa faveur populaire; parmi les
-principaux frondeurs, les uns étoient gagnés par les libéralités de
-Mazarin, d'autres flottoient entre les partis au gré de leurs
-intérêts; il n'y avoit guère que les moins considérables qui lui
-fussent sincèrement attachés. Il avoit à la vérité une ressource en
-apparence plus sûre dans Gaston, dont ses artifices avoient
-entièrement subjugué le foible caractère; mais cette foiblesse même
-lui faisoit craindre justement qu'à tous moments il ne lui échappât.
-D'un autre côté la cour, qu'il venoit d'outrager même en ayant l'air
-de la servir, qui le regardoit avec raison comme l'artisan caché de
-l'affront qu'elle venoit d'essuyer, revenoit à Paris plus irritée que
-jamais contre lui; et le ministre, croyant pouvoir plus facilement
-l'attaquer dans l'état de foiblesse où lui-même s'étoit réduit, ne
-dissimuloit plus ses dispositions hostiles contre ce dangereux rival.
-Il l'accusoit ouvertement, non-seulement d'être l'auteur secret du
-traité honteux de Bordeaux, mais encore d'avoir concerté avec Turenne
-<span class="pagenum"><a id="page224" name="page224"></a>(p. 224)</span> certaines négociations insidieuses proposées par les Espagnols pendant
-son absence<a id="footnotetag159" name="footnotetag159"></a><a href="#footnote159" title="Lien vers la note 159"><span class="smaller">[159]</span></a>; il le noircissoit secrètement auprès des partisans
-des princes, leur faisant entendre qu'il ne tenoit pas à lui qu'on ne
-prît à leur égard les plus horribles résolutions; il insinuoit en même
-temps à Gaston que son nouveau favori cherchoit uniquement à se
-raccommoder avec la cour en le trahissant. Ainsi placé entre un prince
-inconstant et pusillanime dont le frêle appui menaçoit à chaque
-instant de s'écrouler, et un ministre, non moins astucieux que lui,
-qui, d'un moment à l'autre, pouvoit, pour le perdre entièrement,
-ouvrir aux princes leur prison, et se réunir de nouveau avec eux, qui
-même en avoit fait entrevoir plus d'une fois le dessein, Gondi, qui
-avoit affecté le désintéressement le plus complet dans une intrigue
-populaire, vit bien qu'il falloit suivre une autre marche, dans une
-intrigue purement de cabinet, et qu'il n'avoit d'autre ressource
-contre un aussi redoutable ennemi que cette haute dignité, depuis si
-long-temps <span class="pagenum"><a id="page225" name="page225"></a>(p. 225)</span> l'objet secret de son ambition, qui seule pouvoit le mettre
-à l'abri de ses coups, en le faisant marcher de pair avec lui.
-Profitant donc, et sans perdre un moment, de cette faveur de Gaston
-qu'il possédoit encore tout entière, de ce reste de vigueur que
-conservoit encore son parti, il afficha hautement ses prétentions au
-chapeau de cardinal, après avoir persuadé aux chefs de la fronde
-qu'ils étoient aussi intéressés que lui à la demande qu'il faisoit de
-cette dignité, laquelle devenoit dans ses mains leur sauve-garde à
-tous; et se servant contre Mazarin lui-même des armes avec lesquelles
-celui-ci avoit voulu le combattre, il lui fit craindre, s'il éprouvoit
-un refus, qu'il ne se réunît aussitôt au parti des princes, comme il
-en étoit vivement sollicité.</p>
-
-<p>Mazarin, épouvanté d'une telle menace, sentit plus que jamais combien
-il étoit fâcheux pour lui de n'avoir pas ces précieux otages
-entièrement en sa puissance. Depuis quelque temps ils n'étoient plus à
-Vincennes: une entreprise très-hardie que Turenne avoit faite pour les
-délivrer<a id="footnotetag160" name="footnotetag160"></a><a href="#footnote160" title="Lien vers la note 160"><span class="smaller">[160]</span></a>, un complot formé dans le même dessein par leurs plus
-dévoués partisans, avoient <span class="pagenum"><a id="page226" name="page226"></a>(p. 226)</span> déterminé à les transporter dans quelque
-lieu plus sûr. Gondi eût bien voulu qu'on les eût renfermés à la
-Bastille, dont le gouverneur étoit dévoué à la fronde; le ministre
-avoit au contraire proposé de les faire conduire au Hâvre-de-Grace,
-dont il étoit entièrement le maître, et les difficultés insurmontables
-que firent naître des prétentions si opposées, avoient déterminé à
-adopter la proposition faite par Gaston de les transférer à Marcoussy,
-château-fort situé à six lieues de Paris, près de Montlhéry. Il
-arriva, par cette complication d'intrigues que resserroient sans cesse
-tant de passions et d'intérêts divers, que Mazarin imagina de mettre à
-profit ce désir immodéré qu'avoit Gondi d'obtenir le cardinalat, pour
-effectuer une translation nouvelle de ces illustres prisonniers,
-tandis que Gondi lui-même crut, en donnant au ministre l'espoir de
-cette translation, parvenir à lever tous les obstacles qui
-s'opposoient à sa nomination. Laigues, Beaufort, la duchesse de
-Chevreuse furent employés tour à tour dans cette négociation; on
-distribua les rôles et dans le conseil de la reine et parmi ces agents
-de la fronde, comme dans une comédie; Gaston vînt lui-même à
-Fontainebleau, bien endoctriné par Gondi, qui, connoissant toute sa
-foiblesse, ne l'avoit toutefois laissé partir qu'à regret. En effet
-il soutint mal son personnage: vaincu par les <span class="pagenum"><a id="page227" name="page227"></a>(p. 227)</span> prières et les caresses
-de la reine, ébloui par les promesses mensongères de Mazarin, il signa
-l'ordre de cette translation tant désirée avant d'avoir pris toutes
-les précautions suffisantes. À peine cette signature importante lui
-eut-elle été arrachée, que les princes, tirés de Marcoussy, furent
-conduits précipitamment dans le château du Hâvre; Mazarin, maître
-alors de sa proie, ne garda plus aucune mesure, et refusa positivement
-le chapeau qu'attendoit le coadjuteur.</p>
-
-<p>C'étoit une sorte de triomphe qu'il remportoit sur ses ennemis; mais
-ce triomphe devoit lui coûter cher. Gondi, poussé à bout, se décida
-enfin à écouter les partisans des princes; Laigues et la duchesse de
-Chevreuse, joués comme lui par Mazarin, entrèrent dans tous ses
-ressentiments, et l'aidèrent de toutes leurs forces dans cette
-nouvelle machination. Elle fut conduite avec l'adresse et l'activité
-que l'on pouvoit attendre de ces habiles conjurés. Gaston, qu'il étoit
-si difficile d'entraîner à un parti décisif, fut persuadé par Laigues,
-et permit de tout faire; Gondi se rapprocha du garde des sceaux
-Châteauneuf, qu'il haïssoit, dont il étoit détesté, mais qui désiroit
-autant que lui la perte de Mazarin, dont il ambitionnoit les
-dépouilles. Il eut des entrevues secrètes avec la princesse
-Palatine<a id="footnotetag161" name="footnotetag161"></a><a href="#footnote161" title="Lien vers la note 161"><span class="smaller">[161]</span></a>, <span class="pagenum"><a id="page228" name="page228"></a>(p. 228)</span> qu'on voit paroître pour la première fois sur ce
-théâtre d'intrigues, et qui depuis y joua un des rôles les plus
-importants. Cette femme extraordinaire, d'un esprit aussi pénétrant,
-aussi délié que le coadjuteur, mais d'un caractère plus noble et plus
-franc, s'étoit attachée à la cause des princes, avoit obtenu leur
-confiance entière, et dirigeoit alors tout le parti attaché à leurs
-intérêts. Elle avoua à Gondi qu'elle n'attendoit leur liberté que des
-frondeurs, de lui surtout. Les rapports singuliers qu'ils démêlèrent
-aussitôt dans leurs vues et dans le tour de leur esprit, les
-disposèrent d'abord favorablement l'un à l'égard de l'autre, et la
-négociation n'éprouva entre eux ni lenteur ni difficultés; les
-difficultés véritables se trouvoient dans le plan à suivre pour
-tromper la cour, prête à prendre l'alarme dès qu'elle verroit
-l'apparence sérieuse d'une union entre les deux partis. Pour y
-parvenir, les amis des princes<a id="footnotetag162" name="footnotetag162"></a><a href="#footnote162" title="Lien vers la note 162"><span class="smaller">[162]</span></a> furent eux-mêmes trompés. Le duc
-de Beaufort et madame de Montbason, gagnée, suivant l'usage, à prix
-d'argent, <span class="pagenum"><a id="page229" name="page229"></a>(p. 229)</span> parurent les premiers. Ce prince signa d'abord un traité
-partiel, qui fit croire à Mazarin que les chefs des frondeurs, divisés
-entre eux, négocioient surtout sans l'aveu et sans l'appui de Gaston.
-Les autres chefs réunis signèrent ensuite un second traité. Lorsque
-tout fut ainsi préparé, on arracha au foible Gaston sa signature; de
-leur côté les princes accordèrent tout ce qu'on leur demanda<a id="footnotetag163" name="footnotetag163"></a><a href="#footnote163" title="Lien vers la note 163"><span class="smaller">[163]</span></a>, et,
-sans perdre un moment, les frondeurs commencèrent à exécuter le plan
-que Gondi avoit concerté.</p>
-
-<p>Un événement qui arriva, pendant ces négociations mystérieuses put
-convaincre le cardinal des dispositions où étoient à son égard ses
-irréconciliables ennemis. La voiture du duc de Beaufort fut arrêtée à
-dix heures du soir au milieu de la rue Saint-Honoré par une bande de
-brigands. Un de ses gentilshommes nommé Saint-Egland, qui alloit le
-chercher dans cette voiture à l'hôtel Montbason, ayant voulu faire
-quelque résistance, fut tué par ces misérables, qui ne cherchoient
-qu'à voler, et qui se sauvèrent dès qu'ils virent arriver du secours.
-Aussitôt le parti <span class="pagenum"><a id="page230" name="page230"></a>(p. 230)</span> entier jeta les hauts cris, attribuant ce meurtre à
-Mazarin, qui, disoit-on, avoit eu l'intention de faire poignarder le
-duc lui-même<a id="footnotetag164" name="footnotetag164"></a><a href="#footnote164" title="Lien vers la note 164"><span class="smaller">[164]</span></a>. Le jugement de plusieurs de ces assassins, qu'on
-arrêta peu de temps après, et dont les aveux ne laissèrent aucun doute
-sur le véritable caractère de cet assassinat, ne fit point cesser
-leurs clameurs; et Beaufort osa se plaindre de leur exécution comme
-d'un attentat nouveau, dont le but étoit d'ensevelir à jamais un
-secret aussi important. Une telle calomnie, soutenue avec une si
-grande obstination, auroit dû sans doute déterminer Mazarin à rester à
-Paris, pour conjurer ce nouvel orage; mais, d'un autre côté, les
-progrès des Espagnols en Champagne sembloient justifier les plaintes
-qu'on élevoit contre lui de toutes parts, d'avoir dégarni cette
-frontière pour faire la guerre de Guienne, et sacrifié ainsi l'intérêt
-de l'État à ses inimitiés particulières. Il pensa donc qu'un succès
-militaire, en apaisant ces murmures, lui fourniroit en même temps le
-moyen d'abattre ses ennemis sans retour; et formant un corps de
-troupes d'environ douze mille hommes, qu'il fit marcher du côté de
-Rhétel, sous les ordres du maréchal <span class="pagenum"><a id="page231" name="page231"></a>(p. 231)</span> Duplessis-Praslin, il partit peu
-de temps après pour en diriger lui-même les opérations.</p>
-
-<p>Jusqu'ici, dans cette suite de nouvelles man&oelig;uvres, Gondi ne s'étoit
-servi que de son habileté: il falloit maintenant y joindre l'activité
-et l'audace, et l'on sait ce qu'il pouvoit faire en ce genre. Il
-prépara donc, pour la rentrée du parlement, une suite de scènes bien
-liées entre elles, dont la première fut jouée le jour même de la
-mercuriale<a id="footnotetag165" name="footnotetag165"></a><a href="#footnote165" title="Lien vers la note 165"><span class="smaller">[165]</span></a>. On y présenta, au nom de la princesse de Condé, une
-requête par laquelle elle demandoit que son mari et les deux autres
-prisonniers fussent amenés au Louvre, et gardés par un officier de la
-maison du roi; que le procureur-général fût mandé pour déclarer s'il
-avoit quelque chose à proposer contre leur innocence; que, dans le cas
-contraire, ils fussent mis sur-le-champ en liberté. Le secret de la
-nouvelle association avoit été si bien gardé, que Molé lui-même, qui
-désiroit toujours la réunion de la famille royale, mais qui la vouloit
-par des voies légitimes, appuya fortement cette requête, bien persuadé
-qu'elle ne venoit que des amis des princes, et étant loin de penser
-que Gondi pût y avoir la moindre part. La délibération fut remise,
-tout d'une voix, au 20 décembre. Cependant la reine, alarmée, fit
-défendre par les gens du roi de s'occuper <span class="pagenum"><a id="page232" name="page232"></a>(p. 232)</span> de cette affaire, et, dans
-la séance du 7, l'avocat-général Talon, après avoir fait son rapport
-sur cette défense, venoit de donner des conclusions en conséquence,
-lorsqu'on apporta une autre requête par laquelle mademoiselle de
-Longueville demandoit aussi la liberté de son père. On en avoit à
-peine achevé la lecture qu'un grand bruit se fit entendre à la porte
-de la grand'chambre: c'étoit des Roches, capitaine des gardes du
-prince de Condé, qui vouloit entrer et présenter à la compagnie une
-lettre des trois prisonniers, par laquelle ils demandoient, ou qu'on
-leur fît leur procès, ou qu'on leur rendît la liberté. Molé,
-commençant à soupçonner quelque man&oelig;uvre, et doutant de la validité
-de cette lettre, s'opposa, malgré les clameurs des enquêtes, à
-l'admission de l'envoyé; il invoqua les formes avec sa fermeté
-ordinaire, et son avis l'emporta. Cependant la lettre, après avoir
-passé par le parquet, fut reconnue pour authentique, et des Roches la
-présenta. Les gens du roi concluoient à ce qu'elle fût rejetée, ainsi
-que les deux requêtes; mais, sans statuer sur leurs conclusions, on
-remit la délibération au lendemain. Une lettre de cachet, envoyée par
-la reine, ordonna de la suspendre pendant huit jours; le parlement ne
-lui en accorda que quatre, sans égard pour l'état d'indisposition
-réelle où se trouvoit cette princesse, et qu'elle avoit donné pour
-<span class="pagenum"><a id="page233" name="page233"></a>(p. 233)</span> prétexte de cette suspension. La délibération reprit donc son cours;
-les déclamations contre le ministre recommencèrent; et bien que
-Gaston, d'accord avec Gondi, eût refusé d'assister aux séances, afin
-de donner le change à la cour, qui, si elle l'eût vu déclaré
-tout-à-fait contre elle, auroit pu prendre un parti, et traiter
-elle-même avec les princes, la violence des opinions, loin de se
-ralentir, sembla augmenter de moment en moment. Le jour qu'on avoit
-choisi pour porter les derniers coups approchoit, lorsque la nouvelle
-de la victoire de Rhétel vint, comme un coup de foudre, frapper tous
-les esprits. Cette ville avoit été prise, ou plutôt achetée à prix
-d'argent par le cardinal; Turenne et les Espagnols venoient d'être
-entièrement défaits par le maréchal Duplessis; et Mazarin, qui
-s'attribuoit audacieusement toute la conduite de cette campagne
-brillante, s'apprêtoit à revenir triomphant à Paris.</p>
-
-<p>Tout sembloit perdu. Gaston, les amis des princes, les frondeurs,
-étoient attérés; Gondi seul, devenu plus audacieux par l'excès même du
-péril, résolut de tenir tête à l'orage. Le jour même où ce succès fut
-annoncé au parlement, tout en témoignant la joie qu'il en ressentoit,
-il osa joindre à son discours insidieux une demande plus formelle que
-jamais de la liberté des princes: ceci commença à relever les
-courages. Le jour <span class="pagenum"><a id="page234" name="page234"></a>(p. 234)</span> suivant il alla plus loin, et donnant à Mazarin,
-pour le mieux décrier, tout l'honneur de la victoire, il s'attacha à
-démontrer l'imprudence extrême qu'il y avoit eu à risquer une bataille
-dont la perte eût ouvert aux ennemis le c&oelig;ur même du royaume, et
-amené le bouleversement et la perte totale de la France. Présentés
-sous cette face, les succès de Mazarin devinrent presque pour lui un
-sujet de blâme et d'accusation; à ces reproches, que Gondi lui
-adressoit publiquement, il joignoit avec plus de succès encore une
-foule de calomnies sourdement répandues dans le peuple et parmi ses
-partisans, ou pour aigrir les haines, ou pour accroître les terreurs.
-Tout alla au gré de ses désirs. Les acclamations recommencèrent à son
-entrée et à sa sortie du palais; et l'arrêt qui intervint enfin après
-tant de délibérations, arrêt dans lequel la personne du ministre ne
-fut point épargnée, ordonna des remontrances à la reine pour demander
-la liberté des princes, et une députation au duc d'Orléans pour le
-prier d'interposer à cet effet son autorité. Mazarin arriva le
-lendemain à Paris.</p>
-
-<p>(1651) Son entrée eut un appareil triomphal; mais les courtisans seuls
-y prirent part, et ce triomphe fut renfermé dans les murs du
-Palais-Royal. Cependant la reine, un peu rassurée par la présence de
-son ministre, refusa d'abord de recevoir les députés du parlement,
-alléguant toujours <span class="pagenum"><a id="page235" name="page235"></a>(p. 235)</span> pour prétexte le mauvais état de sa santé. Ces
-lenteurs firent gagner quelques jours; mais enfin il fallut les
-recevoir et écouter ces remontrances: elles furent présentées par
-Molé, qui, n'étant pas encore suffisamment éclairé sur les man&oelig;uvres
-de Gondi et la connivence secrète du duc d'Orléans, les prononça avec
-une vigueur et une liberté dont la cour entière fut choquée. La reine
-essaya encore de gagner du temps; mais forcée enfin de s'expliquer par
-les impatiences du parlement, elle fit une réponse dure et chagrine,
-dans laquelle elle déclara qu'il ne falloit point compter sur la
-liberté des princes que tous leurs partisans n'eussent mis bas les
-armes<a id="footnotetag166" name="footnotetag166"></a><a href="#footnote166" title="Lien vers la note 166"><span class="smaller">[166]</span></a> et que Stenai ne fût rentré au pouvoir du roi.</p>
-
-<p>Alors le coadjuteur, voyant arriver le moment décisif, dirige tous ses
-efforts vers Gaston, qu'il veut faire éclater, lui montrant Mazarin,
-qui soupçonnoit déjà leurs projets, sur le point peut-être de les
-faire avorter, en traitant lui-même avec les princes. Il en arrache
-enfin la permission de prononcer son nom dans la délibération qui
-devoit avoir lieu sur la réponse de la reine. L'effet en fut
-prodigieux: à peine Gondi a-t-il déclaré <cite>au nom de son altesse</cite>
-qu'elle est disposée <span class="pagenum"><a id="page236" name="page236"></a>(p. 236)</span> à s'unir à la compagnie pour la délivrance de ses
-cousins, que les acclamations les plus vives s'élèvent de toutes
-parts. La plus grande partie du parlement, se précipitant hors de la
-grand'chambre, vole vers le Luxembourg, pour remercier le prince de
-cette faveur signalée. La cour est consternée; son effroi redouble
-lorsqu'elle voit Gaston, animé d'un courage qu'il empruntoit à tous
-ceux qui l'environnoient, et surtout à son favori, rassembler les
-quarteniers de la ville, et leur ordonner de tenir leurs armes prêtes
-pour le service du roi; mander Châteauneuf, Le Tellier, le maréchal de
-Villeroi; déclarer hautement aux premiers qu'il n'ira point au
-Palais-Royal, qu'il n'assistera à aucun conseil tant que la reine sera
-sous l'influence d'un ministre abhorré de la nation; charger le
-dernier de lui répondre de la personne du roi; enfin commander en
-maître absolu et déployer, dans toute son étendue, le caractère d'un
-lieutenant-général du royaume.</p>
-
-<p>Mazarin surtout étoit dans un effroi qui tenoit du délire. La cour
-essaya aussitôt d'entamer des négociations avec le duc. On lui promit
-formellement la délivrance des princes, et l'on fit même partir devant
-lui, pour le Hâvre, ceux qui devoient la négocier<a id="footnotetag167" name="footnotetag167"></a><a href="#footnote167" title="Lien vers la note 167"><span class="smaller">[167]</span></a>. On lui offrit
-pour lui-même tout ce <span class="pagenum"><a id="page237" name="page237"></a>(p. 237)</span> qu'il voudroit demander; on alla même jusqu'à
-proposer le mariage d'une de ses filles avec le roi. La reine,
-connoissant tout l'empire qu'elle avoit sur lui, sollicitoit vivement
-la faveur de le voir, de l'entretenir un seul instant; mais Gondi, qui
-redoutoit plus que tout le reste un semblable entretien, lui fit
-éviter tous ces piéges, et surtout celui-là. Gaston refusa donc
-obstinément de rien entendre, et demanda avant toutes choses l'exil de
-Mazarin. Alors la régente et son ministre, parvenus au dernier degré
-de fureur contre l'artisan d'une trame si funeste et si perfide,
-imaginèrent de détourner sur lui l'orage élevé sur leurs têtes, et de
-le faire accuser en plein parlement. Servien<a id="footnotetag168" name="footnotetag168"></a><a href="#footnote168" title="Lien vers la note 168"><span class="smaller">[168]</span></a>, Châteauneuf, sont
-appelés pour les aider dans cette man&oelig;uvre; Molé, outré d'avoir été
-joué par le coadjuteur<a id="footnotetag169" name="footnotetag169"></a><a href="#footnote169" title="Lien vers la note 169"><span class="smaller">[169]</span></a>, et toujours guidé par cette même ardeur
-de voir la paix s'établir enfin parmi les membres de la famille
-royale, leur prête son ministère; et tous réunis fabriquent contre
-Gondi une pièce très-violente, <span class="pagenum"><a id="page238" name="page238"></a>(p. 238)</span> dans laquelle il étoit accusé des plus
-horribles complots, de complots qui n'alloient pas moins qu'à mettre
-le royaume en combustion, pour assouvir son ambition insatiable. Cette
-pièce, débitée d'abord solennellement devant les députés du parlement
-mandés au Palais-Royal, fut lue quelques instants après dans la
-grand'chambre par le premier président lui-même devant Gaston, qui,
-depuis sa déclaration, y paroissoit pour la première fois, et venoit
-par sa présence achever ce que les frondeurs avoient si heureusement
-commencé. La surprise fut extrême; et comme il arrive toujours dans
-les grandes assemblées, où le moindre incident qu'on n'a pas prévu
-peut troubler les esprits et changer la marche des choses, ce coup
-porté au coadjuteur alloit peut-être renverser tous ses projets, en
-donnant une face nouvelle à la délibération: c'est alors que,
-rassemblant tout ce qu'il avoit de sang-froid, d'éloquence et
-d'intrépidité, il prononça ce discours, aussi adroit qu'énergique,
-dans lequel, ne répondant à l'accusation intentée contre lui que par
-un prétendu passage de Cicéron qu'il venoit de composer lui-même
-sur-le-champ<a id="footnotetag170" name="footnotetag170"></a><a href="#footnote170" title="Lien vers la note 170"><span class="smaller">[170]</span></a>, il rétablit la question principale qui <span class="pagenum"><a id="page239" name="page239"></a>(p. 239)</span> devoit
-faire l'objet de la délibération du parlement, savoir, la liberté des
-princes et l'exclusion de Mazarin. Les esprits furent à l'instant même
-ramenés vers lui. Ce fut vainement que la reine, au milieu même de la
-séance, fit encore conjurer Gaston de venir la trouver; que Molé,
-Talon, joignirent à ses prières les plus vives instances, les
-exhortations les plus pathétiques, un seul coup d'&oelig;il de Gondi suffit
-pour maintenir le foible prince; il ne cessa de refuser, sous prétexte
-qu'il n'y avoit point de sûreté pour lui au Palais-Royal; et après
-quelques efforts impuissants du parti attaché au gouvernement, l'avis
-du coadjuteur forma l'arrêt.</p>
-
-<p>La cour se vit alors pressée de toutes parts: le clergé avoit déjà
-envoyé une députation à la reine pour solliciter également la
-délivrance des princes. Gaston excita la noblesse, qui s'étoit
-assemblée l'année précédente, à s'assembler de nouveau, et à faire de
-cette délivrance l'objet principal de ses délibérations. La reine,
-dont les alarmes redoublent, croit alors devoir prendre des
-précautions pour sa sûreté: le duc s'en <span class="pagenum"><a id="page240" name="page240"></a>(p. 240)</span> plaint hautement dans le
-parlement, comme d'un outrage fait à la fidélité qu'il conserve au
-roi, et la compagnie lui donne à l'instant même, en sa qualité de
-lieutenant du royaume, tout pouvoir sur les maréchaux de France et sur
-tous les corps militaires. Plusieurs séances orageuses se succèdent,
-dans lesquelles Molé, toujours d'accord avec la cour, est accablé
-d'outrages, parce qu'il cherche à gagner du temps. On demande à grands
-cris l'exécution de l'arrêt; et Gaston ne veut point absolument
-communiquer avec la reine que la lettre de cachet pour délivrer les
-prisonniers ne soit expédiée. Anne, désespérée, concerte avec son
-ministre une ruse dont celui-ci surtout espéroit un grand succès, et
-qui montra seulement l'extrémité à laquelle tous les deux étoient
-réduits. Au moment où l'on s'y attendoit le moins, Mazarin quitte
-Paris, va s'établir à Saint-Germain, et se flatte ainsi d'avoir ôté à
-Gaston tout prétexte de se refuser à cette entrevue, qui sembloit à la
-cour entière l'événement décisif. Le prince eût cédé sans doute, si
-Gondi, devenu le maître absolu de toutes ses pensées et de toutes ses
-actions, ne l'eût rendu inébranlable sur cet article important. Il
-s'obstine donc à ne vouloir rien entendre que les princes ne soient
-délivrés. Cependant cette évasion du cardinal fait naître des
-inquiétudes: on croit y voir le projet d'enlever de nouveau le roi de
-sa <span class="pagenum"><a id="page241" name="page241"></a>(p. 241)</span> capitale, et l'on prend à ce sujet les précautions les plus
-insultantes pour la reine. Elle croit calmer les esprits en faisant
-porter au parlement une promesse verbale de renvoyer le ministre: le
-vague de cette promesse produit l'effet contraire; il accroît leur
-effervescence, et un arrêt rendu au milieu du plus affreux tumulte,
-renouvelant celui qui, deux ans auparavant, avoit proscrit Mazarin,
-ordonne qu'il sera chassé de France, qu'il en sortira avant quinze
-jours avec tous ses parents et domestiques, permettant à tout le
-monde, passé ce délai, de <cite>lui courre sus</cite>. C'est alors une nécessité
-pour cette princesse de signer la lettre qui ratifie une délivrance si
-ardemment désirée.</p>
-
-<p>Elle la signa toutefois avec une facilité qui pouvoit étonner dans un
-caractère aussi inflexible que le sien: c'est qu'alors elle étoit
-réellement décidée à se soustraire à la tyrannie qui l'opprimoit, et
-que tout étoit préparé pour sa fuite. Gaston en est averti, et retombe
-dans ses incertitudes: l'idée de retenir son roi prisonnier
-l'épouvante. L'audacieux Gondi, qui le voit balancer, se charge seul
-de l'événement. Il fait monter Beaufort à cheval; le maréchal de La
-Mothe, Laigues, Coligni, Tavannes, Nemours, imitent son exemple. On se
-saisit de toutes les portes qui avoisinent le Palais-Royal, et l'on y
-fait, à l'entrée et à la sortie, les perquisitions les plus sévères.
-<span class="pagenum"><a id="page242" name="page242"></a>(p. 242)</span> Les bourgeois prennent les armes; la demeure du souverain est cernée
-par les patrouilles des frondeurs; et ces factieux ont l'insolence
-d'en violer l'entrée, de pénétrer, au milieu de la nuit, jusque dans
-la chambre du jeune prince, pour s'assurer par leurs propres yeux
-qu'il est bien en leur puissance. La reine, voyant toutes les issues
-fermées, veut s'échapper par la rivière: elle la trouve couverte de
-bateaux armés qui sont prêts à la repousser. Lorsque tant d'attentats
-sont consommés, Gondi, par son ascendant irrésistible, entraîne Gaston
-au parlement, et malgré les reproches amers, les plaintes éloquentes
-de Molé, lui fait tout approuver. La reine est forcée de désavouer le
-projet de sa fuite, et les députés, qui devoient aller ouvrir aux
-princes les portes de leur prison, reçoivent l'ordre de partir; mais
-avant qu'ils fussent arrivés au Hâvre, les princes étoient déjà
-délivrés.</p>
-
-<p>C'étoit à Mazarin lui-même qu'ils devoient leur liberté. Tant que ce
-ministre avoit espéré ou l'entrevue de la reine avec Gaston, ou son
-évasion de Paris, il étoit resté aux environs de cette capitale,
-décidé, dès qu'il verroit la moindre apparence de succès, à s'emparer
-des trois prisonniers, et à les transférer dans quelque lieu plus sûr
-que le Hâvre<a id="footnotetag171" name="footnotetag171"></a><a href="#footnote171" title="Lien vers la note 171"><span class="smaller">[171]</span></a>. Les mauvaises nouvelles <span class="pagenum"><a id="page243" name="page243"></a>(p. 243)</span> qu'il reçut, et qui lui
-furent confirmées par la reine elle-même, le déterminèrent à
-s'éloigner; et il dirigea ses pas vers la prison des princes,
-incertain encore s'il exécuteroit son projet, ou si, prévenant les
-frondeurs, il essaieroit de se faire auprès d'eux un mérite d'une
-liberté qu'il leur accorderoit sans conditions<a id="footnotetag172" name="footnotetag172"></a><a href="#footnote172" title="Lien vers la note 172"><span class="smaller">[172]</span></a>. Plusieurs ont
-prétendu que Mazarin eût pris le premier de ces deux partis, s'il eût
-pu entrer au Hâvre avec son escorte; mais, forcé par le gouverneur de
-la laisser hors de la ville, il n'eut plus d'autre ressource que le
-dernier; et s'humiliant devant les princes plus qu'il n'étoit
-convenable, quelle que fût sa situation, il alla lui-même leur
-annoncer qu'ils étoient libres. Ceux-ci le reçurent avec un mépris que
-Condé poussa même jusqu'à l'insulte; et tandis que le ministre sortoit
-de France pour aller se confiner à Bruyll, sur les terres de
-l'électeur de Cologne, les princes s'avancèrent rapidement vers Paris,
-où ils firent, peu de jours après, une sorte d'entrée triomphale. Le
-peuple, toujours aveugle et inconstant, alluma des feux de joie pour
-leur délivrance, aussi stupidement qu'il l'avoit fait pour leur
-captivité. Leur entrevue avec Gaston, <span class="pagenum"><a id="page244" name="page244"></a>(p. 244)</span> Beaufort, Gondi, etc., se passa
-en effusions de tendresse; ils ne virent qu'un moment, et avec une
-contrainte et une froideur remarquables, la régente qui les attendoit
-en tremblant; le parlement les reçut tous les trois, principalement
-Condé, avec les plus vifs transports d'allégresse; et ce prince,
-maintenant soutenu d'un parti formidable contre une reine qui sembloit
-désormais sans appui, parut être un moment ce qui avoit toujours été
-le v&oelig;u secret de son ambition, l'arbitre suprême de l'État.</p>
-
-<p>Cependant cette ambition, contraire aux intérêts des frondeurs,
-laissoit déjà entrevoir un germe de divisions qu'une main habile
-pouvoit développer; et Mazarin, du fond de sa retraite, où son &oelig;il
-pénétrant veilloit sans cesse sur ses ennemis, où sa politique
-artificieuse dirigeoit seule encore tous les conseils de la cour,
-n'avoit garde de le laisser échapper. Condé ne vouloit point d'égal;
-les frondeurs étoient décidés à ne point souffrir de maître; et tous
-étoient également avides du pouvoir: il en résulta que, dès le
-commencement, cette espèce de prépondérance que le prince prétendit
-s'arroger sur le parti excita la jalousie de tout le monde. Lui-même
-ne tarda pas à ne considérer ceux qui l'environnoient que comme autant
-d'obstacles à sa grandeur; et la reine, ayant saisi cette disposition
-où il se trouvoit, hasarda, pour l'attirer <span class="pagenum"><a id="page245" name="page245"></a>(p. 245)</span> vers elle, des avances qui
-ne furent ni reçues ni absolument rejetées, mais qui commencèrent à
-l'ébranler. Gondi s'en aperçut aussitôt dans une séance du parlement,
-où il vit ce prince applaudir et donner sa voix à un avis qui, à
-l'occasion de Mazarin, tendoit à exclure du ministère tous les
-cardinaux, tant étrangers que françois, ce qui étoit visiblement
-dirigé contre lui.</p>
-
-<p>Toutefois il sut encore parer ce coup qu'on vouloit lui porter; et le
-garde des sceaux Châteauneuf l'aida puissamment dans cette
-circonstance, parce qu'il avoit les mêmes vues et les mêmes intérêts.
-Mais l'arrivée subite de la duchesse de Longueville à Paris, de cette
-femme dont on a dit si justement qu'après avoir été l'<em>héroïne</em> du
-parti, elle en étoit devenue l'<em>aventurière</em>, excita plus vivement les
-alarmes du coadjuteur. Elle étoit revenue plus audacieuse encore par
-sa révolte même; et tandis que Turenne, fatigué du rôle honteux
-qu'elle lui avoit fait jouer, rentroit en grâce auprès de la régente,
-et lui vouoit une fidélité qui désormais ne devoit plus se démentir,
-la duchesse, se précipitant de nouveau dans le chaos des intrigues,
-essayoit de reprendre sur son frère l'ascendant qu'elle avoit perdu;
-et, sans montrer un désir bien vif de le voir se rapprocher de la
-cour, manifestoit ses mauvaises dispositions à l'égard des frondeurs,
-en cherchant <span class="pagenum"><a id="page246" name="page246"></a>(p. 246)</span> à rompre le mariage depuis si long-temps projeté entre le
-prince de Conti et mademoiselle de Chevreuse. La cour, qui, par
-d'autres motifs, craignoit autant qu'elle les séductions de la fille
-et le caractère audacieux et intrigant de la mère, n'épargnoit rien
-pour arriver au même but; et la princesse Palatine, négociatrice
-secrète employée par la régente pour éblouir et ramener Condé, étaloit
-à ses yeux tout ce qui pouvoit flatter ses projets ambitieux. À son
-gouvernement de Bourgogne on ajoutoit celui de Guienne; la Provence
-devoit être donnée au prince de Conti; ses principaux serviteurs
-obtenoient, à proportion, des récompenses aussi magnifiques<a id="footnotetag173" name="footnotetag173"></a><a href="#footnote173" title="Lien vers la note 173"><span class="smaller">[173]</span></a>; en
-un mot, tout ce qu'il demandoit lui étoit sur-le-champ accordé.</p>
-
-<p>Cette facilité extrême, et même maladroite, auroit dû lui faire
-soupçonner quelque piége caché sous des amorces aussi brillantes: loin
-d'avoir la moindre méfiance, il se livre inconsidérément à ces
-promesses fallacieuses<a id="footnotetag174" name="footnotetag174"></a><a href="#footnote174" title="Lien vers la note 174"><span class="smaller">[174]</span></a>; cherche des prétextes pour retarder
-<span class="pagenum"><a id="page247" name="page247"></a>(p. 247)</span> l'union projetée avec la duchesse de Chevreuse; trompe et humilie à la
-fois madame de Montbason<a id="footnotetag175" name="footnotetag175"></a><a href="#footnote175" title="Lien vers la note 175"><span class="smaller">[175]</span></a>; et continuant cependant à se ménager
-entre la cour et les frondeurs, il exige, avant d'abandonner ceux-ci,
-la disgrâce de Châteauneuf qu'il haïssoit<a id="footnotetag176" name="footnotetag176"></a><a href="#footnote176" title="Lien vers la note 176"><span class="smaller">[176]</span></a>. Pour lui complaire, on
-donne les sceaux à Molé, qui garde en même temps sa place de premier
-président; et Chavigni, odieux à la reine, mais entièrement dévoué au
-prince, sort de l'exil où il languissoit depuis long-temps, pour venir
-reprendre sa place au conseil. À la nouvelle du renvoi de Châteauneuf,
-le duc d'Orléans laisse éclater son dépit, sans pouvoir toutefois s'en
-prendre ouvertement à Condé, qui dissimule encore quelque temps avec
-lui, mais qui laisse enfin échapper son secret dans une conférence où
-le duc avoit réuni les chefs des deux frondes pour délibérer sur ces
-mutations, dans <span class="pagenum"><a id="page248" name="page248"></a>(p. 248)</span> lesquelles il voyoit une violation de ses droits, et
-même une sorte d'insulte faite à sa personne. Gondi et plusieurs
-autres proposèrent des partis vigoureux que Condé désapprouva
-hautement, et que le timide Gaston put bientôt se repentir de n'avoir
-pas suivis: car, dès le lendemain, le prince se croyant sûr de la
-cour, et ne voyant pas d'ailleurs la possibilité de se maintenir plus
-long-temps entre les deux partis, leva le masque en rompant
-brusquement, et même d'une manière outrageante, avec madame de
-Chevreuse.</p>
-
-<p>Les frondeurs sembloient perdus, surtout Gondi. En horreur à la cour,
-qu'il venoit de trahir; sans pouvoir auprès du peuple, à qui son
-alliance passagère avec elle l'avoit rendu justement suspect; ne
-pouvant compter sur un prince tel que Gaston; négligé de ses propres
-partisans, comme un intrigant subalterne, désormais inutile à leurs
-intérêts, il ne sembloit pas que rien pût le tirer d'une situation
-aussi critique; et la résolution qu'elle lui fit prendre, bien qu'elle
-fût, dans de telles circonstances, la seule qui pût encore le sauver,
-n'en prouva pas moins l'extrémité fâcheuse à laquelle il étoit réduit.
-Trop prudent pour engager avec Condé une lutte inutile et téméraire,
-il se retira tout à coup du monde et des affaires, se renferma à
-l'archevêché, affecta de n'avoir plus de relations qu'avec des
-chanoines et des curés, parut uniquement <span class="pagenum"><a id="page249" name="page249"></a>(p. 249)</span> occupé des fonctions de son
-sacré ministère; et cependant dans cette retraite forcée, dont les
-frondeurs s'étonnoient, qui excitoit les risées de ses ennemis, il
-entretenoit un commerce régulier avec Gaston et Châteauneuf, alloit
-toutes les nuits à l'hôtel de Chevreuse, répandoit dans le peuple des
-bruits alarmants sur les négociations du prince avec la cour, faisoit
-de son palais une espèce de château-fort, où il étoit à l'abri de
-toute entreprise violente que l'on auroit voulu tenter contre sa
-personne, et attendoit ainsi pour reparoître sur la scène, les
-événements que la fortune pourroit faire naître en sa faveur, puisque
-son génie n'avoit plus le pouvoir de les provoquer.</p>
-
-<p>Le succès justifia sa conduite, et fit passer pour politique profonde
-ce qui n'étoit sans doute que l'&oelig;uvre de la nécessité. Mazarin, comme
-nous l'avons dit, et comme tout semble le prouver, n'avoit poussé la
-reine à tant d'avances à l'égard de Condé, ne lui avoit fait faire
-tant de concessions que pour abattre une seconde fois cet implacable
-ennemi. Il venoit de le brouiller plus fortement que jamais avec les
-frondeurs, dont l'appui l'auroit rendu si redoutable; il se garda bien
-de détruire ceux-ci comme il eût pu si facilement le faire dans le
-premier moment de leur consternation, les réservant pour lui porter
-encore de nouveaux coups. Condé s'enveloppa <span class="pagenum"><a id="page250" name="page250"></a>(p. 250)</span> de lui-même dans une trame
-si subtilement ourdie, en se séparant une seconde fois de la fronde
-avant d'avoir entièrement achevé ses arrangements avec la cour. Cette
-faute le mit dans une situation équivoque. En même temps qu'elle
-nuisoit au succès de ses négociations<a id="footnotetag177" name="footnotetag177"></a><a href="#footnote177" title="Lien vers la note 177"><span class="smaller">[177]</span></a>, elle le forçoit de ménager
-encore Gaston, qui, toujours guidé secrètement par le coadjuteur,
-feignit de se réconcilier avec Chavigni, en demandant toutefois qu'on
-lui fît le sacrifice de Molé. Condé, par une ingratitude que rien ne
-peut excuser, abandonna celui-ci, qui rendit les sceaux et ne lui
-pardonna jamais. Ce fut après lui avoir suscité un tel ennemi que
-Mazarin crut le moment favorable pour éclater. Dans une lettre qu'il
-écrivit aussitôt à la reine, il n'eut pas de peine à lui démontrer que
-ces avantages énormes accordés à un prince d'un tel caractère
-exposoient l'autorité royale aux plus grands dangers; il le lui fit
-voir avant peu maître absolu du royaume, si elle avoit l'imprudence
-impardonnable de lui céder elle-même ses plus riches provinces; et,
-plutôt que de traiter à des conditions aussi funestes, il l'exhorta,
-au nom du salut de la France et de son propre fils, à se <span class="pagenum"><a id="page251" name="page251"></a>(p. 251)</span> servir des
-frondeurs, à mettre Gondi lui-même à la tête des affaires, en le
-nommant premier ministre. Il n'en falloit pas tant pour déterminer une
-princesse si ombrageuse sur le pouvoir; et, la nuit même qui suivit la
-réception de cette lettre, le coadjuteur, réveillé brusquement par le
-maréchal Duplessis, apprit, non sans le plus grand étonnement,
-l'épouvante que le prince causoit à la régente, et la proposition
-inattendue que Mazarin l'avoit engagée à lui faire, et qu'elle lui
-faisoit effectivement, de lui donner la première place dans le
-gouvernement.</p>
-
-<p>Il n'étoit pas aussi facile d'abuser Gondi que le prince de Condé. Il
-reconnut aussitôt la ruse: il vit que Mazarin, dont l'intention ne
-pouvoit être de lui céder si philosophiquement ses honneurs et son
-pouvoir, ne vouloit créer ici qu'un fantôme de ministre, ou pour
-perdre entièrement le prince, ou pour le mettre dans la nécessité
-absolue de recourir à lui, et qu'alors son premier soin seroit de
-briser l'ouvrage de ses mains, ce qu'il feroit sans peine d'un
-coadjuteur de Paris. La dignité seule de cardinal pouvoit mettre Gondi
-hors des atteintes d'un si dangereux adversaire. Il résolut donc de
-refuser le ministère, et de profiter de cette heureuse circonstance
-pour obtenir la pourpre. Son plan s'arrange aussitôt dans sa tête: il
-voit la reine en secret, promet de se dévouer tout entier à sa <span class="pagenum"><a id="page252" name="page252"></a>(p. 252)</span> cause,
-sous la condition expresse de pouvoir continuer à déchirer
-publiquement Mazarin, seul moyen de reprendre son autorité dans le
-peuple et parmi les frondeurs; s'engage à lui ramener Gaston, à forcer
-Condé de sortir de Paris, et pour prix de ces services obtient la
-promesse positive du cardinalat. Il fut convenu, dans cette entrevue
-fameuse, que Châteauneuf seroit rappelé et nommé à la place que le
-coadjuteur venoit de refuser. La haine que tous les deux lui portoient
-sembloit les pousser à l'élever si haut pour avoir le plaisir de l'en
-précipiter. La princesse palatine, qui s'étoit rangée du parti de la
-reine, que, dès ce moment elle n'abandonna plus, fut chargée par elle
-d'être l'intermédiaire entre le cardinal et le coadjuteur.</p>
-
-<p>Gondi instruit d'abord Gaston d'une révolution aussi inespérée; et
-sortant tout à coup de sa retraite, comme s'il y eût été forcé par
-l'amour du bien public et par la situation critique des affaires,
-commence aussitôt l'exécution de ses promesses en alarmant secrètement
-les frondeurs sur les prétentions extraordinaires de Condé, sur les
-correspondances mystérieuses et continuelles de la reine avec le
-cardinal, montrant la guerre civile comme le résultat inévitable d'une
-telle ambition et d'une telle opiniâtreté. Tout change en un moment:
-une querelle de plume s'établit entre la grande et la petite fronde,
-dans laquelle la première <span class="pagenum"><a id="page253" name="page253"></a>(p. 253)</span> a tout l'avantage. Dans le parlement, le
-coadjuteur déconcerte Condé, qui savoit ses liaisons nouvelles avec la
-cour, en criant plus haut que lui contre Mazarin; et, s'ennuyant des
-lenteurs, propose à la reine de le faire arrêter par l'autorité de
-Gaston. Elle n'ose prendre un parti aussi violent: sur son refus, il
-revient au projet de le forcer à lui céder la place, et, pour y
-parvenir, affecte de suivre régulièrement les séances du parlement,
-avec un cortége aussi nombreux et aussi redoutable que celui du
-prince, éclairant sa conduite, attaquant ses avis, déclamant contre
-ses prétentions. Cette lutte audacieuse continue pendant trois mois,
-irrite, exaspère l'impétueux Condé. Excité encore par sa s&oelig;ur, par
-quelques amis avides de nouveaux désordres, il entame avec l'Espagne
-de secrètes négociations. La reine en a connoissance, et délibère une
-seconde fois de le faire arrêter. Condé, qui en est averti<a id="footnotetag178" name="footnotetag178"></a><a href="#footnote178" title="Lien vers la note 178"><span class="smaller">[178]</span></a>, croit
-d'abord que ce n'est qu'une feinte, et s'abstient seulement d'aller au
-Palais-Royal. Cependant la réflexion ne tarda pas à lui faire
-reconnoître qu'il court un danger véritable au milieu de tant
-d'ennemis dont il est entouré, flottant entre les brouilleries et les
-raccommodements, <span class="pagenum"><a id="page254" name="page254"></a>(p. 254)</span> ne jouissant que d'un crédit précaire, à la merci des
-caprices d'un peuple dont il étoit si facile de lui enlever la faveur,
-et des résolutions d'une compagnie où ses partisans n'étoient pas les
-plus nombreux. Malgré son intrépidité naturelle, il commence à
-s'alarmer; ses amis se réunissent pour accroître ses alarmes; il finit
-par se persuader que sa liberté est réellement menacée, sort de Paris
-comme un fugitif, et va se renfermer dans sa maison de Saint-Maur.</p>
-
-<p>Gondi, qui n'attendoit que son départ pour donner à ses intrigues le
-dernier degré d'activité, ne manqua pas de le présenter aussitôt sous
-les couleurs les plus odieuses, comme un acte de rébellion qui
-annonçoit les plus sinistres projets. Toutes ces impressions furent
-reçues; et Condé, qui écrivit aussitôt au parlement pour expliquer les
-motifs d'une démarche aussi étrange, ne fut écouté qu'avec la plus
-grande défaveur. Tout succédoit au gré de la cour, si Gaston n'eût
-montré, dans cette circonstance importante, ses indécisions
-accoutumées. Elles épouvantèrent la reine, qui, malgré les conseils
-toujours vigoureux du coadjuteur, n'osa dans ces premiers moments
-prendre un parti décisif contre son ennemi. Gaston, à son tour, voyant
-qu'elle balançoit, crut qu'elle ménageoit, peut-être à ses dépens, un
-accommodement avec Condé, et se hâta de faire secrètement des <span class="pagenum"><a id="page255" name="page255"></a>(p. 255)</span> avances
-à celui-ci. Dans ce moment même arrivèrent des lettres de Mazarin,
-qui, fixant les irrésolutions de la reine, la déterminèrent à s'unir
-ouvertement avec le duc et à éclater contre le prince. Gondi est
-chargé d'en faire la proposition à son maître; mais il étoit trop
-tard, et quoiqu'il sentît bien la faute qu'il avoit faite, faute dont
-il fit l'aveu à son favori, le timide Gaston n'osa jamais rompre les
-nouveaux engagements qu'il venoit de contracter avec un rival dont le
-génie faisoit trembler le sien. Condé, trouvant une force nouvelle
-dans une telle foiblesse, du fond de sa retraite demandoit avec
-hauteur le renvoi de Tellier, Lionne et Servien, créatures du
-cardinal, et qu'il appeloit par dérision les <em>sous-ministres</em>. Le duc,
-n'osant s'y opposer, descendit jusqu'à la prière pour le déterminer à
-se désister d'une demande que la reine regardoit comme le plus grand
-des outrages. Il fut inébranlable. Ce fut vainement que Gondi, dans
-plusieurs séances du parlement où cette question fut agitée, essaya,
-par tous les moyens que put lui suggérer son adresse et son éloquence,
-de vaincre les inconcevables irrésolutions de Gaston; celui-ci
-persista dans son dessein ridicule de ménager à la fois et la reine et
-Condé, et par cette conduite versatile trouva le secret de les
-mécontenter tous les deux. Les sous-ministres furent renvoyés, sur
-l'avis secret de Mazarin; <span class="pagenum"><a id="page256" name="page256"></a>(p. 256)</span> mais la reine, par le mépris que lui
-inspiroit Gaston, se fortifia dans la résolution de ne point céder à
-Condé; et celui-ci, enhardi par les avances du duc et par les terreurs
-qu'il lui inspiroit, osa bientôt braver la cour et revenir à Paris.</p>
-
-<p>Sa situation à Saint-Maur étoit en effet assez embarrassante. Une
-foule nombreuse de ses anciens partisans s'étoit d'abord rassemblée
-autour de lui; mais presque tous avoient disparu lorsqu'ils eurent
-reconnu que son intention étoit de les engager trop avant. Turenne
-l'avoit abandonné, parce qu'il s'ennuyoit de la rébellion; Bouillon,
-parce qu'il croyoit trouver plus de sûreté dans le parti de la cour;
-le duc de Longueville, par lassitude; et La Rochefoucauld, si
-maltraité dans la dernière guerre, ne cherchoit qu'à lui inspirer des
-sentiments pacifiques. D'un autre côté, le renvoi des sous-ministres
-ne laissoit plus aucun prétexte à son éloignement. Sa s&oelig;ur, le prince
-de Conti, Nemours, étoient les seuls qui l'excitassent à la guerre.
-Naturellement porté aux partis violents et décisifs, il les écoutoit
-volontiers; mais, dans l'impuissance absolue où il se trouvoit alors
-de suivre un tel conseil, il se trouva heureux que cette foiblesse
-extrême de Gaston, toujours balançant entre lui et la cour, lui
-fournît le moyen de rentrer à Paris sans danger. Il y revint donc
-brusquement; et, avec son audace accoutumée, se rendit <span class="pagenum"><a id="page257" name="page257"></a>(p. 257)</span> au parlement,
-où il n'eut aucun succès, de là chez Gaston, qui, dissimulant le
-chagrin que lui causoit son retour, se montra plus foible qu'il
-n'avoit jamais été.</p>
-
-<p>La reine, indignée d'une telle lâcheté, s'adressa alors à Gondi, le
-sommant de lui tenir la parole qu'il lui avoit donnée, de s'opposer
-aux entreprises du prince. L'intérêt du coadjuteur étoit sans doute de
-ne pas violer une semblable promesse: il se mit donc en mesure de la
-remplir, et, quelques jours après, parut au parlement avec un cortége
-aussi nombreux que celui de Condé. De tels moyens n'étoient pas faits
-pour intimider ce caractère intrépide: aussitôt le prince augmenta
-lui-même sa suite, qu'il rendit plus effrayante encore que magnifique;
-il parla plus hardiment que jamais dans le parlement contre les
-liaisons de la régente avec Mazarin; il affecta de se tenir éloigné du
-Palais-Royal, ou de n'en approcher que pour étaler aux yeux de la cour
-le cortége insolent dont il étoit sans cesse accompagné; enfin les
-choses en vinrent au point que la reine, outrée de son audace et de
-cette foiblesse désespérante du duc d'Orléans, exigea de Gondi qu'il
-se déclarât ouvertement contre Condé, et qu'il la servît même contre
-la volonté de Gaston.</p>
-
-<p>Il s'y décida, et la volonté ferme du favori finit par entraîner celle
-du maître. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'il employa d'abord
-contre le prince <span class="pagenum"><a id="page258" name="page258"></a>(p. 258)</span> un moyen dont la cour avoit usé peu de temps
-auparavant pour le perdre lui-même: Châteauneuf, qui, d'après les
-arrangements pris, devoit bientôt rentrer au ministère; Molé, que tant
-de raisons rendoient contraire à Condé, furent appelés dans un
-conseil, où l'on dressa contre lui une pièce qui le peignoit sous les
-traits les plus odieux; et certes, pour lui donner tous les caractères
-d'un rebelle, il n'y avoit malheureusement qu'à rassembler les faits.
-Le parlement, la chambre des comptes, la cour des aides, le corps de
-ville furent mandés au palais par députés, et y entendirent d'abord la
-lecture de cette foudroyante Philippique. Condé, alarmé, veut se
-justifier dans la séance du lendemain, et interpelle Gaston de venir à
-son secours: Gaston s'y refuse, et Gondi, qui lui a inspiré le courage
-de risquer ce refus, l'y fait persister, malgré les sollicitations
-pressantes de son impérieux rival. Cependant le duc, tout en refusant
-de l'accompagner, se laisse arracher un écrit, dans lequel il a l'air
-de justifier le prince des inculpations dirigées contre lui, et
-principalement de ses intelligences avec les Espagnols, intelligences
-qui n'étoient que trop réelles, et plus actives que jamais en ce
-moment, à cause du péril où il croyoit se trouver. Muni de cette
-pièce, Condé vole à la grand'chambre, et en même temps qu'il y
-renouvelle son apologie, <span class="pagenum"><a id="page259" name="page259"></a>(p. 259)</span> accuse ouvertement le coadjuteur d'être
-l'auteur des calomnies présentées par la reine contre lui. Celui-ci
-réplique avec une hauteur qui put passer pour téméraire: car si Condé
-eût voulu relever une parole outrageante qui lui étoit échappée,
-Gondi, mal accompagné ce jour là, eût peut-être couru risque de la
-vie. Le prince ne le fit point, ou par mépris, ou par grandeur d'âme.
-Son ennemi n'éprouva d'autre désagrément que d'être hué en sortant par
-le parti opposé; et, échappé à ce danger, alla se préparer à en braver
-le surlendemain de plus grands. La reine l'y excita elle-même, et
-concerta avec lui tous les préparatifs de cette journée fameuse. Elle
-mit à sa disposition une partie des troupes de la garde; les habitants
-du pont Saint-Michel et du pont Notre-Dame, vendus à ce chef de parti,
-reçurent l'ordre de se tenir prêts au premier signal; ils eurent un
-mot de ralliement; Gondi alla la veille reconnoître le champ de
-bataille, marquer les postes, et la grand'chambre prit l'aspect d'une
-ville assiégée. L'audacieux prélat y arriva le premier, entouré de
-tous ses amis; Condé ne tarda pas à s'y rendre avec des forces à peu
-près égales. Gaston, résolu à se déclarer pour le vainqueur, affecta
-de garder la neutralité en se renfermant dans son palais.</p>
-
-<p>On s'étoit assemblé pour délibérer sur l'accusation portée contre le
-prince. Son impatience <span class="pagenum"><a id="page260" name="page260"></a>(p. 260)</span> ne lui permit pas de laisser entamer la
-délibération; et dès qu'il eut pris place, il commença à se plaindre
-de cet appareil menaçant dont les avenues du palais et la
-grand'chambre elle-même offroient le spectacle extraordinaire, et
-lança à Gondi un trait piquant que celui-ci releva sur-le-champ avec
-une insolence qui mit le prince hors de lui-même. Il répliqua par un
-propos menaçant; Gondi y répondit par une bravade plus insolente
-encore. Dans un moment, comme si cette parole eût été le signal du
-combat, l'assemblée entière se lève avec un bruit effroyable, chacun
-court se ranger auprès de son chef, les présidents se jettent entre
-ces <span class="pagenum"><a id="page261" name="page261"></a>(p. 261)</span> deux troupes, toutes les deux armées, et prêtes à s'élancer l'une
-sur l'autre; ils pressent, ils conjurent, ils supplient; ils demandent
-surtout que l'on fasse disparoître cette foule de gens qui entourent
-le sanctuaire de la justice, les armes à la main. Condé cède le
-premier, et ordonne à La Rochefoucauld de faire retirer ses amis;
-Gondi sort de son côté pour donner également aux siens le signal de la
-retraite: au tumulte que l'on vient d'apaiser dans la grand'chambre
-succède tout à coup dans la grand'salle un tumulte plus affreux
-encore, dès que le coadjuteur y paroît. À sa vue, quelques partisans
-du prince tirent l'épée en criant <cite>au Mazarin!</cite> ceux de Gondi en font
-autant: dans un moment, les deux troupes, jusqu'alors confondues, se
-séparent, se forment sur deux files, se mesurent de l'&oelig;il, sont
-prêtes à se précipiter l'une sur l'autre, agitant, avec la fureur la
-plus effrénée, des sabres, des épées, des pistolets; le sang va
-couler. La présence d'esprit de Crénan, capitaine des gardes du prince
-de Conti, et de Laigues, son ami, qui étoit dans le parti opposé,
-arrêta un massacre dont les suites étoient incalculables, et pouvoient
-amener la destruction entière de Paris. Il fut convenu que les deux
-partis crieroient ensemble <cite>vive le roi!</cite> sans rien ajouter. La salle
-retentit aussitôt de ce cri unanime; on remet l'épée dans le fourreau,
-et les partis se confondent comme auparavant.</p>
-
-<p>Pendant que ces choses se passoient, Gondi couroit un affreux danger.
-Dès qu'il avoit vu briller les armes, il avoit cherché à rentrer dans
-le parquet des huissiers: La Rochefoucauld, maître de la porte, le
-saisit au passage, le serra entre les deux battants, criant à ses amis
-de se dépêcher de le tuer, tandis qu'un misérable de la dernière
-classe du peuple qui l'avoit poursuivi, le voyant ainsi engagé entre
-la grand'salle et le parquet, levoit un poignard pour l'en frapper.
-Les amis du duc eurent horreur de sa proposition, et refusèrent de lui
-prêter un aussi infâme ministère; l'assassin fut contenu de l'autre
-côté par d'Auvilliers; et Champlâtreux <span class="pagenum"><a id="page262" name="page262"></a>(p. 262)</span> entrant presqu'au même instant
-dans le lieu où se passoit cet odieux événement, repoussa La
-Rochefoucauld avec indignation, et délivra le prélat<a id="footnotetag179" name="footnotetag179"></a><a href="#footnote179" title="Lien vers la note 179"><span class="smaller">[179]</span></a>. La scène se
-prolongea dans la grand'chambre, où les deux ennemis rentrèrent
-ensemble, en s'accablant d'injures.<a id="footnotetag180" name="footnotetag180"></a><a href="#footnote180" title="Lien vers la note 180"><span class="smaller">[180]</span></a> Le désordre alloit peut-être
-renaître avec des suites plus affreuses, lorsqu'enfin persuadés par
-les ardentes supplications du premier président et des gens du roi,
-les deux chefs consentirent à faire sortir leurs créatures, l'un par
-les degrés de la Sainte-Chapelle, l'autre par le grand escalier. Cette
-foule étoit à peine dissipée, que la compagnie se sépara.</p>
-
-<p>Gondi reconnut alors qu'il s'étoit trop avancé, que la lutte étoit
-trop inégale entre lui et un prince du sang du caractère de Condé.
-L'impossibilité <span class="pagenum"><a id="page263" name="page263"></a>(p. 263)</span> de la soutenir plus long-temps sans s'exposer aux plus
-grands dangers, le détermina à user du conseil que lui donna Gaston,
-de se faire défendre par la reine d'assister aux séances du
-parlement<a id="footnotetag181" name="footnotetag181"></a><a href="#footnote181" title="Lien vers la note 181"><span class="smaller">[181]</span></a>. Cependant Condé, maître du champ de bataille,
-continuoit de demander hautement raison de l'écrit publié contre lui,
-et faisoit rendre des arrêts en sa faveur; Gaston restoit toujours
-dans son indécision accoutumée; et la reine, après avoir long-temps
-refusé de s'expliquer sur les remontrances que lui adressoit la
-compagnie, tant en faveur du prince que contre les liaisons qu'elle
-continuoit d'avoir avec Mazarin, commençoit à mollir sensiblement, et
-paroissoit disposée à entrer dans tous les accommodements qu'on lui
-proposoit. Mais la face des choses alloit changer encore plus
-rapidement que jamais: cette douceur affectée n'étoit qu'une feinte
-conseillée par Mazarin lui-même pour gagner du temps, et atteindre une
-époque solennelle qui devoit nécessairement produire une grande
-révolution dans la situation des partis. Cette époque étoit celle de
-la majorité du <span class="pagenum"><a id="page264" name="page264"></a>(p. 264)</span> roi. Condé, qui n'étoit point la dupe de ces vaines
-apparences, ne voyoit arriver qu'avec effroi un événement qui alloit
-accroître les forces de ses ennemis de tout le prestige attaché à
-l'autorité royale. Il eût dû le prévoir sans doute; mais
-l'imprévoyance étoit le vice radical de presque tout ce qui se faisoit
-alors, et l'on a pu remarquer que les plus habiles étoient sans cesse
-occupés à combattre ce qu'il y avoit de faux dans leur position. À
-mesure que ce moment fatal approchoit, le prince sentoit redoubler ses
-terreurs; mille soupçons funestes l'agitoient; pour peu que le peuple
-eût semblé ému du spectacle imposant qu'on alloit étaler à ses yeux,
-on pouvoit profiter de cette impression pour l'arrêter de nouveau, et
-abattre ainsi son parti. Plusieurs indices porteroient à croire qu'on
-en avoit conçu le dessein: il est certain du moins qu'il en eut la
-crainte; et, déterminé par un motif si puissant à ne point assister à
-la majorité, il écrivit au roi pour s'en excuser, et sortit de Paris
-la veille même du jour consacré à cette grande cérémonie.</p>
-
-<p>Tandis qu'elle se faisoit avec une pompe que commandoit la politique,
-et que rien encore n'avoit égalé, le prince étoit à Trie, où il
-essayoit inutilement d'entraîner le duc de Longueville dans sa
-révolte. Le chagrin qu'il en conçut s'accrut encore par la nouvelle
-des changements <span class="pagenum"><a id="page265" name="page265"></a>(p. 265)</span> opérés, le jour même de la majorité, dans le
-ministère, changements qui, bien qu'arrangés depuis long-temps<a id="footnotetag182" name="footnotetag182"></a><a href="#footnote182" title="Lien vers la note 182"><span class="smaller">[182]</span></a>,
-sembloient n'avoir été faits que pour le braver. Dans les perplexités
-où le jetoient et le fâcheux état du présent et l'incertitude plus
-fâcheuse encore de l'avenir, il revint, malgré les instigations
-continuelles de ses amis, à des sentiments plus modérés, et résolut de
-tenter encore son accommodement avec la cour. Une perfidie de Gaston
-empêcha l'exécution de ce projet, qui sans doute eût épargné à la
-France une longue suite de malheurs. Condé lui avoit envoyé un nouveau
-plan de pacification, et étoit allé attendre sa réponse à
-<i>Angerville</i>, en Gâtinois: le duc, dont l'intérêt n'étoit pas de le
-voir revenir, forcé cependant de lui répondre, et de ménager les
-apparences, lui envoya un courrier, qui, se trompant à dessein<a id="footnotetag183" name="footnotetag183"></a><a href="#footnote183" title="Lien vers la note 183"><span class="smaller">[183]</span></a>,
-d'après l'ordre secret qu'il en avoit reçu, alla d'abord à
-<i>Angerville</i> en Beauce, et ne se rendit au lieu indiqué que
-vingt-quatre heures après le départ <span class="pagenum"><a id="page266" name="page266"></a>(p. 266)</span> de l'impatient Condé. Furieux de
-voir ses avances méprisées, aigri encore par les avis que lui donnoit
-Chavigni de ne point se fier aux promesses de la cour, sans cesse
-excité par son conseil, qui ne cessoit de lui répéter que, dès qu'il
-auroit tiré l'épée, tout seroit à ses pieds; encouragé surtout par les
-marques d'attachement que lui prodigua la ville de Bourges, où il
-venoit de se retirer, ce prince ne voulut rien entendre, lorsqu'on lui
-apporta dans cette ville, de la part de la reine, des conditions aussi
-favorables qu'il pouvoit les désirer. Lénet fut envoyé en Espagne pour
-achever les traités ébauchés avec l'archiduc; Nemours alla prendre le
-commandement des troupes renfermées dans Stenai; et, suivi de La
-Rochefoucauld, Condé prit la route de la Guienne, avec l'espoir, en
-apparence très-fondé, de soulever toutes les provinces environnantes.</p>
-
-<p>L'effet ne répondit point à son attente; et son génie militaire, sa
-prodigieuse activité ne purent faire que de nouvelles levées ne
-fussent pas vaincues par de vieux soldats que lui-même avoit aguerris.
-Le comte d'Harcourt, qu'on envoya d'abord à sa poursuite, eut
-constamment l'avantage sur lui; mais Condé, qui, à la place de son
-ennemi, l'eût entièrement détruit si celui-ci eût été à la sienne, ne
-se laissa pas même entamer; et la marche de ce grand général jusqu'à
-Bordeaux <span class="pagenum"><a id="page267" name="page267"></a>(p. 267)</span> doit être considérée, vu l'insuffisance de ses moyens, comme
-un de ses plus hauts faits militaires. À peine fut-il arrivé dans
-cette ville, que la cour pensa à marcher sur ses pas; mais, pour
-exécuter ce projet, il falloit le consentement des frondeurs, surtout
-celui de Gondi. Elle l'obtint, en lui montrant pour prix de sa
-fidélité le don immanquable du chapeau<a id="footnotetag184" name="footnotetag184"></a><a href="#footnote184" title="Lien vers la note 184"><span class="smaller">[184]</span></a>, premier objet de tous ses
-désirs. L'aveu de Gaston suivit nécessairement le sien; mais le
-coadjuteur ne poussa point la complaisance jusqu'à abandonner ce
-prince à la reine, qui désiroit vivement l'emmener avec elle. Il ne
-pourroit dominer un personnage de ce caractère qu'en le gardant auprès
-de lui; et d'ailleurs l'intérêt de Gaston étoit de rester à Paris,
-puisqu'il n'ignoroit pas que Mazarin, quoique absent, continuoit seul
-à gouverner la cour.</p>
-
-<p>Ici les intrigues se compliquent plus que jamais, et la situation de
-chaque parti semble devenir plus embarrassante. Le coadjuteur, sur une
-simple promesse, avoit laissé la reine échapper de ses mains; c'étoit
-une grande faute, car il résultoit de la position nouvelle de cette
-princesse qu'elle pouvoit ou rappeler son ministre ou faire la paix
-avec Condé, pour écraser ensuite les frondeurs. Si elle s'arrêtoit au
-premier parti, <span class="pagenum"><a id="page268" name="page268"></a>(p. 268)</span> en se déclarant pour elle, Gondi se perdoit dans
-l'esprit de Gaston, le peuple l'abandonnoit entièrement, et la bonne
-foi de Mazarin devenoit la seule garantie de la récompense qu'il
-attendoit; s'il la prévenoit dans le second, en déterminant Gaston à
-recevoir à l'instant même les avances que le prince ne cessoit de lui
-faire, sa nomination étoit aussitôt révoquée, et sa fortune rejetée de
-nouveau dans tous les hasards des troubles politiques. Dans un tel
-état de choses, toute résolution ferme et absolue sembloit
-dangereuse<a id="footnotetag185" name="footnotetag185"></a><a href="#footnote185" title="Lien vers la note 185"><span class="smaller">[185]</span></a>: cette indécision de son maître, qui l'avoit si
-souvent désespéré, se trouva propre à le servir. Il résolut, et rien
-n'étoit plus aisé sans doute, de maintenir Gaston toujours flottant
-entre la cour et Condé, toujours négociant avec l'un et l'autre, de
-manière à inspirer à la reine assez de crainte pour qu'elle jugeât
-imprudent de trop s'avancer, assez de confiance pour qu'elle ne crût
-pas nécessaire de rien précipiter. Tandis qu'il espéroit gagner <span class="pagenum"><a id="page269" name="page269"></a>(p. 269)</span> ainsi
-l'époque qui devoit faire confirmer sa nomination au cardinalat, il
-affectoit de se montrer plus fidèle que jamais à la cour, en
-maintenant le parlement dans ses mauvaises dispositions à l'égard de
-Condé, en laissant même enregistrer un arrêt du conseil, qui le
-déclaroit lui et ses adhérents criminels de lèse-majesté, si dans
-l'espace d'un mois ils n'avoient déposé les armes; et rien en effet ne
-pouvoit mieux remplir ses vues que d'achever de brouiller ainsi la
-régente avec le prince, sans enlever entièrement à celui-ci l'espoir
-de s'unir de nouveau avec Gaston. D'un autre côté, l'ambition de
-Châteauneuf le servoit au gré de tous ses v&oelig;ux, en suscitant sans
-cesse des obstacles au retour de Mazarin, retour que ce ministre
-craignoit peut-être plus que Gondi lui-même, puisqu'il devoit être
-nécessairement le signal de sa disgrâce. À force de souplesse,
-d'activité dans son travail, d'intrigues de toute espèce, il étoit peu
-à peu parvenu à rendre moins pénible à la reine l'absence du cardinal;
-il avoit même conçu quelque espoir de l'en détacher tout-à-fait en
-créant un simulacre de premier ministre dans la personne du prince
-Thomas de Savoie, parent de cette princesse, ce qu'elle avoit vu avec
-une sorte de complaisance. Cependant, par un retour singulier, Condé
-se voyoit réduit à désirer le rappel de son ennemi, n'imaginant plus
-que ce seul moyen de forcer <span class="pagenum"><a id="page270" name="page270"></a>(p. 270)</span> Gaston à revenir à lui, et à lui rendre
-ainsi le parlement, la capitale et toutes les grandes villes du
-royaume. Tel étoit le but d'une foule de négociations insidieuses
-qu'il conduisoit à la fois à Bruyll, à Paris, à la cour, et dont
-Gourville<a id="footnotetag186" name="footnotetag186"></a><a href="#footnote186" title="Lien vers la note 186"><span class="smaller">[186]</span></a> étoit l'agent infatigable.</p>
-
-<p>De toutes ces dispositions diverses, dont aucune n'échappoit à l'&oelig;il
-pénétrant de Mazarin, une seule lui causoit de sérieuses alarmes:
-c'étoit le refroidissement de jour en jour plus marqué qu'il
-découvroit dans la correspondance de la régente. Ces indices, toujours
-croissants, lui firent enfin reconnoître qu'il étoit perdu s'il
-tardoit un seul moment à rentrer en France: aussitôt toutes les
-créatures qu'il avoit à la cour furent mises en mouvement auprès de la
-reine pour la ramener à son ancien attachement, et tandis qu'on
-ranimoit ainsi, sans beaucoup d'efforts, une affection dont les
-traces étoient si <span class="pagenum"><a id="page271" name="page271"></a>(p. 271)</span> profondes, le cardinal se préparoit à donner un
-grand éclat à son retour, en essayant d'entamer avec les Espagnols des
-négociations pour la paix générale, et d'acheter au duc de Lorraine la
-petite armée qu'il mettoit en quelque sorte à l'enchère de toutes les
-puissances de l'Europe<a id="footnotetag187" name="footnotetag187"></a><a href="#footnote187" title="Lien vers la note 187"><span class="smaller">[187]</span></a>. N'ayant pu réussir dans ces deux projets,
-il en forma un troisième, moins brillant peut-être, mais sans doute
-plus utile à ses intérêts: ce fut de gagner les commandants des places
-frontières, et de les décider à lui fournir chacun une partie de leurs
-troupes, d'en former une armée et de se présenter au roi avec ce
-renfort. Il y parvint avec beaucoup de promesses et un peu d'argent.
-Huit mille hommes furent ainsi réunis auprès de Sedan, et le maréchal
-d'Hocquincourt, qui d'ailleurs en avoit l'ordre secret de la cour,
-consentit à les commander<a id="footnotetag188" name="footnotetag188"></a><a href="#footnote188" title="Lien vers la note 188"><span class="smaller">[188]</span></a>. Mazarin avoit eu, <span class="pagenum"><a id="page272" name="page272"></a>(p. 272)</span> pendant cet
-intervalle, assez de pouvoir pour se faire donner, par le roi
-lui-même, un ordre très-pressant de revenir, et, muni de cette pièce
-importante, il se prépara à rentrer en France à la tête de cette
-petite armée.</p>
-
-<p>La nouvelle inattendue de ce retour fut un coup de foudre pour Gondi:
-c'est alors qu'il reconnut la faute irréparable qu'il avoit faite de
-laisser la régente sortir de Paris; cette faute, ainsi qu'il le dit
-lui-même avec une confusion profonde, étoit <cite>des plus lourdes,
-palpable, impardonnable</cite>; elle changeoit toute la face des affaires;
-et le seul parti qui lui restoit à prendre étoit d'en atténuer autant
-que possible les effets. Vainement donc la régente fit mille
-tentatives pour obtenir de lui, au sujet de ce retour projeté du
-cardinal, un consentement d'où dépendoit entièrement celui de Gaston;
-il ne voulut rien écouter. Il exhala son dépit en reproches et en
-menaces, et remplissant l'âme de Gaston de toute l'ardeur dont il
-étoit lui-même enflammé, il l'entraîna sur-le-champ au parlement, où
-recommencèrent aussitôt et avec une fureur nouvelle toutes les scènes
-que la haine contre ce ministre, l'intérêt, la crainte, toutes les
-passions <span class="pagenum"><a id="page273" name="page273"></a>(p. 273)</span> y avoient si souvent et depuis si long-temps excitées.
-Plusieurs séances très-orageuses se succédèrent en peu de jours et se
-terminèrent par un arrêt terrible contre Mazarin, dans lequel on
-défendoit aux commandants de place, aux maires et échevins des villes,
-de lui livrer passage, où l'on ordonnoit des députations au roi, pour
-lui présenter ce retour comme une calamité publique.</p>
-
-<p>La cour, prenant alors une marche nouvelle parce qu'en effet sa
-situation n'étoit plus la même, au lieu de chercher désormais à
-arrêter les excès du parlement, prit la résolution de l'abandonner à
-lui-même, persuadée avec raison que l'anarchie poussée au dernier
-période ne pouvoit manquer d'être favorable au retour de l'autorité.
-En conséquence de ces dispositions nouvelles, Molé, dont la fermeté ne
-pouvoit plus lui être utile, fut appelé auprès du roi, dans la crainte
-que, s'il restoit à Paris, le duc d'Orléans ne s'emparât des sceaux.
-Il partit, emmenant avec lui le surintendant et toute la chancellerie.
-Beaucoup de personnes de qualité suivirent son exemple, et quittèrent
-la capitale, comme un séjour désormais mal assuré. Bouillon et
-Turenne, que Gaston vouloit faire arrêter, se sauvèrent, par
-l'assistance même de Gondi<a id="footnotetag189" name="footnotetag189"></a><a href="#footnote189" title="Lien vers la note 189"><span class="smaller">[189]</span></a>; <span class="pagenum"><a id="page274" name="page274"></a>(p. 274)</span> Laigues et Noirmoutiers se rangèrent
-du côté de la cour; la duchesse de Chevreuse elle-même, détachée du
-coadjuteur par la jalousie que lui causoient ses liaisons avec la
-princesse Palatine, suivit le même parti. Ces départs successifs
-jetoient l'alarme dans Paris: Gaston l'augmentoit encore par la
-violence de ses procédés. Avant le départ du premier président, il
-avoit excité clandestinement une émeute de la plus vile populace,
-s'imaginant donner ainsi à la cour une preuve de l'horreur que les
-Parisiens avoient pour le ministre exilé; ces misérables avoient osé
-assiéger la maison de Molé, et l'intrépide magistrat les avoit
-dissipés par sa seule présence. À peine fut-il parti, que le duc,
-retournant au parlement, où les esprits aigris, irrités par le
-désordre des séances précédentes, étoient préparés à tous les excès, y
-annonça comme certain, ce qui jusqu'alors n'avoit été qu'un événement
-probable, le retour de Mazarin; et les dispositions de la cour
-tellement favorables à ce retour, qu'elle-même l'avoit ordonné. À ces
-mots, la faction poussa des cris de rage; les opinions les plus
-violentes, les plus désordonnées <span class="pagenum"><a id="page275" name="page275"></a>(p. 275)</span> se succédèrent avec les mouvements
-les plus impétueux; et du sein de ce fracas de paroles sortit enfin
-cet arrêt fameux qui, déclarant de nouveau le cardinal criminel de
-lèse-majesté, perturbateur du repos public, proscrivoit sa tête et
-fixoit même le prix de cette proscription<a id="footnotetag190" name="footnotetag190"></a><a href="#footnote190" title="Lien vers la note 190"><span class="smaller">[190]</span></a>. Des conseillers furent
-nommés pour aller sur la frontière armer les communes, et élever
-partout des obstacles à son passage; un autre arrêt, adressé à tous
-les parlements, les invita à prendre les mêmes mesures contre cet
-ennemi de l'état. Cependant, chose vraiment remarquable, au milieu de
-tant d'attentats contre le ministre, l'autorité royale commençoit à
-faire sentir son ascendant; un roi majeur imposoit à ces brouillons,
-qui jusque-là avoient suivi aveuglément l'impulsion de leurs chefs. Ce
-fut donc vainement que Gaston et Gondi, qui sentoient que des arrêts
-étoient bien peu de chose contre une armée, essayèrent d'entraîner le
-parlement à <span class="pagenum"><a id="page276" name="page276"></a>(p. 276)</span> lever des contributions, et à soudoyer des troupes pour
-s'opposer efficacement à la rentrée du cardinal. Cette proposition fut
-rejetée d'une voix presque unanime, comme attentatoire à l'autorité du
-souverain. Ainsi on reconnoissoit cette autorité et on l'outrageoit
-tout à la fois, par une contradiction qui confondoit ceux mêmes qui se
-livroient à des démarches si inconsidérées<a id="footnotetag191" name="footnotetag191"></a><a href="#footnote191" title="Lien vers la note 191"><span class="smaller">[191]</span></a>.</p>
-
-<p>(1652.) Cependant Mazarin s'avançoit en France, protégé par son armée;
-et le maréchal d'Hocquincourt lui frayoit un passage, culbutant sans
-peine les foibles milices que les commissaires du parlement avoient
-rassemblées contre lui. Sur les avis qu'il recevoit de sa marche et de
-ses succès, le parlement continuoit à rendre des arrêts
-contradictoires; protestant hautement contre le retour du ministre,
-même après une déclaration du roi, qui faisoit connoître que ce retour
-étoit son ouvrage, refusant l'offre que lui faisoit Condé de ses
-services contre l'ennemi commun, éludant sans cesse les propositions
-de Gaston, <span class="pagenum"><a id="page277" name="page277"></a>(p. 277)</span> qui ne cessoit de demander la création d'une force
-militaire imposante, et l'union avec les autres parlements. La
-conduite bizarre de cette compagnie jetoit le duc et Gondi dans un
-embarras inexprimable: le premier, plus jaloux que jamais des qualités
-brillantes de son illustre rival, eût préféré sans doute de continuer
-à flotter entre les partis; mais la nullité absolue à laquelle le
-réduisoient de tels arrêts ne lui montroit plus d'autre ressource que
-dans cette jonction avec Condé, pour laquelle il avoit une si grande
-répugnance: car de former lui-même une <em>tiers-parti</em>, de lever de son
-côté l'étendard de la révolte, l'idée seule l'en faisoit frémir, et
-toute l'éloquence de son favori, qui avoit formé le plan de ce
-tiers-parti<a id="footnotetag192" name="footnotetag192"></a><a href="#footnote192" title="Lien vers la note 192"><span class="smaller">[192]</span></a>, ne put jamais l'y déterminer.</p>
-
-<p>Celui-ci étoit dans une position plus embarrassante encore, par ses
-engagements avec la cour, qui l'empêchoient d'entrer dans cette union
-déjà méditée entre le prince et le duc d'Orléans, par ses vues
-secrètes d'ambition qui lui rendoient Mazarin odieux et son retour
-insupportable, par la difficulté qu'il trouvoit à empêcher entre les
-deux princes un rapprochement dont la nécessité devenoit pour Gaston
-de jour en jour plus évidente. Il étoit impossible sans doute qu'il
-se tirât complétement de ce labyrinthe <span class="pagenum"><a id="page278" name="page278"></a>(p. 278)</span> inextricable où la force des
-événements l'avoit engagé; mais il fit du moins tout ce qu'il étoit
-possible de faire. Prévoyant que le premier soin de Mazarin, à son
-retour, seroit d'empêcher sa promotion au cardinalat, il intrigua à la
-cour de Rome; et, profitant de l'aversion naturelle que le pontife
-avoit pour ce ministre, qu'il avoit connu dans sa jeunesse et dont il
-avoit su apprécier l'esprit intrigant et le caractère artificieux, il
-fit hâter sa nomination qui fut déclarée la veille même du jour où
-l'on reçut de la cour l'ordre qui la révoquoit. Ménageant toujours la
-reine pour ne pas se fermer toutes les voies au ministère, il
-remplissoit la promesse qu'il lui avoit faite de ne point s'unir
-lui-même avec Condé, et la forçoit en quelque sorte à ne pas trouver
-mauvais qu'il laissât Gaston suivre ce parti, le seul en effet qu'il
-lui fût possible de prendre. Enfin, quoique sa nouvelle dignité, dont
-la source étoit inconnue au plus grand nombre, offrît mille moyens à
-ses ennemis de calomnier ses intentions, de le présenter comme vendu à
-la cour et à Mazarin, il conserva la faveur du duc, parce que celui-ci
-connoissoit tout le mystère de cette conduite, vraiment inexplicable
-aux yeux du public. Pour jouer plus sûrement tant de rôles différents,
-Retz, (c'est ainsi que nous nommerons désormais le nouveau cardinal)
-affecta, dès ce moment, de <span class="pagenum"><a id="page279" name="page279"></a>(p. 279)</span> n'en plus jouer aucun. Sa haute dignité ne
-lui permettoit plus de paroître aux séances du parlement<a id="footnotetag193" name="footnotetag193"></a><a href="#footnote193" title="Lien vers la note 193"><span class="smaller">[193]</span></a>: il
-saisit avec joie une si favorable occasion de s'absenter entièrement
-de ces assemblées, qui, comme il le dit lui-même, «n'étoient plus que
-des cohues non-seulement ennuyeuses, mais insupportables.» Il courut
-pour la seconde fois se renfermer à l'archevêché; et, dans cette
-retraite, commandée par la plus subtile politique, conseiller secret
-de Gaston, qu'il dirigeoit dans ses nouveaux rapports même en évitant
-de les partager, il attendoit ainsi, et en quelque sorte sans danger,
-le moment où il pourroit reparoître sur la scène, libre d'y jouer
-alors le personnage qui lui sembleroit le plus convenable à ses
-intérêts.</p>
-
-<p>Turenne, Mazarin et les deux princes, vont maintenant occuper sur
-cette scène les premiers rangs. L'arrivée du ministre à Poitiers, où
-résidoit alors la cour, avoit fait disparoître aussitôt tous ses
-concurrents. L'ambitieux Châteauneuf s'étoit vu forcé de se retirer
-pour aller mourir <span class="pagenum"><a id="page280" name="page280"></a>(p. 280)</span> dans l'exil; et le prince Thomas étoit retombé dans
-la nullité la plus absolue. Mazarin, soit qu'il possédât au suprême
-degré l'heureux don de captiver les esprits, soit que, suivant la
-belle expression de Bossuet, il fût «devenu nécessaire, non-seulement
-par l'importance de ses services, mais encore par des malheurs <cite>où
-l'autorité souveraine étoit engagée</cite>,» avoit eu l'art de se rendre
-aussi agréable au jeune roi qu'il l'avoit jamais été à sa mère, et
-dirigeoit ainsi les affaires avec une puissance plus absolue peut-être
-qu'auparavant. Gaston, qui venoit enfin de se déclarer ouvertement
-pour Condé, avoit formé une petite armée, destinée, sous les ordres de
-Beaufort, à agir de concert avec les troupes espagnoles et françoises
-que Nemours amenoit de Flandre pour le service du prince<a id="footnotetag194" name="footnotetag194"></a><a href="#footnote194" title="Lien vers la note 194"><span class="smaller">[194]</span></a>.
-Celui-ci entra en France sans éprouver la moindre résistance, parce
-que les troupes du roi étoient divisées; et, s'avançant jusqu'à
-Mantes, son dessein étoit de prendre le chemin de la Guienne, <span class="pagenum"><a id="page281" name="page281"></a>(p. 281)</span> afin de
-renfermer la cour entre ses troupes et celles avec lesquelles
-man&oelig;uvroit Condé. Mais la régente ne lui en laissa pas le temps: elle
-avoit maintenant d'aussi fortes raisons pour revenir à Paris et y
-combattre l'ascendant d'une faction qui menaçoit d'entraîner tout le
-royaume, qu'elle en avoit eu pour le quitter avant l'arrivée du
-cardinal; et, laissant assez de troupes au comte d'Harcourt pour tenir
-Condé en échec dans la Guienne et l'empêcher d'en sortir, elle revint
-côtoyant la Loire, protégée par une armée inférieure en forces à celle
-de Nemours, et dont le commandement fut partagé entre Turenne et le
-maréchal d'Hocquincourt. Cette armée, après avoir repris, presque sans
-coup férir, la ville d'Angers, que le duc de Rohan avoit soulevée un
-moment en faveur du prince, s'avança jusqu'à Blois et sembla menacer
-Orléans. Cette ville étoit le chef-lieu de l'apanage de Gaston.
-Devoit-il en fermer les portes aux troupes du roi? C'étoit là une
-action hardie dont, en sa qualité de prince, les suites
-l'effrayoient<a id="footnotetag195" name="footnotetag195"></a><a href="#footnote195" title="Lien vers la note 195"><span class="smaller">[195]</span></a>; et c'en étoit assez pour le faire <span class="pagenum"><a id="page282" name="page282"></a>(p. 282)</span> retomber dans
-ses anciennes perplexités. Enfin il se décida à y envoyer
-<i>Mademoiselle</i>, sa fille aînée, pour y soutenir ses partisans contre
-ceux de la cour: elle partit, la tête exaltée sur la mission dont elle
-étoit chargée<a id="footnotetag196" name="footnotetag196"></a><a href="#footnote196" title="Lien vers la note 196"><span class="smaller">[196]</span></a>, et entra à Orléans par une brèche que lui
-ouvrirent quelques habitants, les autorités locales ayant refusé de la
-recevoir. La possession d'Orléans ouvroit à l'armée des frondeurs les
-provinces d'outre-Loire, et l'armée royale étoit encore trop foible
-pour s'opposer à leurs progrès; mais la mésintelligence des chefs
-l'empêcha de profiter de cet avantage, et sauva ainsi la cour d'un
-très-grand danger, Nemours voulant absolument que les deux armées
-réunies se rapprochassent de Condé pour lui porter secours, Beaufort,
-d'après les ordres secrets de Gaston et de Retz, refusant de passer
-la Loire et d'abandonner ainsi Paris aux <span class="pagenum"><a id="page283" name="page283"></a>(p. 283)</span> entreprises de l'armée
-royaliste<a id="footnotetag197" name="footnotetag197"></a><a href="#footnote197" title="Lien vers la note 197"><span class="smaller">[197]</span></a>. Des chefs la discorde passa aux officiers, de ceux-ci
-aux soldats, à un tel point que plus d'une fois les troupes des deux
-princes furent sur le point de se charger; et, profitant de ces
-divisions, l'armée du roi remontoit la Loire, mettant toujours cette
-rivière entre elle et l'armée des frondeurs.</p>
-
-<p>Pendant que toutes ces choses se passoient, la situation de Condé dans
-la Guienne devenoit de jour en jour plus mauvaise. C'étoit vainement
-que son audace et son génie luttoient, avec de misérables recrues,
-contre l'excellente armée du comte d'Harcourt: ses prodiges de valeur
-et de conduite ne faisoient que reculer une ruine qui sembloit
-inévitable; et, se voyant sans ressource de ce côté par la foiblesse
-extrême à laquelle il étoit réduit, il prévoyoit également de l'autre
-une perte assurée, s'il ne trouvoit <span class="pagenum"><a id="page284" name="page284"></a>(p. 284)</span> un moyen d'étouffer des discordes
-dont l'effet eût été de détruire une armée, désormais son unique
-espérance. Sa présence pouvoit seule rétablir l'ordre: il se décide à
-partir; et, laissant le prince de Conti et la duchesse de Longueville
-se disputer entre eux, et fomenter dans Bordeaux d'obscures cabales,
-il traverse une grande partie de la France, déguisé, au travers d'une
-foule de dangers dont le récit a un air presque romanesque, et arrive
-inopinément aux avant-postes de son armée, lorsque la mésintelligence
-entre Beaufort et Nemours étoit parvenue au dernier degré. À son
-aspect, le courage du soldat est ranimé: Montargis, dont le siége
-avoit été décidé, puis abandonné, ouvre ses portes à la première
-sommation. Maître de cette ville, Condé forme le projet de surprendre
-l'armée royale, dont les deux chefs s'étoient séparés à cause de la
-disette des fourrages. Il marche pendant une nuit obscure sur une
-partie de cette armée cantonnée près de Bléneau, et commandée par le
-maréchal d'Hocquincourt, tombe sur ses quartiers, trop éloignés les
-uns des autres, les enlève presque sans résistance, jette le désordre
-et l'épouvante parmi ses troupes, et, sur le point de remporter une
-victoire complète, se la voit arracher par Turenne, dont les belles
-man&oelig;uvres sauvent l'armée royale et la cour, qu'il avoit déjà
-sauvées à <span class="pagenum"><a id="page285" name="page285"></a>(p. 285)</span> l'attaque du pont de Gergeau<a id="footnotetag198" name="footnotetag198"></a><a href="#footnote198" title="Lien vers la note 198"><span class="smaller">[198]</span></a>. Cependant ce succès,
-quoique imparfait, jette un si grand éclat sur les armes de Condé,
-qu'il croit pouvoir quitter sans danger le commandement de ses
-troupes<a id="footnotetag199" name="footnotetag199"></a><a href="#footnote199" title="Lien vers la note 199"><span class="smaller">[199]</span></a> et se rendre à Paris, où les avis secrets de Chavigni le
-pressoient de venir pour déjouer, disoit-il, les intrigues de Retz,
-dont l'ascendant sur Gaston devenoit de jour en jour plus dangereux,
-et tendoit à le mettre entièrement hors de sa dépendance. Il est
-certain que ni le duc ni son confident ne se soucioient de le voir
-dans la capitale; qu'ils prirent, pour l'empêcher d'y arriver<a id="footnotetag200" name="footnotetag200"></a><a href="#footnote200" title="Lien vers la note 200"><span class="smaller">[200]</span></a>,
-des mesures que <span class="pagenum"><a id="page286" name="page286"></a>(p. 286)</span> Gaston n'eut pas ensuite le courage de soutenir; et
-que, sans le bruit de ses exploits, qui l'avoit précédé, le prince
-n'eût peut-être pas trouvé les portes ouvertes pour le recevoir.</p>
-
-<p>Il y entra au milieu des applaudissements de la populace, que Chavigni
-avoit su émouvoir en sa faveur, mais avec l'improbation unanime de
-tous les corps de Paris, qui ne pouvoient voir, sans en être indignés,
-cet air de triomphe dans un sujet qui venoit de tailler en pièces une
-partie de l'armée de son roi. Quoique Gaston eût avec lui toutes les
-apparences d'une intelligence parfaite, et affectât même de
-l'accompagner partout, le prince fut froidement reçu au parlement, à
-la chambre des comptes, à la cour des aides; partout on lui reprocha,
-du moins indirectement, l'état de rébellion dans lequel il sembloit
-persister contre l'autorité légitime, et il ne put obtenir des
-chambres assemblées que des arrêts nouveaux contre Mazarin:
-l'autorisation qu'il demandoit de lever des troupes et de l'argent lui
-fut refusée. Une assemblée de l'hôtel-de-ville, où il espéroit
-dominer, ne lui fut guère plus favorable; et, sur l'invitation qu'il
-lui fit d'écrire aux principales villes du royaume pour former une
-<em>union</em> avec la capitale, il fut seulement <span class="pagenum"><a id="page287" name="page287"></a>(p. 287)</span> arrêté qu'il seroit fait
-une députation au roi pour le supplier de donner la paix à son peuple.</p>
-
-<p>La cour eût pu tirer un grand parti de cette disposition des esprits,
-si elle ne se fût trop hâtée de manifester la ferme résolution de
-maintenir le cardinal contre la haine publique, qui ne cessoit de le
-poursuivre; mais une déclaration du roi envoyée sur ces entrefaites au
-parlement, par laquelle il étoit sursis à tous les arrêts rendus
-contre son ministre, et que la compagnie avoit ordre d'enregistrer
-sur-le-champ, ramena, presque malgré eux, vers le prince un grand
-nombre de ceux que le devoir commençoit à en éloigner. Les membres du
-parlement, même les plus vertueux, dominés par l'esprit de corps, ne
-vouloient pas que Mazarin pût se relever sur les débris de leurs
-arrêts. L'exemple de cette grande corporation entraîna toutes les
-autres; Condé entendit un cri unanime s'élever contre ce nom abhorré;
-et les Parisiens oublièrent un moment le rebelle pour ne voir en lui
-que l'ennemi du cardinal. Toutefois, malgré cette espèce de succès, il
-étoit loin encore de dominer dans Paris. Les honnêtes gens, las de la
-guerre civile, le voyoient avec d'autant plus de peine, que ses
-partisans essayoient de l'y faire régner par la terreur, excitant à
-toutes sortes de désordres cette populace <span class="pagenum"><a id="page288" name="page288"></a>(p. 288)</span> qu'ils avoient soulevée.
-Retz aigrissoit encore ce mécontentement par toutes les intrigues qui
-lui étoient familières. Ainsi Condé, placé au milieu de tant
-d'intérêts divers, dont aucun ne s'accordoit entièrement avec les
-siens, ne se soutenoit réellement dans la capitale que par la haine
-que l'on portoit à Mazarin. Toutefois ses égards et ses déférences lui
-gagnèrent entièrement Gaston, qui lia enfin sa fortune à la sienne,
-sans renoncer toutefois à écouter les conseils du coadjuteur.</p>
-
-<p>Pendant ce temps, l'armée royaliste se rapprochoit de Paris en
-exécutant divers mouvements, dont le but étoit de rompre les
-communications de Condé avec l'armée des confédérés. Celle-ci, chassée
-de Montargis par la disette des fourrages, alla se renfermer dans
-Étampes. Ce fut alors que Turenne, chargé seul du commandement des
-troupes royales, dont l'existence avoit été de nouveau compromise par
-les imprudences de d'Hocquincourt, fit faire à l'armée royale un
-mouvement qui la plaça entre Paris et l'armée rebelle, et déploya
-cette belle suite de man&oelig;uvres qui accrurent encore sa réputation
-militaire, et le montrèrent à l'Europe comme un digne rival de Condé.
-Tandis qu'il assiégeoit Étampes, vaillamment défendue par Tavannes, et
-qu'il poursuivoit ce siége au milieu des contrariétés de toute espèce
-que lui suscitoit la <span class="pagenum"><a id="page289" name="page289"></a>(p. 289)</span> misère profonde des peuples et de la cour<a id="footnotetag201" name="footnotetag201"></a><a href="#footnote201" title="Lien vers la note 201"><span class="smaller">[201]</span></a>,
-le duc de Lorraine, cet illustre aventurier dont nous avons déjà
-parlé, entra en France avec son armée vagabonde; et, laissant partout
-des traces horribles de son passage, vint camper auprès de Dammartin,
-à sept lieues de Paris. Déjà vendu à Mazarin, il feignit de passer
-tout à coup dans le parti des princes, qui allèrent au-devant de lui,
-le comblèrent de caresses, et le reçurent dans Paris même avec les
-plus grands honneurs. Le peuple imbécile, dont il venoit de dévaster
-les campagnes, l'applaudit à son entrée, en même temps que le
-parlement refusoit de le recevoir dans son sein, le traitant
-publiquement d'ennemi de l'État. Mais, également insensible aux
-honneurs et aux outrages, uniquement avide d'argent, il continua dans
-Paris même de négocier avec la cour, et, après s'être fait chèrement
-payer par elle sa retraite, se fit payer encore par les princes pour
-rester, se conduisant, dit Talon<a id="footnotetag202" name="footnotetag202"></a><a href="#footnote202" title="Lien vers la note 202"><span class="smaller">[202]</span></a>, «comme un bandit qui n'a <span class="pagenum"><a id="page290" name="page290"></a>(p. 290)</span> ni
-foi ni loi, ni probité quelconque.» Turenne, que le traité conclu avec
-lui avoit déterminé à lever le siége d'Étampes, et dont sa trahison
-dérangeoit tous les plans, se conduisit avec tant de sang-froid et
-d'habileté dans cette circonstance périlleuse qui devoit perdre un
-général ordinaire, qu'au lieu de se trouver enfermé entre les deux
-armées ennemies, comme on en avoit formé projet, il vint lui-même
-assiéger le camp de l'étranger, et le força à se retirer en Flandre,
-suivant ses premiers engagements. On ne peut exprimer la fureur des
-princes et des Parisiens à cette fatale nouvelle: Condé surtout étoit
-consterné; il savoit trop la guerre pour ne pas avoir déjà reconnu
-que, dans la circonstance où il se trouvoit, elle ne pouvoit lui
-offrir aucune chance favorable sans un tel auxiliaire, et cette
-retraite sembloit anéantir toutes ses espérances.</p>
-
-<p>Du reste les négociations ne lui réussissoient pas plus que les armes.
-Mazarin avoit su l'y engager depuis quelque temps par les conseils de
-Chavigni, qui sans doute étoit dès-lors livré à la cour et au
-ministre; et, consommé comme il l'étoit dans l'art de séduire et de
-tromper, <span class="pagenum"><a id="page291" name="page291"></a>(p. 291)</span> on peut juger quel parti le cardinal sut tirer de ces
-négociations pour amuser et diviser les partis. Il est peu de
-spectacle plus curieux que le manége dont la cour fut alors le
-théâtre. Dès que Condé eut commencé à négocier, Gaston envoya aussitôt
-des négociateurs. Le parlement, de son côté, arrêta des remontrances;
-et tous d'accord sur un seul point, l'expulsion de Mazarin et
-l'éloignement des troupes royales, se présentoient sur tous les autres
-avec des intérêts entièrement opposés. Ce n'étoit des deux côtés
-qu'entrevues, conférences, demandes, promesses, man&oelig;uvres de toute
-espèce, dans lesquelles on se jouoit mutuellement; où souvent les
-négociateurs eux-mêmes traitoient contre les intérêts de ceux qui les
-avoient envoyés. Condé se présentoit avec des prétentions
-exorbitantes: Mazarin, sans les rejeter positivement, avoit grand soin
-de leur donner de la publicité pour les faire traverser par Retz et
-Gaston; sur les remontrances adressées par le parlement, le roi
-l'invitoit à lui faire une députation solennelle pour traiter de la
-paix concurremment avec les princes; et les princes, effrayés d'une
-démarche qui, de même qu'au siége de Paris, pouvoit rendre cette
-compagnie maîtresse des conditions du traité, traversoient, autant
-qu'il étoit en eux, les rapports qu'elle prétendoit se créer avec la
-cour. Les partisans de la guerre les aidoient dans <span class="pagenum"><a id="page292" name="page292"></a>(p. 292)</span> cette man&oelig;uvre:
-Beaufort soulevoit la populace; les magistrats, qui n'avoient plus un
-Molé à leur tête, poursuivis, maltraités à la sortie de leurs séances,
-de jour en jour plus orageuses, n'osoient plus s'assembler; une
-anarchie complète régnoit dans Paris; et cependant la cour, moins
-traitable que jamais depuis l'éloignement du duc de Lorraine, tandis
-qu'elle embarrassoit tous les partis dans des piéges si adroitement
-tendus, profitoit du temps précieux qu'elle leur faisoit perdre pour
-concentrer toutes les forces dont elle pouvoit disposer, préparer des
-opérations militaires plus décisives, et finir la guerre d'un seul
-coup.</p>
-
-<p>Quoique Condé eût donné au parlement une parole solennelle de tenir
-ses troupes toujours à dix lieues de la capitale, cependant, sous
-prétexte que la cour, après avoir pris le même engagement, ne l'avoit
-pas rempli, il ne s'étoit fait aucun scrupule de violer sa promesse en
-s'emparant de Charenton, du pont de Neuilly et de Saint-Cloud. Après
-la retraite du duc de Lorraine, ce prince avoit rassemblé le gros de
-son armée dans ce dernier village, étendant son camp jusqu'à Surène,
-tandis que Turenne, renforcé par un corps de troupes considérable que
-le maréchal de La Ferté lui avoit amené de la Lorraine, étoit venu
-occuper Chevrette, à une lieue de Saint-Denis, de manière que la
-rivière <span class="pagenum"><a id="page293" name="page293"></a>(p. 293)</span> seule séparoit les deux armées. Avec des forces si supérieures
-à celles de Condé, il jugea qu'il lui seroit facile de l'anéantir s'il
-pouvoit le placer entre l'armée royale et les murs de Paris, parce que
-les intelligences que la cour avoit su se procurer dans cette ville où
-le désordre étoit à son comble<a id="footnotetag203" name="footnotetag203"></a><a href="#footnote203" title="Lien vers la note 203"><span class="smaller">[203]</span></a>, lui donnoient l'assurance que
-jamais les portes ne s'en ouvriroient pour frayer un passage à l'armée
-rebelle. Pour exécuter ce grand dessein, Turenne avoit fait construire
-un pont de bateaux à Épinay; et le succès en eût été immanquable, si
-le coup d'&oelig;il perçant de Condé n'eût saisi d'abord tout son plan et
-reconnu le danger extrême où il alloit se trouver: car une armée
-double de la sienne, se partageant en deux, pouvoit tout à la fois
-venir d'un côté l'attaquer dans son camp, et de l'autre le tenir en
-échec au pont de Saint-Cloud, ce qui auroit rendu sa défaite
-inévitable. Il prit donc sur-le-champ la résolution de sortir d'une
-situation aussi périlleuse, de gagner Charenton avec sept à huit mille
-hommes qui lui restoient, et de s'y poster sur cette langue de terre
-qui fait la jonction de la Seine avec la Marne. Deux <span class="pagenum"><a id="page294" name="page294"></a>(p. 294)</span> chemins y
-conduisoient: l'un, plus long et plus sûr, c'étoit de traverser Meudon
-et la plaine de Grenelle, de longer les faubourgs Saint-Germain et
-Saint-Marcel, pour passer ensuite la Seine à l'endroit où est
-l'hôpital général. Mais il auroit fallu faire remonter par Paris un
-pont de bateaux; et il étoit incertain que les bourgeois voulussent le
-permettre; alors Condé se seroit vu forcé de se replier sur le
-faubourg Saint-Germain, et il ne devenoit pas impossible qu'un combat
-ne s'y engageât avec les troupes royalistes sous les fenêtres mêmes du
-Luxembourg, et que Gaston, foudroyé par l'artillerie du roi dans son
-propre palais, ne se décidât brusquement à faire sa paix avec la cour.
-L'autre chemin, plus court, en passant à travers le bois de Boulogne
-et en défilant presque à la vue de l'ennemi, le long des faubourgs
-Saint-Honoré, Saint-Denis, Saint-Martin, étoit aussi plus dangereux.
-Ce fut ce dernier que Condé se vit forcé de suivre. Il leva son camp
-au milieu de la nuit, espérant, par l'activité de ses mouvements,
-prévenir ceux de l'ennemi; mais il avoit en tête un général qui, de
-même que lui, ne se laissoit pas facilement surprendre. Turenne,
-instruit de sa marche au moment même où son armée commençoit à
-s'ébranler, détache aussitôt quelques escadrons pour le harceler dans
-sa retraite, et ces troupes légères <span class="pagenum"><a id="page295" name="page295"></a>(p. 295)</span> sont bientôt suivies de toute
-l'armée royale. Des hauteurs de Montfaucon, où Condé, dès le point du
-jour, avoit su entraîner Gaston qui paroissoit alors disposé à faire
-un grand effort en sa faveur, les deux princes virent les troupes
-confédérées s'étendant depuis Charenton, où l'avant-garde étoit déjà
-arrivée, jusqu'au faubourg Saint-Denis. De ce côté l'arrière-garde,
-plusieurs fois chargée et rompue par les escadrons royalistes, se
-rallioit avec peine, s'efforçant de gagner le faubourg Saint-Antoine,
-tandis que l'armée royale s'avançoit, développant ses rangs et se
-mettant en bataille dans la plaine située entre Saint-Denis et Paris.
-À cette vue Gaston, tremblant, court se renfermer dans son palais; et
-Condé, bien convaincu que la retraite est maintenant tout-à-fait
-impossible, fait replier son avant-garde sur le corps de bataille qui
-n'étoit pas encore sorti du premier des deux faubourgs, s'empare des
-barrières et de quelques foibles retranchements élevés peu de temps
-auparavant par les Parisiens<a id="footnotetag204" name="footnotetag204"></a><a href="#footnote204" title="Lien vers la note 204"><span class="smaller">[204]</span></a>, place son canon et ses troupes à
-l'entrée des trois principales rues<a id="footnotetag205" name="footnotetag205"></a><a href="#footnote205" title="Lien vers la note 205"><span class="smaller">[205]</span></a>, et attend ainsi de pied
-ferme l'effort de l'ennemi. Turenne, dont l'artillerie n'étoit <span class="pagenum"><a id="page296" name="page296"></a>(p. 296)</span> point
-encore arrivée, balance d'abord à l'attaquer, et s'y détermine enfin
-sur l'ordre exprès qu'il en reçoit de Mazarin<a id="footnotetag206" name="footnotetag206"></a><a href="#footnote206" title="Lien vers la note 206"><span class="smaller">[206]</span></a>. Tavannes,
-Clinchamp, Valon, Nemours sont opposés à Navailles, à Saint-Maigrin, à
-Turenne lui-même; Condé est partout. Tandis que des deux côtés on se
-prépare au combat, la reine, à genoux dans l'église des Carmélites de
-Saint-Denis, élève ses mains vers le Dieu des armées pour le succès de
-sa juste cause; le roi, suivi du cardinal et de toute sa cour, gagne
-les hauteurs de Charonne et de Menil-Montant, d'où ses regards
-embrassent tous les mouvements des deux armées; et les Parisiens,
-craignant également et royalistes et confédérés, ferment leurs portes
-et se rangent aussi comme spectateurs sur leurs murailles.</p>
-
-<p>Ainsi commença ce fameux combat du faubourg Saint-Antoine, où, sur un
-espace très-resserré et avec un très-petit nombre de troupes, les deux
-généraux firent des prodiges d'habileté et de valeur, qui ajoutèrent
-encore un nouvel éclat à leur haute renommée. Condé surtout, attaqué
-par des forces supérieures dans une <span class="pagenum"><a id="page297" name="page297"></a>(p. 297)</span> circonstance qui sembloit devoir
-être décisive, exalté par le péril extrême qu'il couroit, se surpassa
-lui-même, parut être au-dessus d'un mortel. Suivi d'un gros de
-gentilshommes et du régiment de l'Altesse, on le voyoit se porter dans
-tous les postes avec la rapidité de l'éclair, rétablir le combat,
-ramener la victoire. À chaque instant les barricades sont forcées, et,
-dès qu'il paroît, regagnées. Turenne lui-même, déjà parvenu jusqu'à
-l'abbaye Saint-Antoine, perd, à son aspect, tout le terrein dont il
-s'est emparé, et sa valeur tranquille est forcée de céder à ce
-bouillant courage. Des flots de sang coulent des deux côtés; mais les
-pertes de l'armée royale sont à l'instant réparées, et celles de Condé
-l'épuisent de moment en moment davantage. Ses plus braves officiers
-sont tués à ses côtés; l'ennemi étant parvenu à se loger dans les
-maisons qui bordent l'entrée du faubourg, ce n'est plus qu'au milieu
-d'un feu croisé et au travers d'une grêle de balles qu'il est possible
-d'arriver jusqu'aux barricades: les soldats refusent de braver une
-mort qui semble inévitable; leurs chefs qu'ils abandonnent s'y
-précipitent seuls, et sous ce feu meurtrier disputent à des bataillons
-entiers ces foibles retranchements<a id="footnotetag207" name="footnotetag207"></a><a href="#footnote207" title="Lien vers la note 207"><span class="smaller">[207]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page298" name="page298"></a>(p. 298)</span> C'est alors que la situation
-de l'armée confédérée devient à chaque instant plus critique. Gaston,
-tour à tour agité par la crainte et par la jalousie, n'ose sortir du
-Luxembourg ni prendre un parti; Retz, qui craint plus encore une
-victoire de Condé que sa défaite, reste tranquille à l'archevêché.
-C'est en vain que quelques amis du prince réunis autour du duc
-essaient de l'ébranler, il paroît inflexible. Cependant le danger
-étoit à son comble: sur tous les points où Condé ne paroissoit pas,
-ses troupes étoient repoussées, enfoncées; cet escadron redoutable qui
-l'avoit accompagné partout, qui avoit fait avec lui tant de prodiges
-de valeur, étoit presque entièrement détruit; le soldat, épuisé de
-fatigue, tomboit dans le découragement et molissoit dans sa
-résistance; les rues étoient encombrées de cadavres. Cependant les
-guichets de la porte Saint-Antoine ne s'ouvroient que pour laisser
-entrer les blessés; tout sembloit perdu, et la lassitude que cette
-résistance opiniâtre avoit aussi causée à l'ennemi retardoit seule de
-quelques instants cette perte assurée. Mademoiselle, dont la tête
-romanesque se monte à la vue des dangers que court un héros; que
-l'ambition et la vanité animent peut-être autant que cette <span class="pagenum"><a id="page299" name="page299"></a>(p. 299)</span> noble
-pitié, vole au Luxembourg, se jette aux pieds de son père, emploie les
-larmes, les caresses, les plus ardentes supplications, parvient enfin
-à lui arracher l'ordre qui doit faire le salut du prince et de son
-armée, traverse Paris au milieu des flots d'un peuple que le spectacle
-déplorable de tant de morts et de mourants<a id="footnotetag208" name="footnotetag208"></a><a href="#footnote208" title="Lien vers la note 208"><span class="smaller">[208]</span></a> commençoit à soulever,
-voit dans la Bastille même Condé qui paroît devant elle dans un
-affreux désordre et livré au plus grand désespoir, lui montre son
-ordre et fait à l'instant même ouvrir les portes. Le héros, rassuré,
-va préparer sa retraite, et l'effectue avec autant de sang-froid qu'il
-avoit montré d'ardeur dans la bataille, au moment même où Turenne,
-renforcé par le corps du maréchal La Ferté, se préparoit à le tourner
-et à l'enfermer entre son armée et les murailles de la ville. Les
-troupes du prince passent au milieu de Paris, gagnent les faubourgs
-Saint-Marceau et Saint-Victor, et, s'étendant le long de la rivière
-des Gobelins, mettent la Seine entre elles et l'armée royale.
-Cependant l'arrière-garde, qui faisoit ferme <span class="pagenum"><a id="page300" name="page300"></a>(p. 300)</span> encore sur la rive
-droite, est inquiétée par la cavalerie ennemie: alors Mademoiselle
-fait pointer sur elle le canon de la Bastille; ses décharges réitérées
-jettent le désordre dans cette cavalerie, la forcent à regagner la
-campagne, et les derniers débris de l'armée du prince doivent leur
-salut à cette action violente et audacieuse<a id="footnotetag209" name="footnotetag209"></a><a href="#footnote209" title="Lien vers la note 209"><span class="smaller">[209]</span></a>.</p>
-
-<p>La cour avoit compté sur une victoire plus complète, et la gloire du
-vaincu effaçoit presque celle du vainqueur<a id="footnotetag210" name="footnotetag210"></a><a href="#footnote210" title="Lien vers la note 210"><span class="smaller">[210]</span></a>. Cependant Condé,
-qu'une action si brillante rendoit plus cher à ses partisans, et
-faisoit admirer de ceux même qui ne l'aimoient pas, voulut profiter de
-l'éclat qu'elle jetoit sur lui pour tenter un coup hardi qui le rendît
-maître absolu de Paris, où son autorité continuoit d'être foible et
-précaire, espérant se procurer ainsi une paix plus avantageuse, <span class="pagenum"><a id="page301" name="page301"></a>(p. 301)</span> ou de
-nouveaux moyens de continuer la guerre. Il ne s'agissoit pas moins que
-de s'emparer des suffrages dans la prochaine assemblée de
-l'Hôtel-de-Ville, d'y faire déposer le gouverneur de Paris, le prévôt
-des marchands et la plupart des échevins qui lui étoient contraires,
-pour les remplacer par Beaufort, Broussel et autres gens à sa
-dévotion. Le duc d'Orléans, qu'il avoit su entraîner dans ce projet,
-devoit être nommé lieutenant-général du royaume; il recevoit, lui, le
-titre de généralissime des armées, et la ville signoit un traité avec
-les princes. Ce plan étoit hardi; mais, pour en rendre le succès
-immanquable, Condé méditoit le projet plus hardi encore, mais plus
-difficile, de faire sortir de Paris ce Retz dont le génie continuoit
-d'obséder Gaston et luttoit sans cesse contre le sien. C'étoit le
-matin même du jour désigné pour l'assemblée, et au moyen d'une émeute
-populaire secrètement préparée par ses nombreux agents, que devoit
-être frappé ce coup décisif. Le cardinal, saisi dans l'archevêché,
-d'où il affectoit toujours de ne point sortir, eût été conduit hors de
-la ville, avec défense d'y rentrer sous peine de la vie; Condé
-entraînoit ensuite à l'Hôtel-de-Ville Gaston abattu et tremblant, et,
-dans le premier trouble où cette violence eût jeté les esprits, il
-auroit pu en effet tout demander et tout obtenir. Cette <span class="pagenum"><a id="page302" name="page302"></a>(p. 302)</span> man&oelig;uvre, si
-bien concertée, manqua par les moyens mêmes qui devoient la faire
-réussir. Les émissaires du prince, mêlés à la populace qu'ils avoient
-rassemblée dès la pointe du jour sur le Pont-Neuf et dans la place
-Dauphine, avoient imaginé, pour se reconnoître, de mettre des bouquets
-de paille à leurs chapeaux. Ce signe est remarqué et devient dans un
-moment celui de tous les factieux. Ils forcent tous ceux qu'ils
-rencontrent à l'arborer sans distinction de rang, de sexe, ni d'âge.
-Les esprits s'échauffent par cette manie même, la sédition s'accroît
-et semble s'étendre sur la ville entière. Gaston, qui en ignore
-l'auteur, s'imagine qu'elle est préparée contre Condé lui-même, et,
-malgré tous les efforts que celui-ci fait pour lui échapper, le
-retient au Luxembourg jusqu'à l'heure de l'assemblée. Ils s'y rendent;
-mais la première partie du projet manqué fait avorter l'autre. Ils
-trouvent à l'Hôtel-de-Ville une résistance qu'ils n'attendoient pas;
-on n'y parle que d'obéissance au roi, dont on vient de recevoir une
-lettre<a id="footnotetag211" name="footnotetag211"></a><a href="#footnote211" title="Lien vers la note 211"><span class="smaller">[211]</span></a>, et les princes eux-mêmes sont interpellés par le
-maréchal de l'Hôpital, gouverneur de la ville, <span class="pagenum"><a id="page303" name="page303"></a>(p. 303)</span> pour savoir s'ils ne
-sont pas également disposés à obéir. Ils sortent outrés de dépit, et
-traversant la place de Grève, où malheureusement cette populace
-ameutée et toujours guidée par les mêmes chefs les avoit suivis sans
-dessein, il leur échappe de dire assez haut pour être entendus que
-l'<cite>Hôtel-de-Ville est rempli de Mazarins</cite>. Cette parole imprudente,
-recueillie, commentée, vole dans un moment de bouche en bouche. Les
-émissaires de Condé croient y reconnoître le signal qu'ils attendoient
-depuis si long-temps, et dirigent aussitôt la fureur du peuple contre
-ses magistrats. La place retentit du cri d'<em>union</em> plusieurs fois
-répété; et ces clameurs sont suivies de plusieurs coups de fusils
-tirés par les plus furieux dans les vitres de la salle d'assemblée;
-les archers qui gardoient les portes ont l'imprudence d'y répondre par
-une décharge dont plusieurs mutins sont tués ou blessés. C'est le
-signal du plus horrible désordre: ces portes, que l'on a fermées, sont
-dans un moment ou enfoncées ou livrées aux flammes; la foule s'y
-précipite, et alors commence une scène de désolation, où l'on ne voit
-plus que des victimes et des bourreaux. On égorge dans les salles de
-l'Hôtel-de-Ville; ceux qui peuvent en échapper sont massacrés sur la
-place; quelques-uns rachètent leur vie à prix d'argent; d'autres
-cherchent à gagner les toits, ou à se <span class="pagenum"><a id="page304" name="page304"></a>(p. 304)</span> cacher dans les coins les plus
-obscurs. La soif du pillage, qui se mêle à celle du sang, en fait
-découvrir plusieurs, et cette découverte étend et prolonge le carnage.
-Nul moyen de porter du secours; les rues circonvoisines étoient
-barricadées et gardées par ces furieux. Déjà la flamme, après avoir
-dévoré une partie de l'Hôtel-de-Ville, s'étend jusqu'à l'église
-Saint-Jean-en-Grève, et menace tout le quartier. On n'entend que des
-cris de fureur ou de désespoir; et c'est dans ce moment seulement que
-les princes sont avertis du désastre que leur imprudence a causé.
-Gaston épouvanté veut y envoyer Condé; il refuse, et propose Beaufort,
-plus accoutumé que lui à apaiser la populace. Mademoiselle s'offre
-d'elle-même quelques moments après, et tous les deux, non sans quelque
-effroi pour eux-mêmes et de longues hésitations, parviennent, vers
-minuit, jusqu'au théâtre de cette horrible boucherie, qui étoit cessée
-lorsqu'ils y arrivèrent. Ils entrèrent dans l'Hôtel-de-Ville et mirent
-en sûreté ceux qui s'y étoient cachés. Leur dévouement trop tardif
-n'eut pas d'autre effet.</p>
-
-<p>Il n'y a point de preuves certaines que Condé fût l'auteur de ce
-massacre; et quoique ce soit un préjugé fâcheux contre lui que
-l'indifférence avec laquelle il en reçut la nouvelle, et le refus
-qu'il fit d'aller arrêter le mal, son caractère, que l'on trouve
-toujours noble et généreux, <span class="pagenum"><a id="page305" name="page305"></a>(p. 305)</span> même au milieu de ses plus grandes
-erreurs, semble repousser jusqu'au soupçon d'un crime où il y auroit
-eu autant de bassesse que d'atrocité. Il n'en est pas moins vrai qu'il
-en fut accusé, et que ce malheureux événement acheva de ruiner
-entièrement ses affaires: à l'admiration qu'avoient inspirée ses
-exploits succéda tout à coup l'horreur profonde que l'on éprouve pour
-les tyrans. Comme eux, Condé régna dans Paris, par la terreur. Les
-citoyens consternés, se renfermèrent chez eux; le parlement et
-l'Hôtel-de-Ville restèrent presque déserts; et au milieu d'un petit
-nombre de magistrats, ou vendus à son parti, ou subjugués par la
-crainte, le prince put impunément faire les changements qu'il avoit
-projetés. Beaufort fut gouverneur de Paris, Broussel, prévôt des
-marchands. Cependant la misère du peuple étoit à son comble<a id="footnotetag212" name="footnotetag212"></a><a href="#footnote212" title="Lien vers la note 212"><span class="smaller">[212]</span></a>; une
-soldatesque effrénée ravageoit la campagne; et leurs chefs, pour la
-retenir dans une cause injuste, étoient forcés de fermer les yeux sur
-ses <span class="pagenum"><a id="page306" name="page306"></a>(p. 306)</span> excès; la famine commençoit à se faire sentir dans la ville; tout
-enfin annonçoit une révolution prochaine, qui, pour être un peu
-retardée par l'effet de ces mesures tyranniques, n'en paroissoit pas
-moins inévitable.</p>
-
-<p>En effet Paris, depuis cette époque jusqu'à la fin de ces malheureux
-troubles, présente l'image de la plus horrible confusion. Retz,
-réveillé tout à coup par cette scène sanglante, de l'espèce de
-sécurité dans laquelle il sembloit plongé, instruit peut-être du
-danger qu'il avoit couru, sortit de sa retraite, et reparut avec un
-appareil formidable<a id="footnotetag213" name="footnotetag213"></a><a href="#footnote213" title="Lien vers la note 213"><span class="smaller">[213]</span></a>, prêt à disputer à Condé cette puissance
-absolue qu'il sembloit s'arroger, déclamant contre les horreurs qui
-venoient de se passer, et attirant ainsi vers lui tous ceux qui
-gémissoient de la nouvelle tyrannie. Avec les intérêts les plus
-opposés, les deux princes, affectant l'union la plus parfaite, se
-faisoient donner par le parlement ces titres de lieutenant général du
-royaume et de généralissime des armées qu'ils avoient tant
-ambitionnés; mais les arrêts de cette compagnie, reçus maintenant avec
-mépris dans la France entière, tournés en ridicule dans Paris même,
-étoient cassés sur-le-champ <span class="pagenum"><a id="page307" name="page307"></a>(p. 307)</span> par des arrêts de la cour, qui en
-faisoient voir toute l'absurdité<a id="footnotetag214" name="footnotetag214"></a><a href="#footnote214" title="Lien vers la note 214"><span class="smaller">[214]</span></a>. Gaston demandoit de l'argent
-pour lever des troupes; et d'après ses demandes, on ordonnoit des
-impôts que tout le monde refusoit de payer. Il fut résolu de former un
-conseil pour la nouvelle autorité qu'on venoit d'établir: dans cette
-formation, des disputes sur les préséances donnèrent lieu à des scènes
-ou tragiques ou scandaleuses; Nemours provoqua Beaufort à un duel,
-dont il fut lui-même la victime<a id="footnotetag215" name="footnotetag215"></a><a href="#footnote215" title="Lien vers la note 215"><span class="smaller">[215]</span></a>; Condé <span class="pagenum"><a id="page308" name="page308"></a>(p. 308)</span> donna un soufflet au comte
-de Rieux, qui le lui rendit<a id="footnotetag216" name="footnotetag216"></a><a href="#footnote216" title="Lien vers la note 216"><span class="smaller">[216]</span></a>. C'est ainsi que, de jour en jour, le
-parti des princes perdoit de son autorité et de sa considération. D'un
-autre côté la cour n'étoit guère moins embarrassée: elle savoit que
-Fuensaldagne et le duc de Lorraine s'apprêtoient à rentrer en France
-pour soutenir de nouveau les rebelles; et forcée de quitter les
-environs de Paris, elle ne savoit où se retirer. Turenne releva seul
-les courages abattus, et détermina le roi à se réfugier, non en
-Bourgogne, comme Mazarin en avoit donné le conseil pusillanime, mais
-seulement à Pontoise, tandis que, portant son armée du côté de
-Compiègne, il alloit observer la marche de l'ennemi. Toutefois la
-correspondance n'en continuoit pas moins entre le roi et le parlement;
-et, dans ces rapports entre le maître et les sujets, le renvoi de
-Mazarin étoit le seul prétexte qu'ils donnassent du refus d'obéissance
-à ses ordres. Pour les pousser à bout, le jeune prince promet et
-annonce le départ prochain de son ministre: aussitôt Condé, qui
-craint avec raison un piége <span class="pagenum"><a id="page309" name="page309"></a>(p. 309)</span> caché sous cette promesse, se réunit à
-Gaston pour la décréditer comme une ruse nouvelle du cardinal; et tous
-les deux déclarent en plein parlement ne pouvoir désarmer que l'ennemi
-de l'état ne soit hors du royaume. Cette déclaration rompt toutes les
-communications entre le roi et cette compagnie: elle a même l'audace
-de rappeler ses députés, qui avoient reçu l'ordre de se rendre au lieu
-où la cour résidoit. Alors le monarque, déployant enfin le caractère
-trop long-temps méconnu de l'autorité souveraine, rend un arrêt par
-lequel il transfère à Pontoise le parlement de Paris, interdisant à
-ses membres tout acte de leur juridiction jusqu'à ce qu'ils y fussent
-réunis.</p>
-
-<p>Quatorze à quinze d'entre eux trouvèrent le moyen de sortir de la
-ville sous divers déguisements, et de se rendre à Pontoise, où ils
-furent installés par Molé. Le parlement de Paris ne manqua pas de
-rendre sur-le-champ un arrêt qui déclaroit nul et illégitime le
-nouveau parlement: celui-ci lui répondit par un arrêt non moins
-violent, et sans doute mieux fondé, puisqu'il étoit soutenu de
-l'autorité royale. Au milieu de ces débats entre les deux parlements,
-Mazarin préparoit la scène qui devoit enfin terminer cette guerre
-funeste et scandaleuse. En gagnant du temps, en opposant sans cesse
-les uns aux autres tous les intérêts, toutes les passions, il avoit
-<span class="pagenum"><a id="page310" name="page310"></a>(p. 310)</span> allumé entre ses ennemis des méfiances que rien ne pouvoit guérir, des
-haines que rien ne pouvoit calmer. Réduits, par leurs discordes
-intestines, au dernier état de foiblesse, les rebelles ne trouvoient
-un reste de force que dans la haine commune qu'ils lui portoient, et
-dans l'union apparente qu'elle produisoit entre eux. Il résolut de
-leur enlever cette dernière ressource; et son éloignement de la cour,
-si fâcheux pour lui dans un temps où les partis divers étoient dans
-toute leur vigueur, devenoit maintenant un coup de la plus adroite
-politique. La mort subite du duc de Bouillon<a id="footnotetag217" name="footnotetag217"></a><a href="#footnote217" title="Lien vers la note 217"><span class="smaller">[217]</span></a>, dont les talents
-supérieurs, l'ambition, l'activité pouvoient seuls l'inquiéter pendant
-sa retraite momentanée, acheva de le décider. Jamais comédie ne fut
-jouée avec plus d'adresse et de naturel. Le parlement de Pontoise,
-d'accord avec le cardinal et la régente, demanda son expulsion dans
-des termes non moins énergiques que celui de Paris. Mazarin lui-même
-pria le roi à mains jointes de le laisser partir; et après avoir
-établi dans le ministère un ordre tel que personne ne pût avoir la
-pensée d'envahir une place qu'il ne quittoit que pour quelques
-instants, il sortit de France une seconde fois, le 19 <span class="pagenum"><a id="page311" name="page311"></a>(p. 311)</span> août, et se
-retira à Sedan, d'où il continua de conduire toutes les affaires.</p>
-
-<p>Ce qu'il avoit prévu ne manqua pas d'arriver: ce départ acheva
-très-rapidement la révolution déjà commencée dans les esprits. Dès que
-la nouvelle en fut répandue à Paris, le parlement entier montra
-ouvertement la ferme résolution de se soumettre à un monarque qui
-daignoit faire les premiers pas, et engagea les princes à accéder à
-son acte de soumission. Jamais ils ne s'étoient trouvés dans une
-position plus embarrassante; et cet exil de Mazarin, si long-temps le
-prétexte de leur révolte, étoit en effet l'événement le plus fâcheux
-qui pût alors leur arriver. N'osant se compromettre par un refus, ils
-feignirent d'entrer dans les vues de la compagnie, mais avec des
-restrictions qui leur laissoient en effet la faculté d'accepter ou de
-refuser, se proposant intérieurement de combattre encore, et d'obtenir
-du succès de leurs armes une paix telle qu'ils la vouloient avoir. La
-cour, se fortifiant de plus en plus de la foiblesse de ses ennemis,
-tint ferme, et ne voulut entendre de leur part aucunes conditions
-particulières. Condé, dont les avances et les propositions avoient été
-plus mal reçues que celles de Gaston, essaya de nouveau d'agiter le
-parlement; mais il n'inspiroit plus la même terreur: on osa le
-contredire; et l'acte de soumission fut arrêté.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page312" name="page312"></a>(p. 312)</span> Ce fut pour les princes une nécessité d'y souscrire; mais ils le
-firent purement par politique: car dans ce moment même ils attendoient
-le duc de Lorraine, qui rentroit en France de concert avec
-Fuensaldagne, et que l'or de l'Espagne avoit entièrement gagné à leur
-parti. Tous les deux y vinrent en effet, chacun avec une armée; mais
-les ruses politiques de Mazarin déterminèrent le général espagnol à se
-retirer<a id="footnotetag218" name="footnotetag218"></a><a href="#footnote218" title="Lien vers la note 218"><span class="smaller">[218]</span></a>, et les belles opérations militaires de Turenne
-paralysant tous les efforts du prince lorrain, et de Condé
-réunis<a id="footnotetag219" name="footnotetag219"></a><a href="#footnote219" title="Lien vers la note 219"><span class="smaller">[219]</span></a>, portèrent ainsi le dernier <span class="pagenum"><a id="page313" name="page313"></a>(p. 313)</span> coup à la faction chancelante
-de celui-ci. Retz alors voyant que la paix étoit inévitable, que tout
-y tendoit invinciblement, fait prendre à Gaston le seul parti qui fût
-convenable dans la situation désespérée des choses, celui d'essayer de
-se rendre l'arbitre de cette paix tant souhaitée, et de se donner tout
-le mérite du retour du roi dans sa capitale. Il se charge de cette
-mission délicate, et qui, dans la circonstance où il se trouvoit,
-n'étoit pas sans danger pour lui, part pour Compiègne à la tête d'une
-députation du clergé, y est reçu mieux qu'il n'espéroit<a id="footnotetag220" name="footnotetag220"></a><a href="#footnote220" title="Lien vers la note 220"><span class="smaller">[220]</span></a>, mais ne
-réussit point dans l'objet de <span class="pagenum"><a id="page314" name="page314"></a>(p. 314)</span> son voyage. La cour, qui, quelques mois
-auparavant, eût accepté ses propositions avec empressement, se voyoit
-actuellement dans une situation à pouvoir reconquérir ses droits, sans
-grâces ni conditions; elles furent donc refusées, jusqu'à celle que
-faisoit le duc d'Orléans de se retirer à Blois, pourvu qu'une amnistie
-honorable assurât son état, celui des princes et de leurs partisans;
-et ce furent les amis du cardinal, Servien, Le Tellier, Ondeley, qui,
-se méfiant de la facilité de la reine, empêchèrent le succès de cette
-négociation.</p>
-
-<p>Gaston, voyant ses avances rebutées, éclata d'abord en plaintes et en
-menaces, puis retombant bientôt dans ses indécisions accoutumées,
-fournit ainsi à ses ennemis tous les moyens nécessaires pour réussir
-sans son secours. Quant à Condé, le mauvais succès de ses armes avoit
-achevé de lui faire perdre toute considération à Paris. La haine et le
-mépris pour son parti y étoient parvenus au dernier degré; les
-Espagnols et les Lorrains étoient publiquement insultés par la
-populace; chaque jour lui apprenoit la défection de quelques-uns des
-siens, même de ceux sur lesquels il avoit le plus compté. Dans ce
-naufrage général, chacun pensoit à ses propres intérêts: la fureur de
-négocier s'étoit emparée de tout le monde; et la route de Compiègne à
-Paris étoit en quelque <span class="pagenum"><a id="page315" name="page315"></a>(p. 315)</span> sorte couverte de négociateurs qui alloient et
-venoient, sous divers déguisements, recevoir des réponses ou porter
-des conditions. Au milieu de cette population immense et exaspérée
-contre lui, Condé en vint au point de craindre pour sa propre sûreté.
-Se voyant donc sans espoir du côté de la cour; excité par ceux qui
-s'étoient sincèrement attachés à sa fortune à écouter les propositions
-brillantes que lui faisoient les Espagnols; entraîné par cette passion
-qu'il avoit pour la guerre, et par cette hauteur de caractère qui ne
-lui permettoit pas de plier sous un ministre qu'il avoit si long-temps
-et si publiquement dédaigné, il se résolut enfin à sortir de France,
-et se jetant dans les bras des ennemis de son pays, il prit, le 18
-octobre, avec le duc de Lorraine, le chemin de la Flandre par la
-Picardie.</p>
-
-<p>Le jour de son départ fut pour la capitale un jour d'allégresse.
-L'imprudent Gaston en triompha lui-même, se persuadant que sa retraite
-alloit le rendre maître absolu du traité que Paris se disposoit à
-faire avec son souverain; mais la cour étoit désormais trop puissante
-pour daigner seulement l'écouter, et lui trop foible, même pour
-diriger les soumissions de la ville envers elle. Délivrés de ce reste
-de terreur que leur inspiroit encore Condé, le parlement,
-l'Hôtel-de-Ville, toutes les grandes corporations <span class="pagenum"><a id="page316" name="page316"></a>(p. 316)</span> résolurent de faire
-leur paix particulière, sans s'embarrasser beaucoup du désir que le
-duc témoigna d'être seul chargé de ce soin, et des efforts qu'il fit
-pour mettre obstacle à leur dessein. Le clergé avoit commencé, les
-autres suivirent. Toutes les députations furent accueillies avec
-douceur et bonté, à l'exception de celles du parlement et de
-l'Hôtel-de-Ville, la cour les considérant comme interdits, et ne
-reconnoissant d'autre parlement que celui qu'elle avoit assemblé à
-Pontoise. L'un et l'autre firent bientôt leur paix en annulant
-d'eux-mêmes toutes les dispositions séditieuses qu'ils avoient
-successivement prises: élection irrégulière d'un gouverneur et
-d'échevins anti-royalistes, création d'un conseil d'union, concession
-du titre de lieutenant-général au duc d'Orléans, et de généralissime
-au prince de Condé; et en attendant qu'ils fussent reçus en corps,
-leurs membres se mêlèrent aux députés des autres corporations. La
-cour, alors à Mantes, s'avança jusqu'à Saint-Germain, où Sa Majesté,
-sur les humbles supplications que lui firent les députés de revenir à
-Paris, promit d'y faire incessamment son entrée.</p>
-
-<p>Enfin, trois jours après, le 21 octobre, le monarque rentra dans sa
-capitale par la porte Saint-Honoré, dans tout l'appareil de sa
-puissance, et au milieu des acclamations unanimes d'un peuple fatigué
-de sa révolte et plein d'espérances <span class="pagenum"><a id="page317" name="page317"></a>(p. 317)</span> pour l'avenir. Gaston fut exilé à
-Blois, où Beaufort le suivit; Mademoiselle n'attendit pas l'ordre du
-roi, et se retira dans ses terres. Les duchesses de Chevreuse et de
-Montbason reçurent défense de paroître à la cour, et partirent pour
-leurs châteaux. Sur la menace qu'on lui fit de le faire pendre s'il se
-laissoit assiéger, le fils du vieux Broussel se hâta de rendre la
-Bastille. Dès le lendemain de son arrivée, le roi tint au Louvre un
-lit de justice auquel furent également appelés les conseillers de
-Paris et ceux de Pontoise; dix à douze seulement des premiers avoient
-reçu l'ordre de quitter Paris. Dans ce lit de justice, le roi fit
-enregistrer un édit qui interdisoit au parlement toute délibération
-sur le gouvernement de l'état et sur les finances, ainsi que toutes
-procédures contre les ministres qu'il lui plairoit de choisir.</p>
-
-<p>Retz, bien accueilli d'abord, plutôt par l'inquiétude que pouvoit
-causer encore sa popularité que par le souvenir de ce qu'il avoit fait
-pour la paix, à laquelle il n'avoit en effet contribué qu'en ne s'y
-opposant pas, pouvoit profiter de cette position heureuse où tant de
-circonstances inespérées l'avoient placé, pour assurer à jamais son
-avenir. Mais cet esprit inquiet et turbulent étoit en quelque sorte
-ennemi du repos; en sortant du Louvre, où il s'étoit trouvé au moment
-même de l'arrivée du roi, il étoit allé conseiller encore la <span class="pagenum"><a id="page318" name="page318"></a>(p. 318)</span> révolte
-à Gaston prêt à partir pour son exil. La reine, instruite de cette
-nouvelle man&oelig;uvre, ne pensa d'abord à s'en venger qu'en l'éloignant
-de Paris, et lui fit faire à ce sujet des propositions où il crut voir
-de la foiblesse<a id="footnotetag221" name="footnotetag221"></a><a href="#footnote221" title="Lien vers la note 221"><span class="smaller">[221]</span></a>: elles accrurent son audace; il s'aveugla au
-point de croire qu'il pouvoit imposer des conditions; et s'environnant
-d'une escorte de ses partisans, qui le mettoit à l'abri d'un coup de
-main, se confiant en ce qu'il croyoit avoir conservé d'ascendant sur
-une multitude qui lui avoit été si long-temps dévouée, il prétendit
-traiter avec la cour de puissance à puissance, et poussa l'insolence
-au point que le dessein fut pris de l'arrêter et même de l'attaquer à
-main armée, si l'on ne pouvoit autrement s'en emparer. On ne fut point
-obligé d'en venir à ces extrémités: lui-même, par excès de confiance,
-se laissa prendre à un piége que lui tendit Mazarin; sur la foi d'un
-traité entamé avec ce ministre, il se relâcha de ses précautions, vint
-au Louvre moins accompagné, et y fut arrêté le 19 décembre. Le peuple,
-dont on avoit craint quelque mouvement en sa faveur, le vit conduire à
-Vincennes sans témoigner la moindre émotion<a id="footnotetag222" name="footnotetag222"></a><a href="#footnote222" title="Lien vers la note 222"><span class="smaller">[222]</span></a>. Ainsi <span class="pagenum"><a id="page319" name="page319"></a>(p. 319)</span> finit Gondi,
-moins habilement sans doute qu'il n'avoit commencé.</p>
-
-<p>(1653) Mazarin attendoit tranquillement l'accomplissement de toutes
-ces mesures qu'il commandoit et dirigeoit du fond de sa retraite, pour
-venir reprendre, avec plus de puissance que jamais, le gouvernement de
-la France. Turenne et les principaux officiers de l'armée le reçurent
-aux frontières et l'accompagnèrent dans sa marche triomphale jusqu'à
-Paris, où son entrée, qu'il y fit le 3 février, fut celle d'un
-souverain qui, après avoir visité dans une paix profonde les provinces
-de son royaume, vient réjouir sa capitale de son retour.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page320" name="page320"></a>(p. 320)</span> Le roi étoit allé lui-même au-devant de l'heureux ministre hors des
-murs de la ville; et les Parisiens se montrèrent aussi extrêmes dans
-les hommages qu'ils lui rendirent qu'ils l'avoient été dans les
-outrages dont ils l'avoient accablé. Ils lui donnèrent à
-l'Hôtel-de-Ville une fête, dans laquelle lui furent prodigués tous les
-honneurs jusqu'alors réservés au souverain; il jeta de l'argent au
-peuple, qui répondit à ses largesses par mille acclamations; et l'on
-dit que, surpris lui-même d'un changement si grand et si subit, il
-conçut un grand mépris pour une nation qui se montroit si inconstante
-et si légère. S'il en est ainsi, il faut s'en étonner: Mazarin
-avoit-il donc si peu d'expérience des choses humaines; et pouvoit-il
-ignorer que, dans tous les temps et dans tous les lieux, les peuples,
-abandonnés à eux-mêmes, furent toujours ce que les Parisiens venoient
-de se montrer? S'il en étoit autrement, ils n'auroient pas besoin
-d'être conduits; et la société d'ici-bas seroit tout autre que Dieu
-n'a voulu qu'elle fût. Ceux qui les gouvernent ne doivent donc point
-les mépriser, puisqu'ils ne sont que ce qu'il leur est impossible de
-ne pas être: leur devoir est de les bien conduire, s'ils ne veulent
-devenir eux-mêmes véritablement dignes de mépris; et de se rappeler
-sans cesse que ces peuples sont entre leurs mains comme un dépôt qui
-leur a été confié, <span class="pagenum"><a id="page321" name="page321"></a>(p. 321)</span> et dont il leur sera demandé un compte
-très-rigoureux.</p>
-
-<p>Plus que jamais affermi dans cet empire qu'il avoit su prendre sur la
-reine-mère, et trouvant dans le jeune roi un élève docile, qui, tant
-qu'il vécut, n'osa pas même essayer de régner et se reposa sur lui de
-la conduite de toutes les affaires, Mazarin, dès ce moment et jusqu'à
-la fin de sa vie, gouverna la France en maître absolu. Il y avoit
-encore à Bordeaux quelques restes de faction fomentés par le prince de
-Conti et par la duchesse de Longueville: ce fut un jeu pour lui de les
-apaiser. Ce parlement, qui avoit mis sa tête à prix, aussi souple
-maintenant sous sa main qu'il l'avoit été sous celle de Richelieu, sur
-l'ordre qu'il reçut de son nouveau maître et ainsi que le coadjuteur
-l'avoit prédit, fit le procès à ce même prince de Condé dont un si
-grand nombre de ses membres avoient été les complices, le dépouilla de
-tous ses emplois, charges, gouvernements, et le condamna à mort comme
-criminel de lèse-majesté. Mazarin vécut ainsi huit années depuis son
-retour à Paris, assez heureux pour avoir pu achever, par le traité des
-Pyrénées et par le mariage de Louis XIV, le grand ouvrage de cette
-paix européenne qu'il avoit commencée par le traité de Westphalie;
-assez puissant pour avoir pu impunément accumuler d'immenses
-richesses, <span class="pagenum"><a id="page322" name="page322"></a>(p. 322)</span> en achevant, pour y parvenir, de combler le désordre des
-finances; faisant en quelque sorte de la fortune publique sa propre
-fortune et celle des siens, avec un scandale dont jusqu'à lui
-peut-être il n'y avoit point eu d'exemple; et au moyen de cette espèce
-de brigandage, élevant sa famille aux plus hautes alliances, la
-faisant entrer dans des maisons souveraines, et même dans la maison
-royale de France. Il mourut en 1661, dans ce comble de prospérité et
-de gloire, laissant, comme homme d'état, une réputation équivoque, et
-cette idée généralement répandue qu'il devoit moins sa fortune à son
-génie qu'à son adresse et aux circonstances singulières qui l'avoient
-si heureusement servi. «Donnez-moi le roi de mon côté, deux jours
-durant, disoit le cardinal de Retz, et vous verrez si je suis
-embarrassé.» Ce mot, d'un grand sens, nous semble de tout point
-applicable à Mazarin: ainsi s'expliquent les retours inespérés de
-cette fortune, qui, au milieu de tant d'obstacles faits pour l'abattre
-sans retour, se relevoit sans cesse au moyen de cette prédilection
-inexplicable dont Anne d'Autriche étoit en quelque sorte possédée pour
-cet étranger, prédilection que sembloient accroître les traverses
-qu'elle éprouvoit à cause de lui, et dont on étoit d'autant plus
-étonné et confondu qu'on cherchoit vainement à comprendre comment il
-avoit pu la mériter.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page323" name="page323"></a>(p. 323)</span> Dans sa politique extérieure, Mazarin se montra un digne élève de
-Richelieu, en achevant ce que son maître avoit commencé. Comme il
-importe de faire connoître en quel état il laissa cette Europe qu'il
-prétendoit avoir pacifiée, nous allons jeter un coup d'&oelig;il rapide sur
-ce qui se passoit hors des frontières de la France, et pendant les
-premières années de la régence, et pendant celles où elle fut agitée
-et affoiblie par la guerre civile.</p>
-
-<p>(De 1643 à 1648.) La bataillé de Rocroi, gagnée par le duc d'Enghien,
-à peine sorti de l'adolescence, avoit jeté un grand éclat sur les
-commencements de la régence; et ce premier succès si brillant avoit
-été suivi de plusieurs autres moins décisifs, lorsque la défaite de
-Randzau, à Tudelingue, força notre armée d'Allemagne à rétrograder et
-à se mettre à couvert derrière le Rhin. Turenne, que l'on appela alors
-de l'Italie pour rétablir l'honneur de nos armes, vint en prendre le
-commandement, et marcha de nouveau en avant, accompagné du jeune
-vainqueur de Rocroi. Tous les deux remportèrent ensemble la victoire
-non moins fameuse de Fribourg, qui les rendit maîtres de tout le cours
-du fleuve qu'ils venoient de traverser. Pendant ce temps, le duc
-d'Orléans s'emparoit en Flandres de Gravelines; le maréchal de Brézé
-battoit la flotte espagnole à la vue de Carthagène; le fameux <span class="pagenum"><a id="page324" name="page324"></a>(p. 324)</span> général
-suédois Torstenson conquéroit avec une rapidité qui tenoit du prodige,
-toute la Chersonnèse cimbrique, couronnoit ses marches savantes et ses
-man&oelig;uvres admirables par la victoire de Niemeck, où il tailla en
-pièces l'armée impériale commandée par Gallas; remportoit bientôt
-après une victoire nouvelle à Tabor sur tous les généraux réunis de
-l'empereur, et portoit, jusque dans le sein de l'Autriche, la terreur
-de son nom et de ses armes. En Catalogne, la France avoit d'abord
-éprouvé des revers, puis obtenu quelques avantages qui lui
-fournissoient les moyens de s'y soutenir. En Savoie on se battoit
-également avec des alternatives de succès et de revers.</p>
-
-<p>Ce fut immédiatement après la bataille de Tabor que Turenne se laissa
-surprendre par Merci, et fut battu à Mariendal par sa faute, et cette
-faute est la seule qu'il ait commise en toute sa carrière militaire.
-Elle est réparée par le duc d'Enghien, qui quitte l'armée de Champagne
-pour voler à son secours, et gagne la bataille de Nortlingue, dans
-laquelle Merci fut tué. On voit, dans cette guerre, ce prince
-paroître, pour ainsi dire à la fois, sur tous les points menacés.
-Après avoir vaincu à Nortlingue, il retourne en Flandres partager les
-succès du duc d'Orléans, et met le comble à ses exploits par la prise
-de Furnes et de Dunkerque. Il fut moins heureux l'année <span class="pagenum"><a id="page325" name="page325"></a>(p. 325)</span> suivante en
-Catalogne, où il échoua au siége de Lérida.</p>
-
-<p>Cependant, au milieu de tant d'opérations militaires, dans lesquelles
-l'avantage étoit visiblement pour la France et pour ses alliés,
-l'Espagne négocioit avec les Hollandois, ses anciens sujets; et
-ceux-ci, n'ayant nul égard à l'engagement qu'ils avoient pris de ne
-rien conclure avec cette puissance sans l'aveu de la France, avoient
-fait avec elle, en 1648, un traité de paix qui releva ses espérances,
-et lui permit de reprendre l'offensive<a id="footnotetag223" name="footnotetag223"></a><a href="#footnote223" title="Lien vers la note 223"><span class="smaller">[223]</span></a>. Sûr de n'avoir plus de
-diversion à craindre de ce côté, l'archiduc Léopold, frère de
-l'empereur, pénétra dans la Flandre, où il prit plusieurs villes, et
-sut se maintenir, malgré les efforts des armées françoises pour l'en
-chasser; tandis que Turenne, qui, depuis deux ans <span class="pagenum"><a id="page326" name="page326"></a>(p. 326)</span> et faute de
-secours, n'avoit rien fait de remarquable en Allemagne, rentroit en
-France par suite du traité de neutralité fait avec l'électeur de
-Bavière, traité qui n'empêcha pas celui-ci de se réunir à l'empereur,
-dès qu'il eut été délivré de la crainte que lui inspiroient les armées
-françoises. C'est alors que les succès toujours croissants de
-l'archiduc furent arrêtés, ou pour mieux dire détruits sans retour,
-par la victoire décisive de Lens, que remporta sur lui le prince de
-Condé. Dans le cours de cette même année 1648, commença à Paris la
-guerre civile, et fut signé à Munster le traité de Westphalie.</p>
-
-<p>Depuis qu'une guerre si longue et si acharnée, allumée par la
-politique coupable de Richelieu, embrasoit et désoloit l'Europe, bien
-des tentatives avoient été faites pour lui rendre la paix. Les
-premières ouvertures d'une pacification générale avoient été tentées
-par le pape, en 1636. Il offroit sa médiation aux puissances
-belligérantes, et la ville de Cologne pour lieu des conférences.
-L'empereur et le roi d'Espagne y envoyèrent des députés, et invitèrent
-la France à répondre, de concert avec eux, à l'appel du souverain
-pontife. Elle se garda bien de le faire, sûre que les Suédois et les
-Hollandois ne consentiroient point à négocier sous la médiation du
-chef de l'église catholique, et ne voyant, dans de telles
-conférences, que l'inconvénient de se <span class="pagenum"><a id="page327" name="page327"></a>(p. 327)</span> séparer de ses alliés: ce fut au
-contraire pour elle un motif nouveau de resserrer l'alliance qu'elle
-avoit contractée avec la Suède; et les deux puissances prirent, en
-1638, l'engagement formel de n'entrer dans aucune négociation pour la
-paix, sans leur mutuel consentement.</p>
-
-<p>Forcé de renoncer à l'espoir d'une pacification générale, l'empereur
-conçut alors le projet de traiter avec les princes et états de
-l'empire, sans la participation des puissances étrangères, et une
-diète fut convoquée à cet effet à Ratisbonne; mais elle ne lui procura
-point le résultat qu'il en vouloit obtenir, les princes protestants
-ayant refusé les conditions de l'amnistie qu'il leur avoit proposée.</p>
-
-<p>Il revint alors à son premier dessein d'une négociation pour la paix
-générale, en cessant d'y faire intervenir le pape, dont la médiation
-eût rendu, à l'égard des puissances protestantes, tout moyen de
-conciliation impraticable. Le médiateur fut le roi de Danemarck; et un
-traité préliminaire, signé à Hambourg, décida que le congrès se
-tiendroit en même temps à Munster et à Osnabruck, en Westphalie.
-L'ouverture en fut fixée au 25 mars 1642. Toutefois, il se passa
-encore plus d'une année avant que ces préliminaires eussent été
-ratifiés, les chances variables de la guerre changeant elles-mêmes
-d'un jour à l'autre les dispositions des souverains. Enfin, <span class="pagenum"><a id="page328" name="page328"></a>(p. 328)</span> toutes
-les difficultés étant levées, le congrès s'ouvrit le 11 juillet 1643,
-dans les deux villes qui avoient été désignées; et toutes les
-puissances intéressées dans cette grande querelle y envoyèrent
-successivement leurs ministres. Il ne s'étoit point encore vu en
-Europe une réunion de tant de négociateurs, ambassadeurs, députés, au
-nom de tant de nations différentes qu'il s'en trouva à ce fameux
-congrès de Westphalie.</p>
-
-<p>Les ministres de France<a id="footnotetag224" name="footnotetag224"></a><a href="#footnote224" title="Lien vers la note 224"><span class="smaller">[224]</span></a>, qui y étoient arrivés les derniers,
-s'apercevant que la crainte de déplaire à l'empereur empêchoit
-plusieurs princes de l'empire d'y envoyer leurs plénipotentiaires,
-écrivirent, de concert avec les ministres de Suède, une circulaire à
-tous ces princes, pour les inviter à prendre part aux délibérations,
-afin de défendre <em>leur liberté civile et religieuse</em> contre les
-attentats de la maison d'Autriche, qui, disoient-ils, ne cessoit
-d'aspirer à la monarchie universelle. Tel étoit l'esprit dans lequel
-ces négociateurs du roi très-chrétien <span class="pagenum"><a id="page329" name="page329"></a>(p. 329)</span> venoient à ce congrès. Ce fut
-vainement que l'empereur témoigna son mécontentement d'une lettre, ou
-plutôt d'un libelle dont les expressions étoient si déplacées et si
-choquantes, et s'opposa à cette admission de tous les états de
-l'empire à traiter avec lui et avec les puissances, la déclarant
-attentatoire à sa dignité et contraire à ses intérêts. Les ministres
-de France et de Suède insistèrent, soutenant qu'il y alloit, pour les
-moindres de ces états, comme pour les plus considérables,
-non-seulement de leur liberté et de leurs biens, mais encore <em>de leur
-religion</em>, qui étoit <cite>ce qu'ils avoient de plus cher</cite>; et l'empereur,
-déconcerté par la victoire que Torstenson venoit en ce moment même de
-remporter à Jancowits<a id="footnotetag225" name="footnotetag225"></a><a href="#footnote225" title="Lien vers la note 225"><span class="smaller">[225]</span></a>, se vit obligé de céder à cette
-proposition, vraiment inconcevable, si l'on considère par qui et en
-quels termes elle étoit présentée. Ces difficultés et mille autres qui
-vinrent encore entraver les préliminaires, retardèrent l'ouverture des
-conférences jusqu'aux premiers jours de l'année 1646. Les ministres
-des puissances catholiques étoient établis à Munster, et ceux des
-princes protestants à Osnabruck.</p>
-
-<p>Il est impossible de suivre ici, même sommairement, la marche
-tortueuse et compliquée de ces négociations dans lesquelles, depuis
-le <span class="pagenum"><a id="page330" name="page330"></a>(p. 330)</span> plus grand jusqu'au plus petit, tous les princes, protestants et
-catholiques, vouloient sûreté pour leurs intérêts, garantie pour leurs
-envahissements; où la vérité et l'erreur traitoient sur le pied de
-l'égalité la plus parfaite. La France y gagna les villes de Metz,
-Toul, Verdun, Pignerol, Brisac, le landgraviat de la haute et basse
-Alsace<a id="footnotetag226" name="footnotetag226"></a><a href="#footnote226" title="Lien vers la note 226"><span class="smaller">[226]</span></a>, et la préfecture des dix villes impériales qui y étoient
-situées. La Suède partagea la Poméranie avec la maison de
-Brandebourg<a id="footnotetag227" name="footnotetag227"></a><a href="#footnote227" title="Lien vers la note 227"><span class="smaller">[227]</span></a>; et les autres princes de l'empire, alliés des deux
-hautes puissances, obtinrent, suivant leur mérite, le prix de leur
-félonie<a id="footnotetag228" name="footnotetag228"></a><a href="#footnote228" title="Lien vers la note 228"><span class="smaller">[228]</span></a>. Ce fut, du reste, <span class="pagenum"><a id="page331" name="page331"></a>(p. 331)</span> la partie du traité la plus facile à
-régler. Relativement aux états protestants, ce que l'on appeloit les
-<em>griefs de religion</em> présenta de bien plus grandes difficultés. Ce fut
-vainement que les plénipotentiaires impériaux tentèrent d'en renvoyer
-la solution à une assemblée particulière: les Suédois, soutenus par
-les ministres de France, exigèrent qu'ils fussent discutés en plein
-congrès; et c'est dans la discussion de ces griefs, et dans les
-concessions qui en furent la suite, qu'il faut chercher le véritable
-esprit de la politique européenne, telle que la réforme l'avoit faite,
-telle qu'elle n'a point cessé d'être jusqu'à la révolution, telle
-qu'elle est encore, et plus perverse peut-être, malgré cette terrible
-leçon.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page332" name="page332"></a>(p. 332)</span> C'est dans ce fameux traité de Westphalie, devenu le modèle des
-traités presque innombrables qui ont été faits depuis, qu'il est
-établi plus clairement qu'on ne l'avoit encore fait jusqu'alors, qu'il
-n'y a de réel dans la société que <em>ses intérêts matériels</em>; et qu'un
-prince ou un homme d'état est d'autant plus habile qu'il traite avec
-plus d'insouciance ou de dédain tout ce qui est étranger à ces
-intérêts. La France, et c'est là une honte dont elle ne peut se laver,
-ou plutôt, osons le dire (car le temps des vains ménagements est
-passé) un crime dont elle a subi le juste châtiment, la France y parut
-pour protéger et soutenir, de tout l'ascendant de sa puissance, cette
-égalité de droits en matière de religion que réclamoient les
-protestants à l'égard des catholiques. On établit une année que l'on
-nomma <em>décrétoire</em> ou <em>normale</em> (et ce fut l'année 1624) laquelle fut
-considérée comme un terme moyen qui devoit servir à légitimer
-l'exercice des religions, la jurisdiction ecclésiastique, la
-possession des biens du clergé, tels que la guerre les avoit pu faire
-à cette époque; les catholiques demeurant sujets des princes
-protestants, par la raison que les protestants restoient soumis aux
-princes catholiques. Si, dans cette année <em>décrétoire</em>, les
-catholiques avoient été privés dans un pays protestant de l'exercice
-<em>public</em> de leur religion, ils devoient s'y contenter de l'exercice
-<span class="pagenum"><a id="page333" name="page333"></a>(p. 333)</span> <em>privé</em>, à moins qu'il ne plût au prince d'y introduire ce que l'on
-appelle le <em>simultané</em>, c'est-à-dire l'exercice des deux cultes à la
-fois<a id="footnotetag229" name="footnotetag229"></a><a href="#footnote229" title="Lien vers la note 229"><span class="smaller">[229]</span></a>. Tous les états de l'empire obtinrent en même temps un droit
-auquel on donna le nom de <em>réforme</em>: et ce droit de <em>réformer</em> fut la
-faculté d'introduire leur propre religion dans les pays qui leur
-étoient dévolus; ils eurent encore celui de forcer à sortir de leur
-territoire ceux de leurs sujets qui n'avoient point obtenu, dans
-l'année décrétoire, l'exercice public ou privé de leur culte, leur
-laissant seulement la liberté d'aller où bon leur sembleroit, ce qui
-ne laissa pas même que de faire naître depuis des difficultés. Le
-corps évangélique étant en minorité dans la diète, il fut arrêté que
-la pluralité des suffrages n'y seroit plus décisive dans les
-discussions religieuses. Les commissions ordinaires et extraordinaires
-nommées dans son sein, ainsi que la chambre de justice impériale,
-furent composées d'un nombre égal de protestants et de catholiques:
-il n'y eût pas jusqu'au conseil aulique, <span class="pagenum"><a id="page334" name="page334"></a>(p. 334)</span> propre conseil de l'empereur
-et résidant auprès de sa personne, où il ne se vît forcé d'admettre
-des protestants, de manière à ce que, dans toute cause entre un
-protestant et un catholique, il y eût des juges de l'une et de l'autre
-religion. La France, encore un coup, la France catholique soutint ou
-provoqua toutes ces nouveautés inouïes et scandaleuses; et ses
-négociateurs furent admirés comme des hommes d'état transcendants; et
-le traité de Westphalie fut considéré comme le chef-d'&oelig;uvre de la
-politique moderne.</p>
-
-<p>Quant à la suprématie du chef de l'empire, elle ne fut plus qu'un vain
-simulacre, par le privilége qui fut accordé à tous les princes de
-l'empire de contracter, <i>sans son aveu</i>, telle alliance qu'il leur
-plairoit avec des puissances étrangères, et au moyen de la clause qui
-transporta à la diète le droit, jusqu'alors exercé par le conseil
-aulique, de <em>proscrire</em> les princes pour cause de désobéissance ou de
-trahison. Ainsi furent réduits les empereurs à être, ou à peu de chose
-près, les présidents d'un gouvernement fédératif; ainsi la diète, que
-jusqu'à cette époque ils convoquoient rarement et seulement lorsqu'il
-leur étoit impossible de s'en passer, devint bientôt permanente à
-Ratisbonne, où elle n'a point cessé d'être assemblée depuis 1663
-jusque en 1806. C'est alors que la dissolution subite et si
-facilement opérée du corps germanique a prouvé <span class="pagenum"><a id="page335" name="page335"></a>(p. 335)</span> par une dernière
-catastrophe, précédée de tant d'autres que nous ferons successivement
-connoître, ce qu'étoit ce traité de Westphalie, plus funeste encore
-aux vassaux qu'il avoit affoiblis et divisés en leur donnant
-l'indépendance, qu'au souverain qu'il avoit dépouillé de ses
-prérogatives et rendu impuissant à les protéger.</p>
-
-<p>Le pape protesta contre ce traité impie et scandaleux, qu'il n'eût pu
-reconnoître sans renoncer à sa foi et à sa qualité de chef de l'Église
-universelle. L'Espagne refusa également d'y accéder, à cause de la
-cession de l'Alsace qu'on y avoit faite à la France; et, ainsi que
-nous l'avons déjà dit, la paix ne fut réellement conclue qu'entre la
-France, l'empereur, la Suède, et les princes et états de l'empire,
-alliés ou adhérents des uns et des autres. La France et l'Espagne
-continuèrent la guerre, celle-ci ayant pour auxiliaire le duc de
-Lorraine, la première étant assistée de la Savoie et du Portugal.</p>
-
-<p>(De 1648 à 1659) Les troubles de la fronde, qui éclatoient au moment
-où la paix venoit d'être signée à Munster, et cet avantage immense
-qu'avoit obtenu l'Espagne de détacher les Hollandois de l'alliance de
-sa rivale, lui fournirent d'abord les moyens de soutenir avec plus
-d'égalité une guerre que jusqu'alors le génie de Condé et de Turenne
-avoit rendue pour elle si pénible et si difficile. Toutefois, malgré
-<span class="pagenum"><a id="page336" name="page336"></a>(p. 336)</span> les embarras de ses dissensions intestines et la défection de ses
-meilleurs généraux, les succès de la France balancèrent encore ceux de
-ses ennemis; et l'on continua long-temps de se battre sur tous les
-points de ces mêmes frontières, si long-temps le théâtre de tant de
-batailles sanglantes et stériles, sans obtenir de part et d'autre
-aucun résultat décisif. Condé lui-même, en passant dans le camp
-ennemi, n'y porta point ce bonheur qui jusqu'alors ne l'avoit pas un
-seul instant abandonné; parce qu'en effet il ne joua, dans les armées
-espagnoles, qu'un rôle secondaire qui ne lui permit pas d'y fixer la
-victoire. Enfin Turenne l'emporta: ses man&oelig;uvres habiles la firent
-passer et pour toujours sous les drapeaux de la France. Dans les
-campagnes mémorables de ce grand capitaine, qui se succédèrent depuis
-1654 jusqu'en 1658, les lignes d'Arras furent forcées, la prise de
-Quesnoi et de Landreci ouvrit aux armées françoises l'entrée des
-Pays-Bas espagnols; il gagna la bataille des Dunes, prit Dunkerque,
-Furnes, Dixmude, Oudenarde, Menin, Ypres, etc., et ne fut arrêté dans
-cette suite non interrompue de succès que par la paix des Pyrénées,
-signée en 1659, paix fallacieuse, qui, portant en elle-même un germe
-de guerres nouvelles, laissa à peine aux peuples le temps de
-respirer.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page337" name="page337"></a>(p. 337)</span> ORIGINE DU QUARTIER.</h3>
-
-<p>Avant la clôture de Philippe-Auguste, les anciens plans nous
-représentent ce quartier comme un grand espace de terrain au milieu
-duquel s'élevoient quelques églises entourées de terres labourées, de
-vignes et autres cultures qui appartenoient ou aux réguliers qui
-desservoient ces églises ou à d'autres particuliers. Les plus
-remarquables de ces cultures étoient les clos <i>Garlande</i>, <i>Bruneau</i>,
-et <i>Mauvoisin</i>. On verra par la suite comment ils se couvrirent
-successivement d'habitations, avant et après que l'enceinte eût été
-élevée.</p>
-
-<p>Cette enceinte de Philippe-Auguste renfermoit, dans ce quartier, tout
-l'espace qui s'étend depuis la rivière jusqu'au haut de la rue
-Saint-Jacques; et, traversant la ligne où est maintenant la rue qui en
-a reçu le nom de rue des Fossés-Saint-Jacques, elle alloit gagner
-celle de Saint-Victor. Toutefois le terrain qu'elle embrassoit ne
-formoit pas le tiers de l'emplacement <span class="pagenum"><a id="page338" name="page338"></a>(p. 338)</span> qu'occupe aujourd'hui le
-quartier Saint-Benoît.</p>
-
-
-<h3>LE PETIT-CHÂTELET.</h3>
-
-<p>La plupart des historiens de Paris, en parlant du Petit-Pont, au bout
-duquel cette forteresse étoit bâtie, l'ont confondu avec le pont
-méridional que fit construire Charles-le-Chauve; et, par une suite de
-cette méprise, ils ont pris la tour qui se trouvoit à l'extrémité de
-celui-ci pour celle du Petit-Pont. D'autres ont avancé que ce Châtelet
-avoit été élevé pour arrêter les violences des écoliers, ce qui n'est
-pas une moins grande erreur. C'en est une également de croire qu'il
-ait anciennement servi de prison, comme il en servoit dans les
-derniers temps.</p>
-
-<p>Ce qu'il y a de certain, ce qui est prouvé par les monuments les plus
-authentiques, c'est que les deux seuls ponts qui servoient d'entrée à
-Paris dans les premiers temps, et lorsque la ville tout entière étoit
-renfermée dans la Cité, <span class="pagenum"><a id="page339" name="page339"></a>(p. 339)</span> étoient terminés chacun par une forteresse qui
-servoit de porte et qui en défendoit l'entrée. D. Félibien avance<a id="footnotetag230" name="footnotetag230"></a><a href="#footnote230" title="Lien vers la note 230"><span class="smaller">[230]</span></a>
-que celle-ci, entièrement détruite par les Normands, ne fut rebâtie
-que quatre cent cinquante ans après, sous Charles V, et ceux qui ont
-écrit d'après lui ont adopté cette opinion. Cependant cet auteur cite
-lui-même des titres qui en prouvent la fausseté: le premier est un
-accord fait en 1222 entre Philippe-Auguste, l'évêque et l'église de
-Paris<a id="footnotetag231" name="footnotetag231"></a><a href="#footnote231" title="Lien vers la note 231"><span class="smaller">[231]</span></a>, dans lequel il est fait mention d'un dédommagement accordé
-par le roi pour l'enceinte du Châtelet du Petit-Pont. Il dit ensuite,
-en parlant de l'inondation de l'année 1296, que le <cite>Châtelet du
-Petit-Pont fut renversé</cite><a id="footnotetag232" name="footnotetag232"></a><a href="#footnote232" title="Lien vers la note 232"><span class="smaller">[232]</span></a>; et ce fait il l'avoit sans doute
-recueilli dans un vieux registre de Saint-Germain, intitulé <i lang="la">Rotulum</i>,
-où il étoit consigné<a id="footnotetag233" name="footnotetag233"></a><a href="#footnote233" title="Lien vers la note 233"><span class="smaller">[233]</span></a>.</p>
-
-<p>Le Petit-Châtelet fut reconstruit en 1369. C'étoit une construction
-très-massive, d'un aspect désagréable, et percée par le milieu d'une
-ouverture étroite et très-obscure<a id="footnotetag234" name="footnotetag234"></a><a href="#footnote234" title="Lien vers la note 234"><span class="smaller">[234]</span></a>. Tel qu'il étoit, on le jugea
-digne cependant de servir de <span class="pagenum"><a id="page340" name="page340"></a>(p. 340)</span> demeure au prévôt de Paris, auquel il fut
-spécialement affecté en 1402 par le roi Charles VI; et dans l'acte qui
-en donnoit la jouissance à ce magistrat, il étoit qualifié
-d'habitation très-honorable, <i lang="la">honorabilis mansio</i>. On en a fait depuis
-une prison, et il a servi à cet usage jusqu'au moment de sa
-destruction, arrivée plusieurs années avant la révolution<a id="footnotetag235" name="footnotetag235"></a><a href="#footnote235" title="Lien vers la note 235"><span class="smaller">[235]</span></a>.</p>
-
-<p>Sa démolition fut ordonnée pour l'avantage de l'Hôtel-Dieu, qui avoit
-besoin de s'agrandir, et qui fit en effet construire de nouveaux
-bâtiments sur une partie de l'emplacement qu'avoit occupé cette
-forteresse. Ces constructions furent élevées sur les plans de M. de
-Saint-Far, architecte du roi pour les hôpitaux civils.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page341" name="page341"></a>(p. 341)</span> LE PRIEURÉ DE SAINT-JULIEN-LE-PAUVRE.</h3>
-
-<p>La haute antiquité de ce monument le met au nombre de ceux dont
-l'origine présente le plus d'obscurité; et sur de telles difficultés
-les historiens n'offrent guère que des conjectures plus ou moins
-vraisemblables. Celles de plusieurs auteurs qui lui donnent pour
-titulaire saint Jean-de-Brioude, dont ils prétendent que saint Germain
-d'Auxerre apporta des reliques à Paris, en feroient remonter la
-fondation jusqu'au commencement du cinquième siècle. Du Breul veut
-même qu'avant cette dédicace, qu'il ne regarde que comme la seconde,
-cette église ait été consacrée à saint Julien, évêque du Mans, célèbre
-par sa grande charité envers les pauvres<a id="footnotetag236" name="footnotetag236"></a><a href="#footnote236" title="Lien vers la note 236"><span class="smaller">[236]</span></a>. Mais un autre critique,
-l'abbé Chastelain<a id="footnotetag237" name="footnotetag237"></a><a href="#footnote237" title="Lien vers la note 237"><span class="smaller">[237]</span></a>, dit qu'il s'agit ici de saint
-Julien-l'Hospitalier, <span class="pagenum"><a id="page342" name="page342"></a>(p. 342)</span> et son opinion paroît la plus vraisemblable. Il
-est certain qu'il y avoit anciennement dans les faubourgs, et près des
-portes des villes, des hospices pour les pauvres et pour les pèlerins;
-et, si l'on en avoit élevé un près de la porte méridionale de Paris,
-il est assez naturel de croire que c'étoit saint Julien-le-Pauvre et
-l'Hospitalier qu'on lui avoit choisi pour patron. Du reste, quelques
-titres, à la vérité fort récents, prouvent que c'étoit en effet une
-maison hospitalière, et nous citerons entre autres un arrêt de 1606,
-pour la reddition des comptes de plusieurs hôpitaux, entre lesquels on
-nomme Saint-Julien-le-Pauvre<a id="footnotetag238" name="footnotetag238"></a><a href="#footnote238" title="Lien vers la note 238"><span class="smaller">[238]</span></a>.</p>
-
-<p>Grégoire de Tours est le plus ancien auteur qui ait parlé de cette
-église; et plusieurs circonstances de son récit prouvent qu'elle
-existoit ayant l'année 580<a id="footnotetag239" name="footnotetag239"></a><a href="#footnote239" title="Lien vers la note 239"><span class="smaller">[239]</span></a>. Telle est la seule date authentique
-que l'on puisse donner de son antiquité. Elle fut ensuite au nombre
-des églises dont Henri I<sup>er</sup> fit don à la cathédrale, donation de
-laquelle du Boulai<a id="footnotetag240" name="footnotetag240"></a><a href="#footnote240" title="Lien vers la note 240"><span class="smaller">[240]</span></a> a conclu qu'elle fut appelée <i>Fille de
-Notre-Dame</i> (<i lang="la">Filia Basilicæ Parisiensis</i>). Ce qui a pu causer son
-erreur, c'est que, dans un acte sans date, qui toutefois ne <span class="pagenum"><a id="page343" name="page343"></a>(p. 343)</span> peut être
-plus ancien que le douzième siècle<a id="footnotetag241" name="footnotetag241"></a><a href="#footnote241" title="Lien vers la note 241"><span class="smaller">[241]</span></a>, on trouve qu'alors cette
-église avoit passé, on ne sait comment, entre les mains de deux
-laïques<a id="footnotetag242" name="footnotetag242"></a><a href="#footnote242" title="Lien vers la note 242"><span class="smaller">[242]</span></a>, qui la donnèrent au monastère de
-Notre-Dame-de-Long-Pont, près Montlhéri; mais on ne voit à aucune
-époque que l'église Notre-Dame de Paris y ait placé des chanoines,
-comme elle l'avoit fait à Saint-Étienne et à Saint-Benoît, ce qui
-prouve qu'elle ne l'a pas long-temps possédée.</p>
-
-<p>L'église de Saint-Julien-le-Pauvre, telle qu'elle a subsisté jusque
-dans les derniers temps, paroît avoir été rebâtie vers l'époque où
-elle fut donnée aux religieux de Long-Pont; et l'on pense que c'est
-alors qu'elle fut qualifiée prieuré. Au siècle suivant, l'université
-choisit ce lieu pour y tenir ses assemblées, qu'elle transféra ensuite
-aux Mathurins, puis au collége de Louis-le-Grand.</p>
-
-<p>En 1655, ce prieuré fut réuni à l'Hôtel-Dieu par un traité passé entre
-les administrateurs de cette maison et les religieux de Long-Pont.
-Cette union, confirmée par une bulle du pape, donnée en 1658, ne fut
-cependant entièrement consommée que par des lettres-patentes que le
-roi n'accorda qu'en 1697. La chapelle fut alors <span class="pagenum"><a id="page344" name="page344"></a>(p. 344)</span> desservie par un
-chapelain à la nomination de la paroisse Saint-Séverin<a id="footnotetag243" name="footnotetag243"></a><a href="#footnote243" title="Lien vers la note 243"><span class="smaller">[243]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Chapelle de Saint-Blaise et de Saint-Louis.</i></p>
-
-<p>Cette chapelle étoit située à côté de Saint-Julien-le-Pauvre, dont
-elle dépendoit. Les maçons et les charpentiers y établirent leur
-confrérie en 1476. Elle fut rebâtie en 1684: cependant, comme elle
-menaçoit ruine, on jugea à propos de la démolir vers la fin du siècle
-dernier, et le service en fut transféré dans la chapelle
-Saint-Yves<a id="footnotetag244" name="footnotetag244"></a><a href="#footnote244" title="Lien vers la note 244"><span class="smaller">[244]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>LA CHAPELLE SAINT-YVES.</h3>
-
-<p>La fondation de cette chapelle suivit de très-près la canonisation du
-personnage auquel elle <span class="pagenum"><a id="page345" name="page345"></a>(p. 345)</span> étoit consacrée: car l'acte par lequel il est
-mis au rang des saints est de l'année 1347; et l'on voit que dès
-1348<a id="footnotetag245" name="footnotetag245"></a><a href="#footnote245" title="Lien vers la note 245"><span class="smaller">[245]</span></a> quelques particuliers de la province de Tours et du duché de
-Bretagne, désirant former entre eux une confrérie en son honneur,
-obtinrent de Foulques de Chanac, évêque de Paris, la permission de
-faire bâtir une chapelle ou une église collégiale sous son nom.
-D'autres titres nous apprennent que cette confrérie avoit un cimetière
-près de son église, lequel fut béni, en 1357, par l'évêque de
-Tréguier. Comme saint Yves, indépendamment du cours complet d'études
-qu'il avoit fait dans l'Université de Paris, s'étoit rendu très-habile
-dans l'étude du droit civil qu'il étoit allé étudier à Orléans, son
-église ou chapelle fut acquise, on ignore à quelle époque, par une
-confrérie composée d'avocats et de procureurs, qui l'a conservée
-jusque dans les derniers temps. Ils choisissoient l'un d'entre eux
-tous les deux ans pour en inspecter les desservants. Il y avoit aussi
-deux gouverneurs honoraires, dont l'un étoit ecclésiastique et
-inamovible; l'autre, laïc, lequel changeoit tous les trois ans.</p>
-
-<p>Il y avoit dans cette église plusieurs chapellenies à la présentation
-des confrères, mais toutes d'un très-modique revenu. Les chanoines <span class="pagenum"><a id="page346" name="page346"></a>(p. 346)</span> de
-Saint-Benoît étoient les curés primitifs de Saint-Yves<a id="footnotetag246" name="footnotetag246"></a><a href="#footnote246" title="Lien vers la note 246"><span class="smaller">[246]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>LES CARMES.</h3>
-
-<p>Nous nous garderons bien de parler de cette prétention singulière
-qu'avoient les Carmes de faire remonter leur origine jusqu'aux
-prophètes Élie et Élisée, ni des discussions trop vives et peut-être
-un peu bizarres qui, vers la fin du dix-septième siècle, s'élevèrent à
-ce sujet entre ces religieux et les continuateurs de Bollandus. Si
-l'on peut alléguer que deux papes (Pie V et Grégoire XIII) permirent à
-cet ordre de prendre pour patrons ces deux grands personnages de la
-Bible, et approuvèrent un office destiné à célébrer leur fête, dans
-lequel Élie étoit reconnu pour <em>fondateur et instituteur de l'ordre
-des Carmes</em>, il faut avouer en même temps qu'un bref d'Innocent XII,
-donné en 1698, impose sagement un silence absolu sur l'institution
-primitive de cet ordre, et sur sa succession depuis <span class="pagenum"><a id="page347" name="page347"></a>(p. 347)</span> Élie et Élisée
-jusqu'à nous. Tout ce que l'on sait de positif à ce sujet, c'est qu'au
-douzième siècle il y avoit en Syrie quelques solitaires qui s'étoient
-retirés sur le Mont-Carmel, où ils vivoient sans aucune règle
-particulière<a id="footnotetag247" name="footnotetag247"></a><a href="#footnote247" title="Lien vers la note 247"><span class="smaller">[247]</span></a>. Ils en reçurent une, vers le commencement du siècle
-suivant, du B. Albert, patriarche de Jérusalem<a id="footnotetag248" name="footnotetag248"></a><a href="#footnote248" title="Lien vers la note 248"><span class="smaller">[248]</span></a>, et cette règle,
-approuvée, en 1224, par Honorius III, fut depuis mitigée et confirmée
-par plusieurs souverains pontifes.</p>
-
-<p>Saint Louis, comme nous l'avons déjà dit, amena en France, à son
-retour de la Terre-Sainte, quelques religieux du Mont-Carmel. Ils y
-arrivèrent avec lui en 1254, et dès 1259 on les voit établis dans
-l'emplacement qu'ils cédèrent depuis aux Célestins<a id="footnotetag249" name="footnotetag249"></a><a href="#footnote249" title="Lien vers la note 249"><span class="smaller">[249]</span></a>. Il est
-probable que, n'étant alors qu'au nombre de six, ils n'eurent dans le
-principe qu'une petite chapelle particulière; mais un acte de ce
-temps-là semble prouver <span class="pagenum"><a id="page348" name="page348"></a>(p. 348)</span> que la dévotion des fidèles, qui accouroient
-de tous côtés dans la demeure de ces nouveaux cénobites, les mit
-bientôt dans la nécessité de s'agrandir.</p>
-
-<p>Cependant ils ne tardèrent pas à se dégoûter d'une habitation que les
-fréquents débordements de la rivière rendoient extrêmement incommode.
-Pendant une grande partie de l'année ils ne pouvoient sortir de chez
-eux qu'en bateau, et se trouvoient d'ailleurs dans un éloignement de
-l'Université, qui doubloit encore pour eux ces incommodités. Dans une
-situation aussi désagréable, les Carmes s'adressèrent à
-Philippe-le-Bel, et ne l'implorèrent point en vain. Ce prince, par ses
-lettres du mois d'avril 1309, leur donna une maison, située rue de la
-Montagne-Sainte-Geneviève<a id="footnotetag250" name="footnotetag250"></a><a href="#footnote250" title="Lien vers la note 250"><span class="smaller">[250]</span></a>; ils obtinrent, en 1310, du pape
-Clément V, la permission d'y bâtir un nouveau couvent; et comme cette
-maison n'étoit pas encore assez spacieuse pour contenir tous ces
-religieux, dont le nombre s'étoit <span class="pagenum"><a id="page349" name="page349"></a>(p. 349)</span> considérablement augmenté,
-Philippe-le-Long leur donna, en 1317, une autre maison voisine de la
-première, laquelle avoit issue dans la grande rue Sainte-Geneviève et
-dans celle de Saint-Hilaire, aujourd'hui rue des Carmes. Au moyen de
-ces donations, ils se trouvèrent en état de faire construire une
-chapelle et des bâtiments plus vastes et plus commodes que ceux qu'ils
-vouloient abandonner. Quant à leur ancienne demeure, ils obtinrent, en
-1318, du pape Jean XXII, la permission de la vendre; et l'on sait
-qu'elle fut acquise par Jacques Marcel, qui la donna ensuite aux
-Célestins.</p>
-
-<p>Toutefois la chapelle qu'ils venoient d'élever, et qu'ils dédièrent
-sous l'invocation de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, se trouva bientôt trop
-petite pour contenir l'affluence toujours croissante des fidèles qui
-s'y rendoient de tous les côtés. Ils firent alors commencer, à côté de
-cette chapelle, l'église que l'on voyoit encore dans les derniers
-temps. Les libéralités de Jeanne d'Évreux, troisième femme et alors
-veuve de Charles-le-Bel<a id="footnotetag251" name="footnotetag251"></a><a href="#footnote251" title="Lien vers la note 251"><span class="smaller">[251]</span></a>, leur fournirent les <span class="pagenum"><a id="page350" name="page350"></a>(p. 350)</span> moyens d'en achever
-promptement la construction; et elle fut dédiée, le 16 mars 1353, sous
-l'invocation de la sainte Vierge, par le cardinal Gui de Boulogne, en
-présence de cette reine et de ses nièces les reines de France et de
-Navarre.</p>
-
-<p>Ils achetèrent ensuite, en concurrence avec les administrateurs du
-collége de Laon, une partie de l'ancien collége de Dace, qu'ils
-enclavèrent dans leur couvent. Leurs bâtiments s'accrurent encore
-depuis de diverses acquisitions qu'ils firent dans le voisinage,
-principalement de celle d'un certain nombre de maisons de la rue de la
-Montagne-Sainte-Geneviève, qu'ils ont fait reconstruire.</p>
-
-<p>L'église de ce monastère étoit vaste, mais d'une construction
-irrégulière, puisqu'elle se composoit de l'ancienne chapelle et de la
-nouvelle église, dédiée en 1353. La dévotion au scapulaire y attiroit
-un grand concours de peuple le second samedi de chaque mois, afin de
-gagner les indulgences qui y étoient attachées.</p>
-
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CARMES.</p>
-
-<p class="center smcap">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, décoré de beaux marbres, que Louis XIV
- avoit donnés à ces religieux, mais dont la composition étoit
- d'un <span class="pagenum"><a id="page351" name="page351"></a>(p. 351)</span> très-mauvais goût, on voyoit un groupe composé de quatre
- figures, et représentant la Transfiguration. Le tabernacle étoit
- formé d'un globe autour duquel rampoit un serpent, et que
- surmontoit un Christ attaché à la croix, le tout en bronze doré.</p>
-
-<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans cette église et dans le cloître avoient été inhumés:</p>
-
- <p>Oronce Finé, savant mathématicien, professeur au collége de M<sup>e</sup>
- Gervais, mort en 1555.</p>
-
- <p>Gilles Corrozet, libraire de Paris, et auteur d'une description
- de cette ville, qui passe pour la première qu'on en ait faite.
- Son épitaphe apprenoit qu'il étoit mort en 1568.</p>
-
- <p>Félix Buy, religieux de cette maison, et célèbre théologien, mort
- en 1687.</p>
-
- <p>Louis Boulenois, avocat au parlement de Paris, auteur de
- plusieurs ouvrages de jurisprudence, mort en 1762. Ses cendres et
- celles de son épouse avoient été recueillies dans un riche
- mausolée que leur avoient élevé leurs enfants. Ce monument,
- exécuté par un sculpteur nommé <i>Poncet</i>, se composoit d'un
- sarcophage porté sur un piédestal, et surmonté d'une urne de
- porphyre. On voyoit auprès la Justice éplorée, et les médaillons
- des deux époux étoient attachés à une pyramide qui couronnoit
- toute cette composition<a id="footnotetag252" name="footnotetag252"></a><a href="#footnote252" title="Lien vers la note 252"><span class="smaller">[252]</span></a>.</p>
-
- <p>La famille des Chauvelin avoit aussi sa sépulture dans cette
- église.</p>
-</div>
-
-<p>Le cloître étoit fort grand, et environné d'arcades gothiques. Des
-peintures exécutées sur ses murailles, et qui étoient au nombre des
-plus anciennes de ce genre qu'il y eût à Paris, représentoient les
-vies des prophètes Élie et Élisée. On y lisoit aussi l'histoire de
-l'ordre, écrite en vieilles rimes françoises. Les curieux avoient
-soin de se <span class="pagenum"><a id="page352" name="page352"></a>(p. 352)</span> faire montrer une chaire de pierre pratiquée dans le mur,
-qui avoit servi anciennement aux professeurs de théologie de cet
-ordre, et dans laquelle on prétend qu'<i>Albert-le-Grand</i>, <i>saint
-Bonaventure</i> et <i>saint Thomas</i> ont donné des leçons publiques.</p>
-
-<p>La bibliothèque étoit composée d'environ douze mille volumes<a id="footnotetag253" name="footnotetag253"></a><a href="#footnote253" title="Lien vers la note 253"><span class="smaller">[253]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>LA COMMANDERIE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN.</h3>
-
-<p>C'étoit une propriété de l'ordre de Malte, qui, comme nous l'avons
-déjà dit, remplaça celui des Templiers, et fut mis en possession de
-tous ses biens; toutefois il étoit possesseur de cette maison avant la
-destruction de ces religieux. Ces deux ordres avoient été institués
-pour l'utilité <span class="pagenum"><a id="page353" name="page353"></a>(p. 353)</span> des pèlerins qui alloient visiter les lieux saints,
-mais avec cette différence que les Templiers, autrement dits <em>frères
-de la Milice du Temple</em>, se contentoient d'assurer les passages, de
-conduire et de défendre sur la route ces pieux voyageurs, tandis que
-les <em>frères Hospitaliers de Jérusalem</em> s'engageoient à leur donner
-l'hospitalité et à leur procurer tous les secours que pouvoit exiger
-leur situation. L'institution de ces derniers avoit même précédé de
-quelque temps celle des Templiers: cependant il n'y a point de preuves
-qu'ils aient eu avant ceux-ci un établissement à Paris; et quelques
-efforts que fasse l'abbé Lebeuf<a id="footnotetag254" name="footnotetag254"></a><a href="#footnote254" title="Lien vers la note 254"><span class="smaller">[254]</span></a> pour reculer le plus possible
-cette antiquité, les raisonnements qu'il présente à ce sujet,
-combattus avec beaucoup de force par Jaillot, ne sont point appuyés de
-titres qui soient antérieurs à l'année 1171, époque que Sauval donne
-aussi pour la fondation de Saint-Jean-de-Latran. Du reste, ce surnom
-de <i>Latran</i>, qui est celui d'une basilique de Rome, ne fut donné à
-leur chapelle que dans le courant du seizième siècle: jusque-là, leur
-maison avoit été nommée <i>Saint-Jean-de-Jérusalem</i> et <i>l'Hôpital de
-Jérusalem</i>.</p>
-
-<p>Cette commanderie occupoit un très-grand espace de terrain qui
-s'étendoit jusqu'à la rue <span class="pagenum"><a id="page354" name="page354"></a>(p. 354)</span> des Noyers. Il se composoit d'une grande
-maison où demeuroit le commandeur, d'une immense tour carrée qui
-paroît avoir été destinée autrefois à recevoir les pèlerins, et d'une
-grande quantité de maisons très-mal bâties, où logeoient toutes sortes
-d'artisans qui y jouissoient du droit de franchise, de même que les
-habitants de l'enclos du Temple. L'église, qui paroissoit avoir été
-bâtie dès le temps de l'établissement, étoit desservie par un
-chapelain de l'ordre de Malte, et servoit de paroisse à tous ceux qui
-habitoient l'enceinte de la commanderie<a id="footnotetag255" name="footnotetag255"></a><a href="#footnote255" title="Lien vers la note 255"><span class="smaller">[255]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN.</p>
-
-<p class="center smcap">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Derrière le maître-autel, une Vierge, de la main d'<i>Anguier</i>
- aîné.</p>
-
-<p class="p2 center smcap">TOMBEAUX.</p>
-
- <p>Dans le ch&oelig;ur on voyoit le mausolée de Jacques de Souvré,
- grand-prieur de France, exécuté par le même sculpteur<a id="footnotetag256" name="footnotetag256"></a><a href="#footnote256" title="Lien vers la note 256"><span class="smaller">[256]</span></a>.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page355" name="page355"></a>(p. 355)</span> Dans une chapelle attenant à l'église on lisoit l'épitaphe d'un
- particulier nommé Huard, mort en 1553, après avoir fait le tour
- du monde.</p>
-
- <p>Jacques de Bethem, dernier archevêque de Glascow en Écosse,
- ambassadeur en France pendant quarante-deux ans, et l'un des
- fondateurs du collége des Écossois, avoit sa sépulture dans cette
- église.</p>
-</div>
-
-<p>Cette commanderie pouvoit rapporter 12,000 livres de rente. L'hôtel
-<i>Zone</i>, situé dans le faubourg Saint-Marcel, et la maison de la
-<i>Tombe-Isoire</i><a id="footnotetag257" name="footnotetag257"></a><a href="#footnote257" title="Lien vers la note 257"><span class="smaller">[257]</span></a>, sise hors des murs, étoient au nombre de ses
-dépendances.</p>
-
-
-<h3>L'ÉGLISE COLLÉGIALE ET PAROISSIALE DE SAINT-BENOÎT.</h3>
-
-<p>L'origine de cette église se perd dans la nuit des temps, et cette
-obscurité qui l'environne a <span class="pagenum"><a id="page356" name="page356"></a>(p. 356)</span> porté plusieurs historiens à exagérer
-encore son antiquité. Du Breul, Sauval et plusieurs autres<a id="footnotetag258" name="footnotetag258"></a><a href="#footnote258" title="Lien vers la note 258"><span class="smaller">[258]</span></a> ont
-prétendu qu'elle avoit été bâtie dès le temps de saint Denis, et
-consacrée à la Sainte-Trinité par cet apôtre des Gaules. Adrien de
-Valois<a id="footnotetag259" name="footnotetag259"></a><a href="#footnote259" title="Lien vers la note 259"><span class="smaller">[259]</span></a> soutient au contraire qu'on n'a aucune preuve que cette
-église existât avant l'an 1000: ces deux opinions sont également
-éloignées de la vérité. Il existe une charte de Henri I<sup>er</sup><a id="footnotetag260" name="footnotetag260"></a><a href="#footnote260" title="Lien vers la note 260"><span class="smaller">[260]</span></a>, le
-premier monument sans doute qui en fasse mention, par laquelle ce
-monarque donne au chapitre de Notre-Dame plusieurs églises situées
-dans le faubourg de Paris, dont quelques-unes avoient été décorées du
-titre d'abbayes, entre autres celles de Saint-Étienne, de
-Saint-Séverin et de Saint-Bacque, «lesquelles, ajoute cet acte,
-étoient depuis long-temps au pouvoir de ses prédécesseurs et au sien;»
-«<i lang="la">nostræ potestati et antecessorum nostrorum</i> antiquitùs
-<i>mancipatas</i>.» Cette église de Saint-Bacque est celle qui porte
-aujourd'hui le nom de Saint-Benoît, et le mot <i lang="la">antiquitùs</i> prouve
-évidemment qu'elle existoit avant l'an 1000. Il paroît même par le
-diplôme de Henri I<sup>er</sup> que la cathédrale, à laquelle il rendit cette
-église, avoit <span class="pagenum"><a id="page357" name="page357"></a>(p. 357)</span> eu sur elle, dans les siècles précédents, quelques
-droits de supériorité que l'invasion des Normands lui avoit fait
-perdre. Du reste ce nom de Saint-Bacque qu'elle portoit, et qu'il ne
-faut point séparer de celui de Saint-Serge, parce que l'église a de
-tout temps fêté ensemble ces deux saints martyrisés en Syrie, fait
-penser à Jaillot qu'il faut reculer l'origine du monument dont nous
-parlons jusqu'au sixième ou du moins jusqu'au septième siècle.</p>
-
-<p>Dans le douzième, on trouve cette église désignée sous le nom de
-Saint-Benoît, ainsi que l'aumônerie ou l'hôpital voisin, dans lequel
-se sont depuis établis les Mathurins. Cependant il ne faut pas que
-cette dénomination porte à croire, avec quelques historiens, qu'elle
-ait été autrefois une abbaye desservie par des religieux de
-Saint-Benoît. Il n'existe aucune preuve qu'il y ait jamais eu en cet
-endroit un monastère de Bénédictins; on n'y conservoit aucune relique
-de saint Benoît; sa fête n'y étoit pas même anciennement célébrée; et
-l'abbé Lebeuf<a id="footnotetag261" name="footnotetag261"></a><a href="#footnote261" title="Lien vers la note 261"><span class="smaller">[261]</span></a> a prouvé jusqu'à l'évidence que le nom de <i>Benoît</i>
-n'étoit autre chose que celui de Dieu, <i lang="la">Benedictus Deus</i>. Dans nos
-anciens livres d'église et de prières, on lit <i>la benoîte Trinité</i>, et
-<i lang="la">Dominica benedicta</i>, <i>l'office Saint-Benoît</i>, <i>l'autel
-Saint-Benoît</i>, pour <span class="pagenum"><a id="page358" name="page358"></a>(p. 358)</span> dire le dimanche de la Trinité, l'autel de la
-Trinité, etc. Ce n'est qu'au treizième siècle que l'on commença à
-accréditer cette fausse opinion qui fit regarder l'église de
-Saint-Benoît comme une ancienne abbaye de religieux de son ordre, et
-lui fit donner pour patron ce fameux abbé du Mont-Cassin.</p>
-
-<p>Les historiens de Paris sont également peu d'accord sur l'époque où la
-chapelle de Saint-Benoît, devenue collégiale après la donation de
-Henri I<sup>er</sup>, réunit à ce titre celui de paroisse, par l'admission d'un
-chapelain chargé d'administrer les sacrements. L'un d'eux a avancé que
-cette érection d'un curé n'eut lieu qu'en 1183. Jaillot prouve le
-contraire par une lettre d'Étienne, abbé de Sainte-Geneviève, au pape
-Luce III, mort en 1185, dans laquelle, parlant en faveur de Simon,
-<i>chapelain</i> de Saint-Benoît<a id="footnotetag262" name="footnotetag262"></a><a href="#footnote262" title="Lien vers la note 262"><span class="smaller">[262]</span></a>, il se plaint de ce qu'il est
-inquiété par quelques chanoines qui lui disputent certains droits
-contre l'<em>usage ancien</em> observé tant par lui que par ses
-<i>prédécesseurs</i>. Il est donc évident que, dès que le chapitre
-Notre-Dame fut en possession de l'église Saint-Benoît, il y fit
-exercer les fonctions curiales, peut-être pendant quelque temps par
-des chanoines qui se succédoient tour à tour, <span class="pagenum"><a id="page359" name="page359"></a>(p. 359)</span> mais bientôt après par
-un prêtre ou chapelain, qui en fut spécialement chargé.</p>
-
-<p>On ignore pourquoi le chevet de cette église, contre l'usage établi,
-étoit autrefois tourné à l'occident. Cette situation lui fit donner le
-nom de Saint-Benoît le <i>bestournet</i>, <i>le bétourné</i>, <i>le
-bestorné</i><a id="footnotetag263" name="footnotetag263"></a><a href="#footnote263" title="Lien vers la note 263"><span class="smaller">[263]</span></a>, et ce nom, qui veut dire <i>mal tourné</i>, <i>renversé</i> (<i lang="la">S.
-Benedictus malé versus</i>) se trouve dans tous les actes du treizième
-siècle. Cette église ayant été en partie reconstruite sous le règne de
-François I<sup>er</sup>, plusieurs de nos historiens ont prétendu que l'autel fut
-alors placé à l'orient, et que c'est à partir de cette époque qu'elle
-fut appelée Saint-Benoît le <i>bien tourné</i>; mais il est certain que
-cette dénomination est plus ancienne, sans qu'on puisse en déterminer
-positivement la cause; et plusieurs actes des quatorzième et quinzième
-siècles, cités par Jaillot et l'abbé Lebeuf, désignent déjà ce
-monument avec cette dernière épithète: <i lang="la">Sanctus Benedictus</i> benè
-<i>versus</i>.</p>
-
-<p>Excepté les piliers du ch&oelig;ur au côté septentrional, qui paroissent
-être un reste des premières constructions, le portail et tout ce qu'il
-y a de plus ancien dans cette église ne passe pas le règne de François
-I<sup>er</sup>. Le sanctuaire ne fut rebâti que vers la fin du dix-septième
-siècle (en 1680), et alors, <span class="pagenum"><a id="page360" name="page360"></a>(p. 360)</span> pour accroître l'aile méridionale, on y
-renferma une rue qui communiquoit de la rue Saint-Jacques au cloître.
-Le reste de l'église fut, à cette époque, réparé sur les dessins et
-sous la conduite d'un architecte nommé Beausire. La balustrade de fer
-qui régnoit au pourtour du ch&oelig;ur, l'&oelig;uvre et le clocher furent faits
-dans le même temps. On prétend que les pilastres corinthiens qui
-décorent le rond-point ont été exécutés d'après les dessins de
-Perrault<a id="footnotetag264" name="footnotetag264"></a><a href="#footnote264" title="Lien vers la note 264"><span class="smaller">[264]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-BENOÎT.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur l'autel de la chapelle de la paroisse, une descente de croix;
- par <i>Sébastien Bourdon</i>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle des fonts, le baptême de N. S., par <i>Hallé</i>.</p>
-
- <p>Deux autres tableaux peints sur bois, représentant saint Denis et
- saint Étienne; par un peintre inconnu.</p>
-
- <p>Dans la chapelle de la Vierge, et sur les lambris, des peintures
- représentant la vie de cette sainte mère du Sauveur.</p>
-
- <p>Deux tableaux représentant, l'un saint Joseph, l'autre l'ange qui
- conduit le jeune Tobie; par un peintre inconnu.</p>
-
-<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Sous une voûte, au fond d'une chapelle, à gauche en entrant, un
- Christ au tombeau, avec les trois Maries, saint Joseph
- d'Arimathie, etc.</p>
-
- <p>La cuvette des fonts baptismaux. Cette cuvette, d'une pierre
- blanche et dure, est bordée d'ornements arabesques d'un travail
- très-élégant et très-délicat, et portée sur un socle carré,
- enrichi de bas-reliefs d'une exécution qui n'est point inférieure
- à celle des ornements. Elle porte la date de 1547; et tout
- annonce <span class="pagenum"><a id="page361" name="page361"></a>(p. 361)</span> en effet que c'est un ouvrage du plus beau temps de la
- sculpture moderne<a id="footnotetag265" name="footnotetag265"></a><a href="#footnote265" title="Lien vers la note 265"><span class="smaller">[265]</span></a>.</p>
-
-<p class="p2 center smcap">TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans cette église avoient été inhumés:</p>
-
- <p>Jean Dorat, professeur royal de langue grecque, surnommé le
- Pindare français, mort en 1588.</p>
-
- <p>René Chopin, savant jurisconsulte, mort en 1606.</p>
-
- <p>Pierre Brulard, seigneur de Crosne et de Genlis, secrétaire
- d'état, mort en 1608.</p>
-
- <p>Guillaume Château, habile graveur, mort en 1683.</p>
-
- <p>Jean-Baptiste Cotelier, professeur de langue grecque et habile
- théologien, mort en 1686.</p>
-
- <p>Claude Perrault, célèbre architecte, mort en 1688.</p>
-
- <p>Jean Domat, avocat du roi au présidial de Clermont, célèbre
- jurisconsulte, mort en 1696.</p>
-
- <p>Charles Perrault, frère de Claude, auteur des Contes de Fées, et
- du Parallèle des anciens et des modernes, mort en 1703.</p>
-
- <p>Gérard Audran, l'un des plus célèbres graveurs de son siècle,
- mort en 1703.</p>
-
- <p>Marie-Anne des Essarts, femme de Frédéric Léonard, le plus riche
- libraire de son temps, morte en 1706. Son mari lui avoit fait
- élever un petit monument, exécuté par <i>Vancleve</i>, sur les dessins
- d'<i>Oppenor</i><a id="footnotetag266" name="footnotetag266"></a><a href="#footnote266" title="Lien vers la note 266"><span class="smaller">[266]</span></a>.</p>
-
- <p>Jean-Foy Vaillant, médecin, et savant antiquaire, mort en 1706.
- (Son épitaphe est au Musée des Petits-Augustins.)</p>
-
- <p>Le comédien Michel Baron, mort en 1729.</p>
-</div>
-
-<p>Le chapitre de Saint-Benoît étoit composé de six chanoines nommés par
-un pareil nombre de chanoines de Notre-Dame, à qui appartenoit cette
-nomination; d'un curé et de douze chapelains <span class="pagenum"><a id="page362" name="page362"></a>(p. 362)</span> choisis par le chapitre.
-Les chapellenies y étoient assez nombreuses.</p>
-
-<p>Cette église, suivant l'ancien usage des collégiales, avoit son
-cloître, dans lequel on entroit encore, dans les derniers temps, par
-trois ouvertures anciennement fermées de portes. Ce cloître étoit
-vaste, et l'on y portoit, après la moisson et les vendanges, les
-redevances en grains et en vins affectées à ces chanoines; le chapitre
-Notre-Dame y avoit aussi une grange pour déposer celles qu'il
-percevoit dans les environs, et l'on y tenoit un marché public dans le
-temps de la récolte. Il faut ajouter aussi que la justice temporelle
-s'y exerçoit, et qu'il y avoit une prison.</p>
-
-
-<p class="p2 center">CIRCONSCRIPTION.</p>
-
-<p>L'étendue de la paroisse Saint-Benoît formoit une figure assez
-irrégulière. Ce qu'elle avoit à l'orient et vers le nord consistoit
-dans le côté gauche de la place Cambrai, en entrant par la fontaine,
-jusqu'aux trois dernières maisons de la rue Saint-Jean-de-Latran; elle
-avoit au côté droit de cette place, toutes les maisons jusqu'à
-l'ancien collége de Cambrai exclusivement; quelques maisons en
-descendant la rue Saint-Jean-de-Beauvais, jusque vis-à-vis l'École de
-Droit; puis le côté gauche de la rue des Noyers, <span class="pagenum"><a id="page363" name="page363"></a>(p. 363)</span> à partir de celle
-des Anglois et en allant à la rue Saint-Jacques; ensuite toutes les
-maisons qui suivent à gauche en remontant cette même rue jusque vers
-le collége Du Plessis. Elle reprenoit à la porte du collége des
-Jésuites, et continuoit à gauche jusqu'à la rue
-Saint-Étienne-des-Grès, où elle finissoit avant la chapelle du collége
-des Cholets. Du collége de Lisieux, elle revenoit à la rue
-Saint-Jacques, qu'elle continuoit des deux côtés jusqu'à l'Estrapade,
-se prolongeant du côté gauche jusqu'au milieu de la place, et du côté
-droit jusqu'aux Filles de la Visitation. Revenant à la rue
-Saint-Hyacinte, elle en avoit les deux côtés dans la partie
-supérieure, et de même dans la rue Saint-Thomas. Elle enfermoit
-ensuite le clos des Jacobins, la rue de Cluni, le collége du même nom
-et ses dépendances, la rue des Cordiers, celle des Poirées, la rue de
-Sorbonne en grande partie, la Sorbonne, et toutes les maisons placées
-entre le coin de la rue des Maçons jusqu'à celui de la rue
-Saint-Jacques, qu'elle remontoit ensuite jusqu'à celle des Cordiers.</p>
-
-<p>Au couchant, elle renfermoit le collége de Dainville et ses
-dépendances; en descendant la rue de la Harpe, tout ce qui est à
-gauche jusqu'au coin de la rue Serpente exclusivement, ce qui comprend
-une partie de la rue des Deux-Portes et de celle de Pierre-Sarrazin.
-Elle avoit <span class="pagenum"><a id="page364" name="page364"></a>(p. 364)</span> en outre, dans la rue des Carmes, un écart composé de
-quatre à cinq maisons.</p>
-
-
-<h3>L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-HILAIRE.</h3>
-
-<p>On ne trouve aucuns monuments qui puissent fournir quelques lumières
-sur l'origine de cette église. L'abbé Lebeuf<a id="footnotetag267" name="footnotetag267"></a><a href="#footnote267" title="Lien vers la note 267"><span class="smaller">[267]</span></a> pense qu'il faut en
-attribuer la construction au chapitre Saint-Marcel, propriétaire par
-succession d'une partie du clos Bruneau, et qui s'étoit acquis par-là
-le droit de nomination à cette cure, à laquelle il a effectivement
-présenté dès l'an 1200. Cette conjecture semble donc assez
-vraisemblable; mais lorsqu'il ajoute que la situation de cette église
-près de celle de Sainte-Geneviève pourroit faire penser que Clovis,
-qui se croyoit redevable à l'intercession de saint Hilaire de la
-victoire qu'il avoit remportée sur Alaric, auroit fait bâtir en cet
-endroit un oratoire sous son <span class="pagenum"><a id="page365" name="page365"></a>(p. 365)</span> nom, il ne présente qu'une opinion vague
-et qui n'est fondée sur aucune autorité.</p>
-
-<p>Le plus ancien titre qui parle de cette église est la bulle d'Adrien
-IV, de 1158: elle y est appelée chapelle de Saint-Hilaire-du-Mont,
-<i lang="la">capella sancti Hilarii de Monte</i>. Jaillot pense que les chanoines de
-Saint-Marcel et de Sainte-Geneviève, dont les seigneuries étoient
-limitrophes, avoient pu faire entre eux divers échanges, et que
-c'étoit peut-être à ce titre que les premiers possédoient une partie
-du clos Bruneau; que la chapelle de Saint-Hilaire aura servi aux
-vassaux de Saint-Marcel, trop éloignés de cette basilique; enfin que
-la population de ce territoire s'étant successivement accrue, cette
-chapelle, de même que celle de Saint-Hippolyte, aura été érigée en
-paroisse. Elle fut rebâtie en 1300, reconstruite et augmentée vers
-1470, réparée de nouveau et décorée au commencement du siècle dernier
-par les soins et les libéralités de M. Jollain, l'un des curés de
-cette paroisse.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-HILAIRE.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, une Nativité; par un peintre inconnu.</p>
-
- <p>Dans la chapelle de la Vierge, deux tableaux représentant saint
- Jean et saint Joseph; par <i>Belle</i>.</p>
-
-<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans cette église avoit été inhumé Patrice Maginn, docteur <span class="pagenum"><a id="page366" name="page366"></a>(p. 366)</span> en
- droit, et premier aumônier de la reine d'Angleterre, mort en
- 1683.</p>
-</div>
-
-<p>Il y avoit dans cette paroisse une chapellenie instituée par un bedeau
-de l'université nommé <i>Hamon Lagadon</i>. Le chapitre de Saint-Marcel
-nommoit à la cure<a id="footnotetag268" name="footnotetag268"></a><a href="#footnote268" title="Lien vers la note 268"><span class="smaller">[268]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center">CIRCONSCRIPTION.</p>
-
-<p>Le territoire de cette paroisse, resserré entre celui de
-Saint-Étienne-du-Mont et celui de Saint-Benoît, étoit
-très-circonscrit. Il est remarquable qu'il étendoit sa juridiction sur
-le collége d'Harcourt, situé derrière la rue de la Harpe, parce
-qu'avant la construction de ce collége, ce lieu étoit habité par des
-vassaux de Saint-Marcel. Le collége des Lombards dépendoit aussi de
-cette paroisse.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page367" name="page367"></a>(p. 367)</span> L'ABBAYE ROYALE SAINTE-GENEVIÈVE.</h3>
-
-<p>Plus un monument est ancien, plus il excite la curiosité; et c'est
-alors surtout, comme il nous est arrivé si souvent de nous en
-plaindre, qu'il est plus difficile de la satisfaire. Les commencements
-de notre monarchie sont des temps de désordre et d'ignorance; les
-révolutions fréquentes qui en marquent le cours interrompirent plus
-d'une fois la suite des traditions, causèrent la destruction ou la
-perte de presque tous les titres qui pouvoient jeter quelques lueurs
-au milieu de ces profondes ténèbres; et ce manque absolu d'autorités
-se fait sentir surtout lorsqu'il est question des choses qui se sont
-passées sous la première race. Cependant quelque obscurité qui
-environne les événements de ces temps reculés, il n'est personne qui
-ignore, et la tradition en est venue jusqu'à nous, que l'abbaye
-Sainte-Geneviève fut fondée par Clovis I<sup>er</sup>, sur une colline au
-sud-est de Paris, et dans un lieu <span class="pagenum"><a id="page368" name="page368"></a>(p. 368)</span> qui servoit de cimetière public;
-mais nos historiens ne sont d'accord ni sur l'année où cette église a
-été bâtie, ni sur l'époque des changements survenus dans les noms
-qu'elle a portés, ni même sur l'état de ceux qui furent choisis
-d'abord pour la desservir.</p>
-
-<p>Cependant, quant à l'année de sa fondation, ces historiens ne
-diffèrent entre eux que depuis l'an 499 jusqu'à 511, c'est-à-dire d'un
-intervalle d'environ douze ans<a id="footnotetag269" name="footnotetag269"></a><a href="#footnote269" title="Lien vers la note 269"><span class="smaller">[269]</span></a>. Il est certain que, dès la fin de
-l'année 496, Clovis avoit été baptisé, et que la plus grande partie
-des François avoit, à son exemple, embrassé le christianisme; mais on
-ne trouve aucun titre qui prouve que, vers cette époque, et même
-pendant les dix années qui la suivirent, ce prince ait fait bâtir
-d'église à Paris ni même en France. On sait que la guerre qu'il avoit
-déclarée à Gondebaud, roi de Bourgogne, les alliances qu'il
-contractoit avec d'autres souverains, et une foule de soins non moins
-importants l'occupoient alors tout entier; de manière que, sans
-pouvoir également offrir de preuves positives d'aucune autre date, il
-nous paroît plus vraisemblable de reculer <span class="pagenum"><a id="page369" name="page369"></a>(p. 369)</span> cette fondation jusqu'à
-l'année 508, après la fameuse bataille qu'il livra, près de Poitiers,
-au roi des Visigoths, Alaric II. Trois historiens, Aimoin, Roricon et
-Frédégaire<a id="footnotetag270" name="footnotetag270"></a><a href="#footnote270" title="Lien vers la note 270"><span class="smaller">[270]</span></a>, rapportent qu'à la prière de Clotilde ce monarque
-avoit fait v&oelig;u, s'il revenoit vainqueur, de bâtir une église sous
-l'invocation de saint Pierre. La bataille fut livrée en 507; Clovis y
-tua Alaric de sa propre main, et revint l'année suivante à Paris,
-qu'il choisit alors pour la capitale de ses états. Il nous semble
-qu'aucune époque ne peut être plus convenable pour y placer la
-fondation de l'église de Sainte-Geneviève. Elle fut nommée dans le
-principe tantôt l'église de Saint-Pierre, tantôt la basilique des SS.
-Apôtres<a id="footnotetag271" name="footnotetag271"></a><a href="#footnote271" title="Lien vers la note 271"><span class="smaller">[271]</span></a>. Nous dirons plus bas quand et à quelle occasion on la
-consacra à la patronne de Paris.</p>
-
-<p>Le nom de <em>basilique</em>, dont se sert Grégoire de Tours en parlant de
-cette église, a fait penser qu'elle avoit d'abord été desservie par
-des religieux. Les noms de <em>monastère</em>, <em>d'abbé</em>, <em>de frères</em>, par
-lesquels les vieux titres désignent sans cesse et l'église et ceux qui
-la desservoient, mais surtout le témoignage d'un ancien livre, qui
-<span class="pagenum"><a id="page370" name="page370"></a>(p. 370)</span> déclare formellement qu'elle avoit été bâtie pour y faire observer <em>la
-religion de l'ordre monastique</em><a id="footnotetag272" name="footnotetag272"></a><a href="#footnote272" title="Lien vers la note 272"><span class="smaller">[272]</span></a>, semble fortifier cette opinion
-que les savants du premier ordre, dom Mabillon, l'abbé Fleuri, l'abbé
-Lebeuf, le P. Dubois, etc., ont embrassée.</p>
-
-<p>Jaillot, qui, sans avoir une science aussi universelle que ces hommes
-célèbres, avoit certainement plus approfondi ces matières qu'aucun
-d'entre eux, ose s'élever seul contre leur sentiment. D'abord il n'a
-pas de peine à prouver que ces noms de <i>basilique</i>, de <i>monastère</i>,
-donnés à l'église, de <i>frères</i> et d'<i>abbé</i>, dont sont qualifiés les
-desservants, ont été mille fois employés pour désigner les chapitres,
-les églises, la cathédrale elle-même; l'histoire de Paris en offre
-mille exemples. Le passage de la vie de sainte Bathilde présente plus
-de difficultés, et cependant il nous semble qu'il en a heureusement
-triomphé; ses raisonnements qu'il sait fortifier d'exemples et
-d'autorités, sans rien offrir d'absolument décisif, nous portent à
-croire que ces desservants, soumis à la règle, à la vie <i>monastique</i>,
-n'étoient autre chose, dès l'origine, qu'un collége de chanoines
-séculiers.</p>
-
-<p>Ces chanoines subsistèrent dans le même état <span class="pagenum"><a id="page371" name="page371"></a>(p. 371)</span> jusqu'au douzième
-siècle; et pendant ce long espace de temps on les voit sans cesse
-l'objet d'une protection spéciale de la part des rois de France et des
-plus grands princes. Un diplôme du roi Robert, de 997, confirme les
-donations qui leur ont été faites, en ajoute de nouvelles, leur donne
-le droit de nommer leur doyen<a id="footnotetag273" name="footnotetag273"></a><a href="#footnote273" title="Lien vers la note 273"><span class="smaller">[273]</span></a>, de disposer de leurs prébendes.
-Par une charte donnée en 1035, Henri I<sup>er</sup> se déclare le protecteur de
-<i>la vénérable congrégation des chanoines de Sainte-Geneviève</i>. Une
-autre charte, datée de 1040 ou environ, contient d'autres donations
-faites en leur faveur par Geoffroi Martel, comte d'Anjou; des bulles
-de divers papes confirment tous ces priviléges, etc.; mais en 1148 il
-se fit un changement notable dans leur administration <span class="pagenum"><a id="page372" name="page372"></a>(p. 372)</span> intérieure:
-Eugène III, qui occupoit alors le trône pontifical, et qu'un événement
-fâcheux avoit forcé de se réfugier en France dès l'année précédente,
-étoit depuis quelque temps informé du relâchement qui existoit dans
-cette communauté; peut-être même pensoit-il déjà à y introduire la
-réforme. Une scène scandaleuse, qui se passa sous ses propres yeux,
-dans l'église de Sainte-Geneviève<a id="footnotetag274" name="footnotetag274"></a><a href="#footnote274" title="Lien vers la note 274"><span class="smaller">[274]</span></a>, le confirma dans cette
-résolution, que le peu de séjour qu'il fit en France l'empêcha
-toutefois d'exécuter lui-même. Louis-le-Jeune, entrant dans ses vues,
-en confia le soin à Suger, qu'il venoit de nommer régent de son
-royaume avant son départ pour la Terre-Sainte. Cette réforme n'eut
-point lieu, suivant toutes les apparences: car on voit l'année
-suivante (en 1148) le même pape Eugène former d'abord le projet de
-substituer à ces chanoines huit religieux <span class="pagenum"><a id="page373" name="page373"></a>(p. 373)</span> de l'ordre de Cluni, et
-ensuite, vaincu par les prières et les représentations qu'ils lui
-firent, se contenter d'introduire dans leur maison douze chanoines de
-Saint-Victor<a id="footnotetag275" name="footnotetag275"></a><a href="#footnote275" title="Lien vers la note 275"><span class="smaller">[275]</span></a>, qui opérèrent enfin cette réforme si nécessaire.
-C'est ainsi que les chanoines de Sainte-Geneviève, de séculiers qu'ils
-étoient, devinrent réguliers.</p>
-
-<p>Piganiol pense que ce fut vers cette année, et à l'occasion du
-changement qui survint alors dans cette abbaye, qu'elle prit le nom de
-Sainte-Geneviève. C'est une erreur: Jaillot cite des actes des
-septième et huitième siècles, dans lesquels elle est déjà désignée
-sous les noms de Saint-Pierre et de Sainte-Geneviève; et dès le
-neuvième on la trouve sous le nom seul de cette sainte. On sait
-qu'elle y avoit sa sépulture; et la vénération que les Parisiens
-avoient conservée pour cette illustre protectrice de leur ville, les
-miracles qui s'opéroient à son tombeau, ont dû naturellement amener
-très-vite un pareil changement. Il y a de nombreux exemples de ces
-mutations, dans lesquelles la dévotion particulière d'un peuple, même
-d'une classe de citoyens, a fait préférer le nom d'un patron à celui
-du titulaire d'une église.</p>
-
-<p>La réforme se soutint parmi les chanoines de Sainte-Geneviève jusqu'à
-ces guerres funestes qui désolèrent les règnes de Charles VI et
-Charles <span class="pagenum"><a id="page374" name="page374"></a>(p. 374)</span> VII, et jetèrent le désordre dans les monastères comme dans
-toutes les autres parties de la société. La discipline régulière fut
-dès-lors entièrement anéantie dans cette abbaye, et ce n'est que sous
-le règne de Louis XIII qu'on pensa à la rétablir. Afin d'y parvenir,
-ce prince, après la mort de Benjamin de Brichanteau, évêque de Laon,
-qui en étoit abbé, crut devoir y nommer, de son autorité et pour cette
-fois seulement, le cardinal de La Rochefoucauld, sous la condition
-qu'il y établiroit la réforme. Pour se conformer aux intentions du
-roi, cette Éminence ne trouva point de moyen plus efficace que d'y
-faire entrer, en 1624, le père Faure avec douze religieux de la
-réforme que ce même père venoit d'établir dans la maison de
-Saint-Vincent de Senlis. La réforme de Sainte-Geneviève achevée en
-1625, confirmée par des lettres patentes de 1626, et par une bulle
-d'Urbain VIII donnée en 1634, fut entièrement consolidée, cette même
-année, par l'élection du père Faure comme abbé coadjuteur de cette
-abbaye, et supérieur général de la congrégation. C'est à cette époque
-qu'il faut fixer la triennalité des abbés de Sainte-Geneviève, la
-primatie de cette abbaye chef de l'ordre, et le titre qu'on lui a
-donné de <i>chanoines réguliers de la congrégation de France</i>.</p>
-
-<p>L'église de Sainte-Geneviève ne présente pas dans ses antiquités
-moins d'obscurités et d'incertitudes <span class="pagenum"><a id="page375" name="page375"></a>(p. 375)</span> que son clergé. On ne peut pas
-assurer que l'édifice bâti par Clovis et par sainte Clotilde subsistât
-encore lorsqu'en 857 les Normands, qui, depuis douze ans, n'avoient
-pas cessé de ravager les bords de la Seine, débarquèrent dans la
-plaine de Paris, et mirent le feu à cette basilique, ainsi qu'à toutes
-les autres églises, excepté celles de Saint-Vincent et de Saint-Denis,
-qui furent rachetées de ces barbares à prix d'argent. Peut-être
-avoit-elle été déjà reconstruite au huitième siècle, en même temps que
-cette dernière. Ce qu'il y a de certain, c'est que les murailles de
-l'édifice que détruisirent les Normands subsistèrent encore en partie,
-quoiqu'en très-mauvais état, jusque vers l'an 1190. Elles furent alors
-réparées par Étienne, qui en étoit abbé; et ces réparations, dont une
-partie a subsisté jusque dans les derniers temps, étoient encore
-très-visibles sur le côté extérieur et méridional de la nef. Suivant
-l'abbé Lebeuf, cette partie extérieure de la carcasse étoit un débris
-des constructions qui existoient même du temps des barbares. Quant à
-tout le travail du dedans, piliers, voûtes, petites colonnades, on y
-reconnoissoit le caractère de l'architecture gothique du treizième
-siècle; mais leur disposition singulière, l'élévation des ailes et
-leur peu de largeur, la ceinture du sanctuaire formée en rotonde,
-sembloient prouver que la nouvelle église <span class="pagenum"><a id="page376" name="page376"></a>(p. 376)</span> avoit été rebâtie sur les
-anciens fondements; et un pilier, placé près de la porte qui
-communiquoit avec l'église Saint-Étienne, indiquoit par son chapiteau
-plus ancien de deux siècles, que le sol de ce monument avoit été
-relevé. Les trois portiques<a id="footnotetag276" name="footnotetag276"></a><a href="#footnote276" title="Lien vers la note 276"><span class="smaller">[276]</span></a> du frontispice étoient aussi du
-treizième siècle. Enfin les constructions de la tour qui servoit de
-clocher annonçoient deux époques: la partie inférieure étoit du
-onzième siècle, l'autre avoit été réparée<a id="footnotetag277" name="footnotetag277"></a><a href="#footnote277" title="Lien vers la note 277"><span class="smaller">[277]</span></a> à la fin du quinzième,
-sous le règne de Charles VIII.</p>
-
-<p>Lorsque les desservants de l'abbaye Sainte-Geneviève s'étoient vus
-menacés de la première invasion des Normands, avant de quitter leur
-monastère, ils avoient eu soin d'ouvrir le tombeau de leur sainte
-patronne, d'en enlever les reliques et de les transporter dans les
-terres de l'abbaye, où ils les tinrent cachées. Quand le calme fut
-rétabli, ils s'empressèrent de les rapporter; <span class="pagenum"><a id="page377" name="page377"></a>(p. 377)</span> et chaque fois que les
-barbares revenoient, on emportoit de nouveau ce précieux dépôt. Ce
-tombeau, d'où ils avoient tiré ses ossements, étoit renfermé dans une
-<em>crypte</em>, ou chapelle souterraine qui servoit également de sépulture à
-saint Prudence, à saint Céran, évêques de Paris, et à plusieurs autres
-saints personnages morts en odeur de sainteté. Les corps de ceux-ci y
-furent laissés; et ce n'est que lorsqu'on eut relevé les ruines de
-l'ancienne voûte, calcinée par le feu des barbares, qu'on tira de
-terre ces sépulcres, et qu'on les rassembla dans la <i>crypte</i>, qui fut
-alors réparée. Elle fut depuis entièrement rebâtie, et extrêmement
-ornée par les soins du cardinal de La Rochefoucauld: la voûte en étoit
-soutenue par des piliers de marbre; l'on y descendoit par de beaux
-escaliers symétriquement placés aux deux côtés de la porte du ch&oelig;ur,
-et près d'un jubé découpé en pierre avec beaucoup de délicatesse. Dans
-cette chapelle souterraine, on voyoit encore le tombeau de sainte
-Geneviève, mais il n'y restoit plus rien de ses reliques. Depuis qu'on
-les en avoit tirées, elles n'étoient point sorties de la châsse qui
-avoit servi à les transporter; et cette châsse avoit été placée dans
-l'église supérieure.</p>
-
-<p>La crypte contenoit cinq autres chapelles. Il y en avoit encore un
-grand nombre dans l'église supérieure et dans le cloître. La plupart
-<span class="pagenum"><a id="page378" name="page378"></a>(p. 378)</span> furent détruites ou changées de forme par le cardinal de La
-Rochefoucauld, lorsque dans le siècle dernier il fit réparer l'église
-et la maison. La plus remarquable de celles qui furent conservées
-étoit une grande et belle chapelle située au côté méridional du
-cloître, et connue dans l'ancien temps sous le nom de
-<i>Notre-Dame-de-la-Cuisine</i>, parce qu'elle étoit effectivement placée
-auprès de la cuisine de l'abbaye. Elle avoit été construite par ce
-même abbé Étienne à qui l'on devoit les réparations de l'église, et
-portoit, depuis environ deux cents ans, le nom de
-<i>Notre-Dame-de-la-Miséricorde</i>.</p>
-
-<p>C'étoit au pied de l'autel de cette chapelle que le chanoine de
-Sainte-Geneviève, chancelier de l'Université, donnoit le bonnet de
-maître-ès-arts.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE ET DE L'ABBAYE SAINTE-GENEVIÈVE.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Dans la nef, quatre grands tableaux, dont trois représentoient
- des v&oelig;ux de la ville de Paris, et le quatrième ses actions de
- grâces pour la convalescence de Louis XV. Ces tableaux avoient
- été peints par <i>de Troy</i> père et fils, <i>Largillière</i> et <i>de
- Tournière</i>.</p>
-
- <p>Dans la sacristie, plusieurs tableaux, parmi lesquels on
- remarquoit un <i lang="la">Ecce Homo</i> et une Notre-Dame-de-Douleur, exécutés
- en tapisserie.</p>
-
- <p>Dans le réfectoire, qui étoit très-vaste, la multiplication des
- pains; par <i>Clermont</i>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle de Notre-Dame-de-la-Miséricorde, plusieurs
- tableaux, sans noms d'auteurs.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page379" name="page379"></a>(p. 379)</span> Dans une très-grande salle, nommée la salle des Papes, les
- portraits d'un grand nombre de souverains pontifes, et quelques
- tableaux.</p>
-
- <p>Sur la coupole de la bibliothèque, l'apothéose de saint Augustin,
- par <i>Restout</i> père, et un morceau de perspective peint sur un des
- murs; par <i>La Joue</i>.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, un riche tabernacle de forme octogone, dont
- les quatre faces principales étoient ornées de colonnes
- composites de brocatelle antique, avec bases et chapiteaux de
- bronze doré; le tout couronné d'un dôme que surmontoit une croix
- d'ambre. Ce tabernacle, rapporté en pierres rares et précieuses,
- telles que jaspes, agates, lapis, grenats, etc., avoit été fait
- aux frais du cardinal de La Rochefoucauld.</p>
-
- <p>À côté de cet autel, les statues de saint Pierre et de saint Paul
- en métal doré.</p>
-
- <p>Au milieu du ch&oelig;ur, un lutrin d'une composition élégante et
- ingénieuse: il étoit à trois faces, et entouré de trois anges
- touchant une triple lyre, qui servoit de point d'appui à l'aigle.
- Le dessin de ce morceau étoit attribué à <i>Lebrun</i>.</p>
-
- <p>Un candélabre donné par la ville, et orné de ses armes, de celles
- du roi et de celles de l'abbaye; par <i>Germain</i>.</p>
-
- <p>Près de la porte par laquelle les chanoines entroient dans le
- ch&oelig;ur, sous deux arcades enfoncées, deux figures en terre cuite,
- représentant Jésus-Christ dans le tombeau et ressuscité; par
- <i>Germain Pilon</i><a id="footnotetag278" name="footnotetag278"></a><a href="#footnote278" title="Lien vers la note 278"><span class="smaller">[278]</span></a>.</p>
-
- <p>Dans le vestibule du couvent, quatre statues représentant les
- prophètes.</p>
-
- <p>Dans la galerie dite l'<i>oratoire</i>, une Nativité en plomb bronzé.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p>
-
-<p class="center"><i>Dans l'église.</i></p>
-
- <p>Derrière le maître-autel, la châsse qui renfermoit le corps de
- <span class="pagenum"><a id="page380" name="page380"></a>(p. 380)</span> sainte Geneviève. Cette châsse, que plusieurs historiens de Paris
- ont faussement attribuée à saint Éloi<a id="footnotetag279" name="footnotetag279"></a><a href="#footnote279" title="Lien vers la note 279"><span class="smaller">[279]</span></a>, étoit de vermeil
- doré, d'un travail gothique, couverte de pierreries dues à la
- piété et à la libéralité de nos rois. Elle étoit soutenue par
- quatre statues de vierges plus grandes que nature, portées
- elles-mêmes sur des colonnes d'un marbre antique et rare; un
- bouquet de diamants d'un très-grand prix couronnoit ce monument:
- c'étoit un don de la reine Anne d'Autriche, mère de Louis XIV.</p>
-
- <p>Au milieu, le cénotaphe de Clovis. Ce monument, sur lequel étoit
- couchée la statue de ce prince en marbre blanc, remplaçoit un
- tombeau plus simple, et d'une pierre plus commune, tel qu'on
- avoit coutume de les faire pour les rois de la première race; une
- inscription latine apprenoit qu'il avoit été élevé sur les ruines
- de l'autre par l'abbé et le chapitre de Sainte-Geneviève.</p>
-
- <p>Derrière le ch&oelig;ur, une châsse renfermant les reliques de sainte
- Clotilde. Cette reine avoit d'abord été inhumée près des degrés
- du grand autel. On ignore en quel temps ces reliques furent
- levées, mais la châsse n'étoit que de l'année 1539, époque à
- laquelle on en fit la translation. Clotilde sa fille, femme
- d'Amalaric, roi des Visigoths, les jeunes fils de Clodomir,
- assassinés par Childebert et Clotaire, avoient été également
- inhumés dans cette église.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page381" name="page381"></a>(p. 381)</span> Dans une chapelle près de la sacristie, le tombeau du cardinal de
- La Rochefoucauld, abbé commandataire de cette église, mort en
- 1645. Ce monument a été exécuté par un sculpteur nommé <i>Philippe
- Buyster</i><a id="footnotetag280" name="footnotetag280"></a><a href="#footnote280" title="Lien vers la note 280"><span class="smaller">[280]</span></a>.</p>
-
- <p>Sur un des piliers de la nef, le buste du célèbre Descartes, et
- une épitaphe qui apprend que les restes de ce philosophe, mort en
- Suède en 1650, ont été transportés dans cette église dix-sept ans
- après sa mort.</p>
-
- <p>Près de ce monument, et du même côté, avoit été déposé le c&oelig;ur
- de Jacques Rohault, son disciple, et l'un des plus grands
- mathématiciens de son siècle, ce qu'indiquoit une inscription
- composée par Santeuil.</p>
-
- <p>Le fameux boucher Goy, l'un des chefs de la faction des
- <i>Cabochiens</i> sous Charles VI, avoit été inhumé dans cette église.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Dans la chapelle souterraine.</i></p>
-
- <p>Le tombeau de sainte Geneviève. Il étoit en marbre, sans aucun
- ornement, et entouré de grilles de fer.</p>
-
- <p>Les tombeaux de saint Prudence et de saint Céran, évêques de
- Paris; leurs reliques en avoient été tirées dans le treizième
- siècle. Sainte Alde ou Aude, compagne de sainte Geneviève, avoit
- été inhumée dans cette même chapelle.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Dans la chapelle Notre-Dame-de-la-Miséricorde.</i></p>
-
- <p>Le tombeau de Joseph Foulon, abbé de Sainte-Geneviève, mort en
- 1607. On y voyoit la représentation en bronze doré de ce prélat,
- revêtu de ses habits pontificaux<a id="footnotetag281" name="footnotetag281"></a><a href="#footnote281" title="Lien vers la note 281"><span class="smaller">[281]</span></a>.</p>
-
- <p>Celui de Benjamain de Brichanteau, évêque de Laon, et successeur
- de Foulon, mort en 1619.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Dans le chapitre.</i></p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page382" name="page382"></a>(p. 382)</span> Plusieurs tombes de marbre blanc renfermant les corps des trois
- premiers abbés de la réforme; du P. Faure, premier abbé, mort en
- 1644; de François Boulart, deuxième abbé, mort en 1667; du P.
- Blanchart, troisième abbé, mort en 1675. À côté avoit été inhumé
- le P. Lallemant, religieux de cette communauté, recteur et
- chancelier de l'Université, personnage aussi recommandable par
- ses talents que par ses vertus: il est mort en 1673.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Dans le petit cimetière.</i></p>
-
- <p>Nicolas Lefèvre, prêtre, sous-précepteur du roi d'Espagne
- Philippe V, des ducs de Bourgogne et de Berri, directeur des
- filles de Sainte-Anne, personnage d'une vertu éminente, mort en
- 1706.</p>
-</div>
-
-<p>L'ancien cloître de cette abbaye, qui tomboit en ruine, avoit été
-reconstruit à la moderne en 1744<a id="footnotetag282" name="footnotetag282"></a><a href="#footnote282" title="Lien vers la note 282"><span class="smaller">[282]</span></a>. Il étoit soutenu d'un côté par
-des colonnes doriques; la porte d'entrée de la maison et le péristyle
-qui le précédoit, avoient été bâtis au commencement du même siècle,
-sur les dessins du père de Creil, religieux de cette communauté. Il
-étoit aussi l'auteur du grand escalier, que l'on admiroit pour la
-hardiesse de sa coupe. La galerie dite l'<i>Oratoire</i>, ornée de
-pilastres corinthiens, présentoit alternativement des figures de
-demi-relief en plomb doré, et des tableaux offrant divers sujets de la
-vie de la sainte Vierge.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page383" name="page383"></a>(p. 383)</span> La bibliothèque, qui n'existoit pas encore lorsque le cardinal de La
-Rochefoucauld fut nommé abbé commandataire de Sainte-Geneviève, étoit
-devenue, par degrés, l'une des plus considérables et des plus
-curieuses de Paris. Les PP. Fronteau et Lallemant, qu'on doit en
-regarder comme les fondateurs, y rassemblèrent en peu d'années sept à
-huit mille volumes. Le P. Dumolinet l'augmenta considérablement, et y
-ajouta un cabinet d'antiquités, composé en grande partie de ce qu'il y
-avoit de plus rare dans celui du fameux Peiresc. Enfin le legs que M.
-Le Tellier, archevêque de Reims, fit à cette maison de sa belle
-bibliothèque, et les acquisitions successives que l'on ne cessoit de
-faire, avoient tellement accru cette magnifique collection, qu'au
-commencement de la révolution on y comptoit environ quatre-vingt mille
-volumes et deux mille manuscrits. Elle étoit placée dans une galerie
-construite en forme de croix, et surmontée d'un dôme. Ce bâtiment, qui
-existe encore, a, dans la plus grande dimension, cinquante-trois
-toises de longueur. Les côtés de la croix sont inégaux, et c'étoit
-pour faire disparoître aux yeux cette irrégularité qu'on avoit peint
-sur le mur de l'un d'eux le morceau de perspective dont nous avons
-déjà parlé. Cette bibliothèque étoit alors ornée des bustes en marbre
-ou en plâtre de plusieurs hommes illustres. <span class="pagenum"><a id="page384" name="page384"></a>(p. 384)</span> On y voyoit ceux de
-Colbert, de Louvois, du chancelier Le Tellier, de Jules Hardouin,
-Mansart, d'Arnauld, etc., exécutés par Girardon, Coisevox, Coustou,
-etc.</p>
-
-<p>Le cabinet de curiosités, bâti en 1753, deux ans avant la
-bibliothèque, faisoit suite à ce monument. Il renfermoit une grande
-quantité de morceaux précieux d'histoire naturelle, des antiquités
-étrusques, grecques, égyptiennes, romaines; une collection de
-médailles anciennes et modernes, dont plusieurs parties étoient
-complètes, et qui jouissoit de la plus grande estime parmi les
-antiquaires, etc., etc.<a id="footnotetag283" name="footnotetag283"></a><a href="#footnote283" title="Lien vers la note 283"><span class="smaller">[283]</span></a></p>
-
-<p>L'abbaye de Saint-Geneviève relevoit immédiatement du saint-siége; ses
-abbés portoient, depuis 1256, les ornements pontificaux, et leur
-autorité s'étendoit sur un grand nombre d'églises paroissiales
-dépendantes de cette abbaye; ils jouirent même pendant long-temps de
-tous les droits épiscopaux sur la paroisse de Saint-Étienne-du-Mont.
-On sait que, dans les grandes calamités publiques, on descendoit la
-châsse de la patronne de Paris pour la porter processionnellement à
-Notre-Dame; à cette procession<a id="footnotetag284" name="footnotetag284"></a><a href="#footnote284" title="Lien vers la note 284"><span class="smaller">[284]</span></a> où assistoient les cours
-supérieures <span class="pagenum"><a id="page385" name="page385"></a>(p. 385)</span> et tout le clergé de Paris, les religieux de
-Sainte-Geneviève marchoient pieds nus, prenant la droite sur le
-chapitre de l'église métropolitaine, comme leur abbé la prenoit en
-cette occasion sur l'archevêque de Paris.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Palais de Clovis.</i></p>
-
-<p>Une ancienne tradition veut que Clovis ait fait bâtir un palais en
-même temps que la basilique de Saint-Pierre; et cette tradition,
-adoptée par une foule d'historiens de Paris, se trouve confirmée par
-le témoignage de l'auteur des annales manuscrites de Sainte-Geneviève,
-qui lui-même étoit membre de cette abbaye. Sauval va plus loin: il
-prétend que <cite>de son temps on a détruit la chambre de Clotilde</cite>; et peu
-d'années avant la révolution, on dit qu'il existoit encore un bâtiment
-appelé <i>la chambre de Clovis</i>. Cependant ces assertions vagues ne
-forment point un corps de preuves suffisantes pour persuader que
-Clovis eût fait bâtir un palais si proche des <i>Thermes</i>, qu'il
-habitoit, sans qu'il en restât aucun vestige ni dans les archives de
-Sainte-Geneviève ni dans les monuments que nous ont laissés les
-historiens du moyen âge. Entre plusieurs objections très-fortes qu'il
-seroit possible d'élever contre l'existence de ce monument, il en est
-une surtout qui <span class="pagenum"><a id="page386" name="page386"></a>(p. 386)</span> nous semble décisive, et on la tire d'un passage de
-Grégoire de Tours, qui, rendant compte d'un concile<a id="footnotetag285" name="footnotetag285"></a><a href="#footnote285" title="Lien vers la note 285"><span class="smaller">[285]</span></a>, où il avoit
-lui-même assisté, et qui fut tenu en 577 dans la basilique de
-Saint-Pierre, dit que Chilpéric reçut les évêques, et leur offrit un
-repas dans un endroit construit à la hâte et couvert de feuillages:
-<i lang="la">Stabat rex juxta tabernaculum ex ramis factum..... et erat ante
-scamnum pane desuper plenum, cum diversis ferculis.</i> «Chilpéric, dit
-Jaillot, respectoit trop les évêques pour les recevoir dans une
-semblable tente s'il eût eu un palais dans le voisinage; et, s'il fit
-construire ce pavillon, ce ne fut que pour leur éviter la peine de
-venir jusqu'au palais des Thermes, quoique peu éloigné du lieu de leur
-assemblée.» Il n'y a donc rien de plus incertain que l'existence de ce
-palais de Clovis.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Chapelle de Saint-Michel et porte papale.</i></p>
-
-<p>Il n'en est pas ainsi de la chapelle Saint-Michel: elle a réellement
-existé. C'étoit, comme nous l'avons déjà dit, l'usage d'en bâtir une
-dans les cimetières, sous le vocable de cet archange; et tout
-s'accorde à prouver que, dans les premiers siècles de notre monarchie,
-la montagne Sainte-Geneviève étoit un lieu destiné aux
-<span class="pagenum"><a id="page387" name="page387"></a>(p. 387)</span> sépultures<a id="footnotetag286" name="footnotetag286"></a><a href="#footnote286" title="Lien vers la note 286"><span class="smaller">[286]</span></a>. Cette chapelle fut vraisemblablement érigée peu de
-temps après la grande basilique, et aura eu le même sort lors de
-l'invasion des Normands. L'abbé Lebeuf<a id="footnotetag287" name="footnotetag287"></a><a href="#footnote287" title="Lien vers la note 287"><span class="smaller">[287]</span></a> la place au-delà de la
-porte du monastère qui regardoit le sud-ouest; et les annales de
-Sainte-Geneviève que nous venons de citer disent qu'elle étoit située
-près la porte qui regardoit la campagne.</p>
-
-<p>Sans nous déterminer pour l'un ou pour l'autre de ces deux situations,
-nous remarquerons que, dans la dernière, qui est le lieu que depuis on
-a nommé l'<i>Estrapade</i>, on voyoit encore au dix-septième siècle la
-place d'une porte qu'on appeloit la <i>porte papale</i>, et dont l'origine
-et le nom ont fort exercé la sagacité de nos antiquaires. Parmi ces
-opinions diverses, nous préférons encore celle de Jaillot, qui pense
-que cette porte fut ouverte à l'instar de ces portes dorées dont parle
-du Cange<a id="footnotetag288" name="footnotetag288"></a><a href="#footnote288" title="Lien vers la note 288"><span class="smaller">[288]</span></a>, et qu'elle le fut pour faire honneur au pape Eugène
-III, lorsqu'il <span class="pagenum"><a id="page388" name="page388"></a>(p. 388)</span> vint à Sainte-Geneviève en 1147. On en ouvrit une
-semblable dans les murs de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, lorsqu'en
-1163 le pape Alexandre III y vint faire la dédicace de l'église.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Bailliage de Sainte-Geneviève.</i></p>
-
-<p>Les chanoines de Sainte-Geneviève, étant seigneurs d'une partie du
-quartier où étoit située leur abbaye, avoient un bailliage qui
-connoissoit de toutes causes, tant civiles que criminelles, dans
-l'étendue de son ressort, et dont les appels se relevoient au
-parlement. Il tenoit ses audiences dans une maison voisine de
-l'église.</p>
-
-
-<h3>ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT</h3>
-
-<p>Il n'y a rien de certain sur l'origine de cette paroisse, à laquelle
-on a successivement donné les noms de <i>Notre-Dame</i>, de <i>Saint-Jean</i> du
-Mont, et enfin de <i>Saint-Étienne</i>. Il paroît que, <span class="pagenum"><a id="page389" name="page389"></a>(p. 389)</span> dans le principe,
-les fonctions curiales s'exerçoient dans l'église même de
-Sainte-Geneviève, pour le petit nombre de personnes qui habitoient
-alors les environs de l'abbaye. Lorsque, par les derniers traités
-faits avec les Normands, on se vit entièrement à l'abri de leurs
-incursions, le bourg de Sainte-Geneviève, abandonné en même temps que
-l'église, ne tarda pas à se repeupler; alors le service se fit dans la
-chapelle Notre-Dame<a id="footnotetag289" name="footnotetag289"></a><a href="#footnote289" title="Lien vers la note 289"><span class="smaller">[289]</span></a>, située dans la crypte ou église souterraine;
-ce qui dura jusqu'au règne de Philippe-Auguste. La clôture ordonnée
-par ce prince ayant engagé les Parisiens à construire des édifices
-dans les clos de vignes et sur les terrains incultes renfermés dans
-cette nouvelle enceinte, le nombre des habitants de la paroisse du
-Mont s'accrut à un tel point, qu'il devint absolument nécessaire de
-faire bâtir une nouvelle église paroissiale. L'abbé de
-Sainte-Geneviève et les chanoines abandonnèrent à cet effet un terrain
-contigu à leur église, sur lequel on construisit une chapelle destinée
-à servir de paroisse, mais qui faisoit tellement partie de l'église de
-l'abbaye, que l'on n'y entroit que par une porte percée dans le mur
-méridional, laquelle a subsisté <span class="pagenum"><a id="page390" name="page390"></a>(p. 390)</span> jusque dans les derniers temps; et que
-les fonts baptismaux sont encore restés environ quatre cents ans dans
-la grande église. On ne sait pas précisément à quelle époque ni pour
-quelles raisons le nouvel édifice fut dédié sous le nom de
-Saint-Étienne. Jaillot prétend qu'il fut bâti ou du moins commencé du
-temps de l'abbé Galon, mort en 1223.</p>
-
-<p>Ce fut cette grande augmentation d'habitants qui fit naître la
-contestation qui s'éleva entre les abbés de Sainte-Geneviève et
-l'évêque de Paris. Les premiers vouloient soustraire la paroisse du
-Mont à la dépendance de l'ordinaire, et l'évêque soutenoit la validité
-de sa juridiction. Ces débats, où intervint le pape Urbain III, furent
-terminés en 1202, par une transaction dans laquelle il fut convenu que
-l'abbé présenteroit à l'évêque les sujets qu'il destineroit à
-desservir les églises paroissiales dépendantes de son abbaye; accord
-que suivirent des concessions et des échanges qui parurent satisfaire
-également les deux parties contractantes<a id="footnotetag290" name="footnotetag290"></a><a href="#footnote290" title="Lien vers la note 290"><span class="smaller">[290]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page391" name="page391"></a>(p. 391)</span> Cette église subsista ainsi jusqu'en 1491, que le nombre toujours
-croissant des paroissiens détermina à y faire de nouvelles
-augmentations. L'abbé de Sainte-Geneviève céda à cet effet une portion
-de l'infirmerie qui se trouvoit au chevet de l'église; et si l'on en
-juge par le caractère de l'architecture, il ne paroît pas qu'il y soit
-rien resté de l'ancien bâtiment. Les constructions en furent
-commencées, du côté de l'orient, vers les premières années du règne de
-François I<sup>er</sup>. En 1538, l'église fut augmentée des chapelles et de
-l'aile de la nef du côté de Sainte-Geneviève. On bâtit, en 1606, la
-chapelle de la communion et les charniers. Enfin le grand et le petit
-portail, dont la reine Marguerite de Valois posa la première pierre en
-1610, ne furent achevés que sept ans après, ce qui paroît prouvé par
-les deux inscriptions qui y étoient gravées, lesquelles portoient la
-date de 1617.</p>
-
-<p>L'architecture de Saint-Étienne-du-Mont a joui d'une grande
-réputation. La coupe extraordinaire et aussi adroite que hardie de son
-jubé et des deux escaliers qui y conduisent y attiroit les curieux.
-Ces escaliers sont à jour, et l'on voit le dessous des marches
-tournant autour d'une colonne, et portées en l'air par encorbellement.
-Les voûtes, non moins remarquables, sont ornées de tout ce que l'art
-de la coupe des pierres peut offrir de plus recherché. On admiroit
-aussi <span class="pagenum"><a id="page392" name="page392"></a>(p. 392)</span> la sculpture de la frise du portique, qui, bien qu'un peu
-confuse, tient cependant du style antique et des riches ornements de
-l'architecture romaine<a id="footnotetag291" name="footnotetag291"></a><a href="#footnote291" title="Lien vers la note 291"><span class="smaller">[291]</span></a>.</p>
-
-<p>Cette église possédoit en outre de précieux monuments des arts, et
-renfermoit d'illustres sépultures.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Dans la chapelle Saint-Pierre, près de la sacristie, cet apôtre
- ressuscitant Tabithe; par <i>Le Sueur</i>.</p>
-
- <p>La vie de saint Étienne, exécutée en tapisseries sur les dessins
- de ce grand artiste et de <i>La Hire</i>, autre peintre célèbre. Les
- dessins, au nombre de dix-neuf, en étoient conservés dans la
- salle d'assemblée des marguilliers.</p>
-
- <p>De très-beaux vitraux, peints par <i>Pinaigrier</i>, et qui formoient
- une des plus riches collections qui soient sorties du pinceau de
- cet artiste<a id="footnotetag292" name="footnotetag292"></a><a href="#footnote292" title="Lien vers la note 292"><span class="smaller">[292]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Au pourtour du ch&oelig;ur, les statues des douze apôtres. Celles de
- saint Philippe, de saint André et de saint Jean l'Évangéliste
- étoient de la main de <i>Germain Pilon</i>.</p>
-
- <p>Derrière le ch&oelig;ur, trois bas-reliefs de ce grand sculpteur,
- incrustés dans le mur, dont le plus grand offroit Jésus-Christ au
- jardin des Olives, et ses apôtres endormis; les deux autres,
- beaucoup plus petits, représentoient saint Pierre et saint Paul.</p>
-
- <p>Sous une voûte pratiquée dans le passage de cette église à celle
- de Sainte-Geneviève, le tombeau du Christ et les trois <span class="pagenum"><a id="page393" name="page393"></a>(p. 393)</span> Maries,
- grandes comme nature. Ce monument étoit encore attribué à
- <i>Germain Pilon</i><a id="footnotetag293" name="footnotetag293"></a><a href="#footnote293" title="Lien vers la note 293"><span class="smaller">[293]</span></a>.</p>
-
- <p>La chaire du prédicateur, exécutée par <i>Claude l'Estocard</i>, sur
- les dessins de <i>La Hire</i>. Les panneaux, ornés de bas-reliefs,
- sont séparés les uns des autres par des Vertus assises; et une
- grande statue de Samson soutient la masse entière de la chaire.
- Sur l'abat-voix est un ange qui tient deux trompettes, et semble
- appeler les fidèles<a id="footnotetag294" name="footnotetag294"></a><a href="#footnote294" title="Lien vers la note 294"><span class="smaller">[294]</span></a>.</p>
-
- <p>Le jubé, porté par une voûte surbaissée, est orné de très-bonnes
- sculptures par Biard père. Il faut aussi remarquer, au milieu de
- la voûte de la croisée, une clef pendante de plus de deux toises
- de saillie, et du travail le plus délicat.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans cette église ont été inhumés:</p>
-
- <p>Blaise Vigenere, traducteur de plusieurs ouvrages anciens, mort
- en 1596.</p>
-
- <p>Nicolas Thognet, habile chirurgien, mort en 1642.</p>
-
- <p>Jean Perrau, professeur au collége royal, mort en 1645.</p>
-
- <p>Pierre Perrault, avocat au parlement, père des deux Perrault si
- connus dans le dix-septième siècle, mort en 1669. Le monument que
- lui avoient élevé ses fils représentait un génie en pleurs
- éteignant un flambeau. Il avoit été exécuté par <i>Girardon</i><a id="footnotetag295" name="footnotetag295"></a><a href="#footnote295" title="Lien vers la note 295"><span class="smaller">[295]</span></a>.</p>
-
- <p>Eustache Le Sueur, l'un des plus grands peintres de l'école
- françoise, mort en 1655.</p>
-
- <p>Jean-Baptiste Morin, médecin et professeur royal de
- mathématiques, mort en 1656.</p>
-
- <p>Antoine Le Maître, l'un des membres de la société de Port-Royal,
- mort dans cette maison en 1658.</p>
-
- <p>Issac Le Maître de Saci, son frère, mort dans la même maison en
- 1684.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page394" name="page394"></a>(p. 394)</span> L'illustre Jean Racine, mort en 1699, et d'abord enterré dans le
- cimetière de Port-Royal, comme il l'avoit demandé par son
- testament. Lorsqu'on détruisit cette maison, son corps fut exhumé
- et transféré, avec les corps de MM. Le Maître, à
- Saint-Étienne-du-Mont, où ils furent déposés dans les caves de la
- chapelle Saint-Jean-Baptiste<a id="footnotetag296" name="footnotetag296"></a><a href="#footnote296" title="Lien vers la note 296"><span class="smaller">[296]</span></a>.</p>
-
- <p>Blaise Pascal, l'un des grands écrivains dont s'honore la France,
- mort en 1662<a id="footnotetag297" name="footnotetag297"></a><a href="#footnote297" title="Lien vers la note 297"><span class="smaller">[297]</span></a>. Il étoit enterré auprès du ch&oelig;ur, derrière la
- chapelle de la Vierge; et son épitaphe gravée sur une table de
- marbre blanc, étoit attachée vis-à-vis sur un pilier.</p>
-
- <p>Pierre Barbay, professeur en philosophie dans l'Université de
- Paris, mort en 1664.</p>
-
- <p>François Pinsson, avocat au parlement, auteur de plusieurs
- ouvrages, mort en 1691.</p>
-
- <p>Jean Gallois, abbé de Saint-Martin-de-Core, de l'Académie
- françoise, et professeur de grec au collége Royal, mort en 1707.</p>
-
- <p>Jean Miron, docteur en théologie de la faculté de Paris et de la
- société de Navarre.</p>
-
- <p>Dans le cimetière:</p>
-
- <p>Simon Piètre, médecin célèbre.</p>
-
- <p>Pierre Petit, poëte latin estimé, mort en 1687.</p>
-
- <p>Joseph Pitton de Tournefort, célèbre botaniste, mort en 1708,
- etc.</p>
-</div>
-
-<p>La cure de Saint-Étienne-du-Mont a continué jusqu'aux derniers temps
-d'être à la nomination de l'abbé de Sainte-Geneviève, qui y nommoit
-toujours un religieux de sa congrégation.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page395" name="page395"></a>(p. 395)</span> CIRCONSCRIPTION</p>
-
-<p>Le principal territoire de cette paroisse étoit divisé comme suit.</p>
-
-<p>1<sup>o</sup>. Elle avoit la place devant l'église dite le carré
-Sainte-Geneviève; la rue Saint-Étienne-des-Grès jusqu'au collége de
-Lisieux d'un côté, de l'autre jusqu'à celui des Cholets inclusivement;
-puis, du même côté, les rues de Reims, des Chiens, des Cholets, des
-Sept-Voies, des Amandiers, la rue Juda et la rue entière de la
-Montagne.</p>
-
-<p>2<sup>o</sup>. Dans la rue Saint-Jacques, commençant à droite au-dessous du
-collége des Jésuites, elle continuoit jusqu'au dessous de la rue du
-Cimetière-Saint-Benoît; dans la place Cambrai, elle avoit le collége
-du même nom, le collége Royal, la rue Saint-Jean-de-Latran à droite
-jusqu'à la rue Fromentel, et deux maisons à gauche; les deux côtés de
-la rue Saint-Jean-de-Beauvais presque en entier, et quelques maisons
-dans la rue Saint-Hilaire.</p>
-
-<p>3<sup>o</sup>. Dans la rue des Noyers, les deux côtés de cette rue lui
-appartenoient en grande partie, ainsi que le couvent des Carmes, et le
-bas de leur rue jusque derrière le collége de Beauvais. Elle avoit
-ensuite toute la place Maubert, et la rue des Lavandières jusqu'à la
-rue des Anglois.</p>
-
-<p>4<sup>o</sup>. Son territoire prenoit ensuite à droite de l'entrée de la rue
-Galande, et continuoit jusqu'à <span class="pagenum"><a id="page396" name="page396"></a>(p. 396)</span> l'ancienne chapelle Saint-Blaise
-exclusivement. Il embrassoit les deux côtés de la rue du Fouare,
-plusieurs maisons également des deux côtés dans la rue de la Bûcherie,
-en allant à celle Saint-Julien, et s'étendoit jusqu'au bout oriental
-de la rue des Bernardins, ce qui renfermoit la rue Perdue, la rue de
-Bièvre et le commencement de celle de Saint-Victor. Cette paroisse
-continuoit d'avoir le côté droit de cette rue jusqu'à celle de
-Versailles, dont elle avoit aussi le côté droit, renfermant ainsi les
-rues du Bon-Puits, du Paon, du Mûrier et de Saint-Nicolas, qui toutes
-aboutissent à la rue Traversine, qu'elle possédoit également. De là
-elle regagnoit la rue Clopin, qu'elle renfermoit tout entière, et se
-prolongeoit dans la rue des Fossés-Saint-Victor, à commencer au côté
-droit de la rue des Boulangers; puis remontant, elle renfermoit tout
-le haut de la première de ces deux rues avec toutes celles qui y
-aboutissent dans cette partie.</p>
-
-<p>5<sup>o</sup>. Dans la rue Mouffetard, elle avoit une partie du côté droit de
-cette rue en descendant, à partir de la seconde rue Contrescarpe, et
-de même le côté gauche jusqu'à la rue Copeau, dont elle avoit aussi la
-gauche jusqu'à la Pitié. Cette paroisse possédoit en outre un bout de
-la rue des Fossés-Saint-Jacques, la seconde rue Contrescarpe, les
-rues du Puits-qui-parle, du Cheval-Vert, <span class="pagenum"><a id="page397" name="page397"></a>(p. 397)</span> des Poules; tout le carré des
-Filles Sainte-Aure dans la rue Neuve-Sainte-Geneviève; l'autre côté de
-la même rue jusqu'à celle du Pot-de-Fer. Enfin elle avoit la rue des
-Postes depuis le cul-de-sac des Vignes jusqu'au clos de la Visitation.</p>
-
-<p>6<sup>o</sup>. Elle avoit de plus, dans Paris, l'hôtel de Cluni et les maisons
-qui y touchoient. Hors de Paris, du côté de Vaugirard, la ferme de
-Grenelle, ancienne propriété des chanoines de Sainte-Geneviève<a id="footnotetag298" name="footnotetag298"></a><a href="#footnote298" title="Lien vers la note 298"><span class="smaller">[298]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>La Communauté des Filles Sainte-Geneviève.</i></p>
-
-<p>Cette communauté n'étoit point, comme quelques personnes l'ont pensé,
-un démembrement de celle que mademoiselle Blosset avoit formée, et qui
-fut réunie aux Miramiones. Cette institution, absolument étrangère à
-l'autre, n'avoit pour objet que l'instruction des jeunes filles
-pauvres, et formoit ce qu'on appelle communément <i>école de charité</i>.
-Les filles qui se réunirent pour la composer furent placées rue de la
-Montagne-Sainte-Geneviève, dans une maison appartenant à l'abbaye; et
-cet établissement, fait en 1670, fut dû aux soins de M. Beurrier,
-alors curé de Saint-Étienne-du-Mont. Vers <span class="pagenum"><a id="page398" name="page398"></a>(p. 398)</span> la fin du siècle dernier,
-il étoit administré par des filles tirées de la maison de la rue
-Saint-Maur<a id="footnotetag299" name="footnotetag299"></a><a href="#footnote299" title="Lien vers la note 299"><span class="smaller">[299]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>LA NOUVELLE ÉGLISE SAINTE-GENEVIÈVE.</h3>
-
-<p>Lorsqu'en 1744 on reconstruisit le cloître de Sainte-Geneviève, prêt à
-tomber en ruines, quelque indispensable que fût cette reconstruction,
-l'état de dégradation complète dans lequel étoit l'église demandoit
-peut-être des réparations encore plus urgentes. Toutefois l'abbé et
-les chanoines attendirent jusqu'en 1754 pour présenter au roi une
-requête, dans laquelle, après avoir peint le délabrement toujours
-croissant de cet édifice, délabrement devenu tel à cette époque qu'il
-menaçoit la sûreté des fidèles, ils démontroient la nécessité de bâtir
-une église nouvelle, et l'impossibilité où ils étoient de le faire
-sans de puissants secours. Leur demande fut favorablement accueillie;
-on saisit même <span class="pagenum"><a id="page399" name="page399"></a>(p. 399)</span> avec empressement cette occasion d'élever enfin dans
-Paris un monument digne de la patronne d'une ville aussi célèbre. Le
-roi parut regarder une telle entreprise comme une chose qui devoit
-contribuer à illustrer son règne; et, pour assurer aux frais
-considérables qu'elle alloit entraîner un fonds suffisant et
-invariable, on établit sur les billets de loterie un impôt d'un
-cinquième, dont le produit fut entièrement réservé à la reconstruction
-de l'église de Sainte-Geneviève. Le terrain qu'on lui destina fut béni
-par l'abbé le 1er août 1758; et l'église souterraine qu'il fallut
-bâtir, quoique retardée par les obstacles qu'offrit le peu de solidité
-du terrain<a id="footnotetag300" name="footnotetag300"></a><a href="#footnote300" title="Lien vers la note 300"><span class="smaller">[300]</span></a>, fut achevée dans l'année 1763. L'église supérieure
-étoit déjà élevée à une certaine hauteur, lorsqu'en 1764 Louis XV vint
-solennellement y poser la première pierre.</p>
-
-<p>Cette église fut commencée sur les dessins et sous la conduite de J.
-G. Soufflot, architecte. Cet artiste, qui venoit d'achever ses études
-en Italie, changea, dans la disposition générale et <span class="pagenum"><a id="page400" name="page400"></a>(p. 400)</span> dans l'ordonnance
-de cet édifice, le système d'architecture alors en usage à Paris: il
-employa des colonnes isolées et d'un grand diamètre, tant à
-l'extérieur qu'à l'intérieur, et présenta un plan dont la nouveauté,
-la grâce et la légèreté réunirent tous les suffrages: l'effet en fut
-tel, qu'on alla jusqu'à croire qu'il avoit surpassé dans cette
-composition tout ce que les Grecs et les Romains ont produit de plus
-élégant et de plus magnifique.</p>
-
-<p>Ce plan consiste en une croix grecque de trois cent quarante pieds de
-long y compris le péristyle, sur deux cent cinquante de large hors
-&oelig;uvre<a id="footnotetag301" name="footnotetag301"></a><a href="#footnote301" title="Lien vers la note 301"><span class="smaller">[301]</span></a>, au centre de laquelle s'élève un dôme de soixante-deux
-pieds huit pouces de hauteur, que supportoient intérieurement quatre
-piliers si légers, qu'à peine apercevoit-on leurs massifs au milieu du
-jeu de toutes les colonnes isolées qui composent les quatre nefs de la
-croix<a id="footnotetag302" name="footnotetag302"></a><a href="#footnote302" title="Lien vers la note 302"><span class="smaller">[302]</span></a>. Ce système de construction élégante et légère est continué
-dans les voûtes de l'édifice, où l'on a pratiqué des lunettes évidées
-avec beaucoup d'art, et qui donnent en quelque <span class="pagenum"><a id="page401" name="page401"></a>(p. 401)</span> sorte l'apparence de la
-délicatesse gothique à ces voûtes circulaires, opposées les unes aux
-autres dans des sens différents, et produisant, par le passage et les
-oppositions de la lumière, des effets agréables et variés. Que l'on
-ajoute à cela la fraîcheur d'une exécution toute nouvelle, la
-blancheur et l'éclat d'une pierre fine et choisie, une distribution
-heureuse d'ornements de sculpture, on pourra se faire une idée du
-spectacle ravissant dont on jouit pendant quelques mois, lorsque les
-échafauds qui avoient si long-temps masqué ces voûtes disparurent, et
-laissèrent se développer tout ce bel ensemble d'architecture<a id="footnotetag303" name="footnotetag303"></a><a href="#footnote303" title="Lien vers la note 303"><span class="smaller">[303]</span></a>. On
-peut dire que Paris entier se porta dans la nouvelle église:
-l'enthousiasme étoit à son comble, et Soufflot passoit déjà pour avoir
-conçu et exécuté le plus beau monument de l'architecture moderne. Il
-ne restoit plus à faire que le pavement en marbre, dernière opération
-qui alloit achever de donner à cette basilique la richesse convenable,
-et dessiner avec plus de netteté les lignes de ce plan magnifique,
-lorsque des fractures multipliées, commençant à se manifester aux
-quatre piliers du dôme et aux colonnes les plus voisines, jetèrent
-l'alarme, et firent connoître que le poids et la poussée de cette
-masse, suspendue sur de <span class="pagenum"><a id="page402" name="page402"></a>(p. 402)</span> trop frêles soutiens, agissoient déjà depuis
-long-temps, et par leur chute soudaine menaçoient d'écraser tout
-l'édifice.</p>
-
-<p>Il fallut donc, et sans perdre un moment, renoncer à la jouissance que
-procuroit ce beau spectacle d'architecture, jouissance commune en
-Italie, mais très-rare en France, et encombrer de nouveau par des
-cintres, des étais, des échafauds, un monument que l'on avoit pu
-croire achevé, après un travail non interrompu de plus de quarante
-années, et une dépense de plus de quinze millions.</p>
-
-<p>Le mal que l'on venoit de reconnoître avoit déjà été prévu et annoncé
-depuis long-temps par d'habiles constructeurs; et plusieurs causes
-avoient concouru à le produire. 1<sup>o</sup> Le peu d'empatement que
-présentoient les masses des quatre piliers du dôme aux parties
-supérieures, trop étendues en superficie; 2<sup>o</sup> le procédé vicieux adopté
-pour la pose des pierres dont ces piliers étoient formés; 3<sup>o</sup>
-l'ébranlement causé à la masse entière de l'édifice pendant le
-ragrément de toutes les parties de l'intérieur<a id="footnotetag304" name="footnotetag304"></a><a href="#footnote304" title="Lien vers la note 304"><span class="smaller">[304]</span></a>; 4<sup>o</sup> la qualité
-aigre et cassante de la pierre employée à <span class="pagenum"><a id="page403" name="page403"></a>(p. 403)</span> la construction de ces
-piliers, qui, bien que très-dure, se fend et s'écrase ensuite
-facilement sous la charge.</p>
-
-<p>On s'assura du reste que les fondations étoient bonnes, et n'avoient
-point tassé d'une manière sensible; que l'église souterraine, dont le
-sol est à dix-huit pieds au-dessous de celui de la nef supérieure,
-étoit construite de manière à résister à la pression et à tout le
-poids des constructions supérieures; que le dôme et les trois coupoles
-dont il est couvert offroient la même solidité dans leur construction;
-que nul effet fâcheux ne s'y étoit manifesté, malgré la rupture des
-pierres des piliers intermédiaires au dôme et à l'église basse, en
-sorte qu'il fut bien constaté que la construction vicieuse de ces
-piliers étoit la seule cause du mal.</p>
-
-<p>Ces points bien reconnus, le problème à résoudre étoit de trouver les
-moyens de prévenir les accidents et l'accroissement du tassement, sans
-nuire au système de décoration intérieure, et sans addition de
-massifs, de piliers ou de colonnes, dont l'effet eût été de détruire
-l'harmonie du plan et l'heureux effet des voûtes. La direction de ces
-travaux, tant pour l'étaiement que pour les réparations et additions
-de résistance jugées nécessaires, fut confiée à M. Rondelet, qui n'a
-point cessé d'en suivre l'exécution depuis l'année 1770; qui a
-présidé lui-même à la construction <span class="pagenum"><a id="page404" name="page404"></a>(p. 404)</span> des trois coupoles, avec un soin et
-une intelligence auxquels on ne sauroit donner trop d'éloges, ne
-négligeant rien de ce qui pouvoit compléter et présenter dans tous ses
-développements possibles la conception de Soufflot.</p>
-
-<p>Les opérations combinées de cet habile constructeur, tant pour
-l'étaiement des arcades au moyen de doubles cintres de sa composition,
-exécutés partie en charpente et partie en maçonnerie, que pour
-remplacer les pierres cassées, sans causer d'ébranlements ni de
-secousses, sans aucun refoulement dangereux, ont conservé ou plutôt
-rendu aux arts et à la piété des fidèles ce monument du dernier
-siècle, sans que la décoration primitive en ait été sensiblement
-altérée.</p>
-
-<p>Mais quel que soit l'heureux résultat de cette restauration, l'église
-de Sainte-Geneviève mérite-t-elle d'être considérée comme un
-chef-d'&oelig;uvre de l'art; et la réflexion ne doit-elle pas un peu
-diminuer de l'admiration qu'elle inspira d'abord? Ne se mêle-t-il
-point quelques défauts aux beautés supérieures dont on fut frappé à la
-première vue? C'est ce qu'il convient d'examiner.</p>
-
-<p>Il n'est sans doute, dans l'aspect général de Paris, aucun point de
-perspective plus élégant et plus majestueux que cette belle colonnade
-du dôme, s'élevant avec sa coupole sur toute la <span class="pagenum"><a id="page405" name="page405"></a>(p. 405)</span> partie sud-est de la
-ville, et se groupant avec les maisons et les monuments des quartiers
-Saint-Marcel et Saint-Benoît; mais si l'on s'approche pour considérer
-en détail ce qui a tant frappé dans l'ensemble, ce dôme et la
-combinaison de sa masse avec celle du portail ne satisferont plus au
-même degré le connoisseur d'un goût délicat et sévère: on trouvera
-qu'il ne repose pas avec assez de grandeur et d'harmonie sur l'attique
-qui lui sert de soubassement; que sa base, trop rétrécie, est loin
-d'offrir cette masse imposante et vigoureuse que présentent à
-l'extérieur les mosquées de Constantinople et même les dômes de
-Saint-Pierre de Rome et de Saint-Paul de Londres; enfin que les
-colonnes du dehors, fuselées par des mains barbares, ont été tellement
-amaigries dans leur partie inférieure, qu'une faute aussi grossière ne
-peut provenir que d'une erreur considérable dans l'appareil.</p>
-
-<p>Si l'on porte ensuite ses regards sur le portail, on ne peut
-disconvenir qu'il ne présente un parti noble et grand: un seul ordre,
-couronné d'un fronton d'une immense proportion, rappelle d'abord le
-portique du Panthéon à Rome, dont Soufflot a visiblement voulu
-produire une imitation sur une plus grande échelle: heureux si la
-prétention de faire mieux que son modèle, de rendre plus parfaite
-encore cette belle production <span class="pagenum"><a id="page406" name="page406"></a>(p. 406)</span> de l'antique, ne l'eût jeté dans des
-erreurs dont le résultat a été d'en altérer les admirables
-proportions! Que de fautes il a faites qu'il étoit si facile d'éviter!
-On est d'abord choqué de la maigreur de ses entrecolonnements, et l'on
-voit aussitôt que ce défaut n'existeroit pas s'il eût placé deux
-colonnes de plus sous le fronton, au lieu de les reléguer en
-arrière-corps aux angles du péristyle<a id="footnotetag305" name="footnotetag305"></a><a href="#footnote305" title="Lien vers la note 305"><span class="smaller">[305]</span></a>. Groupées dans ce petit
-espace d'une manière confuse, elles ont en outre l'inconvénient de
-produire des ressauts et des profils multipliés qui tiennent au style
-vicieux de l'école, et présentent une disparate désagréable dans un
-monument où l'on a voulu imiter la simplicité de l'antique.</p>
-
-<p>On ne peut nier aussi que la hauteur du fronton ne soit excessive: sa
-masse semble disputer avec celle des colonnes, et les écraser de son
-poids énorme<a id="footnotetag306" name="footnotetag306"></a><a href="#footnote306" title="Lien vers la note 306"><span class="smaller">[306]</span></a>. Les chapitaux trop allongés et les revers pesants
-des feuilles doivent paroître d'une forme bien lourde et bien
-grossière si on les compare avec la proportion mâle et la taille
-savante des chapitaux du Panthéon. Les cannelures <span class="pagenum"><a id="page407" name="page407"></a>(p. 407)</span> des colonnes
-manquent de pureté dans leurs profils; les ornements qui décorent ce
-péristyle sont d'un mauvais choix; en un mot ce portail, dans sa masse
-et dans ses détails, ne présente qu'une copie dégénérée du plus noble
-modèle.</p>
-
-<p>«On ne peut le dissimuler, dit l'habile architecte à qui nous avons
-emprunté la plus grande partie de ces idées<a id="footnotetag307" name="footnotetag307"></a><a href="#footnote307" title="Lien vers la note 307"><span class="smaller">[307]</span></a>, Soufflot n'avoit
-point assez approfondi l'étude de l'antique dans le portique dont il
-vouloit reproduire l'effet. On doit lui savoir gré sans doute de
-n'avoir employé qu'un seul grand ordre, de s'être affranchi de la
-vieille routine, en offrant cet aspect majestueux de colonnes isolées
-et d'un grand diamètre; mais il faut le blâmer de n'avoir pas suivi
-les justes proportions de ce système antique qu'il vouloit faire
-revivre. Peut-être seroit-il plus juste de l'en plaindre: car on peut
-dire que, sous le rapport de ce genre d'étude, l'art étoit encore chez
-nous dans l'enfance; on avoit encore cette fausse idée qu'il falloit
-apporter ce que l'on appeloit du <em>goût</em> dans le perfectionnement de
-ces rigides proportions, et ajouter de la <em>grâce</em> à ces formes
-sévères. Une présomption mal entendue ne les plaçoit point au premier
-rang qui leur appartient; on n'avoit point encore moulé ces beaux
-ornements dont la collection choisie brille <span class="pagenum"><a id="page408" name="page408"></a>(p. 408)</span> dans nos musées, et l'on
-pensoit qu'il suffisoit d'un dessin ou de l'&oelig;uvre de <i>Desgodets</i>,
-pour recréer à l'instant tous ces beaux détails des monuments de
-l'ancienne Rome. Quant à ceux de la Grèce, ils n'étoient absolument
-connus que de nom. Imbus de semblables préjugés, et privés d'éléments
-aussi nécessaires, les artistes d'alors étoient sans doute dans
-l'impossibilité de mieux faire; on ne peut faire un crime à Soufflot
-de n'avoir pas su ce que tout le monde ignoroit à l'époque où il
-bâtissoit, et ces fautes, qu'il n'eût pas faites dans un temps
-meilleur, sont absolument indépendantes de son talent<a id="footnotetag308" name="footnotetag308"></a><a href="#footnote308" title="Lien vers la note 308"><span class="smaller">[308]</span></a>.»</p>
-
-<h3>LES FRÈRES PRÊCHEURS OU DOMINICAINS, DITS LES JACOBINS.</h3>
-
-<p>Ce fut au milieu des croisades entreprises contre les Albigeois, dont
-l'hérésie dangereuse <span class="pagenum"><a id="page409" name="page409"></a>(p. 409)</span> n'étoit autre chose que l'ancienne erreur des
-Manichéens, que l'ordre dont nous parlons prit son origine. Tandis que
-la puissance temporelle cherchoit à arrêter par les armes un mal dont
-les progrès rapides menaçoient la tranquillité des états, saint
-Dominique essayoit de ramener, par l'onction de ses paroles, ces
-malheureux égarés. Le succès qu'obtinrent ses prédications lui fit
-naître la pensée de s'associer quelques personnes animées du même
-zèle, et d'en former un ordre religieux destiné à la propagation de la
-foi. Les membres du nouvel institut devoient s'attacher spécialement à
-prêcher aux peuples les vérités saintes et immuables de l'évangile, à
-les soutenir autant par leurs exemples que par leurs discours, à
-convaincre les hérétiques et à les ramener par la force de la
-persuasion. Cet ordre fut approuvé en 1216 par Honorius III, sous le
-titre de <i>Frères Prêcheurs</i>. Dès l'année suivante, saint Dominique
-envoya quelques-uns de ses disciples à Paris: ils y arrivèrent le 12
-septembre 1217, se logèrent dans une maison près Notre-Dame, entre
-l'Hôtel-Dieu et la rue l'Évêque, et y demeurèrent jusqu'à l'année
-suivante. Alors ils obtinrent de la libéralité de Jean Barastre, doyen
-de Saint-Quentin, une maison près des murs, et <span class="pagenum"><a id="page410" name="page410"></a>(p. 410)</span> une chapelle du titre
-de Saint-Jacques, laquelle avoit été attachée à un hôpital institué
-pour les pèlerins, et qu'on appeloit l'<i>hôpital Saint-Quentin</i>. C'est
-de cette chapelle que la rue Saint-Jacques a pris son nom, et que les
-Dominicains ont été appelés <i>Jacobins</i>, non-seulement à Paris, mais
-dans toute l'étendue du royaume.</p>
-
-<p>Ce premier établissement des Frères Prêcheurs dans la capitale n'a
-point été raconté de la même manière par nos historiens. Plusieurs y
-ont mêlé une foule de petites circonstances dont la fausseté est
-évidente, et qui, du reste, sont trop peu importantes pour mériter
-d'être discutées. Nous les passerons donc sous silence, et nous
-continuerons, dans ce récit, de nous attacher, comme nous l'avons
-toujours fait jusqu'à présent, aux autorités les plus graves et aux
-opinions les plus vraisemblables.</p>
-
-<p>Quoique les Jacobins eussent été mis en possession, dès l'année 1218,
-de la chapelle et de l'hôpital du doyen de Saint-Quentin, il paroît
-qu'ils n'avoient point encore acquis le droit d'y célébrer l'office,
-du moins publiquement: car on trouve que vers ce temps-là un de leurs
-religieux étant décédé fut enterré à Notre-Dame-des-Vignes; mais en
-1221 ils jouissoient déjà de la permission d'avoir une église et un
-cimetière qui leur avoient été accordés dès l'année précédente par le
-chapitre de Notre-Dame. Ce fut <span class="pagenum"><a id="page411" name="page411"></a>(p. 411)</span> aussi cette même année que l'Université
-renonça en leur faveur au droit qu'elle pouvoit avoir sur la chapelle
-Saint-Jacques<a id="footnotetag309" name="footnotetag309"></a><a href="#footnote309" title="Lien vers la note 309"><span class="smaller">[309]</span></a>, sous la condition toutefois de certaines prières
-qu'ils seroient tenus de dire, de services qu'ils feroient célébrer,
-et stipulant en outre que si quelque membre de cette compagnie
-choisissoit sa sépulture chez les Jacobins, il seroit inhumé dans le
-chapitre, si c'étoit un théologien; dans le cloître, s'il étoit membre
-d'une autre faculté.</p>
-
-<p>Saint Louis, auquel la plupart des religieux sont redevables de leur
-établissement à Paris, combla ceux-ci de ses bienfaits: il fit achever
-l'église qu'ils avoient commencée, bâtir le dortoir et les écoles, et
-leur donna deux maisons dans la rue de l'Hirondelle. De là l'erreur de
-Sauval, qui avance quelque part que les Jacobins doivent leur
-fondation à ce monarque<a id="footnotetag310" name="footnotetag310"></a><a href="#footnote310" title="Lien vers la note 310"><span class="smaller">[310]</span></a>. Diverses donations qu'il suppose leur
-avoir été faites à cette même époque paroissent également suspectes,
-et l'on ne voit point qu'avant 1281 leur territoire ait reçu aucun
-accroissement. Dans cette année ils firent l'acquisition de quelques
-maisons sises près de leur couvent<a id="footnotetag311" name="footnotetag311"></a><a href="#footnote311" title="Lien vers la note 311"><span class="smaller">[311]</span></a>, acquisition <span class="pagenum"><a id="page412" name="page412"></a>(p. 412)</span> pour laquelle
-ils obtinrent des officiers municipaux un acte d'amortissement, et que
-confirma aussitôt Philippe-le-Hardi.</p>
-
-<p>Le cimetière, l'infirmerie et l'un des dortoirs de cette maison
-étoient situés au-delà de l'enceinte de Philippe-Auguste. Louis X,
-quelques-uns disent Philippe-le-Long, voulant accroître le terrein
-qu'ils possédoient déjà, leur donna toute la partie du mur qui régnoit
-le long de leur couvent, et les deux tours qui se trouvoient dans cet
-espace, concession qui leur procura la facilité d'étendre de ce côté
-leurs bâtiments; mais lorsqu'en 1358 on eut pris la résolution de
-creuser un fossé autour de l'enceinte méridionale, ce fut une
-nécessité d'abattre ces nouvelles constructions. Alors, pour
-indemniser les Jacobins de cette perte, Charles V acheta des religieux
-de Bourgmoyen, près de Blois, la maison et les jardins qu'ils
-possédoient à Paris, et les donna aux Jacobins, francs et quittes de
-toutes redevances. Il paroît que cette maison occupoit une grande
-partie du terrain dont se composa depuis le jardin de ces Pères. Quant
-aux jardins des religieux de Bourgmoyen, ils sont aujourd'hui couverts
-des maisons qui forment les rues Saint-Dominique <span class="pagenum"><a id="page413" name="page413"></a>(p. 413)</span> et Saint-Thomas,
-comme nous aurons occasion de le dire en parlant du quartier du
-Luxembourg.</p>
-
-<p>Les Jacobins obtinrent encore de Louis XII l'ancien parloir aux
-Bourgeois<a id="footnotetag312" name="footnotetag312"></a><a href="#footnote312" title="Lien vers la note 312"><span class="smaller">[312]</span></a>, et une ruelle qui régnoit le long du mur de la ville.
-On voit dans les registres de la ville que, «le 5 août suivant, la
-ville s'opposa à cette concession, attendu, dit-elle, que c'est son
-propre héritage, et qu'il y a une tour hors les murailles qui pourroit
-nuire à la ville si lesdits frères en étoient possesseurs, étant deux
-cents religieux de toutes nations.» Il ne paroît pas que cette
-réclamation ait empêché l'effet de la donation.</p>
-
-<p>Le cloître de ces religieux fut reconstruit, en 1556, des libéralités
-d'un riche bourgeois nommé Hennequin. En l'an 1563, ils firent rebâtir
-leurs écoles, qui tomboient en ruines, au moyen des aumônes que leur
-procura un jubilé que le pape Pie IV leur avoit accordé à cette
-intention.</p>
-
-<p>L'enceinte de ce couvent renfermoit un assez grand terrain; mais les
-bâtiments, presque tous <span class="pagenum"><a id="page414" name="page414"></a>(p. 414)</span> d'un gothique très-grossier, et la plupart
-sans symétrie, n'avoient rien qui méritât d'être remarqué. Il en étoit
-de même de l'église, dont le vaisseau étoit vaste, mais sans
-proportion et sans régularité. Elle étoit partagée en deux dans toute
-sa longueur, comme celle que l'ordre possédoit à Toulouse.</p>
-
-<p>Ce qui méritoit d'attirer l'attention, c'étoit le nombre considérable
-d'illustres personnages qui avoient été inhumés dans cette église, ou
-dont on y avoit déposé le c&oelig;ur ou les entrailles. On y comptoit
-non-seulement les plus grands noms de la France, mais encore des
-princes du sang, des rois et des reines, entre autres les trois chefs
-des branches royales de Valois, d'Évreux et de Bourbon. Du reste elle
-étoit peu riche en tableaux et autres monuments des arts.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES JACOBINS.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître autel, un très-beau tableau qui leur fut donné par
- le cardinal Mazarin, représentant la naissance de la Vierge, et
- attribué par les uns à <i>Sébastien del Piombo</i>, par d'autres, au
- <i>Valentin</i><a id="footnotetag313" name="footnotetag313"></a><a href="#footnote313" title="Lien vers la note 313"><span class="smaller">[313]</span></a>. La décoration de cet autel, enrichi de colonnes
- en marbre d'ordre corinthien, étoit également due aux libéralités
- de ce ministre.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page415" name="page415"></a>(p. 415)</span> Dans l'église, une Descente de croix, d'une belle exécution, sans
- nom d'auteur.</p>
-
- <p>Au-dessus de la chaire, un saint Thomas prêchant; par <i>Élisabeth
- Chéron</i>.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans cette église avoient été inhumés:</p>
-
- <p>Charles de France, comte de Valois, chef de la branche de ce nom,
- laquelle a régné deux cent soixante années.</p>
-
- <p>Charles de Valois, comte d'Alençon, second fils de Charles de
- France. Il fut la tige des comtes d'Alençon.</p>
-
- <p>Agnès de France, septième fille de Jean de France, duc de
- Normandie.</p>
-
- <p>Louis de France, comte d'Évreux, et chef de la branche de ce nom.</p>
-
- <p>Robert de France, comte de Clermont en Beauvoisis, sixième fils
- de saint Louis, et chef de la branche de Bourbon.</p>
-
- <p>Louis I<sup>er</sup>, duc de Bourbon, fils de Robert de France, comte de
- Clermont et de la Marche.</p>
-
- <p>Marguerite de Bourbon, fille de Robert, et première femme de Jean
- de Flandre, comte de Namur.</p>
-
- <p>Pierre, duc de Bourbon et comte de la Marche, fils de Louis I<sup>er</sup>.</p>
-
- <p>Louis III<sup>e</sup> du nom, fils puîné de Louis II<sup>e</sup> du nom, duc de
- Bourbon.</p>
-
- <p>Béatrix de Bourbon, fille de Louis I<sup>er</sup> et de Marie de Hainaut. On
- voyoit sa figure debout, et appuyée contre un pilier du
- sanctuaire, avec son épitaphe au-dessus<a id="footnotetag314" name="footnotetag314"></a><a href="#footnote314" title="Lien vers la note 314"><span class="smaller">[314]</span></a>. Elle avoit en outre
- son tombeau dans la nef, à main gauche.</p>
-
- <p>Anne de Bourbon, fille de Jean I<sup>er</sup>, comte de la Marche, de
- Vendôme et de Castres.</p>
-
- <p>Philippe d'Artois, fils aîné de Robert, comte d'Artois; et
- Blanche sa femme, fille du duc de Bretagne.</p>
-
- <p>Gaston, comte de Foix, premier du nom.</p>
-
- <p>Clémence, fille de Charles Martel, roi de Hongrie, et seconde
- femme de Louis X, roi de France.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page416" name="page416"></a>(p. 416)</span> Cette église possédoit en outre:</p>
-
- <p>Le c&oelig;ur de Philippe III, dit le Hardi, roi de France et fils de
- saint Louis.</p>
-
- <p>Celui de Pierre de France, comte d'Alençon, cinquième fils de
- saint Louis.</p>
-
- <p>Celui de Charles IV, roi de France.</p>
-
- <p>Celui de Philippe III, dit le Sage, roi de Navarre, fils de Louis
- de France, comte d'Évreux.</p>
-
- <p>Celui de Charles de France, roi de Naples et de Sicile, frère de
- saint Louis.</p>
-
-<table summary="Entrailles.">
-<tr>
-<td>Les entrailles de Philippe V, dit le Long,</td>
-<td rowspan="2">tous les deux rois de France.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td>Celles de Philippe VI, dit de Valois,</td>
-</tr>
-</table>
-
- <p>Devant le maître-autel étoit la tombe de Humbert de la
- Tour-du-Pin, deuxième du nom, Dauphin de Viennois, mort à
- Clermont en Auvergne, en odeur de sainteté, en 1355<a id="footnotetag315" name="footnotetag315"></a><a href="#footnote315" title="Lien vers la note 315"><span class="smaller">[315]</span></a>.</p>
-
- <p>Au-dessus de la porte du Revestiaire, la statue du cardinal Gui
- de Malsec à genoux devant un crucifix.</p>
-
- <p>Dans les chapelles et dans diverses autres parties de l'église
- avoient été inhumés plusieurs autres personnages remarquables,
- savoir:</p>
-
- <p>Dans la chapelle de Saint-Thomas ou des Bourbons, les PP. Nicolas
- Coeffeteau et Noël Alexandre, tous les deux de l'ordre des Frères
- Prêcheurs, et célèbres par leur profonde érudition.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page417" name="page417"></a>(p. 417)</span> Sous une tombe, devant la chapelle de la Passion, Pierre de la
- Palue, religieux de Saint-Dominique et patriarche de Jérusalem.</p>
-
- <p>Dans la nef, devant les orgues, trois générales perpétuelles des
- Béguines de Paris, Agnès d'Orchies, Jeanne La Bricharde et Jeanne
- Roumaine.</p>
-
- <p>Aussi dans la nef, Jean Passerat, professeur d'éloquence au
- collége royal, et George Critton, Écossois, docteur en droit
- civil et canonique, et professeur royal en langue grecque et
- latine<a id="footnotetag316" name="footnotetag316"></a><a href="#footnote316" title="Lien vers la note 316"><span class="smaller">[316]</span></a>.</p>
-
- <p>Dans l'aile où étoit située la chapelle du Rosaire, Nicolas de
- Paris, substitut du procureur-général du parlement.</p>
-
- <p>Auprès de l'&oelig;uvre de la confrérie du Rosaire<a id="footnotetag317" name="footnotetag317"></a><a href="#footnote317" title="Lien vers la note 317"><span class="smaller">[317]</span></a>, Claude Dormy,
- évêque de Boulogne-sur-Mer, auparavant moine de Cluni, et prieur
- de Saint-Martin-des-Champs. Il étoit représenté à genoux sur la
- porte d'une chapelle<a id="footnotetag318" name="footnotetag318"></a><a href="#footnote318" title="Lien vers la note 318"><span class="smaller">[318]</span></a>.</p>
-
- <p>Près de cette chapelle, Pierre de Rostrenan, chambellan du roi
- Charles VII. Sa figure en albâtre étoit couchée sur sa tombe.</p>
-
- <p>Jean Clopinel, dit de Meung, continuateur du roman de la Rose,
- avoit été aussi inhumé dans ce couvent, mais on ignore si ce fut
- dans l'église ou dans le cloître, etc., etc.</p>
-</div>
-
-<p>L'église des Jacobins, qui, depuis long-temps, menaçoit ruine, avoit
-été abandonnée par ces religieux, quelques années avant la
-révolution; <span class="pagenum"><a id="page418" name="page418"></a>(p. 418)</span> et l'office divin se célébroit dans la salle des
-exercices, connue sous le nom d'<i>Écoles de Saint-Thomas</i>. Ces écoles,
-situées à côté de l'église, avoient été commencées aux dépens du P.
-Jean Binet, docteur en théologie, et religieux de cet ordre, mort en
-1550. On y remarquoit une chaire revêtue de marbre, dans laquelle
-étoit, dit-on, renfermée celle qui avoit servi à saint Thomas d'Aquin.
-La salle principale étoit ornée de plusieurs représentations des plus
-grands personnages de l'ordre, parmi lesquels on distinguoit les
-portraits de saint Dominique, de Pierre de Tarentaire, pape sous le
-nom d'Innocent V, et de Hugues de Saint-Cher, cardinal du titre de
-Sainte-Sabine.</p>
-
-<p>La bibliothèque, composée de quinze à seize mille volumes, contenoit
-plusieurs manuscrits d'ouvrages de piété, légués par saint Louis à ces
-religieux.</p>
-
-<p>L'ordre de Saint-Dominique est un des plus illustres qu'il y ait eu
-dans l'église. Sans parler d'une foule de savants, aussi
-recommandables par leurs vertus que par leurs lumières, qui sont
-sortis de ses écoles, ou qui ont travaillé dans le silence de ses
-cloîtres, il compte parmi ses membres douze saints canonisés et
-plusieurs béatifiés; quatre papes, Innocent V, Benoît XI, Pie V et
-Benoît XIII; cinquante-huit cardinaux, vingt-trois patriarches; tous
-les maîtres du sacré <span class="pagenum"><a id="page419" name="page419"></a>(p. 419)</span> Palais, depuis saint Dominique, qui fut le
-premier en 1217; vingt-huit confesseurs de nos rois, et quarante-deux
-des rois d'Espagne<a id="footnotetag319" name="footnotetag319"></a><a href="#footnote319" title="Lien vers la note 319"><span class="smaller">[319]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>L'ÉGLISE COLLÉGIALE DE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS.</h3>
-
-<p>Les Historiens de Paris ne sont d'accord ni sur l'origine de cette
-église, ni sur l'étymologie du surnom qui lui a été donné; il est peu
-de monuments qui aient exercé davantage leur sagacité. Quelques-uns
-ont avancé que saint Denis l'Aréopagite avoit célébré les saints
-mystères dans un oratoire qu'il avoit lui-même dédié en cet endroit
-sous l'invocation de saint Étienne, et en ont conclu que le véritable
-surnom étoit des <i>Grecs</i>, parce que ce saint et ses disciples étoient
-venus d'Athènes dans les Gaules. D'autres, rejetant cette tradition
-très-incertaine, ont pensé, mais <span class="pagenum"><a id="page420" name="page420"></a>(p. 420)</span> sans en apporter des preuves
-meilleures, que ce surnom venoit de quelques degrés qu'il falloit
-monter pour entrer dans cette église, et qu'on devoit dire <i>S.
-Stephanus de gradibus</i>. Plusieurs prétendent que cette église, étant
-située à la sortie de la ville, a été appelée ainsi, <i lang="la">ab egressu
-urbis</i>, et qu'il convient d'écrire Saint-Étienne-<i>d'Egrès</i>. Il n'est
-pas moins difficile d'adopter cette dernière explication: car c'est un
-fait incontestable que l'édifice en question étoit renfermé dans
-l'enceinte de Philippe-Auguste.</p>
-
-<p>Enfin l'abbé Lebeuf<a id="footnotetag320" name="footnotetag320"></a><a href="#footnote320" title="Lien vers la note 320"><span class="smaller">[320]</span></a>, s'appuyant sur les cartulaires de
-Sainte-Geneviève et de Sorbonne, dans lesquels l'église de
-Saint-Étienne est nommée <i>de gressis</i> et <i>de gressibus</i>, donne sur
-cette dénomination <i>des grès</i> deux opinions très-plausibles, et qui
-ont été adoptées par Jaillot. Il pense que ce nom peut venir des
-<i>grès</i> ou bornes posées dans cette rue, pour marquer les limites des
-seigneuries, du roi, de l'abbaye Sainte-Geneviève et autres, ou d'une
-famille <i>de Grèz</i>, connue au treizième siècle, laquelle possédoit, au
-nom du roi, un pressoir et vignoble sur le bord de la rue
-Saint-Étienne. Il cite en effet plusieurs actes dans lesquels il est
-fait mention de cette famille; mais il n'en est aucun d'où l'on
-puisse conclure <span class="pagenum"><a id="page421" name="page421"></a>(p. 421)</span> que son nom ait été ajouté à celui de l'église avant
-le commencement du treizième siècle.</p>
-
-<p>Sur l'ancienneté de son origine il n'y a pas moins de variété dans les
-opinions. Il faut d'abord rejeter celle de du Breul et autres qui
-attribuent son érection à saint Denis l'Aréopagite: elle n'est appuyée
-sur aucune preuve, pas même sur des conjectures vraisemblables. L'abbé
-Lebeuf<a id="footnotetag321" name="footnotetag321"></a><a href="#footnote321" title="Lien vers la note 321"><span class="smaller">[321]</span></a> se contente de dire que cet édifice existoit dans le
-septième siècle, et cite à ce sujet le testament d'une dame nommée
-Hermentrude, qui désigne l'église Saint-Étienne parmi celles
-auxquelles elle distribue des legs; mais il est combattu par Jaillot:
-celui-ci prétend ne reconnoître dans cette église Saint-Étienne que
-l'ancienne église-mère, laquelle, comme on sait, étoit originairement
-sous l'invocation de ce saint. Ce critique rejette également
-l'interprétation qu'Adrien de Valois donne à un passage des annales de
-saint Bertin, au moyen duquel il prétend prouver que cette église fut
-rachetée, en 857, des fureurs des Normands, qui livroient alors aux
-flammes tous les édifices dont Paris étoit environné. Il n'a pas de
-peine ensuite à prouver que ce n'est point de ce monument, mais de la
-cathédrale qu'il est question dans le <span class="pagenum"><a id="page422" name="page422"></a>(p. 422)</span> poëme d'Abbon, lorsque cet
-auteur dit qu'en 886 le corps de saint Germain fut reporté dans la
-basilique de Saint-Étienne, martyr. Toutefois, en regardant comme
-incomplètes toutes ces preuves apportées par divers historiens de
-l'existence de l'église Saint-Étienne à ces différentes époques,
-Jaillot est loin d'en conclure qu'il n'y avoit pas alors quelque
-chapelle de ce nom dans les faubourgs. Il est certain que le
-territoire sur lequel elle est située appartenoit à la cathédrale
-avant l'invasion des Normands; il est probable en outre que ce
-territoire entra dans la transaction faite avec ces barbares, et du
-reste l'existence de cette église et sa dépendance de l'église-mère
-sont constatées, dans le siècle suivant, par des actes présentés par
-ce critique comme les premiers qui en parlent avec authenticité.</p>
-
-<p>Au commencement du onzième siècle, les malheurs des temps et les
-troubles de l'état avoient fait abandonner plusieurs églises; le
-service divin ne s'y faisoit plus régulièrement, et les biens qu'elles
-possédoient avoient été usurpés. Un clerc, nommé Girauld, jouissoit
-des églises de Saint-Étienne, de Saint-Julien, de Saint-Séverin et de
-Saint-Bache (Saint-Benoît). On voit par une charte sans date<a id="footnotetag322" name="footnotetag322"></a><a href="#footnote322" title="Lien vers la note 322"><span class="smaller">[322]</span></a>,
-mais qui doit avoir été donnée <span class="pagenum"><a id="page423" name="page423"></a>(p. 423)</span> entre 1031 et 1050, que sur la demande
-d'Imbert, évêque de Paris, Henri I<sup>er</sup>, qui régnoit alors, accorda la
-propriété de ces églises à la cathédrale, toutefois sous la réserve
-des droits de Girauld, qui continua d'en jouir jusqu'à sa mort. C'est
-donc à cette époque qu'il convient de fixer l'origine de Saint-Étienne
-comme église collégiale. Elle étoit, comme nous l'avions déjà
-dit<a id="footnotetag323" name="footnotetag323"></a><a href="#footnote323" title="Lien vers la note 323"><span class="smaller">[323]</span></a>, l'une des <i>quatre-filles</i> de Notre-Dame, et son desservant
-avoit rang parmi les prêtres cardinaux qui assistoient l'évêque à
-l'autel les jours de Noël, de Pâques et de l'Assomption.</p>
-
-<p>Il ne paroît pas que, dans ces premiers temps, le clergé en ait été
-nombreux: le chapitre de Notre-Dame commettoit un chanoine pour avoir
-soin de cette église, qui, jusqu'en 1187, ne fut desservie que par
-deux prêtres; mais depuis cette année jusqu'à 1250, le nombre des
-membres de cette collégiale s'accrut successivement, de manière
-qu'elle se composa dès lors de onze chanoines et d'un chefcier, qui
-fut élu, pour la première fois, dans cette dernière année<a id="footnotetag324" name="footnotetag324"></a><a href="#footnote324" title="Lien vers la note 324"><span class="smaller">[324]</span></a>. Ils se
-maintinrent ainsi jusqu'à la fin. Les chanoines et le chefcier étoient
-à la nomination de deux chanoines de Notre-Dame, en vertu du droit
-attaché à leur prébende, et il y avoit de <span class="pagenum"><a id="page424" name="page424"></a>(p. 424)</span> plus un chapelain que
-nommoit le chapitre de Saint-Étienne-des-Grès.</p>
-
-<p>Les bâtiments de cette église n'avoient d'ancien que le côté où étoit
-la chapelle de Notre-Dame-de-Délivrance: plusieurs piliers qui
-existoient encore dans cette partie de l'édifice et la tour
-paroissoient être de la fin du onzième siècle. Le portail étoit plus
-moderne d'environ cent ans; le reste, construit à diverses époques
-beaucoup moins reculées, se trouvoit masqué par une foule de
-constructions irrégulières élevées entre le portail extérieur et
-l'église, et servant de logements aux membres du chapitre et aux gens
-attachés à leur service. Ce portail extérieur avoit été, suivant les
-apparences, bâti dans le dix-septième siècle<a id="footnotetag325" name="footnotetag325"></a><a href="#footnote325" title="Lien vers la note 325"><span class="smaller">[325]</span></a>.</p>
-
-<p>On raconte que saint François-de-Sales, encore étudiant à Paris,
-venoit souvent prier dans cette chapelle de la Vierge dont nous venons
-de parler.</p>
-
-<p>Il y fut institué, en 1533, une confrérie qui depuis devint célèbre,
-et à laquelle deux papes (Grégoire XIII et Clément VIII) attachèrent
-de grandes indulgences.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS.</p>
-
- <p>Sur la droite du maître-autel, un tableau représentant la
- <span class="pagenum"><a id="page425" name="page425"></a>(p. 425)</span> Vierge, et l'Enfant-Jésus caressant saint Jean-Baptiste; par un
- peintre inconnu.</p>
-
- <p>Sur la tranche d'un bénitier de marbre, placé au pied d'un des
- piliers de l'orgue, on lisoit une inscription grecque
- <em>récurrente</em><a id="footnotetag326" name="footnotetag326"></a><a href="#footnote326" title="Lien vers la note 326"><span class="smaller">[326]</span></a>, copiée sans doute d'après les bénitiers de la
- croisée de Notre-Dame, où elle se trouvoit également gravée, mais
- beaucoup plus anciennement. Elle étoit conçue en ces termes:</p>
-
-<p class="center">
-&#925;&#921;&#936;&#937;&#925;
-&#913;&#925;&#927;&#924;&#919;&#924;&#913;&#932;&#913;
-&#924;&#919;
-&#924;&#927;&#925;&#913;&#925;
-&#927;&#936;&#921;&#925;<br />
-
- 1626.<br />
-
- Lava peccata non solam faciem.</p>
-</div>
-
-<p>On prétend que cette inscription étoit primitivement gravée sur le
-bénitier de l'église de Sainte-Sophie à Constantinople<a id="footnotetag327" name="footnotetag327"></a><a href="#footnote327" title="Lien vers la note 327"><span class="smaller">[327]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>LA CHAPELLE SAINT-SYMPHORIEN.</h3>
-
-<p>Cette chapelle, qui fut détruite dans le dix-septième siècle, étoit
-située dans la rue des Cholets, vis-à-vis le collége qui porte le même
-nom. Son origine, sur laquelle on n'a aucun renseignement, <span class="pagenum"><a id="page426" name="page426"></a>(p. 426)</span> devoit
-être fort ancienne, car il en est fait mention dans le testament
-d'Hermentrude. On la trouve citée depuis dans la charte de
-Philippe-Auguste de 1185, et dans le cartulaire de Sainte-Geneviève à
-la date de 1220. Sauval dit qu'elle subsistoit encore de son temps; il
-devoit ajouter aussi qu'il l'avoit vu détruire, car il n'est mort
-qu'en 1670, et alors il y avoit huit ans que cette chapelle, tombant
-en ruines, avoit été vendue au collége de Montaigu, par contrat du 2
-septembre 1662.</p>
-
-<p>La chapelle Saint-Symphorien avoit été bâtie au milieu d'un clos de
-vignes qui s'étendoit jusqu'à Notre-Dame-des-Champs (les Carmélites).
-Ce vignoble appartenoit au roi et à différents seigneurs. D'anciens
-titres nous apprennent que le monarque avoit, entre l'église
-Saint-Étienne et le collége de Lisieux, un pressoir, dans lequel on
-portoit le vin qui se recueilloit au clos <i>des Mureaux</i>. Ce clos,
-situé au faubourg Saint-Jacques, étoit nommé, au treizième siècle,
-<i>Murelli</i>, dans le suivant <i>de Murellis</i>, aliàs <i>de Cuvron</i>. On
-donnoit le nom de <i>clos Saint-Étienne</i> aux vignes plantées près de
-cette église.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page427" name="page427"></a>(p. 427)</span> LES RELIGIEUSES DE LA VISITATION DE SAINTE-MARIE.</h3>
-
-<p>Nous avons déjà parlé de l'origine de ces religieuses et de leur
-établissement à Paris en 1619<a id="footnotetag328" name="footnotetag328"></a><a href="#footnote328" title="Lien vers la note 328"><span class="smaller">[328]</span></a>. Leur nombre s'étant
-considérablement augmenté dès le commencement, ce fut une nécessité de
-chercher presque aussitôt un lieu convenable pour y fonder un nouveau
-monastère et y établir une colonie de ces saintes filles. L'archevêque
-de Paris leur en accorda la permission en 1623. Elles achetèrent en
-conséquence, au faubourg Saint-Jacques, une maison dite <i>Saint-André</i>,
-avec quelques bâtiments et jardins qui l'environnoient, et firent
-disposer le tout dans la forme propre à y recevoir une communauté. Ce
-second établissement, dans lequel elles entrèrent le 13 août 1626,
-<span class="pagenum"><a id="page428" name="page428"></a>(p. 428)</span> fut confirmé par des lettres patentes données en 1660.</p>
-
-<p>La maison du faubourg Saint-Jacques étant devenue, dans le courant du
-siècle dernier, l'une des plus considérables de l'ordre, ces dames se
-trouvèrent dans une situation assez prospère pour penser à faire
-reconstruire leur église en entier et une partie de leurs bâtiments.
-Ce projet fut exécuté quelques années avant la révolution. L'église,
-qui existe encore, est petite, mais d'une architecture élégante<a id="footnotetag329" name="footnotetag329"></a><a href="#footnote329" title="Lien vers la note 329"><span class="smaller">[329]</span></a>.
-Le portail en est simple et de bon goût.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA VISITATION.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, dédié à saint François-de-Sales, un tableau
- représentant ce saint évêque; par <i>Le Brun</i>.</p>
-
- <p>Dans un des bas-côtés, à droite, la Visitation; par <i>Suvée</i>.</p>
-
- <p>Dans le bas-côté, à gauche, le tableau des Sacrés-C&oelig;urs; par
- <i>Mauperin</i>.</p>
-
- <p>Ces dames possédoient en outre plusieurs tableaux de <i>La Fosse</i>,
- renfermés dans l'intérieur de leur maison.</p>
-</div>
-
-
-<h3>LE SÉMINAIRE SAINT-MAGLOIRE.</h3>
-
-<p>C'étoit dans l'origine un hôpital connu sous le nom de
-Saint-Jacques-du-Haut-Pas. On ne <span class="pagenum"><a id="page429" name="page429"></a>(p. 429)</span> sait rien de positif ni sur l'origine
-des religieux qui le desservoient, ni sur l'époque de leur
-établissement à Paris. Le P. Helyot<a id="footnotetag330" name="footnotetag330"></a><a href="#footnote330" title="Lien vers la note 330"><span class="smaller">[330]</span></a> nous présente cet ordre comme
-une société de laïcs qui, au douzième siècle, et à l'exemple des
-religieux appelés <i>Pontifices</i> ou faiseurs de ponts, s'étoient voués à
-l'occupation pénible de faciliter aux pèlerins les passages difficiles
-des rivières, et faisoient eux-mêmes les ponts et bacs destinés à cet
-usage. Il dit qu'ils portoient, comme marque distinctive, un marteau
-figuré sur la manche gauche de leur habit; que cet institut, ayant été
-favorisé, forma une espèce de congrégation religieuse, dont le
-chef-lieu fut le grand hôpital de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, au
-diocèse de Lucques en Italie. Quelques historiens en ont fait un ordre
-militaire; d'autres prétendent qu'ils étoient chanoines réguliers. La
-première opinion sembleroit la plus probable, parce qu'en effet le
-chef de l'ordre prenoit le titre de commandeur.<a id="footnotetag331" name="footnotetag331"></a><a href="#footnote331" title="Lien vers la note 331"><span class="smaller">[331]</span></a> Jaillot
-conjecture qu'ils étoient établis à Paris dès le douzième siècle; et
-que c'est d'eux qu'il est question dans une donation faite, en 1183,
-par Philippe-Auguste de tout ce qui lui appartenoit sous Montfaucon;
-d'autres historiens ne pensent pas que l'hôpital <span class="pagenum"><a id="page430" name="page430"></a>(p. 430)</span> du Haut-Pas ait été
-fondé avant l'année 1286. Quelques-uns même, tels que Sauval et D.
-Félibien, reculent cette fondation jusqu'au quatorzième siècle; mais
-des titres authentiques en constatoient l'existence dès 1260<a id="footnotetag332" name="footnotetag332"></a><a href="#footnote332" title="Lien vers la note 332"><span class="smaller">[332]</span></a>.</p>
-
-<p>Ces hospitaliers, ne trouvant pas en France l'occasion de rendre aux
-fidèles les services auxquels ils s'étoient obligés par leur institut,
-cherchèrent quelque autre moyen de leur devenir utiles, et le
-trouvèrent dans l'érection d'un hôpital, où ils reçurent les pèlerins
-des deux sexes, et leur prodiguèrent tous les secours de l'humanité et
-de la religion. L'utilité de cette nouvelle institution fut si
-vivement sentie, que, malgré la suppression de cet ordre faite en 1459
-par Pie II et la réunion de ses revenus à celui de Notre-Dame de
-Bethléem, on résolut de le conserver en France. Antoine Canu, qui en
-étoit commandeur en 1519, fit rebâtir l'hôpital et reconstruire une
-plus grande église, qui fut dédiée, par François Poncher, évêque de
-Paris, sous le nom de Saint-Raphaël archange et de
-Saint-Jacques-le-Majeur. Les choses restèrent dans le même état
-jusqu'au milieu du siècle suivant, que cet hôpital fut mis dans la
-main du roi, sans qu'on en sache la raison. On trouve qu'en 1554 il
-fut destiné, par un arrêt <span class="pagenum"><a id="page431" name="page431"></a>(p. 431)</span> du conseil, à recevoir les soldats blessés,
-et qu'en 1561 le roi en faisoit acquitter les charges.</p>
-
-<p>Nous avons déjà dit qu'en 1572 un ordre de Catherine de Médicis fit
-transférer à Saint-Jacques-du-Haut-Pas les religieux de
-Saint-Magloire<a id="footnotetag333" name="footnotetag333"></a><a href="#footnote333" title="Lien vers la note 333"><span class="smaller">[333]</span></a>. Cette translation, qui ne s'opéra que
-difficilement, et contre le gré de ces religieux, fit naître parmi eux
-des dégoûts, y produisit un relâchement si marqué, que M. de Gondi,
-évêque de Paris et abbé de ce monastère<a id="footnotetag334" name="footnotetag334"></a><a href="#footnote334" title="Lien vers la note 334"><span class="smaller">[334]</span></a>, se crut obligé de
-recourir à l'autorité du parlement, qui, par son arrêt du 13 février
-1586, ordonna que cette abbaye seroit réformée, et nomma des
-commissaires à cet effet. Cette réforme eut tout le succès que l'on
-pouvoit désirer; mais le nombre des religieux diminua successivement,
-et à un tel point, que M. Henri de Gondi, cardinal de Retz et évêque
-de Paris, jugea qu'il ne pouvoit trouver ni un lieu ni une
-circonstance plus favorable pour établir un séminaire qu'il avoit
-depuis quelque temps résolu de former. Il obtint à cet effet des
-lettres-patentes <span class="pagenum"><a id="page432" name="page432"></a>(p. 432)</span> du mois de juillet 1618, qui autorisèrent la
-fondation de ce séminaire, et y appliquèrent le produit de la mense
-conventuelle.</p>
-
-<p>Ce fut aux PP. de l'Oratoire que ce prélat jugea à propos de confier
-la direction du nouvel établissement: ils furent chargés d'instruire
-et d'entretenir douze ecclésiastiques, à sa nomination et à celle de
-ses successeurs. L'événement justifia pleinement la sagesse d'un tel
-choix; et de cette école, recommandable par la science et la piété de
-ses directeurs, on a vu, dans l'espace de près de deux siècles, sortir
-une foule de sujets distingués, dont plusieurs ont été l'ornement de
-l'Église, et en ont rempli les premières dignités.</p>
-
-<p>Ce fut le 16 mars 1620 que fut passée la transaction entre les PP. de
-l'Oratoire et les religieux de Saint-Magloire: il fut convenu que
-ceux-ci pourroient rester dans la maison, qu'ils y jouiroient chacun
-d'une pension de 414 livres, et de la prébende de l'église Notre-Dame,
-qu'on avoit affectée à leur mense. Le dernier de ces religieux y
-mourut en 1669.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, un tableau représentant l'Annonciation; sans
- nom d'auteur.</p>
-
- <p>Dans la nef, plusieurs autres tableaux médiocres, ou copiés
- d'après de bons maîtres.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page433" name="page433"></a>(p. 433)</span> La bibliothèque, composée de dix-huit à vingt mille volumes,
-renfermoit les manuscrits de M. de Saint-Marthe sur les grandes
-maisons de France<a id="footnotetag335" name="footnotetag335"></a><a href="#footnote335" title="Lien vers la note 335"><span class="smaller">[335]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-JACQUES-DU-HAUT-PAS.</h3>
-
-<p>Cette église doit le nom qu'elle porte à la chapelle de l'hôpital dont
-nous venons de parler. Vers le milieu du quinzième siècle, les
-habitants des faubourgs Saint-Jacques et Saint-Michel, trop éloignés
-des églises Saint-Médard, Saint-Hippolyte et Saint-Benoît, leurs
-paroisses, avoient sollicité l'érection de cette chapelle en
-succursale. Cette demande, après quelques contestations, leur fut
-accordée en 1566; et la sentence de l'official qui ordonna cette
-érection remit la nomination du chapelain qui devoit résider à
-Saint-Jacques-du-Haut-Pas aux curés <span class="pagenum"><a id="page434" name="page434"></a>(p. 434)</span> et vicaires perpétuels des églises
-que nous venons de nommer.</p>
-
-<p>Les Bénédictins de Saint-Magloire ayant été transférés, en 1572, dans
-la maison des Hospitaliers de Saint-Jacques, il arriva que l'office de
-ces religieux devant se dire à certaines heures, se rencontroit
-souvent avec celui de la succursale, ce qui, des deux côtés, devint
-également incommode, et détermina les paroissiens à faire bâtir une
-nouvelle chapelle à côté de l'ancienne. Elle fut commencée en 1584, et
-l'on en bénit le cimetière le 10 mai de la même année.</p>
-
-<p>Dès l'époque de l'érection de cette succursale, le prêtre qui la
-desservoit avoit pris le titre de curé; plusieurs actes cités par
-Jaillot le lui donnent, et il paroît que cette cure étoit alors à la
-nomination du trésorier de la Sainte-Chapelle. Cependant la chapelle
-de Saint-Jacques-du-Haut-Pas n'étoit point encore une paroisse en
-titre; et ce titre elle ne le dut qu'à l'augmentation rapide des
-habitants de ce quartier. Cette augmentation devint telle, que, dès
-1603, on forma le projet de faire bâtir une église plus vaste, ce qui
-toutefois ne fut exécuté qu'en 1630, parce qu'une foule d'obstacles en
-traversèrent jusque-là l'exécution. La première pierre en fut posée,
-le 2 septembre de cette année, par Monsieur, frère de Louis XIII; et
-ce fut alors seulement que les habitants obtinrent l'érection de leur
-<span class="pagenum"><a id="page435" name="page435"></a>(p. 435)</span> église en paroisse, ce qui ne fut accordé toutefois qu'après de
-longues contestations, et sous la condition de certaines redevances
-aux curés des diverses églises dont la chapelle Saint-Jacques étoit
-auparavant dépendante. Il fut aussi ordonné que cette cure seroit à
-l'avenir à la présentation alternative du chapitre Saint-Benoît et du
-curé de Saint-Hippolyte.</p>
-
-<p>Toutefois les travaux de la nouvelle église, commencés avec beaucoup
-d'ardeur, restèrent suspendus, faute de secours, jusqu'en 1675; et à
-cette époque on n'avoit encore construit que le ch&oelig;ur de l'église que
-nous voyons aujourd'hui. On en dut la continuation à madame
-Anne-Geneviève de Bourbon, princesse du sang, duchesse douairière de
-Longueville, qui s'étoit retirée aux Carmélites. Elle posa la première
-pierre de la tour et du portail le 19 juillet de cette année, et ses
-libéralités furent d'un grand secours à la fabrique pour en achever la
-construction; mais il est juste de dire que la plus grande partie de
-la dépense fut faite par les paroissiens. Il est peu d'exemples dans
-cette histoire d'un zèle de piété plus unanime et plus touchant. Les
-carriers, qui étoient en grand nombre dans le quartier, fournirent
-gratuitement toute la pierre dont cette église est pavée, et les
-ouvriers employés à sa construction voulurent donner chacun un jour
-de leur travail par semaine. <span class="pagenum"><a id="page436" name="page436"></a>(p. 436)</span> Ces deux parties de l'église, le portail,
-décoré de quatre colonnes doriques, et la tour, d'une forme carrée,
-furent construits sur les dessins de l'architecte Guittard, membre de
-l'académie, et achevés en 1684. On commença en 1688 la chapelle de la
-Vierge située dans le fond du ch&oelig;ur<a id="footnotetag336" name="footnotetag336"></a><a href="#footnote336" title="Lien vers la note 336"><span class="smaller">[336]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-JACQUES-DU-HAUT-PAS.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le dernier pilier de la nef, à droite, près de la croisée, le
- martyre de saint Barthélemi; par <i>La Hire</i><a id="footnotetag337" name="footnotetag337"></a><a href="#footnote337" title="Lien vers la note 337"><span class="smaller">[337]</span></a>.</p>
-
- <p>Vis-à-vis la chaire, un Christ; par <i>Lelu</i>.</p>
-
- <p>Sur la porte de la sacristie, une Nativité et un saint Pierre
- dans la prison; sans nom d'auteur.</p>
-
- <p>Sur l'autel de la Vierge, une Assomption; dans une chapelle à
- gauche, le mariage de la Vierge; également sans nom d'auteur.</p>
-
-<p class="center smcap">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans cette église et dans le cimetière avoient été inhumés:</p>
-
- <p>Jean Duverger de Haurane, abbé de Saint-Cyran, mort en 1643.</p>
-
- <p>Jean-Dominique Cassini, célèbre astronome, mort en 1712.</p>
-
- <p>Philippe de La Hire, habile géomètre, et fils du peintre de ce
- nom, mort en 1718.</p>
-
- <p>Jean Desmoulins, curé de cette paroisse, et l'un des plus dignes
- pasteurs dont puisse s'honorer l'église de Paris, mort en 1732.</p>
-</div>
-
-
-<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page437" name="page437"></a>(p. 437)</span> CIRCONSCRIPTION.</p>
-
-<p>L'étendue de cette paroisse ne peut pas être facilement désignée du
-côté de la campagne, et par conséquent il est difficile de bien
-établir ses limites avec Saint-Hippolyte; mais on peut faire observer
-que, du côté de la ville, son territoire étoit limitrophe avec
-Saint-Séverin vers les Chartreux; puis avec Saint-Cosme et
-Saint-Benoît, en commençant, après la porte Saint-Jacques, à la rue
-Saint-Dominique qu'elle avoit tout entière.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Cour et Hôpital Sainte-Geneviève.</i></p>
-
-<p>Un peu en deçà de cette église, on voyoit une maison très-ancienne et
-mal bâtie, dont la porte étoit décorée d'une statue de sainte
-Geneviève. Jaillot est le seul de nos historiens qui en ait fait
-connoître l'ancienne destination. Elle avoit été acquise, en 1604, par
-M. Léonard Thuillier, proviseur du collége des Lombards, ainsi que le
-clos <i>Gaudron</i> auquel elle confinoit, dans l'intention d'en faire un
-asile pour les pauvres. Ayant obtenu, en 1610, l'autorisation de la
-puissance temporelle, il y fit construire une chapelle, et y établit
-un hôpital, qu'il légua aux marguilliers de Saint-Jacques-du-Haut-Pas
-par son testament du 2 janvier 1617. Nous ignorons <span class="pagenum"><a id="page438" name="page438"></a>(p. 438)</span> à quelle époque
-cette institution cessa d'exister; mais dans le siècle dernier les
-Feuillants et le curé de Saint-Jacques occupoient la plus grande
-partie de cette maison.</p>
-
-
-<h3>LA COMMUNAUTÉ DES FILLES SAINTE-AURE.</h3>
-
-<p>Cette communauté fut établie en 1687 par M. Gardeau, curé de
-Saint-Étienne-du-Mont<a id="footnotetag338" name="footnotetag338"></a><a href="#footnote338" title="Lien vers la note 338"><span class="smaller">[338]</span></a>. Sa première intention avoit été uniquement
-de procurer un asile et la subsistance à plusieurs jeunes filles de sa
-paroisse que la misère avoit plongées dans le libertinage. Il les
-avoit réunies dans une maison de la rue des Poules, sous la protection
-d'un saint prêtre de son clergé, nommé Labitte, lequel avoit donné la
-première idée de cet établissement. Il fut d'abord fondé sous le nom
-de sainte Théodore. Quelque temps après, M. de Harlai ayant jugé à
-propos de donner un autre directeur à ces filles, il s'en <span class="pagenum"><a id="page439" name="page439"></a>(p. 439)</span> fallut peu
-que ce changement n'amenât la destruction de la communauté. Le plus
-grand nombre d'entre elles refusa de reconnoître son autorité; elles
-sortirent même de la maison, sans garder aucune mesure de bienséance.
-Il fallut toute la prudence et toute la douceur de ce nouveau
-directeur (M. Lefevre)<a id="footnotetag339" name="footnotetag339"></a><a href="#footnote339" title="Lien vers la note 339"><span class="smaller">[339]</span></a> pour ramener une partie de ce troupeau
-dispersé. De ces restes qu'il avoit si heureusement réunis, il forma
-la communauté de Sainte-Aure, qu'il plaça dans une maison commode, rue
-Neuve-Sainte-Geneviève. Leur chapelle fut bénite en 1700, et M. le
-cardinal de Noailles donna des constitutions à ces filles en 1705. M.
-Lefevre ne se contenta pas de leur procurer des secours spirituels, il
-affermit encore leur établissement par plusieurs acquisitions qu'il
-fit pour leur communauté, et par la construction d'une église plus
-vaste, commencée en 1707. Le roi fit expédier, en 1723, des
-lettres-patentes en leur faveur<a id="footnotetag340" name="footnotetag340"></a><a href="#footnote340" title="Lien vers la note 340"><span class="smaller">[340]</span></a>.</p>
-
-<p>Vers la fin du siècle dernier, ces filles avoient embrassé la clôture
-et la règle de saint Augustin: elles prenoient le titre de
-<i>religieuses de Sainte-Aure, adoratrices du sacré c&oelig;ur de Jésus</i>.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page440" name="page440"></a>(p. 440)</span> LES ORPHELINES DU SAINT ENFANT JÉSUS ET DE LA MÈRE DE PURETÉ.</h3>
-
-<p>Tel est le titre de cette communauté, et non celui des <i>Cent Filles</i>,
-que plusieurs nomenclateurs lui ont donné. L'abbé Lebeuf dit «qu'elle
-fut fondée vers 1710, pour de pauvres orphelines de la campagne.»<a id="footnotetag341" name="footnotetag341"></a><a href="#footnote341" title="Lien vers la note 341"><span class="smaller">[341]</span></a>
-Piganiol recule cette date jusqu'à 1735. Jaillot prétend que cet
-établissement est antérieur de plusieurs années à la première de ces
-deux dates, et qu'il prit naissance vers 1700, par le soin de quelques
-personnes pieuses qui le commencèrent dans le cul-de-sac des Vignes,
-sous la protection de l'archevêque et des officiers municipaux. La
-maison qu'occupoient ces orphelines avoit été prise à loyer; elles en
-firent l'acquisition en 1711, ainsi que d'une autre maison voisine, et
-y firent construire des classes, un réfectoire et une chapelle.
-<span class="pagenum"><a id="page441" name="page441"></a>(p. 441)</span> L'acquisition fut amortie, et l'établissement confirmé par
-lettres-patentes en 1717. Plusieurs personnes charitables y fondèrent
-des places qui restèrent à la nomination de leurs familles<a id="footnotetag342" name="footnotetag342"></a><a href="#footnote342" title="Lien vers la note 342"><span class="smaller">[342]</span></a>.</p>
-
-<p>Outre les filles que la charité y plaçoit, on en recevoit d'autres
-avec de bonnes recommandations, moyennant une pension modique. Il
-suffisoit, pour être admise dans cette maison, qu'une fille fût
-orpheline de père ou de mère, de la ville ou de la campagne: elle
-pouvoit y entrer dès l'âge de sept ans, et y demeurer jusqu'à vingt.
-Dans le commencement de l'établissement, la direction et
-l'administration en avoient été confiées à des filles pieuses, qui
-formoient entre elles une société purement séculière; mais en 1754 on
-leur substitua des filles de la communauté de
-Saint-Thomas-de-Villeneuve<a id="footnotetag343" name="footnotetag343"></a><a href="#footnote343" title="Lien vers la note 343"><span class="smaller">[343]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Communauté de Saint-Siméon-Salus.</i></p>
-
-<p>Dans le même cul-de-sac, et presque vis-à-vis la maison des
-Orphelines, étoit une pension pour les femmes ou filles tombées en
-démence, <span class="pagenum"><a id="page442" name="page442"></a>(p. 442)</span> à laquelle on avoit donné le titre de communauté de
-<i>Saint-Siméon-Salus</i>. On y avoit ménagé une petite chapelle sous
-l'invocation de ce saint, qui cacha, par un excès d'humilité, de
-grandes vertus sous les apparences de la folie et de l'extravagance.
-Elle fut construite en 1696. Les malades qu'on y renfermoit étoient
-traités avec un soin extrême, et tous les moyens possibles étoient
-employés pour procurer leur guérison.</p>
-
-
-<h3>LES FILLES SAINTE-PERPÉTUE.</h3>
-
-<p>Cette communauté de filles, qui a cessé de subsister environ vingt ans
-avant la révolution, habitoit une maison située dans la rue de la
-Vieille-Estrapade. Elles devoient leur établissement au zèle de la
-demoiselle Grivot, qui les avoit instituées en 1688, et placées rue
-Neuve-Saint-Étienne<a id="footnotetag344" name="footnotetag344"></a><a href="#footnote344" title="Lien vers la note 344"><span class="smaller">[344]</span></a>. L'objet de leur institut étoit d'instruire
-les jeunes filles et de leur apprendre, avec les principes de la
-religion, tous les travaux convenables à leur sexe. M. de Noailles,
-qui protégeoit <span class="pagenum"><a id="page443" name="page443"></a>(p. 443)</span> spécialement cet établissement, à cause de son utilité,
-transféra les filles Sainte-Perpétue dans la maison que la communauté
-de Saint-François-de-Sales venoit d'abandonner, pour aller habiter la
-place du Puits-de-l'Ermite. Elles la tinrent à loyer jusqu'au moment
-de leur suppression, dont nous ignorons les causes. À l'exception de
-Jaillot, aucun historien moderne n'a fait mention de cette communauté.</p>
-
-
-<h3>LES RELIGIEUSES DE LA PRÉSENTATION NOTRE-DAME.</h3>
-
-<p>Sauval et ceux qui l'ont suivi ont parlé fort inexactement de ce
-prieuré perpétuel de Bénédictines mitigées<a id="footnotetag345" name="footnotetag345"></a><a href="#footnote345" title="Lien vers la note 345"><span class="smaller">[345]</span></a>. Voici les faits tels
-qu'ils ont été rétablis par Jaillot: «Quelques religieuses de cet
-ordre avoient tenté de former un établissement à Paris sans avoir pu
-obtenir la permission, lorsque madame Marie Courtin, <span class="pagenum"><a id="page444" name="page444"></a>(p. 444)</span> veuve du sieur
-Billard de Carouge, voulant favoriser sa nièce, religieuse de l'abbaye
-d'Arcisse, forma le projet de fonder dans cette capitale un couvent de
-cet ordre, dont cette religieuse eût été prieure perpétuelle. Elle
-proposa en conséquence aux Bénédictines dont nous avons déjà parlé, de
-se réunir à cette nièce, nommée Catherine Bachelier, et lui fit, en
-conséquence de cette réunion, une donation entre-vifs de 900 livres de
-rente, dont celle-ci devoit jouir conjointement avec sa petite
-communauté. Le contrat fut passé en 1649; et, en conséquence de cette
-donation, Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, permit à ces
-religieuses de s'établir dans une maison qu'elles avoient déjà louée
-rue des Postes, sous la condition qu'après la mort de la s&oelig;ur
-Bachelier, leur prieure seroit triennale. La division se mit bientôt
-entre elles; l'archevêque fut obligé de les séparer dès l'année
-suivante, et permit à la s&oelig;ur Bachelier de s'établir ailleurs. Elle
-se plaça dans la rue d'Orléans, au faubourg Saint-Marcel, avec une
-compagne qu'elle avoit amenée d'Arcisse; et madame de Carouge ayant
-bien voulu élever jusqu'à la somme de 2,000 livres la rente qu'elle
-lui avoit accordée, cette religieuse se vit en état de demander la
-confirmation de son établissement, ce qui lui fut accordé par des
-lettres patentes de 1656.</p>
-
-<p>Cette communauté s'étant assez rapidement <span class="pagenum"><a id="page445" name="page445"></a>(p. 445)</span> augmentée, et les lieux
-qu'elle occupoit se trouvant trop resserrés, elle acheta, en 1671, une
-maison et un jardin d'environ deux arpents dans la rue des Postes, où
-elle avoit pris son origine. Cette maison leur fut cédée par M.
-Olivier, greffier civil et criminel de la cour des aides, moyennant
-une rente de 615 livres, et sous la condition qu'on recevroit dans la
-communauté une fille pour être religieuse de ch&oelig;ur, laquelle ne
-paieroit que 200 livres de rente. Il s'en réserva la nomination, sa
-vie durant, et après lui à ses enfants seulement, à l'exclusion de
-leurs descendants<a id="footnotetag346" name="footnotetag346"></a><a href="#footnote346" title="Lien vers la note 346"><span class="smaller">[346]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>LES RELIGIEUSES DE NOTRE-DAME DE CHARITÉ, DITES LES FILLES DE
-SAINT-MICHEL.</h3>
-
-<p>À l'exception de Jaillot, aucun de nos historiens n'a fait mention de
-cette communauté. <span class="pagenum"><a id="page446" name="page446"></a>(p. 446)</span> Elle fut instituée par le P. Eudes, de l'Oratoire,
-dont nous aurons bientôt occasion de parler. Son zèle, qui avoit déjà
-éclaté dans une utile et pieuse fondation, voulut se signaler de
-nouveau en rassemblant dans un asile commun quelques-unes de ces
-malheureuses victimes que la misère ou la séduction précipite dans le
-libertinage, et que le repentir seul ne pourroit en arracher, si la
-charité ne venoit à leur secours, et ne leur procuroit les ressources
-indispensables pour se maintenir dans ces salutaires dispositions. Il
-jugea nécessaire de leur faire garder la clôture, et confia le soin de
-leur conduite à des personnes pieuses, et qu'il crut douées d'assez de
-discernement pour s'acquitter dignement d'une tâche aussi difficile.</p>
-
-<p>Cet établissement fut commencé à Caen le 25 novembre 1641. Mais le P.
-Eudes eut bientôt acquis la conviction qu'il ne pourroit atteindre
-complétement le but qu'il s'étoit proposé, qu'en le faisant diriger
-par des religieuses qui se consacreroient spécialement à cette &oelig;uvre
-de charité. Il sollicita donc et obtint, en 1642, des lettres-patentes
-par lesquelles il lui fut permis de rassembler à Caen une communauté
-de religieuses qui feroient profession de la règle de saint Augustin,
-et dont l'occupation particulière seroit d'instruire les filles
-pénitentes qui voudroient se mettre sous leur conduite. Le P. Eudes
-<span class="pagenum"><a id="page447" name="page447"></a>(p. 447)</span> choisit les religieuses de la Visitation pour former les sujets de ce
-nouvel institut: il rédigea les statuts et les règlements que devoient
-observer les religieuses pénitentes, et voulut que, quoique logées
-dans le même monastère, elles fussent séparées de celles qui les
-dirigeoient, surtout qu'elles ne pussent jamais être reçues à faire
-profession, quelque solide que pût être leur conversion, accordant
-toutefois, dans le cas d'une vocation décidée, qu'on leur procurât des
-facilités pour entrer dans d'autres couvents. À l'égard de celles qui
-n'étoient point appelées au cloître, elles devoient être rendues à
-leurs parents, ou placées avantageusement, après avoir été
-suffisamment instruites. M. Leroux de Langrie, président au parlement
-de Normandie, se déclara fondateur de l'établissement; il fut
-approuvé, en 1666, par le pape Alexandre VII, et se répandit bientôt
-en Bretagne, où il se forma successivement trois maisons. Ce fut du
-monastère de Guingamp qu'on fit venir quelques-unes de ces religieuses
-pour diriger la maison des Filles de la Magdeleine, dont nous avons
-déjà parlé<a id="footnotetag347" name="footnotetag347"></a><a href="#footnote347" title="Lien vers la note 347"><span class="smaller">[347]</span></a>. M. le cardinal de Noailles, touché du zèle que ces
-saintes filles mirent dans l'exercice de ces pénibles fonctions,
-frappé du talent particulier qu'elles avoient pour conduire ce
-troupeau <span class="pagenum"><a id="page448" name="page448"></a>(p. 448)</span> encore indocile; convaincu d'ailleurs de la triste nécessité
-de multiplier de semblables asiles dans une aussi grande ville que
-Paris, résolut de leur procurer un second établissement dans cette
-capitale. S'étant associé, pour cette &oelig;uvre pieuse, une charitable
-personne (mademoiselle Marie-Thérèse Le Petit de Vernon de
-Chausserais), ils achetèrent conjointement, le 3 avril 1724, une
-grande maison et un jardin dans la rue des Postes; et la même année
-ces filles y furent établies. Ce prélat leur obtint en même temps des
-lettres-patentes qui furent confirmées en 1741 et en 1764. Leur
-chapelle fut bénite sous le nom de saint Michel.</p>
-
-<p>Conformément à leur institut, les filles pénitentes qui s'y
-présentoient volontairement, ou qu'on y renfermoit en vertu d'ordres
-supérieurs, étoient logées dans des bâtiments séparés de ceux des
-religieuses, et il y en avoit d'autres destinés aux jeunes demoiselles
-dont on leur confioit l'éducation<a id="footnotetag348" name="footnotetag348"></a><a href="#footnote348" title="Lien vers la note 348"><span class="smaller">[348]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Communauté de Sainte-Anne-la-Royale.</i></p>
-
-<p>Au dix-septième siècle il y avoit dans la rue des Postes un autre
-monastère que Sauval a confondu avec celui des Bénédictines de la
-<span class="pagenum"><a id="page449" name="page449"></a>(p. 449)</span> Présentation; c'étoient les Augustines qui s'y étoient établies, en
-1640, sous le titre de <i>Sainte-Anne-la-Royale</i>, titre qu'elles avoient
-pris en reconnoissance des bienfaits d'Anne d'Autriche, à qui elles
-devoient la maison qu'elles occupoient dans cette rue, et dans
-laquelle ces filles sont restées jusqu'en 1680. Alors, faute de
-revenus et de moyens suffisants pour se maintenir, elles furent
-obligées de la céder à leurs créanciers, et de se disperser dans
-d'autres communautés. Cette maison fut adjugée au sieur de Sainte-Foi,
-par décret du 19 mars 1689.</p>
-
-
-<h3>LES RELIGIEUSES URSULINES.</h3>
-
-<p>L'éducation des jeunes filles, si importante chez les nations
-chrétiennes où les femmes jouissent d'une si grande influence dans la
-société, fut long-temps très-imparfaite parmi nous; et l'on peut dire
-même qu'avant l'établissement de l'ordre des Ursulines, on n'avoit
-point conçu sur un si grand objet un système complet et régulier. Cet
-ordre fut institué dans l'année 1537 par la B. <i>Angèle</i>, qui habitoit
-la ville de Bresse <span class="pagenum"><a id="page450" name="page450"></a>(p. 450)</span> en Lombardie. Ce ne fut dans le principe qu'une
-congrégation de filles et de femmes qui se vouoient à la pratique de
-toutes les vertus chrétiennes, et s'occupoient spécialement de
-l'instruction des jeunes personnes de leur sexe. Cet institut fut
-confirmé en 1544, par Paul III, sous le nom de <i>Compagnie de
-Sainte-Ursule</i>, et Grégoire XIII l'approuva de nouveau en 1572. Ces
-filles vivoient alors séparément dans leurs maisons; mais dans la
-suite plusieurs se réunirent, pratiquant la vie commune, sans
-toutefois faire de v&oelig;ux ni garder de clôture. Elles ne tardèrent pas
-à s'introduire en France; et Françoise de Bermont, l'une d'entre
-elles, avec la permission de Clément VIII, établit, en 1594, une
-congrégation d'Ursulines à Aix en Provence, où leur réputation
-s'accrut encore et contribua à augmenter le nombre de leurs maisons.
-Il arriva que, peu de temps après, mademoiselle Acarie, ayant formé le
-projet de créer à Paris un couvent de Carmélites réformées, et n'ayant
-pu le mettre à exécution, conçut le dessein, plus utile peut-être,
-d'employer les personnes qu'elle avoit rassemblées, à l'instruction
-gratuite des jeunes filles. Madame l'Huillier, veuve de M. Leroux de
-Sainte-Beuve, voulut coopérer à cette &oelig;uvre charitable, se déclara
-fondatrice du nouvel établissement, et logea ces filles, en 1608,
-dans une maison qu'elle avoit louée au faubourg <span class="pagenum"><a id="page451" name="page451"></a>(p. 451)</span> Saint-Jacques.
-Françoise de Bermont fut alors appelée par elle de son monastère de
-Provence, et vint à Paris avec une de ses compagnes pour conduire la
-nouvelle communauté et lui donner la règle qu'elle observoit.</p>
-
-<p>L'ordre qu'elle y établit fit sentir à la fondatrice que son institut
-deviendroit d'une utilité bien plus grande, si ces filles consentoient
-à être de véritables religieuses, et joignoient aux v&oelig;ux ordinaires
-celui de se consacrer à l'instruction des personnes de leur sexe. Les
-ayant trouvées toutes dans des dispositions favorables à ses vues,
-elle acheta quelques vieux bâtiments dans le faubourg Saint-Jacques,
-et une grande place vide, faisant partie du clos de Poteries, lequel
-s'étendoit jusqu'au cul-de-sac de la rue des Postes, et jusqu'à la rue
-de Paradis. Les lieux réguliers y furent construits en peu de temps;
-on célébra la première messe dans la chapelle le 29 septembre 1610, et
-les Ursulines en prirent possession le 11 octobre suivant. L'année
-d'après, le roi autorisa cet établissement par un simple brevet; mais
-dès que la fondation en eut été consolidée par l'engagement que prit
-madame de Sainte-Beuve de payer 2,000 livres de rente pour l'entretien
-de douze religieuses, on eut recours aux deux puissances pour en
-assurer la stabilité. Le roi accorda des lettres-patentes,
-enregistrées le 12 septembre 1612, et le pape <span class="pagenum"><a id="page452" name="page452"></a>(p. 452)</span> Paul V permit, dans la
-même année, d'ériger cette communauté en corps de religion, sous le
-titre de Sainte-Ursule, et sous la règle réformée de Saint-Augustin.</p>
-
-<p>Dès que l'on eut obtenu la bulle qui faisoit de la communauté des
-Ursulines une maison religieuse et régulière, on pria l'abbesse de
-Saint-Étienne de Soissons de se transporter à Paris avec quelques-unes
-de ses compagnes, pour former aux exercices du cloître les personnes
-qui voudroient embrasser le nouvel institut. Elle arriva dans cette
-ville le 11 juillet 1612 avec quatre religieuses, et quatre mois
-après, le jour de Saint-Martin, elle donna l'habit à douze novices.
-Leur nombre s'étant en très-peu de temps considérablement augmenté, la
-fondatrice fit jeter les fondements d'une nouvelle église, dont la
-première pierre fut posée par la reine Anne d'Autriche le 22 juin
-1620; elle fut achevée en 1627, et a subsisté jusque dans les derniers
-temps de la monarchie.</p>
-
-<p>Cette maison a été le berceau ou le modèle de toutes celles qui se
-sont établies depuis dans les diverses provinces du royaume et dans
-les autres états de l'Europe. L'ordre entier étoit divisé en onze
-provinces, et celle de Paris contenoit quatorze monastères. Les
-services éminents qu'il rendoit, services dont l'utilité étoit
-généralement sentie, avoient fait multiplier ses établissements <span class="pagenum"><a id="page453" name="page453"></a>(p. 453)</span> au
-point qu'on en comptoit plus de trois cents dans l'étendue de la
-France<a id="footnotetag349" name="footnotetag349"></a><a href="#footnote349" title="Lien vers la note 349"><span class="smaller">[349]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, décoré d'un très-riche tabernacle,
- l'Annonciation; par <i>Van Mol</i>, élève de Rubens.</p>
-
- <p>À gauche du maître-autel, un saint Joseph, sans nom d'auteur, et
- un autre tableau représentant sainte Angèle, qui instruit des
- enfants; par <i>Robin</i>.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans le ch&oelig;ur avoit été inhumée madame de Sainte-Beuve,
- fondatrice de ce monastère, morte en 1630.</p>
-
- <p>Dans l'église on voyoit la tombe de Jean de Montreuil, conseiller
- du roi, et son résident en Angleterre et en Écosse, mort en 1651.</p>
-</div>
-
-
-<h3>LES BÉNÉDICTINS ANGLOIS.</h3>
-
-<p>Jaillot est le seul qui nous ait laissé des renseignements exacts sur
-l'établissement en France de ces religieux; les autres historiens, en
-parlent à peine, n'en ont pas même donné de dates <span class="pagenum"><a id="page454" name="page454"></a>(p. 454)</span> certaines. La
-persécution violente excitée par Henri VIII contre les catholiques, un
-moment suspendue sous le règne trop court de Marie, s'étant renouvelée
-avec une force nouvelle lorsque Élisabeth fut montée sur le trône, les
-Bénédictins anglois, de même que tous les autres ministres du culte
-romain, se virent dans la nécessité de se cacher, de se disperser, et
-d'aller chercher un asile hors de l'Angleterre. On les reçut en
-Espagne et en Italie; vers la fin du règne de cette princesse, ils
-firent une tentative pour rentrer dans leur pays, et y faire revivre
-leur congrégation: elle n'eut point le succès qu'ils en avoient
-d'abord espéré. Forcés, par les lois sanguinaires de Jacques VI,
-successeur d'Élisabeth, de s'expatrier une seconde fois, ils se
-retirèrent à Dieulouard en Lorraine, et formèrent en même temps un
-établissement à Douai, qui étoit alors sous la domination espagnole.
-C'est vers ce temps-là (en 1611) qu'ils furent appelés par Marie de
-Lorraine, abbesse de Chelles, pour diriger son monastère, et qu'elle
-conçut le projet de leur procurer un établissement à Paris, tant pour
-y former des sujets propres à veiller sur sa communauté, que pour
-faire des missions en Angleterre.</p>
-
-<p>Elle en fit venir six, qu'elle plaça d'abord, en 1615, au collége de
-Montaigu, et ensuite dans le faubourg Saint-Jacques; mais <span class="pagenum"><a id="page455" name="page455"></a>(p. 455)</span> le refus
-qu'ils firent, en 1618, de se prêter à une nouvelle translation, les
-brouilla avec leur bienfaitrice, et tarit la source de ses
-libéralités. Dans l'extrémité où ils se trouvèrent alors réduits, ces
-religieux furent secourus par le P. Gabriel Gifford, alors chef des
-trois congrégations, italienne, espagnole et angloise, qu'on avoit
-réunies, en 1617, sous le nom de <i>Congrégation Bénédictine angloise</i>;
-il pourvut à leurs besoins, et loua pour eux, rue de Vaugirard, une
-maison qui se trouve aujourd'hui comprise dans les bâtiments du
-Luxembourg. Six ans et demi après, ils furent transférés dans la rue
-d'Enfer; ils logèrent ensuite dans une maison que les Feuillantines
-avoient habitée; enfin le P. Gifford, étant devenu archevêque de
-Reims, acheta pour eux, au même endroit, trois maisons avec jardin,
-sur l'emplacement desquels on construisit le monastère qu'ils ont
-occupé jusque dans les derniers temps.</p>
-
-<p>Ces religieux obtinrent, en 1642, de l'archevêque de Paris, la
-permission de s'y établir et de célébrer l'office divin dans leur
-chapelle, ce qui fut confirmé par des lettres-patentes de Louis XIV.
-Ce prince, qui les protégeoit, leur en accorda bientôt de nouvelles,
-par lesquelles il leur permit de posséder des bénéfices de leur ordre
-ainsi que les religieux nés dans son royaume, et attribua au grand
-conseil la connoissance <span class="pagenum"><a id="page456" name="page456"></a>(p. 456)</span> de toutes les affaires qui pouvoient les
-concerner. En 1674, on démolit l'ancienne maison et la salle qui leur
-servoit de chapelle, pour construire de nouveaux bâtiments et
-commencer l'église qui existoit encore de nos jours. La première
-pierre en fut posée par mademoiselle Marie-Louise d'Orléans, depuis
-reine d'Espagne, et le roi contribua à la dépense, d'une somme de
-7,000 fr. Cette église fut achevée et bénite le 28 février 1677, sous
-le titre de <i>Saint-Edmond</i>, roi d'East-Angles, c'est-à-dire de la
-partie orientale d'Angleterre. Le P. Schirburne, alors prieur de la
-maison de Paris, à qui l'on devoit en grande partie ces constructions,
-ayant été élu général de sa congrégation, voulut ajouter encore à ses
-bienfaits en sollicitant l'union à cette communauté de son prieuré de
-Saint-Étienne de Choisi-au-Bac, ce qui fut accordé et exécuté<a id="footnotetag350" name="footnotetag350"></a><a href="#footnote350" title="Lien vers la note 350"><span class="smaller">[350]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, orné de colonnes corinthiennes, un tableau
- représentant saint Edmond, roi d'Angleterre et martyr; sans nom
- d'auteur.</p>
-
- <p>Dans une des petites chapelles, une Vierge peinte par <i>Louise <span class="pagenum"><a id="page457" name="page457"></a>(p. 457)</span> de
- Bavière</i>, abbesse de Maubuisson, petite-fille de Jacques I<sup>er</sup>, roi
- d'Angleterre.</p>
-
-
-<p class="center smcap">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Dans cette église étoit déposé le corps de Jacques II, roi de la
- Grande-Bretagne, mort à Saint-Germain-en-Laye, le 6 septembre
- 1701, ainsi que celui de Louise-Marie Stuart, sa fille, morte au
- même endroit le 18 avril 1712.</p>
-
- <p>La maison de Fitz-James avoit aussi sa sépulture dans cette
- église.</p>
-</div>
-
-
-<h3>LES RELIGIEUSES FEUILLANTINES</h3>
-
-<p>Le pape Sixte V, en approuvant la réforme exécutée par le P. Jean de
-La Barrière dans son abbaye de Feuillants, de l'ordre de Cîteaux, lui
-avoit permis, par sa bulle du 13 novembre 1587, d'établir des
-monastères de l'un et de l'autre sexe. Les premières Feuillantines,
-fondées près de Toulouse suivant les uns, à Montesquiou de Volvestre,
-diocèse de Rieux, suivant les autres, furent transférées dans la
-première de ces deux villes, le 12 mai 1599. Il paroît que les
-Feuillants ne se montrèrent pas dans le principe disposés à leur
-procurer de nouveaux établissements: car <span class="pagenum"><a id="page458" name="page458"></a>(p. 458)</span> ils se refusèrent obstinément
-à toutes les offres qui leur furent faites à ce sujet, et ce monastère
-fut le seul qu'elles possédèrent jusqu'en 1622. À cette époque, madame
-Anne Gobelin, veuve de M. d'Estourmel de Plainville, capitaine d'une
-compagnie des Gardes-du-corps, forma le projet d'attirer des
-Feuillantines à Paris; et prévoyant les difficultés qu'elle alloit
-éprouver de la part des Pères Feuillants, elle eut assez de pouvoir
-pour déterminer la reine Anne d'Autriche à écrire à ces religieux,
-assemblés alors à Pignerol dans leur chapitre général. Cette lettre,
-que le chapitre reçut comme un ordre honorable, eut tout l'effet qu'on
-en attendoit. Le 30 juillet de cette même année 1622, les supérieurs
-firent partir de Toulouse six religieuses, qui arrivèrent à Paris au
-mois de novembre suivant, et descendirent chez les Carmélites, d'où
-elles furent conduites processionnellement, par les Feuillants de
-Paris, dans la maison qui leur étoit destinée. Elle avoit été achetée
-dès 1620 par leur bienfaitrice, et, pendant cet intervalle, disposée
-d'une manière convenable à recevoir une communauté. Des
-lettres-patentes confirmèrent l'établissement, et madame d'Estourmel
-acheva de le consolider par un don de 27,000 livres, et une rente de
-2,000 liv. qu'elle lui assura.</p>
-
-<p>La chapelle de ce monastère fut changée, <span class="pagenum"><a id="page459" name="page459"></a>(p. 459)</span> au commencement du siècle
-suivant, en une église dont le portail, construit par un architecte
-nommé Marot, présentoit la forme pyramidale et les ornements
-d'architecture en usage à cette époque. Quelques historiens de Paris
-en ont dit beaucoup de mal: nous ignorons pourquoi, car il n'est pas
-certainement le plus mauvais de ceux qui ont été construits dans le
-même système<a id="footnotetag351" name="footnotetag351"></a><a href="#footnote351" title="Lien vers la note 351"><span class="smaller">[351]</span></a>. La maison fut en même temps réparée, et toutes ces
-dépenses se firent au moyen du bénéfice d'une loterie qui leur fut
-accordée par arrêt du conseil du 29 mars 1713<a id="footnotetag352" name="footnotetag352"></a><a href="#footnote352" title="Lien vers la note 352"><span class="smaller">[352]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES FEUILLANTINES.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, enrichi de colonnes composites, une copie de
- la fameuse Sainte-Famille de <i>Raphaël</i>, qui décoroit les
- appartements de Versailles.</p>
-</div>
-
-<h3>LES FILLES DE LA PROVIDENCE.</h3>
-
-<p>Cet utile établissement reconnoissoit pour fondatrice madame Marie
-Lumague, veuve de <span class="pagenum"><a id="page460" name="page460"></a>(p. 460)</span> M. François de Polallion, gentilhomme ordinaire du
-roi et conseiller d'état. Cette dame, qu'une piété sublime avoit
-associée à toutes les &oelig;uvres de charité de S. Vincent-de-Paule, son
-directeur, conçut le projet de retirer du libertinage les jeunes
-personnes de son sexe que la séduction ou la misère avoient pu y
-engager, et de prévenir la chute de celles qui étoient sur le point de
-s'y précipiter. Les fondements de cette charitable institution furent
-jetés en 1630 dans une maison qu'elle possédoit à Fontenay; peu de
-temps après madame de Polallion transféra sa communauté naissante à
-Charonne. Elle y prospéra tellement qu'en 1643 elle étoit déjà
-composée de cent filles. C'est alors que Louis XIII, dont elle avoit
-attiré l'attention, permit à ces filles de venir se fixer à Paris, lui
-accordant, avec cette permission, la faculté de recevoir des
-donations, et tous les priviléges dont jouissent les maisons royales.
-Cette communauté reçut, par les mêmes lettres-patentes, le nom de
-<i>Maison de la providence de Dieu</i>.</p>
-
-<p>Toutefois il ne paroît pas que ces filles aient pensé alors à profiter
-de la faveur que le roi leur avoit accordée: car en 1647 elles
-habitoient encore Charonne. On les voit enfin, dans le courant de
-cette année, venir occuper, rue d'Enfer, une maison qui fut depuis
-renfermée dans celle des Feuillants. Vincent-de-Paule qu'on regarde
-<span class="pagenum"><a id="page461" name="page461"></a>(p. 461)</span> avec raison comme le second instituteur de cette maison, et qui en fut
-nommé directeur, n'eut point de repos qu'il ne leur eût procuré un
-emplacement plus vaste et plus commode. Ce fut à sa sollicitation que
-la reine Anne d'Autriche se déclara protectrice de la communauté de la
-Providence. Elle avoit acheté, en 1651, de l'Hôtel-Dieu, une maison
-fort spacieuse, qui avoit été destinée à recevoir les pestiférés, et
-qu'on nommoit l'<i>hôpital de la Santé</i>: on la partagea en deux parts,
-dont une fut comprise dans les jardins du Val-de-Grâce, et l'autre
-donnée aux Filles de la Providence. Elles en prirent possession le 11
-juin 1652, ainsi que d'une chapelle sous l'invocation de saint Roch et
-de saint Sébastien, que l'Hôtel-Dieu y avoit fait construire, et qu'on
-a depuis ornée et agrandie. Le B. Vincent-de-Paule leur donna alors
-des statuts, qu'elles ont conservés jusqu'à la fin, avec de
-très-légers changements.</p>
-
-<p>Cette maison étoit administrée par une supérieure qu'on élisoit tous
-les trois ans, et qui faisoit signer les registres de recette et de
-dépense à une dame séculière agréée par l'archevêque, laquelle avoit
-la qualité de directrice et protectrice de la communauté. Les
-personnes qui la composoient ne faisoient que des v&oelig;ux simples.
-Consacrées depuis long-temps uniquement à l'éducation des jeunes
-personnes, ce qui n'avoit <span class="pagenum"><a id="page462" name="page462"></a>(p. 462)</span> pas été le premier but de leur institution,
-elles ne cessèrent point de remplir dignement cet important ministère
-jusqu'au moment qui a détruit tous ces asiles d'innocence et de piété,
-qu'il sera si difficile de refaire ce qu'ils ont été<a id="footnotetag353" name="footnotetag353"></a><a href="#footnote353" title="Lien vers la note 353"><span class="smaller">[353]</span></a>.</p>
-
-<p>L'utilité de cet établissement avoit engagé M. de Harlai à en former
-de semblables dans l'île Saint-Louis, sur la paroisse
-Saint-Germain-l'Auxerrois, et à la Ville-Neuve; mais ils ne purent se
-maintenir, et, long-temps avant la révolution, ils avoient déjà cessé
-d'exister.</p>
-
-
-<h3>LES CARMÉLITES.</h3>
-
-<p>La maison qu'habitoient ces religieuses avoit été autrefois un prieuré
-que les anciens titres nomment indifféremment <i>Notre-Dame-des-Vignes</i>
-et <i>Notre-Dame-des-Champs</i>. La grande antiquité de cette maison a fait
-renaître, à son sujet, ces conjectures déjà hasardées par plusieurs
-<span class="pagenum"><a id="page463" name="page463"></a>(p. 463)</span> de nos historiens sur tant de monuments dont l'origine se perd
-également dans la nuit des temps: on a prétendu que saint Denis y
-avoit célébré les saints mystères. Cette tradition, qu'on ne peut
-soutenir d'aucune espèce d'autorité, n'est cependant pas dépourvue de
-quelque vraisemblance: car alors ce lieu étoit solitaire; éloigné de
-la ville; et l'apôtre des Gaules, ainsi que le troupeau qu'il avoit
-formé, persécutés par les idolâtres, devoient en effet chercher les
-lieux écartés pour adorer le vrai Dieu et le prier en commun. Mais ce
-qu'on ne peut s'empêcher de trouver ridicule, c'est que cette manie
-d'érudition ait porté quelques antiquaires à voir dans cet ancien
-édifice un temple dédié, à Mercure selon les uns, à Cérès ou à Isis
-selon les autres. Cette opinion singulière n'avait d'autres fondements
-que l'examen très-imparfait d'une statue placée sur le pignon de
-l'église et qui subsistoit encore dans les derniers temps. Ils
-prétendoient y reconnoître les attributs de ces divinités du
-paganisme, jusque-là que des pointes de fer placées autour de sa tête
-pour empêcher les oiseaux de s'en approcher et la garantir de leurs
-ordures, leurs sembloient des épis de blé, qui, comme on sait, sont au
-nombre des symboles de Cérès. Cependant des savants plus raisonnables,
-après avoir examiné plus attentivement cette figure, reconnurent
-qu'elle représentoit tout simplement l'archange <span class="pagenum"><a id="page464" name="page464"></a>(p. 464)</span> saint Michel<a id="footnotetag354" name="footnotetag354"></a><a href="#footnote354" title="Lien vers la note 354"><span class="smaller">[354]</span></a>
-tenant une balance, dont les bassins contenoient chacun une tête
-d'enfant; ce monument, dont l'antiquité paroissoit assez grande,
-n'avoit été mis qu'en 1605 à la place qu'il occupoit.</p>
-
-<p>L'abbé Lebeuf en a conclu que ce lieu avoit été d'abord occupé par un
-oratoire de Saint-Michel, qu'avoit ensuite remplacé la chapelle de
-Notre-Dame-des-Champs; et citant à ce sujet l'acte d'une donation
-faite, en 994, aux religieux de Marmoutier, par Raynauld, évêque de
-Paris, il en infère que, dès ce temps-là, ces religieux étoient
-établis dans cette chapelle. Jaillot nous paroît avoir très-solidement
-réfuté cette opinion, fondée sur une fausse interprétation de divers
-passages de cet acte, et présume avec plus <span class="pagenum"><a id="page465" name="page465"></a>(p. 465)</span> de vraisemblance que
-l'époque de l'établissement de ces religieux à Notre-Dame-des-Champs
-ne peut être fixée plus loin que l'an 1084, parce que c'est alors
-seulement qu'elle leur fut donnée par <i>Adam Payen</i> et <i>Gui Lombard</i>,
-qui la tenoient <cite>de leurs ancêtres</cite><a id="footnotetag355" name="footnotetag355"></a><a href="#footnote355" title="Lien vers la note 355"><span class="smaller">[355]</span></a>; donation dont les
-cartulaires de ces religieux offroient les actes les plus
-authentiques. Il rejette également l'opinion de Du Breul, Lemaire et
-leurs copistes, qui avancent que cette église fut rebâtie sous le
-règne du roi Robert; et d'accord ici avec le savant qu'il vient de
-combattre, il pense que la crypte<a id="footnotetag356" name="footnotetag356"></a><a href="#footnote356" title="Lien vers la note 356"><span class="smaller">[356]</span></a> ou chapelle souterraine n'est
-pas d'un gothique plus ancien que le douzième siècle, et que le
-portail est au plus du treizième.</p>
-
-<p>L'établissement du collége de Marmoutier, fait au commencement du
-quatorzième siècle, et dont nous aurons bientôt occasion de parler,
-diminua considérablement le nombre des religieux qui habitoient
-Notre-Dame-des-Champs; <span class="pagenum"><a id="page466" name="page466"></a>(p. 466)</span> cependant ils continuèrent d'y rester jusqu'à
-la fin du seizième. Alors on s'entretenoit dans l'Europe entière des
-effets prodigieux opérés par la réforme que sainte Thérèse avoit
-introduite dans l'ordre des Carmélites, réforme dont les progrès
-avoient été si rapides, qu'en 1580, dix-huit ans après son premier
-établissement à Avila, cette réforme s'étoit déjà répandue dans toute
-l'Espagne; et que, malgré les mortifications et les austérités
-prescrites par cette sainte fille, on comptoit plus de trente-deux
-couvents, tant d'hommes que de femmes qu'elle-même avoit établis. Dès
-cette époque, le pape Grégoire XIII avoit séparé cet institut des
-Carmes mitigés, et en avoit fait ainsi un nouvel ordre dans l'Église.
-La réputation de sainteté qu'il avoit acquise, fit naître à madame
-Avrillot, épouse de M. Acarie, maître des requêtes, et à quelques
-autres personnes de piété, le projet de faire venir des religieuses
-carmélites à Paris. Les troubles dont la France fut agitée sous le
-règne de Henri III en suspendirent quelque temps l'exécution. Elle
-devint bientôt plus facile par la protection de la princesse Catherine
-d'Orléans-Longueville, qui voulut bien accepter le titre de fondatrice
-du couvent qu'on procureroit à Paris à ces religieuses, et promit de
-le doter de 2,400 livres de rente. On jeta les yeux sur le prieuré de
-Notre-Dame-des-Champs, où il n'y avoit plus que quatre religieux, et
-<span class="pagenum"><a id="page467" name="page467"></a>(p. 467)</span> qui, moyennant une modique dépense, pouvoit être disposé de manière à
-recevoir convenablement la nouvelle communauté. Le cardinal de
-Joyeuse, abbé commendataire de Marmoutier, donna son consentement sans
-aucune difficulté; et les religieux qui voulurent d'abord résister,
-furent obligés de céder à l'ordre que le roi leur fit intimer les 14
-et 20 février 1603. Dès l'année précédente, ce prince avoit donné son
-approbation à l'établissement des Carmélites; et le pape Clément VIII
-consentit non-seulement à la formation d'un monastère, mais d'un ordre
-entier, dont le couvent de Paris seroit le chef-lieu. Les choses étant
-ainsi disposées, M. de Bérulle, conseiller et aumônier du roi, depuis
-instituteur des prêtres de l'Oratoire et cardinal, obtint en Espagne,
-du général des Carmes, six religieuses, qui en partirent le 29 août
-1604, et entrèrent le 17 octobre suivant dans le couvent qu'on leur
-avoit fait préparer<a id="footnotetag357" name="footnotetag357"></a><a href="#footnote357" title="Lien vers la note 357"><span class="smaller">[357]</span></a>. Cet ordre se répandit aussi rapidement en
-France qu'en Espagne, et à la fin du dix-huitième siècle, on en
-comptoit soixante-deux monastères dans le royaume. Ces religieuses
-furent appelées d'abord <i>Carmelines</i> ou <i>Thérésiennes</i>: on leur donna
-depuis le nom de <i>Carmélites</i>, comme plus conforme à l'étymologie
-latine.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page468" name="page468"></a>(p. 468)</span> L'église de ce couvent étoit riche en monuments des arts, et au nombre
-de celles que les curieux et les étrangers visitoient avec le plus
-d'empressement.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CARMÉLITES.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>La nef et le sanctuaire étoient ornés de douze tableaux, placés
- sous chaque vitrage, et dans l'ordre suivant:</p>
-
- <p>À gauche, à partir de l'autel, 1<sup>o</sup> Jésus-Christ ressuscité,
- apparoissant aux trois femmes; par <i>Laurent de La Hire</i>;</p>
-
- <p>2<sup>o</sup> Jésus-Christ dans le désert servi par les anges; par <i>Le
- Brun</i>;</p>
-
- <p>3<sup>o</sup> Jésus-Christ sur le bord du puits de Jacob, s'entretenant avec
- la Samaritaine, par <i>Stella</i>;</p>
-
- <p>4<sup>o</sup> L'Entrée triomphante de Jésus-Christ dans Jérusalem; par
- <i>Laurent de La Hire</i>;</p>
-
- <p>5<sup>o</sup> Jésus-Christ chez Simon le Pharisien, par <i>Le Brun</i>;</p>
-
- <p>6<sup>o</sup> Le Miracle des cinq pains, par <i>Stella</i>.</p>
-
- <p>À droite, également à partir de l'autel, 1<sup>o</sup> l'Adoration des
- Bergers;</p>
-
- <p>2<sup>o</sup> La Descente du Saint-Esprit sur les Apôtres;</p>
-
- <p>3<sup>o</sup> L'Assomption de la Vierge;</p>
-
- <p>4<sup>o</sup> L'Adoration des Mages;</p>
-
- <p>5<sup>o</sup> La Présentation au temple;</p>
-
- <p>6<sup>o</sup> La Résurrection du Lazare.</p>
-
- <p>Le second, le troisième et le sixième de ces tableaux étoient de
- <i>Philippe de Champagne</i>, les trois autres avoient été exécutés
- dans l'école de ce peintre.</p>
-
- <p>Dans la chapelle de la Magdeleine, un tableau représentant cette
- célèbre pécheresse, par <i>Le Brun</i><a id="footnotetag358" name="footnotetag358"></a><a href="#footnote358" title="Lien vers la note 358"><span class="smaller">[358]</span></a>.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page469" name="page469"></a>(p. 469)</span> Sur les panneaux de cette même chapelle, plusieurs tableaux de
- l'école de ce peintre.</p>
-
- <p>Dans la chapelle de Sainte-Thérèse, le songe de saint Joseph; par
- <i>Philippe de Champagne</i>.</p>
-
- <p>Sur les lambris, la vie entière de ce saint, par <i>Jean-Baptiste
- de Champagne</i>, son neveu.</p>
-
- <p>Sur l'autel, une sainte Thérèse, sans nom d'auteur.</p>
-
- <p>Dans la troisième chapelle, sainte Geneviève, par <i>Le Brun</i>.</p>
-
- <p>Sur les lambris, plusieurs traits de la vie de cette sainte, par
- <i>Verdier</i>.</p>
-
- <p>En face du ch&oelig;ur des religieuses, l'Annonciation, par <i>Le
- Guide</i>.</p>
-
- <p>Les voûtes étoient enrichies d'une grande quantité de peintures à
- fresque, par <i>Philippe de Champagne</i>. On y remarquoit, entre
- autres, un Christ placé entre la Vierge et saint Jean, qui
- paroissoit être sur un plan perpendiculaire, quoiqu'il fût
- horizontal. Le trait de ce morceau avoit été donné, dit-on, à
- Champagne par un mathématicien très-habile, nommé <i>Desargues</i>.</p>
-
- <p>Sur une petite porte en dehors de l'église, on voyoit une
- Annonciation peinte en grisaille, et attribuée au même peintre.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Sur l'attique du maître-autel, magnifiquement décoré de colonnes
- de marbre avec chapiteaux et modillons de bronze doré<a id="footnotetag359" name="footnotetag359"></a><a href="#footnote359" title="Lien vers la note 359"><span class="smaller">[359]</span></a>, un
- grand bas-relief aussi de bronze doré, représentant
- l'Annonciation, par <i>Anselme Plamen</i>.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page470" name="page470"></a>(p. 470)</span> Sur le même autel, deux anges en bronze, par <i>Perlan</i>.</p>
-
- <p>Sur le tabernacle, exécuté en orfèvrerie, et auquel on avoit
- donné la forme de l'arche d'alliance, un bas-relief représentant
- l'Annonciation<a id="footnotetag360" name="footnotetag360"></a><a href="#footnote360" title="Lien vers la note 360"><span class="smaller">[360]</span></a>.</p>
-
- <p>Sur la grille qui séparoit la nef du sanctuaire, un Christ de
- bronze doré, regardé comme un des plus beaux ouvrages de <i>Jacques
- Sarrasin</i>.</p>
-
- <p>Sur l'entablement d'une tribune placée au-dessus de la porte
- d'entrée, saint Michel foudroyant le démon, sculpture exécutée
- d'après les dessins du peintre <i>Stella</i>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle de la Magdeleine, la statue en marbre du
- cardinal de Bérulle, par <i>Jacques Sarrasin</i><a id="footnotetag361" name="footnotetag361"></a><a href="#footnote361" title="Lien vers la note 361"><span class="smaller">[361]</span></a>. Le piédestal
- étoit orné de deux bas-reliefs, par <i>l'Estocart</i><a id="footnotetag362" name="footnotetag362"></a><a href="#footnote362" title="Lien vers la note 362"><span class="smaller">[362]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans cette église avoient été inhumés:</p>
-
- <p>Marguerite Tricot, femme de Louis Lavocat, dame d'atours de la
- princesse de Condé, morte en 1651.</p>
-
- <p>François Vautier, premier médecin du roi, mort en 1652.</p>
-
- <p>Pierre de Bullion, abbé de Saint-Faron, mort en 1659.</p>
-
- <p>Julie d'Angennes, duchesse de Montausier, morte en 1671.</p>
-
- <p>Trois filles de Henri-Charles de Lorraine et de Marie de
- Brancas-Villars, nées jumelles, et mortes presqu'en naissant en
- 1671.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page471" name="page471"></a>(p. 471)</span> Le duc de Montausier, mort en 1690.</p>
-
- <p>Édouard le Camus, prêtre, l'un des bienfaiteurs de cette maison,
- mort en 1674.</p>
-
- <p>Antoine de Varillas, historiographe de France, mort en 1696.</p>
-
- <p>Philippe Hecquet, docteur en médecine de la faculté de Paris,
- mort en 1737<a id="footnotetag363" name="footnotetag363"></a><a href="#footnote363" title="Lien vers la note 363"><span class="smaller">[363]</span></a>.</p>
-
- <p>Le c&oelig;ur du maréchal de Turenne, le c&oelig;ur d'Anne-Marie
- Martinozzi, princesse de Conti.</p>
-</div>
-
-<p>Quoique les Carmélites eussent été établies et fixées à
-Notre-Dame-des-Champs, on ne leur en donna cependant pas les revenus.
-Le titre de prieuré subsista jusqu'en 1671, qu'il fut réuni, avec les
-biens qui en dépendoient, au séminaire d'Orléans.</p>
-
-<p>C'est dans ce monastère que Louise-Françoise de La Baume Le Blanc,
-duchesse de La Vallière, se retira, lorsque l'heureuse inconstance de
-Louis XIV, qu'elle avoit si tendrement aimé, lui eut rendu le séjour
-de la cour insupportable; et c'est là que, sous le nom de <i>s&oelig;ur
-Louise de la Miséricorde</i>, elle se livra, pendant trente-six ans, à
-toutes les austérités de la règle et de la pénitence. Elle y mourut
-en 1710.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page472" name="page472"></a>(p. 472)</span> L'ABBAYE ROYALE DU VAL-DE-GRÂCE.</h3>
-
-<p>C'étoit un monastère de filles de la réforme de Saint-Benoît,
-originairement situé dans une vallée près de Bièvre-le-Châtel, ce qui
-lui avoit fait donner le nom de <i>Vauparfond</i> et <i>Valprofond</i>. Les
-monuments qui font mention de cette abbaye ne passent pas le
-commencement du douzième siècle; mais on a quelque raison de croire
-qu'elle existoit dès le milieu du précédent<a id="footnotetag364" name="footnotetag364"></a><a href="#footnote364" title="Lien vers la note 364"><span class="smaller">[364]</span></a>. Des lettres-patentes
-de Charles VIII, de l'année 1487, nous apprennent que le Valprofond
-étoit de fondation royale, et que la reine Anne de Bretagne, l'ayant
-pris sous sa protection, voulut qu'il s'appelât à l'avenir
-<i>Notre-Dame-du-Val-de-la-Crèche</i>. Ce fut cette même princesse qui en
-sollicita la réforme, laquelle y fut introduite en 1514 par Étienne
-Poncher, évêque de Paris. On y voit les abbesses déclarées
-<span class="pagenum"><a id="page473" name="page473"></a>(p. 473)</span> triennales, devenir perpétuelles en 1576, et se soumettre de nouveau à
-la triennalité en 1618. Ce fut vers cette époque qu'une foule de
-considérations extrêmement pressantes, telles que la situation
-désagréable de l'abbaye du Val, la vétusté de ses bâtiments, et les
-dangers imminents dont ils étoient menacés par de fréquentes
-inondations, firent naître le projet d'en transférer les religieuses à
-Paris. En 1621 on avoit déjà acheté à cet effet une grande place dans
-le faubourg Saint-Jacques, avec une maison appelée <i>le fief de Valois</i>
-ou <i>le Petit-Bourbon</i>, lorsque la reine Anne d'Autriche se déclara
-fondatrice du nouveau monastère, fit rembourser la somme de 36,000
-liv., prix de l'acquisition, et ordonna la disposition des lieux, de
-manière que les religieuses du Val-de-Grâce purent y entrer le 20
-septembre de la même année. La reine y fit ajouter depuis quelques
-bâtiments et un nouveau cloître, dont elle posa la première pierre le
-3 juillet 1624.</p>
-
-<p>Toutefois, malgré l'affection particulière que Anne d'Autriche avoit
-conçue pour cette maison, elle ne put, dans ces premiers temps, lui en
-donner que de foibles témoignages. Le cardinal de Richelieu vivoit
-encore; et l'on sait que tant que vécut ce ministre, elle n'eut ni le
-pouvoir d'accorder des grâces, ni même le crédit d'en faire obtenir.
-La mort de Louis XIII, qui <span class="pagenum"><a id="page474" name="page474"></a>(p. 474)</span> ne survécut que cinq mois au cardinal,
-l'ayant mise à la tête de l'administration du royaume, une de ses
-premières pensées fut d'accomplir le v&oelig;u qu'elle avoit fait, dans des
-temps moins heureux, de bâtir à Dieu un temple magnifique, s'il
-faisoit cesser une stérilité de vingt-deux ans. Ce v&oelig;u avoit été
-exaucé, et l'obligation où elle étoit de le remplir lui devint
-d'autant plus agréable, qu'elle y trouvoit en même temps une occasion
-de donner au monastère du Val-de-Grâce une marque éclatante de cette
-affection qu'elle lui portoit. Il fut donc résolu que l'église et le
-monastère seroient rebâtis avec la plus grande magnificence: les
-fondements du nouvel édifice furent ouverts le 21 février 1645, et le
-1er avril, le jeune roi Louis XIV y posa la première pierre dans le
-plus grand appareil<a id="footnotetag365" name="footnotetag365"></a><a href="#footnote365" title="Lien vers la note 365"><span class="smaller">[365]</span></a>. Les troubles qui agitèrent la minorité de ce
-prince suspendirent bientôt les travaux commencés; mais ils furent
-repris en 1655. Monsieur, frère <span class="pagenum"><a id="page475" name="page475"></a>(p. 475)</span> unique du roi, mit la première pierre
-au couvent; et ces bâtiments, si solides et si étendus, furent
-continués avec tant d'activité, qu'ils étoient achevés au commencement
-de 1662, et que l'église put être bénie en 1665.</p>
-
-<p>Le célèbre architecte François Mansard fournit les dessins de ce grand
-édifice, et fut chargé de son exécution, qu'il conduisit jusqu'à neuf
-pieds au-dessus du sol. Il perdit alors la faveur de la reine, parce
-que, dit-on, il ne voulut rien changer à son plan, dont l'achèvement
-eût coûté des sommes considérables<a id="footnotetag366" name="footnotetag366"></a><a href="#footnote366" title="Lien vers la note 366"><span class="smaller">[366]</span></a>, et beaucoup au-dessus de la
-dépense qu'on vouloit faire pour ce monument. Jacques Le Mercier
-remplaça Mansard, et conduisit ces constructions jusqu'à la corniche
-du premier ordre, tant intérieur qu'extérieur; c'est à cette époque
-que les travaux <span class="pagenum"><a id="page476" name="page476"></a>(p. 476)</span> furent interrompus. Ils furent repris en 1654, sous la
-direction de Pierre Le Muet, architecte alors en réputation, auquel on
-associa depuis Gabriel Le Duc, qui arrivoit d'Italie, où il avoit
-fait, dit-on, de longues études sur l'architecture des temples. Il
-étoit impossible que chacun de ces architectes n'eût pas la prétention
-d'y mettre un peu du sien; et dès-lors on ne doit pas être surpris de
-trouver dans le style et dans les ornements des diverses parties
-quelques discordances, suites inévitables de ce changement successif
-de direction. Il faut plutôt s'étonner qu'il n'ait pas produit des
-effets plus fâcheux: car le monument en général est exécuté avec
-beaucoup de soin et de précision; la sculpture intérieure, faite par
-les frères Anguier, est très-délicate et très-achevée; partout on a
-déployé une magnificence dont notre description ne pourra pas sans
-doute embrasser tous les détails, ni donner une idée complète et
-satisfaisante.</p>
-
-<p>Les édifices qui composent l'abbaye du Val-de-Grâce consistent
-principalement en plusieurs grands corps de logis et une belle église,
-surmontée d'un dôme très-riche et très-élevé. La cour qui sert
-d'entrée présente une ligne de constructions de vingt-cinq toises de
-largeur. Aux deux côtés sont deux ailes de bâtiments flanqués de deux
-pavillons carrés qui donnent sur la rue, de laquelle le monastère est
-séparé <span class="pagenum"><a id="page477" name="page477"></a>(p. 477)</span> par une grille de fer régnant de l'un à l'autre pavillon. Au
-fond de la cour et au centre de ces constructions s'élève sur un
-perron de quinze marches le portail de la grande église, orné d'un
-portique que soutiennent huit colonnes corinthiennes. Au-dessus de ce
-premier ordre s'en élève un second, formé de colonnes composites, et
-raccordé avec le premier par de grands enroulements placés aux deux
-côtés. Dans le tympan du fronton étoient les armes de France
-écartelées d'Autriche avec une couronne fermée<a id="footnotetag367" name="footnotetag367"></a><a href="#footnote367" title="Lien vers la note 367"><span class="smaller">[367]</span></a>.</p>
-
-<p>Les colonnes du premier portique sont accompagnées de deux niches
-contenant les statues de saint Benoît et de sainte Scholastique,
-toutes les deux en marbre. Sur la frise on lisoit cette inscription:</p>
-
-<p class="quote"><i lang="la">Jesu nascenti Virginique matri.</i></p>
-
-<p>Les deux niches se trouvent répétées dans le second ordre, mais sans
-statues.</p>
-
-<p>Le dôme, d'une belle proportion, est, à l'extérieur, couvert de lames
-de plomb avec des plates-bandes dorées. Un campanille le surmonte: il
-est entouré d'une balustrade de fer, et porte un globe de métal, sur
-lequel s'élève <span class="pagenum"><a id="page478" name="page478"></a>(p. 478)</span> une croix, qui fait le couronnement de tout l'ouvrage.</p>
-
-<p>L'intérieur de ce monument, lequel présente une longueur de vingt-cinq
-toises dans &oelig;uvre, non compris la chapelle du Saint-Sacrement<a id="footnotetag368" name="footnotetag368"></a><a href="#footnote368" title="Lien vers la note 368"><span class="smaller">[368]</span></a>,
-sur treize toises de largeur dans la croisée du dôme, est orné de
-pilastres corinthiens à cannelures; ces pilastres, qui séparent les
-arcades de la nef, se prolongent dans l'intérieur du dôme, où ils
-semblent servir d'appui à quatre grands arcs-doubleaux, au-dessus
-desquels régne un entablement continu que surmonte un ordre de
-pilastres corinthiens accouplés. Le dôme qui s'élève au-dessus a dix
-toises et demie de largeur sur vingt toises quatre pieds de hauteur
-sous clef<a id="footnotetag369" name="footnotetag369"></a><a href="#footnote369" title="Lien vers la note 369"><span class="smaller">[369]</span></a>.</p>
-
-<p>Dans l'arc du fond opposé à la nef se présente le grand autel, exécuté
-sur les dessins de Gabriel Le Duc. Il est décoré de six grandes
-colonnes torses en marbre, revêtues de bronze, et fait à l'imitation
-de celui de Saint-Pierre de<span class="pagenum"><a id="page479" name="page479"></a>(p. 479)</span> Rome, ce qui fut ensuite répété dans
-toutes les églises où l'on voulut déployer une grande richesse de
-décoration. Au-dessus se dessine un entablement couronné d'un
-baldaquin, et sur chaque colonne sont des anges portant des
-encensoirs; d'autres anges plus petits semblent se jouer dans les
-festons qui lient ensemble toutes les parties de ce couronnement. Ils
-tiennent des cartels où sont écrits quelques versets du <i lang="la">Gloria in
-excelsis</i>. Les anges, le baldaquin et tous les autres ornements sont
-dorés au mat ou d'or bruni.</p>
-
-<p>Dans l'enfilade de la croisée du dôme, sur la droite, se trouve la
-chapelle Sainte-Anne, dans laquelle étoient déposés les c&oelig;urs des
-princes et princesses de la famille royale<a id="footnotetag370" name="footnotetag370"></a><a href="#footnote370" title="Lien vers la note 370"><span class="smaller">[370]</span></a>; à gauche étoit placé
-le ch&oelig;ur des religieuses, séparé du dôme par une grille de fer.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page480" name="page480"></a>(p. 480)</span> La grande voûte de la nef, l'intérieur des arcs-doubleaux qui
-soutiennent le dôme, sont enrichis d'une foule de sculptures,
-ornements d'architecture, médaillons, bas-reliefs, que la main des
-frères Anguier a su rendre dignes de la majesté du lieu<a id="footnotetag371" name="footnotetag371"></a><a href="#footnote371" title="Lien vers la note 371"><span class="smaller">[371]</span></a>; les
-marbres les plus précieux ont été employés au pavement de l'église, et
-disposés en compartiments qui répondent à ceux de la voûte; enfin la
-fresque qui couvre le plafond du dôme met le comble à la magnificence
-de ce beau monument. Ce morceau de peinture, l'un des plus grands de
-ce genre qui existe en Europe, représente la gloire des élus dans le
-ciel<a id="footnotetag372" name="footnotetag372"></a><a href="#footnote372" title="Lien vers la note 372"><span class="smaller">[372]</span></a>, et contient plus de deux cents <span class="pagenum"><a id="page481" name="page481"></a>(p. 481)</span> figures de proportion
-colossale. C'est du reste un ouvrage d'un très-rare mérite; et ce qui
-le rend plus admirable encore, c'est que Pierre Mignard, qui en est
-l'auteur, le conçut et l'exécuta dans l'espace de treize mois. Il
-passe pour son chef-d'&oelig;uvre, et Molière l'a célébré dans un poëme que
-le peintre dut sans doute regarder comme la récompense la plus
-glorieuse de ses travaux. Toutes les inscriptions qu'on y lit encore
-furent placées sous la direction de Quenel, alors intendant de tous
-les édifices royaux. Depuis, pour ces sortes de compositions, on a
-consulté l'Académie des inscriptions et belles-lettres.</p>
-
-<p>Telle est l'église du Val-de-Grâce, dont le portique, avec ses deux
-ordres, son double fronton, ses enroulements, son dôme entouré de
-consoles et de pilastres, n'obtiendroit pas sans doute aujourd'hui les
-éloges qu'on lui prodigua dans un temps où l'architecture des temples
-étoit toute en décorations postiches et théâtrales; mais qui, malgré
-tous ses défauts, n'en est pas moins un monument dont l'aspect frappe,
-éblouit, par l'adresse avec laquelle tant de parties <span class="pagenum"><a id="page482" name="page482"></a>(p. 482)</span> incohérentes
-sont combinées, tant au dehors qu'au dedans, pour former un ensemble
-harmonieux, et par ce luxe d'ornements qui y répand la magnificence
-sans rien ôter à la majesté<a id="footnotetag373" name="footnotetag373"></a><a href="#footnote373" title="Lien vers la note 373"><span class="smaller">[373]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DU VAL-DE-GRÂCE.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Au-dessus de la porte de l'église, une descente de croix; par
- <i>Lucas de Leyde</i>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle du Saint-Sacrement, plusieurs tableaux dont les
- sujets ne sont pas indiqués; par <i>Philippe et Jean-Baptiste de
- Champagne</i>.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Dans les niches du portail, les statues en marbre de saint Benoît
- et de sainte Scholastique; par <i>François Anguier</i>.</p>
-
- <p>Sous le baldaquin du grand autel, une crèche en marbre, composée
- des trois figures, l'Enfant-Jésus, la sainte Vierge et saint
- Joseph, grandes comme nature. Ce groupe, exécuté par le même
- sculpteur, passe pour un de ses meilleurs ouvrages.</p>
-
- <p>Derrière cette figure, un tabernacle en forme de niche, soutenu
- par douze petites colonnes, et orné d'un bas-relief représentant
- une descente de croix; par le même.</p>
-
- <p>Une quantité innombrable de reliquaires d'or et d'argent, et de
- riches ornements donnés à ce monastère par la reine Anne
- <span class="pagenum"><a id="page483" name="page483"></a>(p. 483)</span> d'Autriche, parmi lesquels on distinguoit un soleil d'or émaillé
- et enrichi de pierreries, d'un prix très-considérable.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Outre les c&oelig;urs des princes de la famille royale déposés dans
- cette église, et dont le nombre s'élevoit, en 1780, à plus de
- quarante, elle contenoit les restes de plusieurs autres
- personnages considérables, savoir:</p>
-
- <p>Dans les murailles de la vieille église, les entrailles d'Honorat
- de Beauvilliers, comte de Saint-Agnan, mort en 1662.</p>
-
- <p>Dans le cloître, du côté du chapitre:</p>
-
- <p>Les entrailles de Marie de Luxembourg, duchesse de Merc&oelig;ur,
- morte en 1623.</p>
-
- <p>Le corps de Jeanne de l'Escouet, veuve de Charles de Beurges,
- seigneur de Seury, etc., morte en 1631.</p>
-
- <p>Le c&oelig;ur de Philippine de Beurges, leur fille, morte en 1636.</p>
-
- <p>Le c&oelig;ur de César du Cambout, marquis de Coislin, etc., tué au
- siége d'Aire en 1641.</p>
-
- <p>Le corps de Bénédicte de Gonzague, abbesse d'Avenay, morte en
- 1637.</p>
-
- <p>Le corps de Constance de Blé d'Uxelles, abbesse de Saint-Menou,
- morte en 1648.</p>
-
- <p>Le corps de la princesse Bénédicte, duchesse de Brunswick, mère
- de la princesse Amélie Wilhelmine, femme de l'empereur Joseph
- I<sup>er</sup>, morte en 1730.</p>
-</div>
-
-<p>Indépendamment de cette faveur particulière accordée au monastère du
-Val-de-Grâce, de recevoir en dépôt une partie des restes mortels de la
-famille royale, cette maison avoit obtenu de Louis XIV des armes
-écartelées de France et d'Autriche, surmontées d'une couronne fermée,
-avec permission de les faire sculpter ou peindre tant au dehors qu'au
-dedans de ses bâtiments, <span class="pagenum"><a id="page484" name="page484"></a>(p. 484)</span> même de les faire graver pour servir de scel
-au monastère et à l'ordre entier. Les lettres-patentes expédiées à ce
-sujet sont de 1664. D'autres lettres-patentes de la même année
-accordèrent à ces religieuses le droit de franchise en faveur des
-artisans, qui occupoient des maisons qu'elles avoient fait construire
-sur un emplacement de quatre cent soixante-douze toises, qu'elles
-avoient nommé <i>cour Saint-Benoît</i>. Ces priviléges étoient les mêmes
-que ceux dont jouissoient les gens de métier établis dans le fief de
-Saint-Jean-de-Latran, auquel cet établissement étoit contigu.</p>
-
-<p>La reine Anne d'Autriche, toujours occupée du bien-être de ses filles
-adoptives<a id="footnotetag374" name="footnotetag374"></a><a href="#footnote374" title="Lien vers la note 374"><span class="smaller">[374]</span></a>, avoit déjà augmenté le terrain de leur monastère par
-l'acquisition faite, en 1651, aux administrateurs de l'Hôtel-Dieu, de
-l'ancien hôpital de <i>la Santé</i>; elle fit aussi plusieurs fondations
-dans cette maison, et lui procura l'union et la mense de l'abbaye de
-Saint-Corneille de Compiègne<a id="footnotetag375" name="footnotetag375"></a><a href="#footnote375" title="Lien vers la note 375"><span class="smaller">[375]</span></a>.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page485" name="page485"></a>(p. 485)</span> LES FILLES SAINTE-AGATHE.</h3>
-
-<p>Cette communauté, qui avoit adopté la règle de Cîteaux, étoit aussi
-connue sous le nom de <i>filles de la Trappe</i> ou <i>du Silence</i>. Les
-religieuses qui la composoient s'établirent d'abord, vers 1697<a id="footnotetag376" name="footnotetag376"></a><a href="#footnote376" title="Lien vers la note 376"><span class="smaller">[376]</span></a>,
-dans la rue Neuve-Sainte-Geneviève, près la rue du Puits-qui-Parle.
-L'année suivante, la maison qu'elles occupoient ayant été vendue par
-décret, elles allèrent se loger au village de la Chapelle, où elles ne
-purent former un établissement. On les voit ensuite revenir à Paris,
-s'associer avec la demoiselle Guinard, qui occupoit alors, dans la rue
-de Lourcines, l'hôpital de Sainte-Valère, et s'en séparer peu de temps
-après pour aller habiter deux maisons contiguës qu'elles venoient
-d'acquérir dans la rue de l'Arbalète. Elles y demeurèrent depuis
-l'année 1700 jusqu'en 1753, que l'archevêque de Paris jugea à propos
-de supprimer cette communauté. Les filles de Sainte-Agathe
-s'occupoient <span class="pagenum"><a id="page486" name="page486"></a>(p. 486)</span> principalement de l'éducation des jeunes demoiselles.</p>
-
-
-<h3>LES CAPUCINS.</h3>
-
-<p>Nous avons déjà parlé de l'origine et de l'établissement de ces
-religieux à Paris<a id="footnotetag377" name="footnotetag377"></a><a href="#footnote377" title="Lien vers la note 377"><span class="smaller">[377]</span></a>. Godefroy de La Tour leur ayant légué, en 1613,
-par son testament, une grande maison et un jardin au faubourg
-Saint-Jacques, M. Molé, président au parlement, en prit possession, la
-même année, en qualité de syndic de ces religieux, et leur obtint des
-lettres-patentes qui autorisoient ce nouvel établissement. La grange
-de cette maison fut d'abord disposée de manière à servir de chapelle à
-ces pères, jusqu'à ce que les libéralités de M. de Gondi, évêque de
-Paris, les eussent mis en état de faire construire l'église qui existe
-encore à présent. Elle fut bénite, au nom de ce prélat, par son neveu
-Jean-François de Gondi, alors doyen de Notre-Dame, et depuis <span class="pagenum"><a id="page487" name="page487"></a>(p. 487)</span> premier
-archevêque de Paris; M. de Harlai, archevêque de Rouen, la dédia
-ensuite sous le titre de l'<i>Annonciation de la Sainte Vierge</i>. Cette
-église n'a rien que de très-simple dans sa construction. La maison
-servoit de noviciat aux religieux de cet ordre dans la province de
-Paris<a id="footnotetag378" name="footnotetag378"></a><a href="#footnote378" title="Lien vers la note 378"><span class="smaller">[378]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.</p>
-
- <p>Deux tableaux représentant, l'un la Présentation au Temple,
- l'autre l'Annonciation; par <i>Lebrun</i>.</p>
-</div>
-
-
-<h3>L'HOSPICE SAINT-JACQUES-DU-HAUT-PAS.</h3>
-
-<p>Cet hospice, destiné à recevoir des malades, avoit été construit, peu
-d'années avant la révolution, par les soins de M. Cochin, curé de la
-paroisse Saint-Jacques-du-Haut-Pas. Il contenoit dix-huit lits pour
-les femmes et seize pour les hommes. Les s&oelig;urs de la Charité, qui en
-avoient <span class="pagenum"><a id="page488" name="page488"></a>(p. 488)</span> la direction, y recevoient en outre des pensionnaires
-infirmes, lesquels pouvoient être admis dans cette maison au nombre de
-vingt à vingt-cinq.</p>
-
-<p>Ce petit édifice, qui existe encore, construit sur les dessins de M.
-Vieilh, architecte, se compose d'un corps de logis et de deux
-pavillons en retour. Le milieu est occupé par un portail orné de deux
-colonnes doriques, avec attique et fronton. Toute cette composition
-est de bon goût, et réunit la simplicité à l'élégance<a id="footnotetag379" name="footnotetag379"></a><a href="#footnote379" title="Lien vers la note 379"><span class="smaller">[379]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>L'OBSERVATOIRE ROYAL.</h3>
-
-<p>L'observatoire est un des monuments qui attestent avec le plus d'éclat
-le goût de Louis XIV pour tout ce qui, dans les sciences et les arts,
-avoit de la grandeur et de l'utilité. Parmi les savants et les grands
-artistes en tous genres que ses caresses et ses libéralités alloient
-chercher dans toutes les parties de l'Europe, le célèbre
-Jean-Dominique Cassini, le premier astronome <span class="pagenum"><a id="page489" name="page489"></a>(p. 489)</span> de son temps, fut un de
-ceux qu'il désira le plus d'attirer dans ses états. En même temps
-qu'il faisoit négocier auprès de lui pour le déterminer à quitter
-l'Italie, ce prince ordonna que l'on choisît un lieu propre à la
-construction d'un édifice où l'on pût commodément faire toutes les
-observations astronomiques. Claude Perrault donna les dessins, et
-dirigea les travaux de ce monument, dont les fondations furent posées
-au mois d'août 1667, et qui fut achevé en 1672. Sa construction est
-faite avec un très-grand soin, et avec ce luxe d'appareil que l'on
-remarque au péristyle du Louvre, bâti par le même architecte.</p>
-
-<p>L'échelle de ce bâtiment est grande, et son aspect imposant: la
-simplicité de son ordonnance et des membres d'architecture qui en
-forment les détails, les dimensions élevées de ses murs et de ses
-ouvertures, tout annonce un édifice public du premier ordre sur un
-terrain néanmoins assez resserré.</p>
-
-<p>La masse principale du plan est un carré auquel on a ajouté des tours
-octogones sur deux angles, et un avant-corps sur une des faces. Ce
-carré est disposé de manière que les deux faces latérales sont
-exactement parallèles, et les deux autres perpendiculaires au
-méridien, qui en fait l'axe, et qui est tracé sur le plancher d'une
-grande salle au centre de l'édifice. Cette disposition <span class="pagenum"><a id="page490" name="page490"></a>(p. 490)</span> parut heureuse
-pour un monument destiné à l'astronomie; mais la suite ne confirma pas
-cette opinion qu'on en avoit d'abord conçue. Les bâtiments même
-n'étoient pas encore totalement achevés, que déjà plusieurs astronomes
-avoient remarqué de graves défauts dans leur construction. Le ministre
-Colbert, qui, dit-on, en fut averti, chargea Cassini, qui venoit
-d'arriver de Bologne, de s'entendre avec l'architecte pour en diriger
-l'exécution de la manière la plus favorable aux travaux astronomiques;
-mais, soit qu'il fût arrivé trop tard, soit que Perrault montrât de
-la répugnance à modifier son projet, le bâtiment se continua, et fut
-achevé sur les mêmes dessins<a id="footnotetag380" name="footnotetag380"></a><a href="#footnote380" title="Lien vers la note 380"><span class="smaller">[380]</span></a>.</p>
-
-<p>Les fondations furent difficiles à établir, à cause de la profondeur
-des carrières sur lesquelles on vouloit les asseoir; et ce ne fut
-qu'en les comblant de massifs considérables que l'on parvint à donner
-à ce monument l'extrême solidité, qui en est une des qualités les plus
-remarquables. Sa construction est toute en pierres posées par assises
-réglées, et qui règnent au pourtour de l'édifice; on n'y a employé ni
-fer ni bois: tous les planchers, tous les escaliers y sont voûtés en
-pierres, et appareillés avec le soin le plus recherché. Une
-plate-forme couvroit <span class="pagenum"><a id="page491" name="page491"></a>(p. 491)</span> originairement tout l'édifice, et permettoit d'en
-parcourir le sommet; mais les eaux ayant pénétré la terrasse et
-endommagé les voûtes, il fallut refaire en entier la couverture, pour
-empêcher la dégradation totale du monument, ce qui fut exécuté en
-1787. Cette couverture est maintenant divisée en plusieurs parties de
-comble, et entourée d'un mur d'appui. De là on peut contempler la
-voûte du ciel dans toute l'étendue de l'horizon.</p>
-
-<p>Six pièces, de formes différentes, composent la distribution
-intérieure, et ont leurs ouvertures exposées aux différents points du
-ciel. Cependant, malgré les pompeux éloges donnés à ce monument par la
-plupart de nos historiens, on est forcé de l'avouer, sous le rapport
-de convenance, aucun édifice n'étoit moins propre à sa destination. Il
-a fallu construire en dehors, et attenant à ce bâtiment colossal,
-ainsi que sur la plate-forme, de petits cabinets pour y placer les
-instruments destinés aux travaux habituels des physiciens et des
-astronomes. Tout ce faîte extérieur ne contenoit pas une seule petite
-pièce commode où l'on pût faire sûrement et tranquillement une série
-d'observations; et ce n'est guère que depuis quelques années qu'on a
-su en rendre l'intérieur habitable, et même le pourvoir de tous
-instruments nécessaires pour les travaux des astronomes.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page492" name="page492"></a>(p. 492)</span> Cassini avoit fait tracer sur le plancher de l'une des tours un
-planisphère terrestre de vingt-sept pieds de diamètre: depuis
-long-temps on ne l'y voit plus. On avoit aussi pratiqué dans toutes
-les voûtes, au centre du bâtiment, des ouvertures de trois pieds de
-diamètre, et correspondant entre elles depuis la couverture jusqu'au
-fond des caves souterraines pratiquées sous l'édifice; la première
-intention étoit de s'en servir pour des observations astronomiques;
-mais on y a éprouvé des difficultés qui ont forcé d'y renoncer: elles
-n'ont été utiles qu'à mesurer les degrés d'accélération de la chute
-des corps, et à faire la vérification des grands baromètres.</p>
-
-<p>Ces ouvertures pénètrent jusqu'au fond de ces caves au travers d'un
-escalier fait en vis, et composé de trois cent soixante marches, ce
-qui forme en tout, depuis le sommet, un puits de vingt-huit toises de
-profondeur. Ces caves servent à faire des expériences sur les
-congélations et les réfrigérations, à déterminer les divers degrés de
-l'humidité, du sec, du chaud, du froid. Elles s'étendent fort au loin
-dans les carrières voisines, et ont des parties où l'eau se pétrifie.
-Plus de cinquante rues percées dans des carrières y forment une espèce
-de labyrinthe. Partie de ces caves est revêtue de maçonnerie, d'autres
-sont simplement taillées dans le tuf.</p>
-
-<p>La plupart des salles de cet édifice offrent <span class="pagenum"><a id="page493" name="page493"></a>(p. 493)</span> cette particularité
-remarquable, qu'une personne parlant très-bas près de l'un des murs,
-ses paroles parviennent à l'oreille d'une autre personne placée près
-du mur opposé, sans que ceux qui occupent le milieu de la pièce
-puissent rien entendre de ce qu'elles disent. Ce phénomène
-d'acoustique, qui dépend de la forme elliptique des voûtes, est trop
-connu maintenant pour que nous croyions devoir l'expliquer. Sous la
-voûte de la salle du nord, un aéromètre indique la force des vents;
-cette salle est ornée de peintures représentant les saisons et les
-signes du zodiaque: on y voit aussi les portraits des plus célèbres
-astronomes.</p>
-
-<p>La façade de l'Observatoire, du côté du septentrion, est couronnée
-d'un fronton où sont sculptées les armes du roi. L'avant-corps de
-celle du midi offre deux trophées astronomiques, et ce sont les seuls
-ornements de sculpture qu'il y ait sur ce monument.</p>
-
-<p>Une machine, dite cuvette de jauge, donne la mesure de l'eau pluviale
-qui tombe chaque année.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page494" name="page494"></a>(p. 494)</span> COLLÉGES, ÉCOLES, SÉMINAIRES.</h3>
-
-<p class="center"><i>Écoles de Médecine</i> (rue de la Bûcherie.)</p>
-
-<p>On ne peut douter qu'il n'y ait eu des médecins à Paris dès le
-commencement de la monarchie; mais il n'est pas facile de déterminer
-l'époque à laquelle ils formèrent un corps et furent agrégés à
-l'Université. Duboulai veut que Charlemagne lui-même ait fait entrer
-cette étude au nombre de celles qui étoient en vigueur dans l'école
-palatine<a id="footnotetag381" name="footnotetag381"></a><a href="#footnote381" title="Lien vers la note 381"><span class="smaller">[381]</span></a>, tandis que d'autres écrivains<a id="footnotetag382" name="footnotetag382"></a><a href="#footnote382" title="Lien vers la note 382"><span class="smaller">[382]</span></a> reculent jusqu'au
-règne de Charles VII l'origine de cette corporation. Ces deux opinions
-sont également éloignées de la vérité. Il y a des preuves certaines
-qu'on se livroit à l'étude publique de la médecine dès le commencement
-du douzième siècle, qu'anciennement cette faculté étoit
-ecclésiastique, et que ses membres étoient obligés de garder le
-célibat, ce que l'on peut <span class="pagenum"><a id="page495" name="page495"></a>(p. 495)</span> aisément concevoir, si l'on réfléchit que,
-dans le moyen âge, à l'exception d'un très-petit nombre de personnes,
-il n'y avoit que le clergé qui s'adonnât à l'étude et qui cultivât les
-sciences et les arts. Toutefois comme la profession de médecin, plus
-lucrative qu'aucune autre, faisoit négliger l'étude de la théologie,
-un décret du concile de Reims, tenu en 1131, défendit aux moines et
-aux chanoines d'étudier la médecine; et dans celui de Tours, en 1163,
-Alexandre III déclara qu'il falloit regarder comme excommuniés les
-religieux qui sortoient de leurs cloîtres pour apprendre l'art de
-guérir. L'étude du droit civil fut comprise dans le même anathème.</p>
-
-<p>Sous le règne de Philippe-Auguste les médecins étoient déjà reçus dans
-les nations académiques qui formoient l'Université; mais on ne voit
-pas qu'il y eût alors un lieu particulier affecté aux écoles de
-médecine. Différents actes de ces temps prouvent que les cours s'en
-faisoient dans le domicile des professeurs. Le nombre des écoliers
-s'étant augmenté, on loua des maisons particulières pour les y
-rassembler, sans qu'on puisse déterminer au juste dans quel endroit
-ces écoles étoient situées<a id="footnotetag383" name="footnotetag383"></a><a href="#footnote383" title="Lien vers la note 383"><span class="smaller">[383]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page496" name="page496"></a>(p. 496)</span> Nous avons déjà dit que ce fut au milieu du treizième siècle que les
-facultés composant le corps de l'Université se formèrent en compagnies
-distinctes, et eurent des écoles spécialement affectées à leurs études
-particulières. La théologie dut les siennes à Robert Sorbon; les
-professeurs de droit établirent les leurs au clos Bruneau (rue
-Saint-Jean-de-Beauvais), et la faculté des arts resta rue du Fouare.
-Comme il n'existe aucun acte qui indique alors un établissement
-particulier pour l'école de médecine, on peut croire qu'elle demeura
-encore unie à cette dernière faculté dans les anciennes écoles de
-cette même rue, et rien ne prouve en effet qu'elle ait changé de
-domicile jusqu'à l'année 1454, que, dans une assemblée tenue près des
-bénitiers de Notre-Dame, elle résolut d'établir une école où tous ses
-cours publics seroient réunis. On ne voit point que ce projet ait
-alors reçu son exécution; mais dans une seconde assemblée tenue en
-1469 <span class="pagenum"><a id="page497" name="page497"></a>(p. 497)</span> il fut décidé, qu'on achèteroit, rue de la Bûcherie, une maison
-appartenant aux Chartreux, et voisine d'une autre dont la faculté
-étoit déjà propriétaire. L'acquisition fut faite en 1472; mais la
-disposition des lieux s'opéra lentement, et ce ne fut qu'en 1505 qu'on
-y tint les écoles. L'achat successif de terrains et de maisons
-circonvoisines procura à la faculté les moyens de faire pratiquer tous
-les logements nécessaires, et d'avoir un jardin où l'on cultiva les
-plantes médicinales. L'amphithéâtre fut établi en 1617 dans une maison
-contiguë à ce jardin, et qui faisoit le coin de la rue du Fouare et de
-celle de la Bûcherie, et subsista ainsi jusqu'en 1744, que la faculté,
-voyant qu'il tomboit en ruine, en fit construire un nouveau<a id="footnotetag384" name="footnotetag384"></a><a href="#footnote384" title="Lien vers la note 384"><span class="smaller">[384]</span></a>.
-Cette dernière salle, de forme ronde, est terminée par une coupole;
-son pourtour est garni de gradins où se placent les étudiants; huit
-colonnes doriques y soutiennent une corniche sur laquelle règne un
-balcon.</p>
-
-<p>La première chapelle, achevée en 1502, fut démolie en 1529, et
-remplacée par une autre, qu'on transféra encore, en 1695, dans un
-endroit différent.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page498" name="page498"></a>(p. 498)</span> Quelques années avant la révolution, les écoles avoient été
-transportées rue Saint-Jean-de-Beauvais, aux anciennes Écoles de
-Droit; mais les démonstrations anatomiques se faisoient toujours à
-l'amphithéâtre de la rue de la Bûcherie. C'étoit là aussi que la
-faculté tenoit ses assemblées, dans une salle au premier étage, ornée
-des portraits de tous ses doyens<a id="footnotetag385" name="footnotetag385"></a><a href="#footnote385" title="Lien vers la note 385"><span class="smaller">[385]</span></a>, et de plain-pied avec la
-chapelle.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Picardie</i> (rue du Fouare).</p>
-
-<p>On comptoit autrefois dans cette rue quatre écoles pour les quatre
-nations de l'Université; et c'est pourquoi, dans plusieurs titres du
-treizième siècle, elle est appelée de l'<i>École</i> et des <i>Écoliers</i>. La
-nation de Picardie est la seule qui continua d'y demeurer jusque vers
-la fin du siècle dernier. En 1487, elle avoit obtenu la permission d'y
-faire construire une chapelle, qui fut dédiée, en 1506, sous
-l'invocation de la sainte Vierge, de saint Nicolas et de sainte
-Catherine.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page499" name="page499"></a>(p. 499)</span> Saint Guillaume Berruyer, que la nation de France honoroit comme son
-patron, étoit celui d'une chapelle qu'il y avoit autrefois dans cette
-rue. Il y a bien de l'apparence que c'étoit la chapelle des écoles de
-cette nation: elle ne subsiste plus depuis long-temps.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Cornouaille</i> (rue du Plâtre).</p>
-
-<p>La première fondation de ce collége fut faite en 1317<a id="footnotetag386" name="footnotetag386"></a><a href="#footnote386" title="Lien vers la note 386"><span class="smaller">[386]</span></a>, et non en
-1380, comme plusieurs l'ont avancé, par Galeran Nicolas ou Nicolaï dit
-de Grève, clerc de Bretagne, qui, par son testament, laissa le tiers
-de ses biens aux pauvres écoliers du diocèse de Cornouaille ou
-Quimper-Corentin, faisant leur cours d'études à Paris. Ses exécuteurs
-testamentaires n'accomplirent sa volonté qu'en 1321, et fondèrent
-alors cinq bourses, qu'ils laissèrent à la nomination de l'évêque de
-Paris. Ce prélat approuva le nouvel établissement en 1323; et ces
-boursiers, qui n'avoient point de domicile, furent placés dans le
-collége que Geoffroi du Plessis venoit de fonder<a id="footnotetag387" name="footnotetag387"></a><a href="#footnote387" title="Lien vers la note 387"><span class="smaller">[387]</span></a>. Les choses
-restèrent en cet état jusqu'en 1380, que Jean de Guistri,
-maître-ès-arts et en médecine, né dans <span class="pagenum"><a id="page500" name="page500"></a>(p. 500)</span> le diocèse de Cornouaille,
-acheta, dans la rue du Plâtre, une maison, où il logea les cinq
-boursiers ses compatriotes, ajoutant à ce bienfait celui de fonder
-quatre bourses nouvelles<a id="footnotetag388" name="footnotetag388"></a><a href="#footnote388" title="Lien vers la note 388"><span class="smaller">[388]</span></a>; ses exécuteurs testamentaires
-trouvèrent dans ses biens de quoi en créer une cinquième, et il fut
-décidé que le nouveau collége seroit appelé collége <i>de Cornouaille</i>.</p>
-
-<p>Un principal de ce collége, nommé Duponton, y fonda deux autres
-bourses en 1443; et en 1709 il y en eut encore une dernière, que l'on
-dut aux libéralités de M. Valot, conseiller au parlement et chanoine
-de Notre-Dame. Ce collége fut réuni, en 1763, à celui de
-Louis-le-Grand.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Lisieux</i> (rue Saint-Jean-de-Beauvais).</p>
-
-<p>Il doit, suivant tous nos historiens<a id="footnotetag389" name="footnotetag389"></a><a href="#footnote389" title="Lien vers la note 389"><span class="smaller">[389]</span></a>, son origine à Gui de
-Harcour, évêque de Lisieux, qui laissa pour cet effet 1000 livres par
-son testament, et 100 livres pour le logement de vingt-quatre
-boursiers étudiant dans la faculté des arts: cet acte est de 1336. Au
-commencement <span class="pagenum"><a id="page501" name="page501"></a>(p. 501)</span> du siècle suivant, Guillaume d'Estouteville, aussi évêque
-de Lisieux, fonda un autre collége sous le nom de <i>Torchi</i>, avec
-l'intention de le placer dans des maisons situées rue
-Saint-Étienne-des-Grès, qu'il avoit achetées de l'abbaye
-Sainte-Geneviève. Cependant, comme l'exécution de cette dernière
-partie du projet n'eut pas lieu sur-le-champ, il en est résulté sur la
-date de la fondation quelques difficultés, qu'il est facile de lever,
-en supposant, ce qui est très-vraisemblable, que Guillaume
-d'Estouteville établit d'abord ses boursiers dans le collége de
-Lisieux, fondé par Gui de Harcour, et acheta en même temps les maisons
-où il vouloit les loger; que sa mort, arrivée en 1414, ne lui ayant
-pas laissé le temps de les y établir, Estoud d'Estouteville, son frère
-et son exécuteur testamentaire, se chargea de remplir sa dernière
-volonté, ce qui toutefois ne fut exécuté qu'en 1422. On voit en effet,
-à cette époque, douze théologiens et vingt-quatre artiens réunis dans
-ce collége, qui fut, par arrêt de la cour, nommé <i>de Torchi</i><a id="footnotetag390" name="footnotetag390"></a><a href="#footnote390" title="Lien vers la note 390"><span class="smaller">[390]</span></a>, dit
-de Lisieux. Les douze théologiens étoient de la fondation de MM.
-d'Estouteville, et les vingt-quatre artiens étoient certainement ceux
-que Gui de Harcour avoit <span class="pagenum"><a id="page502" name="page502"></a>(p. 502)</span> fondés; ce qui d'ailleurs est démontré par un
-arrêt du 19 juin 1430.</p>
-
-<p>La chapelle de ce collége fut bâtie des deniers de l'abbé de Fescamp,
-sous l'invocation de saint Sébastien. La nomination des bourses
-appartenoit à ses successeurs et aux évêques de Lisieux. Le principal
-et le procureur étoient élus par les boursiers théologiens, le premier
-à vie, le second pour un an.</p>
-
-<p>Comme le terrain qu'occupoient les bâtiments de ce collége entroit
-dans le dessin de la place qui devoit être ouverte devant la nouvelle
-église Sainte-Geneviève, et que cependant son ancienneté sembloit
-exiger qu'il fût conservé, il fut ordonné, par arrêt du 7 septembre
-1763, qu'il seroit transféré dans le collége de Louis-le-Grand, ce qui
-fut alors exécuté; mais des raisons particulières firent changer cet
-arrangement, comme nous ne tarderons pas à le dire<a id="footnotetag391" name="footnotetag391"></a><a href="#footnote391" title="Lien vers la note 391"><span class="smaller">[391]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége des Lombards</i> (rue des Carmes).</p>
-
-<p>On trouve aussi ce collége sous le nom de <span class="pagenum"><a id="page503" name="page503"></a>(p. 503)</span> collége de <i>Tournai</i> ou
-d'<i>Italie</i>. Tous nos historiens s'accordent à lui reconnoître quatre
-fondateurs, tous domiciliés à Paris, André Ghini, Florentin,
-successivement évêque de Tournai, d'Arras et cardinal; François de
-l'Hôpital, bourgeois de Modène; Jean Reinier, bourgeois de Pistoie; et
-Manuel Rolland, de Plaisance. Mais la date de la fondation a fait
-naître des discussions trop minutieuses pour que nous croyions devoir
-les rapporter; on en peut toutefois conclure que l'acte n'en fut fait
-que en 1333<a id="footnotetag392" name="footnotetag392"></a><a href="#footnote392" title="Lien vers la note 392"><span class="smaller">[392]</span></a>, quoique les écoliers fussent établis depuis trois
-ans dans l'hôtel de l'évêque de Tournai, ce qui justifie la date de
-1330, que portoit l'inscription gravée sur la porte de ce collége.
-André Ghini établit quatre bourses pour des Florentins; le sieur
-l'Hôpital, trois pour des écoliers du Modenois; Reinier, trois pour
-ceux de Pistoie; Rolland, une pour un étudiant de Plaisance: à défaut
-de sujets nés dans ces provinces, on devoit admettre indifféremment
-des élèves italiens, sous la condition qu'ils céderoient <span class="pagenum"><a id="page504" name="page504"></a>(p. 504)</span> la place
-aussitôt qu'il s'en présenteroit avec toutes les qualités que
-demandoit la fondation. Les aspirants devoient être clercs, et n'avoir
-pas 20 livres de rente pour être admis; on nomma trois proviseurs ou
-directeurs de ce collége; les fondateurs les mirent sous la protection
-de l'abbé de Saint-Victor et du chancelier de Notre-Dame; enfin il fut
-stipulé que la maison où ils demeuroient, située au mont
-Saint-Hilaire, seroit appelée <i>Maison des pauvres écoliers italiens de
-la charité de la bienheureuse Marie</i>.</p>
-
-<p>Ce collége fut peu à peu abandonné, et deux causes y contribuèrent:
-d'un côté, la modicité des bourses, insuffisantes pour procurer aux
-élèves les besoins de première nécessité, dégoûta les Italiens de
-s'expatrier; de l'autre, les Universités nombreuses qui se formèrent
-dans leur propre pays leur procurèrent des ressources assez grandes
-pour qu'ils ne fussent plus obligés d'aller chercher l'instruction
-chez une nation étrangère. Les bâtiments qu'ils avoient occupés
-tomboient en ruines, et alloient devenir tout-à-fait inhabitables,
-lorsque deux prêtres irlandois, le sieur Maginn et Kelli, formèrent le
-dessein de les faire réparer en faveur des prêtres et des étudiants de
-leur nation.</p>
-
-<p>Dès l'année 1623, Louis XIII avoit permis aux Irlandois de recevoir
-des legs et des donations dont l'objet devoit être de leur procurer
-<span class="pagenum"><a id="page505" name="page505"></a>(p. 505)</span> la facilité de faire leurs études à Paris. Louis XIV avoit confirmé
-cette permission en 1672, en y ajoutant celle d'acheter une maison qui
-pût leur servir d'hospice. Celle dont ils firent l'acquisition étoit
-située rue d'Enfer, et ils y ont demeuré jusqu'en 1685. Ce fut pendant
-cet intervalle que les sieurs Maginn et Kelli jetèrent les yeux sur le
-collége des Lombards, espérant en faire une habitation plus commode
-pour leurs compatriotes; mais les trois proviseurs, qui l'habitoient
-encore, refusèrent d'abord de leur en céder la propriété, et se
-contentèrent de nommer onze Irlandois aux bourses vacantes depuis
-plusieurs années. Cette nomination fut confirmée en 1677; mais comme
-il étoit à craindre que ces nouveaux boursiers ne fussent inquiétés
-par des Italiens qui auroient pu venir réclamer leurs anciens droits,
-MM. Maginn et Kelli proposèrent de faire réédifier ce collége à leurs
-frais, sous la condition qu'ils en seroient proviseurs leur vie
-durant, et que ces places seroient toujours occupées à l'avenir par
-des sujets de leur nation; proposition qui fut acceptée, et que de
-nouvelles lettres-patentes confirmèrent en 1681. La reconstruction de
-ce collége fut exécutée en conséquence de cette transaction; et M.
-Maginn lui légua en outre 2,500 livres de rente.</p>
-
-<p>Malgré tous ces arrangements, il y eut, le <span class="pagenum"><a id="page506" name="page506"></a>(p. 506)</span> 22 mars 1696, un acte
-d'association des boursiers irlandois à ceux du collége des Grassins.
-Un arrêt du parlement les renvoya, en 1710, au collége des Lombards.
-Toutefois cette association n'avoit eu lieu que pour les étudiants
-seulement, et ne comprenoit point ceux qui, après avoir fini leurs
-études, faisoient les préparations nécessaires pour pouvoir remplir
-dignement les fonctions de missionnaires en Irlande. Cette distinction
-fut consacrée par un autre arrêt du 20 mars 1728; ainsi cette maison
-devoit être à la fois considérée comme un séminaire et un collége:
-c'étoient deux communautés réunies.</p>
-
-<p>On y comptoit, en 1776, cent prêtres et environ soixante clercs
-étudiants, dont le plus petit nombre payoit une très-modique pension:
-la charité des fidèles faisoit le reste. À cette époque les clercs
-irlandois furent transférés dans la rue du Cheval-Vert, comme nous le
-dirons ci-après.</p>
-
-<p>Quelques années auparavant, les bâtiments du collége des Lombards
-avoient été réparés, et la chapelle avoit été reconstruite par la
-libéralité de M. de Vaubrun<a id="footnotetag393" name="footnotetag393"></a><a href="#footnote393" title="Lien vers la note 393"><span class="smaller">[393]</span></a>. Son porche, de forme <span class="pagenum"><a id="page507" name="page507"></a>(p. 507)</span> elliptique, et
-décoré de colonnes et de pilastres ioniques, avec entablement, avoit
-été élevé sur les dessins de Boscry, architecte<a id="footnotetag394" name="footnotetag394"></a><a href="#footnote394" title="Lien vers la note 394"><span class="smaller">[394]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, un tableau représentant une Assomption; par
- <i>Jeaurat</i>.</p>
-</div>
-
-<p>Ce collége étoit possesseur d'une petite bibliothèque.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Dormans-Beauvais</i> (rue Saint-Jean-de-Beauvais).</p>
-
-<p>Ce collége doit sa fondation à Jean de Dormans, cardinal, évêque de
-Beauvais et chancelier. Il acheta, en 1365, les maisons que le collége
-de Laon avoit d'abord occupées, et cinq ans après y établit un maître,
-un sous-maître, un procureur et douze boursiers, nés dans la paroisse
-de Dormans en Champagne, ou, à leur défaut, dans le diocèse de
-Soissons. En 1371 et 1372, il fonda successivement douze nouvelles
-bourses, parmi lesquelles trois furent destinées à des écoliers pris
-dans les villages de Buisseul et d'Athis, au diocèse de Reims, et une
-quatrième à un religieux prêtre de l'abbaye de Saint-Jean-des-Vignes.
-<span class="pagenum"><a id="page508" name="page508"></a>(p. 508)</span> La chapelle, dont Charles V voulut bien poser la première pierre, fut
-construite aux frais de Miles de Dormans, neveu du fondateur, et
-dédiée, en 1380, sous l'invocation de saint Jean l'Évangéliste. Il y
-fonda quatre chapelains et deux clercs. Nos historiens parlent d'un
-nouveau chapelain et de cinq autres boursiers, fondés à diverses
-époques par différents particuliers.</p>
-
-<p>La collation de toutes les places avoit été réservée au frère et au
-neveu du fondateur: l'abbé de Saint-Jean-des-Vignes éleva à ce sujet
-quelques contestations, qui furent terminées par un concordat,
-homologué en 1389, qui, laissant la collation de la bourse du
-religieux de Saint-Jean-des-Vignes à l'abbé, transportoit à la cour du
-parlement tous les droits du fondateur après la mort de Guillaume de
-Dormans, son neveu. Depuis, le premier président et deux commissaires
-de cette cour ont toujours eu l'administration de ce collége.</p>
-
-<p>Vers le commencement du seizième siècle, les professeurs qui
-enseignoient dans les écoles de la rue du Fouare s'étant retirés dans
-les colléges, celui de Beauvais tint des écoles publiques, et s'unit
-par la suite (en 1597) au collége de Presle, pour l'exercice des
-classes, ce qui subsista jusqu'en 1699, que cet exercice entier resta
-au seul collége de Beauvais. Depuis, les <span class="pagenum"><a id="page509" name="page509"></a>(p. 509)</span> arrangements qui devoient
-incorporer le collége de Lisieux à celui de Louis-le-Grand n'ayant pu
-avoir leur entier effet, le collége de Beauvais fut choisi pour
-prendre la place que l'autre y devoit occuper, et les maisons qui lui
-appartenoient furent données au collége de Lisieux.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, saint Jean l'Évangéliste dans l'île de
- Pathmos; par <i>Lebrun</i>.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Au milieu du ch&oelig;ur, deux statues en cuivre sur un tombeau de
- marbre représentant Miles de Dormans, évêque de Meaux et
- archevêque de Sens, mort en 1405; et un autre évêque inconnu.</p>
-
- <p>Six statues en pierre, représentant:</p>
-
- <p>Jean de Dormans, chancelier de l'église de Beauvais, mort en
- 1380.</p>
-
- <p>Bernard de Dormans, chambellan de Charles V, mort en 1381.</p>
-
- <p>Renaud de Dormans, chanoine de Paris, maître des requêtes de
- l'hôtel, etc., mort en 1380.</p>
-
- <p>Jeanne Baube, femme de Guillaume de Dormans, et mère des trois
- personnages dont nous venons de parler, morte en 1405.</p>
-
- <p>Jeanne de Dormans sa fille, mariée à Pierre de Rochefort et à
- Philibert de Paillart, morte en 1407.</p>
-
- <p>Yde de Dormans, sa seconde fille, mariée à Robert de Nesle, morte
- en 1379<a id="footnotetag395" name="footnotetag395"></a><a href="#footnote395" title="Lien vers la note 395"><span class="smaller">[395]</span></a>.</p>
-</div>
-
-<p>Plusieurs savants et saints personnages ont <span class="pagenum"><a id="page510" name="page510"></a>(p. 510)</span> professé dans ce collége.
-Saint François Xavier y donna des leçons de philosophie en 1531. Le
-cardinal Arnauld d'Ossat fut aussi du nombre de ses professeurs; et
-dans le siècle dernier l'administration en fut successivement remplie
-par deux hommes très-recommandables, le célèbre M. Rollin et M.
-Coffin.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Presles</i> (rue des Carmes).</p>
-
-<p>Nous avons déjà parlé de la fondation de ce collége à l'article du
-collége de Laon<a id="footnotetag396" name="footnotetag396"></a><a href="#footnote396" title="Lien vers la note 396"><span class="smaller">[396]</span></a>. Nous avons dit comment les boursiers de ces deux
-établissements, réunis dans la même maison, ayant jugé à propos de se
-séparer, cette séparation, arrivée en 1333, produisit deux colléges
-particuliers. Ce changement fut autorisé par le pape Clément VI; et
-Philippe-le-Long, qui le confirma, voulut en même temps gratifier le
-collége dont nous parlons de vingt-quatre arpents de bois dans les
-forêts du Loup et de la Muette. Raoul de Presles, qui en étoit
-fondateur, traita alors avec Gui de Laon du logement que les deux
-colléges avoient d'abord occupé, en lui faisant un contrat de 24 liv.
-de rente, et à ce moyen resta dans l'établissement, tandis que les
-boursiers de l'autre collége alloient se loger au clos <span class="pagenum"><a id="page511" name="page511"></a>(p. 511)</span> Bruneau. Mais,
-quelque temps après, le collége de Beauvais, qui venoit d'être fondé
-dans la rue voisine, sur un terrain contigu à celui du collége de
-Presles, eut besoin à son tour de quelques bâtiments pour les écoles
-publiques qui s'y tenoient. On entra dans des arrangements nouveaux,
-au moyen desquels les cours publics furent partagés: il y eut quatre
-classes et quatre professeurs dans chacun des deux colléges, ce qui
-subsista jusqu'en 1699, que l'exercice entier des classes fut cédé au
-collége de Beauvais.</p>
-
-<p>Le collége de Presles, fondé pour de pauvres écoliers du diocèse de
-Soissons, étoit composé de treize boursiers et de deux chapelains
-choisis parmi eux. Les chapelains devoient être nommés par les
-boursiers, et ceux-ci par la communauté. En 1704 on réduisit le nombre
-des boursiers à huit; et en 1763 ce collége fut réuni à celui de
-l'Université.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Tréguier</i> (place Cambrai).</p>
-
-<p>Une inscription qu'on lisoit sur la porte de ce collége portoit qu'il
-avoit été fondé en 1400, et Sauval, ainsi que ses copistes, avoient
-adopté cette date, qui ne pouvoit être que celle d'une reconstruction,
-car il est certain qu'il doit son origine à Guillaume de Coatmohan,
-grand-chantre de l'église de Tréguier, qui, par son <span class="pagenum"><a id="page512" name="page512"></a>(p. 512)</span> testament du 20
-avril 1325, le fonda pour huit boursiers, pris dans sa famille ou dans
-le diocèse de Tréguier. Les statuts que l'on fit pour ce collége en
-1411 lui donnèrent de la réputation, et déterminèrent Olivier Doujon,
-docteur en droit, à y fonder, l'année suivante, six bourses nouvelles.
-Enfin, en 1575, ce collége fut considérablement augmenté par l'union
-qui lui fut faite du collége de Karembert. Celui-ci, qui portoit aussi
-le nom de Laon, parce qu'il avoit été crée pour des sujets de ce
-diocèse, étoit situé près de Saint-Hilaire. Du reste, nous ignorons
-par qui et à quelle époque il avoit été établi. Un M. de Kergroades,
-qui paroît avoir été parent du fondateur, et dont le consentement fut
-nécessaire pour opérer cette union, ne le donna qu'en se réservant la
-nomination des deux seules bourses qui y subsistoient encore. Ceci
-dura jusqu'en 1610, que le roi fit acheter le collége de Tréguier,
-pour élever le collége Royal sur son emplacement.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Le collége de Cambrai</i> ou <i>des Trois-Évêques</i> (même place).</p>
-
-<p>Il faut rectifier ce qui a été dit de ce collége par la plupart des
-historiens de Paris, qui le présentent comme ayant eu à la fois trois
-fondateurs. La vérité est qu'il fut institué en 1348, <span class="pagenum"><a id="page513" name="page513"></a>(p. 513)</span> par une
-disposition testamentaire de Guillaume d'Auxonne, évêque de Cambrai,
-et ensuite d'Autun. Ce prélat, possesseur d'une maison et de jardins
-situés dans cet endroit, avoit formé le projet d'y fonder un collége,
-et d'affecter à cet établissement cette portion de ses biens: il
-chargea de l'exécution de ce projet Hugues de Pomare, évêque de
-Langres, par son testament du 13 octobre 1344; mais celui-ci mourut
-avant d'avoir pu remplir ses intentions. Il arriva en même temps que
-Hugues d'Arci, évêque de Laon, et depuis archevêque de Reims, mourut
-aussi sans avoir pu exécuter une fondation semblable qu'il s'étoit
-également proposée. Alors les exécuteurs testamentaires de ces trois
-prélats imaginèrent de se réunir, et instituèrent le collége dont nous
-parlons ici: c'est pour cette raison qu'il est souvent nommé collége
-<i>des Trois-Évêques</i>. L'acte qui contient cette donation est rapporté
-par Félibien sous la date de 1348<a id="footnotetag397" name="footnotetag397"></a><a href="#footnote397" title="Lien vers la note 397"><span class="smaller">[397]</span></a>. Mais la manière dont il est
-conçu semble prouver que ce collége renfermoit déjà des étudiants, et
-par conséquent que le premier établissement étoit antérieur.</p>
-
-<p>La maison et les jardins que Guillaume d'Auxonne avoit laissés étoient
-plus que suffisants pour loger les boursiers; on prit sur les <span class="pagenum"><a id="page514" name="page514"></a>(p. 514)</span> biens
-des autres fondateurs ce qui étoit nécessaire pour fournir à leur
-subsistance, ce qui produisit un fonds de 200 liv. de rente. On voit
-par les statuts que ce collége étoit composé d'un maître, d'un
-chapelain faisant l'office de procureur, et de sept boursiers. Ceux-ci
-étoient à la nomination du chancelier de l'église de Paris, auquel le
-chapelain, nommé lui-même par les anciens boursiers, les présentoit.</p>
-
-<p>En 1612, le roi ayant voulu faire l'acquisition du collége de Cambrai
-pour la construction des bâtiments du collége Royal, les commissaires
-de sa majesté passèrent un acte portant qu'après l'achèvement de cet
-édifice, le principal et les boursiers du collége détruit y seroient
-logés; que la chapelle qu'on y bâtiroit deviendroit leur propriété;
-qu'il seroit fait un fonds de 1000 liv. de rente pour leurs dommages
-et intérêts; enfin qu'on n'abattroit les constructions que jusqu'à la
-grande porte, de manière qu'ils pussent continuer à y loger jusqu'à ce
-que le bâtiment qu'on leur destinoit fût en état de les recevoir.
-Cette portion d'édifice fut conservée plus long-temps qu'on ne l'avoit
-cru, parce qu'alors le collége Royal ne fut pas fini, et les boursiers
-de celui de Cambrai ne cessèrent point d'y demeurer jusqu'à leur
-réunion au collége de Louis-le-Grand.</p>
-
-<p>Deux professeurs de la faculté de droit et le professeur de droit
-françois, dont la chaire avoit <span class="pagenum"><a id="page515" name="page515"></a>(p. 515)</span> été fondée en 1680 par Louis XIV,
-donnèrent des leçons dans le collége de Cambrai jusqu'à la
-construction des nouvelles écoles près de Sainte-Geneviève.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége-Royal</i> (même place).</p>
-
-<p>On a déjà pu voir dans cet ouvrage à quel dessein et dans quelles
-circonstances François I<sup>er</sup> fonda cet établissement si digne d'un grand
-monarque. Il en avoit conçu l'idée dès le commencement de son règne,
-et son intention étoit de le placer à l'hôtel de Nesle (aujourd'hui le
-collége Mazarin); mais la guerre et les événements qui la suivirent en
-firent d'abord remettre l'exécution, et d'autres projets succédèrent
-ensuite à ceux-ci. En rapprochant et en conciliant les dates diverses
-que nos historiens ont données à cette fondation, on trouve que le
-roi, après avoir manifesté, en 1529, ses intentions pour la
-construction de ce collége, fixa, dès 1530, le nombre et les
-honoraires des professeurs qu'il nomma et institua l'année suivante.
-Cette fondation, vraiment royale, devoit répondre à la magnificence
-d'un prince qui mettoit en tout de la noblesse et de la grandeur:
-douze professeurs en langue hébraïque, grecque et latine, devoient
-recevoir par an 200 écus d'or pour honoraires, être logés dans ce
-collége, et y donner des leçons gratuites à six cents écoliers. Les
-<span class="pagenum"><a id="page516" name="page516"></a>(p. 516)</span> circonstances n'ayant pas permis de construire les édifices projetés,
-les professeurs continuèrent d'enseigner dans les salles du collége de
-Cambrai et dans d'autres colléges. Mais si on en excepte cette partie
-du projet, toutes les autres clauses en furent remplies
-scrupuleusement; et même François I<sup>er</sup>, faisant plus qu'il n'avoit
-promis, et voulant donner une preuve éclatante de l'affection
-particulière qu'il portoit à cette institution, donna, en 1542, aux
-professeurs la qualité de conseillers du roi, le droit de
-<i lang="la">committimus</i><a id="footnotetag398" name="footnotetag398"></a><a href="#footnote398" title="Lien vers la note 398"><span class="smaller">[398]</span></a>, et les fit mettre sur l'état comme
-<i>commensaux</i><a id="footnotetag399" name="footnotetag399"></a><a href="#footnote399" title="Lien vers la note 399"><span class="smaller">[399]</span></a> de sa maison. C'est à ce titre qu'ils continuèrent
-jusqu'à la fin de prêter serment entre les mains du grand-aumônier.</p>
-
-<p>François I<sup>er</sup> avoit fondé les chaires royales pour les savants les plus
-célèbres, sans aucune distinction de régnicoles et d'étrangers; et vu
-le sage parti qu'il avoit pris de consulter sans <span class="pagenum"><a id="page517" name="page517"></a>(p. 517)</span> cesse, dans
-l'exécution de son projet, les hommes distingués dans les sciences et
-les lettres qui remplissoient sa cour, il avoit été assez heureux pour
-ne faire que de très-bons choix. Ses successeurs n'y portèrent pas
-sans doute la même attention, et plus d'une fois des hommes médiocres
-usurpèrent dans cet illustre corps des places qui n'appartenoient
-qu'au vrai mérite; cependant la succession des maîtres y présente plus
-de noms célèbres que dans aucun autre corps littéraire; et l'on peut
-assurer qu'il n'en est aucun qui, à nombre égal, ait produit autant
-d'ouvrages sur toutes les parties des connoissances humaines. Henri II
-y fonda une nouvelle chaire d'éloquence latine; Charles IX, une de
-philosophie grecque et latine, et une de chirurgie; Henri III, une de
-langue arabe. Ce monarque avoit pris solennellement l'engagement de
-mettre à exécution le projet de François I<sup>er</sup> relativement à la
-construction des bâtiments où devoient se réunir les professeurs, et à
-la dotation du nouveau collége; mais les guerres civiles et les
-malheurs dans lesquels elles le jetèrent, le réduisirent bientôt à ne
-pouvoir plus même payer les gages de ces professeurs. Leur fidélité
-n'en fut point ébranlée, et pendant tous les orages de la ligue, ils
-restèrent invariablement attachés à ce prince et à son successeur
-Henri IV, qui en fut instruit, et qui se <span class="pagenum"><a id="page518" name="page518"></a>(p. 518)</span> déclara leur plus zélé
-protecteur. Le duc de Sulli partagea ces sentiments de bienveillance
-de son maître; et ce fut à sa sollicitation et à celle du cardinal du
-Perron, que ce prince prit la résolution de faire enfin construire les
-logements et les écoles qui leur étoient nécessaires. Il fut décidé
-qu'on abattroit le collége de Tréguier qui menaçoit ruine, et que sur
-cet emplacement on feroit élever un bâtiment de trente-trois toises de
-long sur vingt de large. On devoit y pratiquer quatre grandes salles,
-et disposer l'étage supérieur pour y placer la bibliothèque royale de
-Fontainebleau. Il étoit même question d'y établir une imprimerie, des
-ateliers pour les artistes, et de doter cette maison de dix mille écus
-de rente. La mort funeste de ce grand roi suspendit l'exécution d'un
-projet aussi magnifique, mais ne le détruisit pas entièrement. Trois
-mois après, Louis XIII, accompagné de la reine sa mère, vint poser la
-première pierre de la seule aile de ce bâtiment qui alors ait été
-entièrement achevée; c'étoit celle qui avoit été destinée pour loger
-la bibliothèque. Les troubles de la régence ayant bientôt fait cesser
-les travaux, on y pratiqua trois salles, qui servirent d'écoles aux
-professeurs; mais ils n'eurent ni logements ni augmentation de gages.</p>
-
-<p>Henri IV avoit fondé dans ce collége une chaire d'anatomie et de
-botanique; Louis XIII <span class="pagenum"><a id="page519" name="page519"></a>(p. 519)</span> en créa une seconde de langue arabe et une de
-droit canon; Louis XIV y ajouta une chaire de langue syriaque, une
-seconde de droit canon, et une de droit françois. C'est à quoi se
-bornèrent les bienfaits de ce monarque, protecteur magnifique des
-sciences et des lettres, mais qui probablement ne sentit pas de quelle
-importance étoit le seul établissement où les jeunes gens, après le
-cours ordinaire des études, pussent trouver des guides sûrs pour se
-perfectionner dans tout genre de science ou de littérature auquel ils
-voudroient se livrer. Cependant la situation des professeurs devenoit
-de jour en jour plus fâcheuse: réduits, vers la fin de ce règne, à un
-petit nombre d'auditeurs, brouillés depuis long-temps avec
-l'Université, qui répandoit contre eux de fâcheuses impressions dans
-l'esprit des élèves, mal payés de modiques appointements qui n'étoient
-plus en rapport avec les besoins de la vie, ils étoient sur le point
-d'abandonner leurs travaux, lorsqu'à l'avénement de Louis XV, le duc
-de La Vrillière, qui avoit alors la direction de ce collége, proposa
-au conseil un plan qui fut adopté, et empêcha la ruine d'un
-établissement si utile et si important. Il consistoit à faire rentrer
-dans le sein de l'Université les professeurs royaux, qui n'auroient
-jamais dû en être séparés, et par conséquent à leur donner une part
-dans le produit des messageries <span class="pagenum"><a id="page520" name="page520"></a>(p. 520)</span> affecté aux besoins de cette
-compagnie. L'exécution de ce plan ranima les exercices du collége
-Royal; et quelques changements utiles dans la destination de plusieurs
-chaires qui étoient doubles ou triples dans des genres d'enseignements
-peu suivis, même tout-à-fait abandonnés, donnèrent le moyen d'y faire
-professer de nouvelles branches de science et de littérature, sans
-charger le trésor de dépenses nouvelles, de manière qu'il y eut dans
-le collége Royal, outre l'inspecteur chargé de veiller à la
-discipline, vingt professeurs, dont les attributions furent fixées,
-par un arrêt du conseil de 1773, dans l'ordre suivant:</p>
-
-<ul class="none">
-<li>Une chaire pour l'hébreu et le syriaque.</li>
-<li>Une &nbsp;&mdash;&mdash;&nbsp; pour l'arabe.</li>
-<li>Une &nbsp;&mdash;&mdash;&nbsp; pour le turc et le persan.</li>
-<li>Une &nbsp;&mdash;&mdash;&nbsp; pour le grec.</li>
-<li>Une &nbsp;&mdash;&mdash;&nbsp; pour l'éloquence latine.</li>
-<li>Une &nbsp;&mdash;&mdash;&nbsp; pour la poésie.</li>
-<li>Une &nbsp;&mdash;&mdash;&nbsp; pour la littérature françoise.</li>
-<li>Une &nbsp;&mdash;&mdash;&nbsp; pour la géométrie.</li>
-<li>Une &nbsp;&mdash;&mdash;&nbsp; pour l'astronomie.</li>
-<li>Une &nbsp;&mdash;&mdash;&nbsp; pour la mécanique.</li>
-<li>Une &nbsp;&mdash;&mdash;&nbsp; pour la physique.</li>
-<li>Une &nbsp;&mdash;&mdash;&nbsp; pour la médecine pratique.</li>
-<li>Une &nbsp;&mdash;&mdash;&nbsp; pour la physique expérimentale.</li>
-<li>Une &nbsp;&mdash;&mdash;&nbsp; pour l'anatomie.</li>
-<li>Une &nbsp;&mdash;&mdash;&nbsp; pour la chimie.</li>
-<li>Une &nbsp;&mdash;&mdash;&nbsp; pour l'hist. naturelle.</li>
-<li>Une &nbsp;&mdash;&mdash;&nbsp; pour le droit canon.</li>
-<li>Une &nbsp;&mdash;&mdash;&nbsp; pour le droit de la nature et des gens.</li>
-<li>Une &nbsp;&mdash;&mdash;&nbsp; pour l'histoire et la morale.</li>
-<li>Une &nbsp;&mdash;&mdash;&nbsp; pour les mathématiques, fondée par Ramus.</li>
-</ul>
-
-<p>Sur les nouveaux fonds accordés au collége Royal, on avoit trouvé le
-moyen de distraire une somme suffisante pour la réparation des
-<span class="pagenum"><a id="page521" name="page521"></a>(p. 521)</span> constructions déjà faites; mais cette institution laissoit toujours à
-désirer un bâtiment qui pût contenir à la fois les écoles et des
-logements convenables pour les professeurs. La reconstruction totale
-en fut arrêtée en 1774, la première année du règne de Louis XVI; et M.
-le duc de La Vrillière posa la première pierre du nouveau bâtiment le
-22 mars de la même année. Cet édifice, construit sur les dessins de M.
-Chalgrin, présente l'ordonnance noble et simple d'un corps de logis
-flanqué de deux pavillons en retour, qu'unit entre eux une double
-grille avec un portail surmonté d'un fronton. Il n'y a que des éloges
-à donner au caractère d'architecture choisi par l'artiste, et à la
-manière dont il a exécuté cette conception<a id="footnotetag400" name="footnotetag400"></a><a href="#footnote400" title="Lien vers la note 400"><span class="smaller">[400]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége du Plessis-Sorbonne</i> (rue Saint-Jacques).</p>
-
-<p>Ce collége doit son nom à Geoffroi du Plessis, notaire apostolique et
-secrétaire de Philippe-le-Long. Il le fonda, en 1317<a id="footnotetag401" name="footnotetag401"></a><a href="#footnote401" title="Lien vers la note 401"><span class="smaller">[401]</span></a>, pour
-quarante étudiants pris dans les diocèses de Tours, Saint-Malo, Reims,
-Sens, Évreux et Rouen, et donna pour cet établissement différents
-revenus, et <span class="pagenum"><a id="page522" name="page522"></a>(p. 522)</span> une maison avec cours, jardins et vergers, située rue
-Saint-Jacques, et qui s'étendoit jusqu'à la rue Fromentel et à celle
-des Cholets, nommée alors Saint-Symphorien<a id="footnotetag402" name="footnotetag402"></a><a href="#footnote402" title="Lien vers la note 402"><span class="smaller">[402]</span></a>. Il y avoit déjà dans
-cette maison une chapelle de la Sainte-Vierge, et au-dessus de la
-porte un oratoire sous le nom de Saint-Martin. Le collége en prit le
-nom de <i>Saint-Martin-du-Mont</i>, et le fondateur, qui se réserva la
-collation des bourses, et la faculté de faire par la suite les
-changements qu'il jugeroit à propos, établit pour supérieurs de cet
-établissement les évêques d'Évreux et de Saint-Malo, l'abbé de
-Marmoutier, le chancelier de l'église de Paris, et le maître
-particulier du collége.</p>
-
-<p>Quelque temps après, Geoffroi du Plessis fonda le collége de
-Marmoutier à côté de celui de Saint-Martin; et quoi qu'en aient dit Du
-Breul et Corrozet, l'acte de fondation<a id="footnotetag403" name="footnotetag403"></a><a href="#footnote403" title="Lien vers la note 403"><span class="smaller">[403]</span></a> prouve qu'il ne changea
-point les dispositions déjà faites en faveur de ce dernier collége
-pour accroître <span class="pagenum"><a id="page523" name="page523"></a>(p. 523)</span> les avantages de sa nouvelle fondation. Sur quatre
-maisons qu'il possédoit encore dans ce même endroit, il se réserva, sa
-vie durant, la plus grande, qui donnoit sur la rue Chartière, et fit
-don des trois autres à l'abbaye de Marmoutier: il n'y eut de commun
-entre ces deux colléges que la chapelle que l'on bâtissoit.</p>
-
-<p>S'étant ensuite fait religieux dans cet ordre, auquel il avoit
-témoigné une affection si particulière, Geoffroi profita de la faculté
-qu'il s'étoit réservée par l'acte de fondation, et soumit les deux
-colléges à l'abbé de Marmoutier, qui depuis en fut le seul
-administrateur; puis, par son testament, réduisit à vingt-cinq bourses
-les quarante qu'il avoit d'abord fondées. Ce collége de Marmoutier
-subsista jusqu'en 1637, que la réforme introduite dans cette abbaye le
-rendit inutile. Les bâtiments en furent vendus aux Jésuites en 1641,
-pour accroître le collége de Louis-le-Grand.</p>
-
-<p>À l'égard de celui de Saint-Martin-du-Mont, il ne tarda pas à prendre
-le nom de son fondateur: car, dans tous les actes de l'abbaye de
-Sainte-Geneviève qui le concernent, il n'est indiqué, dès le
-quatorzième siècle, que sous le titre de collége du Plessis. La
-modicité de ses revenus occasionna une diminution successive de ses
-boursiers; mais quoiqu'il se soutînt encore par la réputation que lui
-avoit acquise sa discipline <span class="pagenum"><a id="page524" name="page524"></a>(p. 524)</span> et le mérite de ses professeurs, ses
-bâtiments menaçoient ruine au commencement du dix-septième siècle, et
-l'établissement étoit loin d'avoir en lui-même des ressources
-suffisantes pour les réparer, lorsque des circonstances heureuses
-vinrent tout à coup les lui procurer. Le cardinal de Richelieu avoit
-eu besoin de l'emplacement du collége de Calvi pour la construction de
-l'église de Sorbonne. L'équité ne permettoit pas de le détruire sans
-le remplacer; aussi ce ministre ordonna-t-il, par son testament, qu'il
-seroit bâti un autre collége sur le terrain enclavé entre les rues de
-Sorbonne, des Noyers et des Maçons; mais les dépenses énormes
-qu'auroit entraînées l'exécution d'un semblable projet en firent
-changer les dispositions. En conséquence il fut convenu que les
-héritiers du cardinal feroient unir un collége à la maison de
-Sorbonne, et qu'ils paieroient une certaine somme pour les bâtiments
-ou réparations qu'on seroit obligé d'y faire. On jeta les yeux sur
-celui du Plessis, non, comme l'ont pensé quelques auteurs, à cause de
-la conformité de son nom avec celui du cardinal<a id="footnotetag404" name="footnotetag404"></a><a href="#footnote404" title="Lien vers la note 404"><span class="smaller">[404]</span></a>, mais parce
-qu'alors l'abbaye de Marmoutier étoit possédée par un neveu de cette
-Éminence (Amador Jean-Baptiste de Vignerod), et qu'on espéroit avoir
-plus facilement <span class="pagenum"><a id="page525" name="page525"></a>(p. 525)</span> son consentement que celui de tout autre. Il céda en
-effet, sans aucune difficulté, son droit de supériorité sur ce collége
-à la maison de Sorbonne, ainsi que tous les biens et revenus qui en
-dépendoient, réservant seulement la collation des bourses, dont deux
-seroient à la présentation de l'évêque d'Évreux, et deux à celle de
-l'évêque de Saint-Malo. Par l'acte passé à cet effet en 1646, la
-maison de Sorbonne fut tenue d'entretenir à ses frais les bâtiments,
-et de faire instruire les boursiers sous la direction et
-l'administration d'un principal et d'un procureur, qui seroient
-docteurs ou bacheliers. C'est depuis cette époque que ce collége fut
-appelé du Plessis-Sorbonne. Il soutint d'ailleurs jusqu'à la fin son
-ancienne renommée, et il n'en étoit aucun dans toute l'Université où
-la discipline scolastique fût mieux observée, et qui eût produit un
-plus grand nombre d'élèves distingués.</p>
-
-<p>Dans les derniers temps, les bourses, réduites au nombre de dix, et
-extrêmement médiocres, étoient à la nomination du roi<a id="footnotetag405" name="footnotetag405"></a><a href="#footnote405" title="Lien vers la note 405"><span class="smaller">[405]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Le collége de Louis-le-Grand</i> (même rue).</p>
-
-<p>Sans perdre de temps à discuter divers petits <span class="pagenum"><a id="page526" name="page526"></a>(p. 526)</span> faits relatifs à la
-fondation de ce collége, et sur lesquels nos historiens ne sont pas
-d'accord, nous dirons simplement que l'institut des Jésuites, auquel
-on en doit l'établissement, ayant été approuvé, en 1540 et 1549, par
-deux bulles de Paul III, S. Ignace de Loyola, fondateur de <i>la Société
-de Jésus</i>, envoya sur-le-champ quelques-uns de ses disciples à Paris.
-Plusieurs personnes prétendent que, dès 1540, ils demeuroient au
-collége du Trésorier, et en 1542 à celui des Lombards. La première de
-ces deux assertions paroît dépouillée de preuves; quant au collége des
-Lombards, ils ne tardèrent pas à le quitter pour aller loger dans
-l'hôtel de Clermont, qui appartenoit au cardinal du Prat. Cette
-Éminence mit à les servir un vif intérêt, leur procura, avec le
-logement, une honnête subsistance, et, ce qui n'étoit pas moins
-important pour eux, la protection du cardinal de Lorraine. Ce fut par
-les soins de celui-ci qu'ils obtinrent, en 1551, des lettres-patentes
-par lesquelles Henri II permettoit leur établissement, mais à Paris
-seulement. Les oppositions de l'évêque, du parlement et de
-l'université suspendirent l'effet de cette faveur; soutenus par les
-Guises, qui gouvernoient entièrement Catherine de Médicis et son fils
-François II, les Jésuites se voyoient sur le point de triompher de ces
-obstacles, lorsque la mort du jeune monarque vint leur susciter <span class="pagenum"><a id="page527" name="page527"></a>(p. 527)</span> des
-obstacles nouveaux. Malgré les différentes lettres de jussion
-adressées au parlement par Charles IX, la cour jugea qu'avant de les
-vérifier il étoit à propos de renvoyer les Jésuites devant l'assemblée
-générale du clergé, qui se tint à Poissi en 1561, pour y faire
-approuver leur institut. C'est là qu'ils furent enfin admis en France
-sous certaines conditions, à titre de société et de collége; et comme
-le parlement ne consentit à l'enregistrement qu'en 1562, c'est cette
-dernière date qu'on peut regarder comme celle du véritable
-établissement légal des Jésuites à Paris; celui de leur collége est
-encore postérieur, quoique Dubreul et ceux qui l'ont suivi en marquent
-l'institution en 1550.</p>
-
-<p>Le projet du cardinal du Prat avoit toujours été de procurer à ces
-pères un collége à Paris; et ce fut dans cette intention qu'à sa mort,
-arrivée en 1560, il leur laissa plusieurs legs considérables,
-indépendamment des donations qu'il leur avoit déjà faites. Dès qu'ils
-en eurent obtenu la possession, jaloux de remplir l'intention du
-fondateur, ils cherchèrent un emplacement convenable, et achetèrent en
-1563 un grand hôtel situé dans la rue Saint-Jacques, et connu sous le
-nom de la <i>cour de Langres</i><a id="footnotetag406" name="footnotetag406"></a><a href="#footnote406" title="Lien vers la note 406"><span class="smaller">[406]</span></a>. Cette acquisition <span class="pagenum"><a id="page528" name="page528"></a>(p. 528)</span> fut amortie en
-1564. Alors, munis de la simple permission du recteur de l'Université,
-et des lettres de scolarité qu'il leur fit expédier la même année, ils
-commencèrent à ouvrir leurs cours, et donnèrent à leur maison le nom
-de <i>collége de Clermont de la Société de Jésus</i>. Mais à peine
-avoient-ils commencé à professer qu'un nouveau recteur leur défendit
-l'exercice des classes, défense contre laquelle ils crurent devoir
-s'élever, et qui les jeta dans de nouveaux embarras et dans
-d'interminables contestations. Heureusement pour eux la cause fut
-appointée; et ces pères, en attendant la décision, se trouvèrent
-autorisés à continuer les leçons publiques qu'ils avoient commencées.
-Les talents supérieurs et la célébrité des professeurs qu'ils
-employoient attirèrent bientôt dans leur collége un si grand nombre
-d'écoliers, tant externes que pensionnaires, qu'il fallut penser à en
-augmenter les bâtiments. Les Jésuites achetèrent à cet effet plusieurs
-maisons voisines en 1578 et 1582. Ils firent, dans cette dernière
-année, construire une chapelle, dont la première pierre fut posée par
-Henri III. Tous ces édifices furent reconstruits en 1628.</p>
-
-<p>Ce collége s'est successivement agrandi par l'acquisition d'une ruelle
-et de quelques autres maisons, mais principalement par celle du
-collége de Marmoutier, dont nous avons déjà parlé, <span class="pagenum"><a id="page529" name="page529"></a>(p. 529)</span> et du collége du
-Mans, dont ils ne prirent possession qu'en 1682, cinquante-sept ans
-après le marché qu'ils en avoient fait. Ils y furent autorisés par un
-arrêt du conseil de cette même année. Louis XIV, qui confirma cette
-acquisition par ses lettres-patentes, voulut en payer le prix de ses
-propres deniers<a id="footnotetag407" name="footnotetag407"></a><a href="#footnote407" title="Lien vers la note 407"><span class="smaller">[407]</span></a>; et, pour mettre le comble à ses bienfaits, il
-leur fit expédier des lettres nouvelles, par lesquelles il déclaroit
-le collége des jésuites de fondation royale. Même avant cette dernière
-faveur, ces pères avoient déjà ôté l'inscription placée sur leur porte
-principale, <i lang="la">Collegium Claromontanum Societatis Jesu</i>, pour y
-substituer celle de <i lang="la">Collegium Ludovici Magni</i>.</p>
-
-<p>Les jésuites continuèrent de professer dans ce collége, rivalisant de
-zèle et de succès avec les plus célèbres institutions de l'Université,
-jusqu'en 1763, époque de la destruction de leur ordre, événement qui
-fut si fatal à la France et à toute la chrétienté. Alors les bâtiments
-qu'ils avoient occupés furent donnés à l'Université par
-lettres-patentes de la même année, pour y tenir ses assemblées et
-former un collége général, auquel ont été réunis les boursiers de tous
-les colléges où il n'y avoit pas plein et entier exercice<a id="footnotetag408" name="footnotetag408"></a><a href="#footnote408" title="Lien vers la note 408"><span class="smaller">[408]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page530" name="page530"></a>(p. 530)</span> Le temporel de ce collége étoit régi par une administration dont les
-membres, nommés par le roi, avoient pour président le
-grand-aumônier<a id="footnotetag409" name="footnotetag409"></a><a href="#footnote409" title="Lien vers la note 409"><span class="smaller">[409]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, trois tableaux, représentant, l'un,
- Jésus-Christ au milieu des docteurs; les deux autres, saint
- Charlemagne et saint Louis; par <i>Restout</i>.</p>
-</div>
-
-<p class="p2 center"><i>Collége des Cholets</i> (rue des Cholets).</p>
-
-<p>Nos historiens, qui varient beaucoup entre eux sur la date de la
-fondation de ce collége, <span class="pagenum"><a id="page531" name="page531"></a>(p. 531)</span> s'accordent tous à dire que le cardinal Jean
-Cholet, légat en France, avoit légué, par son testament, en 1289, une
-somme de 6000 liv., pour fournir aux frais de la croisade publiée
-contre Pierre d'Aragon; qu'étant mort le 2 août 1292, et la guerre
-étant terminée, ses exécuteurs testamentaires employèrent cette somme
-à l'établissement d'un collége. Il est assez difficile de croire qu'en
-1289 Jean Cholet ait destiné une somme quelconque au succès d'une
-expédition contre un prince qui étoit mort quatre ans avant la date de
-ce testament; quoi qu'il en soit, une partie de ses biens fut
-effectivement employée à cette fondation. Jean de Bulles, archidiacre
-du Grand-Caux dans l'église de Rouen, et l'un des exécuteurs du
-testament de cette Éminence, offrit la maison où il demeuroit,
-vis-à-vis la chapelle Saint-Symphorien, et même en céda gratuitement
-la moitié, ce qui lui mérita d'être considéré comme second fondateur
-de ce collége. Il faut, suivant Jaillot, fixer cet événement à l'année
-1291. On joignit bientôt à cette première acquisition celle d'une
-maison voisine, et les droits d'indemnité en furent payés à l'abbaye
-Sainte-Geneviève en 1295, seconde date qui a induit en erreur le plus
-grand nombre de ceux qui ont parlé de cette fondation.</p>
-
-<p>Ce collége avoit été fondé seulement pour seize boursiers
-théologiens; mais les exécuteurs <span class="pagenum"><a id="page532" name="page532"></a>(p. 532)</span> testamentaires étant morts, le
-cardinal Le Moine, qui leur fut substitué, confirma les statuts,
-ajouta quatre boursiers dont l'emploi étoit de célébrer l'office
-divin, et fit acheter une maison adjacente pour y placer vingt
-boursiers grammairiens. Tous ces boursiers devoient être pris dans les
-diocèses d'Amiens et de Beauvais.</p>
-
-<p>Quoique le cardinal eût nommé quatre chapelains, cependant il n'y
-avoit point de chapelle dans ce collége, et l'office se faisoit dans
-celle de Saint-Symphorien. Ce fut seulement en 1504 que, du
-consentement de l'évêque et de l'abbé de Sainte-Geneviève, on en fit
-bâtir une qui fut dédiée sous l'invocation de sainte Cécile, en
-mémoire du fondateur, cardinal, prêtre du titre de sainte Cécile. Le
-collége des Cholets, qui étoit sans exercice, fut réuni, en 1763, à
-celui de l'Université<a id="footnotetag410" name="footnotetag410"></a><a href="#footnote410" title="Lien vers la note 410"><span class="smaller">[410]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége et communauté de Sainte-Barbe</i> (rue de Reims).</p>
-
-<p>Ce sont deux établissements différents formés <span class="pagenum"><a id="page533" name="page533"></a>(p. 533)</span> dans le même lieu, mais
-dans des temps divers. Plusieurs de nos historiens se sont trompés sur
-la date de la fondation du collége, qu'ils font moins ancienne qu'elle
-ne l'est de plus de cent ans. L'abbé Lebeuf, qui la place avec raison
-en 1430, prétend que ce collége n'entra en plein exercice que vers
-1500. Cependant, si l'on en croit D. Félibien<a id="footnotetag411" name="footnotetag411"></a><a href="#footnote411" title="Lien vers la note 411"><span class="smaller">[411]</span></a>, Jean Hubert,
-docteur en droit canon, qui le fonda sur un emplacement pris à cens de
-l'abbaye Sainte-Geneviève<a id="footnotetag412" name="footnotetag412"></a><a href="#footnote412" title="Lien vers la note 412"><span class="smaller">[412]</span></a>, y plaça dès le principe des
-professeurs amovibles: on en a compté jusqu'à quatorze, dont neuf
-enseignoient les humanités, quatre la philosophie, et un la langue
-grecque. Toutefois on ne trouve point qu'il eût de dotation dès son
-origine; et on le considéroit moins alors comme un collége proprement
-dit que comme une maison louée par des professeurs qui donnoient des
-leçons générales dans les salles, et recevoient dans les chambres
-quelques élèves auxquels ils accordoient des soins particuliers. Cet
-établissement portoit dès-lors le nom de <i>Sainte-Barbe</i>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page534" name="page534"></a>(p. 534)</span> Il arriva, en 1556, que Robert Dugast, aussi docteur régent en droit
-canon, ayant acquis les quatre cinquièmes de cette maison, forma le
-projet d'y établir un collége régulier. Par l'acte de cette fondation,
-daté de cette même année, il institua un principal, un chapelain et un
-procureur, tous les trois prêtres ou sur le point de l'être, et qui
-devoient être des diocèses d'Évreux, de Rouen, de Paris ou d'Autun. La
-nomination des boursiers, qui étoient au nombre de quatre, fut
-réservée au plus ancien conseiller-clerc du parlement, au chancelier
-de l'église et université de Paris, et au doyen des professeurs en
-droit. Les biens qu'il affecta à cet établissement furent amortis par
-des lettres de Henri II, données dans la même année 1556.</p>
-
-<p>Il paroît certain qu'il y eut dans ce collége un plein exercice,
-lequel y subsista jusqu'à ces temps malheureux de nos guerres de
-religion, où tant d'institutions furent altérées ou détruites. Il fut
-alors interrompu, et les leçons n'y ont jamais été rétablies. La
-mauvaise situation des affaires de ce collége le força même, dans le
-siècle suivant, de vendre à l'Université une partie de son
-emplacement, pour acquitter les dettes qu'il avoit contractées. Par
-cet acte, qui est de 1687, cette compagnie s'engagea à lui payer la
-somme de 48,750 livres, tant pour le libérer de ses créanciers, que
-pour <span class="pagenum"><a id="page535" name="page535"></a>(p. 535)</span> lui procurer les moyens de bâtir une chapelle<a id="footnotetag413" name="footnotetag413"></a><a href="#footnote413" title="Lien vers la note 413"><span class="smaller">[413]</span></a>.</p>
-
-<p>Ce fut vers ce temps-là que se forma la communauté annexée depuis à ce
-collége. Un docteur de Sorbonne, nommé Germain Gillot, avoit sacrifié
-une partie considérable de sa fortune pour fournir à la subsistance
-d'un certain nombre d'étudiants qu'il faisoit élever dans différents
-colléges. M. Thomas Durieux, aussi docteur de Sorbonne, l'un des
-élèves de M. Gillot, et son successeur dans cet acte de charité,
-voyant l'Université devenir propriétaire de la plus grande partie du
-collége de Sainte-Barbe, profita de cette occasion pour en louer les
-bâtiments, ainsi que ceux qui étoient restés à ce collége, et y
-rassembla en 1588 tout son petit troupeau sous le nom de <i>Communauté
-de Sainte-Barbe</i>. Depuis, ayant été nommé principal du collége du
-Plessis, cet homme respectable se trouva dans une situation à donner
-des soins encore plus assidus à ses enfants d'adoption, qui venoient
-prendre des leçons dans ce collége, et qui n'ont point cessé d'y être
-reçus jusque dans les derniers temps.</p>
-
-<p>L'institution de Sainte-Barbe se faisoit tellement remarquer par la
-sévérité de sa discipline et par le succès de ses études, que, dans
-le <span class="pagenum"><a id="page536" name="page536"></a>(p. 536)</span> siècle dernier, elle attira l'attention du monarque. Louis XV
-voulant en 1730 donner à ce collége des marques éclatantes d'une
-protection spéciale, daigna s'attribuer la nomination à la
-supériorité, qu'il réunit avec la principalité du collége du Plessis,
-sous l'inspection particulière de l'archevêque de Paris. Au moment de
-la révolution, la communauté de Sainte-Barbe étoit encore composée,
-indépendamment des anciens boursiers, de trente-six théologiens,
-auxquels étoient attachés un supérieur local et trois maîtres chargés
-des conférences; de quarante-huit philosophes, sous un supérieur local
-et quatre maîtres; enfin de cent douze humanistes, conduits par douze
-maîtres particuliers.</p>
-
-<p>Saint Ignace de Loyola, qu'on nommoit alors <i>Inigo</i>, avoit fait ses
-études dans ce collége. On y a vu professer plusieurs hommes célèbres,
-entre autres, Jean-François Fernel, premier médecin de Henri II, et
-George Buchanan, poëte et historien.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Le collége de Coqueret</i> (rue Chartière).</p>
-
-<p>Il y a une telle obscurité répandue sur l'origine de ce collége, qu'il
-étoit impossible d'assurer même qu'il ait jamais existé. Du
-Breul<a id="footnotetag414" name="footnotetag414"></a><a href="#footnote414" title="Lien vers la note 414"><span class="smaller">[414]</span></a>, copié par Piganiol et autres, nous apprend seulement <span class="pagenum"><a id="page537" name="page537"></a>(p. 537)</span> que
-Nicole Cocquerel (ou plutôt Coqueret) avoit tenu de petites écoles
-dans la basse-cour de l'hôtel de Bourgogne; qu'il vendit ce lieu à
-Simon Dugast; et que celui-ci eut pour successeur dans la principalité
-du collége Robert Dugast, son neveu, fondateur du collége de
-Sainte-Barbe. Ce récit, qui souffre lui-même beaucoup de
-difficultés<a id="footnotetag415" name="footnotetag415"></a><a href="#footnote415" title="Lien vers la note 415"><span class="smaller">[415]</span></a>, n'est pas suffisant sans doute pour éclaircir
-l'histoire d'un établissement dans lequel on ne voit, pendant
-plusieurs siècles, ni principal ni boursiers. Dès 1571 la maison avoit
-été saisie: elle fut depuis judiciairement vendue une seconde fois, et
-n'a point cessé d'appartenir à des particuliers. À la fin du siècle
-dernier, il n'en restoit plus qu'un petit bâtiment rue Chartière, dans
-lequel s'étoit établie une manufacture de carton.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Reims</i> (rue des Sept-Voies).</p>
-
-<p>Ce collége doit son origine à Gui de Roye, archevêque de Reims, qui en
-ordonna la fondation par son testament, en 1409, année de sa
-mort<a id="footnotetag416" name="footnotetag416"></a><a href="#footnote416" title="Lien vers la note 416"><span class="smaller">[416]</span></a>. On voit par cet acte que l'intention de <span class="pagenum"><a id="page538" name="page538"></a>(p. 538)</span> ce prélat étoit
-d'y mettre, par préférence, des sujets nés dans les terres affectées à
-la mense archiépiscopale de Reims, dans sa terre de Roye, ou dans
-celle de Murel. Cette disposition testamentaire, contestée d'abord par
-ses héritiers, fut maintenue par une transaction qu'ils passèrent avec
-les écoliers de Reims<a id="footnotetag417" name="footnotetag417"></a><a href="#footnote417" title="Lien vers la note 417"><span class="smaller">[417]</span></a>, alors étudiants à Paris, et qui étoient
-destinés à remplir les bourses. Ceux-ci firent en conséquence
-l'acquisition de l'hôtel de Bourgogne, qui leur fut vendu le 12 mai
-1412 par Philippe, comte de Nevers et de Rhétel. En 1414 on institua
-un maître particulier, un chapelain et un procureur dans ce collége.
-Les troubles qui agitèrent Paris quelques années après pensèrent
-l'anéantir presqu'au moment où il venoit d'être établi; en 1418 il fut
-pillé, presque détruit, et demeura désert jusqu'en 1443, que Charles
-VII le rétablit, et y annexa le collége de Rhétel qui tomboit en
-ruines.</p>
-
-<p>Ce collége de Rhétel n'étoit ni voisin de celui de Reims, ni contigu,
-comme l'ont dit plusieurs auteurs: il étoit situé dans la rue des
-Poirées. Gaultier de Launoi l'avoit créé pour les écoliers du
-Rhételois, et Jeanne de Bresle y avoit fondé depuis quatre bourses
-pour des écoliers du comté <span class="pagenum"><a id="page539" name="page539"></a>(p. 539)</span> de Porcien. Lors de l'union, presque tout
-le revenu de ce collége étoit dissipé; alors il n'y avoit même plus de
-boursiers.</p>
-
-<p>Cette union soutint pendant quelque temps le collége de Reims, dont
-l'administration supérieure passa entre les mains de l'archevêque.
-Toutefois il tomba successivement dans un état si misérable, qu'en
-1699 il étoit déjà sans boursiers, et qu'en 1720 il n'y restoit que
-deux officiers. M. le cardinal de Mailli, archevêque de Reims,
-entreprit alors de le rétablir, et chargea de ce soin M. Le Gendre,
-chanoine de Notre-Dame, qui dressa des statuts, établit dans ce
-collége un principal, un chapelain, et trouva le moyen d'y réunir huit
-boursiers pris dans les lieux désignés par les fondateurs. En 1745 on
-en reconstruisit la façade, et en 1763 il fut réuni à celui de
-l'Université.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de la Merci</i> (même rue).</p>
-
-<p>Presque tous nos historiens ont placé l'érection de ce collége en
-1520. Jaillot lui donne cinq ans de plus d'ancienneté. Il dit que
-Nicolas Barrière, bachelier en théologie, et procureur général de
-l'ordre de la Merci, désirant procurer aux religieux de son ordre la
-facilité d'étudier à Paris, traita avec Alain d'Albret, comte de
-Dreux, d'une place et d'une masure qui faisoient <span class="pagenum"><a id="page540" name="page540"></a>(p. 540)</span> partie de son hôtel,
-et que le contrat en fut passé à Dreux le 15 mai 1515<a id="footnotetag418" name="footnotetag418"></a><a href="#footnote418" title="Lien vers la note 418"><span class="smaller">[418]</span></a>. Cet
-établissement n'eut pas une longue durée; car dès 1611 il n'y avoit
-plus dans la maison qu'un seul religieux, et la chapelle abandonnée
-étoit entièrement découverte. Ce collége, dans le siècle dernier,
-n'étoit plus qu'un hospice de la maison de cet ordre établie rue du
-Chaume<a id="footnotetag419" name="footnotetag419"></a><a href="#footnote419" title="Lien vers la note 419"><span class="smaller">[419]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Fortet</i> (même rue).</p>
-
-<p>Pierre Fortet, chanoine de l'église de Paris, avoit ordonné, par son
-testament du 12 août 1391, la fondation d'un collége où il y auroit un
-principal et huit boursiers<a id="footnotetag420" name="footnotetag420"></a><a href="#footnote420" title="Lien vers la note 420"><span class="smaller">[420]</span></a>, et destiné pour l'emplacement de
-cette institution une maison appelée <i>les Caves</i>, située au bout de la
-rue des Cordiers; mais il ne voulut point que ce projet fût réalisé de
-son vivant, et mourut en 1394, laissant ce soin à ses exécuteurs
-testamentaires.</p>
-
-<p>Ceux-ci offrirent au chapitre Notre-Dame la commission de remplir la
-volonté du testateur: le chapitre l'accepta, et ne trouvant pas la
-maison <span class="pagenum"><a id="page541" name="page541"></a>(p. 541)</span> léguée propre à établir un collége, il acquit, en 1397, de M.
-de Listenoi, seigneur de Montaigu, une maison qu'il possédoit rue des
-Sept-Voies, et la fit disposer telle qu'elle devoit être pour une
-semblable institution. On nomma le principal, les boursiers, et on
-leur donna des statuts le 10 avril de la même année.</p>
-
-<p>Aux bourses fondées originairement dans ce collége plusieurs
-particuliers en ajoutèrent successivement onze nouvelles. Dès l'an
-1560 les bâtiments en avoient été reconstruits: on l'augmenta encore
-depuis, en y joignant l'hôtel des évêques de Nevers et celui de
-Marli-le-Châtel<a id="footnotetag421" name="footnotetag421"></a><a href="#footnote421" title="Lien vers la note 421"><span class="smaller">[421]</span></a>.</p>
-
-<p>La chapelle étoit sous l'invocation de saint Geraud, en son vivant
-seigneur d'Aurillac<a id="footnotetag422" name="footnotetag422"></a><a href="#footnote422" title="Lien vers la note 422"><span class="smaller">[422]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Montaigu</i> (même rue).</p>
-
-<p>Il est redevable de sa fondation à la maison des Aycelin, plus connue
-sous le nom de Montaigu, illustre par son ancienneté et par les
-dignités qui furent la preuve et la récompense de ses services. Gilles
-Aycelin, archevêque de Rouen et garde des sceaux, en fut le premier
-fondateur. <span class="pagenum"><a id="page542" name="page542"></a>(p. 542)</span> Propriétaire de plusieurs maisons dans les rues des
-Sept-Voies et de Saint-Symphorien, il chargea, par son testament du 13
-décembre 1314, Albert Aycelin, évêque de Clermont, son héritier, de
-loger de pauvres écoliers dans une partie de ces bâtiments, et de
-louer ou de vendre les autres pour fournir à leur subsistance.</p>
-
-<p>L'évêque de Clermont se conforma aux volontés de son oncle, et soutint
-cet établissement jusqu'à sa mort, arrivée en 1328. Gilles et Pierre
-Aycelin ses frères furent alors chargés de le diriger; mais les
-circonstances où ils se trouvoient<a id="footnotetag423" name="footnotetag423"></a><a href="#footnote423" title="Lien vers la note 423"><span class="smaller">[423]</span></a> ne leur permirent point de
-s'en occuper, et ce collége resta pendant près de quarante ans privé
-de chef et de protecteur. Cependant les biens destinés à la fondation
-se dissipoient, les bâtiments tomboient en ruines, lorsque Pierre
-Aycelin, qui, de prieur de Saint-Martin-des-Champs, étoit devenu
-successivement évêque de Nevers, de Laon, cardinal et ministre d'état,
-voulut, par ses bienfaits, relever cette institution d'une ruine qui
-sembloit inévitable, et fonda six boursiers, dont deux devoient être
-prêtres, et les quatre autres clercs étudiants en droit canon ou en
-théologie.</p>
-
-<p>Cette fondation, portée dans le testament du <span class="pagenum"><a id="page543" name="page543"></a>(p. 543)</span> cardinal de Laon, daté
-du 7 novembre 1387, fut d'abord attaquée par Louis Aycelin de Montaigu
-de Listenoi son neveu; mais il ne tarda pas à se rétracter, ce qu'il
-fit à la sollicitation de son oncle maternel, Bernard de La Tour,
-évêque de Langres, et du cardinal de Thérouenne, et consentit à
-l'exécution des volontés du testateur, sous la condition que ce
-collége porteroit le nom de Montaigu, que les armes de cette maison
-seroient placées sur la porte principale, et que les boursiers,
-suivant l'intention du cardinal de Laon, seroient pris, de préférence,
-dans le diocèse de cette ville.</p>
-
-<p>Les statuts, dressés en 1402 par Philippe de Montaigu, évêque d'Évreux
-et de Laon, et l'un des exécuteurs testamentaires du cardinal,
-soumirent ce collége à l'autorité du chapitre de Notre-Dame, et d'un
-des descendants du fondateur; mais, soit que l'inspection en eût été
-négligée, soit que la modicité des revenus n'eût pas permis de faire
-les dépenses nécessaires pour les réparations, avant la fin du siècle
-les bâtiments menaçoient, pour la seconde fois, d'une ruine prochaine,
-et il ne restoit plus aucune ressource pour les réparer.</p>
-
-<p>Tel étoit l'état déplorable de ce collége, auquel, dit un
-historien<a id="footnotetag424" name="footnotetag424"></a><a href="#footnote424" title="Lien vers la note 424"><span class="smaller">[424]</span></a>, il restoit à peine <span class="pagenum"><a id="page544" name="page544"></a>(p. 544)</span> 11 sous de rente, lorsque le
-chapitre Notre-Dame en donna, en 1483, la principauté au célèbre Jean
-Standonc<a id="footnotetag425" name="footnotetag425"></a><a href="#footnote425" title="Lien vers la note 425"><span class="smaller">[425]</span></a>. Il parvint, par son zèle et par des travaux assidus, à
-soutenir cet établissement, ou, pour mieux dire, il en fut le second
-fondateur. Un projet grand et utile se présenta d'abord à sa pensée:
-ce fut d'y former une société d'ecclésiastiques capables de remplir
-toutes les fonctions du saint ministère, d'instruire la jeunesse et
-d'annoncer les vérités de l'évangile par toute la terre. Ses
-ressources étoient loin d'égaler son dévouement et sa charité: il en
-trouva dans la pieuse libéralité de l'amiral de Graville et du vicomte
-de Rochechouart. Les offres que ces deux seigneurs firent au chapitre
-de Notre-Dame, de rétablir les bâtiments, de faire construire une
-chapelle, d'y fonder deux chapelains, et d'entretenir douze boursiers,
-furent acceptées avec reconnoissance, et ratifiées par un acte du 16
-avril 1494; l'année suivante, le service divin fut célébré dans la
-nouvelle chapelle qu'on venoit de faire construire.</p>
-
-<p>Ces boursiers devoient faire un corps séparé de ceux qui formoient le
-collége: car Jean Standonc n'avoit voulu créer cette communauté qu'en
-faveur des pauvres; et en effet les réglements <span class="pagenum"><a id="page545" name="page545"></a>(p. 545)</span> qu'il fit annoncent
-l'extrême pauvreté et la vie austère de ceux qui la composoient. Dans
-les commencements, ils alloient aux Chartreux recevoir avec les
-indigents le pain que ces religieux faisoient distribuer à la porte de
-leur monastère; la nourriture qu'on leur donna ensuite consistoit en
-pain, légumes, &oelig;ufs ou harengs, le tout en très-petite quantité. Ils
-ne mangeoient jamais de viande, ne buvoient point de vin. Leur
-habillement se composoit d'une cape de drap brun très-grossier, fermée
-par devant, et d'un camail fermé devant et derrière; ce qui les fit
-appeler les <i>pauvres capettes de Montaigu</i>.</p>
-
-<p>Il paroît, par les réglements, qu'il y avoit alors dans cette
-communauté quatre-vingt-quatre pauvres écoliers, en l'honneur des
-douze apôtres et des soixante-douze disciples, de plus le maître,
-appelé le <em>père</em> ou <em>ministre des pauvres</em>, le procureur et deux
-correcteurs. Ces officiers devoient être présentés par le prieur des
-Chartreux, et constitués par le grand-pénitencier de l'église de
-Paris.</p>
-
-<p>L'austérité de ces statuts fut adoucie depuis, principalement par un
-nouveau réglement homologué au parlement en 1744, en vertu duquel les
-boursiers furent dispensés de réciter certains offices, et obtinrent
-la permission de faire gras à midi seulement: le soir, ils ne
-prenoient qu'une collation très-frugale.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page546" name="page546"></a>(p. 546)</span> Le collége de Montaigu s'augmenta depuis considérablement par les
-libéralités de plusieurs personnes, et par les acquisitions que ces
-dons lui permirent de faire des hôtels ou colléges du
-Mont-Saint-Michel, de Vezelai, etc., et de celui des évêques
-d'Auxerre. Ce collége étoit de plein exercice; et dans les derniers
-temps le nombre des bourses s'élevoit à près de soixante<a id="footnotetag426" name="footnotetag426"></a><a href="#footnote426" title="Lien vers la note 426"><span class="smaller">[426]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Le collége d'Hubant</i> ou <i>de l'Ave-Maria</i> (rue de la
-Montagne-Sainte-Geneviève).</p>
-
-<p>Ce collége fut fondé, en 1336, par Jean de Hubant, conseiller du roi,
-dans une maison qu'il avoit achetée du monarque lui-même dès 1327. Il
-y établit et fonda quatre bourses en faveur de quatre pauvres
-étudiants, affectant à leur entretien une maison située rue des
-Poirées, une autre sise au cloître Sainte-Geneviève, et la troisième
-partie des dîmes du territoire de Sormillier. L'abbé, le prieur de
-Sainte-Geneviève et le grand-maître du collége de Navarre furent
-nommés pour faire exécuter cette fondation.</p>
-
-<p>Jaillot pense qu'elle fut faite dans la maison de la rue
-Sainte-Geneviève, où ce collége resta établi jusqu'au moment de sa
-réunion. Cependant <span class="pagenum"><a id="page547" name="page547"></a>(p. 547)</span> le censier de Sainte-Geneviève de 1380 n'en parle
-point à l'article de cette rue; mais à celui de la rue des
-<i>Almandiers</i> on lit: «Les écoliers de Hubant, pour leur maison à
-l'Image-Notre-Dame......... tenant d'un côté à Jean de Chevreuse,
-d'autre, au jardin du comte de Blois.» On voit par le même censier
-qu'ils avoient deux autres maisons joignant celle-ci, et une troisième
-vis-à-vis. Quant au nom de l'<i>Image-Notre-Dame</i> que portoit celle que
-nous venons de citer, il lui fut donné parce qu'au-dessus de la porte
-il y avoit une figure de la Vierge, aux pieds de laquelle étoient
-écrits ces deux premiers mots de la salutation angélique, <i>Ave Maria</i>;
-cette inscription ne tarda pas à devenir le nom du collége, et fit
-presque oublier celui du fondateur.</p>
-
-<p>Ce collége avoit été réuni à celui de l'Université.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége des Grassins</i> (rue des Amandiers).</p>
-
-<p>Il doit son origine à M. Pierre Grassin, sieur d'Ablon, conseiller au
-parlement: ce magistrat laissa, par son testament du 16 octobre 1569,
-une somme de 30,000 livres, laquelle devoit être employée selon la
-disposition de M. Thierri Grassin, son frère et son exécuteur
-testamentaire, et par le conseil de M. Le Cirier, évêque <span class="pagenum"><a id="page548" name="page548"></a>(p. 548)</span> d'Avranches,
-à fonder un collége de pauvres; ou s'il le trouvoit plus convenable, à
-bâtir sur l'eau une maison pour les pauvres malades. En cas que son
-fils vînt à mourir sans enfants, la somme destinée à cette fondation
-devoit être doublée. Celui-ci ne survécut pas long-temps à son père,
-et augmenta la fondation de 1200 liv. L'exécuteur testamentaire,
-Thierri Grassin, s'étant décidé à faire bâtir un collége, acheta, le
-26 avril 1571, de M. de Mesmes, une partie de l'hôtel d'Albret,
-consistant en une grande maison et deux petites contiguës à la
-première. Les 1er et 15 mai suivants, il acheta encore quatre autres
-maisons voisines. À ces acquisitions, qui remplissoient les intentions
-des fondateurs, il ajouta ses propres bienfaits, et acheva de
-consolider cet établissement en lui léguant sa bibliothèque, et
-environ 3,000 livres de rente.</p>
-
-<p>Les bâtiments de ce collége ne furent achevés qu'en 1574, quoique la
-première acquisition pût en faire remonter l'origine jusqu'en 1571,
-date qu'a donnée de préférence l'abbé Lebeuf. La chapelle fut bénite
-en 1578, sous l'invocation de la Vierge.</p>
-
-<p>En 1696 on transporta, comme nous l'avons déjà dit, dans ce collége la
-fondation faite quelques années auparavant dans celui des Lombards, en
-faveur des pauvres étudiants irlandois. Ils y restèrent jusqu'en
-1710, qu'un arrêt du <span class="pagenum"><a id="page549" name="page549"></a>(p. 549)</span> parlement les fit retourner dans leur premier
-domicile.</p>
-
-<p>La fondation primitive du collége des Grassins avoit été faite pour un
-principal, un chapelain, six grands boursiers et douze petits: vers la
-fin du dix-septième siècle, le mauvais état du temporel de cette
-maison mit dans la nécessité de suspendre douze de ces bourses,
-jusqu'au moment où l'acquittement des dettes permettroit de les
-rétablir. Ce moment fut accéléré par les libéralités de M. Pierre
-Grassin, seigneur d'Arci, directeur général des monnoies de France,
-libéralités qui furent assez grandes pour rendre à ce collége toute
-son ancienne splendeur. Les bourses, destinées de préférence aux
-pauvres écoliers de Sens et des environs, étoient à la collation de
-l'archevêque de cette ville<a id="footnotetag427" name="footnotetag427"></a><a href="#footnote427" title="Lien vers la note 427"><span class="smaller">[427]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, Notre Seigneur bénissant des petits enfants;
- par <i>Hallé</i>.</p>
-
- <p>Sur la porte de la sacristie, la Résurrection du fils de la veuve
- de Naïm; par <i>Simon Vouet</i>.</p>
-
- <p>Vis-à-vis, le Départ de Tobie; par <i>Lebrun</i>.</p>
-</div>
-
-<p>Le collége des Grassins étoit de plein exercice.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page550" name="page550"></a>(p. 550)</span> <i>Écoles de droit</i> (place Sainte-Geneviève).</p>
-
-<p>On sait que les Francs, devenus maîtres de cette partie des Gaules à
-laquelle ils ont donné leur nom, continuèrent de s'y gouverner par
-leurs lois et leurs coutumes, laissant aux peuples conquis les lois
-sous lesquelles ils avoient vécu depuis la conquête de Jules-César.</p>
-
-<p>C'est un préjugé généralement reçu que tous ces peuples vivoient sous
-la loi romaine: cependant nous apprenons, d'un écrivain presque
-contemporain<a id="footnotetag428" name="footnotetag428"></a><a href="#footnote428" title="Lien vers la note 428"><span class="smaller">[428]</span></a>, qu'il y avoit alors dans les Gaules bien d'autres
-codes, et que la multiplicité des lois et des priviléges personnels y
-étoit telle, que ce n'étoit pas seulement une région ou une cité qui
-se partageoit en plusieurs législations, mais que, dans l'intérieur
-même d'une maison, il ne se trouvoit pas souvent deux personnes qui
-vécussent sous la même loi. Il n'est pas besoin de dire qu'il s'agit
-ici, non des lois politiques qui établissent la forme du gouvernement,
-mais de ces lois purement civiles qui règlent la possession des biens,
-la manière de les acquérir et de les perdre, la forme des procédures,
-la grandeur relative des crimes, les moyens de les réparer et de les
-punir, la capacité ou l'incapacité <span class="pagenum"><a id="page551" name="page551"></a>(p. 551)</span> des personnes pour remplir telles
-ou telles fonctions, l'âge auquel on commençoit à jouir de ses droits
-comme membre de la société, la nature des alliances, etc.</p>
-
-<p>Toutefois au milieu de ces lois conservées aux vaincus, celles que
-l'empereur Théodose avoit rassemblées au cinquième siècle, et qui se
-composoient de toutes les ordonnances portées par ses prédécesseurs,
-étoient en effet les plus généralement répandues; et nous apprenons de
-Grégoire de Tours que l'on faisoit étudier trois choses aux enfants de
-qualité, Virgile, l'arithmétique, et les lois Théodosiennes<a id="footnotetag429" name="footnotetag429"></a><a href="#footnote429" title="Lien vers la note 429"><span class="smaller">[429]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page552" name="page552"></a>(p. 552)</span> Quant aux conquérants, ils vivoient sous le régime de leurs propres
-lois, lois également très-nombreuses et très-variées, mais qui
-néanmoins, <span class="pagenum"><a id="page553" name="page553"></a>(p. 553)</span> sous les noms divers de <i>Salique</i>, <i>Gombette</i>, ou
-<i>Ripuaire</i>, présentent toutes ce caractère commun à la jurisprudence
-de ces peuples barbares, qu'il y a <em>composition</em> pour toute espèce de
-violation de la loi, c'est-à-dire que tout délit, de quelque nature
-qu'il puisse être, y est évalué et <em>amendable</em> en argent.</p>
-
-<p>Charlemagne n'osa point toucher à ce code que les Francs considéroient
-comme le titre le plus précieux de leur noblesse et la sauve-garde de
-leurs libertés. Tous ses efforts tendirent seulement à le rendre moins
-imparfait; et tel fut l'objet de ses fameux <em>capitulaires</em>, qui ne
-présentent point, ainsi que plusieurs l'ont pensé, une législation
-nouvelle, les premiers n'étant en grande partie que des recueils
-d'interprétations des anciennes lois, et, comme s'exprime l'archevêque
-Hincmar, d'arrêts rendus sur contestations en matières de lois. On y
-trouve aussi des explications et des répétitions de lois déjà
-établies, des réglements de police, des dispositions temporaires sur
-l'administration de l'état, etc. Ce n'est que dans le dernier que l'on
-voit enfin paroître des lois nouvelles et la réformation de celles qui
-les avoient précédées.</p>
-
-<p>Toutefois, il ne faut pas croire que le monarque promulguât ces lois
-nouvelles de sa propre et seule volonté, et selon son bon plaisir: ce
-n'étoit que dans le <em>plaid général</em> et du consentement <em>de tous</em> <span class="pagenum"><a id="page554" name="page554"></a>(p. 554)</span> que
-se faisoient ces <em>capitules</em>, et qu'ils acquéroient force de loi<a id="footnotetag430" name="footnotetag430"></a><a href="#footnote430" title="Lien vers la note 430"><span class="smaller">[430]</span></a>.
-Louis-le-Débonnaire et Charles-le-Chauve, qui y firent de nombreuses
-additions, y observèrent ces mêmes formalités, qui en étoient la
-sanction nécessaire et sans laquelle ils eussent été de nul effet. La
-noblesse françoise vécut sous cette législation, jusqu'à l'époque où,
-le vasselage dégénérant de sa première institution, on vit commencer
-l'anarchie féodale et la souveraineté usurpée des grands et des petits
-vassaux.</p>
-
-<p>Cependant les lois Théodosiennes, promulguées en 438, avoient été
-augmentées dans le siècle suivant par Justinien I<sup>er</sup>. Il y joignit
-d'abord, en 534, les décisions des jurisconsultes sur diverses
-matières de législation; en 541, il y ajouta les nouvelles
-constitutions publiées sous son règne; et cette compilation nouvelle,
-devenue la loi écrite de tous les peuples soumis à son autorité, fut
-connue sous le nom de <i>Pandectes</i> ou <i>Digeste</i>.</p>
-
-<p>Cette collection, négligée dans l'Orient même, aussitôt après la mort
-de Justinien<a id="footnotetag431" name="footnotetag431"></a><a href="#footnote431" title="Lien vers la note 431"><span class="smaller">[431]</span></a>, perdue <span class="pagenum"><a id="page555" name="page555"></a>(p. 555)</span> dans la suite des temps, et entièrement
-oubliée, fut retrouvée en 1133, au siége de la ville d'Amalfi par
-l'empereur Lothaire II. Les Pisans, qui avoient concouru à la prise de
-cette ville, demandèrent ce manuscrit pour toute récompense des
-services qu'ils avoient rendus: ils l'obtinrent; et les Pandectes,
-revues et mises en ordre par un savant jurisconsulte allemand<a id="footnotetag432" name="footnotetag432"></a><a href="#footnote432" title="Lien vers la note 432"><span class="smaller">[432]</span></a>,
-furent, peu de temps après, enseignées publiquement à Ravenne et à
-Boulogne. De ces écoles fameuses la connoissance s'en répandit bientôt
-dans l'Europe entière; et l'on peut fixer au milieu du douzième siècle
-l'époque à laquelle elles s'introduisirent parmi nous.</p>
-
-<p>Ce n'est point ici le lieu d'examiner si ce fut un bien ou un mal pour
-la chrétienté que l'adoption qui s'y fit des maximes de cette
-jurisprudence romaine, née au sein du paganisme, développée et
-perfectionnée sous le despotisme militaire d'empereurs, dont ceux-là
-même qui étoient chrétiens entendoient mal l'esprit et la politique du
-christianisme: nous dirons seulement que l'enthousiasme fut grand en
-France <span class="pagenum"><a id="page556" name="page556"></a>(p. 556)</span> pour le code Justinien; on s'empressa de l'étudier, et cette
-étude du droit civil romain devint si générale, que l'Université en
-conçut des alarmes. Ainsi que nous l'avons déjà dit, les
-ecclésiastiques étant presque les seuls qui, dans le moyen âge,
-s'adonnassent aux lettres, et eussent quelque teinture des sciences,
-on craignit que cette étude, plus recherchée et par conséquent plus
-lucrative, ne les détournât de celle du droit canon, que cette
-compagnie considéroit avec raison comme beaucoup plus importante; et,
-pour en arrêter les progrès, elle crut nécessaire de réclamer
-l'autorité des papes et des conciles. Celui de Tours, tenu en 1163, se
-contenta d'interdire cette étude aux gens d'église; mais Honorius III
-alla plus loin, et défendit d'enseigner le droit civil à qui que ce
-fût, sous les peines civiles et canoniques les plus sévères.</p>
-
-<p>Si l'on en croit Rigord, les défenses de ce pape ne furent pas
-exactement observées. Du reste, quoiqu'elles ne s'étendissent point
-sur le droit canon, et que ses professeurs fussent dès-lors agrégés à
-l'Université, on ne trouve point qu'ils eussent encore de lieu affecté
-pour donner leurs leçons. Ce n'est que vers la fin du quatorzième
-siècle qu'il est fait mention d'écoles de droit situées rue
-Saint-Jean-de-Beauvais. Sauval dit qu'elles furent établies, en 1384,
-par Gilbert <span class="pagenum"><a id="page557" name="page557"></a>(p. 557)</span> et Philippe-Ponce, au lieu même où depuis logea Robert
-Étienne. Si cette anecdote est vraie, il en faut conclure que ces
-écoles ont été transportées depuis de l'autre côté de la rue: car la
-maison qu'elles occupoient encore dans le siècle dernier étoit située
-vis-à-vis celle de ce célèbre imprimeur. Du Breul s'est contenté de
-dire qu'il y avoit de grandes et de petites écoles, et qu'en 1464 le
-bâtiment fut réparé de bonnes murailles, dont la toise ne coûtoit que
-16 sous. Jaillot ajoute qu'en 1495 il avoit été augmenté de deux
-masures et d'un jardin, qu'on acheta du chapitre Saint-Benoît.</p>
-
-<p>Comme les actes qui font mention de ces écoles ne disent point
-positivement qu'on y enseignât le droit civil, il est probable que la
-défense faite par le Saint-Siége continuoit d'y être observée, et
-qu'on n'y enseignoit que le droit canon. Toutefois cette défense
-n'étoit que pour la ville de Paris seulement; et les élèves, après
-avoir pris dans cette ville leurs degrés dans cette dernière science,
-alloient étudier le droit civil dans les provinces, où cette étude
-étoit sinon autorisée, du moins tolérée. En 1563 et 1568, on voit le
-parlement permettre de professer à Paris le droit civil, et cette
-permission cesser dès 1572; enfin Louis XIV, par son édit du mois
-d'avril 1679, ordonna que les leçons publiques du droit romain
-seroient rétablies, et <span class="pagenum"><a id="page558" name="page558"></a>(p. 558)</span> l'année suivante, ce monarque voulut qu'à
-l'avenir il y eût un professeur en droit françois dans chaque
-université.</p>
-
-<p>Cette faculté, la seconde de l'Université, étoit composée de six
-professeurs en droit civil et canonique, d'un professeur en droit
-françois et de douze docteurs agrégés. Ils continuèrent à occuper les
-écoles de la rue Saint-Jean-de-Beauvais jusque vers la fin du
-dix-huitième siècle; mais ces écoles, qui d'ailleurs étoient
-très-incommodes, menaçant ruine de toutes parts, on prit la résolution
-d'en construire de nouvelles, et sur un plan plus digne d'une si
-grande institution. Elles furent élevées au côté gauche de la grande
-place ouverte devant la nouvelle église Sainte-Geneviève, et sur les
-dessins de Soufflot. C'est un grand bâtiment de très-belle apparence,
-dont la façade est ornée de quatre colonnes ioniques, qui soutiennent
-un fronton triangulaire, portant dans son tympan les armes du roi.
-L'architecte, par une innovation qui ne doit pas sembler heureuse, a
-jugé à propos de donner la forme d'une courbe rentrée à toute la
-façade de ce monument.</p>
-
-<p>Après une messe solennelle, célébrée à Sainte-Geneviève le 24 novembre
-1772, et un discours public prononcé par l'un des professeurs, la
-faculté des droits, ayant à sa tête le doyen d'honneur et les
-docteurs honoraires, prit possession <span class="pagenum"><a id="page559" name="page559"></a>(p. 559)</span> de ces nouvelles écoles, dans
-lesquelles elle commença dès le lendemain tous ses exercices<a id="footnotetag433" name="footnotetag433"></a><a href="#footnote433" title="Lien vers la note 433"><span class="smaller">[433]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DES ÉCOLES DE DROIT.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Dans la grand'salle, au premier, le portrait en pied de Louis XV,
- revêtu de ses habits royaux.</p>
-
- <p>Dans la salle des examens, le grand plan de Paris; par l'abbé de
- <i>La Grive</i>.</p>
-
-<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Le buste en marbre de M. de Trudaine, et les portraits de
- plusieurs autres magistrats.</p>
-</div>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Le séminaire des Clercs irlandois</i> (rue du Cheval-Vert).</p>
-
-<p>Jean Lée, prêtre irlandois échappé à la persécution de la reine
-Élisabeth, étant venu se réfugier à Paris avec six écoliers de sa
-nation, fut reçu avec eux au collége de Montaigu; ceci arriva en 1578.
-Le nombre de ces réfugiés s'étant bientôt augmenté, on les transféra
-au collége de Navarre, qu'ils quittèrent encore pour aller occuper une
-maison qu'avoit louée pour eux, au faubourg Saint-Germain, le
-président l'Escalopier. Nous avons dit comment, en 1677, ils <span class="pagenum"><a id="page560" name="page560"></a>(p. 560)</span> furent
-établis avec les prêtres irlandois au collége des Lombards, où ils
-restèrent jusqu'en 1776, époque à laquelle ils vinrent occuper, rue du
-Cheval-Vert, une maison plus commode, qu'ils durent au zèle et à la
-libéralité de leur supérieur, M. l'abbé Kelly.</p>
-
-<p>Le but de cet établissement étoit de former à l'état ecclésiastique de
-jeunes Irlandois, pour les mettre en état de faire ensuite des
-missions dans leur pays.</p>
-
-<p>La chapelle, bâtie sur les dessins de M. Bellanger, architecte, est
-d'une grande simplicité. Au-dessus une grande salle servoit de
-bibliothèque<a id="footnotetag434" name="footnotetag434"></a><a href="#footnote434" title="Lien vers la note 434"><span class="smaller">[434]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>La communauté des Eudistes</i> (rue des Postes).</p>
-
-<p>La plupart de nos historiens de Paris ont oublié de parler de cette
-communauté, dont l'existence n'est pas même indiquée sur la plus
-grande partie des plans. C'étoit une congrégation de prêtres séculiers
-instituée sous le nom de <i>Jésus</i> et de <i>Marie</i> par le P. Eudes, dont
-nous avons déjà parlé. Il en avoit puisé l'esprit et conçu le dessein
-dans la congrégation de l'Oratoire, dont il étoit membre, et destina
-ces prêtres à diriger <span class="pagenum"><a id="page561" name="page561"></a>(p. 561)</span> les séminaires et à faire des missions. Son
-projet reçut sa première exécution à Caen, où il fut autorisé par des
-lettres-patentes données en 1643.</p>
-
-<p>La double utilité de cet institut engagea quelques personnes pieuses à
-appeler les Eudistes à Paris; et M. de Harlai approuva, en 1651, la
-donation qu'on leur fit de la moitié d'une maison située près de
-l'église Saint-Josse qu'ils desservirent pendant quelque temps, et
-dont l'un d'eux fut même nommé curé. Mais cette maison ayant été
-vendue, ils acquirent en 1703 celle dont nous parlons, et dans
-laquelle ils demeurèrent jusque dans les derniers temps. Toutefois
-leur intention ne fut d'abord que de s'en servir comme d'un hospice:
-car on les voit, depuis cette époque, établis dans la cour du palais,
-et chargés de desservir la basse Sainte-Chapelle.</p>
-
-<p>Ce ne fut qu'en 1727 qu'ils vinrent habiter la rue des Postes, et que
-le concours des deux puissances leur procura enfin un établissement
-permanent. Un décret de l'archevêque de Paris du 28 juillet 1773 les y
-maintint sous le titre de communauté et de séminaire pour les jeunes
-gens de cette congrégation; et il leur fut permis en conséquence
-d'acquérir jusqu'à 6,000 livres de rente.</p>
-
-<div class="descript">
- <p>Le maître-autel de la chapelle étoit décoré d'un Christ; sans nom
- d'auteur.</p>
-</div>
-
-<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page562" name="page562"></a>(p. 562)</span> <i>Séminaire Anglois</i> (même rue).</p>
-
-<p>Ce séminaire fut établi en 1684 par quelques prêtres anglois, sous le
-nom et l'invocation de <i>saint Grégoire-le-Grand</i>. Les lettres-patentes
-données à cet effet par Louis XIV sont datées de cette année, et
-portent la permission d'établir une communauté d'ecclésiastiques
-séculiers anglois. L'archevêque de Paris y joignit son consentement en
-1685.</p>
-
-<p>La chapelle de ce séminaire, extrêmement petite, n'offroit rien de
-remarquable.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Séminaire du Saint-Esprit et de l'Immaculée Conception</i> (même rue).</p>
-
-<p>Cet institut doit son existence à M. Claude-François Poullart des
-Places, prêtre du diocèse de Rennes. Convaincu que le manque de
-ressources empêchoit souvent de jeunes étudiants d'entrer dans les
-séminaires, et de suivre leur vocation, ce pieux ecclésiastique en
-aida d'abord quelques-uns, et conçut ensuite le projet de les réunir
-en communauté. Cet établissement, dont la charité et l'humilité
-étoient la base, et auquel plusieurs personnes respectables
-s'empressèrent de coopérer, fut formé en 1703 rue
-Neuve-Sainte-Geneviève. M. Poullart voulut qu'on ne reçût dans son
-séminaire que des jeunes gens <span class="pagenum"><a id="page563" name="page563"></a>(p. 563)</span> capables d'étudier en philosophie ou en
-théologie; et qu'après le temps destiné à cette étude ils pussent
-encore résider deux ans dans cette maison, pour se préparer
-complètement aux fonctions du sacerdoce. Du reste il exigea qu'ils ne
-prissent aucun degré, qu'ils renonçassent à l'espoir des dignités
-ecclésiastiques, qu'ils se bornassent à servir dans les pauvres
-paroisses, dans les postes déserts ou abandonnés, pour lesquels les
-évêques ne trouvoient presque point de sujets, enfin à faire des
-missions tant dans le royaume que dans nos colonies.</p>
-
-<p>Cet établissement parut si utile, qu'il ne tarda pas à obtenir de
-puissantes protections: le clergé, assemblé en 1723, lui assigna une
-pension. Il en obtint une autre du roi en 1726, avec des lettres de
-confirmation. Placé d'abord, comme nous venons de le dire, rue
-Neuve-Sainte-Geneviève, il fut transféré en 1731 dans la rue des
-Postes, au moyen d'un legs de 40,000 livres que M. Charles Le Baigue,
-prêtre habitué de Saint-Médard, avoit fait à ce séminaire par son
-testament du 17 septembre 1723. Avec cette somme ils achetèrent
-d'abord une maison à laquelle ils firent depuis des réparations et des
-augmentations considérables. La première pierre des bâtiments neufs
-fut posée en 1769 par M. de Sartine.</p>
-
-<p>La façade de ces bâtiments avoit été construite <span class="pagenum"><a id="page564" name="page564"></a>(p. 564)</span> sur les dessins de M.
-Chalgrin; il étoit aussi l'architecte de la chapelle, dont l'intérieur
-étoit décoré d'un ordre ionique<a id="footnotetag435" name="footnotetag435"></a><a href="#footnote435" title="Lien vers la note 435"><span class="smaller">[435]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.</p>
-
-<p class="center smcap">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Sur la porte extérieure, un bas-relief représentant des
- missionnaires qui instruisent des nègres; par <i>Duret</i>.</p>
-
- <p>Dans l'intérieur, deux autres bas-reliefs; par le même.</p>
-
- <p>Dans la salle des exercices, une Assomption; par <i>Adam</i> cadet.</p>
-</div>
-
-<p>Une salle pratiquée au-dessus de la nef contenoit la bibliothèque.</p>
-
-<p>Cette maison étoit chargée de fournir les missionnaires des colonies
-de Cayenne et du Sénégal.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Pharmacie et jardin des Apothicaires</i>, (rue de
-l'Arbalète).</p>
-
-<p>Nous avons fait mention, dans le quartier précédent, d'un hôpital
-institué par le sieur Houel, dans la maison connue sous le nom de
-Sainte-Valère, et des événements qui en changèrent peu à peu la
-destination; on a vu que le jardin qu'il avoit formé vis-à-vis cet
-établissement et destiné <span class="pagenum"><a id="page565" name="page565"></a>(p. 565)</span> à la culture des plantes médicinales, avoit
-été conservé: les apothicaires et les épiciers, qui, dans le
-dix-septième siècle, ne formoient encore qu'une seule communauté,
-acquirent, en 1626, la propriété de ce jardin, et le 2 décembre de la
-même année achetèrent la maison située rue de l'Arbalète, ce qui leur
-procura les moyens d'ouvrir leur entrée principale sur cette rue, et
-d'y faire construire le bâtiment qui existe encore aujourd'hui. Les
-pharmaciens devinrent ensuite les seuls maîtres de l'établissement,
-qui fut érigé en collége. Une inscription en lettres d'or sur une
-table de marbre noir apprenoit que cette érection avoit été faite en
-1777.</p>
-
-<p>Il y avoit dans ce collége six professeurs, qui, pendant les trois
-mois d'été, y donnoient des leçons publiques sur la chimie, la
-botanique et l'histoire naturelle; et tous les ans le lieutenant
-général de police y distribuoit solennellement des médailles<a id="footnotetag436" name="footnotetag436"></a><a href="#footnote436" title="Lien vers la note 436"><span class="smaller">[436]</span></a> aux
-élèves qui s'étoient le plus distingués dans ces études.</p>
-
-<p>Cette maison possédoit un très-joli cabinet d'histoire naturelle, un
-laboratoire de chimie, une bibliothèque, etc. Elle étoit aussi décorée
-de sculptures et de tableaux. Dans le jardin, les <span class="pagenum"><a id="page566" name="page566"></a>(p. 566)</span> plantes étoient
-distribuées suivant la méthode de Tournefort<a id="footnotetag437" name="footnotetag437"></a><a href="#footnote437" title="Lien vers la note 437"><span class="smaller">[437]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Dans la grande salle, au-dessus de la porte, Louis XIV donnant le
- poids marchand au corps des épiciers; sans nom d'auteur.</p>
-
- <p>Sur la cheminée, Hélène et Ménélas arrivant en Égypte; et
- recevant du roi de cette contrée plusieurs plantes médicinales;
- par <i>Vouet</i>.</p>
-
- <p>Les portraits en médaillons de MM. Rouelle frères, chimistes
- renommés.</p>
-
- <p>Au pourtour de la salle, les portraits des anciens gardes de la
- communauté des épiciers et apothicaires.</p>
-
-<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Entre deux croisées de la même salle, le buste de M. Le Noir.</p>
-</div>
-
-
-<p class="p2 center"><i>École des Savoyards</i> (rue Saint-Étienne-des-Grès).</p>
-
-<p>Cette école de charité, établie en 1732, étoit due au zèle et à la
-charité de M. l'abbé de Pontbriand. S'étant avisé un jour d'interroger
-sur la religion un Savoyard déjà avancé en âge, qui venoit de lui
-rendre quelque service, il le trouva d'une ignorance si profonde des
-vérités les plus importantes, qu'il résolut aussitôt de travailler à
-l'instruction de ces pauvres gens. Plusieurs personnes charitables
-auxquelles il communiqua <span class="pagenum"><a id="page567" name="page567"></a>(p. 567)</span> son projet l'approuvèrent, et voulurent y
-prendre part. Ils se partagèrent aussitôt les divers faubourgs où
-étoient établies les chambrées des Savoyards<a id="footnotetag438" name="footnotetag438"></a><a href="#footnote438" title="Lien vers la note 438"><span class="smaller">[438]</span></a>, leur annoncèrent
-les bonnes dispositions où l'on étoit pour eux, et trouvèrent dans ces
-malheureux tant de docilité et de reconnoissance, que l'on put
-commencer aussitôt les catéchismes que l'on vouloit instituer. Les
-premiers se firent à Saint-Benoît; et bientôt, vu le grand éloignement
-des différents quartiers où les Savoyards étoient logés, on en établit
-de nouveaux dans plusieurs paroisses de Paris; à Saint-Merri, pour les
-Savoyards du Marais; au séminaire des Missions-Étrangères, pour ceux
-du faubourg Saint-Germain; à Saint-Sauveur, pour le faubourg
-Saint-Laurent, la place des Victoires et la porte Saint-Martin.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page568" name="page568"></a>(p. 568)</span> À ces leçons, les charitables instituteurs voulurent bien ajouter des
-prix pour entretenir l'émulation. La première distribution s'en fit
-rue Saint-Étienne-des-Grès, dans la chapelle de l'ancien collége de
-Lisieux. La charité des gens de bien qui habitoient ces divers
-quartiers fournissoit abondamment à ces dépenses. Bientôt on jugea
-qu'il étoit possible d'étendre les bienfaits de cette institution sur
-les pauvres enfants des diverses provinces du royaume; on y reçut des
-Auvergnats, des Limousins, des Normands, des Gascons, etc., etc., ce
-qui rendit les catéchismes plus nombreux, et donna lieu d'établir une
-nouvelle école dans la paroisse de la Magdeleine au faubourg
-Saint-Honoré.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page569" name="page569"></a>(p. 569)</span> HÔTELS.</h3>
-
-<p class="center"><i>Hôtel de Bourgogne</i> (rue des Sept-Voies).</p>
-
-<p>Cet hôtel, dont la plus grande partie servit à former le collége de
-Reims, appartenoit, dans le treizième siècle, aux ducs de Bourgogne.
-Il fut uni à la couronne, ainsi que leur duché, sous le règne du roi
-Jean; mais ce prince jugea à propos de se réserver l'hôtel, lors de
-l'investiture qu'il donna à son fils Philippe-le-Hardi des domaines et
-de la souveraineté de ce duché. Charles V son frère lui rendit cette
-habitation en 1364. On trouve que dix ans auparavant elle étoit
-occupée par les religieuses de Poissi, que la guerre avoit obligées de
-venir chercher un asile à Paris. En 1402, Philippe donna cet hôtel à
-son troisième fils Philippe, comte de Nevers et de Rhétel, qui le
-vendit aux écoliers de Reims en 1412.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Hôtel d'Albret</i> (même rue).</p>
-
-<p>Cet hôtel, dont une très-petite portion fit le <span class="pagenum"><a id="page570" name="page570"></a>(p. 570)</span> collége de la Merci,
-appartenoit anciennement aux comtes de Blois. Il subsiste encore à
-côté du collége de la Merci une partie de cette maison, laquelle a
-retenu le nom de <i>cour d'Albret</i>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Petit-Bourbon</i> (rue du Faubourg-Saint-Jacques).</p>
-
-<p>Nous avons dit à l'article du Val-de-Grâce qu'on en transféra les
-religieuses dans une maison appelée le <i>Petit-Bourbon</i>. Elle se
-nommoit auparavant le fief ou le séjour de Valois, nom qu'elle devoit
-à Charles de Valois, fils de Philippe-le-Hardi, auquel elle
-appartenoit au commencement du quatorzième siècle. Depuis elle passa
-dans la maison de Bourbon; et au seizième siècle elle faisoit partie
-des propriétés du connétable de Bourbon, sur lequel elle fut
-confisquée, avec tous ses autres biens. Louise de Savoie, ayant obtenu
-la permission d'aliéner ces biens jusqu'à la concurrence de 12,000
-livres de rente, donna, en 1528, le séjour de Bourbon à Jean
-Chapelain, son médecin. Ses descendants le vendirent aux religieuses
-du Val-de-Grâce.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Autres hôtels.</i></p>
-
-<p>Dans ce même quartier étoient situés les hôtels suivants, qui tous ont
-été détruits, et sur lesquels nous n'avons pu nous procurer aucun
-détail.</p>
-
-<span class="pagenum"><a id="page571" name="page571"></a>(p. 571)</span>
-
-<table border="0" cellpadding="1" summary="Hôtels.">
-<tr><td colspan="3">Hôtel des évêques de Nevers, rue des Amandiers.</td></tr>
-<tr><td colspan="3">&mdash;&mdash;&nbsp; des abbés de Pontigni, rue des Anglois.</td></tr>
-<tr><td colspan="3">&mdash;&mdash;&nbsp; de Jean Gannai, chancelier de France, rue de l'Arbalète.</td></tr>
-<tr><td colspan="3">&mdash;&mdash;&nbsp; des abbés de Saint-Benoît-sur-Loire, rue de la Grande et de la Petite-Bretonnerie.</td></tr>
-<tr><td colspan="2" class="border_right">&mdash;&mdash;&nbsp; de Vezelai, du Mont
- Saint-Michel<a id="footnotetag439" name="footnotetag439"></a><a href="#footnote439" title="Lien vers la note 439"><span class="smaller">[439]</span></a>,</td>
-<td rowspan="2" class="border_left">rue des Cholets.</td></tr>
-<tr><td colspan="2" class="border_right">&mdash;&mdash;&nbsp; des évêques d'Auxerre,
-de Coutances, du Mans, de Senlis, de Langres,
-de Châlons<a id="footnotetag440" name="footnotetag440"></a><a href="#footnote440" title="Lien vers la note 440"><span class="smaller">[440]</span></a>.</td></tr>
-<tr><td colspan="3">&mdash;&mdash;&nbsp;des abbés de Saint-Jean-des-Vignes,
-rue Saint-Jacques, près la chapelle Saint-Yves.</td></tr>
-<tr><td colspan="3">&mdash;&mdash;&nbsp;des évêques de Nevers en 1380, rue Judas.</td></tr>
-<tr><td colspan="3">&mdash;&mdash;&nbsp;de Marli-le-Châtel, rue des Sept-Voies.</td></tr>
-</table>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page572" name="page572"></a>(p. 572)</span> FONTAINES.</h3>
-
-<p class="center"><i>Fontaine Saint-Benoît</i> ou <i>de la place Cambray.</i></p>
-
-<p>Cette fontaine, située à l'entrée de la place Cambray et vis-à-vis
-l'église Saint-Benoît, a été construite vers l'an 1624.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Fontaine de Sainte-Geneviève.</i></p>
-
-<p>Cette fontaine est située dans la partie la plus élevée de la
-montagne.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Fontaine du Pot-de-Fer.</i></p>
-
-<p>Elle s'élève au coin de la rue Moufetard et de celle dont elle a pris
-le nom.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Fontaine des Carmélites.</i></p>
-
-<p>Elle a été construite dans la rue du Faubourg-Saint-Jacques et à
-l'entrée du couvent dont elle porte le nom.</p>
-
-<p>Ces quatre fontaines reçoivent leurs eaux de l'aqueduc d'Arcueil.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Porte Saint-Jacques.</i></p>
-
-<p>Cette porte étoit située à l'extrémité de la rue du même nom, près du
-carrefour auquel aboutissent les rues du Faubourg-Saint-Jacques,
-Saint-Hyacinthe et des Fossés-Saint-Jacques.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page573" name="page573"></a>(p. 573)</span> Elle fut construite lors de l'enceinte de Philippe-Auguste, et abattue
-en 1684<a id="footnotetag441" name="footnotetag441"></a><a href="#footnote441" title="Lien vers la note 441"><span class="smaller">[441]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>BARRIÈRES.</h3>
-
-<p>Il n'y a que deux barrières dans toute l'étendue de ce quartier:</p>
-
-<table summary="Barrières.">
-<tr><td>La barrière de la Santé.</td></tr>
-<tr><td>La barrière Saint-Jacques<a id="footnotetag442" name="footnotetag442"></a><a href="#footnote442" title="Lien vers la note 442"><span class="smaller">[442]</span></a>.</td></tr>
-</table>
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page574" name="page574"></a>(p. 574)</span> RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINT-BENOÎT.</h3>
-
-<p><i>Rue des Amandiers.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue des Sept-Voies,
-et de l'autre à celle de la Montagne-Sainte-Geneviève; dès le
-treizième siècle elle portoit ce nom, dont on n'a pu découvrir
-l'étymologie. On disoit également rue des <i>Almandiers</i>, de
-<i>l'Allemandier</i> et des <i>Amandiers</i>.</p>
-
-<p><i>Rue des Anglois.</i> Elle traverse de la rue Galande dans celle des
-Noyers, et étoit connue sous ce nom dès le treizième siècle. Sauval
-insinue qu'il lui a été donné à cause du long séjour que les Anglois
-ont fait à Paris<a id="footnotetag443" name="footnotetag443"></a><a href="#footnote443" title="Lien vers la note 443"><span class="smaller">[443]</span></a>. Jaillot prouve qu'une telle opinion ne peut
-être admise, parce que cette rue étoit ainsi nommée plus de deux
-siècles avant le règne de Charles VI. Sans prétendre en donner la
-véritable étymologie, il pense qu'il seroit plus vraisemblable de
-l'attribuer aux Anglois que la célébrité de l'Université de Paris
-engageoit à venir faire leurs études dans cette ville, et dont le
-nombre étoit en effet si considérable, qu'ils formèrent une des quatre
-<em>nations</em> dont ce grand corps étoit composé.</p>
-
-<p><i>Rue de l'Arbalète.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Moufetard, <span class="pagenum"><a id="page575" name="page575"></a>(p. 575)</span> de
-l'autre, à celle des Charbonniers. On lit dans les titres de
-Saint-Geneviève qu'au quatorzième siècle elle s'appeloit <i>rue des
-Sept-Voies</i><a id="footnotetag444" name="footnotetag444"></a><a href="#footnote444" title="Lien vers la note 444"><span class="smaller">[444]</span></a>, et qu'au milieu du seizième on la nommoit <i>rue de la
-Porte de l'Arbalète</i>, autrement <i>des Sept-Voies</i>. Il y avoit dans
-cette rue une maison dite de l'Arbalète, qui faisoit le coin de la rue
-des Sept-Voies, et c'est là qu'il faut chercher sans doute
-l'étymologie de ces diverses dénominations.</p>
-
-<p><i>Rue du Cimetière-Saint-Benoît.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue
-Saint-Jacques, de l'autre à la rue Fromentel, et doit son nom au
-cimetière Saint-Benoît, auquel elle conduisoit en 1615. On agrandit ce
-cimetière en même temps qu'on en supprima un autre qui occupoit une
-partie de la place Cambrai. Quelques nomenclateurs donnent à cette rue
-la dénomination de <i>rue Breneuse</i>; un autre dit qu'elle s'appeloit <i>de
-l'Oseroie</i> en 1300. Guillot en indique effectivement une sous ce nom,
-et l'abbé Lebeuf pense aussi qu'elle est représentée par
-celle-ci<a id="footnotetag445" name="footnotetag445"></a><a href="#footnote445" title="Lien vers la note 445"><span class="smaller">[445]</span></a>. Jaillot produit plusieurs titres qui lui font croire
-qu'anciennement cette rue n'étoit point distinguée de celle de
-Fromentel, dont elle fait la continuation; et celle-ci se prolongeoit
-alors sous le même nom jusqu'à la rue Saint-Jacques. Quant à la rue de
-l'<i>Oseroie</i>, il conjecture que ce pouvoit être une ruelle comprise
-dans l'église Saint-Benoît, et sur l'emplacement de laquelle ont été
-construites les chapelles de la nef<a id="footnotetag446" name="footnotetag446"></a><a href="#footnote446" title="Lien vers la note 446"><span class="smaller">[446]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue de Biron.</i> Cette rue, qui donne d'un côté rue du
-Faubourg-Saint-Jacques, de l'autre dans celle de la Santé, étoit
-encore sans nom en 1772. Elle a pris depuis celui qu'elle porte
-aujourd'hui.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page576" name="page576"></a>(p. 576)</span> <i>Rue des Bourguignons.</i> Cette rue, qui donne d'un bout dans la rue du
-Faubourg-Saint-Jacques, et de l'autre dans celle de Lourcine, étoit
-anciennement nommée <i>rue de Bourgogne</i>. Sur plusieurs plans on ne la
-fait commencer qu'au coin de la rue de la Santé, ou, pour mieux dire,
-au bout du carrefour où étoit autrefois placée la <i>croix de la sainte
-Hostie</i><a id="footnotetag447" name="footnotetag447"></a><a href="#footnote447" title="Lien vers la note 447"><span class="smaller">[447]</span></a>; et toute la partie antérieure jusqu'à la rue
-Saint-Jacques y est nommée <i>rue des Capucins</i>. C'étoit par cette rue
-ou chemin, et le long des murs du Val-de-Grâce, que devoit passer le
-boulevard ou cours planté d'arbres dont on avoit résolu en 1704,
-d'environner la ville, et qui depuis a été tracé et exécuté à une
-assez grande distance de ce premier emplacement<a id="footnotetag448" name="footnotetag448"></a><a href="#footnote448" title="Lien vers la note 448"><span class="smaller">[448]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue de la Grande et de la Petite-Bretonnerie.</i> Ces deux rues
-parallèles se réunissoient l'une à l'autre, et avoient leur entrée par
-la rue Saint-Jacques; c'étoit, à proprement parler, une rue qui
-tournoit autour de plusieurs maisons. Sauval dit qu'anciennement elle
-se nommoit <span class="pagenum"><a id="page577" name="page577"></a>(p. 577)</span> <i>rue du Puits</i><a id="footnotetag449" name="footnotetag449"></a><a href="#footnote449" title="Lien vers la note 449"><span class="smaller">[449]</span></a>; et Jaillot la trouve, au commencement
-du quinzième siècle, sous le nom de <i>rue aux Bretons</i>; mais, dès le
-seizième, elle est désignée sous la double dénomination qui lui est
-restée. Ces deux rues avoient été ouvertes sur un fief qui appartenoit
-aux religieuses de Long-Champs; et l'on trouve qu'en 1661 le roi
-permit aux filles de la congrégation de Charonne, dont il vouloit
-favoriser l'établissement, de former un marché dans cet endroit<a id="footnotetag450" name="footnotetag450"></a><a href="#footnote450" title="Lien vers la note 450"><span class="smaller">[450]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue de la Bûcherie.</i> Elle commence à la rue du Petit-Pont, et finit à
-celle du Pavé-de-la-Place-Maubert. Sauval dit qu'elle devoit son nom à
-un port aux bûches qu'il y avoit auprès en 1415<a id="footnotetag451" name="footnotetag451"></a><a href="#footnote451" title="Lien vers la note 451"><span class="smaller">[451]</span></a>. Jaillot prouve
-que ce port existoit en cet endroit bien des siècles avant cette
-époque; et, sans nier que le nom de cette rue en tire son étymologie,
-il pense qu'elle pourroit bien aussi avoir reçu cette dénomination de
-quelques boucheries établies anciennement en ce lieu. Au reste ces
-deux étymologies sont également constatées par des titres de
-Sainte-Geneviève du treizième siècle, dans lesquels on lit: <i lang="la">Vicus de
-Boucharia et Buscharia</i>, etc. Cette rue avoit été ouverte au bas d'un
-clos fort étendu qu'on appeloit le clos Mauvoisin, dont nous aurons
-bientôt occasion de parler; et, dès le sixième siècle, elle étoit
-couverte de maisons jusqu'à la rue du Fouare seulement. En 1202 le
-clos Mauvoisin ayant été donné à cens, sous la condition d'y bâtir, la
-rue fut successivement continuée jusqu'à son extrémité, opération qui
-cependant n'étoit pas encore terminée à la fin du siècle suivant<a id="footnotetag452" name="footnotetag452"></a><a href="#footnote452" title="Lien vers la note 452"><span class="smaller">[452]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page578" name="page578"></a>(p. 578)</span> <i>Place Cambrai.</i> Elle fut ouverte, au commencement du dix-septième
-siècle, sur une partie de la rue Saint-Jean-de-Latran, qui s'étendoit
-jusqu'à la rue Saint-Jacques, et sur un terrain qui servoit
-anciennement de cimetière. On le nommoit <i>le Grand Cimetière</i>, <i>le
-Cimetière de Cambrai</i>, <i>le Cimetière de l'Acacias</i>; <i>le Cimetière du
-Corps-de-garde</i>. Ces différents noms venoient de la <i>terre de
-Cambrai</i>, ainsi appelée parce que la maison de l'évêque de Cambrai,
-convertie depuis en collége, y étoit située; d'un acacia qu'on y avoit
-planté, et d'un corps-de-garde voisin.</p>
-
-<p><a id="ruedescapucins" name="ruedescapucins"></a><i>Rue des Capucins</i><a id="footnotetag453" name="footnotetag453"></a><a href="#footnote453" title="Lien vers la note 453"><span class="smaller">[453]</span></a>. Ce n'étoit, au siècle dernier, qu'un chemin
-qui conduisait de la rue du Faubourg-Saint-Jacques à celle de la
-Santé. On la nommoit ainsi parce qu'elle régnoit le long de l'enclos
-des Capucins.</p>
-
-<p><i>Rue des Carmes.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue des Noyers, et de
-l'autre à celle du mont Saint-Hilaire. Comme elle a été ouverte, ainsi
-que celle de Saint-Jean-de-Beauvais, sur le clos Bruneau, on lui en a
-souvent donné le nom. Elle portoit aussi celui de <i>Saint-Hilaire</i>,
-parce qu'elle aboutissoit à cette église, et c'est ainsi qu'elle est
-dénommée dans des actes de 1317 et 1372. Son dernier nom lui vient du
-couvent des Carmes qui y étoit situé.</p>
-
-<p><i>Rue du Carneau.</i> C'est une ruelle qui descend de la rue <span class="pagenum"><a id="page579" name="page579"></a>(p. 579)</span> de la
-Bûcherie à la rivière, et que presque tous nos plans ont figurée sans
-lui donner aucun nom. Jaillot prétend cependant que, dès le treizième
-siècle, elle étoit connue sous celui de <i>la Poissonnerie</i>, puis de <i>la
-Place au Poisson</i> dans le dix-septième; plus anciennement elle
-s'appeloit <i>rue des Porées</i>. C'est ainsi qu'elle est indiquée dans le
-rôle des taxes de 1313, et dans un compte de 1398, rapporté par
-Sauval<a id="footnotetag454" name="footnotetag454"></a><a href="#footnote454" title="Lien vers la note 454"><span class="smaller">[454]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue des Charbonniers.</i> Elle fait la continuation de la rue de
-l'Arbalète, et aboutit à celle des Bourguignons. Son nom lui vient
-d'un lieu voisin dit <i>les Charbonniers</i>, dont il est question
-plusieurs fois dans le terrier du roi de 1540.</p>
-
-<p><i>Rue Chartière.</i> Elle aboutissoit d'un côté à la rue du Puits-Certain,
-de l'autre à celle de Reims. Sauval dit qu'en 1300 elle s'appeloit <i>de
-la Charretière</i><a id="footnotetag455" name="footnotetag455"></a><a href="#footnote455" title="Lien vers la note 455"><span class="smaller">[455]</span></a>. Guillot écrit <i>de la Chareterie</i>, et l'on trouve
-dans d'autres titres <i>de la Charrière</i><a id="footnotetag456" name="footnotetag456"></a><a href="#footnote456" title="Lien vers la note 456"><span class="smaller">[456]</span></a>, <i>de la Chartrière</i> et
-<i>des Charettes</i>.</p>
-
-<p><i>Rue du Cheval-Vert</i><a id="footnotetag457" name="footnotetag457"></a><a href="#footnote457" title="Lien vers la note 457"><span class="smaller">[457]</span></a>. Elle traverse de la rue des Postes à celle
-de la Vieille-Estrapade. Si l'on en excepte un seul plan, celui de
-Nolin, publié en 1699, où elle est appelée <i>rue du Chevalier</i>, on
-trouve le premier nom dans tous les actes, et notamment dans les
-censiers de Sainte-Geneviève, qui en font mention dès 1603. Elle fut
-fermée en 1646, sans qu'on en sache les raisons, et rouverte depuis,
-sans que l'époque de cette ouverture soit désignée. Son nom lui vient
-probablement de quelque enseigne.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page580" name="page580"></a>(p. 580)</span> <a id="ruedeschiens" name="ruedeschiens"></a><i>Rue des Chiens.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue des Sept-Voies, et
-de l'autre à celle des Cholets. Sauval<a id="footnotetag458" name="footnotetag458"></a><a href="#footnote458" title="Lien vers la note 458"><span class="smaller">[458]</span></a> et ses copistes prétendent
-que le bas peuple avoit changé les deux dernières lettres du nom de
-cette rue, parce qu'elle étoit solitaire et malpropre. Jaillot pense
-au contraire que cette dénomination ordurière étoit la plus ancienne,
-et fut changée en celle <i>des Chiens</i>, qu'elle portoit déjà avant le
-milieu du dix-septième siècle. Guillot indique dans sa nomenclature
-une <i>rue du Moine</i>, que l'abbé Lebeuf croit être celle-ci; Jaillot,
-qui en doute, entame à ce sujet une longue discussion, qui n'éclaircit
-nullement cette question si peu importante<a id="footnotetag459" name="footnotetag459"></a><a href="#footnote459" title="Lien vers la note 459"><span class="smaller">[459]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue des Cholets.</i> Cette rue donne d'un côté dans la rue
-Saint-Étienne-des-Grés, de l'autre dans celle de Reims, et doit son
-nom au collége qu'on y a bâti. Auparavant on la nommoit
-<i>Saint-Symphorien</i> et <i>Saint-Symphorien-des-Vignes</i>. Cette dernière
-dénomination venoit de ce que le carré que forme cette rue avec celle
-de Reims, des Sept-Voies et de Saint-Étienne-des-Grés, étoit un clos
-planté de vignes. On la trouve aussi indiquée sous les noms de <i>petite
-rue Sainte-Barbe</i> et de <i>rue des Vignes</i>.</p>
-
-<p><i>Rue d'Écosse.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue du Mont-Saint-Hilaire,
-et de l'autre à celle du Four. Guillot n'en fait point mention,
-quoiqu'elle existât déjà de son temps. En 1313 on la nommoit <i>rue au
-Chauderon</i>, de l'enseigne d'une maison qui subsistoit encore en 1636;
-mais, dès le seizième siècle, on l'appeloit rue d'Écosse. Robert dit
-qu'elle a porté le nom de <i>rue des Trois-Crémaillères</i>.</p>
-
-<p><i>Rue Saint-Étienne-des-Grés.</i> Elle donne d'un bout dans la rue
-Saint-Jacques, de l'autre sur la Place-Sainte-Geneviève. <span class="pagenum"><a id="page581" name="page581"></a>(p. 581)</span> Dès 1230,
-elle est désignée sous ce nom dont nous avons fait connoître
-l'étymologie en parlant de l'église qui le lui a donné.</p>
-
-<p><i>Rue de la Vieille-Estrapade.</i> Elle est située entre la
-Place-de-Fourci et celle de l'Estrapade; et cette dernière place qui
-lui a donné ce nom, l'avoit reçu parce que, pendant long-temps, on y
-avoit fait subir aux soldats le supplice de l'estrapade, dont
-l'appareil fut depuis transporté au marché aux chevaux. Avant cette
-époque, cette rue se nommoit <i>rue des Fossés-Saint-Marceau</i>, ayant été
-ouverte sur les fossés de la ville.</p>
-
-<p><i>Rue du Fouare.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Galande, de l'autre à
-celle de la Bûcherie. Ce nom est une altération de celui de <i>feurre</i>,
-c'est-à-dire de paille, dans notre ancien langage; aussi, dans tous
-les vieux titres, cette rue est-elle appelée <i lang="la">vicus Straminis</i>, <i lang="la">vicus
-Straminum</i>, <i>via Straminea</i>. On voit dans un cartulaire de
-Sainte-Geneviève<a id="footnotetag460" name="footnotetag460"></a><a href="#footnote460" title="Lien vers la note 460"><span class="smaller">[460]</span></a> qu'en 1202 Matthieu de Montmorenci, seigneur de
-Marli, et Mathilde de Garlande sa femme, donnèrent leur vigne appelée
-le clos Mauvoisin (c'est le même que celui de Garlande), à cens, à
-plusieurs particuliers, à la charge d'y bâtir. Ainsi se formèrent les
-rues Galande, du Fouare et autres qui se trouvent entre la rue de la
-Bûcherie et la Place-Maubert. Nous avons déjà dit comment, sous
-Philippe-Auguste, il s'établit de nouvelles écoles dans celle dont
-nous parlons. Elle reçut le nom qu'elle porte encore aujourd'hui,
-parce que les écoliers, suivant l'usage qui s'observoit alors,
-étoient, par respect pour leurs maîtres, assis par terre sur de la
-paille, dont on jonchoit les écoles.</p>
-
-<p>Les anciens titres prouvent que la rue du Fouare étoit <span class="pagenum"><a id="page582" name="page582"></a>(p. 582)</span> fermée à ses
-deux extrémités; et l'on croit que c'étoit pour empêcher le passage
-des voitures, dont le bruit auroit pu incommoder et distraire les
-étudiants.</p>
-
-<p><i>Rue du Four.</i> Elle donne d'un côté dans la rue des Sept-Voies, de
-l'autre dans celle d'Écosse, dont elle n'est pas même distinguée sur
-les anciens plans. Cependant le cartulaire de Sainte-Geneviève de 1248
-en fait mention sous le nom de <i>Vicus</i> et de <i>ruella Furni</i>; Guillot
-la nomme <cite>du Petit-Four, qu'on appelle le Petit-Four-Saint-Ylaire</cite>. On
-lui avoit donné ce nom parce que le four banal, qui appartenoit à
-l'église Saint-Hilaire, y étoit situé.</p>
-
-<p><i>Rue et place de Fourci.</i> Elles sont situées entre la rue de la
-Vieille-Estrapade et celle des Fossés-Saint-Victor. Sur la plupart de
-nos plans cette rue n'est pas distinguée de celle des
-Fossés-Saint-Marceau ou Vieille-Estrapade. Elle doit son nom à M.
-Henri de Fourci, président aux enquêtes et prévôt des marchands, qui,
-en exécution d'un arrêt du conseil du 17 avril 1685, fit combler les
-fossés et aplanir le terrain, beaucoup plus escarpé alors qu'il ne
-l'est aujourd'hui.</p>
-
-<p><i>Rue Fromentel.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue du
-Mont-Saint-Hilaire, vis-à-vis le Puits-Certain, et de l'autre à celle
-du Cimetière-Saint-Benoît. Ce nom est une abréviation de celui de
-<i>Froid-Mantel</i>, ainsi qu'il est indiqué dans le cartulaire de
-Sainte-Geneviève de 1243: <i lang="la">vicus qui dicitur Frigidum-Mantellum</i>. On
-trouve dans celui de Sorbonne, en 1250, <i lang="la">vicus Frigidi-Mantelli</i>;
-<i>Fretmantel</i>, aliàs <i>Brunel</i> en 1313. Dans tous les actes des siècles
-suivants on lit <i>Fresmantel</i>, <i>Froit-Mantel</i> et <i>Fromentel</i><a id="footnotetag461" name="footnotetag461"></a><a href="#footnote461" title="Lien vers la note 461"><span class="smaller">[461]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page583" name="page583"></a>(p. 583)</span> <i>Rue Galande.</i> Elle commence au carrefour Saint-Séverin, et aboutit à
-la place Maubert. Ce nom est visiblement une altération de celui de
-Garlande, que portoit une famille très-connue au onzième siècle. Le
-clos Mauvoisin, comme nous l'avons dit plus haut, faisoit partie de la
-seigneurie de Garlande; le cartulaire de Sainte-Geneviève renfermoit
-une transaction de l'an 1225, qui nous apprenoit que c'est sur le
-terrain de ce clos qu'au commencement du treizième siècle furent
-percées les rues Galande, des Trois-Portes, des Rats et du Fouare, en
-vertu d'un accensement fait en 1202 par Matthieu de Montmorenci et
-Mathilde de Garlande sa femme<a id="footnotetag462" name="footnotetag462"></a><a href="#footnote462" title="Lien vers la note 462"><span class="smaller">[462]</span></a>. Ce clos appartenoit dans le
-principe à l'abbaye Sainte-Geneviève, qui<a id="footnotetag463" name="footnotetag463"></a><a href="#footnote463" title="Lien vers la note 463"><span class="smaller">[463]</span></a> l'avoit donné en fief à
-ce seigneur, à la charge que ceux qui y bâtiroient seroient de la
-paroisse du Mont. Nous avons déjà remarqué qu'en 1118 Étienne de
-Garlande avoit donné une partie des vignes de ce clos pour la
-dotation de la chapelle Saint-Agnan<a id="footnotetag464" name="footnotetag464"></a><a href="#footnote464" title="Lien vers la note 464"><span class="smaller">[464]</span></a>: il faut <span class="pagenum"><a id="page584" name="page584"></a>(p. 584)</span> ajouter qu'en 1134
-Louis-le-Gros approuva cette donation, sous la réserve de 18 den. de
-cens<a id="footnotetag465" name="footnotetag465"></a><a href="#footnote465" title="Lien vers la note 465"><span class="smaller">[465]</span></a>, d'où il faut conclure que ce clos étoit en partie dans la
-<em>directe</em> du roi et en partie dans celle de Sainte-Geneviève.</p>
-
-<p><i>Carré Sainte-Geneviève.</i> On appelle ainsi la place qui étoit devant
-les églises de Sainte-Geneviève et de-Saint-Étienne-du-Mont. Elle
-avoit été formée d'une partie de l'ancien cloître, qui fut donnée à
-cens en 1355 pour y bâtir les maisons qu'on y voit aujourd'hui. Ce
-cloître étoit fermé par des portes au bout des rues des Sept-Voies,
-des Amandiers et des Prêtres.</p>
-
-<p><i>Place Sainte-Geneviève.</i> La construction de la nouvelle église
-Sainte-Geneviève a donné naissance à cette nouvelle place, formée de
-la destruction des rues de la Grande et de la Petite-Bretonnerie, et
-de la démolition de plusieurs édifices.</p>
-
-<p><i>Rue Neuve-Sainte-Geneviève.</i> Elle aboutit d'un côté à la place de
-Fourci, de l'autre à la rue des Postes. Elle doit ce nom au clos de
-Sainte-Geneviève, sur lequel elle a été ouverte<a id="footnotetag466" name="footnotetag466"></a><a href="#footnote466" title="Lien vers la note 466"><span class="smaller">[466]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue de la Montagne-Sainte-Geneviève.</i> Nous avons déjà parlé de cette
-rue au quartier de la place Maubert. La petite partie qui dépend de
-celui-ci étoit comprise dans le cloître Sainte-Geneviève, qui, de ce
-côté, commençoit <span class="pagenum"><a id="page585" name="page585"></a>(p. 585)</span> au bout de la rue des Amandiers. Dans ce petit espace
-se trouvoit une ruelle sans bout, ou cul-de-sac, dont il restoit
-encore des vestiges dans le siècle dernier<a id="footnotetag467" name="footnotetag467"></a><a href="#footnote467" title="Lien vers la note 467"><span class="smaller">[467]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Cul-de-sac Gloriette.</i> Il dépendoit de ce quartier, quoiqu'il fût
-situé à l'extrémité de la rue de la Huchette, comprise dans le
-quartier Saint-André-des-Arcs. Ce cul-de-sac doit son nom au fief
-Gloriette, sur lequel il avoit été percé, et qui l'avoit communiqué
-également à la boucherie établie en cet endroit au quinzième siècle.
-Sa situation sur le bord de la rivière, qui le rendoit propre à
-l'écoulement du sang des animaux, lui fit donner le nom de
-<i>Trou-Punets</i> ou <i>Punais</i>, qu'il porte dans plusieurs actes de ce
-temps-là. Le lieu qu'y occupoit la boucherie, laquelle existoit encore
-dans le siècle dernier, étoit une maison qui servoit auparavant de
-bureau pour recevoir le péage du Petit-Pont. En 1382 on en prit une
-partie pour faire une nouvelle tour au Petit-Châtelet<a id="footnotetag468" name="footnotetag468"></a><a href="#footnote468" title="Lien vers la note 468"><span class="smaller">[468]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue du Mont-Saint-Hilaire</i> ou <i>du Puits-Certain</i>. Cette rue donne
-d'un côté dans les rues Saint-Jean-de-Beauvais et Chartière, de
-l'autre dans celles des Carmes et des Sept-Voies. Elle n'étoit d'abord
-désignée le plus souvent que sous le nom général de <i>clos Bruneau</i>:
-c'étoit celui du territoire sur lequel elle est située; mais dès le
-treizième siècle on lui donnoit déjà le nom qu'elle porte aujourd'hui.
-On l'appelle aussi vulgairement <i>rue du Puits-Certain</i>, à cause du
-puits public situé à l'entrée de cette rue, lequel fut construit par
-les soins et aux <span class="pagenum"><a id="page586" name="page586"></a>(p. 586)</span> dépens de Robert Certain, curé de Saint-Hilaire. Du
-reste cette rue doit son dernier nom à l'église paroissiale qu'on y
-avoit élevée<a id="footnotetag469" name="footnotetag469"></a><a href="#footnote469" title="Lien vers la note 469"><span class="smaller">[469]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue Jacinthe.</i> Elle traverse de la rue Galande dans celle des
-Trois-Portes. Elle a même été long-temps confondue avec cette dernière
-sur les plans et dans les censiers de Sainte-Geneviève. On l'a aussi
-appelée <i>ruelle Augustin</i>.</p>
-
-<p><i>Rue Saint-Jacques.</i> Elle commence au coin des rues Saint-Séverin et
-Galande, et finit à l'ancienne porte, au coin des rues Saint-Hyacinthe
-et des Fossés-Saint-Jacques. Au douzième siècle cette rue n'avoit
-point de nom particulier: on l'appeloit simplement <i lang="la">vicus Magnus</i>,
-<i lang="la">Major vicus</i>, <i lang="la">major vicus parvi Pontis</i>. Dans le siècle suivant, une
-chapelle de Saint-Jacques lui fit prendre le nom de cet apôtre, et le
-donna également aux religieux qui s'y établirent. Elle reçut aussi
-dans ses diverses parties les noms des églises qui en étoient les plus
-voisines. On trouve en 1263<a id="footnotetag470" name="footnotetag470"></a><a href="#footnote470" title="Lien vers la note 470"><span class="smaller">[470]</span></a>: <i lang="la">Magnus vicus Sancti Jacobi
-Prædicatorum</i>; en 1250, 1258 et 1268, <i lang="la">Magnus vicus Sancti Stephani
-de Gressibus</i>; en 1273, <i lang="la">magnus vicus prope <span class="pagenum"><a id="page587" name="page587"></a>(p. 587)</span> Sanctum Benedictum le
-Bestournet</i>; en 1298, <i lang="la">Magnus vicus ad caput ecclesiæ Sancti
-Severini</i>; <i>grant rue</i>, <i>grant rue outre le Petit-Pont</i>, <i>grant rue
-vers Saint-Mathelin</i>, <i>grant rue Saint-Benoît</i>, etc.; enfin <i>grand rue
-Saint-Jacques</i>.</p>
-
-<p><i>Rue du Faubourg-Saint-Jacques.</i> Elle fait la continuation de la rue
-Saint-Jacques depuis les rues Saint-Hyacinthe et des
-Fossés-Saint-Jacques jusqu'à la barrière et au nouveau boulevard<a id="footnotetag471" name="footnotetag471"></a><a href="#footnote471" title="Lien vers la note 471"><span class="smaller">[471]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue des Fossés-Saint-Jacques.</i> Cette rue, qui commence à l'endroit
-où étoit l'ancienne porte qui sépare la <span class="pagenum"><a id="page588" name="page588"></a>(p. 588)</span> ville des faubourgs, aboutit à
-l'Estrapade. Son nom vient des fossés sur lesquels elle a été bâtie.</p>
-
-<p><i>Rue Jean-de-Beauvais.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue des Noyers, de
-l'autre à celles de Saint-Jean-de-Latran et du Mont-Saint-Hilaire.
-Sans nous arrêter à relever l'erreur de Sauval<a id="footnotetag472" name="footnotetag472"></a><a href="#footnote472" title="Lien vers la note 472"><span class="smaller">[472]</span></a>, qui la confond
-avec la rue de Beauvais située près du Louvre, nous dirons qu'elle
-prit d'abord le nom d'un ancien clos de vignes appelé dans les titres
-<i>clausum Brunelli</i>, <i>clos Burniau</i>, <i>Brunel</i> et <i>Bruneau</i>, au travers
-duquel elle fut percée, et qu'elle le portoit encore au milieu du
-quinzième siècle; celui de Beauvais n'est pas si ancien, et a excité
-de longues discussions parmi les antiquaires. Les uns veulent qu'il
-vienne de la chapelle de Beauvais, dédiée sous l'invocation de saint
-Jean-Baptiste; l'autre d'un libraire nommé <span class="pagenum"><a id="page589" name="page589"></a>(p. 589)</span> Jean de Beauvais, dont la
-maison étoit située au coin de cette rue. Cette question est si peu
-importante, que nous ne voulons ni exposer les raisons alléguées pour
-et contre, ni faire un choix dans ces deux opinions<a id="footnotetag473" name="footnotetag473"></a><a href="#footnote473" title="Lien vers la note 473"><span class="smaller">[473]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue Saint-Jean-de-Latran.</i> Elle aboutissoit d'un côté au haut de la
-rue Saint-Jean-de-Beauvais, de l'autre à la place Cambrai. On
-l'appeloit anciennement <i>rue de l'Hôpital</i>, à cause des <i>Hospitaliers</i>
-qui s'y établirent au douzième siècle. C'est par la même raison qu'au
-quatorzième elle étoit désignée sous les noms de <i>rue
-Saint-Jean-de-l'Hôpital</i>, <i>Saint-Jean-de-Jérusalem</i> et enfin
-<i>Saint-Jean-de-Latran</i>.</p>
-
-<p><i>Rue Judas.</i> Elle traverse de la rue des Carmes à celle de la
-Montagne-Sainte-Geneviève. Ce nom est ancien; les cartulaires de
-Sainte-Geneviève de 1243 et 1248 indiquent déjà cette rue, <i lang="la">vicus
-Jude</i>. On peut présumer qu'il y demeuroit des Juifs au douzième
-siècle.</p>
-
-<p><i>Rue-Saint-Julien-le-Pauvre.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Galande,
-de l'autre à celle de la Bûcherie. Ce seroit une des plus anciennes de
-Paris, si, dès l'origine, on avoit donné ce nom au chemin qui
-conduisoit à l'église Saint-Julien; mais il n'y avoit, dans ces temps
-reculés, que quelques maisons éparses de ce côté, qui depuis, s'étant
-multipliées et rapprochées, ont enfin formé la rue dont nous parlons.</p>
-
-<p><i>Rue des Lavandières.</i> Cette rue donne d'un côté dans la rue des
-Noyers, et aboutit de l'autre à la place Maubert. Elle devoit son nom
-aux lavandières que la proximité de la rivière avoit engagées à se
-placer dans ce quartier. Les <span class="pagenum"><a id="page590" name="page590"></a>(p. 590)</span> titres en font mention, dans le treizième
-siècle, sous les noms de <i lang="la">vicus et ruella Lotricum</i><a id="footnotetag474" name="footnotetag474"></a><a href="#footnote474" title="Lien vers la note 474"><span class="smaller">[474]</span></a>. Guillot et
-le rôle des taxes de 1313 l'appellent <i>rue à Lavandières</i> et <i>aux
-Lavandières</i>. Ce nom n'a pas varié.</p>
-
-<p><i>Rue des Lionnois.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue des Charbonniers,
-et de l'autre à celle de Lourcine. Cette rue fut percée au
-commencement du dix-septième siècle.</p>
-
-<p><a id="ruemaillet" name="ruemaillet"></a><i>Rue Maillet</i><a id="footnotetag475" name="footnotetag475"></a><a href="#footnote475" title="Lien vers la note 475"><span class="smaller">[475]</span></a>. Cette rue, ouverte depuis 1780, donne d'un côté
-dans la rue du Faubourg-Saint-Jacques, de l'autre dans celle d'Enfer.</p>
-
-<p><i>Rue des Noyers.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Jacques, de
-l'autre à la place Maubert. Le nom qu'elle porte lui fut donné à cause
-de quelques noyers plantés au bas du clos Bruneau, dans l'endroit où
-elle est située. Sauval<a id="footnotetag476" name="footnotetag476"></a><a href="#footnote476" title="Lien vers la note 476"><span class="smaller">[476]</span></a> prétend qu'elle a porté le nom de
-Saint-Yves, et n'en donne aucune preuve: on la trouve, au contraire,
-dans tous les titres sous sa première dénomination, qu'elle paroît
-avoir toujours conservée. Elle est appelée successivement, dès le
-treizième siècle, <i lang="la">vicus de Nuceriis</i> et <i lang="la">Nucum</i>; <i lang="la">vicus Nucium</i>;
-<i lang="la">vicus de Nucibus</i><a id="footnotetag477" name="footnotetag477"></a><a href="#footnote477" title="Lien vers la note 477"><span class="smaller">[477]</span></a>.</p>
-
-<p><a id="ruedelobservatoire" name="ruedelobservatoire"></a><i>Rue de l'Observatoire</i><a id="footnotetag478" name="footnotetag478"></a><a href="#footnote478" title="Lien vers la note 478"><span class="smaller">[478]</span></a>. Elle règne le long de l'enceinte dans
-laquelle on a construit le monument auquel elle doit sa dénomination.
-Ce n'étoit encore, au siècle dernier, qu'un chemin sans nom: ce n'est
-que depuis <span class="pagenum"><a id="page591" name="page591"></a>(p. 591)</span> peu d'années qu'on a enfin inscrit à ses extrémités celui
-qu'elle porte aujourd'hui.</p>
-
-<p><i>Rue du Plâtre.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Jacques, de
-l'autre à celle des Anglois, et doit son nom à une plâtrière qu'on y
-avoit ouverte dès le treizième siècle. Il n'a varié jusqu'à présent
-que dans la manière de l'écrire, et non dans sa signification. En 1247
-et 1254 on trouve <i lang="la">vicus Plastrariorium... Domus Radulphi Plastrarii</i>;
-<i lang="la">vicus Plastrariorium</i> et <i lang="la">Plasteriorum</i> en 1250; <i>rue de la
-Platrière</i>, en 1300; <i>à Plastriers</i> et <i>des Plastriers</i> au même
-siècle; enfin <i>rue du Plastre</i> au quinzième et depuis<a id="footnotetag479" name="footnotetag479"></a><a href="#footnote479" title="Lien vers la note 479"><span class="smaller">[479]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue du Petit-Pont.</i> Elle commence au Petit-Châtelet, et finit au bout
-des rues Galande et Saint-Séverin. Quoiqu'elle portât
-très-anciennement ce nom, et que, dans tous les actes des douzième et
-treizième siècles qui la concernent, on lise <i lang="la">vicus Parvi Pontis</i>,
-Jaillot cependant la trouve désignée, en 1230, sous celui de <i>rue
-Neuve</i>, <i lang="la">vicus Novus</i><a id="footnotetag480" name="footnotetag480"></a><a href="#footnote480" title="Lien vers la note 480"><span class="smaller">[480]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue des Trois-Portes.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue des Rats, de
-l'autre à celle du Pavé-de-la-Place-Maubert. Elle portoit ce nom dès
-le treizième siècle; on lui donna depuis celui d'<i>Augustin</i>, et le
-censier de Sainte-Geneviève l'indique ainsi: <cite>Ruelle Augustin, dite
-des Trois-Portes</cite>. L'abbé Lebeuf a donné de ce dernier nom une
-étymologie qui ne semble pas juste; Jaillot qui la combat, prouve que
-la véritable origine de cette dénomination vient de ce qu'il n'y avoit
-que trois maisons dans cette rue, et par conséquent trois portes. Les
-autorités qu'il cite à ce sujet paraissent sans réplique<a id="footnotetag481" name="footnotetag481"></a><a href="#footnote481" title="Lien vers la note 481"><span class="smaller">[481]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page592" name="page592"></a>(p. 592)</span> <i>Rue des Postes.</i> Elle commence à l'Estrapade, et finit à la rue de
-l'Arbalète. Son premier nom étoit <i>rue des Poteries</i>; et l'étymologie
-de ce nom, qui a fort exercé les antiquaires, nous semble avoir été
-heureusement expliquée par Jaillot<a id="footnotetag482" name="footnotetag482"></a><a href="#footnote482" title="Lien vers la note 482"><span class="smaller">[482]</span></a>. «Dans tous les titres de
-Sainte-Geneviève, dit-il, l'endroit où cette rue est située est nommé
-<i>le clos des Poteries</i>, <i>le clos-des-Métairies</i>. Il étoit planté en
-vignes qui <cite>avoient été baillées, à la charge de payer</cite> le tiers-pot
-<cite>en vendange de redevance seigneuriale</cite>.» Voilà donc la véritable
-origine du nom de clos des Poteries. On le lui donnoit encore, quoique
-les vignes eussent été arrachées, et qu'on y eût bâti des maisons. Les
-terres labourées qu'on substitua aux vignes lui firent donner celui de
-<i>clos des Métairies</i>. Quant à la rue, dès le seizième siècle son nom
-primitif étoit altéré, car, dans le terrier du roi de 1540, elle est
-appelée <i>rue des Poteries</i>, et maintenant <i>des Postes</i><a id="footnotetag483" name="footnotetag483"></a><a href="#footnote483" title="Lien vers la note 483"><span class="smaller">[483]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page593" name="page593"></a>(p. 593)</span> <i>Rue du Pot-de-Fer.</i> Elle traverse de la rue des Postes dans la rue
-Moufetard. Le terrier de Sainte-Geneviève de 1603 l'appelle <i>rue du
-Bon Puits</i>, à présent dite <i>du Pot-de-Fer</i>. Plus anciennement elle se
-nommoit <i>rue des Prêtres</i>. Son dernier nom lui vient d'une enseigne.
-Sauval et d'autres disent qu'elle s'appeloit autrefois <i>rue du
-Bon-Qutto</i><a id="footnotetag484" name="footnotetag484"></a><a href="#footnote484" title="Lien vers la note 484"><span class="smaller">[484]</span></a>; c'est sans doute une faute d'impression.</p>
-
-<p><i>Rue des Poules.</i> Elle aboutit à la Vieille-Estrapade et à la rue du
-Puits-qui-Parle. Elle fut nommée ainsi en 1605<a id="footnotetag485" name="footnotetag485"></a><a href="#footnote485" title="Lien vers la note 485"><span class="smaller">[485]</span></a>; auparavant on
-l'appeloit <i>rue du Châtaignier</i>. C'étoit dans cette rue que les
-protestants avoient autrefois leur cimetière. Un contrat passé en 1635
-l'indique sous le nom de <i>rue du Mûrier</i>, dite <i>des Poules</i>.</p>
-
-<p><i>Rue des Prêtres.</i> Elle traverse de la rue Bordet au carré
-Sainte-Geneviève. En 1248 on l'appeloit <i lang="la">vicus Monasterii</i>. Guillot la
-nomme <i>petite ruellette Saint-Geneviève</i>. On la trouve aussi sous le
-nom de <i>rue du Moutier</i>. Enfin on l'a nommée rue des Prêtres, et ces
-deux noms sont relatifs à l'église où elle conduit, et aux prêtres qui
-s'y sont logés.</p>
-
-<p><i>Rue du Puits-qui-Parle.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue
-Neuve-Sainte-Geneviève, et de l'autre à celle des Postes. On lui a
-donné le nom qu'elle porte à cause du puits <span class="pagenum"><a id="page594" name="page594"></a>(p. 594)</span> d'une maison qui fait le
-coin de cette rue et de celle des Poules, lequel formoit un écho. Les
-censiers de Sainte-Geneviève l'indiquent sous ce nom dès 1588. Rien ne
-prouve qu'anciennement elle ait été appelée <i>rue des Rosiers</i>, comme
-l'avancent Sauval et quelques autres<a id="footnotetag486" name="footnotetag486"></a><a href="#footnote486" title="Lien vers la note 486"><span class="smaller">[486]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue-du-Puits-de-la-Ville.</i> Elle est depuis long-temps fermée à ses
-deux extrémités. Nous venons de dire que c'étoit la continuation de la
-rue de la Poterie et de celle des Vignes. Elle devoit ce nom à un
-<em>regard</em> pour les eaux qu'on y avoit pratiqué.</p>
-
-<p><i>Rue des Rats.</i> Cette rue donne d'un côté dans la rue Galande, de
-l'autre dans celle de la Bûcherie. Guillot la désigne sous le nom de
-<i>rue d'Arras</i>; et le plus ancien censier de Sainte-Geneviève, sous
-celui des Rats. Ainsi elle est antérieure au règne de Charles VI, sous
-lequel Sauval prétend qu'elle fut ouverte<a id="footnotetag487" name="footnotetag487"></a><a href="#footnote487" title="Lien vers la note 487"><span class="smaller">[487]</span></a>. Son dernier nom lui
-vient d'une enseigne.</p>
-
-<p><i>Rue de Reims.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue des Sept-Voies, de
-l'autre à celle des Cholets. On l'appeloit, au commencement du
-treizième siècle, <i>rue au duc de Bourgogne</i>; et on la trouve encore
-désignée sous le même titre dans le censier de Sainte-Geneviève de
-1540.</p>
-
-<p><i>Rue de la Santé.</i> Elle commence au champ des Capucins, et aboutit à
-la barrière. On ne la connoissoit autrefois que sous le nom de <i>chemin
-de Gentilli</i>. Elle doit celui qu'elle porte aujourd'hui à l'hôpital
-qui y étoit situé.</p>
-
-<p><i>Rue des Sept-Voies.</i> Cette rue donne d'un côté dans la rue
-Saint-Étienne-des-Grés, et de l'autre dans celle du
-Mont-Saint-Hilaire; dès le douzième siècle on la nommoit ainsi: <i lang="la">apud
-Septem vias</i><a id="footnotetag488" name="footnotetag488"></a><a href="#footnote488" title="Lien vers la note 488"><span class="smaller">[488]</span></a>. On trouve en effet sept <span class="pagenum"><a id="page595" name="page595"></a>(p. 595)</span> rues qui aboutissent au
-milieu ou aux extrémités de celle-ci. Guillot l'appelle <i>rue de
-Savoie</i>; c'est sans doute pour la rime, car on ne trouve aucun titre
-qui fasse mention d'un hôtel ou de quelque autre propriété des ducs de
-Savoie en cet endroit<a id="footnotetag489" name="footnotetag489"></a><a href="#footnote489" title="Lien vers la note 489"><span class="smaller">[489]</span></a>.</p>
-
-<a id="monumentsnouveaux595" name="monumentsnouveaux595"></a>
-<h3>MONUMENTS NOUVEAUX</h3>
-
-<p class="center"><i>Et réparations faites aux anciens monuments depuis 1789.</i></p>
-
-<p><i>Église Sainte-Geneviève.</i> Ce monument sacré, dont les
-révolutionnaires avoient fait le temple de la déesse <i>Raison</i> et les
-catacombes de leurs grands hommes, vient enfin d'être rendu à sa
-destination primitive. Les emblèmes hideux dont ses murs étoient
-couverts ont été effacés; la croix brille sur le sommet de son dôme et
-décore son fronton.</p>
-
-<p>Dans l'intérieur elle ne présente encore que des murs entièrement nus
-et des autels dépouillés d'ornements: espérons qu'on reconnoîtra qu'il
-est impossible de la laisser long-temps encore dans un tel état sans
-manquer à <span class="pagenum"><a id="page596" name="page596"></a>(p. 596)</span> toutes les convenances. Cette église est maintenant
-desservie par les prêtres des missions de France.</p>
-
-<p><i>Église Saint-Étienne-du-Mont.</i> Cette église a été décorée de deux
-nouveaux tableaux: la lapidation de saint Étienne, par M. Abel Pujol,
-très-beau morceau, qui a commencé sa réputation; un tableau de M.
-Grenier, représentant un des actes de la vie de sainte Geneviève. L'un
-et l'autre ont été donnés par la ville à cette église, en 1819.</p>
-
-<p><i>Le Séminaire Saint-Magloire.</i> On a démoli l'église, augmenté les
-bâtiments destinés aux sourds-muets, et élargi le passage qui
-communique avec la rue d'Enfer, pour y pratiquer une rue nouvelle.</p>
-
-<p><i>Saint-Jacques-du-Haut-Pas.</i> Cette église a obtenu de la munificence
-de la ville un nouveau tableau représentant un Christ au tombeau. Le
-dessin en est médiocre; mais la manière dont il est peint rappelle la
-grande école des peintres italiens, que son auteur paroît vouloir
-imiter. Ce tableau a été donné en 1819.</p>
-
-<p><i>L'Observatoire.</i> En avant de ce bâtiment, ont été construits deux
-pavillons qui servent de logement au concierge. De l'un à l'autre de
-ces pavillons règne une grille de fer qui sert d'entrée; et une avenue
-plantée d'arbres se prolonge depuis cette grille jusqu'à celle du
-jardin du Luxembourg.</p>
-
-<p><i>Collége de Henri IV.</i> Il a été placé dans les bâtiments de
-Sainte-Geneviève, auxquels on a ajouté de nouvelles constructions,
-principalement du côté de la rue <i>Clovis</i>.</p>
-
-<p><i>Filles de la Présentation de Notre-Dame.</i> Les bâtiments de cette
-communauté qui, depuis quelques années, ont été considérablement
-augmentés, sont occupés par le nouveau collége de Sainte-Barbe,
-aujourd'hui l'un des plus florissants de l'Université.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page597" name="page597"></a>(p. 597)</span> <i>Marché des Carmes.</i> Sur le terrain qu'occupoient l'église et le
-couvent de ces religieux, on a élevé un nouveau marché destiné à
-remplacer l'ancien marché de la place Maubert.</p>
-
-<p>Ce monument forme un carré long, percé de grandes arcades, dont trois
-sont ouvertes sur chaque face, et servent d'entrée. On en compte
-extérieurement treize sur les grands côtés, onze sur les petits;
-intérieurement sept sur cinq, formant également un carré long qui sert
-de cour, et au milieu duquel on a élevé une fontaine. La composition
-en est simple: un bassin circulaire reçoit l'eau d'un socle carré sur
-lequel on a sculpté en creux deux navires antiques, deux cornes
-d'abondance, des guirlandes de fruits, des caducées. Sur l'une des
-faces est écrit le mot <em>Abondance</em>, sur l'autre le mot <em>Commerce</em>. Un
-double Hermès offrant deux têtes qui supportent un panier de fruits,
-couronne cette composition.</p>
-
-<p>Au-dessus des arcades ont été pratiquées des ouvertures
-carrées-longues pour aérer le bâtiment. Le toit, qui a peu
-d'élévation, est couvert de tuiles rondes; l'ensemble de cette
-construction a le caractère qu'il doit avoir: c'est un très-beau
-morceau d'architecture.</p>
-
-
-<h3>RUES NOUVELLES.</h3>
-
-<p><i>Rue Cassini.</i> Voyez rue <a href="#ruemaillet"><i>Maillet</i></a>.</p>
-
-<p><i>Rue Clovis.</i> Elle est percée sur une partie du terrain qu'occupoit
-l'ancienne église Sainte-Geneviève.</p>
-
-<p><i>Rue Jean-Hubert.</i> Voyez rue <a href="#ruedeschiens"><i>des Chiens</i></a>.</p>
-
-<p><i>Rue Leclerc.</i> Voyez rue de <a href="#ruedelobservatoire"><i>l'Observatoire</i></a>.</p>
-
-<p><i>Rue Méchin.</i> Voyez rue <a href="#ruedescapucins"><i>des Capucins</i></a>.</p>
-
-<p><i>Rue d'Ulm.</i> Elle commence à la rue de la Vieille-Estrapade, et
-aboutit à celle des Ursulines.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page598" name="page598"></a>(p. 598)</span> <i>Rue des Ursulines.</i> Elle a été formée de l'ancien cul-de-sac qui
-portoit le même nom; et s'ouvrant sur la rue du Faubourg
-Saint-Jacques, elle vient aboutir à la rue d'Ulm, avec laquelle elle
-forme un équerre.</p>
-
-<p><i>Rue du Val-de-Grâce.</i> Elle est percée en face du portail de l'église
-de ce couvent, et communique de la rue du Faubourg-Saint-Jacques à la
-rue d'Enfer.</p>
-</div>
-
-
-<div class="chapter">
-<h2><span class="pagenum"><a id="page599" name="page599"></a>(p. 599)</span> QUARTIER S.-ANDRÉ-DES-ARCS.</h2>
-
-<div class="resume">
- <p>Ce quartier est borné à l'orient par les rues du Petit-Pont et
- Saint-Jacques exclusivement; au septentrion par la rivière,
- depuis la place qu'occupoit le petit Châtelet jusqu'au coin de la
- rue Dauphine; à l'occident par la rue Dauphine inclusivement; et
- au midi par les rues Neuve-des-Fossés-Saint-Germain-des-Prés, des
- Francs-Bourgeois et des Fossés-Saint-Michel ou de Saint-Hyacinthe
- exclusivement, jusqu'au coin des rues Saint-Jacques et
- Saint-Thomas.</p>
-
- <p>On y comptoit, en 1789, quarante-sept rues, trois culs-de-sac,
- trois églises paroissiales, cinq communautés d'hommes, treize
- colléges dont douze sans exercice, la Sorbonne, l'Académie royale
- de chirurgie, etc.</p>
-</div>
-
-
-<h3>ORIGINE DU QUARTIER.</h3>
-
-<p>Jusqu'au règne de Philippe-Auguste, les anciens plans nous
-représentent ce quartier, ainsi que les deux précédents, comme un
-espace de terrain ou vague ou couvert de diverses cultures, mais
-presque sans aucun bâtiment. Ces terres appartenoient en grande partie
-à l'abbaye Saint-Germain; et ce fut à l'occasion de l'enceinte élevée
-par ce prince et des contestations qu'elle fit naître entre l'évêque
-et ce monastère, que fut bâtie l'église Saint-André, à laquelle cette
-portion <span class="pagenum"><a id="page600" name="page600"></a>(p. 600)</span> de la ville doit le nom qu'elle a porté jusqu'au moment de la
-révolution.</p>
-
-<p>Ce quartier, borné, ainsi que nous venons de le dire, à l'occident par
-la rue Dauphine jusqu'à la porte dite de Buci, étoit ensuite
-circonscrit par les murailles de la nouvelle enceinte jusqu'à la porte
-Saint-Michel, où se faisoit sa jonction avec le quartier Saint-Benoît.
-Les descriptions particulières des monuments et des rues qui le
-composent feront connoître comment il est successivement parvenu à
-l'état où nous le voyons aujourd'hui<a id="footnotetag490" name="footnotetag490"></a><a href="#footnote490" title="Lien vers la note 490"><span class="smaller">[490]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>LES GRANDS-AUGUSTINS.</h3>
-
-<p>Les religieux de cette maison sont ainsi appelés pour n'être pas
-confondus avec les religieux <span class="pagenum"><a id="page601" name="page601"></a>(p. 601)</span> du même ordre établis à Paris, et qu'on
-nomme Augustins-Réformés de la province de Bourges, ou
-<i>Petits-Augustins</i>, et Augustins-Réformés ou <i>Petits-Pères</i><a id="footnotetag491" name="footnotetag491"></a><a href="#footnote491" title="Lien vers la note 491"><span class="smaller">[491]</span></a>. Ces
-religieux, dans leur origine, n'étoient connus que sous le nom
-d'<i>Ermites de Saint-Augustin</i>; mais il faut absolument rejeter
-l'opinion qui fait remonter leur institution jusqu'à ce Père de
-l'église, opinion adoptée et soutenue par quelques personnes qui
-pensoient, très-mal à propos, que le mérite principal d'un ordre étoit
-dans son antiquité ou dans la célébrité de son fondateur. Au douzième
-siècle, c'est-à-dire environ sept cents ans après la mort de saint
-Augustin, on voit se former en Italie quelques congrégations
-d'ermites, qui d'eux-mêmes prennent le titre que nous venons de citer:
-c'est tout ce qu'il est possible de savoir d'authentique sur le
-premier établissement de cet ordre. La plus ancienne de ces
-congrégations est celle des <i>Jean-Bonites</i>, ainsi appelés parce
-qu'ils eurent pour instituteur le B. <span class="pagenum"><a id="page602" name="page602"></a>(p. 602)</span> Jean-Bon de Mantoue. Ils furent
-approuvés et mis sous la règle de Saint-Augustin par une bulle
-d'Innocent IV, du 17 janvier 1244. D'autres ermites prirent leur nom
-du lieu où ils s'étoient établis, comme les <i>Brittiniens</i> et les
-<i>Fabals</i>, quelques-uns de la forme de leurs habits, tels que les
-<i>Sachets</i><a id="footnotetag492" name="footnotetag492"></a><a href="#footnote492" title="Lien vers la note 492"><span class="smaller">[492]</span></a>. Innocent IV avoit inutilement tenté de rassembler sous
-une seule règle toutes ces petites congrégations de différents ordres,
-ou pour mieux dire qui n'étoient d'aucun: Alexandre IV, son
-successeur, fut plus heureux; et dès l'an 1256, ces ermites, réunis en
-chapitre général, s'étant soumis à la règle de Saint-Augustin, élurent
-pour chef de l'ordre Lanfranc Septala, général des Jean-Bonites. On
-fit des réglements; l'ordre fut divisé en quatre provinces, et une
-bulle du 13 avril de la même année confirma tous ces actes du
-chapitre.</p>
-
-<p>Quelques auteurs fixent à l'année suivante l'établissement des
-Augustins à Paris, et veulent en faire honneur à saint Louis.
-Cependant, si l'on en excepte un legs modique de 15 livres une fois
-payées, que ce prince leur laissa par son testament, on ne voit pas
-qu'il ait donné aucune charte de fondation en leur faveur<a id="footnotetag493" name="footnotetag493"></a><a href="#footnote493" title="Lien vers la note 493"><span class="smaller">[493]</span></a>. Mais
-les archives de ces pères offroient sur ce <span class="pagenum"><a id="page603" name="page603"></a>(p. 603)</span> point des renseignements
-certains, qui ont été recueillis par Jaillot, et que nous rapporterons
-d'après lui, en les débarrassant toutefois de leurs détails trop
-fastidieux. D'après des lettres de l'official de Paris, du mois de
-décembre 1259, il paroît que ces pères achetèrent d'une dame de cette
-ville une maison accompagnée d'un jardin, et située au-delà de la
-porte Montmartre, maison dans laquelle, suivant l'acte, ils étoient
-déjà établis. Ce terrain comprenoit alors à peu près l'espace renfermé
-aujourd'hui entre les rues Montmartre, des Vieux-Augustins, de la
-Jussienne et Soli. Ils obtinrent la permission d'y bâtir une chapelle,
-qui fut dédiée sous le titre de Saint-Augustin. Il y a dans les actes
-de l'Université des preuves que dès-lors ils avoient été admis dans
-cette compagnie.</p>
-
-<p>Cet ordre prenant de jour en jour de la consistance et de nouveaux
-accroissements, le chapitre général qui se tint à Padoue en 1281
-désigna les maisons de Padoue, de Bologne et de Paris pour servir de
-colléges. Les Augustins de cette dernière ville étoient, comme nous
-venons de le dire, logés hors de ses murs, et, afin de remplir leur
-nouvelle destination, ce fut pour eux une nécessité de changer de
-demeure. On les voit d'abord, en 1285, acquérir du chapitre Notre-Dame
-et de l'abbaye Saint-Victor <i>une maison en forme d'école</i>, et environ
-six arpents <span class="pagenum"><a id="page604" name="page604"></a>(p. 604)</span> et demi de terre au lieu dit le <i>clos du Chardonnet</i><a id="footnotetag494" name="footnotetag494"></a><a href="#footnote494" title="Lien vers la note 494"><span class="smaller">[494]</span></a>;
-et peu de temps après, une grande maison d'un particulier nommé Jean
-de Granchia. En 1286 Philippe-le-Bel leur accorda l'usage des
-murailles et des tourelles depuis la rivière de Bièvre jusqu'au chemin
-public<a id="footnotetag495" name="footnotetag495"></a><a href="#footnote495" title="Lien vers la note 495"><span class="smaller">[495]</span></a>; ils acquirent, en 1287, de M. Rodolphe de Roie, une autre
-maison située dans la rue Saint-Victor; et sur ces emplacements
-réunis, ces pères élevèrent, en 1289, les bâtiments nécessaires à une
-communauté, un cloître et une chapelle. La maison qu'ils avoient
-occupée dans le quartier Montmartre leur étant devenue inutile, fut
-vendue, et nous ne croyons pas nécessaire de rapporter les longues
-discussions entamées à ce sujet par nos antiquaires, discussions dont
-l'objet est de savoir si ce fut en 1293 ou en 1301 que cette vente fut
-définitivement achevée.</p>
-
-<p>La nouvelle habitation des Augustins, quoique fort spacieuse et
-commode par sa proximité des écoles, ne tarda pas à déplaire à ces
-religieux, parce que le lieu étoit si solitaire, que les aumônes ne
-pouvoient suffire à leur subsistance. <span class="pagenum"><a id="page605" name="page605"></a>(p. 605)</span> Cet inconvénient devenant de
-jour en jour plus fâcheux, Gilles de Rome<a id="footnotetag496" name="footnotetag496"></a><a href="#footnote496" title="Lien vers la note 496"><span class="smaller">[496]</span></a>, un de leurs religieux,
-alors confesseur de Philippe-le-Bel, crut devoir employer la faveur
-dont ce prince l'honoroit à leur procurer un logement plus convenable.
-Une circonstance heureuse se présenta, et il sut en profiter: nous
-avons déjà parlé d'une de ces petites congrégations d'ermites de
-l'ordre de Saint-Augustin, nommée <i>Sachets</i>, ou <i>frères de la
-Pénitence de Jésus-Christ</i>. Ils étoient les seuls qui, lors de
-l'assemblée du chapitre de 1256, se fussent obstinément refusés à la
-réunion; et saint Louis, qui les protégeoit, les ayant fait venir à
-Paris en 1261, leur avoit fait don d'une maison avec ses dépendances,
-située sur la paroisse Saint-André-des-Arcs. Le trésor des chartes,
-qui fournit la preuve de cette donation, prouve encore que le pieux
-monarque y avoit ajouté de nouveaux bienfaits: il augmenta le terrain
-de ces religieux d'une maison et d'une tuilerie voisine de leur
-monastère, et paya en outre plusieurs sommes à l'abbaye
-Saint-Germain-des-Prés, pour des droits de cens et quelques autres
-parties de terrain qu'elle avoit consenti à leur céder.</p>
-
-<p>Toutefois cette faveur de saint Louis ne leur <span class="pagenum"><a id="page606" name="page606"></a>(p. 606)</span> procura qu'une
-tranquillité momentanée; et le concile de Lyon, tenu en 1274, ayant
-supprimé tous les religieux qui n'avoient point de revenus fixes, à
-l'exception des dominicains, des frères mineurs et des carmes, il ne
-resta plus aux <i>Sachets</i> aucune espérance de se maintenir dans leur
-établissement. L'autorité à l'ombre de laquelle ils existoient, et
-l'austérité de leur vie, les y soutinrent encore pendant quelques
-années; et ce ne fut qu'en 1293 que Philippe-le-Bel donna
-définitivement leur maison aux Augustins<a id="footnotetag497" name="footnotetag497"></a><a href="#footnote497" title="Lien vers la note 497"><span class="smaller">[497]</span></a>. Du Breul a prétendu
-qu'ils la cédèrent volontairement, alléguant la pauvreté de leur
-ordre, qui ne leur permettoit plus de <i>tenir ledit lieu</i><a id="footnotetag498" name="footnotetag498"></a><a href="#footnote498" title="Lien vers la note 498"><span class="smaller">[498]</span></a>; mais il
-y a des preuves très-fortes qu'ils opposèrent, au contraire, beaucoup
-de résistance à leur dépossession, et que ce ne fut qu'après six mois
-de délais et de débats qu'ils consentirent enfin à remettre les clefs
-de leur maison.</p>
-
-<p>Les Augustins ne vinrent cependant pas s'établir dans cette dernière
-demeure, immédiatement après la retraite des Sachets. Soit qu'ils
-n'eussent pas trouvé dans la charité des fidèles les ressources
-nécessaires pour former aussitôt leur nouvel établissement, soit que
-la lenteur des <span class="pagenum"><a id="page607" name="page607"></a>(p. 607)</span> formalités indispensables pour leur en assurer la
-possession eût retardé l'effet de la concession qui leur avoit été
-faite, il est certain qu'ils ne commencèrent à faire bâtir sur le quai
-qu'au mois d'août 1299. Le terrain qu'ils occupoient au <i>Chardonnet</i>
-fut vendu au cardinal Le Moine, et servit, comme nous l'avons déjà
-dit, d'emplacement au collége qui portoit le nom de ce prélat.</p>
-
-<p>Les Sachets avoient une chapelle qui faisoit l'angle du quai et de la
-rue des Grands-Augustins, et à qui sa situation sur le bord de la
-Seine avoit fait donner le nom de <i>Notre-Dame-de-la-Rive</i>; les
-Augustins s'en servirent d'abord, et quelques titres nous apprennent
-qu'ils célébrèrent ensuite l'office dans une salle voisine du cloître,
-laquelle étoit appelée <i>le Chapitre</i>. Enfin Charles V, qui s'étoit
-déclaré leur protecteur, commença à faire construire l'église qui a
-subsisté jusque dans les derniers temps. Toutefois la différence qu'on
-remarquoit dans le caractère de ses constructions prouve qu'elle
-n'avoit point été entièrement bâtie sous le règne de ce prince. On ne
-construisit alors que le ch&oelig;ur et l'aile depuis la rue des Augustins
-jusqu'à la petite porte qui s'ouvroit sur le quai, et cette partie du
-bâtiment, commencée en 1368, ne fut probablement achevée qu'en 1393,
-époque à laquelle on posa la couverture de l'église. On ne <span class="pagenum"><a id="page608" name="page608"></a>(p. 608)</span> peut du
-reste fixer les dates de l'achèvement total de ce monument, qui
-n'étoit point voûté, et dont la structure étoit extrêmement
-grossière<a id="footnotetag499" name="footnotetag499"></a><a href="#footnote499" title="Lien vers la note 499"><span class="smaller">[499]</span></a>.</p>
-
-<p>Le portail extérieur du couvent, situé sur le quai des Augustins,
-donnoit entrée dans une petite cour où étoient pratiquées, d'un côté
-la grande porte intérieure du couvent, de l'autre le portail de
-l'église, lequel n'avoit rien de remarquable.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES GRANDS-AUGUSTINS.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur l'un des côtés du ch&oelig;ur, sept grands tableaux, représentant:</p>
-
- <p>1<sup>o</sup>. Le sacrement de l'Eucharistie et toutes les figures de
- l'ancien Testament qui s'y rapportent; par un peintre inconnu.</p>
-
- <p>2<sup>o</sup>. Une promotion de l'ordre du Saint-Esprit sous Henri III,
- instituteur et fondateur; par <i>Vanloo</i>.</p>
-
- <p>3<sup>o</sup>, 4<sup>o</sup>, 5<sup>o</sup> et 6<sup>o</sup>. La même cérémonie sous les quatre rois ses
- successeurs, en quatre tableaux, savoir: Henri IV, par <i>de Troye</i>
- fils; Louis XIII, par <i>Philippe de Champagne</i>; Louis XIV et
- Louis XV, par <i>Vanloo</i>.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page609" name="page609"></a>(p. 609)</span> 7<sup>o</sup>. Saint Pierre guérissant les malades en les couvrant de son
- ombre; par <i>Jouvenet</i>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle du Saint-Esprit, sur l'autel, la Descente du
- Saint-Esprit sur la Vierge et sur les Apôtres; par <i>Jacob Bunel</i>.</p>
-
- <p>Dans la sacristie, une Adoration des Rois; par <i>Bertholet
- Flemaël</i>.</p>
-
- <p>Au-dessus de la chaire, le martyre de saint Thomas de Cantorbéry;
- par un peintre inconnu.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, dont la décoration se composoit de huit
- colonnes corinthiennes de marbre brèche violette, disposées sur
- un plan courbe, et soutenant une coupole, un bas-relief
- représentant le Père Éternel dans sa gloire; le tout exécuté
- d'après les dessins de <i>Le Brun</i><a id="footnotetag500" name="footnotetag500"></a><a href="#footnote500" title="Lien vers la note 500"><span class="smaller">[500]</span></a>.</p>
-
- <p>Sur la chaire, des bas-reliefs très-estimés, et qui passoient
- pour être de la main de <i>Germain Pilon</i>.</p>
-
- <p>Dans le cloître, la statue de saint François, modèle en terre
- cuite, exécuté par ce sculpteur célèbre<a id="footnotetag501" name="footnotetag501"></a><a href="#footnote501" title="Lien vers la note 501"><span class="smaller">[501]</span></a>.</p>
-
- <p>Au bas de la chaire, deux bas-reliefs du temps de la renaissance
- de l'art, représentant, 1<sup>o</sup> la Prédication de saint Jean; 2<sup>o</sup>
- Jésus-Christ et la Samaritaine<a id="footnotetag502" name="footnotetag502"></a><a href="#footnote502" title="Lien vers la note 502"><span class="smaller">[502]</span></a>.</p>
-
- <p>Sur la porte de l'église, la statue de Charles V, et sur celle du
- cloître une image de saint Augustin, faite, dit-on, sur les
- dessins de <i>Champagne</i>.</p>
-
- <p>Sur la porte d'entrée du monastère, du côté du quai, la statue
- <span class="pagenum"><a id="page610" name="page610"></a>(p. 610)</span> de la Vierge entre celles de Philippe-le-Bel et de Louis
- XIV<a id="footnotetag503" name="footnotetag503"></a><a href="#footnote503" title="Lien vers la note 503"><span class="smaller">[503]</span></a>.</p>
-
- <p>La menuiserie du ch&oelig;ur étoit très-estimée, et les stalles
- passoient pour un chef-d'&oelig;uvre de sculpture en bois.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans ce monastère avoient été inhumés:</p>
-
- <p>Dans la petite cour, devant la porte intérieure du couvent, Raoul
- de Brienne, comte d'Eu et de Guines, connétable de France, lequel
- eut la tête tranchée dans l'hôtel de Nesle, l'an 1351.</p>
-
- <p>Dans l'église, Gilles de Rome, général des Augustins, mort en
- 1316.</p>
-
- <p>Isabeau de Bourgogne, femme de Pierre de Chambely, seigneur de
- Neauphle, morte en 1323.</p>
-
- <p>Jeanne de Valois, femme de Robert d'Artois, morte en 1363.</p>
-
- <p>Jean Sapin, l'un des conseillers du parlement qui furent pendus à
- Orléans par les calvinistes en 1562.</p>
-
- <p>Remy Belleau, poëte françois, mort en 1577<a id="footnotetag504" name="footnotetag504"></a><a href="#footnote504" title="Lien vers la note 504"><span class="smaller">[504]</span></a>.</p>
-
- <p>Gui du Faur, sieur de Pibrac, célèbre par ses quatrains, mort en
- 1584.</p>
-
- <p>Près de la sacristie, sous une table de marbre, les entrailles de
- François de Rohan, archevêque de Lyon, et de Diane de Rohan, sa
- nièce, femme de François de La Tour-Landry, comte de Châteauroux,
- morte en 1585.</p>
-
- <p>Près du grand autel, Jacques de Sainte-Beuve, fameux théologien,
- mort en 1677.</p>
-
- <p>Dans la nef, en face de la chapelle de la Vierge, Jacques de La
- Fontaine, seigneur de Malgenestre, mort en 1652. Sa statue étoit
- adossée à un pilier<a id="footnotetag505" name="footnotetag505"></a><a href="#footnote505" title="Lien vers la note 505"><span class="smaller">[505]</span></a>.</p>
-
- <p>Près de la chaire du prédicateur, Eustache du Caurroy, musicien
- célèbre du temps de Charles IX, Henri III et Henri IV, mort en
- 1609.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page611" name="page611"></a>(p. 611)</span> Dans la chapelle de Saint-Nicolas-de-Tolentin, Pierre Dussayez,
- baron de Poyer, mort en 1548.</p>
-
- <p>Dans une petite chapelle, derrière celle du Saint-Esprit, le
- célèbre historien Philippe de La Clite de Comines, mort en
- 1509.&mdash;Hélène de Chambes, son épouse, et Jeanne de La Clite de
- Comines, leur fille, épouse de René de Brosse, comte de
- Penthièvre, morte en 1564<a id="footnotetag506" name="footnotetag506"></a><a href="#footnote506" title="Lien vers la note 506"><span class="smaller">[506]</span></a>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle de Charlet, Pierre de Quiqueran, évêque de
- Senèz, mort en 1550. On voyoit sa statue à genoux sur son
- tombeau<a id="footnotetag507" name="footnotetag507"></a><a href="#footnote507" title="Lien vers la note 507"><span class="smaller">[507]</span></a>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle suivante, Honoré Barentin, conseiller d'état,
- mort en 1639, et Anne Duhamel, sa femme, morte dans la même
- année. Leurs bustes étoient placés sur une tombe de marbre
- noir<a id="footnotetag508" name="footnotetag508"></a><a href="#footnote508" title="Lien vers la note 508"><span class="smaller">[508]</span></a>; plusieurs autres personnes de leur famille avoient été
- inhumées dans la même chapelle.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page612" name="page612"></a>(p. 612)</span> Dans la chapelle Saint-Charles, Charles Brulart de Léon,
- ambassadeur de France dans plusieurs cours de l'Europe, mort en
- 1649. Son buste, en marbre blanc, étoit placé sur un piédestal de
- marbre noir<a id="footnotetag509" name="footnotetag509"></a><a href="#footnote509" title="Lien vers la note 509"><span class="smaller">[509]</span></a>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle suivante, Jérôme Tuillier, procureur-général de
- la chambre des comptes, mort en 1633; et Élisabeth Dreux, son
- épouse, morte en 1619. Leur tombeau, en pierre, étoit surmonté
- d'un ange en marbre blanc, tenant dans ses mains une tête de
- mort<a id="footnotetag510" name="footnotetag510"></a><a href="#footnote510" title="Lien vers la note 510"><span class="smaller">[510]</span></a>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle Saint-Augustin, sur une grande table de marbre
- blanc étoit gravée l'épitaphe du célèbre généalogiste Bernard
- Chérin, mort en 1785. Son portrait, en bronze et en médaillon,
- étoit placé au-dessus<a id="footnotetag511" name="footnotetag511"></a><a href="#footnote511" title="Lien vers la note 511"><span class="smaller">[511]</span></a>.</p>
-
- <p>Dans un coin de cette chapelle, deux statues, en marbre blanc,
- agenouillées, offraient les images de Nicolas de Grimonville,
- baron de l'Archant, capitaine des gardes de Henri III et Henri
- IV, mort en 1592, et de Diane de Vivonne, sa femme<a id="footnotetag512" name="footnotetag512"></a><a href="#footnote512" title="Lien vers la note 512"><span class="smaller">[512]</span></a>.</p>
-</div>
-
-<p>La bibliothèque, placée dans une très-belle salle, étoit composée
-d'environ vingt-cinq mille volumes. Elle possédoit quelques manuscrits
-curieux, et l'on y voyoit deux beaux globes de <i>Coronelli</i>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page613" name="page613"></a>(p. 613)</span> Les religieux de ce monastère, objets particuliers de la protection de
-nos souverains, en avoient obtenu les distinctions les plus
-honorables: ils avoient été qualifiés <i>chapelains du roi</i>, et en
-exerçoient les fonctions, certains jours de l'année, à la
-Sainte-Chapelle; ils jouissoient en outre de plusieurs autres
-priviléges très-avantageux. Ce fut dans leur église que Henri III
-institua l'ordre du Saint-Esprit, le 1er janvier 1579; et depuis elle
-fut désignée pour toutes les cérémonies de cet ordre<a id="footnotetag513" name="footnotetag513"></a><a href="#footnote513" title="Lien vers la note 513"><span class="smaller">[513]</span></a>. Ce prince y
-reçut celui de la Jarretière en 1585, et y établit sa fameuse
-confrérie des Pénitents. Elle avoit été choisie par le parlement pour
-la procession générale qui se faisoit tous les ans en mémoire de la
-réduction de Paris sous Henri IV. Le clergé de France tenoit ses
-assemblées dans le couvent; et dans diverses occasions le parlement,
-la chambre des comptes, le châtelet et des commissaires du conseil y
-ont aussi tenu des séances; etc. Enfin cinq salles, que les curieux ne
-manquoient pas de visiter, étoient destinées aux chevaliers du
-Saint-Esprit, et décorées de leurs portraits. Leurs archives y étoient
-déposées.</p>
-
-<p>Cette maison servoit de collége aux religieux <span class="pagenum"><a id="page614" name="page614"></a>(p. 614)</span> des quatre provinces de
-l'ordre<a id="footnotetag514" name="footnotetag514"></a><a href="#footnote514" title="Lien vers la note 514"><span class="smaller">[514]</span></a>. Elle a fourni, dans tous les temps, des sujets
-recommandables <span class="pagenum"><a id="page615" name="page615"></a>(p. 615)</span> par leurs vertus, des théologiens éclairés, d'habiles
-prédicateurs, et des écrivains distingués<a id="footnotetag515" name="footnotetag515"></a><a href="#footnote515" title="Lien vers la note 515"><span class="smaller">[515]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>LA COMMUNAUTÉ DES FRÈRES CORDONNIERS.</h3>
-
-<p>Cette association fut formée, en 1645, par les soins du baron de
-Renti. Ce vertueux gentilhomme, animé de la charité la plus ardente et
-d'un zèle infatigable pour les progrès de la religion, avoit déjà
-procuré des instructions chrétiennes aux pauvres passants qu'on
-retiroit à l'hôpital Saint-Gervais; il voulut associer au même
-bienfait les artisans que l'ignorance et les <span class="pagenum"><a id="page616" name="page616"></a>(p. 616)</span> mauvaises m&oelig;urs qui en
-sont la suite entraînoient à profaner le dimanche et les fêtes par
-leurs débauches, et à mener en tout une vie grossière et scandaleuse.
-Pour arriver à un but aussi louable, il ne dédaigna point de
-s'associer un cordonnier du duché de Luxembourg, nommé Henri-Michel
-Buch. La probité intacte de cet homme, son exactitude à remplir ses
-devoirs, sa douceur et son humanité l'avoient fait nommer le <i>bon
-Henri</i>. Encouragé par son vertueux protecteur, il parvint à rassembler
-quelques personnes de son état qui parurent disposées à suivre ses
-exemples. M. de Renti, conjointement avec M. Coquerel, docteur de
-Sorbonne, leur donna des réglements, et la petite communauté commença
-ses exercices. Les tailleurs se joignirent à eux peu de temps après;
-mais depuis ces deux communautés se séparèrent, et continuèrent
-chacune de leur côté, à observer ces statuts qu'elles avoient adoptés,
-ce qui s'est pratiqué exactement jusque dans les derniers temps. Ces
-frères travailloient et mangeoient en commun, récitoient certaines
-prières à des heures réglées, ne chantoient que des psaumes ou des
-cantiques, et donnoient aux pauvres tout le superflu de leurs
-profits<a id="footnotetag516" name="footnotetag516"></a><a href="#footnote516" title="Lien vers la note 516"><span class="smaller">[516]</span></a>.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page617" name="page617"></a>(p. 617)</span> L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS.</h3>
-
-<p>Nous avons déjà raconté succinctement les débats qui s'élevèrent entre
-l'abbé de Saint-Germain et l'évêque de Paris<a id="footnotetag517" name="footnotetag517"></a><a href="#footnote517" title="Lien vers la note 517"><span class="smaller">[517]</span></a>, à l'occasion de la
-nouvelle clôture que Philippe-Auguste avoit fait élever au midi de sa
-capitale. Pierre de Nemours, qui gouvernoit alors l'église de Paris,
-saisit avec ardeur cette occasion de faire revivre, sur la portion du
-territoire de l'abbaye Saint-Germain, que l'on venoit de renfermer
-dans la ville, des prétentions que ses prédécesseurs avoient plusieurs
-fois tenté de faire valoir, mais toujours inutilement, soit qu'on
-respectât en ceci la mémoire de saint Germain, qui avoit lui-même
-exempté cette abbaye de la juridiction épiscopale, soit qu'on fût bien
-aise de mettre quelques bornes au pouvoir des évêques de cette ville,
-pouvoir dont les rois commençoient à se <span class="pagenum"><a id="page618" name="page618"></a>(p. 618)</span> montrer contrariés et jaloux.
-Le chapitre de Notre-Dame s'unit au prélat pour réclamer la
-juridiction de l'église mère sur tout ce qui se trouvoit compris dans
-la nouvelle enceinte; et l'archiprêtre de Saint-Séverin prétendit en
-même temps faire entrer toute cette partie dans sa paroisse. Jean de
-Vernon, alors abbé de Saint-Germain, ses religieux et le curé de
-Saint-Sulpice s'y opposèrent, et réclamèrent l'autorité du souverain
-pontife; mais malheureusement pour eux ils n'attendirent point sa
-décision, et consentirent à remettre à des arbitres le jugement de
-cette affaire. Ceux-ci, par leur sentence du mois de janvier 1210,
-prononcèrent en faveur de l'évêque, à qui ils accordèrent toute
-juridiction dans la ville, ne la conservant à l'abbé que hors des
-murs; mais, par une sorte de compensation, ils déclarèrent que cet
-abbé continueroit de jouir de la justice dans tout son territoire,
-soit sur la paroisse de Saint-Séverin, soit au dehors; et par le même
-acte on lui accorda la faculté de faire construire, dans l'espace de
-trois ans, une ou deux églises paroissiales, et d'en nommer les
-curés<a id="footnotetag518" name="footnotetag518"></a><a href="#footnote518" title="Lien vers la note 518"><span class="smaller">[518]</span></a>. En conséquence <span class="pagenum"><a id="page619" name="page619"></a>(p. 619)</span> de cette transaction, Jean de Vernon fit
-bâtir les églises de Saint-André et de Saint-Côme: elles furent
-achevées en 1212, et les abbés eurent la nomination de ces deux cures
-jusqu'en 1345, que ce droit fut cédé à l'Université.</p>
-
-<p>Tous nos historiens prétendent qu'au lieu même où fut bâtie l'église
-Saint-André étoit, au sixième siècle, une chapelle de <i>Saint-Andéol</i>;
-et en effet il en est fait mention dans la charte de fondation de
-Saint-Germain en 558, et dans une vie de <i>saint Doctrovée</i>, écrite par
-Gislemar vers la fin du onzième siècle. Cependant l'abbé Lebeuf et
-Jaillot combattent cette opinion; et les raisons sur lesquelles ils
-établissent leur doute sont soutenues de plus de recherches et
-d'érudition que n'en mérite une question aussi peu importante. Les
-recherches qu'a faites ce dernier critique sur l'origine du surnom de
-cette église sont sans doute plus utiles et plus curieuses: il prétend
-que d'abord elle n'en eut point, et qu'en effet cette addition étoit
-inutile, puisqu'elle étoit alors, et qu'elle a été jusqu'à la fin la
-seule basilique qui existât sous l'invocation de cet apôtre. En 1220,
-elle est appelée dans un acte, <i>S. Andreas in Laaso</i>; en 1254, 1260,
-1261, 1274, on lit <span class="pagenum"><a id="page620" name="page620"></a>(p. 620)</span> <i>S. Andreas de Assiciis</i>, <i>de Arciciis</i>, <i>de
-Assibus</i>, <i>de Arsiciis</i>; et <i>S. Andreas</i> sans aucun surnom dans la
-transaction passée, en 1272, entre Philippe-le-Hardi et l'abbaye
-Saint-Germain<a id="footnotetag519" name="footnotetag519"></a><a href="#footnote519" title="Lien vers la note 519"><span class="smaller">[519]</span></a>. Il est vrai qu'un titre de 1284 l'offre pour la
-première fois avec le surnom <i>de Arcubus</i>; mais comme les noms de
-<i>Assiciis</i> et <i>Arciciis</i> ont été donnés au territoire de Laas dès
-1194, ce critique ne doute point que le nom <i>des Arcs</i> ne vienne
-originairement de ce nom de <i>Laas</i>, qu'on a successivement altéré et
-corrompu; il réfute du reste les conjectures de D. Félibien et de
-l'abbé Lebeuf, qui veulent que le vrai surnom soit des <i>Ars</i>, et qui
-prétendent en trouver l'origine dans l'incendie fait par les Normands
-de tous les dehors de la Cité, et principalement des édifices bâtis
-sur la rive méridionale, qui étoit alors très-peuplée.</p>
-
-<p>À l'égard des autres explications hasardées sur cette étymologie,
-lesquelles supposent que le surnom des <i>Arts</i> a été donné à cette
-église, parce qu'elle étoit située à l'entrée du territoire de
-l'Université; des <i>Arcs</i>, parce qu'on fabriquoit autrefois des armes
-de cette espèce dans son voisinage, ou qu'il y avoit, à peu de
-distance, des arcades et un jardin dans lequel on s'exerçoit <span class="pagenum"><a id="page621" name="page621"></a>(p. 621)</span> à tirer
-de l'arc, elles ne paroissoient avoir aucun fondement, et ne méritent
-pas d'être sérieusement réfutées<a id="footnotetag520" name="footnotetag520"></a><a href="#footnote520" title="Lien vers la note 520"><span class="smaller">[520]</span></a>.</p>
-
-<p>L'église de Saint-André offroit, comme tous les monuments gothiques de
-Paris, des constructions de diverses époques, et de différents
-caractères. Le fond du sanctuaire annonçoit un gothique du
-commencement du treizième siècle; le reste étoit bien postérieur, et
-le portail avoit été reconstruit, ainsi que beaucoup d'autres parties,
-en 1660, sur les dessins d'un architecte nommé Gamard. La tour pouvoit
-avoir été bâtie en 1500; et l'on y voyoit encore, au-dehors de
-l'escalier, la marque des coups de mousquets qu'on y avoit tirés au
-temps des troubles de Paris. Les niches et statues qui ornoient sa
-partie latérale le long de la rue du Cimetière ne pouvoient pas avoir
-été faites avant le seizième siècle<a id="footnotetag521" name="footnotetag521"></a><a href="#footnote521" title="Lien vers la note 521"><span class="smaller">[521]</span></a>.</p>
-
-<p>Il est remarquable que cette église étoit, avec <span class="pagenum"><a id="page622" name="page622"></a>(p. 622)</span> celle de
-Saint-Sulpice, le seul monument de ce genre qui ne fût pas attaché à
-des maisons particulières. Elle étoit isolée et bordée de passages
-publics sur ses quatre côtés.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Dans le ch&oelig;ur, dix tableaux, dont quatre qui représentoient les
- Évangélistes, étoient de la main de <i>Restout</i>; le cinquième, par
- <i>Hallé</i>, offroit une image de saint André; les cinq autres
- étoient d'un peintre nommé <i>Samson</i>.</p>
-
- <p>Dans les deux petites chapelles attenant la grille du ch&oelig;ur, un
- saint Pierre et une sainte Geneviève; par <i>Jeaurat</i>.</p>
-
- <p>Au-dessus de la chaire du prédicateur, un saint André, sans nom
- d'auteur, lequel avoit servi de modèle, dans les derniers temps,
- au dessin de la bannière<a id="footnotetag522" name="footnotetag522"></a><a href="#footnote522" title="Lien vers la note 522"><span class="smaller">[522]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Dans la chapelle de la Vierge, sa statue en marbre; par
- <i>Francin</i>.</p>
-
- <p>Au-dessus de l'&oelig;uvre, un médaillon en marbre représentant saint
- André, donné à cette église par Armand Arouet, frère de Voltaire.</p>
-
- <p>Attenant l'&oelig;uvre, un petit monument représentant la Religion qui
- foule aux pieds un cadavre ou squelette embarrassé dans son
- linceul, et arraché de son tombeau<a id="footnotetag523" name="footnotetag523"></a><a href="#footnote523" title="Lien vers la note 523"><span class="smaller">[523]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap"><span class="pagenum"><a id="page623" name="page623"></a>(p. 623)</span> TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans cette église avoient été inhumés:</p>
-
- <p>À l'entrée du ch&oelig;ur, Anne-Marie Martinozzi, princesse de Conti,
- morte en 1672<a id="footnotetag524" name="footnotetag524"></a><a href="#footnote524" title="Lien vers la note 524"><span class="smaller">[524]</span></a>.</p>
-
- <p>Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti, son fils aîné, mort en
- 1685.</p>
-
- <p>François-Louis de Bourbon, prince de Conti, son second fils, mort
- en 1709<a id="footnotetag525" name="footnotetag525"></a><a href="#footnote525" title="Lien vers la note 525"><span class="smaller">[525]</span></a>.</p>
-
- <p>Dans la nef, auprès de l'&oelig;uvre, Jean-Baptiste Ravot d'Ombreval,
- conseiller du roi, etc., mort en 1699.</p>
-
- <p>Gilbert Mauguin, président en la cour des monnoies, mort en 1674.</p>
-
- <p>Dans la chapelle de MM. de Thou, Christophe de Thou, premier
- président du parlement, mort en 1582<a id="footnotetag526" name="footnotetag526"></a><a href="#footnote526" title="Lien vers la note 526"><span class="smaller">[526]</span></a>.</p>
-
- <p>Jacques-Auguste de Thou, président à mortier au parlement de
- Paris, historien célèbre, mort en 1617<a id="footnotetag527" name="footnotetag527"></a><a href="#footnote527" title="Lien vers la note 527"><span class="smaller">[527]</span></a>.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page624" name="page624"></a>(p. 624)</span> Marie de Barbançon Cani, sa première femme, morte en 1601.</p>
-
- <p>Gasparde de La Châtre, sa seconde femme, morte en 1627<a id="footnotetag528" name="footnotetag528"></a><a href="#footnote528" title="Lien vers la note 528"><span class="smaller">[528]</span></a>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle Saint-Antoine, Pierre Séguier, président au
- parlement de Paris, mort en 1580.</p>
-
- <p>Pierre Séguier, son petit-fils, maître des requêtes, mort en
- 1638<a id="footnotetag529" name="footnotetag529"></a><a href="#footnote529" title="Lien vers la note 529"><span class="smaller">[529]</span></a>.</p>
-
- <p>Dans d'autres parties de la nef et des chapelles avoient été
- inhumés plusieurs autres personnages distingués, tels que:</p>
-
- <p>André Duchesne, célèbre par ses recherches sur l'histoire de
- France, mort en 1640.</p>
-
- <p>Pierre d'Hozier, savant généalogiste, mort en 1660.</p>
-
- <p>Robert Nanteuil, très-habile graveur, mort en 1678.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page625" name="page625"></a>(p. 625)</span> Le Nain de Tillemont, l'un des plus savants ecclésiastiques de
- son temps, mort en 1637.</p>
-
- <p>Louis Cousin, président en la cour des monnoies, et de l'Académie
- françoise, mort en 1707.</p>
-
- <p>Antoine Houdard de La Mothe, de l'Académie françoise, mort en
- 1731.</p>
-
- <p>Claude Léger, curé de cette paroisse, personnage recommandable
- par sa charité et par ses vertus<a id="footnotetag530" name="footnotetag530"></a><a href="#footnote530" title="Lien vers la note 530"><span class="smaller">[530]</span></a>.</p>
-
- <p>Joli de Fleuri, procureur-général du parlement.</p>
-
- <p>L'abbé Le Batteux, littérateur distingué, mort en 1780<a id="footnotetag531" name="footnotetag531"></a><a href="#footnote531" title="Lien vers la note 531"><span class="smaller">[531]</span></a>.</p>
-
- <p>Dans le cimetière:</p>
-
- <p>Charles du Moulin, savant jurisconsulte, mort en 1566.</p>
-
- <p>Henri d'Aguesseau, père du chancelier, mort en 1716.</p>
-</div>
-
-
-<h3>CIRCONSCRIPTION.</h3>
-
-<p>Le territoire de la paroisse Saint-André commençoit dans la rue
-Hautefeuille, au coin de celle du Battoir. Il renfermoit tout le carré
-formé par un des côtés de cette rue et par la rue <span class="pagenum"><a id="page626" name="page626"></a>(p. 626)</span> entière des
-Poitevins. Il continuoit ce même côté gauche de la rue Hautefeuille
-jusqu'à l'église. Au-delà il renfermoit tout le côté gauche de la rue
-Saint-André, depuis le chevet de l'église jusqu'à la place du
-Pont-Saint-Michel, le côté gauche de cette place et la moitié des
-maisons bâties sur le pont du même côté. De là, en revenant au quai
-des Augustins, cette paroisse avoit la rue de Hurepoix et tout le quai
-jusqu'au collége des Quatre-Nations exclusivement, espace dans lequel
-étoit comprise une grande partie de la rue Guénégaud. Elle avoit aussi
-les rues de Nevers et d'Anjou en entier, et presque toute la rue
-Dauphine.</p>
-
-<p>Elle embrassoit en outre la rue Contrescarpe, partie de la rue
-Saint-André jusqu'au chevet de l'église, ce qui renfermoit, du côté de
-la rivière, les rues Christine, des Augustins, de Savoie, Pavée,
-Gilles-C&oelig;ur, de l'Hirondelle; de l'autre, celle de l'Éperon en
-entier, le cul-de-sac de la Cour-de-Rohan, et enfin la rue du
-Cimetière-Saint-André.</p>
-
-<p>Parmi plusieurs chapelles fondées dans cette église, et dont l'abbé
-Lebeuf a donné le détail, il falloit remarquer celle de Saint-Nicolas,
-la plus grande et la plus riche de l'église, laquelle reconnoissoit
-pour fondateur le fameux Jacques Cottier, médecin de Louis XI.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page627" name="page627"></a>(p. 627)</span> <i>Hospice de charité de la paroisse Saint-André-des-Arcs.</i></p>
-
-<p>Cet hospice, fondé par le dernier curé de cette paroisse, M. Desbois
-de Rochefort, étoit situé dans la rue des Poitevins, et consacré au
-service des pauvres malades de son arrondissement. Ils y étoient reçus
-au nombre de huit, quatre hommes et quatre femmes. On y faisoit aussi
-travailler les petites filles indigentes de la paroisse, au nombre de
-vingt-cinq; et tous ces soins étoient remplis par quatre s&oelig;urs de la
-Charité, qui trouvoient encore le temps de visiter les malades du
-dehors et de faire les petites écoles.</p>
-
-
-<h3>ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-SÉVERIN.</h3>
-
-<p>Il n'est point de monument dont l'origine soit plus incertaine, et ait
-produit plus d'opinions diverses parmi nos historiens. Les uns
-prétendent que cette église occupe la place d'une <span class="pagenum"><a id="page628" name="page628"></a>(p. 628)</span> chapelle dédiée
-sous le nom de saint Clément, pape; d'autres veulent qu'elle ait été,
-dès sa fondation, sous le nom de saint Séverin, abbé d'Agaune, que
-Clovis fit venir à Paris, afin d'obtenir par son intercession la
-guérison d'une maladie grave dont il étoit tourmenté depuis deux
-années. Ceux-ci croient, au contraire, que ce fut un pieux solitaire,
-lequel portoit le même nom, et s'étoit retiré, du temps de Childebert
-I<sup>er</sup>, dans une cellule près de la porte méridionale, qui fit construire
-cette chapelle sous le titre déjà énoncé du pape saint Clément.
-Ceux-là conjecturent que cette église n'étoit qu'un baptistère ou
-chapelle de Saint-Jean-Baptiste, dépendante du monastère ou basilique
-de Saint-Julien-le-Pauvre. Enfin, il en est qui pensent que c'est à la
-place de cette église qu'existoit autrefois un monastère de
-Saint-Séverin, et qu'il y avoit un peu plus loin une chapelle de
-Saint-Martin. Nous avons déjà réfuté cette dernière opinion, en
-parlant, dans le dixième quartier, de la basilique de
-Saint-Laurent<a id="footnotetag532" name="footnotetag532"></a><a href="#footnote532" title="Lien vers la note 532"><span class="smaller">[532]</span></a>. Parmi les autres, il en est plusieurs qui ne
-méritent aucune attention, parce qu'elles ne sont soutenues d'aucune
-autorité. Par exemple, le culte de saint Clément n'a été public en
-France que long-temps après la mort <span class="pagenum"><a id="page629" name="page629"></a>(p. 629)</span> de saint Séverin <i>le Solitaire</i>;
-il n'y a pas un seul titre qui puisse faire seulement soupçonner que
-l'église Saint-Séverin ait été une dépendance de
-Saint-Julien-le-Pauvre, ni qu'elle lui ait servi de baptistère; et
-plusieurs actes, tels que le diplôme de Henri I<sup>er</sup>, que nous avons
-plusieurs fois cité, semblent prouver le contraire, en parlant de ces
-deux églises dans des termes qui supposent une parfaite égalité.
-Enfin, s'il faut choisir entre les deux seules opinions
-vraisemblables, que le titulaire de cette église est ou saint Séverin
-d'Agaune, ou saint Séverin <i>le Solitaire</i>, le peu de séjour que fit le
-premier à Paris semble devoir faire pencher la balance en faveur du
-second, qui y demeura long-temps, édifiant ses habitants par l'exemple
-et le spectacle de ses vertus. La charte de Henri I<sup>er</sup>, qui désigne
-cette église sous le nom de Saint-Séverin-<i>le-Solitaire</i>, vient à
-l'appui de cette opinion<a id="footnotetag533" name="footnotetag533"></a><a href="#footnote533" title="Lien vers la note 533"><span class="smaller">[533]</span></a>; et, dans les dernières années de la
-monarchie, on en avoit été tellement frappé, que sa fête y étoit
-célébrée avec toutes les solennités usitées pour les Saints
-titulaires, quoique le nom plus fameux de l'abbé d'Agaune eût fait
-prévaloir depuis long-temps son culte dans cette église.</p>
-
-<p>Jaillot, qui adopte cette idée, pense qu'après la mort de ce saint
-homme on aura bâti sur son <span class="pagenum"><a id="page630" name="page630"></a>(p. 630)</span> tombeau une chapelle, dont la dévotion des
-fidèles rendit bientôt l'accroissement nécessaire. Elle aura ensuite
-éprouvé, comme beaucoup d'autres édifices, les fureurs des Normands
-dans le neuvième siècle. C'est alors que le corps du Saint fut levé,
-et qu'on transporta ses reliques à la cathédrale, où elles sont
-restées. Cependant il y a apparence que l'église, où jusque-là elles
-avoient été conservées, n'avoit point été entièrement détruite par ces
-barbares, puisqu'elle est énoncée dans la charte de Henri I<sup>er</sup> au
-nombre de celles qu'il donne à l'église de Paris. Il est présumable
-qu'elle fut rebâtie après le décès du prêtre Girauld<a id="footnotetag534" name="footnotetag534"></a><a href="#footnote534" title="Lien vers la note 534"><span class="smaller">[534]</span></a>, auquel on
-en avoit laissé la jouissance sa vie durant, et que la population de
-ce quartier s'étant rapidement augmentée, l'église fut érigée en cure,
-avec le titre d'<i>archiprêtre</i> pour celui qui la desservoit, titre qui
-lui donnoit la prééminence sur tous les curés de son district<a id="footnotetag535" name="footnotetag535"></a><a href="#footnote535" title="Lien vers la note 535"><span class="smaller">[535]</span></a>.
-Quoi qu'il en soit, l'acte le plus ancien qui fasse mention de la cure
-de Saint-Séverin est de 1210<a id="footnotetag536" name="footnotetag536"></a><a href="#footnote536" title="Lien vers la note 536"><span class="smaller">[536]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page631" name="page631"></a>(p. 631)</span> Cette église a été rebâtie et agrandie à différentes époques. Dès l'an
-1347 le pape Clément VI avoit accordé des indulgences pour faciliter
-sa reconstruction. Elle fut augmentée en 1489, et le 12 mai de cette
-année on posa la première pierre de l'aile droite et des chapelles qui
-sont derrière le sanctuaire<a id="footnotetag537" name="footnotetag537"></a><a href="#footnote537" title="Lien vers la note 537"><span class="smaller">[537]</span></a>. Les autres parties, telles que la
-tour, la nef et le ch&oelig;ur étoient plus anciennes d'un siècle environ,
-et d'un gothique assez délicat. L'abbé Lebeuf prétend que ses vitraux
-étoient les premiers où l'on eût dessiné des armoiries de
-famille<a id="footnotetag538" name="footnotetag538"></a><a href="#footnote538" title="Lien vers la note 538"><span class="smaller">[538]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-SÉVERIN.</p>
-
-<p class="p2 center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, une copie de la Cène; par <i>Philippe de
- Champagne</i>.</p>
-
- <p>Dans une chapelle, un saint Joseph et une sainte Geneviève; par
- le même.</p>
-
- <p>Dans la chapelle des Brinons, saint Pierre délivré de sa prison;
- par <i>Bosse</i>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle Saint-Michel, cet Archange; par <i>Monnet</i>.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page632" name="page632"></a>(p. 632)</span> Dans la chapelle des Fonts, le Baptême de Notre-Seigneur; sans
- nom d'auteur.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Dans la chapelle du cimetière, le buste en marbre d'Étienne
- Pasquier.</p>
-
- <p>Au sixième pilier du côté de la rue, une vierge en bois placée à
- mi-corps dans une chaire de prédicateur. Dans cet endroit étoit
- autrefois une chapelle de la Vierge<a id="footnotetag539" name="footnotetag539"></a><a href="#footnote539" title="Lien vers la note 539"><span class="smaller">[539]</span></a>.</p>
-
- <p>La décoration du maître-autel, composée de huit colonnes de
- marbre, avec coupole, ornements en bronze doré, etc., avoit été
- exécutée par <i>Baptiste Tuby</i>, d'après les dessins de <i>Le Brun</i>.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans cette église ont été inhumés:</p>
-
- <p>Étienne Pasquier, avocat-général de la chambre des comptes, connu
- par ses recherches sur l'histoire de France, mort en 1615.</p>
-
- <p>Scévole et Louis de Sainte-Marthe, frères jumeaux, et tous les
- deux historiographes de France, morts, le premier en 1650, le
- second en 1656.</p>
-
- <p>Louis Moréri, auteur du Dictionnaire qui porte ce nom, mort en
- 1680.</p>
-
- <p>Eustache Le Noble, écrivain fécond, et plus célèbre par ses
- aventures que par ses écrits, mort en 1711.</p>
-
- <p>Louis-Elie Dupin, docteur de Sorbonne, auteur de plusieurs
- ouvrages, mort en 1719.</p>
-
- <p>Pierre Grassin, conseiller du roi, fondateur du collége des
- Grassins.</p>
-
- <p>Dans la chapelle des Brinons, plusieurs membres de cette famille,
- à commencer par Yves Brinon, examinateur, de par le roi, au
- châtelet de Paris, et procureur au parlement, mort en 1529. La
- famille des Gilbert-de-Voisins avoit aussi sa sépulture dans
- cette chapelle, etc., etc.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page633" name="page633"></a>(p. 633)</span> Dans le cimetière avoit été inhumé le marquis de Ségur,
- gouverneur du pays de Foix, etc., mort en 1737.</p>
-
- <p>Au milieu de ce cimetière, on voyoit autrefois un tombeau élevé,
- fermé par une grille de fer, sur lequel étoit la figure d'un
- homme couché, soutenant sa tête avec sa main, et le coude appuyé
- sur des livres. Ce tombeau renfermoit le corps d'un jeune
- seigneur allemand nommé Ennon, gouverneur de la ville de Emda,
- qui mourut à Paris, en 1545 pendant le cours de ses études<a id="footnotetag540" name="footnotetag540"></a><a href="#footnote540" title="Lien vers la note 540"><span class="smaller">[540]</span></a>.</p>
-</div>
-
-
-<h3>CIRCONSCRIPTION.</h3>
-
-<p>L'étendue de cette paroisse présentoit une forme oblongue, accompagnée
-de quelques branches. Le corps principal se composoit du petit
-Châtelet, des rues du Petit-Pont, Saint-Julien-le-Pauvre, du Plâtre,
-de la Parcheminerie, des Prêtres, de Boute-Brie, du Foin, des Maçons,
-auxquelles il falloit ajouter la place de Sorbonne, la rue
-Neuve-de-Richelieu, les rues Serpente, Percée, Poupée, Mâcon, de la
-Bouclerie, de la Huchette, Zacharie et Saint-Séverin.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page634" name="page634"></a>(p. 634)</span> Les branches se formoient des rues qui n'entroient qu'en partie dans
-cette paroisse, et qui en marquoient les limites; savoir, partie du
-côté gauche et du côté droit de la rue de la Bûcherie et de la rue
-Galande; le côté droit de la rue des Anglois; partie de la rue des
-Noyers; les deux côtés de la rue Saint-Jacques dans une certaine
-étendue; le couvent des Mathurins et quelques maisons dans la rue du
-même nom; deux maisons dans la rue de Sorbonne; la rue de la Harpe à
-gauche, jusqu'à la rue Neuve-de-Richelieu, à droite jusqu'à la rue
-Serpente; partie des rues d'Enfer, de Hautefeuille et
-Saint-André-des-Arcs; une seule maison dans la rue Sarrasin.</p>
-
-<p>Il y avoit dans cette église un assez grand nombre de chapelles
-fondées à diverses époques, et dont l'abbé Lebeuf a donné le détail.
-Ce même auteur prétend que c'est une des premières églises de Paris où
-l'on ait vu des orgues; il y en avoit dès le règne du roi Jean<a id="footnotetag541" name="footnotetag541"></a><a href="#footnote541" title="Lien vers la note 541"><span class="smaller">[541]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page635" name="page635"></a>(p. 635)</span> <i>Les Filles de Sainte-Marthe.</i></p>
-
-<p>La maison et le presbytère de cette communauté, destinée à
-l'instruction des pauvres filles, avoit son entrée dans la rue des
-Prêtres-Saint-Séverin, où est aussi la principale entrée de l'église
-paroissiale dont nous venons de parler.</p>
-
-
-<h3>LES RELIGIEUX DE LA SAINTE-TRINITÉ<br /> DE LA RÉDEMPTION DES CAPTIFS,<br /> DITS
-LES MATHURINS.</h3>
-
-<p>Cet ordre fut institué par Jean de Matha et par Félix de Valois, ainsi
-nommé du lieu de sa naissance ou de celui de sa demeure. La pieuse
-<span class="pagenum"><a id="page636" name="page636"></a>(p. 636)</span> simplicité d'un ancien historien a voulu répandre sur l'origine de
-cette fondation quelque chose de miraculeux, l'appuyer sur des
-visions, sur des révélations dont nous croyons inutile de parler<a id="footnotetag542" name="footnotetag542"></a><a href="#footnote542" title="Lien vers la note 542"><span class="smaller">[542]</span></a>.
-Il est plus vraisemblable qu'il dut son établissement à la pitié
-qu'inspira aux deux fondateurs l'état malheureux auquel étoient
-réduits les chrétiens que le mauvais succès des croisades avoit rendus
-esclaves des Sarrasins. Jean de Matha conçut le premier le projet de
-consacrer sa vie à chercher les moyens de racheter ces pauvres
-captifs; et Félix de Valois, à qui il le communiqua, s'associa avec
-joie à une aussi charitable entreprise. Une bulle du pape Innocent III
-autorisa, en 1198, le nouvel institut; une seconde le confirma en
-1199; et, dix ans après, ce même pontife donna à Jean de Matha la
-maison et l'église de Saint-Thomas sur le mont Célius. Cet ordre, qui
-ne tarda pas à s'introduire en France, s'y étendit par la protection
-de Philippe-Auguste, et par les libéralités de plusieurs personnages
-d'une haute distinction. Gaucher III de Chastillon donna d'abord à ces
-religieux un terrain propre à bâtir un monastère; mais le nombre de
-ceux qui se présentoient pour embrasser la règle nouvelle devenant
-trop considérable pour qu'il leur fût <span class="pagenum"><a id="page637" name="page637"></a>(p. 637)</span> possible de se loger dans un
-lieu aussi resserré, ce seigneur ajouta au don qu'il leur avoit déjà
-fait, celui du lieu même où les deux fondateurs avoient concerté
-ensemble pour la première fois le dessein de racheter les captifs. Cet
-endroit, nommé <i>Cerfroid</i>, est situé entre Gandelu et la Ferté-Milon,
-sur les confins du Valois.</p>
-
-<p>On ne sait point précisément en quelle année les Trinitaires vinrent
-s'établir à Paris; mais on voit par un acte de l'année 1209 qu'à cette
-époque ils y avoient déjà une maison<a id="footnotetag543" name="footnotetag543"></a><a href="#footnote543" title="Lien vers la note 543"><span class="smaller">[543]</span></a>. Ils occupoient un hôpital
-ou aumônerie, appelée de <i>Saint-Benoît</i>; et un acte capitulaire de
-leur chapitre général, tenu à Cerfroid, en 1230<a id="footnotetag544" name="footnotetag544"></a><a href="#footnote544" title="Lien vers la note 544"><span class="smaller">[544]</span></a>, semble prouver
-qu'ils devoient cette demeure à la libéralité de l'évêque et du
-chapitre de Paris. La chapelle de cette aumônerie étoit sous le titre
-de Saint-Mathurin, dont elle possédoit quelques reliques: c'est de là
-que les religieux de la Sainte-Trinité en prirent le nom, qu'ils
-communiquèrent ensuite à la rue dans laquelle ils demeuroient, et à
-toutes les maisons de leur ordre établies en France.</p>
-
-<p>Les bâtiments de cette maison furent augmentés peu à peu par les
-libéralités de saint Louis et de Jeanne, fille du comte de Vendôme,
-<span class="pagenum"><a id="page638" name="page638"></a>(p. 638)</span> ainsi que par les acquisitions successives que firent les religieux.
-Le cloître, construit en 1219, par les soins d'un de leurs
-<i>ministres</i><a id="footnotetag545" name="footnotetag545"></a><a href="#footnote545" title="Lien vers la note 545"><span class="smaller">[545]</span></a>, fut rebâti vers la fin du quinzième siècle, par
-Robert Gaguin, qui étoit aussi ministre ou général de l'ordre. Il fut
-encore reconstruit vers la fin du dix-huitième siècle. Ce même général
-avoit aussi fait rebâtir, agrandir et décorer l'église, dont l'ancien
-portail, élevé en 1406, étoit tourné du côté de la rue Saint-Jacques.
-Il fut détruit en 1610 pour élargir la rue, et en 1613 on acheva les
-bâtiments qui jusqu'alors étoient restés imparfaits. On n'y entroit
-alors que par une petite porte qui a subsisté jusqu'aux derniers temps
-dans la rue des Mathurins. Enfin on construisit, en 1729, un nouveau
-portail et une cour fermée par une grille<a id="footnotetag546" name="footnotetag546"></a><a href="#footnote546" title="Lien vers la note 546"><span class="smaller">[546]</span></a>.</p>
-
-<p>L'Université tenoit ses assemblées dans une salle de cette maison
-depuis le treizième siècle. Mais elle les transféra en 1764 au collége
-de Louis-le-Grand, dont la possession venoit de lui être accordée.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center"><span class="pagenum"><a id="page639" name="page639"></a>(p. 639)</span> CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES MATHURINS.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, une Assomption; sans nom d'auteur. Sur les
- côtés, deux religieux de l'ordre, peints en grisaille, et sur les
- panneaux de menuiserie placés au-dessus des stalles du ch&oelig;ur, la
- vie de saint Jean de Matha et du B. Félix de Valois, en dix-neuf
- tableaux; par <i>Théodore Van Tulden</i>, élève de Rubens.</p>
-
- <p>Plusieurs grands tableaux placés dans la nef; sans nom d'auteurs,
- et exécutés aux frais de Louis Petit, général de l'ordre.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Sur le couronnement du tabernacle, lequel étoit richement décoré
- de pilastres et de bronzes dorés, un ange tenant les chaînes de
- deux captifs agenouillés sur les angles de l'entablement.</p>
-
- <p>Sur l'entablement de la grille qui séparoit la nef du ch&oelig;ur,
- deux figures d'anges; par <i>Guillain</i>.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans cette église avoient été inhumés:</p>
-
- <p>Robert Gaguin, historien du quinzième siècle, vingtième général
- de l'ordre, mort en 1501<a id="footnotetag547" name="footnotetag547"></a><a href="#footnote547" title="Lien vers la note 547"><span class="smaller">[547]</span></a>.</p>
-
- <p>Jean de Sacro Bosco, célèbre mathématicien.</p>
-
- <p>François Balduni, savant jurisconsulte.</p>
-
- <p>Sur la droite du cloître de cette maison, à côté d'une petite
- statue de la Vierge, on trouvoit une tombe plate sur laquelle
- étoient représentés deux hommes enveloppés dans des suaires.
- Autour de la tombe étoit gravée l'épitaphe suivante:</p>
-
-<p class="quote"><i lang="la">Hìc subtùs Jacent Leodegarius</i> du Moussel <i>de Normaniâ, et
- <span class="pagenum"><a id="page640" name="page640"></a>(p. 640)</span> Olivarius</i> Bourgeois <i lang="la">de Britanniâ oriundi, clerici
- scholares, quondam ducti ad justitiam sæcularem, ubi
- obierunt, restituti honorificè, et hìc sepulti. Anno Domini
- 1408 die 16 mensis maii</i><a id="footnotetag548" name="footnotetag548"></a><a href="#footnote548" title="Lien vers la note 548"><span class="smaller">[548]</span></a>.</p>
-</div>
-
-<p>La bibliothèque de ces chanoines réguliers étoit composée de cinq à
-six mille volumes, <span class="pagenum"><a id="page641" name="page641"></a>(p. 641)</span> parmi lesquels il se trouvoit quelques manuscrits
-précieux<a id="footnotetag549" name="footnotetag549"></a><a href="#footnote549" title="Lien vers la note 549"><span class="smaller">[549]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>PALAIS DES THERMES.</h3>
-
-<p>Dans la rue de la Harpe, et un peu en-deçà des Mathurins, au fond de
-la cour d'une vieille maison qui avoit autrefois pour enseigne une
-croix de fer, on trouve le monument le plus ancien de Paris, reste
-d'un vaste édifice élevé du temps des Romains, et connu sous le nom de
-<i>palais des Thermes</i>. On ne sait pas précisément par qui ni en quel
-temps il fut bâti; mais il est certain que Julien l'Apostat y a
-demeuré, et qu'il y faisoit son séjour lorsqu'il fut proclamé
-<span class="pagenum"><a id="page642" name="page642"></a>(p. 642)</span> empereur. Ce fut aussi quelquefois l'habitation de nos rois de la
-première et de la seconde race; et sa dégradation ne commença sans
-doute que lorsqu'ils eurent transféré leur résidence dans la cité, et
-fait bâtir à la pointe de l'île le vaste bâtiment connu sous le nom de
-<i>Palais</i><a id="footnotetag550" name="footnotetag550"></a><a href="#footnote550" title="Lien vers la note 550"><span class="smaller">[550]</span></a>.</p>
-
-<p>Ce fragment d'édifice est presque carré, si l'on en excepte
-l'avant-salle qui précède la grande pièce. En face de l'entrée est une
-grande niche circulaire, accompagnée de deux autres, plus petites,
-moins profondes et quadrangulaires. De chaque côté les murs latéraux
-présentent un enfoncement dont on ignore l'objet. La salle, dont la
-hauteur est de quarante pieds au-dessus du sol actuel de la rue de la
-Harpe, se prolonge dans une dimension de cinquante-huit pieds de long
-sur cinquante-six de large. Elle est percée de quatre croisées, dont
-deux sont bouchées; la troisième ne l'est qu'à moitié; et la
-quatrième, ouverte en forme d'arcade, y introduit une belle lumière:
-celle-ci est pratiquée en face de l'entrée, au-dessus de la grande
-niche, et précisément sous le cintre de la voûte. Cette partie de
-l'édifice, comme dans presque tous les thermes de Rome, est faite en
-voûte d'arête, genre de couverture peu dispendieux et de la plus
-grande solidité, parce que toutes les poussées y sont <span class="pagenum"><a id="page643" name="page643"></a>(p. 643)</span> divisées, et
-que par conséquent il ne s'y opère aucun travail<a id="footnotetag551" name="footnotetag551"></a><a href="#footnote551" title="Lien vers la note 551"><span class="smaller">[551]</span></a>. Aux quatre
-angles on voit encore des débris de chapiteaux faits en forme de
-poupes de navire, lesquels servoient sans doute de couronnement à des
-pilastres qui ont été détruits<a id="footnotetag552" name="footnotetag552"></a><a href="#footnote552" title="Lien vers la note 552"><span class="smaller">[552]</span></a>.</p>
-
-<p>La construction des murs de cet édifice se compose de six rangées de
-moellons, formant des bandes, que séparent les unes des autres quatre
-rangées de briques, qui chacune ont un pouce à quinze lignes seulement
-d'épaisseur. Les joints pratiqués entre ces briques sont également
-d'un pouce de largeur, de manière que les quatre briques forment avec
-eux une épaisseur de huit pouces. Deux rangs de briques avec les
-moellons placés au milieu occupent un espace <span class="pagenum"><a id="page644" name="page644"></a>(p. 644)</span> d'environ quatre pieds
-six pouces. Les moellons ont de quatre à cinq pouces de hauteur.</p>
-
-<p>Ce genre de construction étoit habituellement celui des Romains; et on
-le retrouve dans un grand nombre d'édifices, à Rome et dans toute
-l'Italie. Ce modèle, que le temps a respecté au milieu de Paris, y est
-malheureusement trop peu connu et mériteroit d'être imité. Il nous
-offre la solution de ce problème que s'étoient proposé les architectes
-de l'antiquité, de faire de grands et solides édifices avec des
-matériaux communs et de peu de valeur: c'est ce qu'on ne sait plus
-faire aujourd'hui.</p>
-
-<p>Les murs de cette salle étoient recouverts d'une couche de stuc qui
-avoit trois, quatre et même cinq pouces d'épaisseur. On en voit encore
-quelques débris: le reste paroît avoir cédé plutôt à la main des
-hommes qu'aux ravages du temps.</p>
-
-<p>Quelle place occupoit dans l'ensemble des Thermes de Julien cette
-belle salle que nous venons de décrire? c'est ce qu'il n'est pas
-facile de décider en la voyant ainsi séparée de l'immense édifice<a id="footnotetag553" name="footnotetag553"></a><a href="#footnote553" title="Lien vers la note 553"><span class="smaller">[553]</span></a>
-dont elle faisoit partie. Les thermes des anciens se composoient
-d'une multitude <span class="pagenum"><a id="page645" name="page645"></a>(p. 645)</span> de pièces qui toutes n'étoient point destinées à
-l'usage des bains; et, pour assigner à celle-ci son emploi précis, il
-faudroit la considérer dans son rapport avec de semblables pièces des
-thermes de Rome; il faudroit surtout rétablir, sur les indications des
-fondations et des ruines adjacentes, l'ensemble approximatif des
-salles contiguës. Le plan des Thermes n'existe dans aucun des grands
-ouvrages qui ont traité de cette partie des monuments antiques: la
-première restitution s'en trouve dans le deuxième volume des
-Antiquités de la France par M. Clérisseau; et l'idée qu'il en donne
-est assez satisfaisante, sans qu'on puisse toutefois s'assurer que
-c'en soit là le véritable plan.</p>
-
-<p>Sous l'édifice que nous décrivons, on a découvert un double rang en
-hauteur de caves en berceaux, ou plutôt de larges conduits de neuf
-pieds dans toutes leurs dimensions. Il y avoit ainsi trois berceaux
-parallèles séparés par des murs de quatre pieds d'épaisseur et se
-communiquant par des portes de trois à quatre pieds de large. Le
-premier rang de ces voûtes se trouve à dix pieds au-dessous du sol; on
-y descend par quinze marches. Le second rang est dix pieds plus bas.
-Quant à la longueur de ces routes souterraines, elle est inconnue, et
-l'on ne pénètre pas au-delà de quatre-vingt-six pieds, à cause des
-décombres qui en interceptent l'issue. <span class="pagenum"><a id="page646" name="page646"></a>(p. 646)</span> Les voûtes en sont composées de
-briques, de pierres plates et de blocages à bain de mortier; la
-construction des murs est en petits moellons durs de six pouces de
-long sur quatre pouces d'épaisseur; le mortier introduit dans les
-joints a depuis six lignes jusqu'à un pouce<a id="footnotetag554" name="footnotetag554"></a><a href="#footnote554" title="Lien vers la note 554"><span class="smaller">[554]</span></a>.</p>
-
-<p>«Quand on pense, dit un habile architecte<a id="footnotetag555" name="footnotetag555"></a><a href="#footnote555" title="Lien vers la note 555"><span class="smaller">[555]</span></a>, avec quelle avidité on
-recueille les moindres renseignements sur des ruines lointaines, avec
-quel empressement on dessine de toutes parts des débris de
-constructions romaines, moins curieux et moins bien conservés que
-celui dont nous parlons, il y a lieu de s'étonner du peu de soin qu'on
-a apporté jusqu'à présent, soit à la conservation de ce monument, soit
-à sa publication. Plusieurs projets avoient été présentés à ce sujet
-avant la révolution: le gouvernement paroissoit disposé à faire un
-choix parmi ces projets<a id="footnotetag556" name="footnotetag556"></a><a href="#footnote556" title="Lien vers la note 556"><span class="smaller">[556]</span></a>, lorsque nos troubles civils vinrent
-<span class="pagenum"><a id="page647" name="page647"></a>(p. 647)</span> tout arrêter. Il seroit à souhaiter que l'attention se portât de
-nouveau sur ce précieux débris, et qu'un édifice riche en souvenirs,
-fécond en leçons de tous genres pour l'art de bâtir, fût enfin
-désobstrué dans ses abords, fouillé dans ses fondations et soustrait
-aux agents destructeurs qui de toutes parts travaillent à sa
-ruine<a id="footnotetag557" name="footnotetag557"></a><a href="#footnote557" title="Lien vers la note 557"><span class="smaller">[557]</span></a>.»</p>
-
-
-<h3>LES PRÉMONTRÉS.</h3>
-
-<p>Personne n'ignore que l'institution de cet ordre de chanoines
-réguliers est due au zèle pieux de saint Norbert. Barthélemi, évêque
-de Laon, qui connoissoit les talents et les vertus de cet homme
-apostolique, l'avoit appelé près de lui pour l'aider à introduire la
-réforme parmi <span class="pagenum"><a id="page648" name="page648"></a>(p. 648)</span> les chanoines de Saint-Martin, qui habitoient sa ville
-épiscopale. Le succès n'ayant pas répondu à ses efforts, saint
-Norbert, qui vouloit se livrer à la vie pénitente et contemplative, se
-retira dans un vallon de la forêt de Couci, que l'on nommoit
-<i>Prémontré</i>. Une chapelle de Saint-Jean-Baptiste qu'il trouva dans ce
-lieu, et que les religieux de Saint-Vincent-de-Laon, à qui elle
-appartenoit, avoient abandonnée, lui fit naître le projet de
-s'associer quelques personnes, et d'établir en cet endroit un
-monastère<a id="footnotetag558" name="footnotetag558"></a><a href="#footnote558" title="Lien vers la note 558"><span class="smaller">[558]</span></a>. L'évêque Barthélemi, entrant dans ses vues, fit
-l'acquisition du vallon et de la chapelle, qu'il donna en 1120 à saint
-Norbert; et cette même année celui-ci jeta les fondements d'un ordre
-régulier, qu'il mit sous la règle de Saint-Augustin, et dont treize
-chanoines firent profession le jour de Noël en 1121<a id="footnotetag559" name="footnotetag559"></a><a href="#footnote559" title="Lien vers la note 559"><span class="smaller">[559]</span></a>. L'ordre
-s'accrut assez rapidement; et dans le siècle suivant, Jean, abbé de
-Prémontré, voulant que ses religieux joignissent à la sainteté de leur
-vie une science suffisante pour instruire les fidèles qu'ils
-édifioient, prit la résolution de faire établir pour son ordre un
-collége à Paris. Il y acquit en conséquence plusieurs maisons dans
-les années 1252, 1255, <span class="pagenum"><a id="page649" name="page649"></a>(p. 649)</span> 1256 et 1286<a id="footnotetag560" name="footnotetag560"></a><a href="#footnote560" title="Lien vers la note 560"><span class="smaller">[560]</span></a>. On voit par une bulle
-d'Urbain IV, adressée à Renaud de Corbeil, évêque de Paris, que ces
-religieux obtinrent en 1263 la permission d'avoir un autel
-portatif<a id="footnotetag561" name="footnotetag561"></a><a href="#footnote561" title="Lien vers la note 561"><span class="smaller">[561]</span></a>; mais on n'a pu découvrir dans quel temps on leur permit
-d'élever une chapelle. Celle qu'on leur avoit accordée fut démolie en
-1618, et l'on bâtit alors à la place l'église qui a subsisté jusqu'à
-la fin du dernier siècle. Elle fut dédiée sous l'invocation de
-<i>Saint-Jean-Baptiste</i> et de <i>Sainte-Anne</i>. En 1672 on y fit plusieurs
-changements, et la nef fut agrandie par la suppression d'une maison
-située entre cette église et la rue Hautefeuille.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES PRÉMONTRÉS.</p>
-
-<p class="center smcap">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, décoré de colonnes ioniques accouplées et
- <span class="pagenum"><a id="page650" name="page650"></a>(p. 650)</span> chargées d'ornements d'assez mauvais goût, deux anges de grandeur
- naturelle, soutenant un petit temple placé au-dessus du
- tabernacle.</p>
-
- <p>Dans deux niches et sur l'arrière-corps, deux autres statues
- également de grandeur naturelle; le tout sans nom d'auteur.</p>
-
- <p>Dans l'église, qui n'avoit rien de remarquable sous le rapport de
- l'architecture, la menuiserie des orgues, des stalles et la
- grille du ch&oelig;ur passoient pour d'assez bons ouvrages.</p>
-</div>
-
-<p>La maison des Prémontrés à Paris portoit le titre de <i>prieuré</i>, et
-étoit destinée à servir de collége aux jeunes chanoines de leur ordre.
-Elle a produit un grand nombre de sujets distingués, qui ont été
-l'ornement et la lumière de l'église<a id="footnotetag562" name="footnotetag562"></a><a href="#footnote562" title="Lien vers la note 562"><span class="smaller">[562]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-CÔME ET SAINT-DAMIEN.</h3>
-
-<p>En parlant de l'église Saint-André-des-Arcs nous avons fait connoître
-l'origine de celle-ci. Ces deux églises furent érigées dans le même
-temps en paroisse, et cédées à l'Université <span class="pagenum"><a id="page651" name="page651"></a>(p. 651)</span> en 1345. On ne sait si
-celle-ci fut reconstruite dans le siècle suivant, mais on trouve que
-la dédicace en fut faite en 1426.</p>
-
-<p>L'église de Saint-Côme étoit petite, et néanmoins suffisante au
-très-petit nombre de ses paroissiens: elle n'avoit rien dans sa
-construction qui fût digne d'être remarqué<a id="footnotetag563" name="footnotetag563"></a><a href="#footnote563" title="Lien vers la note 563"><span class="smaller">[563]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-CÔME.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, décoré de colonnes corinthiennes, une
- Résurrection; par <i>Houasse</i>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle des fonts, un bas relief; sans nom d'auteur.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans cette église avoient été inhumés:</p>
-
- <p>Nicoles de Beze, seigneur de la Selle, archidiacre d'Étampes,
- etc., etc., oncle du fameux Théodore de Beze, mort en 1543<a id="footnotetag564" name="footnotetag564"></a><a href="#footnote564" title="Lien vers la note 564"><span class="smaller">[564]</span></a>.</p>
-
- <p>Charles Loiseau, savant jurisconsulte, mort en 1628.</p>
-
- <p>Pierre Dupuy, conseiller au parlement et garde de la bibliothèque
- du roi, mort en 1651.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page652" name="page652"></a>(p. 652)</span> Jacques Dupuy son frère, prieur de Saint-Sauveur, et également
- garde de la bibliothèque, mort en 1656.</p>
-
- <p>Jacques-Omer Talon, avocat-général au parlement, mort en 1648.</p>
-
- <p>Omer Talon, aussi avocat-général au parlement dans le temps de la
- Fronde, mort en 1652.</p>
-
- <p>Denis Talon, président à mortier au parlement, mort en 1698.</p>
-
- <p>(Plusieurs autres membres de cette famille avoient leur sépulture
- dans la même église.)</p>
-
- <p>Jacques Bazin, marquis de Bezons, maréchal de France, gouverneur
- de Cambrai, etc., mort en 1733.</p>
-
- <p>Claude d'Espence, savant théologien, recteur de l'Université,
- etc., mort en 1571<a id="footnotetag565" name="footnotetag565"></a><a href="#footnote565" title="Lien vers la note 565"><span class="smaller">[565]</span></a>.</p>
-
- <p>Denis Bouthilier, avocat célèbre.</p>
-
- <p>François Bouthilier de Chavigny, évêque de Troyes, mort en 1731.</p>
-
- <p>François de La Peyronie, premier chirurgien du roi, mort en
- 1747<a id="footnotetag566" name="footnotetag566"></a><a href="#footnote566" title="Lien vers la note 566"><span class="smaller">[566]</span></a>, etc., etc.</p>
-</div>
-
-
-<h3>CIRCONSCRIPTION.</h3>
-
-<p>Les limites de cette paroisse ont excité, dans le dix-septième siècle,
-de vives contestations qu'il seroit fastidieux de rapporter. Il paroît
-qu'elle s'étendoit réellement d'un côté jusqu'aux confins de celle de
-Saint-Benoît; qu'elle avoit le <span class="pagenum"><a id="page653" name="page653"></a>(p. 653)</span> terrain qui entouroit la porte
-Saint-Michel depuis le lieu dit anciennement le
-<i>Parloir-aux-Bourgeois</i> jusque vis-à-vis la rue de Vaugirard. Une
-transaction qu'elle fit avec l'abbaye Saint-Germain lui enleva
-quelques maisons dans les rues d'Enfer et Vaugirard, pour l'agrandir
-d'un autre côté, de manière que, dans les derniers temps, elle se
-renfermoit dans les rues suivantes:</p>
-
-<p>À partir de l'église, elle avoit le côté droit de la rue de la Harpe,
-à l'exception du collége d'Harcourt; partie de la place Saint-Michel
-et de la rue Sainte-Hyacinthe, des deux côtés; la rue Saint-Thomas; la
-gauche de la rue d'Enfer jusqu'à celle de Saint-Dominique; le côté
-droit de la rue Sainte-Catherine; en revenant, le côté droit de la rue
-des Fossés-de-Monsieur-le-Prince jusqu'à celle de l'Observance,
-qu'elle renfermoit en entier avec le couvent des Cordeliers; partie de
-la rue qui portoit ce nom, des deux côtés; la rue du Paon tout entière
-avec son cul-de-sac; partie de la rue du Jardinet et de celle du
-Battoir; la rue Mignon tout entière.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page654" name="page654"></a>(p. 654)</span> L'ACADÉMIE ROYALE DE CHIRURGIE.</h3>
-
-<p>L'importance et la beauté du monument consacré aux travaux de cette
-société savante nous déterminent à intervertir ici l'ordre naturel de
-cet ouvrage, qui semble lui assigner sa place parmi les écoles et les
-colléges. Cette exception, que nous avons déjà faite pour plusieurs
-maisons religieuses, sera renouvelée encore dans ce même quartier, en
-faveur de l'église et de la maison de Sorbonne.</p>
-
-<p>La chirurgie fut d'abord en honneur dans l'Europe entière lors de la
-renaissance des lettres, parce que, dans la pratique comme dans la
-théorie, ceux qui exerçoient l'art de guérir l'avoient d'abord réunie
-à la médecine; mais elle tomba bientôt dans un profond avilissement,
-lorsque, par un dédain absurde, les médecins jugèrent à propos de la
-séparer de leur art, et de l'abandonner comme une profession purement
-mécanique, à la main des barbiers, qu'ils se contentoient de diriger
-dans les opérations chirurgicales <span class="pagenum"><a id="page655" name="page655"></a>(p. 655)</span> et dans l'application des remèdes
-extérieurs. Cet arrangement bizarre la perdit sans ressource en
-Allemagne et en Italie, où elle avoit d'abord brillé du plus grand
-éclat. Il n'en fut pas de même en France, parce que, long-temps avant
-l'époque qui ramena les sciences et les arts en Occident, les
-chirurgiens formoient déjà un corps savant, à la vérité uniquement
-occupé de l'art chirurgical, mais à qui l'on avoit du moins accordé le
-droit d'unir la théorie à la pratique. Ce fut Jean Pitard, chirurgien
-de Saint-Louis, qui le premier pensa à réunir une société de gens de
-sa profession, à laquelle pût s'attacher la confiance publique que le
-charlatanisme d'une foule d'empiriques avoit alors fort indisposée
-contre l'art de la chirurgie. Il obtint d'abord de ce prince, en sa
-qualité de chirurgien du roi au Châtelet, une charte qui lui donnoit
-le pouvoir d'examiner et d'approuver, dans toute l'étendue de la
-ville, prévôté et vicomté de Paris, tous ceux qui voudroient y exercer
-l'art de la chirurgie. Cette charte fut bientôt suivie d'une
-permission de former un corps de chirurgiens, pour lequel il fit des
-statuts et des réglements. Ce corps toutefois ne fut entièrement
-établi qu'en 1278, sous le titre de <i>confrérie</i>; on en confirma pour
-lors les priviléges, et la nouvelle confrérie fut mise sous
-l'invocation de Saint-Côme et de Saint-Damien. Cette compagnie
-n'étoit alors <span class="pagenum"><a id="page656" name="page656"></a>(p. 656)</span> composée que de gens lettrés et d'une capacité éprouvée;
-et une suite d'ordonnances de nos rois, depuis Philippe-le-Bel jusqu'à
-Charles VI<a id="footnotetag567" name="footnotetag567"></a><a href="#footnote567" title="Lien vers la note 567"><span class="smaller">[567]</span></a>, a pour objet de maintenir une juste sévérité dans
-l'examen de ceux qui se destinoient à exercer la chirurgie. En 1436,
-on trouve que le corps des chirurgiens fut agrégé à l'Université: ils
-avoient déjà adopté la pieuse et ancienne coutume introduite depuis
-long-temps parmi les médecins, de donner des consultations gratuites à
-l'entrée des églises. Un des statuts de la confrérie portoit qu'ils
-s'assembleroient le premier lundi de chaque mois à Saint-Côme, pour
-examiner les pauvres malades qui se présenteroient, et leur fournir
-les médicaments qui leur seroient nécessaires. Ce fut en conséquence
-de cette disposition que les curé et marguilliers de cette paroisse
-firent construire, vers 1561, au bas de leur église, un bâtiment
-destiné à cette &oelig;uvre de charité.</p>
-
-<p>Cependant, l'orgueil ou la jalousie des médecins pensa détruire une
-aussi sage institution; et il ne tint pas à eux que la chirurgie ne
-retombât parmi nous dans l'avilissement complet où <span class="pagenum"><a id="page657" name="page657"></a>(p. 657)</span> elle étoit chez
-nos voisins: car, après de longues dissensions, dont l'objet étoit de
-soutenir des prétentions déraisonnables, la faculté de médecine, par
-une imitation honteuse des médecins étrangers, appela les barbiers à
-l'exercice de la chirurgie, les initia ensuite aux grandes opérations
-de l'art, et parvint enfin à les faire unir au corps des chirurgiens.
-Le mépris dans lequel cette indigne alliance le fit tomber fut tel,
-qu'un arrêt solennel le dépouilla, en 1660, de tous les honneurs
-littéraires. Cependant, par une espèce de prodige, la théorie s'y
-conserva; une suite d'hommes aussi habiles que courageux transmit
-fidèlement les traditions, l'art fit chaque jour de nouveaux progrès,
-et ces progrès devinrent si remarquables, que le gouvernement sentit
-enfin qu'il étoit aussi juste qu'honorable de rétablir la chirurgie
-dans son état primitif. Une loi rendue en 1724 ordonna d'abord
-l'établissement de cinq professeurs royaux pour enseigner la théorie
-et la pratique de l'art; en 1731, l'académie royale de chirurgie fut
-formée dans l'association de Saint-Côme; enfin, en 1743, cette
-agrégation humiliante des chirurgiens-barbiers fut entièrement
-supprimée; et l'arrêt qui ordonnoit leur suppression, mettant la
-chirurgie au nombre des arts libéraux, et lui en accordant tous les
-honneurs, droits et prérogatives, assimile le collége <span class="pagenum"><a id="page658" name="page658"></a>(p. 658)</span> des chirurgiens
-au collége Royal, et à celui de Louis-le-Grand.</p>
-
-<p>L'augmentation de la confrérie et l'association des barbiers avoient
-forcé d'accroître les bâtiments qui lui étoient destinés. On avoit
-acheté quelques maisons voisines, élevé en 1671 un amphithéâtre
-anatomique, ajouté en 1706 une salle et de nouveaux bâtiments; mais
-toutes ces additions n'empêchant pas ce local d'être incommode et
-insuffisant, La Martinière, premier chirurgien de Louis XV, demanda
-l'emplacement du collége de Bourgogne, situé dans la même rue, pour y
-élever un plus vaste bâtiment. Il l'obtint; le collége fut démoli, et
-sur ce terrain on construisit l'école de chirurgie dont il nous reste
-à parler. Le roi en posa la première pierre en 1769, et l'exécution en
-fut confiée à M. Gondouin, architecte qui ne s'étoit encore fait
-connoître par aucuns travaux importants.</p>
-
-<p>Un style pur, noble, simple, et qui ne ressembloit en rien à tout ce
-qui se bâtissoit alors, attira tous les yeux, réunit tous les
-suffrages. Les gens de l'art y reconnurent la majesté de
-l'architecture romaine, dépouillée de ses riches superfluités, et
-rapprochée de la simplicité des monuments de la Grèce.</p>
-
-<p>Cet édifice se compose de quatre corps de bâtiments, formant une cour
-de onze toises de profondeur sur seize de largeur; la façade sur <span class="pagenum"><a id="page659" name="page659"></a>(p. 659)</span> la
-rue en a trente-trois; un péristyle de quatre rangs de colonnes réunit
-les deux ailes: le bâtiment du fond est un amphithéâtre éclairé par en
-haut, et qui peut contenir douze cents personnes. Dans les deux ailes
-sont placées les diverses salles de démonstration et d'administration:
-elles renferment en outre un grand cabinet d'anatomie humaine, un
-autre de pièces anatomiques modelées en cire, une bibliothèque
-publique, une collection de tous les instruments employés dans la
-chirurgie.</p>
-
-<p>La décoration extérieure consiste, dans toute l'étendue de la façade
-et au pourtour de la cour, en un ordre ionique qui n'excède pas la
-hauteur du rez-de-chaussée; au fond est un péristyle de six colonnes
-corinthiennes d'un plus grand module, couronné d'un fronton, dans le
-tympan duquel un bas-relief offre la Théorie et la Pratique se donnant
-la main, et jurant sur l'autel d'Esculape de demeurer unies pour le
-soulagement de l'humanité. Sur le mur du fond, dans la partie la plus
-élevée, cinq médaillons offrent les portraits de cinq chirurgiens
-célèbres<a id="footnotetag568" name="footnotetag568"></a><a href="#footnote568" title="Lien vers la note 568"><span class="smaller">[568]</span></a>.</p>
-
-<p>Le mérite de ce péristyle, bien supérieur à toutes les décorations de
-ce genre que peuvent <span class="pagenum"><a id="page660" name="page660"></a>(p. 660)</span> offrir d'autres monuments de la capitale,
-consiste principalement dans le juste rapport des parties avec
-l'ensemble. Les colonnes posent seulement sur quelques marches élevées
-au-dessus du sol, et ne sont point anéanties dans leur effet, comme
-dans le fameux péristyle du Louvre, par un soubassement d'une hauteur
-excessive. La masse de l'entablement et du fronton qui le couronne ne
-présente pas, comme au péristyle de Sainte-Geneviève, dont les
-colonnes sont placées à de trop grands intervalles, un poids énorme
-qui fatigue l'&oelig;il. Rapprochées ici les unes des autres dans une juste
-proportion, on voit qu'elles supportent sans effort le couronnement de
-cet élégant édifice.</p>
-
-<p>Le grand bas-relief placé au-dessus de la porte représente, dans une
-composition allégorique, le Gouvernement accordant des grâces et des
-priviléges à la chirurgie; il est accompagné de la Sagesse et de la
-Bienfaisance: le génie des arts lui présente le plan de l'école.
-Toutes ces sculptures, extrêmement médiocres, sont de <i>Berruer</i>.</p>
-
-<p>Pour l'intérieur du monument, l'architecte a adopté un genre de
-décoration qui peut remplacer avantageusement la sculpture: c'est la
-peinture à fresque. On voit dans l'escalier la statue d'Hygie, déesse
-de la santé; dans une salle du rez-de-chaussée, six figures imitant
-le bas-relief; <span class="pagenum"><a id="page661" name="page661"></a>(p. 661)</span> dans l'amphithéâtre un grand morceau en grisaille,
-offrant un sujet allégorique, le tout exécuté par <i>Gibelin</i>.
-Au-dessous de ce dernier tableau sont les bustes des deux fondateurs
-de l'académie de chirurgie, La Peyronie et La Martinière, tous les
-deux de la main de <i>Le Moine</i>. Cette école possédoit autrefois une
-statue de Louis XV par <i>Tassaer</i>.</p>
-
-<p>Il est peu d'édifices conçus avec autant de goût et distribués aussi
-heureusement que celui-ci. La critique, réduite à ne pouvoir attaquer
-que certains détails de la décoration extérieure, est forcée de se
-taire en considérant l'ensemble élégant et majestueux du monument.
-Placé dans une rue étroite, il étoit impossible autrefois de jouir du
-développement de sa façade; la démolition de l'église des Cordeliers a
-formé devant lui une place vague qui en détruit également
-l'effet<a id="footnotetag569" name="footnotetag569"></a><a href="#footnote569" title="Lien vers la note 569"><span class="smaller">[569]</span></a>.</p>
-
-<p>L'académie de chirurgie, dirigée par le ministre de Paris, se
-composoit d'un président, premier chirurgien du roi; d'un directeur,
-d'un <span class="pagenum"><a id="page662" name="page662"></a>(p. 662)</span> vice-directeur et de plusieurs autres officiers tirés des
-quarante conseillers qui formoient le comité perpétuel de l'académie.
-Il y avoit vingt adjoints à ce comité; tous les autres maîtres en
-chirurgie du collége étoient académiciens libres.</p>
-
-<p>Dix-sept professeurs donnant tous les jours des leçons sur les
-diverses parties de la chirurgie, étoient distribués de la manière
-suivante:</p>
-
-<ul class="none">
-<li>Deux pour la physiologie.</li>
-<li>Deux pour la pathologie chirurgicale.</li>
-<li>Deux pour l'hygiène.</li>
-<li>Deux pour l'anatomie.</li>
-<li>Deux pour les opérations.</li>
-<li>Deux pour les maladies des yeux.</li>
-<li>Deux pour les accouchements.</li>
-<li>Un pour la chimie.</li>
-<li>Deux pour l'école pratique de
- dissection.</li>
-</ul>
-
-<p>Cette compagnie avoit une assemblée publique, dans laquelle elle
-distribuoit des prix fondés par plusieurs de ses membres les plus
-célèbres<a id="footnotetag570" name="footnotetag570"></a><a href="#footnote570" title="Lien vers la note 570"><span class="smaller">[570]</span></a>.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page663" name="page663"></a>(p. 663)</span> LES CORDELIERS.</h3>
-
-<p>Cet ordre religieux, institué en 1208 par saint François, près
-d'Assise en Ombrie, et approuvé l'année suivante, fit des progrès si
-rapides, qu'au premier chapitre, tenu en 1219, on comptoit déjà plus
-de cinq mille députés. Ils avoient d'abord pris le nom de
-<i>Prédicateurs de la Pénitence</i>, mais leur instituteur voulut, par
-humilité, qu'ils s'appelassent <i>Frères Mineurs</i>; il ordonna même que
-le chef ou général de l'ordre ne prît que le simple titre de ministre.
-Nos historiens s'accordent à fixer leur arrivée à Paris de 1216 à
-1217<a id="footnotetag571" name="footnotetag571"></a><a href="#footnote571" title="Lien vers la note 571"><span class="smaller">[571]</span></a>; mais Jaillot présume qu'il y a ici quelque erreur: car il
-en résulteroit que ces religieux seroient restés treize à quatorze ans
-à Paris sans établissement fixe, puisque c'est seulement en 1230
-qu'ils se fixèrent dans le lieu qu'ils ont occupé jusque dans les
-derniers temps. Cet emplacement leur fut cédé à titre de <span class="pagenum"><a id="page664" name="page664"></a>(p. 664)</span> <em>prêt</em> par
-l'abbé et le couvent Saint-Germain, sous la condition qu'ils ne
-pourroient avoir ni chapelle publique, ni cimetière, ni cloches pour
-appeler les fidèles au service divin, et que si par la suite ils
-venoient à quitter cette demeure, le couvent de Saint-Germain
-rentreroit dans la propriété des lieux cédés, et des augmentations
-qu'on y auroit faites. Telle est la forme de l'acte de
-concession<a id="footnotetag572" name="footnotetag572"></a><a href="#footnote572" title="Lien vers la note 572"><span class="smaller">[572]</span></a>; mais Jaillot prétend et prouve, ce nous semble,
-très-bien que ce prétendu <em>prêt</em> étoit une cession véritable que l'on
-avoit déguisée sous ce titre, pour ne pas violer en apparence le v&oelig;u
-de pauvreté absolue si rigoureusement ordonné par saint François à ses
-religieux; et qu'en effet ce fut saint Louis qui acheta de l'abbaye
-tout ce qu'elle paroissoit prêter aux Cordeliers. Plusieurs actes
-cités par lui viennent à l'appui de son opinion.</p>
-
-<p>Les religieux de Saint-Germain ne tardèrent pas à se relâcher de ces
-conditions sévères qu'ils avoient imposées d'abord aux frères mineurs;
-et dès 1240 on voit que non-seulement ils leur permirent d'avoir une
-église, un cimetière et des cloches, mais encore qu'ils consentirent
-en leur faveur à l'aliénation de deux pièces de terre que des
-personnes pieuses vouloient acquérir pour eux, dont l'une étoit
-contiguë à <span class="pagenum"><a id="page665" name="page665"></a>(p. 665)</span> leur couvent, et l'autre située au-delà des murs. Saint
-Louis se chargea de faire bâtir leur église, et y consacra une partie
-de l'amende de dix mille livres, à laquelle il avoit condamné
-Enguerrand de Couci<a id="footnotetag573" name="footnotetag573"></a><a href="#footnote573" title="Lien vers la note 573"><span class="smaller">[573]</span></a>. Elle ne fut dédiée que le 6 juin 1262, sous
-le titre de <i>Sainte-Magdeleine</i>. Depuis, ces religieux firent encore,
-sur les terres de l'abbé de Saint-Germain, diverses acquisitions que
-celui-ci voulut bien leur amortir; et en 1298, Philippe-le-Hardi leur
-donna la rue qui régnoit le long des murs, depuis la porte d'Enfer
-jusqu'à celle de Saint-Germain. Mais dans le siècle suivant, la
-nécessité où l'on se trouva de fortifier la ville, lors de la prison
-du roi Jean, ayant forcé d'abattre les maisons qu'ils avoient bâties
-sur ce terrain, et de détruire une partie de leurs vignes pour creuser
-des fossés, Charles V crut devoir les en dédommager en leur donnant la
-propriété de deux maisons situées rue de la Harpe et de Saint-Côme,
-qu'il avoit achetées des religieux de Molême; et de ses propres
-deniers fit construire pour eux de grandes écoles et plusieurs autres
-bâtiments. Ils reçurent à différentes époques des marques non moins
-éclatantes de la générosité de plusieurs illustres personnages. Ce fut
-Anne de Bretagne qui fit rebâtir leur réfectoire, lequel avoit cent
-<span class="pagenum"><a id="page666" name="page666"></a>(p. 666)</span> soixante-douze pieds de long sur quarante-trois de large. Un incendie,
-arrivé en 1580, ayant détruit leur église presque de fond en
-comble<a id="footnotetag574" name="footnotetag574"></a><a href="#footnote574" title="Lien vers la note 574"><span class="smaller">[574]</span></a>, elle fut reconstruite sur les mêmes fondements <span class="pagenum"><a id="page667" name="page667"></a>(p. 667)</span> par les
-libéralités de Henri III, des chevaliers du Saint-Esprit et autres
-personnes de considération. On commença les travaux en 1582. En 1585
-le ch&oelig;ur fut fini, et dédié sous l'invocation de <i>Sainte-Magdeleine</i>.
-Les largesses du président de Thou, de son fils Jacques-Auguste de
-Thou et de quelques autres, fournirent les moyens de continuer la nef,
-qui fut achevée en 1606. En 1672 on bâtit la chapelle du tiers-ordre
-de Saint-François, laquelle fut dédiée sous le nom de
-<i>Sainte-Élisabeth</i>; enfin, en 1673, ces religieux firent reconstruire
-leur cloître et élever au-dessus de vastes dortoirs. On mit alors sur
-la porte cette inscription: <cite>le grand couvent de l'observance de
-Saint-François</cite>, 1673<a id="footnotetag575" name="footnotetag575"></a><a href="#footnote575" title="Lien vers la note 575"><span class="smaller">[575]</span></a>. Toutefois <span class="pagenum"><a id="page668" name="page668"></a>(p. 668)</span> ces bâtiments ne furent achevés
-que dix ans après.</p>
-
-<p>L'église des cordeliers passoit pour une des plus grandes de Paris:
-c'étoit un immense vaisseau de trois cent vingt pieds de long sur plus
-de quatre-vingt-dix de large, sans compter les chapelles des
-bas-côtés. Le bâtiment n'en étoit point voûté, mais seulement plafonné
-d'une charpente dont la couleur enfumée par le temps y répandoit une
-grande obscurité et la rendoit d'un aspect désagréable; mais elle
-contenoit un assez grand nombre d'illustres sépultures qui la
-rendoient digne de l'attention des curieux<a id="footnotetag576" name="footnotetag576"></a><a href="#footnote576" title="Lien vers la note 576"><span class="smaller">[576]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CORDELIERS.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, décoré d'un très-beau tabernacle en marbre,
- la Nativité de Notre-Seigneur; par <i>Franck</i>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle des Gougenot, une Annonciation; par <i>Vien</i>.</p>
-
- <p>Dans une frise qui régnoit autour de la salle du chapitre, des
- têtes de cardinaux, patriarches, généraux, saints et saintes de
- l'ordre de Saint-François, peintes dans de petits compartiments.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page669" name="page669"></a>(p. 669)</span> Dans deux niches qui accompagnoient le jubé, les statues de saint
- Pierre et de saint Paul.</p>
-
- <p>Dans la chapelle des Gougenot, sur le devant de l'autel, un
- bas-relief en pierre de liais représentant l'ensevelissement de
- Notre-Seigneur; par <i>Jean Goujon</i>. (Ce morceau de sculpture
- venoit de la démolition de l'ancien jubé de
- Saint-Germain-l'Auxerrois)<a id="footnotetag577" name="footnotetag577"></a><a href="#footnote577" title="Lien vers la note 577"><span class="smaller">[577]</span></a>.</p>
-
- <p>Sur le portail de l'église, du côté de la rue de l'Observance,
- une statue de saint Louis, estimée des antiquaires, et que l'on
- disoit très-ressemblante.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans cette église ont été inhumés:</p>
-
- <p>Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de France,
- décapité en place de Grève le 19 décembre 1475.</p>
-
- <p>Derrière le ch&oelig;ur et à côté du grand autel, Pierre Filhol,
- archevêque d'Aix, lieutenant général du roi au gouvernement de
- Paris, mort en 1540. (Sa statue étoit couchée sur son
- tombeau)<a id="footnotetag578" name="footnotetag578"></a><a href="#footnote578" title="Lien vers la note 578"><span class="smaller">[578]</span></a>.</p>
-
- <p>Albert Pio, prince de Carpi, mort à Paris en 1535. (Il étoit
- représenté en bronze, à demi couché sur son tombeau)<a id="footnotetag579" name="footnotetag579"></a><a href="#footnote579" title="Lien vers la note 579"><span class="smaller">[579]</span></a>.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page670" name="page670"></a>(p. 670)</span> Alexandre de Hales, religieux de cet ordre, dit le docteur
- irréfragable et maître de saint Thomas et de saint Bonaventure,
- mort en 1245.</p>
-
- <p>Jean de La Haye, du même ordre, prédicateur ordinaire d'Anne
- d'Autriche, mort en 1661.</p>
-
- <p>Bernard de Beon et du Massé, seigneur de Bouteville, conseiller
- et lieutenant du roi, etc., mort en 1607.</p>
-
- <p>André Thevet, cosmographe de quatre rois, mort en 1590.</p>
-
- <p>François de Belleforêt, écrivain du seizième siècle, mort en
- 1583.</p>
-
- <p>Dans une chapelle, Gilles-le-Maître, premier président au
- parlement de Paris, mort en 1562. (On voyoit sa statue sur son
- tombeau)<a id="footnotetag580" name="footnotetag580"></a><a href="#footnote580" title="Lien vers la note 580"><span class="smaller">[580]</span></a>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle de Gondi, don Antoine, prétendu roi de Portugal,
- mort en 1595.</p>
-
- <p>Don Diego Bothelh, seigneur portugais qui s'étoit attaché à sa
- fortune, mort en 1607.</p>
-
- <p>Dans la chapelle des Longueil, plusieurs membres de cette
- famille, entre autres Antoine de Longueil, évêque de
- Saint-Pol-de-Léon, mort en 1500. (Sa statue étoit couchée sur une
- tombe placée dans l'épaisseur du mur)<a id="footnotetag581" name="footnotetag581"></a><a href="#footnote581" title="Lien vers la note 581"><span class="smaller">[581]</span></a>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle des Besançon, plusieurs magistrats de ce nom et
- des familles de Bullion et de Lamoignon, qui en descendent. (Dans
- cette chapelle on voyoit sur un tombeau de marbre noir le buste
- de M. de Bullion, surintendant des finances, mort en 1640)<a id="footnotetag582" name="footnotetag582"></a><a href="#footnote582" title="Lien vers la note 582"><span class="smaller">[582]</span></a>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle des Briçonnet, plusieurs membres de cette
- famille illustre dans la magistrature. (Quatre bustes chargés
- d'inscriptions offroient les images de quatre d'entre eux<a id="footnotetag583" name="footnotetag583"></a><a href="#footnote583" title="Lien vers la note 583"><span class="smaller">[583]</span></a>,
- et à l'un des piliers on voyoit un squelette qui tenoit entre
- ses mains <span class="pagenum"><a id="page671" name="page671"></a>(p. 671)</span> l'épitaphe de Catherine Briçonnet, épouse d'Adrien du
- Drac, morte en 1680.)</p>
-
- <p>Vis-à-vis la chapelle du Saint-Sépulcre, Jean de Rouen, savant
- professeur de langues anciennes, mort en 1615.</p>
-
- <p>Dans la chapelle Sainte-Élisabeth, Claude-Françoise de Pouilly,
- marquise d'Esne, etc., femme d'Alexandre, marquis de Redon, etc.,
- morte en 1672.</p>
-
- <p>Dans la chapelle des Gougenot, plusieurs membres de cette
- famille, et entre autres l'abbé Gougenot, prieur de Maintenay,
- associé libre de l'académie de peinture et sculpture, mort en
- 1767<a id="footnotetag584" name="footnotetag584"></a><a href="#footnote584" title="Lien vers la note 584"><span class="smaller">[584]</span></a>.</p>
-
- <p>Plusieurs autres familles distinguées, telles que celles des
- Aîmeret, des Riantz-Villeray, des Hardi-la-Trousse, des La
- Palu-Bouligneux, des Vertamon, des Faucon-de-Ris, etc., avoient
- leurs sépultures dans cette église.</p>
-
- <p>Dans la salle du chapitre:</p>
-
- <p>Sous une tombe plate, Nicolas de Lyre, docteur en théologie,
- religieux Cordelier, et l'un des plus savants hommes de son
- siècle, mort en 1340.</p>
-</div>
-
-<p>Le couvent des Cordeliers occupoit un très-vaste emplacement, mais se
-composoit d'un mélange de bâtiments anciens et sans symétrie, et de
-bâtiments modernes et réguliers. Le cloître étoit le plus vaste et le
-plus beau qu'il y eût à Paris. Le réfectoire, les dortoirs méritoient
-d'être vus. La bibliothèque, composée d'environ vingt-quatre mille
-volumes, étoit répartie en deux grandes pièces et trois cabinets. On y
-conservoit des manuscrits précieux donnés à cette maison par saint
-Louis, qui, comme on sait, légua ses <span class="pagenum"><a id="page672" name="page672"></a>(p. 672)</span> livres, par égale portion, à ces
-pères et aux Jacobins de la rue Saint-Jacques. Ils possédoient aussi
-une collection de manuscrits grecs qui leur avoit été donnée par Marie
-de Médicis.</p>
-
-<p>Deux confréries fameuses, celle du tiers ordre de Saint-François et
-celle du Saint-Sépulcre avoient été établies ou transportées dans
-l'église de ce couvent: saint Louis fut de la dernière, laquelle
-existoit avant l'arrivée des Cordeliers à Paris. C'étoit aussi dans
-une des salles de leur maison que se tenoient régulièrement, deux fois
-par an, les assemblées des chevaliers de l'ordre royal de
-Saint-Michel.</p>
-
-<p>Ce monastère servoit de collége aux jeunes religieux de l'ordre qui
-venoient à Paris étudier la théologie. Parmi le grand nombre de ceux
-qui s'y sont illustrés, on distingue Alexandre de <i>Hales</i>, saint
-<i>Bonaventure</i>, Nicolas <i>de Lyre</i>, Jean <i>Duns</i>, dit <i>Scot</i>, surnommé le
-<i>docteur subtil</i>, etc. Cet ordre a aussi donné à l'église quelques
-papes et plusieurs cardinaux<a id="footnotetag585" name="footnotetag585"></a><a href="#footnote585" title="Lien vers la note 585"><span class="smaller">[585]</span></a>.</p>
-
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page673" name="page673"></a>(p. 673)</span> LA SORBONNE.</h3>
-
-<p>Cette belle institution devoit son origine à Robert, dit de <i>Sorbon</i>
-ou <i>Sorbonne</i>, lieu de sa <span class="pagenum"><a id="page674" name="page674"></a>(p. 674)</span> naissance, situé dans le Rhételois. Né dans
-l'obscurité, il étoit parvenu par sa science et par ses vertus à
-mériter l'estime et les faveurs de saint Louis, dont il fut le
-chapelain et non le confesseur, comme quelques-uns l'ont avancé. Dans
-ce haut degré de fortune, Robert se ressouvint des obstacles que sa
-pauvreté avoit apportés à ses études, et surtout des difficultés qu'on
-éprouvoit à parvenir au doctorat quand on étoit né comme lui
-absolument sans biens. Ce fut pour aplanir ces difficultés qui
-pouvoient enlever à l'Église un grand nombre d'habiles défenseurs,
-qu'il forma le dessein d'établir une société d'ecclésiastiques
-séculiers qui, vivant en commun et dégagés de toute inquiétude sur les
-besoins de la vie, ne seroient occupés que du soin d'étudier et de
-donner gratuitement des leçons. Du Boulai et ceux qui l'ont suivi ne
-nous présentent ce collége que comme un établissement fondé en faveur
-de seize pauvres écoliers; mais le titre seul qu'il portoit prouve le
-contraire: on voit qu'il s'appeloit dès le principe la <i>Communauté des
-pauvres maîtres</i>, et que ses membres étoient, quelques années après,
-désignés ainsi: <span class="pagenum"><a id="page675" name="page675"></a>(p. 675)</span> <i lang="la">Pauperes magistri de vico ad portas</i><a id="footnotetag586" name="footnotetag586"></a><a href="#footnote586" title="Lien vers la note 586"><span class="smaller">[586]</span></a>. «C'étoit,
-dit l'historien de l'Université<a id="footnotetag587" name="footnotetag587"></a><a href="#footnote587" title="Lien vers la note 587"><span class="smaller">[587]</span></a>, aux pauvres que Robert
-prétendoit fournir des secours. La pauvreté étoit l'attribut propre de
-la maison de Sorbonne; elle en a conservé long-temps la réalité avec
-le titre, et depuis même que les libéralités du cardinal de Richelieu
-l'ont enrichie, elle a toujours retenu l'épithète de <i>Pauvre</i>, comme
-son premier titre de noblesse.» Elle la conserva jusque dans les
-derniers temps, et les actes publics l'ont toujours qualifiée
-<i lang="la">pauperrima domus</i>, exemple rare et vraiment admirable d'humilité
-chrétienne, humilité dont son fondateur lui avoit du reste fourni le
-modèle: car on ne voit point qu'il ait voulu faire porter son nom à ce
-collége, et l'on sait qu'il se contenta du titre de <em>Proviseur</em>, plus
-simple alors qu'il ne l'est aujourd'hui.</p>
-
-<p>Nos historiens ont extrêmement varié sur l'époque de la fondation de
-cet établissement; et la plupart, rapportant les lettres de concession
-accordées par saint Louis et datées de Paris l'an 1250, n'ont pas fait
-attention en adoptant cette date qu'alors saint Louis étoit en Afrique
-depuis deux ans, et par conséquent qu'elle ne pouvoit être qu'une
-erreur de copiste. L'abbé <span class="pagenum"><a id="page676" name="page676"></a>(p. 676)</span> Ladvocat, docteur et bibliothécaire de ce
-collége, est tombé dans une erreur à peu près semblable, lorsque,
-d'après des inscriptions gravées dans la maison même de Sorbonne, il
-fixe cette fondation à l'année 1253, puisque saint Louis ne revint en
-France que l'année suivante. Il a du reste reconnu cette erreur; et en
-examinant avec attention tous les actes relatifs à la fondation de la
-Sorbonne, il faut, avec raison, la reculer jusqu'à l'année 1256.</p>
-
-<p>Une erreur plus grave est celle de Piganiol<a id="footnotetag588" name="footnotetag588"></a><a href="#footnote588" title="Lien vers la note 588"><span class="smaller">[588]</span></a>, qui présente comme
-fondateur de cette maison Robert de Douai, chanoine de Senlis et
-médecin de la reine Marguerite de Provence. Il cite à ce sujet le
-testament de ce personnage; mais, s'il l'avoit lu avec attention, il
-eût reconnu d'abord que ce titre, daté de 1258, est postérieur à
-l'érection du collége, ensuite que le testateur n'a d'autre intention,
-en faisant un legs, que d'augmenter une fondation déjà faite. Robert
-de Douai fut le bienfaiteur de la nouvelle institution et non son
-fondateur; et ce titre il le partagea avec Guillaume de Chartres,
-chanoine de cette ville, Guillaume de Némont, chanoine de Melun, tous
-deux chapelains de saint Louis, et même avec ce prince, qui, malgré
-toutes les libéralités <span class="pagenum"><a id="page677" name="page677"></a>(p. 677)</span> dont il combla ce collége, n'en fut jamais
-appelé le fondateur<a id="footnotetag589" name="footnotetag589"></a><a href="#footnote589" title="Lien vers la note 589"><span class="smaller">[589]</span></a>.</p>
-
-<p>Si nous reprenons l'histoire de cette fondation, nous trouvons que
-Robert de Sorbonne, ayant acquis ou échangé avec saint Louis quelques
-maisons dans la rue Coupe-Gueule et dans la rue voisine<a id="footnotetag590" name="footnotetag590"></a><a href="#footnote590" title="Lien vers la note 590"><span class="smaller">[590]</span></a>, y fit
-bâtir les premiers édifices de son collége et une chapelle. Il acquit
-ensuite de Guillaume de Cambrai ce qui restoit de terrain et de
-maisons jusqu'à la rue des Poirées; et, considérant que
-l'établissement qu'il venoit de former n'étoit destiné que pour des
-théologiens, il imagina de faire élever sur une partie de
-l'emplacement qu'il venoit d'acquérir un collége dans lequel on
-enseigneroit les humanités et la philosophie, et où l'on prépareroit
-ainsi des élèves propres à entrer dans les écoles de Sorbonne. Ce
-collége, achevé en 1271, reçut le nom de <i>Calvi</i> ou la
-<i>Petite-Sorbonne</i>; la chapelle, dédiée d'abord à la <i>sainte Vierge</i>,
-fut rebâtie en 1326, et mise, en 1347, sous la même <span class="pagenum"><a id="page678" name="page678"></a>(p. 678)</span> invocation et
-sous celle de <i>sainte Ursule</i> et de ses compagnes, dont l'église
-célébroit la fête le 21 octobre, jour de la dédicace.</p>
-
-<p>Les choses restèrent en cet état jusqu'au ministère du cardinal de
-Richelieu. Ce ministre, qui aimoit tout ce qui avoit de l'éclat, pensa
-qu'il feroit une chose utile pour sa gloire s'il faisoit rebâtir avec
-une magnificence digne de lui le collége dans lequel il avoit étudié
-la théologie. L'architecte <i>Le Mercier</i>, qui avoit déjà bâti pour lui
-le Palais-Royal, fut chargé de lui présenter un plan, tant pour la
-construction d'une église que pour celle des bâtiments qui devoient
-l'accompagner. La première pierre de la maison<a id="footnotetag591" name="footnotetag591"></a><a href="#footnote591" title="Lien vers la note 591"><span class="smaller">[591]</span></a> fut posée en 1627
-par l'archevêque de Rouen; il posa lui-même celle de l'église en 1635.
-Cependant elle ne fut achevée que long-temps après sa mort, en 1653,
-comme le constatoit une inscription attachée au portail du côté de la
-cour.</p>
-
-<p>Cette église, dont l'architecture a été présentée par tous les
-historiens de Paris comme un chef-d'&oelig;uvre digne de la plus grande
-admiration, se compose du côté de la place d'un portail <span class="pagenum"><a id="page679" name="page679"></a>(p. 679)</span> décoré de
-deux ordres corinthien et composite élevés l'un sur l'autre, et assez
-semblable pour la masse à celui du Val-de-Grâce. Du côté de la cour,
-l'édifice est également terminé par un portail qui n'a qu'un seul
-ordre; il est élevé sur des marches, couronné d'un fronton, et, à
-quelques égards, conçu d'après le système du portique du Panthéon à
-Rome; mais l'espacement inégal des colonnes et leur accouplement aux
-angles de cette construction nuisent beaucoup à sa beauté. Le reste de
-cette façade, ouverte par deux étages de croisées, manque de
-caractère; la multiplicité des corps et des profils en détruit
-l'effet, et lui donne autant l'air d'un palais que d'une église. Au
-milieu de ces deux morceaux d'architecture s'élève un dôme dont les
-campanilles trop petites ne donnent point à l'ensemble cette forme
-pyramidale qui rend si agréable l'aspect de Saint-Pierre de Rome et de
-Saint-Paul de Londres. Au total, il y a plus de richesse et de
-prétention que de véritable beauté dans cette composition.</p>
-
-<p>L'intérieur, décoré d'un ordre de pilastres couronné par une corniche,
-étoit remarquable par l'éclat des marbres qui brilloient dans le
-pavement et dans les deux autels placés en face de chaque portail,
-ainsi que par les belles peintures que Philippe de Champagne avoit
-exécutées dans quelques parties du dôme; mais les <span class="pagenum"><a id="page680" name="page680"></a>(p. 680)</span> curieux y
-admiroient surtout le mausolée du cardinal de Richelieu, lequel
-passoit pour le chef-d'&oelig;uvre de Girardon<a id="footnotetag592" name="footnotetag592"></a><a href="#footnote592" title="Lien vers la note 592"><span class="smaller">[592]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA SORBONNE.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Au-dessus du grand autel, le Père Éternel dans une gloire; par
- <i>Le Brun</i>.</p>
-
- <p>Dans une des petites chapelles pratiquées dans l'épaisseur des
- piliers du dôme, la prédication de saint Antoine; par
- <i>Noël-Nicolas Coypel</i>.</p>
-
- <p>Dans une autre, saint Hilaire, évêque de Poitiers; par le même.</p>
-
- <p>Dans une troisième, saint Paul recouvrant la vue; par <i>Brenet</i>.
- Dans les pendentifs du dôme, les quatre Pères de l'église, peints
- à fresque par <i>Philippe de Champagne</i>.</p>
-
- <p>Dans la grande salle des actes, les portraits des papes depuis
- Benoît XIV, donnés successivement à la Sorbonne par chacun des
- pontifes régnant; ceux de Louis XV, du roi Stanislas, de Louis
- XVI et de quelques proviseurs de la maison, depuis le cardinal de
- Richelieu.</p>
-
- <p>Dans la bibliothèque, le portrait en pied du cardinal; celui de
- Michel Le Masle, son secrétaire; un portrait très-ressemblant du
- célèbre Érasme, et ceux de plusieurs autres hommes célèbres.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Sur le grand autel, construit d'après les dessins de <i>Bullet</i>, et
- décoré de six colonnes corinthiennes avec bases et chapiteaux de
- bronze doré, un Christ de marbre blanc de six à sept pieds de
- proportion sur un fond de marbre noir; par <i>Michel Anguier</i>.</p>
-
- <p>Sur le fronton qui couronnoit cette ordonnance, deux anges; par
- <i>Tuby</i> et <i>Vancleve</i>.</p>
-
- <p>Entre les colonnes, une statue de la Vierge en marbre; par
- <i>Louis Le Comte</i>; un saint Jean l'Évangéliste; par <i>Cadène</i>.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page681" name="page681"></a>(p. 681)</span> Entre les pilastres de la nef, les statues des douze Apôtres et
- plusieurs anges de grandeur naturelle; par <i>Berthelot</i> et
- <i>Guillain</i>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle de la Vierge, une statue de cette mère du
- Sauveur tenant l'enfant Jésus entre ses bras; par <i>Desjardins</i>.</p>
-
- <p>Dans la bibliothèque, le buste en bronze du cardinal de
- Richelieu; par <i>Jean Varin</i><a id="footnotetag593" name="footnotetag593"></a><a href="#footnote593" title="Lien vers la note 593"><span class="smaller">[593]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Au milieu du ch&oelig;ur, le mausolée de ce fameux ministre, exécuté
- par <i>Girardon</i><a id="footnotetag594" name="footnotetag594"></a><a href="#footnote594" title="Lien vers la note 594"><span class="smaller">[594]</span></a>. Le corps du cardinal étoit déposé dans un
- caveau pratiqué au-dessous de ce monument.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page682" name="page682"></a>(p. 682)</span> La bibliothèque, l'une des plus nombreuses et des plus précieuses de
-Paris, contenoit près de soixante mille volumes et cinq mille
-manuscrits, parmi lesquels dominoient les ouvrages de théologie. On y
-comptoit environ huit cents bibles différentes, dont plusieurs étoient
-des premiers temps de l'imprimerie; plusieurs manuscrits sur vélin
-ornés de miniatures et de vignettes dorées; une collection d'estampes
-très-rares; des globes d'une grande dimension; une sphère armillaire
-en cuivre, etc., etc.</p>
-
-<p>Quant au régime intérieur de cette maison, il paroît certain que, dès
-les premiers temps, on y admit des docteurs, des bacheliers, boursiers
-et non boursiers, de pauvres étudiants: il y en <span class="pagenum"><a id="page683" name="page683"></a>(p. 683)</span> avoit même encore à
-la fin du siècle dernier. Ceux qui l'habitoient furent dès-lors
-distingués par les noms d'<em>hôtes</em> et d'<em>associés</em>, et on les recevoit
-de quelque pays qu'ils pussent être. Ce premier réglement n'a pas
-cessé un moment d'être en vigueur: les hôtes restoient dans la maison
-jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu le bonnet de docteur, ou l'espace de
-deux années après avoir reçu la bénédiction de licence; seulement leur
-nom avoit été changé en celui de <i>docteurs</i> ou <i>bacheliers de la
-maison de Sorbonne</i>, tandis que les <i>associés-boursiers</i> portoient
-celui de <i>docteurs</i> ou <i>bacheliers de la maison et société de
-Sorbonne</i>. Du reste l'égalité la plus parfaite régnoit entre tous les
-membres; ils n'admettoient ni maîtres ni disciples, et cette sagesse
-de leurs réglements ne s'est pas démentie un seul instant<a id="footnotetag595" name="footnotetag595"></a><a href="#footnote595" title="Lien vers la note 595"><span class="smaller">[595]</span></a>.</p>
-
-<p>Les écoles extérieures étoient situées sur la <span class="pagenum"><a id="page684" name="page684"></a>(p. 684)</span> place de Sorbonne.
-C'étoit un vaste bâtiment dans lequel se faisoit la distribution des
-prix de l'Université, en présence du parlement<a id="footnotetag596" name="footnotetag596"></a><a href="#footnote596" title="Lien vers la note 596"><span class="smaller">[596]</span></a>.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page685" name="page685"></a>(p. 685)</span> COLLÉGES, ÉCOLES, etc.</h3>
-
-<p class="center"><i>Collége d'Autun</i> (rue Saint-André-des-Arcs).</p>
-
-<p>Ce collége avoit été fondé par Pierre Bertrand, d'abord évêque de
-Nevers, ensuite d'Autun, et depuis cardinal; c'est la raison pour
-laquelle dans plusieurs actes il est indiqué sous le nom de collége
-<i>du cardinal Bertrand</i>. Dès l'année 1336, ce prélat, dans l'intention
-de faire une fondation de ce genre, avoit acheté quelques bâtiments
-contigus à une maison qu'il possédoit dans la rue et vis-à-vis
-l'église Saint-André. Les formalités nécessaires pour consolider son
-entreprise ne lui permirent pas de la commencer avant l'année 1341; et
-c'est en effet en cette année et non en 1337, comme l'ont prétendu
-divers historiens, que fut passé l'acte de fondation pour un
-principal, un chapelain et quinze boursiers, dont cinq devoient
-étudier en théologie, cinq en droit et cinq en philosophie. Leur
-nombre s'augmenta depuis de trois boursiers, par les libéralités
-d'Oudard de Moulins, qui les fonda en 1398, et de trois autres fondés
-en 1644 <span class="pagenum"><a id="page686" name="page686"></a>(p. 686)</span> par François de Sazéa, évêque de Bethléem et principal de ce
-collége. La réunion qu'on en fit en 1764 au collége de Louis-le-Grand
-fit naître l'idée de placer l'école de dessin dans ses bâtiments, ce
-qui fut exécuté quelques années après<a id="footnotetag597" name="footnotetag597"></a><a href="#footnote597" title="Lien vers la note 597"><span class="smaller">[597]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Boissi</i> (rue du Cimetière-Saint-André).</p>
-
-<p>La plupart de ceux qui ont écrit sur Paris ont également varié et sur
-la date et sur l'auteur et sur les clauses de cette fondation. En
-rétablissant les faits d'après les actes les plus authentiques, on
-trouve que Godefroi ou Geoffroi Vidé, prêtre, chanoine de l'église de
-Chartres, et clerc du roi, mort en 1354, avoit ordonné par son
-testament que ce qui resteroit de son bien, après les legs payés, fût
-distribué aux pauvres de Paris et à ceux de Boissi-le-Sec, lieu de sa
-naissance, si toutefois les exécuteurs testamentaires ne jugeoient pas
-à propos d'en disposer autrement. La fondation d'un collége leur parut
-une chose plus utile que cette distribution; et Étienne Vidé, l'un
-d'eux, neveu du testateur, chanoine de Laon et de
-Saint-Germain-l'Auxerrois, <span class="pagenum"><a id="page687" name="page687"></a>(p. 687)</span> offrit à cet effet la maison qu'il occupoit
-rue Saint-André et des Deux-Portes, et deux autres maisons contiguës.
-Cette fondation fut faite pour six écoliers, dont le plus ancien
-devoit être appelé <i>maître</i>, et un chapelain, avec cette clause que
-tous seroient pris dans la famille de Geoffroi et d'Étienne; à leur
-défaut, parmi les pauvres du village de Boissi-le-Sec; enfin s'il ne
-s'en trouvoit point dans ceux-ci qui eussent la capacité suffisante,
-ces boursiers devoient être choisis sur la paroisse Saint-André par
-les exécuteurs testamentaires, et après eux par le chancelier de
-l'église de Paris et le prieur des Chartreux. Par le même acte,
-Étienne Vidé déclare expressément qu'il veut que ces boursiers soient
-pauvres, et de basse extraction, comme lui et ses ancêtres avoient
-été, <i lang="la">quí non sint nobiles, sed de humili plebe, et pauperes, sicut
-nos et prædecessores nostri fuimus</i>, ce qui détruit sans réplique
-l'opinion de quelques auteurs qui veulent que Geoffroi et Étienne
-fussent seigneurs de Boissi-le-Sec. Le fondateur désiroit aussi
-qu'après sa mort le nombre des boursiers fût porté à douze, si ses
-facultés le permettaient; mais ce v&oelig;u n'eut point son exécution, et
-l'on ne voit d'autre augmentation que celle d'une septième bourse dont
-ce collége fut redevable, en 1717, à Guillaume Hodei. En 1519, Michel
-Chartier, principal de ce collége, y avoit fait bâtir une <span class="pagenum"><a id="page688" name="page688"></a>(p. 688)</span> chapelle
-sous l'invocation de la sainte Vierge, de saint Michel et de saint
-Jérôme.</p>
-
-<p>Le collége de Boissi est un de ceux qui furent réunis à l'Université à
-la fin du siècle dernier<a id="footnotetag598" name="footnotetag598"></a><a href="#footnote598" title="Lien vers la note 598"><span class="smaller">[598]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Le Collége Mignon, dit depuis de Grandmont</i> (rue Mignon).</p>
-
-<p>Ce collége fut fondé, en 1343, par Jean Mignon, archidiacre de Blois
-dans l'église de Chartres<a id="footnotetag599" name="footnotetag599"></a><a href="#footnote599" title="Lien vers la note 599"><span class="smaller">[599]</span></a>, et maître des comptes à Paris. Il
-l'institua pour douze écoliers qui devoient être pris, autant qu'il
-seroit possible, dans sa famille, et acquit dans cette intention, rue
-de l'Écureuil et des Petits-Champs, quelques maisons qu'il fit
-amortir; mais la mort l'empêcha d'exécuter ce projet, dont l'entier
-achèvement fut confié à ses exécuteurs testamentaires. Ils y mirent
-assez de lenteur pour que l'Université se crût autorisée à en porter
-des plaintes au roi Jean, qui régnoit alors. Par un arrêt du conseil
-rendu en 1353<a id="footnotetag600" name="footnotetag600"></a><a href="#footnote600" title="Lien vers la note 600"><span class="smaller">[600]</span></a>, huit ans après la mort du testateur, il fut
-ordonné que Robert Mignon, exécuteur du testament de son frère,
-achèteroit avant Noël <span class="pagenum"><a id="page689" name="page689"></a>(p. 689)</span> des rentes suffisantes pour l'entretien de douze
-écoliers, leur abandonnerait la maison qu'occupoit Jean Mignon, ou une
-autre de même valeur; y construiroit une chapelle, etc., etc. Par ce
-même arrêt le roi amortit les biens destinés à la fondation de cette
-chapelle, et s'en déclara le fondateur, se réservant tous les droits
-d'administration. La chapelle, bâtie par les soins de Michel Mignon,
-fils de Robert, fut dédiée sous l'invocation de saint Gilles et saint
-Leu<a id="footnotetag601" name="footnotetag601"></a><a href="#footnote601" title="Lien vers la note 601"><span class="smaller">[601]</span></a>.</p>
-
-<p>Les choses restèrent en cet état jusqu'au règne de Henri III. Ce
-prince, voulant procurer un établissement aux Hiéronymites qu'il avoit
-amenés de Pologne, les plaça d'abord dans un logement qu'il avoit fait
-construire sur une partie de l'emplacement du palais des Tournelles,
-et, peu de temps après, jugea à propos de les transférer au bois de
-Vincennes à la place des religieux de Grandmont. Ceux-ci reçurent
-alors, en échange de l'habitation qu'on leur enlevoit, le collége de
-Mignon et 12000 livres de rente. Il fut convenu qu'on y mettroit un
-prieur et sept religieux, lesquels feroient les études convenables
-pour céder ensuite la place à d'autres, arrangement qui fut confirmé
-par des lettres-patentes données en 1584, et par des bulles du <span class="pagenum"><a id="page690" name="page690"></a>(p. 690)</span> pape
-de 1585. Malgré les oppositions que l'Université crut mal à propos
-devoir y mettre<a id="footnotetag602" name="footnotetag602"></a><a href="#footnote602" title="Lien vers la note 602"><span class="smaller">[602]</span></a>, ce collége, connu depuis ce temps sous le nom de
-<i>Grandmont</i>, fut occupé par ces religieux jusqu'en 1769, époque à
-laquelle il fut réuni à celui de Louis-le-Grand. Vingt ans auparavant,
-en 1749, la chapelle avoit été agrandie et décorée d'un portail<a id="footnotetag603" name="footnotetag603"></a><a href="#footnote603" title="Lien vers la note 603"><span class="smaller">[603]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Vendôme</i> (rue du Jardinet).</p>
-
-<p>Ce collége, qui occupoit avec l'hôtel du même nom l'espace compris
-entre la rue du Jardinet et celle du Battoir, fut démoli en 1441. Le
-procès-verbal fait à l'occasion de cette démolition ne donne aucun
-renseignement au sujet de sa fondation.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Tours</i> (rue Serpente).</p>
-
-<p>Il doit sa fondation à Étienne de Bourgueil, archevêque de la ville
-dont il a pris le nom. Tous les historiens en fixent l'époque à
-l'année 1333. Jaillot seul prétend avoir lu un acte <span class="pagenum"><a id="page691" name="page691"></a>(p. 691)</span> qui en fait
-remonter l'existence jusqu'en 1330. Ce collége avoit été fondé pour un
-principal et six boursiers dont l'archevêque de Tours s'étoit réservé
-la nomination pour lui et pour ses successeurs. La mauvaise
-administration de ceux qui le dirigeoient, et les dettes qu'ils
-avoient successivement contractées, avoient forcé de vendre une partie
-des biens destinés à la fondation et de suspendre les bourses, lorsque
-ce collége fut enfin réuni à celui de l'Université<a id="footnotetag604" name="footnotetag604"></a><a href="#footnote604" title="Lien vers la note 604"><span class="smaller">[604]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Suède</i> (même rue).</p>
-
-<p>Ce collége existoit en 1333, et il en est fait mention dans l'acte de
-fondation de celui des Lombards, daté de la même année. Nous n'avons
-pu découvrir ni quand il a été fondé, ni quand il a été détruit.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Notre-Dame de Bayeux</i> (rue du Foin).</p>
-
-<p>Ce collége, plus communément appelé collége de <i>Maître Gervais</i>, fut
-fondé par maître Gervais Chrétien, chanoine des églises de Bayeux et
-de Paris, <i>physicien</i>, c'est-à-dire médecin de Charles V. Les
-libéralités de ce prince l'avoient rendu propriétaire de trois maisons
-situées rue Erembourg-de-Brie, et de deux autres rue du Foin, <span class="pagenum"><a id="page692" name="page692"></a>(p. 692)</span> qui
-étoient contiguës aux premières. Ce fut par leur réunion qu'il forma
-son collége, auquel il assigna des revenus pour l'entretien de
-vingt-quatre boursiers. Le contrat de fondation est, suivant Jaillot,
-du 20 février 1370. Charles V l'approuva par ses lettres données en
-1378, augmenta la fondation de deux bourses destinées à des étudiants
-en mathématiques, y ajouta la concession des dîmes de Saineville et de
-Caenchi, etc., et voulut mettre le comble à ses bienfaits en honorant
-ce collége du titre de <i>fondation royale</i>.</p>
-
-<p>L'année même de sa création, on avoit réuni aux écoliers du collége de
-Bayeux ceux d'un petit collége que Robert Clément avoit fondé, rue
-Hautefeuille, quelques années auparavant, et auxquels le fondateur
-n'avoit laissé que la maison qu'ils habitoient et 18 livres de rente,
-somme insuffisante pour les faire subsister. Le collége de Bayeux fut
-lui-même réuni, dans le siècle dernier, au collége de
-l'Université<a id="footnotetag605" name="footnotetag605"></a><a href="#footnote605" title="Lien vers la note 605"><span class="smaller">[605]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Bourgogne</i> (rue des Cordeliers).</p>
-
-<p>Ce collége s'honoroit d'avoir pour fondatrice Jeanne, comtesse de
-Bourgogne, épouse de Philippe-le-Long. Cette princesse avoit ordonné
-<span class="pagenum"><a id="page693" name="page693"></a>(p. 693)</span> par son testament, fait en 1329, que son hôtel de Nesle seroit vendu,
-et que le prix qui en proviendroit serviroit à l'établissement d'un
-collége, dans lequel on recevroit vingt pauvres écoliers de la
-province de Bourgogne, auxquels elle léguoit en outre une somme de 200
-livres. Ses exécuteurs testamentaires, ayant vendu l'hôtel de Nesle au
-duc de Berri, achetèrent en conséquence une maison vis-à-vis les
-Cordeliers, dans laquelle ils établirent, en 1331, un collége tel
-qu'elle l'avoit prescrit, sous le nom de <i>Maison des écoliers de
-madame Jeanne de Bourgogne</i>, <i>reine de France</i>. Cette fondation fut
-approuvée par le pape Jean XXII et par Guillaume de Chanac, évêque de
-Paris, en 1334 et 1335. Vers le même temps on érigea dans ce collége
-une chapelle sous l'invocation de la Vierge.</p>
-
-<p>Cette fondation avoit été faite pour vingt boursiers étudiant en
-philosophie et non en d'autres facultés; et parmi eux devoient être
-choisis le principal et le chapelain. En 1340 on fonda un second
-chapelain. Par arrêt donné en 1536 il fut ordonné que les boursiers ne
-pourroient rester plus de cinq ans dans la maison; enfin, le 6
-novembre 1607, le nombre des bourses fut réduit à dix, y compris le
-principal et les deux chapelains, par ordonnance du chancelier de
-l'église de Paris et du gardien des Cordeliers, proviseurs et
-administrateurs nés de ce <span class="pagenum"><a id="page694" name="page694"></a>(p. 694)</span> collége; toutefois avec cette clause qu'on y
-donneroit le logement seulement à dix autres écoliers du comté de
-Bourgogne, lesquels seroient choisis de préférence pour remplir les
-places de boursiers qui viendroient à vaquer.</p>
-
-<p>Le collége de Bourgogne avoit suivi le sort des autres petits colléges
-qui n'étoient pas de plein exercice, et sa réunion à l'Université
-avoit été faite en 1764. L'académie royale de chirurgie, placée dans
-la même rue entre l'église des Cordeliers et celle de Saint-Côme, se
-trouvant trop resserrée, et n'ayant pu jusqu'alors accroître ses
-bâtiments, profita de cette circonstance pour obtenir, en 1768, un
-arrêt du conseil qui nomma des commissaires et les autorisa à faire au
-nom du roi l'acquisition de ce collége et de quatre maisons qui en
-dépendoient, afin d'y placer les écoles de cette compagnie. Cette
-acquisition fut faite le 9 mars 1769.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Dainville</i> (rue des Cordeliers).</p>
-
-<p>Michel de Dainville, archidiacre d'Ostrevant, au diocèse d'Arras,
-fonda ce collége en 1380, tant en son propre nom que comme exécuteur
-testamentaire de Gérard et de Jean de Dainville ses frères. Cette
-fondation fut faite pour douze boursiers, parmi lesquels on devoit
-choisir le principal et le procureur, et dont six devoient être du
-diocèse d'Arras, six de celui de Noyon. <span class="pagenum"><a id="page695" name="page695"></a>(p. 695)</span> Le fondateur les établit dans
-une maison qu'il possédoit à l'angle que forme la rue de la Harpe avec
-celle des Cordeliers; et sur le mur on plaça une sculpture qui
-représentoit les rois Jean et Charles V, avec les fondateurs,
-présentant à la sainte Vierge le principal et les boursiers de ce
-collége; il a été réuni en 1763 à celui de l'Université<a id="footnotetag606" name="footnotetag606"></a><a href="#footnote606" title="Lien vers la note 606"><span class="smaller">[606]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>École gratuite de dessin</i> (même rue).</p>
-
-<p>Cette école, érigée par lettres-patentes du 20 octobre 1767, et placée
-d'abord dans les bâtiments du collége d'Autun, rue
-Saint-André-des-Arcs, fut ensuite transférée dans la rue des
-Cordeliers, à l'ancien amphithéâtre de Saint-Côme. Elle avoit été
-ouverte en faveur de cent cinquante jeunes gens que l'on y recevoit,
-quelle que fût leur profession, et même sans aucune profession, pourvu
-qu'ils eussent atteint l'âge de huit ans. Ils y apprenoient, suivant
-que leurs dispositions les y portoient, quelque branche de cet art,
-telles que l'architecture, la figure, les animaux, les fleurs,
-l'ornement, etc.; et, tous les ans, on y distribuoit de grands prix
-avec beaucoup de solennité.</p>
-
-<p>Le roi étoit le protecteur de cette école, dont <span class="pagenum"><a id="page696" name="page696"></a>(p. 696)</span> le lieutenant de
-police présidoit le bureau d'administration<a id="footnotetag607" name="footnotetag607"></a><a href="#footnote607" title="Lien vers la note 607"><span class="smaller">[607]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Séez</i> (rue de la Harpe).</p>
-
-<p>Ce collége fut fondé en 1427 par Jean Langlois, exécuteur
-testamentaire de Grégoire Langlois son oncle, évêque de Séez, pour
-huit boursiers, y compris le principal et le chapelain, dont quatre
-devoient être du diocèse de Séez et quatre de celui du Mans. La
-nomination de ces bourses se partageoit entre l'évêque de Séez et
-l'archidiacre de Passais. Jean Aubert, principal du collége de Laon,
-et commissaire député de l'évêque de Séez, y joignit depuis deux
-bourses nouvelles qui furent prises sur les sommes économisées par le
-principal de ce collége.</p>
-
-<p>En 1737, le prélat qui tenoit alors le siége de cette ville donna par
-contrat une somme de 40,000 livres à rente à ce collége, sous la
-condition que la moitié du revenu seroit mise en réserve et accumulée
-jusqu'à ce qu'elle formât 10,000 livres pour chacune des trois
-bourses, à la fondation desquelles cette somme étoit réservée. Il
-paroît que la première somme avoit été fournie par le diocèse de Séez,
-et par conséquent que la rente lui en appartenoit.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page697" name="page697"></a>(p. 697)</span> La plus grande partie des bâtiments de ce collége, qui a été réuni à
-celui de l'Université, avoit été reconstruite en 1730, ainsi que le
-témoignoit une inscription placée au-dessus de la porte. On prétend
-que ces constructions nouvelles, dues aux libéralités de M.
-Charles-Alexandre Lallemand, évêque de Séez, avoient coûté près de
-100,000 livres<a id="footnotetag608" name="footnotetag608"></a><a href="#footnote608" title="Lien vers la note 608"><span class="smaller">[608]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Bayeux</i> (même rue).</p>
-
-<p>Le nom de ce collége, et la qualité du fondateur qui étoit alors
-évêque de Bayeux, pourroient faire penser qu'il avoit été destiné pour
-des écoliers de ce diocèse; cependant ils n'y avoient aucun droit.
-Guillaume Bonnet, ce fondateur dont nous parlons, étoit né dans un
-lieu dépendant de l'archidiaconé de Passais, au diocèse du Mans; ce
-fut dans celui d'Angers qu'il fut élevé. Il y posséda des bénéfices et
-des dignités; et ce fut pour donner un témoignage éclatant de sa
-reconnoissance qu'il résolut, lorsqu'il fut monté sur le siége de
-Bayeux, de fonder à Paris un collége en faveur de douze boursiers,
-dont six seroient pris dans le diocèse du Mans et six dans l'évêché
-d'Angers. L'acte est daté de l'année <span class="pagenum"><a id="page698" name="page698"></a>(p. 698)</span> 1308, et contient le détail des
-rentes et maisons qu'il affectoit à l'entretien de ce collége<a id="footnotetag609" name="footnotetag609"></a><a href="#footnote609" title="Lien vers la note 609"><span class="smaller">[609]</span></a>.
-Robert Benoît, son exécuteur testamentaire, en dressa les statuts en
-1315. D. Félibien dit qu'il ajouta quatre nouveaux boursiers aux douze
-anciens: cette nouvelle fondation est en effet ordonnée par le premier
-article des statuts; mais on ne trouve aucune preuve qu'elle ait été
-exécutée. Le collége de Bayeux a été réuni à l'Université<a id="footnotetag610" name="footnotetag610"></a><a href="#footnote610" title="Lien vers la note 610"><span class="smaller">[610]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Justice</i> (même rue).</p>
-
-<p>Ce collége a pris le nom de Jean de Justice, chantre de Bayeux,
-chanoine de Paris et conseiller du roi. Dans l'intention de faire
-cette fondation, il avoit acheté quelques maisons appartenant à
-l'Hôtel-Dieu et situées rue de la Harpe, entre l'hôtel de Clermont et
-les dépendances du collége de Bayeux<a id="footnotetag611" name="footnotetag611"></a><a href="#footnote611" title="Lien vers la note 611"><span class="smaller">[611]</span></a>; mais sa mort, arrivée en
-1353, l'ayant empêché de consommer son ouvrage, ses exécuteurs
-testamentaires se trouvèrent chargés de ce soin, qu'ils remplirent
-<span class="pagenum"><a id="page699" name="page699"></a>(p. 699)</span> dès l'année suivante. Les historiens de Paris ne sont pas d'accord sur
-cette date, qui cependant doit être la bonne par plusieurs raisons, et
-principalement parce qu'elle est celle de l'acte d'amortissement qui
-se trouvoit autrefois dans les archives de Saint-Germain. Ce collége
-avoit été destiné pour douze boursiers, étudiant en médecine et en
-philosophie, parmi lesquels étoient choisis le principal, le chapelain
-et le procureur, et dont huit devoient être pris dans le diocèse de
-Rouen et quatre dans celui de Bayeux. Six nouvelles bourses furent
-fondées à diverses époques et par divers particuliers; et toutes
-furent suspendues en 1761, à l'exception de deux, pour fournir aux
-frais de la reconstruction des bâtiments. En 1764 ce collége fut réuni
-à l'Université.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Narbonne</i> (même rue).</p>
-
-<p>Ce collége avoit été fondé, en 1317, par Bernard de Farges, archevêque
-de Narbonne, dans une maison qu'il occupoit rue de la Harpe. Ce fut là
-qu'il voulut retirer neuf pauvres écoliers de son diocèse, à
-l'entretien desquels il assigna les revenus du prieuré rural de
-Sainte-Marie-Magdeleine, situé dans les environs de la ville
-archiépiscopale. Un jurisconsulte nommé Amblard Cérène, désira
-participer à cette bonne <span class="pagenum"><a id="page700" name="page700"></a>(p. 700)</span> &oelig;uvre, et y fonda peu de temps après une
-bourse pour un chapelain. Mais sa plus grande illustration lui vint
-d'un pauvre écolier qu'on y avoit reçu par grâce, vu qu'il n'étoit pas
-du diocèse de Narbonne, et que par conséquent il n'avoit aucun droit
-d'y être admis. Cet écolier, nommé Pierre Roger, devenu pape sous le
-nom de Clément VI, après avoir passé par toutes les dignités de
-l'église, eut assez de grandeur d'âme pour ne point rougir de la
-bassesse de son premier état, et pour reconnoître hautement ce qu'il
-devoit à l'asile hospitalier où il avoit été élevé. Voulant laisser à
-ce collége un monument perpétuel de sa reconnoissance<a id="footnotetag612" name="footnotetag612"></a><a href="#footnote612" title="Lien vers la note 612"><span class="smaller">[612]</span></a>, il y fonda
-dix bourses, auxquelles il affecta pour dotation le prieuré de
-Notre-Dame de Marseille près de Limoux. Les premiers statuts n'y
-admettoient que des étudiants dans la faculté des arts et dans celle
-de théologie<a id="footnotetag613" name="footnotetag613"></a><a href="#footnote613" title="Lien vers la note 613"><span class="smaller">[613]</span></a>; on y fit entrer depuis, en 1379, des élèves en
-médecine, et en droit civil et canon<a id="footnotetag614" name="footnotetag614"></a><a href="#footnote614" title="Lien vers la note 614"><span class="smaller">[614]</span></a>. Ceux-ci en furent exclus en
-1544 par les nouveaux réglements que donna le cardinal de Lorraine,
-archevêque de Narbonne<a id="footnotetag615" name="footnotetag615"></a><a href="#footnote615" title="Lien vers la note 615"><span class="smaller">[615]</span></a>. Ce prélat fixa le nombre des boursiers <span class="pagenum"><a id="page701" name="page701"></a>(p. 701)</span> à
-seize, y compris le principal, le procureur et le chapelain, et fit
-aussi quelques dispositions nouvelles dans les sommes assignées pour
-leur entretien.</p>
-
-<p>La modicité du revenu de ces bourses et la caducité des bâtiments de
-ce collége l'avoient fait insensiblement abandonner au point qu'il n'y
-restoit que le principal, lorsqu'en 1760 on commença à le rebâtir. Il
-a été réuni à l'Université<a id="footnotetag616" name="footnotetag616"></a><a href="#footnote616" title="Lien vers la note 616"><span class="smaller">[616]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Harcour</i> (même rue).</p>
-
-<p>Ce collége, également fameux par son antiquité et par une suite non
-interrompue d'excellents professeurs, fut fondé en 1280 par Raoul de
-Harcour, chanoine de Paris. Issu d'une des plus illustres familles de
-la Normandie, et successivement élevé à plusieurs dignités
-ecclésiastiques dans les villes de Coutances, d'Évreux, de Bayeux et
-de Rouen, il résolut de procurer à de pauvres écoliers de sa province
-le moyen de s'instruire dans les arts et dans la théologie. Il acquit
-à cet effet quelques vieilles maisons situées dans la rue Saint-Côme,
-dite aujourd'hui de la Harpe, et y plaça aussitôt quelques écoliers.
-Son intention étoit de les faire abattre <span class="pagenum"><a id="page702" name="page702"></a>(p. 702)</span> pour élever un collége sur
-leur emplacement; mais la mort vint le surprendre avant qu'il eût
-accompli son dessein. Son frère Robert de Harcour, évêque de
-Coutances, qu'il avoit chargé de remplir ses intentions, acheva ce qui
-étoit commencé, et augmenta les bâtiments par l'acquisition de trois
-maisons, situées vis-à-vis les premières<a id="footnotetag617" name="footnotetag617"></a><a href="#footnote617" title="Lien vers la note 617"><span class="smaller">[617]</span></a>, et qu'il fit rebâtir à
-neuf, ajoutant à ce don celui de 250 livres de rente amortie, pour
-l'entretien de vingt-quatre boursiers, seize artiens et huit
-théologiens, tous pris dans les diocèses nommés ci-dessus. Clément V
-accorda, en 1313, à ce collége, la permission d'avoir une chapelle et
-d'y faire célébrer l'office divin<a id="footnotetag618" name="footnotetag618"></a><a href="#footnote618" title="Lien vers la note 618"><span class="smaller">[618]</span></a>. Les artiens occupoient alors
-les premiers bâtiments donnés par Raoul de Harcour, et les théologiens
-avoient été logés vis-à-vis dans ceux qu'avoit achetés son frère
-Robert. Comme la chapelle étoit située de ce côté, on pratiqua sous la
-rue un passage de communication d'une maison à l'autre.</p>
-
-<p>Le cartulaire de ce collége et les historiens de Paris font mention de
-plusieurs autres bourses fondées dans ce collége par divers
-particuliers<a id="footnotetag619" name="footnotetag619"></a><a href="#footnote619" title="Lien vers la note 619"><span class="smaller">[619]</span></a>. Elles subsistèrent jusqu'en 1701, <span class="pagenum"><a id="page44" name="page44"></a>(p. 44)</span> que de nouveaux
-<span class="pagenum"><a id="page703" name="page703"></a>(p. 703)</span> réglements en réduisirent le nombre, pour les mettre dans un juste
-rapport avec les revenus qui y étoient affectés. Long-temps auparavant
-l'introduction de l'exercice des classes, la réputation des
-professeurs et le nombre toujours croissant des pensionnaires avoient
-fait penser aux moyens de l'agrandir: on y parvint par l'acquisition
-des maisons contiguës qui appartenoient au collége de Bayeux, et de
-l'hôtel des évêques d'Auxerre, qui tenoit aux murs et à la porte
-d'Enfer. Cet espace fut encore augmenté en 1646 par le don que fit
-Louis XIII d'une place, d'une tour, du mur, du rempart, du fossé, de
-la contrescarpe et des matériaux provenant de la démolition des
-murailles, qui l'avoisinoient, à la charge d'y faire construire et
-édifier une chapelle sous l'invocation de la Vierge et de saint Louis.
-Lorsque les bâtiments élevés sur cet emplacement furent achevés, on
-loua à des particuliers ceux qui jusqu'alors avoient été occupés par
-des artiens. En 1675 on construisit de nouveaux bâtiments et l'on
-éleva un portail énorme, chargé d'ornements d'architecture du plus
-mauvais goût, pour servir d'entrée à ce collége.</p>
-
-<p>Il étoit de plein exercice et s'est soutenu jusqu'à <span class="pagenum"><a id="page704" name="page704"></a>(p. 704)</span> la fin avec une
-grande et juste réputation<a id="footnotetag620" name="footnotetag620"></a><a href="#footnote620" title="Lien vers la note 620"><span class="smaller">[620]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége du Trésorier</i> (rue Neuve de Richelieu).</p>
-
-<p>Il est redevable de son nom et de sa fondation à Guillaume de Saône,
-trésorier de l'église de Rouen. L'acte qui constate cette fondation
-est daté du mois de novembre 1268. Quelques auteurs la placent par
-erreur une année plus tard, et l'un d'entre eux, Le Maire, ajoute que
-ce collége ne fut formé que pour douze boursiers, six grands et six
-petits. Le fait est que cette fondation fut faite en faveur de
-vingt-quatre boursiers, douze dans la faculté de théologie et douze
-dans celle des arts, lesquels devoient être pris dans les
-archidiaconés du grand et du petit Caux, diocèse de Rouen. Il n'y
-restoit plus que quatre grands boursiers et quatre petits, lorsqu'il
-fut réuni en 1763 au collége de l'Université<a id="footnotetag621" name="footnotetag621"></a><a href="#footnote621" title="Lien vers la note 621"><span class="smaller">[621]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Collége de Cluni</i> (place de Sorbonne).</p>
-
-<p>Ce collége fut fondé en faveur des religieux <span class="pagenum"><a id="page705" name="page705"></a>(p. 705)</span> de cet ordre qui
-viendroient étudier à Paris. Jusque là ils n'avoient point eu de
-maison, et demeuroient dans l'hôtel des évêques d'Auxerre, attenant à
-la porte dite depuis de Saint-Michel. Nos historiens varient sur
-l'époque de sa fondation, qu'il faut vraisemblablement fixer à l'année
-1269, ainsi que le portoit une inscription gravée dans le cloître. Les
-annales de Cluni nomment Yves de Poyson comme fondateur de ce collége;
-il pourroit bien y avoir erreur dans ce nom, car tous les auteurs et
-l'inscription même que nous venons de citer en font honneur à Yves de
-Vergi, abbé de Cluni, et à Yves de Chassant, son neveu et son
-successeur, lequel fit achever ce que son oncle avoit commencé<a id="footnotetag622" name="footnotetag622"></a><a href="#footnote622" title="Lien vers la note 622"><span class="smaller">[622]</span></a>.
-Vers l'an 1308 Henri de Fautières, aussi abbé de Cluni, mit la
-dernière main à cette fondation, en donnant à cette maison des statuts
-pleins de sagesse, et auxquels on se conformoit encore dans les
-derniers temps<a id="footnotetag623" name="footnotetag623"></a><a href="#footnote623" title="Lien vers la note 623"><span class="smaller">[623]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page706" name="page706"></a>(p. 706)</span> <i>Le Collége Notre-Dame-des-Dix-Huit</i> (rue des Poirées).</p>
-
-<p>Dans le projet qu'il avoit d'agrandir l'emplacement de la Sorbonne, le
-cardinal de Richelieu avoit acheté un ancien hôtel jadis possédé par
-les abbés du Bec, ainsi que quelques maisons voisines, accompagnées de
-jardins. La rue des Poirées fut alors coupée, et vint tourner en
-équerre dans celle des Cordiers. Sur le terrain qui restoit entre ce
-retour et la rue de Cluni, terrain qui a servi depuis de jardin à la
-maison de Sorbonne, étoit le petit collége dont nous parlons. Aucun
-historien n'a donné sur son origine de renseignements satisfaisants,
-et nous n'aurions que des conjectures vagues sur ce point d'antiquité,
-si Jaillot n'eût découvert un mémoire manuscrit fait par Jean-Jacques
-de Barthes, docteur en droit et principal de ce collége<a id="footnotetag624" name="footnotetag624"></a><a href="#footnote624" title="Lien vers la note 624"><span class="smaller">[624]</span></a>, dans
-lequel il expose «qu'en 1171 Jocius de Londonna, de retour de
-Jérusalem, étant allé à l'Hôtel-Dieu, y vit une chambre dans laquelle,
-<em>de toute ancienneté</em>, logeoient de pauvres écoliers. Il l'acheta 52
-livres du proviseur dudit Hôtel-Dieu, de l'avis, conseil et
-permission de Barbe d'or, doyen de <span class="pagenum"><a id="page707" name="page707"></a>(p. 707)</span> Notre-Dame. Il la laissa audit
-Hôtel-Dieu, à la charge qu'il fourniroit des lits à ces pauvres
-écoliers, auxquels il assigna douze écus par mois, provenant des
-deniers qui se recevroient de la confrérie, et à la charge que lesdits
-clercs porteroient, chacun à leur tour, la croix et l'eau bénite
-devant les corps morts dudit Hôtel-Dieu, et qu'ils réciteroient chaque
-nuit les psaumes pénitentiaux et les oraisons pour les morts.» Dans ce
-même mémoire, il est fait mention de lettres du prévôt de Paris
-données en 1384, lesquelles rappellent une ordonnance du roi Charles
-VI, dont l'objet est de faire payer à ces écoliers une somme de 200
-livres pour arrérages de celle de 20 livres qu'ils avoient le droit de
-prendre tous les ans sur le trésor du roi. Ils étoient redevables de
-cette rente à Gaucher de Chastillon, connétable de France, qui la leur
-avoit donnée en 1301.</p>
-
-<p>Il paroît par quelques actes qu'ils furent d'abord logés dans une
-maison vis-à-vis l'Hôtel-Dieu. On les transféra ensuite rue des
-Poirées. Le chapitre Notre-Dame avoit l'inspection sur ce collége,
-auquel il avoit donné son nom; et les boursiers, réduits, dans les
-derniers temps, au nombre de huit, étoient à la nomination du
-chapitre. Depuis la destruction de leur collége, ils n'avoient plus
-de lieu affecté pour leur demeure.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page708" name="page708"></a>(p. 708)</span> <i>Hôpital Mignon.</i></p>
-
-<p>Il avoit été fondé dans la rue des Poitevins, par Jean Mignon, pour y
-recevoir vingt-cinq <em>bonnes femmes</em>, et portoit son nom, ainsi que le
-collége dont il étoit fondateur.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page709" name="page709"></a>(p. 709)</span> HÔTELS.</h3>
-
-<p class="center"><i>Hôtel des Abbés de Saint-Denis</i> (rue des Grands-Augustins).</p>
-
-<p>Cet hôtel ou collége, bâti par Matthieu de Vendôme, abbé de
-Saint-Denis, couvroit tout l'espace renfermé entre les rues
-Contrescarpe et Saint-André, partie de la rue Dauphine, et le terrain
-sur lequel on a depuis ouvert les rues d'Anjou et Christine. Il avoit
-en outre pour dépendances, de l'autre côté de la rue des
-Grands-Augustins, une grande maison avec jardins que l'on a
-successivement appelée la maison <i>des Trois Charités Saint-Denis</i>,
-l'hôtel <i>des Charités Saint-Denis</i>, enfin l'hôtel <i>Saint-Cyr</i>, nom
-qu'elle portoit à la fin du siècle dernier. Une galerie couverte, et
-qui traversoit la rue, servoit de communication de l'un à l'autre
-bâtiment.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Hôtel de Savoie</i> (rue de Savoie).</p>
-
-<p>Cet hôtel s'étendoit en partie jusqu'à la rue des Grands-Augustins.
-Il fut vendu, en 1670, à <span class="pagenum"><a id="page710" name="page710"></a>(p. 710)</span> divers particuliers par madame
-Marie-Jeanne-Baptiste, épouse de Charles-Emmanuel, duc de Savoie,
-prince de Piémont, à laquelle il appartenoit, comme seule héritière de
-Charles-Amédée de Savoie son père, duc de Génevois, de Nemours et
-d'Aumale; et de Henri de Savoie son oncle, etc.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Hôtel de Gaucher de Châtillon et de l'évêque de Noyon</i> (rue Pavée).</p>
-
-<p>L'hôtel de Gaucher de Châtillon, connétable de France, étoit situé à
-droite en entrant par le quai. Il passa ensuite aux évêques d'Autun en
-1331, à ceux de Laon en 1393; l'un d'eux le donna à son église en
-1552; son successeur le céda à rente au duc de Nemours, qui le fit
-rebâtir. Ce fut dans cet hôtel que logea le duc de Savoie lorsqu'il
-vint à Paris en 1599 pour traiter avec Henri IV, qui demandoit la
-restitution du marquisat de Saluces.</p>
-
-<p>Il paroît que l'évêque de Noyon avoit aussi son hôtel dans cette rue,
-et quelques actes en font mention; mais on ignore dans quel endroit il
-étoit situé<a id="footnotetag625" name="footnotetag625"></a><a href="#footnote625" title="Lien vers la note 625"><span class="smaller">[625]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page711" name="page711"></a>(p. 711)</span> <i>Hôtels de la duchesse d'Étampes, et d'Hercule</i> (quai des Augustins).</p>
-
-<p>Le premier de ces deux hôtels étoit situé au coin de la rue
-Gilles-C&oelig;ur, et s'étendoit jusqu'à celle de l'Hirondelle, où étoit sa
-principale entrée. Il avoit appartenu à Louis de Sancerre, connétable,
-et il est probable qu'avant lui on y avoit réuni un hôtel des évêques
-de Chartres. Ceux-ci le possédèrent encore depuis, ainsi que les
-évêques de Clermont; enfin il appartenoit à M. Dauvet, maître des
-requêtes, lorsque Anne de Pisseleu, duchesse d'Étampes, vint y
-demeurer, et engagea François I<sup>er</sup> à en faire l'acquisition. Ce prince
-en fit démolir une partie, qui fut rebâtie avec plus de luxe et
-d'élégance, et ornée de chiffres et de devises. Au commencement du
-dix-septième siècle, il s'appeloit l'hôtel d'O et appartenoit à M.
-Séguier. Le mariage de sa fille avec le duc de Luines lui fit prendre
-ce dernier nom. Il le conserva jusqu'en 1671, qu'on le démolit en
-grande partie, pour le vendre à des particuliers. C'est dans cet hôtel
-que le chancelier Séguier se réfugia le 7 août <span class="pagenum"><a id="page712" name="page712"></a>(p. 712)</span> 1648, pour éviter la
-fureur de la populace lors des barricades.</p>
-
-<p>Le nom d'<i>Hercule</i> que portoit le second hôtel lui avoit été donné
-parce qu'on avoit peint dans les appartements, et même à l'extérieur,
-les aventures de ce héros fabuleux. Ces peintures avoient été faites
-aux frais de Jean de La Driesche, président de la chambre des comptes,
-qui le vendit à M. Louis Hallevin, seigneur de Piennes et chambellan
-du roi. Auparavant il avoit été possédé par le comte de Sancerre.
-Charles VIII l'acheta ensuite de M. de Piennes, avec tous les meubles
-de fer et de bois qui s'y trouvoient, moyennant la somme de 10,000
-livres.</p>
-
-<p>Sous Louis XII, cet hôtel étoit occupé par Guillaume de Poitiers,
-seigneur de Clerieu, auquel ce prince l'avoit probablement abandonné.
-François I<sup>er</sup> le donna ensuite au chancelier du Prat<a id="footnotetag626" name="footnotetag626"></a><a href="#footnote626" title="Lien vers la note 626"><span class="smaller">[626]</span></a> et à ses
-descendants. Cet hôtel, qui étoit extrêmement vaste, puisqu'il
-s'étendoit depuis la rue des Augustins jusqu'à la <span class="pagenum"><a id="page713" name="page713"></a>(p. 713)</span> seconde maison de
-la rue Pavée, et dans l'autre dimension jusqu'aux jardins de l'abbé de
-Saint-Denis, avoit été habité par des hôtes du rang le plus illustre.
-L'archiduc Philippe d'Autriche, allant de Flandres en Espagne, y logea
-en 1499; il servit de demeure à Jacques V, roi d'Écosse, lorsqu'il
-vint à Paris, en 1536, pour épouser Magdeleine de France; ce fut dans
-cet hôtel qu'on remit à Henri III l'ordre de la Jarretière; et Favier
-dit que, de son temps, tous les chapitres de l'ordre du Saint-Esprit
-s'y sont tenus.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Hôtel de Thouars</i> (rue des Trois-Chandeliers).</p>
-
-<p>Cet hôtel, nommé depuis la <i>maison des Carneaux</i>, faisoit le coin de
-la rue où il étoit situé, et appartenoit aux vicomtes de Thouars,
-depuis créés ducs de La Trémouille. Ils le laissèrent tomber en
-ruines, et l'abandonnèrent, en 1379, à la fabrique de
-Saint-Germain-le-Vieux.</p>
-
-<p>Les abbés de Clairvaux avoient à côté, dans <span class="pagenum"><a id="page714" name="page714"></a>(p. 714)</span> la rue de la Huchette,
-une maison avec jardins, qui fut appelée d'abord la maison de
-Pontigni: elle étoit située vis-à-vis celle d'Arnauld de Corbie,
-chancelier de France.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Hôtels divers</i> (rue Saint-André-des-Arcs).</p>
-
-<p>Cette rue renfermoit un assez grand nombre d'hôtels remarquables.
-Auprès de la rue Gilles-C&oelig;ur étoit celui d'Arras ou d'Artois; celui
-des comtes d'Eu étoit situé entre les rues Pavée et des
-Grands-Augustins; au coin de la première de ces deux rues on trouvoit
-la maison du chancelier Poyet. Enfin on y voyoit deux hôtels de
-Navarre: le premier, situé entre la rue de l'Éperon et la porte Buci,
-appartenoit à Philippe de France, duc d'Orléans, ce qui lui fit donner
-le nom de <i>Séjour d'Orléans</i>; on le voit successivement passer à Louis
-d'Orléans, son petit-neveu; à Charles VI, qui le donna, en 1400, au
-comte de Savoie; ensuite au duc de Berri; à Louis, duc de Guyenne, en
-1411; il appartint depuis à Louis XI, qui en donna une partie à
-Jacques Coytier, son médecin; enfin à Louis XII, qui le vendit en
-1489. Le second hôtel de Navarre étoit situé de l'autre côté: Jeanne,
-reine de France, le légua pour la fondation d'un collége, que ses
-exécuteurs testamentaires préférèrent transporter à la montagne
-Sainte-Geneviève<a id="footnotetag627" name="footnotetag627"></a><a href="#footnote627" title="Lien vers la note 627"><span class="smaller">[627]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page715" name="page715"></a>(p. 715)</span> L'hôtel fut alors vendu, et celui de Buci
-s'éleva sur son emplacement. Il a formé depuis les grand et petit
-hôtels de Lyon, situés rues Saint-André et Contrescarpe, dans lesquels
-étoient établies des messageries.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Hôtel de Besançon</i> (rue Gilles-C&oelig;ur).</p>
-
-<p>Les titres qui font mention de cet hôtel l'indiquent comme faisant le
-coin de cette rue et de la rue de l'Hirondelle.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Hôtel des comtes de Mâcon</i> (rue de Mâcon).</p>
-
-<p>Cet hôtel, situé dans cette rue, s'étendoit sur celle de la
-Vieille-Bouclerie. On ne dit point en quel temps il a été démoli.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Hôtels divers</i> (rue Hautefeuille).</p>
-
-<p>On y remarquoit, 1<sup>o</sup> l'hôtel de Forez, lequel s'étendoit depuis la rue
-Pierre-Sarrasin jusqu'à celle des Deux-Portes; 2<sup>o</sup> une maison au coin
-de cette rue, qui a été occupée par M. Joly de Fleury; 3<sup>o</sup> une
-troisième au coin de la rue Percée, où l'on voyoit une tourelle sur
-laquelle on avoit sculpté des fleurs-de-lis, les armes de France, et
-la salamandre, devise ordinaire de François I<sup>er</sup>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page716" name="page716"></a>(p. 716)</span> <i>Maisons diverses</i> (rues du Foin et Serpente).</p>
-
-<p>Dans la première de ces deux rues étoit située la maison des religieux
-des Vaux de Cernai, laquelle s'étendoit jusqu'à celle de la
-Parcheminerie. On trouvoit dans la seconde une maison qui avoit
-appartenu, en 1330, à l'abbé et aux religieux de Fécamp.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Hôtel de Tours</i> (rue du Paon).</p>
-
-<p>Cet hôtel, changé depuis en une maison garnie, qui portoit pour
-enseigne l'hôtel de Tours, étoit situé vis-à-vis le cul-de-sac de la
-rue du Paon. Sauval dit que les archevêques de Tours avoient leur
-hôtel dans cette rue, sans indiquer en quel temps. Jaillot ne trouve
-aucune preuve qu'ils aient acquis ni vendu une maison dans ce
-quartier, mais il cite un rôle de 1640, dans lequel on indique, rue du
-Paon: «une maison appartenant à M. Boutillier, surintendant des
-finances; tenue par M. l'archevêque de Tours.» La demeure de ce
-prélat, et peut-être de quelqu'un de ses successeurs, aura pu faire
-donner à cet hôtel le nom qu'il a porté jusqu'au moment de la
-révolution.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page717" name="page717"></a>(p. 717)</span> <i>Hôtel de l'archevêque de Rouen</i> (cul-de-sac de la cour de Rouen).</p>
-
-<p>Cet hôtel étoit situé à l'extrémité de ce cul-de-sac, qui en avoit
-reçu le nom, et qui le porte encore aujourd'hui.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Hôtel de Saint-Jean-en-Vallée</i> (rue des Cordeliers).</p>
-
-<p>Cet hôtel, appartenant à l'abbé et aux religieux du monastère que nous
-venons de nommer, étoit situé dans cette rue, et s'étendoit jusqu'à la
-rue du Paon; il avoit été bâti, ainsi que partie du collége de
-Bourgogne, sur un terrain assez étendu, appartenant à l'abbaye
-Saint-Germain, lequel s'appeloit, au quatorzième siècle, le <i>fief du
-couvent</i>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Hôtel des comtes de Harcour</i> (rue des Maçons).</p>
-
-<p>À la fin du siècle dernier, on voyoit encore au coin de cette rue, du
-côté des Mathurins, les restes d'une chapelle qui avoit fait partie
-d'un grand hôtel appartenant aux comtes de Harcour. Il passa depuis à
-la maison de Lorraine, car il est indiqué, en 1574, dans le compte du
-receveur du domaine de la ville: «L'hôtel de Harcour, dit de Lorraine
-appartenant de présent à M. Gilles Le Maistre, président en la <span class="pagenum"><a id="page718" name="page718"></a>(p. 718)</span> cour
-de parlement.» Il fut occupé depuis par M. Le Maistre de Ferrières.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Le Parloir aux Bourgeois</i> (rue de la Harpe).</p>
-
-<p>Nous avons déjà dit que c'étoit ainsi que l'on appeloit autrefois le
-lieu d'assemblée des officiers municipaux. Il fut établi
-successivement dans divers endroits de la ville, et notamment dans une
-salle construite au-dessus de la porte de la ville située à
-l'extrémité de cette rue.</p>
-
-
-<h3>HÔTELS EXISTANTS EN 1789.</h3>
-
-<p class="center"><i>Hôtel de Cluni</i> (rue des Mathurins).</p>
-
-<p>Le palais des Thermes, dont nous avons déjà décrit le beau débris que
-l'on voit encore dans la rue de La Harpe, s'étendoit aussi dans la rue
-des Mathurins. Au treizième siècle il fut détruit et divisé en
-plusieurs parties. Celle qui régnoit sur cette rue fut acquise en
-1243, d'abord par Raoul de Meulent, ensuite par Robert de Courtenai.
-Au commencement du quatorzième siècle, un de ses descendants, Jean de
-Courtenai, la vendit à l'évêque de Bayeux. Elle fut ensuite acquise
-par Pierre de Chalus, évêque de Cluni, <span class="pagenum"><a id="page719" name="page719"></a>(p. 719)</span> quoiqu'il eût déjà une maison à
-la porte Saint-Germain et un logement au collége de Cluni. Enfin cet
-hôtel fut entièrement rebâti, suivant Jaillot, en 1490<a id="footnotetag628" name="footnotetag628"></a><a href="#footnote628" title="Lien vers la note 628"><span class="smaller">[628]</span></a>, par les
-soins de Jacques d'Amboise<a id="footnotetag629" name="footnotetag629"></a><a href="#footnote629" title="Lien vers la note 629"><span class="smaller">[629]</span></a>, abbé du même monastère, évêque de
-Clermont, etc. Cet édifice, qui existe encore en entier, et qui est
-bien conservé, nous semble un des monuments gothiques les plus
-élégants de la capitale, et mérite d'être visité par les curieux. Le
-portail et les croisées en sont couverts de sculptures
-très-délicatement travaillées; la chapelle, située au premier étage
-sur le jardin, offre une construction remarquable et singulière: la
-voûte, très-chargée de sculptures, est soutenue par un seul pilier de
-forme octogone élevé au milieu, et auquel viennent aboutir toutes les
-arêtes. Sur les murs de cette chapelle, qui peut avoir vingt à
-vingt-deux pieds carrés, étoient placés, en forme de mausolées, les
-portraits de la famille de Jacques d'Amboise, entre autres celui du
-cardinal; ils étoient la plupart à genoux, habillés suivant le costume
-du temps. Le fond étoit décoré d'un groupe de quatre figures
-représentant saint Jean, Joseph <span class="pagenum"><a id="page720" name="page720"></a>(p. 720)</span> d'Arimathie et la Vierge qui pleure
-sur le corps de son fils. Le piédestal de ce groupe servoit
-d'autel<a id="footnotetag630" name="footnotetag630"></a><a href="#footnote630" title="Lien vers la note 630"><span class="smaller">[630]</span></a>.</p>
-
-<p>À droite, une tour octogone renferme un très-bel escalier à vis, bien
-appareillé, d'une coupe heureuse, qui conduit aux divers appartements.
-Sur les murailles de la cour, on montroit autrefois le diamètre de la
-fameuse cloche de Rouen appelée <i>Georges d'Amboise</i>, et l'on
-prétendoit même que c'étoit dans cette cour qu'elle avoit été jetée en
-fonte.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Hôtel de Henri de Marle</i> (rue du Foin).</p>
-
-<p>Dans cette rue, et au coin de celle de Bout-de-Brie, est un hôtel dont
-la façade n'annonce rien de remarquable, mais dont la porte offroit
-jadis un écusson qu'il est nécessaire de décrire: le champ en étoit
-d'azur, à deux faces d'or, accompagnées de six besants de même, trois
-en chef, deux en c&oelig;ur et un en pointe. Ces mêmes armoiries se
-trouvoient répétées aux deux côtés d'un autre grand écusson sculpté
-sur la porte intérieure, lequel portoit trois <i>C</i> ou croissants
-entrelacés, surmontés d'une couronne royale. <span class="pagenum"><a id="page721" name="page721"></a>(p. 721)</span> Enfin, au-dessus de cet
-écusson, on en voyoit un troisième offrant l'écu de France à trois
-fleurs de lis, soutenu par deux anges, et surmonté de la couronne
-royale. Une ancienne tradition, qui s'est perpétuée jusque dans le
-siècle dernier, présentoit cette maison «comme un ancien palais élevé
-par Henri II, et désigné dans le quartier sous le nom d'<i>hôtel de la
-Reine-Blanche</i>, parce qu'après la mort de ce prince il avoit appartenu
-à son épouse Catherine de Médicis, qui demeura veuve pendant trente
-ans, depuis l'an 1559 jusqu'à l'an 1589.»</p>
-
-<p>Jaillot, qui combat cette tradition, convient en effet
-qu'indépendamment des divers hôtels qui ont reçu le nom de la
-<i>Reine-Blanche</i>, pour avoir appartenu à Blanche de Castille, veuve de
-Louis VIII, à Blanche de Bourgogne, femme de Charles-le-Bel, à Blanche
-d'Évreux, veuve de Philippe de Valois, l'usage étant de donner aussi
-le nom de <i>Reines-Blanches</i> à toutes les veuves de nos rois, parce
-qu'elles portoient le deuil en blanc, il ne seroit pas impossible
-qu'un hôtel eût tiré son nom de cette dénomination singulière; mais
-cet usage avoit été aboli par Anne de Bretagne, qui la première porta
-le deuil en noir à la mort de Charles VIII, et par conséquent ne peut
-trouver son application à l'occasion de Catherine de Médicis. Quant
-aux armes contenues dans le premier écusson, ce <span class="pagenum"><a id="page722" name="page722"></a>(p. 722)</span> sont celles de Martin
-Fumée, fils du garde des sceaux, qui étoit propriétaire de cette
-maison en 1541. Si Henri II, qui ne commença à régner qu'en 1547, en
-eût fait l'acquisition, peut-on supposer qu'il y eût fait sculpter le
-chiffre de la duchesse de Valentinois sans y ajouter le sien? eût-il
-surmonté un pareil écusson de la couronne royale? ce prince ou
-Catherine de Médicis y auroient-ils laissé subsister les armes des
-sieur et dame Fumée? etc., etc. N'est-il pas plus probable que Martin
-Fumée, fils d'un garde des sceaux, occupoit à la cour quelque place
-distinguée, soit qu'il fût attaché au service de la reine Claude,
-première femme de François I<sup>er</sup>, soit qu'il fût un des officiers de
-Catherine de Médicis, nouvellement mariée au Dauphin; et que dans la
-reconstruction de sa maison il aura voulu perpétuer le souvenir d'une
-situation honorable en faisant sculpter ces trois <i>C</i> en différents
-endroits et sur l'écusson même de ses armes? Ce sont là sans doute de
-simples conjectures; mais ce qui est sans réplique, c'est que M.
-Rousseau, ancien conseiller aux eaux et forêts, à qui cette maison
-appartenoit en 1772, communiqua à ce critique une liste suivie des
-anciens propriétaires depuis cinq cents ans, dans laquelle il n'y
-avoit ni rois ni reines.</p>
-
-<p>Cet hôtel est désigné dans quelques titres sous le nom de Henri de
-Marle, maître des requêtes, <span class="pagenum"><a id="page723" name="page723"></a>(p. 723)</span> qui le possédoit en 1540. Par la même
-raison il portoit, au dix-septième siècle, le nom d'hôtel de
-Bourlon<a id="footnotetag631" name="footnotetag631"></a><a href="#footnote631" title="Lien vers la note 631"><span class="smaller">[631]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Chambre royale et syndicale des Libraires et Imprimeurs</i> (rue du
-Foin).</p>
-
-<p>L'imprimerie, inventée et pratiquée en Allemagne vers le milieu du
-quinzième siècle, ne tarda pas à s'introduire en France. Dès 1470
-Guillaume Ficher et Jean Heynlin de La Pierre, docteurs de Sorbonne,
-firent venir d'Allemagne Ulric Géring, imprimeur, et ses deux
-associés, Martin Krantz et Michel Friburger, et leur donnèrent dans la
-Sorbonne même un emplacement où ceux-ci établirent leurs presses.
-Ainsi la première imprimerie qui ait existé à Paris et dans la France
-a eu son berceau dans l'asile même des sciences dont elle devoit
-accroître le domaine et faciliter l'étude.</p>
-
-<p>Les inconvénients de cet art nouveau, plus grands peut-être que ses
-avantages, ne tardèrent pas à se faire sentir. L'impiété et la
-débauche, qui jusqu'alors avoient été forcées de se cacher dans
-l'ombre, parce qu'elles n'auroient pu sans <span class="pagenum"><a id="page724" name="page724"></a>(p. 724)</span> danger se montrer au grand
-jour, profitèrent bientôt des ressources qu'offroit l'imprimerie pour
-répandre dans la société leurs maximes empoisonnées. Le mal fut si
-rapide, et devint si extrême, que, dès le siècle suivant, le
-gouvernement jugea nécessaire d'exercer la police la plus rigoureuse
-non-seulement sur les livres qui s'imprimoient en France, mais encore
-sur tous ceux qu'on y faisoit venir de l'étranger. Une ordonnance de
-Henri II, datée du 27 juin 1551, «défend à tous libraires, imprimeurs
-et vendeurs de livres, d'ouvrir aucunes balles de livres qui leur
-seroient apportées de dehors, s'ils n'eussent été vus et visités.» On
-choisit d'abord pour cet examen des personnes hors du corps de la
-librairie; ensuite on en chargea les libraires eux-mêmes, ainsi qu'il
-est constaté par un arrêt du parlement du 15 février 1611, qui ordonne
-que «les livres apportés en la ville de Paris seroient vus et visités
-par les syndics et adjoints de la communauté en la manière
-accoutumée.»</p>
-
-<p>La visite se faisoit d'abord chez les libraires mêmes qui avoient reçu
-les balles; mais, comme il n'étoit pas toujours possible de remplir
-cette formalité à l'instant même de la réception, et que le moindre
-délai pouvoit amener des inconvénients, on résolut d'établir un lieu
-de dépôt où les balles seroient d'abord apportées et visitées <span class="pagenum"><a id="page725" name="page725"></a>(p. 725)</span> avant
-d'être remises à leurs propriétaires. Ce dépôt fut d'abord placé, en
-1617, dans les bâtiments du collége royal. On le voit ensuite
-transféré successivement au collége de Cambrai jusqu'en 1679; dans des
-bâtiments qui touchoient le couvent des Mathurins jusqu'en 1726; enfin
-dans une maison appartenant à ces religieux, et située rue du Foin,
-vis-à-vis l'hôtel dont nous avons parlé dans l'article précédent<a id="footnotetag632" name="footnotetag632"></a><a href="#footnote632" title="Lien vers la note 632"><span class="smaller">[632]</span></a>.</p>
-
-<p>C'étoit dans cette chambre que, deux fois par an, on apportoit de la
-douane toutes les balles de livres et estampes qui arrivoient à Paris.
-Elles y étoient ouvertes et visitées gratuitement par les syndics et
-adjoints, en présence de deux inspecteurs de la librairie. La
-communauté y tenoit aussi ses assemblées pour les élections,
-réceptions de sujets, etc.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Porte de Buci.</i></p>
-
-<p>Cette porte, située à l'extrémité occidentale de la rue
-Saint-André-des-Arcs, n'étoit pas encore entièrement achevée lorsque
-Philippe-Auguste en fit don à l'abbaye Saint-Germain par sa charte de
-1209. Ces religieux la vendirent, en 1350, à M. Simon de Buci,
-premier président <span class="pagenum"><a id="page726" name="page726"></a>(p. 726)</span> au parlement, et le premier qui ait pris ce
-titre<a id="footnotetag633" name="footnotetag633"></a><a href="#footnote633" title="Lien vers la note 633"><span class="smaller">[633]</span></a>; elle reçut alors le nom de son nouveau propriétaire. C'est
-par cette porte qu'en 1418 Périnet Le Clerc introduisit dans Paris les
-gens de la faction du duc de Bourgogne; depuis elle fut murée.
-François I<sup>er</sup> la fit rouvrir en 1539; enfin on l'abattit en 1672, et
-pour en conserver la mémoire on grava une inscription sur une table de
-marbre placée à l'endroit où elle avoit été située. Cette inscription
-existoit encore à la fin du siècle dernier, un peu plus haut et du
-même côté que l'égout<a id="footnotetag634" name="footnotetag634"></a><a href="#footnote634" title="Lien vers la note 634"><span class="smaller">[634]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Porte Saint-Germain.</i></p>
-
-<p>Cette porte, nommée successivement <i>porte des Cordèles</i>, <i>des Frères
-Mineurs</i>, <i>Saint-Germain</i>, étoit située à l'extrémité de la rue des
-Cordeliers, un peu au-dessus de la rue du Paon. On voit dans les
-registres de la ville qu'en 1586 il y eut ordre de la faire fermer, et
-d'ouvrir celle de Buci. Elle fut abattue en 1672<a id="footnotetag635" name="footnotetag635"></a><a href="#footnote635" title="Lien vers la note 635"><span class="smaller">[635]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page727" name="page727"></a>(p. 727)</span> <i>Porte d'Enfer.</i></p>
-
-<p>Cette autre porte de l'enceinte de Philippe-Auguste étoit située à
-l'extrémité de la rue de la Harpe, précisément à l'endroit où l'on a
-depuis construit une fontaine. Elle est nommée, dans quelques actes du
-quatorzième siècle, <i>Gilbert</i> et <i>Gibert</i>, mais plus communément
-<i>Gibard</i>, qui étoit le véritable nom du territoire où est aujourd'hui
-la place Saint-Michel.</p>
-
-<p>Dès cette même époque on l'appeloit aussi porte d'<i>Enfer</i>. Quelques
-auteurs ont pensé que ce nom lui avoit été donné parce qu'elle étoit
-placée vis-à-vis d'un chemin qui conduisoit au château de <i>Vauverd</i>,
-qu'on supposoit habité par des démons<a id="footnotetag636" name="footnotetag636"></a><a href="#footnote636" title="Lien vers la note 636"><span class="smaller">[636]</span></a>; Jaillot n'est pas de cet
-avis, et s'appuyant sur plusieurs actes authentiques du treizième
-siècle, dans lesquels on trouve <i lang="la">hostium Ferri</i>, il pense que ce nom
-de porte d'<i>Enfer</i> n'est qu'une altération de celui de porte de <i>Fer</i>
-qu'on lui avoit donné, soit que la ferrure en fût plus considérable
-que celle des autres, soit qu'elle fût garnie de plaques de ce métal,
-ce qui semble plus vraisemblable. Il l'a trouvée, pour la première
-fois, sous le nom de <i lang="la">porta Inferni</i> <span class="pagenum"><a id="page728" name="page728"></a>(p. 728)</span> (porte d'Enfer) dans l'acte de
-fondation du collége de Harcour, passé en 1311<a id="footnotetag637" name="footnotetag637"></a><a href="#footnote637" title="Lien vers la note 637"><span class="smaller">[637]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>FONTAINES.</h3>
-
-<p class="center"><i>Fontaine Saint-Séverin.</i></p>
-
-<p>Elle est située à l'angle que fait la rue Saint-Jacques avec celle de
-Saint-Séverin, et fournit de l'eau de la Seine. On y lit ces deux vers
-de Santeuil:</p>
-
-<p class="poem center">
- <i lang="la">Dùm scandunt juga montis anhelo pectore nymphæ,<br />
- Hìc una è sociis, vallis amore, sedet.</i></p>
-
-<p class="p2 center"><i>Fontaine Saint-Côme.</i></p>
-
-<p>Elle est située rue des Cordeliers<a id="footnotetag638" name="footnotetag638"></a><a href="#footnote638" title="Lien vers la note 638"><span class="smaller">[638]</span></a>, près de l'église dont elle
-porte le nom.</p>
-
-<p class="p2 center"><i>Fontaine des Cordeliers.</i></p>
-
-<p>Cette fontaine fut bâtie en 1672 dans la rue dont elle a pris le nom,
-et aussitôt qu'on eut abattu la porte Saint-Germain. On la
-reconstruisit en 1717: elle n'avoit rien de remarquable que cette
-inscription de Santeuil:</p>
-
-<p class="poem">
- <i lang="la">Urnam nympha gerens dominam properabat in urbem:</i><br />
-<span class="add2em"><i lang="la">Dùm tamen hìc celsas suspicit illa domus,</i></span><br />
-<span class="pagenum"><a id="page729" name="page729"></a>(p. 729)</span> <i lang="la">Fervere tot populos, quæsitam credidit urbem,</i><br />
-<span class="add2em"><i lang="la">Constitit, et largas læta profudit aquas.</i></span></p>
-
-<p class="p2 center"><i>Fontaine Saint-Michel.</i></p>
-
-<p>Cette fontaine fut élevée en 1684 sur les dessins de Bullet,
-architecte, à la place de la porte Saint-Michel, qu'on venoit
-d'abattre; elle se compose d'une niche surmontée d'un arc assez élevé,
-et accompagnée de deux colonnes doriques. Au-dessus est gravée cette
-inscription de Santeuil:</p>
-
-<p class="poem">
- <i lang="la">Hoc in monte suos reserat sapientia fontes;<br />
- Ne tamen hanc puri respue fontis aquam.</i></p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page730" name="page730"></a>(p. 730)</span> RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS.</h3>
-
-<p><i>Rue Saint-André-des-Arcs.</i> Elle aboutit d'un côté à la place du
-Pont-Saint-Michel et aux rues de la Huchette et de la
-Vieille-Bouclerie; de l'autre, au carrefour des rues Dauphine,
-Mazarine, de Buci et des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Les anciens
-titres offrent une grande variété, tant sur le nom de cette rue que
-sur la manière de l'écrire. On l'appeloit dans le principe <i>rue de
-Laas</i>, et ce nom lui étoit commun avec celle de la Huchette, dont elle
-fait la continuation, parce que c'étoit celui du territoire sur lequel
-elles sont situées. Il étoit encore planté de vignes lorsqu'en 1179,
-Hugues, abbé de Saint-Germain-des-Prés, le donna à cens, à la charge
-d'y bâtir et de payer 3 sous de redevance pour chaque maison. Ce fut
-alors qu'on perça les rues <i>Saint-Germain</i>, <i>du Serpent</i>, <i>des
-Petits-Champs</i> et <i>des Sachettes</i>, aujourd'hui nommées <i>Saint-André</i>,
-<i>Serpente</i>, <i>Mignon</i> et <i>du Cimetière-Saint-André</i>.</p>
-
-<p>Lorsque l'enceinte méridionale de Philippe-Auguste eut été achevée, ce
-prince ayant accordé aux religieux de Saint-Germain-des-Prés la porte
-par laquelle on passoit pour aller à leur couvent, cette porte reçut
-le nom de <i>Saint-Germain</i>, et on le donna également à la rue de <span class="pagenum"><a id="page731" name="page731"></a>(p. 731)</span> Laas,
-parce qu'elle y conduisoit. Vers le même temps on construisit l'église
-Saint-André, et la rue prit tantôt le nom de Saint-Germain, tantôt
-celui de Saint-André; mais le premier ayant été donné depuis à la rue
-des Cordeliers et à celle des Boucheries, il en est résulté que
-souvent les trois rues ont été confondues ensemble. Jaillot pense que
-l'abbé Lebeuf se trompe lorsqu'il conjecture que la rue dont nous
-parlons a porté à la fois ces deux noms; celui de <i>Saint-André</i>
-jusqu'à la rue de l'Éperon, celui de Saint-Germain depuis cet endroit
-jusqu'à la porte<a id="footnotetag639" name="footnotetag639"></a><a href="#footnote639" title="Lien vers la note 639"><span class="smaller">[639]</span></a>. Ce dernier espace formoit alors une place vide,
-et resta ainsi jusqu'en 1350, qu'il fut vendu en partie à Simon de
-Buci. On donna pour lors le nom de porte de <i>Buci</i> à celle qu'on avoit
-fait construire au bout de la rue Saint-André, et de porte
-<i>Saint-Germain</i> à celle de la rue des Cordeliers<a id="footnotetag640" name="footnotetag640"></a><a href="#footnote640" title="Lien vers la note 640"><span class="smaller">[640]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page732" name="page732"></a>(p. 732)</span> Quant au nom de Saint-André, que cette rue doit à l'église à laquelle
-elle conduit, nous avons déjà dit qu'il avoit varié suivant les temps:
-on lit dans différents titres, <i>Saint-Andri</i>, <i>Saint-Andrieu</i>,
-<i>Saint-Andrieu-des-Ars</i>, <i>Saint-André-des-Arts et des Arcs</i>. Ces
-derniers noms semblent n'être qu'une altération de celui de <i>Laas</i>.</p>
-
-<p><i>Rue du Cimetière-Saint-André.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue
-Hautefeuille, de l'autre à celle de l'Éperon. Sous le règne de saint
-Louis, on l'appeloit rue des <i>Sachettes</i>, <i>à cause de certaines femmes
-dévotes, vivant ensemble proche le monastère Saint-André</i>; elles-mêmes
-avoient reçu ce nom de leur vêtement, fait en forme de sac: <i lang="la">Pauperes
-mulieres de saccis</i>, <i lang="la">saccitæ</i>. Cette congrégation, qui n'étoit pas
-autorisée, ayant été détruite peu de temps après, la rue fut appelée
-<i>des Deux-Portes</i>, parce qu'il y en avoit une à chacune de ses
-extrémités: elle portoit ce nom en 1356, et l'a conservé encore
-pendant deux siècles avec celui qu'elle porte aujourd'hui, lequel
-provient du cimetière qu'on y plaça dans cette même année 1356.</p>
-
-<p><i>Rue des Grands-Augustins.</i> Elle commence sur le quai des Augustins,
-et aboutit à la rue Saint-André-des-Arcs. Matthieu de Vendôme, abbé de
-Saint-Denis, ayant acquis plusieurs maisons et jardins, dans
-l'intention d'y bâtir un collége pour ses religieux, le chemin qui
-traversoit ce terrain prit aussitôt le nom de son nouveau
-propriétaire. Dès 1269, on l'appeloit <i>rue à l'Abbé-Saint-Denys</i>, et
-successivement <i>rue du Collége-Saint-Denys</i>, <i>des Écoles</i> et <i>des
-<span class="pagenum"><a id="page733" name="page733"></a>(p. 733)</span> Écoliers-Saint-Denys</i>. Elle prit ensuite le nom de <i>rue de la Barre</i>
-du côté de celle de Saint-André; et Jaillot pense qu'elle le dut à la
-galerie couverte qui joignoit ensemble l'hôtel de Saint-Cyr et le
-collége Saint-Denis, dont il étoit une dépendance. Elle conserva
-long-temps ce nom, car on le trouve encore dans un acte de 1546. Cette
-rue étoit alors distinguée en deux parties: du côté du quai on la
-nommoit rue des Augustins, quelquefois <i>rue de l'hôtel de Nemours</i>;
-dans l'autre partie, elle s'appeloit, en 1523, <i>rue des
-Écoles-Saint-Denys</i>, autrement dite <i>de la Barre</i>. Elle est aussi
-énoncée <i>rue des Charités-Saint-Denys</i> dans un acte de 1672<a id="footnotetag641" name="footnotetag641"></a><a href="#footnote641" title="Lien vers la note 641"><span class="smaller">[641]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue du Battoir.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de
-l'autre à celle de l'Éperon. Guillot la nomme rue de la <i>Platrière</i>.
-Un terrier de Saint-Germain-des-Prés de 1523<a id="footnotetag642" name="footnotetag642"></a><a href="#footnote642" title="Lien vers la note 642"><span class="smaller">[642]</span></a> la désigne sous le
-nom de <i>Haute-Rue, dite rue du Battouer, autrement la
-Vieille-Platrière</i>. Plusieurs autres titres lui donnent la même
-dénomination; et du reste tout ce qu'en a dit Sauval est erroné, comme
-Jaillot l'a très-bien prouvé.</p>
-
-<p><i>Rue de la Vieille-Bouclerie.</i> Elle commence au bout de la place du
-Pont-Saint-Michel, et finit à la rue de la Harpe, au coin de celle de
-Saint-Séverin, et il en est fait mention dès 1236<a id="footnotetag643" name="footnotetag643"></a><a href="#footnote643" title="Lien vers la note 643"><span class="smaller">[643]</span></a>, sous le nom de
-<i lang="la">vicus Boclearia</i>. Sauval prétend qu'en 1272 on l'appeloit
-<i>l'abreuvoir Maçon</i><a id="footnotetag644" name="footnotetag644"></a><a href="#footnote644" title="Lien vers la note 644"><span class="smaller">[644]</span></a>. Elle y conduisoit effectivement: du reste,
-ce qu'il <span class="pagenum"><a id="page734" name="page734"></a>(p. 734)</span> en dit, et ce qu'en disent ceux qui l'ont copié ou critiqué
-est tellement embrouillé, qu'il est difficile de les suivre dans ces
-minutieuses discussions; ce qu'on peut en conclure, c'est qu'il
-existoit en ce quartier deux rues de la Bouclerie, ainsi qu'il est
-prouvé par les vers de Guillot:</p>
-
-<p class="poem">
- Assès tôt trouva Sacalie,<br />
- Et la petite Bouclerie,<br />
- Et la grand Bouclerie après,<br />
- Et Hérondale tout emprès.</p>
-
-<p>La marche du poëte, ainsi que les titres, prouvent que la rue de la
-<i>Petite-Bouclerie</i> est celle dont il s'agit ici, et que la <i>grande</i>
-est la rue <i>Mâcon</i>, qui aboutissoit alors à la boucherie, située au
-coin de la rue de l'Hirondelle.</p>
-
-<p>On trouve la <i>petite Boucherie</i> désignée encore sous le nom de la
-<i>vieille Bouclerie</i>. Jaillot pense que ce n'est point une faute
-d'impression, mais que cette dénomination vient de ce que la boucherie
-de Saint-Germain étoit établie, au douzième siècle, à la place dite
-depuis du <i>Pont-Saint-Michel</i>, laquelle n'existoit point encore. Quant
-à l'opinion de quelques historiens qui veulent que le nom de
-<i>Bouclerie</i> vienne de ce qu'on y faisoit de petits boucliers, elle
-n'est appuyée sur aucune preuve.</p>
-
-<p><i>Rue Bout-de-Brie.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue du Foin, de
-l'autre à celle de la Parcheminerie. On lit dans plusieurs actes,
-<i>Bourg-de-Brie</i>, <i>Bout-de-Brye</i>, <i>Bouttebrie</i>, <i>du Bourc-de-Brie</i>,
-<i>Boudebrie</i>, et ce sont autant d'altérations du nom primitif qui étoit
-<i>Erembourg</i> ou <i>Eremburge de Brie</i>, <i lang="la">vicus Eremburgis de Briâ et de
-Bratâ</i> en 1284 et 1288, ainsi qu'on le lit dans un cartulaire de la
-Sorbonne. Avant la fin du quatorzième siècle on lui donnoit le nom de
-<i>rue des Enlumineurs</i>, sans doute à cause de ceux qui <span class="pagenum"><a id="page735" name="page735"></a>(p. 735)</span> s'y étoient
-établis. On la trouve en 1371 et 1373 sous l'un et l'autre de ces deux
-derniers noms<a id="footnotetag645" name="footnotetag645"></a><a href="#footnote645" title="Lien vers la note 645"><span class="smaller">[645]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue des Trois-Chandeliers.</i> On nomme ainsi une des descentes de la
-rue de la Huchette à la rivière, en face de la rue Zacharie.
-Sauval<a id="footnotetag646" name="footnotetag646"></a><a href="#footnote646" title="Lien vers la note 646"><span class="smaller">[646]</span></a>, confondant cette rue avec une autre, qui lui est
-parallèle, lui donne en conséquence plusieurs noms qu'elle n'a point
-portés. Elle est nommée, dans le quatorzième siècle, rue <i>Berthe</i>, et
-rue et port <i>aux Bouticles</i>. Ce dernier nom lui venoit des boutiques
-ou bateaux placés à son extrémité, dans lesquels on conservoit le
-poisson. On l'appela ensuite <i>Bertret</i> par corruption. Depuis ce
-temps, quelques chandeliers s'y étant établis, la firent nommer rue
-<i>Chandelière</i><a id="footnotetag647" name="footnotetag647"></a><a href="#footnote647" title="Lien vers la note 647"><span class="smaller">[647]</span></a>. Enfin elle prit le nom <i>des Trois-Chandeliers</i>, de
-l'enseigne d'une maison qui en faisoit le coin<a id="footnotetag648" name="footnotetag648"></a><a href="#footnote648" title="Lien vers la note 648"><span class="smaller">[648]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue du Chat-qui-Pêche.</i> Elle commence à la rue de la Huchette, et
-aboutit à la rivière. Le censier de Sainte-Geneviève l'appelle, en
-1540, ruelle <i>des Étuves</i>; on la trouve aussi désignée sous le nom de
-rue de Renard<a id="footnotetag649" name="footnotetag649"></a><a href="#footnote649" title="Lien vers la note 649"><span class="smaller">[649]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page736" name="page736"></a>(p. 736)</span> <i>Rue Christine.</i> Elle traverse de la rue Dauphine dans celle des
-Grands-Augustins. On l'ouvrit, en 1607, sur une partie de
-l'emplacement de l'hôtel et des jardins du collége Saint-Denis. Le nom
-qu'elle porte lui fut donné en l'honneur de Christine de France,
-seconde fille de Henri IV.</p>
-
-<p><a id="cloitresaintbenoit" name="cloitresaintbenoit"></a><i>Rue du Cloître-Saint-Benoît.</i> Elle donne d'un bout dans la rue des
-Mathurins, et de l'autre vient tourner par un passage voûté dans la
-rue Saint-Jacques. (Voyez <a href="#ruedesmathurins"><i>rue des Mathurins</i></a>.)</p>
-
-<p><i>Rue de Cluni.</i> Elle commence à la place de Sorbonne, et finit à la
-rue des Cordiers. Son nom lui vient du collége de Cluni, qu'elle
-avoisine: elle le portoit dès la fin du treizième siècle. Guillot
-l'appelle rue à <i>l'abbé de Cluni</i>.</p>
-
-<p><i>Rue Contrescarpe.</i> Elle traverse de la rue Dauphine dans celle de
-Saint-André-des-Arcs, et tire son nom de son ancienne situation, le
-long des murs de l'enceinte de Philippe-Auguste. Dans le procès-verbal
-de 1636, on la trouve sous la dénomination de rue <i>de Basoche</i>.</p>
-
-<p><i>Rue des Cordeliers.</i> Cette rue, ainsi nommée des religieux qui s'y
-sont établis, aboutit d'un côté à la rue de la Harpe, et de l'autre à
-celle de Condé, vis-à-vis la rue des Boucheries. Guillot l'appelle rue
-des <i>Cordèles</i>, et elle prit le nom de rue Saint-Germain lorsque la
-rue Saint-André-des-Arcs cessa de le porter<a id="footnotetag650" name="footnotetag650"></a><a href="#footnote650" title="Lien vers la note 650"><span class="smaller">[650]</span></a>. En 1304, un acte <span class="pagenum"><a id="page737" name="page737"></a>(p. 737)</span> la
-présente sous celui de rue <i>Saint-Cosme et Saint Damian</i>. Elle
-finissoit anciennement au-dessus de la rue du Paon, à la place où
-étoit une des portes de l'enceinte de Philippe-Auguste.</p>
-
-<p><i>Rue des Cordiers.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Jacques, et
-de l'autre à celle de Cluni. On ne peut guère douter, dit Jaillot,
-qu'elle ne doive ce nom à des cordiers auxquels on avoit permis d'y
-filer du chanvre. Guillot l'appelle rue <i>as Cordiers</i>. Il y a quelque
-apparence qu'anciennement elle se prolongeoit jusqu'à la rue de la
-Harpe, et que le passage des Jacobins en a occupé depuis une partie.</p>
-
-<p><i>Rue Dauphine.</i> Elle commence au bout du Pont-Neuf, et aboutit au
-carrefour que forment les rues Saint-André-des-Arcs, de la Comédie,
-Mazarine et de Buci. Henri IV ayant fait achever le Pont-Neuf, et
-voulant en faciliter la communication avec le faubourg Saint-Germain,
-fit ouvrir cette rue, en 1607, sur le jardin des Augustins, et sur les
-bâtiments du collége Saint-Denis. Le nom qu'elle portoit lui fut donné
-en l'honneur du Dauphin. On le donna également à une porte que l'on
-fit bâtir à son extrémité. Cette porte, située presque vis-à-vis la
-rue Contrescarpe, fut abattue en 1672.</p>
-
-<p><i>Rue de l'Éperon.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue
-Saint-André-des-Arcs, de l'autre à celle du Jardinet. Le plus ancien
-nom sous lequel on la trouve désignée est celui de rue <i>Gaugain</i>,
-<i lang="la">vicus Galgani</i>. Elle le portoit en 1269<a id="footnotetag651" name="footnotetag651"></a><a href="#footnote651" title="Lien vers la note 651"><span class="smaller">[651]</span></a>, et l'a conservé
-jusqu'au commencement du quinzième siècle; Guillot l'appelle rue
-<i>Cauvain</i>. Ce nom est également dans plusieurs titres de l'abbaye,
-dans lesquels on lit <i>Gongan</i>, <i>Gongain</i>, <i>Gongaud</i>, <i>Gorigand</i>, etc.
-Ce sont <span class="pagenum"><a id="page738" name="page738"></a>(p. 738)</span> des fautes de copistes. Au quinzième siècle on la trouve
-désignée rue <i>Chapron</i>, <i>de Chaperon et Chapon</i>; enfin, dans le
-procès-verbal de 1636, on lit rue de l'Éperon. Ces derniers noms
-viennent de plusieurs enseignes.</p>
-
-<p><i>Rue du Foin.</i> Elle traverse de la rue de la Harpe à la rue
-Saint-Jacques. On ignore à quelle occasion elle a reçu ce nom; mais
-dès la fin du treizième siècle elle étoit appelée rue <i>O Fain</i>; <i>de la
-Fennerie</i> en 1332; <i>au Foin</i> en 1383 et 1386<a id="footnotetag652" name="footnotetag652"></a><a href="#footnote652" title="Lien vers la note 652"><span class="smaller">[652]</span></a>. Cependant, en 1383,
-on la trouve aussi sous la dénomination de rue <i>aux Moines de Cernai</i>,
-parce que les abbés des Vaux de Cernai y avoient leur hôtel. Depuis
-elle a repris son premier nom, qu'elle conserve encore aujourd'hui.</p>
-
-<p><i>Rue Gilles-C&oelig;ur.</i> Elle commence à la rue Saint-André-des-Arcs, et
-aboutit au quai des Augustins. Les titres de Saint-Germain du
-quatorzième siècle l'indiquent sous les noms de <i>Gilles-Queux</i>,
-<i>Gui-le-Queux</i>, et, peut-être, par faute de copiste, <i>Gui-le-Preux</i>.
-Jaillot observe que ce nom de <i>Gui-le-Queux</i> a été aussi donné à la
-rue des Poitevins, et cherchant son étymologie, il pense qu'il vient
-de quelqu'un de ses plus notables habitans<a id="footnotetag653" name="footnotetag653"></a><a href="#footnote653" title="Lien vers la note 653"><span class="smaller">[653]</span></a>. Un acte de 1397, cité
-par Sauval, lui donne le nom de <i>Gui-le-Comte</i>. Ceux de
-<i>Gilles-le-C&oelig;ur</i> et de <i>Gist-le-C&oelig;ur</i> sont évidemment des fautes de
-copistes.</p>
-
-<p><i>Rue de la Harpe.</i> Elle commence au bout de la rue de la
-Vieille-Bouclerie, au coin des rues Mâcon et Saint-Séverin, et
-aboutit à la place Saint-Michel. Un titre <span class="pagenum"><a id="page739" name="page739"></a>(p. 739)</span> de 1247 lui donne déjà ce
-nom, <i lang="la">vicus Cithare</i><a id="footnotetag654" name="footnotetag654"></a><a href="#footnote654" title="Lien vers la note 654"><span class="smaller">[654]</span></a>. Dix ans après on la trouve sous celui <i>de
-la Juiverie</i>; la rue <i>des Juifs</i>, <i lang="la">domus in Judearia ante domum
-Cithare</i>, <i lang="la">vicus Judeorum</i><a id="footnotetag655" name="footnotetag655"></a><a href="#footnote655" title="Lien vers la note 655"><span class="smaller">[655]</span></a>; en 1262, <i lang="la">vetus Judearia</i><a id="footnotetag656" name="footnotetag656"></a><a href="#footnote656" title="Lien vers la note 656"><span class="smaller">[656]</span></a>. On
-l'appeloit ainsi parce que les juifs y avoient leurs écoles. En 1270
-le cartulaire de Sorbonne fait mention de la rue <i>du Harpeur</i>;
-toutefois d'autres actes du même cartulaire l'indiquent à cette époque
-sous le nom de <i>la Harpe</i>: <i lang="la">in vico de Citharâ</i> en 1270, et <i lang="la">vicus
-Harpe</i> en 1281. Elle doit ce nom à l'enseigne de la seconde maison à
-droite, au-dessus de la rue Mâcon.</p>
-
-<p>Cette rue, divisée autrefois en deux parties, s'appeloit rue de la
-Harpe ou de la <i>Herpe</i> depuis la rue Saint-Séverin jusqu'à celle des
-Cordeliers; et depuis cet endroit jusqu'à la porte Saint-Michel, on la
-nommoit tantôt rue <i>Saint-Côme</i>, tantôt rue aux <i>Hoirs
-d'Harecour</i><a id="footnotetag657" name="footnotetag657"></a><a href="#footnote657" title="Lien vers la note 657"><span class="smaller">[657]</span></a>. Jaillot, qui cite les actes où elle porte cette
-dénomination, dit que la distinction des deux parties de la rue de la
-Harpe subsistoit encore dans le procès-verbal de 1636<a id="footnotetag658" name="footnotetag658"></a><a href="#footnote658" title="Lien vers la note 658"><span class="smaller">[658]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue Hautefeuille.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue
-Saint-André-des-Arcs, et de l'autre à celle des Cordeliers. Nous ne
-nous arrêterons point à cette tradition ridicule, qui veut que cette
-rue doive son nom à un château <i>de Hautefeuille</i>, lequel appartenoit,
-dit-on, à un petit-neveu de Charlemagne, véritable personnage de
-roman<a id="footnotetag659" name="footnotetag659"></a><a href="#footnote659" title="Lien vers la note 659"><span class="smaller">[659]</span></a>. En <span class="pagenum"><a id="page740" name="page740"></a>(p. 740)</span> supposant même, dit Jaillot, que le vieux château
-mentionné par nos historiens<a id="footnotetag660" name="footnotetag660"></a><a href="#footnote660" title="Lien vers la note 660"><span class="smaller">[660]</span></a>, et dont on trouva des vestiges en
-1358, lorsqu'on creusa les fossés qui bordoient l'enceinte de
-Philippe-Auguste, fût appelé de Hautefeuille, ce qui n'est qu'une
-simple conjecture, sa situation vis-à-vis les Jacobins, entre les
-portes Saint-Michel et Saint-Jacques eût fait naturellement donner son
-nom aux rues qui y conduisoient directement, comme celles de la Harpe
-et de Saint-Jacques ou autres rues intermédiaires qui en étoient plus
-proches que la rue de Hautefeuille, éloignée de cet endroit d'environ
-dix-huit cents toises. Du reste elle portoit ce nom dès 1252, et se
-prolongeoit alors jusqu'aux murs. Il en restoit encore des traces
-sensibles, à la fin du siècle dernier, dans le jardin des Cordeliers.
-Quant à l'étymologie de cette dénomination, Jaillot pense qu'elle
-pourroit venir des arbres hauts et touffus dont cette rue ou chemin
-pouvoit être bordé, et cette conjecture il l'appuie sur un passage des
-premiers statuts faits pour les Cordeliers, dans lesquels on défend
-aux religieux de jouer à la paume sous <i>la Haute-Feuillé</i>.</p>
-
-<p>Il faut observer qu'au treizième siècle elle n'étoit pas appelée rue
-de Hautefeuille dans toute son étendue actuelle: du côté de la rue
-Saint-André, et jusqu'aux rues Percée et des Poitevins on la nommoit
-<i>rue Saint-André</i> et <i>du Chevet-Saint-André</i>. Au commencement du
-quinzième, une foule d'actes la désignent dans cette partie sous le
-nom de <i>la Barre</i><a id="footnotetag661" name="footnotetag661"></a><a href="#footnote661" title="Lien vers la note 661"><span class="smaller">[661]</span></a>: on suppose qu'elle le <span class="pagenum"><a id="page741" name="page741"></a>(p. 741)</span> devoit à Jean de La
-Barre, avocat, qui demeuroit dans le voisinage<a id="footnotetag662" name="footnotetag662"></a><a href="#footnote662" title="Lien vers la note 662"><span class="smaller">[662]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue de l'Hirondelle.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Gilles-C&oelig;ur,
-de l'autre à la place du pont Saint-Michel. On trouve ce nom écrit de
-diverses manières dans différents actes; en 1200, rue <i>d'Arrondale en
-Laas</i>, et <i>d'Arondelle en Laas</i> en 1222; en 1263, <i>d'Hirondale</i>; dans
-Guillot, <i>d'Hérondale</i>; enfin on a dit rue de l'Hirondelle. Il est
-probable que ce nom provenoit de quelque enseigne.</p>
-
-<p><i>Rue de la Huchette.</i> Cette rue commence au carrefour que forment la
-place du pont Saint-Michel et les rues Saint-André-des-Arcs et de la
-Vieille-Bouclerie, pour venir aboutir à la rue du Petit-Pont. Elle
-faisoit partie du territoire de Laas, lequel appartenoit à l'abbaye
-Saint-Germain. En 1179 l'abbé Hugues ayant aliéné la plus grande
-partie de ce territoire à la charge d'y bâtir, on construisit, des
-deux côtés du chemin, des maisons qui formèrent une rue, nommée
-d'abord rue de <i>Laas</i>; c'est ainsi qu'elle est indiquée en l'année
-1210. Mais dès 1284 plusieurs titres lui donnent le nom de rue de <i>la
-Huchette</i>, qui probablement venoit de quelque enseigne.</p>
-
-<p><i>Rue de Hurepoix.</i> Elle aboutissoit d'un côté au quai des Augustins,
-et de l'autre à la place du pont Saint-Michel. On ne la distinguoit
-pas anciennement du quai, et elle étoit nommée rue de
-<i>Seine-allant-aux-Augustins</i>. En 1636 on l'appeloit rue du
-<i>Quai-des-Augustins</i>. Vers ce temps-là elle prit le nom qu'elle porte
-aujourd'hui d'un hôtel garni situé à l'extrémité du quai, où venoient
-loger les marchands du Hurepoix<a id="footnotetag663" name="footnotetag663"></a><a href="#footnote663" title="Lien vers la note 663"><span class="smaller">[663]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page742" name="page742"></a>(p. 742)</span> <i>Rue du Jardinet.</i> Cette rue donne d'un côté dans la rue Mignon, de
-l'autre dans le cul-de-sac de la cour de Rouen, au coin des rues du
-Paon et de l'Éperon. Elle se prolongeoit anciennement jusqu'à la rue
-Hautefeuille, et de ce côté portoit le nom <i>des Petits-Champs</i>; ce nom
-fut ensuite donné à la rue entière. Depuis on l'appela rue de
-<i>l'Escureul</i> et des <i>Escureux</i>; enfin rue du <i>Jardinet</i>; peut-être,
-dit Jaillot, à cause du jardin de l'hôtel et collége de Vendôme,
-compris entre cette rue et celle du Battoir<a id="footnotetag664" name="footnotetag664"></a><a href="#footnote664" title="Lien vers la note 664"><span class="smaller">[664]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue Mâcon.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-André-des-Arcs, et
-de l'autre à la rue de la Harpe, au coin de celle de la
-Vieille-Bouclerie, laquelle a porté le même nom. Toutes les deux le
-devoient à l'hôtel des comtes de Mâcon, dont nous avons déjà parlé.</p>
-
-<p><i>Rue de l'Abreuvoir-Mâcon.</i> C'est une descente du carrefour des rues
-Saint-André-des-Arcs, de la Vieille-Bouclerie et de la Huchette, à la
-rivière. C'étoit par ce passage que l'on menoit abreuver les chevaux
-des comtes de Mâcon, et son nom a la même origine que celui de la rue.
-Il est fait mention de cet abreuvoir dès 1272<a id="footnotetag665" name="footnotetag665"></a><a href="#footnote665" title="Lien vers la note 665"><span class="smaller">[665]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue des Maçons.</i> Elle donne d'un côté dans la rue des Mathurins, et
-aboutit de l'autre à la place de Sorbonne. Corrozet l'appelle rue du
-<i>Palais-au-Terme</i>, autrement des <i>Maçons</i>. Le premier de ces noms
-appartenoit d'abord à la rue des Mathurins, et ne fut donné à celle
-des Maçons que lorsque l'autre eut pris le nom des religieux <span class="pagenum"><a id="page743" name="page743"></a>(p. 743)</span> qui s'y
-sont établis. Piganiol l'appelle seul rue <i>aux Bains</i> et <i>aux Étuves</i>.</p>
-
-<p>Celui qu'elle porte aujourd'hui lui vient, selon Jaillot, d'un
-bourgeois nommé <i>Le Masson</i>, lequel y demeuroit au commencement du
-treizième siècle. On trouve, en 1254, <i lang="la">vicus Cementariorum</i><a id="footnotetag666" name="footnotetag666"></a><a href="#footnote666" title="Lien vers la note 666"><span class="smaller">[666]</span></a>, et
-dans plusieurs actes subséquents jusqu'en 1296, <i lang="la">vicus Lathomorum</i>.
-Cette rue se prolongeoit autrefois jusqu'à celle des Poitevins; on en
-a retranché une partie pour faire la place de Sorbonne.</p>
-
-<p><a id="ruedesmathurins" name="ruedesmathurins"></a><i>Rue des Mathurins.</i> Elle traverse de la rue de la Harpe à la rue
-Saint-Jacques. Elle avoit pris, dans l'origine, des Thermes de Julien
-qui y sont situés, le nom de rue du <i>Palais-du-Therme</i>, du
-<i>Palais-des-Thermes</i>; en 1220, <i lang="la">vicus de Termis</i>, <i lang="la">de Terminis</i>.
-Piganiol lui donne encore, mais mal à propos, le nom de rue <i>des
-Bains</i> ou <i>des Étuves</i>. Il paroît que l'abbé Lebeuf s'est aussi trompé
-en la désignant sous celui de rue <i>Saint-Mathelin</i>, qui alors étoit
-effectivement synonyme de <i>Mathurin</i>. C'est à la partie de la rue
-Saint-Jacques qui l'avoisine que ce nom appartenoit; celle dont nous
-parlons est encore nommée rue du <i>Palais-du-Therme</i> et rue du <i>Palaix</i>
-dans des titres de 1421 et 1450. Il n'y a guère que trois siècles
-qu'on lui a donné sa dernière dénomination<a id="footnotetag667" name="footnotetag667"></a><a href="#footnote667" title="Lien vers la note 667"><span class="smaller">[667]</span></a>. Vis-à-vis des
-Mathurins est une rue qui conduit au cloître Saint-Benoît: Jaillot
-croit le reconnoître, dans le cartulaire de Sorbonne et à l'année
-1243, sous le nom de <i lang="la">vicus Andriæ</i> <span class="smcap">de Macolis</span>; elle est indiquée
-<i>rue d'André-Machel</i> <span class="pagenum"><a id="page744" name="page744"></a>(p. 744)</span> dans un acte de 1254. Aujourd'hui elle se confond
-avec l'ancien cloître sous le nom commun de rue <i>du
-Cloître-Saint-Benoît</i>.</p>
-
-<p><i>Rue Mignon.</i> Elle traverse de la rue du Battoir dans celle du
-Jardinet, qui, comme nous l'avons remarqué, a porté le nom de rue <i>des
-Petits-Champs</i>. Il fut aussi donné à la rue Mignon, qui fait équerre
-avec l'autre. Quant à sa dernière dénomination, elle la doit au
-collége du même nom dont nous avons déjà parlé.</p>
-
-<p><i>Rue de l'Observance.</i> Cette rue, qui aboutit d'un côté à la rue des
-Cordeliers, de l'autre à celle des Fossés-de-Monsieur-le-Prince, fut
-percée en 1672. Elle a pris le nom qu'elle porte de l'église et de la
-principale porte des Cordeliers, dits de <i>l'Observance</i>, qui y étoient
-situées.</p>
-
-<p><i>Rue du Paon.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue des Cordiers, de
-l'autre à celle du Jardinet. Ce nom lui vient d'une enseigne, et elle
-le portoit dès 1246<a id="footnotetag668" name="footnotetag668"></a><a href="#footnote668" title="Lien vers la note 668"><span class="smaller">[668]</span></a>. Sauval s'est trompé en lui donnant celui de
-rue de l'<i>Archevêque-de-Reims</i><a id="footnotetag669" name="footnotetag669"></a><a href="#footnote669" title="Lien vers la note 669"><span class="smaller">[669]</span></a>, lequel ne convient qu'au
-cul-de-sac situé dans cette rue, comme Jaillot l'a démontré<a id="footnotetag670" name="footnotetag670"></a><a href="#footnote670" title="Lien vers la note 670"><span class="smaller">[670]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue de la Parcheminerie.</i> Elle traverse de la rue Saint-Jacques à
-celle de la Harpe. Suivant le cartulaire de Sorbonne, on la nommoit
-rue <i>des Écrivains</i>, <i lang="la">vicus Scriptorum</i> en 1273<a id="footnotetag671" name="footnotetag671"></a><a href="#footnote671" title="Lien vers la note 671"><span class="smaller">[671]</span></a>. Guillot
-l'appelle rue <i>as Écrivains</i>. Comme le parchemin étoit la seule
-matière sur laquelle on écrivît, elle en prit son dernier nom; et
-l'on trouve <span class="pagenum"><a id="page745" name="page745"></a>(p. 745)</span> en 1387 <i lang="la">vicus Pergamenorum</i><a id="footnotetag672" name="footnotetag672"></a><a href="#footnote672" title="Lien vers la note 672"><span class="smaller">[672]</span></a>, et dans tous les titres
-du siècle suivant, rue <i>des Parcheminiers</i> et de la <i>Parcheminerie</i>.</p>
-
-<p><i>Rue Pavée.</i> Cette rue, qui traverse du quai des Augustins à la rue
-Saint-André-des-Arcs, étoit ainsi nommée dès le treizième siècle. Au
-seizième on l'appeloit <i>rue Pavée-d'Andouilles</i>, dénomination dont
-l'origine est entièrement inconnue.</p>
-
-<p><i>Rue Percée.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de l'autre
-à celle de la Harpe. Guillot ne nomme pas cette rue; elle existoit
-cependant au temps où il écrivoit. On la trouve indiquée, en 1262,
-1266 et 1277, sous le nom de <i lang="la">vicus Perforatus</i>. Dans plusieurs actes
-du siècle suivant, elle est nommée rue <i>Percée</i>, dite <i>des
-Deux-Portes</i>.</p>
-
-<p><i>Rue Pierre-Sarrasin.</i> Cette rue, qui traverse de la rue Hautefeuille
-à celle de la Harpe, doit son nom à un bourgeois, lequel possédoit, au
-treizième siècle, plusieurs maisons en cet endroit. Dans un compte de
-1511<a id="footnotetag673" name="footnotetag673"></a><a href="#footnote673" title="Lien vers la note 673"><span class="smaller">[673]</span></a> elle est appelée rue <i>Jean-Sarrasin</i>; mais elle ne tarda pas
-à reprendre son premier nom, qu'elle a conservé jusqu'à présent.</p>
-
-<p><i>Rue des Poirées.</i> Elle commence à la rue Saint-Jacques; et faisant un
-retour d'équerre, sous le nom de rue <i>Neuve-des-Poirées</i>, elle vient
-aboutir à la rue des Cordiers. L'ancien nom de cette rue étoit
-<i>Thomas</i> et ensuite <i>Guillaume-d'Argenteuil</i>; c'est ainsi qu'elle est
-indiquée, en 1236, dans le cartulaire de Sorbonne<a id="footnotetag674" name="footnotetag674"></a><a href="#footnote674" title="Lien vers la note 674"><span class="smaller">[674]</span></a>. On trouve
-ensuite <i lang="la">vicus ad Poretas</i> en 1264, et <i lang="la">vicus Poretarum</i> <span class="pagenum"><a id="page746" name="page746"></a>(p. 746)</span> en 1271.
-Cette rue se prolongeoit autrefois jusqu'à celle des Maçons, et avoit
-reçu populairement le nom de rue <i>aux Écoliers-de-Rhétel</i>, à cause du
-collége de ce nom qui y étoit situé; mais dans tous les actes on la
-trouve désignée sous celui de rue <i>Porée</i>, <i>des Porées</i> et <i>des
-Poirées</i>.</p>
-
-<p><i>Rue des Poitevins.</i> Elle forme un équerre, et aboutit d'un côté à la
-rue Hautefeuille, de l'autre à celle du Battoir. On la nommoit, en
-1253, rue <i>Gui-le-Gueux</i>, ensuite <i>Gui-le-Queux</i> dite <i>des Poitevins</i>,
-enfin simplement <i>des Poitevins</i> en 1288. Plusieurs auteurs tels que
-Sauval, Dom Bouillart, Dom Félibien la nomment <i>Ginart-aux-Poitevins</i>
-et <i>Gerard-aux-Poitevins</i>; deux titres de 1356 l'appellent
-<i>Guiard-aux-Poitevins</i><a id="footnotetag675" name="footnotetag675"></a><a href="#footnote675" title="Lien vers la note 675"><span class="smaller">[675]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Place du Pont-Saint-Michel.</i> Elle est située à l'extrémité du quai
-des Augustins. L'abbaye Saint-Germain y avoit autrefois un pressoir
-pour faire <i lang="la">vin et verjus</i>; et c'étoit sur cette place que se
-faisoient les ventes par ordonnance de justice; depuis elles ont été
-transportés sur la place du Châtelet.</p>
-
-<p><i>Rue des Deux-Portes.</i> Elle traverse de la rue Hautefeuille à celle de
-la Harpe, et doit ce nom aux portes qui la fermoient à ses extrémités.
-Elle le portoit des 1450.</p>
-
-<p><i>Rue Poupée.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue de la Harpe, de l'autre
-à celle de Hautefeuille. Dans le douzième siècle, elle est désignée
-sous le nom de <i>Popée</i><a id="footnotetag676" name="footnotetag676"></a><a href="#footnote676" title="Lien vers la note 676"><span class="smaller">[676]</span></a>; en 1300 on l'appeloit <i>Poupée</i>, et
-depuis, par altération ou par faute de copiste, <i>Poinpée</i> et <i>Pompée</i>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page747" name="page747"></a>(p. 747)</span> <i>Rue Neuve-de-Richelieu.</i> Elle conduit de la rue de la Harpe à la
-place et à l'église de Sorbonne. Ce fut pour donner un point de vue à
-ce monument que, dès 1637, on projeta de faire une place vis-à-vis, et
-d'ouvrir une rue qui donneroit dans celle de la Harpe. Cette rue fut
-effectivement ouverte en 1639 sur un terrain formé de quelques
-dépendances des colléges de Cluni et du Trésorier. Elle a été
-quelquefois désignée sous les noms de rue <i>des Thrésoriers</i> et <i>de
-Sorbonne</i>.</p>
-
-<p><i>Rue de Savoie.</i> Elle traverse de la rue des Grands-Augustins dans la
-rue Pavée, et doit son nom à l'hôtel de Savoie situé dans cette
-dernière rue, lequel en occupoit tout l'espace jusqu'à celle des
-Grands-Augustins.</p>
-
-<p><i>Rue Serpente.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de
-l'autre à celle de la Harpe. Elle devoit ce nom aux sinuosités qu'elle
-formoit avant d'avoir été redressée. Dès 1250 on l'appeloit rue <i>de la
-Serpente</i> et <i lang="la">vicus Serpentis</i>. Guillot écrit, pour la rime, <i>de la
-Serpent</i>.</p>
-
-<p><i>Rue Saint-Séverin.</i> Cette rue, qui aboutit d'un côté à la rue de la
-Harpe, et de l'autre à la rue Saint-Jacques, est fort ancienne et doit
-son nom à l'église que nous y voyons. On la trouve, on ne sait
-pourquoi, indiquée, dans un compte du domaine de 1574, rue
-<i>Colin-Pochet</i>, autrement dite <i>Saint-Séverin</i><a id="footnotetag677" name="footnotetag677"></a><a href="#footnote677" title="Lien vers la note 677"><span class="smaller">[677]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page748" name="page748"></a>(p. 748)</span> <i>Rue des Prêtres-Saint-Séverin.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue
-Saint-Séverin, de l'autre à celle de la Parcheminerie. On l'appeloit,
-en 1244, <i>ruelle devant</i> ou <i>près Saint-Séverin</i>. En 1260 et 1264, les
-titres de Sorbonne la nomment <i lang="la">strictus vicus sancti Severini</i>; les
-actes du temps, <i>ruelle</i> et <i>ruellette Saint-Séverin</i>, <i>ruelle de
-l'archiprêtre</i>. En 1489, on disoit <i>ruelle Saint-Séverin dite au
-Prêtre</i>, et simplement <i>ruelle au Prêtre</i> en 1508.</p>
-
-<p><i>Rue de Sorbonne.</i> Elle commence à la rue des Mathurins, et aboutit à
-la place de Sorbonne. Le nom le plus connu que cette rue ait porté est
-celui <i>des Portes</i> <i>et des Deux-Portes</i>; on le lui donnoit encore en
-1283, quoique, suivant le cartulaire de Sorbonne, on l'appelât, dès
-1281, <i lang="la">vicus de Sorboniâ et de Sorbonio</i>. Guillot la nomme <i>rue as
-Hoirs de Sabonnes</i>; Du Breul l'a confondue avec la rue <i>de
-Coupegueule</i>.</p>
-
-<p><i>Place de Sorbonne.</i> Elle fut formée du retranchement d'une partie de
-la rue des Poirées, qui, comme nous l'avons dit, se prolongeoit alors
-jusqu'à la rue des Maçons.</p>
-
-<p><i>Rue de Touraine.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue des Cordeliers, de
-l'autre à celle des Fossés-de-Monsieur-le-Prince. C'est mal à propos
-que sur les plans modernes elle est nommée rue <i>de Turenne</i>. On
-l'ouvrit, vers la fin du dix-septième siècle, presque sur le même
-alignement que la rue du Paon, et comme elle sembloit en faire la
-continuation, on lui donna le nom de <i>Touraine</i>, à cause de l'hôtel de
-<i>Tours</i> situé dans cette dernière rue.</p>
-
-<p><i>Rue Zacharie.</i> Elle traverse de la rue Saint-Séverin à celle de la
-Huchette. Ce nom est altéré; on disoit en 1219 rue <i>Saqualie</i>, <i lang="la">vicus
-qui dicitur Sachalia</i><a id="footnotetag678" name="footnotetag678"></a><a href="#footnote678" title="Lien vers la note 678"><span class="smaller">[678]</span></a>; les cartulaires <span class="pagenum"><a id="page749" name="page749"></a>(p. 749)</span> de Sorbonne et de
-Saint-Germain lui donnent le même nom en 1262 et 1276. Ce nom étoit
-celui d'une maison qui y étoit située. La négligence des copistes en a
-altéré l'orthographe, et ils écrivirent successivement <i>sac-alie</i>,
-<i>saccalie</i>, <i>sac-à-lie</i>, <i>sac-alis</i>, <i>saccalit</i>. Cette rue est nommée
-<i>Zacharie</i> dans le procès-verbal de 1636, et depuis a toujours
-conservé cette dernière dénomination<a id="footnotetag679" name="footnotetag679"></a><a href="#footnote679" title="Lien vers la note 679"><span class="smaller">[679]</span></a>.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page750" name="page750"></a>(p. 750)</span> QUAIS.</h3>
-
-<p><i>Quai des Augustins.</i> Il aboutit d'un côté au Pont-Neuf, de l'autre à
-la rue du Hurepoix. Jusqu'au règne de Philippe-le-Bel il n'y avoit
-entre les Augustins et la rivière qu'un terrain en pente douce, planté
-de saules, et qui servoit de promenade aux habitants du voisinage;
-toutefois la moindre inondation rendoit le passage difficile, souvent
-même impraticable, et ruinoit les maisons qu'on y avoit bâties. Ces
-inconvénients devinrent si graves que ce prince donna ordre au prévôt
-des marchands de détruire cette saussaie, et de faire construire un
-quai depuis l'hôtel de Nesle jusqu'à la maison de l'évêque de
-Chartres. Cet ordre fut exécuté en 1313<a id="footnotetag680" name="footnotetag680"></a><a href="#footnote680" title="Lien vers la note 680"><span class="smaller">[680]</span></a>; en 1389 on l'appeloit
-rue <i>de Seine par où l'on va aux Augustins</i>, et depuis rue <i>du
-Pont-Neuf</i> (Saint-Michel) <i>qui va aux Augustins</i>; en 1444 rue <i>des
-Augustins</i>. Ce quai, ainsi que la rue des Augustins, doit le nom qu'il
-porte aux religieux qui s'y sont établis. Les marchés à la volaille et
-au pain y avoient été établis par arrêt du conseil de 1676, et une
-inscription placée au coin de la rue témoignoit qu'il avoit été
-entièrement reconstruit en 1708<a id="footnotetag681" name="footnotetag681"></a><a href="#footnote681" title="Lien vers la note 681"><span class="smaller">[681]</span></a>.</p>
-
-<a id="monumentsnouveaux751" name="monumentsnouveaux751"></a>
-<h3><span class="pagenum"><a id="page751" name="page751"></a>(p. 751)</span> MONUMENTS NOUVEAUX</h3>
-
-<p class="center"><i>Et réparations faites aux anciens monuments depuis 1789.</i></p>
-
-<p><i>Église Saint-Séverin.</i> Cette église est décorée de deux nouveaux
-tableaux qui lui ont été donnés par la ville en 1819. L'un représente
-la mort d'Ananie et Saphire; l'autre, saint Pierre guérissant un
-boiteux. Ces deux tableaux sont de feu Pallière, et font honneur à son
-pinceau.</p>
-
-<p><i>Le Marché à la Volaille.</i> Ce marché, bâti en 1810 par M. Happe, sur
-l'emplacement qu'occupoient auparavant l'église et le couvent des
-Grands-Augustins, présente, entre quatre murs percés d'arcades, trois
-nefs parallèles, dont celle du milieu est plus large et plus élevée
-que les <span class="pagenum"><a id="page752" name="page752"></a>(p. 752)</span> deux autres. L'aspect de ce monument a de la grandeur, et les
-dispositions intérieures sont aussi commodes qu'il étoit possible de
-le désirer.</p>
-
-<p><i>Fontaine de l'École de Chirurgie.</i> Cette fontaine, située en face de
-l'école de chirurgie, doit former le centre d'un ensemble de
-constructions destinées à circonscrire et à décorer la place que la
-démolition de l'église des Cordeliers a ouverte devant ce monument.</p>
-
-<p>Elle se compose de quatre colonnes d'ordre dorique, de proportion
-très-élégante, qui supportent un entablement mutulaire, dont la
-composition, bien qu'elle soit peu correcte, a de la grâce et de la
-légèreté. Au-dessus s'élève un attique orné d'une grande table
-renfoncée sur laquelle doit être gravée une inscription. Entre les
-colonnes on aperçoit une vaste niche cintrée, du sommet de laquelle
-s'échappe et tombe en cascade un volume d'eau considérable: il remplit
-un bassin demi-circulaire, et se divise ensuite d'une manière commode
-pour l'usage au moyen d'un mécanisme ingénieux.</p>
-
-<p>Les constructions latérales déjà commencées, et propres à former des
-habitations particulières, rappellent les proportions de masses et les
-principales lignes de la façade de l'école. L'auteur de ce bel
-édifice, chargé d'en coordonner les accessoires, avoit conçu à cet
-effet un plan très-heureux: il est à souhaiter que ce plan soit suivi,
-et que ce qu'il avoit commencé soit achevé.</p>
-
-<p><i>Collége Saint-Louis.</i> Il est établi dans les anciens bâtiments du
-collége de Harcour, auxquels on a fait des augmentations
-considérables.</p>
-
-<p><i>Les Thermes.</i> La maison de la rue de la Harpe qui masquoit cette
-ruine antique a été démolie; on l'a couverte d'un toit, et encadrée
-dans des constructions qui l'entourent de toutes parts et la mettent
-désormais à l'abri des injures du temps et des dégradations nouvelles
-<span class="pagenum"><a id="page753" name="page753"></a>(p. 753)</span> qu'elle auroit pu éprouver. L'emplacement qu'occupoit la maison
-formera au-devant une espèce de cour. Ces travaux, interrompus depuis
-quelque temps, ne sont point encore achevés.</p>
-
-<p><i>La Sorbonne.</i> Ce vaste édifice, rendu à l'université, est devenu le
-chef-lieu de l'académie de Paris. On achève en ce moment d'en réparer
-l'église, dans laquelle le tombeau du cardinal de Richelieu sera remis
-à la place qu'il occupoit avant la révolution. Cette église sera sans
-doute consacrée aux solennités religieuses de cette compagnie.</p>
-
-
-<h3>RUES ET PLACES NOUVELLES.</h3>
-
-<p><i>Rue du Cloître-Saint-Benoît.</i> Voy. <a href="#cloitresaintbenoit"><i>Cloître-Saint-Benoît.</i></a></p>
-
-<p><i>Rue de l'École-de-Médecine.</i> C'est le nom que porte aujourd'hui la
-rue des Cordeliers.</p>
-
-<p><i>Rue du Pont-de-Lodi.</i> Cette rue nouvelle communique de la rue
-Dauphine à celle des Grands-Augustins.</p>
-
-<p><i>Place du Pont-Saint-Michel.</i> Elle a été agrandie de la rue de
-l'Abreuvoir, qui a été détruite et dont le terrain a été nivelé.</p>
-
-<p><i>Quai Saint-Michel.</i> Il s'étend du pont Saint-Michel au Petit-Pont, et
-a été construit sur l'emplacement des maisons qui couvroient ce
-terrain et que l'on a abattues.</p>
-</div>
-
-<p class="p4 center smaller">FIN DE LA SECONDE PARTIE DU TROISIÈME VOLUME.</p>
-
-<div class="chapter">
-<div class="toc">
-<h2><span class="pagenum"><a id="page755" name="page755"></a>(p. 755)</span> TABLE DES MATIÈRES.<br />
-TROISIÈME VOLUME.&mdash;SECONDE PARTIE.</h2>
-
-<p class="center">QUARTIER SAINT-BENOÎT.</p>
-
-<ul class="none">
-<li>&nbsp; <span class="ralign10">Pages</span></li>
-
-<li>Paris sous Louis XIII et sous la minorité de Louis XIV.
-<span class="ralign10"><a href="#page1">1</a></span></li>
-
-<li>Origine du quartier
-<span class="ralign10"><a href="#page337">337</a></span></li>
-
-<li>Le Petit-Châtelet
-<span class="ralign10"><a href="#page338">338</a></span></li>
-
-<li>Saint-Julien-le-Pauvre
-<span class="ralign10"><a href="#page341">341</a></span></li>
-
-<li>Chapelle Saint-Yves
-<span class="ralign10"><a href="#page344">344</a></span></li>
-
-<li>Les Carmes
-<span class="ralign10"><a href="#page346">346</a></span></li>
-
-<li>Saint-Jean-de-Latran
-<span class="ralign10"><a href="#page352">352</a></span></li>
-
-<li>Saint-Benoît
-<span class="ralign10"><a href="#page355">355</a></span></li>
-
-<li>Saint-Hilaire
-<span class="ralign10"><a href="#page364">364</a></span></li>
-
-<li>Sainte-Geneviève
-<span class="ralign10"><a href="#page367">367</a></span></li>
-
-<li>Palais de Clovis
-<span class="ralign10"><a href="#page385">385</a></span></li>
-
-<li>Chapelle Saint-Michel
-<span class="ralign10"><a href="#page386">386</a></span></li>
-
-<li>Saint-Étienne-du-Mont
-<span class="ralign10"><a href="#page388">388</a></span></li>
-
-<li>Les filles Sainte-Geneviève
-<span class="ralign10"><a href="#page397">397</a></span></li>
-
-<li>Sainte-Geneviève (nouvelle église)
-<span class="ralign10"><a href="#page398">398</a></span></li>
-
-<li>Les Jacobins
-<span class="ralign10"><a href="#page408">408</a></span></li>
-
-<li>Saint-Étienne-des-Grès
-<span class="ralign10"><a href="#page419">419</a></span></li>
-
-<li>Chapelle Saint-Symphorien
-<span class="ralign10"><a href="#page425">425</a></span></li>
-
-<li>La Visitation
-<span class="ralign10"><a href="#page427">427</a></span></li>
-
-<li>Le séminaire Saint-Magloire
-<span class="ralign10"><a href="#page428">428</a></span></li>
-
-<li>Saint-Jacques-du-Haut-Pas
-<span class="ralign10"><a href="#page433">433</a></span></li>
-
-<li>Hôpital Sainte-Geneviève
-<span class="ralign10"><a href="#page437">437</a></span></li>
-
-<li>Sainte-Aure (communauté)
-<span class="ralign10"><a href="#page438">438</a></span></li>
-
-<li>Les orphelines de l'Enfant-Jésus
-<span class="ralign10"><a href="#page440">440</a></span></li>
-
-<li>Saint-Siméon-Salus (communauté)
-<span class="ralign10"><a href="#page441">441</a></span></li>
-
-<li>Les filles Sainte-Perpétue
-<span class="ralign10"><a href="#page442">442</a></span></li>
-
-<li>Les religieuses de la Présentation-Notre-Dame
-<span class="ralign10"><a href="#page443">443</a></span></li>
-
-<li>Les filles Saint-Michel
-<span class="ralign10"><a href="#page445">445</a></span></li>
-
-<li>Sainte-Anne-la-Royale (communauté)
-<span class="ralign10"><a href="#page448">448</a></span></li>
-
-<li>Les Ursulines
-<span class="ralign10"><a href="#page449">449</a></span></li>
-
-<li>Les Bénédictins anglois
-<span class="ralign10"><a href="#page453">453</a></span></li>
-
-<li>Les Feuillantines
-<span class="ralign10"><a href="#page457">457</a></span></li>
-
-<li>Les filles de la Providence
-<span class="ralign10"><a href="#page459">459</a></span></li>
-
-<li>Les Carmélites
-<span class="ralign10"><a href="#page462">462</a></span></li>
-
-<li>Le Val-de-Grâce
-<span class="ralign10"><a href="#page472">472</a></span></li>
-
-<li>Les filles Sainte-Agathe
-<span class="ralign10"><a href="#page485">485</a></span></li>
-
-<li>Les Capucins
-<span class="ralign10"><a href="#page486">486</a></span></li>
-
-<li>L'hospice Saint-Jacques-du-Haut-Pas
-<span class="ralign10"><a href="#page487">487</a></span></li>
-
-<li>L'Observatoire
-<span class="ralign10"><a href="#page488">488</a></span></li>
-
-<li>Colléges, Écoles, etc.
-<span class="ralign10"><a href="#page494">494</a></span></li>
-
-<li>Hôtels
-<span class="ralign10"><a href="#page569">569</a></span></li>
-
-<li>Fontaines
-<span class="ralign10"><a href="#page572">572</a></span></li>
-
-<li>Barrières
-<span class="ralign10"><a href="#page573">573</a></span></li>
-
-<li>Rues et places du quartier Saint-Benoît
-<span class="ralign10"><a href="#page574">574</a></span></li>
-
-<li>Monuments nouveaux, etc.
-<span class="ralign10"><a href="#page595">595</a></span></li>
-
-<li>Rues nouvelles
-<span class="ralign10"><a href="#page597">597</a></span></li>
-</ul>
-
-<p class="center">QUARTIER SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS.</p>
-
-<ul class="none">
-<li>Origine du quartier
-<span class="ralign10"><a href="#page599">599</a></span></li>
-
-<li>Les Grands-Augustins
-<span class="ralign10"><a href="#page600">600</a></span></li>
-
-<li>Les frères Cordonniers
-<span class="ralign10"><a href="#page615">615</a></span></li>
-
-<li>Saint-André-des-Arcs
-<span class="ralign10"><a href="#page617">617</a></span></li>
-
-<li>Saint-Séverin
-<span class="ralign10"><a href="#page627">627</a></span></li>
-
-<li>Les filles Sainte-Marthe
-<span class="ralign10"><a href="#page635">635</a></span></li>
-
-<li>Les Mathurins
-<span class="ralign10"><i>Ibid.</i></span></li>
-
-<li>Palais des Thermes
-<span class="ralign10"><a href="#page641">641</a></span></li>
-
-<li>Les Prémontrés
-<span class="ralign10"><a href="#page647">647</a></span></li>
-
-<li>Saint-Côme et Saint-Damien
-<span class="ralign10"><a href="#page650">650</a></span></li>
-
-<li>Académie royale de Chirurgie
-<span class="ralign10"><a href="#page654">654</a></span></li>
-
-<li>Les Cordeliers
-<span class="ralign10"><a href="#page665">665</a></span></li>
-
-<li>La Sorbonne
-<span class="ralign10"><a href="#page673">673</a></span></li>
-
-<li>Colléges, Écoles, etc.
-<span class="ralign10"><a href="#page685">685</a></span></li>
-
-<li>Hôtels
-<span class="ralign10"><a href="#page709">709</a></span></li>
-
-<li>Fontaines
-<span class="ralign10"><a href="#page728">728</a></span></li>
-
-<li>Rues et places du quartier Saint-André-des-Arcs
-<span class="ralign10"><a href="#page730">730</a></span></li>
-
-<li>Quais
-<span class="ralign10"><a href="#page750">750</a></span></li>
-
-<li>Monuments, nouveaux, etc.
-<span class="ralign10"><a href="#page751">751</a></span></li>
-
-<li>Rues et places nouvelles
-<span class="ralign10"><a href="#page753">753</a></span></li>
-</ul>
-</div>
-</div>
-
-<p class="p4 center smaller">FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.</p>
-
-<div class="chapter">
-<h2>Notes</h2>
-<p><a id="footnote1" name="footnote1"></a>
-<b><a href="#footnotetag1">1</a></b>: Dans le quartier Saint-André-des-Arcs.</p>
-
-<p><a id="footnote2" name="footnote2"></a>
-<b><a href="#footnotetag2">2</a></b>: Il s'assit au banc des pairs, et montrant son épée, qu'il
-tenoit à la main: «Elle est encore dans le fourreau, dit-il; mais il
-faudra qu'elle en sorte, si l'on n'accorde pas, dans l'instant, à la
-reine-mère un titre qui lui est dû selon l'ordre de la nature et de la
-justice.»</p>
-
-<p class="source">(Vie du duc d'Épernon, tom. II.)</p>
-
-<p><a id="footnote3" name="footnote3"></a>
-<b><a href="#footnotetag3">3</a></b>: Abandonné par la France, le duc de Savoie fut obligé de
-demander la paix au roi d'Espagne en suppliant; celui-ci, satisfait de
-l'avoir humilié, la lui accorda sans autres conditions. Certes, si
-l'on considère que le projet de ce duc étoit de s'aider du secours des
-François pour chasser les Espagnols du nord de l'Italie, cette
-conduite de Philippe II peut être citée comme un exemple de
-modération.</p>
-
-<p><a id="footnote4" name="footnote4"></a>
-<b><a href="#footnotetag4">4</a></b>: Elle fut destinée à porter secours, en cas de besoin, aux
-princes protestants d'Allemagne, qui prétendoient à la succession de
-Bergues et de Juliers, et aux états-généraux, qui appuyoient ces
-prétentions. La France ne sortoit point de cette politique qui lui
-faisoit ménager tous les partis.</p>
-
-<p><a id="footnote5" name="footnote5"></a>
-<b><a href="#footnotetag5">5</a></b>: La passion insensée que Henri IV avoit conçue pour Marguerite
-de Montmorenci sa femme, l'avoit déterminé à prendre ce parti. Il
-sortit précipitamment de France en 1609, emmenant la princesse avec
-lui, et se retira d'abord à Bruxelles, ensuite à Milan.</p>
-
-<p><a id="footnote6" name="footnote6"></a>
-<b><a href="#footnotetag6">6</a></b>: Tout le peuple parut disposé à soutenir ses intérêts; et l'on
-n'entendoit que ces mots dans les rues: «Nous ne reconnoissons que le
-roi et la reine.»</p>
-
-<p><a id="footnote7" name="footnote7"></a>
-<b><a href="#footnotetag7">7</a></b>: Dès le jour de la mort de Henri IV, il avoit commencé à se
-rendre odieux et suspect à la cour, en refusant opiniâtrement de venir
-au Louvre, malgré les invitations pressantes et même les ordres de la
-reine-mère, pour aller se renfermer dans la Bastille, d'où il envoya
-enlever tout le pain qu'il put trouver aux halles et chez les
-boulangers, comme s'il eût eu le dessein d'y soutenir un siége. Si
-l'on en croit Bassompierre de qui nous tenons cette circonstance, il
-fit, ce même jour, une faute encore plus grave et qui ne fut pas
-oubliée: ce fut d'écrire au duc de Rohan son gendre, qui étoit alors à
-l'armée de Champagne, de marcher droit sur Paris avec six mille
-Suisses qu'il commandoit en qualité de colonel-général; et celui-ci
-s'étoit déjà avancé d'une journée, lorsque Sully le contremanda. On se
-plaignoit généralement de ses manières hautaines et inciviles, de son
-obstination à ne suivre que ses idées particulières; et tout en
-reconnoissant qu'il avoit fort accru l'épargne du feu roi, (bien que
-ce fût plutôt par un système de parcimonie que par une économie bien
-entendue), on l'accusoit de malversations dans l'exercice de sa
-charge, et l'on en citoit pour preuve la fortune immense qu'il avoit
-su se faire en très-peu de temps. Il répondit à cette accusation, la
-plus sensible pour lui et qu'on reproduisoit le plus souvent, par un
-mémoire dans lequel il rendoit compte au public du commencement et des
-progrès de sa fortune; mais il n'en est pas moins vrai de dire que,
-dans l'assemblée des protestants tenue à Saumur, la proposition ayant
-été faite de le soutenir, le duc de Bouillon représenta au duc de
-Rohan, qu'il ne jugeoit pas prudent que l'assemblée se déclarât si
-hautement en sa faveur; et que, <cite>quelque grande que fût l'exactitude
-et la fidélité</cite> d'un surintendant des finances, il étoit difficile que
-l'<cite>on ne trouvât pas quelque chose à redire à sa conduite</cite> lorsqu'on
-l'examinoit à la rigueur; et que si la cour le mettoit en jugement,
-elle trouveroit bientôt le moyen d'obliger M. de Sully à quitter tous
-ses emplois, en n'usant, pour y réussir, que des voies les plus
-juridiques et les plus légitimes. (Mém. du duc de Rohan.) Ajoutons que
-dans cette même assemblée et dans celles qui suivirent, ce même Sully
-se montra l'un des plus factieux et des plus fanatiques parmi ceux qui
-vouloient la guerre civile; qu'entêté comme il l'étoit de toutes les
-doctrines religieuses de sa secte, il en professoit aussi toutes les
-doctrines politiques, ainsi qu'il le prouva en maintes occasions, et
-principalement lorsque la mort de Henri IV l'eût dégagé de ces liens
-d'affection et de reconnoissance qui l'attachoient à ce grand roi. De
-tout ceci nous concluons, et sans nier toutefois qu'il ne fût
-recommandable par plusieurs qualités estimables, que Sully est fort
-au-dessous de la renommée qu'on lui a faite, renommée qu'il doit en
-grande partie à sa qualité de chaud protestant; et que pour valoir
-mieux que L'Hôpital, préconisé comme lui, et pour des raisons à peu
-près semblables, par la tourbe de nos libres penseurs, ce n'étoit
-cependant ni un génie supérieur ni un véritable homme d'état.</p>
-
-<p><a id="footnote8" name="footnote8"></a>
-<b><a href="#footnotetag8">8</a></b>: Il avoit la prétention, non-seulement d'entrer dans le
-ministère, mais d'y avoir la première place et de mener toutes les
-affaires.</p>
-
-<p class="source">(D'Estrées, <cite>Mém. de la Rég.</cite>, p. 89.)</p>
-
-<p><a id="footnote9" name="footnote9"></a>
-<b><a href="#footnotetag9">9</a></b>: Il est cependant très-remarquable que, dans ces
-états-généraux, le clergé de France, parlant en corps et non sous
-l'influence de la puissance séculière, proposa au roi de recevoir le
-concile de Trente, lui déclarant «qu'il y alloit de l'honneur de Dieu
-et de celui de cette monarchie très-chrétienne, qui, depuis tant
-d'années, avec <em>un si grand étonnement des autres nations
-catholiques</em>, portoit cette <em>marque de</em> <span class="smcap">DÉSUNION</span> sur le front, etc.»
-(<i>Voy.</i> les Mémoires du clergé pour l'année 1615; l'<i lang="la">Anti-Febronius
-vindicatus</i> de Zaccaria, tom. V, Épit. II, pag. 93; et De l'Église
-gallicane, par M. de Maistre, p. 5.) Celui qui porta la parole en
-cette occasion, fut, comme nous venons de le dire, ce même évêque de
-Luçon, ce Richelieu, <i>qui depuis</i>....!</p>
-
-<p>Il n'y a pas d'apparence que la demande que faisoient les évêques et
-archevêques, un moment rendus à leurs <em>véritables libertés</em>, fût
-favorablement accueillie par ce même pouvoir temporel qui tendoit sans
-cesse à accroître ses usurpations; mais elle fut d'abord violemment
-combattue par cette opposition <em>politiquement</em> calviniste, dont les
-parlementaires avoient depuis long-temps répandu les maximes dans le
-troisième ordre qu'ils dirigeoient à leur gré. Ce fut donc le
-tiers-état qui s'opposa surtout à l'admission de ce concile, lequel
-fut rejeté, <em>quant à la discipline</em>, et à qui l'on voulut bien faire
-la faveur singulière de l'admettre, <em>quant au dogme</em>. Quels étoient
-les principaux meneurs de cette opposition du tiers-état? Écoutons
-l'abbé Fleury parlant à l'époque où il étoit désabusé de toutes ces
-dangereuses doctrines: «Ce furent, dit-il, des jurisconsultes profanes
-ou libertins qui, tout en faisant sonner le plus haut les libertés, y
-ont porté de rudes atteintes en poussant les droits du roi jusqu'à
-l'excès; qui inclinoient aux maximes des hérétiques modernes, et en
-exagérant les droits du roi et ceux des juges laïques ses officiers,
-ont fourni l'un des motifs qui empêchèrent la réception du concile de
-Trente.» (Sur les libertés de l'Église gallic., Opusc., p. 81.)</p>
-
-<p><a id="footnote10" name="footnote10"></a>
-<b><a href="#footnotetag10">10</a></b>: Concini.</p>
-
-<p><a id="footnote11" name="footnote11"></a>
-<b><a href="#footnotetag11">11</a></b>: Ce prince, qui avoit le gouvernement de la Picardie, avoit
-voulu s'opposer à quelques travaux que le maréchal d'Ancre projetoit
-de faire à la citadelle de la ville d'Amiens, dont il étoit
-gouverneur. Il n'avoit point réussi dans cette entreprise; et ayant
-voulu y mettre de la violence, les officiers préposés à la garde du
-château avoient repoussé la force par la force, et l'avoient obligé de
-faire retraite.</p>
-
-<p><a id="footnote12" name="footnote12"></a>
-<b><a href="#footnotetag12">12</a></b>: Il dit que les protestants s'étoient vus forcés de prendre
-les armes, parce qu'ils avoient vu le roi lever des troupes sans les y
-admettre, ce qui leur faisoit craindre qu'elles ne fussent destinées à
-agir contre eux; que l'assemblée de Grenoble les avoit exhortés <em>à se
-mettre en défense</em> en cas que les députés qu'ils envoyoient au roi
-n'obtinssent pas de réponse favorable, et qu'en effet on n'avoit eu
-aucun égard aux demandes de ces députés; qu'on avoit publié en divers
-endroits du royaume que les mariages entre la France et l'Espagne
-<cite>entraîneroient la ruine de la religion protestante</cite>; que cette juste
-crainte étoit principalement ce qui leur avoit mis les armes à la
-main.</p>
-
-<p><a id="footnote13" name="footnote13"></a>
-<b><a href="#footnotetag13">13</a></b>: Les sceaux furent ôtés au chancelier de Silleri, et donnés à
-Du Vair, premier président du parlement de Provence; et Puisieux, fils
-du chancelier, qui étoit secrétaire d'état, reçut, peu de temps après,
-l'ordre de quitter la cour.</p>
-
-<p><a id="footnote14" name="footnote14"></a>
-<b><a href="#footnotetag14">14</a></b>: À Saint-Martin-des-Champs et dans le faubourg Saint-Germain.</p>
-
-<p><a id="footnote15" name="footnote15"></a>
-<b><a href="#footnotetag15">15</a></b>: Il nomma Barbois contrôleur des finances à la place du
-président Jeannin, et l'évêque de Luçon fut fait secrétaire d'état.</p>
-
-<p><a id="footnote16" name="footnote16"></a>
-<b><a href="#footnotetag16">16</a></b>: Il étoit fils naturel de Charles IX. Henri IV l'avoit
-fait mettre à la Bastille pour être entré dans la conspiration du duc
-de Biron; et il étoit condamné à y finir ses jours.</p>
-
-<p><a id="footnote17" name="footnote17"></a>
-<b><a href="#footnotetag17">17</a></b>: Dans le Perche, dans le Maine, dans le Soissonnois, dans
-l'Île de France, dans la Champagne, dans le Berry, dans le Nivernois.</p>
-
-<p><a id="footnote18" name="footnote18"></a>
-<b><a href="#footnotetag18">18</a></b>: Les principaux étoient du Hallier son frère, Persan son
-beau-frère, Bournonville, Guichaumont, et Rigaud, exempt des
-gardes-du-corps.</p>
-
-<p><a id="footnote19" name="footnote19"></a>
-<b><a href="#footnotetag19">19</a></b>: Vitri avoit placé un garde-du-corps à la porte du Louvre
-pour épier le moment où le maréchal sortiroit de la maison qu'il avoit
-près de ce palais, avec ordre de le venir avertir aussitôt à la porte
-du grand cabinet du roi, où il l'attendoit. La garde remplit
-exactement sa commission: Vitri partit sur-le-champ, et prit avec lui
-en passant tous ceux qui l'attendoient, et fit une telle diligence,
-qu'il arriva près du maréchal lorsque celui-ci n'étoit encore que sur
-le Petit-Pont, où il lisoit une lettre. Comme Vitri étoit fort vif,
-peut-être seroit-il passé sans le voir, si du Hallier, qui le suivoit,
-ne lui eût dit: «<i>Monsieur, voilà M. le maréchal.</i>»&mdash;«<i>Où est-il?</i>
-reprit Vitri.»&mdash;«<i>Tenez, le voilà</i>, lui dit Guichaumont, et en même
-temps celui-ci lui tira le premier coup de pistolet. Les autres
-tirèrent aussi; mais on a toujours cru que Guichaumont l'avoit tué,
-parce qu'il tomba dès qu'il l'eut frappé. D'autres disent que Vitri,
-s'approchant de lui, le prit d'une main par le bras, et que, levant de
-l'autre son bâton de commandement, il lui déclara l'ordre qu'il avoit
-de l'arrêter. <i>Moi, prisonnier!</i> reprit le maréchal en faisant un pas
-en arrière: et c'est alors que partirent les trois coups de pistolet.
-(<cite>Mém. du marq. de Fontenay-Mareuil.</cite>) Plusieurs disent que Concini,
-se voyant attaqué, fit mine de vouloir tirer son épée pour se
-défendre; mais M. de Brienne assure, dans ses Mémoires, «qu'aucun de
-ceux qui en pouvoient rendre témoignage, n'en étoit convenu en
-particulier.»</p>
-
-<p>On remarque que parmi plus de trente gentilshommes qui
-l'accompagnoient, aucun d'eux ne mit l'épée à la main, à l'exception
-de Saint-Georges, qui depuis fut capitaine des gardes du cardinal de
-Richelieu; mais, voyant que les autres l'abandonnoient, il fut forcé
-de se retirer.</p>
-
-<p><a id="footnote20" name="footnote20"></a>
-<b><a href="#footnotetag20">20</a></b>: Les courtisans s'y rendoient en foule, et l'on fut
-obligé de mettre ce jeune prince sur un billard; afin qu'il fût plus à
-portée de voir ceux qui venoient lui rendre hommage, et d'en être vu.</p>
-
-<p><a id="footnote21" name="footnote21"></a>
-<b><a href="#footnotetag21">21</a></b>: Le corps du maréchal fut déposé d'abord dans la salle
-des portiers, ensuite dans le petit jeu de paume du Louvre. Il y resta
-jusqu'à neuf heures du soir, et fut porté ensuite à
-Saint-Germain-l'Auxerrois, où on l'enterra secrètement sous l'orgue,
-afin de cacher au peuple sa sépulture. Elle fut connue toutefois dès
-le lendemain, et quelques gens de la lie du peuple, ou dirigés par ses
-ennemis, ou poussés par leur propre fureur, s'attroupèrent dans
-l'église Saint-Germain, déterrèrent le cadavre et exercèrent sur lui
-mille indignités, aux cris redoublés de <em>vive le roi</em>. On le pendit à
-des potences qu'il avoit fait dresser lui-même, on lui arracha le
-c&oelig;ur, on coupa sa chair par petits morceaux; ces mêmes potences,
-que l'on abattit, lui servirent de bûcher; et les cendres, ainsi que
-les débris de son cadavre, furent jetés dans la rivière.</p>
-
-<p>Quoiqu'on ne puisse justifier ce ministre de quelques abus de pouvoir
-dans le haut rang où la faveur l'avoit placé, il faut bien se garder
-de croire que ce fût un aussi méchant homme que l'a dépeint cette
-multitude de libelles, de déclarations, de remontrances, publiés alors
-par ses ennemis. Le maréchal d'Estrées, qui s'étoit jeté dans le parti
-des princes, et qui sans doute prit part d'abord à toutes ces
-calomnies, s'étonne, dans ses mémoires, des excès auxquels on s'étoit
-porté contre lui, et lui rend ainsi un témoignage qui ne sauroit être
-suspect: «Quand je fais réflexion, dit-il, sur les circonstances de la
-mort du maréchal d'Ancre, je ne la puis attribuer qu'à sa mauvaise
-destinée, ayant été conseillée par un homme qui avoit les inclinations
-fort douces; et comme il étoit lui-même <cite>naturellement bienfaisant et
-qu'il avoit désobligé fort peu de personnes</cite>, il falloit que ce fût
-<em>son étoile</em> ou la nature des affaires qui eussent soulevé tant de
-monde contre lui.»</p>
-
-<p><a id="footnote22" name="footnote22"></a>
-<b><a href="#footnotetag22">22</a></b>: Dans l'arrêt qui la condamne, elle n'est point déclarée
-<em>sorcière</em>, comme plusieurs l'ont avancé, mais seulement criminelle de
-<em>lèse-majesté divine et humaine</em>, sans que son crime fût autrement
-spécifié. Au reste, il est certain qu'elle se défendit victorieusement
-sur toutes les accusations capitales qu'on éleva contre elle; et l'on
-ne peut s'empêcher de la considérer comme une victime immolée à la
-vengeance de ceux qui possédoient alors un pouvoir, dont elle et son
-mari avoient joui trop long-temps. Elle mourut avec un courage
-modeste, qui excita beaucoup de pitié et même d'attendrissement parmi
-tous ceux qui étoient accourus à ce triste spectacle.</p>
-
-<p><a id="footnote23" name="footnote23"></a>
-<b><a href="#footnotetag23">23</a></b>: Ces marques d'attachement qu'il n'avoit cessé de lui
-donner depuis sa disgrâce, l'avoient fait exiler à Avignon; et ce fut
-Luynes lui-même qui le tira de son exil pour l'employer dans cette
-affaire; Richelieu y réussit de manière à satisfaire les deux partis.</p>
-
-<p><a id="footnote24" name="footnote24"></a>
-<b><a href="#footnotetag24">24</a></b>: Mém. chron., t. I.</p>
-
-<p><a id="footnote25" name="footnote25"></a>
-<b><a href="#footnotetag25">25</a></b>: Tom. XIII, in-4<sup>o</sup>, p. 250.</p>
-
-<p><a id="footnote26" name="footnote26"></a>
-<b><a href="#footnotetag26">26</a></b>: On y faisoit dire au roi «que l'audace de ceux qui
-avoient abusé de son nom et de son autorité, auroient porté les choses
-à une entière et déplorable confusion, si Dieu ne lui eût donné la
-force et le courage de les châtier; qu'un des plus grands maux qu'ils
-eussent procuré étoit la détention du prince de Condé, qui n'avoit eu
-d'autre cause que <em>les artifices</em> et <em>les mauvais desseins</em> de ceux
-qui vouloient joindre la ruine du prince à celle de l'état, ainsi que
-sa majesté l'avoit reconnu, après s'être soigneusement informé de tout
-ce qui avoit pu servir de prétexte à son emprisonnement.» Or, c'étoit
-attaquer ouvertement la reine, qui avoit elle-même fait arrêter le
-prince de Condé.</p>
-
-<p><a id="footnote27" name="footnote27"></a>
-<b><a href="#footnotetag27">27</a></b>: On avoit été prévenu de leur projet de départ, et le
-premier mouvement du roi avoit été de les faire arrêter. L'avis du
-président Jeannin fut qu'il valoit mieux les laisser partir, parce
-que, mal intentionnés comme ils l'étoient pour le service du roi, leur
-présence à Paris ne pouvoit qu'être dangereuse, et l'empêcheroit
-lui-même d'en sortir. Il représenta en outre qu'ils apporteroient dans
-la cour de la reine plus de trouble et de confusion que de profit et
-d'utilité; qu'il y avoit lieu de croire que tous les mécontents s'en
-iroient ainsi les uns après les autres; mais aussi qu'au premier qui
-reviendroit, les autres ne tarderoient point à le suivre. Cet avis
-prévalut; et, en effet, depuis que l'on gouvernoit au nom du roi, ces
-mutineries des princes, bien que dangereuses encore, commençoient à
-être moins redoutées.</p>
-
-<p><a id="footnote28" name="footnote28"></a>
-<b><a href="#footnotetag28">28</a></b>: Il fut dit que S. M. vouloit bien leur accorder un
-pardon qu'ils ne méritoient pas, pourvu que, dans l'intervalle de huit
-jours après la paix, ils posassent les armes et rentrassent dans
-l'obéissance qu'ils lui devoient. On ajouta que le roi n'entendoit
-rendre à aucun de ces rebelles les charges et gouvernements dont il
-avoit disposé depuis leur révolte.</p>
-
-<p><a id="footnote29" name="footnote29"></a>
-<b><a href="#footnotetag29">29</a></b>: On y employa le maréchal de Lesdiguères, le marquis de
-Châtillon et Du Plessis-Mornay, qui servirent utilement la cour en
-cette occasion.</p>
-
-<p><a id="footnote30" name="footnote30"></a>
-<b><a href="#footnotetag30">30</a></b>: Il fut créé maréchal général des camps et armées.</p>
-
-<p><a id="footnote31" name="footnote31"></a>
-<b><a href="#footnotetag31">31</a></b>: Il ne voulut jamais consentir à faire une paix
-particulière pour lui et les siens, se montrant décidé à ne traiter
-que dans l'intérêt général de son parti. Il dit au duc de Luynes «que
-les guerres soutenues par les protestants avoient toujours été
-malheureuses dans leur commencement; mais que l'inquiétude de l'esprit
-françois, le mécontentement de ceux qui ne gouvernoient pas, et les
-<em>secours étrangers</em> leur avoient toujours procuré les moyens de
-réparer leurs disgrâces.» C'étoit mettre le doigt sur la plaie de la
-France; et ces paroles remarquables prouvent que les protestants
-connoissoient les avantages de leur position et les changements que
-l'esprit de secte devoit apporter dans la politique de l'Europe,
-beaucoup mieux que leurs ennemis n'entendoient leurs propres intérêts.</p>
-
-<p><a id="footnote32" name="footnote32"></a>
-<b><a href="#footnotetag32">32</a></b>: Ce fut lui qui le premier conçut le projet de leur
-enlever leurs places fortes qui faisoient toute leur sûreté; et il
-avoit commencé à l'exécuter.</p>
-
-<p><a id="footnote33" name="footnote33"></a>
-<b><a href="#footnotetag33">33</a></b>: Ces ministres étoient le cardinal de Retz, le comte de
-Schomberg et le marquis de Puisieux.</p>
-
-<p><a id="footnote34" name="footnote34"></a>
-<b><a href="#footnotetag34">34</a></b>: Rien ne prouve plus quelle étoit alors l'indocilité des
-grands que la conduite qu'il tint en cette occasion: non-seulement il
-refusa d'obéir à l'ordre du roi, prétendant que sa présence étoit
-absolument nécessaire dans ses gouvernements; mais il s'emporta
-jusqu'à maltraiter de paroles, et à plusieurs reprises, le gentilhomme
-qui avoit été chargé de lui faire connoître les intentions de sa
-majesté.</p>
-
-<p><a id="footnote35" name="footnote35"></a>
-<b><a href="#footnotetag35">35</a></b>: Bassompierre, qui en raconte plusieurs traits fort
-remarquables, ajoute qu'il n'avoit jamais connu d'homme plus brave que
-lui: «Le feu roi son père, dit-il, qui étoit dans l'estime que chacun
-sait, ne témoignoit pas pareille assurance.»</p>
-
-<p><a id="footnote36" name="footnote36"></a>
-<b><a href="#footnotetag36">36</a></b>: Cette guerre de l'empereur contre l'électeur palatin
-forme la première période de la fameuse guerre de trente ans, laquelle
-est désignée sous le nom de <em>période palatine</em>. Nous aurons bientôt
-occasion d'en reparler.</p>
-
-<p><a id="footnote37" name="footnote37"></a>
-<b><a href="#footnotetag37">37</a></b>: La place de surintendant des finances avoit été ôtée au
-comte de Schomberg et donnée au marquis de La Vieuville; les sceaux
-avoient été rendus au chancelier de Sillery, qui, se trouvant ainsi
-appuyé de son fils le marquis de Puisieux, avoit la prépondérance dans
-le conseil. La Vieuville souffroit impatiemment leur crédit; de là des
-brouilleries, des factions, des cabales et mille autres misères de
-cette espèce, qui leur furent également funestes à tous.</p>
-
-<p><a id="footnote38" name="footnote38"></a>
-<b><a href="#footnotetag38">38</a></b>: Henri III.</p>
-
-<p><a id="footnote39" name="footnote39"></a>
-<b><a href="#footnotetag39">39</a></b>: <i>Voy.</i> 1<sup>re</sup> partie de ce volume, p. 227 et Seqq.</p>
-
-<p><a id="footnote40" name="footnote40"></a>
-<b><a href="#footnotetag40">40</a></b>: <i>Voy.</i> 1<sup>re</sup> partie de ce volume, p. 432.</p>
-
-<p><a id="footnote41" name="footnote41"></a>
-<b><a href="#footnotetag41">41</a></b>: Sous les deux premières races, et particulièrement vers
-le déclin de la seconde, le désordre politique étoit aussi grand, plus
-grand peut-être qu'à aucune autre époque de la monarchie; et il y eut
-un moment où la dissolution de toutes les parties du corps social
-sembla être arrivée à son dernier période, et ne plus laisser aucun
-espoir. Quelle fut la puissance qui rendit tout à coup à cette
-monarchie, qui périssoit pour ainsi dire au sortir de l'enfance, cette
-vie prête à s'éteindre, et la lui rendit pour une longue suite de
-siècles? La religion, encore un coup, seul principe vital des
-sociétés, et dont la nation entière étoit en quelque sorte imprégnée.
-Ce fut elle qui, après avoir défendu les peuples contre les excès du
-pouvoir temporel, rendit à ce pouvoir lui-même l'énergie dont il avoit
-besoin, le préserva de ses propres fureurs, et lui indiqua les bornes
-dans lesquelles il eût dû se renfermer pour se maintenir, se
-fortifier, et tout coordonner autour de lui. Séparé depuis de
-l'autorité spirituelle, nous le voyons, sous la troisième race,
-décliner de nouveau, et plusieurs circonstances, dont la cause est
-encore dans cette même religion, rendent sa chute moins rapide et
-moins sensible; mais cette fois-ci il tombe pour ne se plus relever.</p>
-
-<p><a id="footnote42" name="footnote42"></a>
-<b><a href="#footnotetag42">42</a></b>: En abattant les grands, il détruisit, dit-on,
-l'opposition aristocratique en France, et renversa ainsi la dernière
-barrière qui s'élevoit encore contre le despotisme de la cour. On se
-trompe: cette opposition de la noblesse s'étant faite toute
-matérielle, et ne pouvant plus être ni dirigée ni contenue par le
-principe religieux à qui seul il appartient de légitimer et coordonner
-toute puissance, soit qu'elle <em>commande</em>, soit qu'elle <em>résiste</em>,
-étoit devenue elle-même un principe d'anarchie, et par conséquent de
-destruction. Les faits le prouvent mieux que tous les raisonnements.
-Or, qui ne sait que, lorsque la société est arrivée à ce degré de
-corruption, l'anarchie ne peut être vaincue et comprimée que par le
-despotisme? Et sans doute, des deux maux celui-ci est le moindre,
-puisque tant qu'il a le pouvoir, le despote conserve l'état, par cela
-seul qu'il veut se conserver lui-même. Si Richelieu, devenu maître
-absolu sur les débris de tant de résistances purement anarchiques, eût
-cherché à modérer le pouvoir sans bornes qu'il avoit conquis, en
-adoptant une politique chrétienne dans un royaume chrétien, il n'est
-point de bons effets qu'il n'eût pu produire et d'éloges qu'on ne dût
-lui donner.</p>
-
-<p><a id="footnote43" name="footnote43"></a>
-<b><a href="#footnotetag43">43</a></b>: Première partie, ch. I.</p>
-
-<p><a id="footnote44" name="footnote44"></a>
-<b><a href="#footnotetag44">44</a></b>: <cite>Test. polit.</cite> Première partie, ch. I.</p>
-
-<p><a id="footnote45" name="footnote45"></a>
-<b><a href="#footnotetag45">45</a></b>: Gaston, duc d'Anjou et frère du roi, refusoit
-obstinément d'épouser mademoiselle de Montpensier. Le roi et la
-reine-mère s'étoient déclarés pour ce mariage; et le cardinal, dans
-l'intention de plaire à tous deux, en pressoit vivement la conclusion.
-Alors les diverses cabales de la cour, quoique divisées entre elles,
-attentives à tout ce qui pouvoit les faire sortir de l'état de
-dépendance où Richelieu avoit résolu de les réduire, se rassemblent,
-délibèrent, forment des complots; et dans ces complots il n'étoit
-question de rien moins que d'assassiner le ministre, de détrôner le
-roi, de l'enfermer dans un couvent comme imbécile, et de mettre à sa
-place son frère, à qui l'on auroit fait épouser la jeune reine Anne
-d'Autriche.</p>
-
-<p><a id="footnote46" name="footnote46"></a>
-<b><a href="#footnotetag46">46</a></b>: Entre autres le duc de Vendôme et son frère le grand
-prieur; le comte de Soissons n'évita la prison qu'en sortant
-précipitamment du royaume. Le maréchal d'Ornano fut renfermé à
-Vincennes, où il mourut; ce qui lui évita l'échafaud, où il auroit
-indubitablement suivi le prince de Chalais.</p>
-
-<p><a id="footnote47" name="footnote47"></a>
-<b><a href="#footnotetag47">47</a></b>: Il consentit à épouser mademoiselle de Montpensier; et
-ce fut à l'occasion de ce mariage qu'il prit le titre de duc
-d'Orléans, ayant reçu en apanage l'Orléanois et le pays Chartrain; et
-cet apanage fut un piége qu'on lui tendit pour le déterminer à
-sacrifier tous ceux qui l'avoient servi, ce qu'il fit sans la moindre
-difficulté.</p>
-
-<p><a id="footnote48" name="footnote48"></a>
-<b><a href="#footnotetag48">48</a></b>: C'est alors qu'il acheva d'exécuter le projet hardi et
-profondément conçu par Luynes, de faire démolir, non-seulement toutes
-les places fortes des protestants, mais encore d'abattre dans
-l'intérieur de la France toutes les fortifications qui y existoient
-encore. Ce fut là le coup mortel porté à la ligue protestante et à
-celle de la haute noblesse, toujours subsistante et toujours prête à
-de nouveaux attentats.</p>
-
-<p><a id="footnote49" name="footnote49"></a>
-<b><a href="#footnotetag49">49</a></b>: L'empereur, le roi d'Espagne, le duc de Savoie et
-presque toute l'Italie s'étoient déclarés contre le duc de Nevers,
-Charles de Gonzague, héritier légitime du duché de Mantoue vacant par
-la mort du dernier duc, Vincent, mort en 1627. Le cardinal détermina
-le roi à soutenir les droits du nouveau duc, et à se mettre lui-même à
-la tête de l'armée qu'il destinoit à l'établir dans la souveraineté
-dont vouloient l'exclure tant et de si puissants princes. Il y réussit
-complétement.</p>
-
-<p><a id="footnote50" name="footnote50"></a>
-<b><a href="#footnotetag50">50</a></b>: Richelieu le fit juger par des commissaires qui lui
-étoient entièrement dévoués, repoussant avec hauteur et même avec
-violence toutes les démarches que fit le parlement pour attirer à lui
-cette grande affaire. Le maréchal fut condamné à mort pour concussion:
-il ne fut en effet que trop prouvé que, sous ce rapport, il étoit loin
-d'être sans reproche; mais bien d'autres étoient coupables du même
-délit, que l'on ne songeoit point à inquiéter, et les agents qui
-l'avoient aidé dans les malversations qu'on lui reprochoit ne furent
-pas même décrétés. Sa mort excita la compassion des uns, l'indignation
-des autres; et il n'étoit personne alors qui ne fût persuadé que le
-jugement étoit inique et que le maréchal avoit été sacrifié à la haine
-et à la politique du premier ministre.</p>
-
-<p><a id="footnote51" name="footnote51"></a>
-<b><a href="#footnotetag51">51</a></b>: Dans les brouilleries qui s'élevèrent entre la France et
-l'Espagne, au sujet de l'affaire de Mantoue, le duc de Savoie chargea
-son envoyé à Paris «de conférer en particulier avec M. le cardinal de
-Bérulle, en l'absence de M. le cardinal de Richelieu, et de lui
-remontrer combien il convenoit au service de Dieu, à la foi catholique
-et au bien de la France, de maintenir l'union des couronnes de France
-et d'Espagne, pour conduire à une heureuse fin <cite>les entreprises
-commencées avec tant de prospérité et de gloire</cite>.» (<cite>Mercure franc.</cite>,
-t. XV, p. 504.) Il vouloit parler de la destruction de l'hérésie. On a
-de nombreux témoignages que cette opinion qu'énonçoit un prince
-chrétien, étoit alors partagée par tout ce qu'il y avoit d'honnêtes
-gens en France et dans la chrétienté.</p>
-
-<p><a id="footnote52" name="footnote52"></a>
-<b><a href="#footnotetag52">52</a></b>: Les Grisons, qui étoient protestants, réclamoient la
-souveraineté de la Valteline, alors au pouvoir de l'Espagne, et dont
-les habitants étoient catholiques. La France exigeoit que ce pays fût
-restitué à ceux qu'elle appeloit ses <em>légitimes</em> souverains. Le roi
-d'Espagne et le pape objectoient avec juste raison que c'étoit en
-exposer la population entière à devenir hérétique, et proposoient tout
-autre parti plutôt que de les remettre sous la domination de leurs
-anciens maîtres. Richelieu ne voulut rien entendre, opposant toujours
-ce qu'il appeloit la <em>justice</em> et le <em>droit des gens</em> à l'intérêt de
-la religion, si visiblement menacée par une semblable restitution.
-Ébranlé par tout ce qu'il entendoit dire contre la résolution de son
-ministre, et peut-être aussi par le murmure de sa conscience, le roi
-convoqua à Fontainebleau, le 29 septembre 1625, une assemblée de
-prélats, de magistrats, de seigneurs de sa cour, afin de s'éclairer de
-leurs lumières sur le parti à prendre dans une affaire aussi
-importante et aussi délicate. L'opinion contraire y fut soutenue avec
-beaucoup de chaleur et de force; mais le cardinal mit plus
-d'opiniâtreté encore à soutenir la sienne, séparant sans cesse dans
-son discours <cite>les affaires d'état de celles de la religion</cite>; et ce fut
-son avis qui l'emporta, au grand scandale de tous les opposants.</p>
-
-<p><a id="footnote53" name="footnote53"></a>
-<b><a href="#footnotetag53">53</a></b>: Ce prince, aidé de la ligue catholique, dont le chef
-étoit le duc de Bavière, venoit de reconquérir la Bohème sur
-l'électeur palatin, qui avoit eu l'audace de profiter de la révolte de
-ses habitants pour s'en emparer et s'en faire déclarer roi. Ce fut là,
-ainsi que nous l'avons déjà dit (pag. 52), la première période de la
-guerre de trente ans, dite période <em>palatine</em>, laquelle, commencée en
-1618, finit en 1625. L'électeur palatin, qui s'étoit sauvé en
-Hollande, fut mis au ban de l'empire, et Tilly acheva d'écraser les
-princes protestants qui combattoient encore pour lui, même après sa
-retraite, dans un combat qu'il leur livra en 1623, près de Stadlo,
-dans l'évêché de Munster. La dignité d'électeur palatin fut alors
-donnée au duc de Bavière, et le Palatinat partagé entre lui et les
-Espagnols. Tout sembloit devoir être fini; mais l'empereur, enhardi
-par le succès, conçut des projets plus vastes: ses troupes se
-répandirent dans toute l'Allemagne; il fit des coups d'autorité qui
-inquiétèrent la ligue protestante; et la liberté du corps germanique
-parut menacée. Aussitôt il se forma une confédération nouvelle pour la
-défendre, à la tête de laquelle parut le roi de Danemarck. C'est la
-seconde période de cette même guerre, connue sous le nom de <em>période
-danoise</em>, qui commence en 1625 et finit en 1630. L'empereur y remporte
-des succès encore plus brillants et plus décisifs; et c'est alors que
-le fameux Walstein (ou Vallenstein) se montre, à la tête de ses
-armées, le plus habile et le plus heureux capitaine de l'Europe.
-Vainqueur une seconde fois, et plus puissant alors qu'il n'avoit
-jamais été, Ferdinand exerça quelque temps en Allemagne un pouvoir
-absolu, dont les princes protestants ressentirent seuls les atteintes,
-mais qui commença néanmoins à déplaire aux princes catholiques. Tant
-qu'il conserva réunies les forces imposantes qu'il avoit sur pied, ce
-mécontentement général n'osa point éclater: à peine les eut-il
-divisées, que la diète électorale, qu'il avoit rassemblée à Ratisbonne
-en 1630 pour obtenir d'elle l'élection de son fils à la dignité de roi
-des Romains, s'éleva contre lui, et le força par ses plaintes, et,
-même par ses menaces, à réformer une grande partie de ses troupes et à
-renvoyer leur général. Brulart de Léon, ambassadeur du roi de France,
-et le fameux père Joseph, capucin, envoyés à la diète par le cardinal
-de Richelieu, aidèrent les électeurs à obtenir ce triomphe sur
-l'empereur; et ainsi se préparèrent les voies qui devoient bientôt
-introduire le roi de Suède dans le sein de l'empire.</p>
-
-<p><a id="footnote54" name="footnote54"></a>
-<b><a href="#footnotetag54">54</a></b>: <i>Voyez</i> la <a href="#footnote53">note</a> de la page précédente.</p>
-
-<p><a id="footnote55" name="footnote55"></a>
-<b><a href="#footnotetag55">55</a></b>: Les habitants de Magdebourg, comptant sur l'assistance
-du roi de Suède, n'avoient voulu écouter aucune des sommations que
-leur avoit faites le général de l'empereur. La ville ayant été
-emportée d'assaut le 10 mai 1631, Tilly l'abandonna à la fureur des
-soldats, qui passèrent presque tous les habitants au fil de l'épée.
-Tout y fut détruit de fond en comble, et il ne resta debout que la
-cathédrale et quelques cabanes de pêcheurs.</p>
-
-<p><a id="footnote56" name="footnote56"></a>
-<b><a href="#footnotetag56">56</a></b>: Tilly y reçut une blessure, dont il mourut trois jours
-après.</p>
-
-<p><a id="footnote57" name="footnote57"></a>
-<b><a href="#footnotetag57">57</a></b>: Le ministre suédois Oxenstirn fut si effrayé de cette
-défection générale de la ligue protestante, qu'il entra lui-même en
-négociation pour tâcher de faire comprendre la Suède dans le traité.
-Mais l'empereur ayant refusé d'avoir aucune communication directe avec
-le cabinet de Suède, et l'électeur ne faisant que des propositions peu
-acceptables, Oxenstirn rompit lui-même les conférences, jugeant plus
-avantageux aux intérêts de la Suède et à sa dignité, de voir son armée
-chassée de l'empire que de subir les conditions d'une paix
-déshonorante.</p>
-
-<p><a id="footnote58" name="footnote58"></a>
-<b><a href="#footnotetag58">58</a></b>: Richelieu trouvoit mauvais qu'un prince catholique ne
-demeurât pas spectateur indifférent d'une lutte qui s'élevoit entre le
-chef de l'empire et un prince protestant. La cour de France étoit en
-outre irritée contre lui, à cause du mariage secret de la princesse
-Marguerite, sa s&oelig;ur, avec le duc d'Orléans, mais fort
-injustement sans doute, puisqu'il offroit de consentir à la
-dissolution de ce mariage. Il s'engageoit en même temps à donner des
-garanties suffisantes de sa fidélité, demandant seulement que le roi
-n'exigeât point qu'il remît entre ses mains Nancy, capitale de ses
-états, ce qu'il ne pouvoit faire sans renoncer en même temps au titre
-de prince souverain. Richelieu ne voulut rien entendre; la ville fut
-assiégée et prise, moitié par force, moitié par artifice; et le duc se
-vit momentanément dépouillé de ses états.</p>
-
-<p><a id="footnote59" name="footnote59"></a>
-<b><a href="#footnotetag59">59</a></b>: Ce traité fut signé à Rivoli, en Piémont, le 11 juillet
-1635. Le principal commandement étoit donné au duc de Savoie; et des
-articles secrets régloient le partage du duché de Milan entre les ducs
-de Savoie et de Mantoue. Le roi de France se réservoit quelques places
-et districts du côté du Piémont.</p>
-
-<p><a id="footnote60" name="footnote60"></a>
-<b><a href="#footnotetag60">60</a></b>: La prise de Corbie (en 1635) y excita une telle frayeur,
-que l'on enrôla tous les laquais en état de porter les armes. Chaque
-propriétaire ou principal locataire de maison eut ordre de fournir un
-homme; tous les gentilshommes, maîtres d'hôtel et officiers servants
-du roi, furent cités pour se faire inscrire dans les vingt-quatre
-heures. Tout à Paris, de gré ou de force, devint soldat, comme si
-l'ennemi eût déjà été à ses portes; mais cette terreur ne dura qu'un
-moment.</p>
-
-<p><a id="footnote61" name="footnote61"></a>
-<b><a href="#footnotetag61">61</a></b>: Les Espagnols en furent chassés en 1640, et l'on
-proclama roi de Portugal, Jean IV, de la maison de Bragance. Le traité
-par lequel le nouveau roi fit alliance avec la France, fut signé à
-Paris, le premier juin 1641.</p>
-
-<p><a id="footnote62" name="footnote62"></a>
-<b><a href="#footnotetag62">62</a></b>: Avant sa mort, Tilly, Walstein, Gustave roi de Suède, le
-duc de Saxe Weymar, Jean Banier, Gustave Horn, Mercy, Jean de Werth,
-le maréchal d'Harcourt, le maréchal de Guébriant, etc.; après sa mort,
-Turenne, Merci, le duc d'Enghien, Piccolomini, Torstenson, Wrangel,
-K&oelig;nigsmarck, etc.</p>
-
-<p><a id="footnote63" name="footnote63"></a>
-<b><a href="#footnotetag63">63</a></b>: La guerre de trente ans ne finit qu'en 1648, sous le
-ministère du cardinal Mazarin. C'est le 24 octobre de cette année que
-fut signé à Munster et à Osnabruck le fameux traité de Westphalie,
-tant vanté par l'école de nos modernes diplomates. Nous aurons bientôt
-occasion d'en parler, et nous ferons voir que ce fut une paix aussi
-funeste que la guerre qui l'avoit précédée: on négocia comme on avoit
-combattu, pour le matériel de la société. Cette paix ne fut point
-générale, et la guerre continua entre la France et l'Espagne jusqu'à
-la paix des Pyrénées, conclue en 1659.</p>
-
-<p><a id="footnote64" name="footnote64"></a>
-<b><a href="#footnotetag64">64</a></b>: Schiller.</p>
-
-<p><a id="footnote65" name="footnote65"></a>
-<b><a href="#footnotetag65">65</a></b>: L'auteur n'entend parler ici que des états protestants.</p>
-
-<p><a id="footnote66" name="footnote66"></a>
-<b><a href="#footnotetag66">66</a></b>: Voici comment s'exprime le duc d'Olivarès dans une de
-ces lettres, au moment où les armées françoises s'apprêtoient à entrer
-dans la Catalogne: «Si la nécessité d'une juste défense et l'<em>intérêt
-de la religion</em> permettent quelquefois la vente des calices et des
-vases sacrés, pourquoi ne feroit-on pas des choses moins
-extraordinaires dans une occasion si pressante? il est constant que
-<cite>partout où les François mettent le pied, la secte de Calvin y entre
-avec eux</cite>; puisque l'État et la Religion <em>sont également menacés</em>, je
-dois parler sans déguisement, etc.» (Recueil d'Aubert, t. II, p. 365.)</p>
-
-<p><a id="footnote67" name="footnote67"></a>
-<b><a href="#footnotetag67">67</a></b>: La France, pendant le cours de cette guerre, eut presque
-toujours quatre armées en campagne; en 1638, elle en eut jusqu'à sept,
-sans compter sa flotte et ses galères.</p>
-
-<p><a id="footnote68" name="footnote68"></a>
-<b><a href="#footnotetag68">68</a></b>: L'opinion de tout ce qu'il y avoit en France d'honnête
-et d'éclairé, étoit que «Le cardinal n'avoit allumé la guerre en
-Europe que pour se rendre nécessaire et pour satisfaire son ambition,
-et que le roi rendroit compte à Dieu de tout le sang humain dont les
-villes et les provinces étoient inondées. On gémissoit sur le malheur
-des peuples; on étoit scandalisé des alliances contractées avec les
-puissances hérétiques; on déploroit le pillage des églises et
-l'oppression des catholiques d'Allemagne, etc.» (Continuat. du P.
-Daniel. T. XV, in-4<sup>o</sup>, p. 17.)</p>
-
-<p><a id="footnote69" name="footnote69"></a>
-<b><a href="#footnotetag69">69</a></b>: Le pape le considéroit, avec juste raison, comme le seul
-auteur de cette guerre qui désoloit la chrétienté, et voyoit avec
-douleur et ressentiment, sa médiation sans cesse rejetée par un prince
-de l'Église qui sembloit s'être fait le plus grand ennemi du
-saint-siége et de la religion. Celui-ci prenoit avec le saint Père,
-tour à tour, ou des manières soumises ou un ton menaçant, selon qu'il
-vouloit le tromper ou l'effrayer. Mazarin, qu'Urbain VIII avoit envoyé
-en France pour travailler à une paix si ardemment désirée, et dont
-Richelieu avoit su reconnoître la souplesse et l'habileté, lorsqu'il
-n'étoit encore que simple officier dans les troupes du pape, aidoit ce
-ministre dans toutes ces man&oelig;uvres auprès de sa cour: ce fut là
-l'origine de sa fortune.</p>
-
-<p><a id="footnote70" name="footnote70"></a>
-<b><a href="#footnotetag70">70</a></b>: Il est remarquable que toute personne qui avoit su
-obtenir la confiance de Louis XIII dans l'intimité de la vie privée,
-parvenoit très-facilement à l'aigrir contre le cardinal. Il sembloit
-même qu'il n'attendît que de semblables occasions pour manifester
-l'impatience avec laquelle il supportoit un joug qu'il lui étoit
-impossible de briser. Richelieu, maître absolu de la France, ne vivoit
-auprès de son maître que d'alarmes et d'inquiétudes, et étoit obligé
-d'employer plus de soins et d'habileté pour venir à bout d'un favori,
-que pour tenir tête à tous les cabinets de l'Europe. M<sup>lle</sup> de la
-Fayette et le P. Caussin, confesseur du roi, furent sur le point de
-renverser sa fortune; et si celui-ci eût été aussi expérimenté en
-intrigues de cour, qu'il avoit de droiture de c&oelig;ur et d'esprit,
-il est probable qu'il seroit venu à bout du dessein qu'il avoit formé
-de délivrer la chrétienté de la tyrannie de Richelieu. Il ne
-s'agissoit que de présenter au roi une personne qu'il jugeât capable
-de succéder à ce ministre: «Mais, dit un écrivain du temps (Vittorio
-Siri), il n'y avoit seulement pas pensé, tant il étoit peu propre à
-mener une affaire de cette importance.» Ce qui fit qu'il succomba.</p>
-
-<p><a id="footnote71" name="footnote71"></a>
-<b><a href="#footnotetag71">71</a></b>: Il résulte des entretiens secrets et confidentiels
-qu'eut le roi avec le P. Caussin, que ce prince étoit persuadé que la
-guerre qu'il faisoit à l'Espagne étoit juste et nécessaire; que les
-sollicitations du pape devoient être comptées pour rien dans une
-affaire de cette nature; que la reine sa femme étoit stérile et
-n'avoit aucune affection pour lui; que la reine sa mère vouloit le
-détrôner pour mettre la couronne sur la tête de Monsieur; que la
-plupart des grands du royaume et des seigneurs de sa cour ne lui
-étoient point attachés; que plusieurs étoient disposés à le trahir
-pour secouer le joug de l'autorité royale qui leur étoit
-insupportable; qu'ils soulevoient le peuple contre lui, et que, <em>sans
-le cardinal, il auroit peine à se maintenir sur le trône</em>; qu'enfin
-son peuple n'étoit pas aussi malheureux, ni aussi surchargé d'impôts
-que les gens mal intentionnés pour le gouvernement affectoient de le
-publier; qu'après tout l'on n'étoit ni plus riche ni plus heureux dans
-les autres États de l'Europe, et qu'il <em>y avoit même du danger à
-laisser le peuple dans une trop grande abondance</em>. (Mém. Man. revu par
-le P. Caussin.) Le cardinal avoit même trouvé des théologiens et des
-canonistes en nombre suffisant pour tranquilliser sa conscience sur
-des alliances avec des princes protestants contre des princes
-catholiques, et lui persuader que de telles alliances n'étoient point
-contraires à la loi de Dieu, <em>surtout après les précautions que l'on
-avoit prises pour maintenir partout l'exercice public et tranquille de
-la véritable religion</em>. (Contin. du P. Daniel, tom. XV, in-4<sup>o</sup>, pag.
-117.) Il pensoit aussi et déclare formellement dans son testament
-politique que «Le roi auroit pu accepter <em>avec justice</em> l'alliance des
-Turcs qui lui avoit été plusieurs fois offerte.»</p>
-
-<p><a id="footnote72" name="footnote72"></a>
-<b><a href="#footnotetag72">72</a></b>: Il étoit persuadé qu'une négociation n'est jamais
-stérile, et que si elle ne produit aucun effet présent, on en retire
-toujours un avantage certain pour l'avenir. Aussi ne furent-elles
-jamais aussi fréquentes que sous son ministère. Il n'y avoit point de
-cour en Europe dont il ne connût parfaitement les intérêts, et à
-laquelle il ne fît faire sans cesse quelque proposition nouvelle pour
-en recueillir quelque fruit. À ses amis, il montroit la route qu'il
-falloit suivre, et se servoit habilement de leurs forces pour
-augmenter les siennes; à l'égard de ses ennemis, il leur tendoit à
-tous moment des piéges pour affoiblir leur puissance. On peut dire
-qu'au moyen de ces continuels artifices, il étoit devenu en quelque
-sorte le ministre de toutes les cours de l'Europe. (Voyez <cite>Test.
-Polit.</cite>, 2<sup>e</sup>. part., chap. VI.)</p>
-
-<p><a id="footnote73" name="footnote73"></a>
-<b><a href="#footnotetag73">73</a></b>: Ayant su le projet ambitieux qu'avoit formé Walstein de
-quitter le service de l'empereur et de se faire roi de Bohème, il
-envoya auprès de lui un officier nommé Duhamel, pour lui offrir le
-secours et la protection du roi de France dans cette coupable
-entreprise.</p>
-
-<p><a id="footnote74" name="footnote74"></a>
-<b><a href="#footnotetag74">74</a></b>: Il se justifie, dans son testament politique, d'avoir
-excité le soulèvement des Catalans contre l'Espagne. Le fait est si
-odieux en lui-même, qu'il lui étoit impossible d'en convenir; mais
-comment croire qu'il n'ait pas été complice de ces rebelles, lorsqu'on
-le voit leur porter secours et négocier avec eux?</p>
-
-<p><a id="footnote75" name="footnote75"></a>
-<b><a href="#footnotetag75">75</a></b>: M. de Brienne ne peut s'empêcher d'en convenir, et ne le
-disculpe qu'en faisant remarquer «que les choses allèrent bien plus
-loin que le cardinal ne <em>l'avoit prévu</em>, et qu'il ne l'eût souhaité.»</p>
-
-<p><a id="footnote76" name="footnote76"></a>
-<b><a href="#footnotetag76">76</a></b>: Gaston, qui, jusqu'à la naissance du Dauphin, depuis
-Louis XIV, causa de si grands embarras au cardinal, à cause de
-l'importance que lui donnoit sa qualité d'héritier présomptif de la
-couronne, n'obtint cependant d'autres résultats de tant de cabales
-qu'il forma contre lui et de tant de projets mal conçus, que de
-sacrifier inutilement ceux qui avoient été assez imprudents pour se
-dévouer à sa passion et à ses intérêts. On sait quelle fut la
-catastrophe sanglante du duc de Montmorenci, dernier rejeton de son
-illustre race: bien d'autres, dans cette fatale apparition du prince
-en Languedoc, eussent partagé son sort, si la fuite ne les eût mis à
-couvert. Telle étoit la haine qu'on portoit à ce redoutable ministre,
-que, malgré la terreur dont il s'environnoit et dont il sembloit en
-quelque sorte se faire une sauvegarde, on ne cessa pas un seul
-instant, et jusqu'à ses derniers moments, de conspirer contre lui.
-Dans un complot de ce genre, très-profondément combiné, l'irrésolution
-de Gaston, qui, au moment de l'exécution, n'osa pas faire le geste que
-l'on attendoit comme signal, sauva seule Richelieu d'une mort qui
-sembloit inévitable. Si le comte de Soissons n'eût pas été tué à la
-bataille de la Marfée, la partie étoit liée à Paris avec un grand
-nombre de personnes à qui sa tyrannie étoit devenue
-insupportable<a id="footnotetag76-A" name="footnotetag76-A"></a><a href="#footnote76-A" title="Lien vers la note 76-A"><span class="smaller">[76-A]</span></a>: sur la première nouvelle que l'on auroit eue des
-succès de l'armée espagnole, succès que l'on croyoit immanquables, on
-devoit s'emparer de la Bastille, où l'on avoit des intelligences,
-forcer le parlement à rendre un arrêt en faveur du prince; enlever à
-la fois tous les postes jusqu'au palais cardinal, établir des
-barricades dans les parties de la ville où le peuple se montreroit le
-plus échauffé, parvenir ainsi jusqu'au ministre que l'on auroit enlevé
-ou poignardé. Il arriva au contraire, par la mort du comte de
-Soissons, que MM. de Guise et de Bouillon, qui avoient pris parti pour
-lui, furent obligés, l'un de se soumettre aux conditions qu'on voulut
-lui imposer, l'autre d'aller chercher un refuge à Bruxelles. La
-conspiration de Cinqmars, la dernière qui ait menacé sa fortune et sa
-vie, sembloit plus dangereuse encore, puisqu'on ne peut guère douter
-que le roi lui-même ne fût d'accord avec les conspirateurs,
-c'est-à-dire qu'il n'eût donné une sorte de consentement à ce qu'on le
-délivrât de son ministre, même par les moyens les plus violents<a id="footnotetag76-B" name="footnotetag76-B"></a><a href="#footnote76-B" title="Lien vers la note 76-B"><span class="smaller">[76-B]</span></a>.
-Cependant elle finit comme les autres par le supplice, l'exil ou
-l'emprisonnement des conjurés<a id="footnotetag76-C" name="footnotetag76-C"></a><a href="#footnote76-C" title="Lien vers la note 76-C"><span class="smaller">[76-C]</span></a>. Le cardinal étoit alors mourant,
-et suivit de près ses dernières victimes dans la tombe.</p>
-
-<p><a id="footnote76-A" name="footnote76-A"></a>
-<b><a href="#footnotetag76-A">76-A</a></b>: L'abbé de Gondi, que nous verrons bientôt jouer un si
-grand rôle dans la guerre de la fronde, étoit entré dans cette
-conspiration.</p>
-
-<p><a id="footnote76-B" name="footnote76-B"></a>
-<b><a href="#footnotetag76-B">76-B</a></b>: Il n'y donna pas son consentement formel; mais, si
-l'on en croit Monglat, l'un des conjurés, il souffroit qu'on parlât
-devant lui du projet d'assassiner le cardinal, qu'on lui proposât même
-de l'approuver, et n'en témoignoit à son favori ni moins de confiance
-ni moins d'affection. Sans le traité que les chefs de ce complot
-avoient eu l'imprudence de signer avec l'Espagne, il est probable
-qu'ils auroient réussi. Ce fut la découverte de cette pièce qui les
-perdit. Louis XIII, dès qu'il en eut connoissance, les abandonna à
-Richelieu.</p>
-
-<p><a id="footnote76-C" name="footnote76-C"></a>
-<b><a href="#footnotetag76-C">76-C</a></b>: Le duc de Bouillon, qui s'y trouvoit encore impliqué,
-perdit cette fois sa principauté de Sedan, qu'il étoit parvenu à
-conserver dans la conspiration précédente.</p>
-
-<p><a id="footnote77" name="footnote77"></a>
-<b><a href="#footnotetag77">77</a></b>: Soit que, par mesures financières, il lui plût de créer
-de nouveaux offices, ou qu'il fît présenter des édits bursaux à
-l'enregistrement; soit qu'il jugeât à propos de faire juger par
-commissaires des accusés que cette cour de justice réclamoit comme
-appartenant à sa jurisdiction, ainsi qu'il arriva dans les affaires du
-maréchal de Marillac et du duc de la Valette, la moindre résistance
-qu'elle osoit lui opposer, lui attiroit à l'instant même les
-traitements les plus durs et les plus humiliants. Ses arrêts étoient
-cassés comme de juges <em>incompétents, interdits et sans pouvoirs</em>; ses
-députés étoient mandés au Louvre, où le roi, endoctriné par son
-ministre, ne les recevoit que la menace à la bouche, ne leur laissant
-d'autre parti que celui d'obéir à l'instant même, pour éviter qu'il ne
-se portât contre leur compagnie aux dernières extrémités; ce qui
-n'empêchoit que des lettres de cachets ne fussent très-souvent
-envoyées à ceux de ses membres qui s'étoient montrés les plus ardents
-dans la délibération, et qu'à la suite de ces appels ou de ces
-remontrances, il n'y en eût presque toujours quelques-uns de punis par
-l'exil ou par la prison.</p>
-
-<p><a id="footnote78" name="footnote78"></a>
-<b><a href="#footnotetag78">78</a></b>: Le parlement ayant déclaré nul le mariage de Gaston avec
-la princesse de Lorraine, ce prince en appela au pape, qui décida,
-sans s'arrêter aux subtilités qu'on lui opposoit touchant les
-irrégularités du contrat civil, que les lois particulières de la
-France ne pouvoient influer en aucune manière sur le sacrement, lequel
-dépendoit uniquement de l'institution de J. C. et des lois de
-l'Église; et que ce mariage, ayant été contracté selon toutes les
-règles prescrites par le concile de Trente, avoit tous les caractères
-qui le rendoient indissoluble. Le clergé de France <em>en pensa
-autrement</em>; et, dans une assemblée générale qu'il tint l'année
-suivante (en 1635), il fut établi que la coutume ancienne de France,
-relativement aux mariages des princes, devoit l'emporter sur une
-décision du pape en <em>matière de sacrements</em>, qu'un mariage qu'il avoit
-déclaré <em>valide</em>, ne l'étoit pas; et <em>cet avis prévalut</em>. Mais dans
-une autre assemblée de ce même clergé, que le cardinal convoqua à
-Mantes, en 1641, pour en obtenir un secours extraordinaire en raison
-des besoins extrêmes de l'état, les deux présidents et quelques
-évêques ayant opiné à ne pas accorder la somme entière qui étoit
-demandée, un commissaire du roi entra dans l'assemblée, et signifia
-aux opposants des lettres de cachet qui leur ordonnoient d'en sortir à
-l'instant même, et de se rendre incontinent dans leurs diocèses sans
-passer par Paris. On vota alors le subside tel que le ministre l'avoit
-réglé; et les orateurs du clergé admis à lui présenter leurs hommages,
-après avoir harangué le roi, épuisèrent pour le louer toutes les
-formules de l'adulation.</p>
-
-<p><a id="footnote79" name="footnote79"></a>
-<b><a href="#footnotetag79">79</a></b>: Pour lui plaire et réussir dans ce que l'on sollicitoit
-auprès de lui, il ne suffisoit point de se montrer dévoué au bien de
-l'état et de se dire le serviteur du roi, il falloit lui persuader que
-l'on étoit surtout son <em>serviteur</em> et entièrement <em>dévoué</em> à sa
-personne. C'étoit là ce que recommandoient par-dessus tout ses affidés
-à ceux à qui ils vouloient du bien.</p>
-
-<p><a id="footnote80" name="footnote80"></a>
-<b><a href="#footnotetag80">80</a></b>: Voilà au fond à quoi se réduisoit cette correspondance
-d'Anne d'Autriche avec l'Espagne, correspondance dont le cardinal fit
-tant de bruit, et à l'occasion de laquelle on procéda à l'égard de la
-reine de France comme on auroit pu le faire envers une personne
-coupable de haute trahison. Ses papiers furent saisis au Val-de-Grâce;
-on la menaça de faire mettre ses domestiques à la question, et elle
-fut obligée de s'avouer, par écrit, coupable envers son époux,
-d'intelligences avec les ennemis de l'état.</p>
-
-<p><a id="footnote81" name="footnote81"></a>
-<b><a href="#footnotetag81">81</a></b>: C'étoient quatre officiers des gardes qu'il prétendoit
-être entrés dans le complot de Cinqmars. Louis XIII, qui leur étoit
-fort attaché, refusa d'abord, et même avec emportement, d'accorder au
-cardinal leur renvoi et leur exil. Celui-ci insista avec plus de
-hauteur encore que son maître, et le roi céda. Tous reçurent en
-s'éloignant des témoignages de sa bienveillance. Trevelles, l'un
-d'eux, étoit à peine parti, qu'il lui envoya un gentilhomme lui dire
-de sa part qu'il n'avoit pu refuser son éloignement aux instances
-réitérées du cardinal, mais qu'il lui conservoit toujours la même
-amitié; qu'au reste son <em>exil ne seroit pas long</em> (Richelieu mourut
-quelques semaines après cet événement); puis, n'osant pas montrer à
-son ministre à quel point il étoit affecté du sacrifice qu'il l'avoit
-forcé de lui faire, il fit tomber tout son ressentiment sur Chavigni,
-qui n'avoit été auprès de lui que le porteur de la demande de
-Richelieu.</p>
-
-<p><a id="footnote82" name="footnote82"></a>
-<b><a href="#footnotetag82">82</a></b>: Il est remarquable en effet que ce sont ordinairement
-les plus grands partisans de toutes les fausses libertés qui se
-montrent les plus grands enthousiastes des tyrans et des despotes, et
-nous en avons de notre temps des exemples qui sont faits pour étonner.
-C'est que ces hommes, qui ne craignent point de remuer la société
-jusque dans ses fondements pour réaliser les chimères de leur orgueil,
-effrayés bientôt des conséquences terribles de leurs entreprises et
-des orages qu'ils ont amassés sur leurs têtes, sentent le besoin du
-pouvoir, et l'appellent à leur secours. Il reparoît alors, mais autre
-qu'il n'avoit été, et s'en fait applaudir jusque dans ses plus grandes
-violences, parce que, s'il n'étoit violent, il ne pourroit les sauver
-des périls où les ont jetés leurs propres fureurs.</p>
-
-<p><a id="footnote83" name="footnote83"></a>
-<b><a href="#footnotetag83">83</a></b>: L'un des hommes à qui les grandes renommées en
-imposoient le moins, l'illustre comte de Maistre appelle Richelieu,
-«L'un des plus grands génies qui aient jamais veillé près d'un trône;»
-et lui donne ce magnifique éloge dans un livre où il peint, en traits
-aussi vifs qu'énergiques, le ravage qu'avoit fait en France la
-doctrine qui a séparé le pouvoir politique du pouvoir religieux. (<cite>De
-l'Égl. Gallic.</cite>, p. 298.) Ceci ne prouve autre chose sinon que le
-génie même le plus vaste ne peut pas tout embrasser, et que
-l'&oelig;il le plus pénétrant ne peut pas tout voir.</p>
-
-<p><a id="footnote84" name="footnote84"></a>
-<b><a href="#footnotetag84">84</a></b>: Les deux autres secrétaires d'état étoient MM. de
-Brienne et de la Vrillière.</p>
-
-<p><a id="footnote85" name="footnote85"></a>
-<b><a href="#footnotetag85">85</a></b>: Desnoyers en fit bientôt la triste expérience, et fut
-renvoyé pour avoir voulu imiter le cardinal de Richelieu et essayé de
-conduire son maître.</p>
-
-<p><a id="footnote86" name="footnote86"></a>
-<b><a href="#footnotetag86">86</a></b>: «Ah! mon pauvre peuple, s'écria-t-il au lit de la mort,
-je lui ai bien fait du mal à raison des grandes et importantes
-affaires que je me suis vues sur les bras, et je n'en ai pas eu
-toujours toute la pitié que je devois, et telle que je l'ai depuis
-deux ans, ayant été partout en personne et vu de mes yeux toutes ses
-misères; mais, si Dieu veut que je vive encore, ce que je n'ai pas
-grand sujet de croire et beaucoup moins de souhaiter, la vie n'ayant
-rien qui me semble aimable, j'espère qu'en deux autres années je le
-pourrai mettre à son aise.» (<cite>Mém. de madame de Motteville</cite>, tom. I.)</p>
-
-<p><a id="footnote87" name="footnote87"></a>
-<b><a href="#footnotetag87">87</a></b>: La naissance de Louis XIV est due à un événement
-singulier. On sait l'éloignement, ou pour mieux dire l'espèce
-d'aversion que Louis XIII avoit conçue pour la reine: étant parti un
-jour de Versailles pour aller coucher à Saint-Maur, et passant par
-Paris, il lui plut de s'arrêter au couvent de la Visitation pour y
-rendre visite à M<sup>lle</sup>. de la Fayette. Pendant cette visite, il survint
-un orage violent qui se prolongea jusqu'à la nuit, de manière que le
-roi se trouva embarrassé, voyant de la difficulté à continuer son
-voyage, et son appartement n'étant point tendu au Louvre. Guitaut,
-capitaine aux gardes, lui fit entendre que chez la reine il trouveroit
-un souper et un appartement tout préparé. Louis rejeta d'abord cette
-proposition; mais l'orage redoublant, il finit par l'accepter. Anne
-d'Autriche, mariée depuis vingt-deux ans, accoucha neuf mois après de
-son premier fils: elle n'en fut ni plus aimée, ni plus considérée de
-son mari.</p>
-
-<p><a id="footnote88" name="footnote88"></a>
-<b><a href="#footnotetag88">88</a></b>: Elle fut excitée par la mort du duc de Mayenne, tué en
-1621 au siége de Montauban. Le peuple de Paris, qui chérissoit ce
-prince, attaqua les religionnaires à leur retour de Charenton, où ils
-avoient un prêche, ce qui, depuis long-temps, étoit vu de très-mauvais
-&oelig;il par la multitude. Ils furent assaillis en rentrant dans la
-ville, à coups de pierres; et l'on en tua plusieurs. Une troupe de ces
-furieux se porta ensuite à Charenton, où elle mit le feu au temple, et
-pilla les marchands qui étoient dans la cour. Ce tumulte, commencé à
-la porte Saint-Antoine, continua plusieurs jours dans l'enceinte même
-de Paris.</p>
-
-<p><a id="footnote89" name="footnote89"></a>
-<b><a href="#footnotetag89">89</a></b>: Le palais fut presque entièrement brûlé; plusieurs ponts
-s'écroulèrent par le même accident. La Sainte-Chapelle manqua aussi
-d'être consumée par les flammes.</p>
-
-<p><a id="footnote90" name="footnote90"></a>
-<b><a href="#footnotetag90">90</a></b>: Ces voleurs, auxquels on donna le nom de <em>filous</em>,
-étoient en si grand nombre, qu'ils repoussèrent plus d'une fois, et
-avec perte, les archers du guet. On ne parvint à les détruire qu'en
-ordonnant à tous les soldats, ouvriers et mendiants valides qui se
-trouvoient alors sans occupation, de sortir en vingt-quatre heures de
-la ville.</p>
-
-<p><a id="footnote91" name="footnote91"></a>
-<b><a href="#footnotetag91">91</a></b>: Voyez pag. <a href="#page69">69</a>. Il étoit toujours persuadé qu'elle avoit
-désiré sa mort pour épouser son frère le duc d'Anjou, et ne revint
-pas, même au lit de la mort, de cette funeste prévention.</p>
-
-<p><a id="footnote92" name="footnote92"></a>
-<b><a href="#footnotetag92">92</a></b>: Les autres membres dont ce conseil étoit composé étoient
-les sieurs Séguier, chancelier de France; Bouthillier, surintendant
-des finances, et son fils Chavigni, secrétaire-d'état.</p>
-
-<p><a id="footnote93" name="footnote93"></a>
-<b><a href="#footnotetag93">93</a></b>: Il s'étoit montré assez dévoué à ses intérêts pour aimer
-mieux sortir de France que de faire au cardinal un aveu contraire aux
-intérêts de cette princesse. À son retour, la reine lui donna
-publiquement des marques très-vives de confiance et d'affection.</p>
-
-<p><a id="footnote94" name="footnote94"></a>
-<b><a href="#footnotetag94">94</a></b>: Quoiqu'il eût eu soin de l'instruire, avant la mort de
-Louis XIII, de tout ce qui se passoit dans le cabinet, prévoyant le
-temps où il pourroit avoir besoin de sa faveur, elle le considéroit
-néanmoins comme l'un des auteurs de la déclaration du roi au sujet de
-la régence. Dans cette circonstance il céda avec tant de facilité et
-de si bonne grâce les droits que cette déclaration pouvoit lui donner,
-que ce petit nuage fut bientôt dissipé. Il sut même persuader à la
-reine que cette déclaration, qui l'avoit si fort blessée, étoit au
-fond ce qui avoit pu être fait de plus avantageux pour son service:
-car, dans les dispositions où le roi étoit à son égard, il étoit
-probable qu'il eût pris, pour l'exclure du gouvernement, des mesures
-plus difficiles à rompre, si celles-ci n'eussent pas été adoptées.</p>
-
-<p><a id="footnote95" name="footnote95"></a>
-<b><a href="#footnotetag95">95</a></b>: Voyez tom. I, 2<sup>e</sup> part., p. 872.</p>
-
-<p><a id="footnote96" name="footnote96"></a>
-<b><a href="#footnotetag96">96</a></b>: Voltaire.</p>
-
-<p><a id="footnote97" name="footnote97"></a>
-<b><a href="#footnotetag97">97</a></b>: «C'étoit, disoit le maréchal d'Estrées, qui l'avoit
-connu à Rome, l'homme du monde le plus agréable; il avoit l'art
-d'enchanter les hommes, et de se faire aimer par ceux à qui la fortune
-le soumettoit. Sa conversation étoit enjouée et abondante; il
-paroissoit sans prétention, et il faisoit semblant, fort habilement,
-de n'être pas habile.» (<cite>Mém. de M. de Mottev.</cite>, tom. I.)</p>
-
-<p><a id="footnote98" name="footnote98"></a>
-<b><a href="#footnotetag98">98</a></b>: La duchesse de Chevreuse, impliquée dans l'affaire de la
-correspondance secrète de la reine avec l'Espagne, avoit été forcée de
-sortir précipitamment de France pour n'être pas arrêtée. Châteauneuf,
-qui étoit garde des sceaux en 1633, eut l'imprudence, Richelieu étant
-dangereusement malade, de laisser éclater le désir de le remplacer, et
-même la hardiesse d'y travailler. Instruit de ce qui s'étoit passé, le
-ministre le fit renfermer au château d'Angoulême, d'où il ne sortit
-qu'à la mort de son inexorable ennemi.</p>
-
-<p><a id="footnote99" name="footnote99"></a>
-<b><a href="#footnotetag99">99</a></b>: Il fit entendre à la reine que ces deux exilés se
-vantoient hautement de la gouverner et de conduire les affaires; qu'il
-distribuoient à l'avance les grâces, les emplois et les dignités. Anne
-d'Autriche, très-susceptible sur cet article, écrivit à Châteauneuf,
-qui s'en revenoit triomphant à la cour, qu'il eût à rester, jusqu'à
-nouvel ordre, dans sa maison de Mont-Rouge, près Paris.</p>
-
-<p><a id="footnote100" name="footnote100"></a>
-<b><a href="#footnotetag100">100</a></b>: Elle vouloit qu'on reprît au maréchal de la Meilleraie
-le gouvernement de Bretagne, qui lui avoit été donné après l'affaire
-de Chalais, et qu'on le rendît au duc de Vendôme; qu'on ôtât
-l'amirauté à la maison de Brézé pour en gratifier le duc de Beaufort;
-enfin, que le jeune duc de Richelieu fût dépouillé du gouvernement du
-Hâvre, qu'elle demandoit pour le prince de Marsillac, depuis duc de la
-Rochefoucauld.</p>
-
-<p><a id="footnote101" name="footnote101"></a>
-<b><a href="#footnotetag101">101</a></b>: Elle ne pouvoit lui pardonner d'avoir présidé à la
-condamnation du duc de Montmorenci son frère.</p>
-
-<p><a id="footnote102" name="footnote102"></a>
-<b><a href="#footnotetag102">102</a></b>: Elle avoit épousé le père de la duchesse de Chevreuse,
-et étoit à peu près du même âge que sa belle-fille.</p>
-
-<p><a id="footnote103" name="footnote103"></a>
-<b><a href="#footnotetag103">103</a></b>: La jeune princesse se retirant un jour d'une assemblée,
-il arriva que des lettres galantes furent trouvées sous ses pas. Ces
-lettres furent lues et commentées d'une manière très injurieuse pour
-elle; et, comme on la soupçonnoit d'un commerce secret avec Coligni,
-depuis duc de Châtillon, madame de Montbazon prononça, sans hésiter,
-que ces lettres étoient d'elle et de lui.</p>
-
-<p><a id="footnote104" name="footnote104"></a>
-<b><a href="#footnotetag104">104</a></b>: Un vieil édit de 1548 défendoit de prolonger les
-faubourgs de Paris au-delà de certaines limites: Emery imagina de le
-tirer de la poussière, de faire toiser les constructions faites
-au-delà de ces limites, et de mettre à l'amende les délinquants. La
-<em>Paulette</em> étoit un droit au moyen duquel, en payant chaque année un
-soixantième du prix d'achat, chaque magistrat laissoit à sa famille la
-propriété de sa charge; c'étoit une concession que le roi avoit faite
-à la magistrature par un bail qui se renouveloit tous les neuf ans: ce
-bail expirant, il exigea des cours souveraines, le parlement excepté,
-quatre années de leurs gages à titre de prêt. Il établit des charges
-nouvelles dont les noms n'étoient pas moins ridicules que les
-attributions: c'étoient des conseillers du roi, contrôleurs des bois
-de chauffage, des jurés crieurs de vin, des jurés vendeurs de foin,
-etc.</p>
-
-<p><a id="footnote105" name="footnote105"></a>
-<b><a href="#footnotetag105">105</a></b>: Les conseillers, le Comte et Gueslin; les présidents,
-Gaïan et Barillon.</p>
-
-<p><a id="footnote106" name="footnote106"></a>
-<b><a href="#footnotetag106">106</a></b>: Mazarin, qui n'avoit jamais bien pu prononcer le
-françois, ayant dit que cet arrêt d'<em>Ognon</em> étoit attentatoire, ce
-seul mot le rendit ridicule; et, comme on ne cède jamais à ceux que
-l'on méprise, le parlement en devint plus entreprenant. (Voltaire.)</p>
-
-<p><a id="footnote107" name="footnote107"></a>
-<b><a href="#footnotetag107">107</a></b>: Turgot et d'Argonges, conseillers au grand conseil.</p>
-
-<p><a id="footnote108" name="footnote108"></a>
-<b><a href="#footnotetag108">108</a></b>: En voici l'origine la plus vraisemblable: dans les
-premiers démêlés du parlement avec la cour, le duc d'Orléans assistoit
-souvent aux assemblées de cette compagnie, et sa présence et son
-esprit conciliateur y calmoient l'effervescence des opinions; mais ce
-calme ne duroit qu'un moment, et la chaleur revenoit dès qu'il étoit
-parti. Bachaumont<a id="footnotetag108-A" name="footnotetag108-A"></a><a href="#footnote108-A" title="Lien vers la note 108-A"><span class="smaller">[108-A]</span></a>, fils du président Lecogneux, plaisantant à
-ce sujet, dit un jour que «le parlement, se contenant ainsi à l'aspect
-du duc d'Orléans, ne ressembloit pas mal aux écoliers qui, rassemblés
-pour jouer à la fronde dans les fossés de la ville, se séparoient dès
-qu'ils voyoient le lieutenant civil ou les archers, et se réunissoient
-pour <em>fronder</em> de nouveau aussitôt qu'ils étoient partis.» Il ajouta
-que, «maintenant que le duc étoit parti, il alloit bien <em>fronder</em>
-l'opinion de son père.» L'allusion parut heureuse; le mot fût adopté,
-et ne tarda pas à devenir un signe de ralliement.</p>
-
-<p><a id="footnote108-A" name="footnote108-A"></a>
-<b><a href="#footnotetag108-A">108-A</a></b>: L'auteur du Voyage ingénieux, fait en communauté avec
-Chapelle, et qui les a immortalisés tous les deux à si peu de frais.</p>
-
-<p><a id="footnote109" name="footnote109"></a>
-<b><a href="#footnotetag109">109</a></b>: Le président de Blancmesnil en vouloit au cardinal à
-cause de la disgrâce de l'évêque de Beauvais qu'il avoit supplanté;
-Longueil étoit piqué de ce qu'il ne pouvoit obtenir pour son frère une
-place de président, et pour lui-même celle de chancelier de la reine,
-qu'il sollicitoit; Viole épousoit la querelle de son ami Chavigny;
-Charton étoit un esprit turbulent et séditieux, qui détestoit les
-ministres par la seule raison qu'ils avoient le pouvoir. C'étoit, au
-reste, un homme très-médiocre. Il étoit connu par le sobriquet de
-président <em>je dis ça</em>, parce qu'il ouvroit et concluoit toujours ses
-avis par ces mots.</p>
-
-<p><a id="footnote110" name="footnote110"></a>
-<b><a href="#footnotetag110">110</a></b>: On assure que la cour auroit pu le gagner en donnant à
-son fils une compagnie aux gardes qu'il demandoit pour lui.</p>
-
-<p><a id="footnote111" name="footnote111"></a>
-<b><a href="#footnotetag111">111</a></b>: Le prince de Condé, son père, étoit mort le 26 décembre
-1646.</p>
-
-<p><a id="footnote112" name="footnote112"></a>
-<b><a href="#footnotetag112">112</a></b>: Il avoue lui-même, dans ses mémoires, que depuis le 28
-mars jusqu'au 25 août, il dépensa trente mille écus, qui faisoient
-alors une somme considérable, pour se créer des partisans. Il ajoute,
-qu'afin de s'attirer l'estime et la confiance du public, il voyoit
-souvent les curés de Paris, les invitoit à sa table, et les consultoit
-sur le gouvernement de son diocèse; montrant un grand zèle pour la
-décence du culte, la pompe des cérémonies, les saluts, les
-processions, assistant à tout, officiant souvent lui-même, et prêchant
-dans la cathédrale, les couvents et les paroisses. Sous ce rapport il
-est difficile de pousser plus loin le cynisme des aveux que ne le fait
-ce scandaleux prélat.</p>
-
-<p><a id="footnote113" name="footnote113"></a>
-<b><a href="#footnotetag113">113</a></b>: La voiture qui l'enlevoit fut arrêtée et brisée par la
-populace, malgré la garde nombreuse qui l'environnoit. Broussel, jeté
-dans un autre carrosse que l'on rencontra par hasard, fut sur le point
-d'en être arraché par cette multitude, qui s'attachoit sans cesse à
-ses traces. Ce second carrosse se rompit encore, et le prisonnier eût
-été enlevé, si Guitaut, capitaine des gardes de la reine, n'eût envoyé
-le sien, dans lequel on le força d'entrer, et qui parvint enfin à
-gagner un relais placé près des Tuileries.</p>
-
-<p><a id="footnote114" name="footnote114"></a>
-<b><a href="#footnotetag114">114</a></b>: Le coadjuteur dit, dans ses mémoires, qu'il n'eut pas
-beaucoup de peine à adoucir cette multitude, parce que l'heure du
-souper approchoit. «Cette circonstance, ajoute-t-il, paroîtra
-ridicule; mais elle est fondée, et j'ai observé qu'à Paris, dans les
-émotions populaires, les plus échauffés ne veulent pas ce qu'ils
-appellent <em>se désheurer</em>.»</p>
-
-<p><a id="footnote115" name="footnote115"></a>
-<b><a href="#footnotetag115">115</a></b>: On n'a jamais su précisément ce qui avoit été agité
-dans ce conseil; les uns disent qu'Anne d'Autriche vouloit casser tout
-ce qui avoit été fait dans le parlement, depuis les assemblées de la
-chambre de St. Louis; d'autres, qu'elle prétendoit casser le parlement
-lui-même, ou l'interdire et l'exiler. Il paroît certain du moins que
-tous ses desseins, quels qu'ils fussent, étoient violents.</p>
-
-<p><a id="footnote116" name="footnote116"></a>
-<b><a href="#footnotetag116">116</a></b>: Il s'étoit jeté dans un petit cabinet, où, livré aux
-plus mortelles angoisses, il se confessoit à son frère, et se
-préparoit à la mort. Le lieu paroissant extrêmement abandonné, les
-mutins se contentèrent de frapper plusieurs coups contre la cloison,
-et d'écouter s'ils n'entendroient pas quelque bruit. Ils allèrent
-ensuite visiter d'autres appartements.</p>
-
-<p><a id="footnote117" name="footnote117"></a>
-<b><a href="#footnotetag117">117</a></b>: Ses émissaires, et il en avoit une armée, répandoient
-partout que la reine avoit toujours le dessein d'assiéger Paris, et
-que les troupes qui devoient être employées à cette expédition,
-étoient déjà dans les environs; on assuroit que, parmi ces troupes, il
-y avoit des Flamands et des Suisses, qu'elle destinoit à faire une
-seconde St. Barthélemi; l'on faisoit en même temps circuler
-mystérieusement des prophéties qui annonçoient tous ces malheurs, et
-de plus, des maladies, des inondations, des fléaux de toute espèce,
-comme un juste châtiment du ciel, qu'attiroit aux peuples la
-corruption de son gouvernement; des colporteurs distribuoient sous le
-manteau, des libelles, des vers, des chansons, où la prévention d'Anne
-d'Autriche pour son ministre étoit présentée sous les couleurs les
-plus odieuses. Ainsi s'échauffoient les têtes, et plus peut-être que
-Gondi n'auroit voulu.</p>
-
-<p><a id="footnote118" name="footnote118"></a>
-<b><a href="#footnotetag118">118</a></b>: Les choses en vinrent au point que l'on osa lui manquer
-de respect dans les promenades publiques, faire retentir à ses
-oreilles les chansons faites contre elle, et la poursuivre dans les
-rues avec des huées.</p>
-
-<p><a id="footnote119" name="footnote119"></a>
-<b><a href="#footnotetag119">119</a></b>: Cet arrêt étoit renfermé dans les fameuses remontrances
-dont nous avons parlé à la page 18.</p>
-
-<p><a id="footnote120" name="footnote120"></a>
-<b><a href="#footnotetag120">120</a></b>: Cet article par lequel on prétendoit borner l'exercice
-du pouvoir absolu sur la liberté des citoyens, étoit un résultat du
-mécontentement qu'avoient produit les emprisonnements faits depuis le
-commencement des troubles, et notamment celui de Chavigni. Le
-parlement demandoit qu'il ne fût pas permis de garder personne en
-prison plus de vingt-quatre heures, sans l'interroger. La cour
-opposoit de solides raisons à une demande qui ne prouvoit que le peu
-d'expérience de ceux qui le faisoient en affaires d'état; elle résista
-long-temps, et obtint enfin, avec beaucoup de peine, que ce terme
-seroit prolongé jusqu'à trois jours. Toutefois, la régente ne voulut
-jamais consentir à ce que cette restriction au pouvoir absolu, fût
-insérée dans la déclaration: elle dit que sa parole devoit suffire. Le
-prince de Condé fut d'avis que le parlement devoit s'en contenter; et
-depuis il eut lieu de s'en repentir.</p>
-
-<p><a id="footnote121" name="footnote121"></a>
-<b><a href="#footnotetag121">121</a></b>: Quatresous, conseiller aux enquêtes.</p>
-
-<p><a id="footnote122" name="footnote122"></a>
-<b><a href="#footnotetag122">122</a></b>: Depuis duc de La Rochefoucauld, l'auteur des Maximes.</p>
-
-<p><a id="footnote123" name="footnote123"></a>
-<b><a href="#footnotetag123">123</a></b>: «La nuit de Noël devoit être éclairée par des feux
-aussi affreux que ceux de la Saint-Barthélemi; la reine avoit résolu
-de marquer ce saint temps par l'exécution la plus injuste et la plus
-sanglante; la ville seroit livrée au meurtre et au pillage; la
-vengeance des barricades et des autres révoltes feroit à jamais
-trembler la postérité.»</p>
-
-<p><a id="footnote124" name="footnote124"></a>
-<b><a href="#footnotetag124">124</a></b>: Carpentier de Marigni, fils du seigneur d'un village de
-ce nom, près de Nevers, fameux par son esprit satirique et mordant, et
-par le ton piquant de ses vaudevilles, genre de poésie dans lequel il
-n'avoit point alors d'égal.</p>
-
-<p><a id="footnote125" name="footnote125"></a>
-<b><a href="#footnotetag125">125</a></b>: Le roi y déclaroit vaguement qu'il n'étoit sorti de
-Paris que sur la connoissance qu'il avoit eue des complots de quelques
-membres du parlement contre sa personne, et de leurs intelligences
-avec les ennemis. Il exhortoit les bourgeois à embrasser sa cause, et
-à l'aider dans sa vengeance contre les rebelles.</p>
-
-<p><a id="footnote126" name="footnote126"></a>
-<b><a href="#footnotetag126">126</a></b>: Le marquis de la Boulaye, que l'on croit avoir été de
-tout temps vendu au cardinal, et dont nous aurons occasion de parler
-par la suite.</p>
-
-<p><a id="footnote127" name="footnote127"></a>
-<b><a href="#footnotetag127">127</a></b>: Ils restèrent très-long-temps à la porte Saint-Honoré,
-où ils étoient arrivés au milieu de la nuit; il fallut que le
-coadjuteur et Broussel allassent haranguer les bourgeois pour les
-déterminer à les laisser entrer, ce qu'ils ne firent qu'avec de
-grandes difficultés, et lorsque le jour commençoit déjà à paroître.</p>
-
-<p><a id="footnote128" name="footnote128"></a>
-<b><a href="#footnotetag128">128</a></b>: Cette forteresse, qui auroit pu servir à inquiéter et à
-contenir la ville, avoit été laissée sans pain, sans munitions et avec
-une garnison de vingt-deux soldats, suffisante pour garder des
-prisonniers, mais non pour soutenir un siége. Du Tremblay, frère du
-célèbre père Joseph, qui en étoit gouverneur, la rendit après une
-première décharge de six canons qu'on avoit placés dans le jardin de
-l'arsenal, et priva ainsi du plaisir de voir un siége les dames de
-Paris, qui s'étoient fait apporter des chaises dans ce jardin pour
-assister à ce spectacle.</p>
-
-<p><a id="footnote129" name="footnote129"></a>
-<b><a href="#footnotetag129">129</a></b>: Le prince s'étoit d'abord emparé de ce poste, et
-l'avoit ensuite abandonné. Les frondeurs, qui le jugèrent utile pour
-favoriser l'arrivée de leurs convois, le fortifièrent, et y jetèrent
-trois mille hommes de leurs moins mauvaises troupes, sous les ordres
-du marquis de Chanleu. Il fut tué dans l'attaque, après s'être défendu
-jusqu'à la dernière extrémité, et avoir refusé quartier.</p>
-
-<p><a id="footnote130" name="footnote130"></a>
-<b><a href="#footnotetag130">130</a></b>: Il disoit que toute cette guerre ne méritoit d'être
-écrite qu'en vers burlesques; il l'appeloit aussi <em>la guerre des pots
-de chambre</em>.</p>
-
-<p><a id="footnote131" name="footnote131"></a>
-<b><a href="#footnotetag131">131</a></b>: Cette chambre, presque toute composée de jeunes
-conseillers, étoit celle qui renfermoit le plus grand nombre de
-frondeurs.</p>
-
-<p><a id="footnote132" name="footnote132"></a>
-<b><a href="#footnotetag132">132</a></b>: Il fut long-temps à chercher comment on pourroit s'y
-prendre pour ne pas le recevoir, sans manquer de respect au roi;
-enfin, après y avoir long-temps rêvé, il trouva un moyen, et le fit
-présenter par Broussel. Celui-ci prétendit que l'envoi de ce héraut
-étoit un piége tendu par Mazarin, ces sortes de formalités ne
-s'observant qu'à l'égard des ennemis, et que le recevoir, c'étoit se
-déclarer ennemis du roi. Ce beau raisonnement parut sans réplique.</p>
-
-<p><a id="footnote133" name="footnote133"></a>
-<b><a href="#footnotetag133">133</a></b>: Il y fut entraîné par les suggestions du duc de
-Bouillon, son frère aîné, qui ne cessoit de lui représenter les
-affronts que leur maison avoit essuyés, et le délabrement causé dans
-leur fortune par la cession qu'ils avoient été forcés de faire de leur
-principauté de Sedan. Son armée, composée de ces braves Veymariens,
-long-temps l'effroi des Espagnols, séduite par l'argent que Mazarin
-sut répandre à propos au milieu d'elle, l'abandonna si complétement,
-qu'il se vit forcé de se sauver, lui sixième, d'abord chez la
-landgrave de Hesse, sa parente, ensuite en Hollande.</p>
-
-<p><a id="footnote134" name="footnote134"></a>
-<b><a href="#footnotetag134">134</a></b>: C'est-à-dire qu'on se trouvoit quitte avec les
-Espagnols, s'ils ne se disposoient pas à la paix générale; qu'on
-pouvoit suivre à son gré les mouvements du parlement pour la paix
-particulière, ou rejeter cette paix, sous prétexte qu'elle ne devoit
-se faire qu'avec la paix générale, etc.</p>
-
-<p><a id="footnote135" name="footnote135"></a>
-<b><a href="#footnotetag135">135</a></b>: Il recueillit les voix avec le plus grand sang-froid.
-On ne vit nul mouvement sur son visage, on n'aperçut aucune altération
-dans sa voix; et il prononça l'arrêt avec la même fermeté qu'il
-l'auroit fait dans une audience ordinaire. Comme la fureur de la
-populace sembloit devenir, de moment en moment, plus violente, malgré
-les efforts que Gondi, Beaufort et le président Novion avoient pu
-faire pour l'apaiser, on proposa au premier président, dont la vie
-étoit évidemment menacée, de s'échapper par le greffe; il s'y refusa
-constamment: «La cour, dit-il, ne se cache jamais; si j'étois assuré
-de périr, je ne commettrois pas cette lâcheté, qui ne serviroit
-d'ailleurs qu'à donner de la hardiesse aux séditieux: ils me
-trouveroient bien dans ma maison, s'ils imaginoient que je les eusse
-redoutés ici.» Il sortit donc au milieu de cette populace déchaînée,
-marchant d'un pas ferme et assuré. Un forcené lui ayant appuyé son
-pistolet sur le visage: «Quand vous m'aurez tué, lui dit-il sans
-s'émouvoir, il ne me faudra que six pieds de terre.» Il avoit même
-conservé en sortant assez de présence d'esprit pour adresser un mot
-piquant et railleur au coadjuteur, qui joignoit ses instances à celles
-de tout le parlement, et qui ne vit enfin d'autre moyen de le sauver
-que de le tenir embrassé, et de traverser ainsi avec lui les flots de
-la populace, tandis que le duc de Beaufort jouoit le même rôle auprès
-du président de Mesmes, dont la frayeur étoit aussi naïve et aussi
-forte, que le courage de Molé étoit extraordinaire et sublime.</p>
-
-<p><a id="footnote136" name="footnote136"></a>
-<b><a href="#footnotetag136">136</a></b>: Dans le premier traité, il avoit été dit que le
-parlement ne s'assembleroit point pendant l'année 1649. Cette défense
-fut supprimée, avec une promesse tacite du parlement de l'observer.</p>
-
-<p><a id="footnote137" name="footnote137"></a>
-<b><a href="#footnotetag137">137</a></b>: Ils s'étoient avancés jusqu'à Pont-à-Vere, près de
-Rheims, et de là s'étoient approchés de Guise, que même ils avoient
-fait investir.</p>
-
-<p><a id="footnote138" name="footnote138"></a>
-<b><a href="#footnotetag138">138</a></b>: Il demandoit la surintendance des mers, que Condé
-ambitionnoit aussi de son côté.</p>
-
-<p><a id="footnote139" name="footnote139"></a>
-<b><a href="#footnotetag139">139</a></b>: On n'a point oublié que cette dame avoit été exilée au
-commencement de cette régence, pour être entrée dans les intrigues du
-duc de Beaufort; elle s'étoit retirée à Bruxelles, où elle avoit servi
-d'intermédiaire aux négociations des frondeurs avec l'Espagne. Gondi
-étoit amoureux de mademoiselle de Chevreuse sa fille, très-belle
-personne, qui, <em>si on l'en croit</em>, ne lui étoit point cruelle. Telles
-étoient les m&oelig;urs de ce prélat; et ce n'étoit point assez pour
-lui qu'elles fussent mauvaises, il a voulu en publiant ses mémoires,
-qu'elles devinssent scandaleuses.</p>
-
-<p><a id="footnote140" name="footnote140"></a>
-<b><a href="#footnotetag140">140</a></b>: C'est alors qu'arriva l'aventure de Jarsay, dont nous
-avons parlé dans le premier volume de cet ouvrage, 2<sup>e</sup>. partie, p.
-947.</p>
-
-<p><a id="footnote141" name="footnote141"></a>
-<b><a href="#footnotetag141">141</a></b>: Il n'étoit sorte de mortifications qu'il ne se plût à
-lui faire essuyer. Un jour que le ministre soutenoit, avec plus de
-chaleur que de coutume, les droits de la couronne, qu'il prétendoit
-attaqués par Condé, celui-ci, lui passant la main sous le menton avec
-un sourire insultant, le quitta en lui disant, <em>adieu, Mars</em>. Après un
-souper, où ce prince et Gaston l'avoient accablé des plus sanglantes
-railleries, ils lui envoyèrent une lettre avec cette adresse: <i lang="la">À
-l'illustrissimo signor Faquino</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote142" name="footnote142"></a>
-<b><a href="#footnotetag142">142</a></b>: Il lui laissoit entrevoir l'espérance du chapeau de
-cardinal. Tous les mémoires du temps s'accordent à peindre cet abbé de
-la Rivière, comme un des plus vils caractères de cette époque, ce qui
-n'est pas peu dire.</p>
-
-<p><a id="footnote143" name="footnote143"></a>
-<b><a href="#footnotetag143">143</a></b>: Ces conditions étoient telles que la nécessité seule
-pouvoit les faire accepter par la reine et par son ministre, jusqu'à
-ce qu'ils trouvassent l'occasion favorable de s'en dégager. Entre
-autres clauses, toutes très-dures et très-impérieuses, la reine
-s'obligeoit à ne disposer d'aucune charge, d'aucun bénéfice, à ne
-point lever d'armées, ni nommer de général, sans le consentement du
-prince.</p>
-
-<p><a id="footnote144" name="footnote144"></a>
-<b><a href="#footnotetag144">144</a></b>: Il s'agissoit des honneurs du tabouret accordés trop
-facilement à mesdames de Pons et de Marsillac. Cette faveur excita
-l'envie, et fit naître une nuée de prétendants.</p>
-
-<p><a id="footnote145" name="footnote145"></a>
-<b><a href="#footnotetag145">145</a></b>: Lorsqu'il fut cardinal de Retz. Ce Joly a écrit des
-mémoires dont Voltaire a dit justement qu'ils étoient à ceux de Gondi
-ce que le domestique est au maître.</p>
-
-<p><a id="footnote146" name="footnote146"></a>
-<b><a href="#footnotetag146">146</a></b>: Dans la maison où l'amiral Coligni avoit été assassiné,
-rue Béthisi.</p>
-
-<p><a id="footnote147" name="footnote147"></a>
-<b><a href="#footnotetag147">147</a></b>: Ce fut le marquis de La Boulaye, que nous avons déjà vu
-paroitre dans le premier siége de Paris, qui fut chargé par Mazarin,
-auquel il étoit secrètement vendu, de soulever la dernière populace,
-de se mettre à sa tête, et de pousser les choses au point de forcer le
-prince à déployer contre les mutins une force militaire. On ajoute, ce
-qui seroit horrible à croire, que cet agent avoit reçu l'ordre secret
-d'essayer de faire tuer Condé dans la mêlée; mais cette assertion
-n'est point suffisamment prouvée, et une telle atrocité n'étoit point
-dans le caractère du ministre. Quoi qu'il en soit, La Boulaye ne
-réussit point, et les chefs des frondeurs, qui reconnurent le piége,
-ne voulurent point le seconder.</p>
-
-<p><a id="footnote148" name="footnote148"></a>
-<b><a href="#footnotetag148">148</a></b>: Broussel y fut aussi compris.</p>
-
-<p><a id="footnote149" name="footnote149"></a>
-<b><a href="#footnotetag149">149</a></b>: Sous prétexte qu'il n'y avoit pas sûreté pour sa vie,
-Condé ne se rendoit au parlement qu'avec un cortége d'environ mille
-personnes, tant gentilshommes qu'officiers du roi. De son côté, le
-coadjuteur avoit fait venir de la province beaucoup de militaires et
-d'autres gentilshommes, qui, réunis aux frondeurs de Paris, lui
-formoient une escorte tout aussi redoutable. Les deux partis étoient
-confondus dans les salles du parlement. De tous ceux qui s'y
-rendoient, conseillers, ecclésiastiques ou laïcs, il n'en étoit
-presque pas un seul qui ne cachât sous sa robe un poignard ou une
-baïonnette; et cinq ou six fois par jour on les voyoit sur le point de
-s'égorger, quoiqu'ils s'accablassent de politesses. Ce fut à une de
-ces séances que, le coadjuteur s'étant muni comme les autres d'un
-poignard si maladroitement caché qu'on en voyoit passer le manche,
-quelqu'un s'écria plaisamment: <cite>Voilà le bréviaire de monsieur le
-coadjuteur</cite>.</p>
-
-<p><a id="footnote150" name="footnote150"></a>
-<b><a href="#footnotetag150">150</a></b>: Il osa lui tenir tête en plusieurs rencontres, et
-surtout à l'occasion du mariage du jeune duc de Richelieu qu'elle
-désapprouvoit. Jarsay ayant osé devenir amoureux de la reine, il
-trouva mauvais qu'elle en eût été offensée, et le prit ouvertement
-sous sa protection.</p>
-
-<p><a id="footnote151" name="footnote151"></a>
-<b><a href="#footnotetag151">151</a></b>: Comme ce prince ne cachoit rien à madame de Montbason,
-dont il étoit l'amant, on craignoit qu'elle n'allât redire ce qu'il
-lui auroit confié à Vigneul, attaché à la maison du prince de Condé,
-et qui étoit encore mieux avec elle que Beaufort.</p>
-
-<p><a id="footnote152" name="footnote152"></a>
-<b><a href="#footnotetag152">152</a></b>: Mazarin lui fit signer à lui-même l'ordre de son
-arrestation, en lui disant qu'un certain Descoutures, témoin décisif
-dans son affaire contre les rentiers, venoit d'être arrêté hors de
-Paris; mais qu'il étoit à craindre que, lorsqu'on l'y amèneroit, il ne
-fut enlevé. Condé consentit à la demande que lui faisoit le ministre
-d'envoyer des troupes à sa rencontre, et signa l'ordre aux gendarmes
-et aux chevau-légers de conduire au château de Vincennes le prisonnier
-qu'on leur remettroit.</p>
-
-<p><a id="footnote153" name="footnote153"></a>
-<b><a href="#footnotetag153">153</a></b>: La princesse douairière, mère du prince, et la
-princesse de Condé, son épouse. Elles emmenèrent avec elles son fils,
-le duc d'Enghien, encore enfant.</p>
-
-<p><a id="footnote154" name="footnote154"></a>
-<b><a href="#footnotetag154">154</a></b>: Il étoit gouverneur de Bourgogne, et aussitôt après la
-paix de Ruel, il avoit fait un voyage dans ce gouvernement, où il
-avoit gagné tous les esprits par ses caresses et ses libéralités.
-Toutefois la province fut conservée au roi par la fidélité et le
-courage de l'avocat général Millotet.</p>
-
-<p><a id="footnote155" name="footnote155"></a>
-<b><a href="#footnotetag155">155</a></b>: Il voulut modifier l'amnistie accordée dans les
-dernières conférences à tous ceux qui avoient participé aux désordres
-commis depuis la paix; il chercha à brouiller Gondi avec les rentiers
-en suspendant leurs paiements, et en cherchant à faire regarder le
-prélat comme l'auteur de cette suspension.</p>
-
-<p><a id="footnote156" name="footnote156"></a>
-<b><a href="#footnotetag156">156</a></b>: Il avoit été procureur au parlement de Dijon avant de
-s'attacher au prince. C'étoit un homme plein d'audace et de
-ressources, qui joua au siége de Bordeaux un rôle presque aussi
-remarquable que Gondi au siége de Paris. Il a laissé des mémoires où
-l'on trouve des détails curieux et qui lui appartiennent.</p>
-
-<p><a id="footnote157" name="footnote157"></a>
-<b><a href="#footnotetag157">157</a></b>: Elle se retira à Châtillon-sur-Loing, près de la
-duchesse de Châtillon, et y mourut le 2 décembre de la même année.</p>
-
-<p><a id="footnote158" name="footnote158"></a>
-<b><a href="#footnotetag158">158</a></b>: Toutefois le parlement, d'accord avec la haute
-bourgeoisie, refusa d'abord l'entrée de la ville à ceux-ci, à moins
-qu'ils ne congédiassent un gros corps de noblesse et de troupes
-réglées dont ils étoient accompagnés, craignant, avec juste raison,
-que, s'ils admettoient dans leur ville un parti armé, ils n'en fussent
-bientôt maîtrisés et menés plus loin qu'ils ne voudroient. La
-Rochefoucauld et Bouillon furent donc forcés de se loger dans les
-faubourgs; mais, comme ils entroient tous les jours dans la ville,
-sous prétexte d'aller faire leur cour à la princesse, leurs intrigues
-soutenues par celles de Lénet furent conduites si habilement, qu'ils
-finirent par s'y faire recevoir avec leurs troupes.</p>
-
-<p><a id="footnote159" name="footnote159"></a>
-<b><a href="#footnotetag159">159</a></b>: Comme ils craignoient que leur entrée en France ne
-soulevât les peuples contre eux, ils étoient revenus à ce projet de
-paix générale déjà mis en avant pendant le siége de Paris, tant pour
-couvrir leurs desseins que pour brouiller ensemble les frondeurs et
-Mazarin. Ils ne réussirent qu'en partie, parce que, contre leur
-attente, les conférences qu'ils avoient proposées furent acceptées, ce
-qui les força à lever le masque.</p>
-
-<p><a id="footnote160" name="footnote160"></a>
-<b><a href="#footnotetag160">160</a></b>: Ses troupes s'avancèrent jusqu'à dix lieues de Paris:
-il avoit dans cette ville des intelligences avec le duc de Nemours et
-le comte de Tavannes; et si ses ordres eussent-été ponctuellement
-exécutés, il n'est pas douteux qu'il eût enlevé les princes.</p>
-
-<p><a id="footnote161" name="footnote161"></a>
-<b><a href="#footnotetag161">161</a></b>: Anne de Gonzague de Clèves, princesse de Mantoue et de
-Montferrat, comtesse Palatine du Rhin, également fameuse par ses
-intrigues politiques, sa galanterie, sa conversion et les austérités
-de sa pénitence.</p>
-
-<p><a id="footnote162" name="footnote162"></a>
-<b><a href="#footnotetag162">162</a></b>: Cette cabale de Condé, composée de ce que la cour avoit
-de plus brillant en jeunes gens de qualité, avoit reçu le nom de
-cabale des <em>Petits-maîtres</em>, mot qui est resté dans la langue
-françoise, comme ceux de <em>Frondeurs</em> et d'<em>Importants</em>.</p>
-
-<p><a id="footnote163" name="footnote163"></a>
-<b><a href="#footnotetag163">163</a></b>: On stipuloit, dans ces traités, le mariage de
-mademoiselle d'Orléans, fille de Gaston, avec le jeune duc d'Enghien,
-en même temps qu'on rappeloit le mariage déjà projeté de mademoiselle
-de Chevreuse avec le prince de Conti. On promettoit de faire revivre,
-en faveur du duc d'Orléans, l'office de connétable de France. Gondi
-devoit avoir le chapeau de cardinal, etc.</p>
-
-<p><a id="footnote164" name="footnote164"></a>
-<b><a href="#footnotetag164">164</a></b>: La cour, dans sa défense, fit courir le bruit que ce
-prétendu assassinat n'étoit qu'une <em>Joliade renforcée</em>.</p>
-
-<p><a id="footnote165" name="footnote165"></a>
-<b><a href="#footnotetag165">165</a></b>: Le 2 décembre.</p>
-
-<p><a id="footnote166" name="footnote166"></a>
-<b><a href="#footnotetag166">166</a></b>: On y désignoit particulièrement Turenne et la duchesse
-de Longueville.</p>
-
-<p><a id="footnote167" name="footnote167"></a>
-<b><a href="#footnotetag167">167</a></b>: Lionne et le maréchal de Grammont; mais Gaston savoit
-très-bien qu'ils étoient partis sans aucunes propositions, et
-simplement avec l'assurance qu'on les enverroit par le courrier
-suivant.</p>
-
-<p><a id="footnote168" name="footnote168"></a>
-<b><a href="#footnotetag168">168</a></b>: Surintendant des finances, l'un des plénipotentiaires
-de la paix de Munster.</p>
-
-<p><a id="footnote169" name="footnote169"></a>
-<b><a href="#footnotetag169">169</a></b>: La cour le trompoit également en lui persuadant, pour
-le faire agir, qu'elle étoit prête à donner la liberté aux princes. Il
-le dit formellement au parlement, et se vit ensuite désavoué, après le
-mauvais succès de l'accusation élevée contre Gondi.</p>
-
-<p><a id="footnote170" name="footnote170"></a>
-<b><a href="#footnotetag170">170</a></b>: Cet habile factieux savoit que rien ne donne un air
-d'autorité comme une citation faite à propos, parce qu'elle offre
-sur-le-champ à l'esprit un point de comparaison qui fixe ses
-incertitudes; et cet effet doit être surtout très-grand au milieu des
-opinions flottantes d'une assemblée qui délibère. Voici ce passage,
-qu'il composa, dit-il, du latin le plus pur qu'il lui fut possible
-d'imaginer: <i lang="la">In difficillimis reipublicæ temporibus urbem non deserui;
-in prosperis nihil de publico delibavi; in desperatis nihil timui</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote171" name="footnote171"></a>
-<b><a href="#footnotetag171">171</a></b>: À Brest, dont le gouverneur étoit entièrement à sa
-disposition.</p>
-
-<p><a id="footnote172" name="footnote172"></a>
-<b><a href="#footnotetag172">172</a></b>: Les frondeurs n'avoient pu leur en sauver une
-extrêmement désagréable, laquelle étoit de ne rentrer dans leurs
-gouvernements qu'à la majorité du roi.</p>
-
-<p><a id="footnote173" name="footnote173"></a>
-<b><a href="#footnotetag173">173</a></b>: La Rochefoucauld devoit avoir le gouvernement de
-Blayes, avec la lieutenance générale de la Guienne.</p>
-
-<p><a id="footnote174" name="footnote174"></a>
-<b><a href="#footnotetag174">174</a></b>: Le cardinal de Retz pense que ces négociations étoient
-faites de bonne foi: cela pouvoit être de la part de la reine, qui
-suivoit aveuglément tous les conseils de Mazarin; mais en examinant la
-suite des événements, il est impossible de croire que, dès le
-commencement, ce ministre n'ait pas voulu tromper Condé.</p>
-
-<p><a id="footnote175" name="footnote175"></a>
-<b><a href="#footnotetag175">175</a></b>: On ne peut s'empêcher de dire que la manière dont il la
-trompa étoit indigne non seulement d'un prince, mais d'un homme qui
-auroit eu le moindre sentiment de probité. Elle avoit remis, de
-confiance, à la princesse Palatine une obligation de cent mille écus
-que Condé avoit souscrite à son profit lorsqu'il avoit été question
-d'obtenir, pour sa délivrance, la signature de Beaufort. Celle-ci la
-donna au prince, qui la déchira, et se moqua ensuite de madame de
-Montbason.</p>
-
-<p><a id="footnote176" name="footnote176"></a>
-<b><a href="#footnotetag176">176</a></b>: Il étoit odieux à toute sa maison, pour avoir présidé,
-ainsi que nous l'avons déjà dit, à la condamnation de Montmorenci,
-frère de la princesse, lequel avoit été décapité sous le règne
-précédent, pour crime de haute trahison.</p>
-
-<p><a id="footnote177" name="footnote177"></a>
-<b><a href="#footnotetag177">177</a></b>: En effet la cour commença aussitôt à faire naître des
-difficultés pour gagner du temps, et bien établir l'intrigue qu'on
-venoit de former pour sa perte.</p>
-
-<p><a id="footnote178" name="footnote178"></a>
-<b><a href="#footnotetag178">178</a></b>: On prétend que ce fut la reine qui, par le conseil du
-coadjuteur, lui fit donner elle-même cet avis, parce qu'elle ne
-vouloit effectivement que le pousser à sortir de Paris.</p>
-
-<p><a id="footnote179" name="footnote179"></a>
-<b><a href="#footnotetag179">179</a></b>: L'action de Champlâtreux étoit d'autant plus digne
-d'éloges, qu'il avoit été de tout temps l'ennemi de Gondi et l'ami de
-Condé. Du reste, on est forcé de convenir que l'auteur des Maximes
-commit ici une action atroce, qu'aucun ressentiment ne peut justifier.</p>
-
-<p><a id="footnote180" name="footnote180"></a>
-<b><a href="#footnotetag180">180</a></b>: Le coadjuteur se plaignit de ce que La Rochefoucauld
-avoit voulu le faire assassiner. «Traître, répondit celui-ci, je me
-soucie peu de ce que tu deviennes.»&mdash;«Tout beau! La Franchise, notre
-ami, repartit le prélat; vous êtes un poltron; et je suis un prêtre:
-le duel nous est défendu.» <em>La Franchise</em> étoit le nom de guerre que
-l'on donnoit, dans la fronde, au duc de La Rochefoucauld; et Gondi
-avoue que ce fut à tort qu'il l'appela <em>poltron</em>. «Je mentis, dit-il,
-car il est assurément fort brave.» Ce qui n'empêche pas que ce qu'il
-avoit fait ne fût fort lâche.</p>
-
-<p><a id="footnote181" name="footnote181"></a>
-<b><a href="#footnotetag181">181</a></b>: Cette défense, à laquelle Molé prit part, sans savoir
-que Gondi la désirât, lui valut de la part de celui-ci de très-vifs
-remerciements, dont le premier président fut touché. Ce fut là le
-commencement d'une amitié mutuelle que la belle action de Champlâtreux
-avoit déjà préparée, et qui, de part et d'autre, se maintint
-constamment et sans la moindre altération.</p>
-
-<p><a id="footnote182" name="footnote182"></a>
-<b><a href="#footnotetag182">182</a></b>: Châteauneuf, qu'il détestoit, fut nommé premier
-ministre, comme il avoit été convenu entre la reine et le coadjuteur;
-on rendit les sceaux à Molé; La Vieuville fut mis à la tête des
-finances, et l'on éloigna du conseil Chavigni, qui étoit dévoué au
-prince.</p>
-
-<p><a id="footnote183" name="footnote183"></a>
-<b><a href="#footnotetag183">183</a></b>: Voltaire prétend que ce fut la reine qui envoya ce
-courrier, et qu'il se trompa sans dessein. C'est une erreur que
-démentent la plupart des mémoires du temps.</p>
-
-<p><a id="footnote184" name="footnote184"></a>
-<b><a href="#footnotetag184">184</a></b>: Il n'avoit encore que la nomination de France à cette
-place éminente, nomination qui pouvoit être révoquée.</p>
-
-<p><a id="footnote185" name="footnote185"></a>
-<b><a href="#footnotetag185">185</a></b>: Il avoit pensé à former un <em>tiers-parti</em> en provoquant
-l'union des parlements et des grandes villes, et en mettant Gaston à
-leur tête. Il est hors de doute qu'il se fût ainsi rendu formidable,
-et que c'eût été alors une nécessité de satisfaire son ambition. Mais
-Gaston fut épouvanté de l'audace d'un tel projet; et Gondi dit que
-lui-même en eut quelque scrupule, pensant au bouleversement horrible
-qu'il pouvoit amener dans le royaume: preuve nouvelle qu'il n'y avoit
-plus réellement dans l'état que deux puissances, le peuple et le roi.</p>
-
-<p><a id="footnote186" name="footnote186"></a>
-<b><a href="#footnotetag186">186</a></b>: Cet homme, également remarquable par son audace et par
-ses talents, qui, de simple valet de chambre du duc de La
-Rochefoucauld, étoit devenu l'ami, le confident et l'un des agents les
-plus nécessaires de Condé, avoit formé, quelque temps auparavant, de
-concert avec son maître, le projet hardi et dangereux d'enlever Gondi,
-pour soustraire Gaston à son invincible influence. Il forma son plan,
-et le conduisit avec autant de prudence que d'habileté. Gondi devoit
-être saisi et entraîné hors de Paris en sortant de chez madame de
-Chevreuse, qui habitoit l'hôtel de Longueville, rue
-Saint-Thomas-du-Louvre. Ce fut un hasard presque miraculeux qui le
-sauva.</p>
-
-<p><a id="footnote187" name="footnote187"></a>
-<b><a href="#footnotetag187">187</a></b>: Charles IV, chassé deux fois de ses états, alors
-envahis par les François, erroit dans l'Europe, à la tête d'une armée
-de dix mille hommes, seul reste de sa première grandeur, et dont il
-trafiquoit avec tous les souverains, combattant tour à tour pour les
-partis les plus opposés; suivant qu'il étoit plus ou moins payé.</p>
-
-<p><a id="footnote188" name="footnote188"></a>
-<b><a href="#footnotetag188">188</a></b>: Ce maréchal est le même qui, servant le parti des
-frondeurs pendant le siége de Paris, écrivoit à madame de Montbason ce
-billet fameux: <cite>Péronne est à la belle des belles</cite>. Par un retour qui
-n'est que trop commun dans cette guerre singulière, il montroit alors
-à la cour le plus entier dévouement; et dans cette circonstance, il
-poussa la flatterie envers Mazarin jusqu'à faire prendre à ses troupes
-l'écharpe verte, qui étoit la livrée de ce ministre. Chaque chef avoit
-alors ses couleurs et sa livrée: les troupes de Condé portoient
-l'isabelle; celles de Gaston le bleu; celles d'Espagne, qui vinrent
-après, le rouge; les royalistes portoient l'écharpe blanche.</p>
-
-<p><a id="footnote189" name="footnote189"></a>
-<b><a href="#footnotetag189">189</a></b>: Le prélat avoit été chargé lui-même de les arrêter;
-mais, n'ayant pu se résoudre à trahir à ce point l'amitié, il les fit
-avertir secrètement de sa commission, et leur laissa le temps de
-sortir de Paris. Gaston, à qui il eut la confiance de l'avouer
-quelques jours après, ne lui en sut aucun mauvais gré.</p>
-
-<p><a id="footnote190" name="footnote190"></a>
-<b><a href="#footnotetag190">190</a></b>: Cette proscription fut calquée sur celle de l'amiral
-Coligni. L'histoire du président de Thou ayant appris qu'elle avoit
-été portée à la somme de 50,000 écus, la tête de Mazarin fut mise au
-même prix; et il fut ordonné qu'on prélèveroit cette somme sur la
-vente de sa bibliothèque. Toutefois le peuple sembla ne point partager
-ici la passion violente de ses magistrats. L'arrêt fut tourné en
-ridicule, et Marigni fit afficher dans Paris une répartition des
-150,000 livres; tant pour qui couperoit le nez au cardinal, tant pour
-une oreille, tant pour un &oelig;il, tant pour qui le feroit eunuque,
-etc.</p>
-
-<p><a id="footnote191" name="footnote191"></a>
-<b><a href="#footnotetag191">191</a></b>: Gondi reprochant un jour ces contradictions au
-procureur-général Talon: «Que voulez-vous, répondit celui-ci, nous ne
-savons plus ce que nous faisons; <cite>nous sommes hors des grandes
-règles</cite>.» Mot dont il ne sentoit pas lui-même toute la force: car il y
-avoit long-temps qu'on s'étoit mis en France hors des <cite>grandes règles</cite>
-d'une société chrétienne; et le despotisme du règne qui venoit de
-finir, et l'anarchie qui signaloit les commencements du nouveau règne,
-étoient des conséquences de ce long égarement.</p>
-
-<p><a id="footnote192" name="footnote192"></a>
-<b><a href="#footnotetag192">192</a></b>: <i>Voy.</i> pag. <a href="#page268">268</a>.</p>
-
-<p><a id="footnote193" name="footnote193"></a>
-<b><a href="#footnotetag193">193</a></b>: Le cérémonial romain défendoit aux cardinaux de se
-trouver à aucune cérémonie publique jusqu'à ce qu'ils eussent <em>reçu le
-bonnet</em>; d'ailleurs cette dignité ne donnant aucun rang dans le
-parlement que lorsqu'on y suivoit le roi, Retz n'auroit pu y siéger
-qu'en qualité de coadjuteur, et n'y avoit place qu'au-dessous des ducs
-et pairs, ce qui n'étoit pas compatible avec les prétentions des
-membres du sacré collége.</p>
-
-<p><a id="footnote194" name="footnote194"></a>
-<b><a href="#footnotetag194">194</a></b>: Lorsque cette armée, composée d'environ 12000 hommes,
-entra en France, il s'éleva un cri dans le parlement contre une
-alliance aussi manifeste avec les ennemis de l'état. Gaston soutint en
-pleine assemblée que ces troupes étoient allemandes et non espagnoles,
-et qu'elles étoient à sa solde: «Je voulus, dit Gondi, lui faire honte
-d'une manière de parler si contraire aux vérités les plus connues. Il
-répondit en se moquant de moi: Le monde veut être trompé.»</p>
-
-<p><a id="footnote195" name="footnote195"></a>
-<b><a href="#footnotetag195">195</a></b>: On lui représentoit qu'après tout ce qu'il avoit fait,
-après avoir traité avec Condé et avec les ennemis de l'état, outragé
-la reine et son ministre, il n'y avoit plus à délibérer. «Nous autres
-princes, disoit-il à Gondi, nous comptons les paroles pour rien; mais
-nous n'oublions jamais les actions. La reine ne se souviendroit pas
-demain à midi de toutes mes déclamations contre le cardinal, si je
-voulois le souffrir demain matin; mais si mes troupes tirent un coup
-de mousquet, elle ne me le pardonnera jamais.»</p>
-
-<p><a id="footnote196" name="footnote196"></a>
-<b><a href="#footnotetag196">196</a></b>: On lui avoit persuadé que, si elle rendoit quelque
-service important au prince de Condé, jamais il ne feroit la paix,
-qu'il n'y mît pour condition son mariage avec le roi. Elle partit de
-Paris habillée en amazone, et accompagnée de mesdames de Fiesque et de
-Fronténac, qu'on appeloit ses <em>maréchales-de-camp</em>. Son père, qui
-connoissoit le tour romanesque de son esprit, dit en la voyant partir:
-«Cette chevalière seroit bien ridicule, si le bon sens de mesdames de
-Fiesque et de Fronténac ne la soutenoit.»</p>
-
-<p><a id="footnote197" name="footnote197"></a>
-<b><a href="#footnotetag197">197</a></b>: «Un prétendu démenti, que M. de Beaufort prétendit,
-assez légèrement, avoir reçu, produisit, dit le coadjuteur, un
-prétendu soufflet que M. de Nemours ne reçut aussi, au dire de bien
-des gens, qu'en imagination. C'étoit au moins, ajoute-t-il, un de ces
-soufflets problématiques, dont il est parlé dans les petites lettres
-de Port-Royal.» Celui-ci fondit sur l'autre l'épée à la main, et l'on
-eut beaucoup de peine à les séparer. Toutefois les excuses et les
-larmes de Beaufort parurent l'apaiser; mais il garda de cette aventure
-un ressentiment profond, qui éclata peu de temps après, comme nous
-aurons bientôt occasion de le dire.</p>
-
-<p><a id="footnote198" name="footnote198"></a>
-<b><a href="#footnotetag198">198</a></b>: Cette attaque du pont de Gergeau avoit eu lieu pendant
-la marche de l'armée royale au-dessus d'Orléans; Turenne soutint, lui
-seizième, tout l'effort de quatre bataillons du régiment de l'Altesse,
-tandis que ses travailleurs élevoient derrière lui une barricade.
-Beaufort, qui commandoit cette attaque à l'insu de Nemours, et qui y
-fit marcher toute son armée, fut forcé de se retirer avec une
-très-grande perte. De là l'explication entre les deux beaux-frères,
-qui eut des suites si outrageantes et depuis si funestes.</p>
-
-<p><a id="footnote199" name="footnote199"></a>
-<b><a href="#footnotetag199">199</a></b>: Il les laissa sous les ordres de Tavannes, Valon et
-Clinchamp; mais, quels que fussent les talents de ces officiers, ils
-ne pouvoient le remplacer que bien imparfaitement, et ce fut une faute
-très-grande d'avoir quitté son armée dans des circonstances qui
-pouvoient lui devenir si favorables.</p>
-
-<p><a id="footnote200" name="footnote200"></a>
-<b><a href="#footnotetag200">200</a></b>: Ils sollicitèrent une assemblée de l'hôtel-de-ville,
-qui députa ensuite vers Gaston, pour lui dire «qu'il paroissoit contre
-l'ordre que M. le prince entrât dans la ville avant de s'être justifié
-sur la déclaration enregistrée contre lui au parlement.» Gaston
-répondit dans le sens de la députation, et rétracta sa réponse,
-lorsqu'il eut vu les mouvements de la populace ameutée par Chavigni.</p>
-
-<p><a id="footnote201" name="footnote201"></a>
-<b><a href="#footnotetag201">201</a></b>: Les campagnes, ravagées par les soldats, n'offroient,
-dans tous les lieux où avoient passé les armées, que le spectacle
-d'une entière destruction. La cessation absolue du paiement des impôts
-avoit réduit la cour elle-même à une indigence qui semble à peine
-croyable, et souvent le roi manquoit des choses les plus nécessaires à
-la vie. Les troupes étoient dénuées de tout, et ne vivoient que de
-pillage; les blessés mouroient souvent faute de soins et de
-nourriture.</p>
-
-<p><a id="footnote202" name="footnote202"></a>
-<b><a href="#footnotetag202">202</a></b>: Il ne semble pas que, dans l'invasion de ses états, on
-se fût conduit envers lui avec plus de justice et de probité. Dans un
-système de politique extérieure commencé par Richelieu et continué par
-son élève Mazarin, on n'avoit pas le droit de reprocher à qui que ce
-fût de <em>n'avoir ni foi ni loi</em>.</p>
-
-<p><a id="footnote203" name="footnote203"></a>
-<b><a href="#footnotetag203">203</a></b>: La populace étoit pour Condé, mais la plupart des
-colonels de quartiers suivoient le parti de la cour; il y eut même,
-dit-on, un projet formé par Guénegaud, trésorier de l'épargne, pour
-livrer la porte du Temple à l'armée royale.</p>
-
-<p><a id="footnote204" name="footnote204"></a>
-<b><a href="#footnotetag204">204</a></b>: Pour se défendre du brigandage des Lorrains.</p>
-
-<p><a id="footnote205" name="footnote205"></a>
-<b><a href="#footnotetag205">205</a></b>: Les rues de Charonne, de Charenton et du faubourg
-Saint-Antoine.</p>
-
-<p><a id="footnote206" name="footnote206"></a>
-<b><a href="#footnotetag206">206</a></b>: Mazarin, le voyant ainsi balancer, craignit que cette
-incertitude ne fût le fruit de quelque intelligence secrète avec le
-prince, et lui envoya l'ordre exprès d'attaquer, «comme si, dit
-Turenne lui-même, il n'y avoit qu'à avancer pour défaire les ennemis.»</p>
-
-<p><a id="footnote207" name="footnote207"></a>
-<b><a href="#footnotetag207">207</a></b>: Le duc de Nemours y reçut treize coups de feu dans ses
-armes, et La Rochefoucauld un coup au-dessus des yeux, qui lui fit
-perdre la vue pendant quelque temps.</p>
-
-<p><a id="footnote208" name="footnote208"></a>
-<b><a href="#footnotetag208">208</a></b>: Parmi les personnages de distinction qui furent tués,
-tant d'un côté que de l'autre, dans cette sanglante affaire, on compte
-Saint-Maigrin, Mancini, neveu du cardinal, Flamarens, La
-Roche-Griffard; les comtes de Castries et de Bossut, Tauresse, du nom
-de Montmorenci, etc. Guitaut, Jarsay, Valon, Clinchamp, Coigny, Melun,
-de Foix et une foule d'autres furent blessés.</p>
-
-<p><a id="footnote209" name="footnote209"></a>
-<b><a href="#footnotetag209">209</a></b>: À la dernière volée, le cardinal, faisant allusion à la
-passion démesurée qu'avoit la princesse d'épouser le roi, dit en
-riant: «Voilà un boulet de canon qui vient de tuer son mari.» Le
-président Hénault a raison de dire que, pour hasarder cette action
-plus que hardie, elle avoit obtenu un ordre de Gaston, conservé dans
-la bibliothèque du roi; mais il faut avouer en même temps qu'elle
-avoit sollicité cet ordre, et qu'elle contribua plus que personne à le
-faire exécuter.</p>
-
-<p><a id="footnote210" name="footnote210"></a>
-<b><a href="#footnotetag210">210</a></b>: Ses louanges retentissoient partout, et jusque dans le
-camp ennemi. «Ah! madame, dit Turenne à la reine, vous ne m'aviez
-envoyé que contre un prince de Condé, et j'en ai trouvé mille; je
-n'avois pas besoin de le chercher, je le trouvois toujours à ma
-rencontre.»</p>
-
-<p><a id="footnote211" name="footnote211"></a>
-<b><a href="#footnotetag211">211</a></b>: Dans cette lettre, le roi déclarant aux officiers
-municipaux qu'il étoit content de leur conduite, parce qu'il savoit
-que l'armée rebelle avoit été introduite dans Paris malgré eux (ce qui
-étoit vrai), les exhortoit à persévérer dans ces sentiments de
-fidélité, et à remettre l'assemblée à huitaine.</p>
-
-<p><a id="footnote212" name="footnote212"></a>
-<b><a href="#footnotetag212">212</a></b>: Le moindre pain valoit huit sous la livre; il n'y avoit
-plus ni police, ni frein, ni subordination. Enhardi par l'exemple des
-soldats qui pilloient les environs de la ville et qui vendoient
-publiquement leur butin, le peuple sembloit épier l'occasion de
-commencer un pillage dans Paris même; ceux qui auroient pu le
-contenir, bons bourgeois ou magistrats, se cachoient ou trouvoient le
-moyen de s'échapper, malgré les gardes que l'on avoit mis aux portes
-pour empêcher de sortir de la ville.</p>
-
-<p><a id="footnote213" name="footnote213"></a>
-<b><a href="#footnotetag213">213</a></b>: Il plaça des soldats dans l'archevêché et dans les
-maisons voisines; il fit des amas de vivres, de munitions, et garnit
-de grenades les tours de la cathédrale.</p>
-
-<p><a id="footnote214" name="footnote214"></a>
-<b><a href="#footnotetag214">214</a></b>: Le parlement refusoit d'obéir aux ordres du roi, parce
-qu'il le disoit prisonnier de Mazarin; et en même temps il lui
-demandoit, pour rentrer sous son obéissance, de renvoyer le ministre
-qui le tenoit en captivité.</p>
-
-<p><a id="footnote215" name="footnote215"></a>
-<b><a href="#footnotetag215">215</a></b>: On a prétendu que la véritable cause de ce duel étoit
-une rivalité d'amour dont madame de Châtillon<a id="footnotetag215-A" name="footnotetag215-A"></a><a href="#footnote215-A" title="Lien vers la note 215-A"><span class="smaller">[215-A]</span></a> étoit l'objet. On
-peut croire aussi que le ressentiment de l'outrage qu'il avoit essuyé
-à Orléans n'étoit point encore éteint dans le c&oelig;ur de Nemours.
-Ils se battirent derrière l'hôtel Vendôme, cinq contre cinq. Nemours
-apporta lui-même les épées et les pistolets, et chargea ceux-ci de sa
-propre main. Quand il en présenta un à Beaufort, celui-ci fit encore
-un dernier effort pour l'arrêter: «Ah! mon frère! lui cria-t-il
-affectueusement, qu'allons-nous faire? pourquoi nous égorger? quelle
-honte! Oublions le passé et vivons bons amis.&mdash;Ah! coquin, répondit
-Nemours, tu trembles! Il faut que l'un de nous deux reste sur la
-place.» Beaufort, après avoir reçu son feu, le tua roide de trois
-balles, qui le percèrent au-dessus de la mamelle, au moment même où,
-jetant son pistolet, ce furieux se précipitoit sur lui l'épée à la
-main. Le marquis de Villars, l'un des seconds de Nemours, tua son
-adversaire Héricourt, qu'il n'avoit jamais vu auparavant.</p>
-
-<p><a id="footnote215-A" name="footnote215-A"></a>
-<b><a href="#footnotetag215-A">215-A</a></b>: Elle partageoit depuis long-temps ses faveurs entre
-Nemours et Condé. Ce dernier en étoit passionnément amoureux.</p>
-
-<p><a id="footnote216" name="footnote216"></a>
-<b><a href="#footnotetag216">216</a></b>: Plusieurs disent au contraire que ce fut le comte de
-Rieux qui, dans la chaleur de la dispute, osa faire le premier un
-geste menaçant que le duc d'Orléans punit seulement par quelques jours
-de prison, et dont, dans tout autre temps, Condé eût tiré une
-vengeance plus éclatante.</p>
-
-<p><a id="footnote217" name="footnote217"></a>
-<b><a href="#footnotetag217">217</a></b>: Il étoit alors parvenu auprès de la reine à une faveur
-assez grande pour donner à Mazarin de véritables inquiétudes.</p>
-
-<p><a id="footnote218" name="footnote218"></a>
-<b><a href="#footnotetag218">218</a></b>: Il imagina d'écrire de Sedan au duc de Lorraine une
-lettre tournée en forme de réponse, comme s'il y avoit eu entre eux un
-commencement de négociation. Il y discutoit des propositions
-d'accommodements, accordoit celle-ci, refusoit celle-là, et finissoit
-par dire que si Charles s'opiniâtroit à refuser les offres de la cour,
-elle sera forcée de traiter avec Condé, trouvant moins fâcheux pour
-elle de se livrer à un prince du sang que d'exposer le royaume à une
-invasion. Le courrier, porteur de cette dépêche, eut ordre de se
-laisser prendre par les Espagnols. Fuensaldagne, l'ayant lue, en
-conclut qu'il seroit impolitique de rendre Condé trop redoutable à la
-reine; et complétement dupe de cette ruse, au lieu de joindre le duc
-de Lorraine, il se contenta de lui envoyer quelque cavalerie et ramena
-son armée en Flandres.</p>
-
-<p><a id="footnote219" name="footnote219"></a>
-<b><a href="#footnotetag219">219</a></b>: Trompée par les artifices de Charles, qui négocioit
-toujours en avançant vers Paris, la reine avoit ordonné à Turenne de
-ne point l'inquiéter dans sa marche. Celui-ci, dont le coup
-d'&oelig;il étoit plus pénétrant, aima mieux désobéir et courir les
-dangers de sa désobéissance, que de risquer de tout perdre. Il
-continua à serrer de près l'armée du duc; et n'ayant pu empêcher la
-jonction de ses troupes avec celles des princes qui avoient pris
-ensemble leur campement sur les bords de la Seine et de la Marne, près
-d'Albon, il se plaça devant elles, dans une position avantageuse, près
-de Villeneuve-Saint-George, derrière un bois, et dans l'angle que
-forme la rivière d'Yères à son confluent avec la Seine. Les deux
-armées restèrent en présence tout le mois de septembre, tandis que
-l'on continuoit de négocier. Turenne les tint ainsi en échec tant
-qu'il le crut nécessaire, et jusqu'à ce qu'il eût rempli son objet,
-qui étoit de fatiguer les Parisiens par le séjour au milieu d'eux de
-ces soldats étrangers, pillards et indisciplinés, d'amuser les princes
-par ces négociations que l'on traînoit en longueur, de les
-discréditer, et d'achever d'en détacher le peuple et ses chefs. Quand
-il vit les choses arrivées au point où il les vouloit, il décampa sans
-livrer bataille, ce qui étoit l'objet de tous les v&oelig;ux du prince
-de Condé, et le laissa étonné et désespéré de sa retraite.</p>
-
-<p><a id="footnote220" name="footnote220"></a>
-<b><a href="#footnotetag220">220</a></b>: Il reçut alors le chapeau des mains du roi; sans cette
-cérémonie, si long-temps et si prudemment différée, qui seule
-l'établissoit réellement cardinal françois, il se seroit déclaré,
-dit-on, pour Condé, qu'il ne combattoit que contre son gré, et dont le
-parti vainqueur eût pu le conduire au ministère.</p>
-
-<p><a id="footnote221" name="footnote221"></a>
-<b><a href="#footnotetag221">221</a></b>: Elle lui offrit l'ambassade de Rome, cent mille écus
-pour payer ses dettes, une pension de cinquante mille écus, et une
-pareille somme pour former ses équipages.</p>
-
-<p><a id="footnote222" name="footnote222"></a>
-<b><a href="#footnotetag222">222</a></b>: La mort de son oncle l'ayant rendu, pendant sa prison,
-archevêque de Paris, on lui demanda sa démission pour prix de sa
-liberté; il la donna, ou feignit de la donner. En attendant qu'elle
-eût été ratifiée à Rome, il fut transféré au château de Nantes, d'où
-il se sauva. Il erra ensuite en Espagne, en Flandres, à Rome, en
-Allemagne, tandis que ses partisans, et particulièrement un curé de la
-Magdelaine qu'il avoit fait son grand-vicaire, soutenoient ses droits
-avec autant de talent que d'intrépidité. Si Gondi les eût secondés par
-une conduite régulière et par plus de persévérance, il est probable
-qu'il seroit rentré en France encore archevêque de Paris; mais il se
-lassa de l'exil et transigea. On lui donna de grosses abbayes en
-échange de son archevêché; il fixa sa demeure en Lorraine, paya ses
-dettes à la longue par de strictes économies; obtint, sur la fin de sa
-vie, la permission de revenir à Paris, y passa ses derniers jours dans
-un petit cercle d'amis qui charmoient la douceur de son commerce et
-l'agrément de sa conversation; et y mourut dans les sentiments de
-piété les plus édifiants.</p>
-
-<p><a id="footnote223" name="footnote223"></a>
-<b><a href="#footnotetag223">223</a></b>: Ce qui avoit indisposé les Hollandois contre la France,
-c'est que, dans une négociation entamée en 1646 avec l'Espagne,
-Mazarin avoit proposé l'échange des Pays-Bas catholiques et de la
-Franche-Comté contre la Catalogne et le Roussillon<a id="footnotetag223-A" name="footnotetag223-A"></a><a href="#footnote223-A" title="Lien vers la note 223-A"><span class="smaller">[223-A]</span></a>. Ce projet
-étoit de nature à les inquiéter; ils considéroient avec raison le
-voisinage de la France comme beaucoup plus redoutable pour eux que
-celui des Espagnols; et en effet, les Pays-Bas, sous la domination
-d'une puissance éloignée et que tant de guerres avoient fatiguée et
-épuisée, devenoient pour eux une barrière contre la prépondérance
-naissante de la France, et déjà visible à tous les yeux.</p>
-
-<p><a id="footnote223-A" name="footnote223-A"></a>
-<b><a href="#footnotetag223-A">223-A</a></b>: Voyez les art. 3 et 4 de ce traité dans le P.
-Bougeant. (<cite>Hist. des guerres et des négociat.</cite>, t. II, p. 368.)</p>
-
-<p><a id="footnote224" name="footnote224"></a>
-<b><a href="#footnotetag224">224</a></b>: C'étoit Claude de Mesmes, comte d'Avaux, et Abel
-Servien, comte de la Roche-des-Aubiers: celui-ci étoit l'homme de
-confiance de Mazarin. Des dissensions s'étant élevées entre ces deux
-plénipotentiaires, la cour se décida à envoyer au congrès, en 1645, un
-premier plénipotentiaire, dans la personne d'un prince du sang: ce fut
-Henri d'Orléans, duc de Longueville, que nous avons vu jouer depuis un
-des premiers rôles dans la guerre de la fronde.</p>
-
-<p><a id="footnote225" name="footnote225"></a>
-<b><a href="#footnotetag225">225</a></b>: En 1645.</p>
-
-<p><a id="footnote226" name="footnote226"></a>
-<b><a href="#footnotetag226">226</a></b>: Au sujet de la cession de cette province, il fut
-question de savoir si elle seroit cédée en toute propriété au roi de
-France et en la détachant de l'empire germanique, ou s'il devoit
-consentir à la tenir à titre de fief, avec voix et séance à la diète.
-Les plénipotentiaires françois discutèrent dans un Mémoire qu'ils
-envoyèrent en cour, les avantages de l'un et de l'autre mode de
-posséder, et parurent pencher pour le second, vu qu'ils y voyoient
-pour leur souverain la possibilité <em>d'être un jour élevé à la dignité
-impériale</em>; et ces mêmes hommes ne manquoient point, à toute occasion,
-de crier contre l'ambition de la maison d'Autriche et contre sa
-tendance à la monarchie universelle.</p>
-
-<p><a id="footnote227" name="footnote227"></a>
-<b><a href="#footnotetag227">227</a></b>: L'électeur de Brandebourg prétendoit à l'entière
-possession de cette province, en vertu des traités de confraternité
-passés entre ses prédécesseurs et les anciens ducs de Poméranie, dont
-la maison venoit de s'éteindre en 1637, par la mort du dernier d'entre
-eux, Bogislas XIV. On lui accorda un dédommagement pour la partie de
-cette province que l'on donnoit à la Suède.</p>
-
-<p><a id="footnote228" name="footnote228"></a>
-<b><a href="#footnotetag228">228</a></b>: Ce que l'on remarqua le plus en ce genre, furent les
-avantages faits à la landgrave douairière de Hesse-Cassel, qui s'étoit
-montrée la plus acharnée contre le parti catholique, et dont les
-troupes n'avoient pas manqué une seule occasion d'exercer leurs
-fureurs contre les possessions du clergé. Elle fit monter très-haut
-ses prétentions, et le comte d'Avaux lui-même les jugea exorbitantes.
-Mais elle rencontra un zélé protecteur dans le duc de Longueville, qui
-trouva très-bon qu'on sécularisât pour cette princesse hérétique un
-grand nombre d'évêchés, et répondit à l'évêque d'Osnabruck, qui lui
-représentoit ce qu'il y avoit de scandaleux dans de semblables
-concessions, qui d'ailleurs étoient fort au-delà des droits qu'elle
-pouvoit légitimement faire valoir: «Il faut faire beaucoup en faveur
-d'une dame <em>aussi vertueuse</em> que madame la landgrave; pourquoi,
-Messieurs, surmontez-vous vous-mêmes, et donnez toute satisfaction à
-Madame en ce qu'elle désire.» (<cite>Trait. de paix</cite>, t. I, p. 160.)</p>
-
-<p><a id="footnote229" name="footnote229"></a>
-<b><a href="#footnotetag229">229</a></b>: Ceux qui n'avoient eu, pendant l'année décrétoire,
-l'exercice ni public ni privé de leur religion, n'obtinrent qu'une
-tolérance purement civile; c'est-à-dire qu'il leur fut libre de vaquer
-aux devoirs de leur religion dans l'intérieur de leurs familles et de
-leurs maisons. En quoi la <em>dévotion privée</em> différa de l'<em>exercice
-privé</em>, qui renfermoit l'idée d'une assemblée ou d'une réunion de
-plusieurs familles pour assister ensemble aux pratiques du culte.</p>
-
-<p><a id="footnote230" name="footnote230"></a>
-<b><a href="#footnotetag230">230</a></b>: Hist. de Paris, t. I, p. 3.</p>
-
-<p><a id="footnote231" name="footnote231"></a>
-<b><a href="#footnotetag231">231</a></b>: <i>Ibid.</i>, p. 265.</p>
-
-<p><a id="footnote232" name="footnote232"></a>
-<b><a href="#footnotetag232">232</a></b>: <i>Ibid.</i>, p. 467.</p>
-
-<p><a id="footnote233" name="footnote233"></a>
-<b><a href="#footnotetag233">233</a></b>: <cite>Chron. manusc.</cite> de Du bruel, fol. 15, V<sup>o</sup>.</p>
-
-<p><a id="footnote234" name="footnote234"></a>
-<b><a href="#footnotetag234">234</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 150.</p>
-
-<p><a id="footnote235" name="footnote235"></a>
-<b><a href="#footnotetag235">235</a></b>: Dans un tarif fait par saint Louis, dit Saint-Foix,
-pour régler les droits de péage qui étoient dus à l'entrée de Paris
-sous le Petit-Châtelet, on lit que le marchand qui apportera un singe
-pour le vendre paiera quatre deniers; que si le singe appartient à un
-<em>joculateur</em>, cet homme, en le faisant jouer et danser devant le
-péager, sera quitte du péage, tant dudit singe que de tout ce qu'il
-aura apporté pour son usage. De là vient le proverbe, <em>payer en
-monnoie de singe, en gambades</em>. Un autre article porte que les
-<em>jongleurs</em> seront aussi quittes de tout péage en chantant un couplet
-de chanson devant le péager.</p>
-
-<p><a id="footnote236" name="footnote236"></a>
-<b><a href="#footnotetag236">236</a></b>: Page 293.</p>
-
-<p><a id="footnote237" name="footnote237"></a>
-<b><a href="#footnotetag237">237</a></b>: <cite>Mart. Rom.</cite>, p. 108 et 109.</p>
-
-<p><a id="footnote238" name="footnote238"></a>
-<b><a href="#footnotetag238">238</a></b>: Reg. de la ville, fol. 519.</p>
-
-<p><a id="footnote239" name="footnote239"></a>
-<b><a href="#footnotetag239">239</a></b>: Lib. VI, cap. 17; et lib. IX, cap. 6.</p>
-
-<p><a id="footnote240" name="footnote240"></a>
-<b><a href="#footnotetag240">240</a></b>: <cite>Hist. univ.</cite>, t. I, pag. 402.</p>
-
-<p><a id="footnote241" name="footnote241"></a>
-<b><a href="#footnotetag241">241</a></b>: Cart. Longip., fol. 110.</p>
-
-<p><a id="footnote242" name="footnote242"></a>
-<b><a href="#footnotetag242">242</a></b>: Étienne de Vitri et Hugues de Munteler.</p>
-
-<p><a id="footnote243" name="footnote243"></a>
-<b><a href="#footnotetag243">243</a></b>: L'église de Saint-Julien-le-Pauvre a été démolie
-pendant la révolution.</p>
-
-<p><a id="footnote244" name="footnote244"></a>
-<b><a href="#footnotetag244">244</a></b>: Outre la confrérie établie dans cette chapelle,
-l'église de Saint-Julien-le-Pauvre étoit le lieu de rassemblement de
-celles de Notre-Dame-des-Vertus, des couvreurs, des marchands
-papetiers, des fondeurs; et l'on y faisoit les catéchismes et
-retraites des Savoyards, fondés par l'abbé de Pontbriand.</p>
-
-<p><a id="footnote245" name="footnote245"></a>
-<b><a href="#footnotetag245">245</a></b>: Du Breul, p. 586.</p>
-
-<p><a id="footnote246" name="footnote246"></a>
-<b><a href="#footnotetag246">246</a></b>: Cette chapelle a été entièrement démolie.</p>
-
-<p><a id="footnote247" name="footnote247"></a>
-<b><a href="#footnotetag247">247</a></b>: Ces ermites s'étoient, dès le principe, revêtus d'un
-costume uniforme composé d'une robe brune, par-dessus laquelle ils
-portoient un manteau blanc; mais comme ce manteau étoit la marque
-distinctive des seigneurs sarrasins, ils se virent forcés d'y faire
-des changements, et le mélangèrent de noir et de blanc. Cette
-bigarrure, que conservèrent ceux que saint Louis amena à Paris, leur
-fit donner le nom de <em>Barrés</em>; nom qu'ils communiquèrent à une rue du
-quartier Saint-Paul, qui le porte encore aujourd'hui.</p>
-
-<p><a id="footnote248" name="footnote248"></a>
-<b><a href="#footnotetag248">248</a></b>: Papebroch. 8 avril, p. 778 et 786.</p>
-
-<p><a id="footnote249" name="footnote249"></a>
-<b><a href="#footnotetag249">249</a></b>: <i>Voy.</i> t. II, 2<sup>e</sup> part., p. 935.</p>
-
-<p><a id="footnote250" name="footnote250"></a>
-<b><a href="#footnotetag250">250</a></b>: Plusieurs historiens ont prétendu qu'il y avoit en cet
-endroit une chapelle de Notre-Dame, antérieure à la translation de ces
-religieux. Cette opinion est dépourvue de toute autorité; il n'est
-point fait mention de cette chapelle dans les chartes de
-Philippe-le-Bel et de Philippe-le-Long; et si elle eût existé, ces
-religieux ne se fussent point adressés au pape Jean XXII pour obtenir
-la permission de construire une église ou oratoire, ainsi que les
-autres bâtiments réguliers.</p>
-
-<p><a id="footnote251" name="footnote251"></a>
-<b><a href="#footnotetag251">251</a></b>: Cette princesse, par son testament fait en 1349, laissa
-et donna, pour <em>l'&oelig;uvre du Moustier de Notre-Dame du couvent des
-Carmelistes</em>, sa couronne, la fleur de lis qu'elle eut à ses noces, sa
-ceinture et ses tressons d'orfévrerie. Ces joyaux étoient garnis d'une
-grande quantité de perles, de diamants et d'autres pierres précieuses.
-À ce don elle ajouta celui de 1500 florins d'or à l'écu, et voulut que
-ses pierreries fussent vendues, pour que le prix en fût appliqué
-sur-le-champ aux bâtiments et ornements de l'église.</p>
-
-<p><a id="footnote252" name="footnote252"></a>
-<b><a href="#footnotetag252">252</a></b>: Ce tombeau a été détruit. On a rendu les portraits des
-deux époux à la famille.</p>
-
-<p><a id="footnote253" name="footnote253"></a>
-<b><a href="#footnotetag253">253</a></b>: L'église des Carmes a servi, pendant plusieurs années,
-d'atelier pour une manufacture d'armes: depuis elle a été détruite, et
-sur son emplacement on a élevé un marché. <i>Voy.</i> à la fin du quartier,
-l'article <a href="#monumentsnouveaux595"><i>monuments nouveaux</i></a>.</p>
-
-<p><a id="footnote254" name="footnote254"></a>
-<b><a href="#footnotetag254">254</a></b>: T. I, p. 236.</p>
-
-<p><a id="footnote255" name="footnote255"></a>
-<b><a href="#footnotetag255">255</a></b>: L'église de Saint-Jean-de-Latran, qui existoit encore
-il y a quelques années, est aujourd'hui à moitié démolie, et l'on
-travaille en ce moment à achever cette démolition; les bâtiments sont
-occupés par des particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote256" name="footnote256"></a>
-<b><a href="#footnotetag256">256</a></b>: Le Commandeur est représenté nu dans la partie
-supérieure du corps, et à moitié couché sur son tombeau. Il s'appuie,
-du bras gauche, sur un fragment de rocher; l'autre bras est soutenu
-par un génie en pleurs. Son casque, sa cuirasse et le reste de son
-armure sont déposés à ses pieds. L'exécution de ces figures manque de
-vigueur et de sentiment, les formes en sont dépourvues de caractère,
-les draperies sont lourdes; au total c'est de la sculpture extrêmement
-médiocre<a id="footnotetag256-A" name="footnotetag256-A"></a><a href="#footnote256-A" title="Lien vers la note 256-A"><span class="smaller">[256-A]</span></a>.</p>
-
-<p><a id="footnote256-A" name="footnote256-A"></a>
-<b><a href="#footnotetag256-A">256-A</a></b>: Ce monument, déposé aux Petits-Augustins, y étoit
-soutenu par deux cariatides qui appartenoient au tombeau du président
-de Thou. Nous aurons occasion d'en parler.</p>
-
-<p><a id="footnote257" name="footnote257"></a>
-<b><a href="#footnotetag257">257</a></b>: <i>Voy.</i> 1<sup>re</sup> part. de ce vol., p. 622 et t. II, 1<sup>re</sup>
-part., p. 458.</p>
-
-<p><a id="footnote258" name="footnote258"></a>
-<b><a href="#footnotetag258">258</a></b>: Du Breul, p. 257.&mdash;Sauval, t. I, p. 410. <cite>Chronol.
-hist. des curés de Saint-Benoît</cite>, p. 4.</p>
-
-<p><a id="footnote259" name="footnote259"></a>
-<b><a href="#footnotetag259">259</a></b>: De Basil. Paris, p. 480 et 482.</p>
-
-<p><a id="footnote260" name="footnote260"></a>
-<b><a href="#footnotetag260">260</a></b>: Bibliot. du Roi, manusc. 5185, cc.</p>
-
-<p><a id="footnote261" name="footnote261"></a>
-<b><a href="#footnotetag261">261</a></b>: T. I, p. 212.</p>
-
-<p><a id="footnote262" name="footnote262"></a>
-<b><a href="#footnotetag262">262</a></b>: Il n'est pas douteux que, par les mots <i lang="la">capellarius</i>,
-<i lang="la">presbyter</i>, <i lang="la">capicerius</i>, <i lang="la">sacerdos ecclesiæ N</i>, on a toujours
-entendu le curé.</p>
-
-<p><a id="footnote263" name="footnote263"></a>
-<b><a href="#footnotetag263">263</a></b>: Cartul. S. Genev. et Sorbon., fol. 57.</p>
-
-<p><a id="footnote264" name="footnote264"></a>
-<b><a href="#footnotetag264">264</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 151.</p>
-
-<p><a id="footnote265" name="footnote265"></a>
-<b><a href="#footnotetag265">265</a></b>: Ce monument, dont aucun historien de Paris n'avoit fait
-mention, a été déposé aux Petits-Augustins.</p>
-
-<p><a id="footnote266" name="footnote266"></a>
-<b><a href="#footnotetag266">266</a></b>: Il n'existe point au Musée des Petits-Augustins.</p>
-
-<p><a id="footnote267" name="footnote267"></a>
-<b><a href="#footnotetag267">267</a></b>: T. I, p. 206.</p>
-
-<p><a id="footnote268" name="footnote268"></a>
-<b><a href="#footnotetag268">268</a></b>: L'église de Saint-Hilaire a été détruite.</p>
-
-<p><a id="footnote269" name="footnote269"></a>
-<b><a href="#footnotetag269">269</a></b>: Corrozet place cette fondation en 499; Du Breul,
-Sauval, Delamarre, le P. Daniel, l'abbé Fleuri en 500; les historiens
-de Paris en 509; les auteurs du <cite>Gallia christiana</cite> un peu avant 511,
-etc.</p>
-
-<p><a id="footnote270" name="footnote270"></a>
-<b><a href="#footnotetag270">270</a></b>: Aim. lib. 1, cap. 10; Gesta franc. Roric. lib. 4;
-Fredeg. schol. epit. cap. 25.</p>
-
-<p><a id="footnote271" name="footnote271"></a>
-<b><a href="#footnotetag271">271</a></b>: Greg. Tur. lib. III. cap. 18, et lib. IV. cap.
-1.&mdash;<i>Ibid.</i> lib. II, cap. 43, etc.</p>
-
-<p><a id="footnote272" name="footnote272"></a>
-<b><a href="#footnotetag272">272</a></b>: <i lang="la">Ubi religio monastici ordinis vigeret.</i> Telles sont
-les propres expressions d'un passage de la vie de sainte Bathilde, où
-l'on parle de la fondation faite par la reine Clotilde de la basilique
-de Saint-Pierre.</p>
-
-<p><a id="footnote273" name="footnote273"></a>
-<b><a href="#footnotetag273">273</a></b>: Outre le doyen, elle avoit encore deux autres
-dignitaires, dont l'un étoit le préchantre et l'autre le chancelier.
-Sous Louis-le-Gros, on y comptoit au moins vingt prébendes, dont
-plusieurs étoient possédées par des ecclésiastiques très-qualifiés. La
-considération dont jouissoit le chapitre de Sainte-Geneviève étoit
-telle, que, pendant plus d'un siècle, nos rois furent dans l'usage de
-connoître par eux-mêmes des causes et affaires de tous les chanoines
-en particulier. Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que
-dès-lors ce chapitre, à l'imitation de la cathédrale, avoit ses
-écoles, où les lettres florissoient, et que son chancelier y avoit les
-mêmes attributions que celui de Notre-Dame. Il en résulta que lorsque
-l'Université se fut étendue jusque sur le territoire de cette église,
-ce chancelier eut naturellement sur les écoliers la même inspection
-que l'autre avoit sur eux, hors de la terre de Sainte-Geneviève.</p>
-
-<p><a id="footnote274" name="footnote274"></a>
-<b><a href="#footnotetag274">274</a></b>: Le pape étant allé à la basilique des SS. Apôtres pour
-y célébrer la messe, il arriva qu'après qu'il se fut retiré dans la
-sacristie, ses officiers voulurent s'emparer d'un riche tapis que les
-chanoines avoient étendu sous les pieds du pontife. Ils prétendoient
-qu'un ancien usage leur donnoit le droit de l'enlever. Les domestiques
-de l'abbaye voulurent aussi l'avoir. Les deux partis commencèrent par
-s'arracher le tapis des mains, avec des injures et des cris; ils en
-vinrent bientôt aux coups, et le tumulte fut si grand, que le roi, qui
-n'étoit pas encore sorti de l'église, ayant cru devoir se présenter
-pour rétablir l'ordre, fut lui-même frappé dans la foule par les
-domestiques de l'abbaye.</p>
-
-<p><a id="footnote275" name="footnote275"></a>
-<b><a href="#footnotetag275">275</a></b>: Annal. manusc. de Sainte-Geneviève, fol. 275.</p>
-
-<p><a id="footnote276" name="footnote276"></a>
-<b><a href="#footnotetag276">276</a></b>: Dans les premiers temps, suivant l'auteur de la vie de
-sainte Geneviève, cette église n'avoit qu'un seul portique, où étoient
-simplement peintes les histoires des patriarches, des prophètes, des
-martyrs et des confesseurs. La sculpture ne fut employée que
-long-temps après pour ces sortes de représentations, et lorsqu'en
-élargissant les églises on jugea à propos d'élargir aussi et
-d'exhausser les portiques.</p>
-
-<p><a id="footnote277" name="footnote277"></a>
-<b><a href="#footnotetag277">277</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 152. Le tonnerre étoit tombé sur l'abbaye,
-et y avoit causé de grands dommages; le clocher avoit été renversé,
-les cloches avoient été fondues, et plusieurs endroits de la maison
-endommagés.</p>
-
-<p><a id="footnote278" name="footnote278"></a>
-<b><a href="#footnotetag278">278</a></b>: Ces figures, de la proportion seulement de quinze à
-dix-huit pouces, ont été déposées au Musée des Petits-Augustins.</p>
-
-<p><a id="footnote279" name="footnote279"></a>
-<b><a href="#footnotetag279">279</a></b>: Deux cents ans avant l'invasion des Normands, et
-lorsque le corps de la sainte étoit encore dans son tombeau, saint
-Éloi avoit effectivement orné ce monument d'ouvrages d'orfévrerie,
-c'est-à-dire de quelques rinceaux d'or et d'argent qui formoient
-au-dessus une espèce de petit édifice. Il fallut les enlever pour
-ouvrir ce tombeau; et les précieuses reliques, transportées dans un
-coffre de bois, y restèrent jusqu'au treizième siècle, sans autres
-décorations que quelques feuilles d'argent dont on imagina de le
-couvrir. Enfin, en 1240, un particulier nommé Godfroy donna une somme
-pour la construction d'une nouvelle châsse; son exemple fut imité par
-d'autres, et c'est alors que l'on construisit ce précieux ouvrage,
-dans lequel il entra, dit-on, cent quatre-vingt-treize marcs d'argent
-et sept marcs et demi d'or. L'orfèvre qui l'avoit fait se nommoit
-<i>Bonard</i>. La translation du corps de la sainte s'y fit le 22 octobre
-1242.</p>
-
-<p><a id="footnote280" name="footnote280"></a>
-<b><a href="#footnotetag280">280</a></b>: Le cardinal y est représenté à genoux sur un coussin,
-les mains jointes. Un génie, sur lequel Saint-Foix s'est fort égayé,
-soutient la queue de son manteau, et l'on ne peut s'empêcher de
-convenir que c'est là en effet une imagination fort ridicule.
-L'exécution de ces figures est froide et sèche; le dessin en est
-pauvre, et d'une grande incorrection; c'est de la sculpture
-très-médiocre. (Déposé aux Petits-Augustins.)</p>
-
-<p><a id="footnote281" name="footnote281"></a>
-<b><a href="#footnotetag281">281</a></b>: Cette figure passoit pour avoir été exécutée par
-<i>Germain Pilon</i>. Elle n'existe point aux Petits-Augustins.</p>
-
-<p><a id="footnote282" name="footnote282"></a>
-<b><a href="#footnotetag282">282</a></b>: Ces constructions ayant occasionné des fouilles dans
-les terres du préau, on y trouva un très-grand nombre de cercueils de
-pierre qui contenoient encore des squelettes, mais pas une seule
-inscription.</p>
-
-<p><a id="footnote283" name="footnote283"></a>
-<b><a href="#footnotetag283">283</a></b>: La bibliothèque de Sainte-Geneviève existe encore et
-continue d'être ouverte au public.</p>
-
-<p><a id="footnote284" name="footnote284"></a>
-<b><a href="#footnotetag284">284</a></b>: Cette procession fut faite, pour la première fois, en
-1229, à l'occasion de la maladie <em>des Ardents</em>. (Voy. t. I, prem.
-part., pag. 288.)</p>
-
-<p><a id="footnote285" name="footnote285"></a>
-<b><a href="#footnotetag285">285</a></b>: Lib. V, cap. 18. Il fut encore tenu deux autres
-conciles dans cette église, en 573 et 615.</p>
-
-<p><a id="footnote286" name="footnote286"></a>
-<b><a href="#footnotetag286">286</a></b>: Prudence, huitième évêque de Paris, y fut enterré en
-400.</p>
-
-<p><a id="footnote287" name="footnote287"></a>
-<b><a href="#footnotetag287">287</a></b>: T. II, p. 381.</p>
-
-<p><a id="footnote288" name="footnote288"></a>
-<b><a href="#footnotetag288">288</a></b>: Dans ses <cite>notes</cite> sur l'histoire de la prise de
-Constantinople par les François en 1204, écrite par Geoffroi de
-Villehardouin: «<i lang="la">Portæ aureæ</i>, dit-il, <i lang="la">dictæ, in majoribus
-civitatibus, portæ præcipuæ per quas solemnes ingressus vel processus
-fieri solebant</i>.»</p>
-
-<p><a id="footnote289" name="footnote289"></a>
-<b><a href="#footnotetag289">289</a></b>: La paroisse en prit le nom, et le changea en celui de
-Saint-Jean, nom que prit aussi la chapelle. On l'appeloit vulgairement
-paroisse <i>du Mont</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote290" name="footnote290"></a>
-<b><a href="#footnotetag290">290</a></b>: L'évêque soumit à la paroisse du Mont tous ceux qui
-feroient bâtir dans le clos Bruneau et dans le clos Mauvoisin. L'abbé
-et les chanoines cédèrent à l'évêque la chapelle Sainte-Geneviève dans
-la Cité, et abandonnèrent la prébende et la vicairie qu'ils avoient à
-Notre-Dame.</p>
-
-<p><a id="footnote291" name="footnote291"></a>
-<b><a href="#footnotetag291">291</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 153 et 154.</p>
-
-<p><a id="footnote292" name="footnote292"></a>
-<b><a href="#footnotetag292">292</a></b>: Ces vitraux sont déposés au Musée des Petits-Augustins.</p>
-
-<p><a id="footnote293" name="footnote293"></a>
-<b><a href="#footnotetag293">293</a></b>: Ces ouvrages de Germain Pilon n'ont point été déposés
-aux Petits-Augustins.</p>
-
-<p><a id="footnote294" name="footnote294"></a>
-<b><a href="#footnotetag294">294</a></b>: Cette belle chaire est encore dans l'église, où elle
-est toujours restée.</p>
-
-<p><a id="footnote295" name="footnote295"></a>
-<b><a href="#footnotetag295">295</a></b>: Ce monument n'est point aux Petits-Augustins.</p>
-
-<p><a id="footnote296" name="footnote296"></a>
-<b><a href="#footnotetag296">296</a></b>: Les cendres de ce grand poëte ont été respectées, et
-sont restées à Saint-Étienne.</p>
-
-<p><a id="footnote297" name="footnote297"></a>
-<b><a href="#footnotetag297">297</a></b>: On a également laissé le corps de cet homme célèbre
-dans son sépulcre; son épitaphe est au Musée des Petits-Augustins.</p>
-
-<p><a id="footnote298" name="footnote298"></a>
-<b><a href="#footnotetag298">298</a></b>: L'église Saint-Étienne-du-Mont est encore aujourd'hui
-une des paroisses de Paris.</p>
-
-<p><a id="footnote299" name="footnote299"></a>
-<b><a href="#footnotetag299">299</a></b>: Les bâtiments de cette communauté sont occupés par des
-particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote300" name="footnote300"></a>
-<b><a href="#footnotetag300">300</a></b>: On y trouva des puits au nombre de plus de cent
-cinquante, dont plusieurs avoient jusqu'à quatre-vingts pieds de
-profondeur. On présuma qu'ils avoient été creusés, dans des temps
-très-reculés, par des potiers de terre qui habitoient ce quartier, et
-qui trouvoient en cet endroit les matières avec lesquelles ils
-faisoient de très-belles poteries, dont on a découvert en même temps
-de nombreux fragments.</p>
-
-<p><a id="footnote301" name="footnote301"></a>
-<b><a href="#footnotetag301">301</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 167.</p>
-
-<p><a id="footnote302" name="footnote302"></a>
-<b><a href="#footnotetag302">302</a></b>: La hauteur, depuis le pavé jusqu'au cadre de la lunette
-pratiquée dans le milieu de la voûte, est de cent soixante-dix pieds.
-La châsse de Sainte-Geneviève devoit être placée au centre de ce dôme,
-de manière à être aperçue de tous les points de l'église.</p>
-
-<p><a id="footnote303" name="footnote303"></a>
-<b><a href="#footnotetag303">303</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 156.</p>
-
-<p><a id="footnote304" name="footnote304"></a>
-<b><a href="#footnotetag304">304</a></b>: On y avoit employé jusqu'à deux cents ouvriers à la
-fois, ce qui avoit pu imprimer une sorte de mouvement et
-d'accélération de chute à cette masse suspendue sur des points d'appui
-trop légers, et vicieux dans le mode de leur construction.</p>
-
-<p><a id="footnote305" name="footnote305"></a>
-<b><a href="#footnotetag305">305</a></b>: Ce péristyle est composé de vingt-deux colonnes d'ordre
-corinthien, de cinq pieds et demi de diamètre, de cinquante-huit pieds
-de hauteur, y compris base et chapiteaux. <i>Voy.</i> pl. 155.</p>
-
-<p><a id="footnote306" name="footnote306"></a>
-<b><a href="#footnotetag306">306</a></b>: Il a cent vingt pieds de base sur environ vingt-quatre
-pieds de haut.</p>
-
-<p><a id="footnote307" name="footnote307"></a>
-<b><a href="#footnotetag307">307</a></b>: Feu M. Legrand.</p>
-
-<p><a id="footnote308" name="footnote308"></a>
-<b><a href="#footnotetag308">308</a></b>: La destination de ce monument fut changée pendant la
-révolution: on le consacra, sous le nom de Panthéon françois, à la
-sépulture des Grands Hommes, et l'on sait quels hommes y furent alors
-enterrés. (Voy. l'article <a href="#monumentsnouveaux595"><i>monuments nouveaux</i></a>.)</p>
-
-<p><a id="footnote309" name="footnote309"></a>
-<b><a href="#footnotetag309">309</a></b>: <cite>Hist. univ.</cite>, t. III, p. 105.</p>
-
-<p><a id="footnote310" name="footnote310"></a>
-<b><a href="#footnotetag310">310</a></b>: T. I, p. 410.</p>
-
-<p><a id="footnote311" name="footnote311"></a>
-<b><a href="#footnotetag311">311</a></b>: <cite>Livre Rouge de l'hôtel-de-Ville</cite>, fol. 112, v<sup>o</sup>. Ces
-maisons sont celles qui étoient contiguës au collége de Cluni, et
-celles qui donnoient sur la rue Saint-Jacques, touchant à la voûte
-Saint-Quentin, où est aujourd'hui l'entrée de ce côté-là.</p>
-
-<p class="source">(<span class="smcap">Jaillot.</span>)</p>
-
-<p><a id="footnote312" name="footnote312"></a>
-<b><a href="#footnotetag312">312</a></b>: Ce lieu, destiné aux assemblées des officiers
-municipaux, est appelé, dans des lettres du roi Jean de 1350,
-<i lang="la">Parlamentum</i>, <i lang="la">seu Parlatorium Burgensium</i> (Livre Rouge de
-l'Hôtel-de-Ville, fol. 17, v<sup>o</sup>). Quant à la ruelle, nommée
-<i>Coupe-Gorge</i>, à cause des accidents fréquents qui y arrivoient,
-Sauval et d'autres l'ont confondue avec la rue de <i>Coupe-Gueule</i>,
-située entre la rue de Sorbonne et celle des Maçons.</p>
-
-<p><a id="footnote313" name="footnote313"></a>
-<b><a href="#footnotetag313">313</a></b>: Ce tableau avoit été transporté, vers les derniers
-temps, dans la salle des exercices, connue sous le nom d'<i>Écoles de
-Saint-Thomas</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote314" name="footnote314"></a>
-<b><a href="#footnotetag314">314</a></b>: Cette statue, en pierre de liais, se voit aux
-Petits-Augustins; le masque est en albâtre.</p>
-
-<p><a id="footnote315" name="footnote315"></a>
-<b><a href="#footnotetag315">315</a></b>: Il se consacra à Dieu après la mort de son fils, qui
-s'étoit noyé dans l'Isère; céda ses états à Philippe VI; entra dans
-l'ordre de Saint-Dominique; fut successivement prêtre, patriarche
-d'Alexandrie, et administrateur perpétuel de l'évêché de Reims. Après
-sa mort son corps fut transporté à son couvent de Paris, et enterré
-auprès de Clémence, reine de France, et s&oelig;ur de sa mère. Sa
-tombe étoit composée de quatre grandes plaques de cuivre jetées en
-moule. Il y étoit représenté revêtu des habits de son ordre, la chape
-plus courte que sa robe. Il avoit la mitre, les gants, le pallium qui
-descendoît jusqu'à ses pieds, et tenoit sous son bras gauche le bâton
-de la croix patriarcale.</p>
-
-<p><a id="footnote316" name="footnote316"></a>
-<b><a href="#footnotetag316">316</a></b>: Les bustes de ces deux personnages accompagnoient leurs
-monuments.</p>
-
-<p><a id="footnote317" name="footnote317"></a>
-<b><a href="#footnotetag317">317</a></b>: La dévotion à la confrérie du Rosaire attiroit dans
-cette église un grand concours de peuple, tous les premiers dimanches
-du mois. La reine Anne d'Autriche engagea Louis XIII à y entrer, et y
-fit inscrire Louis XIV, son fils, encore au berceau. Depuis cette
-époque la coutume s'étoit introduite d'y faire inscrire les enfants de
-France peu de temps après leur naissance.</p>
-
-<p><a id="footnote318" name="footnote318"></a>
-<b><a href="#footnotetag318">318</a></b>: La statue de ce prélat avoit été déposée aux
-Petits-Augustins.</p>
-
-<p><a id="footnote319" name="footnote319"></a>
-<b><a href="#footnotetag319">319</a></b>: Les bâtiments des Jacobins ont été détruits en grande
-partie: l'église, qui existe encore, sert de magasin.</p>
-
-<p><a id="footnote320" name="footnote320"></a>
-<b><a href="#footnotetag320">320</a></b>: T. I, p. 226.</p>
-
-<p><a id="footnote321" name="footnote321"></a>
-<b><a href="#footnotetag321">321</a></b>: T. I, p. 223.</p>
-
-<p><a id="footnote322" name="footnote322"></a>
-<b><a href="#footnotetag322">322</a></b>: Pastor. A, p. 596; B, p. 93; D. 56; <cite>Gall. christ.</cite>, t.
-VII; <cite>Instrum.</cite>, col. 31.</p>
-
-<p><a id="footnote323" name="footnote323"></a>
-<b><a href="#footnotetag323">323</a></b>: <i>Voy.</i> t. I, prem. part., p. 361.</p>
-
-<p><a id="footnote324" name="footnote324"></a>
-<b><a href="#footnotetag324">324</a></b>: Pastor. A, p. 654.</p>
-
-<p><a id="footnote325" name="footnote325"></a>
-<b><a href="#footnotetag325">325</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 157.</p>
-
-<p><a id="footnote326" name="footnote326"></a>
-<b><a href="#footnotetag326">326</a></b>: C'est-à-dire qu'elle pouvoit être lue également de
-gauche à droite et de droite à gauche.</p>
-
-<p><a id="footnote327" name="footnote327"></a>
-<b><a href="#footnotetag327">327</a></b>: L'église Saint-Étienne-des-Grès a été détruite.</p>
-
-<p><a id="footnote328" name="footnote328"></a>
-<b><a href="#footnotetag328">328</a></b>: <i>Voy.</i> t. II, 2<sup>e</sup> part., p. 1249.</p>
-
-<p><a id="footnote329" name="footnote329"></a>
-<b><a href="#footnotetag329">329</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 158. Elle a été rendue au culte.</p>
-
-<p><a id="footnote330" name="footnote330"></a>
-<b><a href="#footnotetag330">330</a></b>: <cite>Hist. des Ordr. rel.</cite>, t. II, p. 280.</p>
-
-<p><a id="footnote331" name="footnote331"></a>
-<b><a href="#footnotetag331">331</a></b>: L'abbé Lebeuf, t. I, p. 246.</p>
-
-<p><a id="footnote332" name="footnote332"></a>
-<b><a href="#footnotetag332">332</a></b>: L'abbé Lebeuf, t. I, p. 247.</p>
-
-<p><a id="footnote333" name="footnote333"></a>
-<b><a href="#footnotetag333">333</a></b>: <i>Voy.</i> tom. I, 2<sup>e</sup> part., p. 583.</p>
-
-<p><a id="footnote334" name="footnote334"></a>
-<b><a href="#footnotetag334">334</a></b>: Dès 1480 l'abbaye Saint-Magloire étoit possédée en
-commande. Catherine de Médicis, long-temps avant la translation, avoit
-demandé la suppression du titre et de la dignité abbatiale, et l'union
-des revenus à l'évêché de Paris, ce qui fut accordé par une bulle de
-Pie IV en 1564, et confirmé, en 1575, par une autre bulle de Grégoire
-XIII.</p>
-
-<p><a id="footnote335" name="footnote335"></a>
-<b><a href="#footnotetag335">335</a></b>: Ce séminaire est maintenant occupé par l'institution
-des Sourds-Muets.</p>
-
-<p><a id="footnote336" name="footnote336"></a>
-<b><a href="#footnotetag336">336</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 159. Cette église a été rendue au culte.</p>
-
-<p><a id="footnote337" name="footnote337"></a>
-<b><a href="#footnotetag337">337</a></b>: Ce fut, dit-on, ce tableau qui commença la réputation
-de cet habile peintre.</p>
-
-<p><a id="footnote338" name="footnote338"></a>
-<b><a href="#footnotetag338">338</a></b>: Sauval, t. I, p. 658 et 714.</p>
-
-<p><a id="footnote339" name="footnote339"></a>
-<b><a href="#footnotetag339">339</a></b>: Son mérite et ses talents le firent choisir depuis pour
-être sous-précepteur des enfants de France.</p>
-
-<p><a id="footnote340" name="footnote340"></a>
-<b><a href="#footnotetag340">340</a></b>: Les bâtiments de cette communauté sont occupés
-maintenant par une pension.</p>
-
-<p><a id="footnote341" name="footnote341"></a>
-<b><a href="#footnotetag341">341</a></b>: T. II, p. 418.</p>
-
-<p><a id="footnote342" name="footnote342"></a>
-<b><a href="#footnotetag342">342</a></b>: Entre autres, M. Cabou, conseiller au grand conseil, et
-mademoiselle Ferret.</p>
-
-<p><a id="footnote343" name="footnote343"></a>
-<b><a href="#footnotetag343">343</a></b>: Cette maison est occupée maintenant par une communauté
-de dames de Charité.</p>
-
-<p><a id="footnote344" name="footnote344"></a>
-<b><a href="#footnotetag344">344</a></b>: Sauval, t. II, p. 706.</p>
-
-<p><a id="footnote345" name="footnote345"></a>
-<b><a href="#footnotetag345">345</a></b>: T. I, p. 661.</p>
-
-<p><a id="footnote346" name="footnote346"></a>
-<b><a href="#footnotetag346">346</a></b>: Les bâtiments de cette communauté sont occupés par une
-pension.</p>
-
-<p><a id="footnote347" name="footnote347"></a>
-<b><a href="#footnotetag347">347</a></b>: <i>Voy.</i> t. II, 2<sup>e</sup> part., p. 709.</p>
-
-<p><a id="footnote348" name="footnote348"></a>
-<b><a href="#footnotetag348">348</a></b>: Cette maison est maintenant habitée par des
-particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote349" name="footnote349"></a>
-<b><a href="#footnotetag349">349</a></b>: Les bâtiments des Ursulines ont été démolis.</p>
-
-<p><a id="footnote350" name="footnote350"></a>
-<b><a href="#footnotetag350">350</a></b>: Les bâtiments de cette maison servent d'atelier à une
-manufacture de coton.</p>
-
-<p><a id="footnote351" name="footnote351"></a>
-<b><a href="#footnotetag351">351</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 167.</p>
-
-<p><a id="footnote352" name="footnote352"></a>
-<b><a href="#footnotetag352">352</a></b>: Les bâtiments de cette communauté sont en partie
-détruits, en partie habités par des particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote353" name="footnote353"></a>
-<b><a href="#footnotetag353">353</a></b>: On a établi une fonderie dans cette maison.</p>
-
-<p><a id="footnote354" name="footnote354"></a>
-<b><a href="#footnotetag354">354</a></b>: Nous avons déjà dit plusieurs fois que sa statue se
-plaçoit ordinairement dans les cimetières, et que dans la plupart il y
-avoit un oratoire sous son nom. L'abbé Lebeuf ayant trouvé en cet
-endroit un moulin qui subsistoit encore à la fin du siècle dernier, et
-qu'on nommoit le moulin <i>de la Tombe-Isoire</i> (t. I, p. 230), en a
-conclu que ce nom ne signifioit, par corruption, qu'un assemblage de
-tombes. Jaillot ne trouve aucun titre qui puisse faire penser qu'on
-ait jamais employé le mot de <i>Tombe-isoire</i> pour désigner un
-cimetière, et sans daigner s'arrêter à réfuter la fable d'un géant
-nommé Isore, que l'on supposoit enterré en ce lieu, il rapporte
-plusieurs actes dans lesquels il a lu <i lang="la">apud tumbam Ysore</i>, et prouve
-que c'étoit le nom d'une famille encore connue au seizième siècle, et
-qui occupoit une grande maison aboutissant à la place Maubert. (Cens.
-de Sainte-Geneviève, de 1540, fol. 15.)</p>
-
-<p><a id="footnote355" name="footnote355"></a>
-<b><a href="#footnotetag355">355</a></b>: Cart. B. M. de Campis, fol. 34.</p>
-
-<p><a id="footnote356" name="footnote356"></a>
-<b><a href="#footnotetag356">356</a></b>: On assuroit, par tradition, dans le couvent des
-Carmélites, qu'il y avoit sous cette crypte, située au fond de
-l'église, une autre cave encore plus basse; ce qui sembleroit indiquer
-des restes de sépulcres romains. Peut-être est-ce en ce lieu
-souterrain que saint Denis rassembloit les fidèles. Son image ou celle
-de saint Martin de Tours étoit sculptée sur le trumeau de la grande
-porte; et les six grandes statues placées aux deux côtés du portique
-représentoient sensiblement Moïse, Aaron, David, Salomon et deux
-autres prophètes.</p>
-
-<p class="source">(<span class="smcap">Lebeuf.</span>)</p>
-
-<p><a id="footnote357" name="footnote357"></a>
-<b><a href="#footnotetag357">357</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 167.</p>
-
-<p><a id="footnote358" name="footnote358"></a>
-<b><a href="#footnotetag358">358</a></b>: Ce tableau, maintenant déposé, ainsi que plusieurs
-autres de cette église, dans le Musée du roi, a été à la fois l'objet
-d'éloges outrés et de contes ridicules. C'est encore un préjugé assez
-généralement répandu qu'il offre l'image de madame de La Vallière, et
-que jamais Le Brun n'a rien fait de plus beau. Cependant il n'y a pas,
-dans cette figure, le moindre rapport de ressemblance avec les
-portraits bien authentiques de cette dame célèbre; et du reste, ce
-tableau, loin d'être un des meilleurs de l'artiste, peut être
-justement mis au rang de ses plus médiocres. L'expression manque de
-vérité; l'attitude est maniérée et théâtrale; il y a de l'exagération
-dans la couleur. Du reste, c'est ainsi que l'on a long-temps jugé,
-parmi nous, les productions des beaux-arts, sans goût, sans méthode,
-sans aucunes connoissances positives.</p>
-
-<p><a id="footnote359" name="footnote359"></a>
-<b><a href="#footnotetag359">359</a></b>: Cette décoration, ainsi que les peintures de la voûte,
-étoit due aux libéralités de la reine Marie de Médicis.</p>
-
-<p><a id="footnote360" name="footnote360"></a>
-<b><a href="#footnotetag360">360</a></b>: On y exposoit, une ou deux fois par an, un grand soleil
-enrichi de pierreries du plus grand prix.</p>
-
-<p><a id="footnote361" name="footnote361"></a>
-<b><a href="#footnotetag361">361</a></b>: Le cardinal est représenté à genoux, les mains croisées
-sur sa poitrine, et dans l'attitude de la prière. L'exécution de cette
-figure est lourde et molle dans toutes ses parties. Les bas-reliefs
-sont au nombre de trois, dont deux sur les faces latérales
-représentent les sacrifices de l'ancienne et de la nouvelle loi;
-l'autre, sur le devant de la plinthe, offre les armes du cardinal. Ils
-nous ont paru d'un meilleur style, et plusieurs parties en sont même
-traitées avec une sorte de délicatesse. (Déposé aux Petits-Augustins.)</p>
-
-<p><a id="footnote362" name="footnote362"></a>
-<b><a href="#footnotetag362">362</a></b>: Tous les embellissements de cette chapelle avoient été
-faits par les libéralités de l'abbé Le Camus.</p>
-
-<p><a id="footnote363" name="footnote363"></a>
-<b><a href="#footnotetag363">363</a></b>: L'épitaphe de ce savant homme, trop longue pour être
-rapportée ici, avoit été composée par Rollin.</p>
-
-<p><a id="footnote364" name="footnote364"></a>
-<b><a href="#footnotetag364">364</a></b>: Gall. Christ., t. VII, inst. col. 196.</p>
-
-<p><a id="footnote365" name="footnote365"></a>
-<b><a href="#footnotetag365">365</a></b>: Dans cette pierre fut encastrée une médaille d'or de
-trois pouces et demi de diamètre, pesant un marc trois onces, sur
-laquelle est d'un côté le portrait de Louis XIV, porté par la reine sa
-mère, avec cette inscription: <i lang="la">Anna, Dei gratiâ, Francorum et Navarræ
-regina regens, mater Ludovici XIV, Dei gratiâ, Franciæ et Navarræ
-regis christianissimi</i>. Au revers sont gravés le portail et la façade
-de l'église, et autour est écrit: <i lang="la">Ob gratiam diù desiderati regii et
-secundi partûs</i>. Au bas sont marqués le jour et l'année de la
-naissance de Louis XIV. <i lang="la">Quinto septembris</i> 1638.</p>
-
-<p><a id="footnote366" name="footnote366"></a>
-<b><a href="#footnotetag366">366</a></b>: Piqué du traitement qu'il venoit d'éprouver, Mansard,
-pour s'en venger, engagea M. Henri du Plessis Guénégaud, secrétaire
-d'état, à faire bâtir, dans son château de Frêne, à sept lieues de
-Paris, une chapelle, dans laquelle cet architecte exécuta en petit le
-dessin qu'il avoit conçu pour le Val-de-Grâce. Les historiens de
-Paris, accoutumés à juger les objets d'arts sur parole, et d'après les
-réputations bien ou mal fondées, n'ont pas manqué de dire que c'étoit
-le chef-d'&oelig;uvre de l'architecture françoise. La vérité est que
-ce monument, dont la partie la plus remarquable est un dôme sur
-pendentifs, n'offre rien d'extraordinaire que la singularité de
-l'exécution sur une si petite échelle: il n'a que dix-huit pieds de
-diamètre. Le plan n'en est pas même très-heureux.</p>
-
-<p><a id="footnote367" name="footnote367"></a>
-<b><a href="#footnotetag367">367</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 160.</p>
-
-<p><a id="footnote368" name="footnote368"></a>
-<b><a href="#footnotetag368">368</a></b>: Cette chapelle, placée derrière le chevet du dôme de
-l'église, étoit enfermée dans une enceinte particulière par des murs
-de clôture de neuf pieds de hauteur, et destinée uniquement aux
-religieuses. Le grand autel élevé entre cette chapelle et la nef étoit
-double, et disposé de manière que ces filles pouvoient y recevoir la
-communion et adorer le Saint-Sacrement sans être vues des personnes du
-dehors.</p>
-
-<p><a id="footnote369" name="footnote369"></a>
-<b><a href="#footnotetag369">369</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 161.</p>
-
-<p><a id="footnote370" name="footnote370"></a>
-<b><a href="#footnotetag370">370</a></b>: Le premier qui y fut déposé fut celui de madame
-Anne-Élisabeth de France, première fille de Louis XIV, morte en 1662;
-Anne d'Autriche voulut aussi donner le sien aux religieuses du
-Val-de-Grâce, comme une dernière marque de son affection; et depuis,
-cet usage a toujours subsisté pour tous les princes et princesses de
-la maison royale. On disposa en conséquence un caveau au-dessous de
-cette chapelle; il fut revêtu de marbre, et au milieu de la chapelle,
-tendue en velours noir rehaussé d'armoiries d'argent, on éleva une
-estrade surmontée d'un dais, où ces portions de leurs dépouilles
-mortelles furent long-temps exposées avant d'être inhumées dans le
-caveau. Le 17 janvier 1696, un ordre du roi les y fit descendre, à
-l'exception de ceux d'Anne d'Autriche et du duc d'Orléans, qui
-restèrent dans la chapelle.</p>
-
-<p><a id="footnote371" name="footnote371"></a>
-<b><a href="#footnotetag371">371</a></b>: La voûte de la chapelle offre, dans six médaillons, les
-têtes de la sainte Vierge, de saint Joseph, de sainte Anne, de saint
-Joachim, de sainte Élisabeth, de saint Zacharie. On y voit en outre
-des figures d'anges chargés de cartels, avec des inscriptions et des
-hiéroglyphes relatifs à ces divers personnages.</p>
-
-<p>Aux quatre angles du dôme, dans quatre médaillons, sont les quatre
-Évangélistes, accompagnés d'anges portant également des inscriptions
-dans des cartels. Sur les arcades des neuf chapelles, dont trois sont
-sous le dôme et six dans la nef, des figures allégoriques présentent
-les divers attributs de la Vierge, tels que la Patience, la Pauvreté,
-l'Humilité, l'Innocence, la Virginité, la Prudence, la Justice, la
-Piété, etc., etc.</p>
-
-<p><a id="footnote372" name="footnote372"></a>
-<b><a href="#footnotetag372">372</a></b>: Dans la partie la plus élevée de la composition on voit
-un ange qui tient ouvert le livre des sceaux, où sont écrits les noms
-des élus. De côté et d'autre, des saints distribués par groupes,
-patriarches, apôtres, martyrs, vierges, confesseurs, etc., sont abîmés
-dans la contemplation de la majesté divine, etc.</p>
-
-<p>Dans la partie inférieure, la reine Anne d'Autriche est représentée
-conduite par sainte Anne et par saint Louis au pied du trône de
-l'Éternel, et lui offrant le plan du dôme qu'elle vient de construire.
-Vers le point le plus élevé de la voûte la vue se perd dans les
-espaces infinis des cieux.</p>
-
-<p><a id="footnote373" name="footnote373"></a>
-<b><a href="#footnotetag373">373</a></b>: L'église du Val-de-Grâce est une de celles qui ont le
-moins souffert de la révolution, quoique sa destination ait changé:
-car le couvent est maintenant un hôpital militaire, et l'église un
-dépôt d'effets destinés à ce genre d'hôpitaux. Toutefois des mesures
-ont été prises pour la conservation du pavement en marbre et de
-l'architecture, au moyen d'un plancher superposé et de cloisons qui
-les préservent. L'autel principal et son riche baldaquin sont
-également garantis et conservés.</p>
-
-<p><a id="footnote374" name="footnote374"></a>
-<b><a href="#footnotetag374">374</a></b>: Son attachement pour elles étoit si grand, qu'elle se
-fit faire, dans la clôture de leur monastère, un appartement et un
-oratoire, où elle se retiroit très-souvent, surtout dans les grandes
-fêtes de l'année. On compte que, depuis le commencement de sa régence
-jusqu'à sa mort, elle y passa cent quarante-six nuits.</p>
-
-<p><a id="footnote375" name="footnote375"></a>
-<b><a href="#footnotetag375">375</a></b>: Cette union fut autorisée et confirmée par le roi, à la
-charge de recevoir gratuitement douze demoiselles; nombre qui fut
-depuis réduit à six.</p>
-
-<p><a id="footnote376" name="footnote376"></a>
-<b><a href="#footnotetag376">376</a></b>: Sauval, t. I, p. 649.</p>
-
-<p><a id="footnote377" name="footnote377"></a>
-<b><a href="#footnotetag377">377</a></b>: <i>Voy.</i> t. I, 2<sup>e</sup> part., p. 992.</p>
-
-<p><a id="footnote378" name="footnote378"></a>
-<b><a href="#footnotetag378">378</a></b>: Cette maison sert maintenant d'hôpital pour les
-maladies vénériennes.</p>
-
-<p><a id="footnote379" name="footnote379"></a>
-<b><a href="#footnotetag379">379</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 162. Cette maison, maintenant connue sous le
-nom d'hospice <i>Cochin</i>, a été rendue à sa première destination.</p>
-
-<p><a id="footnote380" name="footnote380"></a>
-<b><a href="#footnotetag380">380</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 163 et 166.</p>
-
-<p><a id="footnote381" name="footnote381"></a>
-<b><a href="#footnotetag381">381</a></b>: <cite>Hist. univ. Paris.</cite>, t. II, p. 572.</p>
-
-<p><a id="footnote382" name="footnote382"></a>
-<b><a href="#footnotetag382">382</a></b>: Les auteurs du Dictionnaire de Trévoux.</p>
-
-<p><a id="footnote383" name="footnote383"></a>
-<b><a href="#footnotetag383">383</a></b>: Jaillot n'adopte point l'opinion, avancée par
-plusieurs, qu'on enseignoit alors la médecine dans les écoles de la
-cathédrale, et même à l'entrée de l'église. «On a pu, dit-il,
-s'assembler et prendre des décisions près le bénitier, <i lang="la">ad cupam B. M.
-inter duas cupas</i>, sans qu'on doive en conclure qu'on y donnoit des
-leçons. Il en est de même de l'église de Sainte-Geneviève-la-Petite
-(des Ardents), de Saint-Éloi, de Saint-Julien-le-Pauvre, des
-Bernardins, des Mathurins, de Saint-Yves, etc. Tous ces endroits ne me
-paroissent point devoir être considérés comme des écoles, mais comme
-des lieux d'assemblée de la faculté, ou pour traiter des affaires de
-son corps, ou pour faire des actes de religion.»</p>
-
-<p><a id="footnote384" name="footnote384"></a>
-<b><a href="#footnotetag384">384</a></b>: En 1678, la plus grande partie des bâtiments avoit été
-refaite ou réparée par les bienfaits de M. Lemasle des Roches, chantre
-et chanoine de l'église de Paris.</p>
-
-<p><a id="footnote385" name="footnote385"></a>
-<b><a href="#footnotetag385">385</a></b>: Le doyen de la faculté de médecine étoit élu tous les
-ans, le premier samedi d'après la Toussaint; mais on le continuoit
-ordinairement deux années dans sa charge. C'étoit lui qui indiquoit
-les assemblées, qui présidoit et concluoit à la pluralité des voix. Il
-avoit sa place au tribunal du recteur de l'Université, et y donnoit sa
-voix au nom de sa faculté. L'érection des professeurs se faisoit le
-même jour que celle des doyens.</p>
-
-<p><a id="footnote386" name="footnote386"></a>
-<b><a href="#footnotetag386">386</a></b>: <i>Voy.</i> Jaillot, quart. Saint-Benoît, p. 193.</p>
-
-<p><a id="footnote387" name="footnote387"></a>
-<b><a href="#footnotetag387">387</a></b>: Hist. de Paris, t. III, p. 490.</p>
-
-<p><a id="footnote388" name="footnote388"></a>
-<b><a href="#footnotetag388">388</a></b>: L'un des nouveaux boursiers devoit être prêtre, et
-avoir 6 sous par semaine; les autres 4 sous, comme ceux de la première
-fondation.</p>
-
-<p><a id="footnote389" name="footnote389"></a>
-<b><a href="#footnotetag389">389</a></b>: Du Breul, pag. 692.&mdash;Hist. de Par., t. I, pag. 592.</p>
-
-<p><a id="footnote390" name="footnote390"></a>
-<b><a href="#footnotetag390">390</a></b>: Le nom de <i>Torchi</i> étoit celui d'une terre appartenant
-à cette famille.</p>
-
-<p><a id="footnote391" name="footnote391"></a>
-<b><a href="#footnotetag391">391</a></b>: Sauval fait mention d'un collége établi dans cette rue,
-et qui existoit encore en 1410; on le nommoit collége de <i>Suesse</i>,
-c'est-à-dire de Danemarck. Jaillot pense que ce pouvoit être celui de
-<i>Dace</i>, dont nous avons parlé à l'article du collége de Laon.</p>
-
-<p>Il y avoit encore dans cette même rue, et près de
-Saint-Jean-de-Latran, un autre collége nommé le collége de <i>Tonnerre</i>.
-Un acte de 1406 nous apprend qu'il avoit été fondé par l'abbé et par
-les religieux de Saint-Jean-en-Vallée. Quant à son nom, il le devoit à
-l'abbé lui-même, lequel se nommoit Richard de Tonnerre. On ignore en
-quel temps ce collége a cessé d'exister.</p>
-
-<p>La chapelle existe encore, ainsi que les bâtiments; ils sont occupés
-par des particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote392" name="footnote392"></a>
-<b><a href="#footnotetag392">392</a></b>: Hist. de Par., t. III, p. 427.</p>
-
-<p><a id="footnote393" name="footnote393"></a>
-<b><a href="#footnotetag393">393</a></b>: Guillaume Postel professa autrefois dans le collége des
-Lombards, et avec tant de célébrité, qu'on raconte que la grand'salle
-de cette maison, ne pouvant contenir la foule de ceux qui venoient
-l'entendre, il étoit obligé de les faire descendre dans la cour, et de
-leur donner leçon par une des fenêtres.</p>
-
-<p><a id="footnote394" name="footnote394"></a>
-<b><a href="#footnotetag394">394</a></b>: Ce collége est maintenant habité par des particuliers:
-la chapelle sert de magasin.</p>
-
-<p><a id="footnote395" name="footnote395"></a>
-<b><a href="#footnotetag395">395</a></b>: Deux de ces statues avoient été déposées au Musée des
-Petits-Augustins.</p>
-
-<p><a id="footnote396" name="footnote396"></a>
-<b><a href="#footnotetag396">396</a></b>: <i>Voy.</i> prem. part. de ce volume, p. 600.</p>
-
-<p><a id="footnote397" name="footnote397"></a>
-<b><a href="#footnotetag397">397</a></b>: Hist. de Par., t. III, p. 431.</p>
-
-<p><a id="footnote398" name="footnote398"></a>
-<b><a href="#footnotetag398">398</a></b>: Le <i lang="la">committimus</i> étoit un droit que le roi accordoit
-aux officiers de sa maison et à qui il lui plaisoit, de plaider en
-première instance aux requêtes du palais ou de l'hôtel, dans les
-matières personnelles, possessoires ou mixtes, et d'y faire envoyer ou
-évoquer celles où ils avoient intérêt.</p>
-
-<p><a id="footnote399" name="footnote399"></a>
-<b><a href="#footnotetag399">399</a></b>: Les <em>commensaux</em> étoient les officiers des maisons du
-roi, de la reine, des enfants de France, des princes du sang. Au droit
-de <i lang="la">committimus</i>, ils joignoient celui d'être exempts de corvée, de
-guet et de garde. Ils avoient droit de préséance sur les juges des
-seigneurs, droits honorifiques dans les églises avant les
-marguilliers, etc., etc.</p>
-
-<p><a id="footnote400" name="footnote400"></a>
-<b><a href="#footnotetag400">400</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 164 et 166.</p>
-
-<p><a id="footnote401" name="footnote401"></a>
-<b><a href="#footnotetag401">401</a></b>: La bulle de confirmation donnée par le pape Jean XXII
-n'est que du 30 juillet 1322; mais Jaillot a prouvé que le collége
-existoit avant cette époque, et dès 1317.</p>
-
-<p><a id="footnote402" name="footnote402"></a>
-<b><a href="#footnotetag402">402</a></b>: Il affecta vingt bourses aux artiens, dix aux
-philosophes, et dix aux théologiens ou étudiants en droit canon. Les
-petites bourses étoient fixées à 2 sous par semaine, celles des
-philosophes à 4 sous, et celles des théologiens à 6 sous. Le fondateur
-établit en même temps trois chapelains, dont les bourses étoient les
-mêmes que celles des théologiens, et le maître ou principal eut 8 sous
-par semaine.</p>
-
-<p><a id="footnote403" name="footnote403"></a>
-<b><a href="#footnotetag403">403</a></b>: Jaillot, quart. S. Ben., p. 115.</p>
-
-<p><a id="footnote404" name="footnote404"></a>
-<b><a href="#footnotetag404">404</a></b>: On sait qu'il se nommoit du Plessis-Richelieu.</p>
-
-<p><a id="footnote405" name="footnote405"></a>
-<b><a href="#footnotetag405">405</a></b>: Il sert maintenant de logement à des professeurs de la
-nouvelle Université.</p>
-
-<p><a id="footnote406" name="footnote406"></a>
-<b><a href="#footnotetag406">406</a></b>: Il étoit ainsi nommé parce qu'il avoit appartenu à
-Bernard de La Tour, évêque de Langres.</p>
-
-<p><a id="footnote407" name="footnote407"></a>
-<b><a href="#footnotetag407">407</a></b>: Il fit donner à cet effet la somme de 53,156 livres.</p>
-
-<p><a id="footnote408" name="footnote408"></a>
-<b><a href="#footnotetag408">408</a></b>: La translation du collége de Lisieux y avoit déjà été
-ordonnée en 1762; celle du collége de Beauvais le fut en 1763. Voici
-les noms des autres colléges réunis à celui de Louis-le-Grand:</p>
-
-<ul class="none">
-<li>Le collége de Notre-Dame, dit des Dix-Huit.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; des Bons-Enfants.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; du Trésorier.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; des Cholets.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; de Bayeux.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; de Laon.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; de Presle.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; de Narbonne.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; de Cornouaille.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; d'Arras.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; de Tréguier.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; de Bourgogne.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; de l'Ave-Maria.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; d'Autun.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; de Cambrai.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; de Justice.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; de Roissi.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; de Maître-Gervais.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; de Dainville.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; de Fortet.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; de Chanac.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; de Reims.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; de Séez.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; du Mans.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; de Sainte-Barbe.</li>
-<li>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; de Grand-Mont.</li>
-</ul>
-
-<p><a id="footnote409" name="footnote409"></a>
-<b><a href="#footnotetag409">409</a></b>: Le collége de Louis-le-Grand est maintenant un des cinq
-colléges royaux de Paris.</p>
-
-<p><a id="footnote410" name="footnote410"></a>
-<b><a href="#footnotetag410">410</a></b>: Ce collége, dont il reste encore des parties, offre sur
-sa façade des sculptures gothiques qui n'ont point encore été
-remarquées, et qui sont au nombre des plus élégantes et des plus
-délicates qu'il y ait à Paris. Ses portes, tellement basses qu'elles
-excèdent à peine la hauteur d'un homme, présentent encore une
-singularité très-remarquable<a id="footnotetag410-A" name="footnotetag410-A"></a><a href="#footnote410-A" title="Lien vers la note 410-A"><span class="smaller">[410-A]</span></a>.</p>
-
-<p><a id="footnote410-A" name="footnote410-A"></a>
-<b><a href="#footnotetag410-A">410-A</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 166.</p>
-
-<p><a id="footnote411" name="footnote411"></a>
-<b><a href="#footnotetag411">411</a></b>: Hist. de Paris, t. II, pag. 1047.</p>
-
-<p><a id="footnote412" name="footnote412"></a>
-<b><a href="#footnotetag412">412</a></b>: Ce territoire, d'abord planté de vignes, avoit depuis
-été occupé par l'hôtel et les jardins des évêques de Châlons, et par
-un hôtel contigu appelé le <i>Château-Fêtu</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote413" name="footnote413"></a>
-<b><a href="#footnotetag413">413</a></b>: Elle fut construite en 1694, et bénite la même année.</p>
-
-<p><a id="footnote414" name="footnote414"></a>
-<b><a href="#footnotetag414">414</a></b>: Liv. II, p. 732.</p>
-
-<p><a id="footnote415" name="footnote415"></a>
-<b><a href="#footnotetag415">415</a></b>: Le testament du sieur Coqueret est de 1463, et le
-collége de Sainte-Barbe ne fut fondé qu'en 1556.</p>
-
-<p><a id="footnote416" name="footnote416"></a>
-<b><a href="#footnotetag416">416</a></b>: Il périt malheureusement à Voltri, en allant au concile
-de Pise, le 8 juin de cette même année.</p>
-
-<p><a id="footnote417" name="footnote417"></a>
-<b><a href="#footnotetag417">417</a></b>: À la tête de leurs noms on lit celui du fameux Jean
-<i>Gerson</i>, chancelier de l'Université.</p>
-
-<p><a id="footnote418" name="footnote418"></a>
-<b><a href="#footnotetag418">418</a></b>: Hist. univ., t. VI, p. 72.</p>
-
-<p><a id="footnote419" name="footnote419"></a>
-<b><a href="#footnotetag419">419</a></b>: <i>Voy.</i> t. II, 2<sup>e</sup> part., p. 993.</p>
-
-<p><a id="footnote420" name="footnote420"></a>
-<b><a href="#footnotetag420">420</a></b>: Quatre devoient être d'Aurillac, sa patrie, ou du
-diocèse de Saint-Flour; et quatre de la ville de Paris.</p>
-
-<p><a id="footnote421" name="footnote421"></a>
-<b><a href="#footnotetag421">421</a></b>: C'est dans le collége de Fortet que furent tenues les
-premières assemblées de la Ligue. (<i>Voy.</i> prem. part. de ce volume,
-pag. 271.)</p>
-
-<p><a id="footnote422" name="footnote422"></a>
-<b><a href="#footnotetag422">422</a></b>: Les bâtiments de ce collége forment maintenant
-plusieurs maisons particulières.</p>
-
-<p><a id="footnote423" name="footnote423"></a>
-<b><a href="#footnotetag423">423</a></b>: Pierre étoit entré dans l'ordre de Saint-Benoît, et
-Gilles étoit alors employé dans des négociations importantes.</p>
-
-<p><a id="footnote424" name="footnote424"></a>
-<b><a href="#footnotetag424">424</a></b>: M. Crévier.</p>
-
-<p><a id="footnote425" name="footnote425"></a>
-<b><a href="#footnotetag425">425</a></b>: <i>Voy.</i> t. II, 2<sup>e</sup> part., pag. 907.</p>
-
-<p><a id="footnote426" name="footnote426"></a>
-<b><a href="#footnotetag426">426</a></b>: Ce collége est maintenant changé en maison d'arrêt.</p>
-
-<p><a id="footnote427" name="footnote427"></a>
-<b><a href="#footnotetag427">427</a></b>: Ce collége, dont la chapelle existe encore, est
-maintenant habité par des particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote428" name="footnote428"></a>
-<b><a href="#footnotetag428">428</a></b>: Agobard. lib. adv. Gundob. legem., cap. 4.</p>
-
-<p><a id="footnote429" name="footnote429"></a>
-<b><a href="#footnotetag429">429</a></b>: Hist., lib. IV, cap. 42.&mdash;C'est lorsque l'on examine
-avec attention le récit des historiens contemporains, et ces divers
-codes sous lesquels étoient régis tous ces peuples et conquis et
-conquérants qui habitoient les Gaules, que l'on est en quelque sorte
-confondu de cet excès d'ignorance ou de mauvaise foi qui a fait naître
-depuis peu à quelques pédants politiques l'idée bizarre de les diviser
-en deux castes, séparées l'une de l'autre par des barrières à jamais
-insurmontables, dont l'une, sous le nom de <em>Francs</em>, se composoit de
-maîtres ou plutôt de tyrans orgueilleux et cruels; l'autre, sous celui
-de <em>Gaulois</em>, d'esclaves ou plutôt d'ilotes réduits à peu près à la
-condition des bêtes de somme. Or, il est remarquable que, dans tout ce
-qui concernoit la police générale et surtout dans les choses que
-l'état de civilisation plus avancé des Gaulois rendoit nouvelles pour
-les Francs, ceux-ci eurent le plus souvent recours aux lois et à la
-police des Romains: c'est ce qu'atteste un écrivain qui vivoit cent
-ans après la conquête<a id="footnotetag429-A" name="footnotetag429-A"></a><a href="#footnote429-A" title="Lien vers la note 429-A"><span class="smaller">[429-A]</span></a>.</p>
-
-<p>Ce seroit encore une grande erreur de croire que la loi romaine ne fit
-que des bourgeois, des prêtres et des plébéïens. Elle faisoit aussi
-des familles nobles, puisque, par diverses dispositions de son code,
-elle faisoit des familles militaires, et que ces dispositions ne
-furent point abrogées. Mais comme les circonstances n'étoient plus les
-mêmes, que la situation des peuples avoit plus de fixité et de
-tranquillité que dans ces temps désastreux, où l'empire penchant vers
-sa ruine et se trouvant entamé et déchiré de toutes parts, tous grands
-et petits étoient indistinctement forcés de prendre les armes; ceux
-qui n'appartenoient pas aux familles militaires rentrèrent
-naturellement dans l'ordre civil d'où ils étoient momentanément
-sortis, et ces familles, les seules où l'on eût le privilége d'être
-soldat en naissant, continuèrent seules de suivre leur ancienne
-profession et furent aussi les seules qui transmirent ce droit et
-cette obligation à leurs enfants.</p>
-
-<p>Ainsi ces soldats romains qui, au rapport de Procope, se donnèrent,
-avec leurs drapeaux et les pays qu'ils gardoient, aux Armoriques et
-aux Germains, conservèrent les m&oelig;urs, l'habillement et les lois
-de leur pays; mais ne cessèrent point d'être soldats. Le récit de
-Procope prouve au contraire qu'ils continuèrent de l'être, et qu'ils
-conservèrent et léguèrent à leurs descendants les avantages et les
-honneurs qui étoient attachés à la condition militaire<a id="footnotetag429-B" name="footnotetag429-B"></a><a href="#footnote429-B" title="Lien vers la note 429-B"><span class="smaller">[429-B]</span></a>. Ainsi
-s'explique le passage de Grégoire de Tours, déjà cité; c'est de la
-jeune noblesse <em>romaine</em> qu'il veut parler, lorsqu'il dit que l'étude
-des lois <em>Théodosiennes</em> étoit une des parties principales de son
-éducation. Certes les barbares n'étudioient point les codes romains
-dont ils n'avoient que faire; les ridicules <em>doctrinaires</em> que nous
-venons de signaler n'oseroient le soutenir et reculeroient eux-mêmes
-devant une pareille absurdité.</p>
-
-<p><a id="footnote429-A" name="footnote429-A"></a>
-<b><a href="#footnotetag429-A">429-A</a></b>: Agathias. <i>Voy.</i> encore t. I, prem. part., p. 55 et
-56.</p>
-
-<p><a id="footnote429-B" name="footnote429-B"></a>
-<b><a href="#footnotetag429-B">429-B</a></b>: <i>Voy.</i> t. II, 2<sup>e</sup> part, p. 801.</p>
-
-<p><a id="footnote430" name="footnote430"></a>
-<b><a href="#footnotetag430">430</a></b>: <cite>Cap. excerp. ex Leg. Longip.</cite>, cap. 49.&mdash;Charlemagne
-répondit à un comte qui l'avoit consulté sur une loi dont
-l'interprétation sembloit lui offrir quelques difficultés «Si vos
-doutes portent sur la loi Salique, <i>adressez-vous à notre plaid
-général</i>.»</p>
-
-<p><a id="footnote431" name="footnote431"></a>
-<b><a href="#footnotetag431">431</a></b>: L'empereur Basile et ses successeurs firent une autre
-compilation de lois sous le nom de <em>Basiliques</em>. Dans l'Occident, et
-particulièrement dans la partie des Gaules où l'on suivoit le droit
-écrit, on ne connoissoit que le Code Théodosien, les Institutes de
-Caïus et l'Édit perpétuel.</p>
-
-<p><a id="footnote432" name="footnote432"></a>
-<b><a href="#footnotetag432">432</a></b>: Irnerius.</p>
-
-<p><a id="footnote433" name="footnote433"></a>
-<b><a href="#footnotetag433">433</a></b>: Ce monument n'a point changé de destination.</p>
-
-<p><a id="footnote434" name="footnote434"></a>
-<b><a href="#footnotetag434">434</a></b>: Cette maison est encore occupée par des prêtres de
-cette nation.</p>
-
-<p><a id="footnote435" name="footnote435"></a>
-<b><a href="#footnotetag435">435</a></b>: Cette communauté a été rétablie; les bâtiments des deux
-établissements précédents sont occupés maintenant par des pensions ou
-par des particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote436" name="footnote436"></a>
-<b><a href="#footnotetag436">436</a></b>: Ces prix avoient été fondés par M. Le Noir, dernier
-lieutenant de police.</p>
-
-<p><a id="footnote437" name="footnote437"></a>
-<b><a href="#footnotetag437">437</a></b>: Cet établissement n'a point changé de destination.</p>
-
-<p><a id="footnote438" name="footnote438"></a>
-<b><a href="#footnotetag438">438</a></b>: Ils habitoient les faubourgs. Ceux de l'évêché de
-Genève, qui étoient les plus nombreux, logeoient dans le faubourg
-Saint-Marceau; ceux de Saint-Jean-de-Maurienne, dans le faubourg
-Saint-Laurent; ceux de l'archevêché de Moutier en Tarentaise, dans le
-Marais, etc. Ils étoient distribués par chambrées, dont chacune,
-composée de huit à dix Savoyards, étoit conduite par un chef, qui
-remplissoit auprès de ces enfants les fonctions d'économe et de
-tuteur. Chacun d'eux avoit sa place marquée dans Paris, où il se
-rendoit de grand matin; et le soir en rentrant, ce qui avoit été gagné
-dans la journée étoit mis dans une boîte commune nommée <em>tirelire</em>,
-que l'on n'ouvroit que lorsque la somme étoit assez considérable pour
-être employée utilement aux besoins de la petite société. Cette police
-des Savoyards s'est maintenue pendant la révolution, et subsiste
-encore aujourd'hui.</p>
-
-<p><a id="footnote439" name="footnote439"></a>
-<b><a href="#footnotetag439">439</a></b>: Ces deux hôtels sont compris aujourd'hui dans le
-collége de Montaigu.</p>
-
-<p><a id="footnote440" name="footnote440"></a>
-<b><a href="#footnotetag440">440</a></b>: Le collége de Sainte-Barbe a été bâti sur l'emplacement
-de cet hôtel.</p>
-
-<p><a id="footnote441" name="footnote441"></a>
-<b><a href="#footnotetag441">441</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 147.</p>
-
-<p><a id="footnote442" name="footnote442"></a>
-<b><a href="#footnotetag442">442</a></b>: Cette dernière se nomme maintenant barrière d'Arcueil.</p>
-
-<p><a id="footnote443" name="footnote443"></a>
-<b><a href="#footnotetag443">443</a></b>: T. I, p. 109.</p>
-
-<p><a id="footnote444" name="footnote444"></a>
-<b><a href="#footnotetag444">444</a></b>: Cens. de 1380.</p>
-
-<p><a id="footnote445" name="footnote445"></a>
-<b><a href="#footnotetag445">445</a></b>: T. II, p. 569.</p>
-
-<p><a id="footnote446" name="footnote446"></a>
-<b><a href="#footnotetag446">446</a></b>: Chronol. hist. des cur. de S. Ben., p. 26 et 27.</p>
-
-<p><a id="footnote447" name="footnote447"></a>
-<b><a href="#footnotetag447">447</a></b>: Cette croix fut érigée en 1668, en réparation d'un
-sacrilége commis dans l'église Saint-Martin, cloître Saint-Marcel. Au
-mois de juillet, trois voleurs s'étant introduits dans cette église
-rompirent le tabernacle, emportèrent le saint ciboire, et dispersèrent
-les hosties. Ils furent arrêtés, et déclarèrent qu'ils avoient
-enveloppé une de ces hosties dans un linge, et l'avoient jetée près
-des murs du Val-de-Grâce. Elle y fut heureusement trouvée, et levée
-avec les cérémonies requises, à la suite desquelles M. l'archevêque
-ordonna une procession solennelle et expiatoire, où il assista
-nu-pieds et l'étole derrière le dos. On éleva ensuite la croix dont
-nous parlons, et tous les ans le clergé de la paroisse s'y rendoit
-processionnellement.</p>
-
-<p><a id="footnote448" name="footnote448"></a>
-<b><a href="#footnotetag448">448</a></b>: Il y a dans cette rue un cul-de-sac nommé
-d'<i>Hautefort</i>. C'est l'ouverture d'une rue projetée en 1724 et non
-continuée, laquelle devoit traverser de celle des Bourguignons dans la
-rue des Lyonnois.</p>
-
-<p><a id="footnote449" name="footnote449"></a>
-<b><a href="#footnotetag449">449</a></b>: T. I, p. 121.</p>
-
-<p><a id="footnote450" name="footnote450"></a>
-<b><a href="#footnotetag450">450</a></b>: Ces rues ont été depuis supprimées, pour faciliter
-l'entrée de la place Sainte-Geneviève.</p>
-
-<p><a id="footnote451" name="footnote451"></a>
-<b><a href="#footnotetag451">451</a></b>: T. I, p. 121.</p>
-
-<p><a id="footnote452" name="footnote452"></a>
-<b><a href="#footnotetag452">452</a></b>: Plusieurs titres de l'archevêché font mention d'une
-ruelle qui donnoit dans cette rue, et qu'on nommoit, en 1490, <i>ruelle
-du Lion-Pugnais</i>, et en 1508, du <i>Trou-Punais</i>. Ce dernier nom étoit
-commun aux fossés ou cloaques où se perdoient les eaux et les
-immondices, qui de là étoient portées à la rivière. Jaillot pense que
-cette ruelle est la descente vis-à-vis la rue des Rats, qu'on appeloit
-<i>les Petits-Degrés</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote453" name="footnote453"></a>
-<b><a href="#footnotetag453">453</a></b>: Cette rue est maintenant nommée <i>rue Méchin</i>, dans une
-de ses parties. Celle qui va du faubourg Saint-Jacques au
-Champ-des-Capucins a conservé son ancien nom.</p>
-
-<p><a id="footnote454" name="footnote454"></a>
-<b><a href="#footnotetag454">454</a></b>: T. III, p. 263.</p>
-
-<p><a id="footnote455" name="footnote455"></a>
-<b><a href="#footnotetag455">455</a></b>: T. I, p. 124.</p>
-
-<p><a id="footnote456" name="footnote456"></a>
-<b><a href="#footnotetag456">456</a></b>: Hist. de Par., t. III, p. 392.</p>
-
-<p><a id="footnote457" name="footnote457"></a>
-<b><a href="#footnotetag457">457</a></b>: On la nomme maintenant <i>rue des Irlandois</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote458" name="footnote458"></a>
-<b><a href="#footnotetag458">458</a></b>: T. I, p. 125.</p>
-
-<p><a id="footnote459" name="footnote459"></a>
-<b><a href="#footnotetag459">459</a></b>: On la nomme aujourd'hui rue <i>Jean-Hubert</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote460" name="footnote460"></a>
-<b><a href="#footnotetag460">460</a></b>: Fol. 190.</p>
-
-<p><a id="footnote461" name="footnote461"></a>
-<b><a href="#footnotetag461">461</a></b>: Au coin de cette rue est une maison dont quelques
-historiens ont parlé, à cause de la statue de Henri IV qu'on y voyoit
-encore à la fin du siècle dernier. L'abbé Lebeuf dit (t. I, p. 208)
-que «la tradition est que Gabrielle d'Estrées, duchesse de Beaufort, y
-a logé, et y a reçu quelquefois ce prince.» Il adopte cette tradition,
-et critique Piganiol, qui place l'hôtel de cette duchesse dans la rue
-Fromenteau, près le Louvre. Jaillot croit devoir le combattre, parce
-qu'il ne trouve rien qui puisse autoriser une semblable opinion. «Il
-est plus vraisemblable, dit-il, que l'hôtel de la duchesse de Beaufort
-étoit dans la rue Fromenteau, près le Louvre, que dans la rue
-Fromentel, près Saint-Hilaire, cette dernière maison n'annonçant rien,
-par sa structure ni par son étendue, qui puisse faire présumer qu'elle
-ait été occupée par Gabrielle d'Estrées; d'ailleurs je n'ai trouvé
-aucun titre où la rue Fromentel soit appelée Fromenteau, quoique
-celle-ci ait porté le nom de la première.»</p>
-
-<p><a id="footnote462" name="footnote462"></a>
-<b><a href="#footnotetag462">462</a></b>: Gall. christ., t. VII, inst. col. 225.</p>
-
-<p><a id="footnote463" name="footnote463"></a>
-<b><a href="#footnotetag463">463</a></b>: Pigan., t. VI, p. 108.</p>
-
-<p><a id="footnote464" name="footnote464"></a>
-<b><a href="#footnotetag464">464</a></b>: <i>Voy.</i> t. I, prem. part., p. 280.</p>
-
-<p><a id="footnote465" name="footnote465"></a>
-<b><a href="#footnotetag465">465</a></b>: Past. A, fol. 583; B, 873; D, 206 et 306.</p>
-
-<p><a id="footnote466" name="footnote466"></a>
-<b><a href="#footnotetag466">466</a></b>: Il y avoit autrefois trois ruelles dans cette rue: la
-première n'est désignée par aucun nom, à moins que ce ne soit celle
-qu'on trouve dans les titres sous celui de <i>ruelle Chartière</i>. Les
-deux autres se nommoient, l'une, <i>rue Sainte-Apolline</i>, l'autre,
-<i>ruelle de la Sphère</i>. C'est sur cette dernière et sur la partie d'un
-jeu de paume qui portoit le même nom, que fut bâtie la maison des
-Filles de Sainte-Aure.</p>
-
-<p><a id="footnote467" name="footnote467"></a>
-<b><a href="#footnotetag467">467</a></b>: Cens. de S. Genev. de 1540.</p>
-
-<p><a id="footnote468" name="footnote468"></a>
-<b><a href="#footnotetag468">468</a></b>: À côté de ce cul-de-sac étoit une ruelle <i>descendante
-de la boucherie de Gloriette-en-Seine</i>, telle est sa seule désignation
-dans un acte de 1492. Le terrier du roi de 1540 l'appelle <i>ruelle des
-Étuves</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote469" name="footnote469"></a>
-<b><a href="#footnotetag469">469</a></b>: Dans cette rue est un cul-de-sac appelé <i>Bouvard</i>:
-c'étoit, dans l'origine, un chemin qui descendoit de la Montagne dans
-la rue des Noyers, et qui coupoit le clos Bruneau en deux parties.
-Quoi qu'en dise l'abbé Lebeuf (t. I, p. 206), il paroît que cette
-ruelle n'existoit pas dans le treizième siècle, Guillot et le rôle des
-taxes de ce temps-là n'en parlent pas. Dans les siècles suivants on la
-trouve désignée d'abord sous le nom de <i>Longue-Allée</i>, ensuite sous
-ceux de <i>Josselin</i>, <i>Jousselin</i>, <i>Jusseline</i>, <i>Saint-Hilaire</i>. Jaillot
-pense que son dernier nom de <i>Bouvard</i>, ainsi, que celui de la <i>cour
-des B&oelig;ufs</i>, qui n'en est pas très-éloigné, est dû aux bouchers
-de la Montagne, qui mettoient leurs b&oelig;ufs dans ces deux
-endroits. (Ce cul-de-sac est aujourd'hui fermé.)</p>
-
-<p><a id="footnote470" name="footnote470"></a>
-<b><a href="#footnotetag470">470</a></b>: Cartul. Sorb., fol. 28.</p>
-
-<p><a id="footnote471" name="footnote471"></a>
-<b><a href="#footnotetag471">471</a></b>: Cette rue étoit anciennement traversée par plusieurs
-rues, et contenoit quelques culs-de-sacs, qui, même avant la
-révolution, ne subsistoient plus qu'en partie.</p>
-
-<p>1<sup>o</sup>. La <i>rue de Paradis</i>. Elle étoit située à côté du passage qui
-conduisoit aux Ursulines. Son premier nom étoit <i>rue
-Notre-Dame-des-Champs</i><a id="footnotetag471-A" name="footnotetag471-A"></a><a href="#footnote471-A" title="Lien vers la note 471-A"><span class="smaller">[471-A]</span></a>; on la nomma ensuite <i>ruelle
-Jean-le-Riche</i> et <i>Neuve-Jean-Richer</i><a id="footnotetag471-B" name="footnotetag471-B"></a><a href="#footnote471-B" title="Lien vers la note 471-B"><span class="smaller">[471-B]</span></a>, <i>des Poteries</i>, <i>de
-Saint-Séverin</i>. Le nom de Paradis vient d'une enseigne. (Cette rue,
-élargie maintenant par la démolition du couvent qui en étoit voisin,
-est appelée rue des Ursulines.)</p>
-
-<p>2<sup>o</sup>. Les culs-de-sac des Ursulines et des Feuillantines: c'étoient
-deux passages qui conduisoient aux monastères de ces religieuses. Le
-premier est entré dans la nouvelle rue des Ursulines, l'autre est
-détruit sans qu'il en reste aucune trace.</p>
-
-<p>3<sup>o</sup>. La <i>rue des Marionnettes</i>. Elle étoit ouverte en face du passage
-des Carmélites, et aboutissoit à la rue de l'Arbalète. On la trouve
-dans les censiers de Sainte-Geneviève sous les noms du <i>Mariollet</i> et
-du <i>Marjollet</i>. Jaillot pense que ce nom lui vient d'un marmouzet
-placé sur la porte d'une grande maison qui servoit de boucherie. Ce
-marmouzet étoit appelé la Tête-Noire. Les jardins de cette maison,
-composés de cinq arpents, entrèrent dans le territoire des
-Feuillantines; la rue fut fermée, et la partie qui donnoit dans celle
-de l'Arbalète fut accordée par la ville aux filles de la Providence.
-(Il ne reste plus de vestiges de cette rue.)</p>
-
-<p>4<sup>o</sup>. Le cul-de-sac ou passage des Carmélites, qui se prolongeoit
-ci-devant jusque dans la rue d'Enfer.</p>
-
-<p>5<sup>o</sup>. La <i>rue des Samsonnets</i>. Cette rue, partant du coin des murs du
-Val-de-Grâce, alloit aboutir dans la rue des Bourguignons, au champ
-des Capucins. On la trouve sous les noms de <i>rue du
-Samsonnet-à-la-Croix</i> et <i>du Puits-de-l'Orme</i>. En 1636 elle s'appeloit
-<i>rue de l'Égout</i>, parce qu'elle servoit en effet à cet usage. Vers
-cette époque, les protestants avoient dans cette rue un prêche, qu'on
-appeloit vulgairement <i>Temple de Jérusalem</i><a id="footnotetag471-C" name="footnotetag471-C"></a><a href="#footnote471-C" title="Lien vers la note 471-C"><span class="smaller">[471-C]</span></a>. Elle étoit fermée
-depuis long-temps, et est aujourd'hui entièrement détruite.</p>
-
-<p>6<sup>o</sup>. Enfin la <i>ruelle Saint-Jacques-du-Haut-Pas</i>, qui traversoit de la
-rue du Faubourg dans celle d'Enfer: ce passage se fermoit la nuit par
-deux portes grillées.</p>
-
-<p><a id="footnote471-A" name="footnote471-A"></a>
-<b><a href="#footnotetag471-A">471-A</a></b>: Sauval, t. I, p. 255.</p>
-
-<p><a id="footnote471-B" name="footnote471-B"></a>
-<b><a href="#footnotetag471-B">471-B</a></b>: Cens. de S. Genev.</p>
-
-<p><a id="footnote471-C" name="footnote471-C"></a>
-<b><a href="#footnotetag471-C">471-C</a></b>: Reg. de la ville, fol. 238.</p>
-
-<p><a id="footnote472" name="footnote472"></a>
-<b><a href="#footnotetag472">472</a></b>: T. I, p. 125.</p>
-
-<p><a id="footnote473" name="footnote473"></a>
-<b><a href="#footnotetag473">473</a></b>: Il y avoit autrefois dans cette rue un passage qu'on
-nommoit <i>petite ruelle de Saint-Jean-de-Latran</i>, et qui conduisoit à
-l'enclos de la maison du même nom.</p>
-
-<p><a id="footnote474" name="footnote474"></a>
-<b><a href="#footnotetag474">474</a></b>: Cart. de S. Genev. de 1243; Cart. Sorbon. de 1259.</p>
-
-<p><a id="footnote475" name="footnote475"></a>
-<b><a href="#footnotetag475">475</a></b>: Elle se nomme maintenant <i>rue Cassini</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote476" name="footnote476"></a>
-<b><a href="#footnotetag476">476</a></b>: T. I, p. 153.</p>
-
-<p><a id="footnote477" name="footnote477"></a>
-<b><a href="#footnotetag477">477</a></b>: Cart. de S. Genev. de 1243.</p>
-
-<p><a id="footnote478" name="footnote478"></a>
-<b><a href="#footnotetag478">478</a></b>: Cette rue est maintenant fermée d'un côté. La partie
-qui donne dans la rue du Faubourg-Saint-Jacques forme un cul-de-sac
-nommé de <i>Longue Avoine</i>.</p>
-
-<p>À côté de ce cul-de-sac on a percé une rue nouvelle qui aboutit au
-boulevard. Elle se nomme <i>rue Le Clerc</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote479" name="footnote479"></a>
-<b><a href="#footnotetag479">479</a></b>: Cart. Sorb., fol. 64 et 123.&mdash;Pastor. A, p.
-709.&mdash;Nécrol. de N. D., 16 juin.</p>
-
-<p><a id="footnote480" name="footnote480"></a>
-<b><a href="#footnotetag480">480</a></b>: Arch. de S. Germ.-des-Prés.</p>
-
-<p><a id="footnote481" name="footnote481"></a>
-<b><a href="#footnotetag481">481</a></b>: Quart. S. Ben., p. 197.</p>
-
-<p><a id="footnote482" name="footnote482"></a>
-<b><a href="#footnotetag482">482</a></b>: Quart. S. Ben., p. 198.</p>
-
-<p><a id="footnote483" name="footnote483"></a>
-<b><a href="#footnotetag483">483</a></b>: Il y avoit autrefois dans cette rue deux ruelles qui y
-aboutissoient, et qui ne subsistent plus. On les appeloit <i>Chartière</i>
-et <i>de la Sphère</i>.</p>
-
-<p>Il y avoit aussi deux autres rues, changées depuis en cul-de-sac. La
-première se nommoit anciennement <i>Saint-Séverin</i>, <i>des
-Poteries-des-Vignes</i> et <i>de la Corne</i>. Sa situation entre les murs de
-plusieurs communautés et des rues désertes en ayant rendu le passage
-extrêmement dangereux, on la fit fermer, et elle prit alors le nom de
-<i>cul-de-sac de Coupe-Gorge</i>. Plusieurs accidents qui y arrivèrent
-encore depuis ce changement déterminèrent enfin à la détruire
-tout-à-fait, et le terrain en fut donné à ceux dont les jardins y
-aboutissoient. Ce cul-de-sac s'étendoit autrefois jusqu'à la rue des
-Marionnettes, et comprenoit la <i>rue du Puits-de-la-Ville</i>, qui avoit
-été en partie cédée aux filles de la Providence.</p>
-
-<p>Le second cul-de-sac, qui formoit une rue, laquelle aboutissoit à la
-précédente, existe encore, et se nomme le <i>cul-de-sac des Vignes</i>.
-Cette rue traversoit celle des Postes, et s'étendoit du côté opposé
-jusqu'à la rue Neuve-Sainte-Geneviève. Elle devoit son nom au clos de
-vignes sur lequel elle avoit été ouverte. Cependant on lit dans un
-terrier de Sainte-Geneviève, de 1603, qu'auparavant on l'appeloit <i>rue
-Saint-Étienne</i>, <i>Neuve-Saint-Étienne</i>, <i>clos des Poteries</i>; et
-qu'alors il y avoit un cimetière destiné aux pestiférés.</p>
-
-<p><a id="footnote484" name="footnote484"></a>
-<b><a href="#footnotetag484">484</a></b>: T. I, p. 159.</p>
-
-<p><a id="footnote485" name="footnote485"></a>
-<b><a href="#footnotetag485">485</a></b>: Cens. de Ste. Genev., fol. 103.</p>
-
-<p><a id="footnote486" name="footnote486"></a>
-<b><a href="#footnotetag486">486</a></b>: T. I, p. 160.</p>
-
-<p><a id="footnote487" name="footnote487"></a>
-<b><a href="#footnotetag487">487</a></b>: <i>Ibid.</i></p>
-
-<p><a id="footnote488" name="footnote488"></a>
-<b><a href="#footnotetag488">488</a></b>: Cart. S. Gen., p. 83.</p>
-
-<p><a id="footnote489" name="footnote489"></a>
-<b><a href="#footnotetag489">489</a></b>: Dans cette rue est un passage nommé <i>cour des
-B&oelig;ufs</i>, qui communique de la rue des Sept-Voies à celle de la
-Montagne-Sainte-Geneviève. Au seizième siècle on l'appeloit <i>rue aux
-B&oelig;ufs</i>. Cette rue existoit dès le quatorzième, mais ne portoit
-alors aucun nom. La demeure de quelques bouchers, et les étables dans
-lesquelles ils mettoient leurs b&oelig;ufs lui ont fait donner cette
-dénomination, qui n'a pas varié.</p>
-
-<p><a id="footnote490" name="footnote490"></a>
-<b><a href="#footnotetag490">490</a></b>: Si l'on en excepte la porte de Nesle, qui faisoit
-partie du quartier Saint-Germain, le quartier Saint-André-des-Arcs
-contenoit les trois dernières portes de l'enceinte méridionale de
-Philippe-Auguste, savoir: les portes Saint-Michel, Saint-Germain et de
-Buci. La porte Saint-Jacques appartenoit au quartier Saint-Benoît;
-celle de Saint-Victor et de la porte Bordelle au quartier de la place
-Maubert. Une vignette, que nous avons donnée (<i>Voy.</i> pl. 147),
-représente ces six portes, levées d'après le plan de Paris exécuté en
-tapisserie sous Charles IX; ainsi que l'ancienne porte Saint-Bernard.
-La porte de Nesle, qui est la huitième et dernière, se trouve dans une
-des vues du Louvre et dans la vue extérieure de l'hôtel qui lui a
-donné son nom.</p>
-
-<p><a id="footnote491" name="footnote491"></a>
-<b><a href="#footnotetag491">491</a></b>: <i>Voy.</i> t. II, prem. part., p. 214.</p>
-
-<p><a id="footnote492" name="footnote492"></a>
-<b><a href="#footnotetag492">492</a></b>: Leur habillement avoit la forme d'un sac.</p>
-
-<p><a id="footnote493" name="footnote493"></a>
-<b><a href="#footnotetag493">493</a></b>: Hist. Univ., t. III, p. 393.</p>
-
-<p><a id="footnote494" name="footnote494"></a>
-<b><a href="#footnotetag494">494</a></b>: Cet endroit s'appeloit alors la terre de Notre-Dame,
-autrement dite de M. Pierre de Lamballe.</p>
-
-<p><a id="footnote495" name="footnote495"></a>
-<b><a href="#footnotetag495">495</a></b>: Cette petite rivière passoit alors le long de la rue
-Saint-Victor, comme nous l'avons déjà prouvé prem. part. de ce vol.,
-p. 628.</p>
-
-<p><a id="footnote496" name="footnote496"></a>
-<b><a href="#footnotetag496">496</a></b>: Il se rendit célèbre dans son ordre, dont il fut depuis
-général.</p>
-
-<p><a id="footnote497" name="footnote497"></a>
-<b><a href="#footnotetag497">497</a></b>: Manus. de S. Germ., C. 453, p. 257 et 260.</p>
-
-<p><a id="footnote498" name="footnote498"></a>
-<b><a href="#footnotetag498">498</a></b>: Page 353.</p>
-
-<p><a id="footnote499" name="footnote499"></a>
-<b><a href="#footnotetag499">499</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 177. Du Breul, Piganiol et leurs copistes
-ont inféré de ce que la dédicace de cette église n'avoit été faite que
-soixante treize ans après, en 1453, qu'elle avoit été rebâtie à cette
-dernière époque. Nous avons déjà fait voir que cette cérémonie, qui
-n'est point essentielle, et qui même n'a jamais été faite dans
-plusieurs églises du premier ordre, ne peut rien prouver relativement
-à l'époque de leur construction.</p>
-
-<p><a id="footnote500" name="footnote500"></a>
-<b><a href="#footnotetag500">500</a></b>: Ces colonnes sont entrées dans la décoration de la
-grande galerie du Musée.</p>
-
-<p><a id="footnote501" name="footnote501"></a>
-<b><a href="#footnotetag501">501</a></b>: Saint François y est représenté en extase, à genoux sur
-un rocher, les bras étendus, la tête penchée et le regard élevé vers
-le ciel. Cette sculpture, traitée avec l'élégance et le sentiment que
-l'on admire dans tous les ouvrages de ce grand sculpteur, avoit été
-également déposée au Musée des Petits-Augustins.</p>
-
-<p><a id="footnote502" name="footnote502"></a>
-<b><a href="#footnotetag502">502</a></b>: Ces morceaux, touchés avec sentiment, et bien
-qu'incorrects, annonçant un bon style, avoient été déposés aux
-Petits-Augustins.</p>
-
-<p><a id="footnote503" name="footnote503"></a>
-<b><a href="#footnotetag503">503</a></b>: Toutes ces statues ont été détruites, ainsi que le plus
-grand nombre de celles qui décoroient l'entrée des églises.</p>
-
-<p><a id="footnote504" name="footnote504"></a>
-<b><a href="#footnotetag504">504</a></b>: L'épitaphe de ce poëte se conserve au Musée des
-Petits-Augustins.</p>
-
-<p><a id="footnote505" name="footnote505"></a>
-<b><a href="#footnotetag505">505</a></b>: Ce monument a été détruit.</p>
-
-<p><a id="footnote506" name="footnote506"></a>
-<b><a href="#footnotetag506">506</a></b>: Philippe de Comines et sa femme sont représentés sur ce
-monument à mi-corps, ce qui les fait supposer à genoux sur deux
-prie-dieu enfoncés dans le tombeau. Ces figures, en pierre de liais,
-et d'un gothique très-grossier, sont remarquables par les couleurs et
-la dorure dont elles sont couvertes. Il paroît que c'étoit l'usage
-d'enluminer ainsi les statues dans le quinzième siècle, et les
-tombeaux de Paris en offrent d'autres exemples. Suivant la mode du
-temps, Philippe de Comines porte ses armoiries brodées sur son habit.</p>
-
-<p>La figure de Jeanne de Comines est en albâtre, et couchée, les mains
-jointes, sur son tombeau. On remarque déjà un progrès sensible dans
-l'exécution de cette figure. Quoiqu'elle ait encore beaucoup de la
-roideur gothique, cependant plusieurs parties de la draperie sont
-d'une imitation vraie et d'un assez bon style. La tête présente avec
-beaucoup de naturel le portrait d'une personne morte. On voit enfin,
-dans toute cette sculpture, la simplicité naïve qui précède toujours
-les beaux temps de l'art, et semble les préparer. (Déposé aux
-Petits-Augustins, avec une partie des arabesques qui décoroient cette
-chapelle.)</p>
-
-<p><a id="footnote507" name="footnote507"></a>
-<b><a href="#footnotetag507">507</a></b>: Ce monument n'existe plus.</p>
-
-<p><a id="footnote508" name="footnote508"></a>
-<b><a href="#footnotetag508">508</a></b>: Ces deux bustes, d'une sculpture médiocre, sont déposés
-aux Petits-Augustins.</p>
-
-<p><a id="footnote509" name="footnote509"></a>
-<b><a href="#footnotetag509">509</a></b>: Ce buste est d'un travail sec et dur. (Déposé aux
-Petits-Augustins.)</p>
-
-<p><a id="footnote510" name="footnote510"></a>
-<b><a href="#footnotetag510">510</a></b>: Le monument de ces deux personnages a été détruit.</p>
-
-<p><a id="footnote511" name="footnote511"></a>
-<b><a href="#footnotetag511">511</a></b>: On voit ce petit monument encastré dans un des murs du
-cloître des Petits-Augustins. Il est, sous tous les rapports, de la
-plus détestable exécution.</p>
-
-<p><a id="footnote512" name="footnote512"></a>
-<b><a href="#footnotetag512">512</a></b>: Ces deux statues, d'une sculpture très-médiocre, sont
-déposées dans les magasins du même Musée. (Presque tous les
-personnages que nous venons de mentionner avoient des épitaphes que
-l'on trouve rapportées très en détail dans Piganiol.)</p>
-
-<p><a id="footnote513" name="footnote513"></a>
-<b><a href="#footnotetag513">513</a></b>: Dans les salles où s'assembloient les chevaliers, on
-voyoit les portraits de tous ceux qui y avoient été reçus depuis
-l'origine de l'institution.</p>
-
-<p><a id="footnote514" name="footnote514"></a>
-<b><a href="#footnotetag514">514</a></b>: Le premier chant du Lutrin offre le vers suivant, dans
-le discours de la Discorde:</p>
-
-<p class="quote">«J'aurai fait soutenir un siége aux Augustins!»</p>
-
-<p>Ce qu'il est impossible d'entendre si l'on ne connoît l'anecdote
-suivante, publiée par M. Brossette.</p>
-
-<p>«Les Augustins de ce couvent nommoient, tous les deux ans, en
-chapitre, trois de leurs religieux bacheliers, pour faire leur licence
-en Sorbonne, où ils avoient trois places fondées à cet effet. En 1658,
-le P. Célestin Villiers, prieur de ce couvent, voulant favoriser
-quelques bacheliers, en fit nommer neuf pour les licences suivantes.
-Ceux qui s'en virent exclus par cette élection prématurée se
-pourvurent au parlement, qui ordonna que l'on feroit une autre
-nomination en présence de quelques-uns de ses membres qu'il désigna:
-les religieux refusèrent d'obéir; et la cour se vit obligée d'employer
-la force pour faire exécuter son arrêt. Tous les archers furent
-mandés; on investit leur maison, et l'on essaya d'en enfoncer les
-portes; mais ce fut inutilement, parce que ces pères, prévoyant ce qui
-alloit arriver, les avoient fait murer. Les archers se virent donc
-forcés de tenter d'autres moyens, et tandis que les uns montoient sur
-les toits des maisons voisines pour tâcher de pénétrer dans le
-couvent, d'autres travailloient à faire une ouverture dans les
-murailles du jardin, du côté de la rue Christine. Alors les Augustins,
-qui avoient fait provision d'armes de toute espèce, sonnèrent le
-tocsin, se mirent en défense, et commencèrent à tirer d'en bas sur les
-assiégeants. Ceux-ci tirèrent à leur tour sur les moines, dont deux
-furent tués et plusieurs blessés. Cependant la brèche étant devenue
-praticable, ces pères, dans un danger aussi imminent, osèrent y
-apporter le saint Sacrement, espérant que l'aspect de cet objet
-vénérable glaceroit tout à coup le courage des assiégeants; mais
-voyant qu'on n'en continuoit pas moins de tirer sur eux, ils
-demandèrent à capituler; et l'on donna des otages de part et d'autre.
-Le premier article de la capitulation portoit qu'ils auroient la vie
-sauve, à condition qu'ils abandonneroient la brèche, et ouvriroient
-leurs portes. Les commissaires du parlement étant entrés dans le
-monastère, firent sur-le-champ arrêter et conduire à la Conciergerie
-onze religieux. Mais vingt-sept jours après, le cardinal Mazarin,
-ennemi du parlement, les fit mettre en liberté, et reconduire à leur
-couvent dans les carrosses du roi. Leurs confrères allèrent les
-recevoir en procession, des palmes à la main, chantant le <i>Te Deum</i> et
-sonnant toutes les cloches.</p>
-
-<p><a id="footnote515" name="footnote515"></a>
-<b><a href="#footnotetag515">515</a></b>: L'église et le couvent des Grands-Augustins ont été
-entièrement démolis. Sur l'espace qu'ils occupoient on a élevé une
-halle pour la vente du gibier et de la volaille.</p>
-
-<p><a id="footnote516" name="footnote516"></a>
-<b><a href="#footnotetag516">516</a></b>: Cette communauté a existé jusqu'au moment de la
-révolution.</p>
-
-<p><a id="footnote517" name="footnote517"></a>
-<b><a href="#footnotetag517">517</a></b>: <i>Voy.</i> t. I, 2<sup>e</sup> part., p. 502.</p>
-
-<p><a id="footnote518" name="footnote518"></a>
-<b><a href="#footnotetag518">518</a></b>: L'évêque fut tenu de lui payer 40 sous de rente pendant
-lesdites trois années. Quant au curé de Saint-Sulpice, pour le
-dédommager de la perte des dîmes que lui causoit ce retranchement,
-l'abbé de Saint-Germain eut l'option de lui payer 40 sous de rente
-tant qu'il vivroit, ou de lui faire donner chaque jour un pain blanc
-et une pinte de vin, tels qu'on les donnoit à ses religieux.</p>
-
-<p><a id="footnote519" name="footnote519"></a>
-<b><a href="#footnotetag519">519</a></b>: Archiv. de S. Germ.&mdash;Cartul. Sorb.&mdash;Hist. de l'abb. S.
-Germ. Preuves, p. 65.</p>
-
-<p><a id="footnote520" name="footnote520"></a>
-<b><a href="#footnotetag520">520</a></b>: Quelques auteurs, pour autoriser cette dernière
-dénomination, ont établi dans ce quartier une manufacture entière
-d'armes. Près de Saint-André on faisoit, disent-ils, les <em>arcs</em>; dans
-la rue de la Vieille-Bouclerie on forgeoit les <em>boucliers</em>, et les
-flèches se faisoient dans la rue des <em>Sajettes</em>. Nous ferons voir que
-la rue de la Vieille-Bouclerie avoit un autre nom, et que celle du
-Cimetière-Saint-André n'a jamais été nommée des <i>Sajettes</i> ou
-<i>Sagettes</i>, mais des <i>Sachettes</i>, nom d'une communauté de pauvres
-filles qui s'y étoient établies.</p>
-
-<p><a id="footnote521" name="footnote521"></a>
-<b><a href="#footnotetag521">521</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 169.</p>
-
-<p><a id="footnote522" name="footnote522"></a>
-<b><a href="#footnotetag522">522</a></b>: Sur l'un des vitraux de l'église, on voyoit une
-peinture singulière, représentant Jésus-Christ foulé comme des raisins
-par un pressoir, avec cette sentence d'Isaïe en caractères gothiques
-du seizième siècle: <i lang="la">Quare rubrum est indumentum tuum? Torcular
-calcavi solus.</i></p>
-
-<p><a id="footnote523" name="footnote523"></a>
-<b><a href="#footnotetag523">523</a></b>: Ce monument, exécuté seulement en plâtre, a été démoli
-lors de la destruction de l'église.</p>
-
-<p><a id="footnote524" name="footnote524"></a>
-<b><a href="#footnotetag524">524</a></b>: Le mausolée élevé à cette princesse offroit une figure
-de demi-bosse en marbre blanc, accompagnée des attributs qui
-caractérisent la Foi, l'Espérance et la Charité. Ce monument, exécuté
-par <i>Girardon</i>, a été détruit pendant la révolution.</p>
-
-<p><a id="footnote525" name="footnote525"></a>
-<b><a href="#footnotetag525">525</a></b>: Le tombeau de ce prince étoit surmonté d'un grand
-bas-relief représentant une <i>Minerve</i> appuyée d'une main sur un lion,
-et de l'autre soutenant son portrait en médaillon. Ce monument, dont
-la composition est inconvenante, et l'exécution de la dernière
-médiocrité, est déposé aux Petits-Augustins.</p>
-
-<p><a id="footnote526" name="footnote526"></a>
-<b><a href="#footnotetag526">526</a></b>: Le buste de ce magistrat est placé aux
-Petits-Augustins, dans un renfoncement circulaire qui se trouve au
-milieu d'une espèce de décoration faite avec les débris de la chapelle
-que sa famille possédoit à Saint-André-des-Arcs. La tête est traitée
-avec beaucoup de chaleur et de vérité. C'est un morceau de sculpture
-très-recommandable. Les génies et les vertus qui l'accompagnoient ont
-été détruits ainsi que les armoiries.</p>
-
-<p><a id="footnote527" name="footnote527"></a>
-<b><a href="#footnotetag527">527</a></b>: Au bas de la décoration dont nous venons de parler, et
-sur une tombe ornée d'un bas-relief en bronze, est la statue du
-président. Il est représenté à genoux devant un prie-dieu, revêtu d'un
-grand manteau fourré d'hermine. Le bas-relief présente plusieurs
-figures allégoriques, entre lesquelles on distingue la Justice et la
-muse de l'histoire transmettant le nom de Jacques-Auguste de Thou à la
-postérité. Toute cette sculpture, exécutée par <i>François Anguier</i>, est
-d'un bon faire, et peut être comptée parmi les meilleurs ouvrages de
-cet artiste<a id="footnotetag527-A" name="footnotetag527-A"></a><a href="#footnote527-A" title="Lien vers la note 527-A"><span class="smaller">[527-A]</span></a>.</p>
-
-<p><a id="footnote527-A" name="footnote527-A"></a>
-<b><a href="#footnotetag527-A">527-A</a></b>: Sous le bas-relief étoient placées deux cariatides
-d'un très-beau travail, et exécutées par le même sculpteur. On les
-voyoit également au Musée des Petits-Augustins, mais attachées au
-tombeau du commandeur de Souvré. Il ne se peut rien imaginer de plus
-absurde et de plus inconvenant que cette idée de composer des
-monuments avec les débris d'autres monuments, et c'est cependant le
-spectacle choquant qui se présentait aux yeux à chaque pas que l'on
-faisoit dans ce Musée, dont l'arrangement présentoit tous les
-caractères de l'ignorance, de la prétention et du mauvais goût.</p>
-
-<p><a id="footnote528" name="footnote528"></a>
-<b><a href="#footnotetag528">528</a></b>: Les statues de ces deux dames, exécutées, la première
-par <i>Barthélemi Prieur</i>, la seconde par <i>Anguier</i>, sont placées sur
-deux piédestaux en avant du monument de leur époux. Ces sculptures
-sont également dignes d'éloges, tant pour la pose que pour
-l'exécution.</p>
-
-<p><a id="footnote529" name="footnote529"></a>
-<b><a href="#footnotetag529">529</a></b>: Son buste est aussi conservé aux Petits-Augustins;
-c'est de la sculpture la plus médiocre. On voit dans le même Musée des
-débris de la chapelle de cette famille, parmi lesquels on remarque
-deux anges en albâtre, exécutés avec beaucoup de sentiment, et dont le
-faire annonce l'école de Jean Goujon.</p>
-
-<p><a id="footnote530" name="footnote530"></a>
-<b><a href="#footnotetag530">530</a></b>: La reconnoissance de ses paroissiens avoit élevé à ce
-pasteur respectable un monument qui a été détruit pendant les jours
-révolutionnaires. Il y étoit représenté revêtu d'une aube et d'une
-étole, et descendant avec calme au tombeau, appuyé sur la Religion. La
-Charité éplorée étoit assise au bas du sarcophage. Derrière la grotte
-qui renfermoit sa tombe, un groupe de fidèles sembloit pleurer une
-mort si regrettable; le tout étoit surmonté d'une pyramide, symbole de
-l'immortalité. Ce mausolée avoit été exécuté en stuc par M.
-<i>Delaître</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote531" name="footnote531"></a>
-<b><a href="#footnotetag531">531</a></b>: Son monument se compose d'un bas-relief en marbre
-blanc, où l'on voit une femme éplorée, à genoux et s'appuyant sur une
-urne cinéraire. Un médaillon suspendu à une pyramide qui s'élève
-au-dessus de cette composition offre le portrait du défunt, avec cette
-simple inscription: <i lang="la">Amicus amico.</i> Le tout exécuté par un sculpteur
-nommé <i>Broche</i>. (Déposé aux Petits-Augustins.)</p>
-
-<p><a id="footnote532" name="footnote532"></a>
-<b><a href="#footnotetag532">532</a></b>: <i>Voy.</i> t. II, 2<sup>e</sup> part., p. 739.</p>
-
-<p><a id="footnote533" name="footnote533"></a>
-<b><a href="#footnotetag533">533</a></b>: Vales. de Basil. Paris., cap. XIV.</p>
-
-<p><a id="footnote534" name="footnote534"></a>
-<b><a href="#footnotetag534">534</a></b>: <i>Voy.</i> p. <a href="#page422">422</a> de cette deuxième partie.</p>
-
-<p><a id="footnote535" name="footnote535"></a>
-<b><a href="#footnotetag535">535</a></b>: Elle avoit été pendant long-temps presque l'unique
-paroisse de tout le canton méridional de Paris, puisque les paroisses
-Saint-André, Saint-Côme, Saint-Étienne, Saint-Sulpice et Saint-Jacques
-n'existoient point encore.</p>
-
-<p><a id="footnote536" name="footnote536"></a>
-<b><a href="#footnotetag536">536</a></b>: C'est une sentence arbitrale rendue entre l'évêque, son
-chapitre et l'archiprêtre de Saint-Séverin d'une part; l'abbé de
-Saint-Germain, ses religieux et le curé de Saint-Sulpice de l'autre,
-pour la fixation de la juridiction spirituelle de l'abbaye
-Saint-Germain, et celle de l'étendue de la paroisse Saint-Séverin.</p>
-
-<p><a id="footnote537" name="footnote537"></a>
-<b><a href="#footnotetag537">537</a></b>: Ce sanctuaire a été bâti sur l'emplacement d'un hôtel
-acheté par la fabrique, et qui avoit appartenu à l'abbé et aux
-religieux des Eschallis, ordre de Cîteaux, diocèse de Sens.</p>
-
-<p><a id="footnote538" name="footnote538"></a>
-<b><a href="#footnotetag538">538</a></b>: <i>V.</i> pl. 170. L'église Saint-Séverin a été rendue au
-culte.</p>
-
-<p><a id="footnote539" name="footnote539"></a>
-<b><a href="#footnotetag539">539</a></b>: Ces sculptures ne se trouvent point au Musée des
-Petits-Augustins.</p>
-
-<p><a id="footnote540" name="footnote540"></a>
-<b><a href="#footnotetag540">540</a></b>: Ce fut dans ce cimetière, et dans l'année 1474, que les
-médecins et chirurgiens de Paris firent, pour la première fois,
-l'opération de la pierre, que jusqu'alors on n'avoit osé tenter sur un
-homme vivant. L'essai s'en fit sur un franc-archer qui venoit d'être
-condamné à la potence pour vol. Elle réussit très-bien. «Il fut
-recousu, et par l'ordonnance du roi, très-bien pansé, et tellement
-qu'en quinze jours il fut guéri, et eut rémission de ses crimes sans
-dépens, et il lui fut même donné de l'argent.»</p>
-
-<p><a id="footnote541" name="footnote541"></a>
-<b><a href="#footnotetag541">541</a></b>: Avant qu'on eût refait la porte de cette église du côté
-de la rue Saint-Séverin, on en voyoit une très-ancienne, et presque
-entièrement couverte de fers de cheval. Une tradition disoit que cette
-entrée ayant été ouverte sur l'emplacement d'une maison qui
-appartenoit à un maréchal ferrant, emplacement dont il fit
-généreusement don à la fabrique, ces fers avoient été placés pour
-conserver le souvenir de ce bienfait. Jaillot, qui rejette cette
-explication comme un bruit populaire dépouillé de tout fondement,
-pense qu'ils avoient été successivement attachés à cette porte par des
-voyageurs, en l'honneur de saint Martin, l'un des patrons de cette
-église. C'étoit un ancien usage d'invoquer particulièrement ce Saint
-au commencement d'un voyage. Ceux qui faisoient cette dévotion
-attachoient un fer de cheval à la chapelle ou au portail de l'église;
-souvent même ils poussoient leur pieuse superstition jusqu'à faire
-marquer les chevaux avec la clef de saint Martin, pour les préserver
-de tout accident.</p>
-
-<p><a id="footnote542" name="footnote542"></a>
-<b><a href="#footnotetag542">542</a></b>: Rob. Guaguinus, in vitâ Philip. Aug.</p>
-
-<p><a id="footnote543" name="footnote543"></a>
-<b><a href="#footnotetag543">543</a></b>: Du Breul, p. 491.</p>
-
-<p><a id="footnote544" name="footnote544"></a>
-<b><a href="#footnotetag544">544</a></b>: Hist. eccl. Paris, t. I, p. 127.</p>
-
-<p><a id="footnote545" name="footnote545"></a>
-<b><a href="#footnotetag545">545</a></b>: C'est ainsi que l'on nommoit le général des Mathurins.</p>
-
-<p><a id="footnote546" name="footnote546"></a>
-<b><a href="#footnotetag546">546</a></b>: Ces constructions furent faites sur l'emplacement de
-quelques maisons dans lesquelles on avoit placé deux étaux de
-boucherie et une halle aux parchemins. Les libraires avoient eu leur
-chambre syndicale en cet endroit depuis 1679 jusqu'en 1726. La halle
-avoit été accordée à l'Université dès 1291, et les Mathurins avoient
-obtenu le privilége de la boucherie en 1554.</p>
-
-<p><a id="footnote547" name="footnote547"></a>
-<b><a href="#footnotetag547">547</a></b>: Sa tête, conservée dans un vase de faïence, étoit
-déposée à la bibliothèque du couvent.</p>
-
-<p><a id="footnote548" name="footnote548"></a>
-<b><a href="#footnotetag548">548</a></b>: Sur une table de bronze encastrée dans la muraille, une
-inscription françoise, gravée en relief, offroit ce qui suit:</p>
-
-<p class="quote">«Ci-dessous gisent Léger du Moussel et Olivier Bourgeois, jadis
-clercs-écoliers, étudiants en l'Université de Paris, exécutés à la
-justice du roi notre sire, par le prévôt de Paris, l'an 1407, le
-vingt-sixième jour d'octobre, pour certains cas à eux imposés;
-lesquels, à la poursuite de l'Université, furent restitués et amenés
-au parvis Notre-Dame, et rendus à l'évêque de Paris, comme clercs, et
-au recteur et député de l'Université, comme suppôts d'icelle, à
-très-grande solennité, et de là en ce lieu-ci furent amenés, pour être
-mis en sépulture, l'an 1408, le seizième jour de mai, et furent
-lesdits prévôts et son lieutenant démis de leurs offices, à ladite
-poursuite, comme plus à plein appert par lettres-patentes et
-instruments sur ce cas. Priez Dieu qu'il leur pardonne leurs péchés.
-Amen.»</p>
-
-<p>Ces deux écoliers étoient coupables de meurtres et de vols sur le
-grand chemin. Le prévôt de Paris, Guillaume de Tignonville, les fit
-arrêter. L'Université les réclama, prétendant que cette affaire devoit
-être portée devant la justice ecclésiastique. Le prévôt, sans
-s'embarrasser de ces oppositions, fit pendre les deux criminels.
-L'Université cessa aussitôt tous ses exercices; et pendant plus de
-quatre mois il n'y eut dans Paris ni leçons ni sermons, pas même le
-jour de Pâques. Comme le conseil du roi ne se laissoit point ébranler,
-elle protesta qu'elle abandonneroit le royaume, et iroit s'établir
-dans les pays étrangers, où l'on respecteroit ses priviléges: cette
-menace fit impression. Le prévôt fut condamné à détacher du gibet les
-deux écoliers. Après les avoir baisés sur la bouche, il les fit mettre
-sur un chariot couvert de drap noir, et marcha à la suite accompagné
-de ses sergents et archers, des curés de Paris et des religieux. Ils
-furent ainsi conduits, comme le dit l'inscription, d'abord au parvis
-Notre-Dame, de là aux Mathurins, où le recteur les reçut de ses mains,
-et les fit inhumer honorablement. Le prévôt de Paris fut destitué de
-sa charge; mais ayant été nommé par le roi premier président de la
-chambre des comptes, moyennant le pardon qu'il vint demander à
-l'Université, il obtint qu'elle ne s'opposeroit point à son
-installation. (<span class="smcap">Sainte-Foix.</span>)</p>
-
-<p><a id="footnote549" name="footnote549"></a>
-<b><a href="#footnotetag549">549</a></b>: L'église des Mathurins a été entièrement démolie. Les
-bâtiments sont habités par des particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote550" name="footnote550"></a>
-<b><a href="#footnotetag550">550</a></b>: Les Thermes furent alors appelés le <i>Vieux Palais</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote551" name="footnote551"></a>
-<b><a href="#footnotetag551">551</a></b>: Si quelque chose pouvoit le démontrer, ce seroit sans
-doute la durée extraordinaire de cette construction, quoique tout
-semble concourir à sa ruine. On n'apprendra point sans étonnement que,
-depuis un grand nombre d'années, un jardin avoit été pratiqué, et
-existoit encore, il y a peu de temps, sur la voûte de cette salle. Un
-petit chemin pavé, d'environ trois pieds, étoit pratiqué dans tout son
-pourtour, et l'on avoit chargé le milieu d'une couche de terre
-végétale de trois à quatre pieds d'épaisseur environ, portant à nu sur
-les reins de la voûte d'arête dont nous venons de parler. Ainsi cette
-voûte recevoit continuellement les eaux pluviales et celles de
-l'arrosement journalier des légumes, arbres, arbustes, cultivés en
-pleine terre sur sa surface extérieure, et n'en paroissoit point
-sensiblement altérée. Cependant elle n'est composée que d'un blocage
-de briques et de moellons, liés entre, eux par un mortier composé de
-chaux et de sable de Paris.</p>
-
-<p><a id="footnote552" name="footnote552"></a>
-<b><a href="#footnotetag552">552</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 177.</p>
-
-<p><a id="footnote553" name="footnote553"></a>
-<b><a href="#footnotetag553">553</a></b>: Ce palais s'étendoit jusque dans la rue des Mathurins,
-et l'hôtel de Cluni a été bâti sur l'emplacement d'une partie de ses
-constructions, comme nous le dirons en son lieu.</p>
-
-<p><a id="footnote554" name="footnote554"></a>
-<b><a href="#footnotetag554">554</a></b>: L'an 1544, en fouillant près de la porte Saint-Jacques
-pour faire un rempart contre l'armée de Charles-Quint, on découvrit
-les aqueducs souterrains qui amenoient l'eau d'Arcueil aux Thermes.
-Deux de leurs voûtes existoient encore en 1724. On en a trouvé de
-nombreuses correspondances dans plusieurs caves des maisons de ce
-quartier. Il y en a dans une petite cour du bâtiment des Mathurins; et
-l'on y voit une inscription moderne indiquant qu'il s'étoit fait
-anciennement un enfoncement près de ce lieu, et que cet enfoncement
-avoit fait découvrir un conduit souterrain communiquant à la salle des
-Thermes.</p>
-
-<p><a id="footnote555" name="footnote555"></a>
-<b><a href="#footnotetag555">555</a></b>: M. Legrand.</p>
-
-<p><a id="footnote556" name="footnote556"></a>
-<b><a href="#footnotetag556">556</a></b>: Peu de temps avant la révolution, M. le baron de
-Breteuil, ministre de Paris, avoit chargé M. Verniquet de figurer sur
-un plan tous les restes de ces anciennes constructions, et de publier
-le résultat de ce travail: les troubles qui survinrent en empêchèrent
-l'exécution. On avoit aussi proposé de faire de cette salle, restaurée
-et dégagée de tous ses alentours, un <i>Muséum</i> d'architecture et de
-construction.</p>
-
-<p><a id="footnote557" name="footnote557"></a>
-<b><a href="#footnotetag557">557</a></b>: Ce v&oelig;u vient d'être rempli. <i>Voy.</i> l'art.
-<a href="#monumentsnouveaux751"><i>Monuments nouveaux</i></a>, <i>etc.</i></p>
-
-<p><a id="footnote558" name="footnote558"></a>
-<b><a href="#footnotetag558">558</a></b>: Bibl. Præmonstrat., p. 372.&mdash;Hist. de Par., t. I, p.
-338.</p>
-
-<p><a id="footnote559" name="footnote559"></a>
-<b><a href="#footnotetag559">559</a></b>: Fleuri.&mdash;Hist. ecclés., liv. 67, n<sup>o</sup> 17.</p>
-
-<p><a id="footnote560" name="footnote560"></a>
-<b><a href="#footnotetag560">560</a></b>: 1<sup>o</sup> Rue Hautefeuille, une grande maison appelée la
-maison <i>Pierre-Sarrasin</i>; 2<sup>o</sup> des religieuses de Saint-Antoine, la
-seigneurie et la censive sur neuf maisons situées rue des <i>Étuves</i>;
-3<sup>o</sup> une autre maison contiguë aux précédentes; 4<sup>o</sup> une grange avec un
-jardin. Toutes ces acquisitions, amorties par Philippe-le-Bel en 1294,
-formoient un carré environné de quatre rues, ce qui fit donner, au
-rapport de Du Breul, le nom d'<i>île</i> à leur terrain<a id="footnotetag560-A" name="footnotetag560-A"></a><a href="#footnote560-A" title="Lien vers la note 560-A"><span class="smaller">[560-A]</span></a>. (Bib.
-Præmonst., p. 582 et seqq.)</p>
-
-<p><a id="footnote560-A" name="footnote560-A"></a>
-<b><a href="#footnotetag560-A">560-A</a></b>: On appeloit effectivement <i>île de maisons</i> un canton
-environné de quatre rues, ou une grande maison isolée. Sur ces quatre
-rues qui entouroient les Prémontrés, deux ont été depuis long-temps
-détruites.</p>
-
-<p><a id="footnote561" name="footnote561"></a>
-<b><a href="#footnotetag561">561</a></b>: Du Breul, p. 585.</p>
-
-<p><a id="footnote562" name="footnote562"></a>
-<b><a href="#footnotetag562">562</a></b>: Les bâtiments des Prémontrés sont maintenant occupés
-par des artistes et des particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote563" name="footnote563"></a>
-<b><a href="#footnotetag563">563</a></b>: Auprès de cette église, laquelle, quoique resserrée de
-tous les côtés, avoit un cimetière et un charnier, on avoit construit,
-en 1561, un petit bâtiment où, le premier lundi de chaque mois,
-plusieurs chirurgiens visitoient les pauvres malades qui se
-présentoient. Cet usage, suivant l'abbé Lebeuf, remontoit jusqu'à
-saint Louis. (Elle sert maintenant d'atelier à un menuisier.)</p>
-
-<p><a id="footnote564" name="footnote564"></a>
-<b><a href="#footnotetag564">564</a></b>: On voyoit dans la nef ses armes gravées sur sa tombe,
-et peintes sur un des vitraux. Un petit cadre de bois, attaché à un
-pilier, offroit plusieurs épitaphes écrites sur parchemin, et
-composées en son honneur par Théodore de Beze. Elles ont été copiées
-dans le <i>Ménagiana</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote565" name="footnote565"></a>
-<b><a href="#footnotetag565">565</a></b>: Sur une colonne de pierre, près de la porte de la
-sacristie, on voyoit sa statue à genoux, en habit de docteur. (Ce
-monument a été détruit.)</p>
-
-<p><a id="footnote566" name="footnote566"></a>
-<b><a href="#footnotetag566">566</a></b>: Le monument qui lui avoit été élevé aux frais des
-maîtres chirurgiens de Paris n'existe point au Musée des
-Petits-Augustins; il étoit adossé au premier pilier de l'église, et
-offroit le buste de ce savant homme, soutenu par la figure allégorique
-de la Prudence. Ce morceau avoit été exécuté par <i>Vinache</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote567" name="footnote567"></a>
-<b><a href="#footnotetag567">567</a></b>: Livre Rouge vieux du Châtelet, fol. 14, 15, 36 et
-91.&mdash;Rech. de Pasquier, liv. IX, chap. 30, 31 et 32.&mdash;1<sup>o</sup> Reg. des
-chart. à la Chamb. des Compt., fol. 33, 46 et 58.&mdash;Du Boulay, t. IV,
-p. 671 <i>et suiv.</i></p>
-
-<p><a id="footnote568" name="footnote568"></a>
-<b><a href="#footnotetag568">568</a></b>: Jean Pitard, Ambroise Paré, George Maréchal, François
-de La Peyronie, et Jean-Louis Petit.</p>
-
-<p><a id="footnote569" name="footnote569"></a>
-<b><a href="#footnotetag569">569</a></b>: M. Goudouin lui-même avoit été chargé, dit-on, de
-ceindre cette place d'une décoration d'architecture composée de
-constructions utiles et analogues au monument principal. Sa mort a
-arrêté l'achèvement de ce projet, auquel il avoit donné un
-commencement d'exécution par l'érection d'une fontaine d'un très-beau
-style, et dont nous ne tarderons point à parler. (<i>Voy.</i> l'article
-<a href="#monumentsnouveaux751"><i>Monuments nouveaux</i></a>, etc.)</p>
-
-<p><a id="footnote570" name="footnote570"></a>
-<b><a href="#footnotetag570">570</a></b>: La destination de ce monument est devenue commune aux
-écoles de médecine et de chirurgie.</p>
-
-<p><a id="footnote571" name="footnote571"></a>
-<b><a href="#footnotetag571">571</a></b>: Du Breul, p. 514.&mdash;Sauval, t. I., p. 630.&mdash;Hist. de
-Par., t. I, p. 284.&mdash;Piganiol, t. VII, p. 1, etc.</p>
-
-<p><a id="footnote572" name="footnote572"></a>
-<b><a href="#footnotetag572">572</a></b>: Du Breul, p. 515.&mdash;Hist. de Par., t. III, p. 115.</p>
-
-<p><a id="footnote573" name="footnote573"></a>
-<b><a href="#footnotetag573">573</a></b>: <i>Voy.</i> t. I, 2<sup>e</sup> part., p. 771.</p>
-
-<p><a id="footnote574" name="footnote574"></a>
-<b><a href="#footnotetag574">574</a></b>: Cet incendie arriva par l'imprudence d'un religieux qui
-s'endormit la nuit dans l'église, où il vouloit achever de dire
-l'office, après avoir attaché une bougie allumée au lambris de la
-chapelle de Saint-Antoine-de-Padoue. Il y avoit, dans cette chapelle
-une grande quantité d'<i>ex-voto</i> en cire: le feu y prit, et se
-communiqua partout avec tant de rapidité et de violence, que dans un
-moment l'église entière fut embrasée. Les cloches furent fondues; le
-ch&oelig;ur, la nef, une partie du cloître furent ravagés par les
-flammes, qui détruisirent aussi un grand nombre de tombeaux<a id="footnotetag574-A" name="footnotetag574-A"></a><a href="#footnote574-A" title="Lien vers la note 574-A"><span class="smaller">[574-A]</span></a>.</p>
-
-<p><a id="footnote574-A" name="footnote574-A"></a>
-<b><a href="#footnotetag574-A">574-A</a></b>: Ces tombeaux, la plupart en marbre noir, offroient
-l'effigie, en marbre blanc ou en albâtre, des illustres personnages
-qui y avoient été inhumés. La mémoire nous en a été conservée par
-Corrozet, le premier qui ait imaginé d'écrire un livre sur Paris. Nous
-croyons devoir transcrire ici la liste qu'il en donne, laquelle a été
-négligée par le plus grand nombre de nos historiens.</p>
-
-<p>Marie, reine de France, femme de Philippe, fils de saint Louis, morte
-en 1321.</p>
-
-<p>Jeanne, reine de France et de Navarre, femme de Philippe-le-Bel,
-fondatrice du collége de Navarre, morte en 1304. (Au-dessous de son
-tombeau étoit le monument d'un prince et d'une princesse, tenant
-chacun un c&oelig;ur dans leurs mains, et sans épitaphe.)</p>
-
-<p>Jeanne, reine de France et de Navarre, morte en 1329. Le c&oelig;ur de
-Philippe-le-Long, son époux, mort en 1321.</p>
-
-<p>Le c&oelig;ur de Jeanne, reine de France et de Navarre, femme de
-Charles-le-Bel, morte en 1370.</p>
-
-<p>Le c&oelig;ur de Blanche de France, fille de Philippe-le-Long, morte
-religieuse de Longchamp en 1358.</p>
-
-<p>Mahaut, fille du comte de Saint-Paul, femme de Charles, comte de
-Valois, fils de Philippe-le-Hardi, morte en 1358. (Près de Mahaut
-étoit une autre princesse en habit de religieuse, et sans épitaphe.)</p>
-
-<p>Madame <i>Ainznée</i>, fille du roi de Castille. (Le reste de l'épitaphe
-étoit rompu.)</p>
-
-<p>Blanche de France, fille de saint Louis, femme de..... (Le reste de
-l'épitaphe étoit aussi rompu; mais c'étoit sans doute la princesse
-Blanche qui épousa Ferdinand de La Cerda, fils d'Alphonse X, roi de
-Castille, car l'autre princesse Blanche, également fille de saint
-Louis, ne fut point mariée.)</p>
-
-<p>Louis de Valois, fils de Charles, comte de Valois et de Mahaut, mort
-en 1329.</p>
-
-<p>Un prince, un chevalier, une dame, un comte et une comtesse, sans
-épitaphe.</p>
-
-<p>Louis <i>Amnez</i>, fils de Robert, comte de Flandre, mort en 1522.</p>
-
-<p>Pierre de Bretagne, fils de Jean duc de Bretagne, et de Blanche, fille
-de Thibaut roi de Navarre.</p>
-
-<p>Charles, comte d'Étampes, frère de Jeanne, reine de France et de
-Navarre, mort en 1336.</p>
-
-<p><a id="footnote575" name="footnote575"></a>
-<b><a href="#footnotetag575">575</a></b>: Au sujet de cette inscription, nous croyons devoir
-remarquer que les frères Mineurs, appelés <i>Cordeliers</i>, à cause de la
-corde qui leur servoit de ceinture, étoient anciennement
-<i>Conventuels</i>; mais en 1502 on introduisit chez eux une réforme, qui
-fut nommée l'<i>Observance</i>, ce qui servit à les distinguer des autres
-religieux du même ordre. Cependant, en 1771, un bref du pape réunit
-les <i>Conventuels</i> et les <i>Observantins</i> existants en France, sous
-l'autorité du général des Conventuels.</p>
-
-<p><a id="footnote576" name="footnote576"></a>
-<b><a href="#footnotetag576">576</a></b>: L'église des Cordeliers a été entièrement démolie. Une
-partie du cloître, qui existe encore, sert d'hospice à l'École de
-Médecine.</p>
-
-<p><a id="footnote577" name="footnote577"></a>
-<b><a href="#footnotetag577">577</a></b>: Ce bas-relief, que tous les historiens ont cru de
-bronze parce qu'il étoit noirci par le temps, et qu'ils ont faussement
-attribué à <i>Germain Pilon</i>, se trouve maintenant encastré dans le
-soubassement du tombeau du cardinal de Bourbon, déposé aux
-Petits-Augustins. C'est un morceau charmant où éclate toute la grâce,
-tout le sentiment de Jean Goujon. On peut le mettre au nombre de ses
-meilleurs ouvrages, et des chefs-d'&oelig;uvre de la sculpture
-françoise.</p>
-
-<p><a id="footnote578" name="footnote578"></a>
-<b><a href="#footnotetag578">578</a></b>: Ce monument ne se trouve point au Musée des
-Petits-Augustins.</p>
-
-<p><a id="footnote579" name="footnote579"></a>
-<b><a href="#footnotetag579">579</a></b>: Cette sculpture, exécutée par <i>Paul Ponce</i>, a dans le
-style quelque chose d'un peu barbare; mais on y remarque une belle
-pose, une draperie large et bien jetée, le caractère ferme et hardi de
-l'école de Michel-Ange. Au total c'est un bon ouvrage.</p>
-
-<p><a id="footnote580" name="footnote580"></a>
-<b><a href="#footnotetag580">580</a></b>: Ce monument n'est point aux Petits-Augustins.</p>
-
-<p><a id="footnote581" name="footnote581"></a>
-<b><a href="#footnotetag581">581</a></b>: Cette statue a été détruite.</p>
-
-<p><a id="footnote582" name="footnote582"></a>
-<b><a href="#footnotetag582">582</a></b>: Ce buste, exécuté par <i>Anguier</i>, n'est pas dépourvu de
-mérite. (Déposé aux Petits-Augustins.)</p>
-
-<p><a id="footnote583" name="footnote583"></a>
-<b><a href="#footnotetag583">583</a></b>: Ces bustes, qui sont tous de la plus mauvaise
-exécution, se voient dans le même Musée. Le squelette et l'épitaphe
-n'existent plus.</p>
-
-<p><a id="footnote584" name="footnote584"></a>
-<b><a href="#footnotetag584">584</a></b>: Ce buste est également déposé aux Petits-Augustins,
-ainsi qu'un médaillon ovale représentant le père et la mère de ce
-personnage.</p>
-
-<p><a id="footnote585" name="footnote585"></a>
-<b><a href="#footnotetag585">585</a></b>: En 1502 le cardinal d'Amboise avoit jugé à propos
-d'introduire la réforme dans plusieurs couvents dont les désordres
-causoient du scandale et commençoient même à donner de l'inquiétude.
-Les Cordeliers et les Jacobins surtout attirèrent son attention; mais
-ces derniers, auxquels il fit d'abord signifier l'ordre du pape,
-refusèrent d'obéir. Le cardinal, indigné, envoya une troupe de
-gens-d'armes avec ordre de chasser du couvent tous les Jacobins
-réfractaires. Ceux-ci se barricadèrent, et, soutenus de quelques
-écoliers, se défendirent assez long-temps. Forcés néanmoins de céder
-dans cette première attaque, ils osèrent revenir avec un renfort de
-douze cents écoliers, qui les remit en possession de leur couvent,
-d'où on ne put les chasser qu'en formant un nouveau siége. Les
-Jacobins de la réforme de Hollande vinrent les remplacer.</p>
-
-<p>L'aventure des Cordeliers a un caractère encore plus singulier: ils
-refusoient également la réforme que des Cordeliers observantins,
-placés dans leur maison, vouloient leur donner, lorsque le cardinal
-jugea à propos de leur envoyer deux évêques qui avoient déjà été
-chargés de la réforme des Jacobins. Avertis de leur visite, ces
-religieux exposent le saint Sacrement sur l'autel, et commencent à
-chanter des psaumes, des hymnes, des cantiques, fatiguent les deux
-prélats, qui d'abord n'osent les interrompre, redoublent leurs chants
-lorsque ceux-ci veulent leur imposer silence, et les forcent enfin à
-sortir de leur église. Les réformateurs revinrent le lendemain,
-accompagnés du prévôt de Paris, de plusieurs autres magistrats et de
-cent archers, avec ordre de chasser les Cordeliers, s'ils faisoient la
-moindre résistance. On les trouva, comme la veille, rassemblés dans
-leur église, où ils essayèrent encore de recommencer leurs chants
-scandaleux; mais on les fit taire, et la réforme se fit. Ils obtinrent
-seulement qu'elle ne fût point faite par les Cordeliers observantins,
-mais par dix-huit Cordeliers pris dans divers couvents. Dans le siècle
-suivant, où ils eurent encore besoin d'être rappelés à l'observation
-de leur règle, on tenta vainement de faire entrer chez eux des
-Récollets. Ils s'y refusèrent obstinément, et les obligèrent à se
-retirer en se réformant eux-mêmes.</p>
-
-<p><a id="footnote586" name="footnote586"></a>
-<b><a href="#footnotetag586">586</a></b>: Cart. Sorb. ad. ann. 1274.</p>
-
-<p><a id="footnote587" name="footnote587"></a>
-<b><a href="#footnotetag587">587</a></b>: Crévier, t. I, p. 495.</p>
-
-<p><a id="footnote588" name="footnote588"></a>
-<b><a href="#footnotetag588">588</a></b>: T. VI, p. 321.</p>
-
-<p><a id="footnote589" name="footnote589"></a>
-<b><a href="#footnotetag589">589</a></b>: L'inscription rapportée par la plupart des historiens
-de Paris indique seulement que c'est sous <em>son règne</em> que la Sorbonne
-fut fondée: <i lang="la">Ludovicus, rex Francorum</i>, <span class="smcap">SUB QUO</span> <i lang="la">fundata fuit domus
-Sorbonæ</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote590" name="footnote590"></a>
-<b><a href="#footnotetag590">590</a></b>: Cette rue n'est pas nommée dans les actes, mais elle
-paroît être celle que l'on nomme aujourd'hui <i>rue de Sorbonne</i>. Saint
-Louis permit à Robert de la faire fermer à ses extrémités, ce qui lui
-fit donner le nom de <i>rue des Deux-Portes</i>, comme nous le dirons
-ci-après.</p>
-
-<p><a id="footnote591" name="footnote591"></a>
-<b><a href="#footnotetag591">591</a></b>: La maison de Sorbonne se compose de trois grands corps
-de logis, flanqués dans leurs encoignures par quatre gros pavillons,
-le tout environnant une cour qui a la forme d'un carré long.
-Trente-sept professeurs avoient le droit d'y être logés.</p>
-
-<p><a id="footnote592" name="footnote592"></a>
-<b><a href="#footnotetag592">592</a></b>: <i>Voy.</i> les pl. 173, 174, 175.</p>
-
-<p><a id="footnote593" name="footnote593"></a>
-<b><a href="#footnotetag593">593</a></b>: Tous ces monuments n'existent plus; et l'on a pu
-remarquer qu'à l'exception des figures qui ornoient les tombeaux,
-presque toutes les sculptures qui servoient à la décoration des
-églises ont été détruites.</p>
-
-<p><a id="footnote594" name="footnote594"></a>
-<b><a href="#footnotetag594">594</a></b>: Le cardinal y est représenté couché sur son tombeau,
-une main sur sa poitrine, l'autre étendue, les yeux levés vers le
-ciel. La Religion le soutient; à ses pieds une femme, que l'on croit
-être la figure allégorique de la Science ou de l'Histoire, se penche
-sur le sarcophage avec l'expression de la plus vive douleur. Derrière
-le groupe, deux génies soutiennent l'écusson du ministre.</p>
-
-<p>Ce mausolée, que l'on regarde comme le chef-d'&oelig;uvre de Girardon,
-a long-temps passé pour un ouvrage accompli; et ce préjugé, dont le
-vulgaire est encore imbu, n'est pas même entièrement effacé dans
-l'esprit de certains artistes et de prétendus connoisseurs obstinément
-attachés aux vieilles routines. Tous les historiens de Paris n'en ont
-parlé qu'avec des transports d'admiration; et ce sera sans doute un
-grand sujet d'étonnement pour tous ceux qui ne le connoissent que par
-sa haute renommée, lorsque nous leur dirons que ce prétendu
-chef-d'&oelig;uvre est loin même d'être un bon ouvrage. On y trouve
-tous les défauts que nous avons reprochés à l'école du siècle de Louis
-XIV, défauts qui ont si rapidement amené la décadence entière de l'art
-sous Louis XV. Partout un goût systématique et faux y prend la place
-de l'imitation noble et vraie de la nature. Les draperies, jetées avec
-affectation, et exécutées en quelque sorte de <em>pratique</em>, ne
-présentent qu'un chiffonnage mesquin, lourd et monotone. La tête du
-cardinal, quoique touchée avec mollesse, n'est pas dépourvue
-d'expression, mais celle de la Religion est froide et sans caractère.
-La statue de la femme éplorée est beaucoup meilleure, et cette figure,
-qui offre dans sa pose une imitation frappante de la jeune fille du
-<i>testament d'Eudamidas</i><a id="footnotetag594-A" name="footnotetag594-A"></a><a href="#footnote594-A" title="Lien vers la note 594-A"><span class="smaller">[594-A]</span></a>, pourroit même passer pour un morceau
-recommandable, si l'on n'y retrouvoit encore ces draperies lourdes et
-chiffonnées qui partout fatiguent et rebutent l'&oelig;il de l'amateur
-délicat. La mollesse de touche que l'on peut généralement reprocher à
-l'auteur de ce monument l'a servi assez heureusement dans l'exécution
-des deux enfants. Cependant ces petites figures sont loin encore
-d'avoir le degré de finesse et de vérité qu'exigeroit une imitation
-parfaite de la nature, et que l'on retrouve si éminemment dans les
-belles sculptures du siècle précédent<a id="footnotetag594-B" name="footnotetag594-B"></a><a href="#footnote594-B" title="Lien vers la note 594-B"><span class="smaller">[594-B]</span></a>.</p>
-
-<p><a id="footnote594-A" name="footnote594-A"></a>
-<b><a href="#footnotetag594-A">594-A</a></b>: Tableau célèbre du Poussin.</p>
-
-<p><a id="footnote594-B" name="footnote594-B"></a>
-<b><a href="#footnotetag594-B">594-B</a></b>: Ce monument est bien conservé, et n'a d'autre
-restauration que le nez de la figure du cardinal, mutilé pendant les
-jours révolutionnaires.</p>
-
-<p><a id="footnote595" name="footnote595"></a>
-<b><a href="#footnotetag595">595</a></b>: Les chaires de théologie fondées en Sorbonne, et qui
-existoient dans les derniers temps, étoient au nombre de sept:</p>
-
-<p>La première, fondée en 1532 par Ulrich Gering, célèbre imprimeur
-allemand, étoit connue sous le titre de <em>chaire de lecteur</em>.</p>
-
-<p>La deuxième et la troisième, fondées en 1596 par Henri IV, avoient
-pour objet, l'une <em>la théologie contemplative</em>, l'autre <em>la théologie
-positive</em>.</p>
-
-<p>La quatrième, fondée en 1606 par M. de Pellejai, conseiller au
-parlement, étoit destinée à <em>l'interprétation de l'écriture sainte</em>.</p>
-
-<p>La cinquième, pour <em>les cas de conscience</em>, étoit due à M. de Rouan,
-principal du collége des Trésoriers, et avoit été établie en 1612.</p>
-
-<p>La sixième, qui traitoit des <em>controverses</em>, avoit été fondée en 1616
-par Louis XIII.</p>
-
-<p>La septième, consacrée à <em>l'interprétation du texte hébreux de
-l'écriture</em>, avoit pour fondateur le duc d'Orléans, qui l'avoit créée
-en 1751.</p>
-
-<p><a id="footnote596" name="footnote596"></a>
-<b><a href="#footnotetag596">596</a></b>: L'église de Sorbonne, entièrement dégradée dans son
-intérieur, est restée long-temps déserte et abandonnée pendant la
-révolution. Les bâtiments de la maison avoient été destinés à loger
-des artistes. Sur l'état actuel de ce monument <i>voy.</i> l'art.
-<a href="#monumentsnouveaux751"><i>Monuments nouveaux</i></a>, etc.</p>
-
-<p><a id="footnote597" name="footnote597"></a>
-<b><a href="#footnotetag597">597</a></b>: Les bâtiments de ce collége sont aujourd'hui
-entièrement détruits et remplacés par des maisons particulières.</p>
-
-<p><a id="footnote598" name="footnote598"></a>
-<b><a href="#footnotetag598">598</a></b>: Les bâtiments en sont habités par des particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote599" name="footnote599"></a>
-<b><a href="#footnotetag599">599</a></b>: L'évêché de Blois étoit un démembrement de celui de
-Chartres; il fut érigé, par une bulle d'Innocent XII, le 1er juillet
-1697. (Gall. christ., t. VIII, inst. col. 451.)</p>
-
-<p><a id="footnote600" name="footnote600"></a>
-<b><a href="#footnotetag600">600</a></b>: Trésor des Chartres. Paris, liv. III, n<sup>o</sup> 22.</p>
-
-<p><a id="footnote601" name="footnote601"></a>
-<b><a href="#footnotetag601">601</a></b>: Sauval, t. III, p. 217.</p>
-
-<p><a id="footnote602" name="footnote602"></a>
-<b><a href="#footnotetag602">602</a></b>: L'affaire fut portée au parlement, et il fut facile de
-prouver qu'il n'étoit pas question ici de suppression, mais seulement
-de changement de boursiers séculiers en réguliers.</p>
-
-<p><a id="footnote603" name="footnote603"></a>
-<b><a href="#footnotetag603">603</a></b>: Les bâtiments en sont maintenant occupés par une
-administration publique.</p>
-
-<p><a id="footnote604" name="footnote604"></a>
-<b><a href="#footnotetag604">604</a></b>: C'est maintenant un hôtel garni.</p>
-
-<p><a id="footnote605" name="footnote605"></a>
-<b><a href="#footnotetag605">605</a></b>: Il est maintenant habité par des particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote606" name="footnote606"></a>
-<b><a href="#footnotetag606">606</a></b>: C'est maintenant un hôtel garni.</p>
-
-<p><a id="footnote607" name="footnote607"></a>
-<b><a href="#footnotetag607">607</a></b>: <i>V.</i> pl. 178. Ce monument n'a point changé de
-destination.</p>
-
-<p><a id="footnote608" name="footnote608"></a>
-<b><a href="#footnotetag608">608</a></b>: Les bâtiments de ce collége sont habités par des
-particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote609" name="footnote609"></a>
-<b><a href="#footnotetag609">609</a></b>: Il y avoit entre autres trois maisons sises vis-à-vis,
-appelées <i>les Marmousets</i>, qui ont été acquises depuis et enclavées
-dans le collége de Harcour.</p>
-
-<p><a id="footnote610" name="footnote610"></a>
-<b><a href="#footnotetag610">610</a></b>: C'est maintenant une maison habitée par des
-particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote611" name="footnote611"></a>
-<b><a href="#footnotetag611">611</a></b>: Du Breul, p. 711.&mdash;Hist. de l'abb. S. Germ., p.
-157.&mdash;Hist. de Par., t. I, p. 610.</p>
-
-<p><a id="footnote612" name="footnote612"></a>
-<b><a href="#footnotetag612">612</a></b>: Lemaire, t. II, p. 554.</p>
-
-<p><a id="footnote613" name="footnote613"></a>
-<b><a href="#footnotetag613">613</a></b>: Hist. de Paris, t. V, p. 673.</p>
-
-<p><a id="footnote614" name="footnote614"></a>
-<b><a href="#footnotetag614">614</a></b>: <i>Ibid.</i>, p. 662.</p>
-
-<p><a id="footnote615" name="footnote615"></a>
-<b><a href="#footnotetag615">615</a></b>: <i>Ibid.</i>, p. 775.</p>
-
-<p><a id="footnote616" name="footnote616"></a>
-<b><a href="#footnotetag616">616</a></b>: C'est aussi une maison habitée par des particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote617" name="footnote617"></a>
-<b><a href="#footnotetag617">617</a></b>: On les appeloit l'<i>hôtel</i> ou <i>les maisons d'Avranches</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote618" name="footnote618"></a>
-<b><a href="#footnotetag618">618</a></b>: Hist. Univ. Paris, t. IV, p. 162.</p>
-
-<p><a id="footnote619" name="footnote619"></a>
-<b><a href="#footnotetag619">619</a></b>: Un cuisinier de ce collége, nommé Guion Gervais, voulut
-être compté au nombre de ses bienfaiteurs, et donna en 1679 une somme
-de 1,000 liv. pour fonder une bourse de grammairien.</p>
-
-<p><a id="footnote620" name="footnote620"></a>
-<b><a href="#footnotetag620">620</a></b>: Jaillot, quart. S.-André-des-Arcs, p. 122. Depuis la
-révolution, ce collége a été occupé quelque temps par l'École de
-droit.</p>
-
-<p><a id="footnote621" name="footnote621"></a>
-<b><a href="#footnotetag621">621</a></b>: C'est aujourd'hui une maison garnie.</p>
-
-<p><a id="footnote622" name="footnote622"></a>
-<b><a href="#footnotetag622">622</a></b>: Hist. S. Mart., p. 216.&mdash;Du Breul, p. 650.&mdash;Hist.
-Univ., t. III, p. 395.&mdash;Hist. de Par., t. I, p. 417.</p>
-
-<p><a id="footnote623" name="footnote623"></a>
-<b><a href="#footnotetag623">623</a></b>: Ce collége est maintenant habité par des particuliers;
-sa chapelle sert d'atelier à un peintre. Il reste encore quelques
-portions de son cloître, dont les arcades offrent des formes gothiques
-très-élégantes. <i>Voy.</i> pl. 178.</p>
-
-<p><a id="footnote624" name="footnote624"></a>
-<b><a href="#footnotetag624">624</a></b>: Manusc. des S. Germ., C. 454, fol. 484.</p>
-
-<p><a id="footnote625" name="footnote625"></a>
-<b><a href="#footnotetag625">625</a></b>: Dans cette même rue étoit, à la fin du siècle dernier,
-un bureau de messagerie pour la Normandie et la Bretagne, que l'on
-nommoit <i>l'hôtel Saint-François</i>, parce qu'on prétendoit que saint
-François-de-Sales y avoit demeuré. Cette tradition ne paroît guère
-vraisemblable, et n'étoit fondée sur aucune autorité. Des titres de
-l'abbaye Saint-Germain prouvent au contraire que cette maison portoit
-l'enseigne de <i>Saint-François</i> dès 1640, et saint François-de-Sales ne
-fut canonisé qu'en 1665.</p>
-
-<p><a id="footnote626" name="footnote626"></a>
-<b><a href="#footnotetag626">626</a></b>: On cite entre autres Antoine du Prat, son petit-fils,
-seigneur de Nantouillet et prévôt de Paris. Le duc d'Anjou, le roi de
-Navarre et le duc de Guise, sur qui il s'étoit permis des propos
-indiscrets, lui mandèrent un jour qu'ils iroient souper chez lui à cet
-hôtel d'Hercule; et ils y allèrent, malgré tous les prétextes qu'il
-put alléguer pour se dispenser de recevoir cet honneur. Après le
-souper, leur suite pilla ou jeta par les fenêtres son argent, sa
-vaisselle et ses meubles. «Le lendemain, dit l'Étoile, le premier
-président fut trouver le roi (Charles IX), et lui dit que Paris étoit
-ému pour le vol de la nuit passée, et que l'on disoit que Sa Majesté y
-étoit en personne, et l'avoit fait pour rire; à quoi le roi ayant
-répondu que ceux qui le disoient avoient menti, le premier président
-répliqua: J'en ferai donc informer, Sire.&mdash;Non, non, répondit le roi;
-ne vous en mettez pas en peine: dites seulement à Nantouillet qu'il
-aura affaire à trop forte partie, s'il en veut demander raison.»</p>
-
-<p><a id="footnote627" name="footnote627"></a>
-<b><a href="#footnotetag627">627</a></b>: <i>Voy.</i> prem. part. de ce vol., p. 602.</p>
-
-<p><a id="footnote628" name="footnote628"></a>
-<b><a href="#footnotetag628">628</a></b>: Germain Brice place cette reconstruction en 1505.</p>
-
-<p><a id="footnote629" name="footnote629"></a>
-<b><a href="#footnotetag629">629</a></b>: Il étoit neveu du fameux cardinal Georges d'Amboise, le
-ministre chéri de Louis XII. Les murailles offrent de toutes parts les
-armes de sa famille, ainsi que le bourdon et les coquilles, attributs
-de saint Jacques, son patron.</p>
-
-<p><a id="footnote630" name="footnote630"></a>
-<b><a href="#footnotetag630">630</a></b>: Toutes ces figures ont été détruites pendant la
-révolution. Cette chapelle sert maintenant à des cours particuliers de
-pharmacie.</p>
-
-<p><a id="footnote631" name="footnote631"></a>
-<b><a href="#footnotetag631">631</a></b>: Les armoiries ont été effacées. Il ne reste plus
-d'autres ornements que deux colonnes et quelques sculptures qui
-accompagnent une porte intérieure, et dont le style annonce le siècle
-de François I<sup>er</sup>.</p>
-
-<p><a id="footnote632" name="footnote632"></a>
-<b><a href="#footnotetag632">632</a></b>: Cette maison est maintenant habitée par des
-particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote633" name="footnote633"></a>
-<b><a href="#footnotetag633">633</a></b>: Les trois présidents nommés en 1344 par
-Philippe-de-Valois ne prenoient alors que la qualité de <em>maîtres du
-parlement</em>.</p>
-
-<p><a id="footnote634" name="footnote634"></a>
-<b><a href="#footnotetag634">634</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 147.</p>
-
-<p><a id="footnote635" name="footnote635"></a>
-<b><a href="#footnotetag635">635</a></b>: <i>Voy.</i> ibid.</p>
-
-<p><a id="footnote636" name="footnote636"></a>
-<b><a href="#footnotetag636">636</a></b>: Nous en parlerons à l'article des Chartreux, quartier
-du Luxembourg.</p>
-
-<p><a id="footnote637" name="footnote637"></a>
-<b><a href="#footnotetag637">637</a></b>: À peu de distance de l'emplacement de cette porte, et
-entre l'ancien terrain des Jacobins et les maisons de la rue
-Sainte-Hiacynthe, on voit encore quelques débris des murailles et des
-tours qui formoient l'enceinte de Philippe-Auguste.</p>
-
-<p><a id="footnote638" name="footnote638"></a>
-<b><a href="#footnotetag638">638</a></b>: Maintenant de <i>l'École-de-Médecine</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote639" name="footnote639"></a>
-<b><a href="#footnotetag639">639</a></b>: T. II, p. 565.</p>
-
-<p><a id="footnote640" name="footnote640"></a>
-<b><a href="#footnotetag640">640</a></b>: On prétend aussi que la partie de cette rue, depuis
-celle de la Vieille-Bouclerie jusqu'à la rue Mâcon, fut appelée <i>de la
-Clef</i>, en mémoire de la trahison de <i>Périnet Le Clerc</i><a id="footnotetag640-A" name="footnotetag640-A"></a><a href="#footnote640-A" title="Lien vers la note 640-A"><span class="smaller">[640-A]</span></a>, qui,
-ayant dérobé les clefs de la porte de Buci sous le chevet du lit de
-son père, introduisit les Anglois dans la ville. (Sauval, t. I, p.
-126) Cette tradition paroît plus vraisemblable que celle qui faisoit
-regarder une des bornes de la rue Saint-André-des-Arcs, dont la partie
-supérieure représentoit une tête d'homme, comme la statue de ce
-traître. Jaillot, qui la traite de bruit populaire dénué de toute
-espèce de fondement, dit avoir lu dans des notes manuscrites
-recueillies par D. Félibien, et qui se conservoient à
-Saint-Germain-des-Prés, que cette borne étoit un monument d'une amende
-honorable faite au chapitre de Notre-Dame, en expiation d'insultes
-exercées à l'égard d'un chanoine, lors d'une procession qui passoit en
-cet endroit. «Si ce fait étoit vrai, dit ce critique, on en eût
-vraisemblablement conservé le souvenir par une inscription ou par
-quelque monument de sculpture mieux placé et moins exposé à être
-détruit qu'une borne mise à l'angle de deux rues très-fréquentées, et
-qui, par sa position, pouvoit facilement être mutilée ou rompue.»</p>
-
-<p><a id="footnote640-A" name="footnote640-A"></a>
-<b><a href="#footnotetag640-A">640-A</a></b>: <i>Voy.</i> t. II, prem. part., p. 991.</p>
-
-<p><a id="footnote641" name="footnote641"></a>
-<b><a href="#footnotetag641">641</a></b>: Sur le terrain des Augustins on a percé une rue
-nouvelle qui va de celle-ci à la rue Dauphine. On la nomme rue du
-<i>Pont de Lodi</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote642" name="footnote642"></a>
-<b><a href="#footnotetag642">642</a></b>: Fol. 140 v<sup>o</sup>.</p>
-
-<p><a id="footnote643" name="footnote643"></a>
-<b><a href="#footnotetag643">643</a></b>: Reg. de la Temp. de Notre-Dame.</p>
-
-<p><a id="footnote644" name="footnote644"></a>
-<b><a href="#footnotetag644">644</a></b>: T. I, p. 118.</p>
-
-<p><a id="footnote645" name="footnote645"></a>
-<b><a href="#footnotetag645">645</a></b>: Sauval, t. III, p. 625.</p>
-
-<p><a id="footnote646" name="footnote646"></a>
-<b><a href="#footnotetag646">646</a></b>: T. I, p. 123.</p>
-
-<p><a id="footnote647" name="footnote647"></a>
-<b><a href="#footnotetag647">647</a></b>: Hist. de Par., t. V, p. 187.</p>
-
-<p><a id="footnote648" name="footnote648"></a>
-<b><a href="#footnotetag648">648</a></b>: Sauval, t. II, p. 125.</p>
-
-<p><a id="footnote649" name="footnote649"></a>
-<b><a href="#footnotetag649">649</a></b>: Entre cette rue et la précédente on voyoit encore, à la
-fin du siècle dernier, une ruelle ou descente à la rivière, fermée par
-une porte à son entrée dans la rue de la Huchette; elle se nommoit rue
-des <i>Trois-Canettes</i>, et se trouve sur le plan de Boisseau sous le nom
-<i>du Harpeur</i>. Elle étoit peu connue, parce qu'elle ne servoit qu'à
-l'écoulement des eaux et des immondices. En 1767 la maison voisine de
-cette ruelle s'étant écroulée, on revint au projet déjà conçu de
-construire un quai le long de la rivière, entre le pont Saint-Michel
-et le Petit-Pont. Il fut ordonné en conséquence que la rue des
-Trois-Canettes seroit supprimée, et celle des Trois-Chandeliers
-élargie jusqu'à douze pieds dans toute sa longueur; ce qui fut
-exécuté.</p>
-
-<p><a id="footnote650" name="footnote650"></a>
-<b><a href="#footnotetag650">650</a></b>: Sauval dit qu'en 1255, époque de la fondation du
-collége des Prémontrés, on la nommoit <i>rue aux Étuves</i>. Il se trompe:
-cette dénomination étoit celle d'une rue qui ne subsiste plus
-aujourd'hui, et qui passoit de la rue des Cordeliers à la rue Mignon,
-dont elle faisoit la continuation, entre le collége de Bourgogne et la
-maison des Prémontrés. (<span class="smcap">Jaillot.</span>)</p>
-
-<p><a id="footnote651" name="footnote651"></a>
-<b><a href="#footnotetag651">651</a></b>: Arch. de l'abb. S. Germ.</p>
-
-<p><a id="footnote652" name="footnote652"></a>
-<b><a href="#footnotetag652">652</a></b>: Sauval, t. I, p. 135.</p>
-
-<p><a id="footnote653" name="footnote653"></a>
-<b><a href="#footnotetag653">653</a></b>: Ce nom de <em>Queux</em> signifie, en vieux françois,
-<em>cuisinier</em>; mais personne n'ignore que la charge de <i>Grand-Queux</i>
-étoit chez le roi une des premières de la couronne. Les Châtillon se
-sont fait un honneur de la posséder.</p>
-
-<p><a id="footnote654" name="footnote654"></a>
-<b><a href="#footnotetag654">654</a></b>: Past. A, p. 793.</p>
-
-<p><a id="footnote655" name="footnote655"></a>
-<b><a href="#footnotetag655">655</a></b>: Nécrol. de N. D. au 31 mars et 25 avril.</p>
-
-<p><a id="footnote656" name="footnote656"></a>
-<b><a href="#footnotetag656">656</a></b>: Archiv. de S. Germ. des Prés.</p>
-
-<p><a id="footnote657" name="footnote657"></a>
-<b><a href="#footnotetag657">657</a></b>: Lebeuf, t. II, p. 567.</p>
-
-<p><a id="footnote658" name="footnote658"></a>
-<b><a href="#footnotetag658">658</a></b>: Hist. de Par., t. IV, p. 133.</p>
-
-<p><a id="footnote659" name="footnote659"></a>
-<b><a href="#footnotetag659">659</a></b>: Huon de Bordeaux, dans son roman, l'appelle <i>Amauri de
-Hautefeuille</i>, et dit qu'il étoit neveu de Ganelon.</p>
-
-<p><a id="footnote660" name="footnote660"></a>
-<b><a href="#footnotetag660">660</a></b>: Corroz., fol. 79, v<sup>o</sup>.&mdash;Belleforest, Ann. p. 889.&mdash;Du
-Breul, p. 500.&mdash;Hist. de Par., t. I, p. 261.</p>
-
-<p><a id="footnote661" name="footnote661"></a>
-<b><a href="#footnotetag661">661</a></b>: Arch. de S. Germ. des Prés, A. 3, 4, 5.&mdash;Terrier de
-1523, fol. 138 et suiv.</p>
-
-<p><a id="footnote662" name="footnote662"></a>
-<b><a href="#footnotetag662">662</a></b>: <i>Ibid.</i>, fol. 237, v<sup>o</sup>.</p>
-
-<p><a id="footnote663" name="footnote663"></a>
-<b><a href="#footnotetag663">663</a></b>: Cette rue vient d'être abattue du côté de la rivière
-pour la construction d'un nouveau quai.</p>
-
-<p><a id="footnote664" name="footnote664"></a>
-<b><a href="#footnotetag664">664</a></b>: En face de cette rue est le cul-de-sac appelé de la
-<i>cour de Rouen</i>, ainsi nommé parce que l'hôtel de l'archevêque de
-Rouen y étoit situé.</p>
-
-<p><a id="footnote665" name="footnote665"></a>
-<b><a href="#footnotetag665">665</a></b>: On a démoli plusieurs maisons de cette rue pour
-agrandir la place Saint-Michel.</p>
-
-<p><a id="footnote666" name="footnote666"></a>
-<b><a href="#footnotetag666">666</a></b>: Cartul. Sorbon., fol. 55.</p>
-
-<p><a id="footnote667" name="footnote667"></a>
-<b><a href="#footnotetag667">667</a></b>: Il y avoit autrefois près de l'église des Mathurins un
-cul-de-sac qui la séparoit du palais des Thermes, et qui portoit le
-nom de <i>Coterel</i> ou <i>Cocerel</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote668" name="footnote668"></a>
-<b><a href="#footnotetag668">668</a></b>: Cart. de Sorbon., fol. 132.</p>
-
-<p><a id="footnote669" name="footnote669"></a>
-<b><a href="#footnotetag669">669</a></b>: T. II, p. 77.</p>
-
-<p><a id="footnote670" name="footnote670"></a>
-<b><a href="#footnotetag670">670</a></b>: Ce cul-de-sac n'existe plus, de même que l'hôtel,
-lequel occupoit l'espace compris entre les rues de Hautefeuille, du
-Jardinet, du Paon et du cul-de-sac même où il étoit situé.</p>
-
-<p><a id="footnote671" name="footnote671"></a>
-<b><a href="#footnotetag671">671</a></b>: Cart. Sorb. 1273-1279.</p>
-
-<p><a id="footnote672" name="footnote672"></a>
-<b><a href="#footnotetag672">672</a></b>: Comp. des heures du chap. N. D.</p>
-
-<p><a id="footnote673" name="footnote673"></a>
-<b><a href="#footnotetag673">673</a></b>: Sauval, t. III, p. 555.</p>
-
-<p><a id="footnote674" name="footnote674"></a>
-<b><a href="#footnotetag674">674</a></b>: Fol. 13, 14, 28, 116, etc.</p>
-
-<p><a id="footnote675" name="footnote675"></a>
-<b><a href="#footnotetag675">675</a></b>: Manusc. de S. Germ., C. 454. La partie de cette rue qui
-aboutit à celle du Battoir étoit indiquée, au commencement du
-quinzième siècle, sous le nom grossier et ridicule de <i>rue du Pet</i>, en
-1560 <i>rue du Petit-Pet</i>, et <i>du Gros-Pet</i> en 1636.</p>
-
-<p><a id="footnote676" name="footnote676"></a>
-<b><a href="#footnotetag676">676</a></b>: Arch. de S. Germ.</p>
-
-<p><a id="footnote677" name="footnote677"></a>
-<b><a href="#footnotetag677">677</a></b>: Sauval, t. III, p. 644. Il y a dans cette rue un
-cul-de-sac appelé <i>Sallembrière</i>; c'est une altération du nom
-<i>Saille-en-bien</i>, <i>Saliens in bonum</i>, qu'il portoit anciennement. Ce
-nom étoit celui d'un particulier qui y avoit sa maison; on le trouve
-dans un acte du cartulaire de Sorbonne daté de 1239, et dans plusieurs
-actes subséquents. Ce cul-de-sac, qui étoit une rue à cette époque,
-aboutissoit à une autre ruelle, laquelle ne subsiste plus, et qu'on
-nommoit rue <i>des Jardins</i>. Celle-ci donnoit dans la rue Saint-Jacques.</p>
-
-<p><a id="footnote678" name="footnote678"></a>
-<b><a href="#footnotetag678">678</a></b>: Past. A., fol. 690.&mdash;Nécrol. de N. D.</p>
-
-<p><a id="footnote679" name="footnote679"></a>
-<b><a href="#footnotetag679">679</a></b>: «Il n'y a pas long-temps, dit Saint-Foix, qu'on voyoit
-encore sur la porte de la maison qui fait le coin de cette rue et de
-la rue Saint-Séverin une pierre de deux pieds en carré, où l'on avoit
-gravé différentes figures; les principales étoient celles d'un homme
-renversé de cheval, et d'un autre à qui une dame mettoit sur la tête
-un <i>chapeau de roses</i>. On lisoit au haut ces mots: <i>Au vaillant
-Clary</i>; et en bas: <i>En dépit de l'envie</i>. C'est un monument que la
-s&oelig;ur de Guillaume Fouquet, écuyer de la reine Isabeau de
-Bavière, osa faire mettre sur sa maison, à la gloire de sire de Clary,
-son parent, dans le temps que la cour, irritée du combat de ce brave
-homme contre Courtenay, le poursuivoit, et vouloit le faire périr sur
-l'échafaud.» Pierre Courtenay, chevalier anglois et favori de son
-maître, étoit venu à Paris uniquement pour défier à la lance et à
-l'épée Guy de La Trémouille, porte-oriflamme; s'en retournant, après
-avoir rompu avec lui quelques lances, il se vanta, dans une visite
-qu'il fit à la comtesse de Saint-Pol, s&oelig;ur du roi d'Angleterre,
-qu'aucun François n'avoit osé <em>s'éprouver</em> contre lui; le sir de
-Clary, qui étoit présent, s'indignant de l'injure qu'il faisoit à sa
-nation, lui proposa le champ clos pour le lendemain, et eut le bonheur
-de le mettre hors de combat. Une intrigue de cour présenta sous un
-aspect odieux cette action si glorieuse pour un vrai chevalier; on lui
-fit un crime d'avoir osé <em>prendre une journée</em> sans la permission du
-roi; et pour ne pas expier sa victoire par une mort ignominieuse,
-comme un traître à sa patrie, le brave Clary fut forcé de prendre la
-fuite, et resta long-temps dans l'exil.»</p>
-
-<p><a id="footnote680" name="footnote680"></a>
-<b><a href="#footnotetag680">680</a></b>: Livre rouge de l'Hôtel-de-Ville, fol. 107.</p>
-
-<p><a id="footnote681" name="footnote681"></a>
-<b><a href="#footnotetag681">681</a></b>: Au-dessous du marbre sur lequel cette inscription étoit
-gravée, on voyoit encore, avant la révolution, un bas-relief gothique
-qui représentoit une amende honorable que les sergents à verge avoient
-été contraints de faire, en 1440, à Justice, à l'Université et aux
-Augustins. Sous prétexte de signifier un exploit, ils s'étoient permis
-de tirer par force un de ces religieux du cloître de son couvent et en
-avoient tué un autre qui vouloit s'opposer à cette violence. «Par
-sentence du prévôt de Paris, dit Du Breul, ils furent condamnés à
-faire trois amendes honorables, l'une au Châtelet, l'autre au lieu du
-forfait et occision, et la dernière à la place Maubert; ils devoient
-les faire sans chaperon, nuds jambes et nud pieds, tenant chacun à la
-main une torche ardente de quatre livres, requérants à tous merci et
-pardon; puis ils furent condamnés à faire faire une croix en pierre de
-taille près le lieu où ladite occision fut faite, avec image
-représentant ladite réparation: davantage leurs biens confisqués,
-préalablement prise sur iceux la somme de 1000 livres parisis, et <em>en
-après bannis à jamais du royaume</em>.» Cependant cette peine, qu'on peut
-considérer comme légère, vu l'énormité du crime, fut sans doute encore
-adoucie: car Jaillot prétend avoir vu plusieurs significations faites
-par un de ces sergents depuis 1440 jusqu'en 1449.</p>
-</div>
-
-<div class="chapter tn">
-<h2 class="small">Notes au lecteur de ce fichier numérique:</h2>
-
-<div class="tn">
-<p>Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été
-corrigées. L'orthographe de l'auteur a été conservée.</p>
-
-<p>Les lettres supérieures unusuelles ont été entourées de parenthèses.</p>
-
-<p>Corrections effectuées:</p>
-
-<p>&mdash;Page <a href="#page124">124</a>: "Mazarin devoit en grande partie son élévation à Charigni"
-a été remplacé par "Mazarin devoit en grande partie son élévation à
-Chavigni".</p>
-
-<p>&mdash;Note <a href="#page248">248</a>: "april" a été remplacé par "avril".</p>
-
-<p>&mdash;Page <a href="#page371">371</a>: "de disposer de leurs prétendes" a été remplacé par "de
-disposer de leurs prébendes".</p>
-</div>
-</div>
-
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-<pre>
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-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Tableau historique et pittoresque de
-Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Tome 6/8), by Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TABLEAU HISTORIQUE DE PARIS ***
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