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-The Project Gutenberg EBook of La "noire idole", by Laurent Tailhade
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have
-to check the laws of the country where you are located before using this ebook.
-
-
-
-Title: La "noire idole"
- Étude sur la Morphinomanie
-
-Author: Laurent Tailhade
-
-Release Date: October 15, 2016 [EBook #53284]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA "NOIRE IDOLE" ***
-
-
-
-
-Produced by Clarity, Pierre Lacaze and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/American Libraries.)
-
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-
-La «Noire Idole»
-
-
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-
- LAURENT TAILHADE
-
- La «Noire Idole»
-
- Étude sur la Morphinomanie
-
- «_... capa que cobre todos los humanos
- pensamientos, manjar que quita la
- hambre, agua que ahuyenta la sed, fuego
- que caliente el frio, frio que templa el
- ardor, y finalmente moneda general con
- que todas las cosas se compran, balanza
- y peso que iguala al pastor con el rey,
- y al simple con el discreto_».
-
- Don Quijote, Part. II, Cap 68.
-
- PARIS
-
- ALBERT MESSEIN, ÉDITEUR
-
- Successeur de LÉON VANIER
-
- 19, Quai Saint-Michel, 19
-
- 1914
-
-
-
-
- _Il a été tiré vingt exemplaires sur Hollande Van Gelder
- numérotés de 1 à 20._
-
-
-Les personnes étrangères aux études médicales: hommes de lettres
-ou du monde, romanciers, chroniqueurs, simples gobe-mouches qui
-parlent, écrivent, discourent sur le propos de la morphine et de
-la morphinomanie, ignorent, la plupart du temps, le premier mot
-de leur sujet. Ils préconisent avec un aplomb qui déconcerte, des
-lieux-communs aussi vagues qu'erronés. Bon nombre de docteurs
-ne sont guères plus instruits que le public sur les arcanes du
-voluptueux et sinistre poison. Les plus avisés décernent leur
-clientèle au spécialiste; d'autres, moins éclairés ou moins
-délicats, proposent des traitements infructueux et chimériques.
-Optimistes à l'excès, d'aucuns, regardent la morphinomanie comme
-une «mauvaise habitude», comparable à celle des cartes ou du
-tabac. Ils prétendent la guérir par des procédés aimables ou de
-spécieuses diversions: promenades, théâtre, injections d'eau
-claire et tout ce qui s'en suit. D'autres enfin, cyniques faiseurs
-de dupes, exploitent, sous couleur de la traiter, cette «maladie
-expérimentale» qui, à moins d'une cure efficace et rationnelle,
-permise aux thérapeutes seuls outillés pour cet objet, n'a d'autre
-aboutissant que le désespoir, la vésanie ou la mort.
-
- * * * * *
-
-Opium de l'Occident, la morphine est à peu près au suc de pavot,
-ingéré en pastilles ou fumé dans des pipes, ce que les brûlants
-alcools de grains ou de fruits: gin, hasselt, kirsch, genièvre
-ou schiedam, sont à la bière, au vin non frelatés. L'ivresse
-immédiate, foudroyante ne permet pas à l'adepte un moment de
-répit. De prime abord, la possession est complète, comme chez ces
-démonopathes dont les juges ecclésiastiques ou civils: Boguet,
-Remigius, Lancre, del Rio ont, à leur insu, étudié la névrose.
-Une force inconnue et despotique s'empare de la victime, agit à
-sa place, dédouble en quelque manière sa personnalité. Au MOI
-raisonnant et social, un autre MOI se substitue en qui toute idée,
-en qui tout sentiment est aboli par l'appétit égoïste de la piqûre
-béatifiante.
-
-Comment les peuples indo-européens, à qui leur activité permet
-de conquérir le monde et d'exproprier «les races incompétentes»,
-se laissent-ils envoûter par ce morne sortilège, destructeur de
-la force et de la volonté, au moment précis où l'universelle
-concurrence impose à l'homme de vouloir et d'entreprendre, sans
-une minute d'hésitation ni de repos? Les nations les plus actives
-semblent renchérir sur ce goût. A Londres, le samedi au soir,
-les apothicaires débitent de l'extrait thébaïque et des pilules
-d'opium brut, tout comme les bars versent du gin ou du wisky.
-
-On entre dans la morphine par deux chemins inégalement semés
-de fleurs. Les uns, dans le but légitime d'accoiter leurs
-souffrances, ont recours aux vertus du terrible stupéfiant:
-d'autres y cherchent impudemment une sensation de plaisir,
-un bien-être que le docteur Ball a qualifié, le premier,
-d'_euphorie_. Mais, quelle que soit la porte ouverte sur cet
-enfer, par la thérapeutique ou l'appétit des sensations nouvelles,
-pareille est la damnation. «La Noire Idole», comme Quincey
-appelait sa carafe de laudanum, ne lâche pas sans d'incroyables
-efforts les dévots qu'elle a conquis.
-
- * * * * *
-
-Quel est donc ce philtre magique, cet élixir de mort qui vend
-si cher ses prétendus bienfaits? Sans remonter à Dioscoride, au
-médecin Andromachus, calmant les crises épileptiques de Néron à
-grand renfort de thériaque, à Galien qui soignait les maladies
-nerveuses de Julia Mæsa, de Julia Domna et de leurs courtisans,
-les propriétés soporatives de l'opium furent connues et largement
-utilisées par les morticoles d'autrefois.
-
-Contrairement à la doctrine du _Malade Imaginaire_, l'opium ne
-fait pas dormir, ou, du moins, ne fait dormir qu'à très longue
-échéance. Il provoque tout d'abord une chaude ébriété; il confère
-au patient l'oubli momentané des plus cruelles douleurs. C'est un
-«remède désangoissant», ainsi que l'appelle à bon droit le docteur
-Dubuisson.
-
- * * * * *
-
-Dans les premières années du XIXe siècle, le chimiste Sertüner
-isola, parmi d'autres alcalis organiques, un alcoloïde à la fois
-sédatif et convulsivant, que l'opium de Smyrne, de l'Inde ou
-d'Egypte renferme dans la proportion moyenne de 10%.
-
-L'empoisonneur Castaing utilisa, peu après (1823), la découverte
-du chimiste. Il «réalisa» son ami Ballet comme Lapommerais
-devait «réaliser», quarante et un ans plus tard, Mme de Paw,
-sa maîtresse, au moyen de la digitaline récemment acquise à la
-pharmacopée par Homolle et Quévenne. Hippolyte Ballet et Mme de
-Paw avaient commis l'erreur de souscrire une assurance sur la
-vie à leurs vénéneux compagnons. Castaing, après avoir attiré
-sa victime à Saint-Cloud (qui paraissait alors une villégiature
-suffisamment rustique), lui donna le boucon à l'auberge de la
-_Tête Noire_. C'était, dans du vin chaud, une solution fortement
-chargée d'acétate de morphine. Ballet trouva le vin si amer qu'il
-n'en but qu'une gorgée, attribuant ce mauvais goût au zeste
-du citron. La nuit fut mauvaise. Castaing, le jour suivant,
-administra une potion au malade qui rendit superflue toute
-médication ultérieure. Le pauvre garçon en mourut après quelques
-instants.
-
- * * * * *
-
-A vrai dire, ce n'est pas la morphine elle-même, peu soluble
-dans l'eau, qu'utilisent les médecins et toxicomanes, mais un
-sel de morphine, le chlorhydrate, qui merveilleusement se prête
-à cet emploi. Dissous filtré, bouilli, décanté, mis à l'abri des
-poussières dans un flacon élégant de cristal, voici le philtre
-irrésistible qui permet au premier butor venu de cambrioler
-aisément la forteresse du Bonheur! Ajoutez l'instrument bien
-en main auquel un orthopédiste lyonnais servit de parrain vers
-1860 et que, pendant la guerre de 1870, importèrent en France
-les praticiens de l'armée allemande: l'outillage sera complet.
-Le postulant des paradis artificiels peut consommer d'emblée ses
-fiançailles avec la Mort.
-
-Une piqûre légère, point méchante, cuisante à peine pour les
-maladroits. Et soudain le charme opère. Une onde vous enveloppe,
-«un océan de délices», comme d'un sang plus vif et rajeuni.
-C'est «la lune de miel», ainsi que veut bien (après nous) dire
-le professeur Brouardel (_Opium, Morphine et Cocaïne_, J.-B.
-Ballière, éditeur). Dans cette période élévatoire, dans la crise
-initiale que provoque l'usage du terrible excitant, les idées
-affluent, les œuvres s'ébauchent, la parole surabonde, l'ivresse
-emporte l'hésitation et la timidité. La mémoire se colore et
-s'amplifie. Une eurythmie clairvoyante harmonise la pensée. Les
-chagrins sont en fuite et les sens abolis. Dans la plénitude
-heureuse de sa force et de sa joie, l'homme se sent devenir dieu.
-
-Cette béatitude n'a rien de turbulent. La joie un peu vulgaire
-et communicative que déchaîne, après boire, l'usage des liqueurs
-fermentées ne ressemble en aucune façon au recueillement
-voluptueux suggéré par la morphine. Elle exalte au plus haut
-point l'opinion favorable que le sujet a de lui-même. Exempt des
-servitudes physiques, réduit à l'état de pur esprit, il contemple
-avec une dédaigneuse indulgence les espèces qui l'environnent. Il
-plane au-dessus des réalités quotidiennes. Il n'éprouve nul besoin
-de communiquer avec le troupeau congrégé à ses pieds. L'orgueil
-est le moins bavard de tous nos sentiments.
-
- * * * * *
-
-Une erreur fort commune est de croire que la morphine suscite
-des rêves, procure des visions, ajoute, en un mot, aux richesses
-intellectuelles de ses familiers. Son pouvoir est à la fois
-plus grandiose et moins extraordinaire. Elle porte en soi une
-énergie révélatrice qui montre à l'homme des coins insoupçonnés
-de mémoire et d'imagination, éclaire à ses propres yeux les
-dessous, les recoins obscurs de sa personnalité, avive, comme
-les caractères d'un palimpseste, tels souvenirs, telles images,
-tels émois presque effacés. Elle «interprète» à l'initié les
-moindres conjonctures, lui développe ses propres imaginations
-en des épilogues savoureux. C'est le flambeau de Psyché qui
-s'allume au plus profond de l'être et fait palpiter à sa lumière
-le chatoiement des trésors ensevelis.
-
-Bientôt, cependant, les brumes irisées, les flottantes gazes,
-les vapeurs de kief épaississent leur rideau. Le brouillard qui
-prêtait à l'existence le charme des contours indéterminés devient
-un mur impénétrable, un cachot d'où le prisonnier ne s'évadera
-qu'au prix d'exécrables douleurs.
-
-En peu de temps le malade perd mémoire, volonté, sommeil, tous
-les appétits. Il vit, incapable d'action, dans une somnolence
-énervée, il rêvasse à des actes qu'il n'accomplira point. Lorsque
-sous l'impulsion d'une dose insolite, il rentre un instant dans
-la vie ambiante, c'est pour intégrer des gestes baroques ou
-délictueux. Si déchu qu'il soit, le buveur de vin ou d'absinthe
-est susceptible encore d'une activité passagère, tandis que le
-morphinomane, prisonnier d'un besoin vital, indispensable au
-même titre que le besoin de respirer, demeure à jamais exclu de
-l'action humaine. Pour tout dire, l'alcoolique est un impulsif, le
-morphinomane, un inhibé.
-
- * * * * *
-
-Dans la plupart des cas, la morphinomanie est un mal réservé,
-comme la goutte, aux heureux du monde. C'est un péché de luxe.
-A part les victimes du bistouri, les opérées des gynécologues,
-les _unsexeds_ qui traînent leur blessure éternelle; à part les
-maniaques professionnels: médecins, apothicaires, sages-femmes,
-le principal effectif des toxicomanes se recrute dans le monde
-salarié de la galanterie. Les belles-de-nuit, leurs stupides
-clients, que ne satisfont plus les vins ruineux, les liqueurs de
-flamme, condimentent de poisons leurs mornes caravanes, pratiquent
-un régime d'alcaloïdes: morphine, cocaïne, héroïne, plus ou moins
-soutenu.
-
-Le docteur Georges Dumas, soupant au café Sylvain, près
-d'un morphinomane en «état de besoin», a vu l'une des
-péripatéticiennes jouxtantes à ce prostibule se lever après avoir
-diagnostiqué d'un œil expert l'état du malade, et lui proposer une
-piqûre, avec le même air dont entre fumeurs on s'offre du tabac.
-
-Maurice Talmeyr (_Les Possédés de la morphine_) cite le cas d'une
-pierreuse qui, par dégoût des obligations professionnelles,
-recourait à la Pravaz. Premier que de subir le client, elle
-s'injectait quelques centigrammes, fermait les paupières; la
-demi-anesthésie morphinique lui rendait presque tolérable son
-esclavage et l'odieux labeur de chaque soir.
-
-Il appartenait aussi au monde ignorant et vaniteux de la race
-fashionable, ce fils de banquier mort avec son amie, dans une
-hideuse maison meublée du faubourg Saint-Honoré, après huit
-jours de morphinisation ininterrompue. Il avait pris goût à ces
-redoutables pratiques dans une maison de santé où sa famille
-l'avait interné par esprit d'économie!
-
-Elle menait la vie à grandes guides, cette Loris B... qui, de
-Naples à Pétersbourg, de Londres à Constantinople, dissipa vingt
-fortunes en princières orgies. Ayant épuisé les inventions d'une
-débauche capable de satisfaire Julie ou Messaline, elle se tourna
-vers les plantes vénéneuses, fut en peu de temps une toxicomane de
-la grande portion. A l'état normal, prodigue, payant ses plaisirs
-avec une libéralité d'impératrice, elle devenait, sous l'influence
-du pavot, une maîtresse de maison économe jusqu'à la pingrerie,
-épluchant les factures, grondant ses domestiques pour le plus
-minime débours, lésinant sur le blanchissage, attentive à la
-desserte, _râleuse_, en un mot, comme la dernière des bourgeoises.
-En «état de besoin», sa complexion véritable reprenait le dessus.
-Elle gaspillait de plus belle et se donnait à prix d'or les moins
-honnêtes distractions.
-
-Il s'en faut de beaucoup, néanmoins, que tous les morphinomanes
-soient membres des cercles aristocratiques, habitués des grands
-bars, riches demi-mondaines comme cette Loris B... ou bien encore
-comme Mlle D..., «la reine du Sahara», dont M. Edgard Bérillon a
-publié l'observation (_Revue de l'hypnotisme_, juillet-octobre
-1899).
-
-Le docteur Griffon, médecin à la Santé, a, dans le courant de
-janvier 1901, traité le peintre en bâtiment Namêche qui, après
-avoir communiqué le goût de la morphine à sa compagne, ainsi
-qu'aux enfants de la dame, volait aux pharmaciens l'objet de
-ses désirs par un procédé original dont il fut, croyons-nous,
-l'inventeur.
-
-Quelques instants avant l'heure où les marchands de pilules
-mettent leurs volets, s'étant au préalable assuré que la victime
-de son choix était bien seule et gardait la boutique, Namêche lui
-mandait sa pseudo-belle-fille nantie d'une fausse prescription
-ordonnant plusieurs grammes du chlorhydrate impatiemment attendu.
-Quand l'homme de l'art, ayant effectué sa préparation, n'avait
-plus qu'à boucher la fiole, Namêche, qui le guettait sur le
-trottoir, pénétrait dans l'officine en coup de vent. Il demandait,
-à la hâte, une bouteille d'eau minérale: Vichy, Contrexéville, ce
-qui, dans la plupart des cas, obligeait le pharmacien à quitter
-son comptoir pour descendre à la cave. Pendant ce temps, l'homme
-transvasait la solution de morphine dans un récipient à large
-ouverture qu'il cachait sous sa vareuse et lui substituait de
-l'eau claire apportée à cet effet. Puis, sous couleur qu'il avait
-oublié sa bourse, il partait sans prendre l'eau minérale. Après
-quoi, la fillette ne tardait guère à le suivre, en invoquant le
-premier prétexte venu. Ce travail compliqué lui rendait la vie
-assez incommode en Belgique,--il était de Namur. Comme tous les
-inventeurs plus grands que leur destinée, il vint demander un
-refuge à Paris, où, sans la clairvoyance d'un potard inaccessible
-à la fantaisie, il cueillerait sans doute encore des pavots dans
-chacun des vingt arrondissements.
-
- * * * * *
-
-La morphine compte sous ses étendards moins de poètes que
-l'alcool. A peine Edouard Dubus et Stanislas de Guaita, lorsque la
-«Muse _verte_» s'enorgueillit de Verlaine, de Musset, d'Edgar Poë
-et de tant d'illustres envoûtés. D'Anacréon à Litaïpé, d'Horace à
-Chaulieu, de Khayyam à Béranger, tous les faiseurs d'odelettes ont
-dit le charme de la coupe et les festins couronnés de verveine,
-cependant Beaudelaire, en même temps qu'il célébrait l'«âme du
-vin», montrait les
-
- ... hardis amants de la démence,
- Fuyant le grand troupeau parqué par le destin
- Et se réfugiant dans l'opium immense.
-
-Après lui, Guaita dont les poèmes inconnus étincellent de beautés,
-a, seul avec Jacques d'Adelsward, chanté, en France, un hymne aux
-herbes vénéneuses:
-
- Salut, flore équivoque!
- L'infortuné t'invoque.
- Dompteuses des douleurs,
- Salut, ô fleurs!
-
- Soyez bénis, en somme,
- Sucs, qui versez à l'homme
- Au visage pâli
- Le calme oubli[1].
-
-[Note 1: _Rosa mystica_, Lemerre, 1884.]
-
-En revanche, les hommes politiques recourent fréquemment au coup
-de fouet de la piqûre. Le docteur Louveau, en 1887, au moment
-de l'affaire Schnœbelé, a vu, dans les jardins de l'Elysée, le
-général Boulanger se faire une piqûre. Le prince de Bismarck ne
-parlait au Reichstag qu'après s'être injecté une assez forte dose.
-Vers le soir de sa vie, il usa largement de la drogue favorite.
-
-L'acteur Marais, morphinomane enragé, mourut en pleine démence,
-vers la quarantième année. Il se croyait en vérité Michel
-Strogoff. Il se prenait de querelle dans les rues avec des
-passants inoffensifs, «pour Dieu, pour le tzar, pour la Patrie»!
-Le beau Damala ne pouvait jouer _La Dame aux camélias_ sans se
-faire donner, à chaque entr'acte, plusieurs grammes de morphine.
-Guy de Maupassant, morphino-éthéro-cocaïnomane, combinait les
-divagations de la paralysie générale avec les délires toxiques,
-dans la maison de santé où finit misérablement une vie à ses
-débuts trop heureuse. Enfin, on atteste, chez les gens bien
-informés, que le docteur Babinski injectait quelques centigrammes
-de morphine, par vingt-quatre heures, à l'illustre Charcot,
-atteint, pendant les derniers mois de sa vie, d'un lumbago
-chronique. Alphonse Daudet, que les douleurs fulgurantes du tabès
-excruciaient nuit et jour, fut obligé de recourir au poison dont
-il avait, dans l'_Evangéliste_, analysé avec tant d'élégance et de
-précision l'influence endormeuse.
-
- * * * * *
-
-C'est encore une opinion erronée que d'imputer au morphinomane
-des hallucinations. La morphine est, je le répète, impuissante
-à donner des rêves. Elle accroît simplement la conscience de
-l'individu. Il n'en est pas de même quand elle se complique
-d'un autre poison, la cocaïne, par exemple, qui rend fol et
-visionnaire, en très peu de temps, le chercheur d'inconnu.
-Stanislas de Guaita, qui contrepointait agréablement d'occultisme
-sa morphinomanie, tenait la cocaïne en une estime toute
-particulière à cause qu'elle agit directement sur le «médiateur
-plastique»[2] et sur le «corps astral». Par ésotérisme, il
-s'était rendu cocaïnomane. Il apercevait de temps à autre le
-spectre d'une femme assassinée dans un placard à l'usage de
-porte-manteau. Le fameux Valentin Cabannes, élève apothicaire,
-dont Chambard (_Les Morphinomanes_, bibliothèque Charcot-Debove)
-a publié les divagations avec un infini détail et qui, depuis
-dix-sept ans, traîne de sanatorium en hospices d'aliénés, Valentin
-Cabannes avait, quant à lui, des hallucinations plus conformes à
-la vulgarité de sa nature. Il apercevait à la terrasse des cafés
-de Bordeaux toute sorte de gens qui l'invitaient à «consommer». Il
-ne s'en faisait faute, puis, lorsque sonnait le quart d'heure de
-Rabelais, n'avait d'autre ressource que d'aller conter au poste le
-plus voisin les troubles de sa mentalité.
-
-[Note 2: Les Péruviens considèrent les propriétés de cette
-feuille (_Erythroxylon coca_) comme magiques et les sorciers de
-l'Amérique du Sud la font entrer dans tous leurs maléfices... _Le_
-Coca (_sic_) comme le haschish, mais à d'autres titres, exerce
-sur le corps astral une action directe et puissante. Son emploi
-coutumier dénoue en l'homme certains liens compressifs de sa
-nature hyper-physique--liens dont la persistance est pour le plus
-grand nombre une garantie de salut.
-
-_Si je parlais sans réticence_ sur ce point-là, je rencontrerais
-des incrédules, même parmi les occultistes.
-
-Je dois me borner à un conseil.--Vous qui tenez à votre vie, à
-votre raison, _à la santé de votre âme_, évitez comme la peste les
-injections hypodermiques de cocaïne. Sans parler de l'habitude qui
-se crée fort vite, plus impérieuse encore, plus tenace et plus
-funeste que toute autre du même genre, un état particulier a pris
-naissance.
-
-Une porte a été franchie, une barrière s'est écroulée. Brusquement
-introduit dans un monde inconnu, l'on se trouve en rapport avec
-des êtres dont on ignorait jusqu'à l'existence. Bref, un _pacte
-tacite_ a été conclu.
-
-Comment? Par la vertu du sang. Ceci paraîtra clair si l'on
-saisit la portée des quelques lignes que voici, traduites de
-Porphyre: «_L'âme restant liée au corps, même après la mort
-physique, par une tendresse étrange et une affinité d'autant plus
-étroite que cette essence a été séparée plus brusquement que son
-enveloppe, nous voyons les âmes en grand nombre voltiger, toutes
-désorientées, autour de leurs dépouilles terrestres. Bien plus,
-nous les voyons rechercher avec diligence les débris de cadavres
-étrangers et, sur toute chose_, le sang fraîchement épandu, _dont
-la valeur semble leur rendre, pour quelques instants, certaines
-facultés de la vie_.»
-
-«Aussi, les sorciers abusent-ils de cette notion, dans
-l'expérience de leur art. Nul d'entre eux qui ne sache évoquer de
-force ces âmes et les contraindre à paraître _soit en agissant sur
-les restes du corps qu'elles ont quitté, soit en les invoquant
-dans la vapeur du sang répandu_.» (Porphyre, _De sacrificiis_.)
-
-... Le sang, comme le laisse entendre ce philosophe est un aimant
-des puissances spirituelles; car il leur fournit le moyen de
-s'objectiver et de ressaisir un instant quelques-unes de leurs
-virtualités antérieures... La cocaïne est féconde en prodiges de
-cette sorte... La puissance configurative et plastique du sang
-peut réagir sur les êtres potentiels qui se dérobent à l'état
-d'_essence_ derrière son voile cristallin--et les manifester _au
-dehors_. Mais ce mélange théurgique a la valeur d'_un pacte_. Il
-sera bon d'y prendre garde.
-
-Stanislas de Guaita, _Le Serpent de la Genèse_. Première Septaine:
-_Le Temple de Satan_, cap. VI (_Librairie du Merveilleux_, 1891).
-
-Cette bizarre croyance à la réincarnation des morts par la
-vertu du sang n'appartient pas à Guaita plus qu'à Porphyre.
-C'est une des vieilles superstitions en honneur chez les races
-indo-européennes (Cf. Aulu-Gelle, _Nuits attiques_, lib IX, cap.
-IV et, sur le vampirisme des populations grecques, moldo-valaques,
-illyriennes, etc. Mérimée, _La Guzla_.)
-
-Le plus illustre vestige en est conservé dans le chant onzième de
-l'_Odyssée_: «Alors je tirai mon épée aiguë de sa gaine, le long
-de ma cuisse, et je creusai une fosse d'une coudée dans tous les
-sens...; puis, ayant prié les générations des morts, j'égorgeai
-les victimes sur la fosse, et le sang noir y coulait. Et les âmes
-des morts qui ne sont plus sortaient en foule de l'Erébos... Et
-je m'assis, tenant l'épée aiguë, tirée de sa gaine, le long de
-ma cuisse; et je ne permettais pas aux têtes vaines des morts de
-boire le sang avant que j'eusse entendu Teirésias... Arriva l'âme
-de ma mère morte, d'Antikléia fille du magnanime Autolykos, que
-j'avais laissée vivante en partant pour la sainte Ilios. Et je
-pleurais en la voyant, le cœur plein de pitié; mais malgré ma
-tristesse, je ne lui permis pas de boire le sang avant que j'eusse
-entendu Teirésias.»
-
-Quand Teirésias a rendu son oracle, Ulysse accorde aux morts de
-s'abreuver dans le sang des victimes et, par là même, de reprendre
-un instant le cours de leur vie interrompue:
-
-«... Je restai sans bouger jusqu'à ce que ma mère fût venue et eût
-bu le sang noir. Et aussitôt elle me reconnut; elle me dit, en
-gémissant, des paroles ailées.»
-
- (_Odyssée_, Rhapsodie XI; traduction Leconte
- de Lisle.)
-]
-
- * * * * *
-
-Peut-on guérir la morphinomanie? et quel chemin élire dans ce but?
-
-A la suite du professeur Brouardel, des médecins Pichon et
-Chambard (morts l'un et l'autre morphinomanes), et de quelques
-praticiens moins connus, le professeur J....... préconise la
-suppression lente. L'originalité de sa méthode, plagiée, au
-demeurant, du docteur Pichon, consiste à laisser ignorer, pendant
-une quinzaine de jours, au malade qu'on lui donne de l'eau pure
-ou du sérum en guise de morphine. Le professeur J....... tient
-extraordinairement à cette «invention» qui lui permet d'exercer,
-dans sa clinique, la plus rude contrainte envers les miséreux et
-les infirmes dévolus à son traitement.
-
-C'est un mélange de chaouc et de maître d'école que ce psychiâtre,
-bête comme un instituteur et mal embouché comme un égout, produit
-nauséabond des concours et du travail sans intelligence ni bonté,
-lâche, taquin et malfaisant; que cet Astier-Réhu, purgon aux
-traits d'oiseau de proie, au regard vide et terne, à l'écriture
-balourde et puérile, qui s'exprime en langage de portier et
-s'acharne à martyriser avec pédantisme les malheureux tombés entre
-ses mains. Le cuistre, envieux de toute supériorité, se mâtine
-chez lui d'un pion inquisitorial et despotique, également honni
-de ses maniaques, de ses élèves et de ses infirmiers.
-
-La plupart des marchands de soupe qui détiennent un sanatorium
-comme ils auraient la gérance d'un casino, d'un cercle ou d'un
-café-concert, pratiquent la guérison lente. Ils s'accommodent pour
-que l'opération marche avec un laisser-aller profitable. On y
-ménage si élégamment les gradations que parfois le malade qui, à
-son entrée dans l'_emporium_, prenait une dose minime de poison, a
-doublé, triplé, décuplé sa provende, après quelques semaines, pour
-le plus grand contentement du tenancier. Ces sortes de maisons,
-à l'ordinaire, sont fort agréables. On y rencontre des hommes
-sans scrupules et des femmes sans maris. La chère est savoureuse,
-les vins potables, la compagnie indulgente, le parc ombreux
-et ratissé. On flirte, on danse, et l'on décaméronne à dire
-d'experts, chaque malade étant d'ailleurs pourvu d'une solution
-vigoureuse et d'un outillage perfectionné. Le médecin en chef
-accorde à sa clientèle autant de plein-air et de liberté qu'elle
-en désire. Là, point d'infirmiers, de grilles inciviles, de portes
-ni de verrous. Certes, chez les docteurs Sollier, chez Comar,
-à la clinique du professeur J....... les règles sont étroites
-et la claustration plus sévère, à coup sûr, que dans une prison
-politique. Inversement, chez les entrepreneurs de guérison à date
-imprécise, tout concourt à l'émancipation de la clientèle qui se
-garde avec soin de pâtir et d'observer le moindre jeûne.
-
-Dans une de ces boîtes, si j'ose m'exprimer ainsi, la plus
-heureuse entente régnait entre les morphinomanes et les
-pharmaciens de la localité. Ces habiles négociants tenaient
-des grammes de morphine tout pesés en petits paquets. Ils ne
-demandaient qu'un prix minime, environ douze fois la valeur de
-l'objet, mêlant ainsi les charmes de la bienfaisance au plus
-extrême désintéressement.
-
-A l'autre extrémité, les docteurs Magnan, Dubuisson, Legrain, les
-uns à Sainte-Anne, l'autre, à Ville-Evrard, appliquent la méthode
-que pratiquait à Berlin, il y a vingt ans, le docteur Levinstein,
-méthode qui se borne à supprimer net la morphine du patient,
-inclus pour toute précaution dans une chambre haute, dûment
-verrouillée et capitonnée, afin de ne causer point au docteur qui
-«l'améliore» le déplaisir de compter un suicide au nombre de ses
-clients.
-
-La méthode de la suppression brusque ne va pas sans tels
-inconvénients qui donnent à réfléchir aux personnes méticuleuses.
-Ainsi, dans la maison de santé même du professeur Levinstein, son
-collègue Wesphal eut l'indiscrétion d'en mourir. Comme, au bout
-d'un certain temps, il ne criait plus dans sa chambre, on alla
-voir ce qu'il faisait. Il avait rendu l'esprit, sans demander
-autre chose. A part, d'ailleurs, ce léger incident, la cure avait
-réussi parfaitement.
-
-Le docteur Bérillon emploie à désensorceler ses morphinomanes
-la suggestion hypnotique. Il montre à ces infortunés une Pravaz
-pleine de liquide, non sans l'avoir, au préalable, imbue
-d'effluves magnétiques; mais il n'enfonce jamais l'aiguille dans
-leur peau. C'est, proprement, le souper de Sancho dans l'Ile de
-Barataria, ou, pour mieux dire, l'illusion des va-nu-pieds, qui
-grignotent leur croûte au soupirail des cuisines. Le morphinomane
-prend goût à ce régime platonique. Guéri pour jamais, à ce que
-déclare le taumaturge, il court néanmoins à l'officine la plus
-proche, acquérir avec une bonne seringue une solution de luxe,
-idoine à le réconforter.
-
-Enfin, les docteurs Alice et Paul Sollier, dans leur sanatorium
-de Boulogne-sur-Seine, le docteur Comar, qui, pour les petites
-bourses, applique leur méthode villa Montsouris, dans le quartier
-de la Glacière, le docteur Noguès, à Toulouse, suivent la
-pratique d'Erlenmeyer, non sans l'avoir grandement perfectionnée.
-Le malade est sevré, dans la plupart des cas, en moins d'une
-semaine, surveillé de nuit et de jour par les deux docteurs et
-leurs médecins adjoints. Au lieu de faire traîner le supplice,
-d'en diluer en quelque sorte les affres et les tortures dans une
-suppression interminable qui soutire la vigueur du sujet et, pour
-de longs mois, le laisse anéanti, l'opération brève et rude,
-après un choc terrible, une agonie pour vivre, lui permet de
-réagir promptement. La chambre de gehenne est, en même temps, une
-chambre de résurrection. Reprenez l'espérance, vous qui entrez
-ici! Des soins ingénieux et doux atténuent, chez les docteurs
-Sollier, cette formidable épreuve. La beauté du site, le charme
-du décor concourent, un peu plus tard, à rendre au convalescent
-l'amour de l'existence normale que sa morne passion avait oblitéré.
-
- * * * * *
-
-La démorphinisation ne commence, en réalité, qu'après le sevrage
-et la crise inhérentes aux premières heures d'abstinence. La
-dose importe peu. On est aussi bien morphinomane pour quelques
-centigrammes que pour plusieurs grammes; l'empoisonnement est le
-même, la cure aussi pénible dès que _l'état de besoin_ est créé.
-«Ce qui importe n'est pas ce que l'on prend, mais ce que l'on
-garde.» (Sollier.)
-
-La morphine agit en paralysant les centres de la vie végétative,
-le nerf pneumogastrique, le grand sympathique. Aussi la guérison
-ne commence qu'autant que les émonctoires, largement ouverts
-par une médication appropriée, la peau, le foie, les glandes
-salivaires, l'intestin, ont évacué les éléments histologiques,
-dégradés par le poison et la funeste hygiène des morphinomanes.
-
-Voici dans quel ordre se présentent à peu près les symptômes
-caractéristiques de la suppression rapide:
-
- Quelque temps après la dernière piqûre--écrit un évadé--les douleurs
- se manifestent, sueurs froides, bâillements, inquiétude; bientôt une
- sensation d'arrachement continu dans les poignets et les genoux:
- c'est la question du brodequin. A part cette gêne locale, et tout à
- fait signalétique, nulle souffrance, à prendre ce mot dans sa commune
- acception; mais une angoisse telle que, pour la rompre, ne fût-ce
- qu'un instant, la blessure la plus cuisante, le «choc chirurgical»
- seraient les bienvenus. Supposez un être étouffé sous des oreillers
- ou bien encore plongé dans le vide, et qui, pendant trente-six ou
- quarante heures, ne parviendrait à respirer ni à mourir.
-
- En même temps, l'esprit s'éveille, la mémoire s'illumine et la
- conscience, plus nette, ressuscite. Le séquestre qui pesait sur le
- cerveau est, à présent, levé. Les images abondent, les idées, les
- comparaisons heureuses, les paroles jaillissent d'elles-mêmes. C'est
- un besoin d'expansion, beaucoup moins turbulent, mais non moins
- impérieux que celui qu'on peut voir chez l'homme pris de vin, un
- état d'excitation véhémente qui se maintient à peu près deux jours
- et une nuit. Bientôt, le calme succède à l'orage. Cette cloison que
- la drogue homicide interpose entre son esclave et le monde gît enfin
- abattue. Les ténèbres de la Morphine font place au grand jour de la
- Vie. Inquiet d'abord, le sommeil reparaît, s'affirme, et l'on peut
- dire que le malade, aussitôt qu'il dort à son accoutumée, est évadé
- enfin des ergastules de l'opium. A la crise aiguë, à l'agonie pour
- vivre, succède un délicieux anéantissement, une lassitude aimable
- d'accouchée, une «paix alcyonienne», un sentiment de force et de
- plénitude inconnu depuis longtemps.
-
-Peut-être convient-il de situer l'_état de désir_ (G. Dumas) à
-cette minute crépusculaire. Le besoin a disparu, la morphine a
-cessé de faire partie intégrante de la vie organique. Absorber du
-poison n'est plus un besoin vital. Mais, dans la dépression qui
-le domine, comment l'évadé ne songerait-il point aux décevants
-baisers de la fiole coutumière? Il faut, alors, une tension
-permanente pour fuir l'appel intérieur et ne _désirer_ plus
-l'injection béatifiante. Ce désir, néanmoins, s'efface peu à peu,
-quand l'organisme est suffisamment affranchi du poison, régénéré.
-D'où, la nécessité de prolonger la cure pendant un assez long
-terme. Le «Démon de la perversité» n'a rien à voir à cela; mais
-quand la menteuse vigueur de la morphine a disparu, tandis que
-la force naturelle se fait encore attendre, comment ne point
-évoquer le magistère qui, sans lutte ni retard, donne--il est vrai
-pour un formidable escompte--l'alacrité des sens et la jeunesse
-de l'esprit? D'ailleurs, nul ne parcourt la Forêt «muette de
-lumière», sans qu'il en rapporte quelque nostalgie, et ce n'est
-peut-être pas seulement vers Eurydice qu'Orphée a tourné la tête,
-avant que de franchir les portes du Hadès.
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- Bonne chanson.--Romances
- sans paroles.--Sagesse.--Jadis et
- Naguère (_vers_).
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- Le TOME II: Amour.--Parallèlement.--Bonheur.--Chansons
- pour elle.--Liturgies
- intimes.--Odes en son
- Honneur (_vers_).
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- Le TOME III: Élégies.--Dans les Limbes.--Dédicaces.--Epigrammes.--Chair.
- --Invectives (_vers_).
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- Le TOME IV: Les Poètes Maudits.--Louise
- Leclercq.--Les Mémoires
- d'un Veuf.--Mes Hôpitaux.--Mes
- Prisons (_proses_).
-
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- Le TOME V: Confessions.--Quinze
- Jours en Hollande.--Vingt-sept biographies
- de Poètes et Littérateurs
- (_proses_).
-
- Å’UVRES POSTHUMES
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- Le TOME 1er, (_vers et proses_), contient:
- Vers de Jeunesse.--Varia.--Parallèlement.
- (_additions_).--Dédicaces
- (_additions_).--Souvenirs.--Histoires
- comme ça.
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- Baudelaire.--Voyage en France par
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- Critiques et Conférences.--Dessins
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- Poésies religieuses. Préface de J.-K. Huysmans, Choix de poésies
- in-12 5 75
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- Verlaine intime, par Ch. Donos, ill. d'après des dessins de
- P. Verlaine 5 75
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- _Les Manuscrits des Maîtres_:
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- PAUL VERLAINE. Sagesse. Un vol. in-4. Portrait à l'eau-forte,
- d'après Carrière. Reproduction autographique du manuscrit original. 30 »»
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- ARTHUR RIMBAUD. Poésies. Un vol. in-8 grand jésus, tiré à 500 exemp.
- Portrait à l'eau-forte, d'après Fantin-Latour. Reproduction
- autographique des poèmes publiés, en grande partie,
- sous le titre "Le Reliquaire" 30 »
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- PAUL VERLAINE. Fêtes Galantes. Reproduction en taille-douce
- du manuscrit original. Port. à l'eau-forte, d'après Fantin-Latour 30 »
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- HOMMAGE A PAUL VERLAINE
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- Publié en 1910 à l'occasion de l'érection du monument.--Poèmes
- de: Mallarmé--Moréas--Léon Dierx--Paul Claudel--Henry
- Bataille--E. Blémont--Paul Fort--Rémy de Gourmont--Francis
- Jammes--Ch. Morice--Comtesse de Noailles--Ernest Raynaud--Henri
- de Régnier--Laurent Tailhade--Emile Verhaeren--Vielé Griffin,
- etc. Héliogravure du monument de Niederhausern. 1 fort vol.
- in-4º couronne 15 »
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- Poésies complètes. _Quand les violons sont partis et Vers
- Posthumes._ Préface de Laurent Tailhade. in-12 5 75
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- Œuvres complètes. _Les Amours jaunes_. Edition définitive avec
- portrait. Préface de Ch. Le Goffic 5 75
-
-
-
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- The Project Gutenberg eBook of La «Noire Idole», by Laurent Tailhade.
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-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of La "noire idole", by Laurent Tailhade
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
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-
-
-
-Title: La "noire idole"
- Étude sur la Morphinomanie
-
-Author: Laurent Tailhade
-
-Release Date: October 15, 2016 [EBook #53284]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA "NOIRE IDOLE" ***
-
-
-
-
-Produced by Clarity, Pierre Lacaze and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/American Libraries.)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_1" id="Page_1">[p. 1]</a></span></p>
-
-
-<h3>La «Noire Idole»</h3>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_3" id="Page_3">[p. 3]</a></span></p>
-
-
-<h2>
-LAURENT TAILHADE</h2>
-
-<h1>La «Noire Idole»</h1>
-
-<h3>Étude sur la Morphinomanie</h3>
-<p class="right">
-«<i>... capa que cobre todos los humanos<br />
-pensamientos, manjar que quita la<br />
-hambre, agua que ahuyenta la sed, fuego<br />
-que caliente el frio, frio que templa el<br />
-ardor, y finalmente moneda general con<br />
-que todas las cosas se compran, balanza<br />
-y peso que iguala al pastor con el rey,<br />
-y al simple con el discreto</i>».<br />
-<br />
-<span class="smcap">Don Quijote</span>, Part. II, Cap 68.<br />
-</p>
-<h4>PARIS</h4>
-
-<h4>ALBERT MESSEIN, ÉDITEUR</h4>
-
-<h4><span class="smcap">Successeur de</span> LÉON VANIER</h4>
-
-<h4>19, <span class="smcap">Quai Saint-Michel</span>, 19</h4>
-
-<h4>1914</h4>
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_4" id="Page_4">[p. 4]</a></span></p>
-
-
-<hr class="tb" />
-
-<p>
-<i>Il a été tiré vingt exemplaires sur Hollande Van Gelder<br />
-numérotés de 1 à 20.</i><br />
-</p>
-<hr class="tb" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_5" id="Page_5">[p. 5]</a></span></p>
-
-<p>Les personnes étrangères aux études
-médicales: hommes de lettres ou du monde,
-romanciers, chroniqueurs, simples gobe-mouches
-qui parlent, écrivent, discourent
-sur le propos de la morphine et de la morphinomanie,
-ignorent, la plupart du temps,
-le premier mot de leur sujet. Ils préconisent
-avec un aplomb qui déconcerte, des lieux-communs
-aussi vagues qu'erronés. Bon
-nombre de docteurs ne sont guères plus
-instruits que le public sur les arcanes du
-voluptueux et sinistre poison. Les plus avisés
-décernent leur clientèle au spécialiste;
-d'autres, moins éclairés ou moins délicats,<span class="pagenum"><a name="Page_6" id="Page_6">[p. 6]</a></span>
-proposent des traitements infructueux et
-chimériques. Optimistes à l'excès, d'aucuns,
-regardent la morphinomanie comme une
-«mauvaise habitude», comparable à celle
-des cartes ou du tabac. Ils prétendent la
-guérir par des procédés aimables ou de spécieuses
-diversions: promenades, théâtre,
-injections d'eau claire et tout ce qui s'en
-suit. D'autres enfin, cyniques faiseurs de
-dupes, exploitent, sous couleur de la traiter,
-cette «maladie expérimentale» qui, à moins
-d'une cure efficace et rationnelle, permise
-aux thérapeutes seuls outillés pour cet objet,
-n'a d'autre aboutissant que le désespoir, la
-vésanie ou la mort.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p>Opium de l'Occident, la morphine est à
-peu près au suc de pavot, ingéré en pastilles
-ou fumé dans des pipes, ce que les brûlants
-alcools de grains ou de fruits: gin, hasselt,
-kirsch, genièvre ou schiedam, sont à la
-bière, au vin non frelatés. L'ivresse immédiate,<span class="pagenum"><a name="Page_7" id="Page_7">[p. 7]</a></span>
-foudroyante ne permet pas à l'adepte
-un moment de répit. De prime abord, la
-possession est complète, comme chez ces démonopathes
-dont les juges ecclésiastiques
-ou civils: Boguet, Remigius, Lancre, del Rio
-ont, à leur insu, étudié la névrose. Une force
-inconnue et despotique s'empare de la victime,
-agit à sa place, dédouble en quelque
-manière sa personnalité. Au <span class="smcap">MOI</span> raisonnant
-et social, un autre <span class="smcap">MOI</span> se substitue en qui
-toute idée, en qui tout sentiment est aboli
-par l'appétit égoïste de la piqûre béatifiante.</p>
-
-<p>Comment les peuples indo-européens, à
-qui leur activité permet de conquérir le
-monde et d'exproprier «les races incompétentes»,
-se laissent-ils envoûter par ce
-morne sortilège, destructeur de la force et de
-la volonté, au moment précis où l'universelle
-concurrence impose à l'homme de
-vouloir et d'entreprendre, sans une minute
-d'hésitation ni de repos? Les nations les
-plus actives semblent renchérir sur ce goût.
-A Londres, le samedi au soir, les apothicaires
-débitent de l'extrait thébaïque et des<span class="pagenum"><a name="Page_8" id="Page_8">[p. 8]</a></span>
-pilules d'opium brut, tout comme les bars
-versent du gin ou du wisky.</p>
-
-<p>On entre dans la morphine par deux chemins
-inégalement semés de fleurs. Les uns,
-dans le but légitime d'accoiter leurs souffrances,
-ont recours aux vertus du terrible
-stupéfiant: d'autres y cherchent impudemment
-une sensation de plaisir, un bien-être
-que le docteur Ball a qualifié, le premier,
-d'<i>euphorie</i>. Mais, quelle que soit la porte
-ouverte sur cet enfer, par la thérapeutique
-ou l'appétit des sensations nouvelles, pareille
-est la damnation. «La Noire Idole», comme
-Quincey appelait sa carafe de laudanum, ne
-lâche pas sans d'incroyables efforts les dévots
-qu'elle a conquis.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p>Quel est donc ce philtre magique, cet
-élixir de mort qui vend si cher ses prétendus
-bienfaits? Sans remonter à Dioscoride, au
-médecin Andromachus, calmant les crises<span class="pagenum"><a name="Page_9" id="Page_9">[p. 9]</a></span>
-épileptiques de Néron à grand renfort de
-thériaque, à Galien qui soignait les maladies
-nerveuses de Julia Mæsa, de Julia Domna et
-de leurs courtisans, les propriétés soporatives
-de l'opium furent connues et largement utilisées
-par les morticoles d'autrefois.</p>
-
-<p>Contrairement à la doctrine du <i>Malade
-Imaginaire</i>, l'opium ne fait pas dormir, ou,
-du moins, ne fait dormir qu'à très longue
-échéance. Il provoque tout d'abord une
-chaude ébriété; il confère au patient l'oubli
-momentané des plus cruelles douleurs. C'est
-un «remède désangoissant», ainsi que l'appelle
-à bon droit le docteur Dubuisson.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p>Dans les premières années du XIX<sup>e</sup> siècle,
-le chimiste Sertüner isola, parmi d'autres
-alcalis organiques, un alcoloïde à la fois sédatif
-et convulsivant, que l'opium de Smyrne,
-de l'Inde ou d'Egypte renferme dans la proportion
-moyenne de 10%.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_10" id="Page_10">[p. 10]</a></span></p>
-
-<p>L'empoisonneur Castaing utilisa, peu
-après (1823), la découverte du chimiste. Il
-«réalisa» son ami Ballet comme Lapommerais
-devait «réaliser», quarante et un ans
-plus tard, M<sup>me</sup> de Paw, sa maîtresse, au moyen
-de la digitaline récemment acquise à la pharmacopée
-par Homolle et Quévenne. Hippolyte
-Ballet et M<sup>me</sup> de Paw avaient commis
-l'erreur de souscrire une assurance sur la
-vie à leurs vénéneux compagnons. Castaing,
-après avoir attiré sa victime à Saint-Cloud
-(qui paraissait alors une villégiature suffisamment
-rustique), lui donna le boucon à
-l'auberge de la <i>Tête Noire</i>. C'était, dans du
-vin chaud, une solution fortement chargée
-d'acétate de morphine. Ballet trouva le vin
-si amer qu'il n'en but qu'une gorgée, attribuant
-ce mauvais goût au zeste du citron. La
-nuit fut mauvaise. Castaing, le jour suivant,
-administra une potion au malade qui rendit
-superflue toute médication ultérieure. Le
-pauvre garçon en mourut après quelques
-instants.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_11" id="Page_11">[p. 11]</a></span></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p>A vrai dire, ce n'est pas la morphine
-elle-même, peu soluble dans l'eau, qu'utilisent
-les médecins et toxicomanes, mais un
-sel de morphine, le chlorhydrate, qui merveilleusement
-se prête à cet emploi. Dissous
-filtré, bouilli, décanté, mis à l'abri des poussières
-dans un flacon élégant de cristal, voici
-le philtre irrésistible qui permet au premier
-butor venu de cambrioler aisément la forteresse
-du Bonheur! Ajoutez l'instrument
-bien en main auquel un orthopédiste lyonnais
-servit de parrain vers 1860 et que, pendant
-la guerre de 1870, importèrent en
-France les praticiens de l'armée allemande:
-l'outillage sera complet. Le postulant des
-paradis artificiels peut consommer d'emblée
-ses fiançailles avec la Mort.</p>
-
-<p>Une piqûre légère, point méchante,
-cuisante à peine pour les maladroits. Et
-soudain le charme opère. Une onde vous
-enveloppe, «un océan de délices», comme<span class="pagenum"><a name="Page_12" id="Page_12">[p. 12]</a></span>
-d'un sang plus vif et rajeuni. C'est «la
-lune de miel», ainsi que veut bien (après
-nous) dire le professeur Brouardel (<i>Opium,
-Morphine et Cocaïne</i>, J.-B. Ballière, éditeur).
-Dans cette période élévatoire, dans
-la crise initiale que provoque l'usage du terrible
-excitant, les idées affluent, les &oelig;uvres
-s'ébauchent, la parole surabonde, l'ivresse
-emporte l'hésitation et la timidité. La mémoire
-se colore et s'amplifie. Une eurythmie
-clairvoyante harmonise la pensée. Les chagrins
-sont en fuite et les sens abolis. Dans
-la plénitude heureuse de sa force et de sa
-joie, l'homme se sent devenir dieu.</p>
-
-<p>Cette béatitude n'a rien de turbulent. La
-joie un peu vulgaire et communicative que
-déchaîne, après boire, l'usage des liqueurs
-fermentées ne ressemble en aucune façon au
-recueillement voluptueux suggéré par la
-morphine. Elle exalte au plus haut point
-l'opinion favorable que le sujet a de lui-même.
-Exempt des servitudes physiques,
-réduit à l'état de pur esprit, il contemple
-avec une dédaigneuse indulgence les espèces<span class="pagenum"><a name="Page_13" id="Page_13">[p. 13]</a></span>
-qui l'environnent. Il plane au-dessus des réalités
-quotidiennes. Il n'éprouve nul besoin de
-communiquer avec le troupeau congrégé à
-ses pieds. L'orgueil est le moins bavard de
-tous nos sentiments.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p>Une erreur fort commune est de croire
-que la morphine suscite des rêves, procure
-des visions, ajoute, en un mot, aux richesses
-intellectuelles de ses familiers. Son pouvoir
-est à la fois plus grandiose et moins extraordinaire.
-Elle porte en soi une énergie révélatrice
-qui montre à l'homme des coins insoupçonnés
-de mémoire et d'imagination,
-éclaire à ses propres yeux les dessous, les
-recoins obscurs de sa personnalité, avive,
-comme les caractères d'un palimpseste, tels
-souvenirs, telles images, tels émois presque
-effacés. Elle «interprète» à l'initié les
-moindres conjonctures, lui développe ses
-propres imaginations en des épilogues savoureux.<span class="pagenum"><a name="Page_14" id="Page_14">[p. 14]</a></span>
-C'est le flambeau de Psyché qui
-s'allume au plus profond de l'être et fait
-palpiter à sa lumière le chatoiement des trésors
-ensevelis.</p>
-
-<p>Bientôt, cependant, les brumes irisées,
-les flottantes gazes, les vapeurs de kief épaississent
-leur rideau. Le brouillard qui prêtait
-à l'existence le charme des contours indéterminés
-devient un mur impénétrable, un
-cachot d'où le prisonnier ne s'évadera qu'au
-prix d'exécrables douleurs.</p>
-
-<p>En peu de temps le malade perd mémoire,
-volonté, sommeil, tous les appétits. Il
-vit, incapable d'action, dans une somnolence
-énervée, il rêvasse à des actes qu'il n'accomplira
-point. Lorsque sous l'impulsion d'une
-dose insolite, il rentre un instant dans la vie
-ambiante, c'est pour intégrer des gestes baroques
-ou délictueux. Si déchu qu'il soit, le
-buveur de vin ou d'absinthe est susceptible
-encore d'une activité passagère, tandis que
-le morphinomane, prisonnier d'un besoin
-vital, indispensable au même titre que le besoin
-de respirer, demeure à jamais exclu de<span class="pagenum"><a name="Page_15" id="Page_15">[p. 15]</a></span>
-l'action humaine. Pour tout dire, l'alcoolique
-est un impulsif, le morphinomane, un inhibé.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p>Dans la plupart des cas, la morphinomanie
-est un mal réservé, comme la goutte, aux
-heureux du monde. C'est un péché de luxe.
-A part les victimes du bistouri, les opérées
-des gynécologues, les <i>unsexeds</i> qui traînent
-leur blessure éternelle; à part les maniaques
-professionnels: médecins, apothicaires, sages-femmes,
-le principal effectif des toxicomanes
-se recrute dans le monde salarié de la galanterie.
-Les belles-de-nuit, leurs stupides
-clients, que ne satisfont plus les vins ruineux,
-les liqueurs de flamme, condimentent
-de poisons leurs mornes caravanes, pratiquent
-un régime d'alcaloïdes: morphine,
-cocaïne, héroïne, plus ou moins soutenu.</p>
-
-<p>Le docteur Georges Dumas, soupant au
-café Sylvain, près d'un morphinomane en
-«état de besoin», a vu l'une des péripatéticiennes<span class="pagenum"><a name="Page_16" id="Page_16">[p. 16]</a></span>
-jouxtantes à ce prostibule se lever
-après avoir diagnostiqué d'un &oelig;il expert
-l'état du malade, et lui proposer une piqûre,
-avec le même air dont entre fumeurs on
-s'offre du tabac.</p>
-
-<p>Maurice Talmeyr (<i>Les Possédés de la morphine</i>)
-cite le cas d'une pierreuse qui, par
-dégoût des obligations professionnelles, recourait
-à la Pravaz. Premier que de subir le
-client, elle s'injectait quelques centigrammes,
-fermait les paupières; la demi-anesthésie
-morphinique lui rendait presque tolérable
-son esclavage et l'odieux labeur de chaque
-soir.</p>
-
-<p>Il appartenait aussi au monde ignorant et
-vaniteux de la race fashionable, ce fils de
-banquier mort avec son amie, dans une
-hideuse maison meublée du faubourg Saint-Honoré,
-après huit jours de morphinisation
-ininterrompue. Il avait pris goût à ces redoutables
-pratiques dans une maison de santé
-où sa famille l'avait interné par esprit d'économie!</p>
-
-<p>Elle menait la vie à grandes guides, cette<span class="pagenum"><a name="Page_17" id="Page_17">[p. 17]</a></span>
-Loris B... qui, de Naples à Pétersbourg, de
-Londres à Constantinople, dissipa vingt fortunes
-en princières orgies. Ayant épuisé les
-inventions d'une débauche capable de satisfaire
-Julie ou Messaline, elle se tourna vers
-les plantes vénéneuses, fut en peu de temps
-une toxicomane de la grande portion. A
-l'état normal, prodigue, payant ses plaisirs
-avec une libéralité d'impératrice, elle devenait,
-sous l'influence du pavot, une maîtresse
-de maison économe jusqu'à la pingrerie,
-épluchant les factures, grondant ses
-domestiques pour le plus minime débours,
-lésinant sur le blanchissage, attentive à la
-desserte, <i>râleuse</i>, en un mot, comme la
-dernière des bourgeoises. En «état de besoin»,
-sa complexion véritable reprenait le
-dessus. Elle gaspillait de plus belle et se donnait
-à prix d'or les moins honnêtes distractions.</p>
-
-<p>Il s'en faut de beaucoup, néanmoins, que
-tous les morphinomanes soient membres des
-cercles aristocratiques, habitués des grands
-bars, riches demi-mondaines comme cette<span class="pagenum"><a name="Page_18" id="Page_18">[p. 18]</a></span>
-Loris B... ou bien encore comme M<sup>lle</sup> D..., «la
-reine du Sahara», dont M. Edgard Bérillon a
-publié l'observation (<i>Revue de l'hypnotisme</i>,
-juillet-octobre 1899).</p>
-
-<p>Le docteur Griffon, médecin à la Santé, a,
-dans le courant de janvier 1901, traité le
-peintre en bâtiment Namêche qui, après
-avoir communiqué le goût de la morphine à
-sa compagne, ainsi qu'aux enfants de la dame,
-volait aux pharmaciens l'objet de ses désirs
-par un procédé original dont il fut, croyons-nous,
-l'inventeur.</p>
-
-<p>Quelques instants avant l'heure où les
-marchands de pilules mettent leurs volets,
-s'étant au préalable assuré que la victime de
-son choix était bien seule et gardait la boutique,
-Namêche lui mandait sa pseudo-belle-fille
-nantie d'une fausse prescription ordonnant
-plusieurs grammes du chlorhydrate impatiemment
-attendu. Quand l'homme de
-l'art, ayant effectué sa préparation, n'avait
-plus qu'à boucher la fiole, Namêche, qui le
-guettait sur le trottoir, pénétrait dans l'officine
-en coup de vent. Il demandait, à la<span class="pagenum"><a name="Page_19" id="Page_19">[p. 19]</a></span>
-hâte, une bouteille d'eau minérale: Vichy,
-Contrexéville, ce qui, dans la plupart des
-cas, obligeait le pharmacien à quitter son
-comptoir pour descendre à la cave. Pendant
-ce temps, l'homme transvasait la solution de
-morphine dans un récipient à large ouverture
-qu'il cachait sous sa vareuse et lui substituait
-de l'eau claire apportée à cet effet.
-Puis, sous couleur qu'il avait oublié sa
-bourse, il partait sans prendre l'eau minérale.
-Après quoi, la fillette ne tardait guère à
-le suivre, en invoquant le premier prétexte
-venu. Ce travail compliqué lui rendait la vie
-assez incommode en Belgique,&mdash;il était de
-Namur. Comme tous les inventeurs plus
-grands que leur destinée, il vint demander
-un refuge à Paris, où, sans la clairvoyance
-d'un potard inaccessible à la fantaisie, il
-cueillerait sans doute encore des pavots dans
-chacun des vingt arrondissements.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p>La morphine compte sous ses étendards<span class="pagenum"><a name="Page_20" id="Page_20">[p. 20]</a></span>
-moins de poètes que l'alcool. A peine Edouard
-Dubus et Stanislas de Guaita, lorsque la «Muse
-<i>verte</i>» s'enorgueillit de Verlaine, de Musset,
-d'Edgar Poë et de tant d'illustres envoûtés.
-D'Anacréon à Litaïpé, d'Horace à Chaulieu,
-de Khayyam à Béranger, tous les faiseurs
-d'odelettes ont dit le charme de la coupe et
-les festins couronnés de verveine, cependant
-Beaudelaire, en même temps qu'il célébrait
-l'«âme du vin», montrait les</p>
-
-<p>
-<span style="margin-left: 2em;">... hardis amants de la démence,<br /></span>
-<span style="margin-left: 2em;">Fuyant le grand troupeau parqué par le destin<br /></span>
-<span style="margin-left: 2em;">Et se réfugiant dans l'opium immense.<br /></span>
-</p>
-
-<p>Après lui, Guaita dont les poèmes inconnus
-étincellent de beautés, a, seul avec
-Jacques d'Adelsward, chanté, en France, un
-hymne aux herbes vénéneuses:</p>
-
-<p>
-<span style="margin-left: 2em;">Salut, flore équivoque!<br /></span>
-<span style="margin-left: 2em;">L'infortuné t'invoque.<br /></span>
-<span style="margin-left: 2em;">Dompteuses des douleurs,<br /></span>
-<span class="pagenum"><a name="Page_21" id="Page_21">[p. 21]</a></span><span style="margin-left: 3em;">Salut, ô fleurs!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 2em;">Soyez bénis, en somme,<br /></span>
-<span style="margin-left: 2em;">Sucs, qui versez à l'homme<br /></span>
-<span style="margin-left: 2em;">Au visage pâli<br /></span>
-<span style="margin-left: 3em;">Le calme oubli<a name="NoteRef_1_1" id="NoteRef_1_1"></a><a href="#Note_1_1" class="fnanchor">[1]</a>.</span><br />
-</p>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_1_1" id="Note_1_1"></a><a href="#NoteRef_1_1"><span class="label">[1]</span></a> <i>Rosa mystica</i>, Lemerre, 1884.</p></div>
-
-<p>En revanche, les hommes politiques recourent
-fréquemment au coup de fouet de la
-piqûre. Le docteur Louveau, en 1887, au
-moment de l'affaire Schn&oelig;belé, a vu, dans
-les jardins de l'Elysée, le général Boulanger
-se faire une piqûre. Le prince de Bismarck
-ne parlait au Reichstag qu'après s'être injecté
-une assez forte dose. Vers le soir de sa vie,
-il usa largement de la drogue favorite.</p>
-
-<p>L'acteur Marais, morphinomane enragé,
-mourut en pleine démence, vers la quarantième
-année. Il se croyait en vérité Michel
-Strogoff. Il se prenait de querelle dans les
-rues avec des passants inoffensifs, «pour
-Dieu, pour le tzar, pour la Patrie»! Le beau
-Damala ne pouvait jouer <i>La Dame aux camélias</i>
-sans se faire donner, à chaque entr'acte,
-plusieurs grammes de morphine. Guy de<span class="pagenum"><a name="Page_22" id="Page_22">[p. 22]</a></span>
-Maupassant, morphino-éthéro-cocaïnomane,
-combinait les divagations de la paralysie générale
-avec les délires toxiques, dans la maison
-de santé où finit misérablement une
-vie à ses débuts trop heureuse. Enfin, on
-atteste, chez les gens bien informés, que le
-docteur Babinski injectait quelques centigrammes
-de morphine, par vingt-quatre
-heures, à l'illustre Charcot, atteint, pendant
-les derniers mois de sa vie, d'un lumbago
-chronique. Alphonse Daudet, que les douleurs
-fulgurantes du tabès excruciaient nuit
-et jour, fut obligé de recourir au poison dont
-il avait, dans l'<i>Evangéliste</i>, analysé avec tant
-d'élégance et de précision l'influence endormeuse.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p>C'est encore une opinion erronée que d'imputer
-au morphinomane des hallucinations.
-La morphine est, je le répète, impuissante à
-donner des rêves. Elle accroît simplement la
-conscience de l'individu. Il n'en est pas de<span class="pagenum"><a name="Page_23" id="Page_23">[p. 23]</a></span>
-même quand elle se complique d'un autre
-poison, la cocaïne, par exemple, qui rend
-fol et visionnaire, en très peu de temps, le
-chercheur d'inconnu. Stanislas de Guaita, qui
-contrepointait agréablement d'occultisme sa
-morphinomanie, tenait la cocaïne en une estime
-toute particulière à cause qu'elle agit directement
-sur le «médiateur plastique»<a name="NoteRef_2_2" id="NoteRef_2_2"></a><a href="#Note_2_2" class="fnanchor">[2]</a> et<span class="pagenum"><a name="Page_24" id="Page_24">[p. 24]</a></span>
-sur le «corps astral». Par ésotérisme, il s'était
-rendu cocaïnomane. Il apercevait de temps à<span class="pagenum"><a name="Page_25" id="Page_25">[p. 25]</a></span>
-autre le spectre d'une femme assassinée dans
-un placard à l'usage de porte-manteau. Le<span class="pagenum"><a name="Page_26" id="Page_26">[p. 26]</a></span>
-fameux Valentin Cabannes, élève apothicaire,
-dont Chambard (<i>Les Morphinomanes</i>, bibliothèque
-Charcot-Debove) a publié les divagations
-avec un infini détail et qui, depuis
-dix-sept ans, traîne de sanatorium en hospices
-d'aliénés, Valentin Cabannes avait,
-quant à lui, des hallucinations plus conformes
-à la vulgarité de sa nature. Il apercevait
-à la terrasse des cafés de Bordeaux
-toute sorte de gens qui l'invitaient à «consommer».
-Il ne s'en faisait faute, puis,
-lorsque sonnait le quart d'heure de Rabelais,
-n'avait d'autre ressource que d'aller conter
-au poste le plus voisin les troubles de sa
-mentalité.</p>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Note_2_2" id="Note_2_2"></a><a href="#NoteRef_2_2"><span class="label">[2]</span></a> Les Péruviens considèrent les propriétés de cette
-feuille (<i>Erythroxylon coca</i>) comme magiques et les sorciers
-de l'Amérique du Sud la font entrer dans tous leurs
-maléfices... <i>Le</i> Coca (<i>sic</i>) comme le haschish, mais à
-d'autres titres, exerce sur le corps astral une action directe
-et puissante. Son emploi coutumier dénoue en
-l'homme certains liens compressifs de sa nature hyper-physique&mdash;liens
-dont la persistance est pour le plus
-grand nombre une garantie de salut.
-</p>
-<p>
-<i>Si je parlais sans réticence</i> sur ce point-là, je rencontrerais
-des incrédules, même parmi les occultistes.
-</p>
-<p>
-Je dois me borner à un conseil.&mdash;Vous qui tenez à votre
-vie, à votre raison, <i>à la santé de votre âme</i>, évitez comme
-la peste les injections hypodermiques de cocaïne. Sans
-parler de l'habitude qui se crée fort vite, plus impérieuse
-encore, plus tenace et plus funeste que toute autre du
-même genre, un état particulier a pris naissance.
-</p>
-<p>
-Une porte a été franchie, une barrière s'est écroulée.
-Brusquement introduit dans un monde inconnu, l'on se
-trouve en rapport avec des êtres dont on ignorait jusqu'à
-l'existence. Bref, un <i>pacte tacite</i> a été conclu.
-</p>
-<p>
-Comment? Par la vertu du sang. Ceci paraîtra clair si
-l'on saisit la portée des quelques lignes que voici, traduites
-de Porphyre: «<i>L'âme restant liée au corps, même
-après la mort physique, par une tendresse étrange et une
-affinité d'autant plus étroite que cette essence a été séparée
-plus brusquement que son enveloppe, nous voyons
-les âmes en grand nombre voltiger, toutes désorientées,
-autour de leurs dépouilles terrestres. Bien plus, nous les
-voyons rechercher avec diligence les débris de cadavres
-étrangers et, sur toute chose</i>, le sang fraîchement épandu,
-<i>dont la valeur semble leur rendre, pour quelques instants,
-certaines facultés de la vie</i>.»
-</p>
-<p>
-«Aussi, les sorciers abusent-ils de cette notion, dans
-l'expérience de leur art. Nul d'entre eux qui ne sache
-évoquer de force ces âmes et les contraindre à paraître
-<i>soit en agissant sur les restes du corps qu'elles ont quitté,
-soit en les invoquant dans la vapeur du sang répandu</i>.»
-(Porphyre, <i>De sacrificiis</i>.)
-</p>
-<p>
-... Le sang, comme le laisse entendre ce philosophe est
-un aimant des puissances spirituelles; car il leur fournit le
-moyen de s'objectiver et de ressaisir un instant quelques-unes
-de leurs virtualités antérieures... La cocaïne est féconde
-en prodiges de cette sorte... La puissance configurative
-et plastique du sang peut réagir sur les êtres potentiels
-qui se dérobent à l'état d'<i>essence</i> derrière son voile cristallin&mdash;et
-les manifester <i>au dehors</i>. Mais ce mélange théurgique
-a la valeur d'<i>un pacte</i>. Il sera bon d'y prendre garde.
-</p>
-<p>
-<span class="smcap">Stanislas de Guaita</span>, <i>Le Serpent de la Genèse</i>. Première
-Septaine: <i>Le Temple de Satan</i>, cap. VI (<i>Librairie du
-Merveilleux</i>, 1891).
-</p>
-<p>
-Cette bizarre croyance à la réincarnation des morts par
-la vertu du sang n'appartient pas à Guaita plus qu'à Porphyre.
-C'est une des vieilles superstitions en honneur chez
-les races indo-européennes (Cf. Aulu-Gelle, <i>Nuits attiques</i>,
-lib <span class="smcap">IX</span>, cap. <span class="smcap">IV</span> et, sur le vampirisme des populations grecques,
-moldo-valaques, illyriennes, etc. Mérimée, <i>La Guzla</i>.)
-</p>
-<p>
-Le plus illustre vestige en est conservé dans le chant
-onzième de l'<i>Odyssée</i>: «Alors je tirai mon épée aiguë de
-sa gaine, le long de ma cuisse, et je creusai une fosse
-d'une coudée dans tous les sens...; puis, ayant prié les
-générations des morts, j'égorgeai les victimes sur la fosse,
-et le sang noir y coulait. Et les âmes des morts qui ne sont
-plus sortaient en foule de l'Erébos... Et je m'assis, tenant
-l'épée aiguë, tirée de sa gaine, le long de ma cuisse; et je
-ne permettais pas aux têtes vaines des morts de boire le
-sang avant que j'eusse entendu Teirésias... Arriva l'âme de
-ma mère morte, d'Antikléia fille du magnanime Autolykos,
-que j'avais laissée vivante en partant pour la sainte Ilios.
-Et je pleurais en la voyant, le c&oelig;ur plein de pitié; mais
-malgré ma tristesse, je ne lui permis pas de boire le
-sang avant que j'eusse entendu Teirésias.»
-</p>
-<p>
-Quand Teirésias a rendu son oracle, Ulysse accorde
-aux morts de s'abreuver dans le sang des victimes et,
-par là même, de reprendre un instant le cours de leur
-vie interrompue:
-</p>
-<p>
-«... Je restai sans bouger jusqu'à ce que ma mère fût
-venue et eût bu le sang noir. Et aussitôt elle me
-reconnut; elle me dit, en gémissant, des paroles ailées.»
-</p>
-<p><br />
-(<i>Odyssée</i>, Rhapsodie <span class="smcap">XI</span>; traduction Leconte<br />
-de Lisle.)<br />
-</p></div>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p>Peut-on guérir la morphinomanie? et quel
-chemin élire dans ce but?</p>
-
-<p>A la suite du professeur Brouardel, des
-médecins Pichon et Chambard (morts l'un et
-l'autre morphinomanes), et de quelques praticiens<span class="pagenum"><a name="Page_27" id="Page_27">[p. 27]</a></span>
-moins connus, le professeur J.......
-préconise la suppression lente. L'originalité
-de sa méthode, plagiée, au demeurant, du
-docteur Pichon, consiste à laisser ignorer,
-pendant une quinzaine de jours, au malade
-qu'on lui donne de l'eau pure ou du sérum
-en guise de morphine. Le professeur J.......
-tient extraordinairement à cette «invention»
-qui lui permet d'exercer, dans sa clinique,
-la plus rude contrainte envers les miséreux
-et les infirmes dévolus à son traitement.</p>
-
-<p>C'est un mélange de chaouc et de maître
-d'école que ce psychiâtre, bête comme un
-instituteur et mal embouché comme un égout,
-produit nauséabond des concours et du travail
-sans intelligence ni bonté, lâche, taquin
-et malfaisant; que cet Astier-Réhu, purgon
-aux traits d'oiseau de proie, au regard vide
-et terne, à l'écriture balourde et puérile, qui
-s'exprime en langage de portier et s'acharne
-à martyriser avec pédantisme les malheureux
-tombés entre ses mains. Le cuistre, envieux
-de toute supériorité, se mâtine chez lui
-d'un pion inquisitorial et despotique, également<span class="pagenum"><a name="Page_28" id="Page_28">[p. 28]</a></span>
-honni de ses maniaques, de ses élèves
-et de ses infirmiers.</p>
-
-<p>La plupart des marchands de soupe qui
-détiennent un sanatorium comme ils auraient
-la gérance d'un casino, d'un cercle ou d'un
-café-concert, pratiquent la guérison lente.
-Ils s'accommodent pour que l'opération
-marche avec un laisser-aller profitable. On y
-ménage si élégamment les gradations que parfois
-le malade qui, à son entrée dans l'<i>emporium</i>,
-prenait une dose minime de poison,
-a doublé, triplé, décuplé sa provende, après
-quelques semaines, pour le plus grand contentement
-du tenancier. Ces sortes de maisons,
-à l'ordinaire, sont fort agréables. On y rencontre
-des hommes sans scrupules et des
-femmes sans maris. La chère est savoureuse,
-les vins potables, la compagnie indulgente,
-le parc ombreux et ratissé. On flirte,
-on danse, et l'on décaméronne à dire d'experts,
-chaque malade étant d'ailleurs pourvu
-d'une solution vigoureuse et d'un outillage
-perfectionné. Le médecin en chef accorde à
-sa clientèle autant de plein-air et de liberté<span class="pagenum"><a name="Page_29" id="Page_29">[p. 29]</a></span>
-qu'elle en désire. Là, point d'infirmiers, de
-grilles inciviles, de portes ni de verrous.
-Certes, chez les docteurs Sollier, chez Comar,
-à la clinique du professeur J....... les règles
-sont étroites et la claustration plus sévère,
-à coup sûr, que dans une prison politique.
-Inversement, chez les entrepreneurs de guérison
-à date imprécise, tout concourt à
-l'émancipation de la clientèle qui se garde
-avec soin de pâtir et d'observer le moindre
-jeûne.</p>
-
-<p>Dans une de ces boîtes, si j'ose m'exprimer
-ainsi, la plus heureuse entente régnait
-entre les morphinomanes et les pharmaciens
-de la localité. Ces habiles négociants tenaient
-des grammes de morphine tout pesés
-en petits paquets. Ils ne demandaient qu'un
-prix minime, environ douze fois la valeur de
-l'objet, mêlant ainsi les charmes de la bienfaisance
-au plus extrême désintéressement.</p>
-
-<p>A l'autre extrémité, les docteurs Magnan,
-Dubuisson, Legrain, les uns à Sainte-Anne,
-l'autre, à Ville-Evrard, appliquent la méthode
-que pratiquait à Berlin, il y a vingt<span class="pagenum"><a name="Page_30" id="Page_30">[p. 30]</a></span>
-ans, le docteur Levinstein, méthode qui se
-borne à supprimer net la morphine du patient,
-inclus pour toute précaution dans une
-chambre haute, dûment verrouillée et capitonnée,
-afin de ne causer point au docteur
-qui «l'améliore» le déplaisir de compter
-un suicide au nombre de ses clients.</p>
-
-<p>La méthode de la suppression brusque ne
-va pas sans tels inconvénients qui donnent à
-réfléchir aux personnes méticuleuses. Ainsi,
-dans la maison de santé même du professeur
-Levinstein, son collègue Wesphal eut l'indiscrétion
-d'en mourir. Comme, au bout d'un
-certain temps, il ne criait plus dans sa
-chambre, on alla voir ce qu'il faisait. Il
-avait rendu l'esprit, sans demander autre
-chose. A part, d'ailleurs, ce léger incident,
-la cure avait réussi parfaitement.</p>
-
-<p>Le docteur Bérillon emploie à désensorceler
-ses morphinomanes la suggestion hypnotique.
-Il montre à ces infortunés une Pravaz
-pleine de liquide, non sans l'avoir, au préalable,
-imbue d'effluves magnétiques; mais il
-n'enfonce jamais l'aiguille dans leur peau.<span class="pagenum"><a name="Page_31" id="Page_31">[p. 31]</a></span>
-C'est, proprement, le souper de Sancho dans
-l'Ile de Barataria, ou, pour mieux dire, l'illusion
-des va-nu-pieds, qui grignotent leur
-croûte au soupirail des cuisines. Le morphinomane
-prend goût à ce régime platonique.
-Guéri pour jamais, à ce que déclare le taumaturge,
-il court néanmoins à l'officine la plus
-proche, acquérir avec une bonne seringue
-une solution de luxe, idoine à le réconforter.</p>
-
-<p>Enfin, les docteurs Alice et Paul Sollier,
-dans leur sanatorium de Boulogne-sur-Seine,
-le docteur Comar, qui, pour les petites
-bourses, applique leur méthode villa Montsouris,
-dans le quartier de la Glacière, le
-docteur Noguès, à Toulouse, suivent la pratique
-d'Erlenmeyer, non sans l'avoir grandement
-perfectionnée. Le malade est sevré,
-dans la plupart des cas, en moins d'une semaine,
-surveillé de nuit et de jour par les
-deux docteurs et leurs médecins adjoints.
-Au lieu de faire traîner le supplice, d'en diluer
-en quelque sorte les affres et les tortures
-dans une suppression interminable
-qui soutire la vigueur du sujet et, pour de<span class="pagenum"><a name="Page_32" id="Page_32">[p. 32]</a></span>
-longs mois, le laisse anéanti, l'opération brève
-et rude, après un choc terrible, une agonie
-pour vivre, lui permet de réagir promptement.
-La chambre de gehenne est, en même temps,
-une chambre de résurrection. Reprenez l'espérance,
-vous qui entrez ici! Des soins ingénieux
-et doux atténuent, chez les docteurs
-Sollier, cette formidable épreuve. La beauté
-du site, le charme du décor concourent, un
-peu plus tard, à rendre au convalescent
-l'amour de l'existence normale que sa morne
-passion avait oblitéré.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p>La démorphinisation ne commence, en
-réalité, qu'après le sevrage et la crise inhérentes
-aux premières heures d'abstinence.
-La dose importe peu. On est aussi bien morphinomane
-pour quelques centigrammes
-que pour plusieurs grammes; l'empoisonnement
-est le même, la cure aussi pénible dès<span class="pagenum"><a name="Page_33" id="Page_33">[p. 33]</a></span>
-que <i>l'état de besoin</i> est créé. «Ce qui importe
-n'est pas ce que l'on prend, mais ce
-que l'on garde.» (Sollier.)</p>
-
-<p>La morphine agit en paralysant les centres
-de la vie végétative, le nerf pneumogastrique,
-le grand sympathique. Aussi la guérison ne
-commence qu'autant que les émonctoires,
-largement ouverts par une médication appropriée,
-la peau, le foie, les glandes salivaires,
-l'intestin, ont évacué les éléments histologiques,
-dégradés par le poison et la funeste
-hygiène des morphinomanes.</p>
-
-<p>Voici dans quel ordre se présentent à peu
-près les symptômes caractéristiques de la
-suppression rapide:</p>
-
-<blockquote>
-
-<p>Quelque temps après la dernière piqûre&mdash;écrit un
-évadé&mdash;les douleurs se manifestent, sueurs froides,
-bâillements, inquiétude; bientôt une sensation d'arrachement
-continu dans les poignets et les genoux:
-c'est la question du brodequin. A part cette gêne locale,
-et tout à fait signalétique, nulle souffrance, à
-prendre ce mot dans sa commune acception; mais une
-angoisse telle que, pour la rompre, ne fût-ce qu'un<span class="pagenum"><a name="Page_34" id="Page_34">[p. 34]</a></span>
-instant, la blessure la plus cuisante, le «choc chirurgical»
-seraient les bienvenus. Supposez un être
-étouffé sous des oreillers ou bien encore plongé dans
-le vide, et qui, pendant trente-six ou quarante heures,
-ne parviendrait à respirer ni à mourir.</p>
-
-<p>En même temps, l'esprit s'éveille, la mémoire
-s'illumine et la conscience, plus nette, ressuscite. Le
-séquestre qui pesait sur le cerveau est, à présent,
-levé. Les images abondent, les idées, les comparaisons
-heureuses, les paroles jaillissent d'elles-mêmes.
-C'est un besoin d'expansion, beaucoup moins turbulent,
-mais non moins impérieux que celui qu'on
-peut voir chez l'homme pris de vin, un état d'excitation
-véhémente qui se maintient à peu près deux
-jours et une nuit. Bientôt, le calme succède à l'orage.
-Cette cloison que la drogue homicide interpose entre
-son esclave et le monde gît enfin abattue. Les ténèbres
-de la Morphine font place au grand jour de
-la Vie. Inquiet d'abord, le sommeil reparaît, s'affirme,
-et l'on peut dire que le malade, aussitôt qu'il dort à
-son accoutumée, est évadé enfin des ergastules de
-l'opium. A la crise aiguë, à l'agonie pour vivre, succède
-un délicieux anéantissement, une lassitude
-aimable d'accouchée, une «paix alcyonienne», un
-sentiment de force et de plénitude inconnu depuis
-longtemps.</p></blockquote>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_35" id="Page_35">[p. 35]</a></span></p>
-
-<p>Peut-être convient-il de situer l'<i>état de désir</i>
-(G. Dumas) à cette minute crépusculaire.
-Le besoin a disparu, la morphine a cessé de
-faire partie intégrante de la vie organique.
-Absorber du poison n'est plus un besoin vital.
-Mais, dans la dépression qui le domine,
-comment l'évadé ne songerait-il point aux
-décevants baisers de la fiole coutumière? Il
-faut, alors, une tension permanente pour fuir
-l'appel intérieur et ne <i>désirer</i> plus l'injection
-béatifiante. Ce désir, néanmoins, s'efface
-peu à peu, quand l'organisme est suffisamment
-affranchi du poison, régénéré. D'où, la
-nécessité de prolonger la cure pendant
-un assez long terme. Le «Démon de la
-perversité» n'a rien à voir à cela; mais
-quand la menteuse vigueur de la morphine
-a disparu, tandis que la force naturelle
-se fait encore attendre, comment
-ne point évoquer le magistère qui, sans
-lutte ni retard, donne&mdash;il est vrai pour
-un formidable escompte&mdash;l'alacrité des
-sens et la jeunesse de l'esprit? D'ailleurs,
-nul ne parcourt la Forêt «muette de lumière»,<span class="pagenum"><a name="Page_36" id="Page_36">[p. 36]</a></span>
-sans qu'il en rapporte quelque
-nostalgie, et ce n'est peut-être pas seulement
-vers Eurydice qu'Orphée a tourné la
-tête, avant que de franchir les portes du
-Hadès.</p>
-
-
-<p>PARIS.&mdash;IMP. N. TRÉCULT, 8, RUE DANTON</p>
-
-<hr class="full"/>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_37" id="Page_37">[p. 37]</a><br /><a name="Page_38" id="Page_38">[p. 38]</a></span></p>
-
-
-
-<p>
-<span class="smcap">ALBERT MESSEIN, ÉDITEUR, 19, quai saint-michel, paris</span> (5<sup>e</sup>)<br />
-<br />
-<i>Envoi franco contre mandat-poste, timbres, etc.</i></p>
-
-<h3>&OElig;uvres Complètes de Paul Verlaine</h3>
-<p>Avant-Propos de <span class="smcap">Charles Morice</span><br />
-<br />
-<i>Nouvelle Édition revue et corrigée sur les manuscrits originaux et sur les 1<sup>res</sup> éditions</i><br />
-<br />
-7 volumes in-16 de 450 pages chacun imprimés sur beau papier vergé.<br />
-<br />
-Chaque volume broché 12 fr. Relié richement amateur 25 fr.<br />
-<br />
-<br />
-Le TOME 1 contient:<br />
-<br />
-Poèmes Saturniens.&mdash;Fêtes Galantes&mdash;La
-Bonne chanson.&mdash;Romances
-sans paroles.&mdash;Sagesse.&mdash;Jadis et
-Naguère (<i>vers</i>).<br />
-<br />
-<br />
-Le TOME II: Amour.&mdash;Parallèlement.&mdash;Bonheur.&mdash;Chansons
-pour elle.&mdash;Liturgies
-intimes.&mdash;Odes en son
-Honneur (<i>vers</i>).
-<br />
-<br />
-Le TOME III: Élégies.&mdash;Dans les Limbes.&mdash;Dédicaces.&mdash;Epigrammes.&mdash;Chair.&mdash;Invectives<br />
-(<i>vers</i>).<br />
-<br />
-Le TOME IV: Les Poètes Maudits.&mdash;Louise
-Leclercq.&mdash;Les Mémoires
-d'un Veuf.&mdash;Mes Hôpitaux.&mdash;Mes
-Prisons (<i>proses</i>).
-<br />
-<br />
-Le TOME V: Confessions.&mdash;Quinze
-Jours en Hollande.&mdash;Vingt-sept biographies
-de Poètes et Littérateurs
-(<i>proses</i>).
-<br />
-<br />
-&OElig;UVRES POSTHUMES<br />
-<br />
-<br />
-Le TOME 1<sup>er</sup>, (<i>vers et proses</i>), contient:
-Vers de Jeunesse.&mdash;Varia.&mdash;Parallèlement.
-(<i>additions</i>).&mdash;Dédicaces
-(<i>additions</i>).&mdash;Souvenirs.&mdash;Histoires
-comme ça.
-<br />
-<br />
-Le TOME II (<i>vers et proses</i>: Charles
-Baudelaire.&mdash;Voyage en France par
-un Français.&mdash;Souvenirs et Promenades.&mdash;Vers,
-Critiques et Conférences.&mdash;Dessins
-de Paul Verlaine.<br />
-
-</p>
-<table id="catalogue">
-<colgroup><col style="width:70%"/><col style="width:10%"/><col style="width:20%"/></colgroup>
-<tr><td>Poésies religieuses. Préface de <span class="smcap">J.-K. Huysmans</span>, Choix de poésies in-12 </td><td></td><td> 5 75</td></tr>
-
-<tr><td>Verlaine intime, par <span class="smcap">Ch. Donos</span>, ill. d'après des dessins de <span class="smcap">P. Verlaine</span> </td><td></td><td> 5 75</td></tr>
-
-<tr><td><i>Les Manuscrits des Maîtres</i>:</td></tr>
-
-<tr><td>PAUL VERLAINE. Sagesse. Un vol. in-4. Portrait à l'eau-forte,
-d'après <span class="smcap">Carrière</span>. Reproduction autographique du manuscrit original. </td><td> </td><td> 30 »»</td></tr>
-
-
-<tr><td>ARTHUR RIMBAUD. Poésies. Un vol. in-8 grand jésus, tiré à 500 exemp.
-Portrait à l'eau-forte, d'après <span class="smcap">Fantin-Latour</span>. Reproduction autographique
-des poèmes publiés, en grande partie, sous le titre "<b>Le Reliquaire</b>" </td><td> </td><td> 30 »</td></tr>
-
-
-<tr><td>PAUL VERLAINE. Fêtes Galantes. Reproduction en taille-douce du manuscrit<br />
-original. Port. à l'eau-forte, d'après <span class="smcap">Fantin-Latour</span> </td><td> </td><td> 30 »</td></tr>
-
-
-<tr><td>HOMMAGE A PAUL VERLAINE</td></tr>
-
-<tr><td>Publié en 1910 à l'occasion de l'érection du monument.&mdash;Poèmes de:
-<span class="smcap">Mallarmé</span>&mdash;<span class="smcap">Moréas</span>&mdash;<span class="smcap">Léon Dierx</span>&mdash;<span class="smcap">Paul Claudel</span>&mdash;<span class="smcap">Henry Bataille</span>&mdash;<span class="smcap">E.
-Blémont</span>&mdash;<span class="smcap">Paul Fort</span>&mdash;<span class="smcap">Rémy de Gourmont</span>&mdash;<span class="smcap">Francis Jammes</span>&mdash;<span class="smcap">Ch. Morice</span>&mdash;Comtesse
-<span class="smcap">de Noailles</span>&mdash;<span class="smcap">Ernest Raynaud</span>&mdash;<span class="smcap">Henri de Régnier</span>&mdash;<span class="smcap">Laurent
-Tailhade</span>&mdash;<span class="smcap">Emile Verhaeren</span>&mdash;<span class="smcap">Vielé Griffin</span>, etc. Héliogravure du monument
-de Niederhausern. 1 fort vol. in-4º couronne </td><td></td><td> 15 »</td></tr>
-
-
-<tr><td>ÉDOUARD DUBUS</td></tr>
-
-<tr><td>Poésies complètes. <i>Quand les violons sont partis et Vers Posthumes.</i>
-Préface de <span class="smcap">Laurent Tailhade</span>. in-12 </td><td></td><td> 5 75</td></tr>
-
-
-<tr><td>TRISTAN CORBIÈRE</td></tr>
-
-<tr><td>&OElig;uvres complètes. <i>Les Amours jaunes</i>. Edition définitive avec
-portrait. Préface de <span class="smcap">Ch. Le Goffic</span> </td><td> </td><td> 5 75</td></tr>
-</table>
-
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of La "noire idole", by Laurent Tailhade
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA "NOIRE IDOLE" ***
-
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-electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
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-or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
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-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
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-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
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-
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-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
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-www.gutenberg.org Section 3. Information about the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
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-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
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-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state's laws.
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-The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
-mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
-volunteers and employees are scattered throughout numerous
-locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt
-Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
-date contact information can be found at the Foundation's web site and
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