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You may copy it, give it away or re-use it under the terms of -the Project Gutenberg License included with this eBook or online at -www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Tome 6/8) - -Author: Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor - -Release Date: August 16, 2019 [EBook #60106] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TABLEAU HISTORIQUE DE PARIS *** - - - - -Produced by Mireille Harmelin, Guy de Montpellier, Christine -P. Travers and the Online Distributed Proofreading Team -at http://www.pgdp.net (This file was produced from images -generously made available by the Bibliothèque nationale -de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) - - - - - - - - - -TABLEAU - -HISTORIQUE ET PITTORESQUE - -DE PARIS. - - - - -IMPRIMERIE DE COSSON, RUE GARANCIÈRE. - - - - - TABLEAU - HISTORIQUE ET PITTORESQUE - DE PARIS, - - DEPUIS LES GAULOIS JUSQU'À NOS JOURS. - - - Dédié au Roi - Par J. B. de Saint-Victor - - - _Seconde Édition_, - REVUE, CORRIGÉE ET AUGMENTÉE. - - - QUATRE VOLUMES IN-8º, ET UN ATLAS IN-4º. - TOME TROISIÈME.--DEUXIÈME PARTIE. - - - _Miratur molem..... magalia quondam._ - ÆNEID., lib. I. - - - - - PARIS, - LIBRAIRIE CLASSIQUE-ÉLÉMENTAIRE, - RUE DU PAON, Nº 8. - - M DCCC XXIV. - - - - -AVIS DE L'ÉDITEUR. - - -Une inadvertance de l'imprimeur, dont on s'est aperçu trop tard pour -pouvoir y porter remède, a produit une irrégularité dans la manière de -numéroter les pages adoptée jusqu'à présent dans cet ouvrage. Les -nombres, au lieu de _suivre_ dans cette seconde partie du troisième -volume ceux de la première, ainsi qu'il a été pratiqué dans les -première et seconde parties des deux volumes précédents, recommencent -par l'_unité_, comme si cette partie formoit un volume séparé. - -Cette erreur est de peu d'importance sans doute; nous ajouterons même -que, vu le nombre considérable de pages que contient chacun de ces -volumes, cette manière de les numéroter est à la fois plus simple et -plus commode que la première. - -Elle eût été adoptée dès le commencement, si nous avions pu nous faire -alors une juste idée de l'étendue que devoit avoir l'ouvrage. Au lieu -de suivre les divisions de la première édition, et de publier trois -volumes partagés en six parties, chacune de ces parties eût formé un -volume séparé, et celle-ci seroit le sixième. - -Nous espérons que messieurs les Souscripteurs jugeront comme nous -qu'une erreur qui ne produit absolument aucun changement dans -l'économie du livre mérite à peine d'être remarquée. - - - - -TABLEAU - -HISTORIQUE ET PITTORESQUE - -DE PARIS. - - - - -QUARTIER SAINT BENOIT. - - Ce quartier est borné à l'orient par la rue du - Pavé-de-la-Place-Maubert, le marché de ladite place, les rues de - la Montagne-Sainte-Geneviève, Bordet, Moufetard, et de Lourcine - exclusivement; au septentrion, par la rivière, y compris le - Petit-Châtelet; à l'occident, par les rues du Petit-Pont et de - Saint-Jacques inclusivement; et au midi, par l'extrémité du - faubourg Saint-Jacques, jusqu'à la rue de Lourcine. - - On y comptoit, en 1789, cinquante-neuf rues, trois culs-de-sac, - deux abbayes, deux églises collégiales, quatre paroisses, trois - chapelles, quatre séminaires, six communautés d'hommes, quatre de - filles et six couvents; deux écoles, dix-neuf colléges, un - hôpital, deux places, etc. - - -PARIS SOUS LOUIS XIII ET SOUS LA MINORITÉ DE LOUIS XIV. - -Il faut suivre avec attention le règne de Louis XIII: il n'a pas été, -selon nous, moins étrangement jugé par ses nombreux historiens que les -règnes qui l'ont précédé. La révolution, qui nous a appris à nous -tenir en garde contre leurs censures passionnées, nous apprendra de -même à nous méfier de leurs admirations niaises et de leurs jugements -superficiels. Comment en seroit-il autrement? Nous voyons de nos yeux -des catastrophes qu'ils n'avoient pas su prévoir, qu'il ne leur -appartenoit pas même de pouvoir imaginer. Il nous est donné de saisir -dans leur ensemble des faits qu'ils isoloient sans cesse les uns des -autres, qu'il leur arrivoit souvent de considérer comme de grands et -heureux résultats des vues purement humaines selon lesquelles la -société chrétienne étoit depuis si long-temps gouvernée; tandis que, -les considérant selon l'ordre de la Providence et dans les justes -rapports où ils sont placés, nous y découvrons à la fois et les effets -nécessaires de ces fausses doctrines que nous avons tant de fois -signalées, et les causes non moins fatales d'événements réservés aux -âges suivants, et dont nous étions destinés à subir les dernières -conséquences. - -(1610.) Une partie de la grande chambre du parlement étoit assemblée -dans une des salles du couvent des Grands-Augustins, située dans cette -partie méridionale de Paris que nous décrivons maintenant[1]; et le -président de Blanc-Mesnil y tenoit l'audience du soir, lorsque le -bruit s'y répandit que Henri IV venoit d'être assassiné. Pendant ce -temps, les conseillers les plus intimes de la reine délibéroient déjà -avec elle sur les moyens de lui assurer la régence. Le moment étoit -favorable et même décisif, car le prince de Condé et le duc de -Soissons, les deux princes du sang qui avoient le plus de puissance et -de crédit, étoient alors absents de la cour. Aussi sut-elle en -profiter; et le parlement étoit encore dans le premier trouble où -l'avoit jeté cette fatale nouvelle, lorsque le duc d'Épernon, celui de -tous ces conseillers de Marie de Médicis qui, dans cette circonstance, -montra le plus de présence d'esprit et de résolution, y entra tout à -coup, et demanda avec hauteur, même d'un ton presque menaçant[2], que -cette princesse fût déclarée régente, séance tenante et sans -délibérer. Elle le fut en effet à l'instant même. Le lendemain, le roi -vint tenir son lit de justice où la régence fut confirmée; et aussitôt -commencèrent les troubles de cette orageuse minorité. - - [Note 1: Dans le quartier Saint-André-des-Arcs.] - - [Note 2: Il s'assit au banc des pairs, et montrant son épée, - qu'il tenoit à la main: «Elle est encore dans le fourreau, - dit-il; mais il faudra qu'elle en sorte, si l'on n'accorde - pas, dans l'instant, à la reine-mère un titre qui lui est dû - selon l'ordre de la nature et de la justice.» - - (Vie du duc d'Épernon, tom. II.)] - -On forma un conseil de régence; et d'abord la plupart des grands -seigneurs et des officiers de la couronne prétendirent y avoir entrée. -Tandis que les ministres de la reine étoient occupés à satisfaire ou à -repousser ces prétentions, le comte de Soissons arriva à Paris, se -plaignant hautement qu'une affaire d'une aussi grande importance que -la régence du royaume eût été terminée sans sa participation, et -soutenant qu'un arrêt du parlement ne suffisoit point pour la -conférer; qu'elle ne pouvoit l'être que par le testament des rois, ou -par une déclaration faite de leur vivant, ou par l'assemblée des -états-généraux. Il fallut apaiser ce prince hardi et entreprenant: les -ministres y parvinrent en lui donnant une pension de cinquante mille -écus et le gouvernement de la Normandie. - -Il fallut aussi calmer les alarmes des huguenots, qui n'avoient point -dans les conseillers de la régente la confiance qu'avoit fini par leur -inspirer le feu roi, et qui surtout étoient loin de les craindre -autant qu'ils l'avoient craint. On se hâta donc de publier une -déclaration qui confirmoit l'édit de Nantes dans toutes ses -dispositions. L'arrivée du duc de Bouillon dans la capitale avoit -suivi de près celle du comte de Soissons: son crédit étoit grand dans -le parti religionnaire dont il étoit considéré comme un des chefs -principaux; sa souveraineté de Sedan, ses alliances et ses -intelligences avec un grand nombre de princes étrangers, l'activité -de son esprit et son habileté, en faisoient un personnage considérable -et capable de se faire redouter. Il étoit arrivé assez tôt pour -assister au conseil dans lequel fut agitée la grande question de -savoir si l'on suivroit la politique du feu roi, qui n'avoit rassemblé -deux armées en Champagne et en Dauphiné, que pour soutenir les -entreprises des princes protestants contre la maison d'Autriche et les -projets de conquête du duc de Savoie sur le Milanois; ou si, -abandonnant un tel système, on conclueroit avec l'Espagne une alliance -solide, si nécessaire au repos de la chrétienté. Cet avis prévalut et -fit voir qu'il y avoit de bons esprits dans cette assemblée[3]. -L'armée du Dauphiné fut dissoute; on conserva celle de Champagne; et -le duc de Bouillon, à qui l'on avoit promis, trop légèrement sans -doute, le commandement de cette armée[4], ne vit point sans un dépit -profond ses espérances trompées, et la préférence que l'on donna, dans -cette circonstance, au maréchal de la Châtre. - - [Note 3: Abandonné par la France, le duc de Savoie fut - obligé de demander la paix au roi d'Espagne en suppliant; - celui-ci, satisfait de l'avoir humilié, la lui accorda sans - autres conditions. Certes, si l'on considère que le projet - de ce duc étoit de s'aider du secours des François pour - chasser les Espagnols du nord de l'Italie, cette conduite de - Philippe II peut être citée comme un exemple de modération.] - - [Note 4: Elle fut destinée à porter secours, en cas de - besoin, aux princes protestants d'Allemagne, qui - prétendoient à la succession de Bergues et de Juliers, et - aux états-généraux, qui appuyoient ces prétentions. La - France ne sortoit point de cette politique qui lui faisoit - ménager tous les partis.] - -Mais ce qui inquiéta la régente plus vivement que tout le reste, ce -fut le retour du prince de Condé de l'exil volontaire où il s'étoit -condamné sous le feu roi[5]. Elle craignoit qu'il ne fût rentré en -France pour lui disputer la régence et s'emparer du gouvernement. Ses -craintes et celles de ses ministres furent telles à cet égard, qu'à -l'occasion de ce retour, l'ordre fut donné d'armer les bourgeois de -Paris, et que l'on créa pour les commander de nouveaux officiers qui -prêtèrent serment de fidélité à la reine[6]. De son côté, le prince -n'étoit pas sans méfiance et sans alarmes: il ne voulut entrer à Paris -que bien accompagné; sur l'invitation secrète qu'il leur en fit faire, -un grand nombre de seigneurs et de gentilshommes allèrent au-devant de -lui et lui formèrent un cortége imposant, qui l'accompagna jusqu'au -Louvre, où il se rendit au moment même de son arrivée. Telles étoient -les dispositions des esprits, signes précurseurs et manifestes des -discordes qui alloient bientôt éclater. - - [Note 5: La passion insensée que Henri IV avoit conçue pour - Marguerite de Montmorenci sa femme, l'avoit déterminé à - prendre ce parti. Il sortit précipitamment de France en - 1609, emmenant la princesse avec lui, et se retira d'abord à - Bruxelles, ensuite à Milan.] - - [Note 6: Tout le peuple parut disposé à soutenir ses - intérêts; et l'on n'entendoit que ces mots dans les rues: - «Nous ne reconnoissons que le roi et la reine.»] - -Dès ces premiers moments de la régence, on commença à s'apercevoir de -l'empire absolu qu'exerçoient sur l'esprit de la reine Concini et sa -femme Éléonore Galigaï. Leur faveur sembloit croître de jour en jour; -rien ne s'obtenoit que par eux, rien ne se faisoit que par leur avis. -Tout plioit devant ces deux étrangers, et les princes du sang étoient -réduits eux-mêmes à rechercher leur amitié. Des querelles de cour, des -jalousies, des méfiances nouvelles furent les premiers résultats de -cette affection aveugle et impolitique de Marie de Médicis; et nous en -verrons bientôt de plus tristes effets. - -(1611) Cette année fut remarquable par la disgrâce du duc de Sully, -depuis long-temps odieux à la cour, disgrâce que quelques-uns de son -parti, et même des plus considérables, avouèrent qu'il avoit bien -méritée[7]. Le plus grand nombre des protestants n'en jugea pas ainsi. -Ces sectaires qui savoient si bien mettre à profit ou les malheurs de -l'état ou la foiblesse de ceux qui le gouvernoient, ne pouvoient -laisser échapper l'heureuse occasion que leur offroit une minorité -pour recommencer leurs insolences et leurs mutineries. Cette même -année étoit justement celle où il leur étoit permis de se réunir en -assemblée générale afin de procéder à l'élection de deux députés qui -résidoient constamment pour eux auprès de la cour, et qu'ils -renouveloient tous les trois ans; elle se tint, comme à l'ordinaire, -à Saumur, et indépendamment des délégués de chaque église, qui -devoient légalement la former, on y vit arriver les ducs de La -Trimouille, de Bouillon, de Sully, de Rohan, MM. de Soubise, de La -Force, de Châtillon, et un grand nombre d'autres seigneurs des plus -considérables du parti. L'alarme se répandit bientôt à la cour, -lorsqu'on les vit, oubliant qu'ils n'étoient assemblés que pour -procéder à la nomination de leurs députés, proposer de nouvelles -formules de serment, répondre aux déclarations de la régente par des -cahiers de plaintes, et refuser de nommer ces députés jusqu'à ce que -l'on eût fait droit à leurs réclamations, dans lesquelles les intérêts -du duc de Sully ne furent point oubliés. La France entière partageoit -les alarmes de la cour, et craignoit de se voir replonger dans les -horreurs de ces guerres civiles si peu éloignées d'elle, et dont les -traces sanglantes n'étoient point encore effacées; et en effet, si -l'on en eût cru les plus violents, le parti entier eût, à l'instant -même, repris les armes et commencé les hostilités. Mais plusieurs -autres, qui exerçoient aussi une grande influence, étoient plus -modérés; quelques-uns même entretenoient des intelligences avec la -cour, entre autres le duc de Bouillon; et ce fut particulièrement à -ses efforts et à son habileté que l'on dut d'arrêter, au moyen de -quelques concessions nouvelles, leurs pernicieux desseins. Son zèle -toutefois étoit loin d'être désintéressé: la récompense qu'il en reçut -ne lui paroissant pas suffisante[8], il se repentit bientôt de ce -qu'il avoit fait; et c'est alors qu'on le vit, se tournant du côté du -prince de Condé, s'insinuer, par mille artifices, jusque dans sa -confiance la plus intime, et employer tout ce qu'il avoit de -ressources dans l'esprit pour aigrir ses mécontentements. - - [Note 7: Dès le jour de la mort de Henri IV, il avoit - commencé à se rendre odieux et suspect à la cour, en - refusant opiniâtrement de venir au Louvre, malgré les - invitations pressantes et même les ordres de la reine-mère, - pour aller se renfermer dans la Bastille, d'où il envoya - enlever tout le pain qu'il put trouver aux halles et chez - les boulangers, comme s'il eût eu le dessein d'y soutenir un - siége. Si l'on en croit Bassompierre de qui nous tenons - cette circonstance, il fit, ce même jour, une faute encore - plus grave et qui ne fut pas oubliée: ce fut d'écrire au duc - de Rohan son gendre, qui étoit alors à l'armée de Champagne, - de marcher droit sur Paris avec six mille Suisses qu'il - commandoit en qualité de colonel-général; et celui-ci - s'étoit déjà avancé d'une journée, lorsque Sully le - contremanda. On se plaignoit généralement de ses manières - hautaines et inciviles, de son obstination à ne suivre que - ses idées particulières; et tout en reconnoissant qu'il - avoit fort accru l'épargne du feu roi, (bien que ce fût - plutôt par un système de parcimonie que par une économie - bien entendue), on l'accusoit de malversations dans - l'exercice de sa charge, et l'on en citoit pour preuve la - fortune immense qu'il avoit su se faire en très-peu de - temps. Il répondit à cette accusation, la plus sensible pour - lui et qu'on reproduisoit le plus souvent, par un mémoire - dans lequel il rendoit compte au public du commencement et - des progrès de sa fortune; mais il n'en est pas moins vrai - de dire que, dans l'assemblée des protestants tenue à - Saumur, la proposition ayant été faite de le soutenir, le - duc de Bouillon représenta au duc de Rohan, qu'il ne jugeoit - pas prudent que l'assemblée se déclarât si hautement en sa - faveur; et que, _quelque grande que fût l'exactitude et la - fidélité_ d'un surintendant des finances, il étoit difficile - que l'_on ne trouvât pas quelque chose à redire à sa - conduite_ lorsqu'on l'examinoit à la rigueur; et que si la - cour le mettoit en jugement, elle trouveroit bientôt le - moyen d'obliger M. de Sully à quitter tous ses emplois, en - n'usant, pour y réussir, que des voies les plus juridiques - et les plus légitimes. (Mém. du duc de Rohan.) Ajoutons que - dans cette même assemblée et dans celles qui suivirent, ce - même Sully se montra l'un des plus factieux et des plus - fanatiques parmi ceux qui vouloient la guerre civile; - qu'entêté comme il l'étoit de toutes les doctrines - religieuses de sa secte, il en professoit aussi toutes les - doctrines politiques, ainsi qu'il le prouva en maintes - occasions, et principalement lorsque la mort de Henri IV - l'eût dégagé de ces liens d'affection et de reconnoissance - qui l'attachoient à ce grand roi. De tout ceci nous - concluons, et sans nier toutefois qu'il ne fût recommandable - par plusieurs qualités estimables, que Sully est fort - au-dessous de la renommée qu'on lui a faite, renommée qu'il - doit en grande partie à sa qualité de chaud protestant; et - que pour valoir mieux que L'Hôpital, préconisé comme lui, et - pour des raisons à peu près semblables, par la tourbe de nos - libres penseurs, ce n'étoit cependant ni un génie supérieur - ni un véritable homme d'état.] - - [Note 8: Il avoit la prétention, non-seulement d'entrer dans - le ministère, mais d'y avoir la première place et de mener - toutes les affaires. - - (D'Estrées, _Mém. de la Rég._, p. 89.)] - -(1612) Ils commencèrent à se manifester à l'occasion du mariage de -Louis XIII avec une infante d'Espagne: le contrat en fut signé le 22 -août de cette année. Ce mariage, vivement désiré par le pape, et dont -les effets naturels devoient être de changer toute la politique de la -chrétienté, ne pouvoit être vu d'un bon oeil par le parti protestant; -et du reste, les esprits étoient, dès lors, tellement faussés sur tout -ce qui touchoit aux véritables rapports des sociétés que le -christianisme avoit réunies sous une loi commune, que plusieurs, même -parmi les catholiques, blâmoient aussi ce mariage comme ne devant -amener d'autre résultat que de fortifier en Allemagne la puissance de -la maison d'Autriche, et d'ôter à la France la confiance et l'appui -des princes protestants. Le prince de Condé et le comte de Soissons -adoptèrent ces idées: ce n'étoit qu'avec une extrême répugnance qu'ils -avoient donné leur consentement à ce mariage; la faveur de Concini, -qui n'avoit plus de bornes, aigrissoit encore leur mécontentement; -elle continuoit à remplir la cour de cabales et de divisions; et le -duc de Bouillon, attentif à profiter de toutes les fautes de la -régente, ne cessoit de répéter au prince de Condé qu'elle perdoit -l'état, et qu'il lui appartenoit, comme premier prince du sang, de -porter remède à un aussi grand mal; il lui montroit tous ces -mécontents qu'avoit faits l'aveugle prévention de Marie de Médicis -pour ce qu'il appeloit un _faquin de Florentin_, prêts à se réunir à -lui dans une si noble et si juste cause, lui offrant en même temps le -secours et l'appui du parti protestant, c'est-à-dire une armée de cent -mille hommes et les places fortes de France les mieux pourvues de -munitions et d'artillerie. Tout cela produisit enfin l'effet qu'il en -attendoit. (1614) Cette intrigue, conduite habilement et avec un tel -mystère que la reine et ses ministres n'en saisirent pas le moindre -fil et n'en eurent pas même le soupçon, éclata tout à coup par la -retraite des deux princes, que suivirent bientôt les ducs de Nevers, -de Longueville, de Mayenne, de La Trimouille, de Luxembourg, de Rohan, -et un grand nombre d'autres seigneurs. Le duc de Bouillon partit le -dernier; le duc de Vendôme, arrêté au moment où il se disposoit à -sortir de Paris, trouva bientôt le moyen de s'échapper; et tandis que -les autres confédérés se rassembloient dans la ville de Mézières, il -courut en Bretagne dans le dessein de faire soulever cette province -dont il étoit gouverneur. - -Dans la situation critique où cette fuite des princes mettoit la -régente, le duc d'Épernon donna le conseil vigoureux de faire prendre, -à l'instant même, les armes à la maison du roi; de mettre le jeune -monarque à la tête de cette petite armée, et de poursuivre les princes -et seigneurs fugitifs avant qu'ils eussent eu le temps de rassembler -des troupes et d'organiser leur parti. De l'aveu même du prince de -Condé, ils étoient perdus si ce conseil eût été suivi; mais on préféra -négocier lorsqu'il falloit combattre. Aux manifestes du prince de -Condé, la reine répondit par des apologies; et sans que l'on eût tiré -l'épée de part et d'autre, cette première guerre fut terminée par le -traité de Sainte-Ménéhould, dans laquelle on accorda aux mécontents à -peu près tout ce qu'ils demandoient, ce qui ne produisit de leur part -et ne devoit en effet produire qu'une feinte soumission. Il fallut -même que le jeune roi fût mené en Bretagne pour forcer le duc de -Vendôme à mettre bas les armes; et il ne fût point rentré dans le -devoir, si une partie de la province n'eût refusé de se faire complice -de sa rébellion. - -Quant aux protestants, ils se conduisirent, en cette circonstance, et -ceci est très-remarquable, comme s'ils eussent été réellement une -puissance indépendante, qui auroit eu des intérêts propres et -entièrement étrangers à ceux de l'état. Après avoir promis aux princes -d'être leurs auxiliaires contre la régente, ils avoient fait savoir à -celle-ci que, si elle vouloit les satisfaire, ils l'aideroient à -réduire les mécontents; puis, voyant que les deux partis vouloient la -paix, ils s'étoient retournés du côté de ceux-ci pour rallumer la -guerre. Renfermé dans la ville de Saint-Jean-d'Angeli dont, deux ans -auparavant, il avoit eu l'audace de s'emparer sans que la cour eût osé -lui demander raison d'un tel attentat, le duc de Rohan, protestant de -bonne foi et l'un des chefs les plus ardents de ce parti, dirigeoit -toutes ces manoeuvres, et étendant ses vues dans l'avenir, espéroit, à -la faveur de ces discordes intestines, lui faire regagner tout ce -qu'il avoit perdu. - -Jusqu'à cette époque, la ville de Paris n'avoit pris aucune part à ces -divisions: elle étoit demeurée soumise à l'autorité de la régente; et -le parlement, que les princes avoient tenté d'entraîner dans leur -rébellion, n'avoit pas même voulu ouvrir les missives qu'ils lui -avoient adressées. La majorité du roi, déclarée dans un lit de justice -tenu le 20 octobre de cette année, sembloit devoir accroître encore -cette confiance du peuple et de ses magistrats dans une administration -qu'avoit confirmée, au milieu de cette grande solennité, la volonté -suprême du monarque. Les états-généraux, dont la convocation étoit un -des principaux articles du traité de Sainte-Ménéhould, indiqués -d'abord à Sens, transférés ensuite à Paris, ne produisirent rien qui -mérite d'être remarqué. Les princes essayèrent vainement de s'y rendre -maîtres des délibérations: ils n'y purent obtenir aucun crédit, et le -temps s'y passa en vaines altercations qui tournèrent au profit de -l'autorité. - -(1615) Ce fut pendant ces états, les derniers que l'on ait tenus en -France, que commencèrent à paroître deux hommes destinés à jouer avant -peu et successivement le premier rôle dans le gouvernement, le sieur -Charles d'Albert de Luynes, qui entroit alors dans la faveur du roi et -à qui fut donné le gouvernement d'Amboise, dont un des articles du -traité de pacification obligeoit le prince de Condé à se démettre; et -Armand-Jean Du Plessis de Richelieu, évêque de Luçon, qui, dans la -présentation des cahiers, harangua le roi au nom du clergé[9]. - - [Note 9: Il est cependant très-remarquable que, dans ces - états-généraux, le clergé de France, parlant en corps et non - sous l'influence de la puissance séculière, proposa au roi - de recevoir le concile de Trente, lui déclarant «qu'il y - alloit de l'honneur de Dieu et de celui de cette monarchie - très-chrétienne, qui, depuis tant d'années, avec _un si - grand étonnement des autres nations catholiques_, portoit - cette _marque de_ DÉSUNION sur le front, etc.» (_Voy._ les - Mémoires du clergé pour l'année 1615; l'_Anti-Febronius - vindicatus_ de Zaccaria, tom. V, Épit. II, pag. 93; et De - l'Église gallicane, par M. de Maistre, p. 5.) Celui qui - porta la parole en cette occasion, fut, comme nous venons de - le dire, ce même évêque de Luçon, ce Richelieu, _qui - depuis_....! - - Il n'y a pas d'apparence que la demande que faisoient les - évêques et archevêques, un moment rendus à leurs _véritables - libertés_, fût favorablement accueillie par ce même pouvoir - temporel qui tendoit sans cesse à accroître ses usurpations; - mais elle fut d'abord violemment combattue par cette - opposition _politiquement_ calviniste, dont les - parlementaires avoient depuis long-temps répandu les maximes - dans le troisième ordre qu'ils dirigeoient à leur gré. Ce - fut donc le tiers-état qui s'opposa surtout à l'admission de - ce concile, lequel fut rejeté, _quant à la discipline_, et à - qui l'on voulut bien faire la faveur singulière de - l'admettre, _quant au dogme_. Quels étoient les principaux - meneurs de cette opposition du tiers-état? Écoutons l'abbé - Fleury parlant à l'époque où il étoit désabusé de toutes ces - dangereuses doctrines: «Ce furent, dit-il, des - jurisconsultes profanes ou libertins qui, tout en faisant - sonner le plus haut les libertés, y ont porté de rudes - atteintes en poussant les droits du roi jusqu'à l'excès; qui - inclinoient aux maximes des hérétiques modernes, et en - exagérant les droits du roi et ceux des juges laïques ses - officiers, ont fourni l'un des motifs qui empêchèrent la - réception du concile de Trente.» (Sur les libertés de - l'Église gallic., Opusc., p. 81.)] - -Déçus des espérances qu'ils avoient fondées sur cette assemblée des -états-généraux, les princes recherchèrent l'appui du parlement et -l'excitèrent à demander des réformes dans l'administration. Cette -compagnie qui les avoit repoussés lorsqu'ils étoient en révolte -ouverte, les accueillit dès qu'ils lui offrirent les apparences d'une -résistance _légale_ à l'autorité, résistance dans laquelle elle se -voyoit appelée à paroître au premier rang, et qui alloit confirmer ses -anciennes prétentions à s'immiscer dans les affaires publiques. - -S'étant donc assemblé le 28 mars, le parlement prit un arrêté par -lequel les princes, ducs, pairs et officiers de la couronne ayant -séance en la cour, étoient invités de s'y rendre pour donner leur avis -sur les propositions qu'il avoit résolu de faire «pour le service du -roi, le soulagement de ses sujets et le bien de l'état.» - -On n'a pas besoin de dire que la reine, jalouse comme elle l'étoit de -son autorité, se trouva offensée au dernier point de cet arrêt. On -défendit aux princes de se rendre aux assemblées du parlement; la -démarche de cette compagnie fut déclarée attentatoire à l'autorité -royale; et les gens du roi, mandés le lendemain au Louvre, reçurent -l'ordre d'y apporter son arrêt et le registre de ses délibérations. - -En donnant son registre, le parlement fit porter au roi quelques -paroles de soumission, protestant qu'il n'avoit prétendu ordonner la -convocation dont on se plaignoit que sous le _bon plaisir_ de sa -majesté. Cependant, comme il ne cessa point de demander une réponse à -ce sujet, et que cette demande devint même l'objet d'un nouvel arrêté -rendu solennellement le 9 avril suivant, l'ordre lui fut intimé -d'envoyer des députés au Louvre. Ces députés y furent très-mal reçus. -Le jeune prince, endoctriné par sa mère, débuta avec eux par des -paroles pleines d'aigreur. Le chancelier de Silleri, parlant ensuite -au nom du roi, leur défendit expressément de se mêler du gouvernement -de l'état, et surtout de faire désormais la moindre démarche pour -l'exécution de leur arrêt. Les députés répondirent par des -protestations d'une entière obéissance; et le lendemain, les chambres -assemblées n'en arrêtèrent pas moins qu'il seroit fait des -remontrances au roi sur les désordres de l'état. Ni les efforts ni les -menaces de la reine ne purent empêcher l'effet du nouvel arrêt. Leurs -remontrances, dressées par des commissaires, examinées dans plusieurs -séances tenues exprès par les chambres assemblées, furent lues le 26 -mai dans une audience que le parlement demanda au roi. Dans ces -remontrances, où cette compagnie établissoit d'abord le droit qu'elle -avoit de prendre connoissance des affaires de l'état, elle attaquoit -indirectement l'alliance et le double mariage conclu avec l'Espagne, -et d'une manière plus marquée, la faveur extraordinaire dont jouissoit -un étranger, le maréchal d'Ancre[10], au préjudice des propres sujets -du roi, demandoit une meilleure administration des finances, proposoit -quelques dispositions favorables aux princes, et du reste répétoit une -partie des remontrances contenues dans les cahiers du tiers-état, lors -de la dernière assemblée des états-généraux. Toutes ces choses furent -écoutées avec beaucoup d'impatience de la part de la reine; et lorsque -la lecture en fut achevée, sa colère éclata sans mesure. La députation -fut renvoyée avec de grandes menaces; le lendemain 27 mai, un arrêt du -conseil, rendu contre les remontrances du parlement, ordonna qu'elles -seroient biffées de ses registres, en même temps que son arrêté du 28 -mars; et des lettres-patentes lui furent expédiées pour qu'il eût à -enregistrer à l'instant même cet arrêt. - - [Note 10: Concini.] - -Cependant cette affaire, qui occupoit alors tous les esprits et qui -sembloit devoir être poussée aux dernières extrémités, n'eut point les -suites fâcheuses qu'on auroit pu en attendre. Le parlement, voyant la -cour irritée à ce point, s'humilia sous l'autorité royale, ainsi que -c'étoit son usage quand il sentoit qu'il n'étoit pas le plus fort, -satisfait d'ailleurs d'avoir ainsi empêché de tomber en désuétude ses -anciennes prétentions à s'immiscer dans le gouvernement de l'état, et -retira ses remontrances. De son côté, la cour, sachant l'affection que -les peuples portoient à cette compagnie, ne parla plus ni de -l'enregistrement ni de l'exécution de son arrêté; mais, dès ce moment, -l'opinion publique, sur laquelle le parlement exerçoit une grande -influence, fut ébranlée; et la haine qu'inspiroit aux grands l'extrême -faveur du maréchal d'Ancre, se communiqua à toutes les classes de la -société, qui commencèrent à le considérer comme le seul auteur de -toutes les divisions de la cour, et de tous les maux dont la France -étoit affligée. - -Un démêlé très-vif qu'il eût avec le duc de Longueville[11], dans -lequel celui-ci succomba, accrut encore cette haine générale dont il -étoit l'objet. Alors les princes, indignés de cet outrage, s'éloignent -une seconde fois de la cour, publient un manifeste sanglant, -particulièrement dirigé contre le favori, font traîner en longueur les -négociations que l'on a la foiblesse d'entamer avec eux, afin de se -donner le temps de rassembler des troupes, passent la Loire à la tête -d'une armée, font un traité avec les protestants, dont les alarmes -croissoient à mesure que l'époque du mariage du roi devenoit plus -prochaine; et la guerre civile semble prête à renaître. Du côté de la -cour, deux armées sont formées: l'une commandée par le maréchal de -Bois-Dauphin, et destinée à poursuivre celle des princes; l'autre sous -les ordres du duc de Guise, et couvrant la marche du roi, qui traversa -ainsi son royaume en bataille rangée pour aller à Bordeaux recevoir et -épouser l'infante d'Espagne. Le duc de Rohan, à la tête d'un corps de -protestants armés, osa s'avancer jusqu'à Tonneins, et, dans une -conférence qu'il eut avec des députés du roi, qui lui demandoient -raison de sa conduite, s'emporta en plaintes et en reproches dans -lesquels l'esprit de son parti se montroit tout entier[12]. Le conseil -de la régente sembla en cette circonstance recouvrer quelque vigueur: -il fut décidé que le duc de Rohan seroit déclaré ennemi de l'état; on -ôta à M. de La Force, qui s'étoit joint à lui, le gouvernement du -Béarn; les protestants reçurent l'ordre de mettre bas les armes, sous -peine d'être poursuivis comme rebelles et criminels de lèse-majesté; -enfin les deux armées royales furent réunies en une seule sous les -ordres du duc de Guise, pour aller à la rencontre de celle des -princes, qui étoit déjà entrée dans le Poitou, et l'accabler ainsi -sous des forces supérieures. - - [Note 11: Ce prince, qui avoit le gouvernement de la - Picardie, avoit voulu s'opposer à quelques travaux que le - maréchal d'Ancre projetoit de faire à la citadelle de la - ville d'Amiens, dont il étoit gouverneur. Il n'avoit point - réussi dans cette entreprise; et ayant voulu y mettre de la - violence, les officiers préposés à la garde du château - avoient repoussé la force par la force, et l'avoient obligé - de faire retraite.] - - [Note 12: Il dit que les protestants s'étoient vus forcés de - prendre les armes, parce qu'ils avoient vu le roi lever des - troupes sans les y admettre, ce qui leur faisoit craindre - qu'elles ne fussent destinées à agir contre eux; que - l'assemblée de Grenoble les avoit exhortés _à se mettre en - défense_ en cas que les députés qu'ils envoyoient au roi - n'obtinssent pas de réponse favorable, et qu'en effet on - n'avoit eu aucun égard aux demandes de ces députés; qu'on - avoit publié en divers endroits du royaume que les mariages - entre la France et l'Espagne _entraîneroient la ruine de la - religion protestante_; que cette juste crainte étoit - principalement ce qui leur avoit mis les armes à la main.] - -(1616) Toutefois, au milieu de ces démonstrations guerrières qui -sembloient devoir annoncer des résultats décisifs, on négocioit -toujours; et la cour, toujours foible, étoit encore disposée à acheter -la paix. Des conférences ne tardèrent donc point à s'établir pour -parvenir à cette paix si vivement désirée; et elles le furent dans la -ville de Loudun. Les confédérés s'y rendirent, chacun avec des -intentions différentes, et uniquement occupé de ses intérêts -particuliers. Les princes et la plupart des mécontents catholiques -vouloient sincèrement la fin des troubles, et n'y mettoient d'autre -prix qu'un changement dans l'administration qui leur permît d'y -prendre part: là se bornoit leur ambition. Les chefs protestants -avoient des vues plus profondes: la paix ne leur convenoit point; ou -du moins s'ils consentoient à la faire, ce n'étoit qu'à des conditions -qu'on ne pouvoit leur accorder sans affoiblir l'autorité royale et en -avilir la majesté. Ne pouvant obtenir ces conditions insolentes, il -n'étoit point d'efforts qu'ils ne fissent auprès du prince de Condé et -de séductions qu'ils n'employassent pour le déterminer à rejeter les -propositions de la cour; mais celui-ci étoit las de la guerre civile, -et ce n'étoit point au profit des protestants qu'il avoit prétendu la -faire. Il signa donc un traité de paix qui lui assura ce qu'il -désiroit depuis long-temps, la place de président du conseil; et les -chefs protestants se virent ainsi dans la nécessité de le signer après -lui, bien qu'ils n'y trouvassent ni les avantages ni les sûretés -qu'ils prétendoient obtenir. Or, à moins de leur accorder -l'indépendance absolue, il étoit impossible de jamais les satisfaire. - -Le roi prit la route de Paris immédiatement après la signature du -traité, et s'arrêta un moment à Blois, où il se fit dans le ministère -quelques changements attribués à l'influence du maréchal d'Ancre, qui -ne vouloit dans le conseil que des hommes qui lui fussent entièrement -dévoués[13]. Cependant les princes, retirés dans leurs terres ou dans -leurs gouvernements, ne sembloient pas fort empressés de reparoître à -la cour, comme s'ils eussent conçu quelques inquiétudes sur -l'exécution du traité. Enfin le duc de Longueville consentit à s'y -rendre sur les invitations pressantes de la reine; mais ce fut pour y -recommencer ses cabales contre elle et contre ses ministres, et avec -une telle violence, que cette princesse ne vit d'autre parti à prendre -que de tâcher de lui opposer le prince de Condé, qu'elle engagea plus -vivement encore à y revenir. Ce fut l'évêque de Luçon qui fut chargé -de cette négociation. Le prince y revint en effet, mais pour cabaler -aussi de son côté; et l'on put bientôt reconnoître que le traité de -Loudun loin d'apaiser les ressentiments les avoit accrus. De même que -les protestants n'étoient point satisfaits et ne pouvoient l'être, -parce qu'ils prétendoient à l'égalité avec les catholiques; de même -rien ne pouvoit contenter les princes, s'ils ne devenoient entièrement -maîtres des affaires; et ils se montrèrent bientôt, à l'occasion de -cette faveur extrême dont continuoit de jouir le maréchal d'Ancre, -plus susceptibles et plus jaloux qu'ils n'avoient encore été. Ils ne -manquoient aucune occasion de lui faire quelque affront, et -cherchoient par toutes sortes de moyens à accroître la haine populaire -dont il étoit déjà l'objet. L'autorité de la régente étoit attaquée de -toutes parts; et les appuis les plus fermes de son parti -l'abandonnoient peu à peu pour se ranger du côté des mécontents. -Ceux-ci tenoient des assemblées nocturnes[14] dans lesquelles ils -méditoient une révolution entière dans le gouvernement de l'état; et -le maréchal, instruit qu'on y avoit délibéré de le faire assassiner, -en fut alarmé au point de s'enfuir en quelque sorte de Paris. Mais en -s'éloignant de cette ville il conseilla à Marie de Médicis de faire -arrêter le prince de Condé que les factieux désignoient ouvertement -pour la remplacer dans la régence, et d'attaquer ainsi le mal dans sa -source. La reine vit en effet qu'elle n'avoit pas un moment à perdre, -et fit un effort sur elle-même pour prendre ce parti vigoureux. Le -prince, que la retraite du maréchal avoit rendu tout puissant et -auprès de qui se pressoit déjà la foule des courtisans, fut arrêté -dans le Louvre même, où l'on avoit su adroitement l'attirer; mais on -manqua les ducs de Vendôme, de Mayenne, de Bouillon, et leurs -principaux partisans. Presque tous s'échappèrent de Paris avec la plus -grande facilité; et telle étoit l'anarchie qui régnoit alors dans le -gouvernement, que plusieurs d'entre eux, s'étant rassemblés à la porte -Saint-Martin, y tinrent une espèce de conseil, dont le résultat fut de -rentrer dans la ville pour essayer d'y exciter un soulèvement en leur -faveur; mais le peuple n'y paroissant point disposé, ils se virent -enfin forcés de se retirer au nombre d'environ trois cents cavaliers, -qui allèrent se cantonner dans la ville de Soissons. - - [Note 13: Les sceaux furent ôtés au chancelier de Silleri, - et donnés à Du Vair, premier président du parlement de - Provence; et Puisieux, fils du chancelier, qui étoit - secrétaire d'état, reçut, peu de temps après, l'ordre de - quitter la cour.] - - [Note 14: À Saint-Martin-des-Champs et dans le faubourg - Saint-Germain.] - -Toutefois la haine des Parisiens pour le favori de la régente, et par -conséquent pour l'administration actuelle, s'étoit si souvent -manifestée, et par des signes si peu équivoques, que la princesse, -mère du prince de Condé, dès qu'elle eut appris le malheur arrivé à -son fils, crut pouvoir seule et malgré le départ des chefs du parti, -exciter une sédition; elle monta sur-le-champ en carrosse et parcourut -toutes les rues de Paris, accompagnée d'un groupe de gentilshommes à -cheval qui crioient: «Aux armes, messieurs de Paris, le maréchal -d'Ancre a fait tuer monsieur le prince de Condé, premier prince du -sang; aux armes, bons François, aux armes.» Elle alla ainsi jusqu'au -pont Notre-Dame, sans que sa présence ni les cris de ses gentilshommes -produisissent aucun effet. Les marchands fermèrent leurs boutiques, -mais le peuple demeura tranquille; on aperçut seulement une femme qui -essayoit de commencer une barricade auprès de Sainte-Croix-de-la-Cité. -Un cordonnier, nommé Picard, entièrement dévoué aux princes, et ennemi -déclaré de Concini, tenta aussi d'ameuter la populace, sur laquelle il -avoit beaucoup de crédit, et malgré tous ses efforts ne parvint à -réunir qu'une petite troupe mal armée, qui se dissipa d'elle-même en -un instant. Cependant quelques domestiques du prince, envoyés à -dessein dans les environs de la maison du maréchal, parvinrent à y -former un rassemblement, échauffèrent la multitude, et la poussèrent à -en briser les portes et à la piller. Le guet qui se présenta pour -arrêter le désordre fut repoussé; et le pillage, interrompu seulement -par la nuit, fut recommencé le lendemain, jusqu'à ce que la maison eût -été entièrement dévastée. - -Ce fut alors que l'évêque de Luçon entra au conseil: le maréchal -d'Ancre, que le mauvais succès de cette confédération avoit rendu plus -puissant que jamais, mécontent de quelques ministres[15] dont l'avis -n'étoit pas que les princes fussent éloignés des affaires et qu'on les -traitât avec cette rigueur, avoit obtenu de la régente qu'ils fussent -renvoyés pour être remplacés par ses propres créatures; et Richelieu -étoit du nombre de ceux qui lui avoient montré le plus de dévouement. -Celui-ci fit voir d'abord ce qu'il étoit; et attribuant avec raison à -la foiblesse et à l'indécision du gouvernement, et les troubles -précédents et ceux qu'avoit fait naître cette nouvelle rébellion, il -conseilla de montrer plus de vigueur et d'employer pour l'étouffer -tout ce que la puissance royale avoit de force et de majesté. Son -conseil fut suivi: on commença par des exemples de sévérité dans Paris -même, où il se fit plusieurs exécutions de ceux qui cherchoient à y -enrôler des soldats pour le parti des princes. (1617) Trois armées -furent mises en campagne: l'une étoit sous les ordres du duc de Guise, -qui venoit de faire sa paix, et du maréchal de Themines; le maréchal -de Montigny commandoit la seconde, et la troisième avoit pour chef le -comte d'Auvergne, que l'on tira de la Bastille, où il étoit depuis -long-temps renfermé[16], pour l'opposer aux rebelles, et qui justifia -la grâce qu'on lui avoit accordée et la confiance que l'on avoit mise -en lui, en les battant partout où il les rencontra. Ces trois armées -agissoient simultanément sur tous les points où les princes avoient -établi leurs moyens de résistance[17]. Ainsi poursuivis de toutes -parts, ceux-ci se virent bientôt réduits aux dernières extrémités; -mais au moment où ils étoient prêts de succomber, une révolution de -cour les sauva. - - [Note 15: Il nomma Barbois contrôleur des finances à la - place du président Jeannin, et l'évêque de Luçon fut fait - secrétaire d'état.] - - [Note 16: Il étoit fils naturel de Charles IX. Henri IV - l'avoit fait mettre à la Bastille pour être entré dans la - conspiration du duc de Biron; et il étoit condamné à y finir - ses jours.] - - [Note 17: Dans le Perche, dans le Maine, dans le - Soissonnois, dans l'Île de France, dans la Champagne, dans - le Berry, dans le Nivernois.] - -Et en effet, pour profiter de semblables succès, il auroit fallu un -autre caractère que celui de Marie de Médicis: il n'y avoit en elle -que foiblesse et imprévoyance; les apparences de résolution qu'il lui -arrivoit quelquefois de montrer, n'étoient autre chose que -l'entêtement d'un esprit capricieux et borné; et elle le fit bien voir -dans cette obstination qu'elle mit à soutenir contre l'animadversion -publique ce Concini et sa femme, qu'elle avoit pour ainsi dire tirés -de sa domesticité, et qu'elle opposoit aveuglément, et en les -comblant sans cesse de nouvelles faveurs, à tant d'ennemis dont ces -faveurs scandaleuses accroissoient de jour en jour le nombre, et qui, -grands et petits, s'élevoient contre elle de toutes parts. On -s'indignoit à la fois et des richesses prodigieuses amassées par ces -deux étrangers aux dépens de la substance des peuples, et de voir les -princes du sang sacrifiés à de tels favoris; et de ce pouvoir sans -exemple que s'étoit arrogé un Italien de faire et défaire les -ministres en France, selon qu'ils étoient plus ou moins soumis à ses -caprices, et des instruments plus ou moins serviles de sa fortune et -de ses volontés. Ainsi prenoit sans cesse de nouvelles forces le parti -opposé à la régente; et ses ennemis les plus dangereux n'étoient pas -dans le camp des princes, mais à la cour même et jusque dans la -société la plus intime de son fils. Luynes possédoit toute la -confiance du jeune roi, et s'en servoit avec beaucoup d'adresse pour -discréditer sa mère auprès de lui et le déterminer à sortir enfin de -tutelle, à secouer un joug dont il devoit se sentir humilié, et qui -étoit devenu insupportable à ses sujets. Louis avoit pour le maréchal -d'Ancre une aversion naturelle qui ne contribua pas peu à lui faire -recevoir les impressions que vouloit lui donner son favori; celui-ci -venoit de former avec les princes une union secrète dont l'objet -étoit de perdre la reine et ses deux créatures: en même temps qu'il -disposoit le roi à voir ces princes d'un oeil plus favorable, il -continuoit de l'aigrir et de le prévenir contre sa mère, jusqu'à lui -persuader que ses jours n'étoient pas en sûreté auprès d'elle; et lui -montrant dans le maréchal d'Ancre le principal artisan des complots -qui s'ourdissoient contre son autorité et peut-être contre sa vie, il -parvint à en obtenir un ordre de le faire arrêter. Mais, n'ignorant -pas combien Concini s'étoit fait de partisans par ses bienfaits et ses -prodigalités, il jugea qu'en une telle entreprise, il n'y avoit de -sûreté pour lui que dans un assassinat, et fit ajouter à l'ordre de -l'arrêter celui de le _tuer en cas de résistance_, bien décidé à -interpréter ainsi le moindre mouvement ou la moindre parole qui lui -échapperoient au moment où l'on se saisiroit de lui. - -Cette intrigue, bien que tramée dans le plus profond mystère, n'avoit -pu demeurer si secrète que quelques vagues indices n'en fussent -parvenus jusqu'à la reine et au maréchal. Elle en conçut des alarmes -assez vives pour avoir avec son fils plusieurs explications dans -lesquelles elle lui offrit d'abandonner entièrement la conduite des -affaires, et même de se rendre au parlement pour y faire une -abdication solennelle du pouvoir qu'elle exerçoit en son nom. Louis -fit voir en cette circonstance cette disposition naturelle qu'il -avoit à dissimuler ses vrais sentiments, l'un des traits les plus -marquants de son caractère: loin d'entrer dans les vues de sa mère, il -lui donna tous les témoignages de confiance et de satisfaction qui -pouvoient la rassurer, combattit le dessein qu'elle paroissoit former -de ne plus prendre part au gouvernement, et l'invita fortement à -vouloir bien continuer de servir de guide à sa jeunesse et à son -inexpérience. De son côté le maréchal avoit par intervalles de tristes -pressentiments: il songeoit quelquefois à se retirer de cette cour -orageuse où il n'avoit qu'un seul appui qui, d'un jour à l'autre, -pouvoit lui manquer, et à mettre hors de France sa vie et sa fortune -en sûreté. L'ambition de sa femme l'empêcha, disent les historiens, de -céder à cette heureuse inspiration. - -Luynes toutefois ne précipita rien: il vouloit que le roi fût bien -affermi dans les résolutions qu'il lui avoit fait prendre. Le voyant -enfin tel qu'il désiroit qu'il fût, il s'occupa de chercher l'homme -propre à frapper un coup aussi hardi. Le baron de Vitri, capitaine des -gardes-du-corps, jouissoit d'une grande réputation de courage et -faisoit hautement profession de haïr et de mépriser le maréchal: ce -fut sur lui qu'il jeta les yeux. Vitri, sur l'ordre du roi qui lui fut -montré, accepta la commission de s'emparer de Concini, mort ou vif, -et s'étant associé quelques amis aussi déterminés que lui[18], -l'exécuta avec beaucoup de sang-froid et de résolution. Cette scène -tragique se passa le 24 avril, à six heures du matin, sur le petit -pont du Louvre, où le maréchal alloit entrer. Vitri l'arrêta de la -part du roi; et d'après ses instructions, regardant comme un acte de -résistance un mouvement que celui-ci fit en arrière et une exclamation -qui lui échappa, il le fit tuer sur-le-champ de trois coups de -pistolet[19]. Montant aussitôt dans la chambre du roi, il lui dit ce -qui avoit été fait; de là il se rendit dans l'appartement de la -maréchale, qui étoit voisin de celui de la reine, et lui signifia -l'ordre qu'il avoit de l'arrêter. Marie de Médicis fut à l'instant -même confinée dans son appartement; on lui ôta ses gardes, qui furent -remplacés par ceux du roi: celui-ci refusa de la voir, quelques -instances qu'elle pût faire pour obtenir cette entrevue; et elle -demeura seule et abandonnée, tandis que, dans l'appartement de son -fils, tout respiroit la joie et retentissoit d'acclamations[20]. À -l'exception de l'évêque de Luçon, dont la conduite, dans cette -position difficile, avoit été aussi adroite que mesurée, tous les -ministres nouveaux furent disgraciés et les anciens rappelés; à force -d'outrages et de mauvais traitements, on détermina la reine à demander -elle-même à se retirer de la cour; la ville de Blois fut désignée -pour le lieu de son exil; et tout fut réglé d'avance pour son entrevue -d'adieux avec son fils, et jusque dans les plus petites circonstances. -Les princes revinrent aussitôt à la cour, et justifièrent leur révolte -«par la nécessité où ils s'étoient trouvés de prendre les armes pour -s'opposer aux violences et pernicieux desseins du maréchal d'Ancre, -qui se servoit des forces du roi contre l'intérêt de sa majesté et -dans l'intention de les opprimer.» On souffrit que le corps de -celui-ci fût déterré par la populace, et qu'elle exerçât sur ce -cadavre les plus indignes outrages[21]; et la maréchale, condamnée à -mort par arrêt du parlement, fut exécutée en place de Grève le 8 -juillet suivant[22]. Ainsi finit d'elle-même la guerre civile; et -cette révolution de cour fut aussi complète qu'il étoit possible de la -désirer. - - [Note 18: Les principaux étoient du Hallier son frère, - Persan son beau-frère, Bournonville, Guichaumont, et Rigaud, - exempt des gardes-du-corps.] - - [Note 19: Vitri avoit placé un garde-du-corps à la porte du - Louvre pour épier le moment où le maréchal sortiroit de la - maison qu'il avoit près de ce palais, avec ordre de le venir - avertir aussitôt à la porte du grand cabinet du roi, où il - l'attendoit. La garde remplit exactement sa commission: - Vitri partit sur-le-champ, et prit avec lui en passant tous - ceux qui l'attendoient, et fit une telle diligence, qu'il - arriva près du maréchal lorsque celui-ci n'étoit encore que - sur le Petit-Pont, où il lisoit une lettre. Comme Vitri - étoit fort vif, peut-être seroit-il passé sans le voir, si - du Hallier, qui le suivoit, ne lui eût dit: «_Monsieur, - voilà M. le maréchal._»--«_Où est-il?_ reprit - Vitri.»--«_Tenez, le voilà_, lui dit Guichaumont, et en même - temps celui-ci lui tira le premier coup de pistolet. Les - autres tirèrent aussi; mais on a toujours cru que - Guichaumont l'avoit tué, parce qu'il tomba dès qu'il l'eut - frappé. D'autres disent que Vitri, s'approchant de lui, le - prit d'une main par le bras, et que, levant de l'autre son - bâton de commandement, il lui déclara l'ordre qu'il avoit de - l'arrêter. _Moi, prisonnier!_ reprit le maréchal en faisant - un pas en arrière: et c'est alors que partirent les trois - coups de pistolet. (_Mém. du marq. de Fontenay-Mareuil._) - Plusieurs disent que Concini, se voyant attaqué, fit mine de - vouloir tirer son épée pour se défendre; mais M. de Brienne - assure, dans ses Mémoires, «qu'aucun de ceux qui en - pouvoient rendre témoignage, n'en étoit convenu en - particulier.» - - On remarque que parmi plus de trente gentilshommes qui - l'accompagnoient, aucun d'eux ne mit l'épée à la main, à - l'exception de Saint-Georges, qui depuis fut capitaine des - gardes du cardinal de Richelieu; mais, voyant que les autres - l'abandonnoient, il fut forcé de se retirer.] - - [Note 20: Les courtisans s'y rendoient en foule, et l'on fut - obligé de mettre ce jeune prince sur un billard; afin qu'il - fût plus à portée de voir ceux qui venoient lui rendre - hommage, et d'en être vu.] - - [Note 21: Le corps du maréchal fut déposé d'abord dans la - salle des portiers, ensuite dans le petit jeu de paume du - Louvre. Il y resta jusqu'à neuf heures du soir, et fut porté - ensuite à Saint-Germain-l'Auxerrois, où on l'enterra - secrètement sous l'orgue, afin de cacher au peuple sa - sépulture. Elle fut connue toutefois dès le lendemain, et - quelques gens de la lie du peuple, ou dirigés par ses - ennemis, ou poussés par leur propre fureur, s'attroupèrent - dans l'église Saint-Germain, déterrèrent le cadavre et - exercèrent sur lui mille indignités, aux cris redoublés de - _vive le roi_. On le pendit à des potences qu'il avoit fait - dresser lui-même, on lui arracha le coeur, on coupa sa chair - par petits morceaux; ces mêmes potences, que l'on abattit, - lui servirent de bûcher; et les cendres, ainsi que les - débris de son cadavre, furent jetés dans la rivière. - - Quoiqu'on ne puisse justifier ce ministre de quelques abus - de pouvoir dans le haut rang où la faveur l'avoit placé, il - faut bien se garder de croire que ce fût un aussi méchant - homme que l'a dépeint cette multitude de libelles, de - déclarations, de remontrances, publiés alors par ses - ennemis. Le maréchal d'Estrées, qui s'étoit jeté dans le - parti des princes, et qui sans doute prit part d'abord à - toutes ces calomnies, s'étonne, dans ses mémoires, des excès - auxquels on s'étoit porté contre lui, et lui rend ainsi un - témoignage qui ne sauroit être suspect: «Quand je fais - réflexion, dit-il, sur les circonstances de la mort du - maréchal d'Ancre, je ne la puis attribuer qu'à sa mauvaise - destinée, ayant été conseillée par un homme qui avoit les - inclinations fort douces; et comme il étoit lui-même - _naturellement bienfaisant et qu'il avoit désobligé fort peu - de personnes_, il falloit que ce fût _son étoile_ ou la - nature des affaires qui eussent soulevé tant de monde contre - lui.»] - - [Note 22: Dans l'arrêt qui la condamne, elle n'est point - déclarée _sorcière_, comme plusieurs l'ont avancé, mais - seulement criminelle de _lèse-majesté divine et humaine_, - sans que son crime fût autrement spécifié. Au reste, il est - certain qu'elle se défendit victorieusement sur toutes les - accusations capitales qu'on éleva contre elle; et l'on ne - peut s'empêcher de la considérer comme une victime immolée à - la vengeance de ceux qui possédoient alors un pouvoir, dont - elle et son mari avoient joui trop long-temps. Elle mourut - avec un courage modeste, qui excita beaucoup de pitié et - même d'attendrissement parmi tous ceux qui étoient accourus - à ce triste spectacle.] - -(1618) Le gouvernement prit dès ce moment une allure plus ferme; et le -pouvoir de celui qui succédoit au maréchal venant immédiatement du -roi, imposa davantage, fut d'abord moins envié et moins contesté. Mais -cela dura peu: le même esprit de mutinerie continuoit d'animer tous -ces grands impatients du joug. Peut-être s'étoit-il accru par -l'impunité et par cette espèce de triomphe qu'ils venoient de -remporter sur l'autorité. La reine-mère avoit été pour eux un objet de -haine, tant qu'elle avoit eu entre les mains cette autorité, qu'elle -refusoit de partager avec eux: ils devinrent ses partisans dès qu'elle -eut été abattue, et qu'ils eurent reconnu que par cet événement leur -position n'étoit point changée. Blessé des hauteurs de Luynes, -contrarié par lui dans quelques-unes de ses prétentions, le duc -d'Épernon écouta le premier les propositions que lui fit faire Marie -de Médicis, de former un parti pour la tirer de sa captivité, car elle -étoit véritablement prisonnière à Blois; et les protestations qu'elle -faisoit de vivre désormais entièrement éloignée des affaires, les -engagements solennels qu'elle offroit même de prendre à cet égard, ne -rassuroient point assez le roi et son favori, pour qu'ils cessassent -un seul instant d'exercer à son égard la plus rigoureuse surveillance. -L'intrigue fut conduite avec beaucoup de mystère et d'habileté: pour -en assurer le succès, d'Épernon feignit même un moment de se -réconcilier avec Luynes; et bientôt il eut rallié autour de lui assez -de mécontents pour tenter l'entreprise audacieuse de délivrer la reine -et de s'attaquer à l'autorité même du souverain. - -(1619) Tout étant préparé, il sort de Metz, malgré l'ordre exprès que -le roi lui avoit donné d'y rester, et en même temps la reine se sauve de -Blois. Aussitôt tous les ennemis de Luynes se déclarent ses partisans; -on lève des troupes de part et d'autre; la mère et le fils éclatent -réciproquement en reproches, en plaintes, en récriminations; la guerre -commence. Mais à peine commencée, elle tourne en négociations, grâce aux -soins de l'évêque de Luçon, qui, par sa conduite également adroite et -mesurée, avoit su inspirer de la confiance au favori sans manquer à ce -qu'il devoit à la reine, de reconnoissance et d'attachement[23]. -L'accommodement se fit, le roi vit sa mère à Tours, et tout s'y passa de -manière à faire croire que la réconciliation étoit sincère des deux -parts. Quant au duc d'Épernon, il y reçut, non des lettres de grâce pour -sa révolte, mais en quelque sorte des remerciements pour avoir levé des -troupes et augmenté les garnisons des places fortes de son gouvernement; -et il fut déclaré que, «l'ayant fait dans la persuasion que c'étoit -_pour le service du roi_, il n'y avoit rien qui ne dût être _agréable à -sa majesté_.» «Suppositions chimériques, dit un écrivain -contemporain[24], incapables de faire illusion à personne, et toutes -propres à rendre le gouvernement méprisable.» «Mais il y avoit -long-temps, ajoute le continuateur du père Daniel, que l'on étoit dans -l'habitude d'en user ainsi. C'étoit le style et l'usage du temps. Les -seigneurs révoltés n'auroient pu se résoudre à poser les armes, si on ne -leur eût offert que des lettres d'abolition. Ils ne vouloient pas être -traités en criminels dans les actes mêmes où on leur accordoit le pardon -de leurs crimes[25].» - - [Note 23: Ces marques d'attachement qu'il n'avoit cessé de - lui donner depuis sa disgrâce, l'avoient fait exiler à - Avignon; et ce fut Luynes lui-même qui le tira de son exil - pour l'employer dans cette affaire; Richelieu y réussit de - manière à satisfaire les deux partis.] - - [Note 24: Mém. chron., t. I.] - - [Note 25: Tom. XIII, in-4º, p. 250.] - -Malgré les apparences de bon accord qu'avoit offertes leur entrevue, -la mère et le fils se séparèrent conservant au fond du coeur autant -d'aigreur et de méfiance l'un contre l'autre qu'auparavant. Le roi -retourna à Paris; la reine se retira dans son gouvernement. Ce n'étoit -point l'avis de l'évêque de Luçon: il vouloit qu'elle allât à la cour -pour y tenir tête à ses ennemis et essayer de regagner l'amour et -l'affection de son fils; d'autres, lui rappelant l'exil et la -captivité de Blois, lui conseilloient de demeurer dans un lieu où elle -pouvoit se faire craindre et se défendre si elle étoit attaquée: ce -fut ce dernier conseil qui fut suivi. Marie de Médicis continua de -correspondre avec son fils par des lettres où elle se montra plus -susceptible et plus jalouse que jamais. Luynes, craignant alors de sa -part quelque nouvelle entreprise, résolut de tirer enfin de sa prison -le prince de Condé, qui n'avoit point été jusqu'alors compris dans -l'amnistie accordée aux mécontents, parce qu'on avoit jugé plus -prudent de ne point rejeter encore au milieu d'eux un personnage de -cette importance: il l'en fit donc sortir dans l'intention de -l'opposer à la reine, et de la contenir au moyen d'un si puissant -auxiliaire. La nouvelle qu'elle en reçut ne parut pas d'abord lui être -désagréable; mais la déclaration qui accompagna sa délivrance et que -l'on publia quelques jours après[26], fut faite dans des termes qui -l'offensèrent au dernier point, et ce ne fut pas sans beaucoup de -peine que le roi et son favori parvinrent à l'apaiser. - - [Note 26: On y faisoit dire au roi «que l'audace de ceux qui - avoient abusé de son nom et de son autorité, auroient porté - les choses à une entière et déplorable confusion, si Dieu ne - lui eût donné la force et le courage de les châtier; qu'un - des plus grands maux qu'ils eussent procuré étoit la - détention du prince de Condé, qui n'avoit eu d'autre cause - que _les artifices_ et _les mauvais desseins_ de ceux qui - vouloient joindre la ruine du prince à celle de l'état, - ainsi que sa majesté l'avoit reconnu, après s'être - soigneusement informé de tout ce qui avoit pu servir de - prétexte à son emprisonnement.» Or, c'étoit attaquer - ouvertement la reine, qui avoit elle-même fait arrêter le - prince de Condé.] - -Cependant celui-ci étoit arrivé plus rapidement encore que le -maréchal d'Ancre au comble de la faveur. Le roi venoit d'ériger pour -lui en duché-pairie, et sous le nom de Luynes, la terre de Maillé en -Touraine; lui et les siens étoient pour ainsi dire accablés de biens -et d'honneurs: aussi commença-t-il à devenir, de même que celui à qui -il avoit succédé dans ce pouvoir emprunté, un objet de haine et -d'envie pour les courtisans; et au milieu de cette cour turbulente et -séditieuse, plusieurs tournèrent de nouveau les yeux vers la -reine-mère, regardant la ville d'Angers, où elle exerçoit une sorte -d'autorité souveraine, comme un refuge contre ce qu'ils appeloient la -tyrannie du nouveau favori. - -(1620) Le duc de Luynes, qui voyoit l'orage se former contre lui, -conçut le dessein d'attirer cette princesse à Paris, afin de la -surveiller de plus près. Des démarches furent faites auprès d'elle, -pour la déterminer à y revenir: elles furent inutiles, et Marie de -Médicis les repoussa avec d'autant plus de hauteur que son fils -s'étoit avancé jusqu'à Orléans avec toute sa maison, comme s'il eût -voulu employer la force pour l'y contraindre, dans le cas où l'on -n'auroit pu réussir par la négociation. Le duc de Luynes, qui désiroit -éviter la guerre civile, ne voulut pas pousser les choses plus loin, -et le roi revint à Fontainebleau. - -Ce n'étoit au fond qu'un acte de modération: on crut y voir de la -foiblesse, et l'audace des mécontens s'en accrut. Enfin un complot -fut formé en faveur de la reine-mère, et éclata tout à coup par la -retraite ou la fuite de plusieurs princes du sang et d'un grand nombre -de seigneurs les plus considérables de la cour. Le duc de Mayenne fut -le premier qui sortit brusquement de Paris, sous prétexte qu'il n'y -étoit point en sûreté et qu'on avoit formé le projet de l'arrêter. Le -duc de Vendôme le suivit de près; le duc de Longueville se retira dans -son gouvernement de Normandie; le comte et la comtesse de Soissons -prirent la route d'Angers[27]; les ducs de Retz, de la Trémouille, de -Roannez, de Rohan, d'Épernon, de Nemours, etc., s'allèrent cantonner -dans les terres ou places fortes qu'ils possédoient en Bretagne, en -Normandie, en Poitou, en Saintonge, dans l'Angoumois. Presque toute -la noblesse de ces provinces s'étant déclarée pour la reine, son parti -parut d'abord formidable, et ses conseillers, dont la présomption -s'accroissoit encore par ces apparences si prospères, furent d'avis -que dans la position où elle se trouvoit et avec les espérances -qu'elle pouvoit concevoir, elle devoit faire la guerre et repousser -toute négociation. - - [Note 27: On avoit été prévenu de leur projet de départ, et - le premier mouvement du roi avoit été de les faire arrêter. - L'avis du président Jeannin fut qu'il valoit mieux les - laisser partir, parce que, mal intentionnés comme ils - l'étoient pour le service du roi, leur présence à Paris ne - pouvoit qu'être dangereuse, et l'empêcheroit lui-même d'en - sortir. Il représenta en outre qu'ils apporteroient dans la - cour de la reine plus de trouble et de confusion que de - profit et d'utilité; qu'il y avoit lieu de croire que tous - les mécontents s'en iroient ainsi les uns après les autres; - mais aussi qu'au premier qui reviendroit, les autres ne - tarderoient point à le suivre. Cet avis prévalut; et, en - effet, depuis que l'on gouvernoit au nom du roi, ces - mutineries des princes, bien que dangereuses encore, - commençoient à être moins redoutées.] - -L'évêque de Luçon ne partageoit point cette confiance: son coup -d'oeil, plus perçant et plus sûr, avoit reconnu d'abord que tout -céderoit invinciblement à l'ascendant de l'autorité royale; que la -reine-mère, vis-à-vis de son fils, étoit dans une position bien moins -favorable que ne l'avoient été les princes vis-à-vis de la régente; et -que si ceux-ci n'avoient pu réussir dans leurs desseins, elle avoit -encore de moindres chances de succès. On ne l'écouta point; et -l'événement le justifia bientôt dans tout ce qu'il avoit pressenti. -Avec une rapidité qui rendit presque ridicule ce qui avoit d'abord -causé tant d'alarmes, le roi parcourut la Normandie à la tête de son -armée, sans y rencontrer la moindre résistance: partout les portes des -villes, que les mécontents avoient fermées, s'ouvrirent pour ainsi -dire d'elles-mêmes à son approche; et il entra ainsi en Anjou, comme -il auroit pu le faire au milieu de la paix la plus profonde. La -confusion se mit aussitôt dans le conseil de la reine; à peine ses -troupes firent-elles quelque résistance au pont de Cé; elles -résistèrent plus foiblement encore à l'attaque de la ville d'Angers, -qui fut emportée en quelques heures; et les négociations, qui -n'avoient été interrompues qu'un moment, devenant alors la seule -ressource de Marie de Médicis, un traité fut signé presque aussitôt -entre elle et son fils, dans lequel la cour commença à se montrer plus -ferme à l'égard des princes et des seigneurs révoltés[28], et dont le -résultat fut de la faire revenir enfin à la cour, ce que le duc de -Luynes vouloit par-dessus tout. L'évêque de Luçon fut un de ceux qui -contribuèrent le plus à la conclusion de ce traité. - - [Note 28: Il fut dit que S. M. vouloit bien leur accorder un - pardon qu'ils ne méritoient pas, pourvu que, dans - l'intervalle de huit jours après la paix, ils posassent les - armes et rentrassent dans l'obéissance qu'ils lui devoient. - On ajouta que le roi n'entendoit rendre à aucun de ces - rebelles les charges et gouvernements dont il avoit disposé - depuis leur révolte.] - -La reine étoit réduite à désirer cette réconciliation: le duc de -Luynes, qui la lui faisoit accorder comme une faveur, la désiroit plus -ardemment encore. Ainsi étoit étouffée dans son germe une guerre -civile peu dangereuse sans doute, si l'on ne considère que ceux contre -qui on la faisoit, mais dont les conséquences lui causoient de justes -alarmes: car les protestants avoient toujours les yeux ouverts sur ce -qui se passoit. Ces intraitables factieux n'attendoient que de -nouveaux désastres pour lever l'étendard de la rébellion; et bien -qu'ils fussent également ennemis de tout ce qui portoit le nom de -catholique, ils étoient prêts à traiter avec tous les partis dès -qu'ils y trouveroient l'avantage du leur. Déjà en 1618, et au moment -où l'évasion de la reine du château de Blois sembloit leur offrir la -perspective de longs troubles, ils s'étoient soulevés dans le Béarn et -avoient insolemment refusé de restituer au clergé les biens dont ils -l'avoient dépouillé dans les anciennes guerres civiles, quoique l'édit -qui ordonnoit cette restitution leur assignât sur les domaines du roi -un revenu égal à celui des biens qu'on leur redemandoit. L'année -suivante, leur assemblée, qu'ils avoient tenue à Loudun, ne s'étoit -pas montrée moins violente et moins audacieuse que celle de Saumur; et -les choses y furent même poussées si loin, qu'on crut devoir les -menacer, s'ils ne se hâtoient de nommer leurs députés, de les traiter -comme criminels de lèse-majesté. Cette menace les effraya fort peu; et -ce qui prouva qu'ils avoient raison de ne s'en point effrayer, c'est -que l'on fut obligé d'en venir à négocier avec eux, et à employer, -pour les déterminer à se séparer, le crédit des principaux seigneurs -de leur parti[29]. Ils se séparèrent enfin, mais pleins de méfiance -dans les promesses de la cour et déterminés à résister, à opposer la -force à la force si l'on tentoit d'exécuter l'édit de Béarn, que, -depuis deux ans, la cour étoit obligée de suspendre. Le duc de Luynes -jugea très-bien qu'il étoit impossible de supporter plus long-temps de -semblables insolences sans que la majesté royale en fût dégradée, et -l'autorité souveraine en péril. Il étoit donc résolu d'humilier les -protestants. L'occasion de cette paix paroissoit favorable; il ne la -manqua pas: au lieu de retourner à Paris, le roi prit la route de -Bordeaux, et se rendant de sa propre personne dans le Béarn, il y fit -enregistrer son édit au parlement de Pau, et termina dans l'espace de -cinq jours et avec beaucoup de hauteur, tout ce qui avoit rapport à -ces contestations scandaleuses. - - [Note 29: On y employa le maréchal de Lesdiguères, le - marquis de Châtillon et Du Plessis-Mornay, qui servirent - utilement la cour en cette occasion.] - -(1621) Ce fut pour les protestants le signal d'une révolte ouverte: -instruits qu'on ne s'arrêteroit point là, et que le dessein étoit pris -de les réduire enfin par la force, à peine le roi étoit-il parti, -qu'ils prirent les armes et commencèrent les hostilités dans le Béarn -même et dans le Vivarais. On les réprima, mais toutefois de manière à -les persuader qu'on les craignoit et qu'on n'osoit se porter contre -eux aux dernières extrémités. Pendant ce temps, le duc de Luynes, -poussant sa fortune aussi loin qu'elle pouvoit aller, se faisoit -nommer connétable de France, et avec une rare habileté, déterminoit -Lesdiguères, non-seulement à lui céder ses prétentions sur cette -dignité suprême de l'armée, mais encore à y accepter le second rang -après lui[30]. Ayant ainsi attaché cet illustre guerrier à la cause -royale et par des noeuds qu'il lui devenoit impossible de rompre, le -nouveau connétable cessa de feindre; et il fut décidé que l'on feroit -enfin sentir aux protestants révoltés tout le poids de l'autorité -royale. - - [Note 30: Il fut créé maréchal général des camps et armées.] - -Il étoit temps en effet d'arrêter leur audace; et il étoit devenu -impossible de la supporter plus long-temps. Ces sectaires avoient -formé une nouvelle assemblée à La Rochelle; et cette assemblée y -continuoit ses délibérations, malgré les défenses du roi plusieurs -fois réitérées. Instruits des mesures de rigueur que l'on étoit résolu -de prendre contre eux, ils s'étoient déjà préparés à résister, ainsi -qu'on l'eût pu faire de puissance à puissance; et dans un réglement -qu'ils firent pour régulariser leurs préparatifs de défense, tout le -royaume fut partagé en cercles, dont chacun avoit son commandant -particulier, lequel devoit correspondre avec le commandant supérieur -de toutes les églises, essayant ainsi de constituer au sein de la -monarchie une sorte de république fédérative. L'assemblée de La -Rochelle poussa même l'insolence jusqu'à se créer un sceau particulier -avec lequel elle scelloit ses commissions et ses ordonnances; enfin -tout prit au milieu d'eux, non-seulement le caractère de la révolte, -mais celui de l'indépendance la plus absolue. - -Toutefois ils étoient loin de pouvoir soutenir par des moyens -suffisants d'aussi grands desseins et des prétentions aussi hautaines: -leurs chefs étoient divisés entre eux; leur parti n'avoit réellement -de prépondérance que dans le Poitou, en Guienne, dans le Languedoc, et -généralement dans le midi de la France; partout ailleurs les -catholiques étoient les plus forts. Aussi, dès que Louis se fut mis en -campagne, rien ne résista; partout les protestants furent désarmés, et -dans le Poitou même sa marche ne fut arrêtée que par les villes de La -Rochelle et de Saint-Jean-d'Angely. Celle-ci fut bientôt forcée de se -rendre à discrétion, et M. de Soubise, qui y commandoit, se vit réduit -à la nécessité humiliante de venir demander pardon au roi à deux -genoux. Il étoit bien autrement difficile de s'emparer d'une place -telle que La Rochelle; mais du moins le duc d'Épernon, qui en -commandoit le siége, força-t-il les Rochellois à n'oser tenir la -campagne et à demeurer renfermés dans leurs murailles. Cependant le -roi continuoit sa marche victorieuse; tout plioit devant lui, et il -arriva à Agen le 10 août, n'ayant été de nouveau arrêté un moment que -par le siége de la petite ville de Clérac. Ce fut à ce siége que l'on -commença à faire des exécutions sur les rebelles. La place ayant été -forcée de se rendre sans condition, quatre de ses habitants furent -pendus, que l'on choisit parmi les plus considérables et les plus -mutins. - -Ce fut à Agen que l'on décida que Montauban seroit assiégé; et c'étoit -devant cette ville que les armes du roi devoient recevoir leur premier -échec. Le siége en fut long et meurtrier: il y périt beaucoup de -noblesse; le duc de Mayenne y fut tué; et le duc de Luynes ayant -vainement tenté de ramener au roi le duc de Rohan, qui étoit alors -dans le Midi le chef suprême de son parti[31], il fallut lever ce -siége où l'armée royale s'étoit fort affoiblie, où surtout elle fut -humiliée; ce qui releva d'autant le courage et l'ardeur des -protestants, qui remuèrent aussitôt dans toutes les provinces et -attaquèrent sur plusieurs points, où d'abord ils n'avoient songé qu'à -se défendre. Le nouveau connétable montra, dans cette opération -militaire, le peu d'expérience qu'il avoit de la guerre; et pendant -tout le reste de cette campagne, dont les résultats n'eurent rien de -décisif, sa faveur commençant à baisser, peut-être une disgrâce -entière étoit-elle le dernier prix que son maître lui réservoit, -lorsqu'il mourut, le 14 décembre, d'une fièvre maligne qui l'emporta -en peu de jours, devant la petite ville de Monheur, dont le siége est -devenu mémorable par ce seul événement. - - [Note 31: Il ne voulut jamais consentir à faire une paix - particulière pour lui et les siens, se montrant décidé à ne - traiter que dans l'intérêt général de son parti. Il dit au - duc de Luynes «que les guerres soutenues par les protestants - avoient toujours été malheureuses dans leur commencement; - mais que l'inquiétude de l'esprit françois, le - mécontentement de ceux qui ne gouvernoient pas, et les - _secours étrangers_ leur avoient toujours procuré les moyens - de réparer leurs disgrâces.» C'étoit mettre le doigt sur la - plaie de la France; et ces paroles remarquables prouvent que - les protestants connoissoient les avantages de leur position - et les changements que l'esprit de secte devoit apporter - dans la politique de l'Europe, beaucoup mieux que leurs - ennemis n'entendoient leurs propres intérêts.] - -Plusieurs ont présenté ce personnage comme un homme de peu de mérite -et fort au-dessous de sa fortune. Nous en jugeons tout autrement: il -nous est impossible de ne pas reconnoître en lui, pendant le peu de -temps qu'il disposa du pouvoir, des vues, de l'adresse, de la fermeté; -et rien ne le prouve davantage que de voir ses plans suivis par -Richelieu, qui, dans tout ce qui concerne les protestants, ne fit -qu'achever ce que le duc de Luynes avoit commencé[32]. - - [Note 32: Ce fut lui qui le premier conçut le projet de leur - enlever leurs places fortes qui faisoient toute leur sûreté; - et il avoit commencé à l'exécuter.] - -Aucun des ministres qui marchoient à sa suite, n'avoit, ni dans son -caractère ni dans ses rapports avec le roi, ce qu'il falloit pour le -remplacer[33]: aussi firent-ils de vains efforts pour demeurer les -maîtres des affaires. Dirigée par l'évêque de Luçon, qui seul avoit -toute sa confiance, la reine-mère ne tarda point à rentrer dans le -conseil, où elle se conduisit avec une prudence et une modération qui -la remirent entièrement dans les bonnes grâces du roi. La cour étoit -alors de retour à Paris, et l'on y délibéroit sur le dernier parti à -prendre à l'égard des protestants: la question étoit de savoir si l'on -continueroit la guerre, ou s'il étoit plus avantageux de leur accorder -la paix. Le prince de Condé fit prévaloir le premier avis, vers lequel -le roi étoit naturellement porté; et en effet leur audace, depuis la -levée du siége de Montauban, n'avoit plus de frein: à Montpellier ils -s'étoient déclarés en révolte ouverte; ils avoient repris l'offensive -en Languedoc et en Guyenne, où ils assiégeoient les villes, pilloient -les églises, ravageoient les campagnes, et résistoient avec -acharnement aux troupes royales partout où elles se présentoient pour -les comprimer. M. de Soubise dévastoit le Poitou avec une armée de six -mille hommes; et la ville de La Rochelle, centre et boulevard de tout -le parti, levoit des soldats en son propre nom, et exerçoit -insolemment tous les droits de la souveraineté. - - [Note 33: Ces ministres étoient le cardinal de Retz, le - comte de Schomberg et le marquis de Puisieux.] - -(1622) La guerre étant donc résolue, le roi partit, accompagné de sa -mère, qui, ne voulant pas exposer à de nouvelles chances périlleuses -le crédit que les circonstances venoient de lui rendre, croyoit -prudent de ne point rester éloignée de lui. Le projet de Louis avoit -d'abord été de se rendre par Lyon dans le Languedoc: la désobéissance -du duc d'Épernon, qui refusa de sortir de ses gouvernements[34] pour -porter des secours aux troupes royales dans le Poitou, força ce prince -de prendre sa route par cette province. Il y trouva plus de -résistance que jusqu'alors les rebelles ne lui en avoient opposé: il -lui fallut livrer de nombreux combats; il assista de sa personne à -plusieurs siéges très-meurtriers, dans lesquels il commença à donner -des preuves de cette intrépidité extraordinaire qui lui étoit -naturelle; et que l'on doit encore considérer comme un des traits -frappants et singuliers d'un caractère où tant de foiblesses et si -étranges se laissoient apercevoir[35]. Tout cédant enfin à son courage -et à la supériorité de ses armes, il arriva avec son armée victorieuse -devant la ville de Montpellier, que le duc de Montmorenci tenoit -depuis long-temps bloquée et dont le siége lui étoit réservé. Ce fut -là qu'il apprit l'entrée en France d'un corps considérable d'Allemands -sous les ordres du comte de Mansfeld, qui, ne pouvant plus tenir en -Allemagne, où il s'étoit fait l'auxiliaire de l'électeur palatin -contre l'empereur[36], cherchoit un moyen d'en sortir et de faire -subsister ses soldats. C'étoient les ducs de Bouillon et de Rohan qui -l'avoient engagé à tenter cette invasion; et à ces traités sacriléges -qui appeloient ainsi l'étranger dans le sein du royaume pour les -soutenir dans leur rébellion, on pouvoit reconnoître les protestants. -Le duc de Lorraine lui ayant ouvert un passage à travers ses états, -Mansfeld entra en France par la Champagne; et l'alarme se répandit -bientôt jusqu'à Paris, où la reine-mère, qu'une indisposition avoit -d'abord retenue à Nantes, étoit retournée avec une partie du conseil, -et où elle commandoit en l'absence de son fils. Toutefois cette alarme -dura peu: plus habile à piller et à détruire qu'à commander une armée, -Mansfeld, qui d'abord avoit pu négocier avec le duc de Nevers envoyé -contre lui, et qui n'avoit pas su le faire à propos, vit son armée se -mutiner et se désorganiser au premier échec qu'elle éprouva; et à -peine entré dans nos provinces, fut forcé d'en sortir honteusement et -en fugitif. Pendant ce temps, la guerre continuoit avec acharnement -dans le Languedoc; les protestants se défendoient en désespérés dans -leurs villes; il falloit les prendre presque toutes d'assaut, et des -exécutions sanglantes étoient le prix de cette résistance furieuse et -obstinée. - - [Note 34: Rien ne prouve plus quelle étoit alors - l'indocilité des grands que la conduite qu'il tint en cette - occasion: non-seulement il refusa d'obéir à l'ordre du roi, - prétendant que sa présence étoit absolument nécessaire dans - ses gouvernements; mais il s'emporta jusqu'à maltraiter de - paroles, et à plusieurs reprises, le gentilhomme qui avoit - été chargé de lui faire connoître les intentions de sa - majesté.] - - [Note 35: Bassompierre, qui en raconte plusieurs traits fort - remarquables, ajoute qu'il n'avoit jamais connu d'homme plus - brave que lui: «Le feu roi son père, dit-il, qui étoit dans - l'estime que chacun sait, ne témoignoit pas pareille - assurance.»] - - [Note 36: Cette guerre de l'empereur contre l'électeur - palatin forme la première période de la fameuse guerre de - trente ans, laquelle est désignée sous le nom de _période - palatine_. Nous aurons bientôt occasion d'en reparler.] - -Cependant, de l'un et de l'autre côté, on étoit las de la guerre et -inquiet de ses résultats. Les protestants connoissoient l'infériorité -de leurs forces, et voyoient que, dans une semblable lutte, ils -devoient finir par succomber. Louis n'étoit point sans s'apercevoir -que de semblables triomphes alloient à la ruine de son royaume; et -dans une guerre ainsi poussée à outrance, craignoit, de la part de ces -sectaires, les effets de leur fanatisme et de leur désespoir. Il avoit -essayé d'abord de les diviser, et déjà plusieurs de leurs principaux -chefs avoient consenti à faire leurs traités particuliers; mais ce fut -inutilement que l'on tenta de gagner le duc de Rohan; le plus -considérable de tous: il continua de rejeter et avec la même fermeté -toutes les offres qui lui furent faites tant pour lui que pour les -siens, et voulut un traité général. Il fallut céder; et Lesdiguères, -depuis peu connétable et à qui son retour à la foi catholique avoit -enfin valu cette dignité suprême, fut le principal négociateur de ce -nouveau traité, qui fut signé immédiatement après la reddition de la -ville de Montpellier. On y confirma l'édit de Nantes dans toutes ses -clauses; il y eut amnistie générale, et les protestants y conservèrent -à peu près toutes les anciennes concessions qu'ils avoient -successivement obtenues. - -(1623, 24) C'est ici que les voies commencent à s'ouvrir pour -Richelieu, et qu'on le voit enfin paroître avec quelque éclat sur ce -grand théâtre de la cour, qu'il ne devoit plus quitter, où il alloit -bientôt occuper le premier rang et fixer tous les regards. Nous avons -vu comment, avec une adresse qui ne fut jamais sans dignité, il avoit -su se ménager entre les partis qui divisoient la cour, et se concilier -les ennemis de la reine sans manquer à ce qu'il lui devoit, et sans -perdre un seul instant les justes droits qu'il avoit à sa confiance et -à son attachement. Cette faveur dont il jouissoit auprès d'elle -s'accroissant de jour en jour, il dut aux sollicitations pressantes de -cette princesse d'être compris dans une promotion de cardinaux que fit -le pape Grégoire XV; et ce fut à Lyon, où le roi passa à son retour de -cette campagne, qu'il reçut de la main de sa majesté les insignes de -sa nouvelle dignité. La cour étoit alors troublée par les intrigues, -et les tracasseries des ministres, qui cherchoient à se supplanter les -uns les autres[37], divisés entre eux par leurs intérêts particuliers, -réunis dans un seul intérêt commun, qui étoit de ranimer l'ancienne -méfiance du roi contre sa mère, et d'empêcher que, rentrant au -conseil, elle n'y ramenât avec elle le nouveau cardinal dont ils -avoient déjà reconnu la supériorité, et qu'ils redoutoient tous comme -leur rival le plus dangereux. Ce fut un jeu pour celui-ci de renverser -des hommes aussi foibles et aussi malhabiles. Dirigée par un guide -d'un esprit si pénétrant et qui avoit une si profonde expérience de la -cour et du maître dont il s'agissoit de s'emparer, Marie de Médicis -reprit en peu de temps auprès de son fils le crédit qu'elle avoit -perdu; provoqua la disgrâce des Sillerys, qui étoient les deux -antagonistes de son favori; gagna le marquis de La Vieuville, qui -avoit toute la confiance du roi, ou plutôt le força, malgré ses -répugnances et les craintes que lui inspiroit Richelieu, à combattre -avec elle les préventions que le roi avoit contre celui-ci, et dans -cette dernière révolution qu'éprouvoit alors le ministère, à permettre -qu'enfin l'entrée du conseil lui fût ouverte. Par un dernier trait -d'habileté, Richelieu, qui étoit ainsi parvenu à se faire offrir la -place qu'il faisoit solliciter, feignit d'abord de refuser ce qu'il -désiroit avec tant d'ardeur; et tranquillisant ainsi tant d'esprits -ombrageux sur cette soif d'ambition dont il étoit dévoré, et dont il -avoit laissé entrevoir des indices que l'oeil du roi lui-même n'avoit -point laissé échapper, il prit d'abord la dernière place au conseil et -parut disposé pour long-temps à s'en contenter; mais les fautes que -commettoit La Vieuville ayant bientôt amené sa disgrâce, il arriva -que, dans un si court intervalle, aucun des ministres n'étoit déjà -plus en mesure de lui disputer la première; et dès ce moment commença -cette partie du règne de Louis XIII, que l'on peut à plus juste titre -appeler le règne de Richelieu. - - [Note 37: La place de surintendant des finances avoit été - ôtée au comte de Schomberg et donnée au marquis de La - Vieuville; les sceaux avoient été rendus au chancelier de - Sillery, qui, se trouvant ainsi appuyé de son fils le - marquis de Puisieux, avoit la prépondérance dans le conseil. - La Vieuville souffroit impatiemment leur crédit; de là des - brouilleries, des factions, des cabales et mille autres - misères de cette espèce, qui leur furent également funestes - à tous.] - -Nous ne suivrons point cet homme extraordinaire dans tous les détails -de sa vie publique; ils sont immenses: les événements qui s'y -accumulent sont au nombre des plus célèbres et des plus éclatants que -présentent nos annales; ils ont rempli l'Europe, et l'histoire en est -tracée partout. Mais si les faits sont bien connus, il s'en faut que -la politique qui les fit naître ait été appréciée ce qu'elle est en -effet; que les conséquences en aient été bien saisies: c'est là ce qui -demande toute notre attention. - -Jetons donc un coup d'oeil sur l'état de la société en France, tel que -nous le présentent ces premières années du règne de Louis XIII. - -Cet état étoit au fond le même que sous les règnes précédents; et la -main vigoureuse de Henri IV, qui avoit un moment arrêté les progrès du -mal, étant venu à défaillir, tous les symptômes de dissolution sociale -avoient reparu. Les trois oppositions que nous avons déjà signalées -(les grands, les protestants, le parlement qui représentoit -l'opposition populaire) s'étoient à l'instant même relevées pour -recommencer leur lutte contre le pouvoir; et ce pouvoir que les -Guises, les derniers qui aient compris la monarchie chrétienne, -avoient vainement tenté de rattacher à l'autorité spirituelle par tous -les liens qui pouvoient le soutenir et le ranimer, s'obstinant à en -demeurer séparé, à chercher dans ses propres forces le principe et la -raison de son existence, ainsi assailli de toutes parts, se trouvoit -en péril plus qu'il n'avoit jamais été, étant remis entre les mains -d'une foible femme et d'un roi enfant. - -Or, comme c'est le propre de toute corruption d'aller toujours -croissant lorsqu'une force contraire n'en arrête pas les progrès, il -est remarquable que ce que l'influence des Guises, aidée des -circonstances où l'on se trouvoit alors, avoit su conserver de -religieux dans la société _politique_, s'étoit éteint par degré, ne -lui laissant presque plus rien que ce qu'elle avoit de matériel. - -Et en effet, sous les derniers Valois, au milieu du machiavélisme d'un -gouvernement qui avoit fini par se jeter dans l'indifférence -religieuse et dans tous les égarements qui en sont la suite, nous -avons vu se former, parmi les grands, un parti qui, sous le nom de -_politique_, s'étoit placé entre les catholiques et les protestants, -n'admettant rien autre chose que ce matérialisme social dont nous -venons de parler, et s'attachant au monarque uniquement parce qu'il -étoit le représentant de cet ordre purement matériel. Nous avons vu en -même temps un prince insensé préférer ce parti à tous les autres[38], -sa politique sophistique croyant y voir un moyen de combattre à la -fois l'opposition catholique qui vouloit modérer son pouvoir, et -l'opposition protestante qui cherchoit à le détruire. - - [Note 38: Henri III.] - -Mais ce parti machiavélique n'avoit garde de s'arrêter là: des -intérêts purement humains l'avoient fait naître; il devoit changer de -marche au gré de ces mêmes intérêts. On le vit donc s'élever contre le -roi lui-même après avoir été l'auxiliaire du roi, s'allier tour à tour -aux protestants et aux catholiques, selon qu'il y trouvoit son -avantage; et l'État fut tourmenté d'un mal qu'il n'avoit point encore -connu. Aidés de la foi des peuples et de la conscience des grands, que -cette contagion n'avoit point encore atteints, ces Guises, qu'on ne -peut se lasser d'admirer, eussent fini par triompher de ce funeste -parti: le dernier d'eux étant tombé, il prédomina. - -Chassé de la société politique, la religion avoit son dernier refuge -dans la famille et dans la société civile. En effet l'opposition -populaire étoit religieuse, et par plusieurs causes qui plus tard se -développeront d'elles-mêmes, devoit l'être long-temps encore; mais -par une inconséquence qui partoit de ce même principe de révolte -contre le pouvoir spirituel, principe qui avoit corrompu en France -presque tous les esprits, les parlementaires, véritables chefs du -parti populaire, refusant de reconnoître le caractère monarchique de -ce pouvoir et son infaillibilité, cette opposition étoit tout à la -fois religieuse et démocratique, c'est-à-dire également prête à se -soulever contre les papes et contre les rois; et elle devoit devenir -plus dangereuse contre les rois et les papes, à mesure que la foi des -peuples s'affoibliroit davantage: or, tout ce qui les environnoit -devoit de plus en plus contribuer à l'affoiblir. - -Quant aux protestants, leur opposition doit être plutôt appelée une -véritable révolte: ou fanatiques ou indifférents (car ils étoient déjà -arrivés à ces deux extrêmes de leurs funestes doctrines), ils -s'accordoient tous en ce point qu'il n'y avoit point d'autorité qui ne -pût être combattue ou contestée, chacun d'eux mettant au-dessus de -tout sa propre autorité. C'étoient des républicains, ou plutôt des -démagogues qui conjuroient sans cesse au sein d'une monarchie. - -Un principe de désordre animant donc ces trois oppositions (et nous -avons déjà prouvé que la seule résistance qui soit dans l'ordre de la -société, est celle de la loi divine, opposée par celui-là seul qui en -est le légitime interprète aux excès et aux écarts du pouvoir -temporel[39]; parce que, nous le répétons encore, et il ne faut point -se lasser de le redire, cette loi est également obligatoire pour celui -qui commande et pour ceux qui obéissent, devenant ainsi le seul joug -que puissent légalement subir les rois, et la source des seules vraies -libertés qui appartiennent aux peuples), par une conséquence -nécessaire de ce désordre, tout tendoit sans cesse dans le corps -social à l'anarchie, de même que dans le pouvoir il y avoit tendance -continuelle au despotisme, seule ressource qui lui restât contre une -corruption dont lui-même étoit le principal auteur. Pour faire rentrer -les peuples dans la _règle_, il auroit fallu que les rois s'y -soumissent eux-mêmes: ne le voulant pas, et n'ayant pas en eux-mêmes -ce qu'il falloit pour _régler_ leurs sujets, ils ne pouvoient plus que -les _contenir_. Né au sein du protestantisme, dont il avoit sucé avec -le lait les doctrines et les préjugés, peut-être Henri IV ne -possédoit-il pas tout ce qu'il falloit de lumières pour bien -comprendre la grandeur d'un tel mal, et sa politique extérieure, que -nous avons déjà expliquée, sembleroit le prouver[40]; peut-être -l'avoit-il compris jusqu'à un certain point, sans avoir su -reconnoître quel en étoit le véritable remède, ou, s'il connoissoit ce -remède, ne jugeant pas qu'il fût désormais possible de l'appliquer. -Quoi qu'il en soit, son courage, son activité, sa prudence, n'eurent -d'autre résultat que de lui procurer l'ascendant nécessaire pour -contenir ces résistances, ou rivales ou ennemies de son pouvoir; et -leur ayant imposé des limites que, tant qu'il vécut, elles n'osèrent -point franchir, il rendit à son successeur la société telle qu'il -l'avoit reçue des rois malheureux ou malhabiles qui l'avoient précédé. - - [Note 39: _Voy._ 1re partie de ce volume, p. 227 et Seqq.] - - [Note 40: _Voy._ 1re partie de ce volume, p. 432.] - -Sous l'administration foible et vacillante d'une minorité succédant à -un règne si plein d'éclat et de vigueur, ces oppositions ne tardèrent -point à reparoître avec le même caractère, et ce que le temps y avoit -ajouté de nouvelles corruptions. De la part des grands, il n'y a plus -pour résister au monarque ni ces motifs légitimes, ni même ces -prétextes plausibles de conscience et de croyances religieuses qui, -sous les derniers règnes, les justifioient ou sembloient du moins les -justifier: ces grands veulent leur part du pouvoir; ils convoitent les -trésors de l'état; ils sont à la fois cupides et ambitieux. Aveugle -comme tout ce qui est passionné, cette opposition aristocratique -essaie de soulever en sa faveur l'opposition populaire, soit qu'elle -provoque une assemblée d'états-généraux, soit qu'elle réveille dans -le parlement cet ancien esprit de mutinerie et ces prétentions -insolentes qui, dès que l'occasion lui en étoit offerte, ne manquoient -pas aussitôt de se reproduire. On la voit s'allier à l'opposition -protestante avec plus de scandale qu'elle ne l'avoit fait encore; et, -se fortifiant de ces divisions, celle-ci marche vers son but avec -toute son ancienne audace, des plans mieux combinés, plus de chances -de succès, et ne traite avec tous les partis que pour assurer -l'indépendance du sien. Enfin la cour elle-même, ainsi assaillie de -toutes parts, ayant fini par se partager entre un jeune roi que ses -favoris excitoient à se saisir d'un pouvoir qui lui appartenoit, et sa -propre mère qui vouloit le retenir, le désordre s'accroissoit encore -de ces scandaleuses dissensions. - -Et qu'on ne dise point que les mêmes désordres reparoissent à toutes -les époques où le gouvernement se montre foible, et qu'en France les -minorités furent toujours des temps de troubles et de discordes -intestines: ce seroit n'y rien comprendre que de s'arrêter à ces -superficies. Dans ces temps plus anciens, et, en apparence, plus -grossiers, les désordres que les passions politiques excitoient dans -la société n'avoient ni le même principe ni les mêmes conséquences: la -corruption étoit dans les coeurs plus que dans les esprits; et lorsque -ces passions s'étoient calmées, des croyances communes rétablissoient -l'ordre comme par une sorte d'enchantement, ramenant tout et -naturellement à l'unité[41]. On voyoit le régulateur suprême de la -grande société catholique, le père commun des fidèles (et les -témoignages s'en trouvent à presque toutes les pages de l'histoire), -s'interposant sans cesse entre des rois rivaux, entre des sujets -rebelles et des maîtres irrités. Sa voix puissante et vénérable -finissoit toujours par se faire entendre; et, grâce à son intervention -salutaire, cette loi divine et universelle qui est la vie des -sociétés, reprenoit toute sa puissance. Maintenant cette grande -autorité étoit presque entièrement méconnue: les croyances communes, -seul lien des intelligences, étoient impunément attaquées, minées de -toutes parts par le principe de l'hérésie protestante, dissolvant le -plus actif qui, depuis le commencement du monde, eût menacé -l'existence des nations; le pouvoir temporel s'étant privé de son seul -point d'appui, devenoit violent ne pouvant plus être fort, et se -conservoit ainsi pour quelque temps par ce qui devoit achever de le -perdre; de même, et par une conséquence nécessaire, l'obéissance dans -les sujets se changeoit en servitude, ce qui les tenoit toujours -préparés pour la révolte; et dès que cet ordre factice et matériel -étoit troublé, ce n'étoit plus d'une crise passagère, mais d'un -bouleversement total que l'État étoit menacé, et l'existence même de -la société étoit mise sans cesse en question. - - [Note 41: Sous les deux premières races, et particulièrement - vers le déclin de la seconde, le désordre politique étoit - aussi grand, plus grand peut-être qu'à aucune autre époque - de la monarchie; et il y eut un moment où la dissolution de - toutes les parties du corps social sembla être arrivée à son - dernier période, et ne plus laisser aucun espoir. Quelle fut - la puissance qui rendit tout à coup à cette monarchie, qui - périssoit pour ainsi dire au sortir de l'enfance, cette vie - prête à s'éteindre, et la lui rendit pour une longue suite - de siècles? La religion, encore un coup, seul principe vital - des sociétés, et dont la nation entière étoit en quelque - sorte imprégnée. Ce fut elle qui, après avoir défendu les - peuples contre les excès du pouvoir temporel, rendit à ce - pouvoir lui-même l'énergie dont il avoit besoin, le préserva - de ses propres fureurs, et lui indiqua les bornes dans - lesquelles il eût dû se renfermer pour se maintenir, se - fortifier, et tout coordonner autour de lui. Séparé depuis - de l'autorité spirituelle, nous le voyons, sous la troisième - race, décliner de nouveau, et plusieurs circonstances, dont - la cause est encore dans cette même religion, rendent sa - chute moins rapide et moins sensible; mais cette fois-ci il - tombe pour ne se plus relever.] - -Le mal étoit-il donc dès lors sans ressource; et ce germe de mort que -non-seulement la France, mais toute l'Europe chrétienne portoit dans -son sein, étoit-il déjà si actif et si puissant, qu'il fût devenu -impossible de l'étouffer? C'est là une question qu'il n'est donné -peut-être à personne de résoudre; mais, ce qui est hors de doute, -c'est qu'il appartenoit à la France, plus qu'à toute autre puissance -de la chrétienté, de tenter cette grande et sainte entreprise, de -donner au monde chrétien l'exemple salutaire de rentrer dans les -anciennes voies; et tout porte à croire que d'autres nations l'y -auroient suivie. Voilà que les circonstances portent à la tête des -affaires, à travers mille obstacles qu'il a su vaincre avec la plus -rare habileté, un homme d'une grande capacité et d'un grand caractère: -il a saisi d'une main ferme le timon de l'État; et pour la première -fois depuis le commencement du nouveau règne, les factions qui -l'agitent commencent à sentir le poids d'une volonté. Cet homme est un -prince de l'église: on doit croire qu'il est nourri de ses maximes, -qu'il en comprend la politique, que c'est sous son ministère que -s'arrêteront les progrès du mal, que s'opèrera peut-être une -révolution entière dans le système funeste qui, depuis deux siècles, -détruit la société. Rien de tout cela n'arrivera: cet esprit si -pénétrant demeurera sans intelligence pour toutes ces choses; cette -volonté si inflexible ne déploiera son énergie que pour fortifier et -accroître un si grand mal; cette activité si prodigieuse, que pour le -répandre partout et le rendre à jamais irrémédiable: Richelieu sera à -lui seul plus funeste à la société que tous ceux qui ont gouverné -avant lui. - -Dès les commencements de son administration, il laissa entrevoir -quelle seroit sa politique relativement aux affaires générales de -l'Europe: mais il falloit se rendre le maître dans l'intérieur avant -de songer à exercer au dehors une véritable influence; et, destinés à -nous trouver presque toujours en contradiction avec les historiens qui -nous ont précédé, nous le louerons de ce qu'il fit pour y parvenir, -lorsque, sous ce rapport, la plupart d'entre eux l'ont dénigré[42]. Le -désordre étoit alors à son comble, et nous ne pouvons l'exprimer plus -vivement qu'en empruntant ses propres paroles. «Lorsque votre majesté, -dit-il au roi dans son testament politique[43], se résolut de me -donner en même temps et l'entrée de ses conseils et grande part à sa -confiance, je puis dire avec vérité que les huguenots partageoient -l'État avec elle; que les grands se conduisoient comme s'ils n'eussent -pas été ses sujets, et les plus puissants gouverneurs de province, -comme s'ils eussent été souverains en leurs charges... Je puis dire -que chacun mesuroit son mérite par son audace; qu'au lieu d'estimer -les bienfaits qu'ils recevoient de votre majesté par leur propre prix, -ils n'en faisoient cas qu'autant qu'ils étoient proportionnés au -déréglement de leur fantaisie; et que les plus entreprenants étoient -estimés les plus sages, et se trouvoient souvent les plus heureux.» Il -s'étoit proposé de remédier efficacement à de si grands abus; et il -avoit promis au roi d'employer toute son industrie et toute l'autorité -qui lui étoit confiée «pour ruiner le parti huguenot, rabaisser -l'orgueil des grands, réduire ses sujets dans les bornes de leur -devoir, et relever son nom dans les nations étrangères au point où il -devoit être[44].» - - [Note 42: En abattant les grands, il détruisit, dit-on, - l'opposition aristocratique en France, et renversa ainsi la - dernière barrière qui s'élevoit encore contre le despotisme - de la cour. On se trompe: cette opposition de la noblesse - s'étant faite toute matérielle, et ne pouvant plus être ni - dirigée ni contenue par le principe religieux à qui seul il - appartient de légitimer et coordonner toute puissance, soit - qu'elle _commande_, soit qu'elle _résiste_, étoit devenue - elle-même un principe d'anarchie, et par conséquent de - destruction. Les faits le prouvent mieux que tous les - raisonnements. Or, qui ne sait que, lorsque la société est - arrivée à ce degré de corruption, l'anarchie ne peut être - vaincue et comprimée que par le despotisme? Et sans doute, - des deux maux celui-ci est le moindre, puisque tant qu'il a - le pouvoir, le despote conserve l'état, par cela seul qu'il - veut se conserver lui-même. Si Richelieu, devenu maître - absolu sur les débris de tant de résistances purement - anarchiques, eût cherché à modérer le pouvoir sans bornes - qu'il avoit conquis, en adoptant une politique chrétienne - dans un royaume chrétien, il n'est point de bons effets - qu'il n'eût pu produire et d'éloges qu'on ne dût lui - donner.] - - [Note 43: Première partie, ch. I.] - - [Note 44: _Test. polit._ Première partie, ch. I.] - -Il marcha donc constamment vers ce double but avec un courage et une -persévérance que rien ne put ébranler, au milieu de périls et -d'obstacles qu'une âme aussi forte et une volonté aussi inflexible -pouvoient seules surmonter. Tant qu'il le jugea nécessaire, il -dissimula avec les huguenots, dont les révoltes et les insolences -alloient toujours croissant: pour pouvoir en finir avec ces sectaires, -il lui falloit terminer ou du moins suspendre les guerres extérieures -dont ils savoient si bien profiter, remettre l'ordre dans les -finances, relever la marine françoise, qui, dans une si grande -entreprise, lui devoit être un si puissant auxiliaire. Il y parvint; -et tout étant ainsi préparé, ses projets éclatèrent au milieu d'une -conspiration de la cour soulevée presque tout entière contre lui, -conspiration qui menaçoit sa vie et le roi lui-même des derniers -attentats[45]. Les chefs du complot, et parmi eux des princes du sang, -sont arrêtés[46]; ceux des conjurés qui avoient des gouvernements de -provinces en sont à l'instant même dépouillés; le duc d'Anjou, dont -ils avoient fait le prétexte et l'instrument de leurs machinations, -est forcé de se soumettre[47], et, dans la frayeur dont il est saisi, -déclare lui-même ses complices; un de ces grands, le prince de -Chalais, monte sur l'échafaud, et ses pareils commencent à reconnoître -que leurs rébellions ne sont pas privilégiées, que leurs personnes ne -sont pas inviolables. Ce coup, frappé à propos, en impose: le siége de -La Rochelle, qui n'eût jamais été entrepris si la terreur ne se fût -pas mise parmi les ennemis du cardinal, est commencé, poursuivi, -achevé sous la direction même du ministre, malgré toutes les -difficultés que présentoit une position jusque là jugée inexpugnable, -tous les dangers que faisoit renaître sans cesse une résistance -désespérée, et tous les obstacles qu'osoit y apporter encore cette -faction des grands qui ne vouloit pas que la ville fût prise, parce -que son ambition avoit besoin de l'existence des protestants. Ce -boulevard du protestantisme tombe enfin: alors tout prend dans cette -guerre, jusqu'alors si périlleuse, une marche prompte et décisive. Une -année se passe à peine que le parti huguenot est forcé partout de se -remettre à la discrétion du vainqueur, humilié par ses continuelles -défaites, dompté par le sac de ses villes, par le supplice de ses -chefs, réduit à vivre désormais tranquille et soumis au milieu de ses -forteresses démolies et ouvertes de toutes parts[48]. L'entrée -triomphante du cardinal dans Montauban fut la dernière scène de ce -grand événement. - - [Note 45: Gaston, duc d'Anjou et frère du roi, refusoit - obstinément d'épouser mademoiselle de Montpensier. Le roi et - la reine-mère s'étoient déclarés pour ce mariage; et le - cardinal, dans l'intention de plaire à tous deux, en - pressoit vivement la conclusion. Alors les diverses cabales - de la cour, quoique divisées entre elles, attentives à tout - ce qui pouvoit les faire sortir de l'état de dépendance où - Richelieu avoit résolu de les réduire, se rassemblent, - délibèrent, forment des complots; et dans ces complots il - n'étoit question de rien moins que d'assassiner le ministre, - de détrôner le roi, de l'enfermer dans un couvent comme - imbécile, et de mettre à sa place son frère, à qui l'on - auroit fait épouser la jeune reine Anne d'Autriche.] - - [Note 46: Entre autres le duc de Vendôme et son frère le - grand prieur; le comte de Soissons n'évita la prison qu'en - sortant précipitamment du royaume. Le maréchal d'Ornano fut - renfermé à Vincennes, où il mourut; ce qui lui évita - l'échafaud, où il auroit indubitablement suivi le prince de - Chalais.] - - [Note 47: Il consentit à épouser mademoiselle de - Montpensier; et ce fut à l'occasion de ce mariage qu'il prit - le titre de duc d'Orléans, ayant reçu en apanage l'Orléanois - et le pays Chartrain; et cet apanage fut un piége qu'on lui - tendit pour le déterminer à sacrifier tous ceux qui - l'avoient servi, ce qu'il fit sans la moindre difficulté.] - - [Note 48: C'est alors qu'il acheva d'exécuter le projet - hardi et profondément conçu par Luynes, de faire démolir, - non-seulement toutes les places fortes des protestants, mais - encore d'abattre dans l'intérieur de la France toutes les - fortifications qui y existoient encore. Ce fut là le coup - mortel porté à la ligue protestante et à celle de la haute - noblesse, toujours subsistante et toujours prête à de - nouveaux attentats.] - -Tout n'étoit pas fini pour l'heureux ministre: la cabale de la cour, -un moment déconcertée par des succès si éclatants, n'en devint que -plus furieuse et plus ardente contre lui, lorsqu'après l'événement de -la guerre de Mantoue[49], non moins glorieux pour les armes du roi, -elle le vit si avant dans la faveur de son maître, que tout pouvoir -lui étoit donné, et qu'il falloit que tout pliât sous ses volontés. La -reine-mère, qui l'avoit protégé tant qu'elle avoit cru trouver en lui -un instrument de cette ambition puérile dont elle étoit possédée de se -mêler sans cesse des intrigues du cabinet et des affaires de l'état, -se déclare dès ce moment son ennemie la plus acharnée. Gaston, que sa -qualité d'héritier du trône rendoit alors plus considérable qu'il ne -le fut depuis, unit ses ressentiments à ceux de sa mère: tout se -rallie autour de ces deux personnages éminents; le roi seul défend son -ministre; et cependant, poursuivi par les larmes et par les -emportements de la reine, il chancèle un moment, et l'on espère qu'il -va l'abandonner; Richelieu lui-même se croit perdu, et fait les -préparatifs de sa retraite. Tout change de face en un seul jour, que -l'histoire a rendu célèbre sous le nom de _journée des dupes_. Le -cardinal a avec le roi une entrevue qu'il croit la dernière: il en -sort plus puissant et plus redoutable que jamais; et, vainqueur de ses -ennemis, il sait profiter de la victoire. L'obstination et la conduite -imprudente de Marie de Médicis lui servent à aigrir contre elle -l'esprit de son fils, qui finit par s'en éloigner sans retour, -lorsqu'il la voit attirer la jeune reine dans son parti et mêler -l'Espagne à toutes ces querelles. Cependant la haine froide et -profondément calculée du ministre demandoit, au milieu de cette cour, -presque entière conjurée contre lui, une victime dont la chute y -répandît l'effroi et la consternation: le maréchal de Marillac fut -celle qu'il choisit. Celui-ci étoit coupable sans doute, mais non pas -assez pour porter sa tête sur un échafaud, si la vengeance du cardinal -ne l'eût poursuivi. Avant même qu'on l'eût arrêté, le garde-des-sceaux -son frère avoit déjà été disgracié et exilé. Le procès du maréchal, -qui fut long, n'étoit pas encore terminé[50], que Gaston, dont -Richelieu s'étoit ressaisi un moment par le moyen de ses favoris, se -déclare de nouveau contre lui au gré de ces mêmes favoris: les -ennemis du ministre croient enfin avoir trouvé une dernière occasion -de le perdre; et pour rendre cette occasion décisive, leurs conseils, -et particulièrement ceux de la reine-mère, poussent le foible prince à -faire un éclat, à quitter la cour et à se mettre ouvertement à la tête -du parti qui demandoit la disgrâce et l'exil de Richelieu. La cabale -s'agite alors avec plus de violence que jamais, et conçoit de cette -retraite les plus grandes espérances; il en fut autrement: ce que -Marie de Médicis avoit considéré comme un moyen de reprendre son -ancien ascendant, fut précisément ce qui acheva de la perdre. D'accord -avec son ministre, qui désormais le menoit à son gré, le roi exile sa -mère à Compiègne, où, de même qu'à Blois, elle est gardée à vue et -traitée en prisonnière. Tous ses confidents sont exilés ou arrêtés. -Gaston continuant de cabaler à Orléans, où il s'étoit renfermé, son -frère marche contre lui à la tête d'une armée, le suit dans sa fuite -jusqu'en Bourgogne, et le force à sortir de France et à se réfugier en -Lorraine. Le maréchal de Bassompierre, qui avoit trempé dans ce -dernier complot, est enfermé à la Bastille, où il seroit resté jusqu'à -la fin de ses jours, si Richelieu ne fût mort avant lui; le duc de -Guise, autre partisan de Gaston, se hâte de se retirer dans son -gouvernement, et n'évite qu'en s'exilant lui-même volontairement le -ressentiment du cardinal; enfin Marie de Médicis s'échappe de sa -prison, ou, pour mieux dire, l'habile ministre s'en débarrasse en la -laissant échapper. Elle se retire aux Pays-Bas, et quitte ainsi -follement la France, où il étoit bien résolu de ne la jamais laisser -rentrer. Dès ce moment la cour, déserte de tous ses ennemis, se peuple -de ses flatteurs et de ses créatures; Richelieu est maître absolu, -maître sans rivaux et sans contradicteurs: c'est alors qu'il achève de -se faire connoître, que son regard embrasse l'Europe, et que sa -funeste politique se développe à tous les yeux. - - [Note 49: L'empereur, le roi d'Espagne, le duc de Savoie et - presque toute l'Italie s'étoient déclarés contre le duc de - Nevers, Charles de Gonzague, héritier légitime du duché de - Mantoue vacant par la mort du dernier duc, Vincent, mort en - 1627. Le cardinal détermina le roi à soutenir les droits du - nouveau duc, et à se mettre lui-même à la tête de l'armée - qu'il destinoit à l'établir dans la souveraineté dont - vouloient l'exclure tant et de si puissants princes. Il y - réussit complétement.] - - [Note 50: Richelieu le fit juger par des commissaires qui - lui étoient entièrement dévoués, repoussant avec hauteur et - même avec violence toutes les démarches que fit le parlement - pour attirer à lui cette grande affaire. Le maréchal fut - condamné à mort pour concussion: il ne fut en effet que trop - prouvé que, sous ce rapport, il étoit loin d'être sans - reproche; mais bien d'autres étoient coupables du même - délit, que l'on ne songeoit point à inquiéter, et les agents - qui l'avoient aidé dans les malversations qu'on lui - reprochoit ne furent pas même décrétés. Sa mort excita la - compassion des uns, l'indignation des autres; et il n'étoit - personne alors qui ne fût persuadé que le jugement étoit - inique et que le maréchal avoit été sacrifié à la haine et à - la politique du premier ministre.] - -Abaisser la maison d'Autriche, c'est-à-dire détruire autant qu'il -étoit en lui la seule puissance qui, de concert avec la France, pût -soutenir la société chrétienne, la défendre contre l'ennemi redoutable -dont elle étoit pressée de toutes parts, et qui pénétroit, pour ainsi -parler, jusque dans ses entrailles, tel étoit le projet qu'avoit -depuis long-temps conçu un prince de l'église catholique, apostolique -et romaine; et ce projet, il le poursuivit, comme tout ce qu'il -entreprenoit, avec une constance, une activité, une vigueur, que l'on -pourroit trouver admirables s'il s'étoit proposé un autre but, mettant -l'Europe en feu et la France elle-même en péril pour y réussir, et y -employant des moyens qui passent en perversité tous ceux que la -corruption des règnes précédents avoit pu imaginer. - -Certes, la politique de la maison d'Autriche, au milieu de ces graves -circonstances, est loin de mériter des éloges: c'étoit celle de son -temps; et, pour nous servir d'une expression devenue fameuse de nos -jours, _elle marchoit avec son siècle_, et s'enfonçoit autant qu'il -étoit en elle dans les intérêts purement matériels de la société. Nous -avons fait voir quelle avoit été la folle ambition de Philippe II, sa -conduite cauteleuse envers la France, et, dans nos guerres de -religion, l'hypocrisie de son zèle religieux. Sous ses successeurs, -ces dispositions hostiles et cette marche insidieuse n'avoient point -changé: le cabinet d'Espagne surtout n'avoit point cessé, autant qu'il -étoit en lui, de fomenter nos discordes intestines, dans l'espoir -insensé d'en faire son profit. Mais, quoi qu'il en pût être de ses -fausses maximes et des artifices de sa politique, il n'en est pas -moins vrai de dire que, par la position où la Providence l'avoit -placée et malgré les fautes qu'elle n'avoit cessé de commettre, la -maison d'Autriche se trouvoit en Europe à la tête du parti catholique -et l'ennemie naturelle de tous ses ennemis. En Allemagne elle étoit -établie comme un boulevard de la chrétienté contre les protestants et -les sectateurs de Mahomet; et, tandis qu'elle y contenoit l'hérésie -protestante par la terreur de ses armes; que, s'étendant par-delà les -confins de l'Italie, elle l'empêchoit de pénétrer dans le centre même -de la société religieuse, ses tribunaux ecclésiastiques lui fermoient -l'entrée de la péninsule, et l'étouffoient à l'instant même dans son -germe, dès qu'elle osoit s'y montrer. Sans cesse attentifs à ce qui se -passoit au milieu du monde chrétien, les papes, dont l'oeil pénétrant -avoit saisi toute l'étendue du mal, mettoient dans cette royale -famille leurs plus chères espérances; et, portant d'un autre côté -leurs regards sur ces rois de France, qu'ils appeloient toujours les -fils aînés de l'Église, ils voyoient et avoient raison de voir, dans -l'union de ces deux puissances, le salut de la chrétienté. C'étoit -vers cette union salutaire que se portoient tous leurs désirs; c'étoit -pour la former qu'ils mettoient en jeu tous les ressorts de leur -politique, qu'ils employoient ce reste d'influence que le respect -humain leur avoit encore conservé dans les affaires générales de -l'Europe. Ils crurent un moment avoir atteint ce but par le mariage de -Louis XIII avec une infante; et, si la France eût eu à la tête de ses -affaires un autre homme que Richelieu, peut-être y seroient-ils -parvenus[51]. - - [Note 51: Dans les brouilleries qui s'élevèrent entre la - France et l'Espagne, au sujet de l'affaire de Mantoue, le - duc de Savoie chargea son envoyé à Paris «de conférer en - particulier avec M. le cardinal de Bérulle, en l'absence de - M. le cardinal de Richelieu, et de lui remontrer combien il - convenoit au service de Dieu, à la foi catholique et au bien - de la France, de maintenir l'union des couronnes de France - et d'Espagne, pour conduire à une heureuse fin _les - entreprises commencées avec tant de prospérité et de - gloire_.» (_Mercure franc._, t. XV, p. 504.) Il vouloit - parler de la destruction de l'hérésie. On a de nombreux - témoignages que cette opinion qu'énonçoit un prince - chrétien, étoit alors partagée par tout ce qu'il y avoit - d'honnêtes gens en France et dans la chrétienté.] - -Mais depuis que ce royaume étoit gouverné par les maximes qui -tendoient à séparer sans cesse la politique de la religion, il ne -s'étoit point encore rencontré un esprit plus imbu de ces doctrines -dangereuses, plus habile à les réduire en système, plus ardent à les -mettre en pratique, que ce trop fameux ministre. Déjà, et dès le -commencement de son ministère, il avoit fait voir, dans l'affaire de -la Valteline, quels étoient ses principes politiques et dans quelles -voies il étoit résolu de marcher[52]; dès lors on l'avoit vu opposer -aux dangers qui menaçoient la religion catholique la _raison d'état_, -et donner sujet de faire au roi très-chrétien ce reproche que, tandis -que ses armes étoient employées d'un côté à détruire l'hérésie dans -son royaume, de l'autre, elles l'aidoient à se relever dans les pays -étrangers. - - [Note 52: Les Grisons, qui étoient protestants, réclamoient - la souveraineté de la Valteline, alors au pouvoir de - l'Espagne, et dont les habitants étoient catholiques. La - France exigeoit que ce pays fût restitué à ceux qu'elle - appeloit ses _légitimes_ souverains. Le roi d'Espagne et le - pape objectoient avec juste raison que c'étoit en exposer la - population entière à devenir hérétique, et proposoient tout - autre parti plutôt que de les remettre sous la domination de - leurs anciens maîtres. Richelieu ne voulut rien entendre, - opposant toujours ce qu'il appeloit la _justice_ et le - _droit des gens_ à l'intérêt de la religion, si visiblement - menacée par une semblable restitution. Ébranlé par tout ce - qu'il entendoit dire contre la résolution de son ministre, - et peut-être aussi par le murmure de sa conscience, le roi - convoqua à Fontainebleau, le 29 septembre 1625, une - assemblée de prélats, de magistrats, de seigneurs de sa - cour, afin de s'éclairer de leurs lumières sur le parti à - prendre dans une affaire aussi importante et aussi délicate. - L'opinion contraire y fut soutenue avec beaucoup de chaleur - et de force; mais le cardinal mit plus d'opiniâtreté encore - à soutenir la sienne, séparant sans cesse dans son discours - _les affaires d'état de celles de la religion_; et ce fut - son avis qui l'emporta, au grand scandale de tous les - opposants.] - -La maison d'Autriche, disent les apologistes de Richelieu, tendoit à -la monarchie universelle; il falloit arrêter une ambition qui n'avoit -plus de bornes. Cette accusation vague, si souvent répétée et si -légèrement crue parce qu'elle n'a été que foiblement contredite, tombe -d'elle-même dès que l'on considère avec un peu d'attention et la -situation de l'Europe et celle de cette famille souveraine. Placée en -Allemagne à la tête d'une confédération de petits souverains, sous la -condition expresse de protéger leurs droits et de garder leurs -constitutions, nul d'entre eux n'eût été disposé à l'aider dans ses -projets dont le résultat eût été de les asservir eux-mêmes; et -Ferdinand II venoit de l'éprouver, lorsque, après avoir abattu deux -ligues protestantes qui s'étoient formées contre lui, il s'étoit vu -arrêter dans ses projets de domination absolue par les électeurs -catholiques eux-mêmes, qui vouloient que l'empereur fût le protecteur -et non le maître de l'empire[53]. Impuissante de ce côté pour exécuter -des projets aussi gigantesques, que pouvoit-elle en Espagne, en Italie -et dans les Pays-Bas? On l'a vu sous Charles-Quint, lequel cependant -réunissoit sur sa tête toutes ces couronnes depuis divisées, lorsque, -après la bataille de Pavie, la France sembloit être réduite aux -dernières extrémités; on l'a vu, sous Philippe II, lorsqu'elle étoit -déchirée par les partis, et d'un bout à l'autre livrée à toutes les -horreurs de la guerre civile. Ni par leurs intrigues, ni par la force -de leurs armes, ces princes si habiles et si puissants n'avoient pu -venir à bout de se maintenir dans une seule de ses provinces. -Étoit-ce, lorsque le dernier coup venoit d'être porté dans ce royaume -au protestantisme, lorsque l'autorité royale y avoit repris toute sa -force au milieu des partis abattus, que l'on pouvoit sérieusement en -craindre la conquête par le roi d'Espagne? Non; cette crainte -chimérique eût été indigne de Richelieu: c'étoit un sujet ambitieux -qui vouloit se rendre nécessaire à son maître en concevant des projets -que lui seul sembloit capable d'exécuter; et c'étoit parce qu'il -n'avoit point d'autre conscience politique que celle des intérêts -matériels de la France, qu'il avoit conçu de semblables projets. - - [Note 53: Ce prince, aidé de la ligue catholique, dont le - chef étoit le duc de Bavière, venoit de reconquérir la - Bohème sur l'électeur palatin, qui avoit eu l'audace de - profiter de la révolte de ses habitants pour s'en emparer et - s'en faire déclarer roi. Ce fut là, ainsi que nous l'avons - déjà dit (pag. 52), la première période de la guerre de - trente ans, dite période _palatine_, laquelle, commencée en - 1618, finit en 1625. L'électeur palatin, qui s'étoit sauvé - en Hollande, fut mis au ban de l'empire, et Tilly acheva - d'écraser les princes protestants qui combattoient encore - pour lui, même après sa retraite, dans un combat qu'il leur - livra en 1623, près de Stadlo, dans l'évêché de Munster. La - dignité d'électeur palatin fut alors donnée au duc de - Bavière, et le Palatinat partagé entre lui et les Espagnols. - Tout sembloit devoir être fini; mais l'empereur, enhardi par - le succès, conçut des projets plus vastes: ses troupes se - répandirent dans toute l'Allemagne; il fit des coups - d'autorité qui inquiétèrent la ligue protestante; et la - liberté du corps germanique parut menacée. Aussitôt il se - forma une confédération nouvelle pour la défendre, à la tête - de laquelle parut le roi de Danemarck. C'est la seconde - période de cette même guerre, connue sous le nom de _période - danoise_, qui commence en 1625 et finit en 1630. L'empereur - y remporte des succès encore plus brillants et plus - décisifs; et c'est alors que le fameux Walstein (ou - Vallenstein) se montre, à la tête de ses armées, le plus - habile et le plus heureux capitaine de l'Europe. Vainqueur - une seconde fois, et plus puissant alors qu'il n'avoit - jamais été, Ferdinand exerça quelque temps en Allemagne un - pouvoir absolu, dont les princes protestants ressentirent - seuls les atteintes, mais qui commença néanmoins à déplaire - aux princes catholiques. Tant qu'il conserva réunies les - forces imposantes qu'il avoit sur pied, ce mécontentement - général n'osa point éclater: à peine les eut-il divisées, - que la diète électorale, qu'il avoit rassemblée à Ratisbonne - en 1630 pour obtenir d'elle l'élection de son fils à la - dignité de roi des Romains, s'éleva contre lui, et le força - par ses plaintes, et, même par ses menaces, à réformer une - grande partie de ses troupes et à renvoyer leur général. - Brulart de Léon, ambassadeur du roi de France, et le fameux - père Joseph, capucin, envoyés à la diète par le cardinal de - Richelieu, aidèrent les électeurs à obtenir ce triomphe sur - l'empereur; et ainsi se préparèrent les voies qui devoient - bientôt introduire le roi de Suède dans le sein de - l'empire.] - -Ainsi donc, cherchant de toutes parts des ennemis à la maison -d'Autriche et n'en trouvant point de plus ardents contre elle que les -princes protestants d'Allemagne; les voyant, dans ce moment même, plus -irrités que jamais contre l'empereur Ferdinand, qui usoit, plus -violemment peut-être que ne l'eût voulu une sage politique, des -avantages que lui donnoit cette suite continuelle de victoires[54] -qu'il devoit au génie de Walstein, et dont l'éclat étoit tel que le -souverain lui-même qui en recueilloit le fruit, étoit importuné de la -gloire de son sujet; s'apercevant que le mécontentement avoit gagné -jusqu'aux princes catholiques, que les entreprises et les manières -trop hautaines du chef de l'empire commençoient à alarmer pour leurs -propres priviléges, il jeta les yeux sur le roi de Suède qu'on lui -avoit représenté comme un homme supérieur, comme un chef propre à -rendre formidable la ligue nouvelle qu'il vouloit former contre -l'empereur. Bien qu'il ait cru devoir s'en défendre, lorsque la -clameur publique l'accusa d'avoir excité un prince protestant à entrer -à main armée dans un pays catholique, il est certain que ce fut -Richelieu lui-même qui l'y poussa, après avoir ménagé un accommodement -entre lui et Sigismond, roi de Pologne, qui lui disputoit la couronne -de Suède, et que ce prince entreprenant étoit venu chercher et -combattre jusque dans ses propres états. Par suite d'un traité signé -avec la France, Gustave aborda sur les côtes de la Poméranie le 24 -juin 1630; et alors commença cette partie de la guerre de trente ans -qui est désignée sous le nom de _Période suédoise_. - - [Note 54: _Voyez_ la note de la page précédente.] - -Qui n'en connoît les succès, les revers, les désastres effroyables? Le -héros de la Suède entra comme un torrent en Allemagne: la ligue -protestante à la tête de laquelle s'étoit mis l'électeur de Saxe, -après avoir un moment balancé à se joindre à lui, et comme si elle eût -craint de se donner un nouveau maître, finit par se rallier sous ses -drapeaux; et la ligue catholique étant demeurée indécise, rien ne -s'opposa d'abord à la marche du vainqueur. Il prend sa revanche du sac -de Magdebourg[55] à la bataille de Leipzic, où il remporte une -victoire complète sur le féroce Tilly. De là, tandis que les Saxons -pénétroient en Bohème et en Silésie, il parcourt rapidement les -provinces de Franconie, du Haut-Rhin, de Souabe et de Bavière, toutes -les villes lui ouvrant leurs portes, et tous les princes protestants -s'empressant de faire alliance avec lui. Il passe ensuite le Rhin à -Oppenheim, force le 15 avril 1632 le passage du Lech[56]; et le 17 mai -suivant il entre triomphant dans Munich. C'est alors que Ferdinand, -naguère au faîte de la puissance, est réduit à la dure extrémité de -s'humilier à son tour devant le sujet orgueilleux dont il avoit -abaissé l'orgueil; et Walstein lui fait acheter aux conditions les -plus dures la grâce qu'il veut bien lui faire de reprendre le -commandement de ses armées. Sa première opération est de chasser les -Saxons de la Bohème; puis il transporte le théâtre de la guerre en -Saxe, pour forcer le roi de Suède à quitter la Bavière. Bientôt les -deux armées ennemies sont en présence à Lutzen: la bataille s'engage; -Gustave est tué au premier choc; mais les Suédois n'en sont pas moins -vainqueurs; et Walstein, forcé de se retirer en Bohème, se contente -d'en défendre l'entrée à l'armée victorieuse. C'est alors que la -situation précaire où se trouvoit son souverain lui fait concevoir des -projets ambitieux que Richelieu favorise, et dont il auroit profité -sans la catastrophe tragique qui termina la vie de cet illustre -ambitieux. Instruit qu'il le trahissoit, et impuissant à faire punir -juridiquement un sujet devenu en quelque sorte le rival de son maître, -Ferdinand le fit assassiner à Egra le 25 février 1634. Le roi de -Hongrie paroît alors à la tête des armées impériales, et signale ses -premières armes par la victoire de Nordlingue, où il écrase l'armée -des confédérés. L'assemblée générale des états protestants, qui -s'alloit réunir à Francfort-sur-le-Mein pour renouveler l'alliance -avec la Suède, se dissipe d'elle-même à la première nouvelle de cette -défaite; l'électeur de Saxe, l'ennemi le plus acharné de Ferdinand, -est le premier à faire sa paix avec lui: et le traité de Prague, dans -lequel le chef de l'empire reprit une partie de son ancien ascendant, -ayant été accepté par la plupart des princes protestants, le parti -Suédois parut abattu et ruiné sans retour[57]. - - [Note 55: Les habitants de Magdebourg, comptant sur - l'assistance du roi de Suède, n'avoient voulu écouter aucune - des sommations que leur avoit faites le général de - l'empereur. La ville ayant été emportée d'assaut le 10 mai - 1631, Tilly l'abandonna à la fureur des soldats, qui - passèrent presque tous les habitants au fil de l'épée. Tout - y fut détruit de fond en comble, et il ne resta debout que - la cathédrale et quelques cabanes de pêcheurs.] - - [Note 56: Tilly y reçut une blessure, dont il mourut trois - jours après.] - - [Note 57: Le ministre suédois Oxenstirn fut si effrayé de - cette défection générale de la ligue protestante, qu'il - entra lui-même en négociation pour tâcher de faire - comprendre la Suède dans le traité. Mais l'empereur ayant - refusé d'avoir aucune communication directe avec le cabinet - de Suède, et l'électeur ne faisant que des propositions peu - acceptables, Oxenstirn rompit lui-même les conférences, - jugeant plus avantageux aux intérêts de la Suède et à sa - dignité, de voir son armée chassée de l'empire que de subir - les conditions d'une paix déshonorante.] - -Tant que ce parti avoit été triomphant, Richelieu, par un reste de -pudeur, avoit tenu secrète l'alliance contractée entre la France et le -chef de la ligue protestante; et, se renfermant dans une neutralité -apparente, il offroit aux princes catholiques de l'Allemagne qui -imploroient son secours contre un si terrible vainqueur, le partage de -cette neutralité que Gustave rendoit impossible par les conditions -intolérables auxquelles il vouloit la leur faire acheter. Dès que -l'artificieux ministre vit la cause des Suédois sur le point d'être -perdue, il leva le masque et se déclara ouvertement pour eux. Un -nouveau traité est signé à Compiégne, le 28 avril 1635, entre Louis -XIII et la reine Christine. La France traite en même temps avec les -États-Unis, rompant ainsi la trève que ceux-ci étoient prêts à -conclure avec l'Espagne; et chaque prince de l'union protestante est -appelé à faire avec Richelieu son traité particulier. Maître de la -Lorraine, dont il s'étoit emparé, n'ayant d'autre droit pour le faire -que celui du plus fort,[58] celui-ci porte la guerre tout à la fois -dans les Pays-Bas; dans les états héréditaires de l'Autriche, où il -envoie une armée auxiliaire des armées protestantes; en Italie où il -traite contre l'empereur avec les ducs de Savoie, de Parme et de -Mantoue[59]. L'Europe entière est embrasée; et des résultats décisifs -auroient pu seuls, même selon les règles de la politique humaine, -justifier le ministre qui avoit allumé ce feu qu'il ne lui étoit pas -donné de pouvoir éteindre. Ils furent loin de l'être: partout les -succès sont contestés, partout les revers suivent les victoires. Les -armées françoises entrent à diverses reprises dans le pays ennemi, et -sont obligées d'en sortir; les ennemis de leur côté pénètrent en -France sur plusieurs points, et les alarmes qu'ils causent se font -ressentir jusqu'à Paris[60]. La Bourgogne, la Picardie, la Guienne, le -Languedoc, sont tour à tour envahis et dévastés par les Impériaux ou -par les Espagnols; les armées françoises envahissent et dévastent à -leur tour les Pays-Bas, le Milanois, la Lorraine, la Franche-Comté, la -Catalogne, la Cerdagne et le Roussillon. Le Portugal secoue le joug de -l'Espagne et s'allie avec la France pour consolider l'indépendance -qu'il venoit d'acquérir[61]. Pendant toute la vie de Richelieu, et six -années encore après sa mort, l'Europe fut comme un vaste champ de -bataille où parurent tour à tour les plus grands hommes de guerre qui -eussent encore illustré les temps modernes[62], où l'on ne voit que -villes prises et reprises, que batailles tour à tour gagnées et -perdues, sans qu'il y ait un parti qui puisse décidément s'attribuer -la victoire; mais les peuples souffrent et achèvent de se -corrompre[63]. - - [Note 58: Richelieu trouvoit mauvais qu'un prince catholique - ne demeurât pas spectateur indifférent d'une lutte qui - s'élevoit entre le chef de l'empire et un prince protestant. - La cour de France étoit en outre irritée contre lui, à cause - du mariage secret de la princesse Marguerite, sa soeur, avec - le duc d'Orléans, mais fort injustement sans doute, - puisqu'il offroit de consentir à la dissolution de ce - mariage. Il s'engageoit en même temps à donner des garanties - suffisantes de sa fidélité, demandant seulement que le roi - n'exigeât point qu'il remît entre ses mains Nancy, capitale - de ses états, ce qu'il ne pouvoit faire sans renoncer en - même temps au titre de prince souverain. Richelieu ne voulut - rien entendre; la ville fut assiégée et prise, moitié par - force, moitié par artifice; et le duc se vit momentanément - dépouillé de ses états.] - - [Note 59: Ce traité fut signé à Rivoli, en Piémont, le 11 - juillet 1635. Le principal commandement étoit donné au duc - de Savoie; et des articles secrets régloient le partage du - duché de Milan entre les ducs de Savoie et de Mantoue. Le - roi de France se réservoit quelques places et districts du - côté du Piémont.] - - [Note 60: La prise de Corbie (en 1635) y excita une telle - frayeur, que l'on enrôla tous les laquais en état de porter - les armes. Chaque propriétaire ou principal locataire de - maison eut ordre de fournir un homme; tous les - gentilshommes, maîtres d'hôtel et officiers servants du roi, - furent cités pour se faire inscrire dans les vingt-quatre - heures. Tout à Paris, de gré ou de force, devint soldat, - comme si l'ennemi eût déjà été à ses portes; mais cette - terreur ne dura qu'un moment.] - - [Note 61: Les Espagnols en furent chassés en 1640, et l'on - proclama roi de Portugal, Jean IV, de la maison de Bragance. - Le traité par lequel le nouveau roi fit alliance avec la - France, fut signé à Paris, le premier juin 1641.] - - [Note 62: Avant sa mort, Tilly, Walstein, Gustave roi de - Suède, le duc de Saxe Weymar, Jean Banier, Gustave Horn, - Mercy, Jean de Werth, le maréchal d'Harcourt, le maréchal de - Guébriant, etc.; après sa mort, Turenne, Merci, le duc - d'Enghien, Piccolomini, Torstenson, Wrangel, Koenigsmarck, - etc.] - - [Note 63: La guerre de trente ans ne finit qu'en 1648, sous - le ministère du cardinal Mazarin. C'est le 24 octobre de - cette année que fut signé à Munster et à Osnabruck le fameux - traité de Westphalie, tant vanté par l'école de nos modernes - diplomates. Nous aurons bientôt occasion d'en parler, et - nous ferons voir que ce fut une paix aussi funeste que la - guerre qui l'avoit précédée: on négocia comme on avoit - combattu, pour le matériel de la société. Cette paix ne fut - point générale, et la guerre continua entre la France et - l'Espagne jusqu'à la paix des Pyrénées, conclue en 1659.] - -Les progrès de cette corruption furent d'autant plus rapides, que ce -fut dans cette guerre fatale que parurent entièrement à découvert ces -ressorts de la politique des princes chrétiens, uniquement fondée sur -ce principe, qu'elle devoit être entièrement séparée de la religion, -tandis que le fanatisme, qui est le caractère de toutes les sectes -naissantes, produisoit parmi les princes protestants une sorte -d'unité. Ainsi donc, ceux-là tendoient sans cesse à se diviser entre -eux, parce qu'ils étoient uniquement occupés de leurs intérêts -temporels; et ceux-ci, bien que leurs doctrines dussent incessamment -offrir au monde ce matérialisme social dans ce qu'il a de plus -désolant et de plus hideux, trouvoient alors, dans l'esprit de secte -et dans une commune révolte contre les croyances catholiques, des -rapports nouveaux et jusqu'alors inconnus qui les lioient entre eux, -et de tous les coins de l'Europe attachoient à leurs intérêts -politiques tous ceux qui partageoient leurs doctrines. Avant la -réformation, les puissances du Nord étoient en quelque sorte -étrangères à l'Europe; dès qu'elles l'eurent embrassée, elles -entrèrent dans l'alliance protestante et, par une suite nécessaire, -dans le système général de la politique européenne. «Des états qui -auparavant se connoissoient à peine, dit un auteur protestant -lui-même[64], trouvèrent, au moyen de la réformation, un centre commun -d'activité et de politique qui forma entre eux des relations intimes. -La réformation _changea_ les rapports des citoyens entre eux et des -sujets _avec leurs princes_; elle changea les _rapports politiques_ -entre les états. Ainsi un destin bizarre voulut que _la discorde qui -déchira l'église_ produisît un lien qui unît plus fortement les -_états_ entre eux[65].» Enfoncés dans ce matérialisme insensé, au -moyen duquel ils achevoient de se perdre et de tout perdre, ces mêmes -princes catholiques se croyoient fort habiles en se servant, au -profit de leur ambition, de ce fanatisme des princes protestants, ne -s'apercevant pas qu'il n'avoit produit entre eux cette sorte d'union -politique que par ce qu'il y avoit en lui de religieux, et que c'étoit -là un effet, singulier sans doute, mais naturel, inévitable même, de -ce qui restoit encore de _spirituel_ dans le protestantisme. - - [Note 64: Schiller.] - - [Note 65: L'auteur n'entend parler ici que des états - protestants.] - -Ainsi donc, chose étrange, ce qui appartenoit à l'unité se divisoit; -et il y avoit accord parmi ceux qui appartenoient au principe de -division. Déjà on en avoit eu de tristes et frappants exemples dans -les premières guerres que l'hérésie avoit fait naître en France: on -avoit vu des armées de sectaires y accourir de tous les points de -l'Europe au secours de leurs frères, chaque fois que ceux-ci en -avoient eu besoin; tandis que le parti catholique n'y obtenoit de -Philippe II que des secours intéressés, astucieusement combinés, -quelquefois aussi dangereux qu'auroient pu l'être de véritables -hostilités. La France en avoit souffert sans doute; mais, nous avons -vu aussi que cette politique perverse n'avoit point réussi à son -auteur. - -L'histoire ne la lui a point pardonnée; cependant qu'il y avoit loin -encore de ces manoeuvres insidieuses à ce vaste plan conçu par une -puissance catholique, qui, dans cette révolution dont l'effet étoit de -séparer en deux parts toute la chrétienté, réunit d'abord tous ses -efforts pour comprimer chez elle l'hérésie qui y portoit le trouble et -la révolte; puis, devenue plus forte par le succès d'une telle -entreprise, ne se sert de cette force nouvelle que pour aller partout -ailleurs offrir son appui aux hérétiques, fortifier leurs ligues, -entrer dans leurs complots, légitimer leurs principes de rébellion et -d'indépendance[66], les aider à les propager dans toute la chrétienté, -indifférente aux conséquences terribles d'un système aussi pervers, et -n'y considérant que quelques avantages particuliers dont le succès -étoit incertain, dont la réalité même pouvoit être contestée! Voilà ce -que fit la France, ou plutôt ce que fit Richelieu après s'en être -rendu le maître absolu; tel est le crime de cet homme, crime le plus -grand peut-être qui ait jamais été commis contre la société. - - [Note 66: Voici comment s'exprime le duc d'Olivarès dans une - de ces lettres, au moment où les armées françoises - s'apprêtoient à entrer dans la Catalogne: «Si la nécessité - d'une juste défense et l'_intérêt de la religion_ permettent - quelquefois la vente des calices et des vases sacrés, - pourquoi ne feroit-on pas des choses moins extraordinaires - dans une occasion si pressante? il est constant que _partout - où les François mettent le pied, la secte de Calvin y entre - avec eux_; puisque l'État et la Religion _sont également - menacés_, je dois parler sans déguisement, etc.» (Recueil - d'Aubert, t. II, p. 365.)] - -L'abaissement de la maison d'Autriche étoit devenu pour lui comme une -idée _fixe_ à laquelle étoient enchaînées toutes les facultés de son -esprit et toutes les forces de sa volonté. Rien ne put jamais l'en -faire départir, ni les chances douteuses d'une guerre où les revers et -les succès furent si long-temps balancés; ni les malheurs des -provinces qu'écrasoient les impôts après qu'elles avoient été -dévastées par les armées[67]; ni l'indignation des gens de bien qui -détestoient cette guerre impie, la considérant dès-lors comme le fléau -et le scandale de la chrétienté[68]; ni les exhortations paternelles -du chef de l'Église, qu'il ne se faisoit aucun scrupule de tromper et -de combattre comme _politique_, parce que, selon lui, la politique -n'avoit rien à démêler avec la religion[69]; ni son maître lui-même, -dont la conscience se réveilloit quelquefois pour s'élever contre les -iniquités d'un tel ministre[70], et à qui il avoit su persuader -qu'après l'avoir jeté dans de si grands périls et de si grands -embarras, lui seul étoit capable de l'en tirer[71]. Pour arriver à ce -but, il déployoit, ainsi que nous l'avons déjà dit, une activité et -des ressources qui tenoient du prodige: il avoit des agents et des -espions dans toutes les cours de l'Europe; il négocioit sans cesse -avec amis et ennemis[72]; il enseignoit la trahison aux grands[73], -il poussoit les petits à la révolte[74]; et ses manoeuvres pour -soutenir le parti puritain en Angleterre et pour exciter les -mécontents d'Écosse, doivent le faire considérer comme un des auteurs -de la révolution qui fit monter Charles Ier sur l'échafaud[75]. Toutes -ces entreprises inouïes qui étonnoient et troubloient l'Europe, il les -exécutoit au milieu des conspirations sans cesse renaissantes qui se -tramoient contre lui[76]; et lorsqu'on le croyoit perdu, c'étoit par -le supplice, l'exil ou l'emprisonnement des conspirateurs qu'il -apprenoit à ses ennemis à redouter un pouvoir que sembloient affermir -les dangers et les travaux. Tout finit donc par trembler devant lui; -et le parlement, qui fut à ses pieds jusqu'au dernier moment, en -murmurant sans doute, mais osant à peine faire entendre ses -murmures[77]; et le clergé qui, en vertu des _libertés gallicanes_, -continuoit de résister au pape chaque fois que l'occasion s'en -présentoit, et qui, en vertu des _servitudes_ auxquelles il s'étoit -volontairement réduit à l'égard du pouvoir temporel, ne savoit rien -opposer aux violences de ce ministre, à ses hauteurs, et accordoit -tous les subsides qu'il jugeoit à propos de lui demander[78]; et la -cour, qui avoit fini par l'honorer un peu plus que le monarque -lui-même; et les gens de guerre pour qui il étoit la source de toutes -faveurs et de tout avancement[79]; et la reine Anne d'Autriche -elle-même, qu'il traita en criminelle d'état, et força de s'accuser et -de demander grâce devant le roi son époux, pour avoir osé exprimer -dans quelques lettres le désir que la France fût débarrassée de son -ministre, et que la bonne intelligence fût enfin rétablie entre son -père et son mari[80]. Enfin tel étoit l'empire qu'il avoit pris sur -Louis XIII, qu'il le força, peu de semaines avant sa mort, à lui -sacrifier des serviteurs qu'il aimoit[81]; et que ce foible prince -recula devant la menace que lui fit de se retirer dans son -gouvernement du Hâvre, un homme qui étoit près de sortir de ce monde -pour aller dans l'autre rendre compte devant Dieu. - - [Note 67: La France, pendant le cours de cette guerre, eut - presque toujours quatre armées en campagne; en 1638, elle en - eut jusqu'à sept, sans compter sa flotte et ses galères.] - - [Note 68: L'opinion de tout ce qu'il y avoit en France - d'honnête et d'éclairé, étoit que «Le cardinal n'avoit - allumé la guerre en Europe que pour se rendre nécessaire et - pour satisfaire son ambition, et que le roi rendroit compte - à Dieu de tout le sang humain dont les villes et les - provinces étoient inondées. On gémissoit sur le malheur des - peuples; on étoit scandalisé des alliances contractées avec - les puissances hérétiques; on déploroit le pillage des - églises et l'oppression des catholiques d'Allemagne, etc.» - (Continuat. du P. Daniel. T. XV, in-4º, p. 17.)] - - [Note 69: Le pape le considéroit, avec juste raison, comme - le seul auteur de cette guerre qui désoloit la chrétienté, - et voyoit avec douleur et ressentiment, sa médiation sans - cesse rejetée par un prince de l'Église qui sembloit s'être - fait le plus grand ennemi du saint-siége et de la religion. - Celui-ci prenoit avec le saint Père, tour à tour, ou des - manières soumises ou un ton menaçant, selon qu'il vouloit le - tromper ou l'effrayer. Mazarin, qu'Urbain VIII avoit envoyé - en France pour travailler à une paix si ardemment désirée, - et dont Richelieu avoit su reconnoître la souplesse et - l'habileté, lorsqu'il n'étoit encore que simple officier - dans les troupes du pape, aidoit ce ministre dans toutes ces - manoeuvres auprès de sa cour: ce fut là l'origine de sa - fortune.] - - [Note 70: Il est remarquable que toute personne qui avoit su - obtenir la confiance de Louis XIII dans l'intimité de la vie - privée, parvenoit très-facilement à l'aigrir contre le - cardinal. Il sembloit même qu'il n'attendît que de - semblables occasions pour manifester l'impatience avec - laquelle il supportoit un joug qu'il lui étoit impossible de - briser. Richelieu, maître absolu de la France, ne vivoit - auprès de son maître que d'alarmes et d'inquiétudes, et - étoit obligé d'employer plus de soins et d'habileté pour - venir à bout d'un favori, que pour tenir tête à tous les - cabinets de l'Europe. Mlle de la Fayette et le P. Caussin, - confesseur du roi, furent sur le point de renverser sa - fortune; et si celui-ci eût été aussi expérimenté en - intrigues de cour, qu'il avoit de droiture de coeur et - d'esprit, il est probable qu'il seroit venu à bout du - dessein qu'il avoit formé de délivrer la chrétienté de la - tyrannie de Richelieu. Il ne s'agissoit que de présenter au - roi une personne qu'il jugeât capable de succéder à ce - ministre: «Mais, dit un écrivain du temps (Vittorio Siri), - il n'y avoit seulement pas pensé, tant il étoit peu propre à - mener une affaire de cette importance.» Ce qui fit qu'il - succomba.] - - [Note 71: Il résulte des entretiens secrets et confidentiels - qu'eut le roi avec le P. Caussin, que ce prince étoit - persuadé que la guerre qu'il faisoit à l'Espagne étoit juste - et nécessaire; que les sollicitations du pape devoient être - comptées pour rien dans une affaire de cette nature; que la - reine sa femme étoit stérile et n'avoit aucune affection - pour lui; que la reine sa mère vouloit le détrôner pour - mettre la couronne sur la tête de Monsieur; que la plupart - des grands du royaume et des seigneurs de sa cour ne lui - étoient point attachés; que plusieurs étoient disposés à le - trahir pour secouer le joug de l'autorité royale qui leur - étoit insupportable; qu'ils soulevoient le peuple contre - lui, et que, _sans le cardinal, il auroit peine à se - maintenir sur le trône_; qu'enfin son peuple n'étoit pas - aussi malheureux, ni aussi surchargé d'impôts que les gens - mal intentionnés pour le gouvernement affectoient de le - publier; qu'après tout l'on n'étoit ni plus riche ni plus - heureux dans les autres États de l'Europe, et qu'il _y avoit - même du danger à laisser le peuple dans une trop grande - abondance_. (Mém. Man. revu par le P. Caussin.) Le cardinal - avoit même trouvé des théologiens et des canonistes en - nombre suffisant pour tranquilliser sa conscience sur des - alliances avec des princes protestants contre des princes - catholiques, et lui persuader que de telles alliances - n'étoient point contraires à la loi de Dieu, _surtout après - les précautions que l'on avoit prises pour maintenir partout - l'exercice public et tranquille de la véritable religion_. - (Contin. du P. Daniel, tom. XV, in-4º, pag. 117.) Il pensoit - aussi et déclare formellement dans son testament politique - que «Le roi auroit pu accepter _avec justice_ l'alliance des - Turcs qui lui avoit été plusieurs fois offerte.»] - - [Note 72: Il étoit persuadé qu'une négociation n'est jamais - stérile, et que si elle ne produit aucun effet présent, on - en retire toujours un avantage certain pour l'avenir. Aussi - ne furent-elles jamais aussi fréquentes que sous son - ministère. Il n'y avoit point de cour en Europe dont il ne - connût parfaitement les intérêts, et à laquelle il ne fît - faire sans cesse quelque proposition nouvelle pour en - recueillir quelque fruit. À ses amis, il montroit la route - qu'il falloit suivre, et se servoit habilement de leurs - forces pour augmenter les siennes; à l'égard de ses ennemis, - il leur tendoit à tous moment des piéges pour affoiblir leur - puissance. On peut dire qu'au moyen de ces continuels - artifices, il étoit devenu en quelque sorte le ministre de - toutes les cours de l'Europe. (Voyez _Test. Polit._, 2e. - part., chap. VI.)] - - [Note 73: Ayant su le projet ambitieux qu'avoit formé - Walstein de quitter le service de l'empereur et de se faire - roi de Bohème, il envoya auprès de lui un officier nommé - Duhamel, pour lui offrir le secours et la protection du roi - de France dans cette coupable entreprise.] - - [Note 74: Il se justifie, dans son testament politique, - d'avoir excité le soulèvement des Catalans contre l'Espagne. - Le fait est si odieux en lui-même, qu'il lui étoit - impossible d'en convenir; mais comment croire qu'il n'ait - pas été complice de ces rebelles, lorsqu'on le voit leur - porter secours et négocier avec eux?] - - [Note 75: M. de Brienne ne peut s'empêcher d'en convenir, et - ne le disculpe qu'en faisant remarquer «que les choses - allèrent bien plus loin que le cardinal ne _l'avoit prévu_, - et qu'il ne l'eût souhaité.»] - - [Note 76: Gaston, qui, jusqu'à la naissance du Dauphin, - depuis Louis XIV, causa de si grands embarras au cardinal, à - cause de l'importance que lui donnoit sa qualité d'héritier - présomptif de la couronne, n'obtint cependant d'autres - résultats de tant de cabales qu'il forma contre lui et de - tant de projets mal conçus, que de sacrifier inutilement - ceux qui avoient été assez imprudents pour se dévouer à sa - passion et à ses intérêts. On sait quelle fut la catastrophe - sanglante du duc de Montmorenci, dernier rejeton de son - illustre race: bien d'autres, dans cette fatale apparition - du prince en Languedoc, eussent partagé son sort, si la - fuite ne les eût mis à couvert. Telle étoit la haine qu'on - portoit à ce redoutable ministre, que, malgré la terreur - dont il s'environnoit et dont il sembloit en quelque sorte - se faire une sauvegarde, on ne cessa pas un seul instant, et - jusqu'à ses derniers moments, de conspirer contre lui. Dans - un complot de ce genre, très-profondément combiné, - l'irrésolution de Gaston, qui, au moment de l'exécution, - n'osa pas faire le geste que l'on attendoit comme signal, - sauva seule Richelieu d'une mort qui sembloit inévitable. Si - le comte de Soissons n'eût pas été tué à la bataille de la - Marfée, la partie étoit liée à Paris avec un grand nombre de - personnes à qui sa tyrannie étoit devenue - insupportable[76-A]: sur la première nouvelle que l'on - auroit eue des succès de l'armée espagnole, succès que l'on - croyoit immanquables, on devoit s'emparer de la Bastille, où - l'on avoit des intelligences, forcer le parlement à rendre - un arrêt en faveur du prince; enlever à la fois tous les - postes jusqu'au palais cardinal, établir des barricades dans - les parties de la ville où le peuple se montreroit le plus - échauffé, parvenir ainsi jusqu'au ministre que l'on auroit - enlevé ou poignardé. Il arriva au contraire, par la mort du - comte de Soissons, que MM. de Guise et de Bouillon, qui - avoient pris parti pour lui, furent obligés, l'un de se - soumettre aux conditions qu'on voulut lui imposer, l'autre - d'aller chercher un refuge à Bruxelles. La conspiration de - Cinqmars, la dernière qui ait menacé sa fortune et sa vie, - sembloit plus dangereuse encore, puisqu'on ne peut guère - douter que le roi lui-même ne fût d'accord avec les - conspirateurs, c'est-à-dire qu'il n'eût donné une sorte de - consentement à ce qu'on le délivrât de son ministre, même - par les moyens les plus violents[76-B]. Cependant elle finit - comme les autres par le supplice, l'exil ou l'emprisonnement - des conjurés[76-C]. Le cardinal étoit alors mourant, et - suivit de près ses dernières victimes dans la tombe.] - - [Note 76-A: L'abbé de Gondi, que nous verrons bientôt jouer - un si grand rôle dans la guerre de la fronde, étoit entré - dans cette conspiration.] - - [Note 76-B: Il n'y donna pas son consentement formel; mais, - si l'on en croit Monglat, l'un des conjurés, il souffroit - qu'on parlât devant lui du projet d'assassiner le cardinal, - qu'on lui proposât même de l'approuver, et n'en témoignoit à - son favori ni moins de confiance ni moins d'affection. Sans - le traité que les chefs de ce complot avoient eu - l'imprudence de signer avec l'Espagne, il est probable - qu'ils auroient réussi. Ce fut la découverte de cette pièce - qui les perdit. Louis XIII, dès qu'il en eut connoissance, - les abandonna à Richelieu.] - - [Note 76-C: Le duc de Bouillon, qui s'y trouvoit encore - impliqué, perdit cette fois sa principauté de Sedan, qu'il - étoit parvenu à conserver dans la conspiration précédente.] - - [Note 77: Soit que, par mesures financières, il lui plût de - créer de nouveaux offices, ou qu'il fît présenter des édits - bursaux à l'enregistrement; soit qu'il jugeât à propos de - faire juger par commissaires des accusés que cette cour de - justice réclamoit comme appartenant à sa jurisdiction, ainsi - qu'il arriva dans les affaires du maréchal de Marillac et du - duc de la Valette, la moindre résistance qu'elle osoit lui - opposer, lui attiroit à l'instant même les traitements les - plus durs et les plus humiliants. Ses arrêts étoient cassés - comme de juges _incompétents, interdits et sans pouvoirs_; - ses députés étoient mandés au Louvre, où le roi, endoctriné - par son ministre, ne les recevoit que la menace à la bouche, - ne leur laissant d'autre parti que celui d'obéir à l'instant - même, pour éviter qu'il ne se portât contre leur compagnie - aux dernières extrémités; ce qui n'empêchoit que des lettres - de cachets ne fussent très-souvent envoyées à ceux de ses - membres qui s'étoient montrés les plus ardents dans la - délibération, et qu'à la suite de ces appels ou de ces - remontrances, il n'y en eût presque toujours quelques-uns de - punis par l'exil ou par la prison.] - - [Note 78: Le parlement ayant déclaré nul le mariage de - Gaston avec la princesse de Lorraine, ce prince en appela au - pape, qui décida, sans s'arrêter aux subtilités qu'on lui - opposoit touchant les irrégularités du contrat civil, que - les lois particulières de la France ne pouvoient influer en - aucune manière sur le sacrement, lequel dépendoit uniquement - de l'institution de J. C. et des lois de l'Église; et que ce - mariage, ayant été contracté selon toutes les règles - prescrites par le concile de Trente, avoit tous les - caractères qui le rendoient indissoluble. Le clergé de - France _en pensa autrement_; et, dans une assemblée générale - qu'il tint l'année suivante (en 1635), il fut établi que la - coutume ancienne de France, relativement aux mariages des - princes, devoit l'emporter sur une décision du pape en - _matière de sacrements_, qu'un mariage qu'il avoit déclaré - _valide_, ne l'étoit pas; et _cet avis prévalut_. Mais dans - une autre assemblée de ce même clergé, que le cardinal - convoqua à Mantes, en 1641, pour en obtenir un secours - extraordinaire en raison des besoins extrêmes de l'état, les - deux présidents et quelques évêques ayant opiné à ne pas - accorder la somme entière qui étoit demandée, un commissaire - du roi entra dans l'assemblée, et signifia aux opposants des - lettres de cachet qui leur ordonnoient d'en sortir à - l'instant même, et de se rendre incontinent dans leurs - diocèses sans passer par Paris. On vota alors le subside tel - que le ministre l'avoit réglé; et les orateurs du clergé - admis à lui présenter leurs hommages, après avoir harangué - le roi, épuisèrent pour le louer toutes les formules de - l'adulation.] - - [Note 79: Pour lui plaire et réussir dans ce que l'on - sollicitoit auprès de lui, il ne suffisoit point de se - montrer dévoué au bien de l'état et de se dire le serviteur - du roi, il falloit lui persuader que l'on étoit surtout son - _serviteur_ et entièrement _dévoué_ à sa personne. C'étoit - là ce que recommandoient par-dessus tout ses affidés à ceux - à qui ils vouloient du bien.] - - [Note 80: Voilà au fond à quoi se réduisoit cette - correspondance d'Anne d'Autriche avec l'Espagne, - correspondance dont le cardinal fit tant de bruit, et à - l'occasion de laquelle on procéda à l'égard de la reine de - France comme on auroit pu le faire envers une personne - coupable de haute trahison. Ses papiers furent saisis au - Val-de-Grâce; on la menaça de faire mettre ses domestiques à - la question, et elle fut obligée de s'avouer, par écrit, - coupable envers son époux, d'intelligences avec les ennemis - de l'état.] - - [Note 81: C'étoient quatre officiers des gardes qu'il - prétendoit être entrés dans le complot de Cinqmars. Louis - XIII, qui leur étoit fort attaché, refusa d'abord, et même - avec emportement, d'accorder au cardinal leur renvoi et leur - exil. Celui-ci insista avec plus de hauteur encore que son - maître, et le roi céda. Tous reçurent en s'éloignant des - témoignages de sa bienveillance. Trevelles, l'un d'eux, - étoit à peine parti, qu'il lui envoya un gentilhomme lui - dire de sa part qu'il n'avoit pu refuser son éloignement aux - instances réitérées du cardinal, mais qu'il lui conservoit - toujours la même amitié; qu'au reste son _exil ne seroit pas - long_ (Richelieu mourut quelques semaines après cet - événement); puis, n'osant pas montrer à son ministre à quel - point il étoit affecté du sacrifice qu'il l'avoit forcé de - lui faire, il fit tomber tout son ressentiment sur Chavigni, - qui n'avoit été auprès de lui que le porteur de la demande - de Richelieu.] - -Tant qu'il vécut, les hérétiques, qu'il avoit comprimés plutôt -qu'abattus en France, n'osèrent remuer; et c'en fut même fini à jamais -de l'espèce de puissance politique qu'ils s'y étoient arrogée. Mais -comme ce prince de l'Église étoit en même temps le protecteur de -l'hérésie hors de France, il ne pensa pas un seul instant à l'empêcher -de se propager au milieu du royaume très-chrétien; indifférent à toute -licence des esprits et à tout désordre moral, pourvu que l'on se -courbât sous sa main de fer, et que l'ordre matériel ne fût point -troublé. Aussi arriva-t-il, par l'effet de cette politique scandaleuse -et par cette communication continuelle que tant de campagnes faites -sous les mêmes drapeaux établissoient entre les Français catholiques -et les protestants étrangers, que le nombre des sectaires et des -libres-penseurs s'accrut sous Louis XIII plus que sous aucun des -règnes qui l'avoient précédé, n'attendant que des circonstances plus -favorables pour exercer de nouveau leurs ravages et recommencer leurs -attaques contre la société. Nous ne tarderons point à les voir -reparoître sous d'autres formes, dans une position différente, -employant d'autres armes, et n'en marchant pas avec moins d'ardeur et -de persévérance vers le but qu'ils vouloient atteindre et qu'enfin ils -ont atteint. Alors ceux-là même qui avoient le plus conservé pour -Richelieu de cette vieille admiration que ne lui ont pas refusée -quelquefois les esprits les plus impatients de toute autorité -légitime[82], conviendront peut-être que nous ne l'avons point trop -sévèrement jugé, et ne pourront trouver pour lui d'autre excuse que de -dire qu'_il ne comprit point_ toute l'étendue du mal qu'il faisoit, ni -les suites qu'il devoit avoir. Nous sommes nous-même porté à croire -qu'il en est ainsi, bien que nous ne l'en considérions pas moins comme -un homme sans conscience et sans probité; et reconnoissant en lui, -ainsi que nous l'avons déjà fait, la force de la volonté, un esprit -subtil, actif, infatigable, nous lui refusons les vues profondes qui -font le véritable homme d'état; persuadé d'ailleurs qu'on ne peut -l'être dans aucune société sans être un homme religieux, et dans une -société chrétienne surtout, si l'on n'est en même temps un parfait -chrétien[83]. - - [Note 82: Il est remarquable en effet que ce sont - ordinairement les plus grands partisans de toutes les - fausses libertés qui se montrent les plus grands - enthousiastes des tyrans et des despotes, et nous en avons - de notre temps des exemples qui sont faits pour étonner. - C'est que ces hommes, qui ne craignent point de remuer la - société jusque dans ses fondements pour réaliser les - chimères de leur orgueil, effrayés bientôt des conséquences - terribles de leurs entreprises et des orages qu'ils ont - amassés sur leurs têtes, sentent le besoin du pouvoir, et - l'appellent à leur secours. Il reparoît alors, mais autre - qu'il n'avoit été, et s'en fait applaudir jusque dans ses - plus grandes violences, parce que, s'il n'étoit violent, il - ne pourroit les sauver des périls où les ont jetés leurs - propres fureurs.] - - [Note 83: L'un des hommes à qui les grandes renommées en - imposoient le moins, l'illustre comte de Maistre appelle - Richelieu, «L'un des plus grands génies qui aient jamais - veillé près d'un trône;» et lui donne ce magnifique éloge - dans un livre où il peint, en traits aussi vifs - qu'énergiques, le ravage qu'avoit fait en France la doctrine - qui a séparé le pouvoir politique du pouvoir religieux. (_De - l'Égl. Gallic._, p. 298.) Ceci ne prouve autre chose sinon - que le génie même le plus vaste ne peut pas tout embrasser, - et que l'oeil le plus pénétrant ne peut pas tout voir.] - -Richelieu mourut à Paris dans son palais le 4 décembre 1642. Louis -XIII reçut la nouvelle de sa mort avec indifférence; et l'on ne tarda -point à s'apercevoir qu'il éprouvoit une satisfaction secrète d'être -délivré de cette servitude à laquelle un sujet audacieux avoit su -depuis si long-temps le réduire. Le jour même de sa mort, Mazarin -qu'il avoit recommandé au roi comme le personnage le plus propre à le -remplacer, entra au conseil pour y occuper, dès son entrée, la -première place. Rien ne fut changé du reste dans le ministère; et le -grand conseil, composé de tous les ministres, continua de tenir ses -séances comme à l'ordinaire; mais toutes les résolutions furent prises -dans un conseil secret où furent admis seulement trois ministres, -Mazarin, Chavigny et Desnoyers[84]. Là Louis XIII manifesta hautement -sa volonté très-décidée de gouverner lui-même et de ne plus se laisser -maîtriser par les agents de son autorité[85]. Il fit voir en même -temps qu'il étoit plus pitoyable pour ses peuples et plus -consciencieux dans sa politique qu'on n'avoit pu le penser, lorsque -Richelieu abusoit de son nom pour opprimer la France et troubler -l'Europe. Il étoit résolu d'apporter de prompts remèdes à tant de -maux[86]; mais le temps ne lui en fut pas laissé, et déjà atteint -d'une maladie mortelle lorsqu'il fut délivré de son ministre, il -mourut lui-même à St-Germain-en-Laye le 14 mai de l'année suivante, -laissant deux fils, Louis XIV, né le 5 septembre 1638,[87] et -Philippe, duc d'Anjou, né le 21 septembre 1640. - - [Note 84: Les deux autres secrétaires d'état étoient MM. de - Brienne et de la Vrillière.] - - [Note 85: Desnoyers en fit bientôt la triste expérience, et - fut renvoyé pour avoir voulu imiter le cardinal de Richelieu - et essayé de conduire son maître.] - - [Note 86: «Ah! mon pauvre peuple, s'écria-t-il au lit de la - mort, je lui ai bien fait du mal à raison des grandes et - importantes affaires que je me suis vues sur les bras, et je - n'en ai pas eu toujours toute la pitié que je devois, et - telle que je l'ai depuis deux ans, ayant été partout en - personne et vu de mes yeux toutes ses misères; mais, si Dieu - veut que je vive encore, ce que je n'ai pas grand sujet de - croire et beaucoup moins de souhaiter, la vie n'ayant rien - qui me semble aimable, j'espère qu'en deux autres années je - le pourrai mettre à son aise.» (_Mém. de madame de - Motteville_, tom. I.)] - - [Note 87: La naissance de Louis XIV est due à un événement - singulier. On sait l'éloignement, ou pour mieux dire - l'espèce d'aversion que Louis XIII avoit conçue pour la - reine: étant parti un jour de Versailles pour aller coucher - à Saint-Maur, et passant par Paris, il lui plut de s'arrêter - au couvent de la Visitation pour y rendre visite à Mlle. de - la Fayette. Pendant cette visite, il survint un orage - violent qui se prolongea jusqu'à la nuit, de manière que le - roi se trouva embarrassé, voyant de la difficulté à - continuer son voyage, et son appartement n'étant point tendu - au Louvre. Guitaut, capitaine aux gardes, lui fit entendre - que chez la reine il trouveroit un souper et un appartement - tout préparé. Louis rejeta d'abord cette proposition; mais - l'orage redoublant, il finit par l'accepter. Anne - d'Autriche, mariée depuis vingt-deux ans, accoucha neuf mois - après de son premier fils: elle n'en fut ni plus aimée, ni - plus considérée de son mari.] - -Si l'on excepte une émeute qui s'éleva dans Paris à l'occasion des -protestants,[88] et si l'alarme momentanée que lui causa la marche des -Espagnols en Picardie, lors de la prise de Corbie, cette capitale -n'éprouva sous ce règne aucune émotion qui mérite d'être remarquée. -Dans le calme dont elle ne cessa de jouir, ses faubourgs s'accrurent, -sa population augmenta; et, par une suite nécessaire de cet état de -repos dans un pays catholique, les fondations pieuses et charitables -s'y multiplièrent plus que sous la plupart des règnes précédents. -Cependant la police étoit toujours imparfaite; et l'on est étonné de -voir, sous un gouvernement aussi vigoureux, tant d'imprévoyance et de -désordre dans l'administration de la première ville du royaume. La -famine et la peste y emportèrent à différentes époques un grand nombre -d'habitans; plusieurs incendies y causèrent de grands ravages[89]; -des bandes de voleurs la désolèrent[90]; et l'on ne voit point que les -magistrats, malgré tout leur zèle et tout leur dévouement, aient eu -entre les mains des moyens suffisants pour prévenir ou même pour -arrêter dans leur source de semblables fléaux. Sous ce règne, les rues -de Paris, depuis long-temps négligées et devenues presque -impraticables, furent entièrement repavées: l'on projeta même de -rendre navigables les fossés qui l'entouroient, et de faire construire -de nouveaux ponts pour la commodité du commerce; mais la grandeur du -projet et les dépenses considérables qu'il auroit exigées, le firent -abandonner. - - [Note 88: Elle fut excitée par la mort du duc de Mayenne, - tué en 1621 au siége de Montauban. Le peuple de Paris, qui - chérissoit ce prince, attaqua les religionnaires à leur - retour de Charenton, où ils avoient un prêche, ce qui, - depuis long-temps, étoit vu de très-mauvais oeil par la - multitude. Ils furent assaillis en rentrant dans la ville, à - coups de pierres; et l'on en tua plusieurs. Une troupe de - ces furieux se porta ensuite à Charenton, où elle mit le feu - au temple, et pilla les marchands qui étoient dans la cour. - Ce tumulte, commencé à la porte Saint-Antoine, continua - plusieurs jours dans l'enceinte même de Paris.] - - [Note 89: Le palais fut presque entièrement brûlé; plusieurs - ponts s'écroulèrent par le même accident. La Sainte-Chapelle - manqua aussi d'être consumée par les flammes.] - - [Note 90: Ces voleurs, auxquels on donna le nom de _filous_, - étoient en si grand nombre, qu'ils repoussèrent plus d'une - fois, et avec perte, les archers du guet. On ne parvint à - les détruire qu'en ordonnant à tous les soldats, ouvriers et - mendiants valides qui se trouvoient alors sans occupation, - de sortir en vingt-quatre heures de la ville.] - -(1643) Aigri contre la reine, à qui il croyoit avoir beaucoup de -reproches à faire; conservant surtout contre elle un profond -ressentiment de la part[91] qu'il l'accusoit d'avoir eue dans -l'affaire de Chalais; plus mécontent encore de son frère dont le -caractère foible, inconstant, et les continuelles mutineries lui -avoient causé tant de chagrins et de si fâcheux embarras, persuadé -d'ailleurs que l'un et l'autre étoient également incapables de -gouverner, Louis XIII auroit voulu pouvoir les exclure tous les deux -de la régence; et, avant la mort de Richelieu, il avoit déjà prononcé -cette exclusion à l'égard du duc d'Orléans, de la manière la plus dure -et la plus flétrissante pour lui. C'étoit une dernière satisfaction -qu'il sembloit donner à son ministre, mais se voyant lui-même sur le -point de mourir, et cherchant vainement quelque autre moyen de -pourvoir au gouvernement de l'état pendant la minorité de son fils, ce -fut pour lui une nécessité de revenir sur ses premières résolutions: -toutefois, il les modifia de manière à ne point laisser à son frère et -à sa femme un pouvoir trop absolu. Il nomma la reine régente, et -Gaston lieutenant-général du royaume; mais il institua en même temps -un conseil souverain de régence, sans lequel Anne d'Autriche ne -pouvoit rien décider. Le duc d'Orléans étoit le chef de ce conseil; en -cas d'absence, le prince de Condé le remplaçoit; et celui-ci étoit -remplacé par Mazarin[92]. La reine et Gaston jurèrent entre les mains -du roi de se conformer à ses dernières dispositions; le lendemain, 10 -avril, sa déclaration à ce sujet fut enregistrée au parlement; et -Louis XIII rendit les derniers soupirs au milieu des intrigues et des -cabales qu'avoit déjà fait naître l'attente d'une révolution -très-prochaine dans les affaires. - - [Note 91: Voyez pag. 69. Il étoit toujours persuadé qu'elle - avoit désiré sa mort pour épouser son frère le duc d'Anjou, - et ne revint pas, même au lit de la mort, de cette funeste - prévention.] - - [Note 92: Les autres membres dont ce conseil étoit composé - étoient les sieurs Séguier, chancelier de France; - Bouthillier, surintendant des finances, et son fils - Chavigni, secrétaire-d'état.] - -Et d'abord se rangèrent du parti de la reine tous ceux que la mort de -Richelieu avoit fait sortir de prison ou revenir de l'exil, ayant à -leur tête le duc de Beaufort, fils du duc de Vendôme; qui, dès -long-temps, lui avoit donné les marques du plus grand dévouement, et -en qui Anne d'Autriche avoit la confiance la plus entière[93]. Ce fut -là ce qu'on appela la cabale des _importants_, à cause des airs -d'autorité et de protection que se donnoient tous ceux qui y étoient -admis; et cette dénomination, qui jetoit sur eux une sorte de -ridicule, suffiroit seule pour prouver combien étoit foible et -incertain, dans ses premiers moments, le pouvoir de la régente. Les -plus brouillons, entre autres Potier, évêque de Beauvais, -prétendirent d'abord qu'il falloit emporter de vive force le pouvoir, -se persuadant qu'une simple déclaration de la reine suffiroit pour -annuler les restrictions que Louis XIII avoit mises à son influence -dans le gouvernement; d'autres plus prudents et plus expérimentés -prévinrent que l'on n'obtiendroit rien du parlement, si l'on ne se -présentoit à lui, muni du consentement des princes et des autres chefs -du conseil de régence. On négocia donc avec eux: on leur promit à tous -des dignités, des récompenses, et sous un autre titre, un pouvoir -aussi grand. Le prince de Condé accéda au traité par les instances de -sa femme, qui étoit dans l'intimité de la reine; le duc d'Orléans, -dont le favori, l'abbé de la Rivière, avoit été gagné, se laissa aller -plus facilement encore; et, dans le lit de justice que le jeune roi -tint le 18 mai, quatre jours après la mort de son père, Anne -d'Autriche obtint tout ce qu'elle voulut: elle fut déclarée régente, -tutrice sans restriction, et maîtresse de former un conseil à volonté. -Le cardinal Mazarin acheva de vaincre en cette circonstance les -préventions que la reine avoit d'abord conçues contre lui[94]. Sa -réputation d'habileté et d'expérience dans les affaires étoit grande: -c'étoit Richelieu lui-même qui l'avoit faite; ses manières prévenantes -et agréables firent le reste auprès d'une princesse qui n'étoit -insensible à aucune des petites vanités de son sexe. Il fut nommé -surintendant de l'éducation du roi, et, dans tous les points, la -déclaration de Louis XIII demeura sans effet. C'étoit la seconde fois -que le parlement disposoit ainsi souverainement de la régence, ce qui -enfla son orgueil et commença à lui persuader qu'il étoit en effet le -_tuteur des rois_. - - [Note 93: Il s'étoit montré assez dévoué à ses intérêts pour - aimer mieux sortir de France que de faire au cardinal un - aveu contraire aux intérêts de cette princesse. À son - retour, la reine lui donna publiquement des marques - très-vives de confiance et d'affection.] - - [Note 94: Quoiqu'il eût eu soin de l'instruire, avant la - mort de Louis XIII, de tout ce qui se passoit dans le - cabinet, prévoyant le temps où il pourroit avoir besoin de - sa faveur, elle le considéroit néanmoins comme l'un des - auteurs de la déclaration du roi au sujet de la régence. - Dans cette circonstance il céda avec tant de facilité et de - si bonne grâce les droits que cette déclaration pouvoit lui - donner, que ce petit nuage fut bientôt dissipé. Il sut même - persuader à la reine que cette déclaration, qui l'avoit si - fort blessée, étoit au fond ce qui avoit pu être fait de - plus avantageux pour son service: car, dans les dispositions - où le roi étoit à son égard, il étoit probable qu'il eût - pris, pour l'exclure du gouvernement, des mesures plus - difficiles à rompre, si celles-ci n'eussent pas été - adoptées.] - -Aussitôt que sa régence eut été confirmée, Anne d'Autriche quitta le -Louvre, et vint avec ses fils habiter le palais cardinal, dont -Richelieu avoit fait don au roi par testament; c'est alors, comme nous -l'avons déjà dit, qu'il fut nommé _Palais-Royal_, et que l'on ouvrit, -sur les ruines de l'hôtel de Silleri, la place qui existe encore -devant la façade de ce monument[95]. - - [Note 95: Voyez tom. I, 2e part., p. 872.] - -Nous allons peindre un temps singulier, où les factions diverses qui -se disputent le pouvoir, sans être moins ambitieuses, ne peuvent plus -marcher aussi violemment à leur but, parce que, ni en elles-mêmes, ni -dans ce qui les environne, elles n'ont plus la force qu'elles avoient -eue autrefois; où l'intrigue, la souplesse, la ruse, toutes les -petites passions, sans en excepter la galanterie, viennent au secours -de leur foiblesse; où les femmes se trouvent mêlées à toutes les -affaires, pour leur donner souvent un aspect frivole et badin, auquel -ceux qui n'approfondissent rien, se sont laissés prendre: «La fronde -étoit plaisante», a dit le plus superficiel et sans doute le plus -brillant des écrivains du dix-huitième siècle[96]. Cet homme avoit le -coeur trop corrompu pour qu'il lui fût donné de comprendre ce que le -fond en avoit de triste et de sérieux. Quant à nous, nous voyons, dans -les troubles dont elle se compose, une suite nécessaire des désordres -qui l'ont précédée: elle nous offre une preuve de plus de cette marche -continuelle et progressive de la société vers sa dissolution, et la -démonstration la plus frappante peut-être des doctrines que nous avons -proclamées, et du principe unique sur lequel nous avons établi la -stabilité de l'ordre social. Mais pour bien faire comprendre -l'application nouvelle que nous allons faire de ce principe et de -cette doctrine, il convient de bien faire connoître les personnages de -ce drame politique aussi compliqué que bizarre, et de mettre autant de -clarté qu'il nous sera possible dans le récit des faits. - - [Note 96: Voltaire.] - -La faveur inattendue de Mazarin, faveur qu'il sut conserver et -accroître par cette habileté, ces heureux dons de la nature, et ces -qualités de l'esprit qui l'avoient fait naître[97], fut la première -source des brouilleries de la cour. Les chefs de la cabale des -_importants_ aspiroient au ministère, et s'étoient crus un moment -assurés d'y parvenir: déçus de leurs espérances, furieux de se voir -supplantés par un étranger qui, selon eux, étoit venu leur enlever le -prix de leurs souffrances et de leur dévouement, ils réunirent tous -leurs efforts contre lui, renforcés bientôt par la duchesse de -Chevreuse et par le marquis de Châteauneuf[98], les derniers que l'on -vit reparoître, parmi ces amis ou serviteurs d'Anne d'Autriche qui -avoient subi les persécutions de Richelieu, et tous les deux bien plus -capables que l'évêque de Beauvais ou le duc de Beaufort, de diriger un -parti. Mazarin eut l'adresse de faire écarter Châteauneuf, qu'il -craignoit[99]; et la duchesse de Chevreuse se montra moins adroite que -passionnée en abusant, dès les premiers jours de son arrivée à la -cour, de cette ancienne affection que lui avoit conservée la reine, -pour satisfaire la haine qu'elle avoit contre la maison de Richelieu. -Elle ne fit pas attention que la prévoyance du ministre de Louis XIII -s'étendant jusques sur l'avenir des siens, qu'il supposoit devoir être -en butte après sa mort aux ressentiments de tous ceux qu'il avoit -maltraités pendant sa vie, il leur avoit préparé, par le mariage de sa -nièce Maillé de Brézé avec le duc d'Enghien, l'appui le plus solide -dans la maison de Condé; et que répandant alors sur cette maison les -biens, les honneurs, et lui donnant tout ce qu'il lui étoit possible -d'accorder d'autorité, il lui avoit ainsi laissé toute la force -nécessaire pour défendre et protéger ses alliés. L'acharnement que la -duchesse mit à poursuivre les neveux du cardinal, la hauteur avec -laquelle elle demanda leurs dépouilles pour ses amis et ses -protégés[100], soulevèrent contre elle et contre sa cabale la plus -grande partie de la cour. La princesse de Condé, qui étoit plus avant -qu'elle encore dans la faveur de la reine, et qui avoit contribué à -faire éloigner Châteauneuf[101], prit ouvertement la défense des -Richelieu; et Mazarin, qui ne croyoit pas que le moment fût venu de -rompre entièrement avec les _importants_, accorda peu de chose, et -donna pour le reste des promesses qu'il étoit bien résolu de ne point -tenir. - - [Note 97: «C'étoit, disoit le maréchal d'Estrées, qui - l'avoit connu à Rome, l'homme du monde le plus agréable; il - avoit l'art d'enchanter les hommes, et de se faire aimer par - ceux à qui la fortune le soumettoit. Sa conversation étoit - enjouée et abondante; il paroissoit sans prétention, et il - faisoit semblant, fort habilement, de n'être pas habile.» - (_Mém. de M. de Mottev._, tom. I.)] - - [Note 98: La duchesse de Chevreuse, impliquée dans l'affaire - de la correspondance secrète de la reine avec l'Espagne, - avoit été forcée de sortir précipitamment de France pour - n'être pas arrêtée. Châteauneuf, qui étoit garde des sceaux - en 1633, eut l'imprudence, Richelieu étant dangereusement - malade, de laisser éclater le désir de le remplacer, et même - la hardiesse d'y travailler. Instruit de ce qui s'étoit - passé, le ministre le fit renfermer au château d'Angoulême, - d'où il ne sortit qu'à la mort de son inexorable ennemi.] - - [Note 99: Il fit entendre à la reine que ces deux exilés se - vantoient hautement de la gouverner et de conduire les - affaires; qu'il distribuoient à l'avance les grâces, les - emplois et les dignités. Anne d'Autriche, très-susceptible - sur cet article, écrivit à Châteauneuf, qui s'en revenoit - triomphant à la cour, qu'il eût à rester, jusqu'à nouvel - ordre, dans sa maison de Mont-Rouge, près Paris.] - - [Note 100: Elle vouloit qu'on reprît au maréchal de la - Meilleraie le gouvernement de Bretagne, qui lui avoit été - donné après l'affaire de Chalais, et qu'on le rendît au duc - de Vendôme; qu'on ôtât l'amirauté à la maison de Brézé pour - en gratifier le duc de Beaufort; enfin, que le jeune duc de - Richelieu fût dépouillé du gouvernement du Hâvre, qu'elle - demandoit pour le prince de Marsillac, depuis duc de la - Rochefoucauld.] - - [Note 101: Elle ne pouvoit lui pardonner d'avoir présidé à - la condamnation du duc de Montmorenci son frère.] - -Cependant tandis que l'on intriguoit à la cour, les armes de France -étoient de toutes parts victorieuses: la bataille de Rocroi, que le -duc d'Enghien venoit de gagner à l'âge de vingt-deux ans, avoit -détruit en un moment toutes les espérances que la maison d'Autriche -avoit pu fonder sur les agitations et la foiblesse presque toujours -inséparables d'une minorité; et les troupes espagnoles, qui avoient pu -espérer de pénétrer encore dans le coeur du royaume, se voyoient -attaquées dans leurs propres provinces, et réduites maintenant à une -pénible défensive. Tous les yeux se fixèrent aussitôt sur un prince -qui, à peine sorti de l'adolescence, effaçoit déjà l'éclat des plus -grands généraux; et lorsqu'il reparut dans cette cour, tout -resplendissant de gloire et entouré des jeunes compagnons de ses -exploits, les partis qui la divisoient se le disputèrent avec la plus -grande ardeur, et essayèrent d'entraîner en même temps vers eux la -troupe brillante dont il étoit accompagné. - -Il sembloit naturel qu'il se rangeât du côté des alliés de sa maison: -la galanterie le jeta d'abord dans l'autre parti auquel appartenoit -déjà la jeune duchesse de Longueville sa soeur; et bientôt des -tracasseries de femmes le ramenèrent vers les siens. La duchesse de -Montbazon[102], à laquelle il adressoit des voeux qui n'étoient point -dédaignés, s'étoit permis, à l'égard de la duchesse de Longueville, -une de ces indiscrétions injurieuses que les femmes ne pardonnent -point[103]. Forcée d'en faire une réparation éclatante, elle ne put -dévorer cet affront, qui fut un triomphe pour les Condé; et son dépit -l'emportant au-delà de toutes les bornes, elle affecta de braver les -ordres de la reine et de violer les conditions qui lui avoient été -imposées: elle fut exilée. Les chefs de la cabale s'emportèrent -aussitôt contre Mazarin, qu'ils accusèrent d'être le principal auteur -de cette disgrâce, et imaginèrent des moyens nouveaux pour se -débarrasser de lui. La reine, obsédée de leurs cris, impatientée de -leurs remontrances indiscrètes et malignes sur les rapports trop -familiers peut-être qui existoient entre elle et son ministre, finit -par les considérer comme les seuls auteurs des bruits mortifiants pour -elle qui s'élevoient à ce sujet. Déjà aigrie contre ces censeurs -incommodes, le duc de Beaufort, qui s'étoit déclaré hautement et -ridiculement le champion de madame de Montbazon, acheva de l'irriter -par ses insolences brutales à son égard et par des menaces violentes -contre le cardinal, dont celui-ci craignoit ou du moins faisoit -semblant de craindre les effets, Anne d'Autriche crut enfin que la -dignité du trône ne lui permettoit pas de souffrir plus long-temps ces -insultes et ces mutineries. Entrant dans les craintes que lui -témoignoit Mazarin, elle en fit part au prince de Condé et au duc -d'Orléans, les intéressa à ses ressentiments, et, s'autorisant du -consentement qu'ils lui donnèrent, fit arrêter le 2 septembre et -renfermer à Vincennes ce même duc de Beaufort à qui, cinq mois -auparavant, elle avoit prodigué les marques les plus éclatantes de -confiance et d'attachement; la duchesse de Chevreuse, Châteauneuf et -un grand nombre d'autres reçurent l'ordre de s'éloigner de la cour; -l'évêque de Beauvais fut renvoyé dans son diocèse; et ainsi expira, -presque sans bruit, la cabale des _importants_. - - [Note 102: Elle avoit épousé le père de la duchesse de - Chevreuse, et étoit à peu près du même âge que sa - belle-fille.] - - [Note 103: La jeune princesse se retirant un jour d'une - assemblée, il arriva que des lettres galantes furent - trouvées sous ses pas. Ces lettres furent lues et commentées - d'une manière très injurieuse pour elle; et, comme on la - soupçonnoit d'un commerce secret avec Coligni, depuis duc de - Châtillon, madame de Montbazon prononça, sans hésiter, que - ces lettres étoient d'elle et de lui.] - -(1644, 45, 46, 47) Ici commence ce qu'on appelle les beaux jours de la -régence; et ces beaux jours durèrent environ trois années. Grâce au -génie de Turenne et du duc d'Enghien, qui continuoient au dehors à -marcher de victoire en victoire, la France jouissoit au dedans d'une -sécurité profonde; et il y eut un moment de joie expansive dans la -nation, que tous les historiens du temps ont remarqué. Mazarin en -profita pour entrer plus avant encore dans la faveur de la reine, et -affermir sa fortune et son pouvoir contre les coups qui bientôt -alloient leur être portés: car cette ivresse de la France ne devoit -être que passagère. La guerre, pour être heureuse, n'en exigeoit pas -moins des dépenses extraordinaires, auxquelles il étoit impossible de -subvenir autrement que par des impôts. Les haines, les jalousies, les -prétentions ambitieuses qui avoient d'abord éclaté au milieu de cette -cour, en apparence si galante et si dissipée, continuoient de -fermenter dans le fond des coeurs, et, pour éclater de nouveau, -sembloient n'attendre qu'un moment plus favorable. Le crédit toujours -croissant de Mazarin ne leur laissoit point de repos; et déjà toutes -ces petites passions préludoient dans l'ombre, en ne laissant pas -échapper une seule occasion de répandre sur ce ministre un mépris et -un ridicule qui rejaillissoient jusque sur la régente. La ville -recevant insensiblement de la cour ces impressions fâcheuses, elles ne -tardèrent point à devenir populaires; et la haine fut bientôt générale -contre lui, sans qu'on pût dire au juste pourquoi on le haïssoit: le -prétexte qui devoit justifier cette haine ne tarda point à se -présenter. - -«Malheureusement, dit le cardinal de Retz, Mazarin, disciple de -Richelieu, et de plus, né et nourri dans un pays où la puissance du -pape n'a point de bornes, crut que le mouvement rapide et violent -donné sous le dernier ministère étoit le naturel; et cette méprise fut -l'occasion de la guerre civile.» Nous pensons que cet habile fauteur -d'intrigues eût été fort embarrassé d'expliquer lui-même quel étoit ce -_naturel_ auquel il falloit que le ministre s'accommodât. Il n'y eut -point de _méprise_ en ceci; mais seulement le résultat inévitable de -la différence des positions et des caractères. Richelieu étoit altier, -violent, inflexible; il gouvernoit sous le nom du monarque absolu qui -lui avoit communiqué toute sa puissance: rien ne lui résista; tout se -courba devant lui. Mazarin avoit, de même que son prédécesseur, de la -pénétration, de l'habileté; mais son caractère étoit timide et -irrésolu. Essayant de remplacer par l'adresse et la ruse ce qui lui -manquoit en force et en volonté, il avoit en outre le désavantage de -conduire les affaires sous l'autorité incertaine d'une régence et au -milieu des embarras d'une minorité: l'opposition, qui avoit rendu si -orageuses les premières années de Louis XIII, sortit donc à l'instant -même de la longue inaction à laquelle ce terrible Richelieu avoit su -la réduire. C'est ainsi que s'explique très-_naturellement_ l'état -d'une société politique où tous les principes _naturels_, qui font la -vie sociale, étoient depuis long-temps méconnus. - -Toutefois cette opposition qui, dès qu'elle sent que le pouvoir -foiblit, recommence à se soulever contre lui, n'a plus maintenant le -même caractère qu'elle avoit autrefois. Ce même homme qui y joua un -rôle si remarquable, va nous apprendre ce que le despotisme du règne -précédent l'avoit faite; et ses aveux à cet égard sont d'autant plus -précieux, que la naïveté en est extrême, et qu'il ne semble pas se -douter de la grande révélation qu'il va nous faire: «Ce signe de vie, -dit-il, dans le commencement presque imperceptible, ne se donne point -par Monsieur; il ne se donne point par M. le prince; il ne se donne -point par les grands du royaume; il ne se donne point par les -provinces: il se donne _par le parlement_, qui, jusqu'à notre siècle, -n'avoit jamais commencé de révolution, et qui certainement auroit -condamné, par des arrêts sanglants, celle qu'il faisoit lui-même, si -tout autre que lui l'eût commencée.» - -Ce que Gondi appelle un _signe de vie_ est donné par le parlement, et -il semble s'en étonner! Que prouve cet étonnement sinon que ces -princes et ces grands, qui attendoient ce _signe de vie_ pour se -ranimer eux-mêmes et recommencer à troubler l'état, ne connoissoient -ni leur position, ni ce qu'ils alloient faire, ni ce qu'ils étoient en -effet devenus? Avant Richelieu, nous les avons vus formant à eux -seuls une opposition qui, dès qu'elle étoit mécontente, levoit des -armées, soulevoit les provinces, se cantonnoit dans les places fortes, -menaçant le pouvoir, transigeant avec lui et se faisant payer le prix -de sa rébellion. Une seconde opposition, non moins menaçante et plus -dangereuse encore, celle des protestants donnoit en quelque sorte la -main à la première, avoit comme elle ses armées et ses forteresses, et -toutes les deux réunies pouvoient tout oser et tout braver. Nous avons -vu comment le ministre de Louis XIII les abattit toutes deux; et en -effet elles étoient arrivées à ce point qu'elles menaçoient -l'existence même de la société, et qu'elles ne pouvoient plus être -souffertes. L'esprit dont elles avoient été animées survivoit sans -doute à leurs désastres; mais leur force matérielle étoit réellement -anéantie et sans retour. Ces villes fortifiées, ces châteaux forts -dont l'intérieur de la France avoit été hérissé, étant désormais -ouverts de toutes parts, l'une et l'autre opposition n'avoient plus ni -moyens pour commencer l'attaque, ni refuge après la défaite; et sans -aucun point de contact entre elles, divisées dans leurs propres -membres, elles étoient désormais incapables de rien entreprendre qui -pût troubler et alarmer le pouvoir. Il n'en étoit pas de même du -parlement: au milieu de ces orages politiques qui avoient tout -renversé autour de lui, il avoit su se conserver, parce que, dans la -marche sûre et prudente qu'il s'étoit tracée, en même temps qu'il se -créoit des droits politiques qui ne lui appartenoient pas, il avoit -toujours eu l'art de céder à propos, dès que la résistance lui avoit -semblé offrir quelque apparence de danger, se rendant par cela même -plus cher à la multitude qu'il s'étoit arrogé le droit de protéger et -de défendre, et accroissant de ses humiliations et de ses défaites, la -force morale qu'il tiroit de ces affections populaires. N'ayant point -d'autres moyens d'attaque et de défense que cette force morale qui, -lorsqu'elle n'avoit point d'appui étranger, sembloit devoir causer peu -d'ombrage; ne se montrant hostile contre le pouvoir politique que -lorsqu'il s'agissoit de soutenir ce qu'il appelloit les intérêts du -peuple, il se faisoit ensuite l'auxiliaire de ce même pouvoir contre -l'autorité spirituelle, dès que celui-ci avoit besoin de son secours, -lui rendant alors son esprit de révolte agréable, parce qu'il se -révoltoit avec lui; et se montrant ainsi flatteur et servile, lorsque -les circonstances ne lui étoient pas utiles ou favorables à être -insolent et mutin. Il n'avoit donc plié sous Richelieu que pour se -relever ensuite plein de vigueur et de vie, avec toutes ses -prétentions orgueilleuses, tous ses vieux préjugés, et ce qu'une si -longue contrainte avoit pu y ajouter d'aigreur et de ressentiment. -D'un côté, le pouvoir royal dans des mains où l'adresse s'efforçoit de -suppléer à la force, de l'autre, cette opposition toute populaire, et -plus forte que jamais de la faveur d'une multitude qui souffroit et -qui avoit été long-temps opprimée, voilà tout ce qui restoit de -_vivant_ dans l'état; et lorsque tout se complique en apparence, tout -se simplifie en effet. Le _roi_ et le _peuple_ sont seuls en présence -l'un de l'autre: et toute la suite des événements va nous prouver -qu'en effet rien n'a de force et de vie que selon qu'il se rallie au -peuple ou au roi. - -Cependant les tracasseries et les intrigues de cour ne perdoient rien -de leur activité. Mazarin devoit en grande partie son élévation à -Chavigni: celui-ci abusa de cette espèce d'avantage qu'il croyoit -avoir sur le premier ministre; il se rendit avec lui difficile, -exigeant, et lui donna, dans le conseil, assez d'embarras et de -contrariétés, pour que celui-ci se crût obligé de l'en éloigner. -Chavigni avoit de l'audace et de l'habileté: lui et ses amis crièrent -à l'ingratitude; et il alla se cantonner pour ainsi dire dans le -parlement, où il trouva des partisans, parce que le ministre y avoit -des ennemis. Les présidents Longueil, Viole, de Novion et de -Blancmesnil se déclarèrent pour lui, entraînant après eux plusieurs -des plus brouillons parmi les conseillers; Châteauneuf, qui étoit -toujours relégué à Montrouge, se joignit à cette cabale, qui devint -assez inquiétante pour que Mazarin crût devoir s'en délivrer par un -coup d'autorité. Châteauneuf fut exilé en Berri, d'autres dans leurs -maisons de campagne; et Chavigni se vit réduit à se circonscrire dans -le gouvernement de Vincennes, qui lui avoit été donné par Richelieu. -Ces mesures étoient sans doute peu rigoureuses: elles n'en firent pas -moins beaucoup de mécontents, parce qu'elles furent considérées comme -des actes arbitraires. - -(1648) L'embarras des finances, cette cause la plus fréquente des -révolutions, devoit bientôt faire naître des mécontentements plus -sérieux; et c'étoient là les fruits amers que la politique de -Richelieu avoit légués à ses successeurs. Nous avons dit que la guerre -d'Espagne, bien que les résultats continuassent d'en être heureux, -exigeoit des dépenses considérables: il falloit de l'argent pour la -soutenir; il en falloit pour fournir aux profusions d'une cour -prodigue et fastueuse; les sommes énormes qu'il avoit fallu donner au -duc d'Orléans, au prince de Condé et à plusieurs autres pour acheter -leur assistance ou payer leur fidélité, achevoient d'épuiser le -trésor; et une mauvaise administration confiée à des ministres qui -tous, sans en excepter Mazarin lui-même, ne paroissent pas avoir été -fort scrupuleux sur les moyens de s'enrichir, mettoit le comble à ces -désordres. La dépense se trouva donc bientôt dans une disproportion -effrayante avec la recette: pour combler ce _déficit_, le surintendant -Emery, traitant effronté, impitoyable, et en qui cependant le cardinal -avoit une entière confiance, inventoit tous les jours mille ressources -odieuses, quelquefois même ridicules. Le parlement qui avoit déjà -enregistré, non sans difficulté, plusieurs édits vexatoires[104], dont -il étoit l'auteur, retrouvant contre ce despotisme maladroit et -purement fiscal son ancien esprit de mutinerie, éclata enfin à -l'occasion du _tarif_, impôt qui établissoit une augmentation -considérable sur les droits des denrées qui entroient à Paris; et les -murmures de la population entière de cette capitale se mêlèrent aux -remontrances de ses magistrats. La cour, effrayée de ce commencement -de fermentation, retira le tarif, mais pour y substituer -impolitiquement des édits encore plus onéreux, et à un tel point, que -le parlement leur préféra encore ce premier édit qui fut modifié. Tout -cela ne se passa point sans assemblées des chambres, conférences avec -les ministres, députations vers la régente; il y eut des discours et -des écrits, dans lesquels les questions les plus graves et les plus -dangereuses sur les droits des peuples et des rois, sur le pouvoir -arbitraire et le pouvoir limité furent publiquement discutées. Les -têtes continuèrent à s'échauffer, et le peuple commença à s'attrouper -et à murmurer. - - [Note 104: Un vieil édit de 1548 défendoit de prolonger les - faubourgs de Paris au-delà de certaines limites: Emery - imagina de le tirer de la poussière, de faire toiser les - constructions faites au-delà de ces limites, et de mettre à - l'amende les délinquants. La _Paulette_ étoit un droit au - moyen duquel, en payant chaque année un soixantième du prix - d'achat, chaque magistrat laissoit à sa famille la propriété - de sa charge; c'étoit une concession que le roi avoit faite - à la magistrature par un bail qui se renouveloit tous les - neuf ans: ce bail expirant, il exigea des cours souveraines, - le parlement excepté, quatre années de leurs gages à titre - de prêt. Il établit des charges nouvelles dont les noms - n'étoient pas moins ridicules que les attributions: - c'étoient des conseillers du roi, contrôleurs des bois de - chauffage, des jurés crieurs de vin, des jurés vendeurs de - foin, etc.] - -La cour eut l'imprudence d'opposer la violence aux murmures: plusieurs -membres du parlement, plus hardis que les autres, furent enlevés et -transférés dans diverses prisons[105]; et, pour emporter de vive force -l'enregistrement, on conçut l'idée bizarre, et l'on donna ce signe de -foiblesse de conduire le jeune roi en robe d'enfant au parlement: il y -parut au moment où on l'y attendoit le moins, portant avec lui un -grand nombre d'édits, tous plus ruineux les uns que les autres; et sa -présence mit cette compagnie dans la nécessité de les vérifier. -L'avocat-général Talon s'éleva d'abord avec force contre une -semblable surprise, attentatoire à la liberté des suffrages. Le -lendemain, les maîtres des requêtes, à qui l'un de ces édits donnoit -douze nouveaux collègues, s'assemblent et prennent la résolution de ne -pas souffrir cette création nouvelle, dont l'effet étoit, tout à la -fois, de diminuer le prix des anciennes charges et de les rendre moins -honorables. Le même jour, les chambres assemblées commencent à -examiner tous les édits vérifiés. La régente et son ministre traitent -cet examen de révolte contre l'autorité royale; et, en même temps -qu'ils ordonnent la pleine et entière exécution de ces édits, le duc -d'Orléans et le prince de Conti sont chargés de porter, l'un à la -chambre des Comptes, l'autre à la cour des Aides, ceux qui -concernoient ces deux compagnies. C'est alors que le soulèvement -devint général: la cour des Aides députa vers la chambre des Comptes, -lui demandant de s'unir à elle pour la réformation de l'état; l'une et -l'autre s'assurèrent du grand Conseil; et le parlement, sur -l'invitation qu'elles lui en firent, donna aussitôt son arrêt -d'_union_ avec ces trois cours de justice. Il portoit «qu'on -choisiroit dans chaque chambre du parlement deux conseillers, qui -seroient chargés de conférer avec les députés des autres compagnies, -et qui feroient leur rapport aux chambres assemblées, lesquelles -ensuite ordonneroient ce qui conviendroit.» - - [Note 105: Les conseillers, le Comte et Gueslin; les - présidents, Gaïan et Barillon.] - -Le cardinal fit casser cet arrêt par le conseil[106]; et par une -imprudence nouvelle, ordonna encore l'enlèvement de deux -magistrats[107]. Le parlement, à qui la défense de s'assembler avec -les autres compagnies fut notifiée dans les termes les plus durs, n'y -répondit qu'en se réunissant le même jour avec elles, pour délibérer -sur l'ordonnance même du conseil. Cependant le peuple continuoit à -murmurer; il y eut même des voies de fait exercées contre des -officiers envoyés par la régente pour s'emparer de la feuille de -l'arrêt, et la cour commença enfin à concevoir quelques craintes. Elle -fit proposer des accommodements, que le parlement rejeta avec une -sorte de hauteur, parce qu'ils touchoient son intérêt particulier, -qu'il affectoit de négliger pour ne songer qu'au bien public; et, -comme l'effervescence populaire alloit toujours croissant, la régente, -bien plus encore par le danger dont elle étoit menacée que par les -remontrances et les délibérations de cette compagnie, crut devoir -céder, et permit enfin l'exécution de cet arrêt d'union qu'elle avoit -d'abord si fortement contesté. Alors les députés nommés par le -parlement et par les autres cours souveraines se réunirent dans la -_chambre de Saint-Louis_, et commencèrent à y tenir des assemblées -régulières. Toutefois la reine, en tolérant cette espèce de comité, -lui fit dire «que son intention étoit que les affaires s'y -expédiassent en peu de temps, pour le bien de l'état, surtout qu'il y -fût avisé aux moyens d'avoir de l'argent promptement.» - - [Note 106: Mazarin, qui n'avoit jamais bien pu prononcer le - françois, ayant dit que cet arrêt d'_Ognon_ étoit - attentatoire, ce seul mot le rendit ridicule; et, comme on - ne cède jamais à ceux que l'on méprise, le parlement en - devint plus entreprenant. (Voltaire.)] - - [Note 107: Turgot et d'Argonges, conseillers au grand - conseil.] - -Mais le parlement, devenu par ce triomphe plus audacieux, et plus -entreprenant, ne tint nul compte de cette injonction de la régente; et -ce qu'elle indiquoit à la chambre de Saint-Louis, comme l'objet -principal de ses délibérations, fut justement ce dont elle s'occupa le -moins. On la vit agir, dès les commencements, comme si elle eût été -appelée à partager le gouvernement de l'état: ce fut sur les affaires -publiques que roulèrent ses discussions, et même une sorte d'ordre -s'établit touchant la manière de les discuter. Les matières étoient -présentées à la chambre par un de ses membres: on les y examinoit avec -attention, on donnoit même une décision; mais cette décision étoit -ensuite portée aux chambres assemblées, dont la sanction devenoit -nécessaire pour lui donner de la validité. En dix séances, tout ce qui -concernoit le gouvernement, justice, finances, police, commerce, solde -des troupes, domaine du roi, état de sa maison, etc., fut soumis aux -délibérations de ce comité, et devint, par une suite nécessaire, -l'objet des délibérations du parlement. Ou par désoeuvrement ou par -curiosité, une foule de gens s'attroupoient dans les salles du palais, -et y passoient les journées entières à recueillir ce qui se disoit, y -mêlant leurs propres réflexions et les répandant ensuite au dehors. -Les projets de réforme et les moyens d'y parvenir devenoient la -matière de toutes les conversations; on s'en entretenoit dans les -boutiques, dans les ateliers, jusque dans les marchés et les places -publiques. Il devint à la mode de censurer le gouvernement et de -décrier les ministres, surtout le cardinal, devenu bientôt le -principal et presque le seul objet de l'animadversion de cette -multitude. Alors deux partis se formèrent, qui se distinguèrent l'un -de l'autre par des noms de factions: les partisans de la cour furent -appelés _Mazarins_, les autres reçurent le nom de _Frondeurs_; mot -alors bizarrement employé dans une telle acception[108], et dont le -nouveau sens a été depuis adopté dans la langue françoise. Enfin cette -manie de s'occuper des affaires de l'état passa de Paris dans les -provinces, et de toutes parts disposa les esprits à prendre part aux -troubles de cette capitale. - - [Note 108: En voici l'origine la plus vraisemblable: dans - les premiers démêlés du parlement avec la cour, le duc - d'Orléans assistoit souvent aux assemblées de cette - compagnie, et sa présence et son esprit conciliateur y - calmoient l'effervescence des opinions; mais ce calme ne - duroit qu'un moment, et la chaleur revenoit dès qu'il étoit - parti. Bachaumont[108-A], fils du président Lecogneux, - plaisantant à ce sujet, dit un jour que «le parlement, se - contenant ainsi à l'aspect du duc d'Orléans, ne ressembloit - pas mal aux écoliers qui, rassemblés pour jouer à la fronde - dans les fossés de la ville, se séparoient dès qu'ils - voyoient le lieutenant civil ou les archers, et se - réunissoient pour _fronder_ de nouveau aussitôt qu'ils - étoient partis.» Il ajouta que, «maintenant que le duc étoit - parti, il alloit bien _fronder_ l'opinion de son père.» - L'allusion parut heureuse; le mot fût adopté, et ne tarda - pas à devenir un signe de ralliement.] - - [Note 108-A: L'auteur du Voyage ingénieux, fait en - communauté avec Chapelle, et qui les a immortalisés tous les - deux à si peu de frais.] - -Si nous pénétrons maintenant dans l'intérieur du parlement; si nous -rassemblons ce que les mémoires du temps nous peuvent fournir de -lumières sur les éléments dont il se composoit, sur l'esprit et les -passions dont il étoit animé, ils nous montrent, dans ses jeunes -conseillers, des têtes ardentes, déjà imbues de toutes ces vieilles -traditions de la magistrature, qui leur persuadoient qu'en s'asseyant -sur les fleurs de lis, ils étoient devenus les _protecteurs du -peuple_, et des censeurs du pouvoir, qui ne pouvoient être ni trop -sévères ni trop vigilants. Trouver ainsi une occasion de passer -subitement de l'étude aride des lois et des fonctions obscures de -juges civils ou criminels, à la mission importante de réformateurs de -l'état, au rôle brillant d'orateurs politiques, délibérant en -présence de la nation entière, attentive à leurs discours et charmée -de leur éloquence, leur sembloit un événement aussi heureux pour eux -que pour la France; et les illusions de leur amour-propre ajoutoient -encore à cet esprit de licence et à cette espèce d'enthousiasme -républicain dont ils étoient possédés. Parmi les magistrats à qui -l'âge avoit donné, dans les manières, plus de sérieux et de gravité, -un grand nombre, et même le plus grand nombre, n'avoit pas, pour -s'élever contre la cour et décrier le gouvernement, d'autres motifs -que ceux qui entraînoient cette jeunesse ardente et tumultueuse: la -haine du pouvoir et la manie de se rendre agréable à la multitude; -mais plusieurs d'entre eux, et quelques-uns de ceux-ci étoient -justement les plus habiles ou les plus influents, y joignoient des -ressentiments particuliers qui rendoient leurs dispositions hostiles -encore plus actives et plus dangereuses. Les présidents Potier de -Blancmesnil, Longueil de Maisons, Viole et Charton[109] étoient les -principaux dans cette classe de mécontents. Enfin, au milieu de cette -élite de ses magistrats qu'il considéroit comme les défenseurs nés de -ses franchises et de ses libertés, le peuple de Paris s'étoit fait une -espèce d'idole d'un vieux conseiller nommé Broussel. C'étoit un homme -d'un caractère ardent, d'un esprit borné; et, soit qu'il fût aigri -contre cette cour, qui l'avoit négligé ou dédaigné[110], soit qu'il se -laissât emporter par un zèle inconsidéré pour le bien public, on n'en -voyoit point, même parmi les plus jeunes et les plus fougueux, de plus -violent dans ses diatribes contre le ministère, ne manquant aucune -occasion de le censurer, de le mortifier, et se montrant surtout -intraitable lorsqu'il s'agissoit d'impôts: c'étoit là ce qui l'avoit -rendu cher à la multitude qui l'appeloit _son père_, et mettoit en lui -toutes ses espérances. - - [Note 109: Le président de Blancmesnil en vouloit au - cardinal à cause de la disgrâce de l'évêque de Beauvais - qu'il avoit supplanté; Longueil étoit piqué de ce qu'il ne - pouvoit obtenir pour son frère une place de président, et - pour lui-même celle de chancelier de la reine, qu'il - sollicitoit; Viole épousoit la querelle de son ami Chavigny; - Charton étoit un esprit turbulent et séditieux, qui - détestoit les ministres par la seule raison qu'ils avoient - le pouvoir. C'étoit, au reste, un homme très-médiocre. Il - étoit connu par le sobriquet de président _je dis ça_, parce - qu'il ouvroit et concluoit toujours ses avis par ces mots.] - - [Note 110: On assure que la cour auroit pu le gagner en - donnant à son fils une compagnie aux gardes qu'il demandoit - pour lui.] - -On conçoit le parti que des brouillons et des ambitieux pouvoient -tirer d'une assemblée ainsi disposée, et dont l'influence étoit si -grande sur la population de Paris: aussi devint-elle aussitôt un -instrument de trouble et de discorde entre les mains de quelques -intrigans habiles, restes de la cabale des _importants_, et qui -crurent y trouver un moyen, les uns de parvenir au ministère, les -autres d'y rentrer, en forçant la reine à changer ses ministres. Les -principaux étoient Châteauneuf, Laigues, Fontrailles, Montrésor, -Saint-Ibal, Chavigni qui venoit de se joindre à eux, et -Jean-François-Paul de Gondi, alors coadjuteur de l'archevêque de -Paris, son oncle, décoré lui-même du titre d'archevêque de Corinthe, -depuis cardinal de Retz, et l'un des plus audacieux caractères et des -plus dangereux esprits qui aient jamais paru au milieu des factions -populaires. Pour exciter du désordre dans l'état, ils n'avoient point -de plus nobles motifs que ceux que nous venons de faire connoître; -mais ils se gardoient bien de les laisser même soupçonner à ces -fanatiques du bien public, dont ils feignoient de partager l'ardeur -patriotique, et qu'ils poussoient ainsi hors de toute mesure, pour -arriver au but qu'ils s'étoient proposé, et que, seuls et abandonnés à -eux-mêmes, il leur étoit impossible d'atteindre. - -Au milieu de ces artisans d'intrigues et de cette assemblée si -ridiculement factieuse et turbulente, s'élevoit la figure imposante de -Matthieu Molé, premier président, personnage également remarquable par -la vigueur de son esprit et par la fermeté de son caractère, intrépide -au point d'étonner ses adversaires même les plus courageux, et de les -avoir plus d'une fois forcés au respect et à l'admiration. Quant à ses -principes et à ses opinions, c'étoit si l'on peut s'exprimer ainsi, le -beau idéal des doctrines parlementaires: il croyoit, et de la foi la -plus inébranlable, que la cour de justice du roi possédoit en effet -très-légitimement le droit qu'elle s'étoit arrogé de résister à -l'autorité royale, lorsque, _dans sa sagesse_, elle avoit reconnu que -celle-ci se trompoit ou qu'elle dépassoit volontairement les bornes -que lui prescrivoient les lois fondamentales du royaume. Mais il -convenoit en même temps que cette résistance devoit s'arrêter dans les -justes bornes au-delà desquelles elle eût attaquée le principe même de -la souveraineté, et compromis le salut de la monarchie; et c'est ainsi -que, cherchant long-temps cette balance chimérique des droits et des -devoirs, il trouva long-temps le secret de mécontenter les deux -partis: le parlement, parce que, autant qu'il étoit en lui, il -cherchoit à l'arrêter quand il le voyoit aller trop loin; les -ministres, parce qu'il exécutoit rigoureusement les mesures que sa -compagnie lui prescrivoit contre eux. Les uns l'accusoient d'être -vendu à la cour, les autres de favoriser les frondeurs; et il ne -sortit de cette position équivoque, où il lui étoit même impossible de -se maintenir, que lorsqu'il eut pris enfin la seule résolution -raisonnable que, dans de telles circonstances, il convint de prendre à -un homme de bien, celle de se ranger du côté de l'autorité. Toutefois, -avant d'en venir là, placé entre l'un et l'autre parti, fort de la -droiture de ses intentions et de son amour pour la paix, qui étoit -l'unique objet de tous ses désirs et de toutes ses sollicitudes, s'il -ne parvint pas à la procurer, il empêcha du moins le mal d'arriver à -cet excès qui auroit mis la monarchie en péril; et peut-être fut-elle -sauvée alors par ce grand et vertueux magistrat. - -Cependant la chambre de Saint-Louis continuoit ses opérations; et ce -comité préparatoire offroit cet avantage aux chefs cachés de tous ces -mouvemens, qu'il leur devenoit ainsi facile de porter aux ministres -les coups les plus rudes sans qu'on pût soupçonner la main d'où ils -étoient partis; et, les attaquant aussi vivement qu'ils le jugeoient -nécessaire, de se mettre à l'abri de leurs ressentiments. C'étoit là -qu'étoient mystérieusement concertées toutes les propositions hardies -et toutes les questions désagréables que l'on élevoit à leur sujet: -les membres de cette chambre les examinoient d'abord, ainsi que nous -venons de le dire; et elles étoient ensuite présentées aux chambres -assemblées où on les discutoit publiquement: ainsi le premier auteur -demeuroit ignoré, et, suivant le plan qu'avoient formé les -boute-feux, le parlement se trouvoit de plus en plus compromis avec la -cour. C'est par cette voie que furent successivement proposés, la -suppression des intendants de provinces qui étoient odieux au peuple, -l'érection d'une chambre de justice destinée à faire rendre gorge aux -traitants, la confection d'un nouveau tarif pour les entrées de Paris, -un mode de paiement pour les rentes de l'hôtel de ville, et plusieurs -autres règlements de finances, bons peut-être en eux-mêmes, mais qui, -dans la circonstance présente, produisoient le pire de tous les -effets, celui de jeter l'alarme parmi les prêteurs, et au milieu des -circonstances les plus pressantes, d'enlever ainsi à l'état ses -dernières ressources. Vainement le duc d'Orléans, sur l'invitation que -lui en fit la reine, se rendit-il assidu aux assemblées du parlement -pour essayer de modérer par de justes représentations et par des -paroles conciliantes des prétentions si multipliées et si -intempestives; vainement le premier président l'aida-t-il de tous ses -efforts en faisant naître des délais, et profitant des moindres -prétextes pour rompre les assemblées ou en rendre les délibérations -inutiles: ni l'un ni l'autre ne gagnèrent rien sur ces esprits ardents -et opiniâtres. Cependant la pénurie des finances devenoit de jour en -jour plus effrayante; les coffres du roi étoient vides, les armées -n'étoient point payées, et l'on se voyoit menacé non-seulement de -perdre le fruit de tant de victoires qui devoient conduire à une paix -utile et glorieuse, sur laquelle l'ennemi, instruit de nos discordes -intestines, se rendoit déjà moins traitable, mais encore de voir de si -grands succès se changer en revers dont la suite eût été incalculable. - -Dans de telles extrémités, la régente crut qu'en accordant au -parlement une partie de ses demandes, elle verroit finir ces -dangereuses tracasseries: on fit donc tenir le 31 juillet, un lit de -justice au jeune roi; le chancelier y lut une déclaration par laquelle -la cour faisoit des concessions sur toutes les propositions qui lui -avoient été présentées par le parlement; et la fin de son discours fut -une défense formelle de continuer les assemblées de la chambre de -Saint-Louis, et l'injonction aux magistrats de rentrer dans leurs -fonctions accoutumées, et de rendre la justice aux sujets du roi. - -La cour achevoit ainsi de montrer sa foiblesse, et ses adversaires -n'en devinrent que plus hardis. La chambre de Saint-Louis cessa en -effet de s'assembler; mais les assemblées des chambres recommencèrent -dès le lendemain; et, malgré tout ce que put imaginer le premier -président pour l'empêcher, la délibération s'établit sur la -déclaration même du roi. Il fut arrêté que l'on feroit des -remontrances; et, tandis qu'on les rédigeoit, de nouveaux articles, -qui avoient été ou différés ou oubliés, furent mis sur le bureau. - -Irritée au dernier point et ainsi poussée à bout, la régente se décida -enfin à employer d'autres moyens: la victoire de Lens, que le duc -d'Enghien, maintenant prince de Condé[111], venoit de remporter sur -les Espagnols, lui parut une occasion favorable pour rompre le charme -qui attachoit à la suite de quelques magistrats, une multitude qu'elle -voyoit en même temps transportée d'un tel succès; et, éblouie de la -gloire du jeune héros, elle se crut assez forte, après un si grand -événement, pour faire un exemple, abattre d'un seul coup l'audace du -parlement, et frapper de terreur les secrets auteurs de toutes ces -manoeuvres séditieuses. - - [Note 111: Le prince de Condé, son père, étoit mort le 26 - décembre 1646.] - -Elle y eût réussi sans doute, si elle n'eût eu en tête un ennemi -encore plus actif et plus profond que son ministre n'étoit souple et -rusé. Gondi, ennemi de Mazarin, qui l'avoit desservi dans une -circonstance importante, mal vu à la cour, à laquelle il avoit d'abord -voulu s'attacher, et où celui-ci avoit su le rendre odieux, cherchoit -depuis long-temps, et ainsi que nous l'avons déjà dit, à faire son -profit des tempêtes publiques qui commençoient à s'élever autour de -lui, et dans lesquelles il n'avoit pas balancé à se jeter, comme dans -son propre élément. Prodige d'adresse et de dissimulation, tandis que -de sourdes libéralités lui gagnoient les coeurs des peuples, que, par -une apparence de zèle religieux et de sollicitude pastorale, il -captoit la confiance des classes plus élevées de la capitale, et que, -par des manoeuvres plus savantes encore, il échauffoit, dans des -assemblées mystérieuses, les esprits les plus turbulents et les plus -déterminés du parti[112], ce prélat affectoit de donner à la cour des -avis sincères et désintéressés sur les dangers qui l'environnoient, -exagérant le péril, et chargeant les portraits, afin de n'être pas -écouté; mais conservant, par cette conduite politique, une modération -convenable à son caractère d'archevêque, et nécessaire à la réussite -de ses projets. Il étoit ainsi parvenu à se rendre l'âme de la -faction, le centre de tous ses mouvements secrets, lorsque la régente, -croyant avoir bien pris toutes ses mesures, fit tout à coup enlever, -non pas avec mystère et dans le silence de la nuit, mais en plein -midi, au moment que l'on chantoit le _Te Deum_ pour le grand succès -que venoient de remporter les armes de France, trois des plus -opiniâtres parmi les membres du parlement, Charton, Blancmesnil et -Broussel. Charton s'esquiva; Blancmesnil fut conduit à Vincennes, et -le vieux Broussel emmené à Saint-Germain. - - [Note 112: Il avoue lui-même, dans ses mémoires, que depuis - le 28 mars jusqu'au 25 août, il dépensa trente mille écus, - qui faisoient alors une somme considérable, pour se créer - des partisans. Il ajoute, qu'afin de s'attirer l'estime et - la confiance du public, il voyoit souvent les curés de - Paris, les invitoit à sa table, et les consultoit sur le - gouvernement de son diocèse; montrant un grand zèle pour la - décence du culte, la pompe des cérémonies, les saluts, les - processions, assistant à tout, officiant souvent lui-même, - et prêchant dans la cathédrale, les couvents et les - paroisses. Sous ce rapport il est difficile de pousser plus - loin le cynisme des aveux que ne le fait ce scandaleux - prélat.] - -L'esprit de révolte, jusqu'alors comprimé, sembloit n'attendre qu'un -acte de cette nature pour éclater avec toutes ses fureurs. -L'arrestation de Blancmesnil fit peu de sensation; mais celle du vieux -Broussel[113], cette idole du peuple, produisit une émotion générale. -On s'assembla dans les rues; on s'excita mutuellement, on cria de -toutes parts _aux armes_; les marchands, effrayés, fermèrent leurs -boutiques, et la face de Paris fut changée en un instant. - - [Note 113: La voiture qui l'enlevoit fut arrêtée et brisée - par la populace, malgré la garde nombreuse qui - l'environnoit. Broussel, jeté dans un autre carrosse que - l'on rencontra par hasard, fut sur le point d'en être - arraché par cette multitude, qui s'attachoit sans cesse à - ses traces. Ce second carrosse se rompit encore, et le - prisonnier eût été enlevé, si Guitaut, capitaine des gardes - de la reine, n'eût envoyé le sien, dans lequel on le força - d'entrer, et qui parvint enfin à gagner un relais placé près - des Tuileries.] - -Averti par ces cris, le coadjuteur, qui voyoit avec plaisir commencer -des troubles dans lesquels il devoit jouer un rôle si dangereux et si -brillant, jugeant nécessaire cependant de détruire les soupçons que la -cour avoit déjà conçus contre lui à ce sujet, sort de l'archevêché en -rochet et en camail pour aller trouver la reine, marche jusqu'au -Palais-Royal, au milieu d'une foule immense, qui demandoit Broussel -avec des hurlements de rage, y arrive, accompagné du maréchal de La -Meilleraie, qu'il avoit rencontré à la tête des gardes, près le -Pont-Neuf, cherchant à apaiser le tumulte, et que cette même populace -avoit forcé à la retraite. Il y montre toute l'étendue du mal, et le -maréchal confirme la peinture qu'il en fait. La reine et le cardinal -n'écoutèrent point d'abord de tels discours, venant d'un homme que -l'on regardoit comme l'auteur de la révolte; mais les avis, toujours -plus alarmants, se succédèrent avec tant de rapidité, qu'il fallut -enfin y penser sérieusement; et, parmi ceux qui s'en effrayèrent, -Mazarin n'étoit pas le moins effrayé. On tint une espèce de conseil -dont le résultat fut qu'il falloit rendre Broussel. Le coadjuteur -vouloit qu'on le rendît sur-le-champ: la reine exigeoit qu'avant tout -le peuple se séparât, et ce fut Gondi lui-même que l'on chargea de -porter à la multitude cette espèce de capitulation. Il sentit tout le -danger d'une semblable commission; mais il lui fallut céder, entraîné -d'ailleurs par le maréchal de La Meilleraie, qui voulut l'accompagner, -et dont l'emportement acheva de tout perdre. Tandis que le coadjuteur -s'avançoit à la rencontre des mutins, et s'apprêtoit à leur parler, le -maréchal se précipita vers eux d'un autre côté, à la tête des -chevau-légers de la garde, agitant son épée, et criant de toutes ses -forces: _Vive le roi! liberté à Broussel!_ Ce cri fut mal entendu, et -ce mouvement parut un signe d'hostilité. On lui répond en criant _aux -armes!_ il est assailli d'une grêle de pierres; et, perdant enfin -patience au bout de quelques moments, il tire et blesse mortellement, -vis-à-vis les Quinze-Vingts, un crocheteur qui, selon les uns, passoit -tranquillement ayant sa charge sur le dos, selon d'autres se montroit -le plus ardent parmi ceux dont il étoit environné. Alors la fureur du -peuple ne connut plus de bornes: l'insurrection s'étendit dans tous -les quartiers, et les environs du Palais-Royal furent dans un moment -remplis de gens armés. Le coadjuteur, porté par la foule jusqu'à la -Croix-du-Tiroir, y retrouva M. de La Meilleraie qui se défendoit avec -peine contre un gros de bourgeois postés dans la rue de l'Arbre-Sec. -Le prélat se jeta au milieu d'eux pour les séparer, et le maréchal fit -cesser le feu de sa troupe; mais, au même instant, un autre peloton de -séditieux, qui sortoit de la rue des Prouvaires, fit une décharge -très-brusque sur les chevau-légers. Fontrailles, qui étoit auprès du -maréchal, eut le bras cassé; un des pages du coadjuteur fut blessé, et -lui-même renversé d'un coup de pierre qui l'atteignit à la tête. -Enfin, ayant été reconnu au moment où un bourgeois, lui appuyant son -mousqueton sur la tempe, alloit lui faire sauter la cervelle, il fut -relevé, entouré avec de grandes acclamations; et, profitant avec -beaucoup de présence d'esprit de cette circonstance pour dégager le -maréchal, il marcha du côté des halles, entraînant avec lui toute -cette populace, tandis que M. de La Meilleraie effectuoit sa retraite -vers le Palais-Royal. - -Ses exhortations, ses prières, ses menaces calment les esprits. La -foule qui l'avoit accompagné, et à laquelle s'étoient joints tous les -fripiers dont ce quartier fourmille, consent à déposer les armes; -mais, obstinés à ravoir Broussel, ils le ramènent vers le -Palais-Royal, où le maréchal de La Meilleraie, qui l'attendoit à la -barrière, le fait entrer et le présente à la reine comme son sauveur -et celui de l'État. Il y fut néanmoins accueilli avec un dédain -ironique, parce qu'on ne cessoit point de le considérer comme l'auteur -de la sédition qu'il avoit feint d'apaiser, et que la cour n'avoit -encore qu'une idée imparfaite de la grandeur du mal. Gondi en sortit, -la rage dans le coeur, et méditant des projets de vengeance. Cachant -toutefois son dépit à la populace qui l'attendoit, il soutint jusqu'au -bout le rôle de pacificateur qu'il avoit voulu prendre dans cette -journée; et, forcé de se faire monter sur l'impériale de sa voiture, -pour rendre compte à cette multitude du résultat de son ambassade, il -lui parla avec un ton pénétré des promesses positives que la reine -avoit données de la délivrance des prisonniers, promesses qu'il -regardoit comme sacrées, et qui ne laissoient plus aucun prétexte au -rassemblement. La nuit vint[114]; la cohue se dissipa, et Gondi rentra -chez lui, blessé et en proie aux plus vives inquiétudes. Cependant on -étoit si loin de se fier dans le public aux promesses de la reine, que -beaucoup de bourgeois restèrent en armes devant leurs portes, et que -des corps-de-garde furent distribués dans diverses parties de la -ville; on en posa même un à la barrière des Sergents, à dix pas des -sentinelles du Palais-Royal. - - [Note 114: Le coadjuteur dit, dans ses mémoires, qu'il n'eut - pas beaucoup de peine à adoucir cette multitude, parce que - l'heure du souper approchoit. «Cette circonstance, - ajoute-t-il, paroîtra ridicule; mais elle est fondée, et - j'ai observé qu'à Paris, dans les émotions populaires, les - plus échauffés ne veulent pas ce qu'ils appellent _se - désheurer_.»] - -Les alarmes du coadjuteur et la méfiance du peuple n'étoient que trop -bien fondées: car, cette nuit même, on délibéroit, dans le conseil de -la régente, sur les moyens de se rendre maîtres le lendemain de -Paris[115]. Trois mécontents, Laigues, Montrésor et Argenteuil, -vinrent successivement trouver le prélat, et lui donner les avis les -plus sinistres sur les dispositions de la cour, qui, disoient-ils, -vouloit à la fois le punir de la révolte, et le perdre dans l'esprit -du peuple, en le faisant passer pour un des agents de ses promesses -fallacieuses. Il n'en falloit pas tant pour enflammer cet esprit -ardent et audacieux, pour le jeter dans les dernières extrémités. Il -déclare à ses amis que, le lendemain avant midi, il sera maître -lui-même de cette ville dont la cour prétend s'emparer, et commence -sur-le-champ l'exécution d'un plan de défense que ceux-ci regardèrent -d'abord comme le projet d'un insensé. Tandis que la régente et le -ministre faisoient mettre sous les armes toute la maison du roi; qu'on -introduisoit secrètement dans la ville quelques troupes cantonnées -dans les environs, et que l'avis étoit donné aux bons bourgeois sur -lesquels la cour croyoit pouvoir compter, de s'armer secrètement, les -agents de Gondi parcouroient la ville, en y répandant les bruits les -plus alarmants; lui-même se concertoit avec plusieurs colonels de -quartiers qui lui étoient dévoués, faisoit établir des pelotons de -leurs milices depuis le Pont-Neuf jusqu'au Palais-Royal, dans tous les -endroits où l'on avoit entendu dire que la cour devoit faire poster -des troupes, s'emparoit de la porte de Nesle, et faisoit commencer les -barricades. Le jour paroissoit à peine que le parlement étoit déjà -assemblé. - - [Note 115: On n'a jamais su précisément ce qui avoit été - agité dans ce conseil; les uns disent qu'Anne d'Autriche - vouloit casser tout ce qui avoit été fait dans le parlement, - depuis les assemblées de la chambre de St. Louis; d'autres, - qu'elle prétendoit casser le parlement lui-même, ou - l'interdire et l'exiler. Il paroît certain du moins que tous - ses desseins, quels qu'ils fussent, étoient violents.] - -La cour ignoroit absolument toutes ces dispositions. À six heures du -matin, le chancelier Séguier sort de sa maison et prend la route du -Palais, où il devoit, suivant les uns, casser tout ce que le parlement -avoit fait jusque là, suivant d'autres, lui prononcer son interdiction -absolue. Sa voiture est arrêtée sur le quai de la Mégisserie, par les -chaînes déjà tendues; il est reconnu, entouré, menacé; des cris de -_mort_ se font entendre, et le poursuivent jusqu'au quai des -Augustins. Il se sauve, suivi de son frère, l'évêque de Meaux, et de -sa fille, la duchesse de Sully, dans l'hôtel du duc de Luynes; la -populace y pénètre après lui, le cherchant partout avec des cris -effroyables[116]. Un hasard presque miraculeux le dérobe aux -perquisitions de ces assassins. Le maréchal de La Meilleraie accourt -avec une troupe de cavaliers, et le délivre enfin de cette horrible -position. La foule, qui s'écarte un moment devant les soldats, plus -furieuse encore de voir sa proie lui échapper, se réunit de nouveau, -poursuit sa voiture jusqu'au Palais-Royal, l'accablant d'une grêle de -pierres et de balles: la duchesse de Sully en fut légèrement blessée -au bras; quelques gardes et un exempt de police sont tués. - - [Note 116: Il s'étoit jeté dans un petit cabinet, où, livré - aux plus mortelles angoisses, il se confessoit à son frère, - et se préparoit à la mort. Le lieu paroissant extrêmement - abandonné, les mutins se contentèrent de frapper plusieurs - coups contre la cloison, et d'écouter s'ils n'entendroient - pas quelque bruit. Ils allèrent ensuite visiter d'autres - appartements.] - -Cette fureur se communique dans un instant à toute la ville: la -populace des faubourgs se précipite de toutes parts vers le palais et -la cité, où le gros du rassemblement étoit déjà formé. En moins de -deux heures près de treize cents barricades sont élevées dans Paris; -tous les dépôts d'armes sont ouverts ou forcés; l'air retentit des -plus horribles imprécations contre Mazarin et les autres ministres; la -reine elle-même n'est point ménagée. Les cris de _vive Broussel! vive -le coadjuteur!_ se mêlent à ces cris forcenés. Cependant le parlement, -assemblé tumultuairement, décidoit d'aller en corps redemander à la -régente ses membres arrêtés; et la cour faisoit solliciter alors ce -même coadjuteur qu'elle avoit outragé la veille, pour obtenir de lui -qu'il calmât la sédition. Il s'en défendit avec une douleur hypocrite, -et le parlement se mit en marche pour le Palais-Royal, au milieu des -acclamations d'une multitude qui abaissoit devant lui ses armes et -faisoit tomber ses barricades. Le premier président, Mathieu Molé, -marchoit à la tête de sa compagnie. Il parla à la reine avec beaucoup -de chaleur et d'éloquence, essayant de la convaincre qu'il n'y avoit -d'autre moyen de calmer une population entière, prête à se porter aux -dernières extrémités, que de rendre les prisonniers. La reine, d'un -caractère inflexible jusqu'à l'opiniâtreté, ne lui répondit que par -des reproches et par des menaces, et sortit brusquement pour ne pas en -entendre davantage. Molé et le président de Mesmes, qui avoient un -égal dévouement pour la cour, mais non pas le même courage, reviennent -et veulent tenter un dernier effort au moment où la compagnie -s'apprêtoit à sortir: ils rembrunissent encore les couleurs du -tableau, montrent Paris entier, armé, furieux, et sans frein, l'État -sur le penchant de sa ruine; ils n'obtiennent rien. Mazarin propose -seulement de rendre les prisonniers, si le parlement consent à ne plus -s'occuper de l'administration, et à se renfermer uniquement dans ses -fonctions judiciaires: la compagnie promet de s'assembler le soir -pour délibérer sur cette proposition; la cour est satisfaite de cette -promesse qui lui faisoit gagner du temps, ce qui étoit beaucoup pour -elle; et les magistrats commencent à défiler pour retourner au palais. - -Le peuple, qui croyoit Broussel renfermé dans le Palais-Royal, et qui -s'attendoit à le voir ramené par le parlement, ne le voyant pas -reparoître, commença à murmurer dès la première barricade; les -murmures augmentèrent à la seconde; ils dégénérèrent à la troisième, -près de la croix du Tiroir, en menaces et en voies de fait. Un furieux -saisissant le premier président, et lui appuyant le bout d'un pistolet -sur le visage, «lui commande de retourner à l'instant, et de ramener -Broussel, ou le Mazarin et le chancelier en otage, s'il ne veut être -massacré lui et les siens.» Molé, calme et serein au milieu de cette -foule, qui grossissoit sans cesse autour de lui, l'accablant de -malédictions et d'outrages, ne donne pas le moindre signe de crainte -ni de foiblesse, répond aux cris de ces rebelles avec toute la dignité -d'un magistrat qui a le droit de les punir de leur rébellion, et -ralliant paisiblement sa compagnie, revient au petit pas vers le -Palais-Royal, au milieu de ce cortége de forcenés. - -Il lui fallut essuyer ici de non moins rudes assauts. Anne d'Autriche, -que la colère avoit mise hors d'elle-même et entièrement aveuglée sur -le danger, s'indignoit que le parlement eût osé revenir après ce qui -s'étoit passé; et l'on prétend même qu'elle eut un moment la pensée de -faire arrêter quelques conseillers, pour lui répondre des fureurs de -la populace. Molé parla avec plus d'éloquence et de chaleur encore que -la première fois. Cinq ou six princesses qui se trouvoient dans le -cabinet, se jetèrent aux pieds de la reine; le duc d'Orléans, Mazarin -surtout, dont la frayeur étoit extrême, se joignirent à la foule -suppliante qui l'environnoit, et parvinrent enfin à lui arracher ces -paroles: «Eh bien! Messieurs du parlement, voyez donc ce qu'il est à -propos de faire.» Ces paroles sont saisies avec empressement: on fait -monter le parlement dans la grande galerie; il y tient séance, -délibère, et le résultat de la délibération est que la reine sera -remerciée de la liberté des prisonniers, et que, jusqu'aux vacances, -la compagnie ne s'occupera plus des affaires publiques, à l'exception -du paiement des rentes sur l'Hôtel-de-Ville et du tarif. Des lettres -de cachet sont délivrées; on prépare les carrosses du roi et de la -reine pour aller chercher Broussel et Blancmesnil, et le parlement -fait marcher ces carrosses devant lui comme un signe certain du -triomphe qu'il vient de remporter. Les passages alors lui sont -ouverts; et les acclamations qui l'avoient accompagné le matin, le -suivent encore jusqu'au palais. - -Le peuple n'en resta pas moins armé toute la nuit et le lendemain, -jusqu'au retour de Broussel, qui ne parut à Paris que vers dix heures -du matin. Il y fut reçu avec tous ces transports frénétiques que la -multitude éprouve ordinairement pour ses idoles. Les barricades sont -rompues, les corps-de-garde se dispersent, et deux heures après, les -rues de Paris étoient libres et sa population paroissoit tranquille; -cependant il s'y conserva encore, pendant quelques jours, un reste de -fermentation qui continua de donner des inquiétudes à la reine et au -cardinal. Sur le moindre bruit qui se répandoit que des troupes -arrivoient dans les environs de Paris, des cris de fureur se faisoient -entendre de nouveau, tantôt dans un quartier, tantôt dans un autre; à -ces cris se mêloient le cliquetis des armes, et quelquefois même des -salves de mousquetade. Mazarin, plus effrayé que jamais, demeura, -pendant ce temps, déguisé, botté, et tout prêt à partir, parce que, -disoit-on, le peuple étoit résolu de le prendre pour otage, et, si la -cour usoit de violence, d'exercer sur lui les plus terribles -représailles. On ne parvint à calmer cette multitude qu'en lui -témoignant une confiance sans réserve, en éloignant les troupes qui -lui portoient ombrage, et en réduisant la garde du roi à un très-petit -nombre de soldats. On conçoit combien une telle condescendance dut -coûter à la fierté de la régente. - -La cour sembloit abattue, le parlement triomphoit; mais l'auteur -secret de tant de désordres, Gondi, étoit trop clairvoyant pour ne pas -prévoir que le retour seroit terrible, surtout pour lui, s'il ne se -procuroit des appuis plus solides que cette faveur inconstante du -peuple, et cette fougue momentanée du parlement, divisé lui-même en -plusieurs partis, et incapable de marcher long-temps dans les mêmes -voies. La feinte douceur que la reine et son ministre lui témoignèrent -le lendemain, les caresses dont ils l'accablèrent, ne firent que -l'affermir dans ces idées et dans sa résolution. Il savoit que le -vainqueur de Lens étoit mécontent de la cour, et surtout de Mazarin: -ce fut sur lui qu'il jeta les yeux; c'est lui qu'il résolut de faire -le soutien de son parti. - -Le prince n'étoit point encore revenu de l'armée: il s'agissoit, -jusqu'à son retour, de maintenir la cour dans l'inaction, sans cesser -cependant d'entretenir l'animosité du peuple, ce que personne ne -savoit faire avec plus d'habileté que le coadjuteur[117]; et il y eût -réussi, si le parlement eût voulu entrer dans ses vues, si ce prélat -eût pu modérer les mouvements de cette compagnie, comme il savoit -exciter ceux de la multitude. Il avoit trouvé le moyen de s'introduire -dans les assemblées secrètes que tenoient quelques-uns de ses membres, -et c'étoit sous son influence que s'y préparoient les matières qui -devoient être présentées aux chambres assemblées, et que l'on y -convenoit de la manière dont elles seroient présentés: en ceci il -n'avoit d'autre intention que de tenir toujours la compagnie en -haleine. Mais, par une impétuosité qui rompit toutes ses mesures, le -parlement osa se proroger lui-même à l'approche des vacances sur -lesquelles la régente avoit compté; et insistant, malgré le refus -qu'elle en fit d'abord, la forcer en quelque sorte à lui accorder une -prolongation de service, sous prétexte d'affaires qui ne souffroient -aucun délai. Anne d'Autriche outrée de cette insolence, voyant -d'ailleurs s'accroître de jour en jour l'audace séditieuse de la -populace[118], prit enfin la résolution d'emmener le roi hors de -Paris, et d'employer, s'il le falloit, contre cette ville rebelle, -toutes les forces de la monarchie. - - [Note 117: Ses émissaires, et il en avoit une armée, - répandoient partout que la reine avoit toujours le dessein - d'assiéger Paris, et que les troupes qui devoient être - employées à cette expédition, étoient déjà dans les - environs; on assuroit que, parmi ces troupes, il y avoit des - Flamands et des Suisses, qu'elle destinoit à faire une - seconde St. Barthélemi; l'on faisoit en même temps circuler - mystérieusement des prophéties qui annonçoient tous ces - malheurs, et de plus, des maladies, des inondations, des - fléaux de toute espèce, comme un juste châtiment du ciel, - qu'attiroit aux peuples la corruption de son gouvernement; - des colporteurs distribuoient sous le manteau, des libelles, - des vers, des chansons, où la prévention d'Anne d'Autriche - pour son ministre étoit présentée sous les couleurs les plus - odieuses. Ainsi s'échauffoient les têtes, et plus peut-être - que Gondi n'auroit voulu.] - - [Note 118: Les choses en vinrent au point que l'on osa lui - manquer de respect dans les promenades publiques, faire - retentir à ses oreilles les chansons faites contre elle, et - la poursuivre dans les rues avec des huées.] - -Tout fut préparé dans le plus profond mystère, et la cour partit tout -à coup pour Ruel le 13 septembre au matin. Dès qu'elle y fut arrivée, -Mazarin, qui, dans sa position, avoit le grand avantage de pouvoir -employer la force quand la ruse ne lui sembloit pas suffisante pour -arriver à ses fins, avoit cru devoir se délivrer par un moyen violent -de Chavigni et de Châteauneuf, qu'il considéroit comme les plus -dangereux de tous ses ennemis. Le premier fut constitué prisonnier à -Vincennes, dont il étoit gouverneur; le second fut de nouveau exilé. -Ce coup d'autorité exaspéra les esprits: les principaux frondeurs se -virent menacés, dans cette violence dont deux d'entre eux venoient -d'être les victimes; on cria à la tyrannie; pour la première fois, -Mazarin fut nommé, dans les opinions, avec les qualifications, les -plus injurieuses; on agita la question de savoir s'il ne conviendroit -pas de pourvoir à la sûreté publique en mettant des bornes à -l'exercice du pouvoir absolu sur la liberté des citoyens. Le parlement -fit prier les princes de se rendre dans son sein pour y délibérer sur -l'arrêt de 1617[119], qui, à l'occasion du maréchal d'Ancre, -défendoit, et ce _sous peine de la vie_, aux étrangers, de s'immiscer -dans le gouvernement de l'État; et, malgré un arrêt du conseil, donné -en cassation du sien, persista dans toutes ses conclusions. La reine, -de plus en plus irritée, se fait alors amener furtivement de Paris son -second fils, le duc d'Anjou, qu'une indisposition l'avoit forcée d'y -laisser: à peine cette nouvelle est-elle sue, que l'alarme se répand -de nouveau partout; le parlement donne ordre au prévôt des marchands -et aux échevins de pourvoir à l'approvisionnement et à la sûreté de la -ville; tout s'y dispose comme si elle étoit sur le point de soutenir -un siége; les bourgeois préparent leurs armes, et ne paroissent point -effrayés des hasards et des conséquences d'une guerre civile. - - [Note 119: Cet arrêt étoit renfermé dans les fameuses - remontrances dont nous avons parlé à la page 18.] - -Gondi, qui ne l'auroit point voulu sitôt parce qu'il ne jugeoit pas -que l'on y fût encore assez préparé, tout déconcerté qu'il étoit par -ce mouvement trop rapide du peuple et par cette folle conduite du -parlement, prenoit cependant ses mesures pour un événement qu'il -jugeoit inévitable; et il étoit prêt à faire partir pour Bruxelles un -négociateur chargé de traiter avec le comte de Fuensaldagne qui y -commandoit, et de le déterminer à faire marcher une armée espagnole au -secours de Paris, lorsqu'on vint lui annoncer l'arrivée du prince de -Condé, à laquelle il ne s'attendoit pas sitôt. C'étoit Anne d'Autriche -elle-même qui l'avoit appelé dans l'intention de s'en faire un appui -qu'elle ne croyoit pas pouvoir lui manquer. Mais Gondi, plus fécond -encore en ressources, et rassuré par ce retour même qui sembloit -devoir détruire toutes ses espérances, renonça aussitôt au projet -qu'il avoit formé du côté de l'Espagne, et conçut le dessein, plus -hardi peut-être, de disputer à la cour le héros sur lequel elle avoit -compté. Il vit le prince en secret, le trouva, au sujet de Mazarin, -tel qu'il le désiroit, sut lui persuader que tout le mal venoit de cet -entêtement que la reine mettoit à soutenir un tel ministre, et qu'il -falloit employer tous les moyens pour la forcer à l'abandonner. Le -prince tomboit d'accord avec lui sur tous ces points: abattre le -cardinal et gouverner peut-être à sa place lui sembloit une -perspective séduisante; mais les prétentions excessives et les -entreprises audacieuses du parlement l'effrayoient: «Je m'appelle -Louis de Bourbon, disoit-il, et je ne veux pas ébranler la couronne;» -comme si un instinct secret lui eût révélé qu'en effet il n'y avoit -plus rien désormais entre le roi et le parlement. - -Dans l'espèce d'irrésolution où le jetoit cette situation des -affaires, il fut décidé qu'on prendroit un parti mitoyen; que, pour le -moment, le prince se présenteroit comme intermédiaire entre les deux -partis, et dans cet intervalle de repos qu'il auroit su faire naître, -travailleroit de tous ses efforts à dégoûter la reine de Mazarin, et -sinon à le précipiter tout à coup du haut rang où elle l'avoit élevé, -du moins à l'en laisser _glisser_, de manière qu'il devînt ensuite -facile de s'en débarrasser tout-à-fait. En conséquence de ce plan, qui -convint à Gondi parce qu'il lui faisoit gagner du temps, Condé -détourna la reine du projet qu'elle avoit formé d'attaquer Paris, et -lui proposa d'engager une conférence entre lui-même, le duc d'Orléans -et les députés du parlement. Cette conférence eut lieu à -Saint-Germain, où la cour s'étoit transportée; et Gondi, par une -démarche très-adroite, trouva le moyen d'en faire exclure le cardinal. -Elle commença le 25 septembre, et dura, à plusieurs reprises, jusqu'au -22 octobre. On y discuta, les uns après les autres, tous les articles -de l'arrêté du parlement; et tous, long-temps débattus, furent enfin -accordés jusqu'à celui _de la sûreté publique_[120], qui avoit le -plus offensé la cour, et au moyen duquel la liberté fut aussitôt -rendue à MM. de Châteauneuf et de Chavigni. Tout cela se fit d'abord -malgré la reine, qui auroit bien voulu que les princes ne se fussent -pas montrés si faciles; mais, après avoir vainement tenté de les -ramener à ces partis violents qu'elle étoit toujours disposée à -prendre, elle se radoucit tout à coup, par l'envie extrême qu'elle -avoit de voir cesser les assemblées du parlement. Enfin cette -déclaration fameuse qui portoit un si rude coup à l'autorité royale -fut enregistrée comme la compagnie l'avoit conçue et rédigée; les -chambres prirent leurs vacations, et la cour revint à Paris, où le roi -fut reçu de ce peuple aveugle et léger, avec les acclamations -ordinaires et les transports de la plus vive allégresse. - - [Note 120: Cet article par lequel on prétendoit borner - l'exercice du pouvoir absolu sur la liberté des citoyens, - étoit un résultat du mécontentement qu'avoient produit les - emprisonnements faits depuis le commencement des troubles, - et notamment celui de Chavigni. Le parlement demandoit qu'il - ne fût pas permis de garder personne en prison plus de - vingt-quatre heures, sans l'interroger. La cour opposoit de - solides raisons à une demande qui ne prouvoit que le peu - d'expérience de ceux qui le faisoient en affaires d'état; - elle résista long-temps, et obtint enfin, avec beaucoup de - peine, que ce terme seroit prolongé jusqu'à trois jours. - Toutefois, la régente ne voulut jamais consentir à ce que - cette restriction au pouvoir absolu, fût insérée dans la - déclaration: elle dit que sa parole devoit suffire. Le - prince de Condé fut d'avis que le parlement devoit s'en - contenter; et depuis il eut lieu de s'en repentir.] - -Le caractère même de cette paix présageoit son peu de durée. Elle -étoit trop désavantageuse à la régente pour qu'elle ne cherchât pas -d'abord à en éluder les conditions, ensuite à accabler des rebelles -qui avoient eu l'audace de traiter avec leur souverain et de prescrire -des bornes à son autorité. Ceux-ci sentoient tout le danger de leur -position, surtout Gondi, dont l'ambition n'avoit rien gagné à ce -dernier arrangement, et qui craignoit toujours le juste châtiment que -lui méritoient les barricades. Les yeux sans cesse attachés sur cette -cour qu'il avoit si profondément offensée, et sur les factieux -subalternes que dirigeoit son dangereux génie, cet artisan de -discordes n'attendoit que l'occasion favorable pour ourdir de nouveaux -complots. La disposition générale des esprits étoit telle qu'elle ne -pouvoit tarder à se présenter. (1649) Par une maladresse que rien ne -peut justifier, Mazarin, dès les premiers jours, avoit jugé à propos -de contrevenir aux articles les plus minutieux de cette déclaration, -que, dans la chaleur des partis, on regardoit comme une loi -fondamentale de l'État: c'en fut assez pour rallumer un feu mal -éteint. Les esprits les plus impétueux et les plus turbulents du -parlement demandèrent à grands cris l'assemblée des chambres, et ne -l'obtenant pas assez vite du premier président, s'assemblèrent -d'eux-mêmes, entraînèrent ainsi le reste de leurs confrères, et -recommencèrent leurs délibérations séditieuses. La reine, effrayée de -cette fermentation nouvelle, crut leur en imposer en y envoyant les -princes et les pairs; mais Gaston, toujours flottant entre les deux -partis, étoit peu attaché à ses intérêts; Condé mettoit dans ses -paroles et dans ses actions une hauteur, une véhémence qui n'étoient -propres qu'à aigrir les esprits; la plupart des grands respiroient la -faction. Dans cette journée mémorable, le premier de ces deux princes -parla vaguement et foiblement; le second s'emporta jusqu'à menacer un -conseiller[121] dont les clameurs l'importunoient. Le tumulte le plus -violent s'élève aussitôt dans l'assemblée; on oublie le respect que -l'on doit à son rang et à son caractère; il est forcé de faire une -sorte de réparation en protestant qu'il n'a eu l'intention de menacer -personne, et sort au milieu des cris insolents des jeunes conseillers -des enquêtes, la rage dans le coeur, et bien résolu à ne plus -s'exposer à de semblables avanies, «ne voulant pas, disoit-il, de -prince qu'il étoit, devenir bourgmestre de Paris.» - - [Note 121: Quatresous, conseiller aux enquêtes.] - -C'est ainsi qu'il se lia plus fortement que jamais au parti de la -régente, dont Gondi avoit espéré une seconde fois le détacher. Mais -cet esprit si actif, si fécond en ressources, au moment même où Condé -lui échappoit, cherchoit déjà et trouvoit de nouveaux appuis. Les -divisions intestines qui agitoient la cour, et qu'il épioit avec soin -jusque dans leurs plus petits détails, celles surtout qui venoient -d'éclater dans la propre famille du prince, lui fournirent bientôt -tous les moyens nécessaires pour relever son parti, pour lui donner -même un nouvel éclat. Le prince de Conti, mécontent et jaloux d'un -frère dont la gloire l'offusquoit et qui l'accabloit de sa -supériorité; la duchesse de Longueville, soeur de ces deux princes, -qui croyoit avoir des raisons de haïr Condé après l'avoir tendrement -aimé; le duc de Longueville, furieux contre Mazarin, qui l'avoit bercé -de fausses espérances; le jeune Marsillac[122], amant de la duchesse, -maître absolu de son esprit et dont l'ambition étoit encore plus -grande que l'amour; tous ces esprits ardents ou irrités, animés encore -par l'éloquence insidieuse et entraînante du coadjuteur, et suivis de -cette foule de mécontents qui abondent toujours dans les cours, se -jetèrent dans son parti, promirent de rester à Paris, de le défendre -s'il étoit attaqué, s'abouchèrent avec les principaux chefs de la -faction parlementaire, les Viole, les Longueil, etc., qui leur -promirent tout au nom de leur compagnie; et tandis qu'ils espéroient -faire servir les mouvements aveugles du parlement à leurs propres -intérêts, se rendirent eux-mêmes les instruments des projets ambitieux -du coadjuteur. - - [Note 122: Depuis duc de La Rochefoucauld, l'auteur des - Maximes.] - -Sûr des moyens de défense, Gondi voulut commencer lui-même l'attaque. -Son ennemi étoit détesté: en accroissant chaque jour cette haine -populaire par des bruits absurdes et calomnieux[123] que personne ne -sut jamais mieux que lui faire circuler parmi la multitude, il voulut -y joindre encore le ridicule. Mazarin y prêtoit malheureusement -beaucoup. Le chansonnier Marigni[124] fut déchaîné contre lui, et -remplit Paris de ses ballades et de ses triolets. Les railleries les -plus piquantes, les sarcasmes les plus amers l'accablèrent de toutes -parts; les placards les plus diffamants couvroient toutes les -murailles, et la presse vomissoit chaque jour des libelles encore plus -horribles qui se distribuoient clandestinement. Tant d'outrages -rejaillissoient jusque sur la reine, qui n'étoit plus désignée dans le -public que par le sobriquet de _dame Anne_. Elle ne pouvoit faire un -pas dans Paris sans entendre retentir à ses oreilles quelques-uns de -ces vaudevilles insolents et grossiers, où sa vertu même n'étoit pas -épargnée. Enfin, ne pouvant plus supporter tant d'outrages, sentant -croître, de jour en jour, les embarras de sa position, à cause de -cette pénurie des finances que le parlement sembloit se faire un jeu -d'accroître par ses résistances, sûre du prince de Condé que ses -prières et ses larmes avoient achevé de fixer au soutien de sa cause, -parvenue à obtenir du duc d'Orléans qu'il ne s'opposeroit point au -projet qu'elle avoit formé, elle prit la résolution de sortir une -seconde fois de Paris, et d'exercer sur cette ville rebelle le -châtiment qu'elle avoit mérité. - - [Note 123: «La nuit de Noël devoit être éclairée par des - feux aussi affreux que ceux de la Saint-Barthélemi; la reine - avoit résolu de marquer ce saint temps par l'exécution la - plus injuste et la plus sanglante; la ville seroit livrée au - meurtre et au pillage; la vengeance des barricades et des - autres révoltes feroit à jamais trembler la postérité.»] - - [Note 124: Carpentier de Marigni, fils du seigneur d'un - village de ce nom, près de Nevers, fameux par son esprit - satirique et mordant, et par le ton piquant de ses - vaudevilles, genre de poésie dans lequel il n'avoit point - alors d'égal.] - -Cette sortie, préparée dans le mystère le plus profond, fut exécutée au -milieu de la nuit dans le plus grand désordre. Tous ceux qui devoient -accompagner le roi, avertis au moment même du départ, le suivirent dans -un trouble et avec des inquiétudes qui furent encore augmentées par -l'état de dénuement dans lequel la cour entière se trouva à son arrivée -à Saint-Germain. La reine, fière de l'appui de Condé, et méditant les -projets d'une vengeance qu'elle croyoit prompte et facile, montroit -seule de la fermeté et même une sorte de joie. À Paris, le premier -sentiment du peuple et du parlement fut celui de la consternation. Gondi -et ceux qui avoient son secret changèrent bientôt ces dispositions: ils -parvinrent à rendre quelque courage à cette compagnie, et dans un moment -surent faire passer la multitude de l'abattement à la fureur. On prit -les armes; on s'empara des portes; toutes les issues furent fermées à -ceux qui vouloient gagner Saint-Germain; on pilla leurs bagages; on -maltraita leurs gens; et ces excès furent autorisés par un arrêt du -parlement, qui, sans avoir égard à une lettre écrite par le roi au -prévôt des marchands[125], et dont la lecture fut faite dans sa première -assemblée, ordonna à ce magistrat de veiller à la sûreté publique et à -la garde des portes. Le lieutenant de police eut ordre en même temps -d'assurer l'approvisionnement de Paris et le passage de vivres. - - [Note 125: Le roi y déclaroit vaguement qu'il n'étoit sorti - de Paris que sur la connoissance qu'il avoit eue des - complots de quelques membres du parlement contre sa - personne, et de leurs intelligences avec les ennemis. Il - exhortoit les bourgeois à embrasser sa cause, et à l'aider - dans sa vengeance contre les rebelles.] - -Cependant ce parlement, regardé par le peuple comme la seule autorité -qu'il dût écouter, alors qu'il agissoit lui-même comme si cette -autorité eût été légitime, étoit livré aux plus cruelles perplexités, -et renfermoit déjà dans son sein tous les germes de foiblesse et de -division. Deux partis, l'un de factieux, l'autre de membres dévoués à -la cour, l'agitant en sens contraire, cherchoient, chacun de son -côté, à entraîner ceux de leurs confrères qui, étrangers à toutes les -passions, à tous les intérêts, ne vouloient que le bien public; et du -reste, se voyant ainsi isolés entre le peuple et la cour, tous -craignoient le nom de rebelles, et le déshonneur qui y étoit attaché. -Gondi, peu inquiet d'abord de ces incertitudes qu'il étoit sûr de -faire disparoître à l'instant où il montreroit les appuis illustres -qu'il avoit su donner à la révolte, commençoit lui-même à concevoir -les plus vives alarmes: le duc de Bouillon et le maréchal de La Mothe, -qui s'étoient aussi engagés avec les frondeurs, étoient restés à Paris -avec la duchesse de Longueville; mais le duc, époux de cette -princesse, parti de la Normandie dont il étoit gouverneur, au lieu de -se rendre dans cette capitale, avoit tourné court à Saint-Germain, -sans donner depuis de ses nouvelles; le prince de Conti, forcé par son -frère de suivre la cour, ne paroissoit point encore; et l'on n'étoit -pas moins inquiet de Marsillac, qui s'étoit rendu auprès du jeune -prince pour fortifier ses résolutions et favoriser sa fuite. Ces -alarmes, que partageoient les autres chefs de la faction, étoient -accrues par la conduite inégale du parlement, tantôt poussant l'audace -jusqu'à renvoyer sans les ouvrir de nouvelles lettres du roi qui lui -ordonnoient de se transporter à Montargis, tantôt foible au point -d'envoyer en quelque sorte demander grâce à Saint-Germain. Ses députés -s'y présentèrent sans avoir été appelés, tandis que Gondi, mandé à la -cour par un ordre formel du roi, faisoit arrêter sa voiture par le -peuple pour être dispensé de faire un voyage aussi périlleux. Ils y -furent mal reçus, renvoyés avec menaces, et cette rigueur impolitique -servit les factieux plus que tout le reste. Dès qu'on apprit qu'il n'y -avoit point de transaction à espérer, le désespoir donna du courage -aux plus foibles; et les chefs ne manquèrent pas de semer des bruits -alarmants dont l'effet fut d'accroître encore cette effervescence -générale. La chambre des comptes et la cour des aides, qui avoient -également député vers la cour, qui avoient éprouvé la même réception, -partagèrent les ressentiments du parlement; et tous les corps, à -l'exception du grand conseil, se réunirent dans le projet de se -défendre contre ce qu'ils appeloient la tyrannie du cardinal. Il n'y -eut qu'un cri contre lui, et c'est alors que fut rendu cet arrêt qui -le déclare «ennemi du roi et de l'État, perturbateur du repos public; -lui ordonne de se retirer le jour même de la cour, et dans huitaine du -royaume, enjoignant, passé ce temps, aux sujets du roi de lui _courre -sus_, et faisant défense à toute personne de le recevoir.» On ordonna -des subsides, on leva des soldats dans la populace de Paris, on nomma -même un général[126] à cette armée sans expérience et sans discipline. - - [Note 126: Le marquis de la Boulaye, que l'on croit avoir - été de tout temps vendu au cardinal, et dont nous aurons - occasion de parler par la suite.] - -Cependant Gondi attendoit toujours avec la plus vive impatience les -véritables chefs qui devoient former et commander une aussi foible -milice. Sourdes intrigues, courses nocturnes, largesses populaires, il -n'avoit rien épargné pour allumer le feu de la sédition; le succès -avoit passé ses espérances, et des nouvelles satisfaisantes qu'il -reçut enfin de Marsillac achevoient de le rassurer, lorsque -l'événement le plus inattendu vint le jeter dans de nouveaux embarras. -Le duc d'Elboeuf, prince de la maison de Lorraine, poussé par l'amour -de l'intrigue et des nouveautés, surtout par son extrême indigence, se -croyant appelé à jouer sur ce théâtre le rôle des Guise et des -Mayenne, entra tout à coup à Paris avec ses trois fils, et vint offrir -ses services d'abord au corps de ville, où on le reçut avec les plus -vifs transports de joie, ensuite au parlement, où, malgré les efforts -des membres initiés aux secrets du coadjuteur, il sut entraîner tous -les esprits, et fut nommé sur-le-champ général en chef de l'armée -parisienne. Pendant que ces choses se passoient, les princes se -présentèrent enfin aux portes de la ville, qu'on eut beaucoup de peine -à leur ouvrir[127], et y entrèrent au milieu des préventions et des -méfiances du peuple, lequel ne pouvoit croire que la famille de Condé -pût venir prendre sincèrement sa défense. C'est ici qu'il faut admirer -les ressources prodigieuses du moteur secret de tant d'intrigues -ténébreuses. Si d'Elboeuf conservoit sa supériorité, Gondi n'étoit -plus rien: avec les princes il étoit tout; il falloit donc, sans -perdre de temps, abattre l'un et relever les autres. Aussitôt tous ses -agents secrets sont mis en mouvement pour décrier le nouveau général. -Marigni le chansonne; il est présenté sourdement dans le peuple comme -un traître qui s'est introduit dans Paris d'intelligence avec la cour, -à laquelle il est vendu; on lui suppose même une correspondance -secrète avec elle, et on la fait circuler. Pendant qu'on faisoit jouer -toutes ces machines, le coadjuteur parcouroit les rues de Paris ayant -Conti dans son carrosse, démarche qui annonçoit de la confiance, -calmoit le peuple, et l'accoutumoit à la vue du jeune prince. Lorsque -tout fut ainsi préparé, il le conduisit au parlement, où commencèrent -aussitôt les premières scènes d'une action théâtrale qu'il avoit -concertée avec tous les chefs de son parti. Le duc de Longueville se -présenta d'abord, offrant à la compagnie ses services, toute la -Normandie dont il étoit gouverneur, et la priant de trouver bon que, -pour sûreté de sa parole, il fît loger à l'Hôtel-de-Ville sa femme, sa -fille et son fils. Le duc de Bouillon parut ensuite, faisant les mêmes -protestations, mais donnant à entendre que c'étoit sous les ordres du -prince de Conti qu'il espéroit servir la cause commune. Le maréchal de -La Mothe offrit après lui ses services aux mêmes conditions. À mesure -que ces illustres personnages se succédoient, le prince d'Elboeuf -perdoit de sa considération et de ses partisans. C'est en vain qu'il -voulut élever la voix, et réclamer le rang suprême qui lui avoit été -accordé la veille: on ne l'écouta point; et il fut forcé de descendre, -avec les autres chefs, à celui de simple général sous le prince de -Conti, qui fut créé généralissime. En sortant du parlement, Gondi alla -chercher les duchesses de Bouillon et de Longueville, qu'il conduisit -lui-même comme en triomphe à l'Hôtel-de-Ville, au milieu des -acclamations d'une multitude immense attirée par la nouveauté d'un -spectacle, qui d'ailleurs achevoit de détruire toutes les méfiances. -La Bastille, que la cour n'avoit pas songé à mettre en état de -défense, fut sommée et prise le même jour[128] par capitulation; et la -guerre civile fut ainsi organisée, au gré du coadjuteur. - - [Note 127: Ils restèrent très-long-temps à la porte - Saint-Honoré, où ils étoient arrivés au milieu de la nuit; - il fallut que le coadjuteur et Broussel allassent haranguer - les bourgeois pour les déterminer à les laisser entrer, ce - qu'ils ne firent qu'avec de grandes difficultés, et lorsque - le jour commençoit déjà à paroître.] - - [Note 128: Cette forteresse, qui auroit pu servir à - inquiéter et à contenir la ville, avoit été laissée sans - pain, sans munitions et avec une garnison de vingt-deux - soldats, suffisante pour garder des prisonniers, mais non - pour soutenir un siége. Du Tremblay, frère du célèbre père - Joseph, qui en étoit gouverneur, la rendit après une - première décharge de six canons qu'on avoit placés dans le - jardin de l'arsenal, et priva ainsi du plaisir de voir un - siége les dames de Paris, qui s'étoient fait apporter des - chaises dans ce jardin pour assister à ce spectacle.] - -Laigues, Vitri, Noirmoutier, Brissac, de Luynes, et un grand nombre -d'autres seigneurs, mécontents de la cour, et attirés par le nom d'un -prince du sang, vinrent grossir la foule des frondeurs. Ces nouveaux -venus furent chargés des levées, des fortifications, du soin d'exercer -les soldats, et reçurent divers départements dans les conseils que -l'on créa. Un personnage destiné à y jouer un plus grand rôle, le duc -de Beaufort, échappé depuis quelque temps de sa prison avec beaucoup -de bonheur et d'audace, ne tarda pas à les joindre. C'étoit un prince -d'un esprit borné, à la fois courageux et fanfaron, adoré de la -populace dont il avoit le langage et les manières, également méprisé -dans les deux partis, où il fut désigné sous le nom de _Roi des -Halles_, qu'il n'avoit que trop mérité. Gondi, commençant à -s'apercevoir qu'il gouvernoit difficilement le prince de Conti et la -duchesse de Longueville, sentit tout le parti qu'il pouvoit tirer de -cet instrument aveugle qui venoit de lui-même se jeter entre ses -mains. Il se l'attacha fortement, et par son moyen devint seul -puissant dans le peuple. On continuoit cependant les levées. Elles se -firent avec une telle facilité, que dans l'espace de deux jours on mit -sur pied une armée de douze mille hommes. Les biens de Mazarin furent -confisqués, vendus publiquement pour subvenir aux frais de la guerre; -et la recherche de ses meubles fit naître les délations et les -vexations les plus odieuses à l'égard d'un grand nombre de -particuliers. Le parlement, s'occupant, dès ces premiers moments, de -concentrer et de régulariser l'autorité, forma plusieurs chambres -administratives auxquelles furent attribuées toutes les diverses -branches de la police générale et particulière, ce qui réduisit les -généraux et le prince de Conti lui-même à une nullité presque absolue. -Une circulaire fut envoyée à tous les parlements et aux villes les -plus considérables, par laquelle on les invitoit à s'unir au parlement -et à la capitale pour _la délivrance_ du roi et l'expulsion de son -ministre; et l'on crut justifier suffisamment tant d'attentats contre -l'autorité légitime en envoyant à la cour des remontrances dans -lesquelles, après avoir renouvelé contre le cardinal toutes les -déclamations tant de fois répétées, le parlement déclaroit de nouveau -ne s'être soulevé que pour soustraire le roi et le peuple à son -insupportable tyrannie. - -Tandis que toutes ces choses se passoient à Paris, la régente et son -ministre, déployant toute l'étendue de la puissance royale, -déclaroient le parlement criminel de lèse-majesté; et Condé se -préparoit, avec huit à neuf mille hommes, à en bloquer cinq cent mille -renfermés dans une ville immense et fortifiée. Mais cette poignée de -soldats étoit un débris de cette brave armée avec laquelle il avoit -remporté tant de victoires; et la multitude innombrable qui lui étoit -opposée, se composoit d'artisans, de laquais, de citadins amollis par -le repos et les plaisirs de la capitale. Le mépris profond qu'il avoit -pour de semblables ennemis l'avoit porté d'abord à s'emparer de tous -les postes qui servoient de communication avec les provinces d'où -Paris tiroit ses subsistances, formant ainsi le projet audacieux de -l'affamer, projet qu'un autre eût à peine osé concevoir avec une armée -de cinquante mille hommes. Forcé bientôt de se réduire à un plus petit -nombre de quartiers, pour ne pas s'exposer à être battu en détail, et -à voir fondre ainsi sa petite troupe, il se réduisit à trois postes, -Saint-Denis, Sèvre et Saint-Cloud, qu'il commit à la garde de ses -plus habiles officiers, tandis qu'à la tête d'une troupe légère, -toujours à cheval, il couroit de quartier en quartier, interceptant -quelques convois, brûlant quelques moulins, et donnant l'exemple d'une -activité et d'une vigilance admirables, pour produire malheureusement -d'assez médiocres effets. Quant à l'armée de la fronde, elle étoit -retenue dans la ville par ses chefs, non qu'ils manquassent de -courage, mais parce qu'ils savoient mieux que personne ce que valoit -cette lâche et indocile milice. - -Ils se hasardèrent enfin à la faire sortir, à essayer s'ils ne -pourroient pas l'aguerrir dans quelques petits combats. C'est ici que -la fronde prend réellement un caractère plaisant et même ridicule que -tous les écrivains ont reconnu, mais dont ils ont fait une application -trop générale; c'est ici que l'esprit national se montre dans toute sa -piquante singularité. Les troupes parisiennes, pleines de jactance -dans leurs paroles, riches et élégantes dans leurs habillements, -sortoient en campagne, ornées de plumes et de rubans, pour jeter leurs -armes et fuir à toutes jambes vers la ville, lorsqu'elles -rencontroient le moindre escadron de l'armée royaliste. Elles y -rentroient au milieu des huées, des brocards, des traits malins de -toute espèce. On rioit de la gaucherie de leurs évolutions militaires. -Toujours battues lorsqu'elles osoient faire la moindre résistance, on -ne les consoloit de ces petits échecs que par de plus grandes risées. -L'entrée de quelques convois qu'on avoit pu dérober à la vigilance de -l'ennemi, passoit pour un grand triomphe, et l'on honoroit du titre de -bataille la plus petite escarmouche. Dans l'attaque de Charenton[129], -la seule affaire sérieuse de ce siége burlesque, la seule où Condé -éprouva de la résistance, et où ses soldats furent obligés de déployer -leur valeur, l'armée parlementaire, trois fois plus nombreuse que -celle des royalistes, s'ébranla si lentement pour aller au secours des -assiégés, qu'on voyoit encore son arrière-garde au milieu de la place -Royale, tandis que les autres corps, arrêtés sur les hauteurs de -Picpus, y contemploient tranquillement l'assaut et la prise de la -ville, sans oser seulement traverser la vallée de Fécamp, qui les -séparoit des royalistes. Une gaieté folle animoit les deux partis: -Marigni, Blot, le médecin Gui-Patin, Scarron, Mézerai, jeune alors, -inondoient Paris de chansons, de ballades, de pamphlets, où ils -déchiroient et plaisantoient tout le monde, royalistes et -parlementaires. Condé, d'un autre côté, si dédaigneux et si railleur, -réjouissoit la cour des sarcasmes amers qu'il lançoit sur ses -valeureux adversaires[130]. Les bons mots pleuvoient de tous les -côtés. Faisant allusion au prince de Conti son frère, qui étoit -contrefait et même un peu bossu, il fit un jour une profonde -salutation à un singe attaché dans la chambre du roi, lui donnant le -titre de _généralissime de l'armée parisienne_. La cavalerie que -fournirent les maisons les plus considérables de Paris fut nommée, par -les frondeurs eux-mêmes, _cavalerie des portes cochères_. Le régiment -de Corinthe, levé par le coadjuteur, ayant été battu dans une -rencontre, on appela cet échec _la première aux Corinthiens_. Vingt -conseillers créés par Richelieu, et dédaignés de leurs confrères, -ayant voulu effacer la honte de leur nouvelle création en fournissant -chacun un subside de 15,000 liv., n'en retirèrent d'autre avantage que -d'être appelés _les Quinze-Vingts_. - - [Note 129: Le prince s'étoit d'abord emparé de ce poste, et - l'avoit ensuite abandonné. Les frondeurs, qui le jugèrent - utile pour favoriser l'arrivée de leurs convois, le - fortifièrent, et y jetèrent trois mille hommes de leurs - moins mauvaises troupes, sous les ordres du marquis de - Chanleu. Il fut tué dans l'attaque, après s'être défendu - jusqu'à la dernière extrémité, et avoir refusé quartier.] - - [Note 130: Il disoit que toute cette guerre ne méritoit - d'être écrite qu'en vers burlesques; il l'appeloit aussi _la - guerre des pots de chambre_.] - -Cependant, la prise de Charenton commença à diminuer un peu de cet -enivrement des frondeurs. Jusque-là Paris avoit nagé dans -l'abondance, tandis que la disette régnoit à Saint-Germain. Les -habitants des campagnes, sûrs d'être bien payés, profitoient de tous -les passages pour porter leurs denrées à la capitale; et les propres -soldats de Condé, attirés par le même appât, contribuoient eux-mêmes à -l'approvisionner. Mais lorsque le prince, maître de ce poste -important, eut pris des mesures pour resserrer davantage les assiégés, -les privations commencèrent à se faire sentir; la fatigue et le dégoût -succédèrent par degrés aux premiers mouvements d'enthousiasme, sinon -dans le peuple, du moins dans la classe des bourgeois aisés, qui seuls -supportoient tout le poids de la guerre. Accablés de subsides, exposés -aux insolences du peuple et aux vexations des soldats, ils soupiroient -après la paix, qui seule pouvoit leur rendre le repos et la -considération qu'ils avoient perdus. Il est inutile de dire que la -partie la plus saine du parlement, dominée et contenue par les -factieux, la désiroit avec la même ardeur. Quant aux généraux, pleins -en apparence d'une animosité commune contre le ministère, ils -n'avoient en effet d'autre but que leur intérêt particulier; et leur -mécontentement, né de l'oubli ou du dédain de la cour, étoit prêt à -cesser dès qu'elle se montreroit disposée à leur accorder ses faveurs. -Si l'on en excepte le coadjuteur et le duc de Beaufort, il n'en étoit -pas un seul qui n'eût avec elle quelque négociation secrète. La cour -elle-même fatiguée d'une guerre plus difficile à terminer qu'elle ne -l'avoit cru d'abord, et dont les suites pouvoient devenir -très-fâcheuses, n'étoit point éloignée maintenant de l'accommodement -qu'elle avoit d'abord refusé avec tant de hauteur; et ses émissaires, -secrètement répandus dans Paris, s'y abouchoient avec les chefs, -travailloient à y développer ces dispositions pacifiques, dont les -signes devenoient de jour en jour plus manifestes. Le regard perçant -de Gondi avoit pénétré tous ces mouvements divers, et saisi tout d'un -coup les dangers extrêmes d'une semblable situation. De tant d'appuis -qu'il croyoit avoir élevés à ses projets ambitieux, tous étoient sur -le point de lui manquer, à l'exception de ce peuple, qui étoit bien -plus dans les mains du parlement que dans les siennes, dont il -connoissoit la cruelle inconstance, et dont il avoit été forcé même de -partager la faveur avec le duc de Beaufort, ce qui la rendoit encore -plus incertaine. Un esprit aussi violent et aussi fier ne pouvoit -supporter l'idée d'une paix où, confondu dans la foule des -négociateurs, il n'eût joué que le rôle d'un factieux subalterne; et -ce parlement, ces chefs, auxquels il pouvoit encore opposer la -multitude, en devenoient les arbitres, si cette multitude venoit à -l'abandonner. Cependant, comme l'intérêt des généraux n'étoit pas le -même que celui des parlementaires; que ceux-ci désiroient la paix -uniquement pour l'amour d'elle, tandis que les autres feignoient de -vouloir la guerre pour devenir par son moyen maîtres des conditions du -traité, le coadjuteur avoit su, dans les premiers moments, les opposer -les uns aux autres avec son habileté accoutumée. D'abord, et malgré -toutes les difficultés que le premier président lui avoit opposées, il -avoit trouvé le moyen de prendre séance au parlement, comme substitut -de l'archevêque de Paris, son oncle, dont l'absence le servit ainsi -merveilleusement; et l'on conçoit l'avantage immense qu'en avoit tiré -un esprit aussi délié et aussi insinuant que le sien: en peu de temps -il s'y étoit rendu maître presque absolu des délibérations. Déjà -Talon, Molé, Mesmes, ayant osé hasarder quelques propositions -pacifiques, avoient été vivement combattus par le prince de Conti, et -forcés au silence par les clameurs des enquêtes[131]. Un héraut envoyé -par le roi, et qu'on auroit reçu venant de la part d'un ennemi, fut, -par un artifice de Gondi, et sous les prétextes les plus -frivoles[132], renvoyé sans réponse, sans même qu'on daignât ouvrir -ses paquets. Cependant son adresse et son crédit n'avoient pu empêcher -qu'on ne députât du moins vers la reine pour lui rendre raison d'un -procédé aussi inouï; et la manière affable dont les députés avoient -été reçus, le récit qu'ils firent à leur retour des bonnes -dispositions de la régente, avoient encore accru cette disposition à -la paix qui lui causoit de si vives alarmes: car, il faut le répéter, -toute la force de cet ambitieux et de ses adhérents, avoit été -jusqu'alors dans leur union avec le parlement; seuls ils n'étoient -rien, et la reine en étoit tellement convaincue, qu'elle écrivoit au -Prévôt des Marchands et aux Échevins: «Chassez le parlement de Paris; -et en même temps qu'il sortira par une porte, je rentrerai par -l'autre.» Une réconciliation sincère de cette compagnie avec la cour -ne leur eût pas été moins funeste, et les eût mis entièrement à la -discrétion d'Anne d'Autriche, qui n'étoit rien moins que disposée à -leur pardonner. Gondi sentit donc qu'il étoit perdu s'il ne cherchoit -un appui plus sûr, un pouvoir plus indépendant, plus disposé à -favoriser ses vues, et au moyen duquel il pût compromettre sans retour -le parlement avec la reine et son ministre. - - [Note 131: Cette chambre, presque toute composée de jeunes - conseillers, étoit celle qui renfermoit le plus grand nombre - de frondeurs.] - - [Note 132: Il fut long-temps à chercher comment on pourroit - s'y prendre pour ne pas le recevoir, sans manquer de respect - au roi; enfin, après y avoir long-temps rêvé, il trouva un - moyen, et le fit présenter par Broussel. Celui-ci prétendit - que l'envoi de ce héraut étoit un piége tendu par Mazarin, - ces sortes de formalités ne s'observant qu'à l'égard des - ennemis, et que le recevoir, c'étoit se déclarer ennemis du - roi. Ce beau raisonnement parut sans réplique.] - -Il ne pouvoit trouver un tel appui que dans les ennemis de l'état. -L'Espagne, qui ne demandoit pas mieux que de se mêler des affaires de -la France pour en accroître le désordre, n'avoit cessé de négocier -secrètement avec lui depuis le commencement des troubles; nous avons -vu qu'il avoit été sur le point de solliciter lui-même son secours, et -qu'il n'y avoit renoncé que lorsqu'il avoit pu espérer de faire cause -commune avec les princes. Maintenant que ceux-ci se faisoient des -intérêts différents des siens, il se détermina à donner plus de suites -à ces négociations. Les dispositions où se trouvoit cette puissance -les rendirent très-faciles; et le comte de Fuensaldagne, sur les -ouvertures que lui fit faire le coadjuteur, lui dépêcha, de l'aveu de -l'archiduc, un moine bernardin nommé Arnolfini, lequel arriva à Paris -muni d'un blanc-seing, que les chefs de la fronde pouvoient remplir à -volonté; mais c'étoit surtout Gondi qu'il avoit ordre d'écouter et -d'entraîner, s'il étoit possible, à se lier particulièrement et par -des engagements positifs. - -Gondi étoit trop habile pour donner dans de semblables piéges; et ce -fut vainement que le duc de Bouillon, qui lui-même négocioit depuis -long-temps avec l'archiduc, tâcha de l'y déterminer. Il n'avoit garde -de se compromettre à ce point, lorsque d'un moment à l'autre la -politique de la cour pouvoit, ou par la levée du siége ou par le -renvoi de Mazarin, ôter tout prétexte à la guerre civile, et dans un -cas pareil ne lui laisser d'autre ressource que d'aller dans les -Pays-Bas jouer le rôle des exilés de la ligue, et servir, comme il le -dit lui-même, d'aumônier à l'archiduc. Il ne doutoit pas, et -l'événement prouva qu'il ne s'étoit point trompé, que ce duc de -Bouillon lui-même ne l'abandonnât sans le moindre scrupule, si la cour -consentoit jamais à lui rendre la principauté de Sedan dont elle -l'avoit dépouillé. Il osa donc concevoir le projet d'engager les -généraux et le parlement avec le gouverneur espagnol; sûr de pouvoir -ainsi continuer sans danger ses négociations clandestines, et, quelque -issue que prissent les affaires, de trouver l'impunité avec un si -grand nombre de coupables. Jamais intrigue ne fut mieux ourdie, ni -manoeuvres ne furent plus habilement conduites. Secrètement endoctriné -par Gondi et par ses deux associés le duc et la duchesse de Bouillon, -le moine que l'on avoit revêtu d'un habit de cavalier, et à qui l'on -avoit fabriqué des instructions, des harangues, des lettres remplies -de projets et des promesses les plus brillantes, prend le nom plus -imposant de don Joseph d'Illescas, et arrive la nuit avec grand -fracas chez le duc d'Elboeuf que l'on vouloit tromper d'abord, afin -qu'il aidât lui-même à tromper les autres. Celui-ci, qui se croit -aussitôt l'homme le plus considérable du parti, rassemble chez lui les -chefs, et leur présente cet envoyé avec une importance qui ne laisse -pas que d'amuser Gondi et Bouillon, tous les deux présents à cette -scène de comédie. Cette vue d'un émissaire d'une puissance ennemie, -venant leur proposer de traiter avec elle, sans la participation du -roi et peut-être contre lui, effaroucha d'abord quelques -parlementaires, qui assistoient à cette conférence: mais ce premier -moment de trouble et de surprise étant passé, on se mit à examiner le -parti qu'il étoit possible de tirer de l'intervention des Espagnols; -on convint de la marche à suivre; et il fut décidé que don Illescas -seroit présenté par le prince de Conti aux chambres assemblées. - -Il le fut dès le lendemain 19 février, au moment même où les gens du -roi, revenus de leur voyage à la cour, rendoient compte de l'accueil -favorable qu'ils y avoient reçu. Ce fut vainement que le président de -Mesmes, interpellant le prince de Conti, voulut lui faire honte d'oser -demander pour un envoyé de l'archiduc une faveur qu'il avoit fait -refuser au héraut de son propre souverain: toute _la cohue_ du -parlement (c'est ainsi que Gondi lui-même appelle la chambre des -enquêtes), ameutée par ce chef expérimenté, s'éleva contre lui, et fit -tant par ses cris qu'il fallut céder, et que le faux don Illescas fut -introduit. Il prit place au banc du bureau et prononça un discours -dont la substance étoit «Que Mazarin avoit offert à l'Espagne une paix -avantageuse; mais que son maître, sachant combien ce ministre étoit -odieux à la nation, avoit jugé plus convenable à sa dignité de -s'adresser au parlement, le considérant comme le conseil et le tuteur -des rois; et que telle étoit la confiance qu'il avoit dans la sagesse -de cette illustre compagnie, qu'il la laissoit maîtresse des -conditions.» Bien qu'un tel exposé, dont le faux sautoit aux yeux, dût -rendre au moins suspecte la mission de ce personnage, il fut remercié; -et l'on décida qu'il seroit fait registre de son discours pour en -référer à la régente. - -Pour les chefs des frondeurs c'étoit avoir beaucoup obtenu, quoiqu'en -apparence ce fût peu de chose; et avoir ainsi engagé le parlement à -écouter les Espagnols, actuellement en guerre ouverte avec la France, -c'étoit justifier d'avance tous les traités que Gondi et les siens -pourroient faire avec l'ennemi. Il fut lui-même étonné de son propre -succès: Molé, de Mesme, Talon et parmi les royalistes du parlement les -plus intègres et les plus éclairés en furent effrayés; ils virent -avec douleur l'ascendant que prenoient les brouillons dans leur -compagnie, et résolus de tout sacrifier pour déjouer leurs intrigues -et ramener la paix, tandis que l'envoyé espagnol retournoit auprès de -son maître pour lui rendre compte de l'heureux succès de sa mission, -le premier président demandoit des passe-ports à la cour pour se -rendre auprès d'elle à la tête d'une députation de la compagnie. Elle -étoit composée des gens du roi, du président de Mesmes et de huit -conseillers. - -La reine et son ministre désiroient alors plus vivement que jamais -d'entrer en accommodement; et en effet la situation de leurs affaires -devenoit de jour en jour plus alarmante. Ces négociations des -frondeurs avec l'Espagne, toutes fâcheuses qu'elles étoient, les -inquiétoient peut-être moins que celles qui se faisoient de -Saint-Germain à Paris. Gaston, foible et ambitieux, se ménageant -toujours entre les partis, écoutoit alors secrètement Conti, la -duchesse de Longueville et Marsillac, qui, opposés depuis quelque -temps au coadjuteur, lui offroient de le mettre à la tête de leur -parti. Beaufort et Gondi ne lui faisoient pas des offres moins -séduisantes; et la régence étoit des deux côtés l'appât qu'on faisoit -surtout briller à ses yeux. Lui-même faisoit aussi sonder les chefs du -parlement pour savoir ce qu'il en pourroit espérer, s'il se décidoit -à embrasser leur cause; et quoiqu'il fût encore retenu par l'ascendant -de Condé, il pouvoit d'un moment à l'autre prendre une fatale -résolution. Si l'on jetoit les yeux sur les provinces, elles offroient -encore de plus grands sujets de crainte. Quelques-unes étoient -ouvertement révoltées, d'autres ébranlées et prêtes à entrer dans la -révolte; plusieurs commandants de places fortes, gagnés par les -frondeurs, paroissoient disposés à livrer l'entrée des frontières à -l'ennemi; enfin la défection incroyable de Turenne[133], jusque-là si -fidèle, bien que l'adresse et l'activité de Mazarin en eussent -sur-le-champ arrêté les plus fâcheux effets, redoubloit encore d'aussi -vives alarmes en faisant voir jusqu'où pouvoit s'étendre cet esprit de -vertige et de révolte. Les passe-ports furent donc accordés sans -difficulté aux députés du parlement. - - [Note 133: Il y fut entraîné par les suggestions du duc de - Bouillon, son frère aîné, qui ne cessoit de lui représenter - les affronts que leur maison avoit essuyés, et le - délabrement causé dans leur fortune par la cession qu'ils - avoient été forcés de faire de leur principauté de Sedan. - Son armée, composée de ces braves Veymariens, long-temps - l'effroi des Espagnols, séduite par l'argent que Mazarin sut - répandre à propos au milieu d'elle, l'abandonna si - complétement, qu'il se vit forcé de se sauver, lui sixième, - d'abord chez la landgrave de Hesse, sa parente, ensuite en - Hollande.] - -Gondi excepté, les chefs n'avoient point calculé ce qui pouvoit -résulter d'une conférence entre la cour et le parlement. La députation -lui causoit, à lui seul, des inquiétudes; et ces inquiétudes ne furent -que trop justifiées. Les députés, reçus avec une rigueur apparente, -mais au travers de laquelle ils purent facilement démêler que la cour -ne demandoit pas mieux que d'entrer en accommodement, supprimèrent, -dans le rapport qu'ils firent de leur première entrevue, tout ce qui -étoit de nature à aigrir les esprits, et n'offrirent à leur retour que -des peintures agréables de la manière dont on les avoit accueillis, et -des ouvertures de paix qui leur avoient été faites. Le parlement ne -manqua pas de saisir ces premières lueurs d'espérance, et fit inviter -les généraux à venir en délibérer avec lui. Avant de s'y rendre ils -s'assemblèrent tumultuairement, et, suivant le succès plus ou moins -heureux de leurs négociations particulières avec la cour, se -montrèrent plus ou moins opposés à ces dispositions pacifiques de la -compagnie. Gondi, sans expliquer ses raisons, sut avec une adresse -merveilleuse les amener à son avis, qui étoit de laisser le parlement -faire des avances pour la paix jusqu'à la réponse de l'archiduc. Il -préféroit sans doute la guerre à une paix faite uniquement par cette -compagnie; mais il vouloit encore moins faire une telle guerre, et -surtout des alliances avec les ennemis de l'état, sans être soutenu -par un corps puissant et vénéré, qui seul pouvoit ôter à la rébellion -son caractère infâme et ses affreux dangers. Le peuple, qu'il -méprisoit autant qu'a jamais pu le faire aucun chef de parti, lui -sembloit un instrument dont il ne devoit user qu'avec les plus grandes -précautions, par cela même qu'il lui étoit alors possible d'en faire -tout ce qu'il auroit voulu. Anéantir par lui le parlement, c'étoit, en -lui ôtant son dernier frein, se livrer soi-même à ses caprices, et se -mettre à la merci des étrangers; s'en servir pour intimider cette -compagnie et diriger ses délibérations, c'étoit agir avec prudence, -habileté, et suivant les véritables intérêts de la faction. Tel étoit -le plan que s'étoit tracé cet esprit supérieur, et qu'il suivit -constamment tant que les autres chefs ne lui opposèrent pas des -obstacles invincibles. Tandis qu'il protégeoit contre la fureur -populaire ce même parlement assemblé pour accepter les conférences -offertes par la reine, il prenoit en même temps ses mesures pour le -forcer à les rompre dès qu'il le jugeroit à propos, non-seulement par -le soin qu'il avoit d'entretenir la multitude dans sa haine contre -Mazarin, mais encore en ôtant à la compagnie toute influence sur -l'armée, jusqu'alors enfermée dans la ville, et qu'il sut faire sortir -et camper hors des murs de Paris. C'est alors qu'il commença à parler -en maître, à faire trembler les modérés du parlement, à concevoir -l'espérance d'éterniser la guerre, ou du moins de n'être forcé à faire -qu'une paix utile et honorable. - -Les conférences, dont Mazarin eut encore la mortification de se voir -exclu, ne tardèrent pas à s'ouvrir; et leurs commencements furent -très-orageux. Des deux côtés les prétentions étoient extrêmes. La cour -manquoit à ses promesses en resserrant plus que jamais les passages -qu'elle s'étoit engagée à laisser libres pendant toute la durée des -négociations, et le prince de Condé aigrissoit les esprits par une -hauteur déplacée. D'un autre côté le parlement, sous l'influence du -coadjuteur, rendoit des arrêts en faveur de Turenne, contre les -partisans de la cour, contre le cardinal; et les espérances de paix -sembloient s'éloigner de jour en jour davantage. Sur ces entrefaites -l'archiduc envoya un second député, et Gondi reconnut plus que jamais -combien il étoit difficile de suivre un plan tel que le sien avec des -hommes uniquement guidés par de petites passions et par de petits -intérêts. Le moment étoit décisif. Avant que les conférences eussent -amené aucun résultat, il falloit engager le parlement avec les -Espagnols, en donnant la paix générale intérieure et extérieure comme -le but unique de cette alliance audacieuse; et de cette manière on -paroit à tous les inconvénients[134]. Plus tard il falloit ou adopter -tout ce qu'auroient conclu les députés, ou se jeter dans les bras des -ennemis. Il ne fut point écouté. Les généraux, ou gagnés par l'argent -des Espagnols, ou dirigés par l'état plus ou moins heureux de leurs -rapports secrets avec la cour, signèrent avec l'archiduc un traité -partiel qui les mettoit dans une situation fausse et dangereuse. Ils -purent reconnoître peu de jours après quelle faute ils avoient faite: -car au moment même où les conférences sembloient prêtes à se rompre -par l'exagération des prétentions opposées, où l'influence des chefs, -et surtout de Gondi, sur le parlement, sembloit plus forte que jamais, -enfin lorsque les députés, dont les pouvoirs alloient expirer, étoient -sur le point de se retirer, on apprit tout à coup à Paris que le 11 -mai, l'accommodement avoit été signé à Ruel par les princes, les -ministres, et tous les députés. - - [Note 134: C'est-à-dire qu'on se trouvoit quitte avec les - Espagnols, s'ils ne se disposoient pas à la paix générale; - qu'on pouvoit suivre à son gré les mouvements du parlement - pour la paix particulière, ou rejeter cette paix, sous - prétexte qu'elle ne devoit se faire qu'avec la paix - générale, etc.] - -Du côté de la cour, ce fut la crainte qu'inspiroit cette liaison des -frondeurs avec les ennemis de l'État, qui amena si brusquement une -telle détermination; du côté des députés, ce fut un dévouement -patriotique qui mérite d'être admiré. Ils ne se dissimuloient point le -danger extrême auquel ils alloient s'exposer; mais si les conditions -de cette paix étoient raisonnables et entroient dans l'intérêt -général, ils pouvoient espérer de la faire recevoir malgré les -factieux; et même dans le cas où ils auroient été désavoués, ils -affoiblissoient du moins la faction en faisant voir au parlement la -possibilité de traiter avec avantage, sans lier sa cause à des -intérêts étrangers. Tels furent les motifs qui firent conclure ce -traité, que Mazarin fut admis à signer, et dans lequel le parlement, -faisant la loi à la cour dans tout ce qui touchoit ses intérêts, -oublia entièrement ceux des généraux. Leur étonnement fut égal à leur -dépit lorsqu'ils apprirent un événement qui détruisoit en un moment -toutes leurs espérances; et cependant, tel étoit leur aveuglement sur -ces négociations fallacieuses dont la cour les amusoit depuis si -long-temps, que chacun d'eux, dans la crainte de se fermer toutes les -voies de conciliation qu'il croyoit s'être ouvertes, opina à rejeter -le dernier avis de Gondi, qui consistoit à forcer le parlement -d'entrer sur-le-champ dans l'alliance avec l'Espagne pour la paix -générale, ce qui étoit encore praticable, parce que rien n'étoit si -facile que de le forcer à désavouer ses députés. Ils aimèrent mieux -employer l'influence du peuple à faire rompre le traité conclu avec la -cour, pour en entamer un autre dans lequel ils fussent admis à faire -valoir leurs prétentions particulières. Ce fut vers ce but qu'ils -dirigèrent les délibérations dans la séance où les députés rendirent -compte à la compagnie du résultat de leur mission, séance à jamais -mémorable, où Molé arracha l'admiration de ses ennemis mêmes, par le -calme majestueux, le courage intrépide avec lequel il soutint la -violence des assauts que les factieux lui livrèrent dans l'intérieur -même du parlement, et les cris de mort qu'une populace furieuse -élevoit au dehors contre lui[135]. Les choses en vinrent au point que -les chefs même qui avoient ameuté cette populace se virent dans la -nécessité de protéger contre ses excès les députés qui avoient trahi -leur cause; et rien ne leur réussit des mesures qu'ils avoient prises -par cette difficulté qu'ils éprouvèrent sans cesse, et dont ils -faisoient en ce moment et plus que jamais la fâcheuse expérience, -d'engager le parlement aussi loin qu'ils auroient voulu, ce corps -s'arrêtant toujours, par une sorte d'instinct monarchique, au degré -qui séparoit la résistance au pouvoir de la révolte déclarée. Ces -chefs forcèrent sans doute les députés à retourner à la cour pour -modifier ce traité; mais tout ce qu'il en résulta pour eux, ce fut -d'être abandonnés par le peuple après l'avoir été par le parlement, -dès qu'on s'aperçut qu'ils n'avoient fait la guerre et ne vouloient -faire la paix que pour leur propre intérêt. La cour, les voyant ainsi -décriés et réduits, par la défection de l'armée de Turenne, à -l'impuissance la plus absolue, se moqua d'eux, et les paya presque -tous de vaines promesses. Gondi, qui ne demanda rien, qui ne fut pas -même compris nominativement dans cette paix honteuse où il avoit été -entraîné malgré lui, fut le seul cependant qui y gagna quelque chose, -parce qu'il conserva du moins avec Beaufort cette faveur populaire -qu'il réserva pour des temps meilleurs. Le parlement fit encore la loi -à son souverain[136]; mais Mazarin, que l'on avoit jugé si malhabile, -resta à son poste; les Espagnols reçurent des conjurés eux-mêmes le -signal de la retraite[137]; et l'on vit tout à coup au tumulte et aux -désordres des partis succéder un calme apparent pendant lequel chacun -se prépara à soutenir ou à exciter de nouveaux orages. - - [Note 135: Il recueillit les voix avec le plus grand - sang-froid. On ne vit nul mouvement sur son visage, on - n'aperçut aucune altération dans sa voix; et il prononça - l'arrêt avec la même fermeté qu'il l'auroit fait dans une - audience ordinaire. Comme la fureur de la populace sembloit - devenir, de moment en moment, plus violente, malgré les - efforts que Gondi, Beaufort et le président Novion avoient - pu faire pour l'apaiser, on proposa au premier président, - dont la vie étoit évidemment menacée, de s'échapper par le - greffe; il s'y refusa constamment: «La cour, dit-il, ne se - cache jamais; si j'étois assuré de périr, je ne commettrois - pas cette lâcheté, qui ne serviroit d'ailleurs qu'à donner - de la hardiesse aux séditieux: ils me trouveroient bien dans - ma maison, s'ils imaginoient que je les eusse redoutés ici.» - Il sortit donc au milieu de cette populace déchaînée, - marchant d'un pas ferme et assuré. Un forcené lui ayant - appuyé son pistolet sur le visage: «Quand vous m'aurez tué, - lui dit-il sans s'émouvoir, il ne me faudra que six pieds de - terre.» Il avoit même conservé en sortant assez de présence - d'esprit pour adresser un mot piquant et railleur au - coadjuteur, qui joignoit ses instances à celles de tout le - parlement, et qui ne vit enfin d'autre moyen de le sauver - que de le tenir embrassé, et de traverser ainsi avec lui les - flots de la populace, tandis que le duc de Beaufort jouoit - le même rôle auprès du président de Mesmes, dont la frayeur - étoit aussi naïve et aussi forte, que le courage de Molé - étoit extraordinaire et sublime.] - - [Note 136: Dans le premier traité, il avoit été dit que le - parlement ne s'assembleroit point pendant l'année 1649. - Cette défense fut supprimée, avec une promesse tacite du - parlement de l'observer.] - - [Note 137: Ils s'étoient avancés jusqu'à Pont-à-Vere, près - de Rheims, et de là s'étoient approchés de Guise, que même - ils avoient fait investir.] - -Gondi, comme nous venons de le dire, tiroit seul des avantages réels -de cette paix. Il avoit rejeté avec mépris les faveurs insidieuses et -mesquines de la cour, telles que le paiement de ses dettes, la -jouissance de quelques abbayes, etc. Ce n'étoit pas pour si peu de -chose qu'un homme de cette trempe avoit daigné conspirer: la pourpre -et le ministère, tels étoient les objets de sa vaste ambition. -Beaufort, qui n'avoit pu obtenir ce qu'il désiroit[138], étoit -toujours entre ses mains; et l'amour du peuple pour ce prince sembloit -s'augmenter encore de la haine qu'il portoit toujours à Mazarin. D'un -autre côté, la duchesse de Chevreuse revenue de son exil[139], par une -suite de ce mépris où étoit tombée l'autorité royale, liée avec le -coadjuteur par des rapports où l'amour n'avoit pas moins de part que -la politique, lui servoit d'intermédiaire pour renouer ses intrigues -avec l'Espagne, et même pour tromper Mazarin, dont elle avoit la -confiance, et à qui elle faisoit entrevoir la possibilité de l'attirer -à son parti. Gondi voyoit en outre un germe de division prêt à éclater -entre le ministre et Condé, et fondoit sur ces divisions de nouvelles -espérances. La haine publique pour son ennemi sembloit augmenter de -jour en jour, et il avoit grand soin de l'entretenir par ses -manoeuvres accoutumées. Les partisans de la cour étoient publiquement -et impunément insultés par les frondeurs[140]; et telle étoit leur -puissance, que, malgré cette paix solennellement jurée et la -soumission apparente qui en étoit résultée, Mazarin et la régente -n'osèrent rentrer à Paris qu'après avoir négocié leur retour avec les -chefs du parti. Gondi eut l'audace d'aller lui-même à Compiègne pour -en régler les conditions; et le roi rentra enfin dans sa capitale avec -les apparences d'un triomphe qui n'en imposa à personne, mais du moins -au milieu de ces acclamations d'amour qu'excita presque toujours parmi -les François la présence de leur légitime souverain. - - [Note 138: Il demandoit la surintendance des mers, que Condé - ambitionnoit aussi de son côté.] - - [Note 139: On n'a point oublié que cette dame avoit été - exilée au commencement de cette régence, pour être entrée - dans les intrigues du duc de Beaufort; elle s'étoit retirée - à Bruxelles, où elle avoit servi d'intermédiaire aux - négociations des frondeurs avec l'Espagne. Gondi étoit - amoureux de mademoiselle de Chevreuse sa fille, très-belle - personne, qui, _si on l'en croit_, ne lui étoit point - cruelle. Telles étoient les moeurs de ce prélat; et ce - n'étoit point assez pour lui qu'elles fussent mauvaises, il - a voulu en publiant ses mémoires, qu'elles devinssent - scandaleuses.] - - [Note 140: C'est alors qu'arriva l'aventure de Jarsay, dont - nous avons parlé dans le premier volume de cet ouvrage, 2e. - partie, p. 947.] - -Cette paix, loin de calmer les esprits, sembloit avoir donné un -nouveau degré d'activité à la haine, à l'intrigue, à toutes les -passions. Condé, fier, impétueux, trop ambitieux peut-être, ne voyoit -point de prix qui fût au-dessus de ses services; et Mazarin, effrayé -de cette ambition soutenue par un aussi grand caractère, sembloit ne -plus voir en lui qu'un sujet dangereux qui vouloit abuser de ce qu'il -avoit fait pour son maître. Les demandes exagérées du prince, tant -pour lui que pour ses créatures, étoient éludées aussi adroitement que -possible par le ministre; mais, se renouvelant sans cesse, elles lui -suscitoient chaque jour de nouveaux embarras. Celui-ci, pour échapper -à la protection trop redoutable du héros, voulut s'appuyer de -l'alliance de la maison de Vendôme, en mariant une de ses nièces au -duc de Mercoeur, auquel elle auroit porté en dot l'amirauté. Condé s'y -opposa hautement, et même avec des paroles outrageantes pour Mazarin. -La duchesse de Longueville, qui s'étoit rapprochée de son frère après -avoir été rejetée du parti des frondeurs, aigrissoit encore par ses -artifices des ressentiments dont elle espéroit profiter. Les troubles -de la Guienne et de la Provence, causés par l'orgueil et la tyrannie -des gouverneurs de ces deux provinces, le comte d'Alais et le duc -d'Épernon, mirent le comble à cette mésintelligence, par l'opposition -de vues et d'intérêts que firent éclater en cette circonstance le -prince et le cardinal, le prince soutenant le comte d'Alais, qui étoit -son parent, le cardinal refusant d'abandonner le duc d'Épernon à la -merci du parlement de Bordeaux. Enfin Mazarin ayant essayé de -brouiller son rival avec Gaston, au moyen d'une de ces fourberies qui -lui étoient si familières, Condé, poussé à bout, reconnut qu'un éclat -étoit nécessaire; toutefois plus habile et plus rusé qu'on n'auroit pu -l'attendre d'un caractère si altier et si violent, il sentit que son -intérêt n'étoit pas de perdre le ministre, mais de le subjuguer; et, -pour y parvenir, il employa des manoeuvres dignes de la politique -astucieuse de son ennemi. Sûr que le cardinal n'oseroit rien -entreprendre contre lui sans l'aveu de Gaston, il commence par -s'assurer de ce prince en gagnant l'abbé de La Rivière son favori. Il -s'attache plus fortement encore, par ses bienfaits et par ses -caresses, la duchesse de Longueville et le prince de Conti; il protége -ouvertement Chavigni, l'un des plus fougueux ennemis du ministre; -soutient avec chaleur les prétentions des ducs de Bouillon et de -Longueville, qui demandoient, l'un Sedan, l'autre le Pont-de-l'Arche, -qu'on leur avoit promis à la paix de Ruel; rompt enfin publiquement -avec Mazarin[141], et appelle autour de lui les frondeurs qu'il -méprisoit intérieurement, et qui, malgré la sécurité qu'ils -affectoient, étoient en ce moment fort abattus, et cherchoient de tous -côtés un appui contre les ressentiments et la vengeance de la cour. -Ils y volent, ivres de joie et d'espérances. Déjà Gondi et Beaufort ne -rêvent que soulèvements, séditions, guerre civile; les sarcasmes et -les libelles renaissent de toutes parts; Condé, jusque-là odieux aux -Parisiens, a presque la faveur populaire; on réforme d'avance l'état; -on change le ministère: Mazarin semble perdu sans ressource. Tout à -coup La Rivière[142], que l'adroit ministre a su gagner à son tour, -lui ramène le duc d'Orléans, dont l'esprit versatile et jaloux -commençoit déjà à s'inquiéter de la marche trop rapide du héros. -Gaston propose à Condé sa médiation: celui-ci, satisfait d'avoir jeté -l'effroi dans l'âme de Mazarin, l'accepte, se rend maître des -conditions du raccommodement[143], et dès qu'il a repris à la cour -toute son influence, abandonne brusquement les frondeurs, convaincus -alors, mais trop tard, qu'ils ont été ses dupes, qu'il en a fait les -vils instruments de son ambition. - - [Note 141: Il n'étoit sorte de mortifications qu'il ne se - plût à lui faire essuyer. Un jour que le ministre soutenoit, - avec plus de chaleur que de coutume, les droits de la - couronne, qu'il prétendoit attaqués par Condé, celui-ci, lui - passant la main sous le menton avec un sourire insultant, le - quitta en lui disant, _adieu, Mars_. Après un souper, où ce - prince et Gaston l'avoient accablé des plus sanglantes - railleries, ils lui envoyèrent une lettre avec cette - adresse: _À l'illustrissimo signor Faquino_.] - - [Note 142: Il lui laissoit entrevoir l'espérance du chapeau - de cardinal. Tous les mémoires du temps s'accordent à - peindre cet abbé de la Rivière, comme un des plus vils - caractères de cette époque, ce qui n'est pas peu dire.] - - [Note 143: Ces conditions étoient telles que la nécessité - seule pouvoit les faire accepter par la reine et par son - ministre, jusqu'à ce qu'ils trouvassent l'occasion favorable - de s'en dégager. Entre autres clauses, toutes très-dures et - très-impérieuses, la reine s'obligeoit à ne disposer - d'aucune charge, d'aucun bénéfice, à ne point lever - d'armées, ni nommer de général, sans le consentement du - prince.] - -La fronde fut abattue par ce mépris du prince; et l'inaction dont elle -avoit espéré sortir, et dans laquelle cet abandon soudain l'avoit -replongée, alloit achever sa ruine. Personne ne le sentoit plus -vivement que Gondi; et s'il eût été possible de lui rendre son -activité, il savoit aussi tout ce qu'il pouvoit espérer de ce parti -puissant dans lequel on comptoit encore, outre la faction -parlementaire, une foule de seigneurs qu'à la signature de la paix -Mazarin avoit imprudemment négligés ou confondus dans la foule des -rebelles. Épiant sans cesse les occasions de le ranimer, le coadjuteur -avoit d'abord tenté, mais vainement, de donner un caractère séditieux -à une assemblée de la noblesse, convoquée sur le motif frivole d'une -distinction extraordinaire accordée à quelques personnes de la -cour[144]. N'ayant pu parvenir à en faire des états généraux, il vit -que tout étoit perdu si, continuant à jouer le rôle d'un vil -séditieux, de tribun sans aveu d'une populace révoltée, il ne trouvoit -le moyen, comme il le dit lui-même, _de se reprendre et se recoudre -pour ainsi dire avec le parlement_. Les vacations de cette compagnie, -la défense faite aux chambres de s'assembler, et à laquelle elles -s'étoient soumises par le traité, sembloient lui ôter à ce sujet toute -espérance: le malheur des temps ne tarda pas à lui en fournir -l'occasion la plus favorable qu'il pût désirer. - - [Note 144: Il s'agissoit des honneurs du tabouret accordés - trop facilement à mesdames de Pons et de Marsillac. Cette - faveur excita l'envie, et fit naître une nuée de - prétendants.] - -On voit qu'il est question ici de la fameuse affaire des rentiers. -Emeri, que, dès le commencement des troubles, Mazarin s'étoit vu forcé -par le cri public de dépouiller de la direction des finances, venoit -d'y rentrer non-seulement sans le moindre obstacle, mais même avec une -sorte de faveur; et son génie, plein de ressources, avoit su ranimer -le crédit public, et redonner quelque vie au trésor épuisé. Parmi les -opérations utiles qu'il crut nécessaire de faire pour adoucir la haine -populaire, le paiement des rentes sur l'Hôtel-de-Ville interrompu par -les troubles civils, lui parut devoir être avant tout rétabli. Les -adjudicataires, qu'un arrêt du conseil condamna, d'après cette -disposition, à payer toutes les semaines une somme considérable, s'y -refusèrent, et prouvèrent l'impossibilité où ils étoient de le faire -par la cessation presque absolue du paiement des impôts. Les rentiers, -décidés à jouir de tous les bénéfices de la loi, s'assemblent -aussitôt, et présentent requête à la chambre des vacations: ils -n'obtiennent que partie de ce qu'ils avoient demandé, et s'assemblent -de nouveau. Alors Gondi introduit parmi eux cinq à six frondeurs -subalternes qui ne tardent pas à dominer l'assemblée, et à la diriger -selon les vues du parti. On y propose la création de douze syndics -chargés de veiller aux intérêts du corps; on y arrête une députation -au coadjuteur et au duc de Beaufort, pour leur demander une protection -qu'ils n'avoient garde de refuser. Cette démarche solennelle et leur -réponse hypocrite ramènent à eux la multitude qui commençoit à les -négliger, et soutiennent l'audace des rentiers. La chambre des -vacations avoit défendu à ceux-ci de s'assembler: ils bravent ses -menaces, et présentent requête tant pour assurer l'état de leurs -syndics, que pour amener une assemblée générale des chambres, but -secret de tous ces mouvements toujours dirigés par les frondeurs. -Molé, dont l'oeil vigilant a pénétré toutes ces intrigues, veut faire -casser le syndicat; et ce dessein, à peine entrevu dans une assemblée -tenue chez lui, augmente encore l'effervescence des esprits. Une -révolte est sur le point d'éclater; et les membres du parlement, en -sortant de la séance, sont insultés par la populace. Cependant les -chefs, n'espérant pas réussir complètement par de tels moyens, et -sachant d'ailleurs que la cour étoit disposée à faire un coup -d'autorité en s'assurant des syndics les plus mutins et les plus -ardents, imaginèrent, pour achever d'émouvoir le peuple entier, une -imposture odieuse sans doute, mais très-habilement concertée. Il fut -décidé, dans un conciliabule tenu chez le président Bellièvre, l'un -des plus fougueux frondeurs, de supposer l'assassinat d'un des -syndics; et Joly, conseiller au châtelet, le plus turbulent de tous, -qui depuis fut attaché à la personne du coadjuteur[145], s'offrit pour -être le syndic assassiné. Les préparatifs de cette tragi-comédie se -firent chez Noirmoutiers[146]. Un gentilhomme, nommé d'Estainville, -désigné pour être l'assassin, perça d'un coup de pistolet l'habit de -Joly étendu sur un mannequin, et précisément à l'endroit où il falloit -qu'il le fût pour rendre l'assassinat vraisemblable. Joly passe en -carrosse le lendemain à sept heures et demie dans la rue des -Bernardins, baisse la tête à un signal convenu; le coup part, et la -balle, traversant la voiture, va tomber à dix pas de là pour y être -ramassée par le secrétaire de l'avocat-général Bignon, qui demeuroit à -quelque distance de là. Le prétendu meurtrier, muni d'un bon cheval, -se sauve à bride abattue. Joly, qui d'avance avoit eu soin de se faire -au bras une espèce de plaie, fait constater sa blessure par un -chirurgien du voisinage, et va se jeter dans son lit. - - [Note 145: Lorsqu'il fut cardinal de Retz. Ce Joly a écrit - des mémoires dont Voltaire a dit justement qu'ils étoient à - ceux de Gondi ce que le domestique est au maître.] - - [Note 146: Dans la maison où l'amiral Coligni avoit été - assassiné, rue Béthisi.] - -Les frondeurs aussitôt se répandent par la ville, criant de toutes -parts qu'on a voulu assassiner un syndic, et que ce premier crime -n'est que le prélude des plus sanglantes exécutions. Ils se réunissent -aux rentiers, et se précipitent à la Tournelle, demandent vengeance -d'un aussi horrible attentat. Cependant Mazarin a pénétré cette -intrigue ténébreuse, et songe déjà à la faire retomber sur ses -auteurs. Le tumulte étoit grand; il essaie de le rendre plus affreux -encore, d'exciter une sédition populaire, pour commettre Condé avec -les frondeurs, et détruire ainsi ses ennemis les uns par les autres. -L'agent qu'il met en jeu[147] pour cette manoeuvre ayant manqué son -coup, il prend la résolution d'employer les mêmes machinations que les -factieux, de les combattre avec leurs propres armes. Le même jour un -guet-apens est posté par son ordre dans la place Dauphine, le plus -près possible du Pont-Neuf, passage habituel du prince pour se rendre -au Palais-Royal, d'où il retournoit chaque jour vers minuit à l'hôtel -de Condé. On feint de s'alarmer de ce rassemblement; on envoie contre -lui le guet, avec lequel il a une sorte d'engagement. Les cavaliers -inconnus déclarent qu'ils sont là par ordre de M. de Beaufort: tout -semble annoncer un complot, et l'adresse du ministre sait si bien -ménager les apparences, que Condé, tout intrépide qu'il est, conçoit -quelques alarmes et consent, sur les sollicitations pressantes et -hypocrites dont il est obsédé, que son carrosse parte, occupé par un -seul laquais. La voiture passe sur le Pont-Neuf à onze heures du soir; -elle est entourée; un coup de pistolet part; le laquais est blessé. -Condé, enveloppé dans une trame aussi subtile, ne doute plus que les -chefs de la fronde n'aient voulu attenter à ses jours; et dès ce -moment, livré à toute l'ardeur de son bouillant caractère, il ne -respire plus que la plus terrible vengeance. - - [Note 147: Ce fut le marquis de La Boulaye, que nous avons - déjà vu paroitre dans le premier siége de Paris, qui fut - chargé par Mazarin, auquel il étoit secrètement vendu, de - soulever la dernière populace, de se mettre à sa tête, et de - pousser les choses au point de forcer le prince à déployer - contre les mutins une force militaire. On ajoute, ce qui - seroit horrible à croire, que cet agent avoit reçu l'ordre - secret d'essayer de faire tuer Condé dans la mêlée; mais - cette assertion n'est point suffisamment prouvée, et une - telle atrocité n'étoit point dans le caractère du ministre. - Quoi qu'il en soit, La Boulaye ne réussit point, et les - chefs des frondeurs, qui reconnurent le piége, ne voulurent - point le seconder.] - -Tout Paris fut comme lui dans l'erreur; et le peuple, tout séditieux -qu'il pouvoit être, n'en étoit point alors au point d'applaudir à des -assassinats. Gondi et Beaufort, signalés comme les auteurs du crime, -d'accusateurs qu'ils étoient devenus accusés, perdent en un moment -toute leur faveur. Beaufort, abattu, veut fuir, se jeter dans une -place forte, c'est-à-dire s'avouer coupable. Gondi le retient, fait -passer dans son âme une partie de son courage, et tous les deux -décident de faire tête à l'orage. Ils se promènent sans suite dans la -ville, vont faire plusieurs visites au prince, qui refuse de les -recevoir, enfin affectent la tranquillité la plus profonde, tandis que -Condé, dirigé sans s'en douter par le cardinal, présentoit requête au -parlement pour que l'on informât sur l'entreprise tentée contre sa -personne. L'affaire de Joly fut mêlée avec celle-ci dans les -informations; on décréta de prise-de-corps plusieurs personnes, entre -autres La Boulaye, que Mazarin fit évader. Toutefois ses manoeuvres, -jusque là bien conduites, manquèrent tout à coup lorsque l'on -produisit les témoins qui venoient déposer contre les chefs de la -fronde. Il est probable qu'il avoit été impossible de s'en procurer -d'autres; mais c'étoient des hommes de la dernière classe du peuple, -dont plusieurs avoient été condamnés à des peines infamantes, et qui -d'ailleurs ne purent présenter que des allégations vagues et -entièrement dénuées de vraisemblance, contre ceux qu'ils venoient -accuser. La bassesse de ces misérables, qui furent convaincus d'être -espions à gage du ministre, révolta les juges et le peuple lui-même; -et cette circonstance, jointe à la sécurité que montroient les -accusés, commença à leur ramener les esprits. Ils essayèrent de -profiter de ces dispositions pour dessiller les yeux du prince; mais -Condé, aussi, imprudent qu'inflexible, déclara avec sa hauteur -ordinaire qu'il les poursuivroit jusqu'à ce qu'ils se fussent exilés -eux-mêmes de la capitale. - -Cependant les accusés passoient alternativement de la crainte à -l'espérance. Les avocats-généraux, malgré tous les efforts de Molé, ne -trouvant contre eux aucune preuve valable, n'avoient pas cru devoir -les impliquer dans leur réquisitoire: ils se crurent délivrés de cette -affaire. Mais le procureur-général, gagné par la cour, promit de -lancer contre eux un décret: ils le surent, et se virent bientôt dans -le même embarras qu'auparavant. Le parti entier s'assembla chez le duc -de Longueville, et tous les avis y furent violents, à l'exception de -celui de Gondi, qui, leur montrant jusqu'à l'évidence la folie qu'il y -auroit à vouloir employer la force dans l'état où ils étoient réduits, -finit par les convaincre qu'il n'y avoit point d'autre voie de salut -que d'aller se défendre au parlement avec tout le courage de -l'innocence. Ils y allèrent en effet; et le coadjuteur, se servant à -propos de son audace et de son éloquence ordinaires, montra dans un -jour si éclatant toute l'absurdité des accusations, toute la bassesse -des témoins, que, malgré le décret qui dans cette séance mémorable fut -effectivement lancé contre lui et contre Beaufort[148], il adoucit -les membres qui lui étoient le plus opposés, ranima ceux qui tenoient -à son parti, et, sortant du palais au milieu des acclamations du -peuple, fut reconduit en triomphe à l'archevêché. - - [Note 148: Broussel y fut aussi compris.] - -(1650) Ce furent alors les frondeurs qui demandèrent à grands cris le -jugement de leurs chefs, jugement auquel Mazarin mit tous les -retardements qu'il lui fut possible d'imaginer pour aigrir davantage les -deux partis. Les accusés récusèrent hautement Molé et son fils -Champlâtreux, qu'ils signalèrent comme leurs ennemis; ils récusèrent -aussi Condé comme leur accusateur, et tout à coup retirèrent leurs actes -de récusation, ce qui leur donna un grand air d'innocence, et ne -contribua pas médiocrement au succès de leur cause. Dans les -délibérations orageuses que fit naître cette grande affaire, Condé put -facilement s'apercevoir que son parti s'affoiblissoit de jour en jour; -et la défection de Gaston, qui jusqu'alors avoit fait cause commune avec -lui, acheva de détruire ses espérances, sans rien diminuer de sa fierté -et de son ardeur de vengeance. Au parlement, dans la ville, les deux -partis ne marchoient qu'armés et pour ainsi dire en ordre de -bataille[149]. À tous moments le sang étoit prêt à couler; et les -haines, aigries, envenimées par ce choc continuel des opinions dont la -grande chambre étoit le tumultueux théâtre, sembloient être devenues à -jamais irréconciliables. C'étoit là que le rusé ministre attendoit son -trop bouillant rival; c'étoit dans ces haines allumées par sa cauteleuse -adresse qu'il alloit trouver des ressources sûres pour se délivrer enfin -du plus humiliant esclavage. Il est trop vrai que l'orgueil et la -tyrannie de Condé ne pouvoient plus être supportés. Il révoltoit la cour -et la ville par ses hauteurs, dominoit insolemment dans le conseil, -maltraitoit les ministres, outrageoit la reine elle-même à laquelle il -étoit devenu odieux[150], et sembloit marcher ouvertement à -l'indépendance. Aussi imprudent qu'il étoit audacieux, en même temps -qu'il se brouilloit ouvertement avec la fronde, il poussoit à bout le -cardinal, qui, ne pouvant frapper à la fois les deux ennemis qui le -harceloient, se décida à abattre le plus dangereux. Il avoit fallu -surtout empêcher leur réunion, à laquelle rien n'eût pu résister; et -c'est en quoi l'on ne peut trop admirer la rare habileté de Mazarin. -Anne d'Autriche, profondément offensée, lui avoit permis de la venger; -et ce fut dans les frondeurs eux-mêmes que le ministre trouva les appuis -nécessaires pour assurer une vengeance qui n'alloit pas moins qu'à faire -arrêter son redoutable ennemi. Il parvient d'abord à détacher de lui -Gaston, qu'il éclaire sur la trahison de son favori La Rivière, depuis -long-temps vendu à Condé; il gagne le coadjuteur par madame de -Chevreuse, tandis que le prince, quoiqu'à demi détrompé sur l'affaire de -l'assassinat, continuoit à poursuivre celui-ci avec l'entêtement le plus -déraisonnable et surtout le plus impolitique. Ce qu'on auroit peine à -croire, si les discordes civiles n'offroient pas trop souvent des -exemples de ces révolutions singulières qu'amènent dans les événements -les passions et les intérêts, ce Gondi, qui naguère ne respiroit que la -révolte, que la cour regardoit comme un traître digne du dernier -supplice, est appelé par la reine pour être l'appui du trône contre un -héros qui jusque-là en avoit été le soutien et le défenseur. Il ose -aller aux entrevues qu'elle lui fait proposer, la voit ainsi que son -ministre, en est accueilli, fêté, caressé; règle les conditions -auxquelles il permet l'exécution de ce grand coup d'état; stipule pour -tous les chefs de son parti des récompenses qu'il refuse pour lui-même, -afin de conserver toujours son influence sur la multitude; se concerte -avec le ministre pour tromper Condé et l'attirer dans le piége; -abandonne enfin sans scrupule le duc de Longueville et le prince de -Conti, inutiles désormais à la fronde, et qu'il étoit prudent -d'envelopper dans la disgrâce du chef de leur maison. Mais, dans toutes -ces dispositions si habilement prises, il fut forcé de consentir à faire -un secret de l'entreprise à Beaufort dont on craignoit l'indiscrétion[151]; -et l'amour-propre offensé de celui-ci ne le pardonna jamais au coadjuteur. - - [Note 149: Sous prétexte qu'il n'y avoit pas sûreté pour sa - vie, Condé ne se rendoit au parlement qu'avec un cortége - d'environ mille personnes, tant gentilshommes qu'officiers - du roi. De son côté, le coadjuteur avoit fait venir de la - province beaucoup de militaires et d'autres gentilshommes, - qui, réunis aux frondeurs de Paris, lui formoient une - escorte tout aussi redoutable. Les deux partis étoient - confondus dans les salles du parlement. De tous ceux qui s'y - rendoient, conseillers, ecclésiastiques ou laïcs, il n'en - étoit presque pas un seul qui ne cachât sous sa robe un - poignard ou une baïonnette; et cinq ou six fois par jour on - les voyoit sur le point de s'égorger, quoiqu'ils - s'accablassent de politesses. Ce fut à une de ces séances - que, le coadjuteur s'étant muni comme les autres d'un - poignard si maladroitement caché qu'on en voyoit passer le - manche, quelqu'un s'écria plaisamment: _Voilà le bréviaire - de monsieur le coadjuteur_.] - - [Note 150: Il osa lui tenir tête en plusieurs rencontres, et - surtout à l'occasion du mariage du jeune duc de Richelieu - qu'elle désapprouvoit. Jarsay ayant osé devenir amoureux de - la reine, il trouva mauvais qu'elle en eût été offensée, et - le prit ouvertement sous sa protection.] - - [Note 151: Comme ce prince ne cachoit rien à madame de - Montbason, dont il étoit l'amant, on craignoit qu'elle - n'allât redire ce qu'il lui auroit confié à Vigneul, attaché - à la maison du prince de Condé, et qui étoit encore mieux - avec elle que Beaufort.] - -Les trois princes furent arrêtés au Palais-Royal, en plein jour, au -moment où ils alloient entrer au conseil. Ils le furent par la faute -de Condé, qui méprisa tous les avis qu'on lui faisoit passer de -toutes parts sur le coup qu'on méditoit contre lui[152]. Mais le -ministre en commit une plus grande encore en ne s'assurant pas, en -même temps, de toute la famille et des principaux amis de ce prince. -Naturellement éloigné des partis violents, il se contenta de faire -exiler les deux princesses à Chantilli[153]. La duchesse de -Longueville, Bouillon, Turenne, Grammont, une foule de gentilshommes -attachés à Condé, eurent le temps de se sauver dans les provinces, -essayant de les soulever en sa faveur. Parmi ses amis qui restèrent à -Paris, plusieurs l'abandonnèrent lâchement. Le jeune Boutteville seul, -par une témérité folle que l'amitié justifie, essaya d'émouvoir le -peuple en parcourant les rues, et en répandant le bruit que c'étoit -Beaufort que Mazarin venoit de faire arrêter. À ce nom adoré, la -fermentation devint générale; les bourgeois s'armèrent; et la cour -eût vu se renouveler les barricades, si Gondi, averti à temps de -l'erreur, ne se fût hâté de publier partout le nom du véritable -prisonnier. Beaufort lui-même parut à cheval suivi d'un nombreux -cortége; et le peuple, passant alors des plus vives alarmes à la joie -la plus effrénée, alluma des feux de joie et tira des coups -d'arquebuse pour célébrer un événement qui le délivroit du plus odieux -de ses ennemis. - - [Note 152: Mazarin lui fit signer à lui-même l'ordre de son - arrestation, en lui disant qu'un certain Descoutures, témoin - décisif dans son affaire contre les rentiers, venoit d'être - arrêté hors de Paris; mais qu'il étoit à craindre que, - lorsqu'on l'y amèneroit, il ne fut enlevé. Condé consentit à - la demande que lui faisoit le ministre d'envoyer des troupes - à sa rencontre, et signa l'ordre aux gendarmes et aux - chevau-légers de conduire au château de Vincennes le - prisonnier qu'on leur remettroit.] - - [Note 153: La princesse douairière, mère du prince, et la - princesse de Condé, son épouse. Elles emmenèrent avec elles - son fils, le duc d'Enghien, encore enfant.] - -Dès le lendemain de la détention des princes, tous les grands du -royaume, les officiers de la couronne et les compagnies supérieures -furent mandés au Palais-Royal pour y entendre un long manifeste contre -Condé, que le cardinal accusa ouvertement d'aspirer à la tyrannie. Ce -manifeste, envoyé le jour suivant au parlement en forme de -déclaration, y fut enregistré sans la moindre difficulté. Il n'est pas -besoin de dire que Gondi et Beaufort furent à l'instant déchargés de -toutes les accusations qui avoient été portées contre eux. - -Cependant la cour étoit loin de jouir avec une entière sécurité de -l'espèce de triomphe qu'elle venoit de remporter. Les princes étoient -à peine sur la route de Vincennes, que les frondeurs avoient inondé le -Palais-Royal, entourant la reine et l'accablant de leurs protestations -de fidélité. Elle avoit reçu leurs hommages avec un sang-froid au -travers duquel perçoient le mépris qu'elle ressentoit pour eux et la -méfiance qu'ils lui inspiroient. Pour un tyran dont elle venoit de se -délivrer, elle alloit peut-être se donner une foule de tyrans; et tout -la portoit à croire qu'elle n'avoit fait que changer d'esclavage. En -effet Mazarin, qui avoit cru respirer un moment, retomba bientôt dans -ses premières inquiétudes lorsqu'il vit l'adroit et vigilant Gondi -chercher avidement la confiance de Gaston, dont lui-même avoit fait -éloigner l'insignifiant favori, s'emparer entièrement de cet esprit -jaloux et pusillanime, et étayer son parti de l'appui d'un aussi grand -nom. Telle étoit leur situation fâcheuse et singulière, qu'une union -même momentanée étoit à peu près impossible entre de tels rivaux. Les -frondeurs ne pouvoient pas même avoir l'air de former la moindre -liaison avec Mazarin, sans perdre cette confiance de la multitude -qu'il leur étoit si important de conserver; et Mazarin, qui avoit tant -de raisons de se méfier d'eux, prétendoit les soumettre à toutes ses -volontés, en se montrant toujours prêt, s'ils osoient remuer, à -délivrer Condé, et à se réconcilier avec lui à leurs dépens. La -prompte pacification de la Normandie que la duchesse de Longueville -avoit vainement tenté de soulever, celle de la Bourgogne, qui parut -d'abord plus difficile parce que le prince y avoit un grand nombre de -partisans[154], et qui fut ensuite presque aussi rapide, augmentoient -encore l'assurance du ministre; et dans plusieurs circonstances il -s'essaya en quelque sorte avec les frondeurs en leur suscitant une -foule de petites contrariétés[155], en se servant du raccommodement -même de Gondi avec la cour pour le décrier dans l'esprit de la -multitude. Celui-ci de son côté, parant rapidement les coups que le -cardinal commençoit à lui porter, le montroit à tous les mécontents -comme un despote insolent que rien ne pouvoit plus contenir depuis -qu'il avoit mis une partie de la famille royale dans les fers, et -parloit déjà de demander de nouveau son expulsion en même temps que la -liberté des princes. Il n'en falloit pas tant pour faire trembler -Mazarin, qui reconnut alors la nécessité de ménager un parti qu'il ne -pouvoit encore braver impunément, et se rapprocha de son ennemi avec -toutes ces feintes caresses qu'il prodiguoit ici très-inutilement, -puisqu'il savoit bien que Gondi n'en pouvoit jamais être la dupe. -Celui-ci se prêta sans peine à ce rapprochement, dans la crainte que -des divisions si promptement manifestées n'augmentassent le nombre des -partisans de Condé, qui déjà commençoient à remuer; et tous les deux, -se payant de mensonges et de flatteries, se nourrissant de méfiance, -conclurent une sorte de paix factice que l'un et l'autre se -promettoient bien de rompre dès que leur intérêt le demanderoit. - - [Note 154: Il étoit gouverneur de Bourgogne, et aussitôt - après la paix de Ruel, il avoit fait un voyage dans ce - gouvernement, où il avoit gagné tous les esprits par ses - caresses et ses libéralités. Toutefois la province fut - conservée au roi par la fidélité et le courage de l'avocat - général Millotet.] - - [Note 155: Il voulut modifier l'amnistie accordée dans les - dernières conférences à tous ceux qui avoient participé aux - désordres commis depuis la paix; il chercha à brouiller - Gondi avec les rentiers en suspendant leurs paiements, et en - cherchant à faire regarder le prélat comme l'auteur de cette - suspension.] - -Pendant que ces choses se passoient à Paris, les princesses, gardées à -vue dans leur retraite de Chantilli, avoient trouvé le moyen -d'échapper à leurs surveillants par le secours d'un serviteur du -prince, nommé Lénet[156]; et, tandis que la plus jeune, réfugiée à -Montrond avec le duc d'Enghien, s'y entouroit des partisans de son -mari, et se préparoit à soutenir par les armes une cause si sacrée -pour elle, la princesse douairière, introduite furtivement à Paris, y -faisoit connoître son arrivée en paroissant tout à coup au parlement, -auquel elle présentoit requête pour la délivrance de son fils. Elle -n'obtint rien, malgré l'assistance de Molé, qui désiroit avec ardeur -la réunion de la famille royale; et Gaston, montrant une fermeté dont -le principe n'étoit point en lui-même, non-seulement fit rejeter sa -demande, mais encore la força de sortir de la capitale, et de se -retirer dans le nouveau lieu d'exil qui lui avoit été désigné[157]. -Alors la jeune princesse lève l'étendard de la révolte, se concerte -avec les ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld, retirés, l'un dans -la vicomté de Turenne, l'autre dans le Poitou; entre dans la Guienne, -où les germes de mécontentement, loin d'être étouffés, sembloient -s'accroître de jour en jour davantage par l'arrogance intolérable de -d'Épernon, si impolitiquement maintenu dans ce gouvernement; y -entraîne les esprits déjà disposés à se soulever; paroît devant -Bordeaux, dont les portes lui sont ouvertes, où elle est reçue avec -transport par le peuple et par la bourgeoisie, qui étoient contre le -gouverneur, où l'audace et les manoeuvres de Lénet forcent le -parlement à consacrer tout ce qu'elle entreprend de concert avec les -ducs[158] contre l'autorité du roi; rassemble des troupes; fait un -traité avec les Espagnols, qui se présentent aussitôt pour profiter de -ces nouveaux troubles, tandis que la duchesse de Longueville et -Turenne, réfugiés dans Stenai sur les frontières du Luxembourg, -traitoient de leur côté avec eux, et formoient une armée dont ce grand -capitaine prenoit le commandement en se donnant le titre singulier de -_lieutenant-général de l'armée du roi pour la liberté des princes_. -Ainsi Mazarin se trouva placé entre les frondeurs qui commençoient à -l'insulter dans Paris, et des partis armés qui le menaçoient aux deux -extrémités du royaume. - - [Note 156: Il avoit été procureur au parlement de Dijon - avant de s'attacher au prince. C'étoit un homme plein - d'audace et de ressources, qui joua au siége de Bordeaux un - rôle presque aussi remarquable que Gondi au siége de Paris. - Il a laissé des mémoires où l'on trouve des détails curieux - et qui lui appartiennent.] - - [Note 157: Elle se retira à Châtillon-sur-Loing, près de la - duchesse de Châtillon, et y mourut le 2 décembre de la même - année.] - - [Note 158: Toutefois le parlement, d'accord avec la haute - bourgeoisie, refusa d'abord l'entrée de la ville à ceux-ci, - à moins qu'ils ne congédiassent un gros corps de noblesse et - de troupes réglées dont ils étoient accompagnés, craignant, - avec juste raison, que, s'ils admettoient dans leur ville un - parti armé, ils n'en fussent bientôt maîtrisés et menés plus - loin qu'ils ne voudroient. La Rochefoucauld et Bouillon - furent donc forcés de se loger dans les faubourgs; mais, - comme ils entroient tous les jours dans la ville, sous - prétexte d'aller faire leur cour à la princesse, leurs - intrigues soutenues par celles de Lénet furent conduites si - habilement, qu'ils finirent par s'y faire recevoir avec - leurs troupes.] - -Turenne, dont l'intention étoit de tout tenter pour l'enlèvement des -princes, dressa son plan en conséquence, et contre le gré des -Espagnols. Après avoir côtoyé quelque temps la frontière pour -inquiéter toutes les places et mieux cacher son dessein, il entra tout -à coup en France, et commença ses opérations par le siége du Catelet -qu'il emporta en peu de jours. Guise, qu'il alla aussitôt investir, -opposa plus de résistance, et donna au cardinal le temps de lui porter -des secours. Ce ministre avoit senti d'abord tout le danger d'un tel -mouvement sur une frontière si voisine de la capitale, lorsque d'un -autre côté des provinces entières se soulevoient; et son premier soin -fut d'y porter à l'instant toutes les forces dont il pouvoit disposer. -Le maréchal Duplessis-Praslin, chargé de diriger cette opération, le -fit avec beaucoup de bonheur et d'habileté. Il sembloit que Turenne, -dans sa révolte, eût perdu tout son génie: il fut vaincu par un homme -ordinaire, et l'armée espagnole leva honteusement le siége de Guise. - -Ce triomphe de Mazarin jeta l'alarme parmi les frondeurs. Ils -craignirent qu'il ne devînt trop puissant, qu'il ne secouât enfin leur -joug s'il parvenoit à pacifier la Guienne; et dès ce moment toutes -leurs manoeuvres eurent pour but de l'en empêcher. Le ministre les -devina, et les trompa cette fois-ci complétement. On leur sacrifia le -chancelier Séguier, dont il se méfioient, et les sceaux furent donnés -au marquis de Châteauneuf, ami intime de la duchesse de Chevreuse; -plusieurs d'entre eux reçurent des grâces dont ils furent satisfaits; -le cardinal feignit d'entrer dans toutes leurs vues, sut ainsi leur -inspirer assez de sécurité pour qu'ils laissassent le roi partir pour -Fontainebleau; et, dès qu'il l'eut tiré de leurs mains, la cour -entière, suivie d'un corps nombreux de troupes, s'avança rapidement -vers la Guienne, et vint mettre le siége devant Bordeaux. - -Furieux d'avoir été pris pour dupes, les chefs du parti se préparèrent -à prendre leur revanche, et ils y réussirent. Pendant la durée du -siége, qui fut long, meurtrier, et dans lequel les Bordelois -montrèrent plus de courage et d'ardeur que n'avoient fait les -Parisiens, le parlement de cette ville envoya des députés à celui de -la capitale: Gondi crut dès-lors entrevoir, dans cet événement, le -moyen de rendre les frondeurs maîtres du traité qui pourroit résulter -entre le roi et la province révoltée; mais jamais peut-être il n'eut -plus besoin de toutes les ressources de son génie, parce que jamais sa -position n'avoit été plus embarrassante. Nous avons dit que les amis -de Condé s'agitoient sourdement en sa faveur: le duc de Nemours et la -duchesse de Châtillon, qui dirigeoient tous leurs mouvements, étoient -déjà parvenus à se faire des partisans nombreux jusque dans le -parlement; et leurs espérances s'accrurent encore par cette députation -qui, dans la médiation qu'elle venoit solliciter à Paris, ne séparoit -point les intérêts des princes de ceux de la ville de Bordeaux. Opposé -à leur délivrance par un intérêt très-puissant, non moins opposé à -tout ce qui pouvoit accroître l'ascendant du ministre, il falloit que -Gondi sût à la fois arrêter la fougue du parlement, que la plus petite -circonstance pouvoit entraîner à faire inconsidérément tout ce que -demandoient les députés; inspirer assez de fermeté à Gaston pour le -déterminer à s'emparer de la médiation, à tenir la balance égale entre -les partis, en séparant les deux questions, et surtout y mettre assez -d'adresse pour que le parlement, contenu et dirigé par ce prince, ne -fût point choqué de l'influence qu'il exerçoit sur ses délibérations. -Grâce à ses manoeuvres, tout réussit au gré de ses voeux. Malgré les -efforts et les intrigues des ducs et de la princesse, les Bordelois, -fatigués d'un siége dont le résultat ne pouvoit manquer de leur être -funeste, acceptèrent la paix proposée d'accord avec Gaston, sans -insister davantage sur la liberté des princes; et la cour, en même -temps qu'elle recevoit la loi des frondeurs par l'organe du duc -d'Orléans, se vit forcée de traiter d'égal à égal avec une ville -rebelle qu'elle auroit voulu punir de sa rébellion. La princesse, -libre par le traité de se choisir une retraite, sortit de Bordeaux au -moment où le roi y fit son entrée. Bouillon et La Rochefoucauld, qui -avoient fait preuve, dans cet événement, d'une conduite et d'un -courage dignes d'une meilleure cause, n'y gagnèrent autre chose que -d'être nommés dans une amnistie accordée généralement à tous les -fauteurs de la révolte. - -Cet avantage, que Gondi venoit de remporter à force d'intrigue et -d'activité, changeoit du reste peu de chose à ce qu'il y avoit de faux -et d'embarrassant dans sa position. Son union politique avec la cour -lui avoit fait perdre une partie de sa faveur populaire; parmi les -principaux frondeurs, les uns étoient gagnés par les libéralités de -Mazarin, d'autres flottoient entre les partis au gré de leurs -intérêts; il n'y avoit guère que les moins considérables qui lui -fussent sincèrement attachés. Il avoit à la vérité une ressource en -apparence plus sûre dans Gaston, dont ses artifices avoient -entièrement subjugué le foible caractère; mais cette foiblesse même -lui faisoit craindre justement qu'à tous moments il ne lui échappât. -D'un autre côté la cour, qu'il venoit d'outrager même en ayant l'air -de la servir, qui le regardoit avec raison comme l'artisan caché de -l'affront qu'elle venoit d'essuyer, revenoit à Paris plus irritée que -jamais contre lui; et le ministre, croyant pouvoir plus facilement -l'attaquer dans l'état de foiblesse où lui-même s'étoit réduit, ne -dissimuloit plus ses dispositions hostiles contre ce dangereux rival. -Il l'accusoit ouvertement, non-seulement d'être l'auteur secret du -traité honteux de Bordeaux, mais encore d'avoir concerté avec Turenne -certaines négociations insidieuses proposées par les Espagnols pendant -son absence[159]; il le noircissoit secrètement auprès des partisans -des princes, leur faisant entendre qu'il ne tenoit pas à lui qu'on ne -prît à leur égard les plus horribles résolutions; il insinuoit en même -temps à Gaston que son nouveau favori cherchoit uniquement à se -raccommoder avec la cour en le trahissant. Ainsi placé entre un prince -inconstant et pusillanime dont le frêle appui menaçoit à chaque -instant de s'écrouler, et un ministre, non moins astucieux que lui, -qui, d'un moment à l'autre, pouvoit, pour le perdre entièrement, -ouvrir aux princes leur prison, et se réunir de nouveau avec eux, qui -même en avoit fait entrevoir plus d'une fois le dessein, Gondi, qui -avoit affecté le désintéressement le plus complet dans une intrigue -populaire, vit bien qu'il falloit suivre une autre marche, dans une -intrigue purement de cabinet, et qu'il n'avoit d'autre ressource -contre un aussi redoutable ennemi que cette haute dignité, depuis si -long-temps l'objet secret de son ambition, qui seule pouvoit le mettre -à l'abri de ses coups, en le faisant marcher de pair avec lui. -Profitant donc, et sans perdre un moment, de cette faveur de Gaston -qu'il possédoit encore tout entière, de ce reste de vigueur que -conservoit encore son parti, il afficha hautement ses prétentions au -chapeau de cardinal, après avoir persuadé aux chefs de la fronde -qu'ils étoient aussi intéressés que lui à la demande qu'il faisoit de -cette dignité, laquelle devenoit dans ses mains leur sauve-garde à -tous; et se servant contre Mazarin lui-même des armes avec lesquelles -celui-ci avoit voulu le combattre, il lui fit craindre, s'il éprouvoit -un refus, qu'il ne se réunît aussitôt au parti des princes, comme il -en étoit vivement sollicité. - - [Note 159: Comme ils craignoient que leur entrée en France - ne soulevât les peuples contre eux, ils étoient revenus à ce - projet de paix générale déjà mis en avant pendant le siége - de Paris, tant pour couvrir leurs desseins que pour - brouiller ensemble les frondeurs et Mazarin. Ils ne - réussirent qu'en partie, parce que, contre leur attente, les - conférences qu'ils avoient proposées furent acceptées, ce - qui les força à lever le masque.] - -Mazarin, épouvanté d'une telle menace, sentit plus que jamais combien -il étoit fâcheux pour lui de n'avoir pas ces précieux otages -entièrement en sa puissance. Depuis quelque temps ils n'étoient plus à -Vincennes: une entreprise très-hardie que Turenne avoit faite pour les -délivrer[160], un complot formé dans le même dessein par leurs plus -dévoués partisans, avoient déterminé à les transporter dans quelque -lieu plus sûr. Gondi eût bien voulu qu'on les eût renfermés à la -Bastille, dont le gouverneur étoit dévoué à la fronde; le ministre -avoit au contraire proposé de les faire conduire au Hâvre-de-Grace, -dont il étoit entièrement le maître, et les difficultés insurmontables -que firent naître des prétentions si opposées, avoient déterminé à -adopter la proposition faite par Gaston de les transférer à Marcoussy, -château-fort situé à six lieues de Paris, près de Montlhéry. Il -arriva, par cette complication d'intrigues que resserroient sans cesse -tant de passions et d'intérêts divers, que Mazarin imagina de mettre à -profit ce désir immodéré qu'avoit Gondi d'obtenir le cardinalat, pour -effectuer une translation nouvelle de ces illustres prisonniers, -tandis que Gondi lui-même crut, en donnant au ministre l'espoir de -cette translation, parvenir à lever tous les obstacles qui -s'opposoient à sa nomination. Laigues, Beaufort, la duchesse de -Chevreuse furent employés tour à tour dans cette négociation; on -distribua les rôles et dans le conseil de la reine et parmi ces agents -de la fronde, comme dans une comédie; Gaston vînt lui-même à -Fontainebleau, bien endoctriné par Gondi, qui, connoissant toute sa -foiblesse, ne l'avoit toutefois laissé partir qu'à regret. En effet -il soutint mal son personnage: vaincu par les prières et les caresses -de la reine, ébloui par les promesses mensongères de Mazarin, il signa -l'ordre de cette translation tant désirée avant d'avoir pris toutes -les précautions suffisantes. À peine cette signature importante lui -eut-elle été arrachée, que les princes, tirés de Marcoussy, furent -conduits précipitamment dans le château du Hâvre; Mazarin, maître -alors de sa proie, ne garda plus aucune mesure, et refusa positivement -le chapeau qu'attendoit le coadjuteur. - - [Note 160: Ses troupes s'avancèrent jusqu'à dix lieues de - Paris: il avoit dans cette ville des intelligences avec le - duc de Nemours et le comte de Tavannes; et si ses ordres - eussent-été ponctuellement exécutés, il n'est pas douteux - qu'il eût enlevé les princes.] - -C'étoit une sorte de triomphe qu'il remportoit sur ses ennemis; mais -ce triomphe devoit lui coûter cher. Gondi, poussé à bout, se décida -enfin à écouter les partisans des princes; Laigues et la duchesse de -Chevreuse, joués comme lui par Mazarin, entrèrent dans tous ses -ressentiments, et l'aidèrent de toutes leurs forces dans cette -nouvelle machination. Elle fut conduite avec l'adresse et l'activité -que l'on pouvoit attendre de ces habiles conjurés. Gaston, qu'il étoit -si difficile d'entraîner à un parti décisif, fut persuadé par Laigues, -et permit de tout faire; Gondi se rapprocha du garde des sceaux -Châteauneuf, qu'il haïssoit, dont il étoit détesté, mais qui désiroit -autant que lui la perte de Mazarin, dont il ambitionnoit les -dépouilles. Il eut des entrevues secrètes avec la princesse -Palatine[161], qu'on voit paroître pour la première fois sur ce -théâtre d'intrigues, et qui depuis y joua un des rôles les plus -importants. Cette femme extraordinaire, d'un esprit aussi pénétrant, -aussi délié que le coadjuteur, mais d'un caractère plus noble et plus -franc, s'étoit attachée à la cause des princes, avoit obtenu leur -confiance entière, et dirigeoit alors tout le parti attaché à leurs -intérêts. Elle avoua à Gondi qu'elle n'attendoit leur liberté que des -frondeurs, de lui surtout. Les rapports singuliers qu'ils démêlèrent -aussitôt dans leurs vues et dans le tour de leur esprit, les -disposèrent d'abord favorablement l'un à l'égard de l'autre, et la -négociation n'éprouva entre eux ni lenteur ni difficultés; les -difficultés véritables se trouvoient dans le plan à suivre pour -tromper la cour, prête à prendre l'alarme dès qu'elle verroit -l'apparence sérieuse d'une union entre les deux partis. Pour y -parvenir, les amis des princes[162] furent eux-mêmes trompés. Le duc -de Beaufort et madame de Montbason, gagnée, suivant l'usage, à prix -d'argent, parurent les premiers. Ce prince signa d'abord un traité -partiel, qui fit croire à Mazarin que les chefs des frondeurs, divisés -entre eux, négocioient surtout sans l'aveu et sans l'appui de Gaston. -Les autres chefs réunis signèrent ensuite un second traité. Lorsque -tout fut ainsi préparé, on arracha au foible Gaston sa signature; de -leur côté les princes accordèrent tout ce qu'on leur demanda[163], et, -sans perdre un moment, les frondeurs commencèrent à exécuter le plan -que Gondi avoit concerté. - - [Note 161: Anne de Gonzague de Clèves, princesse de Mantoue - et de Montferrat, comtesse Palatine du Rhin, également - fameuse par ses intrigues politiques, sa galanterie, sa - conversion et les austérités de sa pénitence.] - - [Note 162: Cette cabale de Condé, composée de ce que la cour - avoit de plus brillant en jeunes gens de qualité, avoit reçu - le nom de cabale des _Petits-maîtres_, mot qui est resté - dans la langue françoise, comme ceux de _Frondeurs_ et - d'_Importants_.] - - [Note 163: On stipuloit, dans ces traités, le mariage de - mademoiselle d'Orléans, fille de Gaston, avec le jeune duc - d'Enghien, en même temps qu'on rappeloit le mariage déjà - projeté de mademoiselle de Chevreuse avec le prince de - Conti. On promettoit de faire revivre, en faveur du duc - d'Orléans, l'office de connétable de France. Gondi devoit - avoir le chapeau de cardinal, etc.] - -Un événement qui arriva, pendant ces négociations mystérieuses put -convaincre le cardinal des dispositions où étoient à son égard ses -irréconciliables ennemis. La voiture du duc de Beaufort fut arrêtée à -dix heures du soir au milieu de la rue Saint-Honoré par une bande de -brigands. Un de ses gentilshommes nommé Saint-Egland, qui alloit le -chercher dans cette voiture à l'hôtel Montbason, ayant voulu faire -quelque résistance, fut tué par ces misérables, qui ne cherchoient -qu'à voler, et qui se sauvèrent dès qu'ils virent arriver du secours. -Aussitôt le parti entier jeta les hauts cris, attribuant ce meurtre à -Mazarin, qui, disoit-on, avoit eu l'intention de faire poignarder le -duc lui-même[164]. Le jugement de plusieurs de ces assassins, qu'on -arrêta peu de temps après, et dont les aveux ne laissèrent aucun doute -sur le véritable caractère de cet assassinat, ne fit point cesser -leurs clameurs; et Beaufort osa se plaindre de leur exécution comme -d'un attentat nouveau, dont le but étoit d'ensevelir à jamais un -secret aussi important. Une telle calomnie, soutenue avec une si -grande obstination, auroit dû sans doute déterminer Mazarin à rester à -Paris, pour conjurer ce nouvel orage; mais, d'un autre côté, les -progrès des Espagnols en Champagne sembloient justifier les plaintes -qu'on élevoit contre lui de toutes parts, d'avoir dégarni cette -frontière pour faire la guerre de Guienne, et sacrifié ainsi l'intérêt -de l'État à ses inimitiés particulières. Il pensa donc qu'un succès -militaire, en apaisant ces murmures, lui fourniroit en même temps le -moyen d'abattre ses ennemis sans retour; et formant un corps de -troupes d'environ douze mille hommes, qu'il fit marcher du côté de -Rhétel, sous les ordres du maréchal Duplessis-Praslin, il partit peu -de temps après pour en diriger lui-même les opérations. - - [Note 164: La cour, dans sa défense, fit courir le bruit que - ce prétendu assassinat n'étoit qu'une _Joliade renforcée_.] - -Jusqu'ici, dans cette suite de nouvelles manoeuvres, Gondi ne s'étoit -servi que de son habileté: il falloit maintenant y joindre l'activité -et l'audace, et l'on sait ce qu'il pouvoit faire en ce genre. Il -prépara donc, pour la rentrée du parlement, une suite de scènes bien -liées entre elles, dont la première fut jouée le jour même de la -mercuriale[165]. On y présenta, au nom de la princesse de Condé, une -requête par laquelle elle demandoit que son mari et les deux autres -prisonniers fussent amenés au Louvre, et gardés par un officier de la -maison du roi; que le procureur-général fût mandé pour déclarer s'il -avoit quelque chose à proposer contre leur innocence; que, dans le cas -contraire, ils fussent mis sur-le-champ en liberté. Le secret de la -nouvelle association avoit été si bien gardé, que Molé lui-même, qui -désiroit toujours la réunion de la famille royale, mais qui la vouloit -par des voies légitimes, appuya fortement cette requête, bien persuadé -qu'elle ne venoit que des amis des princes, et étant loin de penser -que Gondi pût y avoir la moindre part. La délibération fut remise, -tout d'une voix, au 20 décembre. Cependant la reine, alarmée, fit -défendre par les gens du roi de s'occuper de cette affaire, et, dans -la séance du 7, l'avocat-général Talon, après avoir fait son rapport -sur cette défense, venoit de donner des conclusions en conséquence, -lorsqu'on apporta une autre requête par laquelle mademoiselle de -Longueville demandoit aussi la liberté de son père. On en avoit à -peine achevé la lecture qu'un grand bruit se fit entendre à la porte -de la grand'chambre: c'étoit des Roches, capitaine des gardes du -prince de Condé, qui vouloit entrer et présenter à la compagnie une -lettre des trois prisonniers, par laquelle ils demandoient, ou qu'on -leur fît leur procès, ou qu'on leur rendît la liberté. Molé, -commençant à soupçonner quelque manoeuvre, et doutant de la validité -de cette lettre, s'opposa, malgré les clameurs des enquêtes, à -l'admission de l'envoyé; il invoqua les formes avec sa fermeté -ordinaire, et son avis l'emporta. Cependant la lettre, après avoir -passé par le parquet, fut reconnue pour authentique, et des Roches la -présenta. Les gens du roi concluoient à ce qu'elle fût rejetée, ainsi -que les deux requêtes; mais, sans statuer sur leurs conclusions, on -remit la délibération au lendemain. Une lettre de cachet, envoyée par -la reine, ordonna de la suspendre pendant huit jours; le parlement ne -lui en accorda que quatre, sans égard pour l'état d'indisposition -réelle où se trouvoit cette princesse, et qu'elle avoit donné pour -prétexte de cette suspension. La délibération reprit donc son cours; -les déclamations contre le ministre recommencèrent; et bien que -Gaston, d'accord avec Gondi, eût refusé d'assister aux séances, afin -de donner le change à la cour, qui, si elle l'eût vu déclaré -tout-à-fait contre elle, auroit pu prendre un parti, et traiter -elle-même avec les princes, la violence des opinions, loin de se -ralentir, sembla augmenter de moment en moment. Le jour qu'on avoit -choisi pour porter les derniers coups approchoit, lorsque la nouvelle -de la victoire de Rhétel vint, comme un coup de foudre, frapper tous -les esprits. Cette ville avoit été prise, ou plutôt achetée à prix -d'argent par le cardinal; Turenne et les Espagnols venoient d'être -entièrement défaits par le maréchal Duplessis; et Mazarin, qui -s'attribuoit audacieusement toute la conduite de cette campagne -brillante, s'apprêtoit à revenir triomphant à Paris. - - [Note 165: Le 2 décembre.] - -Tout sembloit perdu. Gaston, les amis des princes, les frondeurs, -étoient attérés; Gondi seul, devenu plus audacieux par l'excès même du -péril, résolut de tenir tête à l'orage. Le jour même où ce succès fut -annoncé au parlement, tout en témoignant la joie qu'il en ressentoit, -il osa joindre à son discours insidieux une demande plus formelle que -jamais de la liberté des princes: ceci commença à relever les -courages. Le jour suivant il alla plus loin, et donnant à Mazarin, -pour le mieux décrier, tout l'honneur de la victoire, il s'attacha à -démontrer l'imprudence extrême qu'il y avoit eu à risquer une bataille -dont la perte eût ouvert aux ennemis le coeur même du royaume, et -amené le bouleversement et la perte totale de la France. Présentés -sous cette face, les succès de Mazarin devinrent presque pour lui un -sujet de blâme et d'accusation; à ces reproches, que Gondi lui -adressoit publiquement, il joignoit avec plus de succès encore une -foule de calomnies sourdement répandues dans le peuple et parmi ses -partisans, ou pour aigrir les haines, ou pour accroître les terreurs. -Tout alla au gré de ses désirs. Les acclamations recommencèrent à son -entrée et à sa sortie du palais; et l'arrêt qui intervint enfin après -tant de délibérations, arrêt dans lequel la personne du ministre ne -fut point épargnée, ordonna des remontrances à la reine pour demander -la liberté des princes, et une députation au duc d'Orléans pour le -prier d'interposer à cet effet son autorité. Mazarin arriva le -lendemain à Paris. - -(1651) Son entrée eut un appareil triomphal; mais les courtisans seuls -y prirent part, et ce triomphe fut renfermé dans les murs du -Palais-Royal. Cependant la reine, un peu rassurée par la présence de -son ministre, refusa d'abord de recevoir les députés du parlement, -alléguant toujours pour prétexte le mauvais état de sa santé. Ces -lenteurs firent gagner quelques jours; mais enfin il fallut les -recevoir et écouter ces remontrances: elles furent présentées par -Molé, qui, n'étant pas encore suffisamment éclairé sur les manoeuvres -de Gondi et la connivence secrète du duc d'Orléans, les prononça avec -une vigueur et une liberté dont la cour entière fut choquée. La reine -essaya encore de gagner du temps; mais forcée enfin de s'expliquer par -les impatiences du parlement, elle fit une réponse dure et chagrine, -dans laquelle elle déclara qu'il ne falloit point compter sur la -liberté des princes que tous leurs partisans n'eussent mis bas les -armes[166] et que Stenai ne fût rentré au pouvoir du roi. - - [Note 166: On y désignoit particulièrement Turenne et la - duchesse de Longueville.] - -Alors le coadjuteur, voyant arriver le moment décisif, dirige tous ses -efforts vers Gaston, qu'il veut faire éclater, lui montrant Mazarin, -qui soupçonnoit déjà leurs projets, sur le point peut-être de les -faire avorter, en traitant lui-même avec les princes. Il en arrache -enfin la permission de prononcer son nom dans la délibération qui -devoit avoir lieu sur la réponse de la reine. L'effet en fut -prodigieux: à peine Gondi a-t-il déclaré _au nom de son altesse_ -qu'elle est disposée à s'unir à la compagnie pour la délivrance de ses -cousins, que les acclamations les plus vives s'élèvent de toutes -parts. La plus grande partie du parlement, se précipitant hors de la -grand'chambre, vole vers le Luxembourg, pour remercier le prince de -cette faveur signalée. La cour est consternée; son effroi redouble -lorsqu'elle voit Gaston, animé d'un courage qu'il empruntoit à tous -ceux qui l'environnoient, et surtout à son favori, rassembler les -quarteniers de la ville, et leur ordonner de tenir leurs armes prêtes -pour le service du roi; mander Châteauneuf, Le Tellier, le maréchal de -Villeroi; déclarer hautement aux premiers qu'il n'ira point au -Palais-Royal, qu'il n'assistera à aucun conseil tant que la reine sera -sous l'influence d'un ministre abhorré de la nation; charger le -dernier de lui répondre de la personne du roi; enfin commander en -maître absolu et déployer, dans toute son étendue, le caractère d'un -lieutenant-général du royaume. - -Mazarin surtout étoit dans un effroi qui tenoit du délire. La cour -essaya aussitôt d'entamer des négociations avec le duc. On lui promit -formellement la délivrance des princes, et l'on fit même partir devant -lui, pour le Hâvre, ceux qui devoient la négocier[167]. On lui offrit -pour lui-même tout ce qu'il voudroit demander; on alla même jusqu'à -proposer le mariage d'une de ses filles avec le roi. La reine, -connoissant tout l'empire qu'elle avoit sur lui, sollicitoit vivement -la faveur de le voir, de l'entretenir un seul instant; mais Gondi, qui -redoutoit plus que tout le reste un semblable entretien, lui fit -éviter tous ces piéges, et surtout celui-là. Gaston refusa donc -obstinément de rien entendre, et demanda avant toutes choses l'exil de -Mazarin. Alors la régente et son ministre, parvenus au dernier degré -de fureur contre l'artisan d'une trame si funeste et si perfide, -imaginèrent de détourner sur lui l'orage élevé sur leurs têtes, et de -le faire accuser en plein parlement. Servien[168], Châteauneuf, sont -appelés pour les aider dans cette manoeuvre; Molé, outré d'avoir été -joué par le coadjuteur[169], et toujours guidé par cette même ardeur -de voir la paix s'établir enfin parmi les membres de la famille -royale, leur prête son ministère; et tous réunis fabriquent contre -Gondi une pièce très-violente, dans laquelle il étoit accusé des plus -horribles complots, de complots qui n'alloient pas moins qu'à mettre -le royaume en combustion, pour assouvir son ambition insatiable. Cette -pièce, débitée d'abord solennellement devant les députés du parlement -mandés au Palais-Royal, fut lue quelques instants après dans la -grand'chambre par le premier président lui-même devant Gaston, qui, -depuis sa déclaration, y paroissoit pour la première fois, et venoit -par sa présence achever ce que les frondeurs avoient si heureusement -commencé. La surprise fut extrême; et comme il arrive toujours dans -les grandes assemblées, où le moindre incident qu'on n'a pas prévu -peut troubler les esprits et changer la marche des choses, ce coup -porté au coadjuteur alloit peut-être renverser tous ses projets, en -donnant une face nouvelle à la délibération: c'est alors que, -rassemblant tout ce qu'il avoit de sang-froid, d'éloquence et -d'intrépidité, il prononça ce discours, aussi adroit qu'énergique, -dans lequel, ne répondant à l'accusation intentée contre lui que par -un prétendu passage de Cicéron qu'il venoit de composer lui-même -sur-le-champ[170], il rétablit la question principale qui devoit -faire l'objet de la délibération du parlement, savoir, la liberté des -princes et l'exclusion de Mazarin. Les esprits furent à l'instant même -ramenés vers lui. Ce fut vainement que la reine, au milieu même de la -séance, fit encore conjurer Gaston de venir la trouver; que Molé, -Talon, joignirent à ses prières les plus vives instances, les -exhortations les plus pathétiques, un seul coup d'oeil de Gondi suffit -pour maintenir le foible prince; il ne cessa de refuser, sous prétexte -qu'il n'y avoit point de sûreté pour lui au Palais-Royal; et après -quelques efforts impuissants du parti attaché au gouvernement, l'avis -du coadjuteur forma l'arrêt. - - [Note 167: Lionne et le maréchal de Grammont; mais Gaston - savoit très-bien qu'ils étoient partis sans aucunes - propositions, et simplement avec l'assurance qu'on les - enverroit par le courrier suivant.] - - [Note 168: Surintendant des finances, l'un des - plénipotentiaires de la paix de Munster.] - - [Note 169: La cour le trompoit également en lui persuadant, - pour le faire agir, qu'elle étoit prête à donner la liberté - aux princes. Il le dit formellement au parlement, et se vit - ensuite désavoué, après le mauvais succès de l'accusation - élevée contre Gondi.] - - [Note 170: Cet habile factieux savoit que rien ne donne un - air d'autorité comme une citation faite à propos, parce - qu'elle offre sur-le-champ à l'esprit un point de - comparaison qui fixe ses incertitudes; et cet effet doit - être surtout très-grand au milieu des opinions flottantes - d'une assemblée qui délibère. Voici ce passage, qu'il - composa, dit-il, du latin le plus pur qu'il lui fut possible - d'imaginer: _In difficillimis reipublicæ temporibus urbem - non deserui; in prosperis nihil de publico delibavi; in - desperatis nihil timui_.] - -La cour se vit alors pressée de toutes parts: le clergé avoit déjà -envoyé une députation à la reine pour solliciter également la -délivrance des princes. Gaston excita la noblesse, qui s'étoit -assemblée l'année précédente, à s'assembler de nouveau, et à faire de -cette délivrance l'objet principal de ses délibérations. La reine, -dont les alarmes redoublent, croit alors devoir prendre des -précautions pour sa sûreté: le duc s'en plaint hautement dans le -parlement, comme d'un outrage fait à la fidélité qu'il conserve au -roi, et la compagnie lui donne à l'instant même, en sa qualité de -lieutenant du royaume, tout pouvoir sur les maréchaux de France et sur -tous les corps militaires. Plusieurs séances orageuses se succèdent, -dans lesquelles Molé, toujours d'accord avec la cour, est accablé -d'outrages, parce qu'il cherche à gagner du temps. On demande à grands -cris l'exécution de l'arrêt; et Gaston ne veut point absolument -communiquer avec la reine que la lettre de cachet pour délivrer les -prisonniers ne soit expédiée. Anne, désespérée, concerte avec son -ministre une ruse dont celui-ci surtout espéroit un grand succès, et -qui montra seulement l'extrémité à laquelle tous les deux étoient -réduits. Au moment où l'on s'y attendoit le moins, Mazarin quitte -Paris, va s'établir à Saint-Germain, et se flatte ainsi d'avoir ôté à -Gaston tout prétexte de se refuser à cette entrevue, qui sembloit à la -cour entière l'événement décisif. Le prince eût cédé sans doute, si -Gondi, devenu le maître absolu de toutes ses pensées et de toutes ses -actions, ne l'eût rendu inébranlable sur cet article important. Il -s'obstine donc à ne vouloir rien entendre que les princes ne soient -délivrés. Cependant cette évasion du cardinal fait naître des -inquiétudes: on croit y voir le projet d'enlever de nouveau le roi de -sa capitale, et l'on prend à ce sujet les précautions les plus -insultantes pour la reine. Elle croit calmer les esprits en faisant -porter au parlement une promesse verbale de renvoyer le ministre: le -vague de cette promesse produit l'effet contraire; il accroît leur -effervescence, et un arrêt rendu au milieu du plus affreux tumulte, -renouvelant celui qui, deux ans auparavant, avoit proscrit Mazarin, -ordonne qu'il sera chassé de France, qu'il en sortira avant quinze -jours avec tous ses parents et domestiques, permettant à tout le -monde, passé ce délai, de _lui courre sus_. C'est alors une nécessité -pour cette princesse de signer la lettre qui ratifie une délivrance si -ardemment désirée. - -Elle la signa toutefois avec une facilité qui pouvoit étonner dans un -caractère aussi inflexible que le sien: c'est qu'alors elle étoit -réellement décidée à se soustraire à la tyrannie qui l'opprimoit, et -que tout étoit préparé pour sa fuite. Gaston en est averti, et retombe -dans ses incertitudes: l'idée de retenir son roi prisonnier -l'épouvante. L'audacieux Gondi, qui le voit balancer, se charge seul -de l'événement. Il fait monter Beaufort à cheval; le maréchal de La -Mothe, Laigues, Coligni, Tavannes, Nemours, imitent son exemple. On se -saisit de toutes les portes qui avoisinent le Palais-Royal, et l'on y -fait, à l'entrée et à la sortie, les perquisitions les plus sévères. -Les bourgeois prennent les armes; la demeure du souverain est cernée -par les patrouilles des frondeurs; et ces factieux ont l'insolence -d'en violer l'entrée, de pénétrer, au milieu de la nuit, jusque dans -la chambre du jeune prince, pour s'assurer par leurs propres yeux -qu'il est bien en leur puissance. La reine, voyant toutes les issues -fermées, veut s'échapper par la rivière: elle la trouve couverte de -bateaux armés qui sont prêts à la repousser. Lorsque tant d'attentats -sont consommés, Gondi, par son ascendant irrésistible, entraîne Gaston -au parlement, et malgré les reproches amers, les plaintes éloquentes -de Molé, lui fait tout approuver. La reine est forcée de désavouer le -projet de sa fuite, et les députés, qui devoient aller ouvrir aux -princes les portes de leur prison, reçoivent l'ordre de partir; mais -avant qu'ils fussent arrivés au Hâvre, les princes étoient déjà -délivrés. - -C'étoit à Mazarin lui-même qu'ils devoient leur liberté. Tant que ce -ministre avoit espéré ou l'entrevue de la reine avec Gaston, ou son -évasion de Paris, il étoit resté aux environs de cette capitale, -décidé, dès qu'il verroit la moindre apparence de succès, à s'emparer -des trois prisonniers, et à les transférer dans quelque lieu plus sûr -que le Hâvre[171]. Les mauvaises nouvelles qu'il reçut, et qui lui -furent confirmées par la reine elle-même, le déterminèrent à -s'éloigner; et il dirigea ses pas vers la prison des princes, -incertain encore s'il exécuteroit son projet, ou si, prévenant les -frondeurs, il essaieroit de se faire auprès d'eux un mérite d'une -liberté qu'il leur accorderoit sans conditions[172]. Plusieurs ont -prétendu que Mazarin eût pris le premier de ces deux partis, s'il eût -pu entrer au Hâvre avec son escorte; mais, forcé par le gouverneur de -la laisser hors de la ville, il n'eut plus d'autre ressource que le -dernier; et s'humiliant devant les princes plus qu'il n'étoit -convenable, quelle que fût sa situation, il alla lui-même leur -annoncer qu'ils étoient libres. Ceux-ci le reçurent avec un mépris que -Condé poussa même jusqu'à l'insulte; et tandis que le ministre sortoit -de France pour aller se confiner à Bruyll, sur les terres de -l'électeur de Cologne, les princes s'avancèrent rapidement vers Paris, -où ils firent, peu de jours après, une sorte d'entrée triomphale. Le -peuple, toujours aveugle et inconstant, alluma des feux de joie pour -leur délivrance, aussi stupidement qu'il l'avoit fait pour leur -captivité. Leur entrevue avec Gaston, Beaufort, Gondi, etc., se passa -en effusions de tendresse; ils ne virent qu'un moment, et avec une -contrainte et une froideur remarquables, la régente qui les attendoit -en tremblant; le parlement les reçut tous les trois, principalement -Condé, avec les plus vifs transports d'allégresse; et ce prince, -maintenant soutenu d'un parti formidable contre une reine qui sembloit -désormais sans appui, parut être un moment ce qui avoit toujours été -le voeu secret de son ambition, l'arbitre suprême de l'État. - - [Note 171: À Brest, dont le gouverneur étoit entièrement à - sa disposition.] - - [Note 172: Les frondeurs n'avoient pu leur en sauver une - extrêmement désagréable, laquelle étoit de ne rentrer dans - leurs gouvernements qu'à la majorité du roi.] - -Cependant cette ambition, contraire aux intérêts des frondeurs, -laissoit déjà entrevoir un germe de divisions qu'une main habile -pouvoit développer; et Mazarin, du fond de sa retraite, où son oeil -pénétrant veilloit sans cesse sur ses ennemis, où sa politique -artificieuse dirigeoit seule encore tous les conseils de la cour, -n'avoit garde de le laisser échapper. Condé ne vouloit point d'égal; -les frondeurs étoient décidés à ne point souffrir de maître; et tous -étoient également avides du pouvoir: il en résulta que, dès le -commencement, cette espèce de prépondérance que le prince prétendit -s'arroger sur le parti excita la jalousie de tout le monde. Lui-même -ne tarda pas à ne considérer ceux qui l'environnoient que comme autant -d'obstacles à sa grandeur; et la reine, ayant saisi cette disposition -où il se trouvoit, hasarda, pour l'attirer vers elle, des avances qui -ne furent ni reçues ni absolument rejetées, mais qui commencèrent à -l'ébranler. Gondi s'en aperçut aussitôt dans une séance du parlement, -où il vit ce prince applaudir et donner sa voix à un avis qui, à -l'occasion de Mazarin, tendoit à exclure du ministère tous les -cardinaux, tant étrangers que françois, ce qui étoit visiblement -dirigé contre lui. - -Toutefois il sut encore parer ce coup qu'on vouloit lui porter; et le -garde des sceaux Châteauneuf l'aida puissamment dans cette -circonstance, parce qu'il avoit les mêmes vues et les mêmes intérêts. -Mais l'arrivée subite de la duchesse de Longueville à Paris, de cette -femme dont on a dit si justement qu'après avoir été l'_héroïne_ du -parti, elle en étoit devenue l'_aventurière_, excita plus vivement les -alarmes du coadjuteur. Elle étoit revenue plus audacieuse encore par -sa révolte même; et tandis que Turenne, fatigué du rôle honteux -qu'elle lui avoit fait jouer, rentroit en grâce auprès de la régente, -et lui vouoit une fidélité qui désormais ne devoit plus se démentir, -la duchesse, se précipitant de nouveau dans le chaos des intrigues, -essayoit de reprendre sur son frère l'ascendant qu'elle avoit perdu; -et, sans montrer un désir bien vif de le voir se rapprocher de la -cour, manifestoit ses mauvaises dispositions à l'égard des frondeurs, -en cherchant à rompre le mariage depuis si long-temps projeté entre le -prince de Conti et mademoiselle de Chevreuse. La cour, qui, par -d'autres motifs, craignoit autant qu'elle les séductions de la fille -et le caractère audacieux et intrigant de la mère, n'épargnoit rien -pour arriver au même but; et la princesse Palatine, négociatrice -secrète employée par la régente pour éblouir et ramener Condé, étaloit -à ses yeux tout ce qui pouvoit flatter ses projets ambitieux. À son -gouvernement de Bourgogne on ajoutoit celui de Guienne; la Provence -devoit être donnée au prince de Conti; ses principaux serviteurs -obtenoient, à proportion, des récompenses aussi magnifiques[173]; en -un mot, tout ce qu'il demandoit lui étoit sur-le-champ accordé. - - [Note 173: La Rochefoucauld devoit avoir le gouvernement de - Blayes, avec la lieutenance générale de la Guienne.] - -Cette facilité extrême, et même maladroite, auroit dû lui faire -soupçonner quelque piége caché sous des amorces aussi brillantes: loin -d'avoir la moindre méfiance, il se livre inconsidérément à ces -promesses fallacieuses[174]; cherche des prétextes pour retarder -l'union projetée avec la duchesse de Chevreuse; trompe et humilie à la -fois madame de Montbason[175]; et continuant cependant à se ménager -entre la cour et les frondeurs, il exige, avant d'abandonner ceux-ci, -la disgrâce de Châteauneuf qu'il haïssoit[176]. Pour lui complaire, on -donne les sceaux à Molé, qui garde en même temps sa place de premier -président; et Chavigni, odieux à la reine, mais entièrement dévoué au -prince, sort de l'exil où il languissoit depuis long-temps, pour venir -reprendre sa place au conseil. À la nouvelle du renvoi de Châteauneuf, -le duc d'Orléans laisse éclater son dépit, sans pouvoir toutefois s'en -prendre ouvertement à Condé, qui dissimule encore quelque temps avec -lui, mais qui laisse enfin échapper son secret dans une conférence où -le duc avoit réuni les chefs des deux frondes pour délibérer sur ces -mutations, dans lesquelles il voyoit une violation de ses droits, et -même une sorte d'insulte faite à sa personne. Gondi et plusieurs -autres proposèrent des partis vigoureux que Condé désapprouva -hautement, et que le timide Gaston put bientôt se repentir de n'avoir -pas suivis: car, dès le lendemain, le prince se croyant sûr de la -cour, et ne voyant pas d'ailleurs la possibilité de se maintenir plus -long-temps entre les deux partis, leva le masque en rompant -brusquement, et même d'une manière outrageante, avec madame de -Chevreuse. - - [Note 174: Le cardinal de Retz pense que ces négociations - étoient faites de bonne foi: cela pouvoit être de la part de - la reine, qui suivoit aveuglément tous les conseils de - Mazarin; mais en examinant la suite des événements, il est - impossible de croire que, dès le commencement, ce ministre - n'ait pas voulu tromper Condé.] - - [Note 175: On ne peut s'empêcher de dire que la manière dont - il la trompa étoit indigne non seulement d'un prince, mais - d'un homme qui auroit eu le moindre sentiment de probité. - Elle avoit remis, de confiance, à la princesse Palatine une - obligation de cent mille écus que Condé avoit souscrite à - son profit lorsqu'il avoit été question d'obtenir, pour sa - délivrance, la signature de Beaufort. Celle-ci la donna au - prince, qui la déchira, et se moqua ensuite de madame de - Montbason.] - - [Note 176: Il étoit odieux à toute sa maison, pour avoir - présidé, ainsi que nous l'avons déjà dit, à la condamnation - de Montmorenci, frère de la princesse, lequel avoit été - décapité sous le règne précédent, pour crime de haute - trahison.] - -Les frondeurs sembloient perdus, surtout Gondi. En horreur à la cour, -qu'il venoit de trahir; sans pouvoir auprès du peuple, à qui son -alliance passagère avec elle l'avoit rendu justement suspect; ne -pouvant compter sur un prince tel que Gaston; négligé de ses propres -partisans, comme un intrigant subalterne, désormais inutile à leurs -intérêts, il ne sembloit pas que rien pût le tirer d'une situation -aussi critique; et la résolution qu'elle lui fit prendre, bien qu'elle -fût, dans de telles circonstances, la seule qui pût encore le sauver, -n'en prouva pas moins l'extrémité fâcheuse à laquelle il étoit réduit. -Trop prudent pour engager avec Condé une lutte inutile et téméraire, -il se retira tout à coup du monde et des affaires, se renferma à -l'archevêché, affecta de n'avoir plus de relations qu'avec des -chanoines et des curés, parut uniquement occupé des fonctions de son -sacré ministère; et cependant dans cette retraite forcée, dont les -frondeurs s'étonnoient, qui excitoit les risées de ses ennemis, il -entretenoit un commerce régulier avec Gaston et Châteauneuf, alloit -toutes les nuits à l'hôtel de Chevreuse, répandoit dans le peuple des -bruits alarmants sur les négociations du prince avec la cour, faisoit -de son palais une espèce de château-fort, où il étoit à l'abri de -toute entreprise violente que l'on auroit voulu tenter contre sa -personne, et attendoit ainsi pour reparoître sur la scène, les -événements que la fortune pourroit faire naître en sa faveur, puisque -son génie n'avoit plus le pouvoir de les provoquer. - -Le succès justifia sa conduite, et fit passer pour politique profonde -ce qui n'étoit sans doute que l'oeuvre de la nécessité. Mazarin, comme -nous l'avons dit, et comme tout semble le prouver, n'avoit poussé la -reine à tant d'avances à l'égard de Condé, ne lui avoit fait faire -tant de concessions que pour abattre une seconde fois cet implacable -ennemi. Il venoit de le brouiller plus fortement que jamais avec les -frondeurs, dont l'appui l'auroit rendu si redoutable; il se garda bien -de détruire ceux-ci comme il eût pu si facilement le faire dans le -premier moment de leur consternation, les réservant pour lui porter -encore de nouveaux coups. Condé s'enveloppa de lui-même dans une trame -si subtilement ourdie, en se séparant une seconde fois de la fronde -avant d'avoir entièrement achevé ses arrangements avec la cour. Cette -faute le mit dans une situation équivoque. En même temps qu'elle -nuisoit au succès de ses négociations[177], elle le forçoit de ménager -encore Gaston, qui, toujours guidé secrètement par le coadjuteur, -feignit de se réconcilier avec Chavigni, en demandant toutefois qu'on -lui fît le sacrifice de Molé. Condé, par une ingratitude que rien ne -peut excuser, abandonna celui-ci, qui rendit les sceaux et ne lui -pardonna jamais. Ce fut après lui avoir suscité un tel ennemi que -Mazarin crut le moment favorable pour éclater. Dans une lettre qu'il -écrivit aussitôt à la reine, il n'eut pas de peine à lui démontrer que -ces avantages énormes accordés à un prince d'un tel caractère -exposoient l'autorité royale aux plus grands dangers; il le lui fit -voir avant peu maître absolu du royaume, si elle avoit l'imprudence -impardonnable de lui céder elle-même ses plus riches provinces; et, -plutôt que de traiter à des conditions aussi funestes, il l'exhorta, -au nom du salut de la France et de son propre fils, à se servir des -frondeurs, à mettre Gondi lui-même à la tête des affaires, en le -nommant premier ministre. Il n'en falloit pas tant pour déterminer une -princesse si ombrageuse sur le pouvoir; et, la nuit même qui suivit la -réception de cette lettre, le coadjuteur, réveillé brusquement par le -maréchal Duplessis, apprit, non sans le plus grand étonnement, -l'épouvante que le prince causoit à la régente, et la proposition -inattendue que Mazarin l'avoit engagée à lui faire, et qu'elle lui -faisoit effectivement, de lui donner la première place dans le -gouvernement. - - [Note 177: En effet la cour commença aussitôt à faire naître - des difficultés pour gagner du temps, et bien établir - l'intrigue qu'on venoit de former pour sa perte.] - -Il n'étoit pas aussi facile d'abuser Gondi que le prince de Condé. Il -reconnut aussitôt la ruse: il vit que Mazarin, dont l'intention ne -pouvoit être de lui céder si philosophiquement ses honneurs et son -pouvoir, ne vouloit créer ici qu'un fantôme de ministre, ou pour -perdre entièrement le prince, ou pour le mettre dans la nécessité -absolue de recourir à lui, et qu'alors son premier soin seroit de -briser l'ouvrage de ses mains, ce qu'il feroit sans peine d'un -coadjuteur de Paris. La dignité seule de cardinal pouvoit mettre Gondi -hors des atteintes d'un si dangereux adversaire. Il résolut donc de -refuser le ministère, et de profiter de cette heureuse circonstance -pour obtenir la pourpre. Son plan s'arrange aussitôt dans sa tête: il -voit la reine en secret, promet de se dévouer tout entier à sa cause, -sous la condition expresse de pouvoir continuer à déchirer -publiquement Mazarin, seul moyen de reprendre son autorité dans le -peuple et parmi les frondeurs; s'engage à lui ramener Gaston, à forcer -Condé de sortir de Paris, et pour prix de ces services obtient la -promesse positive du cardinalat. Il fut convenu, dans cette entrevue -fameuse, que Châteauneuf seroit rappelé et nommé à la place que le -coadjuteur venoit de refuser. La haine que tous les deux lui portoient -sembloit les pousser à l'élever si haut pour avoir le plaisir de l'en -précipiter. La princesse palatine, qui s'étoit rangée du parti de la -reine, que, dès ce moment elle n'abandonna plus, fut chargée par elle -d'être l'intermédiaire entre le cardinal et le coadjuteur. - -Gondi instruit d'abord Gaston d'une révolution aussi inespérée; et -sortant tout à coup de sa retraite, comme s'il y eût été forcé par -l'amour du bien public et par la situation critique des affaires, -commence aussitôt l'exécution de ses promesses en alarmant secrètement -les frondeurs sur les prétentions extraordinaires de Condé, sur les -correspondances mystérieuses et continuelles de la reine avec le -cardinal, montrant la guerre civile comme le résultat inévitable d'une -telle ambition et d'une telle opiniâtreté. Tout change en un moment: -une querelle de plume s'établit entre la grande et la petite fronde, -dans laquelle la première a tout l'avantage. Dans le parlement, le -coadjuteur déconcerte Condé, qui savoit ses liaisons nouvelles avec la -cour, en criant plus haut que lui contre Mazarin; et, s'ennuyant des -lenteurs, propose à la reine de le faire arrêter par l'autorité de -Gaston. Elle n'ose prendre un parti aussi violent: sur son refus, il -revient au projet de le forcer à lui céder la place, et, pour y -parvenir, affecte de suivre régulièrement les séances du parlement, -avec un cortége aussi nombreux et aussi redoutable que celui du -prince, éclairant sa conduite, attaquant ses avis, déclamant contre -ses prétentions. Cette lutte audacieuse continue pendant trois mois, -irrite, exaspère l'impétueux Condé. Excité encore par sa soeur, par -quelques amis avides de nouveaux désordres, il entame avec l'Espagne -de secrètes négociations. La reine en a connoissance, et délibère une -seconde fois de le faire arrêter. Condé, qui en est averti[178], croit -d'abord que ce n'est qu'une feinte, et s'abstient seulement d'aller au -Palais-Royal. Cependant la réflexion ne tarda pas à lui faire -reconnoître qu'il court un danger véritable au milieu de tant -d'ennemis dont il est entouré, flottant entre les brouilleries et les -raccommodements, ne jouissant que d'un crédit précaire, à la merci des -caprices d'un peuple dont il étoit si facile de lui enlever la faveur, -et des résolutions d'une compagnie où ses partisans n'étoient pas les -plus nombreux. Malgré son intrépidité naturelle, il commence à -s'alarmer; ses amis se réunissent pour accroître ses alarmes; il finit -par se persuader que sa liberté est réellement menacée, sort de Paris -comme un fugitif, et va se renfermer dans sa maison de Saint-Maur. - - [Note 178: On prétend que ce fut la reine qui, par le - conseil du coadjuteur, lui fit donner elle-même cet avis, - parce qu'elle ne vouloit effectivement que le pousser à - sortir de Paris.] - -Gondi, qui n'attendoit que son départ pour donner à ses intrigues le -dernier degré d'activité, ne manqua pas de le présenter aussitôt sous -les couleurs les plus odieuses, comme un acte de rébellion qui -annonçoit les plus sinistres projets. Toutes ces impressions furent -reçues; et Condé, qui écrivit aussitôt au parlement pour expliquer les -motifs d'une démarche aussi étrange, ne fut écouté qu'avec la plus -grande défaveur. Tout succédoit au gré de la cour, si Gaston n'eût -montré, dans cette circonstance importante, ses indécisions -accoutumées. Elles épouvantèrent la reine, qui, malgré les conseils -toujours vigoureux du coadjuteur, n'osa dans ces premiers moments -prendre un parti décisif contre son ennemi. Gaston, à son tour, voyant -qu'elle balançoit, crut qu'elle ménageoit, peut-être à ses dépens, un -accommodement avec Condé, et se hâta de faire secrètement des avances -à celui-ci. Dans ce moment même arrivèrent des lettres de Mazarin, -qui, fixant les irrésolutions de la reine, la déterminèrent à s'unir -ouvertement avec le duc et à éclater contre le prince. Gondi est -chargé d'en faire la proposition à son maître; mais il étoit trop -tard, et quoiqu'il sentît bien la faute qu'il avoit faite, faute dont -il fit l'aveu à son favori, le timide Gaston n'osa jamais rompre les -nouveaux engagements qu'il venoit de contracter avec un rival dont le -génie faisoit trembler le sien. Condé, trouvant une force nouvelle -dans une telle foiblesse, du fond de sa retraite demandoit avec -hauteur le renvoi de Tellier, Lionne et Servien, créatures du -cardinal, et qu'il appeloit par dérision les _sous-ministres_. Le duc, -n'osant s'y opposer, descendit jusqu'à la prière pour le déterminer à -se désister d'une demande que la reine regardoit comme le plus grand -des outrages. Il fut inébranlable. Ce fut vainement que Gondi, dans -plusieurs séances du parlement où cette question fut agitée, essaya, -par tous les moyens que put lui suggérer son adresse et son éloquence, -de vaincre les inconcevables irrésolutions de Gaston; celui-ci -persista dans son dessein ridicule de ménager à la fois et la reine et -Condé, et par cette conduite versatile trouva le secret de les -mécontenter tous les deux. Les sous-ministres furent renvoyés, sur -l'avis secret de Mazarin; mais la reine, par le mépris que lui -inspiroit Gaston, se fortifia dans la résolution de ne point céder à -Condé; et celui-ci, enhardi par les avances du duc et par les terreurs -qu'il lui inspiroit, osa bientôt braver la cour et revenir à Paris. - -Sa situation à Saint-Maur étoit en effet assez embarrassante. Une -foule nombreuse de ses anciens partisans s'étoit d'abord rassemblée -autour de lui; mais presque tous avoient disparu lorsqu'ils eurent -reconnu que son intention étoit de les engager trop avant. Turenne -l'avoit abandonné, parce qu'il s'ennuyoit de la rébellion; Bouillon, -parce qu'il croyoit trouver plus de sûreté dans le parti de la cour; -le duc de Longueville, par lassitude; et La Rochefoucauld, si -maltraité dans la dernière guerre, ne cherchoit qu'à lui inspirer des -sentiments pacifiques. D'un autre côté, le renvoi des sous-ministres -ne laissoit plus aucun prétexte à son éloignement. Sa soeur, le prince -de Conti, Nemours, étoient les seuls qui l'excitassent à la guerre. -Naturellement porté aux partis violents et décisifs, il les écoutoit -volontiers; mais, dans l'impuissance absolue où il se trouvoit alors -de suivre un tel conseil, il se trouva heureux que cette foiblesse -extrême de Gaston, toujours balançant entre lui et la cour, lui -fournît le moyen de rentrer à Paris sans danger. Il y revint donc -brusquement; et, avec son audace accoutumée, se rendit au parlement, -où il n'eut aucun succès, de là chez Gaston, qui, dissimulant le -chagrin que lui causoit son retour, se montra plus foible qu'il -n'avoit jamais été. - -La reine, indignée d'une telle lâcheté, s'adressa alors à Gondi, le -sommant de lui tenir la parole qu'il lui avoit donnée, de s'opposer -aux entreprises du prince. L'intérêt du coadjuteur étoit sans doute de -ne pas violer une semblable promesse: il se mit donc en mesure de la -remplir, et, quelques jours après, parut au parlement avec un cortége -aussi nombreux que celui de Condé. De tels moyens n'étoient pas faits -pour intimider ce caractère intrépide: aussitôt le prince augmenta -lui-même sa suite, qu'il rendit plus effrayante encore que magnifique; -il parla plus hardiment que jamais dans le parlement contre les -liaisons de la régente avec Mazarin; il affecta de se tenir éloigné du -Palais-Royal, ou de n'en approcher que pour étaler aux yeux de la cour -le cortége insolent dont il étoit sans cesse accompagné; enfin les -choses en vinrent au point que la reine, outrée de son audace et de -cette foiblesse désespérante du duc d'Orléans, exigea de Gondi qu'il -se déclarât ouvertement contre Condé, et qu'il la servît même contre -la volonté de Gaston. - -Il s'y décida, et la volonté ferme du favori finit par entraîner celle -du maître. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'il employa d'abord -contre le prince un moyen dont la cour avoit usé peu de temps -auparavant pour le perdre lui-même: Châteauneuf, qui, d'après les -arrangements pris, devoit bientôt rentrer au ministère; Molé, que tant -de raisons rendoient contraire à Condé, furent appelés dans un -conseil, où l'on dressa contre lui une pièce qui le peignoit sous les -traits les plus odieux; et certes, pour lui donner tous les caractères -d'un rebelle, il n'y avoit malheureusement qu'à rassembler les faits. -Le parlement, la chambre des comptes, la cour des aides, le corps de -ville furent mandés au palais par députés, et y entendirent d'abord la -lecture de cette foudroyante Philippique. Condé, alarmé, veut se -justifier dans la séance du lendemain, et interpelle Gaston de venir à -son secours: Gaston s'y refuse, et Gondi, qui lui a inspiré le courage -de risquer ce refus, l'y fait persister, malgré les sollicitations -pressantes de son impérieux rival. Cependant le duc, tout en refusant -de l'accompagner, se laisse arracher un écrit, dans lequel il a l'air -de justifier le prince des inculpations dirigées contre lui, et -principalement de ses intelligences avec les Espagnols, intelligences -qui n'étoient que trop réelles, et plus actives que jamais en ce -moment, à cause du péril où il croyoit se trouver. Muni de cette -pièce, Condé vole à la grand'chambre, et en même temps qu'il y -renouvelle son apologie, accuse ouvertement le coadjuteur d'être -l'auteur des calomnies présentées par la reine contre lui. Celui-ci -réplique avec une hauteur qui put passer pour téméraire: car si Condé -eût voulu relever une parole outrageante qui lui étoit échappée, -Gondi, mal accompagné ce jour là, eût peut-être couru risque de la -vie. Le prince ne le fit point, ou par mépris, ou par grandeur d'âme. -Son ennemi n'éprouva d'autre désagrément que d'être hué en sortant par -le parti opposé; et, échappé à ce danger, alla se préparer à en braver -le surlendemain de plus grands. La reine l'y excita elle-même, et -concerta avec lui tous les préparatifs de cette journée fameuse. Elle -mit à sa disposition une partie des troupes de la garde; les habitants -du pont Saint-Michel et du pont Notre-Dame, vendus à ce chef de parti, -reçurent l'ordre de se tenir prêts au premier signal; ils eurent un -mot de ralliement; Gondi alla la veille reconnoître le champ de -bataille, marquer les postes, et la grand'chambre prit l'aspect d'une -ville assiégée. L'audacieux prélat y arriva le premier, entouré de -tous ses amis; Condé ne tarda pas à s'y rendre avec des forces à peu -près égales. Gaston, résolu à se déclarer pour le vainqueur, affecta -de garder la neutralité en se renfermant dans son palais. - -On s'étoit assemblé pour délibérer sur l'accusation portée contre le -prince. Son impatience ne lui permit pas de laisser entamer la -délibération; et dès qu'il eut pris place, il commença à se plaindre -de cet appareil menaçant dont les avenues du palais et la -grand'chambre elle-même offroient le spectacle extraordinaire, et -lança à Gondi un trait piquant que celui-ci releva sur-le-champ avec -une insolence qui mit le prince hors de lui-même. Il répliqua par un -propos menaçant; Gondi y répondit par une bravade plus insolente -encore. Dans un moment, comme si cette parole eût été le signal du -combat, l'assemblée entière se lève avec un bruit effroyable, chacun -court se ranger auprès de son chef, les présidents se jettent entre -ces deux troupes, toutes les deux armées, et prêtes à s'élancer l'une -sur l'autre; ils pressent, ils conjurent, ils supplient; ils demandent -surtout que l'on fasse disparoître cette foule de gens qui entourent -le sanctuaire de la justice, les armes à la main. Condé cède le -premier, et ordonne à La Rochefoucauld de faire retirer ses amis; -Gondi sort de son côté pour donner également aux siens le signal de la -retraite: au tumulte que l'on vient d'apaiser dans la grand'chambre -succède tout à coup dans la grand'salle un tumulte plus affreux -encore, dès que le coadjuteur y paroît. À sa vue, quelques partisans -du prince tirent l'épée en criant _au Mazarin!_ ceux de Gondi en font -autant: dans un moment, les deux troupes, jusqu'alors confondues, se -séparent, se forment sur deux files, se mesurent de l'oeil, sont -prêtes à se précipiter l'une sur l'autre, agitant, avec la fureur la -plus effrénée, des sabres, des épées, des pistolets; le sang va -couler. La présence d'esprit de Crénan, capitaine des gardes du prince -de Conti, et de Laigues, son ami, qui étoit dans le parti opposé, -arrêta un massacre dont les suites étoient incalculables, et pouvoient -amener la destruction entière de Paris. Il fut convenu que les deux -partis crieroient ensemble _vive le roi!_ sans rien ajouter. La salle -retentit aussitôt de ce cri unanime; on remet l'épée dans le fourreau, -et les partis se confondent comme auparavant. - -Pendant que ces choses se passoient, Gondi couroit un affreux danger. -Dès qu'il avoit vu briller les armes, il avoit cherché à rentrer dans -le parquet des huissiers: La Rochefoucauld, maître de la porte, le -saisit au passage, le serra entre les deux battants, criant à ses amis -de se dépêcher de le tuer, tandis qu'un misérable de la dernière -classe du peuple qui l'avoit poursuivi, le voyant ainsi engagé entre -la grand'salle et le parquet, levoit un poignard pour l'en frapper. -Les amis du duc eurent horreur de sa proposition, et refusèrent de lui -prêter un aussi infâme ministère; l'assassin fut contenu de l'autre -côté par d'Auvilliers; et Champlâtreux entrant presqu'au même instant -dans le lieu où se passoit cet odieux événement, repoussa La -Rochefoucauld avec indignation, et délivra le prélat[179]. La scène se -prolongea dans la grand'chambre, où les deux ennemis rentrèrent -ensemble, en s'accablant d'injures.[180] Le désordre alloit peut-être -renaître avec des suites plus affreuses, lorsqu'enfin persuadés par -les ardentes supplications du premier président et des gens du roi, -les deux chefs consentirent à faire sortir leurs créatures, l'un par -les degrés de la Sainte-Chapelle, l'autre par le grand escalier. Cette -foule étoit à peine dissipée, que la compagnie se sépara. - - [Note 179: L'action de Champlâtreux étoit d'autant plus - digne d'éloges, qu'il avoit été de tout temps l'ennemi de - Gondi et l'ami de Condé. Du reste, on est forcé de convenir - que l'auteur des Maximes commit ici une action atroce, - qu'aucun ressentiment ne peut justifier.] - - [Note 180: Le coadjuteur se plaignit de ce que La - Rochefoucauld avoit voulu le faire assassiner. «Traître, - répondit celui-ci, je me soucie peu de ce que tu - deviennes.»--«Tout beau! La Franchise, notre ami, repartit - le prélat; vous êtes un poltron; et je suis un prêtre: le - duel nous est défendu.» _La Franchise_ étoit le nom de - guerre que l'on donnoit, dans la fronde, au duc de La - Rochefoucauld; et Gondi avoue que ce fut à tort qu'il - l'appela _poltron_. «Je mentis, dit-il, car il est - assurément fort brave.» Ce qui n'empêche pas que ce qu'il - avoit fait ne fût fort lâche.] - -Gondi reconnut alors qu'il s'étoit trop avancé, que la lutte étoit -trop inégale entre lui et un prince du sang du caractère de Condé. -L'impossibilité de la soutenir plus long-temps sans s'exposer aux plus -grands dangers, le détermina à user du conseil que lui donna Gaston, -de se faire défendre par la reine d'assister aux séances du -parlement[181]. Cependant Condé, maître du champ de bataille, -continuoit de demander hautement raison de l'écrit publié contre lui, -et faisoit rendre des arrêts en sa faveur; Gaston restoit toujours -dans son indécision accoutumée; et la reine, après avoir long-temps -refusé de s'expliquer sur les remontrances que lui adressoit la -compagnie, tant en faveur du prince que contre les liaisons qu'elle -continuoit d'avoir avec Mazarin, commençoit à mollir sensiblement, et -paroissoit disposée à entrer dans tous les accommodements qu'on lui -proposoit. Mais la face des choses alloit changer encore plus -rapidement que jamais: cette douceur affectée n'étoit qu'une feinte -conseillée par Mazarin lui-même pour gagner du temps, et atteindre une -époque solennelle qui devoit nécessairement produire une grande -révolution dans la situation des partis. Cette époque étoit celle de -la majorité du roi. Condé, qui n'étoit point la dupe de ces vaines -apparences, ne voyoit arriver qu'avec effroi un événement qui alloit -accroître les forces de ses ennemis de tout le prestige attaché à -l'autorité royale. Il eût dû le prévoir sans doute; mais -l'imprévoyance étoit le vice radical de presque tout ce qui se faisoit -alors, et l'on a pu remarquer que les plus habiles étoient sans cesse -occupés à combattre ce qu'il y avoit de faux dans leur position. À -mesure que ce moment fatal approchoit, le prince sentoit redoubler ses -terreurs; mille soupçons funestes l'agitoient; pour peu que le peuple -eût semblé ému du spectacle imposant qu'on alloit étaler à ses yeux, -on pouvoit profiter de cette impression pour l'arrêter de nouveau, et -abattre ainsi son parti. Plusieurs indices porteroient à croire qu'on -en avoit conçu le dessein: il est certain du moins qu'il en eut la -crainte; et, déterminé par un motif si puissant à ne point assister à -la majorité, il écrivit au roi pour s'en excuser, et sortit de Paris -la veille même du jour consacré à cette grande cérémonie. - - [Note 181: Cette défense, à laquelle Molé prit part, sans - savoir que Gondi la désirât, lui valut de la part de - celui-ci de très-vifs remerciements, dont le premier - président fut touché. Ce fut là le commencement d'une amitié - mutuelle que la belle action de Champlâtreux avoit déjà - préparée, et qui, de part et d'autre, se maintint - constamment et sans la moindre altération.] - -Tandis qu'elle se faisoit avec une pompe que commandoit la politique, -et que rien encore n'avoit égalé, le prince étoit à Trie, où il -essayoit inutilement d'entraîner le duc de Longueville dans sa -révolte. Le chagrin qu'il en conçut s'accrut encore par la nouvelle -des changements opérés, le jour même de la majorité, dans le -ministère, changements qui, bien qu'arrangés depuis long-temps[182], -sembloient n'avoir été faits que pour le braver. Dans les perplexités -où le jetoient et le fâcheux état du présent et l'incertitude plus -fâcheuse encore de l'avenir, il revint, malgré les instigations -continuelles de ses amis, à des sentiments plus modérés, et résolut de -tenter encore son accommodement avec la cour. Une perfidie de Gaston -empêcha l'exécution de ce projet, qui sans doute eût épargné à la -France une longue suite de malheurs. Condé lui avoit envoyé un nouveau -plan de pacification, et étoit allé attendre sa réponse à -_Angerville_, en Gâtinois: le duc, dont l'intérêt n'étoit pas de le -voir revenir, forcé cependant de lui répondre, et de ménager les -apparences, lui envoya un courrier, qui, se trompant à dessein[183], -d'après l'ordre secret qu'il en avoit reçu, alla d'abord à -_Angerville_ en Beauce, et ne se rendit au lieu indiqué que -vingt-quatre heures après le départ de l'impatient Condé. Furieux de -voir ses avances méprisées, aigri encore par les avis que lui donnoit -Chavigni de ne point se fier aux promesses de la cour, sans cesse -excité par son conseil, qui ne cessoit de lui répéter que, dès qu'il -auroit tiré l'épée, tout seroit à ses pieds; encouragé surtout par les -marques d'attachement que lui prodigua la ville de Bourges, où il -venoit de se retirer, ce prince ne voulut rien entendre, lorsqu'on lui -apporta dans cette ville, de la part de la reine, des conditions aussi -favorables qu'il pouvoit les désirer. Lénet fut envoyé en Espagne pour -achever les traités ébauchés avec l'archiduc; Nemours alla prendre le -commandement des troupes renfermées dans Stenai; et, suivi de La -Rochefoucauld, Condé prit la route de la Guienne, avec l'espoir, en -apparence très-fondé, de soulever toutes les provinces environnantes. - - [Note 182: Châteauneuf, qu'il détestoit, fut nommé premier - ministre, comme il avoit été convenu entre la reine et le - coadjuteur; on rendit les sceaux à Molé; La Vieuville fut - mis à la tête des finances, et l'on éloigna du conseil - Chavigni, qui étoit dévoué au prince.] - - [Note 183: Voltaire prétend que ce fut la reine qui envoya - ce courrier, et qu'il se trompa sans dessein. C'est une - erreur que démentent la plupart des mémoires du temps.] - -L'effet ne répondit point à son attente; et son génie militaire, sa -prodigieuse activité ne purent faire que de nouvelles levées ne -fussent pas vaincues par de vieux soldats que lui-même avoit aguerris. -Le comte d'Harcourt, qu'on envoya d'abord à sa poursuite, eut -constamment l'avantage sur lui; mais Condé, qui, à la place de son -ennemi, l'eût entièrement détruit si celui-ci eût été à la sienne, ne -se laissa pas même entamer; et la marche de ce grand général jusqu'à -Bordeaux doit être considérée, vu l'insuffisance de ses moyens, comme -un de ses plus hauts faits militaires. À peine fut-il arrivé dans -cette ville, que la cour pensa à marcher sur ses pas; mais, pour -exécuter ce projet, il falloit le consentement des frondeurs, surtout -celui de Gondi. Elle l'obtint, en lui montrant pour prix de sa -fidélité le don immanquable du chapeau[184], premier objet de tous ses -désirs. L'aveu de Gaston suivit nécessairement le sien; mais le -coadjuteur ne poussa point la complaisance jusqu'à abandonner ce -prince à la reine, qui désiroit vivement l'emmener avec elle. Il ne -pourroit dominer un personnage de ce caractère qu'en le gardant auprès -de lui; et d'ailleurs l'intérêt de Gaston étoit de rester à Paris, -puisqu'il n'ignoroit pas que Mazarin, quoique absent, continuoit seul -à gouverner la cour. - - [Note 184: Il n'avoit encore que la nomination de France à - cette place éminente, nomination qui pouvoit être révoquée.] - -Ici les intrigues se compliquent plus que jamais, et la situation de -chaque parti semble devenir plus embarrassante. Le coadjuteur, sur une -simple promesse, avoit laissé la reine échapper de ses mains; c'étoit -une grande faute, car il résultoit de la position nouvelle de cette -princesse qu'elle pouvoit ou rappeler son ministre ou faire la paix -avec Condé, pour écraser ensuite les frondeurs. Si elle s'arrêtoit au -premier parti, en se déclarant pour elle, Gondi se perdoit dans -l'esprit de Gaston, le peuple l'abandonnoit entièrement, et la bonne -foi de Mazarin devenoit la seule garantie de la récompense qu'il -attendoit; s'il la prévenoit dans le second, en déterminant Gaston à -recevoir à l'instant même les avances que le prince ne cessoit de lui -faire, sa nomination étoit aussitôt révoquée, et sa fortune rejetée de -nouveau dans tous les hasards des troubles politiques. Dans un tel -état de choses, toute résolution ferme et absolue sembloit -dangereuse[185]: cette indécision de son maître, qui l'avoit si -souvent désespéré, se trouva propre à le servir. Il résolut, et rien -n'étoit plus aisé sans doute, de maintenir Gaston toujours flottant -entre la cour et Condé, toujours négociant avec l'un et l'autre, de -manière à inspirer à la reine assez de crainte pour qu'elle jugeât -imprudent de trop s'avancer, assez de confiance pour qu'elle ne crût -pas nécessaire de rien précipiter. Tandis qu'il espéroit gagner ainsi -l'époque qui devoit faire confirmer sa nomination au cardinalat, il -affectoit de se montrer plus fidèle que jamais à la cour, en -maintenant le parlement dans ses mauvaises dispositions à l'égard de -Condé, en laissant même enregistrer un arrêt du conseil, qui le -déclaroit lui et ses adhérents criminels de lèse-majesté, si dans -l'espace d'un mois ils n'avoient déposé les armes; et rien en effet ne -pouvoit mieux remplir ses vues que d'achever de brouiller ainsi la -régente avec le prince, sans enlever entièrement à celui-ci l'espoir -de s'unir de nouveau avec Gaston. D'un autre côté, l'ambition de -Châteauneuf le servoit au gré de tous ses voeux, en suscitant sans -cesse des obstacles au retour de Mazarin, retour que ce ministre -craignoit peut-être plus que Gondi lui-même, puisqu'il devoit être -nécessairement le signal de sa disgrâce. À force de souplesse, -d'activité dans son travail, d'intrigues de toute espèce, il étoit peu -à peu parvenu à rendre moins pénible à la reine l'absence du cardinal; -il avoit même conçu quelque espoir de l'en détacher tout-à-fait en -créant un simulacre de premier ministre dans la personne du prince -Thomas de Savoie, parent de cette princesse, ce qu'elle avoit vu avec -une sorte de complaisance. Cependant, par un retour singulier, Condé -se voyoit réduit à désirer le rappel de son ennemi, n'imaginant plus -que ce seul moyen de forcer Gaston à revenir à lui, et à lui rendre -ainsi le parlement, la capitale et toutes les grandes villes du -royaume. Tel étoit le but d'une foule de négociations insidieuses -qu'il conduisoit à la fois à Bruyll, à Paris, à la cour, et dont -Gourville[186] étoit l'agent infatigable. - - [Note 185: Il avoit pensé à former un _tiers-parti_ en - provoquant l'union des parlements et des grandes villes, et - en mettant Gaston à leur tête. Il est hors de doute qu'il se - fût ainsi rendu formidable, et que c'eût été alors une - nécessité de satisfaire son ambition. Mais Gaston fut - épouvanté de l'audace d'un tel projet; et Gondi dit que - lui-même en eut quelque scrupule, pensant au bouleversement - horrible qu'il pouvoit amener dans le royaume: preuve - nouvelle qu'il n'y avoit plus réellement dans l'état que - deux puissances, le peuple et le roi.] - - [Note 186: Cet homme, également remarquable par son audace - et par ses talents, qui, de simple valet de chambre du duc - de La Rochefoucauld, étoit devenu l'ami, le confident et - l'un des agents les plus nécessaires de Condé, avoit formé, - quelque temps auparavant, de concert avec son maître, le - projet hardi et dangereux d'enlever Gondi, pour soustraire - Gaston à son invincible influence. Il forma son plan, et le - conduisit avec autant de prudence que d'habileté. Gondi - devoit être saisi et entraîné hors de Paris en sortant de - chez madame de Chevreuse, qui habitoit l'hôtel de - Longueville, rue Saint-Thomas-du-Louvre. Ce fut un hasard - presque miraculeux qui le sauva.] - -De toutes ces dispositions diverses, dont aucune n'échappoit à l'oeil -pénétrant de Mazarin, une seule lui causoit de sérieuses alarmes: -c'étoit le refroidissement de jour en jour plus marqué qu'il -découvroit dans la correspondance de la régente. Ces indices, toujours -croissants, lui firent enfin reconnoître qu'il étoit perdu s'il -tardoit un seul moment à rentrer en France: aussitôt toutes les -créatures qu'il avoit à la cour furent mises en mouvement auprès de la -reine pour la ramener à son ancien attachement, et tandis qu'on -ranimoit ainsi, sans beaucoup d'efforts, une affection dont les -traces étoient si profondes, le cardinal se préparoit à donner un -grand éclat à son retour, en essayant d'entamer avec les Espagnols des -négociations pour la paix générale, et d'acheter au duc de Lorraine la -petite armée qu'il mettoit en quelque sorte à l'enchère de toutes les -puissances de l'Europe[187]. N'ayant pu réussir dans ces deux projets, -il en forma un troisième, moins brillant peut-être, mais sans doute -plus utile à ses intérêts: ce fut de gagner les commandants des places -frontières, et de les décider à lui fournir chacun une partie de leurs -troupes, d'en former une armée et de se présenter au roi avec ce -renfort. Il y parvint avec beaucoup de promesses et un peu d'argent. -Huit mille hommes furent ainsi réunis auprès de Sedan, et le maréchal -d'Hocquincourt, qui d'ailleurs en avoit l'ordre secret de la cour, -consentit à les commander[188]. Mazarin avoit eu, pendant cet -intervalle, assez de pouvoir pour se faire donner, par le roi -lui-même, un ordre très-pressant de revenir, et, muni de cette pièce -importante, il se prépara à rentrer en France à la tête de cette -petite armée. - - [Note 187: Charles IV, chassé deux fois de ses états, alors - envahis par les François, erroit dans l'Europe, à la tête - d'une armée de dix mille hommes, seul reste de sa première - grandeur, et dont il trafiquoit avec tous les souverains, - combattant tour à tour pour les partis les plus opposés; - suivant qu'il étoit plus ou moins payé.] - - [Note 188: Ce maréchal est le même qui, servant le parti des - frondeurs pendant le siége de Paris, écrivoit à madame de - Montbason ce billet fameux: _Péronne est à la belle des - belles_. Par un retour qui n'est que trop commun dans cette - guerre singulière, il montroit alors à la cour le plus - entier dévouement; et dans cette circonstance, il poussa la - flatterie envers Mazarin jusqu'à faire prendre à ses troupes - l'écharpe verte, qui étoit la livrée de ce ministre. Chaque - chef avoit alors ses couleurs et sa livrée: les troupes de - Condé portoient l'isabelle; celles de Gaston le bleu; celles - d'Espagne, qui vinrent après, le rouge; les royalistes - portoient l'écharpe blanche.] - -La nouvelle inattendue de ce retour fut un coup de foudre pour Gondi: -c'est alors qu'il reconnut la faute irréparable qu'il avoit faite de -laisser la régente sortir de Paris; cette faute, ainsi qu'il le dit -lui-même avec une confusion profonde, étoit _des plus lourdes, -palpable, impardonnable_; elle changeoit toute la face des affaires; -et le seul parti qui lui restoit à prendre étoit d'en atténuer autant -que possible les effets. Vainement donc la régente fit mille -tentatives pour obtenir de lui, au sujet de ce retour projeté du -cardinal, un consentement d'où dépendoit entièrement celui de Gaston; -il ne voulut rien écouter. Il exhala son dépit en reproches et en -menaces, et remplissant l'âme de Gaston de toute l'ardeur dont il -étoit lui-même enflammé, il l'entraîna sur-le-champ au parlement, où -recommencèrent aussitôt et avec une fureur nouvelle toutes les scènes -que la haine contre ce ministre, l'intérêt, la crainte, toutes les -passions y avoient si souvent et depuis si long-temps excitées. -Plusieurs séances très-orageuses se succédèrent en peu de jours et se -terminèrent par un arrêt terrible contre Mazarin, dans lequel on -défendoit aux commandants de place, aux maires et échevins des villes, -de lui livrer passage, où l'on ordonnoit des députations au roi, pour -lui présenter ce retour comme une calamité publique. - -La cour, prenant alors une marche nouvelle parce qu'en effet sa -situation n'étoit plus la même, au lieu de chercher désormais à -arrêter les excès du parlement, prit la résolution de l'abandonner à -lui-même, persuadée avec raison que l'anarchie poussée au dernier -période ne pouvoit manquer d'être favorable au retour de l'autorité. -En conséquence de ces dispositions nouvelles, Molé, dont la fermeté ne -pouvoit plus lui être utile, fut appelé auprès du roi, dans la crainte -que, s'il restoit à Paris, le duc d'Orléans ne s'emparât des sceaux. -Il partit, emmenant avec lui le surintendant et toute la chancellerie. -Beaucoup de personnes de qualité suivirent son exemple, et quittèrent -la capitale, comme un séjour désormais mal assuré. Bouillon et -Turenne, que Gaston vouloit faire arrêter, se sauvèrent, par -l'assistance même de Gondi[189]; Laigues et Noirmoutiers se rangèrent -du côté de la cour; la duchesse de Chevreuse elle-même, détachée du -coadjuteur par la jalousie que lui causoient ses liaisons avec la -princesse Palatine, suivit le même parti. Ces départs successifs -jetoient l'alarme dans Paris: Gaston l'augmentoit encore par la -violence de ses procédés. Avant le départ du premier président, il -avoit excité clandestinement une émeute de la plus vile populace, -s'imaginant donner ainsi à la cour une preuve de l'horreur que les -Parisiens avoient pour le ministre exilé; ces misérables avoient osé -assiéger la maison de Molé, et l'intrépide magistrat les avoit -dissipés par sa seule présence. À peine fut-il parti, que le duc, -retournant au parlement, où les esprits aigris, irrités par le -désordre des séances précédentes, étoient préparés à tous les excès, y -annonça comme certain, ce qui jusqu'alors n'avoit été qu'un événement -probable, le retour de Mazarin; et les dispositions de la cour -tellement favorables à ce retour, qu'elle-même l'avoit ordonné. À ces -mots, la faction poussa des cris de rage; les opinions les plus -violentes, les plus désordonnées se succédèrent avec les mouvements -les plus impétueux; et du sein de ce fracas de paroles sortit enfin -cet arrêt fameux qui, déclarant de nouveau le cardinal criminel de -lèse-majesté, perturbateur du repos public, proscrivoit sa tête et -fixoit même le prix de cette proscription[190]. Des conseillers furent -nommés pour aller sur la frontière armer les communes, et élever -partout des obstacles à son passage; un autre arrêt, adressé à tous -les parlements, les invita à prendre les mêmes mesures contre cet -ennemi de l'état. Cependant, chose vraiment remarquable, au milieu de -tant d'attentats contre le ministre, l'autorité royale commençoit à -faire sentir son ascendant; un roi majeur imposoit à ces brouillons, -qui jusque-là avoient suivi aveuglément l'impulsion de leurs chefs. Ce -fut donc vainement que Gaston et Gondi, qui sentoient que des arrêts -étoient bien peu de chose contre une armée, essayèrent d'entraîner le -parlement à lever des contributions, et à soudoyer des troupes pour -s'opposer efficacement à la rentrée du cardinal. Cette proposition fut -rejetée d'une voix presque unanime, comme attentatoire à l'autorité du -souverain. Ainsi on reconnoissoit cette autorité et on l'outrageoit -tout à la fois, par une contradiction qui confondoit ceux mêmes qui se -livroient à des démarches si inconsidérées[191]. - - [Note 189: Le prélat avoit été chargé lui-même de les - arrêter; mais, n'ayant pu se résoudre à trahir à ce point - l'amitié, il les fit avertir secrètement de sa commission, - et leur laissa le temps de sortir de Paris. Gaston, à qui il - eut la confiance de l'avouer quelques jours après, ne lui en - sut aucun mauvais gré.] - - [Note 190: Cette proscription fut calquée sur celle de - l'amiral Coligni. L'histoire du président de Thou ayant - appris qu'elle avoit été portée à la somme de 50,000 écus, - la tête de Mazarin fut mise au même prix; et il fut ordonné - qu'on prélèveroit cette somme sur la vente de sa - bibliothèque. Toutefois le peuple sembla ne point partager - ici la passion violente de ses magistrats. L'arrêt fut - tourné en ridicule, et Marigni fit afficher dans Paris une - répartition des 150,000 livres; tant pour qui couperoit le - nez au cardinal, tant pour une oreille, tant pour un oeil, - tant pour qui le feroit eunuque, etc.] - - [Note 191: Gondi reprochant un jour ces contradictions au - procureur-général Talon: «Que voulez-vous, répondit - celui-ci, nous ne savons plus ce que nous faisons; _nous - sommes hors des grandes règles_.» Mot dont il ne sentoit pas - lui-même toute la force: car il y avoit long-temps qu'on - s'étoit mis en France hors des _grandes règles_ d'une - société chrétienne; et le despotisme du règne qui venoit de - finir, et l'anarchie qui signaloit les commencements du - nouveau règne, étoient des conséquences de ce long - égarement.] - -(1652.) Cependant Mazarin s'avançoit en France, protégé par son armée; -et le maréchal d'Hocquincourt lui frayoit un passage, culbutant sans -peine les foibles milices que les commissaires du parlement avoient -rassemblées contre lui. Sur les avis qu'il recevoit de sa marche et de -ses succès, le parlement continuoit à rendre des arrêts -contradictoires; protestant hautement contre le retour du ministre, -même après une déclaration du roi, qui faisoit connoître que ce retour -étoit son ouvrage, refusant l'offre que lui faisoit Condé de ses -services contre l'ennemi commun, éludant sans cesse les propositions -de Gaston, qui ne cessoit de demander la création d'une force -militaire imposante, et l'union avec les autres parlements. La -conduite bizarre de cette compagnie jetoit le duc et Gondi dans un -embarras inexprimable: le premier, plus jaloux que jamais des qualités -brillantes de son illustre rival, eût préféré sans doute de continuer -à flotter entre les partis; mais la nullité absolue à laquelle le -réduisoient de tels arrêts ne lui montroit plus d'autre ressource que -dans cette jonction avec Condé, pour laquelle il avoit une si grande -répugnance: car de former lui-même une _tiers-parti_, de lever de son -côté l'étendard de la révolte, l'idée seule l'en faisoit frémir, et -toute l'éloquence de son favori, qui avoit formé le plan de ce -tiers-parti[192], ne put jamais l'y déterminer. - - [Note 192: _Voy._ pag. 268.] - -Celui-ci étoit dans une position plus embarrassante encore, par ses -engagements avec la cour, qui l'empêchoient d'entrer dans cette union -déjà méditée entre le prince et le duc d'Orléans, par ses vues -secrètes d'ambition qui lui rendoient Mazarin odieux et son retour -insupportable, par la difficulté qu'il trouvoit à empêcher entre les -deux princes un rapprochement dont la nécessité devenoit pour Gaston -de jour en jour plus évidente. Il étoit impossible sans doute qu'il -se tirât complétement de ce labyrinthe inextricable où la force des -événements l'avoit engagé; mais il fit du moins tout ce qu'il étoit -possible de faire. Prévoyant que le premier soin de Mazarin, à son -retour, seroit d'empêcher sa promotion au cardinalat, il intrigua à la -cour de Rome; et, profitant de l'aversion naturelle que le pontife -avoit pour ce ministre, qu'il avoit connu dans sa jeunesse et dont il -avoit su apprécier l'esprit intrigant et le caractère artificieux, il -fit hâter sa nomination qui fut déclarée la veille même du jour où -l'on reçut de la cour l'ordre qui la révoquoit. Ménageant toujours la -reine pour ne pas se fermer toutes les voies au ministère, il -remplissoit la promesse qu'il lui avoit faite de ne point s'unir -lui-même avec Condé, et la forçoit en quelque sorte à ne pas trouver -mauvais qu'il laissât Gaston suivre ce parti, le seul en effet qu'il -lui fût possible de prendre. Enfin, quoique sa nouvelle dignité, dont -la source étoit inconnue au plus grand nombre, offrît mille moyens à -ses ennemis de calomnier ses intentions, de le présenter comme vendu à -la cour et à Mazarin, il conserva la faveur du duc, parce que celui-ci -connoissoit tout le mystère de cette conduite, vraiment inexplicable -aux yeux du public. Pour jouer plus sûrement tant de rôles différents, -Retz, (c'est ainsi que nous nommerons désormais le nouveau cardinal) -affecta, dès ce moment, de n'en plus jouer aucun. Sa haute dignité ne -lui permettoit plus de paroître aux séances du parlement[193]: il -saisit avec joie une si favorable occasion de s'absenter entièrement -de ces assemblées, qui, comme il le dit lui-même, «n'étoient plus que -des cohues non-seulement ennuyeuses, mais insupportables.» Il courut -pour la seconde fois se renfermer à l'archevêché; et, dans cette -retraite, commandée par la plus subtile politique, conseiller secret -de Gaston, qu'il dirigeoit dans ses nouveaux rapports même en évitant -de les partager, il attendoit ainsi, et en quelque sorte sans danger, -le moment où il pourroit reparoître sur la scène, libre d'y jouer -alors le personnage qui lui sembleroit le plus convenable à ses -intérêts. - - [Note 193: Le cérémonial romain défendoit aux cardinaux de - se trouver à aucune cérémonie publique jusqu'à ce qu'ils - eussent _reçu le bonnet_; d'ailleurs cette dignité ne - donnant aucun rang dans le parlement que lorsqu'on y suivoit - le roi, Retz n'auroit pu y siéger qu'en qualité de - coadjuteur, et n'y avoit place qu'au-dessous des ducs et - pairs, ce qui n'étoit pas compatible avec les prétentions - des membres du sacré collége.] - -Turenne, Mazarin et les deux princes, vont maintenant occuper sur -cette scène les premiers rangs. L'arrivée du ministre à Poitiers, où -résidoit alors la cour, avoit fait disparoître aussitôt tous ses -concurrents. L'ambitieux Châteauneuf s'étoit vu forcé de se retirer -pour aller mourir dans l'exil; et le prince Thomas étoit retombé dans -la nullité la plus absolue. Mazarin, soit qu'il possédât au suprême -degré l'heureux don de captiver les esprits, soit que, suivant la -belle expression de Bossuet, il fût «devenu nécessaire, non-seulement -par l'importance de ses services, mais encore par des malheurs _où -l'autorité souveraine étoit engagée_,» avoit eu l'art de se rendre -aussi agréable au jeune roi qu'il l'avoit jamais été à sa mère, et -dirigeoit ainsi les affaires avec une puissance plus absolue peut-être -qu'auparavant. Gaston, qui venoit enfin de se déclarer ouvertement -pour Condé, avoit formé une petite armée, destinée, sous les ordres de -Beaufort, à agir de concert avec les troupes espagnoles et françoises -que Nemours amenoit de Flandre pour le service du prince[194]. -Celui-ci entra en France sans éprouver la moindre résistance, parce -que les troupes du roi étoient divisées; et, s'avançant jusqu'à -Mantes, son dessein étoit de prendre le chemin de la Guienne, afin de -renfermer la cour entre ses troupes et celles avec lesquelles -manoeuvroit Condé. Mais la régente ne lui en laissa pas le temps: elle -avoit maintenant d'aussi fortes raisons pour revenir à Paris et y -combattre l'ascendant d'une faction qui menaçoit d'entraîner tout le -royaume, qu'elle en avoit eu pour le quitter avant l'arrivée du -cardinal; et, laissant assez de troupes au comte d'Harcourt pour tenir -Condé en échec dans la Guienne et l'empêcher d'en sortir, elle revint -côtoyant la Loire, protégée par une armée inférieure en forces à celle -de Nemours, et dont le commandement fut partagé entre Turenne et le -maréchal d'Hocquincourt. Cette armée, après avoir repris, presque sans -coup férir, la ville d'Angers, que le duc de Rohan avoit soulevée un -moment en faveur du prince, s'avança jusqu'à Blois et sembla menacer -Orléans. Cette ville étoit le chef-lieu de l'apanage de Gaston. -Devoit-il en fermer les portes aux troupes du roi? C'étoit là une -action hardie dont, en sa qualité de prince, les suites -l'effrayoient[195]; et c'en étoit assez pour le faire retomber dans -ses anciennes perplexités. Enfin il se décida à y envoyer -_Mademoiselle_, sa fille aînée, pour y soutenir ses partisans contre -ceux de la cour: elle partit, la tête exaltée sur la mission dont elle -étoit chargée[196], et entra à Orléans par une brèche que lui -ouvrirent quelques habitants, les autorités locales ayant refusé de la -recevoir. La possession d'Orléans ouvroit à l'armée des frondeurs les -provinces d'outre-Loire, et l'armée royale étoit encore trop foible -pour s'opposer à leurs progrès; mais la mésintelligence des chefs -l'empêcha de profiter de cet avantage, et sauva ainsi la cour d'un -très-grand danger, Nemours voulant absolument que les deux armées -réunies se rapprochassent de Condé pour lui porter secours, Beaufort, -d'après les ordres secrets de Gaston et de Retz, refusant de passer -la Loire et d'abandonner ainsi Paris aux entreprises de l'armée -royaliste[197]. Des chefs la discorde passa aux officiers, de ceux-ci -aux soldats, à un tel point que plus d'une fois les troupes des deux -princes furent sur le point de se charger; et, profitant de ces -divisions, l'armée du roi remontoit la Loire, mettant toujours cette -rivière entre elle et l'armée des frondeurs. - - [Note 194: Lorsque cette armée, composée d'environ 12000 - hommes, entra en France, il s'éleva un cri dans le parlement - contre une alliance aussi manifeste avec les ennemis de - l'état. Gaston soutint en pleine assemblée que ces troupes - étoient allemandes et non espagnoles, et qu'elles étoient à - sa solde: «Je voulus, dit Gondi, lui faire honte d'une - manière de parler si contraire aux vérités les plus connues. - Il répondit en se moquant de moi: Le monde veut être - trompé.»] - - [Note 195: On lui représentoit qu'après tout ce qu'il avoit - fait, après avoir traité avec Condé et avec les ennemis de - l'état, outragé la reine et son ministre, il n'y avoit plus - à délibérer. «Nous autres princes, disoit-il à Gondi, nous - comptons les paroles pour rien; mais nous n'oublions jamais - les actions. La reine ne se souviendroit pas demain à midi - de toutes mes déclamations contre le cardinal, si je voulois - le souffrir demain matin; mais si mes troupes tirent un coup - de mousquet, elle ne me le pardonnera jamais.»] - - [Note 196: On lui avoit persuadé que, si elle rendoit - quelque service important au prince de Condé, jamais il ne - feroit la paix, qu'il n'y mît pour condition son mariage - avec le roi. Elle partit de Paris habillée en amazone, et - accompagnée de mesdames de Fiesque et de Fronténac, qu'on - appeloit ses _maréchales-de-camp_. Son père, qui connoissoit - le tour romanesque de son esprit, dit en la voyant partir: - «Cette chevalière seroit bien ridicule, si le bon sens de - mesdames de Fiesque et de Fronténac ne la soutenoit.»] - - [Note 197: «Un prétendu démenti, que M. de Beaufort - prétendit, assez légèrement, avoir reçu, produisit, dit le - coadjuteur, un prétendu soufflet que M. de Nemours ne reçut - aussi, au dire de bien des gens, qu'en imagination. C'étoit - au moins, ajoute-t-il, un de ces soufflets problématiques, - dont il est parlé dans les petites lettres de Port-Royal.» - Celui-ci fondit sur l'autre l'épée à la main, et l'on eut - beaucoup de peine à les séparer. Toutefois les excuses et - les larmes de Beaufort parurent l'apaiser; mais il garda de - cette aventure un ressentiment profond, qui éclata peu de - temps après, comme nous aurons bientôt occasion de le dire.] - -Pendant que toutes ces choses se passoient, la situation de Condé dans -la Guienne devenoit de jour en jour plus mauvaise. C'étoit vainement -que son audace et son génie luttoient, avec de misérables recrues, -contre l'excellente armée du comte d'Harcourt: ses prodiges de valeur -et de conduite ne faisoient que reculer une ruine qui sembloit -inévitable; et, se voyant sans ressource de ce côté par la foiblesse -extrême à laquelle il étoit réduit, il prévoyoit également de l'autre -une perte assurée, s'il ne trouvoit un moyen d'étouffer des discordes -dont l'effet eût été de détruire une armée, désormais son unique -espérance. Sa présence pouvoit seule rétablir l'ordre: il se décide à -partir; et, laissant le prince de Conti et la duchesse de Longueville -se disputer entre eux, et fomenter dans Bordeaux d'obscures cabales, -il traverse une grande partie de la France, déguisé, au travers d'une -foule de dangers dont le récit a un air presque romanesque, et arrive -inopinément aux avant-postes de son armée, lorsque la mésintelligence -entre Beaufort et Nemours étoit parvenue au dernier degré. À son -aspect, le courage du soldat est ranimé: Montargis, dont le siége -avoit été décidé, puis abandonné, ouvre ses portes à la première -sommation. Maître de cette ville, Condé forme le projet de surprendre -l'armée royale, dont les deux chefs s'étoient séparés à cause de la -disette des fourrages. Il marche pendant une nuit obscure sur une -partie de cette armée cantonnée près de Bléneau, et commandée par le -maréchal d'Hocquincourt, tombe sur ses quartiers, trop éloignés les -uns des autres, les enlève presque sans résistance, jette le désordre -et l'épouvante parmi ses troupes, et, sur le point de remporter une -victoire complète, se la voit arracher par Turenne, dont les belles -manoeuvres sauvent l'armée royale et la cour, qu'il avoit déjà -sauvées à l'attaque du pont de Gergeau[198]. Cependant ce succès, -quoique imparfait, jette un si grand éclat sur les armes de Condé, -qu'il croit pouvoir quitter sans danger le commandement de ses -troupes[199] et se rendre à Paris, où les avis secrets de Chavigni le -pressoient de venir pour déjouer, disoit-il, les intrigues de Retz, -dont l'ascendant sur Gaston devenoit de jour en jour plus dangereux, -et tendoit à le mettre entièrement hors de sa dépendance. Il est -certain que ni le duc ni son confident ne se soucioient de le voir -dans la capitale; qu'ils prirent, pour l'empêcher d'y arriver[200], -des mesures que Gaston n'eut pas ensuite le courage de soutenir; et -que, sans le bruit de ses exploits, qui l'avoit précédé, le prince -n'eût peut-être pas trouvé les portes ouvertes pour le recevoir. - - [Note 198: Cette attaque du pont de Gergeau avoit eu lieu - pendant la marche de l'armée royale au-dessus d'Orléans; - Turenne soutint, lui seizième, tout l'effort de quatre - bataillons du régiment de l'Altesse, tandis que ses - travailleurs élevoient derrière lui une barricade. Beaufort, - qui commandoit cette attaque à l'insu de Nemours, et qui y - fit marcher toute son armée, fut forcé de se retirer avec - une très-grande perte. De là l'explication entre les deux - beaux-frères, qui eut des suites si outrageantes et depuis - si funestes.] - - [Note 199: Il les laissa sous les ordres de Tavannes, Valon - et Clinchamp; mais, quels que fussent les talents de ces - officiers, ils ne pouvoient le remplacer que bien - imparfaitement, et ce fut une faute très-grande d'avoir - quitté son armée dans des circonstances qui pouvoient lui - devenir si favorables.] - - [Note 200: Ils sollicitèrent une assemblée de - l'hôtel-de-ville, qui députa ensuite vers Gaston, pour lui - dire «qu'il paroissoit contre l'ordre que M. le prince - entrât dans la ville avant de s'être justifié sur la - déclaration enregistrée contre lui au parlement.» Gaston - répondit dans le sens de la députation, et rétracta sa - réponse, lorsqu'il eut vu les mouvements de la populace - ameutée par Chavigni.] - -Il y entra au milieu des applaudissements de la populace, que Chavigni -avoit su émouvoir en sa faveur, mais avec l'improbation unanime de -tous les corps de Paris, qui ne pouvoient voir, sans en être indignés, -cet air de triomphe dans un sujet qui venoit de tailler en pièces une -partie de l'armée de son roi. Quoique Gaston eût avec lui toutes les -apparences d'une intelligence parfaite, et affectât même de -l'accompagner partout, le prince fut froidement reçu au parlement, à -la chambre des comptes, à la cour des aides; partout on lui reprocha, -du moins indirectement, l'état de rébellion dans lequel il sembloit -persister contre l'autorité légitime, et il ne put obtenir des -chambres assemblées que des arrêts nouveaux contre Mazarin: -l'autorisation qu'il demandoit de lever des troupes et de l'argent lui -fut refusée. Une assemblée de l'hôtel-de-ville, où il espéroit -dominer, ne lui fut guère plus favorable; et, sur l'invitation qu'il -lui fit d'écrire aux principales villes du royaume pour former une -_union_ avec la capitale, il fut seulement arrêté qu'il seroit fait -une députation au roi pour le supplier de donner la paix à son peuple. - -La cour eût pu tirer un grand parti de cette disposition des esprits, -si elle ne se fût trop hâtée de manifester la ferme résolution de -maintenir le cardinal contre la haine publique, qui ne cessoit de le -poursuivre; mais une déclaration du roi envoyée sur ces entrefaites au -parlement, par laquelle il étoit sursis à tous les arrêts rendus -contre son ministre, et que la compagnie avoit ordre d'enregistrer -sur-le-champ, ramena, presque malgré eux, vers le prince un grand -nombre de ceux que le devoir commençoit à en éloigner. Les membres du -parlement, même les plus vertueux, dominés par l'esprit de corps, ne -vouloient pas que Mazarin pût se relever sur les débris de leurs -arrêts. L'exemple de cette grande corporation entraîna toutes les -autres; Condé entendit un cri unanime s'élever contre ce nom abhorré; -et les Parisiens oublièrent un moment le rebelle pour ne voir en lui -que l'ennemi du cardinal. Toutefois, malgré cette espèce de succès, il -étoit loin encore de dominer dans Paris. Les honnêtes gens, las de la -guerre civile, le voyoient avec d'autant plus de peine, que ses -partisans essayoient de l'y faire régner par la terreur, excitant à -toutes sortes de désordres cette populace qu'ils avoient soulevée. -Retz aigrissoit encore ce mécontentement par toutes les intrigues qui -lui étoient familières. Ainsi Condé, placé au milieu de tant -d'intérêts divers, dont aucun ne s'accordoit entièrement avec les -siens, ne se soutenoit réellement dans la capitale que par la haine -que l'on portoit à Mazarin. Toutefois ses égards et ses déférences lui -gagnèrent entièrement Gaston, qui lia enfin sa fortune à la sienne, -sans renoncer toutefois à écouter les conseils du coadjuteur. - -Pendant ce temps, l'armée royaliste se rapprochoit de Paris en -exécutant divers mouvements, dont le but étoit de rompre les -communications de Condé avec l'armée des confédérés. Celle-ci, chassée -de Montargis par la disette des fourrages, alla se renfermer dans -Étampes. Ce fut alors que Turenne, chargé seul du commandement des -troupes royales, dont l'existence avoit été de nouveau compromise par -les imprudences de d'Hocquincourt, fit faire à l'armée royale un -mouvement qui la plaça entre Paris et l'armée rebelle, et déploya -cette belle suite de manoeuvres qui accrurent encore sa réputation -militaire, et le montrèrent à l'Europe comme un digne rival de Condé. -Tandis qu'il assiégeoit Étampes, vaillamment défendue par Tavannes, et -qu'il poursuivoit ce siége au milieu des contrariétés de toute espèce -que lui suscitoit la misère profonde des peuples et de la cour[201], -le duc de Lorraine, cet illustre aventurier dont nous avons déjà -parlé, entra en France avec son armée vagabonde; et, laissant partout -des traces horribles de son passage, vint camper auprès de Dammartin, -à sept lieues de Paris. Déjà vendu à Mazarin, il feignit de passer -tout à coup dans le parti des princes, qui allèrent au-devant de lui, -le comblèrent de caresses, et le reçurent dans Paris même avec les -plus grands honneurs. Le peuple imbécile, dont il venoit de dévaster -les campagnes, l'applaudit à son entrée, en même temps que le -parlement refusoit de le recevoir dans son sein, le traitant -publiquement d'ennemi de l'État. Mais, également insensible aux -honneurs et aux outrages, uniquement avide d'argent, il continua dans -Paris même de négocier avec la cour, et, après s'être fait chèrement -payer par elle sa retraite, se fit payer encore par les princes pour -rester, se conduisant, dit Talon[202], «comme un bandit qui n'a ni -foi ni loi, ni probité quelconque.» Turenne, que le traité conclu avec -lui avoit déterminé à lever le siége d'Étampes, et dont sa trahison -dérangeoit tous les plans, se conduisit avec tant de sang-froid et -d'habileté dans cette circonstance périlleuse qui devoit perdre un -général ordinaire, qu'au lieu de se trouver enfermé entre les deux -armées ennemies, comme on en avoit formé projet, il vint lui-même -assiéger le camp de l'étranger, et le força à se retirer en Flandre, -suivant ses premiers engagements. On ne peut exprimer la fureur des -princes et des Parisiens à cette fatale nouvelle: Condé surtout étoit -consterné; il savoit trop la guerre pour ne pas avoir déjà reconnu -que, dans la circonstance où il se trouvoit, elle ne pouvoit lui -offrir aucune chance favorable sans un tel auxiliaire, et cette -retraite sembloit anéantir toutes ses espérances. - - [Note 201: Les campagnes, ravagées par les soldats, - n'offroient, dans tous les lieux où avoient passé les - armées, que le spectacle d'une entière destruction. La - cessation absolue du paiement des impôts avoit réduit la - cour elle-même à une indigence qui semble à peine croyable, - et souvent le roi manquoit des choses les plus nécessaires à - la vie. Les troupes étoient dénuées de tout, et ne vivoient - que de pillage; les blessés mouroient souvent faute de soins - et de nourriture.] - - [Note 202: Il ne semble pas que, dans l'invasion de ses - états, on se fût conduit envers lui avec plus de justice et - de probité. Dans un système de politique extérieure commencé - par Richelieu et continué par son élève Mazarin, on n'avoit - pas le droit de reprocher à qui que ce fût de _n'avoir ni - foi ni loi_.] - -Du reste les négociations ne lui réussissoient pas plus que les armes. -Mazarin avoit su l'y engager depuis quelque temps par les conseils de -Chavigni, qui sans doute étoit dès-lors livré à la cour et au -ministre; et, consommé comme il l'étoit dans l'art de séduire et de -tromper, on peut juger quel parti le cardinal sut tirer de ces -négociations pour amuser et diviser les partis. Il est peu de -spectacle plus curieux que le manége dont la cour fut alors le -théâtre. Dès que Condé eut commencé à négocier, Gaston envoya aussitôt -des négociateurs. Le parlement, de son côté, arrêta des remontrances; -et tous d'accord sur un seul point, l'expulsion de Mazarin et -l'éloignement des troupes royales, se présentoient sur tous les autres -avec des intérêts entièrement opposés. Ce n'étoit des deux côtés -qu'entrevues, conférences, demandes, promesses, manoeuvres de toute -espèce, dans lesquelles on se jouoit mutuellement; où souvent les -négociateurs eux-mêmes traitoient contre les intérêts de ceux qui les -avoient envoyés. Condé se présentoit avec des prétentions -exorbitantes: Mazarin, sans les rejeter positivement, avoit grand soin -de leur donner de la publicité pour les faire traverser par Retz et -Gaston; sur les remontrances adressées par le parlement, le roi -l'invitoit à lui faire une députation solennelle pour traiter de la -paix concurremment avec les princes; et les princes, effrayés d'une -démarche qui, de même qu'au siége de Paris, pouvoit rendre cette -compagnie maîtresse des conditions du traité, traversoient, autant -qu'il étoit en eux, les rapports qu'elle prétendoit se créer avec la -cour. Les partisans de la guerre les aidoient dans cette manoeuvre: -Beaufort soulevoit la populace; les magistrats, qui n'avoient plus un -Molé à leur tête, poursuivis, maltraités à la sortie de leurs séances, -de jour en jour plus orageuses, n'osoient plus s'assembler; une -anarchie complète régnoit dans Paris; et cependant la cour, moins -traitable que jamais depuis l'éloignement du duc de Lorraine, tandis -qu'elle embarrassoit tous les partis dans des piéges si adroitement -tendus, profitoit du temps précieux qu'elle leur faisoit perdre pour -concentrer toutes les forces dont elle pouvoit disposer, préparer des -opérations militaires plus décisives, et finir la guerre d'un seul -coup. - -Quoique Condé eût donné au parlement une parole solennelle de tenir -ses troupes toujours à dix lieues de la capitale, cependant, sous -prétexte que la cour, après avoir pris le même engagement, ne l'avoit -pas rempli, il ne s'étoit fait aucun scrupule de violer sa promesse en -s'emparant de Charenton, du pont de Neuilly et de Saint-Cloud. Après -la retraite du duc de Lorraine, ce prince avoit rassemblé le gros de -son armée dans ce dernier village, étendant son camp jusqu'à Surène, -tandis que Turenne, renforcé par un corps de troupes considérable que -le maréchal de La Ferté lui avoit amené de la Lorraine, étoit venu -occuper Chevrette, à une lieue de Saint-Denis, de manière que la -rivière seule séparoit les deux armées. Avec des forces si supérieures -à celles de Condé, il jugea qu'il lui seroit facile de l'anéantir s'il -pouvoit le placer entre l'armée royale et les murs de Paris, parce que -les intelligences que la cour avoit su se procurer dans cette ville où -le désordre étoit à son comble[203], lui donnoient l'assurance que -jamais les portes ne s'en ouvriroient pour frayer un passage à l'armée -rebelle. Pour exécuter ce grand dessein, Turenne avoit fait construire -un pont de bateaux à Épinay; et le succès en eût été immanquable, si -le coup d'oeil perçant de Condé n'eût saisi d'abord tout son plan et -reconnu le danger extrême où il alloit se trouver: car une armée -double de la sienne, se partageant en deux, pouvoit tout à la fois -venir d'un côté l'attaquer dans son camp, et de l'autre le tenir en -échec au pont de Saint-Cloud, ce qui auroit rendu sa défaite -inévitable. Il prit donc sur-le-champ la résolution de sortir d'une -situation aussi périlleuse, de gagner Charenton avec sept à huit mille -hommes qui lui restoient, et de s'y poster sur cette langue de terre -qui fait la jonction de la Seine avec la Marne. Deux chemins y -conduisoient: l'un, plus long et plus sûr, c'étoit de traverser Meudon -et la plaine de Grenelle, de longer les faubourgs Saint-Germain et -Saint-Marcel, pour passer ensuite la Seine à l'endroit où est -l'hôpital général. Mais il auroit fallu faire remonter par Paris un -pont de bateaux; et il étoit incertain que les bourgeois voulussent le -permettre; alors Condé se seroit vu forcé de se replier sur le -faubourg Saint-Germain, et il ne devenoit pas impossible qu'un combat -ne s'y engageât avec les troupes royalistes sous les fenêtres mêmes du -Luxembourg, et que Gaston, foudroyé par l'artillerie du roi dans son -propre palais, ne se décidât brusquement à faire sa paix avec la cour. -L'autre chemin, plus court, en passant à travers le bois de Boulogne -et en défilant presque à la vue de l'ennemi, le long des faubourgs -Saint-Honoré, Saint-Denis, Saint-Martin, étoit aussi plus dangereux. -Ce fut ce dernier que Condé se vit forcé de suivre. Il leva son camp -au milieu de la nuit, espérant, par l'activité de ses mouvements, -prévenir ceux de l'ennemi; mais il avoit en tête un général qui, de -même que lui, ne se laissoit pas facilement surprendre. Turenne, -instruit de sa marche au moment même où son armée commençoit à -s'ébranler, détache aussitôt quelques escadrons pour le harceler dans -sa retraite, et ces troupes légères sont bientôt suivies de toute -l'armée royale. Des hauteurs de Montfaucon, où Condé, dès le point du -jour, avoit su entraîner Gaston qui paroissoit alors disposé à faire -un grand effort en sa faveur, les deux princes virent les troupes -confédérées s'étendant depuis Charenton, où l'avant-garde étoit déjà -arrivée, jusqu'au faubourg Saint-Denis. De ce côté l'arrière-garde, -plusieurs fois chargée et rompue par les escadrons royalistes, se -rallioit avec peine, s'efforçant de gagner le faubourg Saint-Antoine, -tandis que l'armée royale s'avançoit, développant ses rangs et se -mettant en bataille dans la plaine située entre Saint-Denis et Paris. -À cette vue Gaston, tremblant, court se renfermer dans son palais; et -Condé, bien convaincu que la retraite est maintenant tout-à-fait -impossible, fait replier son avant-garde sur le corps de bataille qui -n'étoit pas encore sorti du premier des deux faubourgs, s'empare des -barrières et de quelques foibles retranchements élevés peu de temps -auparavant par les Parisiens[204], place son canon et ses troupes à -l'entrée des trois principales rues[205], et attend ainsi de pied -ferme l'effort de l'ennemi. Turenne, dont l'artillerie n'étoit point -encore arrivée, balance d'abord à l'attaquer, et s'y détermine enfin -sur l'ordre exprès qu'il en reçoit de Mazarin[206]. Tavannes, -Clinchamp, Valon, Nemours sont opposés à Navailles, à Saint-Maigrin, à -Turenne lui-même; Condé est partout. Tandis que des deux côtés on se -prépare au combat, la reine, à genoux dans l'église des Carmélites de -Saint-Denis, élève ses mains vers le Dieu des armées pour le succès de -sa juste cause; le roi, suivi du cardinal et de toute sa cour, gagne -les hauteurs de Charonne et de Menil-Montant, d'où ses regards -embrassent tous les mouvements des deux armées; et les Parisiens, -craignant également et royalistes et confédérés, ferment leurs portes -et se rangent aussi comme spectateurs sur leurs murailles. - - [Note 203: La populace étoit pour Condé, mais la plupart des - colonels de quartiers suivoient le parti de la cour; il y - eut même, dit-on, un projet formé par Guénegaud, trésorier - de l'épargne, pour livrer la porte du Temple à l'armée - royale.] - - [Note 204: Pour se défendre du brigandage des Lorrains.] - - [Note 205: Les rues de Charonne, de Charenton et du faubourg - Saint-Antoine.] - - [Note 206: Mazarin, le voyant ainsi balancer, craignit que - cette incertitude ne fût le fruit de quelque intelligence - secrète avec le prince, et lui envoya l'ordre exprès - d'attaquer, «comme si, dit Turenne lui-même, il n'y avoit - qu'à avancer pour défaire les ennemis.»] - -Ainsi commença ce fameux combat du faubourg Saint-Antoine, où, sur un -espace très-resserré et avec un très-petit nombre de troupes, les deux -généraux firent des prodiges d'habileté et de valeur, qui ajoutèrent -encore un nouvel éclat à leur haute renommée. Condé surtout, attaqué -par des forces supérieures dans une circonstance qui sembloit devoir -être décisive, exalté par le péril extrême qu'il couroit, se surpassa -lui-même, parut être au-dessus d'un mortel. Suivi d'un gros de -gentilshommes et du régiment de l'Altesse, on le voyoit se porter dans -tous les postes avec la rapidité de l'éclair, rétablir le combat, -ramener la victoire. À chaque instant les barricades sont forcées, et, -dès qu'il paroît, regagnées. Turenne lui-même, déjà parvenu jusqu'à -l'abbaye Saint-Antoine, perd, à son aspect, tout le terrein dont il -s'est emparé, et sa valeur tranquille est forcée de céder à ce -bouillant courage. Des flots de sang coulent des deux côtés; mais les -pertes de l'armée royale sont à l'instant réparées, et celles de Condé -l'épuisent de moment en moment davantage. Ses plus braves officiers -sont tués à ses côtés; l'ennemi étant parvenu à se loger dans les -maisons qui bordent l'entrée du faubourg, ce n'est plus qu'au milieu -d'un feu croisé et au travers d'une grêle de balles qu'il est possible -d'arriver jusqu'aux barricades: les soldats refusent de braver une -mort qui semble inévitable; leurs chefs qu'ils abandonnent s'y -précipitent seuls, et sous ce feu meurtrier disputent à des bataillons -entiers ces foibles retranchements[207]. C'est alors que la situation -de l'armée confédérée devient à chaque instant plus critique. Gaston, -tour à tour agité par la crainte et par la jalousie, n'ose sortir du -Luxembourg ni prendre un parti; Retz, qui craint plus encore une -victoire de Condé que sa défaite, reste tranquille à l'archevêché. -C'est en vain que quelques amis du prince réunis autour du duc -essaient de l'ébranler, il paroît inflexible. Cependant le danger -étoit à son comble: sur tous les points où Condé ne paroissoit pas, -ses troupes étoient repoussées, enfoncées; cet escadron redoutable qui -l'avoit accompagné partout, qui avoit fait avec lui tant de prodiges -de valeur, étoit presque entièrement détruit; le soldat, épuisé de -fatigue, tomboit dans le découragement et molissoit dans sa -résistance; les rues étoient encombrées de cadavres. Cependant les -guichets de la porte Saint-Antoine ne s'ouvroient que pour laisser -entrer les blessés; tout sembloit perdu, et la lassitude que cette -résistance opiniâtre avoit aussi causée à l'ennemi retardoit seule de -quelques instants cette perte assurée. Mademoiselle, dont la tête -romanesque se monte à la vue des dangers que court un héros; que -l'ambition et la vanité animent peut-être autant que cette noble -pitié, vole au Luxembourg, se jette aux pieds de son père, emploie les -larmes, les caresses, les plus ardentes supplications, parvient enfin -à lui arracher l'ordre qui doit faire le salut du prince et de son -armée, traverse Paris au milieu des flots d'un peuple que le spectacle -déplorable de tant de morts et de mourants[208] commençoit à soulever, -voit dans la Bastille même Condé qui paroît devant elle dans un -affreux désordre et livré au plus grand désespoir, lui montre son -ordre et fait à l'instant même ouvrir les portes. Le héros, rassuré, -va préparer sa retraite, et l'effectue avec autant de sang-froid qu'il -avoit montré d'ardeur dans la bataille, au moment même où Turenne, -renforcé par le corps du maréchal La Ferté, se préparoit à le tourner -et à l'enfermer entre son armée et les murailles de la ville. Les -troupes du prince passent au milieu de Paris, gagnent les faubourgs -Saint-Marceau et Saint-Victor, et, s'étendant le long de la rivière -des Gobelins, mettent la Seine entre elles et l'armée royale. -Cependant l'arrière-garde, qui faisoit ferme encore sur la rive -droite, est inquiétée par la cavalerie ennemie: alors Mademoiselle -fait pointer sur elle le canon de la Bastille; ses décharges réitérées -jettent le désordre dans cette cavalerie, la forcent à regagner la -campagne, et les derniers débris de l'armée du prince doivent leur -salut à cette action violente et audacieuse[209]. - - [Note 207: Le duc de Nemours y reçut treize coups de feu - dans ses armes, et La Rochefoucauld un coup au-dessus des - yeux, qui lui fit perdre la vue pendant quelque temps.] - - [Note 208: Parmi les personnages de distinction qui furent - tués, tant d'un côté que de l'autre, dans cette sanglante - affaire, on compte Saint-Maigrin, Mancini, neveu du - cardinal, Flamarens, La Roche-Griffard; les comtes de - Castries et de Bossut, Tauresse, du nom de Montmorenci, etc. - Guitaut, Jarsay, Valon, Clinchamp, Coigny, Melun, de Foix et - une foule d'autres furent blessés.] - - [Note 209: À la dernière volée, le cardinal, faisant - allusion à la passion démesurée qu'avoit la princesse - d'épouser le roi, dit en riant: «Voilà un boulet de canon - qui vient de tuer son mari.» Le président Hénault a raison - de dire que, pour hasarder cette action plus que hardie, - elle avoit obtenu un ordre de Gaston, conservé dans la - bibliothèque du roi; mais il faut avouer en même temps - qu'elle avoit sollicité cet ordre, et qu'elle contribua plus - que personne à le faire exécuter.] - -La cour avoit compté sur une victoire plus complète, et la gloire du -vaincu effaçoit presque celle du vainqueur[210]. Cependant Condé, -qu'une action si brillante rendoit plus cher à ses partisans, et -faisoit admirer de ceux même qui ne l'aimoient pas, voulut profiter de -l'éclat qu'elle jetoit sur lui pour tenter un coup hardi qui le rendît -maître absolu de Paris, où son autorité continuoit d'être foible et -précaire, espérant se procurer ainsi une paix plus avantageuse, ou de -nouveaux moyens de continuer la guerre. Il ne s'agissoit pas moins que -de s'emparer des suffrages dans la prochaine assemblée de -l'Hôtel-de-Ville, d'y faire déposer le gouverneur de Paris, le prévôt -des marchands et la plupart des échevins qui lui étoient contraires, -pour les remplacer par Beaufort, Broussel et autres gens à sa -dévotion. Le duc d'Orléans, qu'il avoit su entraîner dans ce projet, -devoit être nommé lieutenant-général du royaume; il recevoit, lui, le -titre de généralissime des armées, et la ville signoit un traité avec -les princes. Ce plan étoit hardi; mais, pour en rendre le succès -immanquable, Condé méditoit le projet plus hardi encore, mais plus -difficile, de faire sortir de Paris ce Retz dont le génie continuoit -d'obséder Gaston et luttoit sans cesse contre le sien. C'étoit le -matin même du jour désigné pour l'assemblée, et au moyen d'une émeute -populaire secrètement préparée par ses nombreux agents, que devoit -être frappé ce coup décisif. Le cardinal, saisi dans l'archevêché, -d'où il affectoit toujours de ne point sortir, eût été conduit hors de -la ville, avec défense d'y rentrer sous peine de la vie; Condé -entraînoit ensuite à l'Hôtel-de-Ville Gaston abattu et tremblant, et, -dans le premier trouble où cette violence eût jeté les esprits, il -auroit pu en effet tout demander et tout obtenir. Cette manoeuvre, si -bien concertée, manqua par les moyens mêmes qui devoient la faire -réussir. Les émissaires du prince, mêlés à la populace qu'ils avoient -rassemblée dès la pointe du jour sur le Pont-Neuf et dans la place -Dauphine, avoient imaginé, pour se reconnoître, de mettre des bouquets -de paille à leurs chapeaux. Ce signe est remarqué et devient dans un -moment celui de tous les factieux. Ils forcent tous ceux qu'ils -rencontrent à l'arborer sans distinction de rang, de sexe, ni d'âge. -Les esprits s'échauffent par cette manie même, la sédition s'accroît -et semble s'étendre sur la ville entière. Gaston, qui en ignore -l'auteur, s'imagine qu'elle est préparée contre Condé lui-même, et, -malgré tous les efforts que celui-ci fait pour lui échapper, le -retient au Luxembourg jusqu'à l'heure de l'assemblée. Ils s'y rendent; -mais la première partie du projet manqué fait avorter l'autre. Ils -trouvent à l'Hôtel-de-Ville une résistance qu'ils n'attendoient pas; -on n'y parle que d'obéissance au roi, dont on vient de recevoir une -lettre[211], et les princes eux-mêmes sont interpellés par le -maréchal de l'Hôpital, gouverneur de la ville, pour savoir s'ils ne -sont pas également disposés à obéir. Ils sortent outrés de dépit, et -traversant la place de Grève, où malheureusement cette populace -ameutée et toujours guidée par les mêmes chefs les avoit suivis sans -dessein, il leur échappe de dire assez haut pour être entendus que -l'_Hôtel-de-Ville est rempli de Mazarins_. Cette parole imprudente, -recueillie, commentée, vole dans un moment de bouche en bouche. Les -émissaires de Condé croient y reconnoître le signal qu'ils attendoient -depuis si long-temps, et dirigent aussitôt la fureur du peuple contre -ses magistrats. La place retentit du cri d'_union_ plusieurs fois -répété; et ces clameurs sont suivies de plusieurs coups de fusils -tirés par les plus furieux dans les vitres de la salle d'assemblée; -les archers qui gardoient les portes ont l'imprudence d'y répondre par -une décharge dont plusieurs mutins sont tués ou blessés. C'est le -signal du plus horrible désordre: ces portes, que l'on a fermées, sont -dans un moment ou enfoncées ou livrées aux flammes; la foule s'y -précipite, et alors commence une scène de désolation, où l'on ne voit -plus que des victimes et des bourreaux. On égorge dans les salles de -l'Hôtel-de-Ville; ceux qui peuvent en échapper sont massacrés sur la -place; quelques-uns rachètent leur vie à prix d'argent; d'autres -cherchent à gagner les toits, ou à se cacher dans les coins les plus -obscurs. La soif du pillage, qui se mêle à celle du sang, en fait -découvrir plusieurs, et cette découverte étend et prolonge le carnage. -Nul moyen de porter du secours; les rues circonvoisines étoient -barricadées et gardées par ces furieux. Déjà la flamme, après avoir -dévoré une partie de l'Hôtel-de-Ville, s'étend jusqu'à l'église -Saint-Jean-en-Grève, et menace tout le quartier. On n'entend que des -cris de fureur ou de désespoir; et c'est dans ce moment seulement que -les princes sont avertis du désastre que leur imprudence a causé. -Gaston épouvanté veut y envoyer Condé; il refuse, et propose Beaufort, -plus accoutumé que lui à apaiser la populace. Mademoiselle s'offre -d'elle-même quelques moments après, et tous les deux, non sans quelque -effroi pour eux-mêmes et de longues hésitations, parviennent, vers -minuit, jusqu'au théâtre de cette horrible boucherie, qui étoit cessée -lorsqu'ils y arrivèrent. Ils entrèrent dans l'Hôtel-de-Ville et mirent -en sûreté ceux qui s'y étoient cachés. Leur dévouement trop tardif -n'eut pas d'autre effet. - - [Note 210: Ses louanges retentissoient partout, et jusque - dans le camp ennemi. «Ah! madame, dit Turenne à la reine, - vous ne m'aviez envoyé que contre un prince de Condé, et - j'en ai trouvé mille; je n'avois pas besoin de le chercher, - je le trouvois toujours à ma rencontre.»] - - [Note 211: Dans cette lettre, le roi déclarant aux officiers - municipaux qu'il étoit content de leur conduite, parce qu'il - savoit que l'armée rebelle avoit été introduite dans Paris - malgré eux (ce qui étoit vrai), les exhortoit à persévérer - dans ces sentiments de fidélité, et à remettre l'assemblée à - huitaine.] - -Il n'y a point de preuves certaines que Condé fût l'auteur de ce -massacre; et quoique ce soit un préjugé fâcheux contre lui que -l'indifférence avec laquelle il en reçut la nouvelle, et le refus -qu'il fit d'aller arrêter le mal, son caractère, que l'on trouve -toujours noble et généreux, même au milieu de ses plus grandes -erreurs, semble repousser jusqu'au soupçon d'un crime où il y auroit -eu autant de bassesse que d'atrocité. Il n'en est pas moins vrai qu'il -en fut accusé, et que ce malheureux événement acheva de ruiner -entièrement ses affaires: à l'admiration qu'avoient inspirée ses -exploits succéda tout à coup l'horreur profonde que l'on éprouve pour -les tyrans. Comme eux, Condé régna dans Paris, par la terreur. Les -citoyens consternés, se renfermèrent chez eux; le parlement et -l'Hôtel-de-Ville restèrent presque déserts; et au milieu d'un petit -nombre de magistrats, ou vendus à son parti, ou subjugués par la -crainte, le prince put impunément faire les changements qu'il avoit -projetés. Beaufort fut gouverneur de Paris, Broussel, prévôt des -marchands. Cependant la misère du peuple étoit à son comble[212]; une -soldatesque effrénée ravageoit la campagne; et leurs chefs, pour la -retenir dans une cause injuste, étoient forcés de fermer les yeux sur -ses excès; la famine commençoit à se faire sentir dans la ville; tout -enfin annonçoit une révolution prochaine, qui, pour être un peu -retardée par l'effet de ces mesures tyranniques, n'en paroissoit pas -moins inévitable. - - [Note 212: Le moindre pain valoit huit sous la livre; il n'y - avoit plus ni police, ni frein, ni subordination. Enhardi - par l'exemple des soldats qui pilloient les environs de la - ville et qui vendoient publiquement leur butin, le peuple - sembloit épier l'occasion de commencer un pillage dans Paris - même; ceux qui auroient pu le contenir, bons bourgeois ou - magistrats, se cachoient ou trouvoient le moyen de - s'échapper, malgré les gardes que l'on avoit mis aux portes - pour empêcher de sortir de la ville.] - -En effet Paris, depuis cette époque jusqu'à la fin de ces malheureux -troubles, présente l'image de la plus horrible confusion. Retz, -réveillé tout à coup par cette scène sanglante, de l'espèce de -sécurité dans laquelle il sembloit plongé, instruit peut-être du -danger qu'il avoit couru, sortit de sa retraite, et reparut avec un -appareil formidable[213], prêt à disputer à Condé cette puissance -absolue qu'il sembloit s'arroger, déclamant contre les horreurs qui -venoient de se passer, et attirant ainsi vers lui tous ceux qui -gémissoient de la nouvelle tyrannie. Avec les intérêts les plus -opposés, les deux princes, affectant l'union la plus parfaite, se -faisoient donner par le parlement ces titres de lieutenant général du -royaume et de généralissime des armées qu'ils avoient tant -ambitionnés; mais les arrêts de cette compagnie, reçus maintenant avec -mépris dans la France entière, tournés en ridicule dans Paris même, -étoient cassés sur-le-champ par des arrêts de la cour, qui en -faisoient voir toute l'absurdité[214]. Gaston demandoit de l'argent -pour lever des troupes; et d'après ses demandes, on ordonnoit des -impôts que tout le monde refusoit de payer. Il fut résolu de former un -conseil pour la nouvelle autorité qu'on venoit d'établir: dans cette -formation, des disputes sur les préséances donnèrent lieu à des scènes -ou tragiques ou scandaleuses; Nemours provoqua Beaufort à un duel, -dont il fut lui-même la victime[215]; Condé donna un soufflet au comte -de Rieux, qui le lui rendit[216]. C'est ainsi que, de jour en jour, le -parti des princes perdoit de son autorité et de sa considération. D'un -autre côté la cour n'étoit guère moins embarrassée: elle savoit que -Fuensaldagne et le duc de Lorraine s'apprêtoient à rentrer en France -pour soutenir de nouveau les rebelles; et forcée de quitter les -environs de Paris, elle ne savoit où se retirer. Turenne releva seul -les courages abattus, et détermina le roi à se réfugier, non en -Bourgogne, comme Mazarin en avoit donné le conseil pusillanime, mais -seulement à Pontoise, tandis que, portant son armée du côté de -Compiègne, il alloit observer la marche de l'ennemi. Toutefois la -correspondance n'en continuoit pas moins entre le roi et le parlement; -et, dans ces rapports entre le maître et les sujets, le renvoi de -Mazarin étoit le seul prétexte qu'ils donnassent du refus d'obéissance -à ses ordres. Pour les pousser à bout, le jeune prince promet et -annonce le départ prochain de son ministre: aussitôt Condé, qui -craint avec raison un piége caché sous cette promesse, se réunit à -Gaston pour la décréditer comme une ruse nouvelle du cardinal; et tous -les deux déclarent en plein parlement ne pouvoir désarmer que l'ennemi -de l'état ne soit hors du royaume. Cette déclaration rompt toutes les -communications entre le roi et cette compagnie: elle a même l'audace -de rappeler ses députés, qui avoient reçu l'ordre de se rendre au lieu -où la cour résidoit. Alors le monarque, déployant enfin le caractère -trop long-temps méconnu de l'autorité souveraine, rend un arrêt par -lequel il transfère à Pontoise le parlement de Paris, interdisant à -ses membres tout acte de leur juridiction jusqu'à ce qu'ils y fussent -réunis. - - [Note 213: Il plaça des soldats dans l'archevêché et dans - les maisons voisines; il fit des amas de vivres, de - munitions, et garnit de grenades les tours de la - cathédrale.] - - [Note 214: Le parlement refusoit d'obéir aux ordres du roi, - parce qu'il le disoit prisonnier de Mazarin; et en même - temps il lui demandoit, pour rentrer sous son obéissance, de - renvoyer le ministre qui le tenoit en captivité.] - - [Note 215: On a prétendu que la véritable cause de ce duel - étoit une rivalité d'amour dont madame de Châtillon[215-A] - étoit l'objet. On peut croire aussi que le ressentiment de - l'outrage qu'il avoit essuyé à Orléans n'étoit point encore - éteint dans le coeur de Nemours. Ils se battirent derrière - l'hôtel Vendôme, cinq contre cinq. Nemours apporta lui-même - les épées et les pistolets, et chargea ceux-ci de sa propre - main. Quand il en présenta un à Beaufort, celui-ci fit - encore un dernier effort pour l'arrêter: «Ah! mon frère! lui - cria-t-il affectueusement, qu'allons-nous faire? pourquoi - nous égorger? quelle honte! Oublions le passé et vivons bons - amis.--Ah! coquin, répondit Nemours, tu trembles! Il faut - que l'un de nous deux reste sur la place.» Beaufort, après - avoir reçu son feu, le tua roide de trois balles, qui le - percèrent au-dessus de la mamelle, au moment même où, jetant - son pistolet, ce furieux se précipitoit sur lui l'épée à la - main. Le marquis de Villars, l'un des seconds de Nemours, - tua son adversaire Héricourt, qu'il n'avoit jamais vu - auparavant.] - - [Note 215-A: Elle partageoit depuis long-temps ses faveurs - entre Nemours et Condé. Ce dernier en étoit passionnément - amoureux.] - - [Note 216: Plusieurs disent au contraire que ce fut le comte - de Rieux qui, dans la chaleur de la dispute, osa faire le - premier un geste menaçant que le duc d'Orléans punit - seulement par quelques jours de prison, et dont, dans tout - autre temps, Condé eût tiré une vengeance plus éclatante.] - -Quatorze à quinze d'entre eux trouvèrent le moyen de sortir de la -ville sous divers déguisements, et de se rendre à Pontoise, où ils -furent installés par Molé. Le parlement de Paris ne manqua pas de -rendre sur-le-champ un arrêt qui déclaroit nul et illégitime le -nouveau parlement: celui-ci lui répondit par un arrêt non moins -violent, et sans doute mieux fondé, puisqu'il étoit soutenu de -l'autorité royale. Au milieu de ces débats entre les deux parlements, -Mazarin préparoit la scène qui devoit enfin terminer cette guerre -funeste et scandaleuse. En gagnant du temps, en opposant sans cesse -les uns aux autres tous les intérêts, toutes les passions, il avoit -allumé entre ses ennemis des méfiances que rien ne pouvoit guérir, des -haines que rien ne pouvoit calmer. Réduits, par leurs discordes -intestines, au dernier état de foiblesse, les rebelles ne trouvoient -un reste de force que dans la haine commune qu'ils lui portoient, et -dans l'union apparente qu'elle produisoit entre eux. Il résolut de -leur enlever cette dernière ressource; et son éloignement de la cour, -si fâcheux pour lui dans un temps où les partis divers étoient dans -toute leur vigueur, devenoit maintenant un coup de la plus adroite -politique. La mort subite du duc de Bouillon[217], dont les talents -supérieurs, l'ambition, l'activité pouvoient seuls l'inquiéter pendant -sa retraite momentanée, acheva de le décider. Jamais comédie ne fut -jouée avec plus d'adresse et de naturel. Le parlement de Pontoise, -d'accord avec le cardinal et la régente, demanda son expulsion dans -des termes non moins énergiques que celui de Paris. Mazarin lui-même -pria le roi à mains jointes de le laisser partir; et après avoir -établi dans le ministère un ordre tel que personne ne pût avoir la -pensée d'envahir une place qu'il ne quittoit que pour quelques -instants, il sortit de France une seconde fois, le 19 août, et se -retira à Sedan, d'où il continua de conduire toutes les affaires. - - [Note 217: Il étoit alors parvenu auprès de la reine à une - faveur assez grande pour donner à Mazarin de véritables - inquiétudes.] - -Ce qu'il avoit prévu ne manqua pas d'arriver: ce départ acheva -très-rapidement la révolution déjà commencée dans les esprits. Dès que -la nouvelle en fut répandue à Paris, le parlement entier montra -ouvertement la ferme résolution de se soumettre à un monarque qui -daignoit faire les premiers pas, et engagea les princes à accéder à -son acte de soumission. Jamais ils ne s'étoient trouvés dans une -position plus embarrassante; et cet exil de Mazarin, si long-temps le -prétexte de leur révolte, étoit en effet l'événement le plus fâcheux -qui pût alors leur arriver. N'osant se compromettre par un refus, ils -feignirent d'entrer dans les vues de la compagnie, mais avec des -restrictions qui leur laissoient en effet la faculté d'accepter ou de -refuser, se proposant intérieurement de combattre encore, et d'obtenir -du succès de leurs armes une paix telle qu'ils la vouloient avoir. La -cour, se fortifiant de plus en plus de la foiblesse de ses ennemis, -tint ferme, et ne voulut entendre de leur part aucunes conditions -particulières. Condé, dont les avances et les propositions avoient été -plus mal reçues que celles de Gaston, essaya de nouveau d'agiter le -parlement; mais il n'inspiroit plus la même terreur: on osa le -contredire; et l'acte de soumission fut arrêté. - -Ce fut pour les princes une nécessité d'y souscrire; mais ils le -firent purement par politique: car dans ce moment même ils attendoient -le duc de Lorraine, qui rentroit en France de concert avec -Fuensaldagne, et que l'or de l'Espagne avoit entièrement gagné à leur -parti. Tous les deux y vinrent en effet, chacun avec une armée; mais -les ruses politiques de Mazarin déterminèrent le général espagnol à se -retirer[218], et les belles opérations militaires de Turenne -paralysant tous les efforts du prince lorrain, et de Condé -réunis[219], portèrent ainsi le dernier coup à la faction chancelante -de celui-ci. Retz alors voyant que la paix étoit inévitable, que tout -y tendoit invinciblement, fait prendre à Gaston le seul parti qui fût -convenable dans la situation désespérée des choses, celui d'essayer de -se rendre l'arbitre de cette paix tant souhaitée, et de se donner tout -le mérite du retour du roi dans sa capitale. Il se charge de cette -mission délicate, et qui, dans la circonstance où il se trouvoit, -n'étoit pas sans danger pour lui, part pour Compiègne à la tête d'une -députation du clergé, y est reçu mieux qu'il n'espéroit[220], mais ne -réussit point dans l'objet de son voyage. La cour, qui, quelques mois -auparavant, eût accepté ses propositions avec empressement, se voyoit -actuellement dans une situation à pouvoir reconquérir ses droits, sans -grâces ni conditions; elles furent donc refusées, jusqu'à celle que -faisoit le duc d'Orléans de se retirer à Blois, pourvu qu'une amnistie -honorable assurât son état, celui des princes et de leurs partisans; -et ce furent les amis du cardinal, Servien, Le Tellier, Ondeley, qui, -se méfiant de la facilité de la reine, empêchèrent le succès de cette -négociation. - - [Note 218: Il imagina d'écrire de Sedan au duc de Lorraine - une lettre tournée en forme de réponse, comme s'il y avoit - eu entre eux un commencement de négociation. Il y discutoit - des propositions d'accommodements, accordoit celle-ci, - refusoit celle-là, et finissoit par dire que si Charles - s'opiniâtroit à refuser les offres de la cour, elle sera - forcée de traiter avec Condé, trouvant moins fâcheux pour - elle de se livrer à un prince du sang que d'exposer le - royaume à une invasion. Le courrier, porteur de cette - dépêche, eut ordre de se laisser prendre par les Espagnols. - Fuensaldagne, l'ayant lue, en conclut qu'il seroit - impolitique de rendre Condé trop redoutable à la reine; et - complétement dupe de cette ruse, au lieu de joindre le duc - de Lorraine, il se contenta de lui envoyer quelque cavalerie - et ramena son armée en Flandres.] - - [Note 219: Trompée par les artifices de Charles, qui - négocioit toujours en avançant vers Paris, la reine avoit - ordonné à Turenne de ne point l'inquiéter dans sa marche. - Celui-ci, dont le coup d'oeil étoit plus pénétrant, aima - mieux désobéir et courir les dangers de sa désobéissance, - que de risquer de tout perdre. Il continua à serrer de près - l'armée du duc; et n'ayant pu empêcher la jonction de ses - troupes avec celles des princes qui avoient pris ensemble - leur campement sur les bords de la Seine et de la Marne, - près d'Albon, il se plaça devant elles, dans une position - avantageuse, près de Villeneuve-Saint-George, derrière un - bois, et dans l'angle que forme la rivière d'Yères à son - confluent avec la Seine. Les deux armées restèrent en - présence tout le mois de septembre, tandis que l'on - continuoit de négocier. Turenne les tint ainsi en échec tant - qu'il le crut nécessaire, et jusqu'à ce qu'il eût rempli son - objet, qui étoit de fatiguer les Parisiens par le séjour au - milieu d'eux de ces soldats étrangers, pillards et - indisciplinés, d'amuser les princes par ces négociations que - l'on traînoit en longueur, de les discréditer, et d'achever - d'en détacher le peuple et ses chefs. Quand il vit les - choses arrivées au point où il les vouloit, il décampa sans - livrer bataille, ce qui étoit l'objet de tous les voeux du - prince de Condé, et le laissa étonné et désespéré de sa - retraite.] - - [Note 220: Il reçut alors le chapeau des mains du roi; sans - cette cérémonie, si long-temps et si prudemment différée, - qui seule l'établissoit réellement cardinal françois, il se - seroit déclaré, dit-on, pour Condé, qu'il ne combattoit que - contre son gré, et dont le parti vainqueur eût pu le - conduire au ministère.] - -Gaston, voyant ses avances rebutées, éclata d'abord en plaintes et en -menaces, puis retombant bientôt dans ses indécisions accoutumées, -fournit ainsi à ses ennemis tous les moyens nécessaires pour réussir -sans son secours. Quant à Condé, le mauvais succès de ses armes avoit -achevé de lui faire perdre toute considération à Paris. La haine et le -mépris pour son parti y étoient parvenus au dernier degré; les -Espagnols et les Lorrains étoient publiquement insultés par la -populace; chaque jour lui apprenoit la défection de quelques-uns des -siens, même de ceux sur lesquels il avoit le plus compté. Dans ce -naufrage général, chacun pensoit à ses propres intérêts: la fureur de -négocier s'étoit emparée de tout le monde; et la route de Compiègne à -Paris étoit en quelque sorte couverte de négociateurs qui alloient et -venoient, sous divers déguisements, recevoir des réponses ou porter -des conditions. Au milieu de cette population immense et exaspérée -contre lui, Condé en vint au point de craindre pour sa propre sûreté. -Se voyant donc sans espoir du côté de la cour; excité par ceux qui -s'étoient sincèrement attachés à sa fortune à écouter les propositions -brillantes que lui faisoient les Espagnols; entraîné par cette passion -qu'il avoit pour la guerre, et par cette hauteur de caractère qui ne -lui permettoit pas de plier sous un ministre qu'il avoit si long-temps -et si publiquement dédaigné, il se résolut enfin à sortir de France, -et se jetant dans les bras des ennemis de son pays, il prit, le 18 -octobre, avec le duc de Lorraine, le chemin de la Flandre par la -Picardie. - -Le jour de son départ fut pour la capitale un jour d'allégresse. -L'imprudent Gaston en triompha lui-même, se persuadant que sa retraite -alloit le rendre maître absolu du traité que Paris se disposoit à -faire avec son souverain; mais la cour étoit désormais trop puissante -pour daigner seulement l'écouter, et lui trop foible, même pour -diriger les soumissions de la ville envers elle. Délivrés de ce reste -de terreur que leur inspiroit encore Condé, le parlement, -l'Hôtel-de-Ville, toutes les grandes corporations résolurent de faire -leur paix particulière, sans s'embarrasser beaucoup du désir que le -duc témoigna d'être seul chargé de ce soin, et des efforts qu'il fit -pour mettre obstacle à leur dessein. Le clergé avoit commencé, les -autres suivirent. Toutes les députations furent accueillies avec -douceur et bonté, à l'exception de celles du parlement et de -l'Hôtel-de-Ville, la cour les considérant comme interdits, et ne -reconnoissant d'autre parlement que celui qu'elle avoit assemblé à -Pontoise. L'un et l'autre firent bientôt leur paix en annulant -d'eux-mêmes toutes les dispositions séditieuses qu'ils avoient -successivement prises: élection irrégulière d'un gouverneur et -d'échevins anti-royalistes, création d'un conseil d'union, concession -du titre de lieutenant-général au duc d'Orléans, et de généralissime -au prince de Condé; et en attendant qu'ils fussent reçus en corps, -leurs membres se mêlèrent aux députés des autres corporations. La -cour, alors à Mantes, s'avança jusqu'à Saint-Germain, où Sa Majesté, -sur les humbles supplications que lui firent les députés de revenir à -Paris, promit d'y faire incessamment son entrée. - -Enfin, trois jours après, le 21 octobre, le monarque rentra dans sa -capitale par la porte Saint-Honoré, dans tout l'appareil de sa -puissance, et au milieu des acclamations unanimes d'un peuple fatigué -de sa révolte et plein d'espérances pour l'avenir. Gaston fut exilé à -Blois, où Beaufort le suivit; Mademoiselle n'attendit pas l'ordre du -roi, et se retira dans ses terres. Les duchesses de Chevreuse et de -Montbason reçurent défense de paroître à la cour, et partirent pour -leurs châteaux. Sur la menace qu'on lui fit de le faire pendre s'il se -laissoit assiéger, le fils du vieux Broussel se hâta de rendre la -Bastille. Dès le lendemain de son arrivée, le roi tint au Louvre un -lit de justice auquel furent également appelés les conseillers de -Paris et ceux de Pontoise; dix à douze seulement des premiers avoient -reçu l'ordre de quitter Paris. Dans ce lit de justice, le roi fit -enregistrer un édit qui interdisoit au parlement toute délibération -sur le gouvernement de l'état et sur les finances, ainsi que toutes -procédures contre les ministres qu'il lui plairoit de choisir. - -Retz, bien accueilli d'abord, plutôt par l'inquiétude que pouvoit -causer encore sa popularité que par le souvenir de ce qu'il avoit fait -pour la paix, à laquelle il n'avoit en effet contribué qu'en ne s'y -opposant pas, pouvoit profiter de cette position heureuse où tant de -circonstances inespérées l'avoient placé, pour assurer à jamais son -avenir. Mais cet esprit inquiet et turbulent étoit en quelque sorte -ennemi du repos; en sortant du Louvre, où il s'étoit trouvé au moment -même de l'arrivée du roi, il étoit allé conseiller encore la révolte -à Gaston prêt à partir pour son exil. La reine, instruite de cette -nouvelle manoeuvre, ne pensa d'abord à s'en venger qu'en l'éloignant -de Paris, et lui fit faire à ce sujet des propositions où il crut voir -de la foiblesse[221]: elles accrurent son audace; il s'aveugla au -point de croire qu'il pouvoit imposer des conditions; et s'environnant -d'une escorte de ses partisans, qui le mettoit à l'abri d'un coup de -main, se confiant en ce qu'il croyoit avoir conservé d'ascendant sur -une multitude qui lui avoit été si long-temps dévouée, il prétendit -traiter avec la cour de puissance à puissance, et poussa l'insolence -au point que le dessein fut pris de l'arrêter et même de l'attaquer à -main armée, si l'on ne pouvoit autrement s'en emparer. On ne fut point -obligé d'en venir à ces extrémités: lui-même, par excès de confiance, -se laissa prendre à un piége que lui tendit Mazarin; sur la foi d'un -traité entamé avec ce ministre, il se relâcha de ses précautions, vint -au Louvre moins accompagné, et y fut arrêté le 19 décembre. Le peuple, -dont on avoit craint quelque mouvement en sa faveur, le vit conduire à -Vincennes sans témoigner la moindre émotion[222]. Ainsi finit Gondi, -moins habilement sans doute qu'il n'avoit commencé. - - [Note 221: Elle lui offrit l'ambassade de Rome, cent mille - écus pour payer ses dettes, une pension de cinquante mille - écus, et une pareille somme pour former ses équipages.] - - [Note 222: La mort de son oncle l'ayant rendu, pendant sa - prison, archevêque de Paris, on lui demanda sa démission - pour prix de sa liberté; il la donna, ou feignit de la - donner. En attendant qu'elle eût été ratifiée à Rome, il fut - transféré au château de Nantes, d'où il se sauva. Il erra - ensuite en Espagne, en Flandres, à Rome, en Allemagne, - tandis que ses partisans, et particulièrement un curé de la - Magdelaine qu'il avoit fait son grand-vicaire, soutenoient - ses droits avec autant de talent que d'intrépidité. Si Gondi - les eût secondés par une conduite régulière et par plus de - persévérance, il est probable qu'il seroit rentré en France - encore archevêque de Paris; mais il se lassa de l'exil et - transigea. On lui donna de grosses abbayes en échange de son - archevêché; il fixa sa demeure en Lorraine, paya ses dettes - à la longue par de strictes économies; obtint, sur la fin de - sa vie, la permission de revenir à Paris, y passa ses - derniers jours dans un petit cercle d'amis qui charmoient la - douceur de son commerce et l'agrément de sa conversation; et - y mourut dans les sentiments de piété les plus édifiants.] - -(1653) Mazarin attendoit tranquillement l'accomplissement de toutes -ces mesures qu'il commandoit et dirigeoit du fond de sa retraite, pour -venir reprendre, avec plus de puissance que jamais, le gouvernement de -la France. Turenne et les principaux officiers de l'armée le reçurent -aux frontières et l'accompagnèrent dans sa marche triomphale jusqu'à -Paris, où son entrée, qu'il y fit le 3 février, fut celle d'un -souverain qui, après avoir visité dans une paix profonde les provinces -de son royaume, vient réjouir sa capitale de son retour. - -Le roi étoit allé lui-même au-devant de l'heureux ministre hors des -murs de la ville; et les Parisiens se montrèrent aussi extrêmes dans -les hommages qu'ils lui rendirent qu'ils l'avoient été dans les -outrages dont ils l'avoient accablé. Ils lui donnèrent à -l'Hôtel-de-Ville une fête, dans laquelle lui furent prodigués tous les -honneurs jusqu'alors réservés au souverain; il jeta de l'argent au -peuple, qui répondit à ses largesses par mille acclamations; et l'on -dit que, surpris lui-même d'un changement si grand et si subit, il -conçut un grand mépris pour une nation qui se montroit si inconstante -et si légère. S'il en est ainsi, il faut s'en étonner: Mazarin -avoit-il donc si peu d'expérience des choses humaines; et pouvoit-il -ignorer que, dans tous les temps et dans tous les lieux, les peuples, -abandonnés à eux-mêmes, furent toujours ce que les Parisiens venoient -de se montrer? S'il en étoit autrement, ils n'auroient pas besoin -d'être conduits; et la société d'ici-bas seroit tout autre que Dieu -n'a voulu qu'elle fût. Ceux qui les gouvernent ne doivent donc point -les mépriser, puisqu'ils ne sont que ce qu'il leur est impossible de -ne pas être: leur devoir est de les bien conduire, s'ils ne veulent -devenir eux-mêmes véritablement dignes de mépris; et de se rappeler -sans cesse que ces peuples sont entre leurs mains comme un dépôt qui -leur a été confié, et dont il leur sera demandé un compte -très-rigoureux. - -Plus que jamais affermi dans cet empire qu'il avoit su prendre sur la -reine-mère, et trouvant dans le jeune roi un élève docile, qui, tant -qu'il vécut, n'osa pas même essayer de régner et se reposa sur lui de -la conduite de toutes les affaires, Mazarin, dès ce moment et jusqu'à -la fin de sa vie, gouverna la France en maître absolu. Il y avoit -encore à Bordeaux quelques restes de faction fomentés par le prince de -Conti et par la duchesse de Longueville: ce fut un jeu pour lui de les -apaiser. Ce parlement, qui avoit mis sa tête à prix, aussi souple -maintenant sous sa main qu'il l'avoit été sous celle de Richelieu, sur -l'ordre qu'il reçut de son nouveau maître et ainsi que le coadjuteur -l'avoit prédit, fit le procès à ce même prince de Condé dont un si -grand nombre de ses membres avoient été les complices, le dépouilla de -tous ses emplois, charges, gouvernements, et le condamna à mort comme -criminel de lèse-majesté. Mazarin vécut ainsi huit années depuis son -retour à Paris, assez heureux pour avoir pu achever, par le traité des -Pyrénées et par le mariage de Louis XIV, le grand ouvrage de cette -paix européenne qu'il avoit commencée par le traité de Westphalie; -assez puissant pour avoir pu impunément accumuler d'immenses -richesses, en achevant, pour y parvenir, de combler le désordre des -finances; faisant en quelque sorte de la fortune publique sa propre -fortune et celle des siens, avec un scandale dont jusqu'à lui -peut-être il n'y avoit point eu d'exemple; et au moyen de cette espèce -de brigandage, élevant sa famille aux plus hautes alliances, la -faisant entrer dans des maisons souveraines, et même dans la maison -royale de France. Il mourut en 1661, dans ce comble de prospérité et -de gloire, laissant, comme homme d'état, une réputation équivoque, et -cette idée généralement répandue qu'il devoit moins sa fortune à son -génie qu'à son adresse et aux circonstances singulières qui l'avoient -si heureusement servi. «Donnez-moi le roi de mon côté, deux jours -durant, disoit le cardinal de Retz, et vous verrez si je suis -embarrassé.» Ce mot, d'un grand sens, nous semble de tout point -applicable à Mazarin: ainsi s'expliquent les retours inespérés de -cette fortune, qui, au milieu de tant d'obstacles faits pour l'abattre -sans retour, se relevoit sans cesse au moyen de cette prédilection -inexplicable dont Anne d'Autriche étoit en quelque sorte possédée pour -cet étranger, prédilection que sembloient accroître les traverses -qu'elle éprouvoit à cause de lui, et dont on étoit d'autant plus -étonné et confondu qu'on cherchoit vainement à comprendre comment il -avoit pu la mériter. - -Dans sa politique extérieure, Mazarin se montra un digne élève de -Richelieu, en achevant ce que son maître avoit commencé. Comme il -importe de faire connoître en quel état il laissa cette Europe qu'il -prétendoit avoir pacifiée, nous allons jeter un coup d'oeil rapide sur -ce qui se passoit hors des frontières de la France, et pendant les -premières années de la régence, et pendant celles où elle fut agitée -et affoiblie par la guerre civile. - -(De 1643 à 1648.) La bataillé de Rocroi, gagnée par le duc d'Enghien, -à peine sorti de l'adolescence, avoit jeté un grand éclat sur les -commencements de la régence; et ce premier succès si brillant avoit -été suivi de plusieurs autres moins décisifs, lorsque la défaite de -Randzau, à Tudelingue, força notre armée d'Allemagne à rétrograder et -à se mettre à couvert derrière le Rhin. Turenne, que l'on appela alors -de l'Italie pour rétablir l'honneur de nos armes, vint en prendre le -commandement, et marcha de nouveau en avant, accompagné du jeune -vainqueur de Rocroi. Tous les deux remportèrent ensemble la victoire -non moins fameuse de Fribourg, qui les rendit maîtres de tout le cours -du fleuve qu'ils venoient de traverser. Pendant ce temps, le duc -d'Orléans s'emparoit en Flandres de Gravelines; le maréchal de Brézé -battoit la flotte espagnole à la vue de Carthagène; le fameux général -suédois Torstenson conquéroit avec une rapidité qui tenoit du prodige, -toute la Chersonnèse cimbrique, couronnoit ses marches savantes et ses -manoeuvres admirables par la victoire de Niemeck, où il tailla en -pièces l'armée impériale commandée par Gallas; remportoit bientôt -après une victoire nouvelle à Tabor sur tous les généraux réunis de -l'empereur, et portoit, jusque dans le sein de l'Autriche, la terreur -de son nom et de ses armes. En Catalogne, la France avoit d'abord -éprouvé des revers, puis obtenu quelques avantages qui lui -fournissoient les moyens de s'y soutenir. En Savoie on se battoit -également avec des alternatives de succès et de revers. - -Ce fut immédiatement après la bataille de Tabor que Turenne se laissa -surprendre par Merci, et fut battu à Mariendal par sa faute, et cette -faute est la seule qu'il ait commise en toute sa carrière militaire. -Elle est réparée par le duc d'Enghien, qui quitte l'armée de Champagne -pour voler à son secours, et gagne la bataille de Nortlingue, dans -laquelle Merci fut tué. On voit, dans cette guerre, ce prince -paroître, pour ainsi dire à la fois, sur tous les points menacés. -Après avoir vaincu à Nortlingue, il retourne en Flandres partager les -succès du duc d'Orléans, et met le comble à ses exploits par la prise -de Furnes et de Dunkerque. Il fut moins heureux l'année suivante en -Catalogne, où il échoua au siége de Lérida. - -Cependant, au milieu de tant d'opérations militaires, dans lesquelles -l'avantage étoit visiblement pour la France et pour ses alliés, -l'Espagne négocioit avec les Hollandois, ses anciens sujets; et -ceux-ci, n'ayant nul égard à l'engagement qu'ils avoient pris de ne -rien conclure avec cette puissance sans l'aveu de la France, avoient -fait avec elle, en 1648, un traité de paix qui releva ses espérances, -et lui permit de reprendre l'offensive[223]. Sûr de n'avoir plus de -diversion à craindre de ce côté, l'archiduc Léopold, frère de -l'empereur, pénétra dans la Flandre, où il prit plusieurs villes, et -sut se maintenir, malgré les efforts des armées françoises pour l'en -chasser; tandis que Turenne, qui, depuis deux ans et faute de -secours, n'avoit rien fait de remarquable en Allemagne, rentroit en -France par suite du traité de neutralité fait avec l'électeur de -Bavière, traité qui n'empêcha pas celui-ci de se réunir à l'empereur, -dès qu'il eut été délivré de la crainte que lui inspiroient les armées -françoises. C'est alors que les succès toujours croissants de -l'archiduc furent arrêtés, ou pour mieux dire détruits sans retour, -par la victoire décisive de Lens, que remporta sur lui le prince de -Condé. Dans le cours de cette même année 1648, commença à Paris la -guerre civile, et fut signé à Munster le traité de Westphalie. - - [Note 223: Ce qui avoit indisposé les Hollandois contre la - France, c'est que, dans une négociation entamée en 1646 avec - l'Espagne, Mazarin avoit proposé l'échange des Pays-Bas - catholiques et de la Franche-Comté contre la Catalogne et le - Roussillon[223-A]. Ce projet étoit de nature à les - inquiéter; ils considéroient avec raison le voisinage de la - France comme beaucoup plus redoutable pour eux que celui des - Espagnols; et en effet, les Pays-Bas, sous la domination - d'une puissance éloignée et que tant de guerres avoient - fatiguée et épuisée, devenoient pour eux une barrière contre - la prépondérance naissante de la France, et déjà visible à - tous les yeux.] - - [Note 223-A: Voyez les art. 3 et 4 de ce traité dans le P. - Bougeant. (_Hist. des guerres et des négociat._, t. II, p. - 368.)] - -Depuis qu'une guerre si longue et si acharnée, allumée par la -politique coupable de Richelieu, embrasoit et désoloit l'Europe, bien -des tentatives avoient été faites pour lui rendre la paix. Les -premières ouvertures d'une pacification générale avoient été tentées -par le pape, en 1636. Il offroit sa médiation aux puissances -belligérantes, et la ville de Cologne pour lieu des conférences. -L'empereur et le roi d'Espagne y envoyèrent des députés, et invitèrent -la France à répondre, de concert avec eux, à l'appel du souverain -pontife. Elle se garda bien de le faire, sûre que les Suédois et les -Hollandois ne consentiroient point à négocier sous la médiation du -chef de l'église catholique, et ne voyant, dans de telles -conférences, que l'inconvénient de se séparer de ses alliés: ce fut au -contraire pour elle un motif nouveau de resserrer l'alliance qu'elle -avoit contractée avec la Suède; et les deux puissances prirent, en -1638, l'engagement formel de n'entrer dans aucune négociation pour la -paix, sans leur mutuel consentement. - -Forcé de renoncer à l'espoir d'une pacification générale, l'empereur -conçut alors le projet de traiter avec les princes et états de -l'empire, sans la participation des puissances étrangères, et une -diète fut convoquée à cet effet à Ratisbonne; mais elle ne lui procura -point le résultat qu'il en vouloit obtenir, les princes protestants -ayant refusé les conditions de l'amnistie qu'il leur avoit proposée. - -Il revint alors à son premier dessein d'une négociation pour la paix -générale, en cessant d'y faire intervenir le pape, dont la médiation -eût rendu, à l'égard des puissances protestantes, tout moyen de -conciliation impraticable. Le médiateur fut le roi de Danemarck; et un -traité préliminaire, signé à Hambourg, décida que le congrès se -tiendroit en même temps à Munster et à Osnabruck, en Westphalie. -L'ouverture en fut fixée au 25 mars 1642. Toutefois, il se passa -encore plus d'une année avant que ces préliminaires eussent été -ratifiés, les chances variables de la guerre changeant elles-mêmes -d'un jour à l'autre les dispositions des souverains. Enfin, toutes -les difficultés étant levées, le congrès s'ouvrit le 11 juillet 1643, -dans les deux villes qui avoient été désignées; et toutes les -puissances intéressées dans cette grande querelle y envoyèrent -successivement leurs ministres. Il ne s'étoit point encore vu en -Europe une réunion de tant de négociateurs, ambassadeurs, députés, au -nom de tant de nations différentes qu'il s'en trouva à ce fameux -congrès de Westphalie. - -Les ministres de France[224], qui y étoient arrivés les derniers, -s'apercevant que la crainte de déplaire à l'empereur empêchoit -plusieurs princes de l'empire d'y envoyer leurs plénipotentiaires, -écrivirent, de concert avec les ministres de Suède, une circulaire à -tous ces princes, pour les inviter à prendre part aux délibérations, -afin de défendre _leur liberté civile et religieuse_ contre les -attentats de la maison d'Autriche, qui, disoient-ils, ne cessoit -d'aspirer à la monarchie universelle. Tel étoit l'esprit dans lequel -ces négociateurs du roi très-chrétien venoient à ce congrès. Ce fut -vainement que l'empereur témoigna son mécontentement d'une lettre, ou -plutôt d'un libelle dont les expressions étoient si déplacées et si -choquantes, et s'opposa à cette admission de tous les états de -l'empire à traiter avec lui et avec les puissances, la déclarant -attentatoire à sa dignité et contraire à ses intérêts. Les ministres -de France et de Suède insistèrent, soutenant qu'il y alloit, pour les -moindres de ces états, comme pour les plus considérables, -non-seulement de leur liberté et de leurs biens, mais encore _de leur -religion_, qui étoit _ce qu'ils avoient de plus cher_; et l'empereur, -déconcerté par la victoire que Torstenson venoit en ce moment même de -remporter à Jancowits[225], se vit obligé de céder à cette -proposition, vraiment inconcevable, si l'on considère par qui et en -quels termes elle étoit présentée. Ces difficultés et mille autres qui -vinrent encore entraver les préliminaires, retardèrent l'ouverture des -conférences jusqu'aux premiers jours de l'année 1646. Les ministres -des puissances catholiques étoient établis à Munster, et ceux des -princes protestants à Osnabruck. - - [Note 224: C'étoit Claude de Mesmes, comte d'Avaux, et Abel - Servien, comte de la Roche-des-Aubiers: celui-ci étoit - l'homme de confiance de Mazarin. Des dissensions s'étant - élevées entre ces deux plénipotentiaires, la cour se décida - à envoyer au congrès, en 1645, un premier plénipotentiaire, - dans la personne d'un prince du sang: ce fut Henri - d'Orléans, duc de Longueville, que nous avons vu jouer - depuis un des premiers rôles dans la guerre de la fronde.] - - [Note 225: En 1645.] - -Il est impossible de suivre ici, même sommairement, la marche -tortueuse et compliquée de ces négociations dans lesquelles, depuis -le plus grand jusqu'au plus petit, tous les princes, protestants et -catholiques, vouloient sûreté pour leurs intérêts, garantie pour leurs -envahissements; où la vérité et l'erreur traitoient sur le pied de -l'égalité la plus parfaite. La France y gagna les villes de Metz, -Toul, Verdun, Pignerol, Brisac, le landgraviat de la haute et basse -Alsace[226], et la préfecture des dix villes impériales qui y étoient -situées. La Suède partagea la Poméranie avec la maison de -Brandebourg[227]; et les autres princes de l'empire, alliés des deux -hautes puissances, obtinrent, suivant leur mérite, le prix de leur -félonie[228]. Ce fut, du reste, la partie du traité la plus facile à -régler. Relativement aux états protestants, ce que l'on appeloit les -_griefs de religion_ présenta de bien plus grandes difficultés. Ce fut -vainement que les plénipotentiaires impériaux tentèrent d'en renvoyer -la solution à une assemblée particulière: les Suédois, soutenus par -les ministres de France, exigèrent qu'ils fussent discutés en plein -congrès; et c'est dans la discussion de ces griefs, et dans les -concessions qui en furent la suite, qu'il faut chercher le véritable -esprit de la politique européenne, telle que la réforme l'avoit faite, -telle qu'elle n'a point cessé d'être jusqu'à la révolution, telle -qu'elle est encore, et plus perverse peut-être, malgré cette terrible -leçon. - - [Note 226: Au sujet de la cession de cette province, il fut - question de savoir si elle seroit cédée en toute propriété - au roi de France et en la détachant de l'empire germanique, - ou s'il devoit consentir à la tenir à titre de fief, avec - voix et séance à la diète. Les plénipotentiaires françois - discutèrent dans un Mémoire qu'ils envoyèrent en cour, les - avantages de l'un et de l'autre mode de posséder, et - parurent pencher pour le second, vu qu'ils y voyoient pour - leur souverain la possibilité _d'être un jour élevé à la - dignité impériale_; et ces mêmes hommes ne manquoient point, - à toute occasion, de crier contre l'ambition de la maison - d'Autriche et contre sa tendance à la monarchie - universelle.] - - [Note 227: L'électeur de Brandebourg prétendoit à l'entière - possession de cette province, en vertu des traités de - confraternité passés entre ses prédécesseurs et les anciens - ducs de Poméranie, dont la maison venoit de s'éteindre en - 1637, par la mort du dernier d'entre eux, Bogislas XIV. On - lui accorda un dédommagement pour la partie de cette - province que l'on donnoit à la Suède.] - - [Note 228: Ce que l'on remarqua le plus en ce genre, furent - les avantages faits à la landgrave douairière de - Hesse-Cassel, qui s'étoit montrée la plus acharnée contre le - parti catholique, et dont les troupes n'avoient pas manqué - une seule occasion d'exercer leurs fureurs contre les - possessions du clergé. Elle fit monter très-haut ses - prétentions, et le comte d'Avaux lui-même les jugea - exorbitantes. Mais elle rencontra un zélé protecteur dans le - duc de Longueville, qui trouva très-bon qu'on sécularisât - pour cette princesse hérétique un grand nombre d'évêchés, et - répondit à l'évêque d'Osnabruck, qui lui représentoit ce - qu'il y avoit de scandaleux dans de semblables concessions, - qui d'ailleurs étoient fort au-delà des droits qu'elle - pouvoit légitimement faire valoir: «Il faut faire beaucoup - en faveur d'une dame _aussi vertueuse_ que madame la - landgrave; pourquoi, Messieurs, surmontez-vous vous-mêmes, - et donnez toute satisfaction à Madame en ce qu'elle désire.» - (_Trait. de paix_, t. I, p. 160.)] - -C'est dans ce fameux traité de Westphalie, devenu le modèle des -traités presque innombrables qui ont été faits depuis, qu'il est -établi plus clairement qu'on ne l'avoit encore fait jusqu'alors, qu'il -n'y a de réel dans la société que _ses intérêts matériels_; et qu'un -prince ou un homme d'état est d'autant plus habile qu'il traite avec -plus d'insouciance ou de dédain tout ce qui est étranger à ces -intérêts. La France, et c'est là une honte dont elle ne peut se laver, -ou plutôt, osons le dire (car le temps des vains ménagements est -passé) un crime dont elle a subi le juste châtiment, la France y parut -pour protéger et soutenir, de tout l'ascendant de sa puissance, cette -égalité de droits en matière de religion que réclamoient les -protestants à l'égard des catholiques. On établit une année que l'on -nomma _décrétoire_ ou _normale_ (et ce fut l'année 1624) laquelle fut -considérée comme un terme moyen qui devoit servir à légitimer -l'exercice des religions, la jurisdiction ecclésiastique, la -possession des biens du clergé, tels que la guerre les avoit pu faire -à cette époque; les catholiques demeurant sujets des princes -protestants, par la raison que les protestants restoient soumis aux -princes catholiques. Si, dans cette année _décrétoire_, les -catholiques avoient été privés dans un pays protestant de l'exercice -_public_ de leur religion, ils devoient s'y contenter de l'exercice -_privé_, à moins qu'il ne plût au prince d'y introduire ce que l'on -appelle le _simultané_, c'est-à-dire l'exercice des deux cultes à la -fois[229]. Tous les états de l'empire obtinrent en même temps un droit -auquel on donna le nom de _réforme_: et ce droit de _réformer_ fut la -faculté d'introduire leur propre religion dans les pays qui leur -étoient dévolus; ils eurent encore celui de forcer à sortir de leur -territoire ceux de leurs sujets qui n'avoient point obtenu, dans -l'année décrétoire, l'exercice public ou privé de leur culte, leur -laissant seulement la liberté d'aller où bon leur sembleroit, ce qui -ne laissa pas même que de faire naître depuis des difficultés. Le -corps évangélique étant en minorité dans la diète, il fut arrêté que -la pluralité des suffrages n'y seroit plus décisive dans les -discussions religieuses. Les commissions ordinaires et extraordinaires -nommées dans son sein, ainsi que la chambre de justice impériale, -furent composées d'un nombre égal de protestants et de catholiques: -il n'y eût pas jusqu'au conseil aulique, propre conseil de l'empereur -et résidant auprès de sa personne, où il ne se vît forcé d'admettre -des protestants, de manière à ce que, dans toute cause entre un -protestant et un catholique, il y eût des juges de l'une et de l'autre -religion. La France, encore un coup, la France catholique soutint ou -provoqua toutes ces nouveautés inouïes et scandaleuses; et ses -négociateurs furent admirés comme des hommes d'état transcendants; et -le traité de Westphalie fut considéré comme le chef-d'oeuvre de la -politique moderne. - - [Note 229: Ceux qui n'avoient eu, pendant l'année - décrétoire, l'exercice ni public ni privé de leur religion, - n'obtinrent qu'une tolérance purement civile; c'est-à-dire - qu'il leur fut libre de vaquer aux devoirs de leur religion - dans l'intérieur de leurs familles et de leurs maisons. En - quoi la _dévotion privée_ différa de l'_exercice privé_, qui - renfermoit l'idée d'une assemblée ou d'une réunion de - plusieurs familles pour assister ensemble aux pratiques du - culte.] - -Quant à la suprématie du chef de l'empire, elle ne fut plus qu'un vain -simulacre, par le privilége qui fut accordé à tous les princes de -l'empire de contracter, _sans son aveu_, telle alliance qu'il leur -plairoit avec des puissances étrangères, et au moyen de la clause qui -transporta à la diète le droit, jusqu'alors exercé par le conseil -aulique, de _proscrire_ les princes pour cause de désobéissance ou de -trahison. Ainsi furent réduits les empereurs à être, ou à peu de chose -près, les présidents d'un gouvernement fédératif; ainsi la diète, que -jusqu'à cette époque ils convoquoient rarement et seulement lorsqu'il -leur étoit impossible de s'en passer, devint bientôt permanente à -Ratisbonne, où elle n'a point cessé d'être assemblée depuis 1663 -jusque en 1806. C'est alors que la dissolution subite et si -facilement opérée du corps germanique a prouvé par une dernière -catastrophe, précédée de tant d'autres que nous ferons successivement -connoître, ce qu'étoit ce traité de Westphalie, plus funeste encore -aux vassaux qu'il avoit affoiblis et divisés en leur donnant -l'indépendance, qu'au souverain qu'il avoit dépouillé de ses -prérogatives et rendu impuissant à les protéger. - -Le pape protesta contre ce traité impie et scandaleux, qu'il n'eût pu -reconnoître sans renoncer à sa foi et à sa qualité de chef de l'Église -universelle. L'Espagne refusa également d'y accéder, à cause de la -cession de l'Alsace qu'on y avoit faite à la France; et, ainsi que -nous l'avons déjà dit, la paix ne fut réellement conclue qu'entre la -France, l'empereur, la Suède, et les princes et états de l'empire, -alliés ou adhérents des uns et des autres. La France et l'Espagne -continuèrent la guerre, celle-ci ayant pour auxiliaire le duc de -Lorraine, la première étant assistée de la Savoie et du Portugal. - -(De 1648 à 1659) Les troubles de la fronde, qui éclatoient au moment -où la paix venoit d'être signée à Munster, et cet avantage immense -qu'avoit obtenu l'Espagne de détacher les Hollandois de l'alliance de -sa rivale, lui fournirent d'abord les moyens de soutenir avec plus -d'égalité une guerre que jusqu'alors le génie de Condé et de Turenne -avoit rendue pour elle si pénible et si difficile. Toutefois, malgré -les embarras de ses dissensions intestines et la défection de ses -meilleurs généraux, les succès de la France balancèrent encore ceux de -ses ennemis; et l'on continua long-temps de se battre sur tous les -points de ces mêmes frontières, si long-temps le théâtre de tant de -batailles sanglantes et stériles, sans obtenir de part et d'autre -aucun résultat décisif. Condé lui-même, en passant dans le camp -ennemi, n'y porta point ce bonheur qui jusqu'alors ne l'avoit pas un -seul instant abandonné; parce qu'en effet il ne joua, dans les armées -espagnoles, qu'un rôle secondaire qui ne lui permit pas d'y fixer la -victoire. Enfin Turenne l'emporta: ses manoeuvres habiles la firent -passer et pour toujours sous les drapeaux de la France. Dans les -campagnes mémorables de ce grand capitaine, qui se succédèrent depuis -1654 jusqu'en 1658, les lignes d'Arras furent forcées, la prise de -Quesnoi et de Landreci ouvrit aux armées françoises l'entrée des -Pays-Bas espagnols; il gagna la bataille des Dunes, prit Dunkerque, -Furnes, Dixmude, Oudenarde, Menin, Ypres, etc., et ne fut arrêté dans -cette suite non interrompue de succès que par la paix des Pyrénées, -signée en 1659, paix fallacieuse, qui, portant en elle-même un germe -de guerres nouvelles, laissa à peine aux peuples le temps de -respirer. - - -ORIGINE DU QUARTIER. - -Avant la clôture de Philippe-Auguste, les anciens plans nous -représentent ce quartier comme un grand espace de terrain au milieu -duquel s'élevoient quelques églises entourées de terres labourées, de -vignes et autres cultures qui appartenoient ou aux réguliers qui -desservoient ces églises ou à d'autres particuliers. Les plus -remarquables de ces cultures étoient les clos _Garlande_, _Bruneau_, -et _Mauvoisin_. On verra par la suite comment ils se couvrirent -successivement d'habitations, avant et après que l'enceinte eût été -élevée. - -Cette enceinte de Philippe-Auguste renfermoit, dans ce quartier, tout -l'espace qui s'étend depuis la rivière jusqu'au haut de la rue -Saint-Jacques; et, traversant la ligne où est maintenant la rue qui en -a reçu le nom de rue des Fossés-Saint-Jacques, elle alloit gagner -celle de Saint-Victor. Toutefois le terrain qu'elle embrassoit ne -formoit pas le tiers de l'emplacement qu'occupe aujourd'hui le -quartier Saint-Benoît. - - -LE PETIT-CHÂTELET. - -La plupart des historiens de Paris, en parlant du Petit-Pont, au bout -duquel cette forteresse étoit bâtie, l'ont confondu avec le pont -méridional que fit construire Charles-le-Chauve; et, par une suite de -cette méprise, ils ont pris la tour qui se trouvoit à l'extrémité de -celui-ci pour celle du Petit-Pont. D'autres ont avancé que ce Châtelet -avoit été élevé pour arrêter les violences des écoliers, ce qui n'est -pas une moins grande erreur. C'en est une également de croire qu'il -ait anciennement servi de prison, comme il en servoit dans les -derniers temps. - -Ce qu'il y a de certain, ce qui est prouvé par les monuments les plus -authentiques, c'est que les deux seuls ponts qui servoient d'entrée à -Paris dans les premiers temps, et lorsque la ville tout entière étoit -renfermée dans la Cité, étoient terminés chacun par une forteresse qui -servoit de porte et qui en défendoit l'entrée. D. Félibien avance[230] -que celle-ci, entièrement détruite par les Normands, ne fut rebâtie -que quatre cent cinquante ans après, sous Charles V, et ceux qui ont -écrit d'après lui ont adopté cette opinion. Cependant cet auteur cite -lui-même des titres qui en prouvent la fausseté: le premier est un -accord fait en 1222 entre Philippe-Auguste, l'évêque et l'église de -Paris[231], dans lequel il est fait mention d'un dédommagement accordé -par le roi pour l'enceinte du Châtelet du Petit-Pont. Il dit ensuite, -en parlant de l'inondation de l'année 1296, que le _Châtelet du -Petit-Pont fut renversé_[232]; et ce fait il l'avoit sans doute -recueilli dans un vieux registre de Saint-Germain, intitulé _Rotulum_, -où il étoit consigné[233]. - - [Note 230: Hist. de Paris, t. I, p. 3.] - - [Note 231: _Ibid._, p. 265.] - - [Note 232: _Ibid._, p. 467.] - - [Note 233: _Chron. manusc._ de Du bruel, fol. 15, Vº.] - -Le Petit-Châtelet fut reconstruit en 1369. C'étoit une construction -très-massive, d'un aspect désagréable, et percée par le milieu d'une -ouverture étroite et très-obscure[234]. Tel qu'il étoit, on le jugea -digne cependant de servir de demeure au prévôt de Paris, auquel il fut -spécialement affecté en 1402 par le roi Charles VI; et dans l'acte qui -en donnoit la jouissance à ce magistrat, il étoit qualifié -d'habitation très-honorable, _honorabilis mansio_. On en a fait depuis -une prison, et il a servi à cet usage jusqu'au moment de sa -destruction, arrivée plusieurs années avant la révolution[235]. - - [Note 234: _Voy._ pl. 150.] - - [Note 235: Dans un tarif fait par saint Louis, dit - Saint-Foix, pour régler les droits de péage qui étoient dus - à l'entrée de Paris sous le Petit-Châtelet, on lit que le - marchand qui apportera un singe pour le vendre paiera quatre - deniers; que si le singe appartient à un _joculateur_, cet - homme, en le faisant jouer et danser devant le péager, sera - quitte du péage, tant dudit singe que de tout ce qu'il aura - apporté pour son usage. De là vient le proverbe, _payer en - monnoie de singe, en gambades_. Un autre article porte que - les _jongleurs_ seront aussi quittes de tout péage en - chantant un couplet de chanson devant le péager.] - -Sa démolition fut ordonnée pour l'avantage de l'Hôtel-Dieu, qui avoit -besoin de s'agrandir, et qui fit en effet construire de nouveaux -bâtiments sur une partie de l'emplacement qu'avoit occupé cette -forteresse. Ces constructions furent élevées sur les plans de M. de -Saint-Far, architecte du roi pour les hôpitaux civils. - - -LE PRIEURÉ DE SAINT-JULIEN-LE-PAUVRE. - -La haute antiquité de ce monument le met au nombre de ceux dont -l'origine présente le plus d'obscurité; et sur de telles difficultés les -historiens n'offrent guère que des conjectures plus ou moins -vraisemblables. Celles de plusieurs auteurs qui lui donnent pour -titulaire saint Jean-de-Brioude, dont ils prétendent que saint Germain -d'Auxerre apporta des reliques à Paris, en feroient remonter la -fondation jusqu'au commencement du cinquième siècle. Du Breul veut même -qu'avant cette dédicace, qu'il ne regarde que comme la seconde, cette -église ait été consacrée à saint Julien, évêque du Mans, célèbre par sa -grande charité envers les pauvres[236]. Mais un autre critique, l'abbé -Chastelain[237], dit qu'il s'agit ici de saint Julien-l'Hospitalier, et -son opinion paroît la plus vraisemblable. Il est certain qu'il y avoit -anciennement dans les faubourgs, et près des portes des villes, des -hospices pour les pauvres et pour les pèlerins; et, si l'on en avoit -élevé un près de la porte méridionale de Paris, il est assez naturel de -croire que c'étoit saint Julien-le-Pauvre et l'Hospitalier qu'on lui -avoit choisi pour patron. Du reste, quelques titres, à la vérité fort -récents, prouvent que c'étoit en effet une maison hospitalière, et nous -citerons entre autres un arrêt de 1606, pour la reddition des comptes de -plusieurs hôpitaux, entre lesquels on nomme Saint-Julien-le-Pauvre[238]. - - [Note 236: Page 293.] - - [Note 237: _Mart. Rom._, p. 108 et 109.] - - [Note 238: Reg. de la ville, fol. 519.] - -Grégoire de Tours est le plus ancien auteur qui ait parlé de cette -église; et plusieurs circonstances de son récit prouvent qu'elle -existoit ayant l'année 580[239]. Telle est la seule date authentique que -l'on puisse donner de son antiquité. Elle fut ensuite au nombre des -églises dont Henri Ier fit don à la cathédrale, donation de laquelle du -Boulai[240] a conclu qu'elle fut appelée _Fille de Notre-Dame_ (_Filia -Basilicæ Parisiensis_). Ce qui a pu causer son erreur, c'est que, dans -un acte sans date, qui toutefois ne peut être plus ancien que le -douzième siècle[241], on trouve qu'alors cette église avoit passé, on ne -sait comment, entre les mains de deux laïques[242], qui la donnèrent au -monastère de Notre-Dame-de-Long-Pont, près Montlhéri; mais on ne voit à -aucune époque que l'église Notre-Dame de Paris y ait placé des -chanoines, comme elle l'avoit fait à Saint-Étienne et à Saint-Benoît, ce -qui prouve qu'elle ne l'a pas long-temps possédée. - - [Note 239: Lib. VI, cap. 17; et lib. IX, cap. 6.] - - [Note 240: _Hist. univ._, t. I, pag. 402.] - - [Note 241: Cart. Longip., fol. 110.] - - [Note 242: Étienne de Vitri et Hugues de Munteler.] - -L'église de Saint-Julien-le-Pauvre, telle qu'elle a subsisté jusque -dans les derniers temps, paroît avoir été rebâtie vers l'époque où -elle fut donnée aux religieux de Long-Pont; et l'on pense que c'est -alors qu'elle fut qualifiée prieuré. Au siècle suivant, l'université -choisit ce lieu pour y tenir ses assemblées, qu'elle transféra ensuite -aux Mathurins, puis au collége de Louis-le-Grand. - -En 1655, ce prieuré fut réuni à l'Hôtel-Dieu par un traité passé entre -les administrateurs de cette maison et les religieux de Long-Pont. -Cette union, confirmée par une bulle du pape, donnée en 1658, ne fut -cependant entièrement consommée que par des lettres-patentes que le -roi n'accorda qu'en 1697. La chapelle fut alors desservie par un -chapelain à la nomination de la paroisse Saint-Séverin[243]. - - [Note 243: L'église de Saint-Julien-le-Pauvre a été démolie - pendant la révolution.] - - -_Chapelle de Saint-Blaise et de Saint-Louis._ - -Cette chapelle étoit située à côté de Saint-Julien-le-Pauvre, dont -elle dépendoit. Les maçons et les charpentiers y établirent leur -confrérie en 1476. Elle fut rebâtie en 1684: cependant, comme elle -menaçoit ruine, on jugea à propos de la démolir vers la fin du siècle -dernier, et le service en fut transféré dans la chapelle -Saint-Yves[244]. - - [Note 244: Outre la confrérie établie dans cette chapelle, - l'église de Saint-Julien-le-Pauvre étoit le lieu de - rassemblement de celles de Notre-Dame-des-Vertus, des - couvreurs, des marchands papetiers, des fondeurs; et l'on y - faisoit les catéchismes et retraites des Savoyards, fondés - par l'abbé de Pontbriand.] - - -LA CHAPELLE SAINT-YVES. - -La fondation de cette chapelle suivit de très-près la canonisation du -personnage auquel elle étoit consacrée: car l'acte par lequel il est -mis au rang des saints est de l'année 1347; et l'on voit que dès -1348[245] quelques particuliers de la province de Tours et du duché de -Bretagne, désirant former entre eux une confrérie en son honneur, -obtinrent de Foulques de Chanac, évêque de Paris, la permission de -faire bâtir une chapelle ou une église collégiale sous son nom. -D'autres titres nous apprennent que cette confrérie avoit un cimetière -près de son église, lequel fut béni, en 1357, par l'évêque de -Tréguier. Comme saint Yves, indépendamment du cours complet d'études -qu'il avoit fait dans l'Université de Paris, s'étoit rendu très-habile -dans l'étude du droit civil qu'il étoit allé étudier à Orléans, son -église ou chapelle fut acquise, on ignore à quelle époque, par une -confrérie composée d'avocats et de procureurs, qui l'a conservée -jusque dans les derniers temps. Ils choisissoient l'un d'entre eux -tous les deux ans pour en inspecter les desservants. Il y avoit aussi -deux gouverneurs honoraires, dont l'un étoit ecclésiastique et -inamovible; l'autre, laïc, lequel changeoit tous les trois ans. - - [Note 245: Du Breul, p. 586.] - -Il y avoit dans cette église plusieurs chapellenies à la présentation -des confrères, mais toutes d'un très-modique revenu. Les chanoines de -Saint-Benoît étoient les curés primitifs de Saint-Yves[246]. - - [Note 246: Cette chapelle a été entièrement démolie.] - - -LES CARMES. - -Nous nous garderons bien de parler de cette prétention singulière -qu'avoient les Carmes de faire remonter leur origine jusqu'aux -prophètes Élie et Élisée, ni des discussions trop vives et peut-être -un peu bizarres qui, vers la fin du dix-septième siècle, s'élevèrent à -ce sujet entre ces religieux et les continuateurs de Bollandus. Si -l'on peut alléguer que deux papes (Pie V et Grégoire XIII) permirent à -cet ordre de prendre pour patrons ces deux grands personnages de la -Bible, et approuvèrent un office destiné à célébrer leur fête, dans -lequel Élie étoit reconnu pour _fondateur et instituteur de l'ordre -des Carmes_, il faut avouer en même temps qu'un bref d'Innocent XII, -donné en 1698, impose sagement un silence absolu sur l'institution -primitive de cet ordre, et sur sa succession depuis Élie et Élisée -jusqu'à nous. Tout ce que l'on sait de positif à ce sujet, c'est qu'au -douzième siècle il y avoit en Syrie quelques solitaires qui s'étoient -retirés sur le Mont-Carmel, où ils vivoient sans aucune règle -particulière[247]. Ils en reçurent une, vers le commencement du siècle -suivant, du B. Albert, patriarche de Jérusalem[248], et cette règle, -approuvée, en 1224, par Honorius III, fut depuis mitigée et confirmée -par plusieurs souverains pontifes. - - [Note 247: Ces ermites s'étoient, dès le principe, revêtus - d'un costume uniforme composé d'une robe brune, par-dessus - laquelle ils portoient un manteau blanc; mais comme ce - manteau étoit la marque distinctive des seigneurs sarrasins, - ils se virent forcés d'y faire des changements, et le - mélangèrent de noir et de blanc. Cette bigarrure, que - conservèrent ceux que saint Louis amena à Paris, leur fit - donner le nom de _Barrés_; nom qu'ils communiquèrent à une - rue du quartier Saint-Paul, qui le porte encore - aujourd'hui.] - - [Note 248: Papebroch. 8 avril, p. 778 et 786.] - -Saint Louis, comme nous l'avons déjà dit, amena en France, à son -retour de la Terre-Sainte, quelques religieux du Mont-Carmel. Ils y -arrivèrent avec lui en 1254, et dès 1259 on les voit établis dans -l'emplacement qu'ils cédèrent depuis aux Célestins[249]. Il est -probable que, n'étant alors qu'au nombre de six, ils n'eurent dans le -principe qu'une petite chapelle particulière; mais un acte de ce -temps-là semble prouver que la dévotion des fidèles, qui accouroient -de tous côtés dans la demeure de ces nouveaux cénobites, les mit -bientôt dans la nécessité de s'agrandir. - - [Note 249: _Voy._ t. II, 2e part., p. 935.] - -Cependant ils ne tardèrent pas à se dégoûter d'une habitation que les -fréquents débordements de la rivière rendoient extrêmement incommode. -Pendant une grande partie de l'année ils ne pouvoient sortir de chez -eux qu'en bateau, et se trouvoient d'ailleurs dans un éloignement de -l'Université, qui doubloit encore pour eux ces incommodités. Dans une -situation aussi désagréable, les Carmes s'adressèrent à -Philippe-le-Bel, et ne l'implorèrent point en vain. Ce prince, par ses -lettres du mois d'avril 1309, leur donna une maison, située rue de la -Montagne-Sainte-Geneviève[250]; ils obtinrent, en 1310, du pape -Clément V, la permission d'y bâtir un nouveau couvent; et comme cette -maison n'étoit pas encore assez spacieuse pour contenir tous ces -religieux, dont le nombre s'étoit considérablement augmenté, -Philippe-le-Long leur donna, en 1317, une autre maison voisine de la -première, laquelle avoit issue dans la grande rue Sainte-Geneviève et -dans celle de Saint-Hilaire, aujourd'hui rue des Carmes. Au moyen de -ces donations, ils se trouvèrent en état de faire construire une -chapelle et des bâtiments plus vastes et plus commodes que ceux qu'ils -vouloient abandonner. Quant à leur ancienne demeure, ils obtinrent, en -1318, du pape Jean XXII, la permission de la vendre; et l'on sait -qu'elle fut acquise par Jacques Marcel, qui la donna ensuite aux -Célestins. - - [Note 250: Plusieurs historiens ont prétendu qu'il y avoit - en cet endroit une chapelle de Notre-Dame, antérieure à la - translation de ces religieux. Cette opinion est dépourvue de - toute autorité; il n'est point fait mention de cette - chapelle dans les chartes de Philippe-le-Bel et de - Philippe-le-Long; et si elle eût existé, ces religieux ne se - fussent point adressés au pape Jean XXII pour obtenir la - permission de construire une église ou oratoire, ainsi que - les autres bâtiments réguliers.] - -Toutefois la chapelle qu'ils venoient d'élever, et qu'ils dédièrent -sous l'invocation de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, se trouva bientôt trop -petite pour contenir l'affluence toujours croissante des fidèles qui -s'y rendoient de tous les côtés. Ils firent alors commencer, à côté de -cette chapelle, l'église que l'on voyoit encore dans les derniers -temps. Les libéralités de Jeanne d'Évreux, troisième femme et alors -veuve de Charles-le-Bel[251], leur fournirent les moyens d'en achever -promptement la construction; et elle fut dédiée, le 16 mars 1353, sous -l'invocation de la sainte Vierge, par le cardinal Gui de Boulogne, en -présence de cette reine et de ses nièces les reines de France et de -Navarre. - - [Note 251: Cette princesse, par son testament fait en 1349, - laissa et donna, pour _l'oeuvre du Moustier de Notre-Dame du - couvent des Carmelistes_, sa couronne, la fleur de lis - qu'elle eut à ses noces, sa ceinture et ses tressons - d'orfévrerie. Ces joyaux étoient garnis d'une grande - quantité de perles, de diamants et d'autres pierres - précieuses. À ce don elle ajouta celui de 1500 florins d'or - à l'écu, et voulut que ses pierreries fussent vendues, pour - que le prix en fût appliqué sur-le-champ aux bâtiments et - ornements de l'église.] - -Ils achetèrent ensuite, en concurrence avec les administrateurs du -collége de Laon, une partie de l'ancien collége de Dace, qu'ils -enclavèrent dans leur couvent. Leurs bâtiments s'accrurent encore -depuis de diverses acquisitions qu'ils firent dans le voisinage, -principalement de celle d'un certain nombre de maisons de la rue de la -Montagne-Sainte-Geneviève, qu'ils ont fait reconstruire. - -L'église de ce monastère étoit vaste, mais d'une construction -irrégulière, puisqu'elle se composoit de l'ancienne chapelle et de la -nouvelle église, dédiée en 1353. La dévotion au scapulaire y attiroit -un grand concours de peuple le second samedi de chaque mois, afin de -gagner les indulgences qui y étoient attachées. - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CARMES. - - SCULPTURES. - - Sur le maître-autel, décoré de beaux marbres, que Louis XIV - avoit donnés à ces religieux, mais dont la composition étoit - d'un très-mauvais goût, on voyoit un groupe composé de quatre - figures, et représentant la Transfiguration. Le tabernacle étoit - formé d'un globe autour duquel rampoit un serpent, et que - surmontoit un Christ attaché à la croix, le tout en bronze doré. - - - SÉPULTURES. - - Dans cette église et dans le cloître avoient été inhumés: - - Oronce Finé, savant mathématicien, professeur au collége de M{e} - Gervais, mort en 1555. - - Gilles Corrozet, libraire de Paris, et auteur d'une description - de cette ville, qui passe pour la première qu'on en ait faite. - Son épitaphe apprenoit qu'il étoit mort en 1568. - - Félix Buy, religieux de cette maison, et célèbre théologien, mort - en 1687. - - Louis Boulenois, avocat au parlement de Paris, auteur de - plusieurs ouvrages de jurisprudence, mort en 1762. Ses cendres et - celles de son épouse avoient été recueillies dans un riche - mausolée que leur avoient élevé leurs enfants. Ce monument, - exécuté par un sculpteur nommé _Poncet_, se composoit d'un - sarcophage porté sur un piédestal, et surmonté d'une urne de - porphyre. On voyoit auprès la Justice éplorée, et les médaillons - des deux époux étoient attachés à une pyramide qui couronnoit - toute cette composition[252]. - - [Note 252: Ce tombeau a été détruit. On a rendu les - portraits des deux époux à la famille.] - - La famille des Chauvelin avoit aussi sa sépulture dans cette - église. - -Le cloître étoit fort grand, et environné d'arcades gothiques. Des -peintures exécutées sur ses murailles, et qui étoient au nombre des -plus anciennes de ce genre qu'il y eût à Paris, représentoient les -vies des prophètes Élie et Élisée. On y lisoit aussi l'histoire de -l'ordre, écrite en vieilles rimes françoises. Les curieux avoient -soin de se faire montrer une chaire de pierre pratiquée dans le mur, -qui avoit servi anciennement aux professeurs de théologie de cet -ordre, et dans laquelle on prétend qu'_Albert-le-Grand_, _saint -Bonaventure_ et _saint Thomas_ ont donné des leçons publiques. - -La bibliothèque étoit composée d'environ douze mille volumes[253]. - - [Note 253: L'église des Carmes a servi, pendant plusieurs - années, d'atelier pour une manufacture d'armes: depuis elle - a été détruite, et sur son emplacement on a élevé un marché. - _Voy._ à la fin du quartier, l'article _monuments - nouveaux_.] - - -LA COMMANDERIE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN. - -C'étoit une propriété de l'ordre de Malte, qui, comme nous l'avons -déjà dit, remplaça celui des Templiers, et fut mis en possession de -tous ses biens; toutefois il étoit possesseur de cette maison avant la -destruction de ces religieux. Ces deux ordres avoient été institués -pour l'utilité des pèlerins qui alloient visiter les lieux saints, -mais avec cette différence que les Templiers, autrement dits _frères -de la Milice du Temple_, se contentoient d'assurer les passages, de -conduire et de défendre sur la route ces pieux voyageurs, tandis que -les _frères Hospitaliers de Jérusalem_ s'engageoient à leur donner -l'hospitalité et à leur procurer tous les secours que pouvoit exiger -leur situation. L'institution de ces derniers avoit même précédé de -quelque temps celle des Templiers: cependant il n'y a point de preuves -qu'ils aient eu avant ceux-ci un établissement à Paris; et quelques -efforts que fasse l'abbé Lebeuf[254] pour reculer le plus possible -cette antiquité, les raisonnements qu'il présente à ce sujet, -combattus avec beaucoup de force par Jaillot, ne sont point appuyés de -titres qui soient antérieurs à l'année 1171, époque que Sauval donne -aussi pour la fondation de Saint-Jean-de-Latran. Du reste, ce surnom -de _Latran_, qui est celui d'une basilique de Rome, ne fut donné à -leur chapelle que dans le courant du seizième siècle: jusque-là, leur -maison avoit été nommée _Saint-Jean-de-Jérusalem_ et _l'Hôpital de -Jérusalem_. - - [Note 254: T. I, p. 236.] - -Cette commanderie occupoit un très-grand espace de terrain qui -s'étendoit jusqu'à la rue des Noyers. Il se composoit d'une grande -maison où demeuroit le commandeur, d'une immense tour carrée qui -paroît avoir été destinée autrefois à recevoir les pèlerins, et d'une -grande quantité de maisons très-mal bâties, où logeoient toutes sortes -d'artisans qui y jouissoient du droit de franchise, de même que les -habitants de l'enclos du Temple. L'église, qui paroissoit avoir été -bâtie dès le temps de l'établissement, étoit desservie par un -chapelain de l'ordre de Malte, et servoit de paroisse à tous ceux qui -habitoient l'enceinte de la commanderie[255]. - - [Note 255: L'église de Saint-Jean-de-Latran, qui existoit - encore il y a quelques années, est aujourd'hui à moitié - démolie, et l'on travaille en ce moment à achever cette - démolition; les bâtiments sont occupés par des - particuliers.] - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN. - - SCULPTURES. - - Derrière le maître-autel, une Vierge, de la main d'_Anguier_ - aîné. - - - TOMBEAUX. - - Dans le choeur on voyoit le mausolée de Jacques de Souvré, - grand-prieur de France, exécuté par le même sculpteur[256]. - - [Note 256: Le Commandeur est représenté nu dans la partie - supérieure du corps, et à moitié couché sur son tombeau. Il - s'appuie, du bras gauche, sur un fragment de rocher; l'autre - bras est soutenu par un génie en pleurs. Son casque, sa - cuirasse et le reste de son armure sont déposés à ses pieds. - L'exécution de ces figures manque de vigueur et de - sentiment, les formes en sont dépourvues de caractère, les - draperies sont lourdes; au total c'est de la sculpture - extrêmement médiocre[256-A].] - - [Note 256-A: Ce monument, déposé aux Petits-Augustins, y - étoit soutenu par deux cariatides qui appartenoient au - tombeau du président de Thou. Nous aurons occasion d'en - parler.] - - Dans une chapelle attenant à l'église on lisoit l'épitaphe d'un - particulier nommé Huard, mort en 1553, après avoir fait le tour - du monde. - - Jacques de Bethem, dernier archevêque de Glascow en Écosse, - ambassadeur en France pendant quarante-deux ans, et l'un des - fondateurs du collége des Écossois, avoit sa sépulture dans cette - église. - -Cette commanderie pouvoit rapporter 12,000 livres de rente. L'hôtel -_Zone_, situé dans le faubourg Saint-Marcel, et la maison de la -_Tombe-Isoire_[257], sise hors des murs, étoient au nombre de ses -dépendances. - - [Note 257: _Voy._ 1re part. de ce vol., p. 622 et t. II, 1re - part., p. 458.] - - -L'ÉGLISE COLLÉGIALE ET PAROISSIALE DE SAINT-BENOÎT. - -L'origine de cette église se perd dans la nuit des temps, et cette -obscurité qui l'environne a porté plusieurs historiens à exagérer -encore son antiquité. Du Breul, Sauval et plusieurs autres[258] ont -prétendu qu'elle avoit été bâtie dès le temps de saint Denis, et -consacrée à la Sainte-Trinité par cet apôtre des Gaules. Adrien de -Valois[259] soutient au contraire qu'on n'a aucune preuve que cette -église existât avant l'an 1000: ces deux opinions sont également -éloignées de la vérité. Il existe une charte de Henri Ier[260], le -premier monument sans doute qui en fasse mention, par laquelle ce -monarque donne au chapitre de Notre-Dame plusieurs églises situées -dans le faubourg de Paris, dont quelques-unes avoient été décorées du -titre d'abbayes, entre autres celles de Saint-Étienne, de -Saint-Séverin et de Saint-Bacque, «lesquelles, ajoute cet acte, -étoient depuis long-temps au pouvoir de ses prédécesseurs et au sien;» -«_nostræ potestati et antecessorum nostrorum_ antiquitùs -_mancipatas_.» Cette église de Saint-Bacque est celle qui porte -aujourd'hui le nom de Saint-Benoît, et le mot _antiquitùs_ prouve -évidemment qu'elle existoit avant l'an 1000. Il paroît même par le -diplôme de Henri Ier que la cathédrale, à laquelle il rendit cette -église, avoit eu sur elle, dans les siècles précédents, quelques -droits de supériorité que l'invasion des Normands lui avoit fait -perdre. Du reste ce nom de Saint-Bacque qu'elle portoit, et qu'il ne -faut point séparer de celui de Saint-Serge, parce que l'église a de -tout temps fêté ensemble ces deux saints martyrisés en Syrie, fait -penser à Jaillot qu'il faut reculer l'origine du monument dont nous -parlons jusqu'au sixième ou du moins jusqu'au septième siècle. - - [Note 258: Du Breul, p. 257.--Sauval, t. I, p. 410. - _Chronol. hist. des curés de Saint-Benoît_, p. 4.] - - [Note 259: De Basil. Paris, p. 480 et 482.] - - [Note 260: Bibliot. du Roi, manusc. 5185, cc.] - -Dans le douzième, on trouve cette église désignée sous le nom de -Saint-Benoît, ainsi que l'aumônerie ou l'hôpital voisin, dans lequel -se sont depuis établis les Mathurins. Cependant il ne faut pas que -cette dénomination porte à croire, avec quelques historiens, qu'elle -ait été autrefois une abbaye desservie par des religieux de -Saint-Benoît. Il n'existe aucune preuve qu'il y ait jamais eu en cet -endroit un monastère de Bénédictins; on n'y conservoit aucune relique -de saint Benoît; sa fête n'y étoit pas même anciennement célébrée; et -l'abbé Lebeuf[261] a prouvé jusqu'à l'évidence que le nom de _Benoît_ -n'étoit autre chose que celui de Dieu, _Benedictus Deus_. Dans nos -anciens livres d'église et de prières, on lit _la benoîte Trinité_, et -_Dominica benedicta_, _l'office Saint-Benoît_, _l'autel -Saint-Benoît_, pour dire le dimanche de la Trinité, l'autel de la -Trinité, etc. Ce n'est qu'au treizième siècle que l'on commença à -accréditer cette fausse opinion qui fit regarder l'église de -Saint-Benoît comme une ancienne abbaye de religieux de son ordre, et -lui fit donner pour patron ce fameux abbé du Mont-Cassin. - - [Note 261: T. I, p. 212.] - -Les historiens de Paris sont également peu d'accord sur l'époque où la -chapelle de Saint-Benoît, devenue collégiale après la donation de -Henri Ier, réunit à ce titre celui de paroisse, par l'admission d'un -chapelain chargé d'administrer les sacrements. L'un d'eux a avancé que -cette érection d'un curé n'eut lieu qu'en 1183. Jaillot prouve le -contraire par une lettre d'Étienne, abbé de Sainte-Geneviève, au pape -Luce III, mort en 1185, dans laquelle, parlant en faveur de Simon, -_chapelain_ de Saint-Benoît[262], il se plaint de ce qu'il est -inquiété par quelques chanoines qui lui disputent certains droits -contre l'_usage ancien_ observé tant par lui que par ses -_prédécesseurs_. Il est donc évident que, dès que le chapitre -Notre-Dame fut en possession de l'église Saint-Benoît, il y fit -exercer les fonctions curiales, peut-être pendant quelque temps par -des chanoines qui se succédoient tour à tour, mais bientôt après par -un prêtre ou chapelain, qui en fut spécialement chargé. - - [Note 262: Il n'est pas douteux que, par les mots - _capellarius_, _presbyter_, _capicerius_, _sacerdos ecclesiæ - N_, on a toujours entendu le curé.] - -On ignore pourquoi le chevet de cette église, contre l'usage établi, -étoit autrefois tourné à l'occident. Cette situation lui fit donner le -nom de Saint-Benoît le _bestournet_, _le bétourné_, _le -bestorné_[263], et ce nom, qui veut dire _mal tourné_, _renversé_ (_S. -Benedictus malé versus_) se trouve dans tous les actes du treizième -siècle. Cette église ayant été en partie reconstruite sous le règne de -François Ier, plusieurs de nos historiens ont prétendu que l'autel fut -alors placé à l'orient, et que c'est à partir de cette époque qu'elle -fut appelée Saint-Benoît le _bien tourné_; mais il est certain que -cette dénomination est plus ancienne, sans qu'on puisse en déterminer -positivement la cause; et plusieurs actes des quatorzième et quinzième -siècles, cités par Jaillot et l'abbé Lebeuf, désignent déjà ce -monument avec cette dernière épithète: _Sanctus Benedictus_ benè -_versus_. - - [Note 263: Cartul. S. Genev. et Sorbon., fol. 57.] - -Excepté les piliers du choeur au côté septentrional, qui paroissent -être un reste des premières constructions, le portail et tout ce qu'il -y a de plus ancien dans cette église ne passe pas le règne de François -Ier. Le sanctuaire ne fut rebâti que vers la fin du dix-septième -siècle (en 1680), et alors, pour accroître l'aile méridionale, on y -renferma une rue qui communiquoit de la rue Saint-Jacques au cloître. -Le reste de l'église fut, à cette époque, réparé sur les dessins et -sous la conduite d'un architecte nommé Beausire. La balustrade de fer -qui régnoit au pourtour du choeur, l'oeuvre et le clocher furent faits -dans le même temps. On prétend que les pilastres corinthiens qui -décorent le rond-point ont été exécutés d'après les dessins de -Perrault[264]. - - [Note 264: _Voy._ pl. 151.] - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-BENOÎT. - - TABLEAUX. - - Sur l'autel de la chapelle de la paroisse, une descente de croix; - par _Sébastien Bourdon_. - - Dans la chapelle des fonts, le baptême de N. S., par _Hallé_. - - Deux autres tableaux peints sur bois, représentant saint Denis et - saint Étienne; par un peintre inconnu. - - Dans la chapelle de la Vierge, et sur les lambris, des peintures - représentant la vie de cette sainte mère du Sauveur. - - Deux tableaux représentant, l'un saint Joseph, l'autre l'ange qui - conduit le jeune Tobie; par un peintre inconnu. - - - SCULPTURES. - - Sous une voûte, au fond d'une chapelle, à gauche en entrant, un - Christ au tombeau, avec les trois Maries, saint Joseph - d'Arimathie, etc. - - La cuvette des fonts baptismaux. Cette cuvette, d'une pierre - blanche et dure, est bordée d'ornements arabesques d'un travail - très-élégant et très-délicat, et portée sur un socle carré, - enrichi de bas-reliefs d'une exécution qui n'est point inférieure - à celle des ornements. Elle porte la date de 1547; et tout - annonce en effet que c'est un ouvrage du plus beau temps de la - sculpture moderne[265]. - - [Note 265: Ce monument, dont aucun historien de Paris - n'avoit fait mention, a été déposé aux Petits-Augustins.] - - - TOMBEAUX ET SÉPULTURES. - - Dans cette église avoient été inhumés: - - Jean Dorat, professeur royal de langue grecque, surnommé le - Pindare français, mort en 1588. - - René Chopin, savant jurisconsulte, mort en 1606. - - Pierre Brulard, seigneur de Crosne et de Genlis, secrétaire - d'état, mort en 1608. - - Guillaume Château, habile graveur, mort en 1683. - - Jean-Baptiste Cotelier, professeur de langue grecque et habile - théologien, mort en 1686. - - Claude Perrault, célèbre architecte, mort en 1688. - - Jean Domat, avocat du roi au présidial de Clermont, célèbre - jurisconsulte, mort en 1696. - - Charles Perrault, frère de Claude, auteur des Contes de Fées, et - du Parallèle des anciens et des modernes, mort en 1703. - - Gérard Audran, l'un des plus célèbres graveurs de son siècle, - mort en 1703. - - Marie-Anne des Essarts, femme de Frédéric Léonard, le plus riche - libraire de son temps, morte en 1706. Son mari lui avoit fait - élever un petit monument, exécuté par _Vancleve_, sur les dessins - d'_Oppenor_[266]. - - [Note 266: Il n'existe point au Musée des Petits-Augustins.] - - Jean-Foy Vaillant, médecin, et savant antiquaire, mort en 1706. - (Son épitaphe est au Musée des Petits-Augustins.) - - Le comédien Michel Baron, mort en 1729. - -Le chapitre de Saint-Benoît étoit composé de six chanoines nommés par -un pareil nombre de chanoines de Notre-Dame, à qui appartenoit cette -nomination; d'un curé et de douze chapelains choisis par le chapitre. -Les chapellenies y étoient assez nombreuses. - -Cette église, suivant l'ancien usage des collégiales, avoit son -cloître, dans lequel on entroit encore, dans les derniers temps, par -trois ouvertures anciennement fermées de portes. Ce cloître étoit -vaste, et l'on y portoit, après la moisson et les vendanges, les -redevances en grains et en vins affectées à ces chanoines; le chapitre -Notre-Dame y avoit aussi une grange pour déposer celles qu'il -percevoit dans les environs, et l'on y tenoit un marché public dans le -temps de la récolte. Il faut ajouter aussi que la justice temporelle -s'y exerçoit, et qu'il y avoit une prison. - - -CIRCONSCRIPTION. - -L'étendue de la paroisse Saint-Benoît formoit une figure assez -irrégulière. Ce qu'elle avoit à l'orient et vers le nord consistoit dans -le côté gauche de la place Cambrai, en entrant par la fontaine, -jusqu'aux trois dernières maisons de la rue Saint-Jean-de-Latran; elle -avoit au côté droit de cette place, toutes les maisons jusqu'à l'ancien -collége de Cambrai exclusivement; quelques maisons en descendant la rue -Saint-Jean-de-Beauvais, jusque vis-à-vis l'École de Droit; puis le côté -gauche de la rue des Noyers, à partir de celle des Anglois et en allant -à la rue Saint-Jacques; ensuite toutes les maisons qui suivent à gauche -en remontant cette même rue jusque vers le collége Du Plessis. Elle -reprenoit à la porte du collége des Jésuites, et continuoit à gauche -jusqu'à la rue Saint-Étienne-des-Grès, où elle finissoit avant la -chapelle du collége des Cholets. Du collége de Lisieux, elle revenoit à -la rue Saint-Jacques, qu'elle continuoit des deux côtés jusqu'à -l'Estrapade, se prolongeant du côté gauche jusqu'au milieu de la place, -et du côté droit jusqu'aux Filles de la Visitation. Revenant à la rue -Saint-Hyacinte, elle en avoit les deux côtés dans la partie supérieure, -et de même dans la rue Saint-Thomas. Elle enfermoit ensuite le clos des -Jacobins, la rue de Cluni, le collége du même nom et ses dépendances, la -rue des Cordiers, celle des Poirées, la rue de Sorbonne en grande -partie, la Sorbonne, et toutes les maisons placées entre le coin de la -rue des Maçons jusqu'à celui de la rue Saint-Jacques, qu'elle remontoit -ensuite jusqu'à celle des Cordiers. - -Au couchant, elle renfermoit le collége de Dainville et ses -dépendances; en descendant la rue de la Harpe, tout ce qui est à -gauche jusqu'au coin de la rue Serpente exclusivement, ce qui comprend -une partie de la rue des Deux-Portes et de celle de Pierre-Sarrazin. -Elle avoit en outre, dans la rue des Carmes, un écart composé de -quatre à cinq maisons. - - -L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-HILAIRE. - -On ne trouve aucuns monuments qui puissent fournir quelques lumières -sur l'origine de cette église. L'abbé Lebeuf[267] pense qu'il faut en -attribuer la construction au chapitre Saint-Marcel, propriétaire par -succession d'une partie du clos Bruneau, et qui s'étoit acquis par-là -le droit de nomination à cette cure, à laquelle il a effectivement -présenté dès l'an 1200. Cette conjecture semble donc assez -vraisemblable; mais lorsqu'il ajoute que la situation de cette église -près de celle de Sainte-Geneviève pourroit faire penser que Clovis, -qui se croyoit redevable à l'intercession de saint Hilaire de la -victoire qu'il avoit remportée sur Alaric, auroit fait bâtir en cet -endroit un oratoire sous son nom, il ne présente qu'une opinion vague -et qui n'est fondée sur aucune autorité. - - [Note 267: T. I, p. 206.] - -Le plus ancien titre qui parle de cette église est la bulle d'Adrien -IV, de 1158: elle y est appelée chapelle de Saint-Hilaire-du-Mont, -_capella sancti Hilarii de Monte_. Jaillot pense que les chanoines de -Saint-Marcel et de Sainte-Geneviève, dont les seigneuries étoient -limitrophes, avoient pu faire entre eux divers échanges, et que -c'étoit peut-être à ce titre que les premiers possédoient une partie -du clos Bruneau; que la chapelle de Saint-Hilaire aura servi aux -vassaux de Saint-Marcel, trop éloignés de cette basilique; enfin que -la population de ce territoire s'étant successivement accrue, cette -chapelle, de même que celle de Saint-Hippolyte, aura été érigée en -paroisse. Elle fut rebâtie en 1300, reconstruite et augmentée vers -1470, réparée de nouveau et décorée au commencement du siècle dernier -par les soins et les libéralités de M. Jollain, l'un des curés de -cette paroisse. - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-HILAIRE. - - TABLEAUX. - - Sur le maître-autel, une Nativité; par un peintre inconnu. - - Dans la chapelle de la Vierge, deux tableaux représentant saint - Jean et saint Joseph; par _Belle_. - - - SÉPULTURES. - - Dans cette église avoit été inhumé Patrice Maginn, docteur en - droit, et premier aumônier de la reine d'Angleterre, mort en - 1683. - -Il y avoit dans cette paroisse une chapellenie instituée par un bedeau -de l'université nommé _Hamon Lagadon_. Le chapitre de Saint-Marcel -nommoit à la cure[268]. - - [Note 268: L'église de Saint-Hilaire a été détruite.] - - -CIRCONSCRIPTION. - -Le territoire de cette paroisse, resserré entre celui de -Saint-Étienne-du-Mont et celui de Saint-Benoît, étoit très-circonscrit. -Il est remarquable qu'il étendoit sa juridiction sur le collége -d'Harcourt, situé derrière la rue de la Harpe, parce qu'avant la -construction de ce collége, ce lieu étoit habité par des vassaux de -Saint-Marcel. Le collége des Lombards dépendoit aussi de cette -paroisse. - - -L'ABBAYE ROYALE SAINTE-GENEVIÈVE. - -Plus un monument est ancien, plus il excite la curiosité; et c'est -alors surtout, comme il nous est arrivé si souvent de nous en -plaindre, qu'il est plus difficile de la satisfaire. Les commencements -de notre monarchie sont des temps de désordre et d'ignorance; les -révolutions fréquentes qui en marquent le cours interrompirent plus -d'une fois la suite des traditions, causèrent la destruction ou la -perte de presque tous les titres qui pouvoient jeter quelques lueurs -au milieu de ces profondes ténèbres; et ce manque absolu d'autorités -se fait sentir surtout lorsqu'il est question des choses qui se sont -passées sous la première race. Cependant quelque obscurité qui -environne les événements de ces temps reculés, il n'est personne qui -ignore, et la tradition en est venue jusqu'à nous, que l'abbaye -Sainte-Geneviève fut fondée par Clovis Ier, sur une colline au -sud-est de Paris, et dans un lieu qui servoit de cimetière public; -mais nos historiens ne sont d'accord ni sur l'année où cette église a -été bâtie, ni sur l'époque des changements survenus dans les noms -qu'elle a portés, ni même sur l'état de ceux qui furent choisis -d'abord pour la desservir. - -Cependant, quant à l'année de sa fondation, ces historiens ne -diffèrent entre eux que depuis l'an 499 jusqu'à 511, c'est-à-dire d'un -intervalle d'environ douze ans[269]. Il est certain que, dès la fin de -l'année 496, Clovis avoit été baptisé, et que la plus grande partie -des François avoit, à son exemple, embrassé le christianisme; mais on -ne trouve aucun titre qui prouve que, vers cette époque, et même -pendant les dix années qui la suivirent, ce prince ait fait bâtir -d'église à Paris ni même en France. On sait que la guerre qu'il avoit -déclarée à Gondebaud, roi de Bourgogne, les alliances qu'il -contractoit avec d'autres souverains, et une foule de soins non moins -importants l'occupoient alors tout entier; de manière que, sans -pouvoir également offrir de preuves positives d'aucune autre date, il -nous paroît plus vraisemblable de reculer cette fondation jusqu'à -l'année 508, après la fameuse bataille qu'il livra, près de Poitiers, -au roi des Visigoths, Alaric II. Trois historiens, Aimoin, Roricon et -Frédégaire[270], rapportent qu'à la prière de Clotilde ce monarque -avoit fait voeu, s'il revenoit vainqueur, de bâtir une église sous -l'invocation de saint Pierre. La bataille fut livrée en 507; Clovis y -tua Alaric de sa propre main, et revint l'année suivante à Paris, -qu'il choisit alors pour la capitale de ses états. Il nous semble -qu'aucune époque ne peut être plus convenable pour y placer la -fondation de l'église de Sainte-Geneviève. Elle fut nommée dans le -principe tantôt l'église de Saint-Pierre, tantôt la basilique des SS. -Apôtres[271]. Nous dirons plus bas quand et à quelle occasion on la -consacra à la patronne de Paris. - - [Note 269: Corrozet place cette fondation en 499; Du Breul, - Sauval, Delamarre, le P. Daniel, l'abbé Fleuri en 500; les - historiens de Paris en 509; les auteurs du _Gallia - christiana_ un peu avant 511, etc.] - - [Note 270: Aim. lib. 1, cap. 10; Gesta franc. Roric. lib. 4; - Fredeg. schol. epit. cap. 25.] - - [Note 271: Greg. Tur. lib. III. cap. 18, et lib. IV. cap. - 1.--_Ibid._ lib. II, cap. 43, etc.] - -Le nom de _basilique_, dont se sert Grégoire de Tours en parlant de -cette église, a fait penser qu'elle avoit d'abord été desservie par -des religieux. Les noms de _monastère_, _d'abbé_, _de frères_, par -lesquels les vieux titres désignent sans cesse et l'église et ceux qui -la desservoient, mais surtout le témoignage d'un ancien livre, qui -déclare formellement qu'elle avoit été bâtie pour y faire observer _la -religion de l'ordre monastique_[272], semble fortifier cette opinion -que les savants du premier ordre, dom Mabillon, l'abbé Fleuri, l'abbé -Lebeuf, le P. Dubois, etc., ont embrassée. - - [Note 272: _Ubi religio monastici ordinis vigeret._ Telles - sont les propres expressions d'un passage de la vie de - sainte Bathilde, où l'on parle de la fondation faite par la - reine Clotilde de la basilique de Saint-Pierre.] - -Jaillot, qui, sans avoir une science aussi universelle que ces hommes -célèbres, avoit certainement plus approfondi ces matières qu'aucun -d'entre eux, ose s'élever seul contre leur sentiment. D'abord il n'a -pas de peine à prouver que ces noms de _basilique_, de _monastère_, -donnés à l'église, de _frères_ et d'_abbé_, dont sont qualifiés les -desservants, ont été mille fois employés pour désigner les chapitres, -les églises, la cathédrale elle-même; l'histoire de Paris en offre -mille exemples. Le passage de la vie de sainte Bathilde présente plus -de difficultés, et cependant il nous semble qu'il en a heureusement -triomphé; ses raisonnements qu'il sait fortifier d'exemples et -d'autorités, sans rien offrir d'absolument décisif, nous portent à -croire que ces desservants, soumis à la règle, à la vie _monastique_, -n'étoient autre chose, dès l'origine, qu'un collége de chanoines -séculiers. - -Ces chanoines subsistèrent dans le même état jusqu'au douzième -siècle; et pendant ce long espace de temps on les voit sans cesse -l'objet d'une protection spéciale de la part des rois de France et des -plus grands princes. Un diplôme du roi Robert, de 997, confirme les -donations qui leur ont été faites, en ajoute de nouvelles, leur donne -le droit de nommer leur doyen[273], de disposer de leurs prébendes. -Par une charte donnée en 1035, Henri Ier se déclare le protecteur de -_la vénérable congrégation des chanoines de Sainte-Geneviève_. Une -autre charte, datée de 1040 ou environ, contient d'autres donations -faites en leur faveur par Geoffroi Martel, comte d'Anjou; des bulles -de divers papes confirment tous ces priviléges, etc.; mais en 1148 il -se fit un changement notable dans leur administration intérieure: -Eugène III, qui occupoit alors le trône pontifical, et qu'un événement -fâcheux avoit forcé de se réfugier en France dès l'année précédente, -étoit depuis quelque temps informé du relâchement qui existoit dans -cette communauté; peut-être même pensoit-il déjà à y introduire la -réforme. Une scène scandaleuse, qui se passa sous ses propres yeux, -dans l'église de Sainte-Geneviève[274], le confirma dans cette -résolution, que le peu de séjour qu'il fit en France l'empêcha -toutefois d'exécuter lui-même. Louis-le-Jeune, entrant dans ses vues, -en confia le soin à Suger, qu'il venoit de nommer régent de son -royaume avant son départ pour la Terre-Sainte. Cette réforme n'eut -point lieu, suivant toutes les apparences: car on voit l'année -suivante (en 1148) le même pape Eugène former d'abord le projet de -substituer à ces chanoines huit religieux de l'ordre de Cluni, et -ensuite, vaincu par les prières et les représentations qu'ils lui -firent, se contenter d'introduire dans leur maison douze chanoines de -Saint-Victor[275], qui opérèrent enfin cette réforme si nécessaire. -C'est ainsi que les chanoines de Sainte-Geneviève, de séculiers qu'ils -étoient, devinrent réguliers. - - [Note 273: Outre le doyen, elle avoit encore deux autres - dignitaires, dont l'un étoit le préchantre et l'autre le - chancelier. Sous Louis-le-Gros, on y comptoit au moins vingt - prébendes, dont plusieurs étoient possédées par des - ecclésiastiques très-qualifiés. La considération dont - jouissoit le chapitre de Sainte-Geneviève étoit telle, que, - pendant plus d'un siècle, nos rois furent dans l'usage de - connoître par eux-mêmes des causes et affaires de tous les - chanoines en particulier. Mais ce qu'il y a de plus - remarquable, c'est que dès-lors ce chapitre, à l'imitation - de la cathédrale, avoit ses écoles, où les lettres - florissoient, et que son chancelier y avoit les mêmes - attributions que celui de Notre-Dame. Il en résulta que - lorsque l'Université se fut étendue jusque sur le territoire - de cette église, ce chancelier eut naturellement sur les - écoliers la même inspection que l'autre avoit sur eux, hors - de la terre de Sainte-Geneviève.] - - [Note 274: Le pape étant allé à la basilique des SS. Apôtres - pour y célébrer la messe, il arriva qu'après qu'il se fut - retiré dans la sacristie, ses officiers voulurent s'emparer - d'un riche tapis que les chanoines avoient étendu sous les - pieds du pontife. Ils prétendoient qu'un ancien usage leur - donnoit le droit de l'enlever. Les domestiques de l'abbaye - voulurent aussi l'avoir. Les deux partis commencèrent par - s'arracher le tapis des mains, avec des injures et des cris; - ils en vinrent bientôt aux coups, et le tumulte fut si - grand, que le roi, qui n'étoit pas encore sorti de l'église, - ayant cru devoir se présenter pour rétablir l'ordre, fut - lui-même frappé dans la foule par les domestiques de - l'abbaye.] - - [Note 275: Annal. manusc. de Sainte-Geneviève, fol. 275.] - -Piganiol pense que ce fut vers cette année, et à l'occasion du -changement qui survint alors dans cette abbaye, qu'elle prit le nom de -Sainte-Geneviève. C'est une erreur: Jaillot cite des actes des -septième et huitième siècles, dans lesquels elle est déjà désignée -sous les noms de Saint-Pierre et de Sainte-Geneviève; et dès le -neuvième on la trouve sous le nom seul de cette sainte. On sait -qu'elle y avoit sa sépulture; et la vénération que les Parisiens -avoient conservée pour cette illustre protectrice de leur ville, les -miracles qui s'opéroient à son tombeau, ont dû naturellement amener -très-vite un pareil changement. Il y a de nombreux exemples de ces -mutations, dans lesquelles la dévotion particulière d'un peuple, même -d'une classe de citoyens, a fait préférer le nom d'un patron à celui -du titulaire d'une église. - -La réforme se soutint parmi les chanoines de Sainte-Geneviève jusqu'à -ces guerres funestes qui désolèrent les règnes de Charles VI et -Charles VII, et jetèrent le désordre dans les monastères comme dans -toutes les autres parties de la société. La discipline régulière fut -dès-lors entièrement anéantie dans cette abbaye, et ce n'est que sous -le règne de Louis XIII qu'on pensa à la rétablir. Afin d'y parvenir, -ce prince, après la mort de Benjamin de Brichanteau, évêque de Laon, -qui en étoit abbé, crut devoir y nommer, de son autorité et pour cette -fois seulement, le cardinal de La Rochefoucauld, sous la condition -qu'il y établiroit la réforme. Pour se conformer aux intentions du -roi, cette Éminence ne trouva point de moyen plus efficace que d'y -faire entrer, en 1624, le père Faure avec douze religieux de la -réforme que ce même père venoit d'établir dans la maison de -Saint-Vincent de Senlis. La réforme de Sainte-Geneviève achevée en -1625, confirmée par des lettres patentes de 1626, et par une bulle -d'Urbain VIII donnée en 1634, fut entièrement consolidée, cette même -année, par l'élection du père Faure comme abbé coadjuteur de cette -abbaye, et supérieur général de la congrégation. C'est à cette époque -qu'il faut fixer la triennalité des abbés de Sainte-Geneviève, la -primatie de cette abbaye chef de l'ordre, et le titre qu'on lui a -donné de _chanoines réguliers de la congrégation de France_. - -L'église de Sainte-Geneviève ne présente pas dans ses antiquités -moins d'obscurités et d'incertitudes que son clergé. On ne peut pas -assurer que l'édifice bâti par Clovis et par sainte Clotilde subsistât -encore lorsqu'en 857 les Normands, qui, depuis douze ans, n'avoient -pas cessé de ravager les bords de la Seine, débarquèrent dans la -plaine de Paris, et mirent le feu à cette basilique, ainsi qu'à toutes -les autres églises, excepté celles de Saint-Vincent et de Saint-Denis, -qui furent rachetées de ces barbares à prix d'argent. Peut-être -avoit-elle été déjà reconstruite au huitième siècle, en même temps que -cette dernière. Ce qu'il y a de certain, c'est que les murailles de -l'édifice que détruisirent les Normands subsistèrent encore en partie, -quoiqu'en très-mauvais état, jusque vers l'an 1190. Elles furent alors -réparées par Étienne, qui en étoit abbé; et ces réparations, dont une -partie a subsisté jusque dans les derniers temps, étoient encore -très-visibles sur le côté extérieur et méridional de la nef. Suivant -l'abbé Lebeuf, cette partie extérieure de la carcasse étoit un débris -des constructions qui existoient même du temps des barbares. Quant à -tout le travail du dedans, piliers, voûtes, petites colonnades, on y -reconnoissoit le caractère de l'architecture gothique du treizième -siècle; mais leur disposition singulière, l'élévation des ailes et -leur peu de largeur, la ceinture du sanctuaire formée en rotonde, -sembloient prouver que la nouvelle église avoit été rebâtie sur les -anciens fondements; et un pilier, placé près de la porte qui -communiquoit avec l'église Saint-Étienne, indiquoit par son chapiteau -plus ancien de deux siècles, que le sol de ce monument avoit été -relevé. Les trois portiques[276] du frontispice étoient aussi du -treizième siècle. Enfin les constructions de la tour qui servoit de -clocher annonçoient deux époques: la partie inférieure étoit du -onzième siècle, l'autre avoit été réparée[277] à la fin du quinzième, -sous le règne de Charles VIII. - - [Note 276: Dans les premiers temps, suivant l'auteur de la - vie de sainte Geneviève, cette église n'avoit qu'un seul - portique, où étoient simplement peintes les histoires des - patriarches, des prophètes, des martyrs et des confesseurs. - La sculpture ne fut employée que long-temps après pour ces - sortes de représentations, et lorsqu'en élargissant les - églises on jugea à propos d'élargir aussi et d'exhausser les - portiques.] - - [Note 277: _Voy._ pl. 152. Le tonnerre étoit tombé sur - l'abbaye, et y avoit causé de grands dommages; le clocher - avoit été renversé, les cloches avoient été fondues, et - plusieurs endroits de la maison endommagés.] - -Lorsque les desservants de l'abbaye Sainte-Geneviève s'étoient vus -menacés de la première invasion des Normands, avant de quitter leur -monastère, ils avoient eu soin d'ouvrir le tombeau de leur sainte -patronne, d'en enlever les reliques et de les transporter dans les -terres de l'abbaye, où ils les tinrent cachées. Quand le calme fut -rétabli, ils s'empressèrent de les rapporter; et chaque fois que les -barbares revenoient, on emportoit de nouveau ce précieux dépôt. Ce -tombeau, d'où ils avoient tiré ses ossements, étoit renfermé dans une -_crypte_, ou chapelle souterraine qui servoit également de sépulture à -saint Prudence, à saint Céran, évêques de Paris, et à plusieurs autres -saints personnages morts en odeur de sainteté. Les corps de ceux-ci y -furent laissés; et ce n'est que lorsqu'on eut relevé les ruines de -l'ancienne voûte, calcinée par le feu des barbares, qu'on tira de -terre ces sépulcres, et qu'on les rassembla dans la _crypte_, qui fut -alors réparée. Elle fut depuis entièrement rebâtie, et extrêmement -ornée par les soins du cardinal de La Rochefoucauld: la voûte en étoit -soutenue par des piliers de marbre; l'on y descendoit par de beaux -escaliers symétriquement placés aux deux côtés de la porte du choeur, -et près d'un jubé découpé en pierre avec beaucoup de délicatesse. Dans -cette chapelle souterraine, on voyoit encore le tombeau de sainte -Geneviève, mais il n'y restoit plus rien de ses reliques. Depuis qu'on -les en avoit tirées, elles n'étoient point sorties de la châsse qui -avoit servi à les transporter; et cette châsse avoit été placée dans -l'église supérieure. - -La crypte contenoit cinq autres chapelles. Il y en avoit encore un grand -nombre dans l'église supérieure et dans le cloître. La plupart furent -détruites ou changées de forme par le cardinal de La Rochefoucauld, -lorsque dans le siècle dernier il fit réparer l'église et la maison. La -plus remarquable de celles qui furent conservées étoit une grande et -belle chapelle située au côté méridional du cloître, et connue dans -l'ancien temps sous le nom de _Notre-Dame-de-la-Cuisine_, parce qu'elle -étoit effectivement placée auprès de la cuisine de l'abbaye. Elle avoit -été construite par ce même abbé Étienne à qui l'on devoit les -réparations de l'église, et portoit, depuis environ deux cents ans, le -nom de _Notre-Dame-de-la-Miséricorde_. - -C'étoit au pied de l'autel de cette chapelle que le chanoine de -Sainte-Geneviève, chancelier de l'Université, donnoit le bonnet de -maître-ès-arts. - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE ET DE L'ABBAYE SAINTE-GENEVIÈVE. - - TABLEAUX. - - Dans la nef, quatre grands tableaux, dont trois représentoient - des voeux de la ville de Paris, et le quatrième ses actions de - grâces pour la convalescence de Louis XV. Ces tableaux avoient - été peints par _de Troy_ père et fils, _Largillière_ et _de - Tournière_. - - Dans la sacristie, plusieurs tableaux, parmi lesquels on - remarquoit un _Ecce Homo_ et une Notre-Dame-de-Douleur, exécutés - en tapisserie. - - Dans le réfectoire, qui étoit très-vaste, la multiplication des - pains; par _Clermont_. - - Dans la chapelle de Notre-Dame-de-la-Miséricorde, plusieurs - tableaux, sans noms d'auteurs. - - Dans une très-grande salle, nommée la salle des Papes, les - portraits d'un grand nombre de souverains pontifes, et quelques - tableaux. - - Sur la coupole de la bibliothèque, l'apothéose de saint Augustin, - par _Restout_ père, et un morceau de perspective peint sur un des - murs; par _La Joue_. - - - SCULPTURES. - - Sur le maître-autel, un riche tabernacle de forme octogone, dont - les quatre faces principales étoient ornées de colonnes - composites de brocatelle antique, avec bases et chapiteaux de - bronze doré; le tout couronné d'un dôme que surmontoit une croix - d'ambre. Ce tabernacle, rapporté en pierres rares et précieuses, - telles que jaspes, agates, lapis, grenats, etc., avoit été fait - aux frais du cardinal de La Rochefoucauld. - - À côté de cet autel, les statues de saint Pierre et de saint Paul - en métal doré. - - Au milieu du choeur, un lutrin d'une composition élégante et - ingénieuse: il étoit à trois faces, et entouré de trois anges - touchant une triple lyre, qui servoit de point d'appui à l'aigle. - Le dessin de ce morceau étoit attribué à _Lebrun_. - - Un candélabre donné par la ville, et orné de ses armes, de celles - du roi et de celles de l'abbaye; par _Germain_. - - Près de la porte par laquelle les chanoines entroient dans le - choeur, sous deux arcades enfoncées, deux figures en terre cuite, - représentant Jésus-Christ dans le tombeau et ressuscité; par - _Germain Pilon_[278]. - - [Note 278: Ces figures, de la proportion seulement de quinze - à dix-huit pouces, ont été déposées au Musée des - Petits-Augustins.] - - Dans le vestibule du couvent, quatre statues représentant les - prophètes. - - Dans la galerie dite l'_oratoire_, une Nativité en plomb bronzé. - - - TOMBEAUX ET SÉPULTURES. - - _Dans l'église._ - - Derrière le maître-autel, la châsse qui renfermoit le corps de - sainte Geneviève. Cette châsse, que plusieurs historiens de Paris - ont faussement attribuée à saint Éloi[279], étoit de vermeil - doré, d'un travail gothique, couverte de pierreries dues à la - piété et à la libéralité de nos rois. Elle étoit soutenue par - quatre statues de vierges plus grandes que nature, portées - elles-mêmes sur des colonnes d'un marbre antique et rare; un - bouquet de diamants d'un très-grand prix couronnoit ce monument: - c'étoit un don de la reine Anne d'Autriche, mère de Louis XIV. - - [Note 279: Deux cents ans avant l'invasion des Normands, et - lorsque le corps de la sainte étoit encore dans son tombeau, - saint Éloi avoit effectivement orné ce monument d'ouvrages - d'orfévrerie, c'est-à-dire de quelques rinceaux d'or et - d'argent qui formoient au-dessus une espèce de petit - édifice. Il fallut les enlever pour ouvrir ce tombeau; et - les précieuses reliques, transportées dans un coffre de - bois, y restèrent jusqu'au treizième siècle, sans autres - décorations que quelques feuilles d'argent dont on imagina - de le couvrir. Enfin, en 1240, un particulier nommé Godfroy - donna une somme pour la construction d'une nouvelle châsse; - son exemple fut imité par d'autres, et c'est alors que l'on - construisit ce précieux ouvrage, dans lequel il entra, - dit-on, cent quatre-vingt-treize marcs d'argent et sept - marcs et demi d'or. L'orfèvre qui l'avoit fait se nommoit - _Bonard_. La translation du corps de la sainte s'y fit le 22 - octobre 1242.] - - Au milieu, le cénotaphe de Clovis. Ce monument, sur lequel étoit - couchée la statue de ce prince en marbre blanc, remplaçoit un - tombeau plus simple, et d'une pierre plus commune, tel qu'on - avoit coutume de les faire pour les rois de la première race; une - inscription latine apprenoit qu'il avoit été élevé sur les ruines - de l'autre par l'abbé et le chapitre de Sainte-Geneviève. - - Derrière le choeur, une châsse renfermant les reliques de sainte - Clotilde. Cette reine avoit d'abord été inhumée près des degrés - du grand autel. On ignore en quel temps ces reliques furent - levées, mais la châsse n'étoit que de l'année 1539, époque à - laquelle on en fit la translation. Clotilde sa fille, femme - d'Amalaric, roi des Visigoths, les jeunes fils de Clodomir, - assassinés par Childebert et Clotaire, avoient été également - inhumés dans cette église. - - Dans une chapelle près de la sacristie, le tombeau du cardinal de - La Rochefoucauld, abbé commandataire de cette église, mort en - 1645. Ce monument a été exécuté par un sculpteur nommé _Philippe - Buyster_[280]. - - [Note 280: Le cardinal y est représenté à genoux sur un - coussin, les mains jointes. Un génie, sur lequel Saint-Foix - s'est fort égayé, soutient la queue de son manteau, et l'on - ne peut s'empêcher de convenir que c'est là en effet une - imagination fort ridicule. L'exécution de ces figures est - froide et sèche; le dessin en est pauvre, et d'une grande - incorrection; c'est de la sculpture très-médiocre. (Déposé - aux Petits-Augustins.)] - - Sur un des piliers de la nef, le buste du célèbre Descartes, et - une épitaphe qui apprend que les restes de ce philosophe, mort en - Suède en 1650, ont été transportés dans cette église dix-sept ans - après sa mort. - - Près de ce monument, et du même côté, avoit été déposé le coeur - de Jacques Rohault, son disciple, et l'un des plus grands - mathématiciens de son siècle, ce qu'indiquoit une inscription - composée par Santeuil. - - Le fameux boucher Goy, l'un des chefs de la faction des - _Cabochiens_ sous Charles VI, avoit été inhumé dans cette église. - - - _Dans la chapelle souterraine._ - - Le tombeau de sainte Geneviève. Il étoit en marbre, sans aucun - ornement, et entouré de grilles de fer. - - Les tombeaux de saint Prudence et de saint Céran, évêques de - Paris; leurs reliques en avoient été tirées dans le treizième - siècle. Sainte Alde ou Aude, compagne de sainte Geneviève, avoit - été inhumée dans cette même chapelle. - - - _Dans la chapelle Notre-Dame-de-la-Miséricorde._ - - Le tombeau de Joseph Foulon, abbé de Sainte-Geneviève, mort en - 1607. On y voyoit la représentation en bronze doré de ce prélat, - revêtu de ses habits pontificaux[281]. - - [Note 281: Cette figure passoit pour avoir été exécutée par - _Germain Pilon_. Elle n'existe point aux Petits-Augustins.] - - Celui de Benjamain de Brichanteau, évêque de Laon, et successeur - de Foulon, mort en 1619. - - - _Dans le chapitre._ - - Plusieurs tombes de marbre blanc renfermant les corps des trois - premiers abbés de la réforme; du P. Faure, premier abbé, mort en - 1644; de François Boulart, deuxième abbé, mort en 1667; du P. - Blanchart, troisième abbé, mort en 1675. À côté avoit été inhumé - le P. Lallemant, religieux de cette communauté, recteur et - chancelier de l'Université, personnage aussi recommandable par - ses talents que par ses vertus: il est mort en 1673. - - - _Dans le petit cimetière._ - - Nicolas Lefèvre, prêtre, sous-précepteur du roi d'Espagne - Philippe V, des ducs de Bourgogne et de Berri, directeur des - filles de Sainte-Anne, personnage d'une vertu éminente, mort en - 1706. - -L'ancien cloître de cette abbaye, qui tomboit en ruine, avoit été -reconstruit à la moderne en 1744[282]. Il étoit soutenu d'un côté par -des colonnes doriques; la porte d'entrée de la maison et le péristyle -qui le précédoit, avoient été bâtis au commencement du même siècle, -sur les dessins du père de Creil, religieux de cette communauté. Il -étoit aussi l'auteur du grand escalier, que l'on admiroit pour la -hardiesse de sa coupe. La galerie dite l'_Oratoire_, ornée de -pilastres corinthiens, présentoit alternativement des figures de -demi-relief en plomb doré, et des tableaux offrant divers sujets de la -vie de la sainte Vierge. - - [Note 282: Ces constructions ayant occasionné des fouilles - dans les terres du préau, on y trouva un très-grand nombre - de cercueils de pierre qui contenoient encore des - squelettes, mais pas une seule inscription.] - -La bibliothèque, qui n'existoit pas encore lorsque le cardinal de La -Rochefoucauld fut nommé abbé commandataire de Sainte-Geneviève, étoit -devenue, par degrés, l'une des plus considérables et des plus -curieuses de Paris. Les PP. Fronteau et Lallemant, qu'on doit en -regarder comme les fondateurs, y rassemblèrent en peu d'années sept à -huit mille volumes. Le P. Dumolinet l'augmenta considérablement, et y -ajouta un cabinet d'antiquités, composé en grande partie de ce qu'il y -avoit de plus rare dans celui du fameux Peiresc. Enfin le legs que M. -Le Tellier, archevêque de Reims, fit à cette maison de sa belle -bibliothèque, et les acquisitions successives que l'on ne cessoit de -faire, avoient tellement accru cette magnifique collection, qu'au -commencement de la révolution on y comptoit environ quatre-vingt mille -volumes et deux mille manuscrits. Elle étoit placée dans une galerie -construite en forme de croix, et surmontée d'un dôme. Ce bâtiment, qui -existe encore, a, dans la plus grande dimension, cinquante-trois -toises de longueur. Les côtés de la croix sont inégaux, et c'étoit -pour faire disparoître aux yeux cette irrégularité qu'on avoit peint -sur le mur de l'un d'eux le morceau de perspective dont nous avons -déjà parlé. Cette bibliothèque étoit alors ornée des bustes en marbre -ou en plâtre de plusieurs hommes illustres. On y voyoit ceux de -Colbert, de Louvois, du chancelier Le Tellier, de Jules Hardouin, -Mansart, d'Arnauld, etc., exécutés par Girardon, Coisevox, Coustou, -etc. - -Le cabinet de curiosités, bâti en 1753, deux ans avant la -bibliothèque, faisoit suite à ce monument. Il renfermoit une grande -quantité de morceaux précieux d'histoire naturelle, des antiquités -étrusques, grecques, égyptiennes, romaines; une collection de -médailles anciennes et modernes, dont plusieurs parties étoient -complètes, et qui jouissoit de la plus grande estime parmi les -antiquaires, etc., etc.[283] - - [Note 283: La bibliothèque de Sainte-Geneviève existe encore - et continue d'être ouverte au public.] - -L'abbaye de Saint-Geneviève relevoit immédiatement du saint-siége; ses -abbés portoient, depuis 1256, les ornements pontificaux, et leur -autorité s'étendoit sur un grand nombre d'églises paroissiales -dépendantes de cette abbaye; ils jouirent même pendant long-temps de -tous les droits épiscopaux sur la paroisse de Saint-Étienne-du-Mont. -On sait que, dans les grandes calamités publiques, on descendoit la -châsse de la patronne de Paris pour la porter processionnellement à -Notre-Dame; à cette procession[284] où assistoient les cours -supérieures et tout le clergé de Paris, les religieux de -Sainte-Geneviève marchoient pieds nus, prenant la droite sur le -chapitre de l'église métropolitaine, comme leur abbé la prenoit en -cette occasion sur l'archevêque de Paris. - - [Note 284: Cette procession fut faite, pour la première - fois, en 1229, à l'occasion de la maladie _des Ardents_. - (Voy. t. I, prem. part., pag. 288.)] - - -_Palais de Clovis._ - -Une ancienne tradition veut que Clovis ait fait bâtir un palais en -même temps que la basilique de Saint-Pierre; et cette tradition, -adoptée par une foule d'historiens de Paris, se trouve confirmée par -le témoignage de l'auteur des annales manuscrites de Sainte-Geneviève, -qui lui-même étoit membre de cette abbaye. Sauval va plus loin: il -prétend que _de son temps on a détruit la chambre de Clotilde_; et peu -d'années avant la révolution, on dit qu'il existoit encore un bâtiment -appelé _la chambre de Clovis_. Cependant ces assertions vagues ne -forment point un corps de preuves suffisantes pour persuader que -Clovis eût fait bâtir un palais si proche des _Thermes_, qu'il -habitoit, sans qu'il en restât aucun vestige ni dans les archives de -Sainte-Geneviève ni dans les monuments que nous ont laissés les -historiens du moyen âge. Entre plusieurs objections très-fortes qu'il -seroit possible d'élever contre l'existence de ce monument, il en est -une surtout qui nous semble décisive, et on la tire d'un passage de -Grégoire de Tours, qui, rendant compte d'un concile[285], où il avoit -lui-même assisté, et qui fut tenu en 577 dans la basilique de -Saint-Pierre, dit que Chilpéric reçut les évêques, et leur offrit un -repas dans un endroit construit à la hâte et couvert de feuillages: -_Stabat rex juxta tabernaculum ex ramis factum..... et erat ante -scamnum pane desuper plenum, cum diversis ferculis._ «Chilpéric, dit -Jaillot, respectoit trop les évêques pour les recevoir dans une -semblable tente s'il eût eu un palais dans le voisinage; et, s'il fit -construire ce pavillon, ce ne fut que pour leur éviter la peine de -venir jusqu'au palais des Thermes, quoique peu éloigné du lieu de leur -assemblée.» Il n'y a donc rien de plus incertain que l'existence de ce -palais de Clovis. - - [Note 285: Lib. V, cap. 18. Il fut encore tenu deux autres - conciles dans cette église, en 573 et 615.] - - -_Chapelle de Saint-Michel et porte papale._ - -Il n'en est pas ainsi de la chapelle Saint-Michel: elle a réellement -existé. C'étoit, comme nous l'avons déjà dit, l'usage d'en bâtir une -dans les cimetières, sous le vocable de cet archange; et tout s'accorde -à prouver que, dans les premiers siècles de notre monarchie, la montagne -Sainte-Geneviève étoit un lieu destiné aux sépultures[286]. Cette -chapelle fut vraisemblablement érigée peu de temps après la grande -basilique, et aura eu le même sort lors de l'invasion des Normands. -L'abbé Lebeuf[287] la place au-delà de la porte du monastère qui -regardoit le sud-ouest; et les annales de Sainte-Geneviève que nous -venons de citer disent qu'elle étoit située près la porte qui regardoit -la campagne. - - [Note 286: Prudence, huitième évêque de Paris, y fut enterré - en 400.] - - [Note 287: T. II, p. 381.] - -Sans nous déterminer pour l'un ou pour l'autre de ces deux situations, -nous remarquerons que, dans la dernière, qui est le lieu que depuis on -a nommé l'_Estrapade_, on voyoit encore au dix-septième siècle la -place d'une porte qu'on appeloit la _porte papale_, et dont l'origine -et le nom ont fort exercé la sagacité de nos antiquaires. Parmi ces -opinions diverses, nous préférons encore celle de Jaillot, qui pense -que cette porte fut ouverte à l'instar de ces portes dorées dont parle -du Cange[288], et qu'elle le fut pour faire honneur au pape Eugène -III, lorsqu'il vint à Sainte-Geneviève en 1147. On en ouvrit une -semblable dans les murs de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, lorsqu'en -1163 le pape Alexandre III y vint faire la dédicace de l'église. - - [Note 288: Dans ses _notes_ sur l'histoire de la prise de - Constantinople par les François en 1204, écrite par Geoffroi - de Villehardouin: «_Portæ aureæ_, dit-il, _dictæ, in - majoribus civitatibus, portæ præcipuæ per quas solemnes - ingressus vel processus fieri solebant_.»] - - -_Bailliage de Sainte-Geneviève._ - -Les chanoines de Sainte-Geneviève, étant seigneurs d'une partie du -quartier où étoit située leur abbaye, avoient un bailliage qui -connoissoit de toutes causes, tant civiles que criminelles, dans -l'étendue de son ressort, et dont les appels se relevoient au -parlement. Il tenoit ses audiences dans une maison voisine de -l'église. - - -ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT - -Il n'y a rien de certain sur l'origine de cette paroisse, à laquelle on -a successivement donné les noms de _Notre-Dame_, de _Saint-Jean_ du -Mont, et enfin de _Saint-Étienne_. Il paroît que, dans le principe, les -fonctions curiales s'exerçoient dans l'église même de Sainte-Geneviève, -pour le petit nombre de personnes qui habitoient alors les environs de -l'abbaye. Lorsque, par les derniers traités faits avec les Normands, on -se vit entièrement à l'abri de leurs incursions, le bourg de -Sainte-Geneviève, abandonné en même temps que l'église, ne tarda pas à -se repeupler; alors le service se fit dans la chapelle Notre-Dame[289], -située dans la crypte ou église souterraine; ce qui dura jusqu'au règne -de Philippe-Auguste. La clôture ordonnée par ce prince ayant engagé les -Parisiens à construire des édifices dans les clos de vignes et sur les -terrains incultes renfermés dans cette nouvelle enceinte, le nombre des -habitants de la paroisse du Mont s'accrut à un tel point, qu'il devint -absolument nécessaire de faire bâtir une nouvelle église paroissiale. -L'abbé de Sainte-Geneviève et les chanoines abandonnèrent à cet effet un -terrain contigu à leur église, sur lequel on construisit une chapelle -destinée à servir de paroisse, mais qui faisoit tellement partie de -l'église de l'abbaye, que l'on n'y entroit que par une porte percée -dans le mur méridional, laquelle a subsisté jusque dans les derniers -temps; et que les fonts baptismaux sont encore restés environ quatre -cents ans dans la grande église. On ne sait pas précisément à quelle -époque ni pour quelles raisons le nouvel édifice fut dédié sous le nom -de Saint-Étienne. Jaillot prétend qu'il fut bâti ou du moins commencé du -temps de l'abbé Galon, mort en 1223. - - [Note 289: La paroisse en prit le nom, et le changea en - celui de Saint-Jean, nom que prit aussi la chapelle. On - l'appeloit vulgairement paroisse _du Mont_.] - -Ce fut cette grande augmentation d'habitants qui fit naître la -contestation qui s'éleva entre les abbés de Sainte-Geneviève et -l'évêque de Paris. Les premiers vouloient soustraire la paroisse du -Mont à la dépendance de l'ordinaire, et l'évêque soutenoit la validité -de sa juridiction. Ces débats, où intervint le pape Urbain III, furent -terminés en 1202, par une transaction dans laquelle il fut convenu que -l'abbé présenteroit à l'évêque les sujets qu'il destineroit à -desservir les églises paroissiales dépendantes de son abbaye; accord -que suivirent des concessions et des échanges qui parurent satisfaire -également les deux parties contractantes[290]. - - [Note 290: L'évêque soumit à la paroisse du Mont tous ceux - qui feroient bâtir dans le clos Bruneau et dans le clos - Mauvoisin. L'abbé et les chanoines cédèrent à l'évêque la - chapelle Sainte-Geneviève dans la Cité, et abandonnèrent la - prébende et la vicairie qu'ils avoient à Notre-Dame.] - -Cette église subsista ainsi jusqu'en 1491, que le nombre toujours -croissant des paroissiens détermina à y faire de nouvelles -augmentations. L'abbé de Sainte-Geneviève céda à cet effet une portion -de l'infirmerie qui se trouvoit au chevet de l'église; et si l'on en -juge par le caractère de l'architecture, il ne paroît pas qu'il y soit -rien resté de l'ancien bâtiment. Les constructions en furent -commencées, du côté de l'orient, vers les premières années du règne de -François Ier. En 1538, l'église fut augmentée des chapelles et de -l'aile de la nef du côté de Sainte-Geneviève. On bâtit, en 1606, la -chapelle de la communion et les charniers. Enfin le grand et le petit -portail, dont la reine Marguerite de Valois posa la première pierre en -1610, ne furent achevés que sept ans après, ce qui paroît prouvé par -les deux inscriptions qui y étoient gravées, lesquelles portoient la -date de 1617. - -L'architecture de Saint-Étienne-du-Mont a joui d'une grande -réputation. La coupe extraordinaire et aussi adroite que hardie de son -jubé et des deux escaliers qui y conduisent y attiroit les curieux. -Ces escaliers sont à jour, et l'on voit le dessous des marches -tournant autour d'une colonne, et portées en l'air par encorbellement. -Les voûtes, non moins remarquables, sont ornées de tout ce que l'art -de la coupe des pierres peut offrir de plus recherché. On admiroit -aussi la sculpture de la frise du portique, qui, bien qu'un peu -confuse, tient cependant du style antique et des riches ornements de -l'architecture romaine[291]. - - [Note 291: _Voy._ pl. 153 et 154.] - -Cette église possédoit en outre de précieux monuments des arts, et -renfermoit d'illustres sépultures. - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT. - - TABLEAUX. - - Dans la chapelle Saint-Pierre, près de la sacristie, cet apôtre - ressuscitant Tabithe; par _Le Sueur_. - - La vie de saint Étienne, exécutée en tapisseries sur les dessins - de ce grand artiste et de _La Hire_, autre peintre célèbre. Les - dessins, au nombre de dix-neuf, en étoient conservés dans la - salle d'assemblée des marguilliers. - - De très-beaux vitraux, peints par _Pinaigrier_, et qui formoient - une des plus riches collections qui soient sorties du pinceau de - cet artiste[292]. - - [Note 292: Ces vitraux sont déposés au Musée des - Petits-Augustins.] - - - SCULPTURES. - - Au pourtour du choeur, les statues des douze apôtres. Celles de - saint Philippe, de saint André et de saint Jean l'Évangéliste - étoient de la main de _Germain Pilon_. - - Derrière le choeur, trois bas-reliefs de ce grand sculpteur, - incrustés dans le mur, dont le plus grand offroit Jésus-Christ au - jardin des Olives, et ses apôtres endormis; les deux autres, - beaucoup plus petits, représentoient saint Pierre et saint Paul. - - Sous une voûte pratiquée dans le passage de cette église à celle - de Sainte-Geneviève, le tombeau du Christ et les trois Maries, - grandes comme nature. Ce monument étoit encore attribué à - _Germain Pilon_[293]. - - [Note 293: Ces ouvrages de Germain Pilon n'ont point été - déposés aux Petits-Augustins.] - - La chaire du prédicateur, exécutée par _Claude l'Estocard_, sur - les dessins de _La Hire_. Les panneaux, ornés de bas-reliefs, - sont séparés les uns des autres par des Vertus assises; et une - grande statue de Samson soutient la masse entière de la chaire. - Sur l'abat-voix est un ange qui tient deux trompettes, et semble - appeler les fidèles[294]. - - [Note 294: Cette belle chaire est encore dans l'église, où - elle est toujours restée.] - - Le jubé, porté par une voûte surbaissée, est orné de très-bonnes - sculptures par Biard père. Il faut aussi remarquer, au milieu de - la voûte de la croisée, une clef pendante de plus de deux toises - de saillie, et du travail le plus délicat. - - - SÉPULTURES. - - Dans cette église ont été inhumés: - - Blaise Vigenere, traducteur de plusieurs ouvrages anciens, mort - en 1596. - - Nicolas Thognet, habile chirurgien, mort en 1642. - - Jean Perrau, professeur au collége royal, mort en 1645. - - Pierre Perrault, avocat au parlement, père des deux Perrault si - connus dans le dix-septième siècle, mort en 1669. Le monument que - lui avoient élevé ses fils représentait un génie en pleurs - éteignant un flambeau. Il avoit été exécuté par _Girardon_[295]. - - [Note 295: Ce monument n'est point aux Petits-Augustins.] - - Eustache Le Sueur, l'un des plus grands peintres de l'école - françoise, mort en 1655. - - Jean-Baptiste Morin, médecin et professeur royal de - mathématiques, mort en 1656. - - Antoine Le Maître, l'un des membres de la société de Port-Royal, - mort dans cette maison en 1658. - - Issac Le Maître de Saci, son frère, mort dans la même maison en - 1684. - - L'illustre Jean Racine, mort en 1699, et d'abord enterré dans le - cimetière de Port-Royal, comme il l'avoit demandé par son - testament. Lorsqu'on détruisit cette maison, son corps fut exhumé - et transféré, avec les corps de MM. Le Maître, à - Saint-Étienne-du-Mont, où ils furent déposés dans les caves de la - chapelle Saint-Jean-Baptiste[296]. - - [Note 296: Les cendres de ce grand poëte ont été respectées, - et sont restées à Saint-Étienne.] - - Blaise Pascal, l'un des grands écrivains dont s'honore la France, - mort en 1662[297]. Il étoit enterré auprès du choeur, derrière la - chapelle de la Vierge; et son épitaphe gravée sur une table de - marbre blanc, étoit attachée vis-à-vis sur un pilier. - - [Note 297: On a également laissé le corps de cet homme - célèbre dans son sépulcre; son épitaphe est au Musée des - Petits-Augustins.] - - Pierre Barbay, professeur en philosophie dans l'Université de - Paris, mort en 1664. - - François Pinsson, avocat au parlement, auteur de plusieurs - ouvrages, mort en 1691. - - Jean Gallois, abbé de Saint-Martin-de-Core, de l'Académie - françoise, et professeur de grec au collége Royal, mort en 1707. - - Jean Miron, docteur en théologie de la faculté de Paris et de la - société de Navarre. - - Dans le cimetière: - - Simon Piètre, médecin célèbre. - - Pierre Petit, poëte latin estimé, mort en 1687. - - Joseph Pitton de Tournefort, célèbre botaniste, mort en 1708, - etc. - -La cure de Saint-Étienne-du-Mont a continué jusqu'aux derniers temps -d'être à la nomination de l'abbé de Sainte-Geneviève, qui y nommoit -toujours un religieux de sa congrégation. - - -CIRCONSCRIPTION - -Le principal territoire de cette paroisse étoit divisé comme suit. - -1º. Elle avoit la place devant l'église dite le carré -Sainte-Geneviève; la rue Saint-Étienne-des-Grès jusqu'au collége de -Lisieux d'un côté, de l'autre jusqu'à celui des Cholets inclusivement; -puis, du même côté, les rues de Reims, des Chiens, des Cholets, des -Sept-Voies, des Amandiers, la rue Juda et la rue entière de la -Montagne. - -2º. Dans la rue Saint-Jacques, commençant à droite au-dessous du -collége des Jésuites, elle continuoit jusqu'au dessous de la rue du -Cimetière-Saint-Benoît; dans la place Cambrai, elle avoit le collége -du même nom, le collége Royal, la rue Saint-Jean-de-Latran à droite -jusqu'à la rue Fromentel, et deux maisons à gauche; les deux côtés de -la rue Saint-Jean-de-Beauvais presque en entier, et quelques maisons -dans la rue Saint-Hilaire. - -3º. Dans la rue des Noyers, les deux côtés de cette rue lui -appartenoient en grande partie, ainsi que le couvent des Carmes, et le -bas de leur rue jusque derrière le collége de Beauvais. Elle avoit -ensuite toute la place Maubert, et la rue des Lavandières jusqu'à la -rue des Anglois. - -4º. Son territoire prenoit ensuite à droite de l'entrée de la rue -Galande, et continuoit jusqu'à l'ancienne chapelle Saint-Blaise -exclusivement. Il embrassoit les deux côtés de la rue du Fouare, -plusieurs maisons également des deux côtés dans la rue de la Bûcherie, -en allant à celle Saint-Julien, et s'étendoit jusqu'au bout oriental -de la rue des Bernardins, ce qui renfermoit la rue Perdue, la rue de -Bièvre et le commencement de celle de Saint-Victor. Cette paroisse -continuoit d'avoir le côté droit de cette rue jusqu'à celle de -Versailles, dont elle avoit aussi le côté droit, renfermant ainsi les -rues du Bon-Puits, du Paon, du Mûrier et de Saint-Nicolas, qui toutes -aboutissent à la rue Traversine, qu'elle possédoit également. De là -elle regagnoit la rue Clopin, qu'elle renfermoit tout entière, et se -prolongeoit dans la rue des Fossés-Saint-Victor, à commencer au côté -droit de la rue des Boulangers; puis remontant, elle renfermoit tout -le haut de la première de ces deux rues avec toutes celles qui y -aboutissent dans cette partie. - -5º. Dans la rue Mouffetard, elle avoit une partie du côté droit de -cette rue en descendant, à partir de la seconde rue Contrescarpe, et -de même le côté gauche jusqu'à la rue Copeau, dont elle avoit aussi la -gauche jusqu'à la Pitié. Cette paroisse possédoit en outre un bout de -la rue des Fossés-Saint-Jacques, la seconde rue Contrescarpe, les -rues du Puits-qui-parle, du Cheval-Vert, des Poules; tout le carré des -Filles Sainte-Aure dans la rue Neuve-Sainte-Geneviève; l'autre côté de -la même rue jusqu'à celle du Pot-de-Fer. Enfin elle avoit la rue des -Postes depuis le cul-de-sac des Vignes jusqu'au clos de la Visitation. - -6º. Elle avoit de plus, dans Paris, l'hôtel de Cluni et les maisons -qui y touchoient. Hors de Paris, du côté de Vaugirard, la ferme de -Grenelle, ancienne propriété des chanoines de Sainte-Geneviève[298]. - - [Note 298: L'église Saint-Étienne-du-Mont est encore - aujourd'hui une des paroisses de Paris.] - - -_La Communauté des Filles Sainte-Geneviève._ - -Cette communauté n'étoit point, comme quelques personnes l'ont pensé, -un démembrement de celle que mademoiselle Blosset avoit formée, et qui -fut réunie aux Miramiones. Cette institution, absolument étrangère à -l'autre, n'avoit pour objet que l'instruction des jeunes filles -pauvres, et formoit ce qu'on appelle communément _école de charité_. -Les filles qui se réunirent pour la composer furent placées rue de la -Montagne-Sainte-Geneviève, dans une maison appartenant à l'abbaye; et -cet établissement, fait en 1670, fut dû aux soins de M. Beurrier, -alors curé de Saint-Étienne-du-Mont. Vers la fin du siècle dernier, -il étoit administré par des filles tirées de la maison de la rue -Saint-Maur[299]. - - [Note 299: Les bâtiments de cette communauté sont occupés - par des particuliers.] - - -LA NOUVELLE ÉGLISE SAINTE-GENEVIÈVE. - -Lorsqu'en 1744 on reconstruisit le cloître de Sainte-Geneviève, prêt à -tomber en ruines, quelque indispensable que fût cette reconstruction, -l'état de dégradation complète dans lequel étoit l'église demandoit -peut-être des réparations encore plus urgentes. Toutefois l'abbé et -les chanoines attendirent jusqu'en 1754 pour présenter au roi une -requête, dans laquelle, après avoir peint le délabrement toujours -croissant de cet édifice, délabrement devenu tel à cette époque qu'il -menaçoit la sûreté des fidèles, ils démontroient la nécessité de bâtir -une église nouvelle, et l'impossibilité où ils étoient de le faire -sans de puissants secours. Leur demande fut favorablement accueillie; -on saisit même avec empressement cette occasion d'élever enfin dans -Paris un monument digne de la patronne d'une ville aussi célèbre. Le -roi parut regarder une telle entreprise comme une chose qui devoit -contribuer à illustrer son règne; et, pour assurer aux frais -considérables qu'elle alloit entraîner un fonds suffisant et -invariable, on établit sur les billets de loterie un impôt d'un -cinquième, dont le produit fut entièrement réservé à la reconstruction -de l'église de Sainte-Geneviève. Le terrain qu'on lui destina fut béni -par l'abbé le 1er août 1758; et l'église souterraine qu'il fallut -bâtir, quoique retardée par les obstacles qu'offrit le peu de solidité -du terrain[300], fut achevée dans l'année 1763. L'église supérieure -étoit déjà élevée à une certaine hauteur, lorsqu'en 1764 Louis XV vint -solennellement y poser la première pierre. - - [Note 300: On y trouva des puits au nombre de plus de cent - cinquante, dont plusieurs avoient jusqu'à quatre-vingts - pieds de profondeur. On présuma qu'ils avoient été creusés, - dans des temps très-reculés, par des potiers de terre qui - habitoient ce quartier, et qui trouvoient en cet endroit les - matières avec lesquelles ils faisoient de très-belles - poteries, dont on a découvert en même temps de nombreux - fragments.] - -Cette église fut commencée sur les dessins et sous la conduite de J. -G. Soufflot, architecte. Cet artiste, qui venoit d'achever ses études -en Italie, changea, dans la disposition générale et dans l'ordonnance -de cet édifice, le système d'architecture alors en usage à Paris: il -employa des colonnes isolées et d'un grand diamètre, tant à -l'extérieur qu'à l'intérieur, et présenta un plan dont la nouveauté, -la grâce et la légèreté réunirent tous les suffrages: l'effet en fut -tel, qu'on alla jusqu'à croire qu'il avoit surpassé dans cette -composition tout ce que les Grecs et les Romains ont produit de plus -élégant et de plus magnifique. - -Ce plan consiste en une croix grecque de trois cent quarante pieds de -long y compris le péristyle, sur deux cent cinquante de large hors -oeuvre[301], au centre de laquelle s'élève un dôme de soixante-deux -pieds huit pouces de hauteur, que supportoient intérieurement quatre -piliers si légers, qu'à peine apercevoit-on leurs massifs au milieu du -jeu de toutes les colonnes isolées qui composent les quatre nefs de la -croix[302]. Ce système de construction élégante et légère est continué -dans les voûtes de l'édifice, où l'on a pratiqué des lunettes évidées -avec beaucoup d'art, et qui donnent en quelque sorte l'apparence de la -délicatesse gothique à ces voûtes circulaires, opposées les unes aux -autres dans des sens différents, et produisant, par le passage et les -oppositions de la lumière, des effets agréables et variés. Que l'on -ajoute à cela la fraîcheur d'une exécution toute nouvelle, la -blancheur et l'éclat d'une pierre fine et choisie, une distribution -heureuse d'ornements de sculpture, on pourra se faire une idée du -spectacle ravissant dont on jouit pendant quelques mois, lorsque les -échafauds qui avoient si long-temps masqué ces voûtes disparurent, et -laissèrent se développer tout ce bel ensemble d'architecture[303]. On -peut dire que Paris entier se porta dans la nouvelle église: -l'enthousiasme étoit à son comble, et Soufflot passoit déjà pour avoir -conçu et exécuté le plus beau monument de l'architecture moderne. Il -ne restoit plus à faire que le pavement en marbre, dernière opération -qui alloit achever de donner à cette basilique la richesse convenable, -et dessiner avec plus de netteté les lignes de ce plan magnifique, -lorsque des fractures multipliées, commençant à se manifester aux -quatre piliers du dôme et aux colonnes les plus voisines, jetèrent -l'alarme, et firent connoître que le poids et la poussée de cette -masse, suspendue sur de trop frêles soutiens, agissoient déjà depuis -long-temps, et par leur chute soudaine menaçoient d'écraser tout -l'édifice. - - [Note 301: _Voy._ pl. 167.] - - [Note 302: La hauteur, depuis le pavé jusqu'au cadre de la - lunette pratiquée dans le milieu de la voûte, est de cent - soixante-dix pieds. La châsse de Sainte-Geneviève devoit - être placée au centre de ce dôme, de manière à être aperçue - de tous les points de l'église.] - - [Note 303: _Voy._ pl. 156.] - -Il fallut donc, et sans perdre un moment, renoncer à la jouissance que -procuroit ce beau spectacle d'architecture, jouissance commune en -Italie, mais très-rare en France, et encombrer de nouveau par des -cintres, des étais, des échafauds, un monument que l'on avoit pu -croire achevé, après un travail non interrompu de plus de quarante -années, et une dépense de plus de quinze millions. - -Le mal que l'on venoit de reconnoître avoit déjà été prévu et annoncé -depuis long-temps par d'habiles constructeurs; et plusieurs causes -avoient concouru à le produire. 1º Le peu d'empatement que -présentoient les masses des quatre piliers du dôme aux parties -supérieures, trop étendues en superficie; 2º le procédé vicieux adopté -pour la pose des pierres dont ces piliers étoient formés; 3º -l'ébranlement causé à la masse entière de l'édifice pendant le -ragrément de toutes les parties de l'intérieur[304]; 4º la qualité -aigre et cassante de la pierre employée à la construction de ces -piliers, qui, bien que très-dure, se fend et s'écrase ensuite -facilement sous la charge. - - [Note 304: On y avoit employé jusqu'à deux cents ouvriers à - la fois, ce qui avoit pu imprimer une sorte de mouvement et - d'accélération de chute à cette masse suspendue sur des - points d'appui trop légers, et vicieux dans le mode de leur - construction.] - -On s'assura du reste que les fondations étoient bonnes, et n'avoient -point tassé d'une manière sensible; que l'église souterraine, dont le -sol est à dix-huit pieds au-dessous de celui de la nef supérieure, -étoit construite de manière à résister à la pression et à tout le -poids des constructions supérieures; que le dôme et les trois coupoles -dont il est couvert offroient la même solidité dans leur construction; -que nul effet fâcheux ne s'y étoit manifesté, malgré la rupture des -pierres des piliers intermédiaires au dôme et à l'église basse, en -sorte qu'il fut bien constaté que la construction vicieuse de ces -piliers étoit la seule cause du mal. - -Ces points bien reconnus, le problème à résoudre étoit de trouver les -moyens de prévenir les accidents et l'accroissement du tassement, sans -nuire au système de décoration intérieure, et sans addition de -massifs, de piliers ou de colonnes, dont l'effet eût été de détruire -l'harmonie du plan et l'heureux effet des voûtes. La direction de ces -travaux, tant pour l'étaiement que pour les réparations et additions -de résistance jugées nécessaires, fut confiée à M. Rondelet, qui n'a -point cessé d'en suivre l'exécution depuis l'année 1770; qui a -présidé lui-même à la construction des trois coupoles, avec un soin et -une intelligence auxquels on ne sauroit donner trop d'éloges, ne -négligeant rien de ce qui pouvoit compléter et présenter dans tous ses -développements possibles la conception de Soufflot. - -Les opérations combinées de cet habile constructeur, tant pour -l'étaiement des arcades au moyen de doubles cintres de sa composition, -exécutés partie en charpente et partie en maçonnerie, que pour -remplacer les pierres cassées, sans causer d'ébranlements ni de -secousses, sans aucun refoulement dangereux, ont conservé ou plutôt -rendu aux arts et à la piété des fidèles ce monument du dernier -siècle, sans que la décoration primitive en ait été sensiblement -altérée. - -Mais quel que soit l'heureux résultat de cette restauration, l'église -de Sainte-Geneviève mérite-t-elle d'être considérée comme un -chef-d'oeuvre de l'art; et la réflexion ne doit-elle pas un peu -diminuer de l'admiration qu'elle inspira d'abord? Ne se mêle-t-il -point quelques défauts aux beautés supérieures dont on fut frappé à la -première vue? C'est ce qu'il convient d'examiner. - -Il n'est sans doute, dans l'aspect général de Paris, aucun point de -perspective plus élégant et plus majestueux que cette belle colonnade -du dôme, s'élevant avec sa coupole sur toute la partie sud-est de la -ville, et se groupant avec les maisons et les monuments des quartiers -Saint-Marcel et Saint-Benoît; mais si l'on s'approche pour considérer -en détail ce qui a tant frappé dans l'ensemble, ce dôme et la -combinaison de sa masse avec celle du portail ne satisferont plus au -même degré le connoisseur d'un goût délicat et sévère: on trouvera -qu'il ne repose pas avec assez de grandeur et d'harmonie sur l'attique -qui lui sert de soubassement; que sa base, trop rétrécie, est loin -d'offrir cette masse imposante et vigoureuse que présentent à -l'extérieur les mosquées de Constantinople et même les dômes de -Saint-Pierre de Rome et de Saint-Paul de Londres; enfin que les -colonnes du dehors, fuselées par des mains barbares, ont été tellement -amaigries dans leur partie inférieure, qu'une faute aussi grossière ne -peut provenir que d'une erreur considérable dans l'appareil. - -Si l'on porte ensuite ses regards sur le portail, on ne peut -disconvenir qu'il ne présente un parti noble et grand: un seul ordre, -couronné d'un fronton d'une immense proportion, rappelle d'abord le -portique du Panthéon à Rome, dont Soufflot a visiblement voulu -produire une imitation sur une plus grande échelle: heureux si la -prétention de faire mieux que son modèle, de rendre plus parfaite -encore cette belle production de l'antique, ne l'eût jeté dans des -erreurs dont le résultat a été d'en altérer les admirables -proportions! Que de fautes il a faites qu'il étoit si facile d'éviter! -On est d'abord choqué de la maigreur de ses entrecolonnements, et l'on -voit aussitôt que ce défaut n'existeroit pas s'il eût placé deux -colonnes de plus sous le fronton, au lieu de les reléguer en -arrière-corps aux angles du péristyle[305]. Groupées dans ce petit -espace d'une manière confuse, elles ont en outre l'inconvénient de -produire des ressauts et des profils multipliés qui tiennent au style -vicieux de l'école, et présentent une disparate désagréable dans un -monument où l'on a voulu imiter la simplicité de l'antique. - - [Note 305: Ce péristyle est composé de vingt-deux colonnes - d'ordre corinthien, de cinq pieds et demi de diamètre, de - cinquante-huit pieds de hauteur, y compris base et - chapiteaux. _Voy._ pl. 155.] - -On ne peut nier aussi que la hauteur du fronton ne soit excessive: sa -masse semble disputer avec celle des colonnes, et les écraser de son -poids énorme[306]. Les chapitaux trop allongés et les revers pesants -des feuilles doivent paroître d'une forme bien lourde et bien -grossière si on les compare avec la proportion mâle et la taille -savante des chapitaux du Panthéon. Les cannelures des colonnes -manquent de pureté dans leurs profils; les ornements qui décorent ce -péristyle sont d'un mauvais choix; en un mot ce portail, dans sa masse -et dans ses détails, ne présente qu'une copie dégénérée du plus noble -modèle. - - [Note 306: Il a cent vingt pieds de base sur environ - vingt-quatre pieds de haut.] - -«On ne peut le dissimuler, dit l'habile architecte à qui nous avons -emprunté la plus grande partie de ces idées[307], Soufflot n'avoit -point assez approfondi l'étude de l'antique dans le portique dont il -vouloit reproduire l'effet. On doit lui savoir gré sans doute de -n'avoir employé qu'un seul grand ordre, de s'être affranchi de la -vieille routine, en offrant cet aspect majestueux de colonnes isolées -et d'un grand diamètre; mais il faut le blâmer de n'avoir pas suivi -les justes proportions de ce système antique qu'il vouloit faire -revivre. Peut-être seroit-il plus juste de l'en plaindre: car on peut -dire que, sous le rapport de ce genre d'étude, l'art étoit encore chez -nous dans l'enfance; on avoit encore cette fausse idée qu'il falloit -apporter ce que l'on appeloit du _goût_ dans le perfectionnement de -ces rigides proportions, et ajouter de la _grâce_ à ces formes -sévères. Une présomption mal entendue ne les plaçoit point au premier -rang qui leur appartient; on n'avoit point encore moulé ces beaux -ornements dont la collection choisie brille dans nos musées, et l'on -pensoit qu'il suffisoit d'un dessin ou de l'oeuvre de _Desgodets_, -pour recréer à l'instant tous ces beaux détails des monuments de -l'ancienne Rome. Quant à ceux de la Grèce, ils n'étoient absolument -connus que de nom. Imbus de semblables préjugés, et privés d'éléments -aussi nécessaires, les artistes d'alors étoient sans doute dans -l'impossibilité de mieux faire; on ne peut faire un crime à Soufflot -de n'avoir pas su ce que tout le monde ignoroit à l'époque où il -bâtissoit, et ces fautes, qu'il n'eût pas faites dans un temps -meilleur, sont absolument indépendantes de son talent[308].» - - [Note 307: Feu M. Legrand.] - - [Note 308: La destination de ce monument fut changée pendant - la révolution: on le consacra, sous le nom de Panthéon - françois, à la sépulture des Grands Hommes, et l'on sait - quels hommes y furent alors enterrés. (Voy. l'article - _monuments nouveaux_.)] - - -LES FRÈRES PRÊCHEURS OU DOMINICAINS, DITS LES JACOBINS. - -Ce fut au milieu des croisades entreprises contre les Albigeois, dont -l'hérésie dangereuse n'étoit autre chose que l'ancienne erreur des -Manichéens, que l'ordre dont nous parlons prit son origine. Tandis que -la puissance temporelle cherchoit à arrêter par les armes un mal dont -les progrès rapides menaçoient la tranquillité des états, saint -Dominique essayoit de ramener, par l'onction de ses paroles, ces -malheureux égarés. Le succès qu'obtinrent ses prédications lui fit -naître la pensée de s'associer quelques personnes animées du même -zèle, et d'en former un ordre religieux destiné à la propagation de la -foi. Les membres du nouvel institut devoient s'attacher spécialement à -prêcher aux peuples les vérités saintes et immuables de l'évangile, à -les soutenir autant par leurs exemples que par leurs discours, à -convaincre les hérétiques et à les ramener par la force de la -persuasion. Cet ordre fut approuvé en 1216 par Honorius III, sous le -titre de _Frères Prêcheurs_. Dès l'année suivante, saint Dominique -envoya quelques-uns de ses disciples à Paris: ils y arrivèrent le 12 -septembre 1217, se logèrent dans une maison près Notre-Dame, entre -l'Hôtel-Dieu et la rue l'Évêque, et y demeurèrent jusqu'à l'année -suivante. Alors ils obtinrent de la libéralité de Jean Barastre, doyen -de Saint-Quentin, une maison près des murs, et une chapelle du titre -de Saint-Jacques, laquelle avoit été attachée à un hôpital institué -pour les pèlerins, et qu'on appeloit l'_hôpital Saint-Quentin_. C'est -de cette chapelle que la rue Saint-Jacques a pris son nom, et que les -Dominicains ont été appelés _Jacobins_, non-seulement à Paris, mais -dans toute l'étendue du royaume. - -Ce premier établissement des Frères Prêcheurs dans la capitale n'a -point été raconté de la même manière par nos historiens. Plusieurs y -ont mêlé une foule de petites circonstances dont la fausseté est -évidente, et qui, du reste, sont trop peu importantes pour mériter -d'être discutées. Nous les passerons donc sous silence, et nous -continuerons, dans ce récit, de nous attacher, comme nous l'avons -toujours fait jusqu'à présent, aux autorités les plus graves et aux -opinions les plus vraisemblables. - -Quoique les Jacobins eussent été mis en possession, dès l'année 1218, -de la chapelle et de l'hôpital du doyen de Saint-Quentin, il paroît -qu'ils n'avoient point encore acquis le droit d'y célébrer l'office, -du moins publiquement: car on trouve que vers ce temps-là un de leurs -religieux étant décédé fut enterré à Notre-Dame-des-Vignes; mais en -1221 ils jouissoient déjà de la permission d'avoir une église et un -cimetière qui leur avoient été accordés dès l'année précédente par le -chapitre de Notre-Dame. Ce fut aussi cette même année que l'Université -renonça en leur faveur au droit qu'elle pouvoit avoir sur la chapelle -Saint-Jacques[309], sous la condition toutefois de certaines prières -qu'ils seroient tenus de dire, de services qu'ils feroient célébrer, -et stipulant en outre que si quelque membre de cette compagnie -choisissoit sa sépulture chez les Jacobins, il seroit inhumé dans le -chapitre, si c'étoit un théologien; dans le cloître, s'il étoit membre -d'une autre faculté. - - [Note 309: _Hist. univ._, t. III, p. 105.] - -Saint Louis, auquel la plupart des religieux sont redevables de leur -établissement à Paris, combla ceux-ci de ses bienfaits: il fit achever -l'église qu'ils avoient commencée, bâtir le dortoir et les écoles, et -leur donna deux maisons dans la rue de l'Hirondelle. De là l'erreur de -Sauval, qui avance quelque part que les Jacobins doivent leur -fondation à ce monarque[310]. Diverses donations qu'il suppose leur -avoir été faites à cette même époque paroissent également suspectes, -et l'on ne voit point qu'avant 1281 leur territoire ait reçu aucun -accroissement. Dans cette année ils firent l'acquisition de quelques -maisons sises près de leur couvent[311], acquisition pour laquelle -ils obtinrent des officiers municipaux un acte d'amortissement, et que -confirma aussitôt Philippe-le-Hardi. - - [Note 310: T. I, p. 410.] - - [Note 311: _Livre Rouge de l'hôtel-de-Ville_, fol. 112, vº. - Ces maisons sont celles qui étoient contiguës au collége de - Cluni, et celles qui donnoient sur la rue Saint-Jacques, - touchant à la voûte Saint-Quentin, où est aujourd'hui - l'entrée de ce côté-là. - - (JAILLOT.)] - -Le cimetière, l'infirmerie et l'un des dortoirs de cette maison -étoient situés au-delà de l'enceinte de Philippe-Auguste. Louis X, -quelques-uns disent Philippe-le-Long, voulant accroître le terrein -qu'ils possédoient déjà, leur donna toute la partie du mur qui régnoit -le long de leur couvent, et les deux tours qui se trouvoient dans cet -espace, concession qui leur procura la facilité d'étendre de ce côté -leurs bâtiments; mais lorsqu'en 1358 on eut pris la résolution de -creuser un fossé autour de l'enceinte méridionale, ce fut une -nécessité d'abattre ces nouvelles constructions. Alors, pour -indemniser les Jacobins de cette perte, Charles V acheta des religieux -de Bourgmoyen, près de Blois, la maison et les jardins qu'ils -possédoient à Paris, et les donna aux Jacobins, francs et quittes de -toutes redevances. Il paroît que cette maison occupoit une grande -partie du terrain dont se composa depuis le jardin de ces Pères. Quant -aux jardins des religieux de Bourgmoyen, ils sont aujourd'hui couverts -des maisons qui forment les rues Saint-Dominique et Saint-Thomas, -comme nous aurons occasion de le dire en parlant du quartier du -Luxembourg. - -Les Jacobins obtinrent encore de Louis XII l'ancien parloir aux -Bourgeois[312], et une ruelle qui régnoit le long du mur de la ville. -On voit dans les registres de la ville que, «le 5 août suivant, la -ville s'opposa à cette concession, attendu, dit-elle, que c'est son -propre héritage, et qu'il y a une tour hors les murailles qui pourroit -nuire à la ville si lesdits frères en étoient possesseurs, étant deux -cents religieux de toutes nations.» Il ne paroît pas que cette -réclamation ait empêché l'effet de la donation. - - [Note 312: Ce lieu, destiné aux assemblées des officiers - municipaux, est appelé, dans des lettres du roi Jean de - 1350, _Parlamentum_, _seu Parlatorium Burgensium_ (Livre - Rouge de l'Hôtel-de-Ville, fol. 17, vº). Quant à la ruelle, - nommée _Coupe-Gorge_, à cause des accidents fréquents qui y - arrivoient, Sauval et d'autres l'ont confondue avec la rue - de _Coupe-Gueule_, située entre la rue de Sorbonne et celle - des Maçons.] - -Le cloître de ces religieux fut reconstruit, en 1556, des libéralités -d'un riche bourgeois nommé Hennequin. En l'an 1563, ils firent rebâtir -leurs écoles, qui tomboient en ruines, au moyen des aumônes que leur -procura un jubilé que le pape Pie IV leur avoit accordé à cette -intention. - -L'enceinte de ce couvent renfermoit un assez grand terrain; mais les -bâtiments, presque tous d'un gothique très-grossier, et la plupart -sans symétrie, n'avoient rien qui méritât d'être remarqué. Il en étoit -de même de l'église, dont le vaisseau étoit vaste, mais sans -proportion et sans régularité. Elle étoit partagée en deux dans toute -sa longueur, comme celle que l'ordre possédoit à Toulouse. - -Ce qui méritoit d'attirer l'attention, c'étoit le nombre considérable -d'illustres personnages qui avoient été inhumés dans cette église, ou -dont on y avoit déposé le coeur ou les entrailles. On y comptoit -non-seulement les plus grands noms de la France, mais encore des -princes du sang, des rois et des reines, entre autres les trois chefs -des branches royales de Valois, d'Évreux et de Bourbon. Du reste elle -étoit peu riche en tableaux et autres monuments des arts. - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES JACOBINS. - - TABLEAUX. - - Sur le maître autel, un très-beau tableau qui leur fut donné par - le cardinal Mazarin, représentant la naissance de la Vierge, et - attribué par les uns à _Sébastien del Piombo_, par d'autres, au - _Valentin_[313]. La décoration de cet autel, enrichi de colonnes - en marbre d'ordre corinthien, étoit également due aux libéralités - de ce ministre. - - [Note 313: Ce tableau avoit été transporté, vers les - derniers temps, dans la salle des exercices, connue sous le - nom d'_Écoles de Saint-Thomas_.] - - Dans l'église, une Descente de croix, d'une belle exécution, sans - nom d'auteur. - - Au-dessus de la chaire, un saint Thomas prêchant; par _Élisabeth - Chéron_. - - - SÉPULTURES. - - Dans cette église avoient été inhumés: - - Charles de France, comte de Valois, chef de la branche de ce nom, - laquelle a régné deux cent soixante années. - - Charles de Valois, comte d'Alençon, second fils de Charles de - France. Il fut la tige des comtes d'Alençon. - - Agnès de France, septième fille de Jean de France, duc de - Normandie. - - Louis de France, comte d'Évreux, et chef de la branche de ce nom. - - Robert de France, comte de Clermont en Beauvoisis, sixième fils - de saint Louis, et chef de la branche de Bourbon. - - Louis Ier, duc de Bourbon, fils de Robert de France, comte de - Clermont et de la Marche. - - Marguerite de Bourbon, fille de Robert, et première femme de Jean - de Flandre, comte de Namur. - - Pierre, duc de Bourbon et comte de la Marche, fils de Louis Ier. - - Louis IIIe du nom, fils puîné de Louis IIe du nom, duc de - Bourbon. - - Béatrix de Bourbon, fille de Louis Ier et de Marie de Hainaut. On - voyoit sa figure debout, et appuyée contre un pilier du - sanctuaire, avec son épitaphe au-dessus[314]. Elle avoit en outre - son tombeau dans la nef, à main gauche. - - [Note 314: Cette statue, en pierre de liais, se voit aux - Petits-Augustins; le masque est en albâtre.] - - Anne de Bourbon, fille de Jean Ier, comte de la Marche, de - Vendôme et de Castres. - - Philippe d'Artois, fils aîné de Robert, comte d'Artois; et - Blanche sa femme, fille du duc de Bretagne. - - Gaston, comte de Foix, premier du nom. - - Clémence, fille de Charles Martel, roi de Hongrie, et seconde - femme de Louis X, roi de France. - - Cette église possédoit en outre: - - Le coeur de Philippe III, dit le Hardi, roi de France et fils de - saint Louis. - - Celui de Pierre de France, comte d'Alençon, cinquième fils de - saint Louis. - - Celui de Charles IV, roi de France. - - Celui de Philippe III, dit le Sage, roi de Navarre, fils de Louis - de France, comte d'Évreux. - - Celui de Charles de France, roi de Naples et de Sicile, frère de - saint Louis. - - Les entrailles de Philippe V, dit le Long,} - } tous les deux - } rois de France. - Celles de Philippe VI, dit de Valois, } - - Devant le maître-autel étoit la tombe de Humbert de la - Tour-du-Pin, deuxième du nom, Dauphin de Viennois, mort à - Clermont en Auvergne, en odeur de sainteté, en 1355[315]. - - [Note 315: Il se consacra à Dieu après la mort de son fils, - qui s'étoit noyé dans l'Isère; céda ses états à Philippe VI; - entra dans l'ordre de Saint-Dominique; fut successivement - prêtre, patriarche d'Alexandrie, et administrateur perpétuel - de l'évêché de Reims. Après sa mort son corps fut transporté - à son couvent de Paris, et enterré auprès de Clémence, reine - de France, et soeur de sa mère. Sa tombe étoit composée de - quatre grandes plaques de cuivre jetées en moule. Il y étoit - représenté revêtu des habits de son ordre, la chape plus - courte que sa robe. Il avoit la mitre, les gants, le pallium - qui descendoît jusqu'à ses pieds, et tenoit sous son bras - gauche le bâton de la croix patriarcale.] - - Au-dessus de la porte du Revestiaire, la statue du cardinal Gui - de Malsec à genoux devant un crucifix. - - Dans les chapelles et dans diverses autres parties de l'église - avoient été inhumés plusieurs autres personnages remarquables, - savoir: - - Dans la chapelle de Saint-Thomas ou des Bourbons, les PP. Nicolas - Coeffeteau et Noël Alexandre, tous les deux de l'ordre des Frères - Prêcheurs, et célèbres par leur profonde érudition. - - Sous une tombe, devant la chapelle de la Passion, Pierre de la - Palue, religieux de Saint-Dominique et patriarche de Jérusalem. - - Dans la nef, devant les orgues, trois générales perpétuelles des - Béguines de Paris, Agnès d'Orchies, Jeanne La Bricharde et Jeanne - Roumaine. - - Aussi dans la nef, Jean Passerat, professeur d'éloquence au - collége royal, et George Critton, Écossois, docteur en droit - civil et canonique, et professeur royal en langue grecque et - latine[316]. - - [Note 316: Les bustes de ces deux personnages accompagnoient - leurs monuments.] - - Dans l'aile où étoit située la chapelle du Rosaire, Nicolas de - Paris, substitut du procureur-général du parlement. - - Auprès de l'oeuvre de la confrérie du Rosaire[317], Claude Dormy, - évêque de Boulogne-sur-Mer, auparavant moine de Cluni, et prieur - de Saint-Martin-des-Champs. Il étoit représenté à genoux sur la - porte d'une chapelle[318]. - - [Note 317: La dévotion à la confrérie du Rosaire attiroit - dans cette église un grand concours de peuple, tous les - premiers dimanches du mois. La reine Anne d'Autriche engagea - Louis XIII à y entrer, et y fit inscrire Louis XIV, son - fils, encore au berceau. Depuis cette époque la coutume - s'étoit introduite d'y faire inscrire les enfants de France - peu de temps après leur naissance.] - - [Note 318: La statue de ce prélat avoit été déposée aux - Petits-Augustins.] - - Près de cette chapelle, Pierre de Rostrenan, chambellan du roi - Charles VII. Sa figure en albâtre étoit couchée sur sa tombe. - - Jean Clopinel, dit de Meung, continuateur du roman de la Rose, - avoit été aussi inhumé dans ce couvent, mais on ignore si ce fut - dans l'église ou dans le cloître, etc., etc. - -L'église des Jacobins, qui, depuis long-temps, menaçoit ruine, avoit -été abandonnée par ces religieux, quelques années avant la -révolution; et l'office divin se célébroit dans la salle des -exercices, connue sous le nom d'_Écoles de Saint-Thomas_. Ces écoles, -situées à côté de l'église, avoient été commencées aux dépens du P. -Jean Binet, docteur en théologie, et religieux de cet ordre, mort en -1550. On y remarquoit une chaire revêtue de marbre, dans laquelle -étoit, dit-on, renfermée celle qui avoit servi à saint Thomas d'Aquin. -La salle principale étoit ornée de plusieurs représentations des plus -grands personnages de l'ordre, parmi lesquels on distinguoit les -portraits de saint Dominique, de Pierre de Tarentaire, pape sous le -nom d'Innocent V, et de Hugues de Saint-Cher, cardinal du titre de -Sainte-Sabine. - -La bibliothèque, composée de quinze à seize mille volumes, contenoit -plusieurs manuscrits d'ouvrages de piété, légués par saint Louis à ces -religieux. - -L'ordre de Saint-Dominique est un des plus illustres qu'il y ait eu -dans l'église. Sans parler d'une foule de savants, aussi -recommandables par leurs vertus que par leurs lumières, qui sont -sortis de ses écoles, ou qui ont travaillé dans le silence de ses -cloîtres, il compte parmi ses membres douze saints canonisés et -plusieurs béatifiés; quatre papes, Innocent V, Benoît XI, Pie V et -Benoît XIII; cinquante-huit cardinaux, vingt-trois patriarches; tous -les maîtres du sacré Palais, depuis saint Dominique, qui fut le -premier en 1217; vingt-huit confesseurs de nos rois, et quarante-deux -des rois d'Espagne[319]. - - [Note 319: Les bâtiments des Jacobins ont été détruits en - grande partie: l'église, qui existe encore, sert de - magasin.] - - -L'ÉGLISE COLLÉGIALE DE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS. - -Les Historiens de Paris ne sont d'accord ni sur l'origine de cette -église, ni sur l'étymologie du surnom qui lui a été donné; il est peu -de monuments qui aient exercé davantage leur sagacité. Quelques-uns -ont avancé que saint Denis l'Aréopagite avoit célébré les saints -mystères dans un oratoire qu'il avoit lui-même dédié en cet endroit -sous l'invocation de saint Étienne, et en ont conclu que le véritable -surnom étoit des _Grecs_, parce que ce saint et ses disciples étoient -venus d'Athènes dans les Gaules. D'autres, rejetant cette tradition -très-incertaine, ont pensé, mais sans en apporter des preuves -meilleures, que ce surnom venoit de quelques degrés qu'il falloit -monter pour entrer dans cette église, et qu'on devoit dire _S. -Stephanus de gradibus_. Plusieurs prétendent que cette église, étant -située à la sortie de la ville, a été appelée ainsi, _ab egressu -urbis_, et qu'il convient d'écrire Saint-Étienne-_d'Egrès_. Il n'est -pas moins difficile d'adopter cette dernière explication: car c'est un -fait incontestable que l'édifice en question étoit renfermé dans -l'enceinte de Philippe-Auguste. - -Enfin l'abbé Lebeuf[320], s'appuyant sur les cartulaires de -Sainte-Geneviève et de Sorbonne, dans lesquels l'église de -Saint-Étienne est nommée _de gressis_ et _de gressibus_, donne sur -cette dénomination _des grès_ deux opinions très-plausibles, et qui -ont été adoptées par Jaillot. Il pense que ce nom peut venir des -_grès_ ou bornes posées dans cette rue, pour marquer les limites des -seigneuries, du roi, de l'abbaye Sainte-Geneviève et autres, ou d'une -famille _de Grèz_, connue au treizième siècle, laquelle possédoit, au -nom du roi, un pressoir et vignoble sur le bord de la rue -Saint-Étienne. Il cite en effet plusieurs actes dans lesquels il est -fait mention de cette famille; mais il n'en est aucun d'où l'on -puisse conclure que son nom ait été ajouté à celui de l'église avant -le commencement du treizième siècle. - - [Note 320: T. I, p. 226.] - -Sur l'ancienneté de son origine il n'y a pas moins de variété dans les -opinions. Il faut d'abord rejeter celle de du Breul et autres qui -attribuent son érection à saint Denis l'Aréopagite: elle n'est appuyée -sur aucune preuve, pas même sur des conjectures vraisemblables. L'abbé -Lebeuf[321] se contente de dire que cet édifice existoit dans le -septième siècle, et cite à ce sujet le testament d'une dame nommée -Hermentrude, qui désigne l'église Saint-Étienne parmi celles -auxquelles elle distribue des legs; mais il est combattu par Jaillot: -celui-ci prétend ne reconnoître dans cette église Saint-Étienne que -l'ancienne église-mère, laquelle, comme on sait, étoit originairement -sous l'invocation de ce saint. Ce critique rejette également -l'interprétation qu'Adrien de Valois donne à un passage des annales de -saint Bertin, au moyen duquel il prétend prouver que cette église fut -rachetée, en 857, des fureurs des Normands, qui livroient alors aux -flammes tous les édifices dont Paris étoit environné. Il n'a pas de -peine ensuite à prouver que ce n'est point de ce monument, mais de la -cathédrale qu'il est question dans le poëme d'Abbon, lorsque cet -auteur dit qu'en 886 le corps de saint Germain fut reporté dans la -basilique de Saint-Étienne, martyr. Toutefois, en regardant comme -incomplètes toutes ces preuves apportées par divers historiens de -l'existence de l'église Saint-Étienne à ces différentes époques, -Jaillot est loin d'en conclure qu'il n'y avoit pas alors quelque -chapelle de ce nom dans les faubourgs. Il est certain que le -territoire sur lequel elle est située appartenoit à la cathédrale -avant l'invasion des Normands; il est probable en outre que ce -territoire entra dans la transaction faite avec ces barbares, et du -reste l'existence de cette église et sa dépendance de l'église-mère -sont constatées, dans le siècle suivant, par des actes présentés par -ce critique comme les premiers qui en parlent avec authenticité. - - [Note 321: T. I, p. 223.] - -Au commencement du onzième siècle, les malheurs des temps et les -troubles de l'état avoient fait abandonner plusieurs églises; le -service divin ne s'y faisoit plus régulièrement, et les biens qu'elles -possédoient avoient été usurpés. Un clerc, nommé Girauld, jouissoit -des églises de Saint-Étienne, de Saint-Julien, de Saint-Séverin et de -Saint-Bache (Saint-Benoît). On voit par une charte sans date[322], -mais qui doit avoir été donnée entre 1031 et 1050, que sur la demande -d'Imbert, évêque de Paris, Henri Ier, qui régnoit alors, accorda la -propriété de ces églises à la cathédrale, toutefois sous la réserve -des droits de Girauld, qui continua d'en jouir jusqu'à sa mort. C'est -donc à cette époque qu'il convient de fixer l'origine de Saint-Étienne -comme église collégiale. Elle étoit, comme nous l'avions déjà -dit[323], l'une des _quatre-filles_ de Notre-Dame, et son desservant -avoit rang parmi les prêtres cardinaux qui assistoient l'évêque à -l'autel les jours de Noël, de Pâques et de l'Assomption. - - [Note 322: Pastor. A, p. 596; B, p. 93; D. 56; _Gall. - christ._, t. VII; _Instrum._, col. 31.] - - [Note 323: _Voy._ t. I, prem. part., p. 361.] - -Il ne paroît pas que, dans ces premiers temps, le clergé en ait été -nombreux: le chapitre de Notre-Dame commettoit un chanoine pour avoir -soin de cette église, qui, jusqu'en 1187, ne fut desservie que par -deux prêtres; mais depuis cette année jusqu'à 1250, le nombre des -membres de cette collégiale s'accrut successivement, de manière -qu'elle se composa dès lors de onze chanoines et d'un chefcier, qui -fut élu, pour la première fois, dans cette dernière année[324]. Ils se -maintinrent ainsi jusqu'à la fin. Les chanoines et le chefcier étoient -à la nomination de deux chanoines de Notre-Dame, en vertu du droit -attaché à leur prébende, et il y avoit de plus un chapelain que -nommoit le chapitre de Saint-Étienne-des-Grès. - - [Note 324: Pastor. A, p. 654.] - -Les bâtiments de cette église n'avoient d'ancien que le côté où étoit -la chapelle de Notre-Dame-de-Délivrance: plusieurs piliers qui -existoient encore dans cette partie de l'édifice et la tour -paroissoient être de la fin du onzième siècle. Le portail étoit plus -moderne d'environ cent ans; le reste, construit à diverses époques -beaucoup moins reculées, se trouvoit masqué par une foule de -constructions irrégulières élevées entre le portail extérieur et -l'église, et servant de logements aux membres du chapitre et aux gens -attachés à leur service. Ce portail extérieur avoit été, suivant les -apparences, bâti dans le dix-septième siècle[325]. - - [Note 325: _Voy._ pl. 157.] - -On raconte que saint François-de-Sales, encore étudiant à Paris, -venoit souvent prier dans cette chapelle de la Vierge dont nous venons -de parler. - -Il y fut institué, en 1533, une confrérie qui depuis devint célèbre, -et à laquelle deux papes (Grégoire XIII et Clément VIII) attachèrent -de grandes indulgences. - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS. - - Sur la droite du maître-autel, un tableau représentant la - Vierge, et l'Enfant-Jésus caressant saint Jean-Baptiste; par un - peintre inconnu. - - Sur la tranche d'un bénitier de marbre, placé au pied d'un des - piliers de l'orgue, on lisoit une inscription grecque - _récurrente_[326], copiée sans doute d'après les bénitiers de la - croisée de Notre-Dame, où elle se trouvoit également gravée, mais - beaucoup plus anciennement. Elle étoit conçue en ces termes: - - [Grec: NIPSÔN ANOMÊMATA MÊ MONAN OPSIN]. - - 1626. - - Lava peccata non solam faciem. - - [Note 326: C'est-à-dire qu'elle pouvoit être lue également - de gauche à droite et de droite à gauche.] - -On prétend que cette inscription étoit primitivement gravée sur le -bénitier de l'église de Sainte-Sophie à Constantinople[327]. - - [Note 327: L'église Saint-Étienne-des-Grès a été détruite.] - - -LA CHAPELLE SAINT-SYMPHORIEN. - -Cette chapelle, qui fut détruite dans le dix-septième siècle, étoit -située dans la rue des Cholets, vis-à-vis le collége qui porte le même -nom. Son origine, sur laquelle on n'a aucun renseignement, devoit -être fort ancienne, car il en est fait mention dans le testament -d'Hermentrude. On la trouve citée depuis dans la charte de -Philippe-Auguste de 1185, et dans le cartulaire de Sainte-Geneviève à -la date de 1220. Sauval dit qu'elle subsistoit encore de son temps; il -devoit ajouter aussi qu'il l'avoit vu détruire, car il n'est mort -qu'en 1670, et alors il y avoit huit ans que cette chapelle, tombant -en ruines, avoit été vendue au collége de Montaigu, par contrat du 2 -septembre 1662. - -La chapelle Saint-Symphorien avoit été bâtie au milieu d'un clos de -vignes qui s'étendoit jusqu'à Notre-Dame-des-Champs (les Carmélites). -Ce vignoble appartenoit au roi et à différents seigneurs. D'anciens -titres nous apprennent que le monarque avoit, entre l'église -Saint-Étienne et le collége de Lisieux, un pressoir, dans lequel on -portoit le vin qui se recueilloit au clos _des Mureaux_. Ce clos, -situé au faubourg Saint-Jacques, étoit nommé, au treizième siècle, -_Murelli_, dans le suivant _de Murellis_, aliàs _de Cuvron_. On -donnoit le nom de _clos Saint-Étienne_ aux vignes plantées près de -cette église. - - -LES RELIGIEUSES DE LA VISITATION DE SAINTE-MARIE. - -Nous avons déjà parlé de l'origine de ces religieuses et de leur -établissement à Paris en 1619[328]. Leur nombre s'étant -considérablement augmenté dès le commencement, ce fut une nécessité de -chercher presque aussitôt un lieu convenable pour y fonder un nouveau -monastère et y établir une colonie de ces saintes filles. L'archevêque -de Paris leur en accorda la permission en 1623. Elles achetèrent en -conséquence, au faubourg Saint-Jacques, une maison dite _Saint-André_, -avec quelques bâtiments et jardins qui l'environnoient, et firent -disposer le tout dans la forme propre à y recevoir une communauté. Ce -second établissement, dans lequel elles entrèrent le 13 août 1626, -fut confirmé par des lettres patentes données en 1660. - - [Note 328: _Voy._ t. II, 2e part., p. 1249.] - -La maison du faubourg Saint-Jacques étant devenue, dans le courant du -siècle dernier, l'une des plus considérables de l'ordre, ces dames se -trouvèrent dans une situation assez prospère pour penser à faire -reconstruire leur église en entier et une partie de leurs bâtiments. -Ce projet fut exécuté quelques années avant la révolution. L'église, -qui existe encore, est petite, mais d'une architecture élégante[329]. -Le portail en est simple et de bon goût. - - [Note 329: _Voy._ pl. 158. Elle a été rendue au culte.] - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA VISITATION. - - Sur le maître-autel, dédié à saint François-de-Sales, un tableau - représentant ce saint évêque; par _Le Brun_. - - Dans un des bas-côtés, à droite, la Visitation; par _Suvée_. - - Dans le bas-côté, à gauche, le tableau des Sacrés-Coeurs; par - _Mauperin_. - - Ces dames possédoient en outre plusieurs tableaux de _La Fosse_, - renfermés dans l'intérieur de leur maison. - - -LE SÉMINAIRE SAINT-MAGLOIRE. - -C'étoit dans l'origine un hôpital connu sous le nom de -Saint-Jacques-du-Haut-Pas. On ne sait rien de positif ni sur l'origine -des religieux qui le desservoient, ni sur l'époque de leur -établissement à Paris. Le P. Helyot[330] nous présente cet ordre comme -une société de laïcs qui, au douzième siècle, et à l'exemple des -religieux appelés _Pontifices_ ou faiseurs de ponts, s'étoient voués à -l'occupation pénible de faciliter aux pèlerins les passages difficiles -des rivières, et faisoient eux-mêmes les ponts et bacs destinés à cet -usage. Il dit qu'ils portoient, comme marque distinctive, un marteau -figuré sur la manche gauche de leur habit; que cet institut, ayant été -favorisé, forma une espèce de congrégation religieuse, dont le -chef-lieu fut le grand hôpital de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, au -diocèse de Lucques en Italie. Quelques historiens en ont fait un ordre -militaire; d'autres prétendent qu'ils étoient chanoines réguliers. La -première opinion sembleroit la plus probable, parce qu'en effet le -chef de l'ordre prenoit le titre de commandeur.[331] Jaillot -conjecture qu'ils étoient établis à Paris dès le douzième siècle; et -que c'est d'eux qu'il est question dans une donation faite, en 1183, -par Philippe-Auguste de tout ce qui lui appartenoit sous Montfaucon; -d'autres historiens ne pensent pas que l'hôpital du Haut-Pas ait été -fondé avant l'année 1286. Quelques-uns même, tels que Sauval et D. -Félibien, reculent cette fondation jusqu'au quatorzième siècle; mais -des titres authentiques en constatoient l'existence dès 1260[332]. - - [Note 330: _Hist. des Ordr. rel._, t. II, p. 280.] - - [Note 331: L'abbé Lebeuf, t. I, p. 246.] - - [Note 332: L'abbé Lebeuf, t. I, p. 247.] - -Ces hospitaliers, ne trouvant pas en France l'occasion de rendre aux -fidèles les services auxquels ils s'étoient obligés par leur institut, -cherchèrent quelque autre moyen de leur devenir utiles, et le trouvèrent -dans l'érection d'un hôpital, où ils reçurent les pèlerins des deux -sexes, et leur prodiguèrent tous les secours de l'humanité et de la -religion. L'utilité de cette nouvelle institution fut si vivement -sentie, que, malgré la suppression de cet ordre faite en 1459 par Pie II -et la réunion de ses revenus à celui de Notre-Dame de Bethléem, on -résolut de le conserver en France. Antoine Canu, qui en étoit commandeur -en 1519, fit rebâtir l'hôpital et reconstruire une plus grande église, -qui fut dédiée, par François Poncher, évêque de Paris, sous le nom de -Saint-Raphaël archange et de Saint-Jacques-le-Majeur. Les choses -restèrent dans le même état jusqu'au milieu du siècle suivant, que cet -hôpital fut mis dans la main du roi, sans qu'on en sache la raison. On -trouve qu'en 1554 il fut destiné, par un arrêt du conseil, à recevoir -les soldats blessés, et qu'en 1561 le roi en faisoit acquitter les -charges. - -Nous avons déjà dit qu'en 1572 un ordre de Catherine de Médicis fit -transférer à Saint-Jacques-du-Haut-Pas les religieux de -Saint-Magloire[333]. Cette translation, qui ne s'opéra que -difficilement, et contre le gré de ces religieux, fit naître parmi eux -des dégoûts, y produisit un relâchement si marqué, que M. de Gondi, -évêque de Paris et abbé de ce monastère[334], se crut obligé de -recourir à l'autorité du parlement, qui, par son arrêt du 13 février -1586, ordonna que cette abbaye seroit réformée, et nomma des -commissaires à cet effet. Cette réforme eut tout le succès que l'on -pouvoit désirer; mais le nombre des religieux diminua successivement, -et à un tel point, que M. Henri de Gondi, cardinal de Retz et évêque -de Paris, jugea qu'il ne pouvoit trouver ni un lieu ni une -circonstance plus favorable pour établir un séminaire qu'il avoit -depuis quelque temps résolu de former. Il obtint à cet effet des -lettres-patentes du mois de juillet 1618, qui autorisèrent la -fondation de ce séminaire, et y appliquèrent le produit de la mense -conventuelle. - - [Note 333: _Voy._ tom. I, 2e part., p. 583.] - - [Note 334: Dès 1480 l'abbaye Saint-Magloire étoit possédée - en commande. Catherine de Médicis, long-temps avant la - translation, avoit demandé la suppression du titre et de la - dignité abbatiale, et l'union des revenus à l'évêché de - Paris, ce qui fut accordé par une bulle de Pie IV en 1564, - et confirmé, en 1575, par une autre bulle de Grégoire XIII.] - -Ce fut aux PP. de l'Oratoire que ce prélat jugea à propos de confier -la direction du nouvel établissement: ils furent chargés d'instruire -et d'entretenir douze ecclésiastiques, à sa nomination et à celle de -ses successeurs. L'événement justifia pleinement la sagesse d'un tel -choix; et de cette école, recommandable par la science et la piété de -ses directeurs, on a vu, dans l'espace de près de deux siècles, sortir -une foule de sujets distingués, dont plusieurs ont été l'ornement de -l'Église, et en ont rempli les premières dignités. - -Ce fut le 16 mars 1620 que fut passée la transaction entre les PP. de -l'Oratoire et les religieux de Saint-Magloire: il fut convenu que -ceux-ci pourroient rester dans la maison, qu'ils y jouiroient chacun -d'une pension de 414 livres, et de la prébende de l'église Notre-Dame, -qu'on avoit affectée à leur mense. Le dernier de ces religieux y -mourut en 1669. - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE. - - Sur le maître-autel, un tableau représentant l'Annonciation; sans - nom d'auteur. - - Dans la nef, plusieurs autres tableaux médiocres, ou copiés - d'après de bons maîtres. - -La bibliothèque, composée de dix-huit à vingt mille volumes, -renfermoit les manuscrits de M. de Saint-Marthe sur les grandes -maisons de France[335]. - - [Note 335: Ce séminaire est maintenant occupé par - l'institution des Sourds-Muets.] - - -L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-JACQUES-DU-HAUT-PAS. - -Cette église doit le nom qu'elle porte à la chapelle de l'hôpital dont -nous venons de parler. Vers le milieu du quinzième siècle, les -habitants des faubourgs Saint-Jacques et Saint-Michel, trop éloignés -des églises Saint-Médard, Saint-Hippolyte et Saint-Benoît, leurs -paroisses, avoient sollicité l'érection de cette chapelle en -succursale. Cette demande, après quelques contestations, leur fut -accordée en 1566; et la sentence de l'official qui ordonna cette -érection remit la nomination du chapelain qui devoit résider à -Saint-Jacques-du-Haut-Pas aux curés et vicaires perpétuels des églises -que nous venons de nommer. - -Les Bénédictins de Saint-Magloire ayant été transférés, en 1572, dans -la maison des Hospitaliers de Saint-Jacques, il arriva que l'office de -ces religieux devant se dire à certaines heures, se rencontroit -souvent avec celui de la succursale, ce qui, des deux côtés, devint -également incommode, et détermina les paroissiens à faire bâtir une -nouvelle chapelle à côté de l'ancienne. Elle fut commencée en 1584, et -l'on en bénit le cimetière le 10 mai de la même année. - -Dès l'époque de l'érection de cette succursale, le prêtre qui la -desservoit avoit pris le titre de curé; plusieurs actes cités par -Jaillot le lui donnent, et il paroît que cette cure étoit alors à la -nomination du trésorier de la Sainte-Chapelle. Cependant la chapelle -de Saint-Jacques-du-Haut-Pas n'étoit point encore une paroisse en -titre; et ce titre elle ne le dut qu'à l'augmentation rapide des -habitants de ce quartier. Cette augmentation devint telle, que, dès -1603, on forma le projet de faire bâtir une église plus vaste, ce qui -toutefois ne fut exécuté qu'en 1630, parce qu'une foule d'obstacles en -traversèrent jusque-là l'exécution. La première pierre en fut posée, -le 2 septembre de cette année, par Monsieur, frère de Louis XIII; et -ce fut alors seulement que les habitants obtinrent l'érection de leur -église en paroisse, ce qui ne fut accordé toutefois qu'après de -longues contestations, et sous la condition de certaines redevances -aux curés des diverses églises dont la chapelle Saint-Jacques étoit -auparavant dépendante. Il fut aussi ordonné que cette cure seroit à -l'avenir à la présentation alternative du chapitre Saint-Benoît et du -curé de Saint-Hippolyte. - -Toutefois les travaux de la nouvelle église, commencés avec beaucoup -d'ardeur, restèrent suspendus, faute de secours, jusqu'en 1675; et à -cette époque on n'avoit encore construit que le choeur de l'église que -nous voyons aujourd'hui. On en dut la continuation à madame -Anne-Geneviève de Bourbon, princesse du sang, duchesse douairière de -Longueville, qui s'étoit retirée aux Carmélites. Elle posa la première -pierre de la tour et du portail le 19 juillet de cette année, et ses -libéralités furent d'un grand secours à la fabrique pour en achever la -construction; mais il est juste de dire que la plus grande partie de -la dépense fut faite par les paroissiens. Il est peu d'exemples dans -cette histoire d'un zèle de piété plus unanime et plus touchant. Les -carriers, qui étoient en grand nombre dans le quartier, fournirent -gratuitement toute la pierre dont cette église est pavée, et les -ouvriers employés à sa construction voulurent donner chacun un jour -de leur travail par semaine. Ces deux parties de l'église, le portail, -décoré de quatre colonnes doriques, et la tour, d'une forme carrée, -furent construits sur les dessins de l'architecte Guittard, membre de -l'académie, et achevés en 1684. On commença en 1688 la chapelle de la -Vierge située dans le fond du choeur[336]. - - [Note 336: _Voy._ pl. 159. Cette église a été rendue au - culte.] - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-JACQUES-DU-HAUT-PAS. - - TABLEAUX. - - Sur le dernier pilier de la nef, à droite, près de la croisée, le - martyre de saint Barthélemi; par _La Hire_[337]. - - [Note 337: Ce fut, dit-on, ce tableau qui commença la - réputation de cet habile peintre.] - - Vis-à-vis la chaire, un Christ; par _Lelu_. - - Sur la porte de la sacristie, une Nativité et un saint Pierre - dans la prison; sans nom d'auteur. - - Sur l'autel de la Vierge, une Assomption; dans une chapelle à - gauche, le mariage de la Vierge; également sans nom d'auteur. - - - SÉPULTURES. - - Dans cette église et dans le cimetière avoient été inhumés: - - Jean Duverger de Haurane, abbé de Saint-Cyran, mort en 1643. - - Jean-Dominique Cassini, célèbre astronome, mort en 1712. - - Philippe de La Hire, habile géomètre, et fils du peintre de ce - nom, mort en 1718. - - Jean Desmoulins, curé de cette paroisse, et l'un des plus dignes - pasteurs dont puisse s'honorer l'église de Paris, mort en 1732. - - -CIRCONSCRIPTION. - -L'étendue de cette paroisse ne peut pas être facilement désignée du -côté de la campagne, et par conséquent il est difficile de bien -établir ses limites avec Saint-Hippolyte; mais on peut faire observer -que, du côté de la ville, son territoire étoit limitrophe avec -Saint-Séverin vers les Chartreux; puis avec Saint-Cosme et -Saint-Benoît, en commençant, après la porte Saint-Jacques, à la rue -Saint-Dominique qu'elle avoit tout entière. - - -_Cour et Hôpital Sainte-Geneviève._ - -Un peu en deçà de cette église, on voyoit une maison très-ancienne et -mal bâtie, dont la porte étoit décorée d'une statue de sainte -Geneviève. Jaillot est le seul de nos historiens qui en ait fait -connoître l'ancienne destination. Elle avoit été acquise, en 1604, par -M. Léonard Thuillier, proviseur du collége des Lombards, ainsi que le -clos _Gaudron_ auquel elle confinoit, dans l'intention d'en faire un -asile pour les pauvres. Ayant obtenu, en 1610, l'autorisation de la -puissance temporelle, il y fit construire une chapelle, et y établit -un hôpital, qu'il légua aux marguilliers de Saint-Jacques-du-Haut-Pas -par son testament du 2 janvier 1617. Nous ignorons à quelle époque -cette institution cessa d'exister; mais dans le siècle dernier les -Feuillants et le curé de Saint-Jacques occupoient la plus grande -partie de cette maison. - - -LA COMMUNAUTÉ DES FILLES SAINTE-AURE. - -Cette communauté fut établie en 1687 par M. Gardeau, curé de -Saint-Étienne-du-Mont[338]. Sa première intention avoit été uniquement -de procurer un asile et la subsistance à plusieurs jeunes filles de sa -paroisse que la misère avoit plongées dans le libertinage. Il les -avoit réunies dans une maison de la rue des Poules, sous la protection -d'un saint prêtre de son clergé, nommé Labitte, lequel avoit donné la -première idée de cet établissement. Il fut d'abord fondé sous le nom -de sainte Théodore. Quelque temps après, M. de Harlai ayant jugé à -propos de donner un autre directeur à ces filles, il s'en fallut peu -que ce changement n'amenât la destruction de la communauté. Le plus -grand nombre d'entre elles refusa de reconnoître son autorité; elles -sortirent même de la maison, sans garder aucune mesure de bienséance. -Il fallut toute la prudence et toute la douceur de ce nouveau -directeur (M. Lefevre)[339] pour ramener une partie de ce troupeau -dispersé. De ces restes qu'il avoit si heureusement réunis, il forma -la communauté de Sainte-Aure, qu'il plaça dans une maison commode, rue -Neuve-Sainte-Geneviève. Leur chapelle fut bénite en 1700, et M. le -cardinal de Noailles donna des constitutions à ces filles en 1705. M. -Lefevre ne se contenta pas de leur procurer des secours spirituels, il -affermit encore leur établissement par plusieurs acquisitions qu'il -fit pour leur communauté, et par la construction d'une église plus -vaste, commencée en 1707. Le roi fit expédier, en 1723, des -lettres-patentes en leur faveur[340]. - - [Note 338: Sauval, t. I, p. 658 et 714.] - - [Note 339: Son mérite et ses talents le firent choisir - depuis pour être sous-précepteur des enfants de France.] - - [Note 340: Les bâtiments de cette communauté sont occupés - maintenant par une pension.] - -Vers la fin du siècle dernier, ces filles avoient embrassé la clôture -et la règle de saint Augustin: elles prenoient le titre de -_religieuses de Sainte-Aure, adoratrices du sacré coeur de Jésus_. - - -LES ORPHELINES DU SAINT ENFANT JÉSUS ET DE LA MÈRE DE PURETÉ. - -Tel est le titre de cette communauté, et non celui des _Cent Filles_, -que plusieurs nomenclateurs lui ont donné. L'abbé Lebeuf dit «qu'elle -fut fondée vers 1710, pour de pauvres orphelines de la campagne.»[341] -Piganiol recule cette date jusqu'à 1735. Jaillot prétend que cet -établissement est antérieur de plusieurs années à la première de ces -deux dates, et qu'il prit naissance vers 1700, par le soin de quelques -personnes pieuses qui le commencèrent dans le cul-de-sac des Vignes, -sous la protection de l'archevêque et des officiers municipaux. La -maison qu'occupoient ces orphelines avoit été prise à loyer; elles en -firent l'acquisition en 1711, ainsi que d'une autre maison voisine, et -y firent construire des classes, un réfectoire et une chapelle. -L'acquisition fut amortie, et l'établissement confirmé par -lettres-patentes en 1717. Plusieurs personnes charitables y fondèrent -des places qui restèrent à la nomination de leurs familles[342]. - - [Note 341: T. II, p. 418.] - - [Note 342: Entre autres, M. Cabou, conseiller au grand - conseil, et mademoiselle Ferret.] - -Outre les filles que la charité y plaçoit, on en recevoit d'autres avec -de bonnes recommandations, moyennant une pension modique. Il suffisoit, -pour être admise dans cette maison, qu'une fille fût orpheline de père -ou de mère, de la ville ou de la campagne: elle pouvoit y entrer dès -l'âge de sept ans, et y demeurer jusqu'à vingt. Dans le commencement de -l'établissement, la direction et l'administration en avoient été -confiées à des filles pieuses, qui formoient entre elles une société -purement séculière; mais en 1754 on leur substitua des filles de la -communauté de Saint-Thomas-de-Villeneuve[343]. - - [Note 343: Cette maison est occupée maintenant par une - communauté de dames de Charité.] - - -_Communauté de Saint-Siméon-Salus._ - -Dans le même cul-de-sac, et presque vis-à-vis la maison des -Orphelines, étoit une pension pour les femmes ou filles tombées en -démence, à laquelle on avoit donné le titre de communauté de -_Saint-Siméon-Salus_. On y avoit ménagé une petite chapelle sous -l'invocation de ce saint, qui cacha, par un excès d'humilité, de -grandes vertus sous les apparences de la folie et de l'extravagance. -Elle fut construite en 1696. Les malades qu'on y renfermoit étoient -traités avec un soin extrême, et tous les moyens possibles étoient -employés pour procurer leur guérison. - - -LES FILLES SAINTE-PERPÉTUE. - -Cette communauté de filles, qui a cessé de subsister environ vingt ans -avant la révolution, habitoit une maison située dans la rue de la -Vieille-Estrapade. Elles devoient leur établissement au zèle de la -demoiselle Grivot, qui les avoit instituées en 1688, et placées rue -Neuve-Saint-Étienne[344]. L'objet de leur institut étoit d'instruire -les jeunes filles et de leur apprendre, avec les principes de la -religion, tous les travaux convenables à leur sexe. M. de Noailles, -qui protégeoit spécialement cet établissement, à cause de son utilité, -transféra les filles Sainte-Perpétue dans la maison que la communauté -de Saint-François-de-Sales venoit d'abandonner, pour aller habiter la -place du Puits-de-l'Ermite. Elles la tinrent à loyer jusqu'au moment -de leur suppression, dont nous ignorons les causes. À l'exception de -Jaillot, aucun historien moderne n'a fait mention de cette communauté. - - [Note 344: Sauval, t. II, p. 706.] - - -LES RELIGIEUSES DE LA PRÉSENTATION NOTRE-DAME. - -Sauval et ceux qui l'ont suivi ont parlé fort inexactement de ce -prieuré perpétuel de Bénédictines mitigées[345]. Voici les faits tels -qu'ils ont été rétablis par Jaillot: «Quelques religieuses de cet -ordre avoient tenté de former un établissement à Paris sans avoir pu -obtenir la permission, lorsque madame Marie Courtin, veuve du sieur -Billard de Carouge, voulant favoriser sa nièce, religieuse de l'abbaye -d'Arcisse, forma le projet de fonder dans cette capitale un couvent de -cet ordre, dont cette religieuse eût été prieure perpétuelle. Elle -proposa en conséquence aux Bénédictines dont nous avons déjà parlé, de -se réunir à cette nièce, nommée Catherine Bachelier, et lui fit, en -conséquence de cette réunion, une donation entre-vifs de 900 livres de -rente, dont celle-ci devoit jouir conjointement avec sa petite -communauté. Le contrat fut passé en 1649; et, en conséquence de cette -donation, Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, permit à ces -religieuses de s'établir dans une maison qu'elles avoient déjà louée -rue des Postes, sous la condition qu'après la mort de la soeur -Bachelier, leur prieure seroit triennale. La division se mit bientôt -entre elles; l'archevêque fut obligé de les séparer dès l'année -suivante, et permit à la soeur Bachelier de s'établir ailleurs. Elle -se plaça dans la rue d'Orléans, au faubourg Saint-Marcel, avec une -compagne qu'elle avoit amenée d'Arcisse; et madame de Carouge ayant -bien voulu élever jusqu'à la somme de 2,000 livres la rente qu'elle -lui avoit accordée, cette religieuse se vit en état de demander la -confirmation de son établissement, ce qui lui fut accordé par des -lettres patentes de 1656. - - [Note 345: T. I, p. 661.] - -Cette communauté s'étant assez rapidement augmentée, et les lieux -qu'elle occupoit se trouvant trop resserrés, elle acheta, en 1671, une -maison et un jardin d'environ deux arpents dans la rue des Postes, où -elle avoit pris son origine. Cette maison leur fut cédée par M. -Olivier, greffier civil et criminel de la cour des aides, moyennant -une rente de 615 livres, et sous la condition qu'on recevroit dans la -communauté une fille pour être religieuse de choeur, laquelle ne -paieroit que 200 livres de rente. Il s'en réserva la nomination, sa -vie durant, et après lui à ses enfants seulement, à l'exclusion de -leurs descendants[346]. - - [Note 346: Les bâtiments de cette communauté sont occupés - par une pension.] - - -LES RELIGIEUSES DE NOTRE-DAME DE CHARITÉ, DITES LES FILLES DE -SAINT-MICHEL. - -À l'exception de Jaillot, aucun de nos historiens n'a fait mention de -cette communauté. Elle fut instituée par le P. Eudes, de l'Oratoire, -dont nous aurons bientôt occasion de parler. Son zèle, qui avoit déjà -éclaté dans une utile et pieuse fondation, voulut se signaler de -nouveau en rassemblant dans un asile commun quelques-unes de ces -malheureuses victimes que la misère ou la séduction précipite dans le -libertinage, et que le repentir seul ne pourroit en arracher, si la -charité ne venoit à leur secours, et ne leur procuroit les ressources -indispensables pour se maintenir dans ces salutaires dispositions. Il -jugea nécessaire de leur faire garder la clôture, et confia le soin de -leur conduite à des personnes pieuses, et qu'il crut douées d'assez de -discernement pour s'acquitter dignement d'une tâche aussi difficile. - -Cet établissement fut commencé à Caen le 25 novembre 1641. Mais le P. -Eudes eut bientôt acquis la conviction qu'il ne pourroit atteindre -complétement le but qu'il s'étoit proposé, qu'en le faisant diriger -par des religieuses qui se consacreroient spécialement à cette oeuvre -de charité. Il sollicita donc et obtint, en 1642, des lettres-patentes -par lesquelles il lui fut permis de rassembler à Caen une communauté -de religieuses qui feroient profession de la règle de saint Augustin, -et dont l'occupation particulière seroit d'instruire les filles -pénitentes qui voudroient se mettre sous leur conduite. Le P. Eudes -choisit les religieuses de la Visitation pour former les sujets de ce -nouvel institut: il rédigea les statuts et les règlements que devoient -observer les religieuses pénitentes, et voulut que, quoique logées -dans le même monastère, elles fussent séparées de celles qui les -dirigeoient, surtout qu'elles ne pussent jamais être reçues à faire -profession, quelque solide que pût être leur conversion, accordant -toutefois, dans le cas d'une vocation décidée, qu'on leur procurât des -facilités pour entrer dans d'autres couvents. À l'égard de celles qui -n'étoient point appelées au cloître, elles devoient être rendues à -leurs parents, ou placées avantageusement, après avoir été -suffisamment instruites. M. Leroux de Langrie, président au parlement -de Normandie, se déclara fondateur de l'établissement; il fut -approuvé, en 1666, par le pape Alexandre VII, et se répandit bientôt -en Bretagne, où il se forma successivement trois maisons. Ce fut du -monastère de Guingamp qu'on fit venir quelques-unes de ces religieuses -pour diriger la maison des Filles de la Magdeleine, dont nous avons -déjà parlé[347]. M. le cardinal de Noailles, touché du zèle que ces -saintes filles mirent dans l'exercice de ces pénibles fonctions, -frappé du talent particulier qu'elles avoient pour conduire ce -troupeau encore indocile; convaincu d'ailleurs de la triste nécessité -de multiplier de semblables asiles dans une aussi grande ville que -Paris, résolut de leur procurer un second établissement dans cette -capitale. S'étant associé, pour cette oeuvre pieuse, une charitable -personne (mademoiselle Marie-Thérèse Le Petit de Vernon de -Chausserais), ils achetèrent conjointement, le 3 avril 1724, une -grande maison et un jardin dans la rue des Postes; et la même année -ces filles y furent établies. Ce prélat leur obtint en même temps des -lettres-patentes qui furent confirmées en 1741 et en 1764. Leur -chapelle fut bénite sous le nom de saint Michel. - - [Note 347: _Voy._ t. II, 2e part., p. 709.] - -Conformément à leur institut, les filles pénitentes qui s'y -présentoient volontairement, ou qu'on y renfermoit en vertu d'ordres -supérieurs, étoient logées dans des bâtiments séparés de ceux des -religieuses, et il y en avoit d'autres destinés aux jeunes demoiselles -dont on leur confioit l'éducation[348]. - - [Note 348: Cette maison est maintenant habitée par des - particuliers.] - - -_Communauté de Sainte-Anne-la-Royale._ - -Au dix-septième siècle il y avoit dans la rue des Postes un autre -monastère que Sauval a confondu avec celui des Bénédictines de la -Présentation; c'étoient les Augustines qui s'y étoient établies, en -1640, sous le titre de _Sainte-Anne-la-Royale_, titre qu'elles avoient -pris en reconnoissance des bienfaits d'Anne d'Autriche, à qui elles -devoient la maison qu'elles occupoient dans cette rue, et dans -laquelle ces filles sont restées jusqu'en 1680. Alors, faute de -revenus et de moyens suffisants pour se maintenir, elles furent -obligées de la céder à leurs créanciers, et de se disperser dans -d'autres communautés. Cette maison fut adjugée au sieur de Sainte-Foi, -par décret du 19 mars 1689. - - -LES RELIGIEUSES URSULINES. - -L'éducation des jeunes filles, si importante chez les nations -chrétiennes où les femmes jouissent d'une si grande influence dans la -société, fut long-temps très-imparfaite parmi nous; et l'on peut dire -même qu'avant l'établissement de l'ordre des Ursulines, on n'avoit -point conçu sur un si grand objet un système complet et régulier. Cet -ordre fut institué dans l'année 1537 par la B. _Angèle_, qui habitoit -la ville de Bresse en Lombardie. Ce ne fut dans le principe qu'une -congrégation de filles et de femmes qui se vouoient à la pratique de -toutes les vertus chrétiennes, et s'occupoient spécialement de -l'instruction des jeunes personnes de leur sexe. Cet institut fut -confirmé en 1544, par Paul III, sous le nom de _Compagnie de -Sainte-Ursule_, et Grégoire XIII l'approuva de nouveau en 1572. Ces -filles vivoient alors séparément dans leurs maisons; mais dans la -suite plusieurs se réunirent, pratiquant la vie commune, sans -toutefois faire de voeux ni garder de clôture. Elles ne tardèrent pas -à s'introduire en France; et Françoise de Bermont, l'une d'entre -elles, avec la permission de Clément VIII, établit, en 1594, une -congrégation d'Ursulines à Aix en Provence, où leur réputation -s'accrut encore et contribua à augmenter le nombre de leurs maisons. -Il arriva que, peu de temps après, mademoiselle Acarie, ayant formé le -projet de créer à Paris un couvent de Carmélites réformées, et n'ayant -pu le mettre à exécution, conçut le dessein, plus utile peut-être, -d'employer les personnes qu'elle avoit rassemblées, à l'instruction -gratuite des jeunes filles. Madame l'Huillier, veuve de M. Leroux de -Sainte-Beuve, voulut coopérer à cette oeuvre charitable, se déclara -fondatrice du nouvel établissement, et logea ces filles, en 1608, -dans une maison qu'elle avoit louée au faubourg Saint-Jacques. -Françoise de Bermont fut alors appelée par elle de son monastère de -Provence, et vint à Paris avec une de ses compagnes pour conduire la -nouvelle communauté et lui donner la règle qu'elle observoit. - -L'ordre qu'elle y établit fit sentir à la fondatrice que son institut -deviendroit d'une utilité bien plus grande, si ces filles consentoient -à être de véritables religieuses, et joignoient aux voeux ordinaires -celui de se consacrer à l'instruction des personnes de leur sexe. Les -ayant trouvées toutes dans des dispositions favorables à ses vues, -elle acheta quelques vieux bâtiments dans le faubourg Saint-Jacques, -et une grande place vide, faisant partie du clos de Poteries, lequel -s'étendoit jusqu'au cul-de-sac de la rue des Postes, et jusqu'à la rue -de Paradis. Les lieux réguliers y furent construits en peu de temps; -on célébra la première messe dans la chapelle le 29 septembre 1610, et -les Ursulines en prirent possession le 11 octobre suivant. L'année -d'après, le roi autorisa cet établissement par un simple brevet; mais -dès que la fondation en eut été consolidée par l'engagement que prit -madame de Sainte-Beuve de payer 2,000 livres de rente pour l'entretien -de douze religieuses, on eut recours aux deux puissances pour en -assurer la stabilité. Le roi accorda des lettres-patentes, -enregistrées le 12 septembre 1612, et le pape Paul V permit, dans la -même année, d'ériger cette communauté en corps de religion, sous le -titre de Sainte-Ursule, et sous la règle réformée de Saint-Augustin. - -Dès que l'on eut obtenu la bulle qui faisoit de la communauté des -Ursulines une maison religieuse et régulière, on pria l'abbesse de -Saint-Étienne de Soissons de se transporter à Paris avec quelques-unes -de ses compagnes, pour former aux exercices du cloître les personnes -qui voudroient embrasser le nouvel institut. Elle arriva dans cette -ville le 11 juillet 1612 avec quatre religieuses, et quatre mois -après, le jour de Saint-Martin, elle donna l'habit à douze novices. -Leur nombre s'étant en très-peu de temps considérablement augmenté, la -fondatrice fit jeter les fondements d'une nouvelle église, dont la -première pierre fut posée par la reine Anne d'Autriche le 22 juin -1620; elle fut achevée en 1627, et a subsisté jusque dans les derniers -temps de la monarchie. - -Cette maison a été le berceau ou le modèle de toutes celles qui se -sont établies depuis dans les diverses provinces du royaume et dans -les autres états de l'Europe. L'ordre entier étoit divisé en onze -provinces, et celle de Paris contenoit quatorze monastères. Les -services éminents qu'il rendoit, services dont l'utilité étoit -généralement sentie, avoient fait multiplier ses établissements au -point qu'on en comptoit plus de trois cents dans l'étendue de la -France[349]. - - [Note 349: Les bâtiments des Ursulines ont été démolis.] - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE. - - TABLEAUX. - - Sur le maître-autel, décoré d'un très-riche tabernacle, - l'Annonciation; par _Van Mol_, élève de Rubens. - - À gauche du maître-autel, un saint Joseph, sans nom d'auteur, et - un autre tableau représentant sainte Angèle, qui instruit des - enfants; par _Robin_. - - - SÉPULTURES. - - Dans le choeur avoit été inhumée madame de Sainte-Beuve, - fondatrice de ce monastère, morte en 1630. - - Dans l'église on voyoit la tombe de Jean de Montreuil, conseiller - du roi, et son résident en Angleterre et en Écosse, mort en 1651. - - -LES BÉNÉDICTINS ANGLOIS. - -Jaillot est le seul qui nous ait laissé des renseignements exacts sur -l'établissement en France de ces religieux; les autres historiens, en -parlent à peine, n'en ont pas même donné de dates certaines. La -persécution violente excitée par Henri VIII contre les catholiques, un -moment suspendue sous le règne trop court de Marie, s'étant renouvelée -avec une force nouvelle lorsque Élisabeth fut montée sur le trône, les -Bénédictins anglois, de même que tous les autres ministres du culte -romain, se virent dans la nécessité de se cacher, de se disperser, et -d'aller chercher un asile hors de l'Angleterre. On les reçut en -Espagne et en Italie; vers la fin du règne de cette princesse, ils -firent une tentative pour rentrer dans leur pays, et y faire revivre -leur congrégation: elle n'eut point le succès qu'ils en avoient -d'abord espéré. Forcés, par les lois sanguinaires de Jacques VI, -successeur d'Élisabeth, de s'expatrier une seconde fois, ils se -retirèrent à Dieulouard en Lorraine, et formèrent en même temps un -établissement à Douai, qui étoit alors sous la domination espagnole. -C'est vers ce temps-là (en 1611) qu'ils furent appelés par Marie de -Lorraine, abbesse de Chelles, pour diriger son monastère, et qu'elle -conçut le projet de leur procurer un établissement à Paris, tant pour -y former des sujets propres à veiller sur sa communauté, que pour -faire des missions en Angleterre. - -Elle en fit venir six, qu'elle plaça d'abord, en 1615, au collége de -Montaigu, et ensuite dans le faubourg Saint-Jacques; mais le refus -qu'ils firent, en 1618, de se prêter à une nouvelle translation, les -brouilla avec leur bienfaitrice, et tarit la source de ses -libéralités. Dans l'extrémité où ils se trouvèrent alors réduits, ces -religieux furent secourus par le P. Gabriel Gifford, alors chef des -trois congrégations, italienne, espagnole et angloise, qu'on avoit -réunies, en 1617, sous le nom de _Congrégation Bénédictine angloise_; -il pourvut à leurs besoins, et loua pour eux, rue de Vaugirard, une -maison qui se trouve aujourd'hui comprise dans les bâtiments du -Luxembourg. Six ans et demi après, ils furent transférés dans la rue -d'Enfer; ils logèrent ensuite dans une maison que les Feuillantines -avoient habitée; enfin le P. Gifford, étant devenu archevêque de -Reims, acheta pour eux, au même endroit, trois maisons avec jardin, -sur l'emplacement desquels on construisit le monastère qu'ils ont -occupé jusque dans les derniers temps. - -Ces religieux obtinrent, en 1642, de l'archevêque de Paris, la -permission de s'y établir et de célébrer l'office divin dans leur -chapelle, ce qui fut confirmé par des lettres-patentes de Louis XIV. -Ce prince, qui les protégeoit, leur en accorda bientôt de nouvelles, -par lesquelles il leur permit de posséder des bénéfices de leur ordre -ainsi que les religieux nés dans son royaume, et attribua au grand -conseil la connoissance de toutes les affaires qui pouvoient les -concerner. En 1674, on démolit l'ancienne maison et la salle qui leur -servoit de chapelle, pour construire de nouveaux bâtiments et -commencer l'église qui existoit encore de nos jours. La première -pierre en fut posée par mademoiselle Marie-Louise d'Orléans, depuis -reine d'Espagne, et le roi contribua à la dépense, d'une somme de -7,000 fr. Cette église fut achevée et bénite le 28 février 1677, sous -le titre de _Saint-Edmond_, roi d'East-Angles, c'est-à-dire de la -partie orientale d'Angleterre. Le P. Schirburne, alors prieur de la -maison de Paris, à qui l'on devoit en grande partie ces constructions, -ayant été élu général de sa congrégation, voulut ajouter encore à ses -bienfaits en sollicitant l'union à cette communauté de son prieuré de -Saint-Étienne de Choisi-au-Bac, ce qui fut accordé et exécuté[350]. - - [Note 350: Les bâtiments de cette maison servent d'atelier à - une manufacture de coton.] - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE. - - TABLEAUX. - - Sur le maître-autel, orné de colonnes corinthiennes, un tableau - représentant saint Edmond, roi d'Angleterre et martyr; sans nom - d'auteur. - - Dans une des petites chapelles, une Vierge peinte par _Louise de - Bavière_, abbesse de Maubuisson, petite-fille de Jacques Ier, roi - d'Angleterre. - - - SCULPTURES. - - Dans cette église étoit déposé le corps de Jacques II, roi de la - Grande-Bretagne, mort à Saint-Germain-en-Laye, le 6 septembre - 1701, ainsi que celui de Louise-Marie Stuart, sa fille, morte au - même endroit le 18 avril 1712. - - La maison de Fitz-James avoit aussi sa sépulture dans cette - église. - - -LES RELIGIEUSES FEUILLANTINES - -Le pape Sixte V, en approuvant la réforme exécutée par le P. Jean de -La Barrière dans son abbaye de Feuillants, de l'ordre de Cîteaux, lui -avoit permis, par sa bulle du 13 novembre 1587, d'établir des -monastères de l'un et de l'autre sexe. Les premières Feuillantines, -fondées près de Toulouse suivant les uns, à Montesquiou de Volvestre, -diocèse de Rieux, suivant les autres, furent transférées dans la -première de ces deux villes, le 12 mai 1599. Il paroît que les -Feuillants ne se montrèrent pas dans le principe disposés à leur -procurer de nouveaux établissements: car ils se refusèrent obstinément -à toutes les offres qui leur furent faites à ce sujet, et ce monastère -fut le seul qu'elles possédèrent jusqu'en 1622. À cette époque, madame -Anne Gobelin, veuve de M. d'Estourmel de Plainville, capitaine d'une -compagnie des Gardes-du-corps, forma le projet d'attirer des -Feuillantines à Paris; et prévoyant les difficultés qu'elle alloit -éprouver de la part des Pères Feuillants, elle eut assez de pouvoir -pour déterminer la reine Anne d'Autriche à écrire à ces religieux, -assemblés alors à Pignerol dans leur chapitre général. Cette lettre, -que le chapitre reçut comme un ordre honorable, eut tout l'effet qu'on -en attendoit. Le 30 juillet de cette même année 1622, les supérieurs -firent partir de Toulouse six religieuses, qui arrivèrent à Paris au -mois de novembre suivant, et descendirent chez les Carmélites, d'où -elles furent conduites processionnellement, par les Feuillants de -Paris, dans la maison qui leur étoit destinée. Elle avoit été achetée -dès 1620 par leur bienfaitrice, et, pendant cet intervalle, disposée -d'une manière convenable à recevoir une communauté. Des -lettres-patentes confirmèrent l'établissement, et madame d'Estourmel -acheva de le consolider par un don de 27,000 livres, et une rente de -2,000 liv. qu'elle lui assura. - -La chapelle de ce monastère fut changée, au commencement du siècle -suivant, en une église dont le portail, construit par un architecte -nommé Marot, présentoit la forme pyramidale et les ornements -d'architecture en usage à cette époque. Quelques historiens de Paris -en ont dit beaucoup de mal: nous ignorons pourquoi, car il n'est pas -certainement le plus mauvais de ceux qui ont été construits dans le -même système[351]. La maison fut en même temps réparée, et toutes ces -dépenses se firent au moyen du bénéfice d'une loterie qui leur fut -accordée par arrêt du conseil du 29 mars 1713[352]. - - [Note 351: _Voy._ pl. 167.] - - [Note 352: Les bâtiments de cette communauté sont en partie - détruits, en partie habités par des particuliers.] - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES FEUILLANTINES. - - Sur le maître-autel, enrichi de colonnes composites, une copie de - la fameuse Sainte-Famille de _Raphaël_, qui décoroit les - appartements de Versailles. - - -LES FILLES DE LA PROVIDENCE. - -Cet utile établissement reconnoissoit pour fondatrice madame Marie -Lumague, veuve de M. François de Polallion, gentilhomme ordinaire du -roi et conseiller d'état. Cette dame, qu'une piété sublime avoit -associée à toutes les oeuvres de charité de S. Vincent-de-Paule, son -directeur, conçut le projet de retirer du libertinage les jeunes -personnes de son sexe que la séduction ou la misère avoient pu y -engager, et de prévenir la chute de celles qui étoient sur le point de -s'y précipiter. Les fondements de cette charitable institution furent -jetés en 1630 dans une maison qu'elle possédoit à Fontenay; peu de -temps après madame de Polallion transféra sa communauté naissante à -Charonne. Elle y prospéra tellement qu'en 1643 elle étoit déjà -composée de cent filles. C'est alors que Louis XIII, dont elle avoit -attiré l'attention, permit à ces filles de venir se fixer à Paris, lui -accordant, avec cette permission, la faculté de recevoir des -donations, et tous les priviléges dont jouissent les maisons royales. -Cette communauté reçut, par les mêmes lettres-patentes, le nom de -_Maison de la providence de Dieu_. - -Toutefois il ne paroît pas que ces filles aient pensé alors à profiter -de la faveur que le roi leur avoit accordée: car en 1647 elles -habitoient encore Charonne. On les voit enfin, dans le courant de -cette année, venir occuper, rue d'Enfer, une maison qui fut depuis -renfermée dans celle des Feuillants. Vincent-de-Paule qu'on regarde -avec raison comme le second instituteur de cette maison, et qui en fut -nommé directeur, n'eut point de repos qu'il ne leur eût procuré un -emplacement plus vaste et plus commode. Ce fut à sa sollicitation que -la reine Anne d'Autriche se déclara protectrice de la communauté de la -Providence. Elle avoit acheté, en 1651, de l'Hôtel-Dieu, une maison -fort spacieuse, qui avoit été destinée à recevoir les pestiférés, et -qu'on nommoit l'_hôpital de la Santé_: on la partagea en deux parts, -dont une fut comprise dans les jardins du Val-de-Grâce, et l'autre -donnée aux Filles de la Providence. Elles en prirent possession le 11 -juin 1652, ainsi que d'une chapelle sous l'invocation de saint Roch et -de saint Sébastien, que l'Hôtel-Dieu y avoit fait construire, et qu'on -a depuis ornée et agrandie. Le B. Vincent-de-Paule leur donna alors -des statuts, qu'elles ont conservés jusqu'à la fin, avec de -très-légers changements. - -Cette maison étoit administrée par une supérieure qu'on élisoit tous -les trois ans, et qui faisoit signer les registres de recette et de -dépense à une dame séculière agréée par l'archevêque, laquelle avoit -la qualité de directrice et protectrice de la communauté. Les -personnes qui la composoient ne faisoient que des voeux simples. -Consacrées depuis long-temps uniquement à l'éducation des jeunes -personnes, ce qui n'avoit pas été le premier but de leur institution, -elles ne cessèrent point de remplir dignement cet important ministère -jusqu'au moment qui a détruit tous ces asiles d'innocence et de piété, -qu'il sera si difficile de refaire ce qu'ils ont été[353]. - - [Note 353: On a établi une fonderie dans cette maison.] - -L'utilité de cet établissement avoit engagé M. de Harlai à en -former de semblables dans l'île Saint-Louis, sur la paroisse -Saint-Germain-l'Auxerrois, et à la Ville-Neuve; mais ils ne purent se -maintenir, et, long-temps avant la révolution, ils avoient déjà cessé -d'exister. - - -LES CARMÉLITES. - -La maison qu'habitoient ces religieuses avoit été autrefois un prieuré -que les anciens titres nomment indifféremment _Notre-Dame-des-Vignes_ -et _Notre-Dame-des-Champs_. La grande antiquité de cette maison a fait -renaître, à son sujet, ces conjectures déjà hasardées par plusieurs -de nos historiens sur tant de monuments dont l'origine se perd -également dans la nuit des temps: on a prétendu que saint Denis y -avoit célébré les saints mystères. Cette tradition, qu'on ne peut -soutenir d'aucune espèce d'autorité, n'est cependant pas dépourvue de -quelque vraisemblance: car alors ce lieu étoit solitaire; éloigné de -la ville; et l'apôtre des Gaules, ainsi que le troupeau qu'il avoit -formé, persécutés par les idolâtres, devoient en effet chercher les -lieux écartés pour adorer le vrai Dieu et le prier en commun. Mais ce -qu'on ne peut s'empêcher de trouver ridicule, c'est que cette manie -d'érudition ait porté quelques antiquaires à voir dans cet ancien -édifice un temple dédié, à Mercure selon les uns, à Cérès ou à Isis -selon les autres. Cette opinion singulière n'avait d'autres fondements -que l'examen très-imparfait d'une statue placée sur le pignon de -l'église et qui subsistoit encore dans les derniers temps. Ils -prétendoient y reconnoître les attributs de ces divinités du -paganisme, jusque-là que des pointes de fer placées autour de sa tête -pour empêcher les oiseaux de s'en approcher et la garantir de leurs -ordures, leurs sembloient des épis de blé, qui, comme on sait, sont au -nombre des symboles de Cérès. Cependant des savants plus raisonnables, -après avoir examiné plus attentivement cette figure, reconnurent -qu'elle représentoit tout simplement l'archange saint Michel[354] -tenant une balance, dont les bassins contenoient chacun une tête -d'enfant; ce monument, dont l'antiquité paroissoit assez grande, -n'avoit été mis qu'en 1605 à la place qu'il occupoit. - - [Note 354: Nous avons déjà dit plusieurs fois que sa statue - se plaçoit ordinairement dans les cimetières, et que dans la - plupart il y avoit un oratoire sous son nom. L'abbé Lebeuf - ayant trouvé en cet endroit un moulin qui subsistoit encore - à la fin du siècle dernier, et qu'on nommoit le moulin _de - la Tombe-Isoire_ (t. I, p. 230), en a conclu que ce nom ne - signifioit, par corruption, qu'un assemblage de tombes. - Jaillot ne trouve aucun titre qui puisse faire penser qu'on - ait jamais employé le mot de _Tombe-isoire_ pour désigner un - cimetière, et sans daigner s'arrêter à réfuter la fable d'un - géant nommé Isore, que l'on supposoit enterré en ce lieu, il - rapporte plusieurs actes dans lesquels il a lu _apud tumbam - Ysore_, et prouve que c'étoit le nom d'une famille encore - connue au seizième siècle, et qui occupoit une grande maison - aboutissant à la place Maubert. (Cens. de Sainte-Geneviève, - de 1540, fol. 15.)] - -L'abbé Lebeuf en a conclu que ce lieu avoit été d'abord occupé par un -oratoire de Saint-Michel, qu'avoit ensuite remplacé la chapelle de -Notre-Dame-des-Champs; et citant à ce sujet l'acte d'une donation -faite, en 994, aux religieux de Marmoutier, par Raynauld, évêque de -Paris, il en infère que, dès ce temps-là, ces religieux étoient -établis dans cette chapelle. Jaillot nous paroît avoir très-solidement -réfuté cette opinion, fondée sur une fausse interprétation de divers -passages de cet acte, et présume avec plus de vraisemblance que -l'époque de l'établissement de ces religieux à Notre-Dame-des-Champs -ne peut être fixée plus loin que l'an 1084, parce que c'est alors -seulement qu'elle leur fut donnée par _Adam Payen_ et _Gui Lombard_, -qui la tenoient _de leurs ancêtres_[355]; donation dont les -cartulaires de ces religieux offroient les actes les plus -authentiques. Il rejette également l'opinion de Du Breul, Lemaire et -leurs copistes, qui avancent que cette église fut rebâtie sous le -règne du roi Robert; et d'accord ici avec le savant qu'il vient de -combattre, il pense que la crypte[356] ou chapelle souterraine n'est -pas d'un gothique plus ancien que le douzième siècle, et que le -portail est au plus du treizième. - - [Note 355: Cart. B. M. de Campis, fol. 34.] - - [Note 356: On assuroit, par tradition, dans le couvent des - Carmélites, qu'il y avoit sous cette crypte, située au fond - de l'église, une autre cave encore plus basse; ce qui - sembleroit indiquer des restes de sépulcres romains. - Peut-être est-ce en ce lieu souterrain que saint Denis - rassembloit les fidèles. Son image ou celle de saint Martin - de Tours étoit sculptée sur le trumeau de la grande porte; - et les six grandes statues placées aux deux côtés du - portique représentoient sensiblement Moïse, Aaron, David, - Salomon et deux autres prophètes. - - (LEBEUF.)] - -L'établissement du collége de Marmoutier, fait au commencement du -quatorzième siècle, et dont nous aurons bientôt occasion de parler, -diminua considérablement le nombre des religieux qui habitoient -Notre-Dame-des-Champs; cependant ils continuèrent d'y rester jusqu'à -la fin du seizième. Alors on s'entretenoit dans l'Europe entière des -effets prodigieux opérés par la réforme que sainte Thérèse avoit -introduite dans l'ordre des Carmélites, réforme dont les progrès -avoient été si rapides, qu'en 1580, dix-huit ans après son premier -établissement à Avila, cette réforme s'étoit déjà répandue dans toute -l'Espagne; et que, malgré les mortifications et les austérités -prescrites par cette sainte fille, on comptoit plus de trente-deux -couvents, tant d'hommes que de femmes qu'elle-même avoit établis. Dès -cette époque, le pape Grégoire XIII avoit séparé cet institut des -Carmes mitigés, et en avoit fait ainsi un nouvel ordre dans l'Église. -La réputation de sainteté qu'il avoit acquise, fit naître à madame -Avrillot, épouse de M. Acarie, maître des requêtes, et à quelques -autres personnes de piété, le projet de faire venir des religieuses -carmélites à Paris. Les troubles dont la France fut agitée sous le -règne de Henri III en suspendirent quelque temps l'exécution. Elle -devint bientôt plus facile par la protection de la princesse Catherine -d'Orléans-Longueville, qui voulut bien accepter le titre de fondatrice -du couvent qu'on procureroit à Paris à ces religieuses, et promit de -le doter de 2,400 livres de rente. On jeta les yeux sur le prieuré de -Notre-Dame-des-Champs, où il n'y avoit plus que quatre religieux, et -qui, moyennant une modique dépense, pouvoit être disposé de manière à -recevoir convenablement la nouvelle communauté. Le cardinal de -Joyeuse, abbé commendataire de Marmoutier, donna son consentement sans -aucune difficulté; et les religieux qui voulurent d'abord résister, -furent obligés de céder à l'ordre que le roi leur fit intimer les 14 -et 20 février 1603. Dès l'année précédente, ce prince avoit donné son -approbation à l'établissement des Carmélites; et le pape Clément VIII -consentit non-seulement à la formation d'un monastère, mais d'un ordre -entier, dont le couvent de Paris seroit le chef-lieu. Les choses étant -ainsi disposées, M. de Bérulle, conseiller et aumônier du roi, depuis -instituteur des prêtres de l'Oratoire et cardinal, obtint en Espagne, -du général des Carmes, six religieuses, qui en partirent le 29 août -1604, et entrèrent le 17 octobre suivant dans le couvent qu'on leur -avoit fait préparer[357]. Cet ordre se répandit aussi rapidement en -France qu'en Espagne, et à la fin du dix-huitième siècle, on en -comptoit soixante-deux monastères dans le royaume. Ces religieuses -furent appelées d'abord _Carmelines_ ou _Thérésiennes_: on leur donna -depuis le nom de _Carmélites_, comme plus conforme à l'étymologie -latine. - - [Note 357: _Voy._ pl. 167.] - -L'église de ce couvent étoit riche en monuments des arts, et au nombre -de celles que les curieux et les étrangers visitoient avec le plus -d'empressement. - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CARMÉLITES. - - TABLEAUX. - - La nef et le sanctuaire étoient ornés de douze tableaux, placés - sous chaque vitrage, et dans l'ordre suivant: - - À gauche, à partir de l'autel, 1º Jésus-Christ ressuscité, - apparoissant aux trois femmes; par _Laurent de La Hire_; - - 2º Jésus-Christ dans le désert servi par les anges; par _Le - Brun_; - - 3º Jésus-Christ sur le bord du puits de Jacob, s'entretenant avec - la Samaritaine, par _Stella_; - - 4º L'Entrée triomphante de Jésus-Christ dans Jérusalem; par - _Laurent de La Hire_; - - 5º Jésus-Christ chez Simon le Pharisien, par _Le Brun_; - - 6º Le Miracle des cinq pains, par _Stella_. - - À droite, également à partir de l'autel, 1º l'Adoration des - Bergers; - - 2º La Descente du Saint-Esprit sur les Apôtres; - - 3º L'Assomption de la Vierge; - - 4º L'Adoration des Mages; - - 5º La Présentation au temple; - - 6º La Résurrection du Lazare. - - Le second, le troisième et le sixième de ces tableaux étoient de - _Philippe de Champagne_, les trois autres avoient été exécutés - dans l'école de ce peintre. - - Dans la chapelle de la Magdeleine, un tableau représentant cette - célèbre pécheresse, par _Le Brun_[358]. - - [Note 358: Ce tableau, maintenant déposé, ainsi que - plusieurs autres de cette église, dans le Musée du roi, a - été à la fois l'objet d'éloges outrés et de contes - ridicules. C'est encore un préjugé assez généralement - répandu qu'il offre l'image de madame de La Vallière, et que - jamais Le Brun n'a rien fait de plus beau. Cependant il n'y - a pas, dans cette figure, le moindre rapport de ressemblance - avec les portraits bien authentiques de cette dame célèbre; - et du reste, ce tableau, loin d'être un des meilleurs de - l'artiste, peut être justement mis au rang de ses plus - médiocres. L'expression manque de vérité; l'attitude est - maniérée et théâtrale; il y a de l'exagération dans la - couleur. Du reste, c'est ainsi que l'on a long-temps jugé, - parmi nous, les productions des beaux-arts, sans goût, sans - méthode, sans aucunes connoissances positives.] - - Sur les panneaux de cette même chapelle, plusieurs tableaux de - l'école de ce peintre. - - Dans la chapelle de Sainte-Thérèse, le songe de saint Joseph; par - _Philippe de Champagne_. - - Sur les lambris, la vie entière de ce saint, par _Jean-Baptiste - de Champagne_, son neveu. - - Sur l'autel, une sainte Thérèse, sans nom d'auteur. - - Dans la troisième chapelle, sainte Geneviève, par _Le Brun_. - - Sur les lambris, plusieurs traits de la vie de cette sainte, par - _Verdier_. - - En face du choeur des religieuses, l'Annonciation, par _Le - Guide_. - - Les voûtes étoient enrichies d'une grande quantité de peintures à - fresque, par _Philippe de Champagne_. On y remarquoit, entre - autres, un Christ placé entre la Vierge et saint Jean, qui - paroissoit être sur un plan perpendiculaire, quoiqu'il fût - horizontal. Le trait de ce morceau avoit été donné, dit-on, à - Champagne par un mathématicien très-habile, nommé _Desargues_. - - Sur une petite porte en dehors de l'église, on voyoit une - Annonciation peinte en grisaille, et attribuée au même peintre. - - - SCULPTURES. - - Sur l'attique du maître-autel, magnifiquement décoré de colonnes - de marbre avec chapiteaux et modillons de bronze doré[359], un - grand bas-relief aussi de bronze doré, représentant - l'Annonciation, par _Anselme Plamen_. - - [Note 359: Cette décoration, ainsi que les peintures de la - voûte, étoit due aux libéralités de la reine Marie de - Médicis.] - - Sur le même autel, deux anges en bronze, par _Perlan_. - - Sur le tabernacle, exécuté en orfèvrerie, et auquel on avoit - donné la forme de l'arche d'alliance, un bas-relief représentant - l'Annonciation[360]. - - [Note 360: On y exposoit, une ou deux fois par an, un grand - soleil enrichi de pierreries du plus grand prix.] - - Sur la grille qui séparoit la nef du sanctuaire, un Christ de - bronze doré, regardé comme un des plus beaux ouvrages de _Jacques - Sarrasin_. - - Sur l'entablement d'une tribune placée au-dessus de la porte - d'entrée, saint Michel foudroyant le démon, sculpture exécutée - d'après les dessins du peintre _Stella_. - - Dans la chapelle de la Magdeleine, la statue en marbre du - cardinal de Bérulle, par _Jacques Sarrasin_[361]. Le piédestal - étoit orné de deux bas-reliefs, par _l'Estocart_[362]. - - [Note 361: Le cardinal est représenté à genoux, les mains - croisées sur sa poitrine, et dans l'attitude de la prière. - L'exécution de cette figure est lourde et molle dans toutes - ses parties. Les bas-reliefs sont au nombre de trois, dont - deux sur les faces latérales représentent les sacrifices de - l'ancienne et de la nouvelle loi; l'autre, sur le devant de - la plinthe, offre les armes du cardinal. Ils nous ont paru - d'un meilleur style, et plusieurs parties en sont même - traitées avec une sorte de délicatesse. (Déposé aux - Petits-Augustins.)] - - [Note 362: Tous les embellissements de cette chapelle - avoient été faits par les libéralités de l'abbé Le Camus.] - - - SÉPULTURES. - - Dans cette église avoient été inhumés: - - Marguerite Tricot, femme de Louis Lavocat, dame d'atours de la - princesse de Condé, morte en 1651. - - François Vautier, premier médecin du roi, mort en 1652. - - Pierre de Bullion, abbé de Saint-Faron, mort en 1659. - - Julie d'Angennes, duchesse de Montausier, morte en 1671. - - Trois filles de Henri-Charles de Lorraine et de Marie de - Brancas-Villars, nées jumelles, et mortes presqu'en naissant en - 1671. - - Le duc de Montausier, mort en 1690. - - Édouard le Camus, prêtre, l'un des bienfaiteurs de cette maison, - mort en 1674. - - Antoine de Varillas, historiographe de France, mort en 1696. - - Philippe Hecquet, docteur en médecine de la faculté de Paris, - mort en 1737[363]. - - [Note 363: L'épitaphe de ce savant homme, trop longue pour - être rapportée ici, avoit été composée par Rollin.] - - Le coeur du maréchal de Turenne, le coeur d'Anne-Marie - Martinozzi, princesse de Conti. - -Quoique les Carmélites eussent été établies et fixées à -Notre-Dame-des-Champs, on ne leur en donna cependant pas les revenus. -Le titre de prieuré subsista jusqu'en 1671, qu'il fut réuni, avec les -biens qui en dépendoient, au séminaire d'Orléans. - -C'est dans ce monastère que Louise-Françoise de La Baume Le Blanc, -duchesse de La Vallière, se retira, lorsque l'heureuse inconstance de -Louis XIV, qu'elle avoit si tendrement aimé, lui eut rendu le séjour -de la cour insupportable; et c'est là que, sous le nom de _soeur -Louise de la Miséricorde_, elle se livra, pendant trente-six ans, à -toutes les austérités de la règle et de la pénitence. Elle y mourut -en 1710. - - -L'ABBAYE ROYALE DU VAL-DE-GRÂCE. - -C'étoit un monastère de filles de la réforme de Saint-Benoît, -originairement situé dans une vallée près de Bièvre-le-Châtel, ce qui -lui avoit fait donner le nom de _Vauparfond_ et _Valprofond_. Les -monuments qui font mention de cette abbaye ne passent pas le -commencement du douzième siècle; mais on a quelque raison de croire -qu'elle existoit dès le milieu du précédent[364]. Des lettres-patentes -de Charles VIII, de l'année 1487, nous apprennent que le Valprofond -étoit de fondation royale, et que la reine Anne de Bretagne, l'ayant -pris sous sa protection, voulut qu'il s'appelât à l'avenir -_Notre-Dame-du-Val-de-la-Crèche_. Ce fut cette même princesse qui en -sollicita la réforme, laquelle y fut introduite en 1514 par Étienne -Poncher, évêque de Paris. On y voit les abbesses déclarées -triennales, devenir perpétuelles en 1576, et se soumettre de nouveau à -la triennalité en 1618. Ce fut vers cette époque qu'une foule de -considérations extrêmement pressantes, telles que la situation -désagréable de l'abbaye du Val, la vétusté de ses bâtiments, et les -dangers imminents dont ils étoient menacés par de fréquentes -inondations, firent naître le projet d'en transférer les religieuses à -Paris. En 1621 on avoit déjà acheté à cet effet une grande place dans -le faubourg Saint-Jacques, avec une maison appelée _le fief de Valois_ -ou _le Petit-Bourbon_, lorsque la reine Anne d'Autriche se déclara -fondatrice du nouveau monastère, fit rembourser la somme de 36,000 -liv., prix de l'acquisition, et ordonna la disposition des lieux, de -manière que les religieuses du Val-de-Grâce purent y entrer le 20 -septembre de la même année. La reine y fit ajouter depuis quelques -bâtiments et un nouveau cloître, dont elle posa la première pierre le -3 juillet 1624. - - [Note 364: Gall. Christ., t. VII, inst. col. 196.] - -Toutefois, malgré l'affection particulière que Anne d'Autriche avoit -conçue pour cette maison, elle ne put, dans ces premiers temps, lui en -donner que de foibles témoignages. Le cardinal de Richelieu vivoit -encore; et l'on sait que tant que vécut ce ministre, elle n'eut ni le -pouvoir d'accorder des grâces, ni même le crédit d'en faire obtenir. -La mort de Louis XIII, qui ne survécut que cinq mois au cardinal, -l'ayant mise à la tête de l'administration du royaume, une de ses -premières pensées fut d'accomplir le voeu qu'elle avoit fait, dans des -temps moins heureux, de bâtir à Dieu un temple magnifique, s'il -faisoit cesser une stérilité de vingt-deux ans. Ce voeu avoit été -exaucé, et l'obligation où elle étoit de le remplir lui devint -d'autant plus agréable, qu'elle y trouvoit en même temps une occasion -de donner au monastère du Val-de-Grâce une marque éclatante de cette -affection qu'elle lui portoit. Il fut donc résolu que l'église et le -monastère seroient rebâtis avec la plus grande magnificence: les -fondements du nouvel édifice furent ouverts le 21 février 1645, et le -1er avril, le jeune roi Louis XIV y posa la première pierre dans le -plus grand appareil[365]. Les troubles qui agitèrent la minorité de ce -prince suspendirent bientôt les travaux commencés; mais ils furent -repris en 1655. Monsieur, frère unique du roi, mit la première pierre -au couvent; et ces bâtiments, si solides et si étendus, furent -continués avec tant d'activité, qu'ils étoient achevés au commencement -de 1662, et que l'église put être bénie en 1665. - - [Note 365: Dans cette pierre fut encastrée une médaille d'or - de trois pouces et demi de diamètre, pesant un marc trois - onces, sur laquelle est d'un côté le portrait de Louis XIV, - porté par la reine sa mère, avec cette inscription: _Anna, - Dei gratiâ, Francorum et Navarræ regina regens, mater - Ludovici XIV, Dei gratiâ, Franciæ et Navarræ regis - christianissimi_. Au revers sont gravés le portail et la - façade de l'église, et autour est écrit: _Ob gratiam diù - desiderati regii et secundi partûs_. Au bas sont marqués le - jour et l'année de la naissance de Louis XIV. _Quinto - septembris_ 1638.] - -Le célèbre architecte François Mansard fournit les dessins de ce grand -édifice, et fut chargé de son exécution, qu'il conduisit jusqu'à neuf -pieds au-dessus du sol. Il perdit alors la faveur de la reine, parce -que, dit-on, il ne voulut rien changer à son plan, dont l'achèvement -eût coûté des sommes considérables[366], et beaucoup au-dessus de la -dépense qu'on vouloit faire pour ce monument. Jacques Le Mercier -remplaça Mansard, et conduisit ces constructions jusqu'à la corniche -du premier ordre, tant intérieur qu'extérieur; c'est à cette époque -que les travaux furent interrompus. Ils furent repris en 1654, sous la -direction de Pierre Le Muet, architecte alors en réputation, auquel on -associa depuis Gabriel Le Duc, qui arrivoit d'Italie, où il avoit -fait, dit-on, de longues études sur l'architecture des temples. Il -étoit impossible que chacun de ces architectes n'eût pas la prétention -d'y mettre un peu du sien; et dès-lors on ne doit pas être surpris de -trouver dans le style et dans les ornements des diverses parties -quelques discordances, suites inévitables de ce changement successif -de direction. Il faut plutôt s'étonner qu'il n'ait pas produit des -effets plus fâcheux: car le monument en général est exécuté avec -beaucoup de soin et de précision; la sculpture intérieure, faite par -les frères Anguier, est très-délicate et très-achevée; partout on a -déployé une magnificence dont notre description ne pourra pas sans -doute embrasser tous les détails, ni donner une idée complète et -satisfaisante. - - [Note 366: Piqué du traitement qu'il venoit d'éprouver, - Mansard, pour s'en venger, engagea M. Henri du Plessis - Guénégaud, secrétaire d'état, à faire bâtir, dans son - château de Frêne, à sept lieues de Paris, une chapelle, dans - laquelle cet architecte exécuta en petit le dessin qu'il - avoit conçu pour le Val-de-Grâce. Les historiens de Paris, - accoutumés à juger les objets d'arts sur parole, et d'après - les réputations bien ou mal fondées, n'ont pas manqué de - dire que c'étoit le chef-d'oeuvre de l'architecture - françoise. La vérité est que ce monument, dont la partie la - plus remarquable est un dôme sur pendentifs, n'offre rien - d'extraordinaire que la singularité de l'exécution sur une - si petite échelle: il n'a que dix-huit pieds de diamètre. Le - plan n'en est pas même très-heureux.] - -Les édifices qui composent l'abbaye du Val-de-Grâce consistent -principalement en plusieurs grands corps de logis et une belle église, -surmontée d'un dôme très-riche et très-élevé. La cour qui sert -d'entrée présente une ligne de constructions de vingt-cinq toises de -largeur. Aux deux côtés sont deux ailes de bâtiments flanqués de deux -pavillons carrés qui donnent sur la rue, de laquelle le monastère est -séparé par une grille de fer régnant de l'un à l'autre pavillon. Au -fond de la cour et au centre de ces constructions s'élève sur un -perron de quinze marches le portail de la grande église, orné d'un -portique que soutiennent huit colonnes corinthiennes. Au-dessus de ce -premier ordre s'en élève un second, formé de colonnes composites, et -raccordé avec le premier par de grands enroulements placés aux deux -côtés. Dans le tympan du fronton étoient les armes de France -écartelées d'Autriche avec une couronne fermée[367]. - - [Note 367: _Voy._ pl. 160.] - -Les colonnes du premier portique sont accompagnées de deux niches -contenant les statues de saint Benoît et de sainte Scholastique, -toutes les deux en marbre. Sur la frise on lisoit cette inscription: - - _Jesu nascenti Virginique matri._ - -Les deux niches se trouvent répétées dans le second ordre, mais sans -statues. - -Le dôme, d'une belle proportion, est, à l'extérieur, couvert de lames -de plomb avec des plates-bandes dorées. Un campanille le surmonte: il -est entouré d'une balustrade de fer, et porte un globe de métal, sur -lequel s'élève une croix, qui fait le couronnement de tout l'ouvrage. - -L'intérieur de ce monument, lequel présente une longueur de vingt-cinq -toises dans oeuvre, non compris la chapelle du Saint-Sacrement[368], -sur treize toises de largeur dans la croisée du dôme, est orné de -pilastres corinthiens à cannelures; ces pilastres, qui séparent les -arcades de la nef, se prolongent dans l'intérieur du dôme, où ils -semblent servir d'appui à quatre grands arcs-doubleaux, au-dessus -desquels régne un entablement continu que surmonte un ordre de -pilastres corinthiens accouplés. Le dôme qui s'élève au-dessus a dix -toises et demie de largeur sur vingt toises quatre pieds de hauteur -sous clef[369]. - - [Note 368: Cette chapelle, placée derrière le chevet du dôme - de l'église, étoit enfermée dans une enceinte particulière - par des murs de clôture de neuf pieds de hauteur, et - destinée uniquement aux religieuses. Le grand autel élevé - entre cette chapelle et la nef étoit double, et disposé de - manière que ces filles pouvoient y recevoir la communion et - adorer le Saint-Sacrement sans être vues des personnes du - dehors.] - - [Note 369: _Voy._ pl. 161.] - -Dans l'arc du fond opposé à la nef se présente le grand autel, exécuté -sur les dessins de Gabriel Le Duc. Il est décoré de six grandes -colonnes torses en marbre, revêtues de bronze, et fait à l'imitation -de celui de Saint-Pierre de Rome, ce qui fut ensuite répété dans -toutes les églises où l'on voulut déployer une grande richesse de -décoration. Au-dessus se dessine un entablement couronné d'un -baldaquin, et sur chaque colonne sont des anges portant des -encensoirs; d'autres anges plus petits semblent se jouer dans les -festons qui lient ensemble toutes les parties de ce couronnement. Ils -tiennent des cartels où sont écrits quelques versets du _Gloria in -excelsis_. Les anges, le baldaquin et tous les autres ornements sont -dorés au mat ou d'or bruni. - -Dans l'enfilade de la croisée du dôme, sur la droite, se trouve la -chapelle Sainte-Anne, dans laquelle étoient déposés les coeurs des -princes et princesses de la famille royale[370]; à gauche étoit placé -le choeur des religieuses, séparé du dôme par une grille de fer. - - [Note 370: Le premier qui y fut déposé fut celui de madame - Anne-Élisabeth de France, première fille de Louis XIV, morte - en 1662; Anne d'Autriche voulut aussi donner le sien aux - religieuses du Val-de-Grâce, comme une dernière marque de - son affection; et depuis, cet usage a toujours subsisté pour - tous les princes et princesses de la maison royale. On - disposa en conséquence un caveau au-dessous de cette - chapelle; il fut revêtu de marbre, et au milieu de la - chapelle, tendue en velours noir rehaussé d'armoiries - d'argent, on éleva une estrade surmontée d'un dais, où ces - portions de leurs dépouilles mortelles furent long-temps - exposées avant d'être inhumées dans le caveau. Le 17 janvier - 1696, un ordre du roi les y fit descendre, à l'exception de - ceux d'Anne d'Autriche et du duc d'Orléans, qui restèrent - dans la chapelle.] - -La grande voûte de la nef, l'intérieur des arcs-doubleaux qui -soutiennent le dôme, sont enrichis d'une foule de sculptures, -ornements d'architecture, médaillons, bas-reliefs, que la main des -frères Anguier a su rendre dignes de la majesté du lieu[371]; les -marbres les plus précieux ont été employés au pavement de l'église, et -disposés en compartiments qui répondent à ceux de la voûte; enfin la -fresque qui couvre le plafond du dôme met le comble à la magnificence -de ce beau monument. Ce morceau de peinture, l'un des plus grands de -ce genre qui existe en Europe, représente la gloire des élus dans le -ciel[372], et contient plus de deux cents figures de proportion -colossale. C'est du reste un ouvrage d'un très-rare mérite; et ce qui -le rend plus admirable encore, c'est que Pierre Mignard, qui en est -l'auteur, le conçut et l'exécuta dans l'espace de treize mois. Il -passe pour son chef-d'oeuvre, et Molière l'a célébré dans un poëme que -le peintre dut sans doute regarder comme la récompense la plus -glorieuse de ses travaux. Toutes les inscriptions qu'on y lit encore -furent placées sous la direction de Quenel, alors intendant de tous -les édifices royaux. Depuis, pour ces sortes de compositions, on a -consulté l'Académie des inscriptions et belles-lettres. - - [Note 371: La voûte de la chapelle offre, dans six - médaillons, les têtes de la sainte Vierge, de saint Joseph, - de sainte Anne, de saint Joachim, de sainte Élisabeth, de - saint Zacharie. On y voit en outre des figures d'anges - chargés de cartels, avec des inscriptions et des - hiéroglyphes relatifs à ces divers personnages. - - Aux quatre angles du dôme, dans quatre médaillons, sont les - quatre Évangélistes, accompagnés d'anges portant également - des inscriptions dans des cartels. Sur les arcades des neuf - chapelles, dont trois sont sous le dôme et six dans la nef, - des figures allégoriques présentent les divers attributs de - la Vierge, tels que la Patience, la Pauvreté, l'Humilité, - l'Innocence, la Virginité, la Prudence, la Justice, la - Piété, etc., etc.] - - [Note 372: Dans la partie la plus élevée de la composition - on voit un ange qui tient ouvert le livre des sceaux, où - sont écrits les noms des élus. De côté et d'autre, des - saints distribués par groupes, patriarches, apôtres, - martyrs, vierges, confesseurs, etc., sont abîmés dans la - contemplation de la majesté divine, etc. - - Dans la partie inférieure, la reine Anne d'Autriche est - représentée conduite par sainte Anne et par saint Louis au - pied du trône de l'Éternel, et lui offrant le plan du dôme - qu'elle vient de construire. Vers le point le plus élevé de - la voûte la vue se perd dans les espaces infinis des cieux.] - -Telle est l'église du Val-de-Grâce, dont le portique, avec ses deux -ordres, son double fronton, ses enroulements, son dôme entouré de -consoles et de pilastres, n'obtiendroit pas sans doute aujourd'hui les -éloges qu'on lui prodigua dans un temps où l'architecture des temples -étoit toute en décorations postiches et théâtrales; mais qui, malgré -tous ses défauts, n'en est pas moins un monument dont l'aspect frappe, -éblouit, par l'adresse avec laquelle tant de parties incohérentes -sont combinées, tant au dehors qu'au dedans, pour former un ensemble -harmonieux, et par ce luxe d'ornements qui y répand la magnificence -sans rien ôter à la majesté[373]. - - [Note 373: L'église du Val-de-Grâce est une de celles qui - ont le moins souffert de la révolution, quoique sa - destination ait changé: car le couvent est maintenant un - hôpital militaire, et l'église un dépôt d'effets destinés à - ce genre d'hôpitaux. Toutefois des mesures ont été prises - pour la conservation du pavement en marbre et de - l'architecture, au moyen d'un plancher superposé et de - cloisons qui les préservent. L'autel principal et son riche - baldaquin sont également garantis et conservés.] - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DU VAL-DE-GRÂCE. - - TABLEAUX. - - Au-dessus de la porte de l'église, une descente de croix; par - _Lucas de Leyde_. - - Dans la chapelle du Saint-Sacrement, plusieurs tableaux dont les - sujets ne sont pas indiqués; par _Philippe et Jean-Baptiste de - Champagne_. - - - SCULPTURES. - - Dans les niches du portail, les statues en marbre de saint Benoît - et de sainte Scholastique; par _François Anguier_. - - Sous le baldaquin du grand autel, une crèche en marbre, composée - des trois figures, l'Enfant-Jésus, la sainte Vierge et saint - Joseph, grandes comme nature. Ce groupe, exécuté par le même - sculpteur, passe pour un de ses meilleurs ouvrages. - - Derrière cette figure, un tabernacle en forme de niche, soutenu - par douze petites colonnes, et orné d'un bas-relief représentant - une descente de croix; par le même. - - Une quantité innombrable de reliquaires d'or et d'argent, et de - riches ornements donnés à ce monastère par la reine Anne - d'Autriche, parmi lesquels on distinguoit un soleil d'or émaillé - et enrichi de pierreries, d'un prix très-considérable. - - - SÉPULTURES. - - Outre les coeurs des princes de la famille royale déposés dans - cette église, et dont le nombre s'élevoit, en 1780, à plus de - quarante, elle contenoit les restes de plusieurs autres - personnages considérables, savoir: - - Dans les murailles de la vieille église, les entrailles d'Honorat - de Beauvilliers, comte de Saint-Agnan, mort en 1662. - - Dans le cloître, du côté du chapitre: - - Les entrailles de Marie de Luxembourg, duchesse de Mercoeur, - morte en 1623. - - Le corps de Jeanne de l'Escouet, veuve de Charles de Beurges, - seigneur de Seury, etc., morte en 1631. - - Le coeur de Philippine de Beurges, leur fille, morte en 1636. - - Le coeur de César du Cambout, marquis de Coislin, etc., tué au - siége d'Aire en 1641. - - Le corps de Bénédicte de Gonzague, abbesse d'Avenay, morte en - 1637. - - Le corps de Constance de Blé d'Uxelles, abbesse de Saint-Menou, - morte en 1648. - - Le corps de la princesse Bénédicte, duchesse de Brunswick, mère - de la princesse Amélie Wilhelmine, femme de l'empereur Joseph - Ier, morte en 1730. - -Indépendamment de cette faveur particulière accordée au monastère du -Val-de-Grâce, de recevoir en dépôt une partie des restes mortels de la -famille royale, cette maison avoit obtenu de Louis XIV des armes -écartelées de France et d'Autriche, surmontées d'une couronne fermée, -avec permission de les faire sculpter ou peindre tant au dehors qu'au -dedans de ses bâtiments, même de les faire graver pour servir de scel -au monastère et à l'ordre entier. Les lettres-patentes expédiées à ce -sujet sont de 1664. D'autres lettres-patentes de la même année -accordèrent à ces religieuses le droit de franchise en faveur des -artisans, qui occupoient des maisons qu'elles avoient fait construire -sur un emplacement de quatre cent soixante-douze toises, qu'elles -avoient nommé _cour Saint-Benoît_. Ces priviléges étoient les mêmes -que ceux dont jouissoient les gens de métier établis dans le fief de -Saint-Jean-de-Latran, auquel cet établissement étoit contigu. - -La reine Anne d'Autriche, toujours occupée du bien-être de ses filles -adoptives[374], avoit déjà augmenté le terrain de leur monastère par -l'acquisition faite, en 1651, aux administrateurs de l'Hôtel-Dieu, de -l'ancien hôpital de _la Santé_; elle fit aussi plusieurs fondations -dans cette maison, et lui procura l'union et la mense de l'abbaye de -Saint-Corneille de Compiègne[375]. - - [Note 374: Son attachement pour elles étoit si grand, - qu'elle se fit faire, dans la clôture de leur monastère, un - appartement et un oratoire, où elle se retiroit - très-souvent, surtout dans les grandes fêtes de l'année. On - compte que, depuis le commencement de sa régence jusqu'à sa - mort, elle y passa cent quarante-six nuits.] - - [Note 375: Cette union fut autorisée et confirmée par le - roi, à la charge de recevoir gratuitement douze demoiselles; - nombre qui fut depuis réduit à six.] - - -LES FILLES SAINTE-AGATHE. - -Cette communauté, qui avoit adopté la règle de Cîteaux, étoit aussi -connue sous le nom de _filles de la Trappe_ ou _du Silence_. Les -religieuses qui la composoient s'établirent d'abord, vers 1697[376], -dans la rue Neuve-Sainte-Geneviève, près la rue du Puits-qui-Parle. -L'année suivante, la maison qu'elles occupoient ayant été vendue par -décret, elles allèrent se loger au village de la Chapelle, où elles ne -purent former un établissement. On les voit ensuite revenir à Paris, -s'associer avec la demoiselle Guinard, qui occupoit alors, dans la rue -de Lourcines, l'hôpital de Sainte-Valère, et s'en séparer peu de temps -après pour aller habiter deux maisons contiguës qu'elles venoient -d'acquérir dans la rue de l'Arbalète. Elles y demeurèrent depuis -l'année 1700 jusqu'en 1753, que l'archevêque de Paris jugea à propos -de supprimer cette communauté. Les filles de Sainte-Agathe -s'occupoient principalement de l'éducation des jeunes demoiselles. - - [Note 376: Sauval, t. I, p. 649.] - - -LES CAPUCINS. - -Nous avons déjà parlé de l'origine et de l'établissement de ces -religieux à Paris[377]. Godefroy de La Tour leur ayant légué, en 1613, -par son testament, une grande maison et un jardin au faubourg -Saint-Jacques, M. Molé, président au parlement, en prit possession, la -même année, en qualité de syndic de ces religieux, et leur obtint des -lettres-patentes qui autorisoient ce nouvel établissement. La grange -de cette maison fut d'abord disposée de manière à servir de chapelle à -ces pères, jusqu'à ce que les libéralités de M. de Gondi, évêque de -Paris, les eussent mis en état de faire construire l'église qui existe -encore à présent. Elle fut bénite, au nom de ce prélat, par son neveu -Jean-François de Gondi, alors doyen de Notre-Dame, et depuis premier -archevêque de Paris; M. de Harlai, archevêque de Rouen, la dédia -ensuite sous le titre de l'_Annonciation de la Sainte Vierge_. Cette -église n'a rien que de très-simple dans sa construction. La maison -servoit de noviciat aux religieux de cet ordre dans la province de -Paris[378]. - - [Note 377: _Voy._ t. I, 2e part., p. 992.] - - [Note 378: Cette maison sert maintenant d'hôpital pour les - maladies vénériennes.] - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE. - - Deux tableaux représentant, l'un la Présentation au Temple, - l'autre l'Annonciation; par _Lebrun_. - - -L'HOSPICE SAINT-JACQUES-DU-HAUT-PAS. - -Cet hospice, destiné à recevoir des malades, avoit été construit, peu -d'années avant la révolution, par les soins de M. Cochin, curé de la -paroisse Saint-Jacques-du-Haut-Pas. Il contenoit dix-huit lits pour -les femmes et seize pour les hommes. Les soeurs de la Charité, qui en -avoient la direction, y recevoient en outre des pensionnaires -infirmes, lesquels pouvoient être admis dans cette maison au nombre de -vingt à vingt-cinq. - -Ce petit édifice, qui existe encore, construit sur les dessins de M. -Vieilh, architecte, se compose d'un corps de logis et de deux -pavillons en retour. Le milieu est occupé par un portail orné de deux -colonnes doriques, avec attique et fronton. Toute cette composition -est de bon goût, et réunit la simplicité à l'élégance[379]. - - [Note 379: _Voy._ pl. 162. Cette maison, maintenant connue - sous le nom d'hospice _Cochin_, a été rendue à sa première - destination.] - - -L'OBSERVATOIRE ROYAL. - -L'observatoire est un des monuments qui attestent avec le plus d'éclat -le goût de Louis XIV pour tout ce qui, dans les sciences et les arts, -avoit de la grandeur et de l'utilité. Parmi les savants et les grands -artistes en tous genres que ses caresses et ses libéralités alloient -chercher dans toutes les parties de l'Europe, le célèbre -Jean-Dominique Cassini, le premier astronome de son temps, fut un de -ceux qu'il désira le plus d'attirer dans ses états. En même temps -qu'il faisoit négocier auprès de lui pour le déterminer à quitter -l'Italie, ce prince ordonna que l'on choisît un lieu propre à la -construction d'un édifice où l'on pût commodément faire toutes les -observations astronomiques. Claude Perrault donna les dessins, et -dirigea les travaux de ce monument, dont les fondations furent posées -au mois d'août 1667, et qui fut achevé en 1672. Sa construction est -faite avec un très-grand soin, et avec ce luxe d'appareil que l'on -remarque au péristyle du Louvre, bâti par le même architecte. - -L'échelle de ce bâtiment est grande, et son aspect imposant: la -simplicité de son ordonnance et des membres d'architecture qui en -forment les détails, les dimensions élevées de ses murs et de ses -ouvertures, tout annonce un édifice public du premier ordre sur un -terrain néanmoins assez resserré. - -La masse principale du plan est un carré auquel on a ajouté des tours -octogones sur deux angles, et un avant-corps sur une des faces. Ce -carré est disposé de manière que les deux faces latérales sont -exactement parallèles, et les deux autres perpendiculaires au -méridien, qui en fait l'axe, et qui est tracé sur le plancher d'une -grande salle au centre de l'édifice. Cette disposition parut heureuse -pour un monument destiné à l'astronomie; mais la suite ne confirma pas -cette opinion qu'on en avoit d'abord conçue. Les bâtiments même -n'étoient pas encore totalement achevés, que déjà plusieurs astronomes -avoient remarqué de graves défauts dans leur construction. Le ministre -Colbert, qui, dit-on, en fut averti, chargea Cassini, qui venoit -d'arriver de Bologne, de s'entendre avec l'architecte pour en diriger -l'exécution de la manière la plus favorable aux travaux astronomiques; -mais, soit qu'il fût arrivé trop tard, soit que Perrault montrât de -la répugnance à modifier son projet, le bâtiment se continua, et fut -achevé sur les mêmes dessins[380]. - - [Note 380: _Voy._ pl. 163 et 166.] - -Les fondations furent difficiles à établir, à cause de la profondeur -des carrières sur lesquelles on vouloit les asseoir; et ce ne fut -qu'en les comblant de massifs considérables que l'on parvint à donner -à ce monument l'extrême solidité, qui en est une des qualités les plus -remarquables. Sa construction est toute en pierres posées par assises -réglées, et qui règnent au pourtour de l'édifice; on n'y a employé ni -fer ni bois: tous les planchers, tous les escaliers y sont voûtés en -pierres, et appareillés avec le soin le plus recherché. Une -plate-forme couvroit originairement tout l'édifice, et permettoit d'en -parcourir le sommet; mais les eaux ayant pénétré la terrasse et -endommagé les voûtes, il fallut refaire en entier la couverture, pour -empêcher la dégradation totale du monument, ce qui fut exécuté en -1787. Cette couverture est maintenant divisée en plusieurs parties de -comble, et entourée d'un mur d'appui. De là on peut contempler la -voûte du ciel dans toute l'étendue de l'horizon. - -Six pièces, de formes différentes, composent la distribution -intérieure, et ont leurs ouvertures exposées aux différents points du -ciel. Cependant, malgré les pompeux éloges donnés à ce monument par la -plupart de nos historiens, on est forcé de l'avouer, sous le rapport -de convenance, aucun édifice n'étoit moins propre à sa destination. Il -a fallu construire en dehors, et attenant à ce bâtiment colossal, -ainsi que sur la plate-forme, de petits cabinets pour y placer les -instruments destinés aux travaux habituels des physiciens et des -astronomes. Tout ce faîte extérieur ne contenoit pas une seule petite -pièce commode où l'on pût faire sûrement et tranquillement une série -d'observations; et ce n'est guère que depuis quelques années qu'on a -su en rendre l'intérieur habitable, et même le pourvoir de tous -instruments nécessaires pour les travaux des astronomes. - -Cassini avoit fait tracer sur le plancher de l'une des tours un -planisphère terrestre de vingt-sept pieds de diamètre: depuis -long-temps on ne l'y voit plus. On avoit aussi pratiqué dans toutes -les voûtes, au centre du bâtiment, des ouvertures de trois pieds de -diamètre, et correspondant entre elles depuis la couverture jusqu'au -fond des caves souterraines pratiquées sous l'édifice; la première -intention étoit de s'en servir pour des observations astronomiques; -mais on y a éprouvé des difficultés qui ont forcé d'y renoncer: elles -n'ont été utiles qu'à mesurer les degrés d'accélération de la chute -des corps, et à faire la vérification des grands baromètres. - -Ces ouvertures pénètrent jusqu'au fond de ces caves au travers d'un -escalier fait en vis, et composé de trois cent soixante marches, ce -qui forme en tout, depuis le sommet, un puits de vingt-huit toises de -profondeur. Ces caves servent à faire des expériences sur les -congélations et les réfrigérations, à déterminer les divers degrés de -l'humidité, du sec, du chaud, du froid. Elles s'étendent fort au loin -dans les carrières voisines, et ont des parties où l'eau se pétrifie. -Plus de cinquante rues percées dans des carrières y forment une espèce -de labyrinthe. Partie de ces caves est revêtue de maçonnerie, d'autres -sont simplement taillées dans le tuf. - -La plupart des salles de cet édifice offrent cette particularité -remarquable, qu'une personne parlant très-bas près de l'un des murs, -ses paroles parviennent à l'oreille d'une autre personne placée près -du mur opposé, sans que ceux qui occupent le milieu de la pièce -puissent rien entendre de ce qu'elles disent. Ce phénomène -d'acoustique, qui dépend de la forme elliptique des voûtes, est trop -connu maintenant pour que nous croyions devoir l'expliquer. Sous la -voûte de la salle du nord, un aéromètre indique la force des vents; -cette salle est ornée de peintures représentant les saisons et les -signes du zodiaque: on y voit aussi les portraits des plus célèbres -astronomes. - -La façade de l'Observatoire, du côté du septentrion, est couronnée -d'un fronton où sont sculptées les armes du roi. L'avant-corps de -celle du midi offre deux trophées astronomiques, et ce sont les seuls -ornements de sculpture qu'il y ait sur ce monument. - -Une machine, dite cuvette de jauge, donne la mesure de l'eau pluviale -qui tombe chaque année. - - -COLLÉGES, ÉCOLES, SÉMINAIRES. - -_Écoles de Médecine_ (rue de la Bûcherie.) - -On ne peut douter qu'il n'y ait eu des médecins à Paris dès le -commencement de la monarchie; mais il n'est pas facile de déterminer -l'époque à laquelle ils formèrent un corps et furent agrégés à -l'Université. Duboulai veut que Charlemagne lui-même ait fait entrer -cette étude au nombre de celles qui étoient en vigueur dans l'école -palatine[381], tandis que d'autres écrivains[382] reculent jusqu'au -règne de Charles VII l'origine de cette corporation. Ces deux opinions -sont également éloignées de la vérité. Il y a des preuves certaines -qu'on se livroit à l'étude publique de la médecine dès le commencement -du douzième siècle, qu'anciennement cette faculté étoit -ecclésiastique, et que ses membres étoient obligés de garder le -célibat, ce que l'on peut aisément concevoir, si l'on réfléchit que, -dans le moyen âge, à l'exception d'un très-petit nombre de personnes, -il n'y avoit que le clergé qui s'adonnât à l'étude et qui cultivât les -sciences et les arts. Toutefois comme la profession de médecin, plus -lucrative qu'aucune autre, faisoit négliger l'étude de la théologie, -un décret du concile de Reims, tenu en 1131, défendit aux moines et -aux chanoines d'étudier la médecine; et dans celui de Tours, en 1163, -Alexandre III déclara qu'il falloit regarder comme excommuniés les -religieux qui sortoient de leurs cloîtres pour apprendre l'art de -guérir. L'étude du droit civil fut comprise dans le même anathème. - - [Note 381: _Hist. univ. Paris._, t. II, p. 572.] - - [Note 382: Les auteurs du Dictionnaire de Trévoux.] - -Sous le règne de Philippe-Auguste les médecins étoient déjà reçus dans -les nations académiques qui formoient l'Université; mais on ne voit -pas qu'il y eût alors un lieu particulier affecté aux écoles de -médecine. Différents actes de ces temps prouvent que les cours s'en -faisoient dans le domicile des professeurs. Le nombre des écoliers -s'étant augmenté, on loua des maisons particulières pour les y -rassembler, sans qu'on puisse déterminer au juste dans quel endroit -ces écoles étoient situées[383]. - - [Note 383: Jaillot n'adopte point l'opinion, avancée par - plusieurs, qu'on enseignoit alors la médecine dans les - écoles de la cathédrale, et même à l'entrée de l'église. «On - a pu, dit-il, s'assembler et prendre des décisions près le - bénitier, _ad cupam B. M. inter duas cupas_, sans qu'on - doive en conclure qu'on y donnoit des leçons. Il en est de - même de l'église de Sainte-Geneviève-la-Petite (des - Ardents), de Saint-Éloi, de Saint-Julien-le-Pauvre, des - Bernardins, des Mathurins, de Saint-Yves, etc. Tous ces - endroits ne me paroissent point devoir être considérés comme - des écoles, mais comme des lieux d'assemblée de la faculté, - ou pour traiter des affaires de son corps, ou pour faire - des actes de religion.»] - -Nous avons déjà dit que ce fut au milieu du treizième siècle que les -facultés composant le corps de l'Université se formèrent en compagnies -distinctes, et eurent des écoles spécialement affectées à leurs études -particulières. La théologie dut les siennes à Robert Sorbon; les -professeurs de droit établirent les leurs au clos Bruneau (rue -Saint-Jean-de-Beauvais), et la faculté des arts resta rue du Fouare. -Comme il n'existe aucun acte qui indique alors un établissement -particulier pour l'école de médecine, on peut croire qu'elle demeura -encore unie à cette dernière faculté dans les anciennes écoles de -cette même rue, et rien ne prouve en effet qu'elle ait changé de -domicile jusqu'à l'année 1454, que, dans une assemblée tenue près des -bénitiers de Notre-Dame, elle résolut d'établir une école où tous ses -cours publics seroient réunis. On ne voit point que ce projet ait -alors reçu son exécution; mais dans une seconde assemblée tenue en -1469 il fut décidé, qu'on achèteroit, rue de la Bûcherie, une maison -appartenant aux Chartreux, et voisine d'une autre dont la faculté -étoit déjà propriétaire. L'acquisition fut faite en 1472; mais la -disposition des lieux s'opéra lentement, et ce ne fut qu'en 1505 qu'on -y tint les écoles. L'achat successif de terrains et de maisons -circonvoisines procura à la faculté les moyens de faire pratiquer tous -les logements nécessaires, et d'avoir un jardin où l'on cultiva les -plantes médicinales. L'amphithéâtre fut établi en 1617 dans une maison -contiguë à ce jardin, et qui faisoit le coin de la rue du Fouare et de -celle de la Bûcherie, et subsista ainsi jusqu'en 1744, que la faculté, -voyant qu'il tomboit en ruine, en fit construire un nouveau[384]. -Cette dernière salle, de forme ronde, est terminée par une coupole; -son pourtour est garni de gradins où se placent les étudiants; huit -colonnes doriques y soutiennent une corniche sur laquelle règne un -balcon. - - [Note 384: En 1678, la plus grande partie des bâtiments - avoit été refaite ou réparée par les bienfaits de M. Lemasle - des Roches, chantre et chanoine de l'église de Paris.] - -La première chapelle, achevée en 1502, fut démolie en 1529, et -remplacée par une autre, qu'on transféra encore, en 1695, dans un -endroit différent. - -Quelques années avant la révolution, les écoles avoient été -transportées rue Saint-Jean-de-Beauvais, aux anciennes Écoles de -Droit; mais les démonstrations anatomiques se faisoient toujours à -l'amphithéâtre de la rue de la Bûcherie. C'étoit là aussi que la -faculté tenoit ses assemblées, dans une salle au premier étage, ornée -des portraits de tous ses doyens[385], et de plain-pied avec la -chapelle. - - [Note 385: Le doyen de la faculté de médecine étoit élu tous - les ans, le premier samedi d'après la Toussaint; mais on le - continuoit ordinairement deux années dans sa charge. C'étoit - lui qui indiquoit les assemblées, qui présidoit et concluoit - à la pluralité des voix. Il avoit sa place au tribunal du - recteur de l'Université, et y donnoit sa voix au nom de sa - faculté. L'érection des professeurs se faisoit le même jour - que celle des doyens.] - - -_Collége de Picardie_ (rue du Fouare). - -On comptoit autrefois dans cette rue quatre écoles pour les quatre -nations de l'Université; et c'est pourquoi, dans plusieurs titres du -treizième siècle, elle est appelée de l'_École_ et des _Écoliers_. La -nation de Picardie est la seule qui continua d'y demeurer jusque vers -la fin du siècle dernier. En 1487, elle avoit obtenu la permission d'y -faire construire une chapelle, qui fut dédiée, en 1506, sous -l'invocation de la sainte Vierge, de saint Nicolas et de sainte -Catherine. - -Saint Guillaume Berruyer, que la nation de France honoroit comme son -patron, étoit celui d'une chapelle qu'il y avoit autrefois dans cette -rue. Il y a bien de l'apparence que c'étoit la chapelle des écoles de -cette nation: elle ne subsiste plus depuis long-temps. - - -_Collége de Cornouaille_ (rue du Plâtre). - -La première fondation de ce collége fut faite en 1317[386], et non en -1380, comme plusieurs l'ont avancé, par Galeran Nicolas ou Nicolaï dit -de Grève, clerc de Bretagne, qui, par son testament, laissa le tiers -de ses biens aux pauvres écoliers du diocèse de Cornouaille ou -Quimper-Corentin, faisant leur cours d'études à Paris. Ses exécuteurs -testamentaires n'accomplirent sa volonté qu'en 1321, et fondèrent -alors cinq bourses, qu'ils laissèrent à la nomination de l'évêque de -Paris. Ce prélat approuva le nouvel établissement en 1323; et ces -boursiers, qui n'avoient point de domicile, furent placés dans le -collége que Geoffroi du Plessis venoit de fonder[387]. Les choses -restèrent en cet état jusqu'en 1380, que Jean de Guistri, -maître-ès-arts et en médecine, né dans le diocèse de Cornouaille, -acheta, dans la rue du Plâtre, une maison, où il logea les cinq -boursiers ses compatriotes, ajoutant à ce bienfait celui de fonder -quatre bourses nouvelles[388]; ses exécuteurs testamentaires -trouvèrent dans ses biens de quoi en créer une cinquième, et il fut -décidé que le nouveau collége seroit appelé collége _de Cornouaille_. - - [Note 386: _Voy._ Jaillot, quart. Saint-Benoît, p. 193.] - - [Note 387: Hist. de Paris, t. III, p. 490.] - - [Note 388: L'un des nouveaux boursiers devoit être prêtre, - et avoir 6 sous par semaine; les autres 4 sous, comme ceux - de la première fondation.] - -Un principal de ce collége, nommé Duponton, y fonda deux autres -bourses en 1443; et en 1709 il y en eut encore une dernière, que l'on -dut aux libéralités de M. Valot, conseiller au parlement et chanoine -de Notre-Dame. Ce collége fut réuni, en 1763, à celui de -Louis-le-Grand. - - -_Collége de Lisieux_ (rue Saint-Jean-de-Beauvais). - -Il doit, suivant tous nos historiens[389], son origine à Gui de -Harcour, évêque de Lisieux, qui laissa pour cet effet 1000 livres -par son testament, et 100 livres pour le logement de vingt-quatre -boursiers étudiant dans la faculté des arts: cet acte est de 1336. -Au commencement du siècle suivant, Guillaume d'Estouteville, aussi -évêque de Lisieux, fonda un autre collége sous le nom de _Torchi_, -avec l'intention de le placer dans des maisons situées rue -Saint-Étienne-des-Grès, qu'il avoit achetées de l'abbaye -Sainte-Geneviève. Cependant, comme l'exécution de cette dernière -partie du projet n'eut pas lieu sur-le-champ, il en est résulté sur -la date de la fondation quelques difficultés, qu'il est facile de -lever, en supposant, ce qui est très-vraisemblable, que Guillaume -d'Estouteville établit d'abord ses boursiers dans le collége de -Lisieux, fondé par Gui de Harcour, et acheta en même temps les -maisons où il vouloit les loger; que sa mort, arrivée en 1414, -ne lui ayant pas laissé le temps de les y établir, Estoud -d'Estouteville, son frère et son exécuteur testamentaire, se chargea -de remplir sa dernière volonté, ce qui toutefois ne fut exécuté -qu'en 1422. On voit en effet, à cette époque, douze théologiens et -vingt-quatre artiens réunis dans ce collége, qui fut, par arrêt de -la cour, nommé _de Torchi_[390], dit de Lisieux. Les douze -théologiens étoient de la fondation de MM. d'Estouteville, et les -vingt-quatre artiens étoient certainement ceux que Gui de Harcour -avoit fondés; ce qui d'ailleurs est démontré par un arrêt du 19 juin -1430. - - [Note 389: Du Breul, pag. 692.--Hist. de Par., t. I, pag. - 592.] - - [Note 390: Le nom de _Torchi_ étoit celui d'une terre - appartenant à cette famille.] - -La chapelle de ce collége fut bâtie des deniers de l'abbé de Fescamp, -sous l'invocation de saint Sébastien. La nomination des bourses -appartenoit à ses successeurs et aux évêques de Lisieux. Le principal -et le procureur étoient élus par les boursiers théologiens, le premier -à vie, le second pour un an. - -Comme le terrain qu'occupoient les bâtiments de ce collége entroit -dans le dessin de la place qui devoit être ouverte devant la nouvelle -église Sainte-Geneviève, et que cependant son ancienneté sembloit -exiger qu'il fût conservé, il fut ordonné, par arrêt du 7 septembre -1763, qu'il seroit transféré dans le collége de Louis-le-Grand, ce qui -fut alors exécuté; mais des raisons particulières firent changer cet -arrangement, comme nous ne tarderons pas à le dire[391]. - - [Note 391: Sauval fait mention d'un collége établi dans - cette rue, et qui existoit encore en 1410; on le nommoit - collége de _Suesse_, c'est-à-dire de Danemarck. Jaillot - pense que ce pouvoit être celui de _Dace_, dont nous avons - parlé à l'article du collége de Laon. - - Il y avoit encore dans cette même rue, et près de - Saint-Jean-de-Latran, un autre collége nommé le collége de - _Tonnerre_. Un acte de 1406 nous apprend qu'il avoit été - fondé par l'abbé et par les religieux de - Saint-Jean-en-Vallée. Quant à son nom, il le devoit à l'abbé - lui-même, lequel se nommoit Richard de Tonnerre. On ignore - en quel temps ce collége a cessé d'exister. - - La chapelle existe encore, ainsi que les bâtiments; ils sont - occupés par des particuliers.] - - -_Collége des Lombards_ (rue des Carmes). - -On trouve aussi ce collége sous le nom de collége de _Tournai_ ou -d'_Italie_. Tous nos historiens s'accordent à lui reconnoître quatre -fondateurs, tous domiciliés à Paris, André Ghini, Florentin, -successivement évêque de Tournai, d'Arras et cardinal; François de -l'Hôpital, bourgeois de Modène; Jean Reinier, bourgeois de Pistoie; et -Manuel Rolland, de Plaisance. Mais la date de la fondation a fait -naître des discussions trop minutieuses pour que nous croyions devoir -les rapporter; on en peut toutefois conclure que l'acte n'en fut fait -que en 1333[392], quoique les écoliers fussent établis depuis trois -ans dans l'hôtel de l'évêque de Tournai, ce qui justifie la date de -1330, que portoit l'inscription gravée sur la porte de ce collége. -André Ghini établit quatre bourses pour des Florentins; le sieur -l'Hôpital, trois pour des écoliers du Modenois; Reinier, trois pour -ceux de Pistoie; Rolland, une pour un étudiant de Plaisance: à défaut -de sujets nés dans ces provinces, on devoit admettre indifféremment -des élèves italiens, sous la condition qu'ils céderoient la place -aussitôt qu'il s'en présenteroit avec toutes les qualités que -demandoit la fondation. Les aspirants devoient être clercs, et n'avoir -pas 20 livres de rente pour être admis; on nomma trois proviseurs ou -directeurs de ce collége; les fondateurs les mirent sous la protection -de l'abbé de Saint-Victor et du chancelier de Notre-Dame; enfin il fut -stipulé que la maison où ils demeuroient, située au mont -Saint-Hilaire, seroit appelée _Maison des pauvres écoliers italiens de -la charité de la bienheureuse Marie_. - - [Note 392: Hist. de Par., t. III, p. 427.] - -Ce collége fut peu à peu abandonné, et deux causes y contribuèrent: -d'un côté, la modicité des bourses, insuffisantes pour procurer aux -élèves les besoins de première nécessité, dégoûta les Italiens de -s'expatrier; de l'autre, les Universités nombreuses qui se formèrent -dans leur propre pays leur procurèrent des ressources assez grandes -pour qu'ils ne fussent plus obligés d'aller chercher l'instruction -chez une nation étrangère. Les bâtiments qu'ils avoient occupés -tomboient en ruines, et alloient devenir tout-à-fait inhabitables, -lorsque deux prêtres irlandois, le sieur Maginn et Kelli, formèrent le -dessein de les faire réparer en faveur des prêtres et des étudiants de -leur nation. - -Dès l'année 1623, Louis XIII avoit permis aux Irlandois de recevoir -des legs et des donations dont l'objet devoit être de leur procurer -la facilité de faire leurs études à Paris. Louis XIV avoit confirmé -cette permission en 1672, en y ajoutant celle d'acheter une maison qui -pût leur servir d'hospice. Celle dont ils firent l'acquisition étoit -située rue d'Enfer, et ils y ont demeuré jusqu'en 1685. Ce fut pendant -cet intervalle que les sieurs Maginn et Kelli jetèrent les yeux sur le -collége des Lombards, espérant en faire une habitation plus commode -pour leurs compatriotes; mais les trois proviseurs, qui l'habitoient -encore, refusèrent d'abord de leur en céder la propriété, et se -contentèrent de nommer onze Irlandois aux bourses vacantes depuis -plusieurs années. Cette nomination fut confirmée en 1677; mais comme -il étoit à craindre que ces nouveaux boursiers ne fussent inquiétés -par des Italiens qui auroient pu venir réclamer leurs anciens droits, -MM. Maginn et Kelli proposèrent de faire réédifier ce collége à leurs -frais, sous la condition qu'ils en seroient proviseurs leur vie -durant, et que ces places seroient toujours occupées à l'avenir par -des sujets de leur nation; proposition qui fut acceptée, et que de -nouvelles lettres-patentes confirmèrent en 1681. La reconstruction de -ce collége fut exécutée en conséquence de cette transaction; et M. -Maginn lui légua en outre 2,500 livres de rente. - -Malgré tous ces arrangements, il y eut, le 22 mars 1696, un acte -d'association des boursiers irlandois à ceux du collége des Grassins. -Un arrêt du parlement les renvoya, en 1710, au collége des Lombards. -Toutefois cette association n'avoit eu lieu que pour les étudiants -seulement, et ne comprenoit point ceux qui, après avoir fini leurs -études, faisoient les préparations nécessaires pour pouvoir remplir -dignement les fonctions de missionnaires en Irlande. Cette distinction -fut consacrée par un autre arrêt du 20 mars 1728; ainsi cette maison -devoit être à la fois considérée comme un séminaire et un collége: -c'étoient deux communautés réunies. - -On y comptoit, en 1776, cent prêtres et environ soixante clercs -étudiants, dont le plus petit nombre payoit une très-modique pension: -la charité des fidèles faisoit le reste. À cette époque les clercs -irlandois furent transférés dans la rue du Cheval-Vert, comme nous le -dirons ci-après. - -Quelques années auparavant, les bâtiments du collége des Lombards -avoient été réparés, et la chapelle avoit été reconstruite par la -libéralité de M. de Vaubrun[393]. Son porche, de forme elliptique, et -décoré de colonnes et de pilastres ioniques, avec entablement, avoit -été élevé sur les dessins de Boscry, architecte[394]. - - [Note 393: Guillaume Postel professa autrefois dans le - collége des Lombards, et avec tant de célébrité, qu'on - raconte que la grand'salle de cette maison, ne pouvant - contenir la foule de ceux qui venoient l'entendre, il étoit - obligé de les faire descendre dans la cour, et de leur - donner leçon par une des fenêtres.] - - [Note 394: Ce collége est maintenant habité par des - particuliers: la chapelle sert de magasin.] - - - CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE. - - Sur le maître-autel, un tableau représentant une Assomption; par - _Jeaurat_. - -Ce collége étoit possesseur d'une petite bibliothèque. - - -_Collége de Dormans-Beauvais_ (rue Saint-Jean-de-Beauvais). - -Ce collége doit sa fondation à Jean de Dormans, cardinal, évêque de -Beauvais et chancelier. Il acheta, en 1365, les maisons que le collége -de Laon avoit d'abord occupées, et cinq ans après y établit un maître, -un sous-maître, un procureur et douze boursiers, nés dans la paroisse -de Dormans en Champagne, ou, à leur défaut, dans le diocèse de -Soissons. En 1371 et 1372, il fonda successivement douze nouvelles -bourses, parmi lesquelles trois furent destinées à des écoliers pris -dans les villages de Buisseul et d'Athis, au diocèse de Reims, et une -quatrième à un religieux prêtre de l'abbaye de Saint-Jean-des-Vignes. -La chapelle, dont Charles V voulut bien poser la première pierre, fut -construite aux frais de Miles de Dormans, neveu du fondateur, et -dédiée, en 1380, sous l'invocation de saint Jean l'Évangéliste. Il y -fonda quatre chapelains et deux clercs. Nos historiens parlent d'un -nouveau chapelain et de cinq autres boursiers, fondés à diverses -époques par différents particuliers. - -La collation de toutes les places avoit été réservée au frère et au -neveu du fondateur: l'abbé de Saint-Jean-des-Vignes éleva à ce sujet -quelques contestations, qui furent terminées par un concordat, -homologué en 1389, qui, laissant la collation de la bourse du -religieux de Saint-Jean-des-Vignes à l'abbé, transportoit à la cour du -parlement tous les droits du fondateur après la mort de Guillaume de -Dormans, son neveu. Depuis, le premier président et deux commissaires -de cette cour ont toujours eu l'administration de ce collége. - -Vers le commencement du seizième siècle, les professeurs qui -enseignoient dans les écoles de la rue du Fouare s'étant retirés dans -les colléges, celui de Beauvais tint des écoles publiques, et s'unit -par la suite (en 1597) au collége de Presle, pour l'exercice des -classes, ce qui subsista jusqu'en 1699, que cet exercice entier resta -au seul collége de Beauvais. Depuis, les arrangements qui devoient -incorporer le collége de Lisieux à celui de Louis-le-Grand n'ayant pu -avoir leur entier effet, le collége de Beauvais fut choisi pour -prendre la place que l'autre y devoit occuper, et les maisons qui lui -appartenoient furent données au collége de Lisieux. - - - CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE. - - TABLEAUX. - - Sur le maître-autel, saint Jean l'Évangéliste dans l'île de - Pathmos; par _Lebrun_. - - - TOMBEAUX ET SÉPULTURES. - - Au milieu du choeur, deux statues en cuivre sur un tombeau de - marbre représentant Miles de Dormans, évêque de Meaux et - archevêque de Sens, mort en 1405; et un autre évêque inconnu. - - Six statues en pierre, représentant: - - Jean de Dormans, chancelier de l'église de Beauvais, mort en - 1380. - - Bernard de Dormans, chambellan de Charles V, mort en 1381. - - Renaud de Dormans, chanoine de Paris, maître des requêtes de - l'hôtel, etc., mort en 1380. - - Jeanne Baube, femme de Guillaume de Dormans, et mère des trois - personnages dont nous venons de parler, morte en 1405. - - Jeanne de Dormans sa fille, mariée à Pierre de Rochefort et à - Philibert de Paillart, morte en 1407. - - Yde de Dormans, sa seconde fille, mariée à Robert de Nesle, morte - en 1379[395]. - - [Note 395: Deux de ces statues avoient été déposées au Musée - des Petits-Augustins.] - -Plusieurs savants et saints personnages ont professé dans ce collége. -Saint François Xavier y donna des leçons de philosophie en 1531. Le -cardinal Arnauld d'Ossat fut aussi du nombre de ses professeurs; et -dans le siècle dernier l'administration en fut successivement remplie -par deux hommes très-recommandables, le célèbre M. Rollin et M. -Coffin. - - -_Collége de Presles_ (rue des Carmes). - -Nous avons déjà parlé de la fondation de ce collége à l'article du -collége de Laon[396]. Nous avons dit comment les boursiers de ces deux -établissements, réunis dans la même maison, ayant jugé à propos de se -séparer, cette séparation, arrivée en 1333, produisit deux colléges -particuliers. Ce changement fut autorisé par le pape Clément VI; et -Philippe-le-Long, qui le confirma, voulut en même temps gratifier le -collége dont nous parlons de vingt-quatre arpents de bois dans les -forêts du Loup et de la Muette. Raoul de Presles, qui en étoit -fondateur, traita alors avec Gui de Laon du logement que les deux -colléges avoient d'abord occupé, en lui faisant un contrat de 24 liv. -de rente, et à ce moyen resta dans l'établissement, tandis que les -boursiers de l'autre collége alloient se loger au clos Bruneau. Mais, -quelque temps après, le collége de Beauvais, qui venoit d'être fondé -dans la rue voisine, sur un terrain contigu à celui du collége de -Presles, eut besoin à son tour de quelques bâtiments pour les écoles -publiques qui s'y tenoient. On entra dans des arrangements nouveaux, -au moyen desquels les cours publics furent partagés: il y eut quatre -classes et quatre professeurs dans chacun des deux colléges, ce qui -subsista jusqu'en 1699, que l'exercice entier des classes fut cédé au -collége de Beauvais. - - [Note 396: _Voy._ prem. part. de ce volume, p. 600.] - -Le collége de Presles, fondé pour de pauvres écoliers du diocèse de -Soissons, étoit composé de treize boursiers et de deux chapelains -choisis parmi eux. Les chapelains devoient être nommés par les -boursiers, et ceux-ci par la communauté. En 1704 on réduisit le nombre -des boursiers à huit; et en 1763 ce collége fut réuni à celui de -l'Université. - - -_Collége de Tréguier_ (place Cambrai). - -Une inscription qu'on lisoit sur la porte de ce collége portoit qu'il -avoit été fondé en 1400, et Sauval, ainsi que ses copistes, avoient -adopté cette date, qui ne pouvoit être que celle d'une reconstruction, -car il est certain qu'il doit son origine à Guillaume de Coatmohan, -grand-chantre de l'église de Tréguier, qui, par son testament du 20 -avril 1325, le fonda pour huit boursiers, pris dans sa famille ou dans -le diocèse de Tréguier. Les statuts que l'on fit pour ce collége en -1411 lui donnèrent de la réputation, et déterminèrent Olivier Doujon, -docteur en droit, à y fonder, l'année suivante, six bourses nouvelles. -Enfin, en 1575, ce collége fut considérablement augmenté par l'union -qui lui fut faite du collége de Karembert. Celui-ci, qui portoit aussi -le nom de Laon, parce qu'il avoit été crée pour des sujets de ce -diocèse, étoit situé près de Saint-Hilaire. Du reste, nous ignorons -par qui et à quelle époque il avoit été établi. Un M. de Kergroades, -qui paroît avoir été parent du fondateur, et dont le consentement fut -nécessaire pour opérer cette union, ne le donna qu'en se réservant la -nomination des deux seules bourses qui y subsistoient encore. Ceci -dura jusqu'en 1610, que le roi fit acheter le collége de Tréguier, -pour élever le collége Royal sur son emplacement. - - -_Le collége de Cambrai_ ou _des Trois-Évêques_ (même place). - -Il faut rectifier ce qui a été dit de ce collége par la plupart des -historiens de Paris, qui le présentent comme ayant eu à la fois trois -fondateurs. La vérité est qu'il fut institué en 1348, par une -disposition testamentaire de Guillaume d'Auxonne, évêque de Cambrai, -et ensuite d'Autun. Ce prélat, possesseur d'une maison et de jardins -situés dans cet endroit, avoit formé le projet d'y fonder un collége, -et d'affecter à cet établissement cette portion de ses biens: il -chargea de l'exécution de ce projet Hugues de Pomare, évêque de -Langres, par son testament du 13 octobre 1344; mais celui-ci mourut -avant d'avoir pu remplir ses intentions. Il arriva en même temps que -Hugues d'Arci, évêque de Laon, et depuis archevêque de Reims, mourut -aussi sans avoir pu exécuter une fondation semblable qu'il s'étoit -également proposée. Alors les exécuteurs testamentaires de ces trois -prélats imaginèrent de se réunir, et instituèrent le collége dont nous -parlons ici: c'est pour cette raison qu'il est souvent nommé collége -_des Trois-Évêques_. L'acte qui contient cette donation est rapporté -par Félibien sous la date de 1348[397]. Mais la manière dont il est -conçu semble prouver que ce collége renfermoit déjà des étudiants, et -par conséquent que le premier établissement étoit antérieur. - - [Note 397: Hist. de Par., t. III, p. 431.] - -La maison et les jardins que Guillaume d'Auxonne avoit laissés étoient -plus que suffisants pour loger les boursiers; on prit sur les biens -des autres fondateurs ce qui étoit nécessaire pour fournir à leur -subsistance, ce qui produisit un fonds de 200 liv. de rente. On voit -par les statuts que ce collége étoit composé d'un maître, d'un -chapelain faisant l'office de procureur, et de sept boursiers. Ceux-ci -étoient à la nomination du chancelier de l'église de Paris, auquel le -chapelain, nommé lui-même par les anciens boursiers, les présentoit. - -En 1612, le roi ayant voulu faire l'acquisition du collége de Cambrai -pour la construction des bâtiments du collége Royal, les commissaires -de sa majesté passèrent un acte portant qu'après l'achèvement de cet -édifice, le principal et les boursiers du collége détruit y seroient -logés; que la chapelle qu'on y bâtiroit deviendroit leur propriété; -qu'il seroit fait un fonds de 1000 liv. de rente pour leurs dommages -et intérêts; enfin qu'on n'abattroit les constructions que jusqu'à la -grande porte, de manière qu'ils pussent continuer à y loger jusqu'à ce -que le bâtiment qu'on leur destinoit fût en état de les recevoir. -Cette portion d'édifice fut conservée plus long-temps qu'on ne l'avoit -cru, parce qu'alors le collége Royal ne fut pas fini, et les boursiers -de celui de Cambrai ne cessèrent point d'y demeurer jusqu'à leur -réunion au collége de Louis-le-Grand. - -Deux professeurs de la faculté de droit et le professeur de droit -françois, dont la chaire avoit été fondée en 1680 par Louis XIV, -donnèrent des leçons dans le collége de Cambrai jusqu'à la -construction des nouvelles écoles près de Sainte-Geneviève. - - -_Collége-Royal_ (même place). - -On a déjà pu voir dans cet ouvrage à quel dessein et dans quelles -circonstances François Ier fonda cet établissement si digne d'un grand -monarque. Il en avoit conçu l'idée dès le commencement de son règne, et -son intention étoit de le placer à l'hôtel de Nesle (aujourd'hui le -collége Mazarin); mais la guerre et les événements qui la suivirent en -firent d'abord remettre l'exécution, et d'autres projets succédèrent -ensuite à ceux-ci. En rapprochant et en conciliant les dates diverses -que nos historiens ont données à cette fondation, on trouve que le roi, -après avoir manifesté, en 1529, ses intentions pour la construction de -ce collége, fixa, dès 1530, le nombre et les honoraires des professeurs -qu'il nomma et institua l'année suivante. Cette fondation, vraiment -royale, devoit répondre à la magnificence d'un prince qui mettoit en -tout de la noblesse et de la grandeur: douze professeurs en langue -hébraïque, grecque et latine, devoient recevoir par an 200 écus d'or -pour honoraires, être logés dans ce collége, et y donner des leçons -gratuites à six cents écoliers. Les circonstances n'ayant pas permis de -construire les édifices projetés, les professeurs continuèrent -d'enseigner dans les salles du collége de Cambrai et dans d'autres -colléges. Mais si on en excepte cette partie du projet, toutes les -autres clauses en furent remplies scrupuleusement; et même François Ier, -faisant plus qu'il n'avoit promis, et voulant donner une preuve -éclatante de l'affection particulière qu'il portoit à cette institution, -donna, en 1542, aux professeurs la qualité de conseillers du roi, le -droit de _committimus_[398], et les fit mettre sur l'état comme -_commensaux_[399] de sa maison. C'est à ce titre qu'ils continuèrent -jusqu'à la fin de prêter serment entre les mains du grand-aumônier. - - [Note 398: Le _committimus_ étoit un droit que le roi - accordoit aux officiers de sa maison et à qui il lui - plaisoit, de plaider en première instance aux requêtes du - palais ou de l'hôtel, dans les matières personnelles, - possessoires ou mixtes, et d'y faire envoyer ou évoquer - celles où ils avoient intérêt.] - - [Note 399: Les _commensaux_ étoient les officiers des - maisons du roi, de la reine, des enfants de France, des - princes du sang. Au droit de _committimus_, ils joignoient - celui d'être exempts de corvée, de guet et de garde. Ils - avoient droit de préséance sur les juges des seigneurs, - droits honorifiques dans les églises avant les marguilliers, - etc., etc.] - -François Ier avoit fondé les chaires royales pour les savants les plus -célèbres, sans aucune distinction de régnicoles et d'étrangers; et vu -le sage parti qu'il avoit pris de consulter sans cesse, dans -l'exécution de son projet, les hommes distingués dans les sciences et -les lettres qui remplissoient sa cour, il avoit été assez heureux pour -ne faire que de très-bons choix. Ses successeurs n'y portèrent pas -sans doute la même attention, et plus d'une fois des hommes médiocres -usurpèrent dans cet illustre corps des places qui n'appartenoient -qu'au vrai mérite; cependant la succession des maîtres y présente plus -de noms célèbres que dans aucun autre corps littéraire; et l'on peut -assurer qu'il n'en est aucun qui, à nombre égal, ait produit autant -d'ouvrages sur toutes les parties des connoissances humaines. Henri II -y fonda une nouvelle chaire d'éloquence latine; Charles IX, une de -philosophie grecque et latine, et une de chirurgie; Henri III, une de -langue arabe. Ce monarque avoit pris solennellement l'engagement de -mettre à exécution le projet de François Ier relativement à la -construction des bâtiments où devoient se réunir les professeurs, et à -la dotation du nouveau collége; mais les guerres civiles et les -malheurs dans lesquels elles le jetèrent, le réduisirent bientôt à ne -pouvoir plus même payer les gages de ces professeurs. Leur fidélité -n'en fut point ébranlée, et pendant tous les orages de la ligue, ils -restèrent invariablement attachés à ce prince et à son successeur -Henri IV, qui en fut instruit, et qui se déclara leur plus zélé -protecteur. Le duc de Sulli partagea ces sentiments de bienveillance -de son maître; et ce fut à sa sollicitation et à celle du cardinal du -Perron, que ce prince prit la résolution de faire enfin construire les -logements et les écoles qui leur étoient nécessaires. Il fut décidé -qu'on abattroit le collége de Tréguier qui menaçoit ruine, et que sur -cet emplacement on feroit élever un bâtiment de trente-trois toises de -long sur vingt de large. On devoit y pratiquer quatre grandes salles, -et disposer l'étage supérieur pour y placer la bibliothèque royale de -Fontainebleau. Il étoit même question d'y établir une imprimerie, des -ateliers pour les artistes, et de doter cette maison de dix mille écus -de rente. La mort funeste de ce grand roi suspendit l'exécution d'un -projet aussi magnifique, mais ne le détruisit pas entièrement. Trois -mois après, Louis XIII, accompagné de la reine sa mère, vint poser la -première pierre de la seule aile de ce bâtiment qui alors ait été -entièrement achevée; c'étoit celle qui avoit été destinée pour loger -la bibliothèque. Les troubles de la régence ayant bientôt fait cesser -les travaux, on y pratiqua trois salles, qui servirent d'écoles aux -professeurs; mais ils n'eurent ni logements ni augmentation de gages. - -Henri IV avoit fondé dans ce collége une chaire d'anatomie et de -botanique; Louis XIII en créa une seconde de langue arabe et une de -droit canon; Louis XIV y ajouta une chaire de langue syriaque, une -seconde de droit canon, et une de droit françois. C'est à quoi se -bornèrent les bienfaits de ce monarque, protecteur magnifique des -sciences et des lettres, mais qui probablement ne sentit pas de quelle -importance étoit le seul établissement où les jeunes gens, après le -cours ordinaire des études, pussent trouver des guides sûrs pour se -perfectionner dans tout genre de science ou de littérature auquel ils -voudroient se livrer. Cependant la situation des professeurs devenoit -de jour en jour plus fâcheuse: réduits, vers la fin de ce règne, à un -petit nombre d'auditeurs, brouillés depuis long-temps avec -l'Université, qui répandoit contre eux de fâcheuses impressions dans -l'esprit des élèves, mal payés de modiques appointements qui n'étoient -plus en rapport avec les besoins de la vie, ils étoient sur le point -d'abandonner leurs travaux, lorsqu'à l'avénement de Louis XV, le duc -de La Vrillière, qui avoit alors la direction de ce collége, proposa -au conseil un plan qui fut adopté, et empêcha la ruine d'un -établissement si utile et si important. Il consistoit à faire rentrer -dans le sein de l'Université les professeurs royaux, qui n'auroient -jamais dû en être séparés, et par conséquent à leur donner une part -dans le produit des messageries affecté aux besoins de cette -compagnie. L'exécution de ce plan ranima les exercices du collége -Royal; et quelques changements utiles dans la destination de plusieurs -chaires qui étoient doubles ou triples dans des genres d'enseignements -peu suivis, même tout-à-fait abandonnés, donnèrent le moyen d'y faire -professer de nouvelles branches de science et de littérature, sans -charger le trésor de dépenses nouvelles, de manière qu'il y eut dans -le collége Royal, outre l'inspecteur chargé de veiller à la -discipline, vingt professeurs, dont les attributions furent fixées, -par un arrêt du conseil de 1773, dans l'ordre suivant: - - Une chaire pour l'hébreu et le syriaque. - Une ------ pour l'arabe. - Une ------ pour le turc et le persan. - Une ------ pour le grec. - Une ------ pour l'éloquence latine. - Une ------ pour la poésie. - Une ------ pour la littérature françoise. - Une ------ pour la géométrie. - Une ------ pour l'astronomie. - Une ------ pour la mécanique. - Une ------ pour la physique. - Une ------ pour la médecine pratique. - Une ------ pour la physique expérimentale. - Une ------ pour l'anatomie. - Une ------ pour la chimie. - Une ------ pour l'hist. naturelle. - Une ------ pour le droit canon. - Une ------ pour le droit de la nature et des gens. - Une ------ pour l'histoire et la morale. - Une ------ pour les mathématiques, fondée par Ramus. - -Sur les nouveaux fonds accordés au collége Royal, on avoit trouvé le -moyen de distraire une somme suffisante pour la réparation des -constructions déjà faites; mais cette institution laissoit toujours à -désirer un bâtiment qui pût contenir à la fois les écoles et des -logements convenables pour les professeurs. La reconstruction totale -en fut arrêtée en 1774, la première année du règne de Louis XVI; et M. -le duc de La Vrillière posa la première pierre du nouveau bâtiment le -22 mars de la même année. Cet édifice, construit sur les dessins de M. -Chalgrin, présente l'ordonnance noble et simple d'un corps de logis -flanqué de deux pavillons en retour, qu'unit entre eux une double -grille avec un portail surmonté d'un fronton. Il n'y a que des éloges -à donner au caractère d'architecture choisi par l'artiste, et à la -manière dont il a exécuté cette conception[400]. - - [Note 400: _Voy._ pl. 164 et 166.] - - -_Collége du Plessis-Sorbonne_ (rue Saint-Jacques). - -Ce collége doit son nom à Geoffroi du Plessis, notaire apostolique et -secrétaire de Philippe-le-Long. Il le fonda, en 1317[401], pour -quarante étudiants pris dans les diocèses de Tours, Saint-Malo, Reims, -Sens, Évreux et Rouen, et donna pour cet établissement différents -revenus, et une maison avec cours, jardins et vergers, située rue -Saint-Jacques, et qui s'étendoit jusqu'à la rue Fromentel et à celle -des Cholets, nommée alors Saint-Symphorien[402]. Il y avoit déjà dans -cette maison une chapelle de la Sainte-Vierge, et au-dessus de la -porte un oratoire sous le nom de Saint-Martin. Le collége en prit le -nom de _Saint-Martin-du-Mont_, et le fondateur, qui se réserva la -collation des bourses, et la faculté de faire par la suite les -changements qu'il jugeroit à propos, établit pour supérieurs de cet -établissement les évêques d'Évreux et de Saint-Malo, l'abbé de -Marmoutier, le chancelier de l'église de Paris, et le maître -particulier du collége. - - [Note 401: La bulle de confirmation donnée par le pape Jean - XXII n'est que du 30 juillet 1322; mais Jaillot a prouvé que - le collége existoit avant cette époque, et dès 1317.] - - [Note 402: Il affecta vingt bourses aux artiens, dix aux - philosophes, et dix aux théologiens ou étudiants en droit - canon. Les petites bourses étoient fixées à 2 sous par - semaine, celles des philosophes à 4 sous, et celles des - théologiens à 6 sous. Le fondateur établit en même temps - trois chapelains, dont les bourses étoient les mêmes que - celles des théologiens, et le maître ou principal eut 8 sous - par semaine.] - -Quelque temps après, Geoffroi du Plessis fonda le collége de -Marmoutier à côté de celui de Saint-Martin; et quoi qu'en aient dit Du -Breul et Corrozet, l'acte de fondation[403] prouve qu'il ne changea -point les dispositions déjà faites en faveur de ce dernier collége -pour accroître les avantages de sa nouvelle fondation. Sur quatre -maisons qu'il possédoit encore dans ce même endroit, il se réserva, sa -vie durant, la plus grande, qui donnoit sur la rue Chartière, et fit -don des trois autres à l'abbaye de Marmoutier: il n'y eut de commun -entre ces deux colléges que la chapelle que l'on bâtissoit. - - [Note 403: Jaillot, quart. S. Ben., p. 115.] - -S'étant ensuite fait religieux dans cet ordre, auquel il avoit -témoigné une affection si particulière, Geoffroi profita de la faculté -qu'il s'étoit réservée par l'acte de fondation, et soumit les deux -colléges à l'abbé de Marmoutier, qui depuis en fut le seul -administrateur; puis, par son testament, réduisit à vingt-cinq bourses -les quarante qu'il avoit d'abord fondées. Ce collége de Marmoutier -subsista jusqu'en 1637, que la réforme introduite dans cette abbaye le -rendit inutile. Les bâtiments en furent vendus aux Jésuites en 1641, -pour accroître le collége de Louis-le-Grand. - -À l'égard de celui de Saint-Martin-du-Mont, il ne tarda pas à prendre -le nom de son fondateur: car, dans tous les actes de l'abbaye de -Sainte-Geneviève qui le concernent, il n'est indiqué, dès le -quatorzième siècle, que sous le titre de collége du Plessis. La -modicité de ses revenus occasionna une diminution successive de ses -boursiers; mais quoiqu'il se soutînt encore par la réputation que lui -avoit acquise sa discipline et le mérite de ses professeurs, ses -bâtiments menaçoient ruine au commencement du dix-septième siècle, et -l'établissement étoit loin d'avoir en lui-même des ressources -suffisantes pour les réparer, lorsque des circonstances heureuses -vinrent tout à coup les lui procurer. Le cardinal de Richelieu avoit -eu besoin de l'emplacement du collége de Calvi pour la construction de -l'église de Sorbonne. L'équité ne permettoit pas de le détruire sans -le remplacer; aussi ce ministre ordonna-t-il, par son testament, qu'il -seroit bâti un autre collége sur le terrain enclavé entre les rues de -Sorbonne, des Noyers et des Maçons; mais les dépenses énormes -qu'auroit entraînées l'exécution d'un semblable projet en firent -changer les dispositions. En conséquence il fut convenu que les -héritiers du cardinal feroient unir un collége à la maison de -Sorbonne, et qu'ils paieroient une certaine somme pour les bâtiments -ou réparations qu'on seroit obligé d'y faire. On jeta les yeux sur -celui du Plessis, non, comme l'ont pensé quelques auteurs, à cause de -la conformité de son nom avec celui du cardinal[404], mais parce -qu'alors l'abbaye de Marmoutier étoit possédée par un neveu de cette -Éminence (Amador Jean-Baptiste de Vignerod), et qu'on espéroit avoir -plus facilement son consentement que celui de tout autre. Il céda en -effet, sans aucune difficulté, son droit de supériorité sur ce collége -à la maison de Sorbonne, ainsi que tous les biens et revenus qui en -dépendoient, réservant seulement la collation des bourses, dont deux -seroient à la présentation de l'évêque d'Évreux, et deux à celle de -l'évêque de Saint-Malo. Par l'acte passé à cet effet en 1646, la -maison de Sorbonne fut tenue d'entretenir à ses frais les bâtiments, -et de faire instruire les boursiers sous la direction et -l'administration d'un principal et d'un procureur, qui seroient -docteurs ou bacheliers. C'est depuis cette époque que ce collége fut -appelé du Plessis-Sorbonne. Il soutint d'ailleurs jusqu'à la fin son -ancienne renommée, et il n'en étoit aucun dans toute l'Université où -la discipline scolastique fût mieux observée, et qui eût produit un -plus grand nombre d'élèves distingués. - - [Note 404: On sait qu'il se nommoit du Plessis-Richelieu.] - -Dans les derniers temps, les bourses, réduites au nombre de dix, et -extrêmement médiocres, étoient à la nomination du roi[405]. - - [Note 405: Il sert maintenant de logement à des professeurs - de la nouvelle Université.] - - -_Le collége de Louis-le-Grand_ (même rue). - -Sans perdre de temps à discuter divers petits faits relatifs à la -fondation de ce collége, et sur lesquels nos historiens ne sont pas -d'accord, nous dirons simplement que l'institut des Jésuites, auquel -on en doit l'établissement, ayant été approuvé, en 1540 et 1549, par -deux bulles de Paul III, S. Ignace de Loyola, fondateur de _la Société -de Jésus_, envoya sur-le-champ quelques-uns de ses disciples à Paris. -Plusieurs personnes prétendent que, dès 1540, ils demeuroient au -collége du Trésorier, et en 1542 à celui des Lombards. La première de -ces deux assertions paroît dépouillée de preuves; quant au collége des -Lombards, ils ne tardèrent pas à le quitter pour aller loger dans -l'hôtel de Clermont, qui appartenoit au cardinal du Prat. Cette -Éminence mit à les servir un vif intérêt, leur procura, avec le -logement, une honnête subsistance, et, ce qui n'étoit pas moins -important pour eux, la protection du cardinal de Lorraine. Ce fut par -les soins de celui-ci qu'ils obtinrent, en 1551, des lettres-patentes -par lesquelles Henri II permettoit leur établissement, mais à Paris -seulement. Les oppositions de l'évêque, du parlement et de -l'université suspendirent l'effet de cette faveur; soutenus par les -Guises, qui gouvernoient entièrement Catherine de Médicis et son fils -François II, les Jésuites se voyoient sur le point de triompher de ces -obstacles, lorsque la mort du jeune monarque vint leur susciter des -obstacles nouveaux. Malgré les différentes lettres de jussion -adressées au parlement par Charles IX, la cour jugea qu'avant de les -vérifier il étoit à propos de renvoyer les Jésuites devant l'assemblée -générale du clergé, qui se tint à Poissi en 1561, pour y faire -approuver leur institut. C'est là qu'ils furent enfin admis en France -sous certaines conditions, à titre de société et de collége; et comme -le parlement ne consentit à l'enregistrement qu'en 1562, c'est cette -dernière date qu'on peut regarder comme celle du véritable -établissement légal des Jésuites à Paris; celui de leur collége est -encore postérieur, quoique Dubreul et ceux qui l'ont suivi en marquent -l'institution en 1550. - -Le projet du cardinal du Prat avoit toujours été de procurer à ces -pères un collége à Paris; et ce fut dans cette intention qu'à sa mort, -arrivée en 1560, il leur laissa plusieurs legs considérables, -indépendamment des donations qu'il leur avoit déjà faites. Dès qu'ils -en eurent obtenu la possession, jaloux de remplir l'intention du -fondateur, ils cherchèrent un emplacement convenable, et achetèrent en -1563 un grand hôtel situé dans la rue Saint-Jacques, et connu sous le -nom de la _cour de Langres_[406]. Cette acquisition fut amortie en -1564. Alors, munis de la simple permission du recteur de l'Université, -et des lettres de scolarité qu'il leur fit expédier la même année, ils -commencèrent à ouvrir leurs cours, et donnèrent à leur maison le nom -de _collége de Clermont de la Société de Jésus_. Mais à peine -avoient-ils commencé à professer qu'un nouveau recteur leur défendit -l'exercice des classes, défense contre laquelle ils crurent devoir -s'élever, et qui les jeta dans de nouveaux embarras et dans -d'interminables contestations. Heureusement pour eux la cause fut -appointée; et ces pères, en attendant la décision, se trouvèrent -autorisés à continuer les leçons publiques qu'ils avoient commencées. -Les talents supérieurs et la célébrité des professeurs qu'ils -employoient attirèrent bientôt dans leur collége un si grand nombre -d'écoliers, tant externes que pensionnaires, qu'il fallut penser à en -augmenter les bâtiments. Les Jésuites achetèrent à cet effet plusieurs -maisons voisines en 1578 et 1582. Ils firent, dans cette dernière -année, construire une chapelle, dont la première pierre fut posée par -Henri III. Tous ces édifices furent reconstruits en 1628. - - [Note 406: Il étoit ainsi nommé parce qu'il avoit appartenu - à Bernard de La Tour, évêque de Langres.] - -Ce collége s'est successivement agrandi par l'acquisition d'une ruelle -et de quelques autres maisons, mais principalement par celle du -collége de Marmoutier, dont nous avons déjà parlé, et du collége du -Mans, dont ils ne prirent possession qu'en 1682, cinquante-sept ans -après le marché qu'ils en avoient fait. Ils y furent autorisés par un -arrêt du conseil de cette même année. Louis XIV, qui confirma cette -acquisition par ses lettres-patentes, voulut en payer le prix de ses -propres deniers[407]; et, pour mettre le comble à ses bienfaits, il -leur fit expédier des lettres nouvelles, par lesquelles il déclaroit -le collége des jésuites de fondation royale. Même avant cette dernière -faveur, ces pères avoient déjà ôté l'inscription placée sur leur porte -principale, _Collegium Claromontanum Societatis Jesu_, pour y -substituer celle de _Collegium Ludovici Magni_. - - [Note 407: Il fit donner à cet effet la somme de 53,156 - livres.] - -Les jésuites continuèrent de professer dans ce collége, rivalisant de -zèle et de succès avec les plus célèbres institutions de l'Université, -jusqu'en 1763, époque de la destruction de leur ordre, événement qui -fut si fatal à la France et à toute la chrétienté. Alors les bâtiments -qu'ils avoient occupés furent donnés à l'Université par -lettres-patentes de la même année, pour y tenir ses assemblées et -former un collége général, auquel ont été réunis les boursiers de tous -les colléges où il n'y avoit pas plein et entier exercice[408]. - - [Note 408: La translation du collége de Lisieux y avoit déjà - été ordonnée en 1762; celle du collége de Beauvais le fut en - 1763. Voici les noms des autres colléges réunis à celui de - Louis-le-Grand: - - Le collége de Notre-Dame, dit des Dix-Huit. - -------- des Bons-Enfants. - -------- du Trésorier. - -------- des Cholets. - -------- de Bayeux. - -------- de Laon. - -------- de Presle. - -------- de Narbonne. - -------- de Cornouaille. - -------- d'Arras. - -------- de Tréguier. - -------- de Bourgogne. - -------- de l'Ave-Maria. - -------- d'Autun. - -------- de Cambrai. - -------- de Justice. - -------- de Roissi. - -------- de Maître-Gervais. - -------- de Dainville. - -------- de Fortet. - -------- de Chanac. - -------- de Reims. - -------- de Séez. - -------- du Mans. - -------- de Sainte-Barbe. - -------- de Grand-Mont.] - -Le temporel de ce collége étoit régi par une administration dont les -membres, nommés par le roi, avoient pour président le grand-aumônier[409]. - - [Note 409: Le collége de Louis-le-Grand est maintenant un - des cinq colléges royaux de Paris.] - - - TABLEAUX. - - Sur le maître-autel, trois tableaux, représentant, l'un, - Jésus-Christ au milieu des docteurs; les deux autres, saint - Charlemagne et saint Louis; par _Restout_. - - -_Collége des Cholets_ (rue des Cholets). - -Nos historiens, qui varient beaucoup entre eux sur la date de la -fondation de ce collége, s'accordent tous à dire que le cardinal Jean -Cholet, légat en France, avoit légué, par son testament, en 1289, une -somme de 6000 liv., pour fournir aux frais de la croisade publiée -contre Pierre d'Aragon; qu'étant mort le 2 août 1292, et la guerre -étant terminée, ses exécuteurs testamentaires employèrent cette somme -à l'établissement d'un collége. Il est assez difficile de croire qu'en -1289 Jean Cholet ait destiné une somme quelconque au succès d'une -expédition contre un prince qui étoit mort quatre ans avant la date de -ce testament; quoi qu'il en soit, une partie de ses biens fut -effectivement employée à cette fondation. Jean de Bulles, archidiacre -du Grand-Caux dans l'église de Rouen, et l'un des exécuteurs du -testament de cette Éminence, offrit la maison où il demeuroit, -vis-à-vis la chapelle Saint-Symphorien, et même en céda gratuitement -la moitié, ce qui lui mérita d'être considéré comme second fondateur -de ce collége. Il faut, suivant Jaillot, fixer cet événement à l'année -1291. On joignit bientôt à cette première acquisition celle d'une -maison voisine, et les droits d'indemnité en furent payés à l'abbaye -Sainte-Geneviève en 1295, seconde date qui a induit en erreur le plus -grand nombre de ceux qui ont parlé de cette fondation. - -Ce collége avoit été fondé seulement pour seize boursiers -théologiens; mais les exécuteurs testamentaires étant morts, le -cardinal Le Moine, qui leur fut substitué, confirma les statuts, -ajouta quatre boursiers dont l'emploi étoit de célébrer l'office -divin, et fit acheter une maison adjacente pour y placer vingt -boursiers grammairiens. Tous ces boursiers devoient être pris dans les -diocèses d'Amiens et de Beauvais. - -Quoique le cardinal eût nommé quatre chapelains, cependant il n'y -avoit point de chapelle dans ce collége, et l'office se faisoit dans -celle de Saint-Symphorien. Ce fut seulement en 1504 que, du -consentement de l'évêque et de l'abbé de Sainte-Geneviève, on en fit -bâtir une qui fut dédiée sous l'invocation de sainte Cécile, en -mémoire du fondateur, cardinal, prêtre du titre de sainte Cécile. Le -collége des Cholets, qui étoit sans exercice, fut réuni, en 1763, à -celui de l'Université[410]. - - [Note 410: Ce collége, dont il reste encore des parties, - offre sur sa façade des sculptures gothiques qui n'ont point - encore été remarquées, et qui sont au nombre des plus - élégantes et des plus délicates qu'il y ait à Paris. Ses - portes, tellement basses qu'elles excèdent à peine la - hauteur d'un homme, présentent encore une singularité - très-remarquable[410-A].] - - [Note 410-A: _Voy._ pl. 166.] - - -_Collége et communauté de Sainte-Barbe_ (rue de Reims). - -Ce sont deux établissements différents formés dans le même lieu, mais -dans des temps divers. Plusieurs de nos historiens se sont trompés sur -la date de la fondation du collége, qu'ils font moins ancienne qu'elle -ne l'est de plus de cent ans. L'abbé Lebeuf, qui la place avec raison -en 1430, prétend que ce collége n'entra en plein exercice que vers -1500. Cependant, si l'on en croit D. Félibien[411], Jean Hubert, -docteur en droit canon, qui le fonda sur un emplacement pris à cens de -l'abbaye Sainte-Geneviève[412], y plaça dès le principe des -professeurs amovibles: on en a compté jusqu'à quatorze, dont neuf -enseignoient les humanités, quatre la philosophie, et un la langue -grecque. Toutefois on ne trouve point qu'il eût de dotation dès son -origine; et on le considéroit moins alors comme un collége proprement -dit que comme une maison louée par des professeurs qui donnoient des -leçons générales dans les salles, et recevoient dans les chambres -quelques élèves auxquels ils accordoient des soins particuliers. Cet -établissement portoit dès-lors le nom de _Sainte-Barbe_. - - [Note 411: Hist. de Paris, t. II, pag. 1047.] - - [Note 412: Ce territoire, d'abord planté de vignes, avoit - depuis été occupé par l'hôtel et les jardins des évêques de - Châlons, et par un hôtel contigu appelé le _Château-Fêtu_.] - -Il arriva, en 1556, que Robert Dugast, aussi docteur régent en droit -canon, ayant acquis les quatre cinquièmes de cette maison, forma le -projet d'y établir un collége régulier. Par l'acte de cette fondation, -daté de cette même année, il institua un principal, un chapelain et un -procureur, tous les trois prêtres ou sur le point de l'être, et qui -devoient être des diocèses d'Évreux, de Rouen, de Paris ou d'Autun. La -nomination des boursiers, qui étoient au nombre de quatre, fut -réservée au plus ancien conseiller-clerc du parlement, au chancelier -de l'église et université de Paris, et au doyen des professeurs en -droit. Les biens qu'il affecta à cet établissement furent amortis par -des lettres de Henri II, données dans la même année 1556. - -Il paroît certain qu'il y eut dans ce collége un plein exercice, -lequel y subsista jusqu'à ces temps malheureux de nos guerres de -religion, où tant d'institutions furent altérées ou détruites. Il fut -alors interrompu, et les leçons n'y ont jamais été rétablies. La -mauvaise situation des affaires de ce collége le força même, dans le -siècle suivant, de vendre à l'Université une partie de son -emplacement, pour acquitter les dettes qu'il avoit contractées. Par -cet acte, qui est de 1687, cette compagnie s'engagea à lui payer la -somme de 48,750 livres, tant pour le libérer de ses créanciers, que -pour lui procurer les moyens de bâtir une chapelle[413]. - - [Note 413: Elle fut construite en 1694, et bénite la même - année.] - -Ce fut vers ce temps-là que se forma la communauté annexée depuis à ce -collége. Un docteur de Sorbonne, nommé Germain Gillot, avoit sacrifié -une partie considérable de sa fortune pour fournir à la subsistance -d'un certain nombre d'étudiants qu'il faisoit élever dans différents -colléges. M. Thomas Durieux, aussi docteur de Sorbonne, l'un des -élèves de M. Gillot, et son successeur dans cet acte de charité, -voyant l'Université devenir propriétaire de la plus grande partie du -collége de Sainte-Barbe, profita de cette occasion pour en louer les -bâtiments, ainsi que ceux qui étoient restés à ce collége, et y -rassembla en 1588 tout son petit troupeau sous le nom de _Communauté -de Sainte-Barbe_. Depuis, ayant été nommé principal du collége du -Plessis, cet homme respectable se trouva dans une situation à donner -des soins encore plus assidus à ses enfants d'adoption, qui venoient -prendre des leçons dans ce collége, et qui n'ont point cessé d'y être -reçus jusque dans les derniers temps. - -L'institution de Sainte-Barbe se faisoit tellement remarquer par la -sévérité de sa discipline et par le succès de ses études, que, dans -le siècle dernier, elle attira l'attention du monarque. Louis XV -voulant en 1730 donner à ce collége des marques éclatantes d'une -protection spéciale, daigna s'attribuer la nomination à la -supériorité, qu'il réunit avec la principalité du collége du Plessis, -sous l'inspection particulière de l'archevêque de Paris. Au moment de -la révolution, la communauté de Sainte-Barbe étoit encore composée, -indépendamment des anciens boursiers, de trente-six théologiens, -auxquels étoient attachés un supérieur local et trois maîtres chargés -des conférences; de quarante-huit philosophes, sous un supérieur local -et quatre maîtres; enfin de cent douze humanistes, conduits par douze -maîtres particuliers. - -Saint Ignace de Loyola, qu'on nommoit alors _Inigo_, avoit fait ses -études dans ce collége. On y a vu professer plusieurs hommes célèbres, -entre autres, Jean-François Fernel, premier médecin de Henri II, et -George Buchanan, poëte et historien. - - -_Le collége de Coqueret_ (rue Chartière). - -Il y a une telle obscurité répandue sur l'origine de ce collége, qu'il -étoit impossible d'assurer même qu'il ait jamais existé. Du -Breul[414], copié par Piganiol et autres, nous apprend seulement que -Nicole Cocquerel (ou plutôt Coqueret) avoit tenu de petites écoles -dans la basse-cour de l'hôtel de Bourgogne; qu'il vendit ce lieu à -Simon Dugast; et que celui-ci eut pour successeur dans la principalité -du collége Robert Dugast, son neveu, fondateur du collége de -Sainte-Barbe. Ce récit, qui souffre lui-même beaucoup de -difficultés[415], n'est pas suffisant sans doute pour éclaircir -l'histoire d'un établissement dans lequel on ne voit, pendant -plusieurs siècles, ni principal ni boursiers. Dès 1571 la maison avoit -été saisie: elle fut depuis judiciairement vendue une seconde fois, et -n'a point cessé d'appartenir à des particuliers. À la fin du siècle -dernier, il n'en restoit plus qu'un petit bâtiment rue Chartière, dans -lequel s'étoit établie une manufacture de carton. - - [Note 414: Liv. II, p. 732.] - - [Note 415: Le testament du sieur Coqueret est de 1463, et le - collége de Sainte-Barbe ne fut fondé qu'en 1556.] - - -_Collége de Reims_ (rue des Sept-Voies). - -Ce collége doit son origine à Gui de Roye, archevêque de Reims, qui en -ordonna la fondation par son testament, en 1409, année de sa -mort[416]. On voit par cet acte que l'intention de ce prélat étoit -d'y mettre, par préférence, des sujets nés dans les terres affectées à -la mense archiépiscopale de Reims, dans sa terre de Roye, ou dans -celle de Murel. Cette disposition testamentaire, contestée d'abord par -ses héritiers, fut maintenue par une transaction qu'ils passèrent avec -les écoliers de Reims[417], alors étudiants à Paris, et qui étoient -destinés à remplir les bourses. Ceux-ci firent en conséquence -l'acquisition de l'hôtel de Bourgogne, qui leur fut vendu le 12 mai -1412 par Philippe, comte de Nevers et de Rhétel. En 1414 on institua -un maître particulier, un chapelain et un procureur dans ce collége. -Les troubles qui agitèrent Paris quelques années après pensèrent -l'anéantir presqu'au moment où il venoit d'être établi; en 1418 il fut -pillé, presque détruit, et demeura désert jusqu'en 1443, que Charles -VII le rétablit, et y annexa le collége de Rhétel qui tomboit en -ruines. - - [Note 416: Il périt malheureusement à Voltri, en allant au - concile de Pise, le 8 juin de cette même année.] - - [Note 417: À la tête de leurs noms on lit celui du fameux - Jean _Gerson_, chancelier de l'Université.] - -Ce collége de Rhétel n'étoit ni voisin de celui de Reims, ni contigu, -comme l'ont dit plusieurs auteurs: il étoit situé dans la rue des -Poirées. Gaultier de Launoi l'avoit créé pour les écoliers du -Rhételois, et Jeanne de Bresle y avoit fondé depuis quatre bourses -pour des écoliers du comté de Porcien. Lors de l'union, presque tout -le revenu de ce collége étoit dissipé; alors il n'y avoit même plus de -boursiers. - -Cette union soutint pendant quelque temps le collége de Reims, dont -l'administration supérieure passa entre les mains de l'archevêque. -Toutefois il tomba successivement dans un état si misérable, qu'en -1699 il étoit déjà sans boursiers, et qu'en 1720 il n'y restoit que -deux officiers. M. le cardinal de Mailli, archevêque de Reims, -entreprit alors de le rétablir, et chargea de ce soin M. Le Gendre, -chanoine de Notre-Dame, qui dressa des statuts, établit dans ce -collége un principal, un chapelain, et trouva le moyen d'y réunir huit -boursiers pris dans les lieux désignés par les fondateurs. En 1745 on -en reconstruisit la façade, et en 1763 il fut réuni à celui de -l'Université. - - -_Collége de la Merci_ (même rue). - -Presque tous nos historiens ont placé l'érection de ce collége en -1520. Jaillot lui donne cinq ans de plus d'ancienneté. Il dit que -Nicolas Barrière, bachelier en théologie, et procureur général de -l'ordre de la Merci, désirant procurer aux religieux de son ordre la -facilité d'étudier à Paris, traita avec Alain d'Albret, comte de -Dreux, d'une place et d'une masure qui faisoient partie de son hôtel, -et que le contrat en fut passé à Dreux le 15 mai 1515[418]. Cet -établissement n'eut pas une longue durée; car dès 1611 il n'y avoit -plus dans la maison qu'un seul religieux, et la chapelle abandonnée -étoit entièrement découverte. Ce collége, dans le siècle dernier, -n'étoit plus qu'un hospice de la maison de cet ordre établie rue du -Chaume[419]. - - [Note 418: Hist. univ., t. VI, p. 72.] - - [Note 419: _Voy._ t. II, 2e part., p. 993.] - - -_Collége de Fortet_ (même rue). - -Pierre Fortet, chanoine de l'église de Paris, avoit ordonné, par son -testament du 12 août 1391, la fondation d'un collége où il y auroit un -principal et huit boursiers[420], et destiné pour l'emplacement de -cette institution une maison appelée _les Caves_, située au bout de la -rue des Cordiers; mais il ne voulut point que ce projet fût réalisé de -son vivant, et mourut en 1394, laissant ce soin à ses exécuteurs -testamentaires. - - [Note 420: Quatre devoient être d'Aurillac, sa patrie, ou du - diocèse de Saint-Flour; et quatre de la ville de Paris.] - -Ceux-ci offrirent au chapitre Notre-Dame la commission de remplir la -volonté du testateur: le chapitre l'accepta, et ne trouvant pas la -maison léguée propre à établir un collége, il acquit, en 1397, de M. -de Listenoi, seigneur de Montaigu, une maison qu'il possédoit rue des -Sept-Voies, et la fit disposer telle qu'elle devoit être pour une -semblable institution. On nomma le principal, les boursiers, et on -leur donna des statuts le 10 avril de la même année. - -Aux bourses fondées originairement dans ce collége plusieurs -particuliers en ajoutèrent successivement onze nouvelles. Dès l'an -1560 les bâtiments en avoient été reconstruits: on l'augmenta encore -depuis, en y joignant l'hôtel des évêques de Nevers et celui de -Marli-le-Châtel[421]. - - [Note 421: C'est dans le collége de Fortet que furent tenues - les premières assemblées de la Ligue. (_Voy._ prem. part. de - ce volume, pag. 271.)] - -La chapelle étoit sous l'invocation de saint Geraud, en son vivant -seigneur d'Aurillac[422]. - - [Note 422: Les bâtiments de ce collége forment maintenant - plusieurs maisons particulières.] - - -_Collége de Montaigu_ (même rue). - -Il est redevable de sa fondation à la maison des Aycelin, plus connue -sous le nom de Montaigu, illustre par son ancienneté et par les -dignités qui furent la preuve et la récompense de ses services. Gilles -Aycelin, archevêque de Rouen et garde des sceaux, en fut le premier -fondateur. Propriétaire de plusieurs maisons dans les rues des -Sept-Voies et de Saint-Symphorien, il chargea, par son testament du 13 -décembre 1314, Albert Aycelin, évêque de Clermont, son héritier, de -loger de pauvres écoliers dans une partie de ces bâtiments, et de -louer ou de vendre les autres pour fournir à leur subsistance. - -L'évêque de Clermont se conforma aux volontés de son oncle, et soutint -cet établissement jusqu'à sa mort, arrivée en 1328. Gilles et Pierre -Aycelin ses frères furent alors chargés de le diriger; mais les -circonstances où ils se trouvoient[423] ne leur permirent point de -s'en occuper, et ce collége resta pendant près de quarante ans privé -de chef et de protecteur. Cependant les biens destinés à la fondation -se dissipoient, les bâtiments tomboient en ruines, lorsque Pierre -Aycelin, qui, de prieur de Saint-Martin-des-Champs, étoit devenu -successivement évêque de Nevers, de Laon, cardinal et ministre d'état, -voulut, par ses bienfaits, relever cette institution d'une ruine qui -sembloit inévitable, et fonda six boursiers, dont deux devoient être -prêtres, et les quatre autres clercs étudiants en droit canon ou en -théologie. - - [Note 423: Pierre étoit entré dans l'ordre de Saint-Benoît, - et Gilles étoit alors employé dans des négociations - importantes.] - -Cette fondation, portée dans le testament du cardinal de Laon, daté -du 7 novembre 1387, fut d'abord attaquée par Louis Aycelin de Montaigu -de Listenoi son neveu; mais il ne tarda pas à se rétracter, ce qu'il -fit à la sollicitation de son oncle maternel, Bernard de La Tour, -évêque de Langres, et du cardinal de Thérouenne, et consentit à -l'exécution des volontés du testateur, sous la condition que ce -collége porteroit le nom de Montaigu, que les armes de cette maison -seroient placées sur la porte principale, et que les boursiers, -suivant l'intention du cardinal de Laon, seroient pris, de préférence, -dans le diocèse de cette ville. - -Les statuts, dressés en 1402 par Philippe de Montaigu, évêque d'Évreux -et de Laon, et l'un des exécuteurs testamentaires du cardinal, -soumirent ce collége à l'autorité du chapitre de Notre-Dame, et d'un -des descendants du fondateur; mais, soit que l'inspection en eût été -négligée, soit que la modicité des revenus n'eût pas permis de faire -les dépenses nécessaires pour les réparations, avant la fin du siècle -les bâtiments menaçoient, pour la seconde fois, d'une ruine prochaine, -et il ne restoit plus aucune ressource pour les réparer. - -Tel étoit l'état déplorable de ce collége, auquel, dit un -historien[424], il restoit à peine 11 sous de rente, lorsque le -chapitre Notre-Dame en donna, en 1483, la principauté au célèbre Jean -Standonc[425]. Il parvint, par son zèle et par des travaux assidus, à -soutenir cet établissement, ou, pour mieux dire, il en fut le second -fondateur. Un projet grand et utile se présenta d'abord à sa pensée: -ce fut d'y former une société d'ecclésiastiques capables de remplir -toutes les fonctions du saint ministère, d'instruire la jeunesse et -d'annoncer les vérités de l'évangile par toute la terre. Ses -ressources étoient loin d'égaler son dévouement et sa charité: il en -trouva dans la pieuse libéralité de l'amiral de Graville et du vicomte -de Rochechouart. Les offres que ces deux seigneurs firent au chapitre -de Notre-Dame, de rétablir les bâtiments, de faire construire une -chapelle, d'y fonder deux chapelains, et d'entretenir douze boursiers, -furent acceptées avec reconnoissance, et ratifiées par un acte du 16 -avril 1494; l'année suivante, le service divin fut célébré dans la -nouvelle chapelle qu'on venoit de faire construire. - - [Note 424: M. Crévier.] - - [Note 425: _Voy._ t. II, 2e part., pag. 907.] - -Ces boursiers devoient faire un corps séparé de ceux qui formoient le -collége: car Jean Standonc n'avoit voulu créer cette communauté qu'en -faveur des pauvres; et en effet les réglements qu'il fit annoncent -l'extrême pauvreté et la vie austère de ceux qui la composoient. Dans -les commencements, ils alloient aux Chartreux recevoir avec les -indigents le pain que ces religieux faisoient distribuer à la porte de -leur monastère; la nourriture qu'on leur donna ensuite consistoit en -pain, légumes, oeufs ou harengs, le tout en très-petite quantité. Ils -ne mangeoient jamais de viande, ne buvoient point de vin. Leur -habillement se composoit d'une cape de drap brun très-grossier, fermée -par devant, et d'un camail fermé devant et derrière; ce qui les fit -appeler les _pauvres capettes de Montaigu_. - -Il paroît, par les réglements, qu'il y avoit alors dans cette -communauté quatre-vingt-quatre pauvres écoliers, en l'honneur des -douze apôtres et des soixante-douze disciples, de plus le maître, -appelé le _père_ ou _ministre des pauvres_, le procureur et deux -correcteurs. Ces officiers devoient être présentés par le prieur des -Chartreux, et constitués par le grand-pénitencier de l'église de -Paris. - -L'austérité de ces statuts fut adoucie depuis, principalement par un -nouveau réglement homologué au parlement en 1744, en vertu duquel les -boursiers furent dispensés de réciter certains offices, et obtinrent -la permission de faire gras à midi seulement: le soir, ils ne -prenoient qu'une collation très-frugale. - -Le collége de Montaigu s'augmenta depuis considérablement par les -libéralités de plusieurs personnes, et par les acquisitions que ces dons -lui permirent de faire des hôtels ou colléges du Mont-Saint-Michel, de -Vezelai, etc., et de celui des évêques d'Auxerre. Ce collége étoit de -plein exercice; et dans les derniers temps le nombre des bourses -s'élevoit à près de soixante[426]. - - [Note 426: Ce collége est maintenant changé en maison - d'arrêt.] - - -_Le collége d'Hubant_ ou _de l'Ave-Maria_ (rue de la -Montagne-Sainte-Geneviève). - -Ce collége fut fondé, en 1336, par Jean de Hubant, conseiller du roi, -dans une maison qu'il avoit achetée du monarque lui-même dès 1327. Il -y établit et fonda quatre bourses en faveur de quatre pauvres -étudiants, affectant à leur entretien une maison située rue des -Poirées, une autre sise au cloître Sainte-Geneviève, et la troisième -partie des dîmes du territoire de Sormillier. L'abbé, le prieur de -Sainte-Geneviève et le grand-maître du collége de Navarre furent -nommés pour faire exécuter cette fondation. - -Jaillot pense qu'elle fut faite dans la maison de la rue -Sainte-Geneviève, où ce collége resta établi jusqu'au moment de sa -réunion. Cependant le censier de Sainte-Geneviève de 1380 n'en parle -point à l'article de cette rue; mais à celui de la rue des -_Almandiers_ on lit: «Les écoliers de Hubant, pour leur maison à -l'Image-Notre-Dame......... tenant d'un côté à Jean de Chevreuse, -d'autre, au jardin du comte de Blois.» On voit par le même censier -qu'ils avoient deux autres maisons joignant celle-ci, et une troisième -vis-à-vis. Quant au nom de l'_Image-Notre-Dame_ que portoit celle que -nous venons de citer, il lui fut donné parce qu'au-dessus de la porte -il y avoit une figure de la Vierge, aux pieds de laquelle étoient -écrits ces deux premiers mots de la salutation angélique, _Ave Maria_; -cette inscription ne tarda pas à devenir le nom du collége, et fit -presque oublier celui du fondateur. - -Ce collége avoit été réuni à celui de l'Université. - - -_Collége des Grassins_ (rue des Amandiers). - -Il doit son origine à M. Pierre Grassin, sieur d'Ablon, conseiller au -parlement: ce magistrat laissa, par son testament du 16 octobre 1569, -une somme de 30,000 livres, laquelle devoit être employée selon la -disposition de M. Thierri Grassin, son frère et son exécuteur -testamentaire, et par le conseil de M. Le Cirier, évêque d'Avranches, -à fonder un collége de pauvres; ou s'il le trouvoit plus convenable, à -bâtir sur l'eau une maison pour les pauvres malades. En cas que son -fils vînt à mourir sans enfants, la somme destinée à cette fondation -devoit être doublée. Celui-ci ne survécut pas long-temps à son père, -et augmenta la fondation de 1200 liv. L'exécuteur testamentaire, -Thierri Grassin, s'étant décidé à faire bâtir un collége, acheta, le -26 avril 1571, de M. de Mesmes, une partie de l'hôtel d'Albret, -consistant en une grande maison et deux petites contiguës à la -première. Les 1er et 15 mai suivants, il acheta encore quatre autres -maisons voisines. À ces acquisitions, qui remplissoient les intentions -des fondateurs, il ajouta ses propres bienfaits, et acheva de -consolider cet établissement en lui léguant sa bibliothèque, et -environ 3,000 livres de rente. - -Les bâtiments de ce collége ne furent achevés qu'en 1574, quoique la -première acquisition pût en faire remonter l'origine jusqu'en 1571, -date qu'a donnée de préférence l'abbé Lebeuf. La chapelle fut bénite -en 1578, sous l'invocation de la Vierge. - -En 1696 on transporta, comme nous l'avons déjà dit, dans ce collége la -fondation faite quelques années auparavant dans celui des Lombards, en -faveur des pauvres étudiants irlandois. Ils y restèrent jusqu'en -1710, qu'un arrêt du parlement les fit retourner dans leur premier -domicile. - -La fondation primitive du collége des Grassins avoit été faite pour un -principal, un chapelain, six grands boursiers et douze petits: vers la -fin du dix-septième siècle, le mauvais état du temporel de cette -maison mit dans la nécessité de suspendre douze de ces bourses, -jusqu'au moment où l'acquittement des dettes permettroit de les -rétablir. Ce moment fut accéléré par les libéralités de M. Pierre -Grassin, seigneur d'Arci, directeur général des monnoies de France, -libéralités qui furent assez grandes pour rendre à ce collége toute -son ancienne splendeur. Les bourses, destinées de préférence aux -pauvres écoliers de Sens et des environs, étoient à la collation de -l'archevêque de cette ville[427]. - - [Note 427: Ce collége, dont la chapelle existe encore, est - maintenant habité par des particuliers.] - - - CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE. - - TABLEAUX. - - Sur le maître-autel, Notre Seigneur bénissant des petits enfants; - par _Hallé_. - - Sur la porte de la sacristie, la Résurrection du fils de la veuve - de Naïm; par _Simon Vouet_. - - Vis-à-vis, le Départ de Tobie; par _Lebrun_. - -Le collége des Grassins étoit de plein exercice. - - -_Écoles de droit_ (place Sainte-Geneviève). - -On sait que les Francs, devenus maîtres de cette partie des Gaules à -laquelle ils ont donné leur nom, continuèrent de s'y gouverner par -leurs lois et leurs coutumes, laissant aux peuples conquis les lois -sous lesquelles ils avoient vécu depuis la conquête de Jules-César. - -C'est un préjugé généralement reçu que tous ces peuples vivoient sous -la loi romaine: cependant nous apprenons, d'un écrivain presque -contemporain[428], qu'il y avoit alors dans les Gaules bien d'autres -codes, et que la multiplicité des lois et des priviléges personnels y -étoit telle, que ce n'étoit pas seulement une région ou une cité qui -se partageoit en plusieurs législations, mais que, dans l'intérieur -même d'une maison, il ne se trouvoit pas souvent deux personnes qui -vécussent sous la même loi. Il n'est pas besoin de dire qu'il s'agit -ici, non des lois politiques qui établissent la forme du gouvernement, -mais de ces lois purement civiles qui règlent la possession des biens, -la manière de les acquérir et de les perdre, la forme des procédures, -la grandeur relative des crimes, les moyens de les réparer et de les -punir, la capacité ou l'incapacité des personnes pour remplir telles -ou telles fonctions, l'âge auquel on commençoit à jouir de ses droits -comme membre de la société, la nature des alliances, etc. - - [Note 428: Agobard. lib. adv. Gundob. legem., cap. 4.] - -Toutefois au milieu de ces lois conservées aux vaincus, celles que -l'empereur Théodose avoit rassemblées au cinquième siècle, et qui se -composoient de toutes les ordonnances portées par ses prédécesseurs, -étoient en effet les plus généralement répandues; et nous apprenons de -Grégoire de Tours que l'on faisoit étudier trois choses aux enfants de -qualité, Virgile, l'arithmétique, et les lois Théodosiennes[429]. - - [Note 429: Hist., lib. IV, cap. 42.--C'est lorsque l'on - examine avec attention le récit des historiens - contemporains, et ces divers codes sous lesquels étoient - régis tous ces peuples et conquis et conquérants qui - habitoient les Gaules, que l'on est en quelque sorte - confondu de cet excès d'ignorance ou de mauvaise foi qui a - fait naître depuis peu à quelques pédants politiques l'idée - bizarre de les diviser en deux castes, séparées l'une de - l'autre par des barrières à jamais insurmontables, dont - l'une, sous le nom de _Francs_, se composoit de maîtres ou - plutôt de tyrans orgueilleux et cruels; l'autre, sous celui - de _Gaulois_, d'esclaves ou plutôt d'ilotes réduits à peu - près à la condition des bêtes de somme. Or, il est - remarquable que, dans tout ce qui concernoit la police - générale et surtout dans les choses que l'état de - civilisation plus avancé des Gaulois rendoit nouvelles pour - les Francs, ceux-ci eurent le plus souvent recours aux lois - et à la police des Romains: c'est ce qu'atteste un écrivain - qui vivoit cent ans après la conquête[429-A]. - - Ce seroit encore une grande erreur de croire que la loi - romaine ne fit que des bourgeois, des prêtres et des - plébéïens. Elle faisoit aussi des familles nobles, puisque, - par diverses dispositions de son code, elle faisoit des - familles militaires, et que ces dispositions ne furent point - abrogées. Mais comme les circonstances n'étoient plus les - mêmes, que la situation des peuples avoit plus de fixité et - de tranquillité que dans ces temps désastreux, où l'empire - penchant vers sa ruine et se trouvant entamé et déchiré de - toutes parts, tous grands et petits étoient indistinctement - forcés de prendre les armes; ceux qui n'appartenoient pas - aux familles militaires rentrèrent naturellement dans - l'ordre civil d'où ils étoient momentanément sortis, et ces - familles, les seules où l'on eût le privilége d'être soldat - en naissant, continuèrent seules de suivre leur ancienne - profession et furent aussi les seules qui transmirent ce - droit et cette obligation à leurs enfants. - - Ainsi ces soldats romains qui, au rapport de Procope, se - donnèrent, avec leurs drapeaux et les pays qu'ils gardoient, - aux Armoriques et aux Germains, conservèrent les moeurs, - l'habillement et les lois de leur pays; mais ne cessèrent - point d'être soldats. Le récit de Procope prouve au - contraire qu'ils continuèrent de l'être, et qu'ils - conservèrent et léguèrent à leurs descendants les avantages - et les honneurs qui étoient attachés à la condition - militaire[429-B]. Ainsi s'explique le passage de Grégoire de - Tours, déjà cité; c'est de la jeune noblesse _romaine_ qu'il - veut parler, lorsqu'il dit que l'étude des lois - _Théodosiennes_ étoit une des parties principales de son - éducation. Certes les barbares n'étudioient point les codes - romains dont ils n'avoient que faire; les ridicules - _doctrinaires_ que nous venons de signaler n'oseroient le - soutenir et reculeroient eux-mêmes devant une pareille - absurdité.] - - [Note 429-A: Agathias. _Voy._ encore t. I, prem. part., p. - 55 et 56.] - - [Note 429-B: _Voy._ t. II, 2e part, p. 801.] - - -Quant aux conquérants, ils vivoient sous le régime de leurs propres -lois, lois également très-nombreuses et très-variées, mais qui -néanmoins, sous les noms divers de _Salique_, _Gombette_, ou -_Ripuaire_, présentent toutes ce caractère commun à la jurisprudence -de ces peuples barbares, qu'il y a _composition_ pour toute espèce de -violation de la loi, c'est-à-dire que tout délit, de quelque nature -qu'il puisse être, y est évalué et _amendable_ en argent. - -Charlemagne n'osa point toucher à ce code que les Francs considéroient -comme le titre le plus précieux de leur noblesse et la sauve-garde de -leurs libertés. Tous ses efforts tendirent seulement à le rendre moins -imparfait; et tel fut l'objet de ses fameux _capitulaires_, qui ne -présentent point, ainsi que plusieurs l'ont pensé, une législation -nouvelle, les premiers n'étant en grande partie que des recueils -d'interprétations des anciennes lois, et, comme s'exprime l'archevêque -Hincmar, d'arrêts rendus sur contestations en matières de lois. On y -trouve aussi des explications et des répétitions de lois déjà -établies, des réglements de police, des dispositions temporaires sur -l'administration de l'état, etc. Ce n'est que dans le dernier que l'on -voit enfin paroître des lois nouvelles et la réformation de celles qui -les avoient précédées. - -Toutefois, il ne faut pas croire que le monarque promulguât ces lois -nouvelles de sa propre et seule volonté, et selon son bon plaisir: ce -n'étoit que dans le _plaid général_ et du consentement _de tous_ que -se faisoient ces _capitules_, et qu'ils acquéroient force de loi[430]. -Louis-le-Débonnaire et Charles-le-Chauve, qui y firent de nombreuses -additions, y observèrent ces mêmes formalités, qui en étoient la -sanction nécessaire et sans laquelle ils eussent été de nul effet. La -noblesse françoise vécut sous cette législation, jusqu'à l'époque où, -le vasselage dégénérant de sa première institution, on vit commencer -l'anarchie féodale et la souveraineté usurpée des grands et des petits -vassaux. - - [Note 430: _Cap. excerp. ex Leg. Longip._, cap. - 49.--Charlemagne répondit à un comte qui l'avoit consulté - sur une loi dont l'interprétation sembloit lui offrir - quelques difficultés «Si vos doutes portent sur la loi - Salique, _adressez-vous à notre plaid général_.»] - -Cependant les lois Théodosiennes, promulguées en 438, avoient été -augmentées dans le siècle suivant par Justinien Ier. Il y joignit -d'abord, en 534, les décisions des jurisconsultes sur diverses -matières de législation; en 541, il y ajouta les nouvelles -constitutions publiées sous son règne; et cette compilation nouvelle, -devenue la loi écrite de tous les peuples soumis à son autorité, fut -connue sous le nom de _Pandectes_ ou _Digeste_. - -Cette collection, négligée dans l'Orient même, aussitôt après la mort -de Justinien[431], perdue dans la suite des temps, et entièrement -oubliée, fut retrouvée en 1133, au siége de la ville d'Amalfi par -l'empereur Lothaire II. Les Pisans, qui avoient concouru à la prise de -cette ville, demandèrent ce manuscrit pour toute récompense des -services qu'ils avoient rendus: ils l'obtinrent; et les Pandectes, -revues et mises en ordre par un savant jurisconsulte allemand[432], -furent, peu de temps après, enseignées publiquement à Ravenne et à -Boulogne. De ces écoles fameuses la connoissance s'en répandit bientôt -dans l'Europe entière; et l'on peut fixer au milieu du douzième siècle -l'époque à laquelle elles s'introduisirent parmi nous. - - [Note 431: L'empereur Basile et ses successeurs firent une - autre compilation de lois sous le nom de _Basiliques_. Dans - l'Occident, et particulièrement dans la partie des Gaules où - l'on suivoit le droit écrit, on ne connoissoit que le Code - Théodosien, les Institutes de Caïus et l'Édit perpétuel.] - - [Note 432: Irnerius.] - -Ce n'est point ici le lieu d'examiner si ce fut un bien ou un mal pour -la chrétienté que l'adoption qui s'y fit des maximes de cette -jurisprudence romaine, née au sein du paganisme, développée et -perfectionnée sous le despotisme militaire d'empereurs, dont ceux-là -même qui étoient chrétiens entendoient mal l'esprit et la politique du -christianisme: nous dirons seulement que l'enthousiasme fut grand en -France pour le code Justinien; on s'empressa de l'étudier, et cette -étude du droit civil romain devint si générale, que l'Université en -conçut des alarmes. Ainsi que nous l'avons déjà dit, les -ecclésiastiques étant presque les seuls qui, dans le moyen âge, -s'adonnassent aux lettres, et eussent quelque teinture des sciences, -on craignit que cette étude, plus recherchée et par conséquent plus -lucrative, ne les détournât de celle du droit canon, que cette -compagnie considéroit avec raison comme beaucoup plus importante; et, -pour en arrêter les progrès, elle crut nécessaire de réclamer -l'autorité des papes et des conciles. Celui de Tours, tenu en 1163, se -contenta d'interdire cette étude aux gens d'église; mais Honorius III -alla plus loin, et défendit d'enseigner le droit civil à qui que ce -fût, sous les peines civiles et canoniques les plus sévères. - -Si l'on en croit Rigord, les défenses de ce pape ne furent pas -exactement observées. Du reste, quoiqu'elles ne s'étendissent point -sur le droit canon, et que ses professeurs fussent dès-lors agrégés à -l'Université, on ne trouve point qu'ils eussent encore de lieu affecté -pour donner leurs leçons. Ce n'est que vers la fin du quatorzième -siècle qu'il est fait mention d'écoles de droit situées rue -Saint-Jean-de-Beauvais. Sauval dit qu'elles furent établies, en 1384, -par Gilbert et Philippe-Ponce, au lieu même où depuis logea Robert -Étienne. Si cette anecdote est vraie, il en faut conclure que ces -écoles ont été transportées depuis de l'autre côté de la rue: car la -maison qu'elles occupoient encore dans le siècle dernier étoit située -vis-à-vis celle de ce célèbre imprimeur. Du Breul s'est contenté de -dire qu'il y avoit de grandes et de petites écoles, et qu'en 1464 le -bâtiment fut réparé de bonnes murailles, dont la toise ne coûtoit que -16 sous. Jaillot ajoute qu'en 1495 il avoit été augmenté de deux -masures et d'un jardin, qu'on acheta du chapitre Saint-Benoît. - -Comme les actes qui font mention de ces écoles ne disent point -positivement qu'on y enseignât le droit civil, il est probable que la -défense faite par le Saint-Siége continuoit d'y être observée, et -qu'on n'y enseignoit que le droit canon. Toutefois cette défense -n'étoit que pour la ville de Paris seulement; et les élèves, après -avoir pris dans cette ville leurs degrés dans cette dernière science, -alloient étudier le droit civil dans les provinces, où cette étude -étoit sinon autorisée, du moins tolérée. En 1563 et 1568, on voit le -parlement permettre de professer à Paris le droit civil, et cette -permission cesser dès 1572; enfin Louis XIV, par son édit du mois -d'avril 1679, ordonna que les leçons publiques du droit romain -seroient rétablies, et l'année suivante, ce monarque voulut qu'à -l'avenir il y eût un professeur en droit françois dans chaque -université. - -Cette faculté, la seconde de l'Université, étoit composée de six -professeurs en droit civil et canonique, d'un professeur en droit -françois et de douze docteurs agrégés. Ils continuèrent à occuper les -écoles de la rue Saint-Jean-de-Beauvais jusque vers la fin du -dix-huitième siècle; mais ces écoles, qui d'ailleurs étoient -très-incommodes, menaçant ruine de toutes parts, on prit la résolution -d'en construire de nouvelles, et sur un plan plus digne d'une si -grande institution. Elles furent élevées au côté gauche de la grande -place ouverte devant la nouvelle église Sainte-Geneviève, et sur les -dessins de Soufflot. C'est un grand bâtiment de très-belle apparence, -dont la façade est ornée de quatre colonnes ioniques, qui soutiennent -un fronton triangulaire, portant dans son tympan les armes du roi. -L'architecte, par une innovation qui ne doit pas sembler heureuse, a -jugé à propos de donner la forme d'une courbe rentrée à toute la -façade de ce monument. - -Après une messe solennelle, célébrée à Sainte-Geneviève le 24 novembre -1772, et un discours public prononcé par l'un des professeurs, la -faculté des droits, ayant à sa tête le doyen d'honneur et les -docteurs honoraires, prit possession de ces nouvelles écoles, dans -lesquelles elle commença dès le lendemain tous ses exercices[433]. - - [Note 433: Ce monument n'a point changé de destination.] - - - CURIOSITÉS DES ÉCOLES DE DROIT. - - TABLEAUX. - - Dans la grand'salle, au premier, le portrait en pied de Louis XV, - revêtu de ses habits royaux. - - Dans la salle des examens, le grand plan de Paris; par l'abbé de - _La Grive_. - - - SCULPTURES. - - Le buste en marbre de M. de Trudaine, et les portraits de - plusieurs autres magistrats. - - -_Le séminaire des Clercs irlandois_ (rue du Cheval-Vert). - -Jean Lée, prêtre irlandois échappé à la persécution de la reine -Élisabeth, étant venu se réfugier à Paris avec six écoliers de sa -nation, fut reçu avec eux au collége de Montaigu; ceci arriva en 1578. -Le nombre de ces réfugiés s'étant bientôt augmenté, on les transféra -au collége de Navarre, qu'ils quittèrent encore pour aller occuper une -maison qu'avoit louée pour eux, au faubourg Saint-Germain, le -président l'Escalopier. Nous avons dit comment, en 1677, ils furent -établis avec les prêtres irlandois au collége des Lombards, où ils -restèrent jusqu'en 1776, époque à laquelle ils vinrent occuper, rue du -Cheval-Vert, une maison plus commode, qu'ils durent au zèle et à la -libéralité de leur supérieur, M. l'abbé Kelly. - -Le but de cet établissement étoit de former à l'état ecclésiastique de -jeunes Irlandois, pour les mettre en état de faire ensuite des -missions dans leur pays. - -La chapelle, bâtie sur les dessins de M. Bellanger, architecte, est -d'une grande simplicité. Au-dessus une grande salle servoit de -bibliothèque[434]. - - [Note 434: Cette maison est encore occupée par des prêtres - de cette nation.] - - -_La communauté des Eudistes_ (rue des Postes). - -La plupart de nos historiens de Paris ont oublié de parler de cette -communauté, dont l'existence n'est pas même indiquée sur la plus -grande partie des plans. C'étoit une congrégation de prêtres séculiers -instituée sous le nom de _Jésus_ et de _Marie_ par le P. Eudes, dont -nous avons déjà parlé. Il en avoit puisé l'esprit et conçu le dessein -dans la congrégation de l'Oratoire, dont il étoit membre, et destina -ces prêtres à diriger les séminaires et à faire des missions. Son -projet reçut sa première exécution à Caen, où il fut autorisé par des -lettres-patentes données en 1643. - -La double utilité de cet institut engagea quelques personnes pieuses à -appeler les Eudistes à Paris; et M. de Harlai approuva, en 1651, la -donation qu'on leur fit de la moitié d'une maison située près de -l'église Saint-Josse qu'ils desservirent pendant quelque temps, et -dont l'un d'eux fut même nommé curé. Mais cette maison ayant été -vendue, ils acquirent en 1703 celle dont nous parlons, et dans -laquelle ils demeurèrent jusque dans les derniers temps. Toutefois -leur intention ne fut d'abord que de s'en servir comme d'un hospice: -car on les voit, depuis cette époque, établis dans la cour du palais, -et chargés de desservir la basse Sainte-Chapelle. - -Ce ne fut qu'en 1727 qu'ils vinrent habiter la rue des Postes, et que -le concours des deux puissances leur procura enfin un établissement -permanent. Un décret de l'archevêque de Paris du 28 juillet 1773 les y -maintint sous le titre de communauté et de séminaire pour les jeunes -gens de cette congrégation; et il leur fut permis en conséquence -d'acquérir jusqu'à 6,000 livres de rente. - - Le maître-autel de la chapelle étoit décoré d'un Christ; sans nom - d'auteur. - - -_Séminaire Anglois_ (même rue). - -Ce séminaire fut établi en 1684 par quelques prêtres anglois, sous le -nom et l'invocation de _saint Grégoire-le-Grand_. Les lettres-patentes -données à cet effet par Louis XIV sont datées de cette année, et -portent la permission d'établir une communauté d'ecclésiastiques -séculiers anglois. L'archevêque de Paris y joignit son consentement en -1685. - -La chapelle de ce séminaire, extrêmement petite, n'offroit rien de -remarquable. - - -_Séminaire du Saint-Esprit et de l'Immaculée Conception_ (même rue). - -Cet institut doit son existence à M. Claude-François Poullart des -Places, prêtre du diocèse de Rennes. Convaincu que le manque de -ressources empêchoit souvent de jeunes étudiants d'entrer dans les -séminaires, et de suivre leur vocation, ce pieux ecclésiastique en aida -d'abord quelques-uns, et conçut ensuite le projet de les réunir en -communauté. Cet établissement, dont la charité et l'humilité étoient la -base, et auquel plusieurs personnes respectables s'empressèrent de -coopérer, fut formé en 1703 rue Neuve-Sainte-Geneviève. M. Poullart -voulut qu'on ne reçût dans son séminaire que des jeunes gens capables -d'étudier en philosophie ou en théologie; et qu'après le temps destiné à -cette étude ils pussent encore résider deux ans dans cette maison, pour -se préparer complètement aux fonctions du sacerdoce. Du reste il exigea -qu'ils ne prissent aucun degré, qu'ils renonçassent à l'espoir des -dignités ecclésiastiques, qu'ils se bornassent à servir dans les pauvres -paroisses, dans les postes déserts ou abandonnés, pour lesquels les -évêques ne trouvoient presque point de sujets, enfin à faire des -missions tant dans le royaume que dans nos colonies. - -Cet établissement parut si utile, qu'il ne tarda pas à obtenir de -puissantes protections: le clergé, assemblé en 1723, lui assigna une -pension. Il en obtint une autre du roi en 1726, avec des lettres de -confirmation. Placé d'abord, comme nous venons de le dire, rue -Neuve-Sainte-Geneviève, il fut transféré en 1731 dans la rue des -Postes, au moyen d'un legs de 40,000 livres que M. Charles Le Baigue, -prêtre habitué de Saint-Médard, avoit fait à ce séminaire par son -testament du 17 septembre 1723. Avec cette somme ils achetèrent -d'abord une maison à laquelle ils firent depuis des réparations et des -augmentations considérables. La première pierre des bâtiments neufs -fut posée en 1769 par M. de Sartine. - -La façade de ces bâtiments avoit été construite sur les dessins de M. -Chalgrin; il étoit aussi l'architecte de la chapelle, dont l'intérieur -étoit décoré d'un ordre ionique[435]. - - [Note 435: Cette communauté a été rétablie; les bâtiments - des deux établissements précédents sont occupés maintenant - par des pensions ou par des particuliers.] - - - CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE. - - SCULPTURES. - - Sur la porte extérieure, un bas-relief représentant des - missionnaires qui instruisent des nègres; par _Duret_. - - Dans l'intérieur, deux autres bas-reliefs; par le même. - - Dans la salle des exercices, une Assomption; par _Adam_ cadet. - -Une salle pratiquée au-dessus de la nef contenoit la bibliothèque. - -Cette maison étoit chargée de fournir les missionnaires des colonies -de Cayenne et du Sénégal. - - -_Collége de Pharmacie et jardin des Apothicaires_, (rue de -l'Arbalète). - -Nous avons fait mention, dans le quartier précédent, d'un hôpital -institué par le sieur Houel, dans la maison connue sous le nom de -Sainte-Valère, et des événements qui en changèrent peu à peu la -destination; on a vu que le jardin qu'il avoit formé vis-à-vis cet -établissement et destiné à la culture des plantes médicinales, avoit -été conservé: les apothicaires et les épiciers, qui, dans le -dix-septième siècle, ne formoient encore qu'une seule communauté, -acquirent, en 1626, la propriété de ce jardin, et le 2 décembre de la -même année achetèrent la maison située rue de l'Arbalète, ce qui leur -procura les moyens d'ouvrir leur entrée principale sur cette rue, et -d'y faire construire le bâtiment qui existe encore aujourd'hui. Les -pharmaciens devinrent ensuite les seuls maîtres de l'établissement, -qui fut érigé en collége. Une inscription en lettres d'or sur une -table de marbre noir apprenoit que cette érection avoit été faite en -1777. - -Il y avoit dans ce collége six professeurs, qui, pendant les trois -mois d'été, y donnoient des leçons publiques sur la chimie, la -botanique et l'histoire naturelle; et tous les ans le lieutenant -général de police y distribuoit solennellement des médailles[436] aux -élèves qui s'étoient le plus distingués dans ces études. - - [Note 436: Ces prix avoient été fondés par M. Le Noir, - dernier lieutenant de police.] - -Cette maison possédoit un très-joli cabinet d'histoire naturelle, un -laboratoire de chimie, une bibliothèque, etc. Elle étoit aussi décorée -de sculptures et de tableaux. Dans le jardin, les plantes étoient -distribuées suivant la méthode de Tournefort[437]. - - [Note 437: Cet établissement n'a point changé de - destination.] - - - CURIOSITÉS. - - TABLEAUX. - - Dans la grande salle, au-dessus de la porte, Louis XIV donnant le - poids marchand au corps des épiciers; sans nom d'auteur. - - Sur la cheminée, Hélène et Ménélas arrivant en Égypte; et - recevant du roi de cette contrée plusieurs plantes médicinales; - par _Vouet_. - - Les portraits en médaillons de MM. Rouelle frères, chimistes - renommés. - - Au pourtour de la salle, les portraits des anciens gardes de la - communauté des épiciers et apothicaires. - - - SCULPTURES. - - Entre deux croisées de la même salle, le buste de M. Le Noir. - - -_École des Savoyards_ (rue Saint-Étienne-des-Grès). - -Cette école de charité, établie en 1732, étoit due au zèle et à la -charité de M. l'abbé de Pontbriand. S'étant avisé un jour d'interroger -sur la religion un Savoyard déjà avancé en âge, qui venoit de lui -rendre quelque service, il le trouva d'une ignorance si profonde des -vérités les plus importantes, qu'il résolut aussitôt de travailler à -l'instruction de ces pauvres gens. Plusieurs personnes charitables -auxquelles il communiqua son projet l'approuvèrent, et voulurent y -prendre part. Ils se partagèrent aussitôt les divers faubourgs où -étoient établies les chambrées des Savoyards[438], leur annoncèrent -les bonnes dispositions où l'on étoit pour eux, et trouvèrent dans ces -malheureux tant de docilité et de reconnoissance, que l'on put -commencer aussitôt les catéchismes que l'on vouloit instituer. Les -premiers se firent à Saint-Benoît; et bientôt, vu le grand éloignement -des différents quartiers où les Savoyards étoient logés, on en établit -de nouveaux dans plusieurs paroisses de Paris; à Saint-Merri, pour les -Savoyards du Marais; au séminaire des Missions-Étrangères, pour ceux -du faubourg Saint-Germain; à Saint-Sauveur, pour le faubourg -Saint-Laurent, la place des Victoires et la porte Saint-Martin. - - [Note 438: Ils habitoient les faubourgs. Ceux de l'évêché de - Genève, qui étoient les plus nombreux, logeoient dans le - faubourg Saint-Marceau; ceux de Saint-Jean-de-Maurienne, - dans le faubourg Saint-Laurent; ceux de l'archevêché de - Moutier en Tarentaise, dans le Marais, etc. Ils étoient - distribués par chambrées, dont chacune, composée de huit à - dix Savoyards, étoit conduite par un chef, qui remplissoit - auprès de ces enfants les fonctions d'économe et de tuteur. - Chacun d'eux avoit sa place marquée dans Paris, où il se - rendoit de grand matin; et le soir en rentrant, ce qui avoit - été gagné dans la journée étoit mis dans une boîte commune - nommée _tirelire_, que l'on n'ouvroit que lorsque la somme - étoit assez considérable pour être employée utilement aux - besoins de la petite société. Cette police des Savoyards - s'est maintenue pendant la révolution, et subsiste encore - aujourd'hui.] - -À ces leçons, les charitables instituteurs voulurent bien ajouter des -prix pour entretenir l'émulation. La première distribution s'en fit -rue Saint-Étienne-des-Grès, dans la chapelle de l'ancien collége de -Lisieux. La charité des gens de bien qui habitoient ces divers -quartiers fournissoit abondamment à ces dépenses. Bientôt on jugea -qu'il étoit possible d'étendre les bienfaits de cette institution sur -les pauvres enfants des diverses provinces du royaume; on y reçut des -Auvergnats, des Limousins, des Normands, des Gascons, etc., etc., ce -qui rendit les catéchismes plus nombreux, et donna lieu d'établir une -nouvelle école dans la paroisse de la Magdeleine au faubourg -Saint-Honoré. - - -HÔTELS. - -_Hôtel de Bourgogne_ (rue des Sept-Voies). - -Cet hôtel, dont la plus grande partie servit à former le collége de -Reims, appartenoit, dans le treizième siècle, aux ducs de Bourgogne. -Il fut uni à la couronne, ainsi que leur duché, sous le règne du roi -Jean; mais ce prince jugea à propos de se réserver l'hôtel, lors de -l'investiture qu'il donna à son fils Philippe-le-Hardi des domaines et -de la souveraineté de ce duché. Charles V son frère lui rendit cette -habitation en 1364. On trouve que dix ans auparavant elle étoit -occupée par les religieuses de Poissi, que la guerre avoit obligées de -venir chercher un asile à Paris. En 1402, Philippe donna cet hôtel à -son troisième fils Philippe, comte de Nevers et de Rhétel, qui le -vendit aux écoliers de Reims en 1412. - - -_Hôtel d'Albret_ (même rue). - -Cet hôtel, dont une très-petite portion fit le collége de la Merci, -appartenoit anciennement aux comtes de Blois. Il subsiste encore à -côté du collége de la Merci une partie de cette maison, laquelle a -retenu le nom de _cour d'Albret_. - - -_Petit-Bourbon_ (rue du Faubourg-Saint-Jacques). - -Nous avons dit à l'article du Val-de-Grâce qu'on en transféra les -religieuses dans une maison appelée le _Petit-Bourbon_. Elle se -nommoit auparavant le fief ou le séjour de Valois, nom qu'elle devoit -à Charles de Valois, fils de Philippe-le-Hardi, auquel elle -appartenoit au commencement du quatorzième siècle. Depuis elle passa -dans la maison de Bourbon; et au seizième siècle elle faisoit partie -des propriétés du connétable de Bourbon, sur lequel elle fut -confisquée, avec tous ses autres biens. Louise de Savoie, ayant obtenu -la permission d'aliéner ces biens jusqu'à la concurrence de 12,000 -livres de rente, donna, en 1528, le séjour de Bourbon à Jean -Chapelain, son médecin. Ses descendants le vendirent aux religieuses -du Val-de-Grâce. - - -_Autres hôtels._ - -Dans ce même quartier étoient situés les hôtels suivants, qui tous ont -été détruits, et sur lesquels nous n'avons pu nous procurer aucun -détail. - - Hôtel des évêques de Nevers, rue des Amandiers. - - ------ des abbés de Pontigni, rue des Anglois. - - ------ de Jean Gannai, chancelier de France, - rue de l'Arbalète. - - ------ des abbés de Saint-Benoît-sur-Loire, - rue de la Grande et de la Petite-Bretonnerie. - - ------ de Vezelai, du Mont } - Saint-Michel[439], } - } - ------ des évêques d'Auxerre, } - de Coutances, } rue des Cholets. - du Mans, de } - Senlis, de Langres, } - de Châlons[440]. } - - ------ des abbés de Saint-Jean-des-Vignes, - rue Saint-Jacques, près la chapelle - Saint-Yves. - - ------ des évêques de Nevers en 1380, rue - Judas. - - ------ de Marli-le-Châtel, rue des Sept-Voies. - - [Note 439: Ces deux hôtels sont compris aujourd'hui dans le - collége de Montaigu.] - - [Note 440: Le collége de Sainte-Barbe a été bâti sur - l'emplacement de cet hôtel.] - - -FONTAINES. - -_Fontaine Saint-Benoît_ ou _de la place Cambray._ - -Cette fontaine, située à l'entrée de la place Cambray et vis-à-vis -l'église Saint-Benoît, a été construite vers l'an 1624. - - -_Fontaine de Sainte-Geneviève._ - -Cette fontaine est située dans la partie la plus élevée de la -montagne. - - -_Fontaine du Pot-de-Fer._ - -Elle s'élève au coin de la rue Moufetard et de celle dont elle a pris -le nom. - - -_Fontaine des Carmélites._ - -Elle a été construite dans la rue du Faubourg-Saint-Jacques et à -l'entrée du couvent dont elle porte le nom. - -Ces quatre fontaines reçoivent leurs eaux de l'aqueduc d'Arcueil. - - -_Porte Saint-Jacques._ - -Cette porte étoit située à l'extrémité de la rue du même nom, près du -carrefour auquel aboutissent les rues du Faubourg-Saint-Jacques, -Saint-Hyacinthe et des Fossés-Saint-Jacques. - -Elle fut construite lors de l'enceinte de Philippe-Auguste, et abattue -en 1684[441]. - - [Note 441: _Voy._ pl. 147.] - - -BARRIÈRES. - -Il n'y a que deux barrières dans toute l'étendue de ce quartier: - - La barrière de la Santé. - La barrière Saint-Jacques[442]. - - [Note 442: Cette dernière se nomme maintenant barrière - d'Arcueil.] - - -RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINT-BENOÎT. - -_Rue des Amandiers._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Sept-Voies, -et de l'autre à celle de la Montagne-Sainte-Geneviève; dès le -treizième siècle elle portoit ce nom, dont on n'a pu découvrir -l'étymologie. On disoit également rue des _Almandiers_, de -_l'Allemandier_ et des _Amandiers_. - -_Rue des Anglois._ Elle traverse de la rue Galande dans celle des -Noyers, et étoit connue sous ce nom dès le treizième siècle. Sauval -insinue qu'il lui a été donné à cause du long séjour que les Anglois -ont fait à Paris[443]. Jaillot prouve qu'une telle opinion ne peut -être admise, parce que cette rue étoit ainsi nommée plus de deux -siècles avant le règne de Charles VI. Sans prétendre en donner la -véritable étymologie, il pense qu'il seroit plus vraisemblable de -l'attribuer aux Anglois que la célébrité de l'Université de Paris -engageoit à venir faire leurs études dans cette ville, et dont le -nombre étoit en effet si considérable, qu'ils formèrent une des quatre -_nations_ dont ce grand corps étoit composé. - - [Note 443: T. I, p. 109.] - - -_Rue de l'Arbalète._ Elle aboutit d'un côté à la rue Moufetard, de -l'autre, à celle des Charbonniers. On lit dans les titres de -Saint-Geneviève qu'au quatorzième siècle elle s'appeloit _rue des -Sept-Voies_[444], et qu'au milieu du seizième on la nommoit _rue de la -Porte de l'Arbalète_, autrement _des Sept-Voies_. Il y avoit dans -cette rue une maison dite de l'Arbalète, qui faisoit le coin de la rue -des Sept-Voies, et c'est là qu'il faut chercher sans doute -l'étymologie de ces diverses dénominations. - - [Note 444: Cens. de 1380.] - -_Rue du Cimetière-Saint-Benoît._ Elle aboutit d'un côté à la rue -Saint-Jacques, de l'autre à la rue Fromentel, et doit son nom au -cimetière Saint-Benoît, auquel elle conduisoit en 1615. On agrandit ce -cimetière en même temps qu'on en supprima un autre qui occupoit une -partie de la place Cambrai. Quelques nomenclateurs donnent à cette rue -la dénomination de _rue Breneuse_; un autre dit qu'elle s'appeloit _de -l'Oseroie_ en 1300. Guillot en indique effectivement une sous ce nom, -et l'abbé Lebeuf pense aussi qu'elle est représentée par -celle-ci[445]. Jaillot produit plusieurs titres qui lui font croire -qu'anciennement cette rue n'étoit point distinguée de celle de -Fromentel, dont elle fait la continuation; et celle-ci se prolongeoit -alors sous le même nom jusqu'à la rue Saint-Jacques. Quant à la rue de -l'_Oseroie_, il conjecture que ce pouvoit être une ruelle comprise -dans l'église Saint-Benoît, et sur l'emplacement de laquelle ont été -construites les chapelles de la nef[446]. - - [Note 445: T. II, p. 569.] - - [Note 446: Chronol. hist. des cur. de S. Ben., p. 26 et 27.] - -_Rue de Biron._ Cette rue, qui donne d'un côté rue du -Faubourg-Saint-Jacques, de l'autre dans celle de la Santé, étoit -encore sans nom en 1772. Elle a pris depuis celui qu'elle porte -aujourd'hui. - -_Rue des Bourguignons._ Cette rue, qui donne d'un bout dans la rue du -Faubourg-Saint-Jacques, et de l'autre dans celle de Lourcine, étoit -anciennement nommée _rue de Bourgogne_. Sur plusieurs plans on ne la -fait commencer qu'au coin de la rue de la Santé, ou, pour mieux dire, -au bout du carrefour où étoit autrefois placée la _croix de la sainte -Hostie_[447]; et toute la partie antérieure jusqu'à la rue -Saint-Jacques y est nommée _rue des Capucins_. C'étoit par cette rue -ou chemin, et le long des murs du Val-de-Grâce, que devoit passer le -boulevard ou cours planté d'arbres dont on avoit résolu en 1704, -d'environner la ville, et qui depuis a été tracé et exécuté à une -assez grande distance de ce premier emplacement[448]. - - [Note 447: Cette croix fut érigée en 1668, en réparation - d'un sacrilége commis dans l'église Saint-Martin, cloître - Saint-Marcel. Au mois de juillet, trois voleurs s'étant - introduits dans cette église rompirent le tabernacle, - emportèrent le saint ciboire, et dispersèrent les hosties. - Ils furent arrêtés, et déclarèrent qu'ils avoient enveloppé - une de ces hosties dans un linge, et l'avoient jetée près - des murs du Val-de-Grâce. Elle y fut heureusement trouvée, - et levée avec les cérémonies requises, à la suite desquelles - M. l'archevêque ordonna une procession solennelle et - expiatoire, où il assista nu-pieds et l'étole derrière le - dos. On éleva ensuite la croix dont nous parlons, et tous - les ans le clergé de la paroisse s'y rendoit - processionnellement.] - - [Note 448: Il y a dans cette rue un cul-de-sac nommé - d'_Hautefort_. C'est l'ouverture d'une rue projetée en 1724 - et non continuée, laquelle devoit traverser de celle des - Bourguignons dans la rue des Lyonnois.] - -_Rue de la Grande et de la Petite-Bretonnerie._ Ces deux rues -parallèles se réunissoient l'une à l'autre, et avoient leur entrée par -la rue Saint-Jacques; c'étoit, à proprement parler, une rue qui -tournoit autour de plusieurs maisons. Sauval dit qu'anciennement elle -se nommoit _rue du Puits_[449]; et Jaillot la trouve, au commencement -du quinzième siècle, sous le nom de _rue aux Bretons_; mais, dès le -seizième, elle est désignée sous la double dénomination qui lui est -restée. Ces deux rues avoient été ouvertes sur un fief qui appartenoit -aux religieuses de Long-Champs; et l'on trouve qu'en 1661 le roi -permit aux filles de la congrégation de Charonne, dont il vouloit -favoriser l'établissement, de former un marché dans cet endroit[450]. - - [Note 449: T. I, p. 121.] - - [Note 450: Ces rues ont été depuis supprimées, pour - faciliter l'entrée de la place Sainte-Geneviève.] - -_Rue de la Bûcherie._ Elle commence à la rue du Petit-Pont, et finit à -celle du Pavé-de-la-Place-Maubert. Sauval dit qu'elle devoit son nom à -un port aux bûches qu'il y avoit auprès en 1415[451]. Jaillot prouve -que ce port existoit en cet endroit bien des siècles avant cette -époque; et, sans nier que le nom de cette rue en tire son étymologie, -il pense qu'elle pourroit bien aussi avoir reçu cette dénomination de -quelques boucheries établies anciennement en ce lieu. Au reste ces -deux étymologies sont également constatées par des titres de -Sainte-Geneviève du treizième siècle, dans lesquels on lit: _Vicus de -Boucharia et Buscharia_, etc. Cette rue avoit été ouverte au bas d'un -clos fort étendu qu'on appeloit le clos Mauvoisin, dont nous aurons -bientôt occasion de parler; et, dès le sixième siècle, elle étoit -couverte de maisons jusqu'à la rue du Fouare seulement. En 1202 le -clos Mauvoisin ayant été donné à cens, sous la condition d'y bâtir, la -rue fut successivement continuée jusqu'à son extrémité, opération qui -cependant n'étoit pas encore terminée à la fin du siècle suivant[452]. - - [Note 451: T. I, p. 121.] - - [Note 452: Plusieurs titres de l'archevêché font mention - d'une ruelle qui donnoit dans cette rue, et qu'on nommoit, - en 1490, _ruelle du Lion-Pugnais_, et en 1508, du - _Trou-Punais_. Ce dernier nom étoit commun aux fossés ou - cloaques où se perdoient les eaux et les immondices, qui de - là étoient portées à la rivière. Jaillot pense que cette - ruelle est la descente vis-à-vis la rue des Rats, qu'on - appeloit _les Petits-Degrés_.] - -_Place Cambrai._ Elle fut ouverte, au commencement du dix-septième -siècle, sur une partie de la rue Saint-Jean-de-Latran, qui s'étendoit -jusqu'à la rue Saint-Jacques, et sur un terrain qui servoit -anciennement de cimetière. On le nommoit _le Grand Cimetière_, _le -Cimetière de Cambrai_, _le Cimetière de l'Acacias_; _le Cimetière du -Corps-de-garde_. Ces différents noms venoient de la _terre de -Cambrai_, ainsi appelée parce que la maison de l'évêque de Cambrai, -convertie depuis en collége, y étoit située; d'un acacia qu'on y avoit -planté, et d'un corps-de-garde voisin. - -_Rue des Capucins_[453]. Ce n'étoit, au siècle dernier, qu'un chemin -qui conduisait de la rue du Faubourg-Saint-Jacques à celle de la -Santé. On la nommoit ainsi parce qu'elle régnoit le long de l'enclos -des Capucins. - - [Note 453: Cette rue est maintenant nommée _rue Méchin_, - dans une de ses parties. Celle qui va du faubourg - Saint-Jacques au Champ-des-Capucins a conservé son ancien - nom.] - -_Rue des Carmes._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Noyers, et de -l'autre à celle du mont Saint-Hilaire. Comme elle a été ouverte, ainsi -que celle de Saint-Jean-de-Beauvais, sur le clos Bruneau, on lui en a -souvent donné le nom. Elle portoit aussi celui de _Saint-Hilaire_, -parce qu'elle aboutissoit à cette église, et c'est ainsi qu'elle est -dénommée dans des actes de 1317 et 1372. Son dernier nom lui vient du -couvent des Carmes qui y étoit situé. - -_Rue du Carneau._ C'est une ruelle qui descend de la rue de la -Bûcherie à la rivière, et que presque tous nos plans ont figurée sans -lui donner aucun nom. Jaillot prétend cependant que, dès le treizième -siècle, elle étoit connue sous celui de _la Poissonnerie_, puis de _la -Place au Poisson_ dans le dix-septième; plus anciennement elle -s'appeloit _rue des Porées_. C'est ainsi qu'elle est indiquée dans le -rôle des taxes de 1313, et dans un compte de 1398, rapporté par -Sauval[454]. - - [Note 454: T. III, p. 263.] - -_Rue des Charbonniers._ Elle fait la continuation de la rue de -l'Arbalète, et aboutit à celle des Bourguignons. Son nom lui vient -d'un lieu voisin dit _les Charbonniers_, dont il est question -plusieurs fois dans le terrier du roi de 1540. - -_Rue Chartière._ Elle aboutissoit d'un côté à la rue du Puits-Certain, -de l'autre à celle de Reims. Sauval dit qu'en 1300 elle s'appeloit _de -la Charretière_[455]. Guillot écrit _de la Chareterie_, et l'on trouve -dans d'autres titres _de la Charrière_[456], _de la Chartrière_ et -_des Charettes_. - - [Note 455: T. I, p. 124.] - - [Note 456: Hist. de Par., t. III, p. 392.] - -_Rue du Cheval-Vert_[457]. Elle traverse de la rue des Postes à celle -de la Vieille-Estrapade. Si l'on en excepte un seul plan, celui de -Nolin, publié en 1699, où elle est appelée _rue du Chevalier_, on -trouve le premier nom dans tous les actes, et notamment dans les -censiers de Sainte-Geneviève, qui en font mention dès 1603. Elle fut -fermée en 1646, sans qu'on en sache les raisons, et rouverte depuis, -sans que l'époque de cette ouverture soit désignée. Son nom lui vient -probablement de quelque enseigne. - - [Note 457: On la nomme maintenant _rue des Irlandois_.] - -_Rue des Chiens._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Sept-Voies, et -de l'autre à celle des Cholets. Sauval[458] et ses copistes prétendent -que le bas peuple avoit changé les deux dernières lettres du nom de -cette rue, parce qu'elle étoit solitaire et malpropre. Jaillot pense -au contraire que cette dénomination ordurière étoit la plus ancienne, -et fut changée en celle _des Chiens_, qu'elle portoit déjà avant le -milieu du dix-septième siècle. Guillot indique dans sa nomenclature -une _rue du Moine_, que l'abbé Lebeuf croit être celle-ci; Jaillot, -qui en doute, entame à ce sujet une longue discussion, qui n'éclaircit -nullement cette question si peu importante[459]. - - [Note 458: T. I, p. 125.] - - [Note 459: On la nomme aujourd'hui rue _Jean-Hubert_.] - -_Rue des Cholets._ Cette rue donne d'un côté dans la rue -Saint-Étienne-des-Grés, de l'autre dans celle de Reims, et doit son -nom au collége qu'on y a bâti. Auparavant on la nommoit -_Saint-Symphorien_ et _Saint-Symphorien-des-Vignes_. Cette dernière -dénomination venoit de ce que le carré que forme cette rue avec celle -de Reims, des Sept-Voies et de Saint-Étienne-des-Grés, étoit un clos -planté de vignes. On la trouve aussi indiquée sous les noms de _petite -rue Sainte-Barbe_ et de _rue des Vignes_. - -_Rue d'Écosse._ Elle aboutit d'un côté à la rue du Mont-Saint-Hilaire, -et de l'autre à celle du Four. Guillot n'en fait point mention, -quoiqu'elle existât déjà de son temps. En 1313 on la nommoit _rue au -Chauderon_, de l'enseigne d'une maison qui subsistoit encore en 1636; -mais, dès le seizième siècle, on l'appeloit rue d'Écosse. Robert dit -qu'elle a porté le nom de _rue des Trois-Crémaillères_. - -_Rue Saint-Étienne-des-Grés._ Elle donne d'un bout dans la rue -Saint-Jacques, de l'autre sur la Place-Sainte-Geneviève. Dès 1230, -elle est désignée sous ce nom dont nous avons fait connoître -l'étymologie en parlant de l'église qui le lui a donné. - -_Rue de la Vieille-Estrapade._ Elle est située entre la -Place-de-Fourci et celle de l'Estrapade; et cette dernière place qui -lui a donné ce nom, l'avoit reçu parce que, pendant long-temps, on y -avoit fait subir aux soldats le supplice de l'estrapade, dont -l'appareil fut depuis transporté au marché aux chevaux. Avant cette -époque, cette rue se nommoit _rue des Fossés-Saint-Marceau_, ayant été -ouverte sur les fossés de la ville. - -_Rue du Fouare._ Elle aboutit d'un côté à la rue Galande, de l'autre à -celle de la Bûcherie. Ce nom est une altération de celui de _feurre_, -c'est-à-dire de paille, dans notre ancien langage; aussi, dans tous -les vieux titres, cette rue est-elle appelée _vicus Straminis_, _vicus -Straminum_, _via Straminea_. On voit dans un cartulaire de -Sainte-Geneviève[460] qu'en 1202 Matthieu de Montmorenci, seigneur de -Marli, et Mathilde de Garlande sa femme, donnèrent leur vigne appelée -le clos Mauvoisin (c'est le même que celui de Garlande), à cens, à -plusieurs particuliers, à la charge d'y bâtir. Ainsi se formèrent les -rues Galande, du Fouare et autres qui se trouvent entre la rue de la -Bûcherie et la Place-Maubert. Nous avons déjà dit comment, sous -Philippe-Auguste, il s'établit de nouvelles écoles dans celle dont -nous parlons. Elle reçut le nom qu'elle porte encore aujourd'hui, -parce que les écoliers, suivant l'usage qui s'observoit alors, -étoient, par respect pour leurs maîtres, assis par terre sur de la -paille, dont on jonchoit les écoles. - - [Note 460: Fol. 190.] - -Les anciens titres prouvent que la rue du Fouare étoit fermée à ses -deux extrémités; et l'on croit que c'étoit pour empêcher le passage -des voitures, dont le bruit auroit pu incommoder et distraire les -étudiants. - -_Rue du Four._ Elle donne d'un côté dans la rue des Sept-Voies, de -l'autre dans celle d'Écosse, dont elle n'est pas même distinguée sur -les anciens plans. Cependant le cartulaire de Sainte-Geneviève de 1248 -en fait mention sous le nom de _Vicus_ et de _ruella Furni_; Guillot -la nomme _du Petit-Four, qu'on appelle le Petit-Four-Saint-Ylaire_. On -lui avoit donné ce nom parce que le four banal, qui appartenoit à -l'église Saint-Hilaire, y étoit situé. - -_Rue et place de Fourci._ Elles sont situées entre la rue de la -Vieille-Estrapade et celle des Fossés-Saint-Victor. Sur la plupart -de nos plans cette rue n'est pas distinguée de celle des -Fossés-Saint-Marceau ou Vieille-Estrapade. Elle doit son nom à M. -Henri de Fourci, président aux enquêtes et prévôt des marchands, -qui, en exécution d'un arrêt du conseil du 17 avril 1685, fit -combler les fossés et aplanir le terrain, beaucoup plus escarpé -alors qu'il ne l'est aujourd'hui. - -_Rue Fromentel._ Elle aboutit d'un côté à la rue du -Mont-Saint-Hilaire, vis-à-vis le Puits-Certain, et de l'autre à celle -du Cimetière-Saint-Benoît. Ce nom est une abréviation de celui de -_Froid-Mantel_, ainsi qu'il est indiqué dans le cartulaire de -Sainte-Geneviève de 1243: _vicus qui dicitur Frigidum-Mantellum_. On -trouve dans celui de Sorbonne, en 1250, _vicus Frigidi-Mantelli_; -_Fretmantel_, aliàs _Brunel_ en 1313. Dans tous les actes des siècles -suivants on lit _Fresmantel_, _Froit-Mantel_ et _Fromentel_[461]. - - [Note 461: Au coin de cette rue est une maison dont quelques - historiens ont parlé, à cause de la statue de Henri IV qu'on - y voyoit encore à la fin du siècle dernier. L'abbé Lebeuf - dit (t. I, p. 208) que «la tradition est que Gabrielle - d'Estrées, duchesse de Beaufort, y a logé, et y a reçu - quelquefois ce prince.» Il adopte cette tradition, et - critique Piganiol, qui place l'hôtel de cette duchesse dans - la rue Fromenteau, près le Louvre. Jaillot croit devoir le - combattre, parce qu'il ne trouve rien qui puisse autoriser - une semblable opinion. «Il est plus vraisemblable, dit-il, - que l'hôtel de la duchesse de Beaufort étoit dans la rue - Fromenteau, près le Louvre, que dans la rue Fromentel, près - Saint-Hilaire, cette dernière maison n'annonçant rien, par - sa structure ni par son étendue, qui puisse faire présumer - qu'elle ait été occupée par Gabrielle d'Estrées; d'ailleurs - je n'ai trouvé aucun titre où la rue Fromentel soit appelée - Fromenteau, quoique celle-ci ait porté le nom de la - première.»] - -_Rue Galande._ Elle commence au carrefour Saint-Séverin, et aboutit à -la place Maubert. Ce nom est visiblement une altération de celui de -Garlande, que portoit une famille très-connue au onzième siècle. Le -clos Mauvoisin, comme nous l'avons dit plus haut, faisoit partie de la -seigneurie de Garlande; le cartulaire de Sainte-Geneviève renfermoit -une transaction de l'an 1225, qui nous apprenoit que c'est sur le -terrain de ce clos qu'au commencement du treizième siècle furent -percées les rues Galande, des Trois-Portes, des Rats et du Fouare, en -vertu d'un accensement fait en 1202 par Matthieu de Montmorenci et -Mathilde de Garlande sa femme[462]. Ce clos appartenoit dans le -principe à l'abbaye Sainte-Geneviève, qui[463] l'avoit donné en fief à -ce seigneur, à la charge que ceux qui y bâtiroient seroient de la -paroisse du Mont. Nous avons déjà remarqué qu'en 1118 Étienne de -Garlande avoit donné une partie des vignes de ce clos pour la -dotation de la chapelle Saint-Agnan[464]: il faut ajouter qu'en 1134 -Louis-le-Gros approuva cette donation, sous la réserve de 18 den. de -cens[465], d'où il faut conclure que ce clos étoit en partie dans la -_directe_ du roi et en partie dans celle de Sainte-Geneviève. - - [Note 462: Gall. christ., t. VII, inst. col. 225.] - - [Note 463: Pigan., t. VI, p. 108.] - - [Note 464: _Voy._ t. I, prem. part., p. 280.] - - [Note 465: Past. A, fol. 583; B, 873; D, 206 et 306.] - -_Carré Sainte-Geneviève._ On appelle ainsi la place qui étoit devant -les églises de Sainte-Geneviève et de-Saint-Étienne-du-Mont. Elle -avoit été formée d'une partie de l'ancien cloître, qui fut donnée à -cens en 1355 pour y bâtir les maisons qu'on y voit aujourd'hui. Ce -cloître étoit fermé par des portes au bout des rues des Sept-Voies, -des Amandiers et des Prêtres. - -_Place Sainte-Geneviève._ La construction de la nouvelle église -Sainte-Geneviève a donné naissance à cette nouvelle place, formée de -la destruction des rues de la Grande et de la Petite-Bretonnerie, et -de la démolition de plusieurs édifices. - -_Rue Neuve-Sainte-Geneviève._ Elle aboutit d'un côté à la place de -Fourci, de l'autre à la rue des Postes. Elle doit ce nom au clos de -Sainte-Geneviève, sur lequel elle a été ouverte[466]. - - [Note 466: Il y avoit autrefois trois ruelles dans cette - rue: la première n'est désignée par aucun nom, à moins que - ce ne soit celle qu'on trouve dans les titres sous celui de - _ruelle Chartière_. Les deux autres se nommoient, l'une, - _rue Sainte-Apolline_, l'autre, _ruelle de la Sphère_. C'est - sur cette dernière et sur la partie d'un jeu de paume qui - portoit le même nom, que fut bâtie la maison des Filles de - Sainte-Aure.] - -_Rue de la Montagne-Sainte-Geneviève._ Nous avons déjà parlé de cette -rue au quartier de la place Maubert. La petite partie qui dépend de -celui-ci étoit comprise dans le cloître Sainte-Geneviève, qui, de ce -côté, commençoit au bout de la rue des Amandiers. Dans ce petit espace -se trouvoit une ruelle sans bout, ou cul-de-sac, dont il restoit -encore des vestiges dans le siècle dernier[467]. - - [Note 467: Cens. de S. Genev. de 1540.] - -_Cul-de-sac Gloriette._ Il dépendoit de ce quartier, quoiqu'il fût -situé à l'extrémité de la rue de la Huchette, comprise dans le -quartier Saint-André-des-Arcs. Ce cul-de-sac doit son nom au fief -Gloriette, sur lequel il avoit été percé, et qui l'avoit communiqué -également à la boucherie établie en cet endroit au quinzième siècle. -Sa situation sur le bord de la rivière, qui le rendoit propre à -l'écoulement du sang des animaux, lui fit donner le nom de -_Trou-Punets_ ou _Punais_, qu'il porte dans plusieurs actes de ce -temps-là. Le lieu qu'y occupoit la boucherie, laquelle existoit encore -dans le siècle dernier, étoit une maison qui servoit auparavant de -bureau pour recevoir le péage du Petit-Pont. En 1382 on en prit une -partie pour faire une nouvelle tour au Petit-Châtelet[468]. - - [Note 468: À côté de ce cul-de-sac étoit une ruelle - _descendante de la boucherie de Gloriette-en-Seine_, telle - est sa seule désignation dans un acte de 1492. Le terrier du - roi de 1540 l'appelle _ruelle des Étuves_.] - -_Rue du Mont-Saint-Hilaire_ ou _du Puits-Certain_. Cette rue donne -d'un côté dans les rues Saint-Jean-de-Beauvais et Chartière, de -l'autre dans celles des Carmes et des Sept-Voies. Elle n'étoit d'abord -désignée le plus souvent que sous le nom général de _clos Bruneau_: -c'étoit celui du territoire sur lequel elle est située; mais dès le -treizième siècle on lui donnoit déjà le nom qu'elle porte aujourd'hui. -On l'appelle aussi vulgairement _rue du Puits-Certain_, à cause du -puits public situé à l'entrée de cette rue, lequel fut construit par -les soins et aux dépens de Robert Certain, curé de Saint-Hilaire. Du -reste cette rue doit son dernier nom à l'église paroissiale qu'on y -avoit élevée[469]. - - [Note 469: Dans cette rue est un cul-de-sac appelé - _Bouvard_: c'étoit, dans l'origine, un chemin qui descendoit - de la Montagne dans la rue des Noyers, et qui coupoit le - clos Bruneau en deux parties. Quoi qu'en dise l'abbé Lebeuf - (t. I, p. 206), il paroît que cette ruelle n'existoit pas - dans le treizième siècle, Guillot et le rôle des taxes de ce - temps-là n'en parlent pas. Dans les siècles suivants on la - trouve désignée d'abord sous le nom de _Longue-Allée_, - ensuite sous ceux de _Josselin_, _Jousselin_, _Jusseline_, - _Saint-Hilaire_. Jaillot pense que son dernier nom de - _Bouvard_, ainsi, que celui de la _cour des Boeufs_, qui - n'en est pas très-éloigné, est dû aux bouchers de la - Montagne, qui mettoient leurs boeufs dans ces deux endroits. - (Ce cul-de-sac est aujourd'hui fermé.)] - -_Rue Jacinthe._ Elle traverse de la rue Galande dans celle des -Trois-Portes. Elle a même été long-temps confondue avec cette dernière -sur les plans et dans les censiers de Sainte-Geneviève. On l'a aussi -appelée _ruelle Augustin_. - -_Rue Saint-Jacques._ Elle commence au coin des rues Saint-Séverin et -Galande, et finit à l'ancienne porte, au coin des rues Saint-Hyacinthe -et des Fossés-Saint-Jacques. Au douzième siècle cette rue n'avoit -point de nom particulier: on l'appeloit simplement _vicus Magnus_, -_Major vicus_, _major vicus parvi Pontis_. Dans le siècle suivant, une -chapelle de Saint-Jacques lui fit prendre le nom de cet apôtre, et le -donna également aux religieux qui s'y établirent. Elle reçut aussi -dans ses diverses parties les noms des églises qui en étoient les plus -voisines. On trouve en 1263[470]: _Magnus vicus Sancti Jacobi -Prædicatorum_; en 1250, 1258 et 1268, _Magnus vicus Sancti Stephani -de Gressibus_; en 1273, _magnus vicus prope Sanctum Benedictum le -Bestournet_; en 1298, _Magnus vicus ad caput ecclesiæ Sancti -Severini_; _grant rue_, _grant rue outre le Petit-Pont_, _grant rue -vers Saint-Mathelin_, _grant rue Saint-Benoît_, etc.; enfin _grand rue -Saint-Jacques_. - - [Note 470: Cartul. Sorb., fol. 28.] - -_Rue du Faubourg-Saint-Jacques._ Elle fait la continuation de -la rue Saint-Jacques depuis les rues Saint-Hyacinthe et -des Fossés-Saint-Jacques jusqu'à la barrière et au nouveau -boulevard[471]. - - [Note 471: Cette rue étoit anciennement traversée par - plusieurs rues, et contenoit quelques culs-de-sacs, qui, - même avant la révolution, ne subsistoient plus qu'en partie. - - 1º. La _rue de Paradis_. Elle étoit située à côté du passage - qui conduisoit aux Ursulines. Son premier nom étoit _rue - Notre-Dame-des-Champs_[471-A]; on la nomma ensuite _ruelle - Jean-le-Riche_ et _Neuve-Jean-Richer_[471-B], _des - Poteries_, _de Saint-Séverin_. Le nom de Paradis vient d'une - enseigne. (Cette rue, élargie maintenant par la démolition - du couvent qui en étoit voisin, est appelée rue des - Ursulines.) - - 2º. Les culs-de-sac des Ursulines et des Feuillantines: - c'étoient deux passages qui conduisoient aux monastères de - ces religieuses. Le premier est entré dans la nouvelle rue - des Ursulines, l'autre est détruit sans qu'il en reste - aucune trace. - - 3º. La _rue des Marionnettes_. Elle étoit ouverte en face du - passage des Carmélites, et aboutissoit à la rue de - l'Arbalète. On la trouve dans les censiers de - Sainte-Geneviève sous les noms du _Mariollet_ et du - _Marjollet_. Jaillot pense que ce nom lui vient d'un - marmouzet placé sur la porte d'une grande maison qui servoit - de boucherie. Ce marmouzet étoit appelé la Tête-Noire. Les - jardins de cette maison, composés de cinq arpents, entrèrent - dans le territoire des Feuillantines; la rue fut fermée, et - la partie qui donnoit dans celle de l'Arbalète fut accordée - par la ville aux filles de la Providence. (Il ne reste plus - de vestiges de cette rue.) - - 4º. Le cul-de-sac ou passage des Carmélites, qui se - prolongeoit ci-devant jusque dans la rue d'Enfer. - - 5º. La _rue des Samsonnets_. Cette rue, partant du coin des - murs du Val-de-Grâce, alloit aboutir dans la rue des - Bourguignons, au champ des Capucins. On la trouve sous les - noms de _rue du Samsonnet-à-la-Croix_ et _du - Puits-de-l'Orme_. En 1636 elle s'appeloit _rue de l'Égout_, - parce qu'elle servoit en effet à cet usage. Vers cette - époque, les protestants avoient dans cette rue un prêche, - qu'on appeloit vulgairement _Temple de Jérusalem_[471-C]. - Elle étoit fermée depuis long-temps, et est aujourd'hui - entièrement détruite. - - 6º. Enfin la _ruelle Saint-Jacques-du-Haut-Pas_, qui - traversoit de la rue du Faubourg dans celle d'Enfer: ce - passage se fermoit la nuit par deux portes grillées.] - - [Note 471-A: Sauval, t. I, p. 255.] - - [Note 471-B: Cens. de S. Genev.] - - [Note 471-C: Reg. de la ville, fol. 238.] - -_Rue des Fossés-Saint-Jacques._ Cette rue, qui commence à l'endroit -où étoit l'ancienne porte qui sépare la ville des faubourgs, aboutit à -l'Estrapade. Son nom vient des fossés sur lesquels elle a été bâtie. - -_Rue Jean-de-Beauvais._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Noyers, de -l'autre à celles de Saint-Jean-de-Latran et du Mont-Saint-Hilaire. -Sans nous arrêter à relever l'erreur de Sauval[472], qui la confond -avec la rue de Beauvais située près du Louvre, nous dirons qu'elle -prit d'abord le nom d'un ancien clos de vignes appelé dans les titres -_clausum Brunelli_, _clos Burniau_, _Brunel_ et _Bruneau_, au travers -duquel elle fut percée, et qu'elle le portoit encore au milieu du -quinzième siècle; celui de Beauvais n'est pas si ancien, et a excité -de longues discussions parmi les antiquaires. Les uns veulent qu'il -vienne de la chapelle de Beauvais, dédiée sous l'invocation de saint -Jean-Baptiste; l'autre d'un libraire nommé Jean de Beauvais, dont la -maison étoit située au coin de cette rue. Cette question est si peu -importante, que nous ne voulons ni exposer les raisons alléguées pour -et contre, ni faire un choix dans ces deux opinions[473]. - - [Note 472: T. I, p. 125.] - - [Note 473: Il y avoit autrefois dans cette rue un passage - qu'on nommoit _petite ruelle de Saint-Jean-de-Latran_, et - qui conduisoit à l'enclos de la maison du même nom.] - -_Rue Saint-Jean-de-Latran._ Elle aboutissoit d'un côté au haut de la -rue Saint-Jean-de-Beauvais, de l'autre à la place Cambrai. On -l'appeloit anciennement _rue de l'Hôpital_, à cause des -_Hospitaliers_ qui s'y établirent au douzième siècle. C'est par la -même raison qu'au quatorzième elle étoit désignée sous les noms de -_rue Saint-Jean-de-l'Hôpital_, _Saint-Jean-de-Jérusalem_ et enfin -_Saint-Jean-de-Latran_. - -_Rue Judas._ Elle traverse de la rue des Carmes à celle de la -Montagne-Sainte-Geneviève. Ce nom est ancien; les cartulaires de -Sainte-Geneviève de 1243 et 1248 indiquent déjà cette rue, _vicus -Jude_. On peut présumer qu'il y demeuroit des Juifs au douzième -siècle. - -_Rue-Saint-Julien-le-Pauvre._ Elle aboutit d'un côté à la rue Galande, -de l'autre à celle de la Bûcherie. Ce seroit une des plus anciennes de -Paris, si, dès l'origine, on avoit donné ce nom au chemin qui -conduisoit à l'église Saint-Julien; mais il n'y avoit, dans ces temps -reculés, que quelques maisons éparses de ce côté, qui depuis, s'étant -multipliées et rapprochées, ont enfin formé la rue dont nous parlons. - -_Rue des Lavandières._ Cette rue donne d'un côté dans la rue des -Noyers, et aboutit de l'autre à la place Maubert. Elle devoit son nom -aux lavandières que la proximité de la rivière avoit engagées à se -placer dans ce quartier. Les titres en font mention, dans le treizième -siècle, sous les noms de _vicus et ruella Lotricum_[474]. Guillot et -le rôle des taxes de 1313 l'appellent _rue à Lavandières_ et _aux -Lavandières_. Ce nom n'a pas varié. - - [Note 474: Cart. de S. Genev. de 1243; Cart. Sorbon. de - 1259.] - -_Rue des Lionnois._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Charbonniers, -et de l'autre à celle de Lourcine. Cette rue fut percée au -commencement du dix-septième siècle. - -_Rue Maillet_[475]. Cette rue, ouverte depuis 1780, donne d'un côté -dans la rue du Faubourg-Saint-Jacques, de l'autre dans celle d'Enfer. - - [Note 475: Elle se nomme maintenant _rue Cassini_.] - -_Rue des Noyers._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Jacques, de -l'autre à la place Maubert. Le nom qu'elle porte lui fut donné à cause -de quelques noyers plantés au bas du clos Bruneau, dans l'endroit où -elle est située. Sauval[476] prétend qu'elle a porté le nom de -Saint-Yves, et n'en donne aucune preuve: on la trouve, au contraire, -dans tous les titres sous sa première dénomination, qu'elle paroît -avoir toujours conservée. Elle est appelée successivement, dès le -treizième siècle, _vicus de Nuceriis_ et _Nucum_; _vicus Nucium_; -_vicus de Nucibus_[477]. - - [Note 476: T. I, p. 153.] - - [Note 477: Cart. de S. Genev. de 1243.] - -_Rue de l'Observatoire_[478]. Elle règne le long de l'enceinte dans -laquelle on a construit le monument auquel elle doit sa dénomination. -Ce n'étoit encore, au siècle dernier, qu'un chemin sans nom: ce n'est -que depuis peu d'années qu'on a enfin inscrit à ses extrémités celui -qu'elle porte aujourd'hui. - - [Note 478: Cette rue est maintenant fermée d'un côté. La - partie qui donne dans la rue du Faubourg-Saint-Jacques forme - un cul-de-sac nommé de _Longue Avoine_. - - À côté de ce cul-de-sac on a percé une rue nouvelle qui - aboutit au boulevard. Elle se nomme _rue Le Clerc_.] - -_Rue du Plâtre._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Jacques, de -l'autre à celle des Anglois, et doit son nom à une plâtrière qu'on y -avoit ouverte dès le treizième siècle. Il n'a varié jusqu'à présent -que dans la manière de l'écrire, et non dans sa signification. En 1247 -et 1254 on trouve _vicus Plastrariorium... Domus Radulphi Plastrarii_; -_vicus Plastrariorium_ et _Plasteriorum_ en 1250; _rue de la -Platrière_, en 1300; _à Plastriers_ et _des Plastriers_ au même -siècle; enfin _rue du Plastre_ au quinzième et depuis[479]. - - [Note 479: Cart. Sorb., fol. 64 et 123.--Pastor. A, p. - 709.--Nécrol. de N. D., 16 juin.] - -_Rue du Petit-Pont._ Elle commence au Petit-Châtelet, et finit au bout -des rues Galande et Saint-Séverin. Quoiqu'elle portât très-anciennement -ce nom, et que, dans tous les actes des douzième et treizième siècles -qui la concernent, on lise _vicus Parvi Pontis_, Jaillot cependant la -trouve désignée, en 1230, sous celui de _rue Neuve_, _vicus Novus_[480]. - - [Note 480: Arch. de S. Germ.-des-Prés.] - -_Rue des Trois-Portes._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Rats, de -l'autre à celle du Pavé-de-la-Place-Maubert. Elle portoit ce nom dès -le treizième siècle; on lui donna depuis celui d'_Augustin_, et le -censier de Sainte-Geneviève l'indique ainsi: _Ruelle Augustin, dite -des Trois-Portes_. L'abbé Lebeuf a donné de ce dernier nom une -étymologie qui ne semble pas juste; Jaillot qui la combat, prouve que -la véritable origine de cette dénomination vient de ce qu'il n'y avoit -que trois maisons dans cette rue, et par conséquent trois portes. Les -autorités qu'il cite à ce sujet paraissent sans réplique[481]. - - [Note 481: Quart. S. Ben., p. 197.] - -_Rue des Postes._ Elle commence à l'Estrapade, et finit à la rue de -l'Arbalète. Son premier nom étoit _rue des Poteries_; et l'étymologie -de ce nom, qui a fort exercé les antiquaires, nous semble avoir été -heureusement expliquée par Jaillot[482]. «Dans tous les titres de -Sainte-Geneviève, dit-il, l'endroit où cette rue est située est nommé -_le clos des Poteries_, _le clos-des-Métairies_. Il étoit planté en -vignes qui _avoient été baillées, à la charge de payer_ le tiers-pot -_en vendange de redevance seigneuriale_.» Voilà donc la véritable -origine du nom de clos des Poteries. On le lui donnoit encore, quoique -les vignes eussent été arrachées, et qu'on y eût bâti des maisons. Les -terres labourées qu'on substitua aux vignes lui firent donner celui de -_clos des Métairies_. Quant à la rue, dès le seizième siècle son nom -primitif étoit altéré, car, dans le terrier du roi de 1540, elle est -appelée _rue des Poteries_, et maintenant _des Postes_[483]. - - [Note 482: Quart. S. Ben., p. 198.] - - [Note 483: Il y avoit autrefois dans cette rue deux ruelles - qui y aboutissoient, et qui ne subsistent plus. On les - appeloit _Chartière_ et _de la Sphère_. - - Il y avoit aussi deux autres rues, changées depuis en - cul-de-sac. La première se nommoit anciennement - _Saint-Séverin_, _des Poteries-des-Vignes_ et _de la Corne_. - Sa situation entre les murs de plusieurs communautés et des - rues désertes en ayant rendu le passage extrêmement - dangereux, on la fit fermer, et elle prit alors le nom de - _cul-de-sac de Coupe-Gorge_. Plusieurs accidents qui y - arrivèrent encore depuis ce changement déterminèrent enfin à - la détruire tout-à-fait, et le terrain en fut donné à ceux - dont les jardins y aboutissoient. Ce cul-de-sac s'étendoit - autrefois jusqu'à la rue des Marionnettes, et comprenoit la - _rue du Puits-de-la-Ville_, qui avoit été en partie cédée - aux filles de la Providence. - - Le second cul-de-sac, qui formoit une rue, laquelle - aboutissoit à la précédente, existe encore, et se nomme le - _cul-de-sac des Vignes_. Cette rue traversoit celle des - Postes, et s'étendoit du côté opposé jusqu'à la rue - Neuve-Sainte-Geneviève. Elle devoit son nom au clos de - vignes sur lequel elle avoit été ouverte. Cependant on lit - dans un terrier de Sainte-Geneviève, de 1603, qu'auparavant - on l'appeloit _rue Saint-Étienne_, _Neuve-Saint-Étienne_, - _clos des Poteries_; et qu'alors il y avoit un cimetière - destiné aux pestiférés.] - -_Rue du Pot-de-Fer._ Elle traverse de la rue des Postes dans la rue -Moufetard. Le terrier de Sainte-Geneviève de 1603 l'appelle _rue du -Bon Puits_, à présent dite _du Pot-de-Fer_. Plus anciennement elle se -nommoit _rue des Prêtres_. Son dernier nom lui vient d'une enseigne. -Sauval et d'autres disent qu'elle s'appeloit autrefois _rue du -Bon-Qutto_[484]; c'est sans doute une faute d'impression. - - [Note 484: T. I, p. 159.] - -_Rue des Poules._ Elle aboutit à la Vieille-Estrapade et à la rue du -Puits-qui-Parle. Elle fut nommée ainsi en 1605[485]; auparavant on -l'appeloit _rue du Châtaignier_. C'étoit dans cette rue que les -protestants avoient autrefois leur cimetière. Un contrat passé en 1635 -l'indique sous le nom de _rue du Mûrier_, dite _des Poules_. - - [Note 485: Cens. de Ste. Genev., fol. 103.] - -_Rue des Prêtres._ Elle traverse de la rue Bordet au carré -Sainte-Geneviève. En 1248 on l'appeloit _vicus Monasterii_. Guillot la -nomme _petite ruellette Saint-Geneviève_. On la trouve aussi sous le -nom de _rue du Moutier_. Enfin on l'a nommée rue des Prêtres, et ces -deux noms sont relatifs à l'église où elle conduit, et aux prêtres qui -s'y sont logés. - -_Rue du Puits-qui-Parle._ Elle aboutit d'un côté à la rue -Neuve-Sainte-Geneviève, et de l'autre à celle des Postes. On lui a -donné le nom qu'elle porte à cause du puits d'une maison qui fait le -coin de cette rue et de celle des Poules, lequel formoit un écho. Les -censiers de Sainte-Geneviève l'indiquent sous ce nom dès 1588. Rien ne -prouve qu'anciennement elle ait été appelée _rue des Rosiers_, comme -l'avancent Sauval et quelques autres[486]. - - [Note 486: T. I, p. 160.] - -_Rue-du-Puits-de-la-Ville._ Elle est depuis long-temps fermée à ses -deux extrémités. Nous venons de dire que c'étoit la continuation de la -rue de la Poterie et de celle des Vignes. Elle devoit ce nom à un -_regard_ pour les eaux qu'on y avoit pratiqué. - -_Rue des Rats._ Cette rue donne d'un côté dans la rue Galande, de -l'autre dans celle de la Bûcherie. Guillot la désigne sous le nom de -_rue d'Arras_; et le plus ancien censier de Sainte-Geneviève, sous -celui des Rats. Ainsi elle est antérieure au règne de Charles VI, sous -lequel Sauval prétend qu'elle fut ouverte[487]. Son dernier nom lui -vient d'une enseigne. - - [Note 487: _Ibid._] - -_Rue de Reims._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Sept-Voies, de -l'autre à celle des Cholets. On l'appeloit, au commencement du -treizième siècle, _rue au duc de Bourgogne_; et on la trouve encore -désignée sous le même titre dans le censier de Sainte-Geneviève de -1540. - -_Rue de la Santé._ Elle commence au champ des Capucins, et aboutit à -la barrière. On ne la connoissoit autrefois que sous le nom de _chemin -de Gentilli_. Elle doit celui qu'elle porte aujourd'hui à l'hôpital -qui y étoit situé. - -_Rue des Sept-Voies._ Cette rue donne d'un côté dans la rue -Saint-Étienne-des-Grés, et de l'autre dans celle du Mont-Saint-Hilaire; -dès le douzième siècle on la nommoit ainsi: _apud Septem vias_[488]. On -trouve en effet sept rues qui aboutissent au milieu ou aux extrémités de -celle-ci. Guillot l'appelle _rue de Savoie_; c'est sans doute pour la -rime, car on ne trouve aucun titre qui fasse mention d'un hôtel ou de -quelque autre propriété des ducs de Savoie en cet endroit[489]. - - [Note 488: Cart. S. Gen., p. 83.] - - [Note 489: Dans cette rue est un passage nommé _cour des - Boeufs_, qui communique de la rue des Sept-Voies à celle de - la Montagne-Sainte-Geneviève. Au seizième siècle on - l'appeloit _rue aux Boeufs_. Cette rue existoit dès le - quatorzième, mais ne portoit alors aucun nom. La demeure de - quelques bouchers, et les étables dans lesquelles ils - mettoient leurs boeufs lui ont fait donner cette - dénomination, qui n'a pas varié.] - - -MONUMENTS NOUVEAUX - -_Et réparations faites aux anciens monuments depuis 1789._ - -_Église Sainte-Geneviève._ Ce monument sacré, dont les -révolutionnaires avoient fait le temple de la déesse _Raison_ et les -catacombes de leurs grands hommes, vient enfin d'être rendu à sa -destination primitive. Les emblèmes hideux dont ses murs étoient -couverts ont été effacés; la croix brille sur le sommet de son dôme et -décore son fronton. - -Dans l'intérieur elle ne présente encore que des murs entièrement nus -et des autels dépouillés d'ornements: espérons qu'on reconnoîtra qu'il -est impossible de la laisser long-temps encore dans un tel état sans -manquer à toutes les convenances. Cette église est maintenant -desservie par les prêtres des missions de France. - -_Église Saint-Étienne-du-Mont._ Cette église a été décorée de deux -nouveaux tableaux: la lapidation de saint Étienne, par M. Abel Pujol, -très-beau morceau, qui a commencé sa réputation; un tableau de M. -Grenier, représentant un des actes de la vie de sainte Geneviève. L'un -et l'autre ont été donnés par la ville à cette église, en 1819. - -_Le Séminaire Saint-Magloire._ On a démoli l'église, augmenté les -bâtiments destinés aux sourds-muets, et élargi le passage qui -communique avec la rue d'Enfer, pour y pratiquer une rue nouvelle. - -_Saint-Jacques-du-Haut-Pas._ Cette église a obtenu de la munificence -de la ville un nouveau tableau représentant un Christ au tombeau. Le -dessin en est médiocre; mais la manière dont il est peint rappelle la -grande école des peintres italiens, que son auteur paroît vouloir -imiter. Ce tableau a été donné en 1819. - -_L'Observatoire._ En avant de ce bâtiment, ont été construits deux -pavillons qui servent de logement au concierge. De l'un à l'autre de -ces pavillons règne une grille de fer qui sert d'entrée; et une avenue -plantée d'arbres se prolonge depuis cette grille jusqu'à celle du -jardin du Luxembourg. - -_Collége de Henri IV._ Il a été placé dans les bâtiments de -Sainte-Geneviève, auxquels on a ajouté de nouvelles constructions, -principalement du côté de la rue _Clovis_. - -_Filles de la Présentation de Notre-Dame._ Les bâtiments de cette -communauté qui, depuis quelques années, ont été considérablement -augmentés, sont occupés par le nouveau collége de Sainte-Barbe, -aujourd'hui l'un des plus florissants de l'Université. - -_Marché des Carmes._ Sur le terrain qu'occupoient l'église et le -couvent de ces religieux, on a élevé un nouveau marché destiné à -remplacer l'ancien marché de la place Maubert. - -Ce monument forme un carré long, percé de grandes arcades, dont trois -sont ouvertes sur chaque face, et servent d'entrée. On en compte -extérieurement treize sur les grands côtés, onze sur les petits; -intérieurement sept sur cinq, formant également un carré long qui sert -de cour, et au milieu duquel on a élevé une fontaine. La composition -en est simple: un bassin circulaire reçoit l'eau d'un socle carré sur -lequel on a sculpté en creux deux navires antiques, deux cornes -d'abondance, des guirlandes de fruits, des caducées. Sur l'une des -faces est écrit le mot _Abondance_, sur l'autre le mot _Commerce_. Un -double Hermès offrant deux têtes qui supportent un panier de fruits, -couronne cette composition. - -Au-dessus des arcades ont été pratiquées des ouvertures -carrées-longues pour aérer le bâtiment. Le toit, qui a peu -d'élévation, est couvert de tuiles rondes; l'ensemble de cette -construction a le caractère qu'il doit avoir: c'est un très-beau -morceau d'architecture. - - -RUES NOUVELLES. - -_Rue Cassini._ Voyez rue _Maillet_. - -_Rue Clovis._ Elle est percée sur une partie du terrain qu'occupoit -l'ancienne église Sainte-Geneviève. - -_Rue Jean-Hubert._ Voyez rue _des Chiens_. - -_Rue Leclerc._ Voyez rue de _l'Observatoire_. - -_Rue Méchin._ Voyez rue _des Capucins_. - -_Rue d'Ulm._ Elle commence à la rue de la Vieille-Estrapade, et -aboutit à celle des Ursulines. - -_Rue des Ursulines._ Elle a été formée de l'ancien cul-de-sac qui -portoit le même nom; et s'ouvrant sur la rue du Faubourg -Saint-Jacques, elle vient aboutir à la rue d'Ulm, avec laquelle elle -forme un équerre. - -_Rue du Val-de-Grâce._ Elle est percée en face du portail de l'église -de ce couvent, et communique de la rue du Faubourg-Saint-Jacques à la -rue d'Enfer. - - - - -QUARTIER S.-ANDRÉ-DES-ARCS. - - Ce quartier est borné à l'orient par les rues du Petit-Pont et - Saint-Jacques exclusivement; au septentrion par la rivière, - depuis la place qu'occupoit le petit Châtelet jusqu'au coin de la - rue Dauphine; à l'occident par la rue Dauphine inclusivement; et - au midi par les rues Neuve-des-Fossés-Saint-Germain-des-Prés, des - Francs-Bourgeois et des Fossés-Saint-Michel ou de Saint-Hyacinthe - exclusivement, jusqu'au coin des rues Saint-Jacques et - Saint-Thomas. - - On y comptoit, en 1789, quarante-sept rues, trois culs-de-sac, - trois églises paroissiales, cinq communautés d'hommes, treize - colléges dont douze sans exercice, la Sorbonne, l'Académie royale - de chirurgie, etc. - - -ORIGINE DU QUARTIER. - -Jusqu'au règne de Philippe-Auguste, les anciens plans nous -représentent ce quartier, ainsi que les deux précédents, comme un -espace de terrain ou vague ou couvert de diverses cultures, mais -presque sans aucun bâtiment. Ces terres appartenoient en grande partie -à l'abbaye Saint-Germain; et ce fut à l'occasion de l'enceinte élevée -par ce prince et des contestations qu'elle fit naître entre l'évêque -et ce monastère, que fut bâtie l'église Saint-André, à laquelle cette -portion de la ville doit le nom qu'elle a porté jusqu'au moment de la -révolution. - -Ce quartier, borné, ainsi que nous venons de le dire, à l'occident par -la rue Dauphine jusqu'à la porte dite de Buci, étoit ensuite -circonscrit par les murailles de la nouvelle enceinte jusqu'à la porte -Saint-Michel, où se faisoit sa jonction avec le quartier Saint-Benoît. -Les descriptions particulières des monuments et des rues qui le -composent feront connoître comment il est successivement parvenu à -l'état où nous le voyons aujourd'hui[490]. - - [Note 490: Si l'on en excepte la porte de Nesle, qui faisoit - partie du quartier Saint-Germain, le quartier - Saint-André-des-Arcs contenoit les trois dernières portes de - l'enceinte méridionale de Philippe-Auguste, savoir: les - portes Saint-Michel, Saint-Germain et de Buci. La porte - Saint-Jacques appartenoit au quartier Saint-Benoît; celle de - Saint-Victor et de la porte Bordelle au quartier de la place - Maubert. Une vignette, que nous avons donnée (_Voy._ pl. - 147), représente ces six portes, levées d'après le plan de - Paris exécuté en tapisserie sous Charles IX; ainsi que - l'ancienne porte Saint-Bernard. La porte de Nesle, qui est - la huitième et dernière, se trouve dans une des vues du - Louvre et dans la vue extérieure de l'hôtel qui lui a donné - son nom.] - - -LES GRANDS-AUGUSTINS. - -Les religieux de cette maison sont ainsi appelés pour n'être pas -confondus avec les religieux du même ordre établis à Paris, et -qu'on nomme Augustins-Réformés de la province de Bourges, ou -_Petits-Augustins_, et Augustins-Réformés ou _Petits-Pères_[491]. -Ces religieux, dans leur origine, n'étoient connus que sous le nom -d'_Ermites de Saint-Augustin_; mais il faut absolument rejeter -l'opinion qui fait remonter leur institution jusqu'à ce Père de -l'église, opinion adoptée et soutenue par quelques personnes qui -pensoient, très-mal à propos, que le mérite principal d'un ordre -étoit dans son antiquité ou dans la célébrité de son fondateur. Au -douzième siècle, c'est-à-dire environ sept cents ans après la mort -de saint Augustin, on voit se former en Italie quelques -congrégations d'ermites, qui d'eux-mêmes prennent le titre que nous -venons de citer: c'est tout ce qu'il est possible de savoir -d'authentique sur le premier établissement de cet ordre. La plus -ancienne de ces congrégations est celle des _Jean-Bonites_, ainsi -appelés parce qu'ils eurent pour instituteur le B. Jean-Bon de -Mantoue. Ils furent approuvés et mis sous la règle de Saint-Augustin -par une bulle d'Innocent IV, du 17 janvier 1244. D'autres ermites -prirent leur nom du lieu où ils s'étoient établis, comme les -_Brittiniens_ et les _Fabals_, quelques-uns de la forme de leurs -habits, tels que les _Sachets_[492]. Innocent IV avoit inutilement -tenté de rassembler sous une seule règle toutes ces petites -congrégations de différents ordres, ou pour mieux dire qui n'étoient -d'aucun: Alexandre IV, son successeur, fut plus heureux; et dès l'an -1256, ces ermites, réunis en chapitre général, s'étant soumis à la -règle de Saint-Augustin, élurent pour chef de l'ordre Lanfranc -Septala, général des Jean-Bonites. On fit des réglements; l'ordre -fut divisé en quatre provinces, et une bulle du 13 avril de la même -année confirma tous ces actes du chapitre. - - [Note 491: _Voy._ t. II, prem. part., p. 214.] - - [Note 492: Leur habillement avoit la forme d'un sac.] - -Quelques auteurs fixent à l'année suivante l'établissement des -Augustins à Paris, et veulent en faire honneur à saint Louis. -Cependant, si l'on en excepte un legs modique de 15 livres une fois -payées, que ce prince leur laissa par son testament, on ne voit pas -qu'il ait donné aucune charte de fondation en leur faveur[493]. Mais -les archives de ces pères offroient sur ce point des renseignements -certains, qui ont été recueillis par Jaillot, et que nous rapporterons -d'après lui, en les débarrassant toutefois de leurs détails trop -fastidieux. D'après des lettres de l'official de Paris, du mois de -décembre 1259, il paroît que ces pères achetèrent d'une dame de cette -ville une maison accompagnée d'un jardin, et située au-delà de la -porte Montmartre, maison dans laquelle, suivant l'acte, ils étoient -déjà établis. Ce terrain comprenoit alors à peu près l'espace renfermé -aujourd'hui entre les rues Montmartre, des Vieux-Augustins, de la -Jussienne et Soli. Ils obtinrent la permission d'y bâtir une chapelle, -qui fut dédiée sous le titre de Saint-Augustin. Il y a dans les actes -de l'Université des preuves que dès-lors ils avoient été admis dans -cette compagnie. - - [Note 493: Hist. Univ., t. III, p. 393.] - -Cet ordre prenant de jour en jour de la consistance et de nouveaux -accroissements, le chapitre général qui se tint à Padoue en 1281 -désigna les maisons de Padoue, de Bologne et de Paris pour servir de -colléges. Les Augustins de cette dernière ville étoient, comme nous -venons de le dire, logés hors de ses murs, et, afin de remplir leur -nouvelle destination, ce fut pour eux une nécessité de changer de -demeure. On les voit d'abord, en 1285, acquérir du chapitre Notre-Dame -et de l'abbaye Saint-Victor _une maison en forme d'école_, et environ -six arpents et demi de terre au lieu dit le _clos du Chardonnet_[494]; -et peu de temps après, une grande maison d'un particulier nommé Jean -de Granchia. En 1286 Philippe-le-Bel leur accorda l'usage des -murailles et des tourelles depuis la rivière de Bièvre jusqu'au chemin -public[495]; ils acquirent, en 1287, de M. Rodolphe de Roie, une autre -maison située dans la rue Saint-Victor; et sur ces emplacements -réunis, ces pères élevèrent, en 1289, les bâtiments nécessaires à une -communauté, un cloître et une chapelle. La maison qu'ils avoient -occupée dans le quartier Montmartre leur étant devenue inutile, fut -vendue, et nous ne croyons pas nécessaire de rapporter les longues -discussions entamées à ce sujet par nos antiquaires, discussions dont -l'objet est de savoir si ce fut en 1293 ou en 1301 que cette vente fut -définitivement achevée. - - [Note 494: Cet endroit s'appeloit alors la terre de - Notre-Dame, autrement dite de M. Pierre de Lamballe.] - - [Note 495: Cette petite rivière passoit alors le long de la - rue Saint-Victor, comme nous l'avons déjà prouvé prem. part. - de ce vol., p. 628.] - -La nouvelle habitation des Augustins, quoique fort spacieuse et -commode par sa proximité des écoles, ne tarda pas à déplaire à ces -religieux, parce que le lieu étoit si solitaire, que les aumônes ne -pouvoient suffire à leur subsistance. Cet inconvénient devenant de -jour en jour plus fâcheux, Gilles de Rome[496], un de leurs religieux, -alors confesseur de Philippe-le-Bel, crut devoir employer la faveur -dont ce prince l'honoroit à leur procurer un logement plus convenable. -Une circonstance heureuse se présenta, et il sut en profiter: nous -avons déjà parlé d'une de ces petites congrégations d'ermites de -l'ordre de Saint-Augustin, nommée _Sachets_, ou _frères de la -Pénitence de Jésus-Christ_. Ils étoient les seuls qui, lors de -l'assemblée du chapitre de 1256, se fussent obstinément refusés à la -réunion; et saint Louis, qui les protégeoit, les ayant fait venir à -Paris en 1261, leur avoit fait don d'une maison avec ses dépendances, -située sur la paroisse Saint-André-des-Arcs. Le trésor des chartes, -qui fournit la preuve de cette donation, prouve encore que le pieux -monarque y avoit ajouté de nouveaux bienfaits: il augmenta le terrain -de ces religieux d'une maison et d'une tuilerie voisine de leur -monastère, et paya en outre plusieurs sommes à l'abbaye -Saint-Germain-des-Prés, pour des droits de cens et quelques autres -parties de terrain qu'elle avoit consenti à leur céder. - - [Note 496: Il se rendit célèbre dans son ordre, dont il fut - depuis général.] - -Toutefois cette faveur de saint Louis ne leur procura qu'une -tranquillité momentanée; et le concile de Lyon, tenu en 1274, ayant -supprimé tous les religieux qui n'avoient point de revenus fixes, à -l'exception des dominicains, des frères mineurs et des carmes, il ne -resta plus aux _Sachets_ aucune espérance de se maintenir dans leur -établissement. L'autorité à l'ombre de laquelle ils existoient, et -l'austérité de leur vie, les y soutinrent encore pendant quelques -années; et ce ne fut qu'en 1293 que Philippe-le-Bel donna -définitivement leur maison aux Augustins[497]. Du Breul a prétendu -qu'ils la cédèrent volontairement, alléguant la pauvreté de leur -ordre, qui ne leur permettoit plus de _tenir ledit lieu_[498]; mais il -y a des preuves très-fortes qu'ils opposèrent, au contraire, beaucoup -de résistance à leur dépossession, et que ce ne fut qu'après six mois -de délais et de débats qu'ils consentirent enfin à remettre les clefs -de leur maison. - - [Note 497: Manus. de S. Germ., C. 453, p. 257 et 260.] - - [Note 498: Page 353.] - -Les Augustins ne vinrent cependant pas s'établir dans cette dernière -demeure, immédiatement après la retraite des Sachets. Soit qu'ils -n'eussent pas trouvé dans la charité des fidèles les ressources -nécessaires pour former aussitôt leur nouvel établissement, soit que -la lenteur des formalités indispensables pour leur en assurer la -possession eût retardé l'effet de la concession qui leur avoit été -faite, il est certain qu'ils ne commencèrent à faire bâtir sur le quai -qu'au mois d'août 1299. Le terrain qu'ils occupoient au _Chardonnet_ -fut vendu au cardinal Le Moine, et servit, comme nous l'avons déjà -dit, d'emplacement au collége qui portoit le nom de ce prélat. - -Les Sachets avoient une chapelle qui faisoit l'angle du quai et de la -rue des Grands-Augustins, et à qui sa situation sur le bord de la -Seine avoit fait donner le nom de _Notre-Dame-de-la-Rive_; les -Augustins s'en servirent d'abord, et quelques titres nous apprennent -qu'ils célébrèrent ensuite l'office dans une salle voisine du cloître, -laquelle étoit appelée _le Chapitre_. Enfin Charles V, qui s'étoit -déclaré leur protecteur, commença à faire construire l'église qui a -subsisté jusque dans les derniers temps. Toutefois la différence qu'on -remarquoit dans le caractère de ses constructions prouve qu'elle -n'avoit point été entièrement bâtie sous le règne de ce prince. On ne -construisit alors que le choeur et l'aile depuis la rue des Augustins -jusqu'à la petite porte qui s'ouvroit sur le quai, et cette partie du -bâtiment, commencée en 1368, ne fut probablement achevée qu'en 1393, -époque à laquelle on posa la couverture de l'église. On ne peut du -reste fixer les dates de l'achèvement total de ce monument, qui -n'étoit point voûté, et dont la structure étoit extrêmement -grossière[499]. - - [Note 499: _Voy._ pl. 177. Du Breul, Piganiol et leurs - copistes ont inféré de ce que la dédicace de cette église - n'avoit été faite que soixante treize ans après, en 1453, - qu'elle avoit été rebâtie à cette dernière époque. Nous - avons déjà fait voir que cette cérémonie, qui n'est point - essentielle, et qui même n'a jamais été faite dans plusieurs - églises du premier ordre, ne peut rien prouver relativement - à l'époque de leur construction.] - -Le portail extérieur du couvent, situé sur le quai des Augustins, -donnoit entrée dans une petite cour où étoient pratiquées, d'un côté -la grande porte intérieure du couvent, de l'autre le portail de -l'église, lequel n'avoit rien de remarquable. - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES GRANDS-AUGUSTINS. - - TABLEAUX. - - Sur l'un des côtés du choeur, sept grands tableaux, représentant: - - 1º. Le sacrement de l'Eucharistie et toutes les figures de - l'ancien Testament qui s'y rapportent; par un peintre inconnu. - - 2º. Une promotion de l'ordre du Saint-Esprit sous Henri III, - instituteur et fondateur; par _Vanloo_. - - 3º, 4º, 5º et 6º. La même cérémonie sous les quatre rois ses - successeurs, en quatre tableaux, savoir: Henri IV, par _de Troye_ - fils; Louis XIII, par _Philippe de Champagne_; Louis XIV et - Louis XV, par _Vanloo_. - - 7º. Saint Pierre guérissant les malades en les couvrant de son - ombre; par _Jouvenet_. - - Dans la chapelle du Saint-Esprit, sur l'autel, la Descente du - Saint-Esprit sur la Vierge et sur les Apôtres; par _Jacob Bunel_. - - Dans la sacristie, une Adoration des Rois; par _Bertholet - Flemaël_. - - Au-dessus de la chaire, le martyre de saint Thomas de Cantorbéry; - par un peintre inconnu. - - - SCULPTURES. - - Sur le maître-autel, dont la décoration se composoit de huit - colonnes corinthiennes de marbre brèche violette, disposées sur - un plan courbe, et soutenant une coupole, un bas-relief - représentant le Père Éternel dans sa gloire; le tout exécuté - d'après les dessins de _Le Brun_[500]. - - [Note 500: Ces colonnes sont entrées dans la décoration de - la grande galerie du Musée.] - - Sur la chaire, des bas-reliefs très-estimés, et qui passoient - pour être de la main de _Germain Pilon_. - - Dans le cloître, la statue de saint François, modèle en terre - cuite, exécuté par ce sculpteur célèbre[501]. - - [Note 501: Saint François y est représenté en extase, à - genoux sur un rocher, les bras étendus, la tête penchée et - le regard élevé vers le ciel. Cette sculpture, traitée avec - l'élégance et le sentiment que l'on admire dans tous les - ouvrages de ce grand sculpteur, avoit été également déposée - au Musée des Petits-Augustins.] - - Au bas de la chaire, deux bas-reliefs du temps de la renaissance - de l'art, représentant, 1º la Prédication de saint Jean; 2º - Jésus-Christ et la Samaritaine[502]. - - [Note 502: Ces morceaux, touchés avec sentiment, et bien - qu'incorrects, annonçant un bon style, avoient été déposés - aux Petits-Augustins.] - - Sur la porte de l'église, la statue de Charles V, et sur celle du - cloître une image de saint Augustin, faite, dit-on, sur les - dessins de _Champagne_. - - Sur la porte d'entrée du monastère, du côté du quai, la statue - de la Vierge entre celles de Philippe-le-Bel et de Louis - XIV[503]. - - [Note 503: Toutes ces statues ont été détruites, ainsi que - le plus grand nombre de celles qui décoroient l'entrée des - églises.] - - La menuiserie du choeur étoit très-estimée, et les stalles - passoient pour un chef-d'oeuvre de sculpture en bois. - - - TOMBEAUX ET SÉPULTURES. - - Dans ce monastère avoient été inhumés: - - Dans la petite cour, devant la porte intérieure du couvent, Raoul - de Brienne, comte d'Eu et de Guines, connétable de France, lequel - eut la tête tranchée dans l'hôtel de Nesle, l'an 1351. - - Dans l'église, Gilles de Rome, général des Augustins, mort en - 1316. - - Isabeau de Bourgogne, femme de Pierre de Chambely, seigneur de - Neauphle, morte en 1323. - - Jeanne de Valois, femme de Robert d'Artois, morte en 1363. - - Jean Sapin, l'un des conseillers du parlement qui furent pendus à - Orléans par les calvinistes en 1562. - - Remy Belleau, poëte françois, mort en 1577[504]. - - [Note 504: L'épitaphe de ce poëte se conserve au Musée des - Petits-Augustins.] - - Gui du Faur, sieur de Pibrac, célèbre par ses quatrains, mort en - 1584. - - Près de la sacristie, sous une table de marbre, les entrailles de - François de Rohan, archevêque de Lyon, et de Diane de Rohan, sa - nièce, femme de François de La Tour-Landry, comte de Châteauroux, - morte en 1585. - - Près du grand autel, Jacques de Sainte-Beuve, fameux théologien, - mort en 1677. - - Dans la nef, en face de la chapelle de la Vierge, Jacques de La - Fontaine, seigneur de Malgenestre, mort en 1652. Sa statue étoit - adossée à un pilier[505]. - - [Note 505: Ce monument a été détruit.] - - Près de la chaire du prédicateur, Eustache du Caurroy, musicien - célèbre du temps de Charles IX, Henri III et Henri IV, mort en - 1609. - - Dans la chapelle de Saint-Nicolas-de-Tolentin, Pierre Dussayez, - baron de Poyer, mort en 1548. - - Dans une petite chapelle, derrière celle du Saint-Esprit, le - célèbre historien Philippe de La Clite de Comines, mort en - 1509.--Hélène de Chambes, son épouse, et Jeanne de La Clite de - Comines, leur fille, épouse de René de Brosse, comte de - Penthièvre, morte en 1564[506]. - - [Note 506: Philippe de Comines et sa femme sont représentés - sur ce monument à mi-corps, ce qui les fait supposer à - genoux sur deux prie-dieu enfoncés dans le tombeau. Ces - figures, en pierre de liais, et d'un gothique très-grossier, - sont remarquables par les couleurs et la dorure dont elles - sont couvertes. Il paroît que c'étoit l'usage d'enluminer - ainsi les statues dans le quinzième siècle, et les tombeaux - de Paris en offrent d'autres exemples. Suivant la mode du - temps, Philippe de Comines porte ses armoiries brodées sur - son habit. - - La figure de Jeanne de Comines est en albâtre, et couchée, - les mains jointes, sur son tombeau. On remarque déjà un - progrès sensible dans l'exécution de cette figure. - Quoiqu'elle ait encore beaucoup de la roideur gothique, - cependant plusieurs parties de la draperie sont d'une - imitation vraie et d'un assez bon style. La tête présente - avec beaucoup de naturel le portrait d'une personne morte. - On voit enfin, dans toute cette sculpture, la simplicité - naïve qui précède toujours les beaux temps de l'art, et - semble les préparer. (Déposé aux Petits-Augustins, avec une - partie des arabesques qui décoroient cette chapelle.)] - - Dans la chapelle de Charlet, Pierre de Quiqueran, évêque de - Senèz, mort en 1550. On voyoit sa statue à genoux sur son - tombeau[507]. - - [Note 507: Ce monument n'existe plus.] - - Dans la chapelle suivante, Honoré Barentin, conseiller d'état, - mort en 1639, et Anne Duhamel, sa femme, morte dans la même - année. Leurs bustes étoient placés sur une tombe de marbre - noir[508]; plusieurs autres personnes de leur famille avoient été - inhumées dans la même chapelle. - - [Note 508: Ces deux bustes, d'une sculpture médiocre, sont - déposés aux Petits-Augustins.] - - Dans la chapelle Saint-Charles, Charles Brulart de Léon, - ambassadeur de France dans plusieurs cours de l'Europe, mort en - 1649. Son buste, en marbre blanc, étoit placé sur un piédestal de - marbre noir[509]. - - [Note 509: Ce buste est d'un travail sec et dur. (Déposé aux - Petits-Augustins.)] - - Dans la chapelle suivante, Jérôme Tuillier, procureur-général de - la chambre des comptes, mort en 1633; et Élisabeth Dreux, son - épouse, morte en 1619. Leur tombeau, en pierre, étoit surmonté - d'un ange en marbre blanc, tenant dans ses mains une tête de - mort[510]. - - [Note 510: Le monument de ces deux personnages a été - détruit.] - - Dans la chapelle Saint-Augustin, sur une grande table de marbre - blanc étoit gravée l'épitaphe du célèbre généalogiste Bernard - Chérin, mort en 1785. Son portrait, en bronze et en médaillon, - étoit placé au-dessus[511]. - - [Note 511: On voit ce petit monument encastré dans un des - murs du cloître des Petits-Augustins. Il est, sous tous les - rapports, de la plus détestable exécution.] - - Dans un coin de cette chapelle, deux statues, en marbre blanc, - agenouillées, offraient les images de Nicolas de Grimonville, - baron de l'Archant, capitaine des gardes de Henri III et Henri - IV, mort en 1592, et de Diane de Vivonne, sa femme[512]. - - [Note 512: Ces deux statues, d'une sculpture très-médiocre, - sont déposées dans les magasins du même Musée. (Presque tous - les personnages que nous venons de mentionner avoient des - épitaphes que l'on trouve rapportées très en détail dans - Piganiol.)] - -La bibliothèque, placée dans une très-belle salle, étoit composée -d'environ vingt-cinq mille volumes. Elle possédoit quelques manuscrits -curieux, et l'on y voyoit deux beaux globes de _Coronelli_. - -Les religieux de ce monastère, objets particuliers de la protection de -nos souverains, en avoient obtenu les distinctions les plus -honorables: ils avoient été qualifiés _chapelains du roi_, et en -exerçoient les fonctions, certains jours de l'année, à la -Sainte-Chapelle; ils jouissoient en outre de plusieurs autres -priviléges très-avantageux. Ce fut dans leur église que Henri III -institua l'ordre du Saint-Esprit, le 1er janvier 1579; et depuis elle -fut désignée pour toutes les cérémonies de cet ordre[513]. Ce prince y -reçut celui de la Jarretière en 1585, et y établit sa fameuse -confrérie des Pénitents. Elle avoit été choisie par le parlement pour -la procession générale qui se faisoit tous les ans en mémoire de la -réduction de Paris sous Henri IV. Le clergé de France tenoit ses -assemblées dans le couvent; et dans diverses occasions le parlement, -la chambre des comptes, le châtelet et des commissaires du conseil y -ont aussi tenu des séances; etc. Enfin cinq salles, que les curieux ne -manquoient pas de visiter, étoient destinées aux chevaliers du -Saint-Esprit, et décorées de leurs portraits. Leurs archives y étoient -déposées. - - [Note 513: Dans les salles où s'assembloient les chevaliers, - on voyoit les portraits de tous ceux qui y avoient été reçus - depuis l'origine de l'institution.] - -Cette maison servoit de collége aux religieux des quatre provinces de -l'ordre[514]. Elle a fourni, dans tous les temps, des sujets -recommandables par leurs vertus, des théologiens éclairés, d'habiles -prédicateurs, et des écrivains distingués[515]. - - [Note 514: Le premier chant du Lutrin offre le vers suivant, - dans le discours de la Discorde: - - «J'aurai fait soutenir un siége aux Augustins!» - - Ce qu'il est impossible d'entendre si l'on ne connoît - l'anecdote suivante, publiée par M. Brossette. - - «Les Augustins de ce couvent nommoient, tous les deux ans, - en chapitre, trois de leurs religieux bacheliers, pour faire - leur licence en Sorbonne, où ils avoient trois places - fondées à cet effet. En 1658, le P. Célestin Villiers, - prieur de ce couvent, voulant favoriser quelques bacheliers, - en fit nommer neuf pour les licences suivantes. Ceux qui - s'en virent exclus par cette élection prématurée se - pourvurent au parlement, qui ordonna que l'on feroit une - autre nomination en présence de quelques-uns de ses membres - qu'il désigna: les religieux refusèrent d'obéir; et la cour - se vit obligée d'employer la force pour faire exécuter son - arrêt. Tous les archers furent mandés; on investit leur - maison, et l'on essaya d'en enfoncer les portes; mais ce fut - inutilement, parce que ces pères, prévoyant ce qui alloit - arriver, les avoient fait murer. Les archers se virent donc - forcés de tenter d'autres moyens, et tandis que les uns - montoient sur les toits des maisons voisines pour tâcher de - pénétrer dans le couvent, d'autres travailloient à faire une - ouverture dans les murailles du jardin, du côté de la rue - Christine. Alors les Augustins, qui avoient fait provision - d'armes de toute espèce, sonnèrent le tocsin, se mirent en - défense, et commencèrent à tirer d'en bas sur les - assiégeants. Ceux-ci tirèrent à leur tour sur les moines, - dont deux furent tués et plusieurs blessés. Cependant la - brèche étant devenue praticable, ces pères, dans un danger - aussi imminent, osèrent y apporter le saint Sacrement, - espérant que l'aspect de cet objet vénérable glaceroit tout - à coup le courage des assiégeants; mais voyant qu'on n'en - continuoit pas moins de tirer sur eux, ils demandèrent à - capituler; et l'on donna des otages de part et d'autre. Le - premier article de la capitulation portoit qu'ils auroient - la vie sauve, à condition qu'ils abandonneroient la brèche, - et ouvriroient leurs portes. Les commissaires du parlement - étant entrés dans le monastère, firent sur-le-champ arrêter - et conduire à la Conciergerie onze religieux. Mais - vingt-sept jours après, le cardinal Mazarin, ennemi du - parlement, les fit mettre en liberté, et reconduire à leur - couvent dans les carrosses du roi. Leurs confrères allèrent - les recevoir en procession, des palmes à la main, chantant - le _Te Deum_ et sonnant toutes les cloches.] - - [Note 515: L'église et le couvent des Grands-Augustins ont - été entièrement démolis. Sur l'espace qu'ils occupoient on a - élevé une halle pour la vente du gibier et de la volaille.] - - -LA COMMUNAUTÉ DES FRÈRES CORDONNIERS. - -Cette association fut formée, en 1645, par les soins du baron de -Renti. Ce vertueux gentilhomme, animé de la charité la plus ardente et -d'un zèle infatigable pour les progrès de la religion, avoit déjà -procuré des instructions chrétiennes aux pauvres passants qu'on -retiroit à l'hôpital Saint-Gervais; il voulut associer au même -bienfait les artisans que l'ignorance et les mauvaises moeurs qui en -sont la suite entraînoient à profaner le dimanche et les fêtes par -leurs débauches, et à mener en tout une vie grossière et scandaleuse. -Pour arriver à un but aussi louable, il ne dédaigna point de -s'associer un cordonnier du duché de Luxembourg, nommé Henri-Michel -Buch. La probité intacte de cet homme, son exactitude à remplir ses -devoirs, sa douceur et son humanité l'avoient fait nommer le _bon -Henri_. Encouragé par son vertueux protecteur, il parvint à rassembler -quelques personnes de son état qui parurent disposées à suivre ses -exemples. M. de Renti, conjointement avec M. Coquerel, docteur de -Sorbonne, leur donna des réglements, et la petite communauté commença -ses exercices. Les tailleurs se joignirent à eux peu de temps après; -mais depuis ces deux communautés se séparèrent, et continuèrent -chacune de leur côté, à observer ces statuts qu'elles avoient adoptés, -ce qui s'est pratiqué exactement jusque dans les derniers temps. Ces -frères travailloient et mangeoient en commun, récitoient certaines -prières à des heures réglées, ne chantoient que des psaumes ou des -cantiques, et donnoient aux pauvres tout le superflu de leurs -profits[516]. - - [Note 516: Cette communauté a existé jusqu'au moment de la - révolution.] - - -L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS. - -Nous avons déjà raconté succinctement les débats qui s'élevèrent entre -l'abbé de Saint-Germain et l'évêque de Paris[517], à l'occasion de la -nouvelle clôture que Philippe-Auguste avoit fait élever au midi de sa -capitale. Pierre de Nemours, qui gouvernoit alors l'église de Paris, -saisit avec ardeur cette occasion de faire revivre, sur la portion du -territoire de l'abbaye Saint-Germain, que l'on venoit de renfermer -dans la ville, des prétentions que ses prédécesseurs avoient plusieurs -fois tenté de faire valoir, mais toujours inutilement, soit qu'on -respectât en ceci la mémoire de saint Germain, qui avoit lui-même -exempté cette abbaye de la juridiction épiscopale, soit qu'on fût bien -aise de mettre quelques bornes au pouvoir des évêques de cette ville, -pouvoir dont les rois commençoient à se montrer contrariés et jaloux. -Le chapitre de Notre-Dame s'unit au prélat pour réclamer la -juridiction de l'église mère sur tout ce qui se trouvoit compris dans -la nouvelle enceinte; et l'archiprêtre de Saint-Séverin prétendit en -même temps faire entrer toute cette partie dans sa paroisse. Jean de -Vernon, alors abbé de Saint-Germain, ses religieux et le curé de -Saint-Sulpice s'y opposèrent, et réclamèrent l'autorité du souverain -pontife; mais malheureusement pour eux ils n'attendirent point sa -décision, et consentirent à remettre à des arbitres le jugement de -cette affaire. Ceux-ci, par leur sentence du mois de janvier 1210, -prononcèrent en faveur de l'évêque, à qui ils accordèrent toute -juridiction dans la ville, ne la conservant à l'abbé que hors des -murs; mais, par une sorte de compensation, ils déclarèrent que cet -abbé continueroit de jouir de la justice dans tout son territoire, -soit sur la paroisse de Saint-Séverin, soit au dehors; et par le même -acte on lui accorda la faculté de faire construire, dans l'espace de -trois ans, une ou deux églises paroissiales, et d'en nommer les -curés[518]. En conséquence de cette transaction, Jean de Vernon fit -bâtir les églises de Saint-André et de Saint-Côme: elles furent -achevées en 1212, et les abbés eurent la nomination de ces deux cures -jusqu'en 1345, que ce droit fut cédé à l'Université. - - [Note 517: _Voy._ t. I, 2e part., p. 502.] - - [Note 518: L'évêque fut tenu de lui payer 40 sous de rente - pendant lesdites trois années. Quant au curé de - Saint-Sulpice, pour le dédommager de la perte des dîmes que - lui causoit ce retranchement, l'abbé de Saint-Germain eut - l'option de lui payer 40 sous de rente tant qu'il vivroit, - ou de lui faire donner chaque jour un pain blanc et une - pinte de vin, tels qu'on les donnoit à ses religieux.] - -Tous nos historiens prétendent qu'au lieu même où fut bâtie l'église -Saint-André étoit, au sixième siècle, une chapelle de _Saint-Andéol_; -et en effet il en est fait mention dans la charte de fondation de -Saint-Germain en 558, et dans une vie de _saint Doctrovée_, écrite par -Gislemar vers la fin du onzième siècle. Cependant l'abbé Lebeuf et -Jaillot combattent cette opinion; et les raisons sur lesquelles ils -établissent leur doute sont soutenues de plus de recherches et -d'érudition que n'en mérite une question aussi peu importante. Les -recherches qu'a faites ce dernier critique sur l'origine du surnom de -cette église sont sans doute plus utiles et plus curieuses: il prétend -que d'abord elle n'en eut point, et qu'en effet cette addition étoit -inutile, puisqu'elle étoit alors, et qu'elle a été jusqu'à la fin la -seule basilique qui existât sous l'invocation de cet apôtre. En 1220, -elle est appelée dans un acte, _S. Andreas in Laaso_; en 1254, 1260, -1261, 1274, on lit _S. Andreas de Assiciis_, _de Arciciis_, _de -Assibus_, _de Arsiciis_; et _S. Andreas_ sans aucun surnom dans la -transaction passée, en 1272, entre Philippe-le-Hardi et l'abbaye -Saint-Germain[519]. Il est vrai qu'un titre de 1284 l'offre pour la -première fois avec le surnom _de Arcubus_; mais comme les noms de -_Assiciis_ et _Arciciis_ ont été donnés au territoire de Laas dès -1194, ce critique ne doute point que le nom _des Arcs_ ne vienne -originairement de ce nom de _Laas_, qu'on a successivement altéré et -corrompu; il réfute du reste les conjectures de D. Félibien et de -l'abbé Lebeuf, qui veulent que le vrai surnom soit des _Ars_, et qui -prétendent en trouver l'origine dans l'incendie fait par les Normands -de tous les dehors de la Cité, et principalement des édifices bâtis -sur la rive méridionale, qui étoit alors très-peuplée. - - [Note 519: Archiv. de S. Germ.--Cartul. Sorb.--Hist. de - l'abb. S. Germ. Preuves, p. 65.] - -À l'égard des autres explications hasardées sur cette étymologie, -lesquelles supposent que le surnom des _Arts_ a été donné à cette -église, parce qu'elle étoit située à l'entrée du territoire de -l'Université; des _Arcs_, parce qu'on fabriquoit autrefois des armes -de cette espèce dans son voisinage, ou qu'il y avoit, à peu de -distance, des arcades et un jardin dans lequel on s'exerçoit à tirer -de l'arc, elles ne paroissoient avoir aucun fondement, et ne méritent -pas d'être sérieusement réfutées[520]. - - [Note 520: Quelques auteurs, pour autoriser cette dernière - dénomination, ont établi dans ce quartier une manufacture - entière d'armes. Près de Saint-André on faisoit, disent-ils, - les _arcs_; dans la rue de la Vieille-Bouclerie on forgeoit - les _boucliers_, et les flèches se faisoient dans la rue des - _Sajettes_. Nous ferons voir que la rue de la - Vieille-Bouclerie avoit un autre nom, et que celle du - Cimetière-Saint-André n'a jamais été nommée des _Sajettes_ - ou _Sagettes_, mais des _Sachettes_, nom d'une communauté de - pauvres filles qui s'y étoient établies.] - -L'église de Saint-André offroit, comme tous les monuments gothiques de -Paris, des constructions de diverses époques, et de différents -caractères. Le fond du sanctuaire annonçoit un gothique du -commencement du treizième siècle; le reste étoit bien postérieur, et -le portail avoit été reconstruit, ainsi que beaucoup d'autres parties, -en 1660, sur les dessins d'un architecte nommé Gamard. La tour pouvoit -avoir été bâtie en 1500; et l'on y voyoit encore, au-dehors de -l'escalier, la marque des coups de mousquets qu'on y avoit tirés au -temps des troubles de Paris. Les niches et statues qui ornoient sa -partie latérale le long de la rue du Cimetière ne pouvoient pas avoir -été faites avant le seizième siècle[521]. - - [Note 521: _Voy._ pl. 169.] - -Il est remarquable que cette église étoit, avec celle de -Saint-Sulpice, le seul monument de ce genre qui ne fût pas attaché à -des maisons particulières. Elle étoit isolée et bordée de passages -publics sur ses quatre côtés. - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS. - - TABLEAUX. - - Dans le choeur, dix tableaux, dont quatre qui représentoient les - Évangélistes, étoient de la main de _Restout_; le cinquième, par - _Hallé_, offroit une image de saint André; les cinq autres - étoient d'un peintre nommé _Samson_. - - Dans les deux petites chapelles attenant la grille du choeur, un - saint Pierre et une sainte Geneviève; par _Jeaurat_. - - Au-dessus de la chaire du prédicateur, un saint André, sans nom - d'auteur, lequel avoit servi de modèle, dans les derniers temps, - au dessin de la bannière[522]. - - [Note 522: Sur l'un des vitraux de l'église, on voyoit une - peinture singulière, représentant Jésus-Christ foulé comme - des raisins par un pressoir, avec cette sentence d'Isaïe en - caractères gothiques du seizième siècle: _Quare rubrum est - indumentum tuum? Torcular calcavi solus._] - - - SCULPTURES. - - Dans la chapelle de la Vierge, sa statue en marbre; par - _Francin_. - - Au-dessus de l'oeuvre, un médaillon en marbre représentant saint - André, donné à cette église par Armand Arouet, frère de Voltaire. - - Attenant l'oeuvre, un petit monument représentant la Religion qui - foule aux pieds un cadavre ou squelette embarrassé dans son - linceul, et arraché de son tombeau[523]. - - [Note 523: Ce monument, exécuté seulement en plâtre, a été - démoli lors de la destruction de l'église.] - - - TOMBEAUX ET SÉPULTURES. - - Dans cette église avoient été inhumés: - - À l'entrée du choeur, Anne-Marie Martinozzi, princesse de Conti, - morte en 1672[524]. - - [Note 524: Le mausolée élevé à cette princesse offroit une - figure de demi-bosse en marbre blanc, accompagnée des - attributs qui caractérisent la Foi, l'Espérance et la - Charité. Ce monument, exécuté par _Girardon_, a été détruit - pendant la révolution.] - - Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti, son fils aîné, mort en - 1685. - - François-Louis de Bourbon, prince de Conti, son second fils, mort - en 1709[525]. - - [Note 525: Le tombeau de ce prince étoit surmonté d'un grand - bas-relief représentant une _Minerve_ appuyée d'une main sur - un lion, et de l'autre soutenant son portrait en médaillon. - Ce monument, dont la composition est inconvenante, et - l'exécution de la dernière médiocrité, est déposé aux - Petits-Augustins.] - - Dans la nef, auprès de l'oeuvre, Jean-Baptiste Ravot d'Ombreval, - conseiller du roi, etc., mort en 1699. - - Gilbert Mauguin, président en la cour des monnoies, mort en 1674. - - Dans la chapelle de MM. de Thou, Christophe de Thou, premier - président du parlement, mort en 1582[526]. - - [Note 526: Le buste de ce magistrat est placé aux - Petits-Augustins, dans un renfoncement circulaire qui se - trouve au milieu d'une espèce de décoration faite avec les - débris de la chapelle que sa famille possédoit à - Saint-André-des-Arcs. La tête est traitée avec beaucoup de - chaleur et de vérité. C'est un morceau de sculpture - très-recommandable. Les génies et les vertus qui - l'accompagnoient ont été détruits ainsi que les armoiries.] - - Jacques-Auguste de Thou, président à mortier au parlement de - Paris, historien célèbre, mort en 1617[527]. - - [Note 527: Au bas de la décoration dont nous venons de - parler, et sur une tombe ornée d'un bas-relief en bronze, - est la statue du président. Il est représenté à genoux - devant un prie-dieu, revêtu d'un grand manteau fourré - d'hermine. Le bas-relief présente plusieurs figures - allégoriques, entre lesquelles on distingue la Justice et la - muse de l'histoire transmettant le nom de Jacques-Auguste de - Thou à la postérité. Toute cette sculpture, exécutée par - _François Anguier_, est d'un bon faire, et peut être comptée - parmi les meilleurs ouvrages de cet artiste[527-A].] - - [Note 527-A: Sous le bas-relief étoient placées deux - cariatides d'un très-beau travail, et exécutées par le même - sculpteur. On les voyoit également au Musée des - Petits-Augustins, mais attachées au tombeau du commandeur de - Souvré. Il ne se peut rien imaginer de plus absurde et de - plus inconvenant que cette idée de composer des monuments - avec les débris d'autres monuments, et c'est cependant le - spectacle choquant qui se présentait aux yeux à chaque pas - que l'on faisoit dans ce Musée, dont l'arrangement - présentoit tous les caractères de l'ignorance, de la - prétention et du mauvais goût.] - - Marie de Barbançon Cani, sa première femme, morte en 1601. - - Gasparde de La Châtre, sa seconde femme, morte en 1627[528]. - - [Note 528: Les statues de ces deux dames, exécutées, la - première par _Barthélemi Prieur_, la seconde par _Anguier_, - sont placées sur deux piédestaux en avant du monument de - leur époux. Ces sculptures sont également dignes d'éloges, - tant pour la pose que pour l'exécution.] - - Dans la chapelle Saint-Antoine, Pierre Séguier, président au - parlement de Paris, mort en 1580. - - Pierre Séguier, son petit-fils, maître des requêtes, mort en - 1638[529]. - - [Note 529: Son buste est aussi conservé aux - Petits-Augustins; c'est de la sculpture la plus médiocre. On - voit dans le même Musée des débris de la chapelle de cette - famille, parmi lesquels on remarque deux anges en albâtre, - exécutés avec beaucoup de sentiment, et dont le faire - annonce l'école de Jean Goujon.] - - Dans d'autres parties de la nef et des chapelles avoient été - inhumés plusieurs autres personnages distingués, tels que: - - André Duchesne, célèbre par ses recherches sur l'histoire de - France, mort en 1640. - - Pierre d'Hozier, savant généalogiste, mort en 1660. - - Robert Nanteuil, très-habile graveur, mort en 1678. - - Le Nain de Tillemont, l'un des plus savants ecclésiastiques de - son temps, mort en 1637. - - Louis Cousin, président en la cour des monnoies, et de l'Académie - françoise, mort en 1707. - - Antoine Houdard de La Mothe, de l'Académie françoise, mort en - 1731. - - Claude Léger, curé de cette paroisse, personnage recommandable - par sa charité et par ses vertus[530]. - - [Note 530: La reconnoissance de ses paroissiens avoit élevé - à ce pasteur respectable un monument qui a été détruit - pendant les jours révolutionnaires. Il y étoit représenté - revêtu d'une aube et d'une étole, et descendant avec calme - au tombeau, appuyé sur la Religion. La Charité éplorée étoit - assise au bas du sarcophage. Derrière la grotte qui - renfermoit sa tombe, un groupe de fidèles sembloit pleurer - une mort si regrettable; le tout étoit surmonté d'une - pyramide, symbole de l'immortalité. Ce mausolée avoit été - exécuté en stuc par M. _Delaître_.] - - Joli de Fleuri, procureur-général du parlement. - - L'abbé Le Batteux, littérateur distingué, mort en 1780[531]. - - [Note 531: Son monument se compose d'un bas-relief en marbre - blanc, où l'on voit une femme éplorée, à genoux et - s'appuyant sur une urne cinéraire. Un médaillon suspendu à - une pyramide qui s'élève au-dessus de cette composition - offre le portrait du défunt, avec cette simple inscription: - _Amicus amico._ Le tout exécuté par un sculpteur nommé - _Broche_. (Déposé aux Petits-Augustins.)] - - Dans le cimetière: - - Charles du Moulin, savant jurisconsulte, mort en 1566. - - Henri d'Aguesseau, père du chancelier, mort en 1716. - - -CIRCONSCRIPTION. - -Le territoire de la paroisse Saint-André commençoit dans la rue -Hautefeuille, au coin de celle du Battoir. Il renfermoit tout le carré -formé par un des côtés de cette rue et par la rue entière des -Poitevins. Il continuoit ce même côté gauche de la rue Hautefeuille -jusqu'à l'église. Au-delà il renfermoit tout le côté gauche de la rue -Saint-André, depuis le chevet de l'église jusqu'à la place du -Pont-Saint-Michel, le côté gauche de cette place et la moitié des -maisons bâties sur le pont du même côté. De là, en revenant au quai -des Augustins, cette paroisse avoit la rue de Hurepoix et tout le quai -jusqu'au collége des Quatre-Nations exclusivement, espace dans lequel -étoit comprise une grande partie de la rue Guénégaud. Elle avoit aussi -les rues de Nevers et d'Anjou en entier, et presque toute la rue -Dauphine. - -Elle embrassoit en outre la rue Contrescarpe, partie de la rue -Saint-André jusqu'au chevet de l'église, ce qui renfermoit, du côté de -la rivière, les rues Christine, des Augustins, de Savoie, Pavée, -Gilles-Coeur, de l'Hirondelle; de l'autre, celle de l'Éperon en -entier, le cul-de-sac de la Cour-de-Rohan, et enfin la rue du -Cimetière-Saint-André. - -Parmi plusieurs chapelles fondées dans cette église, et dont l'abbé -Lebeuf a donné le détail, il falloit remarquer celle de Saint-Nicolas, -la plus grande et la plus riche de l'église, laquelle reconnoissoit -pour fondateur le fameux Jacques Cottier, médecin de Louis XI. - - -_Hospice de charité de la paroisse Saint-André-des-Arcs._ - -Cet hospice, fondé par le dernier curé de cette paroisse, M. Desbois -de Rochefort, étoit situé dans la rue des Poitevins, et consacré au -service des pauvres malades de son arrondissement. Ils y étoient reçus -au nombre de huit, quatre hommes et quatre femmes. On y faisoit aussi -travailler les petites filles indigentes de la paroisse, au nombre de -vingt-cinq; et tous ces soins étoient remplis par quatre soeurs de la -Charité, qui trouvoient encore le temps de visiter les malades du -dehors et de faire les petites écoles. - - -ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-SÉVERIN. - -Il n'est point de monument dont l'origine soit plus incertaine, et ait -produit plus d'opinions diverses parmi nos historiens. Les uns -prétendent que cette église occupe la place d'une chapelle dédiée sous -le nom de saint Clément, pape; d'autres veulent qu'elle ait été, dès sa -fondation, sous le nom de saint Séverin, abbé d'Agaune, que Clovis fit -venir à Paris, afin d'obtenir par son intercession la guérison d'une -maladie grave dont il étoit tourmenté depuis deux années. Ceux-ci -croient, au contraire, que ce fut un pieux solitaire, lequel portoit le -même nom, et s'étoit retiré, du temps de Childebert Ier, dans une -cellule près de la porte méridionale, qui fit construire cette chapelle -sous le titre déjà énoncé du pape saint Clément. Ceux-là conjecturent -que cette église n'étoit qu'un baptistère ou chapelle de -Saint-Jean-Baptiste, dépendante du monastère ou basilique de -Saint-Julien-le-Pauvre. Enfin, il en est qui pensent que c'est à la -place de cette église qu'existoit autrefois un monastère de -Saint-Séverin, et qu'il y avoit un peu plus loin une chapelle de -Saint-Martin. Nous avons déjà réfuté cette dernière opinion, en parlant, -dans le dixième quartier, de la basilique de Saint-Laurent[532]. Parmi -les autres, il en est plusieurs qui ne méritent aucune attention, parce -qu'elles ne sont soutenues d'aucune autorité. Par exemple, le culte de -saint Clément n'a été public en France que long-temps après la mort de -saint Séverin _le Solitaire_; il n'y a pas un seul titre qui puisse -faire seulement soupçonner que l'église Saint-Séverin ait été une -dépendance de Saint-Julien-le-Pauvre, ni qu'elle lui ait servi de -baptistère; et plusieurs actes, tels que le diplôme de Henri Ier, que -nous avons plusieurs fois cité, semblent prouver le contraire, en -parlant de ces deux églises dans des termes qui supposent une parfaite -égalité. Enfin, s'il faut choisir entre les deux seules opinions -vraisemblables, que le titulaire de cette église est ou saint Séverin -d'Agaune, ou saint Séverin _le Solitaire_, le peu de séjour que fit le -premier à Paris semble devoir faire pencher la balance en faveur du -second, qui y demeura long-temps, édifiant ses habitants par l'exemple -et le spectacle de ses vertus. La charte de Henri Ier, qui désigne cette -église sous le nom de Saint-Séverin-_le-Solitaire_, vient à l'appui de -cette opinion[533]; et, dans les dernières années de la monarchie, on en -avoit été tellement frappé, que sa fête y étoit célébrée avec toutes les -solennités usitées pour les Saints titulaires, quoique le nom plus -fameux de l'abbé d'Agaune eût fait prévaloir depuis long-temps son culte -dans cette église. - - [Note 532: _Voy._ t. II, 2e part., p. 739.] - - [Note 533: Vales. de Basil. Paris., cap. XIV.] - -Jaillot, qui adopte cette idée, pense qu'après la mort de ce saint -homme on aura bâti sur son tombeau une chapelle, dont la dévotion des -fidèles rendit bientôt l'accroissement nécessaire. Elle aura ensuite -éprouvé, comme beaucoup d'autres édifices, les fureurs des Normands -dans le neuvième siècle. C'est alors que le corps du Saint fut levé, -et qu'on transporta ses reliques à la cathédrale, où elles sont -restées. Cependant il y a apparence que l'église, où jusque-là elles -avoient été conservées, n'avoit point été entièrement détruite par ces -barbares, puisqu'elle est énoncée dans la charte de Henri Ier au -nombre de celles qu'il donne à l'église de Paris. Il est présumable -qu'elle fut rebâtie après le décès du prêtre Girauld[534], auquel on -en avoit laissé la jouissance sa vie durant, et que la population de -ce quartier s'étant rapidement augmentée, l'église fut érigée en cure, -avec le titre d'_archiprêtre_ pour celui qui la desservoit, titre qui -lui donnoit la prééminence sur tous les curés de son district[535]. -Quoi qu'il en soit, l'acte le plus ancien qui fasse mention de la cure -de Saint-Séverin est de 1210[536]. - - [Note 534: _Voy._ p. 422 de cette deuxième partie.] - - [Note 535: Elle avoit été pendant long-temps presque - l'unique paroisse de tout le canton méridional de Paris, - puisque les paroisses Saint-André, Saint-Côme, - Saint-Étienne, Saint-Sulpice et Saint-Jacques n'existoient - point encore.] - - [Note 536: C'est une sentence arbitrale rendue entre - l'évêque, son chapitre et l'archiprêtre de Saint-Séverin - d'une part; l'abbé de Saint-Germain, ses religieux et le - curé de Saint-Sulpice de l'autre, pour la fixation de la - juridiction spirituelle de l'abbaye Saint-Germain, et celle - de l'étendue de la paroisse Saint-Séverin.] - -Cette église a été rebâtie et agrandie à différentes époques. Dès l'an -1347 le pape Clément VI avoit accordé des indulgences pour faciliter -sa reconstruction. Elle fut augmentée en 1489, et le 12 mai de cette -année on posa la première pierre de l'aile droite et des chapelles qui -sont derrière le sanctuaire[537]. Les autres parties, telles que la -tour, la nef et le choeur étoient plus anciennes d'un siècle environ, -et d'un gothique assez délicat. L'abbé Lebeuf prétend que ses vitraux -étoient les premiers où l'on eût dessiné des armoiries de -famille[538]. - - [Note 537: Ce sanctuaire a été bâti sur l'emplacement d'un - hôtel acheté par la fabrique, et qui avoit appartenu à - l'abbé et aux religieux des Eschallis, ordre de Cîteaux, - diocèse de Sens.] - - [Note 538: _V._ pl. 170. L'église Saint-Séverin a été rendue - au culte.] - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-SÉVERIN. - - TABLEAUX. - - Sur le maître-autel, une copie de la Cène; par _Philippe de - Champagne_. - - Dans une chapelle, un saint Joseph et une sainte Geneviève; par - le même. - - Dans la chapelle des Brinons, saint Pierre délivré de sa prison; - par _Bosse_. - - Dans la chapelle Saint-Michel, cet Archange; par _Monnet_. - - Dans la chapelle des Fonts, le Baptême de Notre-Seigneur; sans - nom d'auteur. - - - SCULPTURES. - - Dans la chapelle du cimetière, le buste en marbre d'Étienne - Pasquier. - - Au sixième pilier du côté de la rue, une vierge en bois placée à - mi-corps dans une chaire de prédicateur. Dans cet endroit étoit - autrefois une chapelle de la Vierge[539]. - - [Note 539: Ces sculptures ne se trouvent point au Musée des - Petits-Augustins.] - - La décoration du maître-autel, composée de huit colonnes de - marbre, avec coupole, ornements en bronze doré, etc., avoit été - exécutée par _Baptiste Tuby_, d'après les dessins de _Le Brun_. - - - TOMBEAUX ET SÉPULTURES. - - Dans cette église ont été inhumés: - - Étienne Pasquier, avocat-général de la chambre des comptes, connu - par ses recherches sur l'histoire de France, mort en 1615. - - Scévole et Louis de Sainte-Marthe, frères jumeaux, et tous les - deux historiographes de France, morts, le premier en 1650, le - second en 1656. - - Louis Moréri, auteur du Dictionnaire qui porte ce nom, mort en - 1680. - - Eustache Le Noble, écrivain fécond, et plus célèbre par ses - aventures que par ses écrits, mort en 1711. - - Louis-Elie Dupin, docteur de Sorbonne, auteur de plusieurs - ouvrages, mort en 1719. - - Pierre Grassin, conseiller du roi, fondateur du collége des - Grassins. - - Dans la chapelle des Brinons, plusieurs membres de cette famille, - à commencer par Yves Brinon, examinateur, de par le roi, au - châtelet de Paris, et procureur au parlement, mort en 1529. La - famille des Gilbert-de-Voisins avoit aussi sa sépulture dans - cette chapelle, etc., etc. - - Dans le cimetière avoit été inhumé le marquis de Ségur, - gouverneur du pays de Foix, etc., mort en 1737. - - Au milieu de ce cimetière, on voyoit autrefois un tombeau élevé, - fermé par une grille de fer, sur lequel étoit la figure d'un - homme couché, soutenant sa tête avec sa main, et le coude appuyé - sur des livres. Ce tombeau renfermoit le corps d'un jeune - seigneur allemand nommé Ennon, gouverneur de la ville de Emda, - qui mourut à Paris, en 1545 pendant le cours de ses études[540]. - - [Note 540: Ce fut dans ce cimetière, et dans l'année 1474, - que les médecins et chirurgiens de Paris firent, pour la - première fois, l'opération de la pierre, que jusqu'alors on - n'avoit osé tenter sur un homme vivant. L'essai s'en fit sur - un franc-archer qui venoit d'être condamné à la potence pour - vol. Elle réussit très-bien. «Il fut recousu, et par - l'ordonnance du roi, très-bien pansé, et tellement qu'en - quinze jours il fut guéri, et eut rémission de ses crimes - sans dépens, et il lui fut même donné de l'argent.»] - - -CIRCONSCRIPTION. - -L'étendue de cette paroisse présentoit une forme oblongue, accompagnée -de quelques branches. Le corps principal se composoit du petit -Châtelet, des rues du Petit-Pont, Saint-Julien-le-Pauvre, du Plâtre, -de la Parcheminerie, des Prêtres, de Boute-Brie, du Foin, des Maçons, -auxquelles il falloit ajouter la place de Sorbonne, la rue -Neuve-de-Richelieu, les rues Serpente, Percée, Poupée, Mâcon, de la -Bouclerie, de la Huchette, Zacharie et Saint-Séverin. - -Les branches se formoient des rues qui n'entroient qu'en partie dans -cette paroisse, et qui en marquoient les limites; savoir, partie du côté -gauche et du côté droit de la rue de la Bûcherie et de la rue Galande; -le côté droit de la rue des Anglois; partie de la rue des Noyers; les -deux côtés de la rue Saint-Jacques dans une certaine étendue; le couvent -des Mathurins et quelques maisons dans la rue du même nom; deux maisons -dans la rue de Sorbonne; la rue de la Harpe à gauche, jusqu'à la rue -Neuve-de-Richelieu, à droite jusqu'à la rue Serpente; partie des rues -d'Enfer, de Hautefeuille et Saint-André-des-Arcs; une seule maison dans -la rue Sarrasin. - -Il y avoit dans cette église un assez grand nombre de chapelles -fondées à diverses époques, et dont l'abbé Lebeuf a donné le détail. -Ce même auteur prétend que c'est une des premières églises de Paris où -l'on ait vu des orgues; il y en avoit dès le règne du roi Jean[541]. - - [Note 541: Avant qu'on eût refait la porte de cette église - du côté de la rue Saint-Séverin, on en voyoit une - très-ancienne, et presque entièrement couverte de fers de - cheval. Une tradition disoit que cette entrée ayant été - ouverte sur l'emplacement d'une maison qui appartenoit à un - maréchal ferrant, emplacement dont il fit généreusement don - à la fabrique, ces fers avoient été placés pour conserver le - souvenir de ce bienfait. Jaillot, qui rejette cette - explication comme un bruit populaire dépouillé de tout - fondement, pense qu'ils avoient été successivement attachés - à cette porte par des voyageurs, en l'honneur de saint - Martin, l'un des patrons de cette église. C'étoit un ancien - usage d'invoquer particulièrement ce Saint au commencement - d'un voyage. Ceux qui faisoient cette dévotion attachoient - un fer de cheval à la chapelle ou au portail de l'église; - souvent même ils poussoient leur pieuse superstition jusqu'à - faire marquer les chevaux avec la clef de saint Martin, - pour les préserver de tout accident.] - - -_Les Filles de Sainte-Marthe._ - -La maison et le presbytère de cette communauté, destinée à -l'instruction des pauvres filles, avoit son entrée dans la rue des -Prêtres-Saint-Séverin, où est aussi la principale entrée de l'église -paroissiale dont nous venons de parler. - - -LES RELIGIEUX DE LA SAINTE-TRINITÉ DE LA RÉDEMPTION DES CAPTIFS, DITS -LES MATHURINS. - -Cet ordre fut institué par Jean de Matha et par Félix de Valois, ainsi -nommé du lieu de sa naissance ou de celui de sa demeure. La pieuse -simplicité d'un ancien historien a voulu répandre sur l'origine de -cette fondation quelque chose de miraculeux, l'appuyer sur des -visions, sur des révélations dont nous croyons inutile de parler[542]. -Il est plus vraisemblable qu'il dut son établissement à la pitié -qu'inspira aux deux fondateurs l'état malheureux auquel étoient -réduits les chrétiens que le mauvais succès des croisades avoit rendus -esclaves des Sarrasins. Jean de Matha conçut le premier le projet de -consacrer sa vie à chercher les moyens de racheter ces pauvres -captifs; et Félix de Valois, à qui il le communiqua, s'associa avec -joie à une aussi charitable entreprise. Une bulle du pape Innocent III -autorisa, en 1198, le nouvel institut; une seconde le confirma en -1199; et, dix ans après, ce même pontife donna à Jean de Matha la -maison et l'église de Saint-Thomas sur le mont Célius. Cet ordre, qui -ne tarda pas à s'introduire en France, s'y étendit par la protection -de Philippe-Auguste, et par les libéralités de plusieurs personnages -d'une haute distinction. Gaucher III de Chastillon donna d'abord à ces -religieux un terrain propre à bâtir un monastère; mais le nombre de -ceux qui se présentoient pour embrasser la règle nouvelle devenant -trop considérable pour qu'il leur fût possible de se loger dans un -lieu aussi resserré, ce seigneur ajouta au don qu'il leur avoit déjà -fait, celui du lieu même où les deux fondateurs avoient concerté -ensemble pour la première fois le dessein de racheter les captifs. Cet -endroit, nommé _Cerfroid_, est situé entre Gandelu et la Ferté-Milon, -sur les confins du Valois. - - [Note 542: Rob. Guaguinus, in vitâ Philip. Aug.] - -On ne sait point précisément en quelle année les Trinitaires vinrent -s'établir à Paris; mais on voit par un acte de l'année 1209 qu'à cette -époque ils y avoient déjà une maison[543]. Ils occupoient un hôpital -ou aumônerie, appelée de _Saint-Benoît_; et un acte capitulaire de -leur chapitre général, tenu à Cerfroid, en 1230[544], semble prouver -qu'ils devoient cette demeure à la libéralité de l'évêque et du -chapitre de Paris. La chapelle de cette aumônerie étoit sous le titre -de Saint-Mathurin, dont elle possédoit quelques reliques: c'est de là -que les religieux de la Sainte-Trinité en prirent le nom, qu'ils -communiquèrent ensuite à la rue dans laquelle ils demeuroient, et à -toutes les maisons de leur ordre établies en France. - - [Note 543: Du Breul, p. 491.] - - [Note 544: Hist. eccl. Paris, t. I, p. 127.] - -Les bâtiments de cette maison furent augmentés peu à peu par les -libéralités de saint Louis et de Jeanne, fille du comte de Vendôme, -ainsi que par les acquisitions successives que firent les religieux. -Le cloître, construit en 1219, par les soins d'un de leurs -_ministres_[545], fut rebâti vers la fin du quinzième siècle, par -Robert Gaguin, qui étoit aussi ministre ou général de l'ordre. Il fut -encore reconstruit vers la fin du dix-huitième siècle. Ce même général -avoit aussi fait rebâtir, agrandir et décorer l'église, dont l'ancien -portail, élevé en 1406, étoit tourné du côté de la rue Saint-Jacques. -Il fut détruit en 1610 pour élargir la rue, et en 1613 on acheva les -bâtiments qui jusqu'alors étoient restés imparfaits. On n'y entroit -alors que par une petite porte qui a subsisté jusqu'aux derniers temps -dans la rue des Mathurins. Enfin on construisit, en 1729, un nouveau -portail et une cour fermée par une grille[546]. - - [Note 545: C'est ainsi que l'on nommoit le général des - Mathurins.] - - [Note 546: Ces constructions furent faites sur l'emplacement - de quelques maisons dans lesquelles on avoit placé deux - étaux de boucherie et une halle aux parchemins. Les - libraires avoient eu leur chambre syndicale en cet endroit - depuis 1679 jusqu'en 1726. La halle avoit été accordée à - l'Université dès 1291, et les Mathurins avoient obtenu le - privilége de la boucherie en 1554.] - -L'Université tenoit ses assemblées dans une salle de cette maison -depuis le treizième siècle. Mais elle les transféra en 1764 au collége -de Louis-le-Grand, dont la possession venoit de lui être accordée. - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES MATHURINS. - - TABLEAUX. - - Sur le maître-autel, une Assomption; sans nom d'auteur. Sur les - côtés, deux religieux de l'ordre, peints en grisaille, et sur les - panneaux de menuiserie placés au-dessus des stalles du choeur, la - vie de saint Jean de Matha et du B. Félix de Valois, en dix-neuf - tableaux; par _Théodore Van Tulden_, élève de Rubens. - - Plusieurs grands tableaux placés dans la nef; sans nom d'auteurs, - et exécutés aux frais de Louis Petit, général de l'ordre. - - - SCULPTURES. - - Sur le couronnement du tabernacle, lequel étoit richement décoré - de pilastres et de bronzes dorés, un ange tenant les chaînes de - deux captifs agenouillés sur les angles de l'entablement. - - Sur l'entablement de la grille qui séparoit la nef du choeur, - deux figures d'anges; par _Guillain_. - - - SÉPULTURES. - - Dans cette église avoient été inhumés: - - Robert Gaguin, historien du quinzième siècle, vingtième général - de l'ordre, mort en 1501[547]. - - [Note 547: Sa tête, conservée dans un vase de faïence, étoit - déposée à la bibliothèque du couvent.] - - Jean de Sacro Bosco, célèbre mathématicien. - - François Balduni, savant jurisconsulte. - - Sur la droite du cloître de cette maison, à côté d'une petite - statue de la Vierge, on trouvoit une tombe plate sur laquelle - étoient représentés deux hommes enveloppés dans des suaires. - Autour de la tombe étoit gravée l'épitaphe suivante: - - _Hìc subtùs Jacent Leodegarius_ du Moussel _de Normaniâ, et - Olivarius_ Bourgeois _de Britanniâ oriundi, clerici - scholares, quondam ducti ad justitiam sæcularem, ubi - obierunt, restituti honorificè, et hìc sepulti. Anno Domini - 1408 die 16 mensis maii_[548]. - - [Note 548: Sur une table de bronze encastrée dans la - muraille, une inscription françoise, gravée en relief, - offroit ce qui suit: - - «Ci-dessous gisent Léger du Moussel et Olivier - Bourgeois, jadis clercs-écoliers, étudiants en - l'Université de Paris, exécutés à la justice du roi - notre sire, par le prévôt de Paris, l'an 1407, le - vingt-sixième jour d'octobre, pour certains cas à eux - imposés; lesquels, à la poursuite de l'Université, - furent restitués et amenés au parvis Notre-Dame, et - rendus à l'évêque de Paris, comme clercs, et au recteur - et député de l'Université, comme suppôts d'icelle, à - très-grande solennité, et de là en ce lieu-ci furent - amenés, pour être mis en sépulture, l'an 1408, le - seizième jour de mai, et furent lesdits prévôts et son - lieutenant démis de leurs offices, à ladite poursuite, - comme plus à plein appert par lettres-patentes et - instruments sur ce cas. Priez Dieu qu'il leur pardonne - leurs péchés. Amen.» - - Ces deux écoliers étoient coupables de meurtres et de vols - sur le grand chemin. Le prévôt de Paris, Guillaume de - Tignonville, les fit arrêter. L'Université les réclama, - prétendant que cette affaire devoit être portée devant la - justice ecclésiastique. Le prévôt, sans s'embarrasser de ces - oppositions, fit pendre les deux criminels. L'Université - cessa aussitôt tous ses exercices; et pendant plus de quatre - mois il n'y eut dans Paris ni leçons ni sermons, pas même le - jour de Pâques. Comme le conseil du roi ne se laissoit point - ébranler, elle protesta qu'elle abandonneroit le royaume, et - iroit s'établir dans les pays étrangers, où l'on - respecteroit ses priviléges: cette menace fit impression. Le - prévôt fut condamné à détacher du gibet les deux écoliers. - Après les avoir baisés sur la bouche, il les fit mettre sur - un chariot couvert de drap noir, et marcha à la suite - accompagné de ses sergents et archers, des curés de Paris et - des religieux. Ils furent ainsi conduits, comme le dit - l'inscription, d'abord au parvis Notre-Dame, de là aux - Mathurins, où le recteur les reçut de ses mains, et les fit - inhumer honorablement. Le prévôt de Paris fut destitué de sa - charge; mais ayant été nommé par le roi premier président de - la chambre des comptes, moyennant le pardon qu'il vint - demander à l'Université, il obtint qu'elle ne s'opposeroit - point à son installation. (SAINTE-FOIX.)] - -La bibliothèque de ces chanoines réguliers étoit composée de cinq à -six mille volumes, parmi lesquels il se trouvoit quelques manuscrits -précieux[549]. - - [Note 549: L'église des Mathurins a été entièrement démolie. - Les bâtiments sont habités par des particuliers.] - - -PALAIS DES THERMES. - -Dans la rue de la Harpe, et un peu en-deçà des Mathurins, au fond de -la cour d'une vieille maison qui avoit autrefois pour enseigne une -croix de fer, on trouve le monument le plus ancien de Paris, reste -d'un vaste édifice élevé du temps des Romains, et connu sous le nom de -_palais des Thermes_. On ne sait pas précisément par qui ni en quel -temps il fut bâti; mais il est certain que Julien l'Apostat y a -demeuré, et qu'il y faisoit son séjour lorsqu'il fut proclamé -empereur. Ce fut aussi quelquefois l'habitation de nos rois de la -première et de la seconde race; et sa dégradation ne commença sans -doute que lorsqu'ils eurent transféré leur résidence dans la cité, et -fait bâtir à la pointe de l'île le vaste bâtiment connu sous le nom de -_Palais_[550]. - - [Note 550: Les Thermes furent alors appelés le _Vieux - Palais_.] - -Ce fragment d'édifice est presque carré, si l'on en excepte -l'avant-salle qui précède la grande pièce. En face de l'entrée est une -grande niche circulaire, accompagnée de deux autres, plus petites, -moins profondes et quadrangulaires. De chaque côté les murs latéraux -présentent un enfoncement dont on ignore l'objet. La salle, dont la -hauteur est de quarante pieds au-dessus du sol actuel de la rue de la -Harpe, se prolonge dans une dimension de cinquante-huit pieds de long -sur cinquante-six de large. Elle est percée de quatre croisées, dont -deux sont bouchées; la troisième ne l'est qu'à moitié; et la -quatrième, ouverte en forme d'arcade, y introduit une belle lumière: -celle-ci est pratiquée en face de l'entrée, au-dessus de la grande -niche, et précisément sous le cintre de la voûte. Cette partie de -l'édifice, comme dans presque tous les thermes de Rome, est faite en -voûte d'arête, genre de couverture peu dispendieux et de la plus -grande solidité, parce que toutes les poussées y sont divisées, et -que par conséquent il ne s'y opère aucun travail[551]. Aux quatre -angles on voit encore des débris de chapiteaux faits en forme de -poupes de navire, lesquels servoient sans doute de couronnement à des -pilastres qui ont été détruits[552]. - - [Note 551: Si quelque chose pouvoit le démontrer, ce seroit - sans doute la durée extraordinaire de cette construction, - quoique tout semble concourir à sa ruine. On n'apprendra - point sans étonnement que, depuis un grand nombre d'années, - un jardin avoit été pratiqué, et existoit encore, il y a peu - de temps, sur la voûte de cette salle. Un petit chemin pavé, - d'environ trois pieds, étoit pratiqué dans tout son - pourtour, et l'on avoit chargé le milieu d'une couche de - terre végétale de trois à quatre pieds d'épaisseur environ, - portant à nu sur les reins de la voûte d'arête dont nous - venons de parler. Ainsi cette voûte recevoit continuellement - les eaux pluviales et celles de l'arrosement journalier des - légumes, arbres, arbustes, cultivés en pleine terre sur sa - surface extérieure, et n'en paroissoit point sensiblement - altérée. Cependant elle n'est composée que d'un blocage de - briques et de moellons, liés entre, eux par un mortier - composé de chaux et de sable de Paris.] - - [Note 552: _Voy._ pl. 177.] - -La construction des murs de cet édifice se compose de six rangées de -moellons, formant des bandes, que séparent les unes des autres quatre -rangées de briques, qui chacune ont un pouce à quinze lignes seulement -d'épaisseur. Les joints pratiqués entre ces briques sont également -d'un pouce de largeur, de manière que les quatre briques forment avec -eux une épaisseur de huit pouces. Deux rangs de briques avec les -moellons placés au milieu occupent un espace d'environ quatre pieds -six pouces. Les moellons ont de quatre à cinq pouces de hauteur. - -Ce genre de construction étoit habituellement celui des Romains; et on -le retrouve dans un grand nombre d'édifices, à Rome et dans toute -l'Italie. Ce modèle, que le temps a respecté au milieu de Paris, y est -malheureusement trop peu connu et mériteroit d'être imité. Il nous -offre la solution de ce problème que s'étoient proposé les architectes -de l'antiquité, de faire de grands et solides édifices avec des -matériaux communs et de peu de valeur: c'est ce qu'on ne sait plus -faire aujourd'hui. - -Les murs de cette salle étoient recouverts d'une couche de stuc qui -avoit trois, quatre et même cinq pouces d'épaisseur. On en voit encore -quelques débris: le reste paroît avoir cédé plutôt à la main des -hommes qu'aux ravages du temps. - -Quelle place occupoit dans l'ensemble des Thermes de Julien cette -belle salle que nous venons de décrire? c'est ce qu'il n'est pas -facile de décider en la voyant ainsi séparée de l'immense édifice[553] -dont elle faisoit partie. Les thermes des anciens se composoient -d'une multitude de pièces qui toutes n'étoient point destinées à -l'usage des bains; et, pour assigner à celle-ci son emploi précis, il -faudroit la considérer dans son rapport avec de semblables pièces des -thermes de Rome; il faudroit surtout rétablir, sur les indications des -fondations et des ruines adjacentes, l'ensemble approximatif des -salles contiguës. Le plan des Thermes n'existe dans aucun des grands -ouvrages qui ont traité de cette partie des monuments antiques: la -première restitution s'en trouve dans le deuxième volume des -Antiquités de la France par M. Clérisseau; et l'idée qu'il en donne -est assez satisfaisante, sans qu'on puisse toutefois s'assurer que -c'en soit là le véritable plan. - - [Note 553: Ce palais s'étendoit jusque dans la rue des - Mathurins, et l'hôtel de Cluni a été bâti sur l'emplacement - d'une partie de ses constructions, comme nous le dirons en - son lieu.] - -Sous l'édifice que nous décrivons, on a découvert un double rang en -hauteur de caves en berceaux, ou plutôt de larges conduits de neuf -pieds dans toutes leurs dimensions. Il y avoit ainsi trois berceaux -parallèles séparés par des murs de quatre pieds d'épaisseur et se -communiquant par des portes de trois à quatre pieds de large. Le -premier rang de ces voûtes se trouve à dix pieds au-dessous du sol; on -y descend par quinze marches. Le second rang est dix pieds plus bas. -Quant à la longueur de ces routes souterraines, elle est inconnue, et -l'on ne pénètre pas au-delà de quatre-vingt-six pieds, à cause des -décombres qui en interceptent l'issue. Les voûtes en sont composées de -briques, de pierres plates et de blocages à bain de mortier; la -construction des murs est en petits moellons durs de six pouces de -long sur quatre pouces d'épaisseur; le mortier introduit dans les -joints a depuis six lignes jusqu'à un pouce[554]. - - [Note 554: L'an 1544, en fouillant près de la porte - Saint-Jacques pour faire un rempart contre l'armée de - Charles-Quint, on découvrit les aqueducs souterrains qui - amenoient l'eau d'Arcueil aux Thermes. Deux de leurs voûtes - existoient encore en 1724. On en a trouvé de nombreuses - correspondances dans plusieurs caves des maisons de ce - quartier. Il y en a dans une petite cour du bâtiment des - Mathurins; et l'on y voit une inscription moderne indiquant - qu'il s'étoit fait anciennement un enfoncement près de ce - lieu, et que cet enfoncement avoit fait découvrir un conduit - souterrain communiquant à la salle des Thermes.] - -«Quand on pense, dit un habile architecte[555], avec quelle avidité on -recueille les moindres renseignements sur des ruines lointaines, avec -quel empressement on dessine de toutes parts des débris de -constructions romaines, moins curieux et moins bien conservés que -celui dont nous parlons, il y a lieu de s'étonner du peu de soin qu'on -a apporté jusqu'à présent, soit à la conservation de ce monument, soit -à sa publication. Plusieurs projets avoient été présentés à ce sujet -avant la révolution: le gouvernement paroissoit disposé à faire un -choix parmi ces projets[556], lorsque nos troubles civils vinrent -tout arrêter. Il seroit à souhaiter que l'attention se portât de -nouveau sur ce précieux débris, et qu'un édifice riche en souvenirs, -fécond en leçons de tous genres pour l'art de bâtir, fût enfin -désobstrué dans ses abords, fouillé dans ses fondations et soustrait -aux agents destructeurs qui de toutes parts travaillent à sa -ruine[557].» - - [Note 555: M. Legrand.] - - [Note 556: Peu de temps avant la révolution, M. le baron de - Breteuil, ministre de Paris, avoit chargé M. Verniquet de - figurer sur un plan tous les restes de ces anciennes - constructions, et de publier le résultat de ce travail: les - troubles qui survinrent en empêchèrent l'exécution. On avoit - aussi proposé de faire de cette salle, restaurée et dégagée - de tous ses alentours, un _Muséum_ d'architecture et de - construction.] - - [Note 557: Ce voeu vient d'être rempli. _Voy._ l'art. - _Monuments nouveaux_, _etc._] - - -LES PRÉMONTRÉS. - -Personne n'ignore que l'institution de cet ordre de chanoines -réguliers est due au zèle pieux de saint Norbert. Barthélemi, évêque -de Laon, qui connoissoit les talents et les vertus de cet homme -apostolique, l'avoit appelé près de lui pour l'aider à introduire la -réforme parmi les chanoines de Saint-Martin, qui habitoient sa ville -épiscopale. Le succès n'ayant pas répondu à ses efforts, saint -Norbert, qui vouloit se livrer à la vie pénitente et contemplative, se -retira dans un vallon de la forêt de Couci, que l'on nommoit -_Prémontré_. Une chapelle de Saint-Jean-Baptiste qu'il trouva dans ce -lieu, et que les religieux de Saint-Vincent-de-Laon, à qui elle -appartenoit, avoient abandonnée, lui fit naître le projet de -s'associer quelques personnes, et d'établir en cet endroit un -monastère[558]. L'évêque Barthélemi, entrant dans ses vues, fit -l'acquisition du vallon et de la chapelle, qu'il donna en 1120 à saint -Norbert; et cette même année celui-ci jeta les fondements d'un ordre -régulier, qu'il mit sous la règle de Saint-Augustin, et dont treize -chanoines firent profession le jour de Noël en 1121[559]. L'ordre -s'accrut assez rapidement; et dans le siècle suivant, Jean, abbé de -Prémontré, voulant que ses religieux joignissent à la sainteté de leur -vie une science suffisante pour instruire les fidèles qu'ils -édifioient, prit la résolution de faire établir pour son ordre un -collége à Paris. Il y acquit en conséquence plusieurs maisons dans -les années 1252, 1255, 1256 et 1286[560]. On voit par une bulle -d'Urbain IV, adressée à Renaud de Corbeil, évêque de Paris, que ces -religieux obtinrent en 1263 la permission d'avoir un autel -portatif[561]; mais on n'a pu découvrir dans quel temps on leur permit -d'élever une chapelle. Celle qu'on leur avoit accordée fut démolie en -1618, et l'on bâtit alors à la place l'église qui a subsisté jusqu'à -la fin du dernier siècle. Elle fut dédiée sous l'invocation de -_Saint-Jean-Baptiste_ et de _Sainte-Anne_. En 1672 on y fit plusieurs -changements, et la nef fut agrandie par la suppression d'une maison -située entre cette église et la rue Hautefeuille. - - [Note 558: Bibl. Præmonstrat., p. 372.--Hist. de Par., t. I, - p. 338.] - - [Note 559: Fleuri.--Hist. ecclés., liv. 67, nº 17.] - - [Note 560: 1º Rue Hautefeuille, une grande maison appelée la - maison _Pierre-Sarrasin_; 2º des religieuses de - Saint-Antoine, la seigneurie et la censive sur neuf maisons - situées rue des _Étuves_; 3º une autre maison contiguë aux - précédentes; 4º une grange avec un jardin. Toutes ces - acquisitions, amorties par Philippe-le-Bel en 1294, - formoient un carré environné de quatre rues, ce qui fit - donner, au rapport de Du Breul, le nom d'_île_ à leur - terrain[560-A]. (Bib. Præmonst., p. 582 et seqq.)] - - [Note 560-A: On appeloit effectivement _île de maisons_ un - canton environné de quatre rues, ou une grande maison - isolée. Sur ces quatre rues qui entouroient les Prémontrés, - deux ont été depuis long-temps détruites.] - - [Note 561: Du Breul, p. 585.] - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES PRÉMONTRÉS. - - SCULPTURES. - - Sur le maître-autel, décoré de colonnes ioniques accouplées et - chargées d'ornements d'assez mauvais goût, deux anges de grandeur - naturelle, soutenant un petit temple placé au-dessus du - tabernacle. - - Dans deux niches et sur l'arrière-corps, deux autres statues - également de grandeur naturelle; le tout sans nom d'auteur. - - Dans l'église, qui n'avoit rien de remarquable sous le rapport de - l'architecture, la menuiserie des orgues, des stalles et la - grille du choeur passoient pour d'assez bons ouvrages. - -La maison des Prémontrés à Paris portoit le titre de _prieuré_, et -étoit destinée à servir de collége aux jeunes chanoines de leur ordre. -Elle a produit un grand nombre de sujets distingués, qui ont été -l'ornement et la lumière de l'église[562]. - - [Note 562: Les bâtiments des Prémontrés sont maintenant - occupés par des artistes et des particuliers.] - - -ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-CÔME ET SAINT-DAMIEN. - -En parlant de l'église Saint-André-des-Arcs nous avons fait connoître -l'origine de celle-ci. Ces deux églises furent érigées dans le même -temps en paroisse, et cédées à l'Université en 1345. On ne sait si -celle-ci fut reconstruite dans le siècle suivant, mais on trouve que -la dédicace en fut faite en 1426. - -L'église de Saint-Côme étoit petite, et néanmoins suffisante au -très-petit nombre de ses paroissiens: elle n'avoit rien dans sa -construction qui fût digne d'être remarqué[563]. - - [Note 563: Auprès de cette église, laquelle, quoique - resserrée de tous les côtés, avoit un cimetière et un - charnier, on avoit construit, en 1561, un petit bâtiment où, - le premier lundi de chaque mois, plusieurs chirurgiens - visitoient les pauvres malades qui se présentoient. Cet - usage, suivant l'abbé Lebeuf, remontoit jusqu'à saint Louis. - (Elle sert maintenant d'atelier à un menuisier.)] - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-CÔME. - - Sur le maître-autel, décoré de colonnes corinthiennes, une - Résurrection; par _Houasse_. - - Dans la chapelle des fonts, un bas relief; sans nom d'auteur. - - - TOMBEAUX ET SÉPULTURES. - - Dans cette église avoient été inhumés: - - Nicoles de Beze, seigneur de la Selle, archidiacre d'Étampes, - etc., etc., oncle du fameux Théodore de Beze, mort en 1543[564]. - - [Note 564: On voyoit dans la nef ses armes gravées sur sa - tombe, et peintes sur un des vitraux. Un petit cadre de - bois, attaché à un pilier, offroit plusieurs épitaphes - écrites sur parchemin, et composées en son honneur par - Théodore de Beze. Elles ont été copiées dans le - _Ménagiana_.] - - Charles Loiseau, savant jurisconsulte, mort en 1628. - - Pierre Dupuy, conseiller au parlement et garde de la bibliothèque - du roi, mort en 1651. - - Jacques Dupuy son frère, prieur de Saint-Sauveur, et également - garde de la bibliothèque, mort en 1656. - - Jacques-Omer Talon, avocat-général au parlement, mort en 1648. - - Omer Talon, aussi avocat-général au parlement dans le temps de la - Fronde, mort en 1652. - - Denis Talon, président à mortier au parlement, mort en 1698. - - (Plusieurs autres membres de cette famille avoient leur sépulture - dans la même église.) - - Jacques Bazin, marquis de Bezons, maréchal de France, gouverneur - de Cambrai, etc., mort en 1733. - - Claude d'Espence, savant théologien, recteur de l'Université, - etc., mort en 1571[565]. - - [Note 565: Sur une colonne de pierre, près de la porte de la - sacristie, on voyoit sa statue à genoux, en habit de - docteur. (Ce monument a été détruit.)] - - Denis Bouthilier, avocat célèbre. - - François Bouthilier de Chavigny, évêque de Troyes, mort en 1731. - - François de La Peyronie, premier chirurgien du roi, mort en - 1747[566], etc., etc. - - [Note 566: Le monument qui lui avoit été élevé aux frais des - maîtres chirurgiens de Paris n'existe point au Musée des - Petits-Augustins; il étoit adossé au premier pilier de - l'église, et offroit le buste de ce savant homme, soutenu - par la figure allégorique de la Prudence. Ce morceau avoit - été exécuté par _Vinache_.] - - -CIRCONSCRIPTION. - -Les limites de cette paroisse ont excité, dans le dix-septième siècle, -de vives contestations qu'il seroit fastidieux de rapporter. Il paroît -qu'elle s'étendoit réellement d'un côté jusqu'aux confins de celle de -Saint-Benoît; qu'elle avoit le terrain qui entouroit la porte -Saint-Michel depuis le lieu dit anciennement le _Parloir-aux-Bourgeois_ -jusque vis-à-vis la rue de Vaugirard. Une transaction qu'elle fit avec -l'abbaye Saint-Germain lui enleva quelques maisons dans les rues d'Enfer -et Vaugirard, pour l'agrandir d'un autre côté, de manière que, dans les -derniers temps, elle se renfermoit dans les rues suivantes: - -À partir de l'église, elle avoit le côté droit de la rue de la Harpe, -à l'exception du collége d'Harcourt; partie de la place Saint-Michel -et de la rue Sainte-Hyacinthe, des deux côtés; la rue Saint-Thomas; la -gauche de la rue d'Enfer jusqu'à celle de Saint-Dominique; le côté -droit de la rue Sainte-Catherine; en revenant, le côté droit de la rue -des Fossés-de-Monsieur-le-Prince jusqu'à celle de l'Observance, -qu'elle renfermoit en entier avec le couvent des Cordeliers; partie de -la rue qui portoit ce nom, des deux côtés; la rue du Paon tout entière -avec son cul-de-sac; partie de la rue du Jardinet et de celle du -Battoir; la rue Mignon tout entière. - - -L'ACADÉMIE ROYALE DE CHIRURGIE. - -L'importance et la beauté du monument consacré aux travaux de cette -société savante nous déterminent à intervertir ici l'ordre naturel de -cet ouvrage, qui semble lui assigner sa place parmi les écoles et les -colléges. Cette exception, que nous avons déjà faite pour plusieurs -maisons religieuses, sera renouvelée encore dans ce même quartier, en -faveur de l'église et de la maison de Sorbonne. - -La chirurgie fut d'abord en honneur dans l'Europe entière lors de la -renaissance des lettres, parce que, dans la pratique comme dans la -théorie, ceux qui exerçoient l'art de guérir l'avoient d'abord réunie -à la médecine; mais elle tomba bientôt dans un profond avilissement, -lorsque, par un dédain absurde, les médecins jugèrent à propos de la -séparer de leur art, et de l'abandonner comme une profession purement -mécanique, à la main des barbiers, qu'ils se contentoient de diriger -dans les opérations chirurgicales et dans l'application des remèdes -extérieurs. Cet arrangement bizarre la perdit sans ressource en -Allemagne et en Italie, où elle avoit d'abord brillé du plus grand -éclat. Il n'en fut pas de même en France, parce que, long-temps avant -l'époque qui ramena les sciences et les arts en Occident, les -chirurgiens formoient déjà un corps savant, à la vérité uniquement -occupé de l'art chirurgical, mais à qui l'on avoit du moins accordé le -droit d'unir la théorie à la pratique. Ce fut Jean Pitard, chirurgien -de Saint-Louis, qui le premier pensa à réunir une société de gens de -sa profession, à laquelle pût s'attacher la confiance publique que le -charlatanisme d'une foule d'empiriques avoit alors fort indisposée -contre l'art de la chirurgie. Il obtint d'abord de ce prince, en sa -qualité de chirurgien du roi au Châtelet, une charte qui lui donnoit -le pouvoir d'examiner et d'approuver, dans toute l'étendue de la -ville, prévôté et vicomté de Paris, tous ceux qui voudroient y exercer -l'art de la chirurgie. Cette charte fut bientôt suivie d'une -permission de former un corps de chirurgiens, pour lequel il fit des -statuts et des réglements. Ce corps toutefois ne fut entièrement -établi qu'en 1278, sous le titre de _confrérie_; on en confirma pour -lors les priviléges, et la nouvelle confrérie fut mise sous -l'invocation de Saint-Côme et de Saint-Damien. Cette compagnie -n'étoit alors composée que de gens lettrés et d'une capacité éprouvée; -et une suite d'ordonnances de nos rois, depuis Philippe-le-Bel jusqu'à -Charles VI[567], a pour objet de maintenir une juste sévérité dans -l'examen de ceux qui se destinoient à exercer la chirurgie. En 1436, -on trouve que le corps des chirurgiens fut agrégé à l'Université: ils -avoient déjà adopté la pieuse et ancienne coutume introduite depuis -long-temps parmi les médecins, de donner des consultations gratuites à -l'entrée des églises. Un des statuts de la confrérie portoit qu'ils -s'assembleroient le premier lundi de chaque mois à Saint-Côme, pour -examiner les pauvres malades qui se présenteroient, et leur fournir -les médicaments qui leur seroient nécessaires. Ce fut en conséquence -de cette disposition que les curé et marguilliers de cette paroisse -firent construire, vers 1561, au bas de leur église, un bâtiment -destiné à cette oeuvre de charité. - - [Note 567: Livre Rouge vieux du Châtelet, fol. 14, 15, 36 et - 91.--Rech. de Pasquier, liv. IX, chap. 30, 31 et 32.--1º - Reg. des chart. à la Chamb. des Compt., fol. 33, 46 et - 58.--Du Boulay, t. IV, p. 671 _et suiv._] - -Cependant, l'orgueil ou la jalousie des médecins pensa détruire une -aussi sage institution; et il ne tint pas à eux que la chirurgie ne -retombât parmi nous dans l'avilissement complet où elle étoit chez -nos voisins: car, après de longues dissensions, dont l'objet étoit de -soutenir des prétentions déraisonnables, la faculté de médecine, par -une imitation honteuse des médecins étrangers, appela les barbiers à -l'exercice de la chirurgie, les initia ensuite aux grandes opérations -de l'art, et parvint enfin à les faire unir au corps des chirurgiens. -Le mépris dans lequel cette indigne alliance le fit tomber fut tel, -qu'un arrêt solennel le dépouilla, en 1660, de tous les honneurs -littéraires. Cependant, par une espèce de prodige, la théorie s'y -conserva; une suite d'hommes aussi habiles que courageux transmit -fidèlement les traditions, l'art fit chaque jour de nouveaux progrès, -et ces progrès devinrent si remarquables, que le gouvernement sentit -enfin qu'il étoit aussi juste qu'honorable de rétablir la chirurgie -dans son état primitif. Une loi rendue en 1724 ordonna d'abord -l'établissement de cinq professeurs royaux pour enseigner la théorie -et la pratique de l'art; en 1731, l'académie royale de chirurgie fut -formée dans l'association de Saint-Côme; enfin, en 1743, cette -agrégation humiliante des chirurgiens-barbiers fut entièrement -supprimée; et l'arrêt qui ordonnoit leur suppression, mettant la -chirurgie au nombre des arts libéraux, et lui en accordant tous les -honneurs, droits et prérogatives, assimile le collége des chirurgiens -au collége Royal, et à celui de Louis-le-Grand. - -L'augmentation de la confrérie et l'association des barbiers avoient -forcé d'accroître les bâtiments qui lui étoient destinés. On avoit -acheté quelques maisons voisines, élevé en 1671 un amphithéâtre -anatomique, ajouté en 1706 une salle et de nouveaux bâtiments; mais -toutes ces additions n'empêchant pas ce local d'être incommode et -insuffisant, La Martinière, premier chirurgien de Louis XV, demanda -l'emplacement du collége de Bourgogne, situé dans la même rue, pour y -élever un plus vaste bâtiment. Il l'obtint; le collége fut démoli, et -sur ce terrain on construisit l'école de chirurgie dont il nous reste -à parler. Le roi en posa la première pierre en 1769, et l'exécution en -fut confiée à M. Gondouin, architecte qui ne s'étoit encore fait -connoître par aucuns travaux importants. - -Un style pur, noble, simple, et qui ne ressembloit en rien à tout ce -qui se bâtissoit alors, attira tous les yeux, réunit tous les -suffrages. Les gens de l'art y reconnurent la majesté de -l'architecture romaine, dépouillée de ses riches superfluités, et -rapprochée de la simplicité des monuments de la Grèce. - -Cet édifice se compose de quatre corps de bâtiments, formant une cour -de onze toises de profondeur sur seize de largeur; la façade sur la -rue en a trente-trois; un péristyle de quatre rangs de colonnes réunit -les deux ailes: le bâtiment du fond est un amphithéâtre éclairé par en -haut, et qui peut contenir douze cents personnes. Dans les deux ailes -sont placées les diverses salles de démonstration et d'administration: -elles renferment en outre un grand cabinet d'anatomie humaine, un -autre de pièces anatomiques modelées en cire, une bibliothèque -publique, une collection de tous les instruments employés dans la -chirurgie. - -La décoration extérieure consiste, dans toute l'étendue de la façade -et au pourtour de la cour, en un ordre ionique qui n'excède pas la -hauteur du rez-de-chaussée; au fond est un péristyle de six colonnes -corinthiennes d'un plus grand module, couronné d'un fronton, dans le -tympan duquel un bas-relief offre la Théorie et la Pratique se donnant -la main, et jurant sur l'autel d'Esculape de demeurer unies pour le -soulagement de l'humanité. Sur le mur du fond, dans la partie la plus -élevée, cinq médaillons offrent les portraits de cinq chirurgiens -célèbres[568]. - - [Note 568: Jean Pitard, Ambroise Paré, George Maréchal, - François de La Peyronie, et Jean-Louis Petit.] - -Le mérite de ce péristyle, bien supérieur à toutes les décorations de -ce genre que peuvent offrir d'autres monuments de la capitale, -consiste principalement dans le juste rapport des parties avec -l'ensemble. Les colonnes posent seulement sur quelques marches élevées -au-dessus du sol, et ne sont point anéanties dans leur effet, comme -dans le fameux péristyle du Louvre, par un soubassement d'une hauteur -excessive. La masse de l'entablement et du fronton qui le couronne ne -présente pas, comme au péristyle de Sainte-Geneviève, dont les -colonnes sont placées à de trop grands intervalles, un poids énorme -qui fatigue l'oeil. Rapprochées ici les unes des autres dans une juste -proportion, on voit qu'elles supportent sans effort le couronnement de -cet élégant édifice. - -Le grand bas-relief placé au-dessus de la porte représente, dans une -composition allégorique, le Gouvernement accordant des grâces et des -priviléges à la chirurgie; il est accompagné de la Sagesse et de la -Bienfaisance: le génie des arts lui présente le plan de l'école. -Toutes ces sculptures, extrêmement médiocres, sont de _Berruer_. - -Pour l'intérieur du monument, l'architecte a adopté un genre de -décoration qui peut remplacer avantageusement la sculpture: c'est la -peinture à fresque. On voit dans l'escalier la statue d'Hygie, déesse -de la santé; dans une salle du rez-de-chaussée, six figures imitant -le bas-relief; dans l'amphithéâtre un grand morceau en grisaille, -offrant un sujet allégorique, le tout exécuté par _Gibelin_. -Au-dessous de ce dernier tableau sont les bustes des deux fondateurs -de l'académie de chirurgie, La Peyronie et La Martinière, tous les -deux de la main de _Le Moine_. Cette école possédoit autrefois une -statue de Louis XV par _Tassaer_. - -Il est peu d'édifices conçus avec autant de goût et distribués aussi -heureusement que celui-ci. La critique, réduite à ne pouvoir attaquer -que certains détails de la décoration extérieure, est forcée de se -taire en considérant l'ensemble élégant et majestueux du monument. -Placé dans une rue étroite, il étoit impossible autrefois de jouir du -développement de sa façade; la démolition de l'église des Cordeliers a -formé devant lui une place vague qui en détruit également -l'effet[569]. - - [Note 569: M. Goudouin lui-même avoit été chargé, dit-on, de - ceindre cette place d'une décoration d'architecture composée - de constructions utiles et analogues au monument principal. - Sa mort a arrêté l'achèvement de ce projet, auquel il avoit - donné un commencement d'exécution par l'érection d'une - fontaine d'un très-beau style, et dont nous ne tarderons - point à parler. (_Voy._ l'article _Monuments nouveaux_, - etc.)] - -L'académie de chirurgie, dirigée par le ministre de Paris, se -composoit d'un président, premier chirurgien du roi; d'un directeur, -d'un vice-directeur et de plusieurs autres officiers tirés des -quarante conseillers qui formoient le comité perpétuel de l'académie. -Il y avoit vingt adjoints à ce comité; tous les autres maîtres en -chirurgie du collége étoient académiciens libres. - -Dix-sept professeurs donnant tous les jours des leçons sur les -diverses parties de la chirurgie, étoient distribués de la manière -suivante: - - Deux pour la physiologie. - Deux pour la pathologie chirurgicale. - Deux pour l'hygiène. - Deux pour l'anatomie. - Deux pour les opérations. - Deux pour les maladies des yeux. - Deux pour les accouchements. - Un pour la chimie. - Deux pour l'école pratique de - dissection. - -Cette compagnie avoit une assemblée publique, dans laquelle elle -distribuoit des prix fondés par plusieurs de ses membres les plus -célèbres[570]. - - [Note 570: La destination de ce monument est devenue commune - aux écoles de médecine et de chirurgie.] - - -LES CORDELIERS. - -Cet ordre religieux, institué en 1208 par saint François, près d'Assise -en Ombrie, et approuvé l'année suivante, fit des progrès si rapides, -qu'au premier chapitre, tenu en 1219, on comptoit déjà plus de cinq -mille députés. Ils avoient d'abord pris le nom de _Prédicateurs de la -Pénitence_, mais leur instituteur voulut, par humilité, qu'ils -s'appelassent _Frères Mineurs_; il ordonna même que le chef ou général -de l'ordre ne prît que le simple titre de ministre. Nos historiens -s'accordent à fixer leur arrivée à Paris de 1216 à 1217[571]; mais -Jaillot présume qu'il y a ici quelque erreur: car il en résulteroit que -ces religieux seroient restés treize à quatorze ans à Paris sans -établissement fixe, puisque c'est seulement en 1230 qu'ils se fixèrent -dans le lieu qu'ils ont occupé jusque dans les derniers temps. Cet -emplacement leur fut cédé à titre de _prêt_ par l'abbé et le couvent -Saint-Germain, sous la condition qu'ils ne pourroient avoir ni chapelle -publique, ni cimetière, ni cloches pour appeler les fidèles au service -divin, et que si par la suite ils venoient à quitter cette demeure, le -couvent de Saint-Germain rentreroit dans la propriété des lieux cédés, -et des augmentations qu'on y auroit faites. Telle est la forme de l'acte -de concession[572]; mais Jaillot prétend et prouve, ce nous semble, -très-bien que ce prétendu _prêt_ étoit une cession véritable que l'on -avoit déguisée sous ce titre, pour ne pas violer en apparence le voeu de -pauvreté absolue si rigoureusement ordonné par saint François à ses -religieux; et qu'en effet ce fut saint Louis qui acheta de l'abbaye tout -ce qu'elle paroissoit prêter aux Cordeliers. Plusieurs actes cités par -lui viennent à l'appui de son opinion. - - [Note 571: Du Breul, p. 514.--Sauval, t. I., p. 630.--Hist. - de Par., t. I, p. 284.--Piganiol, t. VII, p. 1, etc.] - - [Note 572: Du Breul, p. 515.--Hist. de Par., t. III, p. - 115.] - -Les religieux de Saint-Germain ne tardèrent pas à se relâcher de ces -conditions sévères qu'ils avoient imposées d'abord aux frères mineurs; -et dès 1240 on voit que non-seulement ils leur permirent d'avoir une -église, un cimetière et des cloches, mais encore qu'ils consentirent en -leur faveur à l'aliénation de deux pièces de terre que des personnes -pieuses vouloient acquérir pour eux, dont l'une étoit contiguë à leur -couvent, et l'autre située au-delà des murs. Saint Louis se chargea de -faire bâtir leur église, et y consacra une partie de l'amende de dix -mille livres, à laquelle il avoit condamné Enguerrand de Couci[573]. -Elle ne fut dédiée que le 6 juin 1262, sous le titre de -_Sainte-Magdeleine_. Depuis, ces religieux firent encore, sur les terres -de l'abbé de Saint-Germain, diverses acquisitions que celui-ci voulut -bien leur amortir; et en 1298, Philippe-le-Hardi leur donna la rue qui -régnoit le long des murs, depuis la porte d'Enfer jusqu'à celle de -Saint-Germain. Mais dans le siècle suivant, la nécessité où l'on se -trouva de fortifier la ville, lors de la prison du roi Jean, ayant forcé -d'abattre les maisons qu'ils avoient bâties sur ce terrain, et de -détruire une partie de leurs vignes pour creuser des fossés, Charles V -crut devoir les en dédommager en leur donnant la propriété de deux -maisons situées rue de la Harpe et de Saint-Côme, qu'il avoit achetées -des religieux de Molême; et de ses propres deniers fit construire pour -eux de grandes écoles et plusieurs autres bâtiments. Ils reçurent à -différentes époques des marques non moins éclatantes de la générosité de -plusieurs illustres personnages. Ce fut Anne de Bretagne qui fit -rebâtir leur réfectoire, lequel avoit cent soixante-douze pieds de long -sur quarante-trois de large. Un incendie, arrivé en 1580, ayant détruit -leur église presque de fond en comble[574], elle fut reconstruite sur -les mêmes fondements par les libéralités de Henri III, des chevaliers du -Saint-Esprit et autres personnes de considération. On commença les -travaux en 1582. En 1585 le choeur fut fini, et dédié sous l'invocation -de _Sainte-Magdeleine_. Les largesses du président de Thou, de son fils -Jacques-Auguste de Thou et de quelques autres, fournirent les moyens de -continuer la nef, qui fut achevée en 1606. En 1672 on bâtit la chapelle -du tiers-ordre de Saint-François, laquelle fut dédiée sous le nom de -_Sainte-Élisabeth_; enfin, en 1673, ces religieux firent reconstruire -leur cloître et élever au-dessus de vastes dortoirs. On mit alors sur la -porte cette inscription: _le grand couvent de l'observance de -Saint-François_, 1673[575]. Toutefois ces bâtiments ne furent achevés -que dix ans après. - - [Note 573: _Voy._ t. I, 2e part., p. 771.] - - [Note 574: Cet incendie arriva par l'imprudence d'un - religieux qui s'endormit la nuit dans l'église, où il - vouloit achever de dire l'office, après avoir attaché une - bougie allumée au lambris de la chapelle de - Saint-Antoine-de-Padoue. Il y avoit, dans cette chapelle une - grande quantité d'_ex-voto_ en cire: le feu y prit, et se - communiqua partout avec tant de rapidité et de violence, que - dans un moment l'église entière fut embrasée. Les cloches - furent fondues; le choeur, la nef, une partie du cloître - furent ravagés par les flammes, qui détruisirent aussi un - grand nombre de tombeaux[574-A].] - - [Note 574-A: Ces tombeaux, la plupart en marbre noir, - offroient l'effigie, en marbre blanc ou en albâtre, des - illustres personnages qui y avoient été inhumés. La mémoire - nous en a été conservée par Corrozet, le premier qui ait - imaginé d'écrire un livre sur Paris. Nous croyons devoir - transcrire ici la liste qu'il en donne, laquelle a été - négligée par le plus grand nombre de nos historiens. - - Marie, reine de France, femme de Philippe, fils de saint - Louis, morte en 1321. - - Jeanne, reine de France et de Navarre, femme de - Philippe-le-Bel, fondatrice du collége de Navarre, morte en - 1304. (Au-dessous de son tombeau étoit le monument d'un - prince et d'une princesse, tenant chacun un coeur dans leurs - mains, et sans épitaphe.) - - Jeanne, reine de France et de Navarre, morte en 1329. Le - coeur de Philippe-le-Long, son époux, mort en 1321. - - Le coeur de Jeanne, reine de France et de Navarre, femme de - Charles-le-Bel, morte en 1370. - - Le coeur de Blanche de France, fille de Philippe-le-Long, - morte religieuse de Longchamp en 1358. - - Mahaut, fille du comte de Saint-Paul, femme de Charles, - comte de Valois, fils de Philippe-le-Hardi, morte en 1358. - (Près de Mahaut étoit une autre princesse en habit de - religieuse, et sans épitaphe.) - - Madame _Ainznée_, fille du roi de Castille. (Le reste de - l'épitaphe étoit rompu.) - - Blanche de France, fille de saint Louis, femme de..... (Le - reste de l'épitaphe étoit aussi rompu; mais c'étoit sans - doute la princesse Blanche qui épousa Ferdinand de La Cerda, - fils d'Alphonse X, roi de Castille, car l'autre princesse - Blanche, également fille de saint Louis, ne fut point - mariée.) - - Louis de Valois, fils de Charles, comte de Valois et de - Mahaut, mort en 1329. - - Un prince, un chevalier, une dame, un comte et une comtesse, - sans épitaphe. - - Louis _Amnez_, fils de Robert, comte de Flandre, mort en - 1522. - - Pierre de Bretagne, fils de Jean duc de Bretagne, et de - Blanche, fille de Thibaut roi de Navarre. - - Charles, comte d'Étampes, frère de Jeanne, reine de France - et de Navarre, mort en 1336.] - - [Note 575: Au sujet de cette inscription, nous croyons - devoir remarquer que les frères Mineurs, appelés - _Cordeliers_, à cause de la corde qui leur servoit de - ceinture, étoient anciennement _Conventuels_; mais en 1502 - on introduisit chez eux une réforme, qui fut nommée - l'_Observance_, ce qui servit à les distinguer des autres - religieux du même ordre. Cependant, en 1771, un bref du pape - réunit les _Conventuels_ et les _Observantins_ existants en - France, sous l'autorité du général des Conventuels.] - -L'église des cordeliers passoit pour une des plus grandes de Paris: -c'étoit un immense vaisseau de trois cent vingt pieds de long sur plus -de quatre-vingt-dix de large, sans compter les chapelles des -bas-côtés. Le bâtiment n'en étoit point voûté, mais seulement plafonné -d'une charpente dont la couleur enfumée par le temps y répandoit une -grande obscurité et la rendoit d'un aspect désagréable; mais elle -contenoit un assez grand nombre d'illustres sépultures qui la -rendoient digne de l'attention des curieux[576]. - - [Note 576: L'église des Cordeliers a été entièrement - démolie. Une partie du cloître, qui existe encore, sert - d'hospice à l'École de Médecine.] - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CORDELIERS. - - TABLEAUX. - - Sur le maître-autel, décoré d'un très-beau tabernacle en marbre, - la Nativité de Notre-Seigneur; par _Franck_. - - Dans la chapelle des Gougenot, une Annonciation; par _Vien_. - - Dans une frise qui régnoit autour de la salle du chapitre, des - têtes de cardinaux, patriarches, généraux, saints et saintes de - l'ordre de Saint-François, peintes dans de petits compartiments. - - - SCULPTURES. - - Dans deux niches qui accompagnoient le jubé, les statues de saint - Pierre et de saint Paul. - - Dans la chapelle des Gougenot, sur le devant de l'autel, un - bas-relief en pierre de liais représentant l'ensevelissement de - Notre-Seigneur; par _Jean Goujon_. (Ce morceau de sculpture - venoit de la démolition de l'ancien jubé de - Saint-Germain-l'Auxerrois)[577]. - - [Note 577: Ce bas-relief, que tous les historiens ont cru de - bronze parce qu'il étoit noirci par le temps, et qu'ils ont - faussement attribué à _Germain Pilon_, se trouve maintenant - encastré dans le soubassement du tombeau du cardinal de - Bourbon, déposé aux Petits-Augustins. C'est un morceau - charmant où éclate toute la grâce, tout le sentiment de Jean - Goujon. On peut le mettre au nombre de ses meilleurs - ouvrages, et des chefs-d'oeuvre de la sculpture françoise.] - - Sur le portail de l'église, du côté de la rue de l'Observance, - une statue de saint Louis, estimée des antiquaires, et que l'on - disoit très-ressemblante. - - - TOMBEAUX ET SÉPULTURES. - - Dans cette église ont été inhumés: - - Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de France, - décapité en place de Grève le 19 décembre 1475. - - Derrière le choeur et à côté du grand autel, Pierre Filhol, - archevêque d'Aix, lieutenant général du roi au gouvernement de - Paris, mort en 1540. (Sa statue étoit couchée sur son - tombeau)[578]. - - [Note 578: Ce monument ne se trouve point au Musée des - Petits-Augustins.] - - Albert Pio, prince de Carpi, mort à Paris en 1535. (Il étoit - représenté en bronze, à demi couché sur son tombeau)[579]. - - [Note 579: Cette sculpture, exécutée par _Paul Ponce_, a - dans le style quelque chose d'un peu barbare; mais on y - remarque une belle pose, une draperie large et bien jetée, - le caractère ferme et hardi de l'école de Michel-Ange. Au - total c'est un bon ouvrage.] - - Alexandre de Hales, religieux de cet ordre, dit le docteur - irréfragable et maître de saint Thomas et de saint Bonaventure, - mort en 1245. - - Jean de La Haye, du même ordre, prédicateur ordinaire d'Anne - d'Autriche, mort en 1661. - - Bernard de Beon et du Massé, seigneur de Bouteville, conseiller - et lieutenant du roi, etc., mort en 1607. - - André Thevet, cosmographe de quatre rois, mort en 1590. - - François de Belleforêt, écrivain du seizième siècle, mort en - 1583. - - Dans une chapelle, Gilles-le-Maître, premier président au - parlement de Paris, mort en 1562. (On voyoit sa statue sur son - tombeau)[580]. - - [Note 580: Ce monument n'est point aux Petits-Augustins.] - - Dans la chapelle de Gondi, don Antoine, prétendu roi de Portugal, - mort en 1595. - - Don Diego Bothelh, seigneur portugais qui s'étoit attaché à sa - fortune, mort en 1607. - - Dans la chapelle des Longueil, plusieurs membres de cette - famille, entre autres Antoine de Longueil, évêque de - Saint-Pol-de-Léon, mort en 1500. (Sa statue étoit couchée sur une - tombe placée dans l'épaisseur du mur)[581]. - - [Note 581: Cette statue a été détruite.] - - Dans la chapelle des Besançon, plusieurs magistrats de ce nom et - des familles de Bullion et de Lamoignon, qui en descendent. (Dans - cette chapelle on voyoit sur un tombeau de marbre noir le buste - de M. de Bullion, surintendant des finances, mort en 1640)[582]. - - [Note 582: Ce buste, exécuté par _Anguier_, n'est pas - dépourvu de mérite. (Déposé aux Petits-Augustins.)] - - Dans la chapelle des Briçonnet, plusieurs membres de cette - famille illustre dans la magistrature. (Quatre bustes chargés - d'inscriptions offroient les images de quatre d'entre eux[583], - et à l'un des piliers on voyoit un squelette qui tenoit entre - ses mains l'épitaphe de Catherine Briçonnet, épouse d'Adrien du - Drac, morte en 1680.) - - [Note 583: Ces bustes, qui sont tous de la plus mauvaise - exécution, se voient dans le même Musée. Le squelette et - l'épitaphe n'existent plus.] - - Vis-à-vis la chapelle du Saint-Sépulcre, Jean de Rouen, savant - professeur de langues anciennes, mort en 1615. - - Dans la chapelle Sainte-Élisabeth, Claude-Françoise de Pouilly, - marquise d'Esne, etc., femme d'Alexandre, marquis de Redon, etc., - morte en 1672. - - Dans la chapelle des Gougenot, plusieurs membres de cette - famille, et entre autres l'abbé Gougenot, prieur de Maintenay, - associé libre de l'académie de peinture et sculpture, mort en - 1767[584]. - - [Note 584: Ce buste est également déposé aux - Petits-Augustins, ainsi qu'un médaillon ovale représentant - le père et la mère de ce personnage.] - - Plusieurs autres familles distinguées, telles que celles des - Aîmeret, des Riantz-Villeray, des Hardi-la-Trousse, des La - Palu-Bouligneux, des Vertamon, des Faucon-de-Ris, etc., avoient - leurs sépultures dans cette église. - - Dans la salle du chapitre: - - Sous une tombe plate, Nicolas de Lyre, docteur en théologie, - religieux Cordelier, et l'un des plus savants hommes de son - siècle, mort en 1340. - -Le couvent des Cordeliers occupoit un très-vaste emplacement, mais se -composoit d'un mélange de bâtiments anciens et sans symétrie, et de -bâtiments modernes et réguliers. Le cloître étoit le plus vaste et le -plus beau qu'il y eût à Paris. Le réfectoire, les dortoirs méritoient -d'être vus. La bibliothèque, composée d'environ vingt-quatre mille -volumes, étoit répartie en deux grandes pièces et trois cabinets. On y -conservoit des manuscrits précieux donnés à cette maison par saint -Louis, qui, comme on sait, légua ses livres, par égale portion, à ces -pères et aux Jacobins de la rue Saint-Jacques. Ils possédoient aussi -une collection de manuscrits grecs qui leur avoit été donnée par Marie -de Médicis. - -Deux confréries fameuses, celle du tiers ordre de Saint-François et -celle du Saint-Sépulcre avoient été établies ou transportées dans -l'église de ce couvent: saint Louis fut de la dernière, laquelle -existoit avant l'arrivée des Cordeliers à Paris. C'étoit aussi dans -une des salles de leur maison que se tenoient régulièrement, deux fois -par an, les assemblées des chevaliers de l'ordre royal de -Saint-Michel. - -Ce monastère servoit de collége aux jeunes religieux de l'ordre qui -venoient à Paris étudier la théologie. Parmi le grand nombre de ceux -qui s'y sont illustrés, on distingue Alexandre de _Hales_, saint -_Bonaventure_, Nicolas _de Lyre_, Jean _Duns_, dit _Scot_, surnommé le -_docteur subtil_, etc. Cet ordre a aussi donné à l'église quelques -papes et plusieurs cardinaux[585]. - - [Note 585: En 1502 le cardinal d'Amboise avoit jugé à propos - d'introduire la réforme dans plusieurs couvents dont les - désordres causoient du scandale et commençoient même à - donner de l'inquiétude. Les Cordeliers et les Jacobins - surtout attirèrent son attention; mais ces derniers, - auxquels il fit d'abord signifier l'ordre du pape, - refusèrent d'obéir. Le cardinal, indigné, envoya une troupe - de gens-d'armes avec ordre de chasser du couvent tous les - Jacobins réfractaires. Ceux-ci se barricadèrent, et, - soutenus de quelques écoliers, se défendirent assez - long-temps. Forcés néanmoins de céder dans cette première - attaque, ils osèrent revenir avec un renfort de douze cents - écoliers, qui les remit en possession de leur couvent, d'où - on ne put les chasser qu'en formant un nouveau siége. Les - Jacobins de la réforme de Hollande vinrent les remplacer. - - L'aventure des Cordeliers a un caractère encore plus - singulier: ils refusoient également la réforme que des - Cordeliers observantins, placés dans leur maison, vouloient - leur donner, lorsque le cardinal jugea à propos de leur - envoyer deux évêques qui avoient déjà été chargés de la - réforme des Jacobins. Avertis de leur visite, ces religieux - exposent le saint Sacrement sur l'autel, et commencent à - chanter des psaumes, des hymnes, des cantiques, fatiguent - les deux prélats, qui d'abord n'osent les interrompre, - redoublent leurs chants lorsque ceux-ci veulent leur imposer - silence, et les forcent enfin à sortir de leur église. Les - réformateurs revinrent le lendemain, accompagnés du prévôt - de Paris, de plusieurs autres magistrats et de cent archers, - avec ordre de chasser les Cordeliers, s'ils faisoient la - moindre résistance. On les trouva, comme la veille, - rassemblés dans leur église, où ils essayèrent encore de - recommencer leurs chants scandaleux; mais on les fit taire, - et la réforme se fit. Ils obtinrent seulement qu'elle ne fût - point faite par les Cordeliers observantins, mais par - dix-huit Cordeliers pris dans divers couvents. Dans le - siècle suivant, où ils eurent encore besoin d'être rappelés - à l'observation de leur règle, on tenta vainement de faire - entrer chez eux des Récollets. Ils s'y refusèrent - obstinément, et les obligèrent à se retirer en se réformant - eux-mêmes.] - - -LA SORBONNE. - -Cette belle institution devoit son origine à Robert, dit de _Sorbon_ -ou _Sorbonne_, lieu de sa naissance, situé dans le Rhételois. Né dans -l'obscurité, il étoit parvenu par sa science et par ses vertus à -mériter l'estime et les faveurs de saint Louis, dont il fut le -chapelain et non le confesseur, comme quelques-uns l'ont avancé. Dans -ce haut degré de fortune, Robert se ressouvint des obstacles que sa -pauvreté avoit apportés à ses études, et surtout des difficultés qu'on -éprouvoit à parvenir au doctorat quand on étoit né comme lui -absolument sans biens. Ce fut pour aplanir ces difficultés qui -pouvoient enlever à l'Église un grand nombre d'habiles défenseurs, -qu'il forma le dessein d'établir une société d'ecclésiastiques -séculiers qui, vivant en commun et dégagés de toute inquiétude sur les -besoins de la vie, ne seroient occupés que du soin d'étudier et de -donner gratuitement des leçons. Du Boulai et ceux qui l'ont suivi ne -nous présentent ce collége que comme un établissement fondé en faveur -de seize pauvres écoliers; mais le titre seul qu'il portoit prouve le -contraire: on voit qu'il s'appeloit dès le principe la _Communauté des -pauvres maîtres_, et que ses membres étoient, quelques années après, -désignés ainsi: _Pauperes magistri de vico ad portas_[586]. «C'étoit, -dit l'historien de l'Université[587], aux pauvres que Robert -prétendoit fournir des secours. La pauvreté étoit l'attribut propre de -la maison de Sorbonne; elle en a conservé long-temps la réalité avec -le titre, et depuis même que les libéralités du cardinal de Richelieu -l'ont enrichie, elle a toujours retenu l'épithète de _Pauvre_, comme -son premier titre de noblesse.» Elle la conserva jusque dans les -derniers temps, et les actes publics l'ont toujours qualifiée -_pauperrima domus_, exemple rare et vraiment admirable d'humilité -chrétienne, humilité dont son fondateur lui avoit du reste fourni le -modèle: car on ne voit point qu'il ait voulu faire porter son nom à ce -collége, et l'on sait qu'il se contenta du titre de _Proviseur_, plus -simple alors qu'il ne l'est aujourd'hui. - - [Note 586: Cart. Sorb. ad. ann. 1274.] - - [Note 587: Crévier, t. I, p. 495.] - -Nos historiens ont extrêmement varié sur l'époque de la fondation de -cet établissement; et la plupart, rapportant les lettres de concession -accordées par saint Louis et datées de Paris l'an 1250, n'ont pas fait -attention en adoptant cette date qu'alors saint Louis étoit en Afrique -depuis deux ans, et par conséquent qu'elle ne pouvoit être qu'une -erreur de copiste. L'abbé Ladvocat, docteur et bibliothécaire de ce -collége, est tombé dans une erreur à peu près semblable, lorsque, -d'après des inscriptions gravées dans la maison même de Sorbonne, il -fixe cette fondation à l'année 1253, puisque saint Louis ne revint en -France que l'année suivante. Il a du reste reconnu cette erreur; et en -examinant avec attention tous les actes relatifs à la fondation de la -Sorbonne, il faut, avec raison, la reculer jusqu'à l'année 1256. - -Une erreur plus grave est celle de Piganiol[588], qui présente comme -fondateur de cette maison Robert de Douai, chanoine de Senlis et -médecin de la reine Marguerite de Provence. Il cite à ce sujet le -testament de ce personnage; mais, s'il l'avoit lu avec attention, il -eût reconnu d'abord que ce titre, daté de 1258, est postérieur à -l'érection du collége, ensuite que le testateur n'a d'autre intention, -en faisant un legs, que d'augmenter une fondation déjà faite. Robert -de Douai fut le bienfaiteur de la nouvelle institution et non son -fondateur; et ce titre il le partagea avec Guillaume de Chartres, -chanoine de cette ville, Guillaume de Némont, chanoine de Melun, tous -deux chapelains de saint Louis, et même avec ce prince, qui, malgré -toutes les libéralités dont il combla ce collége, n'en fut jamais -appelé le fondateur[589]. - - [Note 588: T. VI, p. 321.] - - [Note 589: L'inscription rapportée par la plupart des - historiens de Paris indique seulement que c'est sous _son - règne_ que la Sorbonne fut fondée: _Ludovicus, rex - Francorum_, SUB QUO _fundata fuit domus Sorbonæ_.] - -Si nous reprenons l'histoire de cette fondation, nous trouvons que -Robert de Sorbonne, ayant acquis ou échangé avec saint Louis quelques -maisons dans la rue Coupe-Gueule et dans la rue voisine[590], y fit -bâtir les premiers édifices de son collége et une chapelle. Il acquit -ensuite de Guillaume de Cambrai ce qui restoit de terrain et de maisons -jusqu'à la rue des Poirées; et, considérant que l'établissement qu'il -venoit de former n'étoit destiné que pour des théologiens, il imagina de -faire élever sur une partie de l'emplacement qu'il venoit d'acquérir un -collége dans lequel on enseigneroit les humanités et la philosophie, et -où l'on prépareroit ainsi des élèves propres à entrer dans les écoles de -Sorbonne. Ce collége, achevé en 1271, reçut le nom de _Calvi_ ou la -_Petite-Sorbonne_; la chapelle, dédiée d'abord à la _sainte Vierge_, fut -rebâtie en 1326, et mise, en 1347, sous la même invocation et sous -celle de _sainte Ursule_ et de ses compagnes, dont l'église célébroit la -fête le 21 octobre, jour de la dédicace. - - [Note 590: Cette rue n'est pas nommée dans les actes, mais - elle paroît être celle que l'on nomme aujourd'hui _rue de - Sorbonne_. Saint Louis permit à Robert de la faire fermer à - ses extrémités, ce qui lui fit donner le nom de _rue des - Deux-Portes_, comme nous le dirons ci-après.] - -Les choses restèrent en cet état jusqu'au ministère du cardinal de -Richelieu. Ce ministre, qui aimoit tout ce qui avoit de l'éclat, pensa -qu'il feroit une chose utile pour sa gloire s'il faisoit rebâtir avec -une magnificence digne de lui le collége dans lequel il avoit étudié -la théologie. L'architecte _Le Mercier_, qui avoit déjà bâti pour lui -le Palais-Royal, fut chargé de lui présenter un plan, tant pour la -construction d'une église que pour celle des bâtiments qui devoient -l'accompagner. La première pierre de la maison[591] fut posée en 1627 -par l'archevêque de Rouen; il posa lui-même celle de l'église en 1635. -Cependant elle ne fut achevée que long-temps après sa mort, en 1653, -comme le constatoit une inscription attachée au portail du côté de la -cour. - - [Note 591: La maison de Sorbonne se compose de trois grands - corps de logis, flanqués dans leurs encoignures par quatre - gros pavillons, le tout environnant une cour qui a la forme - d'un carré long. Trente-sept professeurs avoient le droit - d'y être logés.] - -Cette église, dont l'architecture a été présentée par tous les -historiens de Paris comme un chef-d'oeuvre digne de la plus grande -admiration, se compose du côté de la place d'un portail décoré de -deux ordres corinthien et composite élevés l'un sur l'autre, et assez -semblable pour la masse à celui du Val-de-Grâce. Du côté de la cour, -l'édifice est également terminé par un portail qui n'a qu'un seul -ordre; il est élevé sur des marches, couronné d'un fronton, et, à -quelques égards, conçu d'après le système du portique du Panthéon à -Rome; mais l'espacement inégal des colonnes et leur accouplement aux -angles de cette construction nuisent beaucoup à sa beauté. Le reste de -cette façade, ouverte par deux étages de croisées, manque de -caractère; la multiplicité des corps et des profils en détruit -l'effet, et lui donne autant l'air d'un palais que d'une église. Au -milieu de ces deux morceaux d'architecture s'élève un dôme dont les -campanilles trop petites ne donnent point à l'ensemble cette forme -pyramidale qui rend si agréable l'aspect de Saint-Pierre de Rome et de -Saint-Paul de Londres. Au total, il y a plus de richesse et de -prétention que de véritable beauté dans cette composition. - -L'intérieur, décoré d'un ordre de pilastres couronné par une corniche, -étoit remarquable par l'éclat des marbres qui brilloient dans le -pavement et dans les deux autels placés en face de chaque portail, -ainsi que par les belles peintures que Philippe de Champagne avoit -exécutées dans quelques parties du dôme; mais les curieux y -admiroient surtout le mausolée du cardinal de Richelieu, lequel -passoit pour le chef-d'oeuvre de Girardon[592]. - - [Note 592: _Voy._ les pl. 173, 174, 175.] - - - CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA SORBONNE. - - TABLEAUX. - - Au-dessus du grand autel, le Père Éternel dans une gloire; par - _Le Brun_. - - Dans une des petites chapelles pratiquées dans l'épaisseur des - piliers du dôme, la prédication de saint Antoine; par - _Noël-Nicolas Coypel_. - - Dans une autre, saint Hilaire, évêque de Poitiers; par le même. - - Dans une troisième, saint Paul recouvrant la vue; par _Brenet_. - Dans les pendentifs du dôme, les quatre Pères de l'église, peints - à fresque par _Philippe de Champagne_. - - Dans la grande salle des actes, les portraits des papes depuis - Benoît XIV, donnés successivement à la Sorbonne par chacun des - pontifes régnant; ceux de Louis XV, du roi Stanislas, de Louis - XVI et de quelques proviseurs de la maison, depuis le cardinal de - Richelieu. - - Dans la bibliothèque, le portrait en pied du cardinal; celui de - Michel Le Masle, son secrétaire; un portrait très-ressemblant du - célèbre Érasme, et ceux de plusieurs autres hommes célèbres. - - - SCULPTURES. - - Sur le grand autel, construit d'après les dessins de _Bullet_, et - décoré de six colonnes corinthiennes avec bases et chapiteaux de - bronze doré, un Christ de marbre blanc de six à sept pieds de - proportion sur un fond de marbre noir; par _Michel Anguier_. - - Sur le fronton qui couronnoit cette ordonnance, deux anges; par - _Tuby_ et _Vancleve_. - - Entre les colonnes, une statue de la Vierge en marbre; par - _Louis Le Comte_; un saint Jean l'Évangéliste; par _Cadène_. - - Entre les pilastres de la nef, les statues des douze Apôtres et - plusieurs anges de grandeur naturelle; par _Berthelot_ et - _Guillain_. - - Dans la chapelle de la Vierge, une statue de cette mère du - Sauveur tenant l'enfant Jésus entre ses bras; par _Desjardins_. - - Dans la bibliothèque, le buste en bronze du cardinal de - Richelieu; par _Jean Varin_[593]. - - [Note 593: Tous ces monuments n'existent plus; et l'on a pu - remarquer qu'à l'exception des figures qui ornoient les - tombeaux, presque toutes les sculptures qui servoient à la - décoration des églises ont été détruites.] - - - SÉPULTURES. - - Au milieu du choeur, le mausolée de ce fameux ministre, exécuté - par _Girardon_[594]. Le corps du cardinal étoit déposé dans un - caveau pratiqué au-dessous de ce monument. - - [Note 594: Le cardinal y est représenté couché sur son - tombeau, une main sur sa poitrine, l'autre étendue, les yeux - levés vers le ciel. La Religion le soutient; à ses pieds une - femme, que l'on croit être la figure allégorique de la - Science ou de l'Histoire, se penche sur le sarcophage avec - l'expression de la plus vive douleur. Derrière le groupe, - deux génies soutiennent l'écusson du ministre. - - Ce mausolée, que l'on regarde comme le chef-d'oeuvre de - Girardon, a long-temps passé pour un ouvrage accompli; et ce - préjugé, dont le vulgaire est encore imbu, n'est pas même - entièrement effacé dans l'esprit de certains artistes et de - prétendus connoisseurs obstinément attachés aux vieilles - routines. Tous les historiens de Paris n'en ont parlé - qu'avec des transports d'admiration; et ce sera sans doute - un grand sujet d'étonnement pour tous ceux qui ne le - connoissent que par sa haute renommée, lorsque nous leur - dirons que ce prétendu chef-d'oeuvre est loin même d'être un - bon ouvrage. On y trouve tous les défauts que nous avons - reprochés à l'école du siècle de Louis XIV, défauts qui ont - si rapidement amené la décadence entière de l'art sous Louis - XV. Partout un goût systématique et faux y prend la place de - l'imitation noble et vraie de la nature. Les draperies, - jetées avec affectation, et exécutées en quelque sorte de - _pratique_, ne présentent qu'un chiffonnage mesquin, lourd - et monotone. La tête du cardinal, quoique touchée avec - mollesse, n'est pas dépourvue d'expression, mais celle de la - Religion est froide et sans caractère. La statue de la femme - éplorée est beaucoup meilleure, et cette figure, qui offre - dans sa pose une imitation frappante de la jeune fille du - _testament d'Eudamidas_[594-A], pourroit même passer pour un - morceau recommandable, si l'on n'y retrouvoit encore ces - draperies lourdes et chiffonnées qui partout fatiguent et - rebutent l'oeil de l'amateur délicat. La mollesse de touche - que l'on peut généralement reprocher à l'auteur de ce - monument l'a servi assez heureusement dans l'exécution des - deux enfants. Cependant ces petites figures sont loin encore - d'avoir le degré de finesse et de vérité qu'exigeroit une - imitation parfaite de la nature, et que l'on retrouve si - éminemment dans les belles sculptures du siècle - précédent[594-B].] - - [Note 594-A: Tableau célèbre du Poussin.] - - [Note 594-B: Ce monument est bien conservé, et n'a d'autre - restauration que le nez de la figure du cardinal, mutilé - pendant les jours révolutionnaires.] - -La bibliothèque, l'une des plus nombreuses et des plus précieuses de -Paris, contenoit près de soixante mille volumes et cinq mille -manuscrits, parmi lesquels dominoient les ouvrages de théologie. On y -comptoit environ huit cents bibles différentes, dont plusieurs étoient -des premiers temps de l'imprimerie; plusieurs manuscrits sur vélin -ornés de miniatures et de vignettes dorées; une collection d'estampes -très-rares; des globes d'une grande dimension; une sphère armillaire -en cuivre, etc., etc. - -Quant au régime intérieur de cette maison, il paroît certain que, dès -les premiers temps, on y admit des docteurs, des bacheliers, boursiers -et non boursiers, de pauvres étudiants: il y en avoit même encore à -la fin du siècle dernier. Ceux qui l'habitoient furent dès-lors -distingués par les noms d'_hôtes_ et d'_associés_, et on les recevoit -de quelque pays qu'ils pussent être. Ce premier réglement n'a pas -cessé un moment d'être en vigueur: les hôtes restoient dans la maison -jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu le bonnet de docteur, ou l'espace de -deux années après avoir reçu la bénédiction de licence; seulement leur -nom avoit été changé en celui de _docteurs_ ou _bacheliers de la -maison de Sorbonne_, tandis que les _associés-boursiers_ portoient -celui de _docteurs_ ou _bacheliers de la maison et société de -Sorbonne_. Du reste l'égalité la plus parfaite régnoit entre tous les -membres; ils n'admettoient ni maîtres ni disciples, et cette sagesse -de leurs réglements ne s'est pas démentie un seul instant[595]. - - [Note 595: Les chaires de théologie fondées en Sorbonne, et - qui existoient dans les derniers temps, étoient au nombre de - sept: - - La première, fondée en 1532 par Ulrich Gering, célèbre - imprimeur allemand, étoit connue sous le titre de _chaire de - lecteur_. - - La deuxième et la troisième, fondées en 1596 par Henri IV, - avoient pour objet, l'une _la théologie contemplative_, - l'autre _la théologie positive_. - - La quatrième, fondée en 1606 par M. de Pellejai, conseiller - au parlement, étoit destinée à _l'interprétation de - l'écriture sainte_. - - La cinquième, pour _les cas de conscience_, étoit due à M. - de Rouan, principal du collége des Trésoriers, et avoit été - établie en 1612. - - La sixième, qui traitoit des _controverses_, avoit été - fondée en 1616 par Louis XIII. - - La septième, consacrée à _l'interprétation du texte hébreux - de l'écriture_, avoit pour fondateur le duc d'Orléans, qui - l'avoit créée en 1751.] - -Les écoles extérieures étoient situées sur la place de Sorbonne. -C'étoit un vaste bâtiment dans lequel se faisoit la distribution des -prix de l'Université, en présence du parlement[596]. - - [Note 596: L'église de Sorbonne, entièrement dégradée dans - son intérieur, est restée long-temps déserte et abandonnée - pendant la révolution. Les bâtiments de la maison avoient - été destinés à loger des artistes. Sur l'état actuel de ce - monument _voy._ l'art. _Monuments nouveaux_, etc.] - - -COLLÉGES, ÉCOLES, etc. - -_Collége d'Autun_ (rue Saint-André-des-Arcs). - -Ce collége avoit été fondé par Pierre Bertrand, d'abord évêque de -Nevers, ensuite d'Autun, et depuis cardinal; c'est la raison pour -laquelle dans plusieurs actes il est indiqué sous le nom de collége -_du cardinal Bertrand_. Dès l'année 1336, ce prélat, dans l'intention -de faire une fondation de ce genre, avoit acheté quelques bâtiments -contigus à une maison qu'il possédoit dans la rue et vis-à-vis -l'église Saint-André. Les formalités nécessaires pour consolider son -entreprise ne lui permirent pas de la commencer avant l'année 1341; et -c'est en effet en cette année et non en 1337, comme l'ont prétendu -divers historiens, que fut passé l'acte de fondation pour un -principal, un chapelain et quinze boursiers, dont cinq devoient -étudier en théologie, cinq en droit et cinq en philosophie. Leur -nombre s'augmenta depuis de trois boursiers, par les libéralités -d'Oudard de Moulins, qui les fonda en 1398, et de trois autres fondés -en 1644 par François de Sazéa, évêque de Bethléem et principal de ce -collége. La réunion qu'on en fit en 1764 au collége de Louis-le-Grand -fit naître l'idée de placer l'école de dessin dans ses bâtiments, ce -qui fut exécuté quelques années après[597]. - - [Note 597: Les bâtiments de ce collége sont aujourd'hui - entièrement détruits et remplacés par des maisons - particulières.] - - -_Collége de Boissi_ (rue du Cimetière-Saint-André). - -La plupart de ceux qui ont écrit sur Paris ont également varié et sur la -date et sur l'auteur et sur les clauses de cette fondation. En -rétablissant les faits d'après les actes les plus authentiques, on -trouve que Godefroi ou Geoffroi Vidé, prêtre, chanoine de l'église de -Chartres, et clerc du roi, mort en 1354, avoit ordonné par son testament -que ce qui resteroit de son bien, après les legs payés, fût distribué -aux pauvres de Paris et à ceux de Boissi-le-Sec, lieu de sa naissance, -si toutefois les exécuteurs testamentaires ne jugeoient pas à propos -d'en disposer autrement. La fondation d'un collége leur parut une chose -plus utile que cette distribution; et Étienne Vidé, l'un d'eux, neveu du -testateur, chanoine de Laon et de Saint-Germain-l'Auxerrois, offrit à -cet effet la maison qu'il occupoit rue Saint-André et des Deux-Portes, -et deux autres maisons contiguës. Cette fondation fut faite pour six -écoliers, dont le plus ancien devoit être appelé _maître_, et un -chapelain, avec cette clause que tous seroient pris dans la famille de -Geoffroi et d'Étienne; à leur défaut, parmi les pauvres du village de -Boissi-le-Sec; enfin s'il ne s'en trouvoit point dans ceux-ci qui -eussent la capacité suffisante, ces boursiers devoient être choisis sur -la paroisse Saint-André par les exécuteurs testamentaires, et après eux -par le chancelier de l'église de Paris et le prieur des Chartreux. Par -le même acte, Étienne Vidé déclare expressément qu'il veut que ces -boursiers soient pauvres, et de basse extraction, comme lui et ses -ancêtres avoient été, _quí non sint nobiles, sed de humili plebe, et -pauperes, sicut nos et prædecessores nostri fuimus_, ce qui détruit sans -réplique l'opinion de quelques auteurs qui veulent que Geoffroi et -Étienne fussent seigneurs de Boissi-le-Sec. Le fondateur désiroit aussi -qu'après sa mort le nombre des boursiers fût porté à douze, si ses -facultés le permettaient; mais ce voeu n'eut point son exécution, et -l'on ne voit d'autre augmentation que celle d'une septième bourse dont -ce collége fut redevable, en 1717, à Guillaume Hodei. En 1519, Michel -Chartier, principal de ce collége, y avoit fait bâtir une chapelle sous -l'invocation de la sainte Vierge, de saint Michel et de saint Jérôme. - -Le collége de Boissi est un de ceux qui furent réunis à l'Université à -la fin du siècle dernier[598]. - - [Note 598: Les bâtiments en sont habités par des - particuliers.] - - -_Le Collége Mignon, dit depuis de Grandmont_ (rue Mignon). - -Ce collége fut fondé, en 1343, par Jean Mignon, archidiacre de Blois -dans l'église de Chartres[599], et maître des comptes à Paris. Il -l'institua pour douze écoliers qui devoient être pris, autant qu'il -seroit possible, dans sa famille, et acquit dans cette intention, rue -de l'Écureuil et des Petits-Champs, quelques maisons qu'il fit -amortir; mais la mort l'empêcha d'exécuter ce projet, dont l'entier -achèvement fut confié à ses exécuteurs testamentaires. Ils y mirent -assez de lenteur pour que l'Université se crût autorisée à en porter -des plaintes au roi Jean, qui régnoit alors. Par un arrêt du conseil -rendu en 1353[600], huit ans après la mort du testateur, il fut -ordonné que Robert Mignon, exécuteur du testament de son frère, -achèteroit avant Noël des rentes suffisantes pour l'entretien de douze -écoliers, leur abandonnerait la maison qu'occupoit Jean Mignon, ou une -autre de même valeur; y construiroit une chapelle, etc., etc. Par ce -même arrêt le roi amortit les biens destinés à la fondation de cette -chapelle, et s'en déclara le fondateur, se réservant tous les droits -d'administration. La chapelle, bâtie par les soins de Michel Mignon, -fils de Robert, fut dédiée sous l'invocation de saint Gilles et saint -Leu[601]. - - [Note 599: L'évêché de Blois étoit un démembrement de celui - de Chartres; il fut érigé, par une bulle d'Innocent XII, le - 1er juillet 1697. (Gall. christ., t. VIII, inst. col. 451.)] - - [Note 600: Trésor des Chartres. Paris, liv. III, nº 22.] - - [Note 601: Sauval, t. III, p. 217.] - -Les choses restèrent en cet état jusqu'au règne de Henri III. Ce -prince, voulant procurer un établissement aux Hiéronymites qu'il avoit -amenés de Pologne, les plaça d'abord dans un logement qu'il avoit fait -construire sur une partie de l'emplacement du palais des Tournelles, -et, peu de temps après, jugea à propos de les transférer au bois de -Vincennes à la place des religieux de Grandmont. Ceux-ci reçurent -alors, en échange de l'habitation qu'on leur enlevoit, le collége de -Mignon et 12000 livres de rente. Il fut convenu qu'on y mettroit un -prieur et sept religieux, lesquels feroient les études convenables -pour céder ensuite la place à d'autres, arrangement qui fut confirmé -par des lettres-patentes données en 1584, et par des bulles du pape -de 1585. Malgré les oppositions que l'Université crut mal à propos -devoir y mettre[602], ce collége, connu depuis ce temps sous le nom de -_Grandmont_, fut occupé par ces religieux jusqu'en 1769, époque à -laquelle il fut réuni à celui de Louis-le-Grand. Vingt ans auparavant, -en 1749, la chapelle avoit été agrandie et décorée d'un portail[603]. - - [Note 602: L'affaire fut portée au parlement, et il fut - facile de prouver qu'il n'étoit pas question ici de - suppression, mais seulement de changement de boursiers - séculiers en réguliers.] - - [Note 603: Les bâtiments en sont maintenant occupés par une - administration publique.] - - -_Collége de Vendôme_ (rue du Jardinet). - -Ce collége, qui occupoit avec l'hôtel du même nom l'espace compris -entre la rue du Jardinet et celle du Battoir, fut démoli en 1441. Le -procès-verbal fait à l'occasion de cette démolition ne donne aucun -renseignement au sujet de sa fondation. - - -_Collége de Tours_ (rue Serpente). - -Il doit sa fondation à Étienne de Bourgueil, archevêque de la ville -dont il a pris le nom. Tous les historiens en fixent l'époque à -l'année 1333. Jaillot seul prétend avoir lu un acte qui en fait -remonter l'existence jusqu'en 1330. Ce collége avoit été fondé pour un -principal et six boursiers dont l'archevêque de Tours s'étoit réservé -la nomination pour lui et pour ses successeurs. La mauvaise -administration de ceux qui le dirigeoient, et les dettes qu'ils -avoient successivement contractées, avoient forcé de vendre une partie -des biens destinés à la fondation et de suspendre les bourses, lorsque -ce collége fut enfin réuni à celui de l'Université[604]. - - [Note 604: C'est maintenant un hôtel garni.] - - -_Collége de Suède_ (même rue). - -Ce collége existoit en 1333, et il en est fait mention dans l'acte de -fondation de celui des Lombards, daté de la même année. Nous n'avons -pu découvrir ni quand il a été fondé, ni quand il a été détruit. - - -_Collége de Notre-Dame de Bayeux_ (rue du Foin). - -Ce collége, plus communément appelé collége de _Maître Gervais_, fut -fondé par maître Gervais Chrétien, chanoine des églises de Bayeux et -de Paris, _physicien_, c'est-à-dire médecin de Charles V. Les -libéralités de ce prince l'avoient rendu propriétaire de trois maisons -situées rue Erembourg-de-Brie, et de deux autres rue du Foin, qui -étoient contiguës aux premières. Ce fut par leur réunion qu'il forma -son collége, auquel il assigna des revenus pour l'entretien de -vingt-quatre boursiers. Le contrat de fondation est, suivant Jaillot, -du 20 février 1370. Charles V l'approuva par ses lettres données en -1378, augmenta la fondation de deux bourses destinées à des étudiants -en mathématiques, y ajouta la concession des dîmes de Saineville et de -Caenchi, etc., et voulut mettre le comble à ses bienfaits en honorant -ce collége du titre de _fondation royale_. - -L'année même de sa création, on avoit réuni aux écoliers du collége de -Bayeux ceux d'un petit collége que Robert Clément avoit fondé, rue -Hautefeuille, quelques années auparavant, et auxquels le fondateur -n'avoit laissé que la maison qu'ils habitoient et 18 livres de rente, -somme insuffisante pour les faire subsister. Le collége de Bayeux fut -lui-même réuni, dans le siècle dernier, au collége de l'Université[605]. - - [Note 605: Il est maintenant habité par des particuliers.] - - -_Collége de Bourgogne_ (rue des Cordeliers). - -Ce collége s'honoroit d'avoir pour fondatrice Jeanne, comtesse de -Bourgogne, épouse de Philippe-le-Long. Cette princesse avoit ordonné -par son testament, fait en 1329, que son hôtel de Nesle seroit vendu, -et que le prix qui en proviendroit serviroit à l'établissement d'un -collége, dans lequel on recevroit vingt pauvres écoliers de la -province de Bourgogne, auxquels elle léguoit en outre une somme de 200 -livres. Ses exécuteurs testamentaires, ayant vendu l'hôtel de Nesle au -duc de Berri, achetèrent en conséquence une maison vis-à-vis les -Cordeliers, dans laquelle ils établirent, en 1331, un collége tel -qu'elle l'avoit prescrit, sous le nom de _Maison des écoliers de -madame Jeanne de Bourgogne_, _reine de France_. Cette fondation fut -approuvée par le pape Jean XXII et par Guillaume de Chanac, évêque de -Paris, en 1334 et 1335. Vers le même temps on érigea dans ce collége -une chapelle sous l'invocation de la Vierge. - -Cette fondation avoit été faite pour vingt boursiers étudiant en -philosophie et non en d'autres facultés; et parmi eux devoient être -choisis le principal et le chapelain. En 1340 on fonda un second -chapelain. Par arrêt donné en 1536 il fut ordonné que les boursiers ne -pourroient rester plus de cinq ans dans la maison; enfin, le 6 -novembre 1607, le nombre des bourses fut réduit à dix, y compris le -principal et les deux chapelains, par ordonnance du chancelier de -l'église de Paris et du gardien des Cordeliers, proviseurs et -administrateurs nés de ce collége; toutefois avec cette clause qu'on y -donneroit le logement seulement à dix autres écoliers du comté de -Bourgogne, lesquels seroient choisis de préférence pour remplir les -places de boursiers qui viendroient à vaquer. - -Le collége de Bourgogne avoit suivi le sort des autres petits colléges -qui n'étoient pas de plein exercice, et sa réunion à l'Université -avoit été faite en 1764. L'académie royale de chirurgie, placée dans -la même rue entre l'église des Cordeliers et celle de Saint-Côme, se -trouvant trop resserrée, et n'ayant pu jusqu'alors accroître ses -bâtiments, profita de cette circonstance pour obtenir, en 1768, un -arrêt du conseil qui nomma des commissaires et les autorisa à faire au -nom du roi l'acquisition de ce collége et de quatre maisons qui en -dépendoient, afin d'y placer les écoles de cette compagnie. Cette -acquisition fut faite le 9 mars 1769. - - -_Collége de Dainville_ (rue des Cordeliers). - -Michel de Dainville, archidiacre d'Ostrevant, au diocèse d'Arras, -fonda ce collége en 1380, tant en son propre nom que comme exécuteur -testamentaire de Gérard et de Jean de Dainville ses frères. Cette -fondation fut faite pour douze boursiers, parmi lesquels on devoit -choisir le principal et le procureur, et dont six devoient être du -diocèse d'Arras, six de celui de Noyon. Le fondateur les établit dans -une maison qu'il possédoit à l'angle que forme la rue de la Harpe avec -celle des Cordeliers; et sur le mur on plaça une sculpture qui -représentoit les rois Jean et Charles V, avec les fondateurs, -présentant à la sainte Vierge le principal et les boursiers de ce -collége; il a été réuni en 1763 à celui de l'Université[606]. - - [Note 606: C'est maintenant un hôtel garni.] - - -_École gratuite de dessin_ (même rue). - -Cette école, érigée par lettres-patentes du 20 octobre 1767, et placée -d'abord dans les bâtiments du collége d'Autun, rue Saint-André-des-Arcs, -fut ensuite transférée dans la rue des Cordeliers, à l'ancien -amphithéâtre de Saint-Côme. Elle avoit été ouverte en faveur de cent -cinquante jeunes gens que l'on y recevoit, quelle que fût leur -profession, et même sans aucune profession, pourvu qu'ils eussent -atteint l'âge de huit ans. Ils y apprenoient, suivant que leurs -dispositions les y portoient, quelque branche de cet art, telles que -l'architecture, la figure, les animaux, les fleurs, l'ornement, etc.; -et, tous les ans, on y distribuoit de grands prix avec beaucoup de -solennité. - -Le roi étoit le protecteur de cette école, dont le lieutenant de -police présidoit le bureau d'administration[607]. - - [Note 607: _V._ pl. 178. Ce monument n'a point changé de - destination.] - - -_Collége de Séez_ (rue de la Harpe). - -Ce collége fut fondé en 1427 par Jean Langlois, exécuteur -testamentaire de Grégoire Langlois son oncle, évêque de Séez, pour -huit boursiers, y compris le principal et le chapelain, dont quatre -devoient être du diocèse de Séez et quatre de celui du Mans. La -nomination de ces bourses se partageoit entre l'évêque de Séez et -l'archidiacre de Passais. Jean Aubert, principal du collége de Laon, -et commissaire député de l'évêque de Séez, y joignit depuis deux -bourses nouvelles qui furent prises sur les sommes économisées par le -principal de ce collége. - -En 1737, le prélat qui tenoit alors le siége de cette ville donna par -contrat une somme de 40,000 livres à rente à ce collége, sous la -condition que la moitié du revenu seroit mise en réserve et accumulée -jusqu'à ce qu'elle formât 10,000 livres pour chacune des trois -bourses, à la fondation desquelles cette somme étoit réservée. Il -paroît que la première somme avoit été fournie par le diocèse de Séez, -et par conséquent que la rente lui en appartenoit. - -La plus grande partie des bâtiments de ce collége, qui a été réuni à -celui de l'Université, avoit été reconstruite en 1730, ainsi que le -témoignoit une inscription placée au-dessus de la porte. On prétend -que ces constructions nouvelles, dues aux libéralités de M. -Charles-Alexandre Lallemand, évêque de Séez, avoient coûté près de -100,000 livres[608]. - - [Note 608: Les bâtiments de ce collége sont habités par des - particuliers.] - - -_Collége de Bayeux_ (même rue). - -Le nom de ce collége, et la qualité du fondateur qui étoit alors -évêque de Bayeux, pourroient faire penser qu'il avoit été destiné pour -des écoliers de ce diocèse; cependant ils n'y avoient aucun droit. -Guillaume Bonnet, ce fondateur dont nous parlons, étoit né dans un -lieu dépendant de l'archidiaconé de Passais, au diocèse du Mans; ce -fut dans celui d'Angers qu'il fut élevé. Il y posséda des bénéfices et -des dignités; et ce fut pour donner un témoignage éclatant de sa -reconnoissance qu'il résolut, lorsqu'il fut monté sur le siége de -Bayeux, de fonder à Paris un collége en faveur de douze boursiers, -dont six seroient pris dans le diocèse du Mans et six dans l'évêché -d'Angers. L'acte est daté de l'année 1308, et contient le détail des -rentes et maisons qu'il affectoit à l'entretien de ce collége[609]. -Robert Benoît, son exécuteur testamentaire, en dressa les statuts en -1315. D. Félibien dit qu'il ajouta quatre nouveaux boursiers aux douze -anciens: cette nouvelle fondation est en effet ordonnée par le premier -article des statuts; mais on ne trouve aucune preuve qu'elle ait été -exécutée. Le collége de Bayeux a été réuni à l'Université[610]. - - [Note 609: Il y avoit entre autres trois maisons sises - vis-à-vis, appelées _les Marmousets_, qui ont été acquises - depuis et enclavées dans le collége de Harcour.] - - [Note 610: C'est maintenant une maison habitée par des - particuliers.] - - -_Collége de Justice_ (même rue). - -Ce collége a pris le nom de Jean de Justice, chantre de Bayeux, -chanoine de Paris et conseiller du roi. Dans l'intention de faire -cette fondation, il avoit acheté quelques maisons appartenant à -l'Hôtel-Dieu et situées rue de la Harpe, entre l'hôtel de Clermont et -les dépendances du collége de Bayeux[611]; mais sa mort, arrivée en -1353, l'ayant empêché de consommer son ouvrage, ses exécuteurs -testamentaires se trouvèrent chargés de ce soin, qu'ils remplirent -dès l'année suivante. Les historiens de Paris ne sont pas d'accord sur -cette date, qui cependant doit être la bonne par plusieurs raisons, et -principalement parce qu'elle est celle de l'acte d'amortissement qui -se trouvoit autrefois dans les archives de Saint-Germain. Ce collége -avoit été destiné pour douze boursiers, étudiant en médecine et en -philosophie, parmi lesquels étoient choisis le principal, le chapelain -et le procureur, et dont huit devoient être pris dans le diocèse de -Rouen et quatre dans celui de Bayeux. Six nouvelles bourses furent -fondées à diverses époques et par divers particuliers; et toutes -furent suspendues en 1761, à l'exception de deux, pour fournir aux -frais de la reconstruction des bâtiments. En 1764 ce collége fut réuni -à l'Université. - - [Note 611: Du Breul, p. 711.--Hist. de l'abb. S. Germ., p. - 157.--Hist. de Par., t. I, p. 610.] - - -_Collége de Narbonne_ (même rue). - -Ce collége avoit été fondé, en 1317, par Bernard de Farges, archevêque -de Narbonne, dans une maison qu'il occupoit rue de la Harpe. Ce fut là -qu'il voulut retirer neuf pauvres écoliers de son diocèse, à -l'entretien desquels il assigna les revenus du prieuré rural de -Sainte-Marie-Magdeleine, situé dans les environs de la ville -archiépiscopale. Un jurisconsulte nommé Amblard Cérène, désira -participer à cette bonne oeuvre, et y fonda peu de temps après une -bourse pour un chapelain. Mais sa plus grande illustration lui vint -d'un pauvre écolier qu'on y avoit reçu par grâce, vu qu'il n'étoit pas -du diocèse de Narbonne, et que par conséquent il n'avoit aucun droit -d'y être admis. Cet écolier, nommé Pierre Roger, devenu pape sous le -nom de Clément VI, après avoir passé par toutes les dignités de -l'église, eut assez de grandeur d'âme pour ne point rougir de la -bassesse de son premier état, et pour reconnoître hautement ce qu'il -devoit à l'asile hospitalier où il avoit été élevé. Voulant laisser à -ce collége un monument perpétuel de sa reconnoissance[612], il y fonda -dix bourses, auxquelles il affecta pour dotation le prieuré de -Notre-Dame de Marseille près de Limoux. Les premiers statuts n'y -admettoient que des étudiants dans la faculté des arts et dans celle -de théologie[613]; on y fit entrer depuis, en 1379, des élèves en -médecine, et en droit civil et canon[614]. Ceux-ci en furent exclus en -1544 par les nouveaux réglements que donna le cardinal de Lorraine, -archevêque de Narbonne[615]. Ce prélat fixa le nombre des boursiers à -seize, y compris le principal, le procureur et le chapelain, et fit -aussi quelques dispositions nouvelles dans les sommes assignées pour -leur entretien. - - [Note 612: Lemaire, t. II, p. 554.] - - [Note 613: Hist. de Paris, t. V, p. 673.] - - [Note 614: _Ibid._, p. 662.] - - [Note 615: _Ibid._, p. 775.] - -La modicité du revenu de ces bourses et la caducité des bâtiments de -ce collége l'avoient fait insensiblement abandonner au point qu'il n'y -restoit que le principal, lorsqu'en 1760 on commença à le rebâtir. Il -a été réuni à l'Université[616]. - - [Note 616: C'est aussi une maison habitée par des - particuliers.] - - -_Collége de Harcour_ (même rue). - -Ce collége, également fameux par son antiquité et par une suite non -interrompue d'excellents professeurs, fut fondé en 1280 par Raoul de -Harcour, chanoine de Paris. Issu d'une des plus illustres familles de -la Normandie, et successivement élevé à plusieurs dignités -ecclésiastiques dans les villes de Coutances, d'Évreux, de Bayeux et -de Rouen, il résolut de procurer à de pauvres écoliers de sa province -le moyen de s'instruire dans les arts et dans la théologie. Il acquit -à cet effet quelques vieilles maisons situées dans la rue Saint-Côme, -dite aujourd'hui de la Harpe, et y plaça aussitôt quelques écoliers. -Son intention étoit de les faire abattre pour élever un collége sur -leur emplacement; mais la mort vint le surprendre avant qu'il eût -accompli son dessein. Son frère Robert de Harcour, évêque de -Coutances, qu'il avoit chargé de remplir ses intentions, acheva ce qui -étoit commencé, et augmenta les bâtiments par l'acquisition de trois -maisons, situées vis-à-vis les premières[617], et qu'il fit rebâtir à -neuf, ajoutant à ce don celui de 250 livres de rente amortie, pour -l'entretien de vingt-quatre boursiers, seize artiens et huit -théologiens, tous pris dans les diocèses nommés ci-dessus. Clément V -accorda, en 1313, à ce collége, la permission d'avoir une chapelle et -d'y faire célébrer l'office divin[618]. Les artiens occupoient alors -les premiers bâtiments donnés par Raoul de Harcour, et les théologiens -avoient été logés vis-à-vis dans ceux qu'avoit achetés son frère -Robert. Comme la chapelle étoit située de ce côté, on pratiqua sous la -rue un passage de communication d'une maison à l'autre. - - [Note 617: On les appeloit l'_hôtel_ ou _les maisons - d'Avranches_.] - - [Note 618: Hist. Univ. Paris, t. IV, p. 162.] - -Le cartulaire de ce collége et les historiens de Paris font mention de -plusieurs autres bourses fondées dans ce collége par divers -particuliers[619]. Elles subsistèrent jusqu'en 1701, que de nouveaux -réglements en réduisirent le nombre, pour les mettre dans un juste -rapport avec les revenus qui y étoient affectés. Long-temps auparavant -l'introduction de l'exercice des classes, la réputation des -professeurs et le nombre toujours croissant des pensionnaires avoient -fait penser aux moyens de l'agrandir: on y parvint par l'acquisition -des maisons contiguës qui appartenoient au collége de Bayeux, et de -l'hôtel des évêques d'Auxerre, qui tenoit aux murs et à la porte -d'Enfer. Cet espace fut encore augmenté en 1646 par le don que fit -Louis XIII d'une place, d'une tour, du mur, du rempart, du fossé, de -la contrescarpe et des matériaux provenant de la démolition des -murailles, qui l'avoisinoient, à la charge d'y faire construire et -édifier une chapelle sous l'invocation de la Vierge et de saint Louis. -Lorsque les bâtiments élevés sur cet emplacement furent achevés, on -loua à des particuliers ceux qui jusqu'alors avoient été occupés par -des artiens. En 1675 on construisit de nouveaux bâtiments et l'on -éleva un portail énorme, chargé d'ornements d'architecture du plus -mauvais goût, pour servir d'entrée à ce collége. - - [Note 619: Un cuisinier de ce collége, nommé Guion Gervais, - voulut être compté au nombre de ses bienfaiteurs, et donna - en 1679 une somme de 1,000 liv. pour fonder une bourse de - grammairien.] - -Il étoit de plein exercice et s'est soutenu jusqu'à la fin avec une -grande et juste réputation[620]. - - [Note 620: Jaillot, quart. S.-André-des-Arcs, p. 122. Depuis - la révolution, ce collége a été occupé quelque temps par - l'École de droit.] - - -_Collége du Trésorier_ (rue Neuve de Richelieu). - -Il est redevable de son nom et de sa fondation à Guillaume de Saône, -trésorier de l'église de Rouen. L'acte qui constate cette fondation -est daté du mois de novembre 1268. Quelques auteurs la placent par -erreur une année plus tard, et l'un d'entre eux, Le Maire, ajoute que -ce collége ne fut formé que pour douze boursiers, six grands et six -petits. Le fait est que cette fondation fut faite en faveur de -vingt-quatre boursiers, douze dans la faculté de théologie et douze -dans celle des arts, lesquels devoient être pris dans les -archidiaconés du grand et du petit Caux, diocèse de Rouen. Il n'y -restoit plus que quatre grands boursiers et quatre petits, lorsqu'il -fut réuni en 1763 au collége de l'Université[621]. - - [Note 621: C'est aujourd'hui une maison garnie.] - - -_Collége de Cluni_ (place de Sorbonne). - -Ce collége fut fondé en faveur des religieux de cet ordre qui -viendroient étudier à Paris. Jusque là ils n'avoient point eu de -maison, et demeuroient dans l'hôtel des évêques d'Auxerre, attenant à -la porte dite depuis de Saint-Michel. Nos historiens varient sur -l'époque de sa fondation, qu'il faut vraisemblablement fixer à l'année -1269, ainsi que le portoit une inscription gravée dans le cloître. Les -annales de Cluni nomment Yves de Poyson comme fondateur de ce collége; -il pourroit bien y avoir erreur dans ce nom, car tous les auteurs et -l'inscription même que nous venons de citer en font honneur à Yves de -Vergi, abbé de Cluni, et à Yves de Chassant, son neveu et son -successeur, lequel fit achever ce que son oncle avoit commencé[622]. -Vers l'an 1308 Henri de Fautières, aussi abbé de Cluni, mit la -dernière main à cette fondation, en donnant à cette maison des statuts -pleins de sagesse, et auxquels on se conformoit encore dans les -derniers temps[623]. - - [Note 622: Hist. S. Mart., p. 216.--Du Breul, p. 650.--Hist. - Univ., t. III, p. 395.--Hist. de Par., t. I, p. 417.] - - [Note 623: Ce collége est maintenant habité par des - particuliers; sa chapelle sert d'atelier à un peintre. Il - reste encore quelques portions de son cloître, dont les - arcades offrent des formes gothiques très-élégantes. _Voy._ - pl. 178.] - - -_Le Collége Notre-Dame-des-Dix-Huit_ (rue des Poirées). - -Dans le projet qu'il avoit d'agrandir l'emplacement de la Sorbonne, le -cardinal de Richelieu avoit acheté un ancien hôtel jadis possédé par -les abbés du Bec, ainsi que quelques maisons voisines, accompagnées de -jardins. La rue des Poirées fut alors coupée, et vint tourner en -équerre dans celle des Cordiers. Sur le terrain qui restoit entre ce -retour et la rue de Cluni, terrain qui a servi depuis de jardin à la -maison de Sorbonne, étoit le petit collége dont nous parlons. Aucun -historien n'a donné sur son origine de renseignements satisfaisants, -et nous n'aurions que des conjectures vagues sur ce point d'antiquité, -si Jaillot n'eût découvert un mémoire manuscrit fait par Jean-Jacques -de Barthes, docteur en droit et principal de ce collége[624], dans -lequel il expose «qu'en 1171 Jocius de Londonna, de retour de -Jérusalem, étant allé à l'Hôtel-Dieu, y vit une chambre dans laquelle, -_de toute ancienneté_, logeoient de pauvres écoliers. Il l'acheta 52 -livres du proviseur dudit Hôtel-Dieu, de l'avis, conseil et -permission de Barbe d'or, doyen de Notre-Dame. Il la laissa audit -Hôtel-Dieu, à la charge qu'il fourniroit des lits à ces pauvres -écoliers, auxquels il assigna douze écus par mois, provenant des -deniers qui se recevroient de la confrérie, et à la charge que lesdits -clercs porteroient, chacun à leur tour, la croix et l'eau bénite -devant les corps morts dudit Hôtel-Dieu, et qu'ils réciteroient chaque -nuit les psaumes pénitentiaux et les oraisons pour les morts.» Dans ce -même mémoire, il est fait mention de lettres du prévôt de Paris -données en 1384, lesquelles rappellent une ordonnance du roi Charles -VI, dont l'objet est de faire payer à ces écoliers une somme de 200 -livres pour arrérages de celle de 20 livres qu'ils avoient le droit de -prendre tous les ans sur le trésor du roi. Ils étoient redevables de -cette rente à Gaucher de Chastillon, connétable de France, qui la leur -avoit donnée en 1301. - - [Note 624: Manusc. des S. Germ., C. 454, fol. 484.] - -Il paroît par quelques actes qu'ils furent d'abord logés dans une -maison vis-à-vis l'Hôtel-Dieu. On les transféra ensuite rue des -Poirées. Le chapitre Notre-Dame avoit l'inspection sur ce collége, -auquel il avoit donné son nom; et les boursiers, réduits, dans les -derniers temps, au nombre de huit, étoient à la nomination du -chapitre. Depuis la destruction de leur collége, ils n'avoient plus -de lieu affecté pour leur demeure. - - -_Hôpital Mignon._ - -Il avoit été fondé dans la rue des Poitevins, par Jean Mignon, pour y -recevoir vingt-cinq _bonnes femmes_, et portoit son nom, ainsi que le -collége dont il étoit fondateur. - - -HÔTELS. - -_Hôtel des Abbés de Saint-Denis_ (rue des Grands-Augustins). - -Cet hôtel ou collége, bâti par Matthieu de Vendôme, abbé de -Saint-Denis, couvroit tout l'espace renfermé entre les rues -Contrescarpe et Saint-André, partie de la rue Dauphine, et le terrain -sur lequel on a depuis ouvert les rues d'Anjou et Christine. Il avoit -en outre pour dépendances, de l'autre côté de la rue des -Grands-Augustins, une grande maison avec jardins que l'on a -successivement appelée la maison _des Trois Charités Saint-Denis_, -l'hôtel _des Charités Saint-Denis_, enfin l'hôtel _Saint-Cyr_, nom -qu'elle portoit à la fin du siècle dernier. Une galerie couverte, et -qui traversoit la rue, servoit de communication de l'un à l'autre -bâtiment. - - -_Hôtel de Savoie_ (rue de Savoie). - -Cet hôtel s'étendoit en partie jusqu'à la rue des Grands-Augustins. -Il fut vendu, en 1670, à divers particuliers par madame -Marie-Jeanne-Baptiste, épouse de Charles-Emmanuel, duc de Savoie, -prince de Piémont, à laquelle il appartenoit, comme seule héritière de -Charles-Amédée de Savoie son père, duc de Génevois, de Nemours et -d'Aumale; et de Henri de Savoie son oncle, etc. - - -_Hôtel de Gaucher de Châtillon et de l'évêque de Noyon_ (rue Pavée). - -L'hôtel de Gaucher de Châtillon, connétable de France, étoit situé à -droite en entrant par le quai. Il passa ensuite aux évêques d'Autun en -1331, à ceux de Laon en 1393; l'un d'eux le donna à son église en -1552; son successeur le céda à rente au duc de Nemours, qui le fit -rebâtir. Ce fut dans cet hôtel que logea le duc de Savoie lorsqu'il -vint à Paris en 1599 pour traiter avec Henri IV, qui demandoit la -restitution du marquisat de Saluces. - -Il paroît que l'évêque de Noyon avoit aussi son hôtel dans cette rue, -et quelques actes en font mention; mais on ignore dans quel endroit il -étoit situé[625]. - - [Note 625: Dans cette même rue étoit, à la fin du siècle - dernier, un bureau de messagerie pour la Normandie et la - Bretagne, que l'on nommoit _l'hôtel Saint-François_, parce - qu'on prétendoit que saint François-de-Sales y avoit - demeuré. Cette tradition ne paroît guère vraisemblable, et - n'étoit fondée sur aucune autorité. Des titres de l'abbaye - Saint-Germain prouvent au contraire que cette maison portoit - l'enseigne de _Saint-François_ dès 1640, et saint - François-de-Sales ne fut canonisé qu'en 1665.] - - -_Hôtels de la duchesse d'Étampes, et d'Hercule_ (quai des Augustins). - -Le premier de ces deux hôtels étoit situé au coin de la rue -Gilles-Coeur, et s'étendoit jusqu'à celle de l'Hirondelle, où étoit sa -principale entrée. Il avoit appartenu à Louis de Sancerre, connétable, -et il est probable qu'avant lui on y avoit réuni un hôtel des évêques -de Chartres. Ceux-ci le possédèrent encore depuis, ainsi que les -évêques de Clermont; enfin il appartenoit à M. Dauvet, maître des -requêtes, lorsque Anne de Pisseleu, duchesse d'Étampes, vint y -demeurer, et engagea François Ier à en faire l'acquisition. Ce prince -en fit démolir une partie, qui fut rebâtie avec plus de luxe et -d'élégance, et ornée de chiffres et de devises. Au commencement du -dix-septième siècle, il s'appeloit l'hôtel d'O et appartenoit à M. -Séguier. Le mariage de sa fille avec le duc de Luines lui fit prendre -ce dernier nom. Il le conserva jusqu'en 1671, qu'on le démolit en -grande partie, pour le vendre à des particuliers. C'est dans cet hôtel -que le chancelier Séguier se réfugia le 7 août 1648, pour éviter la -fureur de la populace lors des barricades. - -Le nom d'_Hercule_ que portoit le second hôtel lui avoit été donné -parce qu'on avoit peint dans les appartements, et même à l'extérieur, -les aventures de ce héros fabuleux. Ces peintures avoient été faites -aux frais de Jean de La Driesche, président de la chambre des comptes, -qui le vendit à M. Louis Hallevin, seigneur de Piennes et chambellan -du roi. Auparavant il avoit été possédé par le comte de Sancerre. -Charles VIII l'acheta ensuite de M. de Piennes, avec tous les meubles -de fer et de bois qui s'y trouvoient, moyennant la somme de 10,000 -livres. - -Sous Louis XII, cet hôtel étoit occupé par Guillaume de Poitiers, -seigneur de Clerieu, auquel ce prince l'avoit probablement abandonné. -François Ier le donna ensuite au chancelier du Prat[626] et à ses -descendants. Cet hôtel, qui étoit extrêmement vaste, puisqu'il -s'étendoit depuis la rue des Augustins jusqu'à la seconde maison de -la rue Pavée, et dans l'autre dimension jusqu'aux jardins de l'abbé de -Saint-Denis, avoit été habité par des hôtes du rang le plus illustre. -L'archiduc Philippe d'Autriche, allant de Flandres en Espagne, y logea -en 1499; il servit de demeure à Jacques V, roi d'Écosse, lorsqu'il -vint à Paris, en 1536, pour épouser Magdeleine de France; ce fut dans -cet hôtel qu'on remit à Henri III l'ordre de la Jarretière; et Favier -dit que, de son temps, tous les chapitres de l'ordre du Saint-Esprit -s'y sont tenus. - - [Note 626: On cite entre autres Antoine du Prat, son - petit-fils, seigneur de Nantouillet et prévôt de Paris. Le - duc d'Anjou, le roi de Navarre et le duc de Guise, sur qui - il s'étoit permis des propos indiscrets, lui mandèrent un - jour qu'ils iroient souper chez lui à cet hôtel d'Hercule; - et ils y allèrent, malgré tous les prétextes qu'il put - alléguer pour se dispenser de recevoir cet honneur. Après le - souper, leur suite pilla ou jeta par les fenêtres son - argent, sa vaisselle et ses meubles. «Le lendemain, dit - l'Étoile, le premier président fut trouver le roi (Charles - IX), et lui dit que Paris étoit ému pour le vol de la nuit - passée, et que l'on disoit que Sa Majesté y étoit en - personne, et l'avoit fait pour rire; à quoi le roi ayant - répondu que ceux qui le disoient avoient menti, le premier - président répliqua: J'en ferai donc informer, Sire.--Non, - non, répondit le roi; ne vous en mettez pas en peine: dites - seulement à Nantouillet qu'il aura affaire à trop forte - partie, s'il en veut demander raison.»] - - -_Hôtel de Thouars_ (rue des Trois-Chandeliers). - -Cet hôtel, nommé depuis la _maison des Carneaux_, faisoit le coin de la -rue où il étoit situé, et appartenoit aux vicomtes de Thouars, depuis -créés ducs de La Trémouille. Ils le laissèrent tomber en ruines, et -l'abandonnèrent, en 1379, à la fabrique de Saint-Germain-le-Vieux. - -Les abbés de Clairvaux avoient à côté, dans la rue de la Huchette, -une maison avec jardins, qui fut appelée d'abord la maison de -Pontigni: elle étoit située vis-à-vis celle d'Arnauld de Corbie, -chancelier de France. - - -_Hôtels divers_ (rue Saint-André-des-Arcs). - -Cette rue renfermoit un assez grand nombre d'hôtels remarquables. -Auprès de la rue Gilles-Coeur étoit celui d'Arras ou d'Artois; celui -des comtes d'Eu étoit situé entre les rues Pavée et des -Grands-Augustins; au coin de la première de ces deux rues on trouvoit -la maison du chancelier Poyet. Enfin on y voyoit deux hôtels de -Navarre: le premier, situé entre la rue de l'Éperon et la porte Buci, -appartenoit à Philippe de France, duc d'Orléans, ce qui lui fit donner -le nom de _Séjour d'Orléans_; on le voit successivement passer à Louis -d'Orléans, son petit-neveu; à Charles VI, qui le donna, en 1400, au -comte de Savoie; ensuite au duc de Berri; à Louis, duc de Guyenne, en -1411; il appartint depuis à Louis XI, qui en donna une partie à -Jacques Coytier, son médecin; enfin à Louis XII, qui le vendit en -1489. Le second hôtel de Navarre étoit situé de l'autre côté: Jeanne, -reine de France, le légua pour la fondation d'un collége, que ses -exécuteurs testamentaires préférèrent transporter à la montagne -Sainte-Geneviève[627]. L'hôtel fut alors vendu, et celui de Buci -s'éleva sur son emplacement. Il a formé depuis les grand et petit -hôtels de Lyon, situés rues Saint-André et Contrescarpe, dans lesquels -étoient établies des messageries. - - [Note 627: _Voy._ prem. part. de ce vol., p. 602.] - - -_Hôtel de Besançon_ (rue Gilles-Coeur). - -Les titres qui font mention de cet hôtel l'indiquent comme faisant le -coin de cette rue et de la rue de l'Hirondelle. - - -_Hôtel des comtes de Mâcon_ (rue de Mâcon). - -Cet hôtel, situé dans cette rue, s'étendoit sur celle de la -Vieille-Bouclerie. On ne dit point en quel temps il a été démoli. - - -_Hôtels divers_ (rue Hautefeuille). - -On y remarquoit, 1º l'hôtel de Forez, lequel s'étendoit depuis la rue -Pierre-Sarrasin jusqu'à celle des Deux-Portes; 2º une maison au coin -de cette rue, qui a été occupée par M. Joly de Fleury; 3º une -troisième au coin de la rue Percée, où l'on voyoit une tourelle sur -laquelle on avoit sculpté des fleurs-de-lis, les armes de France, et -la salamandre, devise ordinaire de François Ier. - - -_Maisons diverses_ (rues du Foin et Serpente). - -Dans la première de ces deux rues étoit située la maison des religieux -des Vaux de Cernai, laquelle s'étendoit jusqu'à celle de la -Parcheminerie. On trouvoit dans la seconde une maison qui avoit -appartenu, en 1330, à l'abbé et aux religieux de Fécamp. - - -_Hôtel de Tours_ (rue du Paon). - -Cet hôtel, changé depuis en une maison garnie, qui portoit pour -enseigne l'hôtel de Tours, étoit situé vis-à-vis le cul-de-sac de la -rue du Paon. Sauval dit que les archevêques de Tours avoient leur -hôtel dans cette rue, sans indiquer en quel temps. Jaillot ne trouve -aucune preuve qu'ils aient acquis ni vendu une maison dans ce -quartier, mais il cite un rôle de 1640, dans lequel on indique, rue du -Paon: «une maison appartenant à M. Boutillier, surintendant des -finances; tenue par M. l'archevêque de Tours.» La demeure de ce -prélat, et peut-être de quelqu'un de ses successeurs, aura pu faire -donner à cet hôtel le nom qu'il a porté jusqu'au moment de la -révolution. - - -_Hôtel de l'archevêque de Rouen_ (cul-de-sac de la cour de Rouen). - -Cet hôtel étoit situé à l'extrémité de ce cul-de-sac, qui en avoit -reçu le nom, et qui le porte encore aujourd'hui. - - -_Hôtel de Saint-Jean-en-Vallée_ (rue des Cordeliers). - -Cet hôtel, appartenant à l'abbé et aux religieux du monastère que nous -venons de nommer, étoit situé dans cette rue, et s'étendoit jusqu'à la -rue du Paon; il avoit été bâti, ainsi que partie du collége de -Bourgogne, sur un terrain assez étendu, appartenant à l'abbaye -Saint-Germain, lequel s'appeloit, au quatorzième siècle, le _fief du -couvent_. - - -_Hôtel des comtes de Harcour_ (rue des Maçons). - -À la fin du siècle dernier, on voyoit encore au coin de cette rue, du -côté des Mathurins, les restes d'une chapelle qui avoit fait partie -d'un grand hôtel appartenant aux comtes de Harcour. Il passa depuis à -la maison de Lorraine, car il est indiqué, en 1574, dans le compte du -receveur du domaine de la ville: «L'hôtel de Harcour, dit de Lorraine -appartenant de présent à M. Gilles Le Maistre, président en la cour -de parlement.» Il fut occupé depuis par M. Le Maistre de Ferrières. - - -_Le Parloir aux Bourgeois_ (rue de la Harpe). - -Nous avons déjà dit que c'étoit ainsi que l'on appeloit autrefois le -lieu d'assemblée des officiers municipaux. Il fut établi -successivement dans divers endroits de la ville, et notamment dans une -salle construite au-dessus de la porte de la ville située à -l'extrémité de cette rue. - - -HÔTELS EXISTANTS EN 1789. - -_Hôtel de Cluni_ (rue des Mathurins). - -Le palais des Thermes, dont nous avons déjà décrit le beau débris que -l'on voit encore dans la rue de La Harpe, s'étendoit aussi dans la rue -des Mathurins. Au treizième siècle il fut détruit et divisé en plusieurs -parties. Celle qui régnoit sur cette rue fut acquise en 1243, d'abord -par Raoul de Meulent, ensuite par Robert de Courtenai. Au commencement -du quatorzième siècle, un de ses descendants, Jean de Courtenai, la -vendit à l'évêque de Bayeux. Elle fut ensuite acquise par Pierre de -Chalus, évêque de Cluni, quoiqu'il eût déjà une maison à la porte -Saint-Germain et un logement au collége de Cluni. Enfin cet hôtel fut -entièrement rebâti, suivant Jaillot, en 1490[628], par les soins de -Jacques d'Amboise[629], abbé du même monastère, évêque de Clermont, etc. -Cet édifice, qui existe encore en entier, et qui est bien conservé, nous -semble un des monuments gothiques les plus élégants de la capitale, et -mérite d'être visité par les curieux. Le portail et les croisées en sont -couverts de sculptures très-délicatement travaillées; la chapelle, -située au premier étage sur le jardin, offre une construction -remarquable et singulière: la voûte, très-chargée de sculptures, est -soutenue par un seul pilier de forme octogone élevé au milieu, et auquel -viennent aboutir toutes les arêtes. Sur les murs de cette chapelle, qui -peut avoir vingt à vingt-deux pieds carrés, étoient placés, en forme de -mausolées, les portraits de la famille de Jacques d'Amboise, entre -autres celui du cardinal; ils étoient la plupart à genoux, habillés -suivant le costume du temps. Le fond étoit décoré d'un groupe de quatre -figures représentant saint Jean, Joseph d'Arimathie et la Vierge qui -pleure sur le corps de son fils. Le piédestal de ce groupe servoit -d'autel[630]. - - [Note 628: Germain Brice place cette reconstruction en - 1505.] - - [Note 629: Il étoit neveu du fameux cardinal Georges - d'Amboise, le ministre chéri de Louis XII. Les murailles - offrent de toutes parts les armes de sa famille, ainsi que - le bourdon et les coquilles, attributs de saint Jacques, son - patron.] - - [Note 630: Toutes ces figures ont été détruites pendant la - révolution. Cette chapelle sert maintenant à des cours - particuliers de pharmacie.] - -À droite, une tour octogone renferme un très-bel escalier à vis, bien -appareillé, d'une coupe heureuse, qui conduit aux divers appartements. -Sur les murailles de la cour, on montroit autrefois le diamètre de la -fameuse cloche de Rouen appelée _Georges d'Amboise_, et l'on -prétendoit même que c'étoit dans cette cour qu'elle avoit été jetée en -fonte. - - -_Hôtel de Henri de Marle_ (rue du Foin). - -Dans cette rue, et au coin de celle de Bout-de-Brie, est un hôtel dont -la façade n'annonce rien de remarquable, mais dont la porte offroit -jadis un écusson qu'il est nécessaire de décrire: le champ en étoit -d'azur, à deux faces d'or, accompagnées de six besants de même, trois -en chef, deux en coeur et un en pointe. Ces mêmes armoiries se -trouvoient répétées aux deux côtés d'un autre grand écusson sculpté -sur la porte intérieure, lequel portoit trois _C_ ou croissants -entrelacés, surmontés d'une couronne royale. Enfin, au-dessus de cet -écusson, on en voyoit un troisième offrant l'écu de France à trois -fleurs de lis, soutenu par deux anges, et surmonté de la couronne -royale. Une ancienne tradition, qui s'est perpétuée jusque dans le -siècle dernier, présentoit cette maison «comme un ancien palais élevé -par Henri II, et désigné dans le quartier sous le nom d'_hôtel de la -Reine-Blanche_, parce qu'après la mort de ce prince il avoit appartenu -à son épouse Catherine de Médicis, qui demeura veuve pendant trente -ans, depuis l'an 1559 jusqu'à l'an 1589.» - -Jaillot, qui combat cette tradition, convient en effet -qu'indépendamment des divers hôtels qui ont reçu le nom de la -_Reine-Blanche_, pour avoir appartenu à Blanche de Castille, veuve de -Louis VIII, à Blanche de Bourgogne, femme de Charles-le-Bel, à Blanche -d'Évreux, veuve de Philippe de Valois, l'usage étant de donner aussi -le nom de _Reines-Blanches_ à toutes les veuves de nos rois, parce -qu'elles portoient le deuil en blanc, il ne seroit pas impossible -qu'un hôtel eût tiré son nom de cette dénomination singulière; mais -cet usage avoit été aboli par Anne de Bretagne, qui la première porta -le deuil en noir à la mort de Charles VIII, et par conséquent ne peut -trouver son application à l'occasion de Catherine de Médicis. Quant -aux armes contenues dans le premier écusson, ce sont celles de Martin -Fumée, fils du garde des sceaux, qui étoit propriétaire de cette -maison en 1541. Si Henri II, qui ne commença à régner qu'en 1547, en -eût fait l'acquisition, peut-on supposer qu'il y eût fait sculpter le -chiffre de la duchesse de Valentinois sans y ajouter le sien? eût-il -surmonté un pareil écusson de la couronne royale? ce prince ou -Catherine de Médicis y auroient-ils laissé subsister les armes des -sieur et dame Fumée? etc., etc. N'est-il pas plus probable que Martin -Fumée, fils d'un garde des sceaux, occupoit à la cour quelque place -distinguée, soit qu'il fût attaché au service de la reine Claude, -première femme de François Ier, soit qu'il fût un des officiers de -Catherine de Médicis, nouvellement mariée au Dauphin; et que dans la -reconstruction de sa maison il aura voulu perpétuer le souvenir d'une -situation honorable en faisant sculpter ces trois _C_ en différents -endroits et sur l'écusson même de ses armes? Ce sont là sans doute de -simples conjectures; mais ce qui est sans réplique, c'est que M. -Rousseau, ancien conseiller aux eaux et forêts, à qui cette maison -appartenoit en 1772, communiqua à ce critique une liste suivie des -anciens propriétaires depuis cinq cents ans, dans laquelle il n'y -avoit ni rois ni reines. - -Cet hôtel est désigné dans quelques titres sous le nom de Henri de -Marle, maître des requêtes, qui le possédoit en 1540. Par la même -raison il portoit, au dix-septième siècle, le nom d'hôtel de -Bourlon[631]. - - [Note 631: Les armoiries ont été effacées. Il ne reste plus - d'autres ornements que deux colonnes et quelques sculptures - qui accompagnent une porte intérieure, et dont le style - annonce le siècle de François Ier.] - - -_Chambre royale et syndicale des Libraires et Imprimeurs_ (rue du -Foin). - -L'imprimerie, inventée et pratiquée en Allemagne vers le milieu du -quinzième siècle, ne tarda pas à s'introduire en France. Dès 1470 -Guillaume Ficher et Jean Heynlin de La Pierre, docteurs de Sorbonne, -firent venir d'Allemagne Ulric Géring, imprimeur, et ses deux -associés, Martin Krantz et Michel Friburger, et leur donnèrent dans la -Sorbonne même un emplacement où ceux-ci établirent leurs presses. -Ainsi la première imprimerie qui ait existé à Paris et dans la France -a eu son berceau dans l'asile même des sciences dont elle devoit -accroître le domaine et faciliter l'étude. - -Les inconvénients de cet art nouveau, plus grands peut-être que ses -avantages, ne tardèrent pas à se faire sentir. L'impiété et la -débauche, qui jusqu'alors avoient été forcées de se cacher dans -l'ombre, parce qu'elles n'auroient pu sans danger se montrer au grand -jour, profitèrent bientôt des ressources qu'offroit l'imprimerie pour -répandre dans la société leurs maximes empoisonnées. Le mal fut si -rapide, et devint si extrême, que, dès le siècle suivant, le -gouvernement jugea nécessaire d'exercer la police la plus rigoureuse -non-seulement sur les livres qui s'imprimoient en France, mais encore -sur tous ceux qu'on y faisoit venir de l'étranger. Une ordonnance de -Henri II, datée du 27 juin 1551, «défend à tous libraires, imprimeurs -et vendeurs de livres, d'ouvrir aucunes balles de livres qui leur -seroient apportées de dehors, s'ils n'eussent été vus et visités.» On -choisit d'abord pour cet examen des personnes hors du corps de la -librairie; ensuite on en chargea les libraires eux-mêmes, ainsi qu'il -est constaté par un arrêt du parlement du 15 février 1611, qui ordonne -que «les livres apportés en la ville de Paris seroient vus et visités -par les syndics et adjoints de la communauté en la manière -accoutumée.» - -La visite se faisoit d'abord chez les libraires mêmes qui avoient reçu -les balles; mais, comme il n'étoit pas toujours possible de remplir -cette formalité à l'instant même de la réception, et que le moindre -délai pouvoit amener des inconvénients, on résolut d'établir un lieu -de dépôt où les balles seroient d'abord apportées et visitées avant -d'être remises à leurs propriétaires. Ce dépôt fut d'abord placé, en -1617, dans les bâtiments du collége royal. On le voit ensuite -transféré successivement au collége de Cambrai jusqu'en 1679; dans des -bâtiments qui touchoient le couvent des Mathurins jusqu'en 1726; enfin -dans une maison appartenant à ces religieux, et située rue du Foin, -vis-à-vis l'hôtel dont nous avons parlé dans l'article précédent[632]. - - [Note 632: Cette maison est maintenant habitée par des - particuliers.] - -C'étoit dans cette chambre que, deux fois par an, on apportoit de la -douane toutes les balles de livres et estampes qui arrivoient à Paris. -Elles y étoient ouvertes et visitées gratuitement par les syndics et -adjoints, en présence de deux inspecteurs de la librairie. La -communauté y tenoit aussi ses assemblées pour les élections, -réceptions de sujets, etc. - - -_Porte de Buci._ - -Cette porte, située à l'extrémité occidentale de la rue -Saint-André-des-Arcs, n'étoit pas encore entièrement achevée lorsque -Philippe-Auguste en fit don à l'abbaye Saint-Germain par sa charte de -1209. Ces religieux la vendirent, en 1350, à M. Simon de Buci, -premier président au parlement, et le premier qui ait pris ce -titre[633]; elle reçut alors le nom de son nouveau propriétaire. C'est -par cette porte qu'en 1418 Périnet Le Clerc introduisit dans Paris les -gens de la faction du duc de Bourgogne; depuis elle fut murée. -François Ier la fit rouvrir en 1539; enfin on l'abattit en 1672, et -pour en conserver la mémoire on grava une inscription sur une table de -marbre placée à l'endroit où elle avoit été située. Cette inscription -existoit encore à la fin du siècle dernier, un peu plus haut et du -même côté que l'égout[634]. - - [Note 633: Les trois présidents nommés en 1344 par - Philippe-de-Valois ne prenoient alors que la qualité de - _maîtres du parlement_.] - - [Note 634: _Voy._ pl. 147.] - - -_Porte Saint-Germain._ - -Cette porte, nommée successivement _porte des Cordèles_, _des Frères -Mineurs_, _Saint-Germain_, étoit située à l'extrémité de la rue des -Cordeliers, un peu au-dessus de la rue du Paon. On voit dans les -registres de la ville qu'en 1586 il y eut ordre de la faire fermer, et -d'ouvrir celle de Buci. Elle fut abattue en 1672[635]. - - [Note 635: _Voy._ ibid.] - - -_Porte d'Enfer._ - -Cette autre porte de l'enceinte de Philippe-Auguste étoit située à -l'extrémité de la rue de la Harpe, précisément à l'endroit où l'on a -depuis construit une fontaine. Elle est nommée, dans quelques actes du -quatorzième siècle, _Gilbert_ et _Gibert_, mais plus communément -_Gibard_, qui étoit le véritable nom du territoire où est aujourd'hui -la place Saint-Michel. - -Dès cette même époque on l'appeloit aussi porte d'_Enfer_. Quelques -auteurs ont pensé que ce nom lui avoit été donné parce qu'elle étoit -placée vis-à-vis d'un chemin qui conduisoit au château de _Vauverd_, -qu'on supposoit habité par des démons[636]; Jaillot n'est pas de cet -avis, et s'appuyant sur plusieurs actes authentiques du treizième -siècle, dans lesquels on trouve _hostium Ferri_, il pense que ce nom -de porte d'_Enfer_ n'est qu'une altération de celui de porte de _Fer_ -qu'on lui avoit donné, soit que la ferrure en fût plus considérable -que celle des autres, soit qu'elle fût garnie de plaques de ce métal, -ce qui semble plus vraisemblable. Il l'a trouvée, pour la première -fois, sous le nom de _porta Inferni_ (porte d'Enfer) dans l'acte de -fondation du collége de Harcour, passé en 1311[637]. - - [Note 636: Nous en parlerons à l'article des Chartreux, - quartier du Luxembourg.] - - [Note 637: À peu de distance de l'emplacement de cette - porte, et entre l'ancien terrain des Jacobins et les maisons - de la rue Sainte-Hiacynthe, on voit encore quelques débris - des murailles et des tours qui formoient l'enceinte de - Philippe-Auguste.] - - -FONTAINES. - -_Fontaine Saint-Séverin._ - -Elle est située à l'angle que fait la rue Saint-Jacques avec celle de -Saint-Séverin, et fournit de l'eau de la Seine. On y lit ces deux vers -de Santeuil: - - _Dùm scandunt juga montis anhelo pectore nymphæ, - Hìc una è sociis, vallis amore, sedet._ - - -_Fontaine Saint-Côme._ - -Elle est située rue des Cordeliers[638], près de l'église dont elle -porte le nom. - - [Note 638: Maintenant de _l'École-de-Médecine_.] - - -_Fontaine des Cordeliers._ - -Cette fontaine fut bâtie en 1672 dans la rue dont elle a pris le nom, -et aussitôt qu'on eut abattu la porte Saint-Germain. On la -reconstruisit en 1717: elle n'avoit rien de remarquable que cette -inscription de Santeuil: - - _Urnam nympha gerens dominam properabat in urbem: - Dùm tamen hìc celsas suspicit illa domus, - Fervere tot populos, quæsitam credidit urbem, - Constitit, et largas læta profudit aquas._ - - -_Fontaine Saint-Michel._ - -Cette fontaine fut élevée en 1684 sur les dessins de Bullet, -architecte, à la place de la porte Saint-Michel, qu'on venoit -d'abattre; elle se compose d'une niche surmontée d'un arc assez élevé, -et accompagnée de deux colonnes doriques. Au-dessus est gravée cette -inscription de Santeuil: - - _Hoc in monte suos reserat sapientia fontes; - Ne tamen hanc puri respue fontis aquam._ - - -RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS. - -_Rue Saint-André-des-Arcs._ Elle aboutit d'un côté à la place du -Pont-Saint-Michel et aux rues de la Huchette et de la Vieille-Bouclerie; -de l'autre, au carrefour des rues Dauphine, Mazarine, de Buci et des -Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Les anciens titres offrent une grande -variété, tant sur le nom de cette rue que sur la manière de l'écrire. On -l'appeloit dans le principe _rue de Laas_, et ce nom lui étoit commun -avec celle de la Huchette, dont elle fait la continuation, parce que -c'étoit celui du territoire sur lequel elles sont situées. Il étoit -encore planté de vignes lorsqu'en 1179, Hugues, abbé de -Saint-Germain-des-Prés, le donna à cens, à la charge d'y bâtir et de -payer 3 sous de redevance pour chaque maison. Ce fut alors qu'on perça -les rues _Saint-Germain_, _du Serpent_, _des Petits-Champs_ et _des -Sachettes_, aujourd'hui nommées _Saint-André_, _Serpente_, _Mignon_ et -_du Cimetière-Saint-André_. - -Lorsque l'enceinte méridionale de Philippe-Auguste eut été achevée, ce -prince ayant accordé aux religieux de Saint-Germain-des-Prés la porte -par laquelle on passoit pour aller à leur couvent, cette porte reçut -le nom de _Saint-Germain_, et on le donna également à la rue de Laas, -parce qu'elle y conduisoit. Vers le même temps on construisit l'église -Saint-André, et la rue prit tantôt le nom de Saint-Germain, tantôt -celui de Saint-André; mais le premier ayant été donné depuis à la rue -des Cordeliers et à celle des Boucheries, il en est résulté que -souvent les trois rues ont été confondues ensemble. Jaillot pense que -l'abbé Lebeuf se trompe lorsqu'il conjecture que la rue dont nous -parlons a porté à la fois ces deux noms; celui de _Saint-André_ -jusqu'à la rue de l'Éperon, celui de Saint-Germain depuis cet endroit -jusqu'à la porte[639]. Ce dernier espace formoit alors une place vide, -et resta ainsi jusqu'en 1350, qu'il fut vendu en partie à Simon de -Buci. On donna pour lors le nom de porte de _Buci_ à celle qu'on avoit -fait construire au bout de la rue Saint-André, et de porte -_Saint-Germain_ à celle de la rue des Cordeliers[640]. - - [Note 639: T. II, p. 565.] - - [Note 640: On prétend aussi que la partie de cette rue, - depuis celle de la Vieille-Bouclerie jusqu'à la rue Mâcon, - fut appelée _de la Clef_, en mémoire de la trahison de - _Périnet Le Clerc_[640-A], qui, ayant dérobé les clefs de la - porte de Buci sous le chevet du lit de son père, introduisit - les Anglois dans la ville. (Sauval, t. I, p. 126) Cette - tradition paroît plus vraisemblable que celle qui faisoit - regarder une des bornes de la rue Saint-André-des-Arcs, dont - la partie supérieure représentoit une tête d'homme, comme la - statue de ce traître. Jaillot, qui la traite de bruit - populaire dénué de toute espèce de fondement, dit avoir lu - dans des notes manuscrites recueillies par D. Félibien, et - qui se conservoient à Saint-Germain-des-Prés, que cette - borne étoit un monument d'une amende honorable faite au - chapitre de Notre-Dame, en expiation d'insultes exercées à - l'égard d'un chanoine, lors d'une procession qui passoit en - cet endroit. «Si ce fait étoit vrai, dit ce critique, on en - eût vraisemblablement conservé le souvenir par une - inscription ou par quelque monument de sculpture mieux placé - et moins exposé à être détruit qu'une borne mise à l'angle - de deux rues très-fréquentées, et qui, par sa position, - pouvoit facilement être mutilée ou rompue.»] - - [Note 640-A: _Voy._ t. II, prem. part., p. 991.] - -Quant au nom de Saint-André, que cette rue doit à l'église à laquelle -elle conduit, nous avons déjà dit qu'il avoit varié suivant les temps: -on lit dans différents titres, _Saint-Andri_, _Saint-Andrieu_, -_Saint-Andrieu-des-Ars_, _Saint-André-des-Arts et des Arcs_. Ces -derniers noms semblent n'être qu'une altération de celui de _Laas_. - -_Rue du Cimetière-Saint-André._ Elle aboutit d'un côté à la rue -Hautefeuille, de l'autre à celle de l'Éperon. Sous le règne de saint -Louis, on l'appeloit rue des _Sachettes_, _à cause de certaines femmes -dévotes, vivant ensemble proche le monastère Saint-André_; elles-mêmes -avoient reçu ce nom de leur vêtement, fait en forme de sac: _Pauperes -mulieres de saccis_, _saccitæ_. Cette congrégation, qui n'étoit pas -autorisée, ayant été détruite peu de temps après, la rue fut appelée -_des Deux-Portes_, parce qu'il y en avoit une à chacune de ses -extrémités: elle portoit ce nom en 1356, et l'a conservé encore -pendant deux siècles avec celui qu'elle porte aujourd'hui, lequel -provient du cimetière qu'on y plaça dans cette même année 1356. - -_Rue des Grands-Augustins._ Elle commence sur le quai des Augustins, -et aboutit à la rue Saint-André-des-Arcs. Matthieu de Vendôme, abbé de -Saint-Denis, ayant acquis plusieurs maisons et jardins, dans -l'intention d'y bâtir un collége pour ses religieux, le chemin qui -traversoit ce terrain prit aussitôt le nom de son nouveau -propriétaire. Dès 1269, on l'appeloit _rue à l'Abbé-Saint-Denys_, et -successivement _rue du Collége-Saint-Denys_, _des Écoles_ et _des -Écoliers-Saint-Denys_. Elle prit ensuite le nom de _rue de la Barre_ -du côté de celle de Saint-André; et Jaillot pense qu'elle le dut à la -galerie couverte qui joignoit ensemble l'hôtel de Saint-Cyr et le -collége Saint-Denis, dont il étoit une dépendance. Elle conserva -long-temps ce nom, car on le trouve encore dans un acte de 1546. Cette -rue étoit alors distinguée en deux parties: du côté du quai on la -nommoit rue des Augustins, quelquefois _rue de l'hôtel de Nemours_; -dans l'autre partie, elle s'appeloit, en 1523, _rue des -Écoles-Saint-Denys_, autrement dite _de la Barre_. Elle est aussi -énoncée _rue des Charités-Saint-Denys_ dans un acte de 1672[641]. - - [Note 641: Sur le terrain des Augustins on a percé une rue - nouvelle qui va de celle-ci à la rue Dauphine. On la nomme - rue du _Pont de Lodi_.] - -_Rue du Battoir._ Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de -l'autre à celle de l'Éperon. Guillot la nomme rue de la _Platrière_. Un -terrier de Saint-Germain-des-Prés de 1523[642] la désigne sous le nom de -_Haute-Rue, dite rue du Battouer, autrement la Vieille-Platrière_. -Plusieurs autres titres lui donnent la même dénomination; et du reste -tout ce qu'en a dit Sauval est erroné, comme Jaillot l'a très-bien -prouvé. - - [Note 642: Fol. 140 vº.] - -_Rue de la Vieille-Bouclerie._ Elle commence au bout de la place du -Pont-Saint-Michel, et finit à la rue de la Harpe, au coin de celle de -Saint-Séverin, et il en est fait mention dès 1236[643], sous le nom de -_vicus Boclearia_. Sauval prétend qu'en 1272 on l'appeloit -_l'abreuvoir Maçon_[644]. Elle y conduisoit effectivement: du reste, -ce qu'il en dit, et ce qu'en disent ceux qui l'ont copié ou critiqué -est tellement embrouillé, qu'il est difficile de les suivre dans ces -minutieuses discussions; ce qu'on peut en conclure, c'est qu'il -existoit en ce quartier deux rues de la Bouclerie, ainsi qu'il est -prouvé par les vers de Guillot: - - Assès tôt trouva Sacalie, - Et la petite Bouclerie, - Et la grand Bouclerie après, - Et Hérondale tout emprès. - - [Note 643: Reg. de la Temp. de Notre-Dame.] - - [Note 644: T. I, p. 118.] - -La marche du poëte, ainsi que les titres, prouvent que la rue de la -_Petite-Bouclerie_ est celle dont il s'agit ici, et que la _grande_ -est la rue _Mâcon_, qui aboutissoit alors à la boucherie, située au -coin de la rue de l'Hirondelle. - -On trouve la _petite Boucherie_ désignée encore sous le nom de la -_vieille Bouclerie_. Jaillot pense que ce n'est point une faute -d'impression, mais que cette dénomination vient de ce que la boucherie -de Saint-Germain étoit établie, au douzième siècle, à la place dite -depuis du _Pont-Saint-Michel_, laquelle n'existoit point encore. Quant -à l'opinion de quelques historiens qui veulent que le nom de -_Bouclerie_ vienne de ce qu'on y faisoit de petits boucliers, elle -n'est appuyée sur aucune preuve. - -_Rue Bout-de-Brie._ Elle aboutit d'un côté à la rue du Foin, de -l'autre à celle de la Parcheminerie. On lit dans plusieurs actes, -_Bourg-de-Brie_, _Bout-de-Brye_, _Bouttebrie_, _du Bourc-de-Brie_, -_Boudebrie_, et ce sont autant d'altérations du nom primitif qui étoit -_Erembourg_ ou _Eremburge de Brie_, _vicus Eremburgis de Briâ et de -Bratâ_ en 1284 et 1288, ainsi qu'on le lit dans un cartulaire de la -Sorbonne. Avant la fin du quatorzième siècle on lui donnoit le nom de -_rue des Enlumineurs_, sans doute à cause de ceux qui s'y étoient -établis. On la trouve en 1371 et 1373 sous l'un et l'autre de ces deux -derniers noms[645]. - - [Note 645: Sauval, t. III, p. 625.] - -_Rue des Trois-Chandeliers._ On nomme ainsi une des descentes de la -rue de la Huchette à la rivière, en face de la rue Zacharie. -Sauval[646], confondant cette rue avec une autre, qui lui est -parallèle, lui donne en conséquence plusieurs noms qu'elle n'a point -portés. Elle est nommée, dans le quatorzième siècle, rue _Berthe_, et -rue et port _aux Bouticles_. Ce dernier nom lui venoit des boutiques -ou bateaux placés à son extrémité, dans lesquels on conservoit le -poisson. On l'appela ensuite _Bertret_ par corruption. Depuis ce -temps, quelques chandeliers s'y étant établis, la firent nommer rue -_Chandelière_[647]. Enfin elle prit le nom _des Trois-Chandeliers_, de -l'enseigne d'une maison qui en faisoit le coin[648]. - - [Note 646: T. I, p. 123.] - - [Note 647: Hist. de Par., t. V, p. 187.] - - [Note 648: Sauval, t. II, p. 125.] - -_Rue du Chat-qui-Pêche._ Elle commence à la rue de la Huchette, et -aboutit à la rivière. Le censier de Sainte-Geneviève l'appelle, en -1540, ruelle _des Étuves_; on la trouve aussi désignée sous le nom de -rue de Renard[649]. - - [Note 649: Entre cette rue et la précédente on voyoit - encore, à la fin du siècle dernier, une ruelle ou descente à - la rivière, fermée par une porte à son entrée dans la rue de - la Huchette; elle se nommoit rue des _Trois-Canettes_, et se - trouve sur le plan de Boisseau sous le nom _du Harpeur_. - Elle étoit peu connue, parce qu'elle ne servoit qu'à - l'écoulement des eaux et des immondices. En 1767 la maison - voisine de cette ruelle s'étant écroulée, on revint au - projet déjà conçu de construire un quai le long de la - rivière, entre le pont Saint-Michel et le Petit-Pont. Il fut - ordonné en conséquence que la rue des Trois-Canettes seroit - supprimée, et celle des Trois-Chandeliers élargie jusqu'à - douze pieds dans toute sa longueur; ce qui fut exécuté.] - -_Rue Christine._ Elle traverse de la rue Dauphine dans celle des -Grands-Augustins. On l'ouvrit, en 1607, sur une partie de -l'emplacement de l'hôtel et des jardins du collége Saint-Denis. Le nom -qu'elle porte lui fut donné en l'honneur de Christine de France, -seconde fille de Henri IV. - -_Rue du Cloître-Saint-Benoît._ Elle donne d'un bout dans la rue des -Mathurins, et de l'autre vient tourner par un passage voûté dans la -rue Saint-Jacques. (Voyez _rue des Mathurins_.) - -_Rue de Cluni._ Elle commence à la place de Sorbonne, et finit à la -rue des Cordiers. Son nom lui vient du collége de Cluni, qu'elle -avoisine: elle le portoit dès la fin du treizième siècle. Guillot -l'appelle rue à _l'abbé de Cluni_. - -_Rue Contrescarpe._ Elle traverse de la rue Dauphine dans celle de -Saint-André-des-Arcs, et tire son nom de son ancienne situation, le -long des murs de l'enceinte de Philippe-Auguste. Dans le procès-verbal -de 1636, on la trouve sous la dénomination de rue _de Basoche_. - -_Rue des Cordeliers._ Cette rue, ainsi nommée des religieux qui s'y -sont établis, aboutit d'un côté à la rue de la Harpe, et de l'autre à -celle de Condé, vis-à-vis la rue des Boucheries. Guillot l'appelle rue -des _Cordèles_, et elle prit le nom de rue Saint-Germain lorsque la -rue Saint-André-des-Arcs cessa de le porter[650]. En 1304, un acte la -présente sous celui de rue _Saint-Cosme et Saint Damian_. Elle -finissoit anciennement au-dessus de la rue du Paon, à la place où -étoit une des portes de l'enceinte de Philippe-Auguste. - - [Note 650: Sauval dit qu'en 1255, époque de la fondation du - collége des Prémontrés, on la nommoit _rue aux Étuves_. Il - se trompe: cette dénomination étoit celle d'une rue qui ne - subsiste plus aujourd'hui, et qui passoit de la rue des - Cordeliers à la rue Mignon, dont elle faisoit la - continuation, entre le collége de Bourgogne et la maison des - Prémontrés. (JAILLOT.)] - -_Rue des Cordiers._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Jacques, et -de l'autre à celle de Cluni. On ne peut guère douter, dit Jaillot, -qu'elle ne doive ce nom à des cordiers auxquels on avoit permis d'y -filer du chanvre. Guillot l'appelle rue _as Cordiers_. Il y a quelque -apparence qu'anciennement elle se prolongeoit jusqu'à la rue de la -Harpe, et que le passage des Jacobins en a occupé depuis une partie. - -_Rue Dauphine._ Elle commence au bout du Pont-Neuf, et aboutit au -carrefour que forment les rues Saint-André-des-Arcs, de la Comédie, -Mazarine et de Buci. Henri IV ayant fait achever le Pont-Neuf, et -voulant en faciliter la communication avec le faubourg Saint-Germain, -fit ouvrir cette rue, en 1607, sur le jardin des Augustins, et sur les -bâtiments du collége Saint-Denis. Le nom qu'elle portoit lui fut donné -en l'honneur du Dauphin. On le donna également à une porte que l'on -fit bâtir à son extrémité. Cette porte, située presque vis-à-vis la -rue Contrescarpe, fut abattue en 1672. - -_Rue de l'Éperon._ Elle aboutit d'un côté à la rue -Saint-André-des-Arcs, de l'autre à celle du Jardinet. Le plus ancien -nom sous lequel on la trouve désignée est celui de rue _Gaugain_, -_vicus Galgani_. Elle le portoit en 1269[651], et l'a conservé -jusqu'au commencement du quinzième siècle; Guillot l'appelle rue -_Cauvain_. Ce nom est également dans plusieurs titres de l'abbaye, -dans lesquels on lit _Gongan_, _Gongain_, _Gongaud_, _Gorigand_, etc. -Ce sont des fautes de copistes. Au quinzième siècle on la trouve -désignée rue _Chapron_, _de Chaperon et Chapon_; enfin, dans le -procès-verbal de 1636, on lit rue de l'Éperon. Ces derniers noms -viennent de plusieurs enseignes. - - [Note 651: Arch. de l'abb. S. Germ.] - -_Rue du Foin._ Elle traverse de la rue de la Harpe à la rue -Saint-Jacques. On ignore à quelle occasion elle a reçu ce nom; mais -dès la fin du treizième siècle elle étoit appelée rue _O Fain_; _de la -Fennerie_ en 1332; _au Foin_ en 1383 et 1386[652]. Cependant, en 1383, -on la trouve aussi sous la dénomination de rue _aux Moines de Cernai_, -parce que les abbés des Vaux de Cernai y avoient leur hôtel. Depuis -elle a repris son premier nom, qu'elle conserve encore aujourd'hui. - - [Note 652: Sauval, t. I, p. 135.] - -_Rue Gilles-Coeur._ Elle commence à la rue Saint-André-des-Arcs, et -aboutit au quai des Augustins. Les titres de Saint-Germain du -quatorzième siècle l'indiquent sous les noms de _Gilles-Queux_, -_Gui-le-Queux_, et, peut-être, par faute de copiste, _Gui-le-Preux_. -Jaillot observe que ce nom de _Gui-le-Queux_ a été aussi donné à la -rue des Poitevins, et cherchant son étymologie, il pense qu'il vient -de quelqu'un de ses plus notables habitans[653]. Un acte de 1397, cité -par Sauval, lui donne le nom de _Gui-le-Comte_. Ceux de -_Gilles-le-Coeur_ et de _Gist-le-Coeur_ sont évidemment des fautes de -copistes. - - [Note 653: Ce nom de _Queux_ signifie, en vieux françois, - _cuisinier_; mais personne n'ignore que la charge de - _Grand-Queux_ étoit chez le roi une des premières de la - couronne. Les Châtillon se sont fait un honneur de la - posséder.] - -_Rue de la Harpe._ Elle commence au bout de la rue de la -Vieille-Bouclerie, au coin des rues Mâcon et Saint-Séverin, et -aboutit à la place Saint-Michel. Un titre de 1247 lui donne déjà ce -nom, _vicus Cithare_[654]. Dix ans après on la trouve sous celui _de -la Juiverie_; la rue _des Juifs_, _domus in Judearia ante domum -Cithare_, _vicus Judeorum_[655]; en 1262, _vetus Judearia_[656]. On -l'appeloit ainsi parce que les juifs y avoient leurs écoles. En 1270 -le cartulaire de Sorbonne fait mention de la rue _du Harpeur_; -toutefois d'autres actes du même cartulaire l'indiquent à cette époque -sous le nom de _la Harpe_: _in vico de Citharâ_ en 1270, et _vicus -Harpe_ en 1281. Elle doit ce nom à l'enseigne de la seconde maison à -droite, au-dessus de la rue Mâcon. - - [Note 654: Past. A, p. 793.] - - [Note 655: Nécrol. de N. D. au 31 mars et 25 avril.] - - [Note 656: Archiv. de S. Germ. des Prés.] - -Cette rue, divisée autrefois en deux parties, s'appeloit rue de la Harpe -ou de la _Herpe_ depuis la rue Saint-Séverin jusqu'à celle des -Cordeliers; et depuis cet endroit jusqu'à la porte Saint-Michel, on la -nommoit tantôt rue _Saint-Côme_, tantôt rue aux _Hoirs d'Harecour_[657]. -Jaillot, qui cite les actes où elle porte cette dénomination, dit que la -distinction des deux parties de la rue de la Harpe subsistoit encore -dans le procès-verbal de 1636[658]. - - [Note 657: Lebeuf, t. II, p. 567.] - - [Note 658: Hist. de Par., t. IV, p. 133.] - -_Rue Hautefeuille._ Elle aboutit d'un côté à la rue -Saint-André-des-Arcs, et de l'autre à celle des Cordeliers. Nous ne -nous arrêterons point à cette tradition ridicule, qui veut que cette -rue doive son nom à un château _de Hautefeuille_, lequel appartenoit, -dit-on, à un petit-neveu de Charlemagne, véritable personnage de -roman[659]. En supposant même, dit Jaillot, que le vieux château -mentionné par nos historiens[660], et dont on trouva des vestiges en -1358, lorsqu'on creusa les fossés qui bordoient l'enceinte de -Philippe-Auguste, fût appelé de Hautefeuille, ce qui n'est qu'une -simple conjecture, sa situation vis-à-vis les Jacobins, entre les -portes Saint-Michel et Saint-Jacques eût fait naturellement donner son -nom aux rues qui y conduisoient directement, comme celles de la Harpe -et de Saint-Jacques ou autres rues intermédiaires qui en étoient plus -proches que la rue de Hautefeuille, éloignée de cet endroit d'environ -dix-huit cents toises. Du reste elle portoit ce nom dès 1252, et se -prolongeoit alors jusqu'aux murs. Il en restoit encore des traces -sensibles, à la fin du siècle dernier, dans le jardin des Cordeliers. -Quant à l'étymologie de cette dénomination, Jaillot pense qu'elle -pourroit venir des arbres hauts et touffus dont cette rue ou chemin -pouvoit être bordé, et cette conjecture il l'appuie sur un passage des -premiers statuts faits pour les Cordeliers, dans lesquels on défend -aux religieux de jouer à la paume sous _la Haute-Feuillé_. - - [Note 659: Huon de Bordeaux, dans son roman, l'appelle - _Amauri de Hautefeuille_, et dit qu'il étoit neveu de - Ganelon.] - - [Note 660: Corroz., fol. 79, vº.--Belleforest, Ann. p. - 889.--Du Breul, p. 500.--Hist. de Par., t. I, p. 261.] - -Il faut observer qu'au treizième siècle elle n'étoit pas appelée rue -de Hautefeuille dans toute son étendue actuelle: du côté de la rue -Saint-André, et jusqu'aux rues Percée et des Poitevins on la nommoit -_rue Saint-André_ et _du Chevet-Saint-André_. Au commencement du -quinzième, une foule d'actes la désignent dans cette partie sous le -nom de _la Barre_[661]: on suppose qu'elle le devoit à Jean de La -Barre, avocat, qui demeuroit dans le voisinage[662]. - - [Note 661: Arch. de S. Germ. des Prés, A. 3, 4, 5.--Terrier - de 1523, fol. 138 et suiv.] - - [Note 662: _Ibid._, fol. 237, vº.] - -_Rue de l'Hirondelle._ Elle aboutit d'un côté à la rue Gilles-Coeur, -de l'autre à la place du pont Saint-Michel. On trouve ce nom écrit de -diverses manières dans différents actes; en 1200, rue _d'Arrondale en -Laas_, et _d'Arondelle en Laas_ en 1222; en 1263, _d'Hirondale_; dans -Guillot, _d'Hérondale_; enfin on a dit rue de l'Hirondelle. Il est -probable que ce nom provenoit de quelque enseigne. - -_Rue de la Huchette._ Cette rue commence au carrefour que forment la -place du pont Saint-Michel et les rues Saint-André-des-Arcs et de la -Vieille-Bouclerie, pour venir aboutir à la rue du Petit-Pont. Elle -faisoit partie du territoire de Laas, lequel appartenoit à l'abbaye -Saint-Germain. En 1179 l'abbé Hugues ayant aliéné la plus grande -partie de ce territoire à la charge d'y bâtir, on construisit, des -deux côtés du chemin, des maisons qui formèrent une rue, nommée -d'abord rue de _Laas_; c'est ainsi qu'elle est indiquée en l'année -1210. Mais dès 1284 plusieurs titres lui donnent le nom de rue de _la -Huchette_, qui probablement venoit de quelque enseigne. - -_Rue de Hurepoix._ Elle aboutissoit d'un côté au quai des -Augustins, et de l'autre à la place du pont Saint-Michel. On ne la -distinguoit pas anciennement du quai, et elle étoit nommée rue de -_Seine-allant-aux-Augustins_. En 1636 on l'appeloit rue du -_Quai-des-Augustins_. Vers ce temps-là elle prit le nom qu'elle -porte aujourd'hui d'un hôtel garni situé à l'extrémité du quai, où -venoient loger les marchands du Hurepoix[663]. - - [Note 663: Cette rue vient d'être abattue du côté de la - rivière pour la construction d'un nouveau quai.] - -_Rue du Jardinet._ Cette rue donne d'un côté dans la rue Mignon, de -l'autre dans le cul-de-sac de la cour de Rouen, au coin des rues du -Paon et de l'Éperon. Elle se prolongeoit anciennement jusqu'à la rue -Hautefeuille, et de ce côté portoit le nom _des Petits-Champs_; ce nom -fut ensuite donné à la rue entière. Depuis on l'appela rue de -_l'Escureul_ et des _Escureux_; enfin rue du _Jardinet_; peut-être, -dit Jaillot, à cause du jardin de l'hôtel et collége de Vendôme, -compris entre cette rue et celle du Battoir[664]. - - [Note 664: En face de cette rue est le cul-de-sac appelé de - la _cour de Rouen_, ainsi nommé parce que l'hôtel de - l'archevêque de Rouen y étoit situé.] - -_Rue Mâcon._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-André-des-Arcs, et -de l'autre à la rue de la Harpe, au coin de celle de la -Vieille-Bouclerie, laquelle a porté le même nom. Toutes les deux le -devoient à l'hôtel des comtes de Mâcon, dont nous avons déjà parlé. - -_Rue de l'Abreuvoir-Mâcon._ C'est une descente du carrefour des rues -Saint-André-des-Arcs, de la Vieille-Bouclerie et de la Huchette, à la -rivière. C'étoit par ce passage que l'on menoit abreuver les chevaux -des comtes de Mâcon, et son nom a la même origine que celui de la rue. -Il est fait mention de cet abreuvoir dès 1272[665]. - - [Note 665: On a démoli plusieurs maisons de cette rue pour - agrandir la place Saint-Michel.] - -_Rue des Maçons._ Elle donne d'un côté dans la rue des Mathurins, et -aboutit de l'autre à la place de Sorbonne. Corrozet l'appelle rue du -_Palais-au-Terme_, autrement des _Maçons_. Le premier de ces noms -appartenoit d'abord à la rue des Mathurins, et ne fut donné à celle -des Maçons que lorsque l'autre eut pris le nom des religieux qui s'y -sont établis. Piganiol l'appelle seul rue _aux Bains_ et _aux Étuves_. - -Celui qu'elle porte aujourd'hui lui vient, selon Jaillot, d'un -bourgeois nommé _Le Masson_, lequel y demeuroit au commencement du -treizième siècle. On trouve, en 1254, _vicus Cementariorum_[666], et -dans plusieurs actes subséquents jusqu'en 1296, _vicus Lathomorum_. -Cette rue se prolongeoit autrefois jusqu'à celle des Poitevins; on en -a retranché une partie pour faire la place de Sorbonne. - - [Note 666: Cartul. Sorbon., fol. 55.] - -_Rue des Mathurins._ Elle traverse de la rue de la Harpe à la rue -Saint-Jacques. Elle avoit pris, dans l'origine, des Thermes de Julien -qui y sont situés, le nom de rue du _Palais-du-Therme_, du -_Palais-des-Thermes_; en 1220, _vicus de Termis_, _de Terminis_. -Piganiol lui donne encore, mais mal à propos, le nom de rue _des Bains_ -ou _des Étuves_. Il paroît que l'abbé Lebeuf s'est aussi trompé en la -désignant sous celui de rue _Saint-Mathelin_, qui alors étoit -effectivement synonyme de _Mathurin_. C'est à la partie de la rue -Saint-Jacques qui l'avoisine que ce nom appartenoit; celle dont nous -parlons est encore nommée rue du _Palais-du-Therme_ et rue du _Palaix_ -dans des titres de 1421 et 1450. Il n'y a guère que trois siècles qu'on -lui a donné sa dernière dénomination[667]. Vis-à-vis des Mathurins est -une rue qui conduit au cloître Saint-Benoît: Jaillot croit le -reconnoître, dans le cartulaire de Sorbonne et à l'année 1243, sous le -nom de _vicus Andriæ_ DE MACOLIS; elle est indiquée _rue -d'André-Machel_ dans un acte de 1254. Aujourd'hui elle se confond avec -l'ancien cloître sous le nom commun de rue _du Cloître-Saint-Benoît_. - - [Note 667: Il y avoit autrefois près de l'église des - Mathurins un cul-de-sac qui la séparoit du palais des - Thermes, et qui portoit le nom de _Coterel_ ou _Cocerel_.] - -_Rue Mignon._ Elle traverse de la rue du Battoir dans celle du -Jardinet, qui, comme nous l'avons remarqué, a porté le nom de rue _des -Petits-Champs_. Il fut aussi donné à la rue Mignon, qui fait équerre -avec l'autre. Quant à sa dernière dénomination, elle la doit au -collége du même nom dont nous avons déjà parlé. - -_Rue de l'Observance._ Cette rue, qui aboutit d'un côté à la rue des -Cordeliers, de l'autre à celle des Fossés-de-Monsieur-le-Prince, fut -percée en 1672. Elle a pris le nom qu'elle porte de l'église et de la -principale porte des Cordeliers, dits de _l'Observance_, qui y étoient -situées. - -_Rue du Paon._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Cordiers, de -l'autre à celle du Jardinet. Ce nom lui vient d'une enseigne, et elle -le portoit dès 1246[668]. Sauval s'est trompé en lui donnant celui de -rue de l'_Archevêque-de-Reims_[669], lequel ne convient qu'au -cul-de-sac situé dans cette rue, comme Jaillot l'a démontré[670]. - - [Note 668: Cart. de Sorbon., fol. 132.] - - [Note 669: T. II, p. 77.] - - [Note 670: Ce cul-de-sac n'existe plus, de même que l'hôtel, - lequel occupoit l'espace compris entre les rues de - Hautefeuille, du Jardinet, du Paon et du cul-de-sac même où - il étoit situé.] - -_Rue de la Parcheminerie._ Elle traverse de la rue Saint-Jacques à -celle de la Harpe. Suivant le cartulaire de Sorbonne, on la nommoit -rue _des Écrivains_, _vicus Scriptorum_ en 1273[671]. Guillot -l'appelle rue _as Écrivains_. Comme le parchemin étoit la seule -matière sur laquelle on écrivît, elle en prit son dernier nom; et -l'on trouve en 1387 _vicus Pergamenorum_[672], et dans tous les titres -du siècle suivant, rue _des Parcheminiers_ et de la _Parcheminerie_. - - [Note 671: Cart. Sorb. 1273-1279.] - - [Note 672: Comp. des heures du chap. N. D.] - -_Rue Pavée._ Cette rue, qui traverse du quai des Augustins à la rue -Saint-André-des-Arcs, étoit ainsi nommée dès le treizième siècle. Au -seizième on l'appeloit _rue Pavée-d'Andouilles_, dénomination dont -l'origine est entièrement inconnue. - -_Rue Percée._ Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de l'autre -à celle de la Harpe. Guillot ne nomme pas cette rue; elle existoit -cependant au temps où il écrivoit. On la trouve indiquée, en 1262, -1266 et 1277, sous le nom de _vicus Perforatus_. Dans plusieurs actes -du siècle suivant, elle est nommée rue _Percée_, dite _des -Deux-Portes_. - -_Rue Pierre-Sarrasin._ Cette rue, qui traverse de la rue Hautefeuille -à celle de la Harpe, doit son nom à un bourgeois, lequel possédoit, au -treizième siècle, plusieurs maisons en cet endroit. Dans un compte de -1511[673] elle est appelée rue _Jean-Sarrasin_; mais elle ne tarda pas -à reprendre son premier nom, qu'elle a conservé jusqu'à présent. - - [Note 673: Sauval, t. III, p. 555.] - -_Rue des Poirées._ Elle commence à la rue Saint-Jacques; et faisant un -retour d'équerre, sous le nom de rue _Neuve-des-Poirées_, elle vient -aboutir à la rue des Cordiers. L'ancien nom de cette rue étoit -_Thomas_ et ensuite _Guillaume-d'Argenteuil_; c'est ainsi qu'elle est -indiquée, en 1236, dans le cartulaire de Sorbonne[674]. On trouve -ensuite _vicus ad Poretas_ en 1264, et _vicus Poretarum_ en 1271. -Cette rue se prolongeoit autrefois jusqu'à celle des Maçons, et avoit -reçu populairement le nom de rue _aux Écoliers-de-Rhétel_, à cause du -collége de ce nom qui y étoit situé; mais dans tous les actes on la -trouve désignée sous celui de rue _Porée_, _des Porées_ et _des -Poirées_. - - [Note 674: Fol. 13, 14, 28, 116, etc.] - -_Rue des Poitevins._ Elle forme un équerre, et aboutit d'un côté à la -rue Hautefeuille, de l'autre à celle du Battoir. On la nommoit, en -1253, rue _Gui-le-Gueux_, ensuite _Gui-le-Queux_ dite _des Poitevins_, -enfin simplement _des Poitevins_ en 1288. Plusieurs auteurs tels que -Sauval, Dom Bouillart, Dom Félibien la nomment _Ginart-aux-Poitevins_ -et _Gerard-aux-Poitevins_; deux titres de 1356 l'appellent -_Guiard-aux-Poitevins_[675]. - - [Note 675: Manusc. de S. Germ., C. 454. La partie de cette - rue qui aboutit à celle du Battoir étoit indiquée, au - commencement du quinzième siècle, sous le nom grossier et - ridicule de _rue du Pet_, en 1560 _rue du Petit-Pet_, et _du - Gros-Pet_ en 1636.] - -_Place du Pont-Saint-Michel._ Elle est située à l'extrémité du quai -des Augustins. L'abbaye Saint-Germain y avoit autrefois un pressoir -pour faire _vin et verjus_; et c'étoit sur cette place que se -faisoient les ventes par ordonnance de justice; depuis elles ont été -transportés sur la place du Châtelet. - -_Rue des Deux-Portes._ Elle traverse de la rue Hautefeuille à celle de -la Harpe, et doit ce nom aux portes qui la fermoient à ses extrémités. -Elle le portoit des 1450. - -_Rue Poupée._ Elle aboutit d'un côté à la rue de la Harpe, de l'autre -à celle de Hautefeuille. Dans le douzième siècle, elle est désignée -sous le nom de _Popée_[676]; en 1300 on l'appeloit _Poupée_, et -depuis, par altération ou par faute de copiste, _Poinpée_ et _Pompée_. - - [Note 676: Arch. de S. Germ.] - -_Rue Neuve-de-Richelieu._ Elle conduit de la rue de la Harpe à la -place et à l'église de Sorbonne. Ce fut pour donner un point de vue à -ce monument que, dès 1637, on projeta de faire une place vis-à-vis, et -d'ouvrir une rue qui donneroit dans celle de la Harpe. Cette rue fut -effectivement ouverte en 1639 sur un terrain formé de quelques -dépendances des colléges de Cluni et du Trésorier. Elle a été -quelquefois désignée sous les noms de rue _des Thrésoriers_ et _de -Sorbonne_. - -_Rue de Savoie._ Elle traverse de la rue des Grands-Augustins dans la -rue Pavée, et doit son nom à l'hôtel de Savoie situé dans cette -dernière rue, lequel en occupoit tout l'espace jusqu'à celle des -Grands-Augustins. - -_Rue Serpente._ Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de -l'autre à celle de la Harpe. Elle devoit ce nom aux sinuosités qu'elle -formoit avant d'avoir été redressée. Dès 1250 on l'appeloit rue _de la -Serpente_ et _vicus Serpentis_. Guillot écrit, pour la rime, _de la -Serpent_. - -_Rue Saint-Séverin._ Cette rue, qui aboutit d'un côté à la rue de la -Harpe, et de l'autre à la rue Saint-Jacques, est fort ancienne et doit -son nom à l'église que nous y voyons. On la trouve, on ne sait -pourquoi, indiquée, dans un compte du domaine de 1574, rue -_Colin-Pochet_, autrement dite _Saint-Séverin_[677]. - - [Note 677: Sauval, t. III, p. 644. Il y a dans cette rue un - cul-de-sac appelé _Sallembrière_; c'est une altération du - nom _Saille-en-bien_, _Saliens in bonum_, qu'il portoit - anciennement. Ce nom étoit celui d'un particulier qui y - avoit sa maison; on le trouve dans un acte du cartulaire de - Sorbonne daté de 1239, et dans plusieurs actes subséquents. - Ce cul-de-sac, qui étoit une rue à cette époque, aboutissoit - à une autre ruelle, laquelle ne subsiste plus, et qu'on - nommoit rue _des Jardins_. Celle-ci donnoit dans la rue - Saint-Jacques.] - -_Rue des Prêtres-Saint-Séverin._ Elle aboutit d'un côté à la rue -Saint-Séverin, de l'autre à celle de la Parcheminerie. On l'appeloit, -en 1244, _ruelle devant_ ou _près Saint-Séverin_. En 1260 et 1264, les -titres de Sorbonne la nomment _strictus vicus sancti Severini_; les -actes du temps, _ruelle_ et _ruellette Saint-Séverin_, _ruelle de -l'archiprêtre_. En 1489, on disoit _ruelle Saint-Séverin dite au -Prêtre_, et simplement _ruelle au Prêtre_ en 1508. - -_Rue de Sorbonne._ Elle commence à la rue des Mathurins, et aboutit à -la place de Sorbonne. Le nom le plus connu que cette rue ait porté est -celui _des Portes_ _et des Deux-Portes_; on le lui donnoit encore en -1283, quoique, suivant le cartulaire de Sorbonne, on l'appelât, dès -1281, _vicus de Sorboniâ et de Sorbonio_. Guillot la nomme _rue as -Hoirs de Sabonnes_; Du Breul l'a confondue avec la rue _de -Coupegueule_. - -_Place de Sorbonne._ Elle fut formée du retranchement d'une partie de -la rue des Poirées, qui, comme nous l'avons dit, se prolongeoit alors -jusqu'à la rue des Maçons. - -_Rue de Touraine._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Cordeliers, de -l'autre à celle des Fossés-de-Monsieur-le-Prince. C'est mal à propos -que sur les plans modernes elle est nommée rue _de Turenne_. On -l'ouvrit, vers la fin du dix-septième siècle, presque sur le même -alignement que la rue du Paon, et comme elle sembloit en faire la -continuation, on lui donna le nom de _Touraine_, à cause de l'hôtel de -_Tours_ situé dans cette dernière rue. - -_Rue Zacharie._ Elle traverse de la rue Saint-Séverin à celle de la -Huchette. Ce nom est altéré; on disoit en 1219 rue _Saqualie_, _vicus -qui dicitur Sachalia_[678]; les cartulaires de Sorbonne et de -Saint-Germain lui donnent le même nom en 1262 et 1276. Ce nom étoit -celui d'une maison qui y étoit située. La négligence des copistes en a -altéré l'orthographe, et ils écrivirent successivement _sac-alie_, -_saccalie_, _sac-à-lie_, _sac-alis_, _saccalit_. Cette rue est nommée -_Zacharie_ dans le procès-verbal de 1636, et depuis a toujours -conservé cette dernière dénomination[679]. - - [Note 678: Past. A., fol. 690.--Nécrol. de N. D.] - - [Note 679: «Il n'y a pas long-temps, dit Saint-Foix, qu'on - voyoit encore sur la porte de la maison qui fait le coin de - cette rue et de la rue Saint-Séverin une pierre de deux - pieds en carré, où l'on avoit gravé différentes figures; les - principales étoient celles d'un homme renversé de cheval, et - d'un autre à qui une dame mettoit sur la tête un _chapeau de - roses_. On lisoit au haut ces mots: _Au vaillant Clary_; et - en bas: _En dépit de l'envie_. C'est un monument que la - soeur de Guillaume Fouquet, écuyer de la reine Isabeau de - Bavière, osa faire mettre sur sa maison, à la gloire de sire - de Clary, son parent, dans le temps que la cour, irritée du - combat de ce brave homme contre Courtenay, le poursuivoit, - et vouloit le faire périr sur l'échafaud.» Pierre Courtenay, - chevalier anglois et favori de son maître, étoit venu à - Paris uniquement pour défier à la lance et à l'épée Guy de - La Trémouille, porte-oriflamme; s'en retournant, après avoir - rompu avec lui quelques lances, il se vanta, dans une visite - qu'il fit à la comtesse de Saint-Pol, soeur du roi - d'Angleterre, qu'aucun François n'avoit osé _s'éprouver_ - contre lui; le sir de Clary, qui étoit présent, s'indignant - de l'injure qu'il faisoit à sa nation, lui proposa le champ - clos pour le lendemain, et eut le bonheur de le mettre hors - de combat. Une intrigue de cour présenta sous un aspect - odieux cette action si glorieuse pour un vrai chevalier; on - lui fit un crime d'avoir osé _prendre une journée_ sans la - permission du roi; et pour ne pas expier sa victoire par une - mort ignominieuse, comme un traître à sa patrie, le brave - Clary fut forcé de prendre la fuite, et resta long-temps - dans l'exil.»] - - -QUAIS. - -_Quai des Augustins._ Il aboutit d'un côté au Pont-Neuf, de l'autre à -la rue du Hurepoix. Jusqu'au règne de Philippe-le-Bel il n'y avoit -entre les Augustins et la rivière qu'un terrain en pente douce, planté -de saules, et qui servoit de promenade aux habitants du voisinage; -toutefois la moindre inondation rendoit le passage difficile, souvent -même impraticable, et ruinoit les maisons qu'on y avoit bâties. Ces -inconvénients devinrent si graves que ce prince donna ordre au prévôt -des marchands de détruire cette saussaie, et de faire construire un -quai depuis l'hôtel de Nesle jusqu'à la maison de l'évêque de -Chartres. Cet ordre fut exécuté en 1313[680]; en 1389 on l'appeloit -rue _de Seine par où l'on va aux Augustins_, et depuis rue _du -Pont-Neuf_ (Saint-Michel) _qui va aux Augustins_; en 1444 rue _des -Augustins_. Ce quai, ainsi que la rue des Augustins, doit le nom qu'il -porte aux religieux qui s'y sont établis. Les marchés à la volaille et -au pain y avoient été établis par arrêt du conseil de 1676, et une -inscription placée au coin de la rue témoignoit qu'il avoit été -entièrement reconstruit en 1708[681]. - - [Note 680: Livre rouge de l'Hôtel-de-Ville, fol. 107.] - - [Note 681: Au-dessous du marbre sur lequel cette inscription - étoit gravée, on voyoit encore, avant la révolution, un - bas-relief gothique qui représentoit une amende honorable - que les sergents à verge avoient été contraints de faire, en - 1440, à Justice, à l'Université et aux Augustins. Sous - prétexte de signifier un exploit, ils s'étoient permis de - tirer par force un de ces religieux du cloître de son - couvent et en avoient tué un autre qui vouloit s'opposer à - cette violence. «Par sentence du prévôt de Paris, dit Du - Breul, ils furent condamnés à faire trois amendes - honorables, l'une au Châtelet, l'autre au lieu du forfait et - occision, et la dernière à la place Maubert; ils devoient - les faire sans chaperon, nuds jambes et nud pieds, tenant - chacun à la main une torche ardente de quatre livres, - requérants à tous merci et pardon; puis ils furent condamnés - à faire faire une croix en pierre de taille près le lieu où - ladite occision fut faite, avec image représentant ladite - réparation: davantage leurs biens confisqués, préalablement - prise sur iceux la somme de 1000 livres parisis, et _en - après bannis à jamais du royaume_.» Cependant cette peine, - qu'on peut considérer comme légère, vu l'énormité du crime, - fut sans doute encore adoucie: car Jaillot prétend avoir vu - plusieurs significations faites par un de ces sergents - depuis 1440 jusqu'en 1449.] - - -MONUMENTS NOUVEAUX - -_Et réparations faites aux anciens monuments depuis 1789._ - -_Église Saint-Séverin._ Cette église est décorée de deux nouveaux -tableaux qui lui ont été donnés par la ville en 1819. L'un représente -la mort d'Ananie et Saphire; l'autre, saint Pierre guérissant un -boiteux. Ces deux tableaux sont de feu Pallière, et font honneur à son -pinceau. - -_Le Marché à la Volaille._ Ce marché, bâti en 1810 par M. Happe, sur -l'emplacement qu'occupoient auparavant l'église et le couvent des -Grands-Augustins, présente, entre quatre murs percés d'arcades, trois -nefs parallèles, dont celle du milieu est plus large et plus élevée -que les deux autres. L'aspect de ce monument a de la grandeur, et les -dispositions intérieures sont aussi commodes qu'il étoit possible de -le désirer. - -_Fontaine de l'École de Chirurgie._ Cette fontaine, située en face de -l'école de chirurgie, doit former le centre d'un ensemble de -constructions destinées à circonscrire et à décorer la place que la -démolition de l'église des Cordeliers a ouverte devant ce monument. - -Elle se compose de quatre colonnes d'ordre dorique, de proportion -très-élégante, qui supportent un entablement mutulaire, dont la -composition, bien qu'elle soit peu correcte, a de la grâce et de la -légèreté. Au-dessus s'élève un attique orné d'une grande table -renfoncée sur laquelle doit être gravée une inscription. Entre les -colonnes on aperçoit une vaste niche cintrée, du sommet de laquelle -s'échappe et tombe en cascade un volume d'eau considérable: il remplit -un bassin demi-circulaire, et se divise ensuite d'une manière commode -pour l'usage au moyen d'un mécanisme ingénieux. - -Les constructions latérales déjà commencées, et propres à former des -habitations particulières, rappellent les proportions de masses et les -principales lignes de la façade de l'école. L'auteur de ce bel -édifice, chargé d'en coordonner les accessoires, avoit conçu à cet -effet un plan très-heureux: il est à souhaiter que ce plan soit suivi, -et que ce qu'il avoit commencé soit achevé. - -_Collége Saint-Louis._ Il est établi dans les anciens bâtiments du -collége de Harcour, auxquels on a fait des augmentations -considérables. - -_Les Thermes._ La maison de la rue de la Harpe qui masquoit cette -ruine antique a été démolie; on l'a couverte d'un toit, et encadrée -dans des constructions qui l'entourent de toutes parts et la mettent -désormais à l'abri des injures du temps et des dégradations nouvelles -qu'elle auroit pu éprouver. L'emplacement qu'occupoit la maison -formera au-devant une espèce de cour. Ces travaux, interrompus depuis -quelque temps, ne sont point encore achevés. - -_La Sorbonne._ Ce vaste édifice, rendu à l'université, est devenu le -chef-lieu de l'académie de Paris. On achève en ce moment d'en réparer -l'église, dans laquelle le tombeau du cardinal de Richelieu sera remis -à la place qu'il occupoit avant la révolution. Cette église sera sans -doute consacrée aux solennités religieuses de cette compagnie. - - -RUES ET PLACES NOUVELLES. - -_Rue du Cloître-Saint-Benoît._ Voy. _Cloître-Saint-Benoît._ - -_Rue de l'École-de-Médecine._ C'est le nom que porte aujourd'hui la -rue des Cordeliers. - -_Rue du Pont-de-Lodi._ Cette rue nouvelle communique de la rue -Dauphine à celle des Grands-Augustins. - -_Place du Pont-Saint-Michel._ Elle a été agrandie de la rue de -l'Abreuvoir, qui a été détruite et dont le terrain a été nivelé. - -_Quai Saint-Michel._ Il s'étend du pont Saint-Michel au Petit-Pont, et -a été construit sur l'emplacement des maisons qui couvroient ce -terrain et que l'on a abattues. - - -FIN DE LA SECONDE PARTIE DU TROISIÈME VOLUME. - - - - -TABLE DES MATIÈRES. - -TROISIÈME VOLUME.--SECONDE PARTIE. - - - Pages. - -QUARTIER SAINT-BENOÎT. - - Paris sous Louis XIII et sous la minorité de Louis XIV. 1 - - Origine du quartier 337 - - Le Petit-Châtelet 338 - - Saint-Julien-le-Pauvre 341 - - Chapelle Saint-Yves 344 - - Les Carmes 346 - - Saint-Jean-de-Latran 352 - - Saint-Benoît 355 - - Saint-Hilaire 364 - - Sainte-Geneviève 367 - - Palais de Clovis 385 - - Chapelle Saint-Michel 386 - - Saint-Étienne-du-Mont 388 - - Les filles Sainte-Geneviève 397 - - Sainte-Geneviève (nouvelle église) 398 - - Les Jacobins 408 - - Saint-Étienne-des-Grès 419 - - Chapelle Saint-Symphorien 425 - - La Visitation 427 - - Le séminaire Saint-Magloire 428 - - Saint-Jacques-du-Haut-Pas 433 - - Hôpital Sainte-Geneviève 437 - - Sainte-Aure (communauté) 438 - - Les orphelines de l'Enfant-Jésus 440 - - Saint-Siméon-Salus (communauté) 441 - - Les filles Sainte-Perpétue 442 - - Les religieuses de la Présentation-Notre-Dame 443 - - Les filles Saint-Michel 445 - - Sainte-Anne-la-Royale (communauté) 448 - - Les Ursulines 449 - - Les Bénédictins anglois 453 - - Les Feuillantines 457 - - Les filles de la Providence 459 - - Les Carmélites 462 - - Le Val-de-Grâce 472 - - Les filles Sainte-Agathe 485 - - Les Capucins 486 - - L'hospice Saint-Jacques-du-Haut-Pas 487 - - L'Observatoire 488 - - Colléges, Écoles, etc. 494 - - Hôtels 569 - - Fontaines 572 - - Barrières 573 - - Rues et places du quartier Saint-Benoît 574 - - Monuments nouveaux, etc. 595 - - Rues nouvelles 597 - - -QUARTIER SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS. - - Origine du quartier 599 - - Les Grands-Augustins 600 - - Les frères Cordonniers 615 - - Saint-André-des-Arcs 617 - - Saint-Séverin 627 - - Les filles Sainte-Marthe 635 - - Les Mathurins _Ibid._ - - Palais des Thermes 641 - - Les Prémontrés 647 - - Saint-Côme et Saint-Damien 650 - - Académie royale de Chirurgie 654 - - Les Cordeliers 665 - - La Sorbonne 673 - - Colléges, Écoles, etc. 685 - - Hôtels 709 - - Fontaines 728 - - Rues et places du quartier Saint-André-des-Arcs 730 - - Quais 750 - - Monuments, nouveaux, etc. 751 - - Rues et places nouvelles 753 - - -FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES. - - -[Notes au lecteur de ce fichier numérique: - -Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été -corrigées. L'orthographe de l'auteur a été conservée. - -Les lettres supérieures inusuelles ont été entourées de parenthèses. - -Corrections effectuées: - ---Page 124: "Mazarin devoit en grande partie son élévation à Charigni" -a été remplacé par "Mazarin devoit en grande partie son élévation à -Chavigni". - ---Note 248: "april" a été remplacé par "avril". - ---Page 371: "de disposer de leurs prétendes" a été remplacé par "de -disposer de leurs prébendes".] - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Tableau historique et pittoresque de -Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Tome 6/8), by Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TABLEAU HISTORIQUE DE PARIS *** - -***** This file should be named 60106-8.txt or 60106-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/6/0/1/0/60106/ - -Produced by Mireille Harmelin, Guy de Montpellier, Christine -P. Travers and the Online Distributed Proofreading Team -at http://www.pgdp.net (This file was produced from images -generously made available by the Bibliothèque nationale -de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm -concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark, -and may not be used if you charge for the eBooks, unless you receive -specific permission. 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B. de Saint-Victor.</title> -<link rel="coverpage" href="images/cover-page.jpg" /> - -<style type="text/css"> -<!-- - -body {font-size: 1em; text-align: justify; margin-left: 8%; margin-right: 8%;} - -h1 {font-size: 115%; text-align: center; margin-top: 4em; margin-bottom: 4em; line-height: 2em;} -h2 {font-size: 110%; text-align: center; margin-top: 4em; margin-bottom: 2em; line-height: 2em;} -h3 {font-size: 105%; text-align: center; margin-top: 2em; margin-bottom: 1em;} - -a:focus, a:active {outline:#ffee66 solid 2px; background-color:#ffee66;} -a:focus img, a:active img {outline: #ffee66 solid 2px;} - -sup {line-height: 0em; font-variant: normal;} -p {text-indent: 1em;} -hr.hr5 {width: 5%; text-align: center; margin-left: 45%;} - -ul.none {list-style-type: none;} -li {margin-top: 0.3em;} - -table {border-collapse: collapse; table-layout: fixed; - width: 90%; margin-left: 5%; margin-top: 1em; margin-bottom: 1em;} - -.p2 {margin-top: 2em; margin-bottom: 1em;} -.p4 {margin-top: 4em; margin-bottom: 1em;} - -.smcap {font-variant: small-caps; font-size: 95%;} -.smaller {font-size: 90%;} -.small {font-size: 80%;} -.normal {font-weight: normal; font-variant: normal; font-style: normal;} - -.add2em {margin-left: 2em;} - -.center {text-align: center; text-indent: 0em;} -.right15 {text-align: right; margin-right: 15%;} -.ralign10 {position: absolute; right: 10%; top: auto;} -.source {text-align: right; margin-right: 15%;} - -.resume p {margin-left: 5%; text-indent: -1em; font-size: 90%;} -.descript {margin-left: 5%; margin-right: 5%; - margin-top: 1.5em; margin-bottom: 1.5em; font-size: 90%;} - -.poem {margin-left: 10%; font-size: 90%; text-indent: 0em;} -.poem p {text-indent: 0em;} - -.footnote p {text-indent: 0em;} -.toc {margin-left: 10%; margin-right: 15%;} -.quote {font-size: smaller; margin-left: 5%;} - -.pagenum {visibility: hidden; - position: absolute; right:0; text-align: right; - font-size: 10px; - font-weight: normal; font-variant: normal; - font-style: normal; letter-spacing: normal; - color: #C0C0C0; background-color: inherit;} - -.border_left {border-left-style: solid; border-left-width: 2px;} -.border_right {border-right-style: solid; border-right-width: 2px;} - ---> -</style> -</head> - -<body> - - -<pre> - -The Project Gutenberg EBook of Tableau historique et pittoresque de Paris -depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Tome 6/8), by Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor - -This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most -other parts of the world at no cost and with almost no restrictions -whatsoever. 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Travers and the Online Distributed Proofreading Team -at http://www.pgdp.net (This file was produced from images -generously made available by the Bibliothèque nationale -de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) - - - - - - -</pre> - - -<p class="p4 center">TABLEAU<br /> - HISTORIQUE ET PITTORESQUE<br /> - DE PARIS.</p> - -<p class="p4 center small">IMPRIMERIE DE COSSON, RUE GARENCIÈRE.</p> - -<h1>TABLEAU<br /> -<span class="smaller">HISTORIQUE ET PITTORESQUE</span><br /> - DE PARIS,<br /> -<span class="smaller">DEPUIS LES GAULOIS JUSQU'À NOS JOURS.</span></h1> - -<p class="p2 center">Dédié au Roi<br /> - Par J. B. de Saint-Victor.</p> - -<p class="p2 center"><i>Seconde Édition</i>,<br /> - <span class="smcap small">REVUE, CORRIGÉE ET AUGMENTÉE</span>.</p> - -<p class="p2 center small">QUATRE VOLUMES IN-8<sup>o</sup>, ET UN ATLAS IN-4<sup>o</sup>.<br /> - TOME TROISIÈME.—DEUXIÈME PARTIE.</p> - -<p class="right15"><i lang="la">Miratur molem..... Magalia quondam.</i><br /> - <span class="smcap">Æneid.</span>, lib. I.</p> - -<p class="p4 center smaller">PARIS,<br /> -LIBRAIRIE CLASSIQUE-ÉLÉMENTAIRE,<br /> -RUE DU PAON, N<sup>o</sup> 8.</p> -<p class="center">M DCCC XXIV.</p> - -<div class="chapter"> -<h2>AVIS DE L'ÉDITEUR.</h2> - -<p>Une inadvertance de l'imprimeur, dont on s'est aperçu trop tard pour -pouvoir y porter remède, a produit une irrégularité dans la manière de -numéroter les pages adoptée jusqu'à présent dans cet ouvrage. Les -nombres, au lieu de <em>suivre</em> dans cette seconde partie du troisième -volume ceux de la première, ainsi qu'il a été pratiqué dans les -première et seconde parties des deux volumes précédents, recommencent -par l'<em>unité</em>, comme si cette partie formoit un volume séparé.</p> - -<p>Cette erreur est de peu d'importance sans doute; nous ajouterons même -que, vu le nombre considérable de pages que contient chacun de ces -volumes, cette manière de les numéroter est à la fois plus simple et -plus commode que la première.</p> - -<p>Elle eût été adoptée dès le commencement, si nous avions pu nous faire -alors une juste idée de l'étendue que devoit avoir l'ouvrage. Au lieu -de suivre les divisions de la première édition, et de publier trois -volumes partagés en six parties, chacune de ces parties eût formé un -volume séparé, et celle-ci seroit le sixième.</p> - -<p>Nous espérons que messieurs les Souscripteurs jugeront comme nous -qu'une erreur qui ne produit absolument aucun changement dans -l'économie du livre mérite à peine d'être remarquée.</p> -</div> - - -<div class="chapter"> -<span class="pagenum"><a id="page1" name="page1"></a>(p. 1)</span> -<p class="p4 center">TABLEAU<br /> -HISTORIQUE ET PITTORESQUE<br /> -DE PARIS.</p> - -<h2>QUARTIER SAINT BENOIT.</h2> - -<div class="resume"> - <p>Ce quartier est borné à l'orient par la rue du - Pavé-de-la-Place-Maubert, le marché de ladite place, les rues de - la Montagne-Sainte-Geneviève, Bordet, Moufetard, et de Lourcine - exclusivement; au septentrion, par la rivière, y compris le - Petit-Châtelet; à l'occident, par les rues du Petit-Pont et de - Saint-Jacques inclusivement; et au midi, par l'extrémité du - faubourg Saint-Jacques, jusqu'à la rue de Lourcine.</p> - - <p>On y comptoit, en 1789, cinquante-neuf rues, trois culs-de-sac, - deux abbayes, deux églises collégiales, quatre paroisses, trois - chapelles, quatre séminaires, six communautés d'hommes, quatre de - filles et six couvents; deux écoles, dix-neuf colléges, un - hôpital, deux places, etc.</p> -</div> - - -<h3>PARIS SOUS LOUIS XIII ET SOUS LA MINORITÉ DE LOUIS XIV.</h3> - -<p>Il faut suivre avec attention le règne de Louis XIII: il n'a pas été, -selon nous, moins étrangement jugé par ses nombreux historiens que les -règnes qui l'ont précédé. La révolution, qui nous a appris à nous -tenir en garde contre <span class="pagenum"><a id="page2" name="page2"></a>(p. 2)</span> leurs censures passionnées, nous apprendra de -même à nous méfier de leurs admirations niaises et de leurs jugements -superficiels. Comment en seroit-il autrement? Nous voyons de nos yeux -des catastrophes qu'ils n'avoient pas su prévoir, qu'il ne leur -appartenoit pas même de pouvoir imaginer. Il nous est donné de saisir -dans leur ensemble des faits qu'ils isoloient sans cesse les uns des -autres, qu'il leur arrivoit souvent de considérer comme de grands et -heureux résultats des vues purement humaines selon lesquelles la -société chrétienne étoit depuis si long-temps gouvernée; tandis que, -les considérant selon l'ordre de la Providence et dans les justes -rapports où ils sont placés, nous y découvrons à la fois et les effets -nécessaires de ces fausses doctrines que nous avons tant de fois -signalées, et les causes non moins fatales d'événements réservés aux -âges suivants, et dont nous étions destinés à subir les dernières -conséquences.</p> - -<p>(1610.) Une partie de la grande chambre du parlement étoit assemblée -dans une des salles du couvent des Grands-Augustins, située dans cette -partie méridionale de Paris que nous décrivons maintenant<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1" title="Lien vers la note 1"><span class="smaller">[1]</span></a>; et le -président de Blanc-Mesnil y tenoit l'audience du soir, lorsque le -<span class="pagenum"><a id="page3" name="page3"></a>(p. 3)</span> bruit s'y répandit que Henri IV venoit d'être assassiné. Pendant ce -temps, les conseillers les plus intimes de la reine délibéroient déjà -avec elle sur les moyens de lui assurer la régence. Le moment étoit -favorable et même décisif, car le prince de Condé et le duc de -Soissons, les deux princes du sang qui avoient le plus de puissance et -de crédit, étoient alors absents de la cour. Aussi sut-elle en -profiter; et le parlement étoit encore dans le premier trouble où -l'avoit jeté cette fatale nouvelle, lorsque le duc d'Épernon, celui de -tous ces conseillers de Marie de Médicis qui, dans cette circonstance, -montra le plus de présence d'esprit et de résolution, y entra tout à -coup, et demanda avec hauteur, même d'un ton presque menaçant<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2" title="Lien vers la note 2"><span class="smaller">[2]</span></a>, que -cette princesse fût déclarée régente, séance tenante et sans -délibérer. Elle le fut en effet à l'instant même. Le lendemain, le roi -vint tenir son lit de justice où la régence fut confirmée; et aussitôt -commencèrent les troubles de cette orageuse minorité.</p> - -<p>On forma un conseil de régence; et d'abord la plupart <span class="pagenum"><a id="page4" name="page4"></a>(p. 4)</span> des grands -seigneurs et des officiers de la couronne prétendirent y avoir entrée. -Tandis que les ministres de la reine étoient occupés à satisfaire ou à -repousser ces prétentions, le comte de Soissons arriva à Paris, se -plaignant hautement qu'une affaire d'une aussi grande importance que -la régence du royaume eût été terminée sans sa participation, et -soutenant qu'un arrêt du parlement ne suffisoit point pour la -conférer; qu'elle ne pouvoit l'être que par le testament des rois, ou -par une déclaration faite de leur vivant, ou par l'assemblée des -états-généraux. Il fallut apaiser ce prince hardi et entreprenant: les -ministres y parvinrent en lui donnant une pension de cinquante mille -écus et le gouvernement de la Normandie.</p> - -<p>Il fallut aussi calmer les alarmes des huguenots, qui n'avoient point -dans les conseillers de la régente la confiance qu'avoit fini par leur -inspirer le feu roi, et qui surtout étoient loin de les craindre -autant qu'ils l'avoient craint. On se hâta donc de publier une -déclaration qui confirmoit l'édit de Nantes dans toutes ses -dispositions. L'arrivée du duc de Bouillon dans la capitale avoit -suivi de près celle du comte de Soissons: son crédit étoit grand dans -le parti religionnaire dont il étoit considéré comme un des chefs -principaux; sa souveraineté de Sedan, ses alliances et ses -intelligences avec un grand nombre de princes étrangers, <span class="pagenum"><a id="page5" name="page5"></a>(p. 5)</span> l'activité -de son esprit et son habileté, en faisoient un personnage considérable -et capable de se faire redouter. Il étoit arrivé assez tôt pour -assister au conseil dans lequel fut agitée la grande question de -savoir si l'on suivroit la politique du feu roi, qui n'avoit rassemblé -deux armées en Champagne et en Dauphiné, que pour soutenir les -entreprises des princes protestants contre la maison d'Autriche et les -projets de conquête du duc de Savoie sur le Milanois; ou si, -abandonnant un tel système, on conclueroit avec l'Espagne une alliance -solide, si nécessaire au repos de la chrétienté. Cet avis prévalut et -fit voir qu'il y avoit de bons esprits dans cette assemblée<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3" title="Lien vers la note 3"><span class="smaller">[3]</span></a>. -L'armée du Dauphiné fut dissoute; on conserva celle de Champagne; et -le duc de Bouillon, à qui l'on avoit promis, trop légèrement sans -doute, le commandement de cette armée<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4" title="Lien vers la note 4"><span class="smaller">[4]</span></a>, ne vit <span class="pagenum"><a id="page6" name="page6"></a>(p. 6)</span> point sans un dépit -profond ses espérances trompées, et la préférence que l'on donna, dans -cette circonstance, au maréchal de la Châtre.</p> - -<p>Mais ce qui inquiéta la régente plus vivement que tout le reste, ce -fut le retour du prince de Condé de l'exil volontaire où il s'étoit -condamné sous le feu roi<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5" title="Lien vers la note 5"><span class="smaller">[5]</span></a>. Elle craignoit qu'il ne fût rentré en -France pour lui disputer la régence et s'emparer du gouvernement. Ses -craintes et celles de ses ministres furent telles à cet égard, qu'à -l'occasion de ce retour, l'ordre fut donné d'armer les bourgeois de -Paris, et que l'on créa pour les commander de nouveaux officiers qui -prêtèrent serment de fidélité à la reine<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6" title="Lien vers la note 6"><span class="smaller">[6]</span></a>. De son côté, le prince -n'étoit pas sans méfiance et sans alarmes: il ne voulut entrer à Paris -que bien accompagné; sur l'invitation secrète qu'il leur en fit faire, -un grand nombre de seigneurs et de gentilshommes allèrent au-devant de -lui et lui formèrent un cortége imposant, qui l'accompagna jusqu'au -Louvre, où il se rendit au moment même de son arrivée. Telles <span class="pagenum"><a id="page7" name="page7"></a>(p. 7)</span> étoient -les dispositions des esprits, signes précurseurs et manifestes des -discordes qui alloient bientôt éclater.</p> - -<p>Dès ces premiers moments de la régence, on commença à s'apercevoir de -l'empire absolu qu'exerçoient sur l'esprit de la reine Concini et sa -femme Éléonore Galigaï. Leur faveur sembloit croître de jour en jour; -rien ne s'obtenoit que par eux, rien ne se faisoit que par leur avis. -Tout plioit devant ces deux étrangers, et les princes du sang étoient -réduits eux-mêmes à rechercher leur amitié. Des querelles de cour, des -jalousies, des méfiances nouvelles furent les premiers résultats de -cette affection aveugle et impolitique de Marie de Médicis; et nous en -verrons bientôt de plus tristes effets.</p> - -<p>(1611) Cette année fut remarquable par la disgrâce du duc de Sully, -depuis long-temps odieux à la cour, disgrâce que quelques-uns de son -parti, et même des plus considérables, avouèrent qu'il avoit bien -méritée<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7" title="Lien vers la note 7"><span class="smaller">[7]</span></a>. Le plus grand <span class="pagenum"><a id="page8" name="page8"></a>(p. 8)</span> nombre des protestants n'en jugea pas ainsi. -Ces sectaires qui savoient si bien mettre à profit ou les malheurs de -l'état ou la foiblesse de ceux qui le gouvernoient, ne pouvoient -laisser échapper l'heureuse occasion que leur offroit une minorité -pour recommencer leurs insolences et leurs mutineries. Cette même -année étoit justement celle où il leur étoit permis de se réunir en -assemblée générale afin de procéder à l'élection de deux députés qui -résidoient constamment pour eux auprès de la cour, et qu'ils -renouveloient tous les trois ans; elle se tint, comme à l'ordinaire, -à Saumur, <span class="pagenum"><a id="page9" name="page9"></a>(p. 9)</span> et indépendamment des délégués de chaque église, qui -devoient légalement la former, on y vit arriver les ducs de La -Trimouille, de Bouillon, de Sully, de Rohan, MM. de Soubise, de La -Force, de Châtillon, et un grand nombre d'autres seigneurs des plus -considérables du parti. L'alarme se répandit bientôt à la cour, -lorsqu'on les vit, oubliant qu'ils n'étoient assemblés que pour -procéder à la nomination de leurs députés, proposer de nouvelles -formules de serment, répondre aux déclarations de la régente par des -cahiers de plaintes, et refuser de nommer ces députés jusqu'à ce que -l'on eût fait droit à leurs <span class="pagenum"><a id="page10" name="page10"></a>(p. 10)</span> réclamations, dans lesquelles les intérêts -du duc de Sully ne furent point oubliés. La France entière partageoit -les alarmes de la cour, et craignoit de se voir replonger dans les -horreurs de ces guerres civiles si peu éloignées d'elle, et dont les -traces sanglantes n'étoient point encore effacées; et en effet, si -l'on en eût cru les plus violents, le parti entier eût, à l'instant -même, repris les armes et commencé les hostilités. Mais plusieurs -autres, qui exerçoient aussi une grande influence, étoient plus -modérés; quelques-uns même entretenoient des intelligences avec la -cour, entre autres le duc de Bouillon; et ce fut particulièrement à -ses efforts et à son habileté que l'on dut d'arrêter, au moyen de -quelques concessions nouvelles, leurs pernicieux desseins. Son zèle -toutefois étoit loin d'être désintéressé: la récompense qu'il en reçut -ne lui paroissant pas suffisante<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8" title="Lien vers la note 8"><span class="smaller">[8]</span></a>, il se repentit bientôt de ce -qu'il avoit fait; et c'est alors qu'on le vit, se tournant du côté du -prince de Condé, s'insinuer, par mille artifices, jusque dans sa -confiance la plus intime, et employer tout ce qu'il avoit de -ressources dans l'esprit pour aigrir ses mécontentements.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page11" name="page11"></a>(p. 11)</span> (1612) Ils commencèrent à se manifester à l'occasion du mariage de -Louis XIII avec une infante d'Espagne: le contrat en fut signé le 22 -août de cette année. Ce mariage, vivement désiré par le pape, et dont -les effets naturels devoient être de changer toute la politique de la -chrétienté, ne pouvoit être vu d'un bon œil par le parti protestant; -et du reste, les esprits étoient, dès lors, tellement faussés sur tout -ce qui touchoit aux véritables rapports des sociétés que le -christianisme avoit réunies sous une loi commune, que plusieurs, même -parmi les catholiques, blâmoient aussi ce mariage comme ne devant -amener d'autre résultat que de fortifier en Allemagne la puissance de -la maison d'Autriche, et d'ôter à la France la confiance et l'appui -des princes protestants. Le prince de Condé et le comte de Soissons -adoptèrent ces idées: ce n'étoit qu'avec une extrême répugnance qu'ils -avoient donné leur consentement à ce mariage; la faveur de Concini, -qui n'avoit plus de bornes, aigrissoit encore leur mécontentement; -elle continuoit à remplir la cour de cabales et de divisions; et le -duc de Bouillon, attentif à profiter de toutes les fautes de la -régente, ne cessoit de répéter au prince de Condé qu'elle perdoit -l'état, et qu'il lui appartenoit, comme premier prince du sang, de -porter remède à un aussi grand mal; il lui montroit tous ces -mécontents <span class="pagenum"><a id="page12" name="page12"></a>(p. 12)</span> qu'avoit faits l'aveugle prévention de Marie de Médicis -pour ce qu'il appeloit un <em>faquin de Florentin</em>, prêts à se réunir à -lui dans une si noble et si juste cause, lui offrant en même temps le -secours et l'appui du parti protestant, c'est-à-dire une armée de cent -mille hommes et les places fortes de France les mieux pourvues de -munitions et d'artillerie. Tout cela produisit enfin l'effet qu'il en -attendoit. (1614) Cette intrigue, conduite habilement et avec un tel -mystère que la reine et ses ministres n'en saisirent pas le moindre -fil et n'en eurent pas même le soupçon, éclata tout à coup par la -retraite des deux princes, que suivirent bientôt les ducs de Nevers, -de Longueville, de Mayenne, de La Trimouille, de Luxembourg, de Rohan, -et un grand nombre d'autres seigneurs. Le duc de Bouillon partit le -dernier; le duc de Vendôme, arrêté au moment où il se disposoit à -sortir de Paris, trouva bientôt le moyen de s'échapper; et tandis que -les autres confédérés se rassembloient dans la ville de Mézières, il -courut en Bretagne dans le dessein de faire soulever cette province -dont il étoit gouverneur.</p> - -<p>Dans la situation critique où cette fuite des princes mettoit la -régente, le duc d'Épernon donna le conseil vigoureux de faire prendre, -à l'instant même, les armes à la maison du roi; de mettre le jeune -monarque à la tête de <span class="pagenum"><a id="page13" name="page13"></a>(p. 13)</span> cette petite armée, et de poursuivre les princes -et seigneurs fugitifs avant qu'ils eussent eu le temps de rassembler -des troupes et d'organiser leur parti. De l'aveu même du prince de -Condé, ils étoient perdus si ce conseil eût été suivi; mais on préféra -négocier lorsqu'il falloit combattre. Aux manifestes du prince de -Condé, la reine répondit par des apologies; et sans que l'on eût tiré -l'épée de part et d'autre, cette première guerre fut terminée par le -traité de Sainte-Ménéhould, dans laquelle on accorda aux mécontents à -peu près tout ce qu'ils demandoient, ce qui ne produisit de leur part -et ne devoit en effet produire qu'une feinte soumission. Il fallut -même que le jeune roi fût mené en Bretagne pour forcer le duc de -Vendôme à mettre bas les armes; et il ne fût point rentré dans le -devoir, si une partie de la province n'eût refusé de se faire complice -de sa rébellion.</p> - -<p>Quant aux protestants, ils se conduisirent, en cette circonstance, et -ceci est très-remarquable, comme s'ils eussent été réellement une -puissance indépendante, qui auroit eu des intérêts propres et -entièrement étrangers à ceux de l'état. Après avoir promis aux princes -d'être leurs auxiliaires contre la régente, ils avoient fait savoir à -celle-ci que, si elle vouloit les satisfaire, ils l'aideroient à -réduire les mécontents; puis, voyant que les deux partis vouloient la -paix, ils s'étoient retournés <span class="pagenum"><a id="page14" name="page14"></a>(p. 14)</span> du côté de ceux-ci pour rallumer la -guerre. Renfermé dans la ville de Saint-Jean-d'Angeli dont, deux ans -auparavant, il avoit eu l'audace de s'emparer sans que la cour eût osé -lui demander raison d'un tel attentat, le duc de Rohan, protestant de -bonne foi et l'un des chefs les plus ardents de ce parti, dirigeoit -toutes ces manœuvres, et étendant ses vues dans l'avenir, espéroit, à -la faveur de ces discordes intestines, lui faire regagner tout ce -qu'il avoit perdu.</p> - -<p>Jusqu'à cette époque, la ville de Paris n'avoit pris aucune part à ces -divisions: elle étoit demeurée soumise à l'autorité de la régente; et -le parlement, que les princes avoient tenté d'entraîner dans leur -rébellion, n'avoit pas même voulu ouvrir les missives qu'ils lui -avoient adressées. La majorité du roi, déclarée dans un lit de justice -tenu le 20 octobre de cette année, sembloit devoir accroître encore -cette confiance du peuple et de ses magistrats dans une administration -qu'avoit confirmée, au milieu de cette grande solennité, la volonté -suprême du monarque. Les états-généraux, dont la convocation étoit un -des principaux articles du traité de Sainte-Ménéhould, indiqués -d'abord à Sens, transférés ensuite à Paris, ne produisirent rien qui -mérite d'être remarqué. Les princes essayèrent vainement de s'y rendre -maîtres des délibérations: ils n'y purent obtenir aucun crédit, et le -temps s'y passa en vaines <span class="pagenum"><a id="page15" name="page15"></a>(p. 15)</span> altercations qui tournèrent au profit de -l'autorité.</p> - -<p>(1615) Ce fut pendant ces états, les derniers que l'on ait tenus en -France, que commencèrent à paroître deux hommes destinés à jouer avant -peu et successivement le premier rôle dans le gouvernement, le sieur -Charles d'Albert de Luynes, qui entroit alors dans la faveur du roi et -à qui fut donné le gouvernement d'Amboise, dont un des articles du -traité de pacification obligeoit le prince de Condé à se démettre; et -Armand-Jean Du Plessis de Richelieu, évêque de Luçon, qui, dans la -présentation des cahiers, harangua le roi au nom du clergé<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9" title="Lien vers la note 9"><span class="smaller">[9]</span></a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page16" name="page16"></a>(p. 16)</span> Déçus des espérances qu'ils avoient fondées sur cette assemblée des -états-généraux, les princes recherchèrent l'appui du parlement et -l'excitèrent à demander des réformes dans l'administration. Cette -compagnie qui les avoit repoussés lorsqu'ils étoient en révolte -ouverte, les accueillit dès qu'ils lui offrirent les apparences d'une -résistance <em>légale</em> à l'autorité, résistance dans laquelle elle se -voyoit appelée à paroître au premier rang, et qui alloit confirmer ses -anciennes prétentions à s'immiscer dans les affaires publiques.</p> - -<p>S'étant donc assemblé le 28 mars, le parlement prit un arrêté par -lequel les princes, ducs, pairs et officiers de la couronne ayant -séance en la cour, étoient invités de s'y rendre pour donner leur avis -sur les propositions qu'il avoit résolu de faire «pour le service du -roi, le soulagement de ses sujets et le bien de l'état.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page17" name="page17"></a>(p. 17)</span> On n'a pas besoin de dire que la reine, jalouse comme elle l'étoit de -son autorité, se trouva offensée au dernier point de cet arrêt. On -défendit aux princes de se rendre aux assemblées du parlement; la -démarche de cette compagnie fut déclarée attentatoire à l'autorité -royale; et les gens du roi, mandés le lendemain au Louvre, reçurent -l'ordre d'y apporter son arrêt et le registre de ses délibérations.</p> - -<p>En donnant son registre, le parlement fit porter au roi quelques -paroles de soumission, protestant qu'il n'avoit prétendu ordonner la -convocation dont on se plaignoit que sous le <em>bon plaisir</em> de sa -majesté. Cependant, comme il ne cessa point de demander une réponse à -ce sujet, et que cette demande devint même l'objet d'un nouvel arrêté -rendu solennellement le 9 avril suivant, l'ordre lui fut intimé -d'envoyer des députés au Louvre. Ces députés y furent très-mal reçus. -Le jeune prince, endoctriné par sa mère, débuta avec eux par des -paroles pleines d'aigreur. Le chancelier de Silleri, parlant ensuite -au nom du roi, leur défendit expressément de se mêler du gouvernement -de l'état, et surtout de faire désormais la moindre démarche pour -l'exécution de leur arrêt. Les députés répondirent par des -protestations d'une entière obéissance; et le lendemain, les chambres -assemblées n'en arrêtèrent pas moins qu'il seroit fait des -remontrances au <span class="pagenum"><a id="page18" name="page18"></a>(p. 18)</span> roi sur les désordres de l'état. Ni les efforts ni les -menaces de la reine ne purent empêcher l'effet du nouvel arrêt. Leurs -remontrances, dressées par des commissaires, examinées dans plusieurs -séances tenues exprès par les chambres assemblées, furent lues le 26 -mai dans une audience que le parlement demanda au roi. Dans ces -remontrances, où cette compagnie établissoit d'abord le droit qu'elle -avoit de prendre connoissance des affaires de l'état, elle attaquoit -indirectement l'alliance et le double mariage conclu avec l'Espagne, -et d'une manière plus marquée, la faveur extraordinaire dont jouissoit -un étranger, le maréchal d'Ancre<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10" title="Lien vers la note 10"><span class="smaller">[10]</span></a>, au préjudice des propres sujets -du roi, demandoit une meilleure administration des finances, proposoit -quelques dispositions favorables aux princes, et du reste répétoit une -partie des remontrances contenues dans les cahiers du tiers-état, lors -de la dernière assemblée des états-généraux. Toutes ces choses furent -écoutées avec beaucoup d'impatience de la part de la reine; et lorsque -la lecture en fut achevée, sa colère éclata sans mesure. La députation -fut renvoyée avec de grandes menaces; le lendemain 27 mai, un arrêt du -conseil, rendu contre les remontrances du parlement, ordonna qu'elles -seroient biffées de ses registres, en même <span class="pagenum"><a id="page19" name="page19"></a>(p. 19)</span> temps que son arrêté du 28 -mars; et des lettres-patentes lui furent expédiées pour qu'il eût à -enregistrer à l'instant même cet arrêt.</p> - -<p>Cependant cette affaire, qui occupoit alors tous les esprits et qui -sembloit devoir être poussée aux dernières extrémités, n'eut point les -suites fâcheuses qu'on auroit pu en attendre. Le parlement, voyant la -cour irritée à ce point, s'humilia sous l'autorité royale, ainsi que -c'étoit son usage quand il sentoit qu'il n'étoit pas le plus fort, -satisfait d'ailleurs d'avoir ainsi empêché de tomber en désuétude ses -anciennes prétentions à s'immiscer dans le gouvernement de l'état, et -retira ses remontrances. De son côté, la cour, sachant l'affection que -les peuples portoient à cette compagnie, ne parla plus ni de -l'enregistrement ni de l'exécution de son arrêté; mais, dès ce moment, -l'opinion publique, sur laquelle le parlement exerçoit une grande -influence, fut ébranlée; et la haine qu'inspiroit aux grands l'extrême -faveur du maréchal d'Ancre, se communiqua à toutes les classes de la -société, qui commencèrent à le considérer comme le seul auteur de -toutes les divisions de la cour, et de tous les maux dont la France -étoit affligée.</p> - -<p>Un démêlé très-vif qu'il eût avec le duc de Longueville<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11" title="Lien vers la note 11"><span class="smaller">[11]</span></a>, dans -lequel celui-ci succomba, <span class="pagenum"><a id="page20" name="page20"></a>(p. 20)</span> accrut encore cette haine générale dont il -étoit l'objet. Alors les princes, indignés de cet outrage, s'éloignent -une seconde fois de la cour, publient un manifeste sanglant, -particulièrement dirigé contre le favori, font traîner en longueur les -négociations que l'on a la foiblesse d'entamer avec eux, afin de se -donner le temps de rassembler des troupes, passent la Loire à la tête -d'une armée, font un traité avec les protestants, dont les alarmes -croissoient à mesure que l'époque du mariage du roi devenoit plus -prochaine; et la guerre civile semble prête à renaître. Du côté de la -cour, deux armées sont formées: l'une commandée par le maréchal de -Bois-Dauphin, et destinée à poursuivre celle des princes; l'autre sous -les ordres du duc de Guise, et couvrant la marche du roi, qui traversa -ainsi son royaume en bataille rangée pour aller à Bordeaux recevoir et -épouser l'infante d'Espagne. Le duc de Rohan, à la tête d'un corps de -protestants armés, osa s'avancer jusqu'à Tonneins, et, dans une -conférence qu'il eut avec des députés du roi, qui lui demandoient -raison de sa conduite, s'emporta en plaintes et en reproches <span class="pagenum"><a id="page21" name="page21"></a>(p. 21)</span> dans -lesquels l'esprit de son parti se montroit tout entier<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12" title="Lien vers la note 12"><span class="smaller">[12]</span></a>. Le conseil -de la régente sembla en cette circonstance recouvrer quelque vigueur: -il fut décidé que le duc de Rohan seroit déclaré ennemi de l'état; on -ôta à M. de La Force, qui s'étoit joint à lui, le gouvernement du -Béarn; les protestants reçurent l'ordre de mettre bas les armes, sous -peine d'être poursuivis comme rebelles et criminels de lèse-majesté; -enfin les deux armées royales furent réunies en une seule sous les -ordres du duc de Guise, pour aller à la rencontre de celle des -princes, qui étoit déjà entrée dans le Poitou, et l'accabler ainsi -sous des forces supérieures.</p> - -<p>(1616) Toutefois, au milieu de ces démonstrations guerrières qui -sembloient devoir annoncer des résultats décisifs, on négocioit -toujours; et la cour, toujours foible, étoit encore disposée à acheter -la paix. Des conférences ne tardèrent donc point à s'établir pour -parvenir à cette paix si <span class="pagenum"><a id="page22" name="page22"></a>(p. 22)</span> vivement désirée; et elles le furent dans la -ville de Loudun. Les confédérés s'y rendirent, chacun avec des -intentions différentes, et uniquement occupé de ses intérêts -particuliers. Les princes et la plupart des mécontents catholiques -vouloient sincèrement la fin des troubles, et n'y mettoient d'autre -prix qu'un changement dans l'administration qui leur permît d'y -prendre part: là se bornoit leur ambition. Les chefs protestants -avoient des vues plus profondes: la paix ne leur convenoit point; ou -du moins s'ils consentoient à la faire, ce n'étoit qu'à des conditions -qu'on ne pouvoit leur accorder sans affoiblir l'autorité royale et en -avilir la majesté. Ne pouvant obtenir ces conditions insolentes, il -n'étoit point d'efforts qu'ils ne fissent auprès du prince de Condé et -de séductions qu'ils n'employassent pour le déterminer à rejeter les -propositions de la cour; mais celui-ci étoit las de la guerre civile, -et ce n'étoit point au profit des protestants qu'il avoit prétendu la -faire. Il signa donc un traité de paix qui lui assura ce qu'il -désiroit depuis long-temps, la place de président du conseil; et les -chefs protestants se virent ainsi dans la nécessité de le signer après -lui, bien qu'ils n'y trouvassent ni les avantages ni les sûretés -qu'ils prétendoient obtenir. Or, à moins de leur accorder -l'indépendance absolue, il étoit impossible de jamais les satisfaire.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page23" name="page23"></a>(p. 23)</span> Le roi prit la route de Paris immédiatement après la signature du -traité, et s'arrêta un moment à Blois, où il se fit dans le ministère -quelques changements attribués à l'influence du maréchal d'Ancre, qui -ne vouloit dans le conseil que des hommes qui lui fussent entièrement -dévoués<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13" title="Lien vers la note 13"><span class="smaller">[13]</span></a>. Cependant les princes, retirés dans leurs terres ou dans -leurs gouvernements, ne sembloient pas fort empressés de reparoître à -la cour, comme s'ils eussent conçu quelques inquiétudes sur -l'exécution du traité. Enfin le duc de Longueville consentit à s'y -rendre sur les invitations pressantes de la reine; mais ce fut pour y -recommencer ses cabales contre elle et contre ses ministres, et avec -une telle violence, que cette princesse ne vit d'autre parti à prendre -que de tâcher de lui opposer le prince de Condé, qu'elle engagea plus -vivement encore à y revenir. Ce fut l'évêque de Luçon qui fut chargé -de cette négociation. Le prince y revint en effet, mais pour cabaler -aussi de son côté; et l'on put bientôt reconnoître que le traité de -Loudun loin d'apaiser les ressentiments les avoit accrus. De même que -les protestants n'étoient point satisfaits <span class="pagenum"><a id="page24" name="page24"></a>(p. 24)</span> et ne pouvoient l'être, -parce qu'ils prétendoient à l'égalité avec les catholiques; de même -rien ne pouvoit contenter les princes, s'ils ne devenoient entièrement -maîtres des affaires; et ils se montrèrent bientôt, à l'occasion de -cette faveur extrême dont continuoit de jouir le maréchal d'Ancre, -plus susceptibles et plus jaloux qu'ils n'avoient encore été. Ils ne -manquoient aucune occasion de lui faire quelque affront, et -cherchoient par toutes sortes de moyens à accroître la haine populaire -dont il étoit déjà l'objet. L'autorité de la régente étoit attaquée de -toutes parts; et les appuis les plus fermes de son parti -l'abandonnoient peu à peu pour se ranger du côté des mécontents. -Ceux-ci tenoient des assemblées nocturnes<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14" title="Lien vers la note 14"><span class="smaller">[14]</span></a> dans lesquelles ils -méditoient une révolution entière dans le gouvernement de l'état; et -le maréchal, instruit qu'on y avoit délibéré de le faire assassiner, -en fut alarmé au point de s'enfuir en quelque sorte de Paris. Mais en -s'éloignant de cette ville il conseilla à Marie de Médicis de faire -arrêter le prince de Condé que les factieux désignoient ouvertement -pour la remplacer dans la régence, et d'attaquer ainsi le mal dans sa -source. La reine vit en effet qu'elle n'avoit pas un moment à <span class="pagenum"><a id="page25" name="page25"></a>(p. 25)</span> perdre, -et fit un effort sur elle-même pour prendre ce parti vigoureux. Le -prince, que la retraite du maréchal avoit rendu tout puissant et -auprès de qui se pressoit déjà la foule des courtisans, fut arrêté -dans le Louvre même, où l'on avoit su adroitement l'attirer; mais on -manqua les ducs de Vendôme, de Mayenne, de Bouillon, et leurs -principaux partisans. Presque tous s'échappèrent de Paris avec la plus -grande facilité; et telle étoit l'anarchie qui régnoit alors dans le -gouvernement, que plusieurs d'entre eux, s'étant rassemblés à la porte -Saint-Martin, y tinrent une espèce de conseil, dont le résultat fut de -rentrer dans la ville pour essayer d'y exciter un soulèvement en leur -faveur; mais le peuple n'y paroissant point disposé, ils se virent -enfin forcés de se retirer au nombre d'environ trois cents cavaliers, -qui allèrent se cantonner dans la ville de Soissons.</p> - -<p>Toutefois la haine des Parisiens pour le favori de la régente, et par -conséquent pour l'administration actuelle, s'étoit si souvent -manifestée, et par des signes si peu équivoques, que la princesse, -mère du prince de Condé, dès qu'elle eut appris le malheur arrivé à -son fils, crut pouvoir seule et malgré le départ des chefs du parti, -exciter une sédition; elle monta sur-le-champ en carrosse et parcourut -toutes les rues de Paris, accompagnée d'un groupe de <span class="pagenum"><a id="page26" name="page26"></a>(p. 26)</span> gentilshommes à -cheval qui crioient: «Aux armes, messieurs de Paris, le maréchal -d'Ancre a fait tuer monsieur le prince de Condé, premier prince du -sang; aux armes, bons François, aux armes.» Elle alla ainsi jusqu'au -pont Notre-Dame, sans que sa présence ni les cris de ses gentilshommes -produisissent aucun effet. Les marchands fermèrent leurs boutiques, -mais le peuple demeura tranquille; on aperçut seulement une femme qui -essayoit de commencer une barricade auprès de Sainte-Croix-de-la-Cité. -Un cordonnier, nommé Picard, entièrement dévoué aux princes, et ennemi -déclaré de Concini, tenta aussi d'ameuter la populace, sur laquelle il -avoit beaucoup de crédit, et malgré tous ses efforts ne parvint à -réunir qu'une petite troupe mal armée, qui se dissipa d'elle-même en -un instant. Cependant quelques domestiques du prince, envoyés à -dessein dans les environs de la maison du maréchal, parvinrent à y -former un rassemblement, échauffèrent la multitude, et la poussèrent à -en briser les portes et à la piller. Le guet qui se présenta pour -arrêter le désordre fut repoussé; et le pillage, interrompu seulement -par la nuit, fut recommencé le lendemain, jusqu'à ce que la maison eût -été entièrement dévastée.</p> - -<p>Ce fut alors que l'évêque de Luçon entra au conseil: le maréchal -d'Ancre, que le mauvais <span class="pagenum"><a id="page27" name="page27"></a>(p. 27)</span> succès de cette confédération avoit rendu plus -puissant que jamais, mécontent de quelques ministres<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15" title="Lien vers la note 15"><span class="smaller">[15]</span></a> dont l'avis -n'étoit pas que les princes fussent éloignés des affaires et qu'on les -traitât avec cette rigueur, avoit obtenu de la régente qu'ils fussent -renvoyés pour être remplacés par ses propres créatures; et Richelieu -étoit du nombre de ceux qui lui avoient montré le plus de dévouement. -Celui-ci fit voir d'abord ce qu'il étoit; et attribuant avec raison à -la foiblesse et à l'indécision du gouvernement, et les troubles -précédents et ceux qu'avoit fait naître cette nouvelle rébellion, il -conseilla de montrer plus de vigueur et d'employer pour l'étouffer -tout ce que la puissance royale avoit de force et de majesté. Son -conseil fut suivi: on commença par des exemples de sévérité dans Paris -même, où il se fit plusieurs exécutions de ceux qui cherchoient à y -enrôler des soldats pour le parti des princes. (1617) Trois armées -furent mises en campagne: l'une étoit sous les ordres du duc de Guise, -qui venoit de faire sa paix, et du maréchal de Themines; le maréchal -de Montigny commandoit la seconde, et la troisième avoit pour chef le -comte d'Auvergne, que l'on <span class="pagenum"><a id="page28" name="page28"></a>(p. 28)</span> tira de la Bastille, où il étoit depuis -long-temps renfermé<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16" title="Lien vers la note 16"><span class="smaller">[16]</span></a>, pour l'opposer aux rebelles, et qui justifia -la grâce qu'on lui avoit accordée et la confiance que l'on avoit mise -en lui, en les battant partout où il les rencontra. Ces trois armées -agissoient simultanément sur tous les points où les princes avoient -établi leurs moyens de résistance<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17" title="Lien vers la note 17"><span class="smaller">[17]</span></a>. Ainsi poursuivis de toutes -parts, ceux-ci se virent bientôt réduits aux dernières extrémités; -mais au moment où ils étoient prêts de succomber, une révolution de -cour les sauva.</p> - -<p>Et en effet, pour profiter de semblables succès, il auroit fallu un -autre caractère que celui de Marie de Médicis: il n'y avoit en elle -que foiblesse et imprévoyance; les apparences de résolution qu'il lui -arrivoit quelquefois de montrer, n'étoient autre chose que -l'entêtement d'un esprit capricieux et borné; et elle le fit bien voir -dans cette obstination qu'elle mit à soutenir contre l'animadversion -publique ce Concini et sa femme, qu'elle avoit pour ainsi dire tirés -de sa domesticité, et qu'elle opposoit aveuglément, et <span class="pagenum"><a id="page29" name="page29"></a>(p. 29)</span> en les -comblant sans cesse de nouvelles faveurs, à tant d'ennemis dont ces -faveurs scandaleuses accroissoient de jour en jour le nombre, et qui, -grands et petits, s'élevoient contre elle de toutes parts. On -s'indignoit à la fois et des richesses prodigieuses amassées par ces -deux étrangers aux dépens de la substance des peuples, et de voir les -princes du sang sacrifiés à de tels favoris; et de ce pouvoir sans -exemple que s'étoit arrogé un Italien de faire et défaire les -ministres en France, selon qu'ils étoient plus ou moins soumis à ses -caprices, et des instruments plus ou moins serviles de sa fortune et -de ses volontés. Ainsi prenoit sans cesse de nouvelles forces le parti -opposé à la régente; et ses ennemis les plus dangereux n'étoient pas -dans le camp des princes, mais à la cour même et jusque dans la -société la plus intime de son fils. Luynes possédoit toute la -confiance du jeune roi, et s'en servoit avec beaucoup d'adresse pour -discréditer sa mère auprès de lui et le déterminer à sortir enfin de -tutelle, à secouer un joug dont il devoit se sentir humilié, et qui -étoit devenu insupportable à ses sujets. Louis avoit pour le maréchal -d'Ancre une aversion naturelle qui ne contribua pas peu à lui faire -recevoir les impressions que vouloit lui donner son favori; celui-ci -venoit de former avec les princes une union secrète dont l'objet -étoit de perdre <span class="pagenum"><a id="page30" name="page30"></a>(p. 30)</span> la reine et ses deux créatures: en même temps qu'il -disposoit le roi à voir ces princes d'un œil plus favorable, il -continuoit de l'aigrir et de le prévenir contre sa mère, jusqu'à lui -persuader que ses jours n'étoient pas en sûreté auprès d'elle; et lui -montrant dans le maréchal d'Ancre le principal artisan des complots -qui s'ourdissoient contre son autorité et peut-être contre sa vie, il -parvint à en obtenir un ordre de le faire arrêter. Mais, n'ignorant -pas combien Concini s'étoit fait de partisans par ses bienfaits et ses -prodigalités, il jugea qu'en une telle entreprise, il n'y avoit de -sûreté pour lui que dans un assassinat, et fit ajouter à l'ordre de -l'arrêter celui de le <cite>tuer en cas de résistance</cite>, bien décidé à -interpréter ainsi le moindre mouvement ou la moindre parole qui lui -échapperoient au moment où l'on se saisiroit de lui.</p> - -<p>Cette intrigue, bien que tramée dans le plus profond mystère, n'avoit -pu demeurer si secrète que quelques vagues indices n'en fussent -parvenus jusqu'à la reine et au maréchal. Elle en conçut des alarmes -assez vives pour avoir avec son fils plusieurs explications dans -lesquelles elle lui offrit d'abandonner entièrement la conduite des -affaires, et même de se rendre au parlement pour y faire une -abdication solennelle du pouvoir qu'elle exerçoit en son nom. Louis -fit voir en cette circonstance cette disposition <span class="pagenum"><a id="page31" name="page31"></a>(p. 31)</span> naturelle qu'il -avoit à dissimuler ses vrais sentiments, l'un des traits les plus -marquants de son caractère: loin d'entrer dans les vues de sa mère, il -lui donna tous les témoignages de confiance et de satisfaction qui -pouvoient la rassurer, combattit le dessein qu'elle paroissoit former -de ne plus prendre part au gouvernement, et l'invita fortement à -vouloir bien continuer de servir de guide à sa jeunesse et à son -inexpérience. De son côté le maréchal avoit par intervalles de tristes -pressentiments: il songeoit quelquefois à se retirer de cette cour -orageuse où il n'avoit qu'un seul appui qui, d'un jour à l'autre, -pouvoit lui manquer, et à mettre hors de France sa vie et sa fortune -en sûreté. L'ambition de sa femme l'empêcha, disent les historiens, de -céder à cette heureuse inspiration.</p> - -<p>Luynes toutefois ne précipita rien: il vouloit que le roi fût bien -affermi dans les résolutions qu'il lui avoit fait prendre. Le voyant -enfin tel qu'il désiroit qu'il fût, il s'occupa de chercher l'homme -propre à frapper un coup aussi hardi. Le baron de Vitri, capitaine des -gardes-du-corps, jouissoit d'une grande réputation de courage et -faisoit hautement profession de haïr et de mépriser le maréchal: ce -fut sur lui qu'il jeta les yeux. Vitri, sur l'ordre du roi qui lui fut -montré, accepta la commission de s'emparer de Concini, mort ou vif, -et s'étant associé quelques amis aussi <span class="pagenum"><a id="page32" name="page32"></a>(p. 32)</span> déterminés que lui<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18" title="Lien vers la note 18"><span class="smaller">[18]</span></a>, -l'exécuta avec beaucoup de sang-froid et de résolution. Cette scène -tragique se passa le 24 avril, à six heures du matin, sur le petit -pont du Louvre, où le maréchal alloit entrer. Vitri l'arrêta de la -part du roi; et d'après ses instructions, regardant comme un acte de -résistance un mouvement que celui-ci fit en arrière et une exclamation -qui lui échappa, il le fit tuer sur-le-champ de trois coups de -pistolet<a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a><a href="#footnote19" title="Lien vers la note 19"><span class="smaller">[19]</span></a>. Montant aussitôt dans la chambre du roi, il lui dit ce -qui avoit été fait; de là il se rendit dans l'appartement de la -maréchale, qui étoit voisin de celui de la reine, et lui signifia -l'ordre qu'il avoit de l'arrêter. Marie de Médicis <span class="pagenum"><a id="page33" name="page33"></a>(p. 33)</span> fut à l'instant -même confinée dans son appartement; on lui ôta ses gardes, qui furent -remplacés par ceux du roi: celui-ci refusa de la voir, quelques -instances qu'elle pût faire pour obtenir cette entrevue; et elle -demeura seule et abandonnée, tandis que, dans l'appartement de son -fils, tout respiroit la joie et retentissoit d'acclamations<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a href="#footnote20" title="Lien vers la note 20"><span class="smaller">[20]</span></a>. À -l'exception de l'évêque de Luçon, dont la conduite, dans cette -position difficile, avoit été aussi adroite que mesurée, tous les -ministres nouveaux furent disgraciés et les anciens rappelés; à force -d'outrages et de mauvais traitements, on détermina la reine à demander -elle-même à se retirer de la cour; la ville de Blois fut désignée -pour le lieu de son exil; et tout fut <span class="pagenum"><a id="page34" name="page34"></a>(p. 34)</span> réglé d'avance pour son entrevue -d'adieux avec son fils, et jusque dans les plus petites circonstances. -Les princes revinrent aussitôt à la cour, et justifièrent leur révolte -«par la nécessité où ils s'étoient trouvés de prendre les armes pour -s'opposer aux violences et pernicieux desseins du maréchal d'Ancre, -qui se servoit des forces du roi contre l'intérêt de sa majesté et -dans l'intention de les opprimer.» On souffrit que le corps de -celui-ci fût déterré par la populace, et qu'elle exerçât sur ce -cadavre les plus indignes outrages<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href="#footnote21" title="Lien vers la note 21"><span class="smaller">[21]</span></a>; <span class="pagenum"><a id="page35" name="page35"></a>(p. 35)</span> et la maréchale, condamnée à -mort par arrêt du parlement, fut exécutée en place de Grève le 8 -juillet suivant<a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href="#footnote22" title="Lien vers la note 22"><span class="smaller">[22]</span></a>. Ainsi finit d'elle-même la guerre civile; et -cette révolution de cour fut aussi complète qu'il étoit possible de la -désirer.</p> - -<p>(1618) Le gouvernement prit dès ce moment une allure plus ferme; et le -pouvoir de celui qui succédoit au maréchal venant immédiatement du -roi, imposa davantage, fut d'abord moins envié et moins contesté. Mais -cela dura peu: le même esprit de mutinerie continuoit d'animer <span class="pagenum"><a id="page36" name="page36"></a>(p. 36)</span> tous -ces grands impatients du joug. Peut-être s'étoit-il accru par -l'impunité et par cette espèce de triomphe qu'ils venoient de -remporter sur l'autorité. La reine-mère avoit été pour eux un objet de -haine, tant qu'elle avoit eu entre les mains cette autorité, qu'elle -refusoit de partager avec eux: ils devinrent ses partisans dès qu'elle -eut été abattue, et qu'ils eurent reconnu que par cet événement leur -position n'étoit point changée. Blessé des hauteurs de Luynes, -contrarié par lui dans quelques-unes de ses prétentions, le duc -d'Épernon écouta le premier les propositions que lui fit faire Marie -de Médicis, de former un parti pour la tirer de sa captivité, car elle -étoit véritablement prisonnière à Blois; et les protestations qu'elle -faisoit de vivre désormais entièrement éloignée des affaires, les -engagements solennels qu'elle offroit même de prendre à cet égard, ne -rassuroient point assez le roi et son favori, pour qu'ils cessassent -un seul instant d'exercer à son égard la plus rigoureuse surveillance. -L'intrigue fut conduite avec beaucoup de mystère et d'habileté: pour -en assurer le succès, d'Épernon feignit même un moment de se -réconcilier avec Luynes; et bientôt il eut rallié autour de lui assez -de mécontents pour tenter l'entreprise audacieuse de délivrer la reine -et de s'attaquer à l'autorité même du souverain.</p> - -<p>(1619) Tout étant préparé, il sort de Metz, malgré <span class="pagenum"><a id="page37" name="page37"></a>(p. 37)</span> l'ordre exprès que -le roi lui avoit donné d'y rester, et en même temps la reine se sauve -de Blois. Aussitôt tous les ennemis de Luynes se déclarent ses -partisans; on lève des troupes de part et d'autre; la mère et le fils -éclatent réciproquement en reproches, en plaintes, en récriminations; -la guerre commence. Mais à peine commencée, elle tourne en -négociations, grâce aux soins de l'évêque de Luçon, qui, par sa -conduite également adroite et mesurée, avoit su inspirer de la -confiance au favori sans manquer à ce qu'il devoit à la reine, de -reconnoissance et d'attachement<a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href="#footnote23" title="Lien vers la note 23"><span class="smaller">[23]</span></a>. L'accommodement se fit, le roi -vit sa mère à Tours, et tout s'y passa de manière à faire croire que -la réconciliation étoit sincère des deux parts. Quant au duc -d'Épernon, il y reçut, non des lettres de grâce pour sa révolte, mais -en quelque sorte des remerciements pour avoir levé des troupes et -augmenté les garnisons des places fortes de son gouvernement; et il -fut déclaré que, «l'ayant fait dans la persuasion que c'étoit <cite>pour le -service du roi</cite>, il n'y avoit rien qui ne dût être <cite>agréable à sa -majesté</cite>.» «Suppositions chimériques, <span class="pagenum"><a id="page38" name="page38"></a>(p. 38)</span> dit un écrivain -contemporain<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a><a href="#footnote24" title="Lien vers la note 24"><span class="smaller">[24]</span></a>, incapables de faire illusion à personne, et toutes -propres à rendre le gouvernement méprisable.» «Mais il y avoit -long-temps, ajoute le continuateur du père Daniel, que l'on étoit dans -l'habitude d'en user ainsi. C'étoit le style et l'usage du temps. Les -seigneurs révoltés n'auroient pu se résoudre à poser les armes, si on -ne leur eût offert que des lettres d'abolition. Ils ne vouloient pas -être traités en criminels dans les actes mêmes où on leur accordoit le -pardon de leurs crimes<a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a><a href="#footnote25" title="Lien vers la note 25"><span class="smaller">[25]</span></a>.»</p> - -<p>Malgré les apparences de bon accord qu'avoit offertes leur entrevue, -la mère et le fils se séparèrent conservant au fond du cœur autant -d'aigreur et de méfiance l'un contre l'autre qu'auparavant. Le roi -retourna à Paris; la reine se retira dans son gouvernement. Ce n'étoit -point l'avis de l'évêque de Luçon: il vouloit qu'elle allât à la cour -pour y tenir tête à ses ennemis et essayer de regagner l'amour et -l'affection de son fils; d'autres, lui rappelant l'exil et la -captivité de Blois, lui conseilloient de demeurer dans un lieu où elle -pouvoit se faire craindre et se défendre si elle étoit attaquée: ce -fut ce dernier conseil qui fut suivi. Marie de Médicis continua de -correspondre avec son fils par des lettres où elle se <span class="pagenum"><a id="page39" name="page39"></a>(p. 39)</span> montra plus -susceptible et plus jalouse que jamais. Luynes, craignant alors de sa -part quelque nouvelle entreprise, résolut de tirer enfin de sa prison -le prince de Condé, qui n'avoit point été jusqu'alors compris dans -l'amnistie accordée aux mécontents, parce qu'on avoit jugé plus -prudent de ne point rejeter encore au milieu d'eux un personnage de -cette importance: il l'en fit donc sortir dans l'intention de -l'opposer à la reine, et de la contenir au moyen d'un si puissant -auxiliaire. La nouvelle qu'elle en reçut ne parut pas d'abord lui être -désagréable; mais la déclaration qui accompagna sa délivrance et que -l'on publia quelques jours après<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a><a href="#footnote26" title="Lien vers la note 26"><span class="smaller">[26]</span></a>, fut faite dans des termes qui -l'offensèrent au dernier point, et ce ne fut pas sans beaucoup de -peine que le roi et son favori parvinrent à l'apaiser.</p> - -<p>Cependant celui-ci étoit arrivé plus rapidement encore que le -maréchal d'Ancre au <span class="pagenum"><a id="page40" name="page40"></a>(p. 40)</span> comble de la faveur. Le roi venoit d'ériger pour -lui en duché-pairie, et sous le nom de Luynes, la terre de Maillé en -Touraine; lui et les siens étoient pour ainsi dire accablés de biens -et d'honneurs: aussi commença-t-il à devenir, de même que celui à qui -il avoit succédé dans ce pouvoir emprunté, un objet de haine et -d'envie pour les courtisans; et au milieu de cette cour turbulente et -séditieuse, plusieurs tournèrent de nouveau les yeux vers la -reine-mère, regardant la ville d'Angers, où elle exerçoit une sorte -d'autorité souveraine, comme un refuge contre ce qu'ils appeloient la -tyrannie du nouveau favori.</p> - -<p>(1620) Le duc de Luynes, qui voyoit l'orage se former contre lui, -conçut le dessein d'attirer cette princesse à Paris, afin de la -surveiller de plus près. Des démarches furent faites auprès d'elle, -pour la déterminer à y revenir: elles furent inutiles, et Marie de -Médicis les repoussa avec d'autant plus de hauteur que son fils -s'étoit avancé jusqu'à Orléans avec toute sa maison, comme s'il eût -voulu employer la force pour l'y contraindre, dans le cas où l'on -n'auroit pu réussir par la négociation. Le duc de Luynes, qui désiroit -éviter la guerre civile, ne voulut pas pousser les choses plus loin, -et le roi revint à Fontainebleau.</p> - -<p>Ce n'étoit au fond qu'un acte de modération: on crut y voir de la -foiblesse, et l'audace des mécontens s'en accrut. Enfin un complot -<span class="pagenum"><a id="page41" name="page41"></a>(p. 41)</span> fut formé en faveur de la reine-mère, et éclata tout à coup par la -retraite ou la fuite de plusieurs princes du sang et d'un grand nombre -de seigneurs les plus considérables de la cour. Le duc de Mayenne fut -le premier qui sortit brusquement de Paris, sous prétexte qu'il n'y -étoit point en sûreté et qu'on avoit formé le projet de l'arrêter. Le -duc de Vendôme le suivit de près; le duc de Longueville se retira dans -son gouvernement de Normandie; le comte et la comtesse de Soissons -prirent la route d'Angers<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27" title="Lien vers la note 27"><span class="smaller">[27]</span></a>; les ducs de Retz, de la Trémouille, de -Roannez, de Rohan, d'Épernon, de Nemours, etc., s'allèrent cantonner -dans les terres ou places fortes qu'ils possédoient en Bretagne, en -Normandie, en Poitou, en Saintonge, dans l'Angoumois. Presque toute -la noblesse de ces <span class="pagenum"><a id="page42" name="page42"></a>(p. 42)</span> provinces s'étant déclarée pour la reine, son parti -parut d'abord formidable, et ses conseillers, dont la présomption -s'accroissoit encore par ces apparences si prospères, furent d'avis -que dans la position où elle se trouvoit et avec les espérances -qu'elle pouvoit concevoir, elle devoit faire la guerre et repousser -toute négociation.</p> - -<p>L'évêque de Luçon ne partageoit point cette confiance: son coup -d'œil, plus perçant et plus sûr, avoit reconnu d'abord que tout -céderoit invinciblement à l'ascendant de l'autorité royale; que la -reine-mère, vis-à-vis de son fils, étoit dans une position bien moins -favorable que ne l'avoient été les princes vis-à-vis de la régente; et -que si ceux-ci n'avoient pu réussir dans leurs desseins, elle avoit -encore de moindres chances de succès. On ne l'écouta point; et -l'événement le justifia bientôt dans tout ce qu'il avoit pressenti. -Avec une rapidité qui rendit presque ridicule ce qui avoit d'abord -causé tant d'alarmes, le roi parcourut la Normandie à la tête de son -armée, sans y rencontrer la moindre résistance: partout les portes des -villes, que les mécontents avoient fermées, s'ouvrirent pour ainsi -dire d'elles-mêmes à son approche; et il entra ainsi en Anjou, comme -il auroit pu le faire au milieu de la paix la plus profonde. La -confusion se mit aussitôt dans le conseil de la reine; à peine ses -troupes firent-elles quelque résistance au pont de Cé; elles -résistèrent <span class="pagenum"><a id="page43" name="page43"></a>(p. 43)</span> plus foiblement encore à l'attaque de la ville d'Angers, -qui fut emportée en quelques heures; et les négociations, qui -n'avoient été interrompues qu'un moment, devenant alors la seule -ressource de Marie de Médicis, un traité fut signé presque aussitôt -entre elle et son fils, dans lequel la cour commença à se montrer plus -ferme à l'égard des princes et des seigneurs révoltés<a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28" title="Lien vers la note 28"><span class="smaller">[28]</span></a>, et dont le -résultat fut de la faire revenir enfin à la cour, ce que le duc de -Luynes vouloit par-dessus tout. L'évêque de Luçon fut un de ceux qui -contribuèrent le plus à la conclusion de ce traité.</p> - -<p>La reine étoit réduite à désirer cette réconciliation: le duc de -Luynes, qui la lui faisoit accorder comme une faveur, la désiroit plus -ardemment encore. Ainsi étoit étouffée dans son germe une guerre -civile peu dangereuse sans doute, si l'on ne considère que ceux contre -qui on la faisoit, mais dont les conséquences lui causoient de justes -alarmes: car les protestants avoient toujours les yeux ouverts sur ce -qui se passoit. Ces intraitables factieux n'attendoient que de -nouveaux désastres pour lever l'étendard de la rébellion; et bien -qu'ils fussent également ennemis de tout ce qui portoit le nom de -catholique, ils étoient prêts à traiter avec tous les partis dès -qu'ils y trouveroient l'avantage du leur. Déjà en 1618, et au moment -où l'évasion de la reine du château de Blois sembloit leur offrir la -perspective de longs troubles, ils s'étoient soulevés dans le Béarn et -avoient insolemment refusé de restituer au clergé les biens dont ils -l'avoient dépouillé dans les anciennes guerres civiles, quoique l'édit -qui ordonnoit cette restitution leur assignât sur les domaines du roi -un revenu égal à celui des biens qu'on leur redemandoit. L'année -suivante, leur assemblée, qu'ils avoient tenue à Loudun, ne s'étoit -pas montrée moins violente et moins audacieuse que celle de Saumur; et -les choses y furent même poussées si loin, qu'on crut devoir les -menacer, s'ils ne se hâtoient de nommer leurs députés, de les traiter -comme criminels de lèse-majesté. Cette menace les effraya fort peu; et -ce qui prouva qu'ils avoient raison de ne s'en point effrayer, c'est -que l'on fut obligé d'en venir à négocier avec eux, et à employer, -pour les déterminer à se séparer, le crédit des principaux seigneurs -de leur parti<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a><a href="#footnote29" title="Lien vers la note 29"><span class="smaller">[29]</span></a>. Ils se <span class="pagenum"><a id="page45" name="page45"></a>(p. 45)</span> séparèrent enfin, mais pleins de méfiance -dans les promesses de la cour et déterminés à résister, à opposer la -force à la force si l'on tentoit d'exécuter l'édit de Béarn, que, -depuis deux ans, la cour étoit obligée de suspendre. Le duc de Luynes -jugea très-bien qu'il étoit impossible de supporter plus long-temps de -semblables insolences sans que la majesté royale en fût dégradée, et -l'autorité souveraine en péril. Il étoit donc résolu d'humilier les -protestants. L'occasion de cette paix paroissoit favorable; il ne la -manqua pas: au lieu de retourner à Paris, le roi prit la route de -Bordeaux, et se rendant de sa propre personne dans le Béarn, il y fit -enregistrer son édit au parlement de Pau, et termina dans l'espace de -cinq jours et avec beaucoup de hauteur, tout ce qui avoit rapport à -ces contestations scandaleuses.</p> - -<p>(1621) Ce fut pour les protestants le signal d'une révolte ouverte: -instruits qu'on ne s'arrêteroit point là, et que le dessein étoit pris -de les réduire enfin par la force, à peine le roi étoit-il parti, -qu'ils prirent les armes et commencèrent les hostilités dans le Béarn -même et dans le Vivarais. On les réprima, mais toutefois de manière à -les persuader qu'on les craignoit et qu'on n'osoit se porter contre -eux aux dernières extrémités. Pendant ce temps, le duc de Luynes, -poussant sa fortune aussi loin qu'elle pouvoit aller, <span class="pagenum"><a id="page46" name="page46"></a>(p. 46)</span> se faisoit -nommer connétable de France, et avec une rare habileté, déterminoit -Lesdiguères, non-seulement à lui céder ses prétentions sur cette -dignité suprême de l'armée, mais encore à y accepter le second rang -après lui<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a href="#footnote30" title="Lien vers la note 30"><span class="smaller">[30]</span></a>. Ayant ainsi attaché cet illustre guerrier à la cause -royale et par des nœuds qu'il lui devenoit impossible de rompre, le -nouveau connétable cessa de feindre; et il fut décidé que l'on feroit -enfin sentir aux protestants révoltés tout le poids de l'autorité -royale.</p> - -<p>Il étoit temps en effet d'arrêter leur audace; et il étoit devenu -impossible de la supporter plus long-temps. Ces sectaires avoient -formé une nouvelle assemblée à La Rochelle; et cette assemblée y -continuoit ses délibérations, malgré les défenses du roi plusieurs -fois réitérées. Instruits des mesures de rigueur que l'on étoit résolu -de prendre contre eux, ils s'étoient déjà préparés à résister, ainsi -qu'on l'eût pu faire de puissance à puissance; et dans un réglement -qu'ils firent pour régulariser leurs préparatifs de défense, tout le -royaume fut partagé en cercles, dont chacun avoit son commandant -particulier, lequel devoit correspondre avec le commandant supérieur -de toutes les églises, essayant ainsi de <span class="pagenum"><a id="page47" name="page47"></a>(p. 47)</span> constituer au sein de la -monarchie une sorte de république fédérative. L'assemblée de La -Rochelle poussa même l'insolence jusqu'à se créer un sceau particulier -avec lequel elle scelloit ses commissions et ses ordonnances; enfin -tout prit au milieu d'eux, non-seulement le caractère de la révolte, -mais celui de l'indépendance la plus absolue.</p> - -<p>Toutefois ils étoient loin de pouvoir soutenir par des moyens -suffisants d'aussi grands desseins et des prétentions aussi hautaines: -leurs chefs étoient divisés entre eux; leur parti n'avoit réellement -de prépondérance que dans le Poitou, en Guienne, dans le Languedoc, et -généralement dans le midi de la France; partout ailleurs les -catholiques étoient les plus forts. Aussi, dès que Louis se fut mis en -campagne, rien ne résista; partout les protestants furent désarmés, et -dans le Poitou même sa marche ne fut arrêtée que par les villes de La -Rochelle et de Saint-Jean-d'Angely. Celle-ci fut bientôt forcée de se -rendre à discrétion, et M. de Soubise, qui y commandoit, se vit réduit -à la nécessité humiliante de venir demander pardon au roi à deux -genoux. Il étoit bien autrement difficile de s'emparer d'une place -telle que La Rochelle; mais du moins le duc d'Épernon, qui en -commandoit le siége, força-t-il les Rochellois à n'oser tenir la -campagne et à demeurer <span class="pagenum"><a id="page48" name="page48"></a>(p. 48)</span> renfermés dans leurs murailles. Cependant le -roi continuoit sa marche victorieuse; tout plioit devant lui, et il -arriva à Agen le 10 août, n'ayant été de nouveau arrêté un moment que -par le siége de la petite ville de Clérac. Ce fut à ce siége que l'on -commença à faire des exécutions sur les rebelles. La place ayant été -forcée de se rendre sans condition, quatre de ses habitants furent -pendus, que l'on choisit parmi les plus considérables et les plus -mutins.</p> - -<p>Ce fut à Agen que l'on décida que Montauban seroit assiégé; et c'étoit -devant cette ville que les armes du roi devoient recevoir leur premier -échec. Le siége en fut long et meurtrier: il y périt beaucoup de -noblesse; le duc de Mayenne y fut tué; et le duc de Luynes ayant -vainement tenté de ramener au roi le duc de Rohan, qui étoit alors -dans le Midi le chef suprême de son parti<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a href="#footnote31" title="Lien vers la note 31"><span class="smaller">[31]</span></a>, il fallut lever ce -siége où l'armée royale s'étoit fort affoiblie, où surtout elle fut -humiliée; ce qui releva d'autant le courage et l'ardeur des -protestants, qui remuèrent aussitôt <span class="pagenum"><a id="page49" name="page49"></a>(p. 49)</span> dans toutes les provinces et -attaquèrent sur plusieurs points, où d'abord ils n'avoient songé qu'à -se défendre. Le nouveau connétable montra, dans cette opération -militaire, le peu d'expérience qu'il avoit de la guerre; et pendant -tout le reste de cette campagne, dont les résultats n'eurent rien de -décisif, sa faveur commençant à baisser, peut-être une disgrâce -entière étoit-elle le dernier prix que son maître lui réservoit, -lorsqu'il mourut, le 14 décembre, d'une fièvre maligne qui l'emporta -en peu de jours, devant la petite ville de Monheur, dont le siége est -devenu mémorable par ce seul événement.</p> - -<p>Plusieurs ont présenté ce personnage comme un homme de peu de mérite -et fort au-dessous de sa fortune. Nous en jugeons tout autrement: il -nous est impossible de ne pas reconnoître en lui, pendant le peu de -temps qu'il disposa du pouvoir, des vues, de l'adresse, de la fermeté; -et rien ne le prouve davantage que de voir ses plans suivis par -Richelieu, qui, dans tout ce qui concerne les protestants, ne fit -<span class="pagenum"><a id="page50" name="page50"></a>(p. 50)</span> qu'achever ce que le duc de Luynes avoit commencé<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a><a href="#footnote32" title="Lien vers la note 32"><span class="smaller">[32]</span></a>.</p> - -<p>Aucun des ministres qui marchoient à sa suite, n'avoit, ni dans son -caractère ni dans ses rapports avec le roi, ce qu'il falloit pour le -remplacer<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a><a href="#footnote33" title="Lien vers la note 33"><span class="smaller">[33]</span></a>: aussi firent-ils de vains efforts pour demeurer les -maîtres des affaires. Dirigée par l'évêque de Luçon, qui seul avoit -toute sa confiance, la reine-mère ne tarda point à rentrer dans le -conseil, où elle se conduisit avec une prudence et une modération qui -la remirent entièrement dans les bonnes grâces du roi. La cour étoit -alors de retour à Paris, et l'on y délibéroit sur le dernier parti à -prendre à l'égard des protestants: la question étoit de savoir si l'on -continueroit la guerre, ou s'il étoit plus avantageux de leur accorder -la paix. Le prince de Condé fit prévaloir le premier avis, vers lequel -le roi étoit naturellement porté; et en effet leur audace, depuis la -levée du siége de Montauban, n'avoit plus de frein: à Montpellier ils -s'étoient déclarés en révolte ouverte; ils avoient repris l'offensive -en Languedoc et en <span class="pagenum"><a id="page51" name="page51"></a>(p. 51)</span> Guyenne, où ils assiégeoient les villes, pilloient -les églises, ravageoient les campagnes, et résistoient avec -acharnement aux troupes royales partout où elles se présentoient pour -les comprimer. M. de Soubise dévastoit le Poitou avec une armée de six -mille hommes; et la ville de La Rochelle, centre et boulevard de tout -le parti, levoit des soldats en son propre nom, et exerçoit -insolemment tous les droits de la souveraineté.</p> - -<p>(1622) La guerre étant donc résolue, le roi partit, accompagné de sa -mère, qui, ne voulant pas exposer à de nouvelles chances périlleuses -le crédit que les circonstances venoient de lui rendre, croyoit -prudent de ne point rester éloignée de lui. Le projet de Louis avoit -d'abord été de se rendre par Lyon dans le Languedoc: la désobéissance -du duc d'Épernon, qui refusa de sortir de ses gouvernements<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a href="#footnote34" title="Lien vers la note 34"><span class="smaller">[34]</span></a> pour -porter des secours aux troupes royales dans le Poitou, força ce prince -de prendre sa route par cette province. Il y trouva plus de -résistance que jusqu'alors <span class="pagenum"><a id="page52" name="page52"></a>(p. 52)</span> les rebelles ne lui en avoient opposé: il -lui fallut livrer de nombreux combats; il assista de sa personne à -plusieurs siéges très-meurtriers, dans lesquels il commença à donner -des preuves de cette intrépidité extraordinaire qui lui étoit -naturelle; et que l'on doit encore considérer comme un des traits -frappants et singuliers d'un caractère où tant de foiblesses et si -étranges se laissoient apercevoir<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35" title="Lien vers la note 35"><span class="smaller">[35]</span></a>. Tout cédant enfin à son courage -et à la supériorité de ses armes, il arriva avec son armée victorieuse -devant la ville de Montpellier, que le duc de Montmorenci tenoit -depuis long-temps bloquée et dont le siége lui étoit réservé. Ce fut -là qu'il apprit l'entrée en France d'un corps considérable d'Allemands -sous les ordres du comte de Mansfeld, qui, ne pouvant plus tenir en -Allemagne, où il s'étoit fait l'auxiliaire de l'électeur palatin -contre l'empereur<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a><a href="#footnote36" title="Lien vers la note 36"><span class="smaller">[36]</span></a>, cherchoit un moyen d'en sortir et de faire -subsister ses soldats. C'étoient les ducs de Bouillon et de Rohan qui -l'avoient engagé à tenter cette invasion; et à ces traités sacriléges -<span class="pagenum"><a id="page53" name="page53"></a>(p. 53)</span> qui appeloient ainsi l'étranger dans le sein du royaume pour les -soutenir dans leur rébellion, on pouvoit reconnoître les protestants. -Le duc de Lorraine lui ayant ouvert un passage à travers ses états, -Mansfeld entra en France par la Champagne; et l'alarme se répandit -bientôt jusqu'à Paris, où la reine-mère, qu'une indisposition avoit -d'abord retenue à Nantes, étoit retournée avec une partie du conseil, -et où elle commandoit en l'absence de son fils. Toutefois cette alarme -dura peu: plus habile à piller et à détruire qu'à commander une armée, -Mansfeld, qui d'abord avoit pu négocier avec le duc de Nevers envoyé -contre lui, et qui n'avoit pas su le faire à propos, vit son armée se -mutiner et se désorganiser au premier échec qu'elle éprouva; et à -peine entré dans nos provinces, fut forcé d'en sortir honteusement et -en fugitif. Pendant ce temps, la guerre continuoit avec acharnement -dans le Languedoc; les protestants se défendoient en désespérés dans -leurs villes; il falloit les prendre presque toutes d'assaut, et des -exécutions sanglantes étoient le prix de cette résistance furieuse et -obstinée.</p> - -<p>Cependant, de l'un et de l'autre côté, on étoit las de la guerre et -inquiet de ses résultats. Les protestants connoissoient l'infériorité -de leurs forces, et voyoient que, dans une semblable lutte, ils -devoient finir par succomber. Louis n'étoit point <span class="pagenum"><a id="page54" name="page54"></a>(p. 54)</span> sans s'apercevoir -que de semblables triomphes alloient à la ruine de son royaume; et -dans une guerre ainsi poussée à outrance, craignoit, de la part de ces -sectaires, les effets de leur fanatisme et de leur désespoir. Il avoit -essayé d'abord de les diviser, et déjà plusieurs de leurs principaux -chefs avoient consenti à faire leurs traités particuliers; mais ce fut -inutilement que l'on tenta de gagner le duc de Rohan; le plus -considérable de tous: il continua de rejeter et avec la même fermeté -toutes les offres qui lui furent faites tant pour lui que pour les -siens, et voulut un traité général. Il fallut céder; et Lesdiguères, -depuis peu connétable et à qui son retour à la foi catholique avoit -enfin valu cette dignité suprême, fut le principal négociateur de ce -nouveau traité, qui fut signé immédiatement après la reddition de la -ville de Montpellier. On y confirma l'édit de Nantes dans toutes ses -clauses; il y eut amnistie générale, et les protestants y conservèrent -à peu près toutes les anciennes concessions qu'ils avoient -successivement obtenues.</p> - -<p>(1623, 24) C'est ici que les voies commencent à s'ouvrir pour -Richelieu, et qu'on le voit enfin paroître avec quelque éclat sur ce -grand théâtre de la cour, qu'il ne devoit plus quitter, où il alloit -bientôt occuper le premier rang et fixer tous les regards. Nous avons -vu comment, avec une adresse qui ne fut jamais <span class="pagenum"><a id="page55" name="page55"></a>(p. 55)</span> sans dignité, il avoit -su se ménager entre les partis qui divisoient la cour, et se concilier -les ennemis de la reine sans manquer à ce qu'il lui devoit, et sans -perdre un seul instant les justes droits qu'il avoit à sa confiance et -à son attachement. Cette faveur dont il jouissoit auprès d'elle -s'accroissant de jour en jour, il dut aux sollicitations pressantes de -cette princesse d'être compris dans une promotion de cardinaux que fit -le pape Grégoire XV; et ce fut à Lyon, où le roi passa à son retour de -cette campagne, qu'il reçut de la main de sa majesté les insignes de -sa nouvelle dignité. La cour étoit alors troublée par les intrigues, -et les tracasseries des ministres, qui cherchoient à se supplanter les -uns les autres<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a><a href="#footnote37" title="Lien vers la note 37"><span class="smaller">[37]</span></a>, divisés entre eux par leurs intérêts particuliers, -réunis dans un seul intérêt commun, qui étoit de ranimer l'ancienne -méfiance du roi contre sa mère, et d'empêcher que, rentrant au -conseil, elle n'y ramenât avec elle le nouveau cardinal dont ils -avoient déjà reconnu la supériorité, et qu'ils redoutoient tous comme -leur rival le plus <span class="pagenum"><a id="page56" name="page56"></a>(p. 56)</span> dangereux. Ce fut un jeu pour celui-ci de renverser -des hommes aussi foibles et aussi malhabiles. Dirigée par un guide -d'un esprit si pénétrant et qui avoit une si profonde expérience de la -cour et du maître dont il s'agissoit de s'emparer, Marie de Médicis -reprit en peu de temps auprès de son fils le crédit qu'elle avoit -perdu; provoqua la disgrâce des Sillerys, qui étoient les deux -antagonistes de son favori; gagna le marquis de La Vieuville, qui -avoit toute la confiance du roi, ou plutôt le força, malgré ses -répugnances et les craintes que lui inspiroit Richelieu, à combattre -avec elle les préventions que le roi avoit contre celui-ci, et dans -cette dernière révolution qu'éprouvoit alors le ministère, à permettre -qu'enfin l'entrée du conseil lui fût ouverte. Par un dernier trait -d'habileté, Richelieu, qui étoit ainsi parvenu à se faire offrir la -place qu'il faisoit solliciter, feignit d'abord de refuser ce qu'il -désiroit avec tant d'ardeur; et tranquillisant ainsi tant d'esprits -ombrageux sur cette soif d'ambition dont il étoit dévoré, et dont il -avoit laissé entrevoir des indices que l'œil du roi lui-même n'avoit -point laissé échapper, il prit d'abord la dernière place au conseil et -parut disposé pour long-temps à s'en contenter; mais les fautes que -commettoit La Vieuville ayant bientôt amené sa disgrâce, il arriva -que, dans un si court intervalle, <span class="pagenum"><a id="page57" name="page57"></a>(p. 57)</span> aucun des ministres n'étoit déjà -plus en mesure de lui disputer la première; et dès ce moment commença -cette partie du règne de Louis XIII, que l'on peut à plus juste titre -appeler le règne de Richelieu.</p> - -<p>Nous ne suivrons point cet homme extraordinaire dans tous les détails -de sa vie publique; ils sont immenses: les événements qui s'y -accumulent sont au nombre des plus célèbres et des plus éclatants que -présentent nos annales; ils ont rempli l'Europe, et l'histoire en est -tracée partout. Mais si les faits sont bien connus, il s'en faut que -la politique qui les fit naître ait été appréciée ce qu'elle est en -effet; que les conséquences en aient été bien saisies: c'est là ce qui -demande toute notre attention.</p> - -<p>Jetons donc un coup d'œil sur l'état de la société en France, tel que -nous le présentent ces premières années du règne de Louis XIII.</p> - -<p>Cet état étoit au fond le même que sous les règnes précédents; et la -main vigoureuse de Henri IV, qui avoit un moment arrêté les progrès du -mal, étant venu à défaillir, tous les symptômes de dissolution sociale -avoient reparu. Les trois oppositions que nous avons déjà signalées -(les grands, les protestants, le parlement qui représentoit -l'opposition populaire) s'étoient à l'instant même relevées pour -recommencer leur lutte contre le pouvoir; et ce pouvoir que <span class="pagenum"><a id="page58" name="page58"></a>(p. 58)</span> les -Guises, les derniers qui aient compris la monarchie chrétienne, -avoient vainement tenté de rattacher à l'autorité spirituelle par tous -les liens qui pouvoient le soutenir et le ranimer, s'obstinant à en -demeurer séparé, à chercher dans ses propres forces le principe et la -raison de son existence, ainsi assailli de toutes parts, se trouvoit -en péril plus qu'il n'avoit jamais été, étant remis entre les mains -d'une foible femme et d'un roi enfant.</p> - -<p>Or, comme c'est le propre de toute corruption d'aller toujours -croissant lorsqu'une force contraire n'en arrête pas les progrès, il -est remarquable que ce que l'influence des Guises, aidée des -circonstances où l'on se trouvoit alors, avoit su conserver de -religieux dans la société <em>politique</em>, s'étoit éteint par degré, ne -lui laissant presque plus rien que ce qu'elle avoit de matériel.</p> - -<p>Et en effet, sous les derniers Valois, au milieu du machiavélisme d'un -gouvernement qui avoit fini par se jeter dans l'indifférence -religieuse et dans tous les égarements qui en sont la suite, nous -avons vu se former, parmi les grands, un parti qui, sous le nom de -<em>politique</em>, s'étoit placé entre les catholiques et les protestants, -n'admettant rien autre chose que ce matérialisme social dont nous -venons de parler, et s'attachant au monarque uniquement parce qu'il -étoit le représentant <span class="pagenum"><a id="page59" name="page59"></a>(p. 59)</span> de cet ordre purement matériel. Nous avons vu en -même temps un prince insensé préférer ce parti à tous les autres<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a><a href="#footnote38" title="Lien vers la note 38"><span class="smaller">[38]</span></a>, -sa politique sophistique croyant y voir un moyen de combattre à la -fois l'opposition catholique qui vouloit modérer son pouvoir, et -l'opposition protestante qui cherchoit à le détruire.</p> - -<p>Mais ce parti machiavélique n'avoit garde de s'arrêter là: des -intérêts purement humains l'avoient fait naître; il devoit changer de -marche au gré de ces mêmes intérêts. On le vit donc s'élever contre le -roi lui-même après avoir été l'auxiliaire du roi, s'allier tour à tour -aux protestants et aux catholiques, selon qu'il y trouvoit son -avantage; et l'État fut tourmenté d'un mal qu'il n'avoit point encore -connu. Aidés de la foi des peuples et de la conscience des grands, que -cette contagion n'avoit point encore atteints, ces Guises, qu'on ne -peut se lasser d'admirer, eussent fini par triompher de ce funeste -parti: le dernier d'eux étant tombé, il prédomina.</p> - -<p>Chassé de la société politique, la religion avoit son dernier refuge -dans la famille et dans la société civile. En effet l'opposition -populaire étoit religieuse, et par plusieurs causes qui plus tard se -développeront d'elles-mêmes, devoit l'être long-temps encore; mais -par une inconséquence qui <span class="pagenum"><a id="page60" name="page60"></a>(p. 60)</span> partoit de ce même principe de révolte -contre le pouvoir spirituel, principe qui avoit corrompu en France -presque tous les esprits, les parlementaires, véritables chefs du -parti populaire, refusant de reconnoître le caractère monarchique de -ce pouvoir et son infaillibilité, cette opposition étoit tout à la -fois religieuse et démocratique, c'est-à-dire également prête à se -soulever contre les papes et contre les rois; et elle devoit devenir -plus dangereuse contre les rois et les papes, à mesure que la foi des -peuples s'affoibliroit davantage: or, tout ce qui les environnoit -devoit de plus en plus contribuer à l'affoiblir.</p> - -<p>Quant aux protestants, leur opposition doit être plutôt appelée une -véritable révolte: ou fanatiques ou indifférents (car ils étoient déjà -arrivés à ces deux extrêmes de leurs funestes doctrines), ils -s'accordoient tous en ce point qu'il n'y avoit point d'autorité qui ne -pût être combattue ou contestée, chacun d'eux mettant au-dessus de -tout sa propre autorité. C'étoient des républicains, ou plutôt des -démagogues qui conjuroient sans cesse au sein d'une monarchie.</p> - -<p>Un principe de désordre animant donc ces trois oppositions (et nous -avons déjà prouvé que la seule résistance qui soit dans l'ordre de la -société, est celle de la loi divine, opposée par celui-là seul qui en -est le légitime interprète aux excès et <span class="pagenum"><a id="page61" name="page61"></a>(p. 61)</span> aux écarts du pouvoir -temporel<a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a><a href="#footnote39" title="Lien vers la note 39"><span class="smaller">[39]</span></a>; parce que, nous le répétons encore, et il ne faut point -se lasser de le redire, cette loi est également obligatoire pour celui -qui commande et pour ceux qui obéissent, devenant ainsi le seul joug -que puissent légalement subir les rois, et la source des seules vraies -libertés qui appartiennent aux peuples), par une conséquence -nécessaire de ce désordre, tout tendoit sans cesse dans le corps -social à l'anarchie, de même que dans le pouvoir il y avoit tendance -continuelle au despotisme, seule ressource qui lui restât contre une -corruption dont lui-même étoit le principal auteur. Pour faire rentrer -les peuples dans la <em>règle</em>, il auroit fallu que les rois s'y -soumissent eux-mêmes: ne le voulant pas, et n'ayant pas en eux-mêmes -ce qu'il falloit pour <em>régler</em> leurs sujets, ils ne pouvoient plus que -les <em>contenir</em>. Né au sein du protestantisme, dont il avoit sucé avec -le lait les doctrines et les préjugés, peut-être Henri IV ne -possédoit-il pas tout ce qu'il falloit de lumières pour bien -comprendre la grandeur d'un tel mal, et sa politique extérieure, que -nous avons déjà expliquée, sembleroit le prouver<a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a><a href="#footnote40" title="Lien vers la note 40"><span class="smaller">[40]</span></a>; peut-être -l'avoit-il compris jusqu'à un certain point, sans avoir su -reconnoître quel en étoit le véritable remède, <span class="pagenum"><a id="page62" name="page62"></a>(p. 62)</span> ou, s'il connoissoit ce -remède, ne jugeant pas qu'il fût désormais possible de l'appliquer. -Quoi qu'il en soit, son courage, son activité, sa prudence, n'eurent -d'autre résultat que de lui procurer l'ascendant nécessaire pour -contenir ces résistances, ou rivales ou ennemies de son pouvoir; et -leur ayant imposé des limites que, tant qu'il vécut, elles n'osèrent -point franchir, il rendit à son successeur la société telle qu'il -l'avoit reçue des rois malheureux ou malhabiles qui l'avoient précédé.</p> - -<p>Sous l'administration foible et vacillante d'une minorité succédant à -un règne si plein d'éclat et de vigueur, ces oppositions ne tardèrent -point à reparoître avec le même caractère, et ce que le temps y avoit -ajouté de nouvelles corruptions. De la part des grands, il n'y a plus -pour résister au monarque ni ces motifs légitimes, ni même ces -prétextes plausibles de conscience et de croyances religieuses qui, -sous les derniers règnes, les justifioient ou sembloient du moins les -justifier: ces grands veulent leur part du pouvoir; ils convoitent les -trésors de l'état; ils sont à la fois cupides et ambitieux. Aveugle -comme tout ce qui est passionné, cette opposition aristocratique -essaie de soulever en sa faveur l'opposition populaire, soit qu'elle -provoque une assemblée d'états-généraux, soit qu'elle réveille dans -le parlement cet ancien esprit de mutinerie <span class="pagenum"><a id="page63" name="page63"></a>(p. 63)</span> et ces prétentions -insolentes qui, dès que l'occasion lui en étoit offerte, ne manquoient -pas aussitôt de se reproduire. On la voit s'allier à l'opposition -protestante avec plus de scandale qu'elle ne l'avoit fait encore; et, -se fortifiant de ces divisions, celle-ci marche vers son but avec -toute son ancienne audace, des plans mieux combinés, plus de chances -de succès, et ne traite avec tous les partis que pour assurer -l'indépendance du sien. Enfin la cour elle-même, ainsi assaillie de -toutes parts, ayant fini par se partager entre un jeune roi que ses -favoris excitoient à se saisir d'un pouvoir qui lui appartenoit, et sa -propre mère qui vouloit le retenir, le désordre s'accroissoit encore -de ces scandaleuses dissensions.</p> - -<p>Et qu'on ne dise point que les mêmes désordres reparoissent à toutes -les époques où le gouvernement se montre foible, et qu'en France les -minorités furent toujours des temps de troubles et de discordes -intestines: ce seroit n'y rien comprendre que de s'arrêter à ces -superficies. Dans ces temps plus anciens, et, en apparence, plus -grossiers, les désordres que les passions politiques excitoient dans -la société n'avoient ni le même principe ni les mêmes conséquences: la -corruption étoit dans les cœurs plus que dans les esprits; et lorsque -ces passions s'étoient calmées, des croyances communes rétablissoient -l'ordre comme par une sorte d'enchantement, ramenant <span class="pagenum"><a id="page64" name="page64"></a>(p. 64)</span> tout et -naturellement à l'unité<a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a><a href="#footnote41" title="Lien vers la note 41"><span class="smaller">[41]</span></a>. On voyoit le régulateur suprême de la -grande société catholique, le père commun des fidèles (et les -témoignages s'en trouvent à presque toutes les pages de l'histoire), -s'interposant sans cesse entre des rois rivaux, entre des sujets -rebelles et des maîtres irrités. Sa voix puissante et vénérable -finissoit toujours par se faire entendre; et, grâce à son intervention -salutaire, cette loi divine et universelle qui est la vie des -sociétés, reprenoit toute sa puissance. Maintenant cette grande -autorité étoit presque entièrement méconnue: <span class="pagenum"><a id="page65" name="page65"></a>(p. 65)</span> les croyances communes, -seul lien des intelligences, étoient impunément attaquées, minées de -toutes parts par le principe de l'hérésie protestante, dissolvant le -plus actif qui, depuis le commencement du monde, eût menacé -l'existence des nations; le pouvoir temporel s'étant privé de son seul -point d'appui, devenoit violent ne pouvant plus être fort, et se -conservoit ainsi pour quelque temps par ce qui devoit achever de le -perdre; de même, et par une conséquence nécessaire, l'obéissance dans -les sujets se changeoit en servitude, ce qui les tenoit toujours -préparés pour la révolte; et dès que cet ordre factice et matériel -étoit troublé, ce n'étoit plus d'une crise passagère, mais d'un -bouleversement total que l'État étoit menacé, et l'existence même de -la société étoit mise sans cesse en question.</p> - -<p>Le mal étoit-il donc dès lors sans ressource; et ce germe de mort que -non-seulement la France, mais toute l'Europe chrétienne portoit dans -son sein, étoit-il déjà si actif et si puissant, qu'il fût devenu -impossible de l'étouffer? C'est là une question qu'il n'est donné -peut-être à personne de résoudre; mais, ce qui est hors de doute, -c'est qu'il appartenoit à la France, plus qu'à toute autre puissance -de la chrétienté, de tenter cette grande et sainte entreprise, de -donner au monde chrétien l'exemple salutaire de rentrer dans les -anciennes voies; et tout porte <span class="pagenum"><a id="page66" name="page66"></a>(p. 66)</span> à croire que d'autres nations l'y -auroient suivie. Voilà que les circonstances portent à la tête des -affaires, à travers mille obstacles qu'il a su vaincre avec la plus -rare habileté, un homme d'une grande capacité et d'un grand caractère: -il a saisi d'une main ferme le timon de l'État; et pour la première -fois depuis le commencement du nouveau règne, les factions qui -l'agitent commencent à sentir le poids d'une volonté. Cet homme est un -prince de l'église: on doit croire qu'il est nourri de ses maximes, -qu'il en comprend la politique, que c'est sous son ministère que -s'arrêteront les progrès du mal, que s'opèrera peut-être une -révolution entière dans le système funeste qui, depuis deux siècles, -détruit la société. Rien de tout cela n'arrivera: cet esprit si -pénétrant demeurera sans intelligence pour toutes ces choses; cette -volonté si inflexible ne déploiera son énergie que pour fortifier et -accroître un si grand mal; cette activité si prodigieuse, que pour le -répandre partout et le rendre à jamais irrémédiable: Richelieu sera à -lui seul plus funeste à la société que tous ceux qui ont gouverné -avant lui.</p> - -<p>Dès les commencements de son administration, il laissa entrevoir -quelle seroit sa politique relativement aux affaires générales de -l'Europe: mais il falloit se rendre le maître dans l'intérieur avant -de songer à exercer au dehors une véritable <span class="pagenum"><a id="page67" name="page67"></a>(p. 67)</span> influence; et, destinés à -nous trouver presque toujours en contradiction avec les historiens qui -nous ont précédé, nous le louerons de ce qu'il fit pour y parvenir, -lorsque, sous ce rapport, la plupart d'entre eux l'ont dénigré<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a><a href="#footnote42" title="Lien vers la note 42"><span class="smaller">[42]</span></a>. Le -désordre étoit alors à son comble, et nous ne pouvons l'exprimer plus -vivement qu'en empruntant ses propres paroles. «Lorsque votre majesté, -dit-il au roi dans son testament politique<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a><a href="#footnote43" title="Lien vers la note 43"><span class="smaller">[43]</span></a>, se résolut de me -donner en même temps et l'entrée de ses conseils et grande part à sa -confiance, je puis dire avec vérité que les <span class="pagenum"><a id="page68" name="page68"></a>(p. 68)</span> huguenots partageoient -l'État avec elle; que les grands se conduisoient comme s'ils n'eussent -pas été ses sujets, et les plus puissants gouverneurs de province, -comme s'ils eussent été souverains en leurs charges... Je puis dire -que chacun mesuroit son mérite par son audace; qu'au lieu d'estimer -les bienfaits qu'ils recevoient de votre majesté par leur propre prix, -ils n'en faisoient cas qu'autant qu'ils étoient proportionnés au -déréglement de leur fantaisie; et que les plus entreprenants étoient -estimés les plus sages, et se trouvoient souvent les plus heureux.» Il -s'étoit proposé de remédier efficacement à de si grands abus; et il -avoit promis au roi d'employer toute son industrie et toute l'autorité -qui lui étoit confiée «pour ruiner le parti huguenot, rabaisser -l'orgueil des grands, réduire ses sujets dans les bornes de leur -devoir, et relever son nom dans les nations étrangères au point où il -devoit être<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a><a href="#footnote44" title="Lien vers la note 44"><span class="smaller">[44]</span></a>.»</p> - -<p>Il marcha donc constamment vers ce double but avec un courage et une -persévérance que rien ne put ébranler, au milieu de périls et -d'obstacles qu'une âme aussi forte et une volonté aussi inflexible -pouvoient seules surmonter. Tant qu'il le jugea nécessaire, il -dissimula avec les huguenots, dont les révoltes et les insolences -<span class="pagenum"><a id="page69" name="page69"></a>(p. 69)</span> alloient toujours croissant: pour pouvoir en finir avec ces sectaires, -il lui falloit terminer ou du moins suspendre les guerres extérieures -dont ils savoient si bien profiter, remettre l'ordre dans les -finances, relever la marine françoise, qui, dans une si grande -entreprise, lui devoit être un si puissant auxiliaire. Il y parvint; -et tout étant ainsi préparé, ses projets éclatèrent au milieu d'une -conspiration de la cour soulevée presque tout entière contre lui, -conspiration qui menaçoit sa vie et le roi lui-même des derniers -attentats<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a><a href="#footnote45" title="Lien vers la note 45"><span class="smaller">[45]</span></a>. Les chefs du complot, et parmi eux des princes du sang, -sont arrêtés<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a><a href="#footnote46" title="Lien vers la note 46"><span class="smaller">[46]</span></a>; ceux des conjurés qui avoient des gouvernements de -provinces en sont à l'instant même <span class="pagenum"><a id="page70" name="page70"></a>(p. 70)</span> dépouillés; le duc d'Anjou, dont -ils avoient fait le prétexte et l'instrument de leurs machinations, -est forcé de se soumettre<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a><a href="#footnote47" title="Lien vers la note 47"><span class="smaller">[47]</span></a>, et, dans la frayeur dont il est saisi, -déclare lui-même ses complices; un de ces grands, le prince de -Chalais, monte sur l'échafaud, et ses pareils commencent à reconnoître -que leurs rébellions ne sont pas privilégiées, que leurs personnes ne -sont pas inviolables. Ce coup, frappé à propos, en impose: le siége de -La Rochelle, qui n'eût jamais été entrepris si la terreur ne se fût -pas mise parmi les ennemis du cardinal, est commencé, poursuivi, -achevé sous la direction même du ministre, malgré toutes les -difficultés que présentoit une position jusque là jugée inexpugnable, -tous les dangers que faisoit renaître sans cesse une résistance -désespérée, et tous les obstacles qu'osoit y apporter encore cette -faction des grands qui ne vouloit pas que la ville fût prise, parce -que son ambition avoit besoin de l'existence des protestants. Ce -boulevard du protestantisme tombe enfin: alors tout prend <span class="pagenum"><a id="page71" name="page71"></a>(p. 71)</span> dans cette -guerre, jusqu'alors si périlleuse, une marche prompte et décisive. Une -année se passe à peine que le parti huguenot est forcé partout de se -remettre à la discrétion du vainqueur, humilié par ses continuelles -défaites, dompté par le sac de ses villes, par le supplice de ses -chefs, réduit à vivre désormais tranquille et soumis au milieu de ses -forteresses démolies et ouvertes de toutes parts<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a><a href="#footnote48" title="Lien vers la note 48"><span class="smaller">[48]</span></a>. L'entrée -triomphante du cardinal dans Montauban fut la dernière scène de ce -grand événement.</p> - -<p>Tout n'étoit pas fini pour l'heureux ministre: la cabale de la cour, -un moment déconcertée par des succès si éclatants, n'en devint que -plus furieuse et plus ardente contre lui, lorsqu'après l'événement de -la guerre de Mantoue<a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a><a href="#footnote49" title="Lien vers la note 49"><span class="smaller">[49]</span></a>, non moins glorieux pour les armes du roi, -elle le vit si avant dans la faveur de son <span class="pagenum"><a id="page72" name="page72"></a>(p. 72)</span> maître, que tout pouvoir -lui étoit donné, et qu'il falloit que tout pliât sous ses volontés. La -reine-mère, qui l'avoit protégé tant qu'elle avoit cru trouver en lui -un instrument de cette ambition puérile dont elle étoit possédée de se -mêler sans cesse des intrigues du cabinet et des affaires de l'état, -se déclare dès ce moment son ennemie la plus acharnée. Gaston, que sa -qualité d'héritier du trône rendoit alors plus considérable qu'il ne -le fut depuis, unit ses ressentiments à ceux de sa mère: tout se -rallie autour de ces deux personnages éminents; le roi seul défend son -ministre; et cependant, poursuivi par les larmes et par les -emportements de la reine, il chancèle un moment, et l'on espère qu'il -va l'abandonner; Richelieu lui-même se croit perdu, et fait les -préparatifs de sa retraite. Tout change de face en un seul jour, que -l'histoire a rendu célèbre sous le nom de <cite>journée des dupes</cite>. Le -cardinal a avec le roi une entrevue qu'il croit la dernière: il en -sort plus puissant et plus redoutable que jamais; et, vainqueur de ses -ennemis, il sait profiter de la victoire. L'obstination et la conduite -imprudente de Marie de Médicis lui servent à aigrir contre elle -l'esprit de <span class="pagenum"><a id="page73" name="page73"></a>(p. 73)</span> son fils, qui finit par s'en éloigner sans retour, -lorsqu'il la voit attirer la jeune reine dans son parti et mêler -l'Espagne à toutes ces querelles. Cependant la haine froide et -profondément calculée du ministre demandoit, au milieu de cette cour, -presque entière conjurée contre lui, une victime dont la chute y -répandît l'effroi et la consternation: le maréchal de Marillac fut -celle qu'il choisit. Celui-ci étoit coupable sans doute, mais non pas -assez pour porter sa tête sur un échafaud, si la vengeance du cardinal -ne l'eût poursuivi. Avant même qu'on l'eût arrêté, le garde-des-sceaux -son frère avoit déjà été disgracié et exilé. Le procès du maréchal, -qui fut long, n'étoit pas encore terminé<a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a><a href="#footnote50" title="Lien vers la note 50"><span class="smaller">[50]</span></a>, que Gaston, dont -Richelieu s'étoit ressaisi un moment par le moyen de ses favoris, se -déclare de nouveau contre lui au gré de ces mêmes favoris: les -ennemis <span class="pagenum"><a id="page74" name="page74"></a>(p. 74)</span> du ministre croient enfin avoir trouvé une dernière occasion -de le perdre; et pour rendre cette occasion décisive, leurs conseils, -et particulièrement ceux de la reine-mère, poussent le foible prince à -faire un éclat, à quitter la cour et à se mettre ouvertement à la tête -du parti qui demandoit la disgrâce et l'exil de Richelieu. La cabale -s'agite alors avec plus de violence que jamais, et conçoit de cette -retraite les plus grandes espérances; il en fut autrement: ce que -Marie de Médicis avoit considéré comme un moyen de reprendre son -ancien ascendant, fut précisément ce qui acheva de la perdre. D'accord -avec son ministre, qui désormais le menoit à son gré, le roi exile sa -mère à Compiègne, où, de même qu'à Blois, elle est gardée à vue et -traitée en prisonnière. Tous ses confidents sont exilés ou arrêtés. -Gaston continuant de cabaler à Orléans, où il s'étoit renfermé, son -frère marche contre lui à la tête d'une armée, le suit dans sa fuite -jusqu'en Bourgogne, et le force à sortir de France et à se réfugier en -Lorraine. Le maréchal de Bassompierre, qui avoit trempé dans ce -dernier complot, est enfermé à la Bastille, où il seroit resté jusqu'à -la fin de ses jours, si Richelieu ne fût mort avant lui; le duc de -Guise, autre partisan de Gaston, se hâte de se retirer dans son -gouvernement, et n'évite qu'en s'exilant lui-même volontairement le -ressentiment <span class="pagenum"><a id="page75" name="page75"></a>(p. 75)</span> du cardinal; enfin Marie de Médicis s'échappe de sa -prison, ou, pour mieux dire, l'habile ministre s'en débarrasse en la -laissant échapper. Elle se retire aux Pays-Bas, et quitte ainsi -follement la France, où il étoit bien résolu de ne la jamais laisser -rentrer. Dès ce moment la cour, déserte de tous ses ennemis, se peuple -de ses flatteurs et de ses créatures; Richelieu est maître absolu, -maître sans rivaux et sans contradicteurs: c'est alors qu'il achève de -se faire connoître, que son regard embrasse l'Europe, et que sa -funeste politique se développe à tous les yeux.</p> - -<p>Abaisser la maison d'Autriche, c'est-à-dire détruire autant qu'il -étoit en lui la seule puissance qui, de concert avec la France, pût -soutenir la société chrétienne, la défendre contre l'ennemi redoutable -dont elle étoit pressée de toutes parts, et qui pénétroit, pour ainsi -parler, jusque dans ses entrailles, tel étoit le projet qu'avoit -depuis long-temps conçu un prince de l'église catholique, apostolique -et romaine; et ce projet, il le poursuivit, comme tout ce qu'il -entreprenoit, avec une constance, une activité, une vigueur, que l'on -pourroit trouver admirables s'il s'étoit proposé un autre but, mettant -l'Europe en feu et la France elle-même en péril pour y réussir, et y -employant des moyens qui passent en perversité tous ceux que la -corruption des règnes précédents avoit pu imaginer.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page76" name="page76"></a>(p. 76)</span> Certes, la politique de la maison d'Autriche, au milieu de ces graves -circonstances, est loin de mériter des éloges: c'étoit celle de son -temps; et, pour nous servir d'une expression devenue fameuse de nos -jours, <cite>elle marchoit avec son siècle</cite>, et s'enfonçoit autant qu'il -étoit en elle dans les intérêts purement matériels de la société. Nous -avons fait voir quelle avoit été la folle ambition de Philippe II, sa -conduite cauteleuse envers la France, et, dans nos guerres de -religion, l'hypocrisie de son zèle religieux. Sous ses successeurs, -ces dispositions hostiles et cette marche insidieuse n'avoient point -changé: le cabinet d'Espagne surtout n'avoit point cessé, autant qu'il -étoit en lui, de fomenter nos discordes intestines, dans l'espoir -insensé d'en faire son profit. Mais, quoi qu'il en pût être de ses -fausses maximes et des artifices de sa politique, il n'en est pas -moins vrai de dire que, par la position où la Providence l'avoit -placée et malgré les fautes qu'elle n'avoit cessé de commettre, la -maison d'Autriche se trouvoit en Europe à la tête du parti catholique -et l'ennemie naturelle de tous ses ennemis. En Allemagne elle étoit -établie comme un boulevard de la chrétienté contre les protestants et -les sectateurs de Mahomet; et, tandis qu'elle y contenoit l'hérésie -protestante par la terreur de ses armes; que, s'étendant par-delà les -confins de l'Italie, elle l'empêchoit de pénétrer dans le <span class="pagenum"><a id="page77" name="page77"></a>(p. 77)</span> centre même -de la société religieuse, ses tribunaux ecclésiastiques lui fermoient -l'entrée de la péninsule, et l'étouffoient à l'instant même dans son -germe, dès qu'elle osoit s'y montrer. Sans cesse attentifs à ce qui se -passoit au milieu du monde chrétien, les papes, dont l'œil pénétrant -avoit saisi toute l'étendue du mal, mettoient dans cette royale -famille leurs plus chères espérances; et, portant d'un autre côté -leurs regards sur ces rois de France, qu'ils appeloient toujours les -fils aînés de l'Église, ils voyoient et avoient raison de voir, dans -l'union de ces deux puissances, le salut de la chrétienté. C'étoit -vers cette union salutaire que se portoient tous leurs désirs; c'étoit -pour la former qu'ils mettoient en jeu tous les ressorts de leur -politique, qu'ils employoient ce reste d'influence que le respect -humain leur avoit encore conservé dans les affaires générales de -l'Europe. Ils crurent un moment avoir atteint ce but par le mariage de -Louis XIII avec une infante; et, si la France eût eu à la tête de ses -affaires un autre homme que Richelieu, peut-être y seroient-ils -parvenus<a id="footnotetag51" name="footnotetag51"></a><a href="#footnote51" title="Lien vers la note 51"><span class="smaller">[51]</span></a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page78" name="page78"></a>(p. 78)</span> Mais depuis que ce royaume étoit gouverné par les maximes qui -tendoient à séparer sans cesse la politique de la religion, il ne -s'étoit point encore rencontré un esprit plus imbu de ces doctrines -dangereuses, plus habile à les réduire en système, plus ardent à les -mettre en pratique, que ce trop fameux ministre. Déjà, et dès le -commencement de son ministère, il avoit fait voir, dans l'affaire de -la Valteline, quels étoient ses principes politiques et dans quelles -voies il étoit résolu de marcher<a id="footnotetag52" name="footnotetag52"></a><a href="#footnote52" title="Lien vers la note 52"><span class="smaller">[52]</span></a>; dès lors on l'avoit vu opposer -aux dangers qui menaçoient la religion catholique la <em>raison d'état</em>, -et donner sujet de faire au roi très-chrétien ce reproche que, tandis -que ses armes étoient employées d'un côté à détruire l'hérésie dans -son royaume, <span class="pagenum"><a id="page79" name="page79"></a>(p. 79)</span> de l'autre, elles l'aidoient à se relever dans les pays -étrangers.</p> - -<p>La maison d'Autriche, disent les apologistes de Richelieu, tendoit à -la monarchie universelle; il falloit arrêter une ambition qui n'avoit -plus de bornes. Cette accusation vague, si souvent répétée et si -légèrement crue parce qu'elle n'a été que foiblement contredite, tombe -d'elle-même dès que l'on considère avec un peu d'attention et la -situation de l'Europe et celle de cette famille souveraine. Placée en -Allemagne à la tête d'une confédération de petits souverains, sous la -condition expresse de protéger leurs droits et de garder leurs -constitutions, nul d'entre eux n'eût été disposé à l'aider dans ses -projets dont le résultat eût été de les asservir eux-mêmes; et -Ferdinand II venoit de l'éprouver, lorsque, <span class="pagenum"><a id="page80" name="page80"></a>(p. 80)</span> après avoir abattu deux -ligues protestantes qui s'étoient formées contre lui, il s'étoit vu -arrêter dans ses projets de domination absolue par les électeurs -catholiques eux-mêmes, qui vouloient que l'empereur fût le protecteur -et non le maître de l'empire<a id="footnotetag53" name="footnotetag53"></a><a href="#footnote53" title="Lien vers la note 53"><span class="smaller">[53]</span></a>. Impuissante de ce côté pour exécuter -des projets aussi gigantesques, que pouvoit-elle en Espagne, en Italie -et dans les Pays-Bas? On l'a vu sous Charles-Quint, lequel cependant -réunissoit sur sa tête toutes ces couronnes depuis divisées, lorsque, -après la bataille de Pavie, la France sembloit être réduite aux -<span class="pagenum"><a id="page81" name="page81"></a>(p. 81)</span> dernières extrémités; on l'a vu, sous Philippe II, lorsqu'elle étoit -déchirée par les partis, et d'un bout à l'autre livrée à toutes les -horreurs de la guerre civile. Ni par leurs intrigues, ni par la force -de leurs armes, ces princes si habiles et si puissants n'avoient pu -venir à bout de se maintenir dans une seule de ses provinces. -Étoit-ce, lorsque le dernier coup venoit d'être porté dans ce royaume -au protestantisme, lorsque l'autorité royale y avoit repris toute sa -force au milieu des partis abattus, que l'on pouvoit sérieusement en -craindre la conquête par le roi d'Espagne? Non; cette crainte -chimérique eût été indigne de Richelieu: c'étoit <span class="pagenum"><a id="page82" name="page82"></a>(p. 82)</span> un sujet ambitieux -qui vouloit se rendre nécessaire à son maître en concevant des projets -que lui seul sembloit capable d'exécuter; et c'étoit parce qu'il -n'avoit point d'autre conscience politique que celle des intérêts -matériels de la France, qu'il avoit conçu de semblables projets.</p> - -<p>Ainsi donc, cherchant de toutes parts des ennemis à la maison -d'Autriche et n'en trouvant point de plus ardents contre elle que les -princes protestants d'Allemagne; les voyant, dans ce moment même, plus -irrités que jamais contre l'empereur Ferdinand, qui usoit, plus -violemment peut-être que ne l'eût voulu une sage politique, des -avantages que lui donnoit cette suite continuelle de victoires<a id="footnotetag54" name="footnotetag54"></a><a href="#footnote54" title="Lien vers la note 54"><span class="smaller">[54]</span></a> -qu'il devoit au génie de Walstein, et dont l'éclat étoit tel que le -souverain lui-même qui en recueilloit le fruit, étoit importuné de la -gloire de son sujet; s'apercevant que le mécontentement avoit gagné -jusqu'aux princes catholiques, que les entreprises et les manières -trop hautaines du chef de l'empire commençoient à alarmer pour leurs -propres priviléges, il jeta les yeux sur le roi de Suède qu'on lui -avoit représenté comme un homme supérieur, comme un chef propre à -rendre formidable la ligue nouvelle qu'il vouloit former contre -l'empereur. Bien qu'il ait cru devoir s'en défendre, lorsque la -clameur publique <span class="pagenum"><a id="page83" name="page83"></a>(p. 83)</span> l'accusa d'avoir excité un prince protestant à entrer -à main armée dans un pays catholique, il est certain que ce fut -Richelieu lui-même qui l'y poussa, après avoir ménagé un accommodement -entre lui et Sigismond, roi de Pologne, qui lui disputoit la couronne -de Suède, et que ce prince entreprenant étoit venu chercher et -combattre jusque dans ses propres états. Par suite d'un traité signé -avec la France, Gustave aborda sur les côtes de la Poméranie le 24 -juin 1630; et alors commença cette partie de la guerre de trente ans -qui est désignée sous le nom de <cite>Période suédoise</cite>.</p> - -<p>Qui n'en connoît les succès, les revers, les désastres effroyables? Le -héros de la Suède entra comme un torrent en Allemagne: la ligue -protestante à la tête de laquelle s'étoit mis l'électeur de Saxe, -après avoir un moment balancé à se joindre à lui, et comme si elle eût -craint de se donner un nouveau maître, finit par se rallier sous ses -drapeaux; et la ligue catholique étant demeurée indécise, rien ne -s'opposa d'abord à la marche du vainqueur. Il prend sa revanche du sac -de Magdebourg<a id="footnotetag55" name="footnotetag55"></a><a href="#footnote55" title="Lien vers la note 55"><span class="smaller">[55]</span></a> à la bataille de Leipzic, où il remporte une -victoire complète sur le féroce Tilly. De <span class="pagenum"><a id="page84" name="page84"></a>(p. 84)</span> là, tandis que les Saxons -pénétroient en Bohème et en Silésie, il parcourt rapidement les -provinces de Franconie, du Haut-Rhin, de Souabe et de Bavière, toutes -les villes lui ouvrant leurs portes, et tous les princes protestants -s'empressant de faire alliance avec lui. Il passe ensuite le Rhin à -Oppenheim, force le 15 avril 1632 le passage du Lech<a id="footnotetag56" name="footnotetag56"></a><a href="#footnote56" title="Lien vers la note 56"><span class="smaller">[56]</span></a>; et le 17 mai -suivant il entre triomphant dans Munich. C'est alors que Ferdinand, -naguère au faîte de la puissance, est réduit à la dure extrémité de -s'humilier à son tour devant le sujet orgueilleux dont il avoit -abaissé l'orgueil; et Walstein lui fait acheter aux conditions les -plus dures la grâce qu'il veut bien lui faire de reprendre le -commandement de ses armées. Sa première opération est de chasser les -Saxons de la Bohème; puis il transporte le théâtre de la guerre en -Saxe, pour forcer le roi de Suède à quitter la Bavière. Bientôt les -deux armées ennemies sont en présence à Lutzen: la bataille s'engage; -Gustave est tué au premier choc; mais les Suédois n'en sont pas moins -vainqueurs; et Walstein, forcé de se retirer en Bohème, se contente -d'en défendre l'entrée à l'armée victorieuse. <span class="pagenum"><a id="page85" name="page85"></a>(p. 85)</span> C'est alors que la -situation précaire où se trouvoit son souverain lui fait concevoir des -projets ambitieux que Richelieu favorise, et dont il auroit profité -sans la catastrophe tragique qui termina la vie de cet illustre -ambitieux. Instruit qu'il le trahissoit, et impuissant à faire punir -juridiquement un sujet devenu en quelque sorte le rival de son maître, -Ferdinand le fit assassiner à Egra le 25 février 1634. Le roi de -Hongrie paroît alors à la tête des armées impériales, et signale ses -premières armes par la victoire de Nordlingue, où il écrase l'armée -des confédérés. L'assemblée générale des états protestants, qui -s'alloit réunir à Francfort-sur-le-Mein pour renouveler l'alliance -avec la Suède, se dissipe d'elle-même à la première nouvelle de cette -défaite; l'électeur de Saxe, l'ennemi le plus acharné de Ferdinand, -est le premier à faire sa paix avec lui: et le traité de Prague, dans -lequel le chef de l'empire reprit une partie de son ancien ascendant, -ayant été accepté par la plupart des princes protestants, le parti -Suédois parut abattu et ruiné sans retour<a id="footnotetag57" name="footnotetag57"></a><a href="#footnote57" title="Lien vers la note 57"><span class="smaller">[57]</span></a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page86" name="page86"></a>(p. 86)</span> Tant que ce parti avoit été triomphant, Richelieu, par un reste de -pudeur, avoit tenu secrète l'alliance contractée entre la France et le -chef de la ligue protestante; et, se renfermant dans une neutralité -apparente, il offroit aux princes catholiques de l'Allemagne qui -imploroient son secours contre un si terrible vainqueur, le partage de -cette neutralité que Gustave rendoit impossible par les conditions -intolérables auxquelles il vouloit la leur faire acheter. Dès que -l'artificieux ministre vit la cause des Suédois sur le point d'être -perdue, il leva le masque et se déclara ouvertement pour eux. Un -nouveau traité est signé à Compiégne, le 28 avril 1635, entre Louis -XIII et la reine Christine. La France traite en même temps avec les -États-Unis, rompant ainsi la trève que ceux-ci étoient prêts à -conclure avec l'Espagne; et chaque prince de l'union protestante est -appelé à faire avec Richelieu son traité particulier. Maître de la -Lorraine, dont il s'étoit emparé, n'ayant d'autre droit pour le faire -que celui du plus fort,<a id="footnotetag58" name="footnotetag58"></a><a href="#footnote58" title="Lien vers la note 58"><span class="smaller">[58]</span></a> celui-ci <span class="pagenum"><a id="page87" name="page87"></a>(p. 87)</span> porte la guerre tout à la fois -dans les Pays-Bas; dans les états héréditaires de l'Autriche, où il -envoie une armée auxiliaire des armées protestantes; en Italie où il -traite contre l'empereur avec les ducs de Savoie, de Parme et de -Mantoue<a id="footnotetag59" name="footnotetag59"></a><a href="#footnote59" title="Lien vers la note 59"><span class="smaller">[59]</span></a>. L'Europe entière est embrasée; et des résultats décisifs -auroient pu seuls, même selon les règles de la politique humaine, -justifier le ministre qui avoit allumé ce feu qu'il ne lui étoit pas -donné de pouvoir éteindre. Ils furent loin de l'être: partout les -succès sont contestés, partout les revers suivent les victoires. Les -armées françoises entrent à diverses reprises dans le pays ennemi, et -sont obligées d'en sortir; les ennemis de leur côté pénètrent en -France sur plusieurs points, et les alarmes qu'ils causent se font -ressentir jusqu'à Paris<a id="footnotetag60" name="footnotetag60"></a><a href="#footnote60" title="Lien vers la note 60"><span class="smaller">[60]</span></a>. La <span class="pagenum"><a id="page88" name="page88"></a>(p. 88)</span> Bourgogne, la Picardie, la Guienne, le -Languedoc, sont tour à tour envahis et dévastés par les Impériaux ou -par les Espagnols; les armées françoises envahissent et dévastent à -leur tour les Pays-Bas, le Milanois, la Lorraine, la Franche-Comté, la -Catalogne, la Cerdagne et le Roussillon. Le Portugal secoue le joug de -l'Espagne et s'allie avec la France pour consolider l'indépendance -qu'il venoit d'acquérir<a id="footnotetag61" name="footnotetag61"></a><a href="#footnote61" title="Lien vers la note 61"><span class="smaller">[61]</span></a>. Pendant toute la vie de Richelieu, et six -années encore après sa mort, l'Europe fut comme un vaste champ de -bataille où parurent tour à tour les plus grands hommes de guerre qui -eussent encore illustré les temps modernes<a id="footnotetag62" name="footnotetag62"></a><a href="#footnote62" title="Lien vers la note 62"><span class="smaller">[62]</span></a>, où l'on ne voit que -villes prises et reprises, que batailles tour à tour gagnées <span class="pagenum"><a id="page89" name="page89"></a>(p. 89)</span> et -perdues, sans qu'il y ait un parti qui puisse décidément s'attribuer -la victoire; mais les peuples souffrent et achèvent de se -corrompre<a id="footnotetag63" name="footnotetag63"></a><a href="#footnote63" title="Lien vers la note 63"><span class="smaller">[63]</span></a>.</p> - -<p>Les progrès de cette corruption furent d'autant plus rapides, que ce -fut dans cette guerre fatale que parurent entièrement à découvert ces -ressorts de la politique des princes chrétiens, uniquement fondée sur -ce principe, qu'elle devoit être entièrement séparée de la religion, -tandis que le fanatisme, qui est le caractère de toutes les sectes -naissantes, produisoit parmi les princes protestants une sorte -d'unité. Ainsi donc, ceux-là tendoient sans cesse à se diviser entre -eux, parce qu'ils étoient uniquement occupés de leurs intérêts -temporels; et ceux-ci, bien que leurs doctrines dussent incessamment -offrir au monde ce matérialisme social dans ce qu'il a de plus -désolant et de plus hideux, trouvoient alors, dans l'esprit de secte -et dans une <span class="pagenum"><a id="page90" name="page90"></a>(p. 90)</span> commune révolte contre les croyances catholiques, des -rapports nouveaux et jusqu'alors inconnus qui les lioient entre eux, -et de tous les coins de l'Europe attachoient à leurs intérêts -politiques tous ceux qui partageoient leurs doctrines. Avant la -réformation, les puissances du Nord étoient en quelque sorte -étrangères à l'Europe; dès qu'elles l'eurent embrassée, elles -entrèrent dans l'alliance protestante et, par une suite nécessaire, -dans le système général de la politique européenne. «Des états qui -auparavant se connoissoient à peine, dit un auteur protestant -lui-même<a id="footnotetag64" name="footnotetag64"></a><a href="#footnote64" title="Lien vers la note 64"><span class="smaller">[64]</span></a>, trouvèrent, au moyen de la réformation, un centre commun -d'activité et de politique qui forma entre eux des relations intimes. -La réformation <em>changea</em> les rapports des citoyens entre eux et des -sujets <em>avec leurs princes</em>; elle changea les <em>rapports politiques</em> -entre les états. Ainsi un destin bizarre voulut que <em>la discorde qui -déchira l'église</em> produisît un lien qui unît plus fortement les -<em>états</em> entre eux<a id="footnotetag65" name="footnotetag65"></a><a href="#footnote65" title="Lien vers la note 65"><span class="smaller">[65]</span></a>.» Enfoncés dans ce matérialisme insensé, au -moyen duquel ils achevoient de se perdre et de tout perdre, ces mêmes -princes catholiques se croyoient fort habiles en se servant, au -profit de leur ambition, de ce fanatisme <span class="pagenum"><a id="page91" name="page91"></a>(p. 91)</span> des princes protestants, ne -s'apercevant pas qu'il n'avoit produit entre eux cette sorte d'union -politique que par ce qu'il y avoit en lui de religieux, et que c'étoit -là un effet, singulier sans doute, mais naturel, inévitable même, de -ce qui restoit encore de <em>spirituel</em> dans le protestantisme.</p> - -<p>Ainsi donc, chose étrange, ce qui appartenoit à l'unité se divisoit; -et il y avoit accord parmi ceux qui appartenoient au principe de -division. Déjà on en avoit eu de tristes et frappants exemples dans -les premières guerres que l'hérésie avoit fait naître en France: on -avoit vu des armées de sectaires y accourir de tous les points de -l'Europe au secours de leurs frères, chaque fois que ceux-ci en -avoient eu besoin; tandis que le parti catholique n'y obtenoit de -Philippe II que des secours intéressés, astucieusement combinés, -quelquefois aussi dangereux qu'auroient pu l'être de véritables -hostilités. La France en avoit souffert sans doute; mais, nous avons -vu aussi que cette politique perverse n'avoit point réussi à son -auteur.</p> - -<p>L'histoire ne la lui a point pardonnée; cependant qu'il y avoit loin -encore de ces manœuvres insidieuses à ce vaste plan conçu par une -puissance catholique, qui, dans cette révolution dont l'effet étoit de -séparer en deux parts toute la chrétienté, réunit d'abord tous ses -efforts pour comprimer <span class="pagenum"><a id="page92" name="page92"></a>(p. 92)</span> chez elle l'hérésie qui y portoit le trouble et -la révolte; puis, devenue plus forte par le succès d'une telle -entreprise, ne se sert de cette force nouvelle que pour aller partout -ailleurs offrir son appui aux hérétiques, fortifier leurs ligues, -entrer dans leurs complots, légitimer leurs principes de rébellion et -d'indépendance<a id="footnotetag66" name="footnotetag66"></a><a href="#footnote66" title="Lien vers la note 66"><span class="smaller">[66]</span></a>, les aider à les propager dans toute la chrétienté, -indifférente aux conséquences terribles d'un système aussi pervers, et -n'y considérant que quelques avantages particuliers dont le succès -étoit incertain, dont la réalité même pouvoit être contestée! Voilà ce -que fit la France, ou plutôt ce que fit Richelieu après s'en être -rendu le maître absolu; tel est le crime de cet homme, crime le plus -grand peut-être qui ait jamais été commis contre la société.</p> - -<p>L'abaissement de la maison d'Autriche étoit devenu pour lui comme une -idée <em>fixe</em> à laquelle étoient enchaînées toutes les facultés de son -esprit <span class="pagenum"><a id="page93" name="page93"></a>(p. 93)</span> et toutes les forces de sa volonté. Rien ne put jamais l'en -faire départir, ni les chances douteuses d'une guerre où les revers et -les succès furent si long-temps balancés; ni les malheurs des -provinces qu'écrasoient les impôts après qu'elles avoient été -dévastées par les armées<a id="footnotetag67" name="footnotetag67"></a><a href="#footnote67" title="Lien vers la note 67"><span class="smaller">[67]</span></a>; ni l'indignation des gens de bien qui -détestoient cette guerre impie, la considérant dès-lors comme le fléau -et le scandale de la chrétienté<a id="footnotetag68" name="footnotetag68"></a><a href="#footnote68" title="Lien vers la note 68"><span class="smaller">[68]</span></a>; ni les exhortations paternelles -du chef de l'Église, qu'il ne se faisoit aucun scrupule de tromper et -de combattre comme <em>politique</em>, parce que, selon lui, la politique -n'avoit rien à démêler avec la religion<a id="footnotetag69" name="footnotetag69"></a><a href="#footnote69" title="Lien vers la note 69"><span class="smaller">[69]</span></a>; ni son maître lui-même, -<span class="pagenum"><a id="page94" name="page94"></a>(p. 94)</span> dont la conscience se réveilloit quelquefois pour s'élever contre les -iniquités d'un tel ministre<a id="footnotetag70" name="footnotetag70"></a><a href="#footnote70" title="Lien vers la note 70"><span class="smaller">[70]</span></a>, et à qui il avoit su persuader -qu'après l'avoir jeté dans de si grands périls et de si grands -embarras, lui seul étoit capable de l'en tirer<a id="footnotetag71" name="footnotetag71"></a><a href="#footnote71" title="Lien vers la note 71"><span class="smaller">[71]</span></a>. Pour arriver à ce -but, il déployoit, <span class="pagenum"><a id="page95" name="page95"></a>(p. 95)</span> ainsi que nous l'avons déjà dit, une activité et -des ressources qui tenoient du prodige: il avoit des agents et des -espions dans toutes les cours de l'Europe; il négocioit sans cesse -avec amis et ennemis<a id="footnotetag72" name="footnotetag72"></a><a href="#footnote72" title="Lien vers la note 72"><span class="smaller">[72]</span></a>; il enseignoit la trahison aux <span class="pagenum"><a id="page96" name="page96"></a>(p. 96)</span> grands<a id="footnotetag73" name="footnotetag73"></a><a href="#footnote73" title="Lien vers la note 73"><span class="smaller">[73]</span></a>, -il poussoit les petits à la révolte<a id="footnotetag74" name="footnotetag74"></a><a href="#footnote74" title="Lien vers la note 74"><span class="smaller">[74]</span></a>; et ses manœuvres pour -soutenir le parti puritain en Angleterre et pour exciter les -mécontents d'Écosse, doivent le faire considérer comme un des auteurs -de la révolution qui fit monter Charles I<sup>er</sup> sur l'échafaud<a id="footnotetag75" name="footnotetag75"></a><a href="#footnote75" title="Lien vers la note 75"><span class="smaller">[75]</span></a>. Toutes -ces entreprises inouïes qui étonnoient et troubloient l'Europe, il les -exécutoit au milieu des conspirations sans cesse renaissantes qui se -tramoient contre lui<a id="footnotetag76" name="footnotetag76"></a><a href="#footnote76" title="Lien vers la note 76"><span class="smaller">[76]</span></a>; et lorsqu'on le croyoit perdu, <span class="pagenum"><a id="page97" name="page97"></a>(p. 97)</span> c'étoit par -le supplice, l'exil ou l'emprisonnement des conspirateurs qu'il -apprenoit à ses ennemis <span class="pagenum"><a id="page98" name="page98"></a>(p. 98)</span> à redouter un pouvoir que sembloient affermir -les dangers et les travaux. Tout finit donc par trembler devant lui; -et le parlement, qui fut à ses pieds jusqu'au dernier moment, en -murmurant sans doute, mais osant à peine faire entendre ses -murmures<a id="footnotetag77" name="footnotetag77"></a><a href="#footnote77" title="Lien vers la note 77"><span class="smaller">[77]</span></a>; et le clergé qui, en vertu des <em>libertés gallicanes</em>, -continuoit de résister <span class="pagenum"><a id="page99" name="page99"></a>(p. 99)</span> au pape chaque fois que l'occasion s'en -présentoit, et qui, en vertu des <em>servitudes</em> auxquelles il s'étoit -volontairement réduit à l'égard du pouvoir temporel, ne savoit rien -opposer aux violences de ce ministre, à ses hauteurs, et accordoit -tous les subsides qu'il jugeoit à propos de lui demander<a id="footnotetag78" name="footnotetag78"></a><a href="#footnote78" title="Lien vers la note 78"><span class="smaller">[78]</span></a>; et la -cour, qui avoit fini par l'honorer un peu <span class="pagenum"><a id="page100" name="page100"></a>(p. 100)</span> plus que le monarque -lui-même; et les gens de guerre pour qui il étoit la source de toutes -faveurs et de tout avancement<a id="footnotetag79" name="footnotetag79"></a><a href="#footnote79" title="Lien vers la note 79"><span class="smaller">[79]</span></a>; et la reine Anne d'Autriche -elle-même, qu'il traita en criminelle d'état, et força de s'accuser et -de demander grâce devant le roi son époux, pour avoir osé exprimer -dans quelques lettres le désir que la France fût débarrassée de son -ministre, et que la bonne intelligence fût enfin rétablie entre son -père et son mari<a id="footnotetag80" name="footnotetag80"></a><a href="#footnote80" title="Lien vers la note 80"><span class="smaller">[80]</span></a>. Enfin tel étoit l'empire qu'il avoit pris sur -Louis XIII, qu'il le força, peu de semaines avant sa mort, à lui -<span class="pagenum"><a id="page101" name="page101"></a>(p. 101)</span> sacrifier des serviteurs qu'il aimoit<a id="footnotetag81" name="footnotetag81"></a><a href="#footnote81" title="Lien vers la note 81"><span class="smaller">[81]</span></a>; et que ce foible prince -recula devant la menace que lui fit de se retirer dans son -gouvernement du Hâvre, un homme qui étoit près de sortir de ce monde -pour aller dans l'autre rendre compte devant Dieu.</p> - -<p>Tant qu'il vécut, les hérétiques, qu'il avoit comprimés plutôt -qu'abattus en France, n'osèrent remuer; et c'en fut même fini à jamais -de l'espèce de puissance politique qu'ils s'y étoient arrogée. Mais -comme ce prince de l'Église étoit en même temps le protecteur de -l'hérésie hors de France, il ne pensa pas un seul instant à l'empêcher -de se propager au milieu du royaume très-chrétien; indifférent à toute -licence des esprits et à tout désordre moral, pourvu que l'on se -courbât <span class="pagenum"><a id="page102" name="page102"></a>(p. 102)</span> sous sa main de fer, et que l'ordre matériel ne fût point -troublé. Aussi arriva-t-il, par l'effet de cette politique scandaleuse -et par cette communication continuelle que tant de campagnes faites -sous les mêmes drapeaux établissoient entre les Français catholiques -et les protestants étrangers, que le nombre des sectaires et des -libres-penseurs s'accrut sous Louis XIII plus que sous aucun des -règnes qui l'avoient précédé, n'attendant que des circonstances plus -favorables pour exercer de nouveau leurs ravages et recommencer leurs -attaques contre la société. Nous ne tarderons point à les voir -reparoître sous d'autres formes, dans une position différente, -employant d'autres armes, et n'en marchant pas avec moins d'ardeur et -de persévérance vers le but qu'ils vouloient atteindre et qu'enfin ils -ont atteint. Alors ceux-là même qui avoient le plus conservé pour -Richelieu de cette vieille admiration que ne lui ont pas refusée -quelquefois les esprits les plus impatients de toute autorité -légitime<a id="footnotetag82" name="footnotetag82"></a><a href="#footnote82" title="Lien vers la note 82"><span class="smaller">[82]</span></a>, conviendront peut-être que nous <span class="pagenum"><a id="page103" name="page103"></a>(p. 103)</span> ne l'avons point trop -sévèrement jugé, et ne pourront trouver pour lui d'autre excuse que de -dire qu'<em>il ne comprit point</em> toute l'étendue du mal qu'il faisoit, ni -les suites qu'il devoit avoir. Nous sommes nous-même porté à croire -qu'il en est ainsi, bien que nous ne l'en considérions pas moins comme -un homme sans conscience et sans probité; et reconnoissant en lui, -ainsi que nous l'avons déjà fait, la force de la volonté, un esprit -subtil, actif, infatigable, nous lui refusons les vues profondes qui -font le véritable homme d'état; persuadé d'ailleurs qu'on ne peut -l'être dans aucune société sans être un homme religieux, et dans une -société chrétienne surtout, si l'on n'est en même temps un parfait -chrétien<a id="footnotetag83" name="footnotetag83"></a><a href="#footnote83" title="Lien vers la note 83"><span class="smaller">[83]</span></a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page104" name="page104"></a>(p. 104)</span> Richelieu mourut à Paris dans son palais le 4 décembre 1642. Louis -XIII reçut la nouvelle de sa mort avec indifférence; et l'on ne tarda -point à s'apercevoir qu'il éprouvoit une satisfaction secrète d'être -délivré de cette servitude à laquelle un sujet audacieux avoit su -depuis si long-temps le réduire. Le jour même de sa mort, Mazarin -qu'il avoit recommandé au roi comme le personnage le plus propre à le -remplacer, entra au conseil pour y occuper, dès son entrée, la -première place. Rien ne fut changé du reste dans le ministère; et le -grand conseil, composé de tous les ministres, continua de tenir ses -séances comme à l'ordinaire; mais toutes les résolutions furent prises -dans un conseil secret où furent admis seulement trois ministres, -Mazarin, Chavigny et Desnoyers<a id="footnotetag84" name="footnotetag84"></a><a href="#footnote84" title="Lien vers la note 84"><span class="smaller">[84]</span></a>. Là Louis XIII manifesta hautement -sa volonté très-décidée de gouverner lui-même et de ne plus se laisser -maîtriser par les agents de son autorité<a id="footnotetag85" name="footnotetag85"></a><a href="#footnote85" title="Lien vers la note 85"><span class="smaller">[85]</span></a>. Il fit voir en même -temps qu'il étoit plus pitoyable pour ses peuples et plus -consciencieux dans sa politique qu'on n'avoit pu le penser, lorsque -Richelieu abusoit de <span class="pagenum"><a id="page105" name="page105"></a>(p. 105)</span> son nom pour opprimer la France et troubler -l'Europe. Il étoit résolu d'apporter de prompts remèdes à tant de -maux<a id="footnotetag86" name="footnotetag86"></a><a href="#footnote86" title="Lien vers la note 86"><span class="smaller">[86]</span></a>; mais le temps ne lui en fut pas laissé, et déjà atteint -d'une maladie mortelle lorsqu'il fut délivré de son ministre, il -mourut lui-même à St-Germain-en-Laye le 14 mai de l'année suivante, -laissant deux fils, Louis XIV, né le 5 septembre 1638,<a id="footnotetag87" name="footnotetag87"></a><a href="#footnote87" title="Lien vers la note 87"><span class="smaller">[87]</span></a> et -Philippe, duc d'Anjou, né le 21 septembre 1640.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page106" name="page106"></a>(p. 106)</span> Si l'on excepte une émeute qui s'éleva dans Paris à l'occasion des -protestants,<a id="footnotetag88" name="footnotetag88"></a><a href="#footnote88" title="Lien vers la note 88"><span class="smaller">[88]</span></a> et si l'alarme momentanée que lui causa la marche des -Espagnols en Picardie, lors de la prise de Corbie, cette capitale -n'éprouva sous ce règne aucune émotion qui mérite d'être remarquée. -Dans le calme dont elle ne cessa de jouir, ses faubourgs s'accrurent, -sa population augmenta; et, par une suite nécessaire de cet état de -repos dans un pays catholique, les fondations pieuses et charitables -s'y multiplièrent plus que sous la plupart des règnes précédents. -Cependant la police étoit toujours imparfaite; et l'on est étonné de -voir, sous un gouvernement aussi vigoureux, tant d'imprévoyance et de -désordre dans l'administration de la première ville du royaume. La -famine et la peste y emportèrent à différentes époques un grand nombre -d'habitans; plusieurs incendies y causèrent de grands <span class="pagenum"><a id="page107" name="page107"></a>(p. 107)</span> ravages<a id="footnotetag89" name="footnotetag89"></a><a href="#footnote89" title="Lien vers la note 89"><span class="smaller">[89]</span></a>; -des bandes de voleurs la désolèrent<a id="footnotetag90" name="footnotetag90"></a><a href="#footnote90" title="Lien vers la note 90"><span class="smaller">[90]</span></a>; et l'on ne voit point que les -magistrats, malgré tout leur zèle et tout leur dévouement, aient eu -entre les mains des moyens suffisants pour prévenir ou même pour -arrêter dans leur source de semblables fléaux. Sous ce règne, les rues -de Paris, depuis long-temps négligées et devenues presque -impraticables, furent entièrement repavées: l'on projeta même de -rendre navigables les fossés qui l'entouroient, et de faire construire -de nouveaux ponts pour la commodité du commerce; mais la grandeur du -projet et les dépenses considérables qu'il auroit exigées, le firent -abandonner.</p> - -<p>(1643) Aigri contre la reine, à qui il croyoit avoir beaucoup de -reproches à faire; conservant surtout contre elle un profond -ressentiment de la part<a id="footnotetag91" name="footnotetag91"></a><a href="#footnote91" title="Lien vers la note 91"><span class="smaller">[91]</span></a> qu'il l'accusoit d'avoir eue dans -l'affaire <span class="pagenum"><a id="page108" name="page108"></a>(p. 108)</span> de Chalais; plus mécontent encore de son frère dont le -caractère foible, inconstant, et les continuelles mutineries lui -avoient causé tant de chagrins et de si fâcheux embarras, persuadé -d'ailleurs que l'un et l'autre étoient également incapables de -gouverner, Louis XIII auroit voulu pouvoir les exclure tous les deux -de la régence; et, avant la mort de Richelieu, il avoit déjà prononcé -cette exclusion à l'égard du duc d'Orléans, de la manière la plus dure -et la plus flétrissante pour lui. C'étoit une dernière satisfaction -qu'il sembloit donner à son ministre, mais se voyant lui-même sur le -point de mourir, et cherchant vainement quelque autre moyen de -pourvoir au gouvernement de l'état pendant la minorité de son fils, ce -fut pour lui une nécessité de revenir sur ses premières résolutions: -toutefois, il les modifia de manière à ne point laisser à son frère et -à sa femme un pouvoir trop absolu. Il nomma la reine régente, et -Gaston lieutenant-général du royaume; mais il institua en même temps -un conseil souverain de régence, sans lequel Anne d'Autriche ne -pouvoit rien décider. Le duc d'Orléans étoit le chef de ce conseil; en -cas d'absence, le prince de Condé le remplaçoit; et celui-ci étoit -remplacé par Mazarin<a id="footnotetag92" name="footnotetag92"></a><a href="#footnote92" title="Lien vers la note 92"><span class="smaller">[92]</span></a>. La reine et Gaston <span class="pagenum"><a id="page109" name="page109"></a>(p. 109)</span> jurèrent entre les mains -du roi de se conformer à ses dernières dispositions; le lendemain, 10 -avril, sa déclaration à ce sujet fut enregistrée au parlement; et -Louis XIII rendit les derniers soupirs au milieu des intrigues et des -cabales qu'avoit déjà fait naître l'attente d'une révolution -très-prochaine dans les affaires.</p> - -<p>Et d'abord se rangèrent du parti de la reine tous ceux que la mort de -Richelieu avoit fait sortir de prison ou revenir de l'exil, ayant à -leur tête le duc de Beaufort, fils du duc de Vendôme; qui, dès -long-temps, lui avoit donné les marques du plus grand dévouement, et -en qui Anne d'Autriche avoit la confiance la plus entière<a id="footnotetag93" name="footnotetag93"></a><a href="#footnote93" title="Lien vers la note 93"><span class="smaller">[93]</span></a>. Ce fut -là ce qu'on appela la cabale des <em>importants</em>, à cause des airs -d'autorité et de protection que se donnoient tous ceux qui y étoient -admis; et cette dénomination, qui jetoit sur eux une sorte de -ridicule, suffiroit seule pour prouver combien étoit foible et -incertain, dans ses premiers moments, le pouvoir de la régente. Les -plus brouillons, entre autres Potier, évêque de <span class="pagenum"><a id="page110" name="page110"></a>(p. 110)</span> Beauvais, -prétendirent d'abord qu'il falloit emporter de vive force le pouvoir, -se persuadant qu'une simple déclaration de la reine suffiroit pour -annuler les restrictions que Louis XIII avoit mises à son influence -dans le gouvernement; d'autres plus prudents et plus expérimentés -prévinrent que l'on n'obtiendroit rien du parlement, si l'on ne se -présentoit à lui, muni du consentement des princes et des autres chefs -du conseil de régence. On négocia donc avec eux: on leur promit à tous -des dignités, des récompenses, et sous un autre titre, un pouvoir -aussi grand. Le prince de Condé accéda au traité par les instances de -sa femme, qui étoit dans l'intimité de la reine; le duc d'Orléans, -dont le favori, l'abbé de la Rivière, avoit été gagné, se laissa aller -plus facilement encore; et, dans le lit de justice que le jeune roi -tint le 18 mai, quatre jours après la mort de son père, Anne -d'Autriche obtint tout ce qu'elle voulut: elle fut déclarée régente, -tutrice sans restriction, et maîtresse de former un conseil à volonté. -Le cardinal Mazarin acheva de vaincre en cette circonstance les -préventions que la reine avoit d'abord conçues contre lui<a id="footnotetag94" name="footnotetag94"></a><a href="#footnote94" title="Lien vers la note 94"><span class="smaller">[94]</span></a>. Sa -réputation <span class="pagenum"><a id="page111" name="page111"></a>(p. 111)</span> d'habileté et d'expérience dans les affaires étoit grande: -c'étoit Richelieu lui-même qui l'avoit faite; ses manières prévenantes -et agréables firent le reste auprès d'une princesse qui n'étoit -insensible à aucune des petites vanités de son sexe. Il fut nommé -surintendant de l'éducation du roi, et, dans tous les points, la -déclaration de Louis XIII demeura sans effet. C'étoit la seconde fois -que le parlement disposoit ainsi souverainement de la régence, ce qui -enfla son orgueil et commença à lui persuader qu'il étoit en effet le -<cite>tuteur des rois</cite>.</p> - -<p>Aussitôt que sa régence eut été confirmée, Anne d'Autriche quitta le -Louvre, et vint avec ses fils habiter le palais cardinal, dont -Richelieu avoit fait don au roi par testament; c'est alors, comme nous -l'avons déjà dit, qu'il fut nommé <i>Palais-Royal</i>, et que l'on ouvrit, -sur les ruines de l'hôtel de Silleri, la place qui existe encore -devant la façade de ce monument<a id="footnotetag95" name="footnotetag95"></a><a href="#footnote95" title="Lien vers la note 95"><span class="smaller">[95]</span></a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page112" name="page112"></a>(p. 112)</span> Nous allons peindre un temps singulier, où les factions diverses qui -se disputent le pouvoir, sans être moins ambitieuses, ne peuvent plus -marcher aussi violemment à leur but, parce que, ni en elles-mêmes, ni -dans ce qui les environne, elles n'ont plus la force qu'elles avoient -eue autrefois; où l'intrigue, la souplesse, la ruse, toutes les -petites passions, sans en excepter la galanterie, viennent au secours -de leur foiblesse; où les femmes se trouvent mêlées à toutes les -affaires, pour leur donner souvent un aspect frivole et badin, auquel -ceux qui n'approfondissent rien, se sont laissés prendre: «La fronde -étoit plaisante», a dit le plus superficiel et sans doute le plus -brillant des écrivains du dix-huitième siècle<a id="footnotetag96" name="footnotetag96"></a><a href="#footnote96" title="Lien vers la note 96"><span class="smaller">[96]</span></a>. Cet homme avoit le -cœur trop corrompu pour qu'il lui fût donné de comprendre ce que le -fond en avoit de triste et de sérieux. Quant à nous, nous voyons, dans -les troubles dont elle se compose, une suite nécessaire des désordres -qui l'ont précédée: elle nous offre une preuve de plus de cette marche -continuelle et progressive de la société vers sa dissolution, et la -démonstration la plus frappante peut-être des doctrines que nous avons -proclamées, et du principe unique sur lequel nous avons établi la -stabilité de l'ordre social. Mais pour bien faire comprendre -l'application nouvelle que <span class="pagenum"><a id="page113" name="page113"></a>(p. 113)</span> nous allons faire de ce principe et de -cette doctrine, il convient de bien faire connoître les personnages de -ce drame politique aussi compliqué que bizarre, et de mettre autant de -clarté qu'il nous sera possible dans le récit des faits.</p> - -<p>La faveur inattendue de Mazarin, faveur qu'il sut conserver et -accroître par cette habileté, ces heureux dons de la nature, et ces -qualités de l'esprit qui l'avoient fait naître<a id="footnotetag97" name="footnotetag97"></a><a href="#footnote97" title="Lien vers la note 97"><span class="smaller">[97]</span></a>, fut la première -source des brouilleries de la cour. Les chefs de la cabale des -<em>importants</em> aspiroient au ministère, et s'étoient crus un moment -assurés d'y parvenir: déçus de leurs espérances, furieux de se voir -supplantés par un étranger qui, selon eux, étoit venu leur enlever le -prix de leurs souffrances et de leur dévouement, ils réunirent tous -leurs efforts contre lui, renforcés bientôt par la duchesse de -Chevreuse et par le marquis de Châteauneuf<a id="footnotetag98" name="footnotetag98"></a><a href="#footnote98" title="Lien vers la note 98"><span class="smaller">[98]</span></a>, les derniers que l'on -vit reparoître, <span class="pagenum"><a id="page114" name="page114"></a>(p. 114)</span> parmi ces amis ou serviteurs d'Anne d'Autriche qui -avoient subi les persécutions de Richelieu, et tous les deux bien plus -capables que l'évêque de Beauvais ou le duc de Beaufort, de diriger un -parti. Mazarin eut l'adresse de faire écarter Châteauneuf, qu'il -craignoit<a id="footnotetag99" name="footnotetag99"></a><a href="#footnote99" title="Lien vers la note 99"><span class="smaller">[99]</span></a>; et la duchesse de Chevreuse se montra moins adroite que -passionnée en abusant, dès les premiers jours de son arrivée à la -cour, de cette ancienne affection que lui avoit conservée la reine, -pour satisfaire la haine qu'elle avoit contre la maison de Richelieu. -Elle ne fit pas attention que la prévoyance du ministre de Louis XIII -s'étendant jusques sur l'avenir des siens, qu'il supposoit devoir être -en butte après sa mort aux ressentiments de tous ceux qu'il avoit -maltraités pendant sa vie, il leur avoit préparé, par le mariage de sa -nièce Maillé de Brézé avec le duc d'Enghien, l'appui le plus solide -dans la maison de Condé; et que répandant alors sur cette maison les -biens, <span class="pagenum"><a id="page115" name="page115"></a>(p. 115)</span> les honneurs, et lui donnant tout ce qu'il lui étoit possible -d'accorder d'autorité, il lui avoit ainsi laissé toute la force -nécessaire pour défendre et protéger ses alliés. L'acharnement que la -duchesse mit à poursuivre les neveux du cardinal, la hauteur avec -laquelle elle demanda leurs dépouilles pour ses amis et ses -protégés<a id="footnotetag100" name="footnotetag100"></a><a href="#footnote100" title="Lien vers la note 100"><span class="smaller">[100]</span></a>, soulevèrent contre elle et contre sa cabale la plus -grande partie de la cour. La princesse de Condé, qui étoit plus avant -qu'elle encore dans la faveur de la reine, et qui avoit contribué à -faire éloigner Châteauneuf<a id="footnotetag101" name="footnotetag101"></a><a href="#footnote101" title="Lien vers la note 101"><span class="smaller">[101]</span></a>, prit ouvertement la défense des -Richelieu; et Mazarin, qui ne croyoit pas que le moment fût venu de -rompre entièrement avec les <i>importants</i>, accorda peu de chose, et -donna pour le reste des promesses qu'il étoit bien résolu de ne point -tenir.</p> - -<p>Cependant tandis que l'on intriguoit à la cour, les armes de France -étoient de toutes parts victorieuses: la bataille de Rocroi, que le -duc <span class="pagenum"><a id="page116" name="page116"></a>(p. 116)</span> d'Enghien venoit de gagner à l'âge de vingt-deux ans, avoit -détruit en un moment toutes les espérances que la maison d'Autriche -avoit pu fonder sur les agitations et la foiblesse presque toujours -inséparables d'une minorité; et les troupes espagnoles, qui avoient pu -espérer de pénétrer encore dans le cœur du royaume, se voyoient -attaquées dans leurs propres provinces, et réduites maintenant à une -pénible défensive. Tous les yeux se fixèrent aussitôt sur un prince -qui, à peine sorti de l'adolescence, effaçoit déjà l'éclat des plus -grands généraux; et lorsqu'il reparut dans cette cour, tout -resplendissant de gloire et entouré des jeunes compagnons de ses -exploits, les partis qui la divisoient se le disputèrent avec la plus -grande ardeur, et essayèrent d'entraîner en même temps vers eux la -troupe brillante dont il étoit accompagné.</p> - -<p>Il sembloit naturel qu'il se rangeât du côté des alliés de sa maison: -la galanterie le jeta d'abord dans l'autre parti auquel appartenoit -déjà la jeune duchesse de Longueville sa sœur; et bientôt des -tracasseries de femmes le ramenèrent vers les siens. La duchesse de -Montbazon<a id="footnotetag102" name="footnotetag102"></a><a href="#footnote102" title="Lien vers la note 102"><span class="smaller">[102]</span></a>, à laquelle il adressoit des vœux qui n'étoient point -dédaignés, s'étoit permis, à l'égard de la <span class="pagenum"><a id="page117" name="page117"></a>(p. 117)</span> duchesse de Longueville, -une de ces indiscrétions injurieuses que les femmes ne pardonnent -point<a id="footnotetag103" name="footnotetag103"></a><a href="#footnote103" title="Lien vers la note 103"><span class="smaller">[103]</span></a>. Forcée d'en faire une réparation éclatante, elle ne put -dévorer cet affront, qui fut un triomphe pour les Condé; et son dépit -l'emportant au-delà de toutes les bornes, elle affecta de braver les -ordres de la reine et de violer les conditions qui lui avoient été -imposées: elle fut exilée. Les chefs de la cabale s'emportèrent -aussitôt contre Mazarin, qu'ils accusèrent d'être le principal auteur -de cette disgrâce, et imaginèrent des moyens nouveaux pour se -débarrasser de lui. La reine, obsédée de leurs cris, impatientée de -leurs remontrances indiscrètes et malignes sur les rapports trop -familiers peut-être qui existoient entre elle et son ministre, finit -par les considérer comme les seuls auteurs des bruits mortifiants pour -elle qui s'élevoient à ce sujet. Déjà aigrie contre ces censeurs -incommodes, le duc de Beaufort, qui s'étoit déclaré hautement et -ridiculement le champion de madame de Montbazon, acheva de l'irriter -par ses insolences brutales à son <span class="pagenum"><a id="page118" name="page118"></a>(p. 118)</span> égard et par des menaces violentes -contre le cardinal, dont celui-ci craignoit ou du moins faisoit -semblant de craindre les effets, Anne d'Autriche crut enfin que la -dignité du trône ne lui permettoit pas de souffrir plus long-temps ces -insultes et ces mutineries. Entrant dans les craintes que lui -témoignoit Mazarin, elle en fit part au prince de Condé et au duc -d'Orléans, les intéressa à ses ressentiments, et, s'autorisant du -consentement qu'ils lui donnèrent, fit arrêter le 2 septembre et -renfermer à Vincennes ce même duc de Beaufort à qui, cinq mois -auparavant, elle avoit prodigué les marques les plus éclatantes de -confiance et d'attachement; la duchesse de Chevreuse, Châteauneuf et -un grand nombre d'autres reçurent l'ordre de s'éloigner de la cour; -l'évêque de Beauvais fut renvoyé dans son diocèse; et ainsi expira, -presque sans bruit, la cabale des <i>importants</i>.</p> - -<p>(1644, 45, 46, 47) Ici commence ce qu'on appelle les beaux jours de la -régence; et ces beaux jours durèrent environ trois années. Grâce au -génie de Turenne et du duc d'Enghien, qui continuoient au dehors à -marcher de victoire en victoire, la France jouissoit au dedans d'une -sécurité profonde; et il y eut un moment de joie expansive dans la -nation, que tous les historiens du temps ont remarqué. Mazarin en -profita pour entrer plus avant encore dans la faveur de la reine, et -<span class="pagenum"><a id="page119" name="page119"></a>(p. 119)</span> affermir sa fortune et son pouvoir contre les coups qui bientôt -alloient leur être portés: car cette ivresse de la France ne devoit -être que passagère. La guerre, pour être heureuse, n'en exigeoit pas -moins des dépenses extraordinaires, auxquelles il étoit impossible de -subvenir autrement que par des impôts. Les haines, les jalousies, les -prétentions ambitieuses qui avoient d'abord éclaté au milieu de cette -cour, en apparence si galante et si dissipée, continuoient de -fermenter dans le fond des cœurs, et, pour éclater de nouveau, -sembloient n'attendre qu'un moment plus favorable. Le crédit toujours -croissant de Mazarin ne leur laissoit point de repos; et déjà toutes -ces petites passions préludoient dans l'ombre, en ne laissant pas -échapper une seule occasion de répandre sur ce ministre un mépris et -un ridicule qui rejaillissoient jusque sur la régente. La ville -recevant insensiblement de la cour ces impressions fâcheuses, elles ne -tardèrent point à devenir populaires; et la haine fut bientôt générale -contre lui, sans qu'on pût dire au juste pourquoi on le haïssoit: le -prétexte qui devoit justifier cette haine ne tarda point à se -présenter.</p> - -<p>«Malheureusement, dit le cardinal de Retz, Mazarin, disciple de -Richelieu, et de plus, né et nourri dans un pays où la puissance du -pape n'a point de bornes, crut que le mouvement <span class="pagenum"><a id="page120" name="page120"></a>(p. 120)</span> rapide et violent -donné sous le dernier ministère étoit le naturel; et cette méprise fut -l'occasion de la guerre civile.» Nous pensons que cet habile fauteur -d'intrigues eût été fort embarrassé d'expliquer lui-même quel étoit ce -<em>naturel</em> auquel il falloit que le ministre s'accommodât. Il n'y eut -point de <em>méprise</em> en ceci; mais seulement le résultat inévitable de -la différence des positions et des caractères. Richelieu étoit altier, -violent, inflexible; il gouvernoit sous le nom du monarque absolu qui -lui avoit communiqué toute sa puissance: rien ne lui résista; tout se -courba devant lui. Mazarin avoit, de même que son prédécesseur, de la -pénétration, de l'habileté; mais son caractère étoit timide et -irrésolu. Essayant de remplacer par l'adresse et la ruse ce qui lui -manquoit en force et en volonté, il avoit en outre le désavantage de -conduire les affaires sous l'autorité incertaine d'une régence et au -milieu des embarras d'une minorité: l'opposition, qui avoit rendu si -orageuses les premières années de Louis XIII, sortit donc à l'instant -même de la longue inaction à laquelle ce terrible Richelieu avoit su -la réduire. C'est ainsi que s'explique très-<em>naturellement</em> l'état -d'une société politique où tous les principes <em>naturels</em>, qui font la -vie sociale, étoient depuis long-temps méconnus.</p> - -<p>Toutefois cette opposition qui, dès qu'elle <span class="pagenum"><a id="page121" name="page121"></a>(p. 121)</span> sent que le pouvoir -foiblit, recommence à se soulever contre lui, n'a plus maintenant le -même caractère qu'elle avoit autrefois. Ce même homme qui y joua un -rôle si remarquable, va nous apprendre ce que le despotisme du règne -précédent l'avoit faite; et ses aveux à cet égard sont d'autant plus -précieux, que la naïveté en est extrême, et qu'il ne semble pas se -douter de la grande révélation qu'il va nous faire: «Ce signe de vie, -dit-il, dans le commencement presque imperceptible, ne se donne point -par Monsieur; il ne se donne point par M. le prince; il ne se donne -point par les grands du royaume; il ne se donne point par les -provinces: il se donne <em>par le parlement</em>, qui, jusqu'à notre siècle, -n'avoit jamais commencé de révolution, et qui certainement auroit -condamné, par des arrêts sanglants, celle qu'il faisoit lui-même, si -tout autre que lui l'eût commencée.»</p> - -<p>Ce que Gondi appelle un <cite>signe de vie</cite> est donné par le parlement, et -il semble s'en étonner! Que prouve cet étonnement sinon que ces -princes et ces grands, qui attendoient ce <cite>signe de vie</cite> pour se -ranimer eux-mêmes et recommencer à troubler l'état, ne connoissoient -ni leur position, ni ce qu'ils alloient faire, ni ce qu'ils étoient en -effet devenus? Avant Richelieu, nous les avons vus formant à eux -seuls une opposition qui, dès qu'elle <span class="pagenum"><a id="page122" name="page122"></a>(p. 122)</span> étoit mécontente, levoit des -armées, soulevoit les provinces, se cantonnoit dans les places fortes, -menaçant le pouvoir, transigeant avec lui et se faisant payer le prix -de sa rébellion. Une seconde opposition, non moins menaçante et plus -dangereuse encore, celle des protestants donnoit en quelque sorte la -main à la première, avoit comme elle ses armées et ses forteresses, et -toutes les deux réunies pouvoient tout oser et tout braver. Nous avons -vu comment le ministre de Louis XIII les abattit toutes deux; et en -effet elles étoient arrivées à ce point qu'elles menaçoient -l'existence même de la société, et qu'elles ne pouvoient plus être -souffertes. L'esprit dont elles avoient été animées survivoit sans -doute à leurs désastres; mais leur force matérielle étoit réellement -anéantie et sans retour. Ces villes fortifiées, ces châteaux forts -dont l'intérieur de la France avoit été hérissé, étant désormais -ouverts de toutes parts, l'une et l'autre opposition n'avoient plus ni -moyens pour commencer l'attaque, ni refuge après la défaite; et sans -aucun point de contact entre elles, divisées dans leurs propres -membres, elles étoient désormais incapables de rien entreprendre qui -pût troubler et alarmer le pouvoir. Il n'en étoit pas de même du -parlement: au milieu de ces orages politiques qui avoient tout -renversé autour de lui, il avoit su se conserver, parce que, dans la -marche <span class="pagenum"><a id="page123" name="page123"></a>(p. 123)</span> sûre et prudente qu'il s'étoit tracée, en même temps qu'il se -créoit des droits politiques qui ne lui appartenoient pas, il avoit -toujours eu l'art de céder à propos, dès que la résistance lui avoit -semblé offrir quelque apparence de danger, se rendant par cela même -plus cher à la multitude qu'il s'étoit arrogé le droit de protéger et -de défendre, et accroissant de ses humiliations et de ses défaites, la -force morale qu'il tiroit de ces affections populaires. N'ayant point -d'autres moyens d'attaque et de défense que cette force morale qui, -lorsqu'elle n'avoit point d'appui étranger, sembloit devoir causer peu -d'ombrage; ne se montrant hostile contre le pouvoir politique que -lorsqu'il s'agissoit de soutenir ce qu'il appelloit les intérêts du -peuple, il se faisoit ensuite l'auxiliaire de ce même pouvoir contre -l'autorité spirituelle, dès que celui-ci avoit besoin de son secours, -lui rendant alors son esprit de révolte agréable, parce qu'il se -révoltoit avec lui; et se montrant ainsi flatteur et servile, lorsque -les circonstances ne lui étoient pas utiles ou favorables à être -insolent et mutin. Il n'avoit donc plié sous Richelieu que pour se -relever ensuite plein de vigueur et de vie, avec toutes ses -prétentions orgueilleuses, tous ses vieux préjugés, et ce qu'une si -longue contrainte avoit pu y ajouter d'aigreur et de ressentiment. -D'un côté, <span class="pagenum"><a id="page124" name="page124"></a>(p. 124)</span> le pouvoir royal dans des mains où l'adresse s'efforçoit de -suppléer à la force, de l'autre, cette opposition toute populaire, et -plus forte que jamais de la faveur d'une multitude qui souffroit et -qui avoit été long-temps opprimée, voilà tout ce qui restoit de -<em>vivant</em> dans l'état; et lorsque tout se complique en apparence, tout -se simplifie en effet. Le <em>roi</em> et le <em>peuple</em> sont seuls en présence -l'un de l'autre: et toute la suite des événements va nous prouver -qu'en effet rien n'a de force et de vie que selon qu'il se rallie au -peuple ou au roi.</p> - -<p>Cependant les tracasseries et les intrigues de cour ne perdoient rien -de leur activité. Mazarin devoit en grande partie son élévation à -Chavigni: celui-ci abusa de cette espèce d'avantage qu'il croyoit -avoir sur le premier ministre; il se rendit avec lui difficile, -exigeant, et lui donna, dans le conseil, assez d'embarras et de -contrariétés, pour que celui-ci se crût obligé de l'en éloigner. -Chavigni avoit de l'audace et de l'habileté: lui et ses amis crièrent -à l'ingratitude; et il alla se cantonner pour ainsi dire dans le -parlement, où il trouva des partisans, parce que le ministre y avoit -des ennemis. Les présidents Longueil, Viole, de Novion et de -Blancmesnil se déclarèrent pour lui, entraînant après eux plusieurs -des plus brouillons parmi les conseillers; Châteauneuf, qui étoit -toujours relégué à Montrouge, <span class="pagenum"><a id="page125" name="page125"></a>(p. 125)</span> se joignit à cette cabale, qui devint -assez inquiétante pour que Mazarin crût devoir s'en délivrer par un -coup d'autorité. Châteauneuf fut exilé en Berri, d'autres dans leurs -maisons de campagne; et Chavigni se vit réduit à se circonscrire dans -le gouvernement de Vincennes, qui lui avoit été donné par Richelieu. -Ces mesures étoient sans doute peu rigoureuses: elles n'en firent pas -moins beaucoup de mécontents, parce qu'elles furent considérées comme -des actes arbitraires.</p> - -<p>(1648) L'embarras des finances, cette cause la plus fréquente des -révolutions, devoit bientôt faire naître des mécontentements plus -sérieux; et c'étoient là les fruits amers que la politique de -Richelieu avoit légués à ses successeurs. Nous avons dit que la guerre -d'Espagne, bien que les résultats continuassent d'en être heureux, -exigeoit des dépenses considérables: il falloit de l'argent pour la -soutenir; il en falloit pour fournir aux profusions d'une cour -prodigue et fastueuse; les sommes énormes qu'il avoit fallu donner au -duc d'Orléans, au prince de Condé et à plusieurs autres pour acheter -leur assistance ou payer leur fidélité, achevoient d'épuiser le -trésor; et une mauvaise administration confiée à des ministres qui -tous, sans en excepter Mazarin lui-même, ne paroissent pas avoir été -fort scrupuleux sur les moyens de s'enrichir, mettoit le comble à ces -<span class="pagenum"><a id="page126" name="page126"></a>(p. 126)</span> désordres. La dépense se trouva donc bientôt dans une disproportion -effrayante avec la recette: pour combler ce <em>déficit</em>, le surintendant -Emery, traitant effronté, impitoyable, et en qui cependant le cardinal -avoit une entière confiance, inventoit tous les jours mille ressources -odieuses, quelquefois même ridicules. Le parlement qui avoit déjà -enregistré, non sans difficulté, plusieurs édits vexatoires<a id="footnotetag104" name="footnotetag104"></a><a href="#footnote104" title="Lien vers la note 104"><span class="smaller">[104]</span></a>, dont -il étoit l'auteur, retrouvant contre ce despotisme maladroit et -purement fiscal son ancien esprit de mutinerie, éclata enfin à -l'occasion du <em>tarif</em>, impôt qui établissoit une augmentation -considérable sur les droits des denrées qui entroient à Paris; et les -murmures de la population entière de cette capitale se mêlèrent aux -remontrances de ses magistrats. La cour, effrayée de ce commencement -<span class="pagenum"><a id="page127" name="page127"></a>(p. 127)</span> de fermentation, retira le tarif, mais pour y substituer -impolitiquement des édits encore plus onéreux, et à un tel point, que -le parlement leur préféra encore ce premier édit qui fut modifié. Tout -cela ne se passa point sans assemblées des chambres, conférences avec -les ministres, députations vers la régente; il y eut des discours et -des écrits, dans lesquels les questions les plus graves et les plus -dangereuses sur les droits des peuples et des rois, sur le pouvoir -arbitraire et le pouvoir limité furent publiquement discutées. Les -têtes continuèrent à s'échauffer, et le peuple commença à s'attrouper -et à murmurer.</p> - -<p>La cour eut l'imprudence d'opposer la violence aux murmures: plusieurs -membres du parlement, plus hardis que les autres, furent enlevés et -transférés dans diverses prisons<a id="footnotetag105" name="footnotetag105"></a><a href="#footnote105" title="Lien vers la note 105"><span class="smaller">[105]</span></a>; et, pour emporter de vive force -l'enregistrement, on conçut l'idée bizarre, et l'on donna ce signe de -foiblesse de conduire le jeune roi en robe d'enfant au parlement: il y -parut au moment où on l'y attendoit le moins, portant avec lui un -grand nombre d'édits, tous plus ruineux les uns que les autres; et sa -présence mit cette compagnie dans la nécessité de les vérifier. -L'avocat-général Talon s'éleva d'abord avec force <span class="pagenum"><a id="page128" name="page128"></a>(p. 128)</span> contre une -semblable surprise, attentatoire à la liberté des suffrages. Le -lendemain, les maîtres des requêtes, à qui l'un de ces édits donnoit -douze nouveaux collègues, s'assemblent et prennent la résolution de ne -pas souffrir cette création nouvelle, dont l'effet étoit, tout à la -fois, de diminuer le prix des anciennes charges et de les rendre moins -honorables. Le même jour, les chambres assemblées commencent à -examiner tous les édits vérifiés. La régente et son ministre traitent -cet examen de révolte contre l'autorité royale; et, en même temps -qu'ils ordonnent la pleine et entière exécution de ces édits, le duc -d'Orléans et le prince de Conti sont chargés de porter, l'un à la -chambre des Comptes, l'autre à la cour des Aides, ceux qui -concernoient ces deux compagnies. C'est alors que le soulèvement -devint général: la cour des Aides députa vers la chambre des Comptes, -lui demandant de s'unir à elle pour la réformation de l'état; l'une et -l'autre s'assurèrent du grand Conseil; et le parlement, sur -l'invitation qu'elles lui en firent, donna aussitôt son arrêt -d'<em>union</em> avec ces trois cours de justice. Il portoit «qu'on -choisiroit dans chaque chambre du parlement deux conseillers, qui -seroient chargés de conférer avec les députés des autres compagnies, -et qui feroient leur rapport aux chambres assemblées, lesquelles -ensuite ordonneroient ce qui conviendroit.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page129" name="page129"></a>(p. 129)</span> Le cardinal fit casser cet arrêt par le conseil<a id="footnotetag106" name="footnotetag106"></a><a href="#footnote106" title="Lien vers la note 106"><span class="smaller">[106]</span></a>; et par une -imprudence nouvelle, ordonna encore l'enlèvement de deux -magistrats<a id="footnotetag107" name="footnotetag107"></a><a href="#footnote107" title="Lien vers la note 107"><span class="smaller">[107]</span></a>. Le parlement, à qui la défense de s'assembler avec -les autres compagnies fut notifiée dans les termes les plus durs, n'y -répondit qu'en se réunissant le même jour avec elles, pour délibérer -sur l'ordonnance même du conseil. Cependant le peuple continuoit à -murmurer; il y eut même des voies de fait exercées contre des -officiers envoyés par la régente pour s'emparer de la feuille de -l'arrêt, et la cour commença enfin à concevoir quelques craintes. Elle -fit proposer des accommodements, que le parlement rejeta avec une -sorte de hauteur, parce qu'ils touchoient son intérêt particulier, -qu'il affectoit de négliger pour ne songer qu'au bien public; et, -comme l'effervescence populaire alloit toujours croissant, la régente, -bien plus encore par le danger dont elle étoit menacée que par les -remontrances et les délibérations de cette compagnie, crut devoir -céder, et permit enfin l'exécution de cet arrêt d'union qu'elle avoit -d'abord si fortement contesté. Alors les députés nommés <span class="pagenum"><a id="page130" name="page130"></a>(p. 130)</span> par le -parlement et par les autres cours souveraines se réunirent dans la -<i>chambre de Saint-Louis</i>, et commencèrent à y tenir des assemblées -régulières. Toutefois la reine, en tolérant cette espèce de comité, -lui fit dire «que son intention étoit que les affaires s'y -expédiassent en peu de temps, pour le bien de l'état, surtout qu'il y -fût avisé aux moyens d'avoir de l'argent promptement.»</p> - -<p>Mais le parlement, devenu par ce triomphe plus audacieux, et plus -entreprenant, ne tint nul compte de cette injonction de la régente; et -ce qu'elle indiquoit à la chambre de Saint-Louis, comme l'objet -principal de ses délibérations, fut justement ce dont elle s'occupa le -moins. On la vit agir, dès les commencements, comme si elle eût été -appelée à partager le gouvernement de l'état: ce fut sur les affaires -publiques que roulèrent ses discussions, et même une sorte d'ordre -s'établit touchant la manière de les discuter. Les matières étoient -présentées à la chambre par un de ses membres: on les y examinoit avec -attention, on donnoit même une décision; mais cette décision étoit -ensuite portée aux chambres assemblées, dont la sanction devenoit -nécessaire pour lui donner de la validité. En dix séances, tout ce qui -concernoit le gouvernement, justice, finances, police, commerce, solde -des troupes, domaine du roi, état de sa maison, etc., fut <span class="pagenum"><a id="page131" name="page131"></a>(p. 131)</span> soumis aux -délibérations de ce comité, et devint, par une suite nécessaire, -l'objet des délibérations du parlement. Ou par désœuvrement ou par -curiosité, une foule de gens s'attroupoient dans les salles du palais, -et y passoient les journées entières à recueillir ce qui se disoit, y -mêlant leurs propres réflexions et les répandant ensuite au dehors. -Les projets de réforme et les moyens d'y parvenir devenoient la -matière de toutes les conversations; on s'en entretenoit dans les -boutiques, dans les ateliers, jusque dans les marchés et les places -publiques. Il devint à la mode de censurer le gouvernement et de -décrier les ministres, surtout le cardinal, devenu bientôt le -principal et presque le seul objet de l'animadversion de cette -multitude. Alors deux partis se formèrent, qui se distinguèrent l'un -de l'autre par des noms de factions: les partisans de la cour furent -appelés <em>Mazarins</em>, les autres reçurent le nom de <em>Frondeurs</em>; mot -alors bizarrement employé dans une telle acception<a id="footnotetag108" name="footnotetag108"></a><a href="#footnote108" title="Lien vers la note 108"><span class="smaller">[108]</span></a>, <span class="pagenum"><a id="page132" name="page132"></a>(p. 132)</span> et dont le -nouveau sens a été depuis adopté dans la langue françoise. Enfin cette -manie de s'occuper des affaires de l'état passa de Paris dans les -provinces, et de toutes parts disposa les esprits à prendre part aux -troubles de cette capitale.</p> - -<p>Si nous pénétrons maintenant dans l'intérieur du parlement; si nous -rassemblons ce que les mémoires du temps nous peuvent fournir de -lumières sur les éléments dont il se composoit, sur l'esprit et les -passions dont il étoit animé, ils nous montrent, dans ses jeunes -conseillers, des têtes ardentes, déjà imbues de toutes ces vieilles -traditions de la magistrature, qui leur persuadoient qu'en s'asseyant -sur les fleurs de lis, ils étoient devenus les <em>protecteurs du -peuple</em>, et des censeurs du pouvoir, qui ne pouvoient être ni trop -sévères ni trop vigilants. Trouver ainsi une occasion de passer -subitement de l'étude aride des lois et des fonctions obscures de -juges civils ou criminels, à la mission importante de réformateurs de -l'état, au rôle brillant d'orateurs politiques, délibérant <span class="pagenum"><a id="page133" name="page133"></a>(p. 133)</span> en -présence de la nation entière, attentive à leurs discours et charmée -de leur éloquence, leur sembloit un événement aussi heureux pour eux -que pour la France; et les illusions de leur amour-propre ajoutoient -encore à cet esprit de licence et à cette espèce d'enthousiasme -républicain dont ils étoient possédés. Parmi les magistrats à qui -l'âge avoit donné, dans les manières, plus de sérieux et de gravité, -un grand nombre, et même le plus grand nombre, n'avoit pas, pour -s'élever contre la cour et décrier le gouvernement, d'autres motifs -que ceux qui entraînoient cette jeunesse ardente et tumultueuse: la -haine du pouvoir et la manie de se rendre agréable à la multitude; -mais plusieurs d'entre eux, et quelques-uns de ceux-ci étoient -justement les plus habiles ou les plus influents, y joignoient des -ressentiments particuliers qui rendoient leurs dispositions hostiles -encore plus actives et plus dangereuses. Les présidents Potier de -Blancmesnil, Longueil de Maisons, Viole et Charton<a id="footnotetag109" name="footnotetag109"></a><a href="#footnote109" title="Lien vers la note 109"><span class="smaller">[109]</span></a> étoient les -principaux dans cette classe de mécontents. Enfin, au milieu de cette -élite de ses magistrats qu'il considéroit comme les défenseurs <span class="pagenum"><a id="page134" name="page134"></a>(p. 134)</span> nés de -ses franchises et de ses libertés, le peuple de Paris s'étoit fait une -espèce d'idole d'un vieux conseiller nommé Broussel. C'étoit un homme -d'un caractère ardent, d'un esprit borné; et, soit qu'il fût aigri -contre cette cour, qui l'avoit négligé ou dédaigné<a id="footnotetag110" name="footnotetag110"></a><a href="#footnote110" title="Lien vers la note 110"><span class="smaller">[110]</span></a>, soit qu'il se -laissât emporter par un zèle inconsidéré pour le bien public, on n'en -voyoit point, même parmi les plus jeunes et les plus fougueux, de plus -violent dans ses diatribes contre le ministère, ne manquant aucune -occasion de le censurer, de le mortifier, et se montrant surtout -intraitable lorsqu'il s'agissoit d'impôts: c'étoit là ce qui l'avoit -rendu cher à la multitude qui l'appeloit <em>son père</em>, et mettoit en lui -toutes ses espérances.</p> - -<p>On conçoit le parti que des brouillons et des ambitieux pouvoient -tirer d'une assemblée ainsi disposée, et dont l'influence étoit si -grande sur la population de Paris: aussi devint-elle aussitôt un -instrument de trouble et de discorde entre les mains de quelques -intrigans habiles, restes <span class="pagenum"><a id="page135" name="page135"></a>(p. 135)</span> de la cabale des <i>importants</i>, et qui -crurent y trouver un moyen, les uns de parvenir au ministère, les -autres d'y rentrer, en forçant la reine à changer ses ministres. Les -principaux étoient Châteauneuf, Laigues, Fontrailles, Montrésor, -Saint-Ibal, Chavigni qui venoit de se joindre à eux, et -Jean-François-Paul de Gondi, alors coadjuteur de l'archevêque de -Paris, son oncle, décoré lui-même du titre d'archevêque de Corinthe, -depuis cardinal de Retz, et l'un des plus audacieux caractères et des -plus dangereux esprits qui aient jamais paru au milieu des factions -populaires. Pour exciter du désordre dans l'état, ils n'avoient point -de plus nobles motifs que ceux que nous venons de faire connoître; -mais ils se gardoient bien de les laisser même soupçonner à ces -fanatiques du bien public, dont ils feignoient de partager l'ardeur -patriotique, et qu'ils poussoient ainsi hors de toute mesure, pour -arriver au but qu'ils s'étoient proposé, et que, seuls et abandonnés à -eux-mêmes, il leur étoit impossible d'atteindre.</p> - -<p>Au milieu de ces artisans d'intrigues et de cette assemblée si -ridiculement factieuse et turbulente, s'élevoit la figure imposante de -Matthieu Molé, premier président, personnage également remarquable par -la vigueur de son esprit et par la fermeté de son caractère, intrépide -au point d'étonner ses adversaires même les plus <span class="pagenum"><a id="page136" name="page136"></a>(p. 136)</span> courageux, et de les -avoir plus d'une fois forcés au respect et à l'admiration. Quant à ses -principes et à ses opinions, c'étoit si l'on peut s'exprimer ainsi, le -beau idéal des doctrines parlementaires: il croyoit, et de la foi la -plus inébranlable, que la cour de justice du roi possédoit en effet -très-légitimement le droit qu'elle s'étoit arrogé de résister à -l'autorité royale, lorsque, <em>dans sa sagesse</em>, elle avoit reconnu que -celle-ci se trompoit ou qu'elle dépassoit volontairement les bornes -que lui prescrivoient les lois fondamentales du royaume. Mais il -convenoit en même temps que cette résistance devoit s'arrêter dans les -justes bornes au-delà desquelles elle eût attaquée le principe même de -la souveraineté, et compromis le salut de la monarchie; et c'est ainsi -que, cherchant long-temps cette balance chimérique des droits et des -devoirs, il trouva long-temps le secret de mécontenter les deux -partis: le parlement, parce que, autant qu'il étoit en lui, il -cherchoit à l'arrêter quand il le voyoit aller trop loin; les -ministres, parce qu'il exécutoit rigoureusement les mesures que sa -compagnie lui prescrivoit contre eux. Les uns l'accusoient d'être -vendu à la cour, les autres de favoriser les frondeurs; et il ne -sortit de cette position équivoque, où il lui étoit même impossible de -se maintenir, que lorsqu'il eut pris enfin la seule résolution -raisonnable <span class="pagenum"><a id="page137" name="page137"></a>(p. 137)</span> que, dans de telles circonstances, il convint de prendre à -un homme de bien, celle de se ranger du côté de l'autorité. Toutefois, -avant d'en venir là, placé entre l'un et l'autre parti, fort de la -droiture de ses intentions et de son amour pour la paix, qui étoit -l'unique objet de tous ses désirs et de toutes ses sollicitudes, s'il -ne parvint pas à la procurer, il empêcha du moins le mal d'arriver à -cet excès qui auroit mis la monarchie en péril; et peut-être fut-elle -sauvée alors par ce grand et vertueux magistrat.</p> - -<p>Cependant la chambre de Saint-Louis continuoit ses opérations; et ce -comité préparatoire offroit cet avantage aux chefs cachés de tous ces -mouvemens, qu'il leur devenoit ainsi facile de porter aux ministres -les coups les plus rudes sans qu'on pût soupçonner la main d'où ils -étoient partis; et, les attaquant aussi vivement qu'ils le jugeoient -nécessaire, de se mettre à l'abri de leurs ressentiments. C'étoit là -qu'étoient mystérieusement concertées toutes les propositions hardies -et toutes les questions désagréables que l'on élevoit à leur sujet: -les membres de cette chambre les examinoient d'abord, ainsi que nous -venons de le dire; et elles étoient ensuite présentées aux chambres -assemblées où on les discutoit publiquement: ainsi le premier auteur -demeuroit ignoré, et, suivant le plan qu'avoient formé les -boute-feux, le parlement <span class="pagenum"><a id="page138" name="page138"></a>(p. 138)</span> se trouvoit de plus en plus compromis avec la -cour. C'est par cette voie que furent successivement proposés, la -suppression des intendants de provinces qui étoient odieux au peuple, -l'érection d'une chambre de justice destinée à faire rendre gorge aux -traitants, la confection d'un nouveau tarif pour les entrées de Paris, -un mode de paiement pour les rentes de l'hôtel de ville, et plusieurs -autres règlements de finances, bons peut-être en eux-mêmes, mais qui, -dans la circonstance présente, produisoient le pire de tous les -effets, celui de jeter l'alarme parmi les prêteurs, et au milieu des -circonstances les plus pressantes, d'enlever ainsi à l'état ses -dernières ressources. Vainement le duc d'Orléans, sur l'invitation que -lui en fit la reine, se rendit-il assidu aux assemblées du parlement -pour essayer de modérer par de justes représentations et par des -paroles conciliantes des prétentions si multipliées et si -intempestives; vainement le premier président l'aida-t-il de tous ses -efforts en faisant naître des délais, et profitant des moindres -prétextes pour rompre les assemblées ou en rendre les délibérations -inutiles: ni l'un ni l'autre ne gagnèrent rien sur ces esprits ardents -et opiniâtres. Cependant la pénurie des finances devenoit de jour en -jour plus effrayante; les coffres du roi étoient vides, les armées -n'étoient point payées, et l'on se voyoit menacé non-seulement <span class="pagenum"><a id="page139" name="page139"></a>(p. 139)</span> de -perdre le fruit de tant de victoires qui devoient conduire à une paix -utile et glorieuse, sur laquelle l'ennemi, instruit de nos discordes -intestines, se rendoit déjà moins traitable, mais encore de voir de si -grands succès se changer en revers dont la suite eût été incalculable.</p> - -<p>Dans de telles extrémités, la régente crut qu'en accordant au -parlement une partie de ses demandes, elle verroit finir ces -dangereuses tracasseries: on fit donc tenir le 31 juillet, un lit de -justice au jeune roi; le chancelier y lut une déclaration par laquelle -la cour faisoit des concessions sur toutes les propositions qui lui -avoient été présentées par le parlement; et la fin de son discours fut -une défense formelle de continuer les assemblées de la chambre de -Saint-Louis, et l'injonction aux magistrats de rentrer dans leurs -fonctions accoutumées, et de rendre la justice aux sujets du roi.</p> - -<p>La cour achevoit ainsi de montrer sa foiblesse, et ses adversaires -n'en devinrent que plus hardis. La chambre de Saint-Louis cessa en -effet de s'assembler; mais les assemblées des chambres recommencèrent -dès le lendemain; et, malgré tout ce que put imaginer le premier -président pour l'empêcher, la délibération s'établit sur la -déclaration même du roi. Il fut arrêté que l'on feroit des -remontrances; et, tandis qu'on les rédigeoit, <span class="pagenum"><a id="page140" name="page140"></a>(p. 140)</span> de nouveaux articles, -qui avoient été ou différés ou oubliés, furent mis sur le bureau.</p> - -<p>Irritée au dernier point et ainsi poussée à bout, la régente se décida -enfin à employer d'autres moyens: la victoire de Lens, que le duc -d'Enghien, maintenant prince de Condé<a id="footnotetag111" name="footnotetag111"></a><a href="#footnote111" title="Lien vers la note 111"><span class="smaller">[111]</span></a>, venoit de remporter sur -les Espagnols, lui parut une occasion favorable pour rompre le charme -qui attachoit à la suite de quelques magistrats, une multitude qu'elle -voyoit en même temps transportée d'un tel succès; et, éblouie de la -gloire du jeune héros, elle se crut assez forte, après un si grand -événement, pour faire un exemple, abattre d'un seul coup l'audace du -parlement, et frapper de terreur les secrets auteurs de toutes ces -manœuvres séditieuses.</p> - -<p>Elle y eût réussi sans doute, si elle n'eût eu en tête un ennemi -encore plus actif et plus profond que son ministre n'étoit souple et -rusé. Gondi, ennemi de Mazarin, qui l'avoit desservi dans une -circonstance importante, mal vu à la cour, à laquelle il avoit d'abord -voulu s'attacher, et où celui-ci avoit su le rendre odieux, cherchoit -depuis long-temps, et ainsi que nous l'avons déjà dit, à faire son -profit des tempêtes publiques qui commençoient à s'élever autour de -lui, et dans lesquelles <span class="pagenum"><a id="page141" name="page141"></a>(p. 141)</span> il n'avoit pas balancé à se jeter, comme dans -son propre élément. Prodige d'adresse et de dissimulation, tandis que -de sourdes libéralités lui gagnoient les cœurs des peuples, que, par -une apparence de zèle religieux et de sollicitude pastorale, il -captoit la confiance des classes plus élevées de la capitale, et que, -par des manœuvres plus savantes encore, il échauffoit, dans des -assemblées mystérieuses, les esprits les plus turbulents et les plus -déterminés du parti<a id="footnotetag112" name="footnotetag112"></a><a href="#footnote112" title="Lien vers la note 112"><span class="smaller">[112]</span></a>, ce prélat affectoit de donner à la cour des -avis sincères et désintéressés sur les dangers qui l'environnoient, -exagérant le péril, et chargeant les portraits, afin de n'être pas -écouté; mais conservant, par cette conduite politique, une modération -convenable à son caractère d'archevêque, et nécessaire à la réussite -de ses projets. Il étoit ainsi parvenu à se rendre l'âme de la -faction, le centre de tous ses mouvements secrets, lorsque la régente, -croyant avoir bien pris toutes ses mesures, fit tout à coup enlever, -non pas avec mystère et dans le silence de la nuit, mais en plein -midi, au moment que l'on chantoit le <i lang="la">Te Deum</i> pour le grand succès -que venoient de remporter les armes de France, trois des plus -opiniâtres parmi les membres du parlement, Charton, Blancmesnil et -Broussel. Charton <span class="pagenum"><a id="page142" name="page142"></a>(p. 142)</span> s'esquiva; Blancmesnil fut conduit à Vincennes, et -le vieux Broussel emmené à Saint-Germain.</p> - -<p>L'esprit de révolte, jusqu'alors comprimé, sembloit n'attendre qu'un -acte de cette nature pour éclater avec toutes ses fureurs. -L'arrestation de Blancmesnil fit peu de sensation; mais celle du vieux -Broussel<a id="footnotetag113" name="footnotetag113"></a><a href="#footnote113" title="Lien vers la note 113"><span class="smaller">[113]</span></a>, cette idole du peuple, produisit une émotion générale. -On s'assembla dans les rues; on s'excita mutuellement, on cria de -toutes parts <em>aux armes</em>; les marchands, effrayés, fermèrent leurs -boutiques, et la face de Paris fut changée en un instant.</p> - -<p>Averti par ces cris, le coadjuteur, qui voyoit avec plaisir commencer -des troubles dans lesquels <span class="pagenum"><a id="page143" name="page143"></a>(p. 143)</span> il devoit jouer un rôle si dangereux et si -brillant, jugeant nécessaire cependant de détruire les soupçons que la -cour avoit déjà conçus contre lui à ce sujet, sort de l'archevêché en -rochet et en camail pour aller trouver la reine, marche jusqu'au -Palais-Royal, au milieu d'une foule immense, qui demandoit Broussel -avec des hurlements de rage, y arrive, accompagné du maréchal de La -Meilleraie, qu'il avoit rencontré à la tête des gardes, près le -Pont-Neuf, cherchant à apaiser le tumulte, et que cette même populace -avoit forcé à la retraite. Il y montre toute l'étendue du mal, et le -maréchal confirme la peinture qu'il en fait. La reine et le cardinal -n'écoutèrent point d'abord de tels discours, venant d'un homme que -l'on regardoit comme l'auteur de la révolte; mais les avis, toujours -plus alarmants, se succédèrent avec tant de rapidité, qu'il fallut -enfin y penser sérieusement; et, parmi ceux qui s'en effrayèrent, -Mazarin n'étoit pas le moins effrayé. On tint une espèce de conseil -dont le résultat fut qu'il falloit rendre Broussel. Le coadjuteur -vouloit qu'on le rendît sur-le-champ: la reine exigeoit qu'avant tout -le peuple se séparât, et ce fut Gondi lui-même que l'on chargea de -porter à la multitude cette espèce de capitulation. Il sentit tout le -danger d'une semblable commission; mais il lui fallut céder, entraîné -d'ailleurs par le maréchal de La <span class="pagenum"><a id="page144" name="page144"></a>(p. 144)</span> Meilleraie, qui voulut l'accompagner, -et dont l'emportement acheva de tout perdre. Tandis que le coadjuteur -s'avançoit à la rencontre des mutins, et s'apprêtoit à leur parler, le -maréchal se précipita vers eux d'un autre côté, à la tête des -chevau-légers de la garde, agitant son épée, et criant de toutes ses -forces: <em>Vive le roi! liberté à Broussel!</em> Ce cri fut mal entendu, et -ce mouvement parut un signe d'hostilité. On lui répond en criant <em>aux -armes!</em> il est assailli d'une grêle de pierres; et, perdant enfin -patience au bout de quelques moments, il tire et blesse mortellement, -vis-à-vis les Quinze-Vingts, un crocheteur qui, selon les uns, passoit -tranquillement ayant sa charge sur le dos, selon d'autres se montroit -le plus ardent parmi ceux dont il étoit environné. Alors la fureur du -peuple ne connut plus de bornes: l'insurrection s'étendit dans tous -les quartiers, et les environs du Palais-Royal furent dans un moment -remplis de gens armés. Le coadjuteur, porté par la foule jusqu'à la -Croix-du-Tiroir, y retrouva M. de La Meilleraie qui se défendoit avec -peine contre un gros de bourgeois postés dans la rue de l'Arbre-Sec. -Le prélat se jeta au milieu d'eux pour les séparer, et le maréchal fit -cesser le feu de sa troupe; mais, au même instant, un autre peloton de -séditieux, qui sortoit de la rue des Prouvaires, fit une décharge -très-brusque sur les <span class="pagenum"><a id="page145" name="page145"></a>(p. 145)</span> chevau-légers. Fontrailles, qui étoit auprès du -maréchal, eut le bras cassé; un des pages du coadjuteur fut blessé, et -lui-même renversé d'un coup de pierre qui l'atteignit à la tête. -Enfin, ayant été reconnu au moment où un bourgeois, lui appuyant son -mousqueton sur la tempe, alloit lui faire sauter la cervelle, il fut -relevé, entouré avec de grandes acclamations; et, profitant avec -beaucoup de présence d'esprit de cette circonstance pour dégager le -maréchal, il marcha du côté des halles, entraînant avec lui toute -cette populace, tandis que M. de La Meilleraie effectuoit sa retraite -vers le Palais-Royal.</p> - -<p>Ses exhortations, ses prières, ses menaces calment les esprits. La -foule qui l'avoit accompagné, et à laquelle s'étoient joints tous les -fripiers dont ce quartier fourmille, consent à déposer les armes; -mais, obstinés à ravoir Broussel, ils le ramènent vers le -Palais-Royal, où le maréchal de La Meilleraie, qui l'attendoit à la -barrière, le fait entrer et le présente à la reine comme son sauveur -et celui de l'État. Il y fut néanmoins accueilli avec un dédain -ironique, parce qu'on ne cessoit point de le considérer comme l'auteur -de la sédition qu'il avoit feint d'apaiser, et que la cour n'avoit -encore qu'une idée imparfaite de la grandeur du mal. Gondi en sortit, -la rage dans le cœur, et méditant des projets de vengeance. Cachant -toutefois son dépit à la populace qui l'attendoit, <span class="pagenum"><a id="page146" name="page146"></a>(p. 146)</span> il soutint jusqu'au -bout le rôle de pacificateur qu'il avoit voulu prendre dans cette -journée; et, forcé de se faire monter sur l'impériale de sa voiture, -pour rendre compte à cette multitude du résultat de son ambassade, il -lui parla avec un ton pénétré des promesses positives que la reine -avoit données de la délivrance des prisonniers, promesses qu'il -regardoit comme sacrées, et qui ne laissoient plus aucun prétexte au -rassemblement. La nuit vint<a id="footnotetag114" name="footnotetag114"></a><a href="#footnote114" title="Lien vers la note 114"><span class="smaller">[114]</span></a>; la cohue se dissipa, et Gondi rentra -chez lui, blessé et en proie aux plus vives inquiétudes. Cependant on -étoit si loin de se fier dans le public aux promesses de la reine, que -beaucoup de bourgeois restèrent en armes devant leurs portes, et que -des corps-de-garde furent distribués dans diverses parties de la -ville; on en posa même un à la barrière des Sergents, à dix pas des -sentinelles du Palais-Royal.</p> - -<p>Les alarmes du coadjuteur et la méfiance du peuple n'étoient que trop -bien fondées: car, cette nuit même, on délibéroit, dans le conseil de -la régente, sur les moyens de se rendre maîtres le <span class="pagenum"><a id="page147" name="page147"></a>(p. 147)</span> lendemain de -Paris<a id="footnotetag115" name="footnotetag115"></a><a href="#footnote115" title="Lien vers la note 115"><span class="smaller">[115]</span></a>. Trois mécontents, Laigues, Montrésor et Argenteuil, -vinrent successivement trouver le prélat, et lui donner les avis les -plus sinistres sur les dispositions de la cour, qui, disoient-ils, -vouloit à la fois le punir de la révolte, et le perdre dans l'esprit -du peuple, en le faisant passer pour un des agents de ses promesses -fallacieuses. Il n'en falloit pas tant pour enflammer cet esprit -ardent et audacieux, pour le jeter dans les dernières extrémités. Il -déclare à ses amis que, le lendemain avant midi, il sera maître -lui-même de cette ville dont la cour prétend s'emparer, et commence -sur-le-champ l'exécution d'un plan de défense que ceux-ci regardèrent -d'abord comme le projet d'un insensé. Tandis que la régente et le -ministre faisoient mettre sous les armes toute la maison du roi; qu'on -introduisoit secrètement dans la ville quelques troupes cantonnées -dans les environs, et que l'avis étoit donné aux bons bourgeois sur -lesquels la cour croyoit pouvoir compter, de s'armer secrètement, les -agents de Gondi <span class="pagenum"><a id="page148" name="page148"></a>(p. 148)</span> parcouroient la ville, en y répandant les bruits les -plus alarmants; lui-même se concertoit avec plusieurs colonels de -quartiers qui lui étoient dévoués, faisoit établir des pelotons de -leurs milices depuis le Pont-Neuf jusqu'au Palais-Royal, dans tous les -endroits où l'on avoit entendu dire que la cour devoit faire poster -des troupes, s'emparoit de la porte de Nesle, et faisoit commencer les -barricades. Le jour paroissoit à peine que le parlement étoit déjà -assemblé.</p> - -<p>La cour ignoroit absolument toutes ces dispositions. À six heures du -matin, le chancelier Séguier sort de sa maison et prend la route du -Palais, où il devoit, suivant les uns, casser tout ce que le parlement -avoit fait jusque là, suivant d'autres, lui prononcer son interdiction -absolue. Sa voiture est arrêtée sur le quai de la Mégisserie, par les -chaînes déjà tendues; il est reconnu, entouré, menacé; des cris de -<em>mort</em> se font entendre, et le poursuivent jusqu'au quai des -Augustins. Il se sauve, suivi de son frère, l'évêque de Meaux, et de -sa fille, la duchesse de Sully, dans l'hôtel du duc de Luynes; la -populace y pénètre après lui, le cherchant partout avec des cris -effroyables<a id="footnotetag116" name="footnotetag116"></a><a href="#footnote116" title="Lien vers la note 116"><span class="smaller">[116]</span></a>. Un hasard presque miraculeux <span class="pagenum"><a id="page149" name="page149"></a>(p. 149)</span> le dérobe aux -perquisitions de ces assassins. Le maréchal de La Meilleraie accourt -avec une troupe de cavaliers, et le délivre enfin de cette horrible -position. La foule, qui s'écarte un moment devant les soldats, plus -furieuse encore de voir sa proie lui échapper, se réunit de nouveau, -poursuit sa voiture jusqu'au Palais-Royal, l'accablant d'une grêle de -pierres et de balles: la duchesse de Sully en fut légèrement blessée -au bras; quelques gardes et un exempt de police sont tués.</p> - -<p>Cette fureur se communique dans un instant à toute la ville: la -populace des faubourgs se précipite de toutes parts vers le palais et -la cité, où le gros du rassemblement étoit déjà formé. En moins de -deux heures près de treize cents barricades sont élevées dans Paris; -tous les dépôts d'armes sont ouverts ou forcés; l'air retentit des -plus horribles imprécations contre Mazarin et les autres ministres; la -reine elle-même n'est point ménagée. Les cris de <cite>vive Broussel! vive -le coadjuteur!</cite> se mêlent à ces cris forcenés. Cependant le parlement, -assemblé tumultuairement, décidoit d'aller en corps redemander à la -régente ses membres arrêtés; et la <span class="pagenum"><a id="page150" name="page150"></a>(p. 150)</span> cour faisoit solliciter alors ce -même coadjuteur qu'elle avoit outragé la veille, pour obtenir de lui -qu'il calmât la sédition. Il s'en défendit avec une douleur hypocrite, -et le parlement se mit en marche pour le Palais-Royal, au milieu des -acclamations d'une multitude qui abaissoit devant lui ses armes et -faisoit tomber ses barricades. Le premier président, Mathieu Molé, -marchoit à la tête de sa compagnie. Il parla à la reine avec beaucoup -de chaleur et d'éloquence, essayant de la convaincre qu'il n'y avoit -d'autre moyen de calmer une population entière, prête à se porter aux -dernières extrémités, que de rendre les prisonniers. La reine, d'un -caractère inflexible jusqu'à l'opiniâtreté, ne lui répondit que par -des reproches et par des menaces, et sortit brusquement pour ne pas en -entendre davantage. Molé et le président de Mesmes, qui avoient un -égal dévouement pour la cour, mais non pas le même courage, reviennent -et veulent tenter un dernier effort au moment où la compagnie -s'apprêtoit à sortir: ils rembrunissent encore les couleurs du -tableau, montrent Paris entier, armé, furieux, et sans frein, l'État -sur le penchant de sa ruine; ils n'obtiennent rien. Mazarin propose -seulement de rendre les prisonniers, si le parlement consent à ne plus -s'occuper de l'administration, et à se renfermer uniquement dans ses -fonctions judiciaires: la compagnie promet de <span class="pagenum"><a id="page151" name="page151"></a>(p. 151)</span> s'assembler le soir -pour délibérer sur cette proposition; la cour est satisfaite de cette -promesse qui lui faisoit gagner du temps, ce qui étoit beaucoup pour -elle; et les magistrats commencent à défiler pour retourner au palais.</p> - -<p>Le peuple, qui croyoit Broussel renfermé dans le Palais-Royal, et qui -s'attendoit à le voir ramené par le parlement, ne le voyant pas -reparoître, commença à murmurer dès la première barricade; les -murmures augmentèrent à la seconde; ils dégénérèrent à la troisième, -près de la croix du Tiroir, en menaces et en voies de fait. Un furieux -saisissant le premier président, et lui appuyant le bout d'un pistolet -sur le visage, «lui commande de retourner à l'instant, et de ramener -Broussel, ou le Mazarin et le chancelier en otage, s'il ne veut être -massacré lui et les siens.» Molé, calme et serein au milieu de cette -foule, qui grossissoit sans cesse autour de lui, l'accablant de -malédictions et d'outrages, ne donne pas le moindre signe de crainte -ni de foiblesse, répond aux cris de ces rebelles avec toute la dignité -d'un magistrat qui a le droit de les punir de leur rébellion, et -ralliant paisiblement sa compagnie, revient au petit pas vers le -Palais-Royal, au milieu de ce cortége de forcenés.</p> - -<p>Il lui fallut essuyer ici de non moins rudes assauts. Anne d'Autriche, -que la colère avoit mise hors d'elle-même et entièrement aveuglée sur -le <span class="pagenum"><a id="page152" name="page152"></a>(p. 152)</span> danger, s'indignoit que le parlement eût osé revenir après ce qui -s'étoit passé; et l'on prétend même qu'elle eut un moment la pensée de -faire arrêter quelques conseillers, pour lui répondre des fureurs de -la populace. Molé parla avec plus d'éloquence et de chaleur encore que -la première fois. Cinq ou six princesses qui se trouvoient dans le -cabinet, se jetèrent aux pieds de la reine; le duc d'Orléans, Mazarin -surtout, dont la frayeur étoit extrême, se joignirent à la foule -suppliante qui l'environnoit, et parvinrent enfin à lui arracher ces -paroles: «Eh bien! Messieurs du parlement, voyez donc ce qu'il est à -propos de faire.» Ces paroles sont saisies avec empressement: on fait -monter le parlement dans la grande galerie; il y tient séance, -délibère, et le résultat de la délibération est que la reine sera -remerciée de la liberté des prisonniers, et que, jusqu'aux vacances, -la compagnie ne s'occupera plus des affaires publiques, à l'exception -du paiement des rentes sur l'Hôtel-de-Ville et du tarif. Des lettres -de cachet sont délivrées; on prépare les carrosses du roi et de la -reine pour aller chercher Broussel et Blancmesnil, et le parlement -fait marcher ces carrosses devant lui comme un signe certain du -triomphe qu'il vient de remporter. Les passages alors lui sont -ouverts; et les acclamations qui l'avoient accompagné le matin, le -suivent encore jusqu'au palais.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page153" name="page153"></a>(p. 153)</span> Le peuple n'en resta pas moins armé toute la nuit et le lendemain, -jusqu'au retour de Broussel, qui ne parut à Paris que vers dix heures -du matin. Il y fut reçu avec tous ces transports frénétiques que la -multitude éprouve ordinairement pour ses idoles. Les barricades sont -rompues, les corps-de-garde se dispersent, et deux heures après, les -rues de Paris étoient libres et sa population paroissoit tranquille; -cependant il s'y conserva encore, pendant quelques jours, un reste de -fermentation qui continua de donner des inquiétudes à la reine et au -cardinal. Sur le moindre bruit qui se répandoit que des troupes -arrivoient dans les environs de Paris, des cris de fureur se faisoient -entendre de nouveau, tantôt dans un quartier, tantôt dans un autre; à -ces cris se mêloient le cliquetis des armes, et quelquefois même des -salves de mousquetade. Mazarin, plus effrayé que jamais, demeura, -pendant ce temps, déguisé, botté, et tout prêt à partir, parce que, -disoit-on, le peuple étoit résolu de le prendre pour otage, et, si la -cour usoit de violence, d'exercer sur lui les plus terribles -représailles. On ne parvint à calmer cette multitude qu'en lui -témoignant une confiance sans réserve, en éloignant les troupes qui -lui portoient ombrage, et en réduisant la garde du roi à un très-petit -nombre de soldats. On conçoit combien une telle condescendance dut -coûter à la fierté de la régente.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page154" name="page154"></a>(p. 154)</span> La cour sembloit abattue, le parlement triomphoit; mais l'auteur -secret de tant de désordres, Gondi, étoit trop clairvoyant pour ne pas -prévoir que le retour seroit terrible, surtout pour lui, s'il ne se -procuroit des appuis plus solides que cette faveur inconstante du -peuple, et cette fougue momentanée du parlement, divisé lui-même en -plusieurs partis, et incapable de marcher long-temps dans les mêmes -voies. La feinte douceur que la reine et son ministre lui témoignèrent -le lendemain, les caresses dont ils l'accablèrent, ne firent que -l'affermir dans ces idées et dans sa résolution. Il savoit que le -vainqueur de Lens étoit mécontent de la cour, et surtout de Mazarin: -ce fut sur lui qu'il jeta les yeux; c'est lui qu'il résolut de faire -le soutien de son parti.</p> - -<p>Le prince n'étoit point encore revenu de l'armée: il s'agissoit, -jusqu'à son retour, de maintenir la cour dans l'inaction, sans cesser -cependant d'entretenir l'animosité du peuple, ce que personne ne -savoit faire avec plus d'habileté que le coadjuteur<a id="footnotetag117" name="footnotetag117"></a><a href="#footnote117" title="Lien vers la note 117"><span class="smaller">[117]</span></a>; et il y eût -réussi, si le parlement eût voulu entrer dans ses vues, si ce prélat -eût pu modérer les mouvements de cette compagnie, comme il savoit -exciter ceux de la multitude. <span class="pagenum"><a id="page155" name="page155"></a>(p. 155)</span> Il avoit trouvé le moyen de s'introduire -dans les assemblées secrètes que tenoient quelques-uns de ses membres, -et c'étoit sous son influence que s'y préparoient les matières qui -devoient être présentées aux chambres assemblées, et que l'on y -convenoit de la manière dont elles seroient présentés: en ceci il -n'avoit d'autre intention que de tenir toujours la compagnie en -haleine. Mais, par une impétuosité qui rompit toutes ses mesures, le -parlement osa se proroger lui-même à l'approche des vacances sur -lesquelles la régente avoit compté; et insistant, malgré le refus -qu'elle en fit d'abord, la forcer en quelque sorte à lui accorder une -prolongation de service, sous prétexte d'affaires qui ne souffroient -aucun délai. Anne d'Autriche outrée de cette insolence, voyant -d'ailleurs s'accroître de jour en jour l'audace séditieuse de la -populace<a id="footnotetag118" name="footnotetag118"></a><a href="#footnote118" title="Lien vers la note 118"><span class="smaller">[118]</span></a>, prit enfin la résolution d'emmener le roi <span class="pagenum"><a id="page156" name="page156"></a>(p. 156)</span> hors de -Paris, et d'employer, s'il le falloit, contre cette ville rebelle, -toutes les forces de la monarchie.</p> - -<p>Tout fut préparé dans le plus profond mystère, et la cour partit tout -à coup pour Ruel le 13 septembre au matin. Dès qu'elle y fut arrivée, -Mazarin, qui, dans sa position, avoit le grand avantage de pouvoir -employer la force quand la ruse ne lui sembloit pas suffisante pour -arriver à ses fins, avoit cru devoir se délivrer par un moyen violent -de Chavigni et de Châteauneuf, qu'il considéroit comme les plus -dangereux de tous ses ennemis. Le premier fut constitué prisonnier à -Vincennes, dont il étoit gouverneur; le second fut de nouveau exilé. -Ce coup d'autorité exaspéra les esprits: les principaux frondeurs se -virent menacés, dans cette violence dont deux d'entre eux venoient -d'être les victimes; on cria à la tyrannie; pour la première fois, -Mazarin fut nommé, dans les opinions, avec les qualifications, les -plus injurieuses; on agita la question de savoir s'il ne conviendroit -pas de pourvoir à la sûreté publique en mettant des bornes à -l'exercice du pouvoir absolu sur la liberté des citoyens. Le parlement -fit prier les princes de se rendre dans son <span class="pagenum"><a id="page157" name="page157"></a>(p. 157)</span> sein pour y délibérer sur -l'arrêt de 1617<a id="footnotetag119" name="footnotetag119"></a><a href="#footnote119" title="Lien vers la note 119"><span class="smaller">[119]</span></a>, qui, à l'occasion du maréchal d'Ancre, -défendoit, et ce <em>sous peine de la vie</em>, aux étrangers, de s'immiscer -dans le gouvernement de l'État; et, malgré un arrêt du conseil, donné -en cassation du sien, persista dans toutes ses conclusions. La reine, -de plus en plus irritée, se fait alors amener furtivement de Paris son -second fils, le duc d'Anjou, qu'une indisposition l'avoit forcée d'y -laisser: à peine cette nouvelle est-elle sue, que l'alarme se répand -de nouveau partout; le parlement donne ordre au prévôt des marchands -et aux échevins de pourvoir à l'approvisionnement et à la sûreté de la -ville; tout s'y dispose comme si elle étoit sur le point de soutenir -un siége; les bourgeois préparent leurs armes, et ne paroissent point -effrayés des hasards et des conséquences d'une guerre civile.</p> - -<p>Gondi, qui ne l'auroit point voulu sitôt parce qu'il ne jugeoit pas -que l'on y fût encore assez préparé, tout déconcerté qu'il étoit par -ce mouvement trop rapide du peuple et par cette folle conduite du -parlement, prenoit cependant ses mesures pour un événement qu'il -jugeoit inévitable; et il étoit prêt à faire partir pour Bruxelles un -négociateur chargé de traiter avec le comte de Fuensaldagne qui y -commandoit, et de le déterminer <span class="pagenum"><a id="page158" name="page158"></a>(p. 158)</span> à faire marcher une armée espagnole au -secours de Paris, lorsqu'on vint lui annoncer l'arrivée du prince de -Condé, à laquelle il ne s'attendoit pas sitôt. C'étoit Anne d'Autriche -elle-même qui l'avoit appelé dans l'intention de s'en faire un appui -qu'elle ne croyoit pas pouvoir lui manquer. Mais Gondi, plus fécond -encore en ressources, et rassuré par ce retour même qui sembloit -devoir détruire toutes ses espérances, renonça aussitôt au projet -qu'il avoit formé du côté de l'Espagne, et conçut le dessein, plus -hardi peut-être, de disputer à la cour le héros sur lequel elle avoit -compté. Il vit le prince en secret, le trouva, au sujet de Mazarin, -tel qu'il le désiroit, sut lui persuader que tout le mal venoit de cet -entêtement que la reine mettoit à soutenir un tel ministre, et qu'il -falloit employer tous les moyens pour la forcer à l'abandonner. Le -prince tomboit d'accord avec lui sur tous ces points: abattre le -cardinal et gouverner peut-être à sa place lui sembloit une -perspective séduisante; mais les prétentions excessives et les -entreprises audacieuses du parlement l'effrayoient: «Je m'appelle -Louis de Bourbon, disoit-il, et je ne veux pas ébranler la couronne;» -comme si un instinct secret lui eût révélé qu'en effet il n'y avoit -plus rien désormais entre le roi et le parlement.</p> - -<p>Dans l'espèce d'irrésolution où le jetoit cette <span class="pagenum"><a id="page159" name="page159"></a>(p. 159)</span> situation des -affaires, il fut décidé qu'on prendroit un parti mitoyen; que, pour le -moment, le prince se présenteroit comme intermédiaire entre les deux -partis, et dans cet intervalle de repos qu'il auroit su faire naître, -travailleroit de tous ses efforts à dégoûter la reine de Mazarin, et -sinon à le précipiter tout à coup du haut rang où elle l'avoit élevé, -du moins à l'en laisser <em>glisser</em>, de manière qu'il devînt ensuite -facile de s'en débarrasser tout-à-fait. En conséquence de ce plan, qui -convint à Gondi parce qu'il lui faisoit gagner du temps, Condé -détourna la reine du projet qu'elle avoit formé d'attaquer Paris, et -lui proposa d'engager une conférence entre lui-même, le duc d'Orléans -et les députés du parlement. Cette conférence eut lieu à -Saint-Germain, où la cour s'étoit transportée; et Gondi, par une -démarche très-adroite, trouva le moyen d'en faire exclure le cardinal. -Elle commença le 25 septembre, et dura, à plusieurs reprises, jusqu'au -22 octobre. On y discuta, les uns après les autres, tous les articles -de l'arrêté du parlement; et tous, long-temps débattus, furent enfin -accordés jusqu'à celui <em>de la sûreté publique</em><a id="footnotetag120" name="footnotetag120"></a><a href="#footnote120" title="Lien vers la note 120"><span class="smaller">[120]</span></a>, qui avoit le -plus <span class="pagenum"><a id="page160" name="page160"></a>(p. 160)</span> offensé la cour, et au moyen duquel la liberté fut aussitôt -rendue à MM. de Châteauneuf et de Chavigni. Tout cela se fit d'abord -malgré la reine, qui auroit bien voulu que les princes ne se fussent -pas montrés si faciles; mais, après avoir vainement tenté de les -ramener à ces partis violents qu'elle étoit toujours disposée à -prendre, elle se radoucit tout à coup, par l'envie extrême qu'elle -avoit de voir cesser les assemblées du parlement. Enfin cette -déclaration fameuse qui portoit un si rude coup à l'autorité royale -fut enregistrée comme la compagnie l'avoit conçue et rédigée; les -chambres prirent leurs vacations, et la cour revint à Paris, où le roi -fut reçu de ce peuple aveugle et léger, avec les acclamations -ordinaires et les transports de la plus vive allégresse.</p> - -<p>Le caractère même de cette paix présageoit son peu de durée. Elle -étoit trop désavantageuse à la régente pour qu'elle ne cherchât pas -d'abord à en <span class="pagenum"><a id="page161" name="page161"></a>(p. 161)</span> éluder les conditions, ensuite à accabler des rebelles -qui avoient eu l'audace de traiter avec leur souverain et de prescrire -des bornes à son autorité. Ceux-ci sentoient tout le danger de leur -position, surtout Gondi, dont l'ambition n'avoit rien gagné à ce -dernier arrangement, et qui craignoit toujours le juste châtiment que -lui méritoient les barricades. Les yeux sans cesse attachés sur cette -cour qu'il avoit si profondément offensée, et sur les factieux -subalternes que dirigeoit son dangereux génie, cet artisan de -discordes n'attendoit que l'occasion favorable pour ourdir de nouveaux -complots. La disposition générale des esprits étoit telle qu'elle ne -pouvoit tarder à se présenter. (1649) Par une maladresse que rien ne -peut justifier, Mazarin, dès les premiers jours, avoit jugé à propos -de contrevenir aux articles les plus minutieux de cette déclaration, -que, dans la chaleur des partis, on regardoit comme une loi -fondamentale de l'État: c'en fut assez pour rallumer un feu mal -éteint. Les esprits les plus impétueux et les plus turbulents du -parlement demandèrent à grands cris l'assemblée des chambres, et ne -l'obtenant pas assez vite du premier président, s'assemblèrent -d'eux-mêmes, entraînèrent ainsi le reste de leurs confrères, et -recommencèrent leurs délibérations séditieuses. La reine, effrayée de -cette fermentation nouvelle, crut leur en imposer en y envoyant les -princes et les pairs; <span class="pagenum"><a id="page162" name="page162"></a>(p. 162)</span> mais Gaston, toujours flottant entre les deux -partis, étoit peu attaché à ses intérêts; Condé mettoit dans ses -paroles et dans ses actions une hauteur, une véhémence qui n'étoient -propres qu'à aigrir les esprits; la plupart des grands respiroient la -faction. Dans cette journée mémorable, le premier de ces deux princes -parla vaguement et foiblement; le second s'emporta jusqu'à menacer un -conseiller<a id="footnotetag121" name="footnotetag121"></a><a href="#footnote121" title="Lien vers la note 121"><span class="smaller">[121]</span></a> dont les clameurs l'importunoient. Le tumulte le plus -violent s'élève aussitôt dans l'assemblée; on oublie le respect que -l'on doit à son rang et à son caractère; il est forcé de faire une -sorte de réparation en protestant qu'il n'a eu l'intention de menacer -personne, et sort au milieu des cris insolents des jeunes conseillers -des enquêtes, la rage dans le cœur, et bien résolu à ne plus -s'exposer à de semblables avanies, «ne voulant pas, disoit-il, de -prince qu'il étoit, devenir bourgmestre de Paris.»</p> - -<p>C'est ainsi qu'il se lia plus fortement que jamais au parti de la -régente, dont Gondi avoit espéré une seconde fois le détacher. Mais -cet esprit si actif, si fécond en ressources, au moment même où Condé -lui échappoit, cherchoit déjà et trouvoit de nouveaux appuis. Les -divisions intestines qui agitoient la cour, et qu'il épioit avec soin -jusque dans leurs plus petits détails, <span class="pagenum"><a id="page163" name="page163"></a>(p. 163)</span> celles surtout qui venoient -d'éclater dans la propre famille du prince, lui fournirent bientôt -tous les moyens nécessaires pour relever son parti, pour lui donner -même un nouvel éclat. Le prince de Conti, mécontent et jaloux d'un -frère dont la gloire l'offusquoit et qui l'accabloit de sa -supériorité; la duchesse de Longueville, sœur de ces deux princes, -qui croyoit avoir des raisons de haïr Condé après l'avoir tendrement -aimé; le duc de Longueville, furieux contre Mazarin, qui l'avoit bercé -de fausses espérances; le jeune Marsillac<a id="footnotetag122" name="footnotetag122"></a><a href="#footnote122" title="Lien vers la note 122"><span class="smaller">[122]</span></a>, amant de la duchesse, -maître absolu de son esprit et dont l'ambition étoit encore plus -grande que l'amour; tous ces esprits ardents ou irrités, animés encore -par l'éloquence insidieuse et entraînante du coadjuteur, et suivis de -cette foule de mécontents qui abondent toujours dans les cours, se -jetèrent dans son parti, promirent de rester à Paris, de le défendre -s'il étoit attaqué, s'abouchèrent avec les principaux chefs de la -faction parlementaire, les Viole, les Longueil, etc., qui leur -promirent tout au nom de leur compagnie; et tandis qu'ils espéroient -faire servir les mouvements aveugles du parlement à leurs propres -intérêts, se rendirent eux-mêmes les instruments des projets ambitieux -du coadjuteur.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page164" name="page164"></a>(p. 164)</span> Sûr des moyens de défense, Gondi voulut commencer lui-même l'attaque. -Son ennemi étoit détesté: en accroissant chaque jour cette haine -populaire par des bruits absurdes et calomnieux<a id="footnotetag123" name="footnotetag123"></a><a href="#footnote123" title="Lien vers la note 123"><span class="smaller">[123]</span></a> que personne ne -sut jamais mieux que lui faire circuler parmi la multitude, il voulut -y joindre encore le ridicule. Mazarin y prêtoit malheureusement -beaucoup. Le chansonnier Marigni<a id="footnotetag124" name="footnotetag124"></a><a href="#footnote124" title="Lien vers la note 124"><span class="smaller">[124]</span></a> fut déchaîné contre lui, et -remplit Paris de ses ballades et de ses triolets. Les railleries les -plus piquantes, les sarcasmes les plus amers l'accablèrent de toutes -parts; les placards les plus diffamants couvroient toutes les -murailles, et la presse vomissoit chaque jour des libelles encore plus -horribles qui se distribuoient clandestinement. Tant d'outrages -rejaillissoient jusque sur la reine, qui n'étoit plus désignée dans le -public que par le sobriquet de <i>dame Anne</i>. Elle ne pouvoit faire un -pas dans Paris sans entendre retentir à ses oreilles quelques-uns de -ces vaudevilles <span class="pagenum"><a id="page165" name="page165"></a>(p. 165)</span> insolents et grossiers, où sa vertu même n'étoit pas -épargnée. Enfin, ne pouvant plus supporter tant d'outrages, sentant -croître, de jour en jour, les embarras de sa position, à cause de -cette pénurie des finances que le parlement sembloit se faire un jeu -d'accroître par ses résistances, sûre du prince de Condé que ses -prières et ses larmes avoient achevé de fixer au soutien de sa cause, -parvenue à obtenir du duc d'Orléans qu'il ne s'opposeroit point au -projet qu'elle avoit formé, elle prit la résolution de sortir une -seconde fois de Paris, et d'exercer sur cette ville rebelle le -châtiment qu'elle avoit mérité.</p> - -<p>Cette sortie, préparée dans le mystère le plus profond, fut exécutée -au milieu de la nuit dans le plus grand désordre. Tous ceux qui -devoient accompagner le roi, avertis au moment même du départ, le -suivirent dans un trouble et avec des inquiétudes qui furent encore -augmentées par l'état de dénuement dans lequel la cour entière se -trouva à son arrivée à Saint-Germain. La reine, fière de l'appui de -Condé, et méditant les projets d'une vengeance qu'elle croyoit prompte -et facile, montroit seule de la fermeté et même une sorte de joie. À -Paris, le premier sentiment du peuple et du parlement fut celui de la -consternation. Gondi et ceux qui avoient son secret changèrent -bientôt ces dispositions: ils <span class="pagenum"><a id="page166" name="page166"></a>(p. 166)</span> parvinrent à rendre quelque courage à -cette compagnie, et dans un moment surent faire passer la multitude de -l'abattement à la fureur. On prit les armes; on s'empara des portes; -toutes les issues furent fermées à ceux qui vouloient gagner -Saint-Germain; on pilla leurs bagages; on maltraita leurs gens; et ces -excès furent autorisés par un arrêt du parlement, qui, sans avoir -égard à une lettre écrite par le roi au prévôt des marchands<a id="footnotetag125" name="footnotetag125"></a><a href="#footnote125" title="Lien vers la note 125"><span class="smaller">[125]</span></a>, et -dont la lecture fut faite dans sa première assemblée, ordonna à ce -magistrat de veiller à la sûreté publique et à la garde des portes. Le -lieutenant de police eut ordre en même temps d'assurer -l'approvisionnement de Paris et le passage de vivres.</p> - -<p>Cependant ce parlement, regardé par le peuple comme la seule autorité -qu'il dût écouter, alors qu'il agissoit lui-même comme si cette -autorité eût été légitime, étoit livré aux plus cruelles perplexités, -et renfermoit déjà dans son sein tous les germes de foiblesse et de -division. Deux partis, l'un de factieux, l'autre de membres dévoués à -la cour, l'agitant en sens contraire, cherchoient, chacun de son -côté, à entraîner ceux de leurs <span class="pagenum"><a id="page167" name="page167"></a>(p. 167)</span> confrères qui, étrangers à toutes les -passions, à tous les intérêts, ne vouloient que le bien public; et du -reste, se voyant ainsi isolés entre le peuple et la cour, tous -craignoient le nom de rebelles, et le déshonneur qui y étoit attaché. -Gondi, peu inquiet d'abord de ces incertitudes qu'il étoit sûr de -faire disparoître à l'instant où il montreroit les appuis illustres -qu'il avoit su donner à la révolte, commençoit lui-même à concevoir -les plus vives alarmes: le duc de Bouillon et le maréchal de La Mothe, -qui s'étoient aussi engagés avec les frondeurs, étoient restés à Paris -avec la duchesse de Longueville; mais le duc, époux de cette -princesse, parti de la Normandie dont il étoit gouverneur, au lieu de -se rendre dans cette capitale, avoit tourné court à Saint-Germain, -sans donner depuis de ses nouvelles; le prince de Conti, forcé par son -frère de suivre la cour, ne paroissoit point encore; et l'on n'étoit -pas moins inquiet de Marsillac, qui s'étoit rendu auprès du jeune -prince pour fortifier ses résolutions et favoriser sa fuite. Ces -alarmes, que partageoient les autres chefs de la faction, étoient -accrues par la conduite inégale du parlement, tantôt poussant l'audace -jusqu'à renvoyer sans les ouvrir de nouvelles lettres du roi qui lui -ordonnoient de se transporter à Montargis, tantôt foible au point -d'envoyer en quelque sorte <span class="pagenum"><a id="page168" name="page168"></a>(p. 168)</span> demander grâce à Saint-Germain. Ses députés -s'y présentèrent sans avoir été appelés, tandis que Gondi, mandé à la -cour par un ordre formel du roi, faisoit arrêter sa voiture par le -peuple pour être dispensé de faire un voyage aussi périlleux. Ils y -furent mal reçus, renvoyés avec menaces, et cette rigueur impolitique -servit les factieux plus que tout le reste. Dès qu'on apprit qu'il n'y -avoit point de transaction à espérer, le désespoir donna du courage -aux plus foibles; et les chefs ne manquèrent pas de semer des bruits -alarmants dont l'effet fut d'accroître encore cette effervescence -générale. La chambre des comptes et la cour des aides, qui avoient -également député vers la cour, qui avoient éprouvé la même réception, -partagèrent les ressentiments du parlement; et tous les corps, à -l'exception du grand conseil, se réunirent dans le projet de se -défendre contre ce qu'ils appeloient la tyrannie du cardinal. Il n'y -eut qu'un cri contre lui, et c'est alors que fut rendu cet arrêt qui -le déclare «ennemi du roi et de l'État, perturbateur du repos public; -lui ordonne de se retirer le jour même de la cour, et dans huitaine du -royaume, enjoignant, passé ce temps, aux sujets du roi de lui <em>courre -sus</em>, et faisant défense à toute personne de le recevoir.» On ordonna -des subsides, on leva des soldats dans la populace de Paris, on nomma -même un général<a id="footnotetag126" name="footnotetag126"></a><a href="#footnote126" title="Lien vers la note 126"><span class="smaller">[126]</span></a> <span class="pagenum"><a id="page169" name="page169"></a>(p. 169)</span> à cette armée sans expérience et sans discipline.</p> - -<p>Cependant Gondi attendoit toujours avec la plus vive impatience les -véritables chefs qui devoient former et commander une aussi foible -milice. Sourdes intrigues, courses nocturnes, largesses populaires, il -n'avoit rien épargné pour allumer le feu de la sédition; le succès -avoit passé ses espérances, et des nouvelles satisfaisantes qu'il -reçut enfin de Marsillac achevoient de le rassurer, lorsque -l'événement le plus inattendu vint le jeter dans de nouveaux embarras. -Le duc d'Elbœuf, prince de la maison de Lorraine, poussé par l'amour -de l'intrigue et des nouveautés, surtout par son extrême indigence, se -croyant appelé à jouer sur ce théâtre le rôle des Guise et des -Mayenne, entra tout à coup à Paris avec ses trois fils, et vint offrir -ses services d'abord au corps de ville, où on le reçut avec les plus -vifs transports de joie, ensuite au parlement, où, malgré les efforts -des membres initiés aux secrets du coadjuteur, il sut entraîner tous -les esprits, et fut nommé sur-le-champ général en chef de l'armée -parisienne. Pendant que ces choses se passoient, les princes se -présentèrent <span class="pagenum"><a id="page170" name="page170"></a>(p. 170)</span> enfin aux portes de la ville, qu'on eut beaucoup de peine -à leur ouvrir<a id="footnotetag127" name="footnotetag127"></a><a href="#footnote127" title="Lien vers la note 127"><span class="smaller">[127]</span></a>, et y entrèrent au milieu des préventions et des -méfiances du peuple, lequel ne pouvoit croire que la famille de Condé -pût venir prendre sincèrement sa défense. C'est ici qu'il faut admirer -les ressources prodigieuses du moteur secret de tant d'intrigues -ténébreuses. Si d'Elbœuf conservoit sa supériorité, Gondi n'étoit -plus rien: avec les princes il étoit tout; il falloit donc, sans -perdre de temps, abattre l'un et relever les autres. Aussitôt tous ses -agents secrets sont mis en mouvement pour décrier le nouveau général. -Marigni le chansonne; il est présenté sourdement dans le peuple comme -un traître qui s'est introduit dans Paris d'intelligence avec la cour, -à laquelle il est vendu; on lui suppose même une correspondance -secrète avec elle, et on la fait circuler. Pendant qu'on faisoit jouer -toutes ces machines, le coadjuteur parcouroit les rues de Paris ayant -Conti dans son carrosse, démarche qui annonçoit de la confiance, -calmoit le peuple, et l'accoutumoit à la vue du jeune prince. Lorsque -tout fut ainsi préparé, il le conduisit au parlement, <span class="pagenum"><a id="page171" name="page171"></a>(p. 171)</span> où commencèrent -aussitôt les premières scènes d'une action théâtrale qu'il avoit -concertée avec tous les chefs de son parti. Le duc de Longueville se -présenta d'abord, offrant à la compagnie ses services, toute la -Normandie dont il étoit gouverneur, et la priant de trouver bon que, -pour sûreté de sa parole, il fît loger à l'Hôtel-de-Ville sa femme, sa -fille et son fils. Le duc de Bouillon parut ensuite, faisant les mêmes -protestations, mais donnant à entendre que c'étoit sous les ordres du -prince de Conti qu'il espéroit servir la cause commune. Le maréchal de -La Mothe offrit après lui ses services aux mêmes conditions. À mesure -que ces illustres personnages se succédoient, le prince d'Elbœuf -perdoit de sa considération et de ses partisans. C'est en vain qu'il -voulut élever la voix, et réclamer le rang suprême qui lui avoit été -accordé la veille: on ne l'écouta point; et il fut forcé de descendre, -avec les autres chefs, à celui de simple général sous le prince de -Conti, qui fut créé généralissime. En sortant du parlement, Gondi alla -chercher les duchesses de Bouillon et de Longueville, qu'il conduisit -lui-même comme en triomphe à l'Hôtel-de-Ville, au milieu des -acclamations d'une multitude immense attirée par la nouveauté d'un -spectacle, qui d'ailleurs achevoit de détruire toutes les méfiances. -La Bastille, que la cour n'avoit pas songé à mettre en état de -<span class="pagenum"><a id="page172" name="page172"></a>(p. 172)</span> défense, fut sommée et prise le même jour<a id="footnotetag128" name="footnotetag128"></a><a href="#footnote128" title="Lien vers la note 128"><span class="smaller">[128]</span></a> par capitulation; et la -guerre civile fut ainsi organisée, au gré du coadjuteur.</p> - -<p>Laigues, Vitri, Noirmoutier, Brissac, de Luynes, et un grand nombre -d'autres seigneurs, mécontents de la cour, et attirés par le nom d'un -prince du sang, vinrent grossir la foule des frondeurs. Ces nouveaux -venus furent chargés des levées, des fortifications, du soin d'exercer -les soldats, et reçurent divers départements dans les conseils que -l'on créa. Un personnage destiné à y jouer un plus grand rôle, le duc -de Beaufort, échappé depuis quelque temps de sa prison avec beaucoup -de bonheur et d'audace, ne tarda pas à les joindre. C'étoit un prince -d'un esprit borné, à la fois courageux et fanfaron, adoré de la -populace dont il avoit le langage et les manières, également méprisé -dans les deux partis, où il fut désigné sous le nom de <i>Roi des -Halles</i>, qu'il n'avoit que trop mérité. Gondi, commençant à -s'apercevoir <span class="pagenum"><a id="page173" name="page173"></a>(p. 173)</span> qu'il gouvernoit difficilement le prince de Conti et la -duchesse de Longueville, sentit tout le parti qu'il pouvoit tirer de -cet instrument aveugle qui venoit de lui-même se jeter entre ses -mains. Il se l'attacha fortement, et par son moyen devint seul -puissant dans le peuple. On continuoit cependant les levées. Elles se -firent avec une telle facilité, que dans l'espace de deux jours on mit -sur pied une armée de douze mille hommes. Les biens de Mazarin furent -confisqués, vendus publiquement pour subvenir aux frais de la guerre; -et la recherche de ses meubles fit naître les délations et les -vexations les plus odieuses à l'égard d'un grand nombre de -particuliers. Le parlement, s'occupant, dès ces premiers moments, de -concentrer et de régulariser l'autorité, forma plusieurs chambres -administratives auxquelles furent attribuées toutes les diverses -branches de la police générale et particulière, ce qui réduisit les -généraux et le prince de Conti lui-même à une nullité presque absolue. -Une circulaire fut envoyée à tous les parlements et aux villes les -plus considérables, par laquelle on les invitoit à s'unir au parlement -et à la capitale pour <em>la délivrance</em> du roi et l'expulsion de son -ministre; et l'on crut justifier suffisamment tant d'attentats contre -l'autorité légitime en envoyant à la cour des remontrances dans -lesquelles, après avoir renouvelé contre le cardinal toutes les -déclamations <span class="pagenum"><a id="page174" name="page174"></a>(p. 174)</span> tant de fois répétées, le parlement déclaroit de nouveau -ne s'être soulevé que pour soustraire le roi et le peuple à son -insupportable tyrannie.</p> - -<p>Tandis que toutes ces choses se passoient à Paris, la régente et son -ministre, déployant toute l'étendue de la puissance royale, -déclaroient le parlement criminel de lèse-majesté; et Condé se -préparoit, avec huit à neuf mille hommes, à en bloquer cinq cent mille -renfermés dans une ville immense et fortifiée. Mais cette poignée de -soldats étoit un débris de cette brave armée avec laquelle il avoit -remporté tant de victoires; et la multitude innombrable qui lui étoit -opposée, se composoit d'artisans, de laquais, de citadins amollis par -le repos et les plaisirs de la capitale. Le mépris profond qu'il avoit -pour de semblables ennemis l'avoit porté d'abord à s'emparer de tous -les postes qui servoient de communication avec les provinces d'où -Paris tiroit ses subsistances, formant ainsi le projet audacieux de -l'affamer, projet qu'un autre eût à peine osé concevoir avec une armée -de cinquante mille hommes. Forcé bientôt de se réduire à un plus petit -nombre de quartiers, pour ne pas s'exposer à être battu en détail, et -à voir fondre ainsi sa petite troupe, il se réduisit à trois postes, -Saint-Denis, Sèvre et Saint-Cloud, qu'il commit à la garde de ses -plus habiles officiers, tandis <span class="pagenum"><a id="page175" name="page175"></a>(p. 175)</span> qu'à la tête d'une troupe légère, -toujours à cheval, il couroit de quartier en quartier, interceptant -quelques convois, brûlant quelques moulins, et donnant l'exemple d'une -activité et d'une vigilance admirables, pour produire malheureusement -d'assez médiocres effets. Quant à l'armée de la fronde, elle étoit -retenue dans la ville par ses chefs, non qu'ils manquassent de -courage, mais parce qu'ils savoient mieux que personne ce que valoit -cette lâche et indocile milice.</p> - -<p>Ils se hasardèrent enfin à la faire sortir, à essayer s'ils ne -pourroient pas l'aguerrir dans quelques petits combats. C'est ici que -la fronde prend réellement un caractère plaisant et même ridicule que -tous les écrivains ont reconnu, mais dont ils ont fait une application -trop générale; c'est ici que l'esprit national se montre dans toute sa -piquante singularité. Les troupes parisiennes, pleines de jactance -dans leurs paroles, riches et élégantes dans leurs habillements, -sortoient en campagne, ornées de plumes et de rubans, pour jeter leurs -armes et fuir à toutes jambes vers la ville, lorsqu'elles -rencontroient le moindre escadron de l'armée royaliste. Elles y -rentroient au milieu des huées, des brocards, des traits malins de -toute espèce. On rioit de la gaucherie de leurs évolutions militaires. -Toujours battues lorsqu'elles osoient faire la moindre <span class="pagenum"><a id="page176" name="page176"></a>(p. 176)</span> résistance, on -ne les consoloit de ces petits échecs que par de plus grandes risées. -L'entrée de quelques convois qu'on avoit pu dérober à la vigilance de -l'ennemi, passoit pour un grand triomphe, et l'on honoroit du titre de -bataille la plus petite escarmouche. Dans l'attaque de Charenton<a id="footnotetag129" name="footnotetag129"></a><a href="#footnote129" title="Lien vers la note 129"><span class="smaller">[129]</span></a>, -la seule affaire sérieuse de ce siége burlesque, la seule où Condé -éprouva de la résistance, et où ses soldats furent obligés de déployer -leur valeur, l'armée parlementaire, trois fois plus nombreuse que -celle des royalistes, s'ébranla si lentement pour aller au secours des -assiégés, qu'on voyoit encore son arrière-garde au milieu de la place -Royale, tandis que les autres corps, arrêtés sur les hauteurs de -Picpus, y contemploient tranquillement l'assaut et la prise de la -ville, sans oser seulement traverser la vallée de Fécamp, qui les -séparoit des royalistes. Une gaieté folle animoit les deux partis: -Marigni, Blot, le médecin Gui-Patin, Scarron, Mézerai, jeune alors, -inondoient Paris de chansons, de ballades, de pamphlets, où ils -déchiroient <span class="pagenum"><a id="page177" name="page177"></a>(p. 177)</span> et plaisantoient tout le monde, royalistes et -parlementaires. Condé, d'un autre côté, si dédaigneux et si railleur, -réjouissoit la cour des sarcasmes amers qu'il lançoit sur ses -valeureux adversaires<a id="footnotetag130" name="footnotetag130"></a><a href="#footnote130" title="Lien vers la note 130"><span class="smaller">[130]</span></a>. Les bons mots pleuvoient de tous les -côtés. Faisant allusion au prince de Conti son frère, qui étoit -contrefait et même un peu bossu, il fit un jour une profonde -salutation à un singe attaché dans la chambre du roi, lui donnant le -titre de <i>généralissime de l'armée parisienne</i>. La cavalerie que -fournirent les maisons les plus considérables de Paris fut nommée, par -les frondeurs eux-mêmes, <i>cavalerie des portes cochères</i>. Le régiment -de Corinthe, levé par le coadjuteur, ayant été battu dans une -rencontre, on appela cet échec <i>la première aux Corinthiens</i>. Vingt -conseillers créés par Richelieu, et dédaignés de leurs confrères, -ayant voulu effacer la honte de leur nouvelle création en fournissant -chacun un subside de 15,000 liv., n'en retirèrent d'autre avantage que -d'être appelés <i>les Quinze-Vingts</i>.</p> - -<p>Cependant, la prise de Charenton commença à diminuer un peu de cet -enivrement des frondeurs. Jusque-là Paris avoit nagé dans -l'abondance, <span class="pagenum"><a id="page178" name="page178"></a>(p. 178)</span> tandis que la disette régnoit à Saint-Germain. Les -habitants des campagnes, sûrs d'être bien payés, profitoient de tous -les passages pour porter leurs denrées à la capitale; et les propres -soldats de Condé, attirés par le même appât, contribuoient eux-mêmes à -l'approvisionner. Mais lorsque le prince, maître de ce poste -important, eut pris des mesures pour resserrer davantage les assiégés, -les privations commencèrent à se faire sentir; la fatigue et le dégoût -succédèrent par degrés aux premiers mouvements d'enthousiasme, sinon -dans le peuple, du moins dans la classe des bourgeois aisés, qui seuls -supportoient tout le poids de la guerre. Accablés de subsides, exposés -aux insolences du peuple et aux vexations des soldats, ils soupiroient -après la paix, qui seule pouvoit leur rendre le repos et la -considération qu'ils avoient perdus. Il est inutile de dire que la -partie la plus saine du parlement, dominée et contenue par les -factieux, la désiroit avec la même ardeur. Quant aux généraux, pleins -en apparence d'une animosité commune contre le ministère, ils -n'avoient en effet d'autre but que leur intérêt particulier; et leur -mécontentement, né de l'oubli ou du dédain de la cour, étoit prêt à -cesser dès qu'elle se montreroit disposée à leur accorder ses faveurs. -Si l'on en excepte le coadjuteur et le duc de Beaufort, il n'en étoit -pas un seul qui <span class="pagenum"><a id="page179" name="page179"></a>(p. 179)</span> n'eût avec elle quelque négociation secrète. La cour -elle-même fatiguée d'une guerre plus difficile à terminer qu'elle ne -l'avoit cru d'abord, et dont les suites pouvoient devenir -très-fâcheuses, n'étoit point éloignée maintenant de l'accommodement -qu'elle avoit d'abord refusé avec tant de hauteur; et ses émissaires, -secrètement répandus dans Paris, s'y abouchoient avec les chefs, -travailloient à y développer ces dispositions pacifiques, dont les -signes devenoient de jour en jour plus manifestes. Le regard perçant -de Gondi avoit pénétré tous ces mouvements divers, et saisi tout d'un -coup les dangers extrêmes d'une semblable situation. De tant d'appuis -qu'il croyoit avoir élevés à ses projets ambitieux, tous étoient sur -le point de lui manquer, à l'exception de ce peuple, qui étoit bien -plus dans les mains du parlement que dans les siennes, dont il -connoissoit la cruelle inconstance, et dont il avoit été forcé même de -partager la faveur avec le duc de Beaufort, ce qui la rendoit encore -plus incertaine. Un esprit aussi violent et aussi fier ne pouvoit -supporter l'idée d'une paix où, confondu dans la foule des -négociateurs, il n'eût joué que le rôle d'un factieux subalterne; et -ce parlement, ces chefs, auxquels il pouvoit encore opposer la -multitude, en devenoient les arbitres, si cette multitude venoit à -l'abandonner. Cependant, comme l'intérêt des généraux n'étoit pas le -même que celui <span class="pagenum"><a id="page180" name="page180"></a>(p. 180)</span> des parlementaires; que ceux-ci désiroient la paix -uniquement pour l'amour d'elle, tandis que les autres feignoient de -vouloir la guerre pour devenir par son moyen maîtres des conditions du -traité, le coadjuteur avoit su, dans les premiers moments, les opposer -les uns aux autres avec son habileté accoutumée. D'abord, et malgré -toutes les difficultés que le premier président lui avoit opposées, il -avoit trouvé le moyen de prendre séance au parlement, comme substitut -de l'archevêque de Paris, son oncle, dont l'absence le servit ainsi -merveilleusement; et l'on conçoit l'avantage immense qu'en avoit tiré -un esprit aussi délié et aussi insinuant que le sien: en peu de temps -il s'y étoit rendu maître presque absolu des délibérations. Déjà -Talon, Molé, Mesmes, ayant osé hasarder quelques propositions -pacifiques, avoient été vivement combattus par le prince de Conti, et -forcés au silence par les clameurs des enquêtes<a id="footnotetag131" name="footnotetag131"></a><a href="#footnote131" title="Lien vers la note 131"><span class="smaller">[131]</span></a>. Un héraut envoyé -par le roi, et qu'on auroit reçu venant de la part d'un ennemi, fut, -par un artifice de Gondi, et sous les prétextes les plus -frivoles<a id="footnotetag132" name="footnotetag132"></a><a href="#footnote132" title="Lien vers la note 132"><span class="smaller">[132]</span></a>, renvoyé sans réponse, sans même <span class="pagenum"><a id="page181" name="page181"></a>(p. 181)</span> qu'on daignât ouvrir -ses paquets. Cependant son adresse et son crédit n'avoient pu empêcher -qu'on ne députât du moins vers la reine pour lui rendre raison d'un -procédé aussi inouï; et la manière affable dont les députés avoient -été reçus, le récit qu'ils firent à leur retour des bonnes -dispositions de la régente, avoient encore accru cette disposition à -la paix qui lui causoit de si vives alarmes: car, il faut le répéter, -toute la force de cet ambitieux et de ses adhérents, avoit été -jusqu'alors dans leur union avec le parlement; seuls ils n'étoient -rien, et la reine en étoit tellement convaincue, qu'elle écrivoit au -Prévôt des Marchands et aux Échevins: «Chassez le parlement de Paris; -et en même temps qu'il sortira par une porte, je rentrerai par -l'autre.» Une réconciliation sincère de cette compagnie avec la cour -ne leur eût pas été moins funeste, et les eût mis entièrement à la -discrétion d'Anne d'Autriche, qui n'étoit rien moins que disposée à -leur pardonner. Gondi sentit donc qu'il étoit perdu s'il ne cherchoit -un appui plus sûr, un pouvoir plus indépendant, plus disposé à -favoriser ses <span class="pagenum"><a id="page182" name="page182"></a>(p. 182)</span> vues, et au moyen duquel il pût compromettre sans retour -le parlement avec la reine et son ministre.</p> - -<p>Il ne pouvoit trouver un tel appui que dans les ennemis de l'état. -L'Espagne, qui ne demandoit pas mieux que de se mêler des affaires de -la France pour en accroître le désordre, n'avoit cessé de négocier -secrètement avec lui depuis le commencement des troubles; nous avons -vu qu'il avoit été sur le point de solliciter lui-même son secours, et -qu'il n'y avoit renoncé que lorsqu'il avoit pu espérer de faire cause -commune avec les princes. Maintenant que ceux-ci se faisoient des -intérêts différents des siens, il se détermina à donner plus de suites -à ces négociations. Les dispositions où se trouvoit cette puissance -les rendirent très-faciles; et le comte de Fuensaldagne, sur les -ouvertures que lui fit faire le coadjuteur, lui dépêcha, de l'aveu de -l'archiduc, un moine bernardin nommé Arnolfini, lequel arriva à Paris -muni d'un blanc-seing, que les chefs de la fronde pouvoient remplir à -volonté; mais c'étoit surtout Gondi qu'il avoit ordre d'écouter et -d'entraîner, s'il étoit possible, à se lier particulièrement et par -des engagements positifs.</p> - -<p>Gondi étoit trop habile pour donner dans de semblables piéges; et ce -fut vainement que le duc de Bouillon, qui lui-même négocioit depuis -long-temps avec l'archiduc, tâcha de l'y déterminer. <span class="pagenum"><a id="page183" name="page183"></a>(p. 183)</span> Il n'avoit garde -de se compromettre à ce point, lorsque d'un moment à l'autre la -politique de la cour pouvoit, ou par la levée du siége ou par le -renvoi de Mazarin, ôter tout prétexte à la guerre civile, et dans un -cas pareil ne lui laisser d'autre ressource que d'aller dans les -Pays-Bas jouer le rôle des exilés de la ligue, et servir, comme il le -dit lui-même, d'aumônier à l'archiduc. Il ne doutoit pas, et -l'événement prouva qu'il ne s'étoit point trompé, que ce duc de -Bouillon lui-même ne l'abandonnât sans le moindre scrupule, si la cour -consentoit jamais à lui rendre la principauté de Sedan dont elle -l'avoit dépouillé. Il osa donc concevoir le projet d'engager les -généraux et le parlement avec le gouverneur espagnol; sûr de pouvoir -ainsi continuer sans danger ses négociations clandestines, et, quelque -issue que prissent les affaires, de trouver l'impunité avec un si -grand nombre de coupables. Jamais intrigue ne fut mieux ourdie, ni -manœuvres ne furent plus habilement conduites. Secrètement endoctriné -par Gondi et par ses deux associés le duc et la duchesse de Bouillon, -le moine que l'on avoit revêtu d'un habit de cavalier, et à qui l'on -avoit fabriqué des instructions, des harangues, des lettres remplies -de projets et des promesses les plus brillantes, prend le nom plus -imposant de don Joseph d'Illescas, et arrive la nuit avec grand -fracas chez le <span class="pagenum"><a id="page184" name="page184"></a>(p. 184)</span> duc d'Elbœuf que l'on vouloit tromper d'abord, afin -qu'il aidât lui-même à tromper les autres. Celui-ci, qui se croit -aussitôt l'homme le plus considérable du parti, rassemble chez lui les -chefs, et leur présente cet envoyé avec une importance qui ne laisse -pas que d'amuser Gondi et Bouillon, tous les deux présents à cette -scène de comédie. Cette vue d'un émissaire d'une puissance ennemie, -venant leur proposer de traiter avec elle, sans la participation du -roi et peut-être contre lui, effaroucha d'abord quelques -parlementaires, qui assistoient à cette conférence: mais ce premier -moment de trouble et de surprise étant passé, on se mit à examiner le -parti qu'il étoit possible de tirer de l'intervention des Espagnols; -on convint de la marche à suivre; et il fut décidé que don Illescas -seroit présenté par le prince de Conti aux chambres assemblées.</p> - -<p>Il le fut dès le lendemain 19 février, au moment même où les gens du -roi, revenus de leur voyage à la cour, rendoient compte de l'accueil -favorable qu'ils y avoient reçu. Ce fut vainement que le président de -Mesmes, interpellant le prince de Conti, voulut lui faire honte d'oser -demander pour un envoyé de l'archiduc une faveur qu'il avoit fait -refuser au héraut de son propre souverain: toute <em>la cohue</em> du -parlement (c'est ainsi que Gondi lui-même appelle la chambre <span class="pagenum"><a id="page185" name="page185"></a>(p. 185)</span> des -enquêtes), ameutée par ce chef expérimenté, s'éleva contre lui, et fit -tant par ses cris qu'il fallut céder, et que le faux don Illescas fut -introduit. Il prit place au banc du bureau et prononça un discours -dont la substance étoit «Que Mazarin avoit offert à l'Espagne une paix -avantageuse; mais que son maître, sachant combien ce ministre étoit -odieux à la nation, avoit jugé plus convenable à sa dignité de -s'adresser au parlement, le considérant comme le conseil et le tuteur -des rois; et que telle étoit la confiance qu'il avoit dans la sagesse -de cette illustre compagnie, qu'il la laissoit maîtresse des -conditions.» Bien qu'un tel exposé, dont le faux sautoit aux yeux, dût -rendre au moins suspecte la mission de ce personnage, il fut remercié; -et l'on décida qu'il seroit fait registre de son discours pour en -référer à la régente.</p> - -<p>Pour les chefs des frondeurs c'étoit avoir beaucoup obtenu, quoiqu'en -apparence ce fût peu de chose; et avoir ainsi engagé le parlement à -écouter les Espagnols, actuellement en guerre ouverte avec la France, -c'étoit justifier d'avance tous les traités que Gondi et les siens -pourroient faire avec l'ennemi. Il fut lui-même étonné de son propre -succès: Molé, de Mesme, Talon et parmi les royalistes du parlement les -plus intègres et les plus éclairés en furent effrayés; ils virent -<span class="pagenum"><a id="page186" name="page186"></a>(p. 186)</span> avec douleur l'ascendant que prenoient les brouillons dans leur -compagnie, et résolus de tout sacrifier pour déjouer leurs intrigues -et ramener la paix, tandis que l'envoyé espagnol retournoit auprès de -son maître pour lui rendre compte de l'heureux succès de sa mission, -le premier président demandoit des passe-ports à la cour pour se -rendre auprès d'elle à la tête d'une députation de la compagnie. Elle -étoit composée des gens du roi, du président de Mesmes et de huit -conseillers.</p> - -<p>La reine et son ministre désiroient alors plus vivement que jamais -d'entrer en accommodement; et en effet la situation de leurs affaires -devenoit de jour en jour plus alarmante. Ces négociations des -frondeurs avec l'Espagne, toutes fâcheuses qu'elles étoient, les -inquiétoient peut-être moins que celles qui se faisoient de -Saint-Germain à Paris. Gaston, foible et ambitieux, se ménageant -toujours entre les partis, écoutoit alors secrètement Conti, la -duchesse de Longueville et Marsillac, qui, opposés depuis quelque -temps au coadjuteur, lui offroient de le mettre à la tête de leur -parti. Beaufort et Gondi ne lui faisoient pas des offres moins -séduisantes; et la régence étoit des deux côtés l'appât qu'on faisoit -surtout briller à ses yeux. Lui-même faisoit aussi sonder les chefs du -parlement pour savoir ce qu'il en pourroit espérer, s'il se décidoit -<span class="pagenum"><a id="page187" name="page187"></a>(p. 187)</span> à embrasser leur cause; et quoiqu'il fût encore retenu par l'ascendant -de Condé, il pouvoit d'un moment à l'autre prendre une fatale -résolution. Si l'on jetoit les yeux sur les provinces, elles offroient -encore de plus grands sujets de crainte. Quelques-unes étoient -ouvertement révoltées, d'autres ébranlées et prêtes à entrer dans la -révolte; plusieurs commandants de places fortes, gagnés par les -frondeurs, paroissoient disposés à livrer l'entrée des frontières à -l'ennemi; enfin la défection incroyable de Turenne<a id="footnotetag133" name="footnotetag133"></a><a href="#footnote133" title="Lien vers la note 133"><span class="smaller">[133]</span></a>, jusque-là si -fidèle, bien que l'adresse et l'activité de Mazarin en eussent -sur-le-champ arrêté les plus fâcheux effets, redoubloit encore d'aussi -vives alarmes en faisant voir jusqu'où pouvoit s'étendre cet esprit de -vertige et de révolte. Les passe-ports furent donc accordés sans -difficulté aux députés du parlement.</p> - -<p>Gondi excepté, les chefs n'avoient point calculé <span class="pagenum"><a id="page188" name="page188"></a>(p. 188)</span> ce qui pouvoit -résulter d'une conférence entre la cour et le parlement. La députation -lui causoit, à lui seul, des inquiétudes; et ces inquiétudes ne furent -que trop justifiées. Les députés, reçus avec une rigueur apparente, -mais au travers de laquelle ils purent facilement démêler que la cour -ne demandoit pas mieux que d'entrer en accommodement, supprimèrent, -dans le rapport qu'ils firent de leur première entrevue, tout ce qui -étoit de nature à aigrir les esprits, et n'offrirent à leur retour que -des peintures agréables de la manière dont on les avoit accueillis, et -des ouvertures de paix qui leur avoient été faites. Le parlement ne -manqua pas de saisir ces premières lueurs d'espérance, et fit inviter -les généraux à venir en délibérer avec lui. Avant de s'y rendre ils -s'assemblèrent tumultuairement, et, suivant le succès plus ou moins -heureux de leurs négociations particulières avec la cour, se -montrèrent plus ou moins opposés à ces dispositions pacifiques de la -compagnie. Gondi, sans expliquer ses raisons, sut avec une adresse -merveilleuse les amener à son avis, qui étoit de laisser le parlement -faire des avances pour la paix jusqu'à la réponse de l'archiduc. Il -préféroit sans doute la guerre à une paix faite uniquement par cette -compagnie; mais il vouloit encore moins faire une telle guerre, et -surtout des alliances avec les ennemis de l'état, sans <span class="pagenum"><a id="page189" name="page189"></a>(p. 189)</span> être soutenu -par un corps puissant et vénéré, qui seul pouvoit ôter à la rébellion -son caractère infâme et ses affreux dangers. Le peuple, qu'il -méprisoit autant qu'a jamais pu le faire aucun chef de parti, lui -sembloit un instrument dont il ne devoit user qu'avec les plus grandes -précautions, par cela même qu'il lui étoit alors possible d'en faire -tout ce qu'il auroit voulu. Anéantir par lui le parlement, c'étoit, en -lui ôtant son dernier frein, se livrer soi-même à ses caprices, et se -mettre à la merci des étrangers; s'en servir pour intimider cette -compagnie et diriger ses délibérations, c'étoit agir avec prudence, -habileté, et suivant les véritables intérêts de la faction. Tel étoit -le plan que s'étoit tracé cet esprit supérieur, et qu'il suivit -constamment tant que les autres chefs ne lui opposèrent pas des -obstacles invincibles. Tandis qu'il protégeoit contre la fureur -populaire ce même parlement assemblé pour accepter les conférences -offertes par la reine, il prenoit en même temps ses mesures pour le -forcer à les rompre dès qu'il le jugeroit à propos, non-seulement par -le soin qu'il avoit d'entretenir la multitude dans sa haine contre -Mazarin, mais encore en ôtant à la compagnie toute influence sur -l'armée, jusqu'alors enfermée dans la ville, et qu'il sut faire sortir -et camper hors des murs de Paris. C'est alors qu'il commença à parler -<span class="pagenum"><a id="page190" name="page190"></a>(p. 190)</span> en maître, à faire trembler les modérés du parlement, à concevoir -l'espérance d'éterniser la guerre, ou du moins de n'être forcé à faire -qu'une paix utile et honorable.</p> - -<p>Les conférences, dont Mazarin eut encore la mortification de se voir -exclu, ne tardèrent pas à s'ouvrir; et leurs commencements furent -très-orageux. Des deux côtés les prétentions étoient extrêmes. La cour -manquoit à ses promesses en resserrant plus que jamais les passages -qu'elle s'étoit engagée à laisser libres pendant toute la durée des -négociations, et le prince de Condé aigrissoit les esprits par une -hauteur déplacée. D'un autre côté le parlement, sous l'influence du -coadjuteur, rendoit des arrêts en faveur de Turenne, contre les -partisans de la cour, contre le cardinal; et les espérances de paix -sembloient s'éloigner de jour en jour davantage. Sur ces entrefaites -l'archiduc envoya un second député, et Gondi reconnut plus que jamais -combien il étoit difficile de suivre un plan tel que le sien avec des -hommes uniquement guidés par de petites passions et par de petits -intérêts. Le moment étoit décisif. Avant que les conférences eussent -amené aucun résultat, il falloit engager le parlement avec les -Espagnols, en donnant la paix générale intérieure et extérieure comme -le but unique de cette alliance audacieuse; et de cette manière on -paroit à tous les inconvénients<a id="footnotetag134" name="footnotetag134"></a><a href="#footnote134" title="Lien vers la note 134"><span class="smaller">[134]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page191" name="page191"></a>(p. 191)</span> Plus tard il falloit ou adopter -tout ce qu'auroient conclu les députés, ou se jeter dans les bras des -ennemis. Il ne fut point écouté. Les généraux, ou gagnés par l'argent -des Espagnols, ou dirigés par l'état plus ou moins heureux de leurs -rapports secrets avec la cour, signèrent avec l'archiduc un traité -partiel qui les mettoit dans une situation fausse et dangereuse. Ils -purent reconnoître peu de jours après quelle faute ils avoient faite: -car au moment même où les conférences sembloient prêtes à se rompre -par l'exagération des prétentions opposées, où l'influence des chefs, -et surtout de Gondi, sur le parlement, sembloit plus forte que jamais, -enfin lorsque les députés, dont les pouvoirs alloient expirer, étoient -sur le point de se retirer, on apprit tout à coup à Paris que le 11 -mai, l'accommodement avoit été signé à Ruel par les princes, les -ministres, et tous les députés.</p> - -<p>Du côté de la cour, ce fut la crainte qu'inspiroit cette liaison des -frondeurs avec les ennemis de l'État, qui amena si brusquement une -telle détermination; <span class="pagenum"><a id="page192" name="page192"></a>(p. 192)</span> du côté des députés, ce fut un dévouement -patriotique qui mérite d'être admiré. Ils ne se dissimuloient point le -danger extrême auquel ils alloient s'exposer; mais si les conditions -de cette paix étoient raisonnables et entroient dans l'intérêt -général, ils pouvoient espérer de la faire recevoir malgré les -factieux; et même dans le cas où ils auroient été désavoués, ils -affoiblissoient du moins la faction en faisant voir au parlement la -possibilité de traiter avec avantage, sans lier sa cause à des -intérêts étrangers. Tels furent les motifs qui firent conclure ce -traité, que Mazarin fut admis à signer, et dans lequel le parlement, -faisant la loi à la cour dans tout ce qui touchoit ses intérêts, -oublia entièrement ceux des généraux. Leur étonnement fut égal à leur -dépit lorsqu'ils apprirent un événement qui détruisoit en un moment -toutes leurs espérances; et cependant, tel étoit leur aveuglement sur -ces négociations fallacieuses dont la cour les amusoit depuis si -long-temps, que chacun d'eux, dans la crainte de se fermer toutes les -voies de conciliation qu'il croyoit s'être ouvertes, opina à rejeter -le dernier avis de Gondi, qui consistoit à forcer le parlement -d'entrer sur-le-champ dans l'alliance avec l'Espagne pour la paix -générale, ce qui étoit encore praticable, parce que rien n'étoit si -facile que de le forcer à désavouer ses députés. Ils aimèrent <span class="pagenum"><a id="page193" name="page193"></a>(p. 193)</span> mieux -employer l'influence du peuple à faire rompre le traité conclu avec la -cour, pour en entamer un autre dans lequel ils fussent admis à faire -valoir leurs prétentions particulières. Ce fut vers ce but qu'ils -dirigèrent les délibérations dans la séance où les députés rendirent -compte à la compagnie du résultat de leur mission, séance à jamais -mémorable, où Molé arracha l'admiration de ses ennemis mêmes, par le -calme majestueux, le courage intrépide avec lequel il soutint la -violence des assauts que les factieux lui livrèrent dans l'intérieur -même du parlement, et les cris de mort qu'une populace furieuse -élevoit au dehors contre lui<a id="footnotetag135" name="footnotetag135"></a><a href="#footnote135" title="Lien vers la note 135"><span class="smaller">[135]</span></a>. Les choses en vinrent <span class="pagenum"><a id="page194" name="page194"></a>(p. 194)</span> au point que -les chefs même qui avoient ameuté cette populace se virent dans la -nécessité de protéger contre ses excès les députés qui avoient trahi -leur cause; et rien ne leur réussit des mesures qu'ils avoient prises -par cette difficulté qu'ils éprouvèrent sans cesse, et dont ils -faisoient en ce moment et plus que jamais la fâcheuse expérience, -d'engager le parlement aussi loin qu'ils auroient voulu, ce corps -s'arrêtant toujours, par une sorte d'instinct monarchique, au degré -qui séparoit la résistance au pouvoir de la révolte déclarée. Ces -chefs forcèrent sans doute les députés à retourner à la cour pour -modifier ce traité; mais tout ce qu'il en résulta pour eux, ce fut -d'être abandonnés par le peuple après l'avoir été par le parlement, -dès qu'on s'aperçut qu'ils n'avoient fait la guerre et ne vouloient -faire la paix que pour leur propre intérêt. La cour, les voyant ainsi -décriés et réduits, par la défection de l'armée de Turenne, à -l'impuissance la plus absolue, se moqua d'eux, et les paya presque -tous de vaines promesses. Gondi, qui ne demanda rien, qui ne fut pas -même compris nominativement <span class="pagenum"><a id="page195" name="page195"></a>(p. 195)</span> dans cette paix honteuse où il avoit été -entraîné malgré lui, fut le seul cependant qui y gagna quelque chose, -parce qu'il conserva du moins avec Beaufort cette faveur populaire -qu'il réserva pour des temps meilleurs. Le parlement fit encore la loi -à son souverain<a id="footnotetag136" name="footnotetag136"></a><a href="#footnote136" title="Lien vers la note 136"><span class="smaller">[136]</span></a>; mais Mazarin, que l'on avoit jugé si malhabile, -resta à son poste; les Espagnols reçurent des conjurés eux-mêmes le -signal de la retraite<a id="footnotetag137" name="footnotetag137"></a><a href="#footnote137" title="Lien vers la note 137"><span class="smaller">[137]</span></a>; et l'on vit tout à coup au tumulte et aux -désordres des partis succéder un calme apparent pendant lequel chacun -se prépara à soutenir ou à exciter de nouveaux orages.</p> - -<p>Gondi, comme nous venons de le dire, tiroit seul des avantages réels -de cette paix. Il avoit rejeté avec mépris les faveurs insidieuses et -mesquines de la cour, telles que le paiement de ses dettes, la -jouissance de quelques abbayes, etc. Ce n'étoit pas pour si peu de -chose qu'un homme de cette trempe avoit daigné conspirer: la pourpre -et le ministère, tels étoient les objets de sa vaste ambition. -Beaufort, qui n'avoit pu obtenir ce qu'il désiroit<a id="footnotetag138" name="footnotetag138"></a><a href="#footnote138" title="Lien vers la note 138"><span class="smaller">[138]</span></a>, étoit -toujours entre ses mains; <span class="pagenum"><a id="page196" name="page196"></a>(p. 196)</span> et l'amour du peuple pour ce prince sembloit -s'augmenter encore de la haine qu'il portoit toujours à Mazarin. D'un -autre côté, la duchesse de Chevreuse revenue de son exil<a id="footnotetag139" name="footnotetag139"></a><a href="#footnote139" title="Lien vers la note 139"><span class="smaller">[139]</span></a>, par une -suite de ce mépris où étoit tombée l'autorité royale, liée avec le -coadjuteur par des rapports où l'amour n'avoit pas moins de part que -la politique, lui servoit d'intermédiaire pour renouer ses intrigues -avec l'Espagne, et même pour tromper Mazarin, dont elle avoit la -confiance, et à qui elle faisoit entrevoir la possibilité de l'attirer -à son parti. Gondi voyoit en outre un germe de division prêt à éclater -entre le ministre et Condé, et fondoit sur ces divisions de nouvelles -espérances. La haine publique pour son ennemi sembloit augmenter de -jour en jour, et il avoit grand soin de l'entretenir par ses -manœuvres accoutumées. Les partisans de la cour étoient publiquement -et impunément insultés par les frondeurs<a id="footnotetag140" name="footnotetag140"></a><a href="#footnote140" title="Lien vers la note 140"><span class="smaller">[140]</span></a>; et telle étoit leur -puissance, <span class="pagenum"><a id="page197" name="page197"></a>(p. 197)</span> que, malgré cette paix solennellement jurée et la -soumission apparente qui en étoit résultée, Mazarin et la régente -n'osèrent rentrer à Paris qu'après avoir négocié leur retour avec les -chefs du parti. Gondi eut l'audace d'aller lui-même à Compiègne pour -en régler les conditions; et le roi rentra enfin dans sa capitale avec -les apparences d'un triomphe qui n'en imposa à personne, mais du moins -au milieu de ces acclamations d'amour qu'excita presque toujours parmi -les François la présence de leur légitime souverain.</p> - -<p>Cette paix, loin de calmer les esprits, sembloit avoir donné un -nouveau degré d'activité à la haine, à l'intrigue, à toutes les -passions. Condé, fier, impétueux, trop ambitieux peut-être, ne voyoit -point de prix qui fût au-dessus de ses services; et Mazarin, effrayé -de cette ambition soutenue par un aussi grand caractère, sembloit ne -plus voir en lui qu'un sujet dangereux qui vouloit abuser de ce qu'il -avoit fait pour son maître. Les demandes exagérées du prince, tant -pour lui que pour ses créatures, étoient éludées aussi adroitement que -possible par le ministre; mais, se renouvelant sans cesse, elles lui -suscitoient chaque jour de nouveaux embarras. Celui-ci, pour échapper -à la protection trop redoutable <span class="pagenum"><a id="page198" name="page198"></a>(p. 198)</span> du héros, voulut s'appuyer de -l'alliance de la maison de Vendôme, en mariant une de ses nièces au -duc de Mercœur, auquel elle auroit porté en dot l'amirauté. Condé s'y -opposa hautement, et même avec des paroles outrageantes pour Mazarin. -La duchesse de Longueville, qui s'étoit rapprochée de son frère après -avoir été rejetée du parti des frondeurs, aigrissoit encore par ses -artifices des ressentiments dont elle espéroit profiter. Les troubles -de la Guienne et de la Provence, causés par l'orgueil et la tyrannie -des gouverneurs de ces deux provinces, le comte d'Alais et le duc -d'Épernon, mirent le comble à cette mésintelligence, par l'opposition -de vues et d'intérêts que firent éclater en cette circonstance le -prince et le cardinal, le prince soutenant le comte d'Alais, qui étoit -son parent, le cardinal refusant d'abandonner le duc d'Épernon à la -merci du parlement de Bordeaux. Enfin Mazarin ayant essayé de -brouiller son rival avec Gaston, au moyen d'une de ces fourberies qui -lui étoient si familières, Condé, poussé à bout, reconnut qu'un éclat -étoit nécessaire; toutefois plus habile et plus rusé qu'on n'auroit pu -l'attendre d'un caractère si altier et si violent, il sentit que son -intérêt n'étoit pas de perdre le ministre, mais de le subjuguer; et, -pour y parvenir, il employa des manœuvres dignes de la politique -astucieuse de son ennemi. Sûr que <span class="pagenum"><a id="page199" name="page199"></a>(p. 199)</span> le cardinal n'oseroit rien -entreprendre contre lui sans l'aveu de Gaston, il commence par -s'assurer de ce prince en gagnant l'abbé de La Rivière son favori. Il -s'attache plus fortement encore, par ses bienfaits et par ses -caresses, la duchesse de Longueville et le prince de Conti; il protége -ouvertement Chavigni, l'un des plus fougueux ennemis du ministre; -soutient avec chaleur les prétentions des ducs de Bouillon et de -Longueville, qui demandoient, l'un Sedan, l'autre le Pont-de-l'Arche, -qu'on leur avoit promis à la paix de Ruel; rompt enfin publiquement -avec Mazarin<a id="footnotetag141" name="footnotetag141"></a><a href="#footnote141" title="Lien vers la note 141"><span class="smaller">[141]</span></a>, et appelle autour de lui les frondeurs qu'il -méprisoit intérieurement, et qui, malgré la sécurité qu'ils -affectoient, étoient en ce moment fort abattus, et cherchoient de tous -côtés un appui contre les ressentiments et la vengeance de la cour. -Ils y volent, ivres de joie et d'espérances. Déjà Gondi et Beaufort ne -rêvent que soulèvements, séditions, guerre civile; les sarcasmes et -les libelles renaissent de toutes parts; Condé, jusque-là odieux aux -Parisiens, a presque <span class="pagenum"><a id="page200" name="page200"></a>(p. 200)</span> la faveur populaire; on réforme d'avance l'état; -on change le ministère: Mazarin semble perdu sans ressource. Tout à -coup La Rivière<a id="footnotetag142" name="footnotetag142"></a><a href="#footnote142" title="Lien vers la note 142"><span class="smaller">[142]</span></a>, que l'adroit ministre a su gagner à son tour, -lui ramène le duc d'Orléans, dont l'esprit versatile et jaloux -commençoit déjà à s'inquiéter de la marche trop rapide du héros. -Gaston propose à Condé sa médiation: celui-ci, satisfait d'avoir jeté -l'effroi dans l'âme de Mazarin, l'accepte, se rend maître des -conditions du raccommodement<a id="footnotetag143" name="footnotetag143"></a><a href="#footnote143" title="Lien vers la note 143"><span class="smaller">[143]</span></a>, et dès qu'il a repris à la cour -toute son influence, abandonne brusquement les frondeurs, convaincus -alors, mais trop tard, qu'ils ont été ses dupes, qu'il en a fait les -vils instruments de son ambition.</p> - -<p>La fronde fut abattue par ce mépris du prince; et l'inaction dont elle -avoit espéré sortir, et dans laquelle cet abandon soudain l'avoit -replongée, alloit achever sa ruine. Personne ne le sentoit <span class="pagenum"><a id="page201" name="page201"></a>(p. 201)</span> plus -vivement que Gondi; et s'il eût été possible de lui rendre son -activité, il savoit aussi tout ce qu'il pouvoit espérer de ce parti -puissant dans lequel on comptoit encore, outre la faction -parlementaire, une foule de seigneurs qu'à la signature de la paix -Mazarin avoit imprudemment négligés ou confondus dans la foule des -rebelles. Épiant sans cesse les occasions de le ranimer, le coadjuteur -avoit d'abord tenté, mais vainement, de donner un caractère séditieux -à une assemblée de la noblesse, convoquée sur le motif frivole d'une -distinction extraordinaire accordée à quelques personnes de la -cour<a id="footnotetag144" name="footnotetag144"></a><a href="#footnote144" title="Lien vers la note 144"><span class="smaller">[144]</span></a>. N'ayant pu parvenir à en faire des états généraux, il vit -que tout étoit perdu si, continuant à jouer le rôle d'un vil -séditieux, de tribun sans aveu d'une populace révoltée, il ne trouvoit -le moyen, comme il le dit lui-même, <cite>de se reprendre et se recoudre -pour ainsi dire avec le parlement</cite>. Les vacations de cette compagnie, -la défense faite aux chambres de s'assembler, et à laquelle elles -s'étoient soumises par le traité, sembloient lui ôter à ce sujet toute -espérance: le malheur des temps ne tarda pas à lui en fournir -l'occasion la plus favorable qu'il pût désirer.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page202" name="page202"></a>(p. 202)</span> On voit qu'il est question ici de la fameuse affaire des rentiers. -Emeri, que, dès le commencement des troubles, Mazarin s'étoit vu forcé -par le cri public de dépouiller de la direction des finances, venoit -d'y rentrer non-seulement sans le moindre obstacle, mais même avec une -sorte de faveur; et son génie, plein de ressources, avoit su ranimer -le crédit public, et redonner quelque vie au trésor épuisé. Parmi les -opérations utiles qu'il crut nécessaire de faire pour adoucir la haine -populaire, le paiement des rentes sur l'Hôtel-de-Ville interrompu par -les troubles civils, lui parut devoir être avant tout rétabli. Les -adjudicataires, qu'un arrêt du conseil condamna, d'après cette -disposition, à payer toutes les semaines une somme considérable, s'y -refusèrent, et prouvèrent l'impossibilité où ils étoient de le faire -par la cessation presque absolue du paiement des impôts. Les rentiers, -décidés à jouir de tous les bénéfices de la loi, s'assemblent -aussitôt, et présentent requête à la chambre des vacations: ils -n'obtiennent que partie de ce qu'ils avoient demandé, et s'assemblent -de nouveau. Alors Gondi introduit parmi eux cinq à six frondeurs -subalternes qui ne tardent pas à dominer l'assemblée, et à la diriger -selon les vues du parti. On y propose la création de douze syndics -chargés de veiller aux intérêts du corps; <span class="pagenum"><a id="page203" name="page203"></a>(p. 203)</span> on y arrête une députation -au coadjuteur et au duc de Beaufort, pour leur demander une protection -qu'ils n'avoient garde de refuser. Cette démarche solennelle et leur -réponse hypocrite ramènent à eux la multitude qui commençoit à les -négliger, et soutiennent l'audace des rentiers. La chambre des -vacations avoit défendu à ceux-ci de s'assembler: ils bravent ses -menaces, et présentent requête tant pour assurer l'état de leurs -syndics, que pour amener une assemblée générale des chambres, but -secret de tous ces mouvements toujours dirigés par les frondeurs. -Molé, dont l'œil vigilant a pénétré toutes ces intrigues, veut faire -casser le syndicat; et ce dessein, à peine entrevu dans une assemblée -tenue chez lui, augmente encore l'effervescence des esprits. Une -révolte est sur le point d'éclater; et les membres du parlement, en -sortant de la séance, sont insultés par la populace. Cependant les -chefs, n'espérant pas réussir complètement par de tels moyens, et -sachant d'ailleurs que la cour étoit disposée à faire un coup -d'autorité en s'assurant des syndics les plus mutins et les plus -ardents, imaginèrent, pour achever d'émouvoir le peuple entier, une -imposture odieuse sans doute, mais très-habilement concertée. Il fut -décidé, dans un conciliabule tenu chez le président Bellièvre, l'un -des plus fougueux frondeurs, de supposer l'assassinat d'un des -syndics; <span class="pagenum"><a id="page204" name="page204"></a>(p. 204)</span> et Joly, conseiller au châtelet, le plus turbulent de tous, -qui depuis fut attaché à la personne du coadjuteur<a id="footnotetag145" name="footnotetag145"></a><a href="#footnote145" title="Lien vers la note 145"><span class="smaller">[145]</span></a>, s'offrit pour -être le syndic assassiné. Les préparatifs de cette tragi-comédie se -firent chez Noirmoutiers<a id="footnotetag146" name="footnotetag146"></a><a href="#footnote146" title="Lien vers la note 146"><span class="smaller">[146]</span></a>. Un gentilhomme, nommé d'Estainville, -désigné pour être l'assassin, perça d'un coup de pistolet l'habit de -Joly étendu sur un mannequin, et précisément à l'endroit où il falloit -qu'il le fût pour rendre l'assassinat vraisemblable. Joly passe en -carrosse le lendemain à sept heures et demie dans la rue des -Bernardins, baisse la tête à un signal convenu; le coup part, et la -balle, traversant la voiture, va tomber à dix pas de là pour y être -ramassée par le secrétaire de l'avocat-général Bignon, qui demeuroit à -quelque distance de là. Le prétendu meurtrier, muni d'un bon cheval, -se sauve à bride abattue. Joly, qui d'avance avoit eu soin de se faire -au bras une espèce de plaie, fait constater sa blessure par un -chirurgien du voisinage, et va se jeter dans son lit.</p> - -<p>Les frondeurs aussitôt se répandent par la ville, criant de toutes -parts qu'on a voulu assassiner <span class="pagenum"><a id="page205" name="page205"></a>(p. 205)</span> un syndic, et que ce premier crime -n'est que le prélude des plus sanglantes exécutions. Ils se réunissent -aux rentiers, et se précipitent à la Tournelle, demandent vengeance -d'un aussi horrible attentat. Cependant Mazarin a pénétré cette -intrigue ténébreuse, et songe déjà à la faire retomber sur ses -auteurs. Le tumulte étoit grand; il essaie de le rendre plus affreux -encore, d'exciter une sédition populaire, pour commettre Condé avec -les frondeurs, et détruire ainsi ses ennemis les uns par les autres. -L'agent qu'il met en jeu<a id="footnotetag147" name="footnotetag147"></a><a href="#footnote147" title="Lien vers la note 147"><span class="smaller">[147]</span></a> pour cette manœuvre ayant manqué son -coup, il prend la résolution d'employer les mêmes machinations que les -factieux, de les combattre avec leurs propres armes. Le même jour un -guet-apens est posté par son ordre dans la place Dauphine, le plus -près possible du Pont-Neuf, passage habituel du prince pour se rendre -au Palais-Royal, d'où il retournoit chaque jour <span class="pagenum"><a id="page206" name="page206"></a>(p. 206)</span> vers minuit à l'hôtel -de Condé. On feint de s'alarmer de ce rassemblement; on envoie contre -lui le guet, avec lequel il a une sorte d'engagement. Les cavaliers -inconnus déclarent qu'ils sont là par ordre de M. de Beaufort: tout -semble annoncer un complot, et l'adresse du ministre sait si bien -ménager les apparences, que Condé, tout intrépide qu'il est, conçoit -quelques alarmes et consent, sur les sollicitations pressantes et -hypocrites dont il est obsédé, que son carrosse parte, occupé par un -seul laquais. La voiture passe sur le Pont-Neuf à onze heures du soir; -elle est entourée; un coup de pistolet part; le laquais est blessé. -Condé, enveloppé dans une trame aussi subtile, ne doute plus que les -chefs de la fronde n'aient voulu attenter à ses jours; et dès ce -moment, livré à toute l'ardeur de son bouillant caractère, il ne -respire plus que la plus terrible vengeance.</p> - -<p>Tout Paris fut comme lui dans l'erreur; et le peuple, tout séditieux -qu'il pouvoit être, n'en étoit point alors au point d'applaudir à des -assassinats. Gondi et Beaufort, signalés comme les auteurs du crime, -d'accusateurs qu'ils étoient devenus accusés, perdent en un moment -toute leur faveur. Beaufort, abattu, veut fuir, se jeter dans une -place forte, c'est-à-dire s'avouer coupable. Gondi le retient, fait -passer dans son âme une partie de son <span class="pagenum"><a id="page207" name="page207"></a>(p. 207)</span> courage, et tous les deux -décident de faire tête à l'orage. Ils se promènent sans suite dans la -ville, vont faire plusieurs visites au prince, qui refuse de les -recevoir, enfin affectent la tranquillité la plus profonde, tandis que -Condé, dirigé sans s'en douter par le cardinal, présentoit requête au -parlement pour que l'on informât sur l'entreprise tentée contre sa -personne. L'affaire de Joly fut mêlée avec celle-ci dans les -informations; on décréta de prise-de-corps plusieurs personnes, entre -autres La Boulaye, que Mazarin fit évader. Toutefois ses manœuvres, -jusque là bien conduites, manquèrent tout à coup lorsque l'on -produisit les témoins qui venoient déposer contre les chefs de la -fronde. Il est probable qu'il avoit été impossible de s'en procurer -d'autres; mais c'étoient des hommes de la dernière classe du peuple, -dont plusieurs avoient été condamnés à des peines infamantes, et qui -d'ailleurs ne purent présenter que des allégations vagues et -entièrement dénuées de vraisemblance, contre ceux qu'ils venoient -accuser. La bassesse de ces misérables, qui furent convaincus d'être -espions à gage du ministre, révolta les juges et le peuple lui-même; -et cette circonstance, jointe à la sécurité que montroient les -accusés, commença à leur ramener les esprits. Ils essayèrent de -profiter de ces dispositions pour dessiller les yeux du prince; mais -Condé, aussi, <span class="pagenum"><a id="page208" name="page208"></a>(p. 208)</span> imprudent qu'inflexible, déclara avec sa hauteur -ordinaire qu'il les poursuivroit jusqu'à ce qu'ils se fussent exilés -eux-mêmes de la capitale.</p> - -<p>Cependant les accusés passoient alternativement de la crainte à -l'espérance. Les avocats-généraux, malgré tous les efforts de Molé, ne -trouvant contre eux aucune preuve valable, n'avoient pas cru devoir -les impliquer dans leur réquisitoire: ils se crurent délivrés de cette -affaire. Mais le procureur-général, gagné par la cour, promit de -lancer contre eux un décret: ils le surent, et se virent bientôt dans -le même embarras qu'auparavant. Le parti entier s'assembla chez le duc -de Longueville, et tous les avis y furent violents, à l'exception de -celui de Gondi, qui, leur montrant jusqu'à l'évidence la folie qu'il y -auroit à vouloir employer la force dans l'état où ils étoient réduits, -finit par les convaincre qu'il n'y avoit point d'autre voie de salut -que d'aller se défendre au parlement avec tout le courage de -l'innocence. Ils y allèrent en effet; et le coadjuteur, se servant à -propos de son audace et de son éloquence ordinaires, montra dans un -jour si éclatant toute l'absurdité des accusations, toute la bassesse -des témoins, que, malgré le décret qui dans cette séance mémorable fut -effectivement lancé contre lui et contre Beaufort<a id="footnotetag148" name="footnotetag148"></a><a href="#footnote148" title="Lien vers la note 148"><span class="smaller">[148]</span></a>, <span class="pagenum"><a id="page209" name="page209"></a>(p. 209)</span> il adoucit -les membres qui lui étoient le plus opposés, ranima ceux qui tenoient -à son parti, et, sortant du palais au milieu des acclamations du -peuple, fut reconduit en triomphe à l'archevêché.</p> - -<p>(1650) Ce furent alors les frondeurs qui demandèrent à grands cris le -jugement de leurs chefs, jugement auquel Mazarin mit tous les -retardements qu'il lui fut possible d'imaginer pour aigrir davantage -les deux partis. Les accusés récusèrent hautement Molé et son fils -Champlâtreux, qu'ils signalèrent comme leurs ennemis; ils récusèrent -aussi Condé comme leur accusateur, et tout à coup retirèrent leurs -actes de récusation, ce qui leur donna un grand air d'innocence, et ne -contribua pas médiocrement au succès de leur cause. Dans les -délibérations orageuses que fit naître cette grande affaire, Condé put -facilement s'apercevoir que son parti s'affoiblissoit de jour en jour; -et la défection de Gaston, qui jusqu'alors avoit fait cause commune -avec lui, acheva de détruire ses espérances, sans rien diminuer de sa -fierté et de son ardeur de vengeance. Au parlement, dans la ville, les -deux partis ne marchoient qu'armés et pour ainsi dire en ordre de -bataille<a id="footnotetag149" name="footnotetag149"></a><a href="#footnote149" title="Lien vers la note 149"><span class="smaller">[149]</span></a>. À tous moments le sang étoit prêt à couler; et les -haines, aigries, envenimées par <span class="pagenum"><a id="page210" name="page210"></a>(p. 210)</span> ce choc continuel des opinions dont la -grande chambre étoit le tumultueux théâtre, sembloient être devenues à -jamais irréconciliables. C'étoit là que le rusé ministre attendoit son -trop bouillant rival; c'étoit dans ces haines allumées par sa -cauteleuse adresse qu'il alloit trouver des ressources sûres pour se -délivrer enfin du plus humiliant esclavage. Il est trop vrai que -l'orgueil et la tyrannie de Condé ne pouvoient plus être supportés. Il -révoltoit la cour et la ville par ses hauteurs, dominoit insolemment -dans le conseil, maltraitoit les ministres, outrageoit la reine -elle-même à laquelle il étoit devenu odieux<a id="footnotetag150" name="footnotetag150"></a><a href="#footnote150" title="Lien vers la note 150"><span class="smaller">[150]</span></a>, et sembloit marcher -ouvertement à l'indépendance. <span class="pagenum"><a id="page211" name="page211"></a>(p. 211)</span> Aussi imprudent qu'il étoit audacieux, -en même temps qu'il se brouilloit ouvertement avec la fronde, il -poussoit à bout le cardinal, qui, ne pouvant frapper à la fois les -deux ennemis qui le harceloient, se décida à abattre le plus -dangereux. Il avoit fallu surtout empêcher leur réunion, à laquelle -rien n'eût pu résister; et c'est en quoi l'on ne peut trop admirer la -rare habileté de Mazarin. Anne d'Autriche, profondément offensée, lui -avoit permis de la venger; et ce fut dans les frondeurs eux-mêmes que -le ministre trouva les appuis nécessaires pour assurer une vengeance -qui n'alloit pas moins qu'à faire arrêter son redoutable ennemi. Il -parvient d'abord à détacher de lui Gaston, qu'il éclaire sur la -trahison de son favori La Rivière, depuis long-temps vendu à Condé; il -gagne le coadjuteur par madame de Chevreuse, tandis que le prince, -quoiqu'à demi détrompé sur l'affaire de l'assassinat, continuoit à -poursuivre celui-ci avec l'entêtement le plus déraisonnable et surtout -le plus impolitique. Ce qu'on auroit peine à croire, si les discordes -civiles n'offroient pas trop souvent des exemples de ces révolutions -singulières qu'amènent dans les événements les passions et les -intérêts, ce Gondi, qui naguère ne respiroit que la révolte, que la -cour regardoit comme un traître digne du dernier supplice, est appelé -par la reine pour être l'appui du trône contre un héros <span class="pagenum"><a id="page212" name="page212"></a>(p. 212)</span> qui jusque-là -en avoit été le soutien et le défenseur. Il ose aller aux entrevues -qu'elle lui fait proposer, la voit ainsi que son ministre, en est -accueilli, fêté, caressé; règle les conditions auxquelles il permet -l'exécution de ce grand coup d'état; stipule pour tous les chefs de -son parti des récompenses qu'il refuse pour lui-même, afin de -conserver toujours son influence sur la multitude; se concerte avec le -ministre pour tromper Condé et l'attirer dans le piége; abandonne -enfin sans scrupule le duc de Longueville et le prince de Conti, -inutiles désormais à la fronde, et qu'il étoit prudent d'envelopper -dans la disgrâce du chef de leur maison. Mais, dans toutes ces -dispositions si habilement prises, il fut forcé de consentir à faire -un secret de l'entreprise à Beaufort dont on craignoit -l'indiscrétion<a id="footnotetag151" name="footnotetag151"></a><a href="#footnote151" title="Lien vers la note 151"><span class="smaller">[151]</span></a>; et l'amour-propre offensé de celui-ci ne le -pardonna jamais au coadjuteur.</p> - -<p>Les trois princes furent arrêtés au Palais-Royal, en plein jour, au -moment où ils alloient entrer au conseil. Ils le furent par la faute -de Condé, qui méprisa tous les avis qu'on lui faisoit passer de -toutes parts sur le coup qu'on <span class="pagenum"><a id="page213" name="page213"></a>(p. 213)</span> méditoit contre lui<a id="footnotetag152" name="footnotetag152"></a><a href="#footnote152" title="Lien vers la note 152"><span class="smaller">[152]</span></a>. Mais le -ministre en commit une plus grande encore en ne s'assurant pas, en -même temps, de toute la famille et des principaux amis de ce prince. -Naturellement éloigné des partis violents, il se contenta de faire -exiler les deux princesses à Chantilli<a id="footnotetag153" name="footnotetag153"></a><a href="#footnote153" title="Lien vers la note 153"><span class="smaller">[153]</span></a>. La duchesse de -Longueville, Bouillon, Turenne, Grammont, une foule de gentilshommes -attachés à Condé, eurent le temps de se sauver dans les provinces, -essayant de les soulever en sa faveur. Parmi ses amis qui restèrent à -Paris, plusieurs l'abandonnèrent lâchement. Le jeune Boutteville seul, -par une témérité folle que l'amitié justifie, essaya d'émouvoir le -peuple en parcourant les rues, et en répandant le bruit que c'étoit -Beaufort que Mazarin venoit de faire arrêter. À ce nom adoré, la -fermentation devint générale; les bourgeois s'armèrent; et la cour -eût vu se renouveler les barricades, si Gondi, <span class="pagenum"><a id="page214" name="page214"></a>(p. 214)</span> averti à temps de -l'erreur, ne se fût hâté de publier partout le nom du véritable -prisonnier. Beaufort lui-même parut à cheval suivi d'un nombreux -cortége; et le peuple, passant alors des plus vives alarmes à la joie -la plus effrénée, alluma des feux de joie et tira des coups -d'arquebuse pour célébrer un événement qui le délivroit du plus odieux -de ses ennemis.</p> - -<p>Dès le lendemain de la détention des princes, tous les grands du -royaume, les officiers de la couronne et les compagnies supérieures -furent mandés au Palais-Royal pour y entendre un long manifeste contre -Condé, que le cardinal accusa ouvertement d'aspirer à la tyrannie. Ce -manifeste, envoyé le jour suivant au parlement en forme de -déclaration, y fut enregistré sans la moindre difficulté. Il n'est pas -besoin de dire que Gondi et Beaufort furent à l'instant déchargés de -toutes les accusations qui avoient été portées contre eux.</p> - -<p>Cependant la cour étoit loin de jouir avec une entière sécurité de -l'espèce de triomphe qu'elle venoit de remporter. Les princes étoient -à peine sur la route de Vincennes, que les frondeurs avoient inondé le -Palais-Royal, entourant la reine et l'accablant de leurs protestations -de fidélité. Elle avoit reçu leurs hommages avec un sang-froid au -travers duquel perçoient le mépris qu'elle ressentoit pour eux et la -méfiance qu'ils <span class="pagenum"><a id="page215" name="page215"></a>(p. 215)</span> lui inspiroient. Pour un tyran dont elle venoit de se -délivrer, elle alloit peut-être se donner une foule de tyrans; et tout -la portoit à croire qu'elle n'avoit fait que changer d'esclavage. En -effet Mazarin, qui avoit cru respirer un moment, retomba bientôt dans -ses premières inquiétudes lorsqu'il vit l'adroit et vigilant Gondi -chercher avidement la confiance de Gaston, dont lui-même avoit fait -éloigner l'insignifiant favori, s'emparer entièrement de cet esprit -jaloux et pusillanime, et étayer son parti de l'appui d'un aussi grand -nom. Telle étoit leur situation fâcheuse et singulière, qu'une union -même momentanée étoit à peu près impossible entre de tels rivaux. Les -frondeurs ne pouvoient pas même avoir l'air de former la moindre -liaison avec Mazarin, sans perdre cette confiance de la multitude -qu'il leur étoit si important de conserver; et Mazarin, qui avoit tant -de raisons de se méfier d'eux, prétendoit les soumettre à toutes ses -volontés, en se montrant toujours prêt, s'ils osoient remuer, à -délivrer Condé, et à se réconcilier avec lui à leurs dépens. La -prompte pacification de la Normandie que la duchesse de Longueville -avoit vainement tenté de soulever, celle de la Bourgogne, qui parut -d'abord plus difficile parce que le prince y avoit un grand nombre de -partisans<a id="footnotetag154" name="footnotetag154"></a><a href="#footnote154" title="Lien vers la note 154"><span class="smaller">[154]</span></a>, <span class="pagenum"><a id="page216" name="page216"></a>(p. 216)</span> et qui fut ensuite presque aussi rapide, augmentoient -encore l'assurance du ministre; et dans plusieurs circonstances il -s'essaya en quelque sorte avec les frondeurs en leur suscitant une -foule de petites contrariétés<a id="footnotetag155" name="footnotetag155"></a><a href="#footnote155" title="Lien vers la note 155"><span class="smaller">[155]</span></a>, en se servant du raccommodement -même de Gondi avec la cour pour le décrier dans l'esprit de la -multitude. Celui-ci de son côté, parant rapidement les coups que le -cardinal commençoit à lui porter, le montroit à tous les mécontents -comme un despote insolent que rien ne pouvoit plus contenir depuis -qu'il avoit mis une partie de la famille royale dans les fers, et -parloit déjà de demander de nouveau son expulsion en même temps que la -liberté des princes. Il n'en falloit pas tant pour faire trembler -Mazarin, qui reconnut alors la nécessité de ménager un parti qu'il ne -pouvoit encore braver impunément, et se rapprocha de son ennemi avec -toutes ces feintes caresses qu'il prodiguoit ici très-inutilement, -puisqu'il <span class="pagenum"><a id="page217" name="page217"></a>(p. 217)</span> savoit bien que Gondi n'en pouvoit jamais être la dupe. -Celui-ci se prêta sans peine à ce rapprochement, dans la crainte que -des divisions si promptement manifestées n'augmentassent le nombre des -partisans de Condé, qui déjà commençoient à remuer; et tous les deux, -se payant de mensonges et de flatteries, se nourrissant de méfiance, -conclurent une sorte de paix factice que l'un et l'autre se -promettoient bien de rompre dès que leur intérêt le demanderoit.</p> - -<p>Pendant que ces choses se passoient à Paris, les princesses, gardées à -vue dans leur retraite de Chantilli, avoient trouvé le moyen -d'échapper à leurs surveillants par le secours d'un serviteur du -prince, nommé Lénet<a id="footnotetag156" name="footnotetag156"></a><a href="#footnote156" title="Lien vers la note 156"><span class="smaller">[156]</span></a>; et, tandis que la plus jeune, réfugiée à -Montrond avec le duc d'Enghien, s'y entouroit des partisans de son -mari, et se préparoit à soutenir par les armes une cause si sacrée -pour elle, la princesse douairière, introduite furtivement à Paris, y -faisoit connoître son arrivée en paroissant tout à coup au parlement, -auquel elle présentoit requête <span class="pagenum"><a id="page218" name="page218"></a>(p. 218)</span> pour la délivrance de son fils. Elle -n'obtint rien, malgré l'assistance de Molé, qui désiroit avec ardeur -la réunion de la famille royale; et Gaston, montrant une fermeté dont -le principe n'étoit point en lui-même, non-seulement fit rejeter sa -demande, mais encore la força de sortir de la capitale, et de se -retirer dans le nouveau lieu d'exil qui lui avoit été désigné<a id="footnotetag157" name="footnotetag157"></a><a href="#footnote157" title="Lien vers la note 157"><span class="smaller">[157]</span></a>. -Alors la jeune princesse lève l'étendard de la révolte, se concerte -avec les ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld, retirés, l'un dans -la vicomté de Turenne, l'autre dans le Poitou; entre dans la Guienne, -où les germes de mécontentement, loin d'être étouffés, sembloient -s'accroître de jour en jour davantage par l'arrogance intolérable de -d'Épernon, si impolitiquement maintenu dans ce gouvernement; y -entraîne les esprits déjà disposés à se soulever; paroît devant -Bordeaux, dont les portes lui sont ouvertes, où elle est reçue avec -transport par le peuple et par la bourgeoisie, qui étoient contre le -gouverneur, où l'audace et les manœuvres de Lénet forcent le -parlement à consacrer tout ce qu'elle entreprend de concert avec les -ducs<a id="footnotetag158" name="footnotetag158"></a><a href="#footnote158" title="Lien vers la note 158"><span class="smaller">[158]</span></a> contre l'autorité <span class="pagenum"><a id="page219" name="page219"></a>(p. 219)</span> du roi; rassemble des troupes; fait un -traité avec les Espagnols, qui se présentent aussitôt pour profiter de -ces nouveaux troubles, tandis que la duchesse de Longueville et -Turenne, réfugiés dans Stenai sur les frontières du Luxembourg, -traitoient de leur côté avec eux, et formoient une armée dont ce grand -capitaine prenoit le commandement en se donnant le titre singulier de -<i>lieutenant-général de l'armée du roi pour la liberté des princes</i>. -Ainsi Mazarin se trouva placé entre les frondeurs qui commençoient à -l'insulter dans Paris, et des partis armés qui le menaçoient aux deux -extrémités du royaume.</p> - -<p>Turenne, dont l'intention étoit de tout tenter pour l'enlèvement des -princes, dressa son plan en conséquence, et contre le gré des -Espagnols. Après avoir côtoyé quelque temps la frontière pour -inquiéter toutes les places et mieux cacher son dessein, il entra tout -à coup en France, et commença ses opérations par le siége du Catelet -qu'il emporta en peu de jours. Guise, qu'il <span class="pagenum"><a id="page220" name="page220"></a>(p. 220)</span> alla aussitôt investir, -opposa plus de résistance, et donna au cardinal le temps de lui porter -des secours. Ce ministre avoit senti d'abord tout le danger d'un tel -mouvement sur une frontière si voisine de la capitale, lorsque d'un -autre côté des provinces entières se soulevoient; et son premier soin -fut d'y porter à l'instant toutes les forces dont il pouvoit disposer. -Le maréchal Duplessis-Praslin, chargé de diriger cette opération, le -fit avec beaucoup de bonheur et d'habileté. Il sembloit que Turenne, -dans sa révolte, eût perdu tout son génie: il fut vaincu par un homme -ordinaire, et l'armée espagnole leva honteusement le siége de Guise.</p> - -<p>Ce triomphe de Mazarin jeta l'alarme parmi les frondeurs. Ils -craignirent qu'il ne devînt trop puissant, qu'il ne secouât enfin leur -joug s'il parvenoit à pacifier la Guienne; et dès ce moment toutes -leurs manœuvres eurent pour but de l'en empêcher. Le ministre les -devina, et les trompa cette fois-ci complétement. On leur sacrifia le -chancelier Séguier, dont il se méfioient, et les sceaux furent donnés -au marquis de Châteauneuf, ami intime de la duchesse de Chevreuse; -plusieurs d'entre eux reçurent des grâces dont ils furent satisfaits; -le cardinal feignit d'entrer dans toutes leurs vues, sut ainsi leur -inspirer assez de sécurité pour qu'ils laissassent le roi partir pour -Fontainebleau; <span class="pagenum"><a id="page221" name="page221"></a>(p. 221)</span> et, dès qu'il l'eut tiré de leurs mains, la cour -entière, suivie d'un corps nombreux de troupes, s'avança rapidement -vers la Guienne, et vint mettre le siége devant Bordeaux.</p> - -<p>Furieux d'avoir été pris pour dupes, les chefs du parti se préparèrent -à prendre leur revanche, et ils y réussirent. Pendant la durée du -siége, qui fut long, meurtrier, et dans lequel les Bordelois -montrèrent plus de courage et d'ardeur que n'avoient fait les -Parisiens, le parlement de cette ville envoya des députés à celui de -la capitale: Gondi crut dès-lors entrevoir, dans cet événement, le -moyen de rendre les frondeurs maîtres du traité qui pourroit résulter -entre le roi et la province révoltée; mais jamais peut-être il n'eut -plus besoin de toutes les ressources de son génie, parce que jamais sa -position n'avoit été plus embarrassante. Nous avons dit que les amis -de Condé s'agitoient sourdement en sa faveur: le duc de Nemours et la -duchesse de Châtillon, qui dirigeoient tous leurs mouvements, étoient -déjà parvenus à se faire des partisans nombreux jusque dans le -parlement; et leurs espérances s'accrurent encore par cette députation -qui, dans la médiation qu'elle venoit solliciter à Paris, ne séparoit -point les intérêts des princes de ceux de la ville de Bordeaux. Opposé -à leur délivrance par un intérêt très-puissant, non moins opposé à -tout ce qui <span class="pagenum"><a id="page222" name="page222"></a>(p. 222)</span> pouvoit accroître l'ascendant du ministre, il falloit que -Gondi sût à la fois arrêter la fougue du parlement, que la plus petite -circonstance pouvoit entraîner à faire inconsidérément tout ce que -demandoient les députés; inspirer assez de fermeté à Gaston pour le -déterminer à s'emparer de la médiation, à tenir la balance égale entre -les partis, en séparant les deux questions, et surtout y mettre assez -d'adresse pour que le parlement, contenu et dirigé par ce prince, ne -fût point choqué de l'influence qu'il exerçoit sur ses délibérations. -Grâce à ses manœuvres, tout réussit au gré de ses vœux. Malgré les -efforts et les intrigues des ducs et de la princesse, les Bordelois, -fatigués d'un siége dont le résultat ne pouvoit manquer de leur être -funeste, acceptèrent la paix proposée d'accord avec Gaston, sans -insister davantage sur la liberté des princes; et la cour, en même -temps qu'elle recevoit la loi des frondeurs par l'organe du duc -d'Orléans, se vit forcée de traiter d'égal à égal avec une ville -rebelle qu'elle auroit voulu punir de sa rébellion. La princesse, -libre par le traité de se choisir une retraite, sortit de Bordeaux au -moment où le roi y fit son entrée. Bouillon et La Rochefoucauld, qui -avoient fait preuve, dans cet événement, d'une conduite et d'un -courage dignes d'une meilleure cause, n'y gagnèrent autre chose que -d'être nommés dans une amnistie <span class="pagenum"><a id="page223" name="page223"></a>(p. 223)</span> accordée généralement à tous les -fauteurs de la révolte.</p> - -<p>Cet avantage, que Gondi venoit de remporter à force d'intrigue et -d'activité, changeoit du reste peu de chose à ce qu'il y avoit de faux -et d'embarrassant dans sa position. Son union politique avec la cour -lui avoit fait perdre une partie de sa faveur populaire; parmi les -principaux frondeurs, les uns étoient gagnés par les libéralités de -Mazarin, d'autres flottoient entre les partis au gré de leurs -intérêts; il n'y avoit guère que les moins considérables qui lui -fussent sincèrement attachés. Il avoit à la vérité une ressource en -apparence plus sûre dans Gaston, dont ses artifices avoient -entièrement subjugué le foible caractère; mais cette foiblesse même -lui faisoit craindre justement qu'à tous moments il ne lui échappât. -D'un autre côté la cour, qu'il venoit d'outrager même en ayant l'air -de la servir, qui le regardoit avec raison comme l'artisan caché de -l'affront qu'elle venoit d'essuyer, revenoit à Paris plus irritée que -jamais contre lui; et le ministre, croyant pouvoir plus facilement -l'attaquer dans l'état de foiblesse où lui-même s'étoit réduit, ne -dissimuloit plus ses dispositions hostiles contre ce dangereux rival. -Il l'accusoit ouvertement, non-seulement d'être l'auteur secret du -traité honteux de Bordeaux, mais encore d'avoir concerté avec Turenne -<span class="pagenum"><a id="page224" name="page224"></a>(p. 224)</span> certaines négociations insidieuses proposées par les Espagnols pendant -son absence<a id="footnotetag159" name="footnotetag159"></a><a href="#footnote159" title="Lien vers la note 159"><span class="smaller">[159]</span></a>; il le noircissoit secrètement auprès des partisans -des princes, leur faisant entendre qu'il ne tenoit pas à lui qu'on ne -prît à leur égard les plus horribles résolutions; il insinuoit en même -temps à Gaston que son nouveau favori cherchoit uniquement à se -raccommoder avec la cour en le trahissant. Ainsi placé entre un prince -inconstant et pusillanime dont le frêle appui menaçoit à chaque -instant de s'écrouler, et un ministre, non moins astucieux que lui, -qui, d'un moment à l'autre, pouvoit, pour le perdre entièrement, -ouvrir aux princes leur prison, et se réunir de nouveau avec eux, qui -même en avoit fait entrevoir plus d'une fois le dessein, Gondi, qui -avoit affecté le désintéressement le plus complet dans une intrigue -populaire, vit bien qu'il falloit suivre une autre marche, dans une -intrigue purement de cabinet, et qu'il n'avoit d'autre ressource -contre un aussi redoutable ennemi que cette haute dignité, depuis si -long-temps <span class="pagenum"><a id="page225" name="page225"></a>(p. 225)</span> l'objet secret de son ambition, qui seule pouvoit le mettre -à l'abri de ses coups, en le faisant marcher de pair avec lui. -Profitant donc, et sans perdre un moment, de cette faveur de Gaston -qu'il possédoit encore tout entière, de ce reste de vigueur que -conservoit encore son parti, il afficha hautement ses prétentions au -chapeau de cardinal, après avoir persuadé aux chefs de la fronde -qu'ils étoient aussi intéressés que lui à la demande qu'il faisoit de -cette dignité, laquelle devenoit dans ses mains leur sauve-garde à -tous; et se servant contre Mazarin lui-même des armes avec lesquelles -celui-ci avoit voulu le combattre, il lui fit craindre, s'il éprouvoit -un refus, qu'il ne se réunît aussitôt au parti des princes, comme il -en étoit vivement sollicité.</p> - -<p>Mazarin, épouvanté d'une telle menace, sentit plus que jamais combien -il étoit fâcheux pour lui de n'avoir pas ces précieux otages -entièrement en sa puissance. Depuis quelque temps ils n'étoient plus à -Vincennes: une entreprise très-hardie que Turenne avoit faite pour les -délivrer<a id="footnotetag160" name="footnotetag160"></a><a href="#footnote160" title="Lien vers la note 160"><span class="smaller">[160]</span></a>, un complot formé dans le même dessein par leurs plus -dévoués partisans, avoient <span class="pagenum"><a id="page226" name="page226"></a>(p. 226)</span> déterminé à les transporter dans quelque -lieu plus sûr. Gondi eût bien voulu qu'on les eût renfermés à la -Bastille, dont le gouverneur étoit dévoué à la fronde; le ministre -avoit au contraire proposé de les faire conduire au Hâvre-de-Grace, -dont il étoit entièrement le maître, et les difficultés insurmontables -que firent naître des prétentions si opposées, avoient déterminé à -adopter la proposition faite par Gaston de les transférer à Marcoussy, -château-fort situé à six lieues de Paris, près de Montlhéry. Il -arriva, par cette complication d'intrigues que resserroient sans cesse -tant de passions et d'intérêts divers, que Mazarin imagina de mettre à -profit ce désir immodéré qu'avoit Gondi d'obtenir le cardinalat, pour -effectuer une translation nouvelle de ces illustres prisonniers, -tandis que Gondi lui-même crut, en donnant au ministre l'espoir de -cette translation, parvenir à lever tous les obstacles qui -s'opposoient à sa nomination. Laigues, Beaufort, la duchesse de -Chevreuse furent employés tour à tour dans cette négociation; on -distribua les rôles et dans le conseil de la reine et parmi ces agents -de la fronde, comme dans une comédie; Gaston vînt lui-même à -Fontainebleau, bien endoctriné par Gondi, qui, connoissant toute sa -foiblesse, ne l'avoit toutefois laissé partir qu'à regret. En effet -il soutint mal son personnage: vaincu par les <span class="pagenum"><a id="page227" name="page227"></a>(p. 227)</span> prières et les caresses -de la reine, ébloui par les promesses mensongères de Mazarin, il signa -l'ordre de cette translation tant désirée avant d'avoir pris toutes -les précautions suffisantes. À peine cette signature importante lui -eut-elle été arrachée, que les princes, tirés de Marcoussy, furent -conduits précipitamment dans le château du Hâvre; Mazarin, maître -alors de sa proie, ne garda plus aucune mesure, et refusa positivement -le chapeau qu'attendoit le coadjuteur.</p> - -<p>C'étoit une sorte de triomphe qu'il remportoit sur ses ennemis; mais -ce triomphe devoit lui coûter cher. Gondi, poussé à bout, se décida -enfin à écouter les partisans des princes; Laigues et la duchesse de -Chevreuse, joués comme lui par Mazarin, entrèrent dans tous ses -ressentiments, et l'aidèrent de toutes leurs forces dans cette -nouvelle machination. Elle fut conduite avec l'adresse et l'activité -que l'on pouvoit attendre de ces habiles conjurés. Gaston, qu'il étoit -si difficile d'entraîner à un parti décisif, fut persuadé par Laigues, -et permit de tout faire; Gondi se rapprocha du garde des sceaux -Châteauneuf, qu'il haïssoit, dont il étoit détesté, mais qui désiroit -autant que lui la perte de Mazarin, dont il ambitionnoit les -dépouilles. Il eut des entrevues secrètes avec la princesse -Palatine<a id="footnotetag161" name="footnotetag161"></a><a href="#footnote161" title="Lien vers la note 161"><span class="smaller">[161]</span></a>, <span class="pagenum"><a id="page228" name="page228"></a>(p. 228)</span> qu'on voit paroître pour la première fois sur ce -théâtre d'intrigues, et qui depuis y joua un des rôles les plus -importants. Cette femme extraordinaire, d'un esprit aussi pénétrant, -aussi délié que le coadjuteur, mais d'un caractère plus noble et plus -franc, s'étoit attachée à la cause des princes, avoit obtenu leur -confiance entière, et dirigeoit alors tout le parti attaché à leurs -intérêts. Elle avoua à Gondi qu'elle n'attendoit leur liberté que des -frondeurs, de lui surtout. Les rapports singuliers qu'ils démêlèrent -aussitôt dans leurs vues et dans le tour de leur esprit, les -disposèrent d'abord favorablement l'un à l'égard de l'autre, et la -négociation n'éprouva entre eux ni lenteur ni difficultés; les -difficultés véritables se trouvoient dans le plan à suivre pour -tromper la cour, prête à prendre l'alarme dès qu'elle verroit -l'apparence sérieuse d'une union entre les deux partis. Pour y -parvenir, les amis des princes<a id="footnotetag162" name="footnotetag162"></a><a href="#footnote162" title="Lien vers la note 162"><span class="smaller">[162]</span></a> furent eux-mêmes trompés. Le duc -de Beaufort et madame de Montbason, gagnée, suivant l'usage, à prix -d'argent, <span class="pagenum"><a id="page229" name="page229"></a>(p. 229)</span> parurent les premiers. Ce prince signa d'abord un traité -partiel, qui fit croire à Mazarin que les chefs des frondeurs, divisés -entre eux, négocioient surtout sans l'aveu et sans l'appui de Gaston. -Les autres chefs réunis signèrent ensuite un second traité. Lorsque -tout fut ainsi préparé, on arracha au foible Gaston sa signature; de -leur côté les princes accordèrent tout ce qu'on leur demanda<a id="footnotetag163" name="footnotetag163"></a><a href="#footnote163" title="Lien vers la note 163"><span class="smaller">[163]</span></a>, et, -sans perdre un moment, les frondeurs commencèrent à exécuter le plan -que Gondi avoit concerté.</p> - -<p>Un événement qui arriva, pendant ces négociations mystérieuses put -convaincre le cardinal des dispositions où étoient à son égard ses -irréconciliables ennemis. La voiture du duc de Beaufort fut arrêtée à -dix heures du soir au milieu de la rue Saint-Honoré par une bande de -brigands. Un de ses gentilshommes nommé Saint-Egland, qui alloit le -chercher dans cette voiture à l'hôtel Montbason, ayant voulu faire -quelque résistance, fut tué par ces misérables, qui ne cherchoient -qu'à voler, et qui se sauvèrent dès qu'ils virent arriver du secours. -Aussitôt le parti <span class="pagenum"><a id="page230" name="page230"></a>(p. 230)</span> entier jeta les hauts cris, attribuant ce meurtre à -Mazarin, qui, disoit-on, avoit eu l'intention de faire poignarder le -duc lui-même<a id="footnotetag164" name="footnotetag164"></a><a href="#footnote164" title="Lien vers la note 164"><span class="smaller">[164]</span></a>. Le jugement de plusieurs de ces assassins, qu'on -arrêta peu de temps après, et dont les aveux ne laissèrent aucun doute -sur le véritable caractère de cet assassinat, ne fit point cesser -leurs clameurs; et Beaufort osa se plaindre de leur exécution comme -d'un attentat nouveau, dont le but étoit d'ensevelir à jamais un -secret aussi important. Une telle calomnie, soutenue avec une si -grande obstination, auroit dû sans doute déterminer Mazarin à rester à -Paris, pour conjurer ce nouvel orage; mais, d'un autre côté, les -progrès des Espagnols en Champagne sembloient justifier les plaintes -qu'on élevoit contre lui de toutes parts, d'avoir dégarni cette -frontière pour faire la guerre de Guienne, et sacrifié ainsi l'intérêt -de l'État à ses inimitiés particulières. Il pensa donc qu'un succès -militaire, en apaisant ces murmures, lui fourniroit en même temps le -moyen d'abattre ses ennemis sans retour; et formant un corps de -troupes d'environ douze mille hommes, qu'il fit marcher du côté de -Rhétel, sous les ordres du maréchal <span class="pagenum"><a id="page231" name="page231"></a>(p. 231)</span> Duplessis-Praslin, il partit peu -de temps après pour en diriger lui-même les opérations.</p> - -<p>Jusqu'ici, dans cette suite de nouvelles manœuvres, Gondi ne s'étoit -servi que de son habileté: il falloit maintenant y joindre l'activité -et l'audace, et l'on sait ce qu'il pouvoit faire en ce genre. Il -prépara donc, pour la rentrée du parlement, une suite de scènes bien -liées entre elles, dont la première fut jouée le jour même de la -mercuriale<a id="footnotetag165" name="footnotetag165"></a><a href="#footnote165" title="Lien vers la note 165"><span class="smaller">[165]</span></a>. On y présenta, au nom de la princesse de Condé, une -requête par laquelle elle demandoit que son mari et les deux autres -prisonniers fussent amenés au Louvre, et gardés par un officier de la -maison du roi; que le procureur-général fût mandé pour déclarer s'il -avoit quelque chose à proposer contre leur innocence; que, dans le cas -contraire, ils fussent mis sur-le-champ en liberté. Le secret de la -nouvelle association avoit été si bien gardé, que Molé lui-même, qui -désiroit toujours la réunion de la famille royale, mais qui la vouloit -par des voies légitimes, appuya fortement cette requête, bien persuadé -qu'elle ne venoit que des amis des princes, et étant loin de penser -que Gondi pût y avoir la moindre part. La délibération fut remise, -tout d'une voix, au 20 décembre. Cependant la reine, alarmée, fit -défendre par les gens du roi de s'occuper <span class="pagenum"><a id="page232" name="page232"></a>(p. 232)</span> de cette affaire, et, dans -la séance du 7, l'avocat-général Talon, après avoir fait son rapport -sur cette défense, venoit de donner des conclusions en conséquence, -lorsqu'on apporta une autre requête par laquelle mademoiselle de -Longueville demandoit aussi la liberté de son père. On en avoit à -peine achevé la lecture qu'un grand bruit se fit entendre à la porte -de la grand'chambre: c'étoit des Roches, capitaine des gardes du -prince de Condé, qui vouloit entrer et présenter à la compagnie une -lettre des trois prisonniers, par laquelle ils demandoient, ou qu'on -leur fît leur procès, ou qu'on leur rendît la liberté. Molé, -commençant à soupçonner quelque manœuvre, et doutant de la validité -de cette lettre, s'opposa, malgré les clameurs des enquêtes, à -l'admission de l'envoyé; il invoqua les formes avec sa fermeté -ordinaire, et son avis l'emporta. Cependant la lettre, après avoir -passé par le parquet, fut reconnue pour authentique, et des Roches la -présenta. Les gens du roi concluoient à ce qu'elle fût rejetée, ainsi -que les deux requêtes; mais, sans statuer sur leurs conclusions, on -remit la délibération au lendemain. Une lettre de cachet, envoyée par -la reine, ordonna de la suspendre pendant huit jours; le parlement ne -lui en accorda que quatre, sans égard pour l'état d'indisposition -réelle où se trouvoit cette princesse, et qu'elle avoit donné pour -<span class="pagenum"><a id="page233" name="page233"></a>(p. 233)</span> prétexte de cette suspension. La délibération reprit donc son cours; -les déclamations contre le ministre recommencèrent; et bien que -Gaston, d'accord avec Gondi, eût refusé d'assister aux séances, afin -de donner le change à la cour, qui, si elle l'eût vu déclaré -tout-à-fait contre elle, auroit pu prendre un parti, et traiter -elle-même avec les princes, la violence des opinions, loin de se -ralentir, sembla augmenter de moment en moment. Le jour qu'on avoit -choisi pour porter les derniers coups approchoit, lorsque la nouvelle -de la victoire de Rhétel vint, comme un coup de foudre, frapper tous -les esprits. Cette ville avoit été prise, ou plutôt achetée à prix -d'argent par le cardinal; Turenne et les Espagnols venoient d'être -entièrement défaits par le maréchal Duplessis; et Mazarin, qui -s'attribuoit audacieusement toute la conduite de cette campagne -brillante, s'apprêtoit à revenir triomphant à Paris.</p> - -<p>Tout sembloit perdu. Gaston, les amis des princes, les frondeurs, -étoient attérés; Gondi seul, devenu plus audacieux par l'excès même du -péril, résolut de tenir tête à l'orage. Le jour même où ce succès fut -annoncé au parlement, tout en témoignant la joie qu'il en ressentoit, -il osa joindre à son discours insidieux une demande plus formelle que -jamais de la liberté des princes: ceci commença à relever les -courages. Le jour <span class="pagenum"><a id="page234" name="page234"></a>(p. 234)</span> suivant il alla plus loin, et donnant à Mazarin, -pour le mieux décrier, tout l'honneur de la victoire, il s'attacha à -démontrer l'imprudence extrême qu'il y avoit eu à risquer une bataille -dont la perte eût ouvert aux ennemis le cœur même du royaume, et -amené le bouleversement et la perte totale de la France. Présentés -sous cette face, les succès de Mazarin devinrent presque pour lui un -sujet de blâme et d'accusation; à ces reproches, que Gondi lui -adressoit publiquement, il joignoit avec plus de succès encore une -foule de calomnies sourdement répandues dans le peuple et parmi ses -partisans, ou pour aigrir les haines, ou pour accroître les terreurs. -Tout alla au gré de ses désirs. Les acclamations recommencèrent à son -entrée et à sa sortie du palais; et l'arrêt qui intervint enfin après -tant de délibérations, arrêt dans lequel la personne du ministre ne -fut point épargnée, ordonna des remontrances à la reine pour demander -la liberté des princes, et une députation au duc d'Orléans pour le -prier d'interposer à cet effet son autorité. Mazarin arriva le -lendemain à Paris.</p> - -<p>(1651) Son entrée eut un appareil triomphal; mais les courtisans seuls -y prirent part, et ce triomphe fut renfermé dans les murs du -Palais-Royal. Cependant la reine, un peu rassurée par la présence de -son ministre, refusa d'abord de recevoir les députés du parlement, -alléguant toujours <span class="pagenum"><a id="page235" name="page235"></a>(p. 235)</span> pour prétexte le mauvais état de sa santé. Ces -lenteurs firent gagner quelques jours; mais enfin il fallut les -recevoir et écouter ces remontrances: elles furent présentées par -Molé, qui, n'étant pas encore suffisamment éclairé sur les manœuvres -de Gondi et la connivence secrète du duc d'Orléans, les prononça avec -une vigueur et une liberté dont la cour entière fut choquée. La reine -essaya encore de gagner du temps; mais forcée enfin de s'expliquer par -les impatiences du parlement, elle fit une réponse dure et chagrine, -dans laquelle elle déclara qu'il ne falloit point compter sur la -liberté des princes que tous leurs partisans n'eussent mis bas les -armes<a id="footnotetag166" name="footnotetag166"></a><a href="#footnote166" title="Lien vers la note 166"><span class="smaller">[166]</span></a> et que Stenai ne fût rentré au pouvoir du roi.</p> - -<p>Alors le coadjuteur, voyant arriver le moment décisif, dirige tous ses -efforts vers Gaston, qu'il veut faire éclater, lui montrant Mazarin, -qui soupçonnoit déjà leurs projets, sur le point peut-être de les -faire avorter, en traitant lui-même avec les princes. Il en arrache -enfin la permission de prononcer son nom dans la délibération qui -devoit avoir lieu sur la réponse de la reine. L'effet en fut -prodigieux: à peine Gondi a-t-il déclaré <cite>au nom de son altesse</cite> -qu'elle est disposée <span class="pagenum"><a id="page236" name="page236"></a>(p. 236)</span> à s'unir à la compagnie pour la délivrance de ses -cousins, que les acclamations les plus vives s'élèvent de toutes -parts. La plus grande partie du parlement, se précipitant hors de la -grand'chambre, vole vers le Luxembourg, pour remercier le prince de -cette faveur signalée. La cour est consternée; son effroi redouble -lorsqu'elle voit Gaston, animé d'un courage qu'il empruntoit à tous -ceux qui l'environnoient, et surtout à son favori, rassembler les -quarteniers de la ville, et leur ordonner de tenir leurs armes prêtes -pour le service du roi; mander Châteauneuf, Le Tellier, le maréchal de -Villeroi; déclarer hautement aux premiers qu'il n'ira point au -Palais-Royal, qu'il n'assistera à aucun conseil tant que la reine sera -sous l'influence d'un ministre abhorré de la nation; charger le -dernier de lui répondre de la personne du roi; enfin commander en -maître absolu et déployer, dans toute son étendue, le caractère d'un -lieutenant-général du royaume.</p> - -<p>Mazarin surtout étoit dans un effroi qui tenoit du délire. La cour -essaya aussitôt d'entamer des négociations avec le duc. On lui promit -formellement la délivrance des princes, et l'on fit même partir devant -lui, pour le Hâvre, ceux qui devoient la négocier<a id="footnotetag167" name="footnotetag167"></a><a href="#footnote167" title="Lien vers la note 167"><span class="smaller">[167]</span></a>. On lui offrit -pour lui-même tout ce <span class="pagenum"><a id="page237" name="page237"></a>(p. 237)</span> qu'il voudroit demander; on alla même jusqu'à -proposer le mariage d'une de ses filles avec le roi. La reine, -connoissant tout l'empire qu'elle avoit sur lui, sollicitoit vivement -la faveur de le voir, de l'entretenir un seul instant; mais Gondi, qui -redoutoit plus que tout le reste un semblable entretien, lui fit -éviter tous ces piéges, et surtout celui-là. Gaston refusa donc -obstinément de rien entendre, et demanda avant toutes choses l'exil de -Mazarin. Alors la régente et son ministre, parvenus au dernier degré -de fureur contre l'artisan d'une trame si funeste et si perfide, -imaginèrent de détourner sur lui l'orage élevé sur leurs têtes, et de -le faire accuser en plein parlement. Servien<a id="footnotetag168" name="footnotetag168"></a><a href="#footnote168" title="Lien vers la note 168"><span class="smaller">[168]</span></a>, Châteauneuf, sont -appelés pour les aider dans cette manœuvre; Molé, outré d'avoir été -joué par le coadjuteur<a id="footnotetag169" name="footnotetag169"></a><a href="#footnote169" title="Lien vers la note 169"><span class="smaller">[169]</span></a>, et toujours guidé par cette même ardeur -de voir la paix s'établir enfin parmi les membres de la famille -royale, leur prête son ministère; et tous réunis fabriquent contre -Gondi une pièce très-violente, <span class="pagenum"><a id="page238" name="page238"></a>(p. 238)</span> dans laquelle il étoit accusé des plus -horribles complots, de complots qui n'alloient pas moins qu'à mettre -le royaume en combustion, pour assouvir son ambition insatiable. Cette -pièce, débitée d'abord solennellement devant les députés du parlement -mandés au Palais-Royal, fut lue quelques instants après dans la -grand'chambre par le premier président lui-même devant Gaston, qui, -depuis sa déclaration, y paroissoit pour la première fois, et venoit -par sa présence achever ce que les frondeurs avoient si heureusement -commencé. La surprise fut extrême; et comme il arrive toujours dans -les grandes assemblées, où le moindre incident qu'on n'a pas prévu -peut troubler les esprits et changer la marche des choses, ce coup -porté au coadjuteur alloit peut-être renverser tous ses projets, en -donnant une face nouvelle à la délibération: c'est alors que, -rassemblant tout ce qu'il avoit de sang-froid, d'éloquence et -d'intrépidité, il prononça ce discours, aussi adroit qu'énergique, -dans lequel, ne répondant à l'accusation intentée contre lui que par -un prétendu passage de Cicéron qu'il venoit de composer lui-même -sur-le-champ<a id="footnotetag170" name="footnotetag170"></a><a href="#footnote170" title="Lien vers la note 170"><span class="smaller">[170]</span></a>, il rétablit la question principale qui <span class="pagenum"><a id="page239" name="page239"></a>(p. 239)</span> devoit -faire l'objet de la délibération du parlement, savoir, la liberté des -princes et l'exclusion de Mazarin. Les esprits furent à l'instant même -ramenés vers lui. Ce fut vainement que la reine, au milieu même de la -séance, fit encore conjurer Gaston de venir la trouver; que Molé, -Talon, joignirent à ses prières les plus vives instances, les -exhortations les plus pathétiques, un seul coup d'œil de Gondi suffit -pour maintenir le foible prince; il ne cessa de refuser, sous prétexte -qu'il n'y avoit point de sûreté pour lui au Palais-Royal; et après -quelques efforts impuissants du parti attaché au gouvernement, l'avis -du coadjuteur forma l'arrêt.</p> - -<p>La cour se vit alors pressée de toutes parts: le clergé avoit déjà -envoyé une députation à la reine pour solliciter également la -délivrance des princes. Gaston excita la noblesse, qui s'étoit -assemblée l'année précédente, à s'assembler de nouveau, et à faire de -cette délivrance l'objet principal de ses délibérations. La reine, -dont les alarmes redoublent, croit alors devoir prendre des -précautions pour sa sûreté: le duc s'en <span class="pagenum"><a id="page240" name="page240"></a>(p. 240)</span> plaint hautement dans le -parlement, comme d'un outrage fait à la fidélité qu'il conserve au -roi, et la compagnie lui donne à l'instant même, en sa qualité de -lieutenant du royaume, tout pouvoir sur les maréchaux de France et sur -tous les corps militaires. Plusieurs séances orageuses se succèdent, -dans lesquelles Molé, toujours d'accord avec la cour, est accablé -d'outrages, parce qu'il cherche à gagner du temps. On demande à grands -cris l'exécution de l'arrêt; et Gaston ne veut point absolument -communiquer avec la reine que la lettre de cachet pour délivrer les -prisonniers ne soit expédiée. Anne, désespérée, concerte avec son -ministre une ruse dont celui-ci surtout espéroit un grand succès, et -qui montra seulement l'extrémité à laquelle tous les deux étoient -réduits. Au moment où l'on s'y attendoit le moins, Mazarin quitte -Paris, va s'établir à Saint-Germain, et se flatte ainsi d'avoir ôté à -Gaston tout prétexte de se refuser à cette entrevue, qui sembloit à la -cour entière l'événement décisif. Le prince eût cédé sans doute, si -Gondi, devenu le maître absolu de toutes ses pensées et de toutes ses -actions, ne l'eût rendu inébranlable sur cet article important. Il -s'obstine donc à ne vouloir rien entendre que les princes ne soient -délivrés. Cependant cette évasion du cardinal fait naître des -inquiétudes: on croit y voir le projet d'enlever de nouveau le roi de -sa <span class="pagenum"><a id="page241" name="page241"></a>(p. 241)</span> capitale, et l'on prend à ce sujet les précautions les plus -insultantes pour la reine. Elle croit calmer les esprits en faisant -porter au parlement une promesse verbale de renvoyer le ministre: le -vague de cette promesse produit l'effet contraire; il accroît leur -effervescence, et un arrêt rendu au milieu du plus affreux tumulte, -renouvelant celui qui, deux ans auparavant, avoit proscrit Mazarin, -ordonne qu'il sera chassé de France, qu'il en sortira avant quinze -jours avec tous ses parents et domestiques, permettant à tout le -monde, passé ce délai, de <cite>lui courre sus</cite>. C'est alors une nécessité -pour cette princesse de signer la lettre qui ratifie une délivrance si -ardemment désirée.</p> - -<p>Elle la signa toutefois avec une facilité qui pouvoit étonner dans un -caractère aussi inflexible que le sien: c'est qu'alors elle étoit -réellement décidée à se soustraire à la tyrannie qui l'opprimoit, et -que tout étoit préparé pour sa fuite. Gaston en est averti, et retombe -dans ses incertitudes: l'idée de retenir son roi prisonnier -l'épouvante. L'audacieux Gondi, qui le voit balancer, se charge seul -de l'événement. Il fait monter Beaufort à cheval; le maréchal de La -Mothe, Laigues, Coligni, Tavannes, Nemours, imitent son exemple. On se -saisit de toutes les portes qui avoisinent le Palais-Royal, et l'on y -fait, à l'entrée et à la sortie, les perquisitions les plus sévères. -<span class="pagenum"><a id="page242" name="page242"></a>(p. 242)</span> Les bourgeois prennent les armes; la demeure du souverain est cernée -par les patrouilles des frondeurs; et ces factieux ont l'insolence -d'en violer l'entrée, de pénétrer, au milieu de la nuit, jusque dans -la chambre du jeune prince, pour s'assurer par leurs propres yeux -qu'il est bien en leur puissance. La reine, voyant toutes les issues -fermées, veut s'échapper par la rivière: elle la trouve couverte de -bateaux armés qui sont prêts à la repousser. Lorsque tant d'attentats -sont consommés, Gondi, par son ascendant irrésistible, entraîne Gaston -au parlement, et malgré les reproches amers, les plaintes éloquentes -de Molé, lui fait tout approuver. La reine est forcée de désavouer le -projet de sa fuite, et les députés, qui devoient aller ouvrir aux -princes les portes de leur prison, reçoivent l'ordre de partir; mais -avant qu'ils fussent arrivés au Hâvre, les princes étoient déjà -délivrés.</p> - -<p>C'étoit à Mazarin lui-même qu'ils devoient leur liberté. Tant que ce -ministre avoit espéré ou l'entrevue de la reine avec Gaston, ou son -évasion de Paris, il étoit resté aux environs de cette capitale, -décidé, dès qu'il verroit la moindre apparence de succès, à s'emparer -des trois prisonniers, et à les transférer dans quelque lieu plus sûr -que le Hâvre<a id="footnotetag171" name="footnotetag171"></a><a href="#footnote171" title="Lien vers la note 171"><span class="smaller">[171]</span></a>. Les mauvaises nouvelles <span class="pagenum"><a id="page243" name="page243"></a>(p. 243)</span> qu'il reçut, et qui lui -furent confirmées par la reine elle-même, le déterminèrent à -s'éloigner; et il dirigea ses pas vers la prison des princes, -incertain encore s'il exécuteroit son projet, ou si, prévenant les -frondeurs, il essaieroit de se faire auprès d'eux un mérite d'une -liberté qu'il leur accorderoit sans conditions<a id="footnotetag172" name="footnotetag172"></a><a href="#footnote172" title="Lien vers la note 172"><span class="smaller">[172]</span></a>. Plusieurs ont -prétendu que Mazarin eût pris le premier de ces deux partis, s'il eût -pu entrer au Hâvre avec son escorte; mais, forcé par le gouverneur de -la laisser hors de la ville, il n'eut plus d'autre ressource que le -dernier; et s'humiliant devant les princes plus qu'il n'étoit -convenable, quelle que fût sa situation, il alla lui-même leur -annoncer qu'ils étoient libres. Ceux-ci le reçurent avec un mépris que -Condé poussa même jusqu'à l'insulte; et tandis que le ministre sortoit -de France pour aller se confiner à Bruyll, sur les terres de -l'électeur de Cologne, les princes s'avancèrent rapidement vers Paris, -où ils firent, peu de jours après, une sorte d'entrée triomphale. Le -peuple, toujours aveugle et inconstant, alluma des feux de joie pour -leur délivrance, aussi stupidement qu'il l'avoit fait pour leur -captivité. Leur entrevue avec Gaston, <span class="pagenum"><a id="page244" name="page244"></a>(p. 244)</span> Beaufort, Gondi, etc., se passa -en effusions de tendresse; ils ne virent qu'un moment, et avec une -contrainte et une froideur remarquables, la régente qui les attendoit -en tremblant; le parlement les reçut tous les trois, principalement -Condé, avec les plus vifs transports d'allégresse; et ce prince, -maintenant soutenu d'un parti formidable contre une reine qui sembloit -désormais sans appui, parut être un moment ce qui avoit toujours été -le vœu secret de son ambition, l'arbitre suprême de l'État.</p> - -<p>Cependant cette ambition, contraire aux intérêts des frondeurs, -laissoit déjà entrevoir un germe de divisions qu'une main habile -pouvoit développer; et Mazarin, du fond de sa retraite, où son œil -pénétrant veilloit sans cesse sur ses ennemis, où sa politique -artificieuse dirigeoit seule encore tous les conseils de la cour, -n'avoit garde de le laisser échapper. Condé ne vouloit point d'égal; -les frondeurs étoient décidés à ne point souffrir de maître; et tous -étoient également avides du pouvoir: il en résulta que, dès le -commencement, cette espèce de prépondérance que le prince prétendit -s'arroger sur le parti excita la jalousie de tout le monde. Lui-même -ne tarda pas à ne considérer ceux qui l'environnoient que comme autant -d'obstacles à sa grandeur; et la reine, ayant saisi cette disposition -où il se trouvoit, hasarda, pour l'attirer <span class="pagenum"><a id="page245" name="page245"></a>(p. 245)</span> vers elle, des avances qui -ne furent ni reçues ni absolument rejetées, mais qui commencèrent à -l'ébranler. Gondi s'en aperçut aussitôt dans une séance du parlement, -où il vit ce prince applaudir et donner sa voix à un avis qui, à -l'occasion de Mazarin, tendoit à exclure du ministère tous les -cardinaux, tant étrangers que françois, ce qui étoit visiblement -dirigé contre lui.</p> - -<p>Toutefois il sut encore parer ce coup qu'on vouloit lui porter; et le -garde des sceaux Châteauneuf l'aida puissamment dans cette -circonstance, parce qu'il avoit les mêmes vues et les mêmes intérêts. -Mais l'arrivée subite de la duchesse de Longueville à Paris, de cette -femme dont on a dit si justement qu'après avoir été l'<em>héroïne</em> du -parti, elle en étoit devenue l'<em>aventurière</em>, excita plus vivement les -alarmes du coadjuteur. Elle étoit revenue plus audacieuse encore par -sa révolte même; et tandis que Turenne, fatigué du rôle honteux -qu'elle lui avoit fait jouer, rentroit en grâce auprès de la régente, -et lui vouoit une fidélité qui désormais ne devoit plus se démentir, -la duchesse, se précipitant de nouveau dans le chaos des intrigues, -essayoit de reprendre sur son frère l'ascendant qu'elle avoit perdu; -et, sans montrer un désir bien vif de le voir se rapprocher de la -cour, manifestoit ses mauvaises dispositions à l'égard des frondeurs, -en cherchant <span class="pagenum"><a id="page246" name="page246"></a>(p. 246)</span> à rompre le mariage depuis si long-temps projeté entre le -prince de Conti et mademoiselle de Chevreuse. La cour, qui, par -d'autres motifs, craignoit autant qu'elle les séductions de la fille -et le caractère audacieux et intrigant de la mère, n'épargnoit rien -pour arriver au même but; et la princesse Palatine, négociatrice -secrète employée par la régente pour éblouir et ramener Condé, étaloit -à ses yeux tout ce qui pouvoit flatter ses projets ambitieux. À son -gouvernement de Bourgogne on ajoutoit celui de Guienne; la Provence -devoit être donnée au prince de Conti; ses principaux serviteurs -obtenoient, à proportion, des récompenses aussi magnifiques<a id="footnotetag173" name="footnotetag173"></a><a href="#footnote173" title="Lien vers la note 173"><span class="smaller">[173]</span></a>; en -un mot, tout ce qu'il demandoit lui étoit sur-le-champ accordé.</p> - -<p>Cette facilité extrême, et même maladroite, auroit dû lui faire -soupçonner quelque piége caché sous des amorces aussi brillantes: loin -d'avoir la moindre méfiance, il se livre inconsidérément à ces -promesses fallacieuses<a id="footnotetag174" name="footnotetag174"></a><a href="#footnote174" title="Lien vers la note 174"><span class="smaller">[174]</span></a>; cherche des prétextes pour retarder -<span class="pagenum"><a id="page247" name="page247"></a>(p. 247)</span> l'union projetée avec la duchesse de Chevreuse; trompe et humilie à la -fois madame de Montbason<a id="footnotetag175" name="footnotetag175"></a><a href="#footnote175" title="Lien vers la note 175"><span class="smaller">[175]</span></a>; et continuant cependant à se ménager -entre la cour et les frondeurs, il exige, avant d'abandonner ceux-ci, -la disgrâce de Châteauneuf qu'il haïssoit<a id="footnotetag176" name="footnotetag176"></a><a href="#footnote176" title="Lien vers la note 176"><span class="smaller">[176]</span></a>. Pour lui complaire, on -donne les sceaux à Molé, qui garde en même temps sa place de premier -président; et Chavigni, odieux à la reine, mais entièrement dévoué au -prince, sort de l'exil où il languissoit depuis long-temps, pour venir -reprendre sa place au conseil. À la nouvelle du renvoi de Châteauneuf, -le duc d'Orléans laisse éclater son dépit, sans pouvoir toutefois s'en -prendre ouvertement à Condé, qui dissimule encore quelque temps avec -lui, mais qui laisse enfin échapper son secret dans une conférence où -le duc avoit réuni les chefs des deux frondes pour délibérer sur ces -mutations, dans <span class="pagenum"><a id="page248" name="page248"></a>(p. 248)</span> lesquelles il voyoit une violation de ses droits, et -même une sorte d'insulte faite à sa personne. Gondi et plusieurs -autres proposèrent des partis vigoureux que Condé désapprouva -hautement, et que le timide Gaston put bientôt se repentir de n'avoir -pas suivis: car, dès le lendemain, le prince se croyant sûr de la -cour, et ne voyant pas d'ailleurs la possibilité de se maintenir plus -long-temps entre les deux partis, leva le masque en rompant -brusquement, et même d'une manière outrageante, avec madame de -Chevreuse.</p> - -<p>Les frondeurs sembloient perdus, surtout Gondi. En horreur à la cour, -qu'il venoit de trahir; sans pouvoir auprès du peuple, à qui son -alliance passagère avec elle l'avoit rendu justement suspect; ne -pouvant compter sur un prince tel que Gaston; négligé de ses propres -partisans, comme un intrigant subalterne, désormais inutile à leurs -intérêts, il ne sembloit pas que rien pût le tirer d'une situation -aussi critique; et la résolution qu'elle lui fit prendre, bien qu'elle -fût, dans de telles circonstances, la seule qui pût encore le sauver, -n'en prouva pas moins l'extrémité fâcheuse à laquelle il étoit réduit. -Trop prudent pour engager avec Condé une lutte inutile et téméraire, -il se retira tout à coup du monde et des affaires, se renferma à -l'archevêché, affecta de n'avoir plus de relations qu'avec des -chanoines et des curés, parut uniquement <span class="pagenum"><a id="page249" name="page249"></a>(p. 249)</span> occupé des fonctions de son -sacré ministère; et cependant dans cette retraite forcée, dont les -frondeurs s'étonnoient, qui excitoit les risées de ses ennemis, il -entretenoit un commerce régulier avec Gaston et Châteauneuf, alloit -toutes les nuits à l'hôtel de Chevreuse, répandoit dans le peuple des -bruits alarmants sur les négociations du prince avec la cour, faisoit -de son palais une espèce de château-fort, où il étoit à l'abri de -toute entreprise violente que l'on auroit voulu tenter contre sa -personne, et attendoit ainsi pour reparoître sur la scène, les -événements que la fortune pourroit faire naître en sa faveur, puisque -son génie n'avoit plus le pouvoir de les provoquer.</p> - -<p>Le succès justifia sa conduite, et fit passer pour politique profonde -ce qui n'étoit sans doute que l'œuvre de la nécessité. Mazarin, comme -nous l'avons dit, et comme tout semble le prouver, n'avoit poussé la -reine à tant d'avances à l'égard de Condé, ne lui avoit fait faire -tant de concessions que pour abattre une seconde fois cet implacable -ennemi. Il venoit de le brouiller plus fortement que jamais avec les -frondeurs, dont l'appui l'auroit rendu si redoutable; il se garda bien -de détruire ceux-ci comme il eût pu si facilement le faire dans le -premier moment de leur consternation, les réservant pour lui porter -encore de nouveaux coups. Condé s'enveloppa <span class="pagenum"><a id="page250" name="page250"></a>(p. 250)</span> de lui-même dans une trame -si subtilement ourdie, en se séparant une seconde fois de la fronde -avant d'avoir entièrement achevé ses arrangements avec la cour. Cette -faute le mit dans une situation équivoque. En même temps qu'elle -nuisoit au succès de ses négociations<a id="footnotetag177" name="footnotetag177"></a><a href="#footnote177" title="Lien vers la note 177"><span class="smaller">[177]</span></a>, elle le forçoit de ménager -encore Gaston, qui, toujours guidé secrètement par le coadjuteur, -feignit de se réconcilier avec Chavigni, en demandant toutefois qu'on -lui fît le sacrifice de Molé. Condé, par une ingratitude que rien ne -peut excuser, abandonna celui-ci, qui rendit les sceaux et ne lui -pardonna jamais. Ce fut après lui avoir suscité un tel ennemi que -Mazarin crut le moment favorable pour éclater. Dans une lettre qu'il -écrivit aussitôt à la reine, il n'eut pas de peine à lui démontrer que -ces avantages énormes accordés à un prince d'un tel caractère -exposoient l'autorité royale aux plus grands dangers; il le lui fit -voir avant peu maître absolu du royaume, si elle avoit l'imprudence -impardonnable de lui céder elle-même ses plus riches provinces; et, -plutôt que de traiter à des conditions aussi funestes, il l'exhorta, -au nom du salut de la France et de son propre fils, à se <span class="pagenum"><a id="page251" name="page251"></a>(p. 251)</span> servir des -frondeurs, à mettre Gondi lui-même à la tête des affaires, en le -nommant premier ministre. Il n'en falloit pas tant pour déterminer une -princesse si ombrageuse sur le pouvoir; et, la nuit même qui suivit la -réception de cette lettre, le coadjuteur, réveillé brusquement par le -maréchal Duplessis, apprit, non sans le plus grand étonnement, -l'épouvante que le prince causoit à la régente, et la proposition -inattendue que Mazarin l'avoit engagée à lui faire, et qu'elle lui -faisoit effectivement, de lui donner la première place dans le -gouvernement.</p> - -<p>Il n'étoit pas aussi facile d'abuser Gondi que le prince de Condé. Il -reconnut aussitôt la ruse: il vit que Mazarin, dont l'intention ne -pouvoit être de lui céder si philosophiquement ses honneurs et son -pouvoir, ne vouloit créer ici qu'un fantôme de ministre, ou pour -perdre entièrement le prince, ou pour le mettre dans la nécessité -absolue de recourir à lui, et qu'alors son premier soin seroit de -briser l'ouvrage de ses mains, ce qu'il feroit sans peine d'un -coadjuteur de Paris. La dignité seule de cardinal pouvoit mettre Gondi -hors des atteintes d'un si dangereux adversaire. Il résolut donc de -refuser le ministère, et de profiter de cette heureuse circonstance -pour obtenir la pourpre. Son plan s'arrange aussitôt dans sa tête: il -voit la reine en secret, promet de se dévouer tout entier à sa <span class="pagenum"><a id="page252" name="page252"></a>(p. 252)</span> cause, -sous la condition expresse de pouvoir continuer à déchirer -publiquement Mazarin, seul moyen de reprendre son autorité dans le -peuple et parmi les frondeurs; s'engage à lui ramener Gaston, à forcer -Condé de sortir de Paris, et pour prix de ces services obtient la -promesse positive du cardinalat. Il fut convenu, dans cette entrevue -fameuse, que Châteauneuf seroit rappelé et nommé à la place que le -coadjuteur venoit de refuser. La haine que tous les deux lui portoient -sembloit les pousser à l'élever si haut pour avoir le plaisir de l'en -précipiter. La princesse palatine, qui s'étoit rangée du parti de la -reine, que, dès ce moment elle n'abandonna plus, fut chargée par elle -d'être l'intermédiaire entre le cardinal et le coadjuteur.</p> - -<p>Gondi instruit d'abord Gaston d'une révolution aussi inespérée; et -sortant tout à coup de sa retraite, comme s'il y eût été forcé par -l'amour du bien public et par la situation critique des affaires, -commence aussitôt l'exécution de ses promesses en alarmant secrètement -les frondeurs sur les prétentions extraordinaires de Condé, sur les -correspondances mystérieuses et continuelles de la reine avec le -cardinal, montrant la guerre civile comme le résultat inévitable d'une -telle ambition et d'une telle opiniâtreté. Tout change en un moment: -une querelle de plume s'établit entre la grande et la petite fronde, -dans laquelle la première <span class="pagenum"><a id="page253" name="page253"></a>(p. 253)</span> a tout l'avantage. Dans le parlement, le -coadjuteur déconcerte Condé, qui savoit ses liaisons nouvelles avec la -cour, en criant plus haut que lui contre Mazarin; et, s'ennuyant des -lenteurs, propose à la reine de le faire arrêter par l'autorité de -Gaston. Elle n'ose prendre un parti aussi violent: sur son refus, il -revient au projet de le forcer à lui céder la place, et, pour y -parvenir, affecte de suivre régulièrement les séances du parlement, -avec un cortége aussi nombreux et aussi redoutable que celui du -prince, éclairant sa conduite, attaquant ses avis, déclamant contre -ses prétentions. Cette lutte audacieuse continue pendant trois mois, -irrite, exaspère l'impétueux Condé. Excité encore par sa sœur, par -quelques amis avides de nouveaux désordres, il entame avec l'Espagne -de secrètes négociations. La reine en a connoissance, et délibère une -seconde fois de le faire arrêter. Condé, qui en est averti<a id="footnotetag178" name="footnotetag178"></a><a href="#footnote178" title="Lien vers la note 178"><span class="smaller">[178]</span></a>, croit -d'abord que ce n'est qu'une feinte, et s'abstient seulement d'aller au -Palais-Royal. Cependant la réflexion ne tarda pas à lui faire -reconnoître qu'il court un danger véritable au milieu de tant -d'ennemis dont il est entouré, flottant entre les brouilleries et les -raccommodements, <span class="pagenum"><a id="page254" name="page254"></a>(p. 254)</span> ne jouissant que d'un crédit précaire, à la merci des -caprices d'un peuple dont il étoit si facile de lui enlever la faveur, -et des résolutions d'une compagnie où ses partisans n'étoient pas les -plus nombreux. Malgré son intrépidité naturelle, il commence à -s'alarmer; ses amis se réunissent pour accroître ses alarmes; il finit -par se persuader que sa liberté est réellement menacée, sort de Paris -comme un fugitif, et va se renfermer dans sa maison de Saint-Maur.</p> - -<p>Gondi, qui n'attendoit que son départ pour donner à ses intrigues le -dernier degré d'activité, ne manqua pas de le présenter aussitôt sous -les couleurs les plus odieuses, comme un acte de rébellion qui -annonçoit les plus sinistres projets. Toutes ces impressions furent -reçues; et Condé, qui écrivit aussitôt au parlement pour expliquer les -motifs d'une démarche aussi étrange, ne fut écouté qu'avec la plus -grande défaveur. Tout succédoit au gré de la cour, si Gaston n'eût -montré, dans cette circonstance importante, ses indécisions -accoutumées. Elles épouvantèrent la reine, qui, malgré les conseils -toujours vigoureux du coadjuteur, n'osa dans ces premiers moments -prendre un parti décisif contre son ennemi. Gaston, à son tour, voyant -qu'elle balançoit, crut qu'elle ménageoit, peut-être à ses dépens, un -accommodement avec Condé, et se hâta de faire secrètement des <span class="pagenum"><a id="page255" name="page255"></a>(p. 255)</span> avances -à celui-ci. Dans ce moment même arrivèrent des lettres de Mazarin, -qui, fixant les irrésolutions de la reine, la déterminèrent à s'unir -ouvertement avec le duc et à éclater contre le prince. Gondi est -chargé d'en faire la proposition à son maître; mais il étoit trop -tard, et quoiqu'il sentît bien la faute qu'il avoit faite, faute dont -il fit l'aveu à son favori, le timide Gaston n'osa jamais rompre les -nouveaux engagements qu'il venoit de contracter avec un rival dont le -génie faisoit trembler le sien. Condé, trouvant une force nouvelle -dans une telle foiblesse, du fond de sa retraite demandoit avec -hauteur le renvoi de Tellier, Lionne et Servien, créatures du -cardinal, et qu'il appeloit par dérision les <em>sous-ministres</em>. Le duc, -n'osant s'y opposer, descendit jusqu'à la prière pour le déterminer à -se désister d'une demande que la reine regardoit comme le plus grand -des outrages. Il fut inébranlable. Ce fut vainement que Gondi, dans -plusieurs séances du parlement où cette question fut agitée, essaya, -par tous les moyens que put lui suggérer son adresse et son éloquence, -de vaincre les inconcevables irrésolutions de Gaston; celui-ci -persista dans son dessein ridicule de ménager à la fois et la reine et -Condé, et par cette conduite versatile trouva le secret de les -mécontenter tous les deux. Les sous-ministres furent renvoyés, sur -l'avis secret de Mazarin; <span class="pagenum"><a id="page256" name="page256"></a>(p. 256)</span> mais la reine, par le mépris que lui -inspiroit Gaston, se fortifia dans la résolution de ne point céder à -Condé; et celui-ci, enhardi par les avances du duc et par les terreurs -qu'il lui inspiroit, osa bientôt braver la cour et revenir à Paris.</p> - -<p>Sa situation à Saint-Maur étoit en effet assez embarrassante. Une -foule nombreuse de ses anciens partisans s'étoit d'abord rassemblée -autour de lui; mais presque tous avoient disparu lorsqu'ils eurent -reconnu que son intention étoit de les engager trop avant. Turenne -l'avoit abandonné, parce qu'il s'ennuyoit de la rébellion; Bouillon, -parce qu'il croyoit trouver plus de sûreté dans le parti de la cour; -le duc de Longueville, par lassitude; et La Rochefoucauld, si -maltraité dans la dernière guerre, ne cherchoit qu'à lui inspirer des -sentiments pacifiques. D'un autre côté, le renvoi des sous-ministres -ne laissoit plus aucun prétexte à son éloignement. Sa sœur, le prince -de Conti, Nemours, étoient les seuls qui l'excitassent à la guerre. -Naturellement porté aux partis violents et décisifs, il les écoutoit -volontiers; mais, dans l'impuissance absolue où il se trouvoit alors -de suivre un tel conseil, il se trouva heureux que cette foiblesse -extrême de Gaston, toujours balançant entre lui et la cour, lui -fournît le moyen de rentrer à Paris sans danger. Il y revint donc -brusquement; et, avec son audace accoutumée, se rendit <span class="pagenum"><a id="page257" name="page257"></a>(p. 257)</span> au parlement, -où il n'eut aucun succès, de là chez Gaston, qui, dissimulant le -chagrin que lui causoit son retour, se montra plus foible qu'il -n'avoit jamais été.</p> - -<p>La reine, indignée d'une telle lâcheté, s'adressa alors à Gondi, le -sommant de lui tenir la parole qu'il lui avoit donnée, de s'opposer -aux entreprises du prince. L'intérêt du coadjuteur étoit sans doute de -ne pas violer une semblable promesse: il se mit donc en mesure de la -remplir, et, quelques jours après, parut au parlement avec un cortége -aussi nombreux que celui de Condé. De tels moyens n'étoient pas faits -pour intimider ce caractère intrépide: aussitôt le prince augmenta -lui-même sa suite, qu'il rendit plus effrayante encore que magnifique; -il parla plus hardiment que jamais dans le parlement contre les -liaisons de la régente avec Mazarin; il affecta de se tenir éloigné du -Palais-Royal, ou de n'en approcher que pour étaler aux yeux de la cour -le cortége insolent dont il étoit sans cesse accompagné; enfin les -choses en vinrent au point que la reine, outrée de son audace et de -cette foiblesse désespérante du duc d'Orléans, exigea de Gondi qu'il -se déclarât ouvertement contre Condé, et qu'il la servît même contre -la volonté de Gaston.</p> - -<p>Il s'y décida, et la volonté ferme du favori finit par entraîner celle -du maître. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'il employa d'abord -contre le prince <span class="pagenum"><a id="page258" name="page258"></a>(p. 258)</span> un moyen dont la cour avoit usé peu de temps -auparavant pour le perdre lui-même: Châteauneuf, qui, d'après les -arrangements pris, devoit bientôt rentrer au ministère; Molé, que tant -de raisons rendoient contraire à Condé, furent appelés dans un -conseil, où l'on dressa contre lui une pièce qui le peignoit sous les -traits les plus odieux; et certes, pour lui donner tous les caractères -d'un rebelle, il n'y avoit malheureusement qu'à rassembler les faits. -Le parlement, la chambre des comptes, la cour des aides, le corps de -ville furent mandés au palais par députés, et y entendirent d'abord la -lecture de cette foudroyante Philippique. Condé, alarmé, veut se -justifier dans la séance du lendemain, et interpelle Gaston de venir à -son secours: Gaston s'y refuse, et Gondi, qui lui a inspiré le courage -de risquer ce refus, l'y fait persister, malgré les sollicitations -pressantes de son impérieux rival. Cependant le duc, tout en refusant -de l'accompagner, se laisse arracher un écrit, dans lequel il a l'air -de justifier le prince des inculpations dirigées contre lui, et -principalement de ses intelligences avec les Espagnols, intelligences -qui n'étoient que trop réelles, et plus actives que jamais en ce -moment, à cause du péril où il croyoit se trouver. Muni de cette -pièce, Condé vole à la grand'chambre, et en même temps qu'il y -renouvelle son apologie, <span class="pagenum"><a id="page259" name="page259"></a>(p. 259)</span> accuse ouvertement le coadjuteur d'être -l'auteur des calomnies présentées par la reine contre lui. Celui-ci -réplique avec une hauteur qui put passer pour téméraire: car si Condé -eût voulu relever une parole outrageante qui lui étoit échappée, -Gondi, mal accompagné ce jour là, eût peut-être couru risque de la -vie. Le prince ne le fit point, ou par mépris, ou par grandeur d'âme. -Son ennemi n'éprouva d'autre désagrément que d'être hué en sortant par -le parti opposé; et, échappé à ce danger, alla se préparer à en braver -le surlendemain de plus grands. La reine l'y excita elle-même, et -concerta avec lui tous les préparatifs de cette journée fameuse. Elle -mit à sa disposition une partie des troupes de la garde; les habitants -du pont Saint-Michel et du pont Notre-Dame, vendus à ce chef de parti, -reçurent l'ordre de se tenir prêts au premier signal; ils eurent un -mot de ralliement; Gondi alla la veille reconnoître le champ de -bataille, marquer les postes, et la grand'chambre prit l'aspect d'une -ville assiégée. L'audacieux prélat y arriva le premier, entouré de -tous ses amis; Condé ne tarda pas à s'y rendre avec des forces à peu -près égales. Gaston, résolu à se déclarer pour le vainqueur, affecta -de garder la neutralité en se renfermant dans son palais.</p> - -<p>On s'étoit assemblé pour délibérer sur l'accusation portée contre le -prince. Son impatience <span class="pagenum"><a id="page260" name="page260"></a>(p. 260)</span> ne lui permit pas de laisser entamer la -délibération; et dès qu'il eut pris place, il commença à se plaindre -de cet appareil menaçant dont les avenues du palais et la -grand'chambre elle-même offroient le spectacle extraordinaire, et -lança à Gondi un trait piquant que celui-ci releva sur-le-champ avec -une insolence qui mit le prince hors de lui-même. Il répliqua par un -propos menaçant; Gondi y répondit par une bravade plus insolente -encore. Dans un moment, comme si cette parole eût été le signal du -combat, l'assemblée entière se lève avec un bruit effroyable, chacun -court se ranger auprès de son chef, les présidents se jettent entre -ces <span class="pagenum"><a id="page261" name="page261"></a>(p. 261)</span> deux troupes, toutes les deux armées, et prêtes à s'élancer l'une -sur l'autre; ils pressent, ils conjurent, ils supplient; ils demandent -surtout que l'on fasse disparoître cette foule de gens qui entourent -le sanctuaire de la justice, les armes à la main. Condé cède le -premier, et ordonne à La Rochefoucauld de faire retirer ses amis; -Gondi sort de son côté pour donner également aux siens le signal de la -retraite: au tumulte que l'on vient d'apaiser dans la grand'chambre -succède tout à coup dans la grand'salle un tumulte plus affreux -encore, dès que le coadjuteur y paroît. À sa vue, quelques partisans -du prince tirent l'épée en criant <cite>au Mazarin!</cite> ceux de Gondi en font -autant: dans un moment, les deux troupes, jusqu'alors confondues, se -séparent, se forment sur deux files, se mesurent de l'œil, sont -prêtes à se précipiter l'une sur l'autre, agitant, avec la fureur la -plus effrénée, des sabres, des épées, des pistolets; le sang va -couler. La présence d'esprit de Crénan, capitaine des gardes du prince -de Conti, et de Laigues, son ami, qui étoit dans le parti opposé, -arrêta un massacre dont les suites étoient incalculables, et pouvoient -amener la destruction entière de Paris. Il fut convenu que les deux -partis crieroient ensemble <cite>vive le roi!</cite> sans rien ajouter. La salle -retentit aussitôt de ce cri unanime; on remet l'épée dans le fourreau, -et les partis se confondent comme auparavant.</p> - -<p>Pendant que ces choses se passoient, Gondi couroit un affreux danger. -Dès qu'il avoit vu briller les armes, il avoit cherché à rentrer dans -le parquet des huissiers: La Rochefoucauld, maître de la porte, le -saisit au passage, le serra entre les deux battants, criant à ses amis -de se dépêcher de le tuer, tandis qu'un misérable de la dernière -classe du peuple qui l'avoit poursuivi, le voyant ainsi engagé entre -la grand'salle et le parquet, levoit un poignard pour l'en frapper. -Les amis du duc eurent horreur de sa proposition, et refusèrent de lui -prêter un aussi infâme ministère; l'assassin fut contenu de l'autre -côté par d'Auvilliers; et Champlâtreux <span class="pagenum"><a id="page262" name="page262"></a>(p. 262)</span> entrant presqu'au même instant -dans le lieu où se passoit cet odieux événement, repoussa La -Rochefoucauld avec indignation, et délivra le prélat<a id="footnotetag179" name="footnotetag179"></a><a href="#footnote179" title="Lien vers la note 179"><span class="smaller">[179]</span></a>. La scène se -prolongea dans la grand'chambre, où les deux ennemis rentrèrent -ensemble, en s'accablant d'injures.<a id="footnotetag180" name="footnotetag180"></a><a href="#footnote180" title="Lien vers la note 180"><span class="smaller">[180]</span></a> Le désordre alloit peut-être -renaître avec des suites plus affreuses, lorsqu'enfin persuadés par -les ardentes supplications du premier président et des gens du roi, -les deux chefs consentirent à faire sortir leurs créatures, l'un par -les degrés de la Sainte-Chapelle, l'autre par le grand escalier. Cette -foule étoit à peine dissipée, que la compagnie se sépara.</p> - -<p>Gondi reconnut alors qu'il s'étoit trop avancé, que la lutte étoit -trop inégale entre lui et un prince du sang du caractère de Condé. -L'impossibilité <span class="pagenum"><a id="page263" name="page263"></a>(p. 263)</span> de la soutenir plus long-temps sans s'exposer aux plus -grands dangers, le détermina à user du conseil que lui donna Gaston, -de se faire défendre par la reine d'assister aux séances du -parlement<a id="footnotetag181" name="footnotetag181"></a><a href="#footnote181" title="Lien vers la note 181"><span class="smaller">[181]</span></a>. Cependant Condé, maître du champ de bataille, -continuoit de demander hautement raison de l'écrit publié contre lui, -et faisoit rendre des arrêts en sa faveur; Gaston restoit toujours -dans son indécision accoutumée; et la reine, après avoir long-temps -refusé de s'expliquer sur les remontrances que lui adressoit la -compagnie, tant en faveur du prince que contre les liaisons qu'elle -continuoit d'avoir avec Mazarin, commençoit à mollir sensiblement, et -paroissoit disposée à entrer dans tous les accommodements qu'on lui -proposoit. Mais la face des choses alloit changer encore plus -rapidement que jamais: cette douceur affectée n'étoit qu'une feinte -conseillée par Mazarin lui-même pour gagner du temps, et atteindre une -époque solennelle qui devoit nécessairement produire une grande -révolution dans la situation des partis. Cette époque étoit celle de -la majorité du <span class="pagenum"><a id="page264" name="page264"></a>(p. 264)</span> roi. Condé, qui n'étoit point la dupe de ces vaines -apparences, ne voyoit arriver qu'avec effroi un événement qui alloit -accroître les forces de ses ennemis de tout le prestige attaché à -l'autorité royale. Il eût dû le prévoir sans doute; mais -l'imprévoyance étoit le vice radical de presque tout ce qui se faisoit -alors, et l'on a pu remarquer que les plus habiles étoient sans cesse -occupés à combattre ce qu'il y avoit de faux dans leur position. À -mesure que ce moment fatal approchoit, le prince sentoit redoubler ses -terreurs; mille soupçons funestes l'agitoient; pour peu que le peuple -eût semblé ému du spectacle imposant qu'on alloit étaler à ses yeux, -on pouvoit profiter de cette impression pour l'arrêter de nouveau, et -abattre ainsi son parti. Plusieurs indices porteroient à croire qu'on -en avoit conçu le dessein: il est certain du moins qu'il en eut la -crainte; et, déterminé par un motif si puissant à ne point assister à -la majorité, il écrivit au roi pour s'en excuser, et sortit de Paris -la veille même du jour consacré à cette grande cérémonie.</p> - -<p>Tandis qu'elle se faisoit avec une pompe que commandoit la politique, -et que rien encore n'avoit égalé, le prince étoit à Trie, où il -essayoit inutilement d'entraîner le duc de Longueville dans sa -révolte. Le chagrin qu'il en conçut s'accrut encore par la nouvelle -des changements <span class="pagenum"><a id="page265" name="page265"></a>(p. 265)</span> opérés, le jour même de la majorité, dans le -ministère, changements qui, bien qu'arrangés depuis long-temps<a id="footnotetag182" name="footnotetag182"></a><a href="#footnote182" title="Lien vers la note 182"><span class="smaller">[182]</span></a>, -sembloient n'avoir été faits que pour le braver. Dans les perplexités -où le jetoient et le fâcheux état du présent et l'incertitude plus -fâcheuse encore de l'avenir, il revint, malgré les instigations -continuelles de ses amis, à des sentiments plus modérés, et résolut de -tenter encore son accommodement avec la cour. Une perfidie de Gaston -empêcha l'exécution de ce projet, qui sans doute eût épargné à la -France une longue suite de malheurs. Condé lui avoit envoyé un nouveau -plan de pacification, et étoit allé attendre sa réponse à -<i>Angerville</i>, en Gâtinois: le duc, dont l'intérêt n'étoit pas de le -voir revenir, forcé cependant de lui répondre, et de ménager les -apparences, lui envoya un courrier, qui, se trompant à dessein<a id="footnotetag183" name="footnotetag183"></a><a href="#footnote183" title="Lien vers la note 183"><span class="smaller">[183]</span></a>, -d'après l'ordre secret qu'il en avoit reçu, alla d'abord à -<i>Angerville</i> en Beauce, et ne se rendit au lieu indiqué que -vingt-quatre heures après le départ <span class="pagenum"><a id="page266" name="page266"></a>(p. 266)</span> de l'impatient Condé. Furieux de -voir ses avances méprisées, aigri encore par les avis que lui donnoit -Chavigni de ne point se fier aux promesses de la cour, sans cesse -excité par son conseil, qui ne cessoit de lui répéter que, dès qu'il -auroit tiré l'épée, tout seroit à ses pieds; encouragé surtout par les -marques d'attachement que lui prodigua la ville de Bourges, où il -venoit de se retirer, ce prince ne voulut rien entendre, lorsqu'on lui -apporta dans cette ville, de la part de la reine, des conditions aussi -favorables qu'il pouvoit les désirer. Lénet fut envoyé en Espagne pour -achever les traités ébauchés avec l'archiduc; Nemours alla prendre le -commandement des troupes renfermées dans Stenai; et, suivi de La -Rochefoucauld, Condé prit la route de la Guienne, avec l'espoir, en -apparence très-fondé, de soulever toutes les provinces environnantes.</p> - -<p>L'effet ne répondit point à son attente; et son génie militaire, sa -prodigieuse activité ne purent faire que de nouvelles levées ne -fussent pas vaincues par de vieux soldats que lui-même avoit aguerris. -Le comte d'Harcourt, qu'on envoya d'abord à sa poursuite, eut -constamment l'avantage sur lui; mais Condé, qui, à la place de son -ennemi, l'eût entièrement détruit si celui-ci eût été à la sienne, ne -se laissa pas même entamer; et la marche de ce grand général jusqu'à -Bordeaux <span class="pagenum"><a id="page267" name="page267"></a>(p. 267)</span> doit être considérée, vu l'insuffisance de ses moyens, comme -un de ses plus hauts faits militaires. À peine fut-il arrivé dans -cette ville, que la cour pensa à marcher sur ses pas; mais, pour -exécuter ce projet, il falloit le consentement des frondeurs, surtout -celui de Gondi. Elle l'obtint, en lui montrant pour prix de sa -fidélité le don immanquable du chapeau<a id="footnotetag184" name="footnotetag184"></a><a href="#footnote184" title="Lien vers la note 184"><span class="smaller">[184]</span></a>, premier objet de tous ses -désirs. L'aveu de Gaston suivit nécessairement le sien; mais le -coadjuteur ne poussa point la complaisance jusqu'à abandonner ce -prince à la reine, qui désiroit vivement l'emmener avec elle. Il ne -pourroit dominer un personnage de ce caractère qu'en le gardant auprès -de lui; et d'ailleurs l'intérêt de Gaston étoit de rester à Paris, -puisqu'il n'ignoroit pas que Mazarin, quoique absent, continuoit seul -à gouverner la cour.</p> - -<p>Ici les intrigues se compliquent plus que jamais, et la situation de -chaque parti semble devenir plus embarrassante. Le coadjuteur, sur une -simple promesse, avoit laissé la reine échapper de ses mains; c'étoit -une grande faute, car il résultoit de la position nouvelle de cette -princesse qu'elle pouvoit ou rappeler son ministre ou faire la paix -avec Condé, pour écraser ensuite les frondeurs. Si elle s'arrêtoit au -premier parti, <span class="pagenum"><a id="page268" name="page268"></a>(p. 268)</span> en se déclarant pour elle, Gondi se perdoit dans -l'esprit de Gaston, le peuple l'abandonnoit entièrement, et la bonne -foi de Mazarin devenoit la seule garantie de la récompense qu'il -attendoit; s'il la prévenoit dans le second, en déterminant Gaston à -recevoir à l'instant même les avances que le prince ne cessoit de lui -faire, sa nomination étoit aussitôt révoquée, et sa fortune rejetée de -nouveau dans tous les hasards des troubles politiques. Dans un tel -état de choses, toute résolution ferme et absolue sembloit -dangereuse<a id="footnotetag185" name="footnotetag185"></a><a href="#footnote185" title="Lien vers la note 185"><span class="smaller">[185]</span></a>: cette indécision de son maître, qui l'avoit si -souvent désespéré, se trouva propre à le servir. Il résolut, et rien -n'étoit plus aisé sans doute, de maintenir Gaston toujours flottant -entre la cour et Condé, toujours négociant avec l'un et l'autre, de -manière à inspirer à la reine assez de crainte pour qu'elle jugeât -imprudent de trop s'avancer, assez de confiance pour qu'elle ne crût -pas nécessaire de rien précipiter. Tandis qu'il espéroit gagner <span class="pagenum"><a id="page269" name="page269"></a>(p. 269)</span> ainsi -l'époque qui devoit faire confirmer sa nomination au cardinalat, il -affectoit de se montrer plus fidèle que jamais à la cour, en -maintenant le parlement dans ses mauvaises dispositions à l'égard de -Condé, en laissant même enregistrer un arrêt du conseil, qui le -déclaroit lui et ses adhérents criminels de lèse-majesté, si dans -l'espace d'un mois ils n'avoient déposé les armes; et rien en effet ne -pouvoit mieux remplir ses vues que d'achever de brouiller ainsi la -régente avec le prince, sans enlever entièrement à celui-ci l'espoir -de s'unir de nouveau avec Gaston. D'un autre côté, l'ambition de -Châteauneuf le servoit au gré de tous ses vœux, en suscitant sans -cesse des obstacles au retour de Mazarin, retour que ce ministre -craignoit peut-être plus que Gondi lui-même, puisqu'il devoit être -nécessairement le signal de sa disgrâce. À force de souplesse, -d'activité dans son travail, d'intrigues de toute espèce, il étoit peu -à peu parvenu à rendre moins pénible à la reine l'absence du cardinal; -il avoit même conçu quelque espoir de l'en détacher tout-à-fait en -créant un simulacre de premier ministre dans la personne du prince -Thomas de Savoie, parent de cette princesse, ce qu'elle avoit vu avec -une sorte de complaisance. Cependant, par un retour singulier, Condé -se voyoit réduit à désirer le rappel de son ennemi, n'imaginant plus -que ce seul moyen de forcer <span class="pagenum"><a id="page270" name="page270"></a>(p. 270)</span> Gaston à revenir à lui, et à lui rendre -ainsi le parlement, la capitale et toutes les grandes villes du -royaume. Tel étoit le but d'une foule de négociations insidieuses -qu'il conduisoit à la fois à Bruyll, à Paris, à la cour, et dont -Gourville<a id="footnotetag186" name="footnotetag186"></a><a href="#footnote186" title="Lien vers la note 186"><span class="smaller">[186]</span></a> étoit l'agent infatigable.</p> - -<p>De toutes ces dispositions diverses, dont aucune n'échappoit à l'œil -pénétrant de Mazarin, une seule lui causoit de sérieuses alarmes: -c'étoit le refroidissement de jour en jour plus marqué qu'il -découvroit dans la correspondance de la régente. Ces indices, toujours -croissants, lui firent enfin reconnoître qu'il étoit perdu s'il -tardoit un seul moment à rentrer en France: aussitôt toutes les -créatures qu'il avoit à la cour furent mises en mouvement auprès de la -reine pour la ramener à son ancien attachement, et tandis qu'on -ranimoit ainsi, sans beaucoup d'efforts, une affection dont les -traces étoient si <span class="pagenum"><a id="page271" name="page271"></a>(p. 271)</span> profondes, le cardinal se préparoit à donner un -grand éclat à son retour, en essayant d'entamer avec les Espagnols des -négociations pour la paix générale, et d'acheter au duc de Lorraine la -petite armée qu'il mettoit en quelque sorte à l'enchère de toutes les -puissances de l'Europe<a id="footnotetag187" name="footnotetag187"></a><a href="#footnote187" title="Lien vers la note 187"><span class="smaller">[187]</span></a>. N'ayant pu réussir dans ces deux projets, -il en forma un troisième, moins brillant peut-être, mais sans doute -plus utile à ses intérêts: ce fut de gagner les commandants des places -frontières, et de les décider à lui fournir chacun une partie de leurs -troupes, d'en former une armée et de se présenter au roi avec ce -renfort. Il y parvint avec beaucoup de promesses et un peu d'argent. -Huit mille hommes furent ainsi réunis auprès de Sedan, et le maréchal -d'Hocquincourt, qui d'ailleurs en avoit l'ordre secret de la cour, -consentit à les commander<a id="footnotetag188" name="footnotetag188"></a><a href="#footnote188" title="Lien vers la note 188"><span class="smaller">[188]</span></a>. Mazarin avoit eu, <span class="pagenum"><a id="page272" name="page272"></a>(p. 272)</span> pendant cet -intervalle, assez de pouvoir pour se faire donner, par le roi -lui-même, un ordre très-pressant de revenir, et, muni de cette pièce -importante, il se prépara à rentrer en France à la tête de cette -petite armée.</p> - -<p>La nouvelle inattendue de ce retour fut un coup de foudre pour Gondi: -c'est alors qu'il reconnut la faute irréparable qu'il avoit faite de -laisser la régente sortir de Paris; cette faute, ainsi qu'il le dit -lui-même avec une confusion profonde, étoit <cite>des plus lourdes, -palpable, impardonnable</cite>; elle changeoit toute la face des affaires; -et le seul parti qui lui restoit à prendre étoit d'en atténuer autant -que possible les effets. Vainement donc la régente fit mille -tentatives pour obtenir de lui, au sujet de ce retour projeté du -cardinal, un consentement d'où dépendoit entièrement celui de Gaston; -il ne voulut rien écouter. Il exhala son dépit en reproches et en -menaces, et remplissant l'âme de Gaston de toute l'ardeur dont il -étoit lui-même enflammé, il l'entraîna sur-le-champ au parlement, où -recommencèrent aussitôt et avec une fureur nouvelle toutes les scènes -que la haine contre ce ministre, l'intérêt, la crainte, toutes les -passions <span class="pagenum"><a id="page273" name="page273"></a>(p. 273)</span> y avoient si souvent et depuis si long-temps excitées. -Plusieurs séances très-orageuses se succédèrent en peu de jours et se -terminèrent par un arrêt terrible contre Mazarin, dans lequel on -défendoit aux commandants de place, aux maires et échevins des villes, -de lui livrer passage, où l'on ordonnoit des députations au roi, pour -lui présenter ce retour comme une calamité publique.</p> - -<p>La cour, prenant alors une marche nouvelle parce qu'en effet sa -situation n'étoit plus la même, au lieu de chercher désormais à -arrêter les excès du parlement, prit la résolution de l'abandonner à -lui-même, persuadée avec raison que l'anarchie poussée au dernier -période ne pouvoit manquer d'être favorable au retour de l'autorité. -En conséquence de ces dispositions nouvelles, Molé, dont la fermeté ne -pouvoit plus lui être utile, fut appelé auprès du roi, dans la crainte -que, s'il restoit à Paris, le duc d'Orléans ne s'emparât des sceaux. -Il partit, emmenant avec lui le surintendant et toute la chancellerie. -Beaucoup de personnes de qualité suivirent son exemple, et quittèrent -la capitale, comme un séjour désormais mal assuré. Bouillon et -Turenne, que Gaston vouloit faire arrêter, se sauvèrent, par -l'assistance même de Gondi<a id="footnotetag189" name="footnotetag189"></a><a href="#footnote189" title="Lien vers la note 189"><span class="smaller">[189]</span></a>; <span class="pagenum"><a id="page274" name="page274"></a>(p. 274)</span> Laigues et Noirmoutiers se rangèrent -du côté de la cour; la duchesse de Chevreuse elle-même, détachée du -coadjuteur par la jalousie que lui causoient ses liaisons avec la -princesse Palatine, suivit le même parti. Ces départs successifs -jetoient l'alarme dans Paris: Gaston l'augmentoit encore par la -violence de ses procédés. Avant le départ du premier président, il -avoit excité clandestinement une émeute de la plus vile populace, -s'imaginant donner ainsi à la cour une preuve de l'horreur que les -Parisiens avoient pour le ministre exilé; ces misérables avoient osé -assiéger la maison de Molé, et l'intrépide magistrat les avoit -dissipés par sa seule présence. À peine fut-il parti, que le duc, -retournant au parlement, où les esprits aigris, irrités par le -désordre des séances précédentes, étoient préparés à tous les excès, y -annonça comme certain, ce qui jusqu'alors n'avoit été qu'un événement -probable, le retour de Mazarin; et les dispositions de la cour -tellement favorables à ce retour, qu'elle-même l'avoit ordonné. À ces -mots, la faction poussa des cris de rage; les opinions les plus -violentes, les plus désordonnées <span class="pagenum"><a id="page275" name="page275"></a>(p. 275)</span> se succédèrent avec les mouvements -les plus impétueux; et du sein de ce fracas de paroles sortit enfin -cet arrêt fameux qui, déclarant de nouveau le cardinal criminel de -lèse-majesté, perturbateur du repos public, proscrivoit sa tête et -fixoit même le prix de cette proscription<a id="footnotetag190" name="footnotetag190"></a><a href="#footnote190" title="Lien vers la note 190"><span class="smaller">[190]</span></a>. Des conseillers furent -nommés pour aller sur la frontière armer les communes, et élever -partout des obstacles à son passage; un autre arrêt, adressé à tous -les parlements, les invita à prendre les mêmes mesures contre cet -ennemi de l'état. Cependant, chose vraiment remarquable, au milieu de -tant d'attentats contre le ministre, l'autorité royale commençoit à -faire sentir son ascendant; un roi majeur imposoit à ces brouillons, -qui jusque-là avoient suivi aveuglément l'impulsion de leurs chefs. Ce -fut donc vainement que Gaston et Gondi, qui sentoient que des arrêts -étoient bien peu de chose contre une armée, essayèrent d'entraîner le -parlement à <span class="pagenum"><a id="page276" name="page276"></a>(p. 276)</span> lever des contributions, et à soudoyer des troupes pour -s'opposer efficacement à la rentrée du cardinal. Cette proposition fut -rejetée d'une voix presque unanime, comme attentatoire à l'autorité du -souverain. Ainsi on reconnoissoit cette autorité et on l'outrageoit -tout à la fois, par une contradiction qui confondoit ceux mêmes qui se -livroient à des démarches si inconsidérées<a id="footnotetag191" name="footnotetag191"></a><a href="#footnote191" title="Lien vers la note 191"><span class="smaller">[191]</span></a>.</p> - -<p>(1652.) Cependant Mazarin s'avançoit en France, protégé par son armée; -et le maréchal d'Hocquincourt lui frayoit un passage, culbutant sans -peine les foibles milices que les commissaires du parlement avoient -rassemblées contre lui. Sur les avis qu'il recevoit de sa marche et de -ses succès, le parlement continuoit à rendre des arrêts -contradictoires; protestant hautement contre le retour du ministre, -même après une déclaration du roi, qui faisoit connoître que ce retour -étoit son ouvrage, refusant l'offre que lui faisoit Condé de ses -services contre l'ennemi commun, éludant sans cesse les propositions -de Gaston, <span class="pagenum"><a id="page277" name="page277"></a>(p. 277)</span> qui ne cessoit de demander la création d'une force -militaire imposante, et l'union avec les autres parlements. La -conduite bizarre de cette compagnie jetoit le duc et Gondi dans un -embarras inexprimable: le premier, plus jaloux que jamais des qualités -brillantes de son illustre rival, eût préféré sans doute de continuer -à flotter entre les partis; mais la nullité absolue à laquelle le -réduisoient de tels arrêts ne lui montroit plus d'autre ressource que -dans cette jonction avec Condé, pour laquelle il avoit une si grande -répugnance: car de former lui-même une <em>tiers-parti</em>, de lever de son -côté l'étendard de la révolte, l'idée seule l'en faisoit frémir, et -toute l'éloquence de son favori, qui avoit formé le plan de ce -tiers-parti<a id="footnotetag192" name="footnotetag192"></a><a href="#footnote192" title="Lien vers la note 192"><span class="smaller">[192]</span></a>, ne put jamais l'y déterminer.</p> - -<p>Celui-ci étoit dans une position plus embarrassante encore, par ses -engagements avec la cour, qui l'empêchoient d'entrer dans cette union -déjà méditée entre le prince et le duc d'Orléans, par ses vues -secrètes d'ambition qui lui rendoient Mazarin odieux et son retour -insupportable, par la difficulté qu'il trouvoit à empêcher entre les -deux princes un rapprochement dont la nécessité devenoit pour Gaston -de jour en jour plus évidente. Il étoit impossible sans doute qu'il -se tirât complétement de ce labyrinthe <span class="pagenum"><a id="page278" name="page278"></a>(p. 278)</span> inextricable où la force des -événements l'avoit engagé; mais il fit du moins tout ce qu'il étoit -possible de faire. Prévoyant que le premier soin de Mazarin, à son -retour, seroit d'empêcher sa promotion au cardinalat, il intrigua à la -cour de Rome; et, profitant de l'aversion naturelle que le pontife -avoit pour ce ministre, qu'il avoit connu dans sa jeunesse et dont il -avoit su apprécier l'esprit intrigant et le caractère artificieux, il -fit hâter sa nomination qui fut déclarée la veille même du jour où -l'on reçut de la cour l'ordre qui la révoquoit. Ménageant toujours la -reine pour ne pas se fermer toutes les voies au ministère, il -remplissoit la promesse qu'il lui avoit faite de ne point s'unir -lui-même avec Condé, et la forçoit en quelque sorte à ne pas trouver -mauvais qu'il laissât Gaston suivre ce parti, le seul en effet qu'il -lui fût possible de prendre. Enfin, quoique sa nouvelle dignité, dont -la source étoit inconnue au plus grand nombre, offrît mille moyens à -ses ennemis de calomnier ses intentions, de le présenter comme vendu à -la cour et à Mazarin, il conserva la faveur du duc, parce que celui-ci -connoissoit tout le mystère de cette conduite, vraiment inexplicable -aux yeux du public. Pour jouer plus sûrement tant de rôles différents, -Retz, (c'est ainsi que nous nommerons désormais le nouveau cardinal) -affecta, dès ce moment, de <span class="pagenum"><a id="page279" name="page279"></a>(p. 279)</span> n'en plus jouer aucun. Sa haute dignité ne -lui permettoit plus de paroître aux séances du parlement<a id="footnotetag193" name="footnotetag193"></a><a href="#footnote193" title="Lien vers la note 193"><span class="smaller">[193]</span></a>: il -saisit avec joie une si favorable occasion de s'absenter entièrement -de ces assemblées, qui, comme il le dit lui-même, «n'étoient plus que -des cohues non-seulement ennuyeuses, mais insupportables.» Il courut -pour la seconde fois se renfermer à l'archevêché; et, dans cette -retraite, commandée par la plus subtile politique, conseiller secret -de Gaston, qu'il dirigeoit dans ses nouveaux rapports même en évitant -de les partager, il attendoit ainsi, et en quelque sorte sans danger, -le moment où il pourroit reparoître sur la scène, libre d'y jouer -alors le personnage qui lui sembleroit le plus convenable à ses -intérêts.</p> - -<p>Turenne, Mazarin et les deux princes, vont maintenant occuper sur -cette scène les premiers rangs. L'arrivée du ministre à Poitiers, où -résidoit alors la cour, avoit fait disparoître aussitôt tous ses -concurrents. L'ambitieux Châteauneuf s'étoit vu forcé de se retirer -pour aller mourir <span class="pagenum"><a id="page280" name="page280"></a>(p. 280)</span> dans l'exil; et le prince Thomas étoit retombé dans -la nullité la plus absolue. Mazarin, soit qu'il possédât au suprême -degré l'heureux don de captiver les esprits, soit que, suivant la -belle expression de Bossuet, il fût «devenu nécessaire, non-seulement -par l'importance de ses services, mais encore par des malheurs <cite>où -l'autorité souveraine étoit engagée</cite>,» avoit eu l'art de se rendre -aussi agréable au jeune roi qu'il l'avoit jamais été à sa mère, et -dirigeoit ainsi les affaires avec une puissance plus absolue peut-être -qu'auparavant. Gaston, qui venoit enfin de se déclarer ouvertement -pour Condé, avoit formé une petite armée, destinée, sous les ordres de -Beaufort, à agir de concert avec les troupes espagnoles et françoises -que Nemours amenoit de Flandre pour le service du prince<a id="footnotetag194" name="footnotetag194"></a><a href="#footnote194" title="Lien vers la note 194"><span class="smaller">[194]</span></a>. -Celui-ci entra en France sans éprouver la moindre résistance, parce -que les troupes du roi étoient divisées; et, s'avançant jusqu'à -Mantes, son dessein étoit de prendre le chemin de la Guienne, <span class="pagenum"><a id="page281" name="page281"></a>(p. 281)</span> afin de -renfermer la cour entre ses troupes et celles avec lesquelles -manœuvroit Condé. Mais la régente ne lui en laissa pas le temps: elle -avoit maintenant d'aussi fortes raisons pour revenir à Paris et y -combattre l'ascendant d'une faction qui menaçoit d'entraîner tout le -royaume, qu'elle en avoit eu pour le quitter avant l'arrivée du -cardinal; et, laissant assez de troupes au comte d'Harcourt pour tenir -Condé en échec dans la Guienne et l'empêcher d'en sortir, elle revint -côtoyant la Loire, protégée par une armée inférieure en forces à celle -de Nemours, et dont le commandement fut partagé entre Turenne et le -maréchal d'Hocquincourt. Cette armée, après avoir repris, presque sans -coup férir, la ville d'Angers, que le duc de Rohan avoit soulevée un -moment en faveur du prince, s'avança jusqu'à Blois et sembla menacer -Orléans. Cette ville étoit le chef-lieu de l'apanage de Gaston. -Devoit-il en fermer les portes aux troupes du roi? C'étoit là une -action hardie dont, en sa qualité de prince, les suites -l'effrayoient<a id="footnotetag195" name="footnotetag195"></a><a href="#footnote195" title="Lien vers la note 195"><span class="smaller">[195]</span></a>; et c'en étoit assez pour le faire <span class="pagenum"><a id="page282" name="page282"></a>(p. 282)</span> retomber dans -ses anciennes perplexités. Enfin il se décida à y envoyer -<i>Mademoiselle</i>, sa fille aînée, pour y soutenir ses partisans contre -ceux de la cour: elle partit, la tête exaltée sur la mission dont elle -étoit chargée<a id="footnotetag196" name="footnotetag196"></a><a href="#footnote196" title="Lien vers la note 196"><span class="smaller">[196]</span></a>, et entra à Orléans par une brèche que lui -ouvrirent quelques habitants, les autorités locales ayant refusé de la -recevoir. La possession d'Orléans ouvroit à l'armée des frondeurs les -provinces d'outre-Loire, et l'armée royale étoit encore trop foible -pour s'opposer à leurs progrès; mais la mésintelligence des chefs -l'empêcha de profiter de cet avantage, et sauva ainsi la cour d'un -très-grand danger, Nemours voulant absolument que les deux armées -réunies se rapprochassent de Condé pour lui porter secours, Beaufort, -d'après les ordres secrets de Gaston et de Retz, refusant de passer -la Loire et d'abandonner ainsi Paris aux <span class="pagenum"><a id="page283" name="page283"></a>(p. 283)</span> entreprises de l'armée -royaliste<a id="footnotetag197" name="footnotetag197"></a><a href="#footnote197" title="Lien vers la note 197"><span class="smaller">[197]</span></a>. Des chefs la discorde passa aux officiers, de ceux-ci -aux soldats, à un tel point que plus d'une fois les troupes des deux -princes furent sur le point de se charger; et, profitant de ces -divisions, l'armée du roi remontoit la Loire, mettant toujours cette -rivière entre elle et l'armée des frondeurs.</p> - -<p>Pendant que toutes ces choses se passoient, la situation de Condé dans -la Guienne devenoit de jour en jour plus mauvaise. C'étoit vainement -que son audace et son génie luttoient, avec de misérables recrues, -contre l'excellente armée du comte d'Harcourt: ses prodiges de valeur -et de conduite ne faisoient que reculer une ruine qui sembloit -inévitable; et, se voyant sans ressource de ce côté par la foiblesse -extrême à laquelle il étoit réduit, il prévoyoit également de l'autre -une perte assurée, s'il ne trouvoit <span class="pagenum"><a id="page284" name="page284"></a>(p. 284)</span> un moyen d'étouffer des discordes -dont l'effet eût été de détruire une armée, désormais son unique -espérance. Sa présence pouvoit seule rétablir l'ordre: il se décide à -partir; et, laissant le prince de Conti et la duchesse de Longueville -se disputer entre eux, et fomenter dans Bordeaux d'obscures cabales, -il traverse une grande partie de la France, déguisé, au travers d'une -foule de dangers dont le récit a un air presque romanesque, et arrive -inopinément aux avant-postes de son armée, lorsque la mésintelligence -entre Beaufort et Nemours étoit parvenue au dernier degré. À son -aspect, le courage du soldat est ranimé: Montargis, dont le siége -avoit été décidé, puis abandonné, ouvre ses portes à la première -sommation. Maître de cette ville, Condé forme le projet de surprendre -l'armée royale, dont les deux chefs s'étoient séparés à cause de la -disette des fourrages. Il marche pendant une nuit obscure sur une -partie de cette armée cantonnée près de Bléneau, et commandée par le -maréchal d'Hocquincourt, tombe sur ses quartiers, trop éloignés les -uns des autres, les enlève presque sans résistance, jette le désordre -et l'épouvante parmi ses troupes, et, sur le point de remporter une -victoire complète, se la voit arracher par Turenne, dont les belles -manœuvres sauvent l'armée royale et la cour, qu'il avoit déjà -sauvées à <span class="pagenum"><a id="page285" name="page285"></a>(p. 285)</span> l'attaque du pont de Gergeau<a id="footnotetag198" name="footnotetag198"></a><a href="#footnote198" title="Lien vers la note 198"><span class="smaller">[198]</span></a>. Cependant ce succès, -quoique imparfait, jette un si grand éclat sur les armes de Condé, -qu'il croit pouvoir quitter sans danger le commandement de ses -troupes<a id="footnotetag199" name="footnotetag199"></a><a href="#footnote199" title="Lien vers la note 199"><span class="smaller">[199]</span></a> et se rendre à Paris, où les avis secrets de Chavigni le -pressoient de venir pour déjouer, disoit-il, les intrigues de Retz, -dont l'ascendant sur Gaston devenoit de jour en jour plus dangereux, -et tendoit à le mettre entièrement hors de sa dépendance. Il est -certain que ni le duc ni son confident ne se soucioient de le voir -dans la capitale; qu'ils prirent, pour l'empêcher d'y arriver<a id="footnotetag200" name="footnotetag200"></a><a href="#footnote200" title="Lien vers la note 200"><span class="smaller">[200]</span></a>, -des mesures que <span class="pagenum"><a id="page286" name="page286"></a>(p. 286)</span> Gaston n'eut pas ensuite le courage de soutenir; et -que, sans le bruit de ses exploits, qui l'avoit précédé, le prince -n'eût peut-être pas trouvé les portes ouvertes pour le recevoir.</p> - -<p>Il y entra au milieu des applaudissements de la populace, que Chavigni -avoit su émouvoir en sa faveur, mais avec l'improbation unanime de -tous les corps de Paris, qui ne pouvoient voir, sans en être indignés, -cet air de triomphe dans un sujet qui venoit de tailler en pièces une -partie de l'armée de son roi. Quoique Gaston eût avec lui toutes les -apparences d'une intelligence parfaite, et affectât même de -l'accompagner partout, le prince fut froidement reçu au parlement, à -la chambre des comptes, à la cour des aides; partout on lui reprocha, -du moins indirectement, l'état de rébellion dans lequel il sembloit -persister contre l'autorité légitime, et il ne put obtenir des -chambres assemblées que des arrêts nouveaux contre Mazarin: -l'autorisation qu'il demandoit de lever des troupes et de l'argent lui -fut refusée. Une assemblée de l'hôtel-de-ville, où il espéroit -dominer, ne lui fut guère plus favorable; et, sur l'invitation qu'il -lui fit d'écrire aux principales villes du royaume pour former une -<em>union</em> avec la capitale, il fut seulement <span class="pagenum"><a id="page287" name="page287"></a>(p. 287)</span> arrêté qu'il seroit fait -une députation au roi pour le supplier de donner la paix à son peuple.</p> - -<p>La cour eût pu tirer un grand parti de cette disposition des esprits, -si elle ne se fût trop hâtée de manifester la ferme résolution de -maintenir le cardinal contre la haine publique, qui ne cessoit de le -poursuivre; mais une déclaration du roi envoyée sur ces entrefaites au -parlement, par laquelle il étoit sursis à tous les arrêts rendus -contre son ministre, et que la compagnie avoit ordre d'enregistrer -sur-le-champ, ramena, presque malgré eux, vers le prince un grand -nombre de ceux que le devoir commençoit à en éloigner. Les membres du -parlement, même les plus vertueux, dominés par l'esprit de corps, ne -vouloient pas que Mazarin pût se relever sur les débris de leurs -arrêts. L'exemple de cette grande corporation entraîna toutes les -autres; Condé entendit un cri unanime s'élever contre ce nom abhorré; -et les Parisiens oublièrent un moment le rebelle pour ne voir en lui -que l'ennemi du cardinal. Toutefois, malgré cette espèce de succès, il -étoit loin encore de dominer dans Paris. Les honnêtes gens, las de la -guerre civile, le voyoient avec d'autant plus de peine, que ses -partisans essayoient de l'y faire régner par la terreur, excitant à -toutes sortes de désordres cette populace <span class="pagenum"><a id="page288" name="page288"></a>(p. 288)</span> qu'ils avoient soulevée. -Retz aigrissoit encore ce mécontentement par toutes les intrigues qui -lui étoient familières. Ainsi Condé, placé au milieu de tant -d'intérêts divers, dont aucun ne s'accordoit entièrement avec les -siens, ne se soutenoit réellement dans la capitale que par la haine -que l'on portoit à Mazarin. Toutefois ses égards et ses déférences lui -gagnèrent entièrement Gaston, qui lia enfin sa fortune à la sienne, -sans renoncer toutefois à écouter les conseils du coadjuteur.</p> - -<p>Pendant ce temps, l'armée royaliste se rapprochoit de Paris en -exécutant divers mouvements, dont le but étoit de rompre les -communications de Condé avec l'armée des confédérés. Celle-ci, chassée -de Montargis par la disette des fourrages, alla se renfermer dans -Étampes. Ce fut alors que Turenne, chargé seul du commandement des -troupes royales, dont l'existence avoit été de nouveau compromise par -les imprudences de d'Hocquincourt, fit faire à l'armée royale un -mouvement qui la plaça entre Paris et l'armée rebelle, et déploya -cette belle suite de manœuvres qui accrurent encore sa réputation -militaire, et le montrèrent à l'Europe comme un digne rival de Condé. -Tandis qu'il assiégeoit Étampes, vaillamment défendue par Tavannes, et -qu'il poursuivoit ce siége au milieu des contrariétés de toute espèce -que lui suscitoit la <span class="pagenum"><a id="page289" name="page289"></a>(p. 289)</span> misère profonde des peuples et de la cour<a id="footnotetag201" name="footnotetag201"></a><a href="#footnote201" title="Lien vers la note 201"><span class="smaller">[201]</span></a>, -le duc de Lorraine, cet illustre aventurier dont nous avons déjà -parlé, entra en France avec son armée vagabonde; et, laissant partout -des traces horribles de son passage, vint camper auprès de Dammartin, -à sept lieues de Paris. Déjà vendu à Mazarin, il feignit de passer -tout à coup dans le parti des princes, qui allèrent au-devant de lui, -le comblèrent de caresses, et le reçurent dans Paris même avec les -plus grands honneurs. Le peuple imbécile, dont il venoit de dévaster -les campagnes, l'applaudit à son entrée, en même temps que le -parlement refusoit de le recevoir dans son sein, le traitant -publiquement d'ennemi de l'État. Mais, également insensible aux -honneurs et aux outrages, uniquement avide d'argent, il continua dans -Paris même de négocier avec la cour, et, après s'être fait chèrement -payer par elle sa retraite, se fit payer encore par les princes pour -rester, se conduisant, dit Talon<a id="footnotetag202" name="footnotetag202"></a><a href="#footnote202" title="Lien vers la note 202"><span class="smaller">[202]</span></a>, «comme un bandit qui n'a <span class="pagenum"><a id="page290" name="page290"></a>(p. 290)</span> ni -foi ni loi, ni probité quelconque.» Turenne, que le traité conclu avec -lui avoit déterminé à lever le siége d'Étampes, et dont sa trahison -dérangeoit tous les plans, se conduisit avec tant de sang-froid et -d'habileté dans cette circonstance périlleuse qui devoit perdre un -général ordinaire, qu'au lieu de se trouver enfermé entre les deux -armées ennemies, comme on en avoit formé projet, il vint lui-même -assiéger le camp de l'étranger, et le força à se retirer en Flandre, -suivant ses premiers engagements. On ne peut exprimer la fureur des -princes et des Parisiens à cette fatale nouvelle: Condé surtout étoit -consterné; il savoit trop la guerre pour ne pas avoir déjà reconnu -que, dans la circonstance où il se trouvoit, elle ne pouvoit lui -offrir aucune chance favorable sans un tel auxiliaire, et cette -retraite sembloit anéantir toutes ses espérances.</p> - -<p>Du reste les négociations ne lui réussissoient pas plus que les armes. -Mazarin avoit su l'y engager depuis quelque temps par les conseils de -Chavigni, qui sans doute étoit dès-lors livré à la cour et au -ministre; et, consommé comme il l'étoit dans l'art de séduire et de -tromper, <span class="pagenum"><a id="page291" name="page291"></a>(p. 291)</span> on peut juger quel parti le cardinal sut tirer de ces -négociations pour amuser et diviser les partis. Il est peu de -spectacle plus curieux que le manége dont la cour fut alors le -théâtre. Dès que Condé eut commencé à négocier, Gaston envoya aussitôt -des négociateurs. Le parlement, de son côté, arrêta des remontrances; -et tous d'accord sur un seul point, l'expulsion de Mazarin et -l'éloignement des troupes royales, se présentoient sur tous les autres -avec des intérêts entièrement opposés. Ce n'étoit des deux côtés -qu'entrevues, conférences, demandes, promesses, manœuvres de toute -espèce, dans lesquelles on se jouoit mutuellement; où souvent les -négociateurs eux-mêmes traitoient contre les intérêts de ceux qui les -avoient envoyés. Condé se présentoit avec des prétentions -exorbitantes: Mazarin, sans les rejeter positivement, avoit grand soin -de leur donner de la publicité pour les faire traverser par Retz et -Gaston; sur les remontrances adressées par le parlement, le roi -l'invitoit à lui faire une députation solennelle pour traiter de la -paix concurremment avec les princes; et les princes, effrayés d'une -démarche qui, de même qu'au siége de Paris, pouvoit rendre cette -compagnie maîtresse des conditions du traité, traversoient, autant -qu'il étoit en eux, les rapports qu'elle prétendoit se créer avec la -cour. Les partisans de la guerre les aidoient dans <span class="pagenum"><a id="page292" name="page292"></a>(p. 292)</span> cette manœuvre: -Beaufort soulevoit la populace; les magistrats, qui n'avoient plus un -Molé à leur tête, poursuivis, maltraités à la sortie de leurs séances, -de jour en jour plus orageuses, n'osoient plus s'assembler; une -anarchie complète régnoit dans Paris; et cependant la cour, moins -traitable que jamais depuis l'éloignement du duc de Lorraine, tandis -qu'elle embarrassoit tous les partis dans des piéges si adroitement -tendus, profitoit du temps précieux qu'elle leur faisoit perdre pour -concentrer toutes les forces dont elle pouvoit disposer, préparer des -opérations militaires plus décisives, et finir la guerre d'un seul -coup.</p> - -<p>Quoique Condé eût donné au parlement une parole solennelle de tenir -ses troupes toujours à dix lieues de la capitale, cependant, sous -prétexte que la cour, après avoir pris le même engagement, ne l'avoit -pas rempli, il ne s'étoit fait aucun scrupule de violer sa promesse en -s'emparant de Charenton, du pont de Neuilly et de Saint-Cloud. Après -la retraite du duc de Lorraine, ce prince avoit rassemblé le gros de -son armée dans ce dernier village, étendant son camp jusqu'à Surène, -tandis que Turenne, renforcé par un corps de troupes considérable que -le maréchal de La Ferté lui avoit amené de la Lorraine, étoit venu -occuper Chevrette, à une lieue de Saint-Denis, de manière que la -rivière <span class="pagenum"><a id="page293" name="page293"></a>(p. 293)</span> seule séparoit les deux armées. Avec des forces si supérieures -à celles de Condé, il jugea qu'il lui seroit facile de l'anéantir s'il -pouvoit le placer entre l'armée royale et les murs de Paris, parce que -les intelligences que la cour avoit su se procurer dans cette ville où -le désordre étoit à son comble<a id="footnotetag203" name="footnotetag203"></a><a href="#footnote203" title="Lien vers la note 203"><span class="smaller">[203]</span></a>, lui donnoient l'assurance que -jamais les portes ne s'en ouvriroient pour frayer un passage à l'armée -rebelle. Pour exécuter ce grand dessein, Turenne avoit fait construire -un pont de bateaux à Épinay; et le succès en eût été immanquable, si -le coup d'œil perçant de Condé n'eût saisi d'abord tout son plan et -reconnu le danger extrême où il alloit se trouver: car une armée -double de la sienne, se partageant en deux, pouvoit tout à la fois -venir d'un côté l'attaquer dans son camp, et de l'autre le tenir en -échec au pont de Saint-Cloud, ce qui auroit rendu sa défaite -inévitable. Il prit donc sur-le-champ la résolution de sortir d'une -situation aussi périlleuse, de gagner Charenton avec sept à huit mille -hommes qui lui restoient, et de s'y poster sur cette langue de terre -qui fait la jonction de la Seine avec la Marne. Deux <span class="pagenum"><a id="page294" name="page294"></a>(p. 294)</span> chemins y -conduisoient: l'un, plus long et plus sûr, c'étoit de traverser Meudon -et la plaine de Grenelle, de longer les faubourgs Saint-Germain et -Saint-Marcel, pour passer ensuite la Seine à l'endroit où est -l'hôpital général. Mais il auroit fallu faire remonter par Paris un -pont de bateaux; et il étoit incertain que les bourgeois voulussent le -permettre; alors Condé se seroit vu forcé de se replier sur le -faubourg Saint-Germain, et il ne devenoit pas impossible qu'un combat -ne s'y engageât avec les troupes royalistes sous les fenêtres mêmes du -Luxembourg, et que Gaston, foudroyé par l'artillerie du roi dans son -propre palais, ne se décidât brusquement à faire sa paix avec la cour. -L'autre chemin, plus court, en passant à travers le bois de Boulogne -et en défilant presque à la vue de l'ennemi, le long des faubourgs -Saint-Honoré, Saint-Denis, Saint-Martin, étoit aussi plus dangereux. -Ce fut ce dernier que Condé se vit forcé de suivre. Il leva son camp -au milieu de la nuit, espérant, par l'activité de ses mouvements, -prévenir ceux de l'ennemi; mais il avoit en tête un général qui, de -même que lui, ne se laissoit pas facilement surprendre. Turenne, -instruit de sa marche au moment même où son armée commençoit à -s'ébranler, détache aussitôt quelques escadrons pour le harceler dans -sa retraite, et ces troupes légères <span class="pagenum"><a id="page295" name="page295"></a>(p. 295)</span> sont bientôt suivies de toute -l'armée royale. Des hauteurs de Montfaucon, où Condé, dès le point du -jour, avoit su entraîner Gaston qui paroissoit alors disposé à faire -un grand effort en sa faveur, les deux princes virent les troupes -confédérées s'étendant depuis Charenton, où l'avant-garde étoit déjà -arrivée, jusqu'au faubourg Saint-Denis. De ce côté l'arrière-garde, -plusieurs fois chargée et rompue par les escadrons royalistes, se -rallioit avec peine, s'efforçant de gagner le faubourg Saint-Antoine, -tandis que l'armée royale s'avançoit, développant ses rangs et se -mettant en bataille dans la plaine située entre Saint-Denis et Paris. -À cette vue Gaston, tremblant, court se renfermer dans son palais; et -Condé, bien convaincu que la retraite est maintenant tout-à-fait -impossible, fait replier son avant-garde sur le corps de bataille qui -n'étoit pas encore sorti du premier des deux faubourgs, s'empare des -barrières et de quelques foibles retranchements élevés peu de temps -auparavant par les Parisiens<a id="footnotetag204" name="footnotetag204"></a><a href="#footnote204" title="Lien vers la note 204"><span class="smaller">[204]</span></a>, place son canon et ses troupes à -l'entrée des trois principales rues<a id="footnotetag205" name="footnotetag205"></a><a href="#footnote205" title="Lien vers la note 205"><span class="smaller">[205]</span></a>, et attend ainsi de pied -ferme l'effort de l'ennemi. Turenne, dont l'artillerie n'étoit <span class="pagenum"><a id="page296" name="page296"></a>(p. 296)</span> point -encore arrivée, balance d'abord à l'attaquer, et s'y détermine enfin -sur l'ordre exprès qu'il en reçoit de Mazarin<a id="footnotetag206" name="footnotetag206"></a><a href="#footnote206" title="Lien vers la note 206"><span class="smaller">[206]</span></a>. Tavannes, -Clinchamp, Valon, Nemours sont opposés à Navailles, à Saint-Maigrin, à -Turenne lui-même; Condé est partout. Tandis que des deux côtés on se -prépare au combat, la reine, à genoux dans l'église des Carmélites de -Saint-Denis, élève ses mains vers le Dieu des armées pour le succès de -sa juste cause; le roi, suivi du cardinal et de toute sa cour, gagne -les hauteurs de Charonne et de Menil-Montant, d'où ses regards -embrassent tous les mouvements des deux armées; et les Parisiens, -craignant également et royalistes et confédérés, ferment leurs portes -et se rangent aussi comme spectateurs sur leurs murailles.</p> - -<p>Ainsi commença ce fameux combat du faubourg Saint-Antoine, où, sur un -espace très-resserré et avec un très-petit nombre de troupes, les deux -généraux firent des prodiges d'habileté et de valeur, qui ajoutèrent -encore un nouvel éclat à leur haute renommée. Condé surtout, attaqué -par des forces supérieures dans une <span class="pagenum"><a id="page297" name="page297"></a>(p. 297)</span> circonstance qui sembloit devoir -être décisive, exalté par le péril extrême qu'il couroit, se surpassa -lui-même, parut être au-dessus d'un mortel. Suivi d'un gros de -gentilshommes et du régiment de l'Altesse, on le voyoit se porter dans -tous les postes avec la rapidité de l'éclair, rétablir le combat, -ramener la victoire. À chaque instant les barricades sont forcées, et, -dès qu'il paroît, regagnées. Turenne lui-même, déjà parvenu jusqu'à -l'abbaye Saint-Antoine, perd, à son aspect, tout le terrein dont il -s'est emparé, et sa valeur tranquille est forcée de céder à ce -bouillant courage. Des flots de sang coulent des deux côtés; mais les -pertes de l'armée royale sont à l'instant réparées, et celles de Condé -l'épuisent de moment en moment davantage. Ses plus braves officiers -sont tués à ses côtés; l'ennemi étant parvenu à se loger dans les -maisons qui bordent l'entrée du faubourg, ce n'est plus qu'au milieu -d'un feu croisé et au travers d'une grêle de balles qu'il est possible -d'arriver jusqu'aux barricades: les soldats refusent de braver une -mort qui semble inévitable; leurs chefs qu'ils abandonnent s'y -précipitent seuls, et sous ce feu meurtrier disputent à des bataillons -entiers ces foibles retranchements<a id="footnotetag207" name="footnotetag207"></a><a href="#footnote207" title="Lien vers la note 207"><span class="smaller">[207]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page298" name="page298"></a>(p. 298)</span> C'est alors que la situation -de l'armée confédérée devient à chaque instant plus critique. Gaston, -tour à tour agité par la crainte et par la jalousie, n'ose sortir du -Luxembourg ni prendre un parti; Retz, qui craint plus encore une -victoire de Condé que sa défaite, reste tranquille à l'archevêché. -C'est en vain que quelques amis du prince réunis autour du duc -essaient de l'ébranler, il paroît inflexible. Cependant le danger -étoit à son comble: sur tous les points où Condé ne paroissoit pas, -ses troupes étoient repoussées, enfoncées; cet escadron redoutable qui -l'avoit accompagné partout, qui avoit fait avec lui tant de prodiges -de valeur, étoit presque entièrement détruit; le soldat, épuisé de -fatigue, tomboit dans le découragement et molissoit dans sa -résistance; les rues étoient encombrées de cadavres. Cependant les -guichets de la porte Saint-Antoine ne s'ouvroient que pour laisser -entrer les blessés; tout sembloit perdu, et la lassitude que cette -résistance opiniâtre avoit aussi causée à l'ennemi retardoit seule de -quelques instants cette perte assurée. Mademoiselle, dont la tête -romanesque se monte à la vue des dangers que court un héros; que -l'ambition et la vanité animent peut-être autant que cette <span class="pagenum"><a id="page299" name="page299"></a>(p. 299)</span> noble -pitié, vole au Luxembourg, se jette aux pieds de son père, emploie les -larmes, les caresses, les plus ardentes supplications, parvient enfin -à lui arracher l'ordre qui doit faire le salut du prince et de son -armée, traverse Paris au milieu des flots d'un peuple que le spectacle -déplorable de tant de morts et de mourants<a id="footnotetag208" name="footnotetag208"></a><a href="#footnote208" title="Lien vers la note 208"><span class="smaller">[208]</span></a> commençoit à soulever, -voit dans la Bastille même Condé qui paroît devant elle dans un -affreux désordre et livré au plus grand désespoir, lui montre son -ordre et fait à l'instant même ouvrir les portes. Le héros, rassuré, -va préparer sa retraite, et l'effectue avec autant de sang-froid qu'il -avoit montré d'ardeur dans la bataille, au moment même où Turenne, -renforcé par le corps du maréchal La Ferté, se préparoit à le tourner -et à l'enfermer entre son armée et les murailles de la ville. Les -troupes du prince passent au milieu de Paris, gagnent les faubourgs -Saint-Marceau et Saint-Victor, et, s'étendant le long de la rivière -des Gobelins, mettent la Seine entre elles et l'armée royale. -Cependant l'arrière-garde, qui faisoit ferme <span class="pagenum"><a id="page300" name="page300"></a>(p. 300)</span> encore sur la rive -droite, est inquiétée par la cavalerie ennemie: alors Mademoiselle -fait pointer sur elle le canon de la Bastille; ses décharges réitérées -jettent le désordre dans cette cavalerie, la forcent à regagner la -campagne, et les derniers débris de l'armée du prince doivent leur -salut à cette action violente et audacieuse<a id="footnotetag209" name="footnotetag209"></a><a href="#footnote209" title="Lien vers la note 209"><span class="smaller">[209]</span></a>.</p> - -<p>La cour avoit compté sur une victoire plus complète, et la gloire du -vaincu effaçoit presque celle du vainqueur<a id="footnotetag210" name="footnotetag210"></a><a href="#footnote210" title="Lien vers la note 210"><span class="smaller">[210]</span></a>. Cependant Condé, -qu'une action si brillante rendoit plus cher à ses partisans, et -faisoit admirer de ceux même qui ne l'aimoient pas, voulut profiter de -l'éclat qu'elle jetoit sur lui pour tenter un coup hardi qui le rendît -maître absolu de Paris, où son autorité continuoit d'être foible et -précaire, espérant se procurer ainsi une paix plus avantageuse, <span class="pagenum"><a id="page301" name="page301"></a>(p. 301)</span> ou de -nouveaux moyens de continuer la guerre. Il ne s'agissoit pas moins que -de s'emparer des suffrages dans la prochaine assemblée de -l'Hôtel-de-Ville, d'y faire déposer le gouverneur de Paris, le prévôt -des marchands et la plupart des échevins qui lui étoient contraires, -pour les remplacer par Beaufort, Broussel et autres gens à sa -dévotion. Le duc d'Orléans, qu'il avoit su entraîner dans ce projet, -devoit être nommé lieutenant-général du royaume; il recevoit, lui, le -titre de généralissime des armées, et la ville signoit un traité avec -les princes. Ce plan étoit hardi; mais, pour en rendre le succès -immanquable, Condé méditoit le projet plus hardi encore, mais plus -difficile, de faire sortir de Paris ce Retz dont le génie continuoit -d'obséder Gaston et luttoit sans cesse contre le sien. C'étoit le -matin même du jour désigné pour l'assemblée, et au moyen d'une émeute -populaire secrètement préparée par ses nombreux agents, que devoit -être frappé ce coup décisif. Le cardinal, saisi dans l'archevêché, -d'où il affectoit toujours de ne point sortir, eût été conduit hors de -la ville, avec défense d'y rentrer sous peine de la vie; Condé -entraînoit ensuite à l'Hôtel-de-Ville Gaston abattu et tremblant, et, -dans le premier trouble où cette violence eût jeté les esprits, il -auroit pu en effet tout demander et tout obtenir. Cette <span class="pagenum"><a id="page302" name="page302"></a>(p. 302)</span> manœuvre, si -bien concertée, manqua par les moyens mêmes qui devoient la faire -réussir. Les émissaires du prince, mêlés à la populace qu'ils avoient -rassemblée dès la pointe du jour sur le Pont-Neuf et dans la place -Dauphine, avoient imaginé, pour se reconnoître, de mettre des bouquets -de paille à leurs chapeaux. Ce signe est remarqué et devient dans un -moment celui de tous les factieux. Ils forcent tous ceux qu'ils -rencontrent à l'arborer sans distinction de rang, de sexe, ni d'âge. -Les esprits s'échauffent par cette manie même, la sédition s'accroît -et semble s'étendre sur la ville entière. Gaston, qui en ignore -l'auteur, s'imagine qu'elle est préparée contre Condé lui-même, et, -malgré tous les efforts que celui-ci fait pour lui échapper, le -retient au Luxembourg jusqu'à l'heure de l'assemblée. Ils s'y rendent; -mais la première partie du projet manqué fait avorter l'autre. Ils -trouvent à l'Hôtel-de-Ville une résistance qu'ils n'attendoient pas; -on n'y parle que d'obéissance au roi, dont on vient de recevoir une -lettre<a id="footnotetag211" name="footnotetag211"></a><a href="#footnote211" title="Lien vers la note 211"><span class="smaller">[211]</span></a>, et les princes eux-mêmes sont interpellés par le -maréchal de l'Hôpital, gouverneur de la ville, <span class="pagenum"><a id="page303" name="page303"></a>(p. 303)</span> pour savoir s'ils ne -sont pas également disposés à obéir. Ils sortent outrés de dépit, et -traversant la place de Grève, où malheureusement cette populace -ameutée et toujours guidée par les mêmes chefs les avoit suivis sans -dessein, il leur échappe de dire assez haut pour être entendus que -l'<cite>Hôtel-de-Ville est rempli de Mazarins</cite>. Cette parole imprudente, -recueillie, commentée, vole dans un moment de bouche en bouche. Les -émissaires de Condé croient y reconnoître le signal qu'ils attendoient -depuis si long-temps, et dirigent aussitôt la fureur du peuple contre -ses magistrats. La place retentit du cri d'<em>union</em> plusieurs fois -répété; et ces clameurs sont suivies de plusieurs coups de fusils -tirés par les plus furieux dans les vitres de la salle d'assemblée; -les archers qui gardoient les portes ont l'imprudence d'y répondre par -une décharge dont plusieurs mutins sont tués ou blessés. C'est le -signal du plus horrible désordre: ces portes, que l'on a fermées, sont -dans un moment ou enfoncées ou livrées aux flammes; la foule s'y -précipite, et alors commence une scène de désolation, où l'on ne voit -plus que des victimes et des bourreaux. On égorge dans les salles de -l'Hôtel-de-Ville; ceux qui peuvent en échapper sont massacrés sur la -place; quelques-uns rachètent leur vie à prix d'argent; d'autres -cherchent à gagner les toits, ou à se <span class="pagenum"><a id="page304" name="page304"></a>(p. 304)</span> cacher dans les coins les plus -obscurs. La soif du pillage, qui se mêle à celle du sang, en fait -découvrir plusieurs, et cette découverte étend et prolonge le carnage. -Nul moyen de porter du secours; les rues circonvoisines étoient -barricadées et gardées par ces furieux. Déjà la flamme, après avoir -dévoré une partie de l'Hôtel-de-Ville, s'étend jusqu'à l'église -Saint-Jean-en-Grève, et menace tout le quartier. On n'entend que des -cris de fureur ou de désespoir; et c'est dans ce moment seulement que -les princes sont avertis du désastre que leur imprudence a causé. -Gaston épouvanté veut y envoyer Condé; il refuse, et propose Beaufort, -plus accoutumé que lui à apaiser la populace. Mademoiselle s'offre -d'elle-même quelques moments après, et tous les deux, non sans quelque -effroi pour eux-mêmes et de longues hésitations, parviennent, vers -minuit, jusqu'au théâtre de cette horrible boucherie, qui étoit cessée -lorsqu'ils y arrivèrent. Ils entrèrent dans l'Hôtel-de-Ville et mirent -en sûreté ceux qui s'y étoient cachés. Leur dévouement trop tardif -n'eut pas d'autre effet.</p> - -<p>Il n'y a point de preuves certaines que Condé fût l'auteur de ce -massacre; et quoique ce soit un préjugé fâcheux contre lui que -l'indifférence avec laquelle il en reçut la nouvelle, et le refus -qu'il fit d'aller arrêter le mal, son caractère, que l'on trouve -toujours noble et généreux, <span class="pagenum"><a id="page305" name="page305"></a>(p. 305)</span> même au milieu de ses plus grandes -erreurs, semble repousser jusqu'au soupçon d'un crime où il y auroit -eu autant de bassesse que d'atrocité. Il n'en est pas moins vrai qu'il -en fut accusé, et que ce malheureux événement acheva de ruiner -entièrement ses affaires: à l'admiration qu'avoient inspirée ses -exploits succéda tout à coup l'horreur profonde que l'on éprouve pour -les tyrans. Comme eux, Condé régna dans Paris, par la terreur. Les -citoyens consternés, se renfermèrent chez eux; le parlement et -l'Hôtel-de-Ville restèrent presque déserts; et au milieu d'un petit -nombre de magistrats, ou vendus à son parti, ou subjugués par la -crainte, le prince put impunément faire les changements qu'il avoit -projetés. Beaufort fut gouverneur de Paris, Broussel, prévôt des -marchands. Cependant la misère du peuple étoit à son comble<a id="footnotetag212" name="footnotetag212"></a><a href="#footnote212" title="Lien vers la note 212"><span class="smaller">[212]</span></a>; une -soldatesque effrénée ravageoit la campagne; et leurs chefs, pour la -retenir dans une cause injuste, étoient forcés de fermer les yeux sur -ses <span class="pagenum"><a id="page306" name="page306"></a>(p. 306)</span> excès; la famine commençoit à se faire sentir dans la ville; tout -enfin annonçoit une révolution prochaine, qui, pour être un peu -retardée par l'effet de ces mesures tyranniques, n'en paroissoit pas -moins inévitable.</p> - -<p>En effet Paris, depuis cette époque jusqu'à la fin de ces malheureux -troubles, présente l'image de la plus horrible confusion. Retz, -réveillé tout à coup par cette scène sanglante, de l'espèce de -sécurité dans laquelle il sembloit plongé, instruit peut-être du -danger qu'il avoit couru, sortit de sa retraite, et reparut avec un -appareil formidable<a id="footnotetag213" name="footnotetag213"></a><a href="#footnote213" title="Lien vers la note 213"><span class="smaller">[213]</span></a>, prêt à disputer à Condé cette puissance -absolue qu'il sembloit s'arroger, déclamant contre les horreurs qui -venoient de se passer, et attirant ainsi vers lui tous ceux qui -gémissoient de la nouvelle tyrannie. Avec les intérêts les plus -opposés, les deux princes, affectant l'union la plus parfaite, se -faisoient donner par le parlement ces titres de lieutenant général du -royaume et de généralissime des armées qu'ils avoient tant -ambitionnés; mais les arrêts de cette compagnie, reçus maintenant avec -mépris dans la France entière, tournés en ridicule dans Paris même, -étoient cassés sur-le-champ <span class="pagenum"><a id="page307" name="page307"></a>(p. 307)</span> par des arrêts de la cour, qui en -faisoient voir toute l'absurdité<a id="footnotetag214" name="footnotetag214"></a><a href="#footnote214" title="Lien vers la note 214"><span class="smaller">[214]</span></a>. Gaston demandoit de l'argent -pour lever des troupes; et d'après ses demandes, on ordonnoit des -impôts que tout le monde refusoit de payer. Il fut résolu de former un -conseil pour la nouvelle autorité qu'on venoit d'établir: dans cette -formation, des disputes sur les préséances donnèrent lieu à des scènes -ou tragiques ou scandaleuses; Nemours provoqua Beaufort à un duel, -dont il fut lui-même la victime<a id="footnotetag215" name="footnotetag215"></a><a href="#footnote215" title="Lien vers la note 215"><span class="smaller">[215]</span></a>; Condé <span class="pagenum"><a id="page308" name="page308"></a>(p. 308)</span> donna un soufflet au comte -de Rieux, qui le lui rendit<a id="footnotetag216" name="footnotetag216"></a><a href="#footnote216" title="Lien vers la note 216"><span class="smaller">[216]</span></a>. C'est ainsi que, de jour en jour, le -parti des princes perdoit de son autorité et de sa considération. D'un -autre côté la cour n'étoit guère moins embarrassée: elle savoit que -Fuensaldagne et le duc de Lorraine s'apprêtoient à rentrer en France -pour soutenir de nouveau les rebelles; et forcée de quitter les -environs de Paris, elle ne savoit où se retirer. Turenne releva seul -les courages abattus, et détermina le roi à se réfugier, non en -Bourgogne, comme Mazarin en avoit donné le conseil pusillanime, mais -seulement à Pontoise, tandis que, portant son armée du côté de -Compiègne, il alloit observer la marche de l'ennemi. Toutefois la -correspondance n'en continuoit pas moins entre le roi et le parlement; -et, dans ces rapports entre le maître et les sujets, le renvoi de -Mazarin étoit le seul prétexte qu'ils donnassent du refus d'obéissance -à ses ordres. Pour les pousser à bout, le jeune prince promet et -annonce le départ prochain de son ministre: aussitôt Condé, qui -craint avec raison un piége <span class="pagenum"><a id="page309" name="page309"></a>(p. 309)</span> caché sous cette promesse, se réunit à -Gaston pour la décréditer comme une ruse nouvelle du cardinal; et tous -les deux déclarent en plein parlement ne pouvoir désarmer que l'ennemi -de l'état ne soit hors du royaume. Cette déclaration rompt toutes les -communications entre le roi et cette compagnie: elle a même l'audace -de rappeler ses députés, qui avoient reçu l'ordre de se rendre au lieu -où la cour résidoit. Alors le monarque, déployant enfin le caractère -trop long-temps méconnu de l'autorité souveraine, rend un arrêt par -lequel il transfère à Pontoise le parlement de Paris, interdisant à -ses membres tout acte de leur juridiction jusqu'à ce qu'ils y fussent -réunis.</p> - -<p>Quatorze à quinze d'entre eux trouvèrent le moyen de sortir de la -ville sous divers déguisements, et de se rendre à Pontoise, où ils -furent installés par Molé. Le parlement de Paris ne manqua pas de -rendre sur-le-champ un arrêt qui déclaroit nul et illégitime le -nouveau parlement: celui-ci lui répondit par un arrêt non moins -violent, et sans doute mieux fondé, puisqu'il étoit soutenu de -l'autorité royale. Au milieu de ces débats entre les deux parlements, -Mazarin préparoit la scène qui devoit enfin terminer cette guerre -funeste et scandaleuse. En gagnant du temps, en opposant sans cesse -les uns aux autres tous les intérêts, toutes les passions, il avoit -<span class="pagenum"><a id="page310" name="page310"></a>(p. 310)</span> allumé entre ses ennemis des méfiances que rien ne pouvoit guérir, des -haines que rien ne pouvoit calmer. Réduits, par leurs discordes -intestines, au dernier état de foiblesse, les rebelles ne trouvoient -un reste de force que dans la haine commune qu'ils lui portoient, et -dans l'union apparente qu'elle produisoit entre eux. Il résolut de -leur enlever cette dernière ressource; et son éloignement de la cour, -si fâcheux pour lui dans un temps où les partis divers étoient dans -toute leur vigueur, devenoit maintenant un coup de la plus adroite -politique. La mort subite du duc de Bouillon<a id="footnotetag217" name="footnotetag217"></a><a href="#footnote217" title="Lien vers la note 217"><span class="smaller">[217]</span></a>, dont les talents -supérieurs, l'ambition, l'activité pouvoient seuls l'inquiéter pendant -sa retraite momentanée, acheva de le décider. Jamais comédie ne fut -jouée avec plus d'adresse et de naturel. Le parlement de Pontoise, -d'accord avec le cardinal et la régente, demanda son expulsion dans -des termes non moins énergiques que celui de Paris. Mazarin lui-même -pria le roi à mains jointes de le laisser partir; et après avoir -établi dans le ministère un ordre tel que personne ne pût avoir la -pensée d'envahir une place qu'il ne quittoit que pour quelques -instants, il sortit de France une seconde fois, le 19 <span class="pagenum"><a id="page311" name="page311"></a>(p. 311)</span> août, et se -retira à Sedan, d'où il continua de conduire toutes les affaires.</p> - -<p>Ce qu'il avoit prévu ne manqua pas d'arriver: ce départ acheva -très-rapidement la révolution déjà commencée dans les esprits. Dès que -la nouvelle en fut répandue à Paris, le parlement entier montra -ouvertement la ferme résolution de se soumettre à un monarque qui -daignoit faire les premiers pas, et engagea les princes à accéder à -son acte de soumission. Jamais ils ne s'étoient trouvés dans une -position plus embarrassante; et cet exil de Mazarin, si long-temps le -prétexte de leur révolte, étoit en effet l'événement le plus fâcheux -qui pût alors leur arriver. N'osant se compromettre par un refus, ils -feignirent d'entrer dans les vues de la compagnie, mais avec des -restrictions qui leur laissoient en effet la faculté d'accepter ou de -refuser, se proposant intérieurement de combattre encore, et d'obtenir -du succès de leurs armes une paix telle qu'ils la vouloient avoir. La -cour, se fortifiant de plus en plus de la foiblesse de ses ennemis, -tint ferme, et ne voulut entendre de leur part aucunes conditions -particulières. Condé, dont les avances et les propositions avoient été -plus mal reçues que celles de Gaston, essaya de nouveau d'agiter le -parlement; mais il n'inspiroit plus la même terreur: on osa le -contredire; et l'acte de soumission fut arrêté.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page312" name="page312"></a>(p. 312)</span> Ce fut pour les princes une nécessité d'y souscrire; mais ils le -firent purement par politique: car dans ce moment même ils attendoient -le duc de Lorraine, qui rentroit en France de concert avec -Fuensaldagne, et que l'or de l'Espagne avoit entièrement gagné à leur -parti. Tous les deux y vinrent en effet, chacun avec une armée; mais -les ruses politiques de Mazarin déterminèrent le général espagnol à se -retirer<a id="footnotetag218" name="footnotetag218"></a><a href="#footnote218" title="Lien vers la note 218"><span class="smaller">[218]</span></a>, et les belles opérations militaires de Turenne -paralysant tous les efforts du prince lorrain, et de Condé -réunis<a id="footnotetag219" name="footnotetag219"></a><a href="#footnote219" title="Lien vers la note 219"><span class="smaller">[219]</span></a>, portèrent ainsi le dernier <span class="pagenum"><a id="page313" name="page313"></a>(p. 313)</span> coup à la faction chancelante -de celui-ci. Retz alors voyant que la paix étoit inévitable, que tout -y tendoit invinciblement, fait prendre à Gaston le seul parti qui fût -convenable dans la situation désespérée des choses, celui d'essayer de -se rendre l'arbitre de cette paix tant souhaitée, et de se donner tout -le mérite du retour du roi dans sa capitale. Il se charge de cette -mission délicate, et qui, dans la circonstance où il se trouvoit, -n'étoit pas sans danger pour lui, part pour Compiègne à la tête d'une -députation du clergé, y est reçu mieux qu'il n'espéroit<a id="footnotetag220" name="footnotetag220"></a><a href="#footnote220" title="Lien vers la note 220"><span class="smaller">[220]</span></a>, mais ne -réussit point dans l'objet de <span class="pagenum"><a id="page314" name="page314"></a>(p. 314)</span> son voyage. La cour, qui, quelques mois -auparavant, eût accepté ses propositions avec empressement, se voyoit -actuellement dans une situation à pouvoir reconquérir ses droits, sans -grâces ni conditions; elles furent donc refusées, jusqu'à celle que -faisoit le duc d'Orléans de se retirer à Blois, pourvu qu'une amnistie -honorable assurât son état, celui des princes et de leurs partisans; -et ce furent les amis du cardinal, Servien, Le Tellier, Ondeley, qui, -se méfiant de la facilité de la reine, empêchèrent le succès de cette -négociation.</p> - -<p>Gaston, voyant ses avances rebutées, éclata d'abord en plaintes et en -menaces, puis retombant bientôt dans ses indécisions accoutumées, -fournit ainsi à ses ennemis tous les moyens nécessaires pour réussir -sans son secours. Quant à Condé, le mauvais succès de ses armes avoit -achevé de lui faire perdre toute considération à Paris. La haine et le -mépris pour son parti y étoient parvenus au dernier degré; les -Espagnols et les Lorrains étoient publiquement insultés par la -populace; chaque jour lui apprenoit la défection de quelques-uns des -siens, même de ceux sur lesquels il avoit le plus compté. Dans ce -naufrage général, chacun pensoit à ses propres intérêts: la fureur de -négocier s'étoit emparée de tout le monde; et la route de Compiègne à -Paris étoit en quelque <span class="pagenum"><a id="page315" name="page315"></a>(p. 315)</span> sorte couverte de négociateurs qui alloient et -venoient, sous divers déguisements, recevoir des réponses ou porter -des conditions. Au milieu de cette population immense et exaspérée -contre lui, Condé en vint au point de craindre pour sa propre sûreté. -Se voyant donc sans espoir du côté de la cour; excité par ceux qui -s'étoient sincèrement attachés à sa fortune à écouter les propositions -brillantes que lui faisoient les Espagnols; entraîné par cette passion -qu'il avoit pour la guerre, et par cette hauteur de caractère qui ne -lui permettoit pas de plier sous un ministre qu'il avoit si long-temps -et si publiquement dédaigné, il se résolut enfin à sortir de France, -et se jetant dans les bras des ennemis de son pays, il prit, le 18 -octobre, avec le duc de Lorraine, le chemin de la Flandre par la -Picardie.</p> - -<p>Le jour de son départ fut pour la capitale un jour d'allégresse. -L'imprudent Gaston en triompha lui-même, se persuadant que sa retraite -alloit le rendre maître absolu du traité que Paris se disposoit à -faire avec son souverain; mais la cour étoit désormais trop puissante -pour daigner seulement l'écouter, et lui trop foible, même pour -diriger les soumissions de la ville envers elle. Délivrés de ce reste -de terreur que leur inspiroit encore Condé, le parlement, -l'Hôtel-de-Ville, toutes les grandes corporations <span class="pagenum"><a id="page316" name="page316"></a>(p. 316)</span> résolurent de faire -leur paix particulière, sans s'embarrasser beaucoup du désir que le -duc témoigna d'être seul chargé de ce soin, et des efforts qu'il fit -pour mettre obstacle à leur dessein. Le clergé avoit commencé, les -autres suivirent. Toutes les députations furent accueillies avec -douceur et bonté, à l'exception de celles du parlement et de -l'Hôtel-de-Ville, la cour les considérant comme interdits, et ne -reconnoissant d'autre parlement que celui qu'elle avoit assemblé à -Pontoise. L'un et l'autre firent bientôt leur paix en annulant -d'eux-mêmes toutes les dispositions séditieuses qu'ils avoient -successivement prises: élection irrégulière d'un gouverneur et -d'échevins anti-royalistes, création d'un conseil d'union, concession -du titre de lieutenant-général au duc d'Orléans, et de généralissime -au prince de Condé; et en attendant qu'ils fussent reçus en corps, -leurs membres se mêlèrent aux députés des autres corporations. La -cour, alors à Mantes, s'avança jusqu'à Saint-Germain, où Sa Majesté, -sur les humbles supplications que lui firent les députés de revenir à -Paris, promit d'y faire incessamment son entrée.</p> - -<p>Enfin, trois jours après, le 21 octobre, le monarque rentra dans sa -capitale par la porte Saint-Honoré, dans tout l'appareil de sa -puissance, et au milieu des acclamations unanimes d'un peuple fatigué -de sa révolte et plein d'espérances <span class="pagenum"><a id="page317" name="page317"></a>(p. 317)</span> pour l'avenir. Gaston fut exilé à -Blois, où Beaufort le suivit; Mademoiselle n'attendit pas l'ordre du -roi, et se retira dans ses terres. Les duchesses de Chevreuse et de -Montbason reçurent défense de paroître à la cour, et partirent pour -leurs châteaux. Sur la menace qu'on lui fit de le faire pendre s'il se -laissoit assiéger, le fils du vieux Broussel se hâta de rendre la -Bastille. Dès le lendemain de son arrivée, le roi tint au Louvre un -lit de justice auquel furent également appelés les conseillers de -Paris et ceux de Pontoise; dix à douze seulement des premiers avoient -reçu l'ordre de quitter Paris. Dans ce lit de justice, le roi fit -enregistrer un édit qui interdisoit au parlement toute délibération -sur le gouvernement de l'état et sur les finances, ainsi que toutes -procédures contre les ministres qu'il lui plairoit de choisir.</p> - -<p>Retz, bien accueilli d'abord, plutôt par l'inquiétude que pouvoit -causer encore sa popularité que par le souvenir de ce qu'il avoit fait -pour la paix, à laquelle il n'avoit en effet contribué qu'en ne s'y -opposant pas, pouvoit profiter de cette position heureuse où tant de -circonstances inespérées l'avoient placé, pour assurer à jamais son -avenir. Mais cet esprit inquiet et turbulent étoit en quelque sorte -ennemi du repos; en sortant du Louvre, où il s'étoit trouvé au moment -même de l'arrivée du roi, il étoit allé conseiller encore la <span class="pagenum"><a id="page318" name="page318"></a>(p. 318)</span> révolte -à Gaston prêt à partir pour son exil. La reine, instruite de cette -nouvelle manœuvre, ne pensa d'abord à s'en venger qu'en l'éloignant -de Paris, et lui fit faire à ce sujet des propositions où il crut voir -de la foiblesse<a id="footnotetag221" name="footnotetag221"></a><a href="#footnote221" title="Lien vers la note 221"><span class="smaller">[221]</span></a>: elles accrurent son audace; il s'aveugla au -point de croire qu'il pouvoit imposer des conditions; et s'environnant -d'une escorte de ses partisans, qui le mettoit à l'abri d'un coup de -main, se confiant en ce qu'il croyoit avoir conservé d'ascendant sur -une multitude qui lui avoit été si long-temps dévouée, il prétendit -traiter avec la cour de puissance à puissance, et poussa l'insolence -au point que le dessein fut pris de l'arrêter et même de l'attaquer à -main armée, si l'on ne pouvoit autrement s'en emparer. On ne fut point -obligé d'en venir à ces extrémités: lui-même, par excès de confiance, -se laissa prendre à un piége que lui tendit Mazarin; sur la foi d'un -traité entamé avec ce ministre, il se relâcha de ses précautions, vint -au Louvre moins accompagné, et y fut arrêté le 19 décembre. Le peuple, -dont on avoit craint quelque mouvement en sa faveur, le vit conduire à -Vincennes sans témoigner la moindre émotion<a id="footnotetag222" name="footnotetag222"></a><a href="#footnote222" title="Lien vers la note 222"><span class="smaller">[222]</span></a>. Ainsi <span class="pagenum"><a id="page319" name="page319"></a>(p. 319)</span> finit Gondi, -moins habilement sans doute qu'il n'avoit commencé.</p> - -<p>(1653) Mazarin attendoit tranquillement l'accomplissement de toutes -ces mesures qu'il commandoit et dirigeoit du fond de sa retraite, pour -venir reprendre, avec plus de puissance que jamais, le gouvernement de -la France. Turenne et les principaux officiers de l'armée le reçurent -aux frontières et l'accompagnèrent dans sa marche triomphale jusqu'à -Paris, où son entrée, qu'il y fit le 3 février, fut celle d'un -souverain qui, après avoir visité dans une paix profonde les provinces -de son royaume, vient réjouir sa capitale de son retour.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page320" name="page320"></a>(p. 320)</span> Le roi étoit allé lui-même au-devant de l'heureux ministre hors des -murs de la ville; et les Parisiens se montrèrent aussi extrêmes dans -les hommages qu'ils lui rendirent qu'ils l'avoient été dans les -outrages dont ils l'avoient accablé. Ils lui donnèrent à -l'Hôtel-de-Ville une fête, dans laquelle lui furent prodigués tous les -honneurs jusqu'alors réservés au souverain; il jeta de l'argent au -peuple, qui répondit à ses largesses par mille acclamations; et l'on -dit que, surpris lui-même d'un changement si grand et si subit, il -conçut un grand mépris pour une nation qui se montroit si inconstante -et si légère. S'il en est ainsi, il faut s'en étonner: Mazarin -avoit-il donc si peu d'expérience des choses humaines; et pouvoit-il -ignorer que, dans tous les temps et dans tous les lieux, les peuples, -abandonnés à eux-mêmes, furent toujours ce que les Parisiens venoient -de se montrer? S'il en étoit autrement, ils n'auroient pas besoin -d'être conduits; et la société d'ici-bas seroit tout autre que Dieu -n'a voulu qu'elle fût. Ceux qui les gouvernent ne doivent donc point -les mépriser, puisqu'ils ne sont que ce qu'il leur est impossible de -ne pas être: leur devoir est de les bien conduire, s'ils ne veulent -devenir eux-mêmes véritablement dignes de mépris; et de se rappeler -sans cesse que ces peuples sont entre leurs mains comme un dépôt qui -leur a été confié, <span class="pagenum"><a id="page321" name="page321"></a>(p. 321)</span> et dont il leur sera demandé un compte -très-rigoureux.</p> - -<p>Plus que jamais affermi dans cet empire qu'il avoit su prendre sur la -reine-mère, et trouvant dans le jeune roi un élève docile, qui, tant -qu'il vécut, n'osa pas même essayer de régner et se reposa sur lui de -la conduite de toutes les affaires, Mazarin, dès ce moment et jusqu'à -la fin de sa vie, gouverna la France en maître absolu. Il y avoit -encore à Bordeaux quelques restes de faction fomentés par le prince de -Conti et par la duchesse de Longueville: ce fut un jeu pour lui de les -apaiser. Ce parlement, qui avoit mis sa tête à prix, aussi souple -maintenant sous sa main qu'il l'avoit été sous celle de Richelieu, sur -l'ordre qu'il reçut de son nouveau maître et ainsi que le coadjuteur -l'avoit prédit, fit le procès à ce même prince de Condé dont un si -grand nombre de ses membres avoient été les complices, le dépouilla de -tous ses emplois, charges, gouvernements, et le condamna à mort comme -criminel de lèse-majesté. Mazarin vécut ainsi huit années depuis son -retour à Paris, assez heureux pour avoir pu achever, par le traité des -Pyrénées et par le mariage de Louis XIV, le grand ouvrage de cette -paix européenne qu'il avoit commencée par le traité de Westphalie; -assez puissant pour avoir pu impunément accumuler d'immenses -richesses, <span class="pagenum"><a id="page322" name="page322"></a>(p. 322)</span> en achevant, pour y parvenir, de combler le désordre des -finances; faisant en quelque sorte de la fortune publique sa propre -fortune et celle des siens, avec un scandale dont jusqu'à lui -peut-être il n'y avoit point eu d'exemple; et au moyen de cette espèce -de brigandage, élevant sa famille aux plus hautes alliances, la -faisant entrer dans des maisons souveraines, et même dans la maison -royale de France. Il mourut en 1661, dans ce comble de prospérité et -de gloire, laissant, comme homme d'état, une réputation équivoque, et -cette idée généralement répandue qu'il devoit moins sa fortune à son -génie qu'à son adresse et aux circonstances singulières qui l'avoient -si heureusement servi. «Donnez-moi le roi de mon côté, deux jours -durant, disoit le cardinal de Retz, et vous verrez si je suis -embarrassé.» Ce mot, d'un grand sens, nous semble de tout point -applicable à Mazarin: ainsi s'expliquent les retours inespérés de -cette fortune, qui, au milieu de tant d'obstacles faits pour l'abattre -sans retour, se relevoit sans cesse au moyen de cette prédilection -inexplicable dont Anne d'Autriche étoit en quelque sorte possédée pour -cet étranger, prédilection que sembloient accroître les traverses -qu'elle éprouvoit à cause de lui, et dont on étoit d'autant plus -étonné et confondu qu'on cherchoit vainement à comprendre comment il -avoit pu la mériter.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page323" name="page323"></a>(p. 323)</span> Dans sa politique extérieure, Mazarin se montra un digne élève de -Richelieu, en achevant ce que son maître avoit commencé. Comme il -importe de faire connoître en quel état il laissa cette Europe qu'il -prétendoit avoir pacifiée, nous allons jeter un coup d'œil rapide sur -ce qui se passoit hors des frontières de la France, et pendant les -premières années de la régence, et pendant celles où elle fut agitée -et affoiblie par la guerre civile.</p> - -<p>(De 1643 à 1648.) La bataillé de Rocroi, gagnée par le duc d'Enghien, -à peine sorti de l'adolescence, avoit jeté un grand éclat sur les -commencements de la régence; et ce premier succès si brillant avoit -été suivi de plusieurs autres moins décisifs, lorsque la défaite de -Randzau, à Tudelingue, força notre armée d'Allemagne à rétrograder et -à se mettre à couvert derrière le Rhin. Turenne, que l'on appela alors -de l'Italie pour rétablir l'honneur de nos armes, vint en prendre le -commandement, et marcha de nouveau en avant, accompagné du jeune -vainqueur de Rocroi. Tous les deux remportèrent ensemble la victoire -non moins fameuse de Fribourg, qui les rendit maîtres de tout le cours -du fleuve qu'ils venoient de traverser. Pendant ce temps, le duc -d'Orléans s'emparoit en Flandres de Gravelines; le maréchal de Brézé -battoit la flotte espagnole à la vue de Carthagène; le fameux <span class="pagenum"><a id="page324" name="page324"></a>(p. 324)</span> général -suédois Torstenson conquéroit avec une rapidité qui tenoit du prodige, -toute la Chersonnèse cimbrique, couronnoit ses marches savantes et ses -manœuvres admirables par la victoire de Niemeck, où il tailla en -pièces l'armée impériale commandée par Gallas; remportoit bientôt -après une victoire nouvelle à Tabor sur tous les généraux réunis de -l'empereur, et portoit, jusque dans le sein de l'Autriche, la terreur -de son nom et de ses armes. En Catalogne, la France avoit d'abord -éprouvé des revers, puis obtenu quelques avantages qui lui -fournissoient les moyens de s'y soutenir. En Savoie on se battoit -également avec des alternatives de succès et de revers.</p> - -<p>Ce fut immédiatement après la bataille de Tabor que Turenne se laissa -surprendre par Merci, et fut battu à Mariendal par sa faute, et cette -faute est la seule qu'il ait commise en toute sa carrière militaire. -Elle est réparée par le duc d'Enghien, qui quitte l'armée de Champagne -pour voler à son secours, et gagne la bataille de Nortlingue, dans -laquelle Merci fut tué. On voit, dans cette guerre, ce prince -paroître, pour ainsi dire à la fois, sur tous les points menacés. -Après avoir vaincu à Nortlingue, il retourne en Flandres partager les -succès du duc d'Orléans, et met le comble à ses exploits par la prise -de Furnes et de Dunkerque. Il fut moins heureux l'année <span class="pagenum"><a id="page325" name="page325"></a>(p. 325)</span> suivante en -Catalogne, où il échoua au siége de Lérida.</p> - -<p>Cependant, au milieu de tant d'opérations militaires, dans lesquelles -l'avantage étoit visiblement pour la France et pour ses alliés, -l'Espagne négocioit avec les Hollandois, ses anciens sujets; et -ceux-ci, n'ayant nul égard à l'engagement qu'ils avoient pris de ne -rien conclure avec cette puissance sans l'aveu de la France, avoient -fait avec elle, en 1648, un traité de paix qui releva ses espérances, -et lui permit de reprendre l'offensive<a id="footnotetag223" name="footnotetag223"></a><a href="#footnote223" title="Lien vers la note 223"><span class="smaller">[223]</span></a>. Sûr de n'avoir plus de -diversion à craindre de ce côté, l'archiduc Léopold, frère de -l'empereur, pénétra dans la Flandre, où il prit plusieurs villes, et -sut se maintenir, malgré les efforts des armées françoises pour l'en -chasser; tandis que Turenne, qui, depuis deux ans <span class="pagenum"><a id="page326" name="page326"></a>(p. 326)</span> et faute de -secours, n'avoit rien fait de remarquable en Allemagne, rentroit en -France par suite du traité de neutralité fait avec l'électeur de -Bavière, traité qui n'empêcha pas celui-ci de se réunir à l'empereur, -dès qu'il eut été délivré de la crainte que lui inspiroient les armées -françoises. C'est alors que les succès toujours croissants de -l'archiduc furent arrêtés, ou pour mieux dire détruits sans retour, -par la victoire décisive de Lens, que remporta sur lui le prince de -Condé. Dans le cours de cette même année 1648, commença à Paris la -guerre civile, et fut signé à Munster le traité de Westphalie.</p> - -<p>Depuis qu'une guerre si longue et si acharnée, allumée par la -politique coupable de Richelieu, embrasoit et désoloit l'Europe, bien -des tentatives avoient été faites pour lui rendre la paix. Les -premières ouvertures d'une pacification générale avoient été tentées -par le pape, en 1636. Il offroit sa médiation aux puissances -belligérantes, et la ville de Cologne pour lieu des conférences. -L'empereur et le roi d'Espagne y envoyèrent des députés, et invitèrent -la France à répondre, de concert avec eux, à l'appel du souverain -pontife. Elle se garda bien de le faire, sûre que les Suédois et les -Hollandois ne consentiroient point à négocier sous la médiation du -chef de l'église catholique, et ne voyant, dans de telles -conférences, que l'inconvénient de se <span class="pagenum"><a id="page327" name="page327"></a>(p. 327)</span> séparer de ses alliés: ce fut au -contraire pour elle un motif nouveau de resserrer l'alliance qu'elle -avoit contractée avec la Suède; et les deux puissances prirent, en -1638, l'engagement formel de n'entrer dans aucune négociation pour la -paix, sans leur mutuel consentement.</p> - -<p>Forcé de renoncer à l'espoir d'une pacification générale, l'empereur -conçut alors le projet de traiter avec les princes et états de -l'empire, sans la participation des puissances étrangères, et une -diète fut convoquée à cet effet à Ratisbonne; mais elle ne lui procura -point le résultat qu'il en vouloit obtenir, les princes protestants -ayant refusé les conditions de l'amnistie qu'il leur avoit proposée.</p> - -<p>Il revint alors à son premier dessein d'une négociation pour la paix -générale, en cessant d'y faire intervenir le pape, dont la médiation -eût rendu, à l'égard des puissances protestantes, tout moyen de -conciliation impraticable. Le médiateur fut le roi de Danemarck; et un -traité préliminaire, signé à Hambourg, décida que le congrès se -tiendroit en même temps à Munster et à Osnabruck, en Westphalie. -L'ouverture en fut fixée au 25 mars 1642. Toutefois, il se passa -encore plus d'une année avant que ces préliminaires eussent été -ratifiés, les chances variables de la guerre changeant elles-mêmes -d'un jour à l'autre les dispositions des souverains. Enfin, <span class="pagenum"><a id="page328" name="page328"></a>(p. 328)</span> toutes -les difficultés étant levées, le congrès s'ouvrit le 11 juillet 1643, -dans les deux villes qui avoient été désignées; et toutes les -puissances intéressées dans cette grande querelle y envoyèrent -successivement leurs ministres. Il ne s'étoit point encore vu en -Europe une réunion de tant de négociateurs, ambassadeurs, députés, au -nom de tant de nations différentes qu'il s'en trouva à ce fameux -congrès de Westphalie.</p> - -<p>Les ministres de France<a id="footnotetag224" name="footnotetag224"></a><a href="#footnote224" title="Lien vers la note 224"><span class="smaller">[224]</span></a>, qui y étoient arrivés les derniers, -s'apercevant que la crainte de déplaire à l'empereur empêchoit -plusieurs princes de l'empire d'y envoyer leurs plénipotentiaires, -écrivirent, de concert avec les ministres de Suède, une circulaire à -tous ces princes, pour les inviter à prendre part aux délibérations, -afin de défendre <em>leur liberté civile et religieuse</em> contre les -attentats de la maison d'Autriche, qui, disoient-ils, ne cessoit -d'aspirer à la monarchie universelle. Tel étoit l'esprit dans lequel -ces négociateurs du roi très-chrétien <span class="pagenum"><a id="page329" name="page329"></a>(p. 329)</span> venoient à ce congrès. Ce fut -vainement que l'empereur témoigna son mécontentement d'une lettre, ou -plutôt d'un libelle dont les expressions étoient si déplacées et si -choquantes, et s'opposa à cette admission de tous les états de -l'empire à traiter avec lui et avec les puissances, la déclarant -attentatoire à sa dignité et contraire à ses intérêts. Les ministres -de France et de Suède insistèrent, soutenant qu'il y alloit, pour les -moindres de ces états, comme pour les plus considérables, -non-seulement de leur liberté et de leurs biens, mais encore <em>de leur -religion</em>, qui étoit <cite>ce qu'ils avoient de plus cher</cite>; et l'empereur, -déconcerté par la victoire que Torstenson venoit en ce moment même de -remporter à Jancowits<a id="footnotetag225" name="footnotetag225"></a><a href="#footnote225" title="Lien vers la note 225"><span class="smaller">[225]</span></a>, se vit obligé de céder à cette -proposition, vraiment inconcevable, si l'on considère par qui et en -quels termes elle étoit présentée. Ces difficultés et mille autres qui -vinrent encore entraver les préliminaires, retardèrent l'ouverture des -conférences jusqu'aux premiers jours de l'année 1646. Les ministres -des puissances catholiques étoient établis à Munster, et ceux des -princes protestants à Osnabruck.</p> - -<p>Il est impossible de suivre ici, même sommairement, la marche -tortueuse et compliquée de ces négociations dans lesquelles, depuis -le <span class="pagenum"><a id="page330" name="page330"></a>(p. 330)</span> plus grand jusqu'au plus petit, tous les princes, protestants et -catholiques, vouloient sûreté pour leurs intérêts, garantie pour leurs -envahissements; où la vérité et l'erreur traitoient sur le pied de -l'égalité la plus parfaite. La France y gagna les villes de Metz, -Toul, Verdun, Pignerol, Brisac, le landgraviat de la haute et basse -Alsace<a id="footnotetag226" name="footnotetag226"></a><a href="#footnote226" title="Lien vers la note 226"><span class="smaller">[226]</span></a>, et la préfecture des dix villes impériales qui y étoient -situées. La Suède partagea la Poméranie avec la maison de -Brandebourg<a id="footnotetag227" name="footnotetag227"></a><a href="#footnote227" title="Lien vers la note 227"><span class="smaller">[227]</span></a>; et les autres princes de l'empire, alliés des deux -hautes puissances, obtinrent, suivant leur mérite, le prix de leur -félonie<a id="footnotetag228" name="footnotetag228"></a><a href="#footnote228" title="Lien vers la note 228"><span class="smaller">[228]</span></a>. Ce fut, du reste, <span class="pagenum"><a id="page331" name="page331"></a>(p. 331)</span> la partie du traité la plus facile à -régler. Relativement aux états protestants, ce que l'on appeloit les -<em>griefs de religion</em> présenta de bien plus grandes difficultés. Ce fut -vainement que les plénipotentiaires impériaux tentèrent d'en renvoyer -la solution à une assemblée particulière: les Suédois, soutenus par -les ministres de France, exigèrent qu'ils fussent discutés en plein -congrès; et c'est dans la discussion de ces griefs, et dans les -concessions qui en furent la suite, qu'il faut chercher le véritable -esprit de la politique européenne, telle que la réforme l'avoit faite, -telle qu'elle n'a point cessé d'être jusqu'à la révolution, telle -qu'elle est encore, et plus perverse peut-être, malgré cette terrible -leçon.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page332" name="page332"></a>(p. 332)</span> C'est dans ce fameux traité de Westphalie, devenu le modèle des -traités presque innombrables qui ont été faits depuis, qu'il est -établi plus clairement qu'on ne l'avoit encore fait jusqu'alors, qu'il -n'y a de réel dans la société que <em>ses intérêts matériels</em>; et qu'un -prince ou un homme d'état est d'autant plus habile qu'il traite avec -plus d'insouciance ou de dédain tout ce qui est étranger à ces -intérêts. La France, et c'est là une honte dont elle ne peut se laver, -ou plutôt, osons le dire (car le temps des vains ménagements est -passé) un crime dont elle a subi le juste châtiment, la France y parut -pour protéger et soutenir, de tout l'ascendant de sa puissance, cette -égalité de droits en matière de religion que réclamoient les -protestants à l'égard des catholiques. On établit une année que l'on -nomma <em>décrétoire</em> ou <em>normale</em> (et ce fut l'année 1624) laquelle fut -considérée comme un terme moyen qui devoit servir à légitimer -l'exercice des religions, la jurisdiction ecclésiastique, la -possession des biens du clergé, tels que la guerre les avoit pu faire -à cette époque; les catholiques demeurant sujets des princes -protestants, par la raison que les protestants restoient soumis aux -princes catholiques. Si, dans cette année <em>décrétoire</em>, les -catholiques avoient été privés dans un pays protestant de l'exercice -<em>public</em> de leur religion, ils devoient s'y contenter de l'exercice -<span class="pagenum"><a id="page333" name="page333"></a>(p. 333)</span> <em>privé</em>, à moins qu'il ne plût au prince d'y introduire ce que l'on -appelle le <em>simultané</em>, c'est-à-dire l'exercice des deux cultes à la -fois<a id="footnotetag229" name="footnotetag229"></a><a href="#footnote229" title="Lien vers la note 229"><span class="smaller">[229]</span></a>. Tous les états de l'empire obtinrent en même temps un droit -auquel on donna le nom de <em>réforme</em>: et ce droit de <em>réformer</em> fut la -faculté d'introduire leur propre religion dans les pays qui leur -étoient dévolus; ils eurent encore celui de forcer à sortir de leur -territoire ceux de leurs sujets qui n'avoient point obtenu, dans -l'année décrétoire, l'exercice public ou privé de leur culte, leur -laissant seulement la liberté d'aller où bon leur sembleroit, ce qui -ne laissa pas même que de faire naître depuis des difficultés. Le -corps évangélique étant en minorité dans la diète, il fut arrêté que -la pluralité des suffrages n'y seroit plus décisive dans les -discussions religieuses. Les commissions ordinaires et extraordinaires -nommées dans son sein, ainsi que la chambre de justice impériale, -furent composées d'un nombre égal de protestants et de catholiques: -il n'y eût pas jusqu'au conseil aulique, <span class="pagenum"><a id="page334" name="page334"></a>(p. 334)</span> propre conseil de l'empereur -et résidant auprès de sa personne, où il ne se vît forcé d'admettre -des protestants, de manière à ce que, dans toute cause entre un -protestant et un catholique, il y eût des juges de l'une et de l'autre -religion. La France, encore un coup, la France catholique soutint ou -provoqua toutes ces nouveautés inouïes et scandaleuses; et ses -négociateurs furent admirés comme des hommes d'état transcendants; et -le traité de Westphalie fut considéré comme le chef-d'œuvre de la -politique moderne.</p> - -<p>Quant à la suprématie du chef de l'empire, elle ne fut plus qu'un vain -simulacre, par le privilége qui fut accordé à tous les princes de -l'empire de contracter, <i>sans son aveu</i>, telle alliance qu'il leur -plairoit avec des puissances étrangères, et au moyen de la clause qui -transporta à la diète le droit, jusqu'alors exercé par le conseil -aulique, de <em>proscrire</em> les princes pour cause de désobéissance ou de -trahison. Ainsi furent réduits les empereurs à être, ou à peu de chose -près, les présidents d'un gouvernement fédératif; ainsi la diète, que -jusqu'à cette époque ils convoquoient rarement et seulement lorsqu'il -leur étoit impossible de s'en passer, devint bientôt permanente à -Ratisbonne, où elle n'a point cessé d'être assemblée depuis 1663 -jusque en 1806. C'est alors que la dissolution subite et si -facilement opérée du corps germanique a prouvé <span class="pagenum"><a id="page335" name="page335"></a>(p. 335)</span> par une dernière -catastrophe, précédée de tant d'autres que nous ferons successivement -connoître, ce qu'étoit ce traité de Westphalie, plus funeste encore -aux vassaux qu'il avoit affoiblis et divisés en leur donnant -l'indépendance, qu'au souverain qu'il avoit dépouillé de ses -prérogatives et rendu impuissant à les protéger.</p> - -<p>Le pape protesta contre ce traité impie et scandaleux, qu'il n'eût pu -reconnoître sans renoncer à sa foi et à sa qualité de chef de l'Église -universelle. L'Espagne refusa également d'y accéder, à cause de la -cession de l'Alsace qu'on y avoit faite à la France; et, ainsi que -nous l'avons déjà dit, la paix ne fut réellement conclue qu'entre la -France, l'empereur, la Suède, et les princes et états de l'empire, -alliés ou adhérents des uns et des autres. La France et l'Espagne -continuèrent la guerre, celle-ci ayant pour auxiliaire le duc de -Lorraine, la première étant assistée de la Savoie et du Portugal.</p> - -<p>(De 1648 à 1659) Les troubles de la fronde, qui éclatoient au moment -où la paix venoit d'être signée à Munster, et cet avantage immense -qu'avoit obtenu l'Espagne de détacher les Hollandois de l'alliance de -sa rivale, lui fournirent d'abord les moyens de soutenir avec plus -d'égalité une guerre que jusqu'alors le génie de Condé et de Turenne -avoit rendue pour elle si pénible et si difficile. Toutefois, malgré -<span class="pagenum"><a id="page336" name="page336"></a>(p. 336)</span> les embarras de ses dissensions intestines et la défection de ses -meilleurs généraux, les succès de la France balancèrent encore ceux de -ses ennemis; et l'on continua long-temps de se battre sur tous les -points de ces mêmes frontières, si long-temps le théâtre de tant de -batailles sanglantes et stériles, sans obtenir de part et d'autre -aucun résultat décisif. Condé lui-même, en passant dans le camp -ennemi, n'y porta point ce bonheur qui jusqu'alors ne l'avoit pas un -seul instant abandonné; parce qu'en effet il ne joua, dans les armées -espagnoles, qu'un rôle secondaire qui ne lui permit pas d'y fixer la -victoire. Enfin Turenne l'emporta: ses manœuvres habiles la firent -passer et pour toujours sous les drapeaux de la France. Dans les -campagnes mémorables de ce grand capitaine, qui se succédèrent depuis -1654 jusqu'en 1658, les lignes d'Arras furent forcées, la prise de -Quesnoi et de Landreci ouvrit aux armées françoises l'entrée des -Pays-Bas espagnols; il gagna la bataille des Dunes, prit Dunkerque, -Furnes, Dixmude, Oudenarde, Menin, Ypres, etc., et ne fut arrêté dans -cette suite non interrompue de succès que par la paix des Pyrénées, -signée en 1659, paix fallacieuse, qui, portant en elle-même un germe -de guerres nouvelles, laissa à peine aux peuples le temps de -respirer.</p> - - -<h3><span class="pagenum"><a id="page337" name="page337"></a>(p. 337)</span> ORIGINE DU QUARTIER.</h3> - -<p>Avant la clôture de Philippe-Auguste, les anciens plans nous -représentent ce quartier comme un grand espace de terrain au milieu -duquel s'élevoient quelques églises entourées de terres labourées, de -vignes et autres cultures qui appartenoient ou aux réguliers qui -desservoient ces églises ou à d'autres particuliers. Les plus -remarquables de ces cultures étoient les clos <i>Garlande</i>, <i>Bruneau</i>, -et <i>Mauvoisin</i>. On verra par la suite comment ils se couvrirent -successivement d'habitations, avant et après que l'enceinte eût été -élevée.</p> - -<p>Cette enceinte de Philippe-Auguste renfermoit, dans ce quartier, tout -l'espace qui s'étend depuis la rivière jusqu'au haut de la rue -Saint-Jacques; et, traversant la ligne où est maintenant la rue qui en -a reçu le nom de rue des Fossés-Saint-Jacques, elle alloit gagner -celle de Saint-Victor. Toutefois le terrain qu'elle embrassoit ne -formoit pas le tiers de l'emplacement <span class="pagenum"><a id="page338" name="page338"></a>(p. 338)</span> qu'occupe aujourd'hui le -quartier Saint-Benoît.</p> - - -<h3>LE PETIT-CHÂTELET.</h3> - -<p>La plupart des historiens de Paris, en parlant du Petit-Pont, au bout -duquel cette forteresse étoit bâtie, l'ont confondu avec le pont -méridional que fit construire Charles-le-Chauve; et, par une suite de -cette méprise, ils ont pris la tour qui se trouvoit à l'extrémité de -celui-ci pour celle du Petit-Pont. D'autres ont avancé que ce Châtelet -avoit été élevé pour arrêter les violences des écoliers, ce qui n'est -pas une moins grande erreur. C'en est une également de croire qu'il -ait anciennement servi de prison, comme il en servoit dans les -derniers temps.</p> - -<p>Ce qu'il y a de certain, ce qui est prouvé par les monuments les plus -authentiques, c'est que les deux seuls ponts qui servoient d'entrée à -Paris dans les premiers temps, et lorsque la ville tout entière étoit -renfermée dans la Cité, <span class="pagenum"><a id="page339" name="page339"></a>(p. 339)</span> étoient terminés chacun par une forteresse qui -servoit de porte et qui en défendoit l'entrée. D. Félibien avance<a id="footnotetag230" name="footnotetag230"></a><a href="#footnote230" title="Lien vers la note 230"><span class="smaller">[230]</span></a> -que celle-ci, entièrement détruite par les Normands, ne fut rebâtie -que quatre cent cinquante ans après, sous Charles V, et ceux qui ont -écrit d'après lui ont adopté cette opinion. Cependant cet auteur cite -lui-même des titres qui en prouvent la fausseté: le premier est un -accord fait en 1222 entre Philippe-Auguste, l'évêque et l'église de -Paris<a id="footnotetag231" name="footnotetag231"></a><a href="#footnote231" title="Lien vers la note 231"><span class="smaller">[231]</span></a>, dans lequel il est fait mention d'un dédommagement accordé -par le roi pour l'enceinte du Châtelet du Petit-Pont. Il dit ensuite, -en parlant de l'inondation de l'année 1296, que le <cite>Châtelet du -Petit-Pont fut renversé</cite><a id="footnotetag232" name="footnotetag232"></a><a href="#footnote232" title="Lien vers la note 232"><span class="smaller">[232]</span></a>; et ce fait il l'avoit sans doute -recueilli dans un vieux registre de Saint-Germain, intitulé <i lang="la">Rotulum</i>, -où il étoit consigné<a id="footnotetag233" name="footnotetag233"></a><a href="#footnote233" title="Lien vers la note 233"><span class="smaller">[233]</span></a>.</p> - -<p>Le Petit-Châtelet fut reconstruit en 1369. C'étoit une construction -très-massive, d'un aspect désagréable, et percée par le milieu d'une -ouverture étroite et très-obscure<a id="footnotetag234" name="footnotetag234"></a><a href="#footnote234" title="Lien vers la note 234"><span class="smaller">[234]</span></a>. Tel qu'il étoit, on le jugea -digne cependant de servir de <span class="pagenum"><a id="page340" name="page340"></a>(p. 340)</span> demeure au prévôt de Paris, auquel il fut -spécialement affecté en 1402 par le roi Charles VI; et dans l'acte qui -en donnoit la jouissance à ce magistrat, il étoit qualifié -d'habitation très-honorable, <i lang="la">honorabilis mansio</i>. On en a fait depuis -une prison, et il a servi à cet usage jusqu'au moment de sa -destruction, arrivée plusieurs années avant la révolution<a id="footnotetag235" name="footnotetag235"></a><a href="#footnote235" title="Lien vers la note 235"><span class="smaller">[235]</span></a>.</p> - -<p>Sa démolition fut ordonnée pour l'avantage de l'Hôtel-Dieu, qui avoit -besoin de s'agrandir, et qui fit en effet construire de nouveaux -bâtiments sur une partie de l'emplacement qu'avoit occupé cette -forteresse. Ces constructions furent élevées sur les plans de M. de -Saint-Far, architecte du roi pour les hôpitaux civils.</p> - - -<h3><span class="pagenum"><a id="page341" name="page341"></a>(p. 341)</span> LE PRIEURÉ DE SAINT-JULIEN-LE-PAUVRE.</h3> - -<p>La haute antiquité de ce monument le met au nombre de ceux dont -l'origine présente le plus d'obscurité; et sur de telles difficultés -les historiens n'offrent guère que des conjectures plus ou moins -vraisemblables. Celles de plusieurs auteurs qui lui donnent pour -titulaire saint Jean-de-Brioude, dont ils prétendent que saint Germain -d'Auxerre apporta des reliques à Paris, en feroient remonter la -fondation jusqu'au commencement du cinquième siècle. Du Breul veut -même qu'avant cette dédicace, qu'il ne regarde que comme la seconde, -cette église ait été consacrée à saint Julien, évêque du Mans, célèbre -par sa grande charité envers les pauvres<a id="footnotetag236" name="footnotetag236"></a><a href="#footnote236" title="Lien vers la note 236"><span class="smaller">[236]</span></a>. Mais un autre critique, -l'abbé Chastelain<a id="footnotetag237" name="footnotetag237"></a><a href="#footnote237" title="Lien vers la note 237"><span class="smaller">[237]</span></a>, dit qu'il s'agit ici de saint -Julien-l'Hospitalier, <span class="pagenum"><a id="page342" name="page342"></a>(p. 342)</span> et son opinion paroît la plus vraisemblable. Il -est certain qu'il y avoit anciennement dans les faubourgs, et près des -portes des villes, des hospices pour les pauvres et pour les pèlerins; -et, si l'on en avoit élevé un près de la porte méridionale de Paris, -il est assez naturel de croire que c'étoit saint Julien-le-Pauvre et -l'Hospitalier qu'on lui avoit choisi pour patron. Du reste, quelques -titres, à la vérité fort récents, prouvent que c'étoit en effet une -maison hospitalière, et nous citerons entre autres un arrêt de 1606, -pour la reddition des comptes de plusieurs hôpitaux, entre lesquels on -nomme Saint-Julien-le-Pauvre<a id="footnotetag238" name="footnotetag238"></a><a href="#footnote238" title="Lien vers la note 238"><span class="smaller">[238]</span></a>.</p> - -<p>Grégoire de Tours est le plus ancien auteur qui ait parlé de cette -église; et plusieurs circonstances de son récit prouvent qu'elle -existoit ayant l'année 580<a id="footnotetag239" name="footnotetag239"></a><a href="#footnote239" title="Lien vers la note 239"><span class="smaller">[239]</span></a>. Telle est la seule date authentique -que l'on puisse donner de son antiquité. Elle fut ensuite au nombre -des églises dont Henri I<sup>er</sup> fit don à la cathédrale, donation de -laquelle du Boulai<a id="footnotetag240" name="footnotetag240"></a><a href="#footnote240" title="Lien vers la note 240"><span class="smaller">[240]</span></a> a conclu qu'elle fut appelée <i>Fille de -Notre-Dame</i> (<i lang="la">Filia Basilicæ Parisiensis</i>). Ce qui a pu causer son -erreur, c'est que, dans un acte sans date, qui toutefois ne <span class="pagenum"><a id="page343" name="page343"></a>(p. 343)</span> peut être -plus ancien que le douzième siècle<a id="footnotetag241" name="footnotetag241"></a><a href="#footnote241" title="Lien vers la note 241"><span class="smaller">[241]</span></a>, on trouve qu'alors cette -église avoit passé, on ne sait comment, entre les mains de deux -laïques<a id="footnotetag242" name="footnotetag242"></a><a href="#footnote242" title="Lien vers la note 242"><span class="smaller">[242]</span></a>, qui la donnèrent au monastère de -Notre-Dame-de-Long-Pont, près Montlhéri; mais on ne voit à aucune -époque que l'église Notre-Dame de Paris y ait placé des chanoines, -comme elle l'avoit fait à Saint-Étienne et à Saint-Benoît, ce qui -prouve qu'elle ne l'a pas long-temps possédée.</p> - -<p>L'église de Saint-Julien-le-Pauvre, telle qu'elle a subsisté jusque -dans les derniers temps, paroît avoir été rebâtie vers l'époque où -elle fut donnée aux religieux de Long-Pont; et l'on pense que c'est -alors qu'elle fut qualifiée prieuré. Au siècle suivant, l'université -choisit ce lieu pour y tenir ses assemblées, qu'elle transféra ensuite -aux Mathurins, puis au collége de Louis-le-Grand.</p> - -<p>En 1655, ce prieuré fut réuni à l'Hôtel-Dieu par un traité passé entre -les administrateurs de cette maison et les religieux de Long-Pont. -Cette union, confirmée par une bulle du pape, donnée en 1658, ne fut -cependant entièrement consommée que par des lettres-patentes que le -roi n'accorda qu'en 1697. La chapelle fut alors <span class="pagenum"><a id="page344" name="page344"></a>(p. 344)</span> desservie par un -chapelain à la nomination de la paroisse Saint-Séverin<a id="footnotetag243" name="footnotetag243"></a><a href="#footnote243" title="Lien vers la note 243"><span class="smaller">[243]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Chapelle de Saint-Blaise et de Saint-Louis.</i></p> - -<p>Cette chapelle étoit située à côté de Saint-Julien-le-Pauvre, dont -elle dépendoit. Les maçons et les charpentiers y établirent leur -confrérie en 1476. Elle fut rebâtie en 1684: cependant, comme elle -menaçoit ruine, on jugea à propos de la démolir vers la fin du siècle -dernier, et le service en fut transféré dans la chapelle -Saint-Yves<a id="footnotetag244" name="footnotetag244"></a><a href="#footnote244" title="Lien vers la note 244"><span class="smaller">[244]</span></a>.</p> - - -<h3>LA CHAPELLE SAINT-YVES.</h3> - -<p>La fondation de cette chapelle suivit de très-près la canonisation du -personnage auquel elle <span class="pagenum"><a id="page345" name="page345"></a>(p. 345)</span> étoit consacrée: car l'acte par lequel il est -mis au rang des saints est de l'année 1347; et l'on voit que dès -1348<a id="footnotetag245" name="footnotetag245"></a><a href="#footnote245" title="Lien vers la note 245"><span class="smaller">[245]</span></a> quelques particuliers de la province de Tours et du duché de -Bretagne, désirant former entre eux une confrérie en son honneur, -obtinrent de Foulques de Chanac, évêque de Paris, la permission de -faire bâtir une chapelle ou une église collégiale sous son nom. -D'autres titres nous apprennent que cette confrérie avoit un cimetière -près de son église, lequel fut béni, en 1357, par l'évêque de -Tréguier. Comme saint Yves, indépendamment du cours complet d'études -qu'il avoit fait dans l'Université de Paris, s'étoit rendu très-habile -dans l'étude du droit civil qu'il étoit allé étudier à Orléans, son -église ou chapelle fut acquise, on ignore à quelle époque, par une -confrérie composée d'avocats et de procureurs, qui l'a conservée -jusque dans les derniers temps. Ils choisissoient l'un d'entre eux -tous les deux ans pour en inspecter les desservants. Il y avoit aussi -deux gouverneurs honoraires, dont l'un étoit ecclésiastique et -inamovible; l'autre, laïc, lequel changeoit tous les trois ans.</p> - -<p>Il y avoit dans cette église plusieurs chapellenies à la présentation -des confrères, mais toutes d'un très-modique revenu. Les chanoines <span class="pagenum"><a id="page346" name="page346"></a>(p. 346)</span> de -Saint-Benoît étoient les curés primitifs de Saint-Yves<a id="footnotetag246" name="footnotetag246"></a><a href="#footnote246" title="Lien vers la note 246"><span class="smaller">[246]</span></a>.</p> - - -<h3>LES CARMES.</h3> - -<p>Nous nous garderons bien de parler de cette prétention singulière -qu'avoient les Carmes de faire remonter leur origine jusqu'aux -prophètes Élie et Élisée, ni des discussions trop vives et peut-être -un peu bizarres qui, vers la fin du dix-septième siècle, s'élevèrent à -ce sujet entre ces religieux et les continuateurs de Bollandus. Si -l'on peut alléguer que deux papes (Pie V et Grégoire XIII) permirent à -cet ordre de prendre pour patrons ces deux grands personnages de la -Bible, et approuvèrent un office destiné à célébrer leur fête, dans -lequel Élie étoit reconnu pour <em>fondateur et instituteur de l'ordre -des Carmes</em>, il faut avouer en même temps qu'un bref d'Innocent XII, -donné en 1698, impose sagement un silence absolu sur l'institution -primitive de cet ordre, et sur sa succession depuis <span class="pagenum"><a id="page347" name="page347"></a>(p. 347)</span> Élie et Élisée -jusqu'à nous. Tout ce que l'on sait de positif à ce sujet, c'est qu'au -douzième siècle il y avoit en Syrie quelques solitaires qui s'étoient -retirés sur le Mont-Carmel, où ils vivoient sans aucune règle -particulière<a id="footnotetag247" name="footnotetag247"></a><a href="#footnote247" title="Lien vers la note 247"><span class="smaller">[247]</span></a>. Ils en reçurent une, vers le commencement du siècle -suivant, du B. Albert, patriarche de Jérusalem<a id="footnotetag248" name="footnotetag248"></a><a href="#footnote248" title="Lien vers la note 248"><span class="smaller">[248]</span></a>, et cette règle, -approuvée, en 1224, par Honorius III, fut depuis mitigée et confirmée -par plusieurs souverains pontifes.</p> - -<p>Saint Louis, comme nous l'avons déjà dit, amena en France, à son -retour de la Terre-Sainte, quelques religieux du Mont-Carmel. Ils y -arrivèrent avec lui en 1254, et dès 1259 on les voit établis dans -l'emplacement qu'ils cédèrent depuis aux Célestins<a id="footnotetag249" name="footnotetag249"></a><a href="#footnote249" title="Lien vers la note 249"><span class="smaller">[249]</span></a>. Il est -probable que, n'étant alors qu'au nombre de six, ils n'eurent dans le -principe qu'une petite chapelle particulière; mais un acte de ce -temps-là semble prouver <span class="pagenum"><a id="page348" name="page348"></a>(p. 348)</span> que la dévotion des fidèles, qui accouroient -de tous côtés dans la demeure de ces nouveaux cénobites, les mit -bientôt dans la nécessité de s'agrandir.</p> - -<p>Cependant ils ne tardèrent pas à se dégoûter d'une habitation que les -fréquents débordements de la rivière rendoient extrêmement incommode. -Pendant une grande partie de l'année ils ne pouvoient sortir de chez -eux qu'en bateau, et se trouvoient d'ailleurs dans un éloignement de -l'Université, qui doubloit encore pour eux ces incommodités. Dans une -situation aussi désagréable, les Carmes s'adressèrent à -Philippe-le-Bel, et ne l'implorèrent point en vain. Ce prince, par ses -lettres du mois d'avril 1309, leur donna une maison, située rue de la -Montagne-Sainte-Geneviève<a id="footnotetag250" name="footnotetag250"></a><a href="#footnote250" title="Lien vers la note 250"><span class="smaller">[250]</span></a>; ils obtinrent, en 1310, du pape -Clément V, la permission d'y bâtir un nouveau couvent; et comme cette -maison n'étoit pas encore assez spacieuse pour contenir tous ces -religieux, dont le nombre s'étoit <span class="pagenum"><a id="page349" name="page349"></a>(p. 349)</span> considérablement augmenté, -Philippe-le-Long leur donna, en 1317, une autre maison voisine de la -première, laquelle avoit issue dans la grande rue Sainte-Geneviève et -dans celle de Saint-Hilaire, aujourd'hui rue des Carmes. Au moyen de -ces donations, ils se trouvèrent en état de faire construire une -chapelle et des bâtiments plus vastes et plus commodes que ceux qu'ils -vouloient abandonner. Quant à leur ancienne demeure, ils obtinrent, en -1318, du pape Jean XXII, la permission de la vendre; et l'on sait -qu'elle fut acquise par Jacques Marcel, qui la donna ensuite aux -Célestins.</p> - -<p>Toutefois la chapelle qu'ils venoient d'élever, et qu'ils dédièrent -sous l'invocation de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, se trouva bientôt trop -petite pour contenir l'affluence toujours croissante des fidèles qui -s'y rendoient de tous les côtés. Ils firent alors commencer, à côté de -cette chapelle, l'église que l'on voyoit encore dans les derniers -temps. Les libéralités de Jeanne d'Évreux, troisième femme et alors -veuve de Charles-le-Bel<a id="footnotetag251" name="footnotetag251"></a><a href="#footnote251" title="Lien vers la note 251"><span class="smaller">[251]</span></a>, leur fournirent les <span class="pagenum"><a id="page350" name="page350"></a>(p. 350)</span> moyens d'en achever -promptement la construction; et elle fut dédiée, le 16 mars 1353, sous -l'invocation de la sainte Vierge, par le cardinal Gui de Boulogne, en -présence de cette reine et de ses nièces les reines de France et de -Navarre.</p> - -<p>Ils achetèrent ensuite, en concurrence avec les administrateurs du -collége de Laon, une partie de l'ancien collége de Dace, qu'ils -enclavèrent dans leur couvent. Leurs bâtiments s'accrurent encore -depuis de diverses acquisitions qu'ils firent dans le voisinage, -principalement de celle d'un certain nombre de maisons de la rue de la -Montagne-Sainte-Geneviève, qu'ils ont fait reconstruire.</p> - -<p>L'église de ce monastère étoit vaste, mais d'une construction -irrégulière, puisqu'elle se composoit de l'ancienne chapelle et de la -nouvelle église, dédiée en 1353. La dévotion au scapulaire y attiroit -un grand concours de peuple le second samedi de chaque mois, afin de -gagner les indulgences qui y étoient attachées.</p> - - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CARMES.</p> - -<p class="center smcap">SCULPTURES.</p> - - <p>Sur le maître-autel, décoré de beaux marbres, que Louis XIV - avoit donnés à ces religieux, mais dont la composition étoit - d'un <span class="pagenum"><a id="page351" name="page351"></a>(p. 351)</span> très-mauvais goût, on voyoit un groupe composé de quatre - figures, et représentant la Transfiguration. Le tabernacle étoit - formé d'un globe autour duquel rampoit un serpent, et que - surmontoit un Christ attaché à la croix, le tout en bronze doré.</p> - -<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p> - - <p>Dans cette église et dans le cloître avoient été inhumés:</p> - - <p>Oronce Finé, savant mathématicien, professeur au collége de M<sup>e</sup> - Gervais, mort en 1555.</p> - - <p>Gilles Corrozet, libraire de Paris, et auteur d'une description - de cette ville, qui passe pour la première qu'on en ait faite. - Son épitaphe apprenoit qu'il étoit mort en 1568.</p> - - <p>Félix Buy, religieux de cette maison, et célèbre théologien, mort - en 1687.</p> - - <p>Louis Boulenois, avocat au parlement de Paris, auteur de - plusieurs ouvrages de jurisprudence, mort en 1762. Ses cendres et - celles de son épouse avoient été recueillies dans un riche - mausolée que leur avoient élevé leurs enfants. Ce monument, - exécuté par un sculpteur nommé <i>Poncet</i>, se composoit d'un - sarcophage porté sur un piédestal, et surmonté d'une urne de - porphyre. On voyoit auprès la Justice éplorée, et les médaillons - des deux époux étoient attachés à une pyramide qui couronnoit - toute cette composition<a id="footnotetag252" name="footnotetag252"></a><a href="#footnote252" title="Lien vers la note 252"><span class="smaller">[252]</span></a>.</p> - - <p>La famille des Chauvelin avoit aussi sa sépulture dans cette - église.</p> -</div> - -<p>Le cloître étoit fort grand, et environné d'arcades gothiques. Des -peintures exécutées sur ses murailles, et qui étoient au nombre des -plus anciennes de ce genre qu'il y eût à Paris, représentoient les -vies des prophètes Élie et Élisée. On y lisoit aussi l'histoire de -l'ordre, écrite en vieilles rimes françoises. Les curieux avoient -soin de se <span class="pagenum"><a id="page352" name="page352"></a>(p. 352)</span> faire montrer une chaire de pierre pratiquée dans le mur, -qui avoit servi anciennement aux professeurs de théologie de cet -ordre, et dans laquelle on prétend qu'<i>Albert-le-Grand</i>, <i>saint -Bonaventure</i> et <i>saint Thomas</i> ont donné des leçons publiques.</p> - -<p>La bibliothèque étoit composée d'environ douze mille volumes<a id="footnotetag253" name="footnotetag253"></a><a href="#footnote253" title="Lien vers la note 253"><span class="smaller">[253]</span></a>.</p> - - -<h3>LA COMMANDERIE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN.</h3> - -<p>C'étoit une propriété de l'ordre de Malte, qui, comme nous l'avons -déjà dit, remplaça celui des Templiers, et fut mis en possession de -tous ses biens; toutefois il étoit possesseur de cette maison avant la -destruction de ces religieux. Ces deux ordres avoient été institués -pour l'utilité <span class="pagenum"><a id="page353" name="page353"></a>(p. 353)</span> des pèlerins qui alloient visiter les lieux saints, -mais avec cette différence que les Templiers, autrement dits <em>frères -de la Milice du Temple</em>, se contentoient d'assurer les passages, de -conduire et de défendre sur la route ces pieux voyageurs, tandis que -les <em>frères Hospitaliers de Jérusalem</em> s'engageoient à leur donner -l'hospitalité et à leur procurer tous les secours que pouvoit exiger -leur situation. L'institution de ces derniers avoit même précédé de -quelque temps celle des Templiers: cependant il n'y a point de preuves -qu'ils aient eu avant ceux-ci un établissement à Paris; et quelques -efforts que fasse l'abbé Lebeuf<a id="footnotetag254" name="footnotetag254"></a><a href="#footnote254" title="Lien vers la note 254"><span class="smaller">[254]</span></a> pour reculer le plus possible -cette antiquité, les raisonnements qu'il présente à ce sujet, -combattus avec beaucoup de force par Jaillot, ne sont point appuyés de -titres qui soient antérieurs à l'année 1171, époque que Sauval donne -aussi pour la fondation de Saint-Jean-de-Latran. Du reste, ce surnom -de <i>Latran</i>, qui est celui d'une basilique de Rome, ne fut donné à -leur chapelle que dans le courant du seizième siècle: jusque-là, leur -maison avoit été nommée <i>Saint-Jean-de-Jérusalem</i> et <i>l'Hôpital de -Jérusalem</i>.</p> - -<p>Cette commanderie occupoit un très-grand espace de terrain qui -s'étendoit jusqu'à la rue <span class="pagenum"><a id="page354" name="page354"></a>(p. 354)</span> des Noyers. Il se composoit d'une grande -maison où demeuroit le commandeur, d'une immense tour carrée qui -paroît avoir été destinée autrefois à recevoir les pèlerins, et d'une -grande quantité de maisons très-mal bâties, où logeoient toutes sortes -d'artisans qui y jouissoient du droit de franchise, de même que les -habitants de l'enclos du Temple. L'église, qui paroissoit avoir été -bâtie dès le temps de l'établissement, étoit desservie par un -chapelain de l'ordre de Malte, et servoit de paroisse à tous ceux qui -habitoient l'enceinte de la commanderie<a id="footnotetag255" name="footnotetag255"></a><a href="#footnote255" title="Lien vers la note 255"><span class="smaller">[255]</span></a>.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN.</p> - -<p class="center smcap">SCULPTURES.</p> - - <p>Derrière le maître-autel, une Vierge, de la main d'<i>Anguier</i> - aîné.</p> - -<p class="p2 center smcap">TOMBEAUX.</p> - - <p>Dans le chœur on voyoit le mausolée de Jacques de Souvré, - grand-prieur de France, exécuté par le même sculpteur<a id="footnotetag256" name="footnotetag256"></a><a href="#footnote256" title="Lien vers la note 256"><span class="smaller">[256]</span></a>.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page355" name="page355"></a>(p. 355)</span> Dans une chapelle attenant à l'église on lisoit l'épitaphe d'un - particulier nommé Huard, mort en 1553, après avoir fait le tour - du monde.</p> - - <p>Jacques de Bethem, dernier archevêque de Glascow en Écosse, - ambassadeur en France pendant quarante-deux ans, et l'un des - fondateurs du collége des Écossois, avoit sa sépulture dans cette - église.</p> -</div> - -<p>Cette commanderie pouvoit rapporter 12,000 livres de rente. L'hôtel -<i>Zone</i>, situé dans le faubourg Saint-Marcel, et la maison de la -<i>Tombe-Isoire</i><a id="footnotetag257" name="footnotetag257"></a><a href="#footnote257" title="Lien vers la note 257"><span class="smaller">[257]</span></a>, sise hors des murs, étoient au nombre de ses -dépendances.</p> - - -<h3>L'ÉGLISE COLLÉGIALE ET PAROISSIALE DE SAINT-BENOÎT.</h3> - -<p>L'origine de cette église se perd dans la nuit des temps, et cette -obscurité qui l'environne a <span class="pagenum"><a id="page356" name="page356"></a>(p. 356)</span> porté plusieurs historiens à exagérer -encore son antiquité. Du Breul, Sauval et plusieurs autres<a id="footnotetag258" name="footnotetag258"></a><a href="#footnote258" title="Lien vers la note 258"><span class="smaller">[258]</span></a> ont -prétendu qu'elle avoit été bâtie dès le temps de saint Denis, et -consacrée à la Sainte-Trinité par cet apôtre des Gaules. Adrien de -Valois<a id="footnotetag259" name="footnotetag259"></a><a href="#footnote259" title="Lien vers la note 259"><span class="smaller">[259]</span></a> soutient au contraire qu'on n'a aucune preuve que cette -église existât avant l'an 1000: ces deux opinions sont également -éloignées de la vérité. Il existe une charte de Henri I<sup>er</sup><a id="footnotetag260" name="footnotetag260"></a><a href="#footnote260" title="Lien vers la note 260"><span class="smaller">[260]</span></a>, le -premier monument sans doute qui en fasse mention, par laquelle ce -monarque donne au chapitre de Notre-Dame plusieurs églises situées -dans le faubourg de Paris, dont quelques-unes avoient été décorées du -titre d'abbayes, entre autres celles de Saint-Étienne, de -Saint-Séverin et de Saint-Bacque, «lesquelles, ajoute cet acte, -étoient depuis long-temps au pouvoir de ses prédécesseurs et au sien;» -«<i lang="la">nostræ potestati et antecessorum nostrorum</i> antiquitùs -<i>mancipatas</i>.» Cette église de Saint-Bacque est celle qui porte -aujourd'hui le nom de Saint-Benoît, et le mot <i lang="la">antiquitùs</i> prouve -évidemment qu'elle existoit avant l'an 1000. Il paroît même par le -diplôme de Henri I<sup>er</sup> que la cathédrale, à laquelle il rendit cette -église, avoit <span class="pagenum"><a id="page357" name="page357"></a>(p. 357)</span> eu sur elle, dans les siècles précédents, quelques -droits de supériorité que l'invasion des Normands lui avoit fait -perdre. Du reste ce nom de Saint-Bacque qu'elle portoit, et qu'il ne -faut point séparer de celui de Saint-Serge, parce que l'église a de -tout temps fêté ensemble ces deux saints martyrisés en Syrie, fait -penser à Jaillot qu'il faut reculer l'origine du monument dont nous -parlons jusqu'au sixième ou du moins jusqu'au septième siècle.</p> - -<p>Dans le douzième, on trouve cette église désignée sous le nom de -Saint-Benoît, ainsi que l'aumônerie ou l'hôpital voisin, dans lequel -se sont depuis établis les Mathurins. Cependant il ne faut pas que -cette dénomination porte à croire, avec quelques historiens, qu'elle -ait été autrefois une abbaye desservie par des religieux de -Saint-Benoît. Il n'existe aucune preuve qu'il y ait jamais eu en cet -endroit un monastère de Bénédictins; on n'y conservoit aucune relique -de saint Benoît; sa fête n'y étoit pas même anciennement célébrée; et -l'abbé Lebeuf<a id="footnotetag261" name="footnotetag261"></a><a href="#footnote261" title="Lien vers la note 261"><span class="smaller">[261]</span></a> a prouvé jusqu'à l'évidence que le nom de <i>Benoît</i> -n'étoit autre chose que celui de Dieu, <i lang="la">Benedictus Deus</i>. Dans nos -anciens livres d'église et de prières, on lit <i>la benoîte Trinité</i>, et -<i lang="la">Dominica benedicta</i>, <i>l'office Saint-Benoît</i>, <i>l'autel -Saint-Benoît</i>, pour <span class="pagenum"><a id="page358" name="page358"></a>(p. 358)</span> dire le dimanche de la Trinité, l'autel de la -Trinité, etc. Ce n'est qu'au treizième siècle que l'on commença à -accréditer cette fausse opinion qui fit regarder l'église de -Saint-Benoît comme une ancienne abbaye de religieux de son ordre, et -lui fit donner pour patron ce fameux abbé du Mont-Cassin.</p> - -<p>Les historiens de Paris sont également peu d'accord sur l'époque où la -chapelle de Saint-Benoît, devenue collégiale après la donation de -Henri I<sup>er</sup>, réunit à ce titre celui de paroisse, par l'admission d'un -chapelain chargé d'administrer les sacrements. L'un d'eux a avancé que -cette érection d'un curé n'eut lieu qu'en 1183. Jaillot prouve le -contraire par une lettre d'Étienne, abbé de Sainte-Geneviève, au pape -Luce III, mort en 1185, dans laquelle, parlant en faveur de Simon, -<i>chapelain</i> de Saint-Benoît<a id="footnotetag262" name="footnotetag262"></a><a href="#footnote262" title="Lien vers la note 262"><span class="smaller">[262]</span></a>, il se plaint de ce qu'il est -inquiété par quelques chanoines qui lui disputent certains droits -contre l'<em>usage ancien</em> observé tant par lui que par ses -<i>prédécesseurs</i>. Il est donc évident que, dès que le chapitre -Notre-Dame fut en possession de l'église Saint-Benoît, il y fit -exercer les fonctions curiales, peut-être pendant quelque temps par -des chanoines qui se succédoient tour à tour, <span class="pagenum"><a id="page359" name="page359"></a>(p. 359)</span> mais bientôt après par -un prêtre ou chapelain, qui en fut spécialement chargé.</p> - -<p>On ignore pourquoi le chevet de cette église, contre l'usage établi, -étoit autrefois tourné à l'occident. Cette situation lui fit donner le -nom de Saint-Benoît le <i>bestournet</i>, <i>le bétourné</i>, <i>le -bestorné</i><a id="footnotetag263" name="footnotetag263"></a><a href="#footnote263" title="Lien vers la note 263"><span class="smaller">[263]</span></a>, et ce nom, qui veut dire <i>mal tourné</i>, <i>renversé</i> (<i lang="la">S. -Benedictus malé versus</i>) se trouve dans tous les actes du treizième -siècle. Cette église ayant été en partie reconstruite sous le règne de -François I<sup>er</sup>, plusieurs de nos historiens ont prétendu que l'autel fut -alors placé à l'orient, et que c'est à partir de cette époque qu'elle -fut appelée Saint-Benoît le <i>bien tourné</i>; mais il est certain que -cette dénomination est plus ancienne, sans qu'on puisse en déterminer -positivement la cause; et plusieurs actes des quatorzième et quinzième -siècles, cités par Jaillot et l'abbé Lebeuf, désignent déjà ce -monument avec cette dernière épithète: <i lang="la">Sanctus Benedictus</i> benè -<i>versus</i>.</p> - -<p>Excepté les piliers du chœur au côté septentrional, qui paroissent -être un reste des premières constructions, le portail et tout ce qu'il -y a de plus ancien dans cette église ne passe pas le règne de François -I<sup>er</sup>. Le sanctuaire ne fut rebâti que vers la fin du dix-septième -siècle (en 1680), et alors, <span class="pagenum"><a id="page360" name="page360"></a>(p. 360)</span> pour accroître l'aile méridionale, on y -renferma une rue qui communiquoit de la rue Saint-Jacques au cloître. -Le reste de l'église fut, à cette époque, réparé sur les dessins et -sous la conduite d'un architecte nommé Beausire. La balustrade de fer -qui régnoit au pourtour du chœur, l'œuvre et le clocher furent faits -dans le même temps. On prétend que les pilastres corinthiens qui -décorent le rond-point ont été exécutés d'après les dessins de -Perrault<a id="footnotetag264" name="footnotetag264"></a><a href="#footnote264" title="Lien vers la note 264"><span class="smaller">[264]</span></a>.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-BENOÎT.</p> - -<p class="center smcap">TABLEAUX.</p> - - <p>Sur l'autel de la chapelle de la paroisse, une descente de croix; - par <i>Sébastien Bourdon</i>.</p> - - <p>Dans la chapelle des fonts, le baptême de N. S., par <i>Hallé</i>.</p> - - <p>Deux autres tableaux peints sur bois, représentant saint Denis et - saint Étienne; par un peintre inconnu.</p> - - <p>Dans la chapelle de la Vierge, et sur les lambris, des peintures - représentant la vie de cette sainte mère du Sauveur.</p> - - <p>Deux tableaux représentant, l'un saint Joseph, l'autre l'ange qui - conduit le jeune Tobie; par un peintre inconnu.</p> - -<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p> - - <p>Sous une voûte, au fond d'une chapelle, à gauche en entrant, un - Christ au tombeau, avec les trois Maries, saint Joseph - d'Arimathie, etc.</p> - - <p>La cuvette des fonts baptismaux. Cette cuvette, d'une pierre - blanche et dure, est bordée d'ornements arabesques d'un travail - très-élégant et très-délicat, et portée sur un socle carré, - enrichi de bas-reliefs d'une exécution qui n'est point inférieure - à celle des ornements. Elle porte la date de 1547; et tout - annonce <span class="pagenum"><a id="page361" name="page361"></a>(p. 361)</span> en effet que c'est un ouvrage du plus beau temps de la - sculpture moderne<a id="footnotetag265" name="footnotetag265"></a><a href="#footnote265" title="Lien vers la note 265"><span class="smaller">[265]</span></a>.</p> - -<p class="p2 center smcap">TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p> - - <p>Dans cette église avoient été inhumés:</p> - - <p>Jean Dorat, professeur royal de langue grecque, surnommé le - Pindare français, mort en 1588.</p> - - <p>René Chopin, savant jurisconsulte, mort en 1606.</p> - - <p>Pierre Brulard, seigneur de Crosne et de Genlis, secrétaire - d'état, mort en 1608.</p> - - <p>Guillaume Château, habile graveur, mort en 1683.</p> - - <p>Jean-Baptiste Cotelier, professeur de langue grecque et habile - théologien, mort en 1686.</p> - - <p>Claude Perrault, célèbre architecte, mort en 1688.</p> - - <p>Jean Domat, avocat du roi au présidial de Clermont, célèbre - jurisconsulte, mort en 1696.</p> - - <p>Charles Perrault, frère de Claude, auteur des Contes de Fées, et - du Parallèle des anciens et des modernes, mort en 1703.</p> - - <p>Gérard Audran, l'un des plus célèbres graveurs de son siècle, - mort en 1703.</p> - - <p>Marie-Anne des Essarts, femme de Frédéric Léonard, le plus riche - libraire de son temps, morte en 1706. Son mari lui avoit fait - élever un petit monument, exécuté par <i>Vancleve</i>, sur les dessins - d'<i>Oppenor</i><a id="footnotetag266" name="footnotetag266"></a><a href="#footnote266" title="Lien vers la note 266"><span class="smaller">[266]</span></a>.</p> - - <p>Jean-Foy Vaillant, médecin, et savant antiquaire, mort en 1706. - (Son épitaphe est au Musée des Petits-Augustins.)</p> - - <p>Le comédien Michel Baron, mort en 1729.</p> -</div> - -<p>Le chapitre de Saint-Benoît étoit composé de six chanoines nommés par -un pareil nombre de chanoines de Notre-Dame, à qui appartenoit cette -nomination; d'un curé et de douze chapelains <span class="pagenum"><a id="page362" name="page362"></a>(p. 362)</span> choisis par le chapitre. -Les chapellenies y étoient assez nombreuses.</p> - -<p>Cette église, suivant l'ancien usage des collégiales, avoit son -cloître, dans lequel on entroit encore, dans les derniers temps, par -trois ouvertures anciennement fermées de portes. Ce cloître étoit -vaste, et l'on y portoit, après la moisson et les vendanges, les -redevances en grains et en vins affectées à ces chanoines; le chapitre -Notre-Dame y avoit aussi une grange pour déposer celles qu'il -percevoit dans les environs, et l'on y tenoit un marché public dans le -temps de la récolte. Il faut ajouter aussi que la justice temporelle -s'y exerçoit, et qu'il y avoit une prison.</p> - - -<p class="p2 center">CIRCONSCRIPTION.</p> - -<p>L'étendue de la paroisse Saint-Benoît formoit une figure assez -irrégulière. Ce qu'elle avoit à l'orient et vers le nord consistoit -dans le côté gauche de la place Cambrai, en entrant par la fontaine, -jusqu'aux trois dernières maisons de la rue Saint-Jean-de-Latran; elle -avoit au côté droit de cette place, toutes les maisons jusqu'à -l'ancien collége de Cambrai exclusivement; quelques maisons en -descendant la rue Saint-Jean-de-Beauvais, jusque vis-à-vis l'École de -Droit; puis le côté gauche de la rue des Noyers, <span class="pagenum"><a id="page363" name="page363"></a>(p. 363)</span> à partir de celle -des Anglois et en allant à la rue Saint-Jacques; ensuite toutes les -maisons qui suivent à gauche en remontant cette même rue jusque vers -le collége Du Plessis. Elle reprenoit à la porte du collége des -Jésuites, et continuoit à gauche jusqu'à la rue -Saint-Étienne-des-Grès, où elle finissoit avant la chapelle du collége -des Cholets. Du collége de Lisieux, elle revenoit à la rue -Saint-Jacques, qu'elle continuoit des deux côtés jusqu'à l'Estrapade, -se prolongeant du côté gauche jusqu'au milieu de la place, et du côté -droit jusqu'aux Filles de la Visitation. Revenant à la rue -Saint-Hyacinte, elle en avoit les deux côtés dans la partie -supérieure, et de même dans la rue Saint-Thomas. Elle enfermoit -ensuite le clos des Jacobins, la rue de Cluni, le collége du même nom -et ses dépendances, la rue des Cordiers, celle des Poirées, la rue de -Sorbonne en grande partie, la Sorbonne, et toutes les maisons placées -entre le coin de la rue des Maçons jusqu'à celui de la rue -Saint-Jacques, qu'elle remontoit ensuite jusqu'à celle des Cordiers.</p> - -<p>Au couchant, elle renfermoit le collége de Dainville et ses -dépendances; en descendant la rue de la Harpe, tout ce qui est à -gauche jusqu'au coin de la rue Serpente exclusivement, ce qui comprend -une partie de la rue des Deux-Portes et de celle de Pierre-Sarrazin. -Elle avoit <span class="pagenum"><a id="page364" name="page364"></a>(p. 364)</span> en outre, dans la rue des Carmes, un écart composé de -quatre à cinq maisons.</p> - - -<h3>L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-HILAIRE.</h3> - -<p>On ne trouve aucuns monuments qui puissent fournir quelques lumières -sur l'origine de cette église. L'abbé Lebeuf<a id="footnotetag267" name="footnotetag267"></a><a href="#footnote267" title="Lien vers la note 267"><span class="smaller">[267]</span></a> pense qu'il faut en -attribuer la construction au chapitre Saint-Marcel, propriétaire par -succession d'une partie du clos Bruneau, et qui s'étoit acquis par-là -le droit de nomination à cette cure, à laquelle il a effectivement -présenté dès l'an 1200. Cette conjecture semble donc assez -vraisemblable; mais lorsqu'il ajoute que la situation de cette église -près de celle de Sainte-Geneviève pourroit faire penser que Clovis, -qui se croyoit redevable à l'intercession de saint Hilaire de la -victoire qu'il avoit remportée sur Alaric, auroit fait bâtir en cet -endroit un oratoire sous son <span class="pagenum"><a id="page365" name="page365"></a>(p. 365)</span> nom, il ne présente qu'une opinion vague -et qui n'est fondée sur aucune autorité.</p> - -<p>Le plus ancien titre qui parle de cette église est la bulle d'Adrien -IV, de 1158: elle y est appelée chapelle de Saint-Hilaire-du-Mont, -<i lang="la">capella sancti Hilarii de Monte</i>. Jaillot pense que les chanoines de -Saint-Marcel et de Sainte-Geneviève, dont les seigneuries étoient -limitrophes, avoient pu faire entre eux divers échanges, et que -c'étoit peut-être à ce titre que les premiers possédoient une partie -du clos Bruneau; que la chapelle de Saint-Hilaire aura servi aux -vassaux de Saint-Marcel, trop éloignés de cette basilique; enfin que -la population de ce territoire s'étant successivement accrue, cette -chapelle, de même que celle de Saint-Hippolyte, aura été érigée en -paroisse. Elle fut rebâtie en 1300, reconstruite et augmentée vers -1470, réparée de nouveau et décorée au commencement du siècle dernier -par les soins et les libéralités de M. Jollain, l'un des curés de -cette paroisse.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-HILAIRE.</p> - -<p class="center smcap">TABLEAUX.</p> - - <p>Sur le maître-autel, une Nativité; par un peintre inconnu.</p> - - <p>Dans la chapelle de la Vierge, deux tableaux représentant saint - Jean et saint Joseph; par <i>Belle</i>.</p> - -<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p> - - <p>Dans cette église avoit été inhumé Patrice Maginn, docteur <span class="pagenum"><a id="page366" name="page366"></a>(p. 366)</span> en - droit, et premier aumônier de la reine d'Angleterre, mort en - 1683.</p> -</div> - -<p>Il y avoit dans cette paroisse une chapellenie instituée par un bedeau -de l'université nommé <i>Hamon Lagadon</i>. Le chapitre de Saint-Marcel -nommoit à la cure<a id="footnotetag268" name="footnotetag268"></a><a href="#footnote268" title="Lien vers la note 268"><span class="smaller">[268]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center">CIRCONSCRIPTION.</p> - -<p>Le territoire de cette paroisse, resserré entre celui de -Saint-Étienne-du-Mont et celui de Saint-Benoît, étoit -très-circonscrit. Il est remarquable qu'il étendoit sa juridiction sur -le collége d'Harcourt, situé derrière la rue de la Harpe, parce -qu'avant la construction de ce collége, ce lieu étoit habité par des -vassaux de Saint-Marcel. Le collége des Lombards dépendoit aussi de -cette paroisse.</p> - - -<h3><span class="pagenum"><a id="page367" name="page367"></a>(p. 367)</span> L'ABBAYE ROYALE SAINTE-GENEVIÈVE.</h3> - -<p>Plus un monument est ancien, plus il excite la curiosité; et c'est -alors surtout, comme il nous est arrivé si souvent de nous en -plaindre, qu'il est plus difficile de la satisfaire. Les commencements -de notre monarchie sont des temps de désordre et d'ignorance; les -révolutions fréquentes qui en marquent le cours interrompirent plus -d'une fois la suite des traditions, causèrent la destruction ou la -perte de presque tous les titres qui pouvoient jeter quelques lueurs -au milieu de ces profondes ténèbres; et ce manque absolu d'autorités -se fait sentir surtout lorsqu'il est question des choses qui se sont -passées sous la première race. Cependant quelque obscurité qui -environne les événements de ces temps reculés, il n'est personne qui -ignore, et la tradition en est venue jusqu'à nous, que l'abbaye -Sainte-Geneviève fut fondée par Clovis I<sup>er</sup>, sur une colline au -sud-est de Paris, et dans un lieu <span class="pagenum"><a id="page368" name="page368"></a>(p. 368)</span> qui servoit de cimetière public; -mais nos historiens ne sont d'accord ni sur l'année où cette église a -été bâtie, ni sur l'époque des changements survenus dans les noms -qu'elle a portés, ni même sur l'état de ceux qui furent choisis -d'abord pour la desservir.</p> - -<p>Cependant, quant à l'année de sa fondation, ces historiens ne -diffèrent entre eux que depuis l'an 499 jusqu'à 511, c'est-à-dire d'un -intervalle d'environ douze ans<a id="footnotetag269" name="footnotetag269"></a><a href="#footnote269" title="Lien vers la note 269"><span class="smaller">[269]</span></a>. Il est certain que, dès la fin de -l'année 496, Clovis avoit été baptisé, et que la plus grande partie -des François avoit, à son exemple, embrassé le christianisme; mais on -ne trouve aucun titre qui prouve que, vers cette époque, et même -pendant les dix années qui la suivirent, ce prince ait fait bâtir -d'église à Paris ni même en France. On sait que la guerre qu'il avoit -déclarée à Gondebaud, roi de Bourgogne, les alliances qu'il -contractoit avec d'autres souverains, et une foule de soins non moins -importants l'occupoient alors tout entier; de manière que, sans -pouvoir également offrir de preuves positives d'aucune autre date, il -nous paroît plus vraisemblable de reculer <span class="pagenum"><a id="page369" name="page369"></a>(p. 369)</span> cette fondation jusqu'à -l'année 508, après la fameuse bataille qu'il livra, près de Poitiers, -au roi des Visigoths, Alaric II. Trois historiens, Aimoin, Roricon et -Frédégaire<a id="footnotetag270" name="footnotetag270"></a><a href="#footnote270" title="Lien vers la note 270"><span class="smaller">[270]</span></a>, rapportent qu'à la prière de Clotilde ce monarque -avoit fait vœu, s'il revenoit vainqueur, de bâtir une église sous -l'invocation de saint Pierre. La bataille fut livrée en 507; Clovis y -tua Alaric de sa propre main, et revint l'année suivante à Paris, -qu'il choisit alors pour la capitale de ses états. Il nous semble -qu'aucune époque ne peut être plus convenable pour y placer la -fondation de l'église de Sainte-Geneviève. Elle fut nommée dans le -principe tantôt l'église de Saint-Pierre, tantôt la basilique des SS. -Apôtres<a id="footnotetag271" name="footnotetag271"></a><a href="#footnote271" title="Lien vers la note 271"><span class="smaller">[271]</span></a>. Nous dirons plus bas quand et à quelle occasion on la -consacra à la patronne de Paris.</p> - -<p>Le nom de <em>basilique</em>, dont se sert Grégoire de Tours en parlant de -cette église, a fait penser qu'elle avoit d'abord été desservie par -des religieux. Les noms de <em>monastère</em>, <em>d'abbé</em>, <em>de frères</em>, par -lesquels les vieux titres désignent sans cesse et l'église et ceux qui -la desservoient, mais surtout le témoignage d'un ancien livre, qui -<span class="pagenum"><a id="page370" name="page370"></a>(p. 370)</span> déclare formellement qu'elle avoit été bâtie pour y faire observer <em>la -religion de l'ordre monastique</em><a id="footnotetag272" name="footnotetag272"></a><a href="#footnote272" title="Lien vers la note 272"><span class="smaller">[272]</span></a>, semble fortifier cette opinion -que les savants du premier ordre, dom Mabillon, l'abbé Fleuri, l'abbé -Lebeuf, le P. Dubois, etc., ont embrassée.</p> - -<p>Jaillot, qui, sans avoir une science aussi universelle que ces hommes -célèbres, avoit certainement plus approfondi ces matières qu'aucun -d'entre eux, ose s'élever seul contre leur sentiment. D'abord il n'a -pas de peine à prouver que ces noms de <i>basilique</i>, de <i>monastère</i>, -donnés à l'église, de <i>frères</i> et d'<i>abbé</i>, dont sont qualifiés les -desservants, ont été mille fois employés pour désigner les chapitres, -les églises, la cathédrale elle-même; l'histoire de Paris en offre -mille exemples. Le passage de la vie de sainte Bathilde présente plus -de difficultés, et cependant il nous semble qu'il en a heureusement -triomphé; ses raisonnements qu'il sait fortifier d'exemples et -d'autorités, sans rien offrir d'absolument décisif, nous portent à -croire que ces desservants, soumis à la règle, à la vie <i>monastique</i>, -n'étoient autre chose, dès l'origine, qu'un collége de chanoines -séculiers.</p> - -<p>Ces chanoines subsistèrent dans le même état <span class="pagenum"><a id="page371" name="page371"></a>(p. 371)</span> jusqu'au douzième -siècle; et pendant ce long espace de temps on les voit sans cesse -l'objet d'une protection spéciale de la part des rois de France et des -plus grands princes. Un diplôme du roi Robert, de 997, confirme les -donations qui leur ont été faites, en ajoute de nouvelles, leur donne -le droit de nommer leur doyen<a id="footnotetag273" name="footnotetag273"></a><a href="#footnote273" title="Lien vers la note 273"><span class="smaller">[273]</span></a>, de disposer de leurs prébendes. -Par une charte donnée en 1035, Henri I<sup>er</sup> se déclare le protecteur de -<i>la vénérable congrégation des chanoines de Sainte-Geneviève</i>. Une -autre charte, datée de 1040 ou environ, contient d'autres donations -faites en leur faveur par Geoffroi Martel, comte d'Anjou; des bulles -de divers papes confirment tous ces priviléges, etc.; mais en 1148 il -se fit un changement notable dans leur administration <span class="pagenum"><a id="page372" name="page372"></a>(p. 372)</span> intérieure: -Eugène III, qui occupoit alors le trône pontifical, et qu'un événement -fâcheux avoit forcé de se réfugier en France dès l'année précédente, -étoit depuis quelque temps informé du relâchement qui existoit dans -cette communauté; peut-être même pensoit-il déjà à y introduire la -réforme. Une scène scandaleuse, qui se passa sous ses propres yeux, -dans l'église de Sainte-Geneviève<a id="footnotetag274" name="footnotetag274"></a><a href="#footnote274" title="Lien vers la note 274"><span class="smaller">[274]</span></a>, le confirma dans cette -résolution, que le peu de séjour qu'il fit en France l'empêcha -toutefois d'exécuter lui-même. Louis-le-Jeune, entrant dans ses vues, -en confia le soin à Suger, qu'il venoit de nommer régent de son -royaume avant son départ pour la Terre-Sainte. Cette réforme n'eut -point lieu, suivant toutes les apparences: car on voit l'année -suivante (en 1148) le même pape Eugène former d'abord le projet de -substituer à ces chanoines huit religieux <span class="pagenum"><a id="page373" name="page373"></a>(p. 373)</span> de l'ordre de Cluni, et -ensuite, vaincu par les prières et les représentations qu'ils lui -firent, se contenter d'introduire dans leur maison douze chanoines de -Saint-Victor<a id="footnotetag275" name="footnotetag275"></a><a href="#footnote275" title="Lien vers la note 275"><span class="smaller">[275]</span></a>, qui opérèrent enfin cette réforme si nécessaire. -C'est ainsi que les chanoines de Sainte-Geneviève, de séculiers qu'ils -étoient, devinrent réguliers.</p> - -<p>Piganiol pense que ce fut vers cette année, et à l'occasion du -changement qui survint alors dans cette abbaye, qu'elle prit le nom de -Sainte-Geneviève. C'est une erreur: Jaillot cite des actes des -septième et huitième siècles, dans lesquels elle est déjà désignée -sous les noms de Saint-Pierre et de Sainte-Geneviève; et dès le -neuvième on la trouve sous le nom seul de cette sainte. On sait -qu'elle y avoit sa sépulture; et la vénération que les Parisiens -avoient conservée pour cette illustre protectrice de leur ville, les -miracles qui s'opéroient à son tombeau, ont dû naturellement amener -très-vite un pareil changement. Il y a de nombreux exemples de ces -mutations, dans lesquelles la dévotion particulière d'un peuple, même -d'une classe de citoyens, a fait préférer le nom d'un patron à celui -du titulaire d'une église.</p> - -<p>La réforme se soutint parmi les chanoines de Sainte-Geneviève jusqu'à -ces guerres funestes qui désolèrent les règnes de Charles VI et -Charles <span class="pagenum"><a id="page374" name="page374"></a>(p. 374)</span> VII, et jetèrent le désordre dans les monastères comme dans -toutes les autres parties de la société. La discipline régulière fut -dès-lors entièrement anéantie dans cette abbaye, et ce n'est que sous -le règne de Louis XIII qu'on pensa à la rétablir. Afin d'y parvenir, -ce prince, après la mort de Benjamin de Brichanteau, évêque de Laon, -qui en étoit abbé, crut devoir y nommer, de son autorité et pour cette -fois seulement, le cardinal de La Rochefoucauld, sous la condition -qu'il y établiroit la réforme. Pour se conformer aux intentions du -roi, cette Éminence ne trouva point de moyen plus efficace que d'y -faire entrer, en 1624, le père Faure avec douze religieux de la -réforme que ce même père venoit d'établir dans la maison de -Saint-Vincent de Senlis. La réforme de Sainte-Geneviève achevée en -1625, confirmée par des lettres patentes de 1626, et par une bulle -d'Urbain VIII donnée en 1634, fut entièrement consolidée, cette même -année, par l'élection du père Faure comme abbé coadjuteur de cette -abbaye, et supérieur général de la congrégation. C'est à cette époque -qu'il faut fixer la triennalité des abbés de Sainte-Geneviève, la -primatie de cette abbaye chef de l'ordre, et le titre qu'on lui a -donné de <i>chanoines réguliers de la congrégation de France</i>.</p> - -<p>L'église de Sainte-Geneviève ne présente pas dans ses antiquités -moins d'obscurités et d'incertitudes <span class="pagenum"><a id="page375" name="page375"></a>(p. 375)</span> que son clergé. On ne peut pas -assurer que l'édifice bâti par Clovis et par sainte Clotilde subsistât -encore lorsqu'en 857 les Normands, qui, depuis douze ans, n'avoient -pas cessé de ravager les bords de la Seine, débarquèrent dans la -plaine de Paris, et mirent le feu à cette basilique, ainsi qu'à toutes -les autres églises, excepté celles de Saint-Vincent et de Saint-Denis, -qui furent rachetées de ces barbares à prix d'argent. Peut-être -avoit-elle été déjà reconstruite au huitième siècle, en même temps que -cette dernière. Ce qu'il y a de certain, c'est que les murailles de -l'édifice que détruisirent les Normands subsistèrent encore en partie, -quoiqu'en très-mauvais état, jusque vers l'an 1190. Elles furent alors -réparées par Étienne, qui en étoit abbé; et ces réparations, dont une -partie a subsisté jusque dans les derniers temps, étoient encore -très-visibles sur le côté extérieur et méridional de la nef. Suivant -l'abbé Lebeuf, cette partie extérieure de la carcasse étoit un débris -des constructions qui existoient même du temps des barbares. Quant à -tout le travail du dedans, piliers, voûtes, petites colonnades, on y -reconnoissoit le caractère de l'architecture gothique du treizième -siècle; mais leur disposition singulière, l'élévation des ailes et -leur peu de largeur, la ceinture du sanctuaire formée en rotonde, -sembloient prouver que la nouvelle église <span class="pagenum"><a id="page376" name="page376"></a>(p. 376)</span> avoit été rebâtie sur les -anciens fondements; et un pilier, placé près de la porte qui -communiquoit avec l'église Saint-Étienne, indiquoit par son chapiteau -plus ancien de deux siècles, que le sol de ce monument avoit été -relevé. Les trois portiques<a id="footnotetag276" name="footnotetag276"></a><a href="#footnote276" title="Lien vers la note 276"><span class="smaller">[276]</span></a> du frontispice étoient aussi du -treizième siècle. Enfin les constructions de la tour qui servoit de -clocher annonçoient deux époques: la partie inférieure étoit du -onzième siècle, l'autre avoit été réparée<a id="footnotetag277" name="footnotetag277"></a><a href="#footnote277" title="Lien vers la note 277"><span class="smaller">[277]</span></a> à la fin du quinzième, -sous le règne de Charles VIII.</p> - -<p>Lorsque les desservants de l'abbaye Sainte-Geneviève s'étoient vus -menacés de la première invasion des Normands, avant de quitter leur -monastère, ils avoient eu soin d'ouvrir le tombeau de leur sainte -patronne, d'en enlever les reliques et de les transporter dans les -terres de l'abbaye, où ils les tinrent cachées. Quand le calme fut -rétabli, ils s'empressèrent de les rapporter; <span class="pagenum"><a id="page377" name="page377"></a>(p. 377)</span> et chaque fois que les -barbares revenoient, on emportoit de nouveau ce précieux dépôt. Ce -tombeau, d'où ils avoient tiré ses ossements, étoit renfermé dans une -<em>crypte</em>, ou chapelle souterraine qui servoit également de sépulture à -saint Prudence, à saint Céran, évêques de Paris, et à plusieurs autres -saints personnages morts en odeur de sainteté. Les corps de ceux-ci y -furent laissés; et ce n'est que lorsqu'on eut relevé les ruines de -l'ancienne voûte, calcinée par le feu des barbares, qu'on tira de -terre ces sépulcres, et qu'on les rassembla dans la <i>crypte</i>, qui fut -alors réparée. Elle fut depuis entièrement rebâtie, et extrêmement -ornée par les soins du cardinal de La Rochefoucauld: la voûte en étoit -soutenue par des piliers de marbre; l'on y descendoit par de beaux -escaliers symétriquement placés aux deux côtés de la porte du chœur, -et près d'un jubé découpé en pierre avec beaucoup de délicatesse. Dans -cette chapelle souterraine, on voyoit encore le tombeau de sainte -Geneviève, mais il n'y restoit plus rien de ses reliques. Depuis qu'on -les en avoit tirées, elles n'étoient point sorties de la châsse qui -avoit servi à les transporter; et cette châsse avoit été placée dans -l'église supérieure.</p> - -<p>La crypte contenoit cinq autres chapelles. Il y en avoit encore un -grand nombre dans l'église supérieure et dans le cloître. La plupart -<span class="pagenum"><a id="page378" name="page378"></a>(p. 378)</span> furent détruites ou changées de forme par le cardinal de La -Rochefoucauld, lorsque dans le siècle dernier il fit réparer l'église -et la maison. La plus remarquable de celles qui furent conservées -étoit une grande et belle chapelle située au côté méridional du -cloître, et connue dans l'ancien temps sous le nom de -<i>Notre-Dame-de-la-Cuisine</i>, parce qu'elle étoit effectivement placée -auprès de la cuisine de l'abbaye. Elle avoit été construite par ce -même abbé Étienne à qui l'on devoit les réparations de l'église, et -portoit, depuis environ deux cents ans, le nom de -<i>Notre-Dame-de-la-Miséricorde</i>.</p> - -<p>C'étoit au pied de l'autel de cette chapelle que le chanoine de -Sainte-Geneviève, chancelier de l'Université, donnoit le bonnet de -maître-ès-arts.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE ET DE L'ABBAYE SAINTE-GENEVIÈVE.</p> - -<p class="center smcap">TABLEAUX.</p> - - <p>Dans la nef, quatre grands tableaux, dont trois représentoient - des vœux de la ville de Paris, et le quatrième ses actions de - grâces pour la convalescence de Louis XV. Ces tableaux avoient - été peints par <i>de Troy</i> père et fils, <i>Largillière</i> et <i>de - Tournière</i>.</p> - - <p>Dans la sacristie, plusieurs tableaux, parmi lesquels on - remarquoit un <i lang="la">Ecce Homo</i> et une Notre-Dame-de-Douleur, exécutés - en tapisserie.</p> - - <p>Dans le réfectoire, qui étoit très-vaste, la multiplication des - pains; par <i>Clermont</i>.</p> - - <p>Dans la chapelle de Notre-Dame-de-la-Miséricorde, plusieurs - tableaux, sans noms d'auteurs.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page379" name="page379"></a>(p. 379)</span> Dans une très-grande salle, nommée la salle des Papes, les - portraits d'un grand nombre de souverains pontifes, et quelques - tableaux.</p> - - <p>Sur la coupole de la bibliothèque, l'apothéose de saint Augustin, - par <i>Restout</i> père, et un morceau de perspective peint sur un des - murs; par <i>La Joue</i>.</p> - - -<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p> - - <p>Sur le maître-autel, un riche tabernacle de forme octogone, dont - les quatre faces principales étoient ornées de colonnes - composites de brocatelle antique, avec bases et chapiteaux de - bronze doré; le tout couronné d'un dôme que surmontoit une croix - d'ambre. Ce tabernacle, rapporté en pierres rares et précieuses, - telles que jaspes, agates, lapis, grenats, etc., avoit été fait - aux frais du cardinal de La Rochefoucauld.</p> - - <p>À côté de cet autel, les statues de saint Pierre et de saint Paul - en métal doré.</p> - - <p>Au milieu du chœur, un lutrin d'une composition élégante et - ingénieuse: il étoit à trois faces, et entouré de trois anges - touchant une triple lyre, qui servoit de point d'appui à l'aigle. - Le dessin de ce morceau étoit attribué à <i>Lebrun</i>.</p> - - <p>Un candélabre donné par la ville, et orné de ses armes, de celles - du roi et de celles de l'abbaye; par <i>Germain</i>.</p> - - <p>Près de la porte par laquelle les chanoines entroient dans le - chœur, sous deux arcades enfoncées, deux figures en terre cuite, - représentant Jésus-Christ dans le tombeau et ressuscité; par - <i>Germain Pilon</i><a id="footnotetag278" name="footnotetag278"></a><a href="#footnote278" title="Lien vers la note 278"><span class="smaller">[278]</span></a>.</p> - - <p>Dans le vestibule du couvent, quatre statues représentant les - prophètes.</p> - - <p>Dans la galerie dite l'<i>oratoire</i>, une Nativité en plomb bronzé.</p> - - -<p class="p2 center smcap">TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p> - -<p class="center"><i>Dans l'église.</i></p> - - <p>Derrière le maître-autel, la châsse qui renfermoit le corps de - <span class="pagenum"><a id="page380" name="page380"></a>(p. 380)</span> sainte Geneviève. Cette châsse, que plusieurs historiens de Paris - ont faussement attribuée à saint Éloi<a id="footnotetag279" name="footnotetag279"></a><a href="#footnote279" title="Lien vers la note 279"><span class="smaller">[279]</span></a>, étoit de vermeil - doré, d'un travail gothique, couverte de pierreries dues à la - piété et à la libéralité de nos rois. Elle étoit soutenue par - quatre statues de vierges plus grandes que nature, portées - elles-mêmes sur des colonnes d'un marbre antique et rare; un - bouquet de diamants d'un très-grand prix couronnoit ce monument: - c'étoit un don de la reine Anne d'Autriche, mère de Louis XIV.</p> - - <p>Au milieu, le cénotaphe de Clovis. Ce monument, sur lequel étoit - couchée la statue de ce prince en marbre blanc, remplaçoit un - tombeau plus simple, et d'une pierre plus commune, tel qu'on - avoit coutume de les faire pour les rois de la première race; une - inscription latine apprenoit qu'il avoit été élevé sur les ruines - de l'autre par l'abbé et le chapitre de Sainte-Geneviève.</p> - - <p>Derrière le chœur, une châsse renfermant les reliques de sainte - Clotilde. Cette reine avoit d'abord été inhumée près des degrés - du grand autel. On ignore en quel temps ces reliques furent - levées, mais la châsse n'étoit que de l'année 1539, époque à - laquelle on en fit la translation. Clotilde sa fille, femme - d'Amalaric, roi des Visigoths, les jeunes fils de Clodomir, - assassinés par Childebert et Clotaire, avoient été également - inhumés dans cette église.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page381" name="page381"></a>(p. 381)</span> Dans une chapelle près de la sacristie, le tombeau du cardinal de - La Rochefoucauld, abbé commandataire de cette église, mort en - 1645. Ce monument a été exécuté par un sculpteur nommé <i>Philippe - Buyster</i><a id="footnotetag280" name="footnotetag280"></a><a href="#footnote280" title="Lien vers la note 280"><span class="smaller">[280]</span></a>.</p> - - <p>Sur un des piliers de la nef, le buste du célèbre Descartes, et - une épitaphe qui apprend que les restes de ce philosophe, mort en - Suède en 1650, ont été transportés dans cette église dix-sept ans - après sa mort.</p> - - <p>Près de ce monument, et du même côté, avoit été déposé le cœur - de Jacques Rohault, son disciple, et l'un des plus grands - mathématiciens de son siècle, ce qu'indiquoit une inscription - composée par Santeuil.</p> - - <p>Le fameux boucher Goy, l'un des chefs de la faction des - <i>Cabochiens</i> sous Charles VI, avoit été inhumé dans cette église.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Dans la chapelle souterraine.</i></p> - - <p>Le tombeau de sainte Geneviève. Il étoit en marbre, sans aucun - ornement, et entouré de grilles de fer.</p> - - <p>Les tombeaux de saint Prudence et de saint Céran, évêques de - Paris; leurs reliques en avoient été tirées dans le treizième - siècle. Sainte Alde ou Aude, compagne de sainte Geneviève, avoit - été inhumée dans cette même chapelle.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Dans la chapelle Notre-Dame-de-la-Miséricorde.</i></p> - - <p>Le tombeau de Joseph Foulon, abbé de Sainte-Geneviève, mort en - 1607. On y voyoit la représentation en bronze doré de ce prélat, - revêtu de ses habits pontificaux<a id="footnotetag281" name="footnotetag281"></a><a href="#footnote281" title="Lien vers la note 281"><span class="smaller">[281]</span></a>.</p> - - <p>Celui de Benjamain de Brichanteau, évêque de Laon, et successeur - de Foulon, mort en 1619.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Dans le chapitre.</i></p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page382" name="page382"></a>(p. 382)</span> Plusieurs tombes de marbre blanc renfermant les corps des trois - premiers abbés de la réforme; du P. Faure, premier abbé, mort en - 1644; de François Boulart, deuxième abbé, mort en 1667; du P. - Blanchart, troisième abbé, mort en 1675. À côté avoit été inhumé - le P. Lallemant, religieux de cette communauté, recteur et - chancelier de l'Université, personnage aussi recommandable par - ses talents que par ses vertus: il est mort en 1673.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Dans le petit cimetière.</i></p> - - <p>Nicolas Lefèvre, prêtre, sous-précepteur du roi d'Espagne - Philippe V, des ducs de Bourgogne et de Berri, directeur des - filles de Sainte-Anne, personnage d'une vertu éminente, mort en - 1706.</p> -</div> - -<p>L'ancien cloître de cette abbaye, qui tomboit en ruine, avoit été -reconstruit à la moderne en 1744<a id="footnotetag282" name="footnotetag282"></a><a href="#footnote282" title="Lien vers la note 282"><span class="smaller">[282]</span></a>. Il étoit soutenu d'un côté par -des colonnes doriques; la porte d'entrée de la maison et le péristyle -qui le précédoit, avoient été bâtis au commencement du même siècle, -sur les dessins du père de Creil, religieux de cette communauté. Il -étoit aussi l'auteur du grand escalier, que l'on admiroit pour la -hardiesse de sa coupe. La galerie dite l'<i>Oratoire</i>, ornée de -pilastres corinthiens, présentoit alternativement des figures de -demi-relief en plomb doré, et des tableaux offrant divers sujets de la -vie de la sainte Vierge.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page383" name="page383"></a>(p. 383)</span> La bibliothèque, qui n'existoit pas encore lorsque le cardinal de La -Rochefoucauld fut nommé abbé commandataire de Sainte-Geneviève, étoit -devenue, par degrés, l'une des plus considérables et des plus -curieuses de Paris. Les PP. Fronteau et Lallemant, qu'on doit en -regarder comme les fondateurs, y rassemblèrent en peu d'années sept à -huit mille volumes. Le P. Dumolinet l'augmenta considérablement, et y -ajouta un cabinet d'antiquités, composé en grande partie de ce qu'il y -avoit de plus rare dans celui du fameux Peiresc. Enfin le legs que M. -Le Tellier, archevêque de Reims, fit à cette maison de sa belle -bibliothèque, et les acquisitions successives que l'on ne cessoit de -faire, avoient tellement accru cette magnifique collection, qu'au -commencement de la révolution on y comptoit environ quatre-vingt mille -volumes et deux mille manuscrits. Elle étoit placée dans une galerie -construite en forme de croix, et surmontée d'un dôme. Ce bâtiment, qui -existe encore, a, dans la plus grande dimension, cinquante-trois -toises de longueur. Les côtés de la croix sont inégaux, et c'étoit -pour faire disparoître aux yeux cette irrégularité qu'on avoit peint -sur le mur de l'un d'eux le morceau de perspective dont nous avons -déjà parlé. Cette bibliothèque étoit alors ornée des bustes en marbre -ou en plâtre de plusieurs hommes illustres. <span class="pagenum"><a id="page384" name="page384"></a>(p. 384)</span> On y voyoit ceux de -Colbert, de Louvois, du chancelier Le Tellier, de Jules Hardouin, -Mansart, d'Arnauld, etc., exécutés par Girardon, Coisevox, Coustou, -etc.</p> - -<p>Le cabinet de curiosités, bâti en 1753, deux ans avant la -bibliothèque, faisoit suite à ce monument. Il renfermoit une grande -quantité de morceaux précieux d'histoire naturelle, des antiquités -étrusques, grecques, égyptiennes, romaines; une collection de -médailles anciennes et modernes, dont plusieurs parties étoient -complètes, et qui jouissoit de la plus grande estime parmi les -antiquaires, etc., etc.<a id="footnotetag283" name="footnotetag283"></a><a href="#footnote283" title="Lien vers la note 283"><span class="smaller">[283]</span></a></p> - -<p>L'abbaye de Saint-Geneviève relevoit immédiatement du saint-siége; ses -abbés portoient, depuis 1256, les ornements pontificaux, et leur -autorité s'étendoit sur un grand nombre d'églises paroissiales -dépendantes de cette abbaye; ils jouirent même pendant long-temps de -tous les droits épiscopaux sur la paroisse de Saint-Étienne-du-Mont. -On sait que, dans les grandes calamités publiques, on descendoit la -châsse de la patronne de Paris pour la porter processionnellement à -Notre-Dame; à cette procession<a id="footnotetag284" name="footnotetag284"></a><a href="#footnote284" title="Lien vers la note 284"><span class="smaller">[284]</span></a> où assistoient les cours -supérieures <span class="pagenum"><a id="page385" name="page385"></a>(p. 385)</span> et tout le clergé de Paris, les religieux de -Sainte-Geneviève marchoient pieds nus, prenant la droite sur le -chapitre de l'église métropolitaine, comme leur abbé la prenoit en -cette occasion sur l'archevêque de Paris.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Palais de Clovis.</i></p> - -<p>Une ancienne tradition veut que Clovis ait fait bâtir un palais en -même temps que la basilique de Saint-Pierre; et cette tradition, -adoptée par une foule d'historiens de Paris, se trouve confirmée par -le témoignage de l'auteur des annales manuscrites de Sainte-Geneviève, -qui lui-même étoit membre de cette abbaye. Sauval va plus loin: il -prétend que <cite>de son temps on a détruit la chambre de Clotilde</cite>; et peu -d'années avant la révolution, on dit qu'il existoit encore un bâtiment -appelé <i>la chambre de Clovis</i>. Cependant ces assertions vagues ne -forment point un corps de preuves suffisantes pour persuader que -Clovis eût fait bâtir un palais si proche des <i>Thermes</i>, qu'il -habitoit, sans qu'il en restât aucun vestige ni dans les archives de -Sainte-Geneviève ni dans les monuments que nous ont laissés les -historiens du moyen âge. Entre plusieurs objections très-fortes qu'il -seroit possible d'élever contre l'existence de ce monument, il en est -une surtout qui <span class="pagenum"><a id="page386" name="page386"></a>(p. 386)</span> nous semble décisive, et on la tire d'un passage de -Grégoire de Tours, qui, rendant compte d'un concile<a id="footnotetag285" name="footnotetag285"></a><a href="#footnote285" title="Lien vers la note 285"><span class="smaller">[285]</span></a>, où il avoit -lui-même assisté, et qui fut tenu en 577 dans la basilique de -Saint-Pierre, dit que Chilpéric reçut les évêques, et leur offrit un -repas dans un endroit construit à la hâte et couvert de feuillages: -<i lang="la">Stabat rex juxta tabernaculum ex ramis factum..... et erat ante -scamnum pane desuper plenum, cum diversis ferculis.</i> «Chilpéric, dit -Jaillot, respectoit trop les évêques pour les recevoir dans une -semblable tente s'il eût eu un palais dans le voisinage; et, s'il fit -construire ce pavillon, ce ne fut que pour leur éviter la peine de -venir jusqu'au palais des Thermes, quoique peu éloigné du lieu de leur -assemblée.» Il n'y a donc rien de plus incertain que l'existence de ce -palais de Clovis.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Chapelle de Saint-Michel et porte papale.</i></p> - -<p>Il n'en est pas ainsi de la chapelle Saint-Michel: elle a réellement -existé. C'étoit, comme nous l'avons déjà dit, l'usage d'en bâtir une -dans les cimetières, sous le vocable de cet archange; et tout -s'accorde à prouver que, dans les premiers siècles de notre monarchie, -la montagne Sainte-Geneviève étoit un lieu destiné aux -<span class="pagenum"><a id="page387" name="page387"></a>(p. 387)</span> sépultures<a id="footnotetag286" name="footnotetag286"></a><a href="#footnote286" title="Lien vers la note 286"><span class="smaller">[286]</span></a>. Cette chapelle fut vraisemblablement érigée peu de -temps après la grande basilique, et aura eu le même sort lors de -l'invasion des Normands. L'abbé Lebeuf<a id="footnotetag287" name="footnotetag287"></a><a href="#footnote287" title="Lien vers la note 287"><span class="smaller">[287]</span></a> la place au-delà de la -porte du monastère qui regardoit le sud-ouest; et les annales de -Sainte-Geneviève que nous venons de citer disent qu'elle étoit située -près la porte qui regardoit la campagne.</p> - -<p>Sans nous déterminer pour l'un ou pour l'autre de ces deux situations, -nous remarquerons que, dans la dernière, qui est le lieu que depuis on -a nommé l'<i>Estrapade</i>, on voyoit encore au dix-septième siècle la -place d'une porte qu'on appeloit la <i>porte papale</i>, et dont l'origine -et le nom ont fort exercé la sagacité de nos antiquaires. Parmi ces -opinions diverses, nous préférons encore celle de Jaillot, qui pense -que cette porte fut ouverte à l'instar de ces portes dorées dont parle -du Cange<a id="footnotetag288" name="footnotetag288"></a><a href="#footnote288" title="Lien vers la note 288"><span class="smaller">[288]</span></a>, et qu'elle le fut pour faire honneur au pape Eugène -III, lorsqu'il <span class="pagenum"><a id="page388" name="page388"></a>(p. 388)</span> vint à Sainte-Geneviève en 1147. On en ouvrit une -semblable dans les murs de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, lorsqu'en -1163 le pape Alexandre III y vint faire la dédicace de l'église.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Bailliage de Sainte-Geneviève.</i></p> - -<p>Les chanoines de Sainte-Geneviève, étant seigneurs d'une partie du -quartier où étoit située leur abbaye, avoient un bailliage qui -connoissoit de toutes causes, tant civiles que criminelles, dans -l'étendue de son ressort, et dont les appels se relevoient au -parlement. Il tenoit ses audiences dans une maison voisine de -l'église.</p> - - -<h3>ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT</h3> - -<p>Il n'y a rien de certain sur l'origine de cette paroisse, à laquelle -on a successivement donné les noms de <i>Notre-Dame</i>, de <i>Saint-Jean</i> du -Mont, et enfin de <i>Saint-Étienne</i>. Il paroît que, <span class="pagenum"><a id="page389" name="page389"></a>(p. 389)</span> dans le principe, -les fonctions curiales s'exerçoient dans l'église même de -Sainte-Geneviève, pour le petit nombre de personnes qui habitoient -alors les environs de l'abbaye. Lorsque, par les derniers traités -faits avec les Normands, on se vit entièrement à l'abri de leurs -incursions, le bourg de Sainte-Geneviève, abandonné en même temps que -l'église, ne tarda pas à se repeupler; alors le service se fit dans la -chapelle Notre-Dame<a id="footnotetag289" name="footnotetag289"></a><a href="#footnote289" title="Lien vers la note 289"><span class="smaller">[289]</span></a>, située dans la crypte ou église souterraine; -ce qui dura jusqu'au règne de Philippe-Auguste. La clôture ordonnée -par ce prince ayant engagé les Parisiens à construire des édifices -dans les clos de vignes et sur les terrains incultes renfermés dans -cette nouvelle enceinte, le nombre des habitants de la paroisse du -Mont s'accrut à un tel point, qu'il devint absolument nécessaire de -faire bâtir une nouvelle église paroissiale. L'abbé de -Sainte-Geneviève et les chanoines abandonnèrent à cet effet un terrain -contigu à leur église, sur lequel on construisit une chapelle destinée -à servir de paroisse, mais qui faisoit tellement partie de l'église de -l'abbaye, que l'on n'y entroit que par une porte percée dans le mur -méridional, laquelle a subsisté <span class="pagenum"><a id="page390" name="page390"></a>(p. 390)</span> jusque dans les derniers temps; et que -les fonts baptismaux sont encore restés environ quatre cents ans dans -la grande église. On ne sait pas précisément à quelle époque ni pour -quelles raisons le nouvel édifice fut dédié sous le nom de -Saint-Étienne. Jaillot prétend qu'il fut bâti ou du moins commencé du -temps de l'abbé Galon, mort en 1223.</p> - -<p>Ce fut cette grande augmentation d'habitants qui fit naître la -contestation qui s'éleva entre les abbés de Sainte-Geneviève et -l'évêque de Paris. Les premiers vouloient soustraire la paroisse du -Mont à la dépendance de l'ordinaire, et l'évêque soutenoit la validité -de sa juridiction. Ces débats, où intervint le pape Urbain III, furent -terminés en 1202, par une transaction dans laquelle il fut convenu que -l'abbé présenteroit à l'évêque les sujets qu'il destineroit à -desservir les églises paroissiales dépendantes de son abbaye; accord -que suivirent des concessions et des échanges qui parurent satisfaire -également les deux parties contractantes<a id="footnotetag290" name="footnotetag290"></a><a href="#footnote290" title="Lien vers la note 290"><span class="smaller">[290]</span></a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page391" name="page391"></a>(p. 391)</span> Cette église subsista ainsi jusqu'en 1491, que le nombre toujours -croissant des paroissiens détermina à y faire de nouvelles -augmentations. L'abbé de Sainte-Geneviève céda à cet effet une portion -de l'infirmerie qui se trouvoit au chevet de l'église; et si l'on en -juge par le caractère de l'architecture, il ne paroît pas qu'il y soit -rien resté de l'ancien bâtiment. Les constructions en furent -commencées, du côté de l'orient, vers les premières années du règne de -François I<sup>er</sup>. En 1538, l'église fut augmentée des chapelles et de -l'aile de la nef du côté de Sainte-Geneviève. On bâtit, en 1606, la -chapelle de la communion et les charniers. Enfin le grand et le petit -portail, dont la reine Marguerite de Valois posa la première pierre en -1610, ne furent achevés que sept ans après, ce qui paroît prouvé par -les deux inscriptions qui y étoient gravées, lesquelles portoient la -date de 1617.</p> - -<p>L'architecture de Saint-Étienne-du-Mont a joui d'une grande -réputation. La coupe extraordinaire et aussi adroite que hardie de son -jubé et des deux escaliers qui y conduisent y attiroit les curieux. -Ces escaliers sont à jour, et l'on voit le dessous des marches -tournant autour d'une colonne, et portées en l'air par encorbellement. -Les voûtes, non moins remarquables, sont ornées de tout ce que l'art -de la coupe des pierres peut offrir de plus recherché. On admiroit -aussi <span class="pagenum"><a id="page392" name="page392"></a>(p. 392)</span> la sculpture de la frise du portique, qui, bien qu'un peu -confuse, tient cependant du style antique et des riches ornements de -l'architecture romaine<a id="footnotetag291" name="footnotetag291"></a><a href="#footnote291" title="Lien vers la note 291"><span class="smaller">[291]</span></a>.</p> - -<p>Cette église possédoit en outre de précieux monuments des arts, et -renfermoit d'illustres sépultures.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT.</p> - -<p class="center smcap">TABLEAUX.</p> - - <p>Dans la chapelle Saint-Pierre, près de la sacristie, cet apôtre - ressuscitant Tabithe; par <i>Le Sueur</i>.</p> - - <p>La vie de saint Étienne, exécutée en tapisseries sur les dessins - de ce grand artiste et de <i>La Hire</i>, autre peintre célèbre. Les - dessins, au nombre de dix-neuf, en étoient conservés dans la - salle d'assemblée des marguilliers.</p> - - <p>De très-beaux vitraux, peints par <i>Pinaigrier</i>, et qui formoient - une des plus riches collections qui soient sorties du pinceau de - cet artiste<a id="footnotetag292" name="footnotetag292"></a><a href="#footnote292" title="Lien vers la note 292"><span class="smaller">[292]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p> - - <p>Au pourtour du chœur, les statues des douze apôtres. Celles de - saint Philippe, de saint André et de saint Jean l'Évangéliste - étoient de la main de <i>Germain Pilon</i>.</p> - - <p>Derrière le chœur, trois bas-reliefs de ce grand sculpteur, - incrustés dans le mur, dont le plus grand offroit Jésus-Christ au - jardin des Olives, et ses apôtres endormis; les deux autres, - beaucoup plus petits, représentoient saint Pierre et saint Paul.</p> - - <p>Sous une voûte pratiquée dans le passage de cette église à celle - de Sainte-Geneviève, le tombeau du Christ et les trois <span class="pagenum"><a id="page393" name="page393"></a>(p. 393)</span> Maries, - grandes comme nature. Ce monument étoit encore attribué à - <i>Germain Pilon</i><a id="footnotetag293" name="footnotetag293"></a><a href="#footnote293" title="Lien vers la note 293"><span class="smaller">[293]</span></a>.</p> - - <p>La chaire du prédicateur, exécutée par <i>Claude l'Estocard</i>, sur - les dessins de <i>La Hire</i>. Les panneaux, ornés de bas-reliefs, - sont séparés les uns des autres par des Vertus assises; et une - grande statue de Samson soutient la masse entière de la chaire. - Sur l'abat-voix est un ange qui tient deux trompettes, et semble - appeler les fidèles<a id="footnotetag294" name="footnotetag294"></a><a href="#footnote294" title="Lien vers la note 294"><span class="smaller">[294]</span></a>.</p> - - <p>Le jubé, porté par une voûte surbaissée, est orné de très-bonnes - sculptures par Biard père. Il faut aussi remarquer, au milieu de - la voûte de la croisée, une clef pendante de plus de deux toises - de saillie, et du travail le plus délicat.</p> - - -<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p> - - <p>Dans cette église ont été inhumés:</p> - - <p>Blaise Vigenere, traducteur de plusieurs ouvrages anciens, mort - en 1596.</p> - - <p>Nicolas Thognet, habile chirurgien, mort en 1642.</p> - - <p>Jean Perrau, professeur au collége royal, mort en 1645.</p> - - <p>Pierre Perrault, avocat au parlement, père des deux Perrault si - connus dans le dix-septième siècle, mort en 1669. Le monument que - lui avoient élevé ses fils représentait un génie en pleurs - éteignant un flambeau. Il avoit été exécuté par <i>Girardon</i><a id="footnotetag295" name="footnotetag295"></a><a href="#footnote295" title="Lien vers la note 295"><span class="smaller">[295]</span></a>.</p> - - <p>Eustache Le Sueur, l'un des plus grands peintres de l'école - françoise, mort en 1655.</p> - - <p>Jean-Baptiste Morin, médecin et professeur royal de - mathématiques, mort en 1656.</p> - - <p>Antoine Le Maître, l'un des membres de la société de Port-Royal, - mort dans cette maison en 1658.</p> - - <p>Issac Le Maître de Saci, son frère, mort dans la même maison en - 1684.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page394" name="page394"></a>(p. 394)</span> L'illustre Jean Racine, mort en 1699, et d'abord enterré dans le - cimetière de Port-Royal, comme il l'avoit demandé par son - testament. Lorsqu'on détruisit cette maison, son corps fut exhumé - et transféré, avec les corps de MM. Le Maître, à - Saint-Étienne-du-Mont, où ils furent déposés dans les caves de la - chapelle Saint-Jean-Baptiste<a id="footnotetag296" name="footnotetag296"></a><a href="#footnote296" title="Lien vers la note 296"><span class="smaller">[296]</span></a>.</p> - - <p>Blaise Pascal, l'un des grands écrivains dont s'honore la France, - mort en 1662<a id="footnotetag297" name="footnotetag297"></a><a href="#footnote297" title="Lien vers la note 297"><span class="smaller">[297]</span></a>. Il étoit enterré auprès du chœur, derrière la - chapelle de la Vierge; et son épitaphe gravée sur une table de - marbre blanc, étoit attachée vis-à-vis sur un pilier.</p> - - <p>Pierre Barbay, professeur en philosophie dans l'Université de - Paris, mort en 1664.</p> - - <p>François Pinsson, avocat au parlement, auteur de plusieurs - ouvrages, mort en 1691.</p> - - <p>Jean Gallois, abbé de Saint-Martin-de-Core, de l'Académie - françoise, et professeur de grec au collége Royal, mort en 1707.</p> - - <p>Jean Miron, docteur en théologie de la faculté de Paris et de la - société de Navarre.</p> - - <p>Dans le cimetière:</p> - - <p>Simon Piètre, médecin célèbre.</p> - - <p>Pierre Petit, poëte latin estimé, mort en 1687.</p> - - <p>Joseph Pitton de Tournefort, célèbre botaniste, mort en 1708, - etc.</p> -</div> - -<p>La cure de Saint-Étienne-du-Mont a continué jusqu'aux derniers temps -d'être à la nomination de l'abbé de Sainte-Geneviève, qui y nommoit -toujours un religieux de sa congrégation.</p> - - -<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page395" name="page395"></a>(p. 395)</span> CIRCONSCRIPTION</p> - -<p>Le principal territoire de cette paroisse étoit divisé comme suit.</p> - -<p>1<sup>o</sup>. Elle avoit la place devant l'église dite le carré -Sainte-Geneviève; la rue Saint-Étienne-des-Grès jusqu'au collége de -Lisieux d'un côté, de l'autre jusqu'à celui des Cholets inclusivement; -puis, du même côté, les rues de Reims, des Chiens, des Cholets, des -Sept-Voies, des Amandiers, la rue Juda et la rue entière de la -Montagne.</p> - -<p>2<sup>o</sup>. Dans la rue Saint-Jacques, commençant à droite au-dessous du -collége des Jésuites, elle continuoit jusqu'au dessous de la rue du -Cimetière-Saint-Benoît; dans la place Cambrai, elle avoit le collége -du même nom, le collége Royal, la rue Saint-Jean-de-Latran à droite -jusqu'à la rue Fromentel, et deux maisons à gauche; les deux côtés de -la rue Saint-Jean-de-Beauvais presque en entier, et quelques maisons -dans la rue Saint-Hilaire.</p> - -<p>3<sup>o</sup>. Dans la rue des Noyers, les deux côtés de cette rue lui -appartenoient en grande partie, ainsi que le couvent des Carmes, et le -bas de leur rue jusque derrière le collége de Beauvais. Elle avoit -ensuite toute la place Maubert, et la rue des Lavandières jusqu'à la -rue des Anglois.</p> - -<p>4<sup>o</sup>. Son territoire prenoit ensuite à droite de l'entrée de la rue -Galande, et continuoit jusqu'à <span class="pagenum"><a id="page396" name="page396"></a>(p. 396)</span> l'ancienne chapelle Saint-Blaise -exclusivement. Il embrassoit les deux côtés de la rue du Fouare, -plusieurs maisons également des deux côtés dans la rue de la Bûcherie, -en allant à celle Saint-Julien, et s'étendoit jusqu'au bout oriental -de la rue des Bernardins, ce qui renfermoit la rue Perdue, la rue de -Bièvre et le commencement de celle de Saint-Victor. Cette paroisse -continuoit d'avoir le côté droit de cette rue jusqu'à celle de -Versailles, dont elle avoit aussi le côté droit, renfermant ainsi les -rues du Bon-Puits, du Paon, du Mûrier et de Saint-Nicolas, qui toutes -aboutissent à la rue Traversine, qu'elle possédoit également. De là -elle regagnoit la rue Clopin, qu'elle renfermoit tout entière, et se -prolongeoit dans la rue des Fossés-Saint-Victor, à commencer au côté -droit de la rue des Boulangers; puis remontant, elle renfermoit tout -le haut de la première de ces deux rues avec toutes celles qui y -aboutissent dans cette partie.</p> - -<p>5<sup>o</sup>. Dans la rue Mouffetard, elle avoit une partie du côté droit de -cette rue en descendant, à partir de la seconde rue Contrescarpe, et -de même le côté gauche jusqu'à la rue Copeau, dont elle avoit aussi la -gauche jusqu'à la Pitié. Cette paroisse possédoit en outre un bout de -la rue des Fossés-Saint-Jacques, la seconde rue Contrescarpe, les -rues du Puits-qui-parle, du Cheval-Vert, <span class="pagenum"><a id="page397" name="page397"></a>(p. 397)</span> des Poules; tout le carré des -Filles Sainte-Aure dans la rue Neuve-Sainte-Geneviève; l'autre côté de -la même rue jusqu'à celle du Pot-de-Fer. Enfin elle avoit la rue des -Postes depuis le cul-de-sac des Vignes jusqu'au clos de la Visitation.</p> - -<p>6<sup>o</sup>. Elle avoit de plus, dans Paris, l'hôtel de Cluni et les maisons -qui y touchoient. Hors de Paris, du côté de Vaugirard, la ferme de -Grenelle, ancienne propriété des chanoines de Sainte-Geneviève<a id="footnotetag298" name="footnotetag298"></a><a href="#footnote298" title="Lien vers la note 298"><span class="smaller">[298]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>La Communauté des Filles Sainte-Geneviève.</i></p> - -<p>Cette communauté n'étoit point, comme quelques personnes l'ont pensé, -un démembrement de celle que mademoiselle Blosset avoit formée, et qui -fut réunie aux Miramiones. Cette institution, absolument étrangère à -l'autre, n'avoit pour objet que l'instruction des jeunes filles -pauvres, et formoit ce qu'on appelle communément <i>école de charité</i>. -Les filles qui se réunirent pour la composer furent placées rue de la -Montagne-Sainte-Geneviève, dans une maison appartenant à l'abbaye; et -cet établissement, fait en 1670, fut dû aux soins de M. Beurrier, -alors curé de Saint-Étienne-du-Mont. Vers <span class="pagenum"><a id="page398" name="page398"></a>(p. 398)</span> la fin du siècle dernier, -il étoit administré par des filles tirées de la maison de la rue -Saint-Maur<a id="footnotetag299" name="footnotetag299"></a><a href="#footnote299" title="Lien vers la note 299"><span class="smaller">[299]</span></a>.</p> - - -<h3>LA NOUVELLE ÉGLISE SAINTE-GENEVIÈVE.</h3> - -<p>Lorsqu'en 1744 on reconstruisit le cloître de Sainte-Geneviève, prêt à -tomber en ruines, quelque indispensable que fût cette reconstruction, -l'état de dégradation complète dans lequel étoit l'église demandoit -peut-être des réparations encore plus urgentes. Toutefois l'abbé et -les chanoines attendirent jusqu'en 1754 pour présenter au roi une -requête, dans laquelle, après avoir peint le délabrement toujours -croissant de cet édifice, délabrement devenu tel à cette époque qu'il -menaçoit la sûreté des fidèles, ils démontroient la nécessité de bâtir -une église nouvelle, et l'impossibilité où ils étoient de le faire -sans de puissants secours. Leur demande fut favorablement accueillie; -on saisit même <span class="pagenum"><a id="page399" name="page399"></a>(p. 399)</span> avec empressement cette occasion d'élever enfin dans -Paris un monument digne de la patronne d'une ville aussi célèbre. Le -roi parut regarder une telle entreprise comme une chose qui devoit -contribuer à illustrer son règne; et, pour assurer aux frais -considérables qu'elle alloit entraîner un fonds suffisant et -invariable, on établit sur les billets de loterie un impôt d'un -cinquième, dont le produit fut entièrement réservé à la reconstruction -de l'église de Sainte-Geneviève. Le terrain qu'on lui destina fut béni -par l'abbé le 1er août 1758; et l'église souterraine qu'il fallut -bâtir, quoique retardée par les obstacles qu'offrit le peu de solidité -du terrain<a id="footnotetag300" name="footnotetag300"></a><a href="#footnote300" title="Lien vers la note 300"><span class="smaller">[300]</span></a>, fut achevée dans l'année 1763. L'église supérieure -étoit déjà élevée à une certaine hauteur, lorsqu'en 1764 Louis XV vint -solennellement y poser la première pierre.</p> - -<p>Cette église fut commencée sur les dessins et sous la conduite de J. -G. Soufflot, architecte. Cet artiste, qui venoit d'achever ses études -en Italie, changea, dans la disposition générale et <span class="pagenum"><a id="page400" name="page400"></a>(p. 400)</span> dans l'ordonnance -de cet édifice, le système d'architecture alors en usage à Paris: il -employa des colonnes isolées et d'un grand diamètre, tant à -l'extérieur qu'à l'intérieur, et présenta un plan dont la nouveauté, -la grâce et la légèreté réunirent tous les suffrages: l'effet en fut -tel, qu'on alla jusqu'à croire qu'il avoit surpassé dans cette -composition tout ce que les Grecs et les Romains ont produit de plus -élégant et de plus magnifique.</p> - -<p>Ce plan consiste en une croix grecque de trois cent quarante pieds de -long y compris le péristyle, sur deux cent cinquante de large hors -œuvre<a id="footnotetag301" name="footnotetag301"></a><a href="#footnote301" title="Lien vers la note 301"><span class="smaller">[301]</span></a>, au centre de laquelle s'élève un dôme de soixante-deux -pieds huit pouces de hauteur, que supportoient intérieurement quatre -piliers si légers, qu'à peine apercevoit-on leurs massifs au milieu du -jeu de toutes les colonnes isolées qui composent les quatre nefs de la -croix<a id="footnotetag302" name="footnotetag302"></a><a href="#footnote302" title="Lien vers la note 302"><span class="smaller">[302]</span></a>. Ce système de construction élégante et légère est continué -dans les voûtes de l'édifice, où l'on a pratiqué des lunettes évidées -avec beaucoup d'art, et qui donnent en quelque <span class="pagenum"><a id="page401" name="page401"></a>(p. 401)</span> sorte l'apparence de la -délicatesse gothique à ces voûtes circulaires, opposées les unes aux -autres dans des sens différents, et produisant, par le passage et les -oppositions de la lumière, des effets agréables et variés. Que l'on -ajoute à cela la fraîcheur d'une exécution toute nouvelle, la -blancheur et l'éclat d'une pierre fine et choisie, une distribution -heureuse d'ornements de sculpture, on pourra se faire une idée du -spectacle ravissant dont on jouit pendant quelques mois, lorsque les -échafauds qui avoient si long-temps masqué ces voûtes disparurent, et -laissèrent se développer tout ce bel ensemble d'architecture<a id="footnotetag303" name="footnotetag303"></a><a href="#footnote303" title="Lien vers la note 303"><span class="smaller">[303]</span></a>. On -peut dire que Paris entier se porta dans la nouvelle église: -l'enthousiasme étoit à son comble, et Soufflot passoit déjà pour avoir -conçu et exécuté le plus beau monument de l'architecture moderne. Il -ne restoit plus à faire que le pavement en marbre, dernière opération -qui alloit achever de donner à cette basilique la richesse convenable, -et dessiner avec plus de netteté les lignes de ce plan magnifique, -lorsque des fractures multipliées, commençant à se manifester aux -quatre piliers du dôme et aux colonnes les plus voisines, jetèrent -l'alarme, et firent connoître que le poids et la poussée de cette -masse, suspendue sur de <span class="pagenum"><a id="page402" name="page402"></a>(p. 402)</span> trop frêles soutiens, agissoient déjà depuis -long-temps, et par leur chute soudaine menaçoient d'écraser tout -l'édifice.</p> - -<p>Il fallut donc, et sans perdre un moment, renoncer à la jouissance que -procuroit ce beau spectacle d'architecture, jouissance commune en -Italie, mais très-rare en France, et encombrer de nouveau par des -cintres, des étais, des échafauds, un monument que l'on avoit pu -croire achevé, après un travail non interrompu de plus de quarante -années, et une dépense de plus de quinze millions.</p> - -<p>Le mal que l'on venoit de reconnoître avoit déjà été prévu et annoncé -depuis long-temps par d'habiles constructeurs; et plusieurs causes -avoient concouru à le produire. 1<sup>o</sup> Le peu d'empatement que -présentoient les masses des quatre piliers du dôme aux parties -supérieures, trop étendues en superficie; 2<sup>o</sup> le procédé vicieux adopté -pour la pose des pierres dont ces piliers étoient formés; 3<sup>o</sup> -l'ébranlement causé à la masse entière de l'édifice pendant le -ragrément de toutes les parties de l'intérieur<a id="footnotetag304" name="footnotetag304"></a><a href="#footnote304" title="Lien vers la note 304"><span class="smaller">[304]</span></a>; 4<sup>o</sup> la qualité -aigre et cassante de la pierre employée à <span class="pagenum"><a id="page403" name="page403"></a>(p. 403)</span> la construction de ces -piliers, qui, bien que très-dure, se fend et s'écrase ensuite -facilement sous la charge.</p> - -<p>On s'assura du reste que les fondations étoient bonnes, et n'avoient -point tassé d'une manière sensible; que l'église souterraine, dont le -sol est à dix-huit pieds au-dessous de celui de la nef supérieure, -étoit construite de manière à résister à la pression et à tout le -poids des constructions supérieures; que le dôme et les trois coupoles -dont il est couvert offroient la même solidité dans leur construction; -que nul effet fâcheux ne s'y étoit manifesté, malgré la rupture des -pierres des piliers intermédiaires au dôme et à l'église basse, en -sorte qu'il fut bien constaté que la construction vicieuse de ces -piliers étoit la seule cause du mal.</p> - -<p>Ces points bien reconnus, le problème à résoudre étoit de trouver les -moyens de prévenir les accidents et l'accroissement du tassement, sans -nuire au système de décoration intérieure, et sans addition de -massifs, de piliers ou de colonnes, dont l'effet eût été de détruire -l'harmonie du plan et l'heureux effet des voûtes. La direction de ces -travaux, tant pour l'étaiement que pour les réparations et additions -de résistance jugées nécessaires, fut confiée à M. Rondelet, qui n'a -point cessé d'en suivre l'exécution depuis l'année 1770; qui a -présidé lui-même à la construction <span class="pagenum"><a id="page404" name="page404"></a>(p. 404)</span> des trois coupoles, avec un soin et -une intelligence auxquels on ne sauroit donner trop d'éloges, ne -négligeant rien de ce qui pouvoit compléter et présenter dans tous ses -développements possibles la conception de Soufflot.</p> - -<p>Les opérations combinées de cet habile constructeur, tant pour -l'étaiement des arcades au moyen de doubles cintres de sa composition, -exécutés partie en charpente et partie en maçonnerie, que pour -remplacer les pierres cassées, sans causer d'ébranlements ni de -secousses, sans aucun refoulement dangereux, ont conservé ou plutôt -rendu aux arts et à la piété des fidèles ce monument du dernier -siècle, sans que la décoration primitive en ait été sensiblement -altérée.</p> - -<p>Mais quel que soit l'heureux résultat de cette restauration, l'église -de Sainte-Geneviève mérite-t-elle d'être considérée comme un -chef-d'œuvre de l'art; et la réflexion ne doit-elle pas un peu -diminuer de l'admiration qu'elle inspira d'abord? Ne se mêle-t-il -point quelques défauts aux beautés supérieures dont on fut frappé à la -première vue? C'est ce qu'il convient d'examiner.</p> - -<p>Il n'est sans doute, dans l'aspect général de Paris, aucun point de -perspective plus élégant et plus majestueux que cette belle colonnade -du dôme, s'élevant avec sa coupole sur toute la <span class="pagenum"><a id="page405" name="page405"></a>(p. 405)</span> partie sud-est de la -ville, et se groupant avec les maisons et les monuments des quartiers -Saint-Marcel et Saint-Benoît; mais si l'on s'approche pour considérer -en détail ce qui a tant frappé dans l'ensemble, ce dôme et la -combinaison de sa masse avec celle du portail ne satisferont plus au -même degré le connoisseur d'un goût délicat et sévère: on trouvera -qu'il ne repose pas avec assez de grandeur et d'harmonie sur l'attique -qui lui sert de soubassement; que sa base, trop rétrécie, est loin -d'offrir cette masse imposante et vigoureuse que présentent à -l'extérieur les mosquées de Constantinople et même les dômes de -Saint-Pierre de Rome et de Saint-Paul de Londres; enfin que les -colonnes du dehors, fuselées par des mains barbares, ont été tellement -amaigries dans leur partie inférieure, qu'une faute aussi grossière ne -peut provenir que d'une erreur considérable dans l'appareil.</p> - -<p>Si l'on porte ensuite ses regards sur le portail, on ne peut -disconvenir qu'il ne présente un parti noble et grand: un seul ordre, -couronné d'un fronton d'une immense proportion, rappelle d'abord le -portique du Panthéon à Rome, dont Soufflot a visiblement voulu -produire une imitation sur une plus grande échelle: heureux si la -prétention de faire mieux que son modèle, de rendre plus parfaite -encore cette belle production <span class="pagenum"><a id="page406" name="page406"></a>(p. 406)</span> de l'antique, ne l'eût jeté dans des -erreurs dont le résultat a été d'en altérer les admirables -proportions! Que de fautes il a faites qu'il étoit si facile d'éviter! -On est d'abord choqué de la maigreur de ses entrecolonnements, et l'on -voit aussitôt que ce défaut n'existeroit pas s'il eût placé deux -colonnes de plus sous le fronton, au lieu de les reléguer en -arrière-corps aux angles du péristyle<a id="footnotetag305" name="footnotetag305"></a><a href="#footnote305" title="Lien vers la note 305"><span class="smaller">[305]</span></a>. Groupées dans ce petit -espace d'une manière confuse, elles ont en outre l'inconvénient de -produire des ressauts et des profils multipliés qui tiennent au style -vicieux de l'école, et présentent une disparate désagréable dans un -monument où l'on a voulu imiter la simplicité de l'antique.</p> - -<p>On ne peut nier aussi que la hauteur du fronton ne soit excessive: sa -masse semble disputer avec celle des colonnes, et les écraser de son -poids énorme<a id="footnotetag306" name="footnotetag306"></a><a href="#footnote306" title="Lien vers la note 306"><span class="smaller">[306]</span></a>. Les chapitaux trop allongés et les revers pesants -des feuilles doivent paroître d'une forme bien lourde et bien -grossière si on les compare avec la proportion mâle et la taille -savante des chapitaux du Panthéon. Les cannelures <span class="pagenum"><a id="page407" name="page407"></a>(p. 407)</span> des colonnes -manquent de pureté dans leurs profils; les ornements qui décorent ce -péristyle sont d'un mauvais choix; en un mot ce portail, dans sa masse -et dans ses détails, ne présente qu'une copie dégénérée du plus noble -modèle.</p> - -<p>«On ne peut le dissimuler, dit l'habile architecte à qui nous avons -emprunté la plus grande partie de ces idées<a id="footnotetag307" name="footnotetag307"></a><a href="#footnote307" title="Lien vers la note 307"><span class="smaller">[307]</span></a>, Soufflot n'avoit -point assez approfondi l'étude de l'antique dans le portique dont il -vouloit reproduire l'effet. On doit lui savoir gré sans doute de -n'avoir employé qu'un seul grand ordre, de s'être affranchi de la -vieille routine, en offrant cet aspect majestueux de colonnes isolées -et d'un grand diamètre; mais il faut le blâmer de n'avoir pas suivi -les justes proportions de ce système antique qu'il vouloit faire -revivre. Peut-être seroit-il plus juste de l'en plaindre: car on peut -dire que, sous le rapport de ce genre d'étude, l'art étoit encore chez -nous dans l'enfance; on avoit encore cette fausse idée qu'il falloit -apporter ce que l'on appeloit du <em>goût</em> dans le perfectionnement de -ces rigides proportions, et ajouter de la <em>grâce</em> à ces formes -sévères. Une présomption mal entendue ne les plaçoit point au premier -rang qui leur appartient; on n'avoit point encore moulé ces beaux -ornements dont la collection choisie brille <span class="pagenum"><a id="page408" name="page408"></a>(p. 408)</span> dans nos musées, et l'on -pensoit qu'il suffisoit d'un dessin ou de l'œuvre de <i>Desgodets</i>, -pour recréer à l'instant tous ces beaux détails des monuments de -l'ancienne Rome. Quant à ceux de la Grèce, ils n'étoient absolument -connus que de nom. Imbus de semblables préjugés, et privés d'éléments -aussi nécessaires, les artistes d'alors étoient sans doute dans -l'impossibilité de mieux faire; on ne peut faire un crime à Soufflot -de n'avoir pas su ce que tout le monde ignoroit à l'époque où il -bâtissoit, et ces fautes, qu'il n'eût pas faites dans un temps -meilleur, sont absolument indépendantes de son talent<a id="footnotetag308" name="footnotetag308"></a><a href="#footnote308" title="Lien vers la note 308"><span class="smaller">[308]</span></a>.»</p> - -<h3>LES FRÈRES PRÊCHEURS OU DOMINICAINS, DITS LES JACOBINS.</h3> - -<p>Ce fut au milieu des croisades entreprises contre les Albigeois, dont -l'hérésie dangereuse <span class="pagenum"><a id="page409" name="page409"></a>(p. 409)</span> n'étoit autre chose que l'ancienne erreur des -Manichéens, que l'ordre dont nous parlons prit son origine. Tandis que -la puissance temporelle cherchoit à arrêter par les armes un mal dont -les progrès rapides menaçoient la tranquillité des états, saint -Dominique essayoit de ramener, par l'onction de ses paroles, ces -malheureux égarés. Le succès qu'obtinrent ses prédications lui fit -naître la pensée de s'associer quelques personnes animées du même -zèle, et d'en former un ordre religieux destiné à la propagation de la -foi. Les membres du nouvel institut devoient s'attacher spécialement à -prêcher aux peuples les vérités saintes et immuables de l'évangile, à -les soutenir autant par leurs exemples que par leurs discours, à -convaincre les hérétiques et à les ramener par la force de la -persuasion. Cet ordre fut approuvé en 1216 par Honorius III, sous le -titre de <i>Frères Prêcheurs</i>. Dès l'année suivante, saint Dominique -envoya quelques-uns de ses disciples à Paris: ils y arrivèrent le 12 -septembre 1217, se logèrent dans une maison près Notre-Dame, entre -l'Hôtel-Dieu et la rue l'Évêque, et y demeurèrent jusqu'à l'année -suivante. Alors ils obtinrent de la libéralité de Jean Barastre, doyen -de Saint-Quentin, une maison près des murs, et <span class="pagenum"><a id="page410" name="page410"></a>(p. 410)</span> une chapelle du titre -de Saint-Jacques, laquelle avoit été attachée à un hôpital institué -pour les pèlerins, et qu'on appeloit l'<i>hôpital Saint-Quentin</i>. C'est -de cette chapelle que la rue Saint-Jacques a pris son nom, et que les -Dominicains ont été appelés <i>Jacobins</i>, non-seulement à Paris, mais -dans toute l'étendue du royaume.</p> - -<p>Ce premier établissement des Frères Prêcheurs dans la capitale n'a -point été raconté de la même manière par nos historiens. Plusieurs y -ont mêlé une foule de petites circonstances dont la fausseté est -évidente, et qui, du reste, sont trop peu importantes pour mériter -d'être discutées. Nous les passerons donc sous silence, et nous -continuerons, dans ce récit, de nous attacher, comme nous l'avons -toujours fait jusqu'à présent, aux autorités les plus graves et aux -opinions les plus vraisemblables.</p> - -<p>Quoique les Jacobins eussent été mis en possession, dès l'année 1218, -de la chapelle et de l'hôpital du doyen de Saint-Quentin, il paroît -qu'ils n'avoient point encore acquis le droit d'y célébrer l'office, -du moins publiquement: car on trouve que vers ce temps-là un de leurs -religieux étant décédé fut enterré à Notre-Dame-des-Vignes; mais en -1221 ils jouissoient déjà de la permission d'avoir une église et un -cimetière qui leur avoient été accordés dès l'année précédente par le -chapitre de Notre-Dame. Ce fut <span class="pagenum"><a id="page411" name="page411"></a>(p. 411)</span> aussi cette même année que l'Université -renonça en leur faveur au droit qu'elle pouvoit avoir sur la chapelle -Saint-Jacques<a id="footnotetag309" name="footnotetag309"></a><a href="#footnote309" title="Lien vers la note 309"><span class="smaller">[309]</span></a>, sous la condition toutefois de certaines prières -qu'ils seroient tenus de dire, de services qu'ils feroient célébrer, -et stipulant en outre que si quelque membre de cette compagnie -choisissoit sa sépulture chez les Jacobins, il seroit inhumé dans le -chapitre, si c'étoit un théologien; dans le cloître, s'il étoit membre -d'une autre faculté.</p> - -<p>Saint Louis, auquel la plupart des religieux sont redevables de leur -établissement à Paris, combla ceux-ci de ses bienfaits: il fit achever -l'église qu'ils avoient commencée, bâtir le dortoir et les écoles, et -leur donna deux maisons dans la rue de l'Hirondelle. De là l'erreur de -Sauval, qui avance quelque part que les Jacobins doivent leur -fondation à ce monarque<a id="footnotetag310" name="footnotetag310"></a><a href="#footnote310" title="Lien vers la note 310"><span class="smaller">[310]</span></a>. Diverses donations qu'il suppose leur -avoir été faites à cette même époque paroissent également suspectes, -et l'on ne voit point qu'avant 1281 leur territoire ait reçu aucun -accroissement. Dans cette année ils firent l'acquisition de quelques -maisons sises près de leur couvent<a id="footnotetag311" name="footnotetag311"></a><a href="#footnote311" title="Lien vers la note 311"><span class="smaller">[311]</span></a>, acquisition <span class="pagenum"><a id="page412" name="page412"></a>(p. 412)</span> pour laquelle -ils obtinrent des officiers municipaux un acte d'amortissement, et que -confirma aussitôt Philippe-le-Hardi.</p> - -<p>Le cimetière, l'infirmerie et l'un des dortoirs de cette maison -étoient situés au-delà de l'enceinte de Philippe-Auguste. Louis X, -quelques-uns disent Philippe-le-Long, voulant accroître le terrein -qu'ils possédoient déjà, leur donna toute la partie du mur qui régnoit -le long de leur couvent, et les deux tours qui se trouvoient dans cet -espace, concession qui leur procura la facilité d'étendre de ce côté -leurs bâtiments; mais lorsqu'en 1358 on eut pris la résolution de -creuser un fossé autour de l'enceinte méridionale, ce fut une -nécessité d'abattre ces nouvelles constructions. Alors, pour -indemniser les Jacobins de cette perte, Charles V acheta des religieux -de Bourgmoyen, près de Blois, la maison et les jardins qu'ils -possédoient à Paris, et les donna aux Jacobins, francs et quittes de -toutes redevances. Il paroît que cette maison occupoit une grande -partie du terrain dont se composa depuis le jardin de ces Pères. Quant -aux jardins des religieux de Bourgmoyen, ils sont aujourd'hui couverts -des maisons qui forment les rues Saint-Dominique <span class="pagenum"><a id="page413" name="page413"></a>(p. 413)</span> et Saint-Thomas, -comme nous aurons occasion de le dire en parlant du quartier du -Luxembourg.</p> - -<p>Les Jacobins obtinrent encore de Louis XII l'ancien parloir aux -Bourgeois<a id="footnotetag312" name="footnotetag312"></a><a href="#footnote312" title="Lien vers la note 312"><span class="smaller">[312]</span></a>, et une ruelle qui régnoit le long du mur de la ville. -On voit dans les registres de la ville que, «le 5 août suivant, la -ville s'opposa à cette concession, attendu, dit-elle, que c'est son -propre héritage, et qu'il y a une tour hors les murailles qui pourroit -nuire à la ville si lesdits frères en étoient possesseurs, étant deux -cents religieux de toutes nations.» Il ne paroît pas que cette -réclamation ait empêché l'effet de la donation.</p> - -<p>Le cloître de ces religieux fut reconstruit, en 1556, des libéralités -d'un riche bourgeois nommé Hennequin. En l'an 1563, ils firent rebâtir -leurs écoles, qui tomboient en ruines, au moyen des aumônes que leur -procura un jubilé que le pape Pie IV leur avoit accordé à cette -intention.</p> - -<p>L'enceinte de ce couvent renfermoit un assez grand terrain; mais les -bâtiments, presque tous <span class="pagenum"><a id="page414" name="page414"></a>(p. 414)</span> d'un gothique très-grossier, et la plupart -sans symétrie, n'avoient rien qui méritât d'être remarqué. Il en étoit -de même de l'église, dont le vaisseau étoit vaste, mais sans -proportion et sans régularité. Elle étoit partagée en deux dans toute -sa longueur, comme celle que l'ordre possédoit à Toulouse.</p> - -<p>Ce qui méritoit d'attirer l'attention, c'étoit le nombre considérable -d'illustres personnages qui avoient été inhumés dans cette église, ou -dont on y avoit déposé le cœur ou les entrailles. On y comptoit -non-seulement les plus grands noms de la France, mais encore des -princes du sang, des rois et des reines, entre autres les trois chefs -des branches royales de Valois, d'Évreux et de Bourbon. Du reste elle -étoit peu riche en tableaux et autres monuments des arts.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES JACOBINS.</p> - -<p class="center smcap">TABLEAUX.</p> - - <p>Sur le maître autel, un très-beau tableau qui leur fut donné par - le cardinal Mazarin, représentant la naissance de la Vierge, et - attribué par les uns à <i>Sébastien del Piombo</i>, par d'autres, au - <i>Valentin</i><a id="footnotetag313" name="footnotetag313"></a><a href="#footnote313" title="Lien vers la note 313"><span class="smaller">[313]</span></a>. La décoration de cet autel, enrichi de colonnes - en marbre d'ordre corinthien, étoit également due aux libéralités - de ce ministre.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page415" name="page415"></a>(p. 415)</span> Dans l'église, une Descente de croix, d'une belle exécution, sans - nom d'auteur.</p> - - <p>Au-dessus de la chaire, un saint Thomas prêchant; par <i>Élisabeth - Chéron</i>.</p> - - -<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p> - - <p>Dans cette église avoient été inhumés:</p> - - <p>Charles de France, comte de Valois, chef de la branche de ce nom, - laquelle a régné deux cent soixante années.</p> - - <p>Charles de Valois, comte d'Alençon, second fils de Charles de - France. Il fut la tige des comtes d'Alençon.</p> - - <p>Agnès de France, septième fille de Jean de France, duc de - Normandie.</p> - - <p>Louis de France, comte d'Évreux, et chef de la branche de ce nom.</p> - - <p>Robert de France, comte de Clermont en Beauvoisis, sixième fils - de saint Louis, et chef de la branche de Bourbon.</p> - - <p>Louis I<sup>er</sup>, duc de Bourbon, fils de Robert de France, comte de - Clermont et de la Marche.</p> - - <p>Marguerite de Bourbon, fille de Robert, et première femme de Jean - de Flandre, comte de Namur.</p> - - <p>Pierre, duc de Bourbon et comte de la Marche, fils de Louis I<sup>er</sup>.</p> - - <p>Louis III<sup>e</sup> du nom, fils puîné de Louis II<sup>e</sup> du nom, duc de - Bourbon.</p> - - <p>Béatrix de Bourbon, fille de Louis I<sup>er</sup> et de Marie de Hainaut. On - voyoit sa figure debout, et appuyée contre un pilier du - sanctuaire, avec son épitaphe au-dessus<a id="footnotetag314" name="footnotetag314"></a><a href="#footnote314" title="Lien vers la note 314"><span class="smaller">[314]</span></a>. Elle avoit en outre - son tombeau dans la nef, à main gauche.</p> - - <p>Anne de Bourbon, fille de Jean I<sup>er</sup>, comte de la Marche, de - Vendôme et de Castres.</p> - - <p>Philippe d'Artois, fils aîné de Robert, comte d'Artois; et - Blanche sa femme, fille du duc de Bretagne.</p> - - <p>Gaston, comte de Foix, premier du nom.</p> - - <p>Clémence, fille de Charles Martel, roi de Hongrie, et seconde - femme de Louis X, roi de France.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page416" name="page416"></a>(p. 416)</span> Cette église possédoit en outre:</p> - - <p>Le cœur de Philippe III, dit le Hardi, roi de France et fils de - saint Louis.</p> - - <p>Celui de Pierre de France, comte d'Alençon, cinquième fils de - saint Louis.</p> - - <p>Celui de Charles IV, roi de France.</p> - - <p>Celui de Philippe III, dit le Sage, roi de Navarre, fils de Louis - de France, comte d'Évreux.</p> - - <p>Celui de Charles de France, roi de Naples et de Sicile, frère de - saint Louis.</p> - -<table summary="Entrailles."> -<tr> -<td>Les entrailles de Philippe V, dit le Long,</td> -<td rowspan="2">tous les deux rois de France.</td> -</tr> -<tr> -<td>Celles de Philippe VI, dit de Valois,</td> -</tr> -</table> - - <p>Devant le maître-autel étoit la tombe de Humbert de la - Tour-du-Pin, deuxième du nom, Dauphin de Viennois, mort à - Clermont en Auvergne, en odeur de sainteté, en 1355<a id="footnotetag315" name="footnotetag315"></a><a href="#footnote315" title="Lien vers la note 315"><span class="smaller">[315]</span></a>.</p> - - <p>Au-dessus de la porte du Revestiaire, la statue du cardinal Gui - de Malsec à genoux devant un crucifix.</p> - - <p>Dans les chapelles et dans diverses autres parties de l'église - avoient été inhumés plusieurs autres personnages remarquables, - savoir:</p> - - <p>Dans la chapelle de Saint-Thomas ou des Bourbons, les PP. Nicolas - Coeffeteau et Noël Alexandre, tous les deux de l'ordre des Frères - Prêcheurs, et célèbres par leur profonde érudition.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page417" name="page417"></a>(p. 417)</span> Sous une tombe, devant la chapelle de la Passion, Pierre de la - Palue, religieux de Saint-Dominique et patriarche de Jérusalem.</p> - - <p>Dans la nef, devant les orgues, trois générales perpétuelles des - Béguines de Paris, Agnès d'Orchies, Jeanne La Bricharde et Jeanne - Roumaine.</p> - - <p>Aussi dans la nef, Jean Passerat, professeur d'éloquence au - collége royal, et George Critton, Écossois, docteur en droit - civil et canonique, et professeur royal en langue grecque et - latine<a id="footnotetag316" name="footnotetag316"></a><a href="#footnote316" title="Lien vers la note 316"><span class="smaller">[316]</span></a>.</p> - - <p>Dans l'aile où étoit située la chapelle du Rosaire, Nicolas de - Paris, substitut du procureur-général du parlement.</p> - - <p>Auprès de l'œuvre de la confrérie du Rosaire<a id="footnotetag317" name="footnotetag317"></a><a href="#footnote317" title="Lien vers la note 317"><span class="smaller">[317]</span></a>, Claude Dormy, - évêque de Boulogne-sur-Mer, auparavant moine de Cluni, et prieur - de Saint-Martin-des-Champs. Il étoit représenté à genoux sur la - porte d'une chapelle<a id="footnotetag318" name="footnotetag318"></a><a href="#footnote318" title="Lien vers la note 318"><span class="smaller">[318]</span></a>.</p> - - <p>Près de cette chapelle, Pierre de Rostrenan, chambellan du roi - Charles VII. Sa figure en albâtre étoit couchée sur sa tombe.</p> - - <p>Jean Clopinel, dit de Meung, continuateur du roman de la Rose, - avoit été aussi inhumé dans ce couvent, mais on ignore si ce fut - dans l'église ou dans le cloître, etc., etc.</p> -</div> - -<p>L'église des Jacobins, qui, depuis long-temps, menaçoit ruine, avoit -été abandonnée par ces religieux, quelques années avant la -révolution; <span class="pagenum"><a id="page418" name="page418"></a>(p. 418)</span> et l'office divin se célébroit dans la salle des -exercices, connue sous le nom d'<i>Écoles de Saint-Thomas</i>. Ces écoles, -situées à côté de l'église, avoient été commencées aux dépens du P. -Jean Binet, docteur en théologie, et religieux de cet ordre, mort en -1550. On y remarquoit une chaire revêtue de marbre, dans laquelle -étoit, dit-on, renfermée celle qui avoit servi à saint Thomas d'Aquin. -La salle principale étoit ornée de plusieurs représentations des plus -grands personnages de l'ordre, parmi lesquels on distinguoit les -portraits de saint Dominique, de Pierre de Tarentaire, pape sous le -nom d'Innocent V, et de Hugues de Saint-Cher, cardinal du titre de -Sainte-Sabine.</p> - -<p>La bibliothèque, composée de quinze à seize mille volumes, contenoit -plusieurs manuscrits d'ouvrages de piété, légués par saint Louis à ces -religieux.</p> - -<p>L'ordre de Saint-Dominique est un des plus illustres qu'il y ait eu -dans l'église. Sans parler d'une foule de savants, aussi -recommandables par leurs vertus que par leurs lumières, qui sont -sortis de ses écoles, ou qui ont travaillé dans le silence de ses -cloîtres, il compte parmi ses membres douze saints canonisés et -plusieurs béatifiés; quatre papes, Innocent V, Benoît XI, Pie V et -Benoît XIII; cinquante-huit cardinaux, vingt-trois patriarches; tous -les maîtres du sacré <span class="pagenum"><a id="page419" name="page419"></a>(p. 419)</span> Palais, depuis saint Dominique, qui fut le -premier en 1217; vingt-huit confesseurs de nos rois, et quarante-deux -des rois d'Espagne<a id="footnotetag319" name="footnotetag319"></a><a href="#footnote319" title="Lien vers la note 319"><span class="smaller">[319]</span></a>.</p> - - -<h3>L'ÉGLISE COLLÉGIALE DE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS.</h3> - -<p>Les Historiens de Paris ne sont d'accord ni sur l'origine de cette -église, ni sur l'étymologie du surnom qui lui a été donné; il est peu -de monuments qui aient exercé davantage leur sagacité. Quelques-uns -ont avancé que saint Denis l'Aréopagite avoit célébré les saints -mystères dans un oratoire qu'il avoit lui-même dédié en cet endroit -sous l'invocation de saint Étienne, et en ont conclu que le véritable -surnom étoit des <i>Grecs</i>, parce que ce saint et ses disciples étoient -venus d'Athènes dans les Gaules. D'autres, rejetant cette tradition -très-incertaine, ont pensé, mais <span class="pagenum"><a id="page420" name="page420"></a>(p. 420)</span> sans en apporter des preuves -meilleures, que ce surnom venoit de quelques degrés qu'il falloit -monter pour entrer dans cette église, et qu'on devoit dire <i>S. -Stephanus de gradibus</i>. Plusieurs prétendent que cette église, étant -située à la sortie de la ville, a été appelée ainsi, <i lang="la">ab egressu -urbis</i>, et qu'il convient d'écrire Saint-Étienne-<i>d'Egrès</i>. Il n'est -pas moins difficile d'adopter cette dernière explication: car c'est un -fait incontestable que l'édifice en question étoit renfermé dans -l'enceinte de Philippe-Auguste.</p> - -<p>Enfin l'abbé Lebeuf<a id="footnotetag320" name="footnotetag320"></a><a href="#footnote320" title="Lien vers la note 320"><span class="smaller">[320]</span></a>, s'appuyant sur les cartulaires de -Sainte-Geneviève et de Sorbonne, dans lesquels l'église de -Saint-Étienne est nommée <i>de gressis</i> et <i>de gressibus</i>, donne sur -cette dénomination <i>des grès</i> deux opinions très-plausibles, et qui -ont été adoptées par Jaillot. Il pense que ce nom peut venir des -<i>grès</i> ou bornes posées dans cette rue, pour marquer les limites des -seigneuries, du roi, de l'abbaye Sainte-Geneviève et autres, ou d'une -famille <i>de Grèz</i>, connue au treizième siècle, laquelle possédoit, au -nom du roi, un pressoir et vignoble sur le bord de la rue -Saint-Étienne. Il cite en effet plusieurs actes dans lesquels il est -fait mention de cette famille; mais il n'en est aucun d'où l'on -puisse conclure <span class="pagenum"><a id="page421" name="page421"></a>(p. 421)</span> que son nom ait été ajouté à celui de l'église avant -le commencement du treizième siècle.</p> - -<p>Sur l'ancienneté de son origine il n'y a pas moins de variété dans les -opinions. Il faut d'abord rejeter celle de du Breul et autres qui -attribuent son érection à saint Denis l'Aréopagite: elle n'est appuyée -sur aucune preuve, pas même sur des conjectures vraisemblables. L'abbé -Lebeuf<a id="footnotetag321" name="footnotetag321"></a><a href="#footnote321" title="Lien vers la note 321"><span class="smaller">[321]</span></a> se contente de dire que cet édifice existoit dans le -septième siècle, et cite à ce sujet le testament d'une dame nommée -Hermentrude, qui désigne l'église Saint-Étienne parmi celles -auxquelles elle distribue des legs; mais il est combattu par Jaillot: -celui-ci prétend ne reconnoître dans cette église Saint-Étienne que -l'ancienne église-mère, laquelle, comme on sait, étoit originairement -sous l'invocation de ce saint. Ce critique rejette également -l'interprétation qu'Adrien de Valois donne à un passage des annales de -saint Bertin, au moyen duquel il prétend prouver que cette église fut -rachetée, en 857, des fureurs des Normands, qui livroient alors aux -flammes tous les édifices dont Paris étoit environné. Il n'a pas de -peine ensuite à prouver que ce n'est point de ce monument, mais de la -cathédrale qu'il est question dans le <span class="pagenum"><a id="page422" name="page422"></a>(p. 422)</span> poëme d'Abbon, lorsque cet -auteur dit qu'en 886 le corps de saint Germain fut reporté dans la -basilique de Saint-Étienne, martyr. Toutefois, en regardant comme -incomplètes toutes ces preuves apportées par divers historiens de -l'existence de l'église Saint-Étienne à ces différentes époques, -Jaillot est loin d'en conclure qu'il n'y avoit pas alors quelque -chapelle de ce nom dans les faubourgs. Il est certain que le -territoire sur lequel elle est située appartenoit à la cathédrale -avant l'invasion des Normands; il est probable en outre que ce -territoire entra dans la transaction faite avec ces barbares, et du -reste l'existence de cette église et sa dépendance de l'église-mère -sont constatées, dans le siècle suivant, par des actes présentés par -ce critique comme les premiers qui en parlent avec authenticité.</p> - -<p>Au commencement du onzième siècle, les malheurs des temps et les -troubles de l'état avoient fait abandonner plusieurs églises; le -service divin ne s'y faisoit plus régulièrement, et les biens qu'elles -possédoient avoient été usurpés. Un clerc, nommé Girauld, jouissoit -des églises de Saint-Étienne, de Saint-Julien, de Saint-Séverin et de -Saint-Bache (Saint-Benoît). On voit par une charte sans date<a id="footnotetag322" name="footnotetag322"></a><a href="#footnote322" title="Lien vers la note 322"><span class="smaller">[322]</span></a>, -mais qui doit avoir été donnée <span class="pagenum"><a id="page423" name="page423"></a>(p. 423)</span> entre 1031 et 1050, que sur la demande -d'Imbert, évêque de Paris, Henri I<sup>er</sup>, qui régnoit alors, accorda la -propriété de ces églises à la cathédrale, toutefois sous la réserve -des droits de Girauld, qui continua d'en jouir jusqu'à sa mort. C'est -donc à cette époque qu'il convient de fixer l'origine de Saint-Étienne -comme église collégiale. Elle étoit, comme nous l'avions déjà -dit<a id="footnotetag323" name="footnotetag323"></a><a href="#footnote323" title="Lien vers la note 323"><span class="smaller">[323]</span></a>, l'une des <i>quatre-filles</i> de Notre-Dame, et son desservant -avoit rang parmi les prêtres cardinaux qui assistoient l'évêque à -l'autel les jours de Noël, de Pâques et de l'Assomption.</p> - -<p>Il ne paroît pas que, dans ces premiers temps, le clergé en ait été -nombreux: le chapitre de Notre-Dame commettoit un chanoine pour avoir -soin de cette église, qui, jusqu'en 1187, ne fut desservie que par -deux prêtres; mais depuis cette année jusqu'à 1250, le nombre des -membres de cette collégiale s'accrut successivement, de manière -qu'elle se composa dès lors de onze chanoines et d'un chefcier, qui -fut élu, pour la première fois, dans cette dernière année<a id="footnotetag324" name="footnotetag324"></a><a href="#footnote324" title="Lien vers la note 324"><span class="smaller">[324]</span></a>. Ils se -maintinrent ainsi jusqu'à la fin. Les chanoines et le chefcier étoient -à la nomination de deux chanoines de Notre-Dame, en vertu du droit -attaché à leur prébende, et il y avoit de <span class="pagenum"><a id="page424" name="page424"></a>(p. 424)</span> plus un chapelain que -nommoit le chapitre de Saint-Étienne-des-Grès.</p> - -<p>Les bâtiments de cette église n'avoient d'ancien que le côté où étoit -la chapelle de Notre-Dame-de-Délivrance: plusieurs piliers qui -existoient encore dans cette partie de l'édifice et la tour -paroissoient être de la fin du onzième siècle. Le portail étoit plus -moderne d'environ cent ans; le reste, construit à diverses époques -beaucoup moins reculées, se trouvoit masqué par une foule de -constructions irrégulières élevées entre le portail extérieur et -l'église, et servant de logements aux membres du chapitre et aux gens -attachés à leur service. Ce portail extérieur avoit été, suivant les -apparences, bâti dans le dix-septième siècle<a id="footnotetag325" name="footnotetag325"></a><a href="#footnote325" title="Lien vers la note 325"><span class="smaller">[325]</span></a>.</p> - -<p>On raconte que saint François-de-Sales, encore étudiant à Paris, -venoit souvent prier dans cette chapelle de la Vierge dont nous venons -de parler.</p> - -<p>Il y fut institué, en 1533, une confrérie qui depuis devint célèbre, -et à laquelle deux papes (Grégoire XIII et Clément VIII) attachèrent -de grandes indulgences.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS.</p> - - <p>Sur la droite du maître-autel, un tableau représentant la - <span class="pagenum"><a id="page425" name="page425"></a>(p. 425)</span> Vierge, et l'Enfant-Jésus caressant saint Jean-Baptiste; par un - peintre inconnu.</p> - - <p>Sur la tranche d'un bénitier de marbre, placé au pied d'un des - piliers de l'orgue, on lisoit une inscription grecque - <em>récurrente</em><a id="footnotetag326" name="footnotetag326"></a><a href="#footnote326" title="Lien vers la note 326"><span class="smaller">[326]</span></a>, copiée sans doute d'après les bénitiers de la - croisée de Notre-Dame, où elle se trouvoit également gravée, mais - beaucoup plus anciennement. Elle étoit conçue en ces termes:</p> - -<p class="center"> -ΝΙΨΩΝ -ΑΝΟΜΗΜΑΤΑ -ΜΗ -ΜΟΝΑΝ -ΟΨΙΝ<br /> - - 1626.<br /> - - Lava peccata non solam faciem.</p> -</div> - -<p>On prétend que cette inscription étoit primitivement gravée sur le -bénitier de l'église de Sainte-Sophie à Constantinople<a id="footnotetag327" name="footnotetag327"></a><a href="#footnote327" title="Lien vers la note 327"><span class="smaller">[327]</span></a>.</p> - - -<h3>LA CHAPELLE SAINT-SYMPHORIEN.</h3> - -<p>Cette chapelle, qui fut détruite dans le dix-septième siècle, étoit -située dans la rue des Cholets, vis-à-vis le collége qui porte le même -nom. Son origine, sur laquelle on n'a aucun renseignement, <span class="pagenum"><a id="page426" name="page426"></a>(p. 426)</span> devoit -être fort ancienne, car il en est fait mention dans le testament -d'Hermentrude. On la trouve citée depuis dans la charte de -Philippe-Auguste de 1185, et dans le cartulaire de Sainte-Geneviève à -la date de 1220. Sauval dit qu'elle subsistoit encore de son temps; il -devoit ajouter aussi qu'il l'avoit vu détruire, car il n'est mort -qu'en 1670, et alors il y avoit huit ans que cette chapelle, tombant -en ruines, avoit été vendue au collége de Montaigu, par contrat du 2 -septembre 1662.</p> - -<p>La chapelle Saint-Symphorien avoit été bâtie au milieu d'un clos de -vignes qui s'étendoit jusqu'à Notre-Dame-des-Champs (les Carmélites). -Ce vignoble appartenoit au roi et à différents seigneurs. D'anciens -titres nous apprennent que le monarque avoit, entre l'église -Saint-Étienne et le collége de Lisieux, un pressoir, dans lequel on -portoit le vin qui se recueilloit au clos <i>des Mureaux</i>. Ce clos, -situé au faubourg Saint-Jacques, étoit nommé, au treizième siècle, -<i>Murelli</i>, dans le suivant <i>de Murellis</i>, aliàs <i>de Cuvron</i>. On -donnoit le nom de <i>clos Saint-Étienne</i> aux vignes plantées près de -cette église.</p> - - -<h3><span class="pagenum"><a id="page427" name="page427"></a>(p. 427)</span> LES RELIGIEUSES DE LA VISITATION DE SAINTE-MARIE.</h3> - -<p>Nous avons déjà parlé de l'origine de ces religieuses et de leur -établissement à Paris en 1619<a id="footnotetag328" name="footnotetag328"></a><a href="#footnote328" title="Lien vers la note 328"><span class="smaller">[328]</span></a>. Leur nombre s'étant -considérablement augmenté dès le commencement, ce fut une nécessité de -chercher presque aussitôt un lieu convenable pour y fonder un nouveau -monastère et y établir une colonie de ces saintes filles. L'archevêque -de Paris leur en accorda la permission en 1623. Elles achetèrent en -conséquence, au faubourg Saint-Jacques, une maison dite <i>Saint-André</i>, -avec quelques bâtiments et jardins qui l'environnoient, et firent -disposer le tout dans la forme propre à y recevoir une communauté. Ce -second établissement, dans lequel elles entrèrent le 13 août 1626, -<span class="pagenum"><a id="page428" name="page428"></a>(p. 428)</span> fut confirmé par des lettres patentes données en 1660.</p> - -<p>La maison du faubourg Saint-Jacques étant devenue, dans le courant du -siècle dernier, l'une des plus considérables de l'ordre, ces dames se -trouvèrent dans une situation assez prospère pour penser à faire -reconstruire leur église en entier et une partie de leurs bâtiments. -Ce projet fut exécuté quelques années avant la révolution. L'église, -qui existe encore, est petite, mais d'une architecture élégante<a id="footnotetag329" name="footnotetag329"></a><a href="#footnote329" title="Lien vers la note 329"><span class="smaller">[329]</span></a>. -Le portail en est simple et de bon goût.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA VISITATION.</p> - - <p>Sur le maître-autel, dédié à saint François-de-Sales, un tableau - représentant ce saint évêque; par <i>Le Brun</i>.</p> - - <p>Dans un des bas-côtés, à droite, la Visitation; par <i>Suvée</i>.</p> - - <p>Dans le bas-côté, à gauche, le tableau des Sacrés-Cœurs; par - <i>Mauperin</i>.</p> - - <p>Ces dames possédoient en outre plusieurs tableaux de <i>La Fosse</i>, - renfermés dans l'intérieur de leur maison.</p> -</div> - - -<h3>LE SÉMINAIRE SAINT-MAGLOIRE.</h3> - -<p>C'étoit dans l'origine un hôpital connu sous le nom de -Saint-Jacques-du-Haut-Pas. On ne <span class="pagenum"><a id="page429" name="page429"></a>(p. 429)</span> sait rien de positif ni sur l'origine -des religieux qui le desservoient, ni sur l'époque de leur -établissement à Paris. Le P. Helyot<a id="footnotetag330" name="footnotetag330"></a><a href="#footnote330" title="Lien vers la note 330"><span class="smaller">[330]</span></a> nous présente cet ordre comme -une société de laïcs qui, au douzième siècle, et à l'exemple des -religieux appelés <i>Pontifices</i> ou faiseurs de ponts, s'étoient voués à -l'occupation pénible de faciliter aux pèlerins les passages difficiles -des rivières, et faisoient eux-mêmes les ponts et bacs destinés à cet -usage. Il dit qu'ils portoient, comme marque distinctive, un marteau -figuré sur la manche gauche de leur habit; que cet institut, ayant été -favorisé, forma une espèce de congrégation religieuse, dont le -chef-lieu fut le grand hôpital de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, au -diocèse de Lucques en Italie. Quelques historiens en ont fait un ordre -militaire; d'autres prétendent qu'ils étoient chanoines réguliers. La -première opinion sembleroit la plus probable, parce qu'en effet le -chef de l'ordre prenoit le titre de commandeur.<a id="footnotetag331" name="footnotetag331"></a><a href="#footnote331" title="Lien vers la note 331"><span class="smaller">[331]</span></a> Jaillot -conjecture qu'ils étoient établis à Paris dès le douzième siècle; et -que c'est d'eux qu'il est question dans une donation faite, en 1183, -par Philippe-Auguste de tout ce qui lui appartenoit sous Montfaucon; -d'autres historiens ne pensent pas que l'hôpital <span class="pagenum"><a id="page430" name="page430"></a>(p. 430)</span> du Haut-Pas ait été -fondé avant l'année 1286. Quelques-uns même, tels que Sauval et D. -Félibien, reculent cette fondation jusqu'au quatorzième siècle; mais -des titres authentiques en constatoient l'existence dès 1260<a id="footnotetag332" name="footnotetag332"></a><a href="#footnote332" title="Lien vers la note 332"><span class="smaller">[332]</span></a>.</p> - -<p>Ces hospitaliers, ne trouvant pas en France l'occasion de rendre aux -fidèles les services auxquels ils s'étoient obligés par leur institut, -cherchèrent quelque autre moyen de leur devenir utiles, et le -trouvèrent dans l'érection d'un hôpital, où ils reçurent les pèlerins -des deux sexes, et leur prodiguèrent tous les secours de l'humanité et -de la religion. L'utilité de cette nouvelle institution fut si -vivement sentie, que, malgré la suppression de cet ordre faite en 1459 -par Pie II et la réunion de ses revenus à celui de Notre-Dame de -Bethléem, on résolut de le conserver en France. Antoine Canu, qui en -étoit commandeur en 1519, fit rebâtir l'hôpital et reconstruire une -plus grande église, qui fut dédiée, par François Poncher, évêque de -Paris, sous le nom de Saint-Raphaël archange et de -Saint-Jacques-le-Majeur. Les choses restèrent dans le même état -jusqu'au milieu du siècle suivant, que cet hôpital fut mis dans la -main du roi, sans qu'on en sache la raison. On trouve qu'en 1554 il -fut destiné, par un arrêt <span class="pagenum"><a id="page431" name="page431"></a>(p. 431)</span> du conseil, à recevoir les soldats blessés, -et qu'en 1561 le roi en faisoit acquitter les charges.</p> - -<p>Nous avons déjà dit qu'en 1572 un ordre de Catherine de Médicis fit -transférer à Saint-Jacques-du-Haut-Pas les religieux de -Saint-Magloire<a id="footnotetag333" name="footnotetag333"></a><a href="#footnote333" title="Lien vers la note 333"><span class="smaller">[333]</span></a>. Cette translation, qui ne s'opéra que -difficilement, et contre le gré de ces religieux, fit naître parmi eux -des dégoûts, y produisit un relâchement si marqué, que M. de Gondi, -évêque de Paris et abbé de ce monastère<a id="footnotetag334" name="footnotetag334"></a><a href="#footnote334" title="Lien vers la note 334"><span class="smaller">[334]</span></a>, se crut obligé de -recourir à l'autorité du parlement, qui, par son arrêt du 13 février -1586, ordonna que cette abbaye seroit réformée, et nomma des -commissaires à cet effet. Cette réforme eut tout le succès que l'on -pouvoit désirer; mais le nombre des religieux diminua successivement, -et à un tel point, que M. Henri de Gondi, cardinal de Retz et évêque -de Paris, jugea qu'il ne pouvoit trouver ni un lieu ni une -circonstance plus favorable pour établir un séminaire qu'il avoit -depuis quelque temps résolu de former. Il obtint à cet effet des -lettres-patentes <span class="pagenum"><a id="page432" name="page432"></a>(p. 432)</span> du mois de juillet 1618, qui autorisèrent la -fondation de ce séminaire, et y appliquèrent le produit de la mense -conventuelle.</p> - -<p>Ce fut aux PP. de l'Oratoire que ce prélat jugea à propos de confier -la direction du nouvel établissement: ils furent chargés d'instruire -et d'entretenir douze ecclésiastiques, à sa nomination et à celle de -ses successeurs. L'événement justifia pleinement la sagesse d'un tel -choix; et de cette école, recommandable par la science et la piété de -ses directeurs, on a vu, dans l'espace de près de deux siècles, sortir -une foule de sujets distingués, dont plusieurs ont été l'ornement de -l'Église, et en ont rempli les premières dignités.</p> - -<p>Ce fut le 16 mars 1620 que fut passée la transaction entre les PP. de -l'Oratoire et les religieux de Saint-Magloire: il fut convenu que -ceux-ci pourroient rester dans la maison, qu'ils y jouiroient chacun -d'une pension de 414 livres, et de la prébende de l'église Notre-Dame, -qu'on avoit affectée à leur mense. Le dernier de ces religieux y -mourut en 1669.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.</p> - - <p>Sur le maître-autel, un tableau représentant l'Annonciation; sans - nom d'auteur.</p> - - <p>Dans la nef, plusieurs autres tableaux médiocres, ou copiés - d'après de bons maîtres.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page433" name="page433"></a>(p. 433)</span> La bibliothèque, composée de dix-huit à vingt mille volumes, -renfermoit les manuscrits de M. de Saint-Marthe sur les grandes -maisons de France<a id="footnotetag335" name="footnotetag335"></a><a href="#footnote335" title="Lien vers la note 335"><span class="smaller">[335]</span></a>.</p> - - -<h3>L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-JACQUES-DU-HAUT-PAS.</h3> - -<p>Cette église doit le nom qu'elle porte à la chapelle de l'hôpital dont -nous venons de parler. Vers le milieu du quinzième siècle, les -habitants des faubourgs Saint-Jacques et Saint-Michel, trop éloignés -des églises Saint-Médard, Saint-Hippolyte et Saint-Benoît, leurs -paroisses, avoient sollicité l'érection de cette chapelle en -succursale. Cette demande, après quelques contestations, leur fut -accordée en 1566; et la sentence de l'official qui ordonna cette -érection remit la nomination du chapelain qui devoit résider à -Saint-Jacques-du-Haut-Pas aux curés <span class="pagenum"><a id="page434" name="page434"></a>(p. 434)</span> et vicaires perpétuels des églises -que nous venons de nommer.</p> - -<p>Les Bénédictins de Saint-Magloire ayant été transférés, en 1572, dans -la maison des Hospitaliers de Saint-Jacques, il arriva que l'office de -ces religieux devant se dire à certaines heures, se rencontroit -souvent avec celui de la succursale, ce qui, des deux côtés, devint -également incommode, et détermina les paroissiens à faire bâtir une -nouvelle chapelle à côté de l'ancienne. Elle fut commencée en 1584, et -l'on en bénit le cimetière le 10 mai de la même année.</p> - -<p>Dès l'époque de l'érection de cette succursale, le prêtre qui la -desservoit avoit pris le titre de curé; plusieurs actes cités par -Jaillot le lui donnent, et il paroît que cette cure étoit alors à la -nomination du trésorier de la Sainte-Chapelle. Cependant la chapelle -de Saint-Jacques-du-Haut-Pas n'étoit point encore une paroisse en -titre; et ce titre elle ne le dut qu'à l'augmentation rapide des -habitants de ce quartier. Cette augmentation devint telle, que, dès -1603, on forma le projet de faire bâtir une église plus vaste, ce qui -toutefois ne fut exécuté qu'en 1630, parce qu'une foule d'obstacles en -traversèrent jusque-là l'exécution. La première pierre en fut posée, -le 2 septembre de cette année, par Monsieur, frère de Louis XIII; et -ce fut alors seulement que les habitants obtinrent l'érection de leur -<span class="pagenum"><a id="page435" name="page435"></a>(p. 435)</span> église en paroisse, ce qui ne fut accordé toutefois qu'après de -longues contestations, et sous la condition de certaines redevances -aux curés des diverses églises dont la chapelle Saint-Jacques étoit -auparavant dépendante. Il fut aussi ordonné que cette cure seroit à -l'avenir à la présentation alternative du chapitre Saint-Benoît et du -curé de Saint-Hippolyte.</p> - -<p>Toutefois les travaux de la nouvelle église, commencés avec beaucoup -d'ardeur, restèrent suspendus, faute de secours, jusqu'en 1675; et à -cette époque on n'avoit encore construit que le chœur de l'église que -nous voyons aujourd'hui. On en dut la continuation à madame -Anne-Geneviève de Bourbon, princesse du sang, duchesse douairière de -Longueville, qui s'étoit retirée aux Carmélites. Elle posa la première -pierre de la tour et du portail le 19 juillet de cette année, et ses -libéralités furent d'un grand secours à la fabrique pour en achever la -construction; mais il est juste de dire que la plus grande partie de -la dépense fut faite par les paroissiens. Il est peu d'exemples dans -cette histoire d'un zèle de piété plus unanime et plus touchant. Les -carriers, qui étoient en grand nombre dans le quartier, fournirent -gratuitement toute la pierre dont cette église est pavée, et les -ouvriers employés à sa construction voulurent donner chacun un jour -de leur travail par semaine. <span class="pagenum"><a id="page436" name="page436"></a>(p. 436)</span> Ces deux parties de l'église, le portail, -décoré de quatre colonnes doriques, et la tour, d'une forme carrée, -furent construits sur les dessins de l'architecte Guittard, membre de -l'académie, et achevés en 1684. On commença en 1688 la chapelle de la -Vierge située dans le fond du chœur<a id="footnotetag336" name="footnotetag336"></a><a href="#footnote336" title="Lien vers la note 336"><span class="smaller">[336]</span></a>.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-JACQUES-DU-HAUT-PAS.</p> - -<p class="center smcap">TABLEAUX.</p> - - <p>Sur le dernier pilier de la nef, à droite, près de la croisée, le - martyre de saint Barthélemi; par <i>La Hire</i><a id="footnotetag337" name="footnotetag337"></a><a href="#footnote337" title="Lien vers la note 337"><span class="smaller">[337]</span></a>.</p> - - <p>Vis-à-vis la chaire, un Christ; par <i>Lelu</i>.</p> - - <p>Sur la porte de la sacristie, une Nativité et un saint Pierre - dans la prison; sans nom d'auteur.</p> - - <p>Sur l'autel de la Vierge, une Assomption; dans une chapelle à - gauche, le mariage de la Vierge; également sans nom d'auteur.</p> - -<p class="center smcap">SÉPULTURES.</p> - - <p>Dans cette église et dans le cimetière avoient été inhumés:</p> - - <p>Jean Duverger de Haurane, abbé de Saint-Cyran, mort en 1643.</p> - - <p>Jean-Dominique Cassini, célèbre astronome, mort en 1712.</p> - - <p>Philippe de La Hire, habile géomètre, et fils du peintre de ce - nom, mort en 1718.</p> - - <p>Jean Desmoulins, curé de cette paroisse, et l'un des plus dignes - pasteurs dont puisse s'honorer l'église de Paris, mort en 1732.</p> -</div> - - -<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page437" name="page437"></a>(p. 437)</span> CIRCONSCRIPTION.</p> - -<p>L'étendue de cette paroisse ne peut pas être facilement désignée du -côté de la campagne, et par conséquent il est difficile de bien -établir ses limites avec Saint-Hippolyte; mais on peut faire observer -que, du côté de la ville, son territoire étoit limitrophe avec -Saint-Séverin vers les Chartreux; puis avec Saint-Cosme et -Saint-Benoît, en commençant, après la porte Saint-Jacques, à la rue -Saint-Dominique qu'elle avoit tout entière.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Cour et Hôpital Sainte-Geneviève.</i></p> - -<p>Un peu en deçà de cette église, on voyoit une maison très-ancienne et -mal bâtie, dont la porte étoit décorée d'une statue de sainte -Geneviève. Jaillot est le seul de nos historiens qui en ait fait -connoître l'ancienne destination. Elle avoit été acquise, en 1604, par -M. Léonard Thuillier, proviseur du collége des Lombards, ainsi que le -clos <i>Gaudron</i> auquel elle confinoit, dans l'intention d'en faire un -asile pour les pauvres. Ayant obtenu, en 1610, l'autorisation de la -puissance temporelle, il y fit construire une chapelle, et y établit -un hôpital, qu'il légua aux marguilliers de Saint-Jacques-du-Haut-Pas -par son testament du 2 janvier 1617. Nous ignorons <span class="pagenum"><a id="page438" name="page438"></a>(p. 438)</span> à quelle époque -cette institution cessa d'exister; mais dans le siècle dernier les -Feuillants et le curé de Saint-Jacques occupoient la plus grande -partie de cette maison.</p> - - -<h3>LA COMMUNAUTÉ DES FILLES SAINTE-AURE.</h3> - -<p>Cette communauté fut établie en 1687 par M. Gardeau, curé de -Saint-Étienne-du-Mont<a id="footnotetag338" name="footnotetag338"></a><a href="#footnote338" title="Lien vers la note 338"><span class="smaller">[338]</span></a>. Sa première intention avoit été uniquement -de procurer un asile et la subsistance à plusieurs jeunes filles de sa -paroisse que la misère avoit plongées dans le libertinage. Il les -avoit réunies dans une maison de la rue des Poules, sous la protection -d'un saint prêtre de son clergé, nommé Labitte, lequel avoit donné la -première idée de cet établissement. Il fut d'abord fondé sous le nom -de sainte Théodore. Quelque temps après, M. de Harlai ayant jugé à -propos de donner un autre directeur à ces filles, il s'en <span class="pagenum"><a id="page439" name="page439"></a>(p. 439)</span> fallut peu -que ce changement n'amenât la destruction de la communauté. Le plus -grand nombre d'entre elles refusa de reconnoître son autorité; elles -sortirent même de la maison, sans garder aucune mesure de bienséance. -Il fallut toute la prudence et toute la douceur de ce nouveau -directeur (M. Lefevre)<a id="footnotetag339" name="footnotetag339"></a><a href="#footnote339" title="Lien vers la note 339"><span class="smaller">[339]</span></a> pour ramener une partie de ce troupeau -dispersé. De ces restes qu'il avoit si heureusement réunis, il forma -la communauté de Sainte-Aure, qu'il plaça dans une maison commode, rue -Neuve-Sainte-Geneviève. Leur chapelle fut bénite en 1700, et M. le -cardinal de Noailles donna des constitutions à ces filles en 1705. M. -Lefevre ne se contenta pas de leur procurer des secours spirituels, il -affermit encore leur établissement par plusieurs acquisitions qu'il -fit pour leur communauté, et par la construction d'une église plus -vaste, commencée en 1707. Le roi fit expédier, en 1723, des -lettres-patentes en leur faveur<a id="footnotetag340" name="footnotetag340"></a><a href="#footnote340" title="Lien vers la note 340"><span class="smaller">[340]</span></a>.</p> - -<p>Vers la fin du siècle dernier, ces filles avoient embrassé la clôture -et la règle de saint Augustin: elles prenoient le titre de -<i>religieuses de Sainte-Aure, adoratrices du sacré cœur de Jésus</i>.</p> - - -<h3><span class="pagenum"><a id="page440" name="page440"></a>(p. 440)</span> LES ORPHELINES DU SAINT ENFANT JÉSUS ET DE LA MÈRE DE PURETÉ.</h3> - -<p>Tel est le titre de cette communauté, et non celui des <i>Cent Filles</i>, -que plusieurs nomenclateurs lui ont donné. L'abbé Lebeuf dit «qu'elle -fut fondée vers 1710, pour de pauvres orphelines de la campagne.»<a id="footnotetag341" name="footnotetag341"></a><a href="#footnote341" title="Lien vers la note 341"><span class="smaller">[341]</span></a> -Piganiol recule cette date jusqu'à 1735. Jaillot prétend que cet -établissement est antérieur de plusieurs années à la première de ces -deux dates, et qu'il prit naissance vers 1700, par le soin de quelques -personnes pieuses qui le commencèrent dans le cul-de-sac des Vignes, -sous la protection de l'archevêque et des officiers municipaux. La -maison qu'occupoient ces orphelines avoit été prise à loyer; elles en -firent l'acquisition en 1711, ainsi que d'une autre maison voisine, et -y firent construire des classes, un réfectoire et une chapelle. -<span class="pagenum"><a id="page441" name="page441"></a>(p. 441)</span> L'acquisition fut amortie, et l'établissement confirmé par -lettres-patentes en 1717. Plusieurs personnes charitables y fondèrent -des places qui restèrent à la nomination de leurs familles<a id="footnotetag342" name="footnotetag342"></a><a href="#footnote342" title="Lien vers la note 342"><span class="smaller">[342]</span></a>.</p> - -<p>Outre les filles que la charité y plaçoit, on en recevoit d'autres -avec de bonnes recommandations, moyennant une pension modique. Il -suffisoit, pour être admise dans cette maison, qu'une fille fût -orpheline de père ou de mère, de la ville ou de la campagne: elle -pouvoit y entrer dès l'âge de sept ans, et y demeurer jusqu'à vingt. -Dans le commencement de l'établissement, la direction et -l'administration en avoient été confiées à des filles pieuses, qui -formoient entre elles une société purement séculière; mais en 1754 on -leur substitua des filles de la communauté de -Saint-Thomas-de-Villeneuve<a id="footnotetag343" name="footnotetag343"></a><a href="#footnote343" title="Lien vers la note 343"><span class="smaller">[343]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Communauté de Saint-Siméon-Salus.</i></p> - -<p>Dans le même cul-de-sac, et presque vis-à-vis la maison des -Orphelines, étoit une pension pour les femmes ou filles tombées en -démence, <span class="pagenum"><a id="page442" name="page442"></a>(p. 442)</span> à laquelle on avoit donné le titre de communauté de -<i>Saint-Siméon-Salus</i>. On y avoit ménagé une petite chapelle sous -l'invocation de ce saint, qui cacha, par un excès d'humilité, de -grandes vertus sous les apparences de la folie et de l'extravagance. -Elle fut construite en 1696. Les malades qu'on y renfermoit étoient -traités avec un soin extrême, et tous les moyens possibles étoient -employés pour procurer leur guérison.</p> - - -<h3>LES FILLES SAINTE-PERPÉTUE.</h3> - -<p>Cette communauté de filles, qui a cessé de subsister environ vingt ans -avant la révolution, habitoit une maison située dans la rue de la -Vieille-Estrapade. Elles devoient leur établissement au zèle de la -demoiselle Grivot, qui les avoit instituées en 1688, et placées rue -Neuve-Saint-Étienne<a id="footnotetag344" name="footnotetag344"></a><a href="#footnote344" title="Lien vers la note 344"><span class="smaller">[344]</span></a>. L'objet de leur institut étoit d'instruire -les jeunes filles et de leur apprendre, avec les principes de la -religion, tous les travaux convenables à leur sexe. M. de Noailles, -qui protégeoit <span class="pagenum"><a id="page443" name="page443"></a>(p. 443)</span> spécialement cet établissement, à cause de son utilité, -transféra les filles Sainte-Perpétue dans la maison que la communauté -de Saint-François-de-Sales venoit d'abandonner, pour aller habiter la -place du Puits-de-l'Ermite. Elles la tinrent à loyer jusqu'au moment -de leur suppression, dont nous ignorons les causes. À l'exception de -Jaillot, aucun historien moderne n'a fait mention de cette communauté.</p> - - -<h3>LES RELIGIEUSES DE LA PRÉSENTATION NOTRE-DAME.</h3> - -<p>Sauval et ceux qui l'ont suivi ont parlé fort inexactement de ce -prieuré perpétuel de Bénédictines mitigées<a id="footnotetag345" name="footnotetag345"></a><a href="#footnote345" title="Lien vers la note 345"><span class="smaller">[345]</span></a>. Voici les faits tels -qu'ils ont été rétablis par Jaillot: «Quelques religieuses de cet -ordre avoient tenté de former un établissement à Paris sans avoir pu -obtenir la permission, lorsque madame Marie Courtin, <span class="pagenum"><a id="page444" name="page444"></a>(p. 444)</span> veuve du sieur -Billard de Carouge, voulant favoriser sa nièce, religieuse de l'abbaye -d'Arcisse, forma le projet de fonder dans cette capitale un couvent de -cet ordre, dont cette religieuse eût été prieure perpétuelle. Elle -proposa en conséquence aux Bénédictines dont nous avons déjà parlé, de -se réunir à cette nièce, nommée Catherine Bachelier, et lui fit, en -conséquence de cette réunion, une donation entre-vifs de 900 livres de -rente, dont celle-ci devoit jouir conjointement avec sa petite -communauté. Le contrat fut passé en 1649; et, en conséquence de cette -donation, Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, permit à ces -religieuses de s'établir dans une maison qu'elles avoient déjà louée -rue des Postes, sous la condition qu'après la mort de la sœur -Bachelier, leur prieure seroit triennale. La division se mit bientôt -entre elles; l'archevêque fut obligé de les séparer dès l'année -suivante, et permit à la sœur Bachelier de s'établir ailleurs. Elle -se plaça dans la rue d'Orléans, au faubourg Saint-Marcel, avec une -compagne qu'elle avoit amenée d'Arcisse; et madame de Carouge ayant -bien voulu élever jusqu'à la somme de 2,000 livres la rente qu'elle -lui avoit accordée, cette religieuse se vit en état de demander la -confirmation de son établissement, ce qui lui fut accordé par des -lettres patentes de 1656.</p> - -<p>Cette communauté s'étant assez rapidement <span class="pagenum"><a id="page445" name="page445"></a>(p. 445)</span> augmentée, et les lieux -qu'elle occupoit se trouvant trop resserrés, elle acheta, en 1671, une -maison et un jardin d'environ deux arpents dans la rue des Postes, où -elle avoit pris son origine. Cette maison leur fut cédée par M. -Olivier, greffier civil et criminel de la cour des aides, moyennant -une rente de 615 livres, et sous la condition qu'on recevroit dans la -communauté une fille pour être religieuse de chœur, laquelle ne -paieroit que 200 livres de rente. Il s'en réserva la nomination, sa -vie durant, et après lui à ses enfants seulement, à l'exclusion de -leurs descendants<a id="footnotetag346" name="footnotetag346"></a><a href="#footnote346" title="Lien vers la note 346"><span class="smaller">[346]</span></a>.</p> - - -<h3>LES RELIGIEUSES DE NOTRE-DAME DE CHARITÉ, DITES LES FILLES DE -SAINT-MICHEL.</h3> - -<p>À l'exception de Jaillot, aucun de nos historiens n'a fait mention de -cette communauté. <span class="pagenum"><a id="page446" name="page446"></a>(p. 446)</span> Elle fut instituée par le P. Eudes, de l'Oratoire, -dont nous aurons bientôt occasion de parler. Son zèle, qui avoit déjà -éclaté dans une utile et pieuse fondation, voulut se signaler de -nouveau en rassemblant dans un asile commun quelques-unes de ces -malheureuses victimes que la misère ou la séduction précipite dans le -libertinage, et que le repentir seul ne pourroit en arracher, si la -charité ne venoit à leur secours, et ne leur procuroit les ressources -indispensables pour se maintenir dans ces salutaires dispositions. Il -jugea nécessaire de leur faire garder la clôture, et confia le soin de -leur conduite à des personnes pieuses, et qu'il crut douées d'assez de -discernement pour s'acquitter dignement d'une tâche aussi difficile.</p> - -<p>Cet établissement fut commencé à Caen le 25 novembre 1641. Mais le P. -Eudes eut bientôt acquis la conviction qu'il ne pourroit atteindre -complétement le but qu'il s'étoit proposé, qu'en le faisant diriger -par des religieuses qui se consacreroient spécialement à cette œuvre -de charité. Il sollicita donc et obtint, en 1642, des lettres-patentes -par lesquelles il lui fut permis de rassembler à Caen une communauté -de religieuses qui feroient profession de la règle de saint Augustin, -et dont l'occupation particulière seroit d'instruire les filles -pénitentes qui voudroient se mettre sous leur conduite. Le P. Eudes -<span class="pagenum"><a id="page447" name="page447"></a>(p. 447)</span> choisit les religieuses de la Visitation pour former les sujets de ce -nouvel institut: il rédigea les statuts et les règlements que devoient -observer les religieuses pénitentes, et voulut que, quoique logées -dans le même monastère, elles fussent séparées de celles qui les -dirigeoient, surtout qu'elles ne pussent jamais être reçues à faire -profession, quelque solide que pût être leur conversion, accordant -toutefois, dans le cas d'une vocation décidée, qu'on leur procurât des -facilités pour entrer dans d'autres couvents. À l'égard de celles qui -n'étoient point appelées au cloître, elles devoient être rendues à -leurs parents, ou placées avantageusement, après avoir été -suffisamment instruites. M. Leroux de Langrie, président au parlement -de Normandie, se déclara fondateur de l'établissement; il fut -approuvé, en 1666, par le pape Alexandre VII, et se répandit bientôt -en Bretagne, où il se forma successivement trois maisons. Ce fut du -monastère de Guingamp qu'on fit venir quelques-unes de ces religieuses -pour diriger la maison des Filles de la Magdeleine, dont nous avons -déjà parlé<a id="footnotetag347" name="footnotetag347"></a><a href="#footnote347" title="Lien vers la note 347"><span class="smaller">[347]</span></a>. M. le cardinal de Noailles, touché du zèle que ces -saintes filles mirent dans l'exercice de ces pénibles fonctions, -frappé du talent particulier qu'elles avoient pour conduire ce -troupeau <span class="pagenum"><a id="page448" name="page448"></a>(p. 448)</span> encore indocile; convaincu d'ailleurs de la triste nécessité -de multiplier de semblables asiles dans une aussi grande ville que -Paris, résolut de leur procurer un second établissement dans cette -capitale. S'étant associé, pour cette œuvre pieuse, une charitable -personne (mademoiselle Marie-Thérèse Le Petit de Vernon de -Chausserais), ils achetèrent conjointement, le 3 avril 1724, une -grande maison et un jardin dans la rue des Postes; et la même année -ces filles y furent établies. Ce prélat leur obtint en même temps des -lettres-patentes qui furent confirmées en 1741 et en 1764. Leur -chapelle fut bénite sous le nom de saint Michel.</p> - -<p>Conformément à leur institut, les filles pénitentes qui s'y -présentoient volontairement, ou qu'on y renfermoit en vertu d'ordres -supérieurs, étoient logées dans des bâtiments séparés de ceux des -religieuses, et il y en avoit d'autres destinés aux jeunes demoiselles -dont on leur confioit l'éducation<a id="footnotetag348" name="footnotetag348"></a><a href="#footnote348" title="Lien vers la note 348"><span class="smaller">[348]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Communauté de Sainte-Anne-la-Royale.</i></p> - -<p>Au dix-septième siècle il y avoit dans la rue des Postes un autre -monastère que Sauval a confondu avec celui des Bénédictines de la -<span class="pagenum"><a id="page449" name="page449"></a>(p. 449)</span> Présentation; c'étoient les Augustines qui s'y étoient établies, en -1640, sous le titre de <i>Sainte-Anne-la-Royale</i>, titre qu'elles avoient -pris en reconnoissance des bienfaits d'Anne d'Autriche, à qui elles -devoient la maison qu'elles occupoient dans cette rue, et dans -laquelle ces filles sont restées jusqu'en 1680. Alors, faute de -revenus et de moyens suffisants pour se maintenir, elles furent -obligées de la céder à leurs créanciers, et de se disperser dans -d'autres communautés. Cette maison fut adjugée au sieur de Sainte-Foi, -par décret du 19 mars 1689.</p> - - -<h3>LES RELIGIEUSES URSULINES.</h3> - -<p>L'éducation des jeunes filles, si importante chez les nations -chrétiennes où les femmes jouissent d'une si grande influence dans la -société, fut long-temps très-imparfaite parmi nous; et l'on peut dire -même qu'avant l'établissement de l'ordre des Ursulines, on n'avoit -point conçu sur un si grand objet un système complet et régulier. Cet -ordre fut institué dans l'année 1537 par la B. <i>Angèle</i>, qui habitoit -la ville de Bresse <span class="pagenum"><a id="page450" name="page450"></a>(p. 450)</span> en Lombardie. Ce ne fut dans le principe qu'une -congrégation de filles et de femmes qui se vouoient à la pratique de -toutes les vertus chrétiennes, et s'occupoient spécialement de -l'instruction des jeunes personnes de leur sexe. Cet institut fut -confirmé en 1544, par Paul III, sous le nom de <i>Compagnie de -Sainte-Ursule</i>, et Grégoire XIII l'approuva de nouveau en 1572. Ces -filles vivoient alors séparément dans leurs maisons; mais dans la -suite plusieurs se réunirent, pratiquant la vie commune, sans -toutefois faire de vœux ni garder de clôture. Elles ne tardèrent pas -à s'introduire en France; et Françoise de Bermont, l'une d'entre -elles, avec la permission de Clément VIII, établit, en 1594, une -congrégation d'Ursulines à Aix en Provence, où leur réputation -s'accrut encore et contribua à augmenter le nombre de leurs maisons. -Il arriva que, peu de temps après, mademoiselle Acarie, ayant formé le -projet de créer à Paris un couvent de Carmélites réformées, et n'ayant -pu le mettre à exécution, conçut le dessein, plus utile peut-être, -d'employer les personnes qu'elle avoit rassemblées, à l'instruction -gratuite des jeunes filles. Madame l'Huillier, veuve de M. Leroux de -Sainte-Beuve, voulut coopérer à cette œuvre charitable, se déclara -fondatrice du nouvel établissement, et logea ces filles, en 1608, -dans une maison qu'elle avoit louée au faubourg <span class="pagenum"><a id="page451" name="page451"></a>(p. 451)</span> Saint-Jacques. -Françoise de Bermont fut alors appelée par elle de son monastère de -Provence, et vint à Paris avec une de ses compagnes pour conduire la -nouvelle communauté et lui donner la règle qu'elle observoit.</p> - -<p>L'ordre qu'elle y établit fit sentir à la fondatrice que son institut -deviendroit d'une utilité bien plus grande, si ces filles consentoient -à être de véritables religieuses, et joignoient aux vœux ordinaires -celui de se consacrer à l'instruction des personnes de leur sexe. Les -ayant trouvées toutes dans des dispositions favorables à ses vues, -elle acheta quelques vieux bâtiments dans le faubourg Saint-Jacques, -et une grande place vide, faisant partie du clos de Poteries, lequel -s'étendoit jusqu'au cul-de-sac de la rue des Postes, et jusqu'à la rue -de Paradis. Les lieux réguliers y furent construits en peu de temps; -on célébra la première messe dans la chapelle le 29 septembre 1610, et -les Ursulines en prirent possession le 11 octobre suivant. L'année -d'après, le roi autorisa cet établissement par un simple brevet; mais -dès que la fondation en eut été consolidée par l'engagement que prit -madame de Sainte-Beuve de payer 2,000 livres de rente pour l'entretien -de douze religieuses, on eut recours aux deux puissances pour en -assurer la stabilité. Le roi accorda des lettres-patentes, -enregistrées le 12 septembre 1612, et le pape <span class="pagenum"><a id="page452" name="page452"></a>(p. 452)</span> Paul V permit, dans la -même année, d'ériger cette communauté en corps de religion, sous le -titre de Sainte-Ursule, et sous la règle réformée de Saint-Augustin.</p> - -<p>Dès que l'on eut obtenu la bulle qui faisoit de la communauté des -Ursulines une maison religieuse et régulière, on pria l'abbesse de -Saint-Étienne de Soissons de se transporter à Paris avec quelques-unes -de ses compagnes, pour former aux exercices du cloître les personnes -qui voudroient embrasser le nouvel institut. Elle arriva dans cette -ville le 11 juillet 1612 avec quatre religieuses, et quatre mois -après, le jour de Saint-Martin, elle donna l'habit à douze novices. -Leur nombre s'étant en très-peu de temps considérablement augmenté, la -fondatrice fit jeter les fondements d'une nouvelle église, dont la -première pierre fut posée par la reine Anne d'Autriche le 22 juin -1620; elle fut achevée en 1627, et a subsisté jusque dans les derniers -temps de la monarchie.</p> - -<p>Cette maison a été le berceau ou le modèle de toutes celles qui se -sont établies depuis dans les diverses provinces du royaume et dans -les autres états de l'Europe. L'ordre entier étoit divisé en onze -provinces, et celle de Paris contenoit quatorze monastères. Les -services éminents qu'il rendoit, services dont l'utilité étoit -généralement sentie, avoient fait multiplier ses établissements <span class="pagenum"><a id="page453" name="page453"></a>(p. 453)</span> au -point qu'on en comptoit plus de trois cents dans l'étendue de la -France<a id="footnotetag349" name="footnotetag349"></a><a href="#footnote349" title="Lien vers la note 349"><span class="smaller">[349]</span></a>.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.</p> - -<p class="center smcap">TABLEAUX.</p> - - <p>Sur le maître-autel, décoré d'un très-riche tabernacle, - l'Annonciation; par <i>Van Mol</i>, élève de Rubens.</p> - - <p>À gauche du maître-autel, un saint Joseph, sans nom d'auteur, et - un autre tableau représentant sainte Angèle, qui instruit des - enfants; par <i>Robin</i>.</p> - - -<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p> - - <p>Dans le chœur avoit été inhumée madame de Sainte-Beuve, - fondatrice de ce monastère, morte en 1630.</p> - - <p>Dans l'église on voyoit la tombe de Jean de Montreuil, conseiller - du roi, et son résident en Angleterre et en Écosse, mort en 1651.</p> -</div> - - -<h3>LES BÉNÉDICTINS ANGLOIS.</h3> - -<p>Jaillot est le seul qui nous ait laissé des renseignements exacts sur -l'établissement en France de ces religieux; les autres historiens, en -parlent à peine, n'en ont pas même donné de dates <span class="pagenum"><a id="page454" name="page454"></a>(p. 454)</span> certaines. La -persécution violente excitée par Henri VIII contre les catholiques, un -moment suspendue sous le règne trop court de Marie, s'étant renouvelée -avec une force nouvelle lorsque Élisabeth fut montée sur le trône, les -Bénédictins anglois, de même que tous les autres ministres du culte -romain, se virent dans la nécessité de se cacher, de se disperser, et -d'aller chercher un asile hors de l'Angleterre. On les reçut en -Espagne et en Italie; vers la fin du règne de cette princesse, ils -firent une tentative pour rentrer dans leur pays, et y faire revivre -leur congrégation: elle n'eut point le succès qu'ils en avoient -d'abord espéré. Forcés, par les lois sanguinaires de Jacques VI, -successeur d'Élisabeth, de s'expatrier une seconde fois, ils se -retirèrent à Dieulouard en Lorraine, et formèrent en même temps un -établissement à Douai, qui étoit alors sous la domination espagnole. -C'est vers ce temps-là (en 1611) qu'ils furent appelés par Marie de -Lorraine, abbesse de Chelles, pour diriger son monastère, et qu'elle -conçut le projet de leur procurer un établissement à Paris, tant pour -y former des sujets propres à veiller sur sa communauté, que pour -faire des missions en Angleterre.</p> - -<p>Elle en fit venir six, qu'elle plaça d'abord, en 1615, au collége de -Montaigu, et ensuite dans le faubourg Saint-Jacques; mais <span class="pagenum"><a id="page455" name="page455"></a>(p. 455)</span> le refus -qu'ils firent, en 1618, de se prêter à une nouvelle translation, les -brouilla avec leur bienfaitrice, et tarit la source de ses -libéralités. Dans l'extrémité où ils se trouvèrent alors réduits, ces -religieux furent secourus par le P. Gabriel Gifford, alors chef des -trois congrégations, italienne, espagnole et angloise, qu'on avoit -réunies, en 1617, sous le nom de <i>Congrégation Bénédictine angloise</i>; -il pourvut à leurs besoins, et loua pour eux, rue de Vaugirard, une -maison qui se trouve aujourd'hui comprise dans les bâtiments du -Luxembourg. Six ans et demi après, ils furent transférés dans la rue -d'Enfer; ils logèrent ensuite dans une maison que les Feuillantines -avoient habitée; enfin le P. Gifford, étant devenu archevêque de -Reims, acheta pour eux, au même endroit, trois maisons avec jardin, -sur l'emplacement desquels on construisit le monastère qu'ils ont -occupé jusque dans les derniers temps.</p> - -<p>Ces religieux obtinrent, en 1642, de l'archevêque de Paris, la -permission de s'y établir et de célébrer l'office divin dans leur -chapelle, ce qui fut confirmé par des lettres-patentes de Louis XIV. -Ce prince, qui les protégeoit, leur en accorda bientôt de nouvelles, -par lesquelles il leur permit de posséder des bénéfices de leur ordre -ainsi que les religieux nés dans son royaume, et attribua au grand -conseil la connoissance <span class="pagenum"><a id="page456" name="page456"></a>(p. 456)</span> de toutes les affaires qui pouvoient les -concerner. En 1674, on démolit l'ancienne maison et la salle qui leur -servoit de chapelle, pour construire de nouveaux bâtiments et -commencer l'église qui existoit encore de nos jours. La première -pierre en fut posée par mademoiselle Marie-Louise d'Orléans, depuis -reine d'Espagne, et le roi contribua à la dépense, d'une somme de -7,000 fr. Cette église fut achevée et bénite le 28 février 1677, sous -le titre de <i>Saint-Edmond</i>, roi d'East-Angles, c'est-à-dire de la -partie orientale d'Angleterre. Le P. Schirburne, alors prieur de la -maison de Paris, à qui l'on devoit en grande partie ces constructions, -ayant été élu général de sa congrégation, voulut ajouter encore à ses -bienfaits en sollicitant l'union à cette communauté de son prieuré de -Saint-Étienne de Choisi-au-Bac, ce qui fut accordé et exécuté<a id="footnotetag350" name="footnotetag350"></a><a href="#footnote350" title="Lien vers la note 350"><span class="smaller">[350]</span></a>.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.</p> - -<p class="center smcap">TABLEAUX.</p> - - <p>Sur le maître-autel, orné de colonnes corinthiennes, un tableau - représentant saint Edmond, roi d'Angleterre et martyr; sans nom - d'auteur.</p> - - <p>Dans une des petites chapelles, une Vierge peinte par <i>Louise <span class="pagenum"><a id="page457" name="page457"></a>(p. 457)</span> de - Bavière</i>, abbesse de Maubuisson, petite-fille de Jacques I<sup>er</sup>, roi - d'Angleterre.</p> - - -<p class="center smcap">SCULPTURES.</p> - - <p>Dans cette église étoit déposé le corps de Jacques II, roi de la - Grande-Bretagne, mort à Saint-Germain-en-Laye, le 6 septembre - 1701, ainsi que celui de Louise-Marie Stuart, sa fille, morte au - même endroit le 18 avril 1712.</p> - - <p>La maison de Fitz-James avoit aussi sa sépulture dans cette - église.</p> -</div> - - -<h3>LES RELIGIEUSES FEUILLANTINES</h3> - -<p>Le pape Sixte V, en approuvant la réforme exécutée par le P. Jean de -La Barrière dans son abbaye de Feuillants, de l'ordre de Cîteaux, lui -avoit permis, par sa bulle du 13 novembre 1587, d'établir des -monastères de l'un et de l'autre sexe. Les premières Feuillantines, -fondées près de Toulouse suivant les uns, à Montesquiou de Volvestre, -diocèse de Rieux, suivant les autres, furent transférées dans la -première de ces deux villes, le 12 mai 1599. Il paroît que les -Feuillants ne se montrèrent pas dans le principe disposés à leur -procurer de nouveaux établissements: car <span class="pagenum"><a id="page458" name="page458"></a>(p. 458)</span> ils se refusèrent obstinément -à toutes les offres qui leur furent faites à ce sujet, et ce monastère -fut le seul qu'elles possédèrent jusqu'en 1622. À cette époque, madame -Anne Gobelin, veuve de M. d'Estourmel de Plainville, capitaine d'une -compagnie des Gardes-du-corps, forma le projet d'attirer des -Feuillantines à Paris; et prévoyant les difficultés qu'elle alloit -éprouver de la part des Pères Feuillants, elle eut assez de pouvoir -pour déterminer la reine Anne d'Autriche à écrire à ces religieux, -assemblés alors à Pignerol dans leur chapitre général. Cette lettre, -que le chapitre reçut comme un ordre honorable, eut tout l'effet qu'on -en attendoit. Le 30 juillet de cette même année 1622, les supérieurs -firent partir de Toulouse six religieuses, qui arrivèrent à Paris au -mois de novembre suivant, et descendirent chez les Carmélites, d'où -elles furent conduites processionnellement, par les Feuillants de -Paris, dans la maison qui leur étoit destinée. Elle avoit été achetée -dès 1620 par leur bienfaitrice, et, pendant cet intervalle, disposée -d'une manière convenable à recevoir une communauté. Des -lettres-patentes confirmèrent l'établissement, et madame d'Estourmel -acheva de le consolider par un don de 27,000 livres, et une rente de -2,000 liv. qu'elle lui assura.</p> - -<p>La chapelle de ce monastère fut changée, <span class="pagenum"><a id="page459" name="page459"></a>(p. 459)</span> au commencement du siècle -suivant, en une église dont le portail, construit par un architecte -nommé Marot, présentoit la forme pyramidale et les ornements -d'architecture en usage à cette époque. Quelques historiens de Paris -en ont dit beaucoup de mal: nous ignorons pourquoi, car il n'est pas -certainement le plus mauvais de ceux qui ont été construits dans le -même système<a id="footnotetag351" name="footnotetag351"></a><a href="#footnote351" title="Lien vers la note 351"><span class="smaller">[351]</span></a>. La maison fut en même temps réparée, et toutes ces -dépenses se firent au moyen du bénéfice d'une loterie qui leur fut -accordée par arrêt du conseil du 29 mars 1713<a id="footnotetag352" name="footnotetag352"></a><a href="#footnote352" title="Lien vers la note 352"><span class="smaller">[352]</span></a>.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES FEUILLANTINES.</p> - - <p>Sur le maître-autel, enrichi de colonnes composites, une copie de - la fameuse Sainte-Famille de <i>Raphaël</i>, qui décoroit les - appartements de Versailles.</p> -</div> - -<h3>LES FILLES DE LA PROVIDENCE.</h3> - -<p>Cet utile établissement reconnoissoit pour fondatrice madame Marie -Lumague, veuve de <span class="pagenum"><a id="page460" name="page460"></a>(p. 460)</span> M. François de Polallion, gentilhomme ordinaire du -roi et conseiller d'état. Cette dame, qu'une piété sublime avoit -associée à toutes les œuvres de charité de S. Vincent-de-Paule, son -directeur, conçut le projet de retirer du libertinage les jeunes -personnes de son sexe que la séduction ou la misère avoient pu y -engager, et de prévenir la chute de celles qui étoient sur le point de -s'y précipiter. Les fondements de cette charitable institution furent -jetés en 1630 dans une maison qu'elle possédoit à Fontenay; peu de -temps après madame de Polallion transféra sa communauté naissante à -Charonne. Elle y prospéra tellement qu'en 1643 elle étoit déjà -composée de cent filles. C'est alors que Louis XIII, dont elle avoit -attiré l'attention, permit à ces filles de venir se fixer à Paris, lui -accordant, avec cette permission, la faculté de recevoir des -donations, et tous les priviléges dont jouissent les maisons royales. -Cette communauté reçut, par les mêmes lettres-patentes, le nom de -<i>Maison de la providence de Dieu</i>.</p> - -<p>Toutefois il ne paroît pas que ces filles aient pensé alors à profiter -de la faveur que le roi leur avoit accordée: car en 1647 elles -habitoient encore Charonne. On les voit enfin, dans le courant de -cette année, venir occuper, rue d'Enfer, une maison qui fut depuis -renfermée dans celle des Feuillants. Vincent-de-Paule qu'on regarde -<span class="pagenum"><a id="page461" name="page461"></a>(p. 461)</span> avec raison comme le second instituteur de cette maison, et qui en fut -nommé directeur, n'eut point de repos qu'il ne leur eût procuré un -emplacement plus vaste et plus commode. Ce fut à sa sollicitation que -la reine Anne d'Autriche se déclara protectrice de la communauté de la -Providence. Elle avoit acheté, en 1651, de l'Hôtel-Dieu, une maison -fort spacieuse, qui avoit été destinée à recevoir les pestiférés, et -qu'on nommoit l'<i>hôpital de la Santé</i>: on la partagea en deux parts, -dont une fut comprise dans les jardins du Val-de-Grâce, et l'autre -donnée aux Filles de la Providence. Elles en prirent possession le 11 -juin 1652, ainsi que d'une chapelle sous l'invocation de saint Roch et -de saint Sébastien, que l'Hôtel-Dieu y avoit fait construire, et qu'on -a depuis ornée et agrandie. Le B. Vincent-de-Paule leur donna alors -des statuts, qu'elles ont conservés jusqu'à la fin, avec de -très-légers changements.</p> - -<p>Cette maison étoit administrée par une supérieure qu'on élisoit tous -les trois ans, et qui faisoit signer les registres de recette et de -dépense à une dame séculière agréée par l'archevêque, laquelle avoit -la qualité de directrice et protectrice de la communauté. Les -personnes qui la composoient ne faisoient que des vœux simples. -Consacrées depuis long-temps uniquement à l'éducation des jeunes -personnes, ce qui n'avoit <span class="pagenum"><a id="page462" name="page462"></a>(p. 462)</span> pas été le premier but de leur institution, -elles ne cessèrent point de remplir dignement cet important ministère -jusqu'au moment qui a détruit tous ces asiles d'innocence et de piété, -qu'il sera si difficile de refaire ce qu'ils ont été<a id="footnotetag353" name="footnotetag353"></a><a href="#footnote353" title="Lien vers la note 353"><span class="smaller">[353]</span></a>.</p> - -<p>L'utilité de cet établissement avoit engagé M. de Harlai à en former -de semblables dans l'île Saint-Louis, sur la paroisse -Saint-Germain-l'Auxerrois, et à la Ville-Neuve; mais ils ne purent se -maintenir, et, long-temps avant la révolution, ils avoient déjà cessé -d'exister.</p> - - -<h3>LES CARMÉLITES.</h3> - -<p>La maison qu'habitoient ces religieuses avoit été autrefois un prieuré -que les anciens titres nomment indifféremment <i>Notre-Dame-des-Vignes</i> -et <i>Notre-Dame-des-Champs</i>. La grande antiquité de cette maison a fait -renaître, à son sujet, ces conjectures déjà hasardées par plusieurs -<span class="pagenum"><a id="page463" name="page463"></a>(p. 463)</span> de nos historiens sur tant de monuments dont l'origine se perd -également dans la nuit des temps: on a prétendu que saint Denis y -avoit célébré les saints mystères. Cette tradition, qu'on ne peut -soutenir d'aucune espèce d'autorité, n'est cependant pas dépourvue de -quelque vraisemblance: car alors ce lieu étoit solitaire; éloigné de -la ville; et l'apôtre des Gaules, ainsi que le troupeau qu'il avoit -formé, persécutés par les idolâtres, devoient en effet chercher les -lieux écartés pour adorer le vrai Dieu et le prier en commun. Mais ce -qu'on ne peut s'empêcher de trouver ridicule, c'est que cette manie -d'érudition ait porté quelques antiquaires à voir dans cet ancien -édifice un temple dédié, à Mercure selon les uns, à Cérès ou à Isis -selon les autres. Cette opinion singulière n'avait d'autres fondements -que l'examen très-imparfait d'une statue placée sur le pignon de -l'église et qui subsistoit encore dans les derniers temps. Ils -prétendoient y reconnoître les attributs de ces divinités du -paganisme, jusque-là que des pointes de fer placées autour de sa tête -pour empêcher les oiseaux de s'en approcher et la garantir de leurs -ordures, leurs sembloient des épis de blé, qui, comme on sait, sont au -nombre des symboles de Cérès. Cependant des savants plus raisonnables, -après avoir examiné plus attentivement cette figure, reconnurent -qu'elle représentoit tout simplement l'archange <span class="pagenum"><a id="page464" name="page464"></a>(p. 464)</span> saint Michel<a id="footnotetag354" name="footnotetag354"></a><a href="#footnote354" title="Lien vers la note 354"><span class="smaller">[354]</span></a> -tenant une balance, dont les bassins contenoient chacun une tête -d'enfant; ce monument, dont l'antiquité paroissoit assez grande, -n'avoit été mis qu'en 1605 à la place qu'il occupoit.</p> - -<p>L'abbé Lebeuf en a conclu que ce lieu avoit été d'abord occupé par un -oratoire de Saint-Michel, qu'avoit ensuite remplacé la chapelle de -Notre-Dame-des-Champs; et citant à ce sujet l'acte d'une donation -faite, en 994, aux religieux de Marmoutier, par Raynauld, évêque de -Paris, il en infère que, dès ce temps-là, ces religieux étoient -établis dans cette chapelle. Jaillot nous paroît avoir très-solidement -réfuté cette opinion, fondée sur une fausse interprétation de divers -passages de cet acte, et présume avec plus <span class="pagenum"><a id="page465" name="page465"></a>(p. 465)</span> de vraisemblance que -l'époque de l'établissement de ces religieux à Notre-Dame-des-Champs -ne peut être fixée plus loin que l'an 1084, parce que c'est alors -seulement qu'elle leur fut donnée par <i>Adam Payen</i> et <i>Gui Lombard</i>, -qui la tenoient <cite>de leurs ancêtres</cite><a id="footnotetag355" name="footnotetag355"></a><a href="#footnote355" title="Lien vers la note 355"><span class="smaller">[355]</span></a>; donation dont les -cartulaires de ces religieux offroient les actes les plus -authentiques. Il rejette également l'opinion de Du Breul, Lemaire et -leurs copistes, qui avancent que cette église fut rebâtie sous le -règne du roi Robert; et d'accord ici avec le savant qu'il vient de -combattre, il pense que la crypte<a id="footnotetag356" name="footnotetag356"></a><a href="#footnote356" title="Lien vers la note 356"><span class="smaller">[356]</span></a> ou chapelle souterraine n'est -pas d'un gothique plus ancien que le douzième siècle, et que le -portail est au plus du treizième.</p> - -<p>L'établissement du collége de Marmoutier, fait au commencement du -quatorzième siècle, et dont nous aurons bientôt occasion de parler, -diminua considérablement le nombre des religieux qui habitoient -Notre-Dame-des-Champs; <span class="pagenum"><a id="page466" name="page466"></a>(p. 466)</span> cependant ils continuèrent d'y rester jusqu'à -la fin du seizième. Alors on s'entretenoit dans l'Europe entière des -effets prodigieux opérés par la réforme que sainte Thérèse avoit -introduite dans l'ordre des Carmélites, réforme dont les progrès -avoient été si rapides, qu'en 1580, dix-huit ans après son premier -établissement à Avila, cette réforme s'étoit déjà répandue dans toute -l'Espagne; et que, malgré les mortifications et les austérités -prescrites par cette sainte fille, on comptoit plus de trente-deux -couvents, tant d'hommes que de femmes qu'elle-même avoit établis. Dès -cette époque, le pape Grégoire XIII avoit séparé cet institut des -Carmes mitigés, et en avoit fait ainsi un nouvel ordre dans l'Église. -La réputation de sainteté qu'il avoit acquise, fit naître à madame -Avrillot, épouse de M. Acarie, maître des requêtes, et à quelques -autres personnes de piété, le projet de faire venir des religieuses -carmélites à Paris. Les troubles dont la France fut agitée sous le -règne de Henri III en suspendirent quelque temps l'exécution. Elle -devint bientôt plus facile par la protection de la princesse Catherine -d'Orléans-Longueville, qui voulut bien accepter le titre de fondatrice -du couvent qu'on procureroit à Paris à ces religieuses, et promit de -le doter de 2,400 livres de rente. On jeta les yeux sur le prieuré de -Notre-Dame-des-Champs, où il n'y avoit plus que quatre religieux, et -<span class="pagenum"><a id="page467" name="page467"></a>(p. 467)</span> qui, moyennant une modique dépense, pouvoit être disposé de manière à -recevoir convenablement la nouvelle communauté. Le cardinal de -Joyeuse, abbé commendataire de Marmoutier, donna son consentement sans -aucune difficulté; et les religieux qui voulurent d'abord résister, -furent obligés de céder à l'ordre que le roi leur fit intimer les 14 -et 20 février 1603. Dès l'année précédente, ce prince avoit donné son -approbation à l'établissement des Carmélites; et le pape Clément VIII -consentit non-seulement à la formation d'un monastère, mais d'un ordre -entier, dont le couvent de Paris seroit le chef-lieu. Les choses étant -ainsi disposées, M. de Bérulle, conseiller et aumônier du roi, depuis -instituteur des prêtres de l'Oratoire et cardinal, obtint en Espagne, -du général des Carmes, six religieuses, qui en partirent le 29 août -1604, et entrèrent le 17 octobre suivant dans le couvent qu'on leur -avoit fait préparer<a id="footnotetag357" name="footnotetag357"></a><a href="#footnote357" title="Lien vers la note 357"><span class="smaller">[357]</span></a>. Cet ordre se répandit aussi rapidement en -France qu'en Espagne, et à la fin du dix-huitième siècle, on en -comptoit soixante-deux monastères dans le royaume. Ces religieuses -furent appelées d'abord <i>Carmelines</i> ou <i>Thérésiennes</i>: on leur donna -depuis le nom de <i>Carmélites</i>, comme plus conforme à l'étymologie -latine.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page468" name="page468"></a>(p. 468)</span> L'église de ce couvent étoit riche en monuments des arts, et au nombre -de celles que les curieux et les étrangers visitoient avec le plus -d'empressement.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CARMÉLITES.</p> - -<p class="center smcap">TABLEAUX.</p> - - <p>La nef et le sanctuaire étoient ornés de douze tableaux, placés - sous chaque vitrage, et dans l'ordre suivant:</p> - - <p>À gauche, à partir de l'autel, 1<sup>o</sup> Jésus-Christ ressuscité, - apparoissant aux trois femmes; par <i>Laurent de La Hire</i>;</p> - - <p>2<sup>o</sup> Jésus-Christ dans le désert servi par les anges; par <i>Le - Brun</i>;</p> - - <p>3<sup>o</sup> Jésus-Christ sur le bord du puits de Jacob, s'entretenant avec - la Samaritaine, par <i>Stella</i>;</p> - - <p>4<sup>o</sup> L'Entrée triomphante de Jésus-Christ dans Jérusalem; par - <i>Laurent de La Hire</i>;</p> - - <p>5<sup>o</sup> Jésus-Christ chez Simon le Pharisien, par <i>Le Brun</i>;</p> - - <p>6<sup>o</sup> Le Miracle des cinq pains, par <i>Stella</i>.</p> - - <p>À droite, également à partir de l'autel, 1<sup>o</sup> l'Adoration des - Bergers;</p> - - <p>2<sup>o</sup> La Descente du Saint-Esprit sur les Apôtres;</p> - - <p>3<sup>o</sup> L'Assomption de la Vierge;</p> - - <p>4<sup>o</sup> L'Adoration des Mages;</p> - - <p>5<sup>o</sup> La Présentation au temple;</p> - - <p>6<sup>o</sup> La Résurrection du Lazare.</p> - - <p>Le second, le troisième et le sixième de ces tableaux étoient de - <i>Philippe de Champagne</i>, les trois autres avoient été exécutés - dans l'école de ce peintre.</p> - - <p>Dans la chapelle de la Magdeleine, un tableau représentant cette - célèbre pécheresse, par <i>Le Brun</i><a id="footnotetag358" name="footnotetag358"></a><a href="#footnote358" title="Lien vers la note 358"><span class="smaller">[358]</span></a>.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page469" name="page469"></a>(p. 469)</span> Sur les panneaux de cette même chapelle, plusieurs tableaux de - l'école de ce peintre.</p> - - <p>Dans la chapelle de Sainte-Thérèse, le songe de saint Joseph; par - <i>Philippe de Champagne</i>.</p> - - <p>Sur les lambris, la vie entière de ce saint, par <i>Jean-Baptiste - de Champagne</i>, son neveu.</p> - - <p>Sur l'autel, une sainte Thérèse, sans nom d'auteur.</p> - - <p>Dans la troisième chapelle, sainte Geneviève, par <i>Le Brun</i>.</p> - - <p>Sur les lambris, plusieurs traits de la vie de cette sainte, par - <i>Verdier</i>.</p> - - <p>En face du chœur des religieuses, l'Annonciation, par <i>Le - Guide</i>.</p> - - <p>Les voûtes étoient enrichies d'une grande quantité de peintures à - fresque, par <i>Philippe de Champagne</i>. On y remarquoit, entre - autres, un Christ placé entre la Vierge et saint Jean, qui - paroissoit être sur un plan perpendiculaire, quoiqu'il fût - horizontal. Le trait de ce morceau avoit été donné, dit-on, à - Champagne par un mathématicien très-habile, nommé <i>Desargues</i>.</p> - - <p>Sur une petite porte en dehors de l'église, on voyoit une - Annonciation peinte en grisaille, et attribuée au même peintre.</p> - - -<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p> - - <p>Sur l'attique du maître-autel, magnifiquement décoré de colonnes - de marbre avec chapiteaux et modillons de bronze doré<a id="footnotetag359" name="footnotetag359"></a><a href="#footnote359" title="Lien vers la note 359"><span class="smaller">[359]</span></a>, un - grand bas-relief aussi de bronze doré, représentant - l'Annonciation, par <i>Anselme Plamen</i>.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page470" name="page470"></a>(p. 470)</span> Sur le même autel, deux anges en bronze, par <i>Perlan</i>.</p> - - <p>Sur le tabernacle, exécuté en orfèvrerie, et auquel on avoit - donné la forme de l'arche d'alliance, un bas-relief représentant - l'Annonciation<a id="footnotetag360" name="footnotetag360"></a><a href="#footnote360" title="Lien vers la note 360"><span class="smaller">[360]</span></a>.</p> - - <p>Sur la grille qui séparoit la nef du sanctuaire, un Christ de - bronze doré, regardé comme un des plus beaux ouvrages de <i>Jacques - Sarrasin</i>.</p> - - <p>Sur l'entablement d'une tribune placée au-dessus de la porte - d'entrée, saint Michel foudroyant le démon, sculpture exécutée - d'après les dessins du peintre <i>Stella</i>.</p> - - <p>Dans la chapelle de la Magdeleine, la statue en marbre du - cardinal de Bérulle, par <i>Jacques Sarrasin</i><a id="footnotetag361" name="footnotetag361"></a><a href="#footnote361" title="Lien vers la note 361"><span class="smaller">[361]</span></a>. Le piédestal - étoit orné de deux bas-reliefs, par <i>l'Estocart</i><a id="footnotetag362" name="footnotetag362"></a><a href="#footnote362" title="Lien vers la note 362"><span class="smaller">[362]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p> - - <p>Dans cette église avoient été inhumés:</p> - - <p>Marguerite Tricot, femme de Louis Lavocat, dame d'atours de la - princesse de Condé, morte en 1651.</p> - - <p>François Vautier, premier médecin du roi, mort en 1652.</p> - - <p>Pierre de Bullion, abbé de Saint-Faron, mort en 1659.</p> - - <p>Julie d'Angennes, duchesse de Montausier, morte en 1671.</p> - - <p>Trois filles de Henri-Charles de Lorraine et de Marie de - Brancas-Villars, nées jumelles, et mortes presqu'en naissant en - 1671.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page471" name="page471"></a>(p. 471)</span> Le duc de Montausier, mort en 1690.</p> - - <p>Édouard le Camus, prêtre, l'un des bienfaiteurs de cette maison, - mort en 1674.</p> - - <p>Antoine de Varillas, historiographe de France, mort en 1696.</p> - - <p>Philippe Hecquet, docteur en médecine de la faculté de Paris, - mort en 1737<a id="footnotetag363" name="footnotetag363"></a><a href="#footnote363" title="Lien vers la note 363"><span class="smaller">[363]</span></a>.</p> - - <p>Le cœur du maréchal de Turenne, le cœur d'Anne-Marie - Martinozzi, princesse de Conti.</p> -</div> - -<p>Quoique les Carmélites eussent été établies et fixées à -Notre-Dame-des-Champs, on ne leur en donna cependant pas les revenus. -Le titre de prieuré subsista jusqu'en 1671, qu'il fut réuni, avec les -biens qui en dépendoient, au séminaire d'Orléans.</p> - -<p>C'est dans ce monastère que Louise-Françoise de La Baume Le Blanc, -duchesse de La Vallière, se retira, lorsque l'heureuse inconstance de -Louis XIV, qu'elle avoit si tendrement aimé, lui eut rendu le séjour -de la cour insupportable; et c'est là que, sous le nom de <i>sœur -Louise de la Miséricorde</i>, elle se livra, pendant trente-six ans, à -toutes les austérités de la règle et de la pénitence. Elle y mourut -en 1710.</p> - - -<h3><span class="pagenum"><a id="page472" name="page472"></a>(p. 472)</span> L'ABBAYE ROYALE DU VAL-DE-GRÂCE.</h3> - -<p>C'étoit un monastère de filles de la réforme de Saint-Benoît, -originairement situé dans une vallée près de Bièvre-le-Châtel, ce qui -lui avoit fait donner le nom de <i>Vauparfond</i> et <i>Valprofond</i>. Les -monuments qui font mention de cette abbaye ne passent pas le -commencement du douzième siècle; mais on a quelque raison de croire -qu'elle existoit dès le milieu du précédent<a id="footnotetag364" name="footnotetag364"></a><a href="#footnote364" title="Lien vers la note 364"><span class="smaller">[364]</span></a>. Des lettres-patentes -de Charles VIII, de l'année 1487, nous apprennent que le Valprofond -étoit de fondation royale, et que la reine Anne de Bretagne, l'ayant -pris sous sa protection, voulut qu'il s'appelât à l'avenir -<i>Notre-Dame-du-Val-de-la-Crèche</i>. Ce fut cette même princesse qui en -sollicita la réforme, laquelle y fut introduite en 1514 par Étienne -Poncher, évêque de Paris. On y voit les abbesses déclarées -<span class="pagenum"><a id="page473" name="page473"></a>(p. 473)</span> triennales, devenir perpétuelles en 1576, et se soumettre de nouveau à -la triennalité en 1618. Ce fut vers cette époque qu'une foule de -considérations extrêmement pressantes, telles que la situation -désagréable de l'abbaye du Val, la vétusté de ses bâtiments, et les -dangers imminents dont ils étoient menacés par de fréquentes -inondations, firent naître le projet d'en transférer les religieuses à -Paris. En 1621 on avoit déjà acheté à cet effet une grande place dans -le faubourg Saint-Jacques, avec une maison appelée <i>le fief de Valois</i> -ou <i>le Petit-Bourbon</i>, lorsque la reine Anne d'Autriche se déclara -fondatrice du nouveau monastère, fit rembourser la somme de 36,000 -liv., prix de l'acquisition, et ordonna la disposition des lieux, de -manière que les religieuses du Val-de-Grâce purent y entrer le 20 -septembre de la même année. La reine y fit ajouter depuis quelques -bâtiments et un nouveau cloître, dont elle posa la première pierre le -3 juillet 1624.</p> - -<p>Toutefois, malgré l'affection particulière que Anne d'Autriche avoit -conçue pour cette maison, elle ne put, dans ces premiers temps, lui en -donner que de foibles témoignages. Le cardinal de Richelieu vivoit -encore; et l'on sait que tant que vécut ce ministre, elle n'eut ni le -pouvoir d'accorder des grâces, ni même le crédit d'en faire obtenir. -La mort de Louis XIII, qui <span class="pagenum"><a id="page474" name="page474"></a>(p. 474)</span> ne survécut que cinq mois au cardinal, -l'ayant mise à la tête de l'administration du royaume, une de ses -premières pensées fut d'accomplir le vœu qu'elle avoit fait, dans des -temps moins heureux, de bâtir à Dieu un temple magnifique, s'il -faisoit cesser une stérilité de vingt-deux ans. Ce vœu avoit été -exaucé, et l'obligation où elle étoit de le remplir lui devint -d'autant plus agréable, qu'elle y trouvoit en même temps une occasion -de donner au monastère du Val-de-Grâce une marque éclatante de cette -affection qu'elle lui portoit. Il fut donc résolu que l'église et le -monastère seroient rebâtis avec la plus grande magnificence: les -fondements du nouvel édifice furent ouverts le 21 février 1645, et le -1er avril, le jeune roi Louis XIV y posa la première pierre dans le -plus grand appareil<a id="footnotetag365" name="footnotetag365"></a><a href="#footnote365" title="Lien vers la note 365"><span class="smaller">[365]</span></a>. Les troubles qui agitèrent la minorité de ce -prince suspendirent bientôt les travaux commencés; mais ils furent -repris en 1655. Monsieur, frère <span class="pagenum"><a id="page475" name="page475"></a>(p. 475)</span> unique du roi, mit la première pierre -au couvent; et ces bâtiments, si solides et si étendus, furent -continués avec tant d'activité, qu'ils étoient achevés au commencement -de 1662, et que l'église put être bénie en 1665.</p> - -<p>Le célèbre architecte François Mansard fournit les dessins de ce grand -édifice, et fut chargé de son exécution, qu'il conduisit jusqu'à neuf -pieds au-dessus du sol. Il perdit alors la faveur de la reine, parce -que, dit-on, il ne voulut rien changer à son plan, dont l'achèvement -eût coûté des sommes considérables<a id="footnotetag366" name="footnotetag366"></a><a href="#footnote366" title="Lien vers la note 366"><span class="smaller">[366]</span></a>, et beaucoup au-dessus de la -dépense qu'on vouloit faire pour ce monument. Jacques Le Mercier -remplaça Mansard, et conduisit ces constructions jusqu'à la corniche -du premier ordre, tant intérieur qu'extérieur; c'est à cette époque -que les travaux <span class="pagenum"><a id="page476" name="page476"></a>(p. 476)</span> furent interrompus. Ils furent repris en 1654, sous la -direction de Pierre Le Muet, architecte alors en réputation, auquel on -associa depuis Gabriel Le Duc, qui arrivoit d'Italie, où il avoit -fait, dit-on, de longues études sur l'architecture des temples. Il -étoit impossible que chacun de ces architectes n'eût pas la prétention -d'y mettre un peu du sien; et dès-lors on ne doit pas être surpris de -trouver dans le style et dans les ornements des diverses parties -quelques discordances, suites inévitables de ce changement successif -de direction. Il faut plutôt s'étonner qu'il n'ait pas produit des -effets plus fâcheux: car le monument en général est exécuté avec -beaucoup de soin et de précision; la sculpture intérieure, faite par -les frères Anguier, est très-délicate et très-achevée; partout on a -déployé une magnificence dont notre description ne pourra pas sans -doute embrasser tous les détails, ni donner une idée complète et -satisfaisante.</p> - -<p>Les édifices qui composent l'abbaye du Val-de-Grâce consistent -principalement en plusieurs grands corps de logis et une belle église, -surmontée d'un dôme très-riche et très-élevé. La cour qui sert -d'entrée présente une ligne de constructions de vingt-cinq toises de -largeur. Aux deux côtés sont deux ailes de bâtiments flanqués de deux -pavillons carrés qui donnent sur la rue, de laquelle le monastère est -séparé <span class="pagenum"><a id="page477" name="page477"></a>(p. 477)</span> par une grille de fer régnant de l'un à l'autre pavillon. Au -fond de la cour et au centre de ces constructions s'élève sur un -perron de quinze marches le portail de la grande église, orné d'un -portique que soutiennent huit colonnes corinthiennes. Au-dessus de ce -premier ordre s'en élève un second, formé de colonnes composites, et -raccordé avec le premier par de grands enroulements placés aux deux -côtés. Dans le tympan du fronton étoient les armes de France -écartelées d'Autriche avec une couronne fermée<a id="footnotetag367" name="footnotetag367"></a><a href="#footnote367" title="Lien vers la note 367"><span class="smaller">[367]</span></a>.</p> - -<p>Les colonnes du premier portique sont accompagnées de deux niches -contenant les statues de saint Benoît et de sainte Scholastique, -toutes les deux en marbre. Sur la frise on lisoit cette inscription:</p> - -<p class="quote"><i lang="la">Jesu nascenti Virginique matri.</i></p> - -<p>Les deux niches se trouvent répétées dans le second ordre, mais sans -statues.</p> - -<p>Le dôme, d'une belle proportion, est, à l'extérieur, couvert de lames -de plomb avec des plates-bandes dorées. Un campanille le surmonte: il -est entouré d'une balustrade de fer, et porte un globe de métal, sur -lequel s'élève <span class="pagenum"><a id="page478" name="page478"></a>(p. 478)</span> une croix, qui fait le couronnement de tout l'ouvrage.</p> - -<p>L'intérieur de ce monument, lequel présente une longueur de vingt-cinq -toises dans œuvre, non compris la chapelle du Saint-Sacrement<a id="footnotetag368" name="footnotetag368"></a><a href="#footnote368" title="Lien vers la note 368"><span class="smaller">[368]</span></a>, -sur treize toises de largeur dans la croisée du dôme, est orné de -pilastres corinthiens à cannelures; ces pilastres, qui séparent les -arcades de la nef, se prolongent dans l'intérieur du dôme, où ils -semblent servir d'appui à quatre grands arcs-doubleaux, au-dessus -desquels régne un entablement continu que surmonte un ordre de -pilastres corinthiens accouplés. Le dôme qui s'élève au-dessus a dix -toises et demie de largeur sur vingt toises quatre pieds de hauteur -sous clef<a id="footnotetag369" name="footnotetag369"></a><a href="#footnote369" title="Lien vers la note 369"><span class="smaller">[369]</span></a>.</p> - -<p>Dans l'arc du fond opposé à la nef se présente le grand autel, exécuté -sur les dessins de Gabriel Le Duc. Il est décoré de six grandes -colonnes torses en marbre, revêtues de bronze, et fait à l'imitation -de celui de Saint-Pierre de<span class="pagenum"><a id="page479" name="page479"></a>(p. 479)</span> Rome, ce qui fut ensuite répété dans -toutes les églises où l'on voulut déployer une grande richesse de -décoration. Au-dessus se dessine un entablement couronné d'un -baldaquin, et sur chaque colonne sont des anges portant des -encensoirs; d'autres anges plus petits semblent se jouer dans les -festons qui lient ensemble toutes les parties de ce couronnement. Ils -tiennent des cartels où sont écrits quelques versets du <i lang="la">Gloria in -excelsis</i>. Les anges, le baldaquin et tous les autres ornements sont -dorés au mat ou d'or bruni.</p> - -<p>Dans l'enfilade de la croisée du dôme, sur la droite, se trouve la -chapelle Sainte-Anne, dans laquelle étoient déposés les cœurs des -princes et princesses de la famille royale<a id="footnotetag370" name="footnotetag370"></a><a href="#footnote370" title="Lien vers la note 370"><span class="smaller">[370]</span></a>; à gauche étoit placé -le chœur des religieuses, séparé du dôme par une grille de fer.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page480" name="page480"></a>(p. 480)</span> La grande voûte de la nef, l'intérieur des arcs-doubleaux qui -soutiennent le dôme, sont enrichis d'une foule de sculptures, -ornements d'architecture, médaillons, bas-reliefs, que la main des -frères Anguier a su rendre dignes de la majesté du lieu<a id="footnotetag371" name="footnotetag371"></a><a href="#footnote371" title="Lien vers la note 371"><span class="smaller">[371]</span></a>; les -marbres les plus précieux ont été employés au pavement de l'église, et -disposés en compartiments qui répondent à ceux de la voûte; enfin la -fresque qui couvre le plafond du dôme met le comble à la magnificence -de ce beau monument. Ce morceau de peinture, l'un des plus grands de -ce genre qui existe en Europe, représente la gloire des élus dans le -ciel<a id="footnotetag372" name="footnotetag372"></a><a href="#footnote372" title="Lien vers la note 372"><span class="smaller">[372]</span></a>, et contient plus de deux cents <span class="pagenum"><a id="page481" name="page481"></a>(p. 481)</span> figures de proportion -colossale. C'est du reste un ouvrage d'un très-rare mérite; et ce qui -le rend plus admirable encore, c'est que Pierre Mignard, qui en est -l'auteur, le conçut et l'exécuta dans l'espace de treize mois. Il -passe pour son chef-d'œuvre, et Molière l'a célébré dans un poëme que -le peintre dut sans doute regarder comme la récompense la plus -glorieuse de ses travaux. Toutes les inscriptions qu'on y lit encore -furent placées sous la direction de Quenel, alors intendant de tous -les édifices royaux. Depuis, pour ces sortes de compositions, on a -consulté l'Académie des inscriptions et belles-lettres.</p> - -<p>Telle est l'église du Val-de-Grâce, dont le portique, avec ses deux -ordres, son double fronton, ses enroulements, son dôme entouré de -consoles et de pilastres, n'obtiendroit pas sans doute aujourd'hui les -éloges qu'on lui prodigua dans un temps où l'architecture des temples -étoit toute en décorations postiches et théâtrales; mais qui, malgré -tous ses défauts, n'en est pas moins un monument dont l'aspect frappe, -éblouit, par l'adresse avec laquelle tant de parties <span class="pagenum"><a id="page482" name="page482"></a>(p. 482)</span> incohérentes -sont combinées, tant au dehors qu'au dedans, pour former un ensemble -harmonieux, et par ce luxe d'ornements qui y répand la magnificence -sans rien ôter à la majesté<a id="footnotetag373" name="footnotetag373"></a><a href="#footnote373" title="Lien vers la note 373"><span class="smaller">[373]</span></a>.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DU VAL-DE-GRÂCE.</p> - -<p class="center smcap">TABLEAUX.</p> - - <p>Au-dessus de la porte de l'église, une descente de croix; par - <i>Lucas de Leyde</i>.</p> - - <p>Dans la chapelle du Saint-Sacrement, plusieurs tableaux dont les - sujets ne sont pas indiqués; par <i>Philippe et Jean-Baptiste de - Champagne</i>.</p> - - -<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p> - - <p>Dans les niches du portail, les statues en marbre de saint Benoît - et de sainte Scholastique; par <i>François Anguier</i>.</p> - - <p>Sous le baldaquin du grand autel, une crèche en marbre, composée - des trois figures, l'Enfant-Jésus, la sainte Vierge et saint - Joseph, grandes comme nature. Ce groupe, exécuté par le même - sculpteur, passe pour un de ses meilleurs ouvrages.</p> - - <p>Derrière cette figure, un tabernacle en forme de niche, soutenu - par douze petites colonnes, et orné d'un bas-relief représentant - une descente de croix; par le même.</p> - - <p>Une quantité innombrable de reliquaires d'or et d'argent, et de - riches ornements donnés à ce monastère par la reine Anne - <span class="pagenum"><a id="page483" name="page483"></a>(p. 483)</span> d'Autriche, parmi lesquels on distinguoit un soleil d'or émaillé - et enrichi de pierreries, d'un prix très-considérable.</p> - - -<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p> - - <p>Outre les cœurs des princes de la famille royale déposés dans - cette église, et dont le nombre s'élevoit, en 1780, à plus de - quarante, elle contenoit les restes de plusieurs autres - personnages considérables, savoir:</p> - - <p>Dans les murailles de la vieille église, les entrailles d'Honorat - de Beauvilliers, comte de Saint-Agnan, mort en 1662.</p> - - <p>Dans le cloître, du côté du chapitre:</p> - - <p>Les entrailles de Marie de Luxembourg, duchesse de Mercœur, - morte en 1623.</p> - - <p>Le corps de Jeanne de l'Escouet, veuve de Charles de Beurges, - seigneur de Seury, etc., morte en 1631.</p> - - <p>Le cœur de Philippine de Beurges, leur fille, morte en 1636.</p> - - <p>Le cœur de César du Cambout, marquis de Coislin, etc., tué au - siége d'Aire en 1641.</p> - - <p>Le corps de Bénédicte de Gonzague, abbesse d'Avenay, morte en - 1637.</p> - - <p>Le corps de Constance de Blé d'Uxelles, abbesse de Saint-Menou, - morte en 1648.</p> - - <p>Le corps de la princesse Bénédicte, duchesse de Brunswick, mère - de la princesse Amélie Wilhelmine, femme de l'empereur Joseph - I<sup>er</sup>, morte en 1730.</p> -</div> - -<p>Indépendamment de cette faveur particulière accordée au monastère du -Val-de-Grâce, de recevoir en dépôt une partie des restes mortels de la -famille royale, cette maison avoit obtenu de Louis XIV des armes -écartelées de France et d'Autriche, surmontées d'une couronne fermée, -avec permission de les faire sculpter ou peindre tant au dehors qu'au -dedans de ses bâtiments, <span class="pagenum"><a id="page484" name="page484"></a>(p. 484)</span> même de les faire graver pour servir de scel -au monastère et à l'ordre entier. Les lettres-patentes expédiées à ce -sujet sont de 1664. D'autres lettres-patentes de la même année -accordèrent à ces religieuses le droit de franchise en faveur des -artisans, qui occupoient des maisons qu'elles avoient fait construire -sur un emplacement de quatre cent soixante-douze toises, qu'elles -avoient nommé <i>cour Saint-Benoît</i>. Ces priviléges étoient les mêmes -que ceux dont jouissoient les gens de métier établis dans le fief de -Saint-Jean-de-Latran, auquel cet établissement étoit contigu.</p> - -<p>La reine Anne d'Autriche, toujours occupée du bien-être de ses filles -adoptives<a id="footnotetag374" name="footnotetag374"></a><a href="#footnote374" title="Lien vers la note 374"><span class="smaller">[374]</span></a>, avoit déjà augmenté le terrain de leur monastère par -l'acquisition faite, en 1651, aux administrateurs de l'Hôtel-Dieu, de -l'ancien hôpital de <i>la Santé</i>; elle fit aussi plusieurs fondations -dans cette maison, et lui procura l'union et la mense de l'abbaye de -Saint-Corneille de Compiègne<a id="footnotetag375" name="footnotetag375"></a><a href="#footnote375" title="Lien vers la note 375"><span class="smaller">[375]</span></a>.</p> - - -<h3><span class="pagenum"><a id="page485" name="page485"></a>(p. 485)</span> LES FILLES SAINTE-AGATHE.</h3> - -<p>Cette communauté, qui avoit adopté la règle de Cîteaux, étoit aussi -connue sous le nom de <i>filles de la Trappe</i> ou <i>du Silence</i>. Les -religieuses qui la composoient s'établirent d'abord, vers 1697<a id="footnotetag376" name="footnotetag376"></a><a href="#footnote376" title="Lien vers la note 376"><span class="smaller">[376]</span></a>, -dans la rue Neuve-Sainte-Geneviève, près la rue du Puits-qui-Parle. -L'année suivante, la maison qu'elles occupoient ayant été vendue par -décret, elles allèrent se loger au village de la Chapelle, où elles ne -purent former un établissement. On les voit ensuite revenir à Paris, -s'associer avec la demoiselle Guinard, qui occupoit alors, dans la rue -de Lourcines, l'hôpital de Sainte-Valère, et s'en séparer peu de temps -après pour aller habiter deux maisons contiguës qu'elles venoient -d'acquérir dans la rue de l'Arbalète. Elles y demeurèrent depuis -l'année 1700 jusqu'en 1753, que l'archevêque de Paris jugea à propos -de supprimer cette communauté. Les filles de Sainte-Agathe -s'occupoient <span class="pagenum"><a id="page486" name="page486"></a>(p. 486)</span> principalement de l'éducation des jeunes demoiselles.</p> - - -<h3>LES CAPUCINS.</h3> - -<p>Nous avons déjà parlé de l'origine et de l'établissement de ces -religieux à Paris<a id="footnotetag377" name="footnotetag377"></a><a href="#footnote377" title="Lien vers la note 377"><span class="smaller">[377]</span></a>. Godefroy de La Tour leur ayant légué, en 1613, -par son testament, une grande maison et un jardin au faubourg -Saint-Jacques, M. Molé, président au parlement, en prit possession, la -même année, en qualité de syndic de ces religieux, et leur obtint des -lettres-patentes qui autorisoient ce nouvel établissement. La grange -de cette maison fut d'abord disposée de manière à servir de chapelle à -ces pères, jusqu'à ce que les libéralités de M. de Gondi, évêque de -Paris, les eussent mis en état de faire construire l'église qui existe -encore à présent. Elle fut bénite, au nom de ce prélat, par son neveu -Jean-François de Gondi, alors doyen de Notre-Dame, et depuis <span class="pagenum"><a id="page487" name="page487"></a>(p. 487)</span> premier -archevêque de Paris; M. de Harlai, archevêque de Rouen, la dédia -ensuite sous le titre de l'<i>Annonciation de la Sainte Vierge</i>. Cette -église n'a rien que de très-simple dans sa construction. La maison -servoit de noviciat aux religieux de cet ordre dans la province de -Paris<a id="footnotetag378" name="footnotetag378"></a><a href="#footnote378" title="Lien vers la note 378"><span class="smaller">[378]</span></a>.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.</p> - - <p>Deux tableaux représentant, l'un la Présentation au Temple, - l'autre l'Annonciation; par <i>Lebrun</i>.</p> -</div> - - -<h3>L'HOSPICE SAINT-JACQUES-DU-HAUT-PAS.</h3> - -<p>Cet hospice, destiné à recevoir des malades, avoit été construit, peu -d'années avant la révolution, par les soins de M. Cochin, curé de la -paroisse Saint-Jacques-du-Haut-Pas. Il contenoit dix-huit lits pour -les femmes et seize pour les hommes. Les sœurs de la Charité, qui en -avoient <span class="pagenum"><a id="page488" name="page488"></a>(p. 488)</span> la direction, y recevoient en outre des pensionnaires -infirmes, lesquels pouvoient être admis dans cette maison au nombre de -vingt à vingt-cinq.</p> - -<p>Ce petit édifice, qui existe encore, construit sur les dessins de M. -Vieilh, architecte, se compose d'un corps de logis et de deux -pavillons en retour. Le milieu est occupé par un portail orné de deux -colonnes doriques, avec attique et fronton. Toute cette composition -est de bon goût, et réunit la simplicité à l'élégance<a id="footnotetag379" name="footnotetag379"></a><a href="#footnote379" title="Lien vers la note 379"><span class="smaller">[379]</span></a>.</p> - - -<h3>L'OBSERVATOIRE ROYAL.</h3> - -<p>L'observatoire est un des monuments qui attestent avec le plus d'éclat -le goût de Louis XIV pour tout ce qui, dans les sciences et les arts, -avoit de la grandeur et de l'utilité. Parmi les savants et les grands -artistes en tous genres que ses caresses et ses libéralités alloient -chercher dans toutes les parties de l'Europe, le célèbre -Jean-Dominique Cassini, le premier astronome <span class="pagenum"><a id="page489" name="page489"></a>(p. 489)</span> de son temps, fut un de -ceux qu'il désira le plus d'attirer dans ses états. En même temps -qu'il faisoit négocier auprès de lui pour le déterminer à quitter -l'Italie, ce prince ordonna que l'on choisît un lieu propre à la -construction d'un édifice où l'on pût commodément faire toutes les -observations astronomiques. Claude Perrault donna les dessins, et -dirigea les travaux de ce monument, dont les fondations furent posées -au mois d'août 1667, et qui fut achevé en 1672. Sa construction est -faite avec un très-grand soin, et avec ce luxe d'appareil que l'on -remarque au péristyle du Louvre, bâti par le même architecte.</p> - -<p>L'échelle de ce bâtiment est grande, et son aspect imposant: la -simplicité de son ordonnance et des membres d'architecture qui en -forment les détails, les dimensions élevées de ses murs et de ses -ouvertures, tout annonce un édifice public du premier ordre sur un -terrain néanmoins assez resserré.</p> - -<p>La masse principale du plan est un carré auquel on a ajouté des tours -octogones sur deux angles, et un avant-corps sur une des faces. Ce -carré est disposé de manière que les deux faces latérales sont -exactement parallèles, et les deux autres perpendiculaires au -méridien, qui en fait l'axe, et qui est tracé sur le plancher d'une -grande salle au centre de l'édifice. Cette disposition <span class="pagenum"><a id="page490" name="page490"></a>(p. 490)</span> parut heureuse -pour un monument destiné à l'astronomie; mais la suite ne confirma pas -cette opinion qu'on en avoit d'abord conçue. Les bâtiments même -n'étoient pas encore totalement achevés, que déjà plusieurs astronomes -avoient remarqué de graves défauts dans leur construction. Le ministre -Colbert, qui, dit-on, en fut averti, chargea Cassini, qui venoit -d'arriver de Bologne, de s'entendre avec l'architecte pour en diriger -l'exécution de la manière la plus favorable aux travaux astronomiques; -mais, soit qu'il fût arrivé trop tard, soit que Perrault montrât de -la répugnance à modifier son projet, le bâtiment se continua, et fut -achevé sur les mêmes dessins<a id="footnotetag380" name="footnotetag380"></a><a href="#footnote380" title="Lien vers la note 380"><span class="smaller">[380]</span></a>.</p> - -<p>Les fondations furent difficiles à établir, à cause de la profondeur -des carrières sur lesquelles on vouloit les asseoir; et ce ne fut -qu'en les comblant de massifs considérables que l'on parvint à donner -à ce monument l'extrême solidité, qui en est une des qualités les plus -remarquables. Sa construction est toute en pierres posées par assises -réglées, et qui règnent au pourtour de l'édifice; on n'y a employé ni -fer ni bois: tous les planchers, tous les escaliers y sont voûtés en -pierres, et appareillés avec le soin le plus recherché. Une -plate-forme couvroit <span class="pagenum"><a id="page491" name="page491"></a>(p. 491)</span> originairement tout l'édifice, et permettoit d'en -parcourir le sommet; mais les eaux ayant pénétré la terrasse et -endommagé les voûtes, il fallut refaire en entier la couverture, pour -empêcher la dégradation totale du monument, ce qui fut exécuté en -1787. Cette couverture est maintenant divisée en plusieurs parties de -comble, et entourée d'un mur d'appui. De là on peut contempler la -voûte du ciel dans toute l'étendue de l'horizon.</p> - -<p>Six pièces, de formes différentes, composent la distribution -intérieure, et ont leurs ouvertures exposées aux différents points du -ciel. Cependant, malgré les pompeux éloges donnés à ce monument par la -plupart de nos historiens, on est forcé de l'avouer, sous le rapport -de convenance, aucun édifice n'étoit moins propre à sa destination. Il -a fallu construire en dehors, et attenant à ce bâtiment colossal, -ainsi que sur la plate-forme, de petits cabinets pour y placer les -instruments destinés aux travaux habituels des physiciens et des -astronomes. Tout ce faîte extérieur ne contenoit pas une seule petite -pièce commode où l'on pût faire sûrement et tranquillement une série -d'observations; et ce n'est guère que depuis quelques années qu'on a -su en rendre l'intérieur habitable, et même le pourvoir de tous -instruments nécessaires pour les travaux des astronomes.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page492" name="page492"></a>(p. 492)</span> Cassini avoit fait tracer sur le plancher de l'une des tours un -planisphère terrestre de vingt-sept pieds de diamètre: depuis -long-temps on ne l'y voit plus. On avoit aussi pratiqué dans toutes -les voûtes, au centre du bâtiment, des ouvertures de trois pieds de -diamètre, et correspondant entre elles depuis la couverture jusqu'au -fond des caves souterraines pratiquées sous l'édifice; la première -intention étoit de s'en servir pour des observations astronomiques; -mais on y a éprouvé des difficultés qui ont forcé d'y renoncer: elles -n'ont été utiles qu'à mesurer les degrés d'accélération de la chute -des corps, et à faire la vérification des grands baromètres.</p> - -<p>Ces ouvertures pénètrent jusqu'au fond de ces caves au travers d'un -escalier fait en vis, et composé de trois cent soixante marches, ce -qui forme en tout, depuis le sommet, un puits de vingt-huit toises de -profondeur. Ces caves servent à faire des expériences sur les -congélations et les réfrigérations, à déterminer les divers degrés de -l'humidité, du sec, du chaud, du froid. Elles s'étendent fort au loin -dans les carrières voisines, et ont des parties où l'eau se pétrifie. -Plus de cinquante rues percées dans des carrières y forment une espèce -de labyrinthe. Partie de ces caves est revêtue de maçonnerie, d'autres -sont simplement taillées dans le tuf.</p> - -<p>La plupart des salles de cet édifice offrent <span class="pagenum"><a id="page493" name="page493"></a>(p. 493)</span> cette particularité -remarquable, qu'une personne parlant très-bas près de l'un des murs, -ses paroles parviennent à l'oreille d'une autre personne placée près -du mur opposé, sans que ceux qui occupent le milieu de la pièce -puissent rien entendre de ce qu'elles disent. Ce phénomène -d'acoustique, qui dépend de la forme elliptique des voûtes, est trop -connu maintenant pour que nous croyions devoir l'expliquer. Sous la -voûte de la salle du nord, un aéromètre indique la force des vents; -cette salle est ornée de peintures représentant les saisons et les -signes du zodiaque: on y voit aussi les portraits des plus célèbres -astronomes.</p> - -<p>La façade de l'Observatoire, du côté du septentrion, est couronnée -d'un fronton où sont sculptées les armes du roi. L'avant-corps de -celle du midi offre deux trophées astronomiques, et ce sont les seuls -ornements de sculpture qu'il y ait sur ce monument.</p> - -<p>Une machine, dite cuvette de jauge, donne la mesure de l'eau pluviale -qui tombe chaque année.</p> - - -<h3><span class="pagenum"><a id="page494" name="page494"></a>(p. 494)</span> COLLÉGES, ÉCOLES, SÉMINAIRES.</h3> - -<p class="center"><i>Écoles de Médecine</i> (rue de la Bûcherie.)</p> - -<p>On ne peut douter qu'il n'y ait eu des médecins à Paris dès le -commencement de la monarchie; mais il n'est pas facile de déterminer -l'époque à laquelle ils formèrent un corps et furent agrégés à -l'Université. Duboulai veut que Charlemagne lui-même ait fait entrer -cette étude au nombre de celles qui étoient en vigueur dans l'école -palatine<a id="footnotetag381" name="footnotetag381"></a><a href="#footnote381" title="Lien vers la note 381"><span class="smaller">[381]</span></a>, tandis que d'autres écrivains<a id="footnotetag382" name="footnotetag382"></a><a href="#footnote382" title="Lien vers la note 382"><span class="smaller">[382]</span></a> reculent jusqu'au -règne de Charles VII l'origine de cette corporation. Ces deux opinions -sont également éloignées de la vérité. Il y a des preuves certaines -qu'on se livroit à l'étude publique de la médecine dès le commencement -du douzième siècle, qu'anciennement cette faculté étoit -ecclésiastique, et que ses membres étoient obligés de garder le -célibat, ce que l'on peut <span class="pagenum"><a id="page495" name="page495"></a>(p. 495)</span> aisément concevoir, si l'on réfléchit que, -dans le moyen âge, à l'exception d'un très-petit nombre de personnes, -il n'y avoit que le clergé qui s'adonnât à l'étude et qui cultivât les -sciences et les arts. Toutefois comme la profession de médecin, plus -lucrative qu'aucune autre, faisoit négliger l'étude de la théologie, -un décret du concile de Reims, tenu en 1131, défendit aux moines et -aux chanoines d'étudier la médecine; et dans celui de Tours, en 1163, -Alexandre III déclara qu'il falloit regarder comme excommuniés les -religieux qui sortoient de leurs cloîtres pour apprendre l'art de -guérir. L'étude du droit civil fut comprise dans le même anathème.</p> - -<p>Sous le règne de Philippe-Auguste les médecins étoient déjà reçus dans -les nations académiques qui formoient l'Université; mais on ne voit -pas qu'il y eût alors un lieu particulier affecté aux écoles de -médecine. Différents actes de ces temps prouvent que les cours s'en -faisoient dans le domicile des professeurs. Le nombre des écoliers -s'étant augmenté, on loua des maisons particulières pour les y -rassembler, sans qu'on puisse déterminer au juste dans quel endroit -ces écoles étoient situées<a id="footnotetag383" name="footnotetag383"></a><a href="#footnote383" title="Lien vers la note 383"><span class="smaller">[383]</span></a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page496" name="page496"></a>(p. 496)</span> Nous avons déjà dit que ce fut au milieu du treizième siècle que les -facultés composant le corps de l'Université se formèrent en compagnies -distinctes, et eurent des écoles spécialement affectées à leurs études -particulières. La théologie dut les siennes à Robert Sorbon; les -professeurs de droit établirent les leurs au clos Bruneau (rue -Saint-Jean-de-Beauvais), et la faculté des arts resta rue du Fouare. -Comme il n'existe aucun acte qui indique alors un établissement -particulier pour l'école de médecine, on peut croire qu'elle demeura -encore unie à cette dernière faculté dans les anciennes écoles de -cette même rue, et rien ne prouve en effet qu'elle ait changé de -domicile jusqu'à l'année 1454, que, dans une assemblée tenue près des -bénitiers de Notre-Dame, elle résolut d'établir une école où tous ses -cours publics seroient réunis. On ne voit point que ce projet ait -alors reçu son exécution; mais dans une seconde assemblée tenue en -1469 <span class="pagenum"><a id="page497" name="page497"></a>(p. 497)</span> il fut décidé, qu'on achèteroit, rue de la Bûcherie, une maison -appartenant aux Chartreux, et voisine d'une autre dont la faculté -étoit déjà propriétaire. L'acquisition fut faite en 1472; mais la -disposition des lieux s'opéra lentement, et ce ne fut qu'en 1505 qu'on -y tint les écoles. L'achat successif de terrains et de maisons -circonvoisines procura à la faculté les moyens de faire pratiquer tous -les logements nécessaires, et d'avoir un jardin où l'on cultiva les -plantes médicinales. L'amphithéâtre fut établi en 1617 dans une maison -contiguë à ce jardin, et qui faisoit le coin de la rue du Fouare et de -celle de la Bûcherie, et subsista ainsi jusqu'en 1744, que la faculté, -voyant qu'il tomboit en ruine, en fit construire un nouveau<a id="footnotetag384" name="footnotetag384"></a><a href="#footnote384" title="Lien vers la note 384"><span class="smaller">[384]</span></a>. -Cette dernière salle, de forme ronde, est terminée par une coupole; -son pourtour est garni de gradins où se placent les étudiants; huit -colonnes doriques y soutiennent une corniche sur laquelle règne un -balcon.</p> - -<p>La première chapelle, achevée en 1502, fut démolie en 1529, et -remplacée par une autre, qu'on transféra encore, en 1695, dans un -endroit différent.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page498" name="page498"></a>(p. 498)</span> Quelques années avant la révolution, les écoles avoient été -transportées rue Saint-Jean-de-Beauvais, aux anciennes Écoles de -Droit; mais les démonstrations anatomiques se faisoient toujours à -l'amphithéâtre de la rue de la Bûcherie. C'étoit là aussi que la -faculté tenoit ses assemblées, dans une salle au premier étage, ornée -des portraits de tous ses doyens<a id="footnotetag385" name="footnotetag385"></a><a href="#footnote385" title="Lien vers la note 385"><span class="smaller">[385]</span></a>, et de plain-pied avec la -chapelle.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Picardie</i> (rue du Fouare).</p> - -<p>On comptoit autrefois dans cette rue quatre écoles pour les quatre -nations de l'Université; et c'est pourquoi, dans plusieurs titres du -treizième siècle, elle est appelée de l'<i>École</i> et des <i>Écoliers</i>. La -nation de Picardie est la seule qui continua d'y demeurer jusque vers -la fin du siècle dernier. En 1487, elle avoit obtenu la permission d'y -faire construire une chapelle, qui fut dédiée, en 1506, sous -l'invocation de la sainte Vierge, de saint Nicolas et de sainte -Catherine.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page499" name="page499"></a>(p. 499)</span> Saint Guillaume Berruyer, que la nation de France honoroit comme son -patron, étoit celui d'une chapelle qu'il y avoit autrefois dans cette -rue. Il y a bien de l'apparence que c'étoit la chapelle des écoles de -cette nation: elle ne subsiste plus depuis long-temps.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Cornouaille</i> (rue du Plâtre).</p> - -<p>La première fondation de ce collége fut faite en 1317<a id="footnotetag386" name="footnotetag386"></a><a href="#footnote386" title="Lien vers la note 386"><span class="smaller">[386]</span></a>, et non en -1380, comme plusieurs l'ont avancé, par Galeran Nicolas ou Nicolaï dit -de Grève, clerc de Bretagne, qui, par son testament, laissa le tiers -de ses biens aux pauvres écoliers du diocèse de Cornouaille ou -Quimper-Corentin, faisant leur cours d'études à Paris. Ses exécuteurs -testamentaires n'accomplirent sa volonté qu'en 1321, et fondèrent -alors cinq bourses, qu'ils laissèrent à la nomination de l'évêque de -Paris. Ce prélat approuva le nouvel établissement en 1323; et ces -boursiers, qui n'avoient point de domicile, furent placés dans le -collége que Geoffroi du Plessis venoit de fonder<a id="footnotetag387" name="footnotetag387"></a><a href="#footnote387" title="Lien vers la note 387"><span class="smaller">[387]</span></a>. Les choses -restèrent en cet état jusqu'en 1380, que Jean de Guistri, -maître-ès-arts et en médecine, né dans <span class="pagenum"><a id="page500" name="page500"></a>(p. 500)</span> le diocèse de Cornouaille, -acheta, dans la rue du Plâtre, une maison, où il logea les cinq -boursiers ses compatriotes, ajoutant à ce bienfait celui de fonder -quatre bourses nouvelles<a id="footnotetag388" name="footnotetag388"></a><a href="#footnote388" title="Lien vers la note 388"><span class="smaller">[388]</span></a>; ses exécuteurs testamentaires -trouvèrent dans ses biens de quoi en créer une cinquième, et il fut -décidé que le nouveau collége seroit appelé collége <i>de Cornouaille</i>.</p> - -<p>Un principal de ce collége, nommé Duponton, y fonda deux autres -bourses en 1443; et en 1709 il y en eut encore une dernière, que l'on -dut aux libéralités de M. Valot, conseiller au parlement et chanoine -de Notre-Dame. Ce collége fut réuni, en 1763, à celui de -Louis-le-Grand.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Lisieux</i> (rue Saint-Jean-de-Beauvais).</p> - -<p>Il doit, suivant tous nos historiens<a id="footnotetag389" name="footnotetag389"></a><a href="#footnote389" title="Lien vers la note 389"><span class="smaller">[389]</span></a>, son origine à Gui de -Harcour, évêque de Lisieux, qui laissa pour cet effet 1000 livres par -son testament, et 100 livres pour le logement de vingt-quatre -boursiers étudiant dans la faculté des arts: cet acte est de 1336. Au -commencement <span class="pagenum"><a id="page501" name="page501"></a>(p. 501)</span> du siècle suivant, Guillaume d'Estouteville, aussi évêque -de Lisieux, fonda un autre collége sous le nom de <i>Torchi</i>, avec -l'intention de le placer dans des maisons situées rue -Saint-Étienne-des-Grès, qu'il avoit achetées de l'abbaye -Sainte-Geneviève. Cependant, comme l'exécution de cette dernière -partie du projet n'eut pas lieu sur-le-champ, il en est résulté sur la -date de la fondation quelques difficultés, qu'il est facile de lever, -en supposant, ce qui est très-vraisemblable, que Guillaume -d'Estouteville établit d'abord ses boursiers dans le collége de -Lisieux, fondé par Gui de Harcour, et acheta en même temps les maisons -où il vouloit les loger; que sa mort, arrivée en 1414, ne lui ayant -pas laissé le temps de les y établir, Estoud d'Estouteville, son frère -et son exécuteur testamentaire, se chargea de remplir sa dernière -volonté, ce qui toutefois ne fut exécuté qu'en 1422. On voit en effet, -à cette époque, douze théologiens et vingt-quatre artiens réunis dans -ce collége, qui fut, par arrêt de la cour, nommé <i>de Torchi</i><a id="footnotetag390" name="footnotetag390"></a><a href="#footnote390" title="Lien vers la note 390"><span class="smaller">[390]</span></a>, dit -de Lisieux. Les douze théologiens étoient de la fondation de MM. -d'Estouteville, et les vingt-quatre artiens étoient certainement ceux -que Gui de Harcour avoit <span class="pagenum"><a id="page502" name="page502"></a>(p. 502)</span> fondés; ce qui d'ailleurs est démontré par un -arrêt du 19 juin 1430.</p> - -<p>La chapelle de ce collége fut bâtie des deniers de l'abbé de Fescamp, -sous l'invocation de saint Sébastien. La nomination des bourses -appartenoit à ses successeurs et aux évêques de Lisieux. Le principal -et le procureur étoient élus par les boursiers théologiens, le premier -à vie, le second pour un an.</p> - -<p>Comme le terrain qu'occupoient les bâtiments de ce collége entroit -dans le dessin de la place qui devoit être ouverte devant la nouvelle -église Sainte-Geneviève, et que cependant son ancienneté sembloit -exiger qu'il fût conservé, il fut ordonné, par arrêt du 7 septembre -1763, qu'il seroit transféré dans le collége de Louis-le-Grand, ce qui -fut alors exécuté; mais des raisons particulières firent changer cet -arrangement, comme nous ne tarderons pas à le dire<a id="footnotetag391" name="footnotetag391"></a><a href="#footnote391" title="Lien vers la note 391"><span class="smaller">[391]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége des Lombards</i> (rue des Carmes).</p> - -<p>On trouve aussi ce collége sous le nom de <span class="pagenum"><a id="page503" name="page503"></a>(p. 503)</span> collége de <i>Tournai</i> ou -d'<i>Italie</i>. Tous nos historiens s'accordent à lui reconnoître quatre -fondateurs, tous domiciliés à Paris, André Ghini, Florentin, -successivement évêque de Tournai, d'Arras et cardinal; François de -l'Hôpital, bourgeois de Modène; Jean Reinier, bourgeois de Pistoie; et -Manuel Rolland, de Plaisance. Mais la date de la fondation a fait -naître des discussions trop minutieuses pour que nous croyions devoir -les rapporter; on en peut toutefois conclure que l'acte n'en fut fait -que en 1333<a id="footnotetag392" name="footnotetag392"></a><a href="#footnote392" title="Lien vers la note 392"><span class="smaller">[392]</span></a>, quoique les écoliers fussent établis depuis trois -ans dans l'hôtel de l'évêque de Tournai, ce qui justifie la date de -1330, que portoit l'inscription gravée sur la porte de ce collége. -André Ghini établit quatre bourses pour des Florentins; le sieur -l'Hôpital, trois pour des écoliers du Modenois; Reinier, trois pour -ceux de Pistoie; Rolland, une pour un étudiant de Plaisance: à défaut -de sujets nés dans ces provinces, on devoit admettre indifféremment -des élèves italiens, sous la condition qu'ils céderoient <span class="pagenum"><a id="page504" name="page504"></a>(p. 504)</span> la place -aussitôt qu'il s'en présenteroit avec toutes les qualités que -demandoit la fondation. Les aspirants devoient être clercs, et n'avoir -pas 20 livres de rente pour être admis; on nomma trois proviseurs ou -directeurs de ce collége; les fondateurs les mirent sous la protection -de l'abbé de Saint-Victor et du chancelier de Notre-Dame; enfin il fut -stipulé que la maison où ils demeuroient, située au mont -Saint-Hilaire, seroit appelée <i>Maison des pauvres écoliers italiens de -la charité de la bienheureuse Marie</i>.</p> - -<p>Ce collége fut peu à peu abandonné, et deux causes y contribuèrent: -d'un côté, la modicité des bourses, insuffisantes pour procurer aux -élèves les besoins de première nécessité, dégoûta les Italiens de -s'expatrier; de l'autre, les Universités nombreuses qui se formèrent -dans leur propre pays leur procurèrent des ressources assez grandes -pour qu'ils ne fussent plus obligés d'aller chercher l'instruction -chez une nation étrangère. Les bâtiments qu'ils avoient occupés -tomboient en ruines, et alloient devenir tout-à-fait inhabitables, -lorsque deux prêtres irlandois, le sieur Maginn et Kelli, formèrent le -dessein de les faire réparer en faveur des prêtres et des étudiants de -leur nation.</p> - -<p>Dès l'année 1623, Louis XIII avoit permis aux Irlandois de recevoir -des legs et des donations dont l'objet devoit être de leur procurer -<span class="pagenum"><a id="page505" name="page505"></a>(p. 505)</span> la facilité de faire leurs études à Paris. Louis XIV avoit confirmé -cette permission en 1672, en y ajoutant celle d'acheter une maison qui -pût leur servir d'hospice. Celle dont ils firent l'acquisition étoit -située rue d'Enfer, et ils y ont demeuré jusqu'en 1685. Ce fut pendant -cet intervalle que les sieurs Maginn et Kelli jetèrent les yeux sur le -collége des Lombards, espérant en faire une habitation plus commode -pour leurs compatriotes; mais les trois proviseurs, qui l'habitoient -encore, refusèrent d'abord de leur en céder la propriété, et se -contentèrent de nommer onze Irlandois aux bourses vacantes depuis -plusieurs années. Cette nomination fut confirmée en 1677; mais comme -il étoit à craindre que ces nouveaux boursiers ne fussent inquiétés -par des Italiens qui auroient pu venir réclamer leurs anciens droits, -MM. Maginn et Kelli proposèrent de faire réédifier ce collége à leurs -frais, sous la condition qu'ils en seroient proviseurs leur vie -durant, et que ces places seroient toujours occupées à l'avenir par -des sujets de leur nation; proposition qui fut acceptée, et que de -nouvelles lettres-patentes confirmèrent en 1681. La reconstruction de -ce collége fut exécutée en conséquence de cette transaction; et M. -Maginn lui légua en outre 2,500 livres de rente.</p> - -<p>Malgré tous ces arrangements, il y eut, le <span class="pagenum"><a id="page506" name="page506"></a>(p. 506)</span> 22 mars 1696, un acte -d'association des boursiers irlandois à ceux du collége des Grassins. -Un arrêt du parlement les renvoya, en 1710, au collége des Lombards. -Toutefois cette association n'avoit eu lieu que pour les étudiants -seulement, et ne comprenoit point ceux qui, après avoir fini leurs -études, faisoient les préparations nécessaires pour pouvoir remplir -dignement les fonctions de missionnaires en Irlande. Cette distinction -fut consacrée par un autre arrêt du 20 mars 1728; ainsi cette maison -devoit être à la fois considérée comme un séminaire et un collége: -c'étoient deux communautés réunies.</p> - -<p>On y comptoit, en 1776, cent prêtres et environ soixante clercs -étudiants, dont le plus petit nombre payoit une très-modique pension: -la charité des fidèles faisoit le reste. À cette époque les clercs -irlandois furent transférés dans la rue du Cheval-Vert, comme nous le -dirons ci-après.</p> - -<p>Quelques années auparavant, les bâtiments du collége des Lombards -avoient été réparés, et la chapelle avoit été reconstruite par la -libéralité de M. de Vaubrun<a id="footnotetag393" name="footnotetag393"></a><a href="#footnote393" title="Lien vers la note 393"><span class="smaller">[393]</span></a>. Son porche, de forme <span class="pagenum"><a id="page507" name="page507"></a>(p. 507)</span> elliptique, et -décoré de colonnes et de pilastres ioniques, avec entablement, avoit -été élevé sur les dessins de Boscry, architecte<a id="footnotetag394" name="footnotetag394"></a><a href="#footnote394" title="Lien vers la note 394"><span class="smaller">[394]</span></a>.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.</p> - - <p>Sur le maître-autel, un tableau représentant une Assomption; par - <i>Jeaurat</i>.</p> -</div> - -<p>Ce collége étoit possesseur d'une petite bibliothèque.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Dormans-Beauvais</i> (rue Saint-Jean-de-Beauvais).</p> - -<p>Ce collége doit sa fondation à Jean de Dormans, cardinal, évêque de -Beauvais et chancelier. Il acheta, en 1365, les maisons que le collége -de Laon avoit d'abord occupées, et cinq ans après y établit un maître, -un sous-maître, un procureur et douze boursiers, nés dans la paroisse -de Dormans en Champagne, ou, à leur défaut, dans le diocèse de -Soissons. En 1371 et 1372, il fonda successivement douze nouvelles -bourses, parmi lesquelles trois furent destinées à des écoliers pris -dans les villages de Buisseul et d'Athis, au diocèse de Reims, et une -quatrième à un religieux prêtre de l'abbaye de Saint-Jean-des-Vignes. -<span class="pagenum"><a id="page508" name="page508"></a>(p. 508)</span> La chapelle, dont Charles V voulut bien poser la première pierre, fut -construite aux frais de Miles de Dormans, neveu du fondateur, et -dédiée, en 1380, sous l'invocation de saint Jean l'Évangéliste. Il y -fonda quatre chapelains et deux clercs. Nos historiens parlent d'un -nouveau chapelain et de cinq autres boursiers, fondés à diverses -époques par différents particuliers.</p> - -<p>La collation de toutes les places avoit été réservée au frère et au -neveu du fondateur: l'abbé de Saint-Jean-des-Vignes éleva à ce sujet -quelques contestations, qui furent terminées par un concordat, -homologué en 1389, qui, laissant la collation de la bourse du -religieux de Saint-Jean-des-Vignes à l'abbé, transportoit à la cour du -parlement tous les droits du fondateur après la mort de Guillaume de -Dormans, son neveu. Depuis, le premier président et deux commissaires -de cette cour ont toujours eu l'administration de ce collége.</p> - -<p>Vers le commencement du seizième siècle, les professeurs qui -enseignoient dans les écoles de la rue du Fouare s'étant retirés dans -les colléges, celui de Beauvais tint des écoles publiques, et s'unit -par la suite (en 1597) au collége de Presle, pour l'exercice des -classes, ce qui subsista jusqu'en 1699, que cet exercice entier resta -au seul collége de Beauvais. Depuis, les <span class="pagenum"><a id="page509" name="page509"></a>(p. 509)</span> arrangements qui devoient -incorporer le collége de Lisieux à celui de Louis-le-Grand n'ayant pu -avoir leur entier effet, le collége de Beauvais fut choisi pour -prendre la place que l'autre y devoit occuper, et les maisons qui lui -appartenoient furent données au collége de Lisieux.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.</p> - -<p class="center smcap">TABLEAUX.</p> - - <p>Sur le maître-autel, saint Jean l'Évangéliste dans l'île de - Pathmos; par <i>Lebrun</i>.</p> - - -<p class="p2 center smcap">TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p> - - <p>Au milieu du chœur, deux statues en cuivre sur un tombeau de - marbre représentant Miles de Dormans, évêque de Meaux et - archevêque de Sens, mort en 1405; et un autre évêque inconnu.</p> - - <p>Six statues en pierre, représentant:</p> - - <p>Jean de Dormans, chancelier de l'église de Beauvais, mort en - 1380.</p> - - <p>Bernard de Dormans, chambellan de Charles V, mort en 1381.</p> - - <p>Renaud de Dormans, chanoine de Paris, maître des requêtes de - l'hôtel, etc., mort en 1380.</p> - - <p>Jeanne Baube, femme de Guillaume de Dormans, et mère des trois - personnages dont nous venons de parler, morte en 1405.</p> - - <p>Jeanne de Dormans sa fille, mariée à Pierre de Rochefort et à - Philibert de Paillart, morte en 1407.</p> - - <p>Yde de Dormans, sa seconde fille, mariée à Robert de Nesle, morte - en 1379<a id="footnotetag395" name="footnotetag395"></a><a href="#footnote395" title="Lien vers la note 395"><span class="smaller">[395]</span></a>.</p> -</div> - -<p>Plusieurs savants et saints personnages ont <span class="pagenum"><a id="page510" name="page510"></a>(p. 510)</span> professé dans ce collége. -Saint François Xavier y donna des leçons de philosophie en 1531. Le -cardinal Arnauld d'Ossat fut aussi du nombre de ses professeurs; et -dans le siècle dernier l'administration en fut successivement remplie -par deux hommes très-recommandables, le célèbre M. Rollin et M. -Coffin.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Presles</i> (rue des Carmes).</p> - -<p>Nous avons déjà parlé de la fondation de ce collége à l'article du -collége de Laon<a id="footnotetag396" name="footnotetag396"></a><a href="#footnote396" title="Lien vers la note 396"><span class="smaller">[396]</span></a>. Nous avons dit comment les boursiers de ces deux -établissements, réunis dans la même maison, ayant jugé à propos de se -séparer, cette séparation, arrivée en 1333, produisit deux colléges -particuliers. Ce changement fut autorisé par le pape Clément VI; et -Philippe-le-Long, qui le confirma, voulut en même temps gratifier le -collége dont nous parlons de vingt-quatre arpents de bois dans les -forêts du Loup et de la Muette. Raoul de Presles, qui en étoit -fondateur, traita alors avec Gui de Laon du logement que les deux -colléges avoient d'abord occupé, en lui faisant un contrat de 24 liv. -de rente, et à ce moyen resta dans l'établissement, tandis que les -boursiers de l'autre collége alloient se loger au clos <span class="pagenum"><a id="page511" name="page511"></a>(p. 511)</span> Bruneau. Mais, -quelque temps après, le collége de Beauvais, qui venoit d'être fondé -dans la rue voisine, sur un terrain contigu à celui du collége de -Presles, eut besoin à son tour de quelques bâtiments pour les écoles -publiques qui s'y tenoient. On entra dans des arrangements nouveaux, -au moyen desquels les cours publics furent partagés: il y eut quatre -classes et quatre professeurs dans chacun des deux colléges, ce qui -subsista jusqu'en 1699, que l'exercice entier des classes fut cédé au -collége de Beauvais.</p> - -<p>Le collége de Presles, fondé pour de pauvres écoliers du diocèse de -Soissons, étoit composé de treize boursiers et de deux chapelains -choisis parmi eux. Les chapelains devoient être nommés par les -boursiers, et ceux-ci par la communauté. En 1704 on réduisit le nombre -des boursiers à huit; et en 1763 ce collége fut réuni à celui de -l'Université.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Tréguier</i> (place Cambrai).</p> - -<p>Une inscription qu'on lisoit sur la porte de ce collége portoit qu'il -avoit été fondé en 1400, et Sauval, ainsi que ses copistes, avoient -adopté cette date, qui ne pouvoit être que celle d'une reconstruction, -car il est certain qu'il doit son origine à Guillaume de Coatmohan, -grand-chantre de l'église de Tréguier, qui, par son <span class="pagenum"><a id="page512" name="page512"></a>(p. 512)</span> testament du 20 -avril 1325, le fonda pour huit boursiers, pris dans sa famille ou dans -le diocèse de Tréguier. Les statuts que l'on fit pour ce collége en -1411 lui donnèrent de la réputation, et déterminèrent Olivier Doujon, -docteur en droit, à y fonder, l'année suivante, six bourses nouvelles. -Enfin, en 1575, ce collége fut considérablement augmenté par l'union -qui lui fut faite du collége de Karembert. Celui-ci, qui portoit aussi -le nom de Laon, parce qu'il avoit été crée pour des sujets de ce -diocèse, étoit situé près de Saint-Hilaire. Du reste, nous ignorons -par qui et à quelle époque il avoit été établi. Un M. de Kergroades, -qui paroît avoir été parent du fondateur, et dont le consentement fut -nécessaire pour opérer cette union, ne le donna qu'en se réservant la -nomination des deux seules bourses qui y subsistoient encore. Ceci -dura jusqu'en 1610, que le roi fit acheter le collége de Tréguier, -pour élever le collége Royal sur son emplacement.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Le collége de Cambrai</i> ou <i>des Trois-Évêques</i> (même place).</p> - -<p>Il faut rectifier ce qui a été dit de ce collége par la plupart des -historiens de Paris, qui le présentent comme ayant eu à la fois trois -fondateurs. La vérité est qu'il fut institué en 1348, <span class="pagenum"><a id="page513" name="page513"></a>(p. 513)</span> par une -disposition testamentaire de Guillaume d'Auxonne, évêque de Cambrai, -et ensuite d'Autun. Ce prélat, possesseur d'une maison et de jardins -situés dans cet endroit, avoit formé le projet d'y fonder un collége, -et d'affecter à cet établissement cette portion de ses biens: il -chargea de l'exécution de ce projet Hugues de Pomare, évêque de -Langres, par son testament du 13 octobre 1344; mais celui-ci mourut -avant d'avoir pu remplir ses intentions. Il arriva en même temps que -Hugues d'Arci, évêque de Laon, et depuis archevêque de Reims, mourut -aussi sans avoir pu exécuter une fondation semblable qu'il s'étoit -également proposée. Alors les exécuteurs testamentaires de ces trois -prélats imaginèrent de se réunir, et instituèrent le collége dont nous -parlons ici: c'est pour cette raison qu'il est souvent nommé collége -<i>des Trois-Évêques</i>. L'acte qui contient cette donation est rapporté -par Félibien sous la date de 1348<a id="footnotetag397" name="footnotetag397"></a><a href="#footnote397" title="Lien vers la note 397"><span class="smaller">[397]</span></a>. Mais la manière dont il est -conçu semble prouver que ce collége renfermoit déjà des étudiants, et -par conséquent que le premier établissement étoit antérieur.</p> - -<p>La maison et les jardins que Guillaume d'Auxonne avoit laissés étoient -plus que suffisants pour loger les boursiers; on prit sur les <span class="pagenum"><a id="page514" name="page514"></a>(p. 514)</span> biens -des autres fondateurs ce qui étoit nécessaire pour fournir à leur -subsistance, ce qui produisit un fonds de 200 liv. de rente. On voit -par les statuts que ce collége étoit composé d'un maître, d'un -chapelain faisant l'office de procureur, et de sept boursiers. Ceux-ci -étoient à la nomination du chancelier de l'église de Paris, auquel le -chapelain, nommé lui-même par les anciens boursiers, les présentoit.</p> - -<p>En 1612, le roi ayant voulu faire l'acquisition du collége de Cambrai -pour la construction des bâtiments du collége Royal, les commissaires -de sa majesté passèrent un acte portant qu'après l'achèvement de cet -édifice, le principal et les boursiers du collége détruit y seroient -logés; que la chapelle qu'on y bâtiroit deviendroit leur propriété; -qu'il seroit fait un fonds de 1000 liv. de rente pour leurs dommages -et intérêts; enfin qu'on n'abattroit les constructions que jusqu'à la -grande porte, de manière qu'ils pussent continuer à y loger jusqu'à ce -que le bâtiment qu'on leur destinoit fût en état de les recevoir. -Cette portion d'édifice fut conservée plus long-temps qu'on ne l'avoit -cru, parce qu'alors le collége Royal ne fut pas fini, et les boursiers -de celui de Cambrai ne cessèrent point d'y demeurer jusqu'à leur -réunion au collége de Louis-le-Grand.</p> - -<p>Deux professeurs de la faculté de droit et le professeur de droit -françois, dont la chaire avoit <span class="pagenum"><a id="page515" name="page515"></a>(p. 515)</span> été fondée en 1680 par Louis XIV, -donnèrent des leçons dans le collége de Cambrai jusqu'à la -construction des nouvelles écoles près de Sainte-Geneviève.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége-Royal</i> (même place).</p> - -<p>On a déjà pu voir dans cet ouvrage à quel dessein et dans quelles -circonstances François I<sup>er</sup> fonda cet établissement si digne d'un grand -monarque. Il en avoit conçu l'idée dès le commencement de son règne, -et son intention étoit de le placer à l'hôtel de Nesle (aujourd'hui le -collége Mazarin); mais la guerre et les événements qui la suivirent en -firent d'abord remettre l'exécution, et d'autres projets succédèrent -ensuite à ceux-ci. En rapprochant et en conciliant les dates diverses -que nos historiens ont données à cette fondation, on trouve que le -roi, après avoir manifesté, en 1529, ses intentions pour la -construction de ce collége, fixa, dès 1530, le nombre et les -honoraires des professeurs qu'il nomma et institua l'année suivante. -Cette fondation, vraiment royale, devoit répondre à la magnificence -d'un prince qui mettoit en tout de la noblesse et de la grandeur: -douze professeurs en langue hébraïque, grecque et latine, devoient -recevoir par an 200 écus d'or pour honoraires, être logés dans ce -collége, et y donner des leçons gratuites à six cents écoliers. Les -<span class="pagenum"><a id="page516" name="page516"></a>(p. 516)</span> circonstances n'ayant pas permis de construire les édifices projetés, -les professeurs continuèrent d'enseigner dans les salles du collége de -Cambrai et dans d'autres colléges. Mais si on en excepte cette partie -du projet, toutes les autres clauses en furent remplies -scrupuleusement; et même François I<sup>er</sup>, faisant plus qu'il n'avoit -promis, et voulant donner une preuve éclatante de l'affection -particulière qu'il portoit à cette institution, donna, en 1542, aux -professeurs la qualité de conseillers du roi, le droit de -<i lang="la">committimus</i><a id="footnotetag398" name="footnotetag398"></a><a href="#footnote398" title="Lien vers la note 398"><span class="smaller">[398]</span></a>, et les fit mettre sur l'état comme -<i>commensaux</i><a id="footnotetag399" name="footnotetag399"></a><a href="#footnote399" title="Lien vers la note 399"><span class="smaller">[399]</span></a> de sa maison. C'est à ce titre qu'ils continuèrent -jusqu'à la fin de prêter serment entre les mains du grand-aumônier.</p> - -<p>François I<sup>er</sup> avoit fondé les chaires royales pour les savants les plus -célèbres, sans aucune distinction de régnicoles et d'étrangers; et vu -le sage parti qu'il avoit pris de consulter sans <span class="pagenum"><a id="page517" name="page517"></a>(p. 517)</span> cesse, dans -l'exécution de son projet, les hommes distingués dans les sciences et -les lettres qui remplissoient sa cour, il avoit été assez heureux pour -ne faire que de très-bons choix. Ses successeurs n'y portèrent pas -sans doute la même attention, et plus d'une fois des hommes médiocres -usurpèrent dans cet illustre corps des places qui n'appartenoient -qu'au vrai mérite; cependant la succession des maîtres y présente plus -de noms célèbres que dans aucun autre corps littéraire; et l'on peut -assurer qu'il n'en est aucun qui, à nombre égal, ait produit autant -d'ouvrages sur toutes les parties des connoissances humaines. Henri II -y fonda une nouvelle chaire d'éloquence latine; Charles IX, une de -philosophie grecque et latine, et une de chirurgie; Henri III, une de -langue arabe. Ce monarque avoit pris solennellement l'engagement de -mettre à exécution le projet de François I<sup>er</sup> relativement à la -construction des bâtiments où devoient se réunir les professeurs, et à -la dotation du nouveau collége; mais les guerres civiles et les -malheurs dans lesquels elles le jetèrent, le réduisirent bientôt à ne -pouvoir plus même payer les gages de ces professeurs. Leur fidélité -n'en fut point ébranlée, et pendant tous les orages de la ligue, ils -restèrent invariablement attachés à ce prince et à son successeur -Henri IV, qui en fut instruit, et qui se <span class="pagenum"><a id="page518" name="page518"></a>(p. 518)</span> déclara leur plus zélé -protecteur. Le duc de Sulli partagea ces sentiments de bienveillance -de son maître; et ce fut à sa sollicitation et à celle du cardinal du -Perron, que ce prince prit la résolution de faire enfin construire les -logements et les écoles qui leur étoient nécessaires. Il fut décidé -qu'on abattroit le collége de Tréguier qui menaçoit ruine, et que sur -cet emplacement on feroit élever un bâtiment de trente-trois toises de -long sur vingt de large. On devoit y pratiquer quatre grandes salles, -et disposer l'étage supérieur pour y placer la bibliothèque royale de -Fontainebleau. Il étoit même question d'y établir une imprimerie, des -ateliers pour les artistes, et de doter cette maison de dix mille écus -de rente. La mort funeste de ce grand roi suspendit l'exécution d'un -projet aussi magnifique, mais ne le détruisit pas entièrement. Trois -mois après, Louis XIII, accompagné de la reine sa mère, vint poser la -première pierre de la seule aile de ce bâtiment qui alors ait été -entièrement achevée; c'étoit celle qui avoit été destinée pour loger -la bibliothèque. Les troubles de la régence ayant bientôt fait cesser -les travaux, on y pratiqua trois salles, qui servirent d'écoles aux -professeurs; mais ils n'eurent ni logements ni augmentation de gages.</p> - -<p>Henri IV avoit fondé dans ce collége une chaire d'anatomie et de -botanique; Louis XIII <span class="pagenum"><a id="page519" name="page519"></a>(p. 519)</span> en créa une seconde de langue arabe et une de -droit canon; Louis XIV y ajouta une chaire de langue syriaque, une -seconde de droit canon, et une de droit françois. C'est à quoi se -bornèrent les bienfaits de ce monarque, protecteur magnifique des -sciences et des lettres, mais qui probablement ne sentit pas de quelle -importance étoit le seul établissement où les jeunes gens, après le -cours ordinaire des études, pussent trouver des guides sûrs pour se -perfectionner dans tout genre de science ou de littérature auquel ils -voudroient se livrer. Cependant la situation des professeurs devenoit -de jour en jour plus fâcheuse: réduits, vers la fin de ce règne, à un -petit nombre d'auditeurs, brouillés depuis long-temps avec -l'Université, qui répandoit contre eux de fâcheuses impressions dans -l'esprit des élèves, mal payés de modiques appointements qui n'étoient -plus en rapport avec les besoins de la vie, ils étoient sur le point -d'abandonner leurs travaux, lorsqu'à l'avénement de Louis XV, le duc -de La Vrillière, qui avoit alors la direction de ce collége, proposa -au conseil un plan qui fut adopté, et empêcha la ruine d'un -établissement si utile et si important. Il consistoit à faire rentrer -dans le sein de l'Université les professeurs royaux, qui n'auroient -jamais dû en être séparés, et par conséquent à leur donner une part -dans le produit des messageries <span class="pagenum"><a id="page520" name="page520"></a>(p. 520)</span> affecté aux besoins de cette -compagnie. L'exécution de ce plan ranima les exercices du collége -Royal; et quelques changements utiles dans la destination de plusieurs -chaires qui étoient doubles ou triples dans des genres d'enseignements -peu suivis, même tout-à-fait abandonnés, donnèrent le moyen d'y faire -professer de nouvelles branches de science et de littérature, sans -charger le trésor de dépenses nouvelles, de manière qu'il y eut dans -le collége Royal, outre l'inspecteur chargé de veiller à la -discipline, vingt professeurs, dont les attributions furent fixées, -par un arrêt du conseil de 1773, dans l'ordre suivant:</p> - -<ul class="none"> -<li>Une chaire pour l'hébreu et le syriaque.</li> -<li>Une —— pour l'arabe.</li> -<li>Une —— pour le turc et le persan.</li> -<li>Une —— pour le grec.</li> -<li>Une —— pour l'éloquence latine.</li> -<li>Une —— pour la poésie.</li> -<li>Une —— pour la littérature françoise.</li> -<li>Une —— pour la géométrie.</li> -<li>Une —— pour l'astronomie.</li> -<li>Une —— pour la mécanique.</li> -<li>Une —— pour la physique.</li> -<li>Une —— pour la médecine pratique.</li> -<li>Une —— pour la physique expérimentale.</li> -<li>Une —— pour l'anatomie.</li> -<li>Une —— pour la chimie.</li> -<li>Une —— pour l'hist. naturelle.</li> -<li>Une —— pour le droit canon.</li> -<li>Une —— pour le droit de la nature et des gens.</li> -<li>Une —— pour l'histoire et la morale.</li> -<li>Une —— pour les mathématiques, fondée par Ramus.</li> -</ul> - -<p>Sur les nouveaux fonds accordés au collége Royal, on avoit trouvé le -moyen de distraire une somme suffisante pour la réparation des -<span class="pagenum"><a id="page521" name="page521"></a>(p. 521)</span> constructions déjà faites; mais cette institution laissoit toujours à -désirer un bâtiment qui pût contenir à la fois les écoles et des -logements convenables pour les professeurs. La reconstruction totale -en fut arrêtée en 1774, la première année du règne de Louis XVI; et M. -le duc de La Vrillière posa la première pierre du nouveau bâtiment le -22 mars de la même année. Cet édifice, construit sur les dessins de M. -Chalgrin, présente l'ordonnance noble et simple d'un corps de logis -flanqué de deux pavillons en retour, qu'unit entre eux une double -grille avec un portail surmonté d'un fronton. Il n'y a que des éloges -à donner au caractère d'architecture choisi par l'artiste, et à la -manière dont il a exécuté cette conception<a id="footnotetag400" name="footnotetag400"></a><a href="#footnote400" title="Lien vers la note 400"><span class="smaller">[400]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége du Plessis-Sorbonne</i> (rue Saint-Jacques).</p> - -<p>Ce collége doit son nom à Geoffroi du Plessis, notaire apostolique et -secrétaire de Philippe-le-Long. Il le fonda, en 1317<a id="footnotetag401" name="footnotetag401"></a><a href="#footnote401" title="Lien vers la note 401"><span class="smaller">[401]</span></a>, pour -quarante étudiants pris dans les diocèses de Tours, Saint-Malo, Reims, -Sens, Évreux et Rouen, et donna pour cet établissement différents -revenus, et <span class="pagenum"><a id="page522" name="page522"></a>(p. 522)</span> une maison avec cours, jardins et vergers, située rue -Saint-Jacques, et qui s'étendoit jusqu'à la rue Fromentel et à celle -des Cholets, nommée alors Saint-Symphorien<a id="footnotetag402" name="footnotetag402"></a><a href="#footnote402" title="Lien vers la note 402"><span class="smaller">[402]</span></a>. Il y avoit déjà dans -cette maison une chapelle de la Sainte-Vierge, et au-dessus de la -porte un oratoire sous le nom de Saint-Martin. Le collége en prit le -nom de <i>Saint-Martin-du-Mont</i>, et le fondateur, qui se réserva la -collation des bourses, et la faculté de faire par la suite les -changements qu'il jugeroit à propos, établit pour supérieurs de cet -établissement les évêques d'Évreux et de Saint-Malo, l'abbé de -Marmoutier, le chancelier de l'église de Paris, et le maître -particulier du collége.</p> - -<p>Quelque temps après, Geoffroi du Plessis fonda le collége de -Marmoutier à côté de celui de Saint-Martin; et quoi qu'en aient dit Du -Breul et Corrozet, l'acte de fondation<a id="footnotetag403" name="footnotetag403"></a><a href="#footnote403" title="Lien vers la note 403"><span class="smaller">[403]</span></a> prouve qu'il ne changea -point les dispositions déjà faites en faveur de ce dernier collége -pour accroître <span class="pagenum"><a id="page523" name="page523"></a>(p. 523)</span> les avantages de sa nouvelle fondation. Sur quatre -maisons qu'il possédoit encore dans ce même endroit, il se réserva, sa -vie durant, la plus grande, qui donnoit sur la rue Chartière, et fit -don des trois autres à l'abbaye de Marmoutier: il n'y eut de commun -entre ces deux colléges que la chapelle que l'on bâtissoit.</p> - -<p>S'étant ensuite fait religieux dans cet ordre, auquel il avoit -témoigné une affection si particulière, Geoffroi profita de la faculté -qu'il s'étoit réservée par l'acte de fondation, et soumit les deux -colléges à l'abbé de Marmoutier, qui depuis en fut le seul -administrateur; puis, par son testament, réduisit à vingt-cinq bourses -les quarante qu'il avoit d'abord fondées. Ce collége de Marmoutier -subsista jusqu'en 1637, que la réforme introduite dans cette abbaye le -rendit inutile. Les bâtiments en furent vendus aux Jésuites en 1641, -pour accroître le collége de Louis-le-Grand.</p> - -<p>À l'égard de celui de Saint-Martin-du-Mont, il ne tarda pas à prendre -le nom de son fondateur: car, dans tous les actes de l'abbaye de -Sainte-Geneviève qui le concernent, il n'est indiqué, dès le -quatorzième siècle, que sous le titre de collége du Plessis. La -modicité de ses revenus occasionna une diminution successive de ses -boursiers; mais quoiqu'il se soutînt encore par la réputation que lui -avoit acquise sa discipline <span class="pagenum"><a id="page524" name="page524"></a>(p. 524)</span> et le mérite de ses professeurs, ses -bâtiments menaçoient ruine au commencement du dix-septième siècle, et -l'établissement étoit loin d'avoir en lui-même des ressources -suffisantes pour les réparer, lorsque des circonstances heureuses -vinrent tout à coup les lui procurer. Le cardinal de Richelieu avoit -eu besoin de l'emplacement du collége de Calvi pour la construction de -l'église de Sorbonne. L'équité ne permettoit pas de le détruire sans -le remplacer; aussi ce ministre ordonna-t-il, par son testament, qu'il -seroit bâti un autre collége sur le terrain enclavé entre les rues de -Sorbonne, des Noyers et des Maçons; mais les dépenses énormes -qu'auroit entraînées l'exécution d'un semblable projet en firent -changer les dispositions. En conséquence il fut convenu que les -héritiers du cardinal feroient unir un collége à la maison de -Sorbonne, et qu'ils paieroient une certaine somme pour les bâtiments -ou réparations qu'on seroit obligé d'y faire. On jeta les yeux sur -celui du Plessis, non, comme l'ont pensé quelques auteurs, à cause de -la conformité de son nom avec celui du cardinal<a id="footnotetag404" name="footnotetag404"></a><a href="#footnote404" title="Lien vers la note 404"><span class="smaller">[404]</span></a>, mais parce -qu'alors l'abbaye de Marmoutier étoit possédée par un neveu de cette -Éminence (Amador Jean-Baptiste de Vignerod), et qu'on espéroit avoir -plus facilement <span class="pagenum"><a id="page525" name="page525"></a>(p. 525)</span> son consentement que celui de tout autre. Il céda en -effet, sans aucune difficulté, son droit de supériorité sur ce collége -à la maison de Sorbonne, ainsi que tous les biens et revenus qui en -dépendoient, réservant seulement la collation des bourses, dont deux -seroient à la présentation de l'évêque d'Évreux, et deux à celle de -l'évêque de Saint-Malo. Par l'acte passé à cet effet en 1646, la -maison de Sorbonne fut tenue d'entretenir à ses frais les bâtiments, -et de faire instruire les boursiers sous la direction et -l'administration d'un principal et d'un procureur, qui seroient -docteurs ou bacheliers. C'est depuis cette époque que ce collége fut -appelé du Plessis-Sorbonne. Il soutint d'ailleurs jusqu'à la fin son -ancienne renommée, et il n'en étoit aucun dans toute l'Université où -la discipline scolastique fût mieux observée, et qui eût produit un -plus grand nombre d'élèves distingués.</p> - -<p>Dans les derniers temps, les bourses, réduites au nombre de dix, et -extrêmement médiocres, étoient à la nomination du roi<a id="footnotetag405" name="footnotetag405"></a><a href="#footnote405" title="Lien vers la note 405"><span class="smaller">[405]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Le collége de Louis-le-Grand</i> (même rue).</p> - -<p>Sans perdre de temps à discuter divers petits <span class="pagenum"><a id="page526" name="page526"></a>(p. 526)</span> faits relatifs à la -fondation de ce collége, et sur lesquels nos historiens ne sont pas -d'accord, nous dirons simplement que l'institut des Jésuites, auquel -on en doit l'établissement, ayant été approuvé, en 1540 et 1549, par -deux bulles de Paul III, S. Ignace de Loyola, fondateur de <i>la Société -de Jésus</i>, envoya sur-le-champ quelques-uns de ses disciples à Paris. -Plusieurs personnes prétendent que, dès 1540, ils demeuroient au -collége du Trésorier, et en 1542 à celui des Lombards. La première de -ces deux assertions paroît dépouillée de preuves; quant au collége des -Lombards, ils ne tardèrent pas à le quitter pour aller loger dans -l'hôtel de Clermont, qui appartenoit au cardinal du Prat. Cette -Éminence mit à les servir un vif intérêt, leur procura, avec le -logement, une honnête subsistance, et, ce qui n'étoit pas moins -important pour eux, la protection du cardinal de Lorraine. Ce fut par -les soins de celui-ci qu'ils obtinrent, en 1551, des lettres-patentes -par lesquelles Henri II permettoit leur établissement, mais à Paris -seulement. Les oppositions de l'évêque, du parlement et de -l'université suspendirent l'effet de cette faveur; soutenus par les -Guises, qui gouvernoient entièrement Catherine de Médicis et son fils -François II, les Jésuites se voyoient sur le point de triompher de ces -obstacles, lorsque la mort du jeune monarque vint leur susciter <span class="pagenum"><a id="page527" name="page527"></a>(p. 527)</span> des -obstacles nouveaux. Malgré les différentes lettres de jussion -adressées au parlement par Charles IX, la cour jugea qu'avant de les -vérifier il étoit à propos de renvoyer les Jésuites devant l'assemblée -générale du clergé, qui se tint à Poissi en 1561, pour y faire -approuver leur institut. C'est là qu'ils furent enfin admis en France -sous certaines conditions, à titre de société et de collége; et comme -le parlement ne consentit à l'enregistrement qu'en 1562, c'est cette -dernière date qu'on peut regarder comme celle du véritable -établissement légal des Jésuites à Paris; celui de leur collége est -encore postérieur, quoique Dubreul et ceux qui l'ont suivi en marquent -l'institution en 1550.</p> - -<p>Le projet du cardinal du Prat avoit toujours été de procurer à ces -pères un collége à Paris; et ce fut dans cette intention qu'à sa mort, -arrivée en 1560, il leur laissa plusieurs legs considérables, -indépendamment des donations qu'il leur avoit déjà faites. Dès qu'ils -en eurent obtenu la possession, jaloux de remplir l'intention du -fondateur, ils cherchèrent un emplacement convenable, et achetèrent en -1563 un grand hôtel situé dans la rue Saint-Jacques, et connu sous le -nom de la <i>cour de Langres</i><a id="footnotetag406" name="footnotetag406"></a><a href="#footnote406" title="Lien vers la note 406"><span class="smaller">[406]</span></a>. Cette acquisition <span class="pagenum"><a id="page528" name="page528"></a>(p. 528)</span> fut amortie en -1564. Alors, munis de la simple permission du recteur de l'Université, -et des lettres de scolarité qu'il leur fit expédier la même année, ils -commencèrent à ouvrir leurs cours, et donnèrent à leur maison le nom -de <i>collége de Clermont de la Société de Jésus</i>. Mais à peine -avoient-ils commencé à professer qu'un nouveau recteur leur défendit -l'exercice des classes, défense contre laquelle ils crurent devoir -s'élever, et qui les jeta dans de nouveaux embarras et dans -d'interminables contestations. Heureusement pour eux la cause fut -appointée; et ces pères, en attendant la décision, se trouvèrent -autorisés à continuer les leçons publiques qu'ils avoient commencées. -Les talents supérieurs et la célébrité des professeurs qu'ils -employoient attirèrent bientôt dans leur collége un si grand nombre -d'écoliers, tant externes que pensionnaires, qu'il fallut penser à en -augmenter les bâtiments. Les Jésuites achetèrent à cet effet plusieurs -maisons voisines en 1578 et 1582. Ils firent, dans cette dernière -année, construire une chapelle, dont la première pierre fut posée par -Henri III. Tous ces édifices furent reconstruits en 1628.</p> - -<p>Ce collége s'est successivement agrandi par l'acquisition d'une ruelle -et de quelques autres maisons, mais principalement par celle du -collége de Marmoutier, dont nous avons déjà parlé, <span class="pagenum"><a id="page529" name="page529"></a>(p. 529)</span> et du collége du -Mans, dont ils ne prirent possession qu'en 1682, cinquante-sept ans -après le marché qu'ils en avoient fait. Ils y furent autorisés par un -arrêt du conseil de cette même année. Louis XIV, qui confirma cette -acquisition par ses lettres-patentes, voulut en payer le prix de ses -propres deniers<a id="footnotetag407" name="footnotetag407"></a><a href="#footnote407" title="Lien vers la note 407"><span class="smaller">[407]</span></a>; et, pour mettre le comble à ses bienfaits, il -leur fit expédier des lettres nouvelles, par lesquelles il déclaroit -le collége des jésuites de fondation royale. Même avant cette dernière -faveur, ces pères avoient déjà ôté l'inscription placée sur leur porte -principale, <i lang="la">Collegium Claromontanum Societatis Jesu</i>, pour y -substituer celle de <i lang="la">Collegium Ludovici Magni</i>.</p> - -<p>Les jésuites continuèrent de professer dans ce collége, rivalisant de -zèle et de succès avec les plus célèbres institutions de l'Université, -jusqu'en 1763, époque de la destruction de leur ordre, événement qui -fut si fatal à la France et à toute la chrétienté. Alors les bâtiments -qu'ils avoient occupés furent donnés à l'Université par -lettres-patentes de la même année, pour y tenir ses assemblées et -former un collége général, auquel ont été réunis les boursiers de tous -les colléges où il n'y avoit pas plein et entier exercice<a id="footnotetag408" name="footnotetag408"></a><a href="#footnote408" title="Lien vers la note 408"><span class="smaller">[408]</span></a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page530" name="page530"></a>(p. 530)</span> Le temporel de ce collége étoit régi par une administration dont les -membres, nommés par le roi, avoient pour président le -grand-aumônier<a id="footnotetag409" name="footnotetag409"></a><a href="#footnote409" title="Lien vers la note 409"><span class="smaller">[409]</span></a>.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">TABLEAUX.</p> - - <p>Sur le maître-autel, trois tableaux, représentant, l'un, - Jésus-Christ au milieu des docteurs; les deux autres, saint - Charlemagne et saint Louis; par <i>Restout</i>.</p> -</div> - -<p class="p2 center"><i>Collége des Cholets</i> (rue des Cholets).</p> - -<p>Nos historiens, qui varient beaucoup entre eux sur la date de la -fondation de ce collége, <span class="pagenum"><a id="page531" name="page531"></a>(p. 531)</span> s'accordent tous à dire que le cardinal Jean -Cholet, légat en France, avoit légué, par son testament, en 1289, une -somme de 6000 liv., pour fournir aux frais de la croisade publiée -contre Pierre d'Aragon; qu'étant mort le 2 août 1292, et la guerre -étant terminée, ses exécuteurs testamentaires employèrent cette somme -à l'établissement d'un collége. Il est assez difficile de croire qu'en -1289 Jean Cholet ait destiné une somme quelconque au succès d'une -expédition contre un prince qui étoit mort quatre ans avant la date de -ce testament; quoi qu'il en soit, une partie de ses biens fut -effectivement employée à cette fondation. Jean de Bulles, archidiacre -du Grand-Caux dans l'église de Rouen, et l'un des exécuteurs du -testament de cette Éminence, offrit la maison où il demeuroit, -vis-à-vis la chapelle Saint-Symphorien, et même en céda gratuitement -la moitié, ce qui lui mérita d'être considéré comme second fondateur -de ce collége. Il faut, suivant Jaillot, fixer cet événement à l'année -1291. On joignit bientôt à cette première acquisition celle d'une -maison voisine, et les droits d'indemnité en furent payés à l'abbaye -Sainte-Geneviève en 1295, seconde date qui a induit en erreur le plus -grand nombre de ceux qui ont parlé de cette fondation.</p> - -<p>Ce collége avoit été fondé seulement pour seize boursiers -théologiens; mais les exécuteurs <span class="pagenum"><a id="page532" name="page532"></a>(p. 532)</span> testamentaires étant morts, le -cardinal Le Moine, qui leur fut substitué, confirma les statuts, -ajouta quatre boursiers dont l'emploi étoit de célébrer l'office -divin, et fit acheter une maison adjacente pour y placer vingt -boursiers grammairiens. Tous ces boursiers devoient être pris dans les -diocèses d'Amiens et de Beauvais.</p> - -<p>Quoique le cardinal eût nommé quatre chapelains, cependant il n'y -avoit point de chapelle dans ce collége, et l'office se faisoit dans -celle de Saint-Symphorien. Ce fut seulement en 1504 que, du -consentement de l'évêque et de l'abbé de Sainte-Geneviève, on en fit -bâtir une qui fut dédiée sous l'invocation de sainte Cécile, en -mémoire du fondateur, cardinal, prêtre du titre de sainte Cécile. Le -collége des Cholets, qui étoit sans exercice, fut réuni, en 1763, à -celui de l'Université<a id="footnotetag410" name="footnotetag410"></a><a href="#footnote410" title="Lien vers la note 410"><span class="smaller">[410]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége et communauté de Sainte-Barbe</i> (rue de Reims).</p> - -<p>Ce sont deux établissements différents formés <span class="pagenum"><a id="page533" name="page533"></a>(p. 533)</span> dans le même lieu, mais -dans des temps divers. Plusieurs de nos historiens se sont trompés sur -la date de la fondation du collége, qu'ils font moins ancienne qu'elle -ne l'est de plus de cent ans. L'abbé Lebeuf, qui la place avec raison -en 1430, prétend que ce collége n'entra en plein exercice que vers -1500. Cependant, si l'on en croit D. Félibien<a id="footnotetag411" name="footnotetag411"></a><a href="#footnote411" title="Lien vers la note 411"><span class="smaller">[411]</span></a>, Jean Hubert, -docteur en droit canon, qui le fonda sur un emplacement pris à cens de -l'abbaye Sainte-Geneviève<a id="footnotetag412" name="footnotetag412"></a><a href="#footnote412" title="Lien vers la note 412"><span class="smaller">[412]</span></a>, y plaça dès le principe des -professeurs amovibles: on en a compté jusqu'à quatorze, dont neuf -enseignoient les humanités, quatre la philosophie, et un la langue -grecque. Toutefois on ne trouve point qu'il eût de dotation dès son -origine; et on le considéroit moins alors comme un collége proprement -dit que comme une maison louée par des professeurs qui donnoient des -leçons générales dans les salles, et recevoient dans les chambres -quelques élèves auxquels ils accordoient des soins particuliers. Cet -établissement portoit dès-lors le nom de <i>Sainte-Barbe</i>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page534" name="page534"></a>(p. 534)</span> Il arriva, en 1556, que Robert Dugast, aussi docteur régent en droit -canon, ayant acquis les quatre cinquièmes de cette maison, forma le -projet d'y établir un collége régulier. Par l'acte de cette fondation, -daté de cette même année, il institua un principal, un chapelain et un -procureur, tous les trois prêtres ou sur le point de l'être, et qui -devoient être des diocèses d'Évreux, de Rouen, de Paris ou d'Autun. La -nomination des boursiers, qui étoient au nombre de quatre, fut -réservée au plus ancien conseiller-clerc du parlement, au chancelier -de l'église et université de Paris, et au doyen des professeurs en -droit. Les biens qu'il affecta à cet établissement furent amortis par -des lettres de Henri II, données dans la même année 1556.</p> - -<p>Il paroît certain qu'il y eut dans ce collége un plein exercice, -lequel y subsista jusqu'à ces temps malheureux de nos guerres de -religion, où tant d'institutions furent altérées ou détruites. Il fut -alors interrompu, et les leçons n'y ont jamais été rétablies. La -mauvaise situation des affaires de ce collége le força même, dans le -siècle suivant, de vendre à l'Université une partie de son -emplacement, pour acquitter les dettes qu'il avoit contractées. Par -cet acte, qui est de 1687, cette compagnie s'engagea à lui payer la -somme de 48,750 livres, tant pour le libérer de ses créanciers, que -pour <span class="pagenum"><a id="page535" name="page535"></a>(p. 535)</span> lui procurer les moyens de bâtir une chapelle<a id="footnotetag413" name="footnotetag413"></a><a href="#footnote413" title="Lien vers la note 413"><span class="smaller">[413]</span></a>.</p> - -<p>Ce fut vers ce temps-là que se forma la communauté annexée depuis à ce -collége. Un docteur de Sorbonne, nommé Germain Gillot, avoit sacrifié -une partie considérable de sa fortune pour fournir à la subsistance -d'un certain nombre d'étudiants qu'il faisoit élever dans différents -colléges. M. Thomas Durieux, aussi docteur de Sorbonne, l'un des -élèves de M. Gillot, et son successeur dans cet acte de charité, -voyant l'Université devenir propriétaire de la plus grande partie du -collége de Sainte-Barbe, profita de cette occasion pour en louer les -bâtiments, ainsi que ceux qui étoient restés à ce collége, et y -rassembla en 1588 tout son petit troupeau sous le nom de <i>Communauté -de Sainte-Barbe</i>. Depuis, ayant été nommé principal du collége du -Plessis, cet homme respectable se trouva dans une situation à donner -des soins encore plus assidus à ses enfants d'adoption, qui venoient -prendre des leçons dans ce collége, et qui n'ont point cessé d'y être -reçus jusque dans les derniers temps.</p> - -<p>L'institution de Sainte-Barbe se faisoit tellement remarquer par la -sévérité de sa discipline et par le succès de ses études, que, dans -le <span class="pagenum"><a id="page536" name="page536"></a>(p. 536)</span> siècle dernier, elle attira l'attention du monarque. Louis XV -voulant en 1730 donner à ce collége des marques éclatantes d'une -protection spéciale, daigna s'attribuer la nomination à la -supériorité, qu'il réunit avec la principalité du collége du Plessis, -sous l'inspection particulière de l'archevêque de Paris. Au moment de -la révolution, la communauté de Sainte-Barbe étoit encore composée, -indépendamment des anciens boursiers, de trente-six théologiens, -auxquels étoient attachés un supérieur local et trois maîtres chargés -des conférences; de quarante-huit philosophes, sous un supérieur local -et quatre maîtres; enfin de cent douze humanistes, conduits par douze -maîtres particuliers.</p> - -<p>Saint Ignace de Loyola, qu'on nommoit alors <i>Inigo</i>, avoit fait ses -études dans ce collége. On y a vu professer plusieurs hommes célèbres, -entre autres, Jean-François Fernel, premier médecin de Henri II, et -George Buchanan, poëte et historien.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Le collége de Coqueret</i> (rue Chartière).</p> - -<p>Il y a une telle obscurité répandue sur l'origine de ce collége, qu'il -étoit impossible d'assurer même qu'il ait jamais existé. Du -Breul<a id="footnotetag414" name="footnotetag414"></a><a href="#footnote414" title="Lien vers la note 414"><span class="smaller">[414]</span></a>, copié par Piganiol et autres, nous apprend seulement <span class="pagenum"><a id="page537" name="page537"></a>(p. 537)</span> que -Nicole Cocquerel (ou plutôt Coqueret) avoit tenu de petites écoles -dans la basse-cour de l'hôtel de Bourgogne; qu'il vendit ce lieu à -Simon Dugast; et que celui-ci eut pour successeur dans la principalité -du collége Robert Dugast, son neveu, fondateur du collége de -Sainte-Barbe. Ce récit, qui souffre lui-même beaucoup de -difficultés<a id="footnotetag415" name="footnotetag415"></a><a href="#footnote415" title="Lien vers la note 415"><span class="smaller">[415]</span></a>, n'est pas suffisant sans doute pour éclaircir -l'histoire d'un établissement dans lequel on ne voit, pendant -plusieurs siècles, ni principal ni boursiers. Dès 1571 la maison avoit -été saisie: elle fut depuis judiciairement vendue une seconde fois, et -n'a point cessé d'appartenir à des particuliers. À la fin du siècle -dernier, il n'en restoit plus qu'un petit bâtiment rue Chartière, dans -lequel s'étoit établie une manufacture de carton.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Reims</i> (rue des Sept-Voies).</p> - -<p>Ce collége doit son origine à Gui de Roye, archevêque de Reims, qui en -ordonna la fondation par son testament, en 1409, année de sa -mort<a id="footnotetag416" name="footnotetag416"></a><a href="#footnote416" title="Lien vers la note 416"><span class="smaller">[416]</span></a>. On voit par cet acte que l'intention de <span class="pagenum"><a id="page538" name="page538"></a>(p. 538)</span> ce prélat étoit -d'y mettre, par préférence, des sujets nés dans les terres affectées à -la mense archiépiscopale de Reims, dans sa terre de Roye, ou dans -celle de Murel. Cette disposition testamentaire, contestée d'abord par -ses héritiers, fut maintenue par une transaction qu'ils passèrent avec -les écoliers de Reims<a id="footnotetag417" name="footnotetag417"></a><a href="#footnote417" title="Lien vers la note 417"><span class="smaller">[417]</span></a>, alors étudiants à Paris, et qui étoient -destinés à remplir les bourses. Ceux-ci firent en conséquence -l'acquisition de l'hôtel de Bourgogne, qui leur fut vendu le 12 mai -1412 par Philippe, comte de Nevers et de Rhétel. En 1414 on institua -un maître particulier, un chapelain et un procureur dans ce collége. -Les troubles qui agitèrent Paris quelques années après pensèrent -l'anéantir presqu'au moment où il venoit d'être établi; en 1418 il fut -pillé, presque détruit, et demeura désert jusqu'en 1443, que Charles -VII le rétablit, et y annexa le collége de Rhétel qui tomboit en -ruines.</p> - -<p>Ce collége de Rhétel n'étoit ni voisin de celui de Reims, ni contigu, -comme l'ont dit plusieurs auteurs: il étoit situé dans la rue des -Poirées. Gaultier de Launoi l'avoit créé pour les écoliers du -Rhételois, et Jeanne de Bresle y avoit fondé depuis quatre bourses -pour des écoliers du comté <span class="pagenum"><a id="page539" name="page539"></a>(p. 539)</span> de Porcien. Lors de l'union, presque tout -le revenu de ce collége étoit dissipé; alors il n'y avoit même plus de -boursiers.</p> - -<p>Cette union soutint pendant quelque temps le collége de Reims, dont -l'administration supérieure passa entre les mains de l'archevêque. -Toutefois il tomba successivement dans un état si misérable, qu'en -1699 il étoit déjà sans boursiers, et qu'en 1720 il n'y restoit que -deux officiers. M. le cardinal de Mailli, archevêque de Reims, -entreprit alors de le rétablir, et chargea de ce soin M. Le Gendre, -chanoine de Notre-Dame, qui dressa des statuts, établit dans ce -collége un principal, un chapelain, et trouva le moyen d'y réunir huit -boursiers pris dans les lieux désignés par les fondateurs. En 1745 on -en reconstruisit la façade, et en 1763 il fut réuni à celui de -l'Université.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de la Merci</i> (même rue).</p> - -<p>Presque tous nos historiens ont placé l'érection de ce collége en -1520. Jaillot lui donne cinq ans de plus d'ancienneté. Il dit que -Nicolas Barrière, bachelier en théologie, et procureur général de -l'ordre de la Merci, désirant procurer aux religieux de son ordre la -facilité d'étudier à Paris, traita avec Alain d'Albret, comte de -Dreux, d'une place et d'une masure qui faisoient <span class="pagenum"><a id="page540" name="page540"></a>(p. 540)</span> partie de son hôtel, -et que le contrat en fut passé à Dreux le 15 mai 1515<a id="footnotetag418" name="footnotetag418"></a><a href="#footnote418" title="Lien vers la note 418"><span class="smaller">[418]</span></a>. Cet -établissement n'eut pas une longue durée; car dès 1611 il n'y avoit -plus dans la maison qu'un seul religieux, et la chapelle abandonnée -étoit entièrement découverte. Ce collége, dans le siècle dernier, -n'étoit plus qu'un hospice de la maison de cet ordre établie rue du -Chaume<a id="footnotetag419" name="footnotetag419"></a><a href="#footnote419" title="Lien vers la note 419"><span class="smaller">[419]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Fortet</i> (même rue).</p> - -<p>Pierre Fortet, chanoine de l'église de Paris, avoit ordonné, par son -testament du 12 août 1391, la fondation d'un collége où il y auroit un -principal et huit boursiers<a id="footnotetag420" name="footnotetag420"></a><a href="#footnote420" title="Lien vers la note 420"><span class="smaller">[420]</span></a>, et destiné pour l'emplacement de -cette institution une maison appelée <i>les Caves</i>, située au bout de la -rue des Cordiers; mais il ne voulut point que ce projet fût réalisé de -son vivant, et mourut en 1394, laissant ce soin à ses exécuteurs -testamentaires.</p> - -<p>Ceux-ci offrirent au chapitre Notre-Dame la commission de remplir la -volonté du testateur: le chapitre l'accepta, et ne trouvant pas la -maison <span class="pagenum"><a id="page541" name="page541"></a>(p. 541)</span> léguée propre à établir un collége, il acquit, en 1397, de M. -de Listenoi, seigneur de Montaigu, une maison qu'il possédoit rue des -Sept-Voies, et la fit disposer telle qu'elle devoit être pour une -semblable institution. On nomma le principal, les boursiers, et on -leur donna des statuts le 10 avril de la même année.</p> - -<p>Aux bourses fondées originairement dans ce collége plusieurs -particuliers en ajoutèrent successivement onze nouvelles. Dès l'an -1560 les bâtiments en avoient été reconstruits: on l'augmenta encore -depuis, en y joignant l'hôtel des évêques de Nevers et celui de -Marli-le-Châtel<a id="footnotetag421" name="footnotetag421"></a><a href="#footnote421" title="Lien vers la note 421"><span class="smaller">[421]</span></a>.</p> - -<p>La chapelle étoit sous l'invocation de saint Geraud, en son vivant -seigneur d'Aurillac<a id="footnotetag422" name="footnotetag422"></a><a href="#footnote422" title="Lien vers la note 422"><span class="smaller">[422]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Montaigu</i> (même rue).</p> - -<p>Il est redevable de sa fondation à la maison des Aycelin, plus connue -sous le nom de Montaigu, illustre par son ancienneté et par les -dignités qui furent la preuve et la récompense de ses services. Gilles -Aycelin, archevêque de Rouen et garde des sceaux, en fut le premier -fondateur. <span class="pagenum"><a id="page542" name="page542"></a>(p. 542)</span> Propriétaire de plusieurs maisons dans les rues des -Sept-Voies et de Saint-Symphorien, il chargea, par son testament du 13 -décembre 1314, Albert Aycelin, évêque de Clermont, son héritier, de -loger de pauvres écoliers dans une partie de ces bâtiments, et de -louer ou de vendre les autres pour fournir à leur subsistance.</p> - -<p>L'évêque de Clermont se conforma aux volontés de son oncle, et soutint -cet établissement jusqu'à sa mort, arrivée en 1328. Gilles et Pierre -Aycelin ses frères furent alors chargés de le diriger; mais les -circonstances où ils se trouvoient<a id="footnotetag423" name="footnotetag423"></a><a href="#footnote423" title="Lien vers la note 423"><span class="smaller">[423]</span></a> ne leur permirent point de -s'en occuper, et ce collége resta pendant près de quarante ans privé -de chef et de protecteur. Cependant les biens destinés à la fondation -se dissipoient, les bâtiments tomboient en ruines, lorsque Pierre -Aycelin, qui, de prieur de Saint-Martin-des-Champs, étoit devenu -successivement évêque de Nevers, de Laon, cardinal et ministre d'état, -voulut, par ses bienfaits, relever cette institution d'une ruine qui -sembloit inévitable, et fonda six boursiers, dont deux devoient être -prêtres, et les quatre autres clercs étudiants en droit canon ou en -théologie.</p> - -<p>Cette fondation, portée dans le testament du <span class="pagenum"><a id="page543" name="page543"></a>(p. 543)</span> cardinal de Laon, daté -du 7 novembre 1387, fut d'abord attaquée par Louis Aycelin de Montaigu -de Listenoi son neveu; mais il ne tarda pas à se rétracter, ce qu'il -fit à la sollicitation de son oncle maternel, Bernard de La Tour, -évêque de Langres, et du cardinal de Thérouenne, et consentit à -l'exécution des volontés du testateur, sous la condition que ce -collége porteroit le nom de Montaigu, que les armes de cette maison -seroient placées sur la porte principale, et que les boursiers, -suivant l'intention du cardinal de Laon, seroient pris, de préférence, -dans le diocèse de cette ville.</p> - -<p>Les statuts, dressés en 1402 par Philippe de Montaigu, évêque d'Évreux -et de Laon, et l'un des exécuteurs testamentaires du cardinal, -soumirent ce collége à l'autorité du chapitre de Notre-Dame, et d'un -des descendants du fondateur; mais, soit que l'inspection en eût été -négligée, soit que la modicité des revenus n'eût pas permis de faire -les dépenses nécessaires pour les réparations, avant la fin du siècle -les bâtiments menaçoient, pour la seconde fois, d'une ruine prochaine, -et il ne restoit plus aucune ressource pour les réparer.</p> - -<p>Tel étoit l'état déplorable de ce collége, auquel, dit un -historien<a id="footnotetag424" name="footnotetag424"></a><a href="#footnote424" title="Lien vers la note 424"><span class="smaller">[424]</span></a>, il restoit à peine <span class="pagenum"><a id="page544" name="page544"></a>(p. 544)</span> 11 sous de rente, lorsque le -chapitre Notre-Dame en donna, en 1483, la principauté au célèbre Jean -Standonc<a id="footnotetag425" name="footnotetag425"></a><a href="#footnote425" title="Lien vers la note 425"><span class="smaller">[425]</span></a>. Il parvint, par son zèle et par des travaux assidus, à -soutenir cet établissement, ou, pour mieux dire, il en fut le second -fondateur. Un projet grand et utile se présenta d'abord à sa pensée: -ce fut d'y former une société d'ecclésiastiques capables de remplir -toutes les fonctions du saint ministère, d'instruire la jeunesse et -d'annoncer les vérités de l'évangile par toute la terre. Ses -ressources étoient loin d'égaler son dévouement et sa charité: il en -trouva dans la pieuse libéralité de l'amiral de Graville et du vicomte -de Rochechouart. Les offres que ces deux seigneurs firent au chapitre -de Notre-Dame, de rétablir les bâtiments, de faire construire une -chapelle, d'y fonder deux chapelains, et d'entretenir douze boursiers, -furent acceptées avec reconnoissance, et ratifiées par un acte du 16 -avril 1494; l'année suivante, le service divin fut célébré dans la -nouvelle chapelle qu'on venoit de faire construire.</p> - -<p>Ces boursiers devoient faire un corps séparé de ceux qui formoient le -collége: car Jean Standonc n'avoit voulu créer cette communauté qu'en -faveur des pauvres; et en effet les réglements <span class="pagenum"><a id="page545" name="page545"></a>(p. 545)</span> qu'il fit annoncent -l'extrême pauvreté et la vie austère de ceux qui la composoient. Dans -les commencements, ils alloient aux Chartreux recevoir avec les -indigents le pain que ces religieux faisoient distribuer à la porte de -leur monastère; la nourriture qu'on leur donna ensuite consistoit en -pain, légumes, œufs ou harengs, le tout en très-petite quantité. Ils -ne mangeoient jamais de viande, ne buvoient point de vin. Leur -habillement se composoit d'une cape de drap brun très-grossier, fermée -par devant, et d'un camail fermé devant et derrière; ce qui les fit -appeler les <i>pauvres capettes de Montaigu</i>.</p> - -<p>Il paroît, par les réglements, qu'il y avoit alors dans cette -communauté quatre-vingt-quatre pauvres écoliers, en l'honneur des -douze apôtres et des soixante-douze disciples, de plus le maître, -appelé le <em>père</em> ou <em>ministre des pauvres</em>, le procureur et deux -correcteurs. Ces officiers devoient être présentés par le prieur des -Chartreux, et constitués par le grand-pénitencier de l'église de -Paris.</p> - -<p>L'austérité de ces statuts fut adoucie depuis, principalement par un -nouveau réglement homologué au parlement en 1744, en vertu duquel les -boursiers furent dispensés de réciter certains offices, et obtinrent -la permission de faire gras à midi seulement: le soir, ils ne -prenoient qu'une collation très-frugale.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page546" name="page546"></a>(p. 546)</span> Le collége de Montaigu s'augmenta depuis considérablement par les -libéralités de plusieurs personnes, et par les acquisitions que ces -dons lui permirent de faire des hôtels ou colléges du -Mont-Saint-Michel, de Vezelai, etc., et de celui des évêques -d'Auxerre. Ce collége étoit de plein exercice; et dans les derniers -temps le nombre des bourses s'élevoit à près de soixante<a id="footnotetag426" name="footnotetag426"></a><a href="#footnote426" title="Lien vers la note 426"><span class="smaller">[426]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Le collége d'Hubant</i> ou <i>de l'Ave-Maria</i> (rue de la -Montagne-Sainte-Geneviève).</p> - -<p>Ce collége fut fondé, en 1336, par Jean de Hubant, conseiller du roi, -dans une maison qu'il avoit achetée du monarque lui-même dès 1327. Il -y établit et fonda quatre bourses en faveur de quatre pauvres -étudiants, affectant à leur entretien une maison située rue des -Poirées, une autre sise au cloître Sainte-Geneviève, et la troisième -partie des dîmes du territoire de Sormillier. L'abbé, le prieur de -Sainte-Geneviève et le grand-maître du collége de Navarre furent -nommés pour faire exécuter cette fondation.</p> - -<p>Jaillot pense qu'elle fut faite dans la maison de la rue -Sainte-Geneviève, où ce collége resta établi jusqu'au moment de sa -réunion. Cependant <span class="pagenum"><a id="page547" name="page547"></a>(p. 547)</span> le censier de Sainte-Geneviève de 1380 n'en parle -point à l'article de cette rue; mais à celui de la rue des -<i>Almandiers</i> on lit: «Les écoliers de Hubant, pour leur maison à -l'Image-Notre-Dame......... tenant d'un côté à Jean de Chevreuse, -d'autre, au jardin du comte de Blois.» On voit par le même censier -qu'ils avoient deux autres maisons joignant celle-ci, et une troisième -vis-à-vis. Quant au nom de l'<i>Image-Notre-Dame</i> que portoit celle que -nous venons de citer, il lui fut donné parce qu'au-dessus de la porte -il y avoit une figure de la Vierge, aux pieds de laquelle étoient -écrits ces deux premiers mots de la salutation angélique, <i>Ave Maria</i>; -cette inscription ne tarda pas à devenir le nom du collége, et fit -presque oublier celui du fondateur.</p> - -<p>Ce collége avoit été réuni à celui de l'Université.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége des Grassins</i> (rue des Amandiers).</p> - -<p>Il doit son origine à M. Pierre Grassin, sieur d'Ablon, conseiller au -parlement: ce magistrat laissa, par son testament du 16 octobre 1569, -une somme de 30,000 livres, laquelle devoit être employée selon la -disposition de M. Thierri Grassin, son frère et son exécuteur -testamentaire, et par le conseil de M. Le Cirier, évêque <span class="pagenum"><a id="page548" name="page548"></a>(p. 548)</span> d'Avranches, -à fonder un collége de pauvres; ou s'il le trouvoit plus convenable, à -bâtir sur l'eau une maison pour les pauvres malades. En cas que son -fils vînt à mourir sans enfants, la somme destinée à cette fondation -devoit être doublée. Celui-ci ne survécut pas long-temps à son père, -et augmenta la fondation de 1200 liv. L'exécuteur testamentaire, -Thierri Grassin, s'étant décidé à faire bâtir un collége, acheta, le -26 avril 1571, de M. de Mesmes, une partie de l'hôtel d'Albret, -consistant en une grande maison et deux petites contiguës à la -première. Les 1er et 15 mai suivants, il acheta encore quatre autres -maisons voisines. À ces acquisitions, qui remplissoient les intentions -des fondateurs, il ajouta ses propres bienfaits, et acheva de -consolider cet établissement en lui léguant sa bibliothèque, et -environ 3,000 livres de rente.</p> - -<p>Les bâtiments de ce collége ne furent achevés qu'en 1574, quoique la -première acquisition pût en faire remonter l'origine jusqu'en 1571, -date qu'a donnée de préférence l'abbé Lebeuf. La chapelle fut bénite -en 1578, sous l'invocation de la Vierge.</p> - -<p>En 1696 on transporta, comme nous l'avons déjà dit, dans ce collége la -fondation faite quelques années auparavant dans celui des Lombards, en -faveur des pauvres étudiants irlandois. Ils y restèrent jusqu'en -1710, qu'un arrêt du <span class="pagenum"><a id="page549" name="page549"></a>(p. 549)</span> parlement les fit retourner dans leur premier -domicile.</p> - -<p>La fondation primitive du collége des Grassins avoit été faite pour un -principal, un chapelain, six grands boursiers et douze petits: vers la -fin du dix-septième siècle, le mauvais état du temporel de cette -maison mit dans la nécessité de suspendre douze de ces bourses, -jusqu'au moment où l'acquittement des dettes permettroit de les -rétablir. Ce moment fut accéléré par les libéralités de M. Pierre -Grassin, seigneur d'Arci, directeur général des monnoies de France, -libéralités qui furent assez grandes pour rendre à ce collége toute -son ancienne splendeur. Les bourses, destinées de préférence aux -pauvres écoliers de Sens et des environs, étoient à la collation de -l'archevêque de cette ville<a id="footnotetag427" name="footnotetag427"></a><a href="#footnote427" title="Lien vers la note 427"><span class="smaller">[427]</span></a>.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.</p> - -<p class="center smcap">TABLEAUX.</p> - - <p>Sur le maître-autel, Notre Seigneur bénissant des petits enfants; - par <i>Hallé</i>.</p> - - <p>Sur la porte de la sacristie, la Résurrection du fils de la veuve - de Naïm; par <i>Simon Vouet</i>.</p> - - <p>Vis-à-vis, le Départ de Tobie; par <i>Lebrun</i>.</p> -</div> - -<p>Le collége des Grassins étoit de plein exercice.</p> - - -<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page550" name="page550"></a>(p. 550)</span> <i>Écoles de droit</i> (place Sainte-Geneviève).</p> - -<p>On sait que les Francs, devenus maîtres de cette partie des Gaules à -laquelle ils ont donné leur nom, continuèrent de s'y gouverner par -leurs lois et leurs coutumes, laissant aux peuples conquis les lois -sous lesquelles ils avoient vécu depuis la conquête de Jules-César.</p> - -<p>C'est un préjugé généralement reçu que tous ces peuples vivoient sous -la loi romaine: cependant nous apprenons, d'un écrivain presque -contemporain<a id="footnotetag428" name="footnotetag428"></a><a href="#footnote428" title="Lien vers la note 428"><span class="smaller">[428]</span></a>, qu'il y avoit alors dans les Gaules bien d'autres -codes, et que la multiplicité des lois et des priviléges personnels y -étoit telle, que ce n'étoit pas seulement une région ou une cité qui -se partageoit en plusieurs législations, mais que, dans l'intérieur -même d'une maison, il ne se trouvoit pas souvent deux personnes qui -vécussent sous la même loi. Il n'est pas besoin de dire qu'il s'agit -ici, non des lois politiques qui établissent la forme du gouvernement, -mais de ces lois purement civiles qui règlent la possession des biens, -la manière de les acquérir et de les perdre, la forme des procédures, -la grandeur relative des crimes, les moyens de les réparer et de les -punir, la capacité ou l'incapacité <span class="pagenum"><a id="page551" name="page551"></a>(p. 551)</span> des personnes pour remplir telles -ou telles fonctions, l'âge auquel on commençoit à jouir de ses droits -comme membre de la société, la nature des alliances, etc.</p> - -<p>Toutefois au milieu de ces lois conservées aux vaincus, celles que -l'empereur Théodose avoit rassemblées au cinquième siècle, et qui se -composoient de toutes les ordonnances portées par ses prédécesseurs, -étoient en effet les plus généralement répandues; et nous apprenons de -Grégoire de Tours que l'on faisoit étudier trois choses aux enfants de -qualité, Virgile, l'arithmétique, et les lois Théodosiennes<a id="footnotetag429" name="footnotetag429"></a><a href="#footnote429" title="Lien vers la note 429"><span class="smaller">[429]</span></a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page552" name="page552"></a>(p. 552)</span> Quant aux conquérants, ils vivoient sous le régime de leurs propres -lois, lois également très-nombreuses et très-variées, mais qui -néanmoins, <span class="pagenum"><a id="page553" name="page553"></a>(p. 553)</span> sous les noms divers de <i>Salique</i>, <i>Gombette</i>, ou -<i>Ripuaire</i>, présentent toutes ce caractère commun à la jurisprudence -de ces peuples barbares, qu'il y a <em>composition</em> pour toute espèce de -violation de la loi, c'est-à-dire que tout délit, de quelque nature -qu'il puisse être, y est évalué et <em>amendable</em> en argent.</p> - -<p>Charlemagne n'osa point toucher à ce code que les Francs considéroient -comme le titre le plus précieux de leur noblesse et la sauve-garde de -leurs libertés. Tous ses efforts tendirent seulement à le rendre moins -imparfait; et tel fut l'objet de ses fameux <em>capitulaires</em>, qui ne -présentent point, ainsi que plusieurs l'ont pensé, une législation -nouvelle, les premiers n'étant en grande partie que des recueils -d'interprétations des anciennes lois, et, comme s'exprime l'archevêque -Hincmar, d'arrêts rendus sur contestations en matières de lois. On y -trouve aussi des explications et des répétitions de lois déjà -établies, des réglements de police, des dispositions temporaires sur -l'administration de l'état, etc. Ce n'est que dans le dernier que l'on -voit enfin paroître des lois nouvelles et la réformation de celles qui -les avoient précédées.</p> - -<p>Toutefois, il ne faut pas croire que le monarque promulguât ces lois -nouvelles de sa propre et seule volonté, et selon son bon plaisir: ce -n'étoit que dans le <em>plaid général</em> et du consentement <em>de tous</em> <span class="pagenum"><a id="page554" name="page554"></a>(p. 554)</span> que -se faisoient ces <em>capitules</em>, et qu'ils acquéroient force de loi<a id="footnotetag430" name="footnotetag430"></a><a href="#footnote430" title="Lien vers la note 430"><span class="smaller">[430]</span></a>. -Louis-le-Débonnaire et Charles-le-Chauve, qui y firent de nombreuses -additions, y observèrent ces mêmes formalités, qui en étoient la -sanction nécessaire et sans laquelle ils eussent été de nul effet. La -noblesse françoise vécut sous cette législation, jusqu'à l'époque où, -le vasselage dégénérant de sa première institution, on vit commencer -l'anarchie féodale et la souveraineté usurpée des grands et des petits -vassaux.</p> - -<p>Cependant les lois Théodosiennes, promulguées en 438, avoient été -augmentées dans le siècle suivant par Justinien I<sup>er</sup>. Il y joignit -d'abord, en 534, les décisions des jurisconsultes sur diverses -matières de législation; en 541, il y ajouta les nouvelles -constitutions publiées sous son règne; et cette compilation nouvelle, -devenue la loi écrite de tous les peuples soumis à son autorité, fut -connue sous le nom de <i>Pandectes</i> ou <i>Digeste</i>.</p> - -<p>Cette collection, négligée dans l'Orient même, aussitôt après la mort -de Justinien<a id="footnotetag431" name="footnotetag431"></a><a href="#footnote431" title="Lien vers la note 431"><span class="smaller">[431]</span></a>, perdue <span class="pagenum"><a id="page555" name="page555"></a>(p. 555)</span> dans la suite des temps, et entièrement -oubliée, fut retrouvée en 1133, au siége de la ville d'Amalfi par -l'empereur Lothaire II. Les Pisans, qui avoient concouru à la prise de -cette ville, demandèrent ce manuscrit pour toute récompense des -services qu'ils avoient rendus: ils l'obtinrent; et les Pandectes, -revues et mises en ordre par un savant jurisconsulte allemand<a id="footnotetag432" name="footnotetag432"></a><a href="#footnote432" title="Lien vers la note 432"><span class="smaller">[432]</span></a>, -furent, peu de temps après, enseignées publiquement à Ravenne et à -Boulogne. De ces écoles fameuses la connoissance s'en répandit bientôt -dans l'Europe entière; et l'on peut fixer au milieu du douzième siècle -l'époque à laquelle elles s'introduisirent parmi nous.</p> - -<p>Ce n'est point ici le lieu d'examiner si ce fut un bien ou un mal pour -la chrétienté que l'adoption qui s'y fit des maximes de cette -jurisprudence romaine, née au sein du paganisme, développée et -perfectionnée sous le despotisme militaire d'empereurs, dont ceux-là -même qui étoient chrétiens entendoient mal l'esprit et la politique du -christianisme: nous dirons seulement que l'enthousiasme fut grand en -France <span class="pagenum"><a id="page556" name="page556"></a>(p. 556)</span> pour le code Justinien; on s'empressa de l'étudier, et cette -étude du droit civil romain devint si générale, que l'Université en -conçut des alarmes. Ainsi que nous l'avons déjà dit, les -ecclésiastiques étant presque les seuls qui, dans le moyen âge, -s'adonnassent aux lettres, et eussent quelque teinture des sciences, -on craignit que cette étude, plus recherchée et par conséquent plus -lucrative, ne les détournât de celle du droit canon, que cette -compagnie considéroit avec raison comme beaucoup plus importante; et, -pour en arrêter les progrès, elle crut nécessaire de réclamer -l'autorité des papes et des conciles. Celui de Tours, tenu en 1163, se -contenta d'interdire cette étude aux gens d'église; mais Honorius III -alla plus loin, et défendit d'enseigner le droit civil à qui que ce -fût, sous les peines civiles et canoniques les plus sévères.</p> - -<p>Si l'on en croit Rigord, les défenses de ce pape ne furent pas -exactement observées. Du reste, quoiqu'elles ne s'étendissent point -sur le droit canon, et que ses professeurs fussent dès-lors agrégés à -l'Université, on ne trouve point qu'ils eussent encore de lieu affecté -pour donner leurs leçons. Ce n'est que vers la fin du quatorzième -siècle qu'il est fait mention d'écoles de droit situées rue -Saint-Jean-de-Beauvais. Sauval dit qu'elles furent établies, en 1384, -par Gilbert <span class="pagenum"><a id="page557" name="page557"></a>(p. 557)</span> et Philippe-Ponce, au lieu même où depuis logea Robert -Étienne. Si cette anecdote est vraie, il en faut conclure que ces -écoles ont été transportées depuis de l'autre côté de la rue: car la -maison qu'elles occupoient encore dans le siècle dernier étoit située -vis-à-vis celle de ce célèbre imprimeur. Du Breul s'est contenté de -dire qu'il y avoit de grandes et de petites écoles, et qu'en 1464 le -bâtiment fut réparé de bonnes murailles, dont la toise ne coûtoit que -16 sous. Jaillot ajoute qu'en 1495 il avoit été augmenté de deux -masures et d'un jardin, qu'on acheta du chapitre Saint-Benoît.</p> - -<p>Comme les actes qui font mention de ces écoles ne disent point -positivement qu'on y enseignât le droit civil, il est probable que la -défense faite par le Saint-Siége continuoit d'y être observée, et -qu'on n'y enseignoit que le droit canon. Toutefois cette défense -n'étoit que pour la ville de Paris seulement; et les élèves, après -avoir pris dans cette ville leurs degrés dans cette dernière science, -alloient étudier le droit civil dans les provinces, où cette étude -étoit sinon autorisée, du moins tolérée. En 1563 et 1568, on voit le -parlement permettre de professer à Paris le droit civil, et cette -permission cesser dès 1572; enfin Louis XIV, par son édit du mois -d'avril 1679, ordonna que les leçons publiques du droit romain -seroient rétablies, et <span class="pagenum"><a id="page558" name="page558"></a>(p. 558)</span> l'année suivante, ce monarque voulut qu'à -l'avenir il y eût un professeur en droit françois dans chaque -université.</p> - -<p>Cette faculté, la seconde de l'Université, étoit composée de six -professeurs en droit civil et canonique, d'un professeur en droit -françois et de douze docteurs agrégés. Ils continuèrent à occuper les -écoles de la rue Saint-Jean-de-Beauvais jusque vers la fin du -dix-huitième siècle; mais ces écoles, qui d'ailleurs étoient -très-incommodes, menaçant ruine de toutes parts, on prit la résolution -d'en construire de nouvelles, et sur un plan plus digne d'une si -grande institution. Elles furent élevées au côté gauche de la grande -place ouverte devant la nouvelle église Sainte-Geneviève, et sur les -dessins de Soufflot. C'est un grand bâtiment de très-belle apparence, -dont la façade est ornée de quatre colonnes ioniques, qui soutiennent -un fronton triangulaire, portant dans son tympan les armes du roi. -L'architecte, par une innovation qui ne doit pas sembler heureuse, a -jugé à propos de donner la forme d'une courbe rentrée à toute la -façade de ce monument.</p> - -<p>Après une messe solennelle, célébrée à Sainte-Geneviève le 24 novembre -1772, et un discours public prononcé par l'un des professeurs, la -faculté des droits, ayant à sa tête le doyen d'honneur et les -docteurs honoraires, prit possession <span class="pagenum"><a id="page559" name="page559"></a>(p. 559)</span> de ces nouvelles écoles, dans -lesquelles elle commença dès le lendemain tous ses exercices<a id="footnotetag433" name="footnotetag433"></a><a href="#footnote433" title="Lien vers la note 433"><span class="smaller">[433]</span></a>.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DES ÉCOLES DE DROIT.</p> - -<p class="center smcap">TABLEAUX.</p> - - <p>Dans la grand'salle, au premier, le portrait en pied de Louis XV, - revêtu de ses habits royaux.</p> - - <p>Dans la salle des examens, le grand plan de Paris; par l'abbé de - <i>La Grive</i>.</p> - -<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p> - - <p>Le buste en marbre de M. de Trudaine, et les portraits de - plusieurs autres magistrats.</p> -</div> - - -<p class="p2 center"><i>Le séminaire des Clercs irlandois</i> (rue du Cheval-Vert).</p> - -<p>Jean Lée, prêtre irlandois échappé à la persécution de la reine -Élisabeth, étant venu se réfugier à Paris avec six écoliers de sa -nation, fut reçu avec eux au collége de Montaigu; ceci arriva en 1578. -Le nombre de ces réfugiés s'étant bientôt augmenté, on les transféra -au collége de Navarre, qu'ils quittèrent encore pour aller occuper une -maison qu'avoit louée pour eux, au faubourg Saint-Germain, le -président l'Escalopier. Nous avons dit comment, en 1677, ils <span class="pagenum"><a id="page560" name="page560"></a>(p. 560)</span> furent -établis avec les prêtres irlandois au collége des Lombards, où ils -restèrent jusqu'en 1776, époque à laquelle ils vinrent occuper, rue du -Cheval-Vert, une maison plus commode, qu'ils durent au zèle et à la -libéralité de leur supérieur, M. l'abbé Kelly.</p> - -<p>Le but de cet établissement étoit de former à l'état ecclésiastique de -jeunes Irlandois, pour les mettre en état de faire ensuite des -missions dans leur pays.</p> - -<p>La chapelle, bâtie sur les dessins de M. Bellanger, architecte, est -d'une grande simplicité. Au-dessus une grande salle servoit de -bibliothèque<a id="footnotetag434" name="footnotetag434"></a><a href="#footnote434" title="Lien vers la note 434"><span class="smaller">[434]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>La communauté des Eudistes</i> (rue des Postes).</p> - -<p>La plupart de nos historiens de Paris ont oublié de parler de cette -communauté, dont l'existence n'est pas même indiquée sur la plus -grande partie des plans. C'étoit une congrégation de prêtres séculiers -instituée sous le nom de <i>Jésus</i> et de <i>Marie</i> par le P. Eudes, dont -nous avons déjà parlé. Il en avoit puisé l'esprit et conçu le dessein -dans la congrégation de l'Oratoire, dont il étoit membre, et destina -ces prêtres à diriger <span class="pagenum"><a id="page561" name="page561"></a>(p. 561)</span> les séminaires et à faire des missions. Son -projet reçut sa première exécution à Caen, où il fut autorisé par des -lettres-patentes données en 1643.</p> - -<p>La double utilité de cet institut engagea quelques personnes pieuses à -appeler les Eudistes à Paris; et M. de Harlai approuva, en 1651, la -donation qu'on leur fit de la moitié d'une maison située près de -l'église Saint-Josse qu'ils desservirent pendant quelque temps, et -dont l'un d'eux fut même nommé curé. Mais cette maison ayant été -vendue, ils acquirent en 1703 celle dont nous parlons, et dans -laquelle ils demeurèrent jusque dans les derniers temps. Toutefois -leur intention ne fut d'abord que de s'en servir comme d'un hospice: -car on les voit, depuis cette époque, établis dans la cour du palais, -et chargés de desservir la basse Sainte-Chapelle.</p> - -<p>Ce ne fut qu'en 1727 qu'ils vinrent habiter la rue des Postes, et que -le concours des deux puissances leur procura enfin un établissement -permanent. Un décret de l'archevêque de Paris du 28 juillet 1773 les y -maintint sous le titre de communauté et de séminaire pour les jeunes -gens de cette congrégation; et il leur fut permis en conséquence -d'acquérir jusqu'à 6,000 livres de rente.</p> - -<div class="descript"> - <p>Le maître-autel de la chapelle étoit décoré d'un Christ; sans nom - d'auteur.</p> -</div> - -<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page562" name="page562"></a>(p. 562)</span> <i>Séminaire Anglois</i> (même rue).</p> - -<p>Ce séminaire fut établi en 1684 par quelques prêtres anglois, sous le -nom et l'invocation de <i>saint Grégoire-le-Grand</i>. Les lettres-patentes -données à cet effet par Louis XIV sont datées de cette année, et -portent la permission d'établir une communauté d'ecclésiastiques -séculiers anglois. L'archevêque de Paris y joignit son consentement en -1685.</p> - -<p>La chapelle de ce séminaire, extrêmement petite, n'offroit rien de -remarquable.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Séminaire du Saint-Esprit et de l'Immaculée Conception</i> (même rue).</p> - -<p>Cet institut doit son existence à M. Claude-François Poullart des -Places, prêtre du diocèse de Rennes. Convaincu que le manque de -ressources empêchoit souvent de jeunes étudiants d'entrer dans les -séminaires, et de suivre leur vocation, ce pieux ecclésiastique en -aida d'abord quelques-uns, et conçut ensuite le projet de les réunir -en communauté. Cet établissement, dont la charité et l'humilité -étoient la base, et auquel plusieurs personnes respectables -s'empressèrent de coopérer, fut formé en 1703 rue -Neuve-Sainte-Geneviève. M. Poullart voulut qu'on ne reçût dans son -séminaire que des jeunes gens <span class="pagenum"><a id="page563" name="page563"></a>(p. 563)</span> capables d'étudier en philosophie ou en -théologie; et qu'après le temps destiné à cette étude ils pussent -encore résider deux ans dans cette maison, pour se préparer -complètement aux fonctions du sacerdoce. Du reste il exigea qu'ils ne -prissent aucun degré, qu'ils renonçassent à l'espoir des dignités -ecclésiastiques, qu'ils se bornassent à servir dans les pauvres -paroisses, dans les postes déserts ou abandonnés, pour lesquels les -évêques ne trouvoient presque point de sujets, enfin à faire des -missions tant dans le royaume que dans nos colonies.</p> - -<p>Cet établissement parut si utile, qu'il ne tarda pas à obtenir de -puissantes protections: le clergé, assemblé en 1723, lui assigna une -pension. Il en obtint une autre du roi en 1726, avec des lettres de -confirmation. Placé d'abord, comme nous venons de le dire, rue -Neuve-Sainte-Geneviève, il fut transféré en 1731 dans la rue des -Postes, au moyen d'un legs de 40,000 livres que M. Charles Le Baigue, -prêtre habitué de Saint-Médard, avoit fait à ce séminaire par son -testament du 17 septembre 1723. Avec cette somme ils achetèrent -d'abord une maison à laquelle ils firent depuis des réparations et des -augmentations considérables. La première pierre des bâtiments neufs -fut posée en 1769 par M. de Sartine.</p> - -<p>La façade de ces bâtiments avoit été construite <span class="pagenum"><a id="page564" name="page564"></a>(p. 564)</span> sur les dessins de M. -Chalgrin; il étoit aussi l'architecte de la chapelle, dont l'intérieur -étoit décoré d'un ordre ionique<a id="footnotetag435" name="footnotetag435"></a><a href="#footnote435" title="Lien vers la note 435"><span class="smaller">[435]</span></a>.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.</p> - -<p class="center smcap">SCULPTURES.</p> - - <p>Sur la porte extérieure, un bas-relief représentant des - missionnaires qui instruisent des nègres; par <i>Duret</i>.</p> - - <p>Dans l'intérieur, deux autres bas-reliefs; par le même.</p> - - <p>Dans la salle des exercices, une Assomption; par <i>Adam</i> cadet.</p> -</div> - -<p>Une salle pratiquée au-dessus de la nef contenoit la bibliothèque.</p> - -<p>Cette maison étoit chargée de fournir les missionnaires des colonies -de Cayenne et du Sénégal.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Pharmacie et jardin des Apothicaires</i>, (rue de -l'Arbalète).</p> - -<p>Nous avons fait mention, dans le quartier précédent, d'un hôpital -institué par le sieur Houel, dans la maison connue sous le nom de -Sainte-Valère, et des événements qui en changèrent peu à peu la -destination; on a vu que le jardin qu'il avoit formé vis-à-vis cet -établissement et destiné <span class="pagenum"><a id="page565" name="page565"></a>(p. 565)</span> à la culture des plantes médicinales, avoit -été conservé: les apothicaires et les épiciers, qui, dans le -dix-septième siècle, ne formoient encore qu'une seule communauté, -acquirent, en 1626, la propriété de ce jardin, et le 2 décembre de la -même année achetèrent la maison située rue de l'Arbalète, ce qui leur -procura les moyens d'ouvrir leur entrée principale sur cette rue, et -d'y faire construire le bâtiment qui existe encore aujourd'hui. Les -pharmaciens devinrent ensuite les seuls maîtres de l'établissement, -qui fut érigé en collége. Une inscription en lettres d'or sur une -table de marbre noir apprenoit que cette érection avoit été faite en -1777.</p> - -<p>Il y avoit dans ce collége six professeurs, qui, pendant les trois -mois d'été, y donnoient des leçons publiques sur la chimie, la -botanique et l'histoire naturelle; et tous les ans le lieutenant -général de police y distribuoit solennellement des médailles<a id="footnotetag436" name="footnotetag436"></a><a href="#footnote436" title="Lien vers la note 436"><span class="smaller">[436]</span></a> aux -élèves qui s'étoient le plus distingués dans ces études.</p> - -<p>Cette maison possédoit un très-joli cabinet d'histoire naturelle, un -laboratoire de chimie, une bibliothèque, etc. Elle étoit aussi décorée -de sculptures et de tableaux. Dans le jardin, les <span class="pagenum"><a id="page566" name="page566"></a>(p. 566)</span> plantes étoient -distribuées suivant la méthode de Tournefort<a id="footnotetag437" name="footnotetag437"></a><a href="#footnote437" title="Lien vers la note 437"><span class="smaller">[437]</span></a>.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS.</p> - -<p class="center smcap">TABLEAUX.</p> - - <p>Dans la grande salle, au-dessus de la porte, Louis XIV donnant le - poids marchand au corps des épiciers; sans nom d'auteur.</p> - - <p>Sur la cheminée, Hélène et Ménélas arrivant en Égypte; et - recevant du roi de cette contrée plusieurs plantes médicinales; - par <i>Vouet</i>.</p> - - <p>Les portraits en médaillons de MM. Rouelle frères, chimistes - renommés.</p> - - <p>Au pourtour de la salle, les portraits des anciens gardes de la - communauté des épiciers et apothicaires.</p> - -<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p> - - <p>Entre deux croisées de la même salle, le buste de M. Le Noir.</p> -</div> - - -<p class="p2 center"><i>École des Savoyards</i> (rue Saint-Étienne-des-Grès).</p> - -<p>Cette école de charité, établie en 1732, étoit due au zèle et à la -charité de M. l'abbé de Pontbriand. S'étant avisé un jour d'interroger -sur la religion un Savoyard déjà avancé en âge, qui venoit de lui -rendre quelque service, il le trouva d'une ignorance si profonde des -vérités les plus importantes, qu'il résolut aussitôt de travailler à -l'instruction de ces pauvres gens. Plusieurs personnes charitables -auxquelles il communiqua <span class="pagenum"><a id="page567" name="page567"></a>(p. 567)</span> son projet l'approuvèrent, et voulurent y -prendre part. Ils se partagèrent aussitôt les divers faubourgs où -étoient établies les chambrées des Savoyards<a id="footnotetag438" name="footnotetag438"></a><a href="#footnote438" title="Lien vers la note 438"><span class="smaller">[438]</span></a>, leur annoncèrent -les bonnes dispositions où l'on étoit pour eux, et trouvèrent dans ces -malheureux tant de docilité et de reconnoissance, que l'on put -commencer aussitôt les catéchismes que l'on vouloit instituer. Les -premiers se firent à Saint-Benoît; et bientôt, vu le grand éloignement -des différents quartiers où les Savoyards étoient logés, on en établit -de nouveaux dans plusieurs paroisses de Paris; à Saint-Merri, pour les -Savoyards du Marais; au séminaire des Missions-Étrangères, pour ceux -du faubourg Saint-Germain; à Saint-Sauveur, pour le faubourg -Saint-Laurent, la place des Victoires et la porte Saint-Martin.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page568" name="page568"></a>(p. 568)</span> À ces leçons, les charitables instituteurs voulurent bien ajouter des -prix pour entretenir l'émulation. La première distribution s'en fit -rue Saint-Étienne-des-Grès, dans la chapelle de l'ancien collége de -Lisieux. La charité des gens de bien qui habitoient ces divers -quartiers fournissoit abondamment à ces dépenses. Bientôt on jugea -qu'il étoit possible d'étendre les bienfaits de cette institution sur -les pauvres enfants des diverses provinces du royaume; on y reçut des -Auvergnats, des Limousins, des Normands, des Gascons, etc., etc., ce -qui rendit les catéchismes plus nombreux, et donna lieu d'établir une -nouvelle école dans la paroisse de la Magdeleine au faubourg -Saint-Honoré.</p> - - -<h3><span class="pagenum"><a id="page569" name="page569"></a>(p. 569)</span> HÔTELS.</h3> - -<p class="center"><i>Hôtel de Bourgogne</i> (rue des Sept-Voies).</p> - -<p>Cet hôtel, dont la plus grande partie servit à former le collége de -Reims, appartenoit, dans le treizième siècle, aux ducs de Bourgogne. -Il fut uni à la couronne, ainsi que leur duché, sous le règne du roi -Jean; mais ce prince jugea à propos de se réserver l'hôtel, lors de -l'investiture qu'il donna à son fils Philippe-le-Hardi des domaines et -de la souveraineté de ce duché. Charles V son frère lui rendit cette -habitation en 1364. On trouve que dix ans auparavant elle étoit -occupée par les religieuses de Poissi, que la guerre avoit obligées de -venir chercher un asile à Paris. En 1402, Philippe donna cet hôtel à -son troisième fils Philippe, comte de Nevers et de Rhétel, qui le -vendit aux écoliers de Reims en 1412.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Hôtel d'Albret</i> (même rue).</p> - -<p>Cet hôtel, dont une très-petite portion fit le <span class="pagenum"><a id="page570" name="page570"></a>(p. 570)</span> collége de la Merci, -appartenoit anciennement aux comtes de Blois. Il subsiste encore à -côté du collége de la Merci une partie de cette maison, laquelle a -retenu le nom de <i>cour d'Albret</i>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Petit-Bourbon</i> (rue du Faubourg-Saint-Jacques).</p> - -<p>Nous avons dit à l'article du Val-de-Grâce qu'on en transféra les -religieuses dans une maison appelée le <i>Petit-Bourbon</i>. Elle se -nommoit auparavant le fief ou le séjour de Valois, nom qu'elle devoit -à Charles de Valois, fils de Philippe-le-Hardi, auquel elle -appartenoit au commencement du quatorzième siècle. Depuis elle passa -dans la maison de Bourbon; et au seizième siècle elle faisoit partie -des propriétés du connétable de Bourbon, sur lequel elle fut -confisquée, avec tous ses autres biens. Louise de Savoie, ayant obtenu -la permission d'aliéner ces biens jusqu'à la concurrence de 12,000 -livres de rente, donna, en 1528, le séjour de Bourbon à Jean -Chapelain, son médecin. Ses descendants le vendirent aux religieuses -du Val-de-Grâce.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Autres hôtels.</i></p> - -<p>Dans ce même quartier étoient situés les hôtels suivants, qui tous ont -été détruits, et sur lesquels nous n'avons pu nous procurer aucun -détail.</p> - -<span class="pagenum"><a id="page571" name="page571"></a>(p. 571)</span> - -<table border="0" cellpadding="1" summary="Hôtels."> -<tr><td colspan="3">Hôtel des évêques de Nevers, rue des Amandiers.</td></tr> -<tr><td colspan="3">—— des abbés de Pontigni, rue des Anglois.</td></tr> -<tr><td colspan="3">—— de Jean Gannai, chancelier de France, rue de l'Arbalète.</td></tr> -<tr><td colspan="3">—— des abbés de Saint-Benoît-sur-Loire, rue de la Grande et de la Petite-Bretonnerie.</td></tr> -<tr><td colspan="2" class="border_right">—— de Vezelai, du Mont - Saint-Michel<a id="footnotetag439" name="footnotetag439"></a><a href="#footnote439" title="Lien vers la note 439"><span class="smaller">[439]</span></a>,</td> -<td rowspan="2" class="border_left">rue des Cholets.</td></tr> -<tr><td colspan="2" class="border_right">—— des évêques d'Auxerre, -de Coutances, du Mans, de Senlis, de Langres, -de Châlons<a id="footnotetag440" name="footnotetag440"></a><a href="#footnote440" title="Lien vers la note 440"><span class="smaller">[440]</span></a>.</td></tr> -<tr><td colspan="3">—— des abbés de Saint-Jean-des-Vignes, -rue Saint-Jacques, près la chapelle Saint-Yves.</td></tr> -<tr><td colspan="3">—— des évêques de Nevers en 1380, rue Judas.</td></tr> -<tr><td colspan="3">—— de Marli-le-Châtel, rue des Sept-Voies.</td></tr> -</table> - - -<h3><span class="pagenum"><a id="page572" name="page572"></a>(p. 572)</span> FONTAINES.</h3> - -<p class="center"><i>Fontaine Saint-Benoît</i> ou <i>de la place Cambray.</i></p> - -<p>Cette fontaine, située à l'entrée de la place Cambray et vis-à-vis -l'église Saint-Benoît, a été construite vers l'an 1624.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Fontaine de Sainte-Geneviève.</i></p> - -<p>Cette fontaine est située dans la partie la plus élevée de la -montagne.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Fontaine du Pot-de-Fer.</i></p> - -<p>Elle s'élève au coin de la rue Moufetard et de celle dont elle a pris -le nom.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Fontaine des Carmélites.</i></p> - -<p>Elle a été construite dans la rue du Faubourg-Saint-Jacques et à -l'entrée du couvent dont elle porte le nom.</p> - -<p>Ces quatre fontaines reçoivent leurs eaux de l'aqueduc d'Arcueil.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Porte Saint-Jacques.</i></p> - -<p>Cette porte étoit située à l'extrémité de la rue du même nom, près du -carrefour auquel aboutissent les rues du Faubourg-Saint-Jacques, -Saint-Hyacinthe et des Fossés-Saint-Jacques.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page573" name="page573"></a>(p. 573)</span> Elle fut construite lors de l'enceinte de Philippe-Auguste, et abattue -en 1684<a id="footnotetag441" name="footnotetag441"></a><a href="#footnote441" title="Lien vers la note 441"><span class="smaller">[441]</span></a>.</p> - - -<h3>BARRIÈRES.</h3> - -<p>Il n'y a que deux barrières dans toute l'étendue de ce quartier:</p> - -<table summary="Barrières."> -<tr><td>La barrière de la Santé.</td></tr> -<tr><td>La barrière Saint-Jacques<a id="footnotetag442" name="footnotetag442"></a><a href="#footnote442" title="Lien vers la note 442"><span class="smaller">[442]</span></a>.</td></tr> -</table> - -<h3><span class="pagenum"><a id="page574" name="page574"></a>(p. 574)</span> RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINT-BENOÎT.</h3> - -<p><i>Rue des Amandiers.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue des Sept-Voies, -et de l'autre à celle de la Montagne-Sainte-Geneviève; dès le -treizième siècle elle portoit ce nom, dont on n'a pu découvrir -l'étymologie. On disoit également rue des <i>Almandiers</i>, de -<i>l'Allemandier</i> et des <i>Amandiers</i>.</p> - -<p><i>Rue des Anglois.</i> Elle traverse de la rue Galande dans celle des -Noyers, et étoit connue sous ce nom dès le treizième siècle. Sauval -insinue qu'il lui a été donné à cause du long séjour que les Anglois -ont fait à Paris<a id="footnotetag443" name="footnotetag443"></a><a href="#footnote443" title="Lien vers la note 443"><span class="smaller">[443]</span></a>. Jaillot prouve qu'une telle opinion ne peut -être admise, parce que cette rue étoit ainsi nommée plus de deux -siècles avant le règne de Charles VI. Sans prétendre en donner la -véritable étymologie, il pense qu'il seroit plus vraisemblable de -l'attribuer aux Anglois que la célébrité de l'Université de Paris -engageoit à venir faire leurs études dans cette ville, et dont le -nombre étoit en effet si considérable, qu'ils formèrent une des quatre -<em>nations</em> dont ce grand corps étoit composé.</p> - -<p><i>Rue de l'Arbalète.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Moufetard, <span class="pagenum"><a id="page575" name="page575"></a>(p. 575)</span> de -l'autre, à celle des Charbonniers. On lit dans les titres de -Saint-Geneviève qu'au quatorzième siècle elle s'appeloit <i>rue des -Sept-Voies</i><a id="footnotetag444" name="footnotetag444"></a><a href="#footnote444" title="Lien vers la note 444"><span class="smaller">[444]</span></a>, et qu'au milieu du seizième on la nommoit <i>rue de la -Porte de l'Arbalète</i>, autrement <i>des Sept-Voies</i>. Il y avoit dans -cette rue une maison dite de l'Arbalète, qui faisoit le coin de la rue -des Sept-Voies, et c'est là qu'il faut chercher sans doute -l'étymologie de ces diverses dénominations.</p> - -<p><i>Rue du Cimetière-Saint-Benoît.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue -Saint-Jacques, de l'autre à la rue Fromentel, et doit son nom au -cimetière Saint-Benoît, auquel elle conduisoit en 1615. On agrandit ce -cimetière en même temps qu'on en supprima un autre qui occupoit une -partie de la place Cambrai. Quelques nomenclateurs donnent à cette rue -la dénomination de <i>rue Breneuse</i>; un autre dit qu'elle s'appeloit <i>de -l'Oseroie</i> en 1300. Guillot en indique effectivement une sous ce nom, -et l'abbé Lebeuf pense aussi qu'elle est représentée par -celle-ci<a id="footnotetag445" name="footnotetag445"></a><a href="#footnote445" title="Lien vers la note 445"><span class="smaller">[445]</span></a>. Jaillot produit plusieurs titres qui lui font croire -qu'anciennement cette rue n'étoit point distinguée de celle de -Fromentel, dont elle fait la continuation; et celle-ci se prolongeoit -alors sous le même nom jusqu'à la rue Saint-Jacques. Quant à la rue de -l'<i>Oseroie</i>, il conjecture que ce pouvoit être une ruelle comprise -dans l'église Saint-Benoît, et sur l'emplacement de laquelle ont été -construites les chapelles de la nef<a id="footnotetag446" name="footnotetag446"></a><a href="#footnote446" title="Lien vers la note 446"><span class="smaller">[446]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue de Biron.</i> Cette rue, qui donne d'un côté rue du -Faubourg-Saint-Jacques, de l'autre dans celle de la Santé, étoit -encore sans nom en 1772. Elle a pris depuis celui qu'elle porte -aujourd'hui.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page576" name="page576"></a>(p. 576)</span> <i>Rue des Bourguignons.</i> Cette rue, qui donne d'un bout dans la rue du -Faubourg-Saint-Jacques, et de l'autre dans celle de Lourcine, étoit -anciennement nommée <i>rue de Bourgogne</i>. Sur plusieurs plans on ne la -fait commencer qu'au coin de la rue de la Santé, ou, pour mieux dire, -au bout du carrefour où étoit autrefois placée la <i>croix de la sainte -Hostie</i><a id="footnotetag447" name="footnotetag447"></a><a href="#footnote447" title="Lien vers la note 447"><span class="smaller">[447]</span></a>; et toute la partie antérieure jusqu'à la rue -Saint-Jacques y est nommée <i>rue des Capucins</i>. C'étoit par cette rue -ou chemin, et le long des murs du Val-de-Grâce, que devoit passer le -boulevard ou cours planté d'arbres dont on avoit résolu en 1704, -d'environner la ville, et qui depuis a été tracé et exécuté à une -assez grande distance de ce premier emplacement<a id="footnotetag448" name="footnotetag448"></a><a href="#footnote448" title="Lien vers la note 448"><span class="smaller">[448]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue de la Grande et de la Petite-Bretonnerie.</i> Ces deux rues -parallèles se réunissoient l'une à l'autre, et avoient leur entrée par -la rue Saint-Jacques; c'étoit, à proprement parler, une rue qui -tournoit autour de plusieurs maisons. Sauval dit qu'anciennement elle -se nommoit <span class="pagenum"><a id="page577" name="page577"></a>(p. 577)</span> <i>rue du Puits</i><a id="footnotetag449" name="footnotetag449"></a><a href="#footnote449" title="Lien vers la note 449"><span class="smaller">[449]</span></a>; et Jaillot la trouve, au commencement -du quinzième siècle, sous le nom de <i>rue aux Bretons</i>; mais, dès le -seizième, elle est désignée sous la double dénomination qui lui est -restée. Ces deux rues avoient été ouvertes sur un fief qui appartenoit -aux religieuses de Long-Champs; et l'on trouve qu'en 1661 le roi -permit aux filles de la congrégation de Charonne, dont il vouloit -favoriser l'établissement, de former un marché dans cet endroit<a id="footnotetag450" name="footnotetag450"></a><a href="#footnote450" title="Lien vers la note 450"><span class="smaller">[450]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue de la Bûcherie.</i> Elle commence à la rue du Petit-Pont, et finit à -celle du Pavé-de-la-Place-Maubert. Sauval dit qu'elle devoit son nom à -un port aux bûches qu'il y avoit auprès en 1415<a id="footnotetag451" name="footnotetag451"></a><a href="#footnote451" title="Lien vers la note 451"><span class="smaller">[451]</span></a>. Jaillot prouve -que ce port existoit en cet endroit bien des siècles avant cette -époque; et, sans nier que le nom de cette rue en tire son étymologie, -il pense qu'elle pourroit bien aussi avoir reçu cette dénomination de -quelques boucheries établies anciennement en ce lieu. Au reste ces -deux étymologies sont également constatées par des titres de -Sainte-Geneviève du treizième siècle, dans lesquels on lit: <i lang="la">Vicus de -Boucharia et Buscharia</i>, etc. Cette rue avoit été ouverte au bas d'un -clos fort étendu qu'on appeloit le clos Mauvoisin, dont nous aurons -bientôt occasion de parler; et, dès le sixième siècle, elle étoit -couverte de maisons jusqu'à la rue du Fouare seulement. En 1202 le -clos Mauvoisin ayant été donné à cens, sous la condition d'y bâtir, la -rue fut successivement continuée jusqu'à son extrémité, opération qui -cependant n'étoit pas encore terminée à la fin du siècle suivant<a id="footnotetag452" name="footnotetag452"></a><a href="#footnote452" title="Lien vers la note 452"><span class="smaller">[452]</span></a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page578" name="page578"></a>(p. 578)</span> <i>Place Cambrai.</i> Elle fut ouverte, au commencement du dix-septième -siècle, sur une partie de la rue Saint-Jean-de-Latran, qui s'étendoit -jusqu'à la rue Saint-Jacques, et sur un terrain qui servoit -anciennement de cimetière. On le nommoit <i>le Grand Cimetière</i>, <i>le -Cimetière de Cambrai</i>, <i>le Cimetière de l'Acacias</i>; <i>le Cimetière du -Corps-de-garde</i>. Ces différents noms venoient de la <i>terre de -Cambrai</i>, ainsi appelée parce que la maison de l'évêque de Cambrai, -convertie depuis en collége, y étoit située; d'un acacia qu'on y avoit -planté, et d'un corps-de-garde voisin.</p> - -<p><a id="ruedescapucins" name="ruedescapucins"></a><i>Rue des Capucins</i><a id="footnotetag453" name="footnotetag453"></a><a href="#footnote453" title="Lien vers la note 453"><span class="smaller">[453]</span></a>. Ce n'étoit, au siècle dernier, qu'un chemin -qui conduisait de la rue du Faubourg-Saint-Jacques à celle de la -Santé. On la nommoit ainsi parce qu'elle régnoit le long de l'enclos -des Capucins.</p> - -<p><i>Rue des Carmes.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue des Noyers, et de -l'autre à celle du mont Saint-Hilaire. Comme elle a été ouverte, ainsi -que celle de Saint-Jean-de-Beauvais, sur le clos Bruneau, on lui en a -souvent donné le nom. Elle portoit aussi celui de <i>Saint-Hilaire</i>, -parce qu'elle aboutissoit à cette église, et c'est ainsi qu'elle est -dénommée dans des actes de 1317 et 1372. Son dernier nom lui vient du -couvent des Carmes qui y étoit situé.</p> - -<p><i>Rue du Carneau.</i> C'est une ruelle qui descend de la rue <span class="pagenum"><a id="page579" name="page579"></a>(p. 579)</span> de la -Bûcherie à la rivière, et que presque tous nos plans ont figurée sans -lui donner aucun nom. Jaillot prétend cependant que, dès le treizième -siècle, elle étoit connue sous celui de <i>la Poissonnerie</i>, puis de <i>la -Place au Poisson</i> dans le dix-septième; plus anciennement elle -s'appeloit <i>rue des Porées</i>. C'est ainsi qu'elle est indiquée dans le -rôle des taxes de 1313, et dans un compte de 1398, rapporté par -Sauval<a id="footnotetag454" name="footnotetag454"></a><a href="#footnote454" title="Lien vers la note 454"><span class="smaller">[454]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue des Charbonniers.</i> Elle fait la continuation de la rue de -l'Arbalète, et aboutit à celle des Bourguignons. Son nom lui vient -d'un lieu voisin dit <i>les Charbonniers</i>, dont il est question -plusieurs fois dans le terrier du roi de 1540.</p> - -<p><i>Rue Chartière.</i> Elle aboutissoit d'un côté à la rue du Puits-Certain, -de l'autre à celle de Reims. Sauval dit qu'en 1300 elle s'appeloit <i>de -la Charretière</i><a id="footnotetag455" name="footnotetag455"></a><a href="#footnote455" title="Lien vers la note 455"><span class="smaller">[455]</span></a>. Guillot écrit <i>de la Chareterie</i>, et l'on trouve -dans d'autres titres <i>de la Charrière</i><a id="footnotetag456" name="footnotetag456"></a><a href="#footnote456" title="Lien vers la note 456"><span class="smaller">[456]</span></a>, <i>de la Chartrière</i> et -<i>des Charettes</i>.</p> - -<p><i>Rue du Cheval-Vert</i><a id="footnotetag457" name="footnotetag457"></a><a href="#footnote457" title="Lien vers la note 457"><span class="smaller">[457]</span></a>. Elle traverse de la rue des Postes à celle -de la Vieille-Estrapade. Si l'on en excepte un seul plan, celui de -Nolin, publié en 1699, où elle est appelée <i>rue du Chevalier</i>, on -trouve le premier nom dans tous les actes, et notamment dans les -censiers de Sainte-Geneviève, qui en font mention dès 1603. Elle fut -fermée en 1646, sans qu'on en sache les raisons, et rouverte depuis, -sans que l'époque de cette ouverture soit désignée. Son nom lui vient -probablement de quelque enseigne.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page580" name="page580"></a>(p. 580)</span> <a id="ruedeschiens" name="ruedeschiens"></a><i>Rue des Chiens.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue des Sept-Voies, et -de l'autre à celle des Cholets. Sauval<a id="footnotetag458" name="footnotetag458"></a><a href="#footnote458" title="Lien vers la note 458"><span class="smaller">[458]</span></a> et ses copistes prétendent -que le bas peuple avoit changé les deux dernières lettres du nom de -cette rue, parce qu'elle étoit solitaire et malpropre. Jaillot pense -au contraire que cette dénomination ordurière étoit la plus ancienne, -et fut changée en celle <i>des Chiens</i>, qu'elle portoit déjà avant le -milieu du dix-septième siècle. Guillot indique dans sa nomenclature -une <i>rue du Moine</i>, que l'abbé Lebeuf croit être celle-ci; Jaillot, -qui en doute, entame à ce sujet une longue discussion, qui n'éclaircit -nullement cette question si peu importante<a id="footnotetag459" name="footnotetag459"></a><a href="#footnote459" title="Lien vers la note 459"><span class="smaller">[459]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue des Cholets.</i> Cette rue donne d'un côté dans la rue -Saint-Étienne-des-Grés, de l'autre dans celle de Reims, et doit son -nom au collége qu'on y a bâti. Auparavant on la nommoit -<i>Saint-Symphorien</i> et <i>Saint-Symphorien-des-Vignes</i>. Cette dernière -dénomination venoit de ce que le carré que forme cette rue avec celle -de Reims, des Sept-Voies et de Saint-Étienne-des-Grés, étoit un clos -planté de vignes. On la trouve aussi indiquée sous les noms de <i>petite -rue Sainte-Barbe</i> et de <i>rue des Vignes</i>.</p> - -<p><i>Rue d'Écosse.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue du Mont-Saint-Hilaire, -et de l'autre à celle du Four. Guillot n'en fait point mention, -quoiqu'elle existât déjà de son temps. En 1313 on la nommoit <i>rue au -Chauderon</i>, de l'enseigne d'une maison qui subsistoit encore en 1636; -mais, dès le seizième siècle, on l'appeloit rue d'Écosse. Robert dit -qu'elle a porté le nom de <i>rue des Trois-Crémaillères</i>.</p> - -<p><i>Rue Saint-Étienne-des-Grés.</i> Elle donne d'un bout dans la rue -Saint-Jacques, de l'autre sur la Place-Sainte-Geneviève. <span class="pagenum"><a id="page581" name="page581"></a>(p. 581)</span> Dès 1230, -elle est désignée sous ce nom dont nous avons fait connoître -l'étymologie en parlant de l'église qui le lui a donné.</p> - -<p><i>Rue de la Vieille-Estrapade.</i> Elle est située entre la -Place-de-Fourci et celle de l'Estrapade; et cette dernière place qui -lui a donné ce nom, l'avoit reçu parce que, pendant long-temps, on y -avoit fait subir aux soldats le supplice de l'estrapade, dont -l'appareil fut depuis transporté au marché aux chevaux. Avant cette -époque, cette rue se nommoit <i>rue des Fossés-Saint-Marceau</i>, ayant été -ouverte sur les fossés de la ville.</p> - -<p><i>Rue du Fouare.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Galande, de l'autre à -celle de la Bûcherie. Ce nom est une altération de celui de <i>feurre</i>, -c'est-à-dire de paille, dans notre ancien langage; aussi, dans tous -les vieux titres, cette rue est-elle appelée <i lang="la">vicus Straminis</i>, <i lang="la">vicus -Straminum</i>, <i>via Straminea</i>. On voit dans un cartulaire de -Sainte-Geneviève<a id="footnotetag460" name="footnotetag460"></a><a href="#footnote460" title="Lien vers la note 460"><span class="smaller">[460]</span></a> qu'en 1202 Matthieu de Montmorenci, seigneur de -Marli, et Mathilde de Garlande sa femme, donnèrent leur vigne appelée -le clos Mauvoisin (c'est le même que celui de Garlande), à cens, à -plusieurs particuliers, à la charge d'y bâtir. Ainsi se formèrent les -rues Galande, du Fouare et autres qui se trouvent entre la rue de la -Bûcherie et la Place-Maubert. Nous avons déjà dit comment, sous -Philippe-Auguste, il s'établit de nouvelles écoles dans celle dont -nous parlons. Elle reçut le nom qu'elle porte encore aujourd'hui, -parce que les écoliers, suivant l'usage qui s'observoit alors, -étoient, par respect pour leurs maîtres, assis par terre sur de la -paille, dont on jonchoit les écoles.</p> - -<p>Les anciens titres prouvent que la rue du Fouare étoit <span class="pagenum"><a id="page582" name="page582"></a>(p. 582)</span> fermée à ses -deux extrémités; et l'on croit que c'étoit pour empêcher le passage -des voitures, dont le bruit auroit pu incommoder et distraire les -étudiants.</p> - -<p><i>Rue du Four.</i> Elle donne d'un côté dans la rue des Sept-Voies, de -l'autre dans celle d'Écosse, dont elle n'est pas même distinguée sur -les anciens plans. Cependant le cartulaire de Sainte-Geneviève de 1248 -en fait mention sous le nom de <i>Vicus</i> et de <i>ruella Furni</i>; Guillot -la nomme <cite>du Petit-Four, qu'on appelle le Petit-Four-Saint-Ylaire</cite>. On -lui avoit donné ce nom parce que le four banal, qui appartenoit à -l'église Saint-Hilaire, y étoit situé.</p> - -<p><i>Rue et place de Fourci.</i> Elles sont situées entre la rue de la -Vieille-Estrapade et celle des Fossés-Saint-Victor. Sur la plupart de -nos plans cette rue n'est pas distinguée de celle des -Fossés-Saint-Marceau ou Vieille-Estrapade. Elle doit son nom à M. -Henri de Fourci, président aux enquêtes et prévôt des marchands, qui, -en exécution d'un arrêt du conseil du 17 avril 1685, fit combler les -fossés et aplanir le terrain, beaucoup plus escarpé alors qu'il ne -l'est aujourd'hui.</p> - -<p><i>Rue Fromentel.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue du -Mont-Saint-Hilaire, vis-à-vis le Puits-Certain, et de l'autre à celle -du Cimetière-Saint-Benoît. Ce nom est une abréviation de celui de -<i>Froid-Mantel</i>, ainsi qu'il est indiqué dans le cartulaire de -Sainte-Geneviève de 1243: <i lang="la">vicus qui dicitur Frigidum-Mantellum</i>. On -trouve dans celui de Sorbonne, en 1250, <i lang="la">vicus Frigidi-Mantelli</i>; -<i>Fretmantel</i>, aliàs <i>Brunel</i> en 1313. Dans tous les actes des siècles -suivants on lit <i>Fresmantel</i>, <i>Froit-Mantel</i> et <i>Fromentel</i><a id="footnotetag461" name="footnotetag461"></a><a href="#footnote461" title="Lien vers la note 461"><span class="smaller">[461]</span></a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page583" name="page583"></a>(p. 583)</span> <i>Rue Galande.</i> Elle commence au carrefour Saint-Séverin, et aboutit à -la place Maubert. Ce nom est visiblement une altération de celui de -Garlande, que portoit une famille très-connue au onzième siècle. Le -clos Mauvoisin, comme nous l'avons dit plus haut, faisoit partie de la -seigneurie de Garlande; le cartulaire de Sainte-Geneviève renfermoit -une transaction de l'an 1225, qui nous apprenoit que c'est sur le -terrain de ce clos qu'au commencement du treizième siècle furent -percées les rues Galande, des Trois-Portes, des Rats et du Fouare, en -vertu d'un accensement fait en 1202 par Matthieu de Montmorenci et -Mathilde de Garlande sa femme<a id="footnotetag462" name="footnotetag462"></a><a href="#footnote462" title="Lien vers la note 462"><span class="smaller">[462]</span></a>. Ce clos appartenoit dans le -principe à l'abbaye Sainte-Geneviève, qui<a id="footnotetag463" name="footnotetag463"></a><a href="#footnote463" title="Lien vers la note 463"><span class="smaller">[463]</span></a> l'avoit donné en fief à -ce seigneur, à la charge que ceux qui y bâtiroient seroient de la -paroisse du Mont. Nous avons déjà remarqué qu'en 1118 Étienne de -Garlande avoit donné une partie des vignes de ce clos pour la -dotation de la chapelle Saint-Agnan<a id="footnotetag464" name="footnotetag464"></a><a href="#footnote464" title="Lien vers la note 464"><span class="smaller">[464]</span></a>: il faut <span class="pagenum"><a id="page584" name="page584"></a>(p. 584)</span> ajouter qu'en 1134 -Louis-le-Gros approuva cette donation, sous la réserve de 18 den. de -cens<a id="footnotetag465" name="footnotetag465"></a><a href="#footnote465" title="Lien vers la note 465"><span class="smaller">[465]</span></a>, d'où il faut conclure que ce clos étoit en partie dans la -<em>directe</em> du roi et en partie dans celle de Sainte-Geneviève.</p> - -<p><i>Carré Sainte-Geneviève.</i> On appelle ainsi la place qui étoit devant -les églises de Sainte-Geneviève et de-Saint-Étienne-du-Mont. Elle -avoit été formée d'une partie de l'ancien cloître, qui fut donnée à -cens en 1355 pour y bâtir les maisons qu'on y voit aujourd'hui. Ce -cloître étoit fermé par des portes au bout des rues des Sept-Voies, -des Amandiers et des Prêtres.</p> - -<p><i>Place Sainte-Geneviève.</i> La construction de la nouvelle église -Sainte-Geneviève a donné naissance à cette nouvelle place, formée de -la destruction des rues de la Grande et de la Petite-Bretonnerie, et -de la démolition de plusieurs édifices.</p> - -<p><i>Rue Neuve-Sainte-Geneviève.</i> Elle aboutit d'un côté à la place de -Fourci, de l'autre à la rue des Postes. Elle doit ce nom au clos de -Sainte-Geneviève, sur lequel elle a été ouverte<a id="footnotetag466" name="footnotetag466"></a><a href="#footnote466" title="Lien vers la note 466"><span class="smaller">[466]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue de la Montagne-Sainte-Geneviève.</i> Nous avons déjà parlé de cette -rue au quartier de la place Maubert. La petite partie qui dépend de -celui-ci étoit comprise dans le cloître Sainte-Geneviève, qui, de ce -côté, commençoit <span class="pagenum"><a id="page585" name="page585"></a>(p. 585)</span> au bout de la rue des Amandiers. Dans ce petit espace -se trouvoit une ruelle sans bout, ou cul-de-sac, dont il restoit -encore des vestiges dans le siècle dernier<a id="footnotetag467" name="footnotetag467"></a><a href="#footnote467" title="Lien vers la note 467"><span class="smaller">[467]</span></a>.</p> - -<p><i>Cul-de-sac Gloriette.</i> Il dépendoit de ce quartier, quoiqu'il fût -situé à l'extrémité de la rue de la Huchette, comprise dans le -quartier Saint-André-des-Arcs. Ce cul-de-sac doit son nom au fief -Gloriette, sur lequel il avoit été percé, et qui l'avoit communiqué -également à la boucherie établie en cet endroit au quinzième siècle. -Sa situation sur le bord de la rivière, qui le rendoit propre à -l'écoulement du sang des animaux, lui fit donner le nom de -<i>Trou-Punets</i> ou <i>Punais</i>, qu'il porte dans plusieurs actes de ce -temps-là. Le lieu qu'y occupoit la boucherie, laquelle existoit encore -dans le siècle dernier, étoit une maison qui servoit auparavant de -bureau pour recevoir le péage du Petit-Pont. En 1382 on en prit une -partie pour faire une nouvelle tour au Petit-Châtelet<a id="footnotetag468" name="footnotetag468"></a><a href="#footnote468" title="Lien vers la note 468"><span class="smaller">[468]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue du Mont-Saint-Hilaire</i> ou <i>du Puits-Certain</i>. Cette rue donne -d'un côté dans les rues Saint-Jean-de-Beauvais et Chartière, de -l'autre dans celles des Carmes et des Sept-Voies. Elle n'étoit d'abord -désignée le plus souvent que sous le nom général de <i>clos Bruneau</i>: -c'étoit celui du territoire sur lequel elle est située; mais dès le -treizième siècle on lui donnoit déjà le nom qu'elle porte aujourd'hui. -On l'appelle aussi vulgairement <i>rue du Puits-Certain</i>, à cause du -puits public situé à l'entrée de cette rue, lequel fut construit par -les soins et aux <span class="pagenum"><a id="page586" name="page586"></a>(p. 586)</span> dépens de Robert Certain, curé de Saint-Hilaire. Du -reste cette rue doit son dernier nom à l'église paroissiale qu'on y -avoit élevée<a id="footnotetag469" name="footnotetag469"></a><a href="#footnote469" title="Lien vers la note 469"><span class="smaller">[469]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue Jacinthe.</i> Elle traverse de la rue Galande dans celle des -Trois-Portes. Elle a même été long-temps confondue avec cette dernière -sur les plans et dans les censiers de Sainte-Geneviève. On l'a aussi -appelée <i>ruelle Augustin</i>.</p> - -<p><i>Rue Saint-Jacques.</i> Elle commence au coin des rues Saint-Séverin et -Galande, et finit à l'ancienne porte, au coin des rues Saint-Hyacinthe -et des Fossés-Saint-Jacques. Au douzième siècle cette rue n'avoit -point de nom particulier: on l'appeloit simplement <i lang="la">vicus Magnus</i>, -<i lang="la">Major vicus</i>, <i lang="la">major vicus parvi Pontis</i>. Dans le siècle suivant, une -chapelle de Saint-Jacques lui fit prendre le nom de cet apôtre, et le -donna également aux religieux qui s'y établirent. Elle reçut aussi -dans ses diverses parties les noms des églises qui en étoient les plus -voisines. On trouve en 1263<a id="footnotetag470" name="footnotetag470"></a><a href="#footnote470" title="Lien vers la note 470"><span class="smaller">[470]</span></a>: <i lang="la">Magnus vicus Sancti Jacobi -Prædicatorum</i>; en 1250, 1258 et 1268, <i lang="la">Magnus vicus Sancti Stephani -de Gressibus</i>; en 1273, <i lang="la">magnus vicus prope <span class="pagenum"><a id="page587" name="page587"></a>(p. 587)</span> Sanctum Benedictum le -Bestournet</i>; en 1298, <i lang="la">Magnus vicus ad caput ecclesiæ Sancti -Severini</i>; <i>grant rue</i>, <i>grant rue outre le Petit-Pont</i>, <i>grant rue -vers Saint-Mathelin</i>, <i>grant rue Saint-Benoît</i>, etc.; enfin <i>grand rue -Saint-Jacques</i>.</p> - -<p><i>Rue du Faubourg-Saint-Jacques.</i> Elle fait la continuation de la rue -Saint-Jacques depuis les rues Saint-Hyacinthe et des -Fossés-Saint-Jacques jusqu'à la barrière et au nouveau boulevard<a id="footnotetag471" name="footnotetag471"></a><a href="#footnote471" title="Lien vers la note 471"><span class="smaller">[471]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue des Fossés-Saint-Jacques.</i> Cette rue, qui commence à l'endroit -où étoit l'ancienne porte qui sépare la <span class="pagenum"><a id="page588" name="page588"></a>(p. 588)</span> ville des faubourgs, aboutit à -l'Estrapade. Son nom vient des fossés sur lesquels elle a été bâtie.</p> - -<p><i>Rue Jean-de-Beauvais.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue des Noyers, de -l'autre à celles de Saint-Jean-de-Latran et du Mont-Saint-Hilaire. -Sans nous arrêter à relever l'erreur de Sauval<a id="footnotetag472" name="footnotetag472"></a><a href="#footnote472" title="Lien vers la note 472"><span class="smaller">[472]</span></a>, qui la confond -avec la rue de Beauvais située près du Louvre, nous dirons qu'elle -prit d'abord le nom d'un ancien clos de vignes appelé dans les titres -<i>clausum Brunelli</i>, <i>clos Burniau</i>, <i>Brunel</i> et <i>Bruneau</i>, au travers -duquel elle fut percée, et qu'elle le portoit encore au milieu du -quinzième siècle; celui de Beauvais n'est pas si ancien, et a excité -de longues discussions parmi les antiquaires. Les uns veulent qu'il -vienne de la chapelle de Beauvais, dédiée sous l'invocation de saint -Jean-Baptiste; l'autre d'un libraire nommé <span class="pagenum"><a id="page589" name="page589"></a>(p. 589)</span> Jean de Beauvais, dont la -maison étoit située au coin de cette rue. Cette question est si peu -importante, que nous ne voulons ni exposer les raisons alléguées pour -et contre, ni faire un choix dans ces deux opinions<a id="footnotetag473" name="footnotetag473"></a><a href="#footnote473" title="Lien vers la note 473"><span class="smaller">[473]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue Saint-Jean-de-Latran.</i> Elle aboutissoit d'un côté au haut de la -rue Saint-Jean-de-Beauvais, de l'autre à la place Cambrai. On -l'appeloit anciennement <i>rue de l'Hôpital</i>, à cause des <i>Hospitaliers</i> -qui s'y établirent au douzième siècle. C'est par la même raison qu'au -quatorzième elle étoit désignée sous les noms de <i>rue -Saint-Jean-de-l'Hôpital</i>, <i>Saint-Jean-de-Jérusalem</i> et enfin -<i>Saint-Jean-de-Latran</i>.</p> - -<p><i>Rue Judas.</i> Elle traverse de la rue des Carmes à celle de la -Montagne-Sainte-Geneviève. Ce nom est ancien; les cartulaires de -Sainte-Geneviève de 1243 et 1248 indiquent déjà cette rue, <i lang="la">vicus -Jude</i>. On peut présumer qu'il y demeuroit des Juifs au douzième -siècle.</p> - -<p><i>Rue-Saint-Julien-le-Pauvre.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Galande, -de l'autre à celle de la Bûcherie. Ce seroit une des plus anciennes de -Paris, si, dès l'origine, on avoit donné ce nom au chemin qui -conduisoit à l'église Saint-Julien; mais il n'y avoit, dans ces temps -reculés, que quelques maisons éparses de ce côté, qui depuis, s'étant -multipliées et rapprochées, ont enfin formé la rue dont nous parlons.</p> - -<p><i>Rue des Lavandières.</i> Cette rue donne d'un côté dans la rue des -Noyers, et aboutit de l'autre à la place Maubert. Elle devoit son nom -aux lavandières que la proximité de la rivière avoit engagées à se -placer dans ce quartier. Les <span class="pagenum"><a id="page590" name="page590"></a>(p. 590)</span> titres en font mention, dans le treizième -siècle, sous les noms de <i lang="la">vicus et ruella Lotricum</i><a id="footnotetag474" name="footnotetag474"></a><a href="#footnote474" title="Lien vers la note 474"><span class="smaller">[474]</span></a>. Guillot et -le rôle des taxes de 1313 l'appellent <i>rue à Lavandières</i> et <i>aux -Lavandières</i>. Ce nom n'a pas varié.</p> - -<p><i>Rue des Lionnois.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue des Charbonniers, -et de l'autre à celle de Lourcine. Cette rue fut percée au -commencement du dix-septième siècle.</p> - -<p><a id="ruemaillet" name="ruemaillet"></a><i>Rue Maillet</i><a id="footnotetag475" name="footnotetag475"></a><a href="#footnote475" title="Lien vers la note 475"><span class="smaller">[475]</span></a>. Cette rue, ouverte depuis 1780, donne d'un côté -dans la rue du Faubourg-Saint-Jacques, de l'autre dans celle d'Enfer.</p> - -<p><i>Rue des Noyers.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Jacques, de -l'autre à la place Maubert. Le nom qu'elle porte lui fut donné à cause -de quelques noyers plantés au bas du clos Bruneau, dans l'endroit où -elle est située. Sauval<a id="footnotetag476" name="footnotetag476"></a><a href="#footnote476" title="Lien vers la note 476"><span class="smaller">[476]</span></a> prétend qu'elle a porté le nom de -Saint-Yves, et n'en donne aucune preuve: on la trouve, au contraire, -dans tous les titres sous sa première dénomination, qu'elle paroît -avoir toujours conservée. Elle est appelée successivement, dès le -treizième siècle, <i lang="la">vicus de Nuceriis</i> et <i lang="la">Nucum</i>; <i lang="la">vicus Nucium</i>; -<i lang="la">vicus de Nucibus</i><a id="footnotetag477" name="footnotetag477"></a><a href="#footnote477" title="Lien vers la note 477"><span class="smaller">[477]</span></a>.</p> - -<p><a id="ruedelobservatoire" name="ruedelobservatoire"></a><i>Rue de l'Observatoire</i><a id="footnotetag478" name="footnotetag478"></a><a href="#footnote478" title="Lien vers la note 478"><span class="smaller">[478]</span></a>. Elle règne le long de l'enceinte dans -laquelle on a construit le monument auquel elle doit sa dénomination. -Ce n'étoit encore, au siècle dernier, qu'un chemin sans nom: ce n'est -que depuis <span class="pagenum"><a id="page591" name="page591"></a>(p. 591)</span> peu d'années qu'on a enfin inscrit à ses extrémités celui -qu'elle porte aujourd'hui.</p> - -<p><i>Rue du Plâtre.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Jacques, de -l'autre à celle des Anglois, et doit son nom à une plâtrière qu'on y -avoit ouverte dès le treizième siècle. Il n'a varié jusqu'à présent -que dans la manière de l'écrire, et non dans sa signification. En 1247 -et 1254 on trouve <i lang="la">vicus Plastrariorium... Domus Radulphi Plastrarii</i>; -<i lang="la">vicus Plastrariorium</i> et <i lang="la">Plasteriorum</i> en 1250; <i>rue de la -Platrière</i>, en 1300; <i>à Plastriers</i> et <i>des Plastriers</i> au même -siècle; enfin <i>rue du Plastre</i> au quinzième et depuis<a id="footnotetag479" name="footnotetag479"></a><a href="#footnote479" title="Lien vers la note 479"><span class="smaller">[479]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue du Petit-Pont.</i> Elle commence au Petit-Châtelet, et finit au bout -des rues Galande et Saint-Séverin. Quoiqu'elle portât -très-anciennement ce nom, et que, dans tous les actes des douzième et -treizième siècles qui la concernent, on lise <i lang="la">vicus Parvi Pontis</i>, -Jaillot cependant la trouve désignée, en 1230, sous celui de <i>rue -Neuve</i>, <i lang="la">vicus Novus</i><a id="footnotetag480" name="footnotetag480"></a><a href="#footnote480" title="Lien vers la note 480"><span class="smaller">[480]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue des Trois-Portes.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue des Rats, de -l'autre à celle du Pavé-de-la-Place-Maubert. Elle portoit ce nom dès -le treizième siècle; on lui donna depuis celui d'<i>Augustin</i>, et le -censier de Sainte-Geneviève l'indique ainsi: <cite>Ruelle Augustin, dite -des Trois-Portes</cite>. L'abbé Lebeuf a donné de ce dernier nom une -étymologie qui ne semble pas juste; Jaillot qui la combat, prouve que -la véritable origine de cette dénomination vient de ce qu'il n'y avoit -que trois maisons dans cette rue, et par conséquent trois portes. Les -autorités qu'il cite à ce sujet paraissent sans réplique<a id="footnotetag481" name="footnotetag481"></a><a href="#footnote481" title="Lien vers la note 481"><span class="smaller">[481]</span></a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page592" name="page592"></a>(p. 592)</span> <i>Rue des Postes.</i> Elle commence à l'Estrapade, et finit à la rue de -l'Arbalète. Son premier nom étoit <i>rue des Poteries</i>; et l'étymologie -de ce nom, qui a fort exercé les antiquaires, nous semble avoir été -heureusement expliquée par Jaillot<a id="footnotetag482" name="footnotetag482"></a><a href="#footnote482" title="Lien vers la note 482"><span class="smaller">[482]</span></a>. «Dans tous les titres de -Sainte-Geneviève, dit-il, l'endroit où cette rue est située est nommé -<i>le clos des Poteries</i>, <i>le clos-des-Métairies</i>. Il étoit planté en -vignes qui <cite>avoient été baillées, à la charge de payer</cite> le tiers-pot -<cite>en vendange de redevance seigneuriale</cite>.» Voilà donc la véritable -origine du nom de clos des Poteries. On le lui donnoit encore, quoique -les vignes eussent été arrachées, et qu'on y eût bâti des maisons. Les -terres labourées qu'on substitua aux vignes lui firent donner celui de -<i>clos des Métairies</i>. Quant à la rue, dès le seizième siècle son nom -primitif étoit altéré, car, dans le terrier du roi de 1540, elle est -appelée <i>rue des Poteries</i>, et maintenant <i>des Postes</i><a id="footnotetag483" name="footnotetag483"></a><a href="#footnote483" title="Lien vers la note 483"><span class="smaller">[483]</span></a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page593" name="page593"></a>(p. 593)</span> <i>Rue du Pot-de-Fer.</i> Elle traverse de la rue des Postes dans la rue -Moufetard. Le terrier de Sainte-Geneviève de 1603 l'appelle <i>rue du -Bon Puits</i>, à présent dite <i>du Pot-de-Fer</i>. Plus anciennement elle se -nommoit <i>rue des Prêtres</i>. Son dernier nom lui vient d'une enseigne. -Sauval et d'autres disent qu'elle s'appeloit autrefois <i>rue du -Bon-Qutto</i><a id="footnotetag484" name="footnotetag484"></a><a href="#footnote484" title="Lien vers la note 484"><span class="smaller">[484]</span></a>; c'est sans doute une faute d'impression.</p> - -<p><i>Rue des Poules.</i> Elle aboutit à la Vieille-Estrapade et à la rue du -Puits-qui-Parle. Elle fut nommée ainsi en 1605<a id="footnotetag485" name="footnotetag485"></a><a href="#footnote485" title="Lien vers la note 485"><span class="smaller">[485]</span></a>; auparavant on -l'appeloit <i>rue du Châtaignier</i>. C'étoit dans cette rue que les -protestants avoient autrefois leur cimetière. Un contrat passé en 1635 -l'indique sous le nom de <i>rue du Mûrier</i>, dite <i>des Poules</i>.</p> - -<p><i>Rue des Prêtres.</i> Elle traverse de la rue Bordet au carré -Sainte-Geneviève. En 1248 on l'appeloit <i lang="la">vicus Monasterii</i>. Guillot la -nomme <i>petite ruellette Saint-Geneviève</i>. On la trouve aussi sous le -nom de <i>rue du Moutier</i>. Enfin on l'a nommée rue des Prêtres, et ces -deux noms sont relatifs à l'église où elle conduit, et aux prêtres qui -s'y sont logés.</p> - -<p><i>Rue du Puits-qui-Parle.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue -Neuve-Sainte-Geneviève, et de l'autre à celle des Postes. On lui a -donné le nom qu'elle porte à cause du puits <span class="pagenum"><a id="page594" name="page594"></a>(p. 594)</span> d'une maison qui fait le -coin de cette rue et de celle des Poules, lequel formoit un écho. Les -censiers de Sainte-Geneviève l'indiquent sous ce nom dès 1588. Rien ne -prouve qu'anciennement elle ait été appelée <i>rue des Rosiers</i>, comme -l'avancent Sauval et quelques autres<a id="footnotetag486" name="footnotetag486"></a><a href="#footnote486" title="Lien vers la note 486"><span class="smaller">[486]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue-du-Puits-de-la-Ville.</i> Elle est depuis long-temps fermée à ses -deux extrémités. Nous venons de dire que c'étoit la continuation de la -rue de la Poterie et de celle des Vignes. Elle devoit ce nom à un -<em>regard</em> pour les eaux qu'on y avoit pratiqué.</p> - -<p><i>Rue des Rats.</i> Cette rue donne d'un côté dans la rue Galande, de -l'autre dans celle de la Bûcherie. Guillot la désigne sous le nom de -<i>rue d'Arras</i>; et le plus ancien censier de Sainte-Geneviève, sous -celui des Rats. Ainsi elle est antérieure au règne de Charles VI, sous -lequel Sauval prétend qu'elle fut ouverte<a id="footnotetag487" name="footnotetag487"></a><a href="#footnote487" title="Lien vers la note 487"><span class="smaller">[487]</span></a>. Son dernier nom lui -vient d'une enseigne.</p> - -<p><i>Rue de Reims.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue des Sept-Voies, de -l'autre à celle des Cholets. On l'appeloit, au commencement du -treizième siècle, <i>rue au duc de Bourgogne</i>; et on la trouve encore -désignée sous le même titre dans le censier de Sainte-Geneviève de -1540.</p> - -<p><i>Rue de la Santé.</i> Elle commence au champ des Capucins, et aboutit à -la barrière. On ne la connoissoit autrefois que sous le nom de <i>chemin -de Gentilli</i>. Elle doit celui qu'elle porte aujourd'hui à l'hôpital -qui y étoit situé.</p> - -<p><i>Rue des Sept-Voies.</i> Cette rue donne d'un côté dans la rue -Saint-Étienne-des-Grés, et de l'autre dans celle du -Mont-Saint-Hilaire; dès le douzième siècle on la nommoit ainsi: <i lang="la">apud -Septem vias</i><a id="footnotetag488" name="footnotetag488"></a><a href="#footnote488" title="Lien vers la note 488"><span class="smaller">[488]</span></a>. On trouve en effet sept <span class="pagenum"><a id="page595" name="page595"></a>(p. 595)</span> rues qui aboutissent au -milieu ou aux extrémités de celle-ci. Guillot l'appelle <i>rue de -Savoie</i>; c'est sans doute pour la rime, car on ne trouve aucun titre -qui fasse mention d'un hôtel ou de quelque autre propriété des ducs de -Savoie en cet endroit<a id="footnotetag489" name="footnotetag489"></a><a href="#footnote489" title="Lien vers la note 489"><span class="smaller">[489]</span></a>.</p> - -<a id="monumentsnouveaux595" name="monumentsnouveaux595"></a> -<h3>MONUMENTS NOUVEAUX</h3> - -<p class="center"><i>Et réparations faites aux anciens monuments depuis 1789.</i></p> - -<p><i>Église Sainte-Geneviève.</i> Ce monument sacré, dont les -révolutionnaires avoient fait le temple de la déesse <i>Raison</i> et les -catacombes de leurs grands hommes, vient enfin d'être rendu à sa -destination primitive. Les emblèmes hideux dont ses murs étoient -couverts ont été effacés; la croix brille sur le sommet de son dôme et -décore son fronton.</p> - -<p>Dans l'intérieur elle ne présente encore que des murs entièrement nus -et des autels dépouillés d'ornements: espérons qu'on reconnoîtra qu'il -est impossible de la laisser long-temps encore dans un tel état sans -manquer à <span class="pagenum"><a id="page596" name="page596"></a>(p. 596)</span> toutes les convenances. Cette église est maintenant -desservie par les prêtres des missions de France.</p> - -<p><i>Église Saint-Étienne-du-Mont.</i> Cette église a été décorée de deux -nouveaux tableaux: la lapidation de saint Étienne, par M. Abel Pujol, -très-beau morceau, qui a commencé sa réputation; un tableau de M. -Grenier, représentant un des actes de la vie de sainte Geneviève. L'un -et l'autre ont été donnés par la ville à cette église, en 1819.</p> - -<p><i>Le Séminaire Saint-Magloire.</i> On a démoli l'église, augmenté les -bâtiments destinés aux sourds-muets, et élargi le passage qui -communique avec la rue d'Enfer, pour y pratiquer une rue nouvelle.</p> - -<p><i>Saint-Jacques-du-Haut-Pas.</i> Cette église a obtenu de la munificence -de la ville un nouveau tableau représentant un Christ au tombeau. Le -dessin en est médiocre; mais la manière dont il est peint rappelle la -grande école des peintres italiens, que son auteur paroît vouloir -imiter. Ce tableau a été donné en 1819.</p> - -<p><i>L'Observatoire.</i> En avant de ce bâtiment, ont été construits deux -pavillons qui servent de logement au concierge. De l'un à l'autre de -ces pavillons règne une grille de fer qui sert d'entrée; et une avenue -plantée d'arbres se prolonge depuis cette grille jusqu'à celle du -jardin du Luxembourg.</p> - -<p><i>Collége de Henri IV.</i> Il a été placé dans les bâtiments de -Sainte-Geneviève, auxquels on a ajouté de nouvelles constructions, -principalement du côté de la rue <i>Clovis</i>.</p> - -<p><i>Filles de la Présentation de Notre-Dame.</i> Les bâtiments de cette -communauté qui, depuis quelques années, ont été considérablement -augmentés, sont occupés par le nouveau collége de Sainte-Barbe, -aujourd'hui l'un des plus florissants de l'Université.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page597" name="page597"></a>(p. 597)</span> <i>Marché des Carmes.</i> Sur le terrain qu'occupoient l'église et le -couvent de ces religieux, on a élevé un nouveau marché destiné à -remplacer l'ancien marché de la place Maubert.</p> - -<p>Ce monument forme un carré long, percé de grandes arcades, dont trois -sont ouvertes sur chaque face, et servent d'entrée. On en compte -extérieurement treize sur les grands côtés, onze sur les petits; -intérieurement sept sur cinq, formant également un carré long qui sert -de cour, et au milieu duquel on a élevé une fontaine. La composition -en est simple: un bassin circulaire reçoit l'eau d'un socle carré sur -lequel on a sculpté en creux deux navires antiques, deux cornes -d'abondance, des guirlandes de fruits, des caducées. Sur l'une des -faces est écrit le mot <em>Abondance</em>, sur l'autre le mot <em>Commerce</em>. Un -double Hermès offrant deux têtes qui supportent un panier de fruits, -couronne cette composition.</p> - -<p>Au-dessus des arcades ont été pratiquées des ouvertures -carrées-longues pour aérer le bâtiment. Le toit, qui a peu -d'élévation, est couvert de tuiles rondes; l'ensemble de cette -construction a le caractère qu'il doit avoir: c'est un très-beau -morceau d'architecture.</p> - - -<h3>RUES NOUVELLES.</h3> - -<p><i>Rue Cassini.</i> Voyez rue <a href="#ruemaillet"><i>Maillet</i></a>.</p> - -<p><i>Rue Clovis.</i> Elle est percée sur une partie du terrain qu'occupoit -l'ancienne église Sainte-Geneviève.</p> - -<p><i>Rue Jean-Hubert.</i> Voyez rue <a href="#ruedeschiens"><i>des Chiens</i></a>.</p> - -<p><i>Rue Leclerc.</i> Voyez rue de <a href="#ruedelobservatoire"><i>l'Observatoire</i></a>.</p> - -<p><i>Rue Méchin.</i> Voyez rue <a href="#ruedescapucins"><i>des Capucins</i></a>.</p> - -<p><i>Rue d'Ulm.</i> Elle commence à la rue de la Vieille-Estrapade, et -aboutit à celle des Ursulines.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page598" name="page598"></a>(p. 598)</span> <i>Rue des Ursulines.</i> Elle a été formée de l'ancien cul-de-sac qui -portoit le même nom; et s'ouvrant sur la rue du Faubourg -Saint-Jacques, elle vient aboutir à la rue d'Ulm, avec laquelle elle -forme un équerre.</p> - -<p><i>Rue du Val-de-Grâce.</i> Elle est percée en face du portail de l'église -de ce couvent, et communique de la rue du Faubourg-Saint-Jacques à la -rue d'Enfer.</p> -</div> - - -<div class="chapter"> -<h2><span class="pagenum"><a id="page599" name="page599"></a>(p. 599)</span> QUARTIER S.-ANDRÉ-DES-ARCS.</h2> - -<div class="resume"> - <p>Ce quartier est borné à l'orient par les rues du Petit-Pont et - Saint-Jacques exclusivement; au septentrion par la rivière, - depuis la place qu'occupoit le petit Châtelet jusqu'au coin de la - rue Dauphine; à l'occident par la rue Dauphine inclusivement; et - au midi par les rues Neuve-des-Fossés-Saint-Germain-des-Prés, des - Francs-Bourgeois et des Fossés-Saint-Michel ou de Saint-Hyacinthe - exclusivement, jusqu'au coin des rues Saint-Jacques et - Saint-Thomas.</p> - - <p>On y comptoit, en 1789, quarante-sept rues, trois culs-de-sac, - trois églises paroissiales, cinq communautés d'hommes, treize - colléges dont douze sans exercice, la Sorbonne, l'Académie royale - de chirurgie, etc.</p> -</div> - - -<h3>ORIGINE DU QUARTIER.</h3> - -<p>Jusqu'au règne de Philippe-Auguste, les anciens plans nous -représentent ce quartier, ainsi que les deux précédents, comme un -espace de terrain ou vague ou couvert de diverses cultures, mais -presque sans aucun bâtiment. Ces terres appartenoient en grande partie -à l'abbaye Saint-Germain; et ce fut à l'occasion de l'enceinte élevée -par ce prince et des contestations qu'elle fit naître entre l'évêque -et ce monastère, que fut bâtie l'église Saint-André, à laquelle cette -portion <span class="pagenum"><a id="page600" name="page600"></a>(p. 600)</span> de la ville doit le nom qu'elle a porté jusqu'au moment de la -révolution.</p> - -<p>Ce quartier, borné, ainsi que nous venons de le dire, à l'occident par -la rue Dauphine jusqu'à la porte dite de Buci, étoit ensuite -circonscrit par les murailles de la nouvelle enceinte jusqu'à la porte -Saint-Michel, où se faisoit sa jonction avec le quartier Saint-Benoît. -Les descriptions particulières des monuments et des rues qui le -composent feront connoître comment il est successivement parvenu à -l'état où nous le voyons aujourd'hui<a id="footnotetag490" name="footnotetag490"></a><a href="#footnote490" title="Lien vers la note 490"><span class="smaller">[490]</span></a>.</p> - - -<h3>LES GRANDS-AUGUSTINS.</h3> - -<p>Les religieux de cette maison sont ainsi appelés pour n'être pas -confondus avec les religieux <span class="pagenum"><a id="page601" name="page601"></a>(p. 601)</span> du même ordre établis à Paris, et qu'on -nomme Augustins-Réformés de la province de Bourges, ou -<i>Petits-Augustins</i>, et Augustins-Réformés ou <i>Petits-Pères</i><a id="footnotetag491" name="footnotetag491"></a><a href="#footnote491" title="Lien vers la note 491"><span class="smaller">[491]</span></a>. Ces -religieux, dans leur origine, n'étoient connus que sous le nom -d'<i>Ermites de Saint-Augustin</i>; mais il faut absolument rejeter -l'opinion qui fait remonter leur institution jusqu'à ce Père de -l'église, opinion adoptée et soutenue par quelques personnes qui -pensoient, très-mal à propos, que le mérite principal d'un ordre étoit -dans son antiquité ou dans la célébrité de son fondateur. Au douzième -siècle, c'est-à-dire environ sept cents ans après la mort de saint -Augustin, on voit se former en Italie quelques congrégations -d'ermites, qui d'eux-mêmes prennent le titre que nous venons de citer: -c'est tout ce qu'il est possible de savoir d'authentique sur le -premier établissement de cet ordre. La plus ancienne de ces -congrégations est celle des <i>Jean-Bonites</i>, ainsi appelés parce -qu'ils eurent pour instituteur le B. <span class="pagenum"><a id="page602" name="page602"></a>(p. 602)</span> Jean-Bon de Mantoue. Ils furent -approuvés et mis sous la règle de Saint-Augustin par une bulle -d'Innocent IV, du 17 janvier 1244. D'autres ermites prirent leur nom -du lieu où ils s'étoient établis, comme les <i>Brittiniens</i> et les -<i>Fabals</i>, quelques-uns de la forme de leurs habits, tels que les -<i>Sachets</i><a id="footnotetag492" name="footnotetag492"></a><a href="#footnote492" title="Lien vers la note 492"><span class="smaller">[492]</span></a>. Innocent IV avoit inutilement tenté de rassembler sous -une seule règle toutes ces petites congrégations de différents ordres, -ou pour mieux dire qui n'étoient d'aucun: Alexandre IV, son -successeur, fut plus heureux; et dès l'an 1256, ces ermites, réunis en -chapitre général, s'étant soumis à la règle de Saint-Augustin, élurent -pour chef de l'ordre Lanfranc Septala, général des Jean-Bonites. On -fit des réglements; l'ordre fut divisé en quatre provinces, et une -bulle du 13 avril de la même année confirma tous ces actes du -chapitre.</p> - -<p>Quelques auteurs fixent à l'année suivante l'établissement des -Augustins à Paris, et veulent en faire honneur à saint Louis. -Cependant, si l'on en excepte un legs modique de 15 livres une fois -payées, que ce prince leur laissa par son testament, on ne voit pas -qu'il ait donné aucune charte de fondation en leur faveur<a id="footnotetag493" name="footnotetag493"></a><a href="#footnote493" title="Lien vers la note 493"><span class="smaller">[493]</span></a>. Mais -les archives de ces pères offroient sur ce <span class="pagenum"><a id="page603" name="page603"></a>(p. 603)</span> point des renseignements -certains, qui ont été recueillis par Jaillot, et que nous rapporterons -d'après lui, en les débarrassant toutefois de leurs détails trop -fastidieux. D'après des lettres de l'official de Paris, du mois de -décembre 1259, il paroît que ces pères achetèrent d'une dame de cette -ville une maison accompagnée d'un jardin, et située au-delà de la -porte Montmartre, maison dans laquelle, suivant l'acte, ils étoient -déjà établis. Ce terrain comprenoit alors à peu près l'espace renfermé -aujourd'hui entre les rues Montmartre, des Vieux-Augustins, de la -Jussienne et Soli. Ils obtinrent la permission d'y bâtir une chapelle, -qui fut dédiée sous le titre de Saint-Augustin. Il y a dans les actes -de l'Université des preuves que dès-lors ils avoient été admis dans -cette compagnie.</p> - -<p>Cet ordre prenant de jour en jour de la consistance et de nouveaux -accroissements, le chapitre général qui se tint à Padoue en 1281 -désigna les maisons de Padoue, de Bologne et de Paris pour servir de -colléges. Les Augustins de cette dernière ville étoient, comme nous -venons de le dire, logés hors de ses murs, et, afin de remplir leur -nouvelle destination, ce fut pour eux une nécessité de changer de -demeure. On les voit d'abord, en 1285, acquérir du chapitre Notre-Dame -et de l'abbaye Saint-Victor <i>une maison en forme d'école</i>, et environ -six arpents <span class="pagenum"><a id="page604" name="page604"></a>(p. 604)</span> et demi de terre au lieu dit le <i>clos du Chardonnet</i><a id="footnotetag494" name="footnotetag494"></a><a href="#footnote494" title="Lien vers la note 494"><span class="smaller">[494]</span></a>; -et peu de temps après, une grande maison d'un particulier nommé Jean -de Granchia. En 1286 Philippe-le-Bel leur accorda l'usage des -murailles et des tourelles depuis la rivière de Bièvre jusqu'au chemin -public<a id="footnotetag495" name="footnotetag495"></a><a href="#footnote495" title="Lien vers la note 495"><span class="smaller">[495]</span></a>; ils acquirent, en 1287, de M. Rodolphe de Roie, une autre -maison située dans la rue Saint-Victor; et sur ces emplacements -réunis, ces pères élevèrent, en 1289, les bâtiments nécessaires à une -communauté, un cloître et une chapelle. La maison qu'ils avoient -occupée dans le quartier Montmartre leur étant devenue inutile, fut -vendue, et nous ne croyons pas nécessaire de rapporter les longues -discussions entamées à ce sujet par nos antiquaires, discussions dont -l'objet est de savoir si ce fut en 1293 ou en 1301 que cette vente fut -définitivement achevée.</p> - -<p>La nouvelle habitation des Augustins, quoique fort spacieuse et -commode par sa proximité des écoles, ne tarda pas à déplaire à ces -religieux, parce que le lieu étoit si solitaire, que les aumônes ne -pouvoient suffire à leur subsistance. <span class="pagenum"><a id="page605" name="page605"></a>(p. 605)</span> Cet inconvénient devenant de -jour en jour plus fâcheux, Gilles de Rome<a id="footnotetag496" name="footnotetag496"></a><a href="#footnote496" title="Lien vers la note 496"><span class="smaller">[496]</span></a>, un de leurs religieux, -alors confesseur de Philippe-le-Bel, crut devoir employer la faveur -dont ce prince l'honoroit à leur procurer un logement plus convenable. -Une circonstance heureuse se présenta, et il sut en profiter: nous -avons déjà parlé d'une de ces petites congrégations d'ermites de -l'ordre de Saint-Augustin, nommée <i>Sachets</i>, ou <i>frères de la -Pénitence de Jésus-Christ</i>. Ils étoient les seuls qui, lors de -l'assemblée du chapitre de 1256, se fussent obstinément refusés à la -réunion; et saint Louis, qui les protégeoit, les ayant fait venir à -Paris en 1261, leur avoit fait don d'une maison avec ses dépendances, -située sur la paroisse Saint-André-des-Arcs. Le trésor des chartes, -qui fournit la preuve de cette donation, prouve encore que le pieux -monarque y avoit ajouté de nouveaux bienfaits: il augmenta le terrain -de ces religieux d'une maison et d'une tuilerie voisine de leur -monastère, et paya en outre plusieurs sommes à l'abbaye -Saint-Germain-des-Prés, pour des droits de cens et quelques autres -parties de terrain qu'elle avoit consenti à leur céder.</p> - -<p>Toutefois cette faveur de saint Louis ne leur <span class="pagenum"><a id="page606" name="page606"></a>(p. 606)</span> procura qu'une -tranquillité momentanée; et le concile de Lyon, tenu en 1274, ayant -supprimé tous les religieux qui n'avoient point de revenus fixes, à -l'exception des dominicains, des frères mineurs et des carmes, il ne -resta plus aux <i>Sachets</i> aucune espérance de se maintenir dans leur -établissement. L'autorité à l'ombre de laquelle ils existoient, et -l'austérité de leur vie, les y soutinrent encore pendant quelques -années; et ce ne fut qu'en 1293 que Philippe-le-Bel donna -définitivement leur maison aux Augustins<a id="footnotetag497" name="footnotetag497"></a><a href="#footnote497" title="Lien vers la note 497"><span class="smaller">[497]</span></a>. Du Breul a prétendu -qu'ils la cédèrent volontairement, alléguant la pauvreté de leur -ordre, qui ne leur permettoit plus de <i>tenir ledit lieu</i><a id="footnotetag498" name="footnotetag498"></a><a href="#footnote498" title="Lien vers la note 498"><span class="smaller">[498]</span></a>; mais il -y a des preuves très-fortes qu'ils opposèrent, au contraire, beaucoup -de résistance à leur dépossession, et que ce ne fut qu'après six mois -de délais et de débats qu'ils consentirent enfin à remettre les clefs -de leur maison.</p> - -<p>Les Augustins ne vinrent cependant pas s'établir dans cette dernière -demeure, immédiatement après la retraite des Sachets. Soit qu'ils -n'eussent pas trouvé dans la charité des fidèles les ressources -nécessaires pour former aussitôt leur nouvel établissement, soit que -la lenteur des <span class="pagenum"><a id="page607" name="page607"></a>(p. 607)</span> formalités indispensables pour leur en assurer la -possession eût retardé l'effet de la concession qui leur avoit été -faite, il est certain qu'ils ne commencèrent à faire bâtir sur le quai -qu'au mois d'août 1299. Le terrain qu'ils occupoient au <i>Chardonnet</i> -fut vendu au cardinal Le Moine, et servit, comme nous l'avons déjà -dit, d'emplacement au collége qui portoit le nom de ce prélat.</p> - -<p>Les Sachets avoient une chapelle qui faisoit l'angle du quai et de la -rue des Grands-Augustins, et à qui sa situation sur le bord de la -Seine avoit fait donner le nom de <i>Notre-Dame-de-la-Rive</i>; les -Augustins s'en servirent d'abord, et quelques titres nous apprennent -qu'ils célébrèrent ensuite l'office dans une salle voisine du cloître, -laquelle étoit appelée <i>le Chapitre</i>. Enfin Charles V, qui s'étoit -déclaré leur protecteur, commença à faire construire l'église qui a -subsisté jusque dans les derniers temps. Toutefois la différence qu'on -remarquoit dans le caractère de ses constructions prouve qu'elle -n'avoit point été entièrement bâtie sous le règne de ce prince. On ne -construisit alors que le chœur et l'aile depuis la rue des Augustins -jusqu'à la petite porte qui s'ouvroit sur le quai, et cette partie du -bâtiment, commencée en 1368, ne fut probablement achevée qu'en 1393, -époque à laquelle on posa la couverture de l'église. On ne <span class="pagenum"><a id="page608" name="page608"></a>(p. 608)</span> peut du -reste fixer les dates de l'achèvement total de ce monument, qui -n'étoit point voûté, et dont la structure étoit extrêmement -grossière<a id="footnotetag499" name="footnotetag499"></a><a href="#footnote499" title="Lien vers la note 499"><span class="smaller">[499]</span></a>.</p> - -<p>Le portail extérieur du couvent, situé sur le quai des Augustins, -donnoit entrée dans une petite cour où étoient pratiquées, d'un côté -la grande porte intérieure du couvent, de l'autre le portail de -l'église, lequel n'avoit rien de remarquable.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES GRANDS-AUGUSTINS.</p> - -<p class="center smcap">TABLEAUX.</p> - - <p>Sur l'un des côtés du chœur, sept grands tableaux, représentant:</p> - - <p>1<sup>o</sup>. Le sacrement de l'Eucharistie et toutes les figures de - l'ancien Testament qui s'y rapportent; par un peintre inconnu.</p> - - <p>2<sup>o</sup>. Une promotion de l'ordre du Saint-Esprit sous Henri III, - instituteur et fondateur; par <i>Vanloo</i>.</p> - - <p>3<sup>o</sup>, 4<sup>o</sup>, 5<sup>o</sup> et 6<sup>o</sup>. La même cérémonie sous les quatre rois ses - successeurs, en quatre tableaux, savoir: Henri IV, par <i>de Troye</i> - fils; Louis XIII, par <i>Philippe de Champagne</i>; Louis XIV et - Louis XV, par <i>Vanloo</i>.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page609" name="page609"></a>(p. 609)</span> 7<sup>o</sup>. Saint Pierre guérissant les malades en les couvrant de son - ombre; par <i>Jouvenet</i>.</p> - - <p>Dans la chapelle du Saint-Esprit, sur l'autel, la Descente du - Saint-Esprit sur la Vierge et sur les Apôtres; par <i>Jacob Bunel</i>.</p> - - <p>Dans la sacristie, une Adoration des Rois; par <i>Bertholet - Flemaël</i>.</p> - - <p>Au-dessus de la chaire, le martyre de saint Thomas de Cantorbéry; - par un peintre inconnu.</p> - - -<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p> - - <p>Sur le maître-autel, dont la décoration se composoit de huit - colonnes corinthiennes de marbre brèche violette, disposées sur - un plan courbe, et soutenant une coupole, un bas-relief - représentant le Père Éternel dans sa gloire; le tout exécuté - d'après les dessins de <i>Le Brun</i><a id="footnotetag500" name="footnotetag500"></a><a href="#footnote500" title="Lien vers la note 500"><span class="smaller">[500]</span></a>.</p> - - <p>Sur la chaire, des bas-reliefs très-estimés, et qui passoient - pour être de la main de <i>Germain Pilon</i>.</p> - - <p>Dans le cloître, la statue de saint François, modèle en terre - cuite, exécuté par ce sculpteur célèbre<a id="footnotetag501" name="footnotetag501"></a><a href="#footnote501" title="Lien vers la note 501"><span class="smaller">[501]</span></a>.</p> - - <p>Au bas de la chaire, deux bas-reliefs du temps de la renaissance - de l'art, représentant, 1<sup>o</sup> la Prédication de saint Jean; 2<sup>o</sup> - Jésus-Christ et la Samaritaine<a id="footnotetag502" name="footnotetag502"></a><a href="#footnote502" title="Lien vers la note 502"><span class="smaller">[502]</span></a>.</p> - - <p>Sur la porte de l'église, la statue de Charles V, et sur celle du - cloître une image de saint Augustin, faite, dit-on, sur les - dessins de <i>Champagne</i>.</p> - - <p>Sur la porte d'entrée du monastère, du côté du quai, la statue - <span class="pagenum"><a id="page610" name="page610"></a>(p. 610)</span> de la Vierge entre celles de Philippe-le-Bel et de Louis - XIV<a id="footnotetag503" name="footnotetag503"></a><a href="#footnote503" title="Lien vers la note 503"><span class="smaller">[503]</span></a>.</p> - - <p>La menuiserie du chœur étoit très-estimée, et les stalles - passoient pour un chef-d'œuvre de sculpture en bois.</p> - - -<p class="p2 center smcap">TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p> - - <p>Dans ce monastère avoient été inhumés:</p> - - <p>Dans la petite cour, devant la porte intérieure du couvent, Raoul - de Brienne, comte d'Eu et de Guines, connétable de France, lequel - eut la tête tranchée dans l'hôtel de Nesle, l'an 1351.</p> - - <p>Dans l'église, Gilles de Rome, général des Augustins, mort en - 1316.</p> - - <p>Isabeau de Bourgogne, femme de Pierre de Chambely, seigneur de - Neauphle, morte en 1323.</p> - - <p>Jeanne de Valois, femme de Robert d'Artois, morte en 1363.</p> - - <p>Jean Sapin, l'un des conseillers du parlement qui furent pendus à - Orléans par les calvinistes en 1562.</p> - - <p>Remy Belleau, poëte françois, mort en 1577<a id="footnotetag504" name="footnotetag504"></a><a href="#footnote504" title="Lien vers la note 504"><span class="smaller">[504]</span></a>.</p> - - <p>Gui du Faur, sieur de Pibrac, célèbre par ses quatrains, mort en - 1584.</p> - - <p>Près de la sacristie, sous une table de marbre, les entrailles de - François de Rohan, archevêque de Lyon, et de Diane de Rohan, sa - nièce, femme de François de La Tour-Landry, comte de Châteauroux, - morte en 1585.</p> - - <p>Près du grand autel, Jacques de Sainte-Beuve, fameux théologien, - mort en 1677.</p> - - <p>Dans la nef, en face de la chapelle de la Vierge, Jacques de La - Fontaine, seigneur de Malgenestre, mort en 1652. Sa statue étoit - adossée à un pilier<a id="footnotetag505" name="footnotetag505"></a><a href="#footnote505" title="Lien vers la note 505"><span class="smaller">[505]</span></a>.</p> - - <p>Près de la chaire du prédicateur, Eustache du Caurroy, musicien - célèbre du temps de Charles IX, Henri III et Henri IV, mort en - 1609.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page611" name="page611"></a>(p. 611)</span> Dans la chapelle de Saint-Nicolas-de-Tolentin, Pierre Dussayez, - baron de Poyer, mort en 1548.</p> - - <p>Dans une petite chapelle, derrière celle du Saint-Esprit, le - célèbre historien Philippe de La Clite de Comines, mort en - 1509.—Hélène de Chambes, son épouse, et Jeanne de La Clite de - Comines, leur fille, épouse de René de Brosse, comte de - Penthièvre, morte en 1564<a id="footnotetag506" name="footnotetag506"></a><a href="#footnote506" title="Lien vers la note 506"><span class="smaller">[506]</span></a>.</p> - - <p>Dans la chapelle de Charlet, Pierre de Quiqueran, évêque de - Senèz, mort en 1550. On voyoit sa statue à genoux sur son - tombeau<a id="footnotetag507" name="footnotetag507"></a><a href="#footnote507" title="Lien vers la note 507"><span class="smaller">[507]</span></a>.</p> - - <p>Dans la chapelle suivante, Honoré Barentin, conseiller d'état, - mort en 1639, et Anne Duhamel, sa femme, morte dans la même - année. Leurs bustes étoient placés sur une tombe de marbre - noir<a id="footnotetag508" name="footnotetag508"></a><a href="#footnote508" title="Lien vers la note 508"><span class="smaller">[508]</span></a>; plusieurs autres personnes de leur famille avoient été - inhumées dans la même chapelle.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page612" name="page612"></a>(p. 612)</span> Dans la chapelle Saint-Charles, Charles Brulart de Léon, - ambassadeur de France dans plusieurs cours de l'Europe, mort en - 1649. Son buste, en marbre blanc, étoit placé sur un piédestal de - marbre noir<a id="footnotetag509" name="footnotetag509"></a><a href="#footnote509" title="Lien vers la note 509"><span class="smaller">[509]</span></a>.</p> - - <p>Dans la chapelle suivante, Jérôme Tuillier, procureur-général de - la chambre des comptes, mort en 1633; et Élisabeth Dreux, son - épouse, morte en 1619. Leur tombeau, en pierre, étoit surmonté - d'un ange en marbre blanc, tenant dans ses mains une tête de - mort<a id="footnotetag510" name="footnotetag510"></a><a href="#footnote510" title="Lien vers la note 510"><span class="smaller">[510]</span></a>.</p> - - <p>Dans la chapelle Saint-Augustin, sur une grande table de marbre - blanc étoit gravée l'épitaphe du célèbre généalogiste Bernard - Chérin, mort en 1785. Son portrait, en bronze et en médaillon, - étoit placé au-dessus<a id="footnotetag511" name="footnotetag511"></a><a href="#footnote511" title="Lien vers la note 511"><span class="smaller">[511]</span></a>.</p> - - <p>Dans un coin de cette chapelle, deux statues, en marbre blanc, - agenouillées, offraient les images de Nicolas de Grimonville, - baron de l'Archant, capitaine des gardes de Henri III et Henri - IV, mort en 1592, et de Diane de Vivonne, sa femme<a id="footnotetag512" name="footnotetag512"></a><a href="#footnote512" title="Lien vers la note 512"><span class="smaller">[512]</span></a>.</p> -</div> - -<p>La bibliothèque, placée dans une très-belle salle, étoit composée -d'environ vingt-cinq mille volumes. Elle possédoit quelques manuscrits -curieux, et l'on y voyoit deux beaux globes de <i>Coronelli</i>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page613" name="page613"></a>(p. 613)</span> Les religieux de ce monastère, objets particuliers de la protection de -nos souverains, en avoient obtenu les distinctions les plus -honorables: ils avoient été qualifiés <i>chapelains du roi</i>, et en -exerçoient les fonctions, certains jours de l'année, à la -Sainte-Chapelle; ils jouissoient en outre de plusieurs autres -priviléges très-avantageux. Ce fut dans leur église que Henri III -institua l'ordre du Saint-Esprit, le 1er janvier 1579; et depuis elle -fut désignée pour toutes les cérémonies de cet ordre<a id="footnotetag513" name="footnotetag513"></a><a href="#footnote513" title="Lien vers la note 513"><span class="smaller">[513]</span></a>. Ce prince y -reçut celui de la Jarretière en 1585, et y établit sa fameuse -confrérie des Pénitents. Elle avoit été choisie par le parlement pour -la procession générale qui se faisoit tous les ans en mémoire de la -réduction de Paris sous Henri IV. Le clergé de France tenoit ses -assemblées dans le couvent; et dans diverses occasions le parlement, -la chambre des comptes, le châtelet et des commissaires du conseil y -ont aussi tenu des séances; etc. Enfin cinq salles, que les curieux ne -manquoient pas de visiter, étoient destinées aux chevaliers du -Saint-Esprit, et décorées de leurs portraits. Leurs archives y étoient -déposées.</p> - -<p>Cette maison servoit de collége aux religieux <span class="pagenum"><a id="page614" name="page614"></a>(p. 614)</span> des quatre provinces de -l'ordre<a id="footnotetag514" name="footnotetag514"></a><a href="#footnote514" title="Lien vers la note 514"><span class="smaller">[514]</span></a>. Elle a fourni, dans tous les temps, des sujets -recommandables <span class="pagenum"><a id="page615" name="page615"></a>(p. 615)</span> par leurs vertus, des théologiens éclairés, d'habiles -prédicateurs, et des écrivains distingués<a id="footnotetag515" name="footnotetag515"></a><a href="#footnote515" title="Lien vers la note 515"><span class="smaller">[515]</span></a>.</p> - - -<h3>LA COMMUNAUTÉ DES FRÈRES CORDONNIERS.</h3> - -<p>Cette association fut formée, en 1645, par les soins du baron de -Renti. Ce vertueux gentilhomme, animé de la charité la plus ardente et -d'un zèle infatigable pour les progrès de la religion, avoit déjà -procuré des instructions chrétiennes aux pauvres passants qu'on -retiroit à l'hôpital Saint-Gervais; il voulut associer au même -bienfait les artisans que l'ignorance et les <span class="pagenum"><a id="page616" name="page616"></a>(p. 616)</span> mauvaises mœurs qui en -sont la suite entraînoient à profaner le dimanche et les fêtes par -leurs débauches, et à mener en tout une vie grossière et scandaleuse. -Pour arriver à un but aussi louable, il ne dédaigna point de -s'associer un cordonnier du duché de Luxembourg, nommé Henri-Michel -Buch. La probité intacte de cet homme, son exactitude à remplir ses -devoirs, sa douceur et son humanité l'avoient fait nommer le <i>bon -Henri</i>. Encouragé par son vertueux protecteur, il parvint à rassembler -quelques personnes de son état qui parurent disposées à suivre ses -exemples. M. de Renti, conjointement avec M. Coquerel, docteur de -Sorbonne, leur donna des réglements, et la petite communauté commença -ses exercices. Les tailleurs se joignirent à eux peu de temps après; -mais depuis ces deux communautés se séparèrent, et continuèrent -chacune de leur côté, à observer ces statuts qu'elles avoient adoptés, -ce qui s'est pratiqué exactement jusque dans les derniers temps. Ces -frères travailloient et mangeoient en commun, récitoient certaines -prières à des heures réglées, ne chantoient que des psaumes ou des -cantiques, et donnoient aux pauvres tout le superflu de leurs -profits<a id="footnotetag516" name="footnotetag516"></a><a href="#footnote516" title="Lien vers la note 516"><span class="smaller">[516]</span></a>.</p> - - -<h3><span class="pagenum"><a id="page617" name="page617"></a>(p. 617)</span> L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS.</h3> - -<p>Nous avons déjà raconté succinctement les débats qui s'élevèrent entre -l'abbé de Saint-Germain et l'évêque de Paris<a id="footnotetag517" name="footnotetag517"></a><a href="#footnote517" title="Lien vers la note 517"><span class="smaller">[517]</span></a>, à l'occasion de la -nouvelle clôture que Philippe-Auguste avoit fait élever au midi de sa -capitale. Pierre de Nemours, qui gouvernoit alors l'église de Paris, -saisit avec ardeur cette occasion de faire revivre, sur la portion du -territoire de l'abbaye Saint-Germain, que l'on venoit de renfermer -dans la ville, des prétentions que ses prédécesseurs avoient plusieurs -fois tenté de faire valoir, mais toujours inutilement, soit qu'on -respectât en ceci la mémoire de saint Germain, qui avoit lui-même -exempté cette abbaye de la juridiction épiscopale, soit qu'on fût bien -aise de mettre quelques bornes au pouvoir des évêques de cette ville, -pouvoir dont les rois commençoient à se <span class="pagenum"><a id="page618" name="page618"></a>(p. 618)</span> montrer contrariés et jaloux. -Le chapitre de Notre-Dame s'unit au prélat pour réclamer la -juridiction de l'église mère sur tout ce qui se trouvoit compris dans -la nouvelle enceinte; et l'archiprêtre de Saint-Séverin prétendit en -même temps faire entrer toute cette partie dans sa paroisse. Jean de -Vernon, alors abbé de Saint-Germain, ses religieux et le curé de -Saint-Sulpice s'y opposèrent, et réclamèrent l'autorité du souverain -pontife; mais malheureusement pour eux ils n'attendirent point sa -décision, et consentirent à remettre à des arbitres le jugement de -cette affaire. Ceux-ci, par leur sentence du mois de janvier 1210, -prononcèrent en faveur de l'évêque, à qui ils accordèrent toute -juridiction dans la ville, ne la conservant à l'abbé que hors des -murs; mais, par une sorte de compensation, ils déclarèrent que cet -abbé continueroit de jouir de la justice dans tout son territoire, -soit sur la paroisse de Saint-Séverin, soit au dehors; et par le même -acte on lui accorda la faculté de faire construire, dans l'espace de -trois ans, une ou deux églises paroissiales, et d'en nommer les -curés<a id="footnotetag518" name="footnotetag518"></a><a href="#footnote518" title="Lien vers la note 518"><span class="smaller">[518]</span></a>. En conséquence <span class="pagenum"><a id="page619" name="page619"></a>(p. 619)</span> de cette transaction, Jean de Vernon fit -bâtir les églises de Saint-André et de Saint-Côme: elles furent -achevées en 1212, et les abbés eurent la nomination de ces deux cures -jusqu'en 1345, que ce droit fut cédé à l'Université.</p> - -<p>Tous nos historiens prétendent qu'au lieu même où fut bâtie l'église -Saint-André étoit, au sixième siècle, une chapelle de <i>Saint-Andéol</i>; -et en effet il en est fait mention dans la charte de fondation de -Saint-Germain en 558, et dans une vie de <i>saint Doctrovée</i>, écrite par -Gislemar vers la fin du onzième siècle. Cependant l'abbé Lebeuf et -Jaillot combattent cette opinion; et les raisons sur lesquelles ils -établissent leur doute sont soutenues de plus de recherches et -d'érudition que n'en mérite une question aussi peu importante. Les -recherches qu'a faites ce dernier critique sur l'origine du surnom de -cette église sont sans doute plus utiles et plus curieuses: il prétend -que d'abord elle n'en eut point, et qu'en effet cette addition étoit -inutile, puisqu'elle étoit alors, et qu'elle a été jusqu'à la fin la -seule basilique qui existât sous l'invocation de cet apôtre. En 1220, -elle est appelée dans un acte, <i>S. Andreas in Laaso</i>; en 1254, 1260, -1261, 1274, on lit <span class="pagenum"><a id="page620" name="page620"></a>(p. 620)</span> <i>S. Andreas de Assiciis</i>, <i>de Arciciis</i>, <i>de -Assibus</i>, <i>de Arsiciis</i>; et <i>S. Andreas</i> sans aucun surnom dans la -transaction passée, en 1272, entre Philippe-le-Hardi et l'abbaye -Saint-Germain<a id="footnotetag519" name="footnotetag519"></a><a href="#footnote519" title="Lien vers la note 519"><span class="smaller">[519]</span></a>. Il est vrai qu'un titre de 1284 l'offre pour la -première fois avec le surnom <i>de Arcubus</i>; mais comme les noms de -<i>Assiciis</i> et <i>Arciciis</i> ont été donnés au territoire de Laas dès -1194, ce critique ne doute point que le nom <i>des Arcs</i> ne vienne -originairement de ce nom de <i>Laas</i>, qu'on a successivement altéré et -corrompu; il réfute du reste les conjectures de D. Félibien et de -l'abbé Lebeuf, qui veulent que le vrai surnom soit des <i>Ars</i>, et qui -prétendent en trouver l'origine dans l'incendie fait par les Normands -de tous les dehors de la Cité, et principalement des édifices bâtis -sur la rive méridionale, qui étoit alors très-peuplée.</p> - -<p>À l'égard des autres explications hasardées sur cette étymologie, -lesquelles supposent que le surnom des <i>Arts</i> a été donné à cette -église, parce qu'elle étoit située à l'entrée du territoire de -l'Université; des <i>Arcs</i>, parce qu'on fabriquoit autrefois des armes -de cette espèce dans son voisinage, ou qu'il y avoit, à peu de -distance, des arcades et un jardin dans lequel on s'exerçoit <span class="pagenum"><a id="page621" name="page621"></a>(p. 621)</span> à tirer -de l'arc, elles ne paroissoient avoir aucun fondement, et ne méritent -pas d'être sérieusement réfutées<a id="footnotetag520" name="footnotetag520"></a><a href="#footnote520" title="Lien vers la note 520"><span class="smaller">[520]</span></a>.</p> - -<p>L'église de Saint-André offroit, comme tous les monuments gothiques de -Paris, des constructions de diverses époques, et de différents -caractères. Le fond du sanctuaire annonçoit un gothique du -commencement du treizième siècle; le reste étoit bien postérieur, et -le portail avoit été reconstruit, ainsi que beaucoup d'autres parties, -en 1660, sur les dessins d'un architecte nommé Gamard. La tour pouvoit -avoir été bâtie en 1500; et l'on y voyoit encore, au-dehors de -l'escalier, la marque des coups de mousquets qu'on y avoit tirés au -temps des troubles de Paris. Les niches et statues qui ornoient sa -partie latérale le long de la rue du Cimetière ne pouvoient pas avoir -été faites avant le seizième siècle<a id="footnotetag521" name="footnotetag521"></a><a href="#footnote521" title="Lien vers la note 521"><span class="smaller">[521]</span></a>.</p> - -<p>Il est remarquable que cette église étoit, avec <span class="pagenum"><a id="page622" name="page622"></a>(p. 622)</span> celle de -Saint-Sulpice, le seul monument de ce genre qui ne fût pas attaché à -des maisons particulières. Elle étoit isolée et bordée de passages -publics sur ses quatre côtés.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS.</p> - -<p class="center smcap">TABLEAUX.</p> - - <p>Dans le chœur, dix tableaux, dont quatre qui représentoient les - Évangélistes, étoient de la main de <i>Restout</i>; le cinquième, par - <i>Hallé</i>, offroit une image de saint André; les cinq autres - étoient d'un peintre nommé <i>Samson</i>.</p> - - <p>Dans les deux petites chapelles attenant la grille du chœur, un - saint Pierre et une sainte Geneviève; par <i>Jeaurat</i>.</p> - - <p>Au-dessus de la chaire du prédicateur, un saint André, sans nom - d'auteur, lequel avoit servi de modèle, dans les derniers temps, - au dessin de la bannière<a id="footnotetag522" name="footnotetag522"></a><a href="#footnote522" title="Lien vers la note 522"><span class="smaller">[522]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p> - - <p>Dans la chapelle de la Vierge, sa statue en marbre; par - <i>Francin</i>.</p> - - <p>Au-dessus de l'œuvre, un médaillon en marbre représentant saint - André, donné à cette église par Armand Arouet, frère de Voltaire.</p> - - <p>Attenant l'œuvre, un petit monument représentant la Religion qui - foule aux pieds un cadavre ou squelette embarrassé dans son - linceul, et arraché de son tombeau<a id="footnotetag523" name="footnotetag523"></a><a href="#footnote523" title="Lien vers la note 523"><span class="smaller">[523]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center smcap"><span class="pagenum"><a id="page623" name="page623"></a>(p. 623)</span> TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p> - - <p>Dans cette église avoient été inhumés:</p> - - <p>À l'entrée du chœur, Anne-Marie Martinozzi, princesse de Conti, - morte en 1672<a id="footnotetag524" name="footnotetag524"></a><a href="#footnote524" title="Lien vers la note 524"><span class="smaller">[524]</span></a>.</p> - - <p>Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti, son fils aîné, mort en - 1685.</p> - - <p>François-Louis de Bourbon, prince de Conti, son second fils, mort - en 1709<a id="footnotetag525" name="footnotetag525"></a><a href="#footnote525" title="Lien vers la note 525"><span class="smaller">[525]</span></a>.</p> - - <p>Dans la nef, auprès de l'œuvre, Jean-Baptiste Ravot d'Ombreval, - conseiller du roi, etc., mort en 1699.</p> - - <p>Gilbert Mauguin, président en la cour des monnoies, mort en 1674.</p> - - <p>Dans la chapelle de MM. de Thou, Christophe de Thou, premier - président du parlement, mort en 1582<a id="footnotetag526" name="footnotetag526"></a><a href="#footnote526" title="Lien vers la note 526"><span class="smaller">[526]</span></a>.</p> - - <p>Jacques-Auguste de Thou, président à mortier au parlement de - Paris, historien célèbre, mort en 1617<a id="footnotetag527" name="footnotetag527"></a><a href="#footnote527" title="Lien vers la note 527"><span class="smaller">[527]</span></a>.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page624" name="page624"></a>(p. 624)</span> Marie de Barbançon Cani, sa première femme, morte en 1601.</p> - - <p>Gasparde de La Châtre, sa seconde femme, morte en 1627<a id="footnotetag528" name="footnotetag528"></a><a href="#footnote528" title="Lien vers la note 528"><span class="smaller">[528]</span></a>.</p> - - <p>Dans la chapelle Saint-Antoine, Pierre Séguier, président au - parlement de Paris, mort en 1580.</p> - - <p>Pierre Séguier, son petit-fils, maître des requêtes, mort en - 1638<a id="footnotetag529" name="footnotetag529"></a><a href="#footnote529" title="Lien vers la note 529"><span class="smaller">[529]</span></a>.</p> - - <p>Dans d'autres parties de la nef et des chapelles avoient été - inhumés plusieurs autres personnages distingués, tels que:</p> - - <p>André Duchesne, célèbre par ses recherches sur l'histoire de - France, mort en 1640.</p> - - <p>Pierre d'Hozier, savant généalogiste, mort en 1660.</p> - - <p>Robert Nanteuil, très-habile graveur, mort en 1678.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page625" name="page625"></a>(p. 625)</span> Le Nain de Tillemont, l'un des plus savants ecclésiastiques de - son temps, mort en 1637.</p> - - <p>Louis Cousin, président en la cour des monnoies, et de l'Académie - françoise, mort en 1707.</p> - - <p>Antoine Houdard de La Mothe, de l'Académie françoise, mort en - 1731.</p> - - <p>Claude Léger, curé de cette paroisse, personnage recommandable - par sa charité et par ses vertus<a id="footnotetag530" name="footnotetag530"></a><a href="#footnote530" title="Lien vers la note 530"><span class="smaller">[530]</span></a>.</p> - - <p>Joli de Fleuri, procureur-général du parlement.</p> - - <p>L'abbé Le Batteux, littérateur distingué, mort en 1780<a id="footnotetag531" name="footnotetag531"></a><a href="#footnote531" title="Lien vers la note 531"><span class="smaller">[531]</span></a>.</p> - - <p>Dans le cimetière:</p> - - <p>Charles du Moulin, savant jurisconsulte, mort en 1566.</p> - - <p>Henri d'Aguesseau, père du chancelier, mort en 1716.</p> -</div> - - -<h3>CIRCONSCRIPTION.</h3> - -<p>Le territoire de la paroisse Saint-André commençoit dans la rue -Hautefeuille, au coin de celle du Battoir. Il renfermoit tout le carré -formé par un des côtés de cette rue et par la rue <span class="pagenum"><a id="page626" name="page626"></a>(p. 626)</span> entière des -Poitevins. Il continuoit ce même côté gauche de la rue Hautefeuille -jusqu'à l'église. Au-delà il renfermoit tout le côté gauche de la rue -Saint-André, depuis le chevet de l'église jusqu'à la place du -Pont-Saint-Michel, le côté gauche de cette place et la moitié des -maisons bâties sur le pont du même côté. De là, en revenant au quai -des Augustins, cette paroisse avoit la rue de Hurepoix et tout le quai -jusqu'au collége des Quatre-Nations exclusivement, espace dans lequel -étoit comprise une grande partie de la rue Guénégaud. Elle avoit aussi -les rues de Nevers et d'Anjou en entier, et presque toute la rue -Dauphine.</p> - -<p>Elle embrassoit en outre la rue Contrescarpe, partie de la rue -Saint-André jusqu'au chevet de l'église, ce qui renfermoit, du côté de -la rivière, les rues Christine, des Augustins, de Savoie, Pavée, -Gilles-Cœur, de l'Hirondelle; de l'autre, celle de l'Éperon en -entier, le cul-de-sac de la Cour-de-Rohan, et enfin la rue du -Cimetière-Saint-André.</p> - -<p>Parmi plusieurs chapelles fondées dans cette église, et dont l'abbé -Lebeuf a donné le détail, il falloit remarquer celle de Saint-Nicolas, -la plus grande et la plus riche de l'église, laquelle reconnoissoit -pour fondateur le fameux Jacques Cottier, médecin de Louis XI.</p> - - -<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page627" name="page627"></a>(p. 627)</span> <i>Hospice de charité de la paroisse Saint-André-des-Arcs.</i></p> - -<p>Cet hospice, fondé par le dernier curé de cette paroisse, M. Desbois -de Rochefort, étoit situé dans la rue des Poitevins, et consacré au -service des pauvres malades de son arrondissement. Ils y étoient reçus -au nombre de huit, quatre hommes et quatre femmes. On y faisoit aussi -travailler les petites filles indigentes de la paroisse, au nombre de -vingt-cinq; et tous ces soins étoient remplis par quatre sœurs de la -Charité, qui trouvoient encore le temps de visiter les malades du -dehors et de faire les petites écoles.</p> - - -<h3>ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-SÉVERIN.</h3> - -<p>Il n'est point de monument dont l'origine soit plus incertaine, et ait -produit plus d'opinions diverses parmi nos historiens. Les uns -prétendent que cette église occupe la place d'une <span class="pagenum"><a id="page628" name="page628"></a>(p. 628)</span> chapelle dédiée -sous le nom de saint Clément, pape; d'autres veulent qu'elle ait été, -dès sa fondation, sous le nom de saint Séverin, abbé d'Agaune, que -Clovis fit venir à Paris, afin d'obtenir par son intercession la -guérison d'une maladie grave dont il étoit tourmenté depuis deux -années. Ceux-ci croient, au contraire, que ce fut un pieux solitaire, -lequel portoit le même nom, et s'étoit retiré, du temps de Childebert -I<sup>er</sup>, dans une cellule près de la porte méridionale, qui fit construire -cette chapelle sous le titre déjà énoncé du pape saint Clément. -Ceux-là conjecturent que cette église n'étoit qu'un baptistère ou -chapelle de Saint-Jean-Baptiste, dépendante du monastère ou basilique -de Saint-Julien-le-Pauvre. Enfin, il en est qui pensent que c'est à la -place de cette église qu'existoit autrefois un monastère de -Saint-Séverin, et qu'il y avoit un peu plus loin une chapelle de -Saint-Martin. Nous avons déjà réfuté cette dernière opinion, en -parlant, dans le dixième quartier, de la basilique de -Saint-Laurent<a id="footnotetag532" name="footnotetag532"></a><a href="#footnote532" title="Lien vers la note 532"><span class="smaller">[532]</span></a>. Parmi les autres, il en est plusieurs qui ne -méritent aucune attention, parce qu'elles ne sont soutenues d'aucune -autorité. Par exemple, le culte de saint Clément n'a été public en -France que long-temps après la mort <span class="pagenum"><a id="page629" name="page629"></a>(p. 629)</span> de saint Séverin <i>le Solitaire</i>; -il n'y a pas un seul titre qui puisse faire seulement soupçonner que -l'église Saint-Séverin ait été une dépendance de -Saint-Julien-le-Pauvre, ni qu'elle lui ait servi de baptistère; et -plusieurs actes, tels que le diplôme de Henri I<sup>er</sup>, que nous avons -plusieurs fois cité, semblent prouver le contraire, en parlant de ces -deux églises dans des termes qui supposent une parfaite égalité. -Enfin, s'il faut choisir entre les deux seules opinions -vraisemblables, que le titulaire de cette église est ou saint Séverin -d'Agaune, ou saint Séverin <i>le Solitaire</i>, le peu de séjour que fit le -premier à Paris semble devoir faire pencher la balance en faveur du -second, qui y demeura long-temps, édifiant ses habitants par l'exemple -et le spectacle de ses vertus. La charte de Henri I<sup>er</sup>, qui désigne -cette église sous le nom de Saint-Séverin-<i>le-Solitaire</i>, vient à -l'appui de cette opinion<a id="footnotetag533" name="footnotetag533"></a><a href="#footnote533" title="Lien vers la note 533"><span class="smaller">[533]</span></a>; et, dans les dernières années de la -monarchie, on en avoit été tellement frappé, que sa fête y étoit -célébrée avec toutes les solennités usitées pour les Saints -titulaires, quoique le nom plus fameux de l'abbé d'Agaune eût fait -prévaloir depuis long-temps son culte dans cette église.</p> - -<p>Jaillot, qui adopte cette idée, pense qu'après la mort de ce saint -homme on aura bâti sur son <span class="pagenum"><a id="page630" name="page630"></a>(p. 630)</span> tombeau une chapelle, dont la dévotion des -fidèles rendit bientôt l'accroissement nécessaire. Elle aura ensuite -éprouvé, comme beaucoup d'autres édifices, les fureurs des Normands -dans le neuvième siècle. C'est alors que le corps du Saint fut levé, -et qu'on transporta ses reliques à la cathédrale, où elles sont -restées. Cependant il y a apparence que l'église, où jusque-là elles -avoient été conservées, n'avoit point été entièrement détruite par ces -barbares, puisqu'elle est énoncée dans la charte de Henri I<sup>er</sup> au -nombre de celles qu'il donne à l'église de Paris. Il est présumable -qu'elle fut rebâtie après le décès du prêtre Girauld<a id="footnotetag534" name="footnotetag534"></a><a href="#footnote534" title="Lien vers la note 534"><span class="smaller">[534]</span></a>, auquel on -en avoit laissé la jouissance sa vie durant, et que la population de -ce quartier s'étant rapidement augmentée, l'église fut érigée en cure, -avec le titre d'<i>archiprêtre</i> pour celui qui la desservoit, titre qui -lui donnoit la prééminence sur tous les curés de son district<a id="footnotetag535" name="footnotetag535"></a><a href="#footnote535" title="Lien vers la note 535"><span class="smaller">[535]</span></a>. -Quoi qu'il en soit, l'acte le plus ancien qui fasse mention de la cure -de Saint-Séverin est de 1210<a id="footnotetag536" name="footnotetag536"></a><a href="#footnote536" title="Lien vers la note 536"><span class="smaller">[536]</span></a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page631" name="page631"></a>(p. 631)</span> Cette église a été rebâtie et agrandie à différentes époques. Dès l'an -1347 le pape Clément VI avoit accordé des indulgences pour faciliter -sa reconstruction. Elle fut augmentée en 1489, et le 12 mai de cette -année on posa la première pierre de l'aile droite et des chapelles qui -sont derrière le sanctuaire<a id="footnotetag537" name="footnotetag537"></a><a href="#footnote537" title="Lien vers la note 537"><span class="smaller">[537]</span></a>. Les autres parties, telles que la -tour, la nef et le chœur étoient plus anciennes d'un siècle environ, -et d'un gothique assez délicat. L'abbé Lebeuf prétend que ses vitraux -étoient les premiers où l'on eût dessiné des armoiries de -famille<a id="footnotetag538" name="footnotetag538"></a><a href="#footnote538" title="Lien vers la note 538"><span class="smaller">[538]</span></a>.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-SÉVERIN.</p> - -<p class="p2 center smcap">TABLEAUX.</p> - - <p>Sur le maître-autel, une copie de la Cène; par <i>Philippe de - Champagne</i>.</p> - - <p>Dans une chapelle, un saint Joseph et une sainte Geneviève; par - le même.</p> - - <p>Dans la chapelle des Brinons, saint Pierre délivré de sa prison; - par <i>Bosse</i>.</p> - - <p>Dans la chapelle Saint-Michel, cet Archange; par <i>Monnet</i>.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page632" name="page632"></a>(p. 632)</span> Dans la chapelle des Fonts, le Baptême de Notre-Seigneur; sans - nom d'auteur.</p> - - -<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p> - - <p>Dans la chapelle du cimetière, le buste en marbre d'Étienne - Pasquier.</p> - - <p>Au sixième pilier du côté de la rue, une vierge en bois placée à - mi-corps dans une chaire de prédicateur. Dans cet endroit étoit - autrefois une chapelle de la Vierge<a id="footnotetag539" name="footnotetag539"></a><a href="#footnote539" title="Lien vers la note 539"><span class="smaller">[539]</span></a>.</p> - - <p>La décoration du maître-autel, composée de huit colonnes de - marbre, avec coupole, ornements en bronze doré, etc., avoit été - exécutée par <i>Baptiste Tuby</i>, d'après les dessins de <i>Le Brun</i>.</p> - - -<p class="p2 center smcap">TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p> - - <p>Dans cette église ont été inhumés:</p> - - <p>Étienne Pasquier, avocat-général de la chambre des comptes, connu - par ses recherches sur l'histoire de France, mort en 1615.</p> - - <p>Scévole et Louis de Sainte-Marthe, frères jumeaux, et tous les - deux historiographes de France, morts, le premier en 1650, le - second en 1656.</p> - - <p>Louis Moréri, auteur du Dictionnaire qui porte ce nom, mort en - 1680.</p> - - <p>Eustache Le Noble, écrivain fécond, et plus célèbre par ses - aventures que par ses écrits, mort en 1711.</p> - - <p>Louis-Elie Dupin, docteur de Sorbonne, auteur de plusieurs - ouvrages, mort en 1719.</p> - - <p>Pierre Grassin, conseiller du roi, fondateur du collége des - Grassins.</p> - - <p>Dans la chapelle des Brinons, plusieurs membres de cette famille, - à commencer par Yves Brinon, examinateur, de par le roi, au - châtelet de Paris, et procureur au parlement, mort en 1529. La - famille des Gilbert-de-Voisins avoit aussi sa sépulture dans - cette chapelle, etc., etc.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page633" name="page633"></a>(p. 633)</span> Dans le cimetière avoit été inhumé le marquis de Ségur, - gouverneur du pays de Foix, etc., mort en 1737.</p> - - <p>Au milieu de ce cimetière, on voyoit autrefois un tombeau élevé, - fermé par une grille de fer, sur lequel étoit la figure d'un - homme couché, soutenant sa tête avec sa main, et le coude appuyé - sur des livres. Ce tombeau renfermoit le corps d'un jeune - seigneur allemand nommé Ennon, gouverneur de la ville de Emda, - qui mourut à Paris, en 1545 pendant le cours de ses études<a id="footnotetag540" name="footnotetag540"></a><a href="#footnote540" title="Lien vers la note 540"><span class="smaller">[540]</span></a>.</p> -</div> - - -<h3>CIRCONSCRIPTION.</h3> - -<p>L'étendue de cette paroisse présentoit une forme oblongue, accompagnée -de quelques branches. Le corps principal se composoit du petit -Châtelet, des rues du Petit-Pont, Saint-Julien-le-Pauvre, du Plâtre, -de la Parcheminerie, des Prêtres, de Boute-Brie, du Foin, des Maçons, -auxquelles il falloit ajouter la place de Sorbonne, la rue -Neuve-de-Richelieu, les rues Serpente, Percée, Poupée, Mâcon, de la -Bouclerie, de la Huchette, Zacharie et Saint-Séverin.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page634" name="page634"></a>(p. 634)</span> Les branches se formoient des rues qui n'entroient qu'en partie dans -cette paroisse, et qui en marquoient les limites; savoir, partie du -côté gauche et du côté droit de la rue de la Bûcherie et de la rue -Galande; le côté droit de la rue des Anglois; partie de la rue des -Noyers; les deux côtés de la rue Saint-Jacques dans une certaine -étendue; le couvent des Mathurins et quelques maisons dans la rue du -même nom; deux maisons dans la rue de Sorbonne; la rue de la Harpe à -gauche, jusqu'à la rue Neuve-de-Richelieu, à droite jusqu'à la rue -Serpente; partie des rues d'Enfer, de Hautefeuille et -Saint-André-des-Arcs; une seule maison dans la rue Sarrasin.</p> - -<p>Il y avoit dans cette église un assez grand nombre de chapelles -fondées à diverses époques, et dont l'abbé Lebeuf a donné le détail. -Ce même auteur prétend que c'est une des premières églises de Paris où -l'on ait vu des orgues; il y en avoit dès le règne du roi Jean<a id="footnotetag541" name="footnotetag541"></a><a href="#footnote541" title="Lien vers la note 541"><span class="smaller">[541]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page635" name="page635"></a>(p. 635)</span> <i>Les Filles de Sainte-Marthe.</i></p> - -<p>La maison et le presbytère de cette communauté, destinée à -l'instruction des pauvres filles, avoit son entrée dans la rue des -Prêtres-Saint-Séverin, où est aussi la principale entrée de l'église -paroissiale dont nous venons de parler.</p> - - -<h3>LES RELIGIEUX DE LA SAINTE-TRINITÉ<br /> DE LA RÉDEMPTION DES CAPTIFS,<br /> DITS -LES MATHURINS.</h3> - -<p>Cet ordre fut institué par Jean de Matha et par Félix de Valois, ainsi -nommé du lieu de sa naissance ou de celui de sa demeure. La pieuse -<span class="pagenum"><a id="page636" name="page636"></a>(p. 636)</span> simplicité d'un ancien historien a voulu répandre sur l'origine de -cette fondation quelque chose de miraculeux, l'appuyer sur des -visions, sur des révélations dont nous croyons inutile de parler<a id="footnotetag542" name="footnotetag542"></a><a href="#footnote542" title="Lien vers la note 542"><span class="smaller">[542]</span></a>. -Il est plus vraisemblable qu'il dut son établissement à la pitié -qu'inspira aux deux fondateurs l'état malheureux auquel étoient -réduits les chrétiens que le mauvais succès des croisades avoit rendus -esclaves des Sarrasins. Jean de Matha conçut le premier le projet de -consacrer sa vie à chercher les moyens de racheter ces pauvres -captifs; et Félix de Valois, à qui il le communiqua, s'associa avec -joie à une aussi charitable entreprise. Une bulle du pape Innocent III -autorisa, en 1198, le nouvel institut; une seconde le confirma en -1199; et, dix ans après, ce même pontife donna à Jean de Matha la -maison et l'église de Saint-Thomas sur le mont Célius. Cet ordre, qui -ne tarda pas à s'introduire en France, s'y étendit par la protection -de Philippe-Auguste, et par les libéralités de plusieurs personnages -d'une haute distinction. Gaucher III de Chastillon donna d'abord à ces -religieux un terrain propre à bâtir un monastère; mais le nombre de -ceux qui se présentoient pour embrasser la règle nouvelle devenant -trop considérable pour qu'il leur fût <span class="pagenum"><a id="page637" name="page637"></a>(p. 637)</span> possible de se loger dans un -lieu aussi resserré, ce seigneur ajouta au don qu'il leur avoit déjà -fait, celui du lieu même où les deux fondateurs avoient concerté -ensemble pour la première fois le dessein de racheter les captifs. Cet -endroit, nommé <i>Cerfroid</i>, est situé entre Gandelu et la Ferté-Milon, -sur les confins du Valois.</p> - -<p>On ne sait point précisément en quelle année les Trinitaires vinrent -s'établir à Paris; mais on voit par un acte de l'année 1209 qu'à cette -époque ils y avoient déjà une maison<a id="footnotetag543" name="footnotetag543"></a><a href="#footnote543" title="Lien vers la note 543"><span class="smaller">[543]</span></a>. Ils occupoient un hôpital -ou aumônerie, appelée de <i>Saint-Benoît</i>; et un acte capitulaire de -leur chapitre général, tenu à Cerfroid, en 1230<a id="footnotetag544" name="footnotetag544"></a><a href="#footnote544" title="Lien vers la note 544"><span class="smaller">[544]</span></a>, semble prouver -qu'ils devoient cette demeure à la libéralité de l'évêque et du -chapitre de Paris. La chapelle de cette aumônerie étoit sous le titre -de Saint-Mathurin, dont elle possédoit quelques reliques: c'est de là -que les religieux de la Sainte-Trinité en prirent le nom, qu'ils -communiquèrent ensuite à la rue dans laquelle ils demeuroient, et à -toutes les maisons de leur ordre établies en France.</p> - -<p>Les bâtiments de cette maison furent augmentés peu à peu par les -libéralités de saint Louis et de Jeanne, fille du comte de Vendôme, -<span class="pagenum"><a id="page638" name="page638"></a>(p. 638)</span> ainsi que par les acquisitions successives que firent les religieux. -Le cloître, construit en 1219, par les soins d'un de leurs -<i>ministres</i><a id="footnotetag545" name="footnotetag545"></a><a href="#footnote545" title="Lien vers la note 545"><span class="smaller">[545]</span></a>, fut rebâti vers la fin du quinzième siècle, par -Robert Gaguin, qui étoit aussi ministre ou général de l'ordre. Il fut -encore reconstruit vers la fin du dix-huitième siècle. Ce même général -avoit aussi fait rebâtir, agrandir et décorer l'église, dont l'ancien -portail, élevé en 1406, étoit tourné du côté de la rue Saint-Jacques. -Il fut détruit en 1610 pour élargir la rue, et en 1613 on acheva les -bâtiments qui jusqu'alors étoient restés imparfaits. On n'y entroit -alors que par une petite porte qui a subsisté jusqu'aux derniers temps -dans la rue des Mathurins. Enfin on construisit, en 1729, un nouveau -portail et une cour fermée par une grille<a id="footnotetag546" name="footnotetag546"></a><a href="#footnote546" title="Lien vers la note 546"><span class="smaller">[546]</span></a>.</p> - -<p>L'Université tenoit ses assemblées dans une salle de cette maison -depuis le treizième siècle. Mais elle les transféra en 1764 au collége -de Louis-le-Grand, dont la possession venoit de lui être accordée.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center"><span class="pagenum"><a id="page639" name="page639"></a>(p. 639)</span> CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES MATHURINS.</p> - -<p class="center smcap">TABLEAUX.</p> - - <p>Sur le maître-autel, une Assomption; sans nom d'auteur. Sur les - côtés, deux religieux de l'ordre, peints en grisaille, et sur les - panneaux de menuiserie placés au-dessus des stalles du chœur, la - vie de saint Jean de Matha et du B. Félix de Valois, en dix-neuf - tableaux; par <i>Théodore Van Tulden</i>, élève de Rubens.</p> - - <p>Plusieurs grands tableaux placés dans la nef; sans nom d'auteurs, - et exécutés aux frais de Louis Petit, général de l'ordre.</p> - - -<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p> - - <p>Sur le couronnement du tabernacle, lequel étoit richement décoré - de pilastres et de bronzes dorés, un ange tenant les chaînes de - deux captifs agenouillés sur les angles de l'entablement.</p> - - <p>Sur l'entablement de la grille qui séparoit la nef du chœur, - deux figures d'anges; par <i>Guillain</i>.</p> - - -<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p> - - <p>Dans cette église avoient été inhumés:</p> - - <p>Robert Gaguin, historien du quinzième siècle, vingtième général - de l'ordre, mort en 1501<a id="footnotetag547" name="footnotetag547"></a><a href="#footnote547" title="Lien vers la note 547"><span class="smaller">[547]</span></a>.</p> - - <p>Jean de Sacro Bosco, célèbre mathématicien.</p> - - <p>François Balduni, savant jurisconsulte.</p> - - <p>Sur la droite du cloître de cette maison, à côté d'une petite - statue de la Vierge, on trouvoit une tombe plate sur laquelle - étoient représentés deux hommes enveloppés dans des suaires. - Autour de la tombe étoit gravée l'épitaphe suivante:</p> - -<p class="quote"><i lang="la">Hìc subtùs Jacent Leodegarius</i> du Moussel <i>de Normaniâ, et - <span class="pagenum"><a id="page640" name="page640"></a>(p. 640)</span> Olivarius</i> Bourgeois <i lang="la">de Britanniâ oriundi, clerici - scholares, quondam ducti ad justitiam sæcularem, ubi - obierunt, restituti honorificè, et hìc sepulti. Anno Domini - 1408 die 16 mensis maii</i><a id="footnotetag548" name="footnotetag548"></a><a href="#footnote548" title="Lien vers la note 548"><span class="smaller">[548]</span></a>.</p> -</div> - -<p>La bibliothèque de ces chanoines réguliers étoit composée de cinq à -six mille volumes, <span class="pagenum"><a id="page641" name="page641"></a>(p. 641)</span> parmi lesquels il se trouvoit quelques manuscrits -précieux<a id="footnotetag549" name="footnotetag549"></a><a href="#footnote549" title="Lien vers la note 549"><span class="smaller">[549]</span></a>.</p> - - -<h3>PALAIS DES THERMES.</h3> - -<p>Dans la rue de la Harpe, et un peu en-deçà des Mathurins, au fond de -la cour d'une vieille maison qui avoit autrefois pour enseigne une -croix de fer, on trouve le monument le plus ancien de Paris, reste -d'un vaste édifice élevé du temps des Romains, et connu sous le nom de -<i>palais des Thermes</i>. On ne sait pas précisément par qui ni en quel -temps il fut bâti; mais il est certain que Julien l'Apostat y a -demeuré, et qu'il y faisoit son séjour lorsqu'il fut proclamé -<span class="pagenum"><a id="page642" name="page642"></a>(p. 642)</span> empereur. Ce fut aussi quelquefois l'habitation de nos rois de la -première et de la seconde race; et sa dégradation ne commença sans -doute que lorsqu'ils eurent transféré leur résidence dans la cité, et -fait bâtir à la pointe de l'île le vaste bâtiment connu sous le nom de -<i>Palais</i><a id="footnotetag550" name="footnotetag550"></a><a href="#footnote550" title="Lien vers la note 550"><span class="smaller">[550]</span></a>.</p> - -<p>Ce fragment d'édifice est presque carré, si l'on en excepte -l'avant-salle qui précède la grande pièce. En face de l'entrée est une -grande niche circulaire, accompagnée de deux autres, plus petites, -moins profondes et quadrangulaires. De chaque côté les murs latéraux -présentent un enfoncement dont on ignore l'objet. La salle, dont la -hauteur est de quarante pieds au-dessus du sol actuel de la rue de la -Harpe, se prolonge dans une dimension de cinquante-huit pieds de long -sur cinquante-six de large. Elle est percée de quatre croisées, dont -deux sont bouchées; la troisième ne l'est qu'à moitié; et la -quatrième, ouverte en forme d'arcade, y introduit une belle lumière: -celle-ci est pratiquée en face de l'entrée, au-dessus de la grande -niche, et précisément sous le cintre de la voûte. Cette partie de -l'édifice, comme dans presque tous les thermes de Rome, est faite en -voûte d'arête, genre de couverture peu dispendieux et de la plus -grande solidité, parce que toutes les poussées y sont <span class="pagenum"><a id="page643" name="page643"></a>(p. 643)</span> divisées, et -que par conséquent il ne s'y opère aucun travail<a id="footnotetag551" name="footnotetag551"></a><a href="#footnote551" title="Lien vers la note 551"><span class="smaller">[551]</span></a>. Aux quatre -angles on voit encore des débris de chapiteaux faits en forme de -poupes de navire, lesquels servoient sans doute de couronnement à des -pilastres qui ont été détruits<a id="footnotetag552" name="footnotetag552"></a><a href="#footnote552" title="Lien vers la note 552"><span class="smaller">[552]</span></a>.</p> - -<p>La construction des murs de cet édifice se compose de six rangées de -moellons, formant des bandes, que séparent les unes des autres quatre -rangées de briques, qui chacune ont un pouce à quinze lignes seulement -d'épaisseur. Les joints pratiqués entre ces briques sont également -d'un pouce de largeur, de manière que les quatre briques forment avec -eux une épaisseur de huit pouces. Deux rangs de briques avec les -moellons placés au milieu occupent un espace <span class="pagenum"><a id="page644" name="page644"></a>(p. 644)</span> d'environ quatre pieds -six pouces. Les moellons ont de quatre à cinq pouces de hauteur.</p> - -<p>Ce genre de construction étoit habituellement celui des Romains; et on -le retrouve dans un grand nombre d'édifices, à Rome et dans toute -l'Italie. Ce modèle, que le temps a respecté au milieu de Paris, y est -malheureusement trop peu connu et mériteroit d'être imité. Il nous -offre la solution de ce problème que s'étoient proposé les architectes -de l'antiquité, de faire de grands et solides édifices avec des -matériaux communs et de peu de valeur: c'est ce qu'on ne sait plus -faire aujourd'hui.</p> - -<p>Les murs de cette salle étoient recouverts d'une couche de stuc qui -avoit trois, quatre et même cinq pouces d'épaisseur. On en voit encore -quelques débris: le reste paroît avoir cédé plutôt à la main des -hommes qu'aux ravages du temps.</p> - -<p>Quelle place occupoit dans l'ensemble des Thermes de Julien cette -belle salle que nous venons de décrire? c'est ce qu'il n'est pas -facile de décider en la voyant ainsi séparée de l'immense édifice<a id="footnotetag553" name="footnotetag553"></a><a href="#footnote553" title="Lien vers la note 553"><span class="smaller">[553]</span></a> -dont elle faisoit partie. Les thermes des anciens se composoient -d'une multitude <span class="pagenum"><a id="page645" name="page645"></a>(p. 645)</span> de pièces qui toutes n'étoient point destinées à -l'usage des bains; et, pour assigner à celle-ci son emploi précis, il -faudroit la considérer dans son rapport avec de semblables pièces des -thermes de Rome; il faudroit surtout rétablir, sur les indications des -fondations et des ruines adjacentes, l'ensemble approximatif des -salles contiguës. Le plan des Thermes n'existe dans aucun des grands -ouvrages qui ont traité de cette partie des monuments antiques: la -première restitution s'en trouve dans le deuxième volume des -Antiquités de la France par M. Clérisseau; et l'idée qu'il en donne -est assez satisfaisante, sans qu'on puisse toutefois s'assurer que -c'en soit là le véritable plan.</p> - -<p>Sous l'édifice que nous décrivons, on a découvert un double rang en -hauteur de caves en berceaux, ou plutôt de larges conduits de neuf -pieds dans toutes leurs dimensions. Il y avoit ainsi trois berceaux -parallèles séparés par des murs de quatre pieds d'épaisseur et se -communiquant par des portes de trois à quatre pieds de large. Le -premier rang de ces voûtes se trouve à dix pieds au-dessous du sol; on -y descend par quinze marches. Le second rang est dix pieds plus bas. -Quant à la longueur de ces routes souterraines, elle est inconnue, et -l'on ne pénètre pas au-delà de quatre-vingt-six pieds, à cause des -décombres qui en interceptent l'issue. <span class="pagenum"><a id="page646" name="page646"></a>(p. 646)</span> Les voûtes en sont composées de -briques, de pierres plates et de blocages à bain de mortier; la -construction des murs est en petits moellons durs de six pouces de -long sur quatre pouces d'épaisseur; le mortier introduit dans les -joints a depuis six lignes jusqu'à un pouce<a id="footnotetag554" name="footnotetag554"></a><a href="#footnote554" title="Lien vers la note 554"><span class="smaller">[554]</span></a>.</p> - -<p>«Quand on pense, dit un habile architecte<a id="footnotetag555" name="footnotetag555"></a><a href="#footnote555" title="Lien vers la note 555"><span class="smaller">[555]</span></a>, avec quelle avidité on -recueille les moindres renseignements sur des ruines lointaines, avec -quel empressement on dessine de toutes parts des débris de -constructions romaines, moins curieux et moins bien conservés que -celui dont nous parlons, il y a lieu de s'étonner du peu de soin qu'on -a apporté jusqu'à présent, soit à la conservation de ce monument, soit -à sa publication. Plusieurs projets avoient été présentés à ce sujet -avant la révolution: le gouvernement paroissoit disposé à faire un -choix parmi ces projets<a id="footnotetag556" name="footnotetag556"></a><a href="#footnote556" title="Lien vers la note 556"><span class="smaller">[556]</span></a>, lorsque nos troubles civils vinrent -<span class="pagenum"><a id="page647" name="page647"></a>(p. 647)</span> tout arrêter. Il seroit à souhaiter que l'attention se portât de -nouveau sur ce précieux débris, et qu'un édifice riche en souvenirs, -fécond en leçons de tous genres pour l'art de bâtir, fût enfin -désobstrué dans ses abords, fouillé dans ses fondations et soustrait -aux agents destructeurs qui de toutes parts travaillent à sa -ruine<a id="footnotetag557" name="footnotetag557"></a><a href="#footnote557" title="Lien vers la note 557"><span class="smaller">[557]</span></a>.»</p> - - -<h3>LES PRÉMONTRÉS.</h3> - -<p>Personne n'ignore que l'institution de cet ordre de chanoines -réguliers est due au zèle pieux de saint Norbert. Barthélemi, évêque -de Laon, qui connoissoit les talents et les vertus de cet homme -apostolique, l'avoit appelé près de lui pour l'aider à introduire la -réforme parmi <span class="pagenum"><a id="page648" name="page648"></a>(p. 648)</span> les chanoines de Saint-Martin, qui habitoient sa ville -épiscopale. Le succès n'ayant pas répondu à ses efforts, saint -Norbert, qui vouloit se livrer à la vie pénitente et contemplative, se -retira dans un vallon de la forêt de Couci, que l'on nommoit -<i>Prémontré</i>. Une chapelle de Saint-Jean-Baptiste qu'il trouva dans ce -lieu, et que les religieux de Saint-Vincent-de-Laon, à qui elle -appartenoit, avoient abandonnée, lui fit naître le projet de -s'associer quelques personnes, et d'établir en cet endroit un -monastère<a id="footnotetag558" name="footnotetag558"></a><a href="#footnote558" title="Lien vers la note 558"><span class="smaller">[558]</span></a>. L'évêque Barthélemi, entrant dans ses vues, fit -l'acquisition du vallon et de la chapelle, qu'il donna en 1120 à saint -Norbert; et cette même année celui-ci jeta les fondements d'un ordre -régulier, qu'il mit sous la règle de Saint-Augustin, et dont treize -chanoines firent profession le jour de Noël en 1121<a id="footnotetag559" name="footnotetag559"></a><a href="#footnote559" title="Lien vers la note 559"><span class="smaller">[559]</span></a>. L'ordre -s'accrut assez rapidement; et dans le siècle suivant, Jean, abbé de -Prémontré, voulant que ses religieux joignissent à la sainteté de leur -vie une science suffisante pour instruire les fidèles qu'ils -édifioient, prit la résolution de faire établir pour son ordre un -collége à Paris. Il y acquit en conséquence plusieurs maisons dans -les années 1252, 1255, <span class="pagenum"><a id="page649" name="page649"></a>(p. 649)</span> 1256 et 1286<a id="footnotetag560" name="footnotetag560"></a><a href="#footnote560" title="Lien vers la note 560"><span class="smaller">[560]</span></a>. On voit par une bulle -d'Urbain IV, adressée à Renaud de Corbeil, évêque de Paris, que ces -religieux obtinrent en 1263 la permission d'avoir un autel -portatif<a id="footnotetag561" name="footnotetag561"></a><a href="#footnote561" title="Lien vers la note 561"><span class="smaller">[561]</span></a>; mais on n'a pu découvrir dans quel temps on leur permit -d'élever une chapelle. Celle qu'on leur avoit accordée fut démolie en -1618, et l'on bâtit alors à la place l'église qui a subsisté jusqu'à -la fin du dernier siècle. Elle fut dédiée sous l'invocation de -<i>Saint-Jean-Baptiste</i> et de <i>Sainte-Anne</i>. En 1672 on y fit plusieurs -changements, et la nef fut agrandie par la suppression d'une maison -située entre cette église et la rue Hautefeuille.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES PRÉMONTRÉS.</p> - -<p class="center smcap">SCULPTURES.</p> - - <p>Sur le maître-autel, décoré de colonnes ioniques accouplées et - <span class="pagenum"><a id="page650" name="page650"></a>(p. 650)</span> chargées d'ornements d'assez mauvais goût, deux anges de grandeur - naturelle, soutenant un petit temple placé au-dessus du - tabernacle.</p> - - <p>Dans deux niches et sur l'arrière-corps, deux autres statues - également de grandeur naturelle; le tout sans nom d'auteur.</p> - - <p>Dans l'église, qui n'avoit rien de remarquable sous le rapport de - l'architecture, la menuiserie des orgues, des stalles et la - grille du chœur passoient pour d'assez bons ouvrages.</p> -</div> - -<p>La maison des Prémontrés à Paris portoit le titre de <i>prieuré</i>, et -étoit destinée à servir de collége aux jeunes chanoines de leur ordre. -Elle a produit un grand nombre de sujets distingués, qui ont été -l'ornement et la lumière de l'église<a id="footnotetag562" name="footnotetag562"></a><a href="#footnote562" title="Lien vers la note 562"><span class="smaller">[562]</span></a>.</p> - - -<h3>ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-CÔME ET SAINT-DAMIEN.</h3> - -<p>En parlant de l'église Saint-André-des-Arcs nous avons fait connoître -l'origine de celle-ci. Ces deux églises furent érigées dans le même -temps en paroisse, et cédées à l'Université <span class="pagenum"><a id="page651" name="page651"></a>(p. 651)</span> en 1345. On ne sait si -celle-ci fut reconstruite dans le siècle suivant, mais on trouve que -la dédicace en fut faite en 1426.</p> - -<p>L'église de Saint-Côme étoit petite, et néanmoins suffisante au -très-petit nombre de ses paroissiens: elle n'avoit rien dans sa -construction qui fût digne d'être remarqué<a id="footnotetag563" name="footnotetag563"></a><a href="#footnote563" title="Lien vers la note 563"><span class="smaller">[563]</span></a>.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-CÔME.</p> - - <p>Sur le maître-autel, décoré de colonnes corinthiennes, une - Résurrection; par <i>Houasse</i>.</p> - - <p>Dans la chapelle des fonts, un bas relief; sans nom d'auteur.</p> - - -<p class="p2 center smcap">TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p> - - <p>Dans cette église avoient été inhumés:</p> - - <p>Nicoles de Beze, seigneur de la Selle, archidiacre d'Étampes, - etc., etc., oncle du fameux Théodore de Beze, mort en 1543<a id="footnotetag564" name="footnotetag564"></a><a href="#footnote564" title="Lien vers la note 564"><span class="smaller">[564]</span></a>.</p> - - <p>Charles Loiseau, savant jurisconsulte, mort en 1628.</p> - - <p>Pierre Dupuy, conseiller au parlement et garde de la bibliothèque - du roi, mort en 1651.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page652" name="page652"></a>(p. 652)</span> Jacques Dupuy son frère, prieur de Saint-Sauveur, et également - garde de la bibliothèque, mort en 1656.</p> - - <p>Jacques-Omer Talon, avocat-général au parlement, mort en 1648.</p> - - <p>Omer Talon, aussi avocat-général au parlement dans le temps de la - Fronde, mort en 1652.</p> - - <p>Denis Talon, président à mortier au parlement, mort en 1698.</p> - - <p>(Plusieurs autres membres de cette famille avoient leur sépulture - dans la même église.)</p> - - <p>Jacques Bazin, marquis de Bezons, maréchal de France, gouverneur - de Cambrai, etc., mort en 1733.</p> - - <p>Claude d'Espence, savant théologien, recteur de l'Université, - etc., mort en 1571<a id="footnotetag565" name="footnotetag565"></a><a href="#footnote565" title="Lien vers la note 565"><span class="smaller">[565]</span></a>.</p> - - <p>Denis Bouthilier, avocat célèbre.</p> - - <p>François Bouthilier de Chavigny, évêque de Troyes, mort en 1731.</p> - - <p>François de La Peyronie, premier chirurgien du roi, mort en - 1747<a id="footnotetag566" name="footnotetag566"></a><a href="#footnote566" title="Lien vers la note 566"><span class="smaller">[566]</span></a>, etc., etc.</p> -</div> - - -<h3>CIRCONSCRIPTION.</h3> - -<p>Les limites de cette paroisse ont excité, dans le dix-septième siècle, -de vives contestations qu'il seroit fastidieux de rapporter. Il paroît -qu'elle s'étendoit réellement d'un côté jusqu'aux confins de celle de -Saint-Benoît; qu'elle avoit le <span class="pagenum"><a id="page653" name="page653"></a>(p. 653)</span> terrain qui entouroit la porte -Saint-Michel depuis le lieu dit anciennement le -<i>Parloir-aux-Bourgeois</i> jusque vis-à-vis la rue de Vaugirard. Une -transaction qu'elle fit avec l'abbaye Saint-Germain lui enleva -quelques maisons dans les rues d'Enfer et Vaugirard, pour l'agrandir -d'un autre côté, de manière que, dans les derniers temps, elle se -renfermoit dans les rues suivantes:</p> - -<p>À partir de l'église, elle avoit le côté droit de la rue de la Harpe, -à l'exception du collége d'Harcourt; partie de la place Saint-Michel -et de la rue Sainte-Hyacinthe, des deux côtés; la rue Saint-Thomas; la -gauche de la rue d'Enfer jusqu'à celle de Saint-Dominique; le côté -droit de la rue Sainte-Catherine; en revenant, le côté droit de la rue -des Fossés-de-Monsieur-le-Prince jusqu'à celle de l'Observance, -qu'elle renfermoit en entier avec le couvent des Cordeliers; partie de -la rue qui portoit ce nom, des deux côtés; la rue du Paon tout entière -avec son cul-de-sac; partie de la rue du Jardinet et de celle du -Battoir; la rue Mignon tout entière.</p> - - -<h3><span class="pagenum"><a id="page654" name="page654"></a>(p. 654)</span> L'ACADÉMIE ROYALE DE CHIRURGIE.</h3> - -<p>L'importance et la beauté du monument consacré aux travaux de cette -société savante nous déterminent à intervertir ici l'ordre naturel de -cet ouvrage, qui semble lui assigner sa place parmi les écoles et les -colléges. Cette exception, que nous avons déjà faite pour plusieurs -maisons religieuses, sera renouvelée encore dans ce même quartier, en -faveur de l'église et de la maison de Sorbonne.</p> - -<p>La chirurgie fut d'abord en honneur dans l'Europe entière lors de la -renaissance des lettres, parce que, dans la pratique comme dans la -théorie, ceux qui exerçoient l'art de guérir l'avoient d'abord réunie -à la médecine; mais elle tomba bientôt dans un profond avilissement, -lorsque, par un dédain absurde, les médecins jugèrent à propos de la -séparer de leur art, et de l'abandonner comme une profession purement -mécanique, à la main des barbiers, qu'ils se contentoient de diriger -dans les opérations chirurgicales <span class="pagenum"><a id="page655" name="page655"></a>(p. 655)</span> et dans l'application des remèdes -extérieurs. Cet arrangement bizarre la perdit sans ressource en -Allemagne et en Italie, où elle avoit d'abord brillé du plus grand -éclat. Il n'en fut pas de même en France, parce que, long-temps avant -l'époque qui ramena les sciences et les arts en Occident, les -chirurgiens formoient déjà un corps savant, à la vérité uniquement -occupé de l'art chirurgical, mais à qui l'on avoit du moins accordé le -droit d'unir la théorie à la pratique. Ce fut Jean Pitard, chirurgien -de Saint-Louis, qui le premier pensa à réunir une société de gens de -sa profession, à laquelle pût s'attacher la confiance publique que le -charlatanisme d'une foule d'empiriques avoit alors fort indisposée -contre l'art de la chirurgie. Il obtint d'abord de ce prince, en sa -qualité de chirurgien du roi au Châtelet, une charte qui lui donnoit -le pouvoir d'examiner et d'approuver, dans toute l'étendue de la -ville, prévôté et vicomté de Paris, tous ceux qui voudroient y exercer -l'art de la chirurgie. Cette charte fut bientôt suivie d'une -permission de former un corps de chirurgiens, pour lequel il fit des -statuts et des réglements. Ce corps toutefois ne fut entièrement -établi qu'en 1278, sous le titre de <i>confrérie</i>; on en confirma pour -lors les priviléges, et la nouvelle confrérie fut mise sous -l'invocation de Saint-Côme et de Saint-Damien. Cette compagnie -n'étoit alors <span class="pagenum"><a id="page656" name="page656"></a>(p. 656)</span> composée que de gens lettrés et d'une capacité éprouvée; -et une suite d'ordonnances de nos rois, depuis Philippe-le-Bel jusqu'à -Charles VI<a id="footnotetag567" name="footnotetag567"></a><a href="#footnote567" title="Lien vers la note 567"><span class="smaller">[567]</span></a>, a pour objet de maintenir une juste sévérité dans -l'examen de ceux qui se destinoient à exercer la chirurgie. En 1436, -on trouve que le corps des chirurgiens fut agrégé à l'Université: ils -avoient déjà adopté la pieuse et ancienne coutume introduite depuis -long-temps parmi les médecins, de donner des consultations gratuites à -l'entrée des églises. Un des statuts de la confrérie portoit qu'ils -s'assembleroient le premier lundi de chaque mois à Saint-Côme, pour -examiner les pauvres malades qui se présenteroient, et leur fournir -les médicaments qui leur seroient nécessaires. Ce fut en conséquence -de cette disposition que les curé et marguilliers de cette paroisse -firent construire, vers 1561, au bas de leur église, un bâtiment -destiné à cette œuvre de charité.</p> - -<p>Cependant, l'orgueil ou la jalousie des médecins pensa détruire une -aussi sage institution; et il ne tint pas à eux que la chirurgie ne -retombât parmi nous dans l'avilissement complet où <span class="pagenum"><a id="page657" name="page657"></a>(p. 657)</span> elle étoit chez -nos voisins: car, après de longues dissensions, dont l'objet étoit de -soutenir des prétentions déraisonnables, la faculté de médecine, par -une imitation honteuse des médecins étrangers, appela les barbiers à -l'exercice de la chirurgie, les initia ensuite aux grandes opérations -de l'art, et parvint enfin à les faire unir au corps des chirurgiens. -Le mépris dans lequel cette indigne alliance le fit tomber fut tel, -qu'un arrêt solennel le dépouilla, en 1660, de tous les honneurs -littéraires. Cependant, par une espèce de prodige, la théorie s'y -conserva; une suite d'hommes aussi habiles que courageux transmit -fidèlement les traditions, l'art fit chaque jour de nouveaux progrès, -et ces progrès devinrent si remarquables, que le gouvernement sentit -enfin qu'il étoit aussi juste qu'honorable de rétablir la chirurgie -dans son état primitif. Une loi rendue en 1724 ordonna d'abord -l'établissement de cinq professeurs royaux pour enseigner la théorie -et la pratique de l'art; en 1731, l'académie royale de chirurgie fut -formée dans l'association de Saint-Côme; enfin, en 1743, cette -agrégation humiliante des chirurgiens-barbiers fut entièrement -supprimée; et l'arrêt qui ordonnoit leur suppression, mettant la -chirurgie au nombre des arts libéraux, et lui en accordant tous les -honneurs, droits et prérogatives, assimile le collége <span class="pagenum"><a id="page658" name="page658"></a>(p. 658)</span> des chirurgiens -au collége Royal, et à celui de Louis-le-Grand.</p> - -<p>L'augmentation de la confrérie et l'association des barbiers avoient -forcé d'accroître les bâtiments qui lui étoient destinés. On avoit -acheté quelques maisons voisines, élevé en 1671 un amphithéâtre -anatomique, ajouté en 1706 une salle et de nouveaux bâtiments; mais -toutes ces additions n'empêchant pas ce local d'être incommode et -insuffisant, La Martinière, premier chirurgien de Louis XV, demanda -l'emplacement du collége de Bourgogne, situé dans la même rue, pour y -élever un plus vaste bâtiment. Il l'obtint; le collége fut démoli, et -sur ce terrain on construisit l'école de chirurgie dont il nous reste -à parler. Le roi en posa la première pierre en 1769, et l'exécution en -fut confiée à M. Gondouin, architecte qui ne s'étoit encore fait -connoître par aucuns travaux importants.</p> - -<p>Un style pur, noble, simple, et qui ne ressembloit en rien à tout ce -qui se bâtissoit alors, attira tous les yeux, réunit tous les -suffrages. Les gens de l'art y reconnurent la majesté de -l'architecture romaine, dépouillée de ses riches superfluités, et -rapprochée de la simplicité des monuments de la Grèce.</p> - -<p>Cet édifice se compose de quatre corps de bâtiments, formant une cour -de onze toises de profondeur sur seize de largeur; la façade sur <span class="pagenum"><a id="page659" name="page659"></a>(p. 659)</span> la -rue en a trente-trois; un péristyle de quatre rangs de colonnes réunit -les deux ailes: le bâtiment du fond est un amphithéâtre éclairé par en -haut, et qui peut contenir douze cents personnes. Dans les deux ailes -sont placées les diverses salles de démonstration et d'administration: -elles renferment en outre un grand cabinet d'anatomie humaine, un -autre de pièces anatomiques modelées en cire, une bibliothèque -publique, une collection de tous les instruments employés dans la -chirurgie.</p> - -<p>La décoration extérieure consiste, dans toute l'étendue de la façade -et au pourtour de la cour, en un ordre ionique qui n'excède pas la -hauteur du rez-de-chaussée; au fond est un péristyle de six colonnes -corinthiennes d'un plus grand module, couronné d'un fronton, dans le -tympan duquel un bas-relief offre la Théorie et la Pratique se donnant -la main, et jurant sur l'autel d'Esculape de demeurer unies pour le -soulagement de l'humanité. Sur le mur du fond, dans la partie la plus -élevée, cinq médaillons offrent les portraits de cinq chirurgiens -célèbres<a id="footnotetag568" name="footnotetag568"></a><a href="#footnote568" title="Lien vers la note 568"><span class="smaller">[568]</span></a>.</p> - -<p>Le mérite de ce péristyle, bien supérieur à toutes les décorations de -ce genre que peuvent <span class="pagenum"><a id="page660" name="page660"></a>(p. 660)</span> offrir d'autres monuments de la capitale, -consiste principalement dans le juste rapport des parties avec -l'ensemble. Les colonnes posent seulement sur quelques marches élevées -au-dessus du sol, et ne sont point anéanties dans leur effet, comme -dans le fameux péristyle du Louvre, par un soubassement d'une hauteur -excessive. La masse de l'entablement et du fronton qui le couronne ne -présente pas, comme au péristyle de Sainte-Geneviève, dont les -colonnes sont placées à de trop grands intervalles, un poids énorme -qui fatigue l'œil. Rapprochées ici les unes des autres dans une juste -proportion, on voit qu'elles supportent sans effort le couronnement de -cet élégant édifice.</p> - -<p>Le grand bas-relief placé au-dessus de la porte représente, dans une -composition allégorique, le Gouvernement accordant des grâces et des -priviléges à la chirurgie; il est accompagné de la Sagesse et de la -Bienfaisance: le génie des arts lui présente le plan de l'école. -Toutes ces sculptures, extrêmement médiocres, sont de <i>Berruer</i>.</p> - -<p>Pour l'intérieur du monument, l'architecte a adopté un genre de -décoration qui peut remplacer avantageusement la sculpture: c'est la -peinture à fresque. On voit dans l'escalier la statue d'Hygie, déesse -de la santé; dans une salle du rez-de-chaussée, six figures imitant -le bas-relief; <span class="pagenum"><a id="page661" name="page661"></a>(p. 661)</span> dans l'amphithéâtre un grand morceau en grisaille, -offrant un sujet allégorique, le tout exécuté par <i>Gibelin</i>. -Au-dessous de ce dernier tableau sont les bustes des deux fondateurs -de l'académie de chirurgie, La Peyronie et La Martinière, tous les -deux de la main de <i>Le Moine</i>. Cette école possédoit autrefois une -statue de Louis XV par <i>Tassaer</i>.</p> - -<p>Il est peu d'édifices conçus avec autant de goût et distribués aussi -heureusement que celui-ci. La critique, réduite à ne pouvoir attaquer -que certains détails de la décoration extérieure, est forcée de se -taire en considérant l'ensemble élégant et majestueux du monument. -Placé dans une rue étroite, il étoit impossible autrefois de jouir du -développement de sa façade; la démolition de l'église des Cordeliers a -formé devant lui une place vague qui en détruit également -l'effet<a id="footnotetag569" name="footnotetag569"></a><a href="#footnote569" title="Lien vers la note 569"><span class="smaller">[569]</span></a>.</p> - -<p>L'académie de chirurgie, dirigée par le ministre de Paris, se -composoit d'un président, premier chirurgien du roi; d'un directeur, -d'un <span class="pagenum"><a id="page662" name="page662"></a>(p. 662)</span> vice-directeur et de plusieurs autres officiers tirés des -quarante conseillers qui formoient le comité perpétuel de l'académie. -Il y avoit vingt adjoints à ce comité; tous les autres maîtres en -chirurgie du collége étoient académiciens libres.</p> - -<p>Dix-sept professeurs donnant tous les jours des leçons sur les -diverses parties de la chirurgie, étoient distribués de la manière -suivante:</p> - -<ul class="none"> -<li>Deux pour la physiologie.</li> -<li>Deux pour la pathologie chirurgicale.</li> -<li>Deux pour l'hygiène.</li> -<li>Deux pour l'anatomie.</li> -<li>Deux pour les opérations.</li> -<li>Deux pour les maladies des yeux.</li> -<li>Deux pour les accouchements.</li> -<li>Un pour la chimie.</li> -<li>Deux pour l'école pratique de - dissection.</li> -</ul> - -<p>Cette compagnie avoit une assemblée publique, dans laquelle elle -distribuoit des prix fondés par plusieurs de ses membres les plus -célèbres<a id="footnotetag570" name="footnotetag570"></a><a href="#footnote570" title="Lien vers la note 570"><span class="smaller">[570]</span></a>.</p> - - -<h3><span class="pagenum"><a id="page663" name="page663"></a>(p. 663)</span> LES CORDELIERS.</h3> - -<p>Cet ordre religieux, institué en 1208 par saint François, près -d'Assise en Ombrie, et approuvé l'année suivante, fit des progrès si -rapides, qu'au premier chapitre, tenu en 1219, on comptoit déjà plus -de cinq mille députés. Ils avoient d'abord pris le nom de -<i>Prédicateurs de la Pénitence</i>, mais leur instituteur voulut, par -humilité, qu'ils s'appelassent <i>Frères Mineurs</i>; il ordonna même que -le chef ou général de l'ordre ne prît que le simple titre de ministre. -Nos historiens s'accordent à fixer leur arrivée à Paris de 1216 à -1217<a id="footnotetag571" name="footnotetag571"></a><a href="#footnote571" title="Lien vers la note 571"><span class="smaller">[571]</span></a>; mais Jaillot présume qu'il y a ici quelque erreur: car il -en résulteroit que ces religieux seroient restés treize à quatorze ans -à Paris sans établissement fixe, puisque c'est seulement en 1230 -qu'ils se fixèrent dans le lieu qu'ils ont occupé jusque dans les -derniers temps. Cet emplacement leur fut cédé à titre de <span class="pagenum"><a id="page664" name="page664"></a>(p. 664)</span> <em>prêt</em> par -l'abbé et le couvent Saint-Germain, sous la condition qu'ils ne -pourroient avoir ni chapelle publique, ni cimetière, ni cloches pour -appeler les fidèles au service divin, et que si par la suite ils -venoient à quitter cette demeure, le couvent de Saint-Germain -rentreroit dans la propriété des lieux cédés, et des augmentations -qu'on y auroit faites. Telle est la forme de l'acte de -concession<a id="footnotetag572" name="footnotetag572"></a><a href="#footnote572" title="Lien vers la note 572"><span class="smaller">[572]</span></a>; mais Jaillot prétend et prouve, ce nous semble, -très-bien que ce prétendu <em>prêt</em> étoit une cession véritable que l'on -avoit déguisée sous ce titre, pour ne pas violer en apparence le vœu -de pauvreté absolue si rigoureusement ordonné par saint François à ses -religieux; et qu'en effet ce fut saint Louis qui acheta de l'abbaye -tout ce qu'elle paroissoit prêter aux Cordeliers. Plusieurs actes -cités par lui viennent à l'appui de son opinion.</p> - -<p>Les religieux de Saint-Germain ne tardèrent pas à se relâcher de ces -conditions sévères qu'ils avoient imposées d'abord aux frères mineurs; -et dès 1240 on voit que non-seulement ils leur permirent d'avoir une -église, un cimetière et des cloches, mais encore qu'ils consentirent -en leur faveur à l'aliénation de deux pièces de terre que des -personnes pieuses vouloient acquérir pour eux, dont l'une étoit -contiguë à <span class="pagenum"><a id="page665" name="page665"></a>(p. 665)</span> leur couvent, et l'autre située au-delà des murs. Saint -Louis se chargea de faire bâtir leur église, et y consacra une partie -de l'amende de dix mille livres, à laquelle il avoit condamné -Enguerrand de Couci<a id="footnotetag573" name="footnotetag573"></a><a href="#footnote573" title="Lien vers la note 573"><span class="smaller">[573]</span></a>. Elle ne fut dédiée que le 6 juin 1262, sous -le titre de <i>Sainte-Magdeleine</i>. Depuis, ces religieux firent encore, -sur les terres de l'abbé de Saint-Germain, diverses acquisitions que -celui-ci voulut bien leur amortir; et en 1298, Philippe-le-Hardi leur -donna la rue qui régnoit le long des murs, depuis la porte d'Enfer -jusqu'à celle de Saint-Germain. Mais dans le siècle suivant, la -nécessité où l'on se trouva de fortifier la ville, lors de la prison -du roi Jean, ayant forcé d'abattre les maisons qu'ils avoient bâties -sur ce terrain, et de détruire une partie de leurs vignes pour creuser -des fossés, Charles V crut devoir les en dédommager en leur donnant la -propriété de deux maisons situées rue de la Harpe et de Saint-Côme, -qu'il avoit achetées des religieux de Molême; et de ses propres -deniers fit construire pour eux de grandes écoles et plusieurs autres -bâtiments. Ils reçurent à différentes époques des marques non moins -éclatantes de la générosité de plusieurs illustres personnages. Ce fut -Anne de Bretagne qui fit rebâtir leur réfectoire, lequel avoit cent -<span class="pagenum"><a id="page666" name="page666"></a>(p. 666)</span> soixante-douze pieds de long sur quarante-trois de large. Un incendie, -arrivé en 1580, ayant détruit leur église presque de fond en -comble<a id="footnotetag574" name="footnotetag574"></a><a href="#footnote574" title="Lien vers la note 574"><span class="smaller">[574]</span></a>, elle fut reconstruite sur les mêmes fondements <span class="pagenum"><a id="page667" name="page667"></a>(p. 667)</span> par les -libéralités de Henri III, des chevaliers du Saint-Esprit et autres -personnes de considération. On commença les travaux en 1582. En 1585 -le chœur fut fini, et dédié sous l'invocation de <i>Sainte-Magdeleine</i>. -Les largesses du président de Thou, de son fils Jacques-Auguste de -Thou et de quelques autres, fournirent les moyens de continuer la nef, -qui fut achevée en 1606. En 1672 on bâtit la chapelle du tiers-ordre -de Saint-François, laquelle fut dédiée sous le nom de -<i>Sainte-Élisabeth</i>; enfin, en 1673, ces religieux firent reconstruire -leur cloître et élever au-dessus de vastes dortoirs. On mit alors sur -la porte cette inscription: <cite>le grand couvent de l'observance de -Saint-François</cite>, 1673<a id="footnotetag575" name="footnotetag575"></a><a href="#footnote575" title="Lien vers la note 575"><span class="smaller">[575]</span></a>. Toutefois <span class="pagenum"><a id="page668" name="page668"></a>(p. 668)</span> ces bâtiments ne furent achevés -que dix ans après.</p> - -<p>L'église des cordeliers passoit pour une des plus grandes de Paris: -c'étoit un immense vaisseau de trois cent vingt pieds de long sur plus -de quatre-vingt-dix de large, sans compter les chapelles des -bas-côtés. Le bâtiment n'en étoit point voûté, mais seulement plafonné -d'une charpente dont la couleur enfumée par le temps y répandoit une -grande obscurité et la rendoit d'un aspect désagréable; mais elle -contenoit un assez grand nombre d'illustres sépultures qui la -rendoient digne de l'attention des curieux<a id="footnotetag576" name="footnotetag576"></a><a href="#footnote576" title="Lien vers la note 576"><span class="smaller">[576]</span></a>.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CORDELIERS.</p> - -<p class="center smcap">TABLEAUX.</p> - - <p>Sur le maître-autel, décoré d'un très-beau tabernacle en marbre, - la Nativité de Notre-Seigneur; par <i>Franck</i>.</p> - - <p>Dans la chapelle des Gougenot, une Annonciation; par <i>Vien</i>.</p> - - <p>Dans une frise qui régnoit autour de la salle du chapitre, des - têtes de cardinaux, patriarches, généraux, saints et saintes de - l'ordre de Saint-François, peintes dans de petits compartiments.</p> - - -<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page669" name="page669"></a>(p. 669)</span> Dans deux niches qui accompagnoient le jubé, les statues de saint - Pierre et de saint Paul.</p> - - <p>Dans la chapelle des Gougenot, sur le devant de l'autel, un - bas-relief en pierre de liais représentant l'ensevelissement de - Notre-Seigneur; par <i>Jean Goujon</i>. (Ce morceau de sculpture - venoit de la démolition de l'ancien jubé de - Saint-Germain-l'Auxerrois)<a id="footnotetag577" name="footnotetag577"></a><a href="#footnote577" title="Lien vers la note 577"><span class="smaller">[577]</span></a>.</p> - - <p>Sur le portail de l'église, du côté de la rue de l'Observance, - une statue de saint Louis, estimée des antiquaires, et que l'on - disoit très-ressemblante.</p> - - -<p class="p2 center smcap">TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p> - - <p>Dans cette église ont été inhumés:</p> - - <p>Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de France, - décapité en place de Grève le 19 décembre 1475.</p> - - <p>Derrière le chœur et à côté du grand autel, Pierre Filhol, - archevêque d'Aix, lieutenant général du roi au gouvernement de - Paris, mort en 1540. (Sa statue étoit couchée sur son - tombeau)<a id="footnotetag578" name="footnotetag578"></a><a href="#footnote578" title="Lien vers la note 578"><span class="smaller">[578]</span></a>.</p> - - <p>Albert Pio, prince de Carpi, mort à Paris en 1535. (Il étoit - représenté en bronze, à demi couché sur son tombeau)<a id="footnotetag579" name="footnotetag579"></a><a href="#footnote579" title="Lien vers la note 579"><span class="smaller">[579]</span></a>.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page670" name="page670"></a>(p. 670)</span> Alexandre de Hales, religieux de cet ordre, dit le docteur - irréfragable et maître de saint Thomas et de saint Bonaventure, - mort en 1245.</p> - - <p>Jean de La Haye, du même ordre, prédicateur ordinaire d'Anne - d'Autriche, mort en 1661.</p> - - <p>Bernard de Beon et du Massé, seigneur de Bouteville, conseiller - et lieutenant du roi, etc., mort en 1607.</p> - - <p>André Thevet, cosmographe de quatre rois, mort en 1590.</p> - - <p>François de Belleforêt, écrivain du seizième siècle, mort en - 1583.</p> - - <p>Dans une chapelle, Gilles-le-Maître, premier président au - parlement de Paris, mort en 1562. (On voyoit sa statue sur son - tombeau)<a id="footnotetag580" name="footnotetag580"></a><a href="#footnote580" title="Lien vers la note 580"><span class="smaller">[580]</span></a>.</p> - - <p>Dans la chapelle de Gondi, don Antoine, prétendu roi de Portugal, - mort en 1595.</p> - - <p>Don Diego Bothelh, seigneur portugais qui s'étoit attaché à sa - fortune, mort en 1607.</p> - - <p>Dans la chapelle des Longueil, plusieurs membres de cette - famille, entre autres Antoine de Longueil, évêque de - Saint-Pol-de-Léon, mort en 1500. (Sa statue étoit couchée sur une - tombe placée dans l'épaisseur du mur)<a id="footnotetag581" name="footnotetag581"></a><a href="#footnote581" title="Lien vers la note 581"><span class="smaller">[581]</span></a>.</p> - - <p>Dans la chapelle des Besançon, plusieurs magistrats de ce nom et - des familles de Bullion et de Lamoignon, qui en descendent. (Dans - cette chapelle on voyoit sur un tombeau de marbre noir le buste - de M. de Bullion, surintendant des finances, mort en 1640)<a id="footnotetag582" name="footnotetag582"></a><a href="#footnote582" title="Lien vers la note 582"><span class="smaller">[582]</span></a>.</p> - - <p>Dans la chapelle des Briçonnet, plusieurs membres de cette - famille illustre dans la magistrature. (Quatre bustes chargés - d'inscriptions offroient les images de quatre d'entre eux<a id="footnotetag583" name="footnotetag583"></a><a href="#footnote583" title="Lien vers la note 583"><span class="smaller">[583]</span></a>, - et à l'un des piliers on voyoit un squelette qui tenoit entre - ses mains <span class="pagenum"><a id="page671" name="page671"></a>(p. 671)</span> l'épitaphe de Catherine Briçonnet, épouse d'Adrien du - Drac, morte en 1680.)</p> - - <p>Vis-à-vis la chapelle du Saint-Sépulcre, Jean de Rouen, savant - professeur de langues anciennes, mort en 1615.</p> - - <p>Dans la chapelle Sainte-Élisabeth, Claude-Françoise de Pouilly, - marquise d'Esne, etc., femme d'Alexandre, marquis de Redon, etc., - morte en 1672.</p> - - <p>Dans la chapelle des Gougenot, plusieurs membres de cette - famille, et entre autres l'abbé Gougenot, prieur de Maintenay, - associé libre de l'académie de peinture et sculpture, mort en - 1767<a id="footnotetag584" name="footnotetag584"></a><a href="#footnote584" title="Lien vers la note 584"><span class="smaller">[584]</span></a>.</p> - - <p>Plusieurs autres familles distinguées, telles que celles des - Aîmeret, des Riantz-Villeray, des Hardi-la-Trousse, des La - Palu-Bouligneux, des Vertamon, des Faucon-de-Ris, etc., avoient - leurs sépultures dans cette église.</p> - - <p>Dans la salle du chapitre:</p> - - <p>Sous une tombe plate, Nicolas de Lyre, docteur en théologie, - religieux Cordelier, et l'un des plus savants hommes de son - siècle, mort en 1340.</p> -</div> - -<p>Le couvent des Cordeliers occupoit un très-vaste emplacement, mais se -composoit d'un mélange de bâtiments anciens et sans symétrie, et de -bâtiments modernes et réguliers. Le cloître étoit le plus vaste et le -plus beau qu'il y eût à Paris. Le réfectoire, les dortoirs méritoient -d'être vus. La bibliothèque, composée d'environ vingt-quatre mille -volumes, étoit répartie en deux grandes pièces et trois cabinets. On y -conservoit des manuscrits précieux donnés à cette maison par saint -Louis, qui, comme on sait, légua ses <span class="pagenum"><a id="page672" name="page672"></a>(p. 672)</span> livres, par égale portion, à ces -pères et aux Jacobins de la rue Saint-Jacques. Ils possédoient aussi -une collection de manuscrits grecs qui leur avoit été donnée par Marie -de Médicis.</p> - -<p>Deux confréries fameuses, celle du tiers ordre de Saint-François et -celle du Saint-Sépulcre avoient été établies ou transportées dans -l'église de ce couvent: saint Louis fut de la dernière, laquelle -existoit avant l'arrivée des Cordeliers à Paris. C'étoit aussi dans -une des salles de leur maison que se tenoient régulièrement, deux fois -par an, les assemblées des chevaliers de l'ordre royal de -Saint-Michel.</p> - -<p>Ce monastère servoit de collége aux jeunes religieux de l'ordre qui -venoient à Paris étudier la théologie. Parmi le grand nombre de ceux -qui s'y sont illustrés, on distingue Alexandre de <i>Hales</i>, saint -<i>Bonaventure</i>, Nicolas <i>de Lyre</i>, Jean <i>Duns</i>, dit <i>Scot</i>, surnommé le -<i>docteur subtil</i>, etc. Cet ordre a aussi donné à l'église quelques -papes et plusieurs cardinaux<a id="footnotetag585" name="footnotetag585"></a><a href="#footnote585" title="Lien vers la note 585"><span class="smaller">[585]</span></a>.</p> - - - -<h3><span class="pagenum"><a id="page673" name="page673"></a>(p. 673)</span> LA SORBONNE.</h3> - -<p>Cette belle institution devoit son origine à Robert, dit de <i>Sorbon</i> -ou <i>Sorbonne</i>, lieu de sa <span class="pagenum"><a id="page674" name="page674"></a>(p. 674)</span> naissance, situé dans le Rhételois. Né dans -l'obscurité, il étoit parvenu par sa science et par ses vertus à -mériter l'estime et les faveurs de saint Louis, dont il fut le -chapelain et non le confesseur, comme quelques-uns l'ont avancé. Dans -ce haut degré de fortune, Robert se ressouvint des obstacles que sa -pauvreté avoit apportés à ses études, et surtout des difficultés qu'on -éprouvoit à parvenir au doctorat quand on étoit né comme lui -absolument sans biens. Ce fut pour aplanir ces difficultés qui -pouvoient enlever à l'Église un grand nombre d'habiles défenseurs, -qu'il forma le dessein d'établir une société d'ecclésiastiques -séculiers qui, vivant en commun et dégagés de toute inquiétude sur les -besoins de la vie, ne seroient occupés que du soin d'étudier et de -donner gratuitement des leçons. Du Boulai et ceux qui l'ont suivi ne -nous présentent ce collége que comme un établissement fondé en faveur -de seize pauvres écoliers; mais le titre seul qu'il portoit prouve le -contraire: on voit qu'il s'appeloit dès le principe la <i>Communauté des -pauvres maîtres</i>, et que ses membres étoient, quelques années après, -désignés ainsi: <span class="pagenum"><a id="page675" name="page675"></a>(p. 675)</span> <i lang="la">Pauperes magistri de vico ad portas</i><a id="footnotetag586" name="footnotetag586"></a><a href="#footnote586" title="Lien vers la note 586"><span class="smaller">[586]</span></a>. «C'étoit, -dit l'historien de l'Université<a id="footnotetag587" name="footnotetag587"></a><a href="#footnote587" title="Lien vers la note 587"><span class="smaller">[587]</span></a>, aux pauvres que Robert -prétendoit fournir des secours. La pauvreté étoit l'attribut propre de -la maison de Sorbonne; elle en a conservé long-temps la réalité avec -le titre, et depuis même que les libéralités du cardinal de Richelieu -l'ont enrichie, elle a toujours retenu l'épithète de <i>Pauvre</i>, comme -son premier titre de noblesse.» Elle la conserva jusque dans les -derniers temps, et les actes publics l'ont toujours qualifiée -<i lang="la">pauperrima domus</i>, exemple rare et vraiment admirable d'humilité -chrétienne, humilité dont son fondateur lui avoit du reste fourni le -modèle: car on ne voit point qu'il ait voulu faire porter son nom à ce -collége, et l'on sait qu'il se contenta du titre de <em>Proviseur</em>, plus -simple alors qu'il ne l'est aujourd'hui.</p> - -<p>Nos historiens ont extrêmement varié sur l'époque de la fondation de -cet établissement; et la plupart, rapportant les lettres de concession -accordées par saint Louis et datées de Paris l'an 1250, n'ont pas fait -attention en adoptant cette date qu'alors saint Louis étoit en Afrique -depuis deux ans, et par conséquent qu'elle ne pouvoit être qu'une -erreur de copiste. L'abbé <span class="pagenum"><a id="page676" name="page676"></a>(p. 676)</span> Ladvocat, docteur et bibliothécaire de ce -collége, est tombé dans une erreur à peu près semblable, lorsque, -d'après des inscriptions gravées dans la maison même de Sorbonne, il -fixe cette fondation à l'année 1253, puisque saint Louis ne revint en -France que l'année suivante. Il a du reste reconnu cette erreur; et en -examinant avec attention tous les actes relatifs à la fondation de la -Sorbonne, il faut, avec raison, la reculer jusqu'à l'année 1256.</p> - -<p>Une erreur plus grave est celle de Piganiol<a id="footnotetag588" name="footnotetag588"></a><a href="#footnote588" title="Lien vers la note 588"><span class="smaller">[588]</span></a>, qui présente comme -fondateur de cette maison Robert de Douai, chanoine de Senlis et -médecin de la reine Marguerite de Provence. Il cite à ce sujet le -testament de ce personnage; mais, s'il l'avoit lu avec attention, il -eût reconnu d'abord que ce titre, daté de 1258, est postérieur à -l'érection du collége, ensuite que le testateur n'a d'autre intention, -en faisant un legs, que d'augmenter une fondation déjà faite. Robert -de Douai fut le bienfaiteur de la nouvelle institution et non son -fondateur; et ce titre il le partagea avec Guillaume de Chartres, -chanoine de cette ville, Guillaume de Némont, chanoine de Melun, tous -deux chapelains de saint Louis, et même avec ce prince, qui, malgré -toutes les libéralités <span class="pagenum"><a id="page677" name="page677"></a>(p. 677)</span> dont il combla ce collége, n'en fut jamais -appelé le fondateur<a id="footnotetag589" name="footnotetag589"></a><a href="#footnote589" title="Lien vers la note 589"><span class="smaller">[589]</span></a>.</p> - -<p>Si nous reprenons l'histoire de cette fondation, nous trouvons que -Robert de Sorbonne, ayant acquis ou échangé avec saint Louis quelques -maisons dans la rue Coupe-Gueule et dans la rue voisine<a id="footnotetag590" name="footnotetag590"></a><a href="#footnote590" title="Lien vers la note 590"><span class="smaller">[590]</span></a>, y fit -bâtir les premiers édifices de son collége et une chapelle. Il acquit -ensuite de Guillaume de Cambrai ce qui restoit de terrain et de -maisons jusqu'à la rue des Poirées; et, considérant que -l'établissement qu'il venoit de former n'étoit destiné que pour des -théologiens, il imagina de faire élever sur une partie de -l'emplacement qu'il venoit d'acquérir un collége dans lequel on -enseigneroit les humanités et la philosophie, et où l'on prépareroit -ainsi des élèves propres à entrer dans les écoles de Sorbonne. Ce -collége, achevé en 1271, reçut le nom de <i>Calvi</i> ou la -<i>Petite-Sorbonne</i>; la chapelle, dédiée d'abord à la <i>sainte Vierge</i>, -fut rebâtie en 1326, et mise, en 1347, sous la même <span class="pagenum"><a id="page678" name="page678"></a>(p. 678)</span> invocation et -sous celle de <i>sainte Ursule</i> et de ses compagnes, dont l'église -célébroit la fête le 21 octobre, jour de la dédicace.</p> - -<p>Les choses restèrent en cet état jusqu'au ministère du cardinal de -Richelieu. Ce ministre, qui aimoit tout ce qui avoit de l'éclat, pensa -qu'il feroit une chose utile pour sa gloire s'il faisoit rebâtir avec -une magnificence digne de lui le collége dans lequel il avoit étudié -la théologie. L'architecte <i>Le Mercier</i>, qui avoit déjà bâti pour lui -le Palais-Royal, fut chargé de lui présenter un plan, tant pour la -construction d'une église que pour celle des bâtiments qui devoient -l'accompagner. La première pierre de la maison<a id="footnotetag591" name="footnotetag591"></a><a href="#footnote591" title="Lien vers la note 591"><span class="smaller">[591]</span></a> fut posée en 1627 -par l'archevêque de Rouen; il posa lui-même celle de l'église en 1635. -Cependant elle ne fut achevée que long-temps après sa mort, en 1653, -comme le constatoit une inscription attachée au portail du côté de la -cour.</p> - -<p>Cette église, dont l'architecture a été présentée par tous les -historiens de Paris comme un chef-d'œuvre digne de la plus grande -admiration, se compose du côté de la place d'un portail <span class="pagenum"><a id="page679" name="page679"></a>(p. 679)</span> décoré de -deux ordres corinthien et composite élevés l'un sur l'autre, et assez -semblable pour la masse à celui du Val-de-Grâce. Du côté de la cour, -l'édifice est également terminé par un portail qui n'a qu'un seul -ordre; il est élevé sur des marches, couronné d'un fronton, et, à -quelques égards, conçu d'après le système du portique du Panthéon à -Rome; mais l'espacement inégal des colonnes et leur accouplement aux -angles de cette construction nuisent beaucoup à sa beauté. Le reste de -cette façade, ouverte par deux étages de croisées, manque de -caractère; la multiplicité des corps et des profils en détruit -l'effet, et lui donne autant l'air d'un palais que d'une église. Au -milieu de ces deux morceaux d'architecture s'élève un dôme dont les -campanilles trop petites ne donnent point à l'ensemble cette forme -pyramidale qui rend si agréable l'aspect de Saint-Pierre de Rome et de -Saint-Paul de Londres. Au total, il y a plus de richesse et de -prétention que de véritable beauté dans cette composition.</p> - -<p>L'intérieur, décoré d'un ordre de pilastres couronné par une corniche, -étoit remarquable par l'éclat des marbres qui brilloient dans le -pavement et dans les deux autels placés en face de chaque portail, -ainsi que par les belles peintures que Philippe de Champagne avoit -exécutées dans quelques parties du dôme; mais les <span class="pagenum"><a id="page680" name="page680"></a>(p. 680)</span> curieux y -admiroient surtout le mausolée du cardinal de Richelieu, lequel -passoit pour le chef-d'œuvre de Girardon<a id="footnotetag592" name="footnotetag592"></a><a href="#footnote592" title="Lien vers la note 592"><span class="smaller">[592]</span></a>.</p> - -<div class="descript"> -<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA SORBONNE.</p> - -<p class="center smcap">TABLEAUX.</p> - - <p>Au-dessus du grand autel, le Père Éternel dans une gloire; par - <i>Le Brun</i>.</p> - - <p>Dans une des petites chapelles pratiquées dans l'épaisseur des - piliers du dôme, la prédication de saint Antoine; par - <i>Noël-Nicolas Coypel</i>.</p> - - <p>Dans une autre, saint Hilaire, évêque de Poitiers; par le même.</p> - - <p>Dans une troisième, saint Paul recouvrant la vue; par <i>Brenet</i>. - Dans les pendentifs du dôme, les quatre Pères de l'église, peints - à fresque par <i>Philippe de Champagne</i>.</p> - - <p>Dans la grande salle des actes, les portraits des papes depuis - Benoît XIV, donnés successivement à la Sorbonne par chacun des - pontifes régnant; ceux de Louis XV, du roi Stanislas, de Louis - XVI et de quelques proviseurs de la maison, depuis le cardinal de - Richelieu.</p> - - <p>Dans la bibliothèque, le portrait en pied du cardinal; celui de - Michel Le Masle, son secrétaire; un portrait très-ressemblant du - célèbre Érasme, et ceux de plusieurs autres hommes célèbres.</p> - - -<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p> - - <p>Sur le grand autel, construit d'après les dessins de <i>Bullet</i>, et - décoré de six colonnes corinthiennes avec bases et chapiteaux de - bronze doré, un Christ de marbre blanc de six à sept pieds de - proportion sur un fond de marbre noir; par <i>Michel Anguier</i>.</p> - - <p>Sur le fronton qui couronnoit cette ordonnance, deux anges; par - <i>Tuby</i> et <i>Vancleve</i>.</p> - - <p>Entre les colonnes, une statue de la Vierge en marbre; par - <i>Louis Le Comte</i>; un saint Jean l'Évangéliste; par <i>Cadène</i>.</p> - - <p><span class="pagenum"><a id="page681" name="page681"></a>(p. 681)</span> Entre les pilastres de la nef, les statues des douze Apôtres et - plusieurs anges de grandeur naturelle; par <i>Berthelot</i> et - <i>Guillain</i>.</p> - - <p>Dans la chapelle de la Vierge, une statue de cette mère du - Sauveur tenant l'enfant Jésus entre ses bras; par <i>Desjardins</i>.</p> - - <p>Dans la bibliothèque, le buste en bronze du cardinal de - Richelieu; par <i>Jean Varin</i><a id="footnotetag593" name="footnotetag593"></a><a href="#footnote593" title="Lien vers la note 593"><span class="smaller">[593]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p> - - <p>Au milieu du chœur, le mausolée de ce fameux ministre, exécuté - par <i>Girardon</i><a id="footnotetag594" name="footnotetag594"></a><a href="#footnote594" title="Lien vers la note 594"><span class="smaller">[594]</span></a>. Le corps du cardinal étoit déposé dans un - caveau pratiqué au-dessous de ce monument.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page682" name="page682"></a>(p. 682)</span> La bibliothèque, l'une des plus nombreuses et des plus précieuses de -Paris, contenoit près de soixante mille volumes et cinq mille -manuscrits, parmi lesquels dominoient les ouvrages de théologie. On y -comptoit environ huit cents bibles différentes, dont plusieurs étoient -des premiers temps de l'imprimerie; plusieurs manuscrits sur vélin -ornés de miniatures et de vignettes dorées; une collection d'estampes -très-rares; des globes d'une grande dimension; une sphère armillaire -en cuivre, etc., etc.</p> - -<p>Quant au régime intérieur de cette maison, il paroît certain que, dès -les premiers temps, on y admit des docteurs, des bacheliers, boursiers -et non boursiers, de pauvres étudiants: il y en <span class="pagenum"><a id="page683" name="page683"></a>(p. 683)</span> avoit même encore à -la fin du siècle dernier. Ceux qui l'habitoient furent dès-lors -distingués par les noms d'<em>hôtes</em> et d'<em>associés</em>, et on les recevoit -de quelque pays qu'ils pussent être. Ce premier réglement n'a pas -cessé un moment d'être en vigueur: les hôtes restoient dans la maison -jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu le bonnet de docteur, ou l'espace de -deux années après avoir reçu la bénédiction de licence; seulement leur -nom avoit été changé en celui de <i>docteurs</i> ou <i>bacheliers de la -maison de Sorbonne</i>, tandis que les <i>associés-boursiers</i> portoient -celui de <i>docteurs</i> ou <i>bacheliers de la maison et société de -Sorbonne</i>. Du reste l'égalité la plus parfaite régnoit entre tous les -membres; ils n'admettoient ni maîtres ni disciples, et cette sagesse -de leurs réglements ne s'est pas démentie un seul instant<a id="footnotetag595" name="footnotetag595"></a><a href="#footnote595" title="Lien vers la note 595"><span class="smaller">[595]</span></a>.</p> - -<p>Les écoles extérieures étoient situées sur la <span class="pagenum"><a id="page684" name="page684"></a>(p. 684)</span> place de Sorbonne. -C'étoit un vaste bâtiment dans lequel se faisoit la distribution des -prix de l'Université, en présence du parlement<a id="footnotetag596" name="footnotetag596"></a><a href="#footnote596" title="Lien vers la note 596"><span class="smaller">[596]</span></a>.</p> - - -<h3><span class="pagenum"><a id="page685" name="page685"></a>(p. 685)</span> COLLÉGES, ÉCOLES, etc.</h3> - -<p class="center"><i>Collége d'Autun</i> (rue Saint-André-des-Arcs).</p> - -<p>Ce collége avoit été fondé par Pierre Bertrand, d'abord évêque de -Nevers, ensuite d'Autun, et depuis cardinal; c'est la raison pour -laquelle dans plusieurs actes il est indiqué sous le nom de collége -<i>du cardinal Bertrand</i>. Dès l'année 1336, ce prélat, dans l'intention -de faire une fondation de ce genre, avoit acheté quelques bâtiments -contigus à une maison qu'il possédoit dans la rue et vis-à-vis -l'église Saint-André. Les formalités nécessaires pour consolider son -entreprise ne lui permirent pas de la commencer avant l'année 1341; et -c'est en effet en cette année et non en 1337, comme l'ont prétendu -divers historiens, que fut passé l'acte de fondation pour un -principal, un chapelain et quinze boursiers, dont cinq devoient -étudier en théologie, cinq en droit et cinq en philosophie. Leur -nombre s'augmenta depuis de trois boursiers, par les libéralités -d'Oudard de Moulins, qui les fonda en 1398, et de trois autres fondés -en 1644 <span class="pagenum"><a id="page686" name="page686"></a>(p. 686)</span> par François de Sazéa, évêque de Bethléem et principal de ce -collége. La réunion qu'on en fit en 1764 au collége de Louis-le-Grand -fit naître l'idée de placer l'école de dessin dans ses bâtiments, ce -qui fut exécuté quelques années après<a id="footnotetag597" name="footnotetag597"></a><a href="#footnote597" title="Lien vers la note 597"><span class="smaller">[597]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Boissi</i> (rue du Cimetière-Saint-André).</p> - -<p>La plupart de ceux qui ont écrit sur Paris ont également varié et sur -la date et sur l'auteur et sur les clauses de cette fondation. En -rétablissant les faits d'après les actes les plus authentiques, on -trouve que Godefroi ou Geoffroi Vidé, prêtre, chanoine de l'église de -Chartres, et clerc du roi, mort en 1354, avoit ordonné par son -testament que ce qui resteroit de son bien, après les legs payés, fût -distribué aux pauvres de Paris et à ceux de Boissi-le-Sec, lieu de sa -naissance, si toutefois les exécuteurs testamentaires ne jugeoient pas -à propos d'en disposer autrement. La fondation d'un collége leur parut -une chose plus utile que cette distribution; et Étienne Vidé, l'un -d'eux, neveu du testateur, chanoine de Laon et de -Saint-Germain-l'Auxerrois, <span class="pagenum"><a id="page687" name="page687"></a>(p. 687)</span> offrit à cet effet la maison qu'il occupoit -rue Saint-André et des Deux-Portes, et deux autres maisons contiguës. -Cette fondation fut faite pour six écoliers, dont le plus ancien -devoit être appelé <i>maître</i>, et un chapelain, avec cette clause que -tous seroient pris dans la famille de Geoffroi et d'Étienne; à leur -défaut, parmi les pauvres du village de Boissi-le-Sec; enfin s'il ne -s'en trouvoit point dans ceux-ci qui eussent la capacité suffisante, -ces boursiers devoient être choisis sur la paroisse Saint-André par -les exécuteurs testamentaires, et après eux par le chancelier de -l'église de Paris et le prieur des Chartreux. Par le même acte, -Étienne Vidé déclare expressément qu'il veut que ces boursiers soient -pauvres, et de basse extraction, comme lui et ses ancêtres avoient -été, <i lang="la">quí non sint nobiles, sed de humili plebe, et pauperes, sicut -nos et prædecessores nostri fuimus</i>, ce qui détruit sans réplique -l'opinion de quelques auteurs qui veulent que Geoffroi et Étienne -fussent seigneurs de Boissi-le-Sec. Le fondateur désiroit aussi -qu'après sa mort le nombre des boursiers fût porté à douze, si ses -facultés le permettaient; mais ce vœu n'eut point son exécution, et -l'on ne voit d'autre augmentation que celle d'une septième bourse dont -ce collége fut redevable, en 1717, à Guillaume Hodei. En 1519, Michel -Chartier, principal de ce collége, y avoit fait bâtir une <span class="pagenum"><a id="page688" name="page688"></a>(p. 688)</span> chapelle -sous l'invocation de la sainte Vierge, de saint Michel et de saint -Jérôme.</p> - -<p>Le collége de Boissi est un de ceux qui furent réunis à l'Université à -la fin du siècle dernier<a id="footnotetag598" name="footnotetag598"></a><a href="#footnote598" title="Lien vers la note 598"><span class="smaller">[598]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Le Collége Mignon, dit depuis de Grandmont</i> (rue Mignon).</p> - -<p>Ce collége fut fondé, en 1343, par Jean Mignon, archidiacre de Blois -dans l'église de Chartres<a id="footnotetag599" name="footnotetag599"></a><a href="#footnote599" title="Lien vers la note 599"><span class="smaller">[599]</span></a>, et maître des comptes à Paris. Il -l'institua pour douze écoliers qui devoient être pris, autant qu'il -seroit possible, dans sa famille, et acquit dans cette intention, rue -de l'Écureuil et des Petits-Champs, quelques maisons qu'il fit -amortir; mais la mort l'empêcha d'exécuter ce projet, dont l'entier -achèvement fut confié à ses exécuteurs testamentaires. Ils y mirent -assez de lenteur pour que l'Université se crût autorisée à en porter -des plaintes au roi Jean, qui régnoit alors. Par un arrêt du conseil -rendu en 1353<a id="footnotetag600" name="footnotetag600"></a><a href="#footnote600" title="Lien vers la note 600"><span class="smaller">[600]</span></a>, huit ans après la mort du testateur, il fut -ordonné que Robert Mignon, exécuteur du testament de son frère, -achèteroit avant Noël <span class="pagenum"><a id="page689" name="page689"></a>(p. 689)</span> des rentes suffisantes pour l'entretien de douze -écoliers, leur abandonnerait la maison qu'occupoit Jean Mignon, ou une -autre de même valeur; y construiroit une chapelle, etc., etc. Par ce -même arrêt le roi amortit les biens destinés à la fondation de cette -chapelle, et s'en déclara le fondateur, se réservant tous les droits -d'administration. La chapelle, bâtie par les soins de Michel Mignon, -fils de Robert, fut dédiée sous l'invocation de saint Gilles et saint -Leu<a id="footnotetag601" name="footnotetag601"></a><a href="#footnote601" title="Lien vers la note 601"><span class="smaller">[601]</span></a>.</p> - -<p>Les choses restèrent en cet état jusqu'au règne de Henri III. Ce -prince, voulant procurer un établissement aux Hiéronymites qu'il avoit -amenés de Pologne, les plaça d'abord dans un logement qu'il avoit fait -construire sur une partie de l'emplacement du palais des Tournelles, -et, peu de temps après, jugea à propos de les transférer au bois de -Vincennes à la place des religieux de Grandmont. Ceux-ci reçurent -alors, en échange de l'habitation qu'on leur enlevoit, le collége de -Mignon et 12000 livres de rente. Il fut convenu qu'on y mettroit un -prieur et sept religieux, lesquels feroient les études convenables -pour céder ensuite la place à d'autres, arrangement qui fut confirmé -par des lettres-patentes données en 1584, et par des bulles du <span class="pagenum"><a id="page690" name="page690"></a>(p. 690)</span> pape -de 1585. Malgré les oppositions que l'Université crut mal à propos -devoir y mettre<a id="footnotetag602" name="footnotetag602"></a><a href="#footnote602" title="Lien vers la note 602"><span class="smaller">[602]</span></a>, ce collége, connu depuis ce temps sous le nom de -<i>Grandmont</i>, fut occupé par ces religieux jusqu'en 1769, époque à -laquelle il fut réuni à celui de Louis-le-Grand. Vingt ans auparavant, -en 1749, la chapelle avoit été agrandie et décorée d'un portail<a id="footnotetag603" name="footnotetag603"></a><a href="#footnote603" title="Lien vers la note 603"><span class="smaller">[603]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Vendôme</i> (rue du Jardinet).</p> - -<p>Ce collége, qui occupoit avec l'hôtel du même nom l'espace compris -entre la rue du Jardinet et celle du Battoir, fut démoli en 1441. Le -procès-verbal fait à l'occasion de cette démolition ne donne aucun -renseignement au sujet de sa fondation.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Tours</i> (rue Serpente).</p> - -<p>Il doit sa fondation à Étienne de Bourgueil, archevêque de la ville -dont il a pris le nom. Tous les historiens en fixent l'époque à -l'année 1333. Jaillot seul prétend avoir lu un acte <span class="pagenum"><a id="page691" name="page691"></a>(p. 691)</span> qui en fait -remonter l'existence jusqu'en 1330. Ce collége avoit été fondé pour un -principal et six boursiers dont l'archevêque de Tours s'étoit réservé -la nomination pour lui et pour ses successeurs. La mauvaise -administration de ceux qui le dirigeoient, et les dettes qu'ils -avoient successivement contractées, avoient forcé de vendre une partie -des biens destinés à la fondation et de suspendre les bourses, lorsque -ce collége fut enfin réuni à celui de l'Université<a id="footnotetag604" name="footnotetag604"></a><a href="#footnote604" title="Lien vers la note 604"><span class="smaller">[604]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Suède</i> (même rue).</p> - -<p>Ce collége existoit en 1333, et il en est fait mention dans l'acte de -fondation de celui des Lombards, daté de la même année. Nous n'avons -pu découvrir ni quand il a été fondé, ni quand il a été détruit.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Notre-Dame de Bayeux</i> (rue du Foin).</p> - -<p>Ce collége, plus communément appelé collége de <i>Maître Gervais</i>, fut -fondé par maître Gervais Chrétien, chanoine des églises de Bayeux et -de Paris, <i>physicien</i>, c'est-à-dire médecin de Charles V. Les -libéralités de ce prince l'avoient rendu propriétaire de trois maisons -situées rue Erembourg-de-Brie, et de deux autres rue du Foin, <span class="pagenum"><a id="page692" name="page692"></a>(p. 692)</span> qui -étoient contiguës aux premières. Ce fut par leur réunion qu'il forma -son collége, auquel il assigna des revenus pour l'entretien de -vingt-quatre boursiers. Le contrat de fondation est, suivant Jaillot, -du 20 février 1370. Charles V l'approuva par ses lettres données en -1378, augmenta la fondation de deux bourses destinées à des étudiants -en mathématiques, y ajouta la concession des dîmes de Saineville et de -Caenchi, etc., et voulut mettre le comble à ses bienfaits en honorant -ce collége du titre de <i>fondation royale</i>.</p> - -<p>L'année même de sa création, on avoit réuni aux écoliers du collége de -Bayeux ceux d'un petit collége que Robert Clément avoit fondé, rue -Hautefeuille, quelques années auparavant, et auxquels le fondateur -n'avoit laissé que la maison qu'ils habitoient et 18 livres de rente, -somme insuffisante pour les faire subsister. Le collége de Bayeux fut -lui-même réuni, dans le siècle dernier, au collége de -l'Université<a id="footnotetag605" name="footnotetag605"></a><a href="#footnote605" title="Lien vers la note 605"><span class="smaller">[605]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Bourgogne</i> (rue des Cordeliers).</p> - -<p>Ce collége s'honoroit d'avoir pour fondatrice Jeanne, comtesse de -Bourgogne, épouse de Philippe-le-Long. Cette princesse avoit ordonné -<span class="pagenum"><a id="page693" name="page693"></a>(p. 693)</span> par son testament, fait en 1329, que son hôtel de Nesle seroit vendu, -et que le prix qui en proviendroit serviroit à l'établissement d'un -collége, dans lequel on recevroit vingt pauvres écoliers de la -province de Bourgogne, auxquels elle léguoit en outre une somme de 200 -livres. Ses exécuteurs testamentaires, ayant vendu l'hôtel de Nesle au -duc de Berri, achetèrent en conséquence une maison vis-à-vis les -Cordeliers, dans laquelle ils établirent, en 1331, un collége tel -qu'elle l'avoit prescrit, sous le nom de <i>Maison des écoliers de -madame Jeanne de Bourgogne</i>, <i>reine de France</i>. Cette fondation fut -approuvée par le pape Jean XXII et par Guillaume de Chanac, évêque de -Paris, en 1334 et 1335. Vers le même temps on érigea dans ce collége -une chapelle sous l'invocation de la Vierge.</p> - -<p>Cette fondation avoit été faite pour vingt boursiers étudiant en -philosophie et non en d'autres facultés; et parmi eux devoient être -choisis le principal et le chapelain. En 1340 on fonda un second -chapelain. Par arrêt donné en 1536 il fut ordonné que les boursiers ne -pourroient rester plus de cinq ans dans la maison; enfin, le 6 -novembre 1607, le nombre des bourses fut réduit à dix, y compris le -principal et les deux chapelains, par ordonnance du chancelier de -l'église de Paris et du gardien des Cordeliers, proviseurs et -administrateurs nés de ce <span class="pagenum"><a id="page694" name="page694"></a>(p. 694)</span> collége; toutefois avec cette clause qu'on y -donneroit le logement seulement à dix autres écoliers du comté de -Bourgogne, lesquels seroient choisis de préférence pour remplir les -places de boursiers qui viendroient à vaquer.</p> - -<p>Le collége de Bourgogne avoit suivi le sort des autres petits colléges -qui n'étoient pas de plein exercice, et sa réunion à l'Université -avoit été faite en 1764. L'académie royale de chirurgie, placée dans -la même rue entre l'église des Cordeliers et celle de Saint-Côme, se -trouvant trop resserrée, et n'ayant pu jusqu'alors accroître ses -bâtiments, profita de cette circonstance pour obtenir, en 1768, un -arrêt du conseil qui nomma des commissaires et les autorisa à faire au -nom du roi l'acquisition de ce collége et de quatre maisons qui en -dépendoient, afin d'y placer les écoles de cette compagnie. Cette -acquisition fut faite le 9 mars 1769.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Dainville</i> (rue des Cordeliers).</p> - -<p>Michel de Dainville, archidiacre d'Ostrevant, au diocèse d'Arras, -fonda ce collége en 1380, tant en son propre nom que comme exécuteur -testamentaire de Gérard et de Jean de Dainville ses frères. Cette -fondation fut faite pour douze boursiers, parmi lesquels on devoit -choisir le principal et le procureur, et dont six devoient être du -diocèse d'Arras, six de celui de Noyon. <span class="pagenum"><a id="page695" name="page695"></a>(p. 695)</span> Le fondateur les établit dans -une maison qu'il possédoit à l'angle que forme la rue de la Harpe avec -celle des Cordeliers; et sur le mur on plaça une sculpture qui -représentoit les rois Jean et Charles V, avec les fondateurs, -présentant à la sainte Vierge le principal et les boursiers de ce -collége; il a été réuni en 1763 à celui de l'Université<a id="footnotetag606" name="footnotetag606"></a><a href="#footnote606" title="Lien vers la note 606"><span class="smaller">[606]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>École gratuite de dessin</i> (même rue).</p> - -<p>Cette école, érigée par lettres-patentes du 20 octobre 1767, et placée -d'abord dans les bâtiments du collége d'Autun, rue -Saint-André-des-Arcs, fut ensuite transférée dans la rue des -Cordeliers, à l'ancien amphithéâtre de Saint-Côme. Elle avoit été -ouverte en faveur de cent cinquante jeunes gens que l'on y recevoit, -quelle que fût leur profession, et même sans aucune profession, pourvu -qu'ils eussent atteint l'âge de huit ans. Ils y apprenoient, suivant -que leurs dispositions les y portoient, quelque branche de cet art, -telles que l'architecture, la figure, les animaux, les fleurs, -l'ornement, etc.; et, tous les ans, on y distribuoit de grands prix -avec beaucoup de solennité.</p> - -<p>Le roi étoit le protecteur de cette école, dont <span class="pagenum"><a id="page696" name="page696"></a>(p. 696)</span> le lieutenant de -police présidoit le bureau d'administration<a id="footnotetag607" name="footnotetag607"></a><a href="#footnote607" title="Lien vers la note 607"><span class="smaller">[607]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Séez</i> (rue de la Harpe).</p> - -<p>Ce collége fut fondé en 1427 par Jean Langlois, exécuteur -testamentaire de Grégoire Langlois son oncle, évêque de Séez, pour -huit boursiers, y compris le principal et le chapelain, dont quatre -devoient être du diocèse de Séez et quatre de celui du Mans. La -nomination de ces bourses se partageoit entre l'évêque de Séez et -l'archidiacre de Passais. Jean Aubert, principal du collége de Laon, -et commissaire député de l'évêque de Séez, y joignit depuis deux -bourses nouvelles qui furent prises sur les sommes économisées par le -principal de ce collége.</p> - -<p>En 1737, le prélat qui tenoit alors le siége de cette ville donna par -contrat une somme de 40,000 livres à rente à ce collége, sous la -condition que la moitié du revenu seroit mise en réserve et accumulée -jusqu'à ce qu'elle formât 10,000 livres pour chacune des trois -bourses, à la fondation desquelles cette somme étoit réservée. Il -paroît que la première somme avoit été fournie par le diocèse de Séez, -et par conséquent que la rente lui en appartenoit.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page697" name="page697"></a>(p. 697)</span> La plus grande partie des bâtiments de ce collége, qui a été réuni à -celui de l'Université, avoit été reconstruite en 1730, ainsi que le -témoignoit une inscription placée au-dessus de la porte. On prétend -que ces constructions nouvelles, dues aux libéralités de M. -Charles-Alexandre Lallemand, évêque de Séez, avoient coûté près de -100,000 livres<a id="footnotetag608" name="footnotetag608"></a><a href="#footnote608" title="Lien vers la note 608"><span class="smaller">[608]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Bayeux</i> (même rue).</p> - -<p>Le nom de ce collége, et la qualité du fondateur qui étoit alors -évêque de Bayeux, pourroient faire penser qu'il avoit été destiné pour -des écoliers de ce diocèse; cependant ils n'y avoient aucun droit. -Guillaume Bonnet, ce fondateur dont nous parlons, étoit né dans un -lieu dépendant de l'archidiaconé de Passais, au diocèse du Mans; ce -fut dans celui d'Angers qu'il fut élevé. Il y posséda des bénéfices et -des dignités; et ce fut pour donner un témoignage éclatant de sa -reconnoissance qu'il résolut, lorsqu'il fut monté sur le siége de -Bayeux, de fonder à Paris un collége en faveur de douze boursiers, -dont six seroient pris dans le diocèse du Mans et six dans l'évêché -d'Angers. L'acte est daté de l'année <span class="pagenum"><a id="page698" name="page698"></a>(p. 698)</span> 1308, et contient le détail des -rentes et maisons qu'il affectoit à l'entretien de ce collége<a id="footnotetag609" name="footnotetag609"></a><a href="#footnote609" title="Lien vers la note 609"><span class="smaller">[609]</span></a>. -Robert Benoît, son exécuteur testamentaire, en dressa les statuts en -1315. D. Félibien dit qu'il ajouta quatre nouveaux boursiers aux douze -anciens: cette nouvelle fondation est en effet ordonnée par le premier -article des statuts; mais on ne trouve aucune preuve qu'elle ait été -exécutée. Le collége de Bayeux a été réuni à l'Université<a id="footnotetag610" name="footnotetag610"></a><a href="#footnote610" title="Lien vers la note 610"><span class="smaller">[610]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Justice</i> (même rue).</p> - -<p>Ce collége a pris le nom de Jean de Justice, chantre de Bayeux, -chanoine de Paris et conseiller du roi. Dans l'intention de faire -cette fondation, il avoit acheté quelques maisons appartenant à -l'Hôtel-Dieu et situées rue de la Harpe, entre l'hôtel de Clermont et -les dépendances du collége de Bayeux<a id="footnotetag611" name="footnotetag611"></a><a href="#footnote611" title="Lien vers la note 611"><span class="smaller">[611]</span></a>; mais sa mort, arrivée en -1353, l'ayant empêché de consommer son ouvrage, ses exécuteurs -testamentaires se trouvèrent chargés de ce soin, qu'ils remplirent -<span class="pagenum"><a id="page699" name="page699"></a>(p. 699)</span> dès l'année suivante. Les historiens de Paris ne sont pas d'accord sur -cette date, qui cependant doit être la bonne par plusieurs raisons, et -principalement parce qu'elle est celle de l'acte d'amortissement qui -se trouvoit autrefois dans les archives de Saint-Germain. Ce collége -avoit été destiné pour douze boursiers, étudiant en médecine et en -philosophie, parmi lesquels étoient choisis le principal, le chapelain -et le procureur, et dont huit devoient être pris dans le diocèse de -Rouen et quatre dans celui de Bayeux. Six nouvelles bourses furent -fondées à diverses époques et par divers particuliers; et toutes -furent suspendues en 1761, à l'exception de deux, pour fournir aux -frais de la reconstruction des bâtiments. En 1764 ce collége fut réuni -à l'Université.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Narbonne</i> (même rue).</p> - -<p>Ce collége avoit été fondé, en 1317, par Bernard de Farges, archevêque -de Narbonne, dans une maison qu'il occupoit rue de la Harpe. Ce fut là -qu'il voulut retirer neuf pauvres écoliers de son diocèse, à -l'entretien desquels il assigna les revenus du prieuré rural de -Sainte-Marie-Magdeleine, situé dans les environs de la ville -archiépiscopale. Un jurisconsulte nommé Amblard Cérène, désira -participer à cette bonne <span class="pagenum"><a id="page700" name="page700"></a>(p. 700)</span> œuvre, et y fonda peu de temps après une -bourse pour un chapelain. Mais sa plus grande illustration lui vint -d'un pauvre écolier qu'on y avoit reçu par grâce, vu qu'il n'étoit pas -du diocèse de Narbonne, et que par conséquent il n'avoit aucun droit -d'y être admis. Cet écolier, nommé Pierre Roger, devenu pape sous le -nom de Clément VI, après avoir passé par toutes les dignités de -l'église, eut assez de grandeur d'âme pour ne point rougir de la -bassesse de son premier état, et pour reconnoître hautement ce qu'il -devoit à l'asile hospitalier où il avoit été élevé. Voulant laisser à -ce collége un monument perpétuel de sa reconnoissance<a id="footnotetag612" name="footnotetag612"></a><a href="#footnote612" title="Lien vers la note 612"><span class="smaller">[612]</span></a>, il y fonda -dix bourses, auxquelles il affecta pour dotation le prieuré de -Notre-Dame de Marseille près de Limoux. Les premiers statuts n'y -admettoient que des étudiants dans la faculté des arts et dans celle -de théologie<a id="footnotetag613" name="footnotetag613"></a><a href="#footnote613" title="Lien vers la note 613"><span class="smaller">[613]</span></a>; on y fit entrer depuis, en 1379, des élèves en -médecine, et en droit civil et canon<a id="footnotetag614" name="footnotetag614"></a><a href="#footnote614" title="Lien vers la note 614"><span class="smaller">[614]</span></a>. Ceux-ci en furent exclus en -1544 par les nouveaux réglements que donna le cardinal de Lorraine, -archevêque de Narbonne<a id="footnotetag615" name="footnotetag615"></a><a href="#footnote615" title="Lien vers la note 615"><span class="smaller">[615]</span></a>. Ce prélat fixa le nombre des boursiers <span class="pagenum"><a id="page701" name="page701"></a>(p. 701)</span> à -seize, y compris le principal, le procureur et le chapelain, et fit -aussi quelques dispositions nouvelles dans les sommes assignées pour -leur entretien.</p> - -<p>La modicité du revenu de ces bourses et la caducité des bâtiments de -ce collége l'avoient fait insensiblement abandonner au point qu'il n'y -restoit que le principal, lorsqu'en 1760 on commença à le rebâtir. Il -a été réuni à l'Université<a id="footnotetag616" name="footnotetag616"></a><a href="#footnote616" title="Lien vers la note 616"><span class="smaller">[616]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Harcour</i> (même rue).</p> - -<p>Ce collége, également fameux par son antiquité et par une suite non -interrompue d'excellents professeurs, fut fondé en 1280 par Raoul de -Harcour, chanoine de Paris. Issu d'une des plus illustres familles de -la Normandie, et successivement élevé à plusieurs dignités -ecclésiastiques dans les villes de Coutances, d'Évreux, de Bayeux et -de Rouen, il résolut de procurer à de pauvres écoliers de sa province -le moyen de s'instruire dans les arts et dans la théologie. Il acquit -à cet effet quelques vieilles maisons situées dans la rue Saint-Côme, -dite aujourd'hui de la Harpe, et y plaça aussitôt quelques écoliers. -Son intention étoit de les faire abattre <span class="pagenum"><a id="page702" name="page702"></a>(p. 702)</span> pour élever un collége sur -leur emplacement; mais la mort vint le surprendre avant qu'il eût -accompli son dessein. Son frère Robert de Harcour, évêque de -Coutances, qu'il avoit chargé de remplir ses intentions, acheva ce qui -étoit commencé, et augmenta les bâtiments par l'acquisition de trois -maisons, situées vis-à-vis les premières<a id="footnotetag617" name="footnotetag617"></a><a href="#footnote617" title="Lien vers la note 617"><span class="smaller">[617]</span></a>, et qu'il fit rebâtir à -neuf, ajoutant à ce don celui de 250 livres de rente amortie, pour -l'entretien de vingt-quatre boursiers, seize artiens et huit -théologiens, tous pris dans les diocèses nommés ci-dessus. Clément V -accorda, en 1313, à ce collége, la permission d'avoir une chapelle et -d'y faire célébrer l'office divin<a id="footnotetag618" name="footnotetag618"></a><a href="#footnote618" title="Lien vers la note 618"><span class="smaller">[618]</span></a>. Les artiens occupoient alors -les premiers bâtiments donnés par Raoul de Harcour, et les théologiens -avoient été logés vis-à-vis dans ceux qu'avoit achetés son frère -Robert. Comme la chapelle étoit située de ce côté, on pratiqua sous la -rue un passage de communication d'une maison à l'autre.</p> - -<p>Le cartulaire de ce collége et les historiens de Paris font mention de -plusieurs autres bourses fondées dans ce collége par divers -particuliers<a id="footnotetag619" name="footnotetag619"></a><a href="#footnote619" title="Lien vers la note 619"><span class="smaller">[619]</span></a>. Elles subsistèrent jusqu'en 1701, <span class="pagenum"><a id="page44" name="page44"></a>(p. 44)</span> que de nouveaux -<span class="pagenum"><a id="page703" name="page703"></a>(p. 703)</span> réglements en réduisirent le nombre, pour les mettre dans un juste -rapport avec les revenus qui y étoient affectés. Long-temps auparavant -l'introduction de l'exercice des classes, la réputation des -professeurs et le nombre toujours croissant des pensionnaires avoient -fait penser aux moyens de l'agrandir: on y parvint par l'acquisition -des maisons contiguës qui appartenoient au collége de Bayeux, et de -l'hôtel des évêques d'Auxerre, qui tenoit aux murs et à la porte -d'Enfer. Cet espace fut encore augmenté en 1646 par le don que fit -Louis XIII d'une place, d'une tour, du mur, du rempart, du fossé, de -la contrescarpe et des matériaux provenant de la démolition des -murailles, qui l'avoisinoient, à la charge d'y faire construire et -édifier une chapelle sous l'invocation de la Vierge et de saint Louis. -Lorsque les bâtiments élevés sur cet emplacement furent achevés, on -loua à des particuliers ceux qui jusqu'alors avoient été occupés par -des artiens. En 1675 on construisit de nouveaux bâtiments et l'on -éleva un portail énorme, chargé d'ornements d'architecture du plus -mauvais goût, pour servir d'entrée à ce collége.</p> - -<p>Il étoit de plein exercice et s'est soutenu jusqu'à <span class="pagenum"><a id="page704" name="page704"></a>(p. 704)</span> la fin avec une -grande et juste réputation<a id="footnotetag620" name="footnotetag620"></a><a href="#footnote620" title="Lien vers la note 620"><span class="smaller">[620]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége du Trésorier</i> (rue Neuve de Richelieu).</p> - -<p>Il est redevable de son nom et de sa fondation à Guillaume de Saône, -trésorier de l'église de Rouen. L'acte qui constate cette fondation -est daté du mois de novembre 1268. Quelques auteurs la placent par -erreur une année plus tard, et l'un d'entre eux, Le Maire, ajoute que -ce collége ne fut formé que pour douze boursiers, six grands et six -petits. Le fait est que cette fondation fut faite en faveur de -vingt-quatre boursiers, douze dans la faculté de théologie et douze -dans celle des arts, lesquels devoient être pris dans les -archidiaconés du grand et du petit Caux, diocèse de Rouen. Il n'y -restoit plus que quatre grands boursiers et quatre petits, lorsqu'il -fut réuni en 1763 au collége de l'Université<a id="footnotetag621" name="footnotetag621"></a><a href="#footnote621" title="Lien vers la note 621"><span class="smaller">[621]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Collége de Cluni</i> (place de Sorbonne).</p> - -<p>Ce collége fut fondé en faveur des religieux <span class="pagenum"><a id="page705" name="page705"></a>(p. 705)</span> de cet ordre qui -viendroient étudier à Paris. Jusque là ils n'avoient point eu de -maison, et demeuroient dans l'hôtel des évêques d'Auxerre, attenant à -la porte dite depuis de Saint-Michel. Nos historiens varient sur -l'époque de sa fondation, qu'il faut vraisemblablement fixer à l'année -1269, ainsi que le portoit une inscription gravée dans le cloître. Les -annales de Cluni nomment Yves de Poyson comme fondateur de ce collége; -il pourroit bien y avoir erreur dans ce nom, car tous les auteurs et -l'inscription même que nous venons de citer en font honneur à Yves de -Vergi, abbé de Cluni, et à Yves de Chassant, son neveu et son -successeur, lequel fit achever ce que son oncle avoit commencé<a id="footnotetag622" name="footnotetag622"></a><a href="#footnote622" title="Lien vers la note 622"><span class="smaller">[622]</span></a>. -Vers l'an 1308 Henri de Fautières, aussi abbé de Cluni, mit la -dernière main à cette fondation, en donnant à cette maison des statuts -pleins de sagesse, et auxquels on se conformoit encore dans les -derniers temps<a id="footnotetag623" name="footnotetag623"></a><a href="#footnote623" title="Lien vers la note 623"><span class="smaller">[623]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page706" name="page706"></a>(p. 706)</span> <i>Le Collége Notre-Dame-des-Dix-Huit</i> (rue des Poirées).</p> - -<p>Dans le projet qu'il avoit d'agrandir l'emplacement de la Sorbonne, le -cardinal de Richelieu avoit acheté un ancien hôtel jadis possédé par -les abbés du Bec, ainsi que quelques maisons voisines, accompagnées de -jardins. La rue des Poirées fut alors coupée, et vint tourner en -équerre dans celle des Cordiers. Sur le terrain qui restoit entre ce -retour et la rue de Cluni, terrain qui a servi depuis de jardin à la -maison de Sorbonne, étoit le petit collége dont nous parlons. Aucun -historien n'a donné sur son origine de renseignements satisfaisants, -et nous n'aurions que des conjectures vagues sur ce point d'antiquité, -si Jaillot n'eût découvert un mémoire manuscrit fait par Jean-Jacques -de Barthes, docteur en droit et principal de ce collége<a id="footnotetag624" name="footnotetag624"></a><a href="#footnote624" title="Lien vers la note 624"><span class="smaller">[624]</span></a>, dans -lequel il expose «qu'en 1171 Jocius de Londonna, de retour de -Jérusalem, étant allé à l'Hôtel-Dieu, y vit une chambre dans laquelle, -<em>de toute ancienneté</em>, logeoient de pauvres écoliers. Il l'acheta 52 -livres du proviseur dudit Hôtel-Dieu, de l'avis, conseil et -permission de Barbe d'or, doyen de <span class="pagenum"><a id="page707" name="page707"></a>(p. 707)</span> Notre-Dame. Il la laissa audit -Hôtel-Dieu, à la charge qu'il fourniroit des lits à ces pauvres -écoliers, auxquels il assigna douze écus par mois, provenant des -deniers qui se recevroient de la confrérie, et à la charge que lesdits -clercs porteroient, chacun à leur tour, la croix et l'eau bénite -devant les corps morts dudit Hôtel-Dieu, et qu'ils réciteroient chaque -nuit les psaumes pénitentiaux et les oraisons pour les morts.» Dans ce -même mémoire, il est fait mention de lettres du prévôt de Paris -données en 1384, lesquelles rappellent une ordonnance du roi Charles -VI, dont l'objet est de faire payer à ces écoliers une somme de 200 -livres pour arrérages de celle de 20 livres qu'ils avoient le droit de -prendre tous les ans sur le trésor du roi. Ils étoient redevables de -cette rente à Gaucher de Chastillon, connétable de France, qui la leur -avoit donnée en 1301.</p> - -<p>Il paroît par quelques actes qu'ils furent d'abord logés dans une -maison vis-à-vis l'Hôtel-Dieu. On les transféra ensuite rue des -Poirées. Le chapitre Notre-Dame avoit l'inspection sur ce collége, -auquel il avoit donné son nom; et les boursiers, réduits, dans les -derniers temps, au nombre de huit, étoient à la nomination du -chapitre. Depuis la destruction de leur collége, ils n'avoient plus -de lieu affecté pour leur demeure.</p> - - -<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page708" name="page708"></a>(p. 708)</span> <i>Hôpital Mignon.</i></p> - -<p>Il avoit été fondé dans la rue des Poitevins, par Jean Mignon, pour y -recevoir vingt-cinq <em>bonnes femmes</em>, et portoit son nom, ainsi que le -collége dont il étoit fondateur.</p> - - -<h3><span class="pagenum"><a id="page709" name="page709"></a>(p. 709)</span> HÔTELS.</h3> - -<p class="center"><i>Hôtel des Abbés de Saint-Denis</i> (rue des Grands-Augustins).</p> - -<p>Cet hôtel ou collége, bâti par Matthieu de Vendôme, abbé de -Saint-Denis, couvroit tout l'espace renfermé entre les rues -Contrescarpe et Saint-André, partie de la rue Dauphine, et le terrain -sur lequel on a depuis ouvert les rues d'Anjou et Christine. Il avoit -en outre pour dépendances, de l'autre côté de la rue des -Grands-Augustins, une grande maison avec jardins que l'on a -successivement appelée la maison <i>des Trois Charités Saint-Denis</i>, -l'hôtel <i>des Charités Saint-Denis</i>, enfin l'hôtel <i>Saint-Cyr</i>, nom -qu'elle portoit à la fin du siècle dernier. Une galerie couverte, et -qui traversoit la rue, servoit de communication de l'un à l'autre -bâtiment.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Hôtel de Savoie</i> (rue de Savoie).</p> - -<p>Cet hôtel s'étendoit en partie jusqu'à la rue des Grands-Augustins. -Il fut vendu, en 1670, à <span class="pagenum"><a id="page710" name="page710"></a>(p. 710)</span> divers particuliers par madame -Marie-Jeanne-Baptiste, épouse de Charles-Emmanuel, duc de Savoie, -prince de Piémont, à laquelle il appartenoit, comme seule héritière de -Charles-Amédée de Savoie son père, duc de Génevois, de Nemours et -d'Aumale; et de Henri de Savoie son oncle, etc.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Hôtel de Gaucher de Châtillon et de l'évêque de Noyon</i> (rue Pavée).</p> - -<p>L'hôtel de Gaucher de Châtillon, connétable de France, étoit situé à -droite en entrant par le quai. Il passa ensuite aux évêques d'Autun en -1331, à ceux de Laon en 1393; l'un d'eux le donna à son église en -1552; son successeur le céda à rente au duc de Nemours, qui le fit -rebâtir. Ce fut dans cet hôtel que logea le duc de Savoie lorsqu'il -vint à Paris en 1599 pour traiter avec Henri IV, qui demandoit la -restitution du marquisat de Saluces.</p> - -<p>Il paroît que l'évêque de Noyon avoit aussi son hôtel dans cette rue, -et quelques actes en font mention; mais on ignore dans quel endroit il -étoit situé<a id="footnotetag625" name="footnotetag625"></a><a href="#footnote625" title="Lien vers la note 625"><span class="smaller">[625]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page711" name="page711"></a>(p. 711)</span> <i>Hôtels de la duchesse d'Étampes, et d'Hercule</i> (quai des Augustins).</p> - -<p>Le premier de ces deux hôtels étoit situé au coin de la rue -Gilles-Cœur, et s'étendoit jusqu'à celle de l'Hirondelle, où étoit sa -principale entrée. Il avoit appartenu à Louis de Sancerre, connétable, -et il est probable qu'avant lui on y avoit réuni un hôtel des évêques -de Chartres. Ceux-ci le possédèrent encore depuis, ainsi que les -évêques de Clermont; enfin il appartenoit à M. Dauvet, maître des -requêtes, lorsque Anne de Pisseleu, duchesse d'Étampes, vint y -demeurer, et engagea François I<sup>er</sup> à en faire l'acquisition. Ce prince -en fit démolir une partie, qui fut rebâtie avec plus de luxe et -d'élégance, et ornée de chiffres et de devises. Au commencement du -dix-septième siècle, il s'appeloit l'hôtel d'O et appartenoit à M. -Séguier. Le mariage de sa fille avec le duc de Luines lui fit prendre -ce dernier nom. Il le conserva jusqu'en 1671, qu'on le démolit en -grande partie, pour le vendre à des particuliers. C'est dans cet hôtel -que le chancelier Séguier se réfugia le 7 août <span class="pagenum"><a id="page712" name="page712"></a>(p. 712)</span> 1648, pour éviter la -fureur de la populace lors des barricades.</p> - -<p>Le nom d'<i>Hercule</i> que portoit le second hôtel lui avoit été donné -parce qu'on avoit peint dans les appartements, et même à l'extérieur, -les aventures de ce héros fabuleux. Ces peintures avoient été faites -aux frais de Jean de La Driesche, président de la chambre des comptes, -qui le vendit à M. Louis Hallevin, seigneur de Piennes et chambellan -du roi. Auparavant il avoit été possédé par le comte de Sancerre. -Charles VIII l'acheta ensuite de M. de Piennes, avec tous les meubles -de fer et de bois qui s'y trouvoient, moyennant la somme de 10,000 -livres.</p> - -<p>Sous Louis XII, cet hôtel étoit occupé par Guillaume de Poitiers, -seigneur de Clerieu, auquel ce prince l'avoit probablement abandonné. -François I<sup>er</sup> le donna ensuite au chancelier du Prat<a id="footnotetag626" name="footnotetag626"></a><a href="#footnote626" title="Lien vers la note 626"><span class="smaller">[626]</span></a> et à ses -descendants. Cet hôtel, qui étoit extrêmement vaste, puisqu'il -s'étendoit depuis la rue des Augustins jusqu'à la <span class="pagenum"><a id="page713" name="page713"></a>(p. 713)</span> seconde maison de -la rue Pavée, et dans l'autre dimension jusqu'aux jardins de l'abbé de -Saint-Denis, avoit été habité par des hôtes du rang le plus illustre. -L'archiduc Philippe d'Autriche, allant de Flandres en Espagne, y logea -en 1499; il servit de demeure à Jacques V, roi d'Écosse, lorsqu'il -vint à Paris, en 1536, pour épouser Magdeleine de France; ce fut dans -cet hôtel qu'on remit à Henri III l'ordre de la Jarretière; et Favier -dit que, de son temps, tous les chapitres de l'ordre du Saint-Esprit -s'y sont tenus.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Hôtel de Thouars</i> (rue des Trois-Chandeliers).</p> - -<p>Cet hôtel, nommé depuis la <i>maison des Carneaux</i>, faisoit le coin de -la rue où il étoit situé, et appartenoit aux vicomtes de Thouars, -depuis créés ducs de La Trémouille. Ils le laissèrent tomber en -ruines, et l'abandonnèrent, en 1379, à la fabrique de -Saint-Germain-le-Vieux.</p> - -<p>Les abbés de Clairvaux avoient à côté, dans <span class="pagenum"><a id="page714" name="page714"></a>(p. 714)</span> la rue de la Huchette, -une maison avec jardins, qui fut appelée d'abord la maison de -Pontigni: elle étoit située vis-à-vis celle d'Arnauld de Corbie, -chancelier de France.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Hôtels divers</i> (rue Saint-André-des-Arcs).</p> - -<p>Cette rue renfermoit un assez grand nombre d'hôtels remarquables. -Auprès de la rue Gilles-Cœur étoit celui d'Arras ou d'Artois; celui -des comtes d'Eu étoit situé entre les rues Pavée et des -Grands-Augustins; au coin de la première de ces deux rues on trouvoit -la maison du chancelier Poyet. Enfin on y voyoit deux hôtels de -Navarre: le premier, situé entre la rue de l'Éperon et la porte Buci, -appartenoit à Philippe de France, duc d'Orléans, ce qui lui fit donner -le nom de <i>Séjour d'Orléans</i>; on le voit successivement passer à Louis -d'Orléans, son petit-neveu; à Charles VI, qui le donna, en 1400, au -comte de Savoie; ensuite au duc de Berri; à Louis, duc de Guyenne, en -1411; il appartint depuis à Louis XI, qui en donna une partie à -Jacques Coytier, son médecin; enfin à Louis XII, qui le vendit en -1489. Le second hôtel de Navarre étoit situé de l'autre côté: Jeanne, -reine de France, le légua pour la fondation d'un collége, que ses -exécuteurs testamentaires préférèrent transporter à la montagne -Sainte-Geneviève<a id="footnotetag627" name="footnotetag627"></a><a href="#footnote627" title="Lien vers la note 627"><span class="smaller">[627]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page715" name="page715"></a>(p. 715)</span> L'hôtel fut alors vendu, et celui de Buci -s'éleva sur son emplacement. Il a formé depuis les grand et petit -hôtels de Lyon, situés rues Saint-André et Contrescarpe, dans lesquels -étoient établies des messageries.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Hôtel de Besançon</i> (rue Gilles-Cœur).</p> - -<p>Les titres qui font mention de cet hôtel l'indiquent comme faisant le -coin de cette rue et de la rue de l'Hirondelle.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Hôtel des comtes de Mâcon</i> (rue de Mâcon).</p> - -<p>Cet hôtel, situé dans cette rue, s'étendoit sur celle de la -Vieille-Bouclerie. On ne dit point en quel temps il a été démoli.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Hôtels divers</i> (rue Hautefeuille).</p> - -<p>On y remarquoit, 1<sup>o</sup> l'hôtel de Forez, lequel s'étendoit depuis la rue -Pierre-Sarrasin jusqu'à celle des Deux-Portes; 2<sup>o</sup> une maison au coin -de cette rue, qui a été occupée par M. Joly de Fleury; 3<sup>o</sup> une -troisième au coin de la rue Percée, où l'on voyoit une tourelle sur -laquelle on avoit sculpté des fleurs-de-lis, les armes de France, et -la salamandre, devise ordinaire de François I<sup>er</sup>.</p> - - -<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page716" name="page716"></a>(p. 716)</span> <i>Maisons diverses</i> (rues du Foin et Serpente).</p> - -<p>Dans la première de ces deux rues étoit située la maison des religieux -des Vaux de Cernai, laquelle s'étendoit jusqu'à celle de la -Parcheminerie. On trouvoit dans la seconde une maison qui avoit -appartenu, en 1330, à l'abbé et aux religieux de Fécamp.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Hôtel de Tours</i> (rue du Paon).</p> - -<p>Cet hôtel, changé depuis en une maison garnie, qui portoit pour -enseigne l'hôtel de Tours, étoit situé vis-à-vis le cul-de-sac de la -rue du Paon. Sauval dit que les archevêques de Tours avoient leur -hôtel dans cette rue, sans indiquer en quel temps. Jaillot ne trouve -aucune preuve qu'ils aient acquis ni vendu une maison dans ce -quartier, mais il cite un rôle de 1640, dans lequel on indique, rue du -Paon: «une maison appartenant à M. Boutillier, surintendant des -finances; tenue par M. l'archevêque de Tours.» La demeure de ce -prélat, et peut-être de quelqu'un de ses successeurs, aura pu faire -donner à cet hôtel le nom qu'il a porté jusqu'au moment de la -révolution.</p> - - -<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page717" name="page717"></a>(p. 717)</span> <i>Hôtel de l'archevêque de Rouen</i> (cul-de-sac de la cour de Rouen).</p> - -<p>Cet hôtel étoit situé à l'extrémité de ce cul-de-sac, qui en avoit -reçu le nom, et qui le porte encore aujourd'hui.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Hôtel de Saint-Jean-en-Vallée</i> (rue des Cordeliers).</p> - -<p>Cet hôtel, appartenant à l'abbé et aux religieux du monastère que nous -venons de nommer, étoit situé dans cette rue, et s'étendoit jusqu'à la -rue du Paon; il avoit été bâti, ainsi que partie du collége de -Bourgogne, sur un terrain assez étendu, appartenant à l'abbaye -Saint-Germain, lequel s'appeloit, au quatorzième siècle, le <i>fief du -couvent</i>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Hôtel des comtes de Harcour</i> (rue des Maçons).</p> - -<p>À la fin du siècle dernier, on voyoit encore au coin de cette rue, du -côté des Mathurins, les restes d'une chapelle qui avoit fait partie -d'un grand hôtel appartenant aux comtes de Harcour. Il passa depuis à -la maison de Lorraine, car il est indiqué, en 1574, dans le compte du -receveur du domaine de la ville: «L'hôtel de Harcour, dit de Lorraine -appartenant de présent à M. Gilles Le Maistre, président en la <span class="pagenum"><a id="page718" name="page718"></a>(p. 718)</span> cour -de parlement.» Il fut occupé depuis par M. Le Maistre de Ferrières.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Le Parloir aux Bourgeois</i> (rue de la Harpe).</p> - -<p>Nous avons déjà dit que c'étoit ainsi que l'on appeloit autrefois le -lieu d'assemblée des officiers municipaux. Il fut établi -successivement dans divers endroits de la ville, et notamment dans une -salle construite au-dessus de la porte de la ville située à -l'extrémité de cette rue.</p> - - -<h3>HÔTELS EXISTANTS EN 1789.</h3> - -<p class="center"><i>Hôtel de Cluni</i> (rue des Mathurins).</p> - -<p>Le palais des Thermes, dont nous avons déjà décrit le beau débris que -l'on voit encore dans la rue de La Harpe, s'étendoit aussi dans la rue -des Mathurins. Au treizième siècle il fut détruit et divisé en -plusieurs parties. Celle qui régnoit sur cette rue fut acquise en -1243, d'abord par Raoul de Meulent, ensuite par Robert de Courtenai. -Au commencement du quatorzième siècle, un de ses descendants, Jean de -Courtenai, la vendit à l'évêque de Bayeux. Elle fut ensuite acquise -par Pierre de Chalus, évêque de Cluni, <span class="pagenum"><a id="page719" name="page719"></a>(p. 719)</span> quoiqu'il eût déjà une maison à -la porte Saint-Germain et un logement au collége de Cluni. Enfin cet -hôtel fut entièrement rebâti, suivant Jaillot, en 1490<a id="footnotetag628" name="footnotetag628"></a><a href="#footnote628" title="Lien vers la note 628"><span class="smaller">[628]</span></a>, par les -soins de Jacques d'Amboise<a id="footnotetag629" name="footnotetag629"></a><a href="#footnote629" title="Lien vers la note 629"><span class="smaller">[629]</span></a>, abbé du même monastère, évêque de -Clermont, etc. Cet édifice, qui existe encore en entier, et qui est -bien conservé, nous semble un des monuments gothiques les plus -élégants de la capitale, et mérite d'être visité par les curieux. Le -portail et les croisées en sont couverts de sculptures -très-délicatement travaillées; la chapelle, située au premier étage -sur le jardin, offre une construction remarquable et singulière: la -voûte, très-chargée de sculptures, est soutenue par un seul pilier de -forme octogone élevé au milieu, et auquel viennent aboutir toutes les -arêtes. Sur les murs de cette chapelle, qui peut avoir vingt à -vingt-deux pieds carrés, étoient placés, en forme de mausolées, les -portraits de la famille de Jacques d'Amboise, entre autres celui du -cardinal; ils étoient la plupart à genoux, habillés suivant le costume -du temps. Le fond étoit décoré d'un groupe de quatre figures -représentant saint Jean, Joseph <span class="pagenum"><a id="page720" name="page720"></a>(p. 720)</span> d'Arimathie et la Vierge qui pleure -sur le corps de son fils. Le piédestal de ce groupe servoit -d'autel<a id="footnotetag630" name="footnotetag630"></a><a href="#footnote630" title="Lien vers la note 630"><span class="smaller">[630]</span></a>.</p> - -<p>À droite, une tour octogone renferme un très-bel escalier à vis, bien -appareillé, d'une coupe heureuse, qui conduit aux divers appartements. -Sur les murailles de la cour, on montroit autrefois le diamètre de la -fameuse cloche de Rouen appelée <i>Georges d'Amboise</i>, et l'on -prétendoit même que c'étoit dans cette cour qu'elle avoit été jetée en -fonte.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Hôtel de Henri de Marle</i> (rue du Foin).</p> - -<p>Dans cette rue, et au coin de celle de Bout-de-Brie, est un hôtel dont -la façade n'annonce rien de remarquable, mais dont la porte offroit -jadis un écusson qu'il est nécessaire de décrire: le champ en étoit -d'azur, à deux faces d'or, accompagnées de six besants de même, trois -en chef, deux en cœur et un en pointe. Ces mêmes armoiries se -trouvoient répétées aux deux côtés d'un autre grand écusson sculpté -sur la porte intérieure, lequel portoit trois <i>C</i> ou croissants -entrelacés, surmontés d'une couronne royale. <span class="pagenum"><a id="page721" name="page721"></a>(p. 721)</span> Enfin, au-dessus de cet -écusson, on en voyoit un troisième offrant l'écu de France à trois -fleurs de lis, soutenu par deux anges, et surmonté de la couronne -royale. Une ancienne tradition, qui s'est perpétuée jusque dans le -siècle dernier, présentoit cette maison «comme un ancien palais élevé -par Henri II, et désigné dans le quartier sous le nom d'<i>hôtel de la -Reine-Blanche</i>, parce qu'après la mort de ce prince il avoit appartenu -à son épouse Catherine de Médicis, qui demeura veuve pendant trente -ans, depuis l'an 1559 jusqu'à l'an 1589.»</p> - -<p>Jaillot, qui combat cette tradition, convient en effet -qu'indépendamment des divers hôtels qui ont reçu le nom de la -<i>Reine-Blanche</i>, pour avoir appartenu à Blanche de Castille, veuve de -Louis VIII, à Blanche de Bourgogne, femme de Charles-le-Bel, à Blanche -d'Évreux, veuve de Philippe de Valois, l'usage étant de donner aussi -le nom de <i>Reines-Blanches</i> à toutes les veuves de nos rois, parce -qu'elles portoient le deuil en blanc, il ne seroit pas impossible -qu'un hôtel eût tiré son nom de cette dénomination singulière; mais -cet usage avoit été aboli par Anne de Bretagne, qui la première porta -le deuil en noir à la mort de Charles VIII, et par conséquent ne peut -trouver son application à l'occasion de Catherine de Médicis. Quant -aux armes contenues dans le premier écusson, ce <span class="pagenum"><a id="page722" name="page722"></a>(p. 722)</span> sont celles de Martin -Fumée, fils du garde des sceaux, qui étoit propriétaire de cette -maison en 1541. Si Henri II, qui ne commença à régner qu'en 1547, en -eût fait l'acquisition, peut-on supposer qu'il y eût fait sculpter le -chiffre de la duchesse de Valentinois sans y ajouter le sien? eût-il -surmonté un pareil écusson de la couronne royale? ce prince ou -Catherine de Médicis y auroient-ils laissé subsister les armes des -sieur et dame Fumée? etc., etc. N'est-il pas plus probable que Martin -Fumée, fils d'un garde des sceaux, occupoit à la cour quelque place -distinguée, soit qu'il fût attaché au service de la reine Claude, -première femme de François I<sup>er</sup>, soit qu'il fût un des officiers de -Catherine de Médicis, nouvellement mariée au Dauphin; et que dans la -reconstruction de sa maison il aura voulu perpétuer le souvenir d'une -situation honorable en faisant sculpter ces trois <i>C</i> en différents -endroits et sur l'écusson même de ses armes? Ce sont là sans doute de -simples conjectures; mais ce qui est sans réplique, c'est que M. -Rousseau, ancien conseiller aux eaux et forêts, à qui cette maison -appartenoit en 1772, communiqua à ce critique une liste suivie des -anciens propriétaires depuis cinq cents ans, dans laquelle il n'y -avoit ni rois ni reines.</p> - -<p>Cet hôtel est désigné dans quelques titres sous le nom de Henri de -Marle, maître des requêtes, <span class="pagenum"><a id="page723" name="page723"></a>(p. 723)</span> qui le possédoit en 1540. Par la même -raison il portoit, au dix-septième siècle, le nom d'hôtel de -Bourlon<a id="footnotetag631" name="footnotetag631"></a><a href="#footnote631" title="Lien vers la note 631"><span class="smaller">[631]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Chambre royale et syndicale des Libraires et Imprimeurs</i> (rue du -Foin).</p> - -<p>L'imprimerie, inventée et pratiquée en Allemagne vers le milieu du -quinzième siècle, ne tarda pas à s'introduire en France. Dès 1470 -Guillaume Ficher et Jean Heynlin de La Pierre, docteurs de Sorbonne, -firent venir d'Allemagne Ulric Géring, imprimeur, et ses deux -associés, Martin Krantz et Michel Friburger, et leur donnèrent dans la -Sorbonne même un emplacement où ceux-ci établirent leurs presses. -Ainsi la première imprimerie qui ait existé à Paris et dans la France -a eu son berceau dans l'asile même des sciences dont elle devoit -accroître le domaine et faciliter l'étude.</p> - -<p>Les inconvénients de cet art nouveau, plus grands peut-être que ses -avantages, ne tardèrent pas à se faire sentir. L'impiété et la -débauche, qui jusqu'alors avoient été forcées de se cacher dans -l'ombre, parce qu'elles n'auroient pu sans <span class="pagenum"><a id="page724" name="page724"></a>(p. 724)</span> danger se montrer au grand -jour, profitèrent bientôt des ressources qu'offroit l'imprimerie pour -répandre dans la société leurs maximes empoisonnées. Le mal fut si -rapide, et devint si extrême, que, dès le siècle suivant, le -gouvernement jugea nécessaire d'exercer la police la plus rigoureuse -non-seulement sur les livres qui s'imprimoient en France, mais encore -sur tous ceux qu'on y faisoit venir de l'étranger. Une ordonnance de -Henri II, datée du 27 juin 1551, «défend à tous libraires, imprimeurs -et vendeurs de livres, d'ouvrir aucunes balles de livres qui leur -seroient apportées de dehors, s'ils n'eussent été vus et visités.» On -choisit d'abord pour cet examen des personnes hors du corps de la -librairie; ensuite on en chargea les libraires eux-mêmes, ainsi qu'il -est constaté par un arrêt du parlement du 15 février 1611, qui ordonne -que «les livres apportés en la ville de Paris seroient vus et visités -par les syndics et adjoints de la communauté en la manière -accoutumée.»</p> - -<p>La visite se faisoit d'abord chez les libraires mêmes qui avoient reçu -les balles; mais, comme il n'étoit pas toujours possible de remplir -cette formalité à l'instant même de la réception, et que le moindre -délai pouvoit amener des inconvénients, on résolut d'établir un lieu -de dépôt où les balles seroient d'abord apportées et visitées <span class="pagenum"><a id="page725" name="page725"></a>(p. 725)</span> avant -d'être remises à leurs propriétaires. Ce dépôt fut d'abord placé, en -1617, dans les bâtiments du collége royal. On le voit ensuite -transféré successivement au collége de Cambrai jusqu'en 1679; dans des -bâtiments qui touchoient le couvent des Mathurins jusqu'en 1726; enfin -dans une maison appartenant à ces religieux, et située rue du Foin, -vis-à-vis l'hôtel dont nous avons parlé dans l'article précédent<a id="footnotetag632" name="footnotetag632"></a><a href="#footnote632" title="Lien vers la note 632"><span class="smaller">[632]</span></a>.</p> - -<p>C'étoit dans cette chambre que, deux fois par an, on apportoit de la -douane toutes les balles de livres et estampes qui arrivoient à Paris. -Elles y étoient ouvertes et visitées gratuitement par les syndics et -adjoints, en présence de deux inspecteurs de la librairie. La -communauté y tenoit aussi ses assemblées pour les élections, -réceptions de sujets, etc.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Porte de Buci.</i></p> - -<p>Cette porte, située à l'extrémité occidentale de la rue -Saint-André-des-Arcs, n'étoit pas encore entièrement achevée lorsque -Philippe-Auguste en fit don à l'abbaye Saint-Germain par sa charte de -1209. Ces religieux la vendirent, en 1350, à M. Simon de Buci, -premier président <span class="pagenum"><a id="page726" name="page726"></a>(p. 726)</span> au parlement, et le premier qui ait pris ce -titre<a id="footnotetag633" name="footnotetag633"></a><a href="#footnote633" title="Lien vers la note 633"><span class="smaller">[633]</span></a>; elle reçut alors le nom de son nouveau propriétaire. C'est -par cette porte qu'en 1418 Périnet Le Clerc introduisit dans Paris les -gens de la faction du duc de Bourgogne; depuis elle fut murée. -François I<sup>er</sup> la fit rouvrir en 1539; enfin on l'abattit en 1672, et -pour en conserver la mémoire on grava une inscription sur une table de -marbre placée à l'endroit où elle avoit été située. Cette inscription -existoit encore à la fin du siècle dernier, un peu plus haut et du -même côté que l'égout<a id="footnotetag634" name="footnotetag634"></a><a href="#footnote634" title="Lien vers la note 634"><span class="smaller">[634]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><i>Porte Saint-Germain.</i></p> - -<p>Cette porte, nommée successivement <i>porte des Cordèles</i>, <i>des Frères -Mineurs</i>, <i>Saint-Germain</i>, étoit située à l'extrémité de la rue des -Cordeliers, un peu au-dessus de la rue du Paon. On voit dans les -registres de la ville qu'en 1586 il y eut ordre de la faire fermer, et -d'ouvrir celle de Buci. Elle fut abattue en 1672<a id="footnotetag635" name="footnotetag635"></a><a href="#footnote635" title="Lien vers la note 635"><span class="smaller">[635]</span></a>.</p> - - -<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page727" name="page727"></a>(p. 727)</span> <i>Porte d'Enfer.</i></p> - -<p>Cette autre porte de l'enceinte de Philippe-Auguste étoit située à -l'extrémité de la rue de la Harpe, précisément à l'endroit où l'on a -depuis construit une fontaine. Elle est nommée, dans quelques actes du -quatorzième siècle, <i>Gilbert</i> et <i>Gibert</i>, mais plus communément -<i>Gibard</i>, qui étoit le véritable nom du territoire où est aujourd'hui -la place Saint-Michel.</p> - -<p>Dès cette même époque on l'appeloit aussi porte d'<i>Enfer</i>. Quelques -auteurs ont pensé que ce nom lui avoit été donné parce qu'elle étoit -placée vis-à-vis d'un chemin qui conduisoit au château de <i>Vauverd</i>, -qu'on supposoit habité par des démons<a id="footnotetag636" name="footnotetag636"></a><a href="#footnote636" title="Lien vers la note 636"><span class="smaller">[636]</span></a>; Jaillot n'est pas de cet -avis, et s'appuyant sur plusieurs actes authentiques du treizième -siècle, dans lesquels on trouve <i lang="la">hostium Ferri</i>, il pense que ce nom -de porte d'<i>Enfer</i> n'est qu'une altération de celui de porte de <i>Fer</i> -qu'on lui avoit donné, soit que la ferrure en fût plus considérable -que celle des autres, soit qu'elle fût garnie de plaques de ce métal, -ce qui semble plus vraisemblable. Il l'a trouvée, pour la première -fois, sous le nom de <i lang="la">porta Inferni</i> <span class="pagenum"><a id="page728" name="page728"></a>(p. 728)</span> (porte d'Enfer) dans l'acte de -fondation du collége de Harcour, passé en 1311<a id="footnotetag637" name="footnotetag637"></a><a href="#footnote637" title="Lien vers la note 637"><span class="smaller">[637]</span></a>.</p> - - -<h3>FONTAINES.</h3> - -<p class="center"><i>Fontaine Saint-Séverin.</i></p> - -<p>Elle est située à l'angle que fait la rue Saint-Jacques avec celle de -Saint-Séverin, et fournit de l'eau de la Seine. On y lit ces deux vers -de Santeuil:</p> - -<p class="poem center"> - <i lang="la">Dùm scandunt juga montis anhelo pectore nymphæ,<br /> - Hìc una è sociis, vallis amore, sedet.</i></p> - -<p class="p2 center"><i>Fontaine Saint-Côme.</i></p> - -<p>Elle est située rue des Cordeliers<a id="footnotetag638" name="footnotetag638"></a><a href="#footnote638" title="Lien vers la note 638"><span class="smaller">[638]</span></a>, près de l'église dont elle -porte le nom.</p> - -<p class="p2 center"><i>Fontaine des Cordeliers.</i></p> - -<p>Cette fontaine fut bâtie en 1672 dans la rue dont elle a pris le nom, -et aussitôt qu'on eut abattu la porte Saint-Germain. On la -reconstruisit en 1717: elle n'avoit rien de remarquable que cette -inscription de Santeuil:</p> - -<p class="poem"> - <i lang="la">Urnam nympha gerens dominam properabat in urbem:</i><br /> -<span class="add2em"><i lang="la">Dùm tamen hìc celsas suspicit illa domus,</i></span><br /> -<span class="pagenum"><a id="page729" name="page729"></a>(p. 729)</span> <i lang="la">Fervere tot populos, quæsitam credidit urbem,</i><br /> -<span class="add2em"><i lang="la">Constitit, et largas læta profudit aquas.</i></span></p> - -<p class="p2 center"><i>Fontaine Saint-Michel.</i></p> - -<p>Cette fontaine fut élevée en 1684 sur les dessins de Bullet, -architecte, à la place de la porte Saint-Michel, qu'on venoit -d'abattre; elle se compose d'une niche surmontée d'un arc assez élevé, -et accompagnée de deux colonnes doriques. Au-dessus est gravée cette -inscription de Santeuil:</p> - -<p class="poem"> - <i lang="la">Hoc in monte suos reserat sapientia fontes;<br /> - Ne tamen hanc puri respue fontis aquam.</i></p> - - -<h3><span class="pagenum"><a id="page730" name="page730"></a>(p. 730)</span> RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS.</h3> - -<p><i>Rue Saint-André-des-Arcs.</i> Elle aboutit d'un côté à la place du -Pont-Saint-Michel et aux rues de la Huchette et de la -Vieille-Bouclerie; de l'autre, au carrefour des rues Dauphine, -Mazarine, de Buci et des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Les anciens -titres offrent une grande variété, tant sur le nom de cette rue que -sur la manière de l'écrire. On l'appeloit dans le principe <i>rue de -Laas</i>, et ce nom lui étoit commun avec celle de la Huchette, dont elle -fait la continuation, parce que c'étoit celui du territoire sur lequel -elles sont situées. Il étoit encore planté de vignes lorsqu'en 1179, -Hugues, abbé de Saint-Germain-des-Prés, le donna à cens, à la charge -d'y bâtir et de payer 3 sous de redevance pour chaque maison. Ce fut -alors qu'on perça les rues <i>Saint-Germain</i>, <i>du Serpent</i>, <i>des -Petits-Champs</i> et <i>des Sachettes</i>, aujourd'hui nommées <i>Saint-André</i>, -<i>Serpente</i>, <i>Mignon</i> et <i>du Cimetière-Saint-André</i>.</p> - -<p>Lorsque l'enceinte méridionale de Philippe-Auguste eut été achevée, ce -prince ayant accordé aux religieux de Saint-Germain-des-Prés la porte -par laquelle on passoit pour aller à leur couvent, cette porte reçut -le nom de <i>Saint-Germain</i>, et on le donna également à la rue de <span class="pagenum"><a id="page731" name="page731"></a>(p. 731)</span> Laas, -parce qu'elle y conduisoit. Vers le même temps on construisit l'église -Saint-André, et la rue prit tantôt le nom de Saint-Germain, tantôt -celui de Saint-André; mais le premier ayant été donné depuis à la rue -des Cordeliers et à celle des Boucheries, il en est résulté que -souvent les trois rues ont été confondues ensemble. Jaillot pense que -l'abbé Lebeuf se trompe lorsqu'il conjecture que la rue dont nous -parlons a porté à la fois ces deux noms; celui de <i>Saint-André</i> -jusqu'à la rue de l'Éperon, celui de Saint-Germain depuis cet endroit -jusqu'à la porte<a id="footnotetag639" name="footnotetag639"></a><a href="#footnote639" title="Lien vers la note 639"><span class="smaller">[639]</span></a>. Ce dernier espace formoit alors une place vide, -et resta ainsi jusqu'en 1350, qu'il fut vendu en partie à Simon de -Buci. On donna pour lors le nom de porte de <i>Buci</i> à celle qu'on avoit -fait construire au bout de la rue Saint-André, et de porte -<i>Saint-Germain</i> à celle de la rue des Cordeliers<a id="footnotetag640" name="footnotetag640"></a><a href="#footnote640" title="Lien vers la note 640"><span class="smaller">[640]</span></a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page732" name="page732"></a>(p. 732)</span> Quant au nom de Saint-André, que cette rue doit à l'église à laquelle -elle conduit, nous avons déjà dit qu'il avoit varié suivant les temps: -on lit dans différents titres, <i>Saint-Andri</i>, <i>Saint-Andrieu</i>, -<i>Saint-Andrieu-des-Ars</i>, <i>Saint-André-des-Arts et des Arcs</i>. Ces -derniers noms semblent n'être qu'une altération de celui de <i>Laas</i>.</p> - -<p><i>Rue du Cimetière-Saint-André.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue -Hautefeuille, de l'autre à celle de l'Éperon. Sous le règne de saint -Louis, on l'appeloit rue des <i>Sachettes</i>, <i>à cause de certaines femmes -dévotes, vivant ensemble proche le monastère Saint-André</i>; elles-mêmes -avoient reçu ce nom de leur vêtement, fait en forme de sac: <i lang="la">Pauperes -mulieres de saccis</i>, <i lang="la">saccitæ</i>. Cette congrégation, qui n'étoit pas -autorisée, ayant été détruite peu de temps après, la rue fut appelée -<i>des Deux-Portes</i>, parce qu'il y en avoit une à chacune de ses -extrémités: elle portoit ce nom en 1356, et l'a conservé encore -pendant deux siècles avec celui qu'elle porte aujourd'hui, lequel -provient du cimetière qu'on y plaça dans cette même année 1356.</p> - -<p><i>Rue des Grands-Augustins.</i> Elle commence sur le quai des Augustins, -et aboutit à la rue Saint-André-des-Arcs. Matthieu de Vendôme, abbé de -Saint-Denis, ayant acquis plusieurs maisons et jardins, dans -l'intention d'y bâtir un collége pour ses religieux, le chemin qui -traversoit ce terrain prit aussitôt le nom de son nouveau -propriétaire. Dès 1269, on l'appeloit <i>rue à l'Abbé-Saint-Denys</i>, et -successivement <i>rue du Collége-Saint-Denys</i>, <i>des Écoles</i> et <i>des -<span class="pagenum"><a id="page733" name="page733"></a>(p. 733)</span> Écoliers-Saint-Denys</i>. Elle prit ensuite le nom de <i>rue de la Barre</i> -du côté de celle de Saint-André; et Jaillot pense qu'elle le dut à la -galerie couverte qui joignoit ensemble l'hôtel de Saint-Cyr et le -collége Saint-Denis, dont il étoit une dépendance. Elle conserva -long-temps ce nom, car on le trouve encore dans un acte de 1546. Cette -rue étoit alors distinguée en deux parties: du côté du quai on la -nommoit rue des Augustins, quelquefois <i>rue de l'hôtel de Nemours</i>; -dans l'autre partie, elle s'appeloit, en 1523, <i>rue des -Écoles-Saint-Denys</i>, autrement dite <i>de la Barre</i>. Elle est aussi -énoncée <i>rue des Charités-Saint-Denys</i> dans un acte de 1672<a id="footnotetag641" name="footnotetag641"></a><a href="#footnote641" title="Lien vers la note 641"><span class="smaller">[641]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue du Battoir.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de -l'autre à celle de l'Éperon. Guillot la nomme rue de la <i>Platrière</i>. -Un terrier de Saint-Germain-des-Prés de 1523<a id="footnotetag642" name="footnotetag642"></a><a href="#footnote642" title="Lien vers la note 642"><span class="smaller">[642]</span></a> la désigne sous le -nom de <i>Haute-Rue, dite rue du Battouer, autrement la -Vieille-Platrière</i>. Plusieurs autres titres lui donnent la même -dénomination; et du reste tout ce qu'en a dit Sauval est erroné, comme -Jaillot l'a très-bien prouvé.</p> - -<p><i>Rue de la Vieille-Bouclerie.</i> Elle commence au bout de la place du -Pont-Saint-Michel, et finit à la rue de la Harpe, au coin de celle de -Saint-Séverin, et il en est fait mention dès 1236<a id="footnotetag643" name="footnotetag643"></a><a href="#footnote643" title="Lien vers la note 643"><span class="smaller">[643]</span></a>, sous le nom de -<i lang="la">vicus Boclearia</i>. Sauval prétend qu'en 1272 on l'appeloit -<i>l'abreuvoir Maçon</i><a id="footnotetag644" name="footnotetag644"></a><a href="#footnote644" title="Lien vers la note 644"><span class="smaller">[644]</span></a>. Elle y conduisoit effectivement: du reste, -ce qu'il <span class="pagenum"><a id="page734" name="page734"></a>(p. 734)</span> en dit, et ce qu'en disent ceux qui l'ont copié ou critiqué -est tellement embrouillé, qu'il est difficile de les suivre dans ces -minutieuses discussions; ce qu'on peut en conclure, c'est qu'il -existoit en ce quartier deux rues de la Bouclerie, ainsi qu'il est -prouvé par les vers de Guillot:</p> - -<p class="poem"> - Assès tôt trouva Sacalie,<br /> - Et la petite Bouclerie,<br /> - Et la grand Bouclerie après,<br /> - Et Hérondale tout emprès.</p> - -<p>La marche du poëte, ainsi que les titres, prouvent que la rue de la -<i>Petite-Bouclerie</i> est celle dont il s'agit ici, et que la <i>grande</i> -est la rue <i>Mâcon</i>, qui aboutissoit alors à la boucherie, située au -coin de la rue de l'Hirondelle.</p> - -<p>On trouve la <i>petite Boucherie</i> désignée encore sous le nom de la -<i>vieille Bouclerie</i>. Jaillot pense que ce n'est point une faute -d'impression, mais que cette dénomination vient de ce que la boucherie -de Saint-Germain étoit établie, au douzième siècle, à la place dite -depuis du <i>Pont-Saint-Michel</i>, laquelle n'existoit point encore. Quant -à l'opinion de quelques historiens qui veulent que le nom de -<i>Bouclerie</i> vienne de ce qu'on y faisoit de petits boucliers, elle -n'est appuyée sur aucune preuve.</p> - -<p><i>Rue Bout-de-Brie.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue du Foin, de -l'autre à celle de la Parcheminerie. On lit dans plusieurs actes, -<i>Bourg-de-Brie</i>, <i>Bout-de-Brye</i>, <i>Bouttebrie</i>, <i>du Bourc-de-Brie</i>, -<i>Boudebrie</i>, et ce sont autant d'altérations du nom primitif qui étoit -<i>Erembourg</i> ou <i>Eremburge de Brie</i>, <i lang="la">vicus Eremburgis de Briâ et de -Bratâ</i> en 1284 et 1288, ainsi qu'on le lit dans un cartulaire de la -Sorbonne. Avant la fin du quatorzième siècle on lui donnoit le nom de -<i>rue des Enlumineurs</i>, sans doute à cause de ceux qui <span class="pagenum"><a id="page735" name="page735"></a>(p. 735)</span> s'y étoient -établis. On la trouve en 1371 et 1373 sous l'un et l'autre de ces deux -derniers noms<a id="footnotetag645" name="footnotetag645"></a><a href="#footnote645" title="Lien vers la note 645"><span class="smaller">[645]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue des Trois-Chandeliers.</i> On nomme ainsi une des descentes de la -rue de la Huchette à la rivière, en face de la rue Zacharie. -Sauval<a id="footnotetag646" name="footnotetag646"></a><a href="#footnote646" title="Lien vers la note 646"><span class="smaller">[646]</span></a>, confondant cette rue avec une autre, qui lui est -parallèle, lui donne en conséquence plusieurs noms qu'elle n'a point -portés. Elle est nommée, dans le quatorzième siècle, rue <i>Berthe</i>, et -rue et port <i>aux Bouticles</i>. Ce dernier nom lui venoit des boutiques -ou bateaux placés à son extrémité, dans lesquels on conservoit le -poisson. On l'appela ensuite <i>Bertret</i> par corruption. Depuis ce -temps, quelques chandeliers s'y étant établis, la firent nommer rue -<i>Chandelière</i><a id="footnotetag647" name="footnotetag647"></a><a href="#footnote647" title="Lien vers la note 647"><span class="smaller">[647]</span></a>. Enfin elle prit le nom <i>des Trois-Chandeliers</i>, de -l'enseigne d'une maison qui en faisoit le coin<a id="footnotetag648" name="footnotetag648"></a><a href="#footnote648" title="Lien vers la note 648"><span class="smaller">[648]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue du Chat-qui-Pêche.</i> Elle commence à la rue de la Huchette, et -aboutit à la rivière. Le censier de Sainte-Geneviève l'appelle, en -1540, ruelle <i>des Étuves</i>; on la trouve aussi désignée sous le nom de -rue de Renard<a id="footnotetag649" name="footnotetag649"></a><a href="#footnote649" title="Lien vers la note 649"><span class="smaller">[649]</span></a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page736" name="page736"></a>(p. 736)</span> <i>Rue Christine.</i> Elle traverse de la rue Dauphine dans celle des -Grands-Augustins. On l'ouvrit, en 1607, sur une partie de -l'emplacement de l'hôtel et des jardins du collége Saint-Denis. Le nom -qu'elle porte lui fut donné en l'honneur de Christine de France, -seconde fille de Henri IV.</p> - -<p><a id="cloitresaintbenoit" name="cloitresaintbenoit"></a><i>Rue du Cloître-Saint-Benoît.</i> Elle donne d'un bout dans la rue des -Mathurins, et de l'autre vient tourner par un passage voûté dans la -rue Saint-Jacques. (Voyez <a href="#ruedesmathurins"><i>rue des Mathurins</i></a>.)</p> - -<p><i>Rue de Cluni.</i> Elle commence à la place de Sorbonne, et finit à la -rue des Cordiers. Son nom lui vient du collége de Cluni, qu'elle -avoisine: elle le portoit dès la fin du treizième siècle. Guillot -l'appelle rue à <i>l'abbé de Cluni</i>.</p> - -<p><i>Rue Contrescarpe.</i> Elle traverse de la rue Dauphine dans celle de -Saint-André-des-Arcs, et tire son nom de son ancienne situation, le -long des murs de l'enceinte de Philippe-Auguste. Dans le procès-verbal -de 1636, on la trouve sous la dénomination de rue <i>de Basoche</i>.</p> - -<p><i>Rue des Cordeliers.</i> Cette rue, ainsi nommée des religieux qui s'y -sont établis, aboutit d'un côté à la rue de la Harpe, et de l'autre à -celle de Condé, vis-à-vis la rue des Boucheries. Guillot l'appelle rue -des <i>Cordèles</i>, et elle prit le nom de rue Saint-Germain lorsque la -rue Saint-André-des-Arcs cessa de le porter<a id="footnotetag650" name="footnotetag650"></a><a href="#footnote650" title="Lien vers la note 650"><span class="smaller">[650]</span></a>. En 1304, un acte <span class="pagenum"><a id="page737" name="page737"></a>(p. 737)</span> la -présente sous celui de rue <i>Saint-Cosme et Saint Damian</i>. Elle -finissoit anciennement au-dessus de la rue du Paon, à la place où -étoit une des portes de l'enceinte de Philippe-Auguste.</p> - -<p><i>Rue des Cordiers.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Jacques, et -de l'autre à celle de Cluni. On ne peut guère douter, dit Jaillot, -qu'elle ne doive ce nom à des cordiers auxquels on avoit permis d'y -filer du chanvre. Guillot l'appelle rue <i>as Cordiers</i>. Il y a quelque -apparence qu'anciennement elle se prolongeoit jusqu'à la rue de la -Harpe, et que le passage des Jacobins en a occupé depuis une partie.</p> - -<p><i>Rue Dauphine.</i> Elle commence au bout du Pont-Neuf, et aboutit au -carrefour que forment les rues Saint-André-des-Arcs, de la Comédie, -Mazarine et de Buci. Henri IV ayant fait achever le Pont-Neuf, et -voulant en faciliter la communication avec le faubourg Saint-Germain, -fit ouvrir cette rue, en 1607, sur le jardin des Augustins, et sur les -bâtiments du collége Saint-Denis. Le nom qu'elle portoit lui fut donné -en l'honneur du Dauphin. On le donna également à une porte que l'on -fit bâtir à son extrémité. Cette porte, située presque vis-à-vis la -rue Contrescarpe, fut abattue en 1672.</p> - -<p><i>Rue de l'Éperon.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue -Saint-André-des-Arcs, de l'autre à celle du Jardinet. Le plus ancien -nom sous lequel on la trouve désignée est celui de rue <i>Gaugain</i>, -<i lang="la">vicus Galgani</i>. Elle le portoit en 1269<a id="footnotetag651" name="footnotetag651"></a><a href="#footnote651" title="Lien vers la note 651"><span class="smaller">[651]</span></a>, et l'a conservé -jusqu'au commencement du quinzième siècle; Guillot l'appelle rue -<i>Cauvain</i>. Ce nom est également dans plusieurs titres de l'abbaye, -dans lesquels on lit <i>Gongan</i>, <i>Gongain</i>, <i>Gongaud</i>, <i>Gorigand</i>, etc. -Ce sont <span class="pagenum"><a id="page738" name="page738"></a>(p. 738)</span> des fautes de copistes. Au quinzième siècle on la trouve -désignée rue <i>Chapron</i>, <i>de Chaperon et Chapon</i>; enfin, dans le -procès-verbal de 1636, on lit rue de l'Éperon. Ces derniers noms -viennent de plusieurs enseignes.</p> - -<p><i>Rue du Foin.</i> Elle traverse de la rue de la Harpe à la rue -Saint-Jacques. On ignore à quelle occasion elle a reçu ce nom; mais -dès la fin du treizième siècle elle étoit appelée rue <i>O Fain</i>; <i>de la -Fennerie</i> en 1332; <i>au Foin</i> en 1383 et 1386<a id="footnotetag652" name="footnotetag652"></a><a href="#footnote652" title="Lien vers la note 652"><span class="smaller">[652]</span></a>. Cependant, en 1383, -on la trouve aussi sous la dénomination de rue <i>aux Moines de Cernai</i>, -parce que les abbés des Vaux de Cernai y avoient leur hôtel. Depuis -elle a repris son premier nom, qu'elle conserve encore aujourd'hui.</p> - -<p><i>Rue Gilles-Cœur.</i> Elle commence à la rue Saint-André-des-Arcs, et -aboutit au quai des Augustins. Les titres de Saint-Germain du -quatorzième siècle l'indiquent sous les noms de <i>Gilles-Queux</i>, -<i>Gui-le-Queux</i>, et, peut-être, par faute de copiste, <i>Gui-le-Preux</i>. -Jaillot observe que ce nom de <i>Gui-le-Queux</i> a été aussi donné à la -rue des Poitevins, et cherchant son étymologie, il pense qu'il vient -de quelqu'un de ses plus notables habitans<a id="footnotetag653" name="footnotetag653"></a><a href="#footnote653" title="Lien vers la note 653"><span class="smaller">[653]</span></a>. Un acte de 1397, cité -par Sauval, lui donne le nom de <i>Gui-le-Comte</i>. Ceux de -<i>Gilles-le-Cœur</i> et de <i>Gist-le-Cœur</i> sont évidemment des fautes de -copistes.</p> - -<p><i>Rue de la Harpe.</i> Elle commence au bout de la rue de la -Vieille-Bouclerie, au coin des rues Mâcon et Saint-Séverin, et -aboutit à la place Saint-Michel. Un titre <span class="pagenum"><a id="page739" name="page739"></a>(p. 739)</span> de 1247 lui donne déjà ce -nom, <i lang="la">vicus Cithare</i><a id="footnotetag654" name="footnotetag654"></a><a href="#footnote654" title="Lien vers la note 654"><span class="smaller">[654]</span></a>. Dix ans après on la trouve sous celui <i>de -la Juiverie</i>; la rue <i>des Juifs</i>, <i lang="la">domus in Judearia ante domum -Cithare</i>, <i lang="la">vicus Judeorum</i><a id="footnotetag655" name="footnotetag655"></a><a href="#footnote655" title="Lien vers la note 655"><span class="smaller">[655]</span></a>; en 1262, <i lang="la">vetus Judearia</i><a id="footnotetag656" name="footnotetag656"></a><a href="#footnote656" title="Lien vers la note 656"><span class="smaller">[656]</span></a>. On -l'appeloit ainsi parce que les juifs y avoient leurs écoles. En 1270 -le cartulaire de Sorbonne fait mention de la rue <i>du Harpeur</i>; -toutefois d'autres actes du même cartulaire l'indiquent à cette époque -sous le nom de <i>la Harpe</i>: <i lang="la">in vico de Citharâ</i> en 1270, et <i lang="la">vicus -Harpe</i> en 1281. Elle doit ce nom à l'enseigne de la seconde maison à -droite, au-dessus de la rue Mâcon.</p> - -<p>Cette rue, divisée autrefois en deux parties, s'appeloit rue de la -Harpe ou de la <i>Herpe</i> depuis la rue Saint-Séverin jusqu'à celle des -Cordeliers; et depuis cet endroit jusqu'à la porte Saint-Michel, on la -nommoit tantôt rue <i>Saint-Côme</i>, tantôt rue aux <i>Hoirs -d'Harecour</i><a id="footnotetag657" name="footnotetag657"></a><a href="#footnote657" title="Lien vers la note 657"><span class="smaller">[657]</span></a>. Jaillot, qui cite les actes où elle porte cette -dénomination, dit que la distinction des deux parties de la rue de la -Harpe subsistoit encore dans le procès-verbal de 1636<a id="footnotetag658" name="footnotetag658"></a><a href="#footnote658" title="Lien vers la note 658"><span class="smaller">[658]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue Hautefeuille.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue -Saint-André-des-Arcs, et de l'autre à celle des Cordeliers. Nous ne -nous arrêterons point à cette tradition ridicule, qui veut que cette -rue doive son nom à un château <i>de Hautefeuille</i>, lequel appartenoit, -dit-on, à un petit-neveu de Charlemagne, véritable personnage de -roman<a id="footnotetag659" name="footnotetag659"></a><a href="#footnote659" title="Lien vers la note 659"><span class="smaller">[659]</span></a>. En <span class="pagenum"><a id="page740" name="page740"></a>(p. 740)</span> supposant même, dit Jaillot, que le vieux château -mentionné par nos historiens<a id="footnotetag660" name="footnotetag660"></a><a href="#footnote660" title="Lien vers la note 660"><span class="smaller">[660]</span></a>, et dont on trouva des vestiges en -1358, lorsqu'on creusa les fossés qui bordoient l'enceinte de -Philippe-Auguste, fût appelé de Hautefeuille, ce qui n'est qu'une -simple conjecture, sa situation vis-à-vis les Jacobins, entre les -portes Saint-Michel et Saint-Jacques eût fait naturellement donner son -nom aux rues qui y conduisoient directement, comme celles de la Harpe -et de Saint-Jacques ou autres rues intermédiaires qui en étoient plus -proches que la rue de Hautefeuille, éloignée de cet endroit d'environ -dix-huit cents toises. Du reste elle portoit ce nom dès 1252, et se -prolongeoit alors jusqu'aux murs. Il en restoit encore des traces -sensibles, à la fin du siècle dernier, dans le jardin des Cordeliers. -Quant à l'étymologie de cette dénomination, Jaillot pense qu'elle -pourroit venir des arbres hauts et touffus dont cette rue ou chemin -pouvoit être bordé, et cette conjecture il l'appuie sur un passage des -premiers statuts faits pour les Cordeliers, dans lesquels on défend -aux religieux de jouer à la paume sous <i>la Haute-Feuillé</i>.</p> - -<p>Il faut observer qu'au treizième siècle elle n'étoit pas appelée rue -de Hautefeuille dans toute son étendue actuelle: du côté de la rue -Saint-André, et jusqu'aux rues Percée et des Poitevins on la nommoit -<i>rue Saint-André</i> et <i>du Chevet-Saint-André</i>. Au commencement du -quinzième, une foule d'actes la désignent dans cette partie sous le -nom de <i>la Barre</i><a id="footnotetag661" name="footnotetag661"></a><a href="#footnote661" title="Lien vers la note 661"><span class="smaller">[661]</span></a>: on suppose qu'elle le <span class="pagenum"><a id="page741" name="page741"></a>(p. 741)</span> devoit à Jean de La -Barre, avocat, qui demeuroit dans le voisinage<a id="footnotetag662" name="footnotetag662"></a><a href="#footnote662" title="Lien vers la note 662"><span class="smaller">[662]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue de l'Hirondelle.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Gilles-Cœur, -de l'autre à la place du pont Saint-Michel. On trouve ce nom écrit de -diverses manières dans différents actes; en 1200, rue <i>d'Arrondale en -Laas</i>, et <i>d'Arondelle en Laas</i> en 1222; en 1263, <i>d'Hirondale</i>; dans -Guillot, <i>d'Hérondale</i>; enfin on a dit rue de l'Hirondelle. Il est -probable que ce nom provenoit de quelque enseigne.</p> - -<p><i>Rue de la Huchette.</i> Cette rue commence au carrefour que forment la -place du pont Saint-Michel et les rues Saint-André-des-Arcs et de la -Vieille-Bouclerie, pour venir aboutir à la rue du Petit-Pont. Elle -faisoit partie du territoire de Laas, lequel appartenoit à l'abbaye -Saint-Germain. En 1179 l'abbé Hugues ayant aliéné la plus grande -partie de ce territoire à la charge d'y bâtir, on construisit, des -deux côtés du chemin, des maisons qui formèrent une rue, nommée -d'abord rue de <i>Laas</i>; c'est ainsi qu'elle est indiquée en l'année -1210. Mais dès 1284 plusieurs titres lui donnent le nom de rue de <i>la -Huchette</i>, qui probablement venoit de quelque enseigne.</p> - -<p><i>Rue de Hurepoix.</i> Elle aboutissoit d'un côté au quai des Augustins, -et de l'autre à la place du pont Saint-Michel. On ne la distinguoit -pas anciennement du quai, et elle étoit nommée rue de -<i>Seine-allant-aux-Augustins</i>. En 1636 on l'appeloit rue du -<i>Quai-des-Augustins</i>. Vers ce temps-là elle prit le nom qu'elle porte -aujourd'hui d'un hôtel garni situé à l'extrémité du quai, où venoient -loger les marchands du Hurepoix<a id="footnotetag663" name="footnotetag663"></a><a href="#footnote663" title="Lien vers la note 663"><span class="smaller">[663]</span></a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page742" name="page742"></a>(p. 742)</span> <i>Rue du Jardinet.</i> Cette rue donne d'un côté dans la rue Mignon, de -l'autre dans le cul-de-sac de la cour de Rouen, au coin des rues du -Paon et de l'Éperon. Elle se prolongeoit anciennement jusqu'à la rue -Hautefeuille, et de ce côté portoit le nom <i>des Petits-Champs</i>; ce nom -fut ensuite donné à la rue entière. Depuis on l'appela rue de -<i>l'Escureul</i> et des <i>Escureux</i>; enfin rue du <i>Jardinet</i>; peut-être, -dit Jaillot, à cause du jardin de l'hôtel et collége de Vendôme, -compris entre cette rue et celle du Battoir<a id="footnotetag664" name="footnotetag664"></a><a href="#footnote664" title="Lien vers la note 664"><span class="smaller">[664]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue Mâcon.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-André-des-Arcs, et -de l'autre à la rue de la Harpe, au coin de celle de la -Vieille-Bouclerie, laquelle a porté le même nom. Toutes les deux le -devoient à l'hôtel des comtes de Mâcon, dont nous avons déjà parlé.</p> - -<p><i>Rue de l'Abreuvoir-Mâcon.</i> C'est une descente du carrefour des rues -Saint-André-des-Arcs, de la Vieille-Bouclerie et de la Huchette, à la -rivière. C'étoit par ce passage que l'on menoit abreuver les chevaux -des comtes de Mâcon, et son nom a la même origine que celui de la rue. -Il est fait mention de cet abreuvoir dès 1272<a id="footnotetag665" name="footnotetag665"></a><a href="#footnote665" title="Lien vers la note 665"><span class="smaller">[665]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue des Maçons.</i> Elle donne d'un côté dans la rue des Mathurins, et -aboutit de l'autre à la place de Sorbonne. Corrozet l'appelle rue du -<i>Palais-au-Terme</i>, autrement des <i>Maçons</i>. Le premier de ces noms -appartenoit d'abord à la rue des Mathurins, et ne fut donné à celle -des Maçons que lorsque l'autre eut pris le nom des religieux <span class="pagenum"><a id="page743" name="page743"></a>(p. 743)</span> qui s'y -sont établis. Piganiol l'appelle seul rue <i>aux Bains</i> et <i>aux Étuves</i>.</p> - -<p>Celui qu'elle porte aujourd'hui lui vient, selon Jaillot, d'un -bourgeois nommé <i>Le Masson</i>, lequel y demeuroit au commencement du -treizième siècle. On trouve, en 1254, <i lang="la">vicus Cementariorum</i><a id="footnotetag666" name="footnotetag666"></a><a href="#footnote666" title="Lien vers la note 666"><span class="smaller">[666]</span></a>, et -dans plusieurs actes subséquents jusqu'en 1296, <i lang="la">vicus Lathomorum</i>. -Cette rue se prolongeoit autrefois jusqu'à celle des Poitevins; on en -a retranché une partie pour faire la place de Sorbonne.</p> - -<p><a id="ruedesmathurins" name="ruedesmathurins"></a><i>Rue des Mathurins.</i> Elle traverse de la rue de la Harpe à la rue -Saint-Jacques. Elle avoit pris, dans l'origine, des Thermes de Julien -qui y sont situés, le nom de rue du <i>Palais-du-Therme</i>, du -<i>Palais-des-Thermes</i>; en 1220, <i lang="la">vicus de Termis</i>, <i lang="la">de Terminis</i>. -Piganiol lui donne encore, mais mal à propos, le nom de rue <i>des -Bains</i> ou <i>des Étuves</i>. Il paroît que l'abbé Lebeuf s'est aussi trompé -en la désignant sous celui de rue <i>Saint-Mathelin</i>, qui alors étoit -effectivement synonyme de <i>Mathurin</i>. C'est à la partie de la rue -Saint-Jacques qui l'avoisine que ce nom appartenoit; celle dont nous -parlons est encore nommée rue du <i>Palais-du-Therme</i> et rue du <i>Palaix</i> -dans des titres de 1421 et 1450. Il n'y a guère que trois siècles -qu'on lui a donné sa dernière dénomination<a id="footnotetag667" name="footnotetag667"></a><a href="#footnote667" title="Lien vers la note 667"><span class="smaller">[667]</span></a>. Vis-à-vis des -Mathurins est une rue qui conduit au cloître Saint-Benoît: Jaillot -croit le reconnoître, dans le cartulaire de Sorbonne et à l'année -1243, sous le nom de <i lang="la">vicus Andriæ</i> <span class="smcap">de Macolis</span>; elle est indiquée -<i>rue d'André-Machel</i> <span class="pagenum"><a id="page744" name="page744"></a>(p. 744)</span> dans un acte de 1254. Aujourd'hui elle se confond -avec l'ancien cloître sous le nom commun de rue <i>du -Cloître-Saint-Benoît</i>.</p> - -<p><i>Rue Mignon.</i> Elle traverse de la rue du Battoir dans celle du -Jardinet, qui, comme nous l'avons remarqué, a porté le nom de rue <i>des -Petits-Champs</i>. Il fut aussi donné à la rue Mignon, qui fait équerre -avec l'autre. Quant à sa dernière dénomination, elle la doit au -collége du même nom dont nous avons déjà parlé.</p> - -<p><i>Rue de l'Observance.</i> Cette rue, qui aboutit d'un côté à la rue des -Cordeliers, de l'autre à celle des Fossés-de-Monsieur-le-Prince, fut -percée en 1672. Elle a pris le nom qu'elle porte de l'église et de la -principale porte des Cordeliers, dits de <i>l'Observance</i>, qui y étoient -situées.</p> - -<p><i>Rue du Paon.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue des Cordiers, de -l'autre à celle du Jardinet. Ce nom lui vient d'une enseigne, et elle -le portoit dès 1246<a id="footnotetag668" name="footnotetag668"></a><a href="#footnote668" title="Lien vers la note 668"><span class="smaller">[668]</span></a>. Sauval s'est trompé en lui donnant celui de -rue de l'<i>Archevêque-de-Reims</i><a id="footnotetag669" name="footnotetag669"></a><a href="#footnote669" title="Lien vers la note 669"><span class="smaller">[669]</span></a>, lequel ne convient qu'au -cul-de-sac situé dans cette rue, comme Jaillot l'a démontré<a id="footnotetag670" name="footnotetag670"></a><a href="#footnote670" title="Lien vers la note 670"><span class="smaller">[670]</span></a>.</p> - -<p><i>Rue de la Parcheminerie.</i> Elle traverse de la rue Saint-Jacques à -celle de la Harpe. Suivant le cartulaire de Sorbonne, on la nommoit -rue <i>des Écrivains</i>, <i lang="la">vicus Scriptorum</i> en 1273<a id="footnotetag671" name="footnotetag671"></a><a href="#footnote671" title="Lien vers la note 671"><span class="smaller">[671]</span></a>. Guillot -l'appelle rue <i>as Écrivains</i>. Comme le parchemin étoit la seule -matière sur laquelle on écrivît, elle en prit son dernier nom; et -l'on trouve <span class="pagenum"><a id="page745" name="page745"></a>(p. 745)</span> en 1387 <i lang="la">vicus Pergamenorum</i><a id="footnotetag672" name="footnotetag672"></a><a href="#footnote672" title="Lien vers la note 672"><span class="smaller">[672]</span></a>, et dans tous les titres -du siècle suivant, rue <i>des Parcheminiers</i> et de la <i>Parcheminerie</i>.</p> - -<p><i>Rue Pavée.</i> Cette rue, qui traverse du quai des Augustins à la rue -Saint-André-des-Arcs, étoit ainsi nommée dès le treizième siècle. Au -seizième on l'appeloit <i>rue Pavée-d'Andouilles</i>, dénomination dont -l'origine est entièrement inconnue.</p> - -<p><i>Rue Percée.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de l'autre -à celle de la Harpe. Guillot ne nomme pas cette rue; elle existoit -cependant au temps où il écrivoit. On la trouve indiquée, en 1262, -1266 et 1277, sous le nom de <i lang="la">vicus Perforatus</i>. Dans plusieurs actes -du siècle suivant, elle est nommée rue <i>Percée</i>, dite <i>des -Deux-Portes</i>.</p> - -<p><i>Rue Pierre-Sarrasin.</i> Cette rue, qui traverse de la rue Hautefeuille -à celle de la Harpe, doit son nom à un bourgeois, lequel possédoit, au -treizième siècle, plusieurs maisons en cet endroit. Dans un compte de -1511<a id="footnotetag673" name="footnotetag673"></a><a href="#footnote673" title="Lien vers la note 673"><span class="smaller">[673]</span></a> elle est appelée rue <i>Jean-Sarrasin</i>; mais elle ne tarda pas -à reprendre son premier nom, qu'elle a conservé jusqu'à présent.</p> - -<p><i>Rue des Poirées.</i> Elle commence à la rue Saint-Jacques; et faisant un -retour d'équerre, sous le nom de rue <i>Neuve-des-Poirées</i>, elle vient -aboutir à la rue des Cordiers. L'ancien nom de cette rue étoit -<i>Thomas</i> et ensuite <i>Guillaume-d'Argenteuil</i>; c'est ainsi qu'elle est -indiquée, en 1236, dans le cartulaire de Sorbonne<a id="footnotetag674" name="footnotetag674"></a><a href="#footnote674" title="Lien vers la note 674"><span class="smaller">[674]</span></a>. On trouve -ensuite <i lang="la">vicus ad Poretas</i> en 1264, et <i lang="la">vicus Poretarum</i> <span class="pagenum"><a id="page746" name="page746"></a>(p. 746)</span> en 1271. -Cette rue se prolongeoit autrefois jusqu'à celle des Maçons, et avoit -reçu populairement le nom de rue <i>aux Écoliers-de-Rhétel</i>, à cause du -collége de ce nom qui y étoit situé; mais dans tous les actes on la -trouve désignée sous celui de rue <i>Porée</i>, <i>des Porées</i> et <i>des -Poirées</i>.</p> - -<p><i>Rue des Poitevins.</i> Elle forme un équerre, et aboutit d'un côté à la -rue Hautefeuille, de l'autre à celle du Battoir. On la nommoit, en -1253, rue <i>Gui-le-Gueux</i>, ensuite <i>Gui-le-Queux</i> dite <i>des Poitevins</i>, -enfin simplement <i>des Poitevins</i> en 1288. Plusieurs auteurs tels que -Sauval, Dom Bouillart, Dom Félibien la nomment <i>Ginart-aux-Poitevins</i> -et <i>Gerard-aux-Poitevins</i>; deux titres de 1356 l'appellent -<i>Guiard-aux-Poitevins</i><a id="footnotetag675" name="footnotetag675"></a><a href="#footnote675" title="Lien vers la note 675"><span class="smaller">[675]</span></a>.</p> - -<p><i>Place du Pont-Saint-Michel.</i> Elle est située à l'extrémité du quai -des Augustins. L'abbaye Saint-Germain y avoit autrefois un pressoir -pour faire <i lang="la">vin et verjus</i>; et c'étoit sur cette place que se -faisoient les ventes par ordonnance de justice; depuis elles ont été -transportés sur la place du Châtelet.</p> - -<p><i>Rue des Deux-Portes.</i> Elle traverse de la rue Hautefeuille à celle de -la Harpe, et doit ce nom aux portes qui la fermoient à ses extrémités. -Elle le portoit des 1450.</p> - -<p><i>Rue Poupée.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue de la Harpe, de l'autre -à celle de Hautefeuille. Dans le douzième siècle, elle est désignée -sous le nom de <i>Popée</i><a id="footnotetag676" name="footnotetag676"></a><a href="#footnote676" title="Lien vers la note 676"><span class="smaller">[676]</span></a>; en 1300 on l'appeloit <i>Poupée</i>, et -depuis, par altération ou par faute de copiste, <i>Poinpée</i> et <i>Pompée</i>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page747" name="page747"></a>(p. 747)</span> <i>Rue Neuve-de-Richelieu.</i> Elle conduit de la rue de la Harpe à la -place et à l'église de Sorbonne. Ce fut pour donner un point de vue à -ce monument que, dès 1637, on projeta de faire une place vis-à-vis, et -d'ouvrir une rue qui donneroit dans celle de la Harpe. Cette rue fut -effectivement ouverte en 1639 sur un terrain formé de quelques -dépendances des colléges de Cluni et du Trésorier. Elle a été -quelquefois désignée sous les noms de rue <i>des Thrésoriers</i> et <i>de -Sorbonne</i>.</p> - -<p><i>Rue de Savoie.</i> Elle traverse de la rue des Grands-Augustins dans la -rue Pavée, et doit son nom à l'hôtel de Savoie situé dans cette -dernière rue, lequel en occupoit tout l'espace jusqu'à celle des -Grands-Augustins.</p> - -<p><i>Rue Serpente.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de -l'autre à celle de la Harpe. Elle devoit ce nom aux sinuosités qu'elle -formoit avant d'avoir été redressée. Dès 1250 on l'appeloit rue <i>de la -Serpente</i> et <i lang="la">vicus Serpentis</i>. Guillot écrit, pour la rime, <i>de la -Serpent</i>.</p> - -<p><i>Rue Saint-Séverin.</i> Cette rue, qui aboutit d'un côté à la rue de la -Harpe, et de l'autre à la rue Saint-Jacques, est fort ancienne et doit -son nom à l'église que nous y voyons. On la trouve, on ne sait -pourquoi, indiquée, dans un compte du domaine de 1574, rue -<i>Colin-Pochet</i>, autrement dite <i>Saint-Séverin</i><a id="footnotetag677" name="footnotetag677"></a><a href="#footnote677" title="Lien vers la note 677"><span class="smaller">[677]</span></a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page748" name="page748"></a>(p. 748)</span> <i>Rue des Prêtres-Saint-Séverin.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue -Saint-Séverin, de l'autre à celle de la Parcheminerie. On l'appeloit, -en 1244, <i>ruelle devant</i> ou <i>près Saint-Séverin</i>. En 1260 et 1264, les -titres de Sorbonne la nomment <i lang="la">strictus vicus sancti Severini</i>; les -actes du temps, <i>ruelle</i> et <i>ruellette Saint-Séverin</i>, <i>ruelle de -l'archiprêtre</i>. En 1489, on disoit <i>ruelle Saint-Séverin dite au -Prêtre</i>, et simplement <i>ruelle au Prêtre</i> en 1508.</p> - -<p><i>Rue de Sorbonne.</i> Elle commence à la rue des Mathurins, et aboutit à -la place de Sorbonne. Le nom le plus connu que cette rue ait porté est -celui <i>des Portes</i> <i>et des Deux-Portes</i>; on le lui donnoit encore en -1283, quoique, suivant le cartulaire de Sorbonne, on l'appelât, dès -1281, <i lang="la">vicus de Sorboniâ et de Sorbonio</i>. Guillot la nomme <i>rue as -Hoirs de Sabonnes</i>; Du Breul l'a confondue avec la rue <i>de -Coupegueule</i>.</p> - -<p><i>Place de Sorbonne.</i> Elle fut formée du retranchement d'une partie de -la rue des Poirées, qui, comme nous l'avons dit, se prolongeoit alors -jusqu'à la rue des Maçons.</p> - -<p><i>Rue de Touraine.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue des Cordeliers, de -l'autre à celle des Fossés-de-Monsieur-le-Prince. C'est mal à propos -que sur les plans modernes elle est nommée rue <i>de Turenne</i>. On -l'ouvrit, vers la fin du dix-septième siècle, presque sur le même -alignement que la rue du Paon, et comme elle sembloit en faire la -continuation, on lui donna le nom de <i>Touraine</i>, à cause de l'hôtel de -<i>Tours</i> situé dans cette dernière rue.</p> - -<p><i>Rue Zacharie.</i> Elle traverse de la rue Saint-Séverin à celle de la -Huchette. Ce nom est altéré; on disoit en 1219 rue <i>Saqualie</i>, <i lang="la">vicus -qui dicitur Sachalia</i><a id="footnotetag678" name="footnotetag678"></a><a href="#footnote678" title="Lien vers la note 678"><span class="smaller">[678]</span></a>; les cartulaires <span class="pagenum"><a id="page749" name="page749"></a>(p. 749)</span> de Sorbonne et de -Saint-Germain lui donnent le même nom en 1262 et 1276. Ce nom étoit -celui d'une maison qui y étoit située. La négligence des copistes en a -altéré l'orthographe, et ils écrivirent successivement <i>sac-alie</i>, -<i>saccalie</i>, <i>sac-à-lie</i>, <i>sac-alis</i>, <i>saccalit</i>. Cette rue est nommée -<i>Zacharie</i> dans le procès-verbal de 1636, et depuis a toujours -conservé cette dernière dénomination<a id="footnotetag679" name="footnotetag679"></a><a href="#footnote679" title="Lien vers la note 679"><span class="smaller">[679]</span></a>.</p> - - -<h3><span class="pagenum"><a id="page750" name="page750"></a>(p. 750)</span> QUAIS.</h3> - -<p><i>Quai des Augustins.</i> Il aboutit d'un côté au Pont-Neuf, de l'autre à -la rue du Hurepoix. Jusqu'au règne de Philippe-le-Bel il n'y avoit -entre les Augustins et la rivière qu'un terrain en pente douce, planté -de saules, et qui servoit de promenade aux habitants du voisinage; -toutefois la moindre inondation rendoit le passage difficile, souvent -même impraticable, et ruinoit les maisons qu'on y avoit bâties. Ces -inconvénients devinrent si graves que ce prince donna ordre au prévôt -des marchands de détruire cette saussaie, et de faire construire un -quai depuis l'hôtel de Nesle jusqu'à la maison de l'évêque de -Chartres. Cet ordre fut exécuté en 1313<a id="footnotetag680" name="footnotetag680"></a><a href="#footnote680" title="Lien vers la note 680"><span class="smaller">[680]</span></a>; en 1389 on l'appeloit -rue <i>de Seine par où l'on va aux Augustins</i>, et depuis rue <i>du -Pont-Neuf</i> (Saint-Michel) <i>qui va aux Augustins</i>; en 1444 rue <i>des -Augustins</i>. Ce quai, ainsi que la rue des Augustins, doit le nom qu'il -porte aux religieux qui s'y sont établis. Les marchés à la volaille et -au pain y avoient été établis par arrêt du conseil de 1676, et une -inscription placée au coin de la rue témoignoit qu'il avoit été -entièrement reconstruit en 1708<a id="footnotetag681" name="footnotetag681"></a><a href="#footnote681" title="Lien vers la note 681"><span class="smaller">[681]</span></a>.</p> - -<a id="monumentsnouveaux751" name="monumentsnouveaux751"></a> -<h3><span class="pagenum"><a id="page751" name="page751"></a>(p. 751)</span> MONUMENTS NOUVEAUX</h3> - -<p class="center"><i>Et réparations faites aux anciens monuments depuis 1789.</i></p> - -<p><i>Église Saint-Séverin.</i> Cette église est décorée de deux nouveaux -tableaux qui lui ont été donnés par la ville en 1819. L'un représente -la mort d'Ananie et Saphire; l'autre, saint Pierre guérissant un -boiteux. Ces deux tableaux sont de feu Pallière, et font honneur à son -pinceau.</p> - -<p><i>Le Marché à la Volaille.</i> Ce marché, bâti en 1810 par M. Happe, sur -l'emplacement qu'occupoient auparavant l'église et le couvent des -Grands-Augustins, présente, entre quatre murs percés d'arcades, trois -nefs parallèles, dont celle du milieu est plus large et plus élevée -que les <span class="pagenum"><a id="page752" name="page752"></a>(p. 752)</span> deux autres. L'aspect de ce monument a de la grandeur, et les -dispositions intérieures sont aussi commodes qu'il étoit possible de -le désirer.</p> - -<p><i>Fontaine de l'École de Chirurgie.</i> Cette fontaine, située en face de -l'école de chirurgie, doit former le centre d'un ensemble de -constructions destinées à circonscrire et à décorer la place que la -démolition de l'église des Cordeliers a ouverte devant ce monument.</p> - -<p>Elle se compose de quatre colonnes d'ordre dorique, de proportion -très-élégante, qui supportent un entablement mutulaire, dont la -composition, bien qu'elle soit peu correcte, a de la grâce et de la -légèreté. Au-dessus s'élève un attique orné d'une grande table -renfoncée sur laquelle doit être gravée une inscription. Entre les -colonnes on aperçoit une vaste niche cintrée, du sommet de laquelle -s'échappe et tombe en cascade un volume d'eau considérable: il remplit -un bassin demi-circulaire, et se divise ensuite d'une manière commode -pour l'usage au moyen d'un mécanisme ingénieux.</p> - -<p>Les constructions latérales déjà commencées, et propres à former des -habitations particulières, rappellent les proportions de masses et les -principales lignes de la façade de l'école. L'auteur de ce bel -édifice, chargé d'en coordonner les accessoires, avoit conçu à cet -effet un plan très-heureux: il est à souhaiter que ce plan soit suivi, -et que ce qu'il avoit commencé soit achevé.</p> - -<p><i>Collége Saint-Louis.</i> Il est établi dans les anciens bâtiments du -collége de Harcour, auxquels on a fait des augmentations -considérables.</p> - -<p><i>Les Thermes.</i> La maison de la rue de la Harpe qui masquoit cette -ruine antique a été démolie; on l'a couverte d'un toit, et encadrée -dans des constructions qui l'entourent de toutes parts et la mettent -désormais à l'abri des injures du temps et des dégradations nouvelles -<span class="pagenum"><a id="page753" name="page753"></a>(p. 753)</span> qu'elle auroit pu éprouver. L'emplacement qu'occupoit la maison -formera au-devant une espèce de cour. Ces travaux, interrompus depuis -quelque temps, ne sont point encore achevés.</p> - -<p><i>La Sorbonne.</i> Ce vaste édifice, rendu à l'université, est devenu le -chef-lieu de l'académie de Paris. On achève en ce moment d'en réparer -l'église, dans laquelle le tombeau du cardinal de Richelieu sera remis -à la place qu'il occupoit avant la révolution. Cette église sera sans -doute consacrée aux solennités religieuses de cette compagnie.</p> - - -<h3>RUES ET PLACES NOUVELLES.</h3> - -<p><i>Rue du Cloître-Saint-Benoît.</i> Voy. <a href="#cloitresaintbenoit"><i>Cloître-Saint-Benoît.</i></a></p> - -<p><i>Rue de l'École-de-Médecine.</i> C'est le nom que porte aujourd'hui la -rue des Cordeliers.</p> - -<p><i>Rue du Pont-de-Lodi.</i> Cette rue nouvelle communique de la rue -Dauphine à celle des Grands-Augustins.</p> - -<p><i>Place du Pont-Saint-Michel.</i> Elle a été agrandie de la rue de -l'Abreuvoir, qui a été détruite et dont le terrain a été nivelé.</p> - -<p><i>Quai Saint-Michel.</i> Il s'étend du pont Saint-Michel au Petit-Pont, et -a été construit sur l'emplacement des maisons qui couvroient ce -terrain et que l'on a abattues.</p> -</div> - -<p class="p4 center smaller">FIN DE LA SECONDE PARTIE DU TROISIÈME VOLUME.</p> - -<div class="chapter"> -<div class="toc"> -<h2><span class="pagenum"><a id="page755" name="page755"></a>(p. 755)</span> TABLE DES MATIÈRES.<br /> -TROISIÈME VOLUME.—SECONDE PARTIE.</h2> - -<p class="center">QUARTIER SAINT-BENOÎT.</p> - -<ul class="none"> -<li> <span class="ralign10">Pages</span></li> - -<li>Paris sous Louis XIII et sous la minorité de Louis XIV. -<span class="ralign10"><a href="#page1">1</a></span></li> - -<li>Origine du quartier -<span class="ralign10"><a href="#page337">337</a></span></li> - -<li>Le Petit-Châtelet -<span class="ralign10"><a href="#page338">338</a></span></li> - -<li>Saint-Julien-le-Pauvre -<span class="ralign10"><a href="#page341">341</a></span></li> - -<li>Chapelle Saint-Yves -<span class="ralign10"><a href="#page344">344</a></span></li> - -<li>Les Carmes -<span class="ralign10"><a href="#page346">346</a></span></li> - -<li>Saint-Jean-de-Latran -<span class="ralign10"><a href="#page352">352</a></span></li> - -<li>Saint-Benoît -<span class="ralign10"><a href="#page355">355</a></span></li> - -<li>Saint-Hilaire -<span class="ralign10"><a href="#page364">364</a></span></li> - -<li>Sainte-Geneviève -<span class="ralign10"><a href="#page367">367</a></span></li> - -<li>Palais de Clovis -<span class="ralign10"><a href="#page385">385</a></span></li> - -<li>Chapelle Saint-Michel -<span class="ralign10"><a href="#page386">386</a></span></li> - -<li>Saint-Étienne-du-Mont -<span class="ralign10"><a href="#page388">388</a></span></li> - -<li>Les filles Sainte-Geneviève -<span class="ralign10"><a href="#page397">397</a></span></li> - -<li>Sainte-Geneviève (nouvelle église) -<span class="ralign10"><a href="#page398">398</a></span></li> - -<li>Les Jacobins -<span class="ralign10"><a href="#page408">408</a></span></li> - -<li>Saint-Étienne-des-Grès -<span class="ralign10"><a href="#page419">419</a></span></li> - -<li>Chapelle Saint-Symphorien -<span class="ralign10"><a href="#page425">425</a></span></li> - -<li>La Visitation -<span class="ralign10"><a href="#page427">427</a></span></li> - -<li>Le séminaire Saint-Magloire -<span class="ralign10"><a href="#page428">428</a></span></li> - -<li>Saint-Jacques-du-Haut-Pas -<span class="ralign10"><a href="#page433">433</a></span></li> - -<li>Hôpital Sainte-Geneviève -<span class="ralign10"><a href="#page437">437</a></span></li> - -<li>Sainte-Aure (communauté) -<span class="ralign10"><a href="#page438">438</a></span></li> - -<li>Les orphelines de l'Enfant-Jésus -<span class="ralign10"><a href="#page440">440</a></span></li> - -<li>Saint-Siméon-Salus (communauté) -<span class="ralign10"><a href="#page441">441</a></span></li> - -<li>Les filles Sainte-Perpétue -<span class="ralign10"><a href="#page442">442</a></span></li> - -<li>Les religieuses de la Présentation-Notre-Dame -<span class="ralign10"><a href="#page443">443</a></span></li> - -<li>Les filles Saint-Michel -<span class="ralign10"><a href="#page445">445</a></span></li> - -<li>Sainte-Anne-la-Royale (communauté) -<span class="ralign10"><a href="#page448">448</a></span></li> - -<li>Les Ursulines -<span class="ralign10"><a href="#page449">449</a></span></li> - -<li>Les Bénédictins anglois -<span class="ralign10"><a href="#page453">453</a></span></li> - -<li>Les Feuillantines -<span class="ralign10"><a href="#page457">457</a></span></li> - -<li>Les filles de la Providence -<span class="ralign10"><a href="#page459">459</a></span></li> - -<li>Les Carmélites -<span class="ralign10"><a href="#page462">462</a></span></li> - -<li>Le Val-de-Grâce -<span class="ralign10"><a href="#page472">472</a></span></li> - -<li>Les filles Sainte-Agathe -<span class="ralign10"><a href="#page485">485</a></span></li> - -<li>Les Capucins -<span class="ralign10"><a href="#page486">486</a></span></li> - -<li>L'hospice Saint-Jacques-du-Haut-Pas -<span class="ralign10"><a href="#page487">487</a></span></li> - -<li>L'Observatoire -<span class="ralign10"><a href="#page488">488</a></span></li> - -<li>Colléges, Écoles, etc. -<span class="ralign10"><a href="#page494">494</a></span></li> - -<li>Hôtels -<span class="ralign10"><a href="#page569">569</a></span></li> - -<li>Fontaines -<span class="ralign10"><a href="#page572">572</a></span></li> - -<li>Barrières -<span class="ralign10"><a href="#page573">573</a></span></li> - -<li>Rues et places du quartier Saint-Benoît -<span class="ralign10"><a href="#page574">574</a></span></li> - -<li>Monuments nouveaux, etc. -<span class="ralign10"><a href="#page595">595</a></span></li> - -<li>Rues nouvelles -<span class="ralign10"><a href="#page597">597</a></span></li> -</ul> - -<p class="center">QUARTIER SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS.</p> - -<ul class="none"> -<li>Origine du quartier -<span class="ralign10"><a href="#page599">599</a></span></li> - -<li>Les Grands-Augustins -<span class="ralign10"><a href="#page600">600</a></span></li> - -<li>Les frères Cordonniers -<span class="ralign10"><a href="#page615">615</a></span></li> - -<li>Saint-André-des-Arcs -<span class="ralign10"><a href="#page617">617</a></span></li> - -<li>Saint-Séverin -<span class="ralign10"><a href="#page627">627</a></span></li> - -<li>Les filles Sainte-Marthe -<span class="ralign10"><a href="#page635">635</a></span></li> - -<li>Les Mathurins -<span class="ralign10"><i>Ibid.</i></span></li> - -<li>Palais des Thermes -<span class="ralign10"><a href="#page641">641</a></span></li> - -<li>Les Prémontrés -<span class="ralign10"><a href="#page647">647</a></span></li> - -<li>Saint-Côme et Saint-Damien -<span class="ralign10"><a href="#page650">650</a></span></li> - -<li>Académie royale de Chirurgie -<span class="ralign10"><a href="#page654">654</a></span></li> - -<li>Les Cordeliers -<span class="ralign10"><a href="#page665">665</a></span></li> - -<li>La Sorbonne -<span class="ralign10"><a href="#page673">673</a></span></li> - -<li>Colléges, Écoles, etc. -<span class="ralign10"><a href="#page685">685</a></span></li> - -<li>Hôtels -<span class="ralign10"><a href="#page709">709</a></span></li> - -<li>Fontaines -<span class="ralign10"><a href="#page728">728</a></span></li> - -<li>Rues et places du quartier Saint-André-des-Arcs -<span class="ralign10"><a href="#page730">730</a></span></li> - -<li>Quais -<span class="ralign10"><a href="#page750">750</a></span></li> - -<li>Monuments, nouveaux, etc. -<span class="ralign10"><a href="#page751">751</a></span></li> - -<li>Rues et places nouvelles -<span class="ralign10"><a href="#page753">753</a></span></li> -</ul> -</div> -</div> - -<p class="p4 center smaller">FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.</p> - -<div class="chapter"> -<h2>Notes</h2> -<p><a id="footnote1" name="footnote1"></a> -<b><a href="#footnotetag1">1</a></b>: Dans le quartier Saint-André-des-Arcs.</p> - -<p><a id="footnote2" name="footnote2"></a> -<b><a href="#footnotetag2">2</a></b>: Il s'assit au banc des pairs, et montrant son épée, qu'il -tenoit à la main: «Elle est encore dans le fourreau, dit-il; mais il -faudra qu'elle en sorte, si l'on n'accorde pas, dans l'instant, à la -reine-mère un titre qui lui est dû selon l'ordre de la nature et de la -justice.»</p> - -<p class="source">(Vie du duc d'Épernon, tom. II.)</p> - -<p><a id="footnote3" name="footnote3"></a> -<b><a href="#footnotetag3">3</a></b>: Abandonné par la France, le duc de Savoie fut obligé de -demander la paix au roi d'Espagne en suppliant; celui-ci, satisfait de -l'avoir humilié, la lui accorda sans autres conditions. Certes, si -l'on considère que le projet de ce duc étoit de s'aider du secours des -François pour chasser les Espagnols du nord de l'Italie, cette -conduite de Philippe II peut être citée comme un exemple de -modération.</p> - -<p><a id="footnote4" name="footnote4"></a> -<b><a href="#footnotetag4">4</a></b>: Elle fut destinée à porter secours, en cas de besoin, aux -princes protestants d'Allemagne, qui prétendoient à la succession de -Bergues et de Juliers, et aux états-généraux, qui appuyoient ces -prétentions. La France ne sortoit point de cette politique qui lui -faisoit ménager tous les partis.</p> - -<p><a id="footnote5" name="footnote5"></a> -<b><a href="#footnotetag5">5</a></b>: La passion insensée que Henri IV avoit conçue pour Marguerite -de Montmorenci sa femme, l'avoit déterminé à prendre ce parti. Il -sortit précipitamment de France en 1609, emmenant la princesse avec -lui, et se retira d'abord à Bruxelles, ensuite à Milan.</p> - -<p><a id="footnote6" name="footnote6"></a> -<b><a href="#footnotetag6">6</a></b>: Tout le peuple parut disposé à soutenir ses intérêts; et l'on -n'entendoit que ces mots dans les rues: «Nous ne reconnoissons que le -roi et la reine.»</p> - -<p><a id="footnote7" name="footnote7"></a> -<b><a href="#footnotetag7">7</a></b>: Dès le jour de la mort de Henri IV, il avoit commencé à se -rendre odieux et suspect à la cour, en refusant opiniâtrement de venir -au Louvre, malgré les invitations pressantes et même les ordres de la -reine-mère, pour aller se renfermer dans la Bastille, d'où il envoya -enlever tout le pain qu'il put trouver aux halles et chez les -boulangers, comme s'il eût eu le dessein d'y soutenir un siége. Si -l'on en croit Bassompierre de qui nous tenons cette circonstance, il -fit, ce même jour, une faute encore plus grave et qui ne fut pas -oubliée: ce fut d'écrire au duc de Rohan son gendre, qui étoit alors à -l'armée de Champagne, de marcher droit sur Paris avec six mille -Suisses qu'il commandoit en qualité de colonel-général; et celui-ci -s'étoit déjà avancé d'une journée, lorsque Sully le contremanda. On se -plaignoit généralement de ses manières hautaines et inciviles, de son -obstination à ne suivre que ses idées particulières; et tout en -reconnoissant qu'il avoit fort accru l'épargne du feu roi, (bien que -ce fût plutôt par un système de parcimonie que par une économie bien -entendue), on l'accusoit de malversations dans l'exercice de sa -charge, et l'on en citoit pour preuve la fortune immense qu'il avoit -su se faire en très-peu de temps. Il répondit à cette accusation, la -plus sensible pour lui et qu'on reproduisoit le plus souvent, par un -mémoire dans lequel il rendoit compte au public du commencement et des -progrès de sa fortune; mais il n'en est pas moins vrai de dire que, -dans l'assemblée des protestants tenue à Saumur, la proposition ayant -été faite de le soutenir, le duc de Bouillon représenta au duc de -Rohan, qu'il ne jugeoit pas prudent que l'assemblée se déclarât si -hautement en sa faveur; et que, <cite>quelque grande que fût l'exactitude -et la fidélité</cite> d'un surintendant des finances, il étoit difficile que -l'<cite>on ne trouvât pas quelque chose à redire à sa conduite</cite> lorsqu'on -l'examinoit à la rigueur; et que si la cour le mettoit en jugement, -elle trouveroit bientôt le moyen d'obliger M. de Sully à quitter tous -ses emplois, en n'usant, pour y réussir, que des voies les plus -juridiques et les plus légitimes. (Mém. du duc de Rohan.) Ajoutons que -dans cette même assemblée et dans celles qui suivirent, ce même Sully -se montra l'un des plus factieux et des plus fanatiques parmi ceux qui -vouloient la guerre civile; qu'entêté comme il l'étoit de toutes les -doctrines religieuses de sa secte, il en professoit aussi toutes les -doctrines politiques, ainsi qu'il le prouva en maintes occasions, et -principalement lorsque la mort de Henri IV l'eût dégagé de ces liens -d'affection et de reconnoissance qui l'attachoient à ce grand roi. De -tout ceci nous concluons, et sans nier toutefois qu'il ne fût -recommandable par plusieurs qualités estimables, que Sully est fort -au-dessous de la renommée qu'on lui a faite, renommée qu'il doit en -grande partie à sa qualité de chaud protestant; et que pour valoir -mieux que L'Hôpital, préconisé comme lui, et pour des raisons à peu -près semblables, par la tourbe de nos libres penseurs, ce n'étoit -cependant ni un génie supérieur ni un véritable homme d'état.</p> - -<p><a id="footnote8" name="footnote8"></a> -<b><a href="#footnotetag8">8</a></b>: Il avoit la prétention, non-seulement d'entrer dans le -ministère, mais d'y avoir la première place et de mener toutes les -affaires.</p> - -<p class="source">(D'Estrées, <cite>Mém. de la Rég.</cite>, p. 89.)</p> - -<p><a id="footnote9" name="footnote9"></a> -<b><a href="#footnotetag9">9</a></b>: Il est cependant très-remarquable que, dans ces -états-généraux, le clergé de France, parlant en corps et non sous -l'influence de la puissance séculière, proposa au roi de recevoir le -concile de Trente, lui déclarant «qu'il y alloit de l'honneur de Dieu -et de celui de cette monarchie très-chrétienne, qui, depuis tant -d'années, avec <em>un si grand étonnement des autres nations -catholiques</em>, portoit cette <em>marque de</em> <span class="smcap">DÉSUNION</span> sur le front, etc.» -(<i>Voy.</i> les Mémoires du clergé pour l'année 1615; l'<i lang="la">Anti-Febronius -vindicatus</i> de Zaccaria, tom. V, Épit. II, pag. 93; et De l'Église -gallicane, par M. de Maistre, p. 5.) Celui qui porta la parole en -cette occasion, fut, comme nous venons de le dire, ce même évêque de -Luçon, ce Richelieu, <i>qui depuis</i>....!</p> - -<p>Il n'y a pas d'apparence que la demande que faisoient les évêques et -archevêques, un moment rendus à leurs <em>véritables libertés</em>, fût -favorablement accueillie par ce même pouvoir temporel qui tendoit sans -cesse à accroître ses usurpations; mais elle fut d'abord violemment -combattue par cette opposition <em>politiquement</em> calviniste, dont les -parlementaires avoient depuis long-temps répandu les maximes dans le -troisième ordre qu'ils dirigeoient à leur gré. Ce fut donc le -tiers-état qui s'opposa surtout à l'admission de ce concile, lequel -fut rejeté, <em>quant à la discipline</em>, et à qui l'on voulut bien faire -la faveur singulière de l'admettre, <em>quant au dogme</em>. Quels étoient -les principaux meneurs de cette opposition du tiers-état? Écoutons -l'abbé Fleury parlant à l'époque où il étoit désabusé de toutes ces -dangereuses doctrines: «Ce furent, dit-il, des jurisconsultes profanes -ou libertins qui, tout en faisant sonner le plus haut les libertés, y -ont porté de rudes atteintes en poussant les droits du roi jusqu'à -l'excès; qui inclinoient aux maximes des hérétiques modernes, et en -exagérant les droits du roi et ceux des juges laïques ses officiers, -ont fourni l'un des motifs qui empêchèrent la réception du concile de -Trente.» (Sur les libertés de l'Église gallic., Opusc., p. 81.)</p> - -<p><a id="footnote10" name="footnote10"></a> -<b><a href="#footnotetag10">10</a></b>: Concini.</p> - -<p><a id="footnote11" name="footnote11"></a> -<b><a href="#footnotetag11">11</a></b>: Ce prince, qui avoit le gouvernement de la Picardie, avoit -voulu s'opposer à quelques travaux que le maréchal d'Ancre projetoit -de faire à la citadelle de la ville d'Amiens, dont il étoit -gouverneur. Il n'avoit point réussi dans cette entreprise; et ayant -voulu y mettre de la violence, les officiers préposés à la garde du -château avoient repoussé la force par la force, et l'avoient obligé de -faire retraite.</p> - -<p><a id="footnote12" name="footnote12"></a> -<b><a href="#footnotetag12">12</a></b>: Il dit que les protestants s'étoient vus forcés de prendre -les armes, parce qu'ils avoient vu le roi lever des troupes sans les y -admettre, ce qui leur faisoit craindre qu'elles ne fussent destinées à -agir contre eux; que l'assemblée de Grenoble les avoit exhortés <em>à se -mettre en défense</em> en cas que les députés qu'ils envoyoient au roi -n'obtinssent pas de réponse favorable, et qu'en effet on n'avoit eu -aucun égard aux demandes de ces députés; qu'on avoit publié en divers -endroits du royaume que les mariages entre la France et l'Espagne -<cite>entraîneroient la ruine de la religion protestante</cite>; que cette juste -crainte étoit principalement ce qui leur avoit mis les armes à la -main.</p> - -<p><a id="footnote13" name="footnote13"></a> -<b><a href="#footnotetag13">13</a></b>: Les sceaux furent ôtés au chancelier de Silleri, et donnés à -Du Vair, premier président du parlement de Provence; et Puisieux, fils -du chancelier, qui étoit secrétaire d'état, reçut, peu de temps après, -l'ordre de quitter la cour.</p> - -<p><a id="footnote14" name="footnote14"></a> -<b><a href="#footnotetag14">14</a></b>: À Saint-Martin-des-Champs et dans le faubourg Saint-Germain.</p> - -<p><a id="footnote15" name="footnote15"></a> -<b><a href="#footnotetag15">15</a></b>: Il nomma Barbois contrôleur des finances à la place du -président Jeannin, et l'évêque de Luçon fut fait secrétaire d'état.</p> - -<p><a id="footnote16" name="footnote16"></a> -<b><a href="#footnotetag16">16</a></b>: Il étoit fils naturel de Charles IX. Henri IV l'avoit -fait mettre à la Bastille pour être entré dans la conspiration du duc -de Biron; et il étoit condamné à y finir ses jours.</p> - -<p><a id="footnote17" name="footnote17"></a> -<b><a href="#footnotetag17">17</a></b>: Dans le Perche, dans le Maine, dans le Soissonnois, dans -l'Île de France, dans la Champagne, dans le Berry, dans le Nivernois.</p> - -<p><a id="footnote18" name="footnote18"></a> -<b><a href="#footnotetag18">18</a></b>: Les principaux étoient du Hallier son frère, Persan son -beau-frère, Bournonville, Guichaumont, et Rigaud, exempt des -gardes-du-corps.</p> - -<p><a id="footnote19" name="footnote19"></a> -<b><a href="#footnotetag19">19</a></b>: Vitri avoit placé un garde-du-corps à la porte du Louvre -pour épier le moment où le maréchal sortiroit de la maison qu'il avoit -près de ce palais, avec ordre de le venir avertir aussitôt à la porte -du grand cabinet du roi, où il l'attendoit. La garde remplit -exactement sa commission: Vitri partit sur-le-champ, et prit avec lui -en passant tous ceux qui l'attendoient, et fit une telle diligence, -qu'il arriva près du maréchal lorsque celui-ci n'étoit encore que sur -le Petit-Pont, où il lisoit une lettre. Comme Vitri étoit fort vif, -peut-être seroit-il passé sans le voir, si du Hallier, qui le suivoit, -ne lui eût dit: «<i>Monsieur, voilà M. le maréchal.</i>»—«<i>Où est-il?</i> -reprit Vitri.»—«<i>Tenez, le voilà</i>, lui dit Guichaumont, et en même -temps celui-ci lui tira le premier coup de pistolet. Les autres -tirèrent aussi; mais on a toujours cru que Guichaumont l'avoit tué, -parce qu'il tomba dès qu'il l'eut frappé. D'autres disent que Vitri, -s'approchant de lui, le prit d'une main par le bras, et que, levant de -l'autre son bâton de commandement, il lui déclara l'ordre qu'il avoit -de l'arrêter. <i>Moi, prisonnier!</i> reprit le maréchal en faisant un pas -en arrière: et c'est alors que partirent les trois coups de pistolet. -(<cite>Mém. du marq. de Fontenay-Mareuil.</cite>) Plusieurs disent que Concini, -se voyant attaqué, fit mine de vouloir tirer son épée pour se -défendre; mais M. de Brienne assure, dans ses Mémoires, «qu'aucun de -ceux qui en pouvoient rendre témoignage, n'en étoit convenu en -particulier.»</p> - -<p>On remarque que parmi plus de trente gentilshommes qui -l'accompagnoient, aucun d'eux ne mit l'épée à la main, à l'exception -de Saint-Georges, qui depuis fut capitaine des gardes du cardinal de -Richelieu; mais, voyant que les autres l'abandonnoient, il fut forcé -de se retirer.</p> - -<p><a id="footnote20" name="footnote20"></a> -<b><a href="#footnotetag20">20</a></b>: Les courtisans s'y rendoient en foule, et l'on fut -obligé de mettre ce jeune prince sur un billard; afin qu'il fût plus à -portée de voir ceux qui venoient lui rendre hommage, et d'en être vu.</p> - -<p><a id="footnote21" name="footnote21"></a> -<b><a href="#footnotetag21">21</a></b>: Le corps du maréchal fut déposé d'abord dans la salle -des portiers, ensuite dans le petit jeu de paume du Louvre. Il y resta -jusqu'à neuf heures du soir, et fut porté ensuite à -Saint-Germain-l'Auxerrois, où on l'enterra secrètement sous l'orgue, -afin de cacher au peuple sa sépulture. Elle fut connue toutefois dès -le lendemain, et quelques gens de la lie du peuple, ou dirigés par ses -ennemis, ou poussés par leur propre fureur, s'attroupèrent dans -l'église Saint-Germain, déterrèrent le cadavre et exercèrent sur lui -mille indignités, aux cris redoublés de <em>vive le roi</em>. On le pendit à -des potences qu'il avoit fait dresser lui-même, on lui arracha le -cœur, on coupa sa chair par petits morceaux; ces mêmes potences, -que l'on abattit, lui servirent de bûcher; et les cendres, ainsi que -les débris de son cadavre, furent jetés dans la rivière.</p> - -<p>Quoiqu'on ne puisse justifier ce ministre de quelques abus de pouvoir -dans le haut rang où la faveur l'avoit placé, il faut bien se garder -de croire que ce fût un aussi méchant homme que l'a dépeint cette -multitude de libelles, de déclarations, de remontrances, publiés alors -par ses ennemis. Le maréchal d'Estrées, qui s'étoit jeté dans le parti -des princes, et qui sans doute prit part d'abord à toutes ces -calomnies, s'étonne, dans ses mémoires, des excès auxquels on s'étoit -porté contre lui, et lui rend ainsi un témoignage qui ne sauroit être -suspect: «Quand je fais réflexion, dit-il, sur les circonstances de la -mort du maréchal d'Ancre, je ne la puis attribuer qu'à sa mauvaise -destinée, ayant été conseillée par un homme qui avoit les inclinations -fort douces; et comme il étoit lui-même <cite>naturellement bienfaisant et -qu'il avoit désobligé fort peu de personnes</cite>, il falloit que ce fût -<em>son étoile</em> ou la nature des affaires qui eussent soulevé tant de -monde contre lui.»</p> - -<p><a id="footnote22" name="footnote22"></a> -<b><a href="#footnotetag22">22</a></b>: Dans l'arrêt qui la condamne, elle n'est point déclarée -<em>sorcière</em>, comme plusieurs l'ont avancé, mais seulement criminelle de -<em>lèse-majesté divine et humaine</em>, sans que son crime fût autrement -spécifié. Au reste, il est certain qu'elle se défendit victorieusement -sur toutes les accusations capitales qu'on éleva contre elle; et l'on -ne peut s'empêcher de la considérer comme une victime immolée à la -vengeance de ceux qui possédoient alors un pouvoir, dont elle et son -mari avoient joui trop long-temps. Elle mourut avec un courage -modeste, qui excita beaucoup de pitié et même d'attendrissement parmi -tous ceux qui étoient accourus à ce triste spectacle.</p> - -<p><a id="footnote23" name="footnote23"></a> -<b><a href="#footnotetag23">23</a></b>: Ces marques d'attachement qu'il n'avoit cessé de lui -donner depuis sa disgrâce, l'avoient fait exiler à Avignon; et ce fut -Luynes lui-même qui le tira de son exil pour l'employer dans cette -affaire; Richelieu y réussit de manière à satisfaire les deux partis.</p> - -<p><a id="footnote24" name="footnote24"></a> -<b><a href="#footnotetag24">24</a></b>: Mém. chron., t. I.</p> - -<p><a id="footnote25" name="footnote25"></a> -<b><a href="#footnotetag25">25</a></b>: Tom. XIII, in-4<sup>o</sup>, p. 250.</p> - -<p><a id="footnote26" name="footnote26"></a> -<b><a href="#footnotetag26">26</a></b>: On y faisoit dire au roi «que l'audace de ceux qui -avoient abusé de son nom et de son autorité, auroient porté les choses -à une entière et déplorable confusion, si Dieu ne lui eût donné la -force et le courage de les châtier; qu'un des plus grands maux qu'ils -eussent procuré étoit la détention du prince de Condé, qui n'avoit eu -d'autre cause que <em>les artifices</em> et <em>les mauvais desseins</em> de ceux -qui vouloient joindre la ruine du prince à celle de l'état, ainsi que -sa majesté l'avoit reconnu, après s'être soigneusement informé de tout -ce qui avoit pu servir de prétexte à son emprisonnement.» Or, c'étoit -attaquer ouvertement la reine, qui avoit elle-même fait arrêter le -prince de Condé.</p> - -<p><a id="footnote27" name="footnote27"></a> -<b><a href="#footnotetag27">27</a></b>: On avoit été prévenu de leur projet de départ, et le -premier mouvement du roi avoit été de les faire arrêter. L'avis du -président Jeannin fut qu'il valoit mieux les laisser partir, parce -que, mal intentionnés comme ils l'étoient pour le service du roi, leur -présence à Paris ne pouvoit qu'être dangereuse, et l'empêcheroit -lui-même d'en sortir. Il représenta en outre qu'ils apporteroient dans -la cour de la reine plus de trouble et de confusion que de profit et -d'utilité; qu'il y avoit lieu de croire que tous les mécontents s'en -iroient ainsi les uns après les autres; mais aussi qu'au premier qui -reviendroit, les autres ne tarderoient point à le suivre. Cet avis -prévalut; et, en effet, depuis que l'on gouvernoit au nom du roi, ces -mutineries des princes, bien que dangereuses encore, commençoient à -être moins redoutées.</p> - -<p><a id="footnote28" name="footnote28"></a> -<b><a href="#footnotetag28">28</a></b>: Il fut dit que S. M. vouloit bien leur accorder un -pardon qu'ils ne méritoient pas, pourvu que, dans l'intervalle de huit -jours après la paix, ils posassent les armes et rentrassent dans -l'obéissance qu'ils lui devoient. On ajouta que le roi n'entendoit -rendre à aucun de ces rebelles les charges et gouvernements dont il -avoit disposé depuis leur révolte.</p> - -<p><a id="footnote29" name="footnote29"></a> -<b><a href="#footnotetag29">29</a></b>: On y employa le maréchal de Lesdiguères, le marquis de -Châtillon et Du Plessis-Mornay, qui servirent utilement la cour en -cette occasion.</p> - -<p><a id="footnote30" name="footnote30"></a> -<b><a href="#footnotetag30">30</a></b>: Il fut créé maréchal général des camps et armées.</p> - -<p><a id="footnote31" name="footnote31"></a> -<b><a href="#footnotetag31">31</a></b>: Il ne voulut jamais consentir à faire une paix -particulière pour lui et les siens, se montrant décidé à ne traiter -que dans l'intérêt général de son parti. Il dit au duc de Luynes «que -les guerres soutenues par les protestants avoient toujours été -malheureuses dans leur commencement; mais que l'inquiétude de l'esprit -françois, le mécontentement de ceux qui ne gouvernoient pas, et les -<em>secours étrangers</em> leur avoient toujours procuré les moyens de -réparer leurs disgrâces.» C'étoit mettre le doigt sur la plaie de la -France; et ces paroles remarquables prouvent que les protestants -connoissoient les avantages de leur position et les changements que -l'esprit de secte devoit apporter dans la politique de l'Europe, -beaucoup mieux que leurs ennemis n'entendoient leurs propres intérêts.</p> - -<p><a id="footnote32" name="footnote32"></a> -<b><a href="#footnotetag32">32</a></b>: Ce fut lui qui le premier conçut le projet de leur -enlever leurs places fortes qui faisoient toute leur sûreté; et il -avoit commencé à l'exécuter.</p> - -<p><a id="footnote33" name="footnote33"></a> -<b><a href="#footnotetag33">33</a></b>: Ces ministres étoient le cardinal de Retz, le comte de -Schomberg et le marquis de Puisieux.</p> - -<p><a id="footnote34" name="footnote34"></a> -<b><a href="#footnotetag34">34</a></b>: Rien ne prouve plus quelle étoit alors l'indocilité des -grands que la conduite qu'il tint en cette occasion: non-seulement il -refusa d'obéir à l'ordre du roi, prétendant que sa présence étoit -absolument nécessaire dans ses gouvernements; mais il s'emporta -jusqu'à maltraiter de paroles, et à plusieurs reprises, le gentilhomme -qui avoit été chargé de lui faire connoître les intentions de sa -majesté.</p> - -<p><a id="footnote35" name="footnote35"></a> -<b><a href="#footnotetag35">35</a></b>: Bassompierre, qui en raconte plusieurs traits fort -remarquables, ajoute qu'il n'avoit jamais connu d'homme plus brave que -lui: «Le feu roi son père, dit-il, qui étoit dans l'estime que chacun -sait, ne témoignoit pas pareille assurance.»</p> - -<p><a id="footnote36" name="footnote36"></a> -<b><a href="#footnotetag36">36</a></b>: Cette guerre de l'empereur contre l'électeur palatin -forme la première période de la fameuse guerre de trente ans, laquelle -est désignée sous le nom de <em>période palatine</em>. Nous aurons bientôt -occasion d'en reparler.</p> - -<p><a id="footnote37" name="footnote37"></a> -<b><a href="#footnotetag37">37</a></b>: La place de surintendant des finances avoit été ôtée au -comte de Schomberg et donnée au marquis de La Vieuville; les sceaux -avoient été rendus au chancelier de Sillery, qui, se trouvant ainsi -appuyé de son fils le marquis de Puisieux, avoit la prépondérance dans -le conseil. La Vieuville souffroit impatiemment leur crédit; de là des -brouilleries, des factions, des cabales et mille autres misères de -cette espèce, qui leur furent également funestes à tous.</p> - -<p><a id="footnote38" name="footnote38"></a> -<b><a href="#footnotetag38">38</a></b>: Henri III.</p> - -<p><a id="footnote39" name="footnote39"></a> -<b><a href="#footnotetag39">39</a></b>: <i>Voy.</i> 1<sup>re</sup> partie de ce volume, p. 227 et Seqq.</p> - -<p><a id="footnote40" name="footnote40"></a> -<b><a href="#footnotetag40">40</a></b>: <i>Voy.</i> 1<sup>re</sup> partie de ce volume, p. 432.</p> - -<p><a id="footnote41" name="footnote41"></a> -<b><a href="#footnotetag41">41</a></b>: Sous les deux premières races, et particulièrement vers -le déclin de la seconde, le désordre politique étoit aussi grand, plus -grand peut-être qu'à aucune autre époque de la monarchie; et il y eut -un moment où la dissolution de toutes les parties du corps social -sembla être arrivée à son dernier période, et ne plus laisser aucun -espoir. Quelle fut la puissance qui rendit tout à coup à cette -monarchie, qui périssoit pour ainsi dire au sortir de l'enfance, cette -vie prête à s'éteindre, et la lui rendit pour une longue suite de -siècles? La religion, encore un coup, seul principe vital des -sociétés, et dont la nation entière étoit en quelque sorte imprégnée. -Ce fut elle qui, après avoir défendu les peuples contre les excès du -pouvoir temporel, rendit à ce pouvoir lui-même l'énergie dont il avoit -besoin, le préserva de ses propres fureurs, et lui indiqua les bornes -dans lesquelles il eût dû se renfermer pour se maintenir, se -fortifier, et tout coordonner autour de lui. Séparé depuis de -l'autorité spirituelle, nous le voyons, sous la troisième race, -décliner de nouveau, et plusieurs circonstances, dont la cause est -encore dans cette même religion, rendent sa chute moins rapide et -moins sensible; mais cette fois-ci il tombe pour ne se plus relever.</p> - -<p><a id="footnote42" name="footnote42"></a> -<b><a href="#footnotetag42">42</a></b>: En abattant les grands, il détruisit, dit-on, -l'opposition aristocratique en France, et renversa ainsi la dernière -barrière qui s'élevoit encore contre le despotisme de la cour. On se -trompe: cette opposition de la noblesse s'étant faite toute -matérielle, et ne pouvant plus être ni dirigée ni contenue par le -principe religieux à qui seul il appartient de légitimer et coordonner -toute puissance, soit qu'elle <em>commande</em>, soit qu'elle <em>résiste</em>, -étoit devenue elle-même un principe d'anarchie, et par conséquent de -destruction. Les faits le prouvent mieux que tous les raisonnements. -Or, qui ne sait que, lorsque la société est arrivée à ce degré de -corruption, l'anarchie ne peut être vaincue et comprimée que par le -despotisme? Et sans doute, des deux maux celui-ci est le moindre, -puisque tant qu'il a le pouvoir, le despote conserve l'état, par cela -seul qu'il veut se conserver lui-même. Si Richelieu, devenu maître -absolu sur les débris de tant de résistances purement anarchiques, eût -cherché à modérer le pouvoir sans bornes qu'il avoit conquis, en -adoptant une politique chrétienne dans un royaume chrétien, il n'est -point de bons effets qu'il n'eût pu produire et d'éloges qu'on ne dût -lui donner.</p> - -<p><a id="footnote43" name="footnote43"></a> -<b><a href="#footnotetag43">43</a></b>: Première partie, ch. I.</p> - -<p><a id="footnote44" name="footnote44"></a> -<b><a href="#footnotetag44">44</a></b>: <cite>Test. polit.</cite> Première partie, ch. I.</p> - -<p><a id="footnote45" name="footnote45"></a> -<b><a href="#footnotetag45">45</a></b>: Gaston, duc d'Anjou et frère du roi, refusoit -obstinément d'épouser mademoiselle de Montpensier. Le roi et la -reine-mère s'étoient déclarés pour ce mariage; et le cardinal, dans -l'intention de plaire à tous deux, en pressoit vivement la conclusion. -Alors les diverses cabales de la cour, quoique divisées entre elles, -attentives à tout ce qui pouvoit les faire sortir de l'état de -dépendance où Richelieu avoit résolu de les réduire, se rassemblent, -délibèrent, forment des complots; et dans ces complots il n'étoit -question de rien moins que d'assassiner le ministre, de détrôner le -roi, de l'enfermer dans un couvent comme imbécile, et de mettre à sa -place son frère, à qui l'on auroit fait épouser la jeune reine Anne -d'Autriche.</p> - -<p><a id="footnote46" name="footnote46"></a> -<b><a href="#footnotetag46">46</a></b>: Entre autres le duc de Vendôme et son frère le grand -prieur; le comte de Soissons n'évita la prison qu'en sortant -précipitamment du royaume. Le maréchal d'Ornano fut renfermé à -Vincennes, où il mourut; ce qui lui évita l'échafaud, où il auroit -indubitablement suivi le prince de Chalais.</p> - -<p><a id="footnote47" name="footnote47"></a> -<b><a href="#footnotetag47">47</a></b>: Il consentit à épouser mademoiselle de Montpensier; et -ce fut à l'occasion de ce mariage qu'il prit le titre de duc -d'Orléans, ayant reçu en apanage l'Orléanois et le pays Chartrain; et -cet apanage fut un piége qu'on lui tendit pour le déterminer à -sacrifier tous ceux qui l'avoient servi, ce qu'il fit sans la moindre -difficulté.</p> - -<p><a id="footnote48" name="footnote48"></a> -<b><a href="#footnotetag48">48</a></b>: C'est alors qu'il acheva d'exécuter le projet hardi et -profondément conçu par Luynes, de faire démolir, non-seulement toutes -les places fortes des protestants, mais encore d'abattre dans -l'intérieur de la France toutes les fortifications qui y existoient -encore. Ce fut là le coup mortel porté à la ligue protestante et à -celle de la haute noblesse, toujours subsistante et toujours prête à -de nouveaux attentats.</p> - -<p><a id="footnote49" name="footnote49"></a> -<b><a href="#footnotetag49">49</a></b>: L'empereur, le roi d'Espagne, le duc de Savoie et -presque toute l'Italie s'étoient déclarés contre le duc de Nevers, -Charles de Gonzague, héritier légitime du duché de Mantoue vacant par -la mort du dernier duc, Vincent, mort en 1627. Le cardinal détermina -le roi à soutenir les droits du nouveau duc, et à se mettre lui-même à -la tête de l'armée qu'il destinoit à l'établir dans la souveraineté -dont vouloient l'exclure tant et de si puissants princes. Il y réussit -complétement.</p> - -<p><a id="footnote50" name="footnote50"></a> -<b><a href="#footnotetag50">50</a></b>: Richelieu le fit juger par des commissaires qui lui -étoient entièrement dévoués, repoussant avec hauteur et même avec -violence toutes les démarches que fit le parlement pour attirer à lui -cette grande affaire. Le maréchal fut condamné à mort pour concussion: -il ne fut en effet que trop prouvé que, sous ce rapport, il étoit loin -d'être sans reproche; mais bien d'autres étoient coupables du même -délit, que l'on ne songeoit point à inquiéter, et les agents qui -l'avoient aidé dans les malversations qu'on lui reprochoit ne furent -pas même décrétés. Sa mort excita la compassion des uns, l'indignation -des autres; et il n'étoit personne alors qui ne fût persuadé que le -jugement étoit inique et que le maréchal avoit été sacrifié à la haine -et à la politique du premier ministre.</p> - -<p><a id="footnote51" name="footnote51"></a> -<b><a href="#footnotetag51">51</a></b>: Dans les brouilleries qui s'élevèrent entre la France et -l'Espagne, au sujet de l'affaire de Mantoue, le duc de Savoie chargea -son envoyé à Paris «de conférer en particulier avec M. le cardinal de -Bérulle, en l'absence de M. le cardinal de Richelieu, et de lui -remontrer combien il convenoit au service de Dieu, à la foi catholique -et au bien de la France, de maintenir l'union des couronnes de France -et d'Espagne, pour conduire à une heureuse fin <cite>les entreprises -commencées avec tant de prospérité et de gloire</cite>.» (<cite>Mercure franc.</cite>, -t. XV, p. 504.) Il vouloit parler de la destruction de l'hérésie. On a -de nombreux témoignages que cette opinion qu'énonçoit un prince -chrétien, étoit alors partagée par tout ce qu'il y avoit d'honnêtes -gens en France et dans la chrétienté.</p> - -<p><a id="footnote52" name="footnote52"></a> -<b><a href="#footnotetag52">52</a></b>: Les Grisons, qui étoient protestants, réclamoient la -souveraineté de la Valteline, alors au pouvoir de l'Espagne, et dont -les habitants étoient catholiques. La France exigeoit que ce pays fût -restitué à ceux qu'elle appeloit ses <em>légitimes</em> souverains. Le roi -d'Espagne et le pape objectoient avec juste raison que c'étoit en -exposer la population entière à devenir hérétique, et proposoient tout -autre parti plutôt que de les remettre sous la domination de leurs -anciens maîtres. Richelieu ne voulut rien entendre, opposant toujours -ce qu'il appeloit la <em>justice</em> et le <em>droit des gens</em> à l'intérêt de -la religion, si visiblement menacée par une semblable restitution. -Ébranlé par tout ce qu'il entendoit dire contre la résolution de son -ministre, et peut-être aussi par le murmure de sa conscience, le roi -convoqua à Fontainebleau, le 29 septembre 1625, une assemblée de -prélats, de magistrats, de seigneurs de sa cour, afin de s'éclairer de -leurs lumières sur le parti à prendre dans une affaire aussi -importante et aussi délicate. L'opinion contraire y fut soutenue avec -beaucoup de chaleur et de force; mais le cardinal mit plus -d'opiniâtreté encore à soutenir la sienne, séparant sans cesse dans -son discours <cite>les affaires d'état de celles de la religion</cite>; et ce fut -son avis qui l'emporta, au grand scandale de tous les opposants.</p> - -<p><a id="footnote53" name="footnote53"></a> -<b><a href="#footnotetag53">53</a></b>: Ce prince, aidé de la ligue catholique, dont le chef -étoit le duc de Bavière, venoit de reconquérir la Bohème sur -l'électeur palatin, qui avoit eu l'audace de profiter de la révolte de -ses habitants pour s'en emparer et s'en faire déclarer roi. Ce fut là, -ainsi que nous l'avons déjà dit (pag. 52), la première période de la -guerre de trente ans, dite période <em>palatine</em>, laquelle, commencée en -1618, finit en 1625. L'électeur palatin, qui s'étoit sauvé en -Hollande, fut mis au ban de l'empire, et Tilly acheva d'écraser les -princes protestants qui combattoient encore pour lui, même après sa -retraite, dans un combat qu'il leur livra en 1623, près de Stadlo, -dans l'évêché de Munster. La dignité d'électeur palatin fut alors -donnée au duc de Bavière, et le Palatinat partagé entre lui et les -Espagnols. Tout sembloit devoir être fini; mais l'empereur, enhardi -par le succès, conçut des projets plus vastes: ses troupes se -répandirent dans toute l'Allemagne; il fit des coups d'autorité qui -inquiétèrent la ligue protestante; et la liberté du corps germanique -parut menacée. Aussitôt il se forma une confédération nouvelle pour la -défendre, à la tête de laquelle parut le roi de Danemarck. C'est la -seconde période de cette même guerre, connue sous le nom de <em>période -danoise</em>, qui commence en 1625 et finit en 1630. L'empereur y remporte -des succès encore plus brillants et plus décisifs; et c'est alors que -le fameux Walstein (ou Vallenstein) se montre, à la tête de ses -armées, le plus habile et le plus heureux capitaine de l'Europe. -Vainqueur une seconde fois, et plus puissant alors qu'il n'avoit -jamais été, Ferdinand exerça quelque temps en Allemagne un pouvoir -absolu, dont les princes protestants ressentirent seuls les atteintes, -mais qui commença néanmoins à déplaire aux princes catholiques. Tant -qu'il conserva réunies les forces imposantes qu'il avoit sur pied, ce -mécontentement général n'osa point éclater: à peine les eut-il -divisées, que la diète électorale, qu'il avoit rassemblée à Ratisbonne -en 1630 pour obtenir d'elle l'élection de son fils à la dignité de roi -des Romains, s'éleva contre lui, et le força par ses plaintes, et, -même par ses menaces, à réformer une grande partie de ses troupes et à -renvoyer leur général. Brulart de Léon, ambassadeur du roi de France, -et le fameux père Joseph, capucin, envoyés à la diète par le cardinal -de Richelieu, aidèrent les électeurs à obtenir ce triomphe sur -l'empereur; et ainsi se préparèrent les voies qui devoient bientôt -introduire le roi de Suède dans le sein de l'empire.</p> - -<p><a id="footnote54" name="footnote54"></a> -<b><a href="#footnotetag54">54</a></b>: <i>Voyez</i> la <a href="#footnote53">note</a> de la page précédente.</p> - -<p><a id="footnote55" name="footnote55"></a> -<b><a href="#footnotetag55">55</a></b>: Les habitants de Magdebourg, comptant sur l'assistance -du roi de Suède, n'avoient voulu écouter aucune des sommations que -leur avoit faites le général de l'empereur. La ville ayant été -emportée d'assaut le 10 mai 1631, Tilly l'abandonna à la fureur des -soldats, qui passèrent presque tous les habitants au fil de l'épée. -Tout y fut détruit de fond en comble, et il ne resta debout que la -cathédrale et quelques cabanes de pêcheurs.</p> - -<p><a id="footnote56" name="footnote56"></a> -<b><a href="#footnotetag56">56</a></b>: Tilly y reçut une blessure, dont il mourut trois jours -après.</p> - -<p><a id="footnote57" name="footnote57"></a> -<b><a href="#footnotetag57">57</a></b>: Le ministre suédois Oxenstirn fut si effrayé de cette -défection générale de la ligue protestante, qu'il entra lui-même en -négociation pour tâcher de faire comprendre la Suède dans le traité. -Mais l'empereur ayant refusé d'avoir aucune communication directe avec -le cabinet de Suède, et l'électeur ne faisant que des propositions peu -acceptables, Oxenstirn rompit lui-même les conférences, jugeant plus -avantageux aux intérêts de la Suède et à sa dignité, de voir son armée -chassée de l'empire que de subir les conditions d'une paix -déshonorante.</p> - -<p><a id="footnote58" name="footnote58"></a> -<b><a href="#footnotetag58">58</a></b>: Richelieu trouvoit mauvais qu'un prince catholique ne -demeurât pas spectateur indifférent d'une lutte qui s'élevoit entre le -chef de l'empire et un prince protestant. La cour de France étoit en -outre irritée contre lui, à cause du mariage secret de la princesse -Marguerite, sa sœur, avec le duc d'Orléans, mais fort -injustement sans doute, puisqu'il offroit de consentir à la -dissolution de ce mariage. Il s'engageoit en même temps à donner des -garanties suffisantes de sa fidélité, demandant seulement que le roi -n'exigeât point qu'il remît entre ses mains Nancy, capitale de ses -états, ce qu'il ne pouvoit faire sans renoncer en même temps au titre -de prince souverain. Richelieu ne voulut rien entendre; la ville fut -assiégée et prise, moitié par force, moitié par artifice; et le duc se -vit momentanément dépouillé de ses états.</p> - -<p><a id="footnote59" name="footnote59"></a> -<b><a href="#footnotetag59">59</a></b>: Ce traité fut signé à Rivoli, en Piémont, le 11 juillet -1635. Le principal commandement étoit donné au duc de Savoie; et des -articles secrets régloient le partage du duché de Milan entre les ducs -de Savoie et de Mantoue. Le roi de France se réservoit quelques places -et districts du côté du Piémont.</p> - -<p><a id="footnote60" name="footnote60"></a> -<b><a href="#footnotetag60">60</a></b>: La prise de Corbie (en 1635) y excita une telle frayeur, -que l'on enrôla tous les laquais en état de porter les armes. Chaque -propriétaire ou principal locataire de maison eut ordre de fournir un -homme; tous les gentilshommes, maîtres d'hôtel et officiers servants -du roi, furent cités pour se faire inscrire dans les vingt-quatre -heures. Tout à Paris, de gré ou de force, devint soldat, comme si -l'ennemi eût déjà été à ses portes; mais cette terreur ne dura qu'un -moment.</p> - -<p><a id="footnote61" name="footnote61"></a> -<b><a href="#footnotetag61">61</a></b>: Les Espagnols en furent chassés en 1640, et l'on -proclama roi de Portugal, Jean IV, de la maison de Bragance. Le traité -par lequel le nouveau roi fit alliance avec la France, fut signé à -Paris, le premier juin 1641.</p> - -<p><a id="footnote62" name="footnote62"></a> -<b><a href="#footnotetag62">62</a></b>: Avant sa mort, Tilly, Walstein, Gustave roi de Suède, le -duc de Saxe Weymar, Jean Banier, Gustave Horn, Mercy, Jean de Werth, -le maréchal d'Harcourt, le maréchal de Guébriant, etc.; après sa mort, -Turenne, Merci, le duc d'Enghien, Piccolomini, Torstenson, Wrangel, -Kœnigsmarck, etc.</p> - -<p><a id="footnote63" name="footnote63"></a> -<b><a href="#footnotetag63">63</a></b>: La guerre de trente ans ne finit qu'en 1648, sous le -ministère du cardinal Mazarin. C'est le 24 octobre de cette année que -fut signé à Munster et à Osnabruck le fameux traité de Westphalie, -tant vanté par l'école de nos modernes diplomates. Nous aurons bientôt -occasion d'en parler, et nous ferons voir que ce fut une paix aussi -funeste que la guerre qui l'avoit précédée: on négocia comme on avoit -combattu, pour le matériel de la société. Cette paix ne fut point -générale, et la guerre continua entre la France et l'Espagne jusqu'à -la paix des Pyrénées, conclue en 1659.</p> - -<p><a id="footnote64" name="footnote64"></a> -<b><a href="#footnotetag64">64</a></b>: Schiller.</p> - -<p><a id="footnote65" name="footnote65"></a> -<b><a href="#footnotetag65">65</a></b>: L'auteur n'entend parler ici que des états protestants.</p> - -<p><a id="footnote66" name="footnote66"></a> -<b><a href="#footnotetag66">66</a></b>: Voici comment s'exprime le duc d'Olivarès dans une de -ces lettres, au moment où les armées françoises s'apprêtoient à entrer -dans la Catalogne: «Si la nécessité d'une juste défense et l'<em>intérêt -de la religion</em> permettent quelquefois la vente des calices et des -vases sacrés, pourquoi ne feroit-on pas des choses moins -extraordinaires dans une occasion si pressante? il est constant que -<cite>partout où les François mettent le pied, la secte de Calvin y entre -avec eux</cite>; puisque l'État et la Religion <em>sont également menacés</em>, je -dois parler sans déguisement, etc.» (Recueil d'Aubert, t. II, p. 365.)</p> - -<p><a id="footnote67" name="footnote67"></a> -<b><a href="#footnotetag67">67</a></b>: La France, pendant le cours de cette guerre, eut presque -toujours quatre armées en campagne; en 1638, elle en eut jusqu'à sept, -sans compter sa flotte et ses galères.</p> - -<p><a id="footnote68" name="footnote68"></a> -<b><a href="#footnotetag68">68</a></b>: L'opinion de tout ce qu'il y avoit en France d'honnête -et d'éclairé, étoit que «Le cardinal n'avoit allumé la guerre en -Europe que pour se rendre nécessaire et pour satisfaire son ambition, -et que le roi rendroit compte à Dieu de tout le sang humain dont les -villes et les provinces étoient inondées. On gémissoit sur le malheur -des peuples; on étoit scandalisé des alliances contractées avec les -puissances hérétiques; on déploroit le pillage des églises et -l'oppression des catholiques d'Allemagne, etc.» (Continuat. du P. -Daniel. T. XV, in-4<sup>o</sup>, p. 17.)</p> - -<p><a id="footnote69" name="footnote69"></a> -<b><a href="#footnotetag69">69</a></b>: Le pape le considéroit, avec juste raison, comme le seul -auteur de cette guerre qui désoloit la chrétienté, et voyoit avec -douleur et ressentiment, sa médiation sans cesse rejetée par un prince -de l'Église qui sembloit s'être fait le plus grand ennemi du -saint-siége et de la religion. Celui-ci prenoit avec le saint Père, -tour à tour, ou des manières soumises ou un ton menaçant, selon qu'il -vouloit le tromper ou l'effrayer. Mazarin, qu'Urbain VIII avoit envoyé -en France pour travailler à une paix si ardemment désirée, et dont -Richelieu avoit su reconnoître la souplesse et l'habileté, lorsqu'il -n'étoit encore que simple officier dans les troupes du pape, aidoit ce -ministre dans toutes ces manœuvres auprès de sa cour: ce fut là -l'origine de sa fortune.</p> - -<p><a id="footnote70" name="footnote70"></a> -<b><a href="#footnotetag70">70</a></b>: Il est remarquable que toute personne qui avoit su -obtenir la confiance de Louis XIII dans l'intimité de la vie privée, -parvenoit très-facilement à l'aigrir contre le cardinal. Il sembloit -même qu'il n'attendît que de semblables occasions pour manifester -l'impatience avec laquelle il supportoit un joug qu'il lui étoit -impossible de briser. Richelieu, maître absolu de la France, ne vivoit -auprès de son maître que d'alarmes et d'inquiétudes, et étoit obligé -d'employer plus de soins et d'habileté pour venir à bout d'un favori, -que pour tenir tête à tous les cabinets de l'Europe. M<sup>lle</sup> de la -Fayette et le P. Caussin, confesseur du roi, furent sur le point de -renverser sa fortune; et si celui-ci eût été aussi expérimenté en -intrigues de cour, qu'il avoit de droiture de cœur et d'esprit, -il est probable qu'il seroit venu à bout du dessein qu'il avoit formé -de délivrer la chrétienté de la tyrannie de Richelieu. Il ne -s'agissoit que de présenter au roi une personne qu'il jugeât capable -de succéder à ce ministre: «Mais, dit un écrivain du temps (Vittorio -Siri), il n'y avoit seulement pas pensé, tant il étoit peu propre à -mener une affaire de cette importance.» Ce qui fit qu'il succomba.</p> - -<p><a id="footnote71" name="footnote71"></a> -<b><a href="#footnotetag71">71</a></b>: Il résulte des entretiens secrets et confidentiels -qu'eut le roi avec le P. Caussin, que ce prince étoit persuadé que la -guerre qu'il faisoit à l'Espagne étoit juste et nécessaire; que les -sollicitations du pape devoient être comptées pour rien dans une -affaire de cette nature; que la reine sa femme étoit stérile et -n'avoit aucune affection pour lui; que la reine sa mère vouloit le -détrôner pour mettre la couronne sur la tête de Monsieur; que la -plupart des grands du royaume et des seigneurs de sa cour ne lui -étoient point attachés; que plusieurs étoient disposés à le trahir -pour secouer le joug de l'autorité royale qui leur étoit -insupportable; qu'ils soulevoient le peuple contre lui, et que, <em>sans -le cardinal, il auroit peine à se maintenir sur le trône</em>; qu'enfin -son peuple n'étoit pas aussi malheureux, ni aussi surchargé d'impôts -que les gens mal intentionnés pour le gouvernement affectoient de le -publier; qu'après tout l'on n'étoit ni plus riche ni plus heureux dans -les autres États de l'Europe, et qu'il <em>y avoit même du danger à -laisser le peuple dans une trop grande abondance</em>. (Mém. Man. revu par -le P. Caussin.) Le cardinal avoit même trouvé des théologiens et des -canonistes en nombre suffisant pour tranquilliser sa conscience sur -des alliances avec des princes protestants contre des princes -catholiques, et lui persuader que de telles alliances n'étoient point -contraires à la loi de Dieu, <em>surtout après les précautions que l'on -avoit prises pour maintenir partout l'exercice public et tranquille de -la véritable religion</em>. (Contin. du P. Daniel, tom. XV, in-4<sup>o</sup>, pag. -117.) Il pensoit aussi et déclare formellement dans son testament -politique que «Le roi auroit pu accepter <em>avec justice</em> l'alliance des -Turcs qui lui avoit été plusieurs fois offerte.»</p> - -<p><a id="footnote72" name="footnote72"></a> -<b><a href="#footnotetag72">72</a></b>: Il étoit persuadé qu'une négociation n'est jamais -stérile, et que si elle ne produit aucun effet présent, on en retire -toujours un avantage certain pour l'avenir. Aussi ne furent-elles -jamais aussi fréquentes que sous son ministère. Il n'y avoit point de -cour en Europe dont il ne connût parfaitement les intérêts, et à -laquelle il ne fît faire sans cesse quelque proposition nouvelle pour -en recueillir quelque fruit. À ses amis, il montroit la route qu'il -falloit suivre, et se servoit habilement de leurs forces pour -augmenter les siennes; à l'égard de ses ennemis, il leur tendoit à -tous moment des piéges pour affoiblir leur puissance. On peut dire -qu'au moyen de ces continuels artifices, il étoit devenu en quelque -sorte le ministre de toutes les cours de l'Europe. (Voyez <cite>Test. -Polit.</cite>, 2<sup>e</sup>. part., chap. VI.)</p> - -<p><a id="footnote73" name="footnote73"></a> -<b><a href="#footnotetag73">73</a></b>: Ayant su le projet ambitieux qu'avoit formé Walstein de -quitter le service de l'empereur et de se faire roi de Bohème, il -envoya auprès de lui un officier nommé Duhamel, pour lui offrir le -secours et la protection du roi de France dans cette coupable -entreprise.</p> - -<p><a id="footnote74" name="footnote74"></a> -<b><a href="#footnotetag74">74</a></b>: Il se justifie, dans son testament politique, d'avoir -excité le soulèvement des Catalans contre l'Espagne. Le fait est si -odieux en lui-même, qu'il lui étoit impossible d'en convenir; mais -comment croire qu'il n'ait pas été complice de ces rebelles, lorsqu'on -le voit leur porter secours et négocier avec eux?</p> - -<p><a id="footnote75" name="footnote75"></a> -<b><a href="#footnotetag75">75</a></b>: M. de Brienne ne peut s'empêcher d'en convenir, et ne le -disculpe qu'en faisant remarquer «que les choses allèrent bien plus -loin que le cardinal ne <em>l'avoit prévu</em>, et qu'il ne l'eût souhaité.»</p> - -<p><a id="footnote76" name="footnote76"></a> -<b><a href="#footnotetag76">76</a></b>: Gaston, qui, jusqu'à la naissance du Dauphin, depuis -Louis XIV, causa de si grands embarras au cardinal, à cause de -l'importance que lui donnoit sa qualité d'héritier présomptif de la -couronne, n'obtint cependant d'autres résultats de tant de cabales -qu'il forma contre lui et de tant de projets mal conçus, que de -sacrifier inutilement ceux qui avoient été assez imprudents pour se -dévouer à sa passion et à ses intérêts. On sait quelle fut la -catastrophe sanglante du duc de Montmorenci, dernier rejeton de son -illustre race: bien d'autres, dans cette fatale apparition du prince -en Languedoc, eussent partagé son sort, si la fuite ne les eût mis à -couvert. Telle étoit la haine qu'on portoit à ce redoutable ministre, -que, malgré la terreur dont il s'environnoit et dont il sembloit en -quelque sorte se faire une sauvegarde, on ne cessa pas un seul -instant, et jusqu'à ses derniers moments, de conspirer contre lui. -Dans un complot de ce genre, très-profondément combiné, l'irrésolution -de Gaston, qui, au moment de l'exécution, n'osa pas faire le geste que -l'on attendoit comme signal, sauva seule Richelieu d'une mort qui -sembloit inévitable. Si le comte de Soissons n'eût pas été tué à la -bataille de la Marfée, la partie étoit liée à Paris avec un grand -nombre de personnes à qui sa tyrannie étoit devenue -insupportable<a id="footnotetag76-A" name="footnotetag76-A"></a><a href="#footnote76-A" title="Lien vers la note 76-A"><span class="smaller">[76-A]</span></a>: sur la première nouvelle que l'on auroit eue des -succès de l'armée espagnole, succès que l'on croyoit immanquables, on -devoit s'emparer de la Bastille, où l'on avoit des intelligences, -forcer le parlement à rendre un arrêt en faveur du prince; enlever à -la fois tous les postes jusqu'au palais cardinal, établir des -barricades dans les parties de la ville où le peuple se montreroit le -plus échauffé, parvenir ainsi jusqu'au ministre que l'on auroit enlevé -ou poignardé. Il arriva au contraire, par la mort du comte de -Soissons, que MM. de Guise et de Bouillon, qui avoient pris parti pour -lui, furent obligés, l'un de se soumettre aux conditions qu'on voulut -lui imposer, l'autre d'aller chercher un refuge à Bruxelles. La -conspiration de Cinqmars, la dernière qui ait menacé sa fortune et sa -vie, sembloit plus dangereuse encore, puisqu'on ne peut guère douter -que le roi lui-même ne fût d'accord avec les conspirateurs, -c'est-à-dire qu'il n'eût donné une sorte de consentement à ce qu'on le -délivrât de son ministre, même par les moyens les plus violents<a id="footnotetag76-B" name="footnotetag76-B"></a><a href="#footnote76-B" title="Lien vers la note 76-B"><span class="smaller">[76-B]</span></a>. -Cependant elle finit comme les autres par le supplice, l'exil ou -l'emprisonnement des conjurés<a id="footnotetag76-C" name="footnotetag76-C"></a><a href="#footnote76-C" title="Lien vers la note 76-C"><span class="smaller">[76-C]</span></a>. Le cardinal étoit alors mourant, -et suivit de près ses dernières victimes dans la tombe.</p> - -<p><a id="footnote76-A" name="footnote76-A"></a> -<b><a href="#footnotetag76-A">76-A</a></b>: L'abbé de Gondi, que nous verrons bientôt jouer un si -grand rôle dans la guerre de la fronde, étoit entré dans cette -conspiration.</p> - -<p><a id="footnote76-B" name="footnote76-B"></a> -<b><a href="#footnotetag76-B">76-B</a></b>: Il n'y donna pas son consentement formel; mais, si -l'on en croit Monglat, l'un des conjurés, il souffroit qu'on parlât -devant lui du projet d'assassiner le cardinal, qu'on lui proposât même -de l'approuver, et n'en témoignoit à son favori ni moins de confiance -ni moins d'affection. Sans le traité que les chefs de ce complot -avoient eu l'imprudence de signer avec l'Espagne, il est probable -qu'ils auroient réussi. Ce fut la découverte de cette pièce qui les -perdit. Louis XIII, dès qu'il en eut connoissance, les abandonna à -Richelieu.</p> - -<p><a id="footnote76-C" name="footnote76-C"></a> -<b><a href="#footnotetag76-C">76-C</a></b>: Le duc de Bouillon, qui s'y trouvoit encore impliqué, -perdit cette fois sa principauté de Sedan, qu'il étoit parvenu à -conserver dans la conspiration précédente.</p> - -<p><a id="footnote77" name="footnote77"></a> -<b><a href="#footnotetag77">77</a></b>: Soit que, par mesures financières, il lui plût de créer -de nouveaux offices, ou qu'il fît présenter des édits bursaux à -l'enregistrement; soit qu'il jugeât à propos de faire juger par -commissaires des accusés que cette cour de justice réclamoit comme -appartenant à sa jurisdiction, ainsi qu'il arriva dans les affaires du -maréchal de Marillac et du duc de la Valette, la moindre résistance -qu'elle osoit lui opposer, lui attiroit à l'instant même les -traitements les plus durs et les plus humiliants. Ses arrêts étoient -cassés comme de juges <em>incompétents, interdits et sans pouvoirs</em>; ses -députés étoient mandés au Louvre, où le roi, endoctriné par son -ministre, ne les recevoit que la menace à la bouche, ne leur laissant -d'autre parti que celui d'obéir à l'instant même, pour éviter qu'il ne -se portât contre leur compagnie aux dernières extrémités; ce qui -n'empêchoit que des lettres de cachets ne fussent très-souvent -envoyées à ceux de ses membres qui s'étoient montrés les plus ardents -dans la délibération, et qu'à la suite de ces appels ou de ces -remontrances, il n'y en eût presque toujours quelques-uns de punis par -l'exil ou par la prison.</p> - -<p><a id="footnote78" name="footnote78"></a> -<b><a href="#footnotetag78">78</a></b>: Le parlement ayant déclaré nul le mariage de Gaston avec -la princesse de Lorraine, ce prince en appela au pape, qui décida, -sans s'arrêter aux subtilités qu'on lui opposoit touchant les -irrégularités du contrat civil, que les lois particulières de la -France ne pouvoient influer en aucune manière sur le sacrement, lequel -dépendoit uniquement de l'institution de J. C. et des lois de -l'Église; et que ce mariage, ayant été contracté selon toutes les -règles prescrites par le concile de Trente, avoit tous les caractères -qui le rendoient indissoluble. Le clergé de France <em>en pensa -autrement</em>; et, dans une assemblée générale qu'il tint l'année -suivante (en 1635), il fut établi que la coutume ancienne de France, -relativement aux mariages des princes, devoit l'emporter sur une -décision du pape en <em>matière de sacrements</em>, qu'un mariage qu'il avoit -déclaré <em>valide</em>, ne l'étoit pas; et <em>cet avis prévalut</em>. Mais dans -une autre assemblée de ce même clergé, que le cardinal convoqua à -Mantes, en 1641, pour en obtenir un secours extraordinaire en raison -des besoins extrêmes de l'état, les deux présidents et quelques -évêques ayant opiné à ne pas accorder la somme entière qui étoit -demandée, un commissaire du roi entra dans l'assemblée, et signifia -aux opposants des lettres de cachet qui leur ordonnoient d'en sortir à -l'instant même, et de se rendre incontinent dans leurs diocèses sans -passer par Paris. On vota alors le subside tel que le ministre l'avoit -réglé; et les orateurs du clergé admis à lui présenter leurs hommages, -après avoir harangué le roi, épuisèrent pour le louer toutes les -formules de l'adulation.</p> - -<p><a id="footnote79" name="footnote79"></a> -<b><a href="#footnotetag79">79</a></b>: Pour lui plaire et réussir dans ce que l'on sollicitoit -auprès de lui, il ne suffisoit point de se montrer dévoué au bien de -l'état et de se dire le serviteur du roi, il falloit lui persuader que -l'on étoit surtout son <em>serviteur</em> et entièrement <em>dévoué</em> à sa -personne. C'étoit là ce que recommandoient par-dessus tout ses affidés -à ceux à qui ils vouloient du bien.</p> - -<p><a id="footnote80" name="footnote80"></a> -<b><a href="#footnotetag80">80</a></b>: Voilà au fond à quoi se réduisoit cette correspondance -d'Anne d'Autriche avec l'Espagne, correspondance dont le cardinal fit -tant de bruit, et à l'occasion de laquelle on procéda à l'égard de la -reine de France comme on auroit pu le faire envers une personne -coupable de haute trahison. Ses papiers furent saisis au Val-de-Grâce; -on la menaça de faire mettre ses domestiques à la question, et elle -fut obligée de s'avouer, par écrit, coupable envers son époux, -d'intelligences avec les ennemis de l'état.</p> - -<p><a id="footnote81" name="footnote81"></a> -<b><a href="#footnotetag81">81</a></b>: C'étoient quatre officiers des gardes qu'il prétendoit -être entrés dans le complot de Cinqmars. Louis XIII, qui leur étoit -fort attaché, refusa d'abord, et même avec emportement, d'accorder au -cardinal leur renvoi et leur exil. Celui-ci insista avec plus de -hauteur encore que son maître, et le roi céda. Tous reçurent en -s'éloignant des témoignages de sa bienveillance. Trevelles, l'un -d'eux, étoit à peine parti, qu'il lui envoya un gentilhomme lui dire -de sa part qu'il n'avoit pu refuser son éloignement aux instances -réitérées du cardinal, mais qu'il lui conservoit toujours la même -amitié; qu'au reste son <em>exil ne seroit pas long</em> (Richelieu mourut -quelques semaines après cet événement); puis, n'osant pas montrer à -son ministre à quel point il étoit affecté du sacrifice qu'il l'avoit -forcé de lui faire, il fit tomber tout son ressentiment sur Chavigni, -qui n'avoit été auprès de lui que le porteur de la demande de -Richelieu.</p> - -<p><a id="footnote82" name="footnote82"></a> -<b><a href="#footnotetag82">82</a></b>: Il est remarquable en effet que ce sont ordinairement -les plus grands partisans de toutes les fausses libertés qui se -montrent les plus grands enthousiastes des tyrans et des despotes, et -nous en avons de notre temps des exemples qui sont faits pour étonner. -C'est que ces hommes, qui ne craignent point de remuer la société -jusque dans ses fondements pour réaliser les chimères de leur orgueil, -effrayés bientôt des conséquences terribles de leurs entreprises et -des orages qu'ils ont amassés sur leurs têtes, sentent le besoin du -pouvoir, et l'appellent à leur secours. Il reparoît alors, mais autre -qu'il n'avoit été, et s'en fait applaudir jusque dans ses plus grandes -violences, parce que, s'il n'étoit violent, il ne pourroit les sauver -des périls où les ont jetés leurs propres fureurs.</p> - -<p><a id="footnote83" name="footnote83"></a> -<b><a href="#footnotetag83">83</a></b>: L'un des hommes à qui les grandes renommées en -imposoient le moins, l'illustre comte de Maistre appelle Richelieu, -«L'un des plus grands génies qui aient jamais veillé près d'un trône;» -et lui donne ce magnifique éloge dans un livre où il peint, en traits -aussi vifs qu'énergiques, le ravage qu'avoit fait en France la -doctrine qui a séparé le pouvoir politique du pouvoir religieux. (<cite>De -l'Égl. Gallic.</cite>, p. 298.) Ceci ne prouve autre chose sinon que le -génie même le plus vaste ne peut pas tout embrasser, et que -l'œil le plus pénétrant ne peut pas tout voir.</p> - -<p><a id="footnote84" name="footnote84"></a> -<b><a href="#footnotetag84">84</a></b>: Les deux autres secrétaires d'état étoient MM. de -Brienne et de la Vrillière.</p> - -<p><a id="footnote85" name="footnote85"></a> -<b><a href="#footnotetag85">85</a></b>: Desnoyers en fit bientôt la triste expérience, et fut -renvoyé pour avoir voulu imiter le cardinal de Richelieu et essayé de -conduire son maître.</p> - -<p><a id="footnote86" name="footnote86"></a> -<b><a href="#footnotetag86">86</a></b>: «Ah! mon pauvre peuple, s'écria-t-il au lit de la mort, -je lui ai bien fait du mal à raison des grandes et importantes -affaires que je me suis vues sur les bras, et je n'en ai pas eu -toujours toute la pitié que je devois, et telle que je l'ai depuis -deux ans, ayant été partout en personne et vu de mes yeux toutes ses -misères; mais, si Dieu veut que je vive encore, ce que je n'ai pas -grand sujet de croire et beaucoup moins de souhaiter, la vie n'ayant -rien qui me semble aimable, j'espère qu'en deux autres années je le -pourrai mettre à son aise.» (<cite>Mém. de madame de Motteville</cite>, tom. I.)</p> - -<p><a id="footnote87" name="footnote87"></a> -<b><a href="#footnotetag87">87</a></b>: La naissance de Louis XIV est due à un événement -singulier. On sait l'éloignement, ou pour mieux dire l'espèce -d'aversion que Louis XIII avoit conçue pour la reine: étant parti un -jour de Versailles pour aller coucher à Saint-Maur, et passant par -Paris, il lui plut de s'arrêter au couvent de la Visitation pour y -rendre visite à M<sup>lle</sup>. de la Fayette. Pendant cette visite, il survint -un orage violent qui se prolongea jusqu'à la nuit, de manière que le -roi se trouva embarrassé, voyant de la difficulté à continuer son -voyage, et son appartement n'étant point tendu au Louvre. Guitaut, -capitaine aux gardes, lui fit entendre que chez la reine il trouveroit -un souper et un appartement tout préparé. Louis rejeta d'abord cette -proposition; mais l'orage redoublant, il finit par l'accepter. Anne -d'Autriche, mariée depuis vingt-deux ans, accoucha neuf mois après de -son premier fils: elle n'en fut ni plus aimée, ni plus considérée de -son mari.</p> - -<p><a id="footnote88" name="footnote88"></a> -<b><a href="#footnotetag88">88</a></b>: Elle fut excitée par la mort du duc de Mayenne, tué en -1621 au siége de Montauban. Le peuple de Paris, qui chérissoit ce -prince, attaqua les religionnaires à leur retour de Charenton, où ils -avoient un prêche, ce qui, depuis long-temps, étoit vu de très-mauvais -œil par la multitude. Ils furent assaillis en rentrant dans la -ville, à coups de pierres; et l'on en tua plusieurs. Une troupe de ces -furieux se porta ensuite à Charenton, où elle mit le feu au temple, et -pilla les marchands qui étoient dans la cour. Ce tumulte, commencé à -la porte Saint-Antoine, continua plusieurs jours dans l'enceinte même -de Paris.</p> - -<p><a id="footnote89" name="footnote89"></a> -<b><a href="#footnotetag89">89</a></b>: Le palais fut presque entièrement brûlé; plusieurs ponts -s'écroulèrent par le même accident. La Sainte-Chapelle manqua aussi -d'être consumée par les flammes.</p> - -<p><a id="footnote90" name="footnote90"></a> -<b><a href="#footnotetag90">90</a></b>: Ces voleurs, auxquels on donna le nom de <em>filous</em>, -étoient en si grand nombre, qu'ils repoussèrent plus d'une fois, et -avec perte, les archers du guet. On ne parvint à les détruire qu'en -ordonnant à tous les soldats, ouvriers et mendiants valides qui se -trouvoient alors sans occupation, de sortir en vingt-quatre heures de -la ville.</p> - -<p><a id="footnote91" name="footnote91"></a> -<b><a href="#footnotetag91">91</a></b>: Voyez pag. <a href="#page69">69</a>. Il étoit toujours persuadé qu'elle avoit -désiré sa mort pour épouser son frère le duc d'Anjou, et ne revint -pas, même au lit de la mort, de cette funeste prévention.</p> - -<p><a id="footnote92" name="footnote92"></a> -<b><a href="#footnotetag92">92</a></b>: Les autres membres dont ce conseil étoit composé étoient -les sieurs Séguier, chancelier de France; Bouthillier, surintendant -des finances, et son fils Chavigni, secrétaire-d'état.</p> - -<p><a id="footnote93" name="footnote93"></a> -<b><a href="#footnotetag93">93</a></b>: Il s'étoit montré assez dévoué à ses intérêts pour aimer -mieux sortir de France que de faire au cardinal un aveu contraire aux -intérêts de cette princesse. À son retour, la reine lui donna -publiquement des marques très-vives de confiance et d'affection.</p> - -<p><a id="footnote94" name="footnote94"></a> -<b><a href="#footnotetag94">94</a></b>: Quoiqu'il eût eu soin de l'instruire, avant la mort de -Louis XIII, de tout ce qui se passoit dans le cabinet, prévoyant le -temps où il pourroit avoir besoin de sa faveur, elle le considéroit -néanmoins comme l'un des auteurs de la déclaration du roi au sujet de -la régence. Dans cette circonstance il céda avec tant de facilité et -de si bonne grâce les droits que cette déclaration pouvoit lui donner, -que ce petit nuage fut bientôt dissipé. Il sut même persuader à la -reine que cette déclaration, qui l'avoit si fort blessée, étoit au -fond ce qui avoit pu être fait de plus avantageux pour son service: -car, dans les dispositions où le roi étoit à son égard, il étoit -probable qu'il eût pris, pour l'exclure du gouvernement, des mesures -plus difficiles à rompre, si celles-ci n'eussent pas été adoptées.</p> - -<p><a id="footnote95" name="footnote95"></a> -<b><a href="#footnotetag95">95</a></b>: Voyez tom. I, 2<sup>e</sup> part., p. 872.</p> - -<p><a id="footnote96" name="footnote96"></a> -<b><a href="#footnotetag96">96</a></b>: Voltaire.</p> - -<p><a id="footnote97" name="footnote97"></a> -<b><a href="#footnotetag97">97</a></b>: «C'étoit, disoit le maréchal d'Estrées, qui l'avoit -connu à Rome, l'homme du monde le plus agréable; il avoit l'art -d'enchanter les hommes, et de se faire aimer par ceux à qui la fortune -le soumettoit. Sa conversation étoit enjouée et abondante; il -paroissoit sans prétention, et il faisoit semblant, fort habilement, -de n'être pas habile.» (<cite>Mém. de M. de Mottev.</cite>, tom. I.)</p> - -<p><a id="footnote98" name="footnote98"></a> -<b><a href="#footnotetag98">98</a></b>: La duchesse de Chevreuse, impliquée dans l'affaire de la -correspondance secrète de la reine avec l'Espagne, avoit été forcée de -sortir précipitamment de France pour n'être pas arrêtée. Châteauneuf, -qui étoit garde des sceaux en 1633, eut l'imprudence, Richelieu étant -dangereusement malade, de laisser éclater le désir de le remplacer, et -même la hardiesse d'y travailler. Instruit de ce qui s'étoit passé, le -ministre le fit renfermer au château d'Angoulême, d'où il ne sortit -qu'à la mort de son inexorable ennemi.</p> - -<p><a id="footnote99" name="footnote99"></a> -<b><a href="#footnotetag99">99</a></b>: Il fit entendre à la reine que ces deux exilés se -vantoient hautement de la gouverner et de conduire les affaires; qu'il -distribuoient à l'avance les grâces, les emplois et les dignités. Anne -d'Autriche, très-susceptible sur cet article, écrivit à Châteauneuf, -qui s'en revenoit triomphant à la cour, qu'il eût à rester, jusqu'à -nouvel ordre, dans sa maison de Mont-Rouge, près Paris.</p> - -<p><a id="footnote100" name="footnote100"></a> -<b><a href="#footnotetag100">100</a></b>: Elle vouloit qu'on reprît au maréchal de la Meilleraie -le gouvernement de Bretagne, qui lui avoit été donné après l'affaire -de Chalais, et qu'on le rendît au duc de Vendôme; qu'on ôtât -l'amirauté à la maison de Brézé pour en gratifier le duc de Beaufort; -enfin, que le jeune duc de Richelieu fût dépouillé du gouvernement du -Hâvre, qu'elle demandoit pour le prince de Marsillac, depuis duc de la -Rochefoucauld.</p> - -<p><a id="footnote101" name="footnote101"></a> -<b><a href="#footnotetag101">101</a></b>: Elle ne pouvoit lui pardonner d'avoir présidé à la -condamnation du duc de Montmorenci son frère.</p> - -<p><a id="footnote102" name="footnote102"></a> -<b><a href="#footnotetag102">102</a></b>: Elle avoit épousé le père de la duchesse de Chevreuse, -et étoit à peu près du même âge que sa belle-fille.</p> - -<p><a id="footnote103" name="footnote103"></a> -<b><a href="#footnotetag103">103</a></b>: La jeune princesse se retirant un jour d'une assemblée, -il arriva que des lettres galantes furent trouvées sous ses pas. Ces -lettres furent lues et commentées d'une manière très injurieuse pour -elle; et, comme on la soupçonnoit d'un commerce secret avec Coligni, -depuis duc de Châtillon, madame de Montbazon prononça, sans hésiter, -que ces lettres étoient d'elle et de lui.</p> - -<p><a id="footnote104" name="footnote104"></a> -<b><a href="#footnotetag104">104</a></b>: Un vieil édit de 1548 défendoit de prolonger les -faubourgs de Paris au-delà de certaines limites: Emery imagina de le -tirer de la poussière, de faire toiser les constructions faites -au-delà de ces limites, et de mettre à l'amende les délinquants. La -<em>Paulette</em> étoit un droit au moyen duquel, en payant chaque année un -soixantième du prix d'achat, chaque magistrat laissoit à sa famille la -propriété de sa charge; c'étoit une concession que le roi avoit faite -à la magistrature par un bail qui se renouveloit tous les neuf ans: ce -bail expirant, il exigea des cours souveraines, le parlement excepté, -quatre années de leurs gages à titre de prêt. Il établit des charges -nouvelles dont les noms n'étoient pas moins ridicules que les -attributions: c'étoient des conseillers du roi, contrôleurs des bois -de chauffage, des jurés crieurs de vin, des jurés vendeurs de foin, -etc.</p> - -<p><a id="footnote105" name="footnote105"></a> -<b><a href="#footnotetag105">105</a></b>: Les conseillers, le Comte et Gueslin; les présidents, -Gaïan et Barillon.</p> - -<p><a id="footnote106" name="footnote106"></a> -<b><a href="#footnotetag106">106</a></b>: Mazarin, qui n'avoit jamais bien pu prononcer le -françois, ayant dit que cet arrêt d'<em>Ognon</em> étoit attentatoire, ce -seul mot le rendit ridicule; et, comme on ne cède jamais à ceux que -l'on méprise, le parlement en devint plus entreprenant. (Voltaire.)</p> - -<p><a id="footnote107" name="footnote107"></a> -<b><a href="#footnotetag107">107</a></b>: Turgot et d'Argonges, conseillers au grand conseil.</p> - -<p><a id="footnote108" name="footnote108"></a> -<b><a href="#footnotetag108">108</a></b>: En voici l'origine la plus vraisemblable: dans les -premiers démêlés du parlement avec la cour, le duc d'Orléans assistoit -souvent aux assemblées de cette compagnie, et sa présence et son -esprit conciliateur y calmoient l'effervescence des opinions; mais ce -calme ne duroit qu'un moment, et la chaleur revenoit dès qu'il étoit -parti. Bachaumont<a id="footnotetag108-A" name="footnotetag108-A"></a><a href="#footnote108-A" title="Lien vers la note 108-A"><span class="smaller">[108-A]</span></a>, fils du président Lecogneux, plaisantant à -ce sujet, dit un jour que «le parlement, se contenant ainsi à l'aspect -du duc d'Orléans, ne ressembloit pas mal aux écoliers qui, rassemblés -pour jouer à la fronde dans les fossés de la ville, se séparoient dès -qu'ils voyoient le lieutenant civil ou les archers, et se réunissoient -pour <em>fronder</em> de nouveau aussitôt qu'ils étoient partis.» Il ajouta -que, «maintenant que le duc étoit parti, il alloit bien <em>fronder</em> -l'opinion de son père.» L'allusion parut heureuse; le mot fût adopté, -et ne tarda pas à devenir un signe de ralliement.</p> - -<p><a id="footnote108-A" name="footnote108-A"></a> -<b><a href="#footnotetag108-A">108-A</a></b>: L'auteur du Voyage ingénieux, fait en communauté avec -Chapelle, et qui les a immortalisés tous les deux à si peu de frais.</p> - -<p><a id="footnote109" name="footnote109"></a> -<b><a href="#footnotetag109">109</a></b>: Le président de Blancmesnil en vouloit au cardinal à -cause de la disgrâce de l'évêque de Beauvais qu'il avoit supplanté; -Longueil étoit piqué de ce qu'il ne pouvoit obtenir pour son frère une -place de président, et pour lui-même celle de chancelier de la reine, -qu'il sollicitoit; Viole épousoit la querelle de son ami Chavigny; -Charton étoit un esprit turbulent et séditieux, qui détestoit les -ministres par la seule raison qu'ils avoient le pouvoir. C'étoit, au -reste, un homme très-médiocre. Il étoit connu par le sobriquet de -président <em>je dis ça</em>, parce qu'il ouvroit et concluoit toujours ses -avis par ces mots.</p> - -<p><a id="footnote110" name="footnote110"></a> -<b><a href="#footnotetag110">110</a></b>: On assure que la cour auroit pu le gagner en donnant à -son fils une compagnie aux gardes qu'il demandoit pour lui.</p> - -<p><a id="footnote111" name="footnote111"></a> -<b><a href="#footnotetag111">111</a></b>: Le prince de Condé, son père, étoit mort le 26 décembre -1646.</p> - -<p><a id="footnote112" name="footnote112"></a> -<b><a href="#footnotetag112">112</a></b>: Il avoue lui-même, dans ses mémoires, que depuis le 28 -mars jusqu'au 25 août, il dépensa trente mille écus, qui faisoient -alors une somme considérable, pour se créer des partisans. Il ajoute, -qu'afin de s'attirer l'estime et la confiance du public, il voyoit -souvent les curés de Paris, les invitoit à sa table, et les consultoit -sur le gouvernement de son diocèse; montrant un grand zèle pour la -décence du culte, la pompe des cérémonies, les saluts, les -processions, assistant à tout, officiant souvent lui-même, et prêchant -dans la cathédrale, les couvents et les paroisses. Sous ce rapport il -est difficile de pousser plus loin le cynisme des aveux que ne le fait -ce scandaleux prélat.</p> - -<p><a id="footnote113" name="footnote113"></a> -<b><a href="#footnotetag113">113</a></b>: La voiture qui l'enlevoit fut arrêtée et brisée par la -populace, malgré la garde nombreuse qui l'environnoit. Broussel, jeté -dans un autre carrosse que l'on rencontra par hasard, fut sur le point -d'en être arraché par cette multitude, qui s'attachoit sans cesse à -ses traces. Ce second carrosse se rompit encore, et le prisonnier eût -été enlevé, si Guitaut, capitaine des gardes de la reine, n'eût envoyé -le sien, dans lequel on le força d'entrer, et qui parvint enfin à -gagner un relais placé près des Tuileries.</p> - -<p><a id="footnote114" name="footnote114"></a> -<b><a href="#footnotetag114">114</a></b>: Le coadjuteur dit, dans ses mémoires, qu'il n'eut pas -beaucoup de peine à adoucir cette multitude, parce que l'heure du -souper approchoit. «Cette circonstance, ajoute-t-il, paroîtra -ridicule; mais elle est fondée, et j'ai observé qu'à Paris, dans les -émotions populaires, les plus échauffés ne veulent pas ce qu'ils -appellent <em>se désheurer</em>.»</p> - -<p><a id="footnote115" name="footnote115"></a> -<b><a href="#footnotetag115">115</a></b>: On n'a jamais su précisément ce qui avoit été agité -dans ce conseil; les uns disent qu'Anne d'Autriche vouloit casser tout -ce qui avoit été fait dans le parlement, depuis les assemblées de la -chambre de St. Louis; d'autres, qu'elle prétendoit casser le parlement -lui-même, ou l'interdire et l'exiler. Il paroît certain du moins que -tous ses desseins, quels qu'ils fussent, étoient violents.</p> - -<p><a id="footnote116" name="footnote116"></a> -<b><a href="#footnotetag116">116</a></b>: Il s'étoit jeté dans un petit cabinet, où, livré aux -plus mortelles angoisses, il se confessoit à son frère, et se -préparoit à la mort. Le lieu paroissant extrêmement abandonné, les -mutins se contentèrent de frapper plusieurs coups contre la cloison, -et d'écouter s'ils n'entendroient pas quelque bruit. Ils allèrent -ensuite visiter d'autres appartements.</p> - -<p><a id="footnote117" name="footnote117"></a> -<b><a href="#footnotetag117">117</a></b>: Ses émissaires, et il en avoit une armée, répandoient -partout que la reine avoit toujours le dessein d'assiéger Paris, et -que les troupes qui devoient être employées à cette expédition, -étoient déjà dans les environs; on assuroit que, parmi ces troupes, il -y avoit des Flamands et des Suisses, qu'elle destinoit à faire une -seconde St. Barthélemi; l'on faisoit en même temps circuler -mystérieusement des prophéties qui annonçoient tous ces malheurs, et -de plus, des maladies, des inondations, des fléaux de toute espèce, -comme un juste châtiment du ciel, qu'attiroit aux peuples la -corruption de son gouvernement; des colporteurs distribuoient sous le -manteau, des libelles, des vers, des chansons, où la prévention d'Anne -d'Autriche pour son ministre étoit présentée sous les couleurs les -plus odieuses. Ainsi s'échauffoient les têtes, et plus peut-être que -Gondi n'auroit voulu.</p> - -<p><a id="footnote118" name="footnote118"></a> -<b><a href="#footnotetag118">118</a></b>: Les choses en vinrent au point que l'on osa lui manquer -de respect dans les promenades publiques, faire retentir à ses -oreilles les chansons faites contre elle, et la poursuivre dans les -rues avec des huées.</p> - -<p><a id="footnote119" name="footnote119"></a> -<b><a href="#footnotetag119">119</a></b>: Cet arrêt étoit renfermé dans les fameuses remontrances -dont nous avons parlé à la page 18.</p> - -<p><a id="footnote120" name="footnote120"></a> -<b><a href="#footnotetag120">120</a></b>: Cet article par lequel on prétendoit borner l'exercice -du pouvoir absolu sur la liberté des citoyens, étoit un résultat du -mécontentement qu'avoient produit les emprisonnements faits depuis le -commencement des troubles, et notamment celui de Chavigni. Le -parlement demandoit qu'il ne fût pas permis de garder personne en -prison plus de vingt-quatre heures, sans l'interroger. La cour -opposoit de solides raisons à une demande qui ne prouvoit que le peu -d'expérience de ceux qui le faisoient en affaires d'état; elle résista -long-temps, et obtint enfin, avec beaucoup de peine, que ce terme -seroit prolongé jusqu'à trois jours. Toutefois, la régente ne voulut -jamais consentir à ce que cette restriction au pouvoir absolu, fût -insérée dans la déclaration: elle dit que sa parole devoit suffire. Le -prince de Condé fut d'avis que le parlement devoit s'en contenter; et -depuis il eut lieu de s'en repentir.</p> - -<p><a id="footnote121" name="footnote121"></a> -<b><a href="#footnotetag121">121</a></b>: Quatresous, conseiller aux enquêtes.</p> - -<p><a id="footnote122" name="footnote122"></a> -<b><a href="#footnotetag122">122</a></b>: Depuis duc de La Rochefoucauld, l'auteur des Maximes.</p> - -<p><a id="footnote123" name="footnote123"></a> -<b><a href="#footnotetag123">123</a></b>: «La nuit de Noël devoit être éclairée par des feux -aussi affreux que ceux de la Saint-Barthélemi; la reine avoit résolu -de marquer ce saint temps par l'exécution la plus injuste et la plus -sanglante; la ville seroit livrée au meurtre et au pillage; la -vengeance des barricades et des autres révoltes feroit à jamais -trembler la postérité.»</p> - -<p><a id="footnote124" name="footnote124"></a> -<b><a href="#footnotetag124">124</a></b>: Carpentier de Marigni, fils du seigneur d'un village de -ce nom, près de Nevers, fameux par son esprit satirique et mordant, et -par le ton piquant de ses vaudevilles, genre de poésie dans lequel il -n'avoit point alors d'égal.</p> - -<p><a id="footnote125" name="footnote125"></a> -<b><a href="#footnotetag125">125</a></b>: Le roi y déclaroit vaguement qu'il n'étoit sorti de -Paris que sur la connoissance qu'il avoit eue des complots de quelques -membres du parlement contre sa personne, et de leurs intelligences -avec les ennemis. Il exhortoit les bourgeois à embrasser sa cause, et -à l'aider dans sa vengeance contre les rebelles.</p> - -<p><a id="footnote126" name="footnote126"></a> -<b><a href="#footnotetag126">126</a></b>: Le marquis de la Boulaye, que l'on croit avoir été de -tout temps vendu au cardinal, et dont nous aurons occasion de parler -par la suite.</p> - -<p><a id="footnote127" name="footnote127"></a> -<b><a href="#footnotetag127">127</a></b>: Ils restèrent très-long-temps à la porte Saint-Honoré, -où ils étoient arrivés au milieu de la nuit; il fallut que le -coadjuteur et Broussel allassent haranguer les bourgeois pour les -déterminer à les laisser entrer, ce qu'ils ne firent qu'avec de -grandes difficultés, et lorsque le jour commençoit déjà à paroître.</p> - -<p><a id="footnote128" name="footnote128"></a> -<b><a href="#footnotetag128">128</a></b>: Cette forteresse, qui auroit pu servir à inquiéter et à -contenir la ville, avoit été laissée sans pain, sans munitions et avec -une garnison de vingt-deux soldats, suffisante pour garder des -prisonniers, mais non pour soutenir un siége. Du Tremblay, frère du -célèbre père Joseph, qui en étoit gouverneur, la rendit après une -première décharge de six canons qu'on avoit placés dans le jardin de -l'arsenal, et priva ainsi du plaisir de voir un siége les dames de -Paris, qui s'étoient fait apporter des chaises dans ce jardin pour -assister à ce spectacle.</p> - -<p><a id="footnote129" name="footnote129"></a> -<b><a href="#footnotetag129">129</a></b>: Le prince s'étoit d'abord emparé de ce poste, et -l'avoit ensuite abandonné. Les frondeurs, qui le jugèrent utile pour -favoriser l'arrivée de leurs convois, le fortifièrent, et y jetèrent -trois mille hommes de leurs moins mauvaises troupes, sous les ordres -du marquis de Chanleu. Il fut tué dans l'attaque, après s'être défendu -jusqu'à la dernière extrémité, et avoir refusé quartier.</p> - -<p><a id="footnote130" name="footnote130"></a> -<b><a href="#footnotetag130">130</a></b>: Il disoit que toute cette guerre ne méritoit d'être -écrite qu'en vers burlesques; il l'appeloit aussi <em>la guerre des pots -de chambre</em>.</p> - -<p><a id="footnote131" name="footnote131"></a> -<b><a href="#footnotetag131">131</a></b>: Cette chambre, presque toute composée de jeunes -conseillers, étoit celle qui renfermoit le plus grand nombre de -frondeurs.</p> - -<p><a id="footnote132" name="footnote132"></a> -<b><a href="#footnotetag132">132</a></b>: Il fut long-temps à chercher comment on pourroit s'y -prendre pour ne pas le recevoir, sans manquer de respect au roi; -enfin, après y avoir long-temps rêvé, il trouva un moyen, et le fit -présenter par Broussel. Celui-ci prétendit que l'envoi de ce héraut -étoit un piége tendu par Mazarin, ces sortes de formalités ne -s'observant qu'à l'égard des ennemis, et que le recevoir, c'étoit se -déclarer ennemis du roi. Ce beau raisonnement parut sans réplique.</p> - -<p><a id="footnote133" name="footnote133"></a> -<b><a href="#footnotetag133">133</a></b>: Il y fut entraîné par les suggestions du duc de -Bouillon, son frère aîné, qui ne cessoit de lui représenter les -affronts que leur maison avoit essuyés, et le délabrement causé dans -leur fortune par la cession qu'ils avoient été forcés de faire de leur -principauté de Sedan. Son armée, composée de ces braves Veymariens, -long-temps l'effroi des Espagnols, séduite par l'argent que Mazarin -sut répandre à propos au milieu d'elle, l'abandonna si complétement, -qu'il se vit forcé de se sauver, lui sixième, d'abord chez la -landgrave de Hesse, sa parente, ensuite en Hollande.</p> - -<p><a id="footnote134" name="footnote134"></a> -<b><a href="#footnotetag134">134</a></b>: C'est-à-dire qu'on se trouvoit quitte avec les -Espagnols, s'ils ne se disposoient pas à la paix générale; qu'on -pouvoit suivre à son gré les mouvements du parlement pour la paix -particulière, ou rejeter cette paix, sous prétexte qu'elle ne devoit -se faire qu'avec la paix générale, etc.</p> - -<p><a id="footnote135" name="footnote135"></a> -<b><a href="#footnotetag135">135</a></b>: Il recueillit les voix avec le plus grand sang-froid. -On ne vit nul mouvement sur son visage, on n'aperçut aucune altération -dans sa voix; et il prononça l'arrêt avec la même fermeté qu'il -l'auroit fait dans une audience ordinaire. Comme la fureur de la -populace sembloit devenir, de moment en moment, plus violente, malgré -les efforts que Gondi, Beaufort et le président Novion avoient pu -faire pour l'apaiser, on proposa au premier président, dont la vie -étoit évidemment menacée, de s'échapper par le greffe; il s'y refusa -constamment: «La cour, dit-il, ne se cache jamais; si j'étois assuré -de périr, je ne commettrois pas cette lâcheté, qui ne serviroit -d'ailleurs qu'à donner de la hardiesse aux séditieux: ils me -trouveroient bien dans ma maison, s'ils imaginoient que je les eusse -redoutés ici.» Il sortit donc au milieu de cette populace déchaînée, -marchant d'un pas ferme et assuré. Un forcené lui ayant appuyé son -pistolet sur le visage: «Quand vous m'aurez tué, lui dit-il sans -s'émouvoir, il ne me faudra que six pieds de terre.» Il avoit même -conservé en sortant assez de présence d'esprit pour adresser un mot -piquant et railleur au coadjuteur, qui joignoit ses instances à celles -de tout le parlement, et qui ne vit enfin d'autre moyen de le sauver -que de le tenir embrassé, et de traverser ainsi avec lui les flots de -la populace, tandis que le duc de Beaufort jouoit le même rôle auprès -du président de Mesmes, dont la frayeur étoit aussi naïve et aussi -forte, que le courage de Molé étoit extraordinaire et sublime.</p> - -<p><a id="footnote136" name="footnote136"></a> -<b><a href="#footnotetag136">136</a></b>: Dans le premier traité, il avoit été dit que le -parlement ne s'assembleroit point pendant l'année 1649. Cette défense -fut supprimée, avec une promesse tacite du parlement de l'observer.</p> - -<p><a id="footnote137" name="footnote137"></a> -<b><a href="#footnotetag137">137</a></b>: Ils s'étoient avancés jusqu'à Pont-à-Vere, près de -Rheims, et de là s'étoient approchés de Guise, que même ils avoient -fait investir.</p> - -<p><a id="footnote138" name="footnote138"></a> -<b><a href="#footnotetag138">138</a></b>: Il demandoit la surintendance des mers, que Condé -ambitionnoit aussi de son côté.</p> - -<p><a id="footnote139" name="footnote139"></a> -<b><a href="#footnotetag139">139</a></b>: On n'a point oublié que cette dame avoit été exilée au -commencement de cette régence, pour être entrée dans les intrigues du -duc de Beaufort; elle s'étoit retirée à Bruxelles, où elle avoit servi -d'intermédiaire aux négociations des frondeurs avec l'Espagne. Gondi -étoit amoureux de mademoiselle de Chevreuse sa fille, très-belle -personne, qui, <em>si on l'en croit</em>, ne lui étoit point cruelle. Telles -étoient les mœurs de ce prélat; et ce n'étoit point assez pour -lui qu'elles fussent mauvaises, il a voulu en publiant ses mémoires, -qu'elles devinssent scandaleuses.</p> - -<p><a id="footnote140" name="footnote140"></a> -<b><a href="#footnotetag140">140</a></b>: C'est alors qu'arriva l'aventure de Jarsay, dont nous -avons parlé dans le premier volume de cet ouvrage, 2<sup>e</sup>. partie, p. -947.</p> - -<p><a id="footnote141" name="footnote141"></a> -<b><a href="#footnotetag141">141</a></b>: Il n'étoit sorte de mortifications qu'il ne se plût à -lui faire essuyer. Un jour que le ministre soutenoit, avec plus de -chaleur que de coutume, les droits de la couronne, qu'il prétendoit -attaqués par Condé, celui-ci, lui passant la main sous le menton avec -un sourire insultant, le quitta en lui disant, <em>adieu, Mars</em>. Après un -souper, où ce prince et Gaston l'avoient accablé des plus sanglantes -railleries, ils lui envoyèrent une lettre avec cette adresse: <i lang="la">À -l'illustrissimo signor Faquino</i>.</p> - -<p><a id="footnote142" name="footnote142"></a> -<b><a href="#footnotetag142">142</a></b>: Il lui laissoit entrevoir l'espérance du chapeau de -cardinal. Tous les mémoires du temps s'accordent à peindre cet abbé de -la Rivière, comme un des plus vils caractères de cette époque, ce qui -n'est pas peu dire.</p> - -<p><a id="footnote143" name="footnote143"></a> -<b><a href="#footnotetag143">143</a></b>: Ces conditions étoient telles que la nécessité seule -pouvoit les faire accepter par la reine et par son ministre, jusqu'à -ce qu'ils trouvassent l'occasion favorable de s'en dégager. Entre -autres clauses, toutes très-dures et très-impérieuses, la reine -s'obligeoit à ne disposer d'aucune charge, d'aucun bénéfice, à ne -point lever d'armées, ni nommer de général, sans le consentement du -prince.</p> - -<p><a id="footnote144" name="footnote144"></a> -<b><a href="#footnotetag144">144</a></b>: Il s'agissoit des honneurs du tabouret accordés trop -facilement à mesdames de Pons et de Marsillac. Cette faveur excita -l'envie, et fit naître une nuée de prétendants.</p> - -<p><a id="footnote145" name="footnote145"></a> -<b><a href="#footnotetag145">145</a></b>: Lorsqu'il fut cardinal de Retz. Ce Joly a écrit des -mémoires dont Voltaire a dit justement qu'ils étoient à ceux de Gondi -ce que le domestique est au maître.</p> - -<p><a id="footnote146" name="footnote146"></a> -<b><a href="#footnotetag146">146</a></b>: Dans la maison où l'amiral Coligni avoit été assassiné, -rue Béthisi.</p> - -<p><a id="footnote147" name="footnote147"></a> -<b><a href="#footnotetag147">147</a></b>: Ce fut le marquis de La Boulaye, que nous avons déjà vu -paroitre dans le premier siége de Paris, qui fut chargé par Mazarin, -auquel il étoit secrètement vendu, de soulever la dernière populace, -de se mettre à sa tête, et de pousser les choses au point de forcer le -prince à déployer contre les mutins une force militaire. On ajoute, ce -qui seroit horrible à croire, que cet agent avoit reçu l'ordre secret -d'essayer de faire tuer Condé dans la mêlée; mais cette assertion -n'est point suffisamment prouvée, et une telle atrocité n'étoit point -dans le caractère du ministre. Quoi qu'il en soit, La Boulaye ne -réussit point, et les chefs des frondeurs, qui reconnurent le piége, -ne voulurent point le seconder.</p> - -<p><a id="footnote148" name="footnote148"></a> -<b><a href="#footnotetag148">148</a></b>: Broussel y fut aussi compris.</p> - -<p><a id="footnote149" name="footnote149"></a> -<b><a href="#footnotetag149">149</a></b>: Sous prétexte qu'il n'y avoit pas sûreté pour sa vie, -Condé ne se rendoit au parlement qu'avec un cortége d'environ mille -personnes, tant gentilshommes qu'officiers du roi. De son côté, le -coadjuteur avoit fait venir de la province beaucoup de militaires et -d'autres gentilshommes, qui, réunis aux frondeurs de Paris, lui -formoient une escorte tout aussi redoutable. Les deux partis étoient -confondus dans les salles du parlement. De tous ceux qui s'y -rendoient, conseillers, ecclésiastiques ou laïcs, il n'en étoit -presque pas un seul qui ne cachât sous sa robe un poignard ou une -baïonnette; et cinq ou six fois par jour on les voyoit sur le point de -s'égorger, quoiqu'ils s'accablassent de politesses. Ce fut à une de -ces séances que, le coadjuteur s'étant muni comme les autres d'un -poignard si maladroitement caché qu'on en voyoit passer le manche, -quelqu'un s'écria plaisamment: <cite>Voilà le bréviaire de monsieur le -coadjuteur</cite>.</p> - -<p><a id="footnote150" name="footnote150"></a> -<b><a href="#footnotetag150">150</a></b>: Il osa lui tenir tête en plusieurs rencontres, et -surtout à l'occasion du mariage du jeune duc de Richelieu qu'elle -désapprouvoit. Jarsay ayant osé devenir amoureux de la reine, il -trouva mauvais qu'elle en eût été offensée, et le prit ouvertement -sous sa protection.</p> - -<p><a id="footnote151" name="footnote151"></a> -<b><a href="#footnotetag151">151</a></b>: Comme ce prince ne cachoit rien à madame de Montbason, -dont il étoit l'amant, on craignoit qu'elle n'allât redire ce qu'il -lui auroit confié à Vigneul, attaché à la maison du prince de Condé, -et qui étoit encore mieux avec elle que Beaufort.</p> - -<p><a id="footnote152" name="footnote152"></a> -<b><a href="#footnotetag152">152</a></b>: Mazarin lui fit signer à lui-même l'ordre de son -arrestation, en lui disant qu'un certain Descoutures, témoin décisif -dans son affaire contre les rentiers, venoit d'être arrêté hors de -Paris; mais qu'il étoit à craindre que, lorsqu'on l'y amèneroit, il ne -fut enlevé. Condé consentit à la demande que lui faisoit le ministre -d'envoyer des troupes à sa rencontre, et signa l'ordre aux gendarmes -et aux chevau-légers de conduire au château de Vincennes le prisonnier -qu'on leur remettroit.</p> - -<p><a id="footnote153" name="footnote153"></a> -<b><a href="#footnotetag153">153</a></b>: La princesse douairière, mère du prince, et la -princesse de Condé, son épouse. Elles emmenèrent avec elles son fils, -le duc d'Enghien, encore enfant.</p> - -<p><a id="footnote154" name="footnote154"></a> -<b><a href="#footnotetag154">154</a></b>: Il étoit gouverneur de Bourgogne, et aussitôt après la -paix de Ruel, il avoit fait un voyage dans ce gouvernement, où il -avoit gagné tous les esprits par ses caresses et ses libéralités. -Toutefois la province fut conservée au roi par la fidélité et le -courage de l'avocat général Millotet.</p> - -<p><a id="footnote155" name="footnote155"></a> -<b><a href="#footnotetag155">155</a></b>: Il voulut modifier l'amnistie accordée dans les -dernières conférences à tous ceux qui avoient participé aux désordres -commis depuis la paix; il chercha à brouiller Gondi avec les rentiers -en suspendant leurs paiements, et en cherchant à faire regarder le -prélat comme l'auteur de cette suspension.</p> - -<p><a id="footnote156" name="footnote156"></a> -<b><a href="#footnotetag156">156</a></b>: Il avoit été procureur au parlement de Dijon avant de -s'attacher au prince. C'étoit un homme plein d'audace et de -ressources, qui joua au siége de Bordeaux un rôle presque aussi -remarquable que Gondi au siége de Paris. Il a laissé des mémoires où -l'on trouve des détails curieux et qui lui appartiennent.</p> - -<p><a id="footnote157" name="footnote157"></a> -<b><a href="#footnotetag157">157</a></b>: Elle se retira à Châtillon-sur-Loing, près de la -duchesse de Châtillon, et y mourut le 2 décembre de la même année.</p> - -<p><a id="footnote158" name="footnote158"></a> -<b><a href="#footnotetag158">158</a></b>: Toutefois le parlement, d'accord avec la haute -bourgeoisie, refusa d'abord l'entrée de la ville à ceux-ci, à moins -qu'ils ne congédiassent un gros corps de noblesse et de troupes -réglées dont ils étoient accompagnés, craignant, avec juste raison, -que, s'ils admettoient dans leur ville un parti armé, ils n'en fussent -bientôt maîtrisés et menés plus loin qu'ils ne voudroient. La -Rochefoucauld et Bouillon furent donc forcés de se loger dans les -faubourgs; mais, comme ils entroient tous les jours dans la ville, -sous prétexte d'aller faire leur cour à la princesse, leurs intrigues -soutenues par celles de Lénet furent conduites si habilement, qu'ils -finirent par s'y faire recevoir avec leurs troupes.</p> - -<p><a id="footnote159" name="footnote159"></a> -<b><a href="#footnotetag159">159</a></b>: Comme ils craignoient que leur entrée en France ne -soulevât les peuples contre eux, ils étoient revenus à ce projet de -paix générale déjà mis en avant pendant le siége de Paris, tant pour -couvrir leurs desseins que pour brouiller ensemble les frondeurs et -Mazarin. Ils ne réussirent qu'en partie, parce que, contre leur -attente, les conférences qu'ils avoient proposées furent acceptées, ce -qui les força à lever le masque.</p> - -<p><a id="footnote160" name="footnote160"></a> -<b><a href="#footnotetag160">160</a></b>: Ses troupes s'avancèrent jusqu'à dix lieues de Paris: -il avoit dans cette ville des intelligences avec le duc de Nemours et -le comte de Tavannes; et si ses ordres eussent-été ponctuellement -exécutés, il n'est pas douteux qu'il eût enlevé les princes.</p> - -<p><a id="footnote161" name="footnote161"></a> -<b><a href="#footnotetag161">161</a></b>: Anne de Gonzague de Clèves, princesse de Mantoue et de -Montferrat, comtesse Palatine du Rhin, également fameuse par ses -intrigues politiques, sa galanterie, sa conversion et les austérités -de sa pénitence.</p> - -<p><a id="footnote162" name="footnote162"></a> -<b><a href="#footnotetag162">162</a></b>: Cette cabale de Condé, composée de ce que la cour avoit -de plus brillant en jeunes gens de qualité, avoit reçu le nom de -cabale des <em>Petits-maîtres</em>, mot qui est resté dans la langue -françoise, comme ceux de <em>Frondeurs</em> et d'<em>Importants</em>.</p> - -<p><a id="footnote163" name="footnote163"></a> -<b><a href="#footnotetag163">163</a></b>: On stipuloit, dans ces traités, le mariage de -mademoiselle d'Orléans, fille de Gaston, avec le jeune duc d'Enghien, -en même temps qu'on rappeloit le mariage déjà projeté de mademoiselle -de Chevreuse avec le prince de Conti. On promettoit de faire revivre, -en faveur du duc d'Orléans, l'office de connétable de France. Gondi -devoit avoir le chapeau de cardinal, etc.</p> - -<p><a id="footnote164" name="footnote164"></a> -<b><a href="#footnotetag164">164</a></b>: La cour, dans sa défense, fit courir le bruit que ce -prétendu assassinat n'étoit qu'une <em>Joliade renforcée</em>.</p> - -<p><a id="footnote165" name="footnote165"></a> -<b><a href="#footnotetag165">165</a></b>: Le 2 décembre.</p> - -<p><a id="footnote166" name="footnote166"></a> -<b><a href="#footnotetag166">166</a></b>: On y désignoit particulièrement Turenne et la duchesse -de Longueville.</p> - -<p><a id="footnote167" name="footnote167"></a> -<b><a href="#footnotetag167">167</a></b>: Lionne et le maréchal de Grammont; mais Gaston savoit -très-bien qu'ils étoient partis sans aucunes propositions, et -simplement avec l'assurance qu'on les enverroit par le courrier -suivant.</p> - -<p><a id="footnote168" name="footnote168"></a> -<b><a href="#footnotetag168">168</a></b>: Surintendant des finances, l'un des plénipotentiaires -de la paix de Munster.</p> - -<p><a id="footnote169" name="footnote169"></a> -<b><a href="#footnotetag169">169</a></b>: La cour le trompoit également en lui persuadant, pour -le faire agir, qu'elle étoit prête à donner la liberté aux princes. Il -le dit formellement au parlement, et se vit ensuite désavoué, après le -mauvais succès de l'accusation élevée contre Gondi.</p> - -<p><a id="footnote170" name="footnote170"></a> -<b><a href="#footnotetag170">170</a></b>: Cet habile factieux savoit que rien ne donne un air -d'autorité comme une citation faite à propos, parce qu'elle offre -sur-le-champ à l'esprit un point de comparaison qui fixe ses -incertitudes; et cet effet doit être surtout très-grand au milieu des -opinions flottantes d'une assemblée qui délibère. Voici ce passage, -qu'il composa, dit-il, du latin le plus pur qu'il lui fut possible -d'imaginer: <i lang="la">In difficillimis reipublicæ temporibus urbem non deserui; -in prosperis nihil de publico delibavi; in desperatis nihil timui</i>.</p> - -<p><a id="footnote171" name="footnote171"></a> -<b><a href="#footnotetag171">171</a></b>: À Brest, dont le gouverneur étoit entièrement à sa -disposition.</p> - -<p><a id="footnote172" name="footnote172"></a> -<b><a href="#footnotetag172">172</a></b>: Les frondeurs n'avoient pu leur en sauver une -extrêmement désagréable, laquelle étoit de ne rentrer dans leurs -gouvernements qu'à la majorité du roi.</p> - -<p><a id="footnote173" name="footnote173"></a> -<b><a href="#footnotetag173">173</a></b>: La Rochefoucauld devoit avoir le gouvernement de -Blayes, avec la lieutenance générale de la Guienne.</p> - -<p><a id="footnote174" name="footnote174"></a> -<b><a href="#footnotetag174">174</a></b>: Le cardinal de Retz pense que ces négociations étoient -faites de bonne foi: cela pouvoit être de la part de la reine, qui -suivoit aveuglément tous les conseils de Mazarin; mais en examinant la -suite des événements, il est impossible de croire que, dès le -commencement, ce ministre n'ait pas voulu tromper Condé.</p> - -<p><a id="footnote175" name="footnote175"></a> -<b><a href="#footnotetag175">175</a></b>: On ne peut s'empêcher de dire que la manière dont il la -trompa étoit indigne non seulement d'un prince, mais d'un homme qui -auroit eu le moindre sentiment de probité. Elle avoit remis, de -confiance, à la princesse Palatine une obligation de cent mille écus -que Condé avoit souscrite à son profit lorsqu'il avoit été question -d'obtenir, pour sa délivrance, la signature de Beaufort. Celle-ci la -donna au prince, qui la déchira, et se moqua ensuite de madame de -Montbason.</p> - -<p><a id="footnote176" name="footnote176"></a> -<b><a href="#footnotetag176">176</a></b>: Il étoit odieux à toute sa maison, pour avoir présidé, -ainsi que nous l'avons déjà dit, à la condamnation de Montmorenci, -frère de la princesse, lequel avoit été décapité sous le règne -précédent, pour crime de haute trahison.</p> - -<p><a id="footnote177" name="footnote177"></a> -<b><a href="#footnotetag177">177</a></b>: En effet la cour commença aussitôt à faire naître des -difficultés pour gagner du temps, et bien établir l'intrigue qu'on -venoit de former pour sa perte.</p> - -<p><a id="footnote178" name="footnote178"></a> -<b><a href="#footnotetag178">178</a></b>: On prétend que ce fut la reine qui, par le conseil du -coadjuteur, lui fit donner elle-même cet avis, parce qu'elle ne -vouloit effectivement que le pousser à sortir de Paris.</p> - -<p><a id="footnote179" name="footnote179"></a> -<b><a href="#footnotetag179">179</a></b>: L'action de Champlâtreux étoit d'autant plus digne -d'éloges, qu'il avoit été de tout temps l'ennemi de Gondi et l'ami de -Condé. Du reste, on est forcé de convenir que l'auteur des Maximes -commit ici une action atroce, qu'aucun ressentiment ne peut justifier.</p> - -<p><a id="footnote180" name="footnote180"></a> -<b><a href="#footnotetag180">180</a></b>: Le coadjuteur se plaignit de ce que La Rochefoucauld -avoit voulu le faire assassiner. «Traître, répondit celui-ci, je me -soucie peu de ce que tu deviennes.»—«Tout beau! La Franchise, notre -ami, repartit le prélat; vous êtes un poltron; et je suis un prêtre: -le duel nous est défendu.» <em>La Franchise</em> étoit le nom de guerre que -l'on donnoit, dans la fronde, au duc de La Rochefoucauld; et Gondi -avoue que ce fut à tort qu'il l'appela <em>poltron</em>. «Je mentis, dit-il, -car il est assurément fort brave.» Ce qui n'empêche pas que ce qu'il -avoit fait ne fût fort lâche.</p> - -<p><a id="footnote181" name="footnote181"></a> -<b><a href="#footnotetag181">181</a></b>: Cette défense, à laquelle Molé prit part, sans savoir -que Gondi la désirât, lui valut de la part de celui-ci de très-vifs -remerciements, dont le premier président fut touché. Ce fut là le -commencement d'une amitié mutuelle que la belle action de Champlâtreux -avoit déjà préparée, et qui, de part et d'autre, se maintint -constamment et sans la moindre altération.</p> - -<p><a id="footnote182" name="footnote182"></a> -<b><a href="#footnotetag182">182</a></b>: Châteauneuf, qu'il détestoit, fut nommé premier -ministre, comme il avoit été convenu entre la reine et le coadjuteur; -on rendit les sceaux à Molé; La Vieuville fut mis à la tête des -finances, et l'on éloigna du conseil Chavigni, qui étoit dévoué au -prince.</p> - -<p><a id="footnote183" name="footnote183"></a> -<b><a href="#footnotetag183">183</a></b>: Voltaire prétend que ce fut la reine qui envoya ce -courrier, et qu'il se trompa sans dessein. C'est une erreur que -démentent la plupart des mémoires du temps.</p> - -<p><a id="footnote184" name="footnote184"></a> -<b><a href="#footnotetag184">184</a></b>: Il n'avoit encore que la nomination de France à cette -place éminente, nomination qui pouvoit être révoquée.</p> - -<p><a id="footnote185" name="footnote185"></a> -<b><a href="#footnotetag185">185</a></b>: Il avoit pensé à former un <em>tiers-parti</em> en provoquant -l'union des parlements et des grandes villes, et en mettant Gaston à -leur tête. Il est hors de doute qu'il se fût ainsi rendu formidable, -et que c'eût été alors une nécessité de satisfaire son ambition. Mais -Gaston fut épouvanté de l'audace d'un tel projet; et Gondi dit que -lui-même en eut quelque scrupule, pensant au bouleversement horrible -qu'il pouvoit amener dans le royaume: preuve nouvelle qu'il n'y avoit -plus réellement dans l'état que deux puissances, le peuple et le roi.</p> - -<p><a id="footnote186" name="footnote186"></a> -<b><a href="#footnotetag186">186</a></b>: Cet homme, également remarquable par son audace et par -ses talents, qui, de simple valet de chambre du duc de La -Rochefoucauld, étoit devenu l'ami, le confident et l'un des agents les -plus nécessaires de Condé, avoit formé, quelque temps auparavant, de -concert avec son maître, le projet hardi et dangereux d'enlever Gondi, -pour soustraire Gaston à son invincible influence. Il forma son plan, -et le conduisit avec autant de prudence que d'habileté. Gondi devoit -être saisi et entraîné hors de Paris en sortant de chez madame de -Chevreuse, qui habitoit l'hôtel de Longueville, rue -Saint-Thomas-du-Louvre. Ce fut un hasard presque miraculeux qui le -sauva.</p> - -<p><a id="footnote187" name="footnote187"></a> -<b><a href="#footnotetag187">187</a></b>: Charles IV, chassé deux fois de ses états, alors -envahis par les François, erroit dans l'Europe, à la tête d'une armée -de dix mille hommes, seul reste de sa première grandeur, et dont il -trafiquoit avec tous les souverains, combattant tour à tour pour les -partis les plus opposés; suivant qu'il étoit plus ou moins payé.</p> - -<p><a id="footnote188" name="footnote188"></a> -<b><a href="#footnotetag188">188</a></b>: Ce maréchal est le même qui, servant le parti des -frondeurs pendant le siége de Paris, écrivoit à madame de Montbason ce -billet fameux: <cite>Péronne est à la belle des belles</cite>. Par un retour qui -n'est que trop commun dans cette guerre singulière, il montroit alors -à la cour le plus entier dévouement; et dans cette circonstance, il -poussa la flatterie envers Mazarin jusqu'à faire prendre à ses troupes -l'écharpe verte, qui étoit la livrée de ce ministre. Chaque chef avoit -alors ses couleurs et sa livrée: les troupes de Condé portoient -l'isabelle; celles de Gaston le bleu; celles d'Espagne, qui vinrent -après, le rouge; les royalistes portoient l'écharpe blanche.</p> - -<p><a id="footnote189" name="footnote189"></a> -<b><a href="#footnotetag189">189</a></b>: Le prélat avoit été chargé lui-même de les arrêter; -mais, n'ayant pu se résoudre à trahir à ce point l'amitié, il les fit -avertir secrètement de sa commission, et leur laissa le temps de -sortir de Paris. Gaston, à qui il eut la confiance de l'avouer -quelques jours après, ne lui en sut aucun mauvais gré.</p> - -<p><a id="footnote190" name="footnote190"></a> -<b><a href="#footnotetag190">190</a></b>: Cette proscription fut calquée sur celle de l'amiral -Coligni. L'histoire du président de Thou ayant appris qu'elle avoit -été portée à la somme de 50,000 écus, la tête de Mazarin fut mise au -même prix; et il fut ordonné qu'on prélèveroit cette somme sur la -vente de sa bibliothèque. Toutefois le peuple sembla ne point partager -ici la passion violente de ses magistrats. L'arrêt fut tourné en -ridicule, et Marigni fit afficher dans Paris une répartition des -150,000 livres; tant pour qui couperoit le nez au cardinal, tant pour -une oreille, tant pour un œil, tant pour qui le feroit eunuque, -etc.</p> - -<p><a id="footnote191" name="footnote191"></a> -<b><a href="#footnotetag191">191</a></b>: Gondi reprochant un jour ces contradictions au -procureur-général Talon: «Que voulez-vous, répondit celui-ci, nous ne -savons plus ce que nous faisons; <cite>nous sommes hors des grandes -règles</cite>.» Mot dont il ne sentoit pas lui-même toute la force: car il y -avoit long-temps qu'on s'étoit mis en France hors des <cite>grandes règles</cite> -d'une société chrétienne; et le despotisme du règne qui venoit de -finir, et l'anarchie qui signaloit les commencements du nouveau règne, -étoient des conséquences de ce long égarement.</p> - -<p><a id="footnote192" name="footnote192"></a> -<b><a href="#footnotetag192">192</a></b>: <i>Voy.</i> pag. <a href="#page268">268</a>.</p> - -<p><a id="footnote193" name="footnote193"></a> -<b><a href="#footnotetag193">193</a></b>: Le cérémonial romain défendoit aux cardinaux de se -trouver à aucune cérémonie publique jusqu'à ce qu'ils eussent <em>reçu le -bonnet</em>; d'ailleurs cette dignité ne donnant aucun rang dans le -parlement que lorsqu'on y suivoit le roi, Retz n'auroit pu y siéger -qu'en qualité de coadjuteur, et n'y avoit place qu'au-dessous des ducs -et pairs, ce qui n'étoit pas compatible avec les prétentions des -membres du sacré collége.</p> - -<p><a id="footnote194" name="footnote194"></a> -<b><a href="#footnotetag194">194</a></b>: Lorsque cette armée, composée d'environ 12000 hommes, -entra en France, il s'éleva un cri dans le parlement contre une -alliance aussi manifeste avec les ennemis de l'état. Gaston soutint en -pleine assemblée que ces troupes étoient allemandes et non espagnoles, -et qu'elles étoient à sa solde: «Je voulus, dit Gondi, lui faire honte -d'une manière de parler si contraire aux vérités les plus connues. Il -répondit en se moquant de moi: Le monde veut être trompé.»</p> - -<p><a id="footnote195" name="footnote195"></a> -<b><a href="#footnotetag195">195</a></b>: On lui représentoit qu'après tout ce qu'il avoit fait, -après avoir traité avec Condé et avec les ennemis de l'état, outragé -la reine et son ministre, il n'y avoit plus à délibérer. «Nous autres -princes, disoit-il à Gondi, nous comptons les paroles pour rien; mais -nous n'oublions jamais les actions. La reine ne se souviendroit pas -demain à midi de toutes mes déclamations contre le cardinal, si je -voulois le souffrir demain matin; mais si mes troupes tirent un coup -de mousquet, elle ne me le pardonnera jamais.»</p> - -<p><a id="footnote196" name="footnote196"></a> -<b><a href="#footnotetag196">196</a></b>: On lui avoit persuadé que, si elle rendoit quelque -service important au prince de Condé, jamais il ne feroit la paix, -qu'il n'y mît pour condition son mariage avec le roi. Elle partit de -Paris habillée en amazone, et accompagnée de mesdames de Fiesque et de -Fronténac, qu'on appeloit ses <em>maréchales-de-camp</em>. Son père, qui -connoissoit le tour romanesque de son esprit, dit en la voyant partir: -«Cette chevalière seroit bien ridicule, si le bon sens de mesdames de -Fiesque et de Fronténac ne la soutenoit.»</p> - -<p><a id="footnote197" name="footnote197"></a> -<b><a href="#footnotetag197">197</a></b>: «Un prétendu démenti, que M. de Beaufort prétendit, -assez légèrement, avoir reçu, produisit, dit le coadjuteur, un -prétendu soufflet que M. de Nemours ne reçut aussi, au dire de bien -des gens, qu'en imagination. C'étoit au moins, ajoute-t-il, un de ces -soufflets problématiques, dont il est parlé dans les petites lettres -de Port-Royal.» Celui-ci fondit sur l'autre l'épée à la main, et l'on -eut beaucoup de peine à les séparer. Toutefois les excuses et les -larmes de Beaufort parurent l'apaiser; mais il garda de cette aventure -un ressentiment profond, qui éclata peu de temps après, comme nous -aurons bientôt occasion de le dire.</p> - -<p><a id="footnote198" name="footnote198"></a> -<b><a href="#footnotetag198">198</a></b>: Cette attaque du pont de Gergeau avoit eu lieu pendant -la marche de l'armée royale au-dessus d'Orléans; Turenne soutint, lui -seizième, tout l'effort de quatre bataillons du régiment de l'Altesse, -tandis que ses travailleurs élevoient derrière lui une barricade. -Beaufort, qui commandoit cette attaque à l'insu de Nemours, et qui y -fit marcher toute son armée, fut forcé de se retirer avec une -très-grande perte. De là l'explication entre les deux beaux-frères, -qui eut des suites si outrageantes et depuis si funestes.</p> - -<p><a id="footnote199" name="footnote199"></a> -<b><a href="#footnotetag199">199</a></b>: Il les laissa sous les ordres de Tavannes, Valon et -Clinchamp; mais, quels que fussent les talents de ces officiers, ils -ne pouvoient le remplacer que bien imparfaitement, et ce fut une faute -très-grande d'avoir quitté son armée dans des circonstances qui -pouvoient lui devenir si favorables.</p> - -<p><a id="footnote200" name="footnote200"></a> -<b><a href="#footnotetag200">200</a></b>: Ils sollicitèrent une assemblée de l'hôtel-de-ville, -qui députa ensuite vers Gaston, pour lui dire «qu'il paroissoit contre -l'ordre que M. le prince entrât dans la ville avant de s'être justifié -sur la déclaration enregistrée contre lui au parlement.» Gaston -répondit dans le sens de la députation, et rétracta sa réponse, -lorsqu'il eut vu les mouvements de la populace ameutée par Chavigni.</p> - -<p><a id="footnote201" name="footnote201"></a> -<b><a href="#footnotetag201">201</a></b>: Les campagnes, ravagées par les soldats, n'offroient, -dans tous les lieux où avoient passé les armées, que le spectacle -d'une entière destruction. La cessation absolue du paiement des impôts -avoit réduit la cour elle-même à une indigence qui semble à peine -croyable, et souvent le roi manquoit des choses les plus nécessaires à -la vie. Les troupes étoient dénuées de tout, et ne vivoient que de -pillage; les blessés mouroient souvent faute de soins et de -nourriture.</p> - -<p><a id="footnote202" name="footnote202"></a> -<b><a href="#footnotetag202">202</a></b>: Il ne semble pas que, dans l'invasion de ses états, on -se fût conduit envers lui avec plus de justice et de probité. Dans un -système de politique extérieure commencé par Richelieu et continué par -son élève Mazarin, on n'avoit pas le droit de reprocher à qui que ce -fût de <em>n'avoir ni foi ni loi</em>.</p> - -<p><a id="footnote203" name="footnote203"></a> -<b><a href="#footnotetag203">203</a></b>: La populace étoit pour Condé, mais la plupart des -colonels de quartiers suivoient le parti de la cour; il y eut même, -dit-on, un projet formé par Guénegaud, trésorier de l'épargne, pour -livrer la porte du Temple à l'armée royale.</p> - -<p><a id="footnote204" name="footnote204"></a> -<b><a href="#footnotetag204">204</a></b>: Pour se défendre du brigandage des Lorrains.</p> - -<p><a id="footnote205" name="footnote205"></a> -<b><a href="#footnotetag205">205</a></b>: Les rues de Charonne, de Charenton et du faubourg -Saint-Antoine.</p> - -<p><a id="footnote206" name="footnote206"></a> -<b><a href="#footnotetag206">206</a></b>: Mazarin, le voyant ainsi balancer, craignit que cette -incertitude ne fût le fruit de quelque intelligence secrète avec le -prince, et lui envoya l'ordre exprès d'attaquer, «comme si, dit -Turenne lui-même, il n'y avoit qu'à avancer pour défaire les ennemis.»</p> - -<p><a id="footnote207" name="footnote207"></a> -<b><a href="#footnotetag207">207</a></b>: Le duc de Nemours y reçut treize coups de feu dans ses -armes, et La Rochefoucauld un coup au-dessus des yeux, qui lui fit -perdre la vue pendant quelque temps.</p> - -<p><a id="footnote208" name="footnote208"></a> -<b><a href="#footnotetag208">208</a></b>: Parmi les personnages de distinction qui furent tués, -tant d'un côté que de l'autre, dans cette sanglante affaire, on compte -Saint-Maigrin, Mancini, neveu du cardinal, Flamarens, La -Roche-Griffard; les comtes de Castries et de Bossut, Tauresse, du nom -de Montmorenci, etc. Guitaut, Jarsay, Valon, Clinchamp, Coigny, Melun, -de Foix et une foule d'autres furent blessés.</p> - -<p><a id="footnote209" name="footnote209"></a> -<b><a href="#footnotetag209">209</a></b>: À la dernière volée, le cardinal, faisant allusion à la -passion démesurée qu'avoit la princesse d'épouser le roi, dit en -riant: «Voilà un boulet de canon qui vient de tuer son mari.» Le -président Hénault a raison de dire que, pour hasarder cette action -plus que hardie, elle avoit obtenu un ordre de Gaston, conservé dans -la bibliothèque du roi; mais il faut avouer en même temps qu'elle -avoit sollicité cet ordre, et qu'elle contribua plus que personne à le -faire exécuter.</p> - -<p><a id="footnote210" name="footnote210"></a> -<b><a href="#footnotetag210">210</a></b>: Ses louanges retentissoient partout, et jusque dans le -camp ennemi. «Ah! madame, dit Turenne à la reine, vous ne m'aviez -envoyé que contre un prince de Condé, et j'en ai trouvé mille; je -n'avois pas besoin de le chercher, je le trouvois toujours à ma -rencontre.»</p> - -<p><a id="footnote211" name="footnote211"></a> -<b><a href="#footnotetag211">211</a></b>: Dans cette lettre, le roi déclarant aux officiers -municipaux qu'il étoit content de leur conduite, parce qu'il savoit -que l'armée rebelle avoit été introduite dans Paris malgré eux (ce qui -étoit vrai), les exhortoit à persévérer dans ces sentiments de -fidélité, et à remettre l'assemblée à huitaine.</p> - -<p><a id="footnote212" name="footnote212"></a> -<b><a href="#footnotetag212">212</a></b>: Le moindre pain valoit huit sous la livre; il n'y avoit -plus ni police, ni frein, ni subordination. Enhardi par l'exemple des -soldats qui pilloient les environs de la ville et qui vendoient -publiquement leur butin, le peuple sembloit épier l'occasion de -commencer un pillage dans Paris même; ceux qui auroient pu le -contenir, bons bourgeois ou magistrats, se cachoient ou trouvoient le -moyen de s'échapper, malgré les gardes que l'on avoit mis aux portes -pour empêcher de sortir de la ville.</p> - -<p><a id="footnote213" name="footnote213"></a> -<b><a href="#footnotetag213">213</a></b>: Il plaça des soldats dans l'archevêché et dans les -maisons voisines; il fit des amas de vivres, de munitions, et garnit -de grenades les tours de la cathédrale.</p> - -<p><a id="footnote214" name="footnote214"></a> -<b><a href="#footnotetag214">214</a></b>: Le parlement refusoit d'obéir aux ordres du roi, parce -qu'il le disoit prisonnier de Mazarin; et en même temps il lui -demandoit, pour rentrer sous son obéissance, de renvoyer le ministre -qui le tenoit en captivité.</p> - -<p><a id="footnote215" name="footnote215"></a> -<b><a href="#footnotetag215">215</a></b>: On a prétendu que la véritable cause de ce duel étoit -une rivalité d'amour dont madame de Châtillon<a id="footnotetag215-A" name="footnotetag215-A"></a><a href="#footnote215-A" title="Lien vers la note 215-A"><span class="smaller">[215-A]</span></a> étoit l'objet. On -peut croire aussi que le ressentiment de l'outrage qu'il avoit essuyé -à Orléans n'étoit point encore éteint dans le cœur de Nemours. -Ils se battirent derrière l'hôtel Vendôme, cinq contre cinq. Nemours -apporta lui-même les épées et les pistolets, et chargea ceux-ci de sa -propre main. Quand il en présenta un à Beaufort, celui-ci fit encore -un dernier effort pour l'arrêter: «Ah! mon frère! lui cria-t-il -affectueusement, qu'allons-nous faire? pourquoi nous égorger? quelle -honte! Oublions le passé et vivons bons amis.—Ah! coquin, répondit -Nemours, tu trembles! Il faut que l'un de nous deux reste sur la -place.» Beaufort, après avoir reçu son feu, le tua roide de trois -balles, qui le percèrent au-dessus de la mamelle, au moment même où, -jetant son pistolet, ce furieux se précipitoit sur lui l'épée à la -main. Le marquis de Villars, l'un des seconds de Nemours, tua son -adversaire Héricourt, qu'il n'avoit jamais vu auparavant.</p> - -<p><a id="footnote215-A" name="footnote215-A"></a> -<b><a href="#footnotetag215-A">215-A</a></b>: Elle partageoit depuis long-temps ses faveurs entre -Nemours et Condé. Ce dernier en étoit passionnément amoureux.</p> - -<p><a id="footnote216" name="footnote216"></a> -<b><a href="#footnotetag216">216</a></b>: Plusieurs disent au contraire que ce fut le comte de -Rieux qui, dans la chaleur de la dispute, osa faire le premier un -geste menaçant que le duc d'Orléans punit seulement par quelques jours -de prison, et dont, dans tout autre temps, Condé eût tiré une -vengeance plus éclatante.</p> - -<p><a id="footnote217" name="footnote217"></a> -<b><a href="#footnotetag217">217</a></b>: Il étoit alors parvenu auprès de la reine à une faveur -assez grande pour donner à Mazarin de véritables inquiétudes.</p> - -<p><a id="footnote218" name="footnote218"></a> -<b><a href="#footnotetag218">218</a></b>: Il imagina d'écrire de Sedan au duc de Lorraine une -lettre tournée en forme de réponse, comme s'il y avoit eu entre eux un -commencement de négociation. Il y discutoit des propositions -d'accommodements, accordoit celle-ci, refusoit celle-là, et finissoit -par dire que si Charles s'opiniâtroit à refuser les offres de la cour, -elle sera forcée de traiter avec Condé, trouvant moins fâcheux pour -elle de se livrer à un prince du sang que d'exposer le royaume à une -invasion. Le courrier, porteur de cette dépêche, eut ordre de se -laisser prendre par les Espagnols. Fuensaldagne, l'ayant lue, en -conclut qu'il seroit impolitique de rendre Condé trop redoutable à la -reine; et complétement dupe de cette ruse, au lieu de joindre le duc -de Lorraine, il se contenta de lui envoyer quelque cavalerie et ramena -son armée en Flandres.</p> - -<p><a id="footnote219" name="footnote219"></a> -<b><a href="#footnotetag219">219</a></b>: Trompée par les artifices de Charles, qui négocioit -toujours en avançant vers Paris, la reine avoit ordonné à Turenne de -ne point l'inquiéter dans sa marche. Celui-ci, dont le coup -d'œil étoit plus pénétrant, aima mieux désobéir et courir les -dangers de sa désobéissance, que de risquer de tout perdre. Il -continua à serrer de près l'armée du duc; et n'ayant pu empêcher la -jonction de ses troupes avec celles des princes qui avoient pris -ensemble leur campement sur les bords de la Seine et de la Marne, près -d'Albon, il se plaça devant elles, dans une position avantageuse, près -de Villeneuve-Saint-George, derrière un bois, et dans l'angle que -forme la rivière d'Yères à son confluent avec la Seine. Les deux -armées restèrent en présence tout le mois de septembre, tandis que -l'on continuoit de négocier. Turenne les tint ainsi en échec tant -qu'il le crut nécessaire, et jusqu'à ce qu'il eût rempli son objet, -qui étoit de fatiguer les Parisiens par le séjour au milieu d'eux de -ces soldats étrangers, pillards et indisciplinés, d'amuser les princes -par ces négociations que l'on traînoit en longueur, de les -discréditer, et d'achever d'en détacher le peuple et ses chefs. Quand -il vit les choses arrivées au point où il les vouloit, il décampa sans -livrer bataille, ce qui étoit l'objet de tous les vœux du prince -de Condé, et le laissa étonné et désespéré de sa retraite.</p> - -<p><a id="footnote220" name="footnote220"></a> -<b><a href="#footnotetag220">220</a></b>: Il reçut alors le chapeau des mains du roi; sans cette -cérémonie, si long-temps et si prudemment différée, qui seule -l'établissoit réellement cardinal françois, il se seroit déclaré, -dit-on, pour Condé, qu'il ne combattoit que contre son gré, et dont le -parti vainqueur eût pu le conduire au ministère.</p> - -<p><a id="footnote221" name="footnote221"></a> -<b><a href="#footnotetag221">221</a></b>: Elle lui offrit l'ambassade de Rome, cent mille écus -pour payer ses dettes, une pension de cinquante mille écus, et une -pareille somme pour former ses équipages.</p> - -<p><a id="footnote222" name="footnote222"></a> -<b><a href="#footnotetag222">222</a></b>: La mort de son oncle l'ayant rendu, pendant sa prison, -archevêque de Paris, on lui demanda sa démission pour prix de sa -liberté; il la donna, ou feignit de la donner. En attendant qu'elle -eût été ratifiée à Rome, il fut transféré au château de Nantes, d'où -il se sauva. Il erra ensuite en Espagne, en Flandres, à Rome, en -Allemagne, tandis que ses partisans, et particulièrement un curé de la -Magdelaine qu'il avoit fait son grand-vicaire, soutenoient ses droits -avec autant de talent que d'intrépidité. Si Gondi les eût secondés par -une conduite régulière et par plus de persévérance, il est probable -qu'il seroit rentré en France encore archevêque de Paris; mais il se -lassa de l'exil et transigea. On lui donna de grosses abbayes en -échange de son archevêché; il fixa sa demeure en Lorraine, paya ses -dettes à la longue par de strictes économies; obtint, sur la fin de sa -vie, la permission de revenir à Paris, y passa ses derniers jours dans -un petit cercle d'amis qui charmoient la douceur de son commerce et -l'agrément de sa conversation; et y mourut dans les sentiments de -piété les plus édifiants.</p> - -<p><a id="footnote223" name="footnote223"></a> -<b><a href="#footnotetag223">223</a></b>: Ce qui avoit indisposé les Hollandois contre la France, -c'est que, dans une négociation entamée en 1646 avec l'Espagne, -Mazarin avoit proposé l'échange des Pays-Bas catholiques et de la -Franche-Comté contre la Catalogne et le Roussillon<a id="footnotetag223-A" name="footnotetag223-A"></a><a href="#footnote223-A" title="Lien vers la note 223-A"><span class="smaller">[223-A]</span></a>. Ce projet -étoit de nature à les inquiéter; ils considéroient avec raison le -voisinage de la France comme beaucoup plus redoutable pour eux que -celui des Espagnols; et en effet, les Pays-Bas, sous la domination -d'une puissance éloignée et que tant de guerres avoient fatiguée et -épuisée, devenoient pour eux une barrière contre la prépondérance -naissante de la France, et déjà visible à tous les yeux.</p> - -<p><a id="footnote223-A" name="footnote223-A"></a> -<b><a href="#footnotetag223-A">223-A</a></b>: Voyez les art. 3 et 4 de ce traité dans le P. -Bougeant. (<cite>Hist. des guerres et des négociat.</cite>, t. II, p. 368.)</p> - -<p><a id="footnote224" name="footnote224"></a> -<b><a href="#footnotetag224">224</a></b>: C'étoit Claude de Mesmes, comte d'Avaux, et Abel -Servien, comte de la Roche-des-Aubiers: celui-ci étoit l'homme de -confiance de Mazarin. Des dissensions s'étant élevées entre ces deux -plénipotentiaires, la cour se décida à envoyer au congrès, en 1645, un -premier plénipotentiaire, dans la personne d'un prince du sang: ce fut -Henri d'Orléans, duc de Longueville, que nous avons vu jouer depuis un -des premiers rôles dans la guerre de la fronde.</p> - -<p><a id="footnote225" name="footnote225"></a> -<b><a href="#footnotetag225">225</a></b>: En 1645.</p> - -<p><a id="footnote226" name="footnote226"></a> -<b><a href="#footnotetag226">226</a></b>: Au sujet de la cession de cette province, il fut -question de savoir si elle seroit cédée en toute propriété au roi de -France et en la détachant de l'empire germanique, ou s'il devoit -consentir à la tenir à titre de fief, avec voix et séance à la diète. -Les plénipotentiaires françois discutèrent dans un Mémoire qu'ils -envoyèrent en cour, les avantages de l'un et de l'autre mode de -posséder, et parurent pencher pour le second, vu qu'ils y voyoient -pour leur souverain la possibilité <em>d'être un jour élevé à la dignité -impériale</em>; et ces mêmes hommes ne manquoient point, à toute occasion, -de crier contre l'ambition de la maison d'Autriche et contre sa -tendance à la monarchie universelle.</p> - -<p><a id="footnote227" name="footnote227"></a> -<b><a href="#footnotetag227">227</a></b>: L'électeur de Brandebourg prétendoit à l'entière -possession de cette province, en vertu des traités de confraternité -passés entre ses prédécesseurs et les anciens ducs de Poméranie, dont -la maison venoit de s'éteindre en 1637, par la mort du dernier d'entre -eux, Bogislas XIV. On lui accorda un dédommagement pour la partie de -cette province que l'on donnoit à la Suède.</p> - -<p><a id="footnote228" name="footnote228"></a> -<b><a href="#footnotetag228">228</a></b>: Ce que l'on remarqua le plus en ce genre, furent les -avantages faits à la landgrave douairière de Hesse-Cassel, qui s'étoit -montrée la plus acharnée contre le parti catholique, et dont les -troupes n'avoient pas manqué une seule occasion d'exercer leurs -fureurs contre les possessions du clergé. Elle fit monter très-haut -ses prétentions, et le comte d'Avaux lui-même les jugea exorbitantes. -Mais elle rencontra un zélé protecteur dans le duc de Longueville, qui -trouva très-bon qu'on sécularisât pour cette princesse hérétique un -grand nombre d'évêchés, et répondit à l'évêque d'Osnabruck, qui lui -représentoit ce qu'il y avoit de scandaleux dans de semblables -concessions, qui d'ailleurs étoient fort au-delà des droits qu'elle -pouvoit légitimement faire valoir: «Il faut faire beaucoup en faveur -d'une dame <em>aussi vertueuse</em> que madame la landgrave; pourquoi, -Messieurs, surmontez-vous vous-mêmes, et donnez toute satisfaction à -Madame en ce qu'elle désire.» (<cite>Trait. de paix</cite>, t. I, p. 160.)</p> - -<p><a id="footnote229" name="footnote229"></a> -<b><a href="#footnotetag229">229</a></b>: Ceux qui n'avoient eu, pendant l'année décrétoire, -l'exercice ni public ni privé de leur religion, n'obtinrent qu'une -tolérance purement civile; c'est-à-dire qu'il leur fut libre de vaquer -aux devoirs de leur religion dans l'intérieur de leurs familles et de -leurs maisons. En quoi la <em>dévotion privée</em> différa de l'<em>exercice -privé</em>, qui renfermoit l'idée d'une assemblée ou d'une réunion de -plusieurs familles pour assister ensemble aux pratiques du culte.</p> - -<p><a id="footnote230" name="footnote230"></a> -<b><a href="#footnotetag230">230</a></b>: Hist. de Paris, t. I, p. 3.</p> - -<p><a id="footnote231" name="footnote231"></a> -<b><a href="#footnotetag231">231</a></b>: <i>Ibid.</i>, p. 265.</p> - -<p><a id="footnote232" name="footnote232"></a> -<b><a href="#footnotetag232">232</a></b>: <i>Ibid.</i>, p. 467.</p> - -<p><a id="footnote233" name="footnote233"></a> -<b><a href="#footnotetag233">233</a></b>: <cite>Chron. manusc.</cite> de Du bruel, fol. 15, V<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="footnote234" name="footnote234"></a> -<b><a href="#footnotetag234">234</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 150.</p> - -<p><a id="footnote235" name="footnote235"></a> -<b><a href="#footnotetag235">235</a></b>: Dans un tarif fait par saint Louis, dit Saint-Foix, -pour régler les droits de péage qui étoient dus à l'entrée de Paris -sous le Petit-Châtelet, on lit que le marchand qui apportera un singe -pour le vendre paiera quatre deniers; que si le singe appartient à un -<em>joculateur</em>, cet homme, en le faisant jouer et danser devant le -péager, sera quitte du péage, tant dudit singe que de tout ce qu'il -aura apporté pour son usage. De là vient le proverbe, <em>payer en -monnoie de singe, en gambades</em>. Un autre article porte que les -<em>jongleurs</em> seront aussi quittes de tout péage en chantant un couplet -de chanson devant le péager.</p> - -<p><a id="footnote236" name="footnote236"></a> -<b><a href="#footnotetag236">236</a></b>: Page 293.</p> - -<p><a id="footnote237" name="footnote237"></a> -<b><a href="#footnotetag237">237</a></b>: <cite>Mart. Rom.</cite>, p. 108 et 109.</p> - -<p><a id="footnote238" name="footnote238"></a> -<b><a href="#footnotetag238">238</a></b>: Reg. de la ville, fol. 519.</p> - -<p><a id="footnote239" name="footnote239"></a> -<b><a href="#footnotetag239">239</a></b>: Lib. VI, cap. 17; et lib. IX, cap. 6.</p> - -<p><a id="footnote240" name="footnote240"></a> -<b><a href="#footnotetag240">240</a></b>: <cite>Hist. univ.</cite>, t. I, pag. 402.</p> - -<p><a id="footnote241" name="footnote241"></a> -<b><a href="#footnotetag241">241</a></b>: Cart. Longip., fol. 110.</p> - -<p><a id="footnote242" name="footnote242"></a> -<b><a href="#footnotetag242">242</a></b>: Étienne de Vitri et Hugues de Munteler.</p> - -<p><a id="footnote243" name="footnote243"></a> -<b><a href="#footnotetag243">243</a></b>: L'église de Saint-Julien-le-Pauvre a été démolie -pendant la révolution.</p> - -<p><a id="footnote244" name="footnote244"></a> -<b><a href="#footnotetag244">244</a></b>: Outre la confrérie établie dans cette chapelle, -l'église de Saint-Julien-le-Pauvre étoit le lieu de rassemblement de -celles de Notre-Dame-des-Vertus, des couvreurs, des marchands -papetiers, des fondeurs; et l'on y faisoit les catéchismes et -retraites des Savoyards, fondés par l'abbé de Pontbriand.</p> - -<p><a id="footnote245" name="footnote245"></a> -<b><a href="#footnotetag245">245</a></b>: Du Breul, p. 586.</p> - -<p><a id="footnote246" name="footnote246"></a> -<b><a href="#footnotetag246">246</a></b>: Cette chapelle a été entièrement démolie.</p> - -<p><a id="footnote247" name="footnote247"></a> -<b><a href="#footnotetag247">247</a></b>: Ces ermites s'étoient, dès le principe, revêtus d'un -costume uniforme composé d'une robe brune, par-dessus laquelle ils -portoient un manteau blanc; mais comme ce manteau étoit la marque -distinctive des seigneurs sarrasins, ils se virent forcés d'y faire -des changements, et le mélangèrent de noir et de blanc. Cette -bigarrure, que conservèrent ceux que saint Louis amena à Paris, leur -fit donner le nom de <em>Barrés</em>; nom qu'ils communiquèrent à une rue du -quartier Saint-Paul, qui le porte encore aujourd'hui.</p> - -<p><a id="footnote248" name="footnote248"></a> -<b><a href="#footnotetag248">248</a></b>: Papebroch. 8 avril, p. 778 et 786.</p> - -<p><a id="footnote249" name="footnote249"></a> -<b><a href="#footnotetag249">249</a></b>: <i>Voy.</i> t. II, 2<sup>e</sup> part., p. 935.</p> - -<p><a id="footnote250" name="footnote250"></a> -<b><a href="#footnotetag250">250</a></b>: Plusieurs historiens ont prétendu qu'il y avoit en cet -endroit une chapelle de Notre-Dame, antérieure à la translation de ces -religieux. Cette opinion est dépourvue de toute autorité; il n'est -point fait mention de cette chapelle dans les chartes de -Philippe-le-Bel et de Philippe-le-Long; et si elle eût existé, ces -religieux ne se fussent point adressés au pape Jean XXII pour obtenir -la permission de construire une église ou oratoire, ainsi que les -autres bâtiments réguliers.</p> - -<p><a id="footnote251" name="footnote251"></a> -<b><a href="#footnotetag251">251</a></b>: Cette princesse, par son testament fait en 1349, laissa -et donna, pour <em>l'œuvre du Moustier de Notre-Dame du couvent des -Carmelistes</em>, sa couronne, la fleur de lis qu'elle eut à ses noces, sa -ceinture et ses tressons d'orfévrerie. Ces joyaux étoient garnis d'une -grande quantité de perles, de diamants et d'autres pierres précieuses. -À ce don elle ajouta celui de 1500 florins d'or à l'écu, et voulut que -ses pierreries fussent vendues, pour que le prix en fût appliqué -sur-le-champ aux bâtiments et ornements de l'église.</p> - -<p><a id="footnote252" name="footnote252"></a> -<b><a href="#footnotetag252">252</a></b>: Ce tombeau a été détruit. On a rendu les portraits des -deux époux à la famille.</p> - -<p><a id="footnote253" name="footnote253"></a> -<b><a href="#footnotetag253">253</a></b>: L'église des Carmes a servi, pendant plusieurs années, -d'atelier pour une manufacture d'armes: depuis elle a été détruite, et -sur son emplacement on a élevé un marché. <i>Voy.</i> à la fin du quartier, -l'article <a href="#monumentsnouveaux595"><i>monuments nouveaux</i></a>.</p> - -<p><a id="footnote254" name="footnote254"></a> -<b><a href="#footnotetag254">254</a></b>: T. I, p. 236.</p> - -<p><a id="footnote255" name="footnote255"></a> -<b><a href="#footnotetag255">255</a></b>: L'église de Saint-Jean-de-Latran, qui existoit encore -il y a quelques années, est aujourd'hui à moitié démolie, et l'on -travaille en ce moment à achever cette démolition; les bâtiments sont -occupés par des particuliers.</p> - -<p><a id="footnote256" name="footnote256"></a> -<b><a href="#footnotetag256">256</a></b>: Le Commandeur est représenté nu dans la partie -supérieure du corps, et à moitié couché sur son tombeau. Il s'appuie, -du bras gauche, sur un fragment de rocher; l'autre bras est soutenu -par un génie en pleurs. Son casque, sa cuirasse et le reste de son -armure sont déposés à ses pieds. L'exécution de ces figures manque de -vigueur et de sentiment, les formes en sont dépourvues de caractère, -les draperies sont lourdes; au total c'est de la sculpture extrêmement -médiocre<a id="footnotetag256-A" name="footnotetag256-A"></a><a href="#footnote256-A" title="Lien vers la note 256-A"><span class="smaller">[256-A]</span></a>.</p> - -<p><a id="footnote256-A" name="footnote256-A"></a> -<b><a href="#footnotetag256-A">256-A</a></b>: Ce monument, déposé aux Petits-Augustins, y étoit -soutenu par deux cariatides qui appartenoient au tombeau du président -de Thou. Nous aurons occasion d'en parler.</p> - -<p><a id="footnote257" name="footnote257"></a> -<b><a href="#footnotetag257">257</a></b>: <i>Voy.</i> 1<sup>re</sup> part. de ce vol., p. 622 et t. II, 1<sup>re</sup> -part., p. 458.</p> - -<p><a id="footnote258" name="footnote258"></a> -<b><a href="#footnotetag258">258</a></b>: Du Breul, p. 257.—Sauval, t. I, p. 410. <cite>Chronol. -hist. des curés de Saint-Benoît</cite>, p. 4.</p> - -<p><a id="footnote259" name="footnote259"></a> -<b><a href="#footnotetag259">259</a></b>: De Basil. Paris, p. 480 et 482.</p> - -<p><a id="footnote260" name="footnote260"></a> -<b><a href="#footnotetag260">260</a></b>: Bibliot. du Roi, manusc. 5185, cc.</p> - -<p><a id="footnote261" name="footnote261"></a> -<b><a href="#footnotetag261">261</a></b>: T. I, p. 212.</p> - -<p><a id="footnote262" name="footnote262"></a> -<b><a href="#footnotetag262">262</a></b>: Il n'est pas douteux que, par les mots <i lang="la">capellarius</i>, -<i lang="la">presbyter</i>, <i lang="la">capicerius</i>, <i lang="la">sacerdos ecclesiæ N</i>, on a toujours -entendu le curé.</p> - -<p><a id="footnote263" name="footnote263"></a> -<b><a href="#footnotetag263">263</a></b>: Cartul. S. Genev. et Sorbon., fol. 57.</p> - -<p><a id="footnote264" name="footnote264"></a> -<b><a href="#footnotetag264">264</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 151.</p> - -<p><a id="footnote265" name="footnote265"></a> -<b><a href="#footnotetag265">265</a></b>: Ce monument, dont aucun historien de Paris n'avoit fait -mention, a été déposé aux Petits-Augustins.</p> - -<p><a id="footnote266" name="footnote266"></a> -<b><a href="#footnotetag266">266</a></b>: Il n'existe point au Musée des Petits-Augustins.</p> - -<p><a id="footnote267" name="footnote267"></a> -<b><a href="#footnotetag267">267</a></b>: T. I, p. 206.</p> - -<p><a id="footnote268" name="footnote268"></a> -<b><a href="#footnotetag268">268</a></b>: L'église de Saint-Hilaire a été détruite.</p> - -<p><a id="footnote269" name="footnote269"></a> -<b><a href="#footnotetag269">269</a></b>: Corrozet place cette fondation en 499; Du Breul, -Sauval, Delamarre, le P. Daniel, l'abbé Fleuri en 500; les historiens -de Paris en 509; les auteurs du <cite>Gallia christiana</cite> un peu avant 511, -etc.</p> - -<p><a id="footnote270" name="footnote270"></a> -<b><a href="#footnotetag270">270</a></b>: Aim. lib. 1, cap. 10; Gesta franc. Roric. lib. 4; -Fredeg. schol. epit. cap. 25.</p> - -<p><a id="footnote271" name="footnote271"></a> -<b><a href="#footnotetag271">271</a></b>: Greg. Tur. lib. III. cap. 18, et lib. IV. cap. -1.—<i>Ibid.</i> lib. II, cap. 43, etc.</p> - -<p><a id="footnote272" name="footnote272"></a> -<b><a href="#footnotetag272">272</a></b>: <i lang="la">Ubi religio monastici ordinis vigeret.</i> Telles sont -les propres expressions d'un passage de la vie de sainte Bathilde, où -l'on parle de la fondation faite par la reine Clotilde de la basilique -de Saint-Pierre.</p> - -<p><a id="footnote273" name="footnote273"></a> -<b><a href="#footnotetag273">273</a></b>: Outre le doyen, elle avoit encore deux autres -dignitaires, dont l'un étoit le préchantre et l'autre le chancelier. -Sous Louis-le-Gros, on y comptoit au moins vingt prébendes, dont -plusieurs étoient possédées par des ecclésiastiques très-qualifiés. La -considération dont jouissoit le chapitre de Sainte-Geneviève étoit -telle, que, pendant plus d'un siècle, nos rois furent dans l'usage de -connoître par eux-mêmes des causes et affaires de tous les chanoines -en particulier. Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que -dès-lors ce chapitre, à l'imitation de la cathédrale, avoit ses -écoles, où les lettres florissoient, et que son chancelier y avoit les -mêmes attributions que celui de Notre-Dame. Il en résulta que lorsque -l'Université se fut étendue jusque sur le territoire de cette église, -ce chancelier eut naturellement sur les écoliers la même inspection -que l'autre avoit sur eux, hors de la terre de Sainte-Geneviève.</p> - -<p><a id="footnote274" name="footnote274"></a> -<b><a href="#footnotetag274">274</a></b>: Le pape étant allé à la basilique des SS. Apôtres pour -y célébrer la messe, il arriva qu'après qu'il se fut retiré dans la -sacristie, ses officiers voulurent s'emparer d'un riche tapis que les -chanoines avoient étendu sous les pieds du pontife. Ils prétendoient -qu'un ancien usage leur donnoit le droit de l'enlever. Les domestiques -de l'abbaye voulurent aussi l'avoir. Les deux partis commencèrent par -s'arracher le tapis des mains, avec des injures et des cris; ils en -vinrent bientôt aux coups, et le tumulte fut si grand, que le roi, qui -n'étoit pas encore sorti de l'église, ayant cru devoir se présenter -pour rétablir l'ordre, fut lui-même frappé dans la foule par les -domestiques de l'abbaye.</p> - -<p><a id="footnote275" name="footnote275"></a> -<b><a href="#footnotetag275">275</a></b>: Annal. manusc. de Sainte-Geneviève, fol. 275.</p> - -<p><a id="footnote276" name="footnote276"></a> -<b><a href="#footnotetag276">276</a></b>: Dans les premiers temps, suivant l'auteur de la vie de -sainte Geneviève, cette église n'avoit qu'un seul portique, où étoient -simplement peintes les histoires des patriarches, des prophètes, des -martyrs et des confesseurs. La sculpture ne fut employée que -long-temps après pour ces sortes de représentations, et lorsqu'en -élargissant les églises on jugea à propos d'élargir aussi et -d'exhausser les portiques.</p> - -<p><a id="footnote277" name="footnote277"></a> -<b><a href="#footnotetag277">277</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 152. Le tonnerre étoit tombé sur l'abbaye, -et y avoit causé de grands dommages; le clocher avoit été renversé, -les cloches avoient été fondues, et plusieurs endroits de la maison -endommagés.</p> - -<p><a id="footnote278" name="footnote278"></a> -<b><a href="#footnotetag278">278</a></b>: Ces figures, de la proportion seulement de quinze à -dix-huit pouces, ont été déposées au Musée des Petits-Augustins.</p> - -<p><a id="footnote279" name="footnote279"></a> -<b><a href="#footnotetag279">279</a></b>: Deux cents ans avant l'invasion des Normands, et -lorsque le corps de la sainte étoit encore dans son tombeau, saint -Éloi avoit effectivement orné ce monument d'ouvrages d'orfévrerie, -c'est-à-dire de quelques rinceaux d'or et d'argent qui formoient -au-dessus une espèce de petit édifice. Il fallut les enlever pour -ouvrir ce tombeau; et les précieuses reliques, transportées dans un -coffre de bois, y restèrent jusqu'au treizième siècle, sans autres -décorations que quelques feuilles d'argent dont on imagina de le -couvrir. Enfin, en 1240, un particulier nommé Godfroy donna une somme -pour la construction d'une nouvelle châsse; son exemple fut imité par -d'autres, et c'est alors que l'on construisit ce précieux ouvrage, -dans lequel il entra, dit-on, cent quatre-vingt-treize marcs d'argent -et sept marcs et demi d'or. L'orfèvre qui l'avoit fait se nommoit -<i>Bonard</i>. La translation du corps de la sainte s'y fit le 22 octobre -1242.</p> - -<p><a id="footnote280" name="footnote280"></a> -<b><a href="#footnotetag280">280</a></b>: Le cardinal y est représenté à genoux sur un coussin, -les mains jointes. Un génie, sur lequel Saint-Foix s'est fort égayé, -soutient la queue de son manteau, et l'on ne peut s'empêcher de -convenir que c'est là en effet une imagination fort ridicule. -L'exécution de ces figures est froide et sèche; le dessin en est -pauvre, et d'une grande incorrection; c'est de la sculpture -très-médiocre. (Déposé aux Petits-Augustins.)</p> - -<p><a id="footnote281" name="footnote281"></a> -<b><a href="#footnotetag281">281</a></b>: Cette figure passoit pour avoir été exécutée par -<i>Germain Pilon</i>. Elle n'existe point aux Petits-Augustins.</p> - -<p><a id="footnote282" name="footnote282"></a> -<b><a href="#footnotetag282">282</a></b>: Ces constructions ayant occasionné des fouilles dans -les terres du préau, on y trouva un très-grand nombre de cercueils de -pierre qui contenoient encore des squelettes, mais pas une seule -inscription.</p> - -<p><a id="footnote283" name="footnote283"></a> -<b><a href="#footnotetag283">283</a></b>: La bibliothèque de Sainte-Geneviève existe encore et -continue d'être ouverte au public.</p> - -<p><a id="footnote284" name="footnote284"></a> -<b><a href="#footnotetag284">284</a></b>: Cette procession fut faite, pour la première fois, en -1229, à l'occasion de la maladie <em>des Ardents</em>. (Voy. t. I, prem. -part., pag. 288.)</p> - -<p><a id="footnote285" name="footnote285"></a> -<b><a href="#footnotetag285">285</a></b>: Lib. V, cap. 18. Il fut encore tenu deux autres -conciles dans cette église, en 573 et 615.</p> - -<p><a id="footnote286" name="footnote286"></a> -<b><a href="#footnotetag286">286</a></b>: Prudence, huitième évêque de Paris, y fut enterré en -400.</p> - -<p><a id="footnote287" name="footnote287"></a> -<b><a href="#footnotetag287">287</a></b>: T. II, p. 381.</p> - -<p><a id="footnote288" name="footnote288"></a> -<b><a href="#footnotetag288">288</a></b>: Dans ses <cite>notes</cite> sur l'histoire de la prise de -Constantinople par les François en 1204, écrite par Geoffroi de -Villehardouin: «<i lang="la">Portæ aureæ</i>, dit-il, <i lang="la">dictæ, in majoribus -civitatibus, portæ præcipuæ per quas solemnes ingressus vel processus -fieri solebant</i>.»</p> - -<p><a id="footnote289" name="footnote289"></a> -<b><a href="#footnotetag289">289</a></b>: La paroisse en prit le nom, et le changea en celui de -Saint-Jean, nom que prit aussi la chapelle. On l'appeloit vulgairement -paroisse <i>du Mont</i>.</p> - -<p><a id="footnote290" name="footnote290"></a> -<b><a href="#footnotetag290">290</a></b>: L'évêque soumit à la paroisse du Mont tous ceux qui -feroient bâtir dans le clos Bruneau et dans le clos Mauvoisin. L'abbé -et les chanoines cédèrent à l'évêque la chapelle Sainte-Geneviève dans -la Cité, et abandonnèrent la prébende et la vicairie qu'ils avoient à -Notre-Dame.</p> - -<p><a id="footnote291" name="footnote291"></a> -<b><a href="#footnotetag291">291</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 153 et 154.</p> - -<p><a id="footnote292" name="footnote292"></a> -<b><a href="#footnotetag292">292</a></b>: Ces vitraux sont déposés au Musée des Petits-Augustins.</p> - -<p><a id="footnote293" name="footnote293"></a> -<b><a href="#footnotetag293">293</a></b>: Ces ouvrages de Germain Pilon n'ont point été déposés -aux Petits-Augustins.</p> - -<p><a id="footnote294" name="footnote294"></a> -<b><a href="#footnotetag294">294</a></b>: Cette belle chaire est encore dans l'église, où elle -est toujours restée.</p> - -<p><a id="footnote295" name="footnote295"></a> -<b><a href="#footnotetag295">295</a></b>: Ce monument n'est point aux Petits-Augustins.</p> - -<p><a id="footnote296" name="footnote296"></a> -<b><a href="#footnotetag296">296</a></b>: Les cendres de ce grand poëte ont été respectées, et -sont restées à Saint-Étienne.</p> - -<p><a id="footnote297" name="footnote297"></a> -<b><a href="#footnotetag297">297</a></b>: On a également laissé le corps de cet homme célèbre -dans son sépulcre; son épitaphe est au Musée des Petits-Augustins.</p> - -<p><a id="footnote298" name="footnote298"></a> -<b><a href="#footnotetag298">298</a></b>: L'église Saint-Étienne-du-Mont est encore aujourd'hui -une des paroisses de Paris.</p> - -<p><a id="footnote299" name="footnote299"></a> -<b><a href="#footnotetag299">299</a></b>: Les bâtiments de cette communauté sont occupés par des -particuliers.</p> - -<p><a id="footnote300" name="footnote300"></a> -<b><a href="#footnotetag300">300</a></b>: On y trouva des puits au nombre de plus de cent -cinquante, dont plusieurs avoient jusqu'à quatre-vingts pieds de -profondeur. On présuma qu'ils avoient été creusés, dans des temps -très-reculés, par des potiers de terre qui habitoient ce quartier, et -qui trouvoient en cet endroit les matières avec lesquelles ils -faisoient de très-belles poteries, dont on a découvert en même temps -de nombreux fragments.</p> - -<p><a id="footnote301" name="footnote301"></a> -<b><a href="#footnotetag301">301</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 167.</p> - -<p><a id="footnote302" name="footnote302"></a> -<b><a href="#footnotetag302">302</a></b>: La hauteur, depuis le pavé jusqu'au cadre de la lunette -pratiquée dans le milieu de la voûte, est de cent soixante-dix pieds. -La châsse de Sainte-Geneviève devoit être placée au centre de ce dôme, -de manière à être aperçue de tous les points de l'église.</p> - -<p><a id="footnote303" name="footnote303"></a> -<b><a href="#footnotetag303">303</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 156.</p> - -<p><a id="footnote304" name="footnote304"></a> -<b><a href="#footnotetag304">304</a></b>: On y avoit employé jusqu'à deux cents ouvriers à la -fois, ce qui avoit pu imprimer une sorte de mouvement et -d'accélération de chute à cette masse suspendue sur des points d'appui -trop légers, et vicieux dans le mode de leur construction.</p> - -<p><a id="footnote305" name="footnote305"></a> -<b><a href="#footnotetag305">305</a></b>: Ce péristyle est composé de vingt-deux colonnes d'ordre -corinthien, de cinq pieds et demi de diamètre, de cinquante-huit pieds -de hauteur, y compris base et chapiteaux. <i>Voy.</i> pl. 155.</p> - -<p><a id="footnote306" name="footnote306"></a> -<b><a href="#footnotetag306">306</a></b>: Il a cent vingt pieds de base sur environ vingt-quatre -pieds de haut.</p> - -<p><a id="footnote307" name="footnote307"></a> -<b><a href="#footnotetag307">307</a></b>: Feu M. Legrand.</p> - -<p><a id="footnote308" name="footnote308"></a> -<b><a href="#footnotetag308">308</a></b>: La destination de ce monument fut changée pendant la -révolution: on le consacra, sous le nom de Panthéon françois, à la -sépulture des Grands Hommes, et l'on sait quels hommes y furent alors -enterrés. (Voy. l'article <a href="#monumentsnouveaux595"><i>monuments nouveaux</i></a>.)</p> - -<p><a id="footnote309" name="footnote309"></a> -<b><a href="#footnotetag309">309</a></b>: <cite>Hist. univ.</cite>, t. III, p. 105.</p> - -<p><a id="footnote310" name="footnote310"></a> -<b><a href="#footnotetag310">310</a></b>: T. I, p. 410.</p> - -<p><a id="footnote311" name="footnote311"></a> -<b><a href="#footnotetag311">311</a></b>: <cite>Livre Rouge de l'hôtel-de-Ville</cite>, fol. 112, v<sup>o</sup>. Ces -maisons sont celles qui étoient contiguës au collége de Cluni, et -celles qui donnoient sur la rue Saint-Jacques, touchant à la voûte -Saint-Quentin, où est aujourd'hui l'entrée de ce côté-là.</p> - -<p class="source">(<span class="smcap">Jaillot.</span>)</p> - -<p><a id="footnote312" name="footnote312"></a> -<b><a href="#footnotetag312">312</a></b>: Ce lieu, destiné aux assemblées des officiers -municipaux, est appelé, dans des lettres du roi Jean de 1350, -<i lang="la">Parlamentum</i>, <i lang="la">seu Parlatorium Burgensium</i> (Livre Rouge de -l'Hôtel-de-Ville, fol. 17, v<sup>o</sup>). Quant à la ruelle, nommée -<i>Coupe-Gorge</i>, à cause des accidents fréquents qui y arrivoient, -Sauval et d'autres l'ont confondue avec la rue de <i>Coupe-Gueule</i>, -située entre la rue de Sorbonne et celle des Maçons.</p> - -<p><a id="footnote313" name="footnote313"></a> -<b><a href="#footnotetag313">313</a></b>: Ce tableau avoit été transporté, vers les derniers -temps, dans la salle des exercices, connue sous le nom d'<i>Écoles de -Saint-Thomas</i>.</p> - -<p><a id="footnote314" name="footnote314"></a> -<b><a href="#footnotetag314">314</a></b>: Cette statue, en pierre de liais, se voit aux -Petits-Augustins; le masque est en albâtre.</p> - -<p><a id="footnote315" name="footnote315"></a> -<b><a href="#footnotetag315">315</a></b>: Il se consacra à Dieu après la mort de son fils, qui -s'étoit noyé dans l'Isère; céda ses états à Philippe VI; entra dans -l'ordre de Saint-Dominique; fut successivement prêtre, patriarche -d'Alexandrie, et administrateur perpétuel de l'évêché de Reims. Après -sa mort son corps fut transporté à son couvent de Paris, et enterré -auprès de Clémence, reine de France, et sœur de sa mère. Sa -tombe étoit composée de quatre grandes plaques de cuivre jetées en -moule. Il y étoit représenté revêtu des habits de son ordre, la chape -plus courte que sa robe. Il avoit la mitre, les gants, le pallium qui -descendoît jusqu'à ses pieds, et tenoit sous son bras gauche le bâton -de la croix patriarcale.</p> - -<p><a id="footnote316" name="footnote316"></a> -<b><a href="#footnotetag316">316</a></b>: Les bustes de ces deux personnages accompagnoient leurs -monuments.</p> - -<p><a id="footnote317" name="footnote317"></a> -<b><a href="#footnotetag317">317</a></b>: La dévotion à la confrérie du Rosaire attiroit dans -cette église un grand concours de peuple, tous les premiers dimanches -du mois. La reine Anne d'Autriche engagea Louis XIII à y entrer, et y -fit inscrire Louis XIV, son fils, encore au berceau. Depuis cette -époque la coutume s'étoit introduite d'y faire inscrire les enfants de -France peu de temps après leur naissance.</p> - -<p><a id="footnote318" name="footnote318"></a> -<b><a href="#footnotetag318">318</a></b>: La statue de ce prélat avoit été déposée aux -Petits-Augustins.</p> - -<p><a id="footnote319" name="footnote319"></a> -<b><a href="#footnotetag319">319</a></b>: Les bâtiments des Jacobins ont été détruits en grande -partie: l'église, qui existe encore, sert de magasin.</p> - -<p><a id="footnote320" name="footnote320"></a> -<b><a href="#footnotetag320">320</a></b>: T. I, p. 226.</p> - -<p><a id="footnote321" name="footnote321"></a> -<b><a href="#footnotetag321">321</a></b>: T. I, p. 223.</p> - -<p><a id="footnote322" name="footnote322"></a> -<b><a href="#footnotetag322">322</a></b>: Pastor. A, p. 596; B, p. 93; D. 56; <cite>Gall. christ.</cite>, t. -VII; <cite>Instrum.</cite>, col. 31.</p> - -<p><a id="footnote323" name="footnote323"></a> -<b><a href="#footnotetag323">323</a></b>: <i>Voy.</i> t. I, prem. part., p. 361.</p> - -<p><a id="footnote324" name="footnote324"></a> -<b><a href="#footnotetag324">324</a></b>: Pastor. A, p. 654.</p> - -<p><a id="footnote325" name="footnote325"></a> -<b><a href="#footnotetag325">325</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 157.</p> - -<p><a id="footnote326" name="footnote326"></a> -<b><a href="#footnotetag326">326</a></b>: C'est-à-dire qu'elle pouvoit être lue également de -gauche à droite et de droite à gauche.</p> - -<p><a id="footnote327" name="footnote327"></a> -<b><a href="#footnotetag327">327</a></b>: L'église Saint-Étienne-des-Grès a été détruite.</p> - -<p><a id="footnote328" name="footnote328"></a> -<b><a href="#footnotetag328">328</a></b>: <i>Voy.</i> t. II, 2<sup>e</sup> part., p. 1249.</p> - -<p><a id="footnote329" name="footnote329"></a> -<b><a href="#footnotetag329">329</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 158. Elle a été rendue au culte.</p> - -<p><a id="footnote330" name="footnote330"></a> -<b><a href="#footnotetag330">330</a></b>: <cite>Hist. des Ordr. rel.</cite>, t. II, p. 280.</p> - -<p><a id="footnote331" name="footnote331"></a> -<b><a href="#footnotetag331">331</a></b>: L'abbé Lebeuf, t. I, p. 246.</p> - -<p><a id="footnote332" name="footnote332"></a> -<b><a href="#footnotetag332">332</a></b>: L'abbé Lebeuf, t. I, p. 247.</p> - -<p><a id="footnote333" name="footnote333"></a> -<b><a href="#footnotetag333">333</a></b>: <i>Voy.</i> tom. I, 2<sup>e</sup> part., p. 583.</p> - -<p><a id="footnote334" name="footnote334"></a> -<b><a href="#footnotetag334">334</a></b>: Dès 1480 l'abbaye Saint-Magloire étoit possédée en -commande. Catherine de Médicis, long-temps avant la translation, avoit -demandé la suppression du titre et de la dignité abbatiale, et l'union -des revenus à l'évêché de Paris, ce qui fut accordé par une bulle de -Pie IV en 1564, et confirmé, en 1575, par une autre bulle de Grégoire -XIII.</p> - -<p><a id="footnote335" name="footnote335"></a> -<b><a href="#footnotetag335">335</a></b>: Ce séminaire est maintenant occupé par l'institution -des Sourds-Muets.</p> - -<p><a id="footnote336" name="footnote336"></a> -<b><a href="#footnotetag336">336</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 159. Cette église a été rendue au culte.</p> - -<p><a id="footnote337" name="footnote337"></a> -<b><a href="#footnotetag337">337</a></b>: Ce fut, dit-on, ce tableau qui commença la réputation -de cet habile peintre.</p> - -<p><a id="footnote338" name="footnote338"></a> -<b><a href="#footnotetag338">338</a></b>: Sauval, t. I, p. 658 et 714.</p> - -<p><a id="footnote339" name="footnote339"></a> -<b><a href="#footnotetag339">339</a></b>: Son mérite et ses talents le firent choisir depuis pour -être sous-précepteur des enfants de France.</p> - -<p><a id="footnote340" name="footnote340"></a> -<b><a href="#footnotetag340">340</a></b>: Les bâtiments de cette communauté sont occupés -maintenant par une pension.</p> - -<p><a id="footnote341" name="footnote341"></a> -<b><a href="#footnotetag341">341</a></b>: T. II, p. 418.</p> - -<p><a id="footnote342" name="footnote342"></a> -<b><a href="#footnotetag342">342</a></b>: Entre autres, M. Cabou, conseiller au grand conseil, et -mademoiselle Ferret.</p> - -<p><a id="footnote343" name="footnote343"></a> -<b><a href="#footnotetag343">343</a></b>: Cette maison est occupée maintenant par une communauté -de dames de Charité.</p> - -<p><a id="footnote344" name="footnote344"></a> -<b><a href="#footnotetag344">344</a></b>: Sauval, t. II, p. 706.</p> - -<p><a id="footnote345" name="footnote345"></a> -<b><a href="#footnotetag345">345</a></b>: T. I, p. 661.</p> - -<p><a id="footnote346" name="footnote346"></a> -<b><a href="#footnotetag346">346</a></b>: Les bâtiments de cette communauté sont occupés par une -pension.</p> - -<p><a id="footnote347" name="footnote347"></a> -<b><a href="#footnotetag347">347</a></b>: <i>Voy.</i> t. II, 2<sup>e</sup> part., p. 709.</p> - -<p><a id="footnote348" name="footnote348"></a> -<b><a href="#footnotetag348">348</a></b>: Cette maison est maintenant habitée par des -particuliers.</p> - -<p><a id="footnote349" name="footnote349"></a> -<b><a href="#footnotetag349">349</a></b>: Les bâtiments des Ursulines ont été démolis.</p> - -<p><a id="footnote350" name="footnote350"></a> -<b><a href="#footnotetag350">350</a></b>: Les bâtiments de cette maison servent d'atelier à une -manufacture de coton.</p> - -<p><a id="footnote351" name="footnote351"></a> -<b><a href="#footnotetag351">351</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 167.</p> - -<p><a id="footnote352" name="footnote352"></a> -<b><a href="#footnotetag352">352</a></b>: Les bâtiments de cette communauté sont en partie -détruits, en partie habités par des particuliers.</p> - -<p><a id="footnote353" name="footnote353"></a> -<b><a href="#footnotetag353">353</a></b>: On a établi une fonderie dans cette maison.</p> - -<p><a id="footnote354" name="footnote354"></a> -<b><a href="#footnotetag354">354</a></b>: Nous avons déjà dit plusieurs fois que sa statue se -plaçoit ordinairement dans les cimetières, et que dans la plupart il y -avoit un oratoire sous son nom. L'abbé Lebeuf ayant trouvé en cet -endroit un moulin qui subsistoit encore à la fin du siècle dernier, et -qu'on nommoit le moulin <i>de la Tombe-Isoire</i> (t. I, p. 230), en a -conclu que ce nom ne signifioit, par corruption, qu'un assemblage de -tombes. Jaillot ne trouve aucun titre qui puisse faire penser qu'on -ait jamais employé le mot de <i>Tombe-isoire</i> pour désigner un -cimetière, et sans daigner s'arrêter à réfuter la fable d'un géant -nommé Isore, que l'on supposoit enterré en ce lieu, il rapporte -plusieurs actes dans lesquels il a lu <i lang="la">apud tumbam Ysore</i>, et prouve -que c'étoit le nom d'une famille encore connue au seizième siècle, et -qui occupoit une grande maison aboutissant à la place Maubert. (Cens. -de Sainte-Geneviève, de 1540, fol. 15.)</p> - -<p><a id="footnote355" name="footnote355"></a> -<b><a href="#footnotetag355">355</a></b>: Cart. B. M. de Campis, fol. 34.</p> - -<p><a id="footnote356" name="footnote356"></a> -<b><a href="#footnotetag356">356</a></b>: On assuroit, par tradition, dans le couvent des -Carmélites, qu'il y avoit sous cette crypte, située au fond de -l'église, une autre cave encore plus basse; ce qui sembleroit indiquer -des restes de sépulcres romains. Peut-être est-ce en ce lieu -souterrain que saint Denis rassembloit les fidèles. Son image ou celle -de saint Martin de Tours étoit sculptée sur le trumeau de la grande -porte; et les six grandes statues placées aux deux côtés du portique -représentoient sensiblement Moïse, Aaron, David, Salomon et deux -autres prophètes.</p> - -<p class="source">(<span class="smcap">Lebeuf.</span>)</p> - -<p><a id="footnote357" name="footnote357"></a> -<b><a href="#footnotetag357">357</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 167.</p> - -<p><a id="footnote358" name="footnote358"></a> -<b><a href="#footnotetag358">358</a></b>: Ce tableau, maintenant déposé, ainsi que plusieurs -autres de cette église, dans le Musée du roi, a été à la fois l'objet -d'éloges outrés et de contes ridicules. C'est encore un préjugé assez -généralement répandu qu'il offre l'image de madame de La Vallière, et -que jamais Le Brun n'a rien fait de plus beau. Cependant il n'y a pas, -dans cette figure, le moindre rapport de ressemblance avec les -portraits bien authentiques de cette dame célèbre; et du reste, ce -tableau, loin d'être un des meilleurs de l'artiste, peut être -justement mis au rang de ses plus médiocres. L'expression manque de -vérité; l'attitude est maniérée et théâtrale; il y a de l'exagération -dans la couleur. Du reste, c'est ainsi que l'on a long-temps jugé, -parmi nous, les productions des beaux-arts, sans goût, sans méthode, -sans aucunes connoissances positives.</p> - -<p><a id="footnote359" name="footnote359"></a> -<b><a href="#footnotetag359">359</a></b>: Cette décoration, ainsi que les peintures de la voûte, -étoit due aux libéralités de la reine Marie de Médicis.</p> - -<p><a id="footnote360" name="footnote360"></a> -<b><a href="#footnotetag360">360</a></b>: On y exposoit, une ou deux fois par an, un grand soleil -enrichi de pierreries du plus grand prix.</p> - -<p><a id="footnote361" name="footnote361"></a> -<b><a href="#footnotetag361">361</a></b>: Le cardinal est représenté à genoux, les mains croisées -sur sa poitrine, et dans l'attitude de la prière. L'exécution de cette -figure est lourde et molle dans toutes ses parties. Les bas-reliefs -sont au nombre de trois, dont deux sur les faces latérales -représentent les sacrifices de l'ancienne et de la nouvelle loi; -l'autre, sur le devant de la plinthe, offre les armes du cardinal. Ils -nous ont paru d'un meilleur style, et plusieurs parties en sont même -traitées avec une sorte de délicatesse. (Déposé aux Petits-Augustins.)</p> - -<p><a id="footnote362" name="footnote362"></a> -<b><a href="#footnotetag362">362</a></b>: Tous les embellissements de cette chapelle avoient été -faits par les libéralités de l'abbé Le Camus.</p> - -<p><a id="footnote363" name="footnote363"></a> -<b><a href="#footnotetag363">363</a></b>: L'épitaphe de ce savant homme, trop longue pour être -rapportée ici, avoit été composée par Rollin.</p> - -<p><a id="footnote364" name="footnote364"></a> -<b><a href="#footnotetag364">364</a></b>: Gall. Christ., t. VII, inst. col. 196.</p> - -<p><a id="footnote365" name="footnote365"></a> -<b><a href="#footnotetag365">365</a></b>: Dans cette pierre fut encastrée une médaille d'or de -trois pouces et demi de diamètre, pesant un marc trois onces, sur -laquelle est d'un côté le portrait de Louis XIV, porté par la reine sa -mère, avec cette inscription: <i lang="la">Anna, Dei gratiâ, Francorum et Navarræ -regina regens, mater Ludovici XIV, Dei gratiâ, Franciæ et Navarræ -regis christianissimi</i>. Au revers sont gravés le portail et la façade -de l'église, et autour est écrit: <i lang="la">Ob gratiam diù desiderati regii et -secundi partûs</i>. Au bas sont marqués le jour et l'année de la -naissance de Louis XIV. <i lang="la">Quinto septembris</i> 1638.</p> - -<p><a id="footnote366" name="footnote366"></a> -<b><a href="#footnotetag366">366</a></b>: Piqué du traitement qu'il venoit d'éprouver, Mansard, -pour s'en venger, engagea M. Henri du Plessis Guénégaud, secrétaire -d'état, à faire bâtir, dans son château de Frêne, à sept lieues de -Paris, une chapelle, dans laquelle cet architecte exécuta en petit le -dessin qu'il avoit conçu pour le Val-de-Grâce. Les historiens de -Paris, accoutumés à juger les objets d'arts sur parole, et d'après les -réputations bien ou mal fondées, n'ont pas manqué de dire que c'étoit -le chef-d'œuvre de l'architecture françoise. La vérité est que -ce monument, dont la partie la plus remarquable est un dôme sur -pendentifs, n'offre rien d'extraordinaire que la singularité de -l'exécution sur une si petite échelle: il n'a que dix-huit pieds de -diamètre. Le plan n'en est pas même très-heureux.</p> - -<p><a id="footnote367" name="footnote367"></a> -<b><a href="#footnotetag367">367</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 160.</p> - -<p><a id="footnote368" name="footnote368"></a> -<b><a href="#footnotetag368">368</a></b>: Cette chapelle, placée derrière le chevet du dôme de -l'église, étoit enfermée dans une enceinte particulière par des murs -de clôture de neuf pieds de hauteur, et destinée uniquement aux -religieuses. Le grand autel élevé entre cette chapelle et la nef étoit -double, et disposé de manière que ces filles pouvoient y recevoir la -communion et adorer le Saint-Sacrement sans être vues des personnes du -dehors.</p> - -<p><a id="footnote369" name="footnote369"></a> -<b><a href="#footnotetag369">369</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 161.</p> - -<p><a id="footnote370" name="footnote370"></a> -<b><a href="#footnotetag370">370</a></b>: Le premier qui y fut déposé fut celui de madame -Anne-Élisabeth de France, première fille de Louis XIV, morte en 1662; -Anne d'Autriche voulut aussi donner le sien aux religieuses du -Val-de-Grâce, comme une dernière marque de son affection; et depuis, -cet usage a toujours subsisté pour tous les princes et princesses de -la maison royale. On disposa en conséquence un caveau au-dessous de -cette chapelle; il fut revêtu de marbre, et au milieu de la chapelle, -tendue en velours noir rehaussé d'armoiries d'argent, on éleva une -estrade surmontée d'un dais, où ces portions de leurs dépouilles -mortelles furent long-temps exposées avant d'être inhumées dans le -caveau. Le 17 janvier 1696, un ordre du roi les y fit descendre, à -l'exception de ceux d'Anne d'Autriche et du duc d'Orléans, qui -restèrent dans la chapelle.</p> - -<p><a id="footnote371" name="footnote371"></a> -<b><a href="#footnotetag371">371</a></b>: La voûte de la chapelle offre, dans six médaillons, les -têtes de la sainte Vierge, de saint Joseph, de sainte Anne, de saint -Joachim, de sainte Élisabeth, de saint Zacharie. On y voit en outre -des figures d'anges chargés de cartels, avec des inscriptions et des -hiéroglyphes relatifs à ces divers personnages.</p> - -<p>Aux quatre angles du dôme, dans quatre médaillons, sont les quatre -Évangélistes, accompagnés d'anges portant également des inscriptions -dans des cartels. Sur les arcades des neuf chapelles, dont trois sont -sous le dôme et six dans la nef, des figures allégoriques présentent -les divers attributs de la Vierge, tels que la Patience, la Pauvreté, -l'Humilité, l'Innocence, la Virginité, la Prudence, la Justice, la -Piété, etc., etc.</p> - -<p><a id="footnote372" name="footnote372"></a> -<b><a href="#footnotetag372">372</a></b>: Dans la partie la plus élevée de la composition on voit -un ange qui tient ouvert le livre des sceaux, où sont écrits les noms -des élus. De côté et d'autre, des saints distribués par groupes, -patriarches, apôtres, martyrs, vierges, confesseurs, etc., sont abîmés -dans la contemplation de la majesté divine, etc.</p> - -<p>Dans la partie inférieure, la reine Anne d'Autriche est représentée -conduite par sainte Anne et par saint Louis au pied du trône de -l'Éternel, et lui offrant le plan du dôme qu'elle vient de construire. -Vers le point le plus élevé de la voûte la vue se perd dans les -espaces infinis des cieux.</p> - -<p><a id="footnote373" name="footnote373"></a> -<b><a href="#footnotetag373">373</a></b>: L'église du Val-de-Grâce est une de celles qui ont le -moins souffert de la révolution, quoique sa destination ait changé: -car le couvent est maintenant un hôpital militaire, et l'église un -dépôt d'effets destinés à ce genre d'hôpitaux. Toutefois des mesures -ont été prises pour la conservation du pavement en marbre et de -l'architecture, au moyen d'un plancher superposé et de cloisons qui -les préservent. L'autel principal et son riche baldaquin sont -également garantis et conservés.</p> - -<p><a id="footnote374" name="footnote374"></a> -<b><a href="#footnotetag374">374</a></b>: Son attachement pour elles étoit si grand, qu'elle se -fit faire, dans la clôture de leur monastère, un appartement et un -oratoire, où elle se retiroit très-souvent, surtout dans les grandes -fêtes de l'année. On compte que, depuis le commencement de sa régence -jusqu'à sa mort, elle y passa cent quarante-six nuits.</p> - -<p><a id="footnote375" name="footnote375"></a> -<b><a href="#footnotetag375">375</a></b>: Cette union fut autorisée et confirmée par le roi, à la -charge de recevoir gratuitement douze demoiselles; nombre qui fut -depuis réduit à six.</p> - -<p><a id="footnote376" name="footnote376"></a> -<b><a href="#footnotetag376">376</a></b>: Sauval, t. I, p. 649.</p> - -<p><a id="footnote377" name="footnote377"></a> -<b><a href="#footnotetag377">377</a></b>: <i>Voy.</i> t. I, 2<sup>e</sup> part., p. 992.</p> - -<p><a id="footnote378" name="footnote378"></a> -<b><a href="#footnotetag378">378</a></b>: Cette maison sert maintenant d'hôpital pour les -maladies vénériennes.</p> - -<p><a id="footnote379" name="footnote379"></a> -<b><a href="#footnotetag379">379</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 162. Cette maison, maintenant connue sous le -nom d'hospice <i>Cochin</i>, a été rendue à sa première destination.</p> - -<p><a id="footnote380" name="footnote380"></a> -<b><a href="#footnotetag380">380</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 163 et 166.</p> - -<p><a id="footnote381" name="footnote381"></a> -<b><a href="#footnotetag381">381</a></b>: <cite>Hist. univ. Paris.</cite>, t. II, p. 572.</p> - -<p><a id="footnote382" name="footnote382"></a> -<b><a href="#footnotetag382">382</a></b>: Les auteurs du Dictionnaire de Trévoux.</p> - -<p><a id="footnote383" name="footnote383"></a> -<b><a href="#footnotetag383">383</a></b>: Jaillot n'adopte point l'opinion, avancée par -plusieurs, qu'on enseignoit alors la médecine dans les écoles de la -cathédrale, et même à l'entrée de l'église. «On a pu, dit-il, -s'assembler et prendre des décisions près le bénitier, <i lang="la">ad cupam B. M. -inter duas cupas</i>, sans qu'on doive en conclure qu'on y donnoit des -leçons. Il en est de même de l'église de Sainte-Geneviève-la-Petite -(des Ardents), de Saint-Éloi, de Saint-Julien-le-Pauvre, des -Bernardins, des Mathurins, de Saint-Yves, etc. Tous ces endroits ne me -paroissent point devoir être considérés comme des écoles, mais comme -des lieux d'assemblée de la faculté, ou pour traiter des affaires de -son corps, ou pour faire des actes de religion.»</p> - -<p><a id="footnote384" name="footnote384"></a> -<b><a href="#footnotetag384">384</a></b>: En 1678, la plus grande partie des bâtiments avoit été -refaite ou réparée par les bienfaits de M. Lemasle des Roches, chantre -et chanoine de l'église de Paris.</p> - -<p><a id="footnote385" name="footnote385"></a> -<b><a href="#footnotetag385">385</a></b>: Le doyen de la faculté de médecine étoit élu tous les -ans, le premier samedi d'après la Toussaint; mais on le continuoit -ordinairement deux années dans sa charge. C'étoit lui qui indiquoit -les assemblées, qui présidoit et concluoit à la pluralité des voix. Il -avoit sa place au tribunal du recteur de l'Université, et y donnoit sa -voix au nom de sa faculté. L'érection des professeurs se faisoit le -même jour que celle des doyens.</p> - -<p><a id="footnote386" name="footnote386"></a> -<b><a href="#footnotetag386">386</a></b>: <i>Voy.</i> Jaillot, quart. Saint-Benoît, p. 193.</p> - -<p><a id="footnote387" name="footnote387"></a> -<b><a href="#footnotetag387">387</a></b>: Hist. de Paris, t. III, p. 490.</p> - -<p><a id="footnote388" name="footnote388"></a> -<b><a href="#footnotetag388">388</a></b>: L'un des nouveaux boursiers devoit être prêtre, et -avoir 6 sous par semaine; les autres 4 sous, comme ceux de la première -fondation.</p> - -<p><a id="footnote389" name="footnote389"></a> -<b><a href="#footnotetag389">389</a></b>: Du Breul, pag. 692.—Hist. de Par., t. I, pag. 592.</p> - -<p><a id="footnote390" name="footnote390"></a> -<b><a href="#footnotetag390">390</a></b>: Le nom de <i>Torchi</i> étoit celui d'une terre appartenant -à cette famille.</p> - -<p><a id="footnote391" name="footnote391"></a> -<b><a href="#footnotetag391">391</a></b>: Sauval fait mention d'un collége établi dans cette rue, -et qui existoit encore en 1410; on le nommoit collége de <i>Suesse</i>, -c'est-à-dire de Danemarck. Jaillot pense que ce pouvoit être celui de -<i>Dace</i>, dont nous avons parlé à l'article du collége de Laon.</p> - -<p>Il y avoit encore dans cette même rue, et près de -Saint-Jean-de-Latran, un autre collége nommé le collége de <i>Tonnerre</i>. -Un acte de 1406 nous apprend qu'il avoit été fondé par l'abbé et par -les religieux de Saint-Jean-en-Vallée. Quant à son nom, il le devoit à -l'abbé lui-même, lequel se nommoit Richard de Tonnerre. On ignore en -quel temps ce collége a cessé d'exister.</p> - -<p>La chapelle existe encore, ainsi que les bâtiments; ils sont occupés -par des particuliers.</p> - -<p><a id="footnote392" name="footnote392"></a> -<b><a href="#footnotetag392">392</a></b>: Hist. de Par., t. III, p. 427.</p> - -<p><a id="footnote393" name="footnote393"></a> -<b><a href="#footnotetag393">393</a></b>: Guillaume Postel professa autrefois dans le collége des -Lombards, et avec tant de célébrité, qu'on raconte que la grand'salle -de cette maison, ne pouvant contenir la foule de ceux qui venoient -l'entendre, il étoit obligé de les faire descendre dans la cour, et de -leur donner leçon par une des fenêtres.</p> - -<p><a id="footnote394" name="footnote394"></a> -<b><a href="#footnotetag394">394</a></b>: Ce collége est maintenant habité par des particuliers: -la chapelle sert de magasin.</p> - -<p><a id="footnote395" name="footnote395"></a> -<b><a href="#footnotetag395">395</a></b>: Deux de ces statues avoient été déposées au Musée des -Petits-Augustins.</p> - -<p><a id="footnote396" name="footnote396"></a> -<b><a href="#footnotetag396">396</a></b>: <i>Voy.</i> prem. part. de ce volume, p. 600.</p> - -<p><a id="footnote397" name="footnote397"></a> -<b><a href="#footnotetag397">397</a></b>: Hist. de Par., t. III, p. 431.</p> - -<p><a id="footnote398" name="footnote398"></a> -<b><a href="#footnotetag398">398</a></b>: Le <i lang="la">committimus</i> étoit un droit que le roi accordoit -aux officiers de sa maison et à qui il lui plaisoit, de plaider en -première instance aux requêtes du palais ou de l'hôtel, dans les -matières personnelles, possessoires ou mixtes, et d'y faire envoyer ou -évoquer celles où ils avoient intérêt.</p> - -<p><a id="footnote399" name="footnote399"></a> -<b><a href="#footnotetag399">399</a></b>: Les <em>commensaux</em> étoient les officiers des maisons du -roi, de la reine, des enfants de France, des princes du sang. Au droit -de <i lang="la">committimus</i>, ils joignoient celui d'être exempts de corvée, de -guet et de garde. Ils avoient droit de préséance sur les juges des -seigneurs, droits honorifiques dans les églises avant les -marguilliers, etc., etc.</p> - -<p><a id="footnote400" name="footnote400"></a> -<b><a href="#footnotetag400">400</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 164 et 166.</p> - -<p><a id="footnote401" name="footnote401"></a> -<b><a href="#footnotetag401">401</a></b>: La bulle de confirmation donnée par le pape Jean XXII -n'est que du 30 juillet 1322; mais Jaillot a prouvé que le collége -existoit avant cette époque, et dès 1317.</p> - -<p><a id="footnote402" name="footnote402"></a> -<b><a href="#footnotetag402">402</a></b>: Il affecta vingt bourses aux artiens, dix aux -philosophes, et dix aux théologiens ou étudiants en droit canon. Les -petites bourses étoient fixées à 2 sous par semaine, celles des -philosophes à 4 sous, et celles des théologiens à 6 sous. Le fondateur -établit en même temps trois chapelains, dont les bourses étoient les -mêmes que celles des théologiens, et le maître ou principal eut 8 sous -par semaine.</p> - -<p><a id="footnote403" name="footnote403"></a> -<b><a href="#footnotetag403">403</a></b>: Jaillot, quart. S. Ben., p. 115.</p> - -<p><a id="footnote404" name="footnote404"></a> -<b><a href="#footnotetag404">404</a></b>: On sait qu'il se nommoit du Plessis-Richelieu.</p> - -<p><a id="footnote405" name="footnote405"></a> -<b><a href="#footnotetag405">405</a></b>: Il sert maintenant de logement à des professeurs de la -nouvelle Université.</p> - -<p><a id="footnote406" name="footnote406"></a> -<b><a href="#footnotetag406">406</a></b>: Il étoit ainsi nommé parce qu'il avoit appartenu à -Bernard de La Tour, évêque de Langres.</p> - -<p><a id="footnote407" name="footnote407"></a> -<b><a href="#footnotetag407">407</a></b>: Il fit donner à cet effet la somme de 53,156 livres.</p> - -<p><a id="footnote408" name="footnote408"></a> -<b><a href="#footnotetag408">408</a></b>: La translation du collége de Lisieux y avoit déjà été -ordonnée en 1762; celle du collége de Beauvais le fut en 1763. Voici -les noms des autres colléges réunis à celui de Louis-le-Grand:</p> - -<ul class="none"> -<li>Le collége de Notre-Dame, dit des Dix-Huit.</li> -<li>———— des Bons-Enfants.</li> -<li>———— du Trésorier.</li> -<li>———— des Cholets.</li> -<li>———— de Bayeux.</li> -<li>———— de Laon.</li> -<li>———— de Presle.</li> -<li>———— de Narbonne.</li> -<li>———— de Cornouaille.</li> -<li>———— d'Arras.</li> -<li>———— de Tréguier.</li> -<li>———— de Bourgogne.</li> -<li>———— de l'Ave-Maria.</li> -<li>———— d'Autun.</li> -<li>———— de Cambrai.</li> -<li>———— de Justice.</li> -<li>———— de Roissi.</li> -<li>———— de Maître-Gervais.</li> -<li>———— de Dainville.</li> -<li>———— de Fortet.</li> -<li>———— de Chanac.</li> -<li>———— de Reims.</li> -<li>———— de Séez.</li> -<li>———— du Mans.</li> -<li>———— de Sainte-Barbe.</li> -<li>———— de Grand-Mont.</li> -</ul> - -<p><a id="footnote409" name="footnote409"></a> -<b><a href="#footnotetag409">409</a></b>: Le collége de Louis-le-Grand est maintenant un des cinq -colléges royaux de Paris.</p> - -<p><a id="footnote410" name="footnote410"></a> -<b><a href="#footnotetag410">410</a></b>: Ce collége, dont il reste encore des parties, offre sur -sa façade des sculptures gothiques qui n'ont point encore été -remarquées, et qui sont au nombre des plus élégantes et des plus -délicates qu'il y ait à Paris. Ses portes, tellement basses qu'elles -excèdent à peine la hauteur d'un homme, présentent encore une -singularité très-remarquable<a id="footnotetag410-A" name="footnotetag410-A"></a><a href="#footnote410-A" title="Lien vers la note 410-A"><span class="smaller">[410-A]</span></a>.</p> - -<p><a id="footnote410-A" name="footnote410-A"></a> -<b><a href="#footnotetag410-A">410-A</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 166.</p> - -<p><a id="footnote411" name="footnote411"></a> -<b><a href="#footnotetag411">411</a></b>: Hist. de Paris, t. II, pag. 1047.</p> - -<p><a id="footnote412" name="footnote412"></a> -<b><a href="#footnotetag412">412</a></b>: Ce territoire, d'abord planté de vignes, avoit depuis -été occupé par l'hôtel et les jardins des évêques de Châlons, et par -un hôtel contigu appelé le <i>Château-Fêtu</i>.</p> - -<p><a id="footnote413" name="footnote413"></a> -<b><a href="#footnotetag413">413</a></b>: Elle fut construite en 1694, et bénite la même année.</p> - -<p><a id="footnote414" name="footnote414"></a> -<b><a href="#footnotetag414">414</a></b>: Liv. II, p. 732.</p> - -<p><a id="footnote415" name="footnote415"></a> -<b><a href="#footnotetag415">415</a></b>: Le testament du sieur Coqueret est de 1463, et le -collége de Sainte-Barbe ne fut fondé qu'en 1556.</p> - -<p><a id="footnote416" name="footnote416"></a> -<b><a href="#footnotetag416">416</a></b>: Il périt malheureusement à Voltri, en allant au concile -de Pise, le 8 juin de cette même année.</p> - -<p><a id="footnote417" name="footnote417"></a> -<b><a href="#footnotetag417">417</a></b>: À la tête de leurs noms on lit celui du fameux Jean -<i>Gerson</i>, chancelier de l'Université.</p> - -<p><a id="footnote418" name="footnote418"></a> -<b><a href="#footnotetag418">418</a></b>: Hist. univ., t. VI, p. 72.</p> - -<p><a id="footnote419" name="footnote419"></a> -<b><a href="#footnotetag419">419</a></b>: <i>Voy.</i> t. II, 2<sup>e</sup> part., p. 993.</p> - -<p><a id="footnote420" name="footnote420"></a> -<b><a href="#footnotetag420">420</a></b>: Quatre devoient être d'Aurillac, sa patrie, ou du -diocèse de Saint-Flour; et quatre de la ville de Paris.</p> - -<p><a id="footnote421" name="footnote421"></a> -<b><a href="#footnotetag421">421</a></b>: C'est dans le collége de Fortet que furent tenues les -premières assemblées de la Ligue. (<i>Voy.</i> prem. part. de ce volume, -pag. 271.)</p> - -<p><a id="footnote422" name="footnote422"></a> -<b><a href="#footnotetag422">422</a></b>: Les bâtiments de ce collége forment maintenant -plusieurs maisons particulières.</p> - -<p><a id="footnote423" name="footnote423"></a> -<b><a href="#footnotetag423">423</a></b>: Pierre étoit entré dans l'ordre de Saint-Benoît, et -Gilles étoit alors employé dans des négociations importantes.</p> - -<p><a id="footnote424" name="footnote424"></a> -<b><a href="#footnotetag424">424</a></b>: M. Crévier.</p> - -<p><a id="footnote425" name="footnote425"></a> -<b><a href="#footnotetag425">425</a></b>: <i>Voy.</i> t. II, 2<sup>e</sup> part., pag. 907.</p> - -<p><a id="footnote426" name="footnote426"></a> -<b><a href="#footnotetag426">426</a></b>: Ce collége est maintenant changé en maison d'arrêt.</p> - -<p><a id="footnote427" name="footnote427"></a> -<b><a href="#footnotetag427">427</a></b>: Ce collége, dont la chapelle existe encore, est -maintenant habité par des particuliers.</p> - -<p><a id="footnote428" name="footnote428"></a> -<b><a href="#footnotetag428">428</a></b>: Agobard. lib. adv. Gundob. legem., cap. 4.</p> - -<p><a id="footnote429" name="footnote429"></a> -<b><a href="#footnotetag429">429</a></b>: Hist., lib. IV, cap. 42.—C'est lorsque l'on examine -avec attention le récit des historiens contemporains, et ces divers -codes sous lesquels étoient régis tous ces peuples et conquis et -conquérants qui habitoient les Gaules, que l'on est en quelque sorte -confondu de cet excès d'ignorance ou de mauvaise foi qui a fait naître -depuis peu à quelques pédants politiques l'idée bizarre de les diviser -en deux castes, séparées l'une de l'autre par des barrières à jamais -insurmontables, dont l'une, sous le nom de <em>Francs</em>, se composoit de -maîtres ou plutôt de tyrans orgueilleux et cruels; l'autre, sous celui -de <em>Gaulois</em>, d'esclaves ou plutôt d'ilotes réduits à peu près à la -condition des bêtes de somme. Or, il est remarquable que, dans tout ce -qui concernoit la police générale et surtout dans les choses que -l'état de civilisation plus avancé des Gaulois rendoit nouvelles pour -les Francs, ceux-ci eurent le plus souvent recours aux lois et à la -police des Romains: c'est ce qu'atteste un écrivain qui vivoit cent -ans après la conquête<a id="footnotetag429-A" name="footnotetag429-A"></a><a href="#footnote429-A" title="Lien vers la note 429-A"><span class="smaller">[429-A]</span></a>.</p> - -<p>Ce seroit encore une grande erreur de croire que la loi romaine ne fit -que des bourgeois, des prêtres et des plébéïens. Elle faisoit aussi -des familles nobles, puisque, par diverses dispositions de son code, -elle faisoit des familles militaires, et que ces dispositions ne -furent point abrogées. Mais comme les circonstances n'étoient plus les -mêmes, que la situation des peuples avoit plus de fixité et de -tranquillité que dans ces temps désastreux, où l'empire penchant vers -sa ruine et se trouvant entamé et déchiré de toutes parts, tous grands -et petits étoient indistinctement forcés de prendre les armes; ceux -qui n'appartenoient pas aux familles militaires rentrèrent -naturellement dans l'ordre civil d'où ils étoient momentanément -sortis, et ces familles, les seules où l'on eût le privilége d'être -soldat en naissant, continuèrent seules de suivre leur ancienne -profession et furent aussi les seules qui transmirent ce droit et -cette obligation à leurs enfants.</p> - -<p>Ainsi ces soldats romains qui, au rapport de Procope, se donnèrent, -avec leurs drapeaux et les pays qu'ils gardoient, aux Armoriques et -aux Germains, conservèrent les mœurs, l'habillement et les lois -de leur pays; mais ne cessèrent point d'être soldats. Le récit de -Procope prouve au contraire qu'ils continuèrent de l'être, et qu'ils -conservèrent et léguèrent à leurs descendants les avantages et les -honneurs qui étoient attachés à la condition militaire<a id="footnotetag429-B" name="footnotetag429-B"></a><a href="#footnote429-B" title="Lien vers la note 429-B"><span class="smaller">[429-B]</span></a>. Ainsi -s'explique le passage de Grégoire de Tours, déjà cité; c'est de la -jeune noblesse <em>romaine</em> qu'il veut parler, lorsqu'il dit que l'étude -des lois <em>Théodosiennes</em> étoit une des parties principales de son -éducation. Certes les barbares n'étudioient point les codes romains -dont ils n'avoient que faire; les ridicules <em>doctrinaires</em> que nous -venons de signaler n'oseroient le soutenir et reculeroient eux-mêmes -devant une pareille absurdité.</p> - -<p><a id="footnote429-A" name="footnote429-A"></a> -<b><a href="#footnotetag429-A">429-A</a></b>: Agathias. <i>Voy.</i> encore t. I, prem. part., p. 55 et -56.</p> - -<p><a id="footnote429-B" name="footnote429-B"></a> -<b><a href="#footnotetag429-B">429-B</a></b>: <i>Voy.</i> t. II, 2<sup>e</sup> part, p. 801.</p> - -<p><a id="footnote430" name="footnote430"></a> -<b><a href="#footnotetag430">430</a></b>: <cite>Cap. excerp. ex Leg. Longip.</cite>, cap. 49.—Charlemagne -répondit à un comte qui l'avoit consulté sur une loi dont -l'interprétation sembloit lui offrir quelques difficultés «Si vos -doutes portent sur la loi Salique, <i>adressez-vous à notre plaid -général</i>.»</p> - -<p><a id="footnote431" name="footnote431"></a> -<b><a href="#footnotetag431">431</a></b>: L'empereur Basile et ses successeurs firent une autre -compilation de lois sous le nom de <em>Basiliques</em>. Dans l'Occident, et -particulièrement dans la partie des Gaules où l'on suivoit le droit -écrit, on ne connoissoit que le Code Théodosien, les Institutes de -Caïus et l'Édit perpétuel.</p> - -<p><a id="footnote432" name="footnote432"></a> -<b><a href="#footnotetag432">432</a></b>: Irnerius.</p> - -<p><a id="footnote433" name="footnote433"></a> -<b><a href="#footnotetag433">433</a></b>: Ce monument n'a point changé de destination.</p> - -<p><a id="footnote434" name="footnote434"></a> -<b><a href="#footnotetag434">434</a></b>: Cette maison est encore occupée par des prêtres de -cette nation.</p> - -<p><a id="footnote435" name="footnote435"></a> -<b><a href="#footnotetag435">435</a></b>: Cette communauté a été rétablie; les bâtiments des deux -établissements précédents sont occupés maintenant par des pensions ou -par des particuliers.</p> - -<p><a id="footnote436" name="footnote436"></a> -<b><a href="#footnotetag436">436</a></b>: Ces prix avoient été fondés par M. Le Noir, dernier -lieutenant de police.</p> - -<p><a id="footnote437" name="footnote437"></a> -<b><a href="#footnotetag437">437</a></b>: Cet établissement n'a point changé de destination.</p> - -<p><a id="footnote438" name="footnote438"></a> -<b><a href="#footnotetag438">438</a></b>: Ils habitoient les faubourgs. Ceux de l'évêché de -Genève, qui étoient les plus nombreux, logeoient dans le faubourg -Saint-Marceau; ceux de Saint-Jean-de-Maurienne, dans le faubourg -Saint-Laurent; ceux de l'archevêché de Moutier en Tarentaise, dans le -Marais, etc. Ils étoient distribués par chambrées, dont chacune, -composée de huit à dix Savoyards, étoit conduite par un chef, qui -remplissoit auprès de ces enfants les fonctions d'économe et de -tuteur. Chacun d'eux avoit sa place marquée dans Paris, où il se -rendoit de grand matin; et le soir en rentrant, ce qui avoit été gagné -dans la journée étoit mis dans une boîte commune nommée <em>tirelire</em>, -que l'on n'ouvroit que lorsque la somme étoit assez considérable pour -être employée utilement aux besoins de la petite société. Cette police -des Savoyards s'est maintenue pendant la révolution, et subsiste -encore aujourd'hui.</p> - -<p><a id="footnote439" name="footnote439"></a> -<b><a href="#footnotetag439">439</a></b>: Ces deux hôtels sont compris aujourd'hui dans le -collége de Montaigu.</p> - -<p><a id="footnote440" name="footnote440"></a> -<b><a href="#footnotetag440">440</a></b>: Le collége de Sainte-Barbe a été bâti sur l'emplacement -de cet hôtel.</p> - -<p><a id="footnote441" name="footnote441"></a> -<b><a href="#footnotetag441">441</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 147.</p> - -<p><a id="footnote442" name="footnote442"></a> -<b><a href="#footnotetag442">442</a></b>: Cette dernière se nomme maintenant barrière d'Arcueil.</p> - -<p><a id="footnote443" name="footnote443"></a> -<b><a href="#footnotetag443">443</a></b>: T. I, p. 109.</p> - -<p><a id="footnote444" name="footnote444"></a> -<b><a href="#footnotetag444">444</a></b>: Cens. de 1380.</p> - -<p><a id="footnote445" name="footnote445"></a> -<b><a href="#footnotetag445">445</a></b>: T. II, p. 569.</p> - -<p><a id="footnote446" name="footnote446"></a> -<b><a href="#footnotetag446">446</a></b>: Chronol. hist. des cur. de S. Ben., p. 26 et 27.</p> - -<p><a id="footnote447" name="footnote447"></a> -<b><a href="#footnotetag447">447</a></b>: Cette croix fut érigée en 1668, en réparation d'un -sacrilége commis dans l'église Saint-Martin, cloître Saint-Marcel. Au -mois de juillet, trois voleurs s'étant introduits dans cette église -rompirent le tabernacle, emportèrent le saint ciboire, et dispersèrent -les hosties. Ils furent arrêtés, et déclarèrent qu'ils avoient -enveloppé une de ces hosties dans un linge, et l'avoient jetée près -des murs du Val-de-Grâce. Elle y fut heureusement trouvée, et levée -avec les cérémonies requises, à la suite desquelles M. l'archevêque -ordonna une procession solennelle et expiatoire, où il assista -nu-pieds et l'étole derrière le dos. On éleva ensuite la croix dont -nous parlons, et tous les ans le clergé de la paroisse s'y rendoit -processionnellement.</p> - -<p><a id="footnote448" name="footnote448"></a> -<b><a href="#footnotetag448">448</a></b>: Il y a dans cette rue un cul-de-sac nommé -d'<i>Hautefort</i>. C'est l'ouverture d'une rue projetée en 1724 et non -continuée, laquelle devoit traverser de celle des Bourguignons dans la -rue des Lyonnois.</p> - -<p><a id="footnote449" name="footnote449"></a> -<b><a href="#footnotetag449">449</a></b>: T. I, p. 121.</p> - -<p><a id="footnote450" name="footnote450"></a> -<b><a href="#footnotetag450">450</a></b>: Ces rues ont été depuis supprimées, pour faciliter -l'entrée de la place Sainte-Geneviève.</p> - -<p><a id="footnote451" name="footnote451"></a> -<b><a href="#footnotetag451">451</a></b>: T. I, p. 121.</p> - -<p><a id="footnote452" name="footnote452"></a> -<b><a href="#footnotetag452">452</a></b>: Plusieurs titres de l'archevêché font mention d'une -ruelle qui donnoit dans cette rue, et qu'on nommoit, en 1490, <i>ruelle -du Lion-Pugnais</i>, et en 1508, du <i>Trou-Punais</i>. Ce dernier nom étoit -commun aux fossés ou cloaques où se perdoient les eaux et les -immondices, qui de là étoient portées à la rivière. Jaillot pense que -cette ruelle est la descente vis-à-vis la rue des Rats, qu'on appeloit -<i>les Petits-Degrés</i>.</p> - -<p><a id="footnote453" name="footnote453"></a> -<b><a href="#footnotetag453">453</a></b>: Cette rue est maintenant nommée <i>rue Méchin</i>, dans une -de ses parties. Celle qui va du faubourg Saint-Jacques au -Champ-des-Capucins a conservé son ancien nom.</p> - -<p><a id="footnote454" name="footnote454"></a> -<b><a href="#footnotetag454">454</a></b>: T. III, p. 263.</p> - -<p><a id="footnote455" name="footnote455"></a> -<b><a href="#footnotetag455">455</a></b>: T. I, p. 124.</p> - -<p><a id="footnote456" name="footnote456"></a> -<b><a href="#footnotetag456">456</a></b>: Hist. de Par., t. III, p. 392.</p> - -<p><a id="footnote457" name="footnote457"></a> -<b><a href="#footnotetag457">457</a></b>: On la nomme maintenant <i>rue des Irlandois</i>.</p> - -<p><a id="footnote458" name="footnote458"></a> -<b><a href="#footnotetag458">458</a></b>: T. I, p. 125.</p> - -<p><a id="footnote459" name="footnote459"></a> -<b><a href="#footnotetag459">459</a></b>: On la nomme aujourd'hui rue <i>Jean-Hubert</i>.</p> - -<p><a id="footnote460" name="footnote460"></a> -<b><a href="#footnotetag460">460</a></b>: Fol. 190.</p> - -<p><a id="footnote461" name="footnote461"></a> -<b><a href="#footnotetag461">461</a></b>: Au coin de cette rue est une maison dont quelques -historiens ont parlé, à cause de la statue de Henri IV qu'on y voyoit -encore à la fin du siècle dernier. L'abbé Lebeuf dit (t. I, p. 208) -que «la tradition est que Gabrielle d'Estrées, duchesse de Beaufort, y -a logé, et y a reçu quelquefois ce prince.» Il adopte cette tradition, -et critique Piganiol, qui place l'hôtel de cette duchesse dans la rue -Fromenteau, près le Louvre. Jaillot croit devoir le combattre, parce -qu'il ne trouve rien qui puisse autoriser une semblable opinion. «Il -est plus vraisemblable, dit-il, que l'hôtel de la duchesse de Beaufort -étoit dans la rue Fromenteau, près le Louvre, que dans la rue -Fromentel, près Saint-Hilaire, cette dernière maison n'annonçant rien, -par sa structure ni par son étendue, qui puisse faire présumer qu'elle -ait été occupée par Gabrielle d'Estrées; d'ailleurs je n'ai trouvé -aucun titre où la rue Fromentel soit appelée Fromenteau, quoique -celle-ci ait porté le nom de la première.»</p> - -<p><a id="footnote462" name="footnote462"></a> -<b><a href="#footnotetag462">462</a></b>: Gall. christ., t. VII, inst. col. 225.</p> - -<p><a id="footnote463" name="footnote463"></a> -<b><a href="#footnotetag463">463</a></b>: Pigan., t. VI, p. 108.</p> - -<p><a id="footnote464" name="footnote464"></a> -<b><a href="#footnotetag464">464</a></b>: <i>Voy.</i> t. I, prem. part., p. 280.</p> - -<p><a id="footnote465" name="footnote465"></a> -<b><a href="#footnotetag465">465</a></b>: Past. A, fol. 583; B, 873; D, 206 et 306.</p> - -<p><a id="footnote466" name="footnote466"></a> -<b><a href="#footnotetag466">466</a></b>: Il y avoit autrefois trois ruelles dans cette rue: la -première n'est désignée par aucun nom, à moins que ce ne soit celle -qu'on trouve dans les titres sous celui de <i>ruelle Chartière</i>. Les -deux autres se nommoient, l'une, <i>rue Sainte-Apolline</i>, l'autre, -<i>ruelle de la Sphère</i>. C'est sur cette dernière et sur la partie d'un -jeu de paume qui portoit le même nom, que fut bâtie la maison des -Filles de Sainte-Aure.</p> - -<p><a id="footnote467" name="footnote467"></a> -<b><a href="#footnotetag467">467</a></b>: Cens. de S. Genev. de 1540.</p> - -<p><a id="footnote468" name="footnote468"></a> -<b><a href="#footnotetag468">468</a></b>: À côté de ce cul-de-sac étoit une ruelle <i>descendante -de la boucherie de Gloriette-en-Seine</i>, telle est sa seule désignation -dans un acte de 1492. Le terrier du roi de 1540 l'appelle <i>ruelle des -Étuves</i>.</p> - -<p><a id="footnote469" name="footnote469"></a> -<b><a href="#footnotetag469">469</a></b>: Dans cette rue est un cul-de-sac appelé <i>Bouvard</i>: -c'étoit, dans l'origine, un chemin qui descendoit de la Montagne dans -la rue des Noyers, et qui coupoit le clos Bruneau en deux parties. -Quoi qu'en dise l'abbé Lebeuf (t. I, p. 206), il paroît que cette -ruelle n'existoit pas dans le treizième siècle, Guillot et le rôle des -taxes de ce temps-là n'en parlent pas. Dans les siècles suivants on la -trouve désignée d'abord sous le nom de <i>Longue-Allée</i>, ensuite sous -ceux de <i>Josselin</i>, <i>Jousselin</i>, <i>Jusseline</i>, <i>Saint-Hilaire</i>. Jaillot -pense que son dernier nom de <i>Bouvard</i>, ainsi, que celui de la <i>cour -des Bœufs</i>, qui n'en est pas très-éloigné, est dû aux bouchers -de la Montagne, qui mettoient leurs bœufs dans ces deux -endroits. (Ce cul-de-sac est aujourd'hui fermé.)</p> - -<p><a id="footnote470" name="footnote470"></a> -<b><a href="#footnotetag470">470</a></b>: Cartul. Sorb., fol. 28.</p> - -<p><a id="footnote471" name="footnote471"></a> -<b><a href="#footnotetag471">471</a></b>: Cette rue étoit anciennement traversée par plusieurs -rues, et contenoit quelques culs-de-sacs, qui, même avant la -révolution, ne subsistoient plus qu'en partie.</p> - -<p>1<sup>o</sup>. La <i>rue de Paradis</i>. Elle étoit située à côté du passage qui -conduisoit aux Ursulines. Son premier nom étoit <i>rue -Notre-Dame-des-Champs</i><a id="footnotetag471-A" name="footnotetag471-A"></a><a href="#footnote471-A" title="Lien vers la note 471-A"><span class="smaller">[471-A]</span></a>; on la nomma ensuite <i>ruelle -Jean-le-Riche</i> et <i>Neuve-Jean-Richer</i><a id="footnotetag471-B" name="footnotetag471-B"></a><a href="#footnote471-B" title="Lien vers la note 471-B"><span class="smaller">[471-B]</span></a>, <i>des Poteries</i>, <i>de -Saint-Séverin</i>. Le nom de Paradis vient d'une enseigne. (Cette rue, -élargie maintenant par la démolition du couvent qui en étoit voisin, -est appelée rue des Ursulines.)</p> - -<p>2<sup>o</sup>. Les culs-de-sac des Ursulines et des Feuillantines: c'étoient -deux passages qui conduisoient aux monastères de ces religieuses. Le -premier est entré dans la nouvelle rue des Ursulines, l'autre est -détruit sans qu'il en reste aucune trace.</p> - -<p>3<sup>o</sup>. La <i>rue des Marionnettes</i>. Elle étoit ouverte en face du passage -des Carmélites, et aboutissoit à la rue de l'Arbalète. On la trouve -dans les censiers de Sainte-Geneviève sous les noms du <i>Mariollet</i> et -du <i>Marjollet</i>. Jaillot pense que ce nom lui vient d'un marmouzet -placé sur la porte d'une grande maison qui servoit de boucherie. Ce -marmouzet étoit appelé la Tête-Noire. Les jardins de cette maison, -composés de cinq arpents, entrèrent dans le territoire des -Feuillantines; la rue fut fermée, et la partie qui donnoit dans celle -de l'Arbalète fut accordée par la ville aux filles de la Providence. -(Il ne reste plus de vestiges de cette rue.)</p> - -<p>4<sup>o</sup>. Le cul-de-sac ou passage des Carmélites, qui se prolongeoit -ci-devant jusque dans la rue d'Enfer.</p> - -<p>5<sup>o</sup>. La <i>rue des Samsonnets</i>. Cette rue, partant du coin des murs du -Val-de-Grâce, alloit aboutir dans la rue des Bourguignons, au champ -des Capucins. On la trouve sous les noms de <i>rue du -Samsonnet-à-la-Croix</i> et <i>du Puits-de-l'Orme</i>. En 1636 elle s'appeloit -<i>rue de l'Égout</i>, parce qu'elle servoit en effet à cet usage. Vers -cette époque, les protestants avoient dans cette rue un prêche, qu'on -appeloit vulgairement <i>Temple de Jérusalem</i><a id="footnotetag471-C" name="footnotetag471-C"></a><a href="#footnote471-C" title="Lien vers la note 471-C"><span class="smaller">[471-C]</span></a>. Elle étoit fermée -depuis long-temps, et est aujourd'hui entièrement détruite.</p> - -<p>6<sup>o</sup>. Enfin la <i>ruelle Saint-Jacques-du-Haut-Pas</i>, qui traversoit de la -rue du Faubourg dans celle d'Enfer: ce passage se fermoit la nuit par -deux portes grillées.</p> - -<p><a id="footnote471-A" name="footnote471-A"></a> -<b><a href="#footnotetag471-A">471-A</a></b>: Sauval, t. I, p. 255.</p> - -<p><a id="footnote471-B" name="footnote471-B"></a> -<b><a href="#footnotetag471-B">471-B</a></b>: Cens. de S. Genev.</p> - -<p><a id="footnote471-C" name="footnote471-C"></a> -<b><a href="#footnotetag471-C">471-C</a></b>: Reg. de la ville, fol. 238.</p> - -<p><a id="footnote472" name="footnote472"></a> -<b><a href="#footnotetag472">472</a></b>: T. I, p. 125.</p> - -<p><a id="footnote473" name="footnote473"></a> -<b><a href="#footnotetag473">473</a></b>: Il y avoit autrefois dans cette rue un passage qu'on -nommoit <i>petite ruelle de Saint-Jean-de-Latran</i>, et qui conduisoit à -l'enclos de la maison du même nom.</p> - -<p><a id="footnote474" name="footnote474"></a> -<b><a href="#footnotetag474">474</a></b>: Cart. de S. Genev. de 1243; Cart. Sorbon. de 1259.</p> - -<p><a id="footnote475" name="footnote475"></a> -<b><a href="#footnotetag475">475</a></b>: Elle se nomme maintenant <i>rue Cassini</i>.</p> - -<p><a id="footnote476" name="footnote476"></a> -<b><a href="#footnotetag476">476</a></b>: T. I, p. 153.</p> - -<p><a id="footnote477" name="footnote477"></a> -<b><a href="#footnotetag477">477</a></b>: Cart. de S. Genev. de 1243.</p> - -<p><a id="footnote478" name="footnote478"></a> -<b><a href="#footnotetag478">478</a></b>: Cette rue est maintenant fermée d'un côté. La partie -qui donne dans la rue du Faubourg-Saint-Jacques forme un cul-de-sac -nommé de <i>Longue Avoine</i>.</p> - -<p>À côté de ce cul-de-sac on a percé une rue nouvelle qui aboutit au -boulevard. Elle se nomme <i>rue Le Clerc</i>.</p> - -<p><a id="footnote479" name="footnote479"></a> -<b><a href="#footnotetag479">479</a></b>: Cart. Sorb., fol. 64 et 123.—Pastor. A, p. -709.—Nécrol. de N. D., 16 juin.</p> - -<p><a id="footnote480" name="footnote480"></a> -<b><a href="#footnotetag480">480</a></b>: Arch. de S. Germ.-des-Prés.</p> - -<p><a id="footnote481" name="footnote481"></a> -<b><a href="#footnotetag481">481</a></b>: Quart. S. Ben., p. 197.</p> - -<p><a id="footnote482" name="footnote482"></a> -<b><a href="#footnotetag482">482</a></b>: Quart. S. Ben., p. 198.</p> - -<p><a id="footnote483" name="footnote483"></a> -<b><a href="#footnotetag483">483</a></b>: Il y avoit autrefois dans cette rue deux ruelles qui y -aboutissoient, et qui ne subsistent plus. On les appeloit <i>Chartière</i> -et <i>de la Sphère</i>.</p> - -<p>Il y avoit aussi deux autres rues, changées depuis en cul-de-sac. La -première se nommoit anciennement <i>Saint-Séverin</i>, <i>des -Poteries-des-Vignes</i> et <i>de la Corne</i>. Sa situation entre les murs de -plusieurs communautés et des rues désertes en ayant rendu le passage -extrêmement dangereux, on la fit fermer, et elle prit alors le nom de -<i>cul-de-sac de Coupe-Gorge</i>. Plusieurs accidents qui y arrivèrent -encore depuis ce changement déterminèrent enfin à la détruire -tout-à-fait, et le terrain en fut donné à ceux dont les jardins y -aboutissoient. Ce cul-de-sac s'étendoit autrefois jusqu'à la rue des -Marionnettes, et comprenoit la <i>rue du Puits-de-la-Ville</i>, qui avoit -été en partie cédée aux filles de la Providence.</p> - -<p>Le second cul-de-sac, qui formoit une rue, laquelle aboutissoit à la -précédente, existe encore, et se nomme le <i>cul-de-sac des Vignes</i>. -Cette rue traversoit celle des Postes, et s'étendoit du côté opposé -jusqu'à la rue Neuve-Sainte-Geneviève. Elle devoit son nom au clos de -vignes sur lequel elle avoit été ouverte. Cependant on lit dans un -terrier de Sainte-Geneviève, de 1603, qu'auparavant on l'appeloit <i>rue -Saint-Étienne</i>, <i>Neuve-Saint-Étienne</i>, <i>clos des Poteries</i>; et -qu'alors il y avoit un cimetière destiné aux pestiférés.</p> - -<p><a id="footnote484" name="footnote484"></a> -<b><a href="#footnotetag484">484</a></b>: T. I, p. 159.</p> - -<p><a id="footnote485" name="footnote485"></a> -<b><a href="#footnotetag485">485</a></b>: Cens. de Ste. Genev., fol. 103.</p> - -<p><a id="footnote486" name="footnote486"></a> -<b><a href="#footnotetag486">486</a></b>: T. I, p. 160.</p> - -<p><a id="footnote487" name="footnote487"></a> -<b><a href="#footnotetag487">487</a></b>: <i>Ibid.</i></p> - -<p><a id="footnote488" name="footnote488"></a> -<b><a href="#footnotetag488">488</a></b>: Cart. S. Gen., p. 83.</p> - -<p><a id="footnote489" name="footnote489"></a> -<b><a href="#footnotetag489">489</a></b>: Dans cette rue est un passage nommé <i>cour des -Bœufs</i>, qui communique de la rue des Sept-Voies à celle de la -Montagne-Sainte-Geneviève. Au seizième siècle on l'appeloit <i>rue aux -Bœufs</i>. Cette rue existoit dès le quatorzième, mais ne portoit -alors aucun nom. La demeure de quelques bouchers, et les étables dans -lesquelles ils mettoient leurs bœufs lui ont fait donner cette -dénomination, qui n'a pas varié.</p> - -<p><a id="footnote490" name="footnote490"></a> -<b><a href="#footnotetag490">490</a></b>: Si l'on en excepte la porte de Nesle, qui faisoit -partie du quartier Saint-Germain, le quartier Saint-André-des-Arcs -contenoit les trois dernières portes de l'enceinte méridionale de -Philippe-Auguste, savoir: les portes Saint-Michel, Saint-Germain et de -Buci. La porte Saint-Jacques appartenoit au quartier Saint-Benoît; -celle de Saint-Victor et de la porte Bordelle au quartier de la place -Maubert. Une vignette, que nous avons donnée (<i>Voy.</i> pl. 147), -représente ces six portes, levées d'après le plan de Paris exécuté en -tapisserie sous Charles IX; ainsi que l'ancienne porte Saint-Bernard. -La porte de Nesle, qui est la huitième et dernière, se trouve dans une -des vues du Louvre et dans la vue extérieure de l'hôtel qui lui a -donné son nom.</p> - -<p><a id="footnote491" name="footnote491"></a> -<b><a href="#footnotetag491">491</a></b>: <i>Voy.</i> t. II, prem. part., p. 214.</p> - -<p><a id="footnote492" name="footnote492"></a> -<b><a href="#footnotetag492">492</a></b>: Leur habillement avoit la forme d'un sac.</p> - -<p><a id="footnote493" name="footnote493"></a> -<b><a href="#footnotetag493">493</a></b>: Hist. Univ., t. III, p. 393.</p> - -<p><a id="footnote494" name="footnote494"></a> -<b><a href="#footnotetag494">494</a></b>: Cet endroit s'appeloit alors la terre de Notre-Dame, -autrement dite de M. Pierre de Lamballe.</p> - -<p><a id="footnote495" name="footnote495"></a> -<b><a href="#footnotetag495">495</a></b>: Cette petite rivière passoit alors le long de la rue -Saint-Victor, comme nous l'avons déjà prouvé prem. part. de ce vol., -p. 628.</p> - -<p><a id="footnote496" name="footnote496"></a> -<b><a href="#footnotetag496">496</a></b>: Il se rendit célèbre dans son ordre, dont il fut depuis -général.</p> - -<p><a id="footnote497" name="footnote497"></a> -<b><a href="#footnotetag497">497</a></b>: Manus. de S. Germ., C. 453, p. 257 et 260.</p> - -<p><a id="footnote498" name="footnote498"></a> -<b><a href="#footnotetag498">498</a></b>: Page 353.</p> - -<p><a id="footnote499" name="footnote499"></a> -<b><a href="#footnotetag499">499</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 177. Du Breul, Piganiol et leurs copistes -ont inféré de ce que la dédicace de cette église n'avoit été faite que -soixante treize ans après, en 1453, qu'elle avoit été rebâtie à cette -dernière époque. Nous avons déjà fait voir que cette cérémonie, qui -n'est point essentielle, et qui même n'a jamais été faite dans -plusieurs églises du premier ordre, ne peut rien prouver relativement -à l'époque de leur construction.</p> - -<p><a id="footnote500" name="footnote500"></a> -<b><a href="#footnotetag500">500</a></b>: Ces colonnes sont entrées dans la décoration de la -grande galerie du Musée.</p> - -<p><a id="footnote501" name="footnote501"></a> -<b><a href="#footnotetag501">501</a></b>: Saint François y est représenté en extase, à genoux sur -un rocher, les bras étendus, la tête penchée et le regard élevé vers -le ciel. Cette sculpture, traitée avec l'élégance et le sentiment que -l'on admire dans tous les ouvrages de ce grand sculpteur, avoit été -également déposée au Musée des Petits-Augustins.</p> - -<p><a id="footnote502" name="footnote502"></a> -<b><a href="#footnotetag502">502</a></b>: Ces morceaux, touchés avec sentiment, et bien -qu'incorrects, annonçant un bon style, avoient été déposés aux -Petits-Augustins.</p> - -<p><a id="footnote503" name="footnote503"></a> -<b><a href="#footnotetag503">503</a></b>: Toutes ces statues ont été détruites, ainsi que le plus -grand nombre de celles qui décoroient l'entrée des églises.</p> - -<p><a id="footnote504" name="footnote504"></a> -<b><a href="#footnotetag504">504</a></b>: L'épitaphe de ce poëte se conserve au Musée des -Petits-Augustins.</p> - -<p><a id="footnote505" name="footnote505"></a> -<b><a href="#footnotetag505">505</a></b>: Ce monument a été détruit.</p> - -<p><a id="footnote506" name="footnote506"></a> -<b><a href="#footnotetag506">506</a></b>: Philippe de Comines et sa femme sont représentés sur ce -monument à mi-corps, ce qui les fait supposer à genoux sur deux -prie-dieu enfoncés dans le tombeau. Ces figures, en pierre de liais, -et d'un gothique très-grossier, sont remarquables par les couleurs et -la dorure dont elles sont couvertes. Il paroît que c'étoit l'usage -d'enluminer ainsi les statues dans le quinzième siècle, et les -tombeaux de Paris en offrent d'autres exemples. Suivant la mode du -temps, Philippe de Comines porte ses armoiries brodées sur son habit.</p> - -<p>La figure de Jeanne de Comines est en albâtre, et couchée, les mains -jointes, sur son tombeau. On remarque déjà un progrès sensible dans -l'exécution de cette figure. Quoiqu'elle ait encore beaucoup de la -roideur gothique, cependant plusieurs parties de la draperie sont -d'une imitation vraie et d'un assez bon style. La tête présente avec -beaucoup de naturel le portrait d'une personne morte. On voit enfin, -dans toute cette sculpture, la simplicité naïve qui précède toujours -les beaux temps de l'art, et semble les préparer. (Déposé aux -Petits-Augustins, avec une partie des arabesques qui décoroient cette -chapelle.)</p> - -<p><a id="footnote507" name="footnote507"></a> -<b><a href="#footnotetag507">507</a></b>: Ce monument n'existe plus.</p> - -<p><a id="footnote508" name="footnote508"></a> -<b><a href="#footnotetag508">508</a></b>: Ces deux bustes, d'une sculpture médiocre, sont déposés -aux Petits-Augustins.</p> - -<p><a id="footnote509" name="footnote509"></a> -<b><a href="#footnotetag509">509</a></b>: Ce buste est d'un travail sec et dur. (Déposé aux -Petits-Augustins.)</p> - -<p><a id="footnote510" name="footnote510"></a> -<b><a href="#footnotetag510">510</a></b>: Le monument de ces deux personnages a été détruit.</p> - -<p><a id="footnote511" name="footnote511"></a> -<b><a href="#footnotetag511">511</a></b>: On voit ce petit monument encastré dans un des murs du -cloître des Petits-Augustins. Il est, sous tous les rapports, de la -plus détestable exécution.</p> - -<p><a id="footnote512" name="footnote512"></a> -<b><a href="#footnotetag512">512</a></b>: Ces deux statues, d'une sculpture très-médiocre, sont -déposées dans les magasins du même Musée. (Presque tous les -personnages que nous venons de mentionner avoient des épitaphes que -l'on trouve rapportées très en détail dans Piganiol.)</p> - -<p><a id="footnote513" name="footnote513"></a> -<b><a href="#footnotetag513">513</a></b>: Dans les salles où s'assembloient les chevaliers, on -voyoit les portraits de tous ceux qui y avoient été reçus depuis -l'origine de l'institution.</p> - -<p><a id="footnote514" name="footnote514"></a> -<b><a href="#footnotetag514">514</a></b>: Le premier chant du Lutrin offre le vers suivant, dans -le discours de la Discorde:</p> - -<p class="quote">«J'aurai fait soutenir un siége aux Augustins!»</p> - -<p>Ce qu'il est impossible d'entendre si l'on ne connoît l'anecdote -suivante, publiée par M. Brossette.</p> - -<p>«Les Augustins de ce couvent nommoient, tous les deux ans, en -chapitre, trois de leurs religieux bacheliers, pour faire leur licence -en Sorbonne, où ils avoient trois places fondées à cet effet. En 1658, -le P. Célestin Villiers, prieur de ce couvent, voulant favoriser -quelques bacheliers, en fit nommer neuf pour les licences suivantes. -Ceux qui s'en virent exclus par cette élection prématurée se -pourvurent au parlement, qui ordonna que l'on feroit une autre -nomination en présence de quelques-uns de ses membres qu'il désigna: -les religieux refusèrent d'obéir; et la cour se vit obligée d'employer -la force pour faire exécuter son arrêt. Tous les archers furent -mandés; on investit leur maison, et l'on essaya d'en enfoncer les -portes; mais ce fut inutilement, parce que ces pères, prévoyant ce qui -alloit arriver, les avoient fait murer. Les archers se virent donc -forcés de tenter d'autres moyens, et tandis que les uns montoient sur -les toits des maisons voisines pour tâcher de pénétrer dans le -couvent, d'autres travailloient à faire une ouverture dans les -murailles du jardin, du côté de la rue Christine. Alors les Augustins, -qui avoient fait provision d'armes de toute espèce, sonnèrent le -tocsin, se mirent en défense, et commencèrent à tirer d'en bas sur les -assiégeants. Ceux-ci tirèrent à leur tour sur les moines, dont deux -furent tués et plusieurs blessés. Cependant la brèche étant devenue -praticable, ces pères, dans un danger aussi imminent, osèrent y -apporter le saint Sacrement, espérant que l'aspect de cet objet -vénérable glaceroit tout à coup le courage des assiégeants; mais -voyant qu'on n'en continuoit pas moins de tirer sur eux, ils -demandèrent à capituler; et l'on donna des otages de part et d'autre. -Le premier article de la capitulation portoit qu'ils auroient la vie -sauve, à condition qu'ils abandonneroient la brèche, et ouvriroient -leurs portes. Les commissaires du parlement étant entrés dans le -monastère, firent sur-le-champ arrêter et conduire à la Conciergerie -onze religieux. Mais vingt-sept jours après, le cardinal Mazarin, -ennemi du parlement, les fit mettre en liberté, et reconduire à leur -couvent dans les carrosses du roi. Leurs confrères allèrent les -recevoir en procession, des palmes à la main, chantant le <i>Te Deum</i> et -sonnant toutes les cloches.</p> - -<p><a id="footnote515" name="footnote515"></a> -<b><a href="#footnotetag515">515</a></b>: L'église et le couvent des Grands-Augustins ont été -entièrement démolis. Sur l'espace qu'ils occupoient on a élevé une -halle pour la vente du gibier et de la volaille.</p> - -<p><a id="footnote516" name="footnote516"></a> -<b><a href="#footnotetag516">516</a></b>: Cette communauté a existé jusqu'au moment de la -révolution.</p> - -<p><a id="footnote517" name="footnote517"></a> -<b><a href="#footnotetag517">517</a></b>: <i>Voy.</i> t. I, 2<sup>e</sup> part., p. 502.</p> - -<p><a id="footnote518" name="footnote518"></a> -<b><a href="#footnotetag518">518</a></b>: L'évêque fut tenu de lui payer 40 sous de rente pendant -lesdites trois années. Quant au curé de Saint-Sulpice, pour le -dédommager de la perte des dîmes que lui causoit ce retranchement, -l'abbé de Saint-Germain eut l'option de lui payer 40 sous de rente -tant qu'il vivroit, ou de lui faire donner chaque jour un pain blanc -et une pinte de vin, tels qu'on les donnoit à ses religieux.</p> - -<p><a id="footnote519" name="footnote519"></a> -<b><a href="#footnotetag519">519</a></b>: Archiv. de S. Germ.—Cartul. Sorb.—Hist. de l'abb. S. -Germ. Preuves, p. 65.</p> - -<p><a id="footnote520" name="footnote520"></a> -<b><a href="#footnotetag520">520</a></b>: Quelques auteurs, pour autoriser cette dernière -dénomination, ont établi dans ce quartier une manufacture entière -d'armes. Près de Saint-André on faisoit, disent-ils, les <em>arcs</em>; dans -la rue de la Vieille-Bouclerie on forgeoit les <em>boucliers</em>, et les -flèches se faisoient dans la rue des <em>Sajettes</em>. Nous ferons voir que -la rue de la Vieille-Bouclerie avoit un autre nom, et que celle du -Cimetière-Saint-André n'a jamais été nommée des <i>Sajettes</i> ou -<i>Sagettes</i>, mais des <i>Sachettes</i>, nom d'une communauté de pauvres -filles qui s'y étoient établies.</p> - -<p><a id="footnote521" name="footnote521"></a> -<b><a href="#footnotetag521">521</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 169.</p> - -<p><a id="footnote522" name="footnote522"></a> -<b><a href="#footnotetag522">522</a></b>: Sur l'un des vitraux de l'église, on voyoit une -peinture singulière, représentant Jésus-Christ foulé comme des raisins -par un pressoir, avec cette sentence d'Isaïe en caractères gothiques -du seizième siècle: <i lang="la">Quare rubrum est indumentum tuum? Torcular -calcavi solus.</i></p> - -<p><a id="footnote523" name="footnote523"></a> -<b><a href="#footnotetag523">523</a></b>: Ce monument, exécuté seulement en plâtre, a été démoli -lors de la destruction de l'église.</p> - -<p><a id="footnote524" name="footnote524"></a> -<b><a href="#footnotetag524">524</a></b>: Le mausolée élevé à cette princesse offroit une figure -de demi-bosse en marbre blanc, accompagnée des attributs qui -caractérisent la Foi, l'Espérance et la Charité. Ce monument, exécuté -par <i>Girardon</i>, a été détruit pendant la révolution.</p> - -<p><a id="footnote525" name="footnote525"></a> -<b><a href="#footnotetag525">525</a></b>: Le tombeau de ce prince étoit surmonté d'un grand -bas-relief représentant une <i>Minerve</i> appuyée d'une main sur un lion, -et de l'autre soutenant son portrait en médaillon. Ce monument, dont -la composition est inconvenante, et l'exécution de la dernière -médiocrité, est déposé aux Petits-Augustins.</p> - -<p><a id="footnote526" name="footnote526"></a> -<b><a href="#footnotetag526">526</a></b>: Le buste de ce magistrat est placé aux -Petits-Augustins, dans un renfoncement circulaire qui se trouve au -milieu d'une espèce de décoration faite avec les débris de la chapelle -que sa famille possédoit à Saint-André-des-Arcs. La tête est traitée -avec beaucoup de chaleur et de vérité. C'est un morceau de sculpture -très-recommandable. Les génies et les vertus qui l'accompagnoient ont -été détruits ainsi que les armoiries.</p> - -<p><a id="footnote527" name="footnote527"></a> -<b><a href="#footnotetag527">527</a></b>: Au bas de la décoration dont nous venons de parler, et -sur une tombe ornée d'un bas-relief en bronze, est la statue du -président. Il est représenté à genoux devant un prie-dieu, revêtu d'un -grand manteau fourré d'hermine. Le bas-relief présente plusieurs -figures allégoriques, entre lesquelles on distingue la Justice et la -muse de l'histoire transmettant le nom de Jacques-Auguste de Thou à la -postérité. Toute cette sculpture, exécutée par <i>François Anguier</i>, est -d'un bon faire, et peut être comptée parmi les meilleurs ouvrages de -cet artiste<a id="footnotetag527-A" name="footnotetag527-A"></a><a href="#footnote527-A" title="Lien vers la note 527-A"><span class="smaller">[527-A]</span></a>.</p> - -<p><a id="footnote527-A" name="footnote527-A"></a> -<b><a href="#footnotetag527-A">527-A</a></b>: Sous le bas-relief étoient placées deux cariatides -d'un très-beau travail, et exécutées par le même sculpteur. On les -voyoit également au Musée des Petits-Augustins, mais attachées au -tombeau du commandeur de Souvré. Il ne se peut rien imaginer de plus -absurde et de plus inconvenant que cette idée de composer des -monuments avec les débris d'autres monuments, et c'est cependant le -spectacle choquant qui se présentait aux yeux à chaque pas que l'on -faisoit dans ce Musée, dont l'arrangement présentoit tous les -caractères de l'ignorance, de la prétention et du mauvais goût.</p> - -<p><a id="footnote528" name="footnote528"></a> -<b><a href="#footnotetag528">528</a></b>: Les statues de ces deux dames, exécutées, la première -par <i>Barthélemi Prieur</i>, la seconde par <i>Anguier</i>, sont placées sur -deux piédestaux en avant du monument de leur époux. Ces sculptures -sont également dignes d'éloges, tant pour la pose que pour -l'exécution.</p> - -<p><a id="footnote529" name="footnote529"></a> -<b><a href="#footnotetag529">529</a></b>: Son buste est aussi conservé aux Petits-Augustins; -c'est de la sculpture la plus médiocre. On voit dans le même Musée des -débris de la chapelle de cette famille, parmi lesquels on remarque -deux anges en albâtre, exécutés avec beaucoup de sentiment, et dont le -faire annonce l'école de Jean Goujon.</p> - -<p><a id="footnote530" name="footnote530"></a> -<b><a href="#footnotetag530">530</a></b>: La reconnoissance de ses paroissiens avoit élevé à ce -pasteur respectable un monument qui a été détruit pendant les jours -révolutionnaires. Il y étoit représenté revêtu d'une aube et d'une -étole, et descendant avec calme au tombeau, appuyé sur la Religion. La -Charité éplorée étoit assise au bas du sarcophage. Derrière la grotte -qui renfermoit sa tombe, un groupe de fidèles sembloit pleurer une -mort si regrettable; le tout étoit surmonté d'une pyramide, symbole de -l'immortalité. Ce mausolée avoit été exécuté en stuc par M. -<i>Delaître</i>.</p> - -<p><a id="footnote531" name="footnote531"></a> -<b><a href="#footnotetag531">531</a></b>: Son monument se compose d'un bas-relief en marbre -blanc, où l'on voit une femme éplorée, à genoux et s'appuyant sur une -urne cinéraire. Un médaillon suspendu à une pyramide qui s'élève -au-dessus de cette composition offre le portrait du défunt, avec cette -simple inscription: <i lang="la">Amicus amico.</i> Le tout exécuté par un sculpteur -nommé <i>Broche</i>. (Déposé aux Petits-Augustins.)</p> - -<p><a id="footnote532" name="footnote532"></a> -<b><a href="#footnotetag532">532</a></b>: <i>Voy.</i> t. II, 2<sup>e</sup> part., p. 739.</p> - -<p><a id="footnote533" name="footnote533"></a> -<b><a href="#footnotetag533">533</a></b>: Vales. de Basil. Paris., cap. XIV.</p> - -<p><a id="footnote534" name="footnote534"></a> -<b><a href="#footnotetag534">534</a></b>: <i>Voy.</i> p. <a href="#page422">422</a> de cette deuxième partie.</p> - -<p><a id="footnote535" name="footnote535"></a> -<b><a href="#footnotetag535">535</a></b>: Elle avoit été pendant long-temps presque l'unique -paroisse de tout le canton méridional de Paris, puisque les paroisses -Saint-André, Saint-Côme, Saint-Étienne, Saint-Sulpice et Saint-Jacques -n'existoient point encore.</p> - -<p><a id="footnote536" name="footnote536"></a> -<b><a href="#footnotetag536">536</a></b>: C'est une sentence arbitrale rendue entre l'évêque, son -chapitre et l'archiprêtre de Saint-Séverin d'une part; l'abbé de -Saint-Germain, ses religieux et le curé de Saint-Sulpice de l'autre, -pour la fixation de la juridiction spirituelle de l'abbaye -Saint-Germain, et celle de l'étendue de la paroisse Saint-Séverin.</p> - -<p><a id="footnote537" name="footnote537"></a> -<b><a href="#footnotetag537">537</a></b>: Ce sanctuaire a été bâti sur l'emplacement d'un hôtel -acheté par la fabrique, et qui avoit appartenu à l'abbé et aux -religieux des Eschallis, ordre de Cîteaux, diocèse de Sens.</p> - -<p><a id="footnote538" name="footnote538"></a> -<b><a href="#footnotetag538">538</a></b>: <i>V.</i> pl. 170. L'église Saint-Séverin a été rendue au -culte.</p> - -<p><a id="footnote539" name="footnote539"></a> -<b><a href="#footnotetag539">539</a></b>: Ces sculptures ne se trouvent point au Musée des -Petits-Augustins.</p> - -<p><a id="footnote540" name="footnote540"></a> -<b><a href="#footnotetag540">540</a></b>: Ce fut dans ce cimetière, et dans l'année 1474, que les -médecins et chirurgiens de Paris firent, pour la première fois, -l'opération de la pierre, que jusqu'alors on n'avoit osé tenter sur un -homme vivant. L'essai s'en fit sur un franc-archer qui venoit d'être -condamné à la potence pour vol. Elle réussit très-bien. «Il fut -recousu, et par l'ordonnance du roi, très-bien pansé, et tellement -qu'en quinze jours il fut guéri, et eut rémission de ses crimes sans -dépens, et il lui fut même donné de l'argent.»</p> - -<p><a id="footnote541" name="footnote541"></a> -<b><a href="#footnotetag541">541</a></b>: Avant qu'on eût refait la porte de cette église du côté -de la rue Saint-Séverin, on en voyoit une très-ancienne, et presque -entièrement couverte de fers de cheval. Une tradition disoit que cette -entrée ayant été ouverte sur l'emplacement d'une maison qui -appartenoit à un maréchal ferrant, emplacement dont il fit -généreusement don à la fabrique, ces fers avoient été placés pour -conserver le souvenir de ce bienfait. Jaillot, qui rejette cette -explication comme un bruit populaire dépouillé de tout fondement, -pense qu'ils avoient été successivement attachés à cette porte par des -voyageurs, en l'honneur de saint Martin, l'un des patrons de cette -église. C'étoit un ancien usage d'invoquer particulièrement ce Saint -au commencement d'un voyage. Ceux qui faisoient cette dévotion -attachoient un fer de cheval à la chapelle ou au portail de l'église; -souvent même ils poussoient leur pieuse superstition jusqu'à faire -marquer les chevaux avec la clef de saint Martin, pour les préserver -de tout accident.</p> - -<p><a id="footnote542" name="footnote542"></a> -<b><a href="#footnotetag542">542</a></b>: Rob. Guaguinus, in vitâ Philip. Aug.</p> - -<p><a id="footnote543" name="footnote543"></a> -<b><a href="#footnotetag543">543</a></b>: Du Breul, p. 491.</p> - -<p><a id="footnote544" name="footnote544"></a> -<b><a href="#footnotetag544">544</a></b>: Hist. eccl. Paris, t. I, p. 127.</p> - -<p><a id="footnote545" name="footnote545"></a> -<b><a href="#footnotetag545">545</a></b>: C'est ainsi que l'on nommoit le général des Mathurins.</p> - -<p><a id="footnote546" name="footnote546"></a> -<b><a href="#footnotetag546">546</a></b>: Ces constructions furent faites sur l'emplacement de -quelques maisons dans lesquelles on avoit placé deux étaux de -boucherie et une halle aux parchemins. Les libraires avoient eu leur -chambre syndicale en cet endroit depuis 1679 jusqu'en 1726. La halle -avoit été accordée à l'Université dès 1291, et les Mathurins avoient -obtenu le privilége de la boucherie en 1554.</p> - -<p><a id="footnote547" name="footnote547"></a> -<b><a href="#footnotetag547">547</a></b>: Sa tête, conservée dans un vase de faïence, étoit -déposée à la bibliothèque du couvent.</p> - -<p><a id="footnote548" name="footnote548"></a> -<b><a href="#footnotetag548">548</a></b>: Sur une table de bronze encastrée dans la muraille, une -inscription françoise, gravée en relief, offroit ce qui suit:</p> - -<p class="quote">«Ci-dessous gisent Léger du Moussel et Olivier Bourgeois, jadis -clercs-écoliers, étudiants en l'Université de Paris, exécutés à la -justice du roi notre sire, par le prévôt de Paris, l'an 1407, le -vingt-sixième jour d'octobre, pour certains cas à eux imposés; -lesquels, à la poursuite de l'Université, furent restitués et amenés -au parvis Notre-Dame, et rendus à l'évêque de Paris, comme clercs, et -au recteur et député de l'Université, comme suppôts d'icelle, à -très-grande solennité, et de là en ce lieu-ci furent amenés, pour être -mis en sépulture, l'an 1408, le seizième jour de mai, et furent -lesdits prévôts et son lieutenant démis de leurs offices, à ladite -poursuite, comme plus à plein appert par lettres-patentes et -instruments sur ce cas. Priez Dieu qu'il leur pardonne leurs péchés. -Amen.»</p> - -<p>Ces deux écoliers étoient coupables de meurtres et de vols sur le -grand chemin. Le prévôt de Paris, Guillaume de Tignonville, les fit -arrêter. L'Université les réclama, prétendant que cette affaire devoit -être portée devant la justice ecclésiastique. Le prévôt, sans -s'embarrasser de ces oppositions, fit pendre les deux criminels. -L'Université cessa aussitôt tous ses exercices; et pendant plus de -quatre mois il n'y eut dans Paris ni leçons ni sermons, pas même le -jour de Pâques. Comme le conseil du roi ne se laissoit point ébranler, -elle protesta qu'elle abandonneroit le royaume, et iroit s'établir -dans les pays étrangers, où l'on respecteroit ses priviléges: cette -menace fit impression. Le prévôt fut condamné à détacher du gibet les -deux écoliers. Après les avoir baisés sur la bouche, il les fit mettre -sur un chariot couvert de drap noir, et marcha à la suite accompagné -de ses sergents et archers, des curés de Paris et des religieux. Ils -furent ainsi conduits, comme le dit l'inscription, d'abord au parvis -Notre-Dame, de là aux Mathurins, où le recteur les reçut de ses mains, -et les fit inhumer honorablement. Le prévôt de Paris fut destitué de -sa charge; mais ayant été nommé par le roi premier président de la -chambre des comptes, moyennant le pardon qu'il vint demander à -l'Université, il obtint qu'elle ne s'opposeroit point à son -installation. (<span class="smcap">Sainte-Foix.</span>)</p> - -<p><a id="footnote549" name="footnote549"></a> -<b><a href="#footnotetag549">549</a></b>: L'église des Mathurins a été entièrement démolie. Les -bâtiments sont habités par des particuliers.</p> - -<p><a id="footnote550" name="footnote550"></a> -<b><a href="#footnotetag550">550</a></b>: Les Thermes furent alors appelés le <i>Vieux Palais</i>.</p> - -<p><a id="footnote551" name="footnote551"></a> -<b><a href="#footnotetag551">551</a></b>: Si quelque chose pouvoit le démontrer, ce seroit sans -doute la durée extraordinaire de cette construction, quoique tout -semble concourir à sa ruine. On n'apprendra point sans étonnement que, -depuis un grand nombre d'années, un jardin avoit été pratiqué, et -existoit encore, il y a peu de temps, sur la voûte de cette salle. Un -petit chemin pavé, d'environ trois pieds, étoit pratiqué dans tout son -pourtour, et l'on avoit chargé le milieu d'une couche de terre -végétale de trois à quatre pieds d'épaisseur environ, portant à nu sur -les reins de la voûte d'arête dont nous venons de parler. Ainsi cette -voûte recevoit continuellement les eaux pluviales et celles de -l'arrosement journalier des légumes, arbres, arbustes, cultivés en -pleine terre sur sa surface extérieure, et n'en paroissoit point -sensiblement altérée. Cependant elle n'est composée que d'un blocage -de briques et de moellons, liés entre, eux par un mortier composé de -chaux et de sable de Paris.</p> - -<p><a id="footnote552" name="footnote552"></a> -<b><a href="#footnotetag552">552</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 177.</p> - -<p><a id="footnote553" name="footnote553"></a> -<b><a href="#footnotetag553">553</a></b>: Ce palais s'étendoit jusque dans la rue des Mathurins, -et l'hôtel de Cluni a été bâti sur l'emplacement d'une partie de ses -constructions, comme nous le dirons en son lieu.</p> - -<p><a id="footnote554" name="footnote554"></a> -<b><a href="#footnotetag554">554</a></b>: L'an 1544, en fouillant près de la porte Saint-Jacques -pour faire un rempart contre l'armée de Charles-Quint, on découvrit -les aqueducs souterrains qui amenoient l'eau d'Arcueil aux Thermes. -Deux de leurs voûtes existoient encore en 1724. On en a trouvé de -nombreuses correspondances dans plusieurs caves des maisons de ce -quartier. Il y en a dans une petite cour du bâtiment des Mathurins; et -l'on y voit une inscription moderne indiquant qu'il s'étoit fait -anciennement un enfoncement près de ce lieu, et que cet enfoncement -avoit fait découvrir un conduit souterrain communiquant à la salle des -Thermes.</p> - -<p><a id="footnote555" name="footnote555"></a> -<b><a href="#footnotetag555">555</a></b>: M. Legrand.</p> - -<p><a id="footnote556" name="footnote556"></a> -<b><a href="#footnotetag556">556</a></b>: Peu de temps avant la révolution, M. le baron de -Breteuil, ministre de Paris, avoit chargé M. Verniquet de figurer sur -un plan tous les restes de ces anciennes constructions, et de publier -le résultat de ce travail: les troubles qui survinrent en empêchèrent -l'exécution. On avoit aussi proposé de faire de cette salle, restaurée -et dégagée de tous ses alentours, un <i>Muséum</i> d'architecture et de -construction.</p> - -<p><a id="footnote557" name="footnote557"></a> -<b><a href="#footnotetag557">557</a></b>: Ce vœu vient d'être rempli. <i>Voy.</i> l'art. -<a href="#monumentsnouveaux751"><i>Monuments nouveaux</i></a>, <i>etc.</i></p> - -<p><a id="footnote558" name="footnote558"></a> -<b><a href="#footnotetag558">558</a></b>: Bibl. Præmonstrat., p. 372.—Hist. de Par., t. I, p. -338.</p> - -<p><a id="footnote559" name="footnote559"></a> -<b><a href="#footnotetag559">559</a></b>: Fleuri.—Hist. ecclés., liv. 67, n<sup>o</sup> 17.</p> - -<p><a id="footnote560" name="footnote560"></a> -<b><a href="#footnotetag560">560</a></b>: 1<sup>o</sup> Rue Hautefeuille, une grande maison appelée la -maison <i>Pierre-Sarrasin</i>; 2<sup>o</sup> des religieuses de Saint-Antoine, la -seigneurie et la censive sur neuf maisons situées rue des <i>Étuves</i>; -3<sup>o</sup> une autre maison contiguë aux précédentes; 4<sup>o</sup> une grange avec un -jardin. Toutes ces acquisitions, amorties par Philippe-le-Bel en 1294, -formoient un carré environné de quatre rues, ce qui fit donner, au -rapport de Du Breul, le nom d'<i>île</i> à leur terrain<a id="footnotetag560-A" name="footnotetag560-A"></a><a href="#footnote560-A" title="Lien vers la note 560-A"><span class="smaller">[560-A]</span></a>. (Bib. -Præmonst., p. 582 et seqq.)</p> - -<p><a id="footnote560-A" name="footnote560-A"></a> -<b><a href="#footnotetag560-A">560-A</a></b>: On appeloit effectivement <i>île de maisons</i> un canton -environné de quatre rues, ou une grande maison isolée. Sur ces quatre -rues qui entouroient les Prémontrés, deux ont été depuis long-temps -détruites.</p> - -<p><a id="footnote561" name="footnote561"></a> -<b><a href="#footnotetag561">561</a></b>: Du Breul, p. 585.</p> - -<p><a id="footnote562" name="footnote562"></a> -<b><a href="#footnotetag562">562</a></b>: Les bâtiments des Prémontrés sont maintenant occupés -par des artistes et des particuliers.</p> - -<p><a id="footnote563" name="footnote563"></a> -<b><a href="#footnotetag563">563</a></b>: Auprès de cette église, laquelle, quoique resserrée de -tous les côtés, avoit un cimetière et un charnier, on avoit construit, -en 1561, un petit bâtiment où, le premier lundi de chaque mois, -plusieurs chirurgiens visitoient les pauvres malades qui se -présentoient. Cet usage, suivant l'abbé Lebeuf, remontoit jusqu'à -saint Louis. (Elle sert maintenant d'atelier à un menuisier.)</p> - -<p><a id="footnote564" name="footnote564"></a> -<b><a href="#footnotetag564">564</a></b>: On voyoit dans la nef ses armes gravées sur sa tombe, -et peintes sur un des vitraux. Un petit cadre de bois, attaché à un -pilier, offroit plusieurs épitaphes écrites sur parchemin, et -composées en son honneur par Théodore de Beze. Elles ont été copiées -dans le <i>Ménagiana</i>.</p> - -<p><a id="footnote565" name="footnote565"></a> -<b><a href="#footnotetag565">565</a></b>: Sur une colonne de pierre, près de la porte de la -sacristie, on voyoit sa statue à genoux, en habit de docteur. (Ce -monument a été détruit.)</p> - -<p><a id="footnote566" name="footnote566"></a> -<b><a href="#footnotetag566">566</a></b>: Le monument qui lui avoit été élevé aux frais des -maîtres chirurgiens de Paris n'existe point au Musée des -Petits-Augustins; il étoit adossé au premier pilier de l'église, et -offroit le buste de ce savant homme, soutenu par la figure allégorique -de la Prudence. Ce morceau avoit été exécuté par <i>Vinache</i>.</p> - -<p><a id="footnote567" name="footnote567"></a> -<b><a href="#footnotetag567">567</a></b>: Livre Rouge vieux du Châtelet, fol. 14, 15, 36 et -91.—Rech. de Pasquier, liv. IX, chap. 30, 31 et 32.—1<sup>o</sup> Reg. des -chart. à la Chamb. des Compt., fol. 33, 46 et 58.—Du Boulay, t. IV, -p. 671 <i>et suiv.</i></p> - -<p><a id="footnote568" name="footnote568"></a> -<b><a href="#footnotetag568">568</a></b>: Jean Pitard, Ambroise Paré, George Maréchal, François -de La Peyronie, et Jean-Louis Petit.</p> - -<p><a id="footnote569" name="footnote569"></a> -<b><a href="#footnotetag569">569</a></b>: M. Goudouin lui-même avoit été chargé, dit-on, de -ceindre cette place d'une décoration d'architecture composée de -constructions utiles et analogues au monument principal. Sa mort a -arrêté l'achèvement de ce projet, auquel il avoit donné un -commencement d'exécution par l'érection d'une fontaine d'un très-beau -style, et dont nous ne tarderons point à parler. (<i>Voy.</i> l'article -<a href="#monumentsnouveaux751"><i>Monuments nouveaux</i></a>, etc.)</p> - -<p><a id="footnote570" name="footnote570"></a> -<b><a href="#footnotetag570">570</a></b>: La destination de ce monument est devenue commune aux -écoles de médecine et de chirurgie.</p> - -<p><a id="footnote571" name="footnote571"></a> -<b><a href="#footnotetag571">571</a></b>: Du Breul, p. 514.—Sauval, t. I., p. 630.—Hist. de -Par., t. I, p. 284.—Piganiol, t. VII, p. 1, etc.</p> - -<p><a id="footnote572" name="footnote572"></a> -<b><a href="#footnotetag572">572</a></b>: Du Breul, p. 515.—Hist. de Par., t. III, p. 115.</p> - -<p><a id="footnote573" name="footnote573"></a> -<b><a href="#footnotetag573">573</a></b>: <i>Voy.</i> t. I, 2<sup>e</sup> part., p. 771.</p> - -<p><a id="footnote574" name="footnote574"></a> -<b><a href="#footnotetag574">574</a></b>: Cet incendie arriva par l'imprudence d'un religieux qui -s'endormit la nuit dans l'église, où il vouloit achever de dire -l'office, après avoir attaché une bougie allumée au lambris de la -chapelle de Saint-Antoine-de-Padoue. Il y avoit, dans cette chapelle -une grande quantité d'<i>ex-voto</i> en cire: le feu y prit, et se -communiqua partout avec tant de rapidité et de violence, que dans un -moment l'église entière fut embrasée. Les cloches furent fondues; le -chœur, la nef, une partie du cloître furent ravagés par les -flammes, qui détruisirent aussi un grand nombre de tombeaux<a id="footnotetag574-A" name="footnotetag574-A"></a><a href="#footnote574-A" title="Lien vers la note 574-A"><span class="smaller">[574-A]</span></a>.</p> - -<p><a id="footnote574-A" name="footnote574-A"></a> -<b><a href="#footnotetag574-A">574-A</a></b>: Ces tombeaux, la plupart en marbre noir, offroient -l'effigie, en marbre blanc ou en albâtre, des illustres personnages -qui y avoient été inhumés. La mémoire nous en a été conservée par -Corrozet, le premier qui ait imaginé d'écrire un livre sur Paris. Nous -croyons devoir transcrire ici la liste qu'il en donne, laquelle a été -négligée par le plus grand nombre de nos historiens.</p> - -<p>Marie, reine de France, femme de Philippe, fils de saint Louis, morte -en 1321.</p> - -<p>Jeanne, reine de France et de Navarre, femme de Philippe-le-Bel, -fondatrice du collége de Navarre, morte en 1304. (Au-dessous de son -tombeau étoit le monument d'un prince et d'une princesse, tenant -chacun un cœur dans leurs mains, et sans épitaphe.)</p> - -<p>Jeanne, reine de France et de Navarre, morte en 1329. Le cœur de -Philippe-le-Long, son époux, mort en 1321.</p> - -<p>Le cœur de Jeanne, reine de France et de Navarre, femme de -Charles-le-Bel, morte en 1370.</p> - -<p>Le cœur de Blanche de France, fille de Philippe-le-Long, morte -religieuse de Longchamp en 1358.</p> - -<p>Mahaut, fille du comte de Saint-Paul, femme de Charles, comte de -Valois, fils de Philippe-le-Hardi, morte en 1358. (Près de Mahaut -étoit une autre princesse en habit de religieuse, et sans épitaphe.)</p> - -<p>Madame <i>Ainznée</i>, fille du roi de Castille. (Le reste de l'épitaphe -étoit rompu.)</p> - -<p>Blanche de France, fille de saint Louis, femme de..... (Le reste de -l'épitaphe étoit aussi rompu; mais c'étoit sans doute la princesse -Blanche qui épousa Ferdinand de La Cerda, fils d'Alphonse X, roi de -Castille, car l'autre princesse Blanche, également fille de saint -Louis, ne fut point mariée.)</p> - -<p>Louis de Valois, fils de Charles, comte de Valois et de Mahaut, mort -en 1329.</p> - -<p>Un prince, un chevalier, une dame, un comte et une comtesse, sans -épitaphe.</p> - -<p>Louis <i>Amnez</i>, fils de Robert, comte de Flandre, mort en 1522.</p> - -<p>Pierre de Bretagne, fils de Jean duc de Bretagne, et de Blanche, fille -de Thibaut roi de Navarre.</p> - -<p>Charles, comte d'Étampes, frère de Jeanne, reine de France et de -Navarre, mort en 1336.</p> - -<p><a id="footnote575" name="footnote575"></a> -<b><a href="#footnotetag575">575</a></b>: Au sujet de cette inscription, nous croyons devoir -remarquer que les frères Mineurs, appelés <i>Cordeliers</i>, à cause de la -corde qui leur servoit de ceinture, étoient anciennement -<i>Conventuels</i>; mais en 1502 on introduisit chez eux une réforme, qui -fut nommée l'<i>Observance</i>, ce qui servit à les distinguer des autres -religieux du même ordre. Cependant, en 1771, un bref du pape réunit -les <i>Conventuels</i> et les <i>Observantins</i> existants en France, sous -l'autorité du général des Conventuels.</p> - -<p><a id="footnote576" name="footnote576"></a> -<b><a href="#footnotetag576">576</a></b>: L'église des Cordeliers a été entièrement démolie. Une -partie du cloître, qui existe encore, sert d'hospice à l'École de -Médecine.</p> - -<p><a id="footnote577" name="footnote577"></a> -<b><a href="#footnotetag577">577</a></b>: Ce bas-relief, que tous les historiens ont cru de -bronze parce qu'il étoit noirci par le temps, et qu'ils ont faussement -attribué à <i>Germain Pilon</i>, se trouve maintenant encastré dans le -soubassement du tombeau du cardinal de Bourbon, déposé aux -Petits-Augustins. C'est un morceau charmant où éclate toute la grâce, -tout le sentiment de Jean Goujon. On peut le mettre au nombre de ses -meilleurs ouvrages, et des chefs-d'œuvre de la sculpture -françoise.</p> - -<p><a id="footnote578" name="footnote578"></a> -<b><a href="#footnotetag578">578</a></b>: Ce monument ne se trouve point au Musée des -Petits-Augustins.</p> - -<p><a id="footnote579" name="footnote579"></a> -<b><a href="#footnotetag579">579</a></b>: Cette sculpture, exécutée par <i>Paul Ponce</i>, a dans le -style quelque chose d'un peu barbare; mais on y remarque une belle -pose, une draperie large et bien jetée, le caractère ferme et hardi de -l'école de Michel-Ange. Au total c'est un bon ouvrage.</p> - -<p><a id="footnote580" name="footnote580"></a> -<b><a href="#footnotetag580">580</a></b>: Ce monument n'est point aux Petits-Augustins.</p> - -<p><a id="footnote581" name="footnote581"></a> -<b><a href="#footnotetag581">581</a></b>: Cette statue a été détruite.</p> - -<p><a id="footnote582" name="footnote582"></a> -<b><a href="#footnotetag582">582</a></b>: Ce buste, exécuté par <i>Anguier</i>, n'est pas dépourvu de -mérite. (Déposé aux Petits-Augustins.)</p> - -<p><a id="footnote583" name="footnote583"></a> -<b><a href="#footnotetag583">583</a></b>: Ces bustes, qui sont tous de la plus mauvaise -exécution, se voient dans le même Musée. Le squelette et l'épitaphe -n'existent plus.</p> - -<p><a id="footnote584" name="footnote584"></a> -<b><a href="#footnotetag584">584</a></b>: Ce buste est également déposé aux Petits-Augustins, -ainsi qu'un médaillon ovale représentant le père et la mère de ce -personnage.</p> - -<p><a id="footnote585" name="footnote585"></a> -<b><a href="#footnotetag585">585</a></b>: En 1502 le cardinal d'Amboise avoit jugé à propos -d'introduire la réforme dans plusieurs couvents dont les désordres -causoient du scandale et commençoient même à donner de l'inquiétude. -Les Cordeliers et les Jacobins surtout attirèrent son attention; mais -ces derniers, auxquels il fit d'abord signifier l'ordre du pape, -refusèrent d'obéir. Le cardinal, indigné, envoya une troupe de -gens-d'armes avec ordre de chasser du couvent tous les Jacobins -réfractaires. Ceux-ci se barricadèrent, et, soutenus de quelques -écoliers, se défendirent assez long-temps. Forcés néanmoins de céder -dans cette première attaque, ils osèrent revenir avec un renfort de -douze cents écoliers, qui les remit en possession de leur couvent, -d'où on ne put les chasser qu'en formant un nouveau siége. Les -Jacobins de la réforme de Hollande vinrent les remplacer.</p> - -<p>L'aventure des Cordeliers a un caractère encore plus singulier: ils -refusoient également la réforme que des Cordeliers observantins, -placés dans leur maison, vouloient leur donner, lorsque le cardinal -jugea à propos de leur envoyer deux évêques qui avoient déjà été -chargés de la réforme des Jacobins. Avertis de leur visite, ces -religieux exposent le saint Sacrement sur l'autel, et commencent à -chanter des psaumes, des hymnes, des cantiques, fatiguent les deux -prélats, qui d'abord n'osent les interrompre, redoublent leurs chants -lorsque ceux-ci veulent leur imposer silence, et les forcent enfin à -sortir de leur église. Les réformateurs revinrent le lendemain, -accompagnés du prévôt de Paris, de plusieurs autres magistrats et de -cent archers, avec ordre de chasser les Cordeliers, s'ils faisoient la -moindre résistance. On les trouva, comme la veille, rassemblés dans -leur église, où ils essayèrent encore de recommencer leurs chants -scandaleux; mais on les fit taire, et la réforme se fit. Ils obtinrent -seulement qu'elle ne fût point faite par les Cordeliers observantins, -mais par dix-huit Cordeliers pris dans divers couvents. Dans le siècle -suivant, où ils eurent encore besoin d'être rappelés à l'observation -de leur règle, on tenta vainement de faire entrer chez eux des -Récollets. Ils s'y refusèrent obstinément, et les obligèrent à se -retirer en se réformant eux-mêmes.</p> - -<p><a id="footnote586" name="footnote586"></a> -<b><a href="#footnotetag586">586</a></b>: Cart. Sorb. ad. ann. 1274.</p> - -<p><a id="footnote587" name="footnote587"></a> -<b><a href="#footnotetag587">587</a></b>: Crévier, t. I, p. 495.</p> - -<p><a id="footnote588" name="footnote588"></a> -<b><a href="#footnotetag588">588</a></b>: T. VI, p. 321.</p> - -<p><a id="footnote589" name="footnote589"></a> -<b><a href="#footnotetag589">589</a></b>: L'inscription rapportée par la plupart des historiens -de Paris indique seulement que c'est sous <em>son règne</em> que la Sorbonne -fut fondée: <i lang="la">Ludovicus, rex Francorum</i>, <span class="smcap">SUB QUO</span> <i lang="la">fundata fuit domus -Sorbonæ</i>.</p> - -<p><a id="footnote590" name="footnote590"></a> -<b><a href="#footnotetag590">590</a></b>: Cette rue n'est pas nommée dans les actes, mais elle -paroît être celle que l'on nomme aujourd'hui <i>rue de Sorbonne</i>. Saint -Louis permit à Robert de la faire fermer à ses extrémités, ce qui lui -fit donner le nom de <i>rue des Deux-Portes</i>, comme nous le dirons -ci-après.</p> - -<p><a id="footnote591" name="footnote591"></a> -<b><a href="#footnotetag591">591</a></b>: La maison de Sorbonne se compose de trois grands corps -de logis, flanqués dans leurs encoignures par quatre gros pavillons, -le tout environnant une cour qui a la forme d'un carré long. -Trente-sept professeurs avoient le droit d'y être logés.</p> - -<p><a id="footnote592" name="footnote592"></a> -<b><a href="#footnotetag592">592</a></b>: <i>Voy.</i> les pl. 173, 174, 175.</p> - -<p><a id="footnote593" name="footnote593"></a> -<b><a href="#footnotetag593">593</a></b>: Tous ces monuments n'existent plus; et l'on a pu -remarquer qu'à l'exception des figures qui ornoient les tombeaux, -presque toutes les sculptures qui servoient à la décoration des -églises ont été détruites.</p> - -<p><a id="footnote594" name="footnote594"></a> -<b><a href="#footnotetag594">594</a></b>: Le cardinal y est représenté couché sur son tombeau, -une main sur sa poitrine, l'autre étendue, les yeux levés vers le -ciel. La Religion le soutient; à ses pieds une femme, que l'on croit -être la figure allégorique de la Science ou de l'Histoire, se penche -sur le sarcophage avec l'expression de la plus vive douleur. Derrière -le groupe, deux génies soutiennent l'écusson du ministre.</p> - -<p>Ce mausolée, que l'on regarde comme le chef-d'œuvre de Girardon, -a long-temps passé pour un ouvrage accompli; et ce préjugé, dont le -vulgaire est encore imbu, n'est pas même entièrement effacé dans -l'esprit de certains artistes et de prétendus connoisseurs obstinément -attachés aux vieilles routines. Tous les historiens de Paris n'en ont -parlé qu'avec des transports d'admiration; et ce sera sans doute un -grand sujet d'étonnement pour tous ceux qui ne le connoissent que par -sa haute renommée, lorsque nous leur dirons que ce prétendu -chef-d'œuvre est loin même d'être un bon ouvrage. On y trouve -tous les défauts que nous avons reprochés à l'école du siècle de Louis -XIV, défauts qui ont si rapidement amené la décadence entière de l'art -sous Louis XV. Partout un goût systématique et faux y prend la place -de l'imitation noble et vraie de la nature. Les draperies, jetées avec -affectation, et exécutées en quelque sorte de <em>pratique</em>, ne -présentent qu'un chiffonnage mesquin, lourd et monotone. La tête du -cardinal, quoique touchée avec mollesse, n'est pas dépourvue -d'expression, mais celle de la Religion est froide et sans caractère. -La statue de la femme éplorée est beaucoup meilleure, et cette figure, -qui offre dans sa pose une imitation frappante de la jeune fille du -<i>testament d'Eudamidas</i><a id="footnotetag594-A" name="footnotetag594-A"></a><a href="#footnote594-A" title="Lien vers la note 594-A"><span class="smaller">[594-A]</span></a>, pourroit même passer pour un morceau -recommandable, si l'on n'y retrouvoit encore ces draperies lourdes et -chiffonnées qui partout fatiguent et rebutent l'œil de l'amateur -délicat. La mollesse de touche que l'on peut généralement reprocher à -l'auteur de ce monument l'a servi assez heureusement dans l'exécution -des deux enfants. Cependant ces petites figures sont loin encore -d'avoir le degré de finesse et de vérité qu'exigeroit une imitation -parfaite de la nature, et que l'on retrouve si éminemment dans les -belles sculptures du siècle précédent<a id="footnotetag594-B" name="footnotetag594-B"></a><a href="#footnote594-B" title="Lien vers la note 594-B"><span class="smaller">[594-B]</span></a>.</p> - -<p><a id="footnote594-A" name="footnote594-A"></a> -<b><a href="#footnotetag594-A">594-A</a></b>: Tableau célèbre du Poussin.</p> - -<p><a id="footnote594-B" name="footnote594-B"></a> -<b><a href="#footnotetag594-B">594-B</a></b>: Ce monument est bien conservé, et n'a d'autre -restauration que le nez de la figure du cardinal, mutilé pendant les -jours révolutionnaires.</p> - -<p><a id="footnote595" name="footnote595"></a> -<b><a href="#footnotetag595">595</a></b>: Les chaires de théologie fondées en Sorbonne, et qui -existoient dans les derniers temps, étoient au nombre de sept:</p> - -<p>La première, fondée en 1532 par Ulrich Gering, célèbre imprimeur -allemand, étoit connue sous le titre de <em>chaire de lecteur</em>.</p> - -<p>La deuxième et la troisième, fondées en 1596 par Henri IV, avoient -pour objet, l'une <em>la théologie contemplative</em>, l'autre <em>la théologie -positive</em>.</p> - -<p>La quatrième, fondée en 1606 par M. de Pellejai, conseiller au -parlement, étoit destinée à <em>l'interprétation de l'écriture sainte</em>.</p> - -<p>La cinquième, pour <em>les cas de conscience</em>, étoit due à M. de Rouan, -principal du collége des Trésoriers, et avoit été établie en 1612.</p> - -<p>La sixième, qui traitoit des <em>controverses</em>, avoit été fondée en 1616 -par Louis XIII.</p> - -<p>La septième, consacrée à <em>l'interprétation du texte hébreux de -l'écriture</em>, avoit pour fondateur le duc d'Orléans, qui l'avoit créée -en 1751.</p> - -<p><a id="footnote596" name="footnote596"></a> -<b><a href="#footnotetag596">596</a></b>: L'église de Sorbonne, entièrement dégradée dans son -intérieur, est restée long-temps déserte et abandonnée pendant la -révolution. Les bâtiments de la maison avoient été destinés à loger -des artistes. Sur l'état actuel de ce monument <i>voy.</i> l'art. -<a href="#monumentsnouveaux751"><i>Monuments nouveaux</i></a>, etc.</p> - -<p><a id="footnote597" name="footnote597"></a> -<b><a href="#footnotetag597">597</a></b>: Les bâtiments de ce collége sont aujourd'hui -entièrement détruits et remplacés par des maisons particulières.</p> - -<p><a id="footnote598" name="footnote598"></a> -<b><a href="#footnotetag598">598</a></b>: Les bâtiments en sont habités par des particuliers.</p> - -<p><a id="footnote599" name="footnote599"></a> -<b><a href="#footnotetag599">599</a></b>: L'évêché de Blois étoit un démembrement de celui de -Chartres; il fut érigé, par une bulle d'Innocent XII, le 1er juillet -1697. (Gall. christ., t. VIII, inst. col. 451.)</p> - -<p><a id="footnote600" name="footnote600"></a> -<b><a href="#footnotetag600">600</a></b>: Trésor des Chartres. Paris, liv. III, n<sup>o</sup> 22.</p> - -<p><a id="footnote601" name="footnote601"></a> -<b><a href="#footnotetag601">601</a></b>: Sauval, t. III, p. 217.</p> - -<p><a id="footnote602" name="footnote602"></a> -<b><a href="#footnotetag602">602</a></b>: L'affaire fut portée au parlement, et il fut facile de -prouver qu'il n'étoit pas question ici de suppression, mais seulement -de changement de boursiers séculiers en réguliers.</p> - -<p><a id="footnote603" name="footnote603"></a> -<b><a href="#footnotetag603">603</a></b>: Les bâtiments en sont maintenant occupés par une -administration publique.</p> - -<p><a id="footnote604" name="footnote604"></a> -<b><a href="#footnotetag604">604</a></b>: C'est maintenant un hôtel garni.</p> - -<p><a id="footnote605" name="footnote605"></a> -<b><a href="#footnotetag605">605</a></b>: Il est maintenant habité par des particuliers.</p> - -<p><a id="footnote606" name="footnote606"></a> -<b><a href="#footnotetag606">606</a></b>: C'est maintenant un hôtel garni.</p> - -<p><a id="footnote607" name="footnote607"></a> -<b><a href="#footnotetag607">607</a></b>: <i>V.</i> pl. 178. Ce monument n'a point changé de -destination.</p> - -<p><a id="footnote608" name="footnote608"></a> -<b><a href="#footnotetag608">608</a></b>: Les bâtiments de ce collége sont habités par des -particuliers.</p> - -<p><a id="footnote609" name="footnote609"></a> -<b><a href="#footnotetag609">609</a></b>: Il y avoit entre autres trois maisons sises vis-à-vis, -appelées <i>les Marmousets</i>, qui ont été acquises depuis et enclavées -dans le collége de Harcour.</p> - -<p><a id="footnote610" name="footnote610"></a> -<b><a href="#footnotetag610">610</a></b>: C'est maintenant une maison habitée par des -particuliers.</p> - -<p><a id="footnote611" name="footnote611"></a> -<b><a href="#footnotetag611">611</a></b>: Du Breul, p. 711.—Hist. de l'abb. S. Germ., p. -157.—Hist. de Par., t. I, p. 610.</p> - -<p><a id="footnote612" name="footnote612"></a> -<b><a href="#footnotetag612">612</a></b>: Lemaire, t. II, p. 554.</p> - -<p><a id="footnote613" name="footnote613"></a> -<b><a href="#footnotetag613">613</a></b>: Hist. de Paris, t. V, p. 673.</p> - -<p><a id="footnote614" name="footnote614"></a> -<b><a href="#footnotetag614">614</a></b>: <i>Ibid.</i>, p. 662.</p> - -<p><a id="footnote615" name="footnote615"></a> -<b><a href="#footnotetag615">615</a></b>: <i>Ibid.</i>, p. 775.</p> - -<p><a id="footnote616" name="footnote616"></a> -<b><a href="#footnotetag616">616</a></b>: C'est aussi une maison habitée par des particuliers.</p> - -<p><a id="footnote617" name="footnote617"></a> -<b><a href="#footnotetag617">617</a></b>: On les appeloit l'<i>hôtel</i> ou <i>les maisons d'Avranches</i>.</p> - -<p><a id="footnote618" name="footnote618"></a> -<b><a href="#footnotetag618">618</a></b>: Hist. Univ. Paris, t. IV, p. 162.</p> - -<p><a id="footnote619" name="footnote619"></a> -<b><a href="#footnotetag619">619</a></b>: Un cuisinier de ce collége, nommé Guion Gervais, voulut -être compté au nombre de ses bienfaiteurs, et donna en 1679 une somme -de 1,000 liv. pour fonder une bourse de grammairien.</p> - -<p><a id="footnote620" name="footnote620"></a> -<b><a href="#footnotetag620">620</a></b>: Jaillot, quart. S.-André-des-Arcs, p. 122. Depuis la -révolution, ce collége a été occupé quelque temps par l'École de -droit.</p> - -<p><a id="footnote621" name="footnote621"></a> -<b><a href="#footnotetag621">621</a></b>: C'est aujourd'hui une maison garnie.</p> - -<p><a id="footnote622" name="footnote622"></a> -<b><a href="#footnotetag622">622</a></b>: Hist. S. Mart., p. 216.—Du Breul, p. 650.—Hist. -Univ., t. III, p. 395.—Hist. de Par., t. I, p. 417.</p> - -<p><a id="footnote623" name="footnote623"></a> -<b><a href="#footnotetag623">623</a></b>: Ce collége est maintenant habité par des particuliers; -sa chapelle sert d'atelier à un peintre. Il reste encore quelques -portions de son cloître, dont les arcades offrent des formes gothiques -très-élégantes. <i>Voy.</i> pl. 178.</p> - -<p><a id="footnote624" name="footnote624"></a> -<b><a href="#footnotetag624">624</a></b>: Manusc. des S. Germ., C. 454, fol. 484.</p> - -<p><a id="footnote625" name="footnote625"></a> -<b><a href="#footnotetag625">625</a></b>: Dans cette même rue étoit, à la fin du siècle dernier, -un bureau de messagerie pour la Normandie et la Bretagne, que l'on -nommoit <i>l'hôtel Saint-François</i>, parce qu'on prétendoit que saint -François-de-Sales y avoit demeuré. Cette tradition ne paroît guère -vraisemblable, et n'étoit fondée sur aucune autorité. Des titres de -l'abbaye Saint-Germain prouvent au contraire que cette maison portoit -l'enseigne de <i>Saint-François</i> dès 1640, et saint François-de-Sales ne -fut canonisé qu'en 1665.</p> - -<p><a id="footnote626" name="footnote626"></a> -<b><a href="#footnotetag626">626</a></b>: On cite entre autres Antoine du Prat, son petit-fils, -seigneur de Nantouillet et prévôt de Paris. Le duc d'Anjou, le roi de -Navarre et le duc de Guise, sur qui il s'étoit permis des propos -indiscrets, lui mandèrent un jour qu'ils iroient souper chez lui à cet -hôtel d'Hercule; et ils y allèrent, malgré tous les prétextes qu'il -put alléguer pour se dispenser de recevoir cet honneur. Après le -souper, leur suite pilla ou jeta par les fenêtres son argent, sa -vaisselle et ses meubles. «Le lendemain, dit l'Étoile, le premier -président fut trouver le roi (Charles IX), et lui dit que Paris étoit -ému pour le vol de la nuit passée, et que l'on disoit que Sa Majesté y -étoit en personne, et l'avoit fait pour rire; à quoi le roi ayant -répondu que ceux qui le disoient avoient menti, le premier président -répliqua: J'en ferai donc informer, Sire.—Non, non, répondit le roi; -ne vous en mettez pas en peine: dites seulement à Nantouillet qu'il -aura affaire à trop forte partie, s'il en veut demander raison.»</p> - -<p><a id="footnote627" name="footnote627"></a> -<b><a href="#footnotetag627">627</a></b>: <i>Voy.</i> prem. part. de ce vol., p. 602.</p> - -<p><a id="footnote628" name="footnote628"></a> -<b><a href="#footnotetag628">628</a></b>: Germain Brice place cette reconstruction en 1505.</p> - -<p><a id="footnote629" name="footnote629"></a> -<b><a href="#footnotetag629">629</a></b>: Il étoit neveu du fameux cardinal Georges d'Amboise, le -ministre chéri de Louis XII. Les murailles offrent de toutes parts les -armes de sa famille, ainsi que le bourdon et les coquilles, attributs -de saint Jacques, son patron.</p> - -<p><a id="footnote630" name="footnote630"></a> -<b><a href="#footnotetag630">630</a></b>: Toutes ces figures ont été détruites pendant la -révolution. Cette chapelle sert maintenant à des cours particuliers de -pharmacie.</p> - -<p><a id="footnote631" name="footnote631"></a> -<b><a href="#footnotetag631">631</a></b>: Les armoiries ont été effacées. Il ne reste plus -d'autres ornements que deux colonnes et quelques sculptures qui -accompagnent une porte intérieure, et dont le style annonce le siècle -de François I<sup>er</sup>.</p> - -<p><a id="footnote632" name="footnote632"></a> -<b><a href="#footnotetag632">632</a></b>: Cette maison est maintenant habitée par des -particuliers.</p> - -<p><a id="footnote633" name="footnote633"></a> -<b><a href="#footnotetag633">633</a></b>: Les trois présidents nommés en 1344 par -Philippe-de-Valois ne prenoient alors que la qualité de <em>maîtres du -parlement</em>.</p> - -<p><a id="footnote634" name="footnote634"></a> -<b><a href="#footnotetag634">634</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 147.</p> - -<p><a id="footnote635" name="footnote635"></a> -<b><a href="#footnotetag635">635</a></b>: <i>Voy.</i> ibid.</p> - -<p><a id="footnote636" name="footnote636"></a> -<b><a href="#footnotetag636">636</a></b>: Nous en parlerons à l'article des Chartreux, quartier -du Luxembourg.</p> - -<p><a id="footnote637" name="footnote637"></a> -<b><a href="#footnotetag637">637</a></b>: À peu de distance de l'emplacement de cette porte, et -entre l'ancien terrain des Jacobins et les maisons de la rue -Sainte-Hiacynthe, on voit encore quelques débris des murailles et des -tours qui formoient l'enceinte de Philippe-Auguste.</p> - -<p><a id="footnote638" name="footnote638"></a> -<b><a href="#footnotetag638">638</a></b>: Maintenant de <i>l'École-de-Médecine</i>.</p> - -<p><a id="footnote639" name="footnote639"></a> -<b><a href="#footnotetag639">639</a></b>: T. II, p. 565.</p> - -<p><a id="footnote640" name="footnote640"></a> -<b><a href="#footnotetag640">640</a></b>: On prétend aussi que la partie de cette rue, depuis -celle de la Vieille-Bouclerie jusqu'à la rue Mâcon, fut appelée <i>de la -Clef</i>, en mémoire de la trahison de <i>Périnet Le Clerc</i><a id="footnotetag640-A" name="footnotetag640-A"></a><a href="#footnote640-A" title="Lien vers la note 640-A"><span class="smaller">[640-A]</span></a>, qui, -ayant dérobé les clefs de la porte de Buci sous le chevet du lit de -son père, introduisit les Anglois dans la ville. (Sauval, t. I, p. -126) Cette tradition paroît plus vraisemblable que celle qui faisoit -regarder une des bornes de la rue Saint-André-des-Arcs, dont la partie -supérieure représentoit une tête d'homme, comme la statue de ce -traître. Jaillot, qui la traite de bruit populaire dénué de toute -espèce de fondement, dit avoir lu dans des notes manuscrites -recueillies par D. Félibien, et qui se conservoient à -Saint-Germain-des-Prés, que cette borne étoit un monument d'une amende -honorable faite au chapitre de Notre-Dame, en expiation d'insultes -exercées à l'égard d'un chanoine, lors d'une procession qui passoit en -cet endroit. «Si ce fait étoit vrai, dit ce critique, on en eût -vraisemblablement conservé le souvenir par une inscription ou par -quelque monument de sculpture mieux placé et moins exposé à être -détruit qu'une borne mise à l'angle de deux rues très-fréquentées, et -qui, par sa position, pouvoit facilement être mutilée ou rompue.»</p> - -<p><a id="footnote640-A" name="footnote640-A"></a> -<b><a href="#footnotetag640-A">640-A</a></b>: <i>Voy.</i> t. II, prem. part., p. 991.</p> - -<p><a id="footnote641" name="footnote641"></a> -<b><a href="#footnotetag641">641</a></b>: Sur le terrain des Augustins on a percé une rue -nouvelle qui va de celle-ci à la rue Dauphine. On la nomme rue du -<i>Pont de Lodi</i>.</p> - -<p><a id="footnote642" name="footnote642"></a> -<b><a href="#footnotetag642">642</a></b>: Fol. 140 v<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="footnote643" name="footnote643"></a> -<b><a href="#footnotetag643">643</a></b>: Reg. de la Temp. de Notre-Dame.</p> - -<p><a id="footnote644" name="footnote644"></a> -<b><a href="#footnotetag644">644</a></b>: T. I, p. 118.</p> - -<p><a id="footnote645" name="footnote645"></a> -<b><a href="#footnotetag645">645</a></b>: Sauval, t. III, p. 625.</p> - -<p><a id="footnote646" name="footnote646"></a> -<b><a href="#footnotetag646">646</a></b>: T. I, p. 123.</p> - -<p><a id="footnote647" name="footnote647"></a> -<b><a href="#footnotetag647">647</a></b>: Hist. de Par., t. V, p. 187.</p> - -<p><a id="footnote648" name="footnote648"></a> -<b><a href="#footnotetag648">648</a></b>: Sauval, t. II, p. 125.</p> - -<p><a id="footnote649" name="footnote649"></a> -<b><a href="#footnotetag649">649</a></b>: Entre cette rue et la précédente on voyoit encore, à la -fin du siècle dernier, une ruelle ou descente à la rivière, fermée par -une porte à son entrée dans la rue de la Huchette; elle se nommoit rue -des <i>Trois-Canettes</i>, et se trouve sur le plan de Boisseau sous le nom -<i>du Harpeur</i>. Elle étoit peu connue, parce qu'elle ne servoit qu'à -l'écoulement des eaux et des immondices. En 1767 la maison voisine de -cette ruelle s'étant écroulée, on revint au projet déjà conçu de -construire un quai le long de la rivière, entre le pont Saint-Michel -et le Petit-Pont. Il fut ordonné en conséquence que la rue des -Trois-Canettes seroit supprimée, et celle des Trois-Chandeliers -élargie jusqu'à douze pieds dans toute sa longueur; ce qui fut -exécuté.</p> - -<p><a id="footnote650" name="footnote650"></a> -<b><a href="#footnotetag650">650</a></b>: Sauval dit qu'en 1255, époque de la fondation du -collége des Prémontrés, on la nommoit <i>rue aux Étuves</i>. Il se trompe: -cette dénomination étoit celle d'une rue qui ne subsiste plus -aujourd'hui, et qui passoit de la rue des Cordeliers à la rue Mignon, -dont elle faisoit la continuation, entre le collége de Bourgogne et la -maison des Prémontrés. (<span class="smcap">Jaillot.</span>)</p> - -<p><a id="footnote651" name="footnote651"></a> -<b><a href="#footnotetag651">651</a></b>: Arch. de l'abb. S. Germ.</p> - -<p><a id="footnote652" name="footnote652"></a> -<b><a href="#footnotetag652">652</a></b>: Sauval, t. I, p. 135.</p> - -<p><a id="footnote653" name="footnote653"></a> -<b><a href="#footnotetag653">653</a></b>: Ce nom de <em>Queux</em> signifie, en vieux françois, -<em>cuisinier</em>; mais personne n'ignore que la charge de <i>Grand-Queux</i> -étoit chez le roi une des premières de la couronne. Les Châtillon se -sont fait un honneur de la posséder.</p> - -<p><a id="footnote654" name="footnote654"></a> -<b><a href="#footnotetag654">654</a></b>: Past. A, p. 793.</p> - -<p><a id="footnote655" name="footnote655"></a> -<b><a href="#footnotetag655">655</a></b>: Nécrol. de N. D. au 31 mars et 25 avril.</p> - -<p><a id="footnote656" name="footnote656"></a> -<b><a href="#footnotetag656">656</a></b>: Archiv. de S. Germ. des Prés.</p> - -<p><a id="footnote657" name="footnote657"></a> -<b><a href="#footnotetag657">657</a></b>: Lebeuf, t. II, p. 567.</p> - -<p><a id="footnote658" name="footnote658"></a> -<b><a href="#footnotetag658">658</a></b>: Hist. de Par., t. IV, p. 133.</p> - -<p><a id="footnote659" name="footnote659"></a> -<b><a href="#footnotetag659">659</a></b>: Huon de Bordeaux, dans son roman, l'appelle <i>Amauri de -Hautefeuille</i>, et dit qu'il étoit neveu de Ganelon.</p> - -<p><a id="footnote660" name="footnote660"></a> -<b><a href="#footnotetag660">660</a></b>: Corroz., fol. 79, v<sup>o</sup>.—Belleforest, Ann. p. 889.—Du -Breul, p. 500.—Hist. de Par., t. I, p. 261.</p> - -<p><a id="footnote661" name="footnote661"></a> -<b><a href="#footnotetag661">661</a></b>: Arch. de S. Germ. des Prés, A. 3, 4, 5.—Terrier de -1523, fol. 138 et suiv.</p> - -<p><a id="footnote662" name="footnote662"></a> -<b><a href="#footnotetag662">662</a></b>: <i>Ibid.</i>, fol. 237, v<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="footnote663" name="footnote663"></a> -<b><a href="#footnotetag663">663</a></b>: Cette rue vient d'être abattue du côté de la rivière -pour la construction d'un nouveau quai.</p> - -<p><a id="footnote664" name="footnote664"></a> -<b><a href="#footnotetag664">664</a></b>: En face de cette rue est le cul-de-sac appelé de la -<i>cour de Rouen</i>, ainsi nommé parce que l'hôtel de l'archevêque de -Rouen y étoit situé.</p> - -<p><a id="footnote665" name="footnote665"></a> -<b><a href="#footnotetag665">665</a></b>: On a démoli plusieurs maisons de cette rue pour -agrandir la place Saint-Michel.</p> - -<p><a id="footnote666" name="footnote666"></a> -<b><a href="#footnotetag666">666</a></b>: Cartul. Sorbon., fol. 55.</p> - -<p><a id="footnote667" name="footnote667"></a> -<b><a href="#footnotetag667">667</a></b>: Il y avoit autrefois près de l'église des Mathurins un -cul-de-sac qui la séparoit du palais des Thermes, et qui portoit le -nom de <i>Coterel</i> ou <i>Cocerel</i>.</p> - -<p><a id="footnote668" name="footnote668"></a> -<b><a href="#footnotetag668">668</a></b>: Cart. de Sorbon., fol. 132.</p> - -<p><a id="footnote669" name="footnote669"></a> -<b><a href="#footnotetag669">669</a></b>: T. II, p. 77.</p> - -<p><a id="footnote670" name="footnote670"></a> -<b><a href="#footnotetag670">670</a></b>: Ce cul-de-sac n'existe plus, de même que l'hôtel, -lequel occupoit l'espace compris entre les rues de Hautefeuille, du -Jardinet, du Paon et du cul-de-sac même où il étoit situé.</p> - -<p><a id="footnote671" name="footnote671"></a> -<b><a href="#footnotetag671">671</a></b>: Cart. Sorb. 1273-1279.</p> - -<p><a id="footnote672" name="footnote672"></a> -<b><a href="#footnotetag672">672</a></b>: Comp. des heures du chap. N. D.</p> - -<p><a id="footnote673" name="footnote673"></a> -<b><a href="#footnotetag673">673</a></b>: Sauval, t. III, p. 555.</p> - -<p><a id="footnote674" name="footnote674"></a> -<b><a href="#footnotetag674">674</a></b>: Fol. 13, 14, 28, 116, etc.</p> - -<p><a id="footnote675" name="footnote675"></a> -<b><a href="#footnotetag675">675</a></b>: Manusc. de S. Germ., C. 454. La partie de cette rue qui -aboutit à celle du Battoir étoit indiquée, au commencement du -quinzième siècle, sous le nom grossier et ridicule de <i>rue du Pet</i>, en -1560 <i>rue du Petit-Pet</i>, et <i>du Gros-Pet</i> en 1636.</p> - -<p><a id="footnote676" name="footnote676"></a> -<b><a href="#footnotetag676">676</a></b>: Arch. de S. Germ.</p> - -<p><a id="footnote677" name="footnote677"></a> -<b><a href="#footnotetag677">677</a></b>: Sauval, t. III, p. 644. Il y a dans cette rue un -cul-de-sac appelé <i>Sallembrière</i>; c'est une altération du nom -<i>Saille-en-bien</i>, <i>Saliens in bonum</i>, qu'il portoit anciennement. Ce -nom étoit celui d'un particulier qui y avoit sa maison; on le trouve -dans un acte du cartulaire de Sorbonne daté de 1239, et dans plusieurs -actes subséquents. Ce cul-de-sac, qui étoit une rue à cette époque, -aboutissoit à une autre ruelle, laquelle ne subsiste plus, et qu'on -nommoit rue <i>des Jardins</i>. Celle-ci donnoit dans la rue Saint-Jacques.</p> - -<p><a id="footnote678" name="footnote678"></a> -<b><a href="#footnotetag678">678</a></b>: Past. A., fol. 690.—Nécrol. de N. D.</p> - -<p><a id="footnote679" name="footnote679"></a> -<b><a href="#footnotetag679">679</a></b>: «Il n'y a pas long-temps, dit Saint-Foix, qu'on voyoit -encore sur la porte de la maison qui fait le coin de cette rue et de -la rue Saint-Séverin une pierre de deux pieds en carré, où l'on avoit -gravé différentes figures; les principales étoient celles d'un homme -renversé de cheval, et d'un autre à qui une dame mettoit sur la tête -un <i>chapeau de roses</i>. On lisoit au haut ces mots: <i>Au vaillant -Clary</i>; et en bas: <i>En dépit de l'envie</i>. C'est un monument que la -sœur de Guillaume Fouquet, écuyer de la reine Isabeau de -Bavière, osa faire mettre sur sa maison, à la gloire de sire de Clary, -son parent, dans le temps que la cour, irritée du combat de ce brave -homme contre Courtenay, le poursuivoit, et vouloit le faire périr sur -l'échafaud.» Pierre Courtenay, chevalier anglois et favori de son -maître, étoit venu à Paris uniquement pour défier à la lance et à -l'épée Guy de La Trémouille, porte-oriflamme; s'en retournant, après -avoir rompu avec lui quelques lances, il se vanta, dans une visite -qu'il fit à la comtesse de Saint-Pol, sœur du roi d'Angleterre, -qu'aucun François n'avoit osé <em>s'éprouver</em> contre lui; le sir de -Clary, qui étoit présent, s'indignant de l'injure qu'il faisoit à sa -nation, lui proposa le champ clos pour le lendemain, et eut le bonheur -de le mettre hors de combat. Une intrigue de cour présenta sous un -aspect odieux cette action si glorieuse pour un vrai chevalier; on lui -fit un crime d'avoir osé <em>prendre une journée</em> sans la permission du -roi; et pour ne pas expier sa victoire par une mort ignominieuse, -comme un traître à sa patrie, le brave Clary fut forcé de prendre la -fuite, et resta long-temps dans l'exil.»</p> - -<p><a id="footnote680" name="footnote680"></a> -<b><a href="#footnotetag680">680</a></b>: Livre rouge de l'Hôtel-de-Ville, fol. 107.</p> - -<p><a id="footnote681" name="footnote681"></a> -<b><a href="#footnotetag681">681</a></b>: Au-dessous du marbre sur lequel cette inscription étoit -gravée, on voyoit encore, avant la révolution, un bas-relief gothique -qui représentoit une amende honorable que les sergents à verge avoient -été contraints de faire, en 1440, à Justice, à l'Université et aux -Augustins. Sous prétexte de signifier un exploit, ils s'étoient permis -de tirer par force un de ces religieux du cloître de son couvent et en -avoient tué un autre qui vouloit s'opposer à cette violence. «Par -sentence du prévôt de Paris, dit Du Breul, ils furent condamnés à -faire trois amendes honorables, l'une au Châtelet, l'autre au lieu du -forfait et occision, et la dernière à la place Maubert; ils devoient -les faire sans chaperon, nuds jambes et nud pieds, tenant chacun à la -main une torche ardente de quatre livres, requérants à tous merci et -pardon; puis ils furent condamnés à faire faire une croix en pierre de -taille près le lieu où ladite occision fut faite, avec image -représentant ladite réparation: davantage leurs biens confisqués, -préalablement prise sur iceux la somme de 1000 livres parisis, et <em>en -après bannis à jamais du royaume</em>.» Cependant cette peine, qu'on peut -considérer comme légère, vu l'énormité du crime, fut sans doute encore -adoucie: car Jaillot prétend avoir vu plusieurs significations faites -par un de ces sergents depuis 1440 jusqu'en 1449.</p> -</div> - -<div class="chapter tn"> -<h2 class="small">Notes au lecteur de ce fichier numérique:</h2> - -<div class="tn"> -<p>Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été -corrigées. L'orthographe de l'auteur a été conservée.</p> - -<p>Les lettres supérieures unusuelles ont été entourées de parenthèses.</p> - -<p>Corrections effectuées:</p> - -<p>—Page <a href="#page124">124</a>: "Mazarin devoit en grande partie son élévation à Charigni" -a été remplacé par "Mazarin devoit en grande partie son élévation à -Chavigni".</p> - -<p>—Note <a href="#page248">248</a>: "april" a été remplacé par "avril".</p> - -<p>—Page <a href="#page371">371</a>: "de disposer de leurs prétendes" a été remplacé par "de -disposer de leurs prébendes".</p> -</div> -</div> - - - - - - - -<pre> - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Tableau historique et pittoresque de -Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Tome 6/8), by Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TABLEAU HISTORIQUE DE PARIS *** - -***** This file should be named 60106-h.htm or 60106-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/6/0/1/0/60106/ - -Produced by Mireille Harmelin, Guy de Montpellier, Christine -P. 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