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If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Chronique de 1831 à 1862. T. 1/4 - -Author: Dorothée de Dino - -Editor: Marie Dorothea Radziwill - -Release Date: June 19, 2016 [EBook #52380] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CHRONIQUE DE 1831 1862. T. 1/4 *** - - - - -Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries) - - - - - - - -Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le -typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et -n'a pas été harmonisée. - - - - - CHRONIQUE - DE - 1831 A 1862 - - - - -[Illustration: DUCHESSE DE DINO -PUIS DUCHESSE DE TALLEYRAND ET DE SAGAN -D'après une miniature d'Agricola, faite pendant le Congrès de Vienne de -1815, appartenant à la princesse Antoine Radziwill] - - - - - DUCHESSE DE DINO - - (PUIS DUCHESSE DE TALLEYRAND ET DE SAGAN) - - CHRONIQUE - - DE - - 1831 A 1862 - - _Publiée avec des annotations et un Index biographique_ - - PAR - - LA PRINCESSE RADZIWILL - - NÉE CASTELLANE - - I - - 1831-1835 - - _Avec un portrait en héliogravure_ - - Troisième édition - - [Logo] - - PARIS - - LIBRAIRIE PLON - - PLON-NOURRIT ET CIE, IMPRIMEURS-ÉDITEURS - - 8, RUE GARANCIÈRE--6e - - 1909 - - - - -Tous droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays. - - -Published 2 December 1908. - -Privilege of copyright in the United States reserved under the Act -approved March 3d 1905 by Plon-Nourrit et Cie. - - - - -Cette _Chronique_ a été composée avec des notes recueillies en -Angleterre, durant l'ambassade du prince de Talleyrand, et ensuite avec -les fragments extraits des lettres adressées pendant trente ans, par Mme -la duchesse de Dino (plus tard duchesse de Talleyrand et de Sagan), à M. -Adolphe de Bacourt, qui me l'a remise en mains propres, par ordre de ma -grand'mère. - -Quelques mois avant sa mort, en 1862, ma grand'mère, qui ne se faisait -plus aucune illusion sur l'état de sa santé, me prévint elle-même du don -précieux qui me serait remis après elle, par son exécuteur testamentaire, -M. de Bacourt, y ajoutant ses instructions et ses conseils. - -Le recul des années étant nécessaire à l'homme pour devenir à peu près -juste à l'égard des sentiments et des actes des personnes qui ont marqué -d'un trait spécial, j'aurais voulu retarder encore la publication de -cette _Chronique_, mais ma nièce, la comtesse Jean de Castellane, ayant, -il y a quelques mois, fait paraître le _Récit des premières années_ de la -duchesse de Dino, qui finissait trop tôt, au gré de plus d'un lecteur, il -me semble à propos de ne plus en faire attendre la continuation. - -Cette continuation se trouve, presque tout entière, dans cette -_Chronique_. - -Ce livre, où les dernières années du prince de Talleyrand sont mieux -mises en lumière que par toutes les publications faites jusqu'à ce jour, -parle trop par lui-même pour que j'aie besoin d'y ajouter un seul mot. La -place que la duchesse de Dino a occupée dans la société européenne de la -première partie du siècle dernier est aussi trop connue pour la rappeler -ici. Ses attraits, comme ses dons, furent rarement égalés, mais ce qui -est moins connu, c'est la séduction morale qu'elle exerçait sur tous ceux -qui l'approchaient. Si l'intelligence est une puissance, l'élévation de -l'âme en est une plus grande encore et celle-ci a certainement aidé la -duchesse de Dino à traverser bien des phases difficiles dans sa vie. - -C'est ce qui me semble tout particulièrement ressortir de cette -_Chronique_ où on sent planer une âme supérieure. - - CASTELLANE, Princesse RADZIWILL. - - Kleinitz, 1er septembre 1908. - - - - -DUCHESSE DE DINO - -CHRONIQUE - - - - -1831 - - -_Paris, 9 mai 1831._--Je suis si étourdie du bruit de Paris, j'y ai tant -entendu dire de paroles, tant de figures ont déjà passé sous mes yeux, -que j'ai peine à me reconnaître, à rassembler mes idées et à leur -demander de me dire où j'en suis, où en sont les autres; si ce pays-ci -est en bonne ou mauvaise route; si les médecins sont suffisamment -habiles, ou plutôt si la maladie ne bravera pas la science du médecin! - -J'ai déjà vingt fois arrêté ma pensée sur Madère; quelquefois aussi elle -s'est reposée sur Valençay. Mais elle ne se fixe nulle part, et il me -semble tout à fait déraisonnable de rien préjuger avant cette grande -crise électorale à laquelle je vois que tout le monde se réfère. A tout -on dit ici: «Après les élections,» comme, à Londres, le monde frivole -disait: «Après Pâques.» - -Il y avait un petit article dans le _Moniteur_ d'hier: la disposition -ministérielle, la disposition du public en général, est équitable et -honorable pour M. de Talleyrand, mais la raison n'est pas à la mode, et -dans ce pays-ci moins qu'ailleurs. En vérité, si je voulais faire -promener ma pensée sur les mille et une petites complications qui gênent -et entravent tout, je ne pourrais arriver qu'à ce résultat: c'est que ce -pays-ci est fort malade, mais que le médecin est bon!... - - -_Londres, 10 septembre 1831._--Les lettres de Paris disent que l'éternel -bailli de Ferrette s'est enfin éteint et que Mme Visconti, autre -merveille du temps passé, en a fait autant. - -On me parle d'émeutes féminines; il y a eu quinze cents de ces horribles -créatures qui ont fait du train. La garde nationale, à cause de leur -sexe, n'a pas voulu user de force; heureusement que la pluie en a fait -justice. - -Il est arrivé hier une estafette avec quelques rabâchages sur la -Belgique, demandant que les Hollandais se retirent encore davantage; que -Maëstricht n'ait que des Hollandais seuls pour garnison; notant -l'impatience de ce que le général Baudrand ait eu des entretiens directs -et particuliers avec les ministres anglais et le rappelant sur-le-champ. -Il ne partira cependant qu'après le «Drawing-room». - -Rien de nouveau sur la Pologne. - -Le _Times_ raconte l'infortunée tentative portugaise. Maudit dom Miguel! -Quelle horreur que son triomphe! - -A Londres il n'y a qu'une seule nouvelle: c'est qu'à l'occasion du -couronnement[1], le Roi a autorisé les évêques à quitter leurs vilaines -perruques; les voilà tous méconnaissables pour huit jours; ils se sont -tellement pressés de profiter de la permission qu'ils n'ont pas donné à -leurs cheveux le temps de repousser, cela fait qu'ils ont de drôles de -figures et qu'au grand dîner du Roi, ils ont fait la joie de tous les -convives. - - [1] Couronnement du roi Guillaume IV. - - -_Londres, 11 septembre 1831._--Les conversations tournent encore toutes -sur le couronnement; la rentrée pédestre et crottée du duc de Devonshire, -les faits, gestes, figures et paroles de chacun, sont commentés, -embellis, défigurés, passés en revue avec plus ou moins de charité, -c'est-à-dire sans charité aucune. Il n'y a que la Reine à laquelle -personne ne touche; tout le monde dit qu'elle était la perfection et on a -bien raison. - -J'ai vu hier le duc de Gloucester auquel je n'ai rien tiré, si ce n'est -qu'au grand dîner diplomatique que nous avons aujourd'hui à Saint-James, -on avait cherché le moyen d'éviter le Van de Weyer qui fait tomber la -duchesse de Saxe-Weimar en défaillance. On a, en conséquence, imaginé de -n'inviter, hors les ambassadeurs, que ceux des ministres qui sont mariés: -l'expédient me paraît un peu stupide. - -Toutes les vieilles antiquités disparaissent; voilà lady Mornington, mère -du duc de Wellington, qui est morte hier à 90 ans: cela ne fait pas -grand'chose à son fils. - -La Landgravine de Hesse-Hombourg et le duc de Saxe-Meiningen sont partis -hier par le bateau à vapeur pour Rotterdam; la duchesse de Cambridge part -aujourd'hui pour la Haye par Bruges. La grande affaire de tout ce monde -est d'éviter Bruxelles! - -Lady Belfast raconte fort drôlement la visite et la réception des yachts -anglais à Cherbourg. Les autorités les ont reçus et n'ont jamais pu -comprendre ce que c'était qu'un _Gentlemen's Yacht Club_ dans lequel le -gouvernement n'intervenait nullement; elles ont presque pris ces -messieurs pour des pirates. Cependant on leur a donné un dîner et un bal. -Lord Yarborough a voulu les leur rendre à bord de son yacht, mais toutes -les belles dames de province ont déclaré que rien ne les ferait danser -sur mer, qu'assurément elles auraient toutes des maux de cœur horribles, -que cette proposition était tout à fait barbare, et enfin lord Yarborough -a été obligé de céder et de donner un bal dans une guinguette de -Cherbourg, où il a cependant trouvé moyen de dépenser dix mille francs -dans une seule soirée. - - -_Londres, 13 septembre 1831._--Le «Drawing-room» d'hier était plus -nombreux que jamais, par conséquent si long et si fatigant qu'il a -successivement mis le Mexique, l'Espagne et Naples hors de combat. Après -les évanouissements successifs des trois représentantes, nos rangs -étaient si clairsemés qu'il a fallu d'autant plus payer de sa personne. - -Mme de Lieven s'est bravement assise sur les marches du trône et, de là, -elle a passé dans le cabinet du Roi où elle a fait _lunch_; elle est -ensuite revenue nous dire qu'elle n'était pas fatiguée et qu'elle n'avait -pas faim. Elle était tentée d'ajouter que nos jambes devaient être -reposées du repos des siennes et notre estomac satisfait de savoir le -sien restauré. - -Les Pairesses, dans leur costume, avaient en général bon air. Il y en a -une, pauvre malheureuse, qui a payé cher le plaisir d'user du droit de -Pairesse: celui d'aller chez le Roi en dépit du Roi lui-même. Lady -Ferrers avait été une femme entretenue, ou à peu près, et la maîtresse de -son mari avant d'être sa femme. Lord Howe a dit à lord Ferrers que la -Reine ne recevrait pas sa femme, mais lord Ferrers ayant répondu que le -droit des Pairesses était d'entrer chez la Reine, on n'a pas pu s'y -opposer. Seulement on l'a prévenu que la Reine détournerait la tête -lorsqu'elle passerait; c'est ce qui a eu lieu. Mais je dois dire que le -bon cœur de la Reine a paru encore dans cette circonstance. Elle a eu -l'air de commencer à causer avec la princesse Auguste avant que lady -Ferrers fût devant elle; elle n'a pas interrompu sa conversation et on -pouvait croire que la pauvre proscrite était passée inaperçue et non pas -insultée. J'en ai su bon gré à la Reine. - -Le dîner était magnifique et le Roi dans un train de bonne humeur -vraiment comique. Il a fait des _speeches français_ étonnants. On dit -qu'après le départ des dames il a donné dans le graveleux à un point -inouï. Jamais je ne l'ai vu si en gaieté. Je crois qu'un courrier arrivé -de Paris un peu avant le dîner, qui a apporté à lord Palmerston et à M. -de Talleyrand la nouvelle que les troupes françaises commenceraient à -évacuer la Belgique le 27 et seraient toutes rentrées en France le 30, -était pour quelque chose dans l'hilarité du Roi. Lord Grey en était -rayonnant. - -Les nouvelles du choléra sont mauvaises: il arrive en Suède par la -Finlande, et, en trois jours, sur soixante malades à Berlin, trente en -sont morts. - -Il y a eu assez de bruit à Paris pour que M. Perier s'y soit porté -lui-même à cheval, en habit de ministre; sa présence a bien fait. - -Il paraît que les affaires belges sont décidément finies et M. de -Talleyrand disait hier qu'il serait en France à la fin d'octobre; mais -j'ai déjà vu tant de hauts et de bas dans ces affaires que je ne sais -plus rien prévoir à huit jours de distance. - - -_Cambridge-Wells, 16 septembre 1831._--Je viens de visiter Eridge -Castle[2], qui appartient à un richard misanthrope, octogénaire, que le -malheur a poursuivi, dont le titre est celui de Earl of Abergavenny, mais -dont le nom de famille est Neville; c'est un des cousins de lord Warwick. -Le fameux Guy, Earl of Warwick, surnommé «The King's Maker», était un -Neville. Eridge Castle lui appartenait. Plus tard la reine Elisabeth y -fut fêtée. - - [2] Eridge Castle est situé dans le comté de Sussex. Il - appartient encore aux Abergavenny. - -Le château, sur les fondations antiques, a été rebâti dans l'ancien style -avec un soin particulier par le propriétaire actuel. Tout est -parfaitement d'accord, tout est élégant, riche; la perfection des -boiseries et la beauté des vitraux de couleur, remarquables; -l'appartement particulier de lord Abergavenny, extrêmement lugubre. Le -château est sur un point très élevé, avec un lac de vingt arpents au pied -de la colline, mais ce vallon est encadré de collines plus élevées encore -que celle du centre sur laquelle est le château, et elles sont toutes -couvertes d'arbres si beaux et en si grande quantité, qui se prolongent -pendant tant de milles, que cela forme une véritable forêt. C'est la vue -la plus boisée, la plus romantique et, en même temps, la plus -profondément mélancolique que j'aie jamais rencontrée. Ce n'est pas de -l'Angleterre, c'est encore moins de la France; c'est la Forêt Noire, -c'est la Bohême. Je n'ai jamais vu de lierres comparables à ceux qui -tapissent les tours, les balcons et toute cette demeure; enfin, j'en ai -eu la tête tournée. - -Dans le parc est un bouquet de sapins, bien hauts, bien sombres, qui -entourent une source d'eau minérale parfaitement semblable à celle de -Tunbridge. Non seulement le parc est rempli de daims, mais il y a aussi -des cerfs, et quantité de vaches, de moutons et un beau troupeau de -buffles. - -Lord Abergavenny est très charitable. Cent vingt ouvriers sont toujours -employés par lui. Depuis que les baigneurs de Tunbridge sont venus -dévaster son jardin, il ne permet à qui que ce soit de voir le parc ou la -maison. Il en a même refusé l'entrée, il y a quelque temps, à la -princesse de Lieven. Un billet touchant de la comtesse Batthyány et de -moi l'a attendri; il est sorti, après avoir laissé des ordres à ses gens -de nous tout montrer, et un homme à cheval nous a guidés dans les bois. -Ses gens l'aiment beaucoup, en disent mille biens et racontent fort bien -les malheurs qui ont frappé ce pauvre vieux homme. - - -_Londres, 17 septembre 1831._--En revenant de Tunbridge hier, j'ai visité -Knowles. C'est un des châteaux les plus anciens de l'Angleterre; bâti par -le Roi Jean-Sans-Terre, la plus ancienne partie de ce bâtiment est encore -de cette époque. Les archevêques de Cantorbéry ont longtemps possédé -Knowles, mais Cranmer, ayant trouvé que sa magnificence excitait les -murmures populaires, rendit Knowles à la Couronne. Élisabeth le donna aux -Sackfield, dont elle fit l'aîné comte de Dorset. Knowles est resté dans -cette famille jusqu'à présent et vient de passer aux mains de lady -Plymouth, sœur du duc de Dorset, qui a péri à la chasse sans laisser -d'enfants. Le vieux duc de Dorset actuel est un oncle du dernier; il a -hérité du titre, mais non de l'_Estate_ qui a passé aux femmes. - -A mon tour, je sais faire aussi de la pédanterie: j'ai daigné consulter -un guide de voyage et j'ai trouvé une _housekeeper_! Cette vieille fée -montre fort bien l'antique et lugubre demeure de Knowles, dont la -tristesse est incomparable; je n'en excepte même pas la partie arrangée -par les propriétaires actuels, à plus forte raison celle qui est -consacrée aux souvenirs et à la tradition. Il n'y a là aucune imitation: -tout est ancien et original; on y voit cinq ou six chambres à coucher, le -Hall, trois galeries et un salon avec les meubles du temps de Jacques -Ier. Boiseries, meubles, tableaux, tout est authentiquement de cette -époque. L'appartement dans lequel Jacques Ier fut reçu par le premier -comte de Dorset est magnifique, orné de glaces de Venise, d'un lit en -brocard d'or et d'argent, d'une toilette en filigrane, de cabinets en -ivoire et en ébène, enfin de choses belles et curieuses. Des portraits de -toute l'Angleterre, et parmi cette immense quantité de croûtes, une -douzaine de peintures superbes de Van Dyck et de sir Robert Leslie. Le -parc est grand, mais il n'a rien de remarquable; il n'est bon qu'à -parcourir un peu vite. - - -_Londres, 19 septembre 1831._--Mes retours à Londres ne sont pas heureux. -Je reviens avant-hier pour apprendre la prise de Varsovie[3], et -aujourd'hui j'arrive de Stocke[4] pour apprendre les nouveaux et sérieux -désordres qui ont eu lieu à Paris, à l'occasion de la défaite des -Polonais. L'état de Paris était grave au départ des lettres; aux détails -contenus dans le _Times_ de ce matin, j'ajouterai que M. Casimir Perier a -courageusement tiré Sébastiani de danger en le mettant dans sa voiture; -arrivés à la place Vendôme, ils ont été obligés de se réfugier à l'hôtel -de l'État-Major. Les cris de «A bas Louis-Philippe» ont été vifs. - - [3] Varsovie, capitale du grand-duché de ce nom, avait été cédée - aux Russes en 1815. En novembre 1830, il y éclata une - insurrection terrible qui affranchit pour quelques mois la - Pologne; mais, malgré une glorieuse campagne contre Diebitsch, - Varsovie finit par être reprise par Paskéwitch le 8 septembre - 1831. - - [4] Stocke est situé dans le comté de Stafford et possède une - grande manufacture de porcelaine créée par Wedgwood. - -C'est aujourd'hui que probablement le sort du ministère se sera décidé à -la Chambre. Je sais que M. de Rigny était fort inquiet; la dernière -séance avait été très mauvaise. - -J'ai aussi reçu une lettre très triste de M. Pasquier... Nos prévisions -auront été vraies et justes: Madère! - - -_Londres, 20 septembre 1831._--Le comte Paul Medem est arrivé hier et a -passé une grande partie de la journée avec moi. - -Il avait quitté Paris le samedi soir. Je l'ai questionné à mon aise et je -l'ai trouvé avec son bon et froid jugement habituel; ne regardant rien -comme perdu, ni rien comme sauvé en France. Tout lui paraît livré au -hasard: la confiance est impossible; il dit de mauvaises paroles sur -l'impopularité du Roi, sur l'ignorance et la présomption de tous. Le seul -dont il fasse cas, c'est M. Perier, mais celui-ci est fort dégoûté et ne -se cache pas du manque de concours. Il fait un triste tableau de l'état -commercial et social de Paris. Tout y est méconnaissable: costumes, -manières, ton, mœurs et langage, tout est changé; les hommes ne vivent -plus guère qu'au café et les femmes ont disparu. - -On a adopté de nouvelles locutions: on n'appelle plus la Chambre des -députés que _la Reine Législative_; la Chambre des pairs s'appelle -_l'Ancienne Chambre_; celle-ci n'existe plus comme pouvoir, pour -personne. On dit que c'est le Roi qui a le plus facilement abandonné -l'hérédité de la Pairie, espérant par là se populariser et obtenir une -meilleure liste civile: on ne suppose pas qu'elle excède douze millions; -en attendant, il touche chaque mois quinze cent mille francs. - -Plusieurs théâtres sont fermés; l'Opéra et les Italiens attirent encore -du monde; mais si les premiers sujets continuent à jouer sur la scène, -dans les loges on ne voit plus guère que les doublures du beau monde. - -Il paraît que l'Empereur Nicolas ne fera exécuter en Pologne que ceux -qui, dans les scènes sanglantes des clubs, ont assassiné les prisonniers -russes; la Sibérie s'ouvrira pour les autres. Quelle quantité de -malheureux nous allons voir faire irruption sur l'Europe et surtout en -France! Quoiqu'il soit bien naturel de leur offrir asile, je dois -convenir cependant que, dans la situation actuelle de la France, ce sont -de nouveaux éléments de désordre qu'on va y introduire. On dit que, dans -les émeutes, les réfugiés de tous les pays jouent un rôle premier. - -Les nouvelles de Rio-de-Janeiro sont mauvaises pour les enfants que dom -Pedro y a laissés[5]; une révolte des hommes de couleur y a produit de -grands désordres. - - [5] Les enfants étaient: 1º Doña Jennaria, née en 1819; 2º Doña - Paula, née en 1823; 3º Doña Francisca, née en 1824; 4º Dom Pedro, - né en 1825, qui devint en 1831 empereur du Brésil, sous une - régence. - -Les scènes en Suisse sont déplorables[6]. - - [6] La révolution française de 1830 fut pour la Suisse l'occasion - d'agitations nouvelles. Bâle se morcela en 1832 en Bâle-Ville et - Bâle-Campagne. - -Il y a eu du mouvement à Bordeaux. - -Miaoulis a fait sauter sa flotte pour ne pas obéir à Capo d'Istria[7]. - - [7] Miaoulis s'était retiré à Poros où il s'était mis à la tête - des Hydriotes révoltés. - - -_Londres, 21 septembre 1831._--L'émeute a recommencé dimanche soir à -Paris et a duré toute la matinée du lundi[8], et il y avait de mauvais -symptômes de tous les genres; l'aspect de la ville était grave à tous -égards, et si les interpellations annoncées par Mauguin et Laurence -avaient été remises de vingt-quatre heures, c'est qu'on croyait à une -dislocation immédiate du ministère, si ce n'est entière, du moins -partielle. Bonté divine! Où en sommes-nous et où allons-nous? - - [8] De mars à septembre 1831, l'insurrection, ou tout au moins - l'agitation et le tumulte furent à peu près permanents dans les - rues de Paris. - -A propos de cela, on assure que les troupes qui sont à Madère sont prêtes -à faire leur soumission à doña Maria. Ce nom de Madère, prononcé, jeté -pour ainsi dire, il y a six mois sans grande réflexion, aura été une -prédiction. C'est là que nous chercherons refuge! - -C'est Jules Chodron[9] qui est nommé second secrétaire de légation à -Bruxelles. - - [9] M. de Courcel. - - -_Londres, 22 septembre 1831._--Les lettres de Vienne disent que le -choléra y a paru le 9 de ce mois, et dans les premières vingt-quatre -heures y a enlevé cinquante personnes. - -Bülow a des nouvelles de Berlin du 16: il y avait eu jusqu'à ce jour-là -trois cents malades sur lesquels deux cents avaient succombé. Il a beau -s'étendre, ce vilain mal, il ne paraît pas s'endormir. - -M. Martin, qui nous est arrivé hier, dit grand mal du Midi de la France: -tout s'y divise en carlisme, bigotisme, républicanisme; de la raison, -nulle part; une absence d'autorité locale déplorable, une confusion, une -anarchie qui laisse le champ libre à tous les délits. Pauvre France! - -Ici, on n'est guère mieux. J'ai été hier au soir à Holland-House où le -ministère avait l'air consterné. Il se sent, je crois, un peu coupable; -car, si ce pays-ci est menacé de scènes révolutionnaires, c'est que le -ministère l'aura voulu. Pour intimider la Chambre des pairs et lui -arracher le «Bill de réforme», il excite les meetings et les mouvements -menaçants qui se préparent. - -Lord Grey était particulièrement soucieux d'une réunion qui aurait eu -lieu hier chez le duc de Wellington. Il ne sait pas s'il osera faire des -pairs sans perdre des voix sur lesquelles il comptait, et qui se -retireraient de lui si la Pairie était prostituée. Enfin, les embarras, -d'une espèce et d'une autre, couvrent la terre. - -Dimanche soir, on a promené dans Paris des bonnets de la liberté sur des -piques et on a fait d'autres gentillesses du même genre. Les lettres de -lundi, à deux heures, mandent que, dans la crainte de voir former des -barricades, on avait enlevé tous les matériaux qui se trouvaient sur la -place Louis XV et qu'on les avait entassés dans les cours des maisons -voisines. - - -_Londres, 23 septembre 1831._--Il a fait assez beau temps hier pour la -fête de Woolwich à laquelle j'ai assisté. C'est très imposant de voir -lancer un grand bâtiment de guerre et de le voir entrer ensuite dans le -bassin où il doit être mâté. - -Nous étions dans une tribune près de celle du Roi; il y avait du monde -par torrents; des bateaux à vapeur, des barques en multitude, beaucoup de -musiques, de cloches, de coups de canon, presque du soleil, des -uniformes, de la parure, enfin de tout ce qui donne un grand air de fête. - -Le Roi a mené un petit détachement du Corps diplomatique, dont je faisais -partie, voir une frégate en miniature destinée en cadeau au Roi de Prusse -et qui est charmante: toute en bois d'acajou et en cuivre. Puis il nous a -conduits déjeuner à bord du _Royal Sovereign_, vieux yacht doré et -chamarré du temps de George III. Le Roi m'a adressé un toast pour le Roi -des Français, et à Bülow un autre toast pour Sa Majesté Prussienne. Il a -oublié Mme Falk; la duchesse de Saxe-Weimar, qui ne prenait pas cet oubli -en patience, s'est mise à fondre en larmes, ce qui a fait revenir la -mémoire au Roi, et il a fait alors des excuses à Mme Falk en buvant à la -santé du Roi de Hollande. - -J'ai dîné avec le duc de Wellington, qui était de très bonne humeur; il -espère que le «Bill de réforme» sera rejeté par la Chambre des pairs, à -la seconde lecture qui aura lieu le 3 octobre. Lord Winchelsea a déclaré -qu'il voterait contre; le ministère lui a alors demandé la démission de -sa charge de Cour, que le Roi n'a pas voulu accepter. - -Il est arrivé hier soir une estafette de Paris, du 20, pour dire que les -émeutes étaient finies et que le ministère avait eu l'avantage dans la -Chambre des députés; mais en même temps, on mande que ce qui s'est passé -prouve qu'il faut avoir le traité belge sur les bases qui ont été -proposées dans la dépêche du 12. - - -_Londres, 25 septembre 1831._--Nous avons reçu les détails de la séance -de la Chambre des députés dans laquelle le ministère a triomphé. Ce -triomphe a été un ordre du jour, motivé d'une manière honorable pour le -gouvernement, qui a eu une majorité de 85 voix. 357 votants: 221 pour M. -Perier, 136 contre. Voilà, pour le moment, les choses remises dans une -sorte d'équilibre, mais elles ne m'inspirent aucune confiance, car cette -nouvelle Chambre a encore des preuves à donner, dans les questions de -l'hérédité de la Pairie, de la liste civile, du budget, et je ne la -trouve nullement préparée à bien dire ni à bien faire. - -On écrit encore en rendant justice au courage de lion de M. Perier, en -représentant le pays comme bien malade et Pozzo fort inquiet malgré le -mariage de son neveu, qui le ravit. - -Nous avons eu à dîner trois messieurs d'Arras, recommandés par le baron -de Talleyrand, des Français, de ceux qui s'appellent de la _classe -moyenne_, à laquelle ils se font gloire d'appartenir: parmi les trois, il -y avait un petit monsieur de dix-sept ans, élève de rhétorique au lycée -Louis-le-Grand, qui vient ici pour ses vacances et qui est déjà aussi -bavard et aussi tranchant qu'on peut le souhaiter: il donne tout plein -d'espérance d'être un jour un des hurleurs de la Chambre. - - -_Londres, 27 septembre 1831._--Hier, la Conférence a adopté un protocole -qui va produire Dieu sait quoi! Les Hollandais et les Belges n'ayant pu -s'entendre en aucune manière, ni même se rapprocher, la Conférence, pour -éviter la reprise des hostilités, terminer enfin cette difficile, -délicate et dangereuse question, et arrêter la conflagration qu'elle est -toujours au moment de produire, s'est constituée hier arbitre et va -procéder à cet arbitrage, dont le résultat sera pris sous sa protection -et garantie. Comment cela va-t-il être pris à Paris? M. de Talleyrand -croit qu'on se fâchera d'abord, puis qu'on cédera, et que d'ailleurs il -n'y avait pas de choix: «Ceci, dit-il, est la seule et unique manière -d'en finir.» - - -_Londres, 29 septembre 1831._--M. de Montrond est arrivé hier; il parle -avec le dernier mépris de Paris et de tout ce qui s'y passe. Il annonce -que le Roi va demeurer aux Tuileries, après une bataille très rude livrée -par ses ministres, qui lui ont encore, dans cette occasion-ci, mis le -marché à la main. Il leur a fallu aussi persuader la Reine qui y avait -grande répugnance; cependant, ils ont vaincu toutes les déplaisances et -cela va se faire. - -Il paraît qu'au Palais-Royal, le Roi ne peut plus bouger sans être -accueilli par les mots les plus durs; on lui crie: «_Bavard... -Avare..._»; on passe à travers la petite grille intérieure des couteaux -avec lesquels on le menace, enfin des horreurs! - - - - -1832 - - -_Londres, 23 mai 1832._--Hier, j'ai eu une longue visite du duc de -Wellington. Il m'a dit qu'il regrettait que les convenances personnelles -de M. de Talleyrand le décidassent à quitter l'Angleterre, même -momentanément; qu'un remplaçant, quel qu'il fût, ne pourrait jamais -maintenir les choses au point où M. de Talleyrand les avait conduites; -qu'ici, il avait une position première et une influence prépondérante, -non seulement sur ses confrères diplomatiques, mais encore sur le Cabinet -anglais; qu'il était, en général, extrêmement considéré dans le pays, où -on lui savait gré de se tenir éloigné de toute intrigue; qu'il était le -seul qui pût maintenir, «sous quelque ministère que ce fût», l'union de -la France et de l'Angleterre; que lui, duc de Wellington, craignait que -les autres membres de la Conférence ne prissent le haut ton avec le -remplaçant de M. de Talleyrand, et qu'à son retour, celui-ci ne trouvât -un état de choses différent, et le terrain perdu difficile à ressaisir; -qu'enfin, si M. de Talleyrand ne revenait pas à Londres, on ne pouvait -plus compter sur la durée de la paix. - -Il a ajouté que l'aspect des deux pays était bien grave, que toutes les -prévisions étaient insuffisantes, et que qui que ce soit ne pouvait dire -ce qu'apporteraient et «la réforme» par ses résultats futurs, et les -moyens révolutionnaires qui ont été mis en jeu pour l'obtenir, ni quelles -seraient les fantaisies royales, le «Bill de réforme» une fois passé. - -Le duc de Wellington a été, comme toujours, fort naturel, fort simple, de -très bon sens, et, à sa façon, qui n'est pas phraseuse, très amical. - - -_Londres, 24 mai 1832._--M. de Rémusat est ici, il a, pour M. de -Talleyrand, une lettre du général Sébastiani qu'il n'a pas encore remise. - -Il m'en a envoyé une du duc de Broglie qui partait pour la campagne, -assez soucieux, ce me semble, de l'état de décomposition de toutes choses -en France. Il me réfère à ce que M. de Rémusat me dira, mais je connais -celui-ci: il a de l'esprit, mais c'est un esprit dédaigneux, dénigrant, -tout emmailloté de formes doctrinaires; même dans le temps où je voyais -le plus les personnes de cette société, je le trouvais, lui, -singulièrement désagréable, et je n'ai pas idée qu'il me fasse -aujourd'hui une autre impression. - - -_Londres, 25 mai 1832._--M. de Rémusat, que j'avais vu hier soir, m'avait -annoncé sa visite pour ce matin, _pour m'apprendre Paris_, m'a-t-il dit. -On sait que les doctrinaires enseignent toujours quelque chose! Il sort -de chez moi. C'est très long à apprendre, la France, car il me l'a -enseignée pendant plus de deux heures. - -Ce qui m'en reste, c'est que le voyage de M. de Rémusat ici est une sorte -de mission, qui lui a été confiée par les honnêtes gens du juste milieu, -tels que MM. Royer-Collard, Guizot, Broglie, Bertin de Veaux, même -Sébastiani, qui est en guerre ouverte avec Rigny. Cette mission consiste -à décider M. de Talleyrand à accepter la présidence du Conseil, ou, si -cela ne se peut, à être le patron d'un nouveau ministère dans lequel -Sébastiani serait conservé et qu'on fortifierait en y faisant entrer -Guizot, Thiers, Dupin. Tel qu'il est, décomposé et désuni, le ministère -ne saurait durer; mais il faut décider le Roi à choisir des hommes plus -forts, résolus à suivre le système de M. Perier et capables, par leur -talent, d'en imposer à la Chambre. On voudrait que M. de Talleyrand, à -Paris, fît assez sentir au Roi le péril de sa situation pour le -déterminer à pareille chose. Voilà ce que M. de Rémusat est chargé -d'obtenir de M. de Talleyrand, et sur quoi il s'est donné la peine de -m'endoctriner. M. de Talleyrand est beaucoup trop déterminé à ne faire -partie d'aucune administration pour être ébranlé sur ce point. Certes, -son intention a toujours été de parler au Roi selon sa conscience, mais -qu'en obtiendrait-il?... Pas grand'chose peut-être... - - -_Londres, 29 mai 1832._--Quelle journée que celle d'hier! Le -«Drawing-room» qui a duré jusqu'à plus de cinq heures! C'était -l'anniversaire du jour de naissance du Roi, qui, ayant appris que la -princesse de Lieven et moi ne dînions pas chez lord Palmerston, nous a -choisies pour représenter le Corps diplomatique à son dîner. - -Il n'y avait à ce dîner, excepté la famille légitime et illégitime, que -le strict service et quelques vieux amis du Roi, comme le duc de Dorset -et lord Mount-Edgecumbe. - -Le Roi ne s'est pas fait faute de toasts: le premier à Mme de Lieven, sur -ce qu'après les longues années pendant lesquelles elle avait représenté à -Londres une Cour toujours amie de celle de la Grande-Bretagne, il la -regardait comme une amie personnelle. Puis à moi: «Je vous connais depuis -moins de temps, Madame, mais vous nous laissez ici des souvenirs qui nous -font désirer votre retour et que vous nous reveniez avec la bonne santé -que vous allez chercher aux eaux. Les circonstances délicates et -difficiles dans lesquelles votre oncle s'est trouvé ici, et pendant -lesquelles il a montré tant de loyauté, d'intégrité et d'habileté, me -font attacher beaucoup de prix à ce qu'il nous revienne et je vous prie -de le lui dire.» Puis à Mme de Woronzoff, sur ce que, par son mari, elle -était aussi Anglaise que Russe. - -Mme de Lieven a répondu par un mot de reconnaissance, et moi de même, -mais cette pauvre Mme de Woronzoff, en voulant aussi exprimer ses -remerciements, s'est embrouillée de telle sorte que le Roi a repris la -parole et j'ai cru que ce dialogue ne finirait plus. - -Après la santé de la Reine, le Roi a remercié pour elle en anglais, en -ajoutant qu'aucune Princesse ne méritait davantage le respect et -l'attachement de ceux qui la connaissaient, car personne ne savait mieux -remplir les devoirs de sa position. Il a alors donné le signal de se -lever, et immédiatement celui de se rasseoir, et s'adressant à la -duchesse de Kent, il a porté la santé de la princesse Victoria, comme -étant la seule qui, par la divine Providence et les lois du pays, devait -lui succéder, et à laquelle il comptait laisser les trois Royaumes, avec -leurs droits, leurs privilèges et leur constitution intacte comme il les -avait lui-même recueillis. Tout cela était accompagné de tant -d'assurances d'une bonne santé personnelle, de force, de volonté de vivre -et de se bien porter, et de la nécessité qu'il y avait que, dans les -circonstances difficiles du présent, il n'y eût pas de minorité, que tout -le monde s'est demandé s'il avait voulu être agréable ou désagréable à la -duchesse de Kent, qui était pâle comme la mort; ou bien si, à cause des -Fitzclarence qui se mêlent d'avoir des prétentions princières, il a voulu -établir qu'il ne reconnaissait d'héritier possible que la jeune -Princesse. D'autres prétendent que le tout était dirigé contre le duc de -Sussex, qui était absent puisqu'on lui a défendu la Cour. Il paraît que -le parti populaire voudrait le porter au trône ou que du moins le Roi se -l'imagine et que c'est là ce qui nous a valu ce très long speech. - -Avant la fin de la soirée, le Roi est venu deux fois à moi pour me dire -qu'il ne fallait pas que M. de Talleyrand s'absentât longtemps, que la -paix du monde dépendait de sa présence à Londres, et sur cela force -éloges et gracieusetés. On n'a pas idée de ce qu'on nous montre, de tous -côtés, de regrets obligeants qui ont l'air sincères. - - -_Londres, 30 mai 1832._--M. de Talleyrand a reçu des lettres du Roi et de -Sébastiani, écrites au moment du départ pour Compiègne: ils assurent -qu'ils useront de tout leur crédit sur le roi Léopold pour le déterminer -à se soumettre pleinement à la Conférence, afin de laisser aux Hollandais -tout l'odieux du refus; mais ils veulent que M. de Talleyrand emporte ici -l'évacuation d'Anvers, à laquelle ils ne veulent entendre qu'après que -toutes les autres questions seront terminées. En apparence, les -entêtements hollandais ne diminuent pas et le mauvais esprit se ranime en -Belgique. - -M. de Talleyrand partira aussitôt après l'arrivée de M. de Mareuil, et -espère, avant cela, être arrivé à établir une certaine force armée qu'on -appellerait l'armée combinée anglo-française et qui serait chargée de -couper le nœud gordien. - - -_Paris, 20 juin 1832._--J'attends M. de Talleyrand après-demain soir. - -Je vois bien du monde maintenant: on m'assomme, à la lettre. Que -d'absurdités, de fautes, de passions! Pauvre M. de Talleyrand! Dans quel -gâchis et dans combien d'intrigues ne va-t-il pas tomber! - -Du reste, l'état de choses actuel, que tout le monde condamne, doit -nécessairement changer, au moins ministériellement; car le _tollé_ contre -le ministère est général et l'effroi se propage. La Vendée cependant -touche à sa fin et on croit la duchesse de Berry sauvée: ce serait un -point essentiel. Mais l'état du Cabinet est pitoyable; sa marche -saccadée, hésitante, des gaucheries sans nombre, tout assure sa -dissolution. On attend M. de Talleyrand pour frapper les grands coups: -pauvre homme! - -La vraie difficulté est dans le caractère du chef suprême. Que tout ceci -est laid! Sébastiani s'en va chaque jour davantage; il m'a fait pitié -hier; il se rend compte de son état et il en est profondément malheureux. -Je vais ce soir avec lui à Saint-Cloud et je tremble qu'il ne tombe mort -à côté de moi dans la voiture. - -Wessenberg m'écrit de Londres que le ministère y est triste, inquiet, -embarrassé de son triomphe et redoutant une chute prochaine. Je vois -qu'en Angleterre on est inquiet de l'état de l'Allemagne: le Corps -diplomatique se plaint ici du double jeu de Sébastiani à propos de ce qui -se passe sur le Rhin. Bref, personne n'est content, personne n'est -tranquille; c'est une singulière époque!... - - -_Paris, 6 septembre 1832._--On écrit à M. de Talleyrand que les -coquetteries qu'on avait faites à Pétersbourg avaient pour objet de -détacher l'Angleterre de notre alliance; qu'on avait été jusqu'à proposer -de remettre Anvers aux Anglais. Tout cela n'a pas pris, et la froideur a -succédé aux gentillesses. Toutes les difficultés de la Conférence -viennent maintenant de Bruxelles, où le mariage a exalté toutes les têtes -et où ils se croient en état de forcer la main à la France[10]. - - [10] Léopold Ier, élu Roi des Belges en 1831, avait épousé, en - 1832, Louise, princesse d'Orléans, fille de Louis-Philippe, Roi - des Français. - - -_Paris, 21 septembre 1832._--Il paraît que M. de Montrond est en -espérance de Pondichéry et fort désireux d'y aller. Les amis de -Sébastiani le disent entièrement rétabli depuis Bourbonne et naviguant -avec adresse au milieu des écueils que rencontre sa route ministérielle. - -Le Roi des Pays-Bas fait le méchant, celui des Belges n'est pas plus -doux. La Conférence se fatigue, et a, dit-on, grand besoin de M. de -Talleyrand pour reprendre son ensemble. - -On dit tous les Cabinets fort ébouriffés de ce qui se passe entre -l'Égypte et la Porte ottomane. Chacun recule, plus ou moins, devant les -résultats prochains du Nord, du Midi, du Couchant et du Levant, car -partout il en faut prévoir, sans que personne ait le courage d'y mettre -la main. - - -_Paris, 23 septembre 1832._--Voilà l'horizon qui se rembrunit de toutes -parts: aux singuliers événements d'Orient, à l'état précaire de -l'Allemagne et de l'Italie, au désaccord qui règne dans le Cabinet -français, à l'approche des Chambres françaises et à celle du Parlement, -aux complications portugaises, à l'obstination toujours croissante de la -Hollande, voici qu'il faut joindre le coup de foudre de la mort de -Ferdinand VII; guerre de succession et, par conséquent, guerre civile, -entre les partisans de don Carlos et ceux de la petite Infante; peut-être -intervention de l'Espagne en Portugal, et, par conséquent, apparition de -la France et de l'Angleterre dans la Péninsule. - -D'un autre côté, changement de ministère à Bruxelles, et départs, si -précipités, du duc d'Orléans, du maréchal Gérard et de M. Le Hon pour la -Belgique. Ne sommes-nous pas, plus que jamais, dans le grabuge? - -M. de Talleyrand reçoit force lettres, tant de Paris que de Londres, pour -presser son départ. - - -_Paris, 27 septembre 1832._--Quelle mystification que cette résurrection -de Ferdinand VII[11]! Au fait, c'est très heureux, car assurément les -complications ne manquent point, et une de moins, c'est quelque chose! - - [11] En 1832, le Roi Ferdinand VII tomba si gravement malade, - qu'on le crut mort. Calomarde se réunit alors aux partisans pour - faire signer au moribond un décret mettant à néant la déclaration - de 1830, par laquelle le Roi abolissait la loi salique en - Espagne. - - - - -1833 - - -_Valençay[12], 12 octobre 1833._--M. Royer-Collard a passé une partie de -la matinée ici: original et piquant, grave et animé tout à la fois, fort -affectueux pour moi et aimable pour M. de Talleyrand. Le temps actuel, -qu'il ne fronde cependant pas publiquement, lui déplaît au fond et il en -médit dans sa solitude. - - [12] Valençay, où la duchesse de Dino venait de se transporter, - est situé dans le département de l'Indre. Le château et le parc - en sont magnifiques, avec de belles eaux. Le château fut bâti au - seizième siècle par la famille d'Étampes, d'après les dessins de - Philibert Delorme. Il servit de prison d'État de 1808 à 1814 pour - Ferdinand VII et les Infants d'Espagne, par ordre de Napoléon - Ier. Le prince de Talleyrand, qui s'en était rendu propriétaire à - la fin du dix-huitième siècle, aimait ce séjour et l'habita - beaucoup. - -Une lettre de Vienne de M. de Saint-Aulaire dit ceci: «Mes vacances -d'été, que je viens de passer à Baden, n'ont pas été troublées par les -réunions de Téplitz et de Münchengraetz[13], parce qu'on ne m'a rien -donné à faire et que, pour ma part, je ne concevais aucune inquiétude. -Voici M. de Metternich qui revient à Vienne, il faudra régler nos -comptes, et mes vacances vont finir.--Les mesures qu'on juge à propos de -prendre pour l'Allemagne seront apparemment très incisives; s'il n'en -était pas ainsi, la tentative serait niaise. La France restera-t-elle -spectatrice inerte? Oui, si l'on m'en croit; du moins tant que quelque -Prince directement intéressé n'appellera pas au secours pour le maintien -de son indépendance. Le Roi de Hanovre serait un bon chef de file; s'il -ne veut pas se porter en avant, je ne compte guère sur le prince -Lichtenstein. Je sais qu'on croit en Angleterre que M. de Metternich -s'est moqué de nous et qu'il était de moitié avec la Russie pour le -traité de Constantinople du 8 juillet dernier: je persiste à soutenir -qu'il était dupe et non complice, et je voudrais qu'on ne s'y trompât -pas, moins pour l'honneur de mon amour-propre que parce que la partie me -semble différente à jouer, suivant que la bonne intelligence sera réelle -ou apparente entre l'Autriche et la Russie. Frédéric Lamb m'a conté hier, -en détail, la campagne du duc de Leuchtenberg en Belgique, dont je savais -quelque chose par les bruits de ville; pas un mot par le ministère, car -on a la mauvaise habitude de nous tenir toujours les plus mal informés, -entre les diplomates de tous les pays.» - - [13] Les trois grandes puissances alliées, l'Autriche, la Prusse - et la Russie, se réunirent plusieurs années de suite, soit à - Téplitz, soit à Münchengraetz, pour y délibérer ensemble sur la - situation de l'Europe. Elles y tombèrent d'accord pour se - garantir, par un nouveau pacte secret, leurs possessions - respectives en Pologne, soit contre une agression venant du - dehors, soit contre un mouvement révolutionnaire intérieur. Elles - s'y occupèrent également des affaires de France et d'Italie, du - travail continuel des sectes et des réfugiés italiens sur le sol - français, qui inspiraient alors de grandes inquiétudes au sujet - de la tranquillité de la Péninsule. On finit par y décider que - les Cabinets d'Autriche, de Prusse et de Russie enverraient - chacun une note séparée au gouvernement du Roi Louis-Philippe, - pour l'engager à surveiller avec plus d'attention les menées - révolutionnaires. - - -_Valençay, 23 octobre 1833._--La duchesse de Montmorency est toute -fraîche sur Prague, à cause de ce que sa fille aînée lui en a conté. -C'est Charles X qui a été mener ses deux petits-enfants à leur mère, à -Leoben, précisément pour empêcher Mme la duchesse de Berry d'aller à -Prague; il paraît que, de Leoben, elle retournera en Italie. M. le -Dauphin et Mme la Dauphine n'ont pas voulu être du voyage[14]. - - [14] Louis-Antoine, duc d'Angoulême (1773-1844) fils aîné du Roi - Charles X, avait épousé en 1799, durant l'émigration, sa cousine - Marie-Thérèse-Charlotte, fille du Roi Louis XVI et de la Reine - Marie-Antoinette, dont il n'eut pas d'enfant. Après 1830, le duc - d'Angoulême céda ses droits à son neveu, le duc de Bordeaux - (comte de Chambord), et vécut en simple particulier. - -On dit Charles X extrêmement cassé, Mme la Dauphine vieillie, maigrie, -nerveuse, pleurant sur tout et toujours. Certes, quelque force d'âme -qu'elle puisse avoir, ses infortunes ont été d'un genre à briser le cœur -le plus haut et l'esprit le plus mâle: c'est, incontestablement, la -personne la plus poursuivie par le sort que l'histoire puisse offrir. - -M. de Blacas est le grand directeur de toute cette petite cour, et le -plus opposé à ce que Mme la duchesse de Berry s'y établisse. - -J'ai vu une lettre de M. Thiers, qui dit à propos de son mariage: «Mon -grand moment approche; je suis agité, comme il convient, et j'aime ma -jeune femme, plus qu'il ne convient, à mon âge; j'ai donc bien fait d'en -finir à 35 ans plutôt qu'à 40, car j'en aurais été plus ridicule. Au -surplus, peu m'importe; je sais mettre de côté les fausses hontes. Mais -une chose m'est insupportable, c'est de livrer des êtres qui me sont -chers aux indignités et à la malice du monde. Pour moi, je suis aguerri, -mais je ne m'aguerrirai jamais et j'aurais cependant grand besoin de -m'aguerrir pour les gens que j'aime. Il faut bien que le monde aille son -train; il serait bien sot de vouloir qu'une si grosse machine changeât, -pour soi, son éternelle marche.» - -Je désire sincèrement que sa philosophie ne soit pas mise à de trop rudes -épreuves, mais, comme dit le proverbe: «On est puni par où on a péché.» - - -_Valençay, 3 novembre 1833._--Je ne suis pas peu surprise que le duc de -Broglie n'ait pas écrit une seule fois à M. de Talleyrand; il m'a écrit -trois fois sur des affaires privées, annonçant chaque fois une lettre -pour M. de Talleyrand et cette lettre n'est jamais venue. - -Mme Adélaïde a écrit deux fois, très bien, avec des désirs exprimés de -voir M. de Talleyrand retourner à Londres, mais sans interpellation -positive; je crois, cependant, qu'elle et le Roi le désirent bien -davantage que M. de Broglie, et je crois qu'il faut s'en prendre à -quelque intrigue entre lord Granville et lord Palmerston, si le désir du -Roi n'est pas plus nettement exprimé jusqu'à présent. - -M. de Talleyrand n'est décidé à rien; il y a tant d'inconvénients réels à -entrer dans le mouvement actif de la politique, mais d'un autre côté, il -y a tant d'inconvénients réels à rester en France, que, lors même que je -voudrais donner un conseil, je ne saurais celui, qu'en conscience, dans -l'intérêt bien entendu de M. de Talleyrand, je devrais lui offrir. Il -est effrayé, et je le suis pour lui, de l'isolement, de l'ennui, de la -langueur de la province ou de la campagne, mais il est convaincu aussi de -l'impossibilité de Paris, où il porterait, aux yeux du public, une -responsabilité politique dont il n'aurait ni l'intérêt, ni le pouvoir. Il -ne se dissimule pas davantage la gravité et la complication des affaires -qu'il retrouverait à Londres, augmentées par la nature des individus avec -lesquels il se trouverait en rapport, des deux côtés de la Manche; enfin, -il comprend à merveille qu'il peut reperdre sur une seule carte tout ce -qu'il a si miraculeusement gagné depuis trois ans. - -Il est fort agité de tout ceci, et je le suis pour lui encore plus que -lui-même. C'est bien le cas de répéter, en nous l'appliquant, ce que -disait M. Royer-Collard au mois de juin 1830, en parlant de la lutte -entre le ministère Polignac et la France: «Une fin? sûrement. Une issue? -Je n'en vois pas.» - - -_Valençay, 10 novembre 1833._--M. de Talleyrand vient de recevoir des -lettres de Broglie et du Roi Léopold. Le premier lui dit que le Roi des -Pays-Bas fait la démarche à Francfort; que la confédération germanique et -le duc de Nassau disent _oui_ à la première sommation; qu'il est certain -que Dedel recevra, d'ici à quinze jours, les instructions nécessaires -pour rentrer activement dans la Conférence; que lui Broglie, ainsi que le -Roi, désirent vivement que M. de Talleyrand soit à cette époque à Paris, -pour y convenir de toutes choses; pour y apprendre, de plus, les détails -de la Conférence de Münchengraetz sur les affaires d'Espagne, et pour -retourner ensuite à Londres. - -La lettre du Roi Léopold est pour dire que la Belgique ne veut rien payer -à la Hollande: cette espèce de déclaration est enveloppée de gracieusetés -mielleuses. - - -_Valençay, 11 novembre 1833._--Voici le sens, à peu près, de la réponse -de M. de Talleyrand au duc de Broglie: «Mon cher Duc, vous avez trop -bonne opinion de ma santé, mais vous aurez toujours raison d'en avoir une -excellente de mon amitié pour vous et de mon dévouement au Roi. Je ne -puis vous en donner une meilleure preuve qu'en tirant, au milieu de -l'hiver, mes quatre-vingt-deux ans, de mon repos et de ma paresse -actuels, pour arriver à Paris le 4 décembre, ce que je vous promets. -Quant à aller à Londres, je n'en vois pas trop la nécessité: je suis bien -vieux, tout autre y fera maintenant aussi bien, si ce n'est mieux que -moi. - -Nous causerons à Paris, et ma vieille expérience, que vous faites -l'honneur de consulter, vous dira franchement ce qu'elle pense sur ce que -vous lui apprendrez du monde politique; je ne suis plus bon qu'à cela. -Mais si, cependant, par impossible, vous parvenez à égarer assez mon -amour-propre, jusqu'à lui persuader que je suis, pour quelque temps -encore, indispensable, ou à peu près, à vos affaires, alors, sans doute, -je croirai de mon devoir de m'y livrer, jusqu'à ce qu'elles soient -accomplies, mais aussitôt après je retournerai à ma tanière, pour rentrer -dans l'engourdissement qui seul me convient maintenant. Quoi qu'il en -soit, d'ici à quelques semaines, rien ne périclite entre les mains de M. -de Bacourt, qui, j'en suis convaincu, justifie de plus en plus, par son -activité et sa sagesse, tout le bien que je vous ai dit de lui. Adieu!» - - -_Valençay, 12 novembre 1833._--On commence à être inquiet des affaires -d'Espagne: les provinces du Nord sont toutes à don Carlos; Madrid, -Barcelone, Cadix et presque tout le Midi sont à la Reine à la condition -que la révolution sera complète; c'est ce qui inquiète le plus le -gouvernement français. - -L'attente des Chambres trouble un peu; le ministère s'y présentera tel -qu'il est, mais non sans crainte, car il y a bien quelques difficultés à -se présenter devant une Chambre qui doit vouloir se populariser, dans -l'espérance d'être réélue. Les énormes dépenses du maréchal Soult, peu ou -point de diminution de dépenses dans les autres ministères, sont des -difficultés qui pourront devenir de sérieux embarras. - - -_Paris, 9 décembre 1833._--Notre retour à Londres est décidé. Je suis -arrivée hier ici; j'ai trouvé, en arrivant, M. de Montrond sur le perron, -M. Raullin sur l'escalier, et, dans le cabinet, Pozzo chez lequel je dois -dîner demain. Celui-ci a l'air soucieux; il est fulminant contre lord -Palmerston, qu'on dit n'être à la mode nulle part. M. de Talleyrand n'est -pas d'avis que le duc de Broglie se laisse entraîner par lord Granville -autant que celui-ci le voudrait et il s'est nettement exprimé à cet -égard. - -M. de Talleyrand ne croit pas à d'autres chances de guerre qu'entre -l'Angleterre et la Russie, et apportera tous ses efforts à la prévenir. -Il me paraît être au mieux avec Pozzo; il est aussi à merveille avec le -Roi et Madame Adélaïde qui commencent a être en défiance de lord -Palmerston, de lord Granville et à trouver que Broglie n'est pas assez -éclairé; d'ailleurs, qu'il les traite lestement et dédaigneusement; il se -montre aussi fort cachottier et défiant à l'égard de M. de Talleyrand. Il -faut pourtant parler en détail de sa fortune à ceux auxquels on veut -confier son argent. - -Lady Jersey a été aux Tuileries; Mgr le duc d'Orléans a été tout à fait à -ses ordres ici. Au Château, où, en effet, on est un peu près de ses -pièces, en fait de beau monde, on a été charmé de l'arrivée de cette -aristocrate d'outre-mer. Cela a fait événement. - -Le faubourg Saint-Germain est plus récalcitrant que jamais. L'Empereur -Napoléon avait des places à donner, des biens à rendre, des confiscations -dont il pouvait menacer; rien de tout cela maintenant. Aussi boude-t-on -avec une aisance et une insolence inimaginables. Le fait est que, quand -on n'y est pas obligé, la Cour est trop mêlée pour être tentante. J'en -suis fâchée pour la Reine que j'aime et que j'honore. - -Il paraît que le baron de Werther a prodigieusement d'humeur contre lord -Palmerston et le duc de Broglie; il y a certainement bien de la mauvaise -humeur dans l'air, mais M. de Talleyrand dit encore qu'elle n'éclatera -pas en boulets rouges. - - -_Paris, 11 décembre 1833._--J'ai été hier dîner, avec M. de Talleyrand, -chez Thiers; il n'y avait que lui, sa femme, son beau-père, sa -belle-mère, Mignet, qui disait des pauvretés sur l'Espagne, et Bertin de -Veaux, qui ne parlait que des combats de taureaux qu'il avait vus à -Saint-Sébastien. - -Mme Thiers, qui n'a que seize ans, paraît en avoir dix-neuf: elle a de -belles couleurs, de beaux cheveux, de jolis membres bien attachés, de -grands yeux qui ne disent rien encore, la bouche désagréable, le sourire -sans grâce et le front trop saillant; elle ne parle pas, répond à peine, -et semblait nous porter tous sur ses épaules. Elle n'a aucun maintien, -aucun usage du monde, mais tout cela peut venir; elle ne fera peut-être -que trop de frais pour d'autres que pour son petit mari, qui est très -amoureux, très jaloux, mais jaloux honteux, à ce qu'il m'a avoué. Les -regards de la jeune femme pour lui sont bien froids; elle n'est pas -timide, mais elle a l'air boudeur, et n'a aucune prévenance. - -Je croyais à Mme Dosne des restes de beauté, mais il m'a paru qu'elle -n'avait jamais pu être jolie; elle a un rire déplaisant, qui a de -l'ironie sans gaieté; sa conversation est spirituelle et animée. Sa -toilette était d'un rose, d'un jeune, d'une simplicité affectée qui m'a -étonnée. - - -_Paris, 15 décembre 1833._--J'ai dîné hier chez le Roi. M. de Talleyrand -dînait chez le Prince royal. Pendant le dîner, le Roi ne m'a parlé que de -traditions, de souvenirs, de vieux châteaux; j'étais sur mon terrain. -Nous avons d'abord parlé à fond de la Touraine; il a promis des vitraux -de couleur et des portraits de Louis XI et de Louis XII pour Amboise, il -rachètera les restes de Montrichard et empêchera la ruine du château de -Langeais. S'il fait tout cela, mon dîner n'aura pas été perdu. Puis, il -m'a conté les restaurations qu'il faisait faire à Fontainebleau, et il a -fini par me développer son grand plan pour Versailles, qui est vraiment -grand, beau et digne d'un arrière-petit-fils de Louis XIV. Mais cela se -réalisera-t-il? Cette conversation nous a conduits aux nouveaux travaux -qu'il a fait exécuter aux Tuileries mêmes. Il a ordonné qu'on illuminât -tout, et, en sortant de table, il a parcouru tout le Château avec moi. - -Tout est vraiment beau, très beau; et si l'escalier, qui est riche et -élégant, avait un peu plus de largeur, ce serait parfait. Cette promenade -nous a conduits du pavillon de Flore au pavillon de Marsan. Le Roi m'a -demandé, alors, si je voulais faire une visite à son fils; j'ai dit, -comme de raison, que je suivrais le Roi partout. Nous avons trouvé Mgr le -duc d'Orléans jouant au whist avec M. de Talleyrand; les amis de celui-ci -avaient été réunis au dîner par le Prince. - -L'appartement du Prince royal est trop bien arrangé pour être celui d'un -homme. C'est le seul reproche qu'on puisse lui faire, car, du reste, il -est plein de belles choses trouvées dans le garde-meuble de la Couronne, -où la Révolution avait relégué les beaux meubles de Louis XIV. La -Restauration n'avait pas songé à les en tirer; M. le duc d'Orléans en a -placé une grande partie dans son appartement. C'est fort curieux; j'ai -été bien souvent aux Tuileries sans me douter des choses intéressantes -qui s'y trouvaient réunies; ainsi, j'ai vu, cette fois-ci, dans le -cabinet du Roi, parmi des choses que je ne connaissais pas, un portrait -de Louis XIV enfant, sous les traits de l'Amour endormi, et celui de la -reine Anne d'Autriche peinte en Minerve, et aussi des boiseries -emblématiques du temps de Catherine de Médicis, qui a fait construire les -Tuileries. - -Le Roi est un admirable cicerone de ses châteaux: je me suis émerveillée -tout le temps qu'on pût si bien connaître les traditions de sa famille, -en être aussi fier, et... enfin! - -Je pars après-demain pour Londres. - - - - -1834 - - -_Londres, 27 janvier 1834._--Sir Henry Halford vient de me raconter que -le feu roi George IV, dont il était le premier médecin, lui ayant -demandé, sur l'honneur, deux jours avant sa mort, si son état était -désespéré, et sir Henry, avec une figure très significative, lui ayant -répondu qu'il était dans un état très grave, le Roi le remercia par un -signe de tête, demanda à communier, et le fit très religieusement; il -engagea même sir Henry à prendre part au sacrement. Lady Coningham était -dans la chambre à côté. Ainsi, aucun des intérêts humains ne fut banni de -la chambre de ce Roi moribond, charlatan, et communiant. - - -_Londres, 7 février 1834._--J'étais hier soir chez lady Holland, qui, en -finissant je ne sais quelle histoire qu'elle me contait, m'a dit: «Ce -n'est pas lady Keith (Mme de Flahaut) qui me mande cela, car il y a plus -de deux mois qu'elle ne m'a écrit.» Puis, elle ajouta: «Saviez-vous -qu'elle détestait le ministère français actuel?--Mais, Madame,» ai-je -répondu, «c'est vous qui avez appris il y a dix-huit mois à M. de -Talleyrand, tout le mal qu'elle disait ici du Cabinet français, au moment -de son origine.--C'est vrai, je m'en souviens; mais il faut néanmoins -que ce Cabinet dure. Lord Granville écrit à lord Holland que nous ne -devons pas croire tout ce que lady Keith nous mandera de la mauvaise -position de M. de Broglie, puisqu'elle est très hostile pour celui-ci et -désireuse de sa chute.» Je n'ai rien répliqué et cela en est resté là. Et -puis, parlez-moi des amitiés du monde! - -Au reste, voici un assez drôle de mot qu'on écrit, de Paris, sur M. et -Mme de Flahaut: on prétend que leur faveur n'est plus aussi grande aux -Tuileries, où on dit que «lui, est une vieille coquette et, elle, un -vieux intrigant.» - - -_Warwick Castle[15], 10 février 1834._--J'ai quitté Londres avant-hier, -et suis venue ce jour-là jusqu'à Stony-Stratfort, où je n'engage personne -à jamais coucher: les lits y sont mauvais, même pour l'Angleterre; j'ai -réellement cru m'étendre sur une couchette de trappiste. J'en suis -repartie hier matin, par un brouillard bien froid, bien épais. Il n'y -avait pas moyen de juger le pays, qui à travers quelques éclaircies, -cependant, m'a semblé plutôt agréable; surtout à Iston Hall, beau lieu -qui appartient à lord Porchester. On passe devant une superbe grille d'où -on plonge dans un parc immense, par delà lequel on découvre un vallon qui -m'a semblé joli. Leamington[16], à deux lieues d'ici, est bien bâti et -gai. - - [15] Antique manoir, jadis une forteresse imprenable. - - [16] Leamington est un petit endroit de bains, situé sur le Leam, - dans le comté de Warwick. Il doit toute sa renommée à des sources - minérales et ferrugineuses, découvertes en 1797. - -Quant à Warwick même, où je suis arrivée hier dans la matinée, on y -pénètre par une entrée de château-fort: il offre l'aspect le plus -austère, la cour la plus sombre, le _Hall_ le plus vaste, les meubles les -plus gothiques, la tenue la plus soignée qu'on puisse imaginer, tout cela -dans le genre féodal. Une rivière impétueuse et considérable baigne le -pied de vieilles tours crénelées, noires, hautes et imposantes; elle fait -un bruit monotone auquel répond celui d'arbres entiers, qui éclatent en -brûlant dans des cheminées de géants. Des souches énormes sont empilées -sur des tréteaux dans le _Hall_; il faut deux hommes pour les prendre et -les jeter dans l'âtre; ces tréteaux sont établis sur des dalles de marbre -poli. - -Je n'ai encore jeté qu'un rapide coup d'œil sur les vitraux de couleur -des grandes et larges croisées qui répondent aux cheminées, sur les -armures, les bois de cerf et les autres curiosités du _Hall_, sur les -beaux portraits de famille des trois grands salons. Je ne connais bien -encore que ma chambre, toute meublée de Boule, de noyer ciselé et pleine -de conforts modernes à travers toutes ces vieilles grandeurs! - -Le boudoir de lady Warwick est aussi rempli de curiosités. Elle est venue -me prendre, hier, dans ma chambre, et après m'avoir montré ce boudoir, -elle m'a menée dans le petit salon où j'ai trouvé le fils de son premier -mariage, lord Monson, petite figure d'homme ou plutôt d'enfant, timide et -silencieux, par embarras de sa petite taille et de sa faiblesse de corps; -puis lady Monson, contraste frappant de son mari, grande et blonde -Anglaise, raide, osseuse, avec de longs traits, de larges mains, une -large poitrine plate, un air de vieille fille, des mouvements anguleux, -tout d'une pièce, mais polie et attentive; ensuite lady Eastnor, sœur de -lady Stuart de Rothesay, laide comme on l'est dans sa famille, et bien -élevée, comme le sont aussi toutes les filles de lady Hardwick; lord -Eastnor, grand chasseur, grand mangeur, grand buveur; son frère, un -_révérend_, qui, je crois, ne s'était pas rasé depuis Noël et qui n'a -ouvert la bouche que pour manger; lord Brooke, fils de la maison, du -second mariage, âgé de quinze ans, d'une très jolie figure; son -précepteur, silencieux et humble comme de raison; et, enfin _the striking -figure_ de lady Caroline Neeld, sœur des Ashley et fille de lord -Shaftesbury. Elle est célèbre par un procès contre son mari, dont les -journaux retentissaient l'année dernière; elle est l'amie de lady -Warwick, protégée, recueillie, défendue par elle. C'est une personne -bruyante, hardie, mal disante, avec des façons familières et un ton -risqué; elle a une jolie taille, de la blancheur, de beaux cheveux -blonds, ni cils ni sourcils, une figure longue et étroite, rien dans les -yeux, un nez et une bouche qui font penser à ce que Mme de Sévigné disait -de Mme de Sforze, qui était _un perroquet mangeant une cerise_. - -Lord Warwick, retenu dans sa chambre par un rhumatisme goutteux, ne -semblait faire faute à personne. - -La maîtresse de la maison est la moins convenable possible pour le lieu -qu'elle habite. Elle a été jolie, sans être belle; elle est naturellement -spirituelle, sans rien d'acquis. Elle ne sait pas même un mot de la -tradition de son château; elle a un tour d'esprit drôle et nullement -posé, ses habitudes de corps sont nonchalantes, et cette petite femme, -grasse, paresseuse, oisive, ne paraît nullement appelée à gouverner et à -remplir cette vaste, sérieuse et presque formidable demeure. D'ailleurs, -tout le monde me semble pygmée dans ce lieu-ci et il faudrait des gens -plus grands que nature, tels qu'étaient les _faiseurs de Rois_[17] pour -la remplir: notre génération est trop mesquine dans ses proportions pour -de tels lieux. - - [17] Voir à l'index biographique: Warwick (Guy, comte de) - -La salle à manger est belle, mais moins grandiose que le reste. En -sortant de table, très longtemps avant les hommes, on nous a conduites -dans le grand salon, qui est placé entre un petit et un moyen. Dans ce -grand salon sont des Van Dyck superbes; une boiserie tout entière en bois -de cèdre dans sa couleur naturelle, l'odeur en est assez forte et -agréable; le meuble est en damas velouté où le gros rouge domine; force -meubles de Boule vraiment magnifiques, quelques marbres rapportés -d'Italie; deux énormes croisées faisant renfoncement et cabinets, sans -rideaux et seulement entourées de grands cadres cerclés en cèdre. Pour -tout cela, il y avait une vingtaine de bougies, qui me faisaient l'effet -de feux-follets, trompant l'œil plutôt qu'elles n'éclairaient la -chambre. Je n'ai, de ma vie, rien vu de si triste et de si _chilling_ que -ce salon; une conversation de femmes, très languissante... il me semblait -toujours que le portrait de Charles Ier et le buste du Prince Noir -allaient venir se mêler à nous, et prendre leur café devant la cheminée. -Les hommes sont enfin arrivés, le thé ensuite; à dix heures une espèce de -souper; à onze heures retraite générale, qui m'a semblé être un -soulagement pour tous. - -J'ai, dans cette longue soirée, vingt fois pensé à la description que -Corinne fait du château de sa belle-mère. - -A dîner, on n'a parlé que des _county-balls_, des _Leamington-spas_ et -des commérages du Comté: c'était, trait pour trait, la description de Mme -de Staël. - -Ce matin, j'ai parcouru avec lady Warwick le château, que je connaîtrais -mieux si j'avais été livrée à moi-même, ou seulement aux prises avec une -des deux _housekeepers_ dont la plus ancienne a quatre-vingt-treize ans. -A la voir, on croirait qu'elle va vous parler de tous les York et -Lancastre. La maîtresse de la maison ne se soucie pas le moins du monde -de toutes les curieuses antiquités dont ce lieu-ci abonde et qu'il m'a -fallu voir en courant. - -Je me suis cependant arrêtée devant la selle et le caparaçon du cheval de -la Reine Élisabeth, par lequel elle est venue de Kenilworth ici, puis je -me suis emparée du luth offert par lord Leicester à la Reine Élisabeth, -merveilleusement sculpté, en bois, avec l'écusson de la Reine en cuivre -doré, par-dessus et tout à côté de celui du favori, ce qui m'a paru assez -familier. J'ai remarqué un curieux portrait de la Reine Élisabeth dans -ses habits de couronnement et dans lequel elle ressemblait terriblement à -son terrible père. Lord Monson, à l'occasion de ce portrait, m'a conté un -détail que j'ignorais: c'est que la Reine Élisabeth, qui voulait toujours -paraître jeune, n'a jamais permis qu'on fît son portrait autrement qu'en -face, et éclairé de façon à empêcher que les ombres ne portassent sur ses -traits, craignant que les ombres, en marquant les traits, ne marquassent -aussi les années. On dit que cette idée lui était si constamment -présente, qu'elle se mettait aussi toujours en face du jour, quand elle -donnait ses audiences. - -La bibliothèque ici n'est pas très remarquable et ne me paraît pas très -fréquentée. La chambre à coucher de la Reine Anne avec le lit de l'époque -est une belle pièce. - -A dix heures, nous sommes montées en calèche, lady Warwick et moi, -escortées par lady Monson et lord Brooke à cheval, et nous avons été, par -un pays assez médiocre, aux fameuses ruines de Kenilworth. Là, j'ai -éprouvé un mécompte réel; non pas que ces ruines ne donnent l'idée d'une -noble et vaste demeure, mais le pays est si plat, l'absence d'arbres est -si complète, que le pittoresque disparaît; à la vérité, le lierre y est -partout superbe, ce qui fait bien, mais ce qui n'est pas suffisant. - -Lady Monson, moins ignorante de la localité que sa belle-mère, m'a fait -remarquer la salle des banquets; la chambre de la Reine Élisabeth; les -bâtiments construits par Leicester, et qui sont plus détériorés que ceux -des Lancaster, quoique plus modernes; le pavillon d'entrée sous lequel a -passé le cortège de la Reine et qui avait été bâti exprès: il est encore -en bon état, un fermier de lord Clarendon, auquel appartiennent les -ruines, l'habite. Il y a, dans l'intérieur de ce pavillon, un chambranle -de cheminée avec les chiffres et devise de Leicester. Le pavillon où -Walter Scott fait arriver Amy Robsard, est rendu célèbre par le -romancier, mais ne l'est pas dans l'histoire. - -On ne m'a pas permis de monter sur les tours; depuis l'accident arrivé -l'année dernière à la nièce de lady Sefton, les ruines sont en mauvais -renom comme solidité; d'ailleurs, on m'a assuré que la vue n'en était -point remarquable. - -Nous avons pris le chemin le plus long pour revenir et nous avons -traversé Leamington dans toute sa longueur. L'établissement des bains m'a -semblé joli, ainsi que toute la ville, animée maintenant par beaucoup de -gentlemen chasseurs, qui y vivent un peu comme à Melton Mowbray. - -Il ne faisait pas encore sombre quand nous sommes revenues, et lady -Warwick m'a menée voir, au bout du parc de Warwick, qui est très bien -planté, une jolie vue de la rivière Avon, des serres qui ne sont ni très -soignées, ni très fleuries, mais dans lequelles se trouve le _Warwick -vase_: c'est un vase dans des proportions colossales, en marbre blanc, -d'une superbe forme, avec de beaux détails; il a été rapporté d'Italie et -du jardin de Trajan par le père du lord Warwick actuel. - -Je retourne demain à Londres. - - -_Londres, 12 février 1834._--M. de Talleyrand m'a raconté qu'hier soir, -jouant au whist avec Mme de Lieven qui était partner de lord Sefton, la -Princesse, dans ses distractions habituelles, avait renoncé deux fois; -sur quoi lord Sefton a fait doucement remarquer qu'il était tout simple -que ces diables de Dardanelles fissent souvent renoncer Mme de Lieven: -cela a fait rire tous les assistants. - -J'ai reçu de M. Royer-Collard une lettre dans laquelle je trouve la -phrase suivante: «Monsieur de Bacourt m'a extrêmement plu; sa -conversation nette, simple, judicieuse, m'a charmé; je n'en rencontre -guère ici d'aussi bonne. Nous nous entendons de tous points.» - - -_Londres, 15 février 1834._--La duchesse comtesse de Sutherland est venue -me prendre hier, et nous a menées Pauline et moi au _Panorama of the -North Pole_ où le capitaine Ross joue un grand rôle. Comme peinture et -perspective, c'est au-dessous de tout ce que j'ai vu dans ce genre; mais -tout ce qui se rapporte à d'aussi rudes épreuves et à des souffrances -aussi prolongées, est d'un véritable intérêt. - -Un des matelots, qui avaient été d'abord avec le capitaine Parry sur la -_Furia_, puis ensuite avec le capitaine Ross, se trouvait, par hasard, à -ce Panorama. Il a donné à Pauline un petit morceau de la fourrure dont il -s'était couvert chez les Esquimaux, et à moi, un petit morceau de granit, -pris au point le plus nord de l'expédition. Nous l'avons beaucoup -questionné; il est revenu bien souvent sur le moment où ils ont aperçu -l'_Isabella_, qui les a rendus à leur patrie: c'était le 26 août. Il a -ajouté que, tant qu'il vivrait, il boirait chaque année, ce jour-là, au -souvenir de cette heureuse apparition. - -Nous avons eu, hier soir, un raout chez nous. Il n'avait rien de -remarquable comme toilettes, comme beautés, ni comme ridicules. Le -marquis de Douglas était beau à ravir: miss Emily Hardy m'en a paru -frappée. - -Le ministère était représenté par lord Grey, lord Lansdowne, lord -Melbourne. Ce ministère est fort embarrassé, car il se passe chaque jour, -aux Communes, des incidents qui font éclater le schisme trop réel parmi -eux; la figure de lord Grey en portait hier une visible empreinte. - - -_Londres, 20 février 1834._--Il y a une nouvelle histoire, fort vilaine, -qui circule sur M. le comte Alfred d'Orsay. La voici: sir Willoughby -Cotton écrit, le même jour, de Brighton, à M. le comte d'Orsay et à lady -Fitzroy-Somerset; il se trompe d'adresse et voilà M. d'Orsay qui, en -ouvrant celle qui lui arrive, au lieu de reconnaître sa méprise à la -première ligne, qui commence par «_Dear Lady Fitzroy_», lit jusqu'au -bout, y trouve tous les commérages de Brighton, entre autres des -plaisanteries sur lady Tullemore et un de ses amoureux, et, je ne sais -encore à quel propos, un mot piquant sur M. d'Orsay lui-même. Que fait -celui-ci? Il va au club, et, devant tout le monde, lit cette lettre, la -met ensuite sous l'adresse de lord Tullemore auquel il l'envoie. Il a -failli en résulter plusieurs duels. Lady Tullemore est très malade, le -coupable parti subitement pour Paris. On est intervenu, on a assoupi -beaucoup de choses, pour l'honneur des dames, mais tout l'odieux est -resté sur M. d'Orsay. - - -_Londres, 27 février 1834._--On s'amuse à répandre le bruit du mariage -de lord Palmerston avec miss Jermingham: elle était hier à l'ambassade de -Russie, chamarrée et bigarrée, à son ordinaire: elle y a été l'objet des -moqueries de Mme de Lieven, qui, cependant, n'a pas cru pouvoir se -dispenser de l'inviter. Pour se venger, peut-être, de cette nécessité, -elle disait, assez haut, que miss Jermingham lui rappelait -l'avertissement du journal le _Times_ que voici: _A house-maid wants a -situation in a family where a footman is kept_[18]. C'est assez joli, -assez vrai, mais peu charitable... Elle ajoutait avec complaisance, à -cette occasion, que les journaux satiriques avaient donné à lord -Palmerston le surnom de _venerable cupid_... - - [18] Une fille de service demande une place dans une famille où - il y a un valet de pied. - -_Londres, 1er mai 1834._--M. Salomon Dedel est arrivé ce matin de la -Haye, il m'a apporté une lettre du général Fagel. J'y trouve ce qui suit: -«Quelqu'un a su que lord Grey avait manifesté l'espoir que Dedel -reparaîtrait à Londres, muni d'instructions pour en finir. Dedel en parle -au Roi et celui-ci lui répond: «Votre absence a eu pour motif de venir -voir vos parents et vos amis, et vous pourrez en donner des nouvelles si -on vous en demande.» - -Plus loin je trouve dans la même lettre: «Nous voulons être forcés par -les cinq puissances; nous ne tiendrons aucun compte d'une contrainte -partielle comme celle de 1832; sans cette unanimité, nous nous refuserons -toujours à un arrangement définitif. On prendrait, de guerre lasse, -plutôt la route de Silésie, que de reconnaître Léopold.» - -Mme de Jaucourt, en parlant de l'esprit de parti furibond qui règne en -France en ce moment, mande à M. de Talleyrand que M. de Thiard, son -frère, a dit, l'autre jour, chez elle: «Je donnerais mon bras droit pour -que Charles X fût encore à la place d'où nous l'avons chassé.» - -N'est-il pas singulier que le jeune Baillot, qui vient de périr assassiné -dans les derniers troubles de Paris, se soit souvent vanté d'avoir, lors -des journées de juillet 1830, tué plusieurs individus, exactement de la -même manière que celle dont lui-même a péri? - -On m'a raconté un mot amusant de la vieille marquise de Salisbury. Elle a -été, dimanche dernier, à l'église, ce qui lui arrive rarement; le -prédicateur, parlant du péché originel, a dit qu'Adam, en s'excusant, -s'était écrié: «_Seigneur, c'est la femme qui m'a tenté._» A cette -citation, lady Salisbury, qui paraissait entendre tout cela pour la -première fois, a sauté sur son banc, en disant: «_Shabby fellow, -indeed!_» - -Je viens d'une visite du matin chez la Reine, je l'ai trouvée agitée, -inquiète et cependant heureuse de son prochain voyage en Allemagne. Le -Roi l'a arrangé, à son insu; il est entré dans les plus petits détails; -c'est lui qui a nommé la suite d'honneur, les domestiques, choisi les -voitures. Tout cela est arrivé si subitement que la Reine n'en est point -encore remise; elle ne sait si elle doit se réjouir de revoir sa mère qui -est âgée et infirme ou se tourmenter de laisser le Roi seul, pendant six -semaines. Elle m'a dit que le Roi avait voulu inviter M. de Talleyrand et -moi à Windsor, pendant notre séjour à Salthill, mais qu'elle-même l'en -avait détourné, comme tirant à conséquence, et obligeant à d'autres -invitations, entre autres celle de la princesse de Lieven, dont le Roi ne -se souciait pas. - -La Reine tousse et se croit assez malade; elle compte sur l'air natal -pour se rétablir. - -Il est impossible, chaque fois qu'on a l'honneur de voir cette Princesse, -de ne pas être frappé de la parfaite simplicité, vérité et droiture de -son âme. J'ai rarement vu une personne sur laquelle le sentiment du -devoir eût plus de puissance, qui, dans tout ce qu'elle dit et fait, -parût plus d'accord avec elle-même. Elle a de la gaieté, de la -bienveillance et quoiqu'elle manque de beauté, sa grâce est parfaite, le -ton de sa voix malheureusement nasillard, mais il y a tant de bon sens et -de vraie bonté dans ce qu'elle dit, qu'on l'écoute avec plaisir. La -satisfaction qu'elle éprouve à parler allemand est bien naturelle, elle -me touche, chaque fois, sensiblement; cependant, je voudrais que devant -les Anglais elle s'y livrât moins: je voudrais, dans l'intérêt de sa -situation, peut-être un peu plus d'anglais en elle; on ne saurait être -restée plus Allemande qu'elle l'est; je crains qu'on ne le lui reproche -parfois. Que ne reproche-t-on pas aux souverains maintenant? Responsables -de toutes choses, ils sont sans cesse menacés d'expiations, bien ou mal -fondées. La pauvre Reine a déjà éprouvé toute l'amertume de -l'impopularité, de la calomnie. Elle y a opposé beaucoup de valeur, de -dignité, et je suis convaincue qu'elle est en fonds de courage pour les -dangers. - -C'était aujourd'hui la Saint-Philippe; nous avions à dîner les Lieven et -lady Cowper; le prince Esterhazy est venu nous voir après le dîner. Je -remarque, depuis quelque temps, une certaine aigreur dans sa façon d'être -avec les Lieven, qui ne lui est pas habituelle; sa plaisanterie, en -s'adressant à la Princesse, tourne promptement à l'ironie. Je crois que, -de son côté, elle regrettera peu son départ; elle n'a jamais pu le -subjuguer; il coule et s'échappe de ses mains; les arlequinades, toujours -fines, quelquefois malicieuses, d'Esterhazy la gênent et la déroutent; -ils ont toujours l'air d'être sur le qui-vive l'un avec l'autre, et ils -se dédommagent de cette contrainte par des coups de patte assez -fréquents. - -La Reine m'a dit qu'à Windsor, dernièrement, Esterhazy lui avait parlé de -M. de Talleyrand avec un attachement particulier, lui disant que son plus -grand plaisir était de venir l'écouter. Il a ajouté, qu'en rentrant chez -lui, il écrivait souvent ce qu'il avait entendu de M. de Talleyrand. Il -paraît qu'Esterhazy tient un journal fort exact; il l'a dit à la Reine, -lui racontant que cette habitude est si ancienne qu'il a déjà rempli de -gros volumes, qu'il se plaît à relire. La Reine s'étonnait, avec raison, -de cette habitude suivie et sédentaire chez quelqu'un dont les allures -sont si peu posées et l'esprit souvent distrait. - -Lord Palmerston, qui, depuis notre dernier retour de France, n'a pas une -seule fois accepté de dîner chez nous, qui n'est pas venu à une seule de -nos soirées, était encore invité aujourd'hui, et la présence de lady -Cowper nous faisait croire à la sienne, mais il s'est fait excuser au -dernier moment. - - -_Londres, vendredi 2 mai 1834._--Alava m'écrit qu'il reçoit des lettres -du ministre d'Espagne à Londres, le marquis de Miraflorès, qui est son -neveu, dans lesquelles il lui parle des éloges que lord Palmerston ne -cesse de lui prodiguer sur son début diplomatique ici, qu'il dit être -extrêmement brillant. Le Marquis, qui est un sot, ne voit pas la cause de -ces éloges, qui proviennent de ce traité de la Quadruple Alliance, -proposé par Miraflorès à l'instigation de lord Palmerston lui-même, et -dont les résultats, bien obscurs encore, pourront devenir plus -embarrassants qu'utiles à son inventeur et aussi à la France. - -M. de Montrond a écrit à M. de Talleyrand pour lui dire qu'ayant fait -exprimer à M. de Rigny son désir de venir à Londres, celui-ci avait -trouvé, qu'avant de lui en faciliter les moyens, il fallait d'abord -savoir si M. de Talleyrand serait satisfait de ce voyage. Ce doute choque -beaucoup M. de Montrond, et moi je sais bon gré à M. de Rigny de l'avoir -admis. Au fait, l'année dernière, M. de Montrond, se disant ici chargé -d'une correspondance secrète et diplomatique, était un personnage gênant. -L'humeur qu'il avait, et qu'il montrait, de n'être mis dans aucun des -secrets de l'ambassade, lui faisait manquer, le plus souvent, aux -convenances, blessait M. de Talleyrand dans les siennes, et importunait -les spectateurs. Depuis dix-huit mois, M. de Montrond touche mille louis -par an sur les fonds secrets du ministère des affaires étrangères: je -doute qu'il leur rende jamais la monnaie de leur pièce! - -Tous les ouvriers, à Londres, sont en révolte: les tailleurs ne peuvent -plus travailler, faute d'ouvriers; on prétend que, sur les cartes -d'invitation du bal de lady Lansdowne, il y avait: _The gentlemen to -appear in their old coats_. Les blanchisseuses s'en mêlent, et, bientôt, -il nous faudra laver notre linge comme les Princesses de l'Odyssée! - - -_Londres, 3 mai 1834._--M. de Talleyrand dit que lord Holland a _une -bienveillance perturbatrice_. C'est d'autant mieux dit que rien n'est -plus vrai. Avec la plus parfaite douceur de manières, l'humeur la plus -égale, l'esprit le plus gai, l'abord le plus obligeant, il est toujours -prêt à mettre partout le feu à la mèche révolutionnaire; il y fait, en -conscience, ce qu'il peut, et quand il n'y réussit pas, il en a du -chagrin, autant qu'il en peut avoir. - -J'ai dîné hier chez sir Stratford Canning. Sa maison est singulière, -jolie, bien arrangée, remplie de souvenirs rapportés de Constantinople et -d'Espagne. Lui-même a de la politesse, de l'instruction, de l'esprit dans -sa conversation, et sans une certaine contraction des lèvres qui nuit à -une assez belle figure, sans l'air opprimé de sa femme, on aurait peine à -comprendre la réputation de mauvais caractère qui lui est assez -généralement acquise. C'est sous ce prétexte-là, du moins, que l'Empereur -de Russie a refusé, l'année dernière, de le recevoir à Pétersbourg, comme -ambassadeur. - - -_Londres, 4 mai 1834._--Il y a une vanterie habituelle et une curiosité -indiscrète dans Koreff, qui m'a quelquefois frappée sur le Continent, et -qui, ici, m'inspire une défiance extrême. Son esprit, son instruction -disparaissent à travers les inconvénients de son caractère, et le rendent -souvent très importun. Il vit de commérages de toutes sortes, publics ou -privés; la médecine n'arrive qu'en désespoir de cause; et quand il -consent à être médecin, il parle de lui comme d'une divinité. Alors, il a -sauvé un malade abandonné de tous, fait une découverte miraculeuse: -magnétisme, homéopathie, le vrai, le faux, le naturel, le surnaturel, le -possible, l'impossible, tout lui est bon pour augmenter son importance, -faire disparaître le pauvre diable, et s'entourer de merveilleux à défaut -de considération. - -Il a dîné chez nous avec sir Henry Halford; il me semble qu'ils ne se -sont pas pris de goût l'un pour l'autre; et, en effet, quels peuvent être -leurs _atomes crochus_? La science? Oui, sans doute, si elle se formulait -de même pour l'un que pour l'autre. Sir Henry Halford, homme doux, poli, -mesuré, discret, fin, souple, respectueux, parfait courtisan, riche, -considéré, et grand praticien, n'a jamais cherché à être autre chose que -le médecin des grands, et s'est ainsi trouvé, sans le chercher, dans les -secrets des affaires et des familles. Koreff, au contraire, a voulu être -littérateur, homme d'État, et a dégoûté les gens dans les grandes -affaires de le conserver pour médecin. C'est ainsi qu'il s'est perdu à -Berlin, il se relèvera difficilement à Paris, et ne réussira pas à -Londres, à ce que je crois. - -A propos de bavardages et d'indiscrètes curiosités, je ne veux pas -oublier une réflexion très vraie que le duc de Wellington vient de me -faire sur Alava: «Quiconque», a-t-il dit, «veut être dans la confidence -de tous, est obligé de donner la sienne à plusieurs, et cela se passe -habituellement aux dépens des tiers.» Il y a un admirable bon sens et -droiture de jugement dans le Duc. Nous avons beaucoup causé aujourd'hui -ensemble à dîner; je voudrais me souvenir de tout ce qu'il m'a dit: le -vrai, le simple, deviennent si rares, qu'on voudrait en ramasser les -miettes. - -Le duc de Wellington a une mémoire très sûre: il ne cite jamais -inexactement; il n'oublie rien, n'exagère rien; et s'il y a quelque chose -d'un peu haché, de sec et de militaire dans sa conversation, elle est -néanmoins attachante par son naturel, sa justesse, et par une parfaite -convenance. Il a un ton excellent, et une femme n'a jamais à se tenir en -garde de la tournure que peut prendre la conversation. Il est bien plus -réservé, à cet égard, que ne l'est lord Grey, quoique celui-ci ait une -éducation, sous plusieurs rapports, bien plus soignée et l'esprit plus -cultivé. - -Le duc de Wellington m'a dit une chose assez remarquable sur le caractère -anglais: c'est que, nulle part, le peuple n'était plus ennemi du sang -qu'en Angleterre; un meurtre y est découvert avec une extrême -promptitude, chacun se met à la recherche de l'assassin, le suit à la -piste, le dénonce et veut que justice soit faite. Il m'a assuré que le -soldat anglais était le moins cruel de tous, et que la bataille finie, -il ne commettait presque jamais de violence: pillard à l'excès; -sanguinaire, non. - -L'extrême et naïve vanité de lady Jersey, dont le Duc s'est amusé, nous a -conduits à parler de Mme de Staël que le Duc a beaucoup connue et dont -les ridicules et les prétentions l'ont plus frappé encore que sa verve et -son éloquence ne l'ont ébloui. Mme de Staël, qui voulait apparaître au -Duc sous toutes les formes, même sous la plus féminine, lui dit, un jour, -que ce qu'il y avait pour elle de plus doux à entendre, c'était une -déclaration d'amour; elle était si peu jeune, et si laide, que le Duc ne -put s'empêcher de lui dire: «Oui, quand on peut la croire vraie.» - -Lady Londonderry, fort connue pour ses bizarreries, étant près -d'accoucher et se persuadant qu'elle aurait un garçon, commande un petit -costume de hussard, uniforme du régiment de son mari. En le commandant, -elle dit au tailleur: «Pour un enfant de _six jours_.--De _six ans_, veut -dire milady?» reprend le tailleur.--«Non, vraiment; de _six jours_. Ce -sera le costume de baptême!» - -Le duc de Cumberland était assez en faveur près de George IV, dans les -dernières années de celui-ci, et c'est cependant à cette époque que le -duc de Wellington, demandant au Roi pourquoi le duc de Cumberland était -si universellement impopulaire, George IV répondit: «C'est qu'il n'y a ni -amant et maîtresse, ni frère et sœur, ni père et enfants, ni amis que le -duc de Cumberland ne parvienne à brouiller s'il s'approche d'eux.» On -prétend, cependant, que le duc de Cumberland a de l'esprit, mais il est -si de travers qu'il n'est bon à rien et est nuisible à tout. - -Le prochain départ de la Reine d'Angleterre pour l'Allemagne inquiète les -vrais amis du Roi; il paraît que ce Prince, qui a le meilleur cœur du -monde, a quelquefois des accès d'emportement singuliers, qu'il se met des -idées étranges dans l'esprit, et qu'il se trouve parfois dans un si -bizarre état d'excitation que l'équilibre menace de se perdre tout à -fait. La Reine, avec son attentive douceur et son grand bon sens, veille -sur lui dans ces moments de crise, en abrège la durée, le modère, le -calme, et lui fait reprendre une assiette convenable. - -Le Roi, en ce moment, a beaucoup d'humeur contre dom Pedro, à cause du -dernier règlement commercial qui a été publié en Portugal, la veille même -du jour de la signature du traité de la Quadruple Alliance à Londres. -Cette humeur n'ira probablement pas jusqu'à refuser de ratifier le -traité, car ce pauvre Roi est la meilleure créature possible, mais non -pas très _consistent_, comme on dit ici. - -On m'a assuré que la vanité de lord Durham avait été tellement exaltée -par l'accueil qui lui avait été préparé, il y a deux ans, à Pétersbourg, -par les soins de Mme de Lieven, et par celui que les lettres de M. de -Talleyrand lui avaient valu dernièrement à Paris, qu'il ne croit pas -qu'il puisse se permettre de rester dans une situation privée. Son -projet, assez avoué, est de culbuter lord Grey, son beau-père, et de se -mettre à sa place, ou, du moins, d'entrer avec un portefeuille au -Conseil, ce qui ferait déserter tous les autres membres. Il -consentirait, peut-être, à n'être que vice-Roi d'Irlande, ou, comme -pis-aller, à accepter l'ambassade de Paris; mais, si toutes ces chances -venaient à lui manquer, il déclare qu'alors, il veut se faire le chef -avoué de tous les radicaux et faire guerre à mort à tout ce qui existe. - -Je sais que Pozzo écrit des hymnes sur le Roi des Français; le reflet -s'en retrouve dans le discours qu'il vient de faire à l'occasion de la -Saint-Philippe. Il prend M. de Rigny en bonne part, puisque, de fait, -c'est le Roi qui est maintenant son propre ministre des affaires -étrangères. Pozzo se montre surtout singulièrement soulagé d'être -débarrassé de M. de Broglie, dont l'esprit argumentateur, les formes -dédaigneuses, et l'exclusif abandon avec lord Granville, rendaient les -rapports avec le reste du Corps diplomatique peu faciles et peu -agréables. - -Pozzo, comme beaucoup d'autres, ne croit pas la France tirée des crises -révolutionnaires, il témoigne de l'inquiétude sur l'avenir, et je crois -que c'est la disposition de ceux qu'une colossale présomption sur les -destinées de la France n'aveugle pas. - - -_Londres, le 5 mai 1834._--Je viens de recevoir une bien triste nouvelle, -celle de la maladie grave de mon excellent ami, l'abbé Girollet: je -n'aurai bientôt plus personne à aimer, plus personne dans l'affection de -qui je puisse avoir foi. Ce cher abbé tient une si bonne place à -Rochecotte, dans sa jolie demeure, au milieu de ses livres, de ses -fleurs, des pauvres, des voisins! C'est un touchant tableau dont j'ai -peu joui et que je ne retrouverai probablement plus: ce sera un rêve que -mon absence a rendu fort incomplet, mais dont le souvenir me sera doux -toute ma vie, car il sera consacré au plus pur, au plus fidèle des -serviteurs de Dieu, au plus sincère, au plus discret, au plus dévoué des -amis, au plus tolérant des hommes! - -La duchesse de Kent a donné hier, en l'honneur de son frère, le duc -Ferdinand de Saxe-Cobourg, une soirée, qui, par la foule réunie, -ressemblait à un «Drawing-room» de la Reine. La jeune princesse Victoria -m'a frappée, dès l'abord, comme étant un peu grandie, pâlie, amincie, -fort à son avantage, quoique encore trop petite pour les quinze ans -qu'elle aura dans trois semaines. Cette petite Reine future a un beau -teint, des cheveux châtains superbes; malgré le peu d'élévation de sa -taille, elle est bien faite; elle aura de jolies épaules, de beaux bras, -l'expression de son visage est douce et bienveillante, ses manières le -sont aussi; elle parle fort bien plusieurs langues et on assure que son -éducation est très soignée; sa mère et la baronne Lehzen, une Allemande, -s'occupent l'une et l'autre de la Princesse; la duchesse de -Northumberland ne remplit ses fonctions de gouvernante qu'aux grandes -occasions d'apparat. J'ai entendu reprocher à la duchesse de Kent de trop -entourer sa fille d'Allemands et qu'il en résulte qu'elle n'a pas un bon -accent anglais. - - -_Londres, 6 mai 1834._--J'ai dîné hier chez lord Sefton. Il revenait de -la Chambre des Pairs, où lord Londonderry avait renouvelé la même attaque -qu'il a déjà soulevée, il y a quelques années, accusant, à propos de la -politique extérieure, le ministère anglais d'être mené et abusé par -l'esprit rusé de M. de Talleyrand, _this wily politician_. Il ne varie ni -dans son opinion, ni même dans ses expressions, car ce sont les mêmes que -celles dont il se servait il y a trois ans. Il fut alors fortement relevé -par le duc de Wellington, qui, quoique du même parti que lui, prit -occasion des paroles désobligeantes de lord Londonderry pour rendre le -témoignage le plus honorable à M. de Talleyrand. Il paraît que lord Grey -en a fait autant hier; c'est plus simple, puisqu'il défendait sa propre -cause; néanmoins, je lui en sais bon gré, quoique je n'assimile pas son -procédé à celui du duc de Wellington. - -J'ai accompagné lady Sefton à l'opéra d'_Othello_. C'était, autrefois, -mon opéra favori, il m'a fait moins d'impression hier: Rubini, plein -d'expression et de grâce dans son chant, manque de cette force vibrante -qui rendait Garcia incomparable dans le rôle d'Othello. L'orchestre était -trop maigre, les morceaux d'ensemble n'étaient pas assez enlevés; Mlle -Grisi a bien joué, bien chanté; je l'ai trouvée supérieure à Mme -Malibran, mais ce n'est point encore cette sublime simplicité et cette -grandeur de Mme Pasta! Il y a de plus belles voix, de plus belles femmes, -mais la _Muse tragique_, c'est toujours Pasta: personne ne la détrônera -dans mon admiration ni dans mon souvenir. Lorsqu'elle débuta à Paris, -Talma, qui vivait alors, fut transporté de ses accents, de ses poses, de -ses gestes, il s'écria: «Cette femme a deviné dès le premier jour ce que -je cherche depuis trente ans.» - - -_Londres, 8 mai 1834._--J'ai déjà parlé du bon procédé du duc de -Wellington, en répondant il y a trois ans à lord Londonderry, qui -attaquait M. de Talleyrand; il l'a complété avant-hier en montrant -ouvertement par des _hear, hear_ multipliés, combien il partageait la -haute opinion que lord Grey a exprimée de M. de Talleyrand. Plusieurs -personnes ont saisi, avec un obligeant empressement, cette occasion de -témoigner leurs bons sentiments pour M. de Talleyrand. Le prince de -Lieven et le prince Esterhazy ont, tous deux, hier, au Lever du Roi, -remercié lord Grey de la justice rendue à leur collègue vétéran. - -M. de Rigny a écrit, confidentiellement, à M. de Talleyrand, que le -mariage de la princesse Marie d'Orléans avec le second frère du Roi de -Naples était décidé, qu'on allait s'occuper de dresser le contrat avec le -prince Butera, qui venait d'arriver à Paris. L'Amiral a l'air de croire -que quelques discussions d'intérêt retarderaient la conclusion de cette -affaire; j'en serais fâchée, car les princesses d'Orléans, tout -agréables, bien élevées, grandes dames et riches qu'elles sont, n'en -restent pas moins difficiles à marier. Il y a, autour d'elles, un petit -reflet d'usurpation, dont quelques familles princières reculent à prendre -leur part d'alliance. Il est singulier que le Roi Louis-Philippe, qui a, -pour ses enfants, l'espèce de tendresse que l'on est convenu d'appeler -bourgeoise, se montre si difficile à couvrir par de riches dots, -auxquelles les Princesses, ses filles, ont droit, la gêne de leur -position. La princesse Marie sera bien mieux établie en Italie, qu'elle -n'aurait pu l'être partout ailleurs; elle a beaucoup d'imagination, de -vivacité, peu de maintien, et, malgré une éducation qui a dû assurer ses -principes, elle a une facilité de conversation et de manières, qui -pourrait faire douter de leur solidité, quoique sans le moindre -fondement. - -Nous avons réalisé, aujourd'hui, un projet formé depuis plus d'un an, -celui de visiter Eltham, une grange qui servait jadis de salle de -banquets aux Rois d'Angleterre. Depuis Henri III jusqu'à Cromwell, ils -ont souvent habité le palais dont cette salle faisait partie; elle est -dans de belles proportions, mais il n'est plus guère possible de juger de -ses ornements: quelques pans de muraille et les fossés plantés maintenant -et arrosés par un joli ruisseau, un pont gothique fort pittoresque et -couvert de lierre indiquent l'étendue qu'avait autrefois ce royal manoir. - -Nous avons dîné hier chez la duchesse de Kent: l'odeur très forte des -fleurs dont on avait encombré son appartement, qui est bas et petit, le -rendait malsain sans l'égayer. - -Tout, d'ailleurs, dans ce dîner destiné à réunir la famille royale, -quelques grands du pays et le haut Corps diplomatique, était aussi raide -que sombre. Le peu de bienveillance des Princes entre eux, le -mécontentement du Roi contre la duchesse de Kent, l'absence du duc de -Cumberland que sa belle-sœur n'avait pas prié, pour la très bonne raison -qu'à son retour de Berlin, il a négligé de venir chez elle, enfin, -jusqu'à la disposition des fauteuils, qui rendait toute conversation -impossible; la longueur, la chaleur, le malaise visible de la maîtresse -de la maison, qui ne manque pas de politesse, mais qui a un certain air -emprunté, pédant et gauche, tout a rendu ce dîner fatigant. Le duc de -Somerset est le seul qui ait pris le bon parti, celui de s'endormir -derrière un pilastre durant tout l'après-dîner. - -Il y avait un besoin général de blâmer qui se faisait jour sans trop de -déguisement. La Reine se plaignait de la chaleur, et, au dessert, a dit à -la duchesse de Kent, que si elle ne mangeait plus, ce serait une grande -charité de quitter la table. Le Roi disait à ses voisins, que le dîner -était à l'entreprise, et prétendait ne pouvoir comprendre un seul mot de -ce que le duc Ferdinand de Saxe-Cobourg lui disait. Ce Prince, frère de -la duchesse de Kent, est laid, gauche, embarrassé; il n'a pas grand -succès ici, fort peu surtout du Roi, auquel il n'a montré aucun -empressement d'être présenté; celui-ci, à son tour, l'a fait attendre -fort longtemps avant de le recevoir, ce qui a mis la duchesse de Kent de -fort mauvaise humeur. - -Mme de Lieven me faisait remarquer l'espèce de familiarité de langage et -de manières d'Esterhazy avec la famille royale, dont elle se montrait -fort scandalisée; la raison de parenté, que j'ai alléguée, lui a semblé -une très mauvaise explication. Il y a toujours une rivalité de position -entre eux, qui était, surtout, très sensible, dit-on, sous le feu Roi. La -princesse de Lieven, à force de coquetteries et de soins pour lady -Hertford, et ensuite pour lady Conyngham, et grâce à sa maigreur, qui -rassurait l'embonpoint des favorites, fut introduite par elles dans -l'intimité du Roi; elle établissait, par là, une certaine balance avec -les Esterhazy, que leur bonne humeur, leur grande position et leur -parenté avec la famille royale rapprochaient, naturellement, davantage -de la Cour. - -On remarquait l'absence de lord Palmerston, qui aurait dû faire partie de -ce dîner auquel assistaient les ambassadeurs. On prétend qu'il est dans -les fortes déplaisances de la duchesse de Kent, qui, lorsqu'il lui fait -la révérence, dans les «Drawing-rooms», ne lui adresse jamais la parole. -On s'étonnait aussi de n'y pas voir le ministre de Saxe, ministre de -famille pour la Reine, pour la duchesse de Kent elle-même, et notamment -aussi pour le duc Ferdinand de Saxe-Cobourg, que, d'office, il accompagne -partout. La duchesse de Gloucester ne pouvait s'empêcher de terminer une -phrase doucereuse et apologétique par la charitable remarque de la -gaucherie innée de la duchesse de Kent; et la princesse de Lieven -risquait de rappeler que George IV, lorsqu'il parlait de sa belle-sœur, -la nommait _la gouvernante suisse_. - -Quelque tort qu'on trouve à la duchesse de Kent, on ne saurait lui -refuser le mérite de beaucoup de prudence dans sa conduite politique. -Appelée, comme elle le sera sans doute, à la Régence, ce point n'est pas -indifférent. Il n'y a personne qui sache de quel parti ses opinions -politiques la rapprochent; elle les invite et les confond chez elle, et -maintient parfaitement l'équilibre. Son obstination dans sa conduite -envers les Fitzclarence est d'un petit esprit: elle se met, pour -l'expliquer, sur un terrain de pruderie assez ridicule; je sais, que, -pour répondre aux observations que lord Grey lui faisait à ce sujet, elle -lui dit assez sottement: «Mais, my lord, comment voulez-vous que j'expose -ma fille à entendre parler de bâtards, et à m'en demander -l'explication?--Alors, madame», réplique lord Grey, «ne permettez pas à -la Princesse de lire l'histoire du pays qu'elle est appelée à gouverner, -car la première page lui apprendra que Guillaume de Normandie avait le -surnom de Bâtard avant celui de Conquérant.» On dit que cette réponse a -laissé une impression fâcheuse contre lord Grey, à la duchesse de Kent. - - -_Londres, 9 mai 1834._--On mande, de Paris, à M. de Talleyrand, par -dépêche télégraphique, qu'un secrétaire d'ambassade, arrivant d'Espagne, -apporte la nouvelle que don Carlos quitte la Péninsule et s'embarque pour -l'Angleterre, qu'il veut, dit-on, choisir pour arbitre, dans son grand -procès de famille et de couronne. Cette nouvelle paraît peu probable, et -tout le monde attend sa confirmation pour y croire. - -L'espèce de curiosité et d'intérêt qu'excite la personne de M. de -Talleyrand en Angleterre ne s'use pas. En descendant de voiture l'autre -jour à Kensington, nous avons vu des femmes soulevées dans les bras de -leurs maris, afin qu'elles pussent mieux regarder M. de Talleyrand. Son -portrait, par Scheffer, est maintenant chez le marchand de gravures -Colmaghi pour être gravé; il y attire beaucoup de curieux; les boutiques -devant lesquelles s'arrête la voiture de M. de Talleyrand sont aussitôt -entourées de monde. A propos de son portrait, il est placé, chez -Colmaghi, à côté de celui de M. Pitt. Un des curieux qui les examinaient -tous les deux, dit, l'autre jour, en montrant celui de M. Pitt: «Voilà -quelqu'un qui a créé de grands événements; celui-ci (en indiquant M. de -Talleyrand), a su les prévoir, les guetter et en profiter.» - -M. de Talleyrand me racontait, hier, que lorsqu'il se fut débarrassé de -sa prêtrise, il se sentit un désir incroyable de se battre en duel; il -passa deux mois à en chercher soigneusement l'occasion, et avait avisé le -duc de Castries actuel, qui était à la fois colère et borné, comme -l'homme avec lequel il était le plus aisé d'avoir une querelle. Ils -étaient, tous deux, du club des Échecs; un jour qu'ils y étaient -ensemble, M. de Castries se met à lire tout haut une brochure contre la -minorité de la noblesse. L'occasion parut belle à M. de Talleyrand, qui -pria M. de Castries de ne pas continuer une lecture qui lui était -personnellement injurieuse. M. de Castries répliqua, que, dans un club, -tout le monde avait le droit de lire et de faire ce qui lui convenait: «A -la bonne heure!» dit M. de Talleyrand, et, s'emparant d'une table de -trictrac, il se plaça auprès de M. de Castries, fit sauter, avec un -fracas épouvantable, les dames qui s'y trouvaient, de façon à ce que la -voix de M. de Castries fût entièrement couverte. La querelle et les coups -d'épée paraissaient immanquables; M. de Talleyrand était ravi d'y toucher -de si près, mais M. de Castries se borna à rougir, à froncer le sourcil, -et finit sa lecture en sortant du club sans rien dire; c'est que, -probablement, pour M. de Castries, M. de Talleyrand ne pouvait cesser -d'être prêtre! - - -_Londres, 10 mai 1834._--J'ai lu hier, fort vite, le dernier ouvrage de -M. de Lamennais, les _Paroles d'un Croyant_: c'est l'Apocalypse d'un -Jacobin. De plus, c'est fort ennuyeux, et c'est ce qui m'a étonnée, car -M. de Lamennais est un homme de beaucoup d'esprit et d'un talent -incontestable. Il venait de se réconcilier avec Rome, mais voilà de quoi -rompre la paix, car cette guerre jurée à tout pouvoir temporel ne saurait -convenir à aucun souverain, pas plus au Pape qu'à un autocrate. - -On se disait beaucoup, tout bas, hier, que le Roi d'Angleterre ressentait -plus vivement que de coutume l'influence printanière pendant laquelle il -éprouve, tous les ans, un manque d'équilibre, physique et moral, assez -marqué. Avec les précédents de la maison de Brunswick, il y a de quoi -s'alarmer. - -Je n'ai jamais entendu parler, sur le continent, d'une maladie connue ici -sous le nom de _hay fever_ (fièvre de fenaison), et qui se déclare au -moment de la récolte des foins. Beaucoup de personnes, entre autres le -duc de Devonshire et lady Grosvenor, éprouvent alors de la fièvre, de -l'insomnie, de l'agitation, et une grande souffrance nerveuse. Ceux qui -sont sujets à cette maladie rentrent en ville, évitent les prairies et -l'odeur du foin. - -Mais au malaise physique du Roi d'Angleterre se mêlent une agitation -d'esprit et une loquacité étranges; si cet état fâcheux n'était pas bien -fini avant le mois de juillet, je suis convaincue que la Reine -désobéirait au Roi et ne partirait pas pour l'Allemagne; elle seule peut -avoir une action salutaire et modératrice sur lui, dans de semblables -moments. - -On me mande, de Paris, le mariage d'Élisabeth de Béranger, avec un de -mes cousins, riche et bien élevé, Charles de Vogüé. Elle était fort -recherchée, car, à de la naissance et de la fortune, elle joint de la -beauté et des talents. Je l'ai beaucoup connue dans son enfance; elle -était alors fort gentille, très vive, et pas mal indépendante, ce qui, -dans une fille unique, idolâtrée par son père, a dû fort augmenter depuis -la mort de sa mère. Celle-ci était une des plus aimables femmes que j'aie -connues, par son esprit, son caractère et ses manières; elle avait été -très belle, on le voyait bien. Ses façons étaient caressantes et douces; -elle parlait avec une élégance et une correction remarquables; amie -dévouée, je n'ai vu personne, excepté Mme de Vaudémont, laisser un vide -aussi senti et des regrets aussi prolongés; ses ennemis (la distinction -en a toujours) prétendaient que la douceur de ses manières l'avait -entraînée fort loin, pendant son veuvage du duc de Châtillon; qu'elle -était devenue plus tard bel esprit, et quelques critiques prétendaient -aussi qu'il y avait, dans sa conversation, une éloquence étudiée qui la -rendait fatigante; je ne m'en suis jamais aperçue; je me plaisais -beaucoup dans sa société, elle m'a toujours laissé l'idée qu'elle se -plaisait dans la mienne; nous avions des amitiés communes, qui nous -attachaient par un lien de bienveillance, et, dans le monde, c'est chose -rare, car on y est, malheureusement, bien plus souvent rapproché par des -haines semblables que par des affections communes; c'est, je crois, ce -qui rend les amitiés du monde si peu durables et si peu sûres; elles -reposent souvent, trop souvent, sur une mauvaise base. - -J'ai appris encore un autre mariage, celui de ma nièce à la mode de -Bretagne, la princesse Biron, avec un Arménien, le colonel Lazareff, au -service de Russie. On le dit d'une richesse fabuleuse, possédant des -palais en Orient, des pierreries, des trésors enfin; je ne sais ce qui -l'a conduit à Dresde, où il a fait la connaissance de ma jeune parente, -qui vit près de sa sœur, la comtesse de Hohenthal. On la dit éblouie et -passionnée; j'avoue que cette origine arménienne, cette magnificence à la -façon des _Mille et une nuits_, m'étonnent, m'inquiètent un peu: les -sorciers, les diseurs de bonne aventure, les chevaliers d'industrie, ont -souvent les pays peu connus pour berceau; leurs pierreries tombent -souvent en poussière de charbon, ils supportent rarement le grand jour! -En un mot, j'aurais préféré pour ma cousine un peu plus de naissance, un -peu moins de fortune, et quelque chose de moins oriental et de plus -européen. - - -_Londres, 12 mai 1834._--L'état fébrile et nerveux du roi d'Angleterre se -manifeste de plus en plus; il dit vraiment des choses fort bizarres. Au -bal de la Cour, il a dit à Mme de Lieven que les têtes se dérangeaient -beaucoup depuis quelque temps, et, en indiquant son cousin, le duc de -Gloucester, il a ajouté: «Celui-là, par exemple, croit à la -transmigration des âmes: il croit que l'âme d'Alexandre le Grand et celle -de Charles Ier ont passé dans la sienne.» La Princesse a ajouté assez -légèrement: «Ah! les pauvres défunts doivent s'étonner beaucoup de s'être -nichés là.» Le Roi l'a regardée avec un air incertain, puis il a ajouté, -ce qui, pour lui, n'est vraiment pas trop mal trouvé: «Heureusement, il -n'a pas assez d'esprit pour porter sa tête sur l'échafaud.» - -Ce qui est plus fâcheux que ces propos ridicules, c'est qu'il dort peu, -qu'il se met dans de fréquentes colères, qu'il a une manie guerrière, -étrange et puérile: ainsi il va dans les casernes, fait manœuvrer un à -un les soldats, donne les ordres les plus absurdes sans consulter les -chefs, porte le désordre dans les régiments et s'expose à la risée des -soldats. Le duc de Wellington, le duc de Gloucester, tous deux -feld-maréchaux, et lord Hill, commandant en chef de l'armée, ont cru -qu'il était de leur devoir de faire ensemble des représentations -respectueuses, mais sérieuses: ils ont été très mal reçus; lord Hill a -été le plus maltraité, et il en est resté consterné. On assurait que si -cette pauvre tête royale partait tout à fait, ce serait à l'occasion de -l'armée, car il se croit de grands talents militaires; ou sur le chapitre -des femmes, près desquelles il se croit des mérites particuliers. On -prétend qu'il n'est si pressé de faire partir la Reine que pour passer -six semaines en garçon. - -Il a déjà porté avant-hier, à la Reine, tous les cadeaux qu'elle sera -dans le cas de faire sur le Continent; il pousse le temps par les -épaules. La famille royale est fort inquiète, ou voudrait empêcher le Roi -de s'exposer autant à la chaleur, de boire autant de vin de Xérès, de -réunir autant de monde autour de lui; on voudrait enfin l'engager à mener -une vie plus retirée jusqu'à ce que cette crise, plus forte que les -autres, fût entièrement passée; mais il est peu gouvernable. - -Parmi ses propos les plus bizarres, je dois citer celui d'avoir demandé -au prince Esterhazy «_si on se mariait en Grèce?_» Et, sur l'air étonné -du Prince, il a ajouté: «_Mais oui, car, en Russie, vous savez bien qu'on -ne se marie pas._» - -Le bon duc de Gloucester, qui est très attaché au Roi, est sincèrement -affligé; quant au duc de Cumberland, il s'en va, tout simplement, crier, -dans les clubs, que le Roi est fou, et que c'est tout juste comme son -père, ce qui est, à la fois, peu fraternel et peu filial. Quelques -personnes songent déjà à qui irait la Régence, si ce triste état se -prolongeait, ou se confirmait; car c'est encore un état fiévreux plus que -ce n'est de la vraie démence. La duchesse de Kent n'est rien, aussi -longtemps que le Roi marié vit et peut avoir des enfants; la princesse -Victoria, héritière présomptive, n'est pas majeure; la question se -débattrait donc entre la Reine et le duc de Cumberland, deux chances -presque également défavorables au Cabinet actuel; aussi laissera-t-on le -mal prendre un haut degré d'influence avant de l'avouer. Lord Grey -mettait, hier, une affectation marquée à dire que le Roi ne s'était -jamais mieux porté. - -Quand on a su ici que Jérôme Bonaparte se disposait à y venir, on a -prévenu la Cour de Wurtemberg, qu'il serait à désirer qu'il n'amenât pas -la Princesse sa femme, parce que, malgré la proche parenté, on ne -pourrait la recevoir. Jérôme est donc venu seul, et nonobstant -l'avertissement, il n'en a pas moins désiré une audience du Roi -d'Angleterre que M. de Mendelsloh, le ministre de Wurtemberg, a eu la -sottise de demander. Au premier mot le Roi a dit: «Qu'il aille au -diable!» Il est si vif sur la question des Bonaparte, qu'il a été au -moment de défendre la Cour au duc de Sussex, pour avoir reçu Lucien, et -qu'il a trouvé très mauvais que le Chancelier eût exposé le duc de -Gloucester à rencontrer le prince de Canino à une soirée de lady -Brougham. - -Lord Durham a dîné, hier, chez nous, pour la première fois, et c'est pour -la première fois aussi que j'ai causé avec lui directement. J'ai examiné -les mouvements de sa figure: elle est très vantée, et, sans doute, avec -raison, mais elle ne s'embellit pas lorsqu'il parle; le sourire surtout -lui sied mal; le trait marquant de ses lèvres, c'est l'amertume; tous les -reflets intérieurs déparent sa beauté. Un visage peut rester beau, lors -même qu'il n'exprime pas la bienveillance, mais le rire qui n'est pas bon -enfant me repousse singulièrement. - -Lord Durham passe pour être spirituel, ambitieux, colère et surtout -enfant gâté, le plus susceptible et le plus vaniteux des hommes. Avec des -prétentions nobiliaires qui lui font reculer son origine jusqu'aux -Saxons, tandis que lord Grey, son beau-père, ne se réclame que de la -conquête, lord Durham n'en est pas moins dans toutes les doctrines les -plus radicales. Ce n'est, dit-on, pour lui, qu'un moyen d'arriver au -pouvoir; Dieu veuille que ce n'en soit pas un de le détruire. - - -_Londres, 13 mai 1834._--Charles X a dit à Mme de Gontaut, le 25 avril: -«L'éducation de Louise étant finie, je vous prie de partir après-demain -27.» Mademoiselle, qui aime beaucoup Mme de Gontaut, a été au -désespoir[19]. - - [19] Mme de Gontaut fut une victime de la petite Cour de Charles X - où deux partis divisaient les fidèles: d'un côté les partisans - de l'inertie non résignée, et, de l'autre, les partisans - de l'action. Une lettre où Mme de Gontaut exprimait son - mécontentement à sa fille, Mme de Rohan, fut saisie. Le Roi, qui - y était accusé de faiblesse, fit de violents reproches à Mme de - Gontaut, qui quitta Prague et la Cour après cet entretien. - -La duchesse de Gontaut a été très courageuse, elle a passé la journée du -26 à essayer de consoler Mademoiselle, mais sans succès. La vicomtesse -d'Agoult remplace, dit-on, momentanément, Mme de Gontaut: c'est une -sainte à la place d'une personne d'esprit. Cela s'est passé avant -l'arrivée, à Prague, de Mme la duchesse de Berry, qui n'a dû y être que -le 7 mai. - -On m'a dit que Jérôme Bonaparte faisait le Roi tant qu'il pouvait. A -l'Opéra, il est seul sur le devant de sa loge, et deux messieurs, qui -l'accompagnent, sont debout derrière son fauteuil. - -J'ai été, hier, passer plus d'une heure chez Mme la princesse Sophie -d'Angleterre; elle est instruite, causante, animée, ce qui ne l'empêche -pas, sous le prétexte de sa mauvaise santé, de vivre dans une assez -grande retraite. La princesse Sophie passe pour avoir le talent d'imiter -(si tant est que cela en soit un) à un haut degré, comme l'avait aussi le -feu roi George IV. On dit qu'ils se divertissaient fort ensemble, et se -mettaient, réciproquement, très en valeur. Hier, en effet, la -conversation étant tombée sur Mme d'Ompteda, bonne femme, mais au moins -singulière, si ce n'est ridicule, la princesse a voulu me répéter une -plainte que Mme d'Ompteda lui a adressée, contre une personne de la -Cour, et m'a donné la plus parfaite représentation comique que j'aie vue; -je me roulais de rire à un tel point, que j'en ai demandé pardon à la -Princesse; elle n'a pas paru trop en colère de mon manque de maintien. - - -_Londres, 14 mai 1834._--M. Dupin l'aîné a écrit à M. de Talleyrand, pour -lui annoncer son arrivée ici; il finit sa lettre par: «Votre affectionné, -Dupin.» M. Dupin a souvent plaidé pour M. de Talleyrand, et, je crois, -fort bien, mais alors, sa formule était moins royale. - -On sait que le traité de la Quadruple Alliance est arrivé à Lisbonne, -qu'il y a été approuvé, et on en attend, à tout instant, la ratification, -malgré la folle colère de dom Pedro, qui a trouvé fort mauvais que la -France, l'Angleterre et l'Espagne se soient permis de donner le titre -d'Infant à dom Miguel, que lui, dom Pedro, lui avait ôté par décret. - - -_Londres, 15 mai 1834._--On assure que M. Dupin vient à Londres pour se -montrer, voulant accoutumer l'Europe à son importance; car il rêve, à ce -qu'il paraît, de réunir entre ses mains, à la session prochaine, la -présidence du Conseil et le ministère des Affaires étrangères. Dans un -temps comme celui-ci, on n'est vraiment plus en droit de taxer de chimère -l'idée la plus étrange! Ce n'est pas la première fois que M. Dupin désire -le portefeuille des Affaires étrangères: il a cherché à l'emporter de -vive force il y a deux ans, et le Roi ayant essayé, alors, de lui faire -comprendre qu'il ne serait peut-être pas tout à fait propre à ce genre -d'affaires, M. Dupin eut une grande explosion de colère, et, prenant un -de ses pieds entre ses mains, en montrant la semelle de son soulier au -Roi, il lui dit: «Ah! Ah! c'est donc parce que j'ai des clous à mes -souliers, que je ne puis traiter avec _Monsieur Lord_ Granville!» C'est à -la suite de cette explication, qui devint de plus en plus insolente de la -part de M. Dupin, que le Roi, en dépit de son indulgence et de ses -habitudes, se prit, à son tour, d'une telle rage, que, saisissant M. -Dupin par le collet, et appuyant son poing fermé sur sa poitrine, il le -poussa hors de sa chambre. Je tiens tout ceci d'un témoin. La -réconciliation se fit bientôt après; on s'est revu sans embarras; -l'épiderme n'est pas sensible à Paris! - -_La Quotidienne_ a d'abord loué le dernier ouvrage de M. de Lamennais; le -faubourg Saint-Germain a hésité pendant quelque temps, enfin il a pris le -parti de blâmer. On a même été demander à M. de Chateaubriand de prendre -la plume pour le réfuter; mais il a répondu que, pour lui, il l'admirait -dans toutes ses pages, dans toutes ses lignes, et que s'il se décidait à -dire au public ce qu'il pensait de cet ouvrage, ce serait pour lui faire -rendre l'honneur qui lui est dû. M. de Chateaubriand tourne, ou affecte -de tourner de plus en plus au républicanisme; il dit que toute forme -monarchique est devenue impossible en France. - -Les carlistes iront aux élections, et enverront, tant qu'ils pourront, -des républicains à la Chambre, lorsqu'ils ne pourront pas réussir pour -eux-mêmes. Ces mots de république, de républicains, ont cours partout -maintenant, sans plus choquer personne: les oreilles y sont façonnées! - - -_Londres, 16 mai 1834._--Voici le joli moment de parcourir Londres; cette -multitude de squares, si verts, si fleuris, ces parcs si riches de -végétation, toutes ces vérandahs suspendues aux maisons et couvertes de -fleurs, ces plantes grimpantes qui tapissent les murs de beaucoup de -maisons jusqu'au second étage, tout cela est d'un coup d'œil si doux -qu'on regrette un peu moins le soleil qui aurait rapidement fait justice -de tant de fraîcheur. - -J'appliquais presque la même observation, hier matin au «Drawing-room» de -la Reine, où l'éclat des beaux teints anglais, les beaux cheveux blonds -tombant en longs anneaux sur les joues les plus roses et les cous les -plus blancs, ne permettaient pas trop de regretter le manque d'expression -et de mouvement de ces transparentes beautés. Il est convenu de reprocher -aux Anglaises de manquer de tournure: elles marchent mal, cela est vrai; -au repos, leur nonchalance a de la grâce, elles sont généralement bien -faites, moins pincées dans leurs ajustements que ne le sont les -Françaises, leurs formes sont plus développées et plus belles. Elles -s'habillent parfois sans beaucoup de goût, mais du moins, chacun -s'arrangeant ici comme il l'entend, il y a une diversité dans les -toilettes, qui les fait mieux valoir une à une. Les épaules découvertes, -les coiffures plates et les cheveux longs des jeunes filles, ici, -seraient assez déplacés en France, où les très jeunes personnes sont -presque toutes petites, noires et maigres. - -Ce que je dis des jardins et de la beauté des femmes, je serais tentée de -l'appliquer, moralement, aux Anglais. Il y a, dans leur conversation, -une réserve, une froideur, un manque d'imagination, qui ennuie pendant -assez longtemps, mais cet ennui fait place à un véritable attrait, si on -se donne le soin de chercher tout ce qu'il y a de bon sens, de droiture, -d'instruction et de finesse cachés sous ces dehors embarrassés et -silencieux; on ne se repent presque jamais d'avoir encouragé leur -timidité, car ils ne deviennent jamais ni familiers, ni importuns, et ils -vous témoignent, de les avoir devinés, et d'être venu au secours de leur -fausse honte, une reconnaissance qui, à elle seule, est une véritable -récompense. Je voudrais seulement qu'en Angleterre, on n'exposât pas de -pauvres orangers aux brouillards épais de l'atmosphère, que les femmes ne -s'ajustassent jamais d'après le journal des modes de Paris et que les -hommes prissent les allures plus vives et plus libres de la conversation -sur le Continent. Détestables caricatures quand ils copient, les Anglais -sont excellents quand ils sont eux-mêmes; ils sont si bien faits pour -leur propre région, qu'il ne faut les juger que sur leur sol natal. Un -Anglais, sur le Continent, est tellement hors de sa sphère, qu'il est -exposé à passer pour un imbécile ou pour un extravagant. - - -_Londres, 17 mai 1834._--Le ministre de Suède, M. de Bjoerstjerna, qui -veut toujours faire valoir son souverain, même sous les rapports les plus -frivoles, vantait, l'autre jour, à M. de Talleyrand, la force, la grâce -et la jeunesse que le Roi Charles-Jean a conservées à son âge avancé. Il -se répandait surtout en admiration sur la quantité de cheveux qu'a le -Roi, et sur ce qu'ils étaient noirs comme du jais, sans qu'il y en eût un -blanc. «Cela paraît, en effet, merveilleux», dit M. de Talleyrand, qui -demanda «si, par hasard, le Roi ne teignait pas ses cheveux?--Non, -vraiment», répliqua le Suédois, «il n'y a rien de factice dans cette -belle couleur noire.--Alors, c'est en effet, bien extraordinaire», dit M. -de Talleyrand.--«Oui, sûrement», reprit M. de Bjoerstjerna, «aussi -l'homme qui arrache, chaque matin, les cheveux blancs du Roi est fort -adroit». Il y a mille histoires de ce genre sur M. de Bjoerstjerna, qui -cherche à donner crédit au dire populaire qui désigne les Suédois comme -étant les Gascons du Nord. - -Samuel Rogers, le poète, a assurément beaucoup d'esprit, mais il est -tourné à la malignité et parfois même à la méchanceté. Quelqu'un lui -ayant demandé pourquoi il ne parlait guère que pour dire du mal de son -prochain, il répondit: «J'ai le son de voix si faible, que, dans le -monde, je n'étais jamais ni entendu, ni écouté; cela m'impatientait. -J'essayai alors de dire des méchancetés, et je fus écouté: tout le monde -a des oreilles pour le mal qui se dit d'autrui». Il passe sa vie chez -lady Holland, dont il se moque, et dont il se plaît à exagérer et à -exciter les terreurs de la maladie et de la mort. Pendant le choléra, -lady Holland était saisie d'inexprimables angoisses: elle songeait sans -cesse à toutes les mesures de précaution, et, racontant à Samuel Rogers -toutes celles qu'elle avait réunies autour d'elle, elle énumérait tous -les remèdes qu'elle avait fait placer dans la chambre voisine: bains, -appareils fumigatoires, couvertures de laine, sinapismes, drogues de -tous genres. «Vous avez oublié l'essentiel», dit M. Rogers.--«Et quoi -donc?--Un cercueil!...» Lady Holland s'évanouit... - -Le comte Pahlen revient de Paris, où il a vu le Roi, le soir, en famille, -n'ayant pas d'uniforme pour une présentation en règle; le Roi lui ayant -dit qu'il voulait qu'il vînt à un des grands bals du Château, le Comte -s'en excusa sur le manque d'uniforme. «Oh! qu'à cela ne tienne», reprit -le Roi, «vous y viendrez en frac, _en député de l'opposition_!» En effet, -M. de Pahlen fut à ce bal (matériellement magnifique), et se vit, lui -seul, avec un groupe de députés opposants, en frac, à travers le Corps -diplomatique et ce qu'on appelle la Cour, en uniforme. - -Le prince Esterhazy nous a fait ses adieux hier. Il était visiblement ému -en quittant M. de Talleyrand, qui ne l'était pas moins; on ne se sépare -pas de quelqu'un de l'âge de M. de Talleyrand sans une pensée -d'inquiétude, et il y a, dans l'adieu que dit un vieillard, un retour sur -lui-même qui n'échappe pas aux assistants. - -Le prince Esterhazy est généralement aimé et regretté ici, et avec -raison; son retour est vivement désiré; la finesse de son esprit ne nuit -en rien à la droiture de son caractère, la sûreté parfaite de son -commerce est inappréciable, et, malgré un certain décousu dans ses façons -et dans son maintien, il reste, toujours, un grand seigneur. - - -_Londres, 18 mai 1834._--Cette semaine-ci, le Roi d'Angleterre a semblé -mieux; le temps est moins chaud; la grande excitation qu'il éprouvait a -fait place, au contraire, à une sorte d'affaissement; on lui a vu bien -souvent des larmes dans les yeux: c'est aussi du manque d'équilibre, mais -de moins mauvais augure que la grande irritation qu'il témoignait la -semaine passée. - - -_Woburn Abbey, 19 mai 1834[20]._--Cette demeure-ci est, certainement, une -des plus belles, des plus magnifiques, des plus grandes et des plus -complètes de l'Angleterre. L'extérieur du château cependant est sans -caractère, et sa situation basse, et même, je crois, un peu humide; mais -les Anglais détestent d'être vus et renoncent volontiers, à leur tour, à -voir par-delà de l'enceinte la plus limitée; il y a rarement, des -châteaux d'Angleterre, d'autre vue que celle de l'entourage le plus -immédiat; aussi le mouvement des passants, des voyageurs, des paysans -travaillant dans les champs, la perspective des villages, des lieux -environnants, il ne faut pas espérer en jouir. De verts gazons, des -fleurs dans le pourtour de la maison et des arbres superbes qui -interceptent toute échappée de vue, voilà ce qu'ils aiment, et ce qu'on -trouve ici presque partout; je ne connais jusqu'à présent que Windsor et -Warwick qui fassent exception. - - [20] Woburn Abbey est située dans le comté de Bedford; il s'y - trouve un magnifique château moderne, appartenant aux ducs de - Bedford, bâti sur l'emplacement d'une abbaye de Cisterciens - fondée en 1445. - -Les hôtes qui se trouvent à Woburn, en ce moment, sont à peu près les -mêmes que ceux que j'y ai rencontrés, lors de mon premier séjour: lord et -lady Grey et lady Georgina, leur fille; lord et lady Sefton, M. Ellice; -lord Ossulston; les maîtres de la maison, trois de leurs fils, une de -leurs filles, M. de Talleyrand et moi. - -Il y a, dans toutes ces personnes, des gens fort distingués, de l'esprit, -de l'instruction, d'excellentes manières, mais j'ai déjà remarqué qu'à -Woburn la réserve anglaise était poussée plus loin qu'ailleurs, et cela -en dépit du langage presque hardi de la duchesse de Bedford, qui -contraste avec la timidité silencieuse du Duc et du reste de la famille. -Il y a, aussi, dans la pompe, l'étendue, la magnificence de la demeure, -quelque chose qui jette du froid, de la raideur et du décousu dans la -société; d'ailleurs, le dimanche, quoiqu'on ne l'ait pas tenu -rigoureusement puisqu'on a fait jouer M. de Talleyrand, est toujours plus -sérieux que tout autre jour. - - -_Woburn Abbey, 20 mai 1834._--Le Chancelier est venu augmenter le nombre -des visiteurs. En parlant des grandes existences aristocratiques du pays, -il m'a dit que le duc de Devonshire avec ses cent quarante mille livres -sterling de rente, ses châteaux et ses huit membres du Parlement, était, -_avant la réforme_, aussi puissant que le Roi lui-même. Cet _avant la -réforme_ est bien l'aveu du coup porté, par cette réforme, à l'ancienne -constitution du pays. J'en ai fait convenir lord Brougham, qui, tout en -soutenant qu'elle était nécessaire, et ayant commencé sa phrase en disant -qu'on n'avait fait que couper des ailes qui étaient tant soit peu trop -longues, l'a finie en disant qu'ils avaient fait une révolution -_complète_, mais sans effusion de sang. «Et notre grande journée -révolutionnaire», a-t-il dit encore avec une satisfaction apparente, «a -été celle du mois de 1831 où nous avons dissous le Parlement qui avait -osé repousser notre Bill; le peuple est impérissable, comme le sol, c'est -donc à son profit qu'à la longue doivent tourner toutes les -modifications, et une aristocratie qui a duré cinq siècles a duré tout ce -qu'elle pouvait durer!» Voilà la pensée dominante de sa conversation qui -m'a frappée, et d'autant plus, qu'elle avait commencé de sa part par une -sorte d'hypocrisie qui s'est dissipée avant la mienne; il avait commencé -avec quelques ménagements pour mes préjugés aristocratiques que je lui ai -rendus par de petits ménagements pour sa passion nivelante. Cinq minutes -de tête-à-tête de plus, et nous serions arrivés, lui à 1640, et moi à -1660. - - -_Londres, 21 mai 1834._--On nous a montré un petit coin du parc de Woburn -que je ne reconnaissais pas, et qui est joli dans le moment actuel de la -floraison; cela se nomme _The Thornery_, à cause de la multitude -d'aubépines que renferme cet enclos agreste, au milieu duquel se trouve -une chaumière ornée, fort jolie. - -Lord Holland avait recommandé au duc de Bedford de nous conduire à -Ampthill, qui lui appartient, et qui n'est qu'à sept milles de Woburn. -Lady Holland tenait aussi à ce que nous y vissions un beau portrait -d'elle qui la représente en Vierge du soleil; il est beau, agréable et a -dû être ressemblant. - -La maison d'Ampthill est triste, humide, mal meublée, mal tenue, et en -contraste avec un des plus jolis parcs qu'on puisse voir. Le pays est -joli, accidenté, riant et boisé. - -Ampthill n'est pas sans quelques traditions. C'est là que s'est retirée -Catherine d'Aragon après son divorce. Il ne reste plus rien de l'ancien -château qui était sur le haut de la montagne, et non pas au fond de la -vallée comme l'est la maison actuelle. Une croix gothique est placée là -où était l'ancienne demeure, et sur le piédestal se trouvent quelques -vers assez médiocres en souvenir des cruautés d'Henri VIII; ces vers -n'ont pas même le mérite d'être du temps. Une autre curiosité du lieu, -c'est un certain nombre d'arbres tellement vieux, que du temps même de -Cromwell, on ne les trouvait plus propres à la marine; ils ont -entièrement perdu leur beauté et ressembleront bientôt à ce qu'on appelle -des truisses en Touraine. - -Lord Sefton remarquait hier devant lord Brougham que tous les défenseurs -de la Reine Caroline d'Angleterre étaient parvenus aux plus hautes -dignités du pays, lord Grey, lord Brougham, etc... Ce qui m'a fait dire -au Chancelier qu'il n'y avait donc plus d'inconvénient pour lui, à avouer -qu'il avait défendu alors une bien mauvaise cause. Il n'a jamais voulu en -convenir, et a cherché à nous persuader que si la Reine avait eu des -amants, Bergami n'était pas du nombre. Il voulait nous faire croire que -telle, du moins, était sa conviction, et, à l'appui de cette assertion, -que personne, pas plus que lui-même je crois, ne prenait au sérieux, il -nous a raconté que, pendant les trois dernières heures de la vie de la -Reine, durant lesquelles le délire le plus marqué s'était emparé d'elle, -elle avait beaucoup parlé du prince Louis de Prusse, de l'enfant de -Bergami nommée Victorine et de plusieurs autres personnes, mais qu'elle -n'avait pas une seule fois prononcé le nom de Bergami. Il m'a semblé que -pour un aussi grand jurisconsulte, la preuve était par trop négative et -peu concluante. - - -_Londres, 22 mai 1834._--En revenant hier en ville, nous y avons appris -la nouvelle du rappel du prince de Lieven. C'est quelque chose dans la -politique, c'est beaucoup dans la société de Londres. L'excellent -caractère, le bon esprit, les manières parfaites de M. de Lieven, lui -conciliaient la bienveillance et l'estime générale, et la femme la plus -redoutée, la plus comptée, la plus entourée et la plus soignée est Mme de -Lieven. Son importance politique, que beaucoup de mouvement d'esprit et -de savoir-faire justifiaient, marchait de front avec une autorité -incontestée par la société. On se plaignait quelquefois de sa tyrannie, -de son humeur exclusive, mais elle maintenait, par cela même, une -barrière utile entre la haute et exquise société et celle qui l'était -moins. Sa maison était la plus recherchée, celle où on attachait le plus -de prix à être admis. Le grand air, peut-être même un peu raide, de Mme -de Lieven, faisait très bien dans les grandes occasions. Je ne me fais -pas une idée d'un «Drawing-room» sans elle. A l'exception de lord -Palmerston, qui, par son arrogance obstinée dans l'affaire de sir -Stratford Canning, a amené le départ de M. et de Mme de Lieven, je suis -sûre que personne ne sera bien aise de ce départ; peut-être, cependant, -M. de Bülow, aussi, se sentira-t-il soulagé d'échapper au joug et à la -surveillance de la Princesse devant laquelle son rôle, quelquefois double -et triple, jamais simple, n'était pas facile à jouer. - -M. de Lieven est nommé gouverneur du jeune Grand-Duc, héritier de Russie. -On dit qu'il y a là tout ce qui peut flatter et consoler; pour lui oui, -mais non pour elle, qui retombera difficilement après vingt-deux ans de -séjour en Angleterre et des agitations politiques de tous genres, dans -les glaces et les nullités de Saint-Pétersbourg. - -Il paraîtrait que les trois Cours du Nord, en opposition à la Quadruple -Alliance méridionale, sont assez disposées à conclure un engagement -séparé avec la Hollande. Le fait est qu'on se ménage en paroles, mais -qu'on aiguise ses armes en silence. - -Les Cortès sont convoquées pour le 24 juillet. La nouvelle télégraphique -d'Espagne de l'autre jour, qui n'a conduit qu'à un jeu de bourse, s'est -évaporée assez honteusement. On mande, de Paris, que le général Harispe a -été prié de ne plus donner, télégraphiquement, des nouvelles douteuses, -et que le président du Conseil a été engagé à ne pas répandre les -nouvelles de ce genre avant confirmation. - -L'amiral Roussin a refusé le ministère de la marine. Il était question -d'y appeler l'amiral Jacob. M. de Rigny avait laissé le Conseil -parfaitement libre, en ce qui le concerne personnellement, de le nommer, -soit à la marine, soit aux Affaires étrangères; la décision n'est point -encore connue. - -A propos du départ des Lieven, voici ce que la Princesse m'a raconté: Il -y a plusieurs semaines déjà, au retour de lord Heytesbury de Pétersbourg, -lord Palmerston dit à M. de Lieven qu'il comptait nommer sir Stratford -Canning à Pétersbourg; le prince de Lieven en écrivit à sa Cour, et M. de -Nesselrode répondit, au nom de l'Empereur, que le caractère entier, -l'esprit anguleux et l'emportement de sir S. Canning lui étant -personnellement désagréables, il désirait un autre ambassadeur, ne -donnant d'exclusion qu'à celui-là. Lord Palmerston, à son tour, exposa -tous les motifs qui lui faisaient désirer de vaincre cette opposition. M. -de Lieven écouta les raisons de lord Palmerston et lui promit de les -faire valoir près de l'Empereur. Dès le lendemain, il expédia un -courrier, à cet effet, à Pétersbourg, mais le courrier n'était pas -embarqué que la nomination de sir S. Canning, au poste de Pétersbourg, -parut officiellement dans la _Gazette de Londres_. Ce manque d'égards -rendit l'opposition russe décisive d'une part, et l'obstination de lord -Palmerston plus invétérée de l'autre; le Cabinet anglais se prétendit -maître de nommer qui il lui plaisait aux postes diplomatiques; l'Empereur -Nicolas, sans contester ce droit, dit qu'il avait, lui, celui de ne -recevoir chez lui que ceux qui lui plaisaient. La brèche a toujours été -ainsi, en s'élargissant, et l'opposition des systèmes politiques, jointe -à l'hostilité des individus, ne présage pas, dans l'état actuel si -compliqué du monde, une paix bien solide ni bien prolongée. - - -_Londres, 23 mai 1834._--Je crois le Cabinet de Londres embarrassé du -départ de M. de Lieven, et lord Grey personnellement peiné. Lord -Brougham paraît aussi en sentir tous les inconvénients. J'ai reçu de l'un -et de l'autre de longs billets, fort curieux à ce sujet, et que je -conserverai soigneusement. - -Voilà M. de La Fayette mort. Quoiqu'il ait été, toute sa vie, _Gilles le -Grand_ pour M. de Talleyrand, sa mort ne lui a pas été indifférente. A -plus de quatre-vingts ans, il semble que tout contemporain soit un ami. - - -_Londres, 24 mai 1834._--Lord Grey est venu me faire une longue et très -amicale visite; je l'ai trouvé très peiné du départ des Lieven, mais -mettant du soin à détruire l'opinion que lord Palmerston, par ses -mauvaises façons, l'eût provoqué. J'ai vu qu'il désirait vivement que les -semences d'aigreur entre M. de Talleyrand et lord Palmerston ne -germassent pas. Il est impossible de montrer plus de bienveillance -personnelle pour nous qu'il ne m'en a témoigné. - -Nous avons dîné à Richmond chez cette pauvre princesse de Lieven, qui -fait vraiment grande pitié. Je crains, pour elle, que les choses ne -soient encore pires, en réalité, qu'elles ne le sont en apparence. Je -crois qu'elle se flatte de rester au courant de toutes choses, et par la -confiance de l'Empereur, et par l'amitié de M. de Nesselrode, comme par -l'espèce de faveur dont jouit son frère, le général de Benkendorff. Je -crains, au contraire, pour elle, qu'elle ne perde bientôt la carte de -l'Europe ou qu'elle ne la voie plus que par une lunette fort réduite, ce -qui serait certainement pour elle une sorte de mort morale. Ses -espérances, ses regrets, tout cela s'exprimait avec vivacité et naturel; -elle m'a semblé plus aimable que de coutume, parce qu'elle était tout en -dehors, avec abandon et simplicité. Ce laisser-aller des personnes -habituellement contenues a toujours quelque chose de particulièrement -piquant. - -L'abominable article du _Times_ sur elle, qui est vraiment honteux pour -le pays, l'a d'abord fait pleurer; elle en est convenue, en disant -qu'elle avait été navrée de penser que c'étaient là les adieux que lui -faisait le public anglais, à elle, qui quittait ce pays-ci avec tant de -chagrin, mais elle a senti bientôt que rien n'était plus méprisable et -plus généralement méprisé. Elle a fini par si bien reprendre sa belle -humeur qu'elle nous a raconté, le plus drôlement du monde, car elle -raconte parfaitement, une petite scène fort ridicule du marquis de -Miraflorès. Ce petit homme, qui m'a tout de suite paru d'une fatuité -insupportable, et dont la figure plaisait à Mme de Lieven et me -déplaisait souverainement, a été s'asseoir à côté d'elle au bal de -l'Almacks. La princesse lui ayant demandé s'il n'était pas frappé de la -beauté des jeunes Anglaises, il a répondu, avec un air sentimental, un -son de voix ému et un regard prolongé et significatif, qu'il n'aimait pas -les femmes trop jeunes, qu'il préférait celles qui cessaient de l'être et -qu'on appelait des _femmes passées_. - -La duchesse de Kent a vraiment un talent remarquable pour aviser toujours -si juste une gaucherie qu'elle n'en manque pas une. C'est aujourd'hui le -jour de naissance de sa fille, qu'elle devait, à cette occasion, mener -pour la première fois à Windsor, où cet anniversaire devait se fêter en -famille. La mort du petit prince de Belgique, à peine âgé d'un an, et que -ni sa tante, ni sa cousine n'avaient vu, a fait renoncer la duchesse de -Kent à cette petite fête de famille. Rien ne pouvait être plus -désobligeant pour le Roi. - - -_Londres, 25 mai 1834._--Le Roi Léopold paraît disposé à appeler ses -neveux à la succession du trône de Belgique. Est-ce à dire qu'il ne -compte plus sur sa descendance directe? On en a de l'humeur aux -Tuileries; je crois que ce sera assez indifférent partout ailleurs, où ce -nouveau royaume et cette nouvelle dynastie ne sont guère encore pris au -sérieux. - -L'exposition de peinture, à Somerset-House, est bien médiocre, plus -encore que celle de l'année dernière; celle de sculpture encore plus -pauvre. Les Anglais excellent dans les arts d'imitation, mais ils restent -les derniers dans les arts d'imagination; c'est par ce côté surtout que -le manque de soleil se fait sentir. Entourés des chefs-d'œuvre enlevés -au Continent, ils ne produisent rien qui puisse leur être comparé! Rien -ne se colore à travers le voile brumeux qui les enveloppe! - - -_Londres, 26 mai 1834._--Lord Grey est au moment de voir son -administration se décomposer, par la retraite de M. Stanley et celle de -sir James Graham, s'il fait de nouvelles concessions aux catholiques -irlandais au détriment de l'Église anglicane. S'il se refuse à ces -concessions pour conserver M. Stanley, dont le talent parlementaire est -de premier ordre, il est à supposer que le Cabinet restera en minorité -aux Communes, et que la chute de tout le ministère en sera le résultat. -C'était, du moins, ce qu'on disait et croyait, hier, et la figure -soucieuse de lord Grey, à dîner, chez lord Durham, ainsi que quelques -propos échappés à la naïve niaiserie de lady Tankerville, confirmaient -assez ce bruit. La question se videra demain, mardi 27, à l'occasion de -la motion de M. Ward. - -Mme de Lieven ne m'a pas caché son espoir, que si le Cabinet change, soit -en tout, soit en partie, et que lord Palmerston soit du nombre des -sortants, elle pourrait bien rester ici, se flattant que la première -démarche du nouveau ministre des Affaires étrangères serait une demande à -Pétersbourg à l'effet de garder M. de Lieven ici. Elle compterait, dans -cette circonstance, a-t-elle ajouté, sur l'influence de M. de Talleyrand -auprès du nouveau ministre, quel qu'il fût, pour le décider à cette -démarche. - - -_Londres, 27 mai 1834._--Il est singulier que le fils du maréchal Ney, -qui est à Londres, ait désiré se faire présenter à la Cour d'Angleterre, -qui a abandonné son père qu'elle aurait pu sauver; de s'y faire présenter -par M. de Talleyrand, sous le ministère duquel le maréchal a été arrêté -et accusé, le même jour que M. Dupin, le défenseur du maréchal, doit -également être présenté, et le tout en face du duc de Wellington, qui, en -maintenant strictement les termes de la capitulation de Paris, aurait pu -peut-être couvrir de son égide l'accusé, qu'il n'a pas cru devoir -protéger. Le jeune prince de la Moskowa n'a sans doute pas fait tous ces -rapprochements, mais M. de Talleyrand, qui a compris que d'autres les -feraient, qu'ils ne seraient agréables pour personne, et moins encore -pour le jeune homme que pour qui que ce soit, a décliné cette -présentation sous le prétexte du peu de temps qui restait entre la -demande et la réception, et qui ne lui laissait pas le temps de remplir -les formalités voulues. - -Hier, à sept heures du soir, j'ai reçu un billet assez curieux d'un des -amis et confidents du ministre: «Rien n'est changé depuis hier; aucune -amélioration ne s'est établie dans la situation des choses; on va -employer la soirée à obtenir que la question reste ouverte, c'est-à-dire -qu'elle ne soit pas regardée comme une question de Cabinet, que chacun -soit libre de tout engagement et puisse voter comme il lui plaira. Le -Chancelier s'emploie fort à faire adopter ce biais, mais lord Grey, qui -paraît évidemment désireux de se retirer des affaires, pourra bien faire -manquer cette combinaison.» - - -_Londres, 28 mai 1834._--Après beaucoup d'agitations et d'incertitudes, -lord Grey s'est décidé à laisser sortir du ministère M. Stanley et sir -James Graham, dont l'exemple sera probablement suivi par le duc de -Richmond et lord Ripon; et lui, lord Grey, reste, en se rangeant du côté -de la motion de M. Ward. Il avait eu, un moment, le bon instinct de se -retirer aussi, mais M. Ellice, qui le gouverne maintenant, l'a poussé -dans une autre voie, et le Chancelier a fortement agi sur le Roi, qui, à -son tour, a prié lord Grey de rester. - -Hier, les ministres se louaient du Roi avec des attendrissements infinis. -Ce pauvre Roi a soutenu «la réforme» malgré tous ses scrupules -politiques: il abandonne aujourd'hui le clergé, malgré ses scrupules de -conscience; aussi le Chancelier disait-il, hier, que c'était un grand -Roi, et ajoutait, avec une satisfaction joyeuse et l'enivrement de -paroles qui lui est propre, que la journée d'hier était la seconde grande -journée révolutionnaire bénigne des annales de l'Angleterre moderne. Cet -étrange Chancelier, sans dignité, sans convenance, sale, cynique, -grossier, se grisant de vin et de paroles, vulgaire dans ses propos, -malappris dans ses façons, venait dîner ici, hier, en redingote, mangeant -avec ses doigts, me tapant sur l'épaule et racontant cinquante ordures. -Sans les facultés extraordinaires qui le distinguent comme mémoire, -instruction, éloquence et activité, personne ne le repousserait plus -vivement que lord Grey. Je ne connais pas deux natures qui me paraissent -plus diamétralement opposées. Lord Brougham, merveilleux aux Communes, -est un perpétuel objet de scandale à la Chambre Haute, où il met tout -sens dessus dessous, où lui, _Chancelier_, est souvent rappelé à l'ordre, -où il embarrasse lord Grey à tout instant par ses incartades; aussi, il -ne s'y sent pas sur son terrain, et je crois que le jour où il pourrait -ensevelir la Pairie de ses propres mains, il ne s'en ferait pas faute. - -Il dînait hier ici avec M. Dupin, autre produit grossier de l'époque, -sentencieux et criard comme un vrai procureur, avec la plus lourde vanité -plébéienne qui apparaît à tout instant. Le premier mot qu'il a dit au -Chancelier, qui se souvenait de l'avoir vu il y a quelques années, a été -celui-ci: «Oui, quand nous étions avocats tous deux...» - -Lord Althorp a demandé, hier, aux Communes, l'ajournement de la motion de -M. Ward, pour avoir le temps de remplir les vides laissés par la retraite -de quelques membres du Cabinet, ce qui a été accordé. - -On ne peut imaginer ce qui inspire à la duchesse de Kent une mauvaise -grâce aussi continue contre la Reine. Malgré son refus de conduire la -princesse Victoria à Windsor, la Reine a voulu aller la voir à Kensington -avant-hier au soir. La duchesse de Kent a refusé, sous le plus léger -prétexte, de recevoir la Reine; celle-ci en est péniblement affectée. -Personne ne peut comprendre le motif d'une semblable conduite. Lord Grey, -hier, l'attribuait à sir John Conroy, le chevalier d'honneur de la -Duchesse, qu'on dit fort ambitieux, fort borné, et très puissant auprès -d'elle. Il croit que sous la Régence de la Duchesse, il est appelé à -jouer un grand rôle, qu'il veut escompter dès à présent, et s'imaginant -avoir été blessé dans je ne sais quelle occasion par la Cour de -Saint-James, il s'en venge en semant l'aigreur et la discorde dans la -famille royale. J'ai su la dernière scène de Kensington par le Dr Küper, -chapelain allemand de la Reine, qui, en sortant, hier matin, de chez Sa -Majesté, est venu me parler de l'affliction de cette bonne Princesse. -Lord Grey, à qui j'en parlais, hier à dîner, m'a dit que le Roi Léopold, -en quittant l'Angleterre, lui avait dit qu'il était inquiet de laisser sa -sœur livrée aux conseils d'un aussi mauvais esprit que celui de ce -chevalier Conroy; qu'heureusement la princesse Victoria ayant quinze -ans, et devant être majeure à dix-huit, la régence de la duchesse de Kent -serait, ou bien nulle, ou du moins fort courte. - - -_Londres, 29 mai 1834._--La princesse Victoria ne paraît encore qu'aux -deux «Drawing-rooms» qui sont destinés à fêter les jours de naissance du -Roi et de la Reine. J'ai trouvé à celui d'hier, qui, par parenthèse, a -duré trois grandes heures, pendant lesquelles la défilade a été de plus -de dix-huit cents personnes, que cette jeune princesse avait vraiment -beaucoup gagné depuis trois mois. Ses manières sont parfaites, et elle -sera, un jour, assez agréable pour être presque jolie. Elle aura, comme -tous les Princes, le don de se tenir longtemps sur ses jambes sans -fatigue ni impatience. Nous succombions, hier, toutes, tour à tour; la -femme du nouveau ministre grec, seule, que son culte habitue à rester -longtemps debout, a très bien supporté cette corvée! Elle est d'ailleurs -soutenue par la curiosité et la surprise; elle s'étonne de tout, fait des -questions naïves, des réflexions et des méprises amusantes. C'est ainsi -que, voyant le Chancelier passer en grande robe et perruque, et portant -le sac brodé qui contient les sceaux, elle l'a pris pour un évêque -portant l'Évangile, ce qui, appliqué à lord Brougham, était -particulièrement comique. - -La princesse de Lieven a paru, hier, pour la première fois, dans le -costume national russe, qui est nouvellement adopté, à Saint-Pétersbourg, -pour les occasions d'apparat. Ce costume est si noble, si riche, si -gracieux, qu'il va bien à toutes les femmes, ou, pour mieux dire, qu'il -ne va mal à aucune. Celui de la Princesse était particulièrement bien -arrangé et lui allait bien, le voile dissimulant la maigreur de son col. - -On ne parlait hier, à la Cour et ailleurs, que de la retraite des quatre -membres du ministère, qui lui ôte une grande force morale, surtout celle -de M. Stanley, à cause de ses grands talents, et celle du duc de -Richmond, à cause de sa considération personnelle. Les conservatifs sont -fort satisfaits; ils voient, par là, leurs rangs se grossir, ceux de -leurs adversaires, si ce n'est s'affaiblir numériquement, du moins se mal -recruter. On parlait de lord Mulgrave, lord Ebrington, Mr Abercromby, Mr -Spring Rice pour entrer au Cabinet, mais rien n'était encore décidé. - -Au grand dîner diplomatique qui, pour la fête du Roi, a eu lieu chez le -ministre des Affaires étrangères, lord Palmerston avait, pour la première -fois, invité des femmes. Assis entre la princesse de Lieven et moi, il -était en froideur à droite, en fraîcheur à gauche; il était évidemment -mal à l'aise, quoique son embarras ne fût nullement augmenté de n'avoir -pas été dans son salon, à l'arrivée des dames, d'y être venu tout à son -aise et sans même nous faire la plus petite excuse. - -M. Dupin, fort bien traité ici par un monde brillant et élevé, y prend -assez de goût pour faire le difficile sur celui de Paris. Ne s'avise-t-il -pas de trouver, lui, que la Cour des Tuileries manque de dignité, que les -femmes n'y sont pas assez bien mises, que tout y est trop confondu et que -le Roi Louis-Philippe ne _trône_ pas assez! Allant à des dîners, aux -«Drawing-rooms», à la Cour, aux soirées, aux concerts, à l'Opéra, au bal, -aux courses, M. Dupin est lancé dans un train de dissipations qui en fera -une espèce de dandy fort grotesque, je m'en flatte, et qui étonnera un -peu Paris. - -Mme de Lieven, qui parle volontiers du feu roi George IV, me disait qu'il -avait une telle aversion pour la roture, qu'il n'avait jamais fait aucune -politesse à M. Decazes, qu'il ne l'avait vu qu'une seule fois, et cela à -l'occasion des lettres de créance qu'il lui a présentées. Quant à Mme -Decazes, n'ayant pas eu de «Drawing-room» pendant la durée du séjour -qu'elle a fait à Londres, il a pu se dispenser de la recevoir, et on n'a -jamais pu le décider à lui accorder une audience particulière ou à -l'inviter à Carlton-House. Il en a agi presque aussi rudement avec la -princesse de Polignac, dont l'obscure origine anglaise lui était -importune. Quant à Mme Falk, le motif pour lequel elle n'a pas vu le feu -Roi est plus singulier encore: Mme Falk a une grosse beauté flamande -fortement développée qui offusquait particulièrement lady Conyngham, -comme trop dans les goûts du Roi; elle a toujours empêché qu'elle ne fût -reçue. - -M. Dupin a été si frappé du beau costume des femmes, à la Cour -d'Angleterre, qu'il m'a fait, à ce sujet, une phrase vraiment amusante: -«Il faudrait que la Reine des Français établît aussi un costume de Cour: -on prélèverait ainsi sur nos _vanités bourgeoises_, qui ont la rage de se -montrer à la Cour, l'impôt d'un grand habit.» - - -_Londres, 30 mai 1834._--Les ratifications portugaises au traité de la -Quadruple Alliance sont enfin arrivées, mais inexactes et incomplètes. Le -préambule en entier du traité est passé sous silence; il est donc peu à -supposer qu'il n'y ait là que de l'oubli et pas de mauvaise volonté. -L'avocat de la Couronne a été appelé au Foreign-Office, pour aider à -trouver un biais qui rendît l'échange possible; on n'a rien trouvé qui -fût sans inconvénient. Cependant, lord Palmerston penchait vers l'échange -en laissant de côté le préambule, ce qui ôterait pourtant à son traité la -force morale, la seule peut-être qu'il ait réellement; on ne doit prendre -à cet égard de détermination que ce matin. - -J'ai souvent entendu dire que personne ne pouvait être aussi astucieux -qu'un fou: ce qu'on vient de me raconter me le ferait croire. En réponse -aux félicitations des évêques pour son jour de naissance, le Roi les a -assurés en pleurant, que, se sentant vieux et près de porter son âme -devant Dieu, il ne voudrait pas charger sa conscience d'un tort vis-à-vis -de l'Église, et qu'il soutiendrait de toute sa puissance les droits et -privilèges du clergé anglican. Ceci s'est dit dans la même journée où le -Roi demandait à lord Grey de ne pas se retirer et de laisser aller M. -Stanley. - -Hier au soir, le remaniement du ministère n'était pas encore arrêté. Ce -qui semble prouvé, c'est que personne ne veut de lord Durham. Il s'est, -dit-on, livré à une rage épouvantable; lady Durham, qu'il a traitée avec -brutalité, ce qui arrive chaque fois qu'il est mécontent de lord Grey, -s'est évanouie, à dîner, chez sa mère, sans que son mari ait seulement -daigné tourner les yeux de son côté. - -Le marquis de Lansdowne qui s'est, tout dernièrement encore, exprimé au -Parlement comme favorable à l'Église, pourrait bien, dit-on, selon ce qui -se passera lundi prochain aux Communes, se retirer également du Cabinet. -Sur cette nouvelle, lady Holland a été, en toute hâte, chez lord -Brougham, lui dire que cette retraite lui paraîtrait un grand malheur et -qu'il faudrait l'éviter à tout prix! Le Chancelier, que la modération de -lord Lansdowne ne satisfait point, a répondu qu'il trouvait, au -contraire, que cette retraite était très avantageuse, et qu'il y aiderait -plutôt que de l'empêcher. Là-dessus, lady Holland s'est animée, et, en -énumérant tous les mérites de son ami, elle a demandé au Chancelier s'il -songeait bien à tout ce que représentait le marquis de Lansdowne. «Oui,» -a répondu lord Brougham, «je sais qu'il représente parfaitement toutes -les vieilles femmes de l'Angleterre.» - - -_Londres, 31 mai 1834._--Le ministère anglais est rajusté, sans avoir -pris une couleur plus marquée dans aucun sens. - -Grâce à des déclarations et à des réserves, on va procéder à l'échange -des ratifications portugaises. - -Il me semble que toute la besogne de la semaine est assez pauvre et que -les résultats en seront à l'avenant. - - -_Londres, 1er juin 1834._--J'ai rencontré hier des ministres sortants et -des entrants. Les premiers me paraissent plus satisfaits que les autres, -et, je crois, avec raison. - -Lady Cowper, malgré son esprit fin et délicat, a cependant une extrême -nonchalance et naïveté, qui lui fait dire parfois des choses singulières -par leur trop grand abandon. C'est ainsi qu'elle dit hier matin à Mme de -Lieven: «Je vous assure que lord Palmerston regrette en vous une ancienne -et agréable connaissance, qu'il rend justice à toutes les excellentes -qualités de votre mari, et qu'il convient que la Russie ne saurait être -plus dignement représentée que par lui; mais voyez-vous, c'est par cela -même que l'Angleterre ne saurait que gagner à votre départ.» Mme de -Lieven m'a semblé également frappée de la sincérité de l'aveu, et -mécontente de son résultat. - -Lady Cowper lui a montré aussi, sans beaucoup de réflexion, une lettre de -Mme de Flahaut, dans laquelle, après avoir exprimé quelques regrets polis -sur le rappel de M. de Lieven, elle se lamente sur le choix du chargé -d'affaires; elle dit que c'est une petite guêpe venimeuse, malfaisante, -un Russe enragé, un ardent ennemi des Polonais, et que, pour tout résumer -en un mot, c'est le cousin germain de Mme de Dino,--ce qui, -ajoute-t-elle, est positivement très nuisible à l'intérêt de -l'Angleterre, puisque celle-ci doit au contraire attacher du prix à ce -que la France et la Russie ne s'entendent pas. - -On dit, au reste, que Pozzo est enchanté de l'éloignement de Paris de mon -cousin Medem; il l'a toujours fort loué et bien traité, mais il se -pourrait que la liaison directe et intime de Paul avec M. de Nesselrode -ait fini par gêner Pozzo; je ne le crois cependant pas. - -Hier, à dîner, chez lord Holland, M. Dupin a an peu trop fait le -législateur; le pauvre lord Melbourne surtout, à moitié distrait, à -moitié endormi, était ennuyé d'une longue dissertation sur le divorce, -qui venait d'autant plus mal à propos, que sa femme, après l'avoir fait -enrager pendant longtemps, est morte folle et enfermée. Lord Holland, qui -aime facilement tous ceux que, politiquement, il ne voudrait pas faire -pendre, m'a cependant dit que M. Dupin lui déplaisait souverainement, et -qu'il lui trouvait tous les inconvénients de lord Brougham, sans la -compensation des facultés variées et surabondantes de celui-ci. - -A propos du Chancelier, il m'en a assez mal parlé comme caractère, me -disant, par exemple, que c'était lui, lord Holland, qui avait forcé la -main au duc de Bedford pour le faire entrer au Parlement et qu'aussitôt -après, lord Brougham avait passé quatre années sans mettre les pieds chez -lord Holland; qu'à la vérité, il y était revenu sans motif, sans embarras -et sans excuses. La faculté dominante chez le Chancelier, c'est cette -promptitude d'esprit et de souvenir, qui lui fait rassembler -immédiatement et trouver sous sa main tous les faits, tous les arguments, -tous les tenants et aboutissants relatifs à l'objet dont il veut parler. -Aussi M. Allen dit-il du Chancelier qu'il a toujours une légion de démons -de toutes couleurs à ses ordres dont lui-même est le chef; aucun scrupule -ne l'arrête, disait lord Holland. Lady Sefton me confiait, l'autre jour, -qu'il n'était ni sincère, ni fidèle en amitié; lady Grey dit, tout -simplement, que c'est un monstre, et c'est ainsi qu'en parlent les gens -de son parti et de son intimité. - - -_Hylands, 2 juin 1834._--Les républicains en veulent à M. de La Fayette -d'avoir choisi pour sa sépulture le cimetière aristocratique de Picpus, -et de la quantité de prêtres réunis à la maison mortuaire pour recevoir -le corps. Il s'est fait enterrer avec un tonneau de terre des États-Unis, -mêlée à celle dont on l'a recouvert. A propos de M. de La Fayette, j'ai -entendu plusieurs fois raconter par M. de Talleyrand, qu'ayant été, de -bonne heure, le 7 octobre 1789, chez M. de La Fayette avec le marquis de -Castellane, autre membre de l'Assemblée constituante, pour proposer -quelques arrangements à prendre pour la sûreté de Louis XVI, transporté -la veille aux Tuileries, ils l'avaient trouvé, après les terribles -quarante-huit heures qui venaient de se passer, tranquillement occupé à -se faire peindre. - -Nous sommes ici à Hylands chez un ancien et aimable ami, M. Labouchère. -C'est bien riant, et remarquable par la culture des fleurs et la -recherche des potagers. Labouchère, qui est un peu de tous les pays, a -réuni autour de lui des souvenirs de différents lieux; on voit cependant -que la Hollande domine, car c'est surtout dans le parterre de fleurs -qu'on dépense le plus de soins et d'argent. - - -_Hylands, 3 juin 1834._--Un billet de lord Sefton, écrit hier de la -Chambre des lords, avant la fin de la séance dont nous ignorons encore le -résultat, m'apprend que la commission d'enquête proposée par lord Althorp -pour examiner l'état de l'Église d'Irlande, ne satisfait pas les -exigences de M. Ward et des siens. M. Stanley et sir James Graham se -moquent de cette commission et demandent la question préalable; sir -Robert Peel se tient en arrière; lord Grey est abattu, et le Roi, tout -prêt, soit à la soutenir, soit à former un autre Cabinet: poussé par les -difficultés du moment, il est sans principes et sans affections, ce qui -me paraît être la position commune de tous les Rois. - - -_Londres, 4 juin 1834._--Il paraît que dom Miguel est hors de combat, et -qu'il met bas les armes, en quittant la Péninsule; il me semble que les -signataires de la Quadruple Alliance attribuent cette soumission à la -nouvelle de la signature de leur traité; si tel est le cas, cet effet -moral est d'autant plus heureux, que le résultat matériel n'aurait, -probablement, pas été aussi effectif. - -Au Parlement anglais, M. Ward n'ayant pas voulu se tenir satisfait de la -commission d'enquête, lord Althorp a demandé la question préalable; il a -été soutenu par M. Stanley, qui a admirablement parlé sur la propriété -inviolable de l'Église, et par tous les Tories. La question préalable a -été adoptée à une grande majorité: elle ne saurait plaire au ministère -qui n'a dû ce vote qu'à ses ennemis auxquels elle sert de triomphe, et -principalement à celui des quatre ministres sortants. L'opinion réelle -du Cabinet, les différentes combinaisons qui l'ont fractionnée et fait -agir, tout cela est si confondu, si mêlé, qu'on ne saurait bien -comprendre la pensée véritable qui a présidé à la marche saccadée et -inconséquente de ce Cabinet. - -Aux Communes, lord Palmerston s'est élevé contre le principe soutenu par -lord Lansdowne à la Chambre Haute où on a été surpris d'entendre celui-ci -s'exprimer favorablement pour le clergé, lui qui est _socinien_[21] -reconnu. Tout est contradiction dans cette question. Lord Grey a flotté, -incertain entre tous les combattants, ne primant pas les uns, -n'entraînant pas les autres, heurté, poussé, ballotté par tout le monde; -aussi il sort tout meurtri de cette échauffourée, et si, aux yeux de ses -amis, il reste une bonne et honnête créature, aux yeux du public il n'est -plus qu'un pauvre vieux homme, un ministre épuisé. - - [21] Disciple de Socin, qui ne reconnaît ni la Trinité, ni la - divinité du Christ. - -Lady Holland, qui, en général, fait tout ce que les autres évitent, a été -guetter, à une fenêtre de Downing Street, les membres du Parlement qui se -sont rendus, il y a deux jours, au meeting de lord Althorp, afin de -faire, avec plus de sûreté, ses spéculations sur les individus, -spéculations qui sont rarement charitables. Elle croit se faire pardonner -son inconcevable égoïsme en le rendant déhonté et en se proclamant -elle-même un vieux enfant gâté. Elle exploite les autres à son profit, -sans aucun ménagement; les traite bien ou mal, par des calculs plus ou -moins personnels; ne voit jamais un obstacle à ses désirs dans les -convenances d'autrui. C'est à peine si on peut lui faire honneur de -quelques qualités, car elles ont, presque toutes, un motif intéressé pour -base. Quand elle a lassé, à force de caprices et d'exigences, la patience -de ses connaissances, elle cherche à la regagner par d'assez nombreuses -bassesses. Elle abuse de sa fausse position sociale, que les gens de bon -goût ont à cœur de ne pas blesser, pour les soumettre et les opprimer: y -être parvenue, au point où elle y est arrivée, c'est, il faut en -convenir, la meilleure preuve de son habileté et de son esprit. Elle a -fait, dans sa vie, des choses inouïes, qui lui sont toutes pardonnées: -elle a fait, par exemple, passer sa fille aînée pour morte, afin de ne -pas être obligée de la rendre à son premier mari: quand elle ne s'est -plus souciée de cette enfant, elle l'a ressuscitée, et, pour prouver -qu'elle n'avait pas été enterrée, on a ouvert la fosse et la bière, et on -y a, en effet, trouvé le squelette d'un chevreau. La plaisanterie est un -peu forte! Cependant elle règne en despote dans la société, qui est -nombreuse. Cela tient, peut-être, à ce qu'elle ne cherche pas à forcer -les portes des autres, et qu'elle domine le préjugé plutôt que de lutter -contre lui. M. de Talleyrand la tient assez bien en bride et devient -ainsi le vengeur de tout son cercle. C'est une joie générale quand lady -Holland es un peu malmenée; personne ne vient à son secours, lord Holland -et M. Allen moins que les autres. - -Lady Aldborough s'adressa un jour à lady Lyndhurst, en lui demandant de -vouloir bien savoir de son mari, qui était alors Chancelier, quelles -étaient les démarches qu'elle devait faire dans un procès important. -Lady Lyndhurst refusa, avec les façons rudes, grossières et vulgaires qui -lui étaient propres, de se charger de demander ces renseignements, -ajoutant qu'elle ne se mêlait jamais d'aussi ennuyeuses besognes: «Very -true, my lady,» répondit lady Aldborough, «I quite forgot that you are -not in the civil line.» Lady Aldborough est spirituelle, elle a du trait, -même en français, elle est souvent un peu trop libre et hardie; c'est -ainsi qu'en apprenant la mort de la princesse de Léon, qui avait péri -brûlée et qu'on disait n'avoir trouvé, dans son mari, qu'un frère et non -pas un époux, lady Aldborough s'écria: «Quoi! Vierge et martyre? Ah! -c'est trop!» - -L'état du Cabinet anglais est bien étrange. Sir Robert Peel a déclaré à -la Chambre n'y rien comprendre, cela met le manque d'intelligence de tout -le monde fort à l'aise. Ce qui paraît clair à tous, c'est que si aucun -membre du Cabinet n'est absolument détruit, tous sont blessés, on prétend -même à mort; pour énervés, du moins, c'est évident. J'en suis peinée pour -lord Grey, auquel je suis réellement attachée; pour le reste, je n'y -prends pas le plus petit intérêt. Ce n'est pas par lord Palmerston que -l'éclat leur reviendra. M. de Talleyrand a beau dire qu'il déblaye -facilement de la besogne, qu'il parle et écrit bien le français, c'est un -esprit court, présomptueux; il a l'humeur arrogante et le caractère sans -droiture. Chaque jour fournit une preuve plus ou moins évidente de sa -duplicité: par exemple, qu'est-ce qui peut faire que lorsque lord Grey -s'explique hautement contre l'idée du Roi Léopold de se choisir un -successeur, et que lord Palmerston semble être du même avis, il écrit des -lettres particulières à lord Granville, pour soutenir la pensée de -Léopold? Cela met une gêne continuelle dans toutes les relations des -ambassadeurs avec lui, et cela en établit surtout une très pénible pour -M. de Talleyrand. - - -_Londres, 5 juin 1834._--M. le duc d'Orléans m'a écrit, sans provocation -de ma part, ni motif bien apparent, une lettre qui me paraît avoir eu -pour but la phrase suivante, qui semble vouloir établir qu'il n'approuve -pas la marche des ministres du Roi son père: «Je vois déjà un symptôme -rassurant dans cette disposition à circonscrire les querelles de parti -dans les limites d'un collège électoral et à ne se livrer bataille qu'à -coup de bulletins. Puisse cette direction des esprits remplacer tout à -fait le système de force brutale que je vois avec douleur prévaloir -aujourd'hui dans tous les partis, et être l'argument favori non seulement -des hommes d'opposition, mais aussi des hommes de pouvoir.» Il me semble -qu'il y a bon sens et bon sentiment dans cette réflexion. - -Si M. le duc d'Orléans était bien entouré, j'aurais confiance dans son -avenir: il a de l'intelligence, du courage, de la grâce, de l'instruction -et de l'entreprise; ce sont des dons de Prince, fort heureux, et qui, -mûris par l'âge, peuvent faire de lui un bon Roi. Mais l'entourage est si -petit, si médiocre, en hommes et en femmes; il n'y a là, depuis la mort -de Mme de Vaudémont, rien de distingué, de noble ni d'élevé. - -Lady Granville a donné un bal, à Paris, pour le jour de naissance du Roi -d'Angleterre. Elle avait rempli la galerie d'orangers et on devait valser -autour; on avait dissimulé les lampes derrière des fleurs, de manière -qu'on y voyait à peine: rien de plus favorable aux conversations -particulières. Huit voleurs, mis à merveille, sont entrés par le jardin; -cette quantité d'hommes inconnus a frappé, on en a parlé trop tôt; ils -ont vu qu'ils étaient remarqués et se sont évadés. Il paraît que leur -projet était d'arracher les diamants aux femmes, lorsqu'elles seraient -allées dans le jardin qu'on allait illuminer. - - -_Londres, 6 juin 1834._--Le Cabinet anglais, si petitement rajusté, ne -porte pas la tête bien haute; tous les honneurs sont pour les ministres -sortants. Lord Grey ne s'y trompe pas et ne s'enorgueillit nullement de -la grande majorité de lundi dernier, car, comme me le disait un de ses -amis: «Cette majorité n'est pas le résultat d'une affection pour les -ministres, mais de la crainte de voir venir les Tories qui dissoudraient -le Parlement actuel.» Je crois que rien n'est plus vrai. Au reste, le -Cabinet sent déjà le besoin de se fortifier. On dit que lord Radnor, ami -du Chancelier et grand aboyeur radical, sera Lord du Sceau privé. - -Il paraît certain que dom Miguel et don Carlos quittent, décidément, la -Péninsule, le premier pour venir ici, le second pour aller en Hollande. - -Le prince de la Moskova ayant persisté dans son désir d'être présenté, il -l'a été hier, ainsi que le prince d'Eckmühl. Ce désir était si vif, -qu'ils allaient chercher à se faire présenter par M. Ellice, en l'absence -de M. de Talleyrand, comme si cela eût été possible, lors même que cela -n'aurait pas été inconvenant. Les jeunes Français n'ont, vraiment, idée -de rien; et M. Ellice, qui n'est _gentleman_ que d'hier, s'était mis de -moitié dans cette belle combinaison. - -On appelle, ici, assez drôlement lord Durham et M. Ellice _l'Ours et le -Pacha_. - - -_Londres, 7 juin 1834._--Voilà Lucien Bonaparte, qui, après avoir adressé -une lettre aux députés de France, l'année dernière, et avoir, ensuite, -disparu pendant plusieurs mois, puis s'être trouvé, dit-on, secrètement -en France, durant les derniers troubles de Lyon et de Paris, est enfin -revenu ici d'où il s'adresse maintenant aux électeurs de France. Sa -nouvelle lettre, plus boursouflée encore et plus remplie d'affectation -littéraire que la première, est en outre de la plus grande bassesse et du -plus mauvais goût. - -Lucien, que je n'avais jamais vu, avant son arrivée en Angleterre, -puisqu'il était en disgrâce auprès de l'Empereur, passait pour avoir -autant d'esprit au moins que son frère et beaucoup de décision. J'ai -entendu dire qu'au 18 Brumaire, c'était lui qui avait sauvé Napoléon; -enfin, je l'avais entendu fort louer. Sa connaissance personnelle, comme -il arrive souvent, n'a pas répondu à mon attente; il m'a semblé, humble -dans ses manières, terne dans sa conversation, faux dans son regard, -ressemblant à Napoléon par les contours extérieurs de ses traits, -nullement par l'expression. Je l'ai vu, l'année dernière, à un concert -chez la duchesse de Canizzaro, prier celle-ci de le présenter au duc de -Wellington qui était dans le salon, traverser la chambre et venir, avec -des courbettes, se faire nommer au vainqueur de Waterloo, dont l'accueil -a eu toute la froideur que méritait une telle platitude. - -Puisque j'habite, à Londres, une maison célèbre pour un vol considérable -fait à la vieille marquise de Devonshire, qui en est propriétaire[22], et -pour un fantôme qui y est apparu à lord Grey et à sa fille, je veux -conter ici ce que lord Grey et lady Georgiana, sa fille, m'en ont dit à -plusieurs reprises et devant des témoins, lord Grey avec sérieux et -détails, lady Georgiana avec répugnance et hésitation. Lord Grey, donc, -un soir qu'il traversait la salle à manger du rez-de-chaussée pour aller, -armé d'un bougeoir, de la pièce qui donne sur le square à son propre -appartement, vit, au fond de la pièce et derrière une des colonnes qui -divisent cette salle, le visage pâle et triste d'un homme âgé, dont -cependant les yeux et les cheveux étaient très noirs. Le premier -mouvement de lord Grey fut de reculer, puis, relevant les yeux, il vit -encore ce même visage qui le fixait tristement, pendant que le corps -semblait caché par la colonne, mais qui disparut au premier mouvement que -fit lord Grey pour avancer. Il fit quelques recherches sans rien trouver. -Il y a deux petites portes derrière les colonnes et une grande glace -entre elles; je ne sais jusqu'à quel point la disposition des lieux -n'offre pas une explication simple à cette vision, que lord Grey -cependant n'admet avoir été ni celle d'un voleur ni l'effet du reflet de -sa propre figure dans la glace. A la vérité, il était blond alors et ses -yeux sont bleus. Tant il y a que, le lendemain matin à déjeuner, il -raconta à sa famille ce qu'il avait vu la veille en allant se coucher. -Lady Grey et sa fille lady Georgiana se regardèrent aussitôt avec une -expression singulière, dont lord Grey demanda l'explication. On lui dit -ce qu'on lui avait caché jusque-là pour ne pas se faire moquer de soi, -c'est qu'une nuit, lady Georgiana s'était éveillée sous l'impression d'un -souffle qui passait sur son visage; elle ouvrit les yeux et vit une -figure d'homme se pencher sur elle; elle les ferma croyant rêver, mais -les rouvrant aussitôt, elle revit la même figure; le cri qu'elle poussa -alors fit disparaître la vision. Elle se jeta en bas de son lit, courut -dans la chambre à côté, et fermant à clef sur elle la porte de cette -chambre, elle se précipita, à moitié morte, sur le lit de sa sœur lady -Élisabeth; elle lui raconta ce qui venait de lui arriver. Lady Élisabeth -voulut entrer dans la chambre au fantôme pour l'examiner, mais lady -Georgiana s'y opposa de toutes ses forces. Le lendemain matin, fenêtres, -volets et portes étaient en bon ordre, et la vision fut déclarée avoir -été celle d'un fantôme, quoiqu'une partie plate du toit arrivant jusqu'à -une des fenêtres, ait fait supposer aux moins incrédules qu'un -domestique, épris d'une des femmes de chambre, avait été le héros de -cette aventure nocturne. - - [22] Cette maison, où se trouvait alors l'ambassade de France, - était située dans Hanover-Square, no 21. - -La maison n'en est pas moins restée en très mauvais renom. Je couche -dans la chambre où on a enlevé les diamants de lady Devonshire, et ma -fille dans celle du revenant de lady Georgiana. Quand nous sommes entrés -dans cette maison, j'ai vu des gens qui, très sérieusement, s'étonnaient -de notre courage; dans les premiers temps, les domestiques tremblaient en -circulant le soir et les servantes ne voulaient aller que deux à deux. -L'avouerai-je? A force d'avoir entendu lord Grey et sa fille raconter -avec conviction les apparitions, je me suis sentie gagnée d'un certain -malaise qui a eu de la peine à s'user. - -Depuis près de trois ans que nous occupons cette maison, on n'y a rien -volé et rien n'y est apparu. Toutefois, pendant un de nos voyages en -France, et lorsque la porte de mon appartement était fermée à clef, la -femme de charge, le portier et les filles de service ont juré avoir -entendu sonner très fort la sonnette dont le cordon est au fond de mon -lit, avoir couru à ma porte, l'avoir trouvée fermée à clef, comme cela se -devait, et, après l'avoir ouverte, n'avoir rien aperçu qui eût pu donner -lieu à ce bruit. On avait voulu me faire croire que ce coup de sonnette -avait retenti précisément le 27 juillet 1832, jour où j'ai été si -cruellement versée à Baden-Baden. Une petite souris aura, probablement, -été le vrai coupable. - -On dit que le père de lord Grey a eu une vision fort étrange, et que le -fils, outre celle de Hanover-Square, en a eu une autre, plus curieuse, à -Howick, dont il n'aime pas à parler, ce qui fait que je me suis abstenue -de toute question; mais il en a circulé quelques versions qui ont prêté -depuis à des caricatures. - - -_Londres, 8 juin 1834._--Les prétentions exagérées de lord Radnor ont -fait abandonner l'idée de le faire entrer au ministère. On songe -maintenant à lord Dacre, qui satisferait, à ce que l'on croit, les -_Dissenters_. Le _Privy Seal_, que lord Carlisle ne tient que -provisoirement, est destiné au nouvel arrivant. - -Je suis arrivée, hier matin, chez Mme de Lieven, au moment où elle venait -de recevoir des lettres de Pétersbourg, qui lui donnent enfin une idée -plus précise de ce que sera sa nouvelle position en Russie. Elle prend, -ce me semble, un aspect plus favorable: au lieu de n'être qu'une poupée -de cour et de succomber sous l'esclavage et la contrainte d'une -représentation perpétuelle, la Princesse aura une maison à elle; -l'Empereur désire que ce soit là que son fils apprenne à connaître la -société, se forme au monde et à la conversation. - -Ce projet, expliqué avec une grâce et une obligeance parfaites, dans une -lettre de l'Impératrice, pleine d'esprit, de naturel, de bons sentiments -et d'heureuses expressions, devient, nécessairement, d'un grand intérêt -et est une grande consolation pour Mme de Lieven. Elle se voit avec une -influence directe, et aussi indépendante qu'elle peut l'être en Russie. -Son imagination développe et féconde ce nouveau but d'activité, et je -dois cette justice à la Princesse qu'elle n'a pas laissé échapper la plus -petite puérilité ou petitesse de conception dans le plan qu'elle s'est -tracé tout de suite; non, tout était large et bien compris. Le plaisir de -son importance personnelle était visible, mais le contraire eût été de -l'hypocrisie, et je lui ai su gré de se l'être épargné devant moi! Le -désir vif de rendre au jeune Grand-Duc le service immense de l'accoutumer -à la grande et noble compagnie, de rendre son salon assez distingué et -assez agréable pour accoutumer jusqu'à l'Empereur et l'Impératrice à y -jouir plus du plaisir de la conversation que des divertissements pour -lesquels ils ne sont peut-être plus assez jeunes; l'ambition de rendre, -s'il se peut, à cette Cour, le grandiose et la civilisation -intellectuelle dont elle brillait sous la grande Catherine; l'espérance -d'y attirer, ainsi, des étrangers, en excitant leur curiosité et en ayant -de quoi la satisfaire; tout cela occupe l'activité de la Princesse. Elle -a, en elle, de quoi fort bien remplir ce rôle, difficile partout, et plus -encore dans un pays où la pensée même est aussi enchaînée que l'est la -parole. - -J'ai trouvé, dans la lettre de l'Impératrice et dans celle de M. de -Nesselrode, quelque chose de raisonnable et de délicat, et dans tout ce -que j'entends dire de l'Empereur Nicolas, quelque chose qui peut faire -espérer de bons résultats de cette seconde éducation de l'héritier d'un -trône de glace. J'ai surtout été satisfaite de voir que la franchise avec -laquelle Mme de Lieven avait témoigné à l'Impératrice ses regrets de -quitter l'Angleterre ait été bien prise. Elle m'a dit à ce sujet: «Ceci -me prouve qu'on peut être sincère, chez nous, sans se casser le cou.» -J'espère qu'elle s'en convaincra de plus en plus, mais il sera longtemps -nécessaire d'envelopper cette sincérité de beaucoup de coton. - -Elle m'a extrêmement vanté l'Empereur, comme un homme fortement doué et -destiné à devenir la grande figure historique du temps. A cela, je lui -ai répondu en lui disant un mot de M. de Talleyrand qui l'a charmée. M. -de Talleyrand m'a, en effet, dit ceci: «Le seul Cabinet qui n'ait pas -fait une faute depuis quatre ans, c'est le Cabinet russe. Et savez-vous -pourquoi? C'est qu'il n'est pas pressé.» - -La Reine d'Angleterre a témoigné beaucoup de cette obligeance qui lui est -naturelle à Mme de Lieven, à l'occasion de son rappel, quoiqu'elle ait eu -beaucoup de peine à oublier le peu de cas que la Princesse faisait -d'elle, pendant la vie de George IV et celle du duc d'York, et surtout le -manque d'égards des patronnesses de l'Almacks, Mme de Lieven en tête, au -seul bal de ce genre où elle avait été, comme duchesse de Clarence. J'ai -entendu même la Reine, un jour, en faire souvenir Mme de Lieven, d'une -façon à beaucoup embarrasser celle-ci; mais enfin, ces anciens petits -griefs sont effacés et, à l'occasion du départ actuel, la Reine a été -parfaite. Quant au Roi, c'est différent; il n'a pas même dit à M. ou à -Mme de Lieven qu'il savait leur rappel: ils s'en prennent à lord -Palmerston, et je crois que ce n'est pas sans cause. - - -_Londres, 9 juin 1834._--J'ai trouvé hier la duchesse-comtesse de -Sutherland fort occupée de réunir vingt dames qui, ensemble, offriraient -à Mme de Lieven un souvenir durable des regrets que son départ laisse ici -aux femmes de sa société particulière. Cette pensée, qui est tout -anglaise, car l'esprit d'association se retrouve partout ici, jusque dans -les choses purement de grâce et d'obligeance, m'a paru devoir être -agréable et flatteuse pour la Princesse, et j'ai mis avec plaisir mon nom -sur la liste. Dix guinées est le tribut de chacune, et un beau bracelet à -l'intérieur duquel, si cela se peut, nos noms seront inscrits, me paraît -être l'objet sur lequel le choix s'est fixé. - -M. de Montrond est revenu de Paris. Son esprit prompt et incisif est -toujours le même, et quoique assurément il ne soit rien moins -qu'ennuyeux, je me sens reprise de cette espèce de malaise qu'éprouvent -souvent ceux qui sont dans l'atmosphère d'un être venimeux, dont la -piqûre est à redouter. Le charme qui a longtemps fasciné M. de -Talleyrand, à son égard, n'existe plus et a d'autant mieux fait place à -un sentiment de fatigue et d'oppression que l'ancienneté de leurs -relations, et leur intimité passée, ne permettent pas d'en secouer -entièrement le joug. - -Il ne me semble pas que M. de Montrond apprenne rien de nouveau de Paris. -Il parle de l'habileté du Roi, personne ne la conteste; que le Roi parle -toujours, et toujours de lui-même, c'est également connu. M. de Montrond -se plaint de la destruction de toute société à Paris, de l'esprit de -division qui la brise et qui ne s'adoucit point. Il raconte assez -drôlement les embarras de famille de Thiers, les prétentions -diplomatiques du maréchal Soult pour son fils, les craintes qu'inspire à -Rigny, et à d'autres, l'espèce d'effet que produit ici, à ce qu'ils -croient, M. Dupin. Ils y voient le symptôme d'une entrée future au -ministère et en veulent presque à M. de Talleyrand des politesses qu'il -lui fait. Ils ne sentent pas que le bon accueil qu'on fait ici à M. -Dupin (l'homme le moins propre, par lui-même, à plaire à la bonne -compagnie anglaise) n'est dû qu'au désir de nous être agréable, et que le -prix que nous y mettons ne tient qu'à faire tourner les grosses phrases -redondantes de M. Dupin à l'avantage de l'alliance anglaise dont il était -le vif adversaire. - -J'ai trouvé lord Grey, hier, d'un découragement point du tout dissimulé: -c'est un mal contagieux et qui semble avoir atteint tous ses adhérents. -Cette lassitude, ce dégoût de lord Grey, me semble le plus fâcheux -symptôme de l'affaiblissement du Cabinet actuel. Les coups, qui sont -portés dans le _Times_ par lord Durham à lord Grey, blessent celui-ci au -cœur. Les conservatifs comme les radicaux exploitent déjà la succession -des Whigs; il est impossible de ne pas voir que le moment est critique -pour tous. - -En causant, hier, avec un de mes amis, je me suis souvenue qu'ayant eu, à -l'âge de dix-sept ans, comme beaucoup d'autres femmes de Paris à cette -époque, la fantaisie, ou la faiblesse, de consulter Mlle Lenormand, qui -était alors fort en vogue, je pris, d'abord, toutes les précautions que -je crus suffisantes pour ne pas être connue d'elle. Il fallait lui -demander et son jour et son heure; je le fis faire, pour moi, par ma -femme de chambre, sous des noms et des demeures supposés; elle répondit, -et je fus, au jour fixé, à deux heures après midi, avec ma femme de -chambre, dans un fiacre pris à une certaine distance de chez moi, jusqu'à -la rue de Tournon où demeurait la devineresse. Sa maison n'avait pas -mauvaise apparence; l'appartement était propre, et même assez orné. Il -fallut attendre le départ d'un monsieur à moustaches que nous vîmes -sortir du cabinet où la sibylle rendait ses oracles. J'y fis entrer ma -femme de chambre avant moi, mon tour vint ensuite. Après quelques -questions sur le mois, le jour et l'heure de ma naissance, sur l'animal, -la fleur et la couleur que je préférais, et sur les mêmes objets qui me -déplaisaient particulièrement, après m'avoir demandé si je voulais -qu'elle fît pour moi la grande ou la petite cabale dont le prix -différait, elle arriva enfin à ma destinée, dont elle me dit ce qui suit; -je laisse juger à ceux qui me connaissent bien si ce qu'elle me prédit -alors s'est vérifié, en tout ou en partie; l'avenir laisse d'ailleurs -encore de la marge aux événements qu'elle a signalés et qui, sans s'être -réalisés jusqu'à présent, paraissent moins invraisemblables qu'ils ne me -l'ont semblé alors. Peut-être ai-je oublié quelques détails -insignifiants, mais voici les traits principaux de cette prédiction, que -j'ai racontée, depuis, à plusieurs personnes, entre autres à ma mère et à -M. de Talleyrand. - -Elle me dit donc que j'étais mariée; qu'il existait entre moi et un grand -personnage un lien spirituel (j'ai expliqué ceci parce que mon fils aîné -était le filleul de l'Empereur Napoléon); que je me séparerais de mon -mari après de nombreux embarras et tourments; que mes chagrins ne -cesseraient que neuf années après cette séparation; que ces neuf années -seraient marquées par des épreuves et des calamités de tous genres pour -moi; elle m'a dit aussi que je deviendrais veuve, que je ne serais plus -jeune alors, sans cependant être trop vieille et que je me remarierais; -qu'elle me voyait, pendant beaucoup d'années, fort rapprochée d'un -personnage qui, par sa position et son influence, m'obligerait à jouer -une espèce de rôle politique et me donnerait assez de crédit pour sauver -la liberté et la vie de quelqu'un. Elle m'a dit encore que je vivrais -dans des temps fort orageux, difficiles et pendant lesquels il y aurait -de grands bouleversements; qu'un jour, même, je serais éveillée à cinq -heures du matin par des hommes armés de piques et de haches, qui -entoureraient ma demeure pour me faire périr, que je parviendrais -cependant à me sauver de ce danger auquel j'aurais été exposée par mes -opinions et mon rôle politiques; que je m'échapperais déguisée; qu'elle -me voyait encore en vie à soixante-trois ans et sur ma demande si c'était -là le terme assigné à mon existence, elle m'a répondu: «Je ne prétends -pas que vous mourrez à soixante-trois ans, je veux dire seulement que je -vous vois vivante encore alors; plus tard, je ne sais rien de vous ni de -votre destinée.» - -Les circonstances principales de cette prédiction me parurent, alors, -trop hors du cours probable des événements pour qu'elles me rendissent -inquiète ou soucieuse; je le répétai à mes amis plutôt pour jeter du -ridicule sur ma propre faiblesse qui m'avait conduite en si étrange -compagnie, et quoique le moins vraisemblable de cette prédiction se soit -vérifié, tels que ma séparation, de longs chagrins, l'intérêt que j'ai -été forcée de prendre aux événements publics, par celui qu'ils -inspiraient à M. de Talleyrand, j'avoue qu'à moins du récit d'une autre -prédiction, je ne songe que fort rarement à celle de Mlle Lenormand, pas -plus qu'à sa personne, qui était, cependant, assez étrange pour ne pas -être oubliée. Elle avait l'air d'être âgée de plus de cinquante ans, -lorsque je la vis; sa taille était plutôt élevée, ses façons brusques, sa -robe noire lâche et traînante; son visage d'une mauvaise couleur mêlée, -ses dents gâtées, ses yeux petits, vifs et sauvages, sa physionomie rude -et curieuse tout à la fois, sa tête découverte, ses cheveux gris, -hérissés et en désordre, achevaient de la rendre repoussante. Je fus -soulagée en la quittant. - -Je n'ai jamais eu semblable curiosité depuis; mais si je ne l'ai pas -éprouvée, c'est bien plutôt par une certaine terreur de ce qui pourrait -m'être annoncé, et par un certain dégoût pour l'espèce de monde dont -c'est l'industrie, que par usage de ma raison. Si j'avouais toutes mes -superstitions, je ferais grand tort à mon bon sens! - -Ces oracles de Mlle Lenormand me revinrent cependant à la mémoire -lorsqu'en juillet 1830, seule à Rochecotte, entourée d'incendies, et -recevant les nouvelles des journées de Paris, je vis passer sous mes -fenêtres les régiments que le général Donnadieu dirigeaient sur la -Vendée, où on croyait que Charles X se rendrait. J'entendais les uns -hurler contre les Jésuites, qu'ils accusaient bêtement de jeter des -mèches inflammables dans leurs maisons et dans leurs champs; les autres -crier contre les _mal pensants_ tels que moi. Le curé vint se réfugier -chez moi, pendant que le maire me demandait si je ne croyais pas qu'il -fallût chasser de la commune cette soutane noire, qui, selon lui, sentait -le soufre. Je me voyais déjà cernée par des piques et des haches, et me -sauvant, comme je pouvais, en bonnet rond et en blouse. Je m'en suis -tirée alors, mais quelquefois je me suis dit: «C'est partie remise, tu -n'y échapperas pas.» - - -_Londres, 10 juin 1834._--Lord Dacre, qui devait entrer au ministère, a -fait une chute de cheval, causée par un coup de sang, qui le met hors de -cause. On songe, maintenant, à mettre M. Abercromby à la tête de la -Monnaie, en lui donnant entrée au Conseil. - -Nous avions hier un dîner arlequin: M. Dupin, les jeunes Ney et Davoust, -M. Bignon et le général Munier de la Converserie. Si de dire du mal de -tout le monde est une manière de dire du bien de soi, M. Dupin n'y a pas -manqué; il a indignement traité Roi et ministres, hommes et femmes de -Paris. Les uns sont avares, bavards, sans tenue; les autres sont des -brigands, des contrebandiers, des sapajous, que sais-je? Les mauvaises -mœurs ont eu leur diatribe; c'était la justice armée d'un glaive -exterminateur. M. Piron, le cicerone de M. Dupin et son très humble -serviteur, me donnait la petite pièce par les formules multipliées de son -adulation; il louait surtout M. Dupin de la manière lucide et détaillée, -dont il expliquait aux ministres anglais les embarras et les dangers de -leur position. Je crois qu'ils auraient autant aimé qu'on ne vînt pas -d'outre-mer leur dire ce qu'ils savaient de reste. - -Après le dîner, il m'a fallu subir la doucereuse fausseté de M. Bignon. -Il me rappelle le mielleux et le subalterne de Vitrolles; il en a un peu -la figure, beaucoup le parler et surtout le maintien. Je trouve, -cependant, la conversation de M. de Vitrolles plus animée, et son -imagination plus brillante. Du reste, j'ai causé avec M. Bignon, hier, -pour la première fois, et j'aurais tort de le juger sur cette seule -conversation; mais il est impossible de ne pas être frappé de sa manière -calme et soumise qui met, tout d'abord, en défiance. - - -_Londres, 11 juin 1834._--La nomination de M. Abercromby est dans le -_Globe_ d'hier soir; nous verrons si cela adoucira le ton du _Times_ qui, -hier matin encore, malmenait cruellement le pauvre lord Grey. - -Dans la quantité de mots cités de M. de Talleyrand, il en est un fort -joli, et peu connu, que voici: M. de Montrond lui disait, l'année -dernière, que Thiers était un bon enfant, et pas trop impertinent pour un -parvenu. «Je vais vous en dire la raison», reprit M. de Talleyrand, -«c'est que Thiers n'est pas _parvenu_, il est _arrivé_.» J'ai peur que ce -mot, si délicat, ne perde un peu le mérite de la vérité, mais la faute en -serait à M. Thiers. L'impertinence lui devient familière; depuis son -mariage, il vit dans une sorte de solidarité avec les plus petites gens -du monde, mal famés, prétentieux, _parvenus_ pour le coup, et non pas -_arrivés_! Il est impossible que, malgré tout le déluge d'esprit dont il -inonde la boue qui l'environne, il ne finisse pas par en être, si ce -n'est étouffé, du moins bien éclaboussé. C'est vraiment grand dommage! - - -_Londres, 12 juin 1834._--J'ai entendu raconter, hier, à Holland-House, -que l'abbé Morellet se plaignant au marquis de Lansdowne d'avoir perdu -ses pensions et ses bénéfices à la Révolution, pour laquelle il avait, -cependant, et tant parlé, et tant écrit, le Marquis lui répondit: «Que -voulez-vous, mon cher; il y a toujours quelques soldats blessés dans les -armées victorieuses.» - - -_Londres, 13 juin 1834._--On répand le bruit que dom Miguel s'est évadé, -qu'une conspiration a éclaté à Lisbonne contre dom Pedro; on ajoute mille -détails sinistres. Il paraît que tout ceci n'est que jeu de bourse, et -que le vrai est réduit à quelques démonstrations fâcheuses pour dom -Pedro, lorsqu'il s'est montré au spectacle. Ce serait, du reste, la -meilleure conclusion de ce grand drame que l'expulsion simultanée des -deux rivaux. - -On s'étonne un peu que dom Miguel ne soit point encore débarqué en -Angleterre. Don Carlos est arrivé hier à Portsmouth sur le _Donegal_. - -L'Espagne se choque, avec raison, que le duc de Terceire et le -commissaire anglais qui ont fait signer à dom Miguel des garanties contre -son retour, n'en aient pas réclamé de don Carlos. On voudrait, -maintenant, que l'Angleterre et la France prissent des mesures contre don -Carlos, de façon à le mettre au ban de l'Europe: mais cela n'est pas -admissible, malgré les notes du marquis de Miraflorès et les diatribes de -lord Holland. - -Il se tient d'étranges discours à Holland-House. Le petit Charles -Barrington y disant l'autre jour qu'il n'avait pu monter à âne parce que -c'était dimanche et que la religion défendait de monter à âne le -dimanche, M. Allen lui répondit en grommelant: «Never mind; the religion -is only for the donkeys themselves.» - -M. Spring Rice vient d'être élu à Cambridge, mais à une petite majorité, -ce qui ne plaît guère au ministère. - -Sir Henry Halford, M. Dedel, la princesse de Lieven sont revenus émus, -ravis, enivrés des brillantes journées d'Oxford pour la réception du duc -de Wellington comme Chancelier de l'Université. Cette solennité était -vraiment unique dans son genre; le caractère et le passé du duc de -Wellington qui, il y a quatre ans encore, avait été lapidé à Oxford, pour -avoir fait passer le Bill de l'émancipation des catholiques, la -magnificence de la cérémonie, le nombre et la qualité des spectateurs, -les traditions séculaires qui s'y sont reproduites, les émotions de tous, -l'unanimité des applaudissements, enfin tout était remarquable et ne se -renouvellera plus. Le duc de Cumberland, si généralement impopulaire, a -trouvé là un bon accueil. Les idées religieuses anglicanes y dominaient; -toutes les préventions personnelles disparaissent, devant les dangers -dont l'Église est menacée, ce qui a fait juger avec faveur tous ceux que -l'on croit disposés à la défendre. C'était moins le grand capitaine qu'on -applaudissait dans le duc de Wellington que le défenseur de la foi. - -Il est fâcheux qu'au milieu de la licence qu'on accorde, dans semblables -occasions, aux étudiants, ils se soient permis de huer les noms de lord -Grey et d'autres, qu'ils proféraient à haute voix, pour avoir ensuite le -plaisir de les siffler. Le duc de Wellington a témoigné, chaque fois, -que de telles manifestations lui déplaisaient; mais, malgré les signes -d'improbation, elles se sont plusieurs fois reproduites. - -On dit qu'au moment où le Duc a pris la main de lord Winchelsea, auquel -il venait de donner le bonnet de docteur, le souvenir de leur ancien duel -est venu à la pensée de tous, et que c'est là ce qui a provoqué le plus -d'applaudissements. Ils ont été non moins vifs cependant, et plus -touchants peut-être, lorsque lord Fitzroy-Somerset s'est approché du Duc, -et que, ne pouvant lui offrir la main droite, perdue à Waterloo, ce -fidèle ami et compagnon lui a tendu la gauche. Mais ce qui paraît avoir -excité un enthousiasme inouï, et avoir fait retentir la salle d'un éclat -extraordinaire et prolongé à l'infini, c'est la strophe d'une ode -adressée au Duc qui finissait par deux vers dont voici le sens: «Quel est -celui, qui, seul, a su résister à ce sombre et ténébreux génie, qui avait -bouleversé le monde, et le vaincre? C'est toi, vainqueur à Waterloo.» -Tout l'auditoire alors s'est levé spontanément, les cris, les pleurs, les -acclamations ont été électriques, et comme disait Mme de Lieven, «le duc -de Wellington peut mourir aujourd'hui et moi partir demain, car j'ai -assisté à ce que j'ai vu de plus merveilleux dans les vingt-deux années -que j'ai passées en Angleterre». - - -_Londres, 14 juin 1834._--Un improvisateur allemand, qui se nomme -Langsward, m'a été recommandé par Mme de Dolomieu. Il a fallu lui faire -honneur et réunir, assez péniblement, tous ceux qui, ici, savent quelque -peu l'allemand, pour entendre ce poète. Ce n'était pas mauvais: des -bouts-rimés, assez heureusement remplis; un morceau, en vers, sur Inès de -Castro, et plus tard, en prose, une scène populaire viennoise, indiquent -certainement de la verve et du talent. D'ailleurs, le don de -l'improvisation poétique indique, presque toujours, une faculté à part, -même dans les gens du Midi, dont la langue est, par ses seuls accents, -une vraie harmonie; à plus forte raison y a-t-il difficulté vaincue à -être poétiquement inspiré, à travers les accents moins flexibles des -langues du Nord. Cependant, les improvisateurs, même Sgricci, m'ont -toujours paru plus ou moins froids ou ridicules. Leur enthousiasme est -outré et factice, les étroits salons dans lesquels ils sont renfermés, et -qui n'inspirent, ni le poète, ni les spectateurs, rien en eux, ni autour -d'eux, ne monte au diapason poétique. Il me semble qu'il faudrait, pour -que l'enthousiasme puisse être contagieux, la campagne pour théâtre, le -soleil pour lumière, un rocher pour siège, une lyre pour accompagnement, -des événements d'un intérêt général et rapproché pour sujets, enfin un -peuple tout entier pour auditoire: Corinne si l'on veut, Homère avant -tout! Mais un monsieur en frac, dans un petit salon de Londres, devant -quelques femmes qui cherchent à s'échapper, pour aller au bal, et -quelques hommes, dont les uns songent aux protocoles de la Belgique, et -les autres aux courses d'Ascot, ne sera jamais qu'une espèce de mannequin -rimeur, fastidieux et déplacé. - -Mme de Lieven m'a montré, hier, une lettre de M. de Nesselrode, dans -laquelle il se plaint du mauvais esprit tracassier et agitateur de lord -Ponsonby, qui, ajoute-t-il, fait enrager le pauvre Divan. L'amiral -Roussin y est, comparativement, trouvé charmant. - -Dom Miguel est, décidément, embarqué, et se rend à Gênes. - - -_Londres, 15 juin 1834._--A peine dom Pedro se sent-il délivré de la -présence de son frère, et point encore sous les yeux des Cortès, qu'il se -hâte de détruire couvents, moines et religieuses. Je ne sais si cela sera -encore admiré à Holland-House, mais cela me fait l'effet d'être une folie -impie dont il pourrait bien ne pas tarder à se repentir. - -Les Rothschild, qui prétendent tout savoir, sont venus dire à M. de -Talleyrand, que le marquis de Miraflorès venait de partir pour -Portsmouth, afin d'y offrir de l'argent à don Carlos, sous la condition -qu'il signerait des engagements semblables à ceux acceptés par don -Miguel. - -M. Bignon, le jour où il a dîné, avec M. de Talleyrand, chez lord -Palmerston, a dit au premier qu'il désirait lui parler, et, avec un air -et un ton mystérieux et intime, il lui a dit: «Maintenant que j'ai dîné -chez lord Palmerston, on ne dira plus à Paris que je ne puis pas être -ministre.» Cette étrange conclusion a été suivie de blâmes indiscrets -contre le Cabinet français, et d'un peu de surprise que M. Dupin n'eût -pas fait à M. de Talleyrand des ouvertures du même genre. Il faut -convenir que rien ne saurait être plus présomptueux que cet esprit, soit -qu'il prenne la forme doucereuse et souple de M. Bignon, soit qu'il -revête la forme doctorale et rude de M. Dupin. - - -_Londres, 16 juin 1834._--A propos de M. Dupin, sa mère étant morte, à -Clamecy en Nivernais, il y a quelque temps, il a fait graver sur sa -tombe: «_Ci-gît la mère des trois Dupin._» - -Il y a d'assez bons contes ici sur lui et sur son cicerone, l'aimable -Piron. M. Ellice les menant un jour, tous deux, voir je ne sais quelle -curiosité de Londres, M. Dupin déploya, dans la voiture, un grand -mouchoir de poche, à carreaux, bien commun, et, après l'avoir étendu à -quelque distance de son visage, il cracha dedans, en visant assez juste -le milieu du mouchoir. M. Piron lui dit alors, tout haut, et avec un air -fort capable: «Monsieur, dans ce pays-ci, on ne crache pas devant le -monde.» - -Le choix de M. Fergusson, pour une des places de haute magistrature, -donne de plus en plus une couleur radicale au Cabinet anglais. Lord Grey, -sans presque s'en douter, est ainsi entraîné vers un abîme, dans lequel -le pousse sa faiblesse et que ses instincts et ses tendances naturelles -repoussent. Lord Brougham se vante d'avoir tout rajusté; lord Durham dit, -au contraire, que c'est lui seul qui a décidé tous les nouveaux arrivants -à accepter, probablement pour lui frayer la route. Celui-ci s'est, pour -le moment, retiré dans sa villa, près de Londres, d'où il dit: «J'ai fait -des Rois et n'ai pas voulu l'être.» - -Le marquis de Conyngham est désigné, dit-on, pour les Postes, sans entrée -au Conseil; c'est un choix de société dans lequel la politique semble -être hors de cause. - -Au dîner high-tory que le Lord-maire donne le 22 au duc de Gloucester, -le duc de Richmond a accepté d'être présent. Le duc de Wellington, qui, -depuis l'indigne conduite de la Cité à son égard en 1830, a juré de n'y -plus reparaître, s'est fait excuser, sans cacher son motif. Pourtant, ce -n'est plus le même Lord-maire, et probablement le Duc recevrait -aujourd'hui un accueil très flatteur, mais enfin il a fait un serment et -il veut le tenir. - -M. Backhouse, le sous-secrétaire d'État au ministère des Affaires -étrangères, a été envoyé à Portsmouth pour prendre les ordres de l'infant -don Carlos, sur tout ce qui pourrait lui être agréable, excepté cependant -de lui offrir de l'argent, cette réserve paraissant être la seule manière -d'appuyer efficacement la négociation du marquis de Miraflorès, qui, lui, -est chargé d'offrir à l'Infant, de la part de son gouvernement, une -pension annuelle de trente mille livres sterling, sous la condition de -prendre des engagements semblables à ceux de dom Miguel. On suppose que -la misère absolue dans laquelle l'Infant, sa femme, ses enfants, la -duchesse de Beïra, sept prêtres et beaucoup de dames, en tout -soixante-douze personnes, qui sont à bord du _Donegal_, se trouvent -réduits, et qui est telle qu'ils n'ont pas de quoi changer de linge, -rendra la négociation assez facile. On ne sait point encore quels sont -les projets de don Carlos, les uns disent qu'il veut se retirer en -Hollande, d'autres nomment Vienne, d'autres enfin parlent de Rome; ce -dernier projet paraît être particulièrement désagréable au gouvernement -actuel d'Espagne, mais personne n'a le droit d'influencer ce choix. - -On attend, ici, assez prochainement, M. de Palmella, qui s'y annonce -pour terminer des affaires personnelles, mais on suppose assez -généralement que c'est pour aviser aux moyens de se débarrasser de dom -Pedro dont les absurdes folies ne satisfont personne. Ce serait alors le -moment de choisir un mari à doña Maria da Gloria, et la manière, -peut-être, de débourrer cette jeune Princesse, qui n'a, encore, que les -allures d'un jeune éléphant. - -Lord Palmerston, selon ses bonnes et courtoises habitudes, avait envoyé -M. Backhouse à Portsmouth, sans en dire mot à M. de Talleyrand, qui ne -l'a appris que par le bruit public. Cela a amené un petit bout -d'explication entre lord Grey et moi. Il faut convenir qu'il est -impossible d'être meilleur, plus plein de candeur, de sincérité et de -bonnes intentions que lord Grey. Je suis sans cesse touchée de ses -qualités d'homme et frappée de son incapacité d'homme politique. Il a -encore couru après moi, sur son escalier, pour justifier lord Palmerston -sur le fait de toute mauvaise intention et pour me prier de l'excuser -près de M. de Talleyrand. J'ai répondu à cela, par le vieux dicton -français que l'enfer était pavé de bonnes intentions et j'ai ajouté en -anglais: «Well, I promise you to tell to M. de Talleyrand that lord -Palmerston is as innocent as an unborn child, but I don't believe a word -of it.» Cela a fait rire lord Grey, qui a pris le tout à merveille de ma -part, ce qu'il fait toujours. - - -_Londres, 17 juin 1834._--Don Carlos n'a pas voulu voir M. de Miraflorès, -il n'a reçu que M. Backhouse, auquel il a fait comprendre qu'il -n'accepterait pas un écu à condition de céder le plus petit de ses -droits. Il a chargé M. Sampaïo, l'ancien consul de dom Miguel à Londres, -de lui chercher une maison à Portsmouth, où il veut se reposer pendant -quinze jours, puis de lui en trouver une près de Londres pour y passer -quelque temps. - -Le gouvernement anglais attribue le refus de don Carlos à un crédit d'un -million, qu'il croit être sûr que l'Infant a trouvé à Londres chez M. -Saraiva, l'ancien ministre de dom Miguel en Angleterre: on prétend même, -ce qui est peu vraisemblable, que ce crédit lui a été ouvert par le duc -de Blacas. L'évêque de Léon, qu'on dit être un assez mauvais homme, mais -habile, à la façon d'un moine espagnol, est avec l'Infant; c'est lui qui -est le conseil et l'âme de cette cour fugitive. - -Le marquis de Conyngham, fils de la célèbre favorite de George IV, -succède décidément, à la direction des Postes, à son beau-frère, le duc -de Richmond; il est jeune, beau, élégant, homme à bonnes fortunes, -recevant et écrivant plus de billets que de lettres; aussi dit-on qu'il -est le _Post-master general of the two penny Post_. - - -_Londres, 18 juin 1834._--Il y a toujours une grande confusion, et un -conflit de juridiction, dans toutes les réunions de dames, et malgré la -présidence de la duchesse-comtesse de Sutherland, il y a eu bien des -discussions et des hésitations pour ce bracelet à offrir à Mme de Lieven. -Quelques dames se sont retirées par économie, d'autres parce qu'elles -n'étaient pas directrices de l'affaire, enfin, il en reste trente. Le -choix des pierres et la façon de les monter ont été un autre chapitre -difficile: point d'opales, la Princesse ne les aime pas; pas de rubis, -ils sont trop chers; les turquoises viennent de Russie, ce serait envoyer -de l'eau à la rivière; les améthystes de même; les saphirs, la Princesse -en possède de superbes; l'émeraude peut-être; mais non--mais oui--mais -cependant--pourquoi pas?--ce ne sera pas ce que je croyais--le péridot -n'est pas assez distingué; il faut demander à la Princesse elle-même... -C'est ce que l'on a fait; voilà le mystère éventé, la surprise finie et -une grosse perle choisie. - -Vient ensuite la question plus délicate, plus littéraire, celle de -l'inscription dédicatoire. Ces dames tiennent à ce que les mots gravés -soient en anglais; alors, en ma qualité d'étrangère, je me retire. On me -témoigne des regrets obligeants; je persiste, comme de raison, et me -voilà hors de cause. Je reste comme simple spectatrice et je ne m'en -amuse pas moins. On essaye de vingt rédactions différentes, les -poétiques, les symboliques: les unes veulent jouer sur l'image de la -perle, et disent que la perle a été choisie parce que la Princesse est la -perle des femmes, les autres trouvent que l'image ne serait pas assez -exacte pour l'adopter: on veut y mêler un petit mot adressé aux talents -politiques de la Princesse, ce qui fait rappeler à l'ordre. Il faut -encore trouver un moyen de rappeler les noms des donatrices sans blesser -les autres dames de la société anglaise. Aussi on me consulte; je réponds -que je ne sais pas assez d'anglais pour avoir un avis; on me demande ce -que je mettrais si c'était en français, je le dis, et, de guerre lasse, -on se décide à le traduire en anglais et à l'adopter. Ce sont quelques -mots fort simples: «Testimony of regard, regret and affection presented -to the princess Lieven on her departure, by some english ladies of her -particular aquaintance. July 1834.» - - -_Londres, 19 juin 1834._--Mme de Lieven, qui est venue hier matin chez -moi, et qui est dans une émotion toujours croissante à mesure que son -départ approche, emportée par l'espèce de fièvre qu'elle éprouve, m'a dit -avec amertume qu'elle était sûre qu'il y avait, outre lord Palmerston, -une seconde personne soulagée de son départ, et que c'était le Roi -d'Angleterre; qu'il s'était refusé à écrire la lettre autographe qui, -tout en mettant l'amour-propre de son ministre à couvert, aurait pu faire -revenir sur le rappel de M. de Lieven; que Palmerston avait endoctriné le -Roi sur les inconvénients qu'il y avait à la trop longue résidence des -ambassadeurs étrangers à sa Cour; qu'ils y devenaient trop initiés et y -acquéraient même une puissance réelle et importante; bref, le Roi est -charmé du départ de Mme de Lieven, et elle en fait honneur à Palmerston, -ce qui n'augmente pas son goût pour lui. Elle trouverait une consolation -à la pensée de l'abîme qui s'ouvre sous ses pieds; en effet, le -ministère, tout entier, ne paraît rien moins que solide, et le plus -ébranlé d'entre ses membres est sans doute lord Palmerston. Ses collègues -n'en font plus grand cas. Lord Grey convient qu'il parle mal aux -Communes, le Corps diplomatique déteste son arrogance, les Anglais le -trouvent mal élevé. Son seul mérite paraît, après tout, ne consister que -dans une facilité remarquable à parler et à écrire le français. Le départ -des Lieven, qui fait de la peine à tout le monde et très certainement à -lord Grey, est si généralement attribué à l'entêtement impertinent de -lord Palmerston, que personne ne cherche à dissimuler cette conviction, -pas même les ministres, ses collègues. Aussi, dans les nombreux dîners et -les réunions d'adieu qu'on offre aux Lieven, personne n'invite lord -Palmerston; c'est d'autant plus remarquable que lady Cowper est -nécessairement de tous. Il n'a pas laissé que d'en être très piqué, -surtout de la part de lord Grey. Celui-ci s'en est fait un petit mérite -près de Mme de Lieven en lui disant: «Vous voyez, j'ai réuni vos amis et -j'ai évité Palmerston.» La pauvre lady Cowper a le reflet de toute -l'humeur de lord Palmerston; on dit qu'il la lui témoigne rudement. - -Le duc de Saxe-Meiningen est arrivé, sur l'invitation du Roi, pour -escorter la Reine, sa sœur, pendant son voyage en Allemagne. Elle part, -dit-on, le 4 juillet; le Roi insiste pour que ce soit le 2: il est si -étrangement pressé de ce départ qu'il a arrangé à lui tout seul, que -beaucoup de gens croient qu'il ne laissera pas revenir la Reine de sitôt, -et que personne ne doute du plaisir qu'il anticipe à reprendre la vie de -garçon. Tout le monde tremble de ce qu'il va imaginer pour se divertir: -le genre de ses plaisirs, l'ordre des personnes qu'il y appellera, tout -cela donne à penser aux gens comme il faut, et les inquiète. Il a, -sûrement, de singulières fantaisies en tête, puisque l'autre jour, à -dîner, il a interpellé tout haut un vieux amiral qu'il a beaucoup connu -jadis, en lui demandant s'il était toujours aussi gaillard qu'il l'avait -connu; et l'amiral lui ayant répondu que l'âge des folies était passé, le -Roi a repris que, quant à lui, _il comptait bien s'y remettre_! - -C'est toujours un événement pour moi que l'arrivée d'une lettre de M. -Royer-Collard, d'abord parce que je lui suis fort attachée, puis parce -qu'il dit beaucoup en peu de mots, toujours d'une manière frappante, et -avec un ton qui n'appartient qu'à lui et qui donne longtemps à penser. -C'est ainsi que dans la lettre que je viens de recevoir, il y a ceci -plein de vérité et d'une malice de bon goût: «Il a bien de l'esprit -(c'est de Thiers dont il s'agit); il lui manque du monde, et l'expérience -que le monde donne, de la gravité et quelques _principes_; en écrivant ce -mot, il me vient à l'esprit que vous me prendrez pour un _doctrinaire_, -ce serait bien injuste, car ils sont bien exempts de _ce faible-là_.» - - -_Londres, 20 juin 1834._--Des lettres tombées en mains peu sûres ont -appris que le duc de Leuchtenberg, fatigué de l'éclat qu'avaient eu les -projets de la sœur de la duchesse de Bragance, pour lui faire épouser -doña Maria, priait la Duchesse d'y renoncer désormais, parce qu'ils -avaient inspiré trop de méfiance pour qu'ils puissent réussir; mais il -engage, en même temps, sa sœur, à songer à leur jeune frère Max qui n'a -pas éveillé de soupçons, et qu'il serait plus aisé de faire arriver au -but. Maintenant que ce second projet est dévoilé, il est probable que -son exécution sera aussi vivement contrariée que l'a été la première -intrigue de cette ex-impératrice. On la dit singulièrement active et -ambitieuse, sous des dehors très doux, très agréables et surtout très -simples. - -La conversation ayant tourné, hier au soir, dans notre salon, sur le -caractère et la position de Mirabeau, j'ai entendu M. de Talleyrand -répéter un fait curieux: c'est qu'à la Restauration, ayant été, pendant -la durée du gouvernement provisoire, en possession des archives les plus -secrètes de la Révolution, il y avait trouvé la quittance en règle donnée -par Mirabeau de l'argent reçu de la Cour. Cette quittance était motivée -et précisait les services qu'il s'engageait à rendre. M. de Talleyrand a -ajouté que, malgré cette transaction d'argent, il serait injuste de dire -que Mirabeau se fût _vendu_; que tout en recevant le prix des services -qu'il promettait, il n'y sacrifiait cependant pas son opinion; il voulait -servir la France, autant que le monarque, et se réservait la liberté de -pensée, d'action et de moyens, tout en se liant pour le résultat. D'après -cela, sans mériter le jugement extrême de bassesse et d'avilissement que -plusieurs ont porté contre Mirabeau, on peut, cependant, se permettre de -trouver que son caractère était infiniment moins élevé que son esprit. Il -appartenait, d'ailleurs, à une mauvaise race; le père, la mère, le frère, -la sœur, tous étaient ou fous, ou méchants, ou livrés à mille -turpitudes. Et cependant, malgré une déplorable réputation, arrivant -partout comme une espèce de forçat libéré, d'une laideur remarquable et -habituellement sans argent, quelle influence magique n'exerce-t-il pas? -Elle est telle, que son souvenir même l'exerce encore; que cette -prodigieuse organisation en impose; que cette verve surabondante ravit et -attache même à travers les formes ennuyeuses et fatigantes dont on l'a -emmaillotée, dans le livre que son fils adoptif vient de faire paraître. -L'authenticité des matériaux, l'abondance des citations originales, et -leur intérêt merveilleux, dédommagent souvent de la gaucherie et de la -pesanteur de la mise en œuvre. - -Il a d'ailleurs, pour moi, un mérite particulier, celui d'éclairer mon -ignorance. Je n'avais qu'une idée très vague de Mirabeau, il était resté -voilé pour moi qui connais si imparfaitement la Révolution française. -Elle est trop près de moi, pour en avoir fait l'objet d'études -historiques, et elle ne m'a pas été assez contemporaine, pour avoir -appris à la connaître pendant sa durée; quelques récits de M. de -Talleyrand, les _Mémoires_ de Mme Roland, voilà tout ce que j'en sais. -D'ailleurs, j'ai une répugnance si vive pour cette dégoûtante et terrible -époque, que je n'ai jamais eu le courage d'y arrêter ma pensée, et que -j'ai presque toujours sauté à pieds joints l'abîme qui sépare 1789 de -l'Empire. Les _Mémoires_ de M. de Talleyrand auraient pu m'éclairer sans -doute, mais je me suis trouvée trop préoccupée de l'individu pour bien -saisir la question générale. M. de Talleyrand, dans ses _Mémoires_, -apprend beaucoup mieux ce qui a amené la catastrophe qu'il n'en donne les -détails. Il était, d'ailleurs, hors de France pendant les années les plus -critiques. Son séjour en Amérique est un des épisodes les plus agréables -de ses souvenirs; c'est, pour le lecteur comme pour lui-même, un temps -de halte et de repos, qui met à l'abri des horreurs de la Convention et -fait reprendre haleine avant d'arriver aux bouleversements armés de -l'Empire. - -M. de Talleyrand a ajouté, au sujet de la quittance de Mirabeau, que, la -regardant comme un papier de famille et ne se sentant pas en droit de la -garder, il l'avait remise à Louis XVIII lui-même et qu'il ignorait ce -qu'elle était devenue. - - -_Londres, 21 juin 1834._--M. de Talleyrand avait plus de cinquante-cinq -ans lorsqu'il a commencé à écrire ses _Mémoires_ ou plutôt un petit -volume sur M. le duc de Choiseul. Partant en 1809 pour les eaux de -Bourbon-l'Archambault, il demanda à Mme de Rémusat de lui prêter un livre -à lire en route: elle lui donna l'_Histoire du dix-huitième siècle_, par -Lacretelle, ouvrage inexact et incomplet. M. de Talleyrand, impatienté -des erreurs et de l'ignorance qu'il y trouvait, mit les loisirs des eaux -à profit pour tracer un tableau rapide, vrai et parfaitement vif et animé -d'une des époques particulièrement dénaturées par Lacretelle. L'extrême -plaisir que ce petit morceau fit aux personnes qui en eurent connaissance -et l'intérêt que M. de Talleyrand trouva à l'écrire, lui donnèrent l'idée -de grouper les événements subséquents autour d'un autre personnage qu'il -avait beaucoup connu; il fit alors son morceau sur M. le duc d'Orléans, -non moins curieux que le premier, mais qu'il a, depuis, refondu aux trois -quarts dans ses propres _Mémoires_. Ceux-ci vinrent, tout naturellement, -compléter, par des souvenirs plus personnels encore, les récits des deux -époques, dont l'une avait vu préparer, et l'autre s'accomplir, la crise -dans laquelle M. de Talleyrand a pris sa place historique. C'est pendant -les quatre années de sa disgrâce près de l'Empereur Napoléon qu'il a le -plus, et j'ajouterais, le plus brillamment écrit. De 1814 à 1816, il n'a -presque rien fait pour ses _Mémoires_; plus tard, et jusqu'en 1830, il a -revu, corrigé, ajouté, complété; il a lié son morceau sur Erfurth et un -autre sur la catastrophe d'Espagne, qui a conduit Ferdinand VII à -Valençay, au corps principal de ses _Mémoires_; il les a poussés -jusqu'après la Restauration, mais toute sa correspondance durant le -Congrès de Vienne, dont les originaux sont aux Affaires étrangères, et -qui forme un curieux document, lui ayant été soustraite (c'est-à-dire les -copies), il s'est trouvé sans matériaux et sans notes pour cette époque -intéressante, et cela se sent parfois dans les _Mémoires_. - -En général, il est fâcheux que M. de Talleyrand n'ayant jamais fait de -journal ou pris des notes, et ayant la plus monstrueuse incurie et -négligence pour ses papiers, se soit trouvé, le jour où il a voulu -rassembler ses souvenirs, sans aucun autre moyen de les retrouver et d'en -suivre exactement les détails, que sa mémoire, fort bonne assurément, -mais nécessairement trop surchargée pour ne pas laisser quelquefois des -lacunes regrettables[23]. - - [23] Explication rationnelle de ce qui fit l'étonnement du - public, quand, en 1891, les _Mémoires_ du prince de Talleyrand - parurent, par les soins du duc de Broglie. La polémique qui - s'éleva alors, sur le point de savoir si M. de Bacourt n'avait - pas tronqué le texte de ces _Mémoires_, ne peut recevoir une plus - précise réponse que celle donnée par cette _Chronique_. - -J'ai souvent entendu M. de Talleyrand raconter des anecdotes très -piquantes, qui sont omises dans ses _Mémoires_, parce que, dans le moment -où il écrivait, il n'y songeait plus. J'ai eu, moi-même, le tort de ne -pas les écrire à mesure, et de m'en fier aussi à ma seule mémoire et la -mémoire est souvent bien trompeuse pour soi-même et insuffisante pour les -autres. - -M. de Talleyrand a fait, malheureusement, trop souvent, et à toute sorte -de monde, la lecture de ses _Mémoires_ ou plutôt de telle ou telle partie -de ses _Mémoires_; il les a dictés et fait recopier, tantôt à l'un, -tantôt à l'autre: cela en a publié l'existence et a éveillé l'inquiétude -politique des uns, la jalousie littéraire des autres; l'infidélité, la -cupidité ont spéculé sur leur importance. On assure, et je suis portée à -le croire, que plusieurs copies tronquées et envenimées par l'esprit -libellique et haineux de ceux qui les possèdent, existent et doivent être -publiées un jour; ce serait un malheur, non seulement à propos des -mauvaises passions que cela mettrait en jeu, mais aussi parce que ces -copies infidèles ôteraient du mérite, de la nouveauté et de la curiosité -aux _Mémoires_ authentiques, lorsqu'un jour ils paraîtront. Ils seront -comme déflorés d'avance. - -Je n'en connais pas de moins libelliques que ceux-ci. Je ne dis pas qu'il -ne s'y retrouve parfois de cette malice fine et gaie, qui est si -naturelle à l'esprit de M. de Talleyrand, mais il n'y a rien de méchant, -rien d'insultant; moins de scandale que dans aucun écrit de ce genre. -Les femmes, qui ont tenu cependant tant de place dans les habitudes -sociales de M. de Talleyrand, sont traitées par lui avec respect, ou au -moins avec grâce, mesure et indulgence. On voit qu'il est resté -reconnaissant du charme qu'elles ont répandu sur son existence; et si, un -jour, les hommes graves trouvent ces _Mémoires_ incomplets pour -l'histoire, si les hommes curieux n'y trouvent pas toutes les révélations -qu'ils y cherchaient, ils pourront peut-être en accuser l'insouciante -paresse de M. de Talleyrand; mais les femmes devront toujours lui savoir -gré de cette retenue de bon ton qui a refusé à l'insolence, à la -grossièreté, au cynisme des publicistes libelliques du temps actuel, de -nouvelles armes pour calomnier ou médire. - - -_Londres, 22 juin 1834._--Sir Robert Peel, chez lequel j'ai dîné hier, me -faisait observer que M. Dupin, qui y dînait aussi, ressemblait bien plus -à un Américain qu'à un Français. C'est à peu près le plus mauvais -compliment qui puisse sortir de la bouche d'un Anglais bien élevé! Sir -Robert Peel m'a paru être tout particulièrement _in good spirits_. Le -soin qu'il a mis à me questionner sur les membres du ministère français, -et à insister sur son goût et son admiration pour M. de Talleyrand, m'a -fait penser qu'il pouvait bien y avoir là quelque idée d'être bientôt en -position d'avoir des affaires à traiter directement avec eux. J'ai -demandé à sir Robert Peel s'il trouvait les allures et le ton de -discussion changés, depuis le Parlement réformé. Il m'a répondu que oui, -jusqu'à un certain point; mais que ce qui le frappait surtout, c'était -le manque absolu de talents nouveaux, dans cette nouvelle émission de -membres, dans la Chambre des Communes. Il m'a semblé en être au moins -aussi satisfait que surpris; il a, en effet, de fort bonnes raisons pour -désirer que les anciennes célébrités parlementaires ne soient pas -effacées. - -Sa maison est une des plus jolies, des mieux arrangées, des plus -heureusement situées de Londres; pleine de beaux tableaux, de meubles -précieux, sans faste, sans ostentation; le meilleur goût a présidé à tout -et ne laisse percevoir aucune trace de l'obscure origine de sir Robert. -La modeste et noble figure de lady Peel, le calme et la douceur de ses -manières, les intelligentes figures de ses enfants, le luxe des fleurs -dont la maison est parfumée, le grand balcon d'où on domine la Tamise, -d'où on aperçoit Saint-Paul et Westminster, tout ajoute à l'ensemble et -le rend aussi agréable que complet. Hier, par une belle soirée, vraiment -chaude, avec la double lumière d'un beau clair de lune, et du gaz -éclairant tant d'édifices et de ponts, dont les arches se reflétaient -dans la rivière, on pouvait se croire partout ailleurs que dans la -brumeuse Angleterre. - - -_Londres, 23 juin 1834._--Lord Clanricarde, gendre de M. Canning, qui -avait une place dans la maison du Roi, a donné sa démission, par humeur -de n'avoir pas les Postes, qu'on a donné à lord Conyngham. - -Le grand dîner conservatif de la Cité, d'avant-hier, a été remarquable -surtout par la présence du duc de Richmond et sa réponse au Lord-maire, -lorsque celui-ci a porté la santé du duc de Wellington et des nobles -Pairs présents; le duc de Richmond a répondu par une sorte de profession -de foi de son attachement _to Church and State_, et, lorsque le -Lord-maire a porté la santé du comte de Surrey, fils aîné du duc de -Norfolk, membre de la Chambre des communes, mais qui n'est pas -conservatif et qui est catholique, le Comte a répondu qu'il avait la -conviction que la Chambre des communes ne se montrerait pas moins zélée -que la Chambre Haute, pour le maintien _de l'Église; oui, de l'Église et -de l'ancienne constitution du pays_. Les applaudissements ont été -immenses. - -Il paraît que tout tend, de plus en plus, à rapprocher M. Stanley de sir -Robert Peel, et qu'on espère que cette réunion, qui est déjà fort -avancée, amènera une dissolution du Cabinet actuel; mais on ne veut pas -de trop brusques transitions, pour ne pas effaroucher John Bull, qui -n'aime pas les Cabinets de coalition. - - -_Londres, 25 juin 1834._--Il y a, chaque année, dans les grandes villes -des Comtés d'Angleterre, ce qu'on appelle ici des _musical festivals_: on -y exécute, en général, de grands oratorios; les artistes célèbres, de -tous les pays, y sont appelés et payés très chèrement. Ces fêtes durent -plusieurs jours; tout le beau monde se rend des différents points du -Comté au chef-lieu; cela se passe dans les églises, où on se rassemble le -matin, et les soirées sont consacrées à des divertissements plus -mondains. Ces fêtes sont, après les courses de chevaux, ce qui attire le -plus de monde. - -A Londres, ce festival n'a lieu que tous les cinquante ans: c'était hier -cet anniversaire. Toute la Cour y a été, solennellement, et doit y -retourner les trois autres jours. Westminster était rempli, et quoique -moins imposant qu'au couronnement du Roi, le coup d'œil était cependant -fort brillant encore; les arrangements bien pris, point de foule, ni -d'embarras; c'était très bien. Le nombre des musiciens était énorme: tant -chanteurs qu'instrumentistes, il y en avait sept cents. Mais, -malheureusement, l'église de Westminster est si haute, et construite si -en opposition avec tout effet musical, que ce nombre prodigieux de voix -et d'instruments qui, disait-on, ferait crouler l'édifice, ne le -remplissait même pas assez. C'est surtout pendant la première partie de -la _Création_, de Haydn, que c'était extrêmement sensible. Le _Samson_, -de Haendel, d'une création plus large et plus puissante, convenait mieux -à la circonstance. La _Marche funèbre_ m'a fait beaucoup d'impression, et -l'air de la fin, chanté par miss Stevens, avec accompagnement obligé de -trompettes admirablement exécuté, a été une belle chose. Mais le grand -tort, pour l'effet général, a été d'avoir placé les chanteurs si bas, que -leurs voix étaient perdues, avant d'avoir pu s'élever vers la voûte, et -d'y avoir trouvé leur point de répulsion. Je crois, aussi, que l'orgue -peut, seul, suffisamment remplir les vastes cathédrales; tous les -orchestres du monde restent maigres, et hors du style voulu, et j'ai -regretté qu'on ne l'eût pas employé hier, pour l'effet de l'ensemble, -qui aurait été plus riche et plus frappant. J'ai été jusqu'à trouver -quelque chose de choquant à cette musique de concert dans une église; -cela m'a produit l'effet que pourrait faire un éloge académique, quelque -noble et beau qu'il pût être, en chaire, à la place d'une oraison -funèbre. - - -_Londres, 24 juin 1834._--M. de Talleyrand disait hier, à propos de -quelques Français: «C'est prodigieux, ce que la vanité dévore d'esprit.» -Il me semble que rien n'est plus vrai, surtout dans l'application qu'il -en faisait. - -On annonce à M. de Talleyrand l'ordre du Sauveur, de Grèce, et celui du -Christ, de Portugal. A l'occasion de ce dernier, il m'a raconté que, du -temps de l'Empire, lorsque les ordres pleuvaient sur lui de toutes parts, -le comte de Ségur, grand maître des cérémonies, se montrant un peu triste -de n'en recevoir aucun, M. de Talleyrand pria l'Empereur de lui permettre -de donner à M. de Ségur celui du Christ, qu'il venait de recevoir; ce qui -fut fait, et à la grande satisfaction de M. de Ségur, qui, depuis, ne -manquait jamais de se parer de son grand cordon. - - -_Londres, 2 juin 1834._--Feu lord Castlereagh parlait un français très -original: il disait à Mme de Lieven que ce qui lui faisait trouver le -plus de plaisir dans sa conversation, c'est que son esprit devenait -_liquide_ près d'elle; et lui parlant, un jour, de l'union qui régnait -entre les grandes puissances, il lui dit qu'il était charmé qu'elles -fussent toutes _dans le même potage_, traduction un peu trop littérale de -l'anglais, _in the same mess_! - -J'ai causé longtemps, hier, avec mon cousin Paul Medem; il comprend fort -bien les difficultés de sa position, qui commencent par les regrets si -vifs qu'éprouvent M. et Mme de Lieven à lui céder la place. Ce qui les -aplanira en partie, c'est la recommandation fort sage de l'Empereur de -Russie, de rester parfaitement étranger à la politique intérieure de -l'Angleterre, de ne se faire ni whig, ni tory; et, à cette occasion, il -m'a dit aussi que le vrai motif qui l'avait fait préférer à Matuczewicz, -pour succéder à M. de Lieven, c'était la couleur marquée et tranchante -que celui-là avait pris en Angleterre, où il avait fait de la politique -anglaise comme John Bull lui-même. - - -_Londres, 28 juin 1834._--Le Roi d'Angleterre est souffrant, et la hâte -qu'il avait de voir partir la Reine s'est, tout à coup, changée en un vif -regret de son éloignement. Elle a fait alors l'impossible pour qu'il lui -permît de rester, mais le Roi a répondu qu'il était trop tard pour -changer d'avis, que tout était prêt, il fallait partir; que de rester -maintenant prêterait à mille conjectures fâcheuses qu'il fallait éviter; -«d'ailleurs», a-t-il ajouté, «s'il y a bientôt quelque changement -ministériel, il vaut mieux que vous soyez absente, pour qu'on ne puisse -pas dire, comme on l'a fait il y a quelques années, que vous m'aviez -influencé.» Le Roi a dit, le même jour, en parlant de ses ministres: «_I -am tired to death by those people_,» et, sur l'observation qu'il était -alors bien singulier qu'il les gardât, il a répliqué, avec assez de bon -sens: «Mais lorsque, il y a deux ans, j'ai appelé les _tories_, ils m'ont -planté là au bout de vingt-quatre heures et m'ont rejeté aux _whigs_; -c'est ce qui ne doit pas arriver une seconde fois; aussi ne ferai-je plus -rien, ni pour ni contre, et je les laisse se débattre comme ils -l'entendent.» Et cela n'arriverait plus comme la dernière fois, car c'est -le refus de sir Robert Peel d'entrer alors au ministère, qui a fait -échouer la combinaison; aujourd'hui, il est prêt à accepter l'héritage, -et le public assez bien préparé à le lui voir saisir. - -Il est fort question de la guerre intestine du Cabinet. Il paraît que -lord Lansdowne ne veut pas rester avec M. Ellice, surtout après la -déclaration faite par celui-ci, qu'il partageait les principes de M. -O'Connell. On dit aussi que lord Grey ne s'arrange pas de M. Abercromby. -Enfin, le manque d'ensemble dans le Cabinet est sensible pour le public, -et je crois qu'il est assez habilement exploité par le parti -conservateur. Le prince de Lieven a présenté hier Paul Medem à lord Grey, -qui s'est montré très embarrassé, et qui, après un assez long silence, -n'a trouvé à lui parler que de la France, de M. de Broglie, de M. de -Rigny, des élections, etc., enfin, comme il aurait pu faire avec un -chargé d'affaires de France; mais pour celui de Russie, arrivant de -Pétersbourg, c'était vraiment étrange. Lord Grey a fait des éloges -excessifs de Broglie, et des questions froides et défiantes sur Rigny. - - -_Londres, 29 juin 1834._--Il est assez singulier que, dans les -circonstances actuelles, lady Holland, qui a, du reste, toujours fait -profession d'amitié pour lord Aberdeen, malgré la différence de leur -politique, ait demandé à M. de Talleyrand de le rencontrer, à dîner, chez -elle! - -J'ai pris, hier, congé de la Reine: tout m'a semblé irrévocablement fixé -pour son départ. - -Don Carlos et sa suite sont établis à Gloucester-Lodge, jolie maison -située dans un des faubourgs de Londres, qu'on appelle Old Brompton. -Cette maison, qui appartient maintenant à je ne sais qui, a été bâtie par -la mère du duc de Gloucester actuel, d'où lui vient le nom qu'elle porte. -Cette grande proximité de Londres, dans laquelle don Carlos s'est placé, -gêne et embarrasse tous les membres du Corps diplomatique, dont les Cours -ont laissé dans le vague les relations avec l'Espagne. Les signataires de -la Quadruple Alliance sont, nécessairement, hors de cause. - - -_Londres, 30 juin 1834._--Le marquis de Miraflorès ne fait pas de grands -progrès dans le _démené_ du monde. L'autre jour encore, il en a -singulièrement manqué: c'était chez le Chancelier, lord Brougham; il -venait de causer avec M. de Talleyrand qui, en se retournant pour s'en -aller, se trouva en face de Lucien Bonaparte. On se salue et on se -demande réciproquement, poliment, mais froidement, des nouvelles l'un de -l'autre. M. de Talleyrand allait avancer pour se retirer, quand il se -sent arrêté par le ministre d'Espagne qui, très haut, demande à -l'ambassadeur de France de le présenter à Lucien Bonaparte! Rien n'y -manque! - -Le duc de Wellington, que j'ai vu hier à un concert en l'honneur de Mme -Malibran, m'a dit qu'il avait été le matin chez don Carlos, avec lequel -il avait eu une très étrange conversation. Il n'a pas pu me la raconter, -à cause de tout ce qui nous entourait et nous écoutait, mais il m'a dit -cependant que rien n'égalait la saleté, la pauvreté et le désordre de ce -Roi et de cette Reine d'Espagne et des Indes! Cela étonnait d'autant plus -le Duc, qu'ayant trouvé de l'argent ici, ils auraient bien pu acheter -quelque peu de linge et de savon. Le Duc ne m'a dit, de leur -conversation, que ceci: c'est que, d'abord, il leur avait dit la vérité, -ce que le Duc fait toujours, et qu'ayant rencontré là un prêtre, il lui -avait dit: «Voyez-vous, le bon Dieu fait sûrement beaucoup pour ceux qui -l'invoquent, mais il fait encore plus pour ceux qui font quelque chose -eux-mêmes pour leur propre service.» Le prêtre n'a rien répondu, si ce -n'est qu'ils avaient un proverbe espagnol qui disait la même chose. - - -_Londres, 1er juillet 1834._--Nous avons reçu hier la nouvelle de la mort -de Mme Sosthène de La Rochefoucauld, événement qui prouve que j'ai raison -de soutenir qu'il n'y pas de malades imaginaires. En effet, rien n'est si -ennuyeux et si fatigant pour soi-même que de s'observer, de se priver et -de se plaindre; comment, à la longue, jouer un pareil rôle, sans y être -condamné par quelque avertissement intérieur et douloureux? Mais il y a -deux choses que le monde conteste toujours: ce sont les chagrins et les -souffrances d'autrui, tant on craint d'être obligé de plaindre et de -soigner; il est plus commode de nier un fait que de lui porter un -sacrifice. J'ai passé ma vie à entendre grogner contre Mme Sosthène; on -l'appelait une langoureuse, une plaignante, qui, au fond, était forte -comme un Turc. Lorsqu'on n'a pas les apparences délicates, et même -souvent lorsqu'on les a, il faut mourir pour qu'on consente à croire que -vous étiez réellement malade. Le monde ne vous gratifie que trop de sa -curiosité, de son indiscrétion, de ses jugements téméraires et -calomnieux, mais sa compassion, comme son indulgence, n'arrive qu'après -coup et lorsque vous n'en avez plus que faire. - -M. de Montrond parle de retourner à Louèche pour mettre sa pauvre machine -dans une piscine, dans laquelle il ne serait pas mal de plonger aussi son -âme, si faire se pouvait. Il a fait _fiasco_ ici à ce voyage, bien plus -encore que l'année dernière. Quand on se survit à soi-même, comme -fortune, santé, esprit et agrément, et qu'il ne reste pas même un peu de -considération, comme reflet du passé qui vous échappe, on offre le plus -déplorable spectacle. Je disais un jour à M. de Talleyrand, qu'il me -semblait qu'il ne restait plus à M. de Montrond qu'à se brûler la -cervelle: il me répondit qu'il n'en ferait rien, parce qu'il n'avait -jamais pu s'imposer la moindre privation, et qu'il ne s'imposerait pas -plus la privation de la vie que toute autre. - -Mme de Montrond, qui avait divorcé d'avec son premier mari[24] pour -épouser M. de Montrond, me racontait un jour, après son second divorce, -et lorsqu'elle avait repris son nom d'Aimée de Coigny, que, se promenant, -une fois, en phaéton avec M. de Montrond qui conduisait lui-même, elle -admirait ses deux jolis chevaux anglais, louait la promenade, la voiture, -le conducteur: «Quel triste plaisir», reprit-il, «c'est par deux jeunes -tigres qu'il faudrait se faire traîner; les exciter, les dompter et les -tuer ensuite.» C'est bien là le langage d'une nature insatiable. - - [24] Le duc de Fleury, petit-neveu du Cardinal. - - -_Londres, 2 juillet 1834._--La Reine part décidément le 5; elle -s'embarque sur le yacht _Royal-George_, que l'on va voir, par curiosité, -ainsi que deux superbes bateaux à vapeur destinés à remorquer au besoin -le yacht de la Reine. Tout le Yacht-Club doit l'escorter, ce qui couvrira -la mer du Nord d'une charmante petite flottille. La Reine doit débarquer -à Rotterdam, dans la journée du 6, et aller incognito le même soir chez -sa sœur, la duchesse de Weimar, qui habite dans les faubourgs de la -Haye. Je sais que le prince d'Orange doit s'y trouver, comme par hasard; -la princesse d'Orange est en Allemagne chez sa sœur. - - -_Londres, 3 juillet 1834._--Lord Grey est devenu extrêmement irritable et -nerveux: hier, à dîner, chez lord Sefton, il était, comme on dit ici, -tout à fait _cross_, parce qu'on dînait plus tard que de coutume, parce -que lady Cowley, personne spirituelle et causante, mais grande _tory_, -était là, et parce qu'enfin tout le monde était très paré pour aller au -bal du duc de Wellington. Il est vraiment singulier qu'un homme de la -position élevée et du très noble caractère de lord Grey, soit aussi -sensible à des petitesses, et d'une susceptibilité nerveuse aussi -puérile. - -Le duc de Wellington a donné un fort beau bal, magnifique, brillant et -très bien ordonné. Chacun avait fait de son mieux pour ne pas le déparer, -et il m'a paru qu'on y avait réussi. - -M. Royer-Collard m'écrit ceci: «L'aspect des élections est trompeur; -elles sont en réalité beaucoup moins ministérielles qu'elles ne le -paraissent; la prochaine session sera laborieuse; le Ministère s'y -attend. Le grand nombre des coalitions est un symptôme très grave. Quelle -doit être la violence des haines qui ont formé cette alliance!» Plus bas, -il dit ceci: «On sait à peu près ce que dira ou fera une personne connue, -dans des circonstances données: M. Dupin échappe à cette divination. La -témérité de ses paroles ne se peut prévoir; elle est ici la même qu'à -Londres, et elle rend impossible qu'il arrive jamais aux affaires.» - - -_Londres, 4 juillet 1834._--La Reine a dit l'autre jour quelque chose qui -a paru assez ridicule à la personne à laquelle elle l'a dit et que je -comprends, moi, à merveille, probablement de par l'_allemanderie_, comme -dirait M. de Talleyrand. Elle disait donc que, pendant les seize heures -qu'elle a passées la semaine dernière à l'abbaye de Westminster, durant -les grands oratorios qu'on y a exécutés, elle avait eu plus de temps et -de recueillement pour réfléchir sur sa position et faire des retours sur -elle-même qu'elle n'en avait dans l'habitude de sa vie, et qu'elle en -avait retire et fait des découvertes: qu'elle avait trouvé, par -exemple, qu'elle était plus attachée au Roi qu'elle ne le savait -peut-être elle-même, qu'elle se croyait aussi plus nécessaire à son mari -qu'elle ne l'avait supposé, et qu'elle avait compris, enfin, que sa vraie -et seule patrie était désormais l'Angleterre; que tout cela lui rendait -son départ particulièrement pénible, mais qu'elle avait cependant une -consolation: c'était de penser que le Roi serait d'autant plus disposé à -seconder un changement de ministère, qu'on ne pourrait pas supposer qu'il -cédât à son influence à elle. Il y a beaucoup, et peut-être un peu trop -de sincérité dans de pareilles ouvertures de cœur, mais en elles-mêmes, -je trouve toutes ces pensées très naturelles, et je comprends -parfaitement qu'elles aient été inspirées par les lieux et les -circonstances indiqués plus haut. - -Du reste, le Roi, de son côté, donne aussi d'assez étranges explications -de ses regrets du départ de la Reine, qui deviennent, de moment en -moment, plus vifs. C'est ainsi qu'il disait hier à Mme de Lieven: «Je ne -pourrais jamais vous faire comprendre, Madame, tous les genres d'utilité -dont la Reine est pour moi.» La rédaction est bizarre et pas mal -ridicule. Le Roi a une goutte molle dans les mains, qui lui en rend -l'usage difficile, l'empêche de monter à cheval, souvent d'écrire, le -fait beaucoup souffrir quand il est obligé de donner un grand nombre de -signatures, et le rend, pour les détails les plus intimes, dépendant de -son valet de chambre. Tous ses beaux projets de reprendre la vie de -garçon et de se divertir à tort et à travers, il n'en est plus question, -et si peu, que le Roi a fini ses épanchements à Mme de Lieven en lui -disant qu'aussitôt la Reine partie, il allait s'établir à Windsor, pour -n'en pas sortir, et y vivre en ermite, jusqu'au retour de la Reine. - -Le départ de cette Princesse, qui a lieu demain matin à Wolwich, sera -vraiment magnifique, puisque, outre son vaisseau, les deux grands bateaux -à vapeur et tout le Yacht Club, le Lord-maire, avec toutes les -corporations de la Cité, dans leurs barges de gala, accompagneront la -Reine, pour lui faire honneur, jusqu'à l'endroit de la rivière où la -juridiction finit. On dit aussi qu'une flottille hollandaise doit venir à -sa rencontre. - -Almacks, le célèbre Almacks[25], qui depuis vingt ans fait le désespoir -du petit monde, l'objet de l'émulation et des désirs de tant de jeunes -personnes de la province; Almacks, qui donne ou refuse le brevet de la -mode; Almacks, gouvernement absolu par excellence, modèle du despotisme -et du bon plaisir de six dames les plus exclusives de Londres; Almacks, -comme toutes les institutions modernes, porte en lui le germe de sa -destruction. Après le relâchement dans sa police intérieure, est venue -une violation de ses privilèges, puisque le duc de Wellington a osé -donner un bal le mercredi, jour sacré, voué exclusivement à Almacks; et -enfin la désunion et les conflits de juridiction s'étant élevés dans le -_Conseil des six_, nous sommes menacés de voir crouler, avec la -Constitution de l'État et celle de l'Église, si ébranlées en ce moment, -cet Almacks où les jeunes personnes trouvaient des maris, les femmes un -théâtre pour leurs prétentions, les romanciers les scènes les plus -piquantes de leurs récits, les étrangers leurs données sur la société, et -tout le monde enfin un intérêt plus ou moins avouable pendant la saison -par excellence. - - [25] Almacks était une académie mondaine, qui rassemblait le haut - monde de Londres et était patronnée par six dames de la haute - société. Le début à l'Almacks sacrait l'homme du monde. - -C'est lady Jersey qu'on accuse d'avoir été l'esprit subversif. Les chefs -d'accusation contre elle sont nombreux: s'être refusée à l'admission de -nouvelles patronnesses, qui, plus jeunes et plus gaies que les anciennes, -auraient ranimé la mode qui pâlit; avoir donné avec une facilité très -coupable des billets à des gens peu élégants; avoir soustrait ses listes -à l'investigation de ses collègues, et, après avoir elle-même introduit -du pauvre monde à ces bals, les avoir décriés; ne s'y être plus rendue -elle-même, malgré sa qualité de patronnesse; avoir décidé le duc de -Wellington à donner une fête un mercredi; avoir voulu forcer les autres -patronnesses à remettre Almacks à un autre jour; et enfin, non contente -d'avoir bouleversé ainsi toutes les traditions les plus sacrées de -l'institution, d'avoir écrit un billet, ou plutôt un manifeste arrogant -et ridicule, à la spirituelle lady Cowper, pour se plaindre qu'au mépris -de ses intentions, Almacks eût eu lieu concurremment avec le bal du duc -de Wellington, et pour menacer le Comité de son indignation et de sa -retraite! On s'attend qu'à la première réunion de ces dames, il y aura un -beau tapage féminin. J'avoue que s'il y avait là une tribune pour le -public, j'y porterais ma curiosité. - -Il faut convenir que lady Jersey porte l'aveuglement de sa vanité au delà -de toutes les bornes: un manque complet d'esprit, une origine -bourgeoise[26], des richesses mal gouvernées, un mari trop doux, une -beauté plus conservée que parfaite, une santé inaltérable, une activité -fatigante, lui ont persuadé qu'elle avait assez d'argent pour se passer -toutes ses fantaisies, assez de beauté pour désespérer ou combler les -désirs de tous les hommes qui l'environnent, assez d'esprit pour -gouverner le monde, et assez d'autorité pour être toujours, partout et -sans concurrence, la première, dans la faveur des Princes, dans la -confiance des hommes d'État, dans le cœur des jeunes gens, dans -l'opinion même de ses rivales. Elle se croit une existence incontestable -en supériorité, qui rendrait la modestie oiseuse et la ferait paraître de -l'hypocrisie; aussi elle s'en dispense parfaitement. Elle parle de sa -beauté, qu'elle détaille avec complaisance, comme de celle de la fameuse -Hélène des Troyens; son esprit, sa vertu, sa sensibilité, tout a son -tour; sa piété même arrive correctement le dimanche et finit le lundi; -sans mesure, sans esprit, sans générosité, sans bienveillance, sans -grâce, sans droiture, sans dignité, elle est moquée ou détestée, évitée -ou redoutée; à mon gré, une mauvaise personne pour le cœur, une sotte -personne pour l'esprit, une dangereuse personne pour le caractère, une -fatigante personne pour la société, mais au demeurant, comme on dit, la -meilleure fille du monde. - - [26] Lady Jersey était, par sa mère, petite-fille du banquier - Robert Child. - - -_Londres, 6 juillet 1834._--Les démentis un peu rudes qui ont été -échangés à la Chambre des Communes entre M. Littleton, secrétaire pour -l'Irlande, et M. O'Connell, n'ont pas eu bien bonne grâce et ont mis -l'indiscrétion du premier et le manque de délicatesse du second fort au -jour! On s'attendait qu'après de pareilles scènes, il y aurait une petite -explication armée entre les deux champions, et que M. Littleton donnerait -sa démission ou serait congédié. Mais l'épiderme politique n'est ni bien -fin ni bien sensible; le calus se forme trop vite dans les habitudes -parlementaires; l'ambition et l'intrigue détrônent promptement toute -délicatesse, parfois tout honneur. - -M. Stanley, dans l'éternelle question du clergé d'Irlande, a fait encore -un grand discours avant-hier, et pour le coup en cassant les vitres, et -en jetant le gant au ministère, dont il faisait naguère partie. C'était -si naturel à prévoir que je me suis émerveillée de la niaiserie des -ministres et de leurs amis, qui soutenaient, à perdre haleine, que M. -Stanley resterait leur ami et leur défenseur, après sa retraite comme -avant. Comme s'il n'y avait d'autres liens parmi les hommes politiques -que celui d'une ambition commune! - -Le ministre de Naples a cru devoir se rendre chez don Carlos près duquel -il a été appelé, mais bien décidé à ne pas préjuger les intentions de sa -Cour et à ne donner à don Carlos que le titre de «Monseigneur»; mais, -arrivé à Gloucester-Lodge, il a été solennellement introduit auprès du -Prince, qui se tenait debout, au milieu de toute sa Cour, les Princesses -à ses côtés, si noires, si laides, avec des yeux si africains, que le -pauvre vieux Ludolf s'est troublé et qu'entendant tout le monde crier -«_le Roi_» et voyant ces quatre terribles yeux noirs de bêtes féroces -féminines se fixer sur lui avec fureur, il a cru que, s'il se bornait au -«Monseigneur», il verrait son heure dernière, ce qui lui a fait donner du -_Roi_ et de la _Majesté_ à tour de bras, heureux d'être échappé sain et -sauf de cette tanière! - -La princesse de Lieven nous a fait passer une très agréable journée, -hier, à la campagne. La société était de bonne humeur et de bon goût: la -Princesse, lady Clanricarde, M. Dedel, le comte Pahlen, lord John Russell -et moi. Le temps était superbe, à deux pluies d'orage près, que la -compagnie a prises en bonne humeur. Nous avons dîné à Burford-Bridge, -jolie petite auberge au pied de Box-Hill, que la chaleur ne nous a permis -de gravir qu'à moitié. Nous avons aussi visité _the Deepdene_[27], -campagne de M. Hope, qui mérite bien son nom: la végétation est belle, -mais le lieu est bas et triste; la maison a des prétentions égyptiennes -grotesques et laides. - - [27] Cette campagne appartient encore à la famille Hope. La - maison contient une galerie de tableaux remarquable. Le parc et - les jardins à l'italienne sont parmi les plus beaux de - l'Angleterre. - -Denbies[28] à M. Denison, où nous avons été ensuite, est admirable de -position; la vue est riche et variée, mais la maison est peu de chose, du -moins à l'extérieur. Tout ce côté-là est assez pittoresque et même -beaucoup pour être si près d'une grande ville comme Londres. La partie -sans contredit fut agréable, et le souvenir m'en plaît. - - [28] Denbies appartient maintenant à M. G. Cubitt. Cette - habitation est située près de Dorking dans le comté de Surrey. - - -_Londres, 7 juillet 1834._--Le duc de Cumberland annonce l'intention -d'aller chez don Carlos, ce qui déplaît fort au Roi. Le duc de Gloucester -en serait tenté aussi, mais il n'a pas voulu y aller sans prévenir le -Roi, qui l'a prié de n'en rien faire. - -Voici exactement ce qui s'est passé entre l'infant don Carlos et le duc -de Wellington. L'Infant avait d'abord envoyé l'évêque de Léon au Duc, -auquel il a paru un gros prêtre assez commun, mais avec plus de bon sens -que le reste de la compagnie. L'évêque a engagé le Duc à venir voir son -maître et à lui donner ses avis. Le Duc a décliné de donner des avis sur -une position dont les détails et les ressources lui étaient inconnus, -mais il n'a pas cru pouvoir refuser d'aller chez don Carlos. Il y a été, -et le singulier dialogue suivant s'est passé entre eux: - -DON CARLOS.--Me conseillez-vous d'aller, par mer, rejoindre -Zumalacarreguy en Biscaye? - -DUC DE WELLINGTON.--Mais avez-vous les moyens de vous y transporter? -(_Point de réponse..._) Avez-vous un port de mer à vous, où vous soyez -sûr de pouvoir débarquer? - -D. C.--Zumalacarreguy m'en prendra un. - -D. DE W.--Mais, pour cela, il lui faudra quitter la Biscaye. Et -d'ailleurs, n'oubliez pas que, d'après le Traité de la Quadruple -Alliance, l'Angleterre ne vous laissera pas reprendre la route d'Espagne, -puisqu'elle s'est engagée à vous expulser de ce pays. - -D. C.--Eh bien! j'irai par la France. - -D. DE W.--Mais la France a pris les mêmes engagements. - -D. C.--Que ferait donc la France si je la traversais? - -D. DE W.--Elle vous arrêterait. - -D. C.--Quel effet cela ferait-il auprès des autres puissances? - -D. DE W.--Celui d'un Prince aux arrêts. - -D. C.--Mais s'il y avait un changement de ministère, ici, on me -rétablirait en Espagne. - -D. DE W.--Beaucoup d'intrigants, et du plus haut rang, chercheront à vous -le persuader, et je ne puis trop vous prémunir contre de semblables -illusions. L'Angleterre a reconnu Isabelle II et ne peut plus revenir sur -cette reconnaissance, ni sur les engagements pris par le traité. Je vous -dis, peut-être, des choses désagréables, mais je crois que c'est le plus -grand service à vous rendre. Je connais bien ce pays-ci; vous n'avez rien -à en attendre. Je suis même étonné que vous l'ayez choisi pour votre -résidence après le traité que mon gouvernement a signé. Vous seriez, ce -me semble, à beaucoup d'égards, infiniment mieux en Allemagne. Je ne -connais pas la force de votre parti en Espagne, ni ses chances de succès; -mais je ne crois pas qu'il vous vienne jamais d'équitables et efficaces -secours que de l'Espagne elle-même.» - -Telle est cette conversation qui m'a paru très curieuse, parce qu'elle -témoigne de l'étrange ignorance de l'un, et de la simple droiture de -l'autre. Le Duc a été extrêmement frappé de l'espèce de crétinisme de ce -malheureux Prince, qui n'a rien su, rien appris, rien compris; qui n'a ni -dignité, ni courage, ni adresse, ni intelligence, et qui semble -réellement être à la dernière marche de l'échelle humaine. On dit que -les Princesses, les enfants, tous ceux enfin qui sont autour de lui, sont -à peu près de la même sorte. Cela fait beaucoup de pitié. - -Le duc de Wellington ne croit pas au million envoyé par M. de Blacas; il -pense que c'est plutôt le clergé espagnol qui aura envoyé quelque argent. - -J'ai dit au Duc que j'avais vu beaucoup de personnes extrêmement -curieuses de savoir quel titre il avait donné à don Carlos, lorsqu'il -avait été chez lui; il m'a dit alors: «Vous voyez, par ce que je viens de -vous raconter, que je pourrais faire imprimer la conversation que j'ai -eue avec ce Prince: elle n'a rien de choquant pour personne. Du reste, -cette curiosité me rappelle celle qu'avaient tous les Espagnols, pendant -la guerre de la Péninsule, de savoir de quelle manière je qualifiais -Joseph Bonaparte, lorsque je communiquais avec lui, ce qui m'arrivait -souvent. Ses correspondances françaises étaient souvent interceptées, et -on me les apportait; elles contenaient beaucoup d'informations qu'il ne -fallait pas qu'il reçût, mais il s'y trouvait aussi des nouvelles de sa -femme et de ses enfants dont je n'aurais pas voulu le priver, et que je -lui faisais passer par les avant-postes français. J'écrivais alors au -général français et je lui disais: «Faites savoir au Roi que sa femme, ou -sa fille aînée, ou sa fille cadette, va mieux, ou moins bien; qu'elles -sont parties pour la campagne», ou autres choses semblables; je ne disais -jamais _Roi d'Espagne_ et j'adressais mes messages à des généraux -français, mais non à des généraux espagnols joséphinos. Ainsi, il n'y -avait, dans ce titre de Roi, aucune reconnaissance à inférer. C'était -une politesse et voilà tout: elle ne pouvait tirer à conséquence.» Le Duc -m'a laissé ainsi à mes propres conclusions sur la manière dont, en voyant -don Carlos, il l'a nommé. - -Tous ces pauvres Espagnols ont été hier au Grand Opéra, où ils ont, comme -de raison, excité une grande curiosité! - -On me mande, de Paris, qu'on y est en enfantement d'un gouverneur -d'Alger. Le maréchal Soult voudrait y envoyer un maréchal de France, -d'autres veulent un personnage de l'ordre civil pour y placer le duc -Decazes qui le demande à cor et à cri et auquel Thiers, notamment, l'a -promis. C'est assez drôle, un favori de Louis XVIII se rabattre sur -Alger! Je me souviens d'un temps où on songeait aussi à le transporter -fort loin, et où Alger, avec son dey, son esclavage et son cordon, aurait -paru une assez bonne combinaison au Pavillon Marsan. Oh! les drôleries, -les singularités, les contrastes, les catastrophes, n'ont pas manqué dans -les années que j'ai vues se succéder, et dont le nombre me paraît souvent -doublé et triplé, quand je songe à l'immensité de faits accomplis, de -destinées détruites, de bouleversements et de réédifications qui les ont -signalées. - - -_Londres, 8 juillet 1834._--Le ministère anglais ne sait ni vivre ni -mourir. Chaque jour démolit une partie de l'édifice; il est impossible -que le Cabinet ne se sente pas ébranlé dans ses fondements et cependant, -contre toutes les traditions parlementaires, il reste en dépit des -démentis, des indiscrétions, des petites lâchetés des uns, des petites -trahisons des autres. Les faussetés royales même ne manquent pas; les -conservateurs sont prêts à recueillir une succession que tout leur -promet, mais dont ils aiment mieux hériter par voie de douceur que de -l'arracher aux mourants. En attendant, rien ne se fait, rien ne se -décide, et le public étonné regarde, attend et ne comprend pas. Lord -Althorp annonce que M. Littleton a offert sa démission qui n'est point -acceptée par lord Grey; celui-ci nie telle déclaration du Cabinet, que le -duc de Richmond déclare avoir été prise, chose qu'il affirme, -ajoute-t-il, avec la permission même du Roi. Cet incident singulier -devrait, naturellement, amener quelque solution grave, si les choses se -passaient encore suivant les anciennes habitudes du Parlement, mais -aujourd'hui, on ne s'attend plus qu'à quelque pauvre replâtrage entre les -ministres. Pendant qu'on les voit ainsi marchander leur existence au -dedans, on voit lord Palmerston trancher péremptoirement toutes les -questions du dehors, refuser aux uns des explications, ne pas écouter -celles des autres, ne céder aux avis de personne, inquiéter, irriter tout -le monde; ce n'est, assurément, pas le cas de dire avec Jean Huss, qui -allant au supplice et voyant une pauvre vieille femme courir avec un zèle -aveugle, et, pour la gloire de Dieu, jeter un fagot de plus sur le bûcher -où il devait être brûlé, s'écria: «_Sancta simplicitas!_» - -A propos de lord Palmerston, et de sa réputation parmi ceux-là même qui -ont un certain besoin de lui, je citerai le dire de lord William Russell, -le plus tranquille et le plus modéré des hommes. Mme de Lieven lui -exprimant le désir de le voir bientôt ambassadeur à Pétersbourg: -«Assurément, rien ne serait plus heureux et plus brillant pour ma -carrière, et cependant, si lord Palmerston y pensait, je refuserais; car -il ne lui faut pas des agents éclairés et véridiques, mais des gens qui -sacrifient la vérité à ses préventions. Tout langage, toute opinion -indépendante l'irrite, il ne songe alors qu'à se défaire de vous et à -vous perdre. Ma manière de voir, à Lisbonne, n'ayant pas été la même que -la sienne, il a cherché à nuire à la réputation de ma femme, et si, de -Pétersbourg, je lui donnais d'autres renseignements que ceux qui lui -conviennent, il dirait tout simplement que je suis acheté par la Russie -et essayerait ainsi de me déshonorer. Un _gentleman_ ne peut jamais, à la -longue, consentir à traiter des affaires avec lui.» - - -_Londres, 9 juillet 1834._--Paul Medem nous disait, hier, que rien -n'était si étrange que l'excès du goût du duc de Broglie, lorsqu'il était -ministre, pour lord Granville. La préférence donnée à l'ambassadeur -d'Angleterre, sur tout le reste du Corps diplomatique, dans les -circonstances données, paraissait simple; cependant, cette préférence -était non seulement exclusive, mais inquiète, jalouse, absorbante; elle -était devenue ridicule, gênante et souvent nuisible. - -Un autre fait qui n'a pas semblé moins étrange, c'est que, le lendemain -du jour où M. de Broglie est sorti du ministère, faisant sa tournée -d'ambassadeurs, et leur expliquant les motifs de sa retraite, il -ajoutait à chacun, pour adoucir ce qu'il supposait, à tort, être un -regret pour eux, que sa pensée et son système ne restaient pas moins -personnifiés dans le Cabinet, par son élève, M. Duchâtel, qu'il y avait -fait entrer, après l'avoir initié aux grandes affaires qu'il ne -quitterait plus désormais, et l'avoir formé à être un homme d'État de -première distinction. Ce legs, si pompeusement annoncé, n'a pas semblé -d'aussi grande importance aux héritiers qu'au testateur. - - -_Londres, 10 juillet 1834._--Le _Times_ m'a appris, hier, qu'après avoir -demandé l'ajournement de plusieurs lois à la Chambre des Lords, et avoir -réuni un conseil fort prolongé, lord Grey et lord Althorp avaient remis -leurs démissions au Roi qui les avait immédiatement acceptées[29]. - - [29] Le Cabinet de lord Grey était ainsi composé: Premier lord de - la Trésorerie, le comte Grey. Lord Chancelier, lord Brougham. - Président du conseil privé, marquis Lansdowne. Sceau privé, comte - Durham. Chancelier de l'Echiquier, lord Althorp. Intérieur, - vicomte Melbourne. Affaires étrangères, vicomte Palmerston. - Colonies, vicomte Goderick. Commerce, lord Auckland. Amirauté, - sir James Graham. Postes, duc de Richmond. Irlande, M. Stanley. - Trésorerie générale, lord John Russell. Contrôle, M. Charles - Grant. Chancelier du duché de Lancastre, lord Holland. - -Je suis partie, ne sachant rien de plus, et je suis allée avec la -duchesse-comtesse de Sutherland et la comtesse Batthyány, passer la -matinée à Bromley-Hill, ravissante maison de campagne, où lord -Farnborough, ancien ami de M. Pitt, vit habituellement, uniquement occupé -de cette charmante demeure, belle par sa situation, ses beaux ormes, ses -fleurs, ses eaux superbes, son bon goût parfait, et un soin extrême. -Nous avons été ravis de ce charmant établissement, et c'est avec regret -que nous sommes rentrés dans la fumée et la politique de Londres. - -On n'y savait rien de plus sur le grand événement du jour, si ce n'est le -simple fait du message du Roi à lord Melbourne, sans qu'on eût encore -rien appris sur ce qui s'était dit entre le Roi et lui. Nous avons été le -soir chez lord Grey que nous avons trouvé en famille. Ses enfants m'ont -paru abattus, sa femme en irritation, lui seul gai, simple, amical, avec -ce maintien plein de noblesse et de candeur qui lui est propre, et qui a -quelque chose de fort touchant. Il nous a dit, très naturellement, qu'à -travers une série de difficultés et de désagréments sans cesse -renaissants depuis le début de la session, le dernier fait de -l'imprudente bêtise de M. Littleton, si faiblement expliquée par lord -Althorp aux Communes, rendait la démission de M. Littleton insuffisante, -et la sienne et celle de lord Althorp nécessaires. - -Il m'a semblé, que, dans la famille de lord Grey, la grande haine était -contre M. Stanley, dont la retraite, suivie d'un si rude discours, a, de -fait, porté au ministère un coup dont l'incident Littleton n'a été que la -dernière crise. Les Communes, peu satisfaites de ce que leur a dit lord -Althorp à ce sujet, se sont fractionnées en de trop fortes minorités pour -n'avoir pas prouvé leur mécontentement, et c'est ce qui a fixé les -longues incertitudes de lord Grey. Il nous a semblé content de l'effet -produit par l'explication qu'il venait de donner de toute sa conduite à -la Chambre des Pairs. - -M. Ward, son gendre, est venu lui porter des nouvelles de la Chambre des -Communes, où il paraissait que les explications de lord Althorp auraient -été reçues assez froidement. L'impression y était qu'outre lord Grey et -lord Althorp, MM. Abercromby, Grant et Spring-Rice s'étaient également -retirés du ministère; à quoi lord Grey a repris que cela n'était pas -exact, qu'il n'y avait que lui et lord Althorp qui eussent réellement -donné leurs démissions, et à telles enseignes, que le Chancelier, à la -Chambre des Pairs, avait même dit qu'il ne comptait point quitter, et -qu'il ne rendrait les Sceaux que sur un ordre formel du Roi. A cela, je -me suis permis de demander si la retraite du premier ministre -n'entraînait pas, nécessairement, celle de tous les autres membres du -Cabinet: «--En droit, oui, mais en fait, non;» m'a dit lord Grey, «mais -vous avez raison, c'est l'usage habituel. A vrai dire, mon administration -est dissoute; cependant, ces Messieurs, individuellement, peuvent rester -dans le nouveau Cabinet.» Sa réponse était évidemment gênée et -embarrassée. - -Nous avons été ensuite chez lord Holland; il était infiniment plus abattu -que lord Grey, fort irrité de l'attaque que le duc de Wellington avait -faite contre le Cabinet, au Parlement, et qu'il qualifiait de mauvais -goût et de méchant esprit. Il a dit que les Tories semblaient tout -préparés à recueillir la succession, mais qu'il espérait que le discours -du Chancelier les dégoûterait de la tâche en leur montrant les -difficultés énormes; que, d'ailleurs, «on ne se mettait pas à table sans -être invité à s'y placer», et que, jusqu'à présent, le Roi n'avait point -appelé les Tories, qu'il avait fait chercher lord Melbourne, mais que, -néanmoins, il ignorait ce qui s'était dit entre eux. - -Sur notre question de savoir si le Cabinet était entièrement ou seulement -partiellement dissous, lord Holland a dit que le Roi devait se croire -sans ministres, et que lui, lord Holland, quoique n'ayant pas donné sa -démission, se regardait cependant comme _out of office_. Il règne sur -cette question une incertitude qui prouve l'attachement de ces Messieurs -à leurs places et la répugnance qu'ils éprouvent à les quitter. Lord -Melbourne est arrivé pendant que nous étions là, nous nous sommes retirés -par discrétion, guère plus avancés à la fin de la journée qu'à son début. - -Il paraît que rien ne s'éclaircit en Espagne. Le choléra y répand un -effroi dont la Régente essaye de profiter pour se séquestrer dans un -moment qu'on dit être embarrassant pour elle. Il est fâcheux pour cette -Princesse de s'être déconsidérée aux yeux d'un public, dont il serait si -désireux pour elle d'obtenir l'estime et la bienveillance. Le choléra et -la retraite de la Reine jettent un grand décousu dans la marche des -affaires et du gouvernement. On parle de changer le lieu de rassemblement -des Cortès. - -On assure que l'infant don Francesco, resté à Madrid avec sa femme, -l'infante Carlotta, sœur de la Régente, mais brouillé avec elle, songe, -à l'instigation de son épouse, à s'assurer la Régence, et même peut-être -plus que cela. La guerre civile est toujours très vive dans le nord de -l'Espagne; il est impossible de prévoir ce qu'un tel état de choses, dans -la position particulière des acteurs principaux, pourra amener pour le -midi de l'Europe. - - -_Londres, 11 juillet 1834._--Le Roi, en faisant chercher, avant-hier, -lord Melbourne, lui a parlé de son désir d'arriver à un ministère de -coalition, et l'a prié de s'en occuper, mais lord Melbourne a dû, hier -matin, écrire au Roi que pareille tâche lui était impossible. En même -temps, lord Brougham, qui ne cache pas son désir de rester aux affaires -et de les diriger, a écrit aussi au Roi, pour lui dire que rien n'était -plus aisé que de reconstruire une nouvelle administration avec les débris -de l'ancienne, et de continuer à gouverner dans le même système. Deux -Tories principaux dans leur parti ont dit à Mme de Lieven que s'ils -étaient appelés par le Roi, ils accepteraient, que leur plan était fait -et à la question de savoir s'ils ne s'effrayaient pas de dissoudre la -Chambre des Communes et d'en appeler une autre, ils ont dit qu'ils ne -dissoudraient pas, parce qu'ils resteraient, à ce qu'ils croyaient, -maîtres de la Chambre actuelle, toute mauvaise qu'elle est. Ils se sont -aussi fort bien expliqués sur l'alliance avec la France, et -particulièrement sur M. de Talleyrand, dont le système conservateur leur -inspire confiance, au point, disent-ils, que c'est le seul ambassadeur -français qui puisse leur convenir. - -Hier, à dîner, chez nous, il n'y avait que quelques débris du ministère -déchu; on parlait assez librement de ce qui a amené la catastrophe, qu'il -faut rattacher à une série de petites trahisons intestines, ou, comme -disait lady Holland, _à de grandes trahisons_. - -Lord Brougham, que lord Durham qualifiait, avec raison peut-être, de -fourbe et de fou, paraît être le grand coupable. Il a entretenu une -correspondance secrète avec le marquis de Wellesley, vice-Roi d'Irlande, -pour l'engager à faire à lord Grey des rapports, qui, différents des -précédents, devaient le déterminer à abandonner le «Bill de coercition». -D'un autre côté, la consultation demandée aux juges d'Irlande sur l'état -du pays, et sur les mesures convenables à adopter, n'ayant pas été telle -que la désirait le Chancelier, n'est jamais parvenue à lord Grey et -paraît avoir été supprimée; les indiscrétions de M. Littleton, le manque -d'énergie de lord Althorp, les difficultés des choses en elles-mêmes, -tout cela réuni a fixé les irrésolutions de lord Grey, qui était décidé -depuis longtemps à ne pas affronter la session prochaine du Parlement. Il -voulait se retirer après celle-ci, mais en choisissant ses successeurs. -Je crois qu'il est sincèrement aise d'être hors de la bagarre, mais qu'il -regrette d'avoir quitté sur un terrain miné par la trahison et sans -savoir en quelles mains va tomber le pouvoir. Il est plein de dignité, -mais sa femme regrette avec irritation toutes les ressources que le -ministère offrait pour établir ses enfants. - -Lady Holland est abattue et regrette le bien-être que le duché de -Lancastre procurait à son propre individu. Lord Holland parle de tout -ceci avec un mélange de bonhomie, d'insouciance, de chagrin et de gaieté, -qui est rare, drôle et surprenant. - -Personne ne sait, ne prévoit, ni ne présume même ce qui résultera de -toute cette crise. - -Le Roi est à Windsor, assez petitement entouré de parents légitimes et -illégitimes qui n'ont ni esprit ni consistance, qui ne sont, d'ailleurs, -pas d'accord entre eux, et dont on ne saurait compter l'influence, ni -dans un sens, ni dans l'autre. La présence de la Reine aurait eu plus -d'importance, mais je suis heureuse de penser que par son éloignement -elle échappe à toute responsabilité. Le Roi en avait la prévision, qu'il -a plusieurs fois manifestée, et elle-même se consolait de le quitter par -la pensée de ne pouvoir être accusée d'influencer à distance les -décisions royales. - - -_Londres, 13 juillet 1834._--Il est évident que, dans cette semaine, il y -a eu des dupes de différents côtés. Les plus surpris, les plus déroutés -sont sans doute les conservatifs: ils se sont toujours imaginé, et le -public avec eux, que le Roi, trop faible pour renvoyer son ministère, -serait cependant charmé d'en être débarrassé et saisirait avec -empressement le premier joint pour rappeler les Tories, et cependant les -heures et les jours se passent sans qu'on les demande. - -J'ai dîné hier avec eux; ils avaient, évidemment, l'apparence de gens -désappointés et le duc de Wellington, qui était mon voisin à table, chez -lady Jersey, en a causé tout librement avec moi. J'ai été parfaitement de -son avis sur le résultat inévitable de la conduite du Roi. Lord Grey -était le dernier échelon entre l'innovation et la révolution, et le Roi -laissant échapper une occasion naturelle et décente, sans remonter -l'échelle, sautera infailliblement la dernière marche qui le sépare de -l'abîme destiné à engloutir le sort de la Royauté, du pays; le -retentissement d'un pareil événement sera incalculable en Europe. - -Quelqu'un qui dînait, hier, dans le camp opposé, m'a rapporté que les -Whigs se croyaient sûrs que le Roi était venu en ville pour laisser lord -Melbourne libre de composer un ministère à sa guise, puisqu'il avait -refusé d'en former un de coalition. Ce qui confirmerait cette -supposition, c'est que plusieurs membres influents des Communes ont -rendez-vous ce matin, chez lord Melbourne. Il paraît que la question est -de savoir si on conservera ou si on abandonnera les clauses sévères du -«Bill de coercition» sur l'Irlande. Lord Melbourne veut les conserver, -mais alors il faut se passer de lord Althorp, qui semble cependant être -le seul qui puisse diriger la Chambre des Communes. Il est probable que -la journée actuelle dissipera tous les doutes, et que demain on aura une -administration recomposée, ou du moins rajustée, replâtrée et d'avance -frappée à mort. Ce que j'ai cru depuis longtemps et dit quelquefois, -semble s'être vérifié. - -Sir Herbert Taylor, le secrétaire particulier de George III et l'homme -qui, jadis, avait inspiré une grande passion à la belle princesse Amélie, -réputé insignifiant sous le feu Roi George III, cité et estimé sous -George IV pour sa discrétion, remplit encore les mêmes fonctions sous le -Roi actuel. Je l'ai toujours soupçonné d'être un ami dévoué des Whigs et -surtout de lord Palmerston. Il était le seul, à Windsor, auquel le Roi, -dans ses jours de crise, ait pu parler, et par lequel d'ailleurs, toutes -les communications aient pu passer; c'est à ses inspirations et à son -travail sourd et cependant actif, et depuis longtemps préparé, qu'on s'en -prend maintenant de ce qui se passe. - -Les dires se détruisent en se succédant; l'esprit se fatigue d'une -curiosité qui n'est ni satisfaite ni justifiée. On revient sur -l'assurance que lord Melbourne aurait liberté entière de former un -ministère à sa guise. On dit que le Roi, qui, décidément, n'a pas quitté -Windsor, a envoyé sir Herbert Taylor chez sir Robert Peel. - -On dit aussi dom Pedro mort et don Carlos parti. Enfin, la cité et les -clubs sèment, à l'envi, pour passer le temps, je suppose, les nouvelles -les plus bizarres et les plus contradictoires. On finit par ne plus rien -croire, par ne guère écouter et par attendre assez patiemment, dans une -sorte de lassitude, que la gazette proclame, officiellement, le -successeur du lourd et dangereux héritage du ministère. - -Pendant ce temps, lord Grey va faire des dîners de gourmand à Greenwich; -il y porte le poids de sa déchéance et de la perfidie de ses amis, Mme de -Lieven celui de son brillant exil, et M. de Talleyrand les tiraillements -d'une ambition encore vivace et d'une attention fatiguée. Lord Grey a -fort bien dit, l'autre jour, en faisant ses adieux au Parlement, qu'à son -âge de soixante-dix ans, on pouvait avec une certaine fraîcheur d'esprit -conduire encore fort utilement les affaires, en temps ordinaire; mais -qu'il fallait, à une période aussi critique que celle-ci, toute -l'activité et l'énergie qui n'appartenaient qu'à la jeunesse. - -Cette vérité, j'en ai fait l'application fort près de moi, et j'ai senti -que, dans une carrière publique, il fallait surtout s'appliquer à choisir -un bon terrain de retraite, à n'en pas perdre l'à-propos, et à quitter -ainsi la scène politique de bon air et de bonne grâce, afin d'emporter -encore les applaudissements des spectateurs et d'éviter leurs sifflets. - - -_Londres, 14 juillet 1834._--On écrivait ce matin de Windsor à Londres, -pour savoir des nouvelles. Le silence observé par le Roi était absolu, et -dans les longues promenades avec sa sœur, la princesse Auguste, ou avec -sa fille, lady Sophia Sidney, toute conversation politique était -soigneusement évitée et la pluie, le beau temps, le voyage de la Reine, -les seuls sujets traités. - -Le voyage de la Reine a éprouvé quelques embarras. Lord Adolphus -Fitzclarence, qui n'est pas, à ce qu'il semble, un marin fort habile, n'a -pu trouver aisément son chemin; le yacht royal prenait d'ailleurs trop -d'eau. Heureusement que le duc et la duchesse de Saxe-Weimar, le prince -et la princesse des Pays-Bas, ayant été sur un steamer hollandais à la -rencontre de la Reine, celle-ci a pu passer à leur bord avec sa femme de -chambre et se rendre directement à la Haye; la suite a eu de la peine à -gagner Rotterdam. - -Il est très heureux, à ce qu'il paraît, que la Reine ait pu éviter cette -dernière ville, où l'irritation contre l'Angleterre est assez vive pour -qu'on ait voulu y préparer un vilain charivari à la pauvre Reine. Il -était convenu, ici, qu'elle ne verrait ni le Roi, ni la Reine des -Pays-Bas, condition fortement imposée par le Roi d'Angleterre; on parlait -cependant d'une rencontre fortuite qui pouvait avoir lieu au château du -Loo. - -Sir Herbert Taylor ayant été le point de mire de bien des gens dans ces -derniers jours, il en a été question dans beaucoup de conversations, et -j'ai appris ainsi que lorsqu'on le proposa pour secrétaire intime à -Georges III devenu aveugle, on pensa en même temps en faire un Conseiller -privé. George III se mit en grande colère contre une pareille idée, et, -devant tous ses ministres, il dit à M. Taylor: _Remember, Sir, that you -are to be my pen, and my eye, but nothing else; that if you should -presume, but once, to remember what you hear, read or write, to human -opinion of your own, or to give an advice, we would part for ever_. En -effet, sous George III et plus tard sous George IV, M. Taylor n'a jamais -été qu'une sorte de mannequin, sans oreilles pour écouter, sans yeux pour -voir, sans mémoire pour se souvenir. On dit qu'il n'en est plus de même -maintenant, quoique les apparences soient toujours celles de la plus -grande réserve et discrétion. Il m'a été dit, aussi, à cette occasion, -que George III, jusqu'au jour de sa cécité, ne s'était jamais servi de -secrétaire, pas même pour faire les enveloppes ou cacheter ses lettres. -Sa correspondance était aussi étendue que secrète: il savait toutes les -nouvelles de la société, toutes les intrigues politiques, et quand il -était mécontent de ses ministres, ou en méfiance de quelques-unes de -leurs mesures, il lui est arrivé de consulter en cachette l'opposition. -Il n'était jamais pris au dépourvu; il connaissait l'opinion publique et -joignait à beaucoup d'instruction beaucoup de tenue et de dignité. - -Depuis avant-hier, le bruit s'est répandu que don Carlos avait quitté -furtivement Londres, et qu'il avait déjà touché le sol français lorsqu'on -le supposait indisposé à Gloucester-Lodge; cependant, ce fait, qui est -généralement admis, n'est point encore démontré. Ce qui en fait douter, -c'est que M. de Miraflorès le soutient vrai, et se vante d'y avoir fait -entraîner don Carlos par un agent à sa solde, qui aurait décidé ce -malheureux Prince à cette démarche, pour le livrer ainsi au premier poste -espagnol, qui en ferait courte justice; cette singulière et atroce -vanterie, dans la bouche de tout autre, il faudrait la prendre au -sérieux, mais M. de Miraflorès est aussi fat en politique qu'en -galanterie, et il est très permis de douter de l'histoire en elle-même, -ou bien de supposer que l'agent, censé avoir mystifié le Prince, n'a -peut-être mystifié que le diplomate. - -Hier au soir, la convenance, l'intérêt, la curiosité, l'affection, enfin -les bons et les mauvais sentiments, avaient conduit un nombre inaccoutumé -de personnes à la soirée du dimanche, supposé être le dernier de lady -Grey. On y disait, à mots couverts, mais de façon cependant à laisser -bien peu de doutes, que lord Melbourne était revenu de Windsor premier -ministre, et maître de former, avec les éléments du premier Cabinet, une -nouvelle administration dans laquelle lord Grey, seul, ne rentrerait pas. -C'est monter en scène avec une vilaine couleur de trahison pour les uns; -c'est, pour l'autre, en sortir avec la triste figure d'une dupe; c'est, -de la part du Roi, préférer, par faiblesse, un replâtrage à quelques -jours d'énergie, difficiles sans doute, mais dignes au moins, et -certainement salutaires pour le pays. Les Tories ne lui pardonneront -jamais d'avoir reculé, et la postérité le condamnera pour sa faiblesse. - -Il semblait, hier au soir, que tout se fût tout à coup amoindri, affaissé -et sali dans cette grande Angleterre; le Corps diplomatique se -fractionnait en groupes d'expressions frappantes: la nouvelle Espagne, le -nouveau Portugal, la Belgique à peine ébauchée, tout ce qui a besoin du -désordre et de la faiblesse des grandes puissances pour se sauver des -mauvaises conditions de son origine, regardaient lord Palmerston avec des -regards d'angoisse qui, bientôt, et lorsqu'on a supposé qu'il restait aux -affaires, se sont changés en regards d'amour et de triomphe; le mépris, -joint à la haine, contractait toutes les fibres de la princesse de -Lieven; l'ambassadeur de France, qui n'est ni rétrograde, comme le Nord, -ni propagandiste comme l'Angleterre, semblait plus soucieux qu'irrité, -plus affligé qu'étonné, et comme arrivé au point où, le rôle des honnêtes -gens finissant, le sien devait se terminer, et où l'heure d'une retraite -convenable et décente avait sonné. Les Anglais, eux-mêmes, paraissaient -humiliés, et point dupes de l'apparence de modération sous laquelle on -cherche à cacher sa faiblesse. En effet, le replâtrage actuel conduira, -un peu plus lentement, mais par une décomposition aussi absolue, vers la -destruction, qu'aurait pu le faire l'arrivée, de plein saut, au pouvoir, -de lord Durham et de M. O'Connell. - -Plus on scrute la conduite de lord Brougham dans tout ceci, et plus on -est frappé de l'indélicatesse de sa nature; le vieux et grave lord -Harewood lui ayant demandé avant-hier où on en était, et si le ministère -se recomposait, le Chancelier lui a répondu: «Où nous en sommes? Et où -voulez-vous que nous en soyons, lorsque, dans un moment aussi critique -que celui-ci, on a à traiter avec des hommes qui imaginent de venir vous -parler de leur honneur? Comme si l'honneur avait quelque chose à faire -dans un moment pareil.» - -Si l'honneur ne le gêne pas, il paraît que le maintien de sa dignité ne -le préoccupe guère non plus, car hier dimanche, à travers les mille -agitations de tous, et malgré la règle établie pour les Chanceliers -d'Angleterre, d'assister tous les dimanches à l'office divin dans la -chapelle du Temple, il a imaginé d'accompagner Mme Peter à la messe -catholique et de l'écouter dans le banc de cette belle dame, à laquelle -il fait une cour non moins assidue que celle de son collègue lord -Palmerston. - -On dit, ce matin, que pour se débarrasser de lord Durham, en lui donnant -un os à ronger, on l'envoie vice-Roi en Irlande, et qu'en même temps, le -ministère, renaissant de ses cendres, renoncera au Bill de coercition sur -l'Irlande[30]; si c'est le cas, on aura sacré M. O'Connell Roi d'Irlande -le jour anniversaire de la prise de la Bastille. Décidément, le 14 -juillet est le jour par excellence, dans les annales révolutionnaires de -l'histoire moderne! - - [30] Ou Bill des dîmes. - -J'ai rencontré, tout à l'heure, un Pair conservatif, homme d'esprit et de -cœur, qui m'a remuée fortement: de grosses larmes roulaient dans ses -yeux; il déplorait l'abaissement de son pays, l'écroulement de ce vieux -et grand édifice. Il prévoyait la terrible lutte qui, tout d'abord, peut -s'engager entre les deux Chambres; le radicalisme qui, bon gré mal gré, -va devenir le guide du ministère d'aujourd'hui et de tous ceux qui lui -succéderont rapidement; le ministère du moment n'est, aux yeux de tout le -monde, qu'un mort-né; aussi on est surpris que l'intelligente et bonne -nature de lord Melbourne se soumette à une semblable comédie. Sa sœur -cherchait à l'expliquer en disant qu'il fallait savoir se sacrifier pour -sauver la patrie, mais Mme de Lieven lui a répondu en lui disant: «Ce -n'est pas par des hommes qui se déshonorent que la patrie peut être -sauvée.» - -Les amis de lord Melbourne, qui le connaissent bien, prétendent que la -paresse prendra le dessus au premier jour, et qu'après un _Goddam_ bien -vigoureux, il enverra tout paître. En effet, il est étrange de voir, dans -le moment le plus critique du pays, l'homme le plus nonchalant de -l'Angleterre appelé à en diriger les destinées. - - -_Londres, 15 juillet 1834._--Lord Grey est venu me faire une longue -visite. Nous avons parlé de la dernière crise, comme si c'était déjà de -l'histoire ancienne, avec le même dégagement et la même sincérité. Il n'a -que faiblement, et comme par acquit de conscience, combattu mes tristes -prévisions; il défendait ses successeurs en masse, et les abandonnait en -détail, ou, du moins, il convenait de la difficulté de leur position et -du mauvais vernis avec lequel ils reparaîtraient sur la scène. Il s'est -tu lorsque je lui ai dit que l'opinion publique assignait à M. Littleton -le rôle de la bêtise, à lord Althorp celui de la faiblesse, au -Chancelier celui de la perfidie! Il a haussé les épaules, lorsque je lui -ai cité un propos tenu par M. Ellice, son beau-frère, la veille, dans le -salon de lady Grey; en effet, ce propos était étrange. Le voici: En -répondant aux regrets que quelqu'un lui exprimait de la retraite de lord -Grey: «Sûrement, dit-il, c'est fâcheux sous plusieurs rapports; mais cela -ne pouvait tarder d'arriver, avec le dégoût des affaires qui s'était -emparé de lui; et, du moins, cela aura-t-il l'avantage de nous faire -marcher dans une route plus large, de rendre nos allures plus franches et -de nous tirer de ce juste milieu qui n'est plus possible maintenant.» - -Lord Grey m'a répété plusieurs fois qu'il ne regrettait ni le pouvoir, ni -les affaires; que, depuis quelques mois, il s'était senti affaibli, sans -intérêt pour rien, ne faisant les choses qu'avec une extrême répugnance -et lassitude. Il m'a avoué que ce qui l'avait le plus rempli d'amertume, -c'était la conduite de plusieurs des siens, et surtout celle de lord -Durham, dont la violence, la hauteur, l'ambition, l'intrigue, l'avaient -d'autant plus fait souffrir que sa fille en était la première victime, et -qu'il ne pouvait douter que la dernière fausse couche de lady Durham ne -provînt de la brutalité de son mari. Il m'a dit que, malgré l'extrême -effroi que ce caractère inspire, il était question de lui donner, dans le -nouveau Cabinet, la place que lord Melbourne, passant à la Trésorerie, -laissait vacante; l'ambition et la mauvaise activité de lord Durham le -rendent tellement incommode à un ministère dont il ne fait pas partie, -qu'on se demande s'il ne vaut pas mieux l'admettre dans celui-ci, pour -essayer, par ce moyen, de neutraliser ses mauvaises dispositions. Lord -Grey doutait pourtant qu'on s'y décidât, tant il est détesté par tous. - -Lord Grey était sûr d'avoir décidé lord Althorp à passer sur tous les -embarras de sa position et de lui faire reprendre sa place dans le -Cabinet[31]. Il dit que sans lord Althorp, on ne pourrait jamais -gouverner la Chambre des Communes; il se flattait aussi de décider lord -Lansdowne à rester en place, mais cela n'était pas certain. Enfin, dans -sa persuasion, fondée ou non, que l'arrivée des tories ou celle des -radicaux amènerait une révolution, il faisait sincèrement, et avec le -plus grand zèle, tous ses efforts pour rajuster ce même misérable Cabinet -par lequel il vient d'être trahi, ne sentant pas, ou ne voulant pas -comprendre, que c'est, nécessairement, sous un très léger masque, du -radicalisme, tout aussi bien que si on en était déjà à un ministère -O'Connell ou Cobbett. - - [31] Le nouveau Cabinet fut ainsi constitué: Premier lord de la - Trésorerie, lord Melbourne. Chancelier, lord Brougham. Président - du conseil, marquis Lansdowne. Affaires étrangères, vicomte - Palmerston. Colonies, M. Spring Rice. Chancelier de l'Échiquier, - lord Althorp. Amirauté, lord Auckland. Postes, marquis de - Conyngham. Payeur général de l'Armée, lord John Russell. Irlande, - M. Littleton. Chancelier du duché de Lancastre, lord Holland. - Intérieur, vicomte Duncannon. Conseil du Contrôle, M. Charles - Grant. Commerce, M. Poulett Thomson. Guerre, M. Ellice. Sceau - privé, lord Mulgrave. La plupart de ces ministres avaient fait - partie du Cabinet précédent. - -J'ai dîné à côté du Chancelier chez la duchesse-comtesse de Sutherland. -Il était de fort bonne humeur et m'a proposé de boire à la date du jour, -le 14 juillet. «Au dessert!» lui ai-je répondu, sachant bien que sa -mobilité d'esprit lui ferait oublier son toast; et, en effet, il n'y a -plus songé! J'aurais été, en tout cas, incapable de l'accepter, car -cette date, déjà si malheureuse, ne s'est, certes, pas purifiée hier. - -Le Chancelier m'a demandé si j'avais vu lord Grey, si je n'avais pas été -frappée de sa naïveté, qui est telle, me dit-il, qu'il ne sait rien -cacher, rien dissimuler, rien contenir: c'est un enfant pour la candeur, -pour l'imprévoyance, cédant à toutes les impressions du moment. «C'est -une très noble nature, une âme bien pure», ai-je répliqué.--«Oui, oui, -assurément,» a-t-il repris, «celle d'un charmant enfant, et cela me fait -souvenir que M. Hure, un ami de M. Fox, de Fitz-Patrick et de Grey, -n'appelait jamais celui-ci autrement que _Baby Grey_.» - -Don Carlos est décidément parti. Les uns disent qu'il s'est embarqué sur -la Tamise, pendant qu'on le croyait à l'Opéra, et qu'il va débarquer sur -un des points de l'Espagne où on lui suppose des intelligences; les -autres prétendent, et ceci est la version de M. de Miraflorès, qu'il a -passé par la France, que c'est M. Calomarde qui, de Paris, a mené toute -cette intrigue, mais par l'instigation de lui, Miraflorès, pour faire -tomber don Carlos dans un piège. Tant il y a qu'il est parti, et que, -quel que soit le résultat de son entreprise, elle ne saurait, en -elle-même, être indifférente. - - -_Londres, 16 juillet 1834._--Le successeur de lord Melbourne, au -ministère de l'Intérieur, est connu; c'est lord Duncannon qui passe à -cette place de la Direction des Eaux et Forêts, qu'il abandonne à sir -John Cam-Hobhouse. Celui-ci est connu par ses relations avec lord Byron, -ses voyages en Orient et ses opinions très libérales, moins cependant que -celles de lord Duncannon, qu'on dit être des plus vives. Il est donc bien -évident que le Cabinet a pris une couleur plus tranchée et plus avancée -en tendance révolutionnaire. - -Si, hier matin, le départ de Londres de don Carlos était hors de doute, -le soir, son arrivée en Espagne était certaine. Les tories prétendent -savoir qu'il est arrivé en Navarre, après avoir traversé toute la France; -c'est aussi la version de M. de Miraflorès, qui regrette peut-être -maintenant de s'être vanté de lui avoir tendu des pièges et de l'avoir -entouré d'espions, qui devaient, disait-il, le livrer au premier poste -espagnol ennemi; mais voici qu'au contraire, il est parvenu sain et sauf -au milieu des siens, dont on assure qu'il a été très joyeusement reçu. - -Le ministère anglais se disait, hier, instruit de son arrivée en Espagne, -qui aurait eu lieu le 9: mais il prétend que don Carlos a débarqué dans -un des ports de la Biscaye, et qu'il y est arrivé n'ayant avec lui qu'un -seul Français; que ses partisans lui avaient fait grand accueil. On -assure qu'il ne s'est rendu en Espagne que sur l'invitation des provinces -du Nord, et sur la menace de celles-ci de se déclarer indépendantes de -l'Espagne et de se constituer en République, si leur chef naturel ne se -rendait pas au milieu d'elles. Il est évident qu'il fallait de grandes -espérances d'une part, et de grandes craintes d'une autre, pour décider -un homme aussi timide et aussi inhabile que don Carlos à courir de -semblables hasards. Du reste, sa conversation avec le duc de Wellington, -que j'ai rapportée plus haut, prouve que le projet d'aller en Espagne -occupait son esprit depuis plusieurs semaines. - - -_Londres, 17 juillet 1834._--Les amis du nouveau ministère s'évertuent à -assurer que le système d'alliance avec la France n'éprouvera aucune -altération. Je le crois, mais j'aurais préféré, pour les deux pays, que -cette alliance s'affermît sur un terrain de bon ordre, au lieu de ne se -continuer que par des sympathies révolutionnaires. Celles-ci inquiètent, -à juste titre, le reste de l'Europe, et peuvent amener des crises dans -lesquelles il serait difficile de désigner d'avance les vainqueurs. - -Nous sommes de plus en plus décidés à retourner en France, aussitôt après -la clôture du Parlement, peut-être même avant. - -Notre avenir plus éloigné, je ne le prévois point encore, mais l'exemple -de lord Grey est une preuve de plus que, pour bien finir, les grandes -figures historiques doivent choisir elles-mêmes le terrain de leur -retraite, et ne pas attendre qu'il leur soit imposé par les fautes ou par -la perfidie d'autrui. - -Nous avons reçu, hier, les deux premiers volumes d'un livre qui a pour -titre: _Monsieur de Talleyrand_. J'y ai à peine regardé, mais M. de -Talleyrand l'a lu. Il dit que rien n'est si bête, si faux, si ennuyeux, -si mal inventé, et qu'il ne donnerait pas cinq shellings pour que ce -livre n'eût pas été publié. J'avoue que je suis moins philosophe et que -dans des occasions de ce genre, qui sont si fréquentes à une époque -aussi libellique que la nôtre, je me souviens toujours d'un mot de La -Bruyère, qui m'a beaucoup frappée par sa justesse. Il dit: «Il reste -toujours quelque chose de l'excès de la calomnie, ainsi que de l'excès de -la louange.» En effet, le monde se partage entre les malveillants et les -imbéciles, c'est ce qui fait qu'il y a toujours des gens pour croire -l'invraisemblable, surtout quand il est hostile. - - -_Londres, 18 juillet 1834._--La fatuité est, chez les hommes, le résultat -d'une disposition qui s'étend d'un point à tous les autres. M. de -Miraflorès, fort avantageux et pas mal ridicule auprès des femmes, n'est -pas moins présomptueux en politique; il s'y lance en enfant perdu, et -s'attribue, avec une simplicité toute naïve, des succès qu'il n'a dû -qu'aux passions personnelles des autres, et que, d'ailleurs, les -résultats définitifs ne se chargeront peut-être pas de justifier; c'est -ainsi qu'il se proclame l'inventeur de la Quadruple Alliance dont l'idée -première lui a été inspirée par lord Palmerston. Maintenant que la -rentrée de don Carlos sur le territoire espagnol renouvelle les -difficultés, le petit Marquis, _proprio motu_ et sans attendre les ordres -de son gouvernement, fait, par une note, chef-d'œuvre de ridicule, -véritable _olla podrida_, un appel à l'Angleterre et à la France, pour -étendre les termes du traité dont on croyait l'objet accompli. - -Les circonstances actuelles sont cependant fort différentes. Il y a trois -mois, les deux prétendants, Miguel et Carlos, étaient, l'un et l'autre, -acculés dans un petit coin de Portugal, et, par le fait, plus -spécialement du ressort de l'Angleterre; maintenant, c'est dans le Nord -de l'Espagne qu'est don Carlos, près des frontières de France. -L'Angleterre poussera-t-elle ses passions révolutionnaires jusqu'à -laisser entrer les armées françaises dans la Péninsule, et ne sera-ce pas -pour lord Palmerston le signal de sa sortie du ministère? D'autre part, -la France peut-elle, après s'être prononcée contre don Carlos, lui -laisser ressaisir un pouvoir qu'il emploiera contre elle? Ce n'est pas -que le gouvernement, de plus en plus anarchique, de la Régente offre un -voisinage bien rassurant. Le Roi Louis-Philippe se trouve donc placé -ainsi dans la double alternative d'avoir à redouter, de l'autre côté des -Pyrénées, le principe républicain ou le principe légitimiste; le _mezzo -termine_ ne peut se soutenir que par la force armée, la conquête, enfin! - -Cela me rappelle un mot bien vrai de M. de Talleyrand qui m'est souvent -revenu à l'esprit depuis quatre ans: il a été dit au travers de -l'enivrement des grandes journées de 1830. M. de Talleyrand répondit -alors à quelqu'un qui était tout en espérances et en illusions, en -phrases patriotiques et en attendrissements sur la scène de l'Hôtel de -ville, les accolades La Fayette et la popularité de Louis-Philippe: -«Monsieur, ce qui manque à tout ceci, c'est un peu de conquête.» - -On dit Martinez de la Rosa dépassé en Espagne et ne pouvant plus se -soutenir au ministère: il serait remplacé par Toreno et passerait à la -Présidence de la Chambre des Pairs. On dit aussi que la Régente l'a nommé -Marquis de l'Alliance. - - -_Londres, 19 juillet 1834._--Tout ce qui se passe ici fait reporter la -pensée vers les premières scènes de la Révolution française. L'analogie -est frappante, c'est presque une copie trop servile; les aristocrates, la -minorité de la noblesse, le tiers état, il y a de tout cela dans les -tories, les whigs, les radicaux. Les jalousies, les ambitions -personnelles aveuglent les whigs, qui ne veulent voir d'autres ennemis -que les tories, qui n'aperçoivent d'autres courants que de ce côté, et -qui, pour échapper à des rivaux de pouvoir, se précipitent, eux et toute -leur caste, dans l'abîme creusé par les radicaux. - -En causant, hier, de tout cela, M. de Talleyrand rappelait un mot que lui -disait l'abbé Sieyès pendant l'Assemblée constituante. «Oui, nous nous -entendons fort bien maintenant qu'il ne s'agit que de _liberté_, mais -quand nous arriverons sur le terrain de _l'égalité_, c'est alors que nous -nous brouillerons.» - -A la séance très vive d'avant-hier, à la Chambre des Lords, le ministère -a bien nettement marqué la ligne qu'il veut suivre, et les mêmes hommes, -qui, sous lord Grey, tenaient, il y a moins de quinze jours, les clauses -répressives du «Bill de coercition» pour indispensables, sont venus en -annoncer l'abandon, au milieu des injures, des moqueries de la Chambre! -C'était déclarer que le Cabinet, pour vivre, se plaçait aux ordres de la -majorité radicale des Communes, ne comptait l'opposition des Lords pour -rien, et prendrait tous les moyens pour l'annuler. L'irritation qui en -résulte est, comme de raison, vivement exprimée par les Lords. Les -ministres n'ont que les éloges gracieusement accordés par O'Connell pour -les encourager et les consoler. - - -_Londres, 20 juillet 1834._--Je préfère, de beaucoup, le second discours -de lord Grey, prononcé avant-hier, à la Chambre des Pairs, pour bien -éclaircir sa position, qui avait été mal représentée par les deux côtés -de la Chambre, au premier discours dans lequel il avait annoncé sa -retraite. Je trouvais celui-ci trop long, trop larmoyant, entrant dans -des détails trop minutieux de ses affaires de famille. Dans le discours -d'avant-hier, plus laconique, plus serré, il est d'une dignité -remarquable, et tout en évitant des personnalités aigres, tout en se -mettant au-dessus de ressentiments personnels, il montre quel a été le -mauvais jeu devant lequel il s'est retiré; il reste indulgent pour les -plus coupables, bienveillant pour ses successeurs comme individus, mais -il se sépare de leur système. Il rentre dans ses propres instincts aux -acclamations des gens sensés, à l'humiliation de ceux qui l'ont quitté, à -la grande déplaisance de tous ceux qui sont les vrais fléaux de l'ordre -social. - -Il faut en convenir, il y a quinze jours, lord Grey n'apparaissait plus -que comme un vieux homme éteint, miné, tiraillé, presque au moment d'être -déconsidéré. Depuis sa retraite, un beau rayon de lumière a éclairé ses -derniers actes politiques; son beau talent oratoire, si longtemps exercé -dans l'opposition, reprend, en y rentrant, toute son énergie, et il est -vrai de dire que lord Grey, tombé de chute en chute, vient de remonter à -la première place, depuis qu'il s'est dégagé des honteuses entraves, par -lesquelles il s'était laissé garrotter. Le Cabinet le redoute beaucoup -maintenant; et, en effet, il tomberait bien bas, si lord Grey ne jetait, -miséricordieusement, sur eux, le manteau de sa charité! Ses collègues, -qui, naguère, parlaient de lui avec plus de pitié que de respect, -tremblent, aujourd'hui, devant ses paroles. Ah! que l'on fait bien de ne -pas se survivre, et que l'à-propos est nécessaire, surtout dans la vie -politique! - -Une retraite à la fois moins importante et moins honorable, c'est celle -du maréchal Soult[32]. Des querelles intestines sur le choix d'un -gouverneur civil ou militaire de l'Algérie, sur un discours de la -Couronne plus ou moins détaillé au 31 juillet prochain, mais surtout la -terreur du budget de la Guerre, que le Maréchal aurait des raisons pour -ne pas affronter à la prochaine session, voilà les motifs, assure-t-on, -de cette démission, acceptée par le Roi, peu regrettée dans le Cabinet, -en général, et dont on veut offrir la vacance au maréchal Gérard. - - [32] Le maréchal Soult était Président du Conseil depuis 1832. Il - quitta ces fonctions en juillet 1834. - -Il paraît que fort heureusement pour la régente d'Espagne, elle a éprouvé -un accident qui lui permettra de se montrer à l'ouverture des Cortès. -Elle a bien besoin que quelque bon hasard vienne rétablir sa position, si -étrangement compromise par ses légèretés et ses inconséquences. - -Lord Howick, fils aîné de lord Grey, dont l'esprit est aussi de travers -que le corps est repoussant, et dont le public ne pensait pas grand -bien, vient aussi de se relever en quittant sa place de sous-secrétaire -d'État au ministère de l'Intérieur, et de suivre ainsi l'exemple et la -destinée de son père. C'est la seule fidélité à sa fortune qu'aura -trouvée lord Grey. - -J'ai rencontré, hier, lady Cowper chez elle; elle m'a paru triste et -soucieuse. Il est difficile, en effet, qu'avec son esprit intelligent -elle ne soit pas affligée de voir ses parents et ses amis dans une route -si peu honorable. Elle me faisait remarquer, avec raison, l'aspect si -différent de la société et de la vie de Londres, le soin qu'on met à -s'éviter, l'hostilité du langage, l'inquiétude des esprits, la défiance -du présent, les tristes prévisions de l'avenir, le décousu général, -l'éparpillement du Corps diplomatique et l'absence de tout gouvernement -et de toute autorité. Ce langage était frappant de la part de la sœur du -premier ministre et de l'ami intime du ministre des Affaires étrangères. - -Elle a mis du prix à me persuader que tous les sujets de plainte donnés -par celui-ci au Corps diplomatique, et à M. de Talleyrand en particulier, -ne devaient être attribués à aucune mauvaise intention, mais seulement à -quelques négligences dans les formes, excusables chez un homme accablé de -travail. Elle m'a paru surtout embarrassée de l'idée que M. de Talleyrand -pourrait donner la conduite de lord Palmerston, envers lui, comme raison -de sa retraite; enfin elle a mis tout son esprit, son bon goût et sa -grâce, et elle a beaucoup de tout cela, à servir ses amis et à diminuer -l'amertume qu'ils ont provoquée. Je l'ai quittée, parfaitement contente -de ses expressions, mais peu convertie sur le fond des questions. - - -_Londres, 21 juillet 1834._--Le besoin qu'a le ministère anglais actuel -de quelque orateur à la Chambre Haute moins discrédité que le Chancelier, -plus habile que ses collègues pairs et ministres, a inspiré la plus -inconcevable des propositions, produite par le manque absolu de bon sens, -et l'absence de toute élévation, qui caractérisent Holland-House. C'est -très sérieusement qu'on est venu proposer à lord Grey de rester, non -comme chef, mais comme garde du Sceau privé. Il a eu le bon goût d'en -rire, comme d'une chose trop grotesque pour s'en fâcher. Mais de quel air -a-t-on pu lui adresser une pareille demande? - -Du reste, tout est si étrange en ce moment qu'il ne faut plus s'étonner -de rien. Voici, par exemple, le récit exact de la manière dont lord -Melbourne s'est acquitté de l'ordre du Roi, de chercher par tous les -moyens à arriver à un ministère de coalition, où tous les partis fussent -représentés. Je comprends que la chose fût impraticable, mais il faut -convenir que lord Melbourne s'est acquitté d'une singulière façon de -cette mission royale. Il a écrit au duc de Wellington et à sir Robert -Peel, de la part du Roi, pour leur dire de quelle commission il était -chargé, en ajoutant que, pour leur éviter la fatigue des détails, il leur -envoyait, en même temps, une copie de la lettre qu'il venait d'écrire au -Roi sur sa manière personnelle d'envisager la question. Cette lettre ne -contenait autre chose que la plus forte argumentation contre tout -rapprochement et l'énumération de toutes les difficultés qui rendaient le -projet de coalition impossible. La réponse du duc de Wellington et de sir -Robert Peel n'est qu'un accusé de réception, avec un remerciement -respectueux de la communication qui leur était faite au nom du Roi. Le -Roi, s'étant étonné que ces messieurs ne fussent entrés dans aucun autre -détail, leur a fait dire qu'il demandait leurs observations: «Elles sont -toutes contenues dans la lettre de lord Melbourne au Roi, nous n'avons -rien à y ajouter,» ont-ils répondu; et c'est ainsi que s'est terminée -cette singulière négociation. - - -_Londres, 22 juillet 1834._--L'espèce de calme et de bonne mine qu'avait -repris le gouvernement français, semble un peu troublé par les -discussions des ministres entre eux, qui ont amené la retraite du -maréchal Soult. Il paraît qu'on s'inquiète et se divise aussi sur le plus -ou moins de durée et d'importance de la petite session annoncée pour le -31 juillet. Elle arrive mal à propos, pour discuter les événements de la -Péninsule, et embarrasser le gouvernement par tout le bavardage de la -tribune. Le triomphe de don Carlos fixerait un ennemi personnel sur nos -frontières; celui de la Régente, qu'elle ne peut obtenir qu'en se jetant, -de plus en plus, dans le _mouvement_, nous donnerait un voisinage de -révolution et d'anarchie. Cela ne saurait être indifférent à notre -gouvernement, qui n'a déjà que trop à lutter contre de semblables -éléments. Il paraît, du reste, que les deux armées étaient trop en -regard l'une de l'autre, pour qu'elles n'en vinssent pas aux prises, et -le premier succès éclatant restant à l'un ou à l'autre des deux -compétiteurs fixera, probablement, leurs destinées ultérieures. Aussi en -attend-on l'issue avec une grande et inquiète curiosité. - -Maintenant que la querelle ne se règle plus en Portugal, mais en Espagne, -les Anglais se mettent sur le second plan et ne donneront que de légers -secours à leur cher petit Miraflorès; le grand fardeau est réservé à la -France, et il se présente hérissé de difficultés. - -On répandait, hier, à la Cité, la nouvelle de la mort de la Reine -régente. Les uns disaient qu'elle avait péri par le poison, d'autres à la -suite de l'accident qui l'avait conduite dans la retraite. La nouvelle -est probablement fausse, mais dans un semblable pays, à travers la guerre -civile, le fanatisme religieux, les querelles et les jalousies de -famille, les passions de toute espèce qui y sont déchaînées, des crimes -ne sont pas plus invraisemblables que les folies et les désordres qui s'y -passent journellement. - -Le ministre Stanley qui remplace lord Howick, comme sous-secrétaire -d'État au ministère de l'intérieur, et qui n'a rien de commun avec le M. -Stanley dernièrement ministre, est une espèce de _faux dandy_ -parfaitement radical et de la plus mauvaise et vulgaire sorte. Il a été, -un moment, secrétaire particulier de lord Durham. - -Celui-ci a dédaigneusement refusé l'ambassade de Paris, qu'on ne lui -offrait, à ce qu'il a bien compris, que pour se débarrasser de lui ici. -Il a répondu qu'il n'accepterait aucun emploi d'un Cabinet qui refusait -de le recevoir dans son sein. Lord Carlisle a donné sa démission de lord -du Sceau privé. - - -_Londres, 24 juillet 1834._--On disait assez généralement, hier, que -l'infante Marie, princesse de Portugal, femme de l'infant don Carlos, -avait, secrètement aussi, quitté l'Angleterre, pour suivre son mari en -Espagne, laissant ses enfants ici, à la duchesse de Beïra, sa sœur. On -dit que l'infante Marie a beaucoup de courage et de décision. -Probablement, elle s'en croit plus qu'à son mari, et elle pense que sa -présence près de lui inspirera au prétendant toute l'énergie dont il a -besoin dans la crise actuelle. Toutes ces Princesses de Portugal sont des -démons, en politique ou en galanterie, et quelquefois les deux ensemble. -L'aventure qui a fait, d'une de ces Princesses, une marquise de Loulé, -explique l'éclat qu'elle vient de donner à Lisbonne, à l'occasion d'un -officier de la marine anglaise. M. de Loulé s'est fâché, et a renvoyé sa -femme en gardant les enfants. Dom Pedro a exigé que son beau-frère reprit -sa femme; je ne sais comment cela a fini. - -L'Infante Isabelle, qui pendant sa régence a aussi fait parler d'elle, et -que dom Miguel a voulu, dit-on, faire empoisonner avec un bouillon aux -herbes, est maintenant à Lisbonne, réunie au reste de sa famille, ou pour -mieux dire, de ses parents, car il règne des affections et des haines si -également dénaturées dans cette maison de Bragance, qu'il ne peut être -question pour elle des liens naturels de famille. - -A propos de prétendants et de mœurs singulières, lord Burghersh m'a -beaucoup parlé, hier, de la comtesse d'Albany, qu'il a connue à Florence. -Elle y avait, pour cavalier servant, M. Fabre, le peintre, qui, depuis la -mort d'Alfieri, demeurait chez elle. Ils se promenaient seuls, n'ayant -que le grand chien de M. Fabre en tiers, ils dînaient seuls. De huit à -onze heures, Mme d'Albany recevait tout Florence. M. Fabre allait, -pendant ce temps-là, chez une maîtresse d'un ordre inférieur. A onze -heures, il reparaissait chez la Comtesse, ce qui était le signal de la -retraite pour tout le monde, afin de les laisser souper tête à tête. -Jamais on ne les invitait l'un sans l'autre, ce qui est d'étiquette en -Italie, et poussé à un point de naïveté étrange. En voici un exemple: -lord Burghersh, ministre d'Angleterre à Florence, ouvrit sa maison par un -grand bal, où il crut avoir prié toute la grande compagnie, mais, n'étant -pas encore très au fait des relations de la société, il oublia d'inviter -un monsieur attaché à une belle dame; le matin du bal, le maître d'hôtel -vint chez my lord avec une lettre ouverte, qu'il venait de recevoir, et -qu'il pria son maître de parcourir; lord Burghersh y lut ce qui suit: -«_Sapete, caro Matteo, che sono servita, da il cavalier un tel_; il n'est -pas invité chez lord Burghersh, ce qui, comme vous le sentez, me met dans -l'impossibilité d'aller à son bal: faites réparer cette erreur, je vous -prie.» Elle le fut en effet, et lord Burghersh n'oublia pas la leçon. Le -_sapete_, adressé à un valet, le _sono servita_, tout est d'une naïveté -incroyable, et néanmoins parfaitement dans les convenances italiennes. -Mais, pour en revenir à la comtesse d'Albany et à M. Fabre, la Comtesse -étant morte, M. Fabre fit le portrait du chien, le compagnon de leurs -promenades, le fit graver, et en envoya une épreuve à chacun des amis de -la Comtesse, avec l'inscription suivante: «Aux amis de la comtesse -d'Albany, le chien de M. Fabre.» - - -_Londres, 25 juillet 1834._--Le ministère devient bien aigre pour lord -Grey: on lui sait mauvais gré de sa noble retraite, de son juste dédain -pour cette absurde proposition du Sceau privé. On le dit faible, -incapable, capricieux, enfin on joint l'outrage à la perfidie, et le -voile léger dont on couvre cette déloyale conduite ne la dérobe pas -assez, aux yeux de lord Grey, pour qu'il ne commence aussi à en être -aigri. Je sais qu'il a dit que si ses successeurs faisaient un pas de -plus dans la route révolutionnaire, il cesserait non seulement de voter -pour eux, mais encore se déclarerait contre eux. Décidément, il est -rentré dans ses vrais instincts, et je crois qu'il aura à cœur de se -laver, autant que cela se pourra, de l'imputation d'avoir entraîné -l'Angleterre dans une route de perdition. - -Lord John Russell, le plus doux, le plus spirituel, le plus honorable, le -plus aimable des Jacobins; le plus naïf, le plus candide des -révolutionnaires; le plus agréable, mais aussi, par son honnêteté même, -le plus dangereux des ministres, me disait, hier, qu'il avait eu, il y a -quelques mois, une violente discussion avec lord Grey, à propos d'une -mesure sur laquelle ils n'étaient pas d'accord, et à l'occasion de -laquelle lord Grey lui déclara que jamais il ne consentirait à mettre -son nom à un acte révolutionnaire. Lord John ajouta, avec son petit air -doux: «C'était, après la réforme, une grande faiblesse et une -inconséquence.--Vous auriez raison,» ai-je repris, «si lord Grey, en vous -laissant faire la réforme, en eût prévu toutes les conséquences; mais -vous conviendrez avec moi qu'il ne les a pas aperçues, et que vous vous -êtes bien gardé de les lui signaler _in time_.» Lord John s'est mis à -rire et m'a dit, de fort bonne grâce: «Vous n'exigez pas que je me -confesse?» Si tous les révolutionnaires étaient de l'espèce de Cobbett et -O'Connell, ou de l'inconvenante et cynique nature de lord Brougham, on se -tiendrait plus aisément en garde; mais dans la spirituelle et délicate -personne du fils du duc de Bedford, comment soupçonner de tels travers -dans le jugement, et dans la nature physique la plus frêle, et, en -apparence, la plus éteinte, comment s'attendre à une semblable -persévérance dans la pensée et à une telle violence dans l'action. - - -_Londres, 29 juillet 1834._--Une course à Woburn Abbey a interrompu ce -journal. Ce troisième séjour que j'ai fait dans ce bel endroit, beaucoup -plus agréable pour moi, personnellement, que les deux premiers, ne m'a -cependant rien fourni à ajouter aux descriptions que j'en ai faites. Il -ne s'y est rien passé non plus, qui sortît du cours habituel de la vie de -château en Angleterre. Grande et large hospitalité, avec un peu plus de -pompe et de parure qu'il ne faut dans la vie de campagne, telle qu'on la -comprend sur le Continent! - -Un voyage, à Woburn surtout, est une chose arrangée, comme l'est un dîner -en ville. Vingt ou trente personnes qui se connaissent, mais sans -familiarité, sont invitées à se réunir pendant deux ou trois jours; les -maîtres de la maison se rendent chez eux, exprès pour y recevoir leurs -hôtes et s'en retournent à leur suite; ils paraissent, ainsi, y être -eux-mêmes en visite. Mais enfin, il y a tant à voir, tant à admirer, le -duc de Bedford est si poli, si parfaitement grand seigneur, la Duchesse -si attentive, qu'il est impossible de ne pas rester sous une impression -agréable. La mienne l'a été, beaucoup, et cela en dépit du voile assez -triste qui couvrait quelques-unes des figures principales, lord Grey par -exemple, qui s'est affaissé tout à coup d'une manière frappante, -souffrant et abattu, et ne se donnant aucune peine pour dissimuler ses -dispositions, qui deviennent de plus en plus amères. Les abdications les -plus volontaires sont toujours suivies de regrets; on mourrait dans la -tourmente, on s'éteint dans le repos. C'est si difficile d'être satisfait -de soi-même et des autres! - -Mme de Lieven aussi, malgré tous ses efforts, succombait sous le poids -des adieux, du départ, de l'absence; elle est vraiment fort malheureuse -et me fait grande pitié. Elle est bien plus à plaindre, encore, que toute -autre ne le serait en pareille situation, car jamais personne d'esprit -n'a trouvé moins de ressources en elle-même. Elle les demande constamment -à ses alentours. Le mouvement des nouvelles et de la conversation lui est -indispensable, et elle ne connaît d'autre emploi à la solitude que le -sommeil. Elle pleure de quitter l'Angleterre, elle redoute Pétersbourg, -mais sa plus grande terreur, c'est celle de la traversée, huit jours de -solitude! car son mari et ses enfants ne comptent pas pour elle. Elle -s'arrêtera un jour à Hambourg, uniquement pour échanger quelques paroles -avec des visages nouveaux; elle a saisi avec avidité l'idée de lui -assurer la visite du baron et de la baronne de Talleyrand qu'elle n'a -jamais vus et qu'elle sait ne pas être amusants! Elle a éprouvé un -soulagement évident en décidant lord Alvanley à prendre sa route pour -Carlsbad, par Hambourg, dans le même bateau qu'elle, et cela quoique lord -Alvanley la prévînt que le mal de mer le rendait de fort mauvaise -compagnie; enfin l'ennui fait, chez elle, l'effet de la mauvaise -conscience: elle ne songe qu'à se fuir elle-même. - -En revenant à Londres, nous avons appris les massacres de Madrid: -toujours cette horrible fable des puits empoisonnés, qui, partout où le -choléra fait des ravages, a excité l'ignorance populaire et l'a changée -en fureur et en atrocités. Les moines en ont été victimes, et, malgré le -fanatisme religieux, les couvents ont été pillés. L'autorité a été -faible, et par conséquent impuissante; le gouvernement était retiré à -Saint-Ildephonse, terrifié et hésitant, ne sachant si, dans ces tristes -circonstances d'épidémie, de désordre et de guerre civile, il devait -proroger les Cortès ou les réunir, ni dans quels lieux, ni sous quels -auspices! Il est impossible d'imaginer un plus triste concours de -circonstances fatales pour l'Espagne et un voisinage plus incommode pour -la France. - -Louis-Philippe a grande répugnance à intervenir ostensiblement et -directement dans les destinées de l'Espagne. Il a même assez montré son -éloignement à cet égard, pour en avoir laissé comprendre le secret par -les ambassadeurs à Paris, qui s'en prévalent puissamment. Le ministère -français, qui compte davantage avec les vanités et les susceptibilités -nationales, s'est moins nettement prononcé. C'est ainsi qu'on doit -paraître après-demain devant les Chambres. - -Un des principaux motifs indiqués de la retraite du maréchal Soult était -son insistance pour qu'on envoyât un gouverneur militaire à Alger, en -opposition avec le reste du Cabinet, qui exigeait que ce fût un -gouverneur civil. Il paraît que les exigences du maréchal Gérard ont -porté sur le même objet, et que, fort de l'amitié du Roi, il l'a emporté, -car c'est le général Drouet d'Erlon qui vient d'être nommé à cet emploi. - - -_Londres, 31 juillet 1834._--L'année dernière le Roi d'Angleterre disait -à M. de Talleyrand à son départ pour le Continent: «Quand -reviendrez-vous?» L'année d'avant, il lui avait dit: «J'ai chargé mon -ambassadeur à Paris de dire à votre gouvernement que je tiens à vous -conserver ici.» Cette année-ci, il dit: «Quand partez-vous?» Il me semble -qu'on peut retrouver, dans ses expressions si différentes, la trace des -influences _palmerstoniennes_. - -Hier au Lever du Roi, lord Mulgrave a reçu le Sceau privé abandonné par -lord Carlisle. - -On parlait, dans notre salon, du talent de certaines personnes pour -raconter des histoires de revenants. Cela m'a rappelé l'intérêt avec -lequel j'avais entendu, il y a deux ans, à Kew[33], Mme la duchesse de -Cumberland nous conter une apparition qu'elle avait vue elle-même et dont -le souvenir paraissait encore l'émouvoir beaucoup. Elle nous fit d'autant -mieux participer à ses impressions qu'il était tard et qu'un gros orage -bien effrayant grondait au dehors. - - [33] Kew est situé sur la rive droite de la Tamise. Ce château - fut pendant quelque temps la demeure du duc et de la duchesse de - Cumberland, avant qu'ils n'héritassent du trône de Hanovre. Il y - a à Kew un observatoire et un jardin botanique créés par le Roi - George III. - -Voici cette histoire; elle se passa à Darmstadt, où Mme la duchesse de -Cumberland, alors princesse Louis de Prusse, était allée voir sa famille -du côté maternel. Elle fut logée dans un appartement d'apparat du -château, qui n'était habité que rarement, et dont l'ameublement, quoique -magnifique, était resté le même depuis trois générations. Fatiguée de sa -route, elle ne tarda pas à s'endormir, mais elle ne tarda pas, non plus, -à sentir passer sur son visage un souffle qui l'éveilla; elle ouvrit les -yeux, et vit la figure d'une vieille dame qui se penchait sur la sienne. -Saisie de cette apparition, elle tira bien vite sa couverture sur ses -yeux, et resta quelques instants immobile; mais le manque d'air lui fit -changer de position, et la curiosité la pressant, elle rouvrit les yeux -et vit la même figure vénérable, pâle et douce, la fixer encore. Alors, -elle se mit à crier bien fort, et la nourrice du prince Frédéric de -Prusse, qui couchait avec l'enfant, dans la pièce voisine, dont les -portes étaient ouvertes, accourut et trouva sa maîtresse baignée dans -une sueur froide; elle demeura près d'elle tout le reste de la nuit. Le -lendemain, la Princesse raconta à sa famille l'événement de la nuit, et -demanda instamment de changer d'appartement, ce qui eut lieu. Du reste, -son récit n'étonna personne, car il était admis dans la famille, que -chaque fois qu'une personne, descendante de la vieille duchesse de -Darmstadt, qui avait habité cet appartement, s'y trouvait couchée, cette -vieille aïeule venait faire visite à ses arrière-petits-enfants, et on -citait, à l'appui de cette tradition, l'exemple du duc de Weimar et de -plusieurs autres Princes. Beaucoup d'années plus tard, la duchesse de -Cumberland, princesse de Solms, et habitant Francfort, fut invitée par -son cousin, le grand-duc de Hesse-Darmstadt, à venir assister à une -grande fête qu'il préparait. La Princesse s'y rendit, mais avec -l'intention de revenir la même nuit chez elle à Francfort. Le souper -fini, elle passa dans une pièce où on avait préparé sa robe de voyage et -où, pendant sa toilette, elle fut suivie par sa cousine, la jeune -Grande-Duchesse nouvellement mariée: celle-ci demanda à la princesse de -Solms si ce qu'elle avait entendu raconter de l'apparition était vrai. -Elle désira en avoir le récit détaillé et, après l'avoir entendu, elle -voulut savoir si l'impression avait été assez forte pour que la Princesse -se souvînt encore des traits de leur vieille aïeule: «Oui, certainement,» -assura la Princesse.--«Eh bien!» dit la Grande-Duchesse, «son portrait -est dans la chambre où nous nous trouvons, avec deux autres portraits de -famille de la même époque. Prenez la lumière, approchez-vous, et -dites-moi lequel vous croyez être celui de l'apparition; je verrai si -vous devinez juste.» Au moment où la Princesse, non sans quelque -répugnance, s'approcha des portraits et reconnut celui de la vieille -grand'mère, il se fit au-dessus de la chambre un bruit épouvantable, le -cadre et le portrait se détachèrent, et sans leur fuite précipitée, les -curieuses eussent été tuées par la chute du tableau. - -Je ne sais si cette histoire est bien belle en elle-même, mais je sais -qu'elle me fit beaucoup d'impression, parce qu'elle fut très bien -racontée, et que, dans ce genre de choses, quand on entend dire: «J'ai -vu, j'ai entendu,» on ne se permet plus de tourner la chose en moquerie. -D'ailleurs, le sérieux de la Duchesse était parfait, et son émotion vive, -de sorte que je ne me suis jamais permis de douter de l'exactitude du -récit. - -L'absence de Mme la duchesse de Cumberland a laissé, pour moi du moins, -un vide sensible à Londres. Elle a de l'esprit, de l'instruction, les -plus belles manières, les plus royales, de la grâce, de la douceur, des -restes de beauté, surtout dans la taille. Elle m'a traitée avec une bonté -d'autant plus parfaite qu'elle l'a reportée, depuis, sur mon second fils. -Enfin, quelque jugement qu'on porte sur son caractère, qui n'est pas -également honoré par tout le monde, il est impossible de ne pas lui -reconnaître de grandes qualités, et de ne pas être touché de la grande -affliction dont elle est frappée, dans l'infirmité de son fils, le prince -George. Celui-ci est un aimable et beau jeune homme, privé à l'âge de -quinze ans, et après de vives douleurs, de la vue; c'est un objet tout à -la fois de pitié et d'admiration, résigné comme un ange, sans impatience, -sans regrets, sans humeur, dissimulant sa tristesse à sa mère. Il -soutient le courage de ceux qui l'entourent, par celui qu'il témoigne -lui-même, et il inspire déjà dans son jeune âge tout le respect d'une -grande vertu. L'improvisation sur le piano est la distraction à laquelle -il préfère se livrer; ses mélodies sont toujours tristes et graves, mais -lorsqu'il reconnaît le pas de sa mère, il passe à un thème gai et animé -pour lui donner le change sur ses impressions. Aussi longtemps que, par -des remèdes, on a espéré lui rendre la vue et arrêter les progrès de -l'inflammation, on a suspendu son éducation; mais lorsque son précepteur, -qui est un homme excellent, a jugé que l'éducation en souffrait sans que -la vue y gagnât, il a proposé au jeune Prince de reprendre le cours de -ses études, et lui a soumis un plan, pour continuer autant que cela se -pouvait, sans le secours de la vue. Le Prince s'est tu pendant quelques -instants, puis, d'un air pénétré, il a dit: «Oui, Monsieur, vous avez -raison, je suivrai vos avis; car je sens que, quoiqu'une porte se soit -fermée pour moi, il faut que je cherche avec d'autant plus de soin à en -ouvrir une autre.» - - -_Londres, 1er août 1834._--Quel triste dîner que celui d'hier chez lord -Palmerston! Dîner d'adieu pour la princesse de Lieven, où elle est venue -malgré elle, où nous n'allions qu'à cause d'elle, où lady Cowper faisait -de visibles efforts pour paraître à son aise, où lady Holland voulait -des explications sur les derniers torts de lord Palmerston envers M. de -Talleyrand, où chacun pressentait que notre départ serait aussi définitif -que celui de cette pauvre Princesse. M. de Bülow, pâle et embarrassé, -avait l'air d'un filou pris sur le fait; le pauvre Dedel avait, lui, -l'air d'un orphelin qui voit enterrer ses parents; lord Melbourne ne -faisait à personne, avec sa grosse tournure de fermier normand, l'effet -d'un premier ministre. - -L'échec _volontaire_ éprouvé la veille par le ministère à la Chambre des -Communes, où il s'est laissé battre par les radicaux, dans la question du -Clergé irlandais, ne donnait pas bonne mine à ces messieurs. Enfin il y -avait, sur tout et sur tous, une gêne lugubre répandue qui m'oppressait à -un point extrême. - -Je ne me sens pas le courage d'aller, ce matin, dire un dernier adieu à -cette pauvre Princesse, tuée de fatigues et d'émotions. C'est un bon -procédé que ne pas augmenter son agitation. Ce départ qui me peine, -puisqu'il éloigne, sans grandes chances de revoir, une personne -distinguée, m'afflige encore par les retours qu'il me fait faire sur tous -les changements qui se sont opérés ici depuis quatre ans, et qui, tous, -les uns après les autres, ont tendu à ternir cette belle et brillante -Angleterre. Dans le Corps diplomatique seul, que de pertes! M. Falk, si -aimable, si doux, si fin, si spirituel, si instruit, remplacé d'abord par -l'âcre M. de Zuylen, l'est maintenant par le bon mais insignifiant Dedel. -La bonne humeur, l'entrain ouvert et naïf de Mme Falk a fait faute aussi. -M. et Mme de Zea étaient gens plus intelligents, de beaucoup, que les -lilliputiens de Miraflorès. M. et Mme de Münster étaient fort supérieurs -aux Ompteda à tous égards. L'excellente Mme de Bülow n'a pu être -remplacée pour moi, et je crois, d'ailleurs, que son absence a trop -laissé les mauvaises tendances de son mari sans le contrepoids que la -simple et honnête nature de sa femme leur opposait. Esterhazy est l'objet -d'un regret universel: sa parfaite bonne humeur, sa sûreté sociale, sa -facilité de caractère, ses habitudes de grand seigneur, la finesse de son -esprit, la droiture de son jugement, la bienveillance de son cœur, tout -le faisait chérir ici et rien ne saurait l'y faire oublier. Wessenberg -aussi a laissé une place vacante qui n'a pas été remplie. Le départ des -Lieven élargit la brèche sociale et le nôtre achèvera cette démolition -générale. Le terrain neutre des maisons diplomatiques est surtout -appréciable dans un pays divisé par l'esprit de parti, et où, la -politique ayant rompu tant d'autres liens, la société ne saurait plus se -réunir sous les anciens auspices. - -Nous avons appris, hier, télégraphiquement, que la Reine régente -d'Espagne avait ouvert elle-même les Cortès le 24, à Madrid, que la ville -était tranquille, que le choléra y diminuait un peu et que don Carlos se -retirait de plus en plus vers la frontière de France. - - -_Londres, 3 août 1834._--Il me semble que rien ne témoigne mieux de -l'état dans lequel est tombée la politique intérieure du gouvernement -anglais que ce que disait, hier, lord Sefton: «Savez-vous,» me disait-il, -«que malgré mon admiration pour lord Grey, je trouve que nous en sommes -venus à un point où il est non seulement heureux pour lui-même, mais -encore fort avantageux pour le pays qu'il se soit retiré? Jamais il -n'aurait consenti à la moindre courtoisie, encore moins à un peu de -flatterie pour O'Connell et ses amis, et cependant il n'y a plus moyen de -ne pas les satisfaire; il est urgent de les adoucir par les bassesses -contre lesquelles lord Grey se serait révolté, et qui répugnent moins à -ses successeurs, à commencer par mon ami le Chancelier. Ainsi vous voyez -qu'il est heureux que nous ayons pour gouvernants des gens tout disposés -à faire les bassesses nécessaires!» - -Il me semble qu'on s'accorde à beaucoup louer le discours de la Reine -d'Espagne. Pour l'apprécier il faudrait connaître, mieux que je ne puis -le faire, l'état de ce pays; tout ce que je puis lui souhaiter de mieux, -c'est qu'elle ne soit plus dans le cas d'en faire de si longs et dans de -semblables circonstances. On dit qu'elle l'a prononcé de fort bonne -grâce. On doit lui savoir gré d'avoir repris courage et d'être rentrée -dans la contagion pour le prononcer. - -Le choléra enlève beaucoup de monde à Madrid; la police sanitaire y est -mauvaise, la chaleur extrême, la propreté nulle. Les femmes y sont -atteintes dans une proportion double des hommes. La mère de Mme de -Miraflorès est parmi les victimes. - -Don Carlos est, à ce qu'il paraît, sur le point de repasser la frontière; -il en est même, dit-on, assez près pour que les vedettes françaises -aperçoivent les siennes. - -Je ne sais quel mauvais vent souffle sur Paris, mais je serais disposée à -croire que tout n'y est pas aussi tranquille en réalité qu'en apparence. -Voici, à cet égard, ce que je trouve dans une lettre de Bertin de Veaux: -«Il paraît qu'il est dans la destinée du prince de Talleyrand, et dans la -vôtre, de ne venir à Paris que pendant les crises ministérielles, car -notre ministère n'est pas plus solide que celui de Londres. Au surplus, -dans ce pays-ci, on a pris son parti de vivre au jour le jour; excepté -les acteurs, personne ne pense à la pièce. Cependant, quand vous -arriverez, votre salon sera bientôt plein, et c'est devant vous et devant -le Prince, que tous les acteurs, grands et petits, iront _poser_, comme -on dit à présent.» - -Dans une autre lettre, il est fort question des dangers du jour, de ceux -du lendemain, de vœux apparents, de velléités sourdes, de -mésintelligences, d'associations, de la grande ambition de certains -petits hommes, de l'humeur et de la bouderie des autres. A propos de -mécomptes éprouvés par M. Decazes, on ajoute: «Ce pauvre M. Decazes a -beau frapper la terre de tous côtés, il n'en peut rien faire sortir; on -dit qu'il veut maintenant la place de Semonville, et qu'il a peut-être -quelques chances, parce que Semonville est très commode à désobliger; il -ne fait peur à personne. Cette mode d'enterrer les gens, avant qu'ils ne -soient morts, ne me plaît guère; je croyais qu'on en était dégoûté depuis -l'épreuve faite sur MM. de Marbois et Gaëte, qui n'a pas eu de succès -dans le public. Comme, en rentrant chez soi, on se trouve bien de ne -pouvoir être dépossédé de rien!» - - -_Londres, 4 août 1834._--Il paraît certain que, la veille de l'ouverture -des Cortès, on a découvert une conspiration républicaine fort étendue, -dans laquelle beaucoup de personnes marquantes auraient été compromises. -Palafox et Romero sont arrêtés; on dit que c'est en Galice surtout qu'ils -avaient le plus de partisans; dans l'Aragon et la Catalogne ce sont les -carlistes qui dominent et s'agitent. Ainsi, voilà trois drapeaux -différents, sous lesquels l'Espagne se range et se divise. - -Quand M. Backhouse a été trouver don Carlos sur le _Donegal_, celui-ci -lui a dit qu'il avait entendu parler du traité de la Quadruple Alliance, -mais qu'il désirait en connaître le texte. L'ayant lu, il l'a remis à M. -Backhouse, sans réflexions, mais avec un sourire très ironique, qui est -devenu un rire dédaigneux lorsque M. Backhouse lui a dit qu'il croyait -qu'il se faisait illusion sur la force de son parti en Espagne. A cela -près, le Prince a été poli et doux dans son accueil et même obligeant. - -On avait annoncé la clôture du Parlement pour le 12, et la plus grande -partie des membres comptaient quitter Londres même avant ce jour-là, -quand le duc de Wellington a réuni, avant-hier, tous ceux de son parti -chez lui; il les a priés dans l'intérêt et _pour le salut de la Patrie_ -de rester à leur poste et de profiter de leur majorité, reconnue -imposante dans la question des _dissenters_ pour défendre encore l'Église -à l'occasion des autres mesures qui restent en discussion. La crainte de -laisser le Clergé protestant d'Irlande sans aucun moyen d'existence, si -le «Bill sur les dîmes», œuvre d'O'Connell, est rejeté, laisse, à la -vérité, quelques doutes sur la marche définitive que la Chambre Haute -adoptera, mais les évêques paraissent croire que ce Bill serait aussi -pernicieux pour eux que l'absence de toutes mesures pécuniaires. Il est -certain que la semaine actuelle est une des plus critiques; si ce Bill -est rejeté, les deux Chambres se trouveront en collision. Le ministère -quittera-t-il? ou bien demandera-t-il carte blanche au Roi? avancera-t-il -ainsi dans la route révolutionnaire? ou bien s'en tiendra-t-il, comme le -Chancelier le disait hier, à laisser le Clergé protestant d'Irlande -mourir de faim? Lord Grey disait que ce ne serait pas si aisé de laisser -ces prêtres mourir de faim, puisqu'une loi obligeait de pourvoir à leur -existence, soit en prélevant les dîmes, soit de toute autre manière. Et -quant à une fournée de Pairs, sur l'observation qu'il en faudrait nommer -cent cinquante, lord Grey a dit que deux cents ne suffiraient pas, parce -que toute l'ancienne Pairie, lui en tête, se révolterait contre un -gouvernement assez fou et assez mauvais pour se porter à une telle -extrémité. Il resterait d'ailleurs à savoir si le Roi y consentirait. -Celui-ci est souffrant, triste, abattu; il en convient et surtout de sa -préoccupation morale, qu'il ne cherche pas à cacher. On remarque en lui -une oppression extrême et particulièrement l'affaiblissement d'un œil -qu'il ne peut presque plus ouvrir. - -Voici ce qui s'est passé à l'occasion de la Jarretière, vacante par la -mort de lord Bathurst: le Roi l'a envoyée à lord Melbourne, comme étant -son premier ministre. Celui-ci l'a respectueusement refusée, en disant -qu'il suppliait le Roi de la donner à celui auquel lord Grey aurait -désiré qu'elle arrivât, c'est-à-dire au duc de Grafton. Le Roi l'a, en -effet, envoyée au Duc, mais celui-ci, vivement affecté de la mort de son -fils favori, se sentant, d'ailleurs, âgé et hors du monde, a prié le Roi -de la donner à quelqu'un qui pourrait se montrer plus souvent à ses yeux -et qui serait plus utile à son service. On suppose qu'elle ira au duc de -Norfolk; mais il est catholique, et ce serait le premier exemple de cette -grâce donnée à un dissident religieux. - -Un rude coup vient de frapper le duc de Wellington, au milieu des soucis -multipliés de chef de l'opposition: Mme Arbuthnot, femme d'esprit et de -sens, discrète et dévouée, amie fidèle du Duc, vient de mourir en peu de -jours d'une maladie vive. Elle était dans toute la force de l'âge et -d'une santé jusque-là très robuste. Le Duc a donc perdu, dans la même -semaine, lord Bathurst, son plus ancien ami, et Mme Arbuthnot, sa -confidente, sa consolation, son _home_! Les morts, les départs rendent -Londres bien triste en ce moment; tout le monde a la mine longue et -déconfite; on est consterné de cette mauvaise veine, qui fait que chaque -jour est marqué par une catastrophe. - - -_Londres, 5 août 1834._--Dom Miguel a, décidément, signé sa protestation. -Le duc d'Alcudia et M. de Lavradio sont près de lui; ils se disposent -tous à venir rejoindre don Carlos, au moindre succès de celui-ci. - -Lady Holland et lady Cowper font tous leurs efforts pour que M. de -Talleyrand et lord Palmerston se quittent sur de bons termes. Je -comprends que les amis de celui-ci le désirent, et qu'il leur importe, -d'une part, que l'on ne puisse pas s'en prendre aux inconvénients -personnels de lord Palmerston de la dispersion totale du haut Corps -diplomatique, et que, de l'autre, le mauvais renom du ministère anglais -dans toute l'Europe ne soit pas fortifié du langage de M. de Talleyrand -sur lui à Paris. On arrivera, en effet, à faire qu'ils se quitteront -poliment, sans éclat, sans rupture; mais il est impossible qu'un levain -qui fermente depuis si longtemps, ne laisse pas un germe de mal-être, -d'embarras et de rancune. M. de Talleyrand ne saurait oublier qu'il a été -traité légèrement par plus jeune et moins capable que lui. Lord -Palmerston, moins impertinent, peut-être, dans les formes, s'en vengerait -sur le fond des choses, et d'autant plus aisément que l'âge et la paresse -de M. de Talleyrand le rendraient, chaque jour, plus facile à entraîner -dans de fausses démarches. Rien ne serait donc plus mal avisé que de se -remettre en présence, et malgré tous les souvenirs si doux et si -satisfaisants qui m'attachent à l'Angleterre, j'avoue que j'éprouverai, à -l'égard de M. de Talleyrand, un soulagement véritable à le voir hors des -affaires publiques. - - -_Londres, 6 août 1834._--C'est décidément le duc de Norfolk qui a la -Jarretière. - -L'Espagne demande des articles additionnels au Traité du 22 avril, dit de -la «Quadruple Alliance». Elle demande à l'Angleterre des vaisseaux en -croisière sur les côtes de la Biscaye; au Portugal, un corps d'armée; à -la France, de l'argent, des munitions, des troupes sur la frontière -française; et à ses alliés réunis, l'appui moral d'une déclaration -favorable à la cause de la Régence, et qui étendrait et expliquerait -plus amplement le but du premier Traité. - -L'incertitude et l'ignorance prolongée des mouvements de Rodil inquiètent -sur ses succès, et on attribue à l'alarme qui en résulte la baisse des -fonds à Paris, les malheurs particuliers qui en sont résultés et qui ont -amené de sinistres catastrophes. Les Rothschild, qui avaient inondé -l'Europe d'effets espagnols, et qui en étaient restés eux-mêmes assez -encombrés, sont de très mauvaise humeur et prodigieusement inquiets. - -Il y a des gens d'esprit qui prétendent que le grand danger pour la -Régente n'est pas dans don Carlos, mais dans le parti dit du _mouvement_. -On est bien disposé à se ranger à cette opinion quand on songe à -l'horrible propos tenu par Romero Alpuende, qui appelait les massacres du -17 juillet à Madrid: «_Un léger soulagement patriotique._» - - -_Londres, 8 août 1834._--Rodil paraît avoir obtenu, décidément, un succès -très marqué sur toute la ligue des carlistes. Dans une guerre régulière -cela pourrait mettre fin à la lutte, mais dans une guerre civile les -règles communes ne s'appliquent plus et ce qu'on croit anéanti -aujourd'hui reparaît demain. - -M. de Talleyrand a pris congé du Roi avant-hier. Le Roi a été gracieux -pour lui et pour moi, regrettant qu'en l'absence de la Reine, sa vie de -garçon l'empêchât de m'engager à aller à Windsor où il aurait été charmé -de me voir avant mon départ. Ceci est plus obligeant qu'exact, car la -princesse Auguste fait les honneurs du château, des dames y sont -invitées, entre autres lady Grey et sa fille; mais enfin la rédaction est -gracieuse et, dans le monde, c'est tout ce qu'on peut exiger. - -Le Roi a beaucoup dit encore que les affaires étaient bien sérieuses et -les cartes bien mêlées, ce à quoi M. de Talleyrand a répondu: «Quant à -nous, Sire, nous jouons nos cartes sur la table de Votre Majesté.» - - -_Londres, 9 août 1834._--Je ne connais rien de si embarrassant pour des -maîtres de maison que l'hostilité montrée et rapprochée des convives -entre eux. Le Chancelier, auquel nous espérions avoir échappé, nous est -arrivé hier au dessert. Il a prolongé notre dîner en mangeant fort à son -aise et avec sa saleté ordinaire; il parlait en mangeant, touchant à tous -les sujets, comme à tous les plats, sans arrêt, sans délicatesse. Nous en -souffrions, surtout pour lord et lady Grey. Enfin il nous a mis tous bien -mal à l'aise et a augmenté, s'il est possible, mon dégoût et mon mépris -pour lui. - -Lord John Russell, qui dînait chez nous, est aussi un petit radical, -mais, du moins, il a toutes les habitudes de bon goût et de bonne grâce -qui distinguent son père. - -A propos de popularité et des frais qu'il est convenable que les grands -seigneurs fassent pour les classes secondaires de la société, lord John -me disait, hier, que rien ne pouvait vaincre la répugnance du duc de -Bedford pour le petit monde de son entourage, et qu'un jour l'intendant, -du Duc lui ayant demandé d'inviter ce monde à dîner et le Duc s'y étant -refusé, l'homme d'affaires lui dit: «Mais, monsieur le Duc, par ces -politesses vous épargnerez peut-être quinze mille louis aux élections -prochaines.--Cela se peut, répondit le Duc, mais l'argent dépensé à -m'éviter de l'ennui et de la déplaisance me paraîtra fort bien employé. -Je payerai les quinze mille louis, mais je ne donnerai pas de dîner.» Le -duc de Bedford est cependant très magnifique, très charitable, faisant -faire des travaux considérables uniquement pour employer les pauvres du -Comté. Eh bien! il n'y est pas populaire; l'amour-propre blessé des -classes intermédiaires se fait plus sentir que les besoins satisfaits des -indigents ne se font jour. - -Lord, lady Grey, leurs enfants, avaient, disaient-ils, envie de se -distraire, de changer le cours de leurs idées, d'aller en France et de -nous y faire visite; mais l'espèce de triomphe qui y serait décerné à -lord Grey a épouvanté le ministère actuel, qui aurait craint la -comparaison entre les honneurs rendus à leur victime et la -déconsidération sous laquelle ils gémissent. Aussi a-t-on persuadé à lord -Grey que s'il se rendait en France maintenant, il aurait l'air d'y aller -pour chercher une ovation et que ce serait manquer de délicatesse; nous -ne l'y verrons donc pas. Je le regrette pour lui; je crains que dans la -disposition irritée et pénible dans laquelle il se trouve, la solitude et -l'ennui ne lui fassent un mal réel, ainsi qu'à sa femme, qui est plus -blessée et plus profondément atteinte que lui-même. Lord Grey s'est, -moralement et physiquement, détruit aux affaires; quelle différence s'il -s'en était éloigné six semaines plus tôt, en même temps que les quatre -membres vraiment distingues et honorables du Cabinet! Lord Grey se -serait alors retiré avec tous les honneurs de la guerre au lieu de mettre -bas les armes! - -Le goût des voyages a, du reste, gagné tout le monde, et le Chancelier, -comme les autres, voulait employer ses vacances à faire un pèlerinage -pittoresque et amoureux aux bords du Rhin, à la suite de Mrs Peter. Mais, -à ce qu'il m'a dit, hier, lui-même, le Roi n'a pas voulu le lui -permettre; depuis lord Clarendon, aucun Chancelier d'Angleterre n'a -quitté le pays, et ce précédent n'est pas encourageant, car ce -Chancelier-là n'était en voyage que parce que son Roi était en fuite. -D'autres personnes disent que le Roi n'est pour rien dans les changements -de projets de lord Brougham, mais que l'obligation de céder quatorze -cents louis de son traitement pour établir une Commission des sceaux en -son absence est la véritable cause qui le fait rester. - - -_Londres, 11 août 1834._--Lord Palmerston nous a donné un dîner d'adieu. -C'est dans son goût: il aime à fêter les partants; mais il ne s'était pas -donné grand'peine pour la réunion. Il n'y avait, outre quelques -diplomates inférieurs, que Mrs Peter; pas un Anglais considérable, -personne de ceux réputés nos amis. C'était un acquit de conscience, ou -plutôt de mauvaise conscience, et voilà tout. Peut-être lord Palmerston -a-t-il plus de haine contre les Lieven que contre nous, mais il affichera -autant de dédain pour les uns que pour les autres. - -A dîner, il a amené, à propos des Flahaut, une petite explication sur ce -qu'il n'avait accepté aucune de nos invitations. Je lui ai dit à ce -sujet, moitié riant, moitié aigrement, quelques petites vérités qui ont -assez bien passé! Il y a eu beaucoup de sous-entendus, de _hints_, de -coups de patte, dans notre conversation, qui m'a rappelé celles du bal de -l'Opéra où la pensée est d'autant plus vraie que l'apparence est plus -voilée et dissimulée. Je me suis amusée aussi à faire peur au _jeune -homme_, comme l'appelait Mme de Lieven. Il a cru qu'il devait se montrer -fort désireux de notre prompt retour; je l'ai pris au mot, en lui disant -que j'allais plus loin que lui, et que j'étais d'avis que M. de -Talleyrand ne partît pas du tout. Il a pris, alors, une figure toute -sotte et, revirant de bord, il n'a cessé de dire que le changement d'air -était nécessaire, indispensable, qu'on avait besoin de se renouveler au -physique et au moral; enfin, il ne voulait plus que nous faire partir au -plus vite. - -Je l'ai regardé, et de près, hier; il est rare d'avoir, aussi bien que -lui, le visage de son caractère. Les yeux sont ternes et fauves; son nez -retroussé, impertinent; son sourire amer, son rire forcé; rien d'ouvert, -ni de digne, ni de comme il faut, ni dans ses traits, ni dans sa -tournure; sa conversation est sèche, mais, je l'avoue, elle ne manque pas -d'esprit. Il y a, en lui, une empreinte d'obstination, d'arrogance et de -mauvaise foi que je crois être un reflet exact de sa nature véritable. - - -_Londres, 12 août 1834._--Il est difficile, malgré le peu de progrès de -don Carlos, d'être rassuré sur l'état de l'Espagne. Le général Alava, qui -y retourne après beaucoup d'années d'exil, paraît frappé de la -démoralisation et de la confusion qu'il y remarque; tous les liens -naturels sont détruits par l'esprit de parti; la férocité et la violence -de ces fanatiques méridionaux ne se tournent plus contre l'étranger, mais -se replient cruellement sur eux-mêmes. L'esprit républicain gagne partout -où l'esprit religieux n'appuie pas le parti légitimiste; il apparaît, -avec tout le pathos, devenu trivial, du langage révolutionnaire dans -l'adresse des Procuradores à la Régente. Déjà, le ministère est en lutte, -dès le début des Cortès, avec cette seconde Chambre, et on ne saurait -imaginer comment le faible gouvernement d'une telle régence pourra -triompher de tant de mauvaises conditions. - -J'ai vu, dernièrement, chez lord Palmerston, auquel la Régente l'a -envoyé, un portrait de la petite Reine Isabelle II. Elle n'a, sur ce -portrait, aucune des grâces de l'enfance; elle paraît avoir des yeux -insignifiants et la méchante bouche de son père; c'est, en tout, une -laide petite Princesse. C'est dommage, les femmes destinées au trône, et -surtout aux trônes contestés, ne sauraient presque, sans péril, se passer -de beauté. - -L'espèce de banqueroute déclarée par M. de Toreno et qui atteint, d'une -manière si fatale, une foule de petits rentiers, à Paris, y dépopularise -la cause de la petite Reine. Il me semble que c'est une sorte de bonheur; -car si la vanité et la _furia francese_ avaient poussé le gouvernement à -prendre une part trop effective au succès de cette petite voisine, il se -serait trouvé entraîné dans une série d'embarras et dans une solidarité -de dangers, dont les conséquences eussent été incalculables. Le Roi -Louis-Philippe a tout ce qu'il faut de discernement et d'éveil sur ses -propres intérêts dynastiques pour ne pas rester froid et en arrière dans -cette lutte qui ne peut, en définitive, tourner que désagréablement pour -lui, soit que l'anarchie triomphe sous le drapeau d'Isabelle II, soit que -la légitimité l'emporte avec don Carlos. Dans cette double et importune -alternative, il ne serait pas convenable de heurter, par une intervention -précise, nos autres voisins, car nous avons des voisins et non pas des -alliés. L'Angleterre, seule, est en alliance avec nous, mais, ruinée -comme elle l'est par tant de plaies intérieures, peut-elle peser encore -de tout son poids dans les destinées européennes? Non, sans doute, et il -faut bien qu'elle en ait la conscience, puisque ni dans la question -d'Orient, ni dans aucune de celles qui se sont présentées depuis deux -ans, l'Angleterre n'a soutenu, par ses actions, la jactance de son -langage. - -Le choléra continue ses ravages à Madrid: il atteint surtout les classes -élevées et particulièrement les femmes. Il reparaît aussi, quoique -légèrement, à Paris et à Londres. - - -_Londres, 13 août 1834._--Le «Bill sur les dîmes d'Irlande» a été rejeté, -comme on s'y attendait à la Chambre des Pairs, à une si grande majorité -qu'il est difficile de créer assez de nouveaux Pairs pour changer la -balance. Et cependant comment se figurer la prochaine session s'ouvrant -avec la même Chambre Haute et avec le même ministère? Celui-ci déclare -ne vouloir pas quitter la partie, ne compter pour rien la Chambre des -Pairs, marcher uniquement avec les Communes et ne se soucier ni du -Clergé, ni de la Pairie, et probablement fort peu de la Royauté. Ce sera -à celle-ci de se prononcer. Hélas! elle est bien peu éclairée! - -Lord Grey me disait qu'il ne partageait pas l'opinion du Chancelier, qui -ne voulait voir d'autres obstacles que ceux venant de la Chambre Haute; -il croit qu'il y en aura aussi de très vifs aux Communes où M. Stanley, -l'ex-ministre, se prépare, dit-on, à faire la guerre la plus acharnée à -l'administration actuelle. Lord Grey s'est abstenu de paraître à la -Chambre des Pairs; il a cru qu'il serait peut-être obligé de parler, et -que, ne pouvant s'empêcher d'exprimer son aversion pour l'alliance du -Cabinet avec O'Connell, il aurait fait évidemment un tort au ministère -dont il ne veut pas être coupable. - - -_Londres, 14 août 1834._--Les Grands d'Espagne ont, à ce qu'il paraît, le -ton fort libre et fort dégagé avec leurs souverains, avec lesquels ils -fument des cigares et dont, souvent, ils achèvent ceux commencés: le duc -de Frias, jadis ambassadeur ici, distrait, bizarre, ridicule et ne se -gênant avec personne, est revenu, il y a quelque temps, passer quatre -jours à Londres; il a voulu aller au Lever du Roi et, approchant sa -grotesque petite figure, il a dit au Roi: «Vous devez me connaître.» Le -Roi, qui d'abord ne se souvenait pas trop de lui, et choqué de cette -façon dégagée, répondit: «Non, je ne vous connais pas.--J'étais -ambassadeur ici quand vous n'étiez _que_ duc de Clarence,» répliqua le -petit Duc. Sur quoi le Roi, presque en colère et faisant un geste pour le -faire passer, répéta vivement: «Non, non, je ne vous connais pas.» Et, -s'adressant au ministre des Pays-Bas qui suivait, il lui demanda tout -haut: «Quel est cet arlequin?» Cela a fait une assez drôle de scène. - - -_Londres, 18 août 1834._--Depuis plusieurs jours, soumise à l'influence -cholérique qui domine à Londres, vivement agitée de la maladie de mes -amis, importunée de tous les préparatifs de mon prochain départ, j'ai -négligé mes notes. J'aurais voulu y retracer quelques-uns de mes derniers -souvenirs de Londres, qui se sont obscurcis par la maladie, l'inquiétude, -les regrets, mais qui ne m'en sont pas moins précieux. - -J'ai vu le duc de Wellington et lord Grey me dire adieu avec une -expression d'amitié et d'estime qui m'est très honorable. Je laisse ce -dernier, cherchant, pour échapper à des retours pénibles sur lui-même, à -se faire quelque illusion sur la marche trop rapide des affaires du pays; -il les a mises dans une voie dont ses successeurs accélèrent la pente. - -Le duc de Wellington voit les choses aussi sombres qu'elles le sont, mais -décidé à lutter jusqu'à la dernière minute, il ne sait pas ce que c'est -que le découragement; non pas qu'il veuille faire de l'opposition à -toutes les propositions du ministère, non pas que, systématiquement, il -veuille entraver l'administration et arrêter les rouages du -gouvernement; il est trop honnête homme pour cela; mais il croit de son -devoir, et de celui de la Chambre Haute, de se placer comme une digue et -une barrière protectrice des bases anciennes et fondamentales de la -Constitution. La personnalité du Roi est un obstacle à presque toutes les -chances de salut; le successeur, une enfant, présente encore plus -d'inconvénients peut-être, et d'autant plus, que sa mère, Régente future, -paraît joindre beaucoup d'obstination à des idées fort étroites. - -Il est impossible de ne pas songer avec effroi à l'avenir de ce grand -pays, si brillant encore, si fier, il y a quatre ans, quand j'y suis -arrivée, si terni aujourd'hui que je le quitte, peut-être pour toujours. - -Je n'admets pas la chance d'y voir revenir M. de Talleyrand: trop de -bonnes raisons se pressent pour l'en détourner; je les ai détaillées dans -une lettre que je lui ai écrite et qui peint assez exactement sa -position, aussi je veux, pour la conserver, l'insérer ici: - -«J'ai de grands devoirs à remplir envers vous; je n'en suis jamais plus -pénétrée que lorsque votre gloire me paraît compromise. Je vous irrite -parfois un peu en vous parlant, je me tais alors, avant d'avoir dit toute -ma pensée, toute la vérité. Permettez-moi donc de vous l'écrire, et -veuillez passer sur ce que les mots pourraient avoir de déplaisant, en -faveur du dévouement consciencieux qui les dicte. Sans prétendre, -d'ailleurs, m'attribuer une grande part d'intelligence, je ne puis la -croire bornée, lorsqu'il s'agit de vous que je connais si bien et dont je -suis placée pour juger les difficultés et apprécier les embarras. Ce -n'est donc pas légèrement que je vous engage à quitter les affaires et à -vous retirer de la scène où une société en désordre se donne tristement -en spectacle. Ne restez pas plus longtemps à un poste où vous seriez, -nécessairement, appelé à démolir l'édifice que vous avez soutenu avec -tant de peines. Vous savez à quel point j'éprouvais, dès l'année -dernière, des craintes, en vous voyant revenir en Angleterre. Je -pressentais tout ce que votre tâche, avec les instruments donnés, pouvait -vous préparer de dégoûts; mes prévisions, convenez-en, se sont réalisées -en grande partie. Cette année-ci la question s'est encore aggravée de -mille incidents fâcheux: songez aux circonstances dont vous seriez -entouré! Et permettez-moi de vous les signaler. Que voyons-nous en -Angleterre? Une société divisée par l'esprit de parti, agitée par toutes -les passions qu'il inspire, perdant chaque jour de son éclat, de sa -douceur, de sa sûreté; un Roi sans volonté, principalement influencé par -celui de ses ministres dont vous avez le plus à vous plaindre; et ce -ministre, léger, présomptueux, arrogant, n'ayant pour vous aucun des -égards que votre âge et votre position exigent, quelles entraves ne -met-il pas aux affaires? Sa pensée unique est de faire triompher ses -propres idées, bien loin de s'éclairer des vôtres; il vous promène -d'incertitudes en incertitudes, vous jette dans la contradiction, -l'ignorance et le vague, fait à côté de vous les affaires qu'il devrait -faire avec vous, et se glorifie ensuite du succès de sa fausseté ou de -son dédain. Est-ce avec un pareil homme que vous conserveriez plus -longtemps l'attitude imposante qu'il vous convient de garder? Ne -sentez-vous pas qu'elle est déjà changée dans le fond, qu'elle ne -tarderait pas à l'être aux yeux du public? Croyez-vous, d'ailleurs, que -le rôle d'ambassadeur grand seigneur, d'homme de _conservation_ tel que -vous, puisse convenir auprès d'un gouvernement entraîné par le mouvement -révolutionnaire, lorsque vous n'avez déjà que trop à lutter avec un -mouvement analogue dans le pays que vous représentez? L'alliance établie -par vous sur la base du bon ordre, de l'équilibre, de la conservation, -pourrait-il vous plaire de la continuer sur celle des sympathies -anarchiques? Ne perdez pas de vue, non plus, que l'appui et la -consolation que vous avez trouvés, pendant plusieurs années, dans -l'amitié, la confiance, le respect, le bon esprit de vos collègues, vous -manqueraient, maintenant que le Corps diplomatique de Londres n'est plus -le même. La nouvelle Espagne, le nouveau Portugal, l'informe Belgique y -paraissent seuls, et sous des formes impertinentes ou vulgaires. Vous -trouvant ainsi isolé en Angleterre, et soumis à tant de mauvaises -conditions, sur quoi vous appuieriez-vous? Est-ce sur le gouvernement que -vous représentez? Les petitesses, les indiscrétions, la vanité, -l'intrigue qui règnent à Paris, vous n'avez pu les dominer que du haut de -votre position à Londres; mais ce n'est pas avec le soutien de nos petits -ministres, qui sont plus à lord Granville qu'à nous, que vous en -imposeriez ici. Vous y êtes venu, il y a quatre ans, non pour faire votre -fortune, votre carrière, votre réputation; tout cela était fait depuis -longtemps; vous y êtes venu, non pas davantage par affection pour les -individus qui nous gouvernent, et que vous n'aimez, ni n'estimez guère; -vous n'y êtes venu que pour rendre, à travers un tremblement de terre, un -grand service à votre pays! L'entreprise était périlleuse à votre âge! -Après quinze ans de retraite, reparaître au moment de l'orage et le -conjurer était une œuvre hardie! Vous l'avez accomplie, que cela vous -suffise; vous ne pourriez désormais qu'en affaiblir l'importance. -Souvenez-vous des paroles, si vraies, de lord Grey: _A un âge avancé, -quand on a conservé sa santé et ses facultés, on peut encore en temps -ordinaire, s'occuper utilement des affaires publiques; mais il faut, dans -les temps de crise, comme ceux dans lesquels nous vivons, un degré -d'attention, d'activité et d'énergie, qui n'appartient qu'à la force de -la vie et non à son déclin_. En effet, dans la jeunesse, tout moment est -bon pour entrer en lice; dans la vieillesse, il ne s'agit plus que de -bien choisir celui pour en sortir. Lord Grey offrait ici une dernière -digue, déjà trop faible, à l'esprit révolutionnaire; vous y avez été la -dernière digue aux luttes des puissances entre elles. Lord Grey a senti -trop tard qu'il était emporté par le torrent, ne sentez pas trop tard, -vous, que votre influence est devenue aussi insuffisante que la sienne. -Un dernier rayon de lumière est venu éclairer les nobles et touchants -adieux de lord Grey, sa retraite est devenue un triomphe; un jour de -plus, il était effacé! Que les deux derniers champions de la vieille -Europe quittent donc en même temps la scène publique; qu'ils emportent, -dans la retraite, la conscience de leurs efforts et de leurs services, -et que l'histoire fasse, un jour, ce rapprochement honorable pour tous -deux. C'est ainsi, mais ce n'est qu'ainsi, que je comprends le dénouement -de votre vie politique. Toutes les considérations qui pourraient vous le -faire envisager différemment me paraîtraient indignes de vous. -Pourriez-vous, en effet, faire entrer dans la balance un peu plus ou un -peu moins d'amusement et de ressources sociales? Faut-il compter pour -quelque chose la petite agitation des dépêches, des courriers, des -nouvelles? L'intérêt qui en résulte n'est que trop souvent le hochet d'un -enfant. Devrions-nous, même, songer au plus ou moins de tranquillité -matérielle? Les secousses, les tourmentes révolutionnaires sont-elles -finies en France? Je n'en sais rien. Sont-elles plus ou moins prochaines -en Angleterre? Je l'ignore. Faudra-t-il redouter la solitude? Chercher la -distraction des voyages? Quels seront, en un mot, les détails de la vie -privée? Peu nous importe. Je suis plus jeune que vous, et je pourrais -plus naturellement, peut-être, y faire quelque attention; mais je -croirais indigne de votre confiance, et de la vérité que j'ose vous dire -aujourd'hui, si un retour quelconque sur mes convenances personnelles me -faisait vous la dissimuler. Quand, comme vous, on appartient à -l'histoire, on ne doit pas songer à un autre avenir qu'à celui qu'elle -prépare. Elle juge plus sévèrement, vous le savez, la fin de la vie que -son début. Si, comme j'ai l'orgueil de le croire, vous attachez du prix à -mon jugement autant qu'à mon affection, vous serez aussi vrai avec -vous-même que je me permets de l'être en ce moment, vous renoncerez aux -illusions volontaires, aux arguties spécieuses, aux subtilités de -l'amour-propre, et vous mettrez fin à une situation qui bientôt vous -déplacerait autant aux yeux des autres qu'aux miens. Ne marchandez pas -avec le public. Imposez-lui son jugement, ne le subissez pas; -déclarez-vous vieux, pour qu'on ne vous trouve pas vieilli; dites -noblement, simplement, avant tout le monde: _l'heure a sonné!_» - - -Dom Miguel est parti de Gênes, on l'a rencontré à Savone: cela déplaît -tout particulièrement à lord Palmerston! - - -_Londres, 19 août 1834._--Il paraît que pendant que dom Miguel était à -Savone, on a vu en mer plusieurs bâtiments, qui ont arboré le pavillon -anglais, et qui ont fait force signaux, d'après lesquels dom Miguel -serait retourné à Gênes: voilà ce qu'on disait hier sans y joindre -d'autre explication. - - -_Londres, 20 août 1834._--M. de Talleyrand a quitté, hier, Londres, -probablement pour ne plus y revenir; c'était, du moins, ce qu'il disait. - -Il y a toujours quelque chose de solennel et de singulièrement pénible à -faire une chose pour la dernière fois, à quitter, à s'absenter, à dire -adieu, quand on a quatre-vingts ans. Je crois qu'il en avait le -sentiment; je suis sûre de l'avoir eu pour lui. D'ailleurs, entourée de -malades, malade moi-même, touchant à l'anniversaire de la mort de ma -mère qui est aujourd'hui, me souvenant de tout ce qui m'est arrivé de si -heureux et de si doux en Angleterre, et me voyant à la veille de tout -quitter, je me suis sentie extrêmement faible et découragée; j'ai dit -adieu à M. de Talleyrand avec le même serrement de cœur que si je ne -devais pas le revoir dans quatre jours, et j'aurais pu lui dire aussi -comme je disais à Mme de Lieven: «Je pleure mon départ dans le vôtre.» - -Les dernières impressions que M. de Talleyrand a emportées de sa vie -publique ici n'ont pas été précisément agréables. Après un grand nombre -d'heures passées au Foreign Office, en regard de M. de Miraflorès, de M. -de Sarmento et de lord Palmerston, qui s'est fait beaucoup attendre, -comme à son ordinaire, ils ont enfin signé, au milieu de la nuit, des -articles additionnels assez peu importants, au traité du 22 avril de la -Quadruple Alliance. Lord Palmerston aurait voulu donner plus d'extension -à ce traité, tandis que M. de Talleyrand, au contraire, désirait plutôt -en restreindre les obligations. L'absence de Paris de lord Granville -avait laissé le gouvernement français libre de toute obsession de ce -côté, aussi il a tenu bon; il a autorisé M. de Talleyrand à rester dans -la mesure qu'il voulait et lord Palmerston en a été pour ses velléités, -lord Holland pour sa rédaction et Miraflorès pour ses sauteries. - -Il y a deux anecdotes que j'ai trop souvent entendu conter à M. de -Talleyrand pour qu'elles aient encore le même mérite pour moi, mais elles -m'ont paru assez piquantes, la première fois que je les ai entendues, -pour que je veuille les écrire ici. Elles se rattachent, toutes les -deux, aux campagnes de l'Empereur Napoléon qui ont fini par la paix de -Tilsitt. - -L'Empereur reçut à Varsovie, où il s'arrêta pendant une partie de l'hiver -de 1806 à 1807, un ambassadeur persan[34], qui, à ce qu'il paraît, était -homme d'esprit. Du moins, M. de Talleyrand prétend que l'Empereur -Napoléon ayant demandé au Persan s'il n'était pas un peu surpris de -trouver un Empereur d'Occident si près de l'Orient, l'ambassadeur -répondit: «Non, Sire, car Tahmasp-Kouli-Khan a été encore plus loin.» -J'ai toujours soupçonné la réalité de cette réplique que je crois avoir -été inventée par M. de Talleyrand, dans un de ses moments d'humeur contre -l'Empereur, humeur qu'il répandait en petites malices, et le plus qu'il -pouvait, en les mettant dans la bouche d'autrui. Il y en a d'autres, -cependant, dont il n'a pas renié la paternité, et que je lui ai entendu -dire de premier jet, entre autres ce mot dit en 1812, si souvent répété -depuis, appliqué à tant de choses, qui est devenu du domaine public, et -presqu'une locution commune: «_C'est le commencement de la fin!_» Cette -malheureuse campagne de 1812 inspira plus d'un mot piquant à M. de -Talleyrand. Je me souviens qu'un jour, M. de Dalberg vint dire, chez ma -mère, que tout le matériel de l'armée était perdu: «Non pas,» dit M. de -Talleyrand, «car le duc de Bassano vient d'arriver.» Le duc de Bassano -était, tout particulièrement alors, l'objet de la déplaisance de M. de -Talleyrand, et cela se comprend. L'Empereur avait désiré rappeler M. de -Talleyrand aux affaires; il avait été convenu que celui-ci le suivrait à -Varsovie, mais cela devait rester secret jusqu'au jour du départ. -L'Empereur en prévint, cependant, le duc de Bassano, qui, inquiet d'un -retour de faveur qui pouvait menacer la sienne, vint le dire à sa femme; -celle-ci se chargea de faire manquer la chose: elle se servit pour cela -de M. de Rambuteau, bavard, important et mielleux, prétentieux et souple, -qui se croyait amoureux de la Duchesse et valetaillait auprès du mari. M. -de Rambuteau donc, bien endoctriné par la duchesse de Bassano, s'en fut -partout colporter la nouvelle du voyage à Varsovie, disant que M. de -Talleyrand s'en vantait et le confiait à tout le monde. L'Empereur en -prit de l'humeur, et M. de Talleyrand resta en France, à préparer ses -représailles... - - [34] Myrza-Rhyza-Kan, envoyé extraordinaire de Seth-Ali, Schah de - Perse, près de Napoléon Ier, à Varsovie, en mars 1807. - -Mais pour en revenir à la seconde histoire que M. de Talleyrand raconte -souvent, la voici. Il dit que cet ambassadeur persan, qui faisait des -réponses si spirituelles et si fines à l'Empereur Napoléon, était un -homme de haute taille, de belle mine, de beaucoup de dignité et de -présence d'esprit, tandis qu'un autre ambassadeur d'Orient, celui de -Turquie[35], qui avait été aussi à Varsovie complimenter l'Empereur -Napoléon, était un petit homme court, épais, commun et ridicule. A un -grand bal chez le comte Potocki, ces deux ambassadeurs montant en même -temps l'escalier, le petit Turc s'élança pour entrer dans la salle de -bal avant son collègue; celui-ci, se voyant dépassé, étendit son bras de -façon à en faire une espèce de joug, sous lequel il laissa alors -tranquillement passer le Musulman. - - [35] Eminin-Effendi, accrédité par le Sultan Mustapha IV auprès - de l'Empereur Napoléon Ier, à Varsovie, en mars 1807. - - -_Londres, 22 août 1834._--Les ministres anglais ont voulu insérer dans le -discours prononcé par le Roi, à la clôture du Parlement, une phrase très -offensante pour la Chambre Haute, en punition de son rejet du «Bill sur -les dissenters», et de celui «sur les dîmes du clergé protestant -d'Irlande». Mais le Roi s'y est opposé, et avec assez de fermeté pour -qu'après une lutte plutôt vive et prolongée, qui a retardé l'heure de la -séance royale, cette phrase ait été abandonnée. - -La Reine est revenue de son voyage. Elle a été reçue avec pompe et -cordialité par la ville de Londres, dont les premiers magistrats ont été -à sa rencontre. Sa santé est meilleure. Je pense avec plaisir à toutes -les consolations que la Providence, dans son équité, lui réserve. - -M. de Bülow annonce qu'il a demandé un congé pour affaires de famille et -qu'il est sûr de l'obtenir. Il dit vouloir aller à La Haye, pour y faire -tête à l'orage, et, après l'avoir conjuré là, aller affronter plus -hautement celui qu'il prévoit à Berlin. Je crois, en effet, qu'il ira à -La Haye, mais bien plus pour rentrer en grâce par quelques platitudes que -pour vider la querelle à coups de lance; il ne veut arriver à Berlin -qu'après avoir été gracié à La Haye; c'est du moins là mon opinion. - - -_Londres, 23 août 1834._--Je termine ici mon journal de Londres avec le -regret de ne l'avoir pas commencé plus tôt. Il aurait eu peut-être plus -d'intérêt. Mais je n'avais, il y a quatre ans, quand je suis arrivée dans -cette ville, ni bons souvenirs du passé, ni intérêt au présent, ni pensée -d'avenir; ne demandant alors aux journées, à mesure qu'elles se -succédaient, qu'un peu de distraction, je ne songeais pas à ce qui les -marquait plus particulièrement l'une après l'autre... - - -_Douvres, 24 août 1834._--J'ai été tout étonnée de trouver qu'on -m'attendait ici et tout le long de la route. Le duc de Wellington, qui la -suit pour se rendre à Walmer Castle, sa résidence comme gouverneur des -Cinq Ports, m'avait annoncée. Une même famille Wright, gens tout à fait -comme il faut, tient presque toutes les auberges sur cette route. - -L'année dernière, j'avais été, après une tempête, recueillie ici par une -très jolie Mrs Wright, qui tenait l'hôtel du _Ship_; elle avait l'air -d'une reine; ce n'est qu'aujourd'hui que j'ai appris qu'elle l'avait été, -mais de théâtre, et que ses extravagances avaient ruiné son mari. L'hôtel -est tenu maintenant par des gens nommés Waburton qui y mettent de la -magnificence. J'ai encore été frappée de la respectueuse politesse avec -laquelle on est accueilli en Angleterre dans les auberges, aux relais de -poste; du bon langage, des manières convenables, chez les gens les plus -inférieurs. Sur la route, on me parlait du duc de Wellington, de la mort -de Mrs Arbuthnot, du passage de M. de Talleyrand, du désir de nous voir -revenir en Angleterre, et de tout cela dans une mesure charmante. - -Je vais partir sur un paquebot français; le temps est beau, la mer est -calme. Adieu donc à l'Angleterre, mais non pas au souvenir des quatre -belles années que j'y ai vécu, et qui ont passé avec une rapidité qui -s'explique par l'intérêt des événements et les motifs particuliers de -satisfaction et de douceur que j'y ai trouvés! Adieu encore à cette terre -hospitalière dont je ne m'éloigne qu'avec les regrets de la -reconnaissance! - - -_Paris, 27 août 1834._--Je suis arrivée ici hier au soir à dix heures. -J'ai trouvé M. de Talleyrand qui m'attendait. L'impression générale qu'il -m'a faite, était d'être assez triste et ennuyé; cependant il se dit fort -content du Château[36], où il paraît être très à la mode. Il dit aussi -qu'il est tellement populaire à Paris, que les passants s'arrêtent devant -sa voiture et lui tirent leur chapeau; mais malgré tout cela, il répète -qu'il ne connaît personne ici, qu'il s'y ennuie, que tout le monde est -vieilli, usé. - - [36] Les Tuileries. - -_Paris, 28 août 1834._--J'ai été hier à Saint-Cloud: le Roi m'a fait -l'honneur de causer beaucoup avec moi, peut-être trop, car il m'a fallu -dire quelque chose de mon côté, et c'est un lieu où je n'ai jamais qu'une -envie, celle de me taire. Cependant cette conversation a eu beaucoup -d'intérêt, car le Roi qui a de l'esprit sur tout, et de l'intelligence -de tout, a parlé aussi de tout: l'Angleterre actuelle, dont la -dégringolade n'est pas rassurante pour ses voisins; la retraite de lord -Grey, qui a affligé ici; le départ de don Carlos d'Angleterre; le plus ou -moins de part qu'y avait eu le duc de Wellington, qu'on en suppose -l'auteur, ce que j'ai vivement réfuté, croyant ma conscience engagée à le -faire; puis l'intervention en Espagne, puis la loi salique; enfin, tout -ce qui préoccupe en ce moment, le Roi en a parlé, et fort bien parlé. Il -a beaucoup insisté sur ce qu'à lui seul, il s'était opposé à -l'intervention immédiate que voulaient les ministres; en me disant cela, -il fermait sa grosse main, et me montrant le poignet: «Voyez-vous bien, -madame? Il m'a fallu retenir, par les crins, des chevaux qui n'ont ni -bouche ni bride.» - -A propos de la loi salique, il m'a dit: «Je suis «loi salique» jusqu'au -bout des doigts: les Ducs d'Orléans l'ont toujours été, ma protestation -en fait foi; mais quand je luttais pour elle, on trouvait que c'était -m'ôter des chances que de la détruire, aussi tout le monde s'est prêté à -sa destruction, au lieu de m'aider à la faire maintenir; on m'a laissé -seul contre les vanités et les ignorances françaises et toutes les autres -difficultés; puis, maintenant, on me reproche d'avoir abandonné ma propre -cause dans celle de don Carlos. Je n'ai aucune haine contre lui, aucune -affection pour Isabelle, mais on a voulu que les choses tournassent comme -elles l'ont fait. Ce sont les deux années qui ont précédé mon règne qui -ont préparé ce qui se passe aujourd'hui dans la Péninsule et qui est -déplorable. Du reste, que ce soit l'anarchie sous Isabelle, ou -l'Inquisition sous don Carlos qui triomphe, je puis être importuné, mais -non pas ébranlé par ce voisinage. Nous avons fait des progrès immenses au -dedans, mais je conviens qu'il reste beaucoup à faire encore, et avec -quels instruments!» - -Le Roi est alors entré dans beaucoup de détails sur la pesanteur de sa -charge, et il a fini par dire: «Madame, songez donc qu'il faut, pour que -les choses aillent, que je sois le _Directeur de tout et le Maître de -rien_.» - -A propos de l'état de l'Angleterre, et des complications qui y -surviendront par suite de l'âge et du sexe de l'héritière du trône, le -Roi a dit: «Quelle déplorable chose, dans un temps comme celui-ci, que -toutes ces petites filles Rois!!» Il est parti de là pour faire un -morceau, vraiment très éloquent, sur les inconvénients des règnes de -femmes; puis, tout à coup, il s'est arrêté, m'a fait une phrase polie, -avec une sorte d'excuse qui n'était nullement nécessaire, et je lui ai -dit que je croyais qu'on pouvait dire des femmes cc que M. de Talleyrand -disait de l'esprit, que _servant à tout, elles ne suffisaient à rien_. - -Le Roi m'a longuement entretenue ensuite des restaurations de Versailles -et de Fontainebleau. Il a fait remeubler la chambre de Louis XIV, à -Versailles, telle qu'elle était, c'est-à-dire avec une tenture brodée par -les demoiselles de Saint-Cyr. Un panneau représente le sacrifice -d'Abraham; le second, celui d'Iphigénie; le troisième, les amours -d'Armide. Le Roi a fait replacer, dans cette même chambre, un portrait de -Mme de Maintenon donnant une leçon à Mlle de Nantes. Versailles sera le -vrai musée de l'histoire de France. Je sais gré au Roi de son respect -pour la tradition; les monuments historiques lui devront beaucoup. - -Quelle triste lettre que celle qu'Alava m'écrit de Madrid. Il fait de -l'Espagne le plus déplorable tableau et ne prévoit qu'une série de -circonstances plus fatales les unes que les autres. Il me dit que -l'ignorance et la présomption y sont poussées au dernier degré, et que le -demi-savoir, importé de France et d'Angleterre, y fait peut-être encore -plus de mal que l'ignorance complète. La banqueroute est flagrante, le -choléra y a été plus hideux qu'ailleurs, augmenté par la stupidité du -peuple, qu'on voyait aux enterrements des cholériques manger des -concombres et des tomates crus, tandis que la Junte de santé, à Ségovie -par exemple, ordonnait que, dans toute maison frappée par l'épidémie, -tous les meubles du décédé seraient brûlés, tous les survivants enfermés -à l'hôpital, y compris le prêtre qui aurait assisté le mourant. - - -_Paris, 29 août 1834._--Que tout le monde est agité, affairé à Paris! -comme les esprits travaillent! comme la tranquillité, le calme sont -choses inconnues ici! Cependant, il y a des progrès, des améliorations, -mais sans régularité, sans mesure! Tant de petites intrigues, de petites -passions, de petites combinaisons travaillent les hommes, qui ne savent -jouir de rien de ce qui est bon, ni reposer leur pensée dans un avenir de -quiétude! Cette vie fiévreuse est dévorante, et je trouve tous les -membres du Cabinet français vieillis d'une façon effrayante! Ce sont tous -de petits vieillards, qui ont la plus triste mine du monde! - -M. Thiers a passé par une série de dégoûts et d'embarras qui lui ont fait -désirer sa retraite; il s'est senti humilié et découragé. Le Roi l'a -soutenu, remonté, protégé, et n'a pas été fâché de faire sentir cette -protection; il a même dit: «Il n'y a pas de mal que messieurs les gens -d'esprit s'aperçoivent de temps en temps qu'ils ont besoin du Roi.» - -M. le duc d'Orléans est venu passer une heure chez moi. Il est désireux -de se marier et décidé à le faire; fatigué tout à la fois de la vie -dissipée et des frivolités de jeune homme qui lui nuisent et le -diminuent, dégoûté de l'inactivité réelle de sa vie publique, il désire -un intérieur, une maison; il veut prendre racine, grouper autour de lui, -se fixer, s'asseoir; se vieillir enfin. Toutes ces vues sont sages et -convenables. - -Le choix pour sa femme est d'autant plus difficile à faire, qu'il y a -plus de préventions que jamais à vaincre. La grande-duchesse de Russie -serait ce qu'il y aurait de plus éclatant, mais voudrait-on de lui? Puis, -il y a quelques regrets poétiques donnés ici à la Pologne, qui ne -rendraient ce mariage ni agréable en France, ni peut-être possible en -Russie. Une archiduchesse d'Autriche ne serait pas bien facile non plus à -obtenir et, d'ailleurs, il semble qu'il y ait quelque mauvais sort -attaché à ces alliances-là. La nièce du Roi de Prusse, pour laquelle -penche Louis-Philippe, paraît d'un extérieur chétif, d'une santé -délicate, les habitudes de son éducation sont rétrécies, et les sujets de -collision qui peuvent naître entre deux puissances qui se disputent le -Rhin, éloignent M. le duc d'Orléans de la princesse de Prusse. Celle -qui, par les rapports qui en ont été faits, plaît davantage au jeune -Prince, c'est la seconde fille du Roi de Würtemberg: elle est grande, -bien faite, jolie, spirituelle, animée. Elle a de qui tenir: sa mère, la -grande-duchesse Catherine de Russie, était une des femmes les plus -distinguées de son temps, et, quand elle le voulait, parfaitement -agréable; mais aussi, elle était ambitieuse, intrigante, agitée, et -j'espère que la ressemblance de la fille à la mère n'est pas générale. M. -le duc d'Orléans a voulu l'avis de M. de Talleyrand et le mien; nous -avons demandé quelque temps de réflexion. - -Le Prince s'est annoncé à Valençay pour le commencement d'octobre, afin -de reparler plus à notre aise de tout ceci. Il a de la raison, de la -justesse d'esprit, de l'ambition, de fort bonnes qualités, mais ce qu'il -y a de bien comme ce qui lui manque exige également que sa femme soit -distinguée. - -On dit le maréchal Gérard peu satisfait de son poste de ministre de la -Guerre. Il paraît qu'il ne l'a occupé que sur la promesse d'un -portefeuille pour son beau-frère, M. de Celles; idée folle et -impraticable, mais sur laquelle on s'était engagé afin de le décider, et -après, on ne s'est pas fait scrupule de lui manquer de parole. - -Quant au mariage du Prince Royal, je vois que la question de religion -est, pour lui, une chose indifférente, secondaire pour le Roi, et que la -Reine seule tiendrait à une conversion préalable; mais ce ne sera jamais -sur ce point qu'il y aura rupture. - -Les exigences exagérées du Roi de Naples pour les conditions dotales de -la princesse Marie ont suspendu toute idée de mariage de ce côté-là. -C'est un regret général dans la famille royale, excepté de la part de la -Princesse elle-même, qui rêve de continuer ici l'existence de sa tante, -qu'elle trouve charmante. - - -_Paris, le 30 août 1834._--D'après ce que m'a dit M. Thiers, le Roi, à la -retraite du maréchal Soult, a pensé à appeler M. de Talleyrand à la -présidence du Conseil. Cette idée se présente même encore à son esprit -lorsqu'il songe à la retraite probable du maréchal Gérard. Mais M. de -Talleyrand n'accepterait à aucune condition, et pour le coup, comme l'a -dit Thiers au Roi, «Mme de Dino ne le voudrait pas». - -A dîner hier à Saint-Cloud, le Roi m'a parlé avec une grande aigreur du -duc de Broglie, comme ayant voulu le rendre étranger à toutes les -affaires. Il s'en est plaint vivement. Il se plaint de pas mal de monde; -il s'arrange de Rigny et compte sur M. Thiers. - -M. de Talleyrand est on ne peut plus à la mode au Château, parce qu'il -répète beaucoup qu'il faut laisser faire le Roi. J'y suis aussi, parce -que j'écoute et que je dis de même, ce que je pense du reste, que le Roi -est le plus habile homme de France. Le Roi parle de tout très bien, -longuement, beaucoup; il s'écoute, et a, au moins, la conscience de sa -capacité. Il aime le souvenir de M. le Régent; Saint-Cloud l'y ramène -tout naturellement. Il me racontait que Louis XVIII aimait la mémoire du -Régent, montrait une grande horreur pour les calomnies dont il avait été -l'objet, et ajoutait: «Sa meilleure justification, c'est moi.» Mais quand -Louis XVIII racontait tout cela, il finissait singulièrement, car après -avoir insisté sur l'horreur des calomnies, il disait: «Mais néanmoins les -vers de Lagrange-Chancel sont si beaux, que je les ai retenus et que -j'aime à les réciter[37].» Ce qu'il faisait alors, en s'adressant au Roi -actuel: c'était une singulière conclusion! - - [37] Compromis dans la conjuration de Cellamare, Lagrange-Chancel - lança contre Philippe d'Orléans trois virulents pamphlets en - vers, bientôt suivis de deux autres. (_Philippiques_, 1720). - - -_Paris, le 1er septembre 1834._--J'ai vu ce matin M. de Rigny, il m'a dit -que les nouvelles d'Espagne étaient fort embarrassantes. Martinez de la -Rosa commence à dire que sans l'intervention armée de la France, tout ira -à la diable. Le Roi est, au plus haut degré, contre cette intervention, -beaucoup plus que ses ministres, qui me paraissent être très agités de ce -terrible voisinage. - -La haine contre lord Palmerston est si générale ici, que personne ne se -gêne pour l'exprimer. M. de Rigny en est assourdi de tous les côtés. Il -m'a dit à ce sujet que les arrogances de Palmerston, et ses -démonstrations hostiles n'ayant jamais été suivies d'aucune action -véritable, elles ne faisaient plus d'impression, et qu'au dehors, on se -bornait à dire: «Ah! c'est une boutade de Palmerston!» puis on n'y pense -plus. - -M. Guizot a succédé chez moi à Rigny; il est fort content de l'état -intérieur du pays, mais il dit, avec raison, que s'il faut avoir, avec -les difficultés du dedans, à se mêler d'une révolution en Espagne, et en -voir venir une en Angleterre, il n'y aura plus moyen de se tirer -d'affaire. Il paraît certain que la Chambre des députés nouvelle vaut -infiniment mieux que la précédente, qu'elle est prise dans un ordre moins -bas; les progrès matériels aussi sont sensibles. La France livrée à -elle-même, sans embarras extérieurs, est évidemment dans une fort bonne -voie. - -Le prince Czartoryski est venu à son tour, assez languissant, comme -toujours, et décidément fixé à Paris. - -Enfin, j'ai pu sortir, et aller chez les Werther, où j'ai entendu de -nouvelles plaintes contre le Palmerston. En rentrant, M. de Talleyrand -m'a fait ranger des papiers; j'y ai retrouvé une lettre curieuse, signée: -«Ferdinand, Carlos, Antonio,» écrite, par ces trois Princes, de Valençay, -à M. de Talleyrand pour lui exprimer leur reconnaissance et affection. - - -_Paris, 2 septembre 1834._--J'ai eu la visite de M. Thiers, qui m'a conté -ceci. Tous les rapports d'Espagne s'accordent à dire que don Carlos aura -autant d'hommes que de fusils, et qu'il n'attend qu'un arrivage d'armes -pour marcher sur Madrid, où tout va à la diable; que dom Miguel se -prépare à reparaître, à son tour, dans la Péninsule. Si donc le blocus -n'est pas assez effectif pour empêcher le secours d'armes, la cause de la -Reine est désespérée, à moins que la France ne se mêle activement des -affaires d'Espagne. D'un instant à l'autre, cette question peut se -présenter, et il y a, là-dessus, forte division. Bertin de Veaux et -quelques autres sont pour l'intervention armée, dans le cas où elle -deviendrait nécessaire pour sauver la Reine, parce que, disent-ils, si -don Carlos triomphe, le carlisme, de partout, redevient audacieux, que la -France aura un ennemi implacable sur ses frontières, et qu'avec un danger -aussi réel derrière elle, tous ses mouvements restent paralysés et ses -chances plus mauvaises, dans une guerre qu'on sera d'autant plus tenté de -lui faire. Le Roi et M. de Talleyrand disent à cela: «Mais la guerre, -vous l'aurez bien plutôt si vous intervenez! d'ailleurs, avec qui -marcherez-vous? L'Angleterre, dévorée par ses plaies intérieures, -pourra-t-elle vous aider?» A cela on réplique: «Sa neutralité nous -suffit.--Bon! mais pouvez-vous y compter, sur cette neutralité? Ne -dépend-elle pas de la durée et de la composition du Cabinet actuel, dont -l'existence est fort douteuse?» - -M. de Rigny est très tiraillé entre ces avis si divers: c'est un embarras -énorme; je les vois, tous, se cassant la tête, pour trouver un expédient. - - -_Rochecotte, 7 septembre 1834._--Le temps, qui était mauvais depuis deux -jours, s'est remis hier, et j'ai eu, en arrivant, mon soleil -d'Austerlitz, qui perçait les nuages pour me souhaiter la bienvenue[38]. -A Langeais[39], j'ai eu ma voiture entourée de toute la ville et tout le -long du chemin jusqu'ici force coups de chapeau et mines réjouies, ce qui -m'a touchée. - - [38] Rochecotte est un château bâti à la fin du dix-huitième - siècle, que la duchesse de Dino acheta en 1825, qu'elle agrandit - et perfectionna beaucoup. En 1847, elle en fit cadeau à sa fille - la marquise de Castellane.--Rochecotte est situé à mi-côte, d'une - manière charmante, dans la vallée de la Loire, dominant le - village de Saint-Patrice, dans le département d'Indre-et-Loire. - - [39] Langeais est un gros bourg, à un peu plus de deux lieux de - Rochecotte, et situé sur la rive droite de la Loire. Il est - dominé par un château bâti en 992 et réédifié au treizième siècle - par Pierre de la Brosse. En 1491, le mariage du Roi Charles VIII - et d'Anne de Bretagne y fut célébré. - -La vallée est très fraîche, la Loire pleine, et la culture admirable de -soins et de richesse, les chanvres, une des industries du pays, élevés -comme des plantes du Tropique; enfin, je suis très satisfaite de tout ce -que je vois. - - -_Rochecotte, 8 septembre 1834._--Ma vie, ici, n'est ni politique, ni -sociale; elle ne peut être d'aucun intérêt général, mais je n'en noterai -pas moins les petits incidents qui me touchent. - -Hier, après le déjeuner, pendant que je reposais ma pauvre tête enrhumée -sur une chaise longue du salon, l'abbé Girollet, assis à côté de moi, -dans un grand fauteuil, m'a dit qu'il avait une grâce à me demander: -c'était que je restasse seule chargée de sa succession, qui n'était rien -comme valeur et dont les charges absorberaient au moins la totalité mais -qu'il n'y avait que moi qui lui inspirât assez de confiance pour qu'il -mourût tranquille sur le sort de ses domestiques et de ses pauvres. Je -lui ai dit que je le priais de faire ce qui lui conviendrait, de disposer -de moi comme il l'entendrait, mais de m'épargner des détails qui -m'étaient pénibles et que j'apprendrais toujours trop tôt. Il m'a demandé -ma main, m'a beaucoup remerciée de ce qu'il appelle mes bontés pour lui, -puis, après cet effort momentané, il est retombé dans un état de silence -et presque de somnolence, dont il ne sort qu'à de rares intervalles. - - -_Valençay, 11 septembre 1834._--Je suis arrivée hier soir ici, après -m'être arrêtée quelques instants à la jolie campagne de Bretonneau, près -de Tours, et avoir parcouru et admiré la charmante route de Tours à -Blois, qui est si pleine de souvenirs. Il faisait nuit, au clair de lune -près, quand j'ai atteint le relais de Selles, où on savait que j'allais -passer. Au premier coup de fouet du postillon, chaque fenêtre s'est -éclairée des chandelles des habitants, cela a fait comme une jolie -illumination; pendant qu'on relayait, ma voiture a été entourée par toute -la population, avec des cris infinis de bienvenue. Jusqu'à la Sœur -Supérieure de l'hôpital, une de mes anciennes amies, qui est venue à ma -portière quoiqu'il fût neuf heures du soir. J'étais toute assourdie et -ahurie, mais, en même temps, fort touchée. Il y avait plus de quatre ans -que je n'avais passé par là, et j'étais loin de m'attendre qu'on s'y -souviendrait de quelques bons offices que j'y ai rendus dans les temps -passés. - -Enfin, à dix heures, je suis entrée, par le plus beau clair de lune, dans -les belles cours de Valençay. M. de Talleyrand, Pauline, Mlle -Henriette[40], Demion et tous les domestiques étaient sous les arcades -avec force lumières. Cela faisait un joli tableau. - - [40] Mlle Henriette Larcher, gouvernante de Mlle Pauline de - Périgord. - - -_Valençay, 12 septembre 1834._--Voici le principal passage d'une lettre -adressée par Madame Adélaïde à M. de Talleyrand: «Vous vous rappellerez -sûrement la discussion qui a eu lieu dans mon cabinet, sur le ridicule, -le danger et l'inutilité de faire une déclaration de guerre à don Carlos. -Il paraît, néanmoins, qu'on veut remettre cette question sur le tapis. -Vous l'avez, en ma présence, traitée d'une manière si lucide et si -convaincante, qu'on ne devait pas craindre qu'on s'en occupât davantage. -Cependant, je crois bien faire de vous avertir qu'il faut y prendre -garde, et que vous ferez bien de faire sentir en Angleterre le danger de -cette fausse démarche, qui ne peut conduire qu'à du mal. Il paraît qu'on -est embarrassé en Angleterre, de la promesse de fournir une force navale -à l'Espagne, et que, pour s'en tirer, on a songé à cette absurdité. Je -crois donc que vous feriez bien d'écrire tout de suite en Angleterre sur -cela. J'y tiens beaucoup, parce que personne ne peut le faire aussi bien -et d'une manière plus efficace.» - -Voici maintenant la réponse de M. de Talleyrand[41]: «Je conjure le Roi -de persister dans son refus de déclaration de guerre contre don Carlos; -je trouve que ce serait la plus déplorable manière, pour nous, d'aplanir -les embarras des ministres anglais. Je ne suis nullement surpris de ceux -qu'ils éprouvent; il y a si longtemps que je les prévois! et je n'ai -jamais compris la légèreté avec laquelle, depuis deux ans, ils se sont -jetés dans toutes les difficultés de la Péninsule. En 1830, Londres était -le véritable terrain, le seul convenable pour les grandes négociations; -mais aujourd'hui qu'on y est d'autant plus près du désordre que la France -s'en éloigne davantage, ce n'est plus à Londres, c'est à Paris qu'il faut -les ramener, et c'est sous l'œil d'aigle du Roi qu'il faut qu'elles -soient conduites. L'Angleterre n'osera pas se risquer seule, et les -autres puissances se rangeront de notre côté pour désapprouver la -déclaration de guerre; ainsi nous ne risquerons rien à la repousser. Il -n'y a pas de mal à gagner du temps et l'absence de lord Granville, de -Paris, peut nous servir de prétexte pour ajourner une réponse -péremptoire. Si j'hésite à obéir à Madame et à écrire sur ce sujet en -Angleterre, c'est que je dois supposer que ma lettre y produirait l'effet -contraire à celui que je désirerais obtenir. Le Cabinet anglais m'a -trouvé, dans les derniers temps, réservé et froid, évitant avec soin -d'engager mon gouvernement dans toutes les fâcheuses complications de la -Péninsule. Je ne puis douter qu'on ne se soit méfié de moi dans toutes -les transactions qu'on a faites, qu'on ne m'en ait voulu de ma tiédeur, -et qu'aujourd'hui que les ministres anglais sont embarrassés des -engagements que je leur ai laissé prendre, sans vouloir y faire -participer la France, ils recevraient avec d'autant plus d'humeur mes -conseils et mes avertissements.» - - [41] Cette lettre a déjà été publiée dans le livre que la - comtesse de Mirabeau a donné en 1890, sous ce titre: _le Prince - de Talleyrand et la Maison d'Orléans_. - -Mme de Lieven m'écrit des tendresses de Pétersbourg; elle va bientôt -rester seule, avec son élève qui lui plaît fort. L'Empereur va à Moscou, -l'impératrice à Berlin, et c'est alors que les Lieven entreront en -fonctions, et qu'ils seront établis chez eux, ce dont elle me paraît, -avec raison, très pressée. Elle me semble déjà sur les dents, quoique -consolée par ses augustes hôtes. - - -_Valençay, 16 septembre 1834._--Labouchère, qui est arrivé ici hier, dit -que rien n'est comparable à la conduite de M. de Toreno, que celle des -Rothschild[42]. Le premier, avant de déclarer la banqueroute du -gouvernement espagnol, a vendu énormément d'effets; il a fait la -spéculation inverse des Juifs, et, comme il était dans le secret, il a -changé sa position personnelle, qui était fort dérangée, en des profits -énormes, tandis que presque toutes les places de l'Europe sont frappées -de la façon la plus déplorable. - - [42] Voir la _Chronique_ du 6 août 1834, p. 211. - - -_Valençay, 25 septembre 1834._--Voici l'extrait d'une lettre de M. de -Rigny à M. de Talleyrand: «On s'est calmé à Constantinople, mais -Méhémet-Ali est furieux, lui, des velléités qu'a montrées la Porte et il -parle d'indépendance; nous allons tâcher de calmer cet accès de fièvre. -Toreno, d'adversaire qu'il était des créanciers français, s'est fait -presque leur champion; nous saurons demain ou après la résolution adoptée -par les Cortès. Mais, en attendant, les choses ne vont pas mieux en -Espagne, et on commence à parler fort haut à Madrid de la nécessité de -notre intervention. On voulait remplacer Rodil par Mina. - -«Maison s'est mis fort en froid à la Cour de Saint-Pétersbourg pour -n'avoir pas voulu assister à l'inauguration de la colonne. - -«J'ai vu, hier, une lettre de lord Holland, qui se félicite de l'assiette -du ministère anglais; je ne sais quelle valeur cela peut avoir. - -«Semonville a donné sa démission par écrit; il aurait voulu être remplacé -par Bassano, il l'est par Decazes, ce que vous ne trouverez peut-être pas -mieux. Molé refuse d'être vice-président; il est blessé de ce qu'on ait -mis Broglie avant lui, c'est là toute sa raison; est-ce bien de la -raison? Villemain ne veut pas être secrétaire perpétuel à la place -d'Arnaud: «Ce serait, dit-il, abdiquer toutes les _chances politiques_». -Par contre, Viennet abandonnerait volontiers les siennes pour le fauteuil -à perpétuité. - -«Nous venons d'avoir deux ou trois mauvaises élections. Quant à -l'amnistie, elle est négativement décidée; je crains qu'on ne regrette ce -parti, lorsque nous serons au milieu du feu croisé du procès, des -avocats, de la tribune, des journaux. Il faut voir les choses quelques -mois en avant dans ce pays-ci!» - -Une lettre de lady Jersey mande que lord Palmerston a refusé le -gouvernement général de l'Inde et que Mme la duchesse de Berry est au -moment d'accoucher, mais, pour le coup, d'un enfant légitime. - - -_Valençay, 28 septembre 1834._--En rentrant hier de la promenade, nous -avons trouvé le château rempli de visiteurs, hommes et femmes, venus en -poste et visitant toutes choses en curieux. Le régisseur nous a dit que -c'était Mme Dudevant avec M. Alfred de Musset et leur compagnie. A ce nom -de Dudevant, les Entraigues ont fait des exclamations auxquelles je -n'entendais rien et qu'ils m'ont expliquées: c'est que Mme Dudevant n'est -autre que l'auteur d'_Indiana_, _Valentine_, _Leone Leoni_, George Sand -enfin!... Elle habite le Berry, quand elle ne court pas le monde, ce qui -lui arrive souvent. Elle a un château près de La Châtre, où son mari -habite toute l'année et fait de l'agriculture. C'est lui qui élève les -deux enfants qu'il a de cette virtuose. Elle-même est la fille d'une -fille naturelle du maréchal de Saxe; elle est souvent vêtue en homme, -mais elle ne l'était pas hier. En entrant dans mon appartement, j'ai -trouvé toute cette compagnie parlementant avec Joseph[43], pour le voir, -ce qui n'est pas trop permis quand je suis au château. Dans cette -occasion cependant, j'ai voulu être polie pour des voisins: j'ai moi-même -ouvert, montré, expliqué l'appartement et je les ai reconduits jusqu'au -grand salon, où l'héroïne de la troupe s'est vue obligée, à propos de mon -portrait par Prud'hon, de me faire force compliments. Elle est petite, -brune, d'un extérieur insignifiant, entre trente et quarante ans, d'assez -beaux yeux; une coiffure prétentieuse, et ce qu'on appelle en style de -théâtre, _classique_. Elle a un ton sec, tranché, un jugement absolu sur -les arts, auquel le buste de Napoléon et le Pâris de Canova, le buste -d'Alexandre par Thorwaldsen et une copie de Raphaël par Annibal Carrache -(que la belle dame a pris pour un original) ont fort prêté. Son langage -est recherché. A tout prendre, peu de grâces; le reste de sa compagnie -d'un commun achevé, de tournure au moins, car aucun n'a dit un mot. - - [43] Concierge du château de Valençay. - -J'ai eu, dans la soirée, une autre visite qui m'a été droit au cœur: -celle d'une Sœur de l'Ordre des religieuses qui sont à Valençay. Elle y -a fait son noviciat, et, quoiqu'elle n'ait que trente-trois ans, elle est -déjà première assistante de la maison mère, d'où elle vient en inspection -ici. Elle regarde Valençay comme son berceau; elle y est venue, à -l'époque où j'ai fondé ce petit établissement; elle était alors d'une -beauté et d'une fraîcheur remarquables; maintenant, elle est maigre et -pâle, mais toujours avec le plus doux regard. Malgré sa sainteté, qui l'a -élevée si vite dans son ordre, elle m'aime beaucoup, et m'a embrassée -comme si j'en étais digne, avec la plus grande joie du monde de retrouver -une pauvre pécheresse telle que moi! - - -_Valençay, 7 octobre 1834._--J'ai eu, hier, une longue conversation avec -M. de Talleyrand sur ses projets de retraite; elle m'a conduite à traiter -avec lui plusieurs points importants de sa position, et à lui parler avec -sincérité. J'ai eu le courage de lui dire la vérité; il en faut toujours -pour la dire à un homme de son grand âge. - -C'est pourtant une utile chose que la vérité, ce premier des biens, -toujours inconnu par les âmes qui ne sont pas fortement trempées; que -l'esprit dédaigne souvent, que les caractères élevés savent seuls -apprécier; qui effarouche la jeunesse, qui effraye la vieillesse; qu'on -n'aime et qu'on n'accueille que lorsqu'on joint aux leçons de -l'expérience toute la vigueur de l'âge et de la santé. Que de réflexions -j'ai faites, depuis hier, sur ce sujet! et que j'ai béni l'homme, habile -et bon[44], qui a guidé mes premières années, et qui m'a donné cette -habitude précieuse, devenue depuis un besoin, de me rendre un compte -sévère de moi-même, d'être la première à me maltraiter; c'est ce qui a -sauvé mon âme, car cela m'a toujours empêchée de confondre le bien avec -le mal; je ne les ai jamais mis à la place l'un de l'autre dans mon -esprit, ni dans ma conscience, et si j'ai chargé celle-ci de fautes, je -l'ai, du moins, tenue libre d'erreurs. Grande différence, qui permet -toujours de revenir sur ses pas; car, ce qui perd, c'est la _fausse -conscience_. Vérité de l'esprit, vérité du cœur, voilà ce qu'il s'agit -de préserver: c'est ce qui conserve de la dignité au caractère, et fait -arriver au terme, non sans fautes, mais bien sans lâchetés. - - [44] Scipion Piattoli, qui avait été précepteur de l'auteur de - cette _Chronique_. - - -_Valençay, 9 octobre 1834._--M. de Montrond, qui est ici depuis plusieurs -jours, a demandé hier matin à me voir, pour me parler d'une chose -importante. Je l'ai vu, et après quelques plaisanteries que j'ai reçues -assez froidement, il m'a dit qu'il venait pour m'annoncer son départ; que -je ne serais probablement pas étonnée, d'après la manière inconcevable -dont M. de Talleyrand le traitait. Il s'est fort étendu en plaintes, en -aigreurs; il est profondément blessé et cela lui fait dire beaucoup de -mauvaises choses. Il a ajouté qu'il savait bien que je ne l'aimais guère, -mais que j'avais, cependant, été polie et obligeante pour lui, qu'il -venait m'en remercier et me dire que, quoiqu'il pensât bien que je ne -voudrais pas en convenir, il était impossible que je ne m'ennuyasse pas à -la mort, et que la vie que je menais devait m'être insupportable, -quoiqu'il fût difficile de la prendre de meilleure grâce. Enfin, il a -mis, je ne sais trop pourquoi, du prix à se faire bien venir de moi. - -J'avoue que je me suis sentie fort mal à mon aise pendant ce discours, -qui, quoique haché et saccadé, à sa manière, a été long. Voici en résumé, -ma ou mes réponses: «Que je regrettais tout ce qui ressemblait à de la -brouillerie, parce que je ne la trouvais bonne pour personne, mauvaise -surtout pour lui, M. de Montrond, à qui le monde donnerait tort, puisque -son ton rude avec M. de Talleyrand expliquerait le manque de patience de -celui-ci; que, de se plaindre, et d'expliquer ses griefs par les motifs -qu'il venait de me donner serait de bien mauvais goût, et qu'il y avait -de certaines choses, qui, lors même qu'elles auraient une apparence de -vérité, ne se disaient pas, ou ne devaient jamais se dire, après quarante -années d'une liaison qui, du côté de M. de Talleyrand, pouvait s'appeler -du patronage; que pour ce qui me regardait, je ne pouvais m'ennuyer, au -centre de mes devoirs et de mes intérêts de famille; que, d'ailleurs, il -y avait fort longtemps que ma vie, mes habitudes, et toute mon -existence, étaient absorbées dans les convenances de M. de Talleyrand; -que c'était là ma destinée, que je m'en satisfaisais très fort et que je -n'en admettais pas d'autre.» - -A cela, il a repris: «Il est clair que vous êtes destinée à l'enterrer; -puis, vous avez beaucoup d'esprit, un grand savoir-faire et savoir-dire, -et vous êtes assez grande dame pour savoir prendre les choses d'une -certaine manière; mais quant à moi, je n'ai qu'à m'en aller.» - -J'ai répliqué alors: «Vous avez quelque chose de plus à faire, c'est de -vous en aller poliment, sans esclandre, et de ne dire à personne que vous -l'avez fait par humeur; vous avez, surtout, à ne jamais parler, je ne dis -pas seulement mal, mais encore légèrement de M. de Talleyrand.» Il a dit: -«Vous faites de fort jolis discours ce matin; mais si je fais ce que vous -voulez, que ferez-vous de moi?--Je vous garderai le secret sur la vraie -raison de votre départ.--Vous êtes trop habile, madame de Dino.--Je suis -de bon conseil.» Il m'a demandé si je voulais lui donner la main, et lui -promettre d'être _good-natured_ pour lui. «Oui, si vous ne parlez pas de -travers de M. de Talleyrand.--Alors, je n'irai pas tout droit à Paris; je -vais aller aux Ormes, chez d'Argenson, me faire passer la bile, et quand -j'aurai retrouvé _ma nature d'agneau_, j'irai causer avec le Roi, et -m'excuser sur quelque affaire de n'avoir pas attendu son fils -ici.--Faites ce que vous voudrez, mais faites ce qui convient à un -_gentleman_.» Il est parti. - -A déjeuner, il a dit qu'il avait reçu une lettre qui l'obligeait à partir -aujourd'hui. - -Le fait est que je m'attendais à quelque chose de semblable. M. de -Talleyrand, après des années d'une longanimité déplacée, a versé -subitement vers l'autre extrémité, sans mesure aucune; et, avant-hier, il -lui a si fort indiqué qu'il était de trop ici, qu'il a bien fallu -comprendre. Il est possible que M. de Montrond prenne quelques -précautions de langage, tout juste ce qu'il faudra pour ne pas être tracé -comme mauvais procédé, mais il me paraît impossible qu'il n'y ait pas -quelque vengeance sourde, car il est blessé et dérangé. Partir la veille -de l'arrivée d'une nombreuse société anglaise, à laquelle il se préparait -à faire les honneurs de Valençay, ne pas être ici quand M. le duc -d'Orléans y est attendu, voilà deux sensibles mécomptes, qu'il ne -pardonnera pas à M. de Talleyrand. - -Dans la première et très virulente partie de sa conversation, le nom du -Roi et celui de M. de Flahaut sont revenus fort souvent, et de façon à me -persuader qu'il va se ranger absolument du côté du dernier, pour rendre -auprès du premier de mauvais offices à M. de Talleyrand. Qu'attendre d'un -pareil être? Mais aussi quel enfantillage de perdre patience au bout de -quarante ans![45] M. de Montrond me disait: «Il devait me traiter avec la -douceur et l'intimité d'une ancienne amitié, ou bien avec la politesse -d'un maître de maison.» Mais à cela, j'ai répliqué: «M. de Talleyrand -n'aurait-il pas aussi le droit de vous dire qu'il n'a trouvé en vous, ni -la déférence due à un hôte, ni la bonne grâce due à son âge et à vos -anciens rapports? Dans quelle autre maison auriez-vous blâmé toutes -choses comme vous le faites ici? Vous avez critiqué ses voisins, ses -domestiques, son vin, ses chevaux, toutes choses enfin. S'il a été rude, -vous avez été hargneux; et, en vérité, il y a trop de témoins de votre -perpétuelle contradiction, pour que vous puissiez vous plaindre de -l'humeur qu'elle a causée.» - - [45] En 1793, Montrond s'était réfugié en Angleterre, et s'y - était mis sous la protection de M. de Talleyrand; de là provenait - leur longue amitié. - - -_Valençay, 14 octobre 1834._--Nous avons en visite lady Clanricarde, M. -et Mme Dawson Damer et M. Henry Greville. Je me suis longtemps promenée -en calèche hier avec lady Clanricarde; j'ai beaucoup causé avec elle de -son père, le célèbre M. Canning; de sa mère, non moins distinguée, mais -que sa fille paraît aimer peu. Lady Clanricarde a de l'esprit, de la -mesure, du bon goût, de la dignité, mais, à ce qu'il semble, assez de -sécheresse de cœur, et un peu de raideur d'esprit; ses manières, son -caractère, je crois, ont une valeur réelle, sans abandon, ni séduction; -mais, à tout prendre, c'est assurément une personne distinguée, et de la -meilleure et plus exquise compagnie. Quant à Mme Damer, c'est une bonne -enfant, mais rien que cela. - - -_Valençay, 18 octobre 1834._--En causant avec lady Clanricarde de lord -Palmerston et de lady Cowper, nous sommes arrivées à nous demander ce -qui faisait conserver à de certaines personnes tant d'influence sur -telles autres. Je lui ai fait alors une observation sur la justesse de -laquelle elle s'est récriée. Je lui disais que «c'était par l'exigence -que les hommes conservaient leur influence sur les femmes, mais que -c'était par des concessions que celles-ci conservaient la leur sur les -hommes.» - - -_Valençay, 21 octobre 1834._--On a reçu, hier, la nouvelle du terrible -incendie de Westminster à Londres. C'est une horrible catastrophe, et qui -semble d'un caractère tout _ominous_; l'édifice matériel croulant avec -l'édifice politique! Ces vieilles murailles ne voulant plus se déshonorer -en prêtant asile aux profanes doctrines du temps! Il y a là de quoi -frapper, non seulement l'esprit de la multitude, mais encore celui de -toute personne sérieuse. - -Les Anglais qui sont ici sont tentés de croire à la malveillance comme -cause de ce feu, parce qu'il a commencé par la Chambre des Pairs. Le -_Globe_, qu'on avait envoyé à M. de Talleyrand, nous a tous fait veiller -fort tard, car nous avons voulu connaître toutes les versions. Il paraît -que la perte en papiers et documents a été énorme, non seulement par le -feu, mais aussi par l'éparpillement. Quel dommage! On dit que cela va -jeter du trouble et de grandes lacunes dans le cours de la justice. - -J'ai mené, hier, lady Clanricarde et Mme Damer voir le petit couvent, -l'école et tout le petit établissement des Sœurs de Valençay; c'est un -genre de choses qui touche peu les Anglaises; elles ont beau avoir de -l'esprit, de la bonté, elles ne sont pas charitables dans le vrai sens du -mot; elles ont une aversion singulière pour se mettre en contact avec la -pauvreté, la misère, le malheur, la maladie, la souffrance, et cet -éloignement, de leur part, pour les petites gens, qui, socialement, a -tant d'avantages, me glace et me froisse quand je le vois s'étendre -jusqu'à l'indigence. Ainsi, lady Clanricarde, si agréable en société, n'a -rien trouvé à dire à mes pauvres Sœurs, si simples et si dévouées; elle -a à peine mis le nez à la porte de l'école, et rangeait sa belle robe, -pour ne pas être froissée par les petites filles qui étaient à l'entrée -de la classe; ces deux dames n'en revenaient pas de tout ce que j'avais -trouvé à dire, et elles étaient surtout fort surprises de m'avoir vue -arrêtée plusieurs fois dans le bourg par des gens qui voulaient me parler -de leurs affaires. Cette façon de vivre est complètement incompréhensible -pour une Anglaise, et, dans ce moment-là, lady Clanricarde, malgré tout -son esprit et sa bienveillance pour moi, s'est étonnée, j'en suis sûre, -que je susse manger proprement à table, et que je portasse une robe faite -par Mlle Palmyre. - - -_Valençay, 23 octobre 1834._--Il a plu outrageusement hier toute la -journée; il n'y a pas eu moyen de sortir. Nos Anglais ont fait une -musique assez barbare pendant toute la matinée; le soir sont arrivées -trois lettres au château. L'une, de lord Sidney à Henry Greville, disant -que M. de Montrond était de retour à Paris, y répétant à tout le monde -que Valençay était devenu inhabitable, que les Damer et Greville s'y -ennuieraient à la mort, que lady Clanricarde seule s'en arrangerait. H. -Greville a lu cela à demi-voix: lady Clanricarde a repris tout haut, M. -de Talleyrand a demandé ce que c'était, on lui a lu tout le passage. - -La seconde lettre, de M. de Montrond à M. Damer, pour lui demander -comment il se trouvait à Valençay; que quant à H. Greville, qui aimait -les caquets, il n'en était pas inquiet, parce qu'il y trouverait de quoi -se satisfaire: ceci a été lu tout haut par M. Damer. - -La troisième lettre, de M. de Montrond à moi, calme au possible. Je -l'avais passée à M. de Talleyrand, qui, d'humeur de ce qu'il venait -d'entendre, a lu, à son tour, tout haut. Cela m'a fait souvenir du billet -de Célimène! Je ne sais quelles réflexions cette petite scène aura -provoquées, car j'ai été me coucher aussitôt après. - - -_Valençay, 26 octobre 1834._--Le temps s'est un peu rajusté hier: en ce -moment, il fait un froid vif, mais sec, avec un soleil éclatant. Pourvu -que cela dure pour l'arrivée de M. le duc d'Orléans que nous attendons ce -soir! Car les populations d'une quarantaine de communes, et du monde de -Châteauroux, même d'Issoudun, à dix ou douze lieues d'ici, sont en -mouvement. Le dimanche facilite cette satisfaction de curiosité, et, quoi -qu'en disent les journaux, nous n'aurons d'autres magnificences, d'autres -fêtes, d'autres préparatifs que ceux du nombre. Je crois que M. le duc -d'Orléans sera très bien reçu par les populations rurales. Jamais, depuis -la Grande Mademoiselle, aucun Prince, d'aucune dynastie, n'est venu ici: -tout le pays entre Blois et Châteauroux, si bien traité par les Valois, -était comme frappé de disgrâce, d'oubli; jamais aucune des -administrations n'a voulu rien faire pour ce coin de Berry. Quand je suis -venue ici pour la première fois, tout y était, en fait de civilisation, -comme au temps de Louis XIII. M. de Talleyrand, et même moi, lui avons -fait faire quelques progrès; ce n'est cependant que cette année que nous -avons une poste aux chevaux organisée; il n'y a pas même encore de -diligences, et les communications ont lieu, pour bien du monde, même -aisé, en pataches, c'est-à-dire en voitures non suspendues. Dans un pays -aussi reculé, un Prince est encore _quelqu'un_; nos communes sont -flattées qu'il s'en égare un dans nos sauvageries, et elles crieront: -_Vive le Roi!_ avec fureur: c'est tout ce qu'il y a de mieux. - -Parmi les arrivants au château, hier soir, nous avons eu le baron de -Montmorency et Mme la comtesse Camille de Sainte-Aldegonde. Le baron de -Montmorency a été, autrefois, au moment d'être le Lauzun de la -Mademoiselle du temps[46], et, quoiqu'il ait décliné l'honneur de -l'alliance, il est resté fort intime avec Neuilly. Mme de -Sainte-Aldegonde habite un joli château entre ici et Blois; elle est Dame -de la Reine, et grande amie du baron de Montmorency. Elle a été, d'abord, -la femme du général Augereau; elle est du même âge que moi, et nous avons -fait notre entrée dans le monde à la même époque. Nous avons, toutes -deux, été Dames du Palais de l'Impératrice Marie-Louise; nous ne nous -sommes, cependant, pas vues beaucoup, parce qu'elle suivait son mari à -l'armée et ne venait guère à la Cour. A la chute de l'Empire, nous nous -sommes perdues de vue complètement. Mme de Sainte-Aldegonde a été -extrêmement belle, et si elle avait une expression plus agréable, elle le -serait encore; mais elle n'a jamais eu l'air doux, grâce à des sourcils -trop noirs et remontés; le moelleux de la première jeunesse étant passé, -il en résulte quelque chose de cru qui n'est pas attirant. Elle a le -verbe un peu haut, et quoique polie et assez bien élevée, elle manque de -cette aisance et de cette obligeance faciles qui ne s'acquièrent que dans -les premières habitudes élégantes de la vie: quand elles manquent au -berceau, on peut être convenable, on n'est jamais distingué; mais enfin, -à tout prendre, elle est bien. - - [46] Madame Adélaïde avait fait offrir sa main au baron de - Montmorency, mais à la condition qu'elle ne changerait point son - nom, ce que M. de Montmorency refusa. - - -_Valençay, 27 octobre 1834._--M. le duc d'Orléans est arrivé hier par un -assez mauvais temps, et une heure plus tôt qu'il ne s'était annoncé, ce -qui a fort dérangé les curieux ainsi que nous. Cependant, il a trouvé -notre petite garde nationale, le corps municipal, et pas mal de monde sur -son passage. Il n'y a point eu de harangue, ce qui, je crois, l'a -soulagé. - -M. le duc d'Orléans a commencé par causer un instant dans le salon avec -M. de Talleyrand, M. et Mme de Valençay et moi. Il m'a annoncé, à ma -grande surprise, que nous allions avoir MM. de Rigny, Thiers et Guizot; -ma surprise n'a pas diminué, lorsque Monseigneur m'a dit que le Roi -poussait beaucoup ses ministres à venir ici, parce que c'était une bonne -excuse pour suspendre, pendant quelques jours, les Conseils; que ceux-ci -étaient devenus impossibles par les fureurs du maréchal Gérard; qu'une -crise était inévitable, mais qu'on désirait la retarder, et, pour cela, -ne pas mettre le Cabinet en présence; que, du reste, le maréchal Gérard -était seul de son bord d'un côté, et les autres ministres, jusqu'à -présent, réunis de l'autre. - -Quand Monseigneur s'est retiré chez lui, j'ai été faire ma toilette, et -suis redescendue tout de suite pour être la première au salon. J'y ai -trouvé le général Petit, commandant de la 5e division militaire, puis le -général Saint-Paul, commandant du département de l'Indre, et, de la suite -du Prince, le général Baudrand et M. de Boismilon, son secrétaire. - -Après le dîner, il y a eu un peu de solennel que j'ai bientôt rompu, en -me mettant tout simplement à mon ouvrage, comme de coutume, ce dont le -Prince m'a fort remerciée. Tout le monde, alors, s'est groupé, arrangé. -Plus tard, M. de Talleyrand a fait sa promenade accoutumée du soir; en -rentrant il nous a trouvés jouant, lady Clanricarde, le Prince, H. -Greville et moi, à un whist assez gai, la musique jouant dans le -vestibule; enfin la glace s'était rompue. - -Après le thé, le Prince s'est éclipsé, et à onze heures tout le monde est -allé se coucher. - - -_Valençay, 28 octobre 1834._--Voici l'emploi de la journée d'hier: après -le déjeuner, M. le duc d'Orléans a vu le château et ses entours -immédiats, mon fils et moi les lui montrant; tous ceux de nos hôtes pour -qui c'était une nouveauté suivaient. - -En rentrant, trois calèches, un phaéton et six chevaux de selle -attendaient. Chacun s'est casé: M. le duc d'Orléans, la marquise de -Clanricarde, le baron de Montmorency et moi dans la première calèche; M. -de Talleyrand, Mme de Sainte-Aldegonde, le général Baudrand et M. Jules -d'Entraigues dans la seconde, et ainsi de suite. Après avoir traversé le -parc et une partie détachée de la forêt, nous nous sommes arrêtés à un -joli pavillon, d'où la vue est belle. La musique militaire était cachée -derrière les arbres, qui ont encore beaucoup de feuilles; le concours de -monde était considérable; c'était une très jolie scène forestière. Nous -nous sommes ensuite lancés dans la forêt même et ne sommes revenus que -pour notre toilette du dîner. - -Après le dîner, nous avons mené le Prince au bal de l'Orangerie: les -cours, le donjon, les grilles étaient illuminés et d'un très bel effet; -la salle fort bien décorée, remplie de monde au point de pouvoir à peine -passer; mais il n'y avait pas d'empressement grossier, tout au contraire, -et des cris à se boucher les oreilles, mais qui font toujours plaisir aux -Princes. Il a parcouru toutes les parties de la salle; il a beaucoup -salué, un peu causé; enfin, on en a été fort content, et, quoiqu'il n'y -soit pas resté plus d'une heure, on a été si satisfait de lui qu'à deux -heures du matin, on criait encore sous ses fenêtres. - - -_Valençay, 29 octobre 1834._--Hier, avant le déjeuner, notre Royal -visiteur a été, avec son aide de camp, mon fils et le baron de -Montmorency, visiter la filature et les carrières d'où on a extrait les -pierres dont le château est bâti; il a trouvé ces carrières superbes. - -Après le déjeuner nous l'avons mené aux forges. Il y avait de la foule, -des cris; les ouvriers ont bien fait leur besogne; on a coulé, forgé, et -dans l'intérieur du bâtiment où l'on coule la gueuse et qui est très -beau, on a opéré, à deux reprises, des feux d'artifice, avec la fonte en -fusion, liquide et enflammée. C'était joli et a fort amusé nos dames -anglaises. En revenant, nous avons fait un petit détour qui nous a -conduits aux ruines de Veuil[47]. La musique était cachée dans une des -vieilles tours, un grand feu était allumé dans la seule chambre qui reste -intacte et où on avait servi un goûter. Dans la cour, et à travers des -arceaux à moitié détruits, des gardes nationaux et des paysans criaient -en jetant leurs chapeaux en l'air. Cette petite station a été vraiment -très jolie, malgré le temps couvert; le soleil l'aurait complétée, ou -plutôt la lune. - - [47] Veuil domine la vallée du Nahon, et fut réuni à la - seigneurie de Valençay en 1787 par M. de Luçay qui en était alors - propriétaire. Le château, qui devait être remarquablement joli, - est maintenant une ruine, dont une partie seulement peut être - habitée par un fermier. - -A dîner, outre les convives de la ville, nous avons eu les Préfets -d'Indre-et-Loire[48], de Loir-et-Cher[49], le général Ornano et le -colonel Garraube, député, celui qui nous a envoyé la musique qui fait -nos délices. Après le dîner, le whist, quelques tours de valse, etc... - - [48] M. Amédée d'Entraigues. - - [49] Le comte de Lezay-Marnésia. - -Il y a eu, le soir, un vrai bal avec souper pour les gens de l'office, en -l'honneur des gens du Prince Royal; il a été vraiment très joli. - -A dîner, hier, j'ai été un peu surprise de ce que m'a dit mon Royal -voisin. Il m'a demandé quand nous allions à Rochecotte.--«Je l'ignore, -Monseigneur.--Mais vous ne pouvez passer tout l'hiver dans ce lieu-ci qui -est bien froid.--Il n'a jamais été question que nous y passions tout -l'hiver.--Viendrez-vous à Paris?--Je n'en sais rien.--Car pour -l'Angleterre, il ne peut plus en être question, puisque lord Palmerston -ne va pas aux Indes.» J'ai regardé le Prince entre les deux yeux, avec un -peu de surprise, et je lui ait dit: «Je crois, en effet, que le départ de -lord Palmerston aurait rappelé les ambassadeurs à Londres, et que, lui -restant, cela les en éloignera; mais les projets de M. de Talleyrand sont -très incertains, et soumis d'ailleurs aux désirs du Roi.--Votre oncle m'a -dit qu'il croyait que nous avions tiré de l'Angleterre tout ce qu'elle -pouvait nous donner; que ce ne serait plus à Londres que se traiteraient -les grandes affaires; qu'il fallait les appeler à Paris auprès de mon -père.--En effet, c'est là la pensée de M. de Talleyrand, parce que -l'habileté et la sagesse du Roi ont inspiré à l'Europe de la confiance, -en raison inverse de la méfiance que la politique anglaise des derniers -mois a généralement propagée.--Mon père désire beaucoup que M. de -Talleyrand retourne en Angleterre, mais avant de causer avec votre oncle -à ce sujet, j'avais dit au Roi que ce retour me paraissait -impossible.--En effet, Monseigneur, il est difficile.--Mais vous, madame, -que désirez-vous?--Ce qui sera agréable au Roi, Monseigneur; et si M. de -Talleyrand ne retourne pas à Londres, c'est qu'il sera persuadé qu'avec -les données actuelles, il ne saurait y être utile. Personnellement, -j'aime extrêmement l'Angleterre; mille liens de reconnaissance et -d'admiration m'y attachent, surtout les bontés de la Reine, l'amitié de -lord Grey et du duc de Wellington; mais il y a de certains amis qu'on ne -perd pas pour les avoir quittés, et j'espère bien, dans le cours des -années, aller remercier ceux que j'ai eus en Angleterre, de toutes leurs -bontés pour moi pendant les quatre dernières années[50].--Mais, quittant -l'ambassade, que fera M. de Talleyrand?--Ce qui plaira au Roi: si le Roi -désire le voir, il ira lui offrir ses hommages; si Sa Majesté lui permet -de se reposer, il restera dans la retraite, à soigner ses jambes, qui, -comme vous le voyez, sont bien faibles et bien douloureuses; en un mot, -Monseigneur, il sera toujours le serviteur dévoué du Roi.» Et nous en -sommes restés là, de cette conversation assez singulière. - - [50] La duchesse de Dino n'est jamais retournée en Angleterre - malgré le bon souvenir qu'elle gardait à ce pays. - - -_Valençay, 30 octobre 1834._--Hier matin, tous les voisins de Tours, de -Blois, des environs, sont partis de bonne heure, ainsi que M. Motteux, -qui a laissé un joli chien anglais à M. de Talleyrand. Ce bon petit -Motteux nous a quittés avec des regrets infinis, s'étant parfaitement -amusé ici, passant sa vie à la cuisine, au pressoir, au marché; ne -causant guère, mais n'étant ni indiscret, ni importun, ni mal disant. - -Avant le déjeuner, M. le duc d'Orléans a visité les deux ateliers de -bonneterie[51], y a acheté et fait des commandes. Après le déjeuner, il a -voulu voir nos écoles et l'établissement des Sœurs; il a beaucoup donné -pour les pauvres. Il a paru vraiment frappé de la bonne tenue du petit -couvent, et particulièrement des manières de la Supérieure. A cette -occasion, il m'a raconté qu'un de ses aïeux, ayant prêté de l'argent au -Saint-Siège, que celui-ci n'avait pas rendu au terme indiqué, le Pape -envoya, en compensation, une Bulle par laquelle il créait tous les -descendants mâles de la famille _sous-diacres-nés_, et chanoines de -Saint-Martin de Tours, avec le droit de toucher, sans gants, aux vases -sacrés, et de se placer à l'église du côté de l'évangile, au lieu du côté -de l'épître. Le Roi Louis-Philippe a été reçu chanoine de Tours, à l'âge -de sept ans. - - [51] En entrant dans cette bonneterie, fort célèbre alors en - France, on pouvait voir, surmontées d'une inscription portant - leurs noms, les jambes moulées de toutes les amies du prince de - Talleyrand, que ces dames avaient fait faire, afin de donner un - modèle exact au fabricant de Valençay. - -Plus tard nous avons conduit le Prince aux étangs de la forêt, auprès -desquels était un grand feu de bivouac. - -Avant le dîner, le Prince a encore voulu causer seul avec M. Talleyrand, -puis avec moi. Après, on a joué une poule au billard, cela a été très -animé; les dames étaient de la partie. Le thé pris, et les lettres -arrivées par la poste reçues, celles-ci annonçant la retraite du maréchal -Gérard, M. le duc d'Orléans est rentré chez lui, a mis son costume de -voyage, et à onze heures et demie, après force gracieusetés, il est -parti. - -Quoique tout se soit bien passé pendant son séjour ici, et que le Prince -ait vraiment été à merveille pour tout le monde, je n'en suis pas moins -singulièrement soulagée de son départ. Je craignais à chaque instant -quelque accident, ce qui m'a fait m'opposer formellement à toute chasse; -je craignais les mauvais cris, le mauvais temps, mille choses, et enfin, -j'étais harassée de fatigue. - -Comme je le prévoyais, le voyage de M. le duc d'Orléans a éclairci notre -avenir, en ce sens que M. de Talleyrand a dit au Prince qu'il n'y avait -plus rien à faire pour lui à Londres, que le caractère personnel de lord -Palmerston, la route actuelle suivie par le Cabinet anglais, l'absence de -tout le haut Corps diplomatique de Londres, et la tendance évidente de -toutes les Cours de retirer leur action de cette capitale et de -centraliser la haute politique ailleurs; que, par-dessus tout cela, la -fatigue de ses jambes lui faisait une nécessité de ne plus retourner en -Angleterre, à moins d'une réaction qui le rendît, lui, M. de Talleyrand, -plus propre que tout autre à y traiter les affaires de la France; mais -que pour le moment, il croyait que n'importe qui ferait aussi bien, si ce -n'est mieux que lui. M. le duc d'Orléans nous a positivement dit qu'il -avait été chargé par le Roi de connaître les intentions de M. de -Talleyrand, et, en même temps, de lui exprimer, s'il ne retournait pas à -Londres, le désir de le voir à Paris pour causer avec lui; qu'il tenait -beaucoup à ce que M. de Talleyrand n'eût pas l'air de retirer son -intérêt et sa participation à l'œuvre à laquelle il avait tant -travaillé. - -M. le duc d'Orléans m'a raconté un petit fait curieux: c'est que Lucien -Bonaparte lui avait écrit, il y a dix-huit mois, une lettre assez plate -pour le prier d'obtenir pour lui le poste de ministre de France à -Florence! - -J'apprends, à l'instant, que le Roi a positivement refusé d'appeler le -duc de Broglie à la présidence du Conseil, en remplacement du maréchal -Gérard. Il est évident que c'est la crise ministérielle qui a empêché les -trois ministres qui devaient venir ici de s'y rendre. Je n'en suis pas -fâchée, car cela a ôté tout caractère politique au séjour du Prince. - -Il m'a parlé beaucoup de Rochecotte et de son désir d'y revenir l'été -prochain. - - -_Valençay, 31 octobre 1834._--Nous avions ici M. le comte de la Redorte. -C'est un homme qui a du savoir positif; il a beaucoup étudié, beaucoup -voyagé; il se souvient de tout, mais, malheureusement, au lieu d'attendre -qu'on frappe à sa porte, comme ferait un Anglais, il l'ouvre toute grande -et force les gens à y entrer. Quoique d'une belle figure, et de manières -douces, avec un charmant son de voix, il est tout simplement assommant, -et par les faits, les dates, les chiffres dont il remplit sa -conversation, les détails minutieux dans lesquels il entre, les lourds -sujets d'économie politique dans lesquels il se plonge, tête baissée, il -fatigue, éteint, écrase ses auditeurs. Avec cela des opinions faites sur -tout, des jugements absolus, des rédactions arrangées d'avance; c'est -d'un ennui à périr! Nos Anglais, ici, le portaient sur leurs épaules! Il -est parti après le déjeuner. Au moment où il est sorti, M. de Talleyrand -a dit: «Voilà un esprit arrêté avant d'être arrivé.» Il a dit aussi un -mot assez piquant sur Mme de Sainte-Aldegonde, qui est également partie -ce matin. A propos de ses sourcils si noirs qui surmontent des yeux sans -beaucoup d'expression: «Ce sont», a-t-il dit, «des arcs sans flèches». - -Voici l'extrait d'une lettre reçue de Paris hier soir; elle est du 29: -«Les chevaux de poste étaient, dimanche 26, dans la cour de M. de Rigny, -qui allait partir avec Bertin de Veaux, lorsque le Roi l'a fait chercher, -et lui a ordonné de différer son départ d'un jour; le moment opportun -pour partir ne s'est plus retrouvé. Hier, à quatre heures, le maréchal -Gérard a forcé le Roi à accepter sa démission. La résolution de M. de -Rigny est de ne pas accepter la Présidence qu'on veut bien lui offrir; il -ne se reconnaît ni les talents, ni la consistance nécessaires pour -remplir ce poste. Il ne peut pas se dissimuler que l'embarras seul d'un -choix le fait porter sur lui, et si ce refus doit lui faire perdre sa -place, il s'en consolerait, en pensant qu'il vaut mieux quitter les -affaires sur une pareille question que d'en sortir plus tard moins -honorablement. Mais comment cela va-t-il finir? Ce qui paraît le plus -vraisemblable, c'est l'entrée de M. Molé au ministère. M. Thiers voudrait -bien arriver à la Présidence, mais il n'ose pas encore y prétendre -formellement. M. Molé ne resterait pas longtemps; ses moyens, son -caractère, son entourage, tout le fera promptement tomber; ce sera -suffisant à M. Thiers pour arriver à son but, du moins il s'en flatte. -Il eût bien mieux aimé cependant que M. de Rigny se fût chargé du rôle -qu'il destine à M. Molé; mais là, toute son éloquence a échoué!» - - -_Valençay, 1er novembre 1834._--On m'écrit, de Paris, qu'un article très -injurieux pour M. de Talleyrand et pour moi vient de paraître dans une -revue périodique; il y a bien des années que je suis agonisée d'injures, -de libelles, de mille saletés, calomnies et horreurs, et j'en aurai ainsi -pour le reste de ma vie. Vivant dans la maison et dans la confiance de M. -de Talleyrand, me trouvant, d'ailleurs, à l'époque la plus libellique, la -plus vaniteuse, comment aurais-je échappé à la licence de la presse, à -ses attaques, à ses injures? J'ai été longtemps à m'y accoutumer: j'en ai -été cruellement atteinte, bouleversée, malheureuse; je n'arriverai même -jamais à y rester indifférente. Une femme ne saurait l'être, et aurait, -ce me semble, mauvaise grâce à le devenir; mais comme il serait également -absurde de laisser son repos à la merci des gens qu'on méprise, j'ai pris -le parti de ne rien lire en ce genre, et plus j'y suis directement -intéressée, plus je désire ignorer. Je ne veux pas savoir le mal qu'on -pense, qu'on dit ou qu'on écrit de moi ou de mes amis. Si ceux-ci font -des fautes, ou que moi j'aie des torts, je les connais de reste, et -désire les oublier. Quant à la calomnie, elle me dégoûte et m'indigne, et -je ne vois pas pourquoi j'en recevrais les éclaboussures dans mes -affections et dans mes intérêts les plus chers. Si on pouvait lutter, -combattre et éclairer, à la bonne heure; il faudrait alors savoir pour -être en état de répondre; mais comme répondre serait déplorable et que le -silence est prescrit, ne vaut-il pas mieux éviter une connaissance -pénible et stérile? Les peines, les amertumes sont si nombreuses dans la -vie, il en est un si grand nombre d'inévitables, que je ne songe plus -qu'à en écarter le plus que je puis, sûre qu'il restera toujours -suffisamment de quoi exercer mon courage et ma résignation. - -Un autre de mes motifs pour ne pas approfondir la malveillance, c'est que -j'ai trop de peine à la pardonner; car si la reconnaissance est une des -qualités les plus profondément gravées dans la bonne partie de ma nature, -je crains toujours que la rancune lui serve de contrepoids: je n'ai -jamais oublié ni un service, ni un mot d'amitié, mais je me suis trop -souvent peut-être souvenue d'une injure ou d'une parole hostile. Ce n'est -pas, Dieu merci, que la rancune me conduise à la vengeance, non; ma -mémoire, quelque amère qu'elle puisse rester, ne m'a jamais inspirée -hostilement contre ceux qui m'ont offensée; mais alors c'est moi-même qui -souffre; je ne connais rien de plus douloureux au monde que d'éprouver de -la malveillance, et tout inoffensive et silencieuse qu'elle reste au -dehors, elle me ronge en dedans, et me fait mal en rongeant l'âme et -rompant l'équilibre. - -Je n'ai eu, hélas! que trop d'occasions de scruter, d'analyser, -d'anatomiser, de disséquer mon _moi moral_. Qui est-ce qui n'a pas sa -maladie chronique morale, comme sa maladie physique? Et qui est-ce qui, à -un certain âge, ne sait pas ou ne doit pas savoir le régime qui convient -le mieux à son esprit comme à son corps? - - -_Valençay, 4 novembre 1834._--J'arrive d'une course que nous avons faite -à Blois et dans les environs, avec nos Anglais qui retournaient à Paris. -Avant-hier, nous avons visité Chambord, qui a paru, ce qu'il est en -effet, bizarre, original, curieux, riche de détails, du reste dans un -assez vilain pays et dans un état déplorable. La fenêtre de l'oratoire de -Diane de Poitiers, sur laquelle François Ier avait écrit ses deux vers -impertinents sur les femmes, existe encore[52], mais les carreaux sont -brisés; ces vers étaient peu honorables pour un Roi chevalier. Le lieu où -le _Bourgeois gentilhomme_ fut représenté pour la première fois devant -Louis XIV existe aussi, ainsi que la table sur laquelle on a ouvert et -embaumé le corps du maréchal de Saxe qui est mort à Chambord; c'est même -le seul objet mobilier qui soit resté dans le château. - - [52] Souvent femme varie, - Bien fol est qui s'y fie! - -Nous sommes revenus assez tard à Blois, et hier, dans la matinée, nous -avons visité le château de Blois, maintenant une caserne, et certes, un -des plus curieux monuments de France. Bâti des quatre côtés, il offre -quatre architectures différentes. La partie la plus ancienne date -d'Étienne de Blois, Roi d'Angleterre, souche des Plantagenet; la seconde -de Louis XII, où son emblème, un porc-épic avec le motto: _Qui s'y -frotte, s'y pique_, se trouve encore. Puis la partie François Ier, avec -tout l'élégant cachet de la Renaissance; c'est là que le duc de Guise a -été assassiné, que Catherine de Médicis est morte; c'est là qu'est la -salle des fameux États généraux de Blois: on voit la cheminée dans -laquelle on a brûlé le corps de Guise et le cachot où le cardinal et -l'archevêque de Lyon ont été enfermés; la petite niche où Henri III a -placé les moines auxquels il ordonnait de prier pour le succès de -l'assassinat; la fenêtre par laquelle Marie de Médicis s'est sauvée, et -l'appartement où la veuve de Jean Sobieski est morte[53]. Le quatrième -côté enfin, bâti par Gaston d'Orléans dans le style des Tuileries, n'a -jamais été achevé. Près du château est un vieux pavillon où étaient les -bains de Catherine de Médicis; à côté, une vieille masure qui servait de -retraite aux mignons de Henri III. - - [53] Marie-Casimire d'Arquien, morte en 1716. - -En revenant de cette course ici, j'ai eu la triste nouvelle de la mort de -la princesse Tyszkiewicz, qui a expiré avant-hier à Tours. C'est moi qui -ai dû l'apprendre à M. de Talleyrand. A son âge, de semblables pertes -frappent davantage la pensée que le cœur; on y voit plutôt un -avertissement personnel qu'on n'y trouve une affliction. Il était plus -saisi que moi; moi plus affligée que lui, car j'aimais réellement la -Princesse; je lui étais profondément reconnaissante de tout ce qu'elle a, -jadis, été pour moi et, quoiqu'elle se soit survécu à elle-même, je ne -puis songer sans peine à toute cette partie du passé qui s'enterre avec -elle. Car on perd, avec des amis, non seulement eux-mêmes, mais encore -une partie de soi-même. - -M. de Talleyrand a été du même avis que moi, qu'il ne fallait pas laisser -reposer au milieu d'étrangers cette pauvre et illustre personne, nièce du -dernier Roi de Pologne, sœur unique de l'infortuné maréchal prince -Poniatowski: elle sera enterrée à Valençay. - -Une lettre arrivée hier soir ici, de Paris, disait ceci: «Il n'y a rien -de fait pour le ministère; cela finit par être extrêmement ridicule; les -intrigues se continuent. Avant-hier, on croyait tout fait et que Thiers -partait pour Valençay; hier tout était changé, et on en est au même -point. Il n'y a jamais eu un dissolvant pareil à Thiers; nous payons cher -son talent de parole; il faudrait cependant bien en finir. M. de Rigny -est tout prêt à se retirer, M. Guizot porte toujours Broglie pour la -présidence du Conseil et Thiers pousse Molé.» - - -_Valençay, 6 novembre 1834._--L'autre jour, M. Royer-Collard m'a raconté -quelque chose d'amusant, parce que cela le peint très bien. Il me disait -que la seconde Mme Guizot lui reprochait vivement de renier la -_doctrine_, de se refuser à en être le père, l'appui, le défenseur, et de -ce qu'en se plaignant, comme il le faisait, d'être réclamé par eux, il -causait beaucoup d'embarras à ceux qui en étaient; que c'était mal et -qu'elle le priait, par cette considération, de ne plus les attaquer, les -tourner en ridicule et les renier, comme il le faisait à chaque occasion: -«Ah! madame! vous voulez donc qu'en laissant le public dans l'erreur, je -me prive de ma consolation et de ma vengeance!» Elle était furieuse... La -seule, mais très vive irritation de M. Royer-Collard est contre tout ce -qui touche à M. Guizot et tout ce qui en porte le nom; cette irritation -n'est peut-être pas sans quelque fondement. M. Royer n'a aucun goût pour -M. de Broglie, dont la haute vertu ne lui a pas paru être à la hauteur -des dernières circonstances; et quant à Mme de Broglie, il l'aime encore -moins, parce que sa dévotion ne la préserve d'aucune des agitations et -même des intrigues politiques; le contraste que cela produit lui déplaît. - - -_Valençay, 7 novembre 1834._--Voici une anecdote parfaitement certaine -qui m'a été contée par un témoin oculaire et qui m'a beaucoup frappée. M. -Casimir Perier est mort, comme on sait, du choléra; mais en outre il -était complètement fou dans les derniers dix jours de sa vie, disposition -qui s'était déjà manifestée chez plusieurs membres de sa famille. Eh -bien! quelques heures avant sa mort, deux des ministres ses collègues, -avec deux de ses frères, causaient dans un coin de sa chambre des -embarras que l'arrivée de Mme la duchesse de Berry produisait en Vendée, -des difficultés qui en résultaient pour le gouvernement, du parti qu'il y -aurait à prendre, de la responsabilité qui en résulterait, et de la -terreur de chacun de l'affronter. Cette conversation fut, tout à coup, -interrompue par le malade, qui, se dressant sur son lit, s'écria: «Ah! si -le président du Conseil n'était pas fou!» Puis, retombant sur son -oreiller, il se tut et mourut bientôt après. Cela n'est-il pas frappant -et ne fait-il pas frissonner comme le _Roi Lear_? - - -_Valençay, 9 novembre 1834._--J'ai été hier à Châteauvieux voir M. -Royer-Collard. Il avait reçu des lettres de plusieurs des ministres -démissionnaires. On lui mande qu'aussitôt les cinq démissions données, -toutes cinq _galamment_ acceptées, le Roi a fait chercher M. Molé, et lui -a confié, avec la présidence du Conseil, la recomposition totale du -Cabinet. M. Molé a demandé vingt-quatre heures pour réfléchir sur -lui-même et voir avec qui il pourrait s'entendre, mais chacun ayant -décliné le fardeau dont il offrait le partage, il a été obligé de s'y -soustraire également, et tout était retombé dans le vague et peut-être -l'impossible. - -Il y a un déchaînement nouveau dans presque tous les journaux contre M. -de Talleyrand; les uns le tuent, les autres le disent malade de corps et -d'esprit, d'autres l'injurient grossièrement et salement. M. -Royer-Collard explique cette nouvelle reprise de fureur par la crainte -que la présidence du Conseil ne soit offerte à M. de Talleyrand et -acceptée par lui. Il paraît que beaucoup de gens, frappés de la pénurie -d'hommes, voudraient qu'on s'adressât ici, et que la terreur que cela -inspire à de certains autres envenime toutes leurs démarches, leurs -paroles et leurs écrits. Quel triste honneur que d'être ainsi le -pis-aller de quelques-uns et l'objet de la haine de plusieurs autres, et -cela à un âge où le besoin seul du repos doit dominer et où la seule et -dernière condition permise est de finir honorablement! - - -_Valençay, 10 novembre 1834._--Voici l'extrait d'une lettre que j'ai -reçue hier de M. Royer-Collard: «Je dirai fort sérieusement à M. de -Talleyrand, qu'après quatre années d'absence, je ne m'étonne pas qu'il -mette plus d'importance aux articles de journaux qu'ils n'en ont -réellement aujourd'hui. Il ne sait pas à quel point le prestige de la -presse est usé comme tous les autres; qui répondrait à un journal après -deux ou trois jours ne serait pas compris, on aurait oublié. Il n'est -plus donné à la témérité des paroles d'élever ou d'abaisser un -personnage; dans le débordement de la louange, comme de l'injure, on -reste ce que l'on est. C'est le procès de nos mauvais jours! - -«Non, il n'y a rien de fait à Paris; c'est que rien de spécieux n'est -possible. Ici se révèlent les véritables conséquences de la dernière -révolution. M. de Talleyrand a eu l'habileté et le bonheur de la faire -tourner à sa gloire, mais il ne recommencerait pas ce miracle. Sa -dernière habileté sera de finir à temps, je dirais volontiers de rompre à -la fois avec l'Angleterre et la France, telles que cette année-ci les a -faites. Je reviens souvent à l'idée qu'il aurait fallu dénouer dès -l'année dernière, et se mettre en sûreté; il était naturel de s'y -tromper, je m'y suis trompé aussi. Vous seule, madame la Duchesse, disiez -vrai. Dans ce même fauteuil d'où je vous écris aujourd'hui, je vous -combattais en aveugle, car vous seule pouviez bien savoir, bien juger. -J'ai eu tort; c'est un hommage de plus que j'aime à vous rendre.» - - -_Valençay, 11 novembre 1834._--M. Damer mande de Paris ce qui suit: -«Avez-vous entendu une horrible histoire relative à Mme et à Mlle de -Morell, sœur et nièce de M. Charles de Mornay, et qui est arrivée à -l'École militaire de Saumur[54]? Un jeune homme de cette ville, nommé M. -de La Roncière, assez mauvaise tête, est devenu amoureux de Mme de -Morell; elle a fait, ou non, quelques coquetteries pour lui, c'est ce que -je ne sais pas exactement, mais finalement, elle lui a donné son congé. -Il a résolu alors de se venger, et a fait la cour à la fille, jeune -personne de dix-sept ans; il lui écrivait continuellement et la menaçait -de tuer son père et sa mère si elle ne l'écoutait pas. Elle a été -trouvée, une nuit, dans une espèce d'état de folie. Le jeune homme, ayant -appris son état, s'est enfui de l'École, mais a été arrêté depuis. Il a -montré alors des lettres, supposées ou non, qu'il prétend lui avoir été -écrites par la mère et par la fille et qui les compromettraient -gravement. On dit que Charles de Mornay est arrivé à Paris à cause de -cette affaire.» - - [54] Cette affaire amena un procès criminel qui fit grand bruit. - Émile de La Roncière fut traduit devant le jury d'Angers en 1835, - et malgré l'habileté de son défenseur, Me Chaix-d'Est-Ange, il - fut condamné à dix ans de réclusion. En 1843, le Roi - Louis-Philippe lui fit remise de deux années de détention qui lui - restaient encore à faire. - - -_Valençay, 12 novembre 1834._--Une lettre écrite avant-hier de Paris, -pendant que le Roi signait, dans le cabinet voisin, l'ordonnance -créatrice du nouveau ministère, qui n'a pu paraître que dans les journaux -d'hier matin, nous est arrivée ici hier soir. Elle apporte des noms -inattendus et presque nouveaux. Il n'y aurait peut-être pas grand mal à -cela, s'ils l'étaient tous également, mais il en est un, vieilli dans -les fastes de l'Empire, et auquel on en a attribué la perte, le duc de -Bassano; il en est un autre, celui de M. Bresson, qui ébahira -probablement, et qui, pour l'invraisemblable, aurait mérité la fameuse -lettre sur le mariage de M. de Lauzun. Je n'ai pas besoin de dire les -réflexions qu'il nous a fait faire, à nous, gens de Londres, qui avons vu -naître, se perdre et ressusciter l'individu, le tout avec une si -merveilleuse rapidité! Je n'ai pas besoin de dire, non plus, que cette -solution ministérielle fixe toutes les irrésolutions de M. de Talleyrand -et donnera des ailes à sa démission de l'ambassade de Londres. - - -_Valençay, 13 novembre 1834._--Voici l'impression produite sur M. -Royer-Collard par la nouvelle phase ministérielle: «Mais c'est un -ministère Polignac! Je m'attendais à tout plutôt qu'à cette aventure. Je -suis bien étonné que M. Passy, qui a du mérite et de l'avenir, se soit -enrôlé dans cette troupe. Voilà l'ancien Cabinet jeté dans l'opposition; -mais soit qu'il attaque, soit qu'il appuie traîtreusement, il se fraye un -chemin au retour; il reviendra, cela me paraît infaillible.» Le mot -_aventure_ est le mot propre, car assurément, ce que tout ceci est le -moins, c'est une _combinaison_. - - -_Valençay, 16 novembre 1834._--Nous avons appris, par le courrier d'hier -au soir, que le ministère de fantaisie avait vécu «ce que vivent les -roses, l'espace d'un matin». La comparaison n'est pas choquante. Ce sont -MM. Teste et Passy qui, le 13 au soir, sont venus remettre au Roi leur -démission, motivée sur la situation pécuniaire du duc de Bassano. Ces -démissions devaient entraîner les autres, et, en effet, le lendemain -matin, M. Charles Dupin est venu offrir la sienne, et M. de Bassano a -reconnu qu'il ne pouvait plus rien faire et que, dès lors, «tout était -dit et fini». - -Avant-hier 14, à quatre heures du soir, rien n'était arrangé, ni projeté, -ni espéré. Quelle cruelle et déplorable situation pour le Roi! Si on -voulait faire une pièce de théâtre de cette crise ministérielle, on ne -pourrait même pas lui appliquer la règle des vingt-quatre heures! - -Je trouve la conduite de MM. Teste et Passy impardonnable! Il paraît que -c'est eux qui avaient le plus insisté, dans l'origine, pour que le duc de -Bassano obtînt la Présidence avec le ministère de l'Intérieur, et, -certes, ils n'en étaient pas alors à apprendre la situation pécuniaire de -M. de Bassano; car, depuis deux ans, elle était connue de tout le monde. - - -_Valençay, 18 novembre 1834._--Voici le passage important d'une lettre -écrite hier par M. de Talleyrand à Madame Adélaïde: «Quel soulagement! Je -remercie de bon cœur le maréchal Mortier d'avoir accepté la présidence -du Conseil! Je voudrais faire comme lui, et remonter à la brèche; mais -l'Angleterre pour moi est hors de question! Vienne me plairait, sans -doute, à beaucoup d'égards, et conviendrait d'ailleurs à Mme de Dino, que -tout son dévouement pour moi console difficilement de quitter Londres, où -elle a été si bien appréciée; mais, à mon âge, on ne va plus chercher -les affaires si loin de ses foyers! S'il ne s'agissait que d'une mission -spéciale, auprès d'un Congrès; d'une réunion telle que celles de Vérone -et d'Aix-la-Chapelle, je serais prêt. Et si pareille circonstance, qui -n'est rien moins qu'invraisemblable, se présentait et que le Roi me crût -encore capable de bien représenter la France, qu'il me donne ses ordres -et je pars à l'instant, heureux de lui consacrer mes derniers jours. Mais -une mission permanente ne peut plus me convenir, à Vienne surtout, où -l'on m'a vu, il y a vingt ans, l'homme de la Restauration. Mademoiselle -a-t-elle bien songé à un pareil rapprochement? Et cela en regard de -Charles X, de Madame la Dauphine qui vient souvent à Vienne, et qui -reçoit tous les honneurs dus à son rang, à ses malheurs, et à sa proche -parenté? Simples particuliers en Angleterre, les Bourbons de la branche -aînée sont des Princes, presque des prétendants en Autriche; c'est, pour -l'ambassadeur du Roi, une énorme différence; peu sensible peut-être pour -tel ou tel, mais décisive pour moi dans la vie duquel 1814 reste écrit en -gros caractères.--Non, Madame, il n'y a plus pour moi d'autre existence -que celle d'une retraite sincère et complète, d'une vie privée simple et -paisible. Ceux qui voudront me supposer quelque arrière-pensée seront de -mauvaise foi: à mon âge, on ne s'occupe plus que de ses souvenirs, -etc.[55]...» - - [55] Cette lettre, dont il n'est cité ici qu'une partie, a été - donnée tout entière par la comtesse de Mirabeau dans son livre: - _Le prince de Talleyrand et la Maison d'Orléans_, et se trouve - aussi dans le tome V des _Mémoires_ du prince de Talleyrand, - parus en 1892. - -Le _Journal des Débats_ annonce la démission de M. de Talleyrand, et, -dans son intrigue, cherche à la rattacher au ministère Bassano[56]. -Assurément, de tout, c'est ce qui l'aurait le mieux expliquée, mais elle -n'a été motivée par aucun des noms français qui ont successivement occupé -le public depuis quinze jours. Il y avait une manière plus convenable, -plus élevée, plus vraie d'en parler; mais l'esprit de parti dénature tout -à son propre profit! A la bonne heure, nous n'avons plus à y regarder. - - [56] Voici, en entier, cette lettre de démission, quoiqu'elle ait - déjà paru dans les _Mémoires_ de M. de Talleyrand: - - _Lettre du prince de Talleyrand à M. le ministre des Affaires - étrangères._ - - - MONSIEUR LE MINISTRE, - - Lorsque la confiance du Roi m'appela, il y a quatre ans, à - l'ambassade de Londres, la difficulté même me fit obéir; je crois - l'avoir accomplie utilement pour la France et pour le Roi, deux - intérêts toujours présents à ma pensée. Dans ces quatre années, la - paix générale maintenue a permis à toutes nos relations de se - simplifier; notre politique, d'isolée qu'elle était, s'est mêlée à - celle des autres nations; elle a été acceptée, appréciée, honorée - par tous les honnêtes gens de tous les pays. La coopération que - nous avons obtenue de l'Angleterre n'a rien coûté ni à notre - indépendance, ni à nos susceptibilités nationales; et tel a été - notre respect pour le droit de chacun, telle a été la franchise de - nos procédés, que loin d'inspirer de la méfiance, c'est notre - garantie que l'on réclame aujourd'hui, contre cet esprit de - propagandisme qui inquiète la vieille Europe. C'est assurément à la - haute sagesse du Roi, à sa grande habileté, qu'il faut attribuer des - résultats aussi satisfaisants. Je ne réclame pour moi-même d'autre - mérite que celui d'avoir deviné, avant tous, la pensée profonde du - Roi, et de l'avoir annoncée à ceux qui se sont convaincus, depuis, - de la vérité de mes paroles. Mais aujourd'hui que l'Europe connaît - et admire le Roi; que, par cela même, les principales difficultés - sont surmontées; aujourd'hui que l'Angleterre a, peut-être, un - besoin égal au nôtre, de notre alliance mutuelle, et que la route - qu'elle paraît vouloir suivre doit lui faire préférer un esprit à - traditions moins anciennes que le mien; aujourd'hui, je crois - pouvoir, sans manquer de dévouement au Roi et à la France, supplier - respectueusement Sa Majesté d'accepter ma démission, et vous prie, - Monsieur le Ministre, de la lui présenter. Mon grand âge, les - infirmités qui en sont la suite naturelle, le repos qu'il conseille, - les pensées qu'il suggère, rendent ma démarche bien simple, ne la - justifient que trop, et en font même un devoir. Je me confie à - l'équitable bonté du Roi pour en juger. - - Agréez, Monsieur le Ministre, l'assurance de ma très haute - considération. - - Le prince DE TALLEYRAND. - - Valençay, 13 novembre 1834. - -(Le _Moniteur universel_ du 7 janvier 1835 donna cette lettre.) - -On assure que, pendant la crise ministérielle, M. de Rigny s'est conduit -avec fermeté, dignité et convenance. Il n'en a pas été ainsi de tout le -monde, et voici un détail curieux sur l'exactitude duquel on peut -compter. Dans ce fameux Conseil d'il y a dix jours, dans lequel chacun a -jeté son masque et où M. Guizot a voulu imposer M. de Broglie au Roi, -comme ministre des Affaires étrangères, le Roi a dit en levant la main: -«Jamais cette main ne signera l'ordonnance qui rappellera M. de Broglie -aux Affaires étrangères.» Alors M. Guizot a sommé le Roi de déclarer -pourquoi il s'y refusait: «Parce que, a répondu celui-ci, M. de Broglie a -failli me brouiller avec l'Europe. J'en appelle au témoignage de M. de -Rigny ici présent (lequel a fait silencieusement un signe -d'acquiescement), et si on voulait me faire violence, je parlerais.--Et -nous, Sire, nous écrirons,» a repris M. Guizot... Peut-on rien imaginer -de semblable? Et voit-on après cela toutes ces mêmes figures assises au -même tapis vert et réglant, d'un commun accord, les destinées de -l'Europe? - - -_Valençay, 19 novembre 1834._--Nous avons appris, hier au soir, par une -lettre de Londres, le grand événement du changement de ministère en -Angleterre, et le retour des Tories au pouvoir[57]. Ce matin déjà, un -courrier du Roi est arrivé ici, porteur d'une lettre de la main même de -Sa Majesté, et d'une de Mademoiselle. Caresses, prières, supplications, -il y a de tout dans ces lettres. Mon nom même, répété sans cesse, est -appelé à l'aide. Tout cela est employé pour déterminer M. de Talleyrand à -reprendre son ambassade de Londres. Le Prince royal m'écrit dans ce sens -de la manière la plus pressante; toutes les autres lettres reçues par la -poste sont dans le même esprit. Mme Dawson Damer m'écrit qu'elle espère -que le changement du Cabinet anglais fera retirer la démission de M. de -Talleyrand, et que la Reine d'Angleterre ne me pardonnerait pas s'il en -était autrement. Lady Clanricarde me dit qu'elle a d'autant plus peur de -voir échouer les Tories dans leur essai, que cela ferait retomber -l'Angleterre dans les griffes de lord Durham, et qu'elle ne voit qu'un -côté agréable à tout ceci, c'est la presque certitude de mon retour à -Londres. C'est fort gracieux, mais nullement concluant. - - [57] Le Cabinet whig, présidé par lord Melbourne, était tombé le - 15 novembre, et fit place à un ministère tory, qui ne devait pas, - d'ailleurs, durer plus de trois mois. Il était présidé par sir - Robert Peel et, au ministère des Affaires étrangères, le duc de - Wellington remplaçait lord Palmerston. - -M. de Rigny m'écrit des excuses de son long silence et me paraît fort en -dégoût de la dernière quinzaine, peu rassuré sur les chances futures du -ministère français, quoique M. Humann eût accepté et que le replâtrage -fût consommé; puis il ajoute le morceau obligé sur l'_impossibilité_ -pour nous de ne pas retourner à Londres, et sur la _volonté_ positive du -Roi à cet égard. - -M. Raullin, de son petit coin, croit aussi devoir faire sa petite hymne -d'occasion; il dit que les doctrinaires, chez Mme de Broglie, en disaient -autant, mais que, du reste, toute cette coterie, ainsi que la Bourse et -les Boulevards, étaient dans la plus grande agitation des nouvelles -d'Angleterre. Il me mande des drôleries sur le duc de Bassano et sur M. -Humann. Le courrier qui est parti pour aller trouver celui-ci l'a trouvé -à Bar; il a dit qu'il ne répondrait que de Strasbourg. J'aime ce flegme -alsacien. - -On dit aussi que l'amiral Duperré se fait tirer l'oreille pour accepter -la marine. Jusqu'à hier matin, il n'y avait que des ministres _in petto_. -M. de Bassano signait imperturbablement et travaillait au ministère de -l'intérieur avec la plus belle ardeur. - -M. de Talleyrand a reçu aussi beaucoup de lettres. M. Pasquier, en -réponse à la lettre d'excuse de ne pouvoir assister au procès[58], -insinue une phrase sur les immenses services qu'on est encore appelé à -rendre. Mme de Jaucourt écrit quatre lignes sous la dictée de M. de -Rigny, pour dire: «Venez, on ne peut se passer de vous; sauvez-nous.» Et -enfin M. de Montrond, qui se taisait depuis longtemps, mande que les -nouvelles d'Angleterre sont venues tomber sur tout le monde comme des -flots d'eau bouillante, qu'on déraisonne à l'envi, que lord Granville -prend le changement chez lui de travers. Il se dit aussi chargé par le -Roi de nous faire comprendre la _nécessité_ de notre retour en -Angleterre; que MM. Thiers et de Rigny le désirent comme leur salut. - - [58] D'Armand Carrel, du _National_. - - -_Valençay, 24 novembre 1834._--M. de Talleyrand persiste, heureusement, -dans sa démission; mais tel est le singulier prestige qui s'attache à lui -que la Bourse de Paris baisse ou se relève selon les chances plus ou -moins probables de son départ pour Londres, que les lettres de toutes -parts l'appellent au secours, et que des gens que nous ne connaissons pas -même de nom, lui écrivent pour le supplier de ne pas abandonner la -France. Cela tient évidemment à deux choses: c'est que le public français -ne veut jamais voir dans le duc de Wellington qu'un croquemitaine en -personne, et dans M. de Talleyrand que quelqu'un que le diable emportera -un jour, mais qui, en attendant, grâce au pacte qu'ils ont ensemble, -ensorcelle à son gré l'univers. Que c'est bête, le public! Il est si -crédule dans sa foi! si cruel dans les vengeances de ses mécomptes! - - -_Valençay, 27 novembre 1834._--Une lettre du Roi, arrivée hier et qui est -la réponse à celle où M. de Talleyrand persistait dans sa démission, dit, -entre autres choses ceci: «Mon cher Prince, je n'ai rien vu de plus -parfait, de plus noble, de plus honorable, de mieux exprimé que la lettre -que je viens de recevoir de vous. J'en suis profondément touché. Sans -doute, il m'en coûte beaucoup de reconnaître la justesse de la plupart de -vos motifs pour ne pas retourner à Londres, mais je suis trop sincère et -trop ami de mes amis pour ne pas dire que vous avez raison[59].» - - [59] Cette lettre, dont on ne cite ici que le commencement, porte - la date du 25 novembre, et a été donnée tout entière dans le - livre de la comtesse de Mirabeau: _Le prince de Talleyrand et la - Maison d'Orléans_; elle se trouve aussi dans le Ve volume des - _Mémoires_ du Prince. - -A la suite de cet exorde vient une nouvelle invitation à arriver au plus -vite à Paris, pour causer de toutes choses. M. Bresson écrit à M. de -Talleyrand une lettre fort spirituelle et fort habile, où il lui demande -de vouloir bien lui écrire toutes les moqueries que, sans doute, sa -_gloire rapide_ lui aura inspirées; il n'en veut perdre aucune. - -M. de Montrond mande que le Roi dit qu'il n'y a rien de plus beau que la -lettre de M. de Talleyrand et qu'il faut se rendre à ses raisons; que du -reste, les embarras sont grands; que l'on regrette le maréchal Soult; -qu'on cherche à le ravoir. Quelle nouvelle ignominie pour nos petits -ministres! Il paraît que l'armée se désorganise. - -Les Polonais qui sont venus ici pour l'enterrement de la princesse -Tyszkiewicz disent, à ce qu'il paraît, du bien de nous à Paris. Il n'y a -qu'auprès du Prince Royal que Valençay ait eu un succès contesté par -l'influence Flahaut; M. de Montrond enrage du bien qu'on dit de Valençay, -dont il a fait tant de moqueries! - - -_Valençay, 1er décembre 1834._--Lorsque je passai, il y a trois mois, à -Paris, j'y vis M. Daure qui écrivait, en assez mauvaise compagnie, dans -le _Constitutionnel_ et me parut assez pauvre garçon. Je lui offris de -m'intéresser auprès de M. Guizot pour lui faire obtenir de l'emploi dans -la recherche des anciens manuscrits et chartiers du Midi, dont le -ministère de l'Instruction publique s'occupe. Je fis en effet ma demande; -elle fut bien accueillie. Je partis pour ici et n'entendis plus parler de -Daure ni de ma demande à M. Guizot; mais, il y a quinze jours, je reçus -une lettre de ce dernier pour m'annoncer la nomination de Daure à la -place que j'avais demandée pour lui. J'écrivis tout de suite à Daure en -lui envoyant la lettre ministérielle, mais ne connaissant pas son -adresse, je fis faire à Paris des démarches qui restèrent infructueuses -et ma lettre attendait quelques lumières sur ce pauvre homme, lorsque -hier au soir j'ai reçu deux lettres, timbrées de Montauban, l'une de -l'écriture de Daure, l'autre inconnue. J'ouvris d'abord cette dernière: -elle est d'un abbé, ami de Daure, qui d'après les dernières volontés de -ce malheureux, m'annonce sa mort; mais quelle mort! Le suicide! La lettre -de Daure, écrite peu avant cet acte de folie, est la plus touchante, je -dirai même la plus honorable pour moi. Il y a un mot sur ceux qu'il -aimait à Londres. Je me reproche très vivement de ne l'avoir point engagé -à venir ici cette année, cela l'aurait sans doute détourné de cette -cruelle fin! - -Il m'est revenu cette nuit à l'esprit que l'automne dernier, à -Rochecotte, marchant avec lui tête à tête en allant visiter mes écoles, -je lui parlais de sa destinée, de son avenir, je le prêchais sur son -désordre, sur son manque d'économie. Il me répondit avec beaucoup de -reconnaissance, en me priant de n'être nullement inquiète de lui, qu'il -avait une ressource en réserve dont il ne pouvait parler à personne, qui -était préparée depuis longtemps, et qui lui demeurerait, tout le reste -manquant; qu'il n'était pas aussi imprévoyant qu'il en avait l'air, et -qu'il était sans souci de l'avenir parce qu'il pouvait l'être. Je crus, -tout bonnement, qu'il avait amassé un peu d'argent... Sotte que j'étais! -Il s'est tué précisément au moment où nous enterrions ici la pauvre -princesse Tyszkiewicz. Quel triste mois de novembre! - -Voici un petit passage de politique, extrait d'une lettre d'hier: «La -position des ministres français sera décidée dans huit jours; ils -comptent profiter de la première petite circonstance et elle ne tardera -pas à se présenter, pour parler franchement de tout ce qu'ils ont fait, -de tout ce qui s'est passé, de manière à arranger leur position pour -qu'elle soit tolérable, ou bien pour se retirer tout à fait. Ils ne -tiennent pas à rester au pouvoir, de la manière dont ils sont abreuvés de -dégoûts. Il faut voir ce que la Chambre va faire et quelle sera son -attitude. Il avait été question de faire un discours du trône, mais il a -été décidé que cela ne serait pas, et je crois qu'on a sagement fait.» - - -_Valençay, 2 décembre 1834._--Me voici à la veille d'une nouvelle peine: -la mort, probable, du duc de Gloucester m'en sera une réelle. Comment ne -pas regretter une estime, une confiance, une amitié aussi sincères, aussi -solidement éprouvées? - -M. Daure a aussi écrit à M. Raullin. Il paraît qu'il était -particulièrement préoccupé de l'idée de ne pas reposer dans un -cimetière; il a cherché un lieu isolé et désert. Il finit sa lettre à -Raullin par le salut des gladiateurs au peuple romain: «_Ave, morituri te -salutant!_» Ses dernières lettres ne sont rien moins que d'un fou, et -cependant, comment ne pas supposer du désordre de tête? car il était -religieux, il avait toujours la Bible dans sa poche et la lisait souvent. -Il faut que son imagination inquiète et maladive ait un instant égaré son -courage et obscurci sa foi. - -On m'écrit de Paris qu'on ne nommera de nouvel ambassadeur pour Londres -que quand sir Robert Peel aura constitué un gouvernement. Il a dû -traverser Paris hier, à ce que l'on croyait. Une autre raison pour -laquelle on ne nommera pas de huit à dix jours, c'est que personne ne se -soucierait d'accepter, avant que le sort des ministres français ne soit -éclairci, et il est des plus précaires. On remarque le peu d'empressement -que mettent les députés à se rendre à la Chambre, comme symptôme du peu -de goût qu'ils ont à s'occuper des querelles des ministres. Celles-ci -sont sourdes, mais réelles; toujours même révolte contre l'orgueil -pédantesque de l'un et les intrigues croisées de l'autre; l'effroi seul -de la Chambre les fait encore aller ensemble. - -On dit le Roi fort attristé, et peut-être ces messieurs ne doivent-ils -leur conservation qu'à ce que la peur de la Chambre agit sur lui comme -sur eux. Il paraît qu'on se moque beaucoup à Paris d'une lettre de M. -Bresson en réponse à un mot de _la Quotidienne_. On me mande sur cette -lettre: «Voilà M. Bresson qui nous fait sa généalogie et qui nous -apprend qu'il a toujours été un homme important depuis le jour où il -remettait les dépêches au _malheureux et trop méconnu Bolivar_, jusqu'à -celui où il a failli être ministre des Affaires étrangères! Nous voilà -bien heureux d'être représentés à Berlin par quelqu'un d'aussi -considérable! Comprenez-vous cette manie de correspondre avec les -journaux? Et puis on s'étonne de la prodigieuse importance de ceux-ci!» - -M. de Talleyrand est dans une véritable colère de ce que les -communications diplomatiques se colportent à la Bourse et à l'Opéra. -C'est ce qui, avec tant d'autres choses, rend de certaines gens -impossibles à servir. - - -_Paris, 7 décembre 1834._--Nous voici rentrés dans ce Paris dont la vie -dévorante et hachée convient si peu à M. de Talleyrand et à moi-même. -Hier déjà nous avons été envahis par mille devoirs et visites. - -A midi, j'ai reçu M. Royer-Collard qui, en allant à la Chambre, venait -savoir de mes nouvelles. Il n'a fait qu'entrer et sortir, et n'était venu -réellement, je crois, que pour s'acquitter d'une commission de M. Molé. -Celui-ci l'a chargé de me dire qu'il désirait revenir chez nous, mais, -pour début, venir d'abord chez moi et me trouver seule. Ce rendez-vous a -été fixé à demain lundi, entre quatre et cinq heures. - -M. Royer-Collard sorti, M. le duc d'Orléans est arrivé, et, à peine -assis, il est revenu sur un commérage de Mme de Flahaut. Tout cela s'est -passé de fort belle humeur, de fort bonne grâce, mais sans que j'aie, ce -me semble, perdu de mes avantages. J'ai été douce, mesurée, à mille -lieues de l'hostilité. Mon terrain principal a été celui-ci: «Les propos -de Mme de Flahaut sur moi ne sauraient m'atteindre, je n'y regarde pas; -il n'y a pas chance que des personnes de mondes, d'habitudes et de -situations si différents qu'elle et moi, puissions jamais nous combattre, -ni moi être heurtée par elle. Je ne lui en veux que du tort qu'elle vous -fait à vous, Monseigneur.--Mais ma principale raison pour l'aimer, c'est -qu'elle ne l'est par personne.--Ah! si c'est comme calcul de proportion, -Monseigneur doit en effet l'adorer!» Nous nous sommes mis à rire et tout -a fini là. - -Il m'a parlé d'autre chose, par exemple du tort qu'il avait eu d'être -resté si longtemps sans nous écrire, après son voyage à Valençay. J'ai -répondu: «En effet, Monseigneur, cela n'était pas trop bien élevé de la -part de votre jeunesse, à l'égard du grand âge de M. de Talleyrand, mais -il y a une grâce et une franchise dans vos procédés, qui font qu'on est -ravi de vous pardonner.» - -Il est arrivé alors aux questions générales. Il est fort embarrassé et -peiné de l'état des choses, irrité contre son cher ami Dupin de l'étrange -façon dont, la veille, il avait traité la Royauté, étonné de lord -Brougham dont il m'a rapporté le fait suivant. Le jour de l'arrivée de -lord Brougham à Paris, M. le duc d'Orléans l'a rencontré chez lord -Granville; il fut question (je ne trouve pas que le lieu fût bien -convenable) de l'amnistie, dont l'ex-Chancelier se déclara le partisan -violent. Le duc d'Orléans contesta, mais sans, du moins en apparence, le -convaincre. Le lendemain, aux Tuileries, lord Brougham tira un papier de -sa poche et, en montrant un coin au Prince Royal, lui dit: «Voici mes -réflexions sur l'amnistie, que je vais montrer au Roi.» (Autre manque de -convenances de la part d'un étranger.) Il remit en effet ce papier. -C'était le plaidoyer le plus animé contre l'amnistie! Quand la mobilité -va jusqu'à un certain point, elle est, ce me semble, un symptôme évident -de démence! - -M. le duc d'Orléans a fini sa visite chez moi en voulant me faire sentir -l'indispensable obligation dans laquelle était M. de Talleyrand de se -rattacher d'une manière publique au gouvernement. J'ai répondu par l'état -de ses jambes. Nous nous sommes fort bien quittés. - -En redescendant, j'ai trouvé l'entresol plein: Frédéric Lamb, Pozzo, -Mollien, Bertin de Veaux, le général Baudrand. Malgré ces échantillons si -divers, on parlait aussi librement de toutes choses que si on eût été sur -la place publique. Le plus vif était Pozzo, déversant un inconcevable -mépris sur le ministère français, plaignant le Roi et en parlant très -bien, gémissant sur les embarras de ses ambassadeurs au dehors à travers -tout ce qui se passe ici, et fort irrité de certains passages du discours -prononcé la veille par M. Thiers. - -Nous avons été plus tard dîner chez le comte Mollien où se trouvaient M. -Pasquier, le baron Louis, Bertin de Veaux et M. de Rigny qui est arrivé -tard, apportant le vote de la Chambre; vote favorable si on veut, mais -qu'on fera payer cher au ministère, et dont M. de Rigny, du moins, a le -bon sens de ne rien conclure pour le courant de la session. - -Il paraît qu'après le discours de M. Sauzet, qui a été admirable, à ce -que l'on dit, la Chambre a été hésitante, et que le ministère s'est cru -perdu. M. Thiers n'osait plus se risquer; cependant, il l'a fait, presque -en désespoir de cause, et il a, dit-on, parlé _miraculeusement_ et fait -virer de bord tout le monde. La veille, il avait fait _fiasco_, et les -Anglais surtout jettent feu et flamme contre lui de sa très singulière -phrase sur l'Angleterre qui, en effet, est inconcevable; mais hier, il a -eu évidemment le triomphe le plus complet. - -Un fait singulier, et dont je suis certaine, c'est celui-ci: M. Dupin -avait promis au Roi, il y a trois jours, de soutenir l'ordre du jour -motivé. Avant-hier, il a voté contre; hier il a parlé encore une fois -contre, et... il a voté pour!--Pourquoi? Parce qu'après le discours de M. -Sauzet, les ministres, se croyant perdus, ont été dire à M. Dupin: -«Monsieur le Président, préparez-vous à aller chez le Roi, et ayez votre -Cabinet tout prêt, car d'ici à une heure, nous aurons donné nos -démissions.» M. Dupin, très empêtré, a dit: «Mais je ne croyais pas que -tout ceci deviendrait si sérieux; je ne veux pas votre chute, car je ne -me soucie nullement que le «paquet» me retombe sur les bras.» En disant -cela, il cherchait à s'esquiver, et à laisser un vice-président à sa -place, lorsque Thiers, le prenant par le bras, lui a dit: «Non, monsieur -le Président, vous ne sortirez pas d'ici que la question ne soit vidée; -si elle l'est contre nous, vous n'irez pas ailleurs que chez le Roi où -vous serez condamné à être ministre.» C'est, sans doute, fort curieux; -mais quel monde! Quelles gens! - - -_Paris, 8 décembre 1834._--Hier, en rentrant chez moi, à quatre heures, -j'ai été étonnée d'y voir arriver le duc d'Orléans, que je croyais déjà -sur la route de Bruxelles; mais il ne devait partir qu'une heure plus -tard, et il était venu pour me dire que sir Robert Peel avait passé par -Paris et avait envoyé son frère, à lui, duc d'Orléans, qu'il connaît -beaucoup, prier le Prince Royal de l'excuser auprès du Roi, s'il ne -demandait pas à avoir l'honneur de lui faire sa cour, mais Sa Majesté -comprendrait aisément que dans les circonstances actuelles, les heures -étaient des siècles. Nous avons conclu deux choses de cette démarche. La -première, c'est que sir Robert Peel était décidé à accepter le ministère, -puisqu'un simple particulier ne se serait pas cru assez d'importance pour -envoyer un tel message; et la seconde, c'est que la courtoisie des -paroles prouvait plutôt de bonnes dispositions pour la France que le -contraire. - -A propos de sir Robert Peel, j'ai reçu hier une lettre de lui, écrite de -Rome, à l'occasion du ministère Bassano, très polie, obligeante, et dans -laquelle il dit que ce qui l'effraye le plus dans cette combinaison, -c'est la crainte qu'elle n'empêche M. de Talleyrand de retourner à -Londres. - - -_Paris, 9 décembre 1834._--Frédéric Lamb, qui est venu chez moi hier -matin, m'a raconté des choses fort curieuses; il m'a appris encore pis -que ce que je savais déjà sur lord Palmerston; des détails inconcevables, -par exemple, sur la conduite de celui-ci dans la question d'Orient, dont -nous n'avions pu, nous autres, à Londres, juger que la superficie, et sur -mille autres choses. Il m'a dit que, lors de la querelle entre -l'Angleterre et la Russie, à propos de sir Stratford Canning, Mme de -Lieven avait désiré que la chose pût s'arranger, de façon à ce que -Frédéric Lamb fût à Pétersbourg et sir Stratford Canning à Vienne. Cela -fut proposé au prince de Metternich qui répondit: «Cet arrangement -n'arrangera rien, car le seul ambassadeur que nous soyons décidés à ne -jamais recevoir, c'est sir Stratford Canning.» - -Il m'a dit encore que M. de Metternich disait de lord Palmerston: «C'est -un tyran, et nous ne sommes plus au siècle de la tyrannie.» - -Frédéric Lamb déteste lord Granville; du reste, il ne croit pas au succès -du Cabinet tory, mais il ne croit pas non plus que son héritage tombe -nécessairement aux radicaux. Il croit à la rentrée de lord Grey et -cherche les moyens d'évincer lord Palmerston et lord Holland. Il dit, -comme Pozzo, comme M. Molé, des choses inouïes de M. de Broglie; jamais -on n'a fait plus de fautes que celui-ci, à les en croire. - -En rentrant chez moi, hier à quatre heures, j'ai reçu M. Molé. Tout s'est -passé comme si nous nous étions vus la veille: lui, me parlant, comme -jadis, de lui, de ses affections, intimités, dispositions d'esprit, avec -ce charme qui lui est propre. Il m'a dit que j'étais beaucoup plus -aimable qu'il y a quatre ans; il est resté près d'une heure. J'ai -toujours trouvé qu'on ne causait avec personne aussi parfaitement bien, -rapidement, agréablement, qu'avec lui; il est de très bon goût, à une -époque à laquelle personne ne l'est plus; il n'a, peut-être, pas l'âme -assez haute pour dominer, mais il a l'esprit assez élevé pour ne pas se -dégrader, et c'est déjà beaucoup. - -Bien des noms propres, bien des faits et des choses ont repassé devant -nos yeux dans cette heure, et j'ai été très satisfaite du naturel avec -lequel il a tout abordé. Il m'a dit que j'avais dans l'esprit une équité -qui rassurait toujours, ceux même qui pourraient craindre mon inimitié; -enfin, tout a été pour le mieux. Je ne suis pas sûre que cela se passe -aussi bien entre M. de Talleyrand et lui. Je suis chargée d'arranger leur -entrevue, et tous deux, ce qui est assez drôle, m'ont priée d'être -présente à cette première rencontre. - -M. Molé m'a raconté avoir, la veille, écrit à M. Dupin pour refuser de -dîner chez lui, en motivant son refus sur la manière dont celui-ci avait, -à la tribune, travesti les rapports purement officieux et nullement -officiels qu'ils avaient eus ensemble, il y a quinze jours. M. Molé m'a -dit encore qu'il ne songeait pas du tout, comme quelques personnes le -prétendaient, à l'ambassade d'Angleterre, parce qu'il ne voulait rien -accepter du ministère actuel. - -Il ne voit plus du tout le duc de Broglie. Il croit que Rayneval est le -seul ambassadeur possible à Londres en ce moment et compte aussi en -parler au Roi, avec lequel il dit qu'il est très bien. Il salue à peine -Guizot et n'est que très froidement avec Thiers. - - -_Paris, 10 décembre 1834._--C'était, hier soir, une défilade -assourdissante de visites chez M. de Talleyrand. Il s'est dit beaucoup de -choses, dont voici les seules qui m'ont paru piquantes. - -C'est Frédéric Lamb, qui est venu le premier, et avec lequel nous avons -été assez longtemps seuls, qui nous les a contées. Il nous a beaucoup -parlé de M. de Metternich et de son dire, il y a quatre mois, sur le Roi -Louis-Philippe: «Je l'ai cru un intrigant, mais je vois bien que c'est un -Roi.» Il nous a dit encore que le jour de la chute du dernier ministère -anglais, lord Palmerston en avait mandé la nouvelle au chargé d'affaires -d'Angleterre, à Vienne, en l'invitant à la transmettre à M. de -Metternich, et en ajoutant: «Vous ne serez jamais dans le cas de faire à -M. de Metternich une communication qui lui fasse plus de joie.» Le chargé -d'affaires porte cette dépêche au Prince, et, je ne sais pourquoi, la lit -tout entière, même cette dernière phrase. M. de Metternich a répondu -ceci, que je trouve de très bon goût: «Voici une nouvelle preuve de -l'ignorance dans laquelle lord Palmerston est des hommes et des choses; -car je ne puis me réjouir d'un événement dont je ne puis mesurer encore -les conséquences. Dites-lui que ce n'est pas avec joie que je l'accepte, -mais bien avec espérance.» - - -_Paris, 12 décembre 1834._--Nous avons dîné hier aux Tuileries, M. de -Talleyrand, les Mollien, les Valençay, le baron de Montmorency et moi. -J'étais assise entre le Roi et le duc de Nemours; ce dernier a un peu -vaincu sa timidité; il lui en reste cependant beaucoup. Il est blanc, -blond, rose, mince et transparent comme une jeune fille, pas joli à mon -gré. - -On ne saurait avoir une conversation plus intéressante que celle du Roi, -surtout lorsque, laissant la politique de côté, il veut bien fouiller -dans les nombreux souvenirs de son extraordinaire vie. J'ai été frappée -de deux anecdotes qu'il m'a racontées à merveille, et quoique je craigne -de les défigurer en les racontant moins bien, je veux cependant les dire. -Un portrait de M. de Biron, duc de Lauzun, qu'il vient de faire copier -sur celui que M. de Talleyrand lui a prêté, était là, et a fait -naturellement parler de l'original. A ce sujet, le Roi m'a conté qu'en -revenant à Paris en 1814, à sa première réception, il vit approcher un -homme âgé qui lui demanda de vouloir bien lui accorder quelques minutes -d'entretien un peu à part de la foule. Le Roi se plaça dans l'embrasure -d'une croisée, et là, l'inconnu tira de sa poche une bague montée avec le -portrait de M. le duc d'Orléans, père du Roi, et dit: «Lorsque le duc de -Lauzun fut condamné à mort, j'étais au Tribunal révolutionnaire; en -sortant, M. de Biron s'arrêta devant moi qu'il avait quelquefois -rencontré, et me dit: «Monsieur, prenez cette bague et promettez-moi que, -si jamais l'occasion s'en présente, vous la remettrez aux enfants de M. -le duc d'Orléans, en les assurant que je meurs fidèle ami de leur père et -serviteur dévoué de leur maison.» Le Roi fut, comme de raison, touché du -scrupule avec lequel, après tant d'années, la mission avait été -accomplie. Il demanda à l'inconnu de se nommer; il s'y refusa en disant: -«Mon nom ne peut vous être utile à savoir; il réveillerait peut-être des -souvenirs fâcheux; j'ai acquitté ma parole donnée à un mourant, vous ne -me reverrez ni n'entendrez jamais parler de moi.» En effet, il ne s'est -jamais manifesté depuis. - -Voici la seconde anecdote. Lorsque le Roi actuel était encore en -Angleterre, ainsi que Louis XVIII et M. le comte d'Artois, celui-ci -voulait absolument obliger son cousin à porter l'uniforme des émigrés -français et notamment la cocarde blanche, ce à quoi M. le duc d'Orléans -s'est constamment refusé, disant que jamais il ne la prendrait. Il était -toujours en frac; cela avait même donné lieu à quelques explications -assez aigres. En 1814, M. le duc d'Orléans prit la cocarde blanche avec -toute la France, et M. le comte d'Artois l'habit de colonel-général de la -garde nationale. Le premier jour que M. le duc d'Orléans fut chez M. le -comte d'Artois, celui-ci lui dit: «Donnez-moi votre chapeau.» Il le prit, -le retourna, et jouant avec la cocarde blanche dit: «Ah! ah! mon cousin! -qu'est-ce que c'est donc que cette cocarde? Je croyais que vous ne deviez -jamais la porter?--Je le croyais aussi, Monsieur, et je croyais en outre -que vous ne deviez jamais porter l'habit que je vous vois; je regrette -bien que vous n'y ayez pas joint la cocarde qu'il entraîne.--Mon cher,» -reprit Monsieur, «ne vous y trompez pas: un habit ne signifie rien. On le -prend, on le quitte, et c'est assez égal. Mais une cocarde, c'est -différent: c'est un symbole de parti, un signe de ralliement, et votre -signe particulier ne devait pas être vaincu.» Ce que j'ai aimé chez le -Roi, qui avait la bonté de me raconter cette scène, c'est qu'il s'est -hâté d'ajouter: «Eh bien, madame, Charles X avait raison, et il avait -trouvé là une explication plus spirituelle qu'on ne l'aurait -attendue.--Le Roi dit vrai,» ai-je repris, «l'explication de Charles X -était celle d'un gentilhomme et d'un chevalier, et il est certain qu'il -avait de l'un et de l'autre.--Oui, sûrement,» a ajouté le Roi, «et même -il a très bon cœur.» J'ai été bien aise de voir cette justice rendue là. - -A neuf heures, j'ai été avec Mme Mollien chez la comtesse de Boigne. Elle -était venue la première chez moi et m'avait fait dire, par Mme Mollien, -qu'elle serait très flattée si je voulais venir quelquefois chez elle le -soir. C'est le salon important du moment; la seule maison comme il faut, -qui appartienne, je ne dirais pas à la Cour, mais au Ministère, comme -celle de Mme de Flahaut appartient à M. le duc d'Orléans et celle de Mme -de Massa à la Cour proprement dite. Il n'y en a pas une quatrième. Chez -Mme de Boigne, qui reçoit tous les soirs, on s'occupe avant tout de -politique, on en parle toujours; la conversation m'a paru tendue, assez -incommode par les questions directes poussées jusqu'à l'indiscrétion, -qu'on se jette à la tête: «Le duc de Wellington se maintiendra-t-il? -Croyez-vous que M. Stanley se joindra à sir Robert Peel? S'ils croulent, -cela tournera-t-il au profit des whigs ou des radicaux? Pensez-vous que -lord Grey veuille se réconcilier avec lord Brougham?» Voilà par quelles -questions j'ai été naïvement assaillie. Je me suis tirée d'affaire en -plaidant ignorance complète, et en finissant par dire, en riant, que je -ne m'attendais pas, dans une belle soirée, à répondre à des _questions -de conscience_. Cela a fini là, mais je n'en avais pas moins reçu une -impression désagréable, malgré les excessives gracieusetés de la -maîtresse de maison, et j'ai été bien aise de m'en aller. - - -_Paris, 14 décembre 1834._--Hier, lady Clanricarde a déjeuné chez moi, et -nous sommes parties à onze heures et demie pour l'Académie française. M. -Thiers, le récipiendaire, nous avait fait garder les meilleures places, -et, ce dont je lui ai su gré, loin de sa famille, qui était dans une -petite tribune du haut avec la duchesse de Massa. Il n'y avait, dans -notre groupe, que Mme de Boigne, M. et Mme de Rambuteau, le maréchal -Gérard, M. Molé, M. de Celles et Mme de Castellane. Celle-ci est -engraissée, épaissie, alourdie, mais elle a toujours une physionomie -agréable, et de jolis mouvements dans le bas du visage. Elle a eu l'air -si ravie, si émue, si touchée de me revoir (j'ai été intimement liée avec -elle, et au courant de ses intérêts à un point incroyable pour -l'imprudence de sa brouillerie subséquente), que cette émotion m'a -gagnée; nous nous sommes serré la main. Elle m'a dit: «Me permettez-vous -de revenir chez vous?» J'ai dit: «Oui, de très bon cœur.» - -Voici notre histoire. Dans le moment du récri des Tuileries contre moi, -sous la Restauration, Mme de Castellane m'a reniée et, sans se souvenir -du tort qu'il était en mon pouvoir de lui faire, elle a rompu avec moi. -J'ai été amèrement blessée parce que je l'aimais tendrement, mais me -venger eût été une bassesse, et, à travers toutes mes fautes, je suis -incapable d'une vilenie; je crois qu'au fond du cœur, elle m'a su gré de -l'avoir ménagée. - -M. de Talleyrand, comme membre de l'Institut, est entré dans la salle, -appuyé sur le bras de M. de Valençay. On ne saurait croire quel effet il -a produit! Spontanément, tout le monde s'est levé, dans les tribunes -comme dans l'enceinte, et cela, avec un certain mouvement de curiosité -sans doute, mais aussi de considération, auquel il a été très sensible. -J'ai su que, malgré la foule qui obstruait les avenues, tout le monde lui -avait fait faire place. - -A une heure, la séance a commencé. M. Thiers est si petit qu'entouré de -Villemain, de Cousin et de quelques autres, il est entré sans qu'on l'ait -vu venir; on ne l'a aperçu que lorsque, seul, debout, il a commencé son -discours. Il l'a dit avec le meilleur accent, la prononciation la plus -nette; avec une voix soutenue, peu de gestes, pas trop de volubilité. Il -était pâle comme la mort, et, dans les premiers moments, tremblant de la -tête aux pieds, ce qui lui a beaucoup mieux réussi que s'il avait eu de -cette insolence qu'on lui reproche souvent. Malgré son mauvais son de -voix, il n'a jamais frappé l'oreille désagréablement, il n'a été ni -monotone, ni glapissant, et enfin lady Clanricarde en était à le trouver -_beau_! - -M. de Talleyrand et M. Royer-Collard étaient en face de lui, et il -semblait ne parler que pour eux! Son discours est éclatant. Je ne sais -pas s'il est précisément académique, quoiqu'il soit plein d'esprit, de -goût et de beau langage dans de certaines parties; mais ce qu'il est sans -aucun doute, c'est politique, et il l'a dit bien plus comme une -improvisation que comme une lecture. Il a eu de ces mouvements de tribune -qui ont produit aussi, sur l'assemblée, un effet bien plus parlementaire -que littéraire, mais toujours favorable, et, par moments, cela a été -jusqu'à l'enthousiasme. M. de Talleyrand en était à l'émotion, et M. -Royer-Collard faisait faire à sa perruque des hauts et des bas qui -prouvaient la plus vive approbation! Le passage sur la calomnie a été dit -avec une conviction intime qui a été contagieuse et a valu une salve -d'applaudissements. - -Le discours est anti-révolutionnaire au plus haut degré; il est orthodoxe -dans les principes littéraires; il est--et c'est ce que j'en aime -surtout--il est traversé d'un bout à l'autre par un sentiment honnête qui -m'a fait plaisir et qui doit être utile à M. Thiers dans le reste de sa -carrière. Enfin, ce beau discours, pour ressortir, pouvait se passer de -l'ennuyeuse réponse de M. Viennet, que personne n'a écoutée et qui a -permis à tout le monde de s'apercevoir qu'il était tard et qu'il faisait -une chaleur affreuse. - -On m'a dit que, pendant le discours de M. Thiers, M. de Broglie faisait -force quolibets; M. Guizot était renfrogné, et médiocrement satisfait, je -pense, de voir à son rival, dans la même semaine, un double succès, -politique et littéraire. - - -_Paris, 16 décembre 1834._--Hier, j'ai fait quelques visites; j'ai trouvé -Mme de Castellane qui ne m'avait pas rencontrée chez moi. Elle a voulu -que j'entendisse son histoire des douze dernières années; elle la raconte -bien. Il m'a semblé qu'elle avait dû la roucouler ainsi à d'autres qu'à -moi. Elle n'a plus de jeunesse du tout, c'est une grosse personne, -courte, trapue; ce n'est plus du tout, au sourire près, celle que j'avais -connue, au physique du moins; moralement, il m'a paru qu'elle s'était -faite grave plutôt qu'elle n'était devenue sérieuse. Elle est -spirituelle, caressante, comme toujours; elle a beaucoup parlé, moi très -peu. J'avais le cœur serré par mille souvenirs du passé, et, quoiqu'elle -ait été douce, je n'ai pu reprendre confiance, mais j'ai bien reçu toutes -ses paroles et je ne suis pas fâchée de ne plus en être à l'amertume avec -elle. - - -_Paris, 17 décembre 1834._--Je me suis laissé décider par Mme Mollien, à -aller, hier, avec elle, à la Cour des Pairs, non pas dans une tribune en -évidence, mais dans une tribune retirée d'où on voyait et entendait sans -être vu, celle de la duchesse Decazes. Je n'y avais jamais été, les -séances n'étant pas publiques avant 1830. La journée d'hier était fort -annoncée et excitait la curiosité générale; aussi la salle était remplie. - -A quelque époque qu'on arrive à Paris, on est toujours sûr d'y trouver -quelque drame scandaleux qui amuse le public. Hier, c'était le procès -contre Armand Carrel du _National_. - -M. Carrel n'a nullement répondu à mon attente. Il a été impertinent, il -est vrai, mais sans cette espèce d'insolence courageuse et énergique, -sans cette verve de talent qui frappe, même alors que le sujet en -lui-même déplaît. Il n'a produit que peu d'effet par son discours écrit, -et a très positivement choqué, dans sa mauvaise improvisation. C'est le -général Exelmans qui a vociféré sur l'_assassinat_ du maréchal Ney, au -scandale de tout le monde, car il y allait comme un homme ivre; il était -hors de lui, et cela était d'autant plus ridicule qu'on ne pouvait -s'empêcher de se souvenir de ses platitudes pendant la Restauration, -qu'on a, du reste, assuré lui avoir été très durement reprochées, hier au -soir, chez le ministre de la Marine. Le matin, à la Chambre des Pairs, il -n'a été soutenu que par M. de Flahaut, qui s'agitait beaucoup et dont le -maintien a été très inconvenant; il a révolté tout le monde par ses cris -de: «_Continuez, continuez_,» adressés à Carrel, lorsque le Président lui -ôtait la parole. C'est même cet encouragement qui a fait résister Carrel -et qui l'a fait argumenter avec M. Pasquier, sur ce que celui-ci n'avait -pas le droit de lui ôter la parole, lorsqu'un membre de la Chambre, un de -ses juges enfin, l'engageait à continuer. - -A cette occasion, j'ai appris de toutes les bouches que M. de Flahaut -était insupportable à tout le monde, par son arrogance, son humeur, son -aigreur et son ignorance; il deviendra bientôt aussi _impopular_ que sa -femme. - -M. Pasquier a présidé avec fermeté, mesure, dignité et sang-froid, mais -j'avoue que je partage l'opinion de ceux qui auraient préféré qu'il -arrêtât M. Carrel, lorsqu'il a parlé des _jeunes gens qui avaient -glorieusement combattu dans les troubles d'avril_, au lieu de le faire à -propos du procès du maréchal Ney: la première question, touchant à des -intérêts matériels, aurait trouvé, ce me semble, plus d'écho au dehors -comme au dedans. - -Nous avions du monde à dîner hier: une douzaine de personnes; Pauline, ma -fille, faisait la douzième. Il n'y a pas de mal à ce qu'elle apprenne à -écouter sans ennui de la conversation sérieuse; elle a bon maintien dans -le monde, où elle me paraît plaire par sa physionomie ouverte et ses -manières bienveillantes. Après le dîner, les visites ont recommencé, -comme si nous étions des ministres. Le fait est que c'était jeudi, jour -de réception aux Affaires étrangères et à la Marine, et que, sur le -chemin des deux, on nous a pris, je suppose, en allant et en venant. - - -_Paris, 19 décembre 1834._--M. le duc d'Orléans est revenu de Bruxelles: -il est venu me voir, hier, et m'a invitée à un bal qu'il donne le 29. Il -n'est resté qu'un instant, le Roi l'ayant envoyé chercher; j'ai su, plus -tard, à quel propos. - -M. Guizot est venu ensuite; il avait l'air moins à son aise que de -coutume; il a cherché à s'y mettre en faisant de la doctrine sur -l'Angleterre, sur la France, sur toutes choses, mais il m'aura trouvée -peu digne de l'entendre; en effet, j'écoutais froidement, parce que -c'était parfaitement ennuyeux, et il est parti. - -Mme de Castellane m'est arrivée, tout essoufflée, de la part de M. Molé, -pour que je prévienne M. de Talleyrand de ce qui se passait. M. le duc -d'Orléans, entraîné par cette déplorable influence Flahaut, se proposait -aujourd'hui, à l'ouverture de la séance de la Chambre des Pairs, et à la -lecture du procès-verbal de la séance d'hier, de protester, avec son -groupe, contre l'_assassinat_ du maréchal Ney, et de demander la revision -du procès. Heureusement que M. Decazes en a été averti; il a été en -prévenir M. Pasquier, celui-ci a couru chez M. Molé, un des vingt-trois -Pairs restants du procès du Maréchal. Grande et juste rumeur dans le -camp; on a été à Thiers, celui-ci a couru chez le Roi, qui ignorait tout -et qui est entré en grande colère. Il a fait chercher son fils partout, -et, après une scène très vive, lui a défendu toute démarche. Son grand -argument a été celui-ci: «Si vous demandez la revision du procès du -maréchal Ney, que répondrez-vous à tel ou tel Pair carliste qui viendra -(et il s'en trouvera) demander la revision du procès de Louis XVI, bien -autrement un assassinat?» J'ai su cette dernière partie de l'incident par -M. Thiers, qui est venu chez M. de Talleyrand, tout à la fin de la -matinée. Bertin de Veaux, qui avait eu vent de la chose, arrivait aussi -tout épouffé. - -Enfin le bon sens du Roi a arrêté cette belle équipée; mais qu'elle se -soit présentée à l'esprit de quelqu'un, et de qui? est une des grandes -étrangetés du temps! - - -_Paris, 20 décembre 1834._--J'ai reçu hier une lettre de Londres, du 18, -et l'ai portée tout de suite à M. de Talleyrand. Je lui ai lu ce qui -était relatif à l'effroi causé par ce nom de M. de Broglie comme -ambassadeur à Londres, et à la nécessité de nommer un successeur à M. de -Talleyrand. Il a très bien senti cela, et a écrit immédiatement qu'il -désirait voir le Roi. A ce moment est arrivé M. de Rigny, lui apportant -une autre lettre particulière. M. de Talleyrand a insisté sur le choix de -Rayneval, ce qui n'a pas plu, je crois, à M. de Rigny, si j'en juge par -ce que celui-ci m'a dit à dîner: «Il y a un inconvénient immense à -envoyer M. de Rayneval à Londres, mais c'est le secret du ministre des -Affaires étrangères; si c'était le secret de l'amiral, je vous le -dirais.» Je n'ai pas insisté. - -Je sais que chez le Roi, à cinq heures, il a été convenu que Rigny -écrirait à Londres une lettre à la fois ostensible et confidentielle, -dans laquelle on dirait que le Roi portera son choix sur Molé, -Sainte-Aulaire ou Rayneval et qu'on serait bien aise de savoir lequel de -ces trois noms serait le plus agréable au duc de Wellington. Je me suis -permis de dire à M. de Talleyrand que cela me paraissait fort maladroit, -puisque si le choix du Duc porte sur Rayneval, on sera très embarrassé -ici de ne pas le nommer, et cependant on me paraît décidé à ne pas le -faire; que si le Duc désire Molé, on éprouvera un refus de ce dernier, -et, qu'en définitive, il faudra nommer Sainte-Aulaire, qui n'est désiré -ni par le Roi, ni par le Conseil, ni par le Duc. Comme tout est mal -dirigé et mal conduit ici! Il n'y a nulle part ni bon sens, ni -simplicité, ni élévation, et on prétend, cependant, gouverner non -seulement trente-deux millions de sujets, mais encore l'Europe tout -entière! - - -_Paris, 21 décembre 1834._--J'ai su, de bien bonne part, ces trois faits: -que l'on ne veut pas envoyer Rayneval comme ambassadeur à Londres, et que -c'est la fraction doctrinaire et Broglie en sous-main qui s'y opposent; -que l'on a, officiellement, propose hier Londres à Molé, qui l'a -officiellement et formellement refusé; et qu'enfin ce matin, on en était -à Sébastiani, sans rien d'arrêté cependant. - - -_Paris, 24 décembre 1834._--On parlait de Sébastiani, hier, comme devant -être dans le _Moniteur_ de demain, mais à mesure que ce nom circule dans -le public, il excite une véritable rumeur. M. de Rigny grille de se -démettre de son ministère pour demander l'ambassade de Londres, mais on -craint de voir la machine, ici, se détraquer sur nouveaux frais, par la -sortie d'un des membres importants du Cabinet. Il paraît que c'est l'état -des affaires financières de Rayneval qui empêche de songer à lui; on le -dit criblé de dettes et presque en banqueroute. - - -_Paris, 28 décembre 1834._--J'ai su, par M. Molé, que M. de Broglie avait -une influence étonnante dans le ministère actuel, dont le Roi ne se -doutait pas; que M. Decazes allait, chaque matin, lui rendre compte de ce -qui se passait au ministère; que M. de Rigny et M. Guizot se laissaient -beaucoup influencer par lui, et qu'aucun choix ne se faisait sans lui -avoir été préalablement soumis. - -Comment comprendre que dans le _Journal des Débats_ on traduise tout le -discours de sir Robert Peel et qu'on en retranche, quoi? Le passage -flatteur pour le duc de Wellington et qui, certes, n'avait rien de -choquant pour la France! Et cela quand le Duc est ministre des Affaires -étrangères, qu'il est à merveille pour la France et que les _Débats_ -sont réputés organe officieux du gouvernement! On est ici, malgré tout -l'esprit français, d'une merveilleuse gaucherie! - - -_Paris, 29 décembre 1834._--Cette pauvre petite Mme de Chalais est morte -cette nuit. Elle était si heureuse, de ce bonheur honnête et régulier -qu'il n'est donné qu'à certaines femmes de rencontrer! La vie se retire -toujours trop lentement de ceux qui sont fatigués de leur pèlerinage, -toujours trop rapidement de ceux qui la parcourent joyeusement. Sous -quelque forme qu'on implore la Providence, soit qu'on l'importune de ses -prières, soit qu'on se laisse deviner dans un discret silence, elle dit -presque toujours non, et le plus souvent un non irrévocable. - -Quelle douleur à Saint-Aignan! Elle y était l'enfant de tous les -habitants. Il me semble que j'entends les cris de tous ses vieux -serviteurs, que je connais et pour qui elle était la troisième génération -qu'ils servaient. Les pauvres, les malades, les gens aisés, tous la -chérissaient. Elle était si secourable, si obligeante, si gracieuse! -C'est plus qu'une mort: c'est la destruction d'un jeune bonheur et d'une -race antique et illustre! Je suis vraiment ébranlée très profondément. - - -_Paris, 31 décembre 1834._--J'ai eu, hier matin, une bonne longue visite -de M. Royer-Collard. Il m'a raconté toute l'histoire de son professorat; -il m'a montré un coin de son système philosophique, puis il m'a beaucoup -parlé de Port-Royal. Ce sont vraiment des heures précieuses que celles -qu'il me donne; trop rares et trop courtes pour tout ce qu'il y a à -apprendre d'un esprit comme le sien. - -Mme de Castellane est venue ensuite; si je m'y prêtais le moins du monde, -elle se ferait ma garde-malade! J'ai su, par elle, que M. Molé écrivait -ses _Mémoires_ et qu'il y en avait déjà cinq volumes. - -M. le duc d'Orléans m'est venu ensuite; il m'a raconté beaucoup de choses -de son bal de la veille. Voici ce qui, comparé à ce qui m'a été dit -d'ailleurs, m'est resté: la plus grande élégance, la plus grande -recherche; de la magnificence, du joli monde; un souper superbe, des -fleurs, des statues groupées avec art, des lumières à aveugler, du blanc -et or partout; des livrées neuves, des valets de chambre en habits -habillés, l'épée au côté, vêtus de velours, tous poudrés à blanc, et -beaucoup de diamants dans les parures des femmes; la Reine charmée, -Madame Adélaïde piquée, disant: «C'est du Louis XV»; tous les hommes en -uniforme, mais en pantalons et bottes, et M. le duc de Nemours arrivant -en habit d'officier général, extrêmement brodé, en culottes courtes, bas -et souliers, joli, à ce que l'on dit, ayant bonne grâce et l'air fort -noble. M. le duc d'Orléans m'a demandé si, pour un militaire, je ne -préférais pas le pantalon et les bottes; voici ma réponse: «L'Empereur -Napoléon, qui a gagné quelques batailles, était tous les soirs, quand il -dînait seul avec l'Impératrice, en bas de soie et en souliers à -boucles.--Vraiment?--Oui, Monseigneur!--Ah! c'est différent.» - -Mais voici le revers de la médaille: c'est que des députés priés (je -veux dire priés comme simples députés, car il y en avait d'autres comme -ministres et généraux), comme simples députés, donc, il n'y en avait que -trois: MM. Odilon Barrot, Bignon et Étienne: le premier en frac pour -faire plus d'effet! - -Il y a de singuliers contrastes dans le Prince Royal: le goût et les -prétentions aristocratiques dans ses habitudes et une détestable tendance -dans la politique. Hier même, nous avons eu pour la première fois maille -à partir ensemble à l'occasion du duc de Wellington. Il m'a dit: «_Vous -voilà comme le Roi._ Aussi mon père sait-il que vous me parlez toujours -dans son sens et vous aime-t-il beaucoup.--Monseigneur, je ne parle -jamais que dans mon propre sens et dans celui de votre intérêt, mais je -n'en suis pas moins très fière de l'approbation et de la justice du Roi.» -Cela a, du reste, très bien fini entre nous, puisqu'il m'a demandé la -permission d'ajouter son portrait à ceux que j'ai réunis à Rochecotte. - -Me voici donc finissant l'année 1834, mémorable dans ma vie, puisqu'elle -termine cette part de mon existence consacrée à l'Angleterre. Ces quatre -années, que je viens d'y passer, m'ont placée dans un autre cadre, offert -un nouveau point de départ, dirigée vers une nouvelle série d'idées; -elles ont modifié le jugement du monde sur moi. Ce que je dois à -l'Angleterre ne me quittera plus, j'espère, et traversera, avec moi, le -reste de ma vie. Maintenant, faisons des provisions de forces pour les -mauvais jours qui ne manqueront pas probablement et pour lesquels il est -convenable de se préparer. - - - - -1835 - - -_Paris, le 3 janvier 1835._--J'ai eu hier la visite du duc de Noailles -qui m'avait écrit un billet fort aimable pour me prier de le recevoir. Il -est venu me parler de la nièce de sa femme, Mme de Chalais, qu'il aimait -comme son enfant et qu'il savait être vivement regrettée par moi. Nous -avons pleuré ensemble; puis il m'a parlé un peu de politique avec bon -sens et bon goût; un peu de la société; beaucoup de Maintenon. Il est -resté très longtemps et paraissait à son aise et se plaire fort. Il m'a -exprimé le désir de me voir souvent et d'entrer un peu dans nos -habitudes. C'est un des hommes que M. Royer-Collard compte davantage: il -est fort laid et a l'air vieux sans l'être; il est studieux, distingué -et de très bonne compagnie. J'ai beaucoup vu sa femme quand elle -s'appelait Mlle Alicia de Mortemart et qu'elle demeurait chez sa sœur la -duchesse de Beauvilliers, qu'elle suivait à Saint-Aignan. Nous sommes, -d'ailleurs, fort parents des Mortemart, la vieille princesse de Chalais, -chez laquelle M. de Talleyrand a été élevé, étant Mortemart, fille de M. -de Vivonne, frère de Mme de Montespan. - -J'ai été hier à la grande réception du soir aux Tuileries, la Reine -m'ayant fait dire par Mme Mollien que je pourrais arriver et m'en aller -par les appartements particuliers, et, par conséquent, ne pas attendre ma -voiture. C'était le dernier jour de réception; j'y ai mené ma -belle-fille, Mme de Valençay. Le palais, éclairé, est vraiment superbe; -beaucoup de choses ont très bon air; beaucoup d'autres font contraste. -Ainsi, par exemple, les fracs isolés à travers la grande majorité des -uniformes, quelques femmes fort parées, puis d'autres en bonnet de -comptoir; point de désordre, mais aucune distinction de salles, de -places; on ne défile pas, c'est la Cour qui entre quand tout le monde est -arrivé et qui fait le tour des dames, après quoi, les hommes seuls -défilent; il y a un petit monsieur en uniforme qui précède et qui demande -à chaque dame son nom, ce qui me paraît pour les trois quarts et demi -indispensable. - -On a été très gracieux pour moi et je crois qu'on attachait du prix à ce -que j'allasse un jour de grande réception qu'on peut bien appeler -_publique_. On craignait que je ne voulusse me borner aux audiences -particulières. C'eût été, ce me semble, de mauvais goût; peut-être -aimerais-je mieux ne pas aller du tout, mais, quand on trouve bon de voir -les gens en particulier, il ne faut pas avoir l'air de s'en cacher et de -les renier en public. Aussitôt vue, la Reine m'a elle-même dit de m'en -aller, on m'a fait ouvrir la petite porte et je me suis sauvée, ravie -d'être quitte de cette corvée! - - -_Paris, 7 janvier 1835._--M. Molé est venu me voir hier, il m'a dit bien -des choses singulières, et entre autres, celle-ci, qu'il se croyait «la -mission de purger le gouvernement de l'influence doctrinaire». Il a une -terrible haine pour les doctrinaires; car il sait haïr. Il m'a même -surprise à ce sujet et je me suis demandé s'il savait aussi bien aimer. -Je suis restée embarrassée devant la réponse. - - -_Paris, 8 janvier 1835._--Madame Adélaïde m'ayant demandé de lui mener -Pauline, je l'ai fait hier. Le Roi m'a fait dire de l'attendre chez sa -sœur, ce qui fait que j'y ai passé trois heures. Le Roi venait -d'apprendre la scène étrange qui a eu lieu parmi les amnistiés du -Mont-Saint-Michel: le jour même de leur délivrance, tous les amnistiés -républicains (les carlistes ont dit des prières et sont retournés -tranquillement dans la Vendée) ont chanté des chansons atroces, et ont -fini par jurer sur leurs couteaux de table l'assassinat du Roi. Celui-ci -avait sous les yeux les rapports de police et nous en a dit tous les -détails. - -Il a causé longtemps, et de toutes choses; je dois dire avec beaucoup de -bon sens, d'esprit, de lucidité et de prudence; comprenant parfaitement -les destinées anglaises, jugeant bien l'Europe, parlant de son fils avec -une grande raison. Il m'a particulièrement dit deux choses qui m'ont -frappée. La première, c'est que, sans avoir été entraîné aussi loin que -son fils, il avait lui-même, cependant, donné dans de certaines erreurs -dont la pratique l'avait guéri. Il est revenu sur la Révolution de -Juillet, et a mis du prix à s'en montrer étranger dans le principe, aussi -m'a-t-il raconté que lors de la décoration de Juillet, ses ministres -avaient voulu la lui faire porter, et qu'il s'y était refusé, disant -qu'il ne la porterait jamais, n'y ayant eu aucune part que celle d'en -arrêter les résultats destructeurs. Il a ajouté: «Madame, vous ne me -l'avez jamais vu porter, cette décoration!» - -Il est de plus en plus embarrassé pour son ambassadeur à Londres, car les -nouvelles reçues hier matin même de Naples prouvent que Sébastiani est -hors d'état. Je crois que le Roi aimerait M. de Latour-Maubourg, mais -celui-ci est malade et ne parle que de se retirer à la campagne. M. de -Sainte-Aulaire arrivera dans trois ou quatre jours et je m'imagine que la -chance tournera vers lui. Il a été question, entre le Roi et moi, de M. -de Rigny pour Londres, mais le Roi dit à cela: «Le seul ministre possible -aux Affaires étrangères pour remplacer Rigny serait Molé, mais Guizot -n'oserait pas rester avec lui à cause de la fureur de Broglie, et on ne -croit pas pouvoir se passer de Guizot à la Chambre.» L'objection contre -Sainte-Aulaire, c'est l'influence qu'exerce sur lui M. Decazes, qui est -mauvaise en elle-même et à juste titre désagréable au Roi. - -La lettre de M. de Talleyrand du 13 novembre a été enfin lue au Conseil -hier, elle paraîtra dans le _Moniteur_ d'aujourd'hui, et sa publication -sera accompagnée d'une réponse très polie de M. de Rigny. On a seulement -demandé le changement d'un mot qui a été accordé, parce qu'en réalité, il -ne fait qu'éclaircir la pensée sans l'altérer. On a prié M. de Talleyrand -de permettre qu'on mît: _cet esprit de propagande_, au lieu de _certaines -doctrines_. - -J'ai été hier soir au grand bal des Tuileries. M. le duc d'Orléans m'a -encore attaquée sur les élections anglaises: il a une peur étrange -qu'elles ne tournent au profit du Cabinet tory. Voici la seconde fois que -nous avons maille à partir à ce sujet; hier, je cherchais à décliner la -discussion, mais lui a voulu l'entamer, disant que «peut-être je le -convertirais». A quoi j'ai répondu: «J'en serais d'autant plus fière, -Monseigneur, que ce serait vous convertir à votre propre cause.» - -Il venait de relire la lettre de démission de M. de Talleyrand. Il a dit -que c'était un chef-d'œuvre, un vrai document historique; qu'elle aurait -un grand retentissement au dehors; que rien ne pouvait être si noble, si -simple, si bien pour le Roi que personne ici n'avait le courage de louer; -mais que M. de Talleyrand s'y montrait terriblement conservatif, et que -cela allait donner lieu à une grande controverse dans les journaux. Je -lui ai répondu: «Cela se peut, Monseigneur, mais qu'importe. Que M. de -Talleyrand parle ou se taise, il est toujours attaqué par la mauvaise -presse. A son âge, et quand on fait ses adieux au public, on a bien le -droit de le faire de manière à se satisfaire soi-même et à se montrer tel -qu'on est, tel qu'on a toujours été, un homme d'un bon esprit, ami de son -pays et du bon ordre, et qui plus est, un homme de sa caste, ce qui -n'implique pas nécessairement un homme à préjugés. Enfin, M. de -Talleyrand, _seul_, dites-vous, a le courage ici de louer le Roi, et -pourquoi? Parce qu'il est un gentilhomme, un grand seigneur, et par -conséquent un conservatif. Il faudra toujours que la Royauté revienne à -ceux-là; soyez-en bien sûr.» Il a repris: «Oh! au dehors, cette lettre -sera extrêmement admirée.--Oui, Monseigneur, elle le sera au dehors, -mais elle le sera aussi par tous les honnêtes gens du dedans, et -Monseigneur me permettra de ne compter que ceux-là!» Voilà encore un -échantillon de mes conversations avec ce jeune Prince, qui ne manque ni -d'intelligence, ni de courage, ni de grâce, mais dont le jugement est -encore bien dépourvu de prudence et d'équilibre. - -Le Roi qui, lui, est prudent par excellence, et de plus fort gracieux -pour moi, est venu à moi et, en riant, m'a dit: «Avez-vous raconté à M. -de Talleyrand notre longue conversation?--Sans doute, Sire; elle était -trop riche et trop curieuse pour que je ne lui procurasse pas le plaisir -d'en apprendre quelque chose.--Ah! ah! je suis sûr que vous n'aurez pas -oublié mon anecdote sur la décoration de Juillet.--En effet, Sire, c'est -la première chose que j'ai citée à M. de Talleyrand; je la conterai à mon -fils, à mon petit-fils; je veux que mes descendants s'en souviennent pour -répéter un jour ce que je dis sans cesse, c'est que le Roi a un _grand_ -esprit.» Il y a longtemps qu'on a dit que, lorsque la flatterie ne -réussissait pas, c'était la faute du flatteur et non de la flatterie; il -me semble qu'hier, le flatteur n'était pas en défaut. - - -_Rochecotte, 12 mars 1835._--Nos lettres de Paris nous disent que le -refus de M. Thiers de rester au ministère, avec le duc de Broglie, -président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, refus auquel le -Roi ne veut pas entendre pour ne pas se trouver livré si uniquement aux -doctrinaires, arrête de nouveau toute la machine. La Chambre des députés -commence à s'émouvoir, et il est impossible de bien apprécier où tout -ceci précipite. - -Il doit y avoir, à Saint-Roch, une quête pour les salles d'asile dirigées -par Madame Adélaïde, c'est donc elle qui choisit les quêteuses. Elle a -désigné Mmes de Flahaut et Thiers. La première, furieuse, dit-on, du -_pendant_, a refusé; et cette petite difficulté a trouvé moyen de se -faire remarquer à travers toutes les grandes impossibilités du moment. - - -_Rochecotte, 14 mars 1835._--Les lettres d'hier ne laissent plus aucun -doute sur le dénouement de la crise ministérielle. - -C'est, à peu de chose près, la répétition du mois de novembre dernier: le -maréchal Gérard fut alors remplacé par le maréchal Mortier; aujourd'hui -M. de Broglie remplace Mortier à la présidence et Rigny lui cède les -Affaires étrangères, pour prendre l'intérim de la Guerre, jusqu'à -l'arrivée de Maison, auquel on a envoyé un courrier. Si celui-ci accepte, -l'ambassade de Pétersbourg serait à donner, mais on croit qu'il refusera. -Alors Rigny restera-t-il définitivement à la Guerre ou ira-t-il à Naples -en cédant la place à quelque général secondaire? C'est ce qu'on ignore -encore. Ainsi, avec Broglie et Maison de plus et Rigny de moins, ou à peu -près, chacun reste à son poste. C'était bien la peine de faire tant de -bruit. - -Voici ce qu'on mande relativement à M. Thiers, qui, d'abord, s'était -refusé à entrer avec M. de Broglie. Il a été travaillé, tiraillé en tous -sens, Mignet et Cousin pour le dissuader, Salvandy pour le faire -accepter. Pendant ce temps-là, une réunion nombreuse de députés -s'assemblait chez M. Fulchiron. Thiers, le sachant, a dit que si cette -réunion le demandait, il accepterait; Salvandy d'y courir et de revenir -avec une députation, pour obtenir le consentement de Thiers, qui, cette -fois enfin, l'a donné pour ne pas être accusé de faire manquer la seule -combinaison possible, et fort, d'ailleurs, d'une expression solennelle de -la majorité parlementaire. On croit qu'il ne tardera pas, cependant, à se -repentir d'avoir cédé... La balance n'est plus en équilibre; ils vont -être deux contre un dans le Conseil. Il n'y a pas là condition de durée. - -J'ai reçu une lettre de M. Molé qui me mande: «Vous laissez ici un vide -que rien ne peut ni ne saurait remplir; personne ne l'a senti et n'en a -souffert comme je l'ai fait depuis quelques jours. J'ai l'espérance que -vous m'auriez approuvé, j'ose dire que j'en suis sûr; vous êtes du très -petit nombre pour lesquels je me pose la question avant d'agir. Ce n'est -plus pour des noms propres qu'on a lutté, c'est pour l'amnistie. -L'amnistie pleine et entière était ma condition; ceux qui se retiraient, -pour s'imposer, ont provoqué, à la Chambre, un hourra contre; moi seul ai -soutenu qu'il tomberait devant la réalité. Quelques-uns, qui voulaient -l'amnistie avec moi, ont cependant perdu courage, et, en ce moment, -l'ancien ministère va se reformer sous la présidence de M. de Broglie. -Plusieurs de ses membres montrent en cela peu de fierté, tous acceptent -une position que l'avenir jugera, ainsi que bien d'autres choses.» - - -_Rochecotte, 16 mars 1835._--M. Royer-Collard m'écrit ceci, sur la -dernière crise ministérielle: «C'est mardi 10 que le Roi a chargé Guizot -d'avertir M. de Broglie. Vous vous attendez à l'insolence d'un vainqueur? -Point du tout. M. de Broglie, instruit par Guizot, avait déposé, non -seulement son arrogance, mais cette dignité personnelle à laquelle il ne -faut pas renoncer, même pour être président du Conseil. Il s'est aussi -excusé fort humblement du passé, il a promis d'être sage à l'avenir. -Tenez cela pour certain, l'orgueil Necker, qui est le type de l'orgueil -Broglie, a fléchi.» - -Plus loin, et à propos du papier signé par la soi-disant réunion -Fulchiron chez Thiers, il y a ceci: «C'est sur cette pièce que Thiers a -capitulé; il rentre donc, mais séparé et dégagé des doctrinaires qu'il a -humiliés. Il _rentre_ au lieu que Guizot _reste_. Personne ne gagne, je -crois, à ce replâtrage.» - -Plus loin encore ceci: «Quand M. Molé est entré hier chez moi, je l'ai -embrassé comme un naufragé sauvé. Il sort de là plus considéré, il s'est -surpassé.» - - -_Rochecotte, 23 mars 1835._--J'ai eu, hier soir, une très gracieuse -réponse de la duchesse de Broglie à la lettre de félicitations que je lui -avais adressée. Le triomphe politique se dissimule sous d'humbles -citations bibliques; la bienveillance y domine, et, au fait, je suis -contente d'elle, elle est une personne de mérite. - -J'avais écrit aussi à M. Guizot, à l'occasion de la mort de son frère; il -a attendu la fin de son deuil pour répondre, mais enfin il a répondu, et -hier m'est arrivée une lettre de lui très cajolante. Voici la seule -phrase politique: «Je suis de ceux qui doivent dire que la crise est -finie; mais je suis aussi de ceux qui savent qu'il n'y a jamais rien de -fait en ce monde, et qu'il faut recommencer chaque jour. Un effort -continuel pour un succès toujours incomplet et incertain, voilà notre -vie. Je l'accepte sans illusion, comme sans découragement.» - -J'ajouterai un extrait d'une lettre de M. Royer-Collard, arrivée aussi -hier soir: «Ce qui s'est passé est fort triste, le dénouement comme la -crise. Voyez-y le Roi et Thiers vaincus par Guizot, et par contre-coup M. -de Talleyrand dans ce qui lui reste de vie politique. Il est vrai que -cette victoire n'a pas l'aspect et ne fait pas le bruit d'un triomphe; -elle est obscurcie par l'incertitude de la Chambre; mais Guizot est -savant dans l'intrigue et obstiné de toute la force de sa présomption, de -toute l'ardeur de sa soif de domination personnelle: il ne s'arrêtera que -vaincu lui-même par la force des choses, et je ne sais pas s'il y a -quelque part aujourd'hui une telle force. Thiers a eu le plaisir de se -faire attendre trente-six heures et de se séparer à la tribune; mais il -reste qu'il a reculé, et que c'est la peur que lui fait Guizot avec les -petits doctrinaires qui l'a empêché d'entrer, malgré sa bonne volonté, -dans le ministère Gérard-Molé; jusqu'à nouvelle circonstance, il est -absorbé dans la soumission. M. Molé est sorti de ce chaos avec un -surcroît de considération, dont il vous doit, soyez-en sûre, une partie: -vous lui avez apparu plus d'une fois et vous l'avez secouru. Il vous aime -fort et a besoin de votre approbation; ce qui me l'a tout à fait donné, -c'est d'avoir contribué, à ce qu'il croit, à le rapprocher de vous.» - - -_Rochecotte, 10 mai 1835._--J'ai reçu, hier, un assez curieux compte -rendu de ce qui s'est passé au comité secret de la Chambre des Pairs à -l'occasion de la forme du jugement[60]. Plusieurs Pairs ont déclaré qu'on -ne pouvait en finir en jugeant les prévenus par défaut, c'est-à-dire en -jugeant les banquettes. De cet avis ont été MM. Barthe, Sainte-Aulaire, -Séguier et, à ce que l'on croit, de Bastard. M. Decazes et quelques -autres ont prétendu qu'il fallait les juger un à un. M. Cousin a adressé -les plus violents reproches à M. Pasquier, pour n'avoir pas admis les -défenseurs, et à la Chambre pour avoir eu la faiblesse de maintenir la -décision de son président. M. Pasquier, dans sa réponse, a fait de la -sensibilité, du pathétique. Mais l'incident le plus grave est la -déclaration de M. Molé, qui a dit, formellement, que si on jugeait les -prévenus en son absence, il se récuserait. Cette déclaration a fait le -plus grand effet, et plusieurs Pairs, parmi lesquels le duc de Noailles, -se sont rangés à cette opinion. On ajoute ceci: «Vous voyez bien que dans -cette déclaration, il y a le noyau d'un nouveau ministère Molé, dans le -cas où l'impossibilité du procès forcerait les ministres actuels à céder -leurs places; mais, d'un autre côté, faiblir devant de tels accusés -serait si dangereux, que la nécessité de résister l'emportera sur toute -autre considération: reste à savoir comment! Ce procès est une hydre!» - - [60] Une ordonnance royale avait chargé la Cour des Pairs de - juger les auteurs des insurrections républicaines qui eurent lieu - du 7 au 13 avril 1834 dans plusieurs villes de province et à - Paris. Les arrêts de condamnation ne furent rendus qu'en décembre - 1835 et janvier 1836. - - * * * * * - - -_Langenau (Suisse), 18 août 1835._--Il y a quelque temps que cette petite -_Chronique_ a été interrompue. J'ai été souvent malade, toute application -m'était impossible; ma paresse a augmenté, puis est survenu le dégoût de -la plume et de rédiger ma propre pensée, après avoir si longtemps mis en -œuvre celle des autres, ou, pour parler plus exactement, leur avoir -prêté la mienne; puis les déplacements, les voyages, tout enfin a -concouru à rompre mes habitudes. Trop de tableaux nouveaux ont distrait -mon esprit, le temps m'a manqué pour la vie recueillie et appliquée, -toute inspiration d'ailleurs était éteinte. J'avais vécu en prodigue -pendant quatre années; mes provisions étaient courtes, elles se sont -trouvées épuisées! Bref, pour me servir du mot, peu filial, de M. Cousin -parlant de son père, devenu imbécile, _l'animal seul est resté_. - -Mes lettres ont raconté, dans le temps, le séjour de M. le duc d'Orléans -à Valençay; le drame (je peux bien le nommer ainsi) de la démission de M. -de Talleyrand de son ambassade de Londres; le changement du ministère, à -Paris, qui n'a eu que trois jours de durée; celui du Cabinet anglais, -qui, au bout de trois mois, s'est retiré devant un Parlement imprudemment -renouvelé; le mécontentement de tous ces événements autour de moi; -l'intrigue à facettes qui a fait Sébastiani ambassadeur à Londres, -tandis que M. de Rigny y aspirait en cachette; tout cela est bien connu, -je n'en dirai donc plus rien. - -A Maintenon, où j'ai passé quelques heures chez le duc de Noailles, j'ai -eu plaisir à entendre un long récit du séjour que Charles X y fit en -1830, en quittant Rambouillet pour s'embarquer à Cherbourg. Le duc de -Noailles raconte avec émotion, et par conséquent avec talent, cette scène -dramatique. Je ne l'ai malheureusement pas écrite le jour même où il me -l'a contée et aujourd'hui je craindrais que ma mémoire ne la défigurât. -Je repasserai un jour ou l'autre par Maintenon et, à défaut du récit que -je n'entendrai plus, je dirai ce que cette ancienne et curieuse demeure -sera devenue entre les mains du duc de Noailles, qui y fait beaucoup -d'embellissements. - -Notre paisible séjour à Rochecotte aurait pu aussi fournir quelques -pages, dues aux récits piquants de M. de la Besnardière, à la -correspondance souvent agitée de Madame Adélaïde pendant la rentrée, en -mars dernier, du ministère doctrinaire, et à quelques traits -caractéristiques de M. de Talleyrand, aux prises avec une solitude -comparative, cherchant, presque toujours, à mettre les autres dans leurs -torts pour se créer des émotions, s'y plaçant lui-même et guerroyant -ainsi tout seul dans une atmosphère toute pacifique. - -J'aurais dû, pendant les jours que Mme de Balbi a passés chez moi, écrire -les mille traits animés qui peignent si bien son époque et son genre -d'esprit. Sa conversation en était semée; ils se lient, presque toujours, -à des scènes, à des personnages et à des situations qui leur ôtent toute -trivialité et en font de vraies données historiques. Si j'avais été en -train alors, je n'aurais pas, certes, passé sous silence l'apparition -bavarde, pompeuse, médisante, en somme grotesque, quoique travaillant sur -un fond spirituel et animé, du comte Alexis de Saint-Priest, contraste -frappant avec la mesure, le bon goût et la malice incisive de Mme de -Balbi. Le manque de toute convenance est ce qui choque le plus dans M. de -Saint-Priest, qui se croit diplomate par droit de naissance et qui ne -l'est sûrement pas par tempérament. Il s'occupe aussi de littérature, de -Mémoires historiques, pour lesquels il s'est cru le droit de demander à -Mme de Balbi, dès le premier jour de leur rencontre à Rochecotte, de lui -communiquer les lettres que, sans doute, elle devait avoir, en grand -nombre, de Louis XVIII. La prétention était trop forte pour ne pas faire -changer en sérieux la gaieté habituelle de Mme de Balbi, qui lui -répondit, fort sèchement, qu'elle manquerait à tous les sentiments de -respect et de reconnaissance qu'elle conservait pour le feu Roi, si une -seule de ces lettres était publiée ou seulement montrée tant qu'elle -vivrait. - -Pendant le mois de juin, que j'ai passé à Paris, Versailles, que le Roi a -eu la bonté de nous montrer, aurait dû me donner le besoin de retracer -ici l'impression profonde que m'avait faite la pensée première et la -restauration actuelle. A Paris, où tout s'efface si vite, Versailles -cependant est resté net et éblouissant dans ma pensée, mais c'était le -_trop à dire_ que j'ai craint. Il est douteux que je revoie ce château -d'une manière aussi curieuse, entre M. de Talleyrand qui refaisait le -Versailles de Louis XV, de Louis XVI et de l'Assemblée constituante, et -le Roi Louis-Philippe, au milieu de la salle de 1792, reporté aux -premiers souvenirs de sa jeunesse, et les faisant revivre par ses récits -aussi bien que par les beaux portraits et les curieux tableaux qu'il leur -a consacrés. Au mois d'avril 1812, j'avais visité Versailles avec -l'Empereur Napoléon, lorsque, rêvant d'y établir sa Cour, il était allé y -inspecter les travaux qu'il y faisait exécuter et qui, les premiers, ont -retiré Versailles du désordre et de la destruction que la Révolution y -avait portés! Cette première visite méritait bien de me revenir à la -mémoire lors de la seconde. M. Fontaine, l'habile architecte, et moi, -étions les seuls qui pouvions faire le rapprochement de ces deux -restaurations. - - -_Berne, 19 août 1835._--Le mois de juin, passé à Paris, a été assez -rempli d'événements divers. Je me reproche vraiment d'en avoir laissé -l'impression s'affaiblir au point d'en avoir à peine conservé une trace -légère; plusieurs conversations en tiers entre le Roi et Madame Adélaïde, -les petites intrigues des doctrinaires tournant avec défiance autour de -moi, par l'entremise de M. Guizot, en qui j'ai souvent remarqué une -_hypocrisie dégagée_ qui me paraît être un charlatanisme assez nouveau; -les accès de découragement et d'enivrement de M. Thiers; mille -circonstances enfin qui donnaient à chaque jour un mouvement particulier, -auraient bien mérité quelques notes. J'aurais dû dire un mot d'un dîner -à la villa Orsini, chez M. Thiers, où quinze personnes, bizarrement -rapprochées, donnaient à cette partie un cachet de mauvais goût qui l'a -rendue embarrassante pour moi et qui a fait dire à M. de Talleyrand: -«Nous venons de faire un dîner du Directoire.» - -Des intérêts personnels aussi ont été touchés. La mort de la jeune Marie -Suchet, la douleur de sa mère; la confirmation de ma fille Pauline, qui -m'a fait rencontrer, après cinq années de séparation, Mgr l'archevêque de -Paris, ont été autant d'événements qui ont marqué les jours, en les -détachant, pour ainsi dire, les uns des autres, ne permettant pas de les -confondre. - -J'ai été plus particulièrement frappée de mon entrevue avec M. de Quélen, -parce qu'elle a amené une conversation que je ne veux pas livrer à -l'oubli. L'Archevêque, revenant sur un sujet qui, de tout temps, l'a -fortement préoccupé, celui de la conversion de M. de Talleyrand, m'en a -reparlé avec la même vivacité que du temps de M. le cardinal de Périgord. -A tous ses vœux, à l'assurance que toutes les tribulations de sa vie -épiscopale avaient été acceptées avec joie dans l'espérance d'obtenir de -Dieu, par ses propres souffrances, le retour de M. de Talleyrand dans le -sein de l'Église; à d'instantes exhortations pour me faire travailler à -une œuvre aussi méritoire, il a ajouté que, connaissant la sûreté de mon -caractère, et croyant, d'ailleurs, bien faire de me prévenir sur sa -conduite dans cette question, il devait me confier qu'ayant cru trouver, -dans la dernière phrase de la lettre de démission de M. de Talleyrand, -du 13 novembre dernier, un retour vers des idées graves, il s'était, lui, -M. de Quélen, flatté que le moment d'agir efficacement était venu, et -qu'il avait alors écrit à Rome, directement au Pape, pour demander quelle -ligne le Saint-Père lui tracerait: «La réponse du Saint-Père ne s'est pas -fait attendre», m'a dit M. de Quélen, «elle est en termes doux et -affectueux pour M. de Talleyrand; elle me donne le droit d'absoudre et de -réconcilier, et elle étend même mes pouvoirs jusqu'à me permettre de les -déléguer aux prélats dans les diocèses desquels M. de Talleyrand pourrait -être atteint de sa dernière maladie, nommément aux archevêques de Bourges -et de Tours; enfin le Pape m'a même témoigné la disposition d'écrire -lui-même à M. de Talleyrand.» Mes réponses à M. de Quélen n'ont pu être -que dilatoires. J'ai montré cependant d'une manière précise que toute -démarche directe provoquerait probablement un effet opposé à celui désiré -et que, quant à moi personnellement, je ne pourrais jamais me renfermer -que dans un rôle purement passif. - -Assurément, je ne puis que me tenir également éloignée de toute action -contraire au but désiré par l'Église, et de toute action qui pourrait -troubler un repos qui m'est confié, sans amener le résultat souhaité. Si -jamais ce résultat peut être atteint, c'est à une voix plus haute et plus -puissante que la voix humaine à l'obtenir. - -L'Archevêque m'a aussi parlé de ses propres tribulations, de celles qu'il -a éprouvées depuis 1830: elles ont été étranges et douloureuses. Je -regrette que, dernièrement, il ne les ait pas un peu plus oubliées, -lorsque, retournant aux Tuileries après l'attentat du 28 juillet[61], et -rouvrant Notre-Dame au Roi, il n'a pas accompagné ses actes de paroles -plus franches, plus nettement pacifiques. Il aurait évité ainsi le -reproche d'avoir parlé à deux adresses, l'une à Prague, l'autre à Paris. -Le malheur de l'Archevêque, c'est de n'avoir pas tout à fait la portée -d'esprit nécessaire pour le rôle difficile dans lequel les circonstances -l'ont placé; il n'a pas, non plus, le degré d'énergie qui supplée, -souvent avec avantage, à ce qui manque à l'esprit. Il n'est, certes, -point dépourvu d'excellents sentiments, ni des meilleures intentions; il -est doux, charitable, affectueux, reconnaissant, sincèrement attaché à -ses devoirs et toujours prêt au martyre; mais il reçoit trop facilement -toutes les impressions. Il est aisé d'obtenir sa confiance et d'en -abuser, en le poussant dans une route dont il ne découvre pas assez vite -le but; il s'intimide du blâme et sans cesse le provoque, par une -hésitation et un manque d'équilibre qui tiennent à l'incertitude de -l'esprit et aux scrupules d'une conscience qui ne sait jamais si le bien -d'hier est encore le bien d'aujourd'hui. Bon pasteur en temps ordinaire, -il n'a eu, à notre époque, où personne ne semble fait pour la place qu'il -occupe, qu'une attitude sans force publique et sans tranquillité privée. -Cependant, comme il a beaucoup de nobles et bonnes qualités et qu'il -porte à tout ce qui se nomme Talleyrand un intérêt extrême et qui lui -fait honneur, puisqu'il est puisé dans sa reconnaissance pour le -cardinal de Périgord, je lui souhaite de bien bon cœur une vie plus -douce que celle des dernières années et la fin de toutes ses -tribulations. Un autre aurait su, peut-être, en tirer parti; il ne sait, -lui, qu'y succomber... - - [61] Tentative criminelle de Fieschi, pour tuer le Roi - Louis-Philippe. - -Le séjour de quatre semaines que j'ai fait dernièrement à Baden-Baden m'a -plu. J'y ai trouvé d'anciennes connaissances, j'y ai fait quelques -rencontres agréables. C'est bien là encore que j'aurais dû fixer mes -souvenirs par quelques lignes consacrées à Mme la princesse d'Orange, ce -chef-d'œuvre d'éducation de princesse; au Roi de Würtemberg, à ses -filles les princesses Sophie et Marie, à l'hostilité assez mal dissimulée -entre Mmes de Lieven et de Nesselrode, à la douce philosophie de M. de -Falk, au bon langage de M. et de Mme de Zea, enfin à tout ce qui, en bien -et en mal, m'a frappée dans cette réunion de personnes dont chacune avait -sa part de distinction. - -Elles se groupaient toutes, plus ou moins, autour de Mme de Lieven dont -l'éclat passé et l'infortune récente (la mort de ses deux plus jeunes -fils dans la même semaine), excitaient l'intérêt ou imposaient des -devoirs. Elle m'a fait grande pitié et m'est apparue, d'ailleurs, comme -un grand enseignement. Déroutée, jetée au hasard, sans résignation, ne se -complaisant pas dans ses regrets, et ne trouvant qu'un vide cruel dans -des distractions qu'elle ne se lasse pas de demander à chacun, sans goût -d'occupation, sans satisfaction pour elle-même, elle vit dans la rue, -dans les promenades, cause sans suite, n'écoute guère, rit, sanglote, et -fait, au hasard, des questions sans intérêt. Cette douleur est d'autant -plus lourde qu'elle est sans patience au bout de quatre mois d'infortune. -Elle s'étonne déjà de la durée de ses regrets; ne voulant pas subir le -mal, il ne s'use pas; elle le prolonge en luttant avec hostilité. Dans le -combat la douleur triomphe et la victime crie, mais le son est discordant -et ne fait vibrer aucune corde sympathique dans l'âme d'autrui. J'ai vu -chacun se lasser de la plaindre et de la soigner: elle s'en apercevait et -en était humiliée. Elle a paru me savoir gré d'avoir eu pour elle des -soins plus durables, et elle m'a laissé la conviction de lui avoir été, -non pas une consolation, mais du moins une ressource, et j'en suis bien -aise. - -J'ai revu avec plaisir, il y a quelques jours, le beau lac de Constance; -j'y avais rêvé, il y a trois ans, un petit château: il a brûlé. J'y rêve -maintenant une chaumière; je serais fâchée qu'un asile manquât sur ce -promontoire, d'où la vue est si riche, si variée, si calme, où il serait -si doux de se reposer. - -Du Wolfsberg que j'habitais, j'ai été plusieurs fois à Arenenberg, chez -la duchesse de Saint-Leu; elle m'a paru un peu plus calme qu'il y a trois -ans. L'élève prétentieuse de Mme Campan, la Reine de théâtre a fait place -à une bonne grosse Suissesse, qui babille assez facilement, reçoit avec -cordialité et sait gré à ceux qui font diversion à sa solitude. Sa petite -demeure est pittoresque, mais elle n'est calculée que pour la belle -saison; elle y passe cependant presque toute l'année. L'intérieur est -petit et réduit, et ne semble être fait que pour des fleurs, des joncs, -des nattes et des divans; ce n'est vraiment qu'un pavillon. Les débris -des magnificences impériales qui y sont entassés n'y font pas trop bien. -La statue en marbre de l'Impératrice Joséphine, par Canova, aurait besoin -d'un plus grand cadre. J'aurais voulu, d'un coup de baguette, transporter -dans le musée de Versailles le portrait de l'Empereur, comme général -Bonaparte, par Gros (sans contredit le plus admirable portrait moderne -que je connaisse); il devrait être une propriété nationale, car la vie -guerrière et politique, et toutes les gloires et les destinées de la -France se rattachent à ce portrait, si parfait, de Napoléon. Dans un -petit cabinet, sous un châssis de glace, se trouvent quelques reliques -précieuses, mêlées à d'assez insignifiantes babioles. L'écharpe de -cachemire portée par le général Bonaparte à la bataille des Pyramides, le -portrait de l'Impératrice Marie-Louise et de son fils sur lequel le -dernier regard de l'exilé de Sainte-Hélène s'est porté, et plusieurs -autres souvenirs intéressants, sont réunis là avec de mauvais petits -scarabées et mille petites nippes sans valeur et sans mérite: ainsi un -lorgnon oublié par l'Empereur Alexandre à la Malmaison, et un éventail -donné par le citoyen Talleyrand à Mlle Hortense de Beauharnais, conservés -au milieu des traditions de l'Empire, prouvent une grande liberté -d'esprit et pas mal d'insouciance, ou une grande facilité d'humeur et de -caractère. - -Il est vrai que j'ai vu l'Impératrice Joséphine et Mme de Saint-Leu -demander à être reçues par Louis XVIII quinze jours après la chute de -Napoléon. J'ai vu, à Londres, Lucien Bonaparte se faire présenter par -lady Aldborough au duc de Wellington, et au congrès de Vienne, Eugène de -Beauharnais chanter des romances. Les anciennes dynasties peuvent manquer -d'habileté, les nouvelles manquent toujours de dignité. - - -_Fribourg, 20 août 1835._--Il y aurait, ce me semble, si ce n'est -dignité, du moins bon goût, de la part de Mme de Saint-Leu, à restituer à -la ville d'Aix-la-Chapelle le magnifique reliquaire porté par Charlemagne -et trouvé à son cou, lors de l'ouverture de son tombeau. Ce reliquaire, -qui sous un gros saphir contient un morceau de la vraie Croix, a été -donné à l'Impératrice Joséphine par le Chapitre de la Cathédrale pour se -la rendre favorable; se séparer de cette relique a dû être un douloureux -sacrifice. Il y aurait eu délicatesse et convenance à le faire cesser; ce -qui pouvait convenir au successeur de Charlemagne ne sied guère à -l'habitante d'Arenenberg! - -J'ai peu à dire de la tournée qui m'a amenée ici. Saint-Gall est dans une -position charmante, l'intérieur de la ville assez laid, l'église, -reconstruite trop nouvellement ainsi que les bâtiments qui y tiennent, et -qui maintenant servent de siège au gouvernement cantonal, ont manqué leur -effet sur moi. Rien n'y retrace la grande et singulière existence des -anciens princes-évêques de Saint-Gall; l'église a cependant un beau -vaisseau, mais rien d'ancien, rien de recueilli. Le pont qu'on passe pour -prendre la route nouvellement tracée qui conduit à Heinrichsbad est un -accident pittoresque dans un pays boisé. - -Heinrichsbad est un établissement tout nouveau; on y prend des bains -ferrugineux et la situation alpestre de cette maison isolée permet d'y -faire des cures de petit-lait. La partie de l'Appenzell qu'on traverse -pour atteindre Meynach m'a plus rappelé les Pyrénées qu'aucune autre -partie de la Suisse. - -J'ai revu avec plaisir le lac de Zurich; celui de Zug, que j'ai longé le -lendemain, plus ombragé, plus retiré, m'a semblé plus gracieux. On le -voit presque en entier du couvent des dames de Saint-François dont la -maison domine et la ville et le lac. Je suis arrivée chez ces Dames -pendant une messe chantée, médiocrement, j'en conviens; mais l'orgue, -mais ces voix qui partent de lieux et de personnes invisibles s'emparent -toujours trop vivement de moi pour me disposer à la critique. Ces -religieuses s'occupent de l'éducation de la jeunesse; la sœur Séraphin, -qui m'a promenée, parle bien le français; sa cellule était très propre. -La règle du couvent ne m'a pas paru très austère. - -La chapelle de Kussnach, à l'endroit même où Gessler fut tué par -Guillaume Tell, a un mérite historique sans doute, mais comme situation -elle est fort inférieure à celle construite sur le lac des -Quatre-Cantons, à la place où Tell, s'élançant hors de la barque de son -persécuteur, rejeta celle-ci dans l'orage et les flots. - -La position de Lucerne, que je connaissais, m'a encore frappée par le -tableau pittoresque qu'elle présente. Le lion, sculpté dans le roc, près -de Lucerne, d'après le dessin de Thorwaldsen, est un monument imposant, -une belle pensée bien rendue. - -Berne, où je suis arrivée par l'Immersthal, gracieuse vallée, riche de la -plus belle végétation et embellie de charmants villages, a l'aspect -grande ville, grâce à de nombreux édifices et à la beauté des avenues. -Mais la ville est triste, et même en été on sent combien elle doit être -froide en hiver. La terrasse plantée et suspendue à une grande hauteur -sur le cours de l'Aar, en face des montagnes et des glaciers de -l'Oberland, est une belle promenade, que l'Hôtel de la Monnaie d'un côté -et la Cathédrale de l'autre, terminent noblement. - -La route de Berne ici n'offre rien de remarquable. Fribourg se présente -d'une façon assez frappante et originale. Sa position âpre et sauvage, -les tours jetées sur les hauteurs qui l'environnent, la profondeur de la -rivière, ou, pour mieux dire, du torrent qui coule au pied du rocher sur -lequel pose la ville, le pont suspendu qui s'élève au-dessus de la ville, -tout cela est pittoresque. L'intérieur de la ville, avec ses nombreux -couvents et sa population de Jésuites à longues robes noires et à grands -chapeaux, ressemble à un vaste monastère, auquel ne manque même pas, au -besoin, une petite odeur d'Inquisition; ce n'est pas sur ce point -mystérieux et claustral de la Suisse qu'on se sent respirer l'air de la -liberté classique de l'Helvétie. Le nouveau collège des Jésuites, par sa -position, domine la ville, et, par son importance, y exerce une grande -influence. A en juger par le peu qu'il est permis au voyageur de visiter, -cet établissement est sur la plus grande échelle et parfaitement bien -tenu; trois cent cinquante enfants, la plupart français, y sont élevés; -la maison me paraît destinée à en contenir un plus grand nombre. Outre -ce grand pensionnat, les Jésuites ont à côté leur propre maison, et, de -plus, à une lieue de la ville, une maison de campagne. - -J'ai été voir la Cathédrale, qui serait tout à fait indigne d'être -visitée, sans un orgue dont on jouait au moment où je suis entrée et dont -le son m'a paru le plus harmonieux et le moins aigre et sifflant que -j'aie entendu. - -Je suis fort aise d'avoir vu Fribourg; je l'avais traversé, il y a onze -ans, pour l'examiner. Je comprends mieux, maintenant, l'espèce de rôle -que cette ville joue dans l'histoire religieuse du temps actuel. - - -_Lausanne, 21 août 1835._--La route large et facile de Fribourg traverse -un pays boisé en partie, cultivé aussi, riant et varié, mais il n'est pas -précisément pittoresque, si j'en excepte le point de Lussan. La nature ne -se grandit qu'au moment où la chaîne de montagnes qui couronne le lac -Léman apparaît à la sortie d'un bois de sapins, qui cache assez longtemps -le lac et la ville de Lausanne. - -Comme toutes les villes de Suisse, Lausanne est laid au dedans, mais dans -une situation pittoresque, sur un terrain inégal, qui en rend -l'habitation incommode, mais qui offre plusieurs terrasses d'où la vue -est fort belle: celles de la Cathédrale et du Château sont les plus -citées. Je préfère celle de la promenade Montbadon, moins élevée, mais -d'où l'on distingue mieux la campagne; les toits tiennent trop de place -dans les autres vues. - - -_Bex, 23 août 1835._--Un peu moins de murs et de vignes, quelques arbres -de plus, rendraient la route de Lausanne à Vevey charmante; ce n'est qu'à -Vevey que le pays me plaît tout à fait. Chillon surtout m'a frappée par -sa position, et ses souvenirs. J'aurais voulu y relire les vers de lord -Byron en parcourant le fameux souterrain; son nom, seul, barbouillé avec -du charbon sur un des piliers de la prison, le même auquel François de -Bonnivard a été attaché pendant six ans, suffit déjà à rendre ce cachot -poétique. - -On quitte le lac Léman à Villeneuve pour s'enfoncer dans une gorge -étroite et sauvage. La dentelure aiguë et bizarre des rochers entre -lesquels passe la route est la seule beauté des quatre grandes lieues -après lesquelles on arrive ici. Tout auprès, sur une saillie du rocher -veiné de diverses couleurs, s'aperçoit, à demi cachée dans une touffe -d'arbres, la ruine du château de Saint-Triphon, qui m'a paru d'un bel -effet. - -Bex même est un village qui ne ressemble en rien aux beaux villages -suisses du canton de Berne. Tout se ressent déjà du voisinage piémontais. -Nous sommes tous à l'auberge de l'Union, la seule du lieu, ni bonne, ni -mauvaise. L'établissement des bains sulfureux ne s'est pas soutenu, celui -du petit-lait, pas davantage. En fait, c'est un endroit dénué de -ressources, et assez triste et sombre, éclairé cependant pour moi par la -bonne petite mine couleur de rose de Pauline et par l'éclat de ses beaux -yeux bleus; j'ai été charmée de m'y trouver. - -On m'a remis ici une lettre que l'amiral de Rigny y avait laissée pour -moi, en passant pour se rendre à Naples. Il me dit qu'il trouve partout -sur sa route l'opinion fort arrêtée que la duchesse de Berry était le 24 -à Chambéry, et que le 30 Berryer, qui allait aux eaux d'Aix-en-Savoie, en -a disparu, quelques heures après l'attentat de Paris, et qu'il a reparu -ensuite, fort effaré, à Aix. J'ai trouvé, ainsi que M. de Rigny, cette -version établie partout. Les journaux suisses signalent aussi Mme la -duchesse de Berry; il n'y a, cependant, rien de constaté. - -Il vient d'y avoir, à Maintenon, chez le duc de Noailles, une réunion de -gens d'esprit et d'intrigue. M. de Chateaubriand, Mme Récamier, la -vicomtesse de Noailles, M. Ampère, enfin tout ce qui va, le matin, à -l'Abbaye-aux-Bois[62]. J'en suis fâchée; le duc de Noailles ne devrait -pas quitter une route large pour entrer dans un sentier. - - [62] L'Abbaye-aux-Bois était une communauté religieuse de femmes, - située à Paris, rue de Sèvres, à l'angle de la rue de la Chaise. - Elle servit de prison d'arrêt pendant la Révolution. Rendue, plus - tard, à sa destination première, elle offrit, en dehors du - cloître réservé aux religieuses, un asile paisible à des dames du - grand monde: c'est là que Mme Récamier vint s'établir. - -D'après ce que l'on me mande de Touraine, je vois que les atrocités de -Paris, du 28 juillet[63], y ont créé de l'indignation, mais une -indignation qui craignait de se manifester hautement et qui est peut-être -effacée aujourd'hui. Nous vivons dans un temps où l'on voit tant de -monstruosités sur la scène, les livres en sont tellement remplis, elles -descendent si régulièrement dans la rue, que le peuple, blasé sur -l'horrible, y devient indifférent et se trouve ainsi familiarisé avec le -crime. Cette ville de Tours, dans le fond si calme, s'est signalée -cependant par le refus d'adresses du Tribunal, du Conseil municipal, du -Conseil d'arrondissement. Il a suffi de deux hommes de chicane, -argumentant sur la lettre de la loi, pour mettre à leur aise tous les -indifférents. Il paraît cependant que la garde nationale s'est montrée en -grand nombre le jour du service funèbre et qu'elle a fait une adresse -d'assez bonne grâce. Quand on voit, d'une part, les passions les plus -violentes et les plus criminelles, de l'autre des masses paresseuses ou -indifférentes, on se demande si les lois répressives demandées par le -ministère français suffiront. Peut-être ne feront-elles qu'irriter! - - [63] Attentat Fieschi. - -C'est un fort vilain temps que le nôtre; les bons siècles sont rares, -mais il n'y a guère d'exemple d'un plus vilain que celui-ci. Je plains de -tout mon cœur ceux qui sont chargés de le museler, M. Thiers, par -exemple, dont la fatigue et l'inquiétude se montrent, dans une lettre que -j'ai reçue de lui, hier, et dont voici un extrait. Après m'avoir parlé -des dangers personnels auxquels il a échappé lors de l'attentat du 28 -juillet, il ajoute: «Mais le seul chagrin, chagrin accablant, c'est -l'immense responsabilité attachée à mes fonctions; je suis debout jour et -nuit. Je suis à la Préfecture de police, aux Tuileries, aux Chambres, -sans me reposer jamais, et sans être sûr d'avoir pourvu à tout, car la -fécondité du mal est infinie, comme dans toute société déréglée, où on a -donné à tous les bandits l'espoir d'arriver à tout, en mettant le feu au -monde; les misérables feraient sauter la planète si on les laissait -faire; ils n'avaient d'autre combinaison, le lendemain de cette horrible -boucherie, que celle-ci: «Nous «verrons;» c'est le principal assassin qui -me l'a dit lui-même. Pour prix de tant de tourments, je ne sais quel jour -je me reposerai, ni par quelle issue j'échapperai à mon supplice.» - -Un mot qui me paraît digne de notre excellente Reine, aussitôt après -l'explosion de la machine infernale, et quand elle sut que le Roi et ses -enfants n'avaient pas succombé, a été celui-ci: «Comment mes enfants se -sont-ils conduits?» Les jeunes Princes ont été dévoués et touchants. Ils -se sont serrés autour du Roi; le lendemain, lorsqu'on reconnut la trace -d'une balle sur le front du Roi, le duc d'Orléans dit: «Pourtant, hier, -je me suis fait _le plus grand_ qu'il m'a été possible.» - -Pendant que Mme Récamier est à Maintenon chez la duchesse de Noailles, la -princesse de Poix, ma belle-sœur, va aux lundis de la duchesse -d'Abrantès, où on rencontre Mme Victor Hugo! Le bel esprit et la -politique ont étrangement confondu toutes les compagnies, bonnes et -mauvaises! - -M. le duc de Nemours va faire une course à Londres; joli, sérieux, digne -et réservé, avec le plus grand air de noblesse et de jeunesse possible, -il me semble qu'il devrait réussir en Angleterre, mais son excessive -timidité lui ôte tellement toute facilité et toute grâce dans la -conversation, qu'il sera peut-être jugé inférieur de beaucoup à ce qu'il -vaut réellement. - -De toutes les lettres de félicitations écrites au Roi des Français par -les souverains étrangers, à l'occasion de l'attentat du 28 juillet, la -meilleure, la plus bienveillante est celle du Roi des Pays-Bas. C'est, ce -me semble, de très bon goût de sa part, et j'en suis fort aise; j'ai -toujours trouvé que depuis ses malheurs, le Roi des Pays-Bas avait montré -de l'esprit, de l'à-propos et une persévérance qui, quel qu'en soit le -succès définitif, lui assurera une belle page dans l'histoire de nos -jours, où j'en vois si peu pour qui que ce soit. - -Pendant que le Roi des Français se soumet aux escortes, aux mesures de -sûreté, à des allures plus royales, son président du Conseil vient dîner -aux Tuileries, à des dîners d'ambassadeurs, en pantalon de couleur et -sans décorations, et ce ministre est le duc de Broglie! - -Jérôme Bonaparte, avec toute sa famille, a quitté Florence, et se trouve -maintenant à Vevey; le choléra fait refluer toute l'Italie en Suisse. - - -_Bex, 24 août 1835._--Le temps s'étant éclairci, nous avons été voir des -salines près de Bex: ce sont les seules de la Suisse, et elles ne -suffisent pas à la consommation du pays. Nous n'avons pas pénétré fort -avant dans la mine, à cause du froid humide dont nous nous sommes sentis -saisis, mais nous avons vu en détail les étuves de graduation. Le sel m'a -paru être d'une grande blancheur. - -On nous a ramenés par la vallée du Cretet, le long du torrent de -Davanson, qui est le plus abondant et le plus impétueux que j'aie vu dans -cette partie-ci des Alpes; son cours est assez long et sa pente -extrêmement rapide; il est resserré dans une gorge étroite, haute et -boisée. Il sert à faire aller beaucoup d'usines pour les besoins -desquelles il se divise en mille petits canaux et aqueducs. Ces -établissements sont presque toujours suspendus sur des quartiers de -rocher qui semblent s'être détachés des cimes supérieures et être restés -suspendus comme par miracle sur l'abîme. Toute cette route, jusqu'au -petit château de M. de Gautard, est charmante, et m'a un peu réconciliée -avec cette contrée qui m'avait désagréablement surprise au premier -aspect. - -Je reviens d'une course qui est pleine d'intérêt. Le but principal était -la cascade de Pisse-Vache, belle gerbe d'eau, droite, écumeuse, jetant au -loin autour d'elle une poussière humide, s'élançant, en un seul jet, -d'une brèche de rochers, dont les deux pointes se dressent en longues -aiguilles; l'eau de cette cascade se mêle bientôt à celle du Rhône, près -du pont sur lequel on passe ce fleuve, également impétueux depuis sa -source jusqu'à son embouchure; il l'est remarquablement dans la gorge -étroite qu'il traverse en quittant le Valais, pour entrer dans le canton -de Vaud. La limite est à Saint-Maurice, village pittoresque dont les -couvents, le castel, la vieille tour, les fortifications inégalement -appuyées sur les flancs de rochers à pic sont d'un curieux aspect. La -porte de ce bourg est, pour ainsi dire, formée par l'étroit passage que -laissent entre eux deux grands rochers qui séparent les deux cantons. De -ce point, on voit, à droite, le canton de Vaud, terminé, au loin et par -delà le lac Léman, par le Jura, et à gauche, le sauvage Valais, fermé -par la chaîne neigeuse du Saint-Bernard. - -Ce qui, cependant, a fort gâté cette course pour moi, a été la nature de -la population. Les crétins sont nombreux, et ceux-là même qui ne sont pas -aussi infortunés, sont encore affreusement défigurés par des goitres; les -femmes surtout en ont jusqu'à trois; les eaux, provenant des neiges -fondues, l'action incomplète du soleil, qui n'éclaire que peu les -étroites gorges du Valais, y rendent cette infirmité fort commune. - - -_Genève, 26 août 1835._--Partis de Bex ce matin, nous avons longé le -Rhône jusqu'au point où il se jette dans le lac Léman, de là à Thonon; -route charmante, hardie, taillée dans le roc, suspendue sur le lac, -mélange pittoresque de pelouses superbes, de châtaigniers admirables et -de rochers majestueux du plus bel effet. A partir de Thonon, la route -devient monotone jusqu'à deux lieues de Genève; aux beautés naturelles de -la contrée se joignent alors les nombreux embellissements de jardins -soignés comme en Angleterre, de jolies maisons de campagne, d'avenues -superbes, le tout groupé, ainsi que la ville de Genève, en amphithéâtre -autour du lac. - -Nous sommes descendus à l'Hôtel des Bergues. Ma fenêtre donne sur un -nouveau pont en fil de fer, qui, en passant sur le Rhône, joint les deux -parties de la ville et conduit, en même temps, à une petite île sur -laquelle se trouve la statue de Jean-Jacques Rousseau, entourée d'un -bouquet de gros arbres. On aperçoit aussi une grande partie du lac -couvert de petites embarcations. Rien ne saurait être plus gai, plus -animé. - - -_Genève, 27 août 1835._--Le duc de Périgord, que j'ai rencontré hier, -ici, et qui est une bonne autorité pour ce qui regarde M. l'archevêque de -Paris, m'a expliqué, de la manière suivante, le rapprochement de celui-ci -avec le gouvernement actuel. Après l'attentat du 28 juillet, le curé de -Saint-Roch, dont l'église est devenue la paroisse de la famille royale, -depuis la destruction de Saint-Germain-l'Auxerrois, s'est rendu chez le -Roi, qui lui a dit ses intentions pour un service funèbre. Le curé, qui -se nomme l'abbé Olivier, a fait alors observer au Roi, qu'après le -service funèbre, un _Te Deum_ en action de grâces pour la conservation du -Roi et de ses enfants, serait aussi indiqué que convenable. Le Roi a -adopté cette idée, en ajoutant toutefois: «Ce _Te Deum_ aura donc lieu à -Saint-Roch, puisque l'Archevêque continue son opposition à mon -gouvernement.» Le curé de Saint-Roch a aussitôt prévenu l'Archevêque de -l'innovation qu'allait entraîner son éloignement. C'est alors que M. de -Quélen s'est décidé à aller chez le Roi: il a été reçu, et, depuis, il a -officié aux Invalides et à Notre-Dame. Je saurai, plus tard, ce qui s'est -passé entre le Roi et lui. - -On m'écrit de Paris, que le maréchal Maison, qui ne se mêle pas des -débats de la Chambre, promène tous les jours, à la belle heure, en -phaéton, une demoiselle qu'il a ramenée de Saint-Pétersbourg. C'est -l'élégant du ministère. - - -_Genève, 29 août 1835._--Les environs de Genève ont autant gagné que -l'intérieur de la ville; chaque année, de nouvelles maisons de campagne -remplacent et augmentent celles qui peuplaient les bords du lac. La plus -soignée appartient à un banquier nommé Bartholony. C'est le goût italien -qui domine dans la construction de ces villas; les jardins et la -disposition des fleurs rappellent l'Angleterre; le cadre général seul -reste suisse, et l'on n'en saurait trouver un plus grandiose. Coppet, -plus éloigné de Genève, n'a aucun style; habité maintenant par la jeune -Mme de Staël, qui y vit dans toute l'austérité des premières veuves -chrétiennes, ce lieu semble désert et lugubre; le village sépare le -château du lac et en ôte la vue. M. et Mme Necker et la fameuse Mme de -Staël reposent dans une partie du parc défendue par des broussailles qui -en rendent les approches difficiles. D'ailleurs, d'après l'ordre des -défunts, personne, pas même leurs enfants, ne peut franchir cette -enceinte. Le reste du parc est plein de beaux arbres, mais trop -rapprochés: ils manquent d'air et de soin, comme tout l'ensemble de cette -demeure. On n'y laisse plus pénétrer les étrangers. J'y ai été jadis: les -appartements sont bien distribués et dans d'assez belles proportions, -mais arrangés sans goût, sans élégance; c'est, à tous les égards, -l'établissement d'un banquier puritain: vaste et austère, ni noble, ni -imposant. - -La position de Ferney est très agréable; les terrasses et la végétation -embellissent cette demeure, qui, en elle-même, est petite; le tout est -sur l'ancien modèle français du siècle dernier. Le salon et la chambre à -coucher de M. de Voltaire sont restés seuls ouverts aux visiteurs et -consacrés au souvenir du grand esprit qui a fait, pendant trente ans, de -ce petit manoir, le foyer d'où sont parties tant d'étincelles brûlantes. -Nous sommes restés longtemps à examiner toutes les petites reliques -conservées par le jardinier. Il avait quatorze ans à la mort de M. de -Voltaire; il débite assez bien sa leçon: car je ne trouve pas que ses -récits aient un caractère original. - -Il y a, dans une lettre que j'ai reçue hier de M. le duc d'Orléans, le -passage suivant: «C'est le jour où les lois en discussion seront votées, -où cette arme dangereuse sera remise entre les mains du pouvoir, que -commencera la difficulté. Ce n'est rien de les avoir fait voter, c'est -tout de les exécuter. Saura-t-on suffire à cette lutte de tous les -instants? Saura-t-on déjouer chaque jour toutes les ruses? résister à -toute la ténacité que déploieront, dans la défense de leurs dernières -ressources, des hommes poussés à bout, et n'ayant plus qu'une seule -pensée, qu'un seul but? Les mauvaises langues, ici, prétendent qu'il est -bien plus difficile de gouverner régulièrement et avec suite, que -d'emporter d'assaut, à coups de discours, des lois nouvelles, lorsqu'on -n'exécute pas même celles dont on est armé. Pour ma part, je me borne à -dire, que maintenant que les ministres nous ont engagés dans la lutte si -grave que nous venons de commencer, je n'aurais pas de mots pour -qualifier leur conduite, s'ils n'usaient pas convenablement de la force -qu'ils ont cru devoir demander, ou s'ils voulaient rejeter sur d'autres -le fardeau d'exécuter ce qu'eux seuls ont conçu et exigé dans ce qu'ils -croyaient être leur propre intérêt.» - - -_Lons-le-Saulnier, 31 août 1835._--Je suis arrivée ici hier au soir, bien -tard, après avoir traversé le sauvage, aride et triste Jura. De grands -efforts y ont créé une route facile, quoique lentement parcourue à cause -des montées et des descentes continuelles; mais les chemins, arrachés à -du roc pur, abrités par des encaissements habilement pratiqués entre les -infiltrations de l'eau, sont parfaitement unis, larges et bien défendus -contre les dangers d'une nature aussi âpre. Des hauteurs de Saint-Cergues -j'ai jeté un dernier regard sur le beau lac de Genève et des Alpes. Ce -grand tableau se déploie magnifiquement et laisse dans le souvenir une -belle image. - - -_Arlay, 1er septembre 1835._--Ce lieu-ci, qui faisait partie de l'ancien -duché d'Isenghien, est venu au prince Pierre d'Arenberg du fait de sa -grand'mère maternelle, héritière de la maison d'Isenghien, qui descendait -de celles de Châlons et d'Orange. Tout cela est fort noble d'origine, et -fort présent à la mémoire du propriétaire actuel. La vue, de ma chambre, -et celle de toute la maison, est étendue sans être pittoresque, de même -que la maison, qui est vaste et bien restaurée, est un peu nue -d'ameublement et un peu froide, le coteau qui la domine l'abritant du -midi. - -Au sommet de ce coteau se voient les restes du gothique manoir tombé en -ruines qui n'ont pas assez de caractère. Les arrivées sont courtes. Il -n'y a pas d'autre avenue qu'une cour plantée. Beaucoup de choses -manquent à l'agrément et au bon air de l'établissement, mais c'est un bon -débris arraché au naufrage révolutionnaire. Les maîtres de la maison et -la duchesse de Périgord m'ont reçue avec la plus parfaite obligeance. - -J'ai reçu ici une lettre de M. Royer-Collard. Il retournait chez lui, à -la campagne, «après avoir acquitté à la Chambre ce qu'il croyait être de -son devoir et de son honneur», et sans attendre le vote sur l'ensemble de -la loi. Son discours, que j'admire comme pensée, comme sentiment, comme -langage (il n'a pas voulu en faire un discours d'effet ou -d'entraînement), était pour satisfaire un cri de sa conscience, pour bien -faire comprendre sa position, qu'un long silence laissait incertaine dans -l'esprit de plusieurs; c'était pour tracer nettement sa ligne d'opinion, -qu'il a, quoique fort souffrant, prononcé ce discours peu étendu, mais si -plein de choses! Depuis cinq ans, c'est la première fois que, sans -exciter des murmures, sans paraître ridicule, hypocrite ou imprudent, on -a loué, défendu, honoré la Pairie, et que l'esprit religieux, les mots de -Dieu et de Providence se sont fait entendre dans l'enceinte de la Chambre -des députés. Le respect avec lequel de telles paroles ont été écoutées me -paraît, plus que toutes choses, placer M. Royer-Collard à part, dans la -haute région qui lui appartient. - -L'homme qui semble avoir soudoyé Fieschi, et qui se nomme Pépin, avait -été enfin arrêté. C'était une grosse affaire, mais il s'est échappé! Sur -un ordre du Parquet, ce Pépin avait été extrait à minuit, peu d'heures -après son arrestation, de la Conciergerie où il avait été placé, afin de -faire, en sa présence, des perquisitions dans sa maison. Il a été -conduit, par un commissaire de police et deux hommes seulement; aussitôt -entré chez lui, il a disparu! Un homme dont l'arrestation était si -importante conduit à _minuit_ par deux gardes!... sans être attaché, et -conduit dans sa propre maison dont il connaissait des issues sans doute -inconnues à ceux qui le menaient, c'est d'une étrange imprudence! Il -paraît que depuis les affaires du 6 juin 1832[64], dans lesquelles cet -homme avait été impliqué, sa maison était disposée pour lui fournir les -moyens de s'échapper. Le juge d'instruction qui a laissé échapper Pépin, -en ne le faisant pas mieux surveiller, se nomme Legonidec; c'est un jeune -juge d'instruction de la Cour d'assises de Paris. Il y a des personnes -qui croient qu'il sera fortement compromis par la légèreté, si ce n'est -plus, qu'il a apportée dans une circonstance aussi grave. - - [64] L'enterrement du général Lamarque, mort du choléra, le 2 - juin, avait eu lieu le 5 juin, et avait été l'occasion d'une - insurrection qui se continua pendant toute la journée du 6. - -On m'a menée voir les ruines du vieux château; elles ont plus d'étendue -et d'importance que je n'avais jugé en arrivant. C'était une forteresse -considérable, qui, sous Louis XI, dans le temps des guerres contre les -Bourguignons, a été démantelée par les ordres de ce souverain. - - -_Dijon, 3 septembre 1835._--J'ai quitté Arlay ce matin, emportant un -souvenir reconnaissant du bon accueil qui nous y a été fait, à Pauline et -à moi. La princesse d'Arenberg surtout m'a inspiré une véritable amitié; -sa politesse, sa bienveillance, sa simplicité, jointes à beaucoup de -raison et d'aplomb, embellies par l'instruction, des talents, le tout se -communiquant facilement, assurent à cette jeune femme une place -distinguée parmi les personnes de son âge et de son rang, dont bien peu -me paraissent la valoir. - -J'ai parcouru la nouvelle route, qui passe par Saint-Jean-de-Losne et -abrège beaucoup. Le chemin est beau et facile, mais le pays qu'il -traverse, riche sans doute, et bien cultivé, n'offre cependant rien de -gracieux, et je dirais même rien d'intéressant, sans un assez grand -nombre de châteaux, et le canal de Bourgogne orné de beaux rideaux de -peupliers. - -Pierres, le château de M. de Thiard, est le plus important de ceux qui se -trouvent sur cette route. Il m'a paru considérable et noblement entouré, -mais dans une position peu agréable; il est fâcheux qu'on abatte celui de -Seurre, placé au bord de la Saône: il m'a semblé offrir une jolie -situation; Toiran, la Bretonnière et quelques autres, prouvent que la -province est bien habitée. - -Je regrette d'être arrivée trop tard ici pour visiter Dijon. Cette ville -se présente bien, elle renferme de beaux édifices, les rues sont animées; -le parc, belle promenade publique, à un quart de lieue de la ville, et -qui y tient par de longues avenues, doit être d'un grand agrément pour -les habitants. - - -_Tonnerre, 4 septembre 1835._--La route de Dijon à Montbard est unie, -dépouillée, fatigante à l'œil. Montbard est un vieux château féodal des -duc de Bourgogne, placé sur une hauteur considérable, et qui avait été -donné par Louis XV à M. de Buffon; celui-ci possédait déjà, au bas du -coteau, une assez grande et triste maison dans une des rues de la petite -ville. Il a continué d'habiter la maison d'en bas; elle n'a rien -d'intéressant, si ce n'est un assez beau portrait du célèbre -propriétaire. Il fit démolir quatre tours sur les cinq qui restaient -autour de l'enceinte du vieux château; une seule subsiste donc ainsi que -d'énormes murs de clôture: ceux-ci n'enferment plus, maintenant, qu'une -espèce de quinconce de beaux arbres plantés par M. de Buffon, avec de -belles allées qui y conduisent à partir de la maison d'en bas. Les beaux -arbres offrent d'épais ombrages et une promenade agréable. Au sommet du -quinconce est une petite maisonnette qui ne contient qu'une seule pièce -où M. de Buffon s'établissait chaque jour pendant plusieurs heures pour -travailler sans interruption. Il a fait construire une église, sur une -partie d'anciennes fondations du château fort; c'est dans cette église -qu'il est enterré. La maison de M. de Buffon est habitée par sa -belle-fille, veuve sans enfants. - -Le pays devient plus varié, à mesure qu'on s'approche d'Ancy-le-Franc, -grand et noble château construit au seizième siècle par MM. de -Clermont-Tonnerre, acheté depuis par le fameux Louvois, et appartenant -encore à un de ses descendants. Ce château, parfaitement régulier, se -compose de quatre corps de bâtiment joints à chaque angle par une tour -carrée; il n'y a pas d'escalier principal, chaque tour en contient un -assez étroit; les chambres à coucher sont dans de belles proportions, -bien meublées, mais le grand appartement est mal distribué, les pièces ne -se lient pas, elles sont assez petites, surtout le salon, que de riches -dorures semblent encore rétrécir. Quelques anciens plafonds et des -lambris analogues donnent à quelques-unes des pièces un caractère -gothique et intéressant. Il entre peu de jour par les fenêtres, peu -nombreuses et assez étroites; la cour intérieure est resserrée et sombre; -le parc entoure tout le château, il est vaste et bien planté; les eaux -sont vilaines et bourbeuses; je n'ai vu ni serres, ni fleurs, mais les -dépendances sont considérables. La grande route traverse l'avant-cour à -dix pas du château, c'est pousser la facilité des communications un peu -trop loin. - -Ce qui me plaît le moins dans cette demeure, c'est sa position: le -château, placé dans le fond d'un étroit vallon, manque de jour, d'air et -de vue; le mot anglais _gloomy_ semble fait pour Ancy-le-Franc. La -chapelle est belle. Il est inutile de dire qu'il y a une salle de -spectacle: comment M. de Louvois d'aujourd'hui pourrait-il s'en passer? - -J'avais souvent entendu citer Ancy-le-Franc et Valençay comme étant les -deux châteaux les plus considérables et les plus remarquables de France. -Je ne puis admettre aucune comparaison entre eux; Valençay est bien -autrement imposant, et, en même temps, gai à habiter: sa situation est -pittoresque et saine; le château est bien plus riche d'ornements -d'architecture, et sa belle partie qui est du quinzième siècle, de cent -ans plus ancienne, par conséquent, qu'Ancy-le-Franc, est du pur style -Renaissance. - -Je n'ai point vu de bibliothèque chez M. de Louvois. C'est une -observation qui me revient seulement à présent: je regrette de n'en avoir -pas fait la remarque au concierge; il avait cependant l'air de montrer en -conscience. - -Je préfère non seulement Valençay à Ancy-le-Franc, mais même, tradition à -part, Chenonceaux et Ussé s'il était arrangé et meublé. - - -_Melun, 6 septembre 1835._--Les bords de l'Yonne sont assez agréables, et -reposent un peu de la triste route de Dijon; il est fâcheux, cependant, -que la végétation soit, pour ainsi dire, factice, car je n'ai guère vu, -jusqu'à Sens, d'autres arbres que des peupliers plantés en quinconces ou -en allées; cela finit par être extrêmement monotone, et par donner trop -d'apprêt et de raideur au paysage. - -La cathédrale de Sens est belle, dans de justes proportions; deux objets -de sculpture y attirent particulièrement l'attention: le mausolée du -Dauphin, père de Louis XVI, et l'autel de saint Leu, où ce bon évêque de -Sens est représenté, subissant son martyre, qui lui fut, en effet, imposé -à Sens même; ce groupe en marbre blanc ne laisse pas que de faire -impression. Je trouve le mausolée du Dauphin lourd dans son ensemble, -manquant de simplicité dans sa composition, mais beau dans quelques-unes -de ses parties. Le trésor de la Cathédrale est non seulement fort riche -en reliques dont on peut contester l'authenticité, mais encore en -vieilleries qui m'ont intéressée, parce qu'elles portent un vrai cachet -d'ancienneté. Ainsi le siège de saint Leu, son anneau pastoral, sa -mitre, l'anneau pastoral de Grégoire VII, le peigne dont se servait saint -Leu aux ordinations, les vêtements d'église de Thomas Beckett, qui, comme -je l'ai lu dernièrement encore dans Lingard, s'était, à une première -persécution, réfugié sur le Continent, et avait surtout résidé en France; -ces vêtements sont renfermés dans une caisse en fer, avec beaucoup de -soin. Un beau Christ en ivoire par Girardon vaut bien la peine d'être -examiné. - -Dans une lettre de la princesse de Lieven du 29 août, de Baden, que j'ai -trouvée à Sens, il y a ceci: «Les nouvelles qui nous parviennent -d'Angleterre sont étranges. Les ministres auront-ils bien le courage de -mettre à exécution leurs menaces contre les Pairs? Ceux-ci fléchiront-ils -devant ces menaces? J'en doute; mais voilà la collision, si longtemps -différée, qui arrive enfin.--En France on marche parfaitement bien, le -discours de M. de Broglie est superbe. Lord William Russell ne cesse de -dire: _Our alliance is at an end_; la France répudiant les principes -révolutionnaires, et l'Angleterre avançant rapidement dans cette -carrière, ne peuvent plus s'entendre; l'alliance était une alliance de -principes: cette identité de principes n'existant plus, l'alliance est -morte.» - - -_Paris 7 septembre 1835._--C'est toujours un grand événement pour moi que -de rentrer dans Paris, où j'ai passé tant de mauvais moments: tout mon -passé se déroule devant moi, à mesure que je traverse ces rues, ces -places, qui me rappellent des souvenirs presque tous pénibles. - -En allant le long des boulevards, j'ai jeté les yeux, en frémissant, sur -cette maison d'où Fieschi a commis son crime. Elle est toute petite, de -mauvaise apparence; la trop fameuse fenêtre est fermée par des planches. -Dans quelques années, cette maison sera peut-être démolie; j'en serais -fâchée. Un monument expiatoire qu'on élèvera pour l'abattre, au premier -tour de girouette, parlera, ce me semble, bien moins à l'esprit que ne le -fait la conservation exacte des lieux: ils se mêlent mieux à la tradition -en la conservant; chacun en sait l'histoire, et peut y trouver une leçon. -La rue de la Ferronnerie existe encore. On a abattu la salle de l'Opéra -où M. le duc de Berry a été assassiné, pour démolir ensuite la chapelle -qui l'avait remplacée. Et cependant la chapelle d'où Charles IX tirait -sur le peuple est toujours là, toujours montrée, toujours citée. Pourquoi -les crimes des Rois resteraient-ils visibles et ceux des peuples ne le -seraient-ils pas? - -Je vais tirer quelques extraits des lettres de M. de Talleyrand qui -m'attendaient à Paris: «Vous trouverez ici dans le ministère plus de -politesse que d'amitié. Être lié intimement avec M. Royer-Collard et ne -pas l'avoir empêché de parler contre les lois de la presse, c'est bien -mal! Voilà notre véritable délit! Thiers même n'est pas venu ici depuis -deux jours. Je ne l'ai pas regretté, parce que je lui aurais dit, fort -net, que je trouvais les articles du _Journal de Paris_, qu'il fait ou -qu'il inspire, fort inconvenants, et qu'il devrait respecter assez M. -Royer-Collard pour garder au moins le silence. La confiance des Tuileries -est aussi une des causes du refroidissement ministériel... Thiers a -beaucoup perdu aux dernières séances de la Chambre! Arriver à la tribune -avec le _National_ d'avant 1830 pour établir qu'on n'a pas dit!!... c'est -se placer bien petitement. Les hommes qui n'ont pas eu une première -éducation ont bien de la peine à se grandir: à la première contradiction -le bout de l'oreille passe... Vous ne pouvez trop louer le discours de M. -de Broglie: tous les encensoirs de Paris ont traversé son salon... -L'affaire de l'évasion de Pépin a beaucoup diminué la consistance du -ministère; il s'est montré incapable dans une circonstance grave, ce qui -fait dire: «Si le gouvernement ne sert pas mieux que cela le Roi, où sera -notre appui à nous autres?» Thiers, au lieu d'employer son esprit à faire -sa position, l'a employé à la diminuer et à la réduire seulement à de -l'esprit. Il s'est mal tiré des dernières séances de la Chambre: d'abord -il a été battu dans un amendement de Firmin Didot, puis il a apporté ses -titres de journaliste à la tribune, ce qui a fait mauvais effet partout. -Et c'est cependant lui qui vaut le mieux dans le ministère, parce qu'il a -du cœur, outre tout son esprit: il aime ses amis, il est bon enfant, -dans la bonne acception du mot, mais il aurait besoin d'être bien entouré -et il l'est très mal... Souvenez-vous que l'espionnage, dans les -Chambres, dans les rues, dans les lettres, est poussé au dernier degré... -Le Roi, la Reine, Madame Adélaïde comptent le plaisir de vous voir parmi -leurs meilleures consolations. Ils en ont besoin, car ils sont, je vous -assure, bien malheureux.--Les Guizot et Broglie vous parleront peut-être -de ma froideur: vous pouvez leur dire que la froideur n'est pas venue de -mon côté; je l'ai reçue.» - -Voici maintenant l'extrait d'une lettre de Mme de Lieven, de Bade, du 2 -septembre: «J'ai lieu de croire, d'après quelques mots reçus -d'Angleterre, que Peel et lord Grey s'entendent; la querelle des deux -Chambres s'arrangera, à ce que me mande lady Cowper. On trouve en -Angleterre M. le duc de Nemours très bien.» - - -_Paris, 8 septembre 1835._--M. Thiers est vieilli, souffrant; il n'est -malade que de fatigue et d'épuisement, mais aussi, quelle existence! Il -en veut à ses collègues de marchander les jours de repos qu'il réclame; -il les accuse tout simplement de lâcheté, parce qu'ils reculent devant -trois semaines d'une responsabilité qui pèse toute l'année sur lui, mais -aussi, quelle responsabilité! Celle de préserver le Roi des coups des -assassins! chaque jour voit surgir de nouveaux complots; les déjouer -efficacement est une tâche écrasante. - -Jusqu'à présent, le crime de Fieschi ne se rattache à rien d'important; -quelques obscurs complices de cabaret, et voilà tout; les ministres ne -peuvent arriver à rien de plus élevé. M. Thiers trouve même que c'est là -le plus funeste symptôme, que pareille atrocité soit le fruit, non des -passions exaltées, non du fanatisme, ni même d'une combinaison politique -profonde, mais tout simplement le produit de la licence et de l'anarchie -qui règnent dans les esprits. - -Fieschi a répondu, au médecin qui le pressait sur le motif qui lui avait -fait commettre le crime: «Je l'ai fait comme un gamin fait sauter un -pétard.» Horrible insouciance! Il est positif que tous les clubs et -sociétés secrètes, carlistes et autres, étaient informés que le 28 -juillet il y aurait une tentative faite pour tuer le Roi. Fieschi avait -eu des relations avec quelques brigands comme lui; ceux-ci avaient parlé -à leurs amis, et ainsi un bruit vague s'était répandu dans le public, qui -était même arrivé jusqu'au gouvernement, mais sans détails, sans noms -propres, sans rien de précis. Quant à Fieschi même, c'est tout simplement -une nature de sbire ou de bravo italien, qui prête volontiers son bras -pour commettre un crime, même sans grande récompense. - -M. Guizot, qui a été chargé d'annoncer l'événement à la Reine, me disait -qu'elle avait été saisie de maux de nerfs; Madame Adélaïde d'un désespoir -et d'une sorte de rage, qui lui avait ôté tout empire sur elle-même, et -qu'à la lettre, elle ne se connaissait plus. Quant à la duchesse de -Broglie, qui était aussi à la Chancellerie, sur la place Vendôme, avec la -Reine, elle avait été fort émue, mais plus forte que son émotion. A cette -occasion, M. Guizot m'a dit qu'il comparait l'âme de Mme de Broglie à un -grand désert avec de belles oasis, qu'il y avait en elle de grandes -lacunes, mais cependant beaucoup de force et de puissance. - - -_Paris, 9 septembre 1835._--Les ridicules de Sébastiani se font jour -jusque dans le cabinet de Madame Adélaïde; ils paraissent être, en effet, -hors de proportions. On se moque fort de lui à Londres et il s'y déplaît -beaucoup. Il dit, avec sa parole dogmatique et paralytique: «La société -anglaise m'est indigeste.» Quant à sa femme, ses bêtises et ses naïvetés -sont devenues proverbiales. Ils reçoivent peu, on les délaisse; lord -Palmerston est le seul qui, pour faire contraste avec les insolences dont -il honorait M. de Talleyrand, soit aux petits soins avec le général, lui -fasse sans cesse des visites du matin, le tienne au courant, avec -empressement, de toutes les nouvelles insignifiantes. Enfin, c'est du -noir au blanc! - -La légion anglaise soulevée par le général Alava vient d'être battue en -Espagne; cette abominable canaille qu'il avait enrôlée a lâché pied tout -de suite. - -Le compromis entre les deux Chambres en Angleterre a lieu: c'est une -trève jusqu'à la session prochaine. - -J'ai vu le Roi, qui m'a raconté le 28 juillet. Ce qui est fort singulier, -c'est qu'il ait, dès la veille, averti ses ministres qu'on tirerait sur -lui par une fenêtre, parce que cela serait plus sûr pour l'assassiner. M. -Thiers et le général Athalin craignaient une attaque à bout portant, et -désiraient que le Roi prît des précautions contre ce genre de tentative, -à quoi il s'est absolument refusé, comme étant inutile. Ces messieurs se -rendirent en partie à l'avis du Roi, mais dirent qu'ils croyaient que le -coup, s'il avait lieu, partirait d'une rue étroite; le Roi, au contraire, -soutint qu'ils se trompaient, que la tentative aurait lieu sur le -boulevard, à cause des arbres qui masqueraient mieux l'assassin; enfin, -toutes les prédictions du Roi se sont vérifiées. Il m'a dit que, dans une -vie aussi remplie que la sienne, le moment le plus cruel avait été celui -où l'ordre de la revue l'ayant ramené au bout d'une demi-heure sur la -place même du crime, il avait été obligé de passer au milieu des mares de -sang des morts et des blessés, des cris et des larmes de cette population -mitraillée à cause de lui; son premier mot, en revoyant les siens, a été, -en fondant en larmes: «Mon pauvre maréchal Mortier est mort.» Il est -impossible d'avoir été moins occupé de lui-même, plus simplement -courageux et cependant plus ému des malheurs des autres: il a été -vraiment admirable et il n'y a qu'une voix à ce sujet. - -L'Empereur de Russie s'est borné à faire faire un compliment de -condoléances par un chargé d'affaires, sans écrire lui-même, ce qui est -d'autant plus mal qu'il a écrit de sa propre main une lettre de -condoléances à la veuve du duc de Trévise, celui-ci ayant été ambassadeur -à Pétersbourg. Plusieurs petits souverains se sont également tus. Les -lettres de l'Autriche ont été cordiales, celles de la Prusse excellentes, -celles de la Saxe, tendres; de l'Angleterre, convenables; de La Haye, -aimables, d'ailleurs insignifiantes. - -Le Roi, qui, avec raison, craint toute secousse, désire garder le -ministère actuel aussi longtemps que possible, mais il croit déjà -remarquer quelques nouveaux germes de division qu'il redoute de voir se -développer pendant le congé de santé qu'a demandé M. Thiers, et qu'il -obtiendra. La recomposition d'un nouveau Cabinet serait extrêmement -difficile, la difficulté gisant surtout dans la question de la présidence -qui met toutes les vanités en jeu. Le Roi voudrait abolir tout à fait -cette présidence, et, pour cela, il voudrait la confier, momentanément, -à quelqu'un hors de ligne, qui n'admettrait pas de concurrents et pas de -successeurs, et c'est alors qu'il pense à M. de Talleyrand. Du reste, le -Roi a au moins autant d'aigreur que par le passé contre le parti -doctrinaire du Cabinet, et craint, avant tout, que dans une décomposition -partielle, ce ne soit cette fraction-là qui se recrute. - -Je suis toujours surprise du mensonge, quand il porte sur des choses qui -n'ont aucune utilité. Que les journalistes s'amusent à tromper le public, -à la bonne heure; mais que les ministres s'amusent à faire des contes, -c'est étrange! Ainsi, M. Guizot m'a dit, avant-hier, que c'était lui qui -avait annoncé à la Reine la catastrophe du 28 juillet à l'hôtel de la -Chancellerie. Eh bien! c'est encore aux Tuileries, et au moment de se -rendre à la Chancellerie, que les Princesses ont été informées par deux -aides de camp envoyés par le Roi du danger que celui-ci venait de courir! -La vanité fait faire de bien petites choses! Y a-t-il rien de plus puéril -que de faire une histoire sur un fait de ce genre? - - -_Paris, 10 septembre 1835._--M. le duc d'Orléans regrette le projet de -mariage manqué en Wurtemberg. Il veut, dit-il, avoir le cœur net à -l'égard de la princesse Sophie, et passer par Stuttgart, au premier -voyage en Allemagne. Il dit que s'il en épousait une autre sans l'avoir -vue, il croirait avoir manqué sa destinée. - -M. le duc d'Orléans est assez aigre sur le ministère en général; la -famille royale est disposée à s'en prendre à la négligence, à -l'étourderie, si ce n'est pire, de la police. Il est sûr qu'elle n'a pas -été bien habile depuis quelque temps, mais quant à l'évasion de Pépin, la -faute en est uniquement à la négligence de M. Pasquier qui donne, -négligemment et rejeté dans son fauteuil, des ordres incomplets, et aussi -un peu à M. Martin du Nord qui les transmet, avec encore moins de -détails, à des agents inférieurs qui les exécutent avec paresse. M. -Legonidec, pour se disculper, porte des charges assez graves contre ses -supérieurs; aussi y a-t-il des personnes qui vont jusqu'à expliquer -l'incurie de M. Pasquier, par sa crainte de trouver quelque carliste au -fond de l'affaire Fieschi. C'est tout ce que désirerait Madame Adélaïde, -c'est tout ce que redouterait la Reine. L'opinion du Roi est que le coup -est républicain. Arriver, s'il se peut, à la vérité, voilà l'essentiel, -et le parti-pris des ministres de ne voir dans toute cette affaire qu'une -conspiration de cabaret est peu propre à conduire à de nouvelles -découvertes. - -Le prince Léopold de Naples, dans la question de son mariage, est accusé -d'une duplicité qui aurait pu en dégoûter toute autre que la princesse -Marie, mais elle tient à s'établir, il ne se présente pas d'autre parti -et, comme dit le Roi: «Vous ne savez donc pas qu'il faut absolument -marier des Princesses napolitaines.» Sa fille l'est à moitié. - -L'aînée de nos Princesses, la Reine des Belges, avait si peu de goût à -épouser le Roi, son mari, qu'elle ne veut plus retourner à Compiègne, où -son mariage a été célébré, et c'est pour cela principalement qu'on -arrange cette année-ci un voyage à Fontainebleau. Cependant, -l'éloignement de la Reine Louise pour son mari s'est transformé depuis en -une passion conjugale, au point qu'elle vit à peu près enfermée avec le -Roi dans un tête-à-tête non interrompu, pas même par ses dames ou par le -grand-maître de la maison. Tout se traite par écrit avec eux. Le Roi et -la Reine s'occupent dans deux cabinets contigus dont la porte reste -ouverte. Le Roi, casanier et méfiant, aime assez cette vie qui est -surtout du goût de sa femme, car elle n'est qu'aimée, au lieu qu'elle -adore. Je tiens ces détails de son frère, M. le duc d'Orléans. - - -_Paris, 11 septembre 1835._--Mon fils Alexandre, qui arrive d'Italie, dit -qu'elle est couverte de moines, fuyant d'Espagne et apportant les -richesses de leurs couvents: les pierres précieuses qui en proviennent se -vendent à vil prix. - -La Reine des Français, quoique d'une santé délicate, se couche tard; elle -ne se met au lit qu'après avoir parcouru elle-même toutes les pétitions -qui lui sont adressées, et cela surtout par la crainte de manquer un avis -utile pour la sûreté du Roi, qui pourrait lui être donné sous cette -forme. - -Au moment même où le Roi a vu, le 28 juillet, ses trois fils autour de -lui, il s'est tourné vers Thiers et lui tendant la main il lui a dit: -«Soyez tranquille, je vis et je me porte bien.» Ce sont des paroles de -Henri IV! - - -_Maintenon, 12 septembre 1835._--Ce lieu-ci est tout arrangé, tout -meublé; l'appartement est beau, l'établissement considérable, la rivière -vive, les aqueducs grandioses; pour qui n'a pas besoin de vue, et pour -qui ne craint pas l'humidité, ce vieux château, si riche en souvenirs, -est une des meilleures et des plus nobles habitations. - - -_Courtalin, 13 septembre 1835[65]._--Ici, où on est fort au courant de ce -qui se passe à la Cour de Charles X, on assure que le langage sur le -crime du 28 juillet y a été très doux et très convenable. Cette -malheureuse Cour exerce son animosité contre son propre intérieur dans -une sorte de guerre intestine; ce sont les mêmes intrigues, les mêmes -rivalités qu'autrefois à Rome, à la Cour du Prétendant. - - [65] Ce château appartenait au duc de Montmorency. - - -_Rochecotte, 14 septembre 1835._--J'ai été ce matin voir le prince de -Laval dans son joli manoir de Montigny, qu'il arrange et qu'il orne à -merveille, en cherchant à lui conserver son caractère gothique. C'est un -lieu qui sied bien aux goûts héraldiques du propriétaire. - -J'ai trouvé, à Tours, le préfet un peu irrité d'un ordre ministériel qui -provoque un compte rendu exact des journaux auxquels les employés de -l'administration sont abonnés; en effet, cette petite inquisition sent un -peu la curiosité de la Restauration. - - -_Valençay, 15 septembre 1835._--J'ai dîné aujourd'hui à Beauregard, chez -Mme de Sainte-Aldegonde; c'est un beau château, ancien rendez-vous de -chasse de François Ier, lorsque, de Chambord, il allait courre le cerf -dans la forêt de Roussé. Il y a une galerie avec cent vingt portraits, -assez mauvais, mais curieux, parce qu'ils représentent tous les -personnages célèbres de l'époque dans toute l'Europe. Cette galerie est -carrelée en faïence du temps. Le château renferme de vieux lambris et de -vieux meubles très bien conservés par la propriétaire actuelle. - -Je suis arrivée tard à Valençay, où j'ai trouvé M. de Talleyrand maigri, -se plaignant de palpitations de cœur et d'une gêne assez pénible dans le -bras gauche. Il venait de recevoir une lettre du Roi, qui lui annonçait -la nomination de M. de Bacourt au poste de ministre à Carlsruhe. Voici -les expressions du Roi qui ont trait au peu de déférence de M. de Broglie -pour lui[66]: «Mon cher Prince, le moyen auquel mon _impuissance_ m'a -décidé à recourir a eu un plein succès, et ce que vous désiriez est fait: -j'ai voulu avoir au moins le plaisir de vous l'annoncer moi-même en vous -renouvelant de tout mon cœur l'assurance de cette vieille amitié qui -vous est connue depuis si longtemps.» - - [66] Allusion à la démarche que le prince de Talleyrand avait - faite auprès du Roi pour faire nommer M. de Bacourt à Carlsruhe. - -Le Roi des Français n'est pas le seul souverain qui n'aime guère ses -ministres; celui d'Angleterre déteste les siens; il parle tout haut, à -table, contre eux, ainsi que contre sa belle-sœur, la duchesse de Kent, -qui, pendant ce temps-là, promène sa fille de comté en comté, écoute les -harangues, y répond, et fait déjà la Régente. - - -_Valençay, 16 septembre 1835._--Mlle Sabine de Noailles a seize ans, de -la grosse beauté, une voix d'homme, de l'esprit, de l'instruction, de la -mémoire comme tous les Noailles, et enfin de la brusquerie dans les -manières. A dîner, à Courtalin, elle élève la voix et, s'adressant à M. -de Talleyrand dont elle n'était pas la voisine, elle lui dit: «Mon oncle, -voulez-vous boire un verre de vin avec moi?--Très volontiers, mon neveu,» -lui répond M. de Talleyrand. - -Le duc de Modène fait le petit tyran dans ses États. Une de ses vexations -les plus habituelles est de faire couper les favoris et la moustache de -ceux dont les passeports offrent la moindre irrégularité; la mode du -temps rend cette tonte plus douloureuse que ne le serait la prison; -celle-ci y est, du reste, jointe assez ordinairement. - -La grand'mère du duc d'Arenberg actuel, amie intime de Marie-Thérèse, -grande et noble dame à tous égards, vint en France sous le Consulat pour -obtenir sa radiation de la liste des émigrés et la restitution de ses -biens qui étaient encore sous le séquestre. Elle vint demeurer chez la -maréchale de Beauvau avec laquelle elle était liée. Il lui fallut écrire -à Fouché et demander une audience; celle-ci accordée, elle vint à l'hôtel -de police; on ne permit pas à sa voiture d'y entrer, elle fut obligée de -descendre à la porte et de se crotter en traversant la cour. Le ministre -étant occupé ne put recevoir la duchesse d'Arenberg et la renvoya à son -premier commis. Celui-ci lui dit qu'elle pouvait s'asseoir pendant qu'il -chercherait le carton qui contenait les papiers relatifs à son affaire. -Il se mit à feuilleter un registre, puis s'écria: «Mais votre affaire -est rayée depuis quinze jours! Vous êtes toute rayée. Oh! bien! citoyenne -d'Arenberg, puisque je suis le premier à vous donner cette bonne -nouvelle, il faut que je vous embrasse!» Et le voilà prenant la duchesse -par la tête et lui baisant les joues. Mais Mme d'Arenberg n'était point -encore au bas de l'escalier qu'il la rappelle en lui criant: «Eh! -citoyenne d'Arenberg, je me suis trompé; ce n'est pas vous, c'est une -d'Alembert qui est rayée!» Et voilà la pauvre Duchesse revenant chez Mme -de Beauvau après avoir été embrassée et non rayée! Le Premier Consul, qui -sut cette histoire le lendemain, fit aussitôt rayer la Duchesse, qui -rentra dans ses biens. - - -_Valençay, 17 septembre 1835._--La princesse de Lieven a eu, à Bade, une -conversation assez curieuse avec M. Berryer, l'avocat-député: «Que -pensez-vous, monsieur, des nouvelles lois proposées par le gouvernement -français à l'occasion de l'attentat du 28 juillet?--J'en approuve le -principe, et c'est pour cela que ne vais pas siéger à la Chambre où, par -ma situation, je serais obligé de les combattre.--Croyez-vous à la durée -du gouvernement actuel?--Non.--A la République?--Non.--A Henri -V?--Non.--Mais à quoi croyez-vous donc?--A rien; car, en France, rien -n'est possible à établir!» M. Berryer est parti le lendemain pour Ischl y -voir Mme la duchesse de Berry, et de là à Naples. - - -_Valençay, 18 septembre 1835._--M. de Talleyrand m'inquiète, non que je -croie grave l'incommodité dont il se plaint, mais il en est frappé. Il -parle souvent de sa fin, il en a évidemment effroi, il en repousse -l'image avec horreur. Il soupire souvent et hier je l'ai entendu s'écrier -avec une profonde tristesse: «Ah! mon Dieu!» Les nouvelles, la politique -l'intéressent, mais nous ne sommes pas en fonds pour cela ici. - - -_Valençay, 19 septembre 1835._--Lord Alvanley, revenant en fiacre du lieu -où il s'était battu avec le fils d'O'Connell, donna une pièce d'or au -cocher; celui-ci, surpris de cette générosité, dit: «Comment, my lord, -une pièce d'or pour vous avoir mené si près?--Non, mon ami, mais pour -m'en avoir ramené!» - -Le bon et excellent docteur Bretonneau que j'ai appelé, de Tours, vient -d'examiner M. de Talleyrand; il déclare que son mal n'est que dans les -muscles, tiraillés et fatigués par les efforts que M. de Talleyrand est -obligé de faire pour s'aider de ses bras, à défaut de ses jambes. De -plus, il le trouve dans un état nerveux de langueur et d'ennui, mais, -enfin, rien de dangereux. Ce qu'il y a de pis, c'est la faiblesse -croissante des extrémités qui peut, d'un instant à l'autre, faire -craindre une impotence complète. Bref, toutes les conditions d'une -existence difficile, mais aucune d'une existence qui touche à sa fin. -J'espère que la présence et les douces et spirituelles paroles de -Bretonneau auront calmé l'esprit de M. de Talleyrand. - - -_Valençay, 20 septembre 1835._--Le général Sébastiani a manqué de sauter -dans Manchester-Square à Londres. Un nouveau Fieschi y avait établi une -petite machine infernale; une pauvre femme seule aurait été blessée, on -ne sait encore rien de plus. Tout est crime et mystère dans le temps -actuel! - -M. Royer-Collard nous a parlé hier de son dernier discours à la Chambre -des députés. Il dit qu'il se serait cru déshonoré s'il s'était tu, qu'il -se serait fait porter à la tribune plutôt que de se taire dans une -circonstance qui intéressait la gloire de toute sa vie; enfin, qu'il -serait mort s'il n'avait pas parlé, et qu'il ne se porte mieux que parce -qu'il a pu dire toute sa pensée. - -J'ai eu le courage de toucher la question des cours prévôtales[67] à -l'époque de la seconde Restauration, qu'on lui a tant reprochées -dernièrement, et voici ce que M. Royer-Collard m'a répondu: «J'ai été, en -effet, nommé, avec plusieurs conseillers d'État, pour examiner le projet -de loi, avant que le ministère le portât à la Chambre. M. Cuvier et moi -combattîmes le projet dans son principe et nous le fîmes beaucoup -modifier dans les détails. M. de Marbois, alors garde des sceaux, qui -n'aimait guère cette loi, désirant la faire porter aux Chambres par des -hommes qui y étaient opposés, me nomma Commissaire du gouvernement sans -me consulter. Je ne l'appris que par le _Moniteur_ et je m'en plaignis -avec amertume. Je n'ai point paru à la Chambre comme Commissaire pendant -la discussion de la loi, et je porte le défi à qui que ce soit de citer -un mot de moi en faveur de cette loi.» Il a ajouté que M. Guizot, alors -secrétaire général du ministère de la Justice, n'aurait pas dû se borner -à citer charitablement à ses collègues du Cabinet actuel le _Moniteur_ -qui contient son nom, mais qu'il aurait dû, en même temps, dire de quelle -manière les choses s'étaient passées. Si cette accusation, au lieu d'être -portée simplement dans les journaux ministériels, l'avait été à la -Chambre, M. Royer serait monté à la tribune pour rétablir la vérité des -faits. - - [67] Les cours prévôtales étaient, en 1789, des tribunaux chargés - de punir, promptement et sans appel, certains crimes et délits - définis par une ordonnance de 1731. Sous le Consulat et l'Empire, - on institua, sous le même nom, des juridictions exceptionnelles - pour les désertions, les insoumissions, les délits politiques et - la contrebande. Les cours prévôtales de la Restauration, - composées de juges de tribunaux de première instance, et dirigées - par un prévôt, officier supérieur de l'armée, jugèrent, de 1815 à - 1817, sans appel et avec rétroactivité, les crimes et délits - portant atteinte à la sûreté publique. Elles furent un instrument - de réaction et de vengeances politiques. - -Il est peiné d'avoir blessé M. Thiers dans son discours; ce n'était pas -contre lui qu'il était dirigé, et il aurait désiré pouvoir lui faire une -place à part. - -M. Royer, qui n'a pas toujours bien pensé ni bien parlé du Roi -Louis-Philippe, est fort revenu sur son compte. Il disait, hier, devant -le beau portrait du Roi qui est ici, qu'il s'était fort grandi dans sa -pensée, et à tel point qu'il n'aimait pas à se l'avouer à lui-même, tant -il se trouvait en contradiction avec le passé à cet égard, et sa raison -en opposition avec ses goûts. - - -_Valençay, 21 septembre 1835._--M. de Talleyrand, qui, le premier jour, -avait été rassuré par le dire satisfaisant et consciencieux de -Bretonneau, est retombé dans ses préoccupations sur sa santé. Il -convient qu'il ne songe pas à autre chose et dit que cela tient à -l'ensemble de sa disposition morale qui est triste et ennuyée. En -rentrant chez lui, hier au soir, je l'ai trouvé lisant des ouvrages de -médecine, étudiant l'article des maladies de cœur et se figurant y avoir -un polype. Il souffre cependant fort peu, à de longs intervalles, et ses -souffrances s'expliquent tout naturellement. Ce qu'il a, c'est -évidemment, pour moi qui m'y connais, mal aux nerfs. Cet étrange Protée -lui était inconnu, il le niait chez les autres, il le subit maintenant -sans vouloir le reconnaître. - -On dit le général Alava nommé président du Conseil à Madrid. Depuis un -an, il n'avait, disait-il, accepté la mission de Londres que parce que le -duc de Wellington était ministre; il y est resté, malgré la retraite du -Duc, parce que, disait-il, Martinez de la Rosa était président du Conseil -à Madrid; il n'a pas pu se retirer en même temps que Martinez de la Rosa -parce que, disait-il, celui-ci a été remplacé par Toreno qui était aussi -son ami! Il a conduit lui-même, en Espagne, la légion anglaise qu'il -avait formée à Londres, après avoir juré de se déclarer pour don Carlos, -le jour où la Régente appellerait un seul étranger à la défense de sa -cause, et enfin, il serait maintenant fait chef du Cabinet espagnol par -Mendizabal, qu'il chassait jadis de chez lui parce qu'il était un voleur -et un coquin! C'est, il faut en convenir, pousser la logique de -l'inconséquence à ses dernières limites. - - -_Valençay, 22 septembre 1835._--C'est la première fois depuis vingt et -un ans que cet anniversaire[68] se passe pour moi loin de M. de -Talleyrand, qui est parti hier pour le conseil général de Châteauroux. Je -suis restée seule avec la génération qui est destinée à lui succéder ici. -Cela m'a fait faire plus d'une réflexion, et surtout celle que le jour où -M. de Talleyrand ne serait plus, je viendrais bien rarement à Valençay, -non pas que j'aie la crainte qu'on y serait mal pour moi, mais parce que -les souvenirs du passé rendraient tout pénible et que le contraste que -déjà je remarquais hier tendra toujours à se marquer davantage. Je ne me -sentais point appelée à régler, à tenir le salon, je n'étais point chez -moi, et je voudrais avoir des ailes à déployer pour prendre mon vol vers -Rochecotte. - - [68] Le 22 septembre, jour de la Saint-Maurice, était la fête de - M. de Talleyrand, dont ce saint était le patron. - -M. Mennechet, jusqu'à présent rédacteur de _la Mode_, journal carliste, -diffamateur par principe, a dit ceci: «Figurez-vous que depuis cinq ans -que je combats sur la brèche pour le monde qui est à Prague, je n'ai eu -que deux lettres de leur part: la première du Roi Charles X, qui se -plaignait amèrement des caricatures que nous lui avions envoyées contre -le Roi Louis-Philippe, et qui nous recommandait de cesser d'en faire; la -seconde est de Madame la Dauphine, qui m'a écrit il y a deux mois une -lettre extrêmement sévère, et qui m'a renvoyé notre journal en déclarant -qu'elle cessait son abonnement parce que nous avions inséré un article -dans lequel nous disions avoir _vu_ ou _reçu_ une lettre d'elle qui -contenait de bonnes nouvelles de M. le duc de Bordeaux.» M. Mennechet, -navré de ces deux lettres, a quitté la rédaction du journal. Je trouve -les lettres de Prague très raisonnables, et très honorables pour ceux qui -les ont écrites. - - -_Valençay, 23 septembre 1835._--J'attends avec impatience le retour de M. -de Talleyrand de Châteauroux. Quoiqu'il soit devenu triste et irritable, -sa présence fait bien ici; elle remplit ce grand château, elle y -maintient le bon langage et la bonne tenue. Je sais d'ailleurs, alors, -pourquoi je suis ici. - - -_Valençay, 24 septembre 1835._--Le dire de Bretonneau s'est vérifié. M. -de Talleyrand est revenu de Châteauroux ranimé et satisfait de l'accueil -du préfet, de l'empressement de toute la ville et du succès d'une route -qui l'intéresse. - -Madame Adélaïde me mande que la course que le Roi vient de faire à la -ville d'Eu avait été non seulement bonne pour sa santé, mais encore douce -à son cœur et consolante pour tous les siens, par les témoignages -d'affection impossibles à décrire qu'il a reçus tout le long de sa route. - -Pépin a été enfin repris le 22 au matin, à ce que me mande aussi Madame, -mais elle venait de l'apprendre et n'ajoute aucun détail. - -M. de Rigny est signalé à Toulon, ce qui prouve qu'il n'a pas réussi dans -la négociation du mariage napolitain. - - -_Valençay, 28 septembre 1835._--M. Brenier, qui arrive de Londres, me -racontait hier que le général Sébastiani a autant d'aversion pour la -musique que sa femme, au contraire, a de goût et de plaisir à l'entendre. -Le mari ne permet point à sa femme d'aller à l'Opéra ni au concert. Un -jour cependant, après de longues instances, Mme Sébastiani obtint la -permission de se rendre à un concert chez lady Antrobus; c'était le 18 -juin. Le général devait venir, plus tard, y reprendre sa femme. En effet, -il s'y rendit au moment où entrait le duc de Wellington, en uniforme, -entouré de beaucoup d'officiers, qui venaient tous du grand dîner -militaire donné à l'occasion de l'anniversaire de la bataille de -Waterloo. Les chanteurs entonnent alors un hymne en l'honneur du -vainqueur. Sébastiani furieux dit à M. de Bourqueney, son premier -secrétaire d'ambassade, qui l'avait accompagné, d'avertir Mme Sébastiani -qu'il fallait se retirer. Celle-ci, qui n'entend pas l'anglais et ne -comprenait par conséquent pas les paroles de la cantate, se refusa -d'abord à quitter sa place; mais M. de Bourqueney, encouragé par les -gestes du général en colère, fit enjamber presque de force les banquettes -à la pauvre femme. Ayant enfin rejoint son mari, celui-ci lui dit, de -l'air doctoral et sentencieux qui lui est propre: «Je vous avais bien -dit, madame, que la musique vous porterait malheur!» - -C'est ce même M. de Bourqueney, dont, il est ici question et qui écrivait -dernièrement dans le _Journal des Débats_, avant d'aller à Londres avec -Sébastiani, qui a eu le front d'insinuer que c'était lui qui avait, de -Paris, préparé pour M. de Talleyrand le discours que celui-ci a adressé -au Roi d'Angleterre, en lui remettant ses lettres de créance, en 1830. -Voici toute l'histoire de ce discours. M. de Talleyrand, achevant sa -toilette pour se rendre chez le Roi, me dit qu'il lui était venu à -l'esprit qu'il serait convenable de dire quelques mots, que c'était -l'ancien usage, et que dans la circonstance particulière de l'époque, il -y verrait de l'avantage, mais qu'il manquait de temps pour préparer -quelque chose, puis il ajouta: «Voyons, madame de Dino, mettez-vous là et -trouvez-moi deux ou trois phrases que vous écrirez de votre plus grosse -écriture.» C'est ce que je fis. Il changea deux ou trois mots à mon -brouillon; je recopiai le tout pendant qu'on lui attachait ses -décorations et qu'on lui donnait sa canne et son chapeau. Telle est -l'histoire exacte de ce petit discours qui, par des allusions heureuses -et un rapprochement entre 1688 et 1830, fut assez remarqué dans le -temps[69]. - - [69] Ce discours se trouve aux pièces justificatives de ce - volume. J'en détache seulement ici la phrase à laquelle l'auteur - fait allusion: «L'Angleterre, au dehors, répudie comme la France - le principe de l'intervention dans les affaires extérieures de - ses voisins; et l'ambassadeur d'une royauté votée unanimement par - un grand peuple, se sent à l'aise sur une terre de liberté, et - près d'un descendant de l'illustre maison de Brunswick.» - -Il en est de même de la lettre de démission que M. de Talleyrand a écrite -il y a moins d'un an. On prétend généralement qu'elle est de M. -Royer-Collard, et voici encore ce qui s'est passé à cet égard. J'avais, -dans ma conscience, reconnu qu'il était d'une nécessité absolue pour M. -de Talleyrand de donner sa démission; je familiarisai peu à peu M. de -Talleyrand avec cette résolution; je savais qu'il était toujours -difficile pour lui de rédiger sa pensée, et qu'il lui convenait mieux -d'agir. Aussi depuis longtemps j'avais cherché les paroles qu'il faudrait -employer. Un jour enfin, au mois de novembre de l'année dernière, dans -notre solitude ici, je reparlai à M. de Talleyrand de la convenance qui, -chaque jour, devenait plus grande pour lui de donner cette démission, -devant laquelle il reculait un peu. Il me dit alors que la lettre pour -l'annoncer serait très difficile à faire. Je rassemblais immédiatement -tout ce que j'avais préparé en pensée, je le mis par écrit et retournant -une demi-heure après chez M. de Talleyrand, je le lui lus. Il en fut -frappé, et l'adopta en totalité à l'exception de deux mots qu'il trouvait -trop affectés. Je lui demandai alors de soumettre ce projet de lettre à -M. Royer-Collard; il le voulut bien. Je partis le lendemain pour -Châteauvieux. M. Royer-Collard trouva la lettre bien, seulement il mit à -la fin, _les pensées qu'il suggère_, au lieu de _les avertissements qu'il -donne_ que j'avais mis; puis, au commencement, il changea une expression -qu'il trouvait trop pompeuse, et la remplaça par un mot de meilleur goût. -Et c'est ainsi que, sans aucune nouvelle altération, cette lettre parut -ensuite au _Moniteur_ d'où elle a, pendant assez longtemps, occupé le -public. Toutes les lettres de cette époque écrites par M. de Talleyrand -au Roi, à Madame Adélaïde et au duc de Wellington ont été d'abord jetées -sur le papier et remaniées par M. de Talleyrand. La première seule, -contenant la démission, a été corrigée par M. Royer-Collard; les autres -lui ont été simplement communiquées, il les a toutes approuvées. - - -_Valençay, 1er octobre 1835._--Hier, j'ai été à Châteauvieux par un temps -épouvantable. - -M. Royer-Collard disait que les deux hommes les plus semblables qu'il eût -rencontrés étaient Charles X et M. de la Fayette, tous deux également -fous, également entêtés, également honnêtes. En parlant de M. Thiers, il -a dit: «C'est un polisson, bon enfant, qui a beaucoup d'esprit, quelques -lueurs même de grand esprit, mais bon surtout à perdre un Empire par son -étourderie et son enivrement.» Revenant sur les dernières lois -répressives, il disait: «Je n'ai pas goût à la dictature, mais ma raison -me dit qu'elle peut parfois être nécessaire. Nous sommes peut-être dans -un de ces moments-là. Mais où prendre le Dictateur? Si on proposait -franchement le Roi, je comprendrais, mais les ministres d'aujourd'hui!» - - -_Valençay, 4 octobre 1835._--J'ai entendu conter hier de singulières -histoires sur M. Cousin dont les idées révolutionnaires d'autrefois sont -changées en sentiments monarchiques les plus exaltés. On cite de lui des -mots charmants à ce sujet. Il paraît que cet illustre Pair a composé un -catéchisme monarchique et catholique. L'ouvrage fait, il va le porter à -M. Guizot qui l'approuve, ainsi que M. Persil, ministre des cultes. On -l'imprime, on l'envoie aux collèges en le recommandant à tous les -établissements de l'Université. Tout cela fait, un pauvre prêtre vient, -le livre à la main, prouver que tous ces docteurs n'ont oublié qu'un seul -petit point de la doctrine catholique, celui du Purgatoire, dont il -n'était pas fait la moindre mention dans le catéchisme doctrinaire, -vérifié et approuvé par M. Guizot qui est ministre de l'Instruction -publique, et en même temps de la religion calviniste! - - -_Valençay, 10 octobre 1835._--Un préfet, pédant et maussade, refusa de -mauvaise grâce à M. de Talleyrand, l'autorisation de planter un bouquet -de bois, en disant qu'il était _à cheval sur la loi_.--«Ma foi!» répondit -M. de Talleyrand, «vous montez une fière rosse!» - -Le célèbre Alfieri, après avoir donné dans les premières idées de la -Révolution française, s'en dégoûta, au point de vouloir quitter la -France, parce qu'un matin, menant lui-même à grandes guides quatre -chevaux au bois de Boulogne, on les lui avait pris violemment pour le -service public; le soir même, il annonça son départ, et aux instances -qu'on lui faisait de rester en France, il répondit: «Eh! que voulez-vous -qu'on fasse dans un pays où les nobles sont sans poignard et les prêtres -sans poison!» - - -_Valençay, 16 octobre 1835._--Me voici entrée dans de nouveaux soucis. -J'ai été avertie que la princesse de Talleyrand était dans un était de -santé alarmant, et qui menaçait d'une fin prochaine. La baronne de -Talleyrand, qui me le mande, me prie d'y préparer M. de Talleyrand. -J'avoue que j'ai reculé devant cette mission. Les idées sinistres -auxquelles M. de Talleyrand revient si souvent depuis quelque temps, la -tristesse que lui inspire son grand âge, l'inquiétude qu'il manifeste à -chaque petite souffrance, l'impression vive et pénible qu'il reçoit de -la mort de ses contemporains, m'ont fait redouter de lui montrer celle de -sa femme comme prochaine. Je ne craignais pas d'affliger son cœur qui -n'est nullement intéressé dans cette circonstance; mais la disparition -d'une personne à peu près de son âge, avec laquelle il a vécu, qu'il a -jadis assez aimée ou à laquelle il a été assez soumis pour lui donner son -nom, tout cela m'a fait croire que le danger de la Princesse lui -causerait une impression profonde. - -Je me suis agitée, tourmentée pour trouver des insinuations détournées, -afin d'aborder la question sans causer de saisissement. Mes premières -paroles à ce sujet ont été écoutées en silence, sans réponse; puis M. de -Talleyrand a aussitôt parlé d'autre chose. Le lendemain cependant, il -m'en a reparlé, mais uniquement, le cas échéant, comme d'un embarras de -deuil, d'enterrement et de billets de part. Il m'a dit que si la -Princesse mourait, il irait passer huit ou quinze jours hors de Paris, et -tout cela, il l'a dit, non seulement avec la plus grande liberté -d'esprit, mais même avec un soulagement visible. Il a immédiatement -abordé les questions d'argent, assez importantes, qui se lient pour lui à -la succession de sa femme, par laquelle il rentrerait et dans la -jouissance d'une rente viagère, et encore dans d'autres sommes à la -propriété desquelles la mort de la Princesse mettrait fin pour elle. Tout -le reste du jour, M. de Talleyrand a montré une sorte de sérénité et -d'entrain, que je ne lui avais pas vue depuis longtemps, et qui m'a -tellement frappée que, l'entendant fredonner, je n'ai pu m'empêcher de -lui demander «si c'était son prochain veuvage qui le mettait si fort en -hilarité». Il m'a fait la grimace, comme un enfant qui joue, et a -continué à parler de ce qu'il y aurait à faire si la Princesse mourait. -Outre la satisfaction de retrouver par là plus de facilité dans son -revenu qui, par plusieurs causes, a notablement diminué depuis quelques -années, ce dont il dépitait extrêmement, il y a probablement, quoiqu'il -n'en convienne pas, même avec moi, dans la perspective de cette mort, le -soulagement de voir briser un lien qui a été le plus grand scandale de sa -vie, parce qu'il a été le seul irrémédiable. - - -_Valençay, 18 octobre 1835._--Après plusieurs mois de silence, pendant -lesquels le général Alava a échoué, à la tête des bandits anglais qu'il -avait conduits en Espagne, je reçois une lettre de lui, de Madrid, du 6 -octobre; elle commence ainsi: «Vous aviez raison, chère Duchesse, de dire -dans le temps que c'était tenter la Providence que d'aller en Espagne -avec des troupes étrangères.» Cette lettre finit par un nouveau retour -vers ma prédiction, qui paraît s'être réalisée pour ce pauvre absurde -Alava, beaucoup plus qu'il ne peut le supporter. Il insiste cependant sur -ce que son honneur était engagé à cette vie de partisan qu'il ennoblit du -titre de chevaleresque et qui n'est qu'un mauvais don-quichottisme. - -Il n'a pas besoin d'expliquer pourquoi il a refusé la Présidence, mais il -dit avoir accepté les Affaires étrangères, parce qu'il voyait la sûreté -de la Régente compromise, sans dire en quoi. Puis il ajoute qu'aussitôt -qu'il a été rassuré sur ce point, il s'est retiré entièrement du -Cabinet, qu'il ne songe plus qu'à aller reprendre son poste à Londres, -aussitôt après la session des Cortès. Il paraît sentir tout ce qu'il y a -d'incertain dans cette marche, car il s'écrie: «Dieu seul peut savoir ce -qui, d'ici là, peut se placer entre moi et Londres.» Il termine en disant -que s'il peut se rendre en Angleterre, ce sera par mer, pour éviter Paris -qui, d'après lui, est l'endroit le plus dangereux pour un diplomate -espagnol. - -A l'occasion de la France, il dit ceci: «Puisqu'on a attendu le _casus -fœderis_ pour agir, le _casus mortis_ où nous nous trouvons dispense de -penser à notre libération, car les morts n'ont besoin de rien.» - - -_Paris, 23 octobre 1835._--Nous sommes revenus à Paris depuis quelques -jours. - -M. le duc d'Orléans, me parlant hier du mariage manqué à Naples pour sa -sœur la princesse Marie, m'a dit qu'il s'était adressé à son beau-frère, -le Roi des Belges, qui est ici en ce moment, pour qu'il trouvât quelque -cadet de grande lignée en Allemagne, qui, en épousant la Princesse, -viendrait s'établir à Paris. La princesse Marie a de l'esprit, mais une -imagination vive et inquiète, le goût des arts, très peu l'habitude de la -gêne et de la représentation. On verrait dans son établissement à Paris -plus d'assurance de bonheur pour elle, et plus de facilité que dans un -établissement au dehors. Il ne s'en présente aucun de cette dernière -espèce, les chances même paraissent s'éloigner; la Princesse a -vingt-trois ans, la Reine s'afflige et s'inquiète. - -Les prétentions pour les enfants du Roi se sont, en tout, fort -amoindries, car M. Guizot disait l'autre jour à M. de Bacourt qui part -pour Carlsruhe, où il faisait remarquer qu'il n'y avait pas d'affaires, -que cependant il y en avait une, celle de conserver la dernière princesse -de Bade pour M. le duc d'Orléans. Cette Princesse est la fille de -Stéphanie de Beauharnais. Je doute qu'un pareil mariage plût au jeune -Prince qui, hier encore, à propos des Leuchtenberg, ne s'est pas bien -exprimé sur les Beauharnais, les taxant tous d'aimer l'intrigue, et ne -voulant pas même faire une exception en faveur de la grande-duchesse -Stéphanie de Bade qui, cependant, dans mon opinion, mérite une place à -part, car elle a non seulement de la bonté, mais encore de l'élévation -d'âme, un peu trop d'activité à la vérité et un peu de prétention au bel -esprit, mais ses sentiments sont tous pris dans un ordre supérieur. - -La princesse de Talleyrand est mieux, et si peu occupée de son état -qu'elle ne songe qu'à se faire assurer de nouveaux bienfaits après la -mort de son mari. - - -_Paris, 24 octobre 1835._--M. Pasquier nous disait hier que Fieschi, à -qui on a été obligé de couper la phalange d'un doigt à la suite des -blessures causées par l'éclat de la machine infernale, avait, de l'autre -main, pris le doigt malade, avant que les chirurgiens s'en emparassent, -et le regardant, avait dit: «Mon petit, j'en suis fâché, mais tu perdras -ta tête avant que je perde la mienne.» Son sang-froid, son courage, sa -force physique, ne sont égalés que par l'excès de sa vanité. - -J'ai trouvé les Tuileries tristes, Madame Adélaïde vieillie, le Roi rouge -et bouffi, tous deux affligés du départ du Prince Royal pour l'Algérie. -Châtier un brigand africain ne paraît pas un motif suffisant pour exposer -une vie aussi précieuse. Ils en veulent aux ministres d'avoir plutôt -encouragé qu'arrêté le mouvement aventureux et fort naturel du jeune -Prince. - -Le choléra n'est fini ni à Toulon ni en Afrique, il peut en arriver -quelque malheur au Roi. Le mariage manqué à Naples leur donne des -regrets; la froideur extrême du nouvel ambassadeur de Russie, tout les -jette dans le découragement. - -L'Empereur de Russie, dans les trente-six heures passées à Vienne, en -hommage apparent au dernier Empereur d'Autriche, et en réalité pour -charmer M. de Metternich par sa femme, et l'archiduc Louis par -l'archiduchesse Sophie, a couru tout Vienne en fiacre, a forcé le caveau -où le dernier Empereur est déposé, et a trouvé moyen, en trente-six -heures, de changer quatre fois d'uniforme. - -Les carlistes, à propos de la nomination du comte Pahlen comme -ambassadeur de Russie en France, disent que rien ne prouve mieux le -rapprochement de l'Empereur Nicolas avec le Roi Louis-Philippe, que le -choix d'un fils d'assassin comme ambassadeur près du fils d'un régicide. - - -_Paris, 27 octobre 1835._--M. de Talleyrand disait hier qu'à son retour -d'Amérique, après toutes les horreurs de la Révolution, rencontrant -Sieyès, il lui demanda comment il avait traversé cette cruelle époque, -ce qu'il avait fait pendant ces tristes années. «J'ai vécu,» répondit -Sieyès! C'était, en effet, ce qu'il y avait de mieux et de plus difficile -à faire! - -Le gouvernement, désirant arriver à la mise en liberté des prisonniers de -Ham[70], a saisi ardemment quelques symptômes de dérangement mental qui -se manifestaient chez M. de Chantelauze, pour atteindre ce but. En -conséquence, M. Thiers, avec l'arrière-pensée de faire échanger aux -prisonniers, au bout de quelque temps, une maison de santé pour les -châteaux de quelques amis qui auraient répondu d'eux, avait nommé une -commission de médecins célèbres, pour constater l'état de M. de -Chantelauze d'abord, et par occasion, celui des autres anciens ministres; -mais M. de Chantelauze, aussitôt qu'il entendit parler de l'arrivée des -médecins, se hâta de déclarer, positivement, qu'il les recevrait -poliment, comme gens de mérite, mais nullement comme médecins; qu'il ne -répondrait à aucune de leurs questions, et qu'il veut sa liberté pleine, -entière, immédiate, ou rien du tout. Je ne pense pas que ses compagnons -d'infortune lui sachent bien bon gré de cette humeur dédaigneuse. - - [70] En 1830, les signataires des fameuses ordonnances qui - amenèrent la chute de Charles X, MM. de Polignac, de Peyronnet, - Guernon de Ranville et Chantelauze, furent traduits devant la - Cour des Pairs, privés de tous leurs titres et condamnés à la - prison perpétuelle. Ils étaient alors enfermés à Ham. - - -_Paris, 14 novembre 1835._--Je viens de recevoir des lettres de lord et -de lady Grey, très amicales. Ils sont fort occupés de leur propriété de -Howick, d'où ils m'écrivent, et paraissent complètement détachés de la -politique. - -Lady Grey dit une chose que je répète de bon cœur avec elle: «If my -friends will only love me, and that I can possess a garden in summer, and -an arm-chair in winter, I am perfectly happy in leading the life of an -oyster.--Don't expose me to Mme de Lieven, she would think me unfit to -live!» - - -_Paris, 16 novembre 1835._--M. de Barante est venu me dire adieu. Il part -demain pour Pétersbourg, le cœur gros, l'esprit préoccupé. Depuis le -fameux discours de l'Empereur Nicolas à Varsovie[71], que Mme de Lieven -elle-même appelle _une catastrophe_, et les articles du _Journal des -Débats_ qui ont commenté ce discours, la position de l'ambassadeur de -France n'est pas rendue facile. Il semble, du reste, dans une direction -fort sage et d'autant plus prudente qu'il l'a reçue directement du Roi. - - [71] Le discours dont il est ici question a été prononcé le 10 - octobre 1835 à Varsovie, par l'Empereur Nicolas, en présence du - Corps municipal de cette ville auquel il était adressé. Les - paroles de l'Empereur étaient remplies de menaces et de reproches - à l'adresse des Polonais, et formulées dans des termes si - violents qu'elles firent l'étonnement de l'Europe, où l'on - douta même de leur authenticité. Les allusions aux relations - clandestines entretenues par l'insurrection polonaise avec - l'étranger embarrassèrent plus d'un diplomate et plus d'un - gouvernement. Ce discours fut publié par le _Journal des Débats_ - du 11 novembre 1835. On le trouvera aux pièces justificatives de - ce volume. - -Nous avons dîné, hier, aux Tuileries; il n'y avait que la famille royale, -le service immédiat, et quelques élèves, amis des petits Princes. M. le -duc d'Aumale venait d'être premier, ce qui le mettait _in high spirits_. -C'était le seul qui me parût l'être, de toute la compagnie. - -Le Roi a eu la bonté de faire apporter pour moi un portrait charmant de -Marie Stuart, d'autant plus curieux que son origine est touchante. Les -femmes de Marie Stuart passèrent d'Angleterre en Belgique, aussitôt après -l'exécution de leur maîtresse; elles portèrent avec elles ce portrait, -qu'elles placèrent dans un édifice public, où il est encore. La Reine des -Belges en a fait faire une copie parfaite qu'elle a donnée au Roi son -père, et c'est cette copie que j'ai vue. - -Le Roi, dans le courant de la soirée, a longtemps causé avec M. de -Talleyrand, et lui a demandé de faire un voyage à Vienne, ce que celui-ci -a décliné, en se rejetant sur la saison, sur son âge et sur la présence -d'un autre ambassadeur déjà accrédité à Vienne. - - -_Paris, 20 novembre 1835._--L'effet du fameux discours de l'Empereur -Nicolas à la municipalité de Varsovie a été non moins grand et non moins -désagréable à Vienne qu'à Berlin. Les journaux anglais l'ont attaqué -violemment: le _Morning Chronicle_, qui est le journal du Cabinet whig, a -été bien plus violent encore que le _Journal des Débats_. A propos de -celui-ci, il s'est passé quelque chose de singulier. Le gouvernement, -ennuyé de toutes les imprudences et inconvenances que commettent les -_Débats_, et qui deviennent gênantes, à cause de sa couleur -semi-officielle, a pensé à donner un peu plus d'importance au _Moniteur_, -à y faire insérer des articles soignés, et à ôter ainsi aux _Débats_ de -leur importance ministérielle. Cette pensée était celle du Roi qui -l'avait fait adopter par son Cabinet, mais lorsqu'il s'est agi de savoir -sous la direction immédiate de qui se trouverait le _Moniteur_, le duc de -Broglie l'a réclamé comme président du Conseil. Le Roi a, alors, aussitôt -abandonné et fait abandonner le projet et les choses sont demeurées comme -auparavant. - -Les lettres d'Angleterre disent le ministère anglais fort embarrassé. Le -timide discours de lord John Russell à Bristol, sans satisfaire les -conservatifs, a irrité les radicaux et les catholiques d'Irlande à un -point extrême, et l'existence du Cabinet paraît sérieusement menacée, -quoique la solution soit ajournée jusqu'à la réunion du Parlement. - -Plus je vois le comte de Pahlen, le nouvel ambassadeur de Russie, plus je -lui trouve les allures d'un homme comme il faut. Je vais en citer une -preuve. Je sais de source certaine qu'il a écrit à sa Cour en termes -nets, simples, droits, bienveillants sur ce qu'il a trouvé et sur ce qui -s'est présenté à lui dans ces derniers temps. Il n'a pas laissé ignorer -combien sa situation sociale souffrait des instructions qu'il avait -reçues; il a ajouté qu'il ne se sentait pas appelé à rester dans une -semblable position et il a déclaré nettement que son gouvernement devait -ou changer ses premières directions, ou le rappeler. C'est hier que cette -déclaration est partie. Le Roi et Madame Adélaïde attendent avec -impatience la réponse qui décidera, nécessairement, de la nature des -relations futures entre ce gouvernement et celui de Russie. - - -_Paris, 23 novembre 1835._--Voici les traits saillants d'une lettre que -je viens de recevoir du duc de Wellington, qui me devait une réponse -depuis longtemps: «Nous sommes toujours sur la grande route où nous -sommes entrés il y a cinq ans; tout ce que nous pouvons espérer, c'est -que notre marche ne sera pas trop rapide. L'arrêt et le retour surtout -sont impossibles. Robespierre était au moins honnête homme en fait -d'argent; sa puissance était fondée sur le désintéressement; mais ceux -qui veulent et viendront à nous gouverner, ne seront pas touchés par la -même considération. Je le crains du moins.» - - -_Paris, 24 novembre 1835._--J'ai passé hier une matinée singulière, dont -je veux rendre un compte détaillé. Il faut avant, pour l'intelligence du -récit, que je fasse une petite préface. - -J'ai, de par le monde, une cousine qui s'appelle Louisa de Chabannes. -Dans sa première jeunesse, elle avait été fort jolie; chantant, -dessinant, très bien élevée, mais pauvre, elle ne trouva pas à se marier, -devint retirée, sauvage, souffrante et presque laide. Je la voyais jadis, -trois ou quatre fois l'an, et toujours j'étais frappée de cette personne -affaissée, maigrie, ternie, nerveuse, silencieuse. Il y a sept ans, -j'appris qu'elle était entrée aux Grandes Carmélites. Je n'en fus pas -surprise, car quoiqu'elle n'eût pas précisément les allures dévotes, il -était bien visible qu'elle se sentait froissée dans le monde; mais, ainsi -que tous ses parents, je fus bien convaincue que les austérités de cet -ordre rigoureux détruiraient bientôt cette organisation délicate et -souffrante. J'entendais cependant, de loin en loin, son frère Alfred dire -qu'elle vivait et se portait mieux que dans le monde. - -Hier matin, on me remet une lettre commençant par: «Ma chère cousine,» et -finissant par: «Sœur Thérèse de Jésus.» Je fus d'abord un petit moment -sans comprendre, puis je me souvins de Louisa de Chabannes. Elle me -disait dans cette lettre, qu'ayant enfin obtenu de ses Supérieures la -permission de me voir, elle me suppliait de venir aussitôt, la journée -d'hier étant une de celles qui, en si petit nombre, sont accordées aux -visiteurs; elle ajoutait que, pour ne pas m'effaroucher, elle avait, par -grande faveur, obtenu de me voir à visage découvert, et sans témoins. Je -me serais fort reproché de désappointer cette pauvre fille, et une visite -à M. l'archevêque me conduisant dans ce quartier, je résolus de faire les -deux choses le même jour. - -Je suis sortie à deux heures et me suis arrêtée au haut de la rue d'Enfer -devant un portail surmonté d'une croix. La tourière m'a dit que les -vêpres n'étaient pas finies, car ces religieuses disent chaque jour le -grand office, je devrais entrer à la chapelle. Je m'y suis placée. Au -fond du chœur est une grille armée de pointes en saillie, derrière -laquelle est un grand voile brun. C'est de là que partaient les voix des -Sœurs. Il n'y avait, en plus de moi, que deux vieilles dames dans la -chapelle, qui est ornée d'une statue du cardinal de Bérulle agenouillé, -en marbre blanc, et de plusieurs portraits de sainte Thérèse. Je n'avais -pas vu ma cousine assez souvent pour reconnaître sa voix; d'ailleurs, -l'office a fini presque aussitôt. Je suis rentrée chez la tourière, où le -médecin du couvent est arrivé. - -Pendant qu'on allait avertir de sa présence et de la mienne, il a vu que -je tremblais de froid, car, dans cette maison, il n'y a jamais de feu -qu'à l'infirmerie et dans la cuisine. Le docteur m'a parlé alors du -régime intérieur, qu'il prétend ne pas être malsain, et, pour preuve, il -me disait qu'après beaucoup d'observations, il avait constaté que l'âge -moyen auquel les femmes parvenaient dans le monde était trente-sept ans -et que, chez les Carmélites, il allait à cinquante-quatre ans. Il m'a -quittée pour aller à l'infirmerie, et bientôt après, on m'a menée au -parloir, toujours sans feu. Un petit fauteuil de jonc, sous lequel -s'étendait une natte également en jonc, était placé auprès d'une grille -en fer, doublée de petits montants en bois, et derrière cette double -séparation un rideau de laine brune. - -Au bout de quelques instants, j'ai entendu tourner un verrou, quelqu'un -s'avancer vers la grille, et une voix très claire dire: «Deo gratias». Je -ne savais ce qu'il fallait répondre, je me suis tue; la même voix a -repris: «Deo gratias». Alors, je me suis résignée à dire: «Je ne suis pas -prévenue de ce qu'il faut répondre.» Un petit éclat de rire m'a -déconcertée: «Ma cousine, c'était pour m'assurer que vous étiez là!» Le -rideau a été tiré, et je me suis trouvée en face d'un visage rond, frais, -de deux yeux bleus brillants, d'une bouche souriante. Au lieu d'une voix -éteinte, j'ai entendu des accents timbrés, animés, une parole rapide, -des pensées douces et bienveillantes, avec des assurances d'un bien-être -et d'une satisfaction que ne démentait pas l'aspect le plus consolant -qu'on pût avoir d'une religieuse sévèrement cloîtrée. Elle a -quarante-huit ans, mais ne paraît pas en avoir trente-six. Elle m'a -beaucoup remerciée d'être venue, m'a remis une petite médaille à -l'effigie de la sainte Vierge, en me suppliant de la faire porter, à son -insu, par M. de Talleyrand. «Cette médaille, a-t-elle dit, ramène à la -foi les plus égarés.» Je ne l'ai pas refusée, je n'ai pas refusé d'en -faire l'usage désiré, c'eût été une dureté odieuse. D'ailleurs, il y a -quelque chose de contagieux dans une foi aussi sincère et aussi vive! -J'ai dit que je guetterais un moment favorable pour remplir ces saintes -intentions. - -Je suis repartie fort touchée, fort préoccupée, après avoir dit un adieu -probablement éternel à cette douce et heureuse personne, qui couche sur -une planche, ne se chauffe jamais, fait maigre toute l'année, et qui -serait bien fâchée de ne pas dire avec sainte Thérèse: «Souffrir ou -mourir.» - -J'ai été, de là, rue Saint-Jacques, au couvent des Dames Saint-Michel, -pour voir Monseigneur l'Archevêque, auquel je voulais parler d'un projet -de mariage pour mon second fils avec Mlle de Fougères. J'ai été menée par -une des Sœurs, vêtue de blanc de la tête aux pieds, dans un petit -bâtiment séparé, qui donne sur l'immense jardin de ces dames. C'est là -que vit habituellement M. de Quélen, depuis la destruction de son palais. -L'appartement est joli, propre, très soigné. - -J'ai trouvé l'Archevêque en bonne santé et en bonne disposition d'humeur, -fort aise de ma visite. Il m'a aussitôt parlé de mes enfants, de leur -avenir, de leur mariage. Je n'ai pas hésité à entrer dans des détails -avec lui à ce sujet. Il a bien écouté et m'a dit qu'il serait heureux en -toute circonstance de témoigner l'intérêt qu'il prenait à la famille de -feu M. le cardinal de Périgord et particulièrement à mes enfants; que je -devais bien savoir qu'il avait pour moi un intérêt à part, qui tenait à -mes qualités, et à ce qu'il avait toujours vu en moi l'instrument dont la -Providence se servirait probablement pour accomplir l'œuvre de sa grâce -et de sa miséricorde sur M. de Talleyrand. Je l'ai engagé à venir -quelquefois, le matin, de loin en loin, chez M. de Talleyrand, comme il -le faisait avant notre départ pour l'Angleterre. Quand je suis partie, il -m'a dit: «Traitez-moi, comme jadis, en grand parent, si ce n'est en ami, -et laissez-moi croire que vous reviendrez me voir aux approches du jour -de l'an.» J'ai dit que oui, et que je lui demanderais alors de lui -présenter ma fille, qui avait été baptisée et confirmée par lui. «Et qui, -je l'espère, ne sera mariée que par moi», a-t-il repris, et là-dessus je -me suis retirée. - - -_Paris, 6 décembre 1835._--Voici une histoire que M. Molé m'a contée hier -soir. Mme de Caulaincourt (Mlle d'Aubusson) s'est mariée en 1812. En -sortant de la cérémonie, elle est rentrée au couvent où elle avait été -élevée et son mari est parti pour l'armée. Il a été tué à la bataille de -la Moskowa, où son beau-frère, jeune page de l'Empereur, a disparu, sans -qu'on ait pu constater son sort. Mme de Caulaincourt, après son année de -veuvage, est entrée dans le monde, sans cependant y aller beaucoup. Elle -tenait la maison de son père, veuf depuis longtemps. Son frère aîné, peu -de temps après avoir épousé Mlle de Boissy, est devenu fou furieux, et sa -sœur, la duchesse de Vantadour, languit dans une lente consomption. Le -père, frappé ainsi dans tous ses enfants, a voulu se remarier. Il a, en -effet, épousé Mme Greffulhe, mère de Mme de Castellane. Mme de -Caulaincourt s'est retirée alors dans un couvent, où elle voulait prendre -le voile. Son père s'y opposa, et l'archevêque de Paris, dont le -consentement était nécessaire, n'ayant pas voulu le donner aussi -longtemps que M. d'Aubusson refusait le sien, Mme de Caulaincourt fut -obligée d'y renoncer. Elle suivait cependant tous les exercices de la -communauté, en portait l'habit, et ne quittait le couvent que lorsque son -père était malade. Le chagrin de se voir contrariée dans sa vocation a -miné sa santé, au point d'attaquer mortellement sa poitrine. Sur son lit -de mort, elle a enfin obtenu la permission de son père; alors, elle a -fait demander l'Archevêque et lui a exprimé le désir de prendre le voile -en recevant l'extrême-onction. Cela a éprouvé quelques difficultés, qui -cependant ont été levées, et quarante-huit heures avant d'expirer, elle a -reçu les derniers sacrements et le voile tant désiré! Hier matin elle est -morte, jeune encore, en vraie sainte. - - -_Paris, 9 décembre 1835._--Mme la princesse de Talleyrand est morte il y -a une heure. Je n'ai encore parlé à M. de Talleyrand que d'agonie. Là -même où il n'y a pas d'affection, le mot _mort_ est sinistre à prononcer, -et je n'aime pas à l'adresser à quelqu'un d'âgé et de souffrant, d'autant -plus qu'en se réveillant, il a eu encore une petite angoisse au cœur, -qui a cédé, du reste, quand il a mis ses jambes dans la moutarde. Il -s'est rendormi, et je ne lui dirai la mort qu'à son réveil. Du reste, il -a, je crois, grande hâte d'être, à tout prix, hors des agitations de ces -derniers jours. - - -_Paris, 15 décembre 1835._--M. Guizot, qui est venu, hier, chez M. de -Talleyrand, a raconté qu'on avait trouvé dans les papiers de M. Réal, -ancien chef de la police impériale, le manuscrit original des _Mémoires_ -du cardinal de Retz, raturé par les religieux de Saint-Mihiel; que le -gouvernement l'avait acheté, remis au plus habile chimiste de Paris, qui, -après avoir essayé, infructueusement, de divers procédés, en avait enfin -trouvé un, qui lui a permis d'enlever les surcharges et de lire le texte -primitif. On va faire une nouvelle édition des _Mémoires_ d'après ce -manuscrit. - -Mme d'Esclignac, qui se conduit fort mal à propos de la succession de la -princesse de Talleyrand, a eu hier une explication avec la duchesse de -Poix. Celle-ci a essayé de lui faire sentir l'inconvenance de sa -conduite, l'odieux d'un procès et de la publicité, son ingratitude envers -M. de Talleyrand qui l'a dotée et qui paye encore, en ce moment, une -pension à sa nourrice qu'elle laissait mourir de faim. A tout cela, Mme -d'Esclignac a répondu: «Je ne crains pas le scandale pour moi, et je le -désire pour mon oncle; j'aurai le faubourg Saint-Germain, puisque j'ai -fait administrer Mme de Talleyrand par l'archevêque de Paris.» - - -_Paris, 21 décembre 1835._--Le comte de Pahlen a reçu, hier, de son -gouvernement, des dépêches fort satisfaisantes, et dans lesquelles on -l'assure qu'on ne confond pas les extravagances du _Journal des Débats_ -avec la pensée du Roi et de son Conseil. Ces dépêches, arrivées par la -poste, étaient, bien décidément, destinées à être connues du public. -L'Ambassadeur attend, d'un jour à l'autre, un courrier, qui apportera -sans doute, la pensée secrète du Czar. - -La princesse de Lieven, que j'ai rencontrée hier chez Mme Apponyi, m'a -parlé de ses propres affaires et m'a dit que, depuis longtemps, son mari -et elle avaient placé toutes leurs économies hors de Russie pour être à -l'abri des ukases. - -Le prince de Laval disait, hier, assez drôlement que l'esprit de M. de -Montrond «se nourrissait de chair humaine!» M. de Talleyrand trouvait -cela _très vrai_ et _très joli_! - - -_Paris, 30 décembre 1835._--J'ai vu, hier, Madame Adélaïde qui était très -satisfaite de la séance d'ouverture des Chambres, qui avait eu lieu ce -matin même. Elle était contente de l'accueil fait au Roi, à l'arrivée et -à la sortie, et, pendant toute sa route, par la garde nationale. On -avait eu beaucoup de peine à s'entendre sur le discours de la Couronne, -auquel on travaillait encore, dix minutes avant la séance. Les mots: -«L'aîné de ma race», qui font grande sensation, qu'on trouve hardis, mais -qui plaisent au Corps diplomatique, et aux gens dont l'esprit veut de la -stabilité, ne sortent ni du Château, ni du Conseil. Ils étaient fondus -dans une phrase entière que M. de Talleyrand et moi avions rédigée et que -le Roi avait adoptée avec attendrissement, mais le Conseil n'a voulu -garder que les mots indiqués: «L'aîné de ma race». Les carlistes les -trouvent insolents! Ils reculent, épouvantés, devant une quatrième race! -Les républicains ne les aiment guère mieux, peut-être moins encore... Le -reste approuve beaucoup. - -Nous avions hier, à dîner, Mme de Lieven, M. Edouard Ellice, le comte de -Pahlen, Matuczewicz et M. Thiers, qui était _in high spirits_ et fort -brillant de conversation. Il m'a dit, dans un coin, que le Bergeron, -celui du Port-Royal, avait voulu tenter une nouvelle entreprise; qu'il -s'était déguisé en femme, avec un de ses amis, que leur projet était que -l'on présenterait une pétition au Roi, pendant que l'on tirerait à bout -portant. Le projet a manqué, parce que le Roi, au lieu de se rendre à -cheval à la Chambre, comme il le devait, y a été en voiture, à cause du -verglas. On a fait quelques arrestations, mais comme il n'y a pas eu -commencement d'exécution, on suppose qu'il faudra finir par relâcher les -gens arrêtés. - -On a été frappé des huit chevaux qui, pour la première fois, étaient -attelés à la voiture du Roi. En voici la raison, inconnue du public. Pour -plus de sûreté, on a fait monter le Roi (qui ne s'en doutait pas), dans -l'ancienne voiture de l'Empereur Napoléon, qui était toute doublée de -fer, pour le mettre à l'abri des coups de feu; elle est extrêmement -lourde et exige huit chevaux. - -Le comte de Pahlen a reçu hier un courrier qui lui a apporté des -modifications à ses premières instructions, si sèches et qui rendaient sa -position ici odieuse. Il paraît qu'on a bien compris cela à Pétersbourg -et qu'on lui laisse plus de facilités. Cela mettait Mme de Lieven de fort -bonne humeur! - - -FIN DU TOME PREMIER - - - - -PIÈCES JUSTIFICATIVES - - - - -I - -Page 375. - - _Discours adressé au Roi d'Angleterre par M. de Talleyrand, le 6 - octobre 1830, en lui remettant les lettres de créance qui - l'accréditaient comme ambassadeur de France auprès de S. M. le Roi - d'Angleterre[72]._ - - [72] Ce discours fut d'abord inséré dans le _National_; le - _Moniteur_ le reproduisit quelques jours après. - - Sire, - -Sa Majesté le Roi des Français m'a choisi pour être l'interprète des -sentiments qui l'animent pour Votre Majesté. - -J'ai accepté avec joie une mission qui donnait un si noble but aux -derniers pas de ma longue carrière. - -Sire, de toutes les vicissitudes que mon grand âge a traversées, de -toutes les diverses fortunes auxquelles quarante années, si fécondes en -événements, ont mêlé ma vie, rien, peut-être, n'avait aussi pleinement -satisfait mes vœux, qu'un choix qui me ramène dans cette heureuse -contrée.--Mais quelle différence entre les époques! Les jalousies, les -préjugés qui divisèrent si longtemps la France et l'Angleterre, ont fait -place aux sentiments d'une estime et d'une affection éclairée. Des -principes communs resserrent, encore plus étroitement, les liens des deux -pays. L'Angleterre, au dehors, répudie, comme la France, le principe de -l'intervention dans les affaires extérieures de ses voisins, et -l'ambassadeur d'une Royauté votée unanimement par un grand peuple, se -sent à l'aise, sur une terre de liberté, et près d'un descendant de -l'illustre maison de Brunswick. - -J'appelle avec confiance, Sire, votre bienveillance sur les relations que -je suis chargé d'entretenir avec Votre Majesté, et je la prie d'agréer -l'hommage de mon profond respect. - - -II - -Page 385. - -_Discours adressé par S. M. l'Empereur Nicolas au Corps municipal de la -ville de Varsovie, le 10 octobre 1835[73]._ - -Je sais, Messieurs, que vous avez voulu me parler; je connais même le -contenu de votre discours, et c'est pour vous épargner un mensonge, que -je ne désire pas qu'il me soit prononcé.--Oui, Messieurs, c'est pour vous -épargner un mensonge, car je sais que vos sentiments ne sont pas tels que -vous voulez me les faire accroire. - -Et comment y pourrais-je ajouter foi, quand vous m'avez tenu ce même -langage la veille de la Révolution?--N'est-ce pas vous-mêmes qui me -parliez, il y a cinq ans, il y a huit ans, de fidélité, de dévouement, et -qui me faisiez les plus belles protestations? Quinze jours après, vous -aviez violé vos serments, vous avez commis des actions horribles. - -L'Empereur Alexandre, qui avait fait pour vous plus qu'un empereur de -Russie n'aurait dû faire, a été payé de la plus noire ingratitude. - -Vous n'avez jamais pu vous contenter de la position la plus avantageuse, -et vous avez fini par briser vous-même votre bonheur.--Je vous dis ici la -vérité, car je vous vois et je vous parle pour la première fois depuis -les troubles. - -Messieurs, il faut des actions et non pas des paroles, il faut que le -repentir vienne du cœur; je vous parle sans m'échauffer; vous voyez que -je suis calme; je n'ai pas de rancune et je vous ferai du bien malgré -vous. - - [73] Nous reproduisons cette pièce d'après le _Journal des - Débats_ du 11 novembre 1835. - -Le Maréchal, que voici, remplit mes intentions, me seconde, dans mes -vues, et pense aussi à votre bien-être. - -(A ces mots, les membres de la députation saluent le Maréchal.) - -Eh bien, Messieurs, que signifient ces saluts? Avant tout, il faut -remplir ses devoirs, il faut se conduire en honnêtes gens.--Vous avez, -Messieurs, à choisir entre deux partis: ou persister dans vos illusions -d'une Pologne indépendante, ou vivre tranquillement, en sujets fidèles, -sous mon gouvernement. - -Si vous vous obstinez à conserver vos rêves de nationalité distincte, de -Pologne indépendante et de toutes ces chimères, vous ne pouvez qu'attirer -sur vous de grands malheurs. J'ai fait élever ici la citadelle, et je -vous déclare qu'à la moindre émeute, je ferai foudroyer la ville, je -détruirai Varsovie, et, certes, ce n'est pas moi qui la rebâtirai. - -Il m'est bien pénible de vous parler ainsi; il est bien pénible à un -souverain de traiter ainsi ses sujets, mais je vous le dis pour votre -bien.--C'est à vous, Messieurs, de mériter l'oubli du passé; ce n'est que -par votre conduite, et par votre dévouement à mon gouvernement que vous -pouvez y parvenir. - -Je sais qu'il y a des correspondances avec l'étranger, qu'on envoie ici -de mauvais écrits et que l'on tâche de pervertir les esprits; mais la -meilleure police du monde, avec une frontière comme vous en avez une, ne -peut empêcher les relations clandestines; c'est à vous-mêmes à faire le -police, à écarter le mal. - -C'est en élevant bien vos enfants, en leur inculquant des principes de -religion et de fidélité à leur souverain, que vous pouvez rester dans le -bon chemin. - -Et au milieu de tous ces troubles qui agitent l'Europe, et de toutes ces -doctrines qui ébranlent l'édifice social, il n'y a que la Russie qui -reste forte et intacte. - -Croyez-moi, Messieurs, c'est un vrai bonheur d'appartenir à ce pays et de -jouir de sa protection.--Si vous vous conduisez bien, si vous remplissez -tous vos devoirs, ma sollicitude paternelle s'étendra sur vous tous, et, -malgré tout ce qui s'est passé, mon gouvernement pensera toujours à votre -bien-être. - -Rappelez-vous bien ce que je vous ai dit! - - - - -INDEX BIOGRAPHIQUE - -DES NOMS DES PERSONNAGES MENTIONNÉS DANS CETTE CHRONIQUE - - -A - - ABERCROMBY (George-Ralph), 1800-1852. Colonel dans l'armée - anglaise, il fut aussi membre du Parlement et lord-lieutenant. Il - fit partie du cabinet de lord Grey. - - ABERDEEN (George-Hamilton-Gordon, lord), 1784-1860. Il servit avec - distinction dans la diplomatie anglaise; fit partie de plusieurs - ministères, et, en 1852, fut appelé aux fonctions de premier - ministre qu'il exerça pendant trois ans. - - ABERGAVENNY (Henry, comte), 1755-1843. Il épousa, en 1781, Marie, - fille unique de lord Robinson. Le nom de famille est Neville. - - ABRANTÈS (Laure de Saint-Martin-Permon, duchesse D'), 1784-1838. - Par sa mère, elle descendait de la famille impériale des Comnènes. - Née à Montpellier, elle épousa le général Junot à son retour - d'Égypte, le suivit dans ses campagnes, étudia et observa beaucoup, - et après la mort de son mari en 1813, se voua à l'éducation de ses - enfants. Elle composa plusieurs romans, plus faits pour les - cabinets de lecture que pour les bibliothèques. - - ADÉLAÏDE D'ORLÉANS (Madame), 1777-1847. Sœur cadette du roi - Louis-Philippe, dont elle fut constamment l'amie dévouée. Cette - princesse exerçait sur l'esprit de son frère un grand ascendant, on - la surnommait son _Egérie_. Femme de tête, elle contribua, sous la - Restauration, à rallier autour de Louis-Philippe les hommes les - plus distingués du parti libéral, et, en 1830, à le décider à - accepter la couronne. Elle ne se maria pas et laissa son immense - fortune à ses neveux. - - ADÉLAÏDE (la reine), 1792-1849. Fille du duc de Saxe-Meiningen, - elle épousa en 1818 le duc de Clarence qui monta sur le trône - d'Angleterre sous le nom de Guillaume IV. - - AGOULT (la vicomtesse D'), Anne-Henriette-Charlotte de Choisy, - morte en 1841. Dame d'atour de Madame la Dauphine, qu'elle suivit - dans son exil, elle mourut à Goritz. Elle avait épousé le vicomte - Antoine-Jean d'Agoult qui mourut en 1828. Il fut grand-croix de - l'ordre de Saint-Louis, gouverneur de Saint-Cloud, pair de France - en 1823 et chevalier du Saint-Esprit en 1825. - - ALAVA (don Ricardo DE), 1780-1843. Lieutenant-général de l'armée - espagnole. Il fut, en même temps que le prince d'Orange, aide de - camp du duc de Wellington pendant la guerre et contracta alors avec - le futur roi des Pays-Bas une vive amitié. Il fut ministre - plénipotentiaire d'Espagne en Hollande, à Londres et à Paris, après - la mort de Ferdinand VII. En 1834, il fut fait sénateur par la reine - régente Marie-Christine. Après l'insurrection de La Granja, il se - retira des affaires et vint se fixer en France où il mourut. - - ALBANY (la comtesse D'), 1753-1824. Caroline de Stolberg avait épousé - en 1773 le prétendant Charles-Edouard, qui avait pris le titre de - comte d'Albany. Elle s'en sépara en 1780 et vécut avec le poète - Alfieri à qui elle avait inspiré une grande passion, et qui l'épousa - secrètement, après la mort du comte d'Albany. Après qu'Alfieri fut - mort, la comtesse se retira à Florence, où elle se lia avec le - peintre français Fabre. - - ALCUDIA (le comte D'). Homme d'État espagnol. Membre du ministère - Calomarde du vivant de Ferdinand VII, il remplaçait aux Affaires - étrangères le ministre Salmon; mais il fut toujours un personnage - secondaire, et perdit son poste à la mort de Calomarde. - - ALDBOROUGH (lady), Cornélie, fille aînée de Charles Landry, épousa en - 1804 lord Aldborough. - - ALEXANDRE LE GRAND. Roi de Macédoine. 356-323 avant Jésus-Christ. - - ALEXANDRE Ier. Empereur de Russie, 1777-1825. Fils aîné et successeur - de l'empereur Paul Ier, il eut à soutenir de grandes luttes contre - Napoléon Ier. - - ALFIERI (le comte Victor), 1749-1803, grand poète tragique italien; - resté orphelin très jeune, son éducation fut très négligée, mais à - l'âge de vingt-cinq ans, il se fit en lui une métamorphose subite. - Pour plaire à la comtesse d'Albany, qui lui avait inspiré le goût - des lettres et de la poésie, il se jeta dans les études les plus - sérieuses, créa un système de composition poétique nouveau et - écrivit, en prose, des ouvrages qui devaient le placer à côté de - Machiavel. - - ALLEN (George), 1770-1843. Médecin et érudit anglais, qui laissa des - ouvrages historiques, métaphysiques et physiologiques nombreux. Très - lié avec lord Holland, Allen vivait chez lui. - - ALTHORP (John-Charles-Spencer, lord), 1782-1845. Homme d'État - anglais, il fut nommé chancelier de l'Échiquier, après avoir été - ministre de l'Intérieur et lord de l'Amirauté. Médiocrement doué au - point de vue de l'éloquence et des capacités financières, il fut un - ministre laborieux, consciencieux, et d'une honnêteté politique - proverbiale. - - ALVANLEY (lord), 1787-1849. Fils de Richard Pepper-Arden, ministre de - la Justice, créé en 1801 lord Alvanley, il eut un duel avec Morgan, - fils d'O'Connell. - - AMÉLIE D'ANGLETERRE (la princesse), 1783-1810. Elle était la dernière - des quatorze enfants du roi George III d'Angleterre, la favorite et - la compagne de son père. Elle mourut à vingt-sept ans sans s'être - mariée. - - AMPÈRE (Jean-Jacques), 1800-1864. Professeur au Collège de France, - littérateur distingué, membre de l'Académie des inscriptions et - belles-lettres et de l'Académie française. - - ANNE D'AUTRICHE. Reine de France. 1602-1666. Fille aînée de Philippe - II, roi d'Espagne, elle épousa Louis XIII, roi de France, et, à sa - mort, devint régente pendant la minorité de son fils Louis XIV. - - ANNE PAULOWNA. Reine des Pays-Bas, 1795-1865. Elle était une des - filles de l'empereur Paul de Russie et épousa en 1816 le roi - Guillaume II des Pays-Bas. - - ANNE STUART. Reine d'Angleterre. 1665-1714. Fille de Jacques II. Elle - lutta contre Louis XIV et réunit l'Écosse à l'Angleterre. - - ANTROBUS (lady), 1800-1885. Anne, fille unique de Hugh Lindsay, - épouse de sir Edmond Antrobus. - - APPONYI (la comtesse), 1798-1874. Elle était fille du comte Nogarola; - elle épousa en 1818 le comte Antoine Apponyi, qui fut pendant de - longues années ambassadeur d'Autriche à Paris. - - ARBUTHNOT (Mrs), morte en 1834. Mrs Arbuthnot et son mari Charles - Arbuthnot, surnommé _Gosch_ dans le monde, étaient les amis les plus - intimes du duc de Wellington, chez lequel ils vivaient, et très - répandus dans la haute société de Londres. - - ARENBERG (la duchesse D'), née en 1730. Louise-Marguerite, fille - unique et héritière du dernier comte de la Mark, épousa, en 1748, le - duc Charles d'Arenberg. - - ARENBERG (le duc D'), Prosper-Louis, 1785-1861. Il avait épousé une - princesse Lobkowitz en 1819. - - ARENBERG (le prince Pierre D'), 1790-1877. Il épousa en premières - noces, en 1829, Mlle de Talleyrand-Périgord, qui mourut en 1842; en - 1860, il se remaria avec la fille du comte Kannitz-Rietberg, veuve - du comte Antoine Starhemberg. - - ARENBERG (la princesse Pierre D'). 1808-1842. Alix-Marie-Charlotte, - fille du duc et de la duchesse de Périgord. - - ARGENSON (le comte Voyer D'), 1771-1842. Petit-fils de Marc-Pierre - d'Argenson, ministre de la guerre sous Louis XV. Il était entré au - service militaire en 1791. En 1809, il fut préfet du département des - Deux-Nèthes (Anvers). Député sous la Restauration et le gouvernement - de Juillet, il se fit remarquer par ses opinions libérales. Il avait - épousé la veuve du prince Victor de Broglie, mère du duc Victor. - - ARNAULT (Antoine-Vincent), 1766-1834. Poète tragique et fabuliste - français. Il s'attacha de bonne heure à Bonaparte, qu'il accompagna - en Égypte et qui le nomma gouverneur des îles Ioniennes; puis, il - travailla à l'organisation de l'Instruction publique. Il fut admis à - l'Institut dès 1799 et devint en 1833 secrétaire perpétuel de - l'Académie française. - - ASHLEY (sir Antoine), 1801-1881. Homme politique et philanthrope - anglais. En 1830, il épousa lady Emilie Cooper et, en 1851, à la - mort de son père, devint _lord Shaftesbury_. En 1826, il était entré - à la Chambre des communes, et fit partie de plusieurs ministères. - - ATHALIN (le baron Louis-Marie), 1784-1856. Général du génie en - France, il fit avec distinction les campagnes de l'Empire, reçut le - titre de baron après la bataille de Dresde et devint, sous la - Restauration, aide de camp du duc d'Orléans. Il fut chargé de - plusieurs missions diplomatiques et nommé pair de France quand - Louis-Philippe monta sur le trône. Après 1848, il rentra dans la vie - privée. - - AUBUSSON DE LA FEUILLADE (Pierre-Hector-Raymond, comte D'), - 1765-1848. Sous le premier empire, il fut chambellan de - l'impératrice Joséphine, puis ministre plénipotentiaire et - ambassadeur. Il fut nommé pair par l'empereur aux Cent-Jours. La - seconde Restauration l'éloigna: il ne rentra à la Chambre des pairs - qu'en novembre 1831. Il était père de la duchesse de Lévis; il fut - le dernier de son nom, ayant perdu en 1842 son fils, devenu fou. - - AUGEREAU (Pierre-François-Charles), 1757-1816. Maréchal de France - sous le premier empire, duc de Castiglione, il se signala dans - plusieurs campagnes. Il exécuta le coup d'État du 18 fructidor. - - AUGUSTE D'ANGLETERRE (la princesse), fille du roi George III; elle ne - se maria jamais. - - AUTRICHE (l'empereur D'), Ferdinand Ier, 1793-1875. Fils de François - II, il monta sur le trône en 1835. Son incapacité et sa mauvaise - santé l'obligèrent à laisser le gouvernement à une régence dirigée - surtout par le prince de Metternich. Il abdiqua, en 1848, en faveur - de son neveu François-Joseph Ier. - - AUTRICHE (l'archiduc Louis-Joseph D'), 1784-1864, fils de l'empereur - Léopold II et de l'impératrice Marie-Louise, fille du roi Charles - III d'Espagne. Il fut directeur général de l'artillerie. - - AUTRICHE (l'archiduchesse Sophie D'), 1805-1872. Fille de Maximilien - Ier, roi de Bavière, elle épousa en 1824 l'archiduc François-Charles - et fut la mère de l'empereur François-Joseph Ier. - - -B - - BACKHOUSE (John), mort en 1845. Homme d'État et écrivain anglais. - Il fut, pendant quelques années, secrétaire particulier de Canning. - Il a été deux fois sous-secrétaire aux Affaires étrangères. - - BACOURT (Adolphe-Fourrier DE), 1801-1865. Diplomate français, pair - de France. Il fut envoyé à Londres auprès du prince de Talleyrand - qui y était ambassadeur du roi Louis-Philippe. Il fut ensuite - ministre à Carlsruhe, à Washington et ambassadeur à Turin. Il - démissionna en 1848. - - BAILLOT. Jeune officier, fils unique; tué à Paris dans l'émeute du 13 - avril 1834 par un coup de pistolet, à bout portant, pendant qu'il - portait un ordre du maréchal Lobau. - - BALBI (la comtesse DE), 1753-1839. Elle était fille du marquis de - Caumont-La Force et avait épousé un Génois, le comte de Balbi. Dame - d'honneur de la comtesse de Provence, elle fut honorée de l'amitié du - comte de Provence (plus tard Louis XVIII). - - BARANTE (le baron DE), 1782-1866. Il fut successivement auditeur au - Conseil d'État, chargé de missions diplomatiques, préfet de la - Vendée, puis de Nantes, député, pair de France et ambassadeur à - Saint-Pétersbourg. Comme historien, il obtint les plus grands succès - et entra à l'Académie. - - BARRINGTON (Charles). Jeune Anglais, de l'intimité de lord Holland - vers 1832. - - BARROT (Odilon), 1781-1873. Homme politique français. Il commença sa - carrière dans le droit et prit une part active à la révolution de - 1830. Sous le règne de Louis-Philippe, il fut le chef de la gauche - dynastique. - - BARTHE (Félix), 1795-1863. Magistrat et homme d'État français. - Affilié aux _carbonari_, il fut un ennemi véhément de la - Restauration. Député en 1830, il fut ensuite ministre de - l'Instruction publique, garde des Sceaux, président de la Cour des - comptes. En 1834, il fut nommé pair. Dans le Cabinet Molé, il fut - ministre de la Justice. En 1852, il fut appelé au Sénat. - - BARTHOLONY (François), 1796-1881. Riche financier genévois, un des - fondateurs de la Compagnie de chemins de fer d'Orléans; il prit une - part active à la création du Crédit foncier de France. - - BASTARD D'ETANG (le comte), 1794-1844. Magistrat et homme politique - français. Conseiller à la Cour en 1810, il fut appelé en 1819 à la - Chambre des pairs. Il instruisit avec intégrité le procès de Louvel, - montra beaucoup d'indépendance politique, et après 1830 fut un - des membres chargés de l'instruction du procès des ministres de - Charles X. - - BASSANO (Hughes-Bernard Maret, duc DE), 1763-1839. Commença par être - avocat, et en 1789, publia les bulletins de l'Assemblée nationale, - fondant ainsi le _Moniteur universel_. Bonaparte le nomma, après le - 18 Brumaire, secrétaire général des consuls, puis ministre. Il - accompagna toujours l'empereur, fut nommé en 1811 duc de Bassano, et - ministre des Affaires étrangères. Nommé pair de France en 1831 par le - roi Louis-Philippe, il fut un instant ministre de l'Intérieur et - président du Conseil en 1834. - - BASSANO (duchesse DE), Mme Maret, femme du duc de Bassano, fut dame - d'honneur des impératrices Joséphine et Marie-Louise. - - BATHURST (Henry, comte), 1762-1834. Homme d'État anglais, un des plus - éminents du parti Tory. Il fut ministre des Affaires étrangères, de - la Guerre, du Commerce, des Colonies, président du Conseil formé par - le duc de Wellington dont il était l'ami intime, et se montra - l'ennemi acharné de Napoléon Ier qu'il fit reléguer à Sainte-Hélène. - - BATTHYÁNY (la comtesse), 1798-1840. Elle était née baronne - d'Ahrenfeldt et avait épousé le feld-maréchal comte Bubna. Devenue - veuve en 1825, elle se remaria en 1828 avec le comte Gustave - Batthyány Strattman. - - BAUDRAND (Marie-Étienne-François, comte DE), 1774-1848. Général - français, servit sous la République, dans les armées du Rhin et - d'Italie, prit part comme chef d'état-major à la bataille du Mont - Saint-Jean, devint pair de France sous Louis-Philippe, aide de camp - du duc d'Orléans au siège d'Anvers en 1832 et, en 1837, gouverneur - du comte de Paris. - - BEAUHARNAIS (Eugène DE), 1781-1824. Fils du général de Beauharnais et - de Joséphine Tascher de la Pagerie, plus tard impératrice par son - second mariage avec Bonaparte, Eugène de Beauharnais prit une part - active aux guerres de l'empire; en 1805, il fut nommé vice-roi - d'Italie et en 1806 il épousa la princesse Auguste, fille du roi de - Bavière. Après la chute de Napoléon, il se retira en Bavière, avec - le titre de duc de Leuchtenberg. - - BEAUHARNAIS (Hortense DE), 1783-1837. Fille de l'impératrice - Joséphine, elle épousa, en 1802, Louis Bonaparte, roi de Hollande, - et fut mère de Napoléon III. La Restauration lui donna une pension - et le titre de duchesse de Saint-Leu. - - BEAUHARNAIS (Stéphanie DE), 1789-1860. Fille de Claude de - Beauharnais, chambellan de l'impératrice Marie-Louise, elle avait - épousé en 1806 le grand-duc Charles-Louis-Frédéric de Bade, dont - elle devint veuve en 1818. - - BEAUVEAU (la maréchale, princesse DE), 1720-1807. Marie-Charlotte de - Rohan-Chabot avait d'abord épousé en 1749 J.-B. de Clermont - d'Amboise; devenue veuve, elle se remaria en 1764 avec le prince de - Beauveau. - - BEAUVILLIERS (la duchesse DE), 1774-1824. Elle était la septième - fille du duc de Mortemart, et de son premier mariage avec Mlle - d'Harcourt. Elle épousa le duc François de Beauvilliers de - Saint-Aignan, pair de France. - - BEDFORD (John, duc DE), 1766-1839. Il épousa d'abord une fille du - vicomte de Torrington, et en secondes noces, une fille du duc de - Gordon. Son troisième fils fut lord John Russell. - - BEDFORD (la duchesse DE), morte en 1853. Fille d'Alexandre, duc de - Gordon, elle épousa en 1803 le duc de Bedford. - - BEÏRA (la duchesse DE), 1793-1874. Marie-Thérèse, infante de - Portugal, devint veuve en 1813 de don Pedro-Charles, infant - d'Espagne, se remaria à l'infant don Carlos d'Espagne en 1828 et en - devint veuve en 1855. - - BELFAST (lady), 1799-1860. Anne-Henriette, fille aînée de Richard, - comte de Glengall, épousa en 1822 le baron de Belfast. - - BELGES (la reine des), Louise, princesse d'Orléans, 1812-1850. - Seconde femme du roi Léopold Ier de Belgique et fille de - Louis-Philippe, roi des Français. - - BENKENDORFF (Alexandre, comte), 1784-1844, officier russe. Lors de la - rébellion de 1825, il se montra dévoué à l'empereur Nicolas, qui le - prit comme aide de camp, le fit comte et sénateur. Il était frère de - la princesse de Lieven. - - BÉRANGER (Mme DE), morte en 1826. Mlle de Lannois épousa en 1793 le - duc de Châtillon-Montmorency. Devenue veuve, elle se remaria en 1806 - avec le comte du Gua de Béranger. - - BÉRANGER (Mlle Élisabeth DE), fille du second mariage de la duchesse - de Châtillon, elle épousa le comte Charles de Vogüé, frère du - marquis. - - BERGAMI (Barthélemy). Postillon italien des écuries de la Reine - Caroline, épouse de George IV d'Angleterre; la reine l'éleva au rang - de chambellan, après qu'elle eut quitté l'Angleterre et se fut - réfugiée en Italie. Il était très beau. Il avait deux frères, - Balloti et Louis. La Princesse donna l'intendance de sa maison à - celui-ci et chargea l'autre de sa caisse; leur sœur, qui avait - épousé un comte Oldi, devint sa dame d'honneur. - - BERGERON (Louis), né en 1811. Journaliste français. Après 1830, il se - jeta dans le mouvement républicain et fut accusé, en novembre 1832, - d'avoir tiré sur Louis-Philippe; il fut acquitté, mais en 1840, - ayant souffleté en plein Opéra M. de Girardin pour une question de - polémique, il fut condamné à trois ans de prison. - - BERRY (le duc DE), 1778-1820. Second fils du comte d'Artois (Charles - X), il suivit sa famille dans l'émigration et revint en France en - 1814. En 1816 il épousa la princesse Caroline de Naples. Il fut - assassiné à Paris, le 13 février 1820, par Louvel, qui voulait - éteindre en lui la race des Bourbons, mais il laissa un fils - posthume, le duc de Bordeaux. - - BERRY (la duchesse DE), 1798-1870. La princesse Caroline, fille de - François Ier, roi des Deux-Siciles; elle épousa, en 1816, le duc de - Berry, second fils de Charles X, et fut la mère du duc de Bordeaux. - - BERRYER (Antoine), 1790-1868. Avocat de premier ordre, orateur du - parti légitimiste, il fut plusieurs fois député et entra à - l'Académie en 1855. Il avait épousé, à vingt ans, Mlle Caroline - Gauthier. Ses dernières années se passèrent dans la retraite, dans - sa terre d'Augerville. - - BÉRULLE (le cardinal Pierre DE), 1575-1629. Aussi distingué par son - caractère doux et conciliant que par sa fermeté religieuse et - l'étendue de son savoir, il seconda puissamment le cardinal du - Peyron dans ses controverses avec les protestants. Il établit en - France l'ordre des Carmélites et fonda la congrégation de - l'Oratoire. - - BERTIN DE VEAUX. 1766-1842. Né à Essonnes; il fonda en 1799 le - _Journal des Débats_ avec son frère. Il fut conseiller d'État, - député et vice-président de la Chambre, ministre à La Haye et pair - de France. - - BIGNON (Louis-Pierre-Édouard, baron), - 1771-1841. Diplomate français, il fut secrétaire de légation en - Suisse, en Sardaigne, en Prusse; ministre à Cassel, à Carlsruhe; - administrateur en Pologne et en Autriche sous le premier empire; il - fut député en 1817 et pair de France en 1837. - - BIRON (Armand-Louis, duc DE), 1747-1793. Connu sous le nom de Lauzun. - Il fit la guerre de l'Indépendance en Amérique. En 1792, il fut - nommé général en chef des armées du Rhin. Accusé de trahison par le - comité du Salut public et traduit devant le tribunal révolutionnaire - il fut condamné à mort et exécuté. - - BIRON-COURLANDE (la princesse Antoinette DE), 1813-1881, épousa le - comte de Lazareff, colonel russe. - - BJOERSTJERNA (Magnus-Frédéric-Ferdinand), 1779-1847. Après la - bataille d'Eckmühl, il fut envoyé en mission auprès de Napoléon Ier; - il fut, plus tard, ministre plénipotentiaire à Londres. - - BLACAS (Pierre-Louis-Jean, duc DE), 1770-1839. Il s'attacha à la - personne de Louis XVIII pendant son exil, et, à la Restauration, il - fut nommé ministre de la maison du roi. En 1815, il entra à la - Chambre des pairs et fut envoyé à Naples pour négocier le mariage du - duc de Berry avec la princesse Caroline, et à Rome pour conclure un - concordat qui n'a jamais été appliqué. - - BOIGNE (la comtesse DE), 1780-1866. Adèle d'Osmond épousa en 1798, - pendant l'émigration, le comte de Boigne, qui, après une vie - d'aventures, était revenu fort riche des Indes. De 1814 à 1859, le - salon de Mme de Boigne fut, à Paris, l'un des plus importants du - monde aristocratique, diplomatique et politique. Le duc Pasquier en - était le plus fidèle habitué. - - BOISMILON (Jacques-Dominique DE), 1795-1871. Professeur français. Il - fut choisi comme secrétaire du duc d'Orléans; plus tard, il fut - attaché au comte de Paris et promu officier de la Légion d'honneur - en 1845. - - BOISSY (Mlle Rouillé DE). Sœur du marquis de Boissy, pair de France, - elle avait épousé le comte Pierre d'Aubusson qui devint fou, et dont - elle devint veuve en 1842. Elle mourut elle-même en 1855. - - BOLIVAR (Simon), 1783-1830. Le libérateur de l'Amérique. Il - affranchit le Venezuela et la Nouvelle-Grenade, qu'il unit, sous le - nom de Colombie, en une seule République. - - BONAPARTE (le général), voir à $1er. - - BONAPARTE (Jérôme), 1784-1860. Roi de Westphalie. Il était le plus - jeune frère de Napoléon Ier. Dans sa jeunesse, il avait épousé miss - Paterson dont l'Empereur le força à divorcer pour épouser la - princesse Catherine de Würtemberg. - - BONAPARTE (Lucien), 1773-1840. Troisième frère de Napoléon Ier. Plein - de talents, mais d'un caractère indépendant, il essuya la disgrâce - de son frère et se retira à Rome où le pape Pie VII érigea en - principauté sa terre de Canino. - - BONNIVARD (François DE), 1494-1571. Chroniqueur et homme politique. - Prieur de Saint-Victor dans le territoire de Genève. Il se ligua - avec les patriotes de cette ville contre Charles III, duc de Savoie, - qui en convoitait la possession. Le duc, devenu maître de Genève, - emprisonna Bonnivard à Chillon où il resta six ans. Lord Byron l'a - mis en scène dans son beau poème _le Prisonnier de Chillon_. - - BORDEAUX (le duc DE), 1820-1883. Fils du duc de Berry et petit-fils - de Charles X. Il vécut dans l'exil avec sa famille à partir de 1830, - soit à Venise, soit à Frohsdorf en Styrie, où il portait le titre de - comte de Chambord. Il avait épousé une archiduchesse d'Autriche et - n'eut jamais d'enfant. - - BOULE (André-Charles), 1642-1732. Ébéniste dont les ouvrages sont - très recherchés. - - BOURQUENEY (baron, puis comte DE), 1800-1869. Attaché à la rédaction - du _Journal des Débats_, puis maître des requêtes au conseil - d'État, il entra ensuite dans la diplomatie, et fut secrétaire de - l'ambassade de Londres, puis en 1844 ambassadeur à Constantinople, - et en 1859 à Vienne. Il quitta bientôt après la carrière - diplomatique pour entrer au Sénat. - - BRAGANCE (la duchesse DE), 1812-1873. Amélie-Auguste, fille d'Eugène - de Beauharnais, vice-roi d'Italie, et d'une princesse de Bavière, - fut la deuxième femme de l'empereur du Brésil dom Pedro Ier, dont - elle devint veuve en 1834. - - BRENIER DE RENAUDIÈRE (le baron), 1807-1885. Il fut chargé en 1828 - d'une mission en Grèce, et plus tard secrétaire d'ambassade à - Londres, Lisbonne et Bruxelles. En 1855, il était ministre à Naples. - - BRESSON (Charles, comte), 1788-1847. Diplomate français, il fut chef - de division au ministère des affaires étrangères sous Napoléon Ier. - Nommé en 1833 premier secrétaire à Londres, il reçut en 1836 le - poste de ministre à Berlin où il rétablit les relations d'amitié - entre la France et la Prusse. En 1841, il devint ambassadeur à - Madrid, et, en 1847, à Naples où il se tua bientôt, dans un accès - de démence. - - BRETONNEAU (Pierre, docteur), 1778-1862. Célèbre médecin français, - résidant à Tours, son pays d'origine, où il s'était établi, - indifférent à la renommée. Il fut une des gloires médicales de la - France et fit beaucoup de bien aux pauvres. - - BROGLIE (le duc DE), Achille-Charles-Victor, 1785-1870. Membre de la - Chambre des pairs, il s'y honora en défendant le maréchal Ney, lors - de son procès. Attaché au parti doctrinaire, il fut plusieurs fois - ministre sous Louis-Philippe. Il fut membre de l'Académie française. - Il avait épousé la fille de Mme de Staël. - - BROGLIE (la duchesse DE), 1797-1840. Albertine de Staël épousa en - 1814 le duc Victor de Broglie. Mme de Broglie était belle, sérieuse, - pieuse et passait pour un peu sévère. - - BROOKE (lord), né en 1818, il épousa en 1852 Anne, fille du comte de - Wemyss, et succéda en 1853 à son père comme lord Warwick. - - BROUGHAM (Henry, lord), 1778-1868. Homme politique et écrivain - anglais, il collabora avec éclat à la _Revue d'Edimbourg_ et fut, - par de grands succès au barreau, conduit au Parlement en 1810. Il - fut l'avocat célèbre et heureux de la reine Caroline accusée - d'adultère. Il se distingua toujours par la défense des idées - libérales. Il devint pair et chancelier sous le ministère de lord - Grey, en 1830. - - BROUGHAM (lady), morte en 1865. Marie-Anne, fille de sir Thomas Eden, - avait épousé d'abord lord Spalding. Devenue veuve, elle épousa lord - Brougham en 1819. Une seule fille naquit de ce mariage, elle se - nommait Éléonore, et mourut à dix-sept ans d'une maladie de poitrine. - Ce fut dans l'espoir de la ramener à la vie que lord Brougham - construisit, dans le beau climat de Cannes, une maison qui fut le - commencement de la prospérité de cet endroit. - - BÜLOW (Henri, baron DE), 1790-1846. Diplomate prussien. En 1827, il - fut nommé ministre en Angleterre et prit part aux conférences de - Londres en 1831. Plus tard, il fut chargé du portefeuille des - Affaires étrangères en Prusse. Il avait épousé la fille de Guillaume - de Humboldt. - - BURGHERSH (John, lord), 1811-1859. Après la mort de son père, comte - de Westmorland. Ancien aide de camp du duc de Wellington, il passa - dans la diplomatie, fut ministre à Florence, à Berlin, à Vienne. - Grand musicien, il a composé plusieurs opéras. - - BUTERA (le prince DE), mort en 1841. Anglais, du nom de Wilding, qui - avait épousé la princesse de Butera, d'une grande famille de Palerme. - Par un décret du roi des Deux-Siciles, il fut autorisé en 1822 à - ajouter ce titre à son nom. En 1835, un autre décret lui accorda, en - toute propriété, le titre de prince de Radoli qu'il porta jusqu'à sa - mort. Il ne laissa point d'enfant. - - BYRON (George-Gordon, lord), 1788-1824. Célèbre poète anglais. Au - moment de l'insurrection hellénique, il se rendit en Grèce et mourut - à Missolonghi. - - -C - - CALOMARDE (François-Thadé), 1775-1842. Homme d'État espagnol qui - fut l'âme de la politique de son pays après le rétablissement de - Ferdinand VII. Il fit partie, en 1824, du ministère de grâce et de - justice, où il sut se conserver une influence prépondérante sur les - déterminations du roi. Il devint l'âme du parti rétrograde, prit - part au décret par lequel Ferdinand VII abolissait la loi salique en - Espagne, et fit punir sévèrement les tentatives carlistes. Mais lors - de la grave maladie du Roi en 1832, où on le crut mort, Calomarde - fut le premier à saluer don Carlos du titre de Roi, et la reine - Christine devenue régente l'exila dans ses terres. Il allait y être - arrêté lorsqu'il s'enfuit en France où il vécut dans la retraite - jusqu'à sa mort. - - CAMBRIDGE (la duchesse Auguste DE), 1797-1889. Elle était fille du - landgrave Frédéric de Hesse-Cassel, et épousa en 1818 le duc - Adolphe-Frédéric de Cambridge, septième fils du roi George III - d'Angleterre. Elle devint veuve en 1857. - - CAMPAN (Mme), 1752-1822. Jeanne Genest, devint à quinze ans lectrice - de Mesdames, filles de Louis XV. Elle épousa M. Campan et devint - première femme de chambre de Marie-Antoinette. Pendant la - Révolution, retirée dans la vallée de Chevreuse, elle y fonda un - pensionnat où Mme de Beauharnais fit entrer sa fille. Napoléon Ier - nomma, plus tard, Mme Campan surintendante de la maison qu'il fonda - à Ecouen pour l'éducation des filles de la Légion d'honneur. - - CANINO (Charles-Jules-Laurent, prince DE), et de Musignano, - 1803-1857. Fils de Lucien Bonaparte, il épousa une fille de Joseph - Bonaparte. Président de l'Assemblée constituante romaine en 1848, - naturaliste distingué, correspondant de l'Institut de France. - - CANIZZARO (la duchesse DE). Elle était Anglaise, et avait épousé - François de Plantamone, duc de Canizzaro, qui fut pendant plusieurs - années ministre des Deux-Siciles accrédité à la cour d'Angleterre. - - CANNING (George), 1770-1827. Homme d'État anglais. Il laissa le - barreau et se fit nommer à la Chambre des communes en 1793, y - soutint Pitt qui le fit nommer sous-secrétaire d'État. Plus tard, - il fut dans l'opposition; puis fut ambassadeur à Lisbonne. Il - voyagea sur le Continent et ses liaisons avec les libéraux de Paris - changèrent ses principes. En 1822, il fut appelé au ministère des - Affaires étrangères et s'employa, depuis lors, à des réformes - libérales. Il fit des efforts généreux en faveur des catholiques. - - CANNING (Charles-John, comte), 1812-1862. Homme d'État anglais, fils - de G. Canning. Il entra en 1836 à la Chambre des communes du côté de - l'opposition dirigée par sir Robert Peel. A la mort de son père, il - entra à la Chambre des lords et fut sous-secrétaire d'État aux - Affaires étrangères; en 1846, il fut nommé directeur général des - Eaux et Forêts; en 1852, directeur général des Postes, puis - gouverneur des Indes, où il eut à lutter pendant deux ans contre - l'insurrection. - - CANNING (lady), 1817-1861. Fille aînée de lord Stuart de Rothesay, - elle épousa lord Canning en 1835 et mourut sans laisser d'enfants. - - CANOVA (Antoine), 1757-1822. Célèbre sculpteur italien. - - CAPO D'ISTRIA (Jean-Antoine, comte), 1776-1831. Né à Corfou, il fit - son éducation en Italie et entra au service russe. L'empereur - Alexandre Ier l'employa à plusieurs missions en Allemagne, en - Turquie, en Suisse; il fut plénipotentiaire au deuxième traité de - Paris en 1815. Plus tard, retiré en Suisse, il prêta son appui aux - Grecs révoltés. Il fut assassiné par les fils du Bey des Mainotes. - - CARLISLE (Georges-William, vicomte Morpeth, lord), 1802-1864. - Petit-fils, par sa mère, de la belle duchesse de Devonshire; il - remplit avec distinction les fonctions de lord-lieutenant d'Irlande, - sous le ministère libéral de lord John Russell. - - CARLOTTA (l'infante), 1804-1844. Fille du roi des Deux-Siciles, sœur - de la reine Marie-Christine d'Espagne et épouse de don Francesco de - Paulo, infant d'Espagne. - - CAROLINE (la reine), 1781-1821. Fille du duc de Brunswick, elle - épousa en 1795 le prince de Galles qui fut régent en 1810 et devint - roi d'Angleterre en 1820 sous le nom de George IV. Son mari l'accusa - publiquement d'adultère dans un procès célèbre. L'enquête ne - constata que des inconséquences chez cette Princesse. - - CARRACHE (Annibal), 1560-1609. Considéré comme le plus grand des - peintres de sa famille, où ils étaient, presque tous, des artistes - distingués. - - CARREL (Armand), 1800-1836. Célèbre publiciste français. Ancien élève - de Saint-Cyr, il prit une part active aux conspirations - semi-libérales, semi-bonapartistes sous la Restauration, et, au - moment de la révolution espagnole, alla secrètement soutenir les - constitutionnels. Il quitta l'épée pour la plume, devint rédacteur - en chef du _National_, journal fondé par MM. Thiers et Mignet dans - le but de hâter la chute des Bourbons et de préparer l'avènement de - la maison d'Orléans. Ce ne fut qu'en 1832 que le _National_ arbora - le drapeau républicain. Carrel se battit en duel avec M. de Girardin - et mourut quarante-huit heures après, des suites de ses blessures. - - CASTELLANE (André, marquis DE), 1758-1837. Député de la noblesse en - 1789, il s'unit au Tiers-État et fut secrétaire de l'Assemblée - constituante. Jeté en prison pendant la Terreur il n'échappa à la - mort que par la chute de Robespierre. En 1802, il fut nommé préfet - des Basses-Pyrénées, et, ensuite, maître des requêtes au conseil - d'État. Louis XVIII le nomma pair de France en 1815 et - lieutenant-général l'année suivante. Il fut le père du maréchal de - Castellane. - - CASTELLANE (comtesse DE), 1796-1847. Cordelia Greffulhe, épousa en - 1813 le comte de Castellane, plus tard maréchal de France. - - CASTLEREAGH (Robert Stewart, marquis de Londonderry, vicomte), - 1769-1822. Entra de bonne heure à la Chambre des communes où il - soutint la politique de Pitt. Ennemi acharné de la Révolution - française, âme des coalitions contre Napoléon Ier, il fournit des - subsides aux puissances pendant qu'il était ministre de la guerre. - Lors du congrès de Vienne, en 1815, il sacrifia la Pologne, la - Belgique, la Saxe et Gênes; sa conduite fut vivement attaquée au - Parlement. Dans un accès de démence, il mit fin à ses jours. - - CASTRIES (Armand-Charles-Augustin de la Croix, duc DE), 1756-1842. - Député aux États généraux, il avait fait comme colonel la guerre de - l'Indépendance en Amérique. Il défendit énergiquement les - prérogatives de la royauté et blessa au bras Charles de Lameth dans - un duel né d'une discussion politique, ce qui l'obligea à passer en - Allemagne. En 1814, il fut nommé pair de France, général de - division. Plus tard, il se rallia à la monarchie de Juillet. - - CATHERINE D'ARAGON, 1483-1536. Fille de Ferdinand d'Aragon et - d'Isabelle de Castille, elle épousa successivement Henri VII et - Henri VIII d'Angleterre. Ce dernier la répudia pour épouser Anne - de Boleyn, et ce divorce fut l'origine du schisme en Angleterre. - - CATHERINE DE MÉDICIS, 1519-1589. Reine de France. Fille de Laurent II - de Médicis, elle épousa Henri II, roi de France, et fut régente - pendant la minorité de son second fils Charles IX. Catherine avait - apporté d'Italie le goût des arts, elle construisit le palais des - Tuileries et continua le Louvre. - - CATHERINE PAULOWNA (la grande-duchesse), 1788-1819. Fille de - l'empereur Paul Ier de Russie, elle épousa d'abord le prince Pierre - de Holstein, puis Guillaume Ier, roi de Würtemberg, dont elle eut - une fille. - - CAULAINCOURT (la comtesse DE), morte en 1835. Blanche d'Aubusson, - épousa en 1812 Auguste-Jean-Gabriel de Caulaincourt, qui fut tué à - la bataille de la Moskova, et qui était frère du duc de Vicence. - - CELLES (Antoine-Charles, comte de Visher DE), 1769-1841, d'une - famille illustre du Brabant, il fut élu député aux États-généraux - de cette province. Napoléon Ier le nomma maître des requêtes au - conseil d'État et préfet de la Loire-Inférieure, puis du Zuyderzée. - Après 1814, devenu sujet du roi des Pays-Bas, il fut élu pendant - quelque temps aux États provinciaux. Le roi Léopold l'ayant envoyé - comme ministre plénipotentiaire en France, M. de Celles se fit - naturaliser, et devint conseiller d'État en France en 1833. Il était - le beau-frère du maréchal Gérard. - - CHABANNES LA PALICE (le comte Alfred DE), 1799-1868. Il fut d'abord - garde du corps de Louis XVIII, puis chef d'escadron et colonel après - le siège d'Anvers. Il devint général de brigade et aide de camp du - roi Louis-Philippe en 1840. Il quitta le service en 1848 et suivit - la famille royale en exil. - - CHABANNES (Louisa DE), 1791-1869. Religieuse carmélite; elle fut - supérieure du couvent de Paris pendant plusieurs années, puis de - celui de Bruxelles où elle mourut. - - CHALAIS (la princesse DE), Marie-Françoise de Rochechouart-Mortemart, - épousa en premières noces le marquis de Cany dont elle eut une fille - qui fut la grand'mère du prince de Talleyrand. Elle épousa, en - secondes noces, Louis-Charles de Talleyrand, prince de Chalais, qui - mourut en 1757. Elle était dame du palais de la Reine. - - CHALAIS (la princesse DE), morte en 1834. Élolie-Pauline Beauvilliers - de Saint-Aignan, épousa en 1832 Hélie-Roger de Talleyrand-Périgord, - prince de Chalais, titre que porte le fils aîné du chef de cette - maison. - - CHANTELAUZE (Victor DE), 1787-1859. Député et dernier garde des - Sceaux de Charles X, il avait rédigé les fameuses ordonnances qui - amenèrent la révolution de Juillet; il fut arrêté et condamné à la - prison perpétuelle. L'amnistie de 1837 le rendit à la liberté. - - CHARLEMAGNE, 742-814. Roi des Francs, chef de la dynastie des - Carolingiens; il succéda à son père Pépin le Bref en 768; en 800 le - pape Léon III le couronna empereur d'Occident. - - CHARLES Ier. Roi d'Angleterre, 1600-1649. Fils de Jacques Ier, il - épousa Henriette de France, fille du Roi Henri IV et sœur de Louis - XIII. Victime de la Révolution de 1648, il fut condamné à mort et - mourut sur l'échafaud. - - CHARLES IX. Roi de France, 1550-1574. Deuxième fils de Henri II et de - Catherine de Médicis. Sous son règne, le royaume fut déchiré par les - guerres de religion. - - CHARLES X. Roi de France, 1757-1836. Frère de Louis XVI et de Louis - XVIII à qui il succéda en 1824, il porta le titre de comte d'Artois - jusqu'à son avènement; il mourut à Goritz en exil. - - CHARLES-JEAN. Roi de Suède, 1764-1844. Général Bernadotte, prince de - Ponte-Corvo, maréchal de France, il épousa Mlle Clary, sœur de la - femme de Joseph Bonaparte. Après la mort de Charles XIII de Suède - qui l'avait adopté, il devint en 1818 roi de Suède et de Norvège. - - CHARLOTTE DE PRUSSE (la princesse), 1798-1860. Fille du roi - Frédéric-Guillaume III, elle épousa en 1817 le grand-duc Nicolas de - Russie qui succéda sur le trône à son frère Alexandre Ier. - - CHATEAUBRIAND (François-René, vicomte DE), 1768-1848. Un des plus - illustres écrivains français du dix-neuvième siècle. Il eut des - relations avec beaucoup de femmes connues par leur talent, leur - grâce ou leur beauté. Sous la Restauration, il fut pendant quelques - années dans la diplomatie, et, comme ministre des Affaires - étrangères, il prit une grande part à la guerre d'Espagne en 1822. - - CHÂTILLON-MONTMORENCY (duc DE), mari de Mlle de Lannois. Il périt - noyé dans le naufrage de la frégate _la Blanche_ à l'entrée de - l'Elbe. - - CHODRON (Jules), 1804-1870. Fils du notaire du prince de Talleyrand, - qui obtint pour lui, du roi Louis-Philippe, le nom de Courcel, il - entra dans la diplomatie, où il sut se faire une position aussi - honorable que distinguée. Son fils fut pendant plusieurs années - ambassadeur à Berlin et à Londres. - - CHOISEUL-STAINVILLE (Étienne-François, duc DE), 1719-1785. Homme - d'État français, ambassadeur, puis ministre, de 1758 à 1770, sous - Louis XV, il fit conclure _le Pacte de famille_. Une intrigue de - cour le renversa parce qu'il ne voulait pas plier devant la Dubarry. - Relégué dans sa terre de Chanteloup, il y reçut, malgré le roi, le - témoignage de l'estime publique. Il avait épousé Mlle Crozat du - Châtel, qui paya les dettes que la générosité de son mari lui avait - fait contracter, et passa les dernières années de sa vie, après son - veuvage, dans un pauvre couvent de Paris. - - CLANRICARDE (marquis DE), 1802-1874. Homme politique anglais. Il - épousa en 1825 la fille de Canning et fut appelé, l'année suivante, - à siéger à la Chambre des lords. Il fut sous-secrétaire aux Affaires - étrangères en 1826, ambassadeur en Russie de 1838 à 1841, directeur - général des postes de 1846 à 1852 et lord du Sceau privé en 1857. - - CLANRICARDE (lady), morte en 1876. Henriette, fille unique de G. - Canning, épouse de lord Clanricarde. - - CLARENCE (duchesse DE), 1792-1849. Voir à ADÉLAÏDE (la reine). - - CLARENDON (Edouard-Hyde, comte), 1608-1674. Magistrat et historien - anglais. Lors de la guerre civile, sous Charles Ier, il prit le - parti du roi Charles II qui le nomma grand chancelier. Il se retira - en France et mourut à Rouen. - - CLARENDON (lord), 1800-1870. Ministre d'Angleterre à Madrid en 1833, - plus tard ministre du Commerce et lord-lieutenant d'Irlande. En - 1853, il devint ministre des Affaires étrangères, représenta - l'Angleterre au Congrès de Paris en 1856, puis fut ambassadeur en - Italie en 1868. - - COBBETT (William), 1766-1835. Démagogue anglais. Il passa plusieurs - années aux États-Unis; à son retour en Angleterre en 1804, il y - rédigea un journal radical qui fut souvent poursuivi. Élu en 1832 à - la Chambre des communes, il y appuya chaudement la réforme - parlementaire. - - COBOURG (le prince Ferdinand DE), 1816-1888. Ce prince fut le - deuxième mari de la reine de Portugal, doña Maria da Gloria, qu'il - épousa en 1836. Il reçut le titre de Roi en 1837. Veuf en 1853, il - fut régent pendant la minorité de son fils. En 1869, il contracta un - mariage morganatique avec Mlle Hensler, qui fut faite comtesse Elice - d'Edla. Il était frère du roi Léopold de Belgique et de la duchesse - de Kent. - - COLMAGHI. Marchand de tableaux et de gravures à Londres. L'origine de - cette maison, qui existe encore, remonte à 1750, lorsque Paul - Colmaghi, Italien venu de Paris à Londres, y ouvrit une boutique en - association avec M. Nolteno. Le roi George IV en fut un constant - protecteur. - - CONROY (sir John), 1786-1854. Officier anglais; il fut chevalier - d'honneur de la duchesse de Kent. A son avènement, la reine Victoria - le fit baron. Il avait épousé en 1808 la fille et héritière du major - Fisher, frère de l'évêque de Salisbury. - - CONYNGHAM (William, lord), 1765-1854. Avocat irlandais, membre de la - Chambre des communes, il appartenait au groupe libéral de Burke; - vers la fin de sa vie il pencha vers les tories. Il fut élevé à la - Pairie. - - CONYNGHAM (Henri, baron), 1766-1832. Il épousa la fille aînée de - Joseph Denison. - - CONYNGHAM (lady). Morte en 1861. Élisabeth, fille de J. Denison, - banquier à Londres, épousa en 1794 le baron Henri Conyngham, qui fut - créé marquis en 1816. Amie intime du prince régent d'Angleterre, - plus tard le roi George IV, elle sut profiter de son pouvoir sur - lui. - - CONYNGHAM (François-Nathaniel, marquis DE), 1797-1882. Il portait, du - vivant de son père, le nom de Mount-Charles. Il se signala dans les - affaires publiques par ses idées libérales, fut sous-secrétaire - d'État aux Affaires étrangères, lord de la Trésorerie, directeur des - Postes en 1834, membre du Conseil privé en 1835 et vice-amiral de - l'Ulster en 1849. - - CORINNE, femme poète de la Grèce, cinquième siècle avant - Jésus-Christ. - - COUSIN (Victor), 1792-1867. Philosophe et écrivain français, pair de - France, directeur de l'École normale et membre de l'Académie - française. Il fut un instant ministre de l'Instruction publique sous - M. Thiers en 1840. - - COWLEY (lady), 1796-1860. Georgiana-Auguste, fille aînée du marquis - de Salisbury, épousa en 1816 l'Honorable Henry Wellesley, créé en - 1828 baron Cowley. - - COWPER (lady), sœur de W. Lamb, lord Melbourne. Elle épousa en - deuxièmes noces, en 1840, lord Palmerston, à l'âge de 50 ans. - - CRANMER (Thomas), 1489-1556. Archevêque de Canterbury, promoteur de - la Réforme en Angleterre. Il prononça lui-même le divorce que le - Pape avait refusé à Henri VIII contre Catherine d'Aragon. A - l'avènement de la reine Marie Tudor, il fut arrêté comme hérétique - et mourut sur le bûcher. - - CROMWELL (Olivier), 1599-1658. Protecteur de la République - d'Angleterre en 1652, il amena la ruine du parti royaliste et les - infortunes du roi Charles Ier, qu'il fit condamner à mort. - - CUMBERLAND (Ernest-Auguste, duc DE), 1771-1851. Le dernier des fils - de George III d'Angleterre. En 1837, il monta sur le trône de - Hanovre. - - CUMBERLAND (duchesse DE), 1778-1841. Frédérique, princesse de - Mecklembourg-Strélitz, sœur cadette de la reine Louise de Prusse; - elle épousa, en 1793, le prince Louis de Prusse, frère du roi - Frédéric-Guillaume III. Devenue veuve, elle épousa en deuxièmes - noces le prince Frédéric-Guillaume de Solms-Braunfels, et enfin en - troisièmes noces le duc de Cumberland, qui fut appelé au trône de - Hanovre en 1837. Elle fut la mère du roi Georges V de Hanovre. - - CUVIER (Georges), 1769-1838. Célèbre naturaliste, membre de - l'Académie française. Il fut conseiller d'État en 1814 et pair de - France en 1831. - - CZARTORYSKI (le prince Adam), 1770-1861. Fils d'Adam-Casimir - Czartoryski, qui, à la mort d'Auguste III, roi de Pologne, fut porté - candidat au trône, mais que Catherine II en fit écarter au profit de - Stanislas Poniatowski. Envoyé comme otage à Saint-Pétersbourg après - le partage de la Pologne, il y jouit d'une grande faveur auprès de - l'empereur Alexandre Ier, devint ministre des Affaires étrangères de - 1801 à 1805, et en 1815 fut sénateur-palatin de Pologne, et curateur - de l'Université de Vilna. Il se retira des affaires en 1821, et, - après 1830, s'établit à Paris. En 1817, il avait épousé la princesse - Anna Sapieha. - - -D - - DACRE (lord), 1774-1851. Thomas Brand. Il épousa, en 1819, Barbe, - fille de sir C. Ogle. - - DALBERG (le duc DE), 1773-1833. Fils du Primat et archichancelier - de ce nom; il fut membre du Conseil provisoire à Paris après la - chute de Napoléon et plénipotentiaire au congrès de Vienne. - - DAUPHIN DE FRANCE. Louis, fils de Louis XV, 1729-1765. Il épousa - d'abord l'infante Marie d'Espagne qui mourut bientôt. De son second - mariage avec la princesse Josépha, fille de l'électeur de Saxe, roi - de Pologne, il eut plusieurs enfants. Il ne régna pas, mais fut le - père des rois Louis XVI, Louis XVIII, Charles X. Modèle de toutes - les vertus, il vécut comme un saint. - - DAURE (M.). Répétiteur au collège Henri IV, à Paris; il écrivait - dans le _Constitutionnel_. - - DAVOUT (Napoléon-Louis), 1810-1853. Fils du Maréchal. Il fit partie - de l'état-major du général Gérard, au siège d'Anvers. Il entra à la - Chambre des Pairs en 1836. Il portait le titre de prince d'Eckmühl. - - DAWSON-DAMER (George-Lionel), né en 1788, colonel dans l'armée - anglaise. - - DAWSON-DAMER (Mrs), morte en 1848. Nièce et enfant adoptive de Mrs - Fitzherbert. - - DECAZES (Élie, duc), 1780-1846. Il fut d'abord avocat, puis attaché - au service du roi Louis de Hollande. Il fut fait ensuite ministre - et pair de France par Louis XVIII. En 1820, il dut quitter le - ministère, les royalistes exaltés ne craignant pas de lui imputer - l'assassinat du duc de Berry; créé duc, il fut envoyé comme - ambassadeur en Angleterre. Après 1830, il se rallia à - Louis-Philippe et fut nommé grand référendaire de la cour des - Pairs. - - DECAZES (la duchesse). Fille du comte de Saint-Aulaire et de Mlle - de Soycourt, petite-fille, par sa mère, du dernier prince de - Nassau-Sarbrück et petite-nièce de la duchesse de - Brunswick-Bevern, qui obtint de Frédéric VI, roi de Danemark, la - transmission du duché de Glucksbourg en faveur du duc et de la - duchesse Decazes, à leur mariage en 1818. Elle fut la deuxième - femme du duc Decazes. - - DEDEL (Salomon), 1775-1846. Diplomate danois; il fut ambassadeur - en Suède, en Espagne, en Angleterre. Il mourut à Londres. - - DEMION (M.). Homme d'affaires de la famille Montmorency, du prince de - Talleyrand et des James Rothschild. Il administra pendant plusieurs - années les terres de Valençay. - - DENISON (Albert), 1805-1860. Second fils du marquis de Conyngham. Par - sa mère, il hérita des grandes propriétés de son oncle Denison et - prit alors ce nom. Il fut créé baron de Londesborough en 1850. - - DESAGES (Émile), 1793-1850. Fils d'un employé supérieur au ministère - des Affaires étrangères, il entra dans les bureaux de ce ministère - dès l'âge de seize ans. En 1820, il fut nommé secrétaire à - l'ambassade de Constantinople. En 1830, le général Sébastiani, - ministre des Affaires étrangères, l'appela à la tête de la direction - politique de ce département. Il se retira, après 1848, à Menesele, - dans la Charente. - - DEVONSHIRE (William, duc DE), 1768-1835. De la maison de Courthenay. - Le titre s'étant éteint dans la ligne aînée, le duc parvint à le - reprendre, après avoir établi devant la Chambre des lords en 1831 - que, par ses lettres patentes de 1553, la reine Marie avait stipulé - que le titre, à défaut de ligne directe, passerait aux héritiers de - la ligne collatérale. - - DEVONSHIRE (la marquise DE). Morte en 1806. Fille de lord Spencer, - elle avait épousé en 1774 le marquis de Devonshire. - - DIANE DE POITIERS, 1499-1586. Fille aînée de Jean de Poitiers, - seigneur de Saint-Vallier, Diane épousa à treize ans Louis de Brézé. - Elle fut la favorite du roi Henri II, qui la fit duchesse de - Valentinois et lui donna le château d'Anet, un des plus beaux - ouvrages de cette époque. - - DIDOT (Firmin), 1764-1836. Il se distingua de bonne heure par les - progrès qu'il fit faire à la typographie, déjà illustrée par son - père et son frère aîné. Il fut élu député en 1827. Décoré de la - Légion d'honneur, il fut nommé par le roi Louis-Philippe imprimeur - du roi et de l'Institut de France. - - DINO (duchesse DE), 1793-1862. Titre que porta la comtesse Edmond de - Périgord depuis 1815. Il avait été décerné par le roi de Naples au - prince de Talleyrand qui avait si heureusement défendu ses intérêts - au Congrès de Vienne, et M. de Talleyrand l'offrit galamment à sa - nièce. - - DOLOMIEU (la marquise DE), 1779-1849. Dame d'honneur de la reine - Marie-Amélie, à qui elle était très dévouée. Mme de Dolomieu était - la sœur de Mme de Montjoye, dame de Madame Adélaïde. - - DOM MIGUEL, 1802-1866. Il fut régent du royaume de Portugal, pendant - la minorité de sa nièce, la reine doña Maria da Gloria; il en - profita pour s'emparer du trône et se faire déclarer Roi en 1828. - Dom Pedro Ier revint alors du Brésil, et après une lutte assez vive - il parvint à reconquérir la couronne pour sa fille, et il força dom - Miguel à quitter le Portugal. - - DON ANTONIO (l'infant), 1755-1817. Un des infants espagnols internés - à Valençay par Napoléon Ier. En revenant de sa captivité, il fut - nommé grand-amiral de Castille. - - DON CARLOS de Bourbon, 1788-1855. Second fils de Charles II et frère - de Ferdinand VII, roi d'Espagne, il fut détenu avec son frère à - Valençay. Ferdinand VII ayant terminé son règne en 1833 en - abolissant la loi d'hérédité et en léguant sa couronne à sa fille - Isabelle, don Carlos protesta, fut exilé, rentra en Espagne en 1834 - et commença la guerre civile. Vaincu en 1839, il se réfugia en - France, puis en 1847 à Trieste où il mourut. - - DON FRANCESCO, 1794-1865. Infant d'Espagne; il épousa en 1819 la - princesse Carlotta, fille du roi des Deux-Siciles et sœur de la - reine Christine. - - DONNADIEU (Gabriel), 1777-1849. Général français. Il embrassa avec - ardeur les principes de la Révolution, s'enrôla et fut attaché - longtemps au corps d'armée de Moreau. Soupçonné d'intrigues sous le - Consulat et l'Empire, il passa à plusieurs reprises de la grâce à la - disgrâce. Il se rallia à Louis XVIII qui lui conféra le grade de - lieutenant-général. - - DORSET (le duc DE), 1795-1815. Il se tua en tombant de cheval, et ne - laissa pas d'enfants. Il était le frère de lady Plymouth. Le titre - de duc de Dorset a été donné à la famille Sackfield par la reine - Élisabeth d'Angleterre. - - DORSET (Charles, vicomte de Sackfield, duc DE), 1767-1843; oncle du - précédent et héritier de son titre. Il ne se maria jamais.--Il était - très lié avec le roi Guillaume IV d'Angleterre. - - DOSNE (Mme), Mlle Sophie-Eurydice Matheron, épousa en 1816 M. Dosne, - agent de change. Elle était née en 1788. Ses parents tenaient un - magasin de mercerie en gros dans le faubourg Montmartre. - - DOUGLAS (le marquis DE), 1811-1863. Plus tard duc de Hamilton. En - 1843, il épousa la princesse Marie de Bade. Il mourut à Paris des - suites d'un accident. - - DROUET D'ERLON, 1765-1844. Maréchal de France; il s'était enrôlé sous - la République et avait fait les campagnes de l'Empire. Il fut un des - plus empressés à reconnaître Napoléon Ier à son retour de l'île - d'Elbe, et commanda le premier corps d'armée pendant les Cent-Jours. - Il combattit à Waterloo. Condamné par contumace, il trouva un asile - en Prusse et ne reprit de service en France qu'en 1830. Il fut nommé - gouverneur d'Algérie en 1834. - - DUCHATEL (Charles Tanneguy, comte), 1803-1867. Homme politique - français. Il fut successivement conseiller d'État, député, ministre. - Il fut membre de l'Académie des sciences morales et politiques. - - DUNCANNON (John-William), 1781-1847. Il avait épousé, en 1805, Marie, - fille de lord Westmorland. D'opinions très libérales, il fit partie - en 1834 du ministère Melbourne avec le portefeuille de l'Intérieur; - en 1835, il fut créé lord Bessborough. - - DUPERRÉ (l'amiral), 1775-1846. Il se signala de bonne heure dans des - combats contre les Anglais, fut fait contre-amiral et baron en 1811. - Il conduisit, en 1830, la flotte qui portait l'armée française en - Algérie et contribua à la prise d'Alger, ce qui le fit nommer amiral - et pair de France. Il fut plusieurs fois ministre de la Marine. - - DUPIN (André-Marie), 1783-1865, dit _Dupin l'aîné_; jurisconsulte et - magistrat français, député. Il prit une part active à l'élection de - Louis-Philippe comme roi des Français. De 1832 à 1840, il fut - président de la Chambre des députés. Sous le deuxième empire, il fut - appelé au Sénat. - - DUPIN (Pierre-Charles-François, baron), 1784-1873. Le dernier des - trois Dupin. Statisticien français. Membre de l'Institut, de la - Chambre des Pairs, il se montra également dévoué à la dynastie - d'Orléans et à la Charte de 1830. - - DURHAM (John-Lambton, comte DE), 1792-1840. Gendre de lord Grey. Il - était entré au Parlement et siégea dans les rangs des Whigs avancés. - En collaboration avec lord John Russell, il élabora le grand Bill de - réforme en 1831; il fut plus tard ambassadeur en Russie et - gouverneur du Canada. - - DURHAM (lady), 1816-1841. Louise-Élisabeth, fille de lord Grey, - deuxième femme de lord Durham. - - -E - - EASTNOR (lord), 1788-1873. Il avait épousé, en 1815, la fille de - lord Hardwick. - - EASTNOR (lady), morte en 1873. Fille de lord Hardwick, elle était - sœur de lady Stuart de Rothesay. - - EBRINGTON (Hughes, comte de Fortescue, lord), 1783-1861. Il entra - de bonne heure à la Chambre des communes. En 1839, il fut nommé - conseiller privé et vice-roi d'Irlande; en 1846, grand-intendant de - la Couronne, et il se retira en 1850. Il appartint toujours au - parti whig. - - ÉLISABETH, reine d'Angleterre, 1533-1603. Fille de Henri VIII et - d'Anne de Boleyn. Elle ne se maria pas, et laissa sa couronne à - Jacques Ier, roi d'Écosse et fils de Marie Stuart. - - ELLICE (l'honorable Édouard), 1787-1863, gendre de lord Grey. - Membre de la Chambre des communes, il contribua à y faire voter le - Bill de réforme. Il fut secrétaire du Trésor et de la Guerre. Riche - commerçant, il possédait de vastes propriétés au Canada. - - ENTRAIGUES (Amédée Goveau D'), né en 1785. Préfet à Tours de 1830 à - 1847. Il avait épousé une princesse Santa-Croce dont le père avait - été mêlé aux événements de 1798 qui enlevèrent Rome au Pape et y - firent proclamer la République. Ce prince avait confié sa fille au - prince de Talleyrand qui la fit élever et la dota. - - ENTRAIGUES (Jules D'), né en 1787 et mort fort âgé. Frère du préfet - de Tours, il possédait, dans les environs de Valençay, un joli - château nommé _la Moustière_. - - ESCLIGNAC (la duchesse D'), 1801-1868. Georgine, fille du baron Boson - de Talleyrand-Périgord, troisième frère du prince de Talleyrand, et - de Charlotte-Louise de Puissigneux, elle avait épousé le duc - d'Esclignac. - - ESTERHAZY (Paul-Antoine, prince), 1786-1866. Diplomate autrichien, il - fut ambassadeur à Londres pendant les conférences de 1831 et membre - du Ministère hongrois Batthyány. Il fut toujours un ami fidèle de la - duchesse de Dino. - - ÉTIENNE (Charles-Guillaume), 1777-1845. Journaliste et auteur - dramatique français; il devint député en 1832, vota avec les - libéraux et obtint, en 1839, un siège à la Chambre des Pairs. - - ÉTIENNE DE BLOIS, roi d'Angleterre, 1105-1154. Il avait pour mère une - fille de Guillaume le Conquérant. Étienne de Blois épousa - l'héritière des comtes de Boulogne. - - EXELMANS (Isidore, comte), 1775-1852. Un des plus brillants généraux - du premier Empire. Exilé au retour des Bourbons, il ne put rentrer - en France qu'en 1823. Nommé pair de France par le roi - Louis-Philippe, il devint en 1849 grand chancelier de la Légion - d'honneur, et, en 1851, maréchal de France. Il mourut d'une chute de - cheval. - - -F - - FABRE (François-Xavier), 1766-1837. Peintre français, élève de - David. Il se lia, à Florence, avec la comtesse d'Albany, veuve du - dernier des Stuart et d'Alfieri, le célèbre poète italien, qu'elle - avait épousé en secondes noces. - - FAGEL (le général Robert). D'une famille néerlandaise, il combattit - contre la France pendant les guerres de la République. Il fut nommé - ambassadeur des Pays-Bas aux Tuileries sous la Restauration. - - FALK (Antoine-Reinhard), 1776-1843. Homme d'État hollandais; il fut - secrétaire de légation à Madrid; plus tard, ministre des Affaires - étrangères, de l'Instruction publique, du Commerce, des Colonies. - En 1824, il fut envoyé comme ambassadeur à Londres; après la - séparation de la Hollande et de la Belgique, il fut ambassadeur à - Bruxelles où il mourut. - - FALK (Mme), 1792-1851. Rose, baronne de Roisin; elle était - demoiselle d'honneur de la Reine des Pays-Bas et épousa, en 1817, - M. Falk. Après la mort de son mari, elle fut nommée grande - maîtresse de la princesse d'Orange, et se démit de ses fonctions en - 1849 lorsque la Princesse monta sur le trône. - - FARNBOROUGH (lord), 1761-1838. Ami intime de Pitt, il fut maître - général des Postes. - - FERDINAND II, roi des Deux-Siciles, 1810-1859. Il monta sur le - trône en 1830, et amena par son impopularité la chute de sa - dynastie. On l'avait surnommé _le roi Bomba_. - - FERDINAND VII, roi d'Espagne, 1784-1833. Fils aîné de Charles IV et de - Marie-Louise de Parme. L'année même de son avènement, en 1808, il - fut interné à Valençay, mais remonta sur le trône en 1814. - - FERGUSSON (Robert Cutlat), 1768-1838. Avocat et magistrat anglais. Il - passa vingt ans à Calcutta, où il fit une grosse fortune, et, en - 1826, revint en Angleterre, où il soutint vigoureusement les - réformes libérales. En 1830, il se fit l'avocat de la Pologne. En - 1831, il épousa une Française, Mlle Auger, dont il eut deux enfants. - - FERRETTE (Étienne, bailli DE), 1747-1831. Il était déjà bailli de - l'ordre de Malte en 1767 et ambassadeur de cet ordre à Paris. En - 1805, les domaines de Malte à Heitersheim ayant été sécularisés et - incorporés au grand-duché de Bade, le baron de Ferrette fut - indemnisé par une pension viagère de 60,000 livres et nommé ministre - de Bade auprès de l'empereur Napoléon Ier, plus tard, auprès de - Louis XVIII. Il démissionna en 1830. Il avait beaucoup de relations - à Paris et était un ami du prince de Talleyrand. - - FERRERS (lord), 1822-1859. Washington Sewallis, comte Ferrers. - - FERRERS (lady), épousa en 1844 lord Ferrers. Elle se nommait Arabella - et était fille du marquis de Donegall. - - FIESCHI (Joseph), 1790-1835; né à Murano (Corse); il tenta de faire - périr le roi Louis-Philippe pendant une revue le 28 juillet 1835, à - Paris, au moyen d'une machine infernale dressée dans une maison vers - le milieu du boulevard du Temple. Le Roi et les Princes échappèrent, - mais vingt-deux personnes furent blessées et dix-huit tuées, parmi - lesquelles le maréchal Mortier, duc de Trévise, ministre de la - Guerre. Fieschi fut condamné à mort avec ses complices Pépin et - Morey. - - FITZCLARENCE (Adolphus, lord), 1802-1856. Troisième fils illégitime - du roi Guillaume IV d'Angleterre et de l'actrice Mrs Jordan. Il fut - contre-amiral et aide de camp naval de la reine Victoria. - - FITZ-PATRICK (Richard), 1747-1813. Il fut général et se distingua - dans la guerre d'Amérique. Il entra au Parlement en 1870, fut - secrétaire du duc de Portland, lord-lieutenant d'Irlande, et, en - 1783, secrétaire au ministère de la Guerre; il fut un constant ami - de Fox. - - FITZ-PATRICK (M.). Né en 1809, il épousa en 1830 la fille d'Auguste - Douglas. Il fut capitaine dans l'armée anglaise et membre du - Parlement. - - FITZROY-SOMERSET (lord), 1788-1855. Plus tard lord Raglan. Fils cadet - du comte de Beaufort, aide de camp du duc de Wellington, aux côtés - de qui il perdit le bras droit à Waterloo. Il mourut du choléra sous - Sébastopol, où il commandait l'armée anglaise. - - FITZROY-SOMERSET (lady), morte en 1881. Elle était fille de lord - Wellesley, et nièce du duc de Wellington, chef et ami de lord - Fitzroy-Somerset, qu'elle épousa, en 1814. - - FLAHAUT (le général comte DE), 1785-1870. Aide de camp de Napoléon - Ier, il fut, sous Louis-Philippe, pair de France, et sous Napoléon - III ambassadeur et sénateur. Ses parents étaient pauvres, et le - prince de Talleyrand avait contribué en partie aux frais de son - éducation. - - FLAHAUT (la comtesse DE), morte en 1867. Elle était fille de lord - Keith et Nairne, amiral anglais. - - FOUCHÉ (Joseph), duc d'Otrante, 1763-1820. Maître de police sous - l'Empire; homme habile, mais sans convictions et sans scrupules. - - FOUGIÈRES (Mlle DE). Elle épousa le marquis Christian de Nicolay. Son - fils, Antoine, épousa Mlle de Vogüé, et sa fille Aymardine, Paul de - Larges. - - FOX (Charles-Jacques), 1748-1806. Un des plus grands orateurs de - l'Angleterre. Député, il entra dans l'opposition et fut bientôt à la - tête du parti whig. Défenseur de la tolérance et de la liberté, il - se montra favorable à la Révolution française et ne cessa de - conseiller la paix avec la France. - - FRANÇOIS Ier, Roi de France, 1494-1547. Fils de Charles d'Orléans, - comte d'Angoulême, et de Louise de Savoie, il succéda, en 1515, au - roi Louis XII dont il avait épousé la fille Claude. - - FRÉDÉRIC II LE GRAND. Roi de Prusse, 1712-1786. Guerrier illustre, il - fonda la puissance militaire de la Prusse. Amateur des lettres et se - piquant de philosophie, il attira Voltaire à sa cour et fut en - relation avec les encyclopédistes. - - FRIAS (le duc DE), 1783-1851. Don Bernardino Fernandez Vilano, comte - de Haro, duc de Frias, duc de Meda, marquis de Villena. Depuis 1796, - il servit dans la _Guardia Volona_ et devint capitaine. Il épousa - doña Marianna de Siloa, fille du marquis de Santa-Cruz. Le duc de - Frias fut ambassadeur d'Espagne à Londres, et devint ensuite - président de la Chambre haute établie par la Charte qu'octroya la - reine Marie-Christine en 1834, et appelée _El estatuto Real_. Il - était homme de lettres et a laissé des poésies. - - FULCHIRON (Jean-Claude), 1774-1859. Littérateur et homme politique - français. Élève de l'École polytechnique, il servit dans - l'artillerie. En 1831, élu député, il se montra, pendant quinze ans, - le constant défenseur de la politique conservatrice. Pair de France - en 1845, il rentra dans la vie privée en 1848. - - -G - - GAËTE (Martin-Charles Gaudin, duc DE), 1756-1841. Ministre des - Finances sous Napoléon Ier, qui le créa duc. Il fut député sous la - Restauration, et, en 1820, gouverneur de la Banque de France. - - GARCIA (Manuel), 1775-1832. Compositeur et artiste lyrique - espagnol; il fut le père de Mme Malibran et de Mme Viardot. - - GARRAUBE (Jean-Alexandre Valleton DE), 1790-1859. Il suivit la - carrière militaire et se signala d'abord par son zèle légitimiste. - Son dévouement pour la duchesse d'Angoulême lui valut le surnom de - _Chevalier du Brassard_, et une faveur qui, pendant quinze ans, ne - se démentit pas. Il se rallia à Louis-Philippe en 1830. En 1831, il - était colonel et député. Il se montra, en général, fidèle à la - politique des doctrinaires. Il fut admis à la retraite en 1852 avec - le grade de général de brigade. - - GASTON D'ORLÉANS, 1608-1660. Troisième fils du roi Henri IV et frère - de Louis XIII. Il porta le titre de duc d'Anjou jusqu'en 1624, où il - reçut en apanage le duché d'Orléans. Il joua un rôle déplorable - pendant la Fronde, passant sans cesse d'un parti à un autre. - C'était, du reste, un homme spirituel, ami des lettres et des - sciences. Il laissa une seule fille, la célèbre Mademoiselle, - duchesse de Montpensier. - - GAUTARD (M. DE), mort en 1839. Il possédait, près de Bex, le château - Grenier. Très estimé, il fut beaucoup regretté quand il mourut des - suites d'un accident, l'esprit-de-vin dont il dirigeait la - fabrication ayant pris feu et fait explosion. - - GEORGE III, Roi d'Angleterre, 1738-1820. Il monta sur le trône en - 1760, succédant à son grand-père George II. Il étendit les conquêtes - de l'Angleterre aux Indes et réunit définitivement l'Irlande. Il - combattit de tout son pouvoir la Révolution française, et devint fou - dix ans avant sa mort. - - GEORGE IV, Roi d'Angleterre, 1762-1830. Une jeunesse dissipée, - l'énormité de ses dettes et son mariage avec une catholique, Mrs - Fitzherbert, lui aliénèrent l'estime de sa nation. En 1795, il - épousa la princesse Caroline de Brunswick, à laquelle il intenta - plus tard un procès scandaleux. En 1811, le Parlement lui donna la - Régence par suite de la démence de son père. Il monta sur le trône - eu 1820. Ce fut à lui que Napoléon adressa sa lettre pour réclamer - l'hospitalité de l'Angleterre, après sa seconde abdication. - - GEORGE V, Roi de Hanovre, 1819-1878. Il succéda à son père le roi - Ernest-Auguste en 1851, malgré sa cécité. En 1866, il perdit ses - États, qui passèrent à la Prusse, après avoir absolument refusé - toute entente avec elle. - - GÉRARD (Étienne-Maurice, comte), 1773-1852. Ayant adopté la carrière - militaire, il fit toutes les campagnes de la République et de - l'Empire. La Restauration l'éloigna. En 1830, il devint ministre de - la Guerre, et en 1831 maréchal. Commandant de l'expédition de - Belgique, il prit la citadelle d'Anvers et fut élevé à la Pairie en - 1832. - - GESSLER (Hermann). Bailli des cantons de Schwytz et d'Uri pour Albert - Ier d'Autriche; il fut, par sa cruauté, cause de l'insurrection du - pays en 1307, et, selon la tradition, périt de la main de Guillaume - Tell. - - GILLES LE GRAND. Type de la comédie bouffonne, tirant son nom d'un - acteur célèbre au dix-septième siècle. - - GIRARDON (François), 1630-1715. Sculpteur: protégé par le chancelier - Séguier qui l'envoya étudier à Rome, il fit plusieurs ouvrages très - estimés. - - GIROLLET (Jean-Baptiste-Simon, abbé), 1765-1836. Prêtre bénédictin - de la congrégation de Saint-Maur, que la Révolution força d'émigrer. - Il trouva en Pologne une situation de précepteur où il connut la - princesse Tyszkiewicz. Elle le recommanda au prince de Talleyrand, - qui le fit nommer aumônier de la Chambre des Pairs. Il fut très ami - de la famille de Talleyrand. Vers la fin de sa vie, il s'établit à - Rochecotte, où il fonda une école qui porte son nom. - - GLOUCESTER (Frédéric, duc DE), 1776-1834. Fils du duc - Guillaume-Henri de Gloucester, mort en 1805, il avait épousé en 1816 - la quatrième fille du roi George III, et fut, à cette occasion, - élevé au rang de prince du sang. - - GLOUCESTER (la duchesse DE), 1776-1857. Marie, fille de George - III d'Angleterre et de la princesse Sophie-Charlotte de - Mecklembourg-Strélitz, épouse du duc de Gloucester. - - GONTAUT-BIRON (la duchesse DE), 1773-1858, née Montault-Navailles, - gouvernante des enfants de France, qu'elle suivit en exil. Charles X - l'avait créée duchesse en 1827: c'était un titre à brevet. - - GRAFTON (Henry Fitzroy, duc DE), 1790-1863. Il entra en 1826 à la - Chambre des communes parmi les libéraux et les promoteurs de la - réforme parlementaire. A la mort de son père, il entra à la Chambre - des lords où il conserva son attitude libérale, suivant assez - fidèlement la politique de lord John Russell. Il avait épousé une - fille de l'amiral Berkeley. - - GRAHAM (sir James), 1792-1861. Il devint en 1836, à la mort de son - père, duc de Montrose et il siégea alors à la Chambre des lords dans - les rangs du parti conservateur. En 1837, il devint chancelier de - l'Université de Glascow; en 1852, grand maître de la maison de la - reine: il fut aussi lord-lieutenant et chancelier du duché de - Lancastre. - - GRANT (Charles), plus tard lord Glenelg. Il était né en 1780, fut - membre de la Chambre des communes. De 1817 à 1822, il fut secrétaire - d'État pour l'Irlande. En 1830, il fit partie du ministère de lord - Grey et, en 1835, de celui de lord Melbourne. - - GRANVILLE (lord), 1775-1846. Fils cadet du marquis de Stafford; il - représenta pendant de longues années l'Angleterre à Paris, où il sut - se créer des amitiés précieuses. Sa femme était fille de la belle - duchesse de Devonshire. - - GRANVILLE (lady). Henriette-Élisabeth Cavendish, fille du duc de - Devonshire, épousa en 1809 lord Granville et mourut en 1862. - - GREFFULHE (Mme), 1766-1859. Pauline de Randan-Pully; elle épousa en - 1793 M. Louis Greffulhe, dont elle eut une fille qui fut la comtesse - de Castellane. Devenue veuve en 1821, Mme Greffulhe épousa en - secondes noces le comte d'Aubusson la Feuillade, pair de France et - ancien ambassadeur, qui mourut en 1848. - - GRENVILLE (lord William Wyndham), 1759-1834; attaché au parti de - Pitt dont il était le parent, il remplit plusieurs rôles politiques. - - GREVILLE (Henry). Il occupa un emploi à la cour vice-royale de - Dublin sous lord Clarendon; il eut ensuite un poste au - Foreign-office et fut secrétaire privé du duc de Wellington. - - GREY (Charles Howick, lord), 1764-1845. Appartenant au parti - libéral, lord Grey fut ministre avec Fox et joua un grand rôle dans - le procès de la reine Caroline et aussi dans les affaires de - Belgique en 1830. C'est à lui que l'Angleterre dut sa réforme - électorale. - - GREY (lady), 1775-1861. Fille de William Ponsonby et de Louise, - fille du vicomte Molesworth, elle avait épousé lord Grey en 1794. - - GREY (lady Élisabeth), fille de lord Grey; elle mourut sans s'être - mariée. - - GREY (lady Georgiana), sœur de la précédente; elle mourut en 1870 - sans avoir été mariée. - - GRISI (Giulia), 1812-1869. Célèbre cantatrice, fille d'un officier - italien au service de la France et nièce de Mme Grassini. Elle - naquit à Milan, entra de bonne heure au Conservatoire et devint une - artiste renommée, admirée dans toute l'Europe et l'Amérique. En - 1836, elle épousa à Paris le comte Gérard de Melcy, mais cette union - fut rompue peu après, à la suite d'un duel entre M. de Melcy et lord - Castlereagh, neveu du célèbre homme d'État. Elle se remaria plus - tard avec son camarade Mario, comte de Candia. - - GROSVENOR (lady), née en 1797; Élisabeth, fille cadette du duc de - Sutherland, épousa en 1819 le duc de Westminster. - - GUILLAUME II, Roi des Pays-Bas, 1792-1849. Il épousa, en 1816, Anna - Paulowna, fille de l'Empereur Paul de Russie, et eut un règne - paisible et conciliateur. - - GUILLAUME IV, Roi d'Angleterre, 1765-1837. Il monta sur le trône à - l'âge de soixante-cinq ans, succédant à son frère George IV, et - régna de 1830 à 1837. Il avait épousé, en 1818, Adélaïde, fille du - duc de Saxe-Meiningen. - - GUILLAUME LE CONQUÉRANT ou le Bâtard, duc de Normandie, 1027-1087. - Il conquit l'Angleterre en 1066 et sut organiser fortement son - nouveau royaume en créant une noblesse militaire hiérarchisée. - - GUILLAUME TELL, mort en 1354. Un des chefs de la révolution qui - affranchit la Suisse en 1307. - - GUISE (Henri de Lorraine, duc DE), dit _le Balafré_; 1550-1588. Fils - aîné de François de Guise, chef de la Ligue, il fut assassiné au - château de Blois par ordre de Henri III; il avait dirigé le massacre - de la Saint-Barthélemy. - - GUIZOT (François-Pierre-Guillaume), 1767-1874. Homme d'État et - écrivain français; il fut ministre sous Louis-Philippe. Ambassadeur - à Londres et membre de l'Académie française. - - GUIZOT (Mme), 1803-1833. Élisa Dillon, fut la deuxième femme de M. - Guizot, qu'elle épousa en 1828, après la mort de sa première femme, - Pauline de Meulan. - - -H - - HAENDEL (Georges-Frédéric), 1685-1759. Compositeur allemand, né à - Halle en Saxe, mort aveugle à Londres. - - HALFORD (sir Henry Wangham), 1766-1844. Premier médecin du roi - George III d'Angleterre, jouissant d'une grande réputation. En - 1809, il fut créé baron. Il avait épousé, en 1795, la deuxième - fille de lord Blestow. - - HARDWICK (lady), 1763-1858. Élisabeth, fille du comte de Balcarres, - épousa, en 1782, Charles-Philippe Yorke, qui, à la mort de son - oncle lord Hardwick, prit son nom et son titre. Le mari de lady - Hardwick, amiral, fit partie du ministère Derby en 1852. - - HARDY (miss Émily), morte en 1866. Elle épousa, en 1839, le Rév. - Francis Flewson de Rillarmes. - - HAREWOOD (lord Henry), 1767-1841. Il avait épousé lady Louise - Thynne, fille du marquis de Bath. - - HARISPE (le général), 1768-1854. Il fit avec distinction les - campagnes de la Révolution et de l'Empire. Écarté par la - Restauration, il fut rappelé en 1830, élevé à la Pairie et fait - maréchal de France en 1851. - - HAYDN (François-Joseph), 1732-1809. Compositeur allemand. Auteur de - symphonies et d'oratorios remarquables. - - HÉLÈNE DE TROIE. Princesse grecque célèbre par sa beauté, et, selon - la fable, fille de Jupiter et de Léda. Épouse de Ménélas, elle fut - enlevée par Pâris, ce qui détermina l'expédition des Grecs contre - Troie. - - HENRI III, Roi d'Angleterre, 1216-1272. Fils de Jean sans Terre, - auquel il succéda à l'âge de neuf ans. - - HENRI III, Roi de France, 1551-1589. Troisième fils de Henri II. Il - porta d'abord le titre de duc d'Anjou, fut élu roi de Pologne, mais - abandonna ce royaume au bout de quelques mois pour venir succéder, - en France, à son frère Charles IX. Il fut assassiné par Jacques - Clément, et avec lui s'éteignit la branche des Valois. - - HENRI IV, Roi de France, 1553-1610. Fils d'Antoine de Bourbon et de - Jeanne d'Albret; il monta sur le trône en 1589, et mourut assassiné - par Ravaillac. - - HENRI V. Les légitimistes appelaient ainsi le duc de Bordeaux. - - HENRI VIII, Roi d'Angleterre, 1491-1547; succéda en 1509 à son père - Henri VII; il se prononça pour Charles-Quint contre François Ier et - rompit avec l'Église catholique. - - HERTFORD (lady), morte en 1836. Isabelle, fille aînée de - Charles-Ingram Sheffield, vicomte Irvin, épousa Seymour Conway, - marquis de Hertford. Elle était une amie de George IV. - - HESSE-DARMSTADT (le grand-duc DE), 1777-1848. Louis II; il épousa en - 1830 une princesse Wilhelmine de Bade, qui mourut en 1836. - - HESSE-DARMSTADT (la grande-duchesse DE), 1813-1842. - Mathilde-Caroline, fille du roi Louis de Bavière et épouse du - grand-duc Louis III de Hesse-Darmstadt. - - HESSE-HOMBOURG (la Landgravine DE), 1770-1840. Élisabeth, fille du - roi George III d'Angleterre, épousa, en 1818, le landgrave - Frédéric-Joseph, qui mourut en 1829. - - HESSE-HOMBOURG (la Landgravine DE), née en 1778. Auguste, fille du - duc de Nassau-Usingen, épousa en 1804 le landgrave Louis de - Hesse-Hombourg. - - HEYTESBURY (lord William), 1779-1860. Homme d'État anglais; - conseiller privé, diplomate distingué; son dernier poste - d'ambassadeur fut celui de Saint-Pétersbourg de 1828 à 1833. De 1844 - à 1846, il fut lord-lieutenant d'Irlande. Il avait épousé une fille - de W. Bouverie. - - HILL (lord Rowland), 1773-1842. Général anglais. Il s'illustra dans - la guerre d'Espagne et la campagne de 1815. En 1827, il devint - gouverneur de Plymouth, et l'année suivante il reçut le commandement - en chef de l'armée anglaise. - - HOBHOUSE (sir John Cam), 1785-1869. Écrivain et homme politique - anglais. Condisciple de lord Byron à Cambridge, il conserva toujours - pour lui une vive amitié. Ils visitèrent ensemble une partie de - l'Orient et du Continent et sir J. Hobhouse fit paraître en 1812 un - ouvrage, _Voyage à travers l'Albanie_, qui le fit nommer membre de - la Société Royale de Londres. S'étant trouvé à Paris lors du retour - de Napoléon de l'île d'Elbe, sir J. Hobhouse publia, après la - bataille de Waterloo, _Lettres écrites par un Anglais pendant les - Cent-Jours_, livre qui fit sensation, car il y attaquait vivement le - gouvernement et y émettait des idées libérales. Hobhouse entra en - 1820 à la Chambre des communes et occupa dès lors plusieurs postes - administratifs. Il fut élevé à la Pairie en 1851 sous le titre de - baron Broughton Gyfford. - - HOHENTHAL (la comtesse DE), 1808-1845. Née princesse Louise de - Biron-Courlande, sœur de la comtesse de Lazareff et de Mme de - Boyen. - - HOLLAND (lord), 1772-1840. Neveu de Fox, il fut, comme son oncle, le - champion des libertés publiques. Il contribua, avec lady Holland, à - adoucir le sort de Napoléon à Sainte-Hélène. - - HOLLAND (lady), morte en 1840. Elle fut en premières noces lady - Webster. Lord Holland l'avait connue à Florence et l'épousa après - avoir eu avec elle une liaison antérieure, et après son divorce - d'avec sir Godfrey Webster. Lady Holland était très spirituelle et - Holland-House fut pendant longtemps le rendez-vous des notabilités - littéraires de l'époque. - - HOMÈRE. Célèbre poète grec, regardé comme l'auteur de l'_Iliade_ et - de l'_Odyssée_. - - HOPE (Thomas), 1774-1835. Riche et amateur des arts, il voyagea - beaucoup, puis s'installa à Londres où il forma de riches galeries - de peinture et de sculpture. - - HOWE (Richard-William Penn, lord), mort en 1870, fils du baron - Curzon. En 1831, il occupait une charge à la cour de la reine - Adélaïde d'Angleterre. - - HOWICK (Henry), 1802-1894. Fils aîné de lord Grey et sous-secrétaire - d'État aux colonies dans le ministère de son père en 1830. En 1845, - à la mort de lord Grey, il prit son titre et sa place à la Chambre - des lords. Il avait des opinions très libérales. - - HUGO (Mme Victor), née en 1810; elle se nommait Adèle Foucher, et - était la fille de Paul-Henry Foucher, littérateur et homme politique - français. - - HUMANN (Jean-Georges), 1780-1842. Financier et homme d'État - français. Il siégea à la Chambre des députés à partir de 1820, fut - un des deux cent vingt et un signataires qui amenèrent la révolution - de 1830, fut ministre des Finances de 1832 à 1836 et de 1840 jusqu'à - sa mort. - - HURE (M.). Grand ami de Fox. - - HUSS (Jean), 1373-1415. Théologien hérésiarque, de Bohême. - Excommunié par le pape Alexandre V pour avoir adopté les doctrines - de Wicleff, il en appela au Concile de Trente, et, refusant de se - rétracter, il fut brûlé vif. - - -I - - INÈS DE CASTRO. Assassinée en 1355. Célèbre par sa beauté et ses - malheurs; elle fut épousée par l'Infant Pierre de Portugal. - Ferreira fit sur elle, au seizième siècle, une tragédie. - - ISABELLE (doña), 1801-1876. Régente de Portugal de 1826 à 1828. - - ISABELLE II, Reine d'Espagne, 1830-1904. Elle succéda à son père le - roi Ferdinand VII en 1833, sous la tutelle de sa mère, la reine - Christine. Isabelle II épousa son cousin germain, François d'Assise - de Bourbon, qui prit le titre de roi. Elle abdiqua, en 1870, en - faveur de son fils Alphonse XII, après avoir quitté l'Espagne par - suite de la révolution de 1868. - - -J - - JACOB (Louis-Léon, comte), 1768-1854. Marin français. Il inventa en - 1805 les signaux sémaphoriques, devint contre-amiral en 1812. Il - fut élevé à la Pairie après 1830, et un moment ministre de la - Marine. - - JACQUES Ier, Roi d'Écosse et d'Angleterre, 1566-1625. Fils de Marie - Stuart, il fut roi d'Écosse à un an, en 1567, et roi d'Angleterre - en 1603 à la mort d'Élisabeth. - - JAUCOURT (la marquise DE), 1762-1848. Mlle Charlotte de Bontemps - avait épousé le marquis de Jaucourt, petit-neveu du chevalier de - Jaucourt, rédacteur de l'_Encyclopédie_. - - JERMINGHAM (Miss). Fille aînée du baron Stafford, elle mourut en - 1838. - - JERSEY (lady), 1787-1867. Sarah, fille du comte de Westmorland. Lord - Jersey, son mari, remplit diverses charges de cour et lady Jersey - tint longtemps, dans la société de Londres le sceptre de l'élégance. - - JOSÉPHINE (l'impératrice), 1763-1814. Née à la Martinique, Joséphine - Tascher de la Pagerie épousa en 1779 le vicomte de Beauharnais, qui - mourut sur l'échafaud en 1794; en 1796, elle épousa le général - Bonaparte, et elle devint Impératrice en 1804; mais, en 1809, - Napoléon divorça et elle mourut cinq ans après au château de la - Malmaison, près de Paris. - - -K - - KENT (la duchesse DE), 1786-1861. Fille du duc de - Saxe-Cobourg-Saalfeld et mère de la reine Victoria d'Angleterre. - Elle avait épousé, en premières noces, le prince Emich de - Leiningen, et en secondes noces, le duc de Kent, quatrième fils du - roi George III d'Angleterre. - - KOREFF (David-Ferdinand), 1783-1851. Fils d'un médecin juif, il - naquit à Breslau, fit ses études à Halle, à Berlin et à Paris. Il - voyagea en Italie avec la famille de Custine et se trouvant à - Vienne, en 1814, y fit la connaissance de Hardenberg, chancelier du - roi de Prusse, qui l'engagea à entrer au service de l'État - prussien. Il se fit alors baptiser. En 1821, il alla à Paris, puis - passa quelques années en Angleterre. - - KÜPER (le Rév. Dr William), originaire d'Allemagne et luthérien, il - fut pendant de longues années lecteur de la reine Adélaïde - d'Angleterre. Il eut pour fils l'amiral Auguste-Léopold Küper. - - -L - - LA BESNARDIÈRE (Jean-Baptiste Goney DE), 1765-1843. En 1805 il - accompagna le prince de Talleyrand à la suite de la Grande Armée; - pendant les dernières années de l'Empire, il représenta au Conseil - d'État, avec MM. d'Hauterive et Dalberg, le ministère des Affaires - étrangères; en 1814, il accompagna le prince de Talleyrand à - Vienne. En 1819, il se retira en Touraine. - - LABOUCHÈRE (Henri), 1798-1861. Anglais, d'une famille d'origine - française, il fut député de Taunton depuis 1830. Il était le - deuxième fils de Pierre-César Labouchère, associé de la maison Hope - et Cie, d'Amsterdam, et d'une fille de sir Francis Baring. Il - épousa une Baring, sa cousine germaine. En 1858 il fut élevé à la - Pairie sous le titre de lord Taunton. - - LA BRUYÈRE (Jean DE), 1645-1696. Moraliste français; il fut le - précepteur du petit-fils du grand Condé et l'auteur des - _Caractères_. - - LACRETELLE (Jean-Claude-Dominique DE), 1766-1855. Auteur de - plusieurs ouvrages historiques où il se recommande plus par une - certaine habileté d'arrangement que par la profondeur. - - LA FAYETTE (Gilbert Mortier, marquis DE), 1757-1834. Après avoir - fait, fort jeune, la guerre d'Amérique, il fut nommé en 1788 député - aux États généraux: mis hors la loi après le 20 juin 1792, il dut - s'enfuir, mais, arrêté par les Autrichiens, il resta cinq ans - enfermé à Olmütz. Député en 1814, il vota la déchéance de - l'Empereur; sous la Restauration, il resta toujours dans - l'opposition. Chef des gardes nationales en 1830, il contribua à - l'avènement de Louis-Philippe. - - LAGRANGE-CHANCEL (Joseph DE), 1676-1758. Littérateur français, - auteur de tragédies assez faibles et des _Philippiques_. - - LAMB (sir Frédéric), 1782-1852. Diplomate anglais; frère de lord - Melbourne, il fut ambassadeur à Venise, à Münich, en Espagne, et - entra en 1821 à la Chambre des lords sous le titre de lord Beauvale. - En 1848, il devint vicomte Melbourne, à la mort de son frère - William. - - LAMENNAIS (Hughes-Félicité-Robert, abbé DE), 1782-1854. Écrivain - catholique, philosophe réformateur, journaliste révolutionnaire, il - rompit avec l'Église, qui avait condamné ses ouvrages. - - LANGWARD. Improvisateur allemand peu célèbre. - - LANSDOWNE (Henry, marquis DE), 1780-1863. Homme d'État anglais. Whig - modéré, il a laissé une réputation méritée de droiture et - d'honnêteté politique. Il entra au Parlement de 1802; il montra - beaucoup de zèle pour l'abolition de l'esclavage, et défendit avec - ardeur les catholiques irlandais. En 1830, il entra dans le Cabinet - réformiste de lord Grey, et devint président du Conseil privé. - - LANSDOWNE (lady), morte en 1865. Elle était fille de sir Henry Vane - Tempest et épousa le marquis de Lansdowne en 1819. - - LARCHER (Mlle Henriette), 1782-1860. Elle était Genevoise, et fut la - gouvernante de Mlle Pauline de Périgord, plus tard marquise de - Castellane. - - LA REDOUTE (Joseph-Charles-Maurice, comte DE), 1804-1886. Élève de - l'École polytechnique, il devint lieutenant en 1826 et fut nommé - officier d'ordonnance du duc d'Orléans, en 1833. Élu député de - Carcassonne en 1835, il quitta la carrière militaire; fut en 1840 - ambassadeur pendant quelques mois, à Madrid, et entra à la Chambre - des pairs l'année suivante. - - LA ROCHEFOUCAULD (la vicomtesse Sosthène DE), 1790-1834. Elle était - la fille unique du duc Mathieu de Montmorency. - - LA RONCIÈRE LE NOURY (Émile-Clément DE), 1804-1874. Fils du général - de la Roncière, il s'engagea à dix-sept ans dans la cavalerie et fut - détaché comme lieutenant à l'école de Saumur en 1833. A la suite - d'un procès qui le condamna à dix ans de réclusion, il rentra dans - l'obscurité. Le second Empire l'en fit sortir, et le nomma - successivement inspecteur de la colonisation en Algérie, chef de - service à Chandernagor, puis aux îles Saint-Pierre-et-Miquelon. - - LATOUR-MAUBOURG (le marquis DE), 1781-1847. Diplomate français; il - fut, sous le premier Empire, chargé d'affaires à Constantinople, - puis ministre plénipotentiaire en Würtemberg. Sous la Restauration, - il devint successivement ministre en Hanovre, en Saxe, ambassadeur à - Constantinople en 1823, à Naples en 1830, et à Rome en 1831. Cette - même année il fut appelé à la Pairie. - - LAURENCE (Justin), 1794-1863. Fils d'un orfèvre de Mont-de-Marsan, - il fut le champion de l'opposition libérale dans son département. - Tour à tour conseiller de préfecture des Landes, avocat général à la - Cour royale de Pau, il fut élu député en 1831. En 1844, il fut - appelé à la Direction générale des Contributions. La Révolution de - 1848 mit fin à sa carrière politique. - - LAUZUN (le duc DE), 1632-1733. Joua un rôle brillant, mais - aventureux, à la cour de Louis XIV. Il épousa la Grande - Mademoiselle, cousine germaine du Roi. - - LAVAL (le prince Adrien DE), 1768-1837. Pair de France, duc de - Fernando en Espagne; il fut ambassadeur de France à Rome. Il avait - épousé sa cousine, Mlle de Montmorency-Luxembourg. - - LAVRADIO (don Francisco de Almeida, comte DE), 1796-1870. Portugais, - pair du royaume, conseiller d'État, il fut ministre en 1825 et en - 1846. En 1851, il fut ministre à Londres et il venait d'être - transféré à Rome lorsqu'il mourut. - - LAZAREFF (le comte Lazare DE), 1792-1871. Colonel russe; il épousa - la princesse Antoinette de Biron-Courlande. - - LEGONIDEC (Joseph-Julien), 1763-1844. Magistrat français. Avocat au - Parlement de Paris, il passa en Amérique le temps de la Révolution - et ne revint en France qu'en 1797. En 1815, la Restauration le nomma - conseiller à la Cour de cassation où il siégeait encore au moment de - sa mort comme doyen de la Chambre civile. - - LE HON (le comte Charles), 1792-1868. Né à Tournay, en Belgique, il - joua dans son pays un rôle d'opposition avant 1830. Il fut ensuite, - pendant de longues années, ministre de Belgique à Paris où il resta - jusqu'en 1852. - - LEHZEN (Mlle Louise) morte en 1870. Fille d'un pasteur protestant - hanovrien, elle vint en Angleterre en 1818 pour être gouvernante de - la princesse Féodore de Leiningen, fille du premier mariage de la - duchesse de Kent; elle prit les mêmes fonctions auprès de la - princesse Victoria, plus tard Reine d'Angleterre. En 1827, le Roi - George IV lui conféra le titre de baronne. Elle resta à la cour - d'Angleterre jusqu'en 1849 et retourna alors en Allemagne. - - LEICESTER (Richard Dudley, comte DE), 1531-1588. Jouissant d'un - grand crédit sur la reine Élisabeth d'Angleterre, le comte de - Leicester fut comblé de ses faveurs. - - LENORMAND (Marie-Anne), 1772-1843. Célèbre devineresse. Elle fut - élevée chez les bénédictines d'Alençon, où elle commença son rôle de - prophétesse, vint ensuite à Paris en 1790; elle se mit à y prédire - l'avenir, par les cartes, et fut consultée par l'impératrice - Joséphine et d'autres personnages de distinction. - - LÉON (la princesse DE), morte en 1815. Elle se nommait, avant son - mariage, Mlle de Séran. Elle mourut d'un accident, sa robe ayant - pris feu. Son mari entra dans les ordres trois ans plus tard; il fut - successivement appelé aux évêchés d'Auch et de Besançon et, en 1830, - il reçut le chapeau de cardinal. Après la mort de son père, le - prince de Léon avait pris le titre de duc de Rohan. - - LÉON (l'évêque DE). Don Joachim Albarca y Blanquès, 1781-1844. Un - des conseillers du prétendant don Carlos, qu'il accompagna à Londres - en 1834, et qui le nomma plus tard son ministre de grâce et de - justice. Il mourut à Turin. Il avait pris possession du siège - épiscopal de Léon en 1825. - - LÉOPOLD Ier, Roi des Belges, 1790-1865. Georges-Chrétien-Frédéric, - prince de Cobourg-Gotha, fut élu roi des Belges en 1831. Il avait - épousé, en premières noces, en 1816, la princesse Charlotte - d'Angleterre, et en deuxièmes noces, la princesse Louise d'Orléans, - fille du Roi Louis-Philippe. - - LESLIE (Charles-Robert), 1794-1839. Peintre anglais; artiste - remarquable, excellant surtout à reproduire sur la toile les - écrivains à qui il empruntait généralement ses tableaux, - Shakespeare, Cervantes, Molière, Sterne, Walter Scott. - - LEUCHTENBERG (le prince Auguste-Charles DE), 1807-1835. Il épousa, - en 1835, doña Maria, reine de Portugal, et mourut la même année. - - LEUCHTENBERG (le prince Max DE), 1817-1852. Fils d'Eugène de - Beauharnais; il épousa, en 1839, la grande-duchesse Marie, fille de - l'Empereur Nicolas Ier de Russie. - - LEZAY-MARNESIA (Albert, comte DE), 1722-1857. Il occupa plusieurs - préfectures, entre autres celle du Loir-et-Cher, dont il était - titulaire en 1834. - - LICHTENSTEIN (Aloys-Joseph, prince DE), 1796-1858. Diplomate - autrichien; il fut attaché aux ambassades de Londres, de La Haye et - de Dresde. Il avait épousé une comtesse Kinsky. - - LIEVEN (Christophe, prince DE), 1770-1839. Général russe; il fut - ambassadeur à Paris et à Londres, puis, en 1834, gouverneur du - grand-duc héritier de Russie, plus tard Alexandre II. - - LIEVEN (la princesse DE), 1784-1857. Dorothée de Benkendorff, épouse - du prince Christophe de Lieven, ambassadeur à Londres; remarquable - par son esprit et son jugement, elle fit de son salon à Londres le - rendez-vous des hommes les plus distingués, et passa les dernières - années de sa vie à Paris, où elle se vit recherchée par les plus - hauts personnages politiques. - - LITTLETON (Édouard-John Walhouse), 1791-1863. Créé baron Hatherton - en 1835. Membre du Parlement anglais. En 1812, il épousa une fille - du marquis de Wellesley, et en 1858, en secondes noces, la veuve - d'Édouard Davenport. - - LONDONDERRY (Charles-William, lord), 1778-1854. Soldat et diplomate - anglais, il fut ambassadeur à Vienne, général et lord-lieutenant. Il - épousa en premières noces une fille de lord Darnley, et en deuxièmes - noces, une fille de sir Henry Vane Tempest. - - LONDONDERRY (lady), morte en 1865. Fille de sir H. Vane Tempest, - elle épousa lord Londonderry en 1819. - - LOUIS (le baron), 1755-1837. Ministre des Finances en France. Il - avait reçu les ordres et était très lié avec le prince de - Talleyrand. Depuis 1815, il siégea comme député dans presque toutes - les assemblées législatives, où il se fit remarquer par la - modération et la sagesse de ses vues. - - LOUIS XI, Roi de France, 1423-1483. Fils de Charles VII; aucun - prince de son temps ne connut mieux les ruses de la politique et - l'art de dominer les hommes. - - LOUIS XII, Roi de France, 1462-1515. D'abord connu sous le titre de - duc d'Orléans, il succéda comme roi de France à Charles VIII. - - LOUIS XIII, Roi de France, 1601-1643. Fils de Henri IV et de Marie - de Médicis, sous la régence de qui il régna d'abord. Il épousa Anne - d'Autriche. - - LOUIS XIV, Roi de France, 1638-1715. Fils de Louis XIII, il n'avait - pas cinq ans, lorsqu'il succéda à son père sous la régence de sa - mère Anne d'Autriche; il épousa l'infante Marie-Thérèse, et plus - tard, secrètement, Mme de Maintenon. - - LOUIS XV, Roi de France, 1710-1774. Fils du duc de Bourgogne et de - la princesse Adélaïde de Savoie, il succéda sur le trône à son aïeul - Louis XIV. - - LOUIS XVI, Roi de France, 1754-1793. Une des premières victimes de - la Révolution, qui le fit périr sur l'échafaud. - - LOUIS XVIII, Roi de France, 1755-1824. Il porta, d'abord, le titre - de comte de Provence et épousa, en 1771, Louise-Marie-Joséphine de - Savoie; son règne ne commença qu'en 1814. - - LOUIS-PHILIPPE Ier, Roi des Français, 1773-1849. Fils de - Philippe-Égalité, duc d'Orléans; il fut proclamé Roi après la - révolution de 1830 et l'abdication de Charles X, et obligé, lui - aussi, d'abdiquer, à la révolution de 1848. - - LOUISE, Reine de Prusse, 1776-1810. Fille du grand-duc de - Mecklembourg-Strélitz et épouse du roi Frédéric-Guillaume III de - Prusse. Elle fut la mère des rois Frédéric-Guillaume IV et Guillaume - Ier, qui, en 1870, fut proclamé empereur d'Allemagne. - - LOULÉ (la marquise DE), 1806-1857. Anne, infante de Portugal, mariée - en 1827 à Mendoça, marquis de Loulé, ministre d'État. Le marquis fut - créé duc, mais ses enfants ne jouirent jamais d'aucun privilège - royal. - - LOUVOIS (le marquis DE), 1639-1691. Homme d'État français, ministre - de la guerre sous Louis XIV; il était fils du chancelier Le Tellier. - - LOUVOIS (le marquis DE), 1783-1844. Il entra dans la carrière, puis - devint chambellan de l'empereur Napoléon Ier. Il établit à - Ancy-le-Franc des hauts-fourneaux, une verrerie, un moulin, des - scieries qui amenèrent la prospérité dans ce pays. Il fut fait pair - de France sous la Restauration. - - LUDOLF (Guillaume-Constantin, comte), 1759-1839. Ministre du roi de - Naples à Londres durant de longues années; sa famille était - d'origine autrichienne. - - LYNDHURST (lady), Sarah Grey; veuve du lieutenant-colonel - Charles-Thomas, qui tomba à Waterloo, elle épousa en 1819 lord - Lyndhurst dont elle fut la deuxième femme; elle était d'origine - juive. - - -M - - MAINTENON (la marquise DE), 1635-1719. Françoise d'Aubigné, épousa, - en 1652, le poète Scarron. Devenue veuve, elle fut chargée d'élever - les enfants de Louis XIV et de Mme de Montespan. Après la mort de - la Reine, Louis XIV s'unit à Mme de Maintenon par un mariage - secret. - - MAISON (le maréchal), 1771-1840. Il fit, avec distinction, les - guerres de la République et de l'Empire; fut fait pair de France - sous la Restauration. Chargé en 1828 de l'expédition de Morée, il y - obtint plein succès et fut créé maréchal. Sous Louis-Philippe, il - fut tour à tour ministre des Affaires étrangères, de la Guerre, - ambassadeur à Vienne et en Russie. - - MALIBRAN (Mme Marie-Félicité), 1808-1836. Célèbre cantatrice, fille - de Manuel Garcia. Elle épousa en premières noces le banquier - Malibran et en secondes noces le violoniste de Bériot. - - MARBOIS (le marquis François $1-), 1745-1837. Il remplit avant la - Révolution plusieurs missions diplomatiques; à la Révolution, il - fut déporté à la Guyane, et n'en revint qu'après le 18 Brumaire. Le - premier Consul le nomma président de la Cour des comptes. La - Restauration le fit pair et ministre de la Justice. Plus tard, il - reprit ses fonctions de président de la Cour des comptes, qu'il - exerça jusqu'en 1834. - - MAREUIL (Joseph-Durand, comte DE), 1769-1855. Diplomate français. A - la seconde Restauration, il fut nommé conseiller d'État, et chargé - de diverses missions. Nommé pair de France en 1833 et grand-cordon - de la Légion d'honneur en 1834, il fut envoyé à Naples comme - ambassadeur; rappelé dix-huit mois plus tard, il vécut depuis lors - dans la retraite. - - MARIE (l'infante), 1793-1874. Fille de Jean VI de Portugal, elle - épousa en premières noces l'infant dom Pedro et plus tard don - Carlos, infant d'Espagne. - - MARIE II ou MARIA DA GLORIA. Reine de Portugal, 1819-1853. Fille de - dom Pedro Ier, qui, reconnaissant l'impossibilité de garder ensemble - les deux trônes de Brésil et de Portugal, abdiqua celui de Portugal - en faveur de son second enfant, doña Maria, après avoir octroyé à ce - Royaume une charte libérale. Doña Maria épousa en premières noces le - duc de Leuchtenberg, et, en secondes noces, le prince Ferdinand de - Cobourg. - - MARIE-AMÉLIE (la Reine), 1782-1866; Fille de Ferdinand Ier, Roi des - Deux-Siciles, elle épousa en 1809 le duc d'Orléans, qui fut plus - tard Louis-Philippe, roi des Français. - - MARIE-CASIMIRE D'ARQUIEN, 1635-1716. Fille du marquis de La Grange - d'Arquien, elle avait accompagné en Pologne la reine Marie-Gonzague. - Mariée d'abord à Zamoyski, elle épousa en secondes noces le roi Jean - Sobieski. Devenue veuve, elle se retira d'abord à Rome, puis à Blois - où elle mourut. - - MARIE DE MÉDICIS, Reine de France, 1573-1642. Fille du grand-duc - François Ier de Toscane, elle épousa le Roi de France Henri IV, fut - la mère de Louis XIII et exerça la Régence pendant la minorité de - son fils. - - MARIE D'ORLÉANS (la princesse), 1813-1839. Fille du Roi - Louis-Philippe, elle épousa le prince Alexandre de Würtemberg. Elle - avait du talent pour la sculpture et est l'auteur d'une statue de - Jeanne d'Arc placée dans la cour de l'Hôtel de ville à Orléans. - - MARIE-LOUISE (l'Impératrice), 1791-1847. Fille de l'Empereur - François II d'Autriche, elle épousa en 1810 l'Empereur Napoléon Ier. - - MARIE STUART, 1542-1587. Reine d'Écosse. Elle épousa François II, - roi de France, dont elle devint veuve en 1560. De retour en Écosse, - elle eut à lutter contre la Réforme et les agissements secrets de la - reine Élisabeth d'Angleterre qui la fit emprisonner puis exécuter - après dix-huit ans de captivité. - - MARIE-THÉRÈSE (l'Impératrice), 1717-1780. Fille de l'Empereur - Charles VI, elle lui succéda sur le trône d'Autriche et eut à lutter - contre le Roi de Prusse, Frédéric II, qui lui enleva la Silésie. - Elle avait épousé François de Lorraine. - - MARTIN (M.). Élève de l'École normale, il devint professeur dans un - collège de Paris où le prince de Talleyrand le prit pour le charger - de l'éducation de ses deux neveux Louis et Alexandre de Périgord; il - devint plus tard recteur de l'Académie d'Amiens. - - MARTIN DU NORD (Nicolas-Ferdinand), 1789-1862. Littérateur et homme - d'État français; élu député en 1830, il siégea dans les rangs des - conservateurs, il fut avocat général à la Cour de cassation en 1842, - puis procureur général à la Cour royale de Paris. En 1834, il devint - ministre des Travaux publics; en 1839, ministre de la Justice et des - Cultes. - - MARTINEZ DE LA ROSA (François), 1789-1862. Littérateur et homme - d'État espagnol. Député aux Cortès en 1812, il y soutint les - idées les plus avancées, qui le firent condamner à dix ans - d'emprisonnement au Maroc; la révolution de 1820 lui rendit la - liberté, et il devint président du conseil. Sous la Reine régente, - il devint chef d'un Cabinet constitutionnel, qui signa la Quadruple - Alliance, mais il se retira en 1835. Il fut, depuis, ambassadeur à - Paris, à Rome, et président des Cortès. - - MASSA (la duchesse DE), née en 1792; fille du duc de Tarente, elle - avait épousé Régnier, duc de Massa, dont elle devint veuve en 1814. - - MATUCZEWICZ (le comte André-Joseph), 1790-1842. Diplomate au service - russe, Polonais de naissance. Il fut ministre intérimaire de Russie - en Angleterre, ministre à Naples et à Stockolm. - - MAUGUIN (François), 1785-1854. Libéral ardent, il fut élu député en - 1827 et joua un rôle actif jusqu'en 1848. Après le coup d'État de - 1851, il se retira à Saumur, chez sa fille, la comtesse de - Rochefort. - - MEDEM (le comte Paul), 1800-1854. Diplomate russe. Chargé d'affaires - à Paris, puis à Londres, et, en 1839, ministre à Stuttgart. - - MELBOURNE (lord), 1779-1848. William Lamb. Homme d'État anglais; il - fut appelé, en 1830, par lord Grey, au ministère de l'Intérieur; - whig modéré, il s'est acquitté avec beaucoup de tact et de - dévouement du soin qui lui incombait d'initier la jeune reine - Victoria à ses devoirs de souveraine.--Séparé de sa femme, lady - Catherine Ponsonby, connue par sa liaison avec lord Byron, lord - Melbourne eut une liaison avec Mrs Norton, qui aboutit, en 1836, à - un procès en divorce dont le scandale fut grand. - - MENDELSLOH (le comte Charles-Auguste-François DE), 1788-1852. - Diplomate würtembergeois; il fut, successivement, ministre à - Saint-Pétersbourg, à Londres et à Vienne. - - MENDIZABAL (don Juan Alvarez y), 1790-1853. Homme d'État espagnol. - Fils d'un pauvre fripier, il gagna une grosse fortune dans le - commerce. Il devint ministre des Finances en 1835, mais dut se - retirer bientôt. - - MENNECHET (Édouard), 1794-1845. Littérateur français. Il fut - secrétaire particulier du duc de Duras, qui le fit connaître à Louis - XVIII; celui-ci le nomma chef de son bureau; Mennechet remplit - ensuite les mêmes fonctions auprès de Charles X. - - METTERNICH (Clément-Wenceslas-Lothaire, comte, puis prince DE), - 1773-1859. Homme d'État autrichien. Il fut ministre à La Haye, à - Dresde, à Berlin, à Paris. En 1809, il fut ministre des Affaires - étrangères d'Autriche, et resta au pouvoir jusqu'en 1848 où la - révolution l'obligea à fuir. - - MIAOULIS (André), 1771-1835. Amiral grec; il commanda en chef la - flotte des insurgés en 1821, battit les Turcs à Patras, mit le feu - aux navires d'Ibrahim-Pacha à Modon, mais ne put empêcher la chute - de Missolonghi. En 1831, il se mit à la tête des Hydriotes révoltés - contre le président Capo d'Istria. - - MIGNET (François-Auguste-Marie), 1796-1884. Historien français, - membre de l'Académie française, directeur des Archives du ministère - des Affaires étrangères. - - MINA (don Francisco Espozy), 1781-1836. Fameux chef de partisans en - Espagne. En 1809, il se mit à la tête d'une bande de guérillas, au - moment de l'invasion française, et en entrava les opérations pendant - cinq années. En 1820, pendant la révolution d'Espagne, il tint tête - au maréchal Moncey. En 1834, il défendit le trône constitutionnel - contre les prétentions de don Carlos. - - MIRABEAU (Victor Riquetti, marquis DE), 1749-1791. L'orateur le plus - éminent de la Révolution française. En 1789, il fut député du Tiers - aux États généraux, et il contribua par son éloquence aux succès de - la Constituante. - - MIRAFLORÈS (don Manuel, marquis DE), 1792-1867. Issu d'une famille - de marchands (Pando) enrichie dans les guerres du dix-huitième - siècle, il fut anobli et reçut la grandesse. Il fut ambassadeur à - Londres, et, en 1834, y signa le fameux traité de la Quadruple - Alliance. En 1846, il devint grand chambellan de la reine Isabelle, - et, en 1864, président du Conseil des ministres. Littérateur - éminent, il fut membre de l'Académie d'histoire de Madrid. - - MIRAFLORÈS (la marquise DE), 1795-1867. Doña Vicenta Monina y - Pontejos, héritière et nièce du fameux comte de Florida-Blanca, elle - épousa, en 1814, le marquis de Miraflorès. - - MODÈNE (le duc DE), 1779-1846. François IV de Modène était fils de - l'archiduc Ferdinand d'Autriche; il épousa la princesse - Marie-Béatrice, fille de Victor-Emmanuel, roi de Sardaigne. - - MOLÉ (le comte Mathieu), 1781-1855. Issu d'une famille parlementaire; - il remplaça en 1813 le duc de Massa comme ministre de la Justice, - et reçut alors le titre de comte de l'Empire; il se rallia à - Louis-Philippe, fut nommé pair, et reçut en 1830 le ministère des - Affaires étrangères. En 1840, il fut nommé membre de l'Académie - française. - - MOLÉ (la comtesse), morte en 1845. Mlle Caroline de la Briche, - rencontra, dans le salon de sa mère, le jeune comte Molé, qu'elle - épousa en 1798. La comtesse Molé a publié, sous le voile de - l'anonyme, plusieurs ouvrages traduits de l'anglais. - - MOLLIEN (le comte François), 1758-1850. Habile financier, il fut - nommé, en 1806, ministre du Trésor. Louis XVIII l'appela en 1819 à - la Chambre des pairs. - - MOLLIEN (la comtesse), 1785-1878. Mlle Juliette Dutilleul, épouse de - François Mollien. Mme Mollien, personne attachante et distinguée, - fut dame du palais de la Reine Marie-Amélie. - - MONSON (lord), 1809-1841. Fils du premier mariage de lady Warwick, - il ne laissa point d'enfants et son héritage passa son cousin. - - MONSON (lady), Theodosia, fille de Latham Blacker, épousa en 1832 - lord Monson. - - MONTESPAN (la marquise DE), 1641-1707. Françoise-Athénaïs de - Rochechouart; favorite de Louis XIV. - - MONTMORENCY (Raoul, baron DE), 1790-1862. Il prit le titre de duc en - 1846, à la mort de son père. Il épousa Euphémie de Harchies, dont il - n'eut pas d'enfants; il était frère de la princesse de - Bauffremont-Courtenay et de la duchesse de Valençay. - - MONTMORENCY (la duchesse DE), 1774-1846. Anne-Louise-Caroline de - Matignon; mère de Raoul de Montmorency, de la princesse de - Bauffremont et de la duchesse de Valençay. - - MONTPENSIER (la duchesse DE), 1627-1693. Anne-Marie-Louise - d'Orléans, connue sous le nom de la Grande Mademoiselle, était la - fille unique de Gaston d'Orléans. Elle fut plusieurs fois au moment - de faire les alliances les plus brillantes, sans y jamais réussir; à - quarante-deux ans, elle conçut une passion violente pour un simple - gentilhomme, le comte de Lauzun, qu'elle épousa secrètement. Elle - avait pris une part très vive à la Fronde. - - MONTROND (le comte Casimir DE), 1757-1843. Ami de M. de Talleyrand - et habitué de sa maison. Napoléon Ier, à son retour de l'île d'Elbe, - l'expédia à Vienne, où siégeait le Congrès, avec la mission de - persuader M. de Talleyrand de se tourner vers lui, mais M. de - Talleyrand fut inflexible et resta fidèle à Louis XVIII. - - MONTROND (la comtesse DE), 1769-1820. Aimée de Coigny, qui inspira à - Chénier _la Jeune Captive_, avait épousé en premières noces le duc - de Fleury et divorça pour épouser le comte de Montrond. - - MORELL (la baronne DE). Mlle de Mornay, sœur du marquis et du comte - de Mornay, épousa le général baron de Morell, qui commandait, en - 1834, l'École de cavalerie de Saumur. - - MORELL (Mlle Marie DE), née en 1818, connue pour sa beauté, était la - fille du général baron de Morell; elle épousa le marquis d'Eyragues, - qui a rempli divers postes diplomatiques sous le règne de - Louis-Philippe. - - MORELLET (l'abbé André), 1727-1819. Lié d'amitié avec les hommes les - plus éminents de son siècle, l'abbé Morellet se distingua surtout - par son esprit fin et railleur. Il fut un laborieux collaborateur de - l'_Encyclopédie_ et du dictionnaire de l'Académie, dont il sauva les - archives pendant la Révolution. - - MORNAY (le comte Charles DE), 1803-1878. Pair de France, ambassadeur - en Suède, frère du marquis Jules de Mornay, député de l'Oise. Dévoué - à la monarchie de Juillet, il fut élevé à la Pairie en 1845 et fait - grand officier de la Légion d'honneur. En 1848, il rentra dans la - vie privée. - - MORNINGTON (lady), 1742-1831. Anne, fille aînée du vicomte - Duncannon, épousa en 1759 le comte Mornington. Un de ses fils fut le - célèbre duc de Wellington. - - MORTEMART (Mlle Alicia DE), 1800-1887. Fille du duc de Mortemart et - de sa seconde femme, née de Cossé-Brissac, elle épousa en 1823 le - duc Paul de Noailles. - - MORTIER (le maréchal), duc de Trévise, 1768-1835. Fit avec - distinction les campagnes de la République et de l'Empire. Député et - pair de France en 1834, il accepta le ministère de la Guerre avec la - présidence du Conseil. Il fut tué par l'explosion de la machine - infernale de Fieschi, aux côtés mêmes de Louis-Philippe. - - MOSKOWA (le prince de la), 1803-1857. Fils aîné du maréchal Ney, il - entra d'abord au service de Suède et ne revint en France qu'après la - révolution de Juillet. Il fut fait pair de France sous - Louis-Philippe. Il avait épousé la fille de Jacques Lafitte. - - MOTTEUX (M.). Il était, à Londres, un habitué de Holland-House, et - très bien vu chez le prince de Talleyrand. Très liée avec lady - Cowper (plus tard lady Palmerston), il laissa toute sa fortune à son - second fils. - - MONT-EDGECUMBE (lord Richard), 1764-1839. Un des intimes du roi - Guillaume IV d'Angleterre; il avait épousé, en 1789, une fille du - comte de Buckinghamshire. - - MULGRAVE (lord), 1797-1863. Constantin-Henry Phipps, plus tard lord - Normanby. Il fit partie du ministère whig de lord Melbourne, fut - gouverneur de la Jamaïque, puis lord-lieutenant d'Irlande. En 1846, - il fut envoyé à Paris comme ambassadeur, puis en Toscane. - - MUNIER DE LA CONVERSERIE (le général comte), 1766-1837. - - MUNSTER-LEDENBURG (le comte Ernest-Frédéric-Herbert DE), 1766-1839. - Il contribua, comme envoyé de l'électeur de Hanovre, roi - d'Angleterre, à former plusieurs coalitions contre la France. Il fut - ministre de Hanovre à Londres. - - MUNSTER-LEDENBURG (la comtesse DE), 1783-1858. Wilhelmine-Charlotte, - comtesse de Lippe, sœur du duc de Schœnburg-Lippe, épousa en 1814 - le comte de Munster-Ledenburg. - - MUSSET (Alfred DE), 1810-1857. Poète français, fils d'un chef de - bureau au ministère de la Guerre; il fut le condisciple du duc - d'Orléans au collège Henri IV et devint son ami. - - -N - - NANTES (Mlle DE), 1673-1743. Quatrième enfant de Louis XIV et de - Mme de Montespan, légitimée par lettres patentes du roi, et mariée - en 1785 au duc de Bourbon. - - NAPLES (la princesse Marie DE), 1820-1861. Elle épousa en 1850, - Charles de Bourbon, comte de Montemolin. - - NAPOLÉON Ier, Empereur des Français, 1769-1821. Deuxième fils de - Charles Bonaparte et de Lætitia Ramolino. Marié en premières noces - avec Joséphine Tascher de la Pagerie, veuve du général de - Beauharnais, il divorça en 1810 et épousa Marie-Louise, - archiduchesse d'Autriche, dont il eut un fils. - - NASSAU (Guillaume-Georges-Auguste, duc DE), 1732-1839. - - NECKER (Jacques), 1732-1804. Banquier genevois qui devint directeur - des finances de France sous Louis XVI. Il fut le père de Mme de - Staël. - - NECKER (Mme), 1739-1794. Suzanne Curchot, fille d'un pasteur - calviniste suisse, épousa Jacques Necker. Elle fut célèbre par sa - beauté, son esprit, sa bienfaisance. - - NEELD (lady Caroline), morte en 1869. Fille du comte de Shaftsbury, - elle épousa en 1831 Joseph Neeld, comte de Grittelton. - - NEMOURS (le duc DE), 1814-1896. Louis-Charles d'Orléans, un des - fils du roi Louis-Philippe; il épousa une princesse de - Saxe-Cobourg-Cohari. - - NESSELRODE (le comte DE), 1780-1862. D'une famille originaire de - Westphalie, dont une branche s'était établie en Livonie, il entra - dans la diplomatie russe; il fut attaché à différentes ambassades, - notamment à celle de Paris, puis devint chancelier de l'empire de - Russie. - - NESSELRODE (la comtesse DE), morte en 1849; elle était la fille du - comte Gourieff, qui fut ministre des finances russes. - - NEY (Michel), 1769-1815. Duc d'Elchingen, prince de la Moskowa, - maréchal de France; il se couvrit de gloire dans les guerres de la - Révolution et de l'Empire. Napoléon l'avait surnommé _le brave des - braves_. Créé pair de France par Louis XVIII, il se déclara pour - Napoléon aux Cent-Jours; à la seconde Restauration, il fut condamné - à mort par la Cour des Pairs et fusillé. - - NICOLAS Ier, Empereur de Russie, 1776-1855. Troisième fils de Paul - Ier, il monta sur le trône en 1825, succédant à son frère Alexandre - Ier, et après que son frère, le grand-duc Constantin, y eut renoncé. - - NOAILLES (le duc Paul DE), 1802-1885. Il prêta serment au - gouvernement de Louis-Philippe et prit souvent la parole dans des - discussions importantes de la chambre des Pairs. La révolution de - 1848 le rendit à la vie privée, et il s'occupa dès lors de travaux - littéraires. Il entra à l'Académie en 1849. - - NOAILLES (la duchesse DE), voir MORTEMART. - - NOAILLES (la vicomtesse DE), 1792-1851. Charlotte-Marie-Antoinette, - fille du duc de Poix, épousa son cousin, le vicomte Alfred de - Noailles, qui mourut en 1812 au passage de la Bérésina. - - NOAILLES (Mlle Sabine DE), 1819-1870. Mariée en 1846 à Lionel - Wildrington Standish. - - NORFOLK (le duc DE), 1791-1856; il épousa, en 1814, - Charlotte-Sophie, fille du duc de Sutherland. Guillaume IV lui - conféra l'ordre de la Jarretière en 1834. - - NORTHUMBERLAND (la duchesse DE), morte en 1848; elle était née - Louisa Stuart Wartley. - - -O - - O'CONNELL (Daniel), 1775-1847. Il s'affilia de bonne heure aux - associations qui avaient pour but l'émancipation de l'Irlande. En - 1823, il posa les bases d'une association catholique qui s'étendit - dans toute l'Irlande. Membre de la Chambre des communes, il y - établit une puissante influence, amena le triomphe des whigs et - vota, avec eux, la réforme parlementaire; il obtint l'abolition des - lois vexatoires pour les Irlandais. - - OLIVIER (l'abbé Nicolas-Théodore), né en 1798; il fut curé de - Saint-Roch à Paris, et en 1841 évêque d'Évreux. - - OMPTEDA (baron Charles-Georges D'), 1767-1857. Diplomate hanovrien; - ministre d'État et chef de cabinet en Hanovre en 1823, il fut, - depuis 1831, accrédité à Londres auprès du roi Guillaume IV. Il - démissionna à la mort de ce souverain. - - OMPTEDA (la baronne D'), 1767-1843. Frédérique-Christine, comtesse - de Schlippenbach; elle avait épousé en premières noces le comte de - Solms-Sonnenwald, et en deuxièmes noces, elle épousa le baron - d'Ompteda. - - ORANGE (le prince Guillaume D'), 1793-1849; il monta en 1840 sur le - trône de Hollande. Il avait épousé en 1816 Anna Paulowna. - - ORANGE (la princesse D'), voir à $1. - - ORLÉANS (le duc D'), 1741-1793. Louis-Philippe-Joseph, connu sous - le nom de PHILIPPE-ÉGALITÉ, fit, toute sa vie, une opposition - systématique à la Cour et devint, en 1787, le chef de tous les - mécontents. Député aux États-généraux, il devint membre du Club des - Jacobins, ce qui ne l'empêcha pas d'être guillotiné. - - ORLÉANS (le duc D'), 1810-1842. Ferdinand, fils aîné du roi - Louis-Philippe et de la reine Marie-Amélie. Il servit sous le - maréchal Gérard en Belgique, commanda des campagnes en Algérie; il - mourut d'un accident de voiture, près de Paris. - - ORSAY (le comte Alfred D'), 1801-1852; surnommé le _Roi de la - Mode_. La beauté était héréditaire chez les d'Orsay. Le comte - Alfred avait la vocation du _dandysme_ et alla de bonne heure à - Londres, regardée alors comme le conservatoire de l'élégance - masculine. Élégant, artiste, il se ruina et mourut misérablement - d'une maladie de la moelle épinière. - - OSSULSTON (lord), né en 1810, il épousa la fille du duc de - Manchester et devint, en 1859, lord Tankerville. - - -P - - PAHLEN (le comte Pierre). Né en 1775. Général russe; il prit une - part glorieuse aux campagnes de 1812, 1813, 1814; il fut - ambassadeur de Russie à Paris de 1835 à 1841; fut ensuite nommé - membre du conseil de l'Empire et Inspecteur général de la cavalerie. - - PALAFOX (don José DE), 1780-1847. L'intrépide défenseur de - Saragosse; il accompagna en 1808, à Bayonne, la famille royale - d'Espagne, comme officier, et s'évada dès qu'il vit Ferdinand VII - retenu prisonnier. Il souleva l'Aragon et, après une vigoureuse - défense dans Saragosse, força les Français à s'en éloigner, mais ils - revinrent à la charge avec toutes leurs forces et le contraignirent - à capituler. Palafox contribua puissamment à rétablir Ferdinand VII - sur le trône. S'étant, en 1820, prononcé pour la Constitution, il - fut disgracié et vécut, depuis lors, dans la retraite: - Marie-Christine, à son avènement comme Régente, le créa duc de - Saragosse et grand d'Espagne. - - PALMELLA (duc P. de Souza-Holstein DE), 1786-1850. Homme d'État - portugais. Il fut régent de Portugal en 1830 et fit prévaloir la - cause de doña Maria sur celle de dom Miguel. Il fut un des - plénipotentiaires du Congrès de Vienne en 1815. - - PALMERSTON (lord), 1784-1865. Homme d'État anglais. Élu aux Communes - en 1807, il fut lord de l'Amirauté en 1808, secrétaire à la Guerre - de 1809 à 1828, secrétaire d'État aux Affaires étrangères de 1830 à - 1841, puis de 1846 à 1851; ministre de l'Intérieur de 1852 à 1855, - lord de la Trésorerie de 1855 à 1858, et de 1859 jusqu'à sa mort. - - PALMERSTON (lady), 1787-1869. Elle était sœur de lord Melbourne, et - avait épousé, en premières noces, lord Cowper; en secondes noces, - elle épousa lord Palmerston. - - PALMYRE (Mlle). La plus grande couturière de Paris sous - Louis-Philippe. - - PÂRIS. Second fils de Priam et d'Hécube; c'est lui qui décerna à - Vénus la pomme de discorde, choix qui suscita contre Troie la haine - de Junon et de Minerve. - - PARRY (sir William Edward), 1790-1855. Navigateur anglais, connu par - ses expéditions au Pôle Nord. Il était hydrographe à l'Amirauté et - accompagna Ross dans son premier voyage de découvertes. - - PASQUIER (Étienne, duc), 1767-1862. Nommé par Napoléon maître des - requêtes, puis conseiller d'État, il se rallia aux Bourbons en 1814, - fut, en 1815, chargé des Sceaux; plus tard membre de la Chambre des - pairs, il en reçut la Présidence sous Louis-Philippe. Il fut élevé à - la dignité de Chancelier en 1837. - - PASSY (Hippolyte-Philibert), 1793-1880. Homme politique français, - membre de l'Institut. Élu député en 1830, il fut appelé en 1834 dans - le Cabinet éphémère du duc de Bassano. En 1838, il remplaça le - prince de Talleyrand comme membre de l'Académie des sciences morales - et politiques. - - PASTA (Judith), 1798-1865. Chanteuse italienne, d'origine juive. - En 1821 elle vint à Paris et s'y fit une grande renommée. En 1849 - elle se retira, dans sa belle maison de campagne, près du lac de - Côme. - - PAYS-BAS (le Roi DES). Voir à $1. - - PAYS-BAS (le prince Frédéric DES), 1797-1881. Amiral de la flotte. - En 1825, il avait épousé la princesse Louise de Prusse. - - PAYS-BAS (la princesse Frédéric DES), 1808-1870. Louise, princesse - de Prusse, fille du roi Frédéric-Guillaume III. - - PEDRO Ier (dom), 1798-1834. Empereur du Brésil et roi de Portugal, - père de la reine doña Maria de Portugal. - - PEEL (sir Robert), 1788-1850. Homme d'État anglais. Élu aux Communes - en 1809, il fut ministre de l'Intérieur en 1822. Conservateur pour - tout ce qui touchait au système politique, il se montra libéral en - ce qui concernait la législation criminelle et l'administration. Il - fit partie de plusieurs ministères et sut, en 1848, rétablir - l'équilibre financier, que les whigs avaient laissé avec un déficit - de 30 millions, par la mesure de l'_income-tax_, en ouvrant de - nouvelles sources de revenus par l'abolition des lois de prohibition - sur les céréales. - - PEEL (lady), morte en 1849. Julie, fille du général sir John Floyd - Bart, épousa, en 1820, sir Robert Peel. - - PÉPIN, 1780-1836. Épicier de la place de la Bastille, à Paris, Pépin - fut élu capitaine de la garde nationale après les journées de - juillet 1830; impliqué dans l'attentat Fieschi en 1835, il fut - arrêté, condamné à mort et exécuté. - - PERIER (Casimir), 1777-1832. Il entra en 1817 dans la vie politique. - Après 1830, il fut élu président de la Chambre des députés, et, peu - après, ministre sans portefeuille. En 1831, il fut président du - Conseil et gouverna en homme ferme et résolu. Il succomba aux - atteintes du choléra à la suite d'une visite faite avec le duc - d'Orléans à l'Hôtel-Dieu. - - PÉRIGORD (le duc DE), 1788-1879. Augustin-Marie-Élie-Charles de - Talleyrand-Périgord, Grand d'Espagne de première classe. - - PÉRIGORD (la duchesse DE), 1789-1866. Marie-Nicolette, fille du - comte de Choiseul-Praslin, épousa, en 1807, le duc de Périgord. - - PÉRIGORD (le comte Alexandre DE), plus tard duc de Dino, 1813-1894. - Second fils du duc de Talleyrand et de la princesse Dorothée de - Courlande. Alexandre de Périgord servit d'abord dans la marine, mais - abandonna bientôt cette carrière; en 1849, il fit la campagne du - Piémont contre l'Autriche, dans l'état-major du Roi Charles-Albert, - et, pendant la guerre de Crimée, il fut attaché au corps d'armée - sarde comme commissaire français. Il avait épousé Mlle Valentine de - Sainte-Aldegonde. - - PÉRIGORD (Mlle Pauline DE), 1820-1890. Fille du duc de Talleyrand et - de l'auteur de la _Chronique_ que nous publions. Elle épousa, en - 1839, le marquis Henri de Castellane, dont elle devint veuve en - 1847. Depuis lors, elle vécut retirée du monde; et adonnée à la - pratique des plus hautes vertus; elle demeurait, la plus grande - partie de l'année, dans son domaine de Rochecotte, dans la vallée de - la Loire. - - PERSIL (Jean-Charles), 1785-1870. Magistrat et homme d'État - français. Nommé député en 1830, il attaqua aussitôt le ministère - Polignac en protestant contre les ordonnances. Il fut ministre de la - justice en 1834, mais ayant eu des divergences avec M. Molé, il - démissionna. En 1839, il entra à la Chambre des pairs et prit la - direction de l'Hôtel des Monnaies. Napoléon III le nomma membre du - conseil d'État. - - PETER (Mme), dame anglaise, fort connue dans la société de Londres - vers 1835 et amie de plusieurs hommes d'État. - - PETIT (le général), 1772-1856. Il fit avec distinction les campagnes - de la République et de l'Empire. C'est lui qui reçut, à - Fontainebleau, avec la dernière accolade de l'Empereur, ces adieux - touchants qui s'adressaient à toute l'armée. Il fut fait Pair de - France en 1838. - - PIRON (M.), 1802-1865. Fils d'un propriétaire du Nivernais, il reçut - une bonne éducation et occupa une situation considérable dans - l'administration des postes. Ses fonctions l'avaient fait entrer en - rapport avec le personnel des postes anglaises, et il connaissait - bien l'Angleterre. En 1834, M. Dupin, Nivernais lui aussi, l'emmena - avec lui pendant son voyage à Londres, afin de lui servir de guide - dans la société anglaise, où Piron avait d'anciennes relations, - entre autres avec le duc de Richmond (ancien ministre des Postes de - son pays) et lord Brougham. La mort prématurée d'un fils qui était - tout son orgueil fut un tel coup pour M. Piron, qu'il en mourut - aussi, terrassé par une attaque quelques semaines plus tard. - - PITT (William), 1759-1806. Il suivit les traces de son père, célèbre - homme d'État anglais. Il manifesta, après la Révolution française, - une grande haine à la France et soudoya contre elle trois - coalitions. Il fut un très habile administrateur. - - PLANTAGENET. Dynastie qui occupa le trône d'Angleterre, depuis Henri - II jusqu'à l'avènement de Henri VII. Au quatorzième siècle, elle se - sépara en deux branches rivales, d'où naquit la guerre des Deux - Roses. - - PLYMOUTH (lady), 1792-1864. Elle était fille du duc de Dorset, et - épousa en premières noces, en 1811, lord Plymouth. Devenue veuve, - elle épousa William Pitt, lord Amherst. Elle mourut sans laisser - d'enfants. - - POIX (la duchesse-princesse DE), 1785-1862. Mélanie de Périgord, - fille du duc de Talleyrand et de Mlle de Senozan, épousa en 1809 le - comte Just de Noailles, prince de Poix. La duchesse de Poix avait - été dame du palais de la duchesse de Berry. - - POLIGNAC (Jules-Armand, prince DE), 1780-1847. Président du conseil - et ministre des Affaires étrangères à la fin du règne de Charles X. - Il signa, le 29 juillet 1830, les fameuses ordonnances qui amenèrent - la révolution et la déchéance de la branche aînée des Bourbons. - - POLIGNAC (princesse DE). Née miss Barbara Campbell, Écossaise; très - belle et très riche mais sans naissance; elle dut abjurer le - protestantisme et se convertir au catholicisme pour épouser le - prince de Polignac. Elle mourut en 1819. - - PONIATOWSKI (le prince Joseph), 1762-1803. Général polonais; il - servit dans la légion polonaise sous les ordres de Napoléon Ier, fut - fait maréchal de France à Leipzig et périt dans les eaux de - l'Ulster. Sa bravoure chevaleresque l'avait fait surnommer _le - Bayard polonais_. - - PONSONBY (lord), 1770-1855. Beau-frère de lord Grey, il fut - ambassadeur à Constantinople de 1822 à 1827. - - PORCHESTER (lord), 1800-1849. Henry-John-Charles, comte de - Carnarvon; il épousa en 1830 la fille de lord Molyneux. - - POTOCKI (le comte Stanislas), 1757-1821. Il combattit contre la - Russie en 1792, quitta la Pologne en 1793, devint, lors de la - création du grand-duché de Varsovie par Napoléon Ier, sénateur - palatin et chef du conseil d'État. Maintenu aux affaires par - l'empereur Alexandre Ier, lors de la formation du nouveau royaume de - Pologne, le comte Potocki fut nommé ministre des Cultes et de - l'Instruction publique, puis président du conseil d'État. - - POZZO DI BORGO (le comte), 1764-1842. Originaire de Corse, il servit - différentes puissances, et, en dernier lieu, la Russie. Il fut un - des représentants de l'empereur de Russie au Congrès de Vienne, et - plus tard, ambassadeur. - - PRINCE NOIR (LE), 1330-1376. Édouard, Prince de Galles, surnommé le - Prince Noir pour la couleur de son armure; il était fils d'Édouard - III et de Philippa de Hainaut, et s'immortalisa par ses exploits. Il - mourut avant son père, mais un de ses fils monta sur le trône sous - le nom de Richard II. - - PROTÉE. Dieu marin qui changeait de forme à volonté. - - PRUDHON (Pierre), 1760-1822. Peintre français; il passa plusieurs - années à Rome où il se lia avec Canova; ce fut lui que choisit - Napoléon Ier pour donner des leçons à l'impératrice Marie-Louise. - - PRUSSE (le prince Louis DE), 1773-1796. Frère du Roi - Frédéric-Guillaume III, il avait épousé la princesse Frédérique de - Mecklembourg-Strélitz, sœur de la reine Louise de Prusse. - - -Q - - QUÉLEN (le comte DE), 1778-1839. D'une famille de Bretagne, il - entra de bonne heure dans les ordres; le cardinal Fesch le - distingua, se l'attacha comme secrétaire; devenu sous la - Restauration coadjuteur du cardinal de Talleyrand-Périgord, il lui - succéda en 1821, comme archevêque de Paris. En 1831, une - insurrection saccagea l'archevêché. Lors du choléra de 1832, Mgr de - Quélen montra le plus admirable dévouement. Ses mandements et - plusieurs oraisons funèbres, écrites avec élégance, lui valurent - l'entrée de l'Académie française. - - -R - - RADNOR (lord William), 1779-1869. Membre du Parlement anglais et - ami de lord Brougham. Il se maria trois fois; en 1814 avec la fille - du duc de Montrose, en 1837 avec Émily Bagot et enfin avec Fanny - Royd-Rice. - - RAMBUTEAU (Claude-Philibert Barthelot, comte DE), 1781-1869. - Chambellan de Napoléon Ier en 1809, pair de France en 1835, membre - de l'académie des Beaux-Arts en 1843. En 1833, Louis-Philippe - l'avait nommé préfet de la Seine et il conserva ce poste durant - quinze ans. - - RAMBUTEAU (la comtesse DE). Fille du comte Louis de Narbonne, elle - épousa, en 1809, le comte de Rambuteau. - - RAPHAEL SANZIO, 1483-1520. Célèbre peintre de l'École romaine de la - Renaissance. - - RAULLIN (M.). Fils d'un employé au ministère des Affaires - étrangères que le prince de Talleyrand estimait. Il fut conseiller - d'État. - - RAYNEVAL (Maximilien DE), 1778-1836. Diplomate français. Secrétaire - d'ambassade à Lisbonne, puis à Saint-Pétersbourg, il fut nommé, - sous la Restauration, consul général à Londres, puis, - successivement, sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères, - ambassadeur à Berlin, en Suisse, à Vienne, à Madrid, et partout il - rendit d'éminents services qui lui valurent le titre de comte et la - Pairie. - - RÉAL (le comte), 1765-1834. Procureur au Châtelet avant la - Révolution, conseiller d'État après le 18 Brumaire, préfet de - police durant les Cent-Jours, il fut proscrit par la seconde - Restauration et ne revint en France qu'en 1818. En 1830, il eut une - fonction auprès du préfet de police, puis vécut dans la retraite. - - RÉCAMIER (Mme), 1777-1849. Julie Bernard épousa à seize ans un - riche banquier de Paris, M. Récamier. Spirituelle et bonne, elle - sut réunir dans son salon, sous le Consulat et l'Empire, une foule - de personnages distingués. Exilée de Paris, elle y rentra après la - chute de Napoléon Ier. Mme Récamier se retira en 1819 à - l'Abbaye-aux-Bois, où elle continua à recevoir toutes les - célébrités de l'époque. - - RÉGENT (LE), Philippe d'Orléans, 1674-1723; il gouverna la France - pendant la minorité du Roi Louis XV. - - RÉMUSAT (le comte Charles DE), 1797-1875. Écrivain et homme - politique français, membre de l'Institut, ancien ministre. - - RETZ (le cardinal DE), 1614-1679, Jean-François-Paul de Gondi, joua - un rôle célèbre dans les troubles de la Fronde, qui le força à - s'exiler jusqu'à la mort de Mazarin. Il a laissé des _Mémoires_ qui - sont un des chefs-d'œuvre de la langue française. - - RICHMOND (le duc DE), 1799-1860. Charles Lennox; officier anglais, - lord-lieutenant du comté de Sussex; dans le ministère réformiste de - 1830, il devint directeur général des postes. Il avait épousé lady - Paget, fille du marquis d'Anglesea. - - RIGNY (Henri-Gauthier, comte DE), 1783-1835. Entré dans la marine en - 1798, il prit part aux campagnes du premier Empire, fut fait - contre-amiral sous la Restauration, et en 1827 se conduisit - brillamment à Navarin; il reçut alors, avec le titre de comte, la - préfecture maritime de Toulon; il devint ministre de la Marine en - 1831, puis ministre des Affaires étrangères et ensuite ambassadeur à - Naples. - - RIPON (lord), 1781-1859. Il fut chancelier de l'Échiquier en 1833. - Il appartenait au parti tory, mais passa plus tard aux whigs. - - ROBESPIERRE (Maximilien), 1758-1794. Avocat et conventionnel; il - régna par la terreur, au moyen du Comité du salut public, mais la - réaction le fit périr sur l'échafaud. - - ROBSART (Amy), 1532-1560. Elle épousa, en 1550, Robert Dudley, comte - de Leicester, et s'en sépara bientôt. Un jour, elle fut trouvée - morte, sans qu'on pût savoir si elle avait elle-même mis fin à ses - jours, ou si Leicester l'avait fait périr dans l'espoir d'épouser la - Reine Élisabeth. Amy Robsart est l'héroïne du roman de Walter Scott, - _le Château de Kenilworth_. - - RODIL (le marquis DE), 1789-1853. Don José Ronion Rodil s'engagea - dans le bataillon nommé _des cadets littéraires_ en 1808 au moment - de l'invasion française en Espagne. En 1816 il s'embarqua pour les - colonies insurgées de l'Amérique du Sud, et acquit de la renommée - dans la défense de Callao. Il rentra en Espagne en 1825, et, en - 1833, vint en aide, en Portugal, au roi dom Pedro, contre dom Miguel - et don Carlos. En 1836, il fut, pour peu de mois, ministre de la - Guerre. De 1840 à 1843, sous la régence d'Espartero, il fut - président du Conseil du dernier ministère. - - ROGERS (Samuel), 1763-1855. Poète anglais. Il avait des habitudes de - sarcasme qui n'épargnaient personne, malgré de la générosité et de - la bouté. - - ROLAND (Mme), 1754-1793. Manon Phlipon, femme d'une haute - intelligence et épouse d'un conventionnel. Elle mourut sur - l'échafaud. - - ROMERO-ALPUENDE. Député espagnol. Il était un libéral outré, une - tête exaltée; son rôle fut peu important. - - ROSS (sir John), 1777-1856. Fils du Rév. André Ross et capitaine de - la marine royale anglaise, il se rendit célèbre par deux expéditions - dans les mers polaires arctiques qu'il fit avec sir Edward Parry en - 1818 et 1819. Sir John Ross fit sa seconde expédition à ses frais, - trouva le pôle magnétique boréal, perdit son navire, et ce ne fut - que le quatrième hiver qu'un vaisseau de Hull vint le délivrer et le - ramena en Angleterre. - - ROTHSCHILD (Nathan), 1777-1826. Troisième fils de Mayer-Anselme - Rothschild, fondateur de la célèbre maison de banque, il était chef - de la maison de Londres. - - ROTHSCHILD (Mme Salomon DE), 1774-1855, épouse de Mayer-Anselme - Rothschild, qui fonda à Vienne une succursale et partagea avec son - frère Anselme les affaires d'Allemagne. Vers 1835, ayant abandonné à - son fils la direction des affaires de Vienne, Salomon de Rothschild - vint, avec sa femme, rejoindre à Paris son frère James. - - ROUSSIN (l'amiral), 1781-1854. Capitaine de vaisseau en 1814, il - rectifia les cartes des côtes de l'Afrique et du Brésil; - contre-amiral en 1822, il fit partie en 1824 du conseil d'amirauté; - en 1831, il commanda l'escadre chargée d'exiger du Portugal la - réparation des insultes faites aux résidents français, il força - l'entrée du Tage, réputée inexpugnable et obtint tout ce qu'il - demandait. A la suite de cette glorieuse expédition, Louis-Philippe - l'éleva à la Pairie avec le titre de baron, en 1832. - - ROYER-COLLARD (Pierre-Paul), 1763-1845. Philosophe et homme d'État - français; il fut avocat, député au conseil des Cinq-Cents en 1797. - Sous le premier Empire, il renonça à la politique, pour ne s'occuper - que de ses études philosophiques et il fut reçu à l'Académie - française en 1827. M. Royer-Collard habitait Châteauvieux, près de - Valençay, et était très lié avec le prince de Talleyrand et la - duchesse de Dino. - - RUBINI (Jean-Baptiste), 1795-1854. Célèbre chanteur italien. Les - opéras de Bellini lui doivent une grande part de leurs succès. - - RUSSELL (lord William), 1799-1846. Diplomate anglais; il fut, - pendant quelques années, ambassadeur à Berlin; il avait épousé - Élisabeth Rawdon, nièce du marquis de Hastings. - - RUSSELL (lord John), 1792-1878. Homme d'État anglais, troisième fils - du duc de Bedford; il fut un des auteurs du célèbre Bill de réforme; - en 1831 il fut ministre de l'Intérieur, des Colonies; chef du - cabinet whig, ministre des Affaires étrangères en 1859, et, de - nouveau, chef du cabinet après la mort de lord Palmerston. - - RUSSIE (l'Empereur DE), voir Nicolas 1er. - - -S - - SACKFIELD. Nom de famille des ducs de Dorset. - - - SAINTE-ALDEGONDE (la comtesse DE), 1793-1869. Elle était née de - Chavagnes. Créole d'origine, elle épousa Augereau, duc de - Castiglione, qui mourut en 1816. En 1817, elle se remaria avec le - comte de Sainte-Aldegonde; elle eut deux filles, dont la seconde - épousa Alexandre de Périgord, duc de Dino. - - SAINTE-AULAIRE (le comte Louis Beaupoil DE), 1778-1854. Il fut - chambellan de Napoléon Ier, préfet sous Louis XVIII et député; après - 1830, il fut un des plus habiles appuis de la monarchie de Juillet. - Il fut, successivement, ambassadeur à Rome, à Vienne et à Londres, - et fut élevé à la Pairie. - - SAINTE THÉRÈSE, 1515-1582. D'une riche et noble famille d'Avila, - dans la Vieille Castille, Thérèse réforma l'ordre des Carmélites, - et, inspiré par elle, saint Jean de la Croix réforma celui des - Carmes. Elle fut canonisée en 1621. Ses nombreux écrits la firent - appeler par les papes Grégoire XV et Urbain VIII un docteur de - l'Église. - - SAINT LEU ou saint Loup, 573-623. Archevêque de Sens depuis 609, il - se distingua par sa charité. Le roi Clotaire II, trompé par de faux - rapports, l'exila en Picardie en 613, mais mieux instruit, il le - rappela l'année suivante et le combla d'honneurs. - - SAINT-LEU (la duchesse DE), voir à BEAUHARNAIS (Hortense DE). - - SAINT-PAUL (Vergibier DE), général français; il commandait les - troupes de l'Indre en 1834. - - SAINT-PRIEST (le comte Alexis DE), 1805-1851. Fils du comte de - Saint-Priest, gouverneur d'Odessa et d'une princesse Galitzin. Il ne - vint en France qu'en 1822, et s'y fit beaucoup remarquer par son - goût pour les lettres; très lié avec le duc d'Orléans, il entra dans - la diplomatie en 1833 et devint ministre de France au Brésil, à - Lisbonne, à Copenhague. Il fut nommé pair de France en 1841 et - membre de l'Académie française en 1849. Il avait épousé Mlle de La - Guiche. - - SALISBURY (la marquise DE), 1750-1835. Marie-Amélie, fille du - marquis de Devonshire. Elle s'était mariée en 1773 et fut brûlée - dans l'incendie de Hatfield-House. - - SALVANDY (le comte DE), 1795-1856. Il fit, comme militaire, les - campagnes de 1813 et 1814, et se retira du service sous la - Restauration, pendant laquelle il occupa plusieurs fonctions auprès - de Louis XVIII; il démissionna en 1823 et se tourna vers la - littérature. Nommé député après 1830, il devint ministre de - l'Instruction publique de 1837 à 1839, ambassadeur à Madrid en 1841, - à Turin en 1843, et, en 1845, de nouveau ministre de l'Instruction - publique jusqu'en 1848. Il était membre de l'Académie française - depuis 1835. - - SAMPAÏO (Antonio-Rodriguez), 1806-1882. Journaliste et homme d'État - portugais qui défendit toujours les idées libérales. - - SAND (George), 1804-1876. Aurore Dupin, baronne Dudevant, fut, sous - le pseudonyme de George Sand, un des meilleurs écrivains du - dix-neuvième siècle. - - SARAÏVA (Antonio-Ribeira), 1800-1890. Diplomate portugais. Pendant - la régence de dom Miguel, il fut envoyé en mission secrète en - Espagne et en Angleterre. Partisan fanatique du pouvoir absolu, il - ne retourna plus en Portugal après la chute du prétendant, et - demeura à Londres jusqu'à sa mort. - - SARMENTO (M. DE). Diplomate portugais, représentant de dom Pedro à - Londres lors des conférences après 1830. - - SAUZET (Paul), 1800-1877. Avocat au barreau de Lyon, il fut élu - député en 1834, et deux ans plus tard, nommé ministre de la Justice - dans le ministère Thiers. - - SAXE (Maurice, comte DE), 1695-1750. Maréchal de France, il se - couvrit de gloire pendant la guerre de la succession d'Autriche, et, - en récompense de ses services, le roi Louis XV lui donna le château - de Chambord et 40,000 livres de rente. Il était le fils naturel - d'Auguste II, électeur de Saxe, et de la comtesse Aurore de - Kœnigsmark. - - SAXE-MEININGEN (Bernard, duc DE), 1800-1882. Frère de la reine - Adélaïde d'Angleterre. En 1866, il abdiqua en faveur de son fils, le - duc Georges II. - - SCHEFFER (Ary), 1785-1858. Peintre français, d'une famille - originaire d'Allemagne. Il était très protégé par le Roi - Louis-Philippe et sa famille. - - SÉBASTIANI DE LA PORTA (le maréchal), 1775-1851. Originaire de la - Corse, il se distingua à l'armée d'Italie. En 1806, envoyé comme - ambassadeur à Constantinople, il décida le sultan Selim à déclarer - la guerre aux Russes et dirigea les opérations qui contraignirent la - flotte anglaise à repasser les Dardanelles. Après Waterloo, il fut - un des commissaires désignés pour traiter la paix. Sous - Louis-Philippe, il fut ministre des Affaires étrangères, puis - ambassadeur à Naples et à Londres. Il avait épousé Fanny de Coigny, - qui mourut en 1807 en donnant le jour à une fille, qui épousa le duc - de Praslin. - - SEFTON (lord), 1772-1838. Créé pair et baron en 1831. Il avait - épousé une fille de lord Craven. - - SEFTON (lady), morte en 1851. Marie-Marguerite, fille de lord - Craven, épousa en 1791 lord William Sefton. - - SÉGUIER (le comte), 1768-1848. Émigré pendant la Révolution, il - rentra en 1800 et, grâce à Cambacérès, se fit une belle carrière - dans la magistrature sous l'Empire. En 1815, Louis XVIII le fit pair - de France et le chargea d'instruire le procès du maréchal Ney. Il se - rallia à Louis-Philippe en 1830. - - SÉGUR (Louis-Philippe, comte DE), 1753-1833. Il prit part à la - guerre d'Amérique en 1781, fut ambassadeur à Saint-Pétersbourg, - vécut de sa plume pendant la Révolution, fut appelé ensuite au Corps - législatif par le Premier Consul et devint grand maître des - cérémonies de la cour impériale. Depuis 1803, il était membre de - l'Académie française, et Louis XVIII l'avait fait pair. - - SÉMONVILLE (le marquis DE), 1754-1839. Il fut chargé d'abord de - plusieurs missions à l'étranger. Pair de France en 1814, il reçut le - premier le titre de grand référendaire de la Cour des Pairs et ne se - démit de ses fonctions que sous Louis-Philippe en 1834. - - SÉVIGNÉ (la marquise DE), 1626-1696. Marie de Rabutin-Chantal, une - des femmes les plus distinguées du dix-septième siècle, célèbre par - les lettres qu'elle écrivait à sa fille, Mme de Grignan. Elle avait - été mariée en 1644 au marquis de Sévigné, qui, tué en duel, la - laissa veuve à vingt-cinq ans. - - SGRICCI (Thomas), 1788-1836. Célèbre improvisateur italien et grand - érudit. Il révéla sa prodigieuse facilité de versification à un bal - masqué, où, costumé en Pythonisse, il rendit ses oracles en vers, - avec une promptitude et une aisance admirables. - - SHAFTSBURY (Cropley-Ashley), 1768-1851, membre de la Chambre des - lords, il épousa Anne, fille du duc de Marlborough. - - SIDNEY (lord, John-Robert), né en 1805. Il était lord-chambellan, et - épousa en 1832, Emily-Caroline, fille du marquis d'Anglesey. - - SIDNEY (lady Sophie), morte en 1837. Lady Fitzclarence, fille - naturelle du roi Guillaume IV d'Angleterre, épousa en 1825 - Philippe-Charles Sidney, baron de l'Isle et de Dudley. - - SIEYÈS (l'abbé), 1748-1836. Il fut vicaire général de Chartres, et - l'un des grands politiques de son temps. Il fit comprendre la - puissance du Tiers, et amena plusieurs des mesures les plus - importantes de la Révolution. Il fit partie du conseil des - Cinq-Cents, fut fait sénateur et comte par Napoléon. - - SOBIESKI (Jean III), Roi de Pologne, 1629-1696. Un des héros - nationaux de son pays; il vainquit les Turcs et délivra Vienne - assiégée par Kara-Mustapha. - - SOMERSET (le ducDE), 1773-1855. Édouard Saint-Maur, baron Seymour; - il avait épousé lady Hamilton. - - SOPHIE D'ANGLETERRE (la princesse), 1777-1848. Une des filles du roi - George III d'Angleterre; elle ne se maria jamais. - - SOULT (Nicolas-Jean de Dieu) 1769-1852. Il fit toutes les campagnes - de la Révolution et de l'Empire: la prise de Kœnigsberg lui valut - le titre de duc de Dalmatie; exilé sous la seconde Restauration, il - s'attacha au gouvernement de 1830 et prit à deux reprises le - ministère de la Guerre et la présidence du Conseil. - - SPRING-RICE (sir Thomas), 1790-1866. Il fut élevé à la pairie en - 1839 sous le titre de lord Monteagle de Brandon. Il fut - sous-secrétaire à l'Intérieur en 1827, puis secrétaire de la - Trésorerie, et, en 1834, secrétaire des Colonies. En 1835, il devint - chancelier de l'Échiquier. Il était membre de la Société royale et - de la Société astronomique. - - STAËL (Mme DE), 1766-1817. Née Necker. Célèbre par ses talents et - son exil. - - STAËL (la baronne de), Adélaïde Vernet, petite-fille du professeur - suisse Pictet, épousa, en 1826, le baron Auguste de Staël, fils de - la célèbre Mme de Staël. - - STANLEY (Édouard-Geoffroy), 1799-1869. Homme d'État anglais, plus - connu sous le nom de _comte de Derby_ qu'il prit en 1831. Il fut - sous-secrétaire d'État aux Colonies en 1827, puis premier secrétaire - pour l'Irlande de 1830 à 1833, ministre des Colonies en 1833; il fit - passer le bill de l'émancipation des esclaves. En 1858, il pacifia - les Indes et en réorganisa l'administration. Il avait épousé, en - 1825, la seconde fille de lord Skelmersdale. - - STANLEY (Édouard-Jules, baron), 1801-1869. Membre du Parlement - anglais depuis 1831, il fut sous-secrétaire d'État, sous-secrétaire - aux Affaires étrangères et maître général des Postes. Il avait - épousé en 1826 la fille du vicomte Dillon. - - STEVENS (Catherine), 1794-1872. Cantatrice anglaise très admirée, - qui se fit entendre à Covent-Garden, puis à Drury Lane. Elle rentra - dans la vie privée en 1815 et épousa, en 1838, le comte d'Essex. - - STRATFORT CANNING (sir), 1788-1880. Cousin du célèbre Canning et - diplomate anglais. Il fut ministre plénipotentiaire en Suisse, - assista au Congrès de Vienne en 1815, fut élu ambassadeur auprès de - la Porte ottomane en 1851, jusqu'à 1858, époque de sa retraite. La - Reine l'avait nommé vicomte de Redcliffe. - - STUART DE ROTHESAY (lady), 1789-1867. Fille de lord Hardwick, elle - s'était mariée en 1816. - - SURREY (le comte DE), 1815-1860. Fils aîné du duc de Norfolk, il fut - député au Parlement en 1837 et se posa en catholique zélé. En 1839 - il épousa une fille de lord Lyons, et, en 1856, à la mort de son - père, il prit le titre de duc de Norfolk. - - SUSSEX (Auguste-Frédéric, duc DE), 1773-1843. Un des fils du Roi - George III d'Angleterre. Il fut grand maître de la Maçonnerie dans - ce pays. - - SUCHET (Marie), 1820-1835. Fille du maréchal Suchet, duc d'Albuféra. - Amie intime de Mlle Pauline de Périgord, elle mourut prématurément. - - SUTHERLAND (la duchesse DE), morte en 1868. Fille de lord Carlisle, - elle épousa, en 1823, le duc de Sutherland. La duchesse fut - _mistress of the robes_ de la Reine Victoria. - - -T - - TAHMASP-KOULI-KHAN. Nadir-Shah, roi de Perse, 1688-1747. Conducteur - de chameaux, puis brigand, il entra au service de Tahmasp II, mit - les affaires du Prince dans l'état le plus florissant et battit les - Turcs, puis il fit déposer Tahmasp et se fit, après une régence, - proclamer schah de Perse. Il marcha contre les Afghans rebelles et - attaqua l'empire du Grand Mogol; la Perse, opprimée, le détestait et - il fut tué par ses propres généraux. - - TALLEYRAND-PÉRIGORD (le cardinal DE), 1636-1821. - Alexandre-Angélique, second fils de Daniel de Talleyrand-Périgord et - de Marie de Chamillart, dame du palais de la Reine, embrassa l'état - ecclésiastique, fut nommé aumônier du Roi, grand-vicaire à Verdun, - et, en 1766, coadjuteur de l'archevêque de Reims auquel il succéda - en 1777. Député aux États-Généraux de 1789, il lutta contre les - innovations et émigra. Conseiller de Louis XVIII à Mittau, Mgr de - Périgord devint, en 1808 son grand aumônier, fut inscrit le premier - sur la liste des pairs en 1814, et obtint en 1817 le chapeau de - cardinal et l'archevêché de Paris. - - TALLEYRAND (le prince DE), 1754-1838. Charles-Maurice de - Talleyrand-Périgord, prince de Bénévent, duc de Dino, pair, grand - chambellan de France, membre de l'Institut. Boiteux par accident de - naissance, il fut destiné à l'Église quoique l'aîné de sa famille. - Elève de Saint-Sulpice, il y fit ses études ecclésiastiques et fut - d'abord connu sous le nom d'abbé de Périgord; en 1788, il fut évêque - d'Autun; en 1789, membre des États généraux; il fut plus tard obligé - de se réfugier en Amérique; de retour en 1797 il fut nommé ministre - des Affaires étrangères par le Directoire, et, pendant huit ans, - dirigea la politique extérieure de la France. En qualité de - vice-grand-électeur de l'Empire, il put, en 1814, convoquer le Sénat - et faire proclamer la déchéance de l'Empereur. Il représenta Louis - XVIII au Congrès de Vienne. En 1830, Louis-Philippe le nomma - ambassadeur à Londres. Son dernier acte politique fut la conclusion - de la Quadruple Alliance entre la France, l'Angleterre, l'Espagne et - le Portugal. - - TALLEYRAND (la princesse DE), 1762-1835. Fille du capitaine de - vaisseau Werlée et de Laurence Allany, elle était née dans les Indes - sur la côte de Coromandel; à quinze ans, elle épousa, à Calcutta, un - employé civil, George Grant, mais divorça un an après. Vers 1780, - Mme Grant s'embarqua pour l'Europe, s'établit à Paris, et épousa le - prince de Talleyrand en 1802. Après sa séparation d'avec son mari, - elle se retira à Auteuil. Elle mourut en 1835 et fut enterrée à - Montparnasse, avec cette inscription: _Veuve de M. Grant, plus tard - civilement mariée avec le prince de Talleyrand_. - - TALLEYRAND-PÉRIGORD (la baronne DE), 1800-1873. - Charlotte-Alix-Sarah, épouse du baron Alexandre-Daniel de - Talleyrand, conseiller d'État, dont elle eut trois enfants. - - TALLEYRAND-PÉRIGORD (le comte Edmond DE), 1787-1872. Duc de Dino - depuis 1817 et duc de Talleyrand depuis la mort de son père en 1838. - Il épousa, en 1809, la princesse Dorothée de Courlande. Brave - officier, bon camarade, cité avec éloges parmi les aides de camp du - major-général Berthier, il fit les campagnes de la Grande-Armée. Il - était commandeur de l'ordre de Saint-Louis, grand-officier de la - Légion d'honneur, grand-croix de l'ordre de Saint-Ferdinand - d'Espagne. Il passa les quarante dernières années de sa vie à - Florence, où il mourut. - - TALMA (François-Joseph), 1766-1826. Célèbre tragédien. Napoléon - l'aimait beaucoup et paya plusieurs fois ses dettes. - - TANKERVILLE (lady), morte en 1865. Fille du duc Antoine de Gramont, - elle épousa en 1806 lord Tankerville. - - TAYLOR (sir Herbert), 1775-1839. D'abord officier, il devint - secrétaire particulier du duc d'York, dont il était l'ami, et passa - en cette même qualité auprès du roi George III; il fut chargé de - plusieurs missions délicates en Suède et en Hollande. Il avait - épousé la fille d'Edouard Disbrowe. - - TERCEIRE (le duc DE). Marquis de Villaflor, 1790-1860, général - portugais; il s'était mis à la tête des partisans de dom Pedro, - l'aida à chasser dom Miguel. Il avait épousé, en deuxièmes noces, la - fille du marquis de Loulé. - - TESTE (Jean-Baptiste), 1780-1852. Jurisconsulte français. Député en - 1831, il fit partie des libéraux. En 1839, il devint ministre de la - Justice, en 1840 des Travaux publics. En 1843, il fut nommé pair de - France et président de la Cour de cassation, mais la fin de sa vie - fut attristée par un lamentable procès dans lequel il fut compromis. - - THIARD DE BUSSY (le comte DE), 1772-1852. Général français. - Chambellan de Napoléon en 1884, il le suivit comme aide de camp dans - les campagnes de 1805 à 1807, mais démissionna ensuite. Louis XVIII - le nomma maréchal de camp. Devenu député en 1815, il siégea presque - sans interruption jusqu'en 1848, puis fut, pendant une année, - ministre en Suisse. - - THIERS (Adolphe), 1797-1877. Homme d'État et historien français. Il - débuta à Paris dans le journalisme, fonda le _National_ en 1830, - devint ministre en 1832 et président du Conseil en 1836 et 1840. - Comme député, il s'opposa vainement à la guerre de 1870. Président - de la République en 1871, il attacha son nom à la libération du - territoire. - - THIERS (Mme), 1815-1880. Élise Dosne n'avait que seize ans - lorsqu'elle épousa M. Thiers, auquel elle apporta une grosse - fortune. - - THORWALDSEN (Barthélemy), 1769-1844. Célèbre sculpteur danois. Fils - d'un pauvre marin de Copenhague, il fit de longs séjours en Italie - où il travailla beaucoup. Il a fondé, à Copenhague, un musée et a - laissé son immense fortune à cet établissement. - - TORENO (le comte José DE), 1786-1843. Homme d'État espagnol, député - aux Cortès depuis 1811, il provoqua l'abolition de l'Inquisition. En - 1834, il fut nommé ministre des Finances, puis président du - Conseil avec le portefeuille des Affaires étrangères; il se retira - de la vie publique en 1835. - - TRAJAN (l'empereur), né en Espagne en 52, il fut empereur à Rome de - 98 à 117. Il fut vainqueur des Daces et des Parthes, et excellent - administrateur. - - TRÉVISE (duc DE), voir à MORTIER. - - TULLEMARE (lady), morte et 1848, elle s'était mariée en 1821. - C'était la sœur du duc d'Argyll. - - TYSZKIEWICZ (la princesse), 1765-1834. Marie-Thérèse, fille du prince - André Poniatowski, second frère du Roi; elle épousa le comte Vincent - Tyszkiewicz, mais garda son titre de princesse. Son mari était - référendaire du grand-duché de Lithuanie. La Princesse était très - liée avec le prince de Talleyrand. Elle habita presque toujours la - France et est enterrée à Valençay. - - -V - - VALENÇAY (le duc DE), 1811-1898. Louis de Talleyrand-Périgord, duc - de Talleyrand et de Valençay, duc de Sagan après la mort de sa - mère. Fils du duc Edmond de Talleyrand et de la princesse Dorothée - de Courlande; chevalier de la Toison d'or d'Espagne et de l'Aigle - noir de Prusse. Il épousa d'abord, en 1829, Alix, fille du duc de - Montmorency, puis la comtesse de Hatzfeld, fille du maréchal de - Castellane. Le duc de Valençay était le fils aîné de la duchesse de - Dino. - - VALENÇAY (la duchesse DE), 1810-1858. Alix, fille du duc de - Montmorency et de Caroline de Matignon. - - VALOIS (les), famille issue des Capétiens, qui monta sur le trône - de France en 1328 avec Philippe VI, pour finir avec Henri III en - 1576. - - VAN DYCK (Antoine), 1599-1641. Peintre flamand, élève de Rubens; il - voyagea en Italie, en Hollande, en France, en Angleterre où il fut - appelé par le roi Charles Ier et se fixa. - - VANTADOUR (la duchesse DE), 1799-1863. Fille du comte d'Aubusson la - Feuillade et de son premier mariage avec Mlle de Refouville, elle - épousa le duc de Lévis et de Vantadour. - - VAUDÉMONT (la princesse DE), 1763-1832. Elise-Marie-Colette de - Montmorency-Lognÿ, épousa en 1778 le prince Joseph de Vaudémont, de - la maison de Lorraine, dont elle devint veuve en 1812. Amie intime - de M. de Talleyrand, elle était bonne, très recherchée, et l'on - retrouvait, chez elle, les habitudes de l'ancien régime. - - VICTORIA Ire (la Reine), 1819-1901. Fille du quatrième fils du roi - d'Angleterre George III, le duc de Kent, qui mourut en 1820. Elle - monta sur le trône en 1837, à la mort de son oncle Guillaume IV. En - 1840, la jeune Reine épousa son cousin germain, le prince Albert de - Saxe-Cobourg-Gotha, qui fut déclaré prince Consort en 1857. - - VIENNET (Jean-Guillaume), 1777-1868. - Littérateur français; il entra à l'Académie en 1830. - - VILLEMAIN (Abel-François), 1790-1870. Professeur, écrivain et homme - politique français, membre de l'Académie française depuis 1822, pair - de France; il fut, à deux reprises, ministre de l'Instruction - publique et, depuis 1835, secrétaire perpétuel de l'Académie. - - VISCONTI-AYMI (la marquise), morte en 1831 à Paris. Née Carcano, - elle avait appartenu à la société la plus élégante de Milan à - l'époque de la vice-royauté d'Eugène de Beauharnais. En premières - noces elle avait épousé le comte Sopranzi, dont elle eut un fils, - qui fut aide de camp du maréchal Berthier, avec qui elle était très - liée. - - VITROLLES (Eugène d'Arnaud, baron DE), 1774-1854. Il servit dans - l'armée de Condé, fut nommé ministre d'État en 1814, mais se montra - si violent que Louis XVIII le priva de ses fonctions. A son - avènement, Charles X le nomma ambassadeur à Turin. Il avait épousé, - en 1795, Mlle de Folleville. - - VIVONNE (Louis-Victor de Rochechouart, comte DE), 1636-1688; plus - tard duc de Mortemart et maréchal de France; la faveur de sa sœur, - Mme de Montespan, lui valut un avancement rapide; il était connu - pour son esprit, ses bons mots et son embonpoint. - - VOGÜÉ (le comte Charles DE), marié à Mlle de Béranger. Il était - frère du marquis de Vogüé. - - VOLTAIRE (M. DE). 1694-1778. François-Marie-Arouet de Voltaire, fils - d'un trésorier de la Chambre des comptes; il exerça une immense - influence sur le dix-huitième siècle littéraire et philosophique. - - -W - - WABURTON. Aubergiste anglais du _Ship_ à Douvres. - - WALTER SCOTT, 1771-1832. Poète et romancier écossais. - - WARD (sir Henry-George), 1798-1860. Gendre de lord Grey. Il entra - dans la diplomatie anglaise en 1816, comme attaché d'ambassade à - Stockolm, puis à La Haye et à Madrid. Il entra au Parlement en - 1832, fut nommé commissaire des îles Ioniennes en 1849. De 1856 - jusqu'à sa mort il fut gouverneur de Ceylan. - - WARWICK (Guy, comte DE), mort en 1471, surnommé le _Faiseur de - rois_. Beau-frère de Richard d'York, il le poussa à revendiquer le - trône d'Angleterre, puis fit proclamer Edouard IV, ce qui ne - l'empêcha pas plus tard de faire rétablir Henri VI sur le trône et - de se faire nommer gouverneur du royaume. - - WARWICK (lord), 1779-1853. Henri Richard Greville, comte de Brooke, - descendant, par les femmes, des anciens Beauchamp. - - WARWICK (lady), morte en 1851. Sarah, fille de lord Mexborough, - épousa, en premières noces, lord Monson, et, en deuxièmes noces, - lord Warwick. - - WEIMAR (le duc Charles-Bernard DE), 1792-1862. Général au service - des Pays-Bas; il avait épousé, en 1815, la princesse Ida de - Saxe-Meiningen. Son fils, le prince Édouard de Weimar, entra au - service de l'Angleterre. - - WEIMAR (la duchesse Bernard DE), 1794-1852, née princesse de - Saxe-Meiningen et sœur de la reine Adélaïde d'Angleterre. - - WELLESLEY (le marquis DE), 1760-1842. Richard, comte de Mornington, - frère aîné du duc de Wellington; gouverneur des Indes en 1797, il - devint, en 1810, ministre des Affaires étrangères, en 1822 - lord-lieutenant d'Irlande et, en 1833, vice-roi de ce pays. - - WELLINGTON (le duc DE), 1769-1852. Troisième fils du vicomte - Wellesley, il servit en 1797 dans l'armée des Indes, revint en - Angleterre en 1805; il dirigea l'armée anglaise en Portugal, en - Espagne, et fut le vainqueur de Napoléon à Waterloo. Il fit partie - de plusieurs ministères. - - WERTHER (le baron Wilhelm DE), 1772-1859. Diplomate prussien; il fut - ministre à Paris de 1824 à 1837, et de 1837 à 1841 ministre des - Affaires étrangères à Berlin. - - WERTHER (la baronne DE), 1778-1853. La comtesse Sophie Sandizell, - Bavaroise, épouse du baron de Werther. - - WESSENBERG-AMPRINGEN (le baron), 1773-1858. Diplomate autrichien; il - assista, en 1830, aux conférences de Londres, et fut en 1848, - pendant peu de temps, ministre des Affaires étrangères. - - WEYER (Sylvan VAN DE), 1803-1874. Homme d'Etat et littérateur belge. - Chargé d'une importante mission à Londres, il réussit par faire - agréer la proposition d'y réunir une conférence pour consolider la - nouvelle constitution belge; il parvint à faire accepter le prince - Léopold de Cobourg comme roi des Belges. En 1845, il fut rappelé - pour prendre la tête du cabinet, puis, en 1846, reprit ses fonctions - d'ambassadeur à Londres jusqu'en 1867, lorsqu'il se retira des - affaires. - - WILLOUGHBY-COTTON (sir Henry), 1796-1865. Député à la Chambre des - communes. - - WINCHELSEA (lord), 1791-1858. George-William Hatton. Sa première - femme était une fille du duc de Montrose. En 1829, il eut un duel - célèbre avec le duc de Wellington; le duc de Wellington manqua son - adversaire, lord Winchelsea tira en l'air. - - WORONZOFF (la comtesse), morte en 1832 à Londres; Catherine Siniavin, - épouse du général Woronzoff. - - WURTEMBERG (le roi DE), 1781-1864. Guillaume Ier; il monta sur le - trône en 1816. Il avait épousé en premières noces la grande-duchesse - Catherine de Russie, et, en deuxièmes noces, sa cousine, la duchesse - Pauline de Würtemberg. - - WURTEMBERG (la princesse Marie DE), 1816-1863. Fille du roi Guillaume - Ier, elle épousa, en 1840, le major-général comte de Neipperg. - - WURTEMBERG (la princesse Sophie DE), 1818-1877. Sœur de la - précédente; elle épousa, en 1839, Guillaume III, Roi des Pays-Bas. - - -Y - - YARBOROUGH (lord), 1812-1851. Frère de lord Garbowy, et, en 1831, - capitaine dans la maison royale d'Angleterre. - - YORK (le duc d'), 1763-1827. Frère des rois George IV et Guillaume IV - d'Angleterre; il épousa la princesse Frédérique de Prusse. - - -Z - - ZEA-BERMEDEZ (don Francisco), 1772-1850. Diplomate espagnol. De 1809 - à 1820, il fut chargé d'affaires auprès de l'empereur Alexandre Ier, - puis ambassadeur à Constantinople. En 1824, il fut nommé ministre - des Affaires étrangères, puis en 1825, il fut ambassadeur à Dresde; - de 1828 à 1833, ambassadeur à Londres. Depuis 1834, il habita - presque toujours Paris où il mourut. - - ZEA-BERMEDEZ (Mme), femme du ministre. Elle était très recherchée - dans la société par sa distinction et son amabilité. Sa ville natale - était Malaga. - - ZUMALACARREGUY (Thomas), 1789-1835. Général espagnol, commandant la - garde royale à la mort de Ferdinand VII. Il se démit de ses - fonctions pour suivre don Carlos, et fit une terrible guerre aux - Christinos. - - ZUYLEN VAN NIJEVELT (le baron Hugo DE), 1781-1853. Homme d'Etat - hollandais; il prit une part active aux efforts qui furent faits - dans son pays pour secouer le joug de Napoléon Ier. Il fut - ambassadeur à Paris, à Madrid, à Stockolm, à Constantinople, revint - à La Haye en 1829 et déploya une rare activité lors de la révolution - belge en 1830. Il fut ensuite envoyé, avec Falk, à la conférence de - Londres. De 1833 à 1848, il reçut plusieurs portefeuilles, puis - rentra dans la vie privée. - - - PARIS - TYPOGRAPHIE PLON-NOURRIT ET Cie - Rue Garancière, 8 - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Chronique de 1831 à 1862. T. 1/4, by -Dorothée de Dino - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CHRONIQUE DE 1831 1862. T. 1/4 *** - -***** This file should be named 52380-0.txt or 52380-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/2/3/8/52380/ - -Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries) - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm -concept and trademark. 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Redistribution is subject to the -trademark license, especially commercial redistribution. - -START: FULL LICENSE - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg-tm License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project -Gutenberg-tm electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. 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Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the -mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its -volunteers and employees are scattered throughout numerous -locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt -Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to -date contact information can be found at the Foundation's web site and -official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. 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Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - diff --git a/old/52380-0.zip b/old/52380-0.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index 687c916..0000000 --- a/old/52380-0.zip +++ /dev/null diff --git a/old/52380-h.zip b/old/52380-h.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index b964ab0..0000000 --- a/old/52380-h.zip +++ /dev/null diff --git a/old/52380-h/52380-h.htm b/old/52380-h/52380-h.htm deleted file mode 100644 index 7a89424..0000000 --- a/old/52380-h/52380-h.htm +++ /dev/null @@ -1,19243 +0,0 @@ - <!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" - "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> - <html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xml:lang="fr" lang="fr"> - <head> - <meta http-equiv="Content-Type" - content="text/html;charset=iso-8859-1" /> - <meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css" /> - <title> - The Project Gutenberg's eBook of Chronique de 1831 1862. T. 1/4, by Dorothe de Dino</title> - <link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" /> - <style type="text/css"> - - h1,h2 {text-align: center; - clear: both;} - - h1 {margin-top: 2em;} - - h2 {margin-top: 4em; margin-bottom: 2em;} - - h2.normal {margin-top: 1em; margin-bottom: 1em; - page-break-after: avoid;} - - .subh {text-align: center; font-weight: bold; margin-bottom: 1em;} - - div.titlepage - { - text-align: center; - page-break-before: always; - page-break-after: always; - } - - div.titlepage p - { - text-align: center; - font-weight: bold; - line-height: 1.3em; - } - - div.frontmatter p - { - margin-top: 1em; - margin-bottom: 4em; - text-align: center; - } - - .titlepage p - { - text-align: center; - font-weight: bold; - line-height: 1.3em; - } - - div.chapter - {page-break-before: always; margin-top: 4em; margin-bottom: 1em; text-align: center;} - - div.topspace {margin-top: 4em;} - - .space {margin-top: 2.5em;} - .section {margin-top: 1.4em;} - - .end - { - text-align: center; - font-size: small; - margin-top: 2em; - margin-bottom: 4em; - } - - .end1 - { - text-align: center; - } - - - hr.deco {width: 5%; margin-top: 0.3em; margin-bottom: 0.3em;} - hr.tb {width: 5%; margin-top: 2em; margin-bottom: 2em;} - hr.chap {width: 15%; margin-top: 2em; margin-bottom: 2em;} - - div.heading - {page-break-before: always; margin-top: 4em;} - - .poetry {font-size: 95%; margin-left: 20%; margin-right: 10%; - margin-bottom: 1em; text-align: left; } - .poetry .stanza { margin: 1em 0em 1em 0em; } - .poetry p { margin: 0; padding-left: 3em; text-indent: -3em; } - .poetry p.i1 {margin-left: 1em;} - .poetry p.i2 {margin-left: 2em;} - .poetry p.i3 {margin-left: 3em;} - .poetry p.i6 {margin-left: 6em;} - .poetry p.i9 {margin-left: 9em;} - .poetry p.i10 {margin-left: 10em;} - - table {margin-left: auto; margin-right: auto;} - .tdl {text-align: left; vertical-align: top; - padding-left: 3em; text-indent: -1em;} - .tdr {text-align: right; vertical-align: bottom;} - .tdc {text-align: center;} - th {padding-top: 2em; padding-bottom: 1em;} - - .pagenum { /* uncomment the next line for invisible page numbers */ - /* visibility: hidden; */ - position: absolute; - right: 5%; - font-size: 0.6em; - font-variant: normal; - font-style: normal; - text-align: right; - background-color: #FFFACD; - border: 1px solid; - padding: 0.3em; - text-indent: 0em; - } /* page numbers */ - - .pagenumh { display: none; } - -/* footnotes */ - .footnotes {border: 1px dashed; padding-bottom: 2em; background-color: #F0FFFF;} - .footnote {margin-left: 8%; margin-right: 8%; font-size: 0.9em;} - .footnote .label, - .fnanchor {vertical-align: 25%; text-decoration: none; font-size: x-small; - font-weight: normal; font-style: normal;} - - .tnote {margin: auto; - margin-top: 2em; - border: 1px solid; - padding: 1em; - background-color: #F0FFFF; - width: 25em;} - - sup {font-size: 0.7em; font-variant: normal; vertical-align: top;} - - ul {list-style-type: none; width: 60%; margin-left: 15%; } - li {margin-left: 3em; text-indent: -1em;} - - .alphabet {text-align:center; font-size: 110%; font-weight: bold;} - - .indent {margin: auto; width: 90%; margin-left: 15%;} - .hanging {margin-left: 2em; text-indent: -1em;} - - .extra {font-size: 130%; font-weight: bold; text-align: center; - line-height: 1.5em;} - .smcap {font-variant: small-caps; font-size: 90%;} - - .smallc {font-size: 98%; text-transform: uppercase;} - .signature {margin-left: 65%;} - .cap {font-size: 120%;} - .cap1 {font-size: 95%;} - .smallc1 {font-size: 85%; text-transform: uppercase;} - .titre {margin-left: 10%;} - .center {text-align: center;} - .date {font-size: 85%; margin-left: 5%;} - .quote {font-size: 95%; margin-left: 20%; margin-right: 10%;} - - .figcenter {margin: auto; text-align: center;} - .caption {margin: auto; width: 60%; text-align: center;} - - .i1 {margin-left: 1em;} - .i2 {margin-left: 2em;} - .i4 {margin-left: 4em;} - .i6 {margin-left: 6em;} - .i9 {margin-left: 9em;} - - .xs {font-size: x-small;} - .small {font-size: small;} - .medium {font-size: medium;} - .large {font-size: large;} - .xlarge {font-size: x-large;} - -@media screen -{ - body - { - width: 90%; - max-width: 45em; - margin: auto; - } - - p - { - margin-top: .75em; - margin-bottom: .75em; - text-align: justify; - } -} - -@media print, handheld -{ - p - { - margin-top: .75em; - text-align: justify; - margin-bottom: .75em; - } - - .poetry - { - margin: 2em; - display: block; - } - - .smcap - { - text-transform: uppercase; - font-size: 90%; - } - - hr.deco - { - width: 5%; - margin-left: 47.5%; - } - - hr.tb - { - width: 5%; - margin-left: 47.5%; - margin-top: 2em; - margin-bottom: 2em; - } - - .signature, - .titre, - .date - { - margin-left: 2%; - } -} - -@media handheld -{ - body - { - margin: 0; - padding: 0; - width: 90%; - } - - .tnote - { - width: auto; - } -} - - </style> - </head> -<body> - - -<pre> - -Project Gutenberg's Chronique de 1831 1862. T. 1/4, by Dorothe de Dino - -This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most -other parts of the world at no cost and with almost no restrictions -whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of -the Project Gutenberg License included with this eBook or online at -www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Chronique de 1831 1862. T. 1/4 - -Author: Dorothe de Dino - -Editor: Marie Dorothea Radziwill - -Release Date: June 19, 2016 [EBook #52380] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CHRONIQUE DE 1831 1862. T. 1/4 *** - - - - -Produced by Clarity, Hlne de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries) - - - - - - -</pre> - - -<div class="tnote"> -<p>Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges. -L'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise. -Les numros des pages blanches n'ont pas t repris.</p> -</div> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_I"> I</a></span></p> - - -<h1><span class="xlarge">CHRONIQUE</span><br /> -<span class="xs">DE</span><br /> -<span class="large">1831 A 1862</span></h1> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_II"> II</a></span> -<span class="pagenumh"><a id="Page_III"> III</a></span> -<span class="pagenumh"><a id="Page_IV"> IV</a></span></p> - -<div class="figcenter"> -<img src="images/frontispiece.jpg" width="372" height="470" alt="" /> -</div> -<p class="caption">DUCHESSE DE DINO<br /> -PUIS DUCHESSE DE TALLEYRAND ET DE SAGAN</p> -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_V"> V</a></span> -<span class="pagenumh"><a id="Page_VI"> VI</a></span></p> -<p class="caption">D'aprs une miniature d'Agricola,<br /> -faite pendant le Congrs de Vienne de 1815,<br /> -appartenant la princesse Antoine Radziwill</p> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_VII"> VII</a></span></p> - -<div class="topspace titlepage"> -<p><span class="large">DUCHESSE DE DINO</span><br /> -<span class="xs">(PUIS DUCHESSE DE TALLEYRAND ET DE SAGAN)</span></p> - -<p class="space"><span class="xlarge">CHRONIQUE</span><br /> -<span class="medium">DE</span><br /> -<span class="large">1831 A 1862</span></p> - -<hr class="deco" /> -<p class="space"><span class="small"><i>Publie avec des annotations et un Index biographique</i></span><br /> -<span class="small">PAR</span><br /> -<span class="large">LA PRINCESSE RADZIWILL</span><br /> -<span class="xs">NE CASTELLANE</span></p> - -<p class="medium">I<br /> -1831-1835</p> -<hr class="deco" /> -<p class="small"><i>Avec un portrait en hliogravure</i></p> - -<p class="xs">Troisime dition</p> -<div class="figcenter"> -<img src="images/logo.jpg" width="120" height="142" alt="logo" /> -</div> - -<p class="space"><span class="large">PARIS</span><br /> -<span class="medium">LIBRAIRIE PLON</span><br /> -<span class="medium">PLON-NOURRIT et C<sup>ie</sup>, IMPRIMEURS-DITEURS</span><br /> -<span class="xs">8, RUE GARANCIRE—6<sup>e</sup></span></p> - -<hr class="deco" /> -<p class="small">1909</p> -</div> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_VIII"> VIII</a></span></p> - -<div class="topspace frontmatter"> -<p class="small">Tous droits de reproduction et de traduction -rservs pour tous pays.<br /> -Published 2 December 1908.<br /> -Privilege of copyright in the United States reserved under the Act approved March 3<sup>d</sup><br /> -by Plon-Nourrit et C<sup>ie</sup>.</p> -</div> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_IX"> IX</a></span></p> - -<p class="section"> -Cette <i>Chronique</i> a t compose avec des notes -recueillies en Angleterre, durant l'ambassade du -prince de Talleyrand, et ensuite avec les fragments -extraits des lettres adresses pendant trente ans, par -Mme la duchesse de Dino (plus tard duchesse de -Talleyrand et de Sagan), M. Adolphe de Bacourt, -qui me l'a remise en mains propres, par ordre de ma -grand'mre.</p> - -<p>Quelques mois avant sa mort, en 1862, ma grand'mre, -qui ne se faisait plus aucune illusion sur l'tat -de sa sant, me prvint elle-mme du don prcieux -qui me serait remis aprs elle, par son excuteur -testamentaire, M. de Bacourt, y ajoutant ses instructions -et ses conseils.</p> - -<p>Le recul des annes tant ncessaire l'homme -pour devenir peu prs juste l'gard des sentiments -<span class="pagenum"><a id="Page_X"> X</a></span> -et des actes des personnes qui ont marqu d'un trait -spcial, j'aurais voulu retarder encore la publication de -cette <i>Chronique</i>, mais ma nice, la comtesse Jean de -Castellane, ayant, il y a quelques mois, fait paratre -le <i>Rcit des premires annes</i> de la duchesse de Dino, -qui finissait trop tt, au gr de plus d'un lecteur, il -me semble propos de ne plus en faire attendre la -continuation.</p> - -<p>Cette continuation se trouve, presque tout entire, -dans cette <i>Chronique</i>.</p> - -<p>Ce livre, o les dernires annes du prince de -Talleyrand sont mieux mises en lumire que par -toutes les publications faites jusqu' ce jour, parle -trop par lui-mme pour que j'aie besoin d'y ajouter -un seul mot. La place que la duchesse de Dino a -occupe dans la socit europenne de la premire -partie du sicle dernier est aussi trop connue pour la -rappeler ici. Ses attraits, comme ses dons, furent -rarement gals, mais ce qui est moins connu, c'est -la sduction morale qu'elle exerait sur tous ceux qui -l'approchaient. Si l'intelligence est une puissance, -l'lvation de l'me en est une plus grande encore et -celle-ci a certainement aid la duchesse de Dino -traverser bien des phases difficiles dans sa vie.</p> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_XI"> XI</a></span> -C'est ce qui me semble tout particulirement -ressortir de cette <i>Chronique</i> o on sent planer une -me suprieure.</p> - -<p class="signature"><span class="cap1">C</span><span class="smallc1">ASTELLANE</span>, <span class="cap1">P</span><span class="smallc1">rincesse</span> -<span class="cap1">R</span><span class="smallc1">adziwill</span>.</p> - -<p class="date">Kleinitz, 1<sup>er</sup> septembre 1908.</p> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_XII"> XII</a></span></p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_1"> 1</a></span></p> -<p class="extra">DUCHESSE DE DINO<br /> -<span class="xlarge">CHRONIQUE</span></p> -<hr class="deco" /> -<h2 class="normal">1831</h2> -</div> - -<p class="section"><i>Paris, 9 mai 1831.</i>—Je suis si tourdie du bruit de -Paris, j'y ai tant entendu dire de paroles, tant de figures -ont dj pass sous mes yeux, que j'ai peine me reconnatre, - rassembler mes ides et leur demander de me -dire o j'en suis, o en sont les autres; si ce pays-ci est -en bonne ou mauvaise route; si les mdecins sont suffisamment -habiles, ou plutt si la maladie ne bravera pas -la science du mdecin!</p> - -<p>J'ai dj vingt fois arrt ma pense sur Madre; -quelquefois aussi elle s'est repose sur Valenay. Mais elle -ne se fixe nulle part, et il me semble tout fait draisonnable -de rien prjuger avant cette grande crise lectorale - laquelle je vois que tout le monde se rfre. A tout on -dit ici: Aprs les lections, comme, Londres, le -monde frivole disait: Aprs Pques.</p> - -<p>Il y avait un petit article dans le <i>Moniteur</i> d'hier: la -disposition ministrielle, la disposition du public en -<span class="pagenum"><a id="Page_2"> 2</a></span> -gnral, est quitable et honorable pour M. de Talleyrand, -mais la raison n'est pas la mode, et dans ce pays-ci -moins qu'ailleurs. En vrit, si je voulais faire promener -ma pense sur les mille et une petites complications qui -gnent et entravent tout, je ne pourrais arriver qu' ce -rsultat: c'est que ce pays-ci est fort malade, mais que le -mdecin est bon!...</p> - -<p class="section"><i>Londres, 10 septembre 1831.</i>—Les lettres de Paris -disent que l'ternel bailli de Ferrette s'est enfin teint et -que Mme Visconti, autre merveille du temps pass, en a -fait autant.</p> - -<p>On me parle d'meutes fminines; il y a eu quinze -cents de ces horribles cratures qui ont fait du train. -La garde nationale, cause de leur sexe, n'a pas voulu -user de force; heureusement que la pluie en a fait -justice.</p> - -<p>Il est arriv hier une estafette avec quelques rabchages -sur la Belgique, demandant que les Hollandais se -retirent encore davantage; que Mastricht n'ait que des -Hollandais seuls pour garnison; notant l'impatience de -ce que le gnral Baudrand ait eu des entretiens directs -et particuliers avec les ministres anglais et le rappelant -sur-le-champ. Il ne partira cependant qu'aprs le Drawing-room.</p> - -<p>Rien de nouveau sur la Pologne.</p> - -<p>Le <i>Times</i> raconte l'infortune tentative portugaise. -Maudit dom Miguel! Quelle horreur que son triomphe!</p> - -<p class="section">A Londres il n'y a qu'une seule nouvelle: c'est qu' -<span class="pagenum"><a id="Page_3"> 3</a></span> -l'occasion du couronnement<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor"> [1]</a>, le Roi a autoris les -vques quitter leurs vilaines perruques; les voil tous -mconnaissables pour huit jours; ils se sont tellement -presss de profiter de la permission qu'ils n'ont pas donn - leurs cheveux le temps de repousser, cela fait qu'ils ont -de drles de figures et qu'au grand dner du Roi, ils ont -fait la joie de tous les convives.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 11 septembre 1831.</i>—Les conversations -tournent encore toutes sur le couronnement; la rentre -pdestre et crotte du duc de Devonshire, les faits, gestes, -figures et paroles de chacun, sont comments, embellis, -dfigurs, passs en revue avec plus ou moins de charit, -c'est--dire sans charit aucune. Il n'y a que la Reine -laquelle personne ne touche; tout le monde dit qu'elle -tait la perfection et on a bien raison.</p> - -<p>J'ai vu hier le duc de Gloucester auquel je n'ai rien -tir, si ce n'est qu'au grand dner diplomatique que nous -avons aujourd'hui Saint-James, on avait cherch le -moyen d'viter le Van de Weyer qui fait tomber la duchesse -de Saxe-Weimar en dfaillance. On a, en consquence, -imagin de n'inviter, hors les ambassadeurs, que ceux -des ministres qui sont maris: l'expdient me parat un -peu stupide.</p> - -<p>Toutes les vieilles antiquits disparaissent; voil lady -Mornington, mre du duc de Wellington, qui est morte -hier 90 ans: cela ne fait pas grand'chose son fils.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_4"> 4</a></span> -La Landgravine de Hesse-Hombourg et le duc de -Saxe-Meiningen sont partis hier par le bateau vapeur -pour Rotterdam; la duchesse de Cambridge part aujourd'hui -pour la Haye par Bruges. La grande affaire de tout -ce monde est d'viter Bruxelles!</p> - -<p>Lady Belfast raconte fort drlement la visite et la -rception des yachts anglais Cherbourg. Les autorits -les ont reus et n'ont jamais pu comprendre ce que c'tait -qu'un <i>Gentlemen's Yacht Club</i> dans lequel le gouvernement -n'intervenait nullement; elles ont presque pris ces -messieurs pour des pirates. Cependant on leur a donn un -dner et un bal. Lord Yarborough a voulu les leur rendre - bord de son yacht, mais toutes les belles dames de province -ont dclar que rien ne les ferait danser sur mer, -qu'assurment elles auraient toutes des maux de cœur -horribles, que cette proposition tait tout fait barbare, et -enfin lord Yarborough a t oblig de cder et de donner -un bal dans une guinguette de Cherbourg, o il a cependant -trouv moyen de dpenser dix mille francs dans une -seule soire.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 13 septembre 1831.</i>—Le Drawing-room -d'hier tait plus nombreux que jamais, par consquent si -long et si fatigant qu'il a successivement mis le Mexique, -l'Espagne et Naples hors de combat. Aprs les vanouissements -successifs des trois reprsentantes, nos rangs taient -si clairsems qu'il a fallu d'autant plus payer de sa personne.</p> - -<p>Mme de Lieven s'est bravement assise sur les marches -<span class="pagenum"><a id="Page_5"> 5</a></span> -du trne et, de l, elle a pass dans le cabinet du Roi o -elle a fait <i>lunch</i>; elle est ensuite revenue nous dire qu'elle -n'tait pas fatigue et qu'elle n'avait pas faim. Elle tait -tente d'ajouter que nos jambes devaient tre reposes du -repos des siennes et notre estomac satisfait de savoir le -sien restaur.</p> - -<p>Les Pairesses, dans leur costume, avaient en gnral -bon air. Il y en a une, pauvre malheureuse, qui a pay -cher le plaisir d'user du droit de Pairesse: celui d'aller -chez le Roi en dpit du Roi lui-mme. Lady Ferrers avait -t une femme entretenue, ou peu prs, et la matresse -de son mari avant d'tre sa femme. Lord Howe a dit -lord Ferrers que la Reine ne recevrait pas sa femme, mais -lord Ferrers ayant rpondu que le droit des Pairesses tait -d'entrer chez la Reine, on n'a pas pu s'y opposer. Seulement -on l'a prvenu que la Reine dtournerait la tte -lorsqu'elle passerait; c'est ce qui a eu lieu. Mais je -dois dire que le bon cœur de la Reine a paru encore dans -cette circonstance. Elle a eu l'air de commencer causer -avec la princesse Auguste avant que lady Ferrers ft -devant elle; elle n'a pas interrompu sa conversation et on -pouvait croire que la pauvre proscrite tait passe -inaperue et non pas insulte. J'en ai su bon gr la -Reine.</p> - -<p>Le dner tait magnifique et le Roi dans un train de -bonne humeur vraiment comique. Il a fait des <i>speeches -franais</i> tonnants. On dit qu'aprs le dpart des dames il -a donn dans le graveleux un point inou. Jamais je ne -l'ai vu si en gaiet. Je crois qu'un courrier arriv de Paris -<span class="pagenum"><a id="Page_6"> 6</a></span> -un peu avant le dner, qui a apport lord Palmerston et - M. de Talleyrand la nouvelle que les troupes franaises -commenceraient vacuer la Belgique le 27 et seraient -toutes rentres en France le 30, tait pour quelque chose -dans l'hilarit du Roi. Lord Grey en tait rayonnant.</p> - -<p>Les nouvelles du cholra sont mauvaises: il arrive en -Sude par la Finlande, et, en trois jours, sur soixante -malades Berlin, trente en sont morts.</p> - -<p>Il y a eu assez de bruit Paris pour que M. Perier s'y -soit port lui-mme cheval, en habit de ministre; sa -prsence a bien fait.</p> - -<p>Il parat que les affaires belges sont dcidment finies -et M. de Talleyrand disait hier qu'il serait en France la -fin d'octobre; mais j'ai dj vu tant de hauts et de bas dans -ces affaires que je ne sais plus rien prvoir huit jours de -distance.</p> - -<p class="section"><i>Cambridge-Wells, 16 septembre 1831.</i>—Je viens de -visiter Eridge Castle<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor"> [2]</a>, qui appartient un richard -misanthrope, octognaire, que le malheur a poursuivi, -dont le titre est celui de Earl of Abergavenny, mais dont le -nom de famille est Neville; c'est un des cousins de lord -Warwick. Le fameux Guy, Earl of Warwick, surnomm -The King's Maker, tait un Neville. Eridge Castle lui -appartenait. Plus tard la reine Elisabeth y fut fte.</p> - -<p>Le chteau, sur les fondations antiques, a t rebti -dans l'ancien style avec un soin particulier par le propritaire -<span class="pagenum"><a id="Page_7"> 7</a></span> -actuel. Tout est parfaitement d'accord, tout est -lgant, riche; la perfection des boiseries et la beaut des -vitraux de couleur, remarquables; l'appartement particulier -de lord Abergavenny, extrmement lugubre. Le chteau -est sur un point trs lev, avec un lac de vingt arpents -au pied de la colline, mais ce vallon est encadr de -collines plus leves encore que celle du centre sur -laquelle est le chteau, et elles sont toutes couvertes -d'arbres si beaux et en si grande quantit, qui se prolongent -pendant tant de milles, que cela forme une vritable -fort. C'est la vue la plus boise, la plus romantique et, -en mme temps, la plus profondment mlancolique que -j'aie jamais rencontre. Ce n'est pas de l'Angleterre, c'est -encore moins de la France; c'est la Fort Noire, c'est la -Bohme. Je n'ai jamais vu de lierres comparables ceux -qui tapissent les tours, les balcons et toute cette demeure; -enfin, j'en ai eu la tte tourne.</p> - -<p>Dans le parc est un bouquet de sapins, bien hauts, bien -sombres, qui entourent une source d'eau minrale parfaitement -semblable celle de Tunbridge. Non seulement le -parc est rempli de daims, mais il y a aussi des cerfs, et -quantit de vaches, de moutons et un beau troupeau de -buffles.</p> - -<p>Lord Abergavenny est trs charitable. Cent vingt -ouvriers sont toujours employs par lui. Depuis que les -baigneurs de Tunbridge sont venus dvaster son jardin, il -ne permet qui que ce soit de voir le parc ou la maison. Il -en a mme refus l'entre, il y a quelque temps, la princesse -de Lieven. Un billet touchant de la comtesse Batthyny -<span class="pagenum"><a id="Page_8"> 8</a></span> -et de moi l'a attendri; il est sorti, aprs avoir laiss -des ordres ses gens de nous tout montrer, et un homme - cheval nous a guids dans les bois. Ses gens l'aiment -beaucoup, en disent mille biens et racontent fort bien les -malheurs qui ont frapp ce pauvre vieux homme.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 17 septembre 1831.</i>—En revenant de Tunbridge -hier, j'ai visit Knowles. C'est un des chteaux les -plus anciens de l'Angleterre; bti par le Roi Jean-Sans-Terre, -la plus ancienne partie de ce btiment est encore -de cette poque. Les archevques de Cantorbry ont -longtemps possd Knowles, mais Cranmer, ayant trouv -que sa magnificence excitait les murmures populaires, -rendit Knowles la Couronne. lisabeth le donna aux -Sackfield, dont elle fit l'an comte de Dorset. Knowles est -rest dans cette famille jusqu' prsent et vient de passer -aux mains de lady Plymouth, sœur du duc de Dorset, qui -a pri la chasse sans laisser d'enfants. Le vieux duc de -Dorset actuel est un oncle du dernier; il a hrit du titre, -mais non de l'<i>Estate</i> qui a pass aux femmes.</p> - -<p>A mon tour, je sais faire aussi de la pdanterie: j'ai -daign consulter un guide de voyage et j'ai trouv une -<i>housekeeper</i>! Cette vieille fe montre fort bien l'antique et -lugubre demeure de Knowles, dont la tristesse est incomparable; -je n'en excepte mme pas la partie arrange par -les propritaires actuels, plus forte raison celle qui est -consacre aux souvenirs et la tradition. Il n'y a l -aucune imitation: tout est ancien et original; on y voit -cinq ou six chambres coucher, le Hall, trois galeries et -<span class="pagenum"><a id="Page_9"> 9</a></span> -un salon avec les meubles du temps de Jacques I<sup>er</sup>. Boiseries, -meubles, tableaux, tout est authentiquement de -cette poque. L'appartement dans lequel Jacques I<sup>er</sup> fut -reu par le premier comte de Dorset est magnifique, orn -de glaces de Venise, d'un lit en brocard d'or et d'argent, -d'une toilette en filigrane, de cabinets en ivoire et en -bne, enfin de choses belles et curieuses. Des portraits -de toute l'Angleterre, et parmi cette immense quantit de -crotes, une douzaine de peintures superbes de Van Dyck -et de sir Robert Leslie. Le parc est grand, mais il n'a -rien de remarquable; il n'est bon qu' parcourir un peu -vite.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 19 septembre 1831.</i>—Mes retours Londres -ne sont pas heureux. Je reviens avant-hier pour apprendre -la prise de Varsovie<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor"> [3]</a>, et aujourd'hui j'arrive de -Stocke<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor"> [4]</a> pour apprendre les nouveaux et srieux dsordres -qui ont eu lieu Paris, l'occasion de la dfaite -des Polonais. L'tat de Paris tait grave au dpart des -lettres; aux dtails contenus dans le <i>Times</i> de ce matin, -j'ajouterai que M. Casimir Perier a courageusement tir -Sbastiani de danger en le mettant dans sa voiture; -arrivs la place Vendme, ils ont t obligs de se rfugier -<span class="pagenum"><a id="Page_10"> 10</a></span> - l'htel de l'tat-Major. Les cris de A bas Louis-Philippe -ont t vifs.</p> - -<p>C'est aujourd'hui que probablement le sort du ministre -se sera dcid la Chambre. Je sais que M. de Rigny -tait fort inquiet; la dernire sance avait t trs mauvaise.</p> - -<p>J'ai aussi reu une lettre trs triste de M. Pasquier... -Nos prvisions auront t vraies et justes: Madre!</p> - -<p class="section"><i>Londres, 20 septembre 1831.</i>—Le comte Paul Medem -est arriv hier et a pass une grande partie de la journe -avec moi.</p> - -<p>Il avait quitt Paris le samedi soir. Je l'ai questionn -mon aise et je l'ai trouv avec son bon et froid jugement -habituel; ne regardant rien comme perdu, ni rien comme -sauv en France. Tout lui parat livr au hasard: la confiance -est impossible; il dit de mauvaises paroles sur -l'impopularit du Roi, sur l'ignorance et la prsomption -de tous. Le seul dont il fasse cas, c'est M. Perier, mais -celui-ci est fort dgot et ne se cache pas du manque de -concours. Il fait un triste tableau de l'tat commercial et -social de Paris. Tout y est mconnaissable: costumes, -manires, ton, mœurs et langage, tout est chang; les -hommes ne vivent plus gure qu'au caf et les femmes -ont disparu.</p> - -<p>On a adopt de nouvelles locutions: on n'appelle plus -la Chambre des dputs que <i>la Reine Lgislative</i>; la -Chambre des pairs s'appelle <i>l'Ancienne Chambre</i>; celle-ci -n'existe plus comme pouvoir, pour personne. On dit que -<span class="pagenum"><a id="Page_11"> 11</a></span> -c'est le Roi qui a le plus facilement abandonn l'hrdit -de la Pairie, esprant par l se populariser et obtenir une -meilleure liste civile: on ne suppose pas qu'elle excde -douze millions; en attendant, il touche chaque mois -quinze cent mille francs.</p> - -<p>Plusieurs thtres sont ferms; l'Opra et les Italiens -attirent encore du monde; mais si les premiers sujets -continuent jouer sur la scne, dans les loges on ne voit -plus gure que les doublures du beau monde.</p> - -<p>Il parat que l'Empereur Nicolas ne fera excuter en -Pologne que ceux qui, dans les scnes sanglantes des -clubs, ont assassin les prisonniers russes; la Sibrie -s'ouvrira pour les autres. Quelle quantit de malheureux -nous allons voir faire irruption sur l'Europe et surtout en -France! Quoiqu'il soit bien naturel de leur offrir asile, je -dois convenir cependant que, dans la situation actuelle de -la France, ce sont de nouveaux lments de dsordre -qu'on va y introduire. On dit que, dans les meutes, les -rfugis de tous les pays jouent un rle premier.</p> - -<p>Les nouvelles de Rio-de-Janeiro sont mauvaises pour -les enfants que dom Pedro y a laisss<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor"> [5]</a>; une rvolte -des hommes de couleur y a produit de grands dsordres.</p> - -<p>Les scnes en Suisse sont dplorables<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor"> [6]</a>.</p> - -<p>Il y a eu du mouvement Bordeaux.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_12"> 12</a></span> -Miaoulis a fait sauter sa flotte pour ne pas obir -Capo d'Istria<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor"> [7]</a>.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 21 septembre 1831.</i>—L'meute a recommenc -dimanche soir Paris et a dur toute la matine -du lundi<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor"> [8]</a>, et il y avait de mauvais symptmes de tous -les genres; l'aspect de la ville tait grave tous gards, et -si les interpellations annonces par Mauguin et Laurence -avaient t remises de vingt-quatre heures, c'est qu'on -croyait une dislocation immdiate du ministre, si ce -n'est entire, du moins partielle. Bont divine! O en -sommes-nous et o allons-nous?</p> - -<p>A propos de cela, on assure que les troupes qui sont -Madre sont prtes faire leur soumission doa Maria. -Ce nom de Madre, prononc, jet pour ainsi dire, il y a -six mois sans grande rflexion, aura t une prdiction. -C'est l que nous chercherons refuge!</p> - -<p>C'est Jules Chodron<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor"> [9]</a> qui est nomm second secrtaire -de lgation Bruxelles.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 22 septembre 1831.</i>—Les lettres de Vienne -disent que le cholra y a paru le 9 de ce mois, et dans -les premires vingt-quatre heures y a enlev cinquante -personnes.</p> - -<p>Blow a des nouvelles de Berlin du 16: il y avait eu -jusqu' ce jour-l trois cents malades sur lesquels deux -<span class="pagenum"><a id="Page_13"> 13</a></span> -cents avaient succomb. Il a beau s'tendre, ce vilain mal, -il ne parat pas s'endormir.</p> - -<p>M. Martin, qui nous est arriv hier, dit grand mal du -Midi de la France: tout s'y divise en carlisme, bigotisme, -rpublicanisme; de la raison, nulle part; une absence -d'autorit locale dplorable, une confusion, une anarchie -qui laisse le champ libre tous les dlits. Pauvre France!</p> - -<p>Ici, on n'est gure mieux. J'ai t hier au soir -Holland-House o le ministre avait l'air constern. Il se -sent, je crois, un peu coupable; car, si ce pays-ci est -menac de scnes rvolutionnaires, c'est que le ministre -l'aura voulu. Pour intimider la Chambre des pairs et lui -arracher le Bill de rforme, il excite les meetings et -les mouvements menaants qui se prparent.</p> - -<p>Lord Grey tait particulirement soucieux d'une runion -qui aurait eu lieu hier chez le duc de Wellington. Il -ne sait pas s'il osera faire des pairs sans perdre des voix -sur lesquelles il comptait, et qui se retireraient de lui si la -Pairie tait prostitue. Enfin, les embarras, d'une espce -et d'une autre, couvrent la terre.</p> - -<p>Dimanche soir, on a promen dans Paris des bonnets de -la libert sur des piques et on a fait d'autres gentillesses -du mme genre. Les lettres de lundi, deux heures, -mandent que, dans la crainte de voir former des barricades, -on avait enlev tous les matriaux qui se trouvaient -sur la place Louis XV et qu'on les avait entasss dans les -cours des maisons voisines.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 23 septembre 1831.</i>—Il a fait assez beau -<span class="pagenum"><a id="Page_14"> 14</a></span> -temps hier pour la fte de Woolwich laquelle j'ai -assist. C'est trs imposant de voir lancer un grand btiment -de guerre et de le voir entrer ensuite dans le bassin -o il doit tre mt.</p> - -<p>Nous tions dans une tribune prs de celle du Roi; il y -avait du monde par torrents; des bateaux vapeur, des -barques en multitude, beaucoup de musiques, de cloches, -de coups de canon, presque du soleil, des uniformes, de -la parure, enfin de tout ce qui donne un grand air de fte.</p> - -<p>Le Roi a men un petit dtachement du Corps diplomatique, -dont je faisais partie, voir une frgate en miniature -destine en cadeau au Roi de Prusse et qui est charmante: -toute en bois d'acajou et en cuivre. Puis il nous a conduits -djeuner bord du <i>Royal Sovereign</i>, vieux yacht dor et -chamarr du temps de George III. Le Roi m'a adress un -toast pour le Roi des Franais, et Blow un autre toast -pour Sa Majest Prussienne. Il a oubli Mme Falk; la -duchesse de Saxe-Weimar, qui ne prenait pas cet oubli en -patience, s'est mise fondre en larmes, ce qui a fait -revenir la mmoire au Roi, et il a fait alors des excuses -Mme Falk en buvant la sant du Roi de Hollande.</p> - -<p>J'ai dn avec le duc de Wellington, qui tait de trs -bonne humeur; il espre que le Bill de rforme sera -rejet par la Chambre des pairs, la seconde lecture qui -aura lieu le 3 octobre. Lord Winchelsea a dclar qu'il -voterait contre; le ministre lui a alors demand la dmission -de sa charge de Cour, que le Roi n'a pas voulu accepter.</p> - -<p>Il est arriv hier soir une estafette de Paris, du 20, pour -dire que les meutes taient finies et que le ministre -<span class="pagenum"><a id="Page_15"> 15</a></span> -avait eu l'avantage dans la Chambre des dputs; mais en -mme temps, on mande que ce qui s'est pass prouve -qu'il faut avoir le trait belge sur les bases qui ont t -proposes dans la dpche du 12.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 25 septembre 1831.</i>—Nous avons reu les dtails -de la sance de la Chambre des dputs dans laquelle -le ministre a triomph. Ce triomphe a t un ordre du -jour, motiv d'une manire honorable pour le gouvernement, -qui a eu une majorit de 85 voix. 357 votants: -221 pour M. Perier, 136 contre. Voil, pour le moment, -les choses remises dans une sorte d'quilibre, mais elles ne -m'inspirent aucune confiance, car cette nouvelle Chambre -a encore des preuves donner, dans les questions de l'hrdit -de la Pairie, de la liste civile, du budget, et je ne -la trouve nullement prpare bien dire ni bien faire.</p> - -<p>On crit encore en rendant justice au courage de lion -de M. Perier, en reprsentant le pays comme bien malade -et Pozzo fort inquiet malgr le mariage de son neveu, qui -le ravit.</p> - -<p>Nous avons eu dner trois messieurs d'Arras, recommands -par le baron de Talleyrand, des Franais, de -ceux qui s'appellent de la <i>classe moyenne</i>, laquelle ils se -font gloire d'appartenir: parmi les trois, il y avait un -petit monsieur de dix-sept ans, lve de rhtorique au -lyce Louis-le-Grand, qui vient ici pour ses vacances et -qui est dj aussi bavard et aussi tranchant qu'on peut le -souhaiter: il donne tout plein d'esprance d'tre un jour -un des hurleurs de la Chambre.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_16"> 16</a></span> -<i>Londres, 27 septembre 1831.</i>—Hier, la Confrence a -adopt un protocole qui va produire Dieu sait quoi! Les -Hollandais et les Belges n'ayant pu s'entendre en aucune -manire, ni mme se rapprocher, la Confrence, pour -viter la reprise des hostilits, terminer enfin cette difficile, -dlicate et dangereuse question, et arrter la conflagration -qu'elle est toujours au moment de produire, s'est -constitue hier arbitre et va procder cet arbitrage, dont -le rsultat sera pris sous sa protection et garantie. Comment -cela va-t-il tre pris Paris? M. de Talleyrand croit -qu'on se fchera d'abord, puis qu'on cdera, et que -d'ailleurs il n'y avait pas de choix: Ceci, dit-il, est la -seule et unique manire d'en finir.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 29 septembre 1831.</i>—M. de Montrond est -arriv hier; il parle avec le dernier mpris de Paris et -de tout ce qui s'y passe. Il annonce que le Roi va demeurer -aux Tuileries, aprs une bataille trs rude livre par ses -ministres, qui lui ont encore, dans cette occasion-ci, mis -le march la main. Il leur a fallu aussi persuader la -Reine qui y avait grande rpugnance; cependant, ils ont -vaincu toutes les dplaisances et cela va se faire.</p> - -<p>Il parat qu'au Palais-Royal, le Roi ne peut plus bouger -sans tre accueilli par les mots les plus durs; on lui crie: -<i>Bavard... Avare...</i>; on passe travers la petite grille -intrieure des couteaux avec lesquels on le menace, enfin -des horreurs!</p> - - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_17"> 17</a></span></p> -<h2 class="normal">1832</h2> -</div> - -<p class="section"><i>Londres, 23 mai 1832.</i>—Hier, j'ai eu une longue -visite du duc de Wellington. Il m'a dit qu'il regrettait que -les convenances personnelles de M. de Talleyrand le dcidassent - quitter l'Angleterre, mme momentanment; -qu'un remplaant, quel qu'il ft, ne pourrait jamais -maintenir les choses au point o M. de Talleyrand les -avait conduites; qu'ici, il avait une position premire -et une influence prpondrante, non seulement sur ses -confrres diplomatiques, mais encore sur le Cabinet -anglais; qu'il tait, en gnral, extrmement considr -dans le pays, o on lui savait gr de se tenir loign de -toute intrigue; qu'il tait le seul qui pt maintenir, sous -quelque ministre que ce ft, l'union de la France et de -l'Angleterre; que lui, duc de Wellington, craignait que -les autres membres de la Confrence ne prissent le haut -ton avec le remplaant de M. de Talleyrand, et qu' son -retour, celui-ci ne trouvt un tat de choses diffrent, et -le terrain perdu difficile ressaisir; qu'enfin, si M. de -Talleyrand ne revenait pas Londres, on ne pouvait plus -compter sur la dure de la paix.</p> - -<p>Il a ajout que l'aspect des deux pays tait bien grave, -que toutes les prvisions taient insuffisantes, et que qui -<span class="pagenum"><a id="Page_18"> 18</a></span> -que ce soit ne pouvait dire ce qu'apporteraient et la -rforme par ses rsultats futurs, et les moyens rvolutionnaires -qui ont t mis en jeu pour l'obtenir, ni quelles -seraient les fantaisies royales, le Bill de rforme une -fois pass.</p> - -<p>Le duc de Wellington a t, comme toujours, fort naturel, -fort simple, de trs bon sens, et, sa faon, qui -n'est pas phraseuse, trs amical.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 24 mai 1832.</i>—M. de Rmusat est ici, il a, -pour M. de Talleyrand, une lettre du gnral Sbastiani -qu'il n'a pas encore remise.</p> - -<p>Il m'en a envoy une du duc de Broglie qui partait pour -la campagne, assez soucieux, ce me semble, de l'tat de -dcomposition de toutes choses en France. Il me rfre -ce que M. de Rmusat me dira, mais je connais celui-ci: -il a de l'esprit, mais c'est un esprit ddaigneux, dnigrant, -tout emmaillot de formes doctrinaires; mme -dans le temps o je voyais le plus les personnes de cette -socit, je le trouvais, lui, singulirement dsagrable, et -je n'ai pas ide qu'il me fasse aujourd'hui une autre -impression.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 25 mai 1832.</i>—M. de Rmusat, que j'avais -vu hier soir, m'avait annonc sa visite pour ce matin, -<i>pour m'apprendre Paris</i>, m'a-t-il dit. On sait que les doctrinaires -enseignent toujours quelque chose! Il sort de -chez moi. C'est trs long apprendre, la France, car -il me l'a enseigne pendant plus de deux heures.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_19"> 19</a></span> -Ce qui m'en reste, c'est que le voyage de M. de Rmusat -ici est une sorte de mission, qui lui a t confie par -les honntes gens du juste milieu, tels que MM. Royer-Collard, -Guizot, Broglie, Bertin de Veaux, mme Sbastiani, -qui est en guerre ouverte avec Rigny. Cette mission -consiste dcider M. de Talleyrand accepter la prsidence -du Conseil, ou, si cela ne se peut, tre le patron -d'un nouveau ministre dans lequel Sbastiani serait conserv -et qu'on fortifierait en y faisant entrer Guizot, -Thiers, Dupin. Tel qu'il est, dcompos et dsuni, le -ministre ne saurait durer; mais il faut dcider le Roi -choisir des hommes plus forts, rsolus suivre le systme -de M. Perier et capables, par leur talent, d'en imposer -la Chambre. On voudrait que M. de Talleyrand, Paris, -ft assez sentir au Roi le pril de sa situation pour le dterminer - pareille chose. Voil ce que M. de Rmusat est -charg d'obtenir de M. de Talleyrand, et sur quoi il s'est -donn la peine de m'endoctriner. M. de Talleyrand est -beaucoup trop dtermin ne faire partie d'aucune administration -pour tre branl sur ce point. Certes, son -intention a toujours t de parler au Roi selon sa conscience, -mais qu'en obtiendrait-il?... Pas grand'chose -peut-tre...</p> - -<p class="section"><i>Londres, 29 mai 1832.</i>—Quelle journe que celle -d'hier! Le Drawing-room qui a dur jusqu' plus de -cinq heures! C'tait l'anniversaire du jour de naissance -du Roi, qui, ayant appris que la princesse de Lieven et -moi ne dnions pas chez lord Palmerston, nous a choisies -<span class="pagenum"><a id="Page_20"> 20</a></span> -pour reprsenter le Corps diplomatique son dner.</p> - -<p>Il n'y avait ce dner, except la famille lgitime et -illgitime, que le strict service et quelques vieux amis -du Roi, comme le duc de Dorset et lord Mount-Edgecumbe.</p> - -<p>Le Roi ne s'est pas fait faute de toasts: le premier -Mme de Lieven, sur ce qu'aprs les longues annes pendant -lesquelles elle avait reprsent Londres une Cour -toujours amie de celle de la Grande-Bretagne, il la regardait -comme une amie personnelle. Puis moi: Je vous -connais depuis moins de temps, Madame, mais vous nous -laissez ici des souvenirs qui nous font dsirer votre retour -et que vous nous reveniez avec la bonne sant que vous -allez chercher aux eaux. Les circonstances dlicates et -difficiles dans lesquelles votre oncle s'est trouv ici, et -pendant lesquelles il a montr tant de loyaut, d'intgrit -et d'habilet, me font attacher beaucoup de prix ce qu'il -nous revienne et je vous prie de le lui dire. Puis -Mme de Woronzoff, sur ce que, par son mari, elle tait -aussi Anglaise que Russe.</p> - -<p>Mme de Lieven a rpondu par un mot de reconnaissance, -et moi de mme, mais cette pauvre Mme de -Woronzoff, en voulant aussi exprimer ses remerciements, -s'est embrouille de telle sorte que le Roi a repris la -parole et j'ai cru que ce dialogue ne finirait plus.</p> - -<p>Aprs la sant de la Reine, le Roi a remerci pour elle -en anglais, en ajoutant qu'aucune Princesse ne mritait -davantage le respect et l'attachement de ceux qui la connaissaient, -car personne ne savait mieux remplir les -<span class="pagenum"><a id="Page_21"> 21</a></span> -devoirs de sa position. Il a alors donn le signal de se -lever, et immdiatement celui de se rasseoir, et s'adressant - la duchesse de Kent, il a port la sant de la princesse -Victoria, comme tant la seule qui, par la divine -Providence et les lois du pays, devait lui succder, et -laquelle il comptait laisser les trois Royaumes, avec leurs -droits, leurs privilges et leur constitution intacte comme -il les avait lui-mme recueillis. Tout cela tait accompagn -de tant d'assurances d'une bonne sant personnelle, -de force, de volont de vivre et de se bien porter, et de la -ncessit qu'il y avait que, dans les circonstances difficiles -du prsent, il n'y et pas de minorit, que tout le -monde s'est demand s'il avait voulu tre agrable ou -dsagrable la duchesse de Kent, qui tait ple comme -la mort; ou bien si, cause des Fitzclarence qui se mlent -d'avoir des prtentions princires, il a voulu tablir qu'il -ne reconnaissait d'hritier possible que la jeune Princesse. -D'autres prtendent que le tout tait dirig contre le duc de -Sussex, qui tait absent puisqu'on lui a dfendu la Cour. -Il parat que le parti populaire voudrait le porter au trne -ou que du moins le Roi se l'imagine et que c'est l ce qui -nous a valu ce trs long speech.</p> - -<p>Avant la fin de la soire, le Roi est venu deux fois -moi pour me dire qu'il ne fallait pas que M. de Talleyrand -s'absentt longtemps, que la paix du monde dpendait -de sa prsence Londres, et sur cela force loges et -gracieusets. On n'a pas ide de ce qu'on nous montre, -de tous cts, de regrets obligeants qui ont l'air sincres.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_22"> 22</a></span> -<i>Londres, 30 mai 1832.</i>—M. de Talleyrand a reu des -lettres du Roi et de Sbastiani, crites au moment du -dpart pour Compigne: ils assurent qu'ils useront de -tout leur crdit sur le roi Lopold pour le dterminer se -soumettre pleinement la Confrence, afin de laisser aux -Hollandais tout l'odieux du refus; mais ils veulent que -M. de Talleyrand emporte ici l'vacuation d'Anvers, -laquelle ils ne veulent entendre qu'aprs que toutes les -autres questions seront termines. En apparence, les -enttements hollandais ne diminuent pas et le mauvais -esprit se ranime en Belgique.</p> - -<p>M. de Talleyrand partira aussitt aprs l'arrive de -M. de Mareuil, et espre, avant cela, tre arriv tablir -une certaine force arme qu'on appellerait l'arme combine -anglo-franaise et qui serait charge de couper le -nœud gordien.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 20 juin 1832.</i>—J'attends M. de Talleyrand -aprs-demain soir.</p> - -<p>Je vois bien du monde maintenant: on m'assomme, -la lettre. Que d'absurdits, de fautes, de passions! Pauvre -M. de Talleyrand! Dans quel gchis et dans combien d'intrigues -ne va-t-il pas tomber!</p> - -<p>Du reste, l'tat de choses actuel, que tout le monde -condamne, doit ncessairement changer, au moins ministriellement; -car le <i>toll</i> contre le ministre est gnral -et l'effroi se propage. La Vende cependant touche sa -fin et on croit la duchesse de Berry sauve: ce serait un -point essentiel. Mais l'tat du Cabinet est pitoyable; sa -<span class="pagenum"><a id="Page_23"> 23</a></span> -marche saccade, hsitante, des gaucheries sans nombre, -tout assure sa dissolution. On attend M. de Talleyrand -pour frapper les grands coups: pauvre homme!</p> - -<p>La vraie difficult est dans le caractre du chef suprme. -Que tout ceci est laid! Sbastiani s'en va chaque jour -davantage; il m'a fait piti hier; il se rend compte de son -tat et il en est profondment malheureux. Je vais ce soir -avec lui Saint-Cloud et je tremble qu'il ne tombe mort -ct de moi dans la voiture.</p> - -<p>Wessenberg m'crit de Londres que le ministre y est -triste, inquiet, embarrass de son triomphe et redoutant -une chute prochaine. Je vois qu'en Angleterre on est -inquiet de l'tat de l'Allemagne: le Corps diplomatique se -plaint ici du double jeu de Sbastiani propos de ce qui -se passe sur le Rhin. Bref, personne n'est content, personne -n'est tranquille; c'est une singulire poque!...</p> - -<p class="section"><i>Paris, 6 septembre 1832.</i>—On crit M. de Talleyrand -que les coquetteries qu'on avait faites Ptersbourg -avaient pour objet de dtacher l'Angleterre de notre -alliance; qu'on avait t jusqu' proposer de remettre -Anvers aux Anglais. Tout cela n'a pas pris, et la froideur -a succd aux gentillesses. Toutes les difficults de la -Confrence viennent maintenant de Bruxelles, o le -mariage a exalt toutes les ttes et o ils se croient en -tat de forcer la main la France<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor"> [10]</a>.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 21 septembre 1832.</i>—Il parat que M. de -<span class="pagenum"><a id="Page_24"> 24</a></span> -Montrond est en esprance de Pondichry et fort dsireux -d'y aller. Les amis de Sbastiani le disent entirement -rtabli depuis Bourbonne et naviguant avec adresse au -milieu des cueils que rencontre sa route ministrielle.</p> - -<p>Le Roi des Pays-Bas fait le mchant, celui des Belges -n'est pas plus doux. La Confrence se fatigue, et a, dit-on, -grand besoin de M. de Talleyrand pour reprendre son -ensemble.</p> - -<p>On dit tous les Cabinets fort bouriffs de ce qui se -passe entre l'gypte et la Porte ottomane. Chacun recule, -plus ou moins, devant les rsultats prochains du Nord, -du Midi, du Couchant et du Levant, car partout il en faut -prvoir, sans que personne ait le courage d'y mettre la -main.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 23 septembre 1832.</i>—Voil l'horizon qui se -rembrunit de toutes parts: aux singuliers vnements -d'Orient, l'tat prcaire de l'Allemagne et de l'Italie, au -dsaccord qui rgne dans le Cabinet franais, l'approche -des Chambres franaises et celle du Parlement, aux -complications portugaises, l'obstination toujours croissante -de la Hollande, voici qu'il faut joindre le coup de -foudre de la mort de Ferdinand VII; guerre de succession -et, par consquent, guerre civile, entre les partisans de -don Carlos et ceux de la petite Infante; peut-tre intervention -de l'Espagne en Portugal, et, par consquent, -apparition de la France et de l'Angleterre dans la Pninsule.</p> - -<p>D'un autre ct, changement de ministre Bruxelles, -<span class="pagenum"><a id="Page_25"> 25</a></span> -et dparts, si prcipits, du duc d'Orlans, du marchal -Grard et de M. Le Hon pour la Belgique. Ne sommes-nous -pas, plus que jamais, dans le grabuge?</p> - -<p>M. de Talleyrand reoit force lettres, tant de Paris que -de Londres, pour presser son dpart.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 27 septembre 1832.</i>—Quelle mystification que -cette rsurrection de Ferdinand VII<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor"> [11]</a>! Au fait, c'est trs -heureux, car assurment les complications ne manquent -point, et une de moins, c'est quelque chose!</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_26"> 26</a></span></p> -<h2 class="normal">1833</h2> - -<p class="section"><i>Valenay<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor"> [12]</a>, 12 octobre 1833.</i>—M. Royer-Collard a -pass une partie de la matine ici: original et piquant, -grave et anim tout la fois, fort affectueux pour moi et -aimable pour M. de Talleyrand. Le temps actuel, qu'il -ne fronde cependant pas publiquement, lui dplat au -fond et il en mdit dans sa solitude.</p> -</div> - -<p>Une lettre de Vienne de M. de Saint-Aulaire dit ceci: -Mes vacances d't, que je viens de passer Baden, n'ont -pas t troubles par les runions de Tplitz et de Mnchengraetz<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor"> [13]</a>, -parce qu'on ne m'a rien donn faire et -<span class="pagenum"><a id="Page_27"> 27</a></span> -que, pour ma part, je ne concevais aucune inquitude. -Voici M. de Metternich qui revient Vienne, il faudra -rgler nos comptes, et mes vacances vont finir.—Les -mesures qu'on juge propos de prendre pour l'Allemagne -seront apparemment trs incisives; s'il n'en tait pas ainsi, -la tentative serait niaise. La France restera-t-elle spectatrice -inerte? Oui, si l'on m'en croit; du moins tant que -quelque Prince directement intress n'appellera pas au -secours pour le maintien de son indpendance. Le Roi de -Hanovre serait un bon chef de file; s'il ne veut pas se -porter en avant, je ne compte gure sur le prince Lichtenstein. -Je sais qu'on croit en Angleterre que M. de Metternich -s'est moqu de nous et qu'il tait de moiti avec la -Russie pour le trait de Constantinople du 8 juillet dernier: -je persiste soutenir qu'il tait dupe et non complice, -et je voudrais qu'on ne s'y trompt pas, moins pour -l'honneur de mon amour-propre que parce que la partie -me semble diffrente jouer, suivant que la bonne intelligence -sera relle ou apparente entre l'Autriche et la Russie. -Frdric Lamb m'a cont hier, en dtail, la campagne du -duc de Leuchtenberg en Belgique, dont je savais quelque -chose par les bruits de ville; pas un mot par le ministre, -car on a la mauvaise habitude de nous tenir toujours les -plus mal informs, entre les diplomates de tous les pays.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 23 octobre 1833.</i>—La duchesse de Montmorency -<span class="pagenum"><a id="Page_28"> 28</a></span> -est toute frache sur Prague, cause de ce que -sa fille ane lui en a cont. C'est Charles X qui a t -mener ses deux petits-enfants leur mre, Leoben, prcisment -pour empcher Mme la duchesse de Berry d'aller - Prague; il parat que, de Leoben, elle retournera en -Italie. M. le Dauphin et Mme la Dauphine n'ont pas -voulu tre du voyage<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor"> [14]</a>.</p> - -<p>On dit Charles X extrmement cass, Mme la Dauphine -vieillie, maigrie, nerveuse, pleurant sur tout et toujours. -Certes, quelque force d'me qu'elle puisse avoir, ses infortunes -ont t d'un genre briser le cœur le plus haut et -l'esprit le plus mle: c'est, incontestablement, la personne -la plus poursuivie par le sort que l'histoire puisse -offrir.</p> - -<p>M. de Blacas est le grand directeur de toute cette petite -cour, et le plus oppos ce que Mme la duchesse de Berry -s'y tablisse.</p> - -<p>J'ai vu une lettre de M. Thiers, qui dit propos de son -mariage: Mon grand moment approche; je suis agit, -comme il convient, et j'aime ma jeune femme, plus qu'il -ne convient, mon ge; j'ai donc bien fait d'en finir -35 ans plutt qu' 40, car j'en aurais t plus ridicule. Au -surplus, peu m'importe; je sais mettre de ct les fausses -hontes. Mais une chose m'est insupportable, c'est de -<span class="pagenum"><a id="Page_29"> 29</a></span> -livrer des tres qui me sont chers aux indignits et la -malice du monde. Pour moi, je suis aguerri, mais je ne -m'aguerrirai jamais et j'aurais cependant grand besoin de -m'aguerrir pour les gens que j'aime. Il faut bien que le -monde aille son train; il serait bien sot de vouloir qu'une -si grosse machine changet, pour soi, son ternelle -marche.</p> - -<p>Je dsire sincrement que sa philosophie ne soit pas -mise de trop rudes preuves, mais, comme dit le proverbe: -On est puni par o on a pch.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 3 novembre 1833.</i>—Je ne suis pas peu surprise -que le duc de Broglie n'ait pas crit une seule fois -M. de Talleyrand; il m'a crit trois fois sur des affaires -prives, annonant chaque fois une lettre pour M. de Talleyrand -et cette lettre n'est jamais venue.</p> - -<p>Mme Adlade a crit deux fois, trs bien, avec des -dsirs exprims de voir M. de Talleyrand retourner -Londres, mais sans interpellation positive; je crois, -cependant, qu'elle et le Roi le dsirent bien davantage que -M. de Broglie, et je crois qu'il faut s'en prendre quelque -intrigue entre lord Granville et lord Palmerston, si le dsir -du Roi n'est pas plus nettement exprim jusqu' prsent.</p> - -<p>M. de Talleyrand n'est dcid rien; il y a tant d'inconvnients -rels entrer dans le mouvement actif de la -politique, mais d'un autre ct, il y a tant d'inconvnients -rels rester en France, que, lors mme que je voudrais -donner un conseil, je ne saurais celui, qu'en conscience, dans -l'intrt bien entendu de M. de Talleyrand, je devrais lui -<span class="pagenum"><a id="Page_30"> 30</a></span> -offrir. Il est effray, et je le suis pour lui, de l'isolement, -de l'ennui, de la langueur de la province ou de la campagne, -mais il est convaincu aussi de l'impossibilit de -Paris, o il porterait, aux yeux du public, une responsabilit -politique dont il n'aurait ni l'intrt, ni le pouvoir. Il -ne se dissimule pas davantage la gravit et la complication -des affaires qu'il retrouverait Londres, augmentes par -la nature des individus avec lesquels il se trouverait en -rapport, des deux cts de la Manche; enfin, il comprend - merveille qu'il peut reperdre sur une seule carte tout ce -qu'il a si miraculeusement gagn depuis trois ans.</p> - -<p>Il est fort agit de tout ceci, et je le suis pour lui encore -plus que lui-mme. C'est bien le cas de rpter, en nous -l'appliquant, ce que disait M. Royer-Collard au mois de -juin 1830, en parlant de la lutte entre le ministre Polignac -et la France: Une fin? srement. Une issue? Je -n'en vois pas.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 10 novembre 1833.</i>—M. de Talleyrand -vient de recevoir des lettres de Broglie et du Roi Lopold. -Le premier lui dit que le Roi des Pays-Bas fait la dmarche - Francfort; que la confdration germanique et le duc -de Nassau disent <i>oui</i> la premire sommation; qu'il est -certain que Dedel recevra, d'ici quinze jours, les instructions -ncessaires pour rentrer activement dans la Confrence; -que lui Broglie, ainsi que le Roi, dsirent vivement -que M. de Talleyrand soit cette poque Paris, -pour y convenir de toutes choses; pour y apprendre, de -plus, les dtails de la Confrence de Mnchengraetz sur -<span class="pagenum"><a id="Page_31"> 31</a></span> -les affaires d'Espagne, et pour retourner ensuite -Londres.</p> - -<p>La lettre du Roi Lopold est pour dire que la Belgique -ne veut rien payer la Hollande: cette espce de dclaration -est enveloppe de gracieusets mielleuses.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 11 novembre 1833.</i>—Voici le sens, peu -prs, de la rponse de M. de Talleyrand au duc de Broglie: -Mon cher Duc, vous avez trop bonne opinion de ma -sant, mais vous aurez toujours raison d'en avoir une -excellente de mon amiti pour vous et de mon dvouement -au Roi. Je ne puis vous en donner une meilleure -preuve qu'en tirant, au milieu de l'hiver, mes quatre-vingt-deux -ans, de mon repos et de ma paresse actuels, -pour arriver Paris le 4 dcembre, ce que je vous promets. -Quant aller Londres, je n'en vois pas trop la -ncessit: je suis bien vieux, tout autre y fera maintenant -aussi bien, si ce n'est mieux que moi.</p> - -<p>Nous causerons Paris, et ma vieille exprience, que -vous faites l'honneur de consulter, vous dira franchement -ce qu'elle pense sur ce que vous lui apprendrez du monde -politique; je ne suis plus bon qu' cela. Mais si, cependant, -par impossible, vous parvenez garer assez mon -amour-propre, jusqu' lui persuader que je suis, pour -quelque temps encore, indispensable, ou peu prs, -vos affaires, alors, sans doute, je croirai de mon devoir -de m'y livrer, jusqu' ce qu'elles soient accomplies, mais -aussitt aprs je retournerai ma tanire, pour rentrer -dans l'engourdissement qui seul me convient maintenant. -<span class="pagenum"><a id="Page_32"> 32</a></span> -Quoi qu'il en soit, d'ici quelques semaines, rien ne priclite -entre les mains de M. de Bacourt, qui, j'en suis convaincu, -justifie de plus en plus, par son activit et sa -sagesse, tout le bien que je vous ai dit de lui. Adieu!</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 12 novembre 1833.</i>—On commence tre -inquiet des affaires d'Espagne: les provinces du Nord sont -toutes don Carlos; Madrid, Barcelone, Cadix et presque -tout le Midi sont la Reine la condition que la rvolution -sera complte; c'est ce qui inquite le plus le gouvernement -franais.</p> - -<p>L'attente des Chambres trouble un peu; le ministre -s'y prsentera tel qu'il est, mais non sans crainte, car il y -a bien quelques difficults se prsenter devant une -Chambre qui doit vouloir se populariser, dans l'esprance -d'tre rlue. Les normes dpenses du marchal Soult, -peu ou point de diminution de dpenses dans les autres -ministres, sont des difficults qui pourront devenir de -srieux embarras.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 9 dcembre 1833.</i>—Notre retour Londres est -dcid. Je suis arrive hier ici; j'ai trouv, en arrivant, -M. de Montrond sur le perron, M. Raullin sur l'escalier, -et, dans le cabinet, Pozzo chez lequel je dois dner demain. -Celui-ci a l'air soucieux; il est fulminant contre lord Palmerston, -qu'on dit n'tre la mode nulle part. M. de Talleyrand -n'est pas d'avis que le duc de Broglie se laisse -entraner par lord Granville autant que celui-ci le voudrait -et il s'est nettement exprim cet gard.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_33"> 33</a></span> -M. de Talleyrand ne croit pas d'autres chances de -guerre qu'entre l'Angleterre et la Russie, et apportera tous -ses efforts la prvenir. Il me parat tre au mieux avec -Pozzo; il est aussi merveille avec le Roi et Madame Adlade -qui commencent a tre en dfiance de lord Palmerston, -de lord Granville et trouver que Broglie n'est pas -assez clair; d'ailleurs, qu'il les traite lestement et ddaigneusement; -il se montre aussi fort cachottier et dfiant - l'gard de M. de Talleyrand. Il faut pourtant parler -en dtail de sa fortune ceux auxquels on veut confier -son argent.</p> - -<p>Lady Jersey a t aux Tuileries; Mgr le duc d'Orlans a -t tout fait ses ordres ici. Au Chteau, o, en effet, on -est un peu prs de ses pices, en fait de beau monde, on a -t charm de l'arrive de cette aristocrate d'outre-mer. -Cela a fait vnement.</p> - -<p>Le faubourg Saint-Germain est plus rcalcitrant que -jamais. L'Empereur Napolon avait des places donner, -des biens rendre, des confiscations dont il pouvait menacer; -rien de tout cela maintenant. Aussi boude-t-on -avec une aisance et une insolence inimaginables. Le fait est -que, quand on n'y est pas oblig, la Cour est trop mle -pour tre tentante. J'en suis fche pour la Reine que -j'aime et que j'honore.</p> - -<p>Il parat que le baron de Werther a prodigieusement -d'humeur contre lord Palmerston et le duc de Broglie; il -y a certainement bien de la mauvaise humeur dans l'air, -mais M. de Talleyrand dit encore qu'elle n'clatera pas en -boulets rouges.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_34"> 34</a></span> -<i>Paris, 11 dcembre 1833.</i>—J'ai t hier dner, avec -M. de Talleyrand, chez Thiers; il n'y avait que lui, sa -femme, son beau-pre, sa belle-mre, Mignet, qui disait -des pauvrets sur l'Espagne, et Bertin de Veaux, qui ne -parlait que des combats de taureaux qu'il avait vus Saint-Sbastien.</p> - -<p>Mme Thiers, qui n'a que seize ans, parat en avoir dix-neuf: -elle a de belles couleurs, de beaux cheveux, de -jolis membres bien attachs, de grands yeux qui ne disent -rien encore, la bouche dsagrable, le sourire sans grce -et le front trop saillant; elle ne parle pas, rpond peine, -et semblait nous porter tous sur ses paules. Elle n'a aucun -maintien, aucun usage du monde, mais tout cela peut -venir; elle ne fera peut-tre que trop de frais pour d'autres -que pour son petit mari, qui est trs amoureux, trs -jaloux, mais jaloux honteux, ce qu'il m'a avou. Les -regards de la jeune femme pour lui sont bien froids; elle -n'est pas timide, mais elle a l'air boudeur, et n'a aucune -prvenance.</p> - -<p>Je croyais Mme Dosne des restes de beaut, mais il m'a -paru qu'elle n'avait jamais pu tre jolie; elle a un rire dplaisant, -qui a de l'ironie sans gaiet; sa conversation est -spirituelle et anime. Sa toilette tait d'un rose, d'un -jeune, d'une simplicit affecte qui m'a tonne.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 15 dcembre 1833.</i>—J'ai dn hier chez le Roi. -M. de Talleyrand dnait chez le Prince royal. Pendant le -dner, le Roi ne m'a parl que de traditions, de souvenirs, -de vieux chteaux; j'tais sur mon terrain. Nous avons -<span class="pagenum"><a id="Page_35"> 35</a></span> -d'abord parl fond de la Touraine; il a promis des vitraux -de couleur et des portraits de Louis XI et de Louis XII -pour Amboise, il rachtera les restes de Montrichard et -empchera la ruine du chteau de Langeais. S'il fait tout -cela, mon dner n'aura pas t perdu. Puis, il m'a cont -les restaurations qu'il faisait faire Fontainebleau, et il a -fini par me dvelopper son grand plan pour Versailles, -qui est vraiment grand, beau et digne d'un arrire-petit-fils -de Louis XIV. Mais cela se ralisera-t-il? Cette conversation -nous a conduits aux nouveaux travaux qu'il a fait -excuter aux Tuileries mmes. Il a ordonn qu'on illumint -tout, et, en sortant de table, il a parcouru tout le -Chteau avec moi.</p> - -<p>Tout est vraiment beau, trs beau; et si l'escalier, qui -est riche et lgant, avait un peu plus de largeur, ce serait -parfait. Cette promenade nous a conduits du pavillon de -Flore au pavillon de Marsan. Le Roi m'a demand, alors, -si je voulais faire une visite son fils; j'ai dit, comme de -raison, que je suivrais le Roi partout. Nous avons trouv -Mgr le duc d'Orlans jouant au whist avec M. de Talleyrand; -les amis de celui-ci avaient t runis au dner par -le Prince.</p> - -<p>L'appartement du Prince royal est trop bien arrang -pour tre celui d'un homme. C'est le seul reproche qu'on -puisse lui faire, car, du reste, il est plein de belles choses -trouves dans le garde-meuble de la Couronne, o la Rvolution -avait relgu les beaux meubles de Louis XIV. -La Restauration n'avait pas song les en tirer; M. le duc -d'Orlans en a plac une grande partie dans son appartement. -<span class="pagenum"><a id="Page_36"> 36</a></span> -C'est fort curieux; j'ai t bien souvent aux Tuileries -sans me douter des choses intressantes qui s'y -trouvaient runies; ainsi, j'ai vu, cette fois-ci, dans le -cabinet du Roi, parmi des choses que je ne connaissais -pas, un portrait de Louis XIV enfant, sous les traits de -l'Amour endormi, et celui de la reine Anne d'Autriche -peinte en Minerve, et aussi des boiseries emblmatiques -du temps de Catherine de Mdicis, qui a fait construire les -Tuileries.</p> - -<p>Le Roi est un admirable cicerone de ses chteaux: je -me suis merveille tout le temps qu'on pt si bien connatre -les traditions de sa famille, en tre aussi fier, et... -enfin!</p> - -<p>Je pars aprs-demain pour Londres.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_37"> 37</a></span></p> -<h2 class="normal">1834</h2> -</div> - -<p class="section"><i>Londres, 27 janvier 1834.</i>—Sir Henry Halford vient -de me raconter que le feu roi George IV, dont il tait le -premier mdecin, lui ayant demand, sur l'honneur, deux -jours avant sa mort, si son tat tait dsespr, et sir -Henry, avec une figure trs significative, lui ayant rpondu -qu'il tait dans un tat trs grave, le Roi le remercia -par un signe de tte, demanda communier, et le fit -trs religieusement; il engagea mme sir Henry prendre -part au sacrement. Lady Coningham tait dans la chambre - ct. Ainsi, aucun des intrts humains ne fut banni -de la chambre de ce Roi moribond, charlatan, et communiant.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 7 fvrier 1834.</i>—J'tais hier soir chez lady -Holland, qui, en finissant je ne sais quelle histoire qu'elle -me contait, m'a dit: Ce n'est pas lady Keith (Mme de -Flahaut) qui me mande cela, car il y a plus de deux mois -qu'elle ne m'a crit. Puis, elle ajouta: Saviez-vous qu'elle -dtestait le ministre franais actuel?—Mais, Madame, -ai-je rpondu, c'est vous qui avez appris il y a dix-huit -mois M. de Talleyrand, tout le mal qu'elle disait ici du -Cabinet franais, au moment de son origine.—C'est vrai, -<span class="pagenum"><a id="Page_38"> 38</a></span> -je m'en souviens; mais il faut nanmoins que ce Cabinet -dure. Lord Granville crit lord Holland que nous ne -devons pas croire tout ce que lady Keith nous mandera de -la mauvaise position de M. de Broglie, puisqu'elle est trs -hostile pour celui-ci et dsireuse de sa chute. Je n'ai -rien rpliqu et cela en est rest l. Et puis, parlez-moi -des amitis du monde!</p> - -<p>Au reste, voici un assez drle de mot qu'on crit, de -Paris, sur M. et Mme de Flahaut: on prtend que leur -faveur n'est plus aussi grande aux Tuileries, o on dit -que lui, est une vieille coquette et, elle, un vieux intrigant.</p> - -<p class="section"><i>Warwick Castle<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor"> [15]</a>, 10 fvrier 1834.</i>—J'ai quitt -Londres avant-hier, et suis venue ce jour-l jusqu' Stony-Stratfort, -o je n'engage personne jamais coucher: les -lits y sont mauvais, mme pour l'Angleterre; j'ai rellement -cru m'tendre sur une couchette de trappiste. J'en -suis repartie hier matin, par un brouillard bien froid, bien -pais. Il n'y avait pas moyen de juger le pays, qui travers -quelques claircies, cependant, m'a sembl plutt -agrable; surtout Iston Hall, beau lieu qui appartient -lord Porchester. On passe devant une superbe grille d'o -on plonge dans un parc immense, par del lequel on dcouvre -un vallon qui m'a sembl joli. Leamington<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor"> [16]</a>, -deux lieues d'ici, est bien bti et gai.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_39"> 39</a></span> -Quant Warwick mme, o je suis arrive hier dans la -matine, on y pntre par une entre de chteau-fort: il -offre l'aspect le plus austre, la cour la plus sombre, le -<i>Hall</i> le plus vaste, les meubles les plus gothiques, la tenue -la plus soigne qu'on puisse imaginer, tout cela dans le -genre fodal. Une rivire imptueuse et considrable -baigne le pied de vieilles tours crneles, noires, hautes -et imposantes; elle fait un bruit monotone auquel rpond -celui d'arbres entiers, qui clatent en brlant dans -des chemines de gants. Des souches normes sont empiles -sur des trteaux dans le <i>Hall</i>; il faut deux hommes -pour les prendre et les jeter dans l'tre; ces trteaux sont -tablis sur des dalles de marbre poli.</p> - -<p>Je n'ai encore jet qu'un rapide coup d'œil sur les vitraux -de couleur des grandes et larges croises qui rpondent -aux chemines, sur les armures, les bois de cerf et -les autres curiosits du <i>Hall</i>, sur les beaux portraits de -famille des trois grands salons. Je ne connais bien encore -que ma chambre, toute meuble de Boule, de noyer cisel -et pleine de conforts modernes travers toutes ces vieilles -grandeurs!</p> - -<p>Le boudoir de lady Warwick est aussi rempli de curiosits. -Elle est venue me prendre, hier, dans ma chambre, -et aprs m'avoir montr ce boudoir, elle m'a mene dans -le petit salon o j'ai trouv le fils de son premier mariage, -lord Monson, petite figure d'homme ou plutt d'enfant, -timide et silencieux, par embarras de sa petite taille et de -sa faiblesse de corps; puis lady Monson, contraste frappant -de son mari, grande et blonde Anglaise, raide, -<span class="pagenum"><a id="Page_40"> 40</a></span> -osseuse, avec de longs traits, de larges mains, une large -poitrine plate, un air de vieille fille, des mouvements anguleux, -tout d'une pice, mais polie et attentive; ensuite -lady Eastnor, sœur de lady Stuart de Rothesay, laide -comme on l'est dans sa famille, et bien leve, comme le -sont aussi toutes les filles de lady Hardwick; lord Eastnor, -grand chasseur, grand mangeur, grand buveur; son frre, -un <i>rvrend</i>, qui, je crois, ne s'tait pas ras depuis Nol -et qui n'a ouvert la bouche que pour manger; lord Brooke, -fils de la maison, du second mariage, g de quinze ans, -d'une trs jolie figure; son prcepteur, silencieux et -humble comme de raison; et, enfin <i>the striking figure</i> de -lady Caroline Neeld, sœur des Ashley et fille de lord -Shaftesbury. Elle est clbre par un procs contre son -mari, dont les journaux retentissaient l'anne dernire; -elle est l'amie de lady Warwick, protge, recueillie, dfendue -par elle. C'est une personne bruyante, hardie, mal -disante, avec des faons familires et un ton risqu; elle a -une jolie taille, de la blancheur, de beaux cheveux blonds, -ni cils ni sourcils, une figure longue et troite, rien dans -les yeux, un nez et une bouche qui font penser ce que -Mme de Svign disait de Mme de Sforze, qui tait <i>un perroquet -mangeant une cerise</i>.</p> - -<p>Lord Warwick, retenu dans sa chambre par un rhumatisme -goutteux, ne semblait faire faute personne.</p> - -<p>La matresse de la maison est la moins convenable possible -pour le lieu qu'elle habite. Elle a t jolie, sans tre -belle; elle est naturellement spirituelle, sans rien d'acquis. -Elle ne sait pas mme un mot de la tradition de son -<span class="pagenum"><a id="Page_41"> 41</a></span> -chteau; elle a un tour d'esprit drle et nullement pos, -ses habitudes de corps sont nonchalantes, et cette petite -femme, grasse, paresseuse, oisive, ne parat nullement -appele gouverner et remplir cette vaste, srieuse et -presque formidable demeure. D'ailleurs, tout le monde -me semble pygme dans ce lieu-ci et il faudrait des gens -plus grands que nature, tels qu'taient les <i>faiseurs de -Rois</i><a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor"> [17]</a> pour la remplir: notre gnration est trop mesquine -dans ses proportions pour de tels lieux.</p> - -<p>La salle manger est belle, mais moins grandiose que -le reste. En sortant de table, trs longtemps avant les -hommes, on nous a conduites dans le grand salon, qui -est plac entre un petit et un moyen. Dans ce grand salon -sont des Van Dyck superbes; une boiserie tout entire en -bois de cdre dans sa couleur naturelle, l'odeur en est -assez forte et agrable; le meuble est en damas velout o -le gros rouge domine; force meubles de Boule vraiment -magnifiques, quelques marbres rapports d'Italie; deux -normes croises faisant renfoncement et cabinets, sans -rideaux et seulement entoures de grands cadres cercls -en cdre. Pour tout cela, il y avait une vingtaine de bougies, -qui me faisaient l'effet de feux-follets, trompant l'œil -plutt qu'elles n'clairaient la chambre. Je n'ai, de ma -vie, rien vu de si triste et de si <i>chilling</i> que ce salon; une -conversation de femmes, trs languissante... il me semblait -toujours que le portrait de Charles I<sup>er</sup> et le buste du -Prince Noir allaient venir se mler nous, et prendre -<span class="pagenum"><a id="Page_42"> 42</a></span> -leur caf devant la chemine. Les hommes sont enfin -arrivs, le th ensuite; dix heures une espce de souper; - onze heures retraite gnrale, qui m'a sembl tre un -soulagement pour tous.</p> - -<p>J'ai, dans cette longue soire, vingt fois pens la description -que Corinne fait du chteau de sa belle-mre.</p> - -<p>A dner, on n'a parl que des <i>county-balls</i>, des <i>Leamington-spas</i> -et des commrages du Comt: c'tait, trait -pour trait, la description de Mme de Stal.</p> - -<p>Ce matin, j'ai parcouru avec lady Warwick le chteau, -que je connatrais mieux si j'avais t livre moi-mme, -ou seulement aux prises avec une des deux <i>housekeepers</i> -dont la plus ancienne a quatre-vingt-treize ans. A la voir, -on croirait qu'elle va vous parler de tous les York et Lancastre. -La matresse de la maison ne se soucie pas le -moins du monde de toutes les curieuses antiquits dont ce -lieu-ci abonde et qu'il m'a fallu voir en courant.</p> - -<p>Je me suis cependant arrte devant la selle et le caparaon -du cheval de la Reine lisabeth, par lequel elle est -venue de Kenilworth ici, puis je me suis empare du luth -offert par lord Leicester la Reine lisabeth, merveilleusement -sculpt, en bois, avec l'cusson de la Reine en -cuivre dor, par-dessus et tout ct de celui du favori, -ce qui m'a paru assez familier. J'ai remarqu un curieux -portrait de la Reine lisabeth dans ses habits de couronnement -et dans lequel elle ressemblait terriblement son -terrible pre. Lord Monson, l'occasion de ce portrait, -m'a cont un dtail que j'ignorais: c'est que la Reine -lisabeth, qui voulait toujours paratre jeune, n'a jamais -<span class="pagenum"><a id="Page_43"> 43</a></span> -permis qu'on ft son portrait autrement qu'en face, et -clair de faon empcher que les ombres ne portassent -sur ses traits, craignant que les ombres, en marquant les -traits, ne marquassent aussi les annes. On dit que cette -ide lui tait si constamment prsente, qu'elle se mettait -aussi toujours en face du jour, quand elle donnait ses -audiences.</p> - -<p>La bibliothque ici n'est pas trs remarquable et ne me -parat pas trs frquente. La chambre coucher de la -Reine Anne avec le lit de l'poque est une belle pice.</p> - -<p>A dix heures, nous sommes montes en calche, lady -Warwick et moi, escortes par lady Monson et lord Brooke - cheval, et nous avons t, par un pays assez mdiocre, -aux fameuses ruines de Kenilworth. L, j'ai prouv un -mcompte rel; non pas que ces ruines ne donnent l'ide -d'une noble et vaste demeure, mais le pays est si plat, -l'absence d'arbres est si complte, que le pittoresque disparat; - la vrit, le lierre y est partout superbe, ce -qui fait bien, mais ce qui n'est pas suffisant.</p> - -<p>Lady Monson, moins ignorante de la localit que sa -belle-mre, m'a fait remarquer la salle des banquets; -la chambre de la Reine lisabeth; les btiments construits -par Leicester, et qui sont plus dtriors que ceux des -Lancaster, quoique plus modernes; le pavillon d'entre -sous lequel a pass le cortge de la Reine et qui avait t -bti exprs: il est encore en bon tat, un fermier de lord -Clarendon, auquel appartiennent les ruines, l'habite. Il y -a, dans l'intrieur de ce pavillon, un chambranle de chemine -avec les chiffres et devise de Leicester. Le pavillon -<span class="pagenum"><a id="Page_44"> 44</a></span> -o Walter Scott fait arriver Amy Robsard, est rendu -clbre par le romancier, mais ne l'est pas dans l'histoire.</p> - -<p>On ne m'a pas permis de monter sur les tours; depuis -l'accident arriv l'anne dernire la nice de lady Sefton, -les ruines sont en mauvais renom comme solidit; d'ailleurs, -on m'a assur que la vue n'en tait point remarquable.</p> - -<p>Nous avons pris le chemin le plus long pour revenir et -nous avons travers Leamington dans toute sa longueur. -L'tablissement des bains m'a sembl joli, ainsi que toute -la ville, anime maintenant par beaucoup de gentlemen -chasseurs, qui y vivent un peu comme Melton Mowbray.</p> - -<p>Il ne faisait pas encore sombre quand nous sommes -revenues, et lady Warwick m'a mene voir, au bout du -parc de Warwick, qui est trs bien plant, une jolie vue -de la rivire Avon, des serres qui ne sont ni trs soignes, -ni trs fleuries, mais dans lequelles se trouve le <i>Warwick -vase</i>: c'est un vase dans des proportions colossales, en -marbre blanc, d'une superbe forme, avec de beaux -dtails; il a t rapport d'Italie et du jardin de Trajan -par le pre du lord Warwick actuel.</p> - -<p>Je retourne demain Londres.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 12 fvrier 1834.</i>—M. de Talleyrand m'a -racont qu'hier soir, jouant au whist avec Mme de Lieven -qui tait partner de lord Sefton, la Princesse, dans ses -distractions habituelles, avait renonc deux fois; sur quoi -lord Sefton a fait doucement remarquer qu'il tait tout -<span class="pagenum"><a id="Page_45"> 45</a></span> -simple que ces diables de Dardanelles fissent souvent -renoncer Mme de Lieven: cela a fait rire tous les assistants.</p> - -<p>J'ai reu de M. Royer-Collard une lettre dans laquelle -je trouve la phrase suivante: Monsieur de Bacourt m'a -extrmement plu; sa conversation nette, simple, judicieuse, -m'a charm; je n'en rencontre gure ici d'aussi -bonne. Nous nous entendons de tous points.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 15 fvrier 1834.</i>—La duchesse comtesse de -Sutherland est venue me prendre hier, et nous a menes -Pauline et moi au <i>Panorama of the North Pole</i> o le -capitaine Ross joue un grand rle. Comme peinture et -perspective, c'est au-dessous de tout ce que j'ai vu dans -ce genre; mais tout ce qui se rapporte d'aussi rudes -preuves et des souffrances aussi prolonges, est d'un -vritable intrt.</p> - -<p>Un des matelots, qui avaient t d'abord avec le capitaine -Parry sur la <i>Furia</i>, puis ensuite avec le capitaine -Ross, se trouvait, par hasard, ce Panorama. Il a donn - Pauline un petit morceau de la fourrure dont il s'tait -couvert chez les Esquimaux, et moi, un petit morceau -de granit, pris au point le plus nord de l'expdition. Nous -l'avons beaucoup questionn; il est revenu bien souvent -sur le moment o ils ont aperu l'<i>Isabella</i>, qui les -a rendus leur patrie: c'tait le 26 aot. Il a ajout que, -tant qu'il vivrait, il boirait chaque anne, ce jour-l, au -souvenir de cette heureuse apparition.</p> - -<p>Nous avons eu, hier soir, un raout chez nous. Il n'avait -<span class="pagenum"><a id="Page_46"> 46</a></span> -rien de remarquable comme toilettes, comme beauts, ni -comme ridicules. Le marquis de Douglas tait beau -ravir: miss Emily Hardy m'en a paru frappe.</p> - -<p>Le ministre tait reprsent par lord Grey, lord Lansdowne, -lord Melbourne. Ce ministre est fort embarrass, -car il se passe chaque jour, aux Communes, des incidents -qui font clater le schisme trop rel parmi eux; la figure -de lord Grey en portait hier une visible empreinte.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 20 fvrier 1834.</i>—Il y a une nouvelle histoire, -fort vilaine, qui circule sur M. le comte Alfred -d'Orsay. La voici: sir Willoughby Cotton crit, le mme -jour, de Brighton, M. le comte d'Orsay et lady Fitzroy-Somerset; -il se trompe d'adresse et voil M. d'Orsay qui, -en ouvrant celle qui lui arrive, au lieu de reconnatre sa -mprise la premire ligne, qui commence par <i>Dear Lady -Fitzroy</i>, lit jusqu'au bout, y trouve tous les commrages -de Brighton, entre autres des plaisanteries sur lady Tullemore -et un de ses amoureux, et, je ne sais encore quel -propos, un mot piquant sur M. d'Orsay lui-mme. Que -fait celui-ci? Il va au club, et, devant tout le monde, lit -cette lettre, la met ensuite sous l'adresse de lord Tullemore -auquel il l'envoie. Il a failli en rsulter plusieurs -duels. Lady Tullemore est trs malade, le coupable parti -subitement pour Paris. On est intervenu, on a assoupi -beaucoup de choses, pour l'honneur des dames, mais -tout l'odieux est rest sur M. d'Orsay.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 27 fvrier 1834.</i>—On s'amuse rpandre le -<span class="pagenum"><a id="Page_47"> 47</a></span> -bruit du mariage de lord Palmerston avec miss Jermingham: -elle tait hier l'ambassade de Russie, chamarre -et bigarre, son ordinaire: elle y a t l'objet des -moqueries de Mme de Lieven, qui, cependant, n'a pas cru -pouvoir se dispenser de l'inviter. Pour se venger, peut-tre, -de cette ncessit, elle disait, assez haut, que miss -Jermingham lui rappelait l'avertissement du journal le -<i>Times</i> que voici: <i>A house-maid wants a situation in a -family where a footman is kept</i><a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor"> [18]</a>. C'est assez joli, assez -vrai, mais peu charitable... Elle ajoutait avec complaisance, - cette occasion, que les journaux satiriques avaient -donn lord Palmerston le surnom de <i>venerable cupid</i>...</p> - -<p class="section"><i>Londres, 1<sup>er</sup> mai 1834.</i>—M. Salomon Dedel est -arriv ce matin de la Haye, il m'a apport une lettre du -gnral Fagel. J'y trouve ce qui suit: Quelqu'un a su -que lord Grey avait manifest l'espoir que Dedel reparatrait - Londres, muni d'instructions pour en finir. Dedel en -parle au Roi et celui-ci lui rpond: Votre absence a eu -pour motif de venir voir vos parents et vos amis, et vous -pourrez en donner des nouvelles si on vous en demande.</p> - -<p>Plus loin je trouve dans la mme lettre: Nous voulons -tre forcs par les cinq puissances; nous ne tiendrons -aucun compte d'une contrainte partielle comme celle de -1832; sans cette unanimit, nous nous refuserons toujours - un arrangement dfinitif. On prendrait, de guerre lasse, -plutt la route de Silsie, que de reconnatre Lopold.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_48"> 48</a></span> -Mme de Jaucourt, en parlant de l'esprit de parti furibond -qui rgne en France en ce moment, mande M. de -Talleyrand que M. de Thiard, son frre, a dit, l'autre -jour, chez elle: Je donnerais mon bras droit pour que -Charles X ft encore la place d'o nous l'avons chass.</p> - -<p>N'est-il pas singulier que le jeune Baillot, qui vient de -prir assassin dans les derniers troubles de Paris, se soit -souvent vant d'avoir, lors des journes de juillet 1830, -tu plusieurs individus, exactement de la mme manire -que celle dont lui-mme a pri?</p> - -<p>On m'a racont un mot amusant de la vieille marquise -de Salisbury. Elle a t, dimanche dernier, l'glise, ce -qui lui arrive rarement; le prdicateur, parlant du pch -originel, a dit qu'Adam, en s'excusant, s'tait cri: -<i>Seigneur, c'est la femme qui m'a tent.</i> A cette citation, -lady Salisbury, qui paraissait entendre tout cela pour la -premire fois, a saut sur son banc, en disant: <i>Shabby -fellow, indeed!</i></p> - -<p>Je viens d'une visite du matin chez la Reine, je l'ai -trouve agite, inquite et cependant heureuse de son -prochain voyage en Allemagne. Le Roi l'a arrang, son -insu; il est entr dans les plus petits dtails; c'est lui qui -a nomm la suite d'honneur, les domestiques, choisi les -voitures. Tout cela est arriv si subitement que la Reine -n'en est point encore remise; elle ne sait si elle doit se -rjouir de revoir sa mre qui est ge et infirme ou se -tourmenter de laisser le Roi seul, pendant six semaines. -Elle m'a dit que le Roi avait voulu inviter M. de Talleyrand -et moi Windsor, pendant notre sjour Salthill, -<span class="pagenum"><a id="Page_49"> 49</a></span> -mais qu'elle-mme l'en avait dtourn, comme tirant -consquence, et obligeant d'autres invitations, entre -autres celle de la princesse de Lieven, dont le Roi ne se -souciait pas.</p> - -<p>La Reine tousse et se croit assez malade; elle compte -sur l'air natal pour se rtablir.</p> - -<p>Il est impossible, chaque fois qu'on a l'honneur de -voir cette Princesse, de ne pas tre frapp de la parfaite -simplicit, vrit et droiture de son me. J'ai rarement vu -une personne sur laquelle le sentiment du devoir et plus -de puissance, qui, dans tout ce qu'elle dit et fait, part -plus d'accord avec elle-mme. Elle a de la gaiet, de la -bienveillance et quoiqu'elle manque de beaut, sa grce -est parfaite, le ton de sa voix malheureusement nasillard, -mais il y a tant de bon sens et de vraie bont dans ce -qu'elle dit, qu'on l'coute avec plaisir. La satisfaction -qu'elle prouve parler allemand est bien naturelle, elle -me touche, chaque fois, sensiblement; cependant, je voudrais -que devant les Anglais elle s'y livrt moins: je voudrais, -dans l'intrt de sa situation, peut-tre un peu plus -d'anglais en elle; on ne saurait tre reste plus Allemande -qu'elle l'est; je crains qu'on ne le lui reproche parfois. Que -ne reproche-t-on pas aux souverains maintenant? Responsables -de toutes choses, ils sont sans cesse menacs -d'expiations, bien ou mal fondes. La pauvre Reine a dj -prouv toute l'amertume de l'impopularit, de la calomnie. -Elle y a oppos beaucoup de valeur, de dignit, et je suis -convaincue qu'elle est en fonds de courage pour les dangers.</p> - -<p>C'tait aujourd'hui la Saint-Philippe; nous avions -<span class="pagenum"><a id="Page_50"> 50</a></span> -dner les Lieven et lady Cowper; le prince Esterhazy est -venu nous voir aprs le dner. Je remarque, depuis -quelque temps, une certaine aigreur dans sa faon d'tre -avec les Lieven, qui ne lui est pas habituelle; sa plaisanterie, -en s'adressant la Princesse, tourne promptement -l'ironie. Je crois que, de son ct, elle regrettera peu son -dpart; elle n'a jamais pu le subjuguer; il coule et -s'chappe de ses mains; les arlequinades, toujours fines, -quelquefois malicieuses, d'Esterhazy la gnent et la -droutent; ils ont toujours l'air d'tre sur le qui-vive l'un -avec l'autre, et ils se ddommagent de cette contrainte -par des coups de patte assez frquents.</p> - -<p>La Reine m'a dit qu' Windsor, dernirement, Esterhazy -lui avait parl de M. de Talleyrand avec un attachement -particulier, lui disant que son plus grand plaisir -tait de venir l'couter. Il a ajout, qu'en rentrant chez -lui, il crivait souvent ce qu'il avait entendu de M. de Talleyrand. -Il parat qu'Esterhazy tient un journal fort exact; -il l'a dit la Reine, lui racontant que cette habitude est -si ancienne qu'il a dj rempli de gros volumes, qu'il se -plat relire. La Reine s'tonnait, avec raison, de cette -habitude suivie et sdentaire chez quelqu'un dont les -allures sont si peu poses et l'esprit souvent distrait.</p> - -<p>Lord Palmerston, qui, depuis notre dernier retour de -France, n'a pas une seule fois accept de dner chez nous, -qui n'est pas venu une seule de nos soires, tait encore -invit aujourd'hui, et la prsence de lady Cowper nous -faisait croire la sienne, mais il s'est fait excuser au dernier -moment.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_51"> 51</a></span> -<i>Londres, vendredi 2 mai 1834.</i>—Alava m'crit qu'il -reoit des lettres du ministre d'Espagne Londres, le -marquis de Miraflors, qui est son neveu, dans lesquelles -il lui parle des loges que lord Palmerston ne cesse de lui -prodiguer sur son dbut diplomatique ici, qu'il dit tre -extrmement brillant. Le Marquis, qui est un sot, ne -voit pas la cause de ces loges, qui proviennent de ce -trait de la Quadruple Alliance, propos par Miraflors -l'instigation de lord Palmerston lui-mme, et dont les -rsultats, bien obscurs encore, pourront devenir plus -embarrassants qu'utiles son inventeur et aussi la -France.</p> - -<p>M. de Montrond a crit M. de Talleyrand pour lui -dire qu'ayant fait exprimer M. de Rigny son dsir de -venir Londres, celui-ci avait trouv, qu'avant de lui en -faciliter les moyens, il fallait d'abord savoir si M. de Talleyrand -serait satisfait de ce voyage. Ce doute choque -beaucoup M. de Montrond, et moi je sais bon gr M. de -Rigny de l'avoir admis. Au fait, l'anne dernire, M. de -Montrond, se disant ici charg d'une correspondance -secrte et diplomatique, tait un personnage gnant. -L'humeur qu'il avait, et qu'il montrait, de n'tre mis -dans aucun des secrets de l'ambassade, lui faisait manquer, -le plus souvent, aux convenances, blessait M. de -Talleyrand dans les siennes, et importunait les spectateurs. -Depuis dix-huit mois, M. de Montrond touche -mille louis par an sur les fonds secrets du ministre des -affaires trangres: je doute qu'il leur rende jamais la -monnaie de leur pice!</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_52"> 52</a></span> -Tous les ouvriers, Londres, sont en rvolte: les tailleurs -ne peuvent plus travailler, faute d'ouvriers; on prtend -que, sur les cartes d'invitation du bal de lady Lansdowne, -il y avait: <i>The gentlemen to appear in their old coats</i>. -Les blanchisseuses s'en mlent, et, bientt, il nous faudra -laver notre linge comme les Princesses de l'Odysse!</p> - -<p class="section"><i>Londres, 3 mai 1834.</i>—M. de Talleyrand dit que -lord Holland a <i>une bienveillance perturbatrice</i>. C'est -d'autant mieux dit que rien n'est plus vrai. Avec la plus -parfaite douceur de manires, l'humeur la plus gale, -l'esprit le plus gai, l'abord le plus obligeant, il est toujours -prt mettre partout le feu la mche rvolutionnaire; -il y fait, en conscience, ce qu'il peut, et -quand il n'y russit pas, il en a du chagrin, autant -qu'il en peut avoir.</p> - -<p>J'ai dn hier chez sir Stratford Canning. Sa maison est -singulire, jolie, bien arrange, remplie de souvenirs -rapports de Constantinople et d'Espagne. Lui-mme a de -la politesse, de l'instruction, de l'esprit dans sa conversation, -et sans une certaine contraction des lvres qui nuit - une assez belle figure, sans l'air opprim de sa femme, -on aurait peine comprendre la rputation de mauvais -caractre qui lui est assez gnralement acquise. C'est -sous ce prtexte-l, du moins, que l'Empereur de Russie -a refus, l'anne dernire, de le recevoir Ptersbourg, -comme ambassadeur.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 4 mai 1834.</i>—Il y a une vanterie habituelle -<span class="pagenum"><a id="Page_53"> 53</a></span> -et une curiosit indiscrte dans Koreff, qui m'a quelquefois -frappe sur le Continent, et qui, ici, m'inspire une -dfiance extrme. Son esprit, son instruction disparaissent - travers les inconvnients de son caractre, et le -rendent souvent trs importun. Il vit de commrages de -toutes sortes, publics ou privs; la mdecine n'arrive qu'en -dsespoir de cause; et quand il consent tre mdecin, il -parle de lui comme d'une divinit. Alors, il a sauv un -malade abandonn de tous, fait une dcouverte miraculeuse: -magntisme, homopathie, le vrai, le faux, le -naturel, le surnaturel, le possible, l'impossible, tout lui -est bon pour augmenter son importance, faire disparatre -le pauvre diable, et s'entourer de merveilleux -dfaut de considration.</p> - -<p>Il a dn chez nous avec sir Henry Halford; il me -semble qu'ils ne se sont pas pris de got l'un pour l'autre; -et, en effet, quels peuvent tre leurs <i>atomes crochus</i>? La -science? Oui, sans doute, si elle se formulait de mme -pour l'un que pour l'autre. Sir Henry Halford, homme -doux, poli, mesur, discret, fin, souple, respectueux, -parfait courtisan, riche, considr, et grand praticien, n'a -jamais cherch tre autre chose que le mdecin des -grands, et s'est ainsi trouv, sans le chercher, dans les -secrets des affaires et des familles. Koreff, au contraire, a -voulu tre littrateur, homme d'tat, et a dgot les -gens dans les grandes affaires de le conserver pour -mdecin. C'est ainsi qu'il s'est perdu Berlin, il se relvera -difficilement Paris, et ne russira pas Londres, - ce que je crois.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_54"> 54</a></span> -A propos de bavardages et d'indiscrtes curiosits, je -ne veux pas oublier une rflexion trs vraie que le duc de -Wellington vient de me faire sur Alava: Quiconque, -a-t-il dit, veut tre dans la confidence de tous, est oblig -de donner la sienne plusieurs, et cela se passe habituellement -aux dpens des tiers. Il y a un admirable bon -sens et droiture de jugement dans le Duc. Nous avons -beaucoup caus aujourd'hui ensemble dner; je voudrais -me souvenir de tout ce qu'il m'a dit: le vrai, le -simple, deviennent si rares, qu'on voudrait en ramasser -les miettes.</p> - -<p>Le duc de Wellington a une mmoire trs sre: il ne -cite jamais inexactement; il n'oublie rien, n'exagre -rien; et s'il y a quelque chose d'un peu hach, de sec et -de militaire dans sa conversation, elle est nanmoins attachante -par son naturel, sa justesse, et par une parfaite -convenance. Il a un ton excellent, et une femme n'a -jamais se tenir en garde de la tournure que peut prendre -la conversation. Il est bien plus rserv, cet gard, que -ne l'est lord Grey, quoique celui-ci ait une ducation, -sous plusieurs rapports, bien plus soigne et l'esprit plus -cultiv.</p> - -<p>Le duc de Wellington m'a dit une chose assez remarquable -sur le caractre anglais: c'est que, nulle part, le -peuple n'tait plus ennemi du sang qu'en Angleterre; un -meurtre y est dcouvert avec une extrme promptitude, -chacun se met la recherche de l'assassin, le suit la -piste, le dnonce et veut que justice soit faite. Il m'a -assur que le soldat anglais tait le moins cruel de tous, -<span class="pagenum"><a id="Page_55"> 55</a></span> -et que la bataille finie, il ne commettait presque jamais de -violence: pillard l'excs; sanguinaire, non.</p> - -<p>L'extrme et nave vanit de lady Jersey, dont le Duc -s'est amus, nous a conduits parler de Mme de Stal que -le Duc a beaucoup connue et dont les ridicules et les prtentions -l'ont plus frapp encore que sa verve et son loquence -ne l'ont bloui. Mme de Stal, qui voulait apparatre -au Duc sous toutes les formes, mme sous la plus -fminine, lui dit, un jour, que ce qu'il y avait pour elle -de plus doux entendre, c'tait une dclaration d'amour; -elle tait si peu jeune, et si laide, que le Duc ne put s'empcher -de lui dire: Oui, quand on peut la croire -vraie.</p> - -<p>Lady Londonderry, fort connue pour ses bizarreries, -tant prs d'accoucher et se persuadant qu'elle aurait un -garon, commande un petit costume de hussard, uniforme -du rgiment de son mari. En le commandant, elle dit au -tailleur: Pour un enfant de <i>six jours</i>.—De <i>six ans</i>, veut -dire milady? reprend le tailleur.—Non, vraiment; de -<i>six jours</i>. Ce sera le costume de baptme!</p> - -<p>Le duc de Cumberland tait assez en faveur prs de -George IV, dans les dernires annes de celui-ci, et c'est -cependant cette poque que le duc de Wellington, -demandant au Roi pourquoi le duc de Cumberland tait -si universellement impopulaire, George IV rpondit: -C'est qu'il n'y a ni amant et matresse, ni frre et sœur, -ni pre et enfants, ni amis que le duc de Cumberland ne -parvienne brouiller s'il s'approche d'eux. On prtend, -cependant, que le duc de Cumberland a de l'esprit, mais -<span class="pagenum"><a id="Page_56"> 56</a></span> -il est si de travers qu'il n'est bon rien et est nuisible -tout.</p> - -<p>Le prochain dpart de la Reine d'Angleterre pour l'Allemagne -inquite les vrais amis du Roi; il parat que ce -Prince, qui a le meilleur cœur du monde, a quelquefois -des accs d'emportement singuliers, qu'il se met des ides -tranges dans l'esprit, et qu'il se trouve parfois dans un -si bizarre tat d'excitation que l'quilibre menace de se -perdre tout fait. La Reine, avec son attentive douceur -et son grand bon sens, veille sur lui dans ces moments de -crise, en abrge la dure, le modre, le calme, et lui fait -reprendre une assiette convenable.</p> - -<p>Le Roi, en ce moment, a beaucoup d'humeur contre -dom Pedro, cause du dernier rglement commercial qui -a t publi en Portugal, la veille mme du jour de la -signature du trait de la Quadruple Alliance Londres. -Cette humeur n'ira probablement pas jusqu' refuser de -ratifier le trait, car ce pauvre Roi est la meilleure crature -possible, mais non pas trs <i>consistent</i>, comme on dit -ici.</p> - -<p>On m'a assur que la vanit de lord Durham avait t -tellement exalte par l'accueil qui lui avait t prpar, -il y a deux ans, Ptersbourg, par les soins de Mme de -Lieven, et par celui que les lettres de M. de Talleyrand -lui avaient valu dernirement Paris, qu'il ne croit pas -qu'il puisse se permettre de rester dans une situation -prive. Son projet, assez avou, est de culbuter lord -Grey, son beau-pre, et de se mettre sa place, ou, du -moins, d'entrer avec un portefeuille au Conseil, ce qui -<span class="pagenum"><a id="Page_57"> 57</a></span> -ferait dserter tous les autres membres. Il consentirait, -peut-tre, n'tre que vice-Roi d'Irlande, ou, comme pis-aller, - accepter l'ambassade de Paris; mais, si toutes ces -chances venaient lui manquer, il dclare qu'alors, il -veut se faire le chef avou de tous les radicaux et faire -guerre mort tout ce qui existe.</p> - -<p>Je sais que Pozzo crit des hymnes sur le Roi des -Franais; le reflet s'en retrouve dans le discours qu'il -vient de faire l'occasion de la Saint-Philippe. Il prend -M. de Rigny en bonne part, puisque, de fait, c'est le Roi -qui est maintenant son propre ministre des affaires trangres. -Pozzo se montre surtout singulirement soulag -d'tre dbarrass de M. de Broglie, dont l'esprit argumentateur, -les formes ddaigneuses, et l'exclusif abandon -avec lord Granville, rendaient les rapports avec le reste -du Corps diplomatique peu faciles et peu agrables.</p> - -<p>Pozzo, comme beaucoup d'autres, ne croit pas la -France tire des crises rvolutionnaires, il tmoigne de -l'inquitude sur l'avenir, et je crois que c'est la disposition -de ceux qu'une colossale prsomption sur les destines -de la France n'aveugle pas.</p> - -<p class="section"><i>Londres, le 5 mai 1834.</i>—Je viens de recevoir une -bien triste nouvelle, celle de la maladie grave de mon -excellent ami, l'abb Girollet: je n'aurai bientt plus personne - aimer, plus personne dans l'affection de qui je -puisse avoir foi. Ce cher abb tient une si bonne place -Rochecotte, dans sa jolie demeure, au milieu de ses livres, -de ses fleurs, des pauvres, des voisins! C'est un touchant -<span class="pagenum"><a id="Page_58"> 58</a></span> -tableau dont j'ai peu joui et que je ne retrouverai probablement -plus: ce sera un rve que mon absence a rendu -fort incomplet, mais dont le souvenir me sera doux toute -ma vie, car il sera consacr au plus pur, au plus fidle -des serviteurs de Dieu, au plus sincre, au plus discret, au -plus dvou des amis, au plus tolrant des hommes!</p> - -<p>La duchesse de Kent a donn hier, en l'honneur de son -frre, le duc Ferdinand de Saxe-Cobourg, une soire, qui, -par la foule runie, ressemblait un Drawing-room -de la Reine. La jeune princesse Victoria m'a frappe, ds -l'abord, comme tant un peu grandie, plie, amincie, fort - son avantage, quoique encore trop petite pour les quinze -ans qu'elle aura dans trois semaines. Cette petite Reine -future a un beau teint, des cheveux chtains superbes; -malgr le peu d'lvation de sa taille, elle est bien faite; -elle aura de jolies paules, de beaux bras, l'expression de -son visage est douce et bienveillante, ses manires le sont -aussi; elle parle fort bien plusieurs langues et on assure -que son ducation est trs soigne; sa mre et la baronne -Lehzen, une Allemande, s'occupent l'une et l'autre de la -Princesse; la duchesse de Northumberland ne remplit ses -fonctions de gouvernante qu'aux grandes occasions d'apparat. -J'ai entendu reprocher la duchesse de Kent de -trop entourer sa fille d'Allemands et qu'il en rsulte qu'elle -n'a pas un bon accent anglais.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 6 mai 1834.</i>—J'ai dn hier chez lord Sefton. -Il revenait de la Chambre des Pairs, o lord Londonderry -avait renouvel la mme attaque qu'il a dj souleve, il y -<span class="pagenum"><a id="Page_59"> 59</a></span> -a quelques annes, accusant, propos de la politique -extrieure, le ministre anglais d'tre men et abus par -l'esprit rus de M. de Talleyrand, <i>this wily politician</i>. Il -ne varie ni dans son opinion, ni mme dans ses expressions, -car ce sont les mmes que celles dont il se servait il -y a trois ans. Il fut alors fortement relev par le duc de -Wellington, qui, quoique du mme parti que lui, prit occasion -des paroles dsobligeantes de lord Londonderry pour -rendre le tmoignage le plus honorable M. de Talleyrand. -Il parat que lord Grey en a fait autant hier; c'est -plus simple, puisqu'il dfendait sa propre cause; nanmoins, -je lui en sais bon gr, quoique je n'assimile pas son -procd celui du duc de Wellington.</p> - -<p>J'ai accompagn lady Sefton l'opra d'<i>Othello</i>. C'tait, -autrefois, mon opra favori, il m'a fait moins d'impression -hier: Rubini, plein d'expression et de grce dans son -chant, manque de cette force vibrante qui rendait Garcia -incomparable dans le rle d'Othello. L'orchestre tait trop -maigre, les morceaux d'ensemble n'taient pas assez -enlevs; Mlle Grisi a bien jou, bien chant; je l'ai trouve -suprieure Mme Malibran, mais ce n'est point encore -cette sublime simplicit et cette grandeur de Mme Pasta! -Il y a de plus belles voix, de plus belles femmes, mais la -<i>Muse tragique</i>, c'est toujours Pasta: personne ne la dtrnera -dans mon admiration ni dans mon souvenir. Lorsqu'elle -dbuta Paris, Talma, qui vivait alors, fut transport -de ses accents, de ses poses, de ses gestes, il s'cria: -Cette femme a devin ds le premier jour ce que je -cherche depuis trente ans.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_60"> 60</a></span> -<i>Londres, 8 mai 1834.</i>—J'ai dj parl du bon procd -du duc de Wellington, en rpondant il y a trois ans - lord Londonderry, qui attaquait M. de Talleyrand; il -l'a complt avant-hier en montrant ouvertement par des -<i>hear, hear</i> multiplis, combien il partageait la haute opinion -que lord Grey a exprime de M. de Talleyrand. Plusieurs -personnes ont saisi, avec un obligeant empressement, -cette occasion de tmoigner leurs bons sentiments -pour M. de Talleyrand. Le prince de Lieven et le prince -Esterhazy ont, tous deux, hier, au Lever du Roi, remerci -lord Grey de la justice rendue leur collgue vtran.</p> - -<p>M. de Rigny a crit, confidentiellement, M. de Talleyrand, -que le mariage de la princesse Marie d'Orlans -avec le second frre du Roi de Naples tait dcid, qu'on -allait s'occuper de dresser le contrat avec le prince Butera, -qui venait d'arriver Paris. L'Amiral a l'air de croire que -quelques discussions d'intrt retarderaient la conclusion -de cette affaire; j'en serais fche, car les princesses -d'Orlans, tout agrables, bien leves, grandes dames et -riches qu'elles sont, n'en restent pas moins difficiles -marier. Il y a, autour d'elles, un petit reflet d'usurpation, -dont quelques familles princires reculent prendre leur -part d'alliance. Il est singulier que le Roi Louis-Philippe, -qui a, pour ses enfants, l'espce de tendresse que l'on est -convenu d'appeler bourgeoise, se montre si difficile -couvrir par de riches dots, auxquelles les Princesses, ses -filles, ont droit, la gne de leur position. La princesse -Marie sera bien mieux tablie en Italie, qu'elle n'aurait pu -l'tre partout ailleurs; elle a beaucoup d'imagination, de -<span class="pagenum"><a id="Page_61"> 61</a></span> -vivacit, peu de maintien, et, malgr une ducation qui a -d assurer ses principes, elle a une facilit de conversation -et de manires, qui pourrait faire douter de leur solidit, -quoique sans le moindre fondement.</p> - -<p>Nous avons ralis, aujourd'hui, un projet form depuis -plus d'un an, celui de visiter Eltham, une grange qui servait -jadis de salle de banquets aux Rois d'Angleterre. Depuis -Henri III jusqu' Cromwell, ils ont souvent habit le -palais dont cette salle faisait partie; elle est dans de belles -proportions, mais il n'est plus gure possible de juger de -ses ornements: quelques pans de muraille et les fosss -plants maintenant et arross par un joli ruisseau, un -pont gothique fort pittoresque et couvert de lierre indiquent -l'tendue qu'avait autrefois ce royal manoir.</p> - -<p>Nous avons dn hier chez la duchesse de Kent: l'odeur -trs forte des fleurs dont on avait encombr son appartement, -qui est bas et petit, le rendait malsain sans l'gayer.</p> - -<p>Tout, d'ailleurs, dans ce dner destin runir la -famille royale, quelques grands du pays et le haut Corps -diplomatique, tait aussi raide que sombre. Le peu de -bienveillance des Princes entre eux, le mcontentement -du Roi contre la duchesse de Kent, l'absence du duc de -Cumberland que sa belle-sœur n'avait pas pri, pour la -trs bonne raison qu' son retour de Berlin, il a nglig de -venir chez elle, enfin, jusqu' la disposition des fauteuils, -qui rendait toute conversation impossible; la longueur, la -chaleur, le malaise visible de la matresse de la maison, -qui ne manque pas de politesse, mais qui a un certain air -emprunt, pdant et gauche, tout a rendu ce dner fatigant. -<span class="pagenum"><a id="Page_62"> 62</a></span> -Le duc de Somerset est le seul qui ait pris le bon -parti, celui de s'endormir derrire un pilastre durant tout -l'aprs-dner.</p> - -<p>Il y avait un besoin gnral de blmer qui se faisait jour -sans trop de dguisement. La Reine se plaignait de la chaleur, -et, au dessert, a dit la duchesse de Kent, que si elle -ne mangeait plus, ce serait une grande charit de quitter -la table. Le Roi disait ses voisins, que le dner tait -l'entreprise, et prtendait ne pouvoir comprendre un seul -mot de ce que le duc Ferdinand de Saxe-Cobourg lui -disait. Ce Prince, frre de la duchesse de Kent, est laid, -gauche, embarrass; il n'a pas grand succs ici, fort peu -surtout du Roi, auquel il n'a montr aucun empressement -d'tre prsent; celui-ci, son tour, l'a fait attendre fort -longtemps avant de le recevoir, ce qui a mis la duchesse -de Kent de fort mauvaise humeur.</p> - -<p>Mme de Lieven me faisait remarquer l'espce de familiarit -de langage et de manires d'Esterhazy avec la -famille royale, dont elle se montrait fort scandalise; la -raison de parent, que j'ai allgue, lui a sembl une trs -mauvaise explication. Il y a toujours une rivalit de position -entre eux, qui tait, surtout, trs sensible, dit-on, -sous le feu Roi. La princesse de Lieven, force de coquetteries -et de soins pour lady Hertford, et ensuite pour -lady Conyngham, et grce sa maigreur, qui rassurait -l'embonpoint des favorites, fut introduite par elles -dans l'intimit du Roi; elle tablissait, par l, une certaine -balance avec les Esterhazy, que leur bonne humeur, -leur grande position et leur parent avec la famille royale -<span class="pagenum"><a id="Page_63"> 63</a></span> -rapprochaient, naturellement, davantage de la Cour.</p> - -<p>On remarquait l'absence de lord Palmerston, qui aurait -d faire partie de ce dner auquel assistaient les ambassadeurs. -On prtend qu'il est dans les fortes dplaisances -de la duchesse de Kent, qui, lorsqu'il lui fait la rvrence, -dans les Drawing-rooms, ne lui adresse jamais la -parole. On s'tonnait aussi de n'y pas voir le ministre de -Saxe, ministre de famille pour la Reine, pour la duchesse -de Kent elle-mme, et notamment aussi pour le duc Ferdinand -de Saxe-Cobourg, que, d'office, il accompagne partout. -La duchesse de Gloucester ne pouvait s'empcher de -terminer une phrase doucereuse et apologtique par la -charitable remarque de la gaucherie inne de la duchesse -de Kent; et la princesse de Lieven risquait de rappeler -que George IV, lorsqu'il parlait de sa belle-sœur, la nommait -<i>la gouvernante suisse</i>.</p> - -<p>Quelque tort qu'on trouve la duchesse de Kent, on -ne saurait lui refuser le mrite de beaucoup de prudence -dans sa conduite politique. Appele, comme elle le -sera sans doute, la Rgence, ce point n'est pas indiffrent. -Il n'y a personne qui sache de quel parti ses opinions -politiques la rapprochent; elle les invite et les -confond chez elle, et maintient parfaitement l'quilibre. -Son obstination dans sa conduite envers les Fitzclarence -est d'un petit esprit: elle se met, pour l'expliquer, sur un -terrain de pruderie assez ridicule; je sais, que, pour -rpondre aux observations que lord Grey lui faisait ce -sujet, elle lui dit assez sottement: Mais, my lord, comment -voulez-vous que j'expose ma fille entendre parler -<span class="pagenum"><a id="Page_64"> 64</a></span> -de btards, et m'en demander l'explication?—Alors, -madame, rplique lord Grey, ne permettez pas la Princesse -de lire l'histoire du pays qu'elle est appele gouverner, -car la premire page lui apprendra que Guillaume -de Normandie avait le surnom de Btard avant celui de -Conqurant. On dit que cette rponse a laiss une impression -fcheuse contre lord Grey, la duchesse de Kent.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 9 mai 1834.</i>—On mande, de Paris, M. de -Talleyrand, par dpche tlgraphique, qu'un secrtaire -d'ambassade, arrivant d'Espagne, apporte la nouvelle que -don Carlos quitte la Pninsule et s'embarque pour l'Angleterre, -qu'il veut, dit-on, choisir pour arbitre, dans son -grand procs de famille et de couronne. Cette nouvelle -parat peu probable, et tout le monde attend sa confirmation -pour y croire.</p> - -<p>L'espce de curiosit et d'intrt qu'excite la personne -de M. de Talleyrand en Angleterre ne s'use pas. En descendant -de voiture l'autre jour Kensington, nous avons vu -des femmes souleves dans les bras de leurs maris, afin -qu'elles pussent mieux regarder M. de Talleyrand. Son -portrait, par Scheffer, est maintenant chez le marchand -de gravures Colmaghi pour tre grav; il y attire beaucoup -de curieux; les boutiques devant lesquelles s'arrte la voiture -de M. de Talleyrand sont aussitt entoures de -monde. A propos de son portrait, il est plac, chez Colmaghi, - ct de celui de M. Pitt. Un des curieux qui les -examinaient tous les deux, dit, l'autre jour, en montrant -celui de M. Pitt: Voil quelqu'un qui a cr de grands -<span class="pagenum"><a id="Page_65"> 65</a></span> -vnements; celui-ci (en indiquant M. de Talleyrand), a -su les prvoir, les guetter et en profiter.</p> - -<p>M. de Talleyrand me racontait, hier, que lorsqu'il se -fut dbarrass de sa prtrise, il se sentit un dsir incroyable -de se battre en duel; il passa deux mois en chercher -soigneusement l'occasion, et avait avis le duc de Castries -actuel, qui tait la fois colre et born, comme l'homme -avec lequel il tait le plus ais d'avoir une querelle. Ils -taient, tous deux, du club des checs; un jour qu'ils y -taient ensemble, M. de Castries se met lire tout haut -une brochure contre la minorit de la noblesse. L'occasion -parut belle M. de Talleyrand, qui pria M. de Castries de -ne pas continuer une lecture qui lui tait personnellement -injurieuse. M. de Castries rpliqua, que, dans un club, -tout le monde avait le droit de lire et de faire ce qui lui -convenait: A la bonne heure! dit M. de Talleyrand, -et, s'emparant d'une table de trictrac, il se plaa auprs de -M. de Castries, fit sauter, avec un fracas pouvantable, les -dames qui s'y trouvaient, de faon ce que la voix de -M. de Castries ft entirement couverte. La querelle et les -coups d'pe paraissaient immanquables; M. de Talleyrand -tait ravi d'y toucher de si prs, mais M. de Castries -se borna rougir, froncer le sourcil, et finit sa lecture -en sortant du club sans rien dire; c'est que, probablement, -pour M. de Castries, M. de Talleyrand ne pouvait cesser -d'tre prtre!</p> - -<p class="section"><i>Londres, 10 mai 1834.</i>—J'ai lu hier, fort vite, le -dernier ouvrage de M. de Lamennais, les <i>Paroles d'un</i> -<span class="pagenum"><a id="Page_66"> 66</a></span> -<i>Croyant</i>: c'est l'Apocalypse d'un Jacobin. De plus, c'est -fort ennuyeux, et c'est ce qui m'a tonne, car M. de Lamennais -est un homme de beaucoup d'esprit et d'un talent -incontestable. Il venait de se rconcilier avec Rome, mais -voil de quoi rompre la paix, car cette guerre jure tout -pouvoir temporel ne saurait convenir aucun souverain, -pas plus au Pape qu' un autocrate.</p> - -<p>On se disait beaucoup, tout bas, hier, que le Roi d'Angleterre -ressentait plus vivement que de coutume l'influence -printanire pendant laquelle il prouve, tous les -ans, un manque d'quilibre, physique et moral, assez -marqu. Avec les prcdents de la maison de Brunswick, -il y a de quoi s'alarmer.</p> - -<p>Je n'ai jamais entendu parler, sur le continent, d'une -maladie connue ici sous le nom de <i>hay fever</i> (fivre de -fenaison), et qui se dclare au moment de la rcolte des -foins. Beaucoup de personnes, entre autres le duc de Devonshire -et lady Grosvenor, prouvent alors de la fivre, -de l'insomnie, de l'agitation, et une grande souffrance -nerveuse. Ceux qui sont sujets cette maladie rentrent -en ville, vitent les prairies et l'odeur du foin.</p> - -<p>Mais au malaise physique du Roi d'Angleterre se mlent -une agitation d'esprit et une loquacit tranges; si cet tat -fcheux n'tait pas bien fini avant le mois de juillet, je suis -convaincue que la Reine dsobirait au Roi et ne partirait -pas pour l'Allemagne; elle seule peut avoir une action -salutaire et modratrice sur lui, dans de semblables -moments.</p> - -<p>On me mande, de Paris, le mariage d'lisabeth de -<span class="pagenum"><a id="Page_67"> 67</a></span> -Branger, avec un de mes cousins, riche et bien lev, -Charles de Vog. Elle tait fort recherche, car, de -la naissance et de la fortune, elle joint de la beaut et des -talents. Je l'ai beaucoup connue dans son enfance; elle -tait alors fort gentille, trs vive, et pas mal indpendante, -ce qui, dans une fille unique, idoltre par son pre, a d -fort augmenter depuis la mort de sa mre. Celle-ci tait -une des plus aimables femmes que j'aie connues, par son -esprit, son caractre et ses manires; elle avait t trs -belle, on le voyait bien. Ses faons taient caressantes et -douces; elle parlait avec une lgance et une correction -remarquables; amie dvoue, je n'ai vu personne, except -Mme de Vaudmont, laisser un vide aussi senti et des -regrets aussi prolongs; ses ennemis (la distinction en a -toujours) prtendaient que la douceur de ses manires -l'avait entrane fort loin, pendant son veuvage du duc de -Chtillon; qu'elle tait devenue plus tard bel esprit, et -quelques critiques prtendaient aussi qu'il y avait, dans -sa conversation, une loquence tudie qui la rendait fatigante; -je ne m'en suis jamais aperue; je me plaisais beaucoup -dans sa socit, elle m'a toujours laiss l'ide qu'elle -se plaisait dans la mienne; nous avions des amitis communes, -qui nous attachaient par un lien de bienveillance, -et, dans le monde, c'est chose rare, car on y est, malheureusement, -bien plus souvent rapproch par des haines -semblables que par des affections communes; c'est, je -crois, ce qui rend les amitis du monde si peu durables et -si peu sres; elles reposent souvent, trop souvent, sur -une mauvaise base.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_68"> 68</a></span> -J'ai appris encore un autre mariage, celui de ma nice - la mode de Bretagne, la princesse Biron, avec un Armnien, -le colonel Lazareff, au service de Russie. On le dit -d'une richesse fabuleuse, possdant des palais en Orient, -des pierreries, des trsors enfin; je ne sais ce qui l'a -conduit Dresde, o il a fait la connaissance de ma jeune -parente, qui vit prs de sa sœur, la comtesse de Hohenthal. -On la dit blouie et passionne; j'avoue que cette -origine armnienne, cette magnificence la faon des -<i>Mille et une nuits</i>, m'tonnent, m'inquitent un peu: les -sorciers, les diseurs de bonne aventure, les chevaliers -d'industrie, ont souvent les pays peu connus pour berceau; -leurs pierreries tombent souvent en poussire de charbon, -ils supportent rarement le grand jour! En un mot, j'aurais -prfr pour ma cousine un peu plus de naissance, un -peu moins de fortune, et quelque chose de moins oriental -et de plus europen.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 12 mai 1834.</i>—L'tat fbrile et nerveux du -roi d'Angleterre se manifeste de plus en plus; il dit vraiment -des choses fort bizarres. Au bal de la Cour, il a dit -Mme de Lieven que les ttes se drangeaient beaucoup -depuis quelque temps, et, en indiquant son cousin, le -duc de Gloucester, il a ajout: Celui-l, par exemple, croit - la transmigration des mes: il croit que l'me d'Alexandre -le Grand et celle de Charles I<sup>er</sup> ont pass dans la sienne. -La Princesse a ajout assez lgrement: Ah! les pauvres -dfunts doivent s'tonner beaucoup de s'tre nichs l. -Le Roi l'a regarde avec un air incertain, puis il a ajout, -<span class="pagenum"><a id="Page_69"> 69</a></span> -ce qui, pour lui, n'est vraiment pas trop mal trouv: -Heureusement, il n'a pas assez d'esprit pour porter sa -tte sur l'chafaud.</p> - -<p>Ce qui est plus fcheux que ces propos ridicules, c'est -qu'il dort peu, qu'il se met dans de frquentes colres, qu'il -a une manie guerrire, trange et purile: ainsi il va dans -les casernes, fait manœuvrer un un les soldats, donne -les ordres les plus absurdes sans consulter les chefs, porte -le dsordre dans les rgiments et s'expose la rise des -soldats. Le duc de Wellington, le duc de Gloucester, tous -deux feld-marchaux, et lord Hill, commandant en chef -de l'arme, ont cru qu'il tait de leur devoir de faire ensemble -des reprsentations respectueuses, mais srieuses: -ils ont t trs mal reus; lord Hill a t le plus maltrait, -et il en est rest constern. On assurait que si cette pauvre -tte royale partait tout fait, ce serait l'occasion de -l'arme, car il se croit de grands talents militaires; ou sur -le chapitre des femmes, prs desquelles il se croit des -mrites particuliers. On prtend qu'il n'est si press de -faire partir la Reine que pour passer six semaines en garon.</p> - -<p>Il a dj port avant-hier, la Reine, tous les cadeaux -qu'elle sera dans le cas de faire sur le Continent; il pousse -le temps par les paules. La famille royale est fort inquite, -ou voudrait empcher le Roi de s'exposer autant la chaleur, -de boire autant de vin de Xrs, de runir autant de -monde autour de lui; on voudrait enfin l'engager mener -une vie plus retire jusqu' ce que cette crise, plus forte -que les autres, ft entirement passe; mais il est peu -gouvernable.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_70"> 70</a></span> -Parmi ses propos les plus bizarres, je dois citer celui -d'avoir demand au prince Esterhazy <i>si on se mariait en -Grce?</i> Et, sur l'air tonn du Prince, il a ajout: <i>Mais -oui, car, en Russie, vous savez bien qu'on ne se marie pas.</i></p> - -<p>Le bon duc de Gloucester, qui est trs attach au Roi, -est sincrement afflig; quant au duc de Cumberland, il -s'en va, tout simplement, crier, dans les clubs, que le -Roi est fou, et que c'est tout juste comme son pre, ce -qui est, la fois, peu fraternel et peu filial. Quelques personnes -songent dj qui irait la Rgence, si ce triste tat -se prolongeait, ou se confirmait; car c'est encore un tat -fivreux plus que ce n'est de la vraie dmence. La -duchesse de Kent n'est rien, aussi longtemps que le Roi -mari vit et peut avoir des enfants; la princesse Victoria, -hritire prsomptive, n'est pas majeure; la question se -dbattrait donc entre la Reine et le duc de Cumberland, -deux chances presque galement dfavorables au Cabinet -actuel; aussi laissera-t-on le mal prendre un haut degr -d'influence avant de l'avouer. Lord Grey mettait, hier, une -affectation marque dire que le Roi ne s'tait jamais -mieux port.</p> - -<p>Quand on a su ici que Jrme Bonaparte se disposait -y venir, on a prvenu la Cour de Wurtemberg, qu'il serait - dsirer qu'il n'ament pas la Princesse sa femme, parce -que, malgr la proche parent, on ne pourrait la recevoir. -Jrme est donc venu seul, et nonobstant l'avertissement, -il n'en a pas moins dsir une audience du Roi d'Angleterre -que M. de Mendelsloh, le ministre de Wurtemberg, -a eu la sottise de demander. Au premier mot le Roi a dit: -<span class="pagenum"><a id="Page_71"> 71</a></span> -Qu'il aille au diable! Il est si vif sur la question des -Bonaparte, qu'il a t au moment de dfendre la Cour au -duc de Sussex, pour avoir reu Lucien, et qu'il a trouv -trs mauvais que le Chancelier et expos le duc de Gloucester - rencontrer le prince de Canino une soire de -lady Brougham.</p> - -<p>Lord Durham a dn, hier, chez nous, pour la premire -fois, et c'est pour la premire fois aussi que j'ai caus avec -lui directement. J'ai examin les mouvements de sa figure: -elle est trs vante, et, sans doute, avec raison, mais elle -ne s'embellit pas lorsqu'il parle; le sourire surtout lui -sied mal; le trait marquant de ses lvres, c'est l'amertume; -tous les reflets intrieurs dparent sa beaut. Un -visage peut rester beau, lors mme qu'il n'exprime pas la -bienveillance, mais le rire qui n'est pas bon enfant me -repousse singulirement.</p> - -<p>Lord Durham passe pour tre spirituel, ambitieux, -colre et surtout enfant gt, le plus susceptible et le plus -vaniteux des hommes. Avec des prtentions nobiliaires qui -lui font reculer son origine jusqu'aux Saxons, tandis que -lord Grey, son beau-pre, ne se rclame que de la conqute, -lord Durham n'en est pas moins dans toutes les doctrines -les plus radicales. Ce n'est, dit-on, pour lui, qu'un moyen -d'arriver au pouvoir; Dieu veuille que ce n'en soit pas un -de le dtruire.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 13 mai 1834.</i>—Charles X a dit Mme de -Gontaut, le 25 avril: L'ducation de Louise tant finie, -je vous prie de partir aprs-demain 27. Mademoiselle, -<span class="pagenum"><a id="Page_72"> 72</a></span> -qui aime beaucoup Mme de Gontaut, a t au dsespoir<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor"> [19]</a>.</p> - -<p>La duchesse de Gontaut a t trs courageuse, elle a -pass la journe du 26 essayer de consoler Mademoiselle, -mais sans succs. La vicomtesse d'Agoult remplace, -dit-on, momentanment, Mme de Gontaut: c'est une -sainte la place d'une personne d'esprit. Cela s'est pass -avant l'arrive, Prague, de Mme la duchesse de Berry, -qui n'a d y tre que le 7 mai.</p> - -<p>On m'a dit que Jrme Bonaparte faisait le Roi tant -qu'il pouvait. A l'Opra, il est seul sur le devant de sa -loge, et deux messieurs, qui l'accompagnent, sont debout -derrire son fauteuil.</p> - -<p>J'ai t, hier, passer plus d'une heure chez Mme la -princesse Sophie d'Angleterre; elle est instruite, causante, -anime, ce qui ne l'empche pas, sous le prtexte de sa -mauvaise sant, de vivre dans une assez grande retraite. -La princesse Sophie passe pour avoir le talent d'imiter -(si tant est que cela en soit un) un haut degr, comme -l'avait aussi le feu roi George IV. On dit qu'ils se divertissaient -fort ensemble, et se mettaient, rciproquement, -trs en valeur. Hier, en effet, la conversation tant tombe -sur Mme d'Ompteda, bonne femme, mais au moins singulire, -si ce n'est ridicule, la princesse a voulu me rpter -une plainte que Mme d'Ompteda lui a adresse, contre une -<span class="pagenum"><a id="Page_73"> 73</a></span> -personne de la Cour, et m'a donn la plus parfaite reprsentation -comique que j'aie vue; je me roulais de rire un -tel point, que j'en ai demand pardon la Princesse; elle -n'a pas paru trop en colre de mon manque de maintien.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 14 mai 1834.</i>—M. Dupin l'an a crit -M. de Talleyrand, pour lui annoncer son arrive ici; il -finit sa lettre par: Votre affectionn, Dupin. M. Dupin -a souvent plaid pour M. de Talleyrand, et, je crois, fort -bien, mais alors, sa formule tait moins royale.</p> - -<p>On sait que le trait de la Quadruple Alliance est arriv - Lisbonne, qu'il y a t approuv, et on en attend, -tout instant, la ratification, malgr la folle colre de dom -Pedro, qui a trouv fort mauvais que la France, l'Angleterre -et l'Espagne se soient permis de donner le titre d'Infant - dom Miguel, que lui, dom Pedro, lui avait t par -dcret.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 15 mai 1834.</i>—On assure que M. Dupin -vient Londres pour se montrer, voulant accoutumer -l'Europe son importance; car il rve, ce qu'il parat, -de runir entre ses mains, la session prochaine, la prsidence -du Conseil et le ministre des Affaires trangres. -Dans un temps comme celui-ci, on n'est vraiment plus en -droit de taxer de chimre l'ide la plus trange! Ce n'est -pas la premire fois que M. Dupin dsire le portefeuille -des Affaires trangres: il a cherch l'emporter de vive -force il y a deux ans, et le Roi ayant essay, alors, de lui -faire comprendre qu'il ne serait peut-tre pas tout fait -<span class="pagenum"><a id="Page_74"> 74</a></span> -propre ce genre d'affaires, M. Dupin eut une grande -explosion de colre, et, prenant un de ses pieds entre ses -mains, en montrant la semelle de son soulier au Roi, il -lui dit: Ah! Ah! c'est donc parce que j'ai des clous -mes souliers, que je ne puis traiter avec <i>Monsieur Lord</i> -Granville! C'est la suite de cette explication, qui devint -de plus en plus insolente de la part de M. Dupin, que le -Roi, en dpit de son indulgence et de ses habitudes, se -prit, son tour, d'une telle rage, que, saisissant M. Dupin -par le collet, et appuyant son poing ferm sur sa poitrine, -il le poussa hors de sa chambre. Je tiens tout ceci d'un -tmoin. La rconciliation se fit bientt aprs; on s'est -revu sans embarras; l'piderme n'est pas sensible Paris!</p> - -<p><i>La Quotidienne</i> a d'abord lou le dernier ouvrage de -M. de Lamennais; le faubourg Saint-Germain a hsit -pendant quelque temps, enfin il a pris le parti de blmer. -On a mme t demander M. de Chateaubriand de -prendre la plume pour le rfuter; mais il a rpondu que, -pour lui, il l'admirait dans toutes ses pages, dans toutes -ses lignes, et que s'il se dcidait dire au public ce qu'il -pensait de cet ouvrage, ce serait pour lui faire rendre l'honneur -qui lui est d. M. de Chateaubriand tourne, ou affecte -de tourner de plus en plus au rpublicanisme; il dit que -toute forme monarchique est devenue impossible en France.</p> - -<p>Les carlistes iront aux lections, et enverront, tant qu'ils -pourront, des rpublicains la Chambre, lorsqu'ils ne -pourront pas russir pour eux-mmes. Ces mots de rpublique, -de rpublicains, ont cours partout maintenant, -sans plus choquer personne: les oreilles y sont faonnes!</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_75"> 75</a></span> -<i>Londres, 16 mai 1834.</i>—Voici le joli moment de -parcourir Londres; cette multitude de squares, si verts, -si fleuris, ces parcs si riches de vgtation, toutes ces -vrandahs suspendues aux maisons et couvertes de fleurs, -ces plantes grimpantes qui tapissent les murs de beaucoup -de maisons jusqu'au second tage, tout cela est d'un -coup d'œil si doux qu'on regrette un peu moins le soleil -qui aurait rapidement fait justice de tant de fracheur.</p> - -<p>J'appliquais presque la mme observation, hier matin au -Drawing-room de la Reine, o l'clat des beaux teints -anglais, les beaux cheveux blonds tombant en longs -anneaux sur les joues les plus roses et les cous les plus -blancs, ne permettaient pas trop de regretter le manque -d'expression et de mouvement de ces transparentes -beauts. Il est convenu de reprocher aux Anglaises de -manquer de tournure: elles marchent mal, cela est vrai; -au repos, leur nonchalance a de la grce, elles sont gnralement -bien faites, moins pinces dans leurs ajustements -que ne le sont les Franaises, leurs formes sont -plus dveloppes et plus belles. Elles s'habillent parfois -sans beaucoup de got, mais du moins, chacun s'arrangeant -ici comme il l'entend, il y a une diversit dans -les toilettes, qui les fait mieux valoir une une. Les -paules dcouvertes, les coiffures plates et les cheveux -longs des jeunes filles, ici, seraient assez dplacs en -France, o les trs jeunes personnes sont presque toutes -petites, noires et maigres.</p> - -<p>Ce que je dis des jardins et de la beaut des femmes, je -serais tente de l'appliquer, moralement, aux Anglais. Il y -<span class="pagenum"><a id="Page_76"> 76</a></span> -a, dans leur conversation, une rserve, une froideur, un -manque d'imagination, qui ennuie pendant assez longtemps, -mais cet ennui fait place un vritable attrait, si -on se donne le soin de chercher tout ce qu'il y a de bon -sens, de droiture, d'instruction et de finesse cachs sous -ces dehors embarrasss et silencieux; on ne se repent -presque jamais d'avoir encourag leur timidit, car ils ne -deviennent jamais ni familiers, ni importuns, et ils vous -tmoignent, de les avoir devins, et d'tre venu au secours -de leur fausse honte, une reconnaissance qui, elle -seule, est une vritable rcompense. Je voudrais seulement -qu'en Angleterre, on n'expost pas de pauvres orangers -aux brouillards pais de l'atmosphre, que les femmes ne -s'ajustassent jamais d'aprs le journal des modes de Paris -et que les hommes prissent les allures plus vives et plus -libres de la conversation sur le Continent. Dtestables caricatures -quand ils copient, les Anglais sont excellents quand -ils sont eux-mmes; ils sont si bien faits pour leur propre -rgion, qu'il ne faut les juger que sur leur sol natal. Un -Anglais, sur le Continent, est tellement hors de sa sphre, -qu'il est expos passer pour un imbcile ou pour un -extravagant.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 17 mai 1834.</i>—Le ministre de Sude, M. de -Bjoerstjerna, qui veut toujours faire valoir son souverain, -mme sous les rapports les plus frivoles, vantait, l'autre -jour, M. de Talleyrand, la force, la grce et la jeunesse -que le Roi Charles-Jean a conserves son ge avanc. Il -se rpandait surtout en admiration sur la quantit de cheveux -<span class="pagenum"><a id="Page_77"> 77</a></span> -qu'a le Roi, et sur ce qu'ils taient noirs comme du -jais, sans qu'il y en et un blanc. Cela parat, en effet, -merveilleux, dit M. de Talleyrand, qui demanda si, -par hasard, le Roi ne teignait pas ses cheveux?—Non, -vraiment, rpliqua le Sudois, il n'y a rien de factice -dans cette belle couleur noire.—Alors, c'est en effet, -bien extraordinaire, dit M. de Talleyrand.—Oui, srement, -reprit M. de Bjoerstjerna, aussi l'homme qui -arrache, chaque matin, les cheveux blancs du Roi est fort -adroit. Il y a mille histoires de ce genre sur M. de -Bjoerstjerna, qui cherche donner crdit au dire populaire -qui dsigne les Sudois comme tant les Gascons du Nord.</p> - -<p>Samuel Rogers, le pote, a assurment beaucoup d'esprit, -mais il est tourn la malignit et parfois mme la -mchancet. Quelqu'un lui ayant demand pourquoi il ne -parlait gure que pour dire du mal de son prochain, il -rpondit: J'ai le son de voix si faible, que, dans le -monde, je n'tais jamais ni entendu, ni cout; cela m'impatientait. -J'essayai alors de dire des mchancets, et je -fus cout: tout le monde a des oreilles pour le mal qui se -dit d'autrui. Il passe sa vie chez lady Holland, dont il se -moque, et dont il se plat exagrer et exciter les terreurs -de la maladie et de la mort. Pendant le cholra, -lady Holland tait saisie d'inexprimables angoisses: elle -songeait sans cesse toutes les mesures de prcaution, et, -racontant Samuel Rogers toutes celles qu'elle avait runies -autour d'elle, elle numrait tous les remdes qu'elle -avait fait placer dans la chambre voisine: bains, appareils -fumigatoires, couvertures de laine, sinapismes, drogues -<span class="pagenum"><a id="Page_78"> 78</a></span> -de tous genres. Vous avez oubli l'essentiel, dit M. Rogers.—Et -quoi donc?—Un cercueil!... Lady Holland -s'vanouit...</p> - -<p>Le comte Pahlen revient de Paris, o il a vu le Roi, le -soir, en famille, n'ayant pas d'uniforme pour une prsentation -en rgle; le Roi lui ayant dit qu'il voulait qu'il vnt - un des grands bals du Chteau, le Comte s'en excusa sur -le manque d'uniforme. Oh! qu' cela ne tienne, reprit -le Roi, vous y viendrez en frac, <i>en dput de l'opposition</i>! -En effet, M. de Pahlen fut ce bal (matriellement -magnifique), et se vit, lui seul, avec un groupe de dputs -opposants, en frac, travers le Corps diplomatique et ce -qu'on appelle la Cour, en uniforme.</p> - -<p>Le prince Esterhazy nous a fait ses adieux hier. Il tait -visiblement mu en quittant M. de Talleyrand, qui ne -l'tait pas moins; on ne se spare pas de quelqu'un de l'ge -de M. de Talleyrand sans une pense d'inquitude, et il y a, -dans l'adieu que dit un vieillard, un retour sur lui-mme -qui n'chappe pas aux assistants.</p> - -<p>Le prince Esterhazy est gnralement aim et regrett -ici, et avec raison; son retour est vivement dsir; la -finesse de son esprit ne nuit en rien la droiture de son -caractre, la sret parfaite de son commerce est inapprciable, -et, malgr un certain dcousu dans ses faons et -dans son maintien, il reste, toujours, un grand seigneur.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 18 mai 1834.</i>—Cette semaine-ci, le Roi -d'Angleterre a sembl mieux; le temps est moins chaud; -la grande excitation qu'il prouvait a fait place, au contraire, -<span class="pagenum"><a id="Page_79"> 79</a></span> - une sorte d'affaissement; on lui a vu bien souvent -des larmes dans les yeux: c'est aussi du manque d'quilibre, -mais de moins mauvais augure que la grande irritation -qu'il tmoignait la semaine passe.</p> - -<p class="section"><i>Woburn Abbey, 19 mai 1834<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor"> [20]</a>.</i>—Cette demeure-ci -est, certainement, une des plus belles, des plus magnifiques, -des plus grandes et des plus compltes de l'Angleterre. -L'extrieur du chteau cependant est sans caractre, -et sa situation basse, et mme, je crois, un peu humide; -mais les Anglais dtestent d'tre vus et renoncent volontiers, - leur tour, voir par-del de l'enceinte la plus -limite; il y a rarement, des chteaux d'Angleterre, d'autre -vue que celle de l'entourage le plus immdiat; aussi le -mouvement des passants, des voyageurs, des paysans travaillant -dans les champs, la perspective des villages, des -lieux environnants, il ne faut pas esprer en jouir. De -verts gazons, des fleurs dans le pourtour de la maison et -des arbres superbes qui interceptent toute chappe de -vue, voil ce qu'ils aiment, et ce qu'on trouve ici presque -partout; je ne connais jusqu' prsent que Windsor et -Warwick qui fassent exception.</p> - -<p>Les htes qui se trouvent Woburn, en ce moment, -sont peu prs les mmes que ceux que j'y ai rencontrs, -lors de mon premier sjour: lord et lady Grey et lady -Georgina, leur fille; lord et lady Sefton, M. Ellice; lord -<span class="pagenum"><a id="Page_80"> 80</a></span> -Ossulston; les matres de la maison, trois de leurs fils, -une de leurs filles, M. de Talleyrand et moi.</p> - -<p>Il y a, dans toutes ces personnes, des gens fort distingus, -de l'esprit, de l'instruction, d'excellentes manires, -mais j'ai dj remarqu qu' Woburn la rserve anglaise -tait pousse plus loin qu'ailleurs, et cela en dpit du langage -presque hardi de la duchesse de Bedford, qui contraste -avec la timidit silencieuse du Duc et du reste de la -famille. Il y a, aussi, dans la pompe, l'tendue, la magnificence -de la demeure, quelque chose qui jette du froid, -de la raideur et du dcousu dans la socit; d'ailleurs, le -dimanche, quoiqu'on ne l'ait pas tenu rigoureusement -puisqu'on a fait jouer M. de Talleyrand, est toujours plus -srieux que tout autre jour.</p> - -<p class="section"><i>Woburn Abbey, 20 mai 1834.</i>—Le Chancelier est -venu augmenter le nombre des visiteurs. En parlant -des grandes existences aristocratiques du pays, il m'a dit -que le duc de Devonshire avec ses cent quarante mille -livres sterling de rente, ses chteaux et ses huit membres -du Parlement, tait, <i>avant la rforme</i>, aussi puissant que -le Roi lui-mme. Cet <i>avant la rforme</i> est bien l'aveu du -coup port, par cette rforme, l'ancienne constitution du -pays. J'en ai fait convenir lord Brougham, qui, tout en -soutenant qu'elle tait ncessaire, et ayant commenc sa -phrase en disant qu'on n'avait fait que couper des ailes -qui taient tant soit peu trop longues, l'a finie en disant -qu'ils avaient fait une rvolution <i>complte</i>, mais sans effusion -de sang. Et notre grande journe rvolutionnaire, -<span class="pagenum"><a id="Page_81"> 81</a></span> -a-t-il dit encore avec une satisfaction apparente, a t -celle du mois de 1831 o nous avons dissous le Parlement -qui avait os repousser notre Bill; le peuple est imprissable, -comme le sol, c'est donc son profit qu' la longue -doivent tourner toutes les modifications, et une aristocratie -qui a dur cinq sicles a dur tout ce qu'elle pouvait -durer! Voil la pense dominante de sa conversation qui -m'a frappe, et d'autant plus, qu'elle avait commenc de -sa part par une sorte d'hypocrisie qui s'est dissipe avant -la mienne; il avait commenc avec quelques mnagements -pour mes prjugs aristocratiques que je lui ai rendus par -de petits mnagements pour sa passion nivelante. Cinq -minutes de tte--tte de plus, et nous serions arrivs, lui - 1640, et moi 1660.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 21 mai 1834.</i>—On nous a montr un petit -coin du parc de Woburn que je ne reconnaissais pas, et -qui est joli dans le moment actuel de la floraison; cela se -nomme <i>The Thornery</i>, cause de la multitude d'aubpines -que renferme cet enclos agreste, au milieu duquel -se trouve une chaumire orne, fort jolie.</p> - -<p>Lord Holland avait recommand au duc de Bedford de -nous conduire Ampthill, qui lui appartient, et qui n'est -qu' sept milles de Woburn. Lady Holland tenait aussi -ce que nous y vissions un beau portrait d'elle qui la reprsente -en Vierge du soleil; il est beau, agrable et a d -tre ressemblant.</p> - -<p>La maison d'Ampthill est triste, humide, mal meuble, -mal tenue, et en contraste avec un des plus jolis parcs -<span class="pagenum"><a id="Page_82"> 82</a></span> -qu'on puisse voir. Le pays est joli, accident, riant et -bois.</p> - -<p>Ampthill n'est pas sans quelques traditions. C'est l -que s'est retire Catherine d'Aragon aprs son divorce. Il -ne reste plus rien de l'ancien chteau qui tait sur le haut -de la montagne, et non pas au fond de la valle comme -l'est la maison actuelle. Une croix gothique est place l -o tait l'ancienne demeure, et sur le pidestal se trouvent -quelques vers assez mdiocres en souvenir des cruauts -d'Henri VIII; ces vers n'ont pas mme le mrite d'tre du -temps. Une autre curiosit du lieu, c'est un certain nombre -d'arbres tellement vieux, que du temps mme de Cromwell, -on ne les trouvait plus propres la marine; ils ont -entirement perdu leur beaut et ressembleront bientt -ce qu'on appelle des truisses en Touraine.</p> - -<p>Lord Sefton remarquait hier devant lord Brougham que -tous les dfenseurs de la Reine Caroline d'Angleterre taient -parvenus aux plus hautes dignits du pays, lord Grey, -lord Brougham, etc... Ce qui m'a fait dire au Chancelier -qu'il n'y avait donc plus d'inconvnient pour lui, avouer -qu'il avait dfendu alors une bien mauvaise cause. Il n'a -jamais voulu en convenir, et a cherch nous persuader -que si la Reine avait eu des amants, Bergami n'tait pas -du nombre. Il voulait nous faire croire que telle, du moins, -tait sa conviction, et, l'appui de cette assertion, que -personne, pas plus que lui-mme je crois, ne prenait au -srieux, il nous a racont que, pendant les trois dernires -heures de la vie de la Reine, durant lesquelles le dlire le -plus marqu s'tait empar d'elle, elle avait beaucoup -<span class="pagenum"><a id="Page_83"> 83</a></span> -parl du prince Louis de Prusse, de l'enfant de Bergami -nomme Victorine et de plusieurs autres personnes, mais -qu'elle n'avait pas une seule fois prononc le nom de Bergami. -Il m'a sembl que pour un aussi grand jurisconsulte, -la preuve tait par trop ngative et peu concluante.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 22 mai 1834.</i>—En revenant hier en ville, -nous y avons appris la nouvelle du rappel du prince de -Lieven. C'est quelque chose dans la politique, c'est beaucoup -dans la socit de Londres. L'excellent caractre, le -bon esprit, les manires parfaites de M. de Lieven, lui -conciliaient la bienveillance et l'estime gnrale, et la -femme la plus redoute, la plus compte, la plus entoure -et la plus soigne est Mme de Lieven. Son importance -politique, que beaucoup de mouvement d'esprit et de -savoir-faire justifiaient, marchait de front avec une autorit -inconteste par la socit. On se plaignait quelquefois -de sa tyrannie, de son humeur exclusive, mais elle maintenait, -par cela mme, une barrire utile entre la haute et -exquise socit et celle qui l'tait moins. Sa maison tait la -plus recherche, celle o on attachait le plus de prix -tre admis. Le grand air, peut-tre mme un peu raide, -de Mme de Lieven, faisait trs bien dans les grandes occasions. -Je ne me fais pas une ide d'un Drawing-room -sans elle. A l'exception de lord Palmerston, qui, par son -arrogance obstine dans l'affaire de sir Stratford Canning, a -amen le dpart de M. et de Mme de Lieven, je suis sre -que personne ne sera bien aise de ce dpart; peut-tre, -cependant, M. de Blow, aussi, se sentira-t-il soulag -<span class="pagenum"><a id="Page_84"> 84</a></span> -d'chapper au joug et la surveillance de la Princesse -devant laquelle son rle, quelquefois double et triple, -jamais simple, n'tait pas facile jouer.</p> - -<p>M. de Lieven est nomm gouverneur du jeune Grand-Duc, -hritier de Russie. On dit qu'il y a l tout ce qui peut -flatter et consoler; pour lui oui, mais non pour elle, qui -retombera difficilement aprs vingt-deux ans de sjour en -Angleterre et des agitations politiques de tous genres, dans -les glaces et les nullits de Saint-Ptersbourg.</p> - -<p>Il paratrait que les trois Cours du Nord, en opposition - la Quadruple Alliance mridionale, sont assez disposes - conclure un engagement spar avec la Hollande. Le fait -est qu'on se mnage en paroles, mais qu'on aiguise ses -armes en silence.</p> - -<p>Les Corts sont convoques pour le 24 juillet. La nouvelle -tlgraphique d'Espagne de l'autre jour, qui n'a conduit -qu' un jeu de bourse, s'est vapore assez honteusement. -On mande, de Paris, que le gnral Harispe a t -pri de ne plus donner, tlgraphiquement, des nouvelles -douteuses, et que le prsident du Conseil a t engag -ne pas rpandre les nouvelles de ce genre avant confirmation.</p> - -<p>L'amiral Roussin a refus le ministre de la marine. Il -tait question d'y appeler l'amiral Jacob. M. de Rigny -avait laiss le Conseil parfaitement libre, en ce qui le concerne -personnellement, de le nommer, soit la marine, -soit aux Affaires trangres; la dcision n'est point encore -connue.</p> - -<p>A propos du dpart des Lieven, voici ce que la Princesse -<span class="pagenum"><a id="Page_85"> 85</a></span> -m'a racont: Il y a plusieurs semaines dj, au retour de -lord Heytesbury de Ptersbourg, lord Palmerston dit -M. de Lieven qu'il comptait nommer sir Stratford Canning - Ptersbourg; le prince de Lieven en crivit sa Cour, et -M. de Nesselrode rpondit, au nom de l'Empereur, que le -caractre entier, l'esprit anguleux et l'emportement de -sir S. Canning lui tant personnellement dsagrables, il -dsirait un autre ambassadeur, ne donnant d'exclusion -qu' celui-l. Lord Palmerston, son tour, exposa tous -les motifs qui lui faisaient dsirer de vaincre cette opposition. -M. de Lieven couta les raisons de lord Palmerston -et lui promit de les faire valoir prs de l'Empereur. Ds le -lendemain, il expdia un courrier, cet effet, Ptersbourg, -mais le courrier n'tait pas embarqu que la nomination -de sir S. Canning, au poste de Ptersbourg, parut -officiellement dans la <i>Gazette de Londres</i>. Ce manque -d'gards rendit l'opposition russe dcisive d'une part, et -l'obstination de lord Palmerston plus invtre de l'autre; -le Cabinet anglais se prtendit matre de nommer qui il lui -plaisait aux postes diplomatiques; l'Empereur Nicolas, -sans contester ce droit, dit qu'il avait, lui, celui de ne -recevoir chez lui que ceux qui lui plaisaient. La brche a -toujours t ainsi, en s'largissant, et l'opposition des systmes -politiques, jointe l'hostilit des individus, ne prsage -pas, dans l'tat actuel si compliqu du monde, une -paix bien solide ni bien prolonge.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 23 mai 1834.</i>—Je crois le Cabinet de -Londres embarrass du dpart de M. de Lieven, et lord -<span class="pagenum"><a id="Page_86"> 86</a></span> -Grey personnellement pein. Lord Brougham parat aussi -en sentir tous les inconvnients. J'ai reu de l'un et de -l'autre de longs billets, fort curieux ce sujet, et que je -conserverai soigneusement.</p> - -<p>Voil M. de La Fayette mort. Quoiqu'il ait t, toute sa -vie, <i>Gilles le Grand</i> pour M. de Talleyrand, sa mort ne lui -a pas t indiffrente. A plus de quatre-vingts ans, il semble -que tout contemporain soit un ami.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 24 mai 1834.</i>—Lord Grey est venu me faire -une longue et trs amicale visite; je l'ai trouv trs pein -du dpart des Lieven, mais mettant du soin dtruire -l'opinion que lord Palmerston, par ses mauvaises faons, -l'et provoqu. J'ai vu qu'il dsirait vivement que les -semences d'aigreur entre M. de Talleyrand et lord Palmerston -ne germassent pas. Il est impossible de montrer -plus de bienveillance personnelle pour nous qu'il ne m'en -a tmoign.</p> - -<p>Nous avons dn Richmond chez cette pauvre princesse -de Lieven, qui fait vraiment grande piti. Je crains, -pour elle, que les choses ne soient encore pires, en ralit, -qu'elles ne le sont en apparence. Je crois qu'elle se -flatte de rester au courant de toutes choses, et par la confiance -de l'Empereur, et par l'amiti de M. de Nesselrode, -comme par l'espce de faveur dont jouit son frre, le gnral -de Benkendorff. Je crains, au contraire, pour elle, -qu'elle ne perde bientt la carte de l'Europe ou qu'elle ne -la voie plus que par une lunette fort rduite, ce qui serait -certainement pour elle une sorte de mort morale. Ses -<span class="pagenum"><a id="Page_87"> 87</a></span> -esprances, ses regrets, tout cela s'exprimait avec vivacit -et naturel; elle m'a sembl plus aimable que de coutume, -parce qu'elle tait tout en dehors, avec abandon et simplicit. -Ce laisser-aller des personnes habituellement contenues -a toujours quelque chose de particulirement piquant.</p> - -<p>L'abominable article du <i>Times</i> sur elle, qui est vraiment -honteux pour le pays, l'a d'abord fait pleurer; elle -en est convenue, en disant qu'elle avait t navre de -penser que c'taient l les adieux que lui faisait le public -anglais, elle, qui quittait ce pays-ci avec tant de chagrin, -mais elle a senti bientt que rien n'tait plus mprisable -et plus gnralement mpris. Elle a fini par si bien -reprendre sa belle humeur qu'elle nous a racont, le plus -drlement du monde, car elle raconte parfaitement, une -petite scne fort ridicule du marquis de Miraflors. Ce -petit homme, qui m'a tout de suite paru d'une fatuit -insupportable, et dont la figure plaisait Mme de Lieven -et me dplaisait souverainement, a t s'asseoir ct -d'elle au bal de l'Almacks. La princesse lui ayant demand -s'il n'tait pas frapp de la beaut des jeunes Anglaises, il -a rpondu, avec un air sentimental, un son de voix mu -et un regard prolong et significatif, qu'il n'aimait pas les -femmes trop jeunes, qu'il prfrait celles qui cessaient de -l'tre et qu'on appelait des <i>femmes passes</i>.</p> - -<p>La duchesse de Kent a vraiment un talent remarquable -pour aviser toujours si juste une gaucherie qu'elle n'en -manque pas une. C'est aujourd'hui le jour de naissance -de sa fille, qu'elle devait, cette occasion, mener pour la -premire fois Windsor, o cet anniversaire devait se -<span class="pagenum"><a id="Page_88"> 88</a></span> -fter en famille. La mort du petit prince de Belgique, -peine g d'un an, et que ni sa tante, ni sa cousine -n'avaient vu, a fait renoncer la duchesse de Kent cette -petite fte de famille. Rien ne pouvait tre plus dsobligeant -pour le Roi.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 25 mai 1834.</i>—Le Roi Lopold parat dispos - appeler ses neveux la succession du trne de -Belgique. Est-ce dire qu'il ne compte plus sur sa descendance -directe? On en a de l'humeur aux Tuileries; je -crois que ce sera assez indiffrent partout ailleurs, o ce -nouveau royaume et cette nouvelle dynastie ne sont gure -encore pris au srieux.</p> - -<p>L'exposition de peinture, Somerset-House, est bien -mdiocre, plus encore que celle de l'anne dernire; celle -de sculpture encore plus pauvre. Les Anglais excellent -dans les arts d'imitation, mais ils restent les derniers dans -les arts d'imagination; c'est par ce ct surtout que le -manque de soleil se fait sentir. Entours des chefs-d'œuvre -enlevs au Continent, ils ne produisent rien qui -puisse leur tre compar! Rien ne se colore travers le -voile brumeux qui les enveloppe!</p> - -<p class="section"><i>Londres, 26 mai 1834.</i>—Lord Grey est au moment -de voir son administration se dcomposer, par la retraite -de M. Stanley et celle de sir James Graham, s'il fait de -nouvelles concessions aux catholiques irlandais au dtriment -de l'glise anglicane. S'il se refuse ces concessions -pour conserver M. Stanley, dont le talent parlementaire -<span class="pagenum"><a id="Page_89"> 89</a></span> -est de premier ordre, il est supposer que le Cabinet restera -en minorit aux Communes, et que la chute de tout -le ministre en sera le rsultat. C'tait, du moins, ce qu'on -disait et croyait, hier, et la figure soucieuse de lord Grey, - dner, chez lord Durham, ainsi que quelques propos -chapps la nave niaiserie de lady Tankerville, confirmaient -assez ce bruit. La question se videra demain, mardi -27, l'occasion de la motion de M. Ward.</p> - -<p>Mme de Lieven ne m'a pas cach son espoir, que si le -Cabinet change, soit en tout, soit en partie, et que lord -Palmerston soit du nombre des sortants, elle pourrait bien -rester ici, se flattant que la premire dmarche du nouveau -ministre des Affaires trangres serait une demande -Ptersbourg l'effet de garder M. de Lieven ici. Elle -compterait, dans cette circonstance, a-t-elle ajout, sur -l'influence de M. de Talleyrand auprs du nouveau ministre, -quel qu'il ft, pour le dcider cette dmarche.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 27 mai 1834.</i>—Il est singulier que le fils -du marchal Ney, qui est Londres, ait dsir se faire -prsenter la Cour d'Angleterre, qui a abandonn son -pre qu'elle aurait pu sauver; de s'y faire prsenter par -M. de Talleyrand, sous le ministre duquel le marchal a -t arrt et accus, le mme jour que M. Dupin, le dfenseur -du marchal, doit galement tre prsent, et le tout -en face du duc de Wellington, qui, en maintenant strictement -les termes de la capitulation de Paris, aurait pu -peut-tre couvrir de son gide l'accus, qu'il n'a pas cru -devoir protger. Le jeune prince de la Moskowa n'a sans -<span class="pagenum"><a id="Page_90"> 90</a></span> -doute pas fait tous ces rapprochements, mais M. de Talleyrand, -qui a compris que d'autres les feraient, qu'ils ne -seraient agrables pour personne, et moins encore pour le -jeune homme que pour qui que ce soit, a dclin cette -prsentation sous le prtexte du peu de temps qui restait -entre la demande et la rception, et qui ne lui laissait pas -le temps de remplir les formalits voulues.</p> - -<p>Hier, sept heures du soir, j'ai reu un billet assez -curieux d'un des amis et confidents du ministre: Rien -n'est chang depuis hier; aucune amlioration ne s'est -tablie dans la situation des choses; on va employer la -soire obtenir que la question reste ouverte, c'est--dire -qu'elle ne soit pas regarde comme une question de Cabinet, -que chacun soit libre de tout engagement et puisse -voter comme il lui plaira. Le Chancelier s'emploie fort -faire adopter ce biais, mais lord Grey, qui parat videmment -dsireux de se retirer des affaires, pourra bien faire -manquer cette combinaison.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 28 mai 1834.</i>—Aprs beaucoup d'agitations -et d'incertitudes, lord Grey s'est dcid laisser sortir du -ministre M. Stanley et sir James Graham, dont l'exemple -sera probablement suivi par le duc de Richmond et lord -Ripon; et lui, lord Grey, reste, en se rangeant du ct de -la motion de M. Ward. Il avait eu, un moment, le bon -instinct de se retirer aussi, mais M. Ellice, qui le gouverne -maintenant, l'a pouss dans une autre voie, et le -Chancelier a fortement agi sur le Roi, qui, son tour, a -pri lord Grey de rester.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_91"> 91</a></span> -Hier, les ministres se louaient du Roi avec des attendrissements -infinis. Ce pauvre Roi a soutenu la rforme -malgr tous ses scrupules politiques: il abandonne aujourd'hui -le clerg, malgr ses scrupules de conscience; -aussi le Chancelier disait-il, hier, que c'tait un grand Roi, -et ajoutait, avec une satisfaction joyeuse et l'enivrement -de paroles qui lui est propre, que la journe d'hier tait -la seconde grande journe rvolutionnaire bnigne des -annales de l'Angleterre moderne. Cet trange Chancelier, -sans dignit, sans convenance, sale, cynique, grossier, se -grisant de vin et de paroles, vulgaire dans ses propos, -malappris dans ses faons, venait dner ici, hier, en -redingote, mangeant avec ses doigts, me tapant sur -l'paule et racontant cinquante ordures. Sans les facults -extraordinaires qui le distinguent comme mmoire, instruction, -loquence et activit, personne ne le repousserait -plus vivement que lord Grey. Je ne connais pas deux -natures qui me paraissent plus diamtralement opposes. -Lord Brougham, merveilleux aux Communes, est un perptuel -objet de scandale la Chambre Haute, o il met -tout sens dessus dessous, o lui, <i>Chancelier</i>, est souvent -rappel l'ordre, o il embarrasse lord Grey tout instant -par ses incartades; aussi, il ne s'y sent pas sur son terrain, -et je crois que le jour o il pourrait ensevelir la Pairie de -ses propres mains, il ne s'en ferait pas faute.</p> - -<p>Il dnait hier ici avec M. Dupin, autre produit grossier -de l'poque, sentencieux et criard comme un vrai procureur, -avec la plus lourde vanit plbienne qui apparat -tout instant. Le premier mot qu'il a dit au Chancelier, qui -<span class="pagenum"><a id="Page_92"> 92</a></span> -se souvenait de l'avoir vu il y a quelques annes, a t -celui-ci: Oui, quand nous tions avocats tous deux...</p> - -<p>Lord Althorp a demand, hier, aux Communes, l'ajournement -de la motion de M. Ward, pour avoir le temps de -remplir les vides laisss par la retraite de quelques membres -du Cabinet, ce qui a t accord.</p> - -<p>On ne peut imaginer ce qui inspire la duchesse de -Kent une mauvaise grce aussi continue contre la Reine. -Malgr son refus de conduire la princesse Victoria -Windsor, la Reine a voulu aller la voir Kensington -avant-hier au soir. La duchesse de Kent a refus, sous le -plus lger prtexte, de recevoir la Reine; celle-ci en est -pniblement affecte. Personne ne peut comprendre le -motif d'une semblable conduite. Lord Grey, hier, l'attribuait - sir John Conroy, le chevalier d'honneur de la Duchesse, -qu'on dit fort ambitieux, fort born, et trs puissant -auprs d'elle. Il croit que sous la Rgence de la Duchesse, -il est appel jouer un grand rle, qu'il veut escompter -ds prsent, et s'imaginant avoir t bless -dans je ne sais quelle occasion par la Cour de Saint-James, -il s'en venge en semant l'aigreur et la discorde dans la -famille royale. J'ai su la dernire scne de Kensington par -le D<sup>r</sup> Kper, chapelain allemand de la Reine, qui, en sortant, -hier matin, de chez Sa Majest, est venu me parler -de l'affliction de cette bonne Princesse. Lord Grey, qui -j'en parlais, hier dner, m'a dit que le Roi Lopold, en -quittant l'Angleterre, lui avait dit qu'il tait inquiet de -laisser sa sœur livre aux conseils d'un aussi mauvais -esprit que celui de ce chevalier Conroy; qu'heureusement -<span class="pagenum"><a id="Page_93"> 93</a></span> -la princesse Victoria ayant quinze ans, et devant tre majeure - dix-huit, la rgence de la duchesse de Kent serait, -ou bien nulle, ou du moins fort courte.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 29 mai 1834.</i>—La princesse Victoria ne -parat encore qu'aux deux Drawing-rooms qui sont destins - fter les jours de naissance du Roi et de la Reine. -J'ai trouv celui d'hier, qui, par parenthse, a dur -trois grandes heures, pendant lesquelles la dfilade a t -de plus de dix-huit cents personnes, que cette jeune princesse -avait vraiment beaucoup gagn depuis trois mois. Ses -manires sont parfaites, et elle sera, un jour, assez agrable -pour tre presque jolie. Elle aura, comme tous les Princes, -le don de se tenir longtemps sur ses jambes sans fatigue -ni impatience. Nous succombions, hier, toutes, tour -tour; la femme du nouveau ministre grec, seule, que son -culte habitue rester longtemps debout, a trs bien -support cette corve! Elle est d'ailleurs soutenue par la -curiosit et la surprise; elle s'tonne de tout, fait des -questions naves, des rflexions et des mprises amusantes. -C'est ainsi que, voyant le Chancelier passer en -grande robe et perruque, et portant le sac brod qui contient -les sceaux, elle l'a pris pour un vque portant -l'vangile, ce qui, appliqu lord Brougham, tait particulirement -comique.</p> - -<p>La princesse de Lieven a paru, hier, pour la premire -fois, dans le costume national russe, qui est nouvellement -adopt, Saint-Ptersbourg, pour les occasions d'apparat. -Ce costume est si noble, si riche, si gracieux, qu'il va -<span class="pagenum"><a id="Page_94"> 94</a></span> -bien toutes les femmes, ou, pour mieux dire, qu'il ne -va mal aucune. Celui de la Princesse tait particulirement -bien arrang et lui allait bien, le voile dissimulant -la maigreur de son col.</p> - -<p>On ne parlait hier, la Cour et ailleurs, que de la retraite -des quatre membres du ministre, qui lui te une grande -force morale, surtout celle de M. Stanley, cause de ses -grands talents, et celle du duc de Richmond, cause de sa -considration personnelle. Les conservatifs sont fort satisfaits; -ils voient, par l, leurs rangs se grossir, ceux de leurs -adversaires, si ce n'est s'affaiblir numriquement, du -moins se mal recruter. On parlait de lord Mulgrave, lord -Ebrington, M<sup>r</sup> Abercromby, M<sup>r</sup> Spring Rice pour entrer -au Cabinet, mais rien n'tait encore dcid.</p> - -<p>Au grand dner diplomatique qui, pour la fte du Roi, -a eu lieu chez le ministre des Affaires trangres, lord -Palmerston avait, pour la premire fois, invit des femmes. -Assis entre la princesse de Lieven et moi, il tait en froideur - droite, en fracheur gauche; il tait videmment -mal l'aise, quoique son embarras ne ft nullement -augment de n'avoir pas t dans son salon, l'arrive -des dames, d'y tre venu tout son aise et sans mme -nous faire la plus petite excuse.</p> - -<p>M. Dupin, fort bien trait ici par un monde brillant et -lev, y prend assez de got pour faire le difficile sur celui -de Paris. Ne s'avise-t-il pas de trouver, lui, que la Cour -des Tuileries manque de dignit, que les femmes n'y sont -pas assez bien mises, que tout y est trop confondu et que -le Roi Louis-Philippe ne <i>trne</i> pas assez! Allant des -<span class="pagenum"><a id="Page_95"> 95</a></span> -dners, aux Drawing-rooms, la Cour, aux soires, aux -concerts, l'Opra, au bal, aux courses, M. Dupin est -lanc dans un train de dissipations qui en fera une espce -de dandy fort grotesque, je m'en flatte, et qui tonnera un -peu Paris.</p> - -<p>Mme de Lieven, qui parle volontiers du feu roi -George IV, me disait qu'il avait une telle aversion pour la -roture, qu'il n'avait jamais fait aucune politesse M. Decazes, -qu'il ne l'avait vu qu'une seule fois, et cela -l'occasion des lettres de crance qu'il lui a prsentes. -Quant Mme Decazes, n'ayant pas eu de Drawing-room -pendant la dure du sjour qu'elle a fait Londres, il a -pu se dispenser de la recevoir, et on n'a jamais pu le -dcider lui accorder une audience particulire ou l'inviter - Carlton-House. Il en a agi presque aussi rudement -avec la princesse de Polignac, dont l'obscure origine anglaise -lui tait importune. Quant Mme Falk, le motif -pour lequel elle n'a pas vu le feu Roi est plus singulier -encore: Mme Falk a une grosse beaut flamande fortement -dveloppe qui offusquait particulirement lady -Conyngham, comme trop dans les gots du Roi; elle a -toujours empch qu'elle ne ft reue.</p> - -<p>M. Dupin a t si frapp du beau costume des femmes, - la Cour d'Angleterre, qu'il m'a fait, ce sujet, une -phrase vraiment amusante: Il faudrait que la Reine des -Franais tablt aussi un costume de Cour: on prlverait -ainsi sur nos <i>vanits bourgeoises</i>, qui ont la rage de se -montrer la Cour, l'impt d'un grand habit.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_96"> 96</a></span> -<i>Londres, 30 mai 1834.</i>—Les ratifications portugaises -au trait de la Quadruple Alliance sont enfin arrives, -mais inexactes et incompltes. Le prambule en entier du -trait est pass sous silence; il est donc peu supposer -qu'il n'y ait l que de l'oubli et pas de mauvaise volont. -L'avocat de la Couronne a t appel au Foreign-Office, -pour aider trouver un biais qui rendt l'change possible; -on n'a rien trouv qui ft sans inconvnient. -Cependant, lord Palmerston penchait vers l'change en -laissant de ct le prambule, ce qui terait pourtant -son trait la force morale, la seule peut-tre qu'il ait rellement; -on ne doit prendre cet gard de dtermination -que ce matin.</p> - -<p>J'ai souvent entendu dire que personne ne pouvait tre -aussi astucieux qu'un fou: ce qu'on vient de me raconter -me le ferait croire. En rponse aux flicitations des -vques pour son jour de naissance, le Roi les a assurs -en pleurant, que, se sentant vieux et prs de porter son -me devant Dieu, il ne voudrait pas charger sa conscience -d'un tort vis--vis de l'glise, et qu'il soutiendrait de -toute sa puissance les droits et privilges du clerg anglican. -Ceci s'est dit dans la mme journe o le Roi demandait - lord Grey de ne pas se retirer et de laisser aller -M. Stanley.</p> - -<p>Hier au soir, le remaniement du ministre n'tait pas -encore arrt. Ce qui semble prouv, c'est que personne -ne veut de lord Durham. Il s'est, dit-on, livr une rage -pouvantable; lady Durham, qu'il a traite avec brutalit, -ce qui arrive chaque fois qu'il est mcontent de lord Grey, -<span class="pagenum"><a id="Page_97"> 97</a></span> -s'est vanouie, dner, chez sa mre, sans que son mari -ait seulement daign tourner les yeux de son ct.</p> - -<p>Le marquis de Lansdowne qui s'est, tout dernirement -encore, exprim au Parlement comme favorable l'glise, -pourrait bien, dit-on, selon ce qui se passera lundi prochain -aux Communes, se retirer galement du Cabinet. -Sur cette nouvelle, lady Holland a t, en toute hte, chez -lord Brougham, lui dire que cette retraite lui paratrait un -grand malheur et qu'il faudrait l'viter tout prix! Le -Chancelier, que la modration de lord Lansdowne ne -satisfait point, a rpondu qu'il trouvait, au contraire, que -cette retraite tait trs avantageuse, et qu'il y aiderait -plutt que de l'empcher. L-dessus, lady Holland s'est -anime, et, en numrant tous les mrites de son ami, -elle a demand au Chancelier s'il songeait bien tout ce -que reprsentait le marquis de Lansdowne. Oui, -a rpondu lord Brougham, je sais qu'il reprsente parfaitement -toutes les vieilles femmes de l'Angleterre.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 31 mai 1834.</i>—Le ministre anglais est -rajust, sans avoir pris une couleur plus marque dans -aucun sens.</p> - -<p>Grce des dclarations et des rserves, on va procder - l'change des ratifications portugaises.</p> - -<p>Il me semble que toute la besogne de la semaine est -assez pauvre et que les rsultats en seront l'avenant.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 1<sup>er</sup> juin 1834.</i>—J'ai rencontr hier des -ministres sortants et des entrants. Les premiers me -<span class="pagenum"><a id="Page_98"> 98</a></span> -paraissent plus satisfaits que les autres, et, je crois, avec -raison.</p> - -<p>Lady Cowper, malgr son esprit fin et dlicat, a cependant -une extrme nonchalance et navet, qui lui fait dire -parfois des choses singulires par leur trop grand abandon. -C'est ainsi qu'elle dit hier matin Mme de Lieven: -Je vous assure que lord Palmerston regrette en vous -une ancienne et agrable connaissance, qu'il rend justice - toutes les excellentes qualits de votre mari, et qu'il -convient que la Russie ne saurait tre plus dignement -reprsente que par lui; mais voyez-vous, c'est par -cela mme que l'Angleterre ne saurait que gagner -votre dpart. Mme de Lieven m'a sembl galement -frappe de la sincrit de l'aveu, et mcontente de son -rsultat.</p> - -<p>Lady Cowper lui a montr aussi, sans beaucoup de -rflexion, une lettre de Mme de Flahaut, dans laquelle, -aprs avoir exprim quelques regrets polis sur le rappel -de M. de Lieven, elle se lamente sur le choix du charg -d'affaires; elle dit que c'est une petite gupe venimeuse, -malfaisante, un Russe enrag, un ardent ennemi des Polonais, -et que, pour tout rsumer en un mot, c'est le cousin -germain de Mme de Dino,—ce qui, ajoute-t-elle, est -positivement trs nuisible l'intrt de l'Angleterre, -puisque celle-ci doit au contraire attacher du prix ce -que la France et la Russie ne s'entendent pas.</p> - -<p>On dit, au reste, que Pozzo est enchant de l'loignement -de Paris de mon cousin Medem; il l'a toujours fort -lou et bien trait, mais il se pourrait que la liaison -<span class="pagenum"><a id="Page_99"> 99</a></span> -directe et intime de Paul avec M. de Nesselrode ait fini par -gner Pozzo; je ne le crois cependant pas.</p> - -<p>Hier, dner, chez lord Holland, M. Dupin a an peu -trop fait le lgislateur; le pauvre lord Melbourne surtout, - moiti distrait, moiti endormi, tait ennuy d'une -longue dissertation sur le divorce, qui venait d'autant plus -mal propos, que sa femme, aprs l'avoir fait enrager -pendant longtemps, est morte folle et enferme. Lord -Holland, qui aime facilement tous ceux que, politiquement, -il ne voudrait pas faire pendre, m'a cependant dit -que M. Dupin lui dplaisait souverainement, et qu'il lui -trouvait tous les inconvnients de lord Brougham, sans -la compensation des facults varies et surabondantes de -celui-ci.</p> - -<p>A propos du Chancelier, il m'en a assez mal parl -comme caractre, me disant, par exemple, que c'tait lui, -lord Holland, qui avait forc la main au duc de Bedford -pour le faire entrer au Parlement et qu'aussitt aprs, -lord Brougham avait pass quatre annes sans mettre les -pieds chez lord Holland; qu' la vrit, il y tait revenu -sans motif, sans embarras et sans excuses. La facult -dominante chez le Chancelier, c'est cette promptitude -d'esprit et de souvenir, qui lui fait rassembler immdiatement -et trouver sous sa main tous les faits, tous les arguments, -tous les tenants et aboutissants relatifs l'objet -dont il veut parler. Aussi M. Allen dit-il du Chancelier -qu'il a toujours une lgion de dmons de toutes couleurs - ses ordres dont lui-mme est le chef; aucun scrupule ne -l'arrte, disait lord Holland. Lady Sefton me confiait, -<span class="pagenum"><a id="Page_100"> 100</a></span> -l'autre jour, qu'il n'tait ni sincre, ni fidle en amiti; -lady Grey dit, tout simplement, que c'est un monstre, -et c'est ainsi qu'en parlent les gens de son parti et de son -intimit.</p> - -<p class="section"><i>Hylands, 2 juin 1834.</i>—Les rpublicains en veulent - M. de La Fayette d'avoir choisi pour sa spulture -le cimetire aristocratique de Picpus, et de la quantit -de prtres runis la maison mortuaire pour recevoir -le corps. Il s'est fait enterrer avec un tonneau de terre des -tats-Unis, mle celle dont on l'a recouvert. A propos -de M. de La Fayette, j'ai entendu plusieurs fois raconter -par M. de Talleyrand, qu'ayant t, de bonne heure, le -7 octobre 1789, chez M. de La Fayette avec le marquis de -Castellane, autre membre de l'Assemble constituante, -pour proposer quelques arrangements prendre pour la -sret de Louis XVI, transport la veille aux Tuileries, ils -l'avaient trouv, aprs les terribles quarante-huit heures -qui venaient de se passer, tranquillement occup se -faire peindre.</p> - -<p>Nous sommes ici Hylands chez un ancien et aimable -ami, M. Labouchre. C'est bien riant, et remarquable par -la culture des fleurs et la recherche des potagers. Labouchre, -qui est un peu de tous les pays, a runi autour de -lui des souvenirs de diffrents lieux; on voit cependant -que la Hollande domine, car c'est surtout dans le parterre -de fleurs qu'on dpense le plus de soins et d'argent.</p> - -<p class="section"><i>Hylands, 3 juin 1834.</i>—Un billet de lord Sefton, -<span class="pagenum"><a id="Page_101"> 101</a></span> -crit hier de la Chambre des lords, avant la fin de la -sance dont nous ignorons encore le rsultat, m'apprend -que la commission d'enqute propose par lord Althorp -pour examiner l'tat de l'glise d'Irlande, ne satisfait pas -les exigences de M. Ward et des siens. M. Stanley et sir -James Graham se moquent de cette commission et demandent -la question pralable; sir Robert Peel se tient en -arrire; lord Grey est abattu, et le Roi, tout prt, soit la -soutenir, soit former un autre Cabinet: pouss par les -difficults du moment, il est sans principes et sans affections, -ce qui me parat tre la position commune de tous -les Rois.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 4 juin 1834.</i>—Il parat que dom Miguel est -hors de combat, et qu'il met bas les armes, en quittant la -Pninsule; il me semble que les signataires de la Quadruple -Alliance attribuent cette soumission la nouvelle -de la signature de leur trait; si tel est le cas, cet effet -moral est d'autant plus heureux, que le rsultat matriel -n'aurait, probablement, pas t aussi effectif.</p> - -<p>Au Parlement anglais, M. Ward n'ayant pas voulu se -tenir satisfait de la commission d'enqute, lord Althorp a -demand la question pralable; il a t soutenu par -M. Stanley, qui a admirablement parl sur la proprit -inviolable de l'glise, et par tous les Tories. La question -pralable a t adopte une grande majorit: elle ne -saurait plaire au ministre qui n'a d ce vote qu' ses -ennemis auxquels elle sert de triomphe, et principalement - celui des quatre ministres sortants. L'opinion -<span class="pagenum"><a id="Page_102"> 102</a></span> -relle du Cabinet, les diffrentes combinaisons qui l'ont -fractionne et fait agir, tout cela est si confondu, si ml, -qu'on ne saurait bien comprendre la pense vritable qui -a prsid la marche saccade et inconsquente de ce -Cabinet.</p> - -<p>Aux Communes, lord Palmerston s'est lev contre le -principe soutenu par lord Lansdowne la Chambre Haute -o on a t surpris d'entendre celui-ci s'exprimer favorablement -pour le clerg, lui qui est <i>socinien</i><a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor"> [21]</a> reconnu. -Tout est contradiction dans cette question. Lord Grey a -flott, incertain entre tous les combattants, ne primant -pas les uns, n'entranant pas les autres, heurt, pouss, -ballott par tout le monde; aussi il sort tout meurtri de -cette chauffoure, et si, aux yeux de ses amis, il reste une -bonne et honnte crature, aux yeux du public il n'est -plus qu'un pauvre vieux homme, un ministre puis.</p> - -<p>Lady Holland, qui, en gnral, fait tout ce que les -autres vitent, a t guetter, une fentre de Downing -Street, les membres du Parlement qui se sont rendus, il y -a deux jours, au meeting de lord Althorp, afin de faire, -avec plus de sret, ses spculations sur les individus, -spculations qui sont rarement charitables. Elle croit se -faire pardonner son inconcevable gosme en le rendant -dhont et en se proclamant elle-mme un vieux enfant -gt. Elle exploite les autres son profit, sans aucun -mnagement; les traite bien ou mal, par des calculs plus -ou moins personnels; ne voit jamais un obstacle ses -<span class="pagenum"><a id="Page_103"> 103</a></span> -dsirs dans les convenances d'autrui. C'est peine si on -peut lui faire honneur de quelques qualits, car elles ont, -presque toutes, un motif intress pour base. Quand elle -a lass, force de caprices et d'exigences, la patience de -ses connaissances, elle cherche la regagner par d'assez -nombreuses bassesses. Elle abuse de sa fausse position -sociale, que les gens de bon got ont cœur de ne pas -blesser, pour les soumettre et les opprimer: y tre parvenue, -au point o elle y est arrive, c'est, il faut en convenir, -la meilleure preuve de son habilet et de son -esprit. Elle a fait, dans sa vie, des choses inoues, qui lui -sont toutes pardonnes: elle a fait, par exemple, passer -sa fille ane pour morte, afin de ne pas tre oblige de la -rendre son premier mari: quand elle ne s'est plus soucie -de cette enfant, elle l'a ressuscite, et, pour prouver -qu'elle n'avait pas t enterre, on a ouvert la fosse et la -bire, et on y a, en effet, trouv le squelette d'un chevreau. -La plaisanterie est un peu forte! Cependant elle -rgne en despote dans la socit, qui est nombreuse. Cela -tient, peut-tre, ce qu'elle ne cherche pas forcer les -portes des autres, et qu'elle domine le prjug plutt que -de lutter contre lui. M. de Talleyrand la tient assez bien -en bride et devient ainsi le vengeur de tout son cercle. -C'est une joie gnrale quand lady Holland es un peu malmene; -personne ne vient son secours, lord Holland et -M. Allen moins que les autres.</p> - -<p>Lady Aldborough s'adressa un jour lady Lyndhurst, en -lui demandant de vouloir bien savoir de son mari, qui -tait alors Chancelier, quelles taient les dmarches qu'elle -<span class="pagenum"><a id="Page_104"> 104</a></span> -devait faire dans un procs important. Lady Lyndhurst -refusa, avec les faons rudes, grossires et vulgaires qui -lui taient propres, de se charger de demander ces renseignements, -ajoutant qu'elle ne se mlait jamais d'aussi -ennuyeuses besognes: Very true, my lady, rpondit -lady Aldborough, I quite forgot that you are not in the -civil line. Lady Aldborough est spirituelle, elle a du -trait, mme en franais, elle est souvent un peu trop -libre et hardie; c'est ainsi qu'en apprenant la mort de la -princesse de Lon, qui avait pri brle et qu'on disait -n'avoir trouv, dans son mari, qu'un frre et non pas un -poux, lady Aldborough s'cria: Quoi! Vierge et martyre? -Ah! c'est trop!</p> - -<p>L'tat du Cabinet anglais est bien trange. Sir Robert -Peel a dclar la Chambre n'y rien comprendre, cela -met le manque d'intelligence de tout le monde fort l'aise. -Ce qui parat clair tous, c'est que si aucun membre du -Cabinet n'est absolument dtruit, tous sont blesss, on -prtend mme mort; pour nervs, du moins, c'est -vident. J'en suis peine pour lord Grey, auquel je suis -rellement attache; pour le reste, je n'y prends pas le -plus petit intrt. Ce n'est pas par lord Palmerston que -l'clat leur reviendra. M. de Talleyrand a beau dire qu'il -dblaye facilement de la besogne, qu'il parle et crit bien -le franais, c'est un esprit court, prsomptueux; il a l'humeur -arrogante et le caractre sans droiture. Chaque jour -fournit une preuve plus ou moins vidente de sa duplicit: -par exemple, qu'est-ce qui peut faire que lorsque lord -Grey s'explique hautement contre l'ide du Roi Lopold de -<span class="pagenum"><a id="Page_105"> 105</a></span> -se choisir un successeur, et que lord Palmerston semble -tre du mme avis, il crit des lettres particulires lord -Granville, pour soutenir la pense de Lopold? Cela met -une gne continuelle dans toutes les relations des ambassadeurs -avec lui, et cela en tablit surtout une trs pnible -pour M. de Talleyrand.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 5 juin 1834.</i>—M. le duc d'Orlans m'a -crit, sans provocation de ma part, ni motif bien apparent, -une lettre qui me parat avoir eu pour but la phrase -suivante, qui semble vouloir tablir qu'il n'approuve pas -la marche des ministres du Roi son pre: Je vois dj -un symptme rassurant dans cette disposition circonscrire -les querelles de parti dans les limites d'un collge -lectoral et ne se livrer bataille qu' coup de bulletins. -Puisse cette direction des esprits remplacer tout fait le -systme de force brutale que je vois avec douleur prvaloir -aujourd'hui dans tous les partis, et tre l'argument -favori non seulement des hommes d'opposition, mais aussi -des hommes de pouvoir. Il me semble qu'il y a bon sens -et bon sentiment dans cette rflexion.</p> - -<p>Si M. le duc d'Orlans tait bien entour, j'aurais confiance -dans son avenir: il a de l'intelligence, du courage, -de la grce, de l'instruction et de l'entreprise; ce sont des -dons de Prince, fort heureux, et qui, mris par l'ge, -peuvent faire de lui un bon Roi. Mais l'entourage est si -petit, si mdiocre, en hommes et en femmes; il n'y a l, -depuis la mort de Mme de Vaudmont, rien de distingu, -de noble ni d'lev.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_106"> 106</a></span> -Lady Granville a donn un bal, Paris, pour le jour de -naissance du Roi d'Angleterre. Elle avait rempli la galerie -d'orangers et on devait valser autour; on avait dissimul -les lampes derrire des fleurs, de manire qu'on y voyait - peine: rien de plus favorable aux conversations particulires. -Huit voleurs, mis merveille, sont entrs par le -jardin; cette quantit d'hommes inconnus a frapp, on -en a parl trop tt; ils ont vu qu'ils taient remarqus et -se sont vads. Il parat que leur projet tait d'arracher -les diamants aux femmes, lorsqu'elles seraient alles dans -le jardin qu'on allait illuminer.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 6 juin 1834.</i>—Le Cabinet anglais, si petitement -rajust, ne porte pas la tte bien haute; tous les -honneurs sont pour les ministres sortants. Lord Grey ne -s'y trompe pas et ne s'enorgueillit nullement de la grande -majorit de lundi dernier, car, comme me le disait un de -ses amis: Cette majorit n'est pas le rsultat d'une affection -pour les ministres, mais de la crainte de voir venir -les Tories qui dissoudraient le Parlement actuel. Je -crois que rien n'est plus vrai. Au reste, le Cabinet sent -dj le besoin de se fortifier. On dit que lord Radnor, ami -du Chancelier et grand aboyeur radical, sera Lord du Sceau -priv.</p> - -<p>Il parat certain que dom Miguel et don Carlos quittent, -dcidment, la Pninsule, le premier pour venir ici, le -second pour aller en Hollande.</p> - -<p>Le prince de la Moskova ayant persist dans son dsir -d'tre prsent, il l'a t hier, ainsi que le prince d'Eckmhl. -<span class="pagenum"><a id="Page_107"> 107</a></span> -Ce dsir tait si vif, qu'ils allaient chercher se -faire prsenter par M. Ellice, en l'absence de M. de Talleyrand, -comme si cela et t possible, lors mme que -cela n'aurait pas t inconvenant. Les jeunes Franais -n'ont, vraiment, ide de rien; et M. Ellice, qui n'est <i>gentleman</i> -que d'hier, s'tait mis de moiti dans cette belle -combinaison.</p> - -<p>On appelle, ici, assez drlement lord Durham et M. Ellice -<i>l'Ours et le Pacha</i>.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 7 juin 1834.</i>—Voil Lucien Bonaparte, qui, -aprs avoir adress une lettre aux dputs de France, -l'anne dernire, et avoir, ensuite, disparu pendant plusieurs -mois, puis s'tre trouv, dit-on, secrtement en -France, durant les derniers troubles de Lyon et de Paris, -est enfin revenu ici d'o il s'adresse maintenant aux lecteurs -de France. Sa nouvelle lettre, plus boursoufle -encore et plus remplie d'affectation littraire que la premire, -est en outre de la plus grande bassesse et du plus -mauvais got.</p> - -<p>Lucien, que je n'avais jamais vu, avant son arrive en -Angleterre, puisqu'il tait en disgrce auprs de l'Empereur, -passait pour avoir autant d'esprit au moins que son -frre et beaucoup de dcision. J'ai entendu dire qu'au -18 Brumaire, c'tait lui qui avait sauv Napolon; enfin, -je l'avais entendu fort louer. Sa connaissance personnelle, -comme il arrive souvent, n'a pas rpondu mon attente; -il m'a sembl, humble dans ses manires, terne dans sa -conversation, faux dans son regard, ressemblant Napolon -<span class="pagenum"><a id="Page_108"> 108</a></span> -par les contours extrieurs de ses traits, nullement -par l'expression. Je l'ai vu, l'anne dernire, un concert -chez la duchesse de Canizzaro, prier celle-ci de le prsenter -au duc de Wellington qui tait dans le salon, traverser -la chambre et venir, avec des courbettes, se faire -nommer au vainqueur de Waterloo, dont l'accueil a eu -toute la froideur que mritait une telle platitude.</p> - -<p>Puisque j'habite, Londres, une maison clbre pour -un vol considrable fait la vieille marquise de Devonshire, -qui en est propritaire<a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor"> [22]</a>, et pour un fantme qui -y est apparu lord Grey et sa fille, je veux conter ici ce -que lord Grey et lady Georgiana, sa fille, m'en ont dit -plusieurs reprises et devant des tmoins, lord Grey avec -srieux et dtails, lady Georgiana avec rpugnance et hsitation. -Lord Grey, donc, un soir qu'il traversait la salle -manger du rez-de-chausse pour aller, arm d'un bougeoir, -de la pice qui donne sur le square son propre -appartement, vit, au fond de la pice et derrire une des -colonnes qui divisent cette salle, le visage ple et triste -d'un homme g, dont cependant les yeux et les cheveux -taient trs noirs. Le premier mouvement de lord Grey -fut de reculer, puis, relevant les yeux, il vit encore ce -mme visage qui le fixait tristement, pendant que le corps -semblait cach par la colonne, mais qui disparut au premier -mouvement que fit lord Grey pour avancer. Il fit -quelques recherches sans rien trouver. Il y a deux petites -portes derrire les colonnes et une grande glace entre -<span class="pagenum"><a id="Page_109"> 109</a></span> -elles; je ne sais jusqu' quel point la disposition des lieux -n'offre pas une explication simple cette vision, que lord -Grey cependant n'admet avoir t ni celle d'un voleur ni -l'effet du reflet de sa propre figure dans la glace. A la -vrit, il tait blond alors et ses yeux sont bleus. Tant il y -a que, le lendemain matin djeuner, il raconta sa -famille ce qu'il avait vu la veille en allant se coucher. -Lady Grey et sa fille lady Georgiana se regardrent aussitt -avec une expression singulire, dont lord Grey demanda -l'explication. On lui dit ce qu'on lui avait cach -jusque-l pour ne pas se faire moquer de soi, c'est qu'une -nuit, lady Georgiana s'tait veille sous l'impression d'un -souffle qui passait sur son visage; elle ouvrit les yeux et -vit une figure d'homme se pencher sur elle; elle les ferma -croyant rver, mais les rouvrant aussitt, elle revit -la mme figure; le cri qu'elle poussa alors fit disparatre -la vision. Elle se jeta en bas de son lit, courut dans la -chambre ct, et fermant clef sur elle la porte de cette -chambre, elle se prcipita, moiti morte, sur le lit de sa -sœur lady lisabeth; elle lui raconta ce qui venait de lui -arriver. Lady lisabeth voulut entrer dans la chambre au -fantme pour l'examiner, mais lady Georgiana s'y opposa -de toutes ses forces. Le lendemain matin, fentres, volets -et portes taient en bon ordre, et la vision fut dclare -avoir t celle d'un fantme, quoiqu'une partie plate du toit -arrivant jusqu' une des fentres, ait fait supposer aux moins -incrdules qu'un domestique, pris d'une des femmes de -chambre, avait t le hros de cette aventure nocturne.</p> - -<p>La maison n'en est pas moins reste en trs mauvais -<span class="pagenum"><a id="Page_110"> 110</a></span> -renom. Je couche dans la chambre o on a enlev les diamants -de lady Devonshire, et ma fille dans celle du revenant -de lady Georgiana. Quand nous sommes entrs dans -cette maison, j'ai vu des gens qui, trs srieusement, -s'tonnaient de notre courage; dans les premiers temps, -les domestiques tremblaient en circulant le soir et les servantes -ne voulaient aller que deux deux. L'avouerai-je? -A force d'avoir entendu lord Grey et sa fille raconter -avec conviction les apparitions, je me suis sentie gagne -d'un certain malaise qui a eu de la peine s'user.</p> - -<p>Depuis prs de trois ans que nous occupons cette maison, -on n'y a rien vol et rien n'y est apparu. Toutefois, -pendant un de nos voyages en France, et lorsque la porte -de mon appartement tait ferme clef, la femme de -charge, le portier et les filles de service ont jur avoir -entendu sonner trs fort la sonnette dont le cordon est au -fond de mon lit, avoir couru ma porte, l'avoir trouve -ferme clef, comme cela se devait, et, aprs l'avoir ouverte, -n'avoir rien aperu qui et pu donner lieu ce -bruit. On avait voulu me faire croire que ce coup de sonnette -avait retenti prcisment le 27 juillet 1832, jour o -j'ai t si cruellement verse Baden-Baden. Une petite -souris aura, probablement, t le vrai coupable.</p> - -<p>On dit que le pre de lord Grey a eu une vision fort -trange, et que le fils, outre celle de Hanover-Square, en -a eu une autre, plus curieuse, Howick, dont il n'aime -pas parler, ce qui fait que je me suis abstenue de toute -question; mais il en a circul quelques versions qui ont -prt depuis des caricatures.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_111"> 111</a></span> -<i>Londres, 8 juin 1834.</i>—Les prtentions exagres de -lord Radnor ont fait abandonner l'ide de le faire entrer -au ministre. On songe maintenant lord Dacre, qui satisferait, - ce que l'on croit, les <i>Dissenters</i>. Le <i>Privy Seal</i>, -que lord Carlisle ne tient que provisoirement, est destin -au nouvel arrivant.</p> - -<p>Je suis arrive, hier matin, chez Mme de Lieven, au -moment o elle venait de recevoir des lettres de Ptersbourg, -qui lui donnent enfin une ide plus prcise de ce -que sera sa nouvelle position en Russie. Elle prend, ce me -semble, un aspect plus favorable: au lieu de n'tre qu'une -poupe de cour et de succomber sous l'esclavage et la -contrainte d'une reprsentation perptuelle, la Princesse -aura une maison elle; l'Empereur dsire que ce soit l -que son fils apprenne connatre la socit, se forme au -monde et la conversation.</p> - -<p>Ce projet, expliqu avec une grce et une obligeance -parfaites, dans une lettre de l'Impratrice, pleine d'esprit, -de naturel, de bons sentiments et d'heureuses expressions, -devient, ncessairement, d'un grand intrt et est une -grande consolation pour Mme de Lieven. Elle se voit avec -une influence directe, et aussi indpendante qu'elle peut -l'tre en Russie. Son imagination dveloppe et fconde ce -nouveau but d'activit, et je dois cette justice la Princesse -qu'elle n'a pas laiss chapper la plus petite purilit -ou petitesse de conception dans le plan qu'elle s'est -trac tout de suite; non, tout tait large et bien compris. -Le plaisir de son importance personnelle tait visible, mais -le contraire et t de l'hypocrisie, et je lui ai su gr de se -<span class="pagenum"><a id="Page_112"> 112</a></span> -l'tre pargn devant moi! Le dsir vif de rendre au jeune -Grand-Duc le service immense de l'accoutumer la grande -et noble compagnie, de rendre son salon assez distingu -et assez agrable pour accoutumer jusqu' l'Empereur et -l'Impratrice y jouir plus du plaisir de la conversation -que des divertissements pour lesquels ils ne sont peut-tre -plus assez jeunes; l'ambition de rendre, s'il se peut, -cette Cour, le grandiose et la civilisation intellectuelle -dont elle brillait sous la grande Catherine; l'esprance d'y -attirer, ainsi, des trangers, en excitant leur curiosit et -en ayant de quoi la satisfaire; tout cela occupe l'activit -de la Princesse. Elle a, en elle, de quoi fort bien remplir -ce rle, difficile partout, et plus encore dans un pays o -la pense mme est aussi enchane que l'est la parole.</p> - -<p>J'ai trouv, dans la lettre de l'Impratrice et dans celle -de M. de Nesselrode, quelque chose de raisonnable et de -dlicat, et dans tout ce que j'entends dire de l'Empereur -Nicolas, quelque chose qui peut faire esprer de bons -rsultats de cette seconde ducation de l'hritier d'un -trne de glace. J'ai surtout t satisfaite de voir que la -franchise avec laquelle Mme de Lieven avait tmoign -l'Impratrice ses regrets de quitter l'Angleterre ait t -bien prise. Elle m'a dit ce sujet: Ceci me prouve qu'on -peut tre sincre, chez nous, sans se casser le cou. -J'espre qu'elle s'en convaincra de plus en plus, mais il -sera longtemps ncessaire d'envelopper cette sincrit de -beaucoup de coton.</p> - -<p>Elle m'a extrmement vant l'Empereur, comme un -homme fortement dou et destin devenir la grande -<span class="pagenum"><a id="Page_113"> 113</a></span> -figure historique du temps. A cela, je lui ai rpondu en -lui disant un mot de M. de Talleyrand qui l'a charme. -M. de Talleyrand m'a, en effet, dit ceci: Le seul Cabinet -qui n'ait pas fait une faute depuis quatre ans, c'est le -Cabinet russe. Et savez-vous pourquoi? C'est qu'il n'est -pas press.</p> - -<p>La Reine d'Angleterre a tmoign beaucoup de cette -obligeance qui lui est naturelle Mme de Lieven, l'occasion -de son rappel, quoiqu'elle ait eu beaucoup de peine - oublier le peu de cas que la Princesse faisait d'elle, pendant -la vie de George IV et celle du duc d'York, et surtout -le manque d'gards des patronnesses de l'Almacks, Mme de -Lieven en tte, au seul bal de ce genre o elle avait t, -comme duchesse de Clarence. J'ai entendu mme la Reine, -un jour, en faire souvenir Mme de Lieven, d'une faon -beaucoup embarrasser celle-ci; mais enfin, ces anciens -petits griefs sont effacs et, l'occasion du dpart actuel, -la Reine a t parfaite. Quant au Roi, c'est diffrent; il n'a -pas mme dit M. ou Mme de Lieven qu'il savait leur -rappel: ils s'en prennent lord Palmerston, et je crois -que ce n'est pas sans cause.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 9 juin 1834.</i>—J'ai trouv hier la duchesse-comtesse -de Sutherland fort occupe de runir vingt dames -qui, ensemble, offriraient Mme de Lieven un souvenir -durable des regrets que son dpart laisse ici aux femmes -de sa socit particulire. Cette pense, qui est tout anglaise, -car l'esprit d'association se retrouve partout ici, -jusque dans les choses purement de grce et d'obligeance, -<span class="pagenum"><a id="Page_114"> 114</a></span> -m'a paru devoir tre agrable et flatteuse pour la Princesse, -et j'ai mis avec plaisir mon nom sur la liste. Dix -guines est le tribut de chacune, et un beau bracelet -l'intrieur duquel, si cela se peut, nos noms seront -inscrits, me parat tre l'objet sur lequel le choix s'est -fix.</p> - -<p>M. de Montrond est revenu de Paris. Son esprit prompt -et incisif est toujours le mme, et quoique assurment il -ne soit rien moins qu'ennuyeux, je me sens reprise de -cette espce de malaise qu'prouvent souvent ceux qui -sont dans l'atmosphre d'un tre venimeux, dont la piqre -est redouter. Le charme qui a longtemps fascin -M. de Talleyrand, son gard, n'existe plus et a d'autant -mieux fait place un sentiment de fatigue et d'oppression -que l'anciennet de leurs relations, et leur intimit passe, -ne permettent pas d'en secouer entirement le joug.</p> - -<p>Il ne me semble pas que M. de Montrond apprenne rien -de nouveau de Paris. Il parle de l'habilet du Roi, personne -ne la conteste; que le Roi parle toujours, et toujours -de lui-mme, c'est galement connu. M. de Montrond -se plaint de la destruction de toute socit Paris, -de l'esprit de division qui la brise et qui ne s'adoucit -point. Il raconte assez drlement les embarras de famille -de Thiers, les prtentions diplomatiques du marchal -Soult pour son fils, les craintes qu'inspire Rigny, et -d'autres, l'espce d'effet que produit ici, ce qu'ils croient, -M. Dupin. Ils y voient le symptme d'une entre future au -ministre et en veulent presque M. de Talleyrand des -politesses qu'il lui fait. Ils ne sentent pas que le bon -<span class="pagenum"><a id="Page_115"> 115</a></span> -accueil qu'on fait ici M. Dupin (l'homme le moins -propre, par lui-mme, plaire la bonne compagnie -anglaise) n'est d qu'au dsir de nous tre agrable, et -que le prix que nous y mettons ne tient qu' faire tourner -les grosses phrases redondantes de M. Dupin l'avantage -de l'alliance anglaise dont il tait le vif adversaire.</p> - -<p>J'ai trouv lord Grey, hier, d'un dcouragement point -du tout dissimul: c'est un mal contagieux et qui semble -avoir atteint tous ses adhrents. Cette lassitude, ce dgot -de lord Grey, me semble le plus fcheux symptme de -l'affaiblissement du Cabinet actuel. Les coups, qui sont -ports dans le <i>Times</i> par lord Durham lord Grey, blessent -celui-ci au cœur. Les conservatifs comme les radicaux -exploitent dj la succession des Whigs; il est impossible -de ne pas voir que le moment est critique pour tous.</p> - -<p>En causant, hier, avec un de mes amis, je me suis souvenue -qu'ayant eu, l'ge de dix-sept ans, comme beaucoup -d'autres femmes de Paris cette poque, la fantaisie, -ou la faiblesse, de consulter Mlle Lenormand, qui tait -alors fort en vogue, je pris, d'abord, toutes les prcautions -que je crus suffisantes pour ne pas tre connue d'elle. -Il fallait lui demander et son jour et son heure; je le fis -faire, pour moi, par ma femme de chambre, sous des -noms et des demeures supposs; elle rpondit, et je fus, -au jour fix, deux heures aprs midi, avec ma femme de -chambre, dans un fiacre pris une certaine distance de -chez moi, jusqu' la rue de Tournon o demeurait la devineresse. -Sa maison n'avait pas mauvaise apparence; l'appartement -tait propre, et mme assez orn. Il fallut -<span class="pagenum"><a id="Page_116"> 116</a></span> -attendre le dpart d'un monsieur moustaches que nous -vmes sortir du cabinet o la sibylle rendait ses oracles. -J'y fis entrer ma femme de chambre avant moi, mon tour -vint ensuite. Aprs quelques questions sur le mois, le jour -et l'heure de ma naissance, sur l'animal, la fleur et la -couleur que je prfrais, et sur les mmes objets qui me -dplaisaient particulirement, aprs m'avoir demand si -je voulais qu'elle ft pour moi la grande ou la petite -cabale dont le prix diffrait, elle arriva enfin ma destine, -dont elle me dit ce qui suit; je laisse juger ceux -qui me connaissent bien si ce qu'elle me prdit alors s'est -vrifi, en tout ou en partie; l'avenir laisse d'ailleurs -encore de la marge aux vnements qu'elle a signals et -qui, sans s'tre raliss jusqu' prsent, paraissent moins -invraisemblables qu'ils ne me l'ont sembl alors. Peut-tre -ai-je oubli quelques dtails insignifiants, mais voici les -traits principaux de cette prdiction, que j'ai raconte, -depuis, plusieurs personnes, entre autres ma mre et - M. de Talleyrand.</p> - -<p>Elle me dit donc que j'tais marie; qu'il existait entre -moi et un grand personnage un lien spirituel (j'ai expliqu -ceci parce que mon fils an tait le filleul de l'Empereur -Napolon); que je me sparerais de mon mari aprs de -nombreux embarras et tourments; que mes chagrins ne -cesseraient que neuf annes aprs cette sparation; que -ces neuf annes seraient marques par des preuves et des -calamits de tous genres pour moi; elle m'a dit aussi que -je deviendrais veuve, que je ne serais plus jeune alors, -sans cependant tre trop vieille et que je me remarierais; -<span class="pagenum"><a id="Page_117"> 117</a></span> -qu'elle me voyait, pendant beaucoup d'annes, fort rapproche -d'un personnage qui, par sa position et son influence, -m'obligerait jouer une espce de rle politique -et me donnerait assez de crdit pour sauver la libert et la -vie de quelqu'un. Elle m'a dit encore que je vivrais dans -des temps fort orageux, difficiles et pendant lesquels il y -aurait de grands bouleversements; qu'un jour, mme, je -serais veille cinq heures du matin par des hommes -arms de piques et de haches, qui entoureraient ma demeure -pour me faire prir, que je parviendrais cependant - me sauver de ce danger auquel j'aurais t expose par -mes opinions et mon rle politiques; que je m'chapperais -dguise; qu'elle me voyait encore en vie soixante-trois -ans et sur ma demande si c'tait l le terme assign -mon existence, elle m'a rpondu: Je ne prtends pas -que vous mourrez soixante-trois ans, je veux dire seulement -que je vous vois vivante encore alors; plus tard, je -ne sais rien de vous ni de votre destine.</p> - -<p>Les circonstances principales de cette prdiction me -parurent, alors, trop hors du cours probable des vnements -pour qu'elles me rendissent inquite ou soucieuse; -je le rptai mes amis plutt pour jeter du ridicule sur -ma propre faiblesse qui m'avait conduite en si trange -compagnie, et quoique le moins vraisemblable de cette -prdiction se soit vrifi, tels que ma sparation, de longs -chagrins, l'intrt que j'ai t force de prendre aux vnements -publics, par celui qu'ils inspiraient M. de Talleyrand, -j'avoue qu' moins du rcit d'une autre prdiction, -je ne songe que fort rarement celle de Mlle Lenormand, -<span class="pagenum"><a id="Page_118"> 118</a></span> -pas plus qu' sa personne, qui tait, cependant, assez -trange pour ne pas tre oublie. Elle avait l'air d'tre -ge de plus de cinquante ans, lorsque je la vis; sa taille -tait plutt leve, ses faons brusques, sa robe noire -lche et tranante; son visage d'une mauvaise couleur -mle, ses dents gtes, ses yeux petits, vifs et sauvages, -sa physionomie rude et curieuse tout la fois, sa tte -dcouverte, ses cheveux gris, hrisss et en dsordre, -achevaient de la rendre repoussante. Je fus soulage en la -quittant.</p> - -<p>Je n'ai jamais eu semblable curiosit depuis; mais si je -ne l'ai pas prouve, c'est bien plutt par une certaine -terreur de ce qui pourrait m'tre annonc, et par un certain -dgot pour l'espce de monde dont c'est l'industrie, -que par usage de ma raison. Si j'avouais toutes mes superstitions, -je ferais grand tort mon bon sens!</p> - -<p>Ces oracles de Mlle Lenormand me revinrent cependant - la mmoire lorsqu'en juillet 1830, seule Rochecotte, -entoure d'incendies, et recevant les nouvelles des journes -de Paris, je vis passer sous mes fentres les rgiments que -le gnral Donnadieu dirigeaient sur la Vende, o on -croyait que Charles X se rendrait. J'entendais les uns -hurler contre les Jsuites, qu'ils accusaient btement de -jeter des mches inflammables dans leurs maisons et dans -leurs champs; les autres crier contre les <i>mal pensants</i> tels -que moi. Le cur vint se rfugier chez moi, pendant que -le maire me demandait si je ne croyais pas qu'il fallt -chasser de la commune cette soutane noire, qui, selon lui, -sentait le soufre. Je me voyais dj cerne par des piques -<span class="pagenum"><a id="Page_119"> 119</a></span> -et des haches, et me sauvant, comme je pouvais, en bonnet -rond et en blouse. Je m'en suis tire alors, mais quelquefois -je me suis dit: C'est partie remise, tu n'y chapperas -pas.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 10 juin 1834.</i>—Lord Dacre, qui devait -entrer au ministre, a fait une chute de cheval, cause par -un coup de sang, qui le met hors de cause. On songe, -maintenant, mettre M. Abercromby la tte de la Monnaie, -en lui donnant entre au Conseil.</p> - -<p>Nous avions hier un dner arlequin: M. Dupin, les -jeunes Ney et Davoust, M. Bignon et le gnral Munier de -la Converserie. Si de dire du mal de tout le monde est une -manire de dire du bien de soi, M. Dupin n'y a pas manqu; -il a indignement trait Roi et ministres, hommes et femmes -de Paris. Les uns sont avares, bavards, sans tenue; les -autres sont des brigands, des contrebandiers, des sapajous, -que sais-je? Les mauvaises mœurs ont eu leur diatribe; -c'tait la justice arme d'un glaive exterminateur. M. Piron, -le cicerone de M. Dupin et son trs humble serviteur, me -donnait la petite pice par les formules multiplies de son -adulation; il louait surtout M. Dupin de la manire lucide -et dtaille, dont il expliquait aux ministres anglais les -embarras et les dangers de leur position. Je crois qu'ils -auraient autant aim qu'on ne vnt pas d'outre-mer leur -dire ce qu'ils savaient de reste.</p> - -<p>Aprs le dner, il m'a fallu subir la doucereuse fausset -de M. Bignon. Il me rappelle le mielleux et le subalterne -de Vitrolles; il en a un peu la figure, beaucoup le parler -<span class="pagenum"><a id="Page_120"> 120</a></span> -et surtout le maintien. Je trouve, cependant, la conversation -de M. de Vitrolles plus anime, et son imagination -plus brillante. Du reste, j'ai caus avec M. Bignon, hier, -pour la premire fois, et j'aurais tort de le juger sur cette -seule conversation; mais il est impossible de ne pas tre -frapp de sa manire calme et soumise qui met, tout d'abord, -en dfiance.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 11 juin 1834.</i>—La nomination de M. Abercromby -est dans le <i>Globe</i> d'hier soir; nous verrons si cela -adoucira le ton du <i>Times</i> qui, hier matin encore, malmenait -cruellement le pauvre lord Grey.</p> - -<p>Dans la quantit de mots cits de M. de Talleyrand, il -en est un fort joli, et peu connu, que voici: M. de Montrond -lui disait, l'anne dernire, que Thiers tait un bon -enfant, et pas trop impertinent pour un parvenu. Je vais -vous en dire la raison, reprit M. de Talleyrand, c'est -que Thiers n'est pas <i>parvenu</i>, il est <i>arriv</i>. J'ai peur que -ce mot, si dlicat, ne perde un peu le mrite de la vrit, -mais la faute en serait M. Thiers. L'impertinence lui -devient familire; depuis son mariage, il vit dans une sorte -de solidarit avec les plus petites gens du monde, mal -fams, prtentieux, <i>parvenus</i> pour le coup, et non pas -<i>arrivs</i>! Il est impossible que, malgr tout le dluge d'esprit -dont il inonde la boue qui l'environne, il ne finisse -pas par en tre, si ce n'est touff, du moins bien clabouss. -C'est vraiment grand dommage!</p> - -<p class="section"><i>Londres, 12 juin 1834.</i>—J'ai entendu raconter, hier, -<span class="pagenum"><a id="Page_121"> 121</a></span> - Holland-House, que l'abb Morellet se plaignant au marquis -de Lansdowne d'avoir perdu ses pensions et ses -bnfices la Rvolution, pour laquelle il avait, cependant, -et tant parl, et tant crit, le Marquis lui rpondit: Que -voulez-vous, mon cher; il y a toujours quelques soldats -blesss dans les armes victorieuses.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 13 juin 1834.</i>—On rpand le bruit que dom -Miguel s'est vad, qu'une conspiration a clat Lisbonne -contre dom Pedro; on ajoute mille dtails sinistres. Il -parat que tout ceci n'est que jeu de bourse, et que le vrai -est rduit quelques dmonstrations fcheuses pour dom -Pedro, lorsqu'il s'est montr au spectacle. Ce serait, du -reste, la meilleure conclusion de ce grand drame que -l'expulsion simultane des deux rivaux.</p> - -<p>On s'tonne un peu que dom Miguel ne soit point encore -dbarqu en Angleterre. Don Carlos est arriv hier Portsmouth -sur le <i>Donegal</i>.</p> - -<p>L'Espagne se choque, avec raison, que le duc de Terceire -et le commissaire anglais qui ont fait signer dom -Miguel des garanties contre son retour, n'en aient pas -rclam de don Carlos. On voudrait, maintenant, que -l'Angleterre et la France prissent des mesures contre don -Carlos, de faon le mettre au ban de l'Europe: mais cela -n'est pas admissible, malgr les notes du marquis de Miraflors -et les diatribes de lord Holland.</p> - -<p>Il se tient d'tranges discours Holland-House. Le petit -Charles Barrington y disant l'autre jour qu'il n'avait pu -monter ne parce que c'tait dimanche et que la religion -<span class="pagenum"><a id="Page_122"> 122</a></span> -dfendait de monter ne le dimanche, M. Allen lui -rpondit en grommelant: Never mind; the religion is -only for the donkeys themselves.</p> - -<p>M. Spring Rice vient d'tre lu Cambridge, mais -une petite majorit, ce qui ne plat gure au ministre.</p> - -<p>Sir Henry Halford, M. Dedel, la princesse de Lieven -sont revenus mus, ravis, enivrs des brillantes journes -d'Oxford pour la rception du duc de Wellington comme -Chancelier de l'Universit. Cette solennit tait vraiment -unique dans son genre; le caractre et le pass du duc de -Wellington qui, il y a quatre ans encore, avait t lapid - Oxford, pour avoir fait passer le Bill de l'mancipation -des catholiques, la magnificence de la crmonie, le -nombre et la qualit des spectateurs, les traditions sculaires -qui s'y sont reproduites, les motions de tous, l'unanimit -des applaudissements, enfin tout tait remarquable -et ne se renouvellera plus. Le duc de Cumberland, si -gnralement impopulaire, a trouv l un bon accueil. Les -ides religieuses anglicanes y dominaient; toutes les prventions -personnelles disparaissent, devant les dangers -dont l'glise est menace, ce qui a fait juger avec faveur -tous ceux que l'on croit disposs la dfendre. C'tait -moins le grand capitaine qu'on applaudissait dans le duc -de Wellington que le dfenseur de la foi.</p> - -<p>Il est fcheux qu'au milieu de la licence qu'on accorde, -dans semblables occasions, aux tudiants, ils se soient -permis de huer les noms de lord Grey et d'autres, qu'ils -profraient haute voix, pour avoir ensuite le plaisir de -les siffler. Le duc de Wellington a tmoign, chaque fois, -<span class="pagenum"><a id="Page_123"> 123</a></span> -que de telles manifestations lui dplaisaient; mais, malgr -les signes d'improbation, elles se sont plusieurs fois reproduites.</p> - -<p>On dit qu'au moment o le Duc a pris la main de lord -Winchelsea, auquel il venait de donner le bonnet de docteur, -le souvenir de leur ancien duel est venu la pense -de tous, et que c'est l ce qui a provoqu le plus d'applaudissements. -Ils ont t non moins vifs cependant, et plus -touchants peut-tre, lorsque lord Fitzroy-Somerset s'est -approch du Duc, et que, ne pouvant lui offrir la main -droite, perdue Waterloo, ce fidle ami et compagnon -lui a tendu la gauche. Mais ce qui parat avoir excit un -enthousiasme inou, et avoir fait retentir la salle d'un clat -extraordinaire et prolong l'infini, c'est la strophe d'une -ode adresse au Duc qui finissait par deux vers dont voici -le sens: Quel est celui, qui, seul, a su rsister ce -sombre et tnbreux gnie, qui avait boulevers le monde, -et le vaincre? C'est toi, vainqueur Waterloo. Tout -l'auditoire alors s'est lev spontanment, les cris, les -pleurs, les acclamations ont t lectriques, et comme -disait Mme de Lieven, le duc de Wellington peut mourir -aujourd'hui et moi partir demain, car j'ai assist ce que -j'ai vu de plus merveilleux dans les vingt-deux annes -que j'ai passes en Angleterre.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 14 juin 1834.</i>—Un improvisateur allemand, -qui se nomme Langsward, m'a t recommand par -Mme de Dolomieu. Il a fallu lui faire honneur et runir, -assez pniblement, tous ceux qui, ici, savent quelque peu -<span class="pagenum"><a id="Page_124"> 124</a></span> -l'allemand, pour entendre ce pote. Ce n'tait pas mauvais: -des bouts-rims, assez heureusement remplis; un -morceau, en vers, sur Ins de Castro, et plus tard, en -prose, une scne populaire viennoise, indiquent certainement -de la verve et du talent. D'ailleurs, le don de l'improvisation -potique indique, presque toujours, une facult -part, mme dans les gens du Midi, dont la langue est, par -ses seuls accents, une vraie harmonie; plus forte raison -y a-t-il difficult vaincue tre potiquement inspir, -travers les accents moins flexibles des langues du Nord. -Cependant, les improvisateurs, mme Sgricci, m'ont toujours -paru plus ou moins froids ou ridicules. Leur enthousiasme -est outr et factice, les troits salons dans lesquels -ils sont renferms, et qui n'inspirent, ni le pote, ni les -spectateurs, rien en eux, ni autour d'eux, ne monte au -diapason potique. Il me semble qu'il faudrait, pour que -l'enthousiasme puisse tre contagieux, la campagne pour -thtre, le soleil pour lumire, un rocher pour sige, une -lyre pour accompagnement, des vnements d'un intrt -gnral et rapproch pour sujets, enfin un peuple tout -entier pour auditoire: Corinne si l'on veut, Homre avant -tout! Mais un monsieur en frac, dans un petit salon de -Londres, devant quelques femmes qui cherchent s'chapper, -pour aller au bal, et quelques hommes, dont les -uns songent aux protocoles de la Belgique, et les autres -aux courses d'Ascot, ne sera jamais qu'une espce de -mannequin rimeur, fastidieux et dplac.</p> - -<p>Mme de Lieven m'a montr, hier, une lettre de M. de -Nesselrode, dans laquelle il se plaint du mauvais esprit -<span class="pagenum"><a id="Page_125"> 125</a></span> -tracassier et agitateur de lord Ponsonby, qui, ajoute-t-il, -fait enrager le pauvre Divan. L'amiral Roussin y est, comparativement, -trouv charmant.</p> - -<p>Dom Miguel est, dcidment, embarqu, et se rend -Gnes.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 15 juin 1834.</i>—A peine dom Pedro se sent-il -dlivr de la prsence de son frre, et point encore sous -les yeux des Corts, qu'il se hte de dtruire couvents, -moines et religieuses. Je ne sais si cela sera encore admir - Holland-House, mais cela me fait l'effet d'tre une folie -impie dont il pourrait bien ne pas tarder se repentir.</p> - -<p>Les Rothschild, qui prtendent tout savoir, sont venus -dire M. de Talleyrand, que le marquis de Miraflors -venait de partir pour Portsmouth, afin d'y offrir de l'argent - don Carlos, sous la condition qu'il signerait des -engagements semblables ceux accepts par don Miguel.</p> - -<p>M. Bignon, le jour o il a dn, avec M. de Talleyrand, -chez lord Palmerston, a dit au premier qu'il dsirait lui -parler, et, avec un air et un ton mystrieux et intime, il -lui a dit: Maintenant que j'ai dn chez lord Palmerston, -on ne dira plus Paris que je ne puis pas tre ministre. -Cette trange conclusion a t suivie de blmes indiscrets -contre le Cabinet franais, et d'un peu de surprise que -M. Dupin n'et pas fait M. de Talleyrand des ouvertures -du mme genre. Il faut convenir que rien ne saurait tre -plus prsomptueux que cet esprit, soit qu'il prenne la -forme doucereuse et souple de M. Bignon, soit qu'il revte -la forme doctorale et rude de M. Dupin.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_126"> 126</a></span> -<i>Londres, 16 juin 1834.</i>—A propos de M. Dupin, sa -mre tant morte, Clamecy en Nivernais, il y a quelque -temps, il a fait graver sur sa tombe: <i>Ci-gt la mre des -trois Dupin.</i></p> - -<p>Il y a d'assez bons contes ici sur lui et sur son cicerone, -l'aimable Piron. M. Ellice les menant un jour, tous -deux, voir je ne sais quelle curiosit de Londres, M. Dupin -dploya, dans la voiture, un grand mouchoir de poche, -carreaux, bien commun, et, aprs l'avoir tendu quelque -distance de son visage, il cracha dedans, en visant -assez juste le milieu du mouchoir. M. Piron lui dit alors, -tout haut, et avec un air fort capable: Monsieur, dans -ce pays-ci, on ne crache pas devant le monde.</p> - -<p>Le choix de M. Fergusson, pour une des places de -haute magistrature, donne de plus en plus une couleur -radicale au Cabinet anglais. Lord Grey, sans presque s'en -douter, est ainsi entran vers un abme, dans lequel le -pousse sa faiblesse et que ses instincts et ses tendances -naturelles repoussent. Lord Brougham se vante d'avoir -tout rajust; lord Durham dit, au contraire, que c'est lui -seul qui a dcid tous les nouveaux arrivants accepter, -probablement pour lui frayer la route. Celui-ci s'est, pour -le moment, retir dans sa villa, prs de Londres, d'o il -dit: J'ai fait des Rois et n'ai pas voulu l'tre.</p> - -<p>Le marquis de Conyngham est dsign, dit-on, pour -les Postes, sans entre au Conseil; c'est un choix de -socit dans lequel la politique semble tre hors de -cause.</p> - -<p>Au dner high-tory que le Lord-maire donne le 22 au -<span class="pagenum"><a id="Page_127"> 127</a></span> -duc de Gloucester, le duc de Richmond a accept d'tre -prsent. Le duc de Wellington, qui, depuis l'indigne conduite -de la Cit son gard en 1830, a jur de n'y plus -reparatre, s'est fait excuser, sans cacher son motif. -Pourtant, ce n'est plus le mme Lord-maire, et probablement -le Duc recevrait aujourd'hui un accueil trs flatteur, -mais enfin il a fait un serment et il veut le tenir.</p> - -<p>M. Backhouse, le sous-secrtaire d'tat au ministre -des Affaires trangres, a t envoy Portsmouth pour -prendre les ordres de l'infant don Carlos, sur tout ce qui -pourrait lui tre agrable, except cependant de lui offrir -de l'argent, cette rserve paraissant tre la seule manire -d'appuyer efficacement la ngociation du marquis de Miraflors, -qui, lui, est charg d'offrir l'Infant, de la part de -son gouvernement, une pension annuelle de trente mille -livres sterling, sous la condition de prendre des engagements -semblables ceux de dom Miguel. On suppose que -la misre absolue dans laquelle l'Infant, sa femme, ses -enfants, la duchesse de Bera, sept prtres et beaucoup de -dames, en tout soixante-douze personnes, qui sont bord -du <i>Donegal</i>, se trouvent rduits, et qui est telle qu'ils -n'ont pas de quoi changer de linge, rendra la ngociation -assez facile. On ne sait point encore quels sont les projets -de don Carlos, les uns disent qu'il veut se retirer en -Hollande, d'autres nomment Vienne, d'autres enfin parlent -de Rome; ce dernier projet parat tre particulirement -dsagrable au gouvernement actuel d'Espagne, -mais personne n'a le droit d'influencer ce choix.</p> - -<p>On attend, ici, assez prochainement, M. de Palmella, -<span class="pagenum"><a id="Page_128"> 128</a></span> -qui s'y annonce pour terminer des affaires personnelles, -mais on suppose assez gnralement que c'est pour aviser -aux moyens de se dbarrasser de dom Pedro dont les -absurdes folies ne satisfont personne. Ce serait alors le -moment de choisir un mari doa Maria da Gloria, et la -manire, peut-tre, de dbourrer cette jeune Princesse, -qui n'a, encore, que les allures d'un jeune lphant.</p> - -<p>Lord Palmerston, selon ses bonnes et courtoises habitudes, -avait envoy M. Backhouse Portsmouth, sans en -dire mot M. de Talleyrand, qui ne l'a appris que par le -bruit public. Cela a amen un petit bout d'explication -entre lord Grey et moi. Il faut convenir qu'il est impossible -d'tre meilleur, plus plein de candeur, de sincrit et -de bonnes intentions que lord Grey. Je suis sans cesse -touche de ses qualits d'homme et frappe de son incapacit -d'homme politique. Il a encore couru aprs moi, -sur son escalier, pour justifier lord Palmerston sur le fait -de toute mauvaise intention et pour me prier de l'excuser -prs de M. de Talleyrand. J'ai rpondu cela, par le vieux -dicton franais que l'enfer tait pav de bonnes intentions -et j'ai ajout en anglais: Well, I promise you to tell to -M. de Talleyrand that lord Palmerston is as innocent as -an unborn child, but I don't believe a word of it. Cela a -fait rire lord Grey, qui a pris le tout merveille de ma -part, ce qu'il fait toujours.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 17 juin 1834.</i>—Don Carlos n'a pas voulu -voir M. de Miraflors, il n'a reu que M. Backhouse, -auquel il a fait comprendre qu'il n'accepterait pas un -<span class="pagenum"><a id="Page_129"> 129</a></span> -cu condition de cder le plus petit de ses droits. Il a -charg M. Sampao, l'ancien consul de dom Miguel -Londres, de lui chercher une maison Portsmouth, o il -veut se reposer pendant quinze jours, puis de lui en trouver -une prs de Londres pour y passer quelque temps.</p> - -<p>Le gouvernement anglais attribue le refus de don -Carlos un crdit d'un million, qu'il croit tre sr que -l'Infant a trouv Londres chez M. Saraiva, l'ancien -ministre de dom Miguel en Angleterre: on prtend mme, -ce qui est peu vraisemblable, que ce crdit lui a t ouvert -par le duc de Blacas. L'vque de Lon, qu'on dit tre un -assez mauvais homme, mais habile, la faon d'un moine -espagnol, est avec l'Infant; c'est lui qui est le conseil et -l'me de cette cour fugitive.</p> - -<p>Le marquis de Conyngham, fils de la clbre favorite -de George IV, succde dcidment, la direction des -Postes, son beau-frre, le duc de Richmond; il est -jeune, beau, lgant, homme bonnes fortunes, recevant -et crivant plus de billets que de lettres; aussi dit-on qu'il -est le <i>Post-master general of the two penny Post</i>.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 18 juin 1834.</i>—Il y a toujours une grande -confusion, et un conflit de juridiction, dans toutes les -runions de dames, et malgr la prsidence de la duchesse-comtesse -de Sutherland, il y a eu bien des discussions -et des hsitations pour ce bracelet offrir Mme de Lieven. -Quelques dames se sont retires par conomie, -d'autres parce qu'elles n'taient pas directrices de l'affaire, -enfin, il en reste trente. Le choix des pierres et la faon -<span class="pagenum"><a id="Page_130"> 130</a></span> -de les monter ont t un autre chapitre difficile: point -d'opales, la Princesse ne les aime pas; pas de rubis, ils -sont trop chers; les turquoises viennent de Russie, ce -serait envoyer de l'eau la rivire; les amthystes de -mme; les saphirs, la Princesse en possde de superbes; -l'meraude peut-tre; mais non—mais oui—mais -cependant—pourquoi pas?—ce ne sera pas ce que je -croyais—le pridot n'est pas assez distingu; il faut -demander la Princesse elle-mme... C'est ce que l'on a -fait; voil le mystre vent, la surprise finie et une -grosse perle choisie.</p> - -<p>Vient ensuite la question plus dlicate, plus littraire, -celle de l'inscription ddicatoire. Ces dames tiennent ce -que les mots gravs soient en anglais; alors, en ma qualit -d'trangre, je me retire. On me tmoigne des -regrets obligeants; je persiste, comme de raison, et me -voil hors de cause. Je reste comme simple spectatrice et -je ne m'en amuse pas moins. On essaye de vingt rdactions -diffrentes, les potiques, les symboliques: les unes -veulent jouer sur l'image de la perle, et disent que la -perle a t choisie parce que la Princesse est la perle des -femmes, les autres trouvent que l'image ne serait pas -assez exacte pour l'adopter: on veut y mler un petit mot -adress aux talents politiques de la Princesse, ce qui fait -rappeler l'ordre. Il faut encore trouver un moyen de -rappeler les noms des donatrices sans blesser les autres -dames de la socit anglaise. Aussi on me consulte; je -rponds que je ne sais pas assez d'anglais pour avoir un -avis; on me demande ce que je mettrais si c'tait en franais, -<span class="pagenum"><a id="Page_131"> 131</a></span> -je le dis, et, de guerre lasse, on se dcide le traduire -en anglais et l'adopter. Ce sont quelques mots fort simples: -Testimony of regard, regret and affection presented -to the princess Lieven on her departure, by some -english ladies of her particular aquaintance. July 1834.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 19 juin 1834.</i>—Mme de Lieven, qui est -venue hier matin chez moi, et qui est dans une motion -toujours croissante mesure que son dpart approche, -emporte par l'espce de fivre qu'elle prouve, m'a dit -avec amertume qu'elle tait sre qu'il y avait, outre lord -Palmerston, une seconde personne soulage de son dpart, -et que c'tait le Roi d'Angleterre; qu'il s'tait refus -crire la lettre autographe qui, tout en mettant l'amour-propre -de son ministre couvert, aurait pu faire revenir -sur le rappel de M. de Lieven; que Palmerston avait -endoctrin le Roi sur les inconvnients qu'il y avait la -trop longue rsidence des ambassadeurs trangers sa -Cour; qu'ils y devenaient trop initis et y acquraient -mme une puissance relle et importante; bref, le Roi -est charm du dpart de Mme de Lieven, et elle en fait -honneur Palmerston, ce qui n'augmente pas son got -pour lui. Elle trouverait une consolation la pense de -l'abme qui s'ouvre sous ses pieds; en effet, le ministre, -tout entier, ne parat rien moins que solide, et le plus -branl d'entre ses membres est sans doute lord Palmerston. -Ses collgues n'en font plus grand cas. Lord Grey -convient qu'il parle mal aux Communes, le Corps diplomatique -dteste son arrogance, les Anglais le trouvent -<span class="pagenum"><a id="Page_132"> 132</a></span> -mal lev. Son seul mrite parat, aprs tout, ne consister -que dans une facilit remarquable parler et crire le -franais. Le dpart des Lieven, qui fait de la peine tout -le monde et trs certainement lord Grey, est si gnralement -attribu l'enttement impertinent de lord Palmerston, -que personne ne cherche dissimuler cette conviction, -pas mme les ministres, ses collgues. Aussi, -dans les nombreux dners et les runions d'adieu qu'on -offre aux Lieven, personne n'invite lord Palmerston; c'est -d'autant plus remarquable que lady Cowper est ncessairement -de tous. Il n'a pas laiss que d'en tre trs piqu, -surtout de la part de lord Grey. Celui-ci s'en est fait un -petit mrite prs de Mme de Lieven en lui disant: Vous -voyez, j'ai runi vos amis et j'ai vit Palmerston. La -pauvre lady Cowper a le reflet de toute l'humeur de lord -Palmerston; on dit qu'il la lui tmoigne rudement.</p> - -<p>Le duc de Saxe-Meiningen est arriv, sur l'invitation -du Roi, pour escorter la Reine, sa sœur, pendant son -voyage en Allemagne. Elle part, dit-on, le 4 juillet; le -Roi insiste pour que ce soit le 2: il est si trangement -press de ce dpart qu'il a arrang lui tout seul, que -beaucoup de gens croient qu'il ne laissera pas revenir la -Reine de sitt, et que personne ne doute du plaisir qu'il -anticipe reprendre la vie de garon. Tout le monde -tremble de ce qu'il va imaginer pour se divertir: le genre -de ses plaisirs, l'ordre des personnes qu'il y appellera, -tout cela donne penser aux gens comme il faut, et les -inquite. Il a, srement, de singulires fantaisies en tte, -puisque l'autre jour, dner, il a interpell tout haut un -<span class="pagenum"><a id="Page_133"> 133</a></span> -vieux amiral qu'il a beaucoup connu jadis, en lui demandant -s'il tait toujours aussi gaillard qu'il l'avait connu; -et l'amiral lui ayant rpondu que l'ge des folies tait -pass, le Roi a repris que, quant lui, <i>il comptait bien -s'y remettre</i>!</p> - -<p>C'est toujours un vnement pour moi que l'arrive -d'une lettre de M. Royer-Collard, d'abord parce que je lui -suis fort attache, puis parce qu'il dit beaucoup en peu de -mots, toujours d'une manire frappante, et avec un ton -qui n'appartient qu' lui et qui donne longtemps penser. -C'est ainsi que dans la lettre que je viens de recevoir, il y -a ceci plein de vrit et d'une malice de bon got: Il a -bien de l'esprit (c'est de Thiers dont il s'agit); il lui manque -du monde, et l'exprience que le monde donne, de la -gravit et quelques <i>principes</i>; en crivant ce mot, il me -vient l'esprit que vous me prendrez pour un <i>doctrinaire</i>, -ce serait bien injuste, car ils sont bien exempts de -<i>ce faible-l</i>.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 20 juin 1834.</i>—Des lettres tombes en -mains peu sres ont appris que le duc de Leuchtenberg, -fatigu de l'clat qu'avaient eu les projets de la sœur de la -duchesse de Bragance, pour lui faire pouser doa Maria, -priait la Duchesse d'y renoncer dsormais, parce qu'ils -avaient inspir trop de mfiance pour qu'ils puissent -russir; mais il engage, en mme temps, sa sœur, -songer leur jeune frre Max qui n'a pas veill de soupons, -et qu'il serait plus ais de faire arriver au but. -Maintenant que ce second projet est dvoil, il est probable -<span class="pagenum"><a id="Page_134"> 134</a></span> -que son excution sera aussi vivement contrarie que -l'a t la premire intrigue de cette ex-impratrice. On la -dit singulirement active et ambitieuse, sous des dehors -trs doux, trs agrables et surtout trs simples.</p> - -<p>La conversation ayant tourn, hier au soir, dans notre -salon, sur le caractre et la position de Mirabeau, j'ai -entendu M. de Talleyrand rpter un fait curieux: c'est -qu' la Restauration, ayant t, pendant la dure du gouvernement -provisoire, en possession des archives les plus -secrtes de la Rvolution, il y avait trouv la quittance en -rgle donne par Mirabeau de l'argent reu de la Cour. -Cette quittance tait motive et prcisait les services qu'il -s'engageait rendre. M. de Talleyrand a ajout que, -malgr cette transaction d'argent, il serait injuste de dire -que Mirabeau se ft <i>vendu</i>; que tout en recevant le prix -des services qu'il promettait, il n'y sacrifiait cependant -pas son opinion; il voulait servir la France, autant que le -monarque, et se rservait la libert de pense, d'action et -de moyens, tout en se liant pour le rsultat. D'aprs cela, -sans mriter le jugement extrme de bassesse et d'avilissement -que plusieurs ont port contre Mirabeau, on peut, -cependant, se permettre de trouver que son caractre -tait infiniment moins lev que son esprit. Il appartenait, -d'ailleurs, une mauvaise race; le pre, la mre, le -frre, la sœur, tous taient ou fous, ou mchants, ou -livrs mille turpitudes. Et cependant, malgr une dplorable -rputation, arrivant partout comme une espce de -forat libr, d'une laideur remarquable et habituellement -sans argent, quelle influence magique n'exerce-t-il -<span class="pagenum"><a id="Page_135"> 135</a></span> -pas? Elle est telle, que son souvenir mme l'exerce -encore; que cette prodigieuse organisation en impose; -que cette verve surabondante ravit et attache mme travers -les formes ennuyeuses et fatigantes dont on l'a -emmaillote, dans le livre que son fils adoptif vient de -faire paratre. L'authenticit des matriaux, l'abondance -des citations originales, et leur intrt merveilleux, -ddommagent souvent de la gaucherie et de la pesanteur -de la mise en œuvre.</p> - -<p>Il a d'ailleurs, pour moi, un mrite particulier, celui -d'clairer mon ignorance. Je n'avais qu'une ide trs -vague de Mirabeau, il tait rest voil pour moi qui connais -si imparfaitement la Rvolution franaise. Elle est -trop prs de moi, pour en avoir fait l'objet d'tudes historiques, -et elle ne m'a pas t assez contemporaine, pour -avoir appris la connatre pendant sa dure; quelques -rcits de M. de Talleyrand, les <i>Mmoires</i> de Mme Roland, -voil tout ce que j'en sais. D'ailleurs, j'ai une rpugnance -si vive pour cette dgotante et terrible poque, que je -n'ai jamais eu le courage d'y arrter ma pense, et que -j'ai presque toujours saut pieds joints l'abme qui -spare 1789 de l'Empire. Les <i>Mmoires</i> de M. de Talleyrand -auraient pu m'clairer sans doute, mais je me suis -trouve trop proccupe de l'individu pour bien saisir la -question gnrale. M. de Talleyrand, dans ses <i>Mmoires</i>, -apprend beaucoup mieux ce qui a amen la catastrophe -qu'il n'en donne les dtails. Il tait, d'ailleurs, hors de -France pendant les annes les plus critiques. Son sjour -en Amrique est un des pisodes les plus agrables de ses -<span class="pagenum"><a id="Page_136"> 136</a></span> -souvenirs; c'est, pour le lecteur comme pour lui-mme, -un temps de halte et de repos, qui met l'abri des horreurs -de la Convention et fait reprendre haleine avant -d'arriver aux bouleversements arms de l'Empire.</p> - -<p>M. de Talleyrand a ajout, au sujet de la quittance de -Mirabeau, que, la regardant comme un papier de famille -et ne se sentant pas en droit de la garder, il l'avait remise - Louis XVIII lui-mme et qu'il ignorait ce qu'elle tait -devenue.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 21 juin 1834.</i>—M. de Talleyrand avait plus -de cinquante-cinq ans lorsqu'il a commenc crire ses -<i>Mmoires</i> ou plutt un petit volume sur M. le duc de -Choiseul. Partant en 1809 pour les eaux de Bourbon-l'Archambault, -il demanda Mme de Rmusat de lui -prter un livre lire en route: elle lui donna l'<i>Histoire -du dix-huitime sicle</i>, par Lacretelle, ouvrage inexact et -incomplet. M. de Talleyrand, impatient des erreurs et de -l'ignorance qu'il y trouvait, mit les loisirs des eaux profit -pour tracer un tableau rapide, vrai et parfaitement vif et -anim d'une des poques particulirement dnatures par -Lacretelle. L'extrme plaisir que ce petit morceau fit aux -personnes qui en eurent connaissance et l'intrt que -M. de Talleyrand trouva l'crire, lui donnrent l'ide -de grouper les vnements subsquents autour d'un autre -personnage qu'il avait beaucoup connu; il fit alors son -morceau sur M. le duc d'Orlans, non moins curieux que -le premier, mais qu'il a, depuis, refondu aux trois quarts -dans ses propres <i>Mmoires</i>. Ceux-ci vinrent, tout -<span class="pagenum"><a id="Page_137"> 137</a></span> -naturellement, complter, par des souvenirs plus personnels -encore, les rcits des deux poques, dont l'une avait -vu prparer, et l'autre s'accomplir, la crise dans laquelle -M. de Talleyrand a pris sa place historique. C'est pendant -les quatre annes de sa disgrce prs de l'Empereur Napolon -qu'il a le plus, et j'ajouterais, le plus brillamment -crit. De 1814 1816, il n'a presque rien fait pour ses -<i>Mmoires</i>; plus tard, et jusqu'en 1830, il a revu, corrig, -ajout, complt; il a li son morceau sur Erfurth et un -autre sur la catastrophe d'Espagne, qui a conduit Ferdinand -VII Valenay, au corps principal de ses <i>Mmoires</i>; -il les a pousss jusqu'aprs la Restauration, mais toute sa -correspondance durant le Congrs de Vienne, dont les -originaux sont aux Affaires trangres, et qui forme un -curieux document, lui ayant t soustraite (c'est--dire les -copies), il s'est trouv sans matriaux et sans notes pour -cette poque intressante, et cela se sent parfois dans les -<i>Mmoires</i>.</p> - -<p>En gnral, il est fcheux que M. de Talleyrand n'ayant -jamais fait de journal ou pris des notes, et ayant la plus -monstrueuse incurie et ngligence pour ses papiers, se -soit trouv, le jour o il a voulu rassembler ses souvenirs, -sans aucun autre moyen de les retrouver et d'en suivre -exactement les dtails, que sa mmoire, fort bonne assurment, -mais ncessairement trop surcharge pour ne pas -laisser quelquefois des lacunes regrettables<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor"> [23]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_138"> 138</a></span> -J'ai souvent entendu M. de Talleyrand raconter des -anecdotes trs piquantes, qui sont omises dans ses -<i>Mmoires</i>, parce que, dans le moment o il crivait, il n'y -songeait plus. J'ai eu, moi-mme, le tort de ne pas les -crire mesure, et de m'en fier aussi ma seule mmoire -et la mmoire est souvent bien trompeuse pour soi-mme -et insuffisante pour les autres.</p> - -<p>M. de Talleyrand a fait, malheureusement, trop souvent, -et toute sorte de monde, la lecture de ses <i>Mmoires</i> -ou plutt de telle ou telle partie de ses <i>Mmoires</i>; il les a -dicts et fait recopier, tantt l'un, tantt l'autre: cela -en a publi l'existence et a veill l'inquitude politique -des uns, la jalousie littraire des autres; l'infidlit, la -cupidit ont spcul sur leur importance. On assure, et je -suis porte le croire, que plusieurs copies tronques et -envenimes par l'esprit libellique et haineux de ceux qui -les possdent, existent et doivent tre publies un jour; -ce serait un malheur, non seulement propos des mauvaises -passions que cela mettrait en jeu, mais aussi parce -que ces copies infidles teraient du mrite, de la nouveaut -et de la curiosit aux <i>Mmoires</i> authentiques, lorsqu'un -jour ils paratront. Ils seront comme dflors -d'avance.</p> - -<p>Je n'en connais pas de moins libelliques que ceux-ci. -Je ne dis pas qu'il ne s'y retrouve parfois de cette malice -fine et gaie, qui est si naturelle l'esprit de M. de Talleyrand, -mais il n'y a rien de mchant, rien d'insultant; -<span class="pagenum"><a id="Page_139"> 139</a></span> -moins de scandale que dans aucun crit de ce genre. Les -femmes, qui ont tenu cependant tant de place dans les -habitudes sociales de M. de Talleyrand, sont traites par -lui avec respect, ou au moins avec grce, mesure et indulgence. -On voit qu'il est rest reconnaissant du charme -qu'elles ont rpandu sur son existence; et si, un jour, les -hommes graves trouvent ces <i>Mmoires</i> incomplets pour -l'histoire, si les hommes curieux n'y trouvent pas toutes -les rvlations qu'ils y cherchaient, ils pourront peut-tre -en accuser l'insouciante paresse de M. de Talleyrand; mais -les femmes devront toujours lui savoir gr de cette retenue -de bon ton qui a refus l'insolence, la grossiret, au -cynisme des publicistes libelliques du temps actuel, de -nouvelles armes pour calomnier ou mdire.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 22 juin 1834.</i>—Sir Robert Peel, chez lequel -j'ai dn hier, me faisait observer que M. Dupin, qui y -dnait aussi, ressemblait bien plus un Amricain qu' un -Franais. C'est peu prs le plus mauvais compliment -qui puisse sortir de la bouche d'un Anglais bien lev! -Sir Robert Peel m'a paru tre tout particulirement <i>in -good spirits</i>. Le soin qu'il a mis me questionner sur les -membres du ministre franais, et insister sur son got -et son admiration pour M. de Talleyrand, m'a fait penser -qu'il pouvait bien y avoir l quelque ide d'tre bientt -en position d'avoir des affaires traiter directement avec -eux. J'ai demand sir Robert Peel s'il trouvait les -allures et le ton de discussion changs, depuis le Parlement -rform. Il m'a rpondu que oui, jusqu' un certain -<span class="pagenum"><a id="Page_140"> 140</a></span> -point; mais que ce qui le frappait surtout, c'tait le -manque absolu de talents nouveaux, dans cette nouvelle -mission de membres, dans la Chambre des Communes. -Il m'a sembl en tre au moins aussi satisfait que surpris; -il a, en effet, de fort bonnes raisons pour dsirer que les -anciennes clbrits parlementaires ne soient pas effaces.</p> - -<p>Sa maison est une des plus jolies, des mieux arranges, -des plus heureusement situes de Londres; pleine -de beaux tableaux, de meubles prcieux, sans faste, sans -ostentation; le meilleur got a prsid tout et ne laisse -percevoir aucune trace de l'obscure origine de sir Robert. -La modeste et noble figure de lady Peel, le calme et la -douceur de ses manires, les intelligentes figures de ses -enfants, le luxe des fleurs dont la maison est parfume, le -grand balcon d'o on domine la Tamise, d'o on aperoit -Saint-Paul et Westminster, tout ajoute l'ensemble -et le rend aussi agrable que complet. Hier, par une -belle soire, vraiment chaude, avec la double lumire -d'un beau clair de lune, et du gaz clairant tant d'difices -et de ponts, dont les arches se refltaient dans la rivire, -on pouvait se croire partout ailleurs que dans la brumeuse -Angleterre.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 23 juin 1834.</i>—Lord Clanricarde, gendre -de M. Canning, qui avait une place dans la maison du -Roi, a donn sa dmission, par humeur de n'avoir pas les -Postes, qu'on a donn lord Conyngham.</p> - -<p>Le grand dner conservatif de la Cit, d'avant-hier, a -<span class="pagenum"><a id="Page_141"> 141</a></span> -t remarquable surtout par la prsence du duc de Richmond -et sa rponse au Lord-maire, lorsque celui-ci a -port la sant du duc de Wellington et des nobles Pairs -prsents; le duc de Richmond a rpondu par une sorte de -profession de foi de son attachement <i>to Church and State</i>, -et, lorsque le Lord-maire a port la sant du comte de -Surrey, fils an du duc de Norfolk, membre de la -Chambre des communes, mais qui n'est pas conservatif et -qui est catholique, le Comte a rpondu qu'il avait la conviction -que la Chambre des communes ne se montrerait -pas moins zle que la Chambre Haute, pour le maintien -<i>de l'glise; oui, de l'glise et de l'ancienne constitution -du pays</i>. Les applaudissements ont t immenses.</p> - -<p>Il parat que tout tend, de plus en plus, rapprocher -M. Stanley de sir Robert Peel, et qu'on espre que cette -runion, qui est dj fort avance, amnera une dissolution -du Cabinet actuel; mais on ne veut pas de trop brusques -transitions, pour ne pas effaroucher John Bull, qui -n'aime pas les Cabinets de coalition.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 25 juin 1834.</i>—Il y a, chaque anne, dans -les grandes villes des Comts d'Angleterre, ce qu'on -appelle ici des <i>musical festivals</i>: on y excute, en gnral, -de grands oratorios; les artistes clbres, de tous les pays, -y sont appels et pays trs chrement. Ces ftes durent -plusieurs jours; tout le beau monde se rend des diffrents -points du Comt au chef-lieu; cela se passe dans les -glises, o on se rassemble le matin, et les soires sont -consacres des divertissements plus mondains. Ces -<span class="pagenum"><a id="Page_142"> 142</a></span> -ftes sont, aprs les courses de chevaux, ce qui attire le -plus de monde.</p> - -<p>A Londres, ce festival n'a lieu que tous les cinquante -ans: c'tait hier cet anniversaire. Toute la Cour y a t, -solennellement, et doit y retourner les trois autres jours. -Westminster tait rempli, et quoique moins imposant -qu'au couronnement du Roi, le coup d'œil tait cependant -fort brillant encore; les arrangements bien pris, point de -foule, ni d'embarras; c'tait trs bien. Le nombre des -musiciens tait norme: tant chanteurs qu'instrumentistes, -il y en avait sept cents. Mais, malheureusement, -l'glise de Westminster est si haute, et construite si en -opposition avec tout effet musical, que ce nombre prodigieux -de voix et d'instruments qui, disait-on, ferait -crouler l'difice, ne le remplissait mme pas assez. C'est -surtout pendant la premire partie de la <i>Cration</i>, de -Haydn, que c'tait extrmement sensible. Le <i>Samson</i>, de -Haendel, d'une cration plus large et plus puissante, convenait -mieux la circonstance. La <i>Marche funbre</i> m'a -fait beaucoup d'impression, et l'air de la fin, chant par -miss Stevens, avec accompagnement oblig de trompettes -admirablement excut, a t une belle chose. Mais le -grand tort, pour l'effet gnral, a t d'avoir plac les -chanteurs si bas, que leurs voix taient perdues, avant -d'avoir pu s'lever vers la vote, et d'y avoir trouv leur -point de rpulsion. Je crois, aussi, que l'orgue peut, seul, -suffisamment remplir les vastes cathdrales; tous les -orchestres du monde restent maigres, et hors du style -voulu, et j'ai regrett qu'on ne l'et pas employ hier, -<span class="pagenum"><a id="Page_143"> 143</a></span> -pour l'effet de l'ensemble, qui aurait t plus riche et -plus frappant. J'ai t jusqu' trouver quelque chose de -choquant cette musique de concert dans une glise; -cela m'a produit l'effet que pourrait faire un loge acadmique, -quelque noble et beau qu'il pt tre, en chaire, -la place d'une oraison funbre.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 24 juin 1834.</i>—M. de Talleyrand disait -hier, propos de quelques Franais: C'est prodigieux, -ce que la vanit dvore d'esprit. Il me semble que rien -n'est plus vrai, surtout dans l'application qu'il en faisait.</p> - -<p>On annonce M. de Talleyrand l'ordre du Sauveur, -de Grce, et celui du Christ, de Portugal. A l'occasion de -ce dernier, il m'a racont que, du temps de l'Empire, -lorsque les ordres pleuvaient sur lui de toutes parts, le -comte de Sgur, grand matre des crmonies, se montrant -un peu triste de n'en recevoir aucun, M. de Talleyrand -pria l'Empereur de lui permettre de donner M. de -Sgur celui du Christ, qu'il venait de recevoir; ce qui fut -fait, et la grande satisfaction de M. de Sgur, qui, -depuis, ne manquait jamais de se parer de son grand -cordon.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 2 juin 1834.</i>—Feu lord Castlereagh parlait -un franais trs original: il disait Mme de Lieven -que ce qui lui faisait trouver le plus de plaisir dans sa -conversation, c'est que son esprit devenait <i>liquide</i> prs -d'elle; et lui parlant, un jour, de l'union qui rgnait -entre les grandes puissances, il lui dit qu'il tait charm -<span class="pagenum"><a id="Page_144"> 144</a></span> -qu'elles fussent toutes <i>dans le mme potage</i>, traduction -un peu trop littrale de l'anglais, <i>in the same mess</i>!</p> - -<p>J'ai caus longtemps, hier, avec mon cousin Paul -Medem; il comprend fort bien les difficults de sa position, -qui commencent par les regrets si vifs qu'prouvent -M. et Mme de Lieven lui cder la place. Ce qui les -aplanira en partie, c'est la recommandation fort sage de -l'Empereur de Russie, de rester parfaitement tranger la -politique intrieure de l'Angleterre, de ne se faire ni -whig, ni tory; et, cette occasion, il m'a dit aussi que le -vrai motif qui l'avait fait prfrer Matuczewicz, pour -succder M. de Lieven, c'tait la couleur marque et -tranchante que celui-l avait pris en Angleterre, o il -avait fait de la politique anglaise comme John Bull lui-mme.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 28 juin 1834.</i>—Le Roi d'Angleterre est souffrant, -et la hte qu'il avait de voir partir la Reine s'est, -tout coup, change en un vif regret de son loignement. -Elle a fait alors l'impossible pour qu'il lui permt -de rester, mais le Roi a rpondu qu'il tait trop tard pour -changer d'avis, que tout tait prt, il fallait partir; que de -rester maintenant prterait mille conjectures fcheuses -qu'il fallait viter; d'ailleurs, a-t-il ajout, s'il y a -bientt quelque changement ministriel, il vaut mieux -que vous soyez absente, pour qu'on ne puisse pas dire, -comme on l'a fait il y a quelques annes, que vous m'aviez -influenc. Le Roi a dit, le mme jour, en parlant de ses -ministres: <i>I am tired to death by those people</i>, et, sur -<span class="pagenum"><a id="Page_145"> 145</a></span> -l'observation qu'il tait alors bien singulier qu'il les -gardt, il a rpliqu, avec assez de bon sens: Mais -lorsque, il y a deux ans, j'ai appel les <i>tories</i>, ils m'ont -plant l au bout de vingt-quatre heures et m'ont rejet -aux <i>whigs</i>; c'est ce qui ne doit pas arriver une seconde -fois; aussi ne ferai-je plus rien, ni pour ni contre, et je -les laisse se dbattre comme ils l'entendent. Et cela -n'arriverait plus comme la dernire fois, car c'est le refus -de sir Robert Peel d'entrer alors au ministre, qui a fait -chouer la combinaison; aujourd'hui, il est prt accepter -l'hritage, et le public assez bien prpar le lui voir saisir.</p> - -<p>Il est fort question de la guerre intestine du Cabinet. Il -parat que lord Lansdowne ne veut pas rester avec M. Ellice, -surtout aprs la dclaration faite par celui-ci, qu'il -partageait les principes de M. O'Connell. On dit aussi que -lord Grey ne s'arrange pas de M. Abercromby. Enfin, le -manque d'ensemble dans le Cabinet est sensible pour le -public, et je crois qu'il est assez habilement exploit par -le parti conservateur. Le prince de Lieven a prsent hier -Paul Medem lord Grey, qui s'est montr trs embarrass, -et qui, aprs un assez long silence, n'a trouv lui parler -que de la France, de M. de Broglie, de M. de Rigny, des -lections, etc., enfin, comme il aurait pu faire avec un -charg d'affaires de France; mais pour celui de Russie, -arrivant de Ptersbourg, c'tait vraiment trange. Lord -Grey a fait des loges excessifs de Broglie, et des questions -froides et dfiantes sur Rigny.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 29 juin 1834.</i>—Il est assez singulier que, -<span class="pagenum"><a id="Page_146"> 146</a></span> -dans les circonstances actuelles, lady Holland, qui a, du -reste, toujours fait profession d'amiti pour lord Aberdeen, -malgr la diffrence de leur politique, ait demand M. de -Talleyrand de le rencontrer, dner, chez elle!</p> - -<p>J'ai pris, hier, cong de la Reine: tout m'a sembl irrvocablement -fix pour son dpart.</p> - -<p>Don Carlos et sa suite sont tablis Gloucester-Lodge, -jolie maison situe dans un des faubourgs de Londres, -qu'on appelle Old Brompton. Cette maison, qui appartient -maintenant je ne sais qui, a t btie par la mre du duc -de Gloucester actuel, d'o lui vient le nom qu'elle porte. -Cette grande proximit de Londres, dans laquelle don -Carlos s'est plac, gne et embarrasse tous les membres -du Corps diplomatique, dont les Cours ont laiss dans le -vague les relations avec l'Espagne. Les signataires de la -Quadruple Alliance sont, ncessairement, hors de cause.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 30 juin 1834.</i>—Le marquis de Miraflors ne -fait pas de grands progrs dans le <i>dmen</i> du monde. -L'autre jour encore, il en a singulirement manqu: c'tait -chez le Chancelier, lord Brougham; il venait de causer -avec M. de Talleyrand qui, en se retournant pour s'en -aller, se trouva en face de Lucien Bonaparte. On se salue -et on se demande rciproquement, poliment, mais froidement, -des nouvelles l'un de l'autre. M. de Talleyrand allait -avancer pour se retirer, quand il se sent arrt par le ministre -d'Espagne qui, trs haut, demande l'ambassadeur -de France de le prsenter Lucien Bonaparte! Rien n'y -manque!</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_147"> 147</a></span> -Le duc de Wellington, que j'ai vu hier un concert en -l'honneur de Mme Malibran, m'a dit qu'il avait t le -matin chez don Carlos, avec lequel il avait eu une trs -trange conversation. Il n'a pas pu me la raconter, cause -de tout ce qui nous entourait et nous coutait, mais il m'a -dit cependant que rien n'galait la salet, la pauvret et -le dsordre de ce Roi et de cette Reine d'Espagne et des -Indes! Cela tonnait d'autant plus le Duc, qu'ayant trouv -de l'argent ici, ils auraient bien pu acheter quelque peu de -linge et de savon. Le Duc ne m'a dit, de leur conversation, -que ceci: c'est que, d'abord, il leur avait dit la vrit, ce -que le Duc fait toujours, et qu'ayant rencontr l un prtre, -il lui avait dit: Voyez-vous, le bon Dieu fait srement -beaucoup pour ceux qui l'invoquent, mais il fait encore -plus pour ceux qui font quelque chose eux-mmes pour -leur propre service. Le prtre n'a rien rpondu, si ce -n'est qu'ils avaient un proverbe espagnol qui disait la -mme chose.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 1<sup>er</sup> juillet 1834.</i>—Nous avons reu hier la -nouvelle de la mort de Mme Sosthne de La Rochefoucauld, -vnement qui prouve que j'ai raison de soutenir qu'il n'y -pas de malades imaginaires. En effet, rien n'est si ennuyeux -et si fatigant pour soi-mme que de s'observer, de -se priver et de se plaindre; comment, la longue, jouer un -pareil rle, sans y tre condamn par quelque avertissement -intrieur et douloureux? Mais il y a deux choses que -le monde conteste toujours: ce sont les chagrins et les -souffrances d'autrui, tant on craint d'tre oblig de plaindre -<span class="pagenum"><a id="Page_148"> 148</a></span> -et de soigner; il est plus commode de nier un fait que -de lui porter un sacrifice. J'ai pass ma vie entendre -grogner contre Mme Sosthne; on l'appelait une langoureuse, -une plaignante, qui, au fond, tait forte comme un -Turc. Lorsqu'on n'a pas les apparences dlicates, et mme -souvent lorsqu'on les a, il faut mourir pour qu'on consente - croire que vous tiez rellement malade. Le monde ne -vous gratifie que trop de sa curiosit, de son indiscrtion, -de ses jugements tmraires et calomnieux, mais sa compassion, -comme son indulgence, n'arrive qu'aprs coup -et lorsque vous n'en avez plus que faire.</p> - -<p>M. de Montrond parle de retourner Louche pour -mettre sa pauvre machine dans une piscine, dans laquelle -il ne serait pas mal de plonger aussi son me, si faire se -pouvait. Il a fait <i>fiasco</i> ici ce voyage, bien plus encore -que l'anne dernire. Quand on se survit soi-mme, -comme fortune, sant, esprit et agrment, et qu'il ne reste -pas mme un peu de considration, comme reflet du pass -qui vous chappe, on offre le plus dplorable spectacle. Je -disais un jour M. de Talleyrand, qu'il me semblait qu'il -ne restait plus M. de Montrond qu' se brler la cervelle: -il me rpondit qu'il n'en ferait rien, parce qu'il -n'avait jamais pu s'imposer la moindre privation, et qu'il -ne s'imposerait pas plus la privation de la vie que toute -autre.</p> - -<p>Mme de Montrond, qui avait divorc d'avec son premier -mari<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor"> [24]</a> pour pouser M. de Montrond, me racontait un -<span class="pagenum"><a id="Page_149"> 149</a></span> -jour, aprs son second divorce, et lorsqu'elle avait repris -son nom d'Aime de Coigny, que, se promenant, une fois, -en phaton avec M. de Montrond qui conduisait lui-mme, -elle admirait ses deux jolis chevaux anglais, louait la promenade, -la voiture, le conducteur: Quel triste plaisir, -reprit-il, c'est par deux jeunes tigres qu'il faudrait se -faire traner; les exciter, les dompter et les tuer ensuite. -C'est bien l le langage d'une nature insatiable.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 2 juillet 1834.</i>—La Reine part dcidment -le 5; elle s'embarque sur le yacht <i>Royal-George</i>, que -l'on va voir, par curiosit, ainsi que deux superbes bateaux - vapeur destins remorquer au besoin le yacht de la -Reine. Tout le Yacht-Club doit l'escorter, ce qui couvrira -la mer du Nord d'une charmante petite flottille. La Reine -doit dbarquer Rotterdam, dans la journe du 6, et aller -incognito le mme soir chez sa sœur, la duchesse de Weimar, -qui habite dans les faubourgs de la Haye. Je sais que -le prince d'Orange doit s'y trouver, comme par hasard; -la princesse d'Orange est en Allemagne chez sa sœur.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 3 juillet 1834.</i>—Lord Grey est devenu -extrmement irritable et nerveux: hier, dner, chez lord -Sefton, il tait, comme on dit ici, tout fait <i>cross</i>, parce -qu'on dnait plus tard que de coutume, parce que lady -Cowley, personne spirituelle et causante, mais grande -<i>tory</i>, tait l, et parce qu'enfin tout le monde tait trs -par pour aller au bal du duc de Wellington. Il est vraiment -singulier qu'un homme de la position leve et du -<span class="pagenum"><a id="Page_150"> 150</a></span> -trs noble caractre de lord Grey, soit aussi sensible des -petitesses, et d'une susceptibilit nerveuse aussi purile.</p> - -<p>Le duc de Wellington a donn un fort beau bal, magnifique, -brillant et trs bien ordonn. Chacun avait fait de -son mieux pour ne pas le dparer, et il m'a paru qu'on y -avait russi.</p> - -<p>M. Royer-Collard m'crit ceci: L'aspect des lections -est trompeur; elles sont en ralit beaucoup moins ministrielles -qu'elles ne le paraissent; la prochaine session -sera laborieuse; le Ministre s'y attend. Le grand nombre -des coalitions est un symptme trs grave. Quelle doit -tre la violence des haines qui ont form cette alliance! -Plus bas, il dit ceci: On sait peu prs ce que dira ou -fera une personne connue, dans des circonstances donnes: -M. Dupin chappe cette divination. La tmrit de -ses paroles ne se peut prvoir; elle est ici la mme qu' -Londres, et elle rend impossible qu'il arrive jamais aux -affaires.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 4 juillet 1834.</i>—La Reine a dit l'autre jour -quelque chose qui a paru assez ridicule la personne -laquelle elle l'a dit et que je comprends, moi, merveille, -probablement de par l'<i>allemanderie</i>, comme dirait M. de -Talleyrand. Elle disait donc que, pendant les seize heures -qu'elle a passes la semaine dernire l'abbaye de Westminster, -durant les grands oratorios qu'on y a excuts, -elle avait eu plus de temps et de recueillement pour rflchir -sur sa position et faire des retours sur elle-mme -qu'elle n'en avait dans l'habitude de sa vie, et qu'elle en -<span class="pagenum"><a id="Page_151"> 151</a></span> -avait retire et fait des dcouvertes: qu'elle avait trouv, -par exemple, qu'elle tait plus attache au Roi qu'elle ne -le savait peut-tre elle-mme, qu'elle se croyait aussi plus -ncessaire son mari qu'elle ne l'avait suppos, et qu'elle -avait compris, enfin, que sa vraie et seule patrie tait -dsormais l'Angleterre; que tout cela lui rendait son dpart -particulirement pnible, mais qu'elle avait cependant une -consolation: c'tait de penser que le Roi serait d'autant -plus dispos seconder un changement de ministre, -qu'on ne pourrait pas supposer qu'il cdt son influence - elle. Il y a beaucoup, et peut-tre un peu trop de sincrit -dans de pareilles ouvertures de cœur, mais en elles-mmes, -je trouve toutes ces penses trs naturelles, et je -comprends parfaitement qu'elles aient t inspires par -les lieux et les circonstances indiqus plus haut.</p> - -<p>Du reste, le Roi, de son ct, donne aussi d'assez tranges -explications de ses regrets du dpart de la Reine, qui -deviennent, de moment en moment, plus vifs. C'est ainsi -qu'il disait hier Mme de Lieven: Je ne pourrais jamais -vous faire comprendre, Madame, tous les genres d'utilit -dont la Reine est pour moi. La rdaction est bizarre et -pas mal ridicule. Le Roi a une goutte molle dans les -mains, qui lui en rend l'usage difficile, l'empche de -monter cheval, souvent d'crire, le fait beaucoup souffrir -quand il est oblig de donner un grand nombre de -signatures, et le rend, pour les dtails les plus intimes, -dpendant de son valet de chambre. Tous ses beaux projets -de reprendre la vie de garon et de se divertir tort -et travers, il n'en est plus question, et si peu, que le Roi -<span class="pagenum"><a id="Page_152"> 152</a></span> -a fini ses panchements Mme de Lieven en lui disant -qu'aussitt la Reine partie, il allait s'tablir Windsor, -pour n'en pas sortir, et y vivre en ermite, jusqu'au retour -de la Reine.</p> - -<p>Le dpart de cette Princesse, qui a lieu demain matin - Wolwich, sera vraiment magnifique, puisque, outre son -vaisseau, les deux grands bateaux vapeur et tout le Yacht -Club, le Lord-maire, avec toutes les corporations de la -Cit, dans leurs barges de gala, accompagneront la Reine, -pour lui faire honneur, jusqu' l'endroit de la rivire o -la juridiction finit. On dit aussi qu'une flottille hollandaise -doit venir sa rencontre.</p> - -<p>Almacks, le clbre Almacks<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor"> [25]</a>, qui depuis vingt ans -fait le dsespoir du petit monde, l'objet de l'mulation et -des dsirs de tant de jeunes personnes de la province; -Almacks, qui donne ou refuse le brevet de la mode; -Almacks, gouvernement absolu par excellence, modle du -despotisme et du bon plaisir de six dames les plus exclusives -de Londres; Almacks, comme toutes les institutions -modernes, porte en lui le germe de sa destruction. Aprs -le relchement dans sa police intrieure, est venue une -violation de ses privilges, puisque le duc de Wellington -a os donner un bal le mercredi, jour sacr, vou exclusivement - Almacks; et enfin la dsunion et les conflits de -juridiction s'tant levs dans le <i>Conseil des six</i>, nous -sommes menacs de voir crouler, avec la Constitution de -<span class="pagenum"><a id="Page_153"> 153</a></span> -l'tat et celle de l'glise, si branles en ce moment, cet -Almacks o les jeunes personnes trouvaient des maris, les -femmes un thtre pour leurs prtentions, les romanciers -les scnes les plus piquantes de leurs rcits, les trangers -leurs donnes sur la socit, et tout le monde enfin un -intrt plus ou moins avouable pendant la saison par excellence.</p> - -<p>C'est lady Jersey qu'on accuse d'avoir t l'esprit subversif. -Les chefs d'accusation contre elle sont nombreux: -s'tre refuse l'admission de nouvelles patronnesses, -qui, plus jeunes et plus gaies que les anciennes, auraient -ranim la mode qui plit; avoir donn avec une facilit -trs coupable des billets des gens peu lgants; avoir -soustrait ses listes l'investigation de ses collgues, et, -aprs avoir elle-mme introduit du pauvre monde ces bals, -les avoir dcris; ne s'y tre plus rendue elle-mme, malgr -sa qualit de patronnesse; avoir dcid le duc de Wellington - donner une fte un mercredi; avoir voulu forcer -les autres patronnesses remettre Almacks un autre -jour; et enfin, non contente d'avoir boulevers ainsi toutes -les traditions les plus sacres de l'institution, d'avoir crit -un billet, ou plutt un manifeste arrogant et ridicule, la -spirituelle lady Cowper, pour se plaindre qu'au mpris de -ses intentions, Almacks et eu lieu concurremment avec -le bal du duc de Wellington, et pour menacer le Comit -de son indignation et de sa retraite! On s'attend qu' la -premire runion de ces dames, il y aura un beau tapage -fminin. J'avoue que s'il y avait l une tribune pour le -public, j'y porterais ma curiosit.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_154"> 154</a></span> -Il faut convenir que lady Jersey porte l'aveuglement de -sa vanit au del de toutes les bornes: un manque complet -d'esprit, une origine bourgeoise<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor"> [26]</a>, des richesses mal -gouvernes, un mari trop doux, une beaut plus conserve -que parfaite, une sant inaltrable, une activit fatigante, -lui ont persuad qu'elle avait assez d'argent pour se passer -toutes ses fantaisies, assez de beaut pour dsesprer ou -combler les dsirs de tous les hommes qui l'environnent, -assez d'esprit pour gouverner le monde, et assez d'autorit -pour tre toujours, partout et sans concurrence, la premire, -dans la faveur des Princes, dans la confiance des -hommes d'tat, dans le cœur des jeunes gens, dans l'opinion -mme de ses rivales. Elle se croit une existence -incontestable en supriorit, qui rendrait la modestie -oiseuse et la ferait paratre de l'hypocrisie; aussi elle s'en -dispense parfaitement. Elle parle de sa beaut, qu'elle -dtaille avec complaisance, comme de celle de la fameuse -Hlne des Troyens; son esprit, sa vertu, sa sensibilit, -tout a son tour; sa pit mme arrive correctement le -dimanche et finit le lundi; sans mesure, sans esprit, sans -gnrosit, sans bienveillance, sans grce, sans droiture, -sans dignit, elle est moque ou dteste, vite ou redoute; - mon gr, une mauvaise personne pour le cœur, une -sotte personne pour l'esprit, une dangereuse personne -pour le caractre, une fatigante personne pour la socit, -mais au demeurant, comme on dit, la meilleure fille du -monde.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_155"> 155</a></span> -<i>Londres, 6 juillet 1834.</i>—Les dmentis un peu rudes -qui ont t changs la Chambre des Communes entre -M. Littleton, secrtaire pour l'Irlande, et M. O'Connell, -n'ont pas eu bien bonne grce et ont mis l'indiscrtion -du premier et le manque de dlicatesse du second fort au -jour! On s'attendait qu'aprs de pareilles scnes, il y -aurait une petite explication arme entre les deux champions, -et que M. Littleton donnerait sa dmission ou serait -congdi. Mais l'piderme politique n'est ni bien fin ni -bien sensible; le calus se forme trop vite dans les habitudes -parlementaires; l'ambition et l'intrigue dtrnent -promptement toute dlicatesse, parfois tout honneur.</p> - -<p>M. Stanley, dans l'ternelle question du clerg d'Irlande, -a fait encore un grand discours avant-hier, et pour le coup -en cassant les vitres, et en jetant le gant au ministre, -dont il faisait nagure partie. C'tait si naturel prvoir -que je me suis merveille de la niaiserie des ministres et -de leurs amis, qui soutenaient, perdre haleine, que -M. Stanley resterait leur ami et leur dfenseur, aprs sa -retraite comme avant. Comme s'il n'y avait d'autres -liens parmi les hommes politiques que celui d'une ambition -commune!</p> - -<p>Le ministre de Naples a cru devoir se rendre chez don -Carlos prs duquel il a t appel, mais bien dcid ne pas -prjuger les intentions de sa Cour et ne donner don -Carlos que le titre de Monseigneur; mais, arriv -Gloucester-Lodge, il a t solennellement introduit auprs -du Prince, qui se tenait debout, au milieu de toute sa Cour, -les Princesses ses cts, si noires, si laides, avec des -<span class="pagenum"><a id="Page_156"> 156</a></span> -yeux si africains, que le pauvre vieux Ludolf s'est troubl -et qu'entendant tout le monde crier <i>le Roi</i> et voyant ces -quatre terribles yeux noirs de btes froces fminines se -fixer sur lui avec fureur, il a cru que, s'il se bornait au -Monseigneur, il verrait son heure dernire, ce qui lui -a fait donner du <i>Roi</i> et de la <i>Majest</i> tour de bras, heureux -d'tre chapp sain et sauf de cette tanire!</p> - -<p>La princesse de Lieven nous a fait passer une trs -agrable journe, hier, la campagne. La socit tait de -bonne humeur et de bon got: la Princesse, lady Clanricarde, -M. Dedel, le comte Pahlen, lord John Russell et -moi. Le temps tait superbe, deux pluies d'orage prs, -que la compagnie a prises en bonne humeur. Nous avons -dn Burford-Bridge, jolie petite auberge au pied de -Box-Hill, que la chaleur ne nous a permis de gravir qu' -moiti. Nous avons aussi visit <i>the Deepdene</i><a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor"> [27]</a>, campagne -de M. Hope, qui mrite bien son nom: la vgtation -est belle, mais le lieu est bas et triste; la maison a des -prtentions gyptiennes grotesques et laides.</p> - -<p>Denbies<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor"> [28]</a> M. Denison, o nous avons t ensuite, est -admirable de position; la vue est riche et varie, mais la -maison est peu de chose, du moins l'extrieur. Tout ce -ct-l est assez pittoresque et mme beaucoup pour tre -si prs d'une grande ville comme Londres. La partie -sans contredit fut agrable, et le souvenir m'en plat.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_157"> 157</a></span> -<i>Londres, 7 juillet 1834.</i>—Le duc de Cumberland -annonce l'intention d'aller chez don Carlos, ce qui dplat -fort au Roi. Le duc de Gloucester en serait tent aussi, -mais il n'a pas voulu y aller sans prvenir le Roi, qui l'a -pri de n'en rien faire.</p> - -<p>Voici exactement ce qui s'est pass entre l'infant don -Carlos et le duc de Wellington. L'Infant avait d'abord -envoy l'vque de Lon au Duc, auquel il a paru un gros -prtre assez commun, mais avec plus de bon sens que le -reste de la compagnie. L'vque a engag le Duc venir -voir son matre et lui donner ses avis. Le Duc a dclin -de donner des avis sur une position dont les dtails et les -ressources lui taient inconnus, mais il n'a pas cru pouvoir -refuser d'aller chez don Carlos. Il y a t, et le singulier -dialogue suivant s'est pass entre eux:</p> - -<p><span class="cap1">D</span><span class="smallc1">ON</span> <span class="cap1">C</span><span class="smallc1">ARLOS</span>.—Me conseillez-vous d'aller, par mer, -rejoindre Zumalacarreguy en Biscaye?</p> - -<p><span class="cap1">D</span><span class="smallc1">UC</span> de <span class="cap1">W</span><span class="smallc1">ELLINGTON</span>.—Mais avez-vous les moyens de -vous y transporter? (<i>Point de rponse...</i>) Avez-vous un port -de mer vous, o vous soyez sr de pouvoir dbarquer?</p> - -<p><span class="cap1">D. C.</span>—Zumalacarreguy m'en prendra un.</p> - -<p><span class="cap1">D.</span> de <span class="cap1">W</span>.—Mais, pour cela, il lui faudra quitter la -Biscaye. Et d'ailleurs, n'oubliez pas que, d'aprs le Trait -de la Quadruple Alliance, l'Angleterre ne vous laissera pas -reprendre la route d'Espagne, puisqu'elle s'est engage -vous expulser de ce pays.</p> - -<p><span class="cap1">D. C.</span>—Eh bien! j'irai par la France.</p> - -<p><span class="cap1">D.</span> de <span class="cap1">W</span>.—Mais la France a pris les mmes engagements.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_158"> 158</a></span> -<span class="cap1">D. C.</span>—Que ferait donc la France si je la traversais?</p> - -<p><span class="cap1">D.</span> de <span class="cap1">W</span>.—Elle vous arrterait.</p> - -<p><span class="cap1">D. C.</span>—Quel effet cela ferait-il auprs des autres puissances?</p> - -<p><span class="cap1">D.</span> de <span class="cap1">W</span>.—Celui d'un Prince aux arrts.</p> - -<p><span class="cap1">D. C.</span>.—Mais s'il y avait un changement de ministre, -ici, on me rtablirait en Espagne.</p> - -<p><span class="cap1">D.</span> de <span class="cap1">W</span>.—Beaucoup d'intrigants, et du plus haut -rang, chercheront vous le persuader, et je ne puis trop -vous prmunir contre de semblables illusions. L'Angleterre -a reconnu Isabelle II et ne peut plus revenir sur cette reconnaissance, -ni sur les engagements pris par le trait. Je -vous dis, peut-tre, des choses dsagrables, mais je crois -que c'est le plus grand service vous rendre. Je connais -bien ce pays-ci; vous n'avez rien en attendre. Je suis -mme tonn que vous l'ayez choisi pour votre rsidence -aprs le trait que mon gouvernement a sign. Vous -seriez, ce me semble, beaucoup d'gards, infiniment -mieux en Allemagne. Je ne connais pas la force de votre -parti en Espagne, ni ses chances de succs; mais je ne -crois pas qu'il vous vienne jamais d'quitables et efficaces -secours que de l'Espagne elle-mme.</p> - -<p>Telle est cette conversation qui m'a paru trs curieuse, -parce qu'elle tmoigne de l'trange ignorance de l'un, et -de la simple droiture de l'autre. Le Duc a t extrmement -frapp de l'espce de crtinisme de ce malheureux -Prince, qui n'a rien su, rien appris, rien compris; qui n'a -ni dignit, ni courage, ni adresse, ni intelligence, et qui -semble rellement tre la dernire marche de l'chelle -<span class="pagenum"><a id="Page_159"> 159</a></span> -humaine. On dit que les Princesses, les enfants, tous ceux -enfin qui sont autour de lui, sont peu prs de la mme -sorte. Cela fait beaucoup de piti.</p> - -<p>Le duc de Wellington ne croit pas au million envoy -par M. de Blacas; il pense que c'est plutt le clerg espagnol -qui aura envoy quelque argent.</p> - -<p>J'ai dit au Duc que j'avais vu beaucoup de personnes -extrmement curieuses de savoir quel titre il avait donn - don Carlos, lorsqu'il avait t chez lui; il m'a dit alors: -Vous voyez, par ce que je viens de vous raconter, que -je pourrais faire imprimer la conversation que j'ai eue -avec ce Prince: elle n'a rien de choquant pour personne. -Du reste, cette curiosit me rappelle celle qu'avaient tous -les Espagnols, pendant la guerre de la Pninsule, de savoir -de quelle manire je qualifiais Joseph Bonaparte, lorsque -je communiquais avec lui, ce qui m'arrivait souvent. Ses -correspondances franaises taient souvent interceptes, -et on me les apportait; elles contenaient beaucoup d'informations -qu'il ne fallait pas qu'il ret, mais il s'y trouvait -aussi des nouvelles de sa femme et de ses enfants -dont je n'aurais pas voulu le priver, et que je lui faisais -passer par les avant-postes franais. J'crivais alors au -gnral franais et je lui disais: Faites savoir au Roi -que sa femme, ou sa fille ane, ou sa fille cadette, va -mieux, ou moins bien; qu'elles sont parties pour la -campagne, ou autres choses semblables; je ne disais -jamais <i>Roi d'Espagne</i> et j'adressais mes messages des -gnraux franais, mais non des gnraux espagnols -josphinos. Ainsi, il n'y avait, dans ce titre de Roi, aucune -<span class="pagenum"><a id="Page_160"> 160</a></span> -reconnaissance infrer. C'tait une politesse et voil -tout: elle ne pouvait tirer consquence. Le Duc m'a -laiss ainsi mes propres conclusions sur la manire -dont, en voyant don Carlos, il l'a nomm.</p> - -<p>Tous ces pauvres Espagnols ont t hier au Grand -Opra, o ils ont, comme de raison, excit une grande -curiosit!</p> - -<p>On me mande, de Paris, qu'on y est en enfantement -d'un gouverneur d'Alger. Le marchal Soult voudrait y -envoyer un marchal de France, d'autres veulent un personnage -de l'ordre civil pour y placer le duc Decazes qui -le demande cor et cri et auquel Thiers, notamment, -l'a promis. C'est assez drle, un favori de Louis XVIII se -rabattre sur Alger! Je me souviens d'un temps o on songeait -aussi le transporter fort loin, et o Alger, avec son -dey, son esclavage et son cordon, aurait paru une assez -bonne combinaison au Pavillon Marsan. Oh! les drleries, -les singularits, les contrastes, les catastrophes, n'ont pas -manqu dans les annes que j'ai vues se succder, et dont -le nombre me parat souvent doubl et tripl, quand je -songe l'immensit de faits accomplis, de destines -dtruites, de bouleversements et de rdifications qui les -ont signales.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 8 juillet 1834.</i>—Le ministre anglais ne -sait ni vivre ni mourir. Chaque jour dmolit une partie de -l'difice; il est impossible que le Cabinet ne se sente pas -branl dans ses fondements et cependant, contre toutes -les traditions parlementaires, il reste en dpit des dmentis, -<span class="pagenum"><a id="Page_161"> 161</a></span> -des indiscrtions, des petites lchets des uns, des -petites trahisons des autres. Les faussets royales mme -ne manquent pas; les conservateurs sont prts recueillir -une succession que tout leur promet, mais dont ils aiment -mieux hriter par voie de douceur que de l'arracher aux -mourants. En attendant, rien ne se fait, rien ne se dcide, -et le public tonn regarde, attend et ne comprend pas. -Lord Althorp annonce que M. Littleton a offert sa dmission -qui n'est point accepte par lord Grey; celui-ci nie -telle dclaration du Cabinet, que le duc de Richmond -dclare avoir t prise, chose qu'il affirme, ajoute-t-il, -avec la permission mme du Roi. Cet incident singulier -devrait, naturellement, amener quelque solution grave, si -les choses se passaient encore suivant les anciennes habitudes -du Parlement, mais aujourd'hui, on ne s'attend plus -qu' quelque pauvre repltrage entre les ministres. Pendant -qu'on les voit ainsi marchander leur existence au -dedans, on voit lord Palmerston trancher premptoirement -toutes les questions du dehors, refuser aux uns des -explications, ne pas couter celles des autres, ne cder -aux avis de personne, inquiter, irriter tout le monde; ce -n'est, assurment, pas le cas de dire avec Jean Huss, qui -allant au supplice et voyant une pauvre vieille femme -courir avec un zle aveugle, et, pour la gloire de Dieu, -jeter un fagot de plus sur le bcher o il devait tre -brl, s'cria: <i>Sancta simplicitas!</i></p> - -<p>A propos de lord Palmerston, et de sa rputation parmi -ceux-l mme qui ont un certain besoin de lui, je citerai -le dire de lord William Russell, le plus tranquille et le -<span class="pagenum"><a id="Page_162"> 162</a></span> -plus modr des hommes. Mme de Lieven lui exprimant -le dsir de le voir bientt ambassadeur Ptersbourg: -Assurment, rien ne serait plus heureux et plus brillant -pour ma carrire, et cependant, si lord Palmerston y pensait, -je refuserais; car il ne lui faut pas des agents clairs -et vridiques, mais des gens qui sacrifient la vrit ses -prventions. Tout langage, toute opinion indpendante -l'irrite, il ne songe alors qu' se dfaire de vous et vous -perdre. Ma manire de voir, Lisbonne, n'ayant pas t -la mme que la sienne, il a cherch nuire la rputation -de ma femme, et si, de Ptersbourg, je lui donnais -d'autres renseignements que ceux qui lui conviennent, il -dirait tout simplement que je suis achet par la Russie et -essayerait ainsi de me dshonorer. Un <i>gentleman</i> ne peut -jamais, la longue, consentir traiter des affaires avec -lui.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 9 juillet 1834.</i>—Paul Medem nous disait, -hier, que rien n'tait si trange que l'excs du got -du duc de Broglie, lorsqu'il tait ministre, pour lord -Granville. La prfrence donne l'ambassadeur d'Angleterre, -sur tout le reste du Corps diplomatique, dans les -circonstances donnes, paraissait simple; cependant, cette -prfrence tait non seulement exclusive, mais inquite, -jalouse, absorbante; elle tait devenue ridicule, gnante -et souvent nuisible.</p> - -<p>Un autre fait qui n'a pas sembl moins trange, c'est -que, le lendemain du jour o M. de Broglie est sorti du -ministre, faisant sa tourne d'ambassadeurs, et leur -<span class="pagenum"><a id="Page_163"> 163</a></span> -expliquant les motifs de sa retraite, il ajoutait chacun, -pour adoucir ce qu'il supposait, tort, tre un regret pour -eux, que sa pense et son systme ne restaient pas moins -personnifis dans le Cabinet, par son lve, M. Duchtel, -qu'il y avait fait entrer, aprs l'avoir initi aux grandes -affaires qu'il ne quitterait plus dsormais, et l'avoir form - tre un homme d'tat de premire distinction. Ce legs, -si pompeusement annonc, n'a pas sembl d'aussi grande -importance aux hritiers qu'au testateur.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 10 juillet 1834.</i>—Le <i>Times</i> m'a appris, -hier, qu'aprs avoir demand l'ajournement de plusieurs -lois la Chambre des Lords, et avoir runi un conseil fort -prolong, lord Grey et lord Althorp avaient remis leurs -dmissions au Roi qui les avait immdiatement acceptes<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor"> [29]</a>.</p> - -<p>Je suis partie, ne sachant rien de plus, et je suis alle -avec la duchesse-comtesse de Sutherland et la comtesse -Batthyny, passer la matine Bromley-Hill, ravissante -maison de campagne, o lord Farnborough, ancien ami -de M. Pitt, vit habituellement, uniquement occup de cette -charmante demeure, belle par sa situation, ses beaux -ormes, ses fleurs, ses eaux superbes, son bon got parfait, -<span class="pagenum"><a id="Page_164"> 164</a></span> -et un soin extrme. Nous avons t ravis de ce charmant -tablissement, et c'est avec regret que nous sommes -rentrs dans la fume et la politique de Londres.</p> - -<p>On n'y savait rien de plus sur le grand vnement du -jour, si ce n'est le simple fait du message du Roi lord -Melbourne, sans qu'on et encore rien appris sur ce qui -s'tait dit entre le Roi et lui. Nous avons t le soir chez -lord Grey que nous avons trouv en famille. Ses enfants -m'ont paru abattus, sa femme en irritation, lui seul gai, -simple, amical, avec ce maintien plein de noblesse et de -candeur qui lui est propre, et qui a quelque chose de fort -touchant. Il nous a dit, trs naturellement, qu' travers -une srie de difficults et de dsagrments sans cesse -renaissants depuis le dbut de la session, le dernier fait -de l'imprudente btise de M. Littleton, si faiblement explique -par lord Althorp aux Communes, rendait la dmission -de M. Littleton insuffisante, et la sienne et celle de -lord Althorp ncessaires.</p> - -<p>Il m'a sembl, que, dans la famille de lord Grey, la -grande haine tait contre M. Stanley, dont la retraite, -suivie d'un si rude discours, a, de fait, port au ministre -un coup dont l'incident Littleton n'a t que la dernire -crise. Les Communes, peu satisfaites de ce que leur -a dit lord Althorp ce sujet, se sont fractionnes en de -trop fortes minorits pour n'avoir pas prouv leur mcontentement, -et c'est ce qui a fix les longues incertitudes -de lord Grey. Il nous a sembl content de l'effet produit -par l'explication qu'il venait de donner de toute sa conduite - la Chambre des Pairs.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_165"> 165</a></span> -M. Ward, son gendre, est venu lui porter des nouvelles -de la Chambre des Communes, o il paraissait que les -explications de lord Althorp auraient t reues assez froidement. -L'impression y tait qu'outre lord Grey et lord -Althorp, MM. Abercromby, Grant et Spring-Rice s'taient -galement retirs du ministre; quoi lord Grey a repris -que cela n'tait pas exact, qu'il n'y avait que lui et lord -Althorp qui eussent rellement donn leurs dmissions, -et telles enseignes, que le Chancelier, la Chambre des -Pairs, avait mme dit qu'il ne comptait point quitter, et -qu'il ne rendrait les Sceaux que sur un ordre formel du -Roi. A cela, je me suis permis de demander si la retraite -du premier ministre n'entranait pas, ncessairement, -celle de tous les autres membres du Cabinet: —En -droit, oui, mais en fait, non; m'a dit lord Grey, mais -vous avez raison, c'est l'usage habituel. A vrai dire, mon -administration est dissoute; cependant, ces Messieurs, -individuellement, peuvent rester dans le nouveau Cabinet. -Sa rponse tait videmment gne et embarrasse.</p> - -<p>Nous avons t ensuite chez lord Holland; il tait infiniment -plus abattu que lord Grey, fort irrit de l'attaque que -le duc de Wellington avait faite contre le Cabinet, au Parlement, -et qu'il qualifiait de mauvais got et de mchant -esprit. Il a dit que les Tories semblaient tout prpars -recueillir la succession, mais qu'il esprait que le discours -du Chancelier les dgoterait de la tche en leur montrant -les difficults normes; que, d'ailleurs, on ne se mettait -pas table sans tre invit s'y placer, et que, jusqu' -prsent, le Roi n'avait point appel les Tories, qu'il avait -<span class="pagenum"><a id="Page_166"> 166</a></span> -fait chercher lord Melbourne, mais que, nanmoins, il -ignorait ce qui s'tait dit entre eux.</p> - -<p>Sur notre question de savoir si le Cabinet tait entirement -ou seulement partiellement dissous, lord Holland a -dit que le Roi devait se croire sans ministres, et que lui, -lord Holland, quoique n'ayant pas donn sa dmission, se -regardait cependant comme <i>out of office</i>. Il rgne sur cette -question une incertitude qui prouve l'attachement de ces -Messieurs leurs places et la rpugnance qu'ils prouvent - les quitter. Lord Melbourne est arriv pendant que -nous tions l, nous nous sommes retirs par discrtion, -gure plus avancs la fin de la journe qu' son dbut.</p> - -<p>Il parat que rien ne s'claircit en Espagne. Le cholra -y rpand un effroi dont la Rgente essaye de profiter pour -se squestrer dans un moment qu'on dit tre embarrassant -pour elle. Il est fcheux pour cette Princesse de s'tre -dconsidre aux yeux d'un public, dont il serait si dsireux -pour elle d'obtenir l'estime et la bienveillance. Le -cholra et la retraite de la Reine jettent un grand dcousu -dans la marche des affaires et du gouvernement. On parle -de changer le lieu de rassemblement des Corts.</p> - -<p>On assure que l'infant don Francesco, rest Madrid -avec sa femme, l'infante Carlotta, sœur de la Rgente, mais -brouill avec elle, songe, l'instigation de son pouse, -s'assurer la Rgence, et mme peut-tre plus que cela. La -guerre civile est toujours trs vive dans le nord de l'Espagne; -il est impossible de prvoir ce qu'un tel tat de -choses, dans la position particulire des acteurs principaux, -pourra amener pour le midi de l'Europe.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_167"> 167</a></span> -<i>Londres, 11 juillet 1834.</i>—Le Roi, en faisant chercher, -avant-hier, lord Melbourne, lui a parl de son dsir d'arriver - un ministre de coalition, et l'a pri de s'en occuper, -mais lord Melbourne a d, hier matin, crire au Roi que -pareille tche lui tait impossible. En mme temps, lord -Brougham, qui ne cache pas son dsir de rester aux affaires -et de les diriger, a crit aussi au Roi, pour lui dire que -rien n'tait plus ais que de reconstruire une nouvelle -administration avec les dbris de l'ancienne, et de continuer - gouverner dans le mme systme. Deux Tories principaux -dans leur parti ont dit Mme de Lieven que s'ils -taient appels par le Roi, ils accepteraient, que leur plan -tait fait et la question de savoir s'ils ne s'effrayaient pas -de dissoudre la Chambre des Communes et d'en appeler -une autre, ils ont dit qu'ils ne dissoudraient pas, parce -qu'ils resteraient, ce qu'ils croyaient, matres de la -Chambre actuelle, toute mauvaise qu'elle est. Ils se sont -aussi fort bien expliqus sur l'alliance avec la France, et -particulirement sur M. de Talleyrand, dont le systme -conservateur leur inspire confiance, au point, disent-ils, -que c'est le seul ambassadeur franais qui puisse leur convenir.</p> - -<p>Hier, dner, chez nous, il n'y avait que quelques -dbris du ministre dchu; on parlait assez librement de -ce qui a amen la catastrophe, qu'il faut rattacher une -srie de petites trahisons intestines, ou, comme disait lady -Holland, <i> de grandes trahisons</i>.</p> - -<p>Lord Brougham, que lord Durham qualifiait, avec raison -peut-tre, de fourbe et de fou, parat tre le grand coupable. -<span class="pagenum"><a id="Page_168"> 168</a></span> -Il a entretenu une correspondance secrte avec le -marquis de Wellesley, vice-Roi d'Irlande, pour l'engager - faire lord Grey des rapports, qui, diffrents des prcdents, -devaient le dterminer abandonner le Bill de -coercition. D'un autre ct, la consultation demande aux -juges d'Irlande sur l'tat du pays, et sur les mesures convenables - adopter, n'ayant pas t telle que la dsirait le -Chancelier, n'est jamais parvenue lord Grey et parat -avoir t supprime; les indiscrtions de M. Littleton, le -manque d'nergie de lord Althorp, les difficults des choses -en elles-mmes, tout cela runi a fix les irrsolutions de -lord Grey, qui tait dcid depuis longtemps ne pas -affronter la session prochaine du Parlement. Il voulait se -retirer aprs celle-ci, mais en choisissant ses successeurs. -Je crois qu'il est sincrement aise d'tre hors de la bagarre, -mais qu'il regrette d'avoir quitt sur un terrain min par -la trahison et sans savoir en quelles mains va tomber le -pouvoir. Il est plein de dignit, mais sa femme regrette -avec irritation toutes les ressources que le ministre offrait -pour tablir ses enfants.</p> - -<p>Lady Holland est abattue et regrette le bien-tre que le -duch de Lancastre procurait son propre individu. Lord -Holland parle de tout ceci avec un mlange de bonhomie, -d'insouciance, de chagrin et de gaiet, qui est rare, drle -et surprenant.</p> - -<p>Personne ne sait, ne prvoit, ni ne prsume mme ce -qui rsultera de toute cette crise.</p> - -<p>Le Roi est Windsor, assez petitement entour de -parents lgitimes et illgitimes qui n'ont ni esprit ni consistance, -<span class="pagenum"><a id="Page_169"> 169</a></span> -qui ne sont, d'ailleurs, pas d'accord entre eux, -et dont on ne saurait compter l'influence, ni dans un sens, -ni dans l'autre. La prsence de la Reine aurait eu plus -d'importance, mais je suis heureuse de penser que par son -loignement elle chappe toute responsabilit. Le Roi en -avait la prvision, qu'il a plusieurs fois manifeste, et elle-mme -se consolait de le quitter par la pense de ne pouvoir -tre accuse d'influencer distance les dcisions royales.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 13 juillet 1834.</i>—Il est vident que, dans -cette semaine, il y a eu des dupes de diffrents cts. Les -plus surpris, les plus drouts sont sans doute les conservatifs: -ils se sont toujours imagin, et le public avec eux, -que le Roi, trop faible pour renvoyer son ministre, serait -cependant charm d'en tre dbarrass et saisirait avec -empressement le premier joint pour rappeler les Tories, et -cependant les heures et les jours se passent sans qu'on les -demande.</p> - -<p>J'ai dn hier avec eux; ils avaient, videmment, l'apparence -de gens dsappoints et le duc de Wellington, -qui tait mon voisin table, chez lady Jersey, en a caus -tout librement avec moi. J'ai t parfaitement de son avis -sur le rsultat invitable de la conduite du Roi. Lord Grey -tait le dernier chelon entre l'innovation et la rvolution, -et le Roi laissant chapper une occasion naturelle et -dcente, sans remonter l'chelle, sautera infailliblement la -dernire marche qui le spare de l'abme destin engloutir -le sort de la Royaut, du pays; le retentissement d'un -pareil vnement sera incalculable en Europe.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_170"> 170</a></span> -Quelqu'un qui dnait, hier, dans le camp oppos, m'a -rapport que les Whigs se croyaient srs que le Roi tait -venu en ville pour laisser lord Melbourne libre de composer -un ministre sa guise, puisqu'il avait refus d'en -former un de coalition. Ce qui confirmerait cette supposition, -c'est que plusieurs membres influents des Communes -ont rendez-vous ce matin, chez lord Melbourne. Il parat -que la question est de savoir si on conservera ou si on -abandonnera les clauses svres du Bill de coercition -sur l'Irlande. Lord Melbourne veut les conserver, mais -alors il faut se passer de lord Althorp, qui semble cependant -tre le seul qui puisse diriger la Chambre des Communes. -Il est probable que la journe actuelle dissipera -tous les doutes, et que demain on aura une administration -recompose, ou du moins rajuste, repltre et d'avance -frappe mort. Ce que j'ai cru depuis longtemps et dit -quelquefois, semble s'tre vrifi.</p> - -<p>Sir Herbert Taylor, le secrtaire particulier de George III -et l'homme qui, jadis, avait inspir une grande passion -la belle princesse Amlie, rput insignifiant sous le feu -Roi George III, cit et estim sous George IV pour sa discrtion, -remplit encore les mmes fonctions sous le Roi -actuel. Je l'ai toujours souponn d'tre un ami dvou -des Whigs et surtout de lord Palmerston. Il tait le seul, -Windsor, auquel le Roi, dans ses jours de crise, ait pu parler, -et par lequel d'ailleurs, toutes les communications -aient pu passer; c'est ses inspirations et son travail -sourd et cependant actif, et depuis longtemps prpar, -qu'on s'en prend maintenant de ce qui se passe.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_171"> 171</a></span> -Les dires se dtruisent en se succdant; l'esprit se -fatigue d'une curiosit qui n'est ni satisfaite ni justifie. -On revient sur l'assurance que lord Melbourne aurait -libert entire de former un ministre sa guise. On dit -que le Roi, qui, dcidment, n'a pas quitt Windsor, a -envoy sir Herbert Taylor chez sir Robert Peel.</p> - -<p>On dit aussi dom Pedro mort et don Carlos parti. Enfin, -la cit et les clubs sment, l'envi, pour passer le temps, -je suppose, les nouvelles les plus bizarres et les plus contradictoires. -On finit par ne plus rien croire, par ne gure -couter et par attendre assez patiemment, dans une sorte -de lassitude, que la gazette proclame, officiellement, le -successeur du lourd et dangereux hritage du ministre.</p> - -<p>Pendant ce temps, lord Grey va faire des dners de -gourmand Greenwich; il y porte le poids de sa dchance -et de la perfidie de ses amis, Mme de Lieven celui de son -brillant exil, et M. de Talleyrand les tiraillements d'une -ambition encore vivace et d'une attention fatigue. Lord -Grey a fort bien dit, l'autre jour, en faisant ses adieux au -Parlement, qu' son ge de soixante-dix ans, on pouvait -avec une certaine fracheur d'esprit conduire encore fort -utilement les affaires, en temps ordinaire; mais qu'il fallait, - une priode aussi critique que celle-ci, toute l'activit -et l'nergie qui n'appartenaient qu' la jeunesse.</p> - -<p>Cette vrit, j'en ai fait l'application fort prs de moi, et -j'ai senti que, dans une carrire publique, il fallait surtout -s'appliquer choisir un bon terrain de retraite, n'en pas -perdre l'-propos, et quitter ainsi la scne politique de -bon air et de bonne grce, afin d'emporter encore les -<span class="pagenum"><a id="Page_172"> 172</a></span> -applaudissements des spectateurs et d'viter leurs sifflets.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 14 juillet 1834.</i>—On crivait ce matin de -Windsor Londres, pour savoir des nouvelles. Le silence -observ par le Roi tait absolu, et dans les longues promenades -avec sa sœur, la princesse Auguste, ou avec sa fille, -lady Sophia Sidney, toute conversation politique tait soigneusement -vite et la pluie, le beau temps, le voyage de -la Reine, les seuls sujets traits.</p> - -<p>Le voyage de la Reine a prouv quelques embarras. -Lord Adolphus Fitzclarence, qui n'est pas, ce qu'il -semble, un marin fort habile, n'a pu trouver aisment son -chemin; le yacht royal prenait d'ailleurs trop d'eau. Heureusement -que le duc et la duchesse de Saxe-Weimar, le -prince et la princesse des Pays-Bas, ayant t sur un steamer -hollandais la rencontre de la Reine, celle-ci a pu -passer leur bord avec sa femme de chambre et se rendre -directement la Haye; la suite a eu de la peine gagner -Rotterdam.</p> - -<p>Il est trs heureux, ce qu'il parat, que la Reine ait pu -viter cette dernire ville, o l'irritation contre l'Angleterre -est assez vive pour qu'on ait voulu y prparer un -vilain charivari la pauvre Reine. Il tait convenu, ici, -qu'elle ne verrait ni le Roi, ni la Reine des Pays-Bas, condition -fortement impose par le Roi d'Angleterre; on parlait -cependant d'une rencontre fortuite qui pouvait avoir -lieu au chteau du Loo.</p> - -<p>Sir Herbert Taylor ayant t le point de mire de bien -des gens dans ces derniers jours, il en a t question dans -<span class="pagenum"><a id="Page_173"> 173</a></span> -beaucoup de conversations, et j'ai appris ainsi que lorsqu'on -le proposa pour secrtaire intime Georges III -devenu aveugle, on pensa en mme temps en faire un -Conseiller priv. George III se mit en grande colre -contre une pareille ide, et, devant tous ses ministres, il -dit M. Taylor: <i>Remember, Sir, that you are to be my -pen, and my eye, but nothing else; that if you should presume, -but once, to remember what you hear, read or -write, to human opinion of your own, or to give an advice, -we would part for ever</i>. En effet, sous George III et plus -tard sous George IV, M. Taylor n'a jamais t qu'une -sorte de mannequin, sans oreilles pour couter, sans yeux -pour voir, sans mmoire pour se souvenir. On dit qu'il -n'en est plus de mme maintenant, quoique les apparences -soient toujours celles de la plus grande rserve et discrtion. -Il m'a t dit, aussi, cette occasion, que -George III, jusqu'au jour de sa ccit, ne s'tait jamais -servi de secrtaire, pas mme pour faire les enveloppes ou -cacheter ses lettres. Sa correspondance tait aussi tendue -que secrte: il savait toutes les nouvelles de la socit, -toutes les intrigues politiques, et quand il tait mcontent -de ses ministres, ou en mfiance de quelques-unes de -leurs mesures, il lui est arriv de consulter en cachette -l'opposition. Il n'tait jamais pris au dpourvu; il connaissait -l'opinion publique et joignait beaucoup d'instruction -beaucoup de tenue et de dignit.</p> - -<p>Depuis avant-hier, le bruit s'est rpandu que don Carlos -avait quitt furtivement Londres, et qu'il avait dj -touch le sol franais lorsqu'on le supposait indispos -<span class="pagenum"><a id="Page_174"> 174</a></span> -Gloucester-Lodge; cependant, ce fait, qui est gnralement -admis, n'est point encore dmontr. Ce qui en fait -douter, c'est que M. de Miraflors le soutient vrai, et se -vante d'y avoir fait entraner don Carlos par un agent sa -solde, qui aurait dcid ce malheureux Prince cette -dmarche, pour le livrer ainsi au premier poste espagnol, -qui en ferait courte justice; cette singulire et atroce vanterie, -dans la bouche de tout autre, il faudrait la prendre -au srieux, mais M. de Miraflors est aussi fat en politique -qu'en galanterie, et il est trs permis de douter de l'histoire -en elle-mme, ou bien de supposer que l'agent, cens avoir -mystifi le Prince, n'a peut-tre mystifi que le diplomate.</p> - -<p>Hier au soir, la convenance, l'intrt, la curiosit, -l'affection, enfin les bons et les mauvais sentiments, -avaient conduit un nombre inaccoutum de personnes -la soire du dimanche, suppos tre le dernier de lady -Grey. On y disait, mots couverts, mais de faon cependant - laisser bien peu de doutes, que lord Melbourne -tait revenu de Windsor premier ministre, et matre de -former, avec les lments du premier Cabinet, une nouvelle -administration dans laquelle lord Grey, seul, ne -rentrerait pas. C'est monter en scne avec une vilaine -couleur de trahison pour les uns; c'est, pour l'autre, en -sortir avec la triste figure d'une dupe; c'est, de la part du -Roi, prfrer, par faiblesse, un repltrage quelques -jours d'nergie, difficiles sans doute, mais dignes au -moins, et certainement salutaires pour le pays. Les Tories -ne lui pardonneront jamais d'avoir recul, et la postrit -le condamnera pour sa faiblesse.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_175"> 175</a></span> -Il semblait, hier au soir, que tout se ft tout coup -amoindri, affaiss et sali dans cette grande Angleterre; le -Corps diplomatique se fractionnait en groupes d'expressions -frappantes: la nouvelle Espagne, le nouveau Portugal, -la Belgique peine bauche, tout ce qui a besoin -du dsordre et de la faiblesse des grandes puissances pour -se sauver des mauvaises conditions de son origine, regardaient -lord Palmerston avec des regards d'angoisse qui, -bientt, et lorsqu'on a suppos qu'il restait aux affaires, se -sont changs en regards d'amour et de triomphe; le mpris, -joint la haine, contractait toutes les fibres de la princesse -de Lieven; l'ambassadeur de France, qui n'est ni -rtrograde, comme le Nord, ni propagandiste comme l'Angleterre, -semblait plus soucieux qu'irrit, plus afflig -qu'tonn, et comme arriv au point o, le rle des honntes -gens finissant, le sien devait se terminer, et o -l'heure d'une retraite convenable et dcente avait sonn. -Les Anglais, eux-mmes, paraissaient humilis, et point -dupes de l'apparence de modration sous laquelle on -cherche cacher sa faiblesse. En effet, le repltrage actuel -conduira, un peu plus lentement, mais par une dcomposition -aussi absolue, vers la destruction, qu'aurait pu le -faire l'arrive, de plein saut, au pouvoir, de lord Durham -et de M. O'Connell.</p> - -<p>Plus on scrute la conduite de lord Brougham dans tout -ceci, et plus on est frapp de l'indlicatesse de sa nature; -le vieux et grave lord Harewood lui ayant demand avant-hier -o on en tait, et si le ministre se recomposait, le -Chancelier lui a rpondu: O nous en sommes? Et o -<span class="pagenum"><a id="Page_176"> 176</a></span> -voulez-vous que nous en soyons, lorsque, dans un moment -aussi critique que celui-ci, on a traiter avec des -hommes qui imaginent de venir vous parler de leur honneur? -Comme si l'honneur avait quelque chose faire -dans un moment pareil.</p> - -<p>Si l'honneur ne le gne pas, il parat que le maintien de -sa dignit ne le proccupe gure non plus, car hier -dimanche, travers les mille agitations de tous, et malgr -la rgle tablie pour les Chanceliers d'Angleterre, d'assister -tous les dimanches l'office divin dans la chapelle du -Temple, il a imagin d'accompagner Mme Peter la messe -catholique et de l'couter dans le banc de cette belle dame, - laquelle il fait une cour non moins assidue que celle de -son collgue lord Palmerston.</p> - -<p>On dit, ce matin, que pour se dbarrasser de lord -Durham, en lui donnant un os ronger, on l'envoie vice-Roi -en Irlande, et qu'en mme temps, le ministre, renaissant -de ses cendres, renoncera au Bill de coercition sur -l'Irlande<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor"> [30]</a>; si c'est le cas, on aura sacr M. O'Connell -Roi d'Irlande le jour anniversaire de la prise de la Bastille. -Dcidment, le 14 juillet est le jour par excellence, -dans les annales rvolutionnaires de l'histoire moderne!</p> - -<p>J'ai rencontr, tout l'heure, un Pair conservatif, -homme d'esprit et de cœur, qui m'a remue fortement: -de grosses larmes roulaient dans ses yeux; il dplorait -l'abaissement de son pays, l'croulement de ce vieux et -grand difice. Il prvoyait la terrible lutte qui, tout -<span class="pagenum"><a id="Page_177"> 177</a></span> -d'abord, peut s'engager entre les deux Chambres; le radicalisme -qui, bon gr mal gr, va devenir le guide du ministre -d'aujourd'hui et de tous ceux qui lui succderont -rapidement; le ministre du moment n'est, aux yeux de -tout le monde, qu'un mort-n; aussi on est surpris que -l'intelligente et bonne nature de lord Melbourne se soumette - une semblable comdie. Sa sœur cherchait l'expliquer -en disant qu'il fallait savoir se sacrifier pour -sauver la patrie, mais Mme de Lieven lui a rpondu en -lui disant: Ce n'est pas par des hommes qui se dshonorent -que la patrie peut tre sauve.</p> - -<p>Les amis de lord Melbourne, qui le connaissent bien, -prtendent que la paresse prendra le dessus au premier -jour, et qu'aprs un <i>Goddam</i> bien vigoureux, il enverra -tout patre. En effet, il est trange de voir, dans le moment -le plus critique du pays, l'homme le plus nonchalant de -l'Angleterre appel en diriger les destines.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 15 juillet 1834.</i>—Lord Grey est venu me -faire une longue visite. Nous avons parl de la dernire -crise, comme si c'tait dj de l'histoire ancienne, avec le -mme dgagement et la mme sincrit. Il n'a que faiblement, -et comme par acquit de conscience, combattu mes -tristes prvisions; il dfendait ses successeurs en masse, -et les abandonnait en dtail, ou, du moins, il convenait -de la difficult de leur position et du mauvais vernis avec -lequel ils reparatraient sur la scne. Il s'est tu lorsque je -lui ai dit que l'opinion publique assignait M. Littleton le -rle de la btise, lord Althorp celui de la faiblesse, au -<span class="pagenum"><a id="Page_178"> 178</a></span> -Chancelier celui de la perfidie! Il a hauss les paules, -lorsque je lui ai cit un propos tenu par M. Ellice, son -beau-frre, la veille, dans le salon de lady Grey; en effet, -ce propos tait trange. Le voici: En rpondant aux regrets -que quelqu'un lui exprimait de la retraite de lord -Grey: Srement, dit-il, c'est fcheux sous plusieurs rapports; -mais cela ne pouvait tarder d'arriver, avec le dgot -des affaires qui s'tait empar de lui; et, du moins, cela -aura-t-il l'avantage de nous faire marcher dans une route -plus large, de rendre nos allures plus franches et de nous -tirer de ce juste milieu qui n'est plus possible maintenant.</p> - -<p>Lord Grey m'a rpt plusieurs fois qu'il ne regrettait -ni le pouvoir, ni les affaires; que, depuis quelques mois, -il s'tait senti affaibli, sans intrt pour rien, ne faisant -les choses qu'avec une extrme rpugnance et lassitude. -Il m'a avou que ce qui l'avait le plus rempli d'amertume, -c'tait la conduite de plusieurs des siens, et surtout celle -de lord Durham, dont la violence, la hauteur, l'ambition, -l'intrigue, l'avaient d'autant plus fait souffrir que sa fille -en tait la premire victime, et qu'il ne pouvait douter que -la dernire fausse couche de lady Durham ne provnt de -la brutalit de son mari. Il m'a dit que, malgr l'extrme -effroi que ce caractre inspire, il tait question de lui -donner, dans le nouveau Cabinet, la place que lord Melbourne, -passant la Trsorerie, laissait vacante; l'ambition -et la mauvaise activit de lord Durham le rendent tellement -incommode un ministre dont il ne fait pas partie, -qu'on se demande s'il ne vaut pas mieux l'admettre dans -<span class="pagenum"><a id="Page_179"> 179</a></span> -celui-ci, pour essayer, par ce moyen, de neutraliser ses -mauvaises dispositions. Lord Grey doutait pourtant qu'on -s'y dcidt, tant il est dtest par tous.</p> - -<p>Lord Grey tait sr d'avoir dcid lord Althorp passer -sur tous les embarras de sa position et de lui faire reprendre -sa place dans le Cabinet<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor"> [31]</a>. Il dit que sans lord -Althorp, on ne pourrait jamais gouverner la Chambre des -Communes; il se flattait aussi de dcider lord Lansdowne - rester en place, mais cela n'tait pas certain. Enfin, -dans sa persuasion, fonde ou non, que l'arrive des tories -ou celle des radicaux amnerait une rvolution, il faisait -sincrement, et avec le plus grand zle, tous ses efforts -pour rajuster ce mme misrable Cabinet par lequel il -vient d'tre trahi, ne sentant pas, ou ne voulant pas comprendre, -que c'est, ncessairement, sous un trs lger -masque, du radicalisme, tout aussi bien que si on en -tait dj un ministre O'Connell ou Cobbett.</p> - -<p>J'ai dn ct du Chancelier chez la duchesse-comtesse -de Sutherland. Il tait de fort bonne humeur et m'a propos -de boire la date du jour, le 14 juillet. Au dessert! -lui ai-je rpondu, sachant bien que sa mobilit -d'esprit lui ferait oublier son toast; et, en effet, il n'y a -<span class="pagenum"><a id="Page_180"> 180</a></span> -plus song! J'aurais t, en tout cas, incapable de l'accepter, -car cette date, dj si malheureuse, ne s'est, certes, -pas purifie hier.</p> - -<p>Le Chancelier m'a demand si j'avais vu lord Grey, si je -n'avais pas t frappe de sa navet, qui est telle, me -dit-il, qu'il ne sait rien cacher, rien dissimuler, rien contenir: -c'est un enfant pour la candeur, pour l'imprvoyance, -cdant toutes les impressions du moment. -C'est une trs noble nature, une me bien pure, ai-je -rpliqu.—Oui, oui, assurment, a-t-il repris, -celle d'un charmant enfant, et cela me fait souvenir que -M. Hure, un ami de M. Fox, de Fitz-Patrick et de Grey, -n'appelait jamais celui-ci autrement que <i>Baby Grey</i>.</p> - -<p>Don Carlos est dcidment parti. Les uns disent qu'il -s'est embarqu sur la Tamise, pendant qu'on le croyait -l'Opra, et qu'il va dbarquer sur un des points de l'Espagne -o on lui suppose des intelligences; les autres -prtendent, et ceci est la version de M. de Miraflors, -qu'il a pass par la France, que c'est M. Calomarde qui, -de Paris, a men toute cette intrigue, mais par l'instigation -de lui, Miraflors, pour faire tomber don Carlos dans -un pige. Tant il y a qu'il est parti, et que, quel que soit -le rsultat de son entreprise, elle ne saurait, en elle-mme, -tre indiffrente.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 16 juillet 1834.</i>—Le successeur de lord -Melbourne, au ministre de l'Intrieur, est connu; c'est -lord Duncannon qui passe cette place de la Direction -des Eaux et Forts, qu'il abandonne sir John Cam-Hobhouse. -<span class="pagenum"><a id="Page_181"> 181</a></span> -Celui-ci est connu par ses relations avec lord -Byron, ses voyages en Orient et ses opinions trs librales, -moins cependant que celles de lord Duncannon, -qu'on dit tre des plus vives. Il est donc bien vident que -le Cabinet a pris une couleur plus tranche et plus -avance en tendance rvolutionnaire.</p> - -<p>Si, hier matin, le dpart de Londres de don Carlos -tait hors de doute, le soir, son arrive en Espagne tait -certaine. Les tories prtendent savoir qu'il est arriv en -Navarre, aprs avoir travers toute la France; c'est aussi -la version de M. de Miraflors, qui regrette peut-tre -maintenant de s'tre vant de lui avoir tendu des piges et -de l'avoir entour d'espions, qui devaient, disait-il, le -livrer au premier poste espagnol ennemi; mais voici -qu'au contraire, il est parvenu sain et sauf au milieu des -siens, dont on assure qu'il a t trs joyeusement reu.</p> - -<p>Le ministre anglais se disait, hier, instruit de son -arrive en Espagne, qui aurait eu lieu le 9: mais il prtend -que don Carlos a dbarqu dans un des ports de la -Biscaye, et qu'il y est arriv n'ayant avec lui qu'un seul -Franais; que ses partisans lui avaient fait grand accueil. -On assure qu'il ne s'est rendu en Espagne que sur l'invitation -des provinces du Nord, et sur la menace de celles-ci -de se dclarer indpendantes de l'Espagne et de se constituer -en Rpublique, si leur chef naturel ne se rendait -pas au milieu d'elles. Il est vident qu'il fallait de grandes -esprances d'une part, et de grandes craintes d'une autre, -pour dcider un homme aussi timide et aussi inhabile que -don Carlos courir de semblables hasards. Du reste, sa -<span class="pagenum"><a id="Page_182"> 182</a></span> -conversation avec le duc de Wellington, que j'ai rapporte -plus haut, prouve que le projet d'aller en Espagne occupait -son esprit depuis plusieurs semaines.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 17 juillet 1834.</i>—Les amis du nouveau -ministre s'vertuent assurer que le systme d'alliance -avec la France n'prouvera aucune altration. Je le crois, -mais j'aurais prfr, pour les deux pays, que cette -alliance s'affermt sur un terrain de bon ordre, au lieu de -ne se continuer que par des sympathies rvolutionnaires. -Celles-ci inquitent, juste titre, le reste de l'Europe, et -peuvent amener des crises dans lesquelles il serait difficile -de dsigner d'avance les vainqueurs.</p> - -<p>Nous sommes de plus en plus dcids retourner en -France, aussitt aprs la clture du Parlement, peut-tre -mme avant.</p> - -<p>Notre avenir plus loign, je ne le prvois point encore, -mais l'exemple de lord Grey est une preuve de plus que, -pour bien finir, les grandes figures historiques doivent -choisir elles-mmes le terrain de leur retraite, et ne pas -attendre qu'il leur soit impos par les fautes ou par la -perfidie d'autrui.</p> - -<p>Nous avons reu, hier, les deux premiers volumes d'un -livre qui a pour titre: <i>Monsieur de Talleyrand</i>. J'y ai -peine regard, mais M. de Talleyrand l'a lu. Il dit que -rien n'est si bte, si faux, si ennuyeux, si mal invent, et -qu'il ne donnerait pas cinq shellings pour que ce livre -n'et pas t publi. J'avoue que je suis moins philosophe -et que dans des occasions de ce genre, qui sont si frquentes -<span class="pagenum"><a id="Page_183"> 183</a></span> - une poque aussi libellique que la ntre, je me -souviens toujours d'un mot de La Bruyre, qui m'a beaucoup -frappe par sa justesse. Il dit: Il reste toujours -quelque chose de l'excs de la calomnie, ainsi que de -l'excs de la louange. En effet, le monde se partage -entre les malveillants et les imbciles, c'est ce qui fait -qu'il y a toujours des gens pour croire l'invraisemblable, -surtout quand il est hostile.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 18 juillet 1834.</i>—La fatuit est, chez les -hommes, le rsultat d'une disposition qui s'tend d'un -point tous les autres. M. de Miraflors, fort avantageux -et pas mal ridicule auprs des femmes, n'est pas moins -prsomptueux en politique; il s'y lance en enfant perdu, -et s'attribue, avec une simplicit toute nave, des succs -qu'il n'a d qu'aux passions personnelles des autres, et -que, d'ailleurs, les rsultats dfinitifs ne se chargeront -peut-tre pas de justifier; c'est ainsi qu'il se proclame -l'inventeur de la Quadruple Alliance dont l'ide premire -lui a t inspire par lord Palmerston. Maintenant que la -rentre de don Carlos sur le territoire espagnol renouvelle -les difficults, le petit Marquis, <i>proprio motu</i> et sans -attendre les ordres de son gouvernement, fait, par une -note, chef-d'œuvre de ridicule, vritable <i>olla podrida</i>, un -appel l'Angleterre et la France, pour tendre les termes -du trait dont on croyait l'objet accompli.</p> - -<p>Les circonstances actuelles sont cependant fort diffrentes. -Il y a trois mois, les deux prtendants, Miguel et -Carlos, taient, l'un et l'autre, acculs dans un petit coin -<span class="pagenum"><a id="Page_184"> 184</a></span> -de Portugal, et, par le fait, plus spcialement du ressort -de l'Angleterre; maintenant, c'est dans le Nord de l'Espagne -qu'est don Carlos, prs des frontires de France. -L'Angleterre poussera-t-elle ses passions rvolutionnaires -jusqu' laisser entrer les armes franaises dans la Pninsule, -et ne sera-ce pas pour lord Palmerston le signal de -sa sortie du ministre? D'autre part, la France peut-elle, -aprs s'tre prononce contre don Carlos, lui laisser ressaisir -un pouvoir qu'il emploiera contre elle? Ce n'est pas -que le gouvernement, de plus en plus anarchique, de la -Rgente offre un voisinage bien rassurant. Le Roi Louis-Philippe -se trouve donc plac ainsi dans la double alternative -d'avoir redouter, de l'autre ct des Pyrnes, le -principe rpublicain ou le principe lgitimiste; le <i>mezzo -termine</i> ne peut se soutenir que par la force arme, la -conqute, enfin!</p> - -<p>Cela me rappelle un mot bien vrai de M. de Talleyrand -qui m'est souvent revenu l'esprit depuis quatre -ans: il a t dit au travers de l'enivrement des grandes -journes de 1830. M. de Talleyrand rpondit alors -quelqu'un qui tait tout en esprances et en illusions, en -phrases patriotiques et en attendrissements sur la scne -de l'Htel de ville, les accolades La Fayette et la popularit -de Louis-Philippe: Monsieur, ce qui manque -tout ceci, c'est un peu de conqute.</p> - -<p>On dit Martinez de la Rosa dpass en Espagne et ne pouvant -plus se soutenir au ministre: il serait remplac par -Toreno et passerait la Prsidence de la Chambre des Pairs. -On dit aussi que la Rgente l'a nomm Marquis de l'Alliance.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_185"> 185</a></span> -<i>Londres, 19 juillet 1834.</i>—Tout ce qui se passe ici -fait reporter la pense vers les premires scnes de la -Rvolution franaise. L'analogie est frappante, c'est presque -une copie trop servile; les aristocrates, la minorit -de la noblesse, le tiers tat, il y a de tout cela dans les -tories, les whigs, les radicaux. Les jalousies, les ambitions -personnelles aveuglent les whigs, qui ne veulent -voir d'autres ennemis que les tories, qui n'aperoivent -d'autres courants que de ce ct, et qui, pour chapper -des rivaux de pouvoir, se prcipitent, eux et toute leur -caste, dans l'abme creus par les radicaux.</p> - -<p>En causant, hier, de tout cela, M. de Talleyrand rappelait -un mot que lui disait l'abb Sieys pendant l'Assemble -constituante. Oui, nous nous entendons fort bien -maintenant qu'il ne s'agit que de <i>libert</i>, mais quand nous -arriverons sur le terrain de <i>l'galit</i>, c'est alors que nous -nous brouillerons.</p> - -<p>A la sance trs vive d'avant-hier, la Chambre des -Lords, le ministre a bien nettement marqu la ligne qu'il -veut suivre, et les mmes hommes, qui, sous lord Grey, -tenaient, il y a moins de quinze jours, les clauses rpressives -du Bill de coercition pour indispensables, sont -venus en annoncer l'abandon, au milieu des injures, des -moqueries de la Chambre! C'tait dclarer que le Cabinet, -pour vivre, se plaait aux ordres de la majorit radicale -des Communes, ne comptait l'opposition des Lords pour -rien, et prendrait tous les moyens pour l'annuler. L'irritation -qui en rsulte est, comme de raison, vivement -exprime par les Lords. Les ministres n'ont que les loges -<span class="pagenum"><a id="Page_186"> 186</a></span> -gracieusement accords par O'Connell pour les encourager -et les consoler.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 20 juillet 1834.</i>—Je prfre, de beaucoup, -le second discours de lord Grey, prononc avant-hier, -la Chambre des Pairs, pour bien claircir sa position, qui -avait t mal reprsente par les deux cts de la Chambre, -au premier discours dans lequel il avait annonc sa -retraite. Je trouvais celui-ci trop long, trop larmoyant, -entrant dans des dtails trop minutieux de ses affaires de -famille. Dans le discours d'avant-hier, plus laconique, -plus serr, il est d'une dignit remarquable, et tout en -vitant des personnalits aigres, tout en se mettant au-dessus -de ressentiments personnels, il montre quel a t -le mauvais jeu devant lequel il s'est retir; il reste indulgent -pour les plus coupables, bienveillant pour ses successeurs -comme individus, mais il se spare de leur systme. -Il rentre dans ses propres instincts aux acclamations des -gens senss, l'humiliation de ceux qui l'ont quitt, la -grande dplaisance de tous ceux qui sont les vrais flaux -de l'ordre social.</p> - -<p>Il faut en convenir, il y a quinze jours, lord Grey n'apparaissait -plus que comme un vieux homme teint, min, -tiraill, presque au moment d'tre dconsidr. Depuis sa -retraite, un beau rayon de lumire a clair ses derniers -actes politiques; son beau talent oratoire, si longtemps -exerc dans l'opposition, reprend, en y rentrant, toute -son nergie, et il est vrai de dire que lord Grey, tomb -de chute en chute, vient de remonter la premire place, -<span class="pagenum"><a id="Page_187"> 187</a></span> -depuis qu'il s'est dgag des honteuses entraves, par lesquelles -il s'tait laiss garrotter. Le Cabinet le redoute beaucoup -maintenant; et, en effet, il tomberait bien bas, si lord -Grey ne jetait, misricordieusement, sur eux, le manteau -de sa charit! Ses collgues, qui, nagure, parlaient de -lui avec plus de piti que de respect, tremblent, aujourd'hui, -devant ses paroles. Ah! que l'on fait bien de ne -pas se survivre, et que l'-propos est ncessaire, surtout -dans la vie politique!</p> - -<p>Une retraite la fois moins importante et moins honorable, -c'est celle du marchal Soult<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor"> [32]</a>. Des querelles -intestines sur le choix d'un gouverneur civil ou militaire -de l'Algrie, sur un discours de la Couronne plus ou -moins dtaill au 31 juillet prochain, mais surtout la terreur -du budget de la Guerre, que le Marchal aurait des -raisons pour ne pas affronter la prochaine session, voil -les motifs, assure-t-on, de cette dmission, accepte par -le Roi, peu regrette dans le Cabinet, en gnral, et dont -on veut offrir la vacance au marchal Grard.</p> - -<p>Il parat que fort heureusement pour la rgente d'Espagne, -elle a prouv un accident qui lui permettra de se -montrer l'ouverture des Corts. Elle a bien besoin que -quelque bon hasard vienne rtablir sa position, si trangement -compromise par ses lgrets et ses inconsquences.</p> - -<p>Lord Howick, fils an de lord Grey, dont l'esprit est -aussi de travers que le corps est repoussant, et dont le -<span class="pagenum"><a id="Page_188"> 188</a></span> -public ne pensait pas grand bien, vient aussi de se relever -en quittant sa place de sous-secrtaire d'tat au ministre -de l'Intrieur, et de suivre ainsi l'exemple et la destine -de son pre. C'est la seule fidlit sa fortune qu'aura -trouve lord Grey.</p> - -<p>J'ai rencontr, hier, lady Cowper chez elle; elle m'a -paru triste et soucieuse. Il est difficile, en effet, qu'avec -son esprit intelligent elle ne soit pas afflige de voir ses -parents et ses amis dans une route si peu honorable. Elle -me faisait remarquer, avec raison, l'aspect si diffrent de -la socit et de la vie de Londres, le soin qu'on met -s'viter, l'hostilit du langage, l'inquitude des esprits, la -dfiance du prsent, les tristes prvisions de l'avenir, le -dcousu gnral, l'parpillement du Corps diplomatique -et l'absence de tout gouvernement et de toute autorit. Ce -langage tait frappant de la part de la sœur du premier -ministre et de l'ami intime du ministre des Affaires trangres.</p> - -<p>Elle a mis du prix me persuader que tous les sujets -de plainte donns par celui-ci au Corps diplomatique, et -M. de Talleyrand en particulier, ne devaient tre attribus - aucune mauvaise intention, mais seulement quelques -ngligences dans les formes, excusables chez un homme -accabl de travail. Elle m'a paru surtout embarrasse de -l'ide que M. de Talleyrand pourrait donner la conduite -de lord Palmerston, envers lui, comme raison de sa -retraite; enfin elle a mis tout son esprit, son bon got et -sa grce, et elle a beaucoup de tout cela, servir ses -amis et diminuer l'amertume qu'ils ont provoque. Je -<span class="pagenum"><a id="Page_189"> 189</a></span> -l'ai quitte, parfaitement contente de ses expressions, -mais peu convertie sur le fond des questions.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 21 juillet 1834.</i>—Le besoin qu'a le ministre -anglais actuel de quelque orateur la Chambre -Haute moins discrdit que le Chancelier, plus habile que -ses collgues pairs et ministres, a inspir la plus inconcevable -des propositions, produite par le manque absolu de -bon sens, et l'absence de toute lvation, qui caractrisent -Holland-House. C'est trs srieusement qu'on est -venu proposer lord Grey de rester, non comme chef, -mais comme garde du Sceau priv. Il a eu le bon got d'en -rire, comme d'une chose trop grotesque pour s'en fcher. -Mais de quel air a-t-on pu lui adresser une pareille -demande?</p> - -<p>Du reste, tout est si trange en ce moment qu'il ne faut -plus s'tonner de rien. Voici, par exemple, le rcit exact -de la manire dont lord Melbourne s'est acquitt de -l'ordre du Roi, de chercher par tous les moyens arriver -un ministre de coalition, o tous les partis fussent reprsents. -Je comprends que la chose ft impraticable, mais -il faut convenir que lord Melbourne s'est acquitt d'une -singulire faon de cette mission royale. Il a crit au duc -de Wellington et sir Robert Peel, de la part du Roi, -pour leur dire de quelle commission il tait charg, en -ajoutant que, pour leur viter la fatigue des dtails, il -leur envoyait, en mme temps, une copie de la lettre qu'il -venait d'crire au Roi sur sa manire personnelle d'envisager -la question. Cette lettre ne contenait autre chose -<span class="pagenum"><a id="Page_190"> 190</a></span> -que la plus forte argumentation contre tout rapprochement -et l'numration de toutes les difficults qui rendaient -le projet de coalition impossible. La rponse du -duc de Wellington et de sir Robert Peel n'est qu'un -accus de rception, avec un remerciement respectueux -de la communication qui leur tait faite au nom du Roi. -Le Roi, s'tant tonn que ces messieurs ne fussent -entrs dans aucun autre dtail, leur a fait dire qu'il -demandait leurs observations: Elles sont toutes contenues -dans la lettre de lord Melbourne au Roi, nous -n'avons rien y ajouter, ont-ils rpondu; et c'est ainsi -que s'est termine cette singulire ngociation.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 22 juillet 1834.</i>—L'espce de calme et de -bonne mine qu'avait repris le gouvernement franais, -semble un peu troubl par les discussions des ministres -entre eux, qui ont amen la retraite du marchal Soult. Il -parat qu'on s'inquite et se divise aussi sur le plus ou -moins de dure et d'importance de la petite session -annonce pour le 31 juillet. Elle arrive mal propos, -pour discuter les vnements de la Pninsule, et embarrasser -le gouvernement par tout le bavardage de la tribune. -Le triomphe de don Carlos fixerait un ennemi personnel -sur nos frontires; celui de la Rgente, qu'elle ne -peut obtenir qu'en se jetant, de plus en plus, dans le -<i>mouvement</i>, nous donnerait un voisinage de rvolution et -d'anarchie. Cela ne saurait tre indiffrent notre gouvernement, -qui n'a dj que trop lutter contre de semblables -lments. Il parat, du reste, que les deux armes -<span class="pagenum"><a id="Page_191"> 191</a></span> -taient trop en regard l'une de l'autre, pour qu'elles n'en -vinssent pas aux prises, et le premier succs clatant restant - l'un ou l'autre des deux comptiteurs fixera, probablement, -leurs destines ultrieures. Aussi en attend-on -l'issue avec une grande et inquite curiosit.</p> - -<p>Maintenant que la querelle ne se rgle plus en Portugal, -mais en Espagne, les Anglais se mettent sur le second -plan et ne donneront que de lgers secours leur cher -petit Miraflors; le grand fardeau est rserv la France, -et il se prsente hriss de difficults.</p> - -<p>On rpandait, hier, la Cit, la nouvelle de la mort de -la Reine rgente. Les uns disaient qu'elle avait pri par le -poison, d'autres la suite de l'accident qui l'avait conduite -dans la retraite. La nouvelle est probablement fausse, -mais dans un semblable pays, travers la guerre civile, -le fanatisme religieux, les querelles et les jalousies de -famille, les passions de toute espce qui y sont dchanes, -des crimes ne sont pas plus invraisemblables que -les folies et les dsordres qui s'y passent journellement.</p> - -<p>Le ministre Stanley qui remplace lord Howick, comme -sous-secrtaire d'tat au ministre de l'intrieur, et qui -n'a rien de commun avec le M. Stanley dernirement -ministre, est une espce de <i>faux dandy</i> parfaitement -radical et de la plus mauvaise et vulgaire sorte. Il a -t, un moment, secrtaire particulier de lord Durham.</p> - -<p>Celui-ci a ddaigneusement refus l'ambassade de Paris, -qu'on ne lui offrait, ce qu'il a bien compris, que pour -se dbarrasser de lui ici. Il a rpondu qu'il n'accepterait -aucun emploi d'un Cabinet qui refusait de le recevoir -<span class="pagenum"><a id="Page_192"> 192</a></span> -dans son sein. Lord Carlisle a donn sa dmission de lord -du Sceau priv.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 24 juillet 1834.</i>—On disait assez gnralement, -hier, que l'infante Marie, princesse de Portugal, -femme de l'infant don Carlos, avait, secrtement aussi, -quitt l'Angleterre, pour suivre son mari en Espagne, -laissant ses enfants ici, la duchesse de Bera, sa sœur. -On dit que l'infante Marie a beaucoup de courage et de -dcision. Probablement, elle s'en croit plus qu' son -mari, et elle pense que sa prsence prs de lui inspirera -au prtendant toute l'nergie dont il a besoin dans la crise -actuelle. Toutes ces Princesses de Portugal sont des -dmons, en politique ou en galanterie, et quelquefois les -deux ensemble. L'aventure qui a fait, d'une de ces Princesses, -une marquise de Loul, explique l'clat qu'elle -vient de donner Lisbonne, l'occasion d'un officier de -la marine anglaise. M. de Loul s'est fch, et a renvoy -sa femme en gardant les enfants. Dom Pedro a exig que -son beau-frre reprit sa femme; je ne sais comment cela -a fini.</p> - -<p>L'Infante Isabelle, qui pendant sa rgence a aussi fait -parler d'elle, et que dom Miguel a voulu, dit-on, faire -empoisonner avec un bouillon aux herbes, est maintenant - Lisbonne, runie au reste de sa famille, ou pour mieux -dire, de ses parents, car il rgne des affections et des -haines si galement dnatures dans cette maison de Bragance, -qu'il ne peut tre question pour elle des liens -naturels de famille.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_193"> 193</a></span> -A propos de prtendants et de mœurs singulires, lord -Burghersh m'a beaucoup parl, hier, de la comtesse d'Albany, -qu'il a connue Florence. Elle y avait, pour cavalier -servant, M. Fabre, le peintre, qui, depuis la mort -d'Alfieri, demeurait chez elle. Ils se promenaient seuls, -n'ayant que le grand chien de M. Fabre en tiers, ils -dnaient seuls. De huit onze heures, Mme d'Albany -recevait tout Florence. M. Fabre allait, pendant ce temps-l, -chez une matresse d'un ordre infrieur. A onze heures, -il reparaissait chez la Comtesse, ce qui tait le signal de la -retraite pour tout le monde, afin de les laisser souper tte - tte. Jamais on ne les invitait l'un sans l'autre, ce qui -est d'tiquette en Italie, et pouss un point de navet -trange. En voici un exemple: lord Burghersh, ministre -d'Angleterre Florence, ouvrit sa maison par un grand -bal, o il crut avoir pri toute la grande compagnie, mais, -n'tant pas encore trs au fait des relations de la socit, -il oublia d'inviter un monsieur attach une belle dame; -le matin du bal, le matre d'htel vint chez my lord avec -une lettre ouverte, qu'il venait de recevoir, et qu'il pria -son matre de parcourir; lord Burghersh y lut ce qui suit: -<i>Sapete, caro Matteo, che sono servita, da il cavalier un -tel</i>; il n'est pas invit chez lord Burghersh, ce qui, comme -vous le sentez, me met dans l'impossibilit d'aller son -bal: faites rparer cette erreur, je vous prie. Elle le fut -en effet, et lord Burghersh n'oublia pas la leon. Le -<i>sapete</i>, adress un valet, le <i>sono servita</i>, tout est d'une -navet incroyable, et nanmoins parfaitement dans les -convenances italiennes. Mais, pour en revenir la comtesse -<span class="pagenum"><a id="Page_194"> 194</a></span> -d'Albany et M. Fabre, la Comtesse tant morte, -M. Fabre fit le portrait du chien, le compagnon de leurs -promenades, le fit graver, et en envoya une preuve -chacun des amis de la Comtesse, avec l'inscription suivante: -Aux amis de la comtesse d'Albany, le chien de -M. Fabre.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 25 juillet 1834.</i>—Le ministre devient bien -aigre pour lord Grey: on lui sait mauvais gr de sa noble -retraite, de son juste ddain pour cette absurde proposition -du Sceau priv. On le dit faible, incapable, capricieux, -enfin on joint l'outrage la perfidie, et le voile lger dont -on couvre cette dloyale conduite ne la drobe pas assez, -aux yeux de lord Grey, pour qu'il ne commence aussi en -tre aigri. Je sais qu'il a dit que si ses successeurs faisaient -un pas de plus dans la route rvolutionnaire, il cesserait -non seulement de voter pour eux, mais encore se dclarerait -contre eux. Dcidment, il est rentr dans ses vrais -instincts, et je crois qu'il aura cœur de se laver, autant -que cela se pourra, de l'imputation d'avoir entran l'Angleterre -dans une route de perdition.</p> - -<p>Lord John Russell, le plus doux, le plus spirituel, le -plus honorable, le plus aimable des Jacobins; le plus -naf, le plus candide des rvolutionnaires; le plus agrable, -mais aussi, par son honntet mme, le plus dangereux -des ministres, me disait, hier, qu'il avait eu, il y a -quelques mois, une violente discussion avec lord Grey, -propos d'une mesure sur laquelle ils n'taient pas d'accord, -et l'occasion de laquelle lord Grey lui dclara que -<span class="pagenum"><a id="Page_195"> 195</a></span> -jamais il ne consentirait mettre son nom un acte rvolutionnaire. -Lord John ajouta, avec son petit air doux: -C'tait, aprs la rforme, une grande faiblesse et une -inconsquence.—Vous auriez raison, ai-je repris, si -lord Grey, en vous laissant faire la rforme, en et prvu -toutes les consquences; mais vous conviendrez avec moi -qu'il ne les a pas aperues, et que vous vous tes bien -gard de les lui signaler <i>in time</i>. Lord John s'est mis -rire et m'a dit, de fort bonne grce: Vous n'exigez pas -que je me confesse? Si tous les rvolutionnaires taient -de l'espce de Cobbett et O'Connell, ou de l'inconvenante -et cynique nature de lord Brougham, on se tiendrait plus -aisment en garde; mais dans la spirituelle et dlicate -personne du fils du duc de Bedford, comment souponner -de tels travers dans le jugement, et dans la nature physique -la plus frle, et, en apparence, la plus teinte, comment -s'attendre une semblable persvrance dans la -pense et une telle violence dans l'action.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 29 juillet 1834.</i>—Une course Woburn -Abbey a interrompu ce journal. Ce troisime sjour que -j'ai fait dans ce bel endroit, beaucoup plus agrable pour -moi, personnellement, que les deux premiers, ne m'a -cependant rien fourni ajouter aux descriptions que j'en -ai faites. Il ne s'y est rien pass non plus, qui sortt du -cours habituel de la vie de chteau en Angleterre. Grande -et large hospitalit, avec un peu plus de pompe et de -parure qu'il ne faut dans la vie de campagne, telle qu'on -la comprend sur le Continent!</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_196"> 196</a></span> -Un voyage, Woburn surtout, est une chose arrange, -comme l'est un dner en ville. Vingt ou trente personnes -qui se connaissent, mais sans familiarit, sont invites -se runir pendant deux ou trois jours; les matres de la -maison se rendent chez eux, exprs pour y recevoir leurs -htes et s'en retournent leur suite; ils paraissent, ainsi, -y tre eux-mmes en visite. Mais enfin, il y a tant voir, -tant admirer, le duc de Bedford est si poli, si parfaitement -grand seigneur, la Duchesse si attentive, qu'il est -impossible de ne pas rester sous une impression agrable. -La mienne l'a t, beaucoup, et cela en dpit du voile -assez triste qui couvrait quelques-unes des figures principales, -lord Grey par exemple, qui s'est affaiss tout coup -d'une manire frappante, souffrant et abattu, et ne se -donnant aucune peine pour dissimuler ses dispositions, -qui deviennent de plus en plus amres. Les abdications -les plus volontaires sont toujours suivies de regrets; on -mourrait dans la tourmente, on s'teint dans le repos. -C'est si difficile d'tre satisfait de soi-mme et des autres!</p> - -<p>Mme de Lieven aussi, malgr tous ses efforts, succombait -sous le poids des adieux, du dpart, de l'absence; elle -est vraiment fort malheureuse et me fait grande piti. -Elle est bien plus plaindre, encore, que toute autre ne -le serait en pareille situation, car jamais personne d'esprit -n'a trouv moins de ressources en elle-mme. Elle les -demande constamment ses alentours. Le mouvement des -nouvelles et de la conversation lui est indispensable, et -elle ne connat d'autre emploi la solitude que le sommeil. -Elle pleure de quitter l'Angleterre, elle redoute Ptersbourg, -<span class="pagenum"><a id="Page_197"> 197</a></span> -mais sa plus grande terreur, c'est celle de la traverse, -huit jours de solitude! car son mari et ses enfants -ne comptent pas pour elle. Elle s'arrtera un jour Hambourg, -uniquement pour changer quelques paroles avec -des visages nouveaux; elle a saisi avec avidit l'ide -de lui assurer la visite du baron et de la baronne de Talleyrand -qu'elle n'a jamais vus et qu'elle sait ne pas tre amusants! -Elle a prouv un soulagement vident en dcidant -lord Alvanley prendre sa route pour Carlsbad, par Hambourg, -dans le mme bateau qu'elle, et cela quoique lord -Alvanley la prvnt que le mal de mer le rendait de fort -mauvaise compagnie; enfin l'ennui fait, chez elle, l'effet -de la mauvaise conscience: elle ne songe qu' se fuir elle-mme.</p> - -<p>En revenant Londres, nous avons appris les massacres -de Madrid: toujours cette horrible fable des puits empoisonns, -qui, partout o le cholra fait des ravages, a -excit l'ignorance populaire et l'a change en fureur et en -atrocits. Les moines en ont t victimes, et, malgr le -fanatisme religieux, les couvents ont t pills. L'autorit -a t faible, et par consquent impuissante; le gouvernement -tait retir Saint-Ildephonse, terrifi et hsitant, ne -sachant si, dans ces tristes circonstances d'pidmie, de -dsordre et de guerre civile, il devait proroger les Corts -ou les runir, ni dans quels lieux, ni sous quels auspices! -Il est impossible d'imaginer un plus triste concours de -circonstances fatales pour l'Espagne et un voisinage plus -incommode pour la France.</p> - -<p>Louis-Philippe a grande rpugnance intervenir ostensiblement -<span class="pagenum"><a id="Page_198"> 198</a></span> -et directement dans les destines de l'Espagne. -Il a mme assez montr son loignement cet gard, pour -en avoir laiss comprendre le secret par les ambassadeurs - Paris, qui s'en prvalent puissamment. Le ministre -franais, qui compte davantage avec les vanits et les -susceptibilits nationales, s'est moins nettement prononc. -C'est ainsi qu'on doit paratre aprs-demain devant les -Chambres.</p> - -<p>Un des principaux motifs indiqus de la retraite du -marchal Soult tait son insistance pour qu'on envoyt un -gouverneur militaire Alger, en opposition avec le reste -du Cabinet, qui exigeait que ce ft un gouverneur civil. Il -parat que les exigences du marchal Grard ont port sur -le mme objet, et que, fort de l'amiti du Roi, il l'a -emport, car c'est le gnral Drouet d'Erlon qui vient -d'tre nomm cet emploi.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 31 juillet 1834.</i>—L'anne dernire le Roi -d'Angleterre disait M. de Talleyrand son dpart pour le -Continent: Quand reviendrez-vous? L'anne d'avant, -il lui avait dit: J'ai charg mon ambassadeur Paris de -dire votre gouvernement que je tiens vous conserver -ici. Cette anne-ci, il dit: Quand partez-vous? Il me -semble qu'on peut retrouver, dans ses expressions si -diffrentes, la trace des influences <i>palmerstoniennes</i>.</p> - -<p>Hier au Lever du Roi, lord Mulgrave a reu le Sceau -priv abandonn par lord Carlisle.</p> - -<p>On parlait, dans notre salon, du talent de certaines -personnes pour raconter des histoires de revenants. Cela -<span class="pagenum"><a id="Page_199"> 199</a></span> -m'a rappel l'intrt avec lequel j'avais entendu, il y a -deux ans, Kew<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor"> [33]</a>, Mme la duchesse de Cumberland -nous conter une apparition qu'elle avait vue elle-mme et -dont le souvenir paraissait encore l'mouvoir beaucoup. -Elle nous fit d'autant mieux participer ses impressions -qu'il tait tard et qu'un gros orage bien effrayant grondait -au dehors.</p> - -<p>Voici cette histoire; elle se passa Darmstadt, o -Mme la duchesse de Cumberland, alors princesse Louis -de Prusse, tait alle voir sa famille du ct maternel. -Elle fut loge dans un appartement d'apparat du chteau, -qui n'tait habit que rarement, et dont l'ameublement, -quoique magnifique, tait rest le mme depuis trois -gnrations. Fatigue de sa route, elle ne tarda pas -s'endormir, mais elle ne tarda pas, non plus, sentir -passer sur son visage un souffle qui l'veilla; elle ouvrit -les yeux, et vit la figure d'une vieille dame qui se penchait -sur la sienne. Saisie de cette apparition, elle tira bien vite -sa couverture sur ses yeux, et resta quelques instants -immobile; mais le manque d'air lui fit changer de position, -et la curiosit la pressant, elle rouvrit les yeux et vit la -mme figure vnrable, ple et douce, la fixer encore. -Alors, elle se mit crier bien fort, et la nourrice du prince -Frdric de Prusse, qui couchait avec l'enfant, dans la -pice voisine, dont les portes taient ouvertes, accourut -<span class="pagenum"><a id="Page_200"> 200</a></span> -et trouva sa matresse baigne dans une sueur froide; elle -demeura prs d'elle tout le reste de la nuit. Le lendemain, -la Princesse raconta sa famille l'vnement de la nuit, -et demanda instamment de changer d'appartement, ce -qui eut lieu. Du reste, son rcit n'tonna personne, -car il tait admis dans la famille, que chaque fois -qu'une personne, descendante de la vieille duchesse -de Darmstadt, qui avait habit cet appartement, s'y -trouvait couche, cette vieille aeule venait faire visite - ses arrire-petits-enfants, et on citait, l'appui de cette -tradition, l'exemple du duc de Weimar et de plusieurs -autres Princes. Beaucoup d'annes plus tard, la duchesse -de Cumberland, princesse de Solms, et habitant Francfort, -fut invite par son cousin, le grand-duc de Hesse-Darmstadt, - venir assister une grande fte qu'il prparait. La -Princesse s'y rendit, mais avec l'intention de revenir la -mme nuit chez elle Francfort. Le souper fini, elle passa -dans une pice o on avait prpar sa robe de voyage et -o, pendant sa toilette, elle fut suivie par sa cousine, la -jeune Grande-Duchesse nouvellement marie: celle-ci -demanda la princesse de Solms si ce qu'elle avait -entendu raconter de l'apparition tait vrai. Elle dsira en -avoir le rcit dtaill et, aprs l'avoir entendu, elle voulut -savoir si l'impression avait t assez forte pour que la -Princesse se souvnt encore des traits de leur vieille -aeule: Oui, certainement, assura la Princesse.—Eh -bien! dit la Grande-Duchesse, son portrait est dans la -chambre o nous nous trouvons, avec deux autres portraits -de famille de la mme poque. Prenez la lumire, -<span class="pagenum"><a id="Page_201"> 201</a></span> -approchez-vous, et dites-moi lequel vous croyez tre celui -de l'apparition; je verrai si vous devinez juste. Au moment -o la Princesse, non sans quelque rpugnance, s'approcha -des portraits et reconnut celui de la vieille grand'mre, -il se fit au-dessus de la chambre un bruit pouvantable, -le cadre et le portrait se dtachrent, et sans leur -fuite prcipite, les curieuses eussent t tues par la -chute du tableau.</p> - -<p>Je ne sais si cette histoire est bien belle en elle-mme, -mais je sais qu'elle me fit beaucoup d'impression, parce -qu'elle fut trs bien raconte, et que, dans ce genre de -choses, quand on entend dire: J'ai vu, j'ai entendu, -on ne se permet plus de tourner la chose en moquerie. -D'ailleurs, le srieux de la Duchesse tait parfait, et son -motion vive, de sorte que je ne me suis jamais permis de -douter de l'exactitude du rcit.</p> - -<p>L'absence de Mme la duchesse de Cumberland a laiss, -pour moi du moins, un vide sensible Londres. Elle a de -l'esprit, de l'instruction, les plus belles manires, les plus -royales, de la grce, de la douceur, des restes de beaut, -surtout dans la taille. Elle m'a traite avec une bont -d'autant plus parfaite qu'elle l'a reporte, depuis, sur mon -second fils. Enfin, quelque jugement qu'on porte sur son -caractre, qui n'est pas galement honor par tout le -monde, il est impossible de ne pas lui reconnatre de -grandes qualits, et de ne pas tre touch de la grande -affliction dont elle est frappe, dans l'infirmit de son fils, -le prince George. Celui-ci est un aimable et beau jeune -homme, priv l'ge de quinze ans, et aprs de vives -<span class="pagenum"><a id="Page_202"> 202</a></span> -douleurs, de la vue; c'est un objet tout la fois de piti -et d'admiration, rsign comme un ange, sans impatience, -sans regrets, sans humeur, dissimulant sa tristesse sa -mre. Il soutient le courage de ceux qui l'entourent, par -celui qu'il tmoigne lui-mme, et il inspire dj dans -son jeune ge tout le respect d'une grande vertu. L'improvisation -sur le piano est la distraction laquelle il prfre -se livrer; ses mlodies sont toujours tristes et graves, -mais lorsqu'il reconnat le pas de sa mre, il passe un -thme gai et anim pour lui donner le change sur ses impressions. -Aussi longtemps que, par des remdes, on a -espr lui rendre la vue et arrter les progrs de l'inflammation, -on a suspendu son ducation; mais lorsque son -prcepteur, qui est un homme excellent, a jug que l'ducation -en souffrait sans que la vue y gagnt, il a propos -au jeune Prince de reprendre le cours de ses tudes, et -lui a soumis un plan, pour continuer autant que cela se -pouvait, sans le secours de la vue. Le Prince s'est tu pendant -quelques instants, puis, d'un air pntr, il a dit: Oui, -Monsieur, vous avez raison, je suivrai vos avis; car je sens -que, quoiqu'une porte se soit ferme pour moi, il faut que -je cherche avec d'autant plus de soin en ouvrir une -autre.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 1<sup>er</sup> aot 1834.</i>—Quel triste dner que celui -d'hier chez lord Palmerston! Dner d'adieu pour la princesse -de Lieven, o elle est venue malgr elle, o nous -n'allions qu' cause d'elle, o lady Cowper faisait de visibles -efforts pour paratre son aise, o lady Holland voulait -<span class="pagenum"><a id="Page_203"> 203</a></span> -des explications sur les derniers torts de lord Palmerston -envers M. de Talleyrand, o chacun pressentait que notre -dpart serait aussi dfinitif que celui de cette pauvre Princesse. -M. de Blow, ple et embarrass, avait l'air d'un -filou pris sur le fait; le pauvre Dedel avait, lui, l'air d'un -orphelin qui voit enterrer ses parents; lord Melbourne ne -faisait personne, avec sa grosse tournure de fermier -normand, l'effet d'un premier ministre.</p> - -<p>L'chec <i>volontaire</i> prouv la veille par le ministre -la Chambre des Communes, o il s'est laiss battre par les -radicaux, dans la question du Clerg irlandais, ne donnait -pas bonne mine ces messieurs. Enfin il y avait, sur tout -et sur tous, une gne lugubre rpandue qui m'oppressait - un point extrme.</p> - -<p>Je ne me sens pas le courage d'aller, ce matin, dire un -dernier adieu cette pauvre Princesse, tue de fatigues et -d'motions. C'est un bon procd que ne pas augmenter -son agitation. Ce dpart qui me peine, puisqu'il loigne, -sans grandes chances de revoir, une personne distingue, -m'afflige encore par les retours qu'il me fait faire sur tous -les changements qui se sont oprs ici depuis quatre ans, -et qui, tous, les uns aprs les autres, ont tendu ternir -cette belle et brillante Angleterre. Dans le Corps diplomatique -seul, que de pertes! M. Falk, si aimable, si doux, si -fin, si spirituel, si instruit, remplac d'abord par l'cre -M. de Zuylen, l'est maintenant par le bon mais insignifiant -Dedel. La bonne humeur, l'entrain ouvert et naf de -Mme Falk a fait faute aussi. M. et Mme de Zea taient gens -plus intelligents, de beaucoup, que les lilliputiens de Miraflors. -<span class="pagenum"><a id="Page_204"> 204</a></span> -M. et Mme de Mnster taient fort suprieurs aux -Ompteda tous gards. L'excellente Mme de Blow n'a pu -tre remplace pour moi, et je crois, d'ailleurs, que son -absence a trop laiss les mauvaises tendances de son mari -sans le contrepoids que la simple et honnte nature de sa -femme leur opposait. Esterhazy est l'objet d'un regret -universel: sa parfaite bonne humeur, sa sret sociale, sa -facilit de caractre, ses habitudes de grand seigneur, la -finesse de son esprit, la droiture de son jugement, la bienveillance -de son cœur, tout le faisait chrir ici et rien ne -saurait l'y faire oublier. Wessenberg aussi a laiss une -place vacante qui n'a pas t remplie. Le dpart des Lieven -largit la brche sociale et le ntre achvera cette dmolition -gnrale. Le terrain neutre des maisons diplomatiques -est surtout apprciable dans un pays divis par l'esprit de -parti, et o, la politique ayant rompu tant d'autres liens, -la socit ne saurait plus se runir sous les anciens auspices.</p> - -<p>Nous avons appris, hier, tlgraphiquement, que la -Reine rgente d'Espagne avait ouvert elle-mme les Corts -le 24, Madrid, que la ville tait tranquille, que le cholra -y diminuait un peu et que don Carlos se retirait de -plus en plus vers la frontire de France.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 3 aot 1834.</i>—Il me semble que rien ne -tmoigne mieux de l'tat dans lequel est tombe la politique -intrieure du gouvernement anglais que ce que disait, -hier, lord Sefton: Savez-vous, me disait-il, que -malgr mon admiration pour lord Grey, je trouve que nous -<span class="pagenum"><a id="Page_205"> 205</a></span> -en sommes venus un point o il est non seulement heureux -pour lui-mme, mais encore fort avantageux pour le -pays qu'il se soit retir? Jamais il n'aurait consenti la -moindre courtoisie, encore moins un peu de flatterie -pour O'Connell et ses amis, et cependant il n'y a plus -moyen de ne pas les satisfaire; il est urgent de les adoucir -par les bassesses contre lesquelles lord Grey se serait -rvolt, et qui rpugnent moins ses successeurs, commencer -par mon ami le Chancelier. Ainsi vous voyez -qu'il est heureux que nous ayons pour gouvernants des -gens tout disposs faire les bassesses ncessaires!</p> - -<p>Il me semble qu'on s'accorde beaucoup louer le discours -de la Reine d'Espagne. Pour l'apprcier il faudrait -connatre, mieux que je ne puis le faire, l'tat de ce pays; -tout ce que je puis lui souhaiter de mieux, c'est qu'elle -ne soit plus dans le cas d'en faire de si longs et dans de -semblables circonstances. On dit qu'elle l'a prononc de -fort bonne grce. On doit lui savoir gr d'avoir repris courage -et d'tre rentre dans la contagion pour le prononcer.</p> - -<p>Le cholra enlve beaucoup de monde Madrid; la -police sanitaire y est mauvaise, la chaleur extrme, la propret -nulle. Les femmes y sont atteintes dans une proportion -double des hommes. La mre de Mme de Miraflors -est parmi les victimes.</p> - -<p>Don Carlos est, ce qu'il parat, sur le point de repasser -la frontire; il en est mme, dit-on, assez prs pour -que les vedettes franaises aperoivent les siennes.</p> - -<p>Je ne sais quel mauvais vent souffle sur Paris, mais je -serais dispose croire que tout n'y est pas aussi tranquille -<span class="pagenum"><a id="Page_206"> 206</a></span> -en ralit qu'en apparence. Voici, cet gard, ce que je -trouve dans une lettre de Bertin de Veaux: Il parat -qu'il est dans la destine du prince de Talleyrand, et dans -la vtre, de ne venir Paris que pendant les crises ministrielles, -car notre ministre n'est pas plus solide que celui -de Londres. Au surplus, dans ce pays-ci, on a pris son -parti de vivre au jour le jour; except les acteurs, personne -ne pense la pice. Cependant, quand vous arriverez, -votre salon sera bientt plein, et c'est devant vous et -devant le Prince, que tous les acteurs, grands et petits, -iront <i>poser</i>, comme on dit prsent.</p> - -<p>Dans une autre lettre, il est fort question des dangers -du jour, de ceux du lendemain, de vœux apparents, de -vellits sourdes, de msintelligences, d'associations, de la -grande ambition de certains petits hommes, de l'humeur -et de la bouderie des autres. A propos de mcomptes -prouvs par M. Decazes, on ajoute: Ce pauvre M. Decazes -a beau frapper la terre de tous cts, il n'en peut rien -faire sortir; on dit qu'il veut maintenant la place de Semonville, -et qu'il a peut-tre quelques chances, parce que -Semonville est trs commode dsobliger; il ne fait peur - personne. Cette mode d'enterrer les gens, avant qu'ils -ne soient morts, ne me plat gure; je croyais qu'on en -tait dgot depuis l'preuve faite sur MM. de Marbois et -Gate, qui n'a pas eu de succs dans le public. Comme, -en rentrant chez soi, on se trouve bien de ne pouvoir tre -dpossd de rien!</p> - -<p class="section"><i>Londres, 4 aot 1834.</i>—Il parat certain que, la veille -<span class="pagenum"><a id="Page_207"> 207</a></span> -de l'ouverture des Corts, on a dcouvert une conspiration -rpublicaine fort tendue, dans laquelle beaucoup de personnes -marquantes auraient t compromises. Palafox et -Romero sont arrts; on dit que c'est en Galice surtout -qu'ils avaient le plus de partisans; dans l'Aragon et la Catalogne -ce sont les carlistes qui dominent et s'agitent. -Ainsi, voil trois drapeaux diffrents, sous lesquels l'Espagne -se range et se divise.</p> - -<p>Quand M. Backhouse a t trouver don Carlos sur le -<i>Donegal</i>, celui-ci lui a dit qu'il avait entendu parler du -trait de la Quadruple Alliance, mais qu'il dsirait en connatre -le texte. L'ayant lu, il l'a remis M. Backhouse, -sans rflexions, mais avec un sourire trs ironique, qui -est devenu un rire ddaigneux lorsque M. Backhouse lui a -dit qu'il croyait qu'il se faisait illusion sur la force de son -parti en Espagne. A cela prs, le Prince a t poli et doux -dans son accueil et mme obligeant.</p> - -<p>On avait annonc la clture du Parlement pour le 12, -et la plus grande partie des membres comptaient quitter -Londres mme avant ce jour-l, quand le duc de Wellington -a runi, avant-hier, tous ceux de son parti chez lui; il -les a pris dans l'intrt et <i>pour le salut de la Patrie</i> de -rester leur poste et de profiter de leur majorit, reconnue -imposante dans la question des <i>dissenters</i> pour dfendre -encore l'glise l'occasion des autres mesures qui restent -en discussion. La crainte de laisser le Clerg protestant -d'Irlande sans aucun moyen d'existence, si le Bill sur les -dmes, œuvre d'O'Connell, est rejet, laisse, la vrit, -quelques doutes sur la marche dfinitive que la Chambre -<span class="pagenum"><a id="Page_208"> 208</a></span> -Haute adoptera, mais les vques paraissent croire que ce -Bill serait aussi pernicieux pour eux que l'absence de -toutes mesures pcuniaires. Il est certain que la semaine -actuelle est une des plus critiques; si ce Bill est rejet, les -deux Chambres se trouveront en collision. Le ministre -quittera-t-il? ou bien demandera-t-il carte blanche au Roi? -avancera-t-il ainsi dans la route rvolutionnaire? ou bien -s'en tiendra-t-il, comme le Chancelier le disait hier, -laisser le Clerg protestant d'Irlande mourir de faim? Lord -Grey disait que ce ne serait pas si ais de laisser ces prtres -mourir de faim, puisqu'une loi obligeait de pourvoir -leur existence, soit en prlevant les dmes, soit de toute -autre manire. Et quant une fourne de Pairs, sur l'observation -qu'il en faudrait nommer cent cinquante, lord -Grey a dit que deux cents ne suffiraient pas, parce que -toute l'ancienne Pairie, lui en tte, se rvolterait contre -un gouvernement assez fou et assez mauvais pour se porter - une telle extrmit. Il resterait d'ailleurs savoir si -le Roi y consentirait. Celui-ci est souffrant, triste, abattu; -il en convient et surtout de sa proccupation morale, qu'il -ne cherche pas cacher. On remarque en lui une oppression -extrme et particulirement l'affaiblissement d'un -œil qu'il ne peut presque plus ouvrir.</p> - -<p>Voici ce qui s'est pass l'occasion de la Jarretire, -vacante par la mort de lord Bathurst: le Roi l'a envoye -lord Melbourne, comme tant son premier ministre. Celui-ci -l'a respectueusement refuse, en disant qu'il suppliait -le Roi de la donner celui auquel lord Grey aurait dsir -qu'elle arrivt, c'est--dire au duc de Grafton. Le Roi l'a, -<span class="pagenum"><a id="Page_209"> 209</a></span> -en effet, envoye au Duc, mais celui-ci, vivement affect -de la mort de son fils favori, se sentant, d'ailleurs, g et -hors du monde, a pri le Roi de la donner quelqu'un qui -pourrait se montrer plus souvent ses yeux et qui serait -plus utile son service. On suppose qu'elle ira au duc de -Norfolk; mais il est catholique, et ce serait le premier -exemple de cette grce donne un dissident religieux.</p> - -<p>Un rude coup vient de frapper le duc de Wellington, au -milieu des soucis multiplis de chef de l'opposition: -Mme Arbuthnot, femme d'esprit et de sens, discrte et -dvoue, amie fidle du Duc, vient de mourir en peu de -jours d'une maladie vive. Elle tait dans toute la force de -l'ge et d'une sant jusque-l trs robuste. Le Duc a donc -perdu, dans la mme semaine, lord Bathurst, son plus -ancien ami, et Mme Arbuthnot, sa confidente, sa consolation, -son <i>home</i>! Les morts, les dparts rendent Londres -bien triste en ce moment; tout le monde a la mine longue -et dconfite; on est constern de cette mauvaise veine, qui -fait que chaque jour est marqu par une catastrophe.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 5 aot 1834.</i>—Dom Miguel a, dcidment, -sign sa protestation. Le duc d'Alcudia et M. de Lavradio -sont prs de lui; ils se disposent tous venir rejoindre -don Carlos, au moindre succs de celui-ci.</p> - -<p>Lady Holland et lady Cowper font tous leurs efforts pour -que M. de Talleyrand et lord Palmerston se quittent sur -de bons termes. Je comprends que les amis de celui-ci le -dsirent, et qu'il leur importe, d'une part, que l'on ne -puisse pas s'en prendre aux inconvnients personnels de -<span class="pagenum"><a id="Page_210"> 210</a></span> -lord Palmerston de la dispersion totale du haut Corps diplomatique, -et que, de l'autre, le mauvais renom du ministre -anglais dans toute l'Europe ne soit pas fortifi du langage -de M. de Talleyrand sur lui Paris. On arrivera, en -effet, faire qu'ils se quitteront poliment, sans clat, sans -rupture; mais il est impossible qu'un levain qui fermente -depuis si longtemps, ne laisse pas un germe de mal-tre, -d'embarras et de rancune. M. de Talleyrand ne saurait -oublier qu'il a t trait lgrement par plus jeune et -moins capable que lui. Lord Palmerston, moins impertinent, -peut-tre, dans les formes, s'en vengerait sur le fond -des choses, et d'autant plus aisment que l'ge et la paresse -de M. de Talleyrand le rendraient, chaque jour, plus facile - entraner dans de fausses dmarches. Rien ne serait donc -plus mal avis que de se remettre en prsence, et malgr -tous les souvenirs si doux et si satisfaisants qui m'attachent - l'Angleterre, j'avoue que j'prouverai, l'gard de M. de -Talleyrand, un soulagement vritable le voir hors des -affaires publiques.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 6 aot 1834.</i>—C'est dcidment le duc de -Norfolk qui a la Jarretire.</p> - -<p>L'Espagne demande des articles additionnels au Trait -du 22 avril, dit de la Quadruple Alliance. Elle demande - l'Angleterre des vaisseaux en croisire sur les ctes de la -Biscaye; au Portugal, un corps d'arme; la France, de -l'argent, des munitions, des troupes sur la frontire franaise; -et ses allis runis, l'appui moral d'une dclaration -favorable la cause de la Rgence, et qui tendrait et -<span class="pagenum"><a id="Page_211"> 211</a></span> -expliquerait plus amplement le but du premier Trait.</p> - -<p>L'incertitude et l'ignorance prolonge des mouvements -de Rodil inquitent sur ses succs, et on attribue l'alarme -qui en rsulte la baisse des fonds Paris, les malheurs -particuliers qui en sont rsults et qui ont amen de -sinistres catastrophes. Les Rothschild, qui avaient inond -l'Europe d'effets espagnols, et qui en taient rests eux-mmes -assez encombrs, sont de trs mauvaise humeur et -prodigieusement inquiets.</p> - -<p>Il y a des gens d'esprit qui prtendent que le grand -danger pour la Rgente n'est pas dans don Carlos, mais -dans le parti dit du <i>mouvement</i>. On est bien dispos se -ranger cette opinion quand on songe l'horrible propos -tenu par Romero Alpuende, qui appelait les massacres -du 17 juillet Madrid: <i>Un lger soulagement patriotique.</i></p> - -<p class="section"><i>Londres, 8 aot 1834.</i>—Rodil parat avoir obtenu, -dcidment, un succs trs marqu sur toute la ligue des -carlistes. Dans une guerre rgulire cela pourrait mettre -fin la lutte, mais dans une guerre civile les rgles communes -ne s'appliquent plus et ce qu'on croit ananti aujourd'hui -reparat demain.</p> - -<p>M. de Talleyrand a pris cong du Roi avant-hier. Le -Roi a t gracieux pour lui et pour moi, regrettant qu'en -l'absence de la Reine, sa vie de garon l'empcht de -m'engager aller Windsor o il aurait t charm de -me voir avant mon dpart. Ceci est plus obligeant qu'exact, -car la princesse Auguste fait les honneurs du chteau, des -<span class="pagenum"><a id="Page_212"> 212</a></span> -dames y sont invites, entre autres lady Grey et sa fille; -mais enfin la rdaction est gracieuse et, dans le monde, -c'est tout ce qu'on peut exiger.</p> - -<p>Le Roi a beaucoup dit encore que les affaires taient -bien srieuses et les cartes bien mles, ce quoi M. de -Talleyrand a rpondu: Quant nous, Sire, nous jouons -nos cartes sur la table de Votre Majest.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 9 aot 1834.</i>—Je ne connais rien de si embarrassant -pour des matres de maison que l'hostilit -montre et rapproche des convives entre eux. Le Chancelier, -auquel nous esprions avoir chapp, nous est arriv -hier au dessert. Il a prolong notre dner en mangeant -fort son aise et avec sa salet ordinaire; il parlait en -mangeant, touchant tous les sujets, comme tous les -plats, sans arrt, sans dlicatesse. Nous en souffrions, surtout -pour lord et lady Grey. Enfin il nous a mis tous bien -mal l'aise et a augment, s'il est possible, mon dgot -et mon mpris pour lui.</p> - -<p>Lord John Russell, qui dnait chez nous, est aussi un -petit radical, mais, du moins, il a toutes les habitudes de -bon got et de bonne grce qui distinguent son pre.</p> - -<p>A propos de popularit et des frais qu'il est convenable -que les grands seigneurs fassent pour les classes secondaires -de la socit, lord John me disait, hier, que rien ne -pouvait vaincre la rpugnance du duc de Bedford pour le -petit monde de son entourage, et qu'un jour l'intendant, -du Duc lui ayant demand d'inviter ce monde dner et le -Duc s'y tant refus, l'homme d'affaires lui dit: Mais, -<span class="pagenum"><a id="Page_213"> 213</a></span> -monsieur le Duc, par ces politesses vous pargnerez peut-tre -quinze mille louis aux lections prochaines.—Cela -se peut, rpondit le Duc, mais l'argent dpens m'viter -de l'ennui et de la dplaisance me paratra fort bien employ. -Je payerai les quinze mille louis, mais je ne donnerai -pas de dner. Le duc de Bedford est cependant trs -magnifique, trs charitable, faisant faire des travaux considrables -uniquement pour employer les pauvres du -Comt. Eh bien! il n'y est pas populaire; l'amour-propre -bless des classes intermdiaires se fait plus sentir que les -besoins satisfaits des indigents ne se font jour.</p> - -<p>Lord, lady Grey, leurs enfants, avaient, disaient-ils, -envie de se distraire, de changer le cours de leurs ides, -d'aller en France et de nous y faire visite; mais l'espce -de triomphe qui y serait dcern lord Grey a pouvant -le ministre actuel, qui aurait craint la comparaison entre -les honneurs rendus leur victime et la dconsidration -sous laquelle ils gmissent. Aussi a-t-on persuad lord -Grey que s'il se rendait en France maintenant, il aurait -l'air d'y aller pour chercher une ovation et que ce serait -manquer de dlicatesse; nous ne l'y verrons donc pas. Je -le regrette pour lui; je crains que dans la disposition -irrite et pnible dans laquelle il se trouve, la solitude et -l'ennui ne lui fassent un mal rel, ainsi qu' sa femme, -qui est plus blesse et plus profondment atteinte que lui-mme. -Lord Grey s'est, moralement et physiquement, -dtruit aux affaires; quelle diffrence s'il s'en tait loign -six semaines plus tt, en mme temps que les quatre -membres vraiment distingues et honorables du Cabinet! -<span class="pagenum"><a id="Page_214"> 214</a></span> -Lord Grey se serait alors retir avec tous les honneurs de -la guerre au lieu de mettre bas les armes!</p> - -<p>Le got des voyages a, du reste, gagn tout le monde, -et le Chancelier, comme les autres, voulait employer ses -vacances faire un plerinage pittoresque et amoureux -aux bords du Rhin, la suite de Mrs Peter. Mais, ce qu'il -m'a dit, hier, lui-mme, le Roi n'a pas voulu le lui permettre; -depuis lord Clarendon, aucun Chancelier d'Angleterre -n'a quitt le pays, et ce prcdent n'est pas encourageant, -car ce Chancelier-l n'tait en voyage que parce -que son Roi tait en fuite. D'autres personnes disent que -le Roi n'est pour rien dans les changements de projets de -lord Brougham, mais que l'obligation de cder quatorze -cents louis de son traitement pour tablir une Commission -des sceaux en son absence est la vritable cause qui le fait -rester.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 11 aot 1834.</i>—Lord Palmerston nous a -donn un dner d'adieu. C'est dans son got: il aime -fter les partants; mais il ne s'tait pas donn grand'peine -pour la runion. Il n'y avait, outre quelques diplomates -infrieurs, que Mrs Peter; pas un Anglais considrable, -personne de ceux rputs nos amis. C'tait un -acquit de conscience, ou plutt de mauvaise conscience, -et voil tout. Peut-tre lord Palmerston a-t-il plus de haine -contre les Lieven que contre nous, mais il affichera autant -de ddain pour les uns que pour les autres.</p> - -<p>A dner, il a amen, propos des Flahaut, une petite -explication sur ce qu'il n'avait accept aucune de nos invitations. -<span class="pagenum"><a id="Page_215"> 215</a></span> -Je lui ai dit ce sujet, moiti riant, moiti aigrement, -quelques petites vrits qui ont assez bien pass! Il -y a eu beaucoup de sous-entendus, de <i>hints</i>, de coups de -patte, dans notre conversation, qui m'a rappel celles du -bal de l'Opra o la pense est d'autant plus vraie que -l'apparence est plus voile et dissimule. Je me suis amuse -aussi faire peur au <i>jeune homme</i>, comme l'appelait -Mme de Lieven. Il a cru qu'il devait se montrer fort dsireux -de notre prompt retour; je l'ai pris au mot, en lui -disant que j'allais plus loin que lui, et que j'tais d'avis -que M. de Talleyrand ne partt pas du tout. Il a pris, alors, -une figure toute sotte et, revirant de bord, il n'a cess de -dire que le changement d'air tait ncessaire, indispensable, -qu'on avait besoin de se renouveler au physique et -au moral; enfin, il ne voulait plus que nous faire partir -au plus vite.</p> - -<p>Je l'ai regard, et de prs, hier; il est rare d'avoir, -aussi bien que lui, le visage de son caractre. Les yeux -sont ternes et fauves; son nez retrouss, impertinent; son -sourire amer, son rire forc; rien d'ouvert, ni de digne, -ni de comme il faut, ni dans ses traits, ni dans sa tournure; -sa conversation est sche, mais, je l'avoue, elle ne -manque pas d'esprit. Il y a, en lui, une empreinte d'obstination, -d'arrogance et de mauvaise foi que je crois tre -un reflet exact de sa nature vritable.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 12 aot 1834.</i>—Il est difficile, malgr le peu -de progrs de don Carlos, d'tre rassur sur l'tat de -l'Espagne. Le gnral Alava, qui y retourne aprs beaucoup -<span class="pagenum"><a id="Page_216"> 216</a></span> -d'annes d'exil, parat frapp de la dmoralisation et -de la confusion qu'il y remarque; tous les liens naturels -sont dtruits par l'esprit de parti; la frocit et la violence -de ces fanatiques mridionaux ne se tournent plus contre -l'tranger, mais se replient cruellement sur eux-mmes. -L'esprit rpublicain gagne partout o l'esprit religieux -n'appuie pas le parti lgitimiste; il apparat, avec tout le -pathos, devenu trivial, du langage rvolutionnaire dans -l'adresse des Procuradores la Rgente. Dj, le ministre -est en lutte, ds le dbut des Corts, avec cette seconde -Chambre, et on ne saurait imaginer comment le faible -gouvernement d'une telle rgence pourra triompher de -tant de mauvaises conditions.</p> - -<p>J'ai vu, dernirement, chez lord Palmerston, auquel la -Rgente l'a envoy, un portrait de la petite Reine Isabelle -II. Elle n'a, sur ce portrait, aucune des grces de -l'enfance; elle parat avoir des yeux insignifiants et la -mchante bouche de son pre; c'est, en tout, une laide -petite Princesse. C'est dommage, les femmes destines au -trne, et surtout aux trnes contests, ne sauraient presque, -sans pril, se passer de beaut.</p> - -<p>L'espce de banqueroute dclare par M. de Toreno et -qui atteint, d'une manire si fatale, une foule de petits -rentiers, Paris, y dpopularise la cause de la petite -Reine. Il me semble que c'est une sorte de bonheur; car -si la vanit et la <i>furia francese</i> avaient pouss le gouvernement - prendre une part trop effective au succs de -cette petite voisine, il se serait trouv entran dans une -srie d'embarras et dans une solidarit de dangers, dont -<span class="pagenum"><a id="Page_217"> 217</a></span> -les consquences eussent t incalculables. Le Roi Louis-Philippe -a tout ce qu'il faut de discernement et d'veil sur -ses propres intrts dynastiques pour ne pas rester froid -et en arrire dans cette lutte qui ne peut, en dfinitive, -tourner que dsagrablement pour lui, soit que l'anarchie -triomphe sous le drapeau d'Isabelle II, soit que la lgitimit -l'emporte avec don Carlos. Dans cette double et importune -alternative, il ne serait pas convenable de heurter, -par une intervention prcise, nos autres voisins, car -nous avons des voisins et non pas des allis. L'Angleterre, -seule, est en alliance avec nous, mais, ruine comme elle -l'est par tant de plaies intrieures, peut-elle peser encore -de tout son poids dans les destines europennes? Non, -sans doute, et il faut bien qu'elle en ait la conscience, -puisque ni dans la question d'Orient, ni dans aucune de -celles qui se sont prsentes depuis deux ans, l'Angleterre -n'a soutenu, par ses actions, la jactance de son langage.</p> - -<p>Le cholra continue ses ravages Madrid: il atteint -surtout les classes leves et particulirement les femmes. -Il reparat aussi, quoique lgrement, Paris et Londres.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 13 aot 1834.</i>—Le Bill sur les dmes d'Irlande -a t rejet, comme on s'y attendait la Chambre -des Pairs, une si grande majorit qu'il est difficile de -crer assez de nouveaux Pairs pour changer la balance. -Et cependant comment se figurer la prochaine session -s'ouvrant avec la mme Chambre Haute et avec le mme -<span class="pagenum"><a id="Page_218"> 218</a></span> -ministre? Celui-ci dclare ne vouloir pas quitter la partie, -ne compter pour rien la Chambre des Pairs, marcher -uniquement avec les Communes et ne se soucier ni du -Clerg, ni de la Pairie, et probablement fort peu de la -Royaut. Ce sera celle-ci de se prononcer. Hlas! elle est -bien peu claire!</p> - -<p>Lord Grey me disait qu'il ne partageait pas l'opinion du -Chancelier, qui ne voulait voir d'autres obstacles que ceux -venant de la Chambre Haute; il croit qu'il y en aura aussi -de trs vifs aux Communes o M. Stanley, l'ex-ministre, -se prpare, dit-on, faire la guerre la plus acharne -l'administration actuelle. Lord Grey s'est abstenu de paratre - la Chambre des Pairs; il a cru qu'il serait peut-tre -oblig de parler, et que, ne pouvant s'empcher -d'exprimer son aversion pour l'alliance du Cabinet avec -O'Connell, il aurait fait videmment un tort au ministre -dont il ne veut pas tre coupable.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 14 aot 1834.</i>—Les Grands d'Espagne ont, - ce qu'il parat, le ton fort libre et fort dgag avec leurs -souverains, avec lesquels ils fument des cigares et dont, -souvent, ils achvent ceux commencs: le duc de Frias, -jadis ambassadeur ici, distrait, bizarre, ridicule et ne se -gnant avec personne, est revenu, il y a quelque temps, -passer quatre jours Londres; il a voulu aller au Lever du -Roi et, approchant sa grotesque petite figure, il a dit au -Roi: Vous devez me connatre. Le Roi, qui d'abord -ne se souvenait pas trop de lui, et choqu de cette faon -dgage, rpondit: Non, je ne vous connais pas.—J'tais -<span class="pagenum"><a id="Page_219"> 219</a></span> -ambassadeur ici quand vous n'tiez <i>que</i> duc de -Clarence, rpliqua le petit Duc. Sur quoi le Roi, presque -en colre et faisant un geste pour le faire passer, rpta -vivement: Non, non, je ne vous connais pas. Et, -s'adressant au ministre des Pays-Bas qui suivait, il lui -demanda tout haut: Quel est cet arlequin? Cela a fait -une assez drle de scne.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 18 aot 1834.</i>—Depuis plusieurs jours, -soumise l'influence cholrique qui domine Londres, -vivement agite de la maladie de mes amis, importune -de tous les prparatifs de mon prochain dpart, j'ai nglig -mes notes. J'aurais voulu y retracer quelques-uns de -mes derniers souvenirs de Londres, qui se sont obscurcis -par la maladie, l'inquitude, les regrets, mais qui ne -m'en sont pas moins prcieux.</p> - -<p>J'ai vu le duc de Wellington et lord Grey me dire adieu -avec une expression d'amiti et d'estime qui m'est trs -honorable. Je laisse ce dernier, cherchant, pour chapper - des retours pnibles sur lui-mme, se faire quelque -illusion sur la marche trop rapide des affaires du pays; il -les a mises dans une voie dont ses successeurs acclrent -la pente.</p> - -<p>Le duc de Wellington voit les choses aussi sombres -qu'elles le sont, mais dcid lutter jusqu' la dernire -minute, il ne sait pas ce que c'est que le dcouragement; -non pas qu'il veuille faire de l'opposition toutes les propositions -du ministre, non pas que, systmatiquement, -il veuille entraver l'administration et arrter les rouages -<span class="pagenum"><a id="Page_220"> 220</a></span> -du gouvernement; il est trop honnte homme pour cela; -mais il croit de son devoir, et de celui de la Chambre -Haute, de se placer comme une digue et une barrire protectrice -des bases anciennes et fondamentales de la Constitution. -La personnalit du Roi est un obstacle presque -toutes les chances de salut; le successeur, une enfant, -prsente encore plus d'inconvnients peut-tre, et d'autant -plus, que sa mre, Rgente future, parat joindre -beaucoup d'obstination des ides fort troites.</p> - -<p>Il est impossible de ne pas songer avec effroi l'avenir -de ce grand pays, si brillant encore, si fier, il y a quatre -ans, quand j'y suis arrive, si terni aujourd'hui que je le -quitte, peut-tre pour toujours.</p> - -<p>Je n'admets pas la chance d'y voir revenir M. de Talleyrand: -trop de bonnes raisons se pressent pour l'en -dtourner; je les ai dtailles dans une lettre que je lui ai -crite et qui peint assez exactement sa position, aussi je -veux, pour la conserver, l'insrer ici:</p> - -<p>J'ai de grands devoirs remplir envers vous; je -n'en suis jamais plus pntre que lorsque votre gloire -me parat compromise. Je vous irrite parfois un peu en -vous parlant, je me tais alors, avant d'avoir dit toute ma -pense, toute la vrit. Permettez-moi donc de vous -l'crire, et veuillez passer sur ce que les mots pourraient -avoir de dplaisant, en faveur du dvouement -consciencieux qui les dicte. Sans prtendre, d'ailleurs, -m'attribuer une grande part d'intelligence, je ne puis -la croire borne, lorsqu'il s'agit de vous que je connais -si bien et dont je suis place pour juger les difficults -<span class="pagenum"><a id="Page_221"> 221</a></span> -et apprcier les embarras. Ce n'est donc pas lgrement -que je vous engage quitter les affaires et -vous retirer de la scne o une socit en dsordre se -donne tristement en spectacle. Ne restez pas plus longtemps - un poste o vous seriez, ncessairement, appel - dmolir l'difice que vous avez soutenu avec tant de -peines. Vous savez quel point j'prouvais, ds l'anne -dernire, des craintes, en vous voyant revenir en -Angleterre. Je pressentais tout ce que votre tche, avec -les instruments donns, pouvait vous prparer de -dgots; mes prvisions, convenez-en, se sont ralises -en grande partie. Cette anne-ci la question s'est encore -aggrave de mille incidents fcheux: songez aux circonstances -dont vous seriez entour! Et permettez-moi de -vous les signaler. Que voyons-nous en Angleterre? Une -socit divise par l'esprit de parti, agite par toutes les -passions qu'il inspire, perdant chaque jour de son clat, -de sa douceur, de sa sret; un Roi sans volont, principalement -influenc par celui de ses ministres dont vous -avez le plus vous plaindre; et ce ministre, lger, prsomptueux, -arrogant, n'ayant pour vous aucun des gards -que votre ge et votre position exigent, quelles entraves -ne met-il pas aux affaires? Sa pense unique est de faire -triompher ses propres ides, bien loin de s'clairer des -vtres; il vous promne d'incertitudes en incertitudes, -vous jette dans la contradiction, l'ignorance et le vague, -fait ct de vous les affaires qu'il devrait faire avec -vous, et se glorifie ensuite du succs de sa fausset ou de -son ddain. Est-ce avec un pareil homme que vous conserveriez -<span class="pagenum"><a id="Page_222"> 222</a></span> -plus longtemps l'attitude imposante qu'il vous -convient de garder? Ne sentez-vous pas qu'elle est dj -change dans le fond, qu'elle ne tarderait pas l'tre aux -yeux du public? Croyez-vous, d'ailleurs, que le rle d'ambassadeur -grand seigneur, d'homme de <i>conservation</i> tel -que vous, puisse convenir auprs d'un gouvernement -entran par le mouvement rvolutionnaire, lorsque vous -n'avez dj que trop lutter avec un mouvement analogue -dans le pays que vous reprsentez? L'alliance tablie -par vous sur la base du bon ordre, de l'quilibre, de la -conservation, pourrait-il vous plaire de la continuer sur -celle des sympathies anarchiques? Ne perdez pas de vue, -non plus, que l'appui et la consolation que vous avez -trouvs, pendant plusieurs annes, dans l'amiti, la confiance, -le respect, le bon esprit de vos collgues, vous -manqueraient, maintenant que le Corps diplomatique de -Londres n'est plus le mme. La nouvelle Espagne, le -nouveau Portugal, l'informe Belgique y paraissent seuls, -et sous des formes impertinentes ou vulgaires. Vous trouvant -ainsi isol en Angleterre, et soumis tant de mauvaises -conditions, sur quoi vous appuieriez-vous? Est-ce -sur le gouvernement que vous reprsentez? Les petitesses, -les indiscrtions, la vanit, l'intrigue qui rgnent Paris, -vous n'avez pu les dominer que du haut de votre position - Londres; mais ce n'est pas avec le soutien de nos petits -ministres, qui sont plus lord Granville qu' nous, que -vous en imposeriez ici. Vous y tes venu, il y a quatre -ans, non pour faire votre fortune, votre carrire, votre -rputation; tout cela tait fait depuis longtemps; vous y -<span class="pagenum"><a id="Page_223"> 223</a></span> -tes venu, non pas davantage par affection pour les individus -qui nous gouvernent, et que vous n'aimez, ni n'estimez -gure; vous n'y tes venu que pour rendre, -travers un tremblement de terre, un grand service votre -pays! L'entreprise tait prilleuse votre ge! Aprs -quinze ans de retraite, reparatre au moment de l'orage -et le conjurer tait une œuvre hardie! Vous l'avez accomplie, -que cela vous suffise; vous ne pourriez dsormais -qu'en affaiblir l'importance. Souvenez-vous des paroles, -si vraies, de lord Grey: <i>A un ge avanc, quand on a -conserv sa sant et ses facults, on peut encore en temps -ordinaire, s'occuper utilement des affaires publiques; -mais il faut, dans les temps de crise, comme ceux dans -lesquels nous vivons, un degr d'attention, d'activit et -d'nergie, qui n'appartient qu' la force de la vie et non - son dclin</i>. En effet, dans la jeunesse, tout moment -est bon pour entrer en lice; dans la vieillesse, il ne -s'agit plus que de bien choisir celui pour en sortir. -Lord Grey offrait ici une dernire digue, dj trop faible, - l'esprit rvolutionnaire; vous y avez t la dernire -digue aux luttes des puissances entre elles. Lord Grey -a senti trop tard qu'il tait emport par le torrent, ne -sentez pas trop tard, vous, que votre influence est devenue -aussi insuffisante que la sienne. Un dernier rayon de -lumire est venu clairer les nobles et touchants adieux -de lord Grey, sa retraite est devenue un triomphe; un -jour de plus, il tait effac! Que les deux derniers champions -de la vieille Europe quittent donc en mme temps la -scne publique; qu'ils emportent, dans la retraite, la -<span class="pagenum"><a id="Page_224"> 224</a></span> -conscience de leurs efforts et de leurs services, et que -l'histoire fasse, un jour, ce rapprochement honorable -pour tous deux. C'est ainsi, mais ce n'est qu'ainsi, que je -comprends le dnouement de votre vie politique. Toutes -les considrations qui pourraient vous le faire envisager -diffremment me paratraient indignes de vous. Pourriez-vous, -en effet, faire entrer dans la balance un peu plus -ou un peu moins d'amusement et de ressources sociales? -Faut-il compter pour quelque chose la petite agitation des -dpches, des courriers, des nouvelles? L'intrt qui en -rsulte n'est que trop souvent le hochet d'un enfant. -Devrions-nous, mme, songer au plus ou moins de tranquillit -matrielle? Les secousses, les tourmentes rvolutionnaires -sont-elles finies en France? Je n'en sais rien. -Sont-elles plus ou moins prochaines en Angleterre? Je -l'ignore. Faudra-t-il redouter la solitude? Chercher la -distraction des voyages? Quels seront, en un mot, les -dtails de la vie prive? Peu nous importe. Je suis plus -jeune que vous, et je pourrais plus naturellement, peut-tre, -y faire quelque attention; mais je croirais indigne -de votre confiance, et de la vrit que j'ose vous dire -aujourd'hui, si un retour quelconque sur mes convenances -personnelles me faisait vous la dissimuler. Quand, comme -vous, on appartient l'histoire, on ne doit pas songer -un autre avenir qu' celui qu'elle prpare. Elle juge plus -svrement, vous le savez, la fin de la vie que son dbut. -Si, comme j'ai l'orgueil de le croire, vous attachez du -prix mon jugement autant qu' mon affection, vous -serez aussi vrai avec vous-mme que je me permets de -<span class="pagenum"><a id="Page_225"> 225</a></span> -l'tre en ce moment, vous renoncerez aux illusions volontaires, -aux arguties spcieuses, aux subtilits de l'amour-propre, -et vous mettrez fin une situation qui bientt -vous dplacerait autant aux yeux des autres qu'aux miens. -Ne marchandez pas avec le public. Imposez-lui son jugement, -ne le subissez pas; dclarez-vous vieux, pour qu'on -ne vous trouve pas vieilli; dites noblement, simplement, -avant tout le monde: <i>l'heure a sonn!</i></p> - -<hr class="tb" /> - -<p>Dom Miguel est parti de Gnes, on l'a rencontr -Savone: cela dplat tout particulirement lord Palmerston!</p> - -<p class="section"><i>Londres, 19 aot 1834.</i>—Il parat que pendant que -dom Miguel tait Savone, on a vu en mer plusieurs btiments, -qui ont arbor le pavillon anglais, et qui ont fait -force signaux, d'aprs lesquels dom Miguel serait retourn - Gnes: voil ce qu'on disait hier sans y joindre d'autre -explication.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 20 aot 1834.</i>—M. de Talleyrand a quitt, -hier, Londres, probablement pour ne plus y revenir; -c'tait, du moins, ce qu'il disait.</p> - -<p>Il y a toujours quelque chose de solennel et de singulirement -pnible faire une chose pour la dernire fois, - quitter, s'absenter, dire adieu, quand on a quatre-vingts -ans. Je crois qu'il en avait le sentiment; je suis -sre de l'avoir eu pour lui. D'ailleurs, entoure de malades, -malade moi-mme, touchant l'anniversaire de la -<span class="pagenum"><a id="Page_226"> 226</a></span> -mort de ma mre qui est aujourd'hui, me souvenant de -tout ce qui m'est arriv de si heureux et de si doux en -Angleterre, et me voyant la veille de tout quitter, je me -suis sentie extrmement faible et dcourage; j'ai dit -adieu M. de Talleyrand avec le mme serrement de -cœur que si je ne devais pas le revoir dans quatre jours, -et j'aurais pu lui dire aussi comme je disais Mme de -Lieven: Je pleure mon dpart dans le vtre.</p> - -<p>Les dernires impressions que M. de Talleyrand a -emportes de sa vie publique ici n'ont pas t prcisment -agrables. Aprs un grand nombre d'heures passes -au Foreign Office, en regard de M. de Miraflors, de -M. de Sarmento et de lord Palmerston, qui s'est fait beaucoup -attendre, comme son ordinaire, ils ont enfin sign, -au milieu de la nuit, des articles additionnels assez peu -importants, au trait du 22 avril de la Quadruple Alliance. -Lord Palmerston aurait voulu donner plus d'extension -ce trait, tandis que M. de Talleyrand, au contraire, dsirait -plutt en restreindre les obligations. L'absence de -Paris de lord Granville avait laiss le gouvernement franais -libre de toute obsession de ce ct, aussi il a tenu -bon; il a autoris M. de Talleyrand rester dans la -mesure qu'il voulait et lord Palmerston en a t pour ses -vellits, lord Holland pour sa rdaction et Miraflors pour -ses sauteries.</p> - -<p>Il y a deux anecdotes que j'ai trop souvent entendu -conter M. de Talleyrand pour qu'elles aient encore le -mme mrite pour moi, mais elles m'ont paru assez -piquantes, la premire fois que je les ai entendues, pour -<span class="pagenum"><a id="Page_227"> 227</a></span> -que je veuille les crire ici. Elles se rattachent, toutes les -deux, aux campagnes de l'Empereur Napolon qui ont -fini par la paix de Tilsitt.</p> - -<p>L'Empereur reut Varsovie, o il s'arrta pendant -une partie de l'hiver de 1806 1807, un ambassadeur -persan<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor"> [34]</a>, qui, ce qu'il parat, tait homme d'esprit. -Du moins, M. de Talleyrand prtend que l'Empereur -Napolon ayant demand au Persan s'il n'tait pas un -peu surpris de trouver un Empereur d'Occident si prs de -l'Orient, l'ambassadeur rpondit: Non, Sire, car Tahmasp-Kouli-Khan -a t encore plus loin. J'ai toujours -souponn la ralit de cette rplique que je crois avoir -t invente par M. de Talleyrand, dans un de ses -moments d'humeur contre l'Empereur, humeur qu'il -rpandait en petites malices, et le plus qu'il pouvait, -en les mettant dans la bouche d'autrui. Il y en a d'autres, -cependant, dont il n'a pas reni la paternit, et que je lui -ai entendu dire de premier jet, entre autres ce mot dit -en 1812, si souvent rpt depuis, appliqu tant de -choses, qui est devenu du domaine public, et presqu'une -locution commune: <i>C'est le commencement de la fin!</i> -Cette malheureuse campagne de 1812 inspira plus d'un -mot piquant M. de Talleyrand. Je me souviens qu'un -jour, M. de Dalberg vint dire, chez ma mre, que tout le -matriel de l'arme tait perdu: Non pas, dit M. de -Talleyrand, car le duc de Bassano vient d'arriver. -Le duc de Bassano tait, tout particulirement alors, -<span class="pagenum"><a id="Page_228"> 228</a></span> -l'objet de la dplaisance de M. de Talleyrand, et cela se -comprend. L'Empereur avait dsir rappeler M. de Talleyrand -aux affaires; il avait t convenu que celui-ci le -suivrait Varsovie, mais cela devait rester secret jusqu'au -jour du dpart. L'Empereur en prvint, cependant, le duc -de Bassano, qui, inquiet d'un retour de faveur qui pouvait -menacer la sienne, vint le dire sa femme; celle-ci -se chargea de faire manquer la chose: elle se servit pour -cela de M. de Rambuteau, bavard, important et mielleux, -prtentieux et souple, qui se croyait amoureux de la -Duchesse et valetaillait auprs du mari. M. de Rambuteau -donc, bien endoctrin par la duchesse de Bassano, s'en -fut partout colporter la nouvelle du voyage Varsovie, -disant que M. de Talleyrand s'en vantait et le confiait -tout le monde. L'Empereur en prit de l'humeur, et M. de -Talleyrand resta en France, prparer ses reprsailles...</p> - -<p>Mais pour en revenir la seconde histoire que M. de -Talleyrand raconte souvent, la voici. Il dit que cet ambassadeur -persan, qui faisait des rponses si spirituelles et si -fines l'Empereur Napolon, tait un homme de haute -taille, de belle mine, de beaucoup de dignit et de prsence -d'esprit, tandis qu'un autre ambassadeur d'Orient, -celui de Turquie<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor"> [35]</a>, qui avait t aussi Varsovie complimenter -l'Empereur Napolon, tait un petit homme -court, pais, commun et ridicule. A un grand bal chez le -comte Potocki, ces deux ambassadeurs montant en mme -temps l'escalier, le petit Turc s'lana pour entrer dans la -<span class="pagenum"><a id="Page_229"> 229</a></span> -salle de bal avant son collgue; celui-ci, se voyant -dpass, tendit son bras de faon en faire une espce -de joug, sous lequel il laissa alors tranquillement passer -le Musulman.</p> - -<p class="section"><i>Londres, 22 aot 1834.</i>—Les ministres anglais ont -voulu insrer dans le discours prononc par le Roi, la -clture du Parlement, une phrase trs offensante pour la -Chambre Haute, en punition de son rejet du Bill sur les -dissenters, et de celui sur les dmes du clerg protestant -d'Irlande. Mais le Roi s'y est oppos, et avec assez -de fermet pour qu'aprs une lutte plutt vive et prolonge, -qui a retard l'heure de la sance royale, cette phrase -ait t abandonne.</p> - -<p>La Reine est revenue de son voyage. Elle a t reue -avec pompe et cordialit par la ville de Londres, dont les -premiers magistrats ont t sa rencontre. Sa sant est -meilleure. Je pense avec plaisir toutes les consolations -que la Providence, dans son quit, lui rserve.</p> - -<p>M. de Blow annonce qu'il a demand un cong pour -affaires de famille et qu'il est sr de l'obtenir. Il dit vouloir -aller La Haye, pour y faire tte l'orage, et, aprs -l'avoir conjur l, aller affronter plus hautement celui -qu'il prvoit Berlin. Je crois, en effet, qu'il ira La -Haye, mais bien plus pour rentrer en grce par quelques -platitudes que pour vider la querelle coups de lance; il -ne veut arriver Berlin qu'aprs avoir t graci La -Haye; c'est du moins l mon opinion.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_230"> 230</a></span> -<i>Londres, 23 aot 1834.</i>—Je termine ici mon journal -de Londres avec le regret de ne l'avoir pas commenc -plus tt. Il aurait eu peut-tre plus d'intrt. Mais je -n'avais, il y a quatre ans, quand je suis arrive dans cette -ville, ni bons souvenirs du pass, ni intrt au prsent, -ni pense d'avenir; ne demandant alors aux journes, -mesure qu'elles se succdaient, qu'un peu de distraction, -je ne songeais pas ce qui les marquait plus particulirement -l'une aprs l'autre...</p> - -<p class="section"><i>Douvres, 24 aot 1834.</i>—J'ai t tout tonne de -trouver qu'on m'attendait ici et tout le long de la route. -Le duc de Wellington, qui la suit pour se rendre Walmer -Castle, sa rsidence comme gouverneur des Cinq -Ports, m'avait annonce. Une mme famille Wright, gens -tout fait comme il faut, tient presque toutes les auberges -sur cette route.</p> - -<p>L'anne dernire, j'avais t, aprs une tempte, recueillie -ici par une trs jolie Mrs Wright, qui tenait l'htel -du <i>Ship</i>; elle avait l'air d'une reine; ce n'est qu'aujourd'hui -que j'ai appris qu'elle l'avait t, mais de thtre, et -que ses extravagances avaient ruin son mari. L'htel est -tenu maintenant par des gens nomms Waburton qui y -mettent de la magnificence. J'ai encore t frappe de la -respectueuse politesse avec laquelle on est accueilli en -Angleterre dans les auberges, aux relais de poste; du bon -langage, des manires convenables, chez les gens les plus -infrieurs. Sur la route, on me parlait du duc de Wellington, -de la mort de Mrs Arbuthnot, du passage de M. de -<span class="pagenum"><a id="Page_231"> 231</a></span> -Talleyrand, du dsir de nous voir revenir en Angleterre, -et de tout cela dans une mesure charmante.</p> - -<p>Je vais partir sur un paquebot franais; le temps est -beau, la mer est calme. Adieu donc l'Angleterre, mais -non pas au souvenir des quatre belles annes que j'y ai -vcu, et qui ont pass avec une rapidit qui s'explique -par l'intrt des vnements et les motifs particuliers de -satisfaction et de douceur que j'y ai trouvs! Adieu encore - cette terre hospitalire dont je ne m'loigne qu'avec les -regrets de la reconnaissance!</p> - -<p class="section"><i>Paris, 27 aot 1834.</i>—Je suis arrive ici hier au soir - dix heures. J'ai trouv M. de Talleyrand qui m'attendait. -L'impression gnrale qu'il m'a faite, tait d'tre assez -triste et ennuy; cependant il se dit fort content du Chteau<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor"> [36]</a>, -o il parat tre trs la mode. Il dit aussi qu'il -est tellement populaire Paris, que les passants s'arrtent -devant sa voiture et lui tirent leur chapeau; mais malgr -tout cela, il rpte qu'il ne connat personne ici, qu'il s'y -ennuie, que tout le monde est vieilli, us.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 28 aot 1834.</i>—J'ai t hier Saint-Cloud: le -Roi m'a fait l'honneur de causer beaucoup avec moi, peut-tre -trop, car il m'a fallu dire quelque chose de mon ct, -et c'est un lieu o je n'ai jamais qu'une envie, celle de me -taire. Cependant cette conversation a eu beaucoup d'intrt, -car le Roi qui a de l'esprit sur tout, et de l'intelligence -<span class="pagenum"><a id="Page_232"> 232</a></span> -de tout, a parl aussi de tout: l'Angleterre actuelle, -dont la dgringolade n'est pas rassurante pour ses voisins; -la retraite de lord Grey, qui a afflig ici; le dpart de don -Carlos d'Angleterre; le plus ou moins de part qu'y avait -eu le duc de Wellington, qu'on en suppose l'auteur, ce que -j'ai vivement rfut, croyant ma conscience engage le -faire; puis l'intervention en Espagne, puis la loi salique; -enfin, tout ce qui proccupe en ce moment, le Roi en a -parl, et fort bien parl. Il a beaucoup insist sur ce qu' -lui seul, il s'tait oppos l'intervention immdiate que -voulaient les ministres; en me disant cela, il fermait sa -grosse main, et me montrant le poignet: Voyez-vous -bien, madame? Il m'a fallu retenir, par les crins, des chevaux -qui n'ont ni bouche ni bride.</p> - -<p>A propos de la loi salique, il m'a dit: Je suis loi -salique jusqu'au bout des doigts: les Ducs d'Orlans l'ont -toujours t, ma protestation en fait foi; mais quand je -luttais pour elle, on trouvait que c'tait m'ter des chances -que de la dtruire, aussi tout le monde s'est prt sa destruction, -au lieu de m'aider la faire maintenir; on m'a -laiss seul contre les vanits et les ignorances franaises -et toutes les autres difficults; puis, maintenant, on me -reproche d'avoir abandonn ma propre cause dans celle de -don Carlos. Je n'ai aucune haine contre lui, aucune affection -pour Isabelle, mais on a voulu que les choses tournassent -comme elles l'ont fait. Ce sont les deux annes -qui ont prcd mon rgne qui ont prpar ce qui se passe -aujourd'hui dans la Pninsule et qui est dplorable. Du -reste, que ce soit l'anarchie sous Isabelle, ou l'Inquisition -<span class="pagenum"><a id="Page_233"> 233</a></span> -sous don Carlos qui triomphe, je puis tre importun, mais -non pas branl par ce voisinage. Nous avons fait des progrs -immenses au dedans, mais je conviens qu'il reste -beaucoup faire encore, et avec quels instruments!</p> - -<p>Le Roi est alors entr dans beaucoup de dtails sur la -pesanteur de sa charge, et il a fini par dire: Madame, -songez donc qu'il faut, pour que les choses aillent, que je -sois le <i>Directeur de tout et le Matre de rien</i>.</p> - -<p>A propos de l'tat de l'Angleterre, et des complications -qui y surviendront par suite de l'ge et du sexe de l'hritire -du trne, le Roi a dit: Quelle dplorable chose, -dans un temps comme celui-ci, que toutes ces petites filles -Rois!! Il est parti de l pour faire un morceau, vraiment -trs loquent, sur les inconvnients des rgnes de femmes; -puis, tout coup, il s'est arrt, m'a fait une phrase polie, -avec une sorte d'excuse qui n'tait nullement ncessaire, -et je lui ai dit que je croyais qu'on pouvait dire des femmes -cc que M. de Talleyrand disait de l'esprit, que <i>servant -tout, elles ne suffisaient rien</i>.</p> - -<p>Le Roi m'a longuement entretenue ensuite des restaurations -de Versailles et de Fontainebleau. Il a fait remeubler -la chambre de Louis XIV, Versailles, telle qu'elle -tait, c'est--dire avec une tenture brode par les demoiselles -de Saint-Cyr. Un panneau reprsente le sacrifice -d'Abraham; le second, celui d'Iphignie; le troisime, les -amours d'Armide. Le Roi a fait replacer, dans cette mme -chambre, un portrait de Mme de Maintenon donnant une -leon Mlle de Nantes. Versailles sera le vrai muse de -l'histoire de France. Je sais gr au Roi de son respect pour -<span class="pagenum"><a id="Page_234"> 234</a></span> -la tradition; les monuments historiques lui devront beaucoup.</p> - -<p>Quelle triste lettre que celle qu'Alava m'crit de Madrid. -Il fait de l'Espagne le plus dplorable tableau et ne prvoit -qu'une srie de circonstances plus fatales les unes que les -autres. Il me dit que l'ignorance et la prsomption y sont -pousses au dernier degr, et que le demi-savoir, import -de France et d'Angleterre, y fait peut-tre encore plus de -mal que l'ignorance complte. La banqueroute est flagrante, -le cholra y a t plus hideux qu'ailleurs, augment -par la stupidit du peuple, qu'on voyait aux enterrements -des cholriques manger des concombres et des -tomates crus, tandis que la Junte de sant, Sgovie par -exemple, ordonnait que, dans toute maison frappe par -l'pidmie, tous les meubles du dcd seraient brls, -tous les survivants enferms l'hpital, y compris le -prtre qui aurait assist le mourant.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 29 aot 1834.</i>—Que tout le monde est agit, -affair Paris! comme les esprits travaillent! comme la -tranquillit, le calme sont choses inconnues ici! Cependant, -il y a des progrs, des amliorations, mais sans -rgularit, sans mesure! Tant de petites intrigues, de -petites passions, de petites combinaisons travaillent les -hommes, qui ne savent jouir de rien de ce qui est bon, ni -reposer leur pense dans un avenir de quitude! Cette vie -fivreuse est dvorante, et je trouve tous les membres du -Cabinet franais vieillis d'une faon effrayante! Ce sont tous -de petits vieillards, qui ont la plus triste mine du monde!</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_235"> 235</a></span> -M. Thiers a pass par une srie de dgots et d'embarras -qui lui ont fait dsirer sa retraite; il s'est senti -humili et dcourag. Le Roi l'a soutenu, remont, protg, -et n'a pas t fch de faire sentir cette protection; -il a mme dit: Il n'y a pas de mal que messieurs les -gens d'esprit s'aperoivent de temps en temps qu'ils ont -besoin du Roi.</p> - -<p>M. le duc d'Orlans est venu passer une heure chez -moi. Il est dsireux de se marier et dcid le faire; -fatigu tout la fois de la vie dissipe et des frivolits de -jeune homme qui lui nuisent et le diminuent, dgot de -l'inactivit relle de sa vie publique, il dsire un intrieur, -une maison; il veut prendre racine, grouper autour de lui, -se fixer, s'asseoir; se vieillir enfin. Toutes ces vues sont -sages et convenables.</p> - -<p>Le choix pour sa femme est d'autant plus difficile -faire, qu'il y a plus de prventions que jamais vaincre. -La grande-duchesse de Russie serait ce qu'il y aurait de -plus clatant, mais voudrait-on de lui? Puis, il y a quelques -regrets potiques donns ici la Pologne, qui ne rendraient -ce mariage ni agrable en France, ni peut-tre -possible en Russie. Une archiduchesse d'Autriche ne serait -pas bien facile non plus obtenir et, d'ailleurs, il semble -qu'il y ait quelque mauvais sort attach ces alliances-l. -La nice du Roi de Prusse, pour laquelle penche Louis-Philippe, -parat d'un extrieur chtif, d'une sant dlicate, -les habitudes de son ducation sont rtrcies, et les sujets -de collision qui peuvent natre entre deux puissances qui -se disputent le Rhin, loignent M. le duc d'Orlans de la -<span class="pagenum"><a id="Page_236"> 236</a></span> -princesse de Prusse. Celle qui, par les rapports qui en ont -t faits, plat davantage au jeune Prince, c'est la seconde -fille du Roi de Wrtemberg: elle est grande, bien faite, -jolie, spirituelle, anime. Elle a de qui tenir: sa mre, la -grande-duchesse Catherine de Russie, tait une des femmes -les plus distingues de son temps, et, quand elle le voulait, -parfaitement agrable; mais aussi, elle tait ambitieuse, -intrigante, agite, et j'espre que la ressemblance -de la fille la mre n'est pas gnrale. M. le duc d'Orlans -a voulu l'avis de M. de Talleyrand et le mien; nous -avons demand quelque temps de rflexion.</p> - -<p>Le Prince s'est annonc Valenay pour le commencement -d'octobre, afin de reparler plus notre aise de tout -ceci. Il a de la raison, de la justesse d'esprit, de l'ambition, -de fort bonnes qualits, mais ce qu'il y a de bien -comme ce qui lui manque exige galement que sa femme -soit distingue.</p> - -<p>On dit le marchal Grard peu satisfait de son poste de -ministre de la Guerre. Il parat qu'il ne l'a occup que sur -la promesse d'un portefeuille pour son beau-frre, M. de -Celles; ide folle et impraticable, mais sur laquelle on -s'tait engag afin de le dcider, et aprs, on ne s'est pas -fait scrupule de lui manquer de parole.</p> - -<p>Quant au mariage du Prince Royal, je vois que la question -de religion est, pour lui, une chose indiffrente, -secondaire pour le Roi, et que la Reine seule tiendrait -une conversion pralable; mais ce ne sera jamais sur ce -point qu'il y aura rupture.</p> - -<p>Les exigences exagres du Roi de Naples pour les conditions -<span class="pagenum"><a id="Page_237"> 237</a></span> -dotales de la princesse Marie ont suspendu toute -ide de mariage de ce ct-l. C'est un regret gnral dans -la famille royale, except de la part de la Princesse elle-mme, -qui rve de continuer ici l'existence de sa tante, -qu'elle trouve charmante.</p> - -<p class="section"><i>Paris, le 30 aot 1834.</i>—D'aprs ce que m'a dit -M. Thiers, le Roi, la retraite du marchal Soult, a pens - appeler M. de Talleyrand la prsidence du Conseil. -Cette ide se prsente mme encore son esprit lorsqu'il -songe la retraite probable du marchal Grard. Mais -M. de Talleyrand n'accepterait aucune condition, et pour -le coup, comme l'a dit Thiers au Roi, Mme de Dino ne -le voudrait pas.</p> - -<p>A dner hier Saint-Cloud, le Roi m'a parl avec une -grande aigreur du duc de Broglie, comme ayant voulu le -rendre tranger toutes les affaires. Il s'en est plaint vivement. -Il se plaint de pas mal de monde; il s'arrange de -Rigny et compte sur M. Thiers.</p> - -<p>M. de Talleyrand est on ne peut plus la mode au -Chteau, parce qu'il rpte beaucoup qu'il faut laisser -faire le Roi. J'y suis aussi, parce que j'coute et que je dis -de mme, ce que je pense du reste, que le Roi est le plus -habile homme de France. Le Roi parle de tout trs bien, -longuement, beaucoup; il s'coute, et a, au moins, la -conscience de sa capacit. Il aime le souvenir de M. le Rgent; -Saint-Cloud l'y ramne tout naturellement. Il me -racontait que Louis XVIII aimait la mmoire du Rgent, -montrait une grande horreur pour les calomnies dont il -<span class="pagenum"><a id="Page_238"> 238</a></span> -avait t l'objet, et ajoutait: Sa meilleure justification, -c'est moi. Mais quand Louis XVIII racontait tout cela, il -finissait singulirement, car aprs avoir insist sur l'horreur -des calomnies, il disait: Mais nanmoins les vers -de Lagrange-Chancel sont si beaux, que je les ai retenus -et que j'aime les rciter<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor"> [37]</a>. Ce qu'il faisait alors, en -s'adressant au Roi actuel: c'tait une singulire conclusion!</p> - -<p class="section"><i>Paris, le 1<sup>er</sup> septembre 1834.</i>—J'ai vu ce matin M. de -Rigny, il m'a dit que les nouvelles d'Espagne taient fort -embarrassantes. Martinez de la Rosa commence dire que -sans l'intervention arme de la France, tout ira la diable. -Le Roi est, au plus haut degr, contre cette intervention, -beaucoup plus que ses ministres, qui me paraissent tre -trs agits de ce terrible voisinage.</p> - -<p>La haine contre lord Palmerston est si gnrale ici, que -personne ne se gne pour l'exprimer. M. de Rigny en est -assourdi de tous les cts. Il m'a dit ce sujet que les -arrogances de Palmerston, et ses dmonstrations hostiles -n'ayant jamais t suivies d'aucune action vritable, elles -ne faisaient plus d'impression, et qu'au dehors, on se bornait - dire: Ah! c'est une boutade de Palmerston! -puis on n'y pense plus.</p> - -<p>M. Guizot a succd chez moi Rigny; il est fort content -de l'tat intrieur du pays, mais il dit, avec raison, -<span class="pagenum"><a id="Page_239"> 239</a></span> -que s'il faut avoir, avec les difficults du dedans, se -mler d'une rvolution en Espagne, et en voir venir une -en Angleterre, il n'y aura plus moyen de se tirer d'affaire. -Il parat certain que la Chambre des dputs nouvelle -vaut infiniment mieux que la prcdente, qu'elle est -prise dans un ordre moins bas; les progrs matriels aussi -sont sensibles. La France livre elle-mme, sans embarras -extrieurs, est videmment dans une fort bonne voie.</p> - -<p>Le prince Czartoryski est venu son tour, assez languissant, -comme toujours, et dcidment fix Paris.</p> - -<p>Enfin, j'ai pu sortir, et aller chez les Werther, o j'ai -entendu de nouvelles plaintes contre le Palmerston. En -rentrant, M. de Talleyrand m'a fait ranger des papiers; -j'y ai retrouv une lettre curieuse, signe: Ferdinand, -Carlos, Antonio, crite, par ces trois Princes, de Valenay, - M. de Talleyrand pour lui exprimer leur reconnaissance -et affection.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 2 septembre 1834.</i>—J'ai eu la visite de -M. Thiers, qui m'a cont ceci. Tous les rapports d'Espagne -s'accordent dire que don Carlos aura autant -d'hommes que de fusils, et qu'il n'attend qu'un arrivage -d'armes pour marcher sur Madrid, o tout va la diable; -que dom Miguel se prpare reparatre, son tour, dans -la Pninsule. Si donc le blocus n'est pas assez effectif -pour empcher le secours d'armes, la cause de la Reine -est dsespre, moins que la France ne se mle activement -des affaires d'Espagne. D'un instant l'autre, cette -question peut se prsenter, et il y a, l-dessus, forte division. -<span class="pagenum"><a id="Page_240"> 240</a></span> -Bertin de Veaux et quelques autres sont pour l'intervention -arme, dans le cas o elle deviendrait ncessaire -pour sauver la Reine, parce que, disent-ils, si don -Carlos triomphe, le carlisme, de partout, redevient audacieux, -que la France aura un ennemi implacable sur ses -frontires, et qu'avec un danger aussi rel derrire elle, -tous ses mouvements restent paralyss et ses chances -plus mauvaises, dans une guerre qu'on sera d'autant plus -tent de lui faire. Le Roi et M. de Talleyrand disent -cela: Mais la guerre, vous l'aurez bien plutt si vous -intervenez! d'ailleurs, avec qui marcherez-vous? L'Angleterre, -dvore par ses plaies intrieures, pourra-t-elle -vous aider? A cela on rplique: Sa neutralit nous suffit.—Bon! -mais pouvez-vous y compter, sur cette neutralit? -Ne dpend-elle pas de la dure et de la composition du -Cabinet actuel, dont l'existence est fort douteuse?</p> - -<p>M. de Rigny est trs tiraill entre ces avis si divers: -c'est un embarras norme; je les vois, tous, se cassant -la tte, pour trouver un expdient.</p> - -<p class="section"><i>Rochecotte, 7 septembre 1834.</i>—Le temps, qui tait -mauvais depuis deux jours, s'est remis hier, et j'ai eu, en -arrivant, mon soleil d'Austerlitz, qui perait les nuages -pour me souhaiter la bienvenue<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor"> [38]</a>. A Langeais<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor"> [39]</a>, j'ai -<span class="pagenum"><a id="Page_241"> 241</a></span> -eu ma voiture entoure de toute la ville et tout le long du -chemin jusqu'ici force coups de chapeau et mines -rjouies, ce qui m'a touche.</p> - -<p>La valle est trs frache, la Loire pleine, et la culture -admirable de soins et de richesse, les chanvres, une des -industries du pays, levs comme des plantes du Tropique; -enfin, je suis trs satisfaite de tout ce que je vois.</p> - -<p class="section"><i>Rochecotte, 8 septembre 1834.</i>—Ma vie, ici, n'est ni -politique, ni sociale; elle ne peut tre d'aucun intrt -gnral, mais je n'en noterai pas moins les petits incidents -qui me touchent.</p> - -<p>Hier, aprs le djeuner, pendant que je reposais ma -pauvre tte enrhume sur une chaise longue du salon, -l'abb Girollet, assis ct de moi, dans un grand fauteuil, -m'a dit qu'il avait une grce me demander: c'tait -que je restasse seule charge de sa succession, qui n'tait -rien comme valeur et dont les charges absorberaient au -moins la totalit mais qu'il n'y avait que moi qui lui -inspirt assez de confiance pour qu'il mourt tranquille -sur le sort de ses domestiques et de ses pauvres. Je lui ai -dit que je le priais de faire ce qui lui conviendrait, de -disposer de moi comme il l'entendrait, mais de m'pargner -des dtails qui m'taient pnibles et que j'apprendrais -toujours trop tt. Il m'a demand ma main, m'a -<span class="pagenum"><a id="Page_242"> 242</a></span> -beaucoup remercie de ce qu'il appelle mes bonts pour -lui, puis, aprs cet effort momentan, il est retomb dans -un tat de silence et presque de somnolence, dont il -ne sort qu' de rares intervalles.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 11 septembre 1834.</i>—Je suis arrive hier -soir ici, aprs m'tre arrte quelques instants la jolie -campagne de Bretonneau, prs de Tours, et avoir parcouru -et admir la charmante route de Tours Blois, qui est si -pleine de souvenirs. Il faisait nuit, au clair de lune prs, -quand j'ai atteint le relais de Selles, o on savait que j'allais -passer. Au premier coup de fouet du postillon, -chaque fentre s'est claire des chandelles des habitants, -cela a fait comme une jolie illumination; pendant qu'on -relayait, ma voiture a t entoure par toute la population, -avec des cris infinis de bienvenue. Jusqu' la Sœur -Suprieure de l'hpital, une de mes anciennes amies, qui -est venue ma portire quoiqu'il ft neuf heures du soir. -J'tais toute assourdie et ahurie, mais, en mme temps, -fort touche. Il y avait plus de quatre ans que je n'avais -pass par l, et j'tais loin de m'attendre qu'on s'y souviendrait -de quelques bons offices que j'y ai rendus dans -les temps passs.</p> - -<p>Enfin, dix heures, je suis entre, par le plus beau -clair de lune, dans les belles cours de Valenay. M. de -Talleyrand, Pauline, Mlle Henriette<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor"> [40]</a>, Demion et tous les -domestiques taient sous les arcades avec force lumires. -Cela faisait un joli tableau.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_243"> 243</a></span> -<i>Valenay, 12 septembre 1834.</i>—Voici le principal -passage d'une lettre adresse par Madame Adlade M. de -Talleyrand: Vous vous rappellerez srement la discussion -qui a eu lieu dans mon cabinet, sur le ridicule, le -danger et l'inutilit de faire une dclaration de guerre -don Carlos. Il parat, nanmoins, qu'on veut remettre -cette question sur le tapis. Vous l'avez, en ma prsence, -traite d'une manire si lucide et si convaincante, qu'on -ne devait pas craindre qu'on s'en occupt davantage. -Cependant, je crois bien faire de vous avertir qu'il faut y -prendre garde, et que vous ferez bien de faire sentir en -Angleterre le danger de cette fausse dmarche, qui ne -peut conduire qu' du mal. Il parat qu'on est embarrass -en Angleterre, de la promesse de fournir une force navale - l'Espagne, et que, pour s'en tirer, on a song cette -absurdit. Je crois donc que vous feriez bien d'crire tout -de suite en Angleterre sur cela. J'y tiens beaucoup, parce -que personne ne peut le faire aussi bien et d'une manire -plus efficace.</p> - -<p>Voici maintenant la rponse de M. de Talleyrand<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor"> [41]</a>: Je -conjure le Roi de persister dans son refus de dclaration -de guerre contre don Carlos; je trouve que ce serait la -plus dplorable manire, pour nous, d'aplanir les embarras -des ministres anglais. Je ne suis nullement surpris de -ceux qu'ils prouvent; il y a si longtemps que je les prvois! -et je n'ai jamais compris la lgret avec laquelle, -<span class="pagenum"><a id="Page_244"> 244</a></span> -depuis deux ans, ils se sont jets dans toutes les difficults -de la Pninsule. En 1830, Londres tait le vritable terrain, -le seul convenable pour les grandes ngociations; -mais aujourd'hui qu'on y est d'autant plus prs du dsordre -que la France s'en loigne davantage, ce n'est plus -Londres, c'est Paris qu'il faut les ramener, et c'est sous -l'œil d'aigle du Roi qu'il faut qu'elles soient conduites. -L'Angleterre n'osera pas se risquer seule, et les autres -puissances se rangeront de notre ct pour dsapprouver -la dclaration de guerre; ainsi nous ne risquerons rien -la repousser. Il n'y a pas de mal gagner du temps et -l'absence de lord Granville, de Paris, peut nous servir de -prtexte pour ajourner une rponse premptoire. Si j'hsite - obir Madame et crire sur ce sujet en Angleterre, -c'est que je dois supposer que ma lettre y produirait -l'effet contraire celui que je dsirerais obtenir. Le -Cabinet anglais m'a trouv, dans les derniers temps, -rserv et froid, vitant avec soin d'engager mon gouvernement -dans toutes les fcheuses complications de la -Pninsule. Je ne puis douter qu'on ne se soit mfi de moi -dans toutes les transactions qu'on a faites, qu'on ne m'en -ait voulu de ma tideur, et qu'aujourd'hui que les ministres -anglais sont embarrasss des engagements que je -leur ai laiss prendre, sans vouloir y faire participer la -France, ils recevraient avec d'autant plus d'humeur mes -conseils et mes avertissements.</p> - -<p>Mme de Lieven m'crit des tendresses de Ptersbourg; -elle va bientt rester seule, avec son lve qui lui plat -fort. L'Empereur va Moscou, l'impratrice Berlin, et -<span class="pagenum"><a id="Page_245"> 245</a></span> -c'est alors que les Lieven entreront en fonctions, et qu'ils -seront tablis chez eux, ce dont elle me parat, avec raison, -trs presse. Elle me semble dj sur les dents, -quoique console par ses augustes htes.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 16 septembre 1834.</i>—Labouchre, qui est -arriv ici hier, dit que rien n'est comparable la conduite -de M. de Toreno, que celle des Rothschild<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor"> [42]</a>. Le -premier, avant de dclarer la banqueroute du gouvernement -espagnol, a vendu normment d'effets; il a fait la -spculation inverse des Juifs, et, comme il tait dans le -secret, il a chang sa position personnelle, qui tait fort -drange, en des profits normes, tandis que presque -toutes les places de l'Europe sont frappes de la faon la -plus dplorable.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 25 septembre 1834.</i>—Voici l'extrait d'une -lettre de M. de Rigny M. de Talleyrand: On s'est -calm Constantinople, mais Mhmet-Ali est furieux, -lui, des vellits qu'a montres la Porte et il parle d'indpendance; -nous allons tcher de calmer cet accs de -fivre. Toreno, d'adversaire qu'il tait des cranciers -franais, s'est fait presque leur champion; nous saurons -demain ou aprs la rsolution adopte par les Corts. -Mais, en attendant, les choses ne vont pas mieux en -Espagne, et on commence parler fort haut Madrid de -la ncessit de notre intervention. On voulait remplacer -Rodil par Mina.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_246"> 246</a></span> -Maison s'est mis fort en froid la Cour de Saint-Ptersbourg -pour n'avoir pas voulu assister l'inauguration -de la colonne.</p> - -<p>J'ai vu, hier, une lettre de lord Holland, qui se -flicite de l'assiette du ministre anglais; je ne sais quelle -valeur cela peut avoir.</p> - -<p>Semonville a donn sa dmission par crit; il aurait -voulu tre remplac par Bassano, il l'est par Decazes, -ce que vous ne trouverez peut-tre pas mieux. Mol -refuse d'tre vice-prsident; il est bless de ce qu'on ait -mis Broglie avant lui, c'est l toute sa raison; est-ce -bien de la raison? Villemain ne veut pas tre secrtaire -perptuel la place d'Arnaud: Ce serait, dit-il, abdiquer -toutes les <i>chances politiques</i>. Par contre, Viennet -abandonnerait volontiers les siennes pour le fauteuil -perptuit.</p> - -<p>Nous venons d'avoir deux ou trois mauvaises lections. -Quant l'amnistie, elle est ngativement dcide; -je crains qu'on ne regrette ce parti, lorsque nous serons -au milieu du feu crois du procs, des avocats, de la tribune, -des journaux. Il faut voir les choses quelques mois -en avant dans ce pays-ci!</p> - -<p>Une lettre de lady Jersey mande que lord Palmerston a -refus le gouvernement gnral de l'Inde et que Mme la -duchesse de Berry est au moment d'accoucher, mais, pour -le coup, d'un enfant lgitime.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 28 septembre 1834.</i>—En rentrant hier de -la promenade, nous avons trouv le chteau rempli de -<span class="pagenum"><a id="Page_247"> 247</a></span> -visiteurs, hommes et femmes, venus en poste et visitant -toutes choses en curieux. Le rgisseur nous a dit que -c'tait Mme Dudevant avec M. Alfred de Musset et leur -compagnie. A ce nom de Dudevant, les Entraigues ont -fait des exclamations auxquelles je n'entendais rien et -qu'ils m'ont expliques: c'est que Mme Dudevant n'est -autre que l'auteur d'<i>Indiana</i>, <i>Valentine</i>, <i>Leone Leoni</i>, -George Sand enfin!... Elle habite le Berry, quand elle ne -court pas le monde, ce qui lui arrive souvent. Elle a un -chteau prs de La Chtre, o son mari habite toute l'anne -et fait de l'agriculture. C'est lui qui lve les deux -enfants qu'il a de cette virtuose. Elle-mme est la fille -d'une fille naturelle du marchal de Saxe; elle est souvent -vtue en homme, mais elle ne l'tait pas hier. En entrant -dans mon appartement, j'ai trouv toute cette compagnie -parlementant avec Joseph<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor"> [43]</a>, pour le voir, ce qui n'est -pas trop permis quand je suis au chteau. Dans cette -occasion cependant, j'ai voulu tre polie pour des voisins: -j'ai moi-mme ouvert, montr, expliqu l'appartement et -je les ai reconduits jusqu'au grand salon, o l'hrone de -la troupe s'est vue oblige, propos de mon portrait par -Prud'hon, de me faire force compliments. Elle est petite, -brune, d'un extrieur insignifiant, entre trente et quarante -ans, d'assez beaux yeux; une coiffure prtentieuse, -et ce qu'on appelle en style de thtre, <i>classique</i>. Elle a -un ton sec, tranch, un jugement absolu sur les arts, -auquel le buste de Napolon et le Pris de Canova, le -<span class="pagenum"><a id="Page_248"> 248</a></span> -buste d'Alexandre par Thorwaldsen et une copie de -Raphal par Annibal Carrache (que la belle dame a pris -pour un original) ont fort prt. Son langage est recherch. -A tout prendre, peu de grces; le reste de sa compagnie -d'un commun achev, de tournure au moins, car -aucun n'a dit un mot.</p> - -<p>J'ai eu, dans la soire, une autre visite qui m'a t -droit au cœur: celle d'une Sœur de l'Ordre des religieuses -qui sont Valenay. Elle y a fait son noviciat, et, -quoiqu'elle n'ait que trente-trois ans, elle est dj premire -assistante de la maison mre, d'o elle vient en inspection -ici. Elle regarde Valenay comme son berceau; -elle y est venue, l'poque o j'ai fond ce petit tablissement; -elle tait alors d'une beaut et d'une fracheur -remarquables; maintenant, elle est maigre et ple, mais -toujours avec le plus doux regard. Malgr sa saintet, qui -l'a leve si vite dans son ordre, elle m'aime beaucoup, -et m'a embrasse comme si j'en tais digne, avec la plus -grande joie du monde de retrouver une pauvre pcheresse -telle que moi!</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 7 octobre 1834.</i>—J'ai eu, hier, une longue -conversation avec M. de Talleyrand sur ses projets de -retraite; elle m'a conduite traiter avec lui plusieurs -points importants de sa position, et lui parler avec sincrit. -J'ai eu le courage de lui dire la vrit; il en faut -toujours pour la dire un homme de son grand ge.</p> - -<p>C'est pourtant une utile chose que la vrit, ce premier -des biens, toujours inconnu par les mes qui ne sont pas -<span class="pagenum"><a id="Page_249"> 249</a></span> -fortement trempes; que l'esprit ddaigne souvent, que les -caractres levs savent seuls apprcier; qui effarouche la -jeunesse, qui effraye la vieillesse; qu'on n'aime et qu'on -n'accueille que lorsqu'on joint aux leons de l'exprience -toute la vigueur de l'ge et de la sant. Que de rflexions -j'ai faites, depuis hier, sur ce sujet! et que j'ai bni -l'homme, habile et bon<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor"> [44]</a>, qui a guid mes premires -annes, et qui m'a donn cette habitude prcieuse, devenue -depuis un besoin, de me rendre un compte svre de -moi-mme, d'tre la premire me maltraiter; c'est ce -qui a sauv mon me, car cela m'a toujours empche -de confondre le bien avec le mal; je ne les ai jamais mis -la place l'un de l'autre dans mon esprit, ni dans ma conscience, -et si j'ai charg celle-ci de fautes, je l'ai, du -moins, tenue libre d'erreurs. Grande diffrence, qui permet -toujours de revenir sur ses pas; car, ce qui perd, -c'est la <i>fausse conscience</i>. Vrit de l'esprit, vrit du -cœur, voil ce qu'il s'agit de prserver: c'est ce qui conserve -de la dignit au caractre, et fait arriver au terme, -non sans fautes, mais bien sans lchets.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 9 octobre 1834.</i>—M. de Montrond, qui est -ici depuis plusieurs jours, a demand hier matin me -voir, pour me parler d'une chose importante. Je l'ai -vu, et aprs quelques plaisanteries que j'ai reues assez -froidement, il m'a dit qu'il venait pour m'annoncer son -dpart; que je ne serais probablement pas tonne, -<span class="pagenum"><a id="Page_250"> 250</a></span> -d'aprs la manire inconcevable dont M. de Talleyrand le -traitait. Il s'est fort tendu en plaintes, en aigreurs; il est -profondment bless et cela lui fait dire beaucoup de mauvaises -choses. Il a ajout qu'il savait bien que je ne -l'aimais gure, mais que j'avais, cependant, t polie et -obligeante pour lui, qu'il venait m'en remercier et me -dire que, quoiqu'il penst bien que je ne voudrais pas -en convenir, il tait impossible que je ne m'ennuyasse -pas la mort, et que la vie que je menais devait m'tre -insupportable, quoiqu'il ft difficile de la prendre de -meilleure grce. Enfin, il a mis, je ne sais trop pourquoi, -du prix se faire bien venir de moi.</p> - -<p>J'avoue que je me suis sentie fort mal mon aise pendant -ce discours, qui, quoique hach et saccad, sa -manire, a t long. Voici en rsum, ma ou mes -rponses: Que je regrettais tout ce qui ressemblait de -la brouillerie, parce que je ne la trouvais bonne pour personne, -mauvaise surtout pour lui, M. de Montrond, qui -le monde donnerait tort, puisque son ton rude avec M. de -Talleyrand expliquerait le manque de patience de celui-ci; -que, de se plaindre, et d'expliquer ses griefs par les -motifs qu'il venait de me donner serait de bien mauvais -got, et qu'il y avait de certaines choses, qui, lors mme -qu'elles auraient une apparence de vrit, ne se disaient -pas, ou ne devaient jamais se dire, aprs quarante annes -d'une liaison qui, du ct de M. de Talleyrand, pouvait -s'appeler du patronage; que pour ce qui me regardait, je -ne pouvais m'ennuyer, au centre de mes devoirs et de -mes intrts de famille; que, d'ailleurs, il y avait fort -<span class="pagenum"><a id="Page_251"> 251</a></span> -longtemps que ma vie, mes habitudes, et toute mon -existence, taient absorbes dans les convenances de -M. de Talleyrand; que c'tait l ma destine, que je -m'en satisfaisais trs fort et que je n'en admettais pas -d'autre.</p> - -<p>A cela, il a repris: Il est clair que vous tes destine - l'enterrer; puis, vous avez beaucoup d'esprit, un grand -savoir-faire et savoir-dire, et vous tes assez grande dame -pour savoir prendre les choses d'une certaine manire; -mais quant moi, je n'ai qu' m'en aller.</p> - -<p>J'ai rpliqu alors: Vous avez quelque chose de plus - faire, c'est de vous en aller poliment, sans esclandre, et -de ne dire personne que vous l'avez fait par humeur; -vous avez, surtout, ne jamais parler, je ne dis pas seulement -mal, mais encore lgrement de M. de Talleyrand. -Il a dit: Vous faites de fort jolis discours ce -matin; mais si je fais ce que vous voulez, que ferez-vous -de moi?—Je vous garderai le secret sur la vraie raison -de votre dpart.—Vous tes trop habile, madame de -Dino.—Je suis de bon conseil. Il m'a demand si je -voulais lui donner la main, et lui promettre d'tre <i>good-natured</i> -pour lui. Oui, si vous ne parlez pas de travers -de M. de Talleyrand.—Alors, je n'irai pas tout droit -Paris; je vais aller aux Ormes, chez d'Argenson, me faire -passer la bile, et quand j'aurai retrouv <i>ma nature -d'agneau</i>, j'irai causer avec le Roi, et m'excuser sur quelque -affaire de n'avoir pas attendu son fils ici.—Faites ce -que vous voudrez, mais faites ce qui convient un -<i>gentleman</i>. Il est parti.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_252"> 252</a></span> -A djeuner, il a dit qu'il avait reu une lettre qui -l'obligeait partir aujourd'hui.</p> - -<p>Le fait est que je m'attendais quelque chose de semblable. -M. de Talleyrand, aprs des annes d'une longanimit -dplace, a vers subitement vers l'autre extrmit, -sans mesure aucune; et, avant-hier, il lui a si fort indiqu -qu'il tait de trop ici, qu'il a bien fallu comprendre. Il -est possible que M. de Montrond prenne quelques prcautions -de langage, tout juste ce qu'il faudra pour ne -pas tre trac comme mauvais procd, mais il me parat -impossible qu'il n'y ait pas quelque vengeance sourde, -car il est bless et drang. Partir la veille de l'arrive -d'une nombreuse socit anglaise, laquelle il se prparait - faire les honneurs de Valenay, ne pas tre ici -quand M. le duc d'Orlans y est attendu, voil deux sensibles -mcomptes, qu'il ne pardonnera pas M. de -Talleyrand.</p> - -<p>Dans la premire et trs virulente partie de sa conversation, -le nom du Roi et celui de M. de Flahaut sont -revenus fort souvent, et de faon me persuader qu'il va -se ranger absolument du ct du dernier, pour rendre -auprs du premier de mauvais offices M. de Talleyrand. -Qu'attendre d'un pareil tre? Mais aussi quel enfantillage -de perdre patience au bout de quarante ans!<a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor"> [45]</a> M. de -Montrond me disait: Il devait me traiter avec la douceur -et l'intimit d'une ancienne amiti, ou bien avec la politesse -<span class="pagenum"><a id="Page_253"> 253</a></span> -d'un matre de maison. Mais cela, j'ai rpliqu: -M. de Talleyrand n'aurait-il pas aussi le droit de vous -dire qu'il n'a trouv en vous, ni la dfrence due un -hte, ni la bonne grce due son ge et vos anciens -rapports? Dans quelle autre maison auriez-vous blm -toutes choses comme vous le faites ici? Vous avez critiqu -ses voisins, ses domestiques, son vin, ses chevaux, toutes -choses enfin. S'il a t rude, vous avez t hargneux; et, -en vrit, il y a trop de tmoins de votre perptuelle contradiction, -pour que vous puissiez vous plaindre de l'humeur -qu'elle a cause.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 14 octobre 1834.</i>—Nous avons en visite -lady Clanricarde, M. et Mme Dawson Damer et M. Henry -Greville. Je me suis longtemps promene en calche hier -avec lady Clanricarde; j'ai beaucoup caus avec elle de -son pre, le clbre M. Canning; de sa mre, non moins -distingue, mais que sa fille parat aimer peu. Lady -Clanricarde a de l'esprit, de la mesure, du bon got, de la -dignit, mais, ce qu'il semble, assez de scheresse de -cœur, et un peu de raideur d'esprit; ses manires, son -caractre, je crois, ont une valeur relle, sans abandon, -ni sduction; mais, tout prendre, c'est assurment une -personne distingue, et de la meilleure et plus exquise -compagnie. Quant Mme Damer, c'est une bonne enfant, -mais rien que cela.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 18 octobre 1834.</i>—En causant avec lady -Clanricarde de lord Palmerston et de lady Cowper, nous -<span class="pagenum"><a id="Page_254"> 254</a></span> -sommes arrives nous demander ce qui faisait conserver - de certaines personnes tant d'influence sur telles autres. -Je lui ai fait alors une observation sur la justesse de -laquelle elle s'est rcrie. Je lui disais que c'tait par -l'exigence que les hommes conservaient leur influence sur -les femmes, mais que c'tait par des concessions que -celles-ci conservaient la leur sur les hommes.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 21 octobre 1834.</i>—On a reu, hier, la nouvelle -du terrible incendie de Westminster Londres. -C'est une horrible catastrophe, et qui semble d'un caractre -tout <i>ominous</i>; l'difice matriel croulant avec l'difice -politique! Ces vieilles murailles ne voulant plus se -dshonorer en prtant asile aux profanes doctrines du -temps! Il y a l de quoi frapper, non seulement l'esprit -de la multitude, mais encore celui de toute personne -srieuse.</p> - -<p>Les Anglais qui sont ici sont tents de croire la malveillance -comme cause de ce feu, parce qu'il a commenc -par la Chambre des Pairs. Le <i>Globe</i>, qu'on avait envoy -M. de Talleyrand, nous a tous fait veiller fort tard, car -nous avons voulu connatre toutes les versions. Il parat -que la perte en papiers et documents a t norme, non -seulement par le feu, mais aussi par l'parpillement. -Quel dommage! On dit que cela va jeter du trouble et de -grandes lacunes dans le cours de la justice.</p> - -<p>J'ai men, hier, lady Clanricarde et Mme Damer voir le -petit couvent, l'cole et tout le petit tablissement des -Sœurs de Valenay; c'est un genre de choses qui touche peu -<span class="pagenum"><a id="Page_255"> 255</a></span> -les Anglaises; elles ont beau avoir de l'esprit, de la bont, -elles ne sont pas charitables dans le vrai sens du mot; -elles ont une aversion singulire pour se mettre en contact -avec la pauvret, la misre, le malheur, la maladie, -la souffrance, et cet loignement, de leur part, pour les -petites gens, qui, socialement, a tant d'avantages, me -glace et me froisse quand je le vois s'tendre jusqu' l'indigence. -Ainsi, lady Clanricarde, si agrable en socit, -n'a rien trouv dire mes pauvres Sœurs, si simples et -si dvoues; elle a peine mis le nez la porte de l'cole, -et rangeait sa belle robe, pour ne pas tre froisse par les -petites filles qui taient l'entre de la classe; ces deux -dames n'en revenaient pas de tout ce que j'avais trouv -dire, et elles taient surtout fort surprises de m'avoir vue -arrte plusieurs fois dans le bourg par des gens qui voulaient -me parler de leurs affaires. Cette faon de vivre est -compltement incomprhensible pour une Anglaise, et, -dans ce moment-l, lady Clanricarde, malgr tout son -esprit et sa bienveillance pour moi, s'est tonne, j'en suis -sre, que je susse manger proprement table, et que je -portasse une robe faite par Mlle Palmyre.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 23 octobre 1834.</i>—Il a plu outrageusement -hier toute la journe; il n'y a pas eu moyen de sortir. Nos -Anglais ont fait une musique assez barbare pendant toute -la matine; le soir sont arrives trois lettres au chteau. -L'une, de lord Sidney Henry Greville, disant que M. de -Montrond tait de retour Paris, y rptant tout le -monde que Valenay tait devenu inhabitable, que les -<span class="pagenum"><a id="Page_256"> 256</a></span> -Damer et Greville s'y ennuieraient la mort, que lady -Clanricarde seule s'en arrangerait. H. Greville a lu cela -demi-voix: lady Clanricarde a repris tout haut, M. de -Talleyrand a demand ce que c'tait, on lui a lu tout le -passage.</p> - -<p>La seconde lettre, de M. de Montrond M. Damer, pour -lui demander comment il se trouvait Valenay; que -quant H. Greville, qui aimait les caquets, il n'en tait -pas inquiet, parce qu'il y trouverait de quoi se satisfaire: -ceci a t lu tout haut par M. Damer.</p> - -<p>La troisime lettre, de M. de Montrond moi, calme -au possible. Je l'avais passe M. de Talleyrand, qui, -d'humeur de ce qu'il venait d'entendre, a lu, son tour, -tout haut. Cela m'a fait souvenir du billet de Climne! Je -ne sais quelles rflexions cette petite scne aura provoques, -car j'ai t me coucher aussitt aprs.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 26 octobre 1834.</i>—Le temps s'est un peu -rajust hier: en ce moment, il fait un froid vif, mais sec, -avec un soleil clatant. Pourvu que cela dure pour l'arrive -de M. le duc d'Orlans que nous attendons ce soir! -Car les populations d'une quarantaine de communes, et -du monde de Chteauroux, mme d'Issoudun, dix ou -douze lieues d'ici, sont en mouvement. Le dimanche facilite -cette satisfaction de curiosit, et, quoi qu'en disent les -journaux, nous n'aurons d'autres magnificences, d'autres -ftes, d'autres prparatifs que ceux du nombre. Je crois -que M. le duc d'Orlans sera trs bien reu par les populations -rurales. Jamais, depuis la Grande Mademoiselle, -<span class="pagenum"><a id="Page_257"> 257</a></span> -aucun Prince, d'aucune dynastie, n'est venu ici: tout le -pays entre Blois et Chteauroux, si bien trait par les -Valois, tait comme frapp de disgrce, d'oubli; jamais -aucune des administrations n'a voulu rien faire pour ce -coin de Berry. Quand je suis venue ici pour la premire -fois, tout y tait, en fait de civilisation, comme au temps -de Louis XIII. M. de Talleyrand, et mme moi, lui avons -fait faire quelques progrs; ce n'est cependant que cette -anne que nous avons une poste aux chevaux organise; -il n'y a pas mme encore de diligences, et les communications -ont lieu, pour bien du monde, mme ais, en -pataches, c'est--dire en voitures non suspendues. Dans -un pays aussi recul, un Prince est encore <i>quelqu'un</i>; nos -communes sont flattes qu'il s'en gare un dans nos sauvageries, -et elles crieront: <i>Vive le Roi!</i> avec fureur: c'est -tout ce qu'il y a de mieux.</p> - -<p>Parmi les arrivants au chteau, hier soir, nous avons -eu le baron de Montmorency et Mme la comtesse Camille -de Sainte-Aldegonde. Le baron de Montmorency a t, -autrefois, au moment d'tre le Lauzun de la Mademoiselle -du temps<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor"> [46]</a>, et, quoiqu'il ait dclin l'honneur de l'alliance, -il est rest fort intime avec Neuilly. Mme de Sainte-Aldegonde -habite un joli chteau entre ici et Blois; elle -est Dame de la Reine, et grande amie du baron de -Montmorency. Elle a t, d'abord, la femme du gnral -Augereau; elle est du mme ge que moi, et nous avons -<span class="pagenum"><a id="Page_258"> 258</a></span> -fait notre entre dans le monde la mme poque. -Nous avons, toutes deux, t Dames du Palais de l'Impratrice -Marie-Louise; nous ne nous sommes, cependant, -pas vues beaucoup, parce qu'elle suivait son mari -l'arme et ne venait gure la Cour. A la chute de l'Empire, -nous nous sommes perdues de vue compltement. -Mme de Sainte-Aldegonde a t extrmement belle, et si -elle avait une expression plus agrable, elle le serait -encore; mais elle n'a jamais eu l'air doux, grce des -sourcils trop noirs et remonts; le moelleux de la premire -jeunesse tant pass, il en rsulte quelque chose de cru -qui n'est pas attirant. Elle a le verbe un peu haut, et -quoique polie et assez bien leve, elle manque de cette -aisance et de cette obligeance faciles qui ne s'acquirent -que dans les premires habitudes lgantes de la vie: -quand elles manquent au berceau, on peut tre convenable, -on n'est jamais distingu; mais enfin, tout -prendre, elle est bien.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 27 octobre 1834.</i>—M. le duc d'Orlans est -arriv hier par un assez mauvais temps, et une heure plus -tt qu'il ne s'tait annonc, ce qui a fort drang les -curieux ainsi que nous. Cependant, il a trouv notre petite -garde nationale, le corps municipal, et pas mal de monde -sur son passage. Il n'y a point eu de harangue, ce qui, je -crois, l'a soulag.</p> - -<p>M. le duc d'Orlans a commenc par causer un instant -dans le salon avec M. de Talleyrand, M. et Mme de -Valenay et moi. Il m'a annonc, ma grande surprise, -<span class="pagenum"><a id="Page_259"> 259</a></span> -que nous allions avoir MM. de Rigny, Thiers et Guizot; -ma surprise n'a pas diminu, lorsque Monseigneur m'a -dit que le Roi poussait beaucoup ses ministres venir ici, -parce que c'tait une bonne excuse pour suspendre, pendant -quelques jours, les Conseils; que ceux-ci taient -devenus impossibles par les fureurs du marchal Grard; -qu'une crise tait invitable, mais qu'on dsirait la -retarder, et, pour cela, ne pas mettre le Cabinet en prsence; -que, du reste, le marchal Grard tait seul de son -bord d'un ct, et les autres ministres, jusqu' prsent, -runis de l'autre.</p> - -<p>Quand Monseigneur s'est retir chez lui, j'ai t faire ma -toilette, et suis redescendue tout de suite pour tre la premire -au salon. J'y ai trouv le gnral Petit, commandant -de la 5<sup>e</sup> division militaire, puis le gnral Saint-Paul, -commandant du dpartement de l'Indre, et, de la suite du -Prince, le gnral Baudrand et M. de Boismilon, son -secrtaire.</p> - -<p>Aprs le dner, il y a eu un peu de solennel que j'ai -bientt rompu, en me mettant tout simplement mon -ouvrage, comme de coutume, ce dont le Prince m'a fort -remercie. Tout le monde, alors, s'est group, arrang. -Plus tard, M. de Talleyrand a fait sa promenade accoutume -du soir; en rentrant il nous a trouvs jouant, lady -Clanricarde, le Prince, H. Greville et moi, un whist -assez gai, la musique jouant dans le vestibule; enfin la -glace s'tait rompue.</p> - -<p>Aprs le th, le Prince s'est clips, et onze heures -tout le monde est all se coucher.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_260"> 260</a></span> -<i>Valenay, 28 octobre 1834.</i>—Voici l'emploi de la -journe d'hier: aprs le djeuner, M. le duc d'Orlans a -vu le chteau et ses entours immdiats, mon fils et moi -les lui montrant; tous ceux de nos htes pour qui c'tait -une nouveaut suivaient.</p> - -<p>En rentrant, trois calches, un phaton et six chevaux -de selle attendaient. Chacun s'est cas: M. le duc d'Orlans, -la marquise de Clanricarde, le baron de Montmorency -et moi dans la premire calche; M. de Talleyrand, -Mme de Sainte-Aldegonde, le gnral Baudrand et M. Jules -d'Entraigues dans la seconde, et ainsi de suite. Aprs -avoir travers le parc et une partie dtache de la fort, -nous nous sommes arrts un joli pavillon, d'o la vue -est belle. La musique militaire tait cache derrire les -arbres, qui ont encore beaucoup de feuilles; le concours de -monde tait considrable; c'tait une trs jolie scne forestire. -Nous nous sommes ensuite lancs dans la fort mme -et ne sommes revenus que pour notre toilette du dner.</p> - -<p>Aprs le dner, nous avons men le Prince au bal de -l'Orangerie: les cours, le donjon, les grilles taient illumins -et d'un trs bel effet; la salle fort bien dcore, -remplie de monde au point de pouvoir peine passer; -mais il n'y avait pas d'empressement grossier, tout au -contraire, et des cris se boucher les oreilles, mais qui -font toujours plaisir aux Princes. Il a parcouru toutes les -parties de la salle; il a beaucoup salu, un peu caus; -enfin, on en a t fort content, et, quoiqu'il n'y soit pas -rest plus d'une heure, on a t si satisfait de lui qu' -deux heures du matin, on criait encore sous ses fentres.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_261"> 261</a></span> -<i>Valenay, 29 octobre 1834.</i>—Hier, avant le djeuner, -notre Royal visiteur a t, avec son aide de camp, mon -fils et le baron de Montmorency, visiter la filature et les -carrires d'o on a extrait les pierres dont le chteau est -bti; il a trouv ces carrires superbes.</p> - -<p>Aprs le djeuner nous l'avons men aux forges. Il y -avait de la foule, des cris; les ouvriers ont bien fait leur -besogne; on a coul, forg, et dans l'intrieur du btiment -o l'on coule la gueuse et qui est trs beau, on a -opr, deux reprises, des feux d'artifice, avec la fonte -en fusion, liquide et enflamme. C'tait joli et a fort amus -nos dames anglaises. En revenant, nous avons fait un -petit dtour qui nous a conduits aux ruines de Veuil<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor"> [47]</a>. -La musique tait cache dans une des vieilles tours, un -grand feu tait allum dans la seule chambre qui reste -intacte et o on avait servi un goter. Dans la cour, et -travers des arceaux moiti dtruits, des gardes nationaux -et des paysans criaient en jetant leurs chapeaux en l'air. -Cette petite station a t vraiment trs jolie, malgr le -temps couvert; le soleil l'aurait complte, ou plutt la -lune.</p> - -<p>A dner, outre les convives de la ville, nous avons eu -les Prfets d'Indre-et-Loire<a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor"> [48]</a>, de Loir-et-Cher<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor"> [49]</a>, le -gnral Ornano et le colonel Garraube, dput, celui qui -<span class="pagenum"><a id="Page_262"> 262</a></span> -nous a envoy la musique qui fait nos dlices. Aprs le -dner, le whist, quelques tours de valse, etc...</p> - -<p>Il y a eu, le soir, un vrai bal avec souper pour les gens -de l'office, en l'honneur des gens du Prince Royal; il a -t vraiment trs joli.</p> - -<p>A dner, hier, j'ai t un peu surprise de ce que m'a -dit mon Royal voisin. Il m'a demand quand nous allions - Rochecotte.—Je l'ignore, Monseigneur.—Mais -vous ne pouvez passer tout l'hiver dans ce lieu-ci qui est -bien froid.—Il n'a jamais t question que nous y -passions tout l'hiver.—Viendrez-vous Paris?—Je -n'en sais rien.—Car pour l'Angleterre, il ne peut -plus en tre question, puisque lord Palmerston ne va pas -aux Indes. J'ai regard le Prince entre les deux yeux, -avec un peu de surprise, et je lui ait dit: Je crois, en -effet, que le dpart de lord Palmerston aurait rappel les -ambassadeurs Londres, et que, lui restant, cela les en -loignera; mais les projets de M. de Talleyrand sont trs -incertains, et soumis d'ailleurs aux dsirs du Roi.—Votre -oncle m'a dit qu'il croyait que nous avions tir de l'Angleterre -tout ce qu'elle pouvait nous donner; que ce ne serait -plus Londres que se traiteraient les grandes affaires; -qu'il fallait les appeler Paris auprs de mon pre.—En -effet, c'est l la pense de M. de Talleyrand, parce que -l'habilet et la sagesse du Roi ont inspir l'Europe de la -confiance, en raison inverse de la mfiance que la politique -anglaise des derniers mois a gnralement propage.—Mon -pre dsire beaucoup que M. de Talleyrand retourne -en Angleterre, mais avant de causer avec votre oncle ce -<span class="pagenum"><a id="Page_263"> 263</a></span> -sujet, j'avais dit au Roi que ce retour me paraissait impossible.—En -effet, Monseigneur, il est difficile.—Mais -vous, madame, que dsirez-vous?—Ce qui sera agrable -au Roi, Monseigneur; et si M. de Talleyrand ne retourne -pas Londres, c'est qu'il sera persuad qu'avec les donnes -actuelles, il ne saurait y tre utile. Personnellement, -j'aime extrmement l'Angleterre; mille liens de reconnaissance -et d'admiration m'y attachent, surtout les bonts de -la Reine, l'amiti de lord Grey et du duc de Wellington; -mais il y a de certains amis qu'on ne perd pas pour les -avoir quitts, et j'espre bien, dans le cours des annes, -aller remercier ceux que j'ai eus en Angleterre, de toutes -leurs bonts pour moi pendant les quatre dernires -annes<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor"> [50]</a>.—Mais, quittant l'ambassade, que fera M. de -Talleyrand?—Ce qui plaira au Roi: si le Roi dsire le -voir, il ira lui offrir ses hommages; si Sa Majest lui -permet de se reposer, il restera dans la retraite, soigner -ses jambes, qui, comme vous le voyez, sont bien faibles -et bien douloureuses; en un mot, Monseigneur, il sera -toujours le serviteur dvou du Roi. Et nous en sommes -rests l, de cette conversation assez singulire.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 30 octobre 1834.</i>—Hier matin, tous les -voisins de Tours, de Blois, des environs, sont partis de -bonne heure, ainsi que M. Motteux, qui a laiss un joli chien -anglais M. de Talleyrand. Ce bon petit Motteux nous a -quitts avec des regrets infinis, s'tant parfaitement -<span class="pagenum"><a id="Page_264"> 264</a></span> -amus ici, passant sa vie la cuisine, au pressoir, au -march; ne causant gure, mais n'tant ni indiscret, ni -importun, ni mal disant.</p> - -<p>Avant le djeuner, M. le duc d'Orlans a visit les deux -ateliers de bonneterie<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor"> [51]</a>, y a achet et fait des commandes. -Aprs le djeuner, il a voulu voir nos coles et -l'tablissement des Sœurs; il a beaucoup donn pour les -pauvres. Il a paru vraiment frapp de la bonne tenue du -petit couvent, et particulirement des manires de la Suprieure. -A cette occasion, il m'a racont qu'un de ses aeux, -ayant prt de l'argent au Saint-Sige, que celui-ci n'avait -pas rendu au terme indiqu, le Pape envoya, en compensation, -une Bulle par laquelle il crait tous les descendants -mles de la famille <i>sous-diacres-ns</i>, et chanoines de Saint-Martin -de Tours, avec le droit de toucher, sans gants, -aux vases sacrs, et de se placer l'glise du ct de -l'vangile, au lieu du ct de l'ptre. Le Roi Louis-Philippe -a t reu chanoine de Tours, l'ge de sept ans.</p> - -<p>Plus tard nous avons conduit le Prince aux tangs de -la fort, auprs desquels tait un grand feu de bivouac.</p> - -<p>Avant le dner, le Prince a encore voulu causer seul -avec M. Talleyrand, puis avec moi. Aprs, on a jou une -poule au billard, cela a t trs anim; les dames taient -de la partie. Le th pris, et les lettres arrives par la poste -reues, celles-ci annonant la retraite du marchal Grard, -<span class="pagenum"><a id="Page_265"> 265</a></span> -M. le duc d'Orlans est rentr chez lui, a mis son costume -de voyage, et onze heures et demie, aprs force gracieusets, -il est parti.</p> - -<p>Quoique tout se soit bien pass pendant son sjour ici, -et que le Prince ait vraiment t merveille pour tout le -monde, je n'en suis pas moins singulirement soulage -de son dpart. Je craignais chaque instant quelque -accident, ce qui m'a fait m'opposer formellement toute -chasse; je craignais les mauvais cris, le mauvais temps, -mille choses, et enfin, j'tais harasse de fatigue.</p> - -<p>Comme je le prvoyais, le voyage de M. le duc d'Orlans -a clairci notre avenir, en ce sens que M. de Talleyrand -a dit au Prince qu'il n'y avait plus rien faire -pour lui Londres, que le caractre personnel de lord Palmerston, -la route actuelle suivie par le Cabinet anglais, -l'absence de tout le haut Corps diplomatique de Londres, -et la tendance vidente de toutes les Cours de retirer leur -action de cette capitale et de centraliser la haute politique -ailleurs; que, par-dessus tout cela, la fatigue de ses jambes -lui faisait une ncessit de ne plus retourner en Angleterre, - moins d'une raction qui le rendt, lui, M. de Talleyrand, -plus propre que tout autre y traiter les affaires -de la France; mais que pour le moment, il croyait que -n'importe qui ferait aussi bien, si ce n'est mieux que lui. -M. le duc d'Orlans nous a positivement dit qu'il avait t -charg par le Roi de connatre les intentions de M. de Talleyrand, -et, en mme temps, de lui exprimer, s'il ne -retournait pas Londres, le dsir de le voir Paris pour -causer avec lui; qu'il tenait beaucoup ce que M. de -<span class="pagenum"><a id="Page_266"> 266</a></span> -Talleyrand n'et pas l'air de retirer son intrt et sa participation - l'œuvre laquelle il avait tant travaill.</p> - -<p>M. le duc d'Orlans m'a racont un petit fait curieux: -c'est que Lucien Bonaparte lui avait crit, il y a dix-huit -mois, une lettre assez plate pour le prier d'obtenir pour -lui le poste de ministre de France Florence!</p> - -<p>J'apprends, l'instant, que le Roi a positivement refus -d'appeler le duc de Broglie la prsidence du Conseil, en -remplacement du marchal Grard. Il est vident que c'est -la crise ministrielle qui a empch les trois ministres qui -devaient venir ici de s'y rendre. Je n'en suis pas fche, -car cela a t tout caractre politique au sjour du Prince.</p> - -<p>Il m'a parl beaucoup de Rochecotte et de son dsir -d'y revenir l't prochain.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 31 octobre 1834.</i>—Nous avions ici M. le -comte de la Redorte. C'est un homme qui a du savoir -positif; il a beaucoup tudi, beaucoup voyag; il se souvient -de tout, mais, malheureusement, au lieu d'attendre -qu'on frappe sa porte, comme ferait un Anglais, il -l'ouvre toute grande et force les gens y entrer. Quoique -d'une belle figure, et de manires douces, avec un charmant -son de voix, il est tout simplement assommant, et par les -faits, les dates, les chiffres dont il remplit sa conversation, -les dtails minutieux dans lesquels il entre, les lourds -sujets d'conomie politique dans lesquels il se plonge, -tte baisse, il fatigue, teint, crase ses auditeurs. Avec -cela des opinions faites sur tout, des jugements absolus, des -rdactions arranges d'avance; c'est d'un ennui prir! -<span class="pagenum"><a id="Page_267"> 267</a></span> -Nos Anglais, ici, le portaient sur leurs paules! Il est -parti aprs le djeuner. Au moment o il est sorti, M. de -Talleyrand a dit: Voil un esprit arrt avant d'tre -arriv. Il a dit aussi un mot assez piquant sur Mme de -Sainte-Aldegonde, qui est galement partie ce matin. A -propos de ses sourcils si noirs qui surmontent des yeux -sans beaucoup d'expression: Ce sont, a-t-il dit, des -arcs sans flches.</p> - -<p>Voici l'extrait d'une lettre reue de Paris hier soir; elle -est du 29: Les chevaux de poste taient, dimanche 26, -dans la cour de M. de Rigny, qui allait partir avec Bertin de -Veaux, lorsque le Roi l'a fait chercher, et lui a ordonn de -diffrer son dpart d'un jour; le moment opportun pour -partir ne s'est plus retrouv. Hier, quatre heures, le -marchal Grard a forc le Roi accepter sa dmission. -La rsolution de M. de Rigny est de ne pas accepter la -Prsidence qu'on veut bien lui offrir; il ne se reconnat ni -les talents, ni la consistance ncessaires pour remplir ce -poste. Il ne peut pas se dissimuler que l'embarras seul -d'un choix le fait porter sur lui, et si ce refus doit lui faire -perdre sa place, il s'en consolerait, en pensant qu'il vaut -mieux quitter les affaires sur une pareille question que -d'en sortir plus tard moins honorablement. Mais comment -cela va-t-il finir? Ce qui parat le plus vraisemblable, -c'est l'entre de M. Mol au ministre. M. Thiers voudrait -bien arriver la Prsidence, mais il n'ose pas encore y -prtendre formellement. M. Mol ne resterait pas longtemps; -ses moyens, son caractre, son entourage, tout le -fera promptement tomber; ce sera suffisant M. Thiers -<span class="pagenum"><a id="Page_268"> 268</a></span> -pour arriver son but, du moins il s'en flatte. Il et bien -mieux aim cependant que M. de Rigny se ft charg du -rle qu'il destine M. Mol; mais l, toute son loquence -a chou!</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 1<sup>er</sup> novembre 1834.</i>—On m'crit, de Paris, -qu'un article trs injurieux pour M. de Talleyrand et pour -moi vient de paratre dans une revue priodique; il y a -bien des annes que je suis agonise d'injures, de libelles, -de mille salets, calomnies et horreurs, et j'en aurai ainsi -pour le reste de ma vie. Vivant dans la maison et dans la -confiance de M. de Talleyrand, me trouvant, d'ailleurs, -l'poque la plus libellique, la plus vaniteuse, comment -aurais-je chapp la licence de la presse, ses attaques, - ses injures? J'ai t longtemps m'y accoutumer: j'en -ai t cruellement atteinte, bouleverse, malheureuse; -je n'arriverai mme jamais y rester indiffrente. Une -femme ne saurait l'tre, et aurait, ce me semble, mauvaise -grce le devenir; mais comme il serait galement -absurde de laisser son repos la merci des gens -qu'on mprise, j'ai pris le parti de ne rien lire en ce -genre, et plus j'y suis directement intresse, plus je -dsire ignorer. Je ne veux pas savoir le mal qu'on -pense, qu'on dit ou qu'on crit de moi ou de mes amis. -Si ceux-ci font des fautes, ou que moi j'aie des torts, -je les connais de reste, et dsire les oublier. Quant la -calomnie, elle me dgote et m'indigne, et je ne vois pas -pourquoi j'en recevrais les claboussures dans mes affections -et dans mes intrts les plus chers. Si on pouvait -<span class="pagenum"><a id="Page_269"> 269</a></span> -lutter, combattre et clairer, la bonne heure; il faudrait -alors savoir pour tre en tat de rpondre; mais comme -rpondre serait dplorable et que le silence est prescrit, -ne vaut-il pas mieux viter une connaissance pnible et -strile? Les peines, les amertumes sont si nombreuses -dans la vie, il en est un si grand nombre d'invitables, -que je ne songe plus qu' en carter le plus que je puis, -sre qu'il restera toujours suffisamment de quoi exercer -mon courage et ma rsignation.</p> - -<p>Un autre de mes motifs pour ne pas approfondir la -malveillance, c'est que j'ai trop de peine la pardonner; -car si la reconnaissance est une des qualits les plus profondment -graves dans la bonne partie de ma nature, je -crains toujours que la rancune lui serve de contrepoids: je -n'ai jamais oubli ni un service, ni un mot d'amiti, mais -je me suis trop souvent peut-tre souvenue d'une injure -ou d'une parole hostile. Ce n'est pas, Dieu merci, que la -rancune me conduise la vengeance, non; ma mmoire, -quelque amre qu'elle puisse rester, ne m'a jamais inspire -hostilement contre ceux qui m'ont offense; mais -alors c'est moi-mme qui souffre; je ne connais rien de -plus douloureux au monde que d'prouver de la malveillance, -et tout inoffensive et silencieuse qu'elle reste au -dehors, elle me ronge en dedans, et me fait mal en rongeant -l'me et rompant l'quilibre.</p> - -<p>Je n'ai eu, hlas! que trop d'occasions de scruter, d'analyser, -d'anatomiser, de dissquer mon <i>moi moral</i>. Qui -est-ce qui n'a pas sa maladie chronique morale, comme -sa maladie physique? Et qui est-ce qui, un certain ge, -<span class="pagenum"><a id="Page_270"> 270</a></span> -ne sait pas ou ne doit pas savoir le rgime qui convient le -mieux son esprit comme son corps?</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 4 novembre 1834.</i>—J'arrive d'une course -que nous avons faite Blois et dans les environs, avec nos -Anglais qui retournaient Paris. Avant-hier, nous avons -visit Chambord, qui a paru, ce qu'il est en effet, bizarre, -original, curieux, riche de dtails, du reste dans un assez -vilain pays et dans un tat dplorable. La fentre de l'oratoire -de Diane de Poitiers, sur laquelle Franois I<sup>er</sup> avait -crit ses deux vers impertinents sur les femmes, existe -encore<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor"> [52]</a>, mais les carreaux sont briss; ces vers taient -peu honorables pour un Roi chevalier. Le lieu o le -<i>Bourgeois gentilhomme</i> fut reprsent pour la premire -fois devant Louis XIV existe aussi, ainsi que la table sur -laquelle on a ouvert et embaum le corps du marchal de -Saxe qui est mort Chambord; c'est mme le seul objet -mobilier qui soit rest dans le chteau.</p> - -<p>Nous sommes revenus assez tard Blois, et hier, dans -la matine, nous avons visit le chteau de Blois, maintenant -une caserne, et certes, un des plus curieux monuments -de France. Bti des quatre cts, il offre quatre -architectures diffrentes. La partie la plus ancienne date -d'tienne de Blois, Roi d'Angleterre, souche des Plantagenet; -la seconde de Louis XII, o son emblme, un -porc-pic avec le motto: <i>Qui s'y frotte, s'y pique</i>, se -trouve encore. Puis la partie Franois I<sup>er</sup>, avec tout l'lgant -<span class="pagenum"><a id="Page_271"> 271</a></span> -cachet de la Renaissance; c'est l que le duc de -Guise a t assassin, que Catherine de Mdicis est morte; -c'est l qu'est la salle des fameux tats gnraux de Blois: -on voit la chemine dans laquelle on a brl le corps de -Guise et le cachot o le cardinal et l'archevque de Lyon -ont t enferms; la petite niche o Henri III a plac les -moines auxquels il ordonnait de prier pour le succs de -l'assassinat; la fentre par laquelle Marie de Mdicis s'est -sauve, et l'appartement o la veuve de Jean Sobieski est -morte<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor"> [53]</a>. Le quatrime ct enfin, bti par Gaston d'Orlans -dans le style des Tuileries, n'a jamais t achev. -Prs du chteau est un vieux pavillon o taient les -bains de Catherine de Mdicis; ct, une vieille masure -qui servait de retraite aux mignons de Henri III.</p> - -<p>En revenant de cette course ici, j'ai eu la triste nouvelle -de la mort de la princesse Tyszkiewicz, qui a expir -avant-hier Tours. C'est moi qui ai d l'apprendre -M. de Talleyrand. A son ge, de semblables pertes frappent -davantage la pense que le cœur; on y voit plutt un -avertissement personnel qu'on n'y trouve une affliction. -Il tait plus saisi que moi; moi plus afflige que lui, car -j'aimais rellement la Princesse; je lui tais profondment -reconnaissante de tout ce qu'elle a, jadis, t pour moi et, -quoiqu'elle se soit survcu elle-mme, je ne puis songer -sans peine toute cette partie du pass qui s'enterre avec -elle. Car on perd, avec des amis, non seulement eux-mmes, -mais encore une partie de soi-mme.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_272"> 272</a></span> -M. de Talleyrand a t du mme avis que moi, qu'il ne -fallait pas laisser reposer au milieu d'trangers cette pauvre -et illustre personne, nice du dernier Roi de Pologne, -sœur unique de l'infortun marchal prince Poniatowski: -elle sera enterre Valenay.</p> - -<p>Une lettre arrive hier soir ici, de Paris, disait ceci: Il -n'y a rien de fait pour le ministre; cela finit par tre -extrmement ridicule; les intrigues se continuent. Avant-hier, -on croyait tout fait et que Thiers partait pour Valenay; -hier tout tait chang, et on en est au mme -point. Il n'y a jamais eu un dissolvant pareil Thiers; -nous payons cher son talent de parole; il faudrait cependant -bien en finir. M. de Rigny est tout prt se retirer, -M. Guizot porte toujours Broglie pour la prsidence du -Conseil et Thiers pousse Mol.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 6 novembre 1834.</i>—L'autre jour, M. Royer-Collard -m'a racont quelque chose d'amusant, parce que -cela le peint trs bien. Il me disait que la seconde -Mme Guizot lui reprochait vivement de renier la <i>doctrine</i>, -de se refuser en tre le pre, l'appui, le dfenseur, et de -ce qu'en se plaignant, comme il le faisait, d'tre rclam -par eux, il causait beaucoup d'embarras ceux qui en -taient; que c'tait mal et qu'elle le priait, par cette considration, -de ne plus les attaquer, les tourner en ridicule -et les renier, comme il le faisait chaque occasion: Ah! -madame! vous voulez donc qu'en laissant le public dans -l'erreur, je me prive de ma consolation et de ma vengeance! -Elle tait furieuse... La seule, mais trs vive -<span class="pagenum"><a id="Page_273"> 273</a></span> -irritation de M. Royer-Collard est contre tout ce qui touche - M. Guizot et tout ce qui en porte le nom; cette irritation -n'est peut-tre pas sans quelque fondement. M. Royer n'a -aucun got pour M. de Broglie, dont la haute vertu ne lui -a pas paru tre la hauteur des dernires circonstances; -et quant Mme de Broglie, il l'aime encore moins, parce -que sa dvotion ne la prserve d'aucune des agitations et -mme des intrigues politiques; le contraste que cela produit -lui dplat.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 7 novembre 1834.</i>—Voici une anecdote -parfaitement certaine qui m'a t conte par un tmoin -oculaire et qui m'a beaucoup frappe. M. Casimir Perier -est mort, comme on sait, du cholra; mais en outre il tait -compltement fou dans les derniers dix jours de sa vie, -disposition qui s'tait dj manifeste chez plusieurs membres -de sa famille. Eh bien! quelques heures avant sa -mort, deux des ministres ses collgues, avec deux de ses -frres, causaient dans un coin de sa chambre des embarras -que l'arrive de Mme la duchesse de Berry produisait en -Vende, des difficults qui en rsultaient pour le gouvernement, -du parti qu'il y aurait prendre, de la responsabilit -qui en rsulterait, et de la terreur de chacun de l'affronter. -Cette conversation fut, tout coup, interrompue -par le malade, qui, se dressant sur son lit, s'cria: Ah! -si le prsident du Conseil n'tait pas fou! Puis, retombant -sur son oreiller, il se tut et mourut bientt aprs. -Cela n'est-il pas frappant et ne fait-il pas frissonner comme -le <i>Roi Lear</i>?</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_274"> 274</a></span> -<i>Valenay, 9 novembre 1834.</i>—J'ai t hier Chteauvieux -voir M. Royer-Collard. Il avait reu des lettres de -plusieurs des ministres dmissionnaires. On lui mande -qu'aussitt les cinq dmissions donnes, toutes cinq <i>galamment</i> -acceptes, le Roi a fait chercher M. Mol, et lui -a confi, avec la prsidence du Conseil, la recomposition -totale du Cabinet. M. Mol a demand vingt-quatre heures -pour rflchir sur lui-mme et voir avec qui il pourrait -s'entendre, mais chacun ayant dclin le fardeau dont il -offrait le partage, il a t oblig de s'y soustraire galement, -et tout tait retomb dans le vague et peut-tre -l'impossible.</p> - -<p>Il y a un dchanement nouveau dans presque tous les -journaux contre M. de Talleyrand; les uns le tuent, les -autres le disent malade de corps et d'esprit, d'autres l'injurient -grossirement et salement. M. Royer-Collard -explique cette nouvelle reprise de fureur par la crainte -que la prsidence du Conseil ne soit offerte M. de Talleyrand -et accepte par lui. Il parat que beaucoup de gens, -frapps de la pnurie d'hommes, voudraient qu'on s'adresst -ici, et que la terreur que cela inspire de certains -autres envenime toutes leurs dmarches, leurs paroles et -leurs crits. Quel triste honneur que d'tre ainsi le pis-aller -de quelques-uns et l'objet de la haine de plusieurs -autres, et cela un ge o le besoin seul du repos doit -dominer et o la seule et dernire condition permise est -de finir honorablement!</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 10 novembre 1834.</i>—Voici l'extrait d'une -<span class="pagenum"><a id="Page_275"> 275</a></span> -lettre que j'ai reue hier de M. Royer-Collard: Je dirai -fort srieusement M. de Talleyrand, qu'aprs quatre -annes d'absence, je ne m'tonne pas qu'il mette plus -d'importance aux articles de journaux qu'ils n'en ont rellement -aujourd'hui. Il ne sait pas quel point le prestige -de la presse est us comme tous les autres; qui rpondrait - un journal aprs deux ou trois jours ne serait pas compris, -on aurait oubli. Il n'est plus donn la tmrit des -paroles d'lever ou d'abaisser un personnage; dans le -dbordement de la louange, comme de l'injure, on reste -ce que l'on est. C'est le procs de nos mauvais jours!</p> - -<p>Non, il n'y a rien de fait Paris; c'est que rien de -spcieux n'est possible. Ici se rvlent les vritables consquences -de la dernire rvolution. M. de Talleyrand a eu -l'habilet et le bonheur de la faire tourner sa gloire, -mais il ne recommencerait pas ce miracle. Sa dernire -habilet sera de finir temps, je dirais volontiers de -rompre la fois avec l'Angleterre et la France, telles que -cette anne-ci les a faites. Je reviens souvent l'ide qu'il -aurait fallu dnouer ds l'anne dernire, et se mettre en -sret; il tait naturel de s'y tromper, je m'y suis tromp -aussi. Vous seule, madame la Duchesse, disiez vrai. Dans -ce mme fauteuil d'o je vous cris aujourd'hui, je vous -combattais en aveugle, car vous seule pouviez bien savoir, -bien juger. J'ai eu tort; c'est un hommage de plus que -j'aime vous rendre.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 11 novembre 1834.</i>—M. Damer mande de -Paris ce qui suit: Avez-vous entendu une horrible histoire -<span class="pagenum"><a id="Page_276"> 276</a></span> -relative Mme et Mlle de Morell, sœur et nice de -M. Charles de Mornay, et qui est arrive l'cole militaire -de Saumur<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor"> [54]</a>? Un jeune homme de cette ville, -nomm M. de La Roncire, assez mauvaise tte, est devenu -amoureux de Mme de Morell; elle a fait, ou non, quelques -coquetteries pour lui, c'est ce que je ne sais pas exactement, -mais finalement, elle lui a donn son cong. Il a -rsolu alors de se venger, et a fait la cour la fille, jeune -personne de dix-sept ans; il lui crivait continuellement -et la menaait de tuer son pre et sa mre si elle ne l'coutait -pas. Elle a t trouve, une nuit, dans une espce -d'tat de folie. Le jeune homme, ayant appris son tat, -s'est enfui de l'cole, mais a t arrt depuis. Il a montr -alors des lettres, supposes ou non, qu'il prtend lui avoir -t crites par la mre et par la fille et qui les compromettraient -gravement. On dit que Charles de Mornay est arriv - Paris cause de cette affaire.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 12 novembre 1834.</i>—Une lettre crite -avant-hier de Paris, pendant que le Roi signait, dans le -cabinet voisin, l'ordonnance cratrice du nouveau ministre, -qui n'a pu paratre que dans les journaux d'hier -matin, nous est arrive ici hier soir. Elle apporte des noms -inattendus et presque nouveaux. Il n'y aurait peut-tre pas -grand mal cela, s'ils l'taient tous galement, mais il en -<span class="pagenum"><a id="Page_277"> 277</a></span> -est un, vieilli dans les fastes de l'Empire, et auquel on en -a attribu la perte, le duc de Bassano; il en est un autre, -celui de M. Bresson, qui bahira probablement, et qui, -pour l'invraisemblable, aurait mrit la fameuse lettre sur -le mariage de M. de Lauzun. Je n'ai pas besoin de dire les -rflexions qu'il nous a fait faire, nous, gens de Londres, -qui avons vu natre, se perdre et ressusciter l'individu, le -tout avec une si merveilleuse rapidit! Je n'ai pas besoin -de dire, non plus, que cette solution ministrielle fixe -toutes les irrsolutions de M. de Talleyrand et donnera -des ailes sa dmission de l'ambassade de Londres.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 13 novembre 1834.</i>—Voici l'impression -produite sur M. Royer-Collard par la nouvelle phase ministrielle: -Mais c'est un ministre Polignac! Je m'attendais - tout plutt qu' cette aventure. Je suis bien -tonn que M. Passy, qui a du mrite et de l'avenir, se -soit enrl dans cette troupe. Voil l'ancien Cabinet jet -dans l'opposition; mais soit qu'il attaque, soit qu'il appuie -tratreusement, il se fraye un chemin au retour; il reviendra, -cela me parat infaillible. Le mot <i>aventure</i> est le -mot propre, car assurment, ce que tout ceci est le moins, -c'est une <i>combinaison</i>.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 16 novembre 1834.</i>—Nous avons appris, -par le courrier d'hier au soir, que le ministre de fantaisie -avait vcu ce que vivent les roses, l'espace d'un -matin. La comparaison n'est pas choquante. Ce sont -MM. Teste et Passy qui, le 13 au soir, sont venus remettre -<span class="pagenum"><a id="Page_278"> 278</a></span> -au Roi leur dmission, motive sur la situation pcuniaire -du duc de Bassano. Ces dmissions devaient entraner les -autres, et, en effet, le lendemain matin, M. Charles Dupin -est venu offrir la sienne, et M. de Bassano a reconnu qu'il -ne pouvait plus rien faire et que, ds lors, tout tait dit -et fini.</p> - -<p>Avant-hier 14, quatre heures du soir, rien n'tait arrang, -ni projet, ni espr. Quelle cruelle et dplorable -situation pour le Roi! Si on voulait faire une pice de -thtre de cette crise ministrielle, on ne pourrait mme -pas lui appliquer la rgle des vingt-quatre heures!</p> - -<p>Je trouve la conduite de MM. Teste et Passy impardonnable! -Il parat que c'est eux qui avaient le plus insist, -dans l'origine, pour que le duc de Bassano obtnt la Prsidence -avec le ministre de l'Intrieur, et, certes, ils n'en -taient pas alors apprendre la situation pcuniaire de -M. de Bassano; car, depuis deux ans, elle tait connue de -tout le monde.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 18 novembre 1834.</i>—Voici le passage important -d'une lettre crite hier par M. de Talleyrand -Madame Adlade: Quel soulagement! Je remercie de -bon cœur le marchal Mortier d'avoir accept la prsidence -du Conseil! Je voudrais faire comme lui, et remonter - la brche; mais l'Angleterre pour moi est hors de -question! Vienne me plairait, sans doute, beaucoup -d'gards, et conviendrait d'ailleurs Mme de Dino, que -tout son dvouement pour moi console difficilement de -quitter Londres, o elle a t si bien apprcie; mais, -<span class="pagenum"><a id="Page_279"> 279</a></span> -mon ge, on ne va plus chercher les affaires si loin de ses -foyers! S'il ne s'agissait que d'une mission spciale, auprs -d'un Congrs; d'une runion telle que celles de Vrone -et d'Aix-la-Chapelle, je serais prt. Et si pareille circonstance, -qui n'est rien moins qu'invraisemblable, se -prsentait et que le Roi me crt encore capable de bien -reprsenter la France, qu'il me donne ses ordres et je pars - l'instant, heureux de lui consacrer mes derniers jours. -Mais une mission permanente ne peut plus me convenir, - Vienne surtout, o l'on m'a vu, il y a vingt ans, l'homme -de la Restauration. Mademoiselle a-t-elle bien song un -pareil rapprochement? Et cela en regard de Charles X, de -Madame la Dauphine qui vient souvent Vienne, et qui -reoit tous les honneurs dus son rang, ses malheurs, -et sa proche parent? Simples particuliers en Angleterre, -les Bourbons de la branche ane sont des Princes, -presque des prtendants en Autriche; c'est, pour l'ambassadeur -du Roi, une norme diffrence; peu sensible peut-tre -pour tel ou tel, mais dcisive pour moi dans la vie -duquel 1814 reste crit en gros caractres.—Non, Madame, -il n'y a plus pour moi d'autre existence que celle -d'une retraite sincre et complte, d'une vie prive simple -et paisible. Ceux qui voudront me supposer quelque -arrire-pense seront de mauvaise foi: mon ge, on ne -s'occupe plus que de ses souvenirs, etc.<a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor"> [55]</a>...</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_280"> 280</a></span> -Le <i>Journal des Dbats</i> annonce la dmission de M. de -Talleyrand, et, dans son intrigue, cherche la rattacher -au ministre Bassano<a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor"> [56]</a>. Assurment, de tout, c'est ce -<span class="pagenum"><a id="Page_281"> 281</a></span> -qui l'aurait le mieux explique, mais elle n'a t motive -par aucun des noms franais qui ont successivement -occup le public depuis quinze jours. Il y avait une -manire plus convenable, plus leve, plus vraie d'en -parler; mais l'esprit de parti dnature tout son propre -profit! A la bonne heure, nous n'avons plus y regarder.</p> - -<p>On assure que, pendant la crise ministrielle, M. de -Rigny s'est conduit avec fermet, dignit et convenance. -Il n'en a pas t ainsi de tout le monde, et voici un dtail -curieux sur l'exactitude duquel on peut compter. Dans ce -fameux Conseil d'il y a dix jours, dans lequel chacun a -jet son masque et o M. Guizot a voulu imposer M. de -Broglie au Roi, comme ministre des Affaires trangres, -le Roi a dit en levant la main: Jamais cette main ne -signera l'ordonnance qui rappellera M. de Broglie aux -Affaires trangres. Alors M. Guizot a somm le Roi de -dclarer pourquoi il s'y refusait: Parce que, a rpondu -celui-ci, M. de Broglie a failli me brouiller avec l'Europe. -J'en appelle au tmoignage de M. de Rigny ici prsent -(lequel a fait silencieusement un signe d'acquiescement), -et si on voulait me faire violence, je parlerais.—Et nous, -Sire, nous crirons, a repris M. Guizot... Peut-on rien -imaginer de semblable? Et voit-on aprs cela toutes ces -mmes figures assises au mme tapis vert et rglant, d'un -commun accord, les destines de l'Europe?</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 19 novembre 1834.</i>—Nous avons appris, -hier au soir, par une lettre de Londres, le grand vnement -<span class="pagenum"><a id="Page_282"> 282</a></span> -du changement de ministre en Angleterre, et le -retour des Tories au pouvoir<a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor"> [57]</a>. Ce matin dj, un courrier -du Roi est arriv ici, porteur d'une lettre de la main -mme de Sa Majest, et d'une de Mademoiselle. Caresses, -prires, supplications, il y a de tout dans ces lettres. Mon -nom mme, rpt sans cesse, est appel l'aide. Tout -cela est employ pour dterminer M. de Talleyrand -reprendre son ambassade de Londres. Le Prince royal -m'crit dans ce sens de la manire la plus pressante; -toutes les autres lettres reues par la poste sont dans le -mme esprit. Mme Dawson Damer m'crit qu'elle espre -que le changement du Cabinet anglais fera retirer la dmission -de M. de Talleyrand, et que la Reine d'Angleterre ne -me pardonnerait pas s'il en tait autrement. Lady Clanricarde -me dit qu'elle a d'autant plus peur de voir chouer -les Tories dans leur essai, que cela ferait retomber l'Angleterre -dans les griffes de lord Durham, et qu'elle ne voit -qu'un ct agrable tout ceci, c'est la presque certitude -de mon retour Londres. C'est fort gracieux, mais nullement -concluant.</p> - -<p>M. de Rigny m'crit des excuses de son long silence et -me parat fort en dgot de la dernire quinzaine, peu -rassur sur les chances futures du ministre franais, -quoique M. Humann et accept et que le repltrage ft -consomm; puis il ajoute le morceau oblig sur l'<i>impossibilit</i> -<span class="pagenum"><a id="Page_283"> 283</a></span> -pour nous de ne pas retourner Londres, et sur -la <i>volont</i> positive du Roi cet gard.</p> - -<p>M. Raullin, de son petit coin, croit aussi devoir faire sa -petite hymne d'occasion; il dit que les doctrinaires, chez -Mme de Broglie, en disaient autant, mais que, du reste, -toute cette coterie, ainsi que la Bourse et les Boulevards, -taient dans la plus grande agitation des nouvelles d'Angleterre. -Il me mande des drleries sur le duc de Bassano -et sur M. Humann. Le courrier qui est parti pour aller -trouver celui-ci l'a trouv Bar; il a dit qu'il ne rpondrait -que de Strasbourg. J'aime ce flegme alsacien.</p> - -<p>On dit aussi que l'amiral Duperr se fait tirer l'oreille -pour accepter la marine. Jusqu' hier matin, il n'y avait -que des ministres <i>in petto</i>. M. de Bassano signait imperturbablement -et travaillait au ministre de l'intrieur avec -la plus belle ardeur.</p> - -<p>M. de Talleyrand a reu aussi beaucoup de lettres. -M. Pasquier, en rponse la lettre d'excuse de ne pouvoir -assister au procs<a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor"> [58]</a>, insinue une phrase sur les immenses -services qu'on est encore appel rendre. Mme de Jaucourt -crit quatre lignes sous la dicte de M. de Rigny, -pour dire: Venez, on ne peut se passer de vous; sauvez-nous. -Et enfin M. de Montrond, qui se taisait depuis -longtemps, mande que les nouvelles d'Angleterre sont -venues tomber sur tout le monde comme des flots d'eau -bouillante, qu'on draisonne l'envi, que lord Granville -prend le changement chez lui de travers. Il se dit aussi -<span class="pagenum"><a id="Page_284"> 284</a></span> -charg par le Roi de nous faire comprendre la <i>ncessit</i> de -notre retour en Angleterre; que MM. Thiers et de Rigny le -dsirent comme leur salut.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 24 novembre 1834.</i>—M. de Talleyrand persiste, -heureusement, dans sa dmission; mais tel est le -singulier prestige qui s'attache lui que la Bourse de -Paris baisse ou se relve selon les chances plus ou moins -probables de son dpart pour Londres, que les lettres de -toutes parts l'appellent au secours, et que des gens que -nous ne connaissons pas mme de nom, lui crivent pour -le supplier de ne pas abandonner la France. Cela tient videmment - deux choses: c'est que le public franais ne -veut jamais voir dans le duc de Wellington qu'un croquemitaine -en personne, et dans M. de Talleyrand que quelqu'un -que le diable emportera un jour, mais qui, en attendant, -grce au pacte qu'ils ont ensemble, ensorcelle son -gr l'univers. Que c'est bte, le public! Il est si crdule -dans sa foi! si cruel dans les vengeances de ses mcomptes!</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 27 novembre 1834.</i>—Une lettre du Roi, -arrive hier et qui est la rponse celle o M. de Talleyrand -persistait dans sa dmission, dit, entre autres choses -ceci: Mon cher Prince, je n'ai rien vu de plus parfait, -de plus noble, de plus honorable, de mieux exprim que -la lettre que je viens de recevoir de vous. J'en suis profondment -touch. Sans doute, il m'en cote beaucoup de -reconnatre la justesse de la plupart de vos motifs pour ne -<span class="pagenum"><a id="Page_285"> 285</a></span> -pas retourner Londres, mais je suis trop sincre et trop -ami de mes amis pour ne pas dire que vous avez raison<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor"> [59]</a>.</p> - -<p>A la suite de cet exorde vient une nouvelle invitation -arriver au plus vite Paris, pour causer de toutes choses. -M. Bresson crit M. de Talleyrand une lettre fort spirituelle -et fort habile, o il lui demande de vouloir bien lui -crire toutes les moqueries que, sans doute, sa <i>gloire rapide</i> -lui aura inspires; il n'en veut perdre aucune.</p> - -<p>M. de Montrond mande que le Roi dit qu'il n'y a rien de -plus beau que la lettre de M. de Talleyrand et qu'il faut se -rendre ses raisons; que du reste, les embarras sont -grands; que l'on regrette le marchal Soult; qu'on cherche - le ravoir. Quelle nouvelle ignominie pour nos petits ministres! -Il parat que l'arme se dsorganise.</p> - -<p>Les Polonais qui sont venus ici pour l'enterrement de -la princesse Tyszkiewicz disent, ce qu'il parat, du bien -de nous Paris. Il n'y a qu'auprs du Prince Royal que -Valenay ait eu un succs contest par l'influence Flahaut; -M. de Montrond enrage du bien qu'on dit de Valenay, dont -il a fait tant de moqueries!</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 1<sup>er</sup> dcembre 1834.</i>—Lorsque je passai, il -y a trois mois, Paris, j'y vis M. Daure qui crivait, en -assez mauvaise compagnie, dans le <i>Constitutionnel</i> et me -<span class="pagenum"><a id="Page_286"> 286</a></span> -parut assez pauvre garon. Je lui offris de m'intresser -auprs de M. Guizot pour lui faire obtenir de l'emploi dans -la recherche des anciens manuscrits et chartiers du Midi, -dont le ministre de l'Instruction publique s'occupe. Je -fis en effet ma demande; elle fut bien accueillie. Je partis -pour ici et n'entendis plus parler de Daure ni de ma demande - M. Guizot; mais, il y a quinze jours, je reus une -lettre de ce dernier pour m'annoncer la nomination de -Daure la place que j'avais demande pour lui. J'crivis -tout de suite Daure en lui envoyant la lettre ministrielle, -mais ne connaissant pas son adresse, je fis faire Paris des -dmarches qui restrent infructueuses et ma lettre attendait -quelques lumires sur ce pauvre homme, lorsque hier -au soir j'ai reu deux lettres, timbres de Montauban, -l'une de l'criture de Daure, l'autre inconnue. J'ouvris -d'abord cette dernire: elle est d'un abb, ami de Daure, -qui d'aprs les dernires volonts de ce malheureux, -m'annonce sa mort; mais quelle mort! Le suicide! La -lettre de Daure, crite peu avant cet acte de folie, est la plus -touchante, je dirai mme la plus honorable pour moi. Il y -a un mot sur ceux qu'il aimait Londres. Je me reproche -trs vivement de ne l'avoir point engag venir ici cette -anne, cela l'aurait sans doute dtourn de cette cruelle -fin!</p> - -<p>Il m'est revenu cette nuit l'esprit que l'automne dernier, - Rochecotte, marchant avec lui tte tte en allant -visiter mes coles, je lui parlais de sa destine, de son -avenir, je le prchais sur son dsordre, sur son manque -d'conomie. Il me rpondit avec beaucoup de reconnaissance, -<span class="pagenum"><a id="Page_287"> 287</a></span> -en me priant de n'tre nullement inquite de lui, -qu'il avait une ressource en rserve dont il ne pouvait -parler personne, qui tait prpare depuis longtemps, et -qui lui demeurerait, tout le reste manquant; qu'il n'tait -pas aussi imprvoyant qu'il en avait l'air, et qu'il tait sans -souci de l'avenir parce qu'il pouvait l'tre. Je crus, tout -bonnement, qu'il avait amass un peu d'argent... Sotte -que j'tais! Il s'est tu prcisment au moment o nous -enterrions ici la pauvre princesse Tyszkiewicz. Quel triste -mois de novembre!</p> - -<p>Voici un petit passage de politique, extrait d'une lettre -d'hier: La position des ministres franais sera dcide -dans huit jours; ils comptent profiter de la premire petite -circonstance et elle ne tardera pas se prsenter, pour -parler franchement de tout ce qu'ils ont fait, de tout ce qui -s'est pass, de manire arranger leur position pour -qu'elle soit tolrable, ou bien pour se retirer tout fait. -Ils ne tiennent pas rester au pouvoir, de la manire dont -ils sont abreuvs de dgots. Il faut voir ce que la Chambre -va faire et quelle sera son attitude. Il avait t question -de faire un discours du trne, mais il a t dcid que cela -ne serait pas, et je crois qu'on a sagement fait.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 2 dcembre 1834.</i>—Me voici la veille -d'une nouvelle peine: la mort, probable, du duc de Gloucester -m'en sera une relle. Comment ne pas regretter une -estime, une confiance, une amiti aussi sincres, aussi -solidement prouves?</p> - -<p>M. Daure a aussi crit M. Raullin. Il parat qu'il tait -<span class="pagenum"><a id="Page_288"> 288</a></span> -particulirement proccup de l'ide de ne pas reposer -dans un cimetire; il a cherch un lieu isol et dsert. Il -finit sa lettre Raullin par le salut des gladiateurs au -peuple romain: <i>Ave, morituri te salutant!</i> Ses dernires -lettres ne sont rien moins que d'un fou, et cependant, -comment ne pas supposer du dsordre de tte? car il tait -religieux, il avait toujours la Bible dans sa poche et la lisait -souvent. Il faut que son imagination inquite et maladive -ait un instant gar son courage et obscurci sa foi.</p> - -<p>On m'crit de Paris qu'on ne nommera de nouvel ambassadeur -pour Londres que quand sir Robert Peel aura -constitu un gouvernement. Il a d traverser Paris hier, - ce que l'on croyait. Une autre raison pour laquelle on -ne nommera pas de huit dix jours, c'est que personne -ne se soucierait d'accepter, avant que le sort des ministres -franais ne soit clairci, et il est des plus prcaires. On -remarque le peu d'empressement que mettent les dputs - se rendre la Chambre, comme symptme du peu de -got qu'ils ont s'occuper des querelles des ministres. -Celles-ci sont sourdes, mais relles; toujours mme rvolte -contre l'orgueil pdantesque de l'un et les intrigues croises -de l'autre; l'effroi seul de la Chambre les fait encore -aller ensemble.</p> - -<p>On dit le Roi fort attrist, et peut-tre ces messieurs ne -doivent-ils leur conservation qu' ce que la peur de la -Chambre agit sur lui comme sur eux. Il parat qu'on se -moque beaucoup Paris d'une lettre de M. Bresson en -rponse un mot de <i>la Quotidienne</i>. On me mande sur -cette lettre: Voil M. Bresson qui nous fait sa gnalogie -<span class="pagenum"><a id="Page_289"> 289</a></span> -et qui nous apprend qu'il a toujours t un homme -important depuis le jour o il remettait les dpches au -<i>malheureux et trop mconnu Bolivar</i>, jusqu' celui o -il a failli tre ministre des Affaires trangres! Nous voil -bien heureux d'tre reprsents Berlin par quelqu'un -d'aussi considrable! Comprenez-vous cette manie de correspondre -avec les journaux? Et puis on s'tonne de la -prodigieuse importance de ceux-ci!</p> - -<p>M. de Talleyrand est dans une vritable colre de ce -que les communications diplomatiques se colportent la -Bourse et l'Opra. C'est ce qui, avec tant d'autres choses, -rend de certaines gens impossibles servir.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 7 dcembre 1834.</i>—Nous voici rentrs dans ce -Paris dont la vie dvorante et hache convient si peu -M. de Talleyrand et moi-mme. Hier dj nous avons -t envahis par mille devoirs et visites.</p> - -<p>A midi, j'ai reu M. Royer-Collard qui, en allant la -Chambre, venait savoir de mes nouvelles. Il n'a fait qu'entrer -et sortir, et n'tait venu rellement, je crois, que pour -s'acquitter d'une commission de M. Mol. Celui-ci l'a -charg de me dire qu'il dsirait revenir chez nous, mais, -pour dbut, venir d'abord chez moi et me trouver seule. -Ce rendez-vous a t fix demain lundi, entre quatre et -cinq heures.</p> - -<p>M. Royer-Collard sorti, M. le duc d'Orlans est arriv, -et, peine assis, il est revenu sur un commrage de -Mme de Flahaut. Tout cela s'est pass de fort belle humeur, -de fort bonne grce, mais sans que j'aie, ce me semble, -<span class="pagenum"><a id="Page_290"> 290</a></span> -perdu de mes avantages. J'ai t douce, mesure, mille -lieues de l'hostilit. Mon terrain principal a t celui-ci: -Les propos de Mme de Flahaut sur moi ne sauraient -m'atteindre, je n'y regarde pas; il n'y a pas chance que -des personnes de mondes, d'habitudes et de situations si -diffrents qu'elle et moi, puissions jamais nous combattre, -ni moi tre heurte par elle. Je ne lui en veux que du tort -qu'elle vous fait vous, Monseigneur.—Mais ma principale -raison pour l'aimer, c'est qu'elle ne l'est par personne.—Ah! -si c'est comme calcul de proportion, Monseigneur -doit en effet l'adorer! Nous nous sommes mis - rire et tout a fini l.</p> - -<p>Il m'a parl d'autre chose, par exemple du tort qu'il -avait eu d'tre rest si longtemps sans nous crire, aprs -son voyage Valenay. J'ai rpondu: En effet, Monseigneur, -cela n'tait pas trop bien lev de la part de votre -jeunesse, l'gard du grand ge de M. de Talleyrand, -mais il y a une grce et une franchise dans vos procds, -qui font qu'on est ravi de vous pardonner.</p> - -<p>Il est arriv alors aux questions gnrales. Il est fort -embarrass et pein de l'tat des choses, irrit contre son -cher ami Dupin de l'trange faon dont, la veille, il avait -trait la Royaut, tonn de lord Brougham dont il m'a -rapport le fait suivant. Le jour de l'arrive de lord Brougham - Paris, M. le duc d'Orlans l'a rencontr chez lord -Granville; il fut question (je ne trouve pas que le lieu ft -bien convenable) de l'amnistie, dont l'ex-Chancelier se dclara -le partisan violent. Le duc d'Orlans contesta, mais -sans, du moins en apparence, le convaincre. Le lendemain, -<span class="pagenum"><a id="Page_291"> 291</a></span> -aux Tuileries, lord Brougham tira un papier de sa -poche et, en montrant un coin au Prince Royal, lui dit: -Voici mes rflexions sur l'amnistie, que je vais montrer -au Roi. (Autre manque de convenances de la part d'un -tranger.) Il remit en effet ce papier. C'tait le plaidoyer -le plus anim contre l'amnistie! Quand la mobilit va jusqu' -un certain point, elle est, ce me semble, un symptme -vident de dmence!</p> - -<p>M. le duc d'Orlans a fini sa visite chez moi en voulant -me faire sentir l'indispensable obligation dans laquelle -tait M. de Talleyrand de se rattacher d'une manire publique -au gouvernement. J'ai rpondu par l'tat de ses -jambes. Nous nous sommes fort bien quitts.</p> - -<p>En redescendant, j'ai trouv l'entresol plein: Frdric -Lamb, Pozzo, Mollien, Bertin de Veaux, le gnral Baudrand. -Malgr ces chantillons si divers, on parlait aussi -librement de toutes choses que si on et t sur la place -publique. Le plus vif tait Pozzo, dversant un inconcevable -mpris sur le ministre franais, plaignant le Roi et -en parlant trs bien, gmissant sur les embarras de ses -ambassadeurs au dehors travers tout ce qui se passe ici, -et fort irrit de certains passages du discours prononc la -veille par M. Thiers.</p> - -<p>Nous avons t plus tard dner chez le comte Mollien o -se trouvaient M. Pasquier, le baron Louis, Bertin de -Veaux et M. de Rigny qui est arriv tard, apportant le vote -de la Chambre; vote favorable si on veut, mais qu'on fera -payer cher au ministre, et dont M. de Rigny, du moins, a -le bon sens de ne rien conclure pour le courant de la session.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_292"> 292</a></span> -Il parat qu'aprs le discours de M. Sauzet, qui a t -admirable, ce que l'on dit, la Chambre a t hsitante, -et que le ministre s'est cru perdu. M. Thiers n'osait plus -se risquer; cependant, il l'a fait, presque en dsespoir de -cause, et il a, dit-on, parl <i>miraculeusement</i> et fait virer -de bord tout le monde. La veille, il avait fait <i>fiasco</i>, et les -Anglais surtout jettent feu et flamme contre lui de sa trs -singulire phrase sur l'Angleterre qui, en effet, est inconcevable; -mais hier, il a eu videmment le triomphe le plus -complet.</p> - -<p>Un fait singulier, et dont je suis certaine, c'est celui-ci: -M. Dupin avait promis au Roi, il y a trois jours, de soutenir -l'ordre du jour motiv. Avant-hier, il a vot contre; -hier il a parl encore une fois contre, et... il a vot pour!—Pourquoi? -Parce qu'aprs le discours de M. Sauzet, -les ministres, se croyant perdus, ont t dire M. Dupin: -Monsieur le Prsident, prparez-vous aller chez le Roi, -et ayez votre Cabinet tout prt, car d'ici une heure, nous -aurons donn nos dmissions. M. Dupin, trs emptr, -a dit: Mais je ne croyais pas que tout ceci deviendrait si -srieux; je ne veux pas votre chute, car je ne me soucie -nullement que le paquet me retombe sur les bras. -En disant cela, il cherchait s'esquiver, et laisser un -vice-prsident sa place, lorsque Thiers, le prenant par -le bras, lui a dit: Non, monsieur le Prsident, vous ne -sortirez pas d'ici que la question ne soit vide; si elle l'est -contre nous, vous n'irez pas ailleurs que chez le Roi o -vous serez condamn tre ministre. C'est, sans doute, -fort curieux; mais quel monde! Quelles gens!</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_293"> 293</a></span> -<i>Paris, 8 dcembre 1834.</i>—Hier, en rentrant chez -moi, quatre heures, j'ai t tonne d'y voir arriver le -duc d'Orlans, que je croyais dj sur la route de Bruxelles; -mais il ne devait partir qu'une heure plus tard, et il -tait venu pour me dire que sir Robert Peel avait pass -par Paris et avait envoy son frre, lui, duc d'Orlans, -qu'il connat beaucoup, prier le Prince Royal de l'excuser -auprs du Roi, s'il ne demandait pas avoir l'honneur de -lui faire sa cour, mais Sa Majest comprendrait aisment -que dans les circonstances actuelles, les heures taient -des sicles. Nous avons conclu deux choses de cette -dmarche. La premire, c'est que sir Robert Peel tait -dcid accepter le ministre, puisqu'un simple particulier -ne se serait pas cru assez d'importance pour envoyer -un tel message; et la seconde, c'est que la courtoisie des -paroles prouvait plutt de bonnes dispositions pour la -France que le contraire.</p> - -<p>A propos de sir Robert Peel, j'ai reu hier une lettre de -lui, crite de Rome, l'occasion du ministre Bassano, -trs polie, obligeante, et dans laquelle il dit que ce qui -l'effraye le plus dans cette combinaison, c'est la crainte -qu'elle n'empche M. de Talleyrand de retourner Londres.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 9 dcembre 1834.</i>—Frdric Lamb, qui est -venu chez moi hier matin, m'a racont des choses fort -curieuses; il m'a appris encore pis que ce que je savais -dj sur lord Palmerston; des dtails inconcevables, par -exemple, sur la conduite de celui-ci dans la question -<span class="pagenum"><a id="Page_294"> 294</a></span> -d'Orient, dont nous n'avions pu, nous autres, Londres, -juger que la superficie, et sur mille autres choses. Il m'a -dit que, lors de la querelle entre l'Angleterre et la Russie, - propos de sir Stratford Canning, Mme de Lieven avait -dsir que la chose pt s'arranger, de faon ce que Frdric -Lamb ft Ptersbourg et sir Stratford Canning -Vienne. Cela fut propos au prince de Metternich qui -rpondit: Cet arrangement n'arrangera rien, car le seul -ambassadeur que nous soyons dcids ne jamais recevoir, -c'est sir Stratford Canning.</p> - -<p>Il m'a dit encore que M. de Metternich disait de lord -Palmerston: C'est un tyran, et nous ne sommes plus au -sicle de la tyrannie.</p> - -<p>Frdric Lamb dteste lord Granville; du reste, il ne -croit pas au succs du Cabinet tory, mais il ne croit pas -non plus que son hritage tombe ncessairement aux radicaux. -Il croit la rentre de lord Grey et cherche les -moyens d'vincer lord Palmerston et lord Holland. Il -dit, comme Pozzo, comme M. Mol, des choses inoues de -M. de Broglie; jamais on n'a fait plus de fautes que -celui-ci, les en croire.</p> - -<p>En rentrant chez moi, hier quatre heures, j'ai reu -M. Mol. Tout s'est pass comme si nous nous tions vus -la veille: lui, me parlant, comme jadis, de lui, de ses -affections, intimits, dispositions d'esprit, avec ce charme -qui lui est propre. Il m'a dit que j'tais beaucoup plus -aimable qu'il y a quatre ans; il est rest prs d'une -heure. J'ai toujours trouv qu'on ne causait avec personne -aussi parfaitement bien, rapidement, agrablement, -<span class="pagenum"><a id="Page_295"> 295</a></span> -qu'avec lui; il est de trs bon got, une poque -laquelle personne ne l'est plus; il n'a, peut-tre, pas -l'me assez haute pour dominer, mais il a l'esprit assez -lev pour ne pas se dgrader, et c'est dj beaucoup.</p> - -<p>Bien des noms propres, bien des faits et des choses ont -repass devant nos yeux dans cette heure, et j'ai t trs -satisfaite du naturel avec lequel il a tout abord. Il m'a dit -que j'avais dans l'esprit une quit qui rassurait toujours, -ceux mme qui pourraient craindre mon inimiti; enfin, -tout a t pour le mieux. Je ne suis pas sre que cela se -passe aussi bien entre M. de Talleyrand et lui. Je suis -charge d'arranger leur entrevue, et tous deux, ce qui est -assez drle, m'ont prie d'tre prsente cette premire -rencontre.</p> - -<p>M. Mol m'a racont avoir, la veille, crit M. Dupin -pour refuser de dner chez lui, en motivant son refus sur -la manire dont celui-ci avait, la tribune, travesti les -rapports purement officieux et nullement officiels qu'ils -avaient eus ensemble, il y a quinze jours. M. Mol m'a dit -encore qu'il ne songeait pas du tout, comme quelques -personnes le prtendaient, l'ambassade d'Angleterre, -parce qu'il ne voulait rien accepter du ministre actuel.</p> - -<p>Il ne voit plus du tout le duc de Broglie. Il croit que -Rayneval est le seul ambassadeur possible Londres en -ce moment et compte aussi en parler au Roi, avec lequel -il dit qu'il est trs bien. Il salue peine Guizot et n'est que -trs froidement avec Thiers.</p> - -<p ><i>Paris, 10 dcembre 1834.</i>—C'tait, hier soir, une -<span class="pagenum"><a id="Page_296"> 296</a></span> -dfilade assourdissante de visites chez M. de Talleyrand. -Il s'est dit beaucoup de choses, dont voici les seules qui -m'ont paru piquantes.</p> - -<p>C'est Frdric Lamb, qui est venu le premier, et avec -lequel nous avons t assez longtemps seuls, qui nous les -a contes. Il nous a beaucoup parl de M. de Metternich -et de son dire, il y a quatre mois, sur le Roi Louis-Philippe: -Je l'ai cru un intrigant, mais je vois bien que -c'est un Roi. Il nous a dit encore que le jour de la chute -du dernier ministre anglais, lord Palmerston en avait -mand la nouvelle au charg d'affaires d'Angleterre, -Vienne, en l'invitant la transmettre M. de Metternich, -et en ajoutant: Vous ne serez jamais dans le cas de faire - M. de Metternich une communication qui lui fasse plus -de joie. Le charg d'affaires porte cette dpche au -Prince, et, je ne sais pourquoi, la lit tout entire, mme -cette dernire phrase. M. de Metternich a rpondu -ceci, que je trouve de trs bon got: Voici une nouvelle -preuve de l'ignorance dans laquelle lord Palmerston est -des hommes et des choses; car je ne puis me rjouir d'un -vnement dont je ne puis mesurer encore les consquences. -Dites-lui que ce n'est pas avec joie que je l'accepte, -mais bien avec esprance.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 12 dcembre 1834.</i>—Nous avons dn hier aux -Tuileries, M. de Talleyrand, les Mollien, les Valenay, le -baron de Montmorency et moi. J'tais assise entre le Roi -et le duc de Nemours; ce dernier a un peu vaincu sa timidit; -il lui en reste cependant beaucoup. Il est blanc, -<span class="pagenum"><a id="Page_297"> 297</a></span> -blond, rose, mince et transparent comme une jeune fille, -pas joli mon gr.</p> - -<p>On ne saurait avoir une conversation plus intressante -que celle du Roi, surtout lorsque, laissant la politique de -ct, il veut bien fouiller dans les nombreux souvenirs de -son extraordinaire vie. J'ai t frappe de deux anecdotes -qu'il m'a racontes merveille, et quoique je craigne de -les dfigurer en les racontant moins bien, je veux cependant -les dire. Un portrait de M. de Biron, duc de Lauzun, -qu'il vient de faire copier sur celui que M. de Talleyrand -lui a prt, tait l, et a fait naturellement parler de l'original. -A ce sujet, le Roi m'a cont qu'en revenant Paris -en 1814, sa premire rception, il vit approcher un -homme g qui lui demanda de vouloir bien lui accorder -quelques minutes d'entretien un peu part de la foule. -Le Roi se plaa dans l'embrasure d'une croise, et l, -l'inconnu tira de sa poche une bague monte avec le portrait -de M. le duc d'Orlans, pre du Roi, et dit: Lorsque -le duc de Lauzun fut condamn mort, j'tais au Tribunal -rvolutionnaire; en sortant, M. de Biron s'arrta -devant moi qu'il avait quelquefois rencontr, et me dit: -Monsieur, prenez cette bague et promettez-moi que, si -jamais l'occasion s'en prsente, vous la remettrez aux -enfants de M. le duc d'Orlans, en les assurant que je -meurs fidle ami de leur pre et serviteur dvou de leur -maison. Le Roi fut, comme de raison, touch du scrupule -avec lequel, aprs tant d'annes, la mission avait t -accomplie. Il demanda l'inconnu de se nommer; il s'y -refusa en disant: Mon nom ne peut vous tre utile -<span class="pagenum"><a id="Page_298"> 298</a></span> -savoir; il rveillerait peut-tre des souvenirs fcheux; j'ai -acquitt ma parole donne un mourant, vous ne me -reverrez ni n'entendrez jamais parler de moi. En effet, -il ne s'est jamais manifest depuis.</p> - -<p>Voici la seconde anecdote. Lorsque le Roi actuel tait -encore en Angleterre, ainsi que Louis XVIII et M. le comte -d'Artois, celui-ci voulait absolument obliger son cousin -porter l'uniforme des migrs franais et notamment la -cocarde blanche, ce quoi M. le duc d'Orlans s'est constamment -refus, disant que jamais il ne la prendrait. Il -tait toujours en frac; cela avait mme donn lieu quelques -explications assez aigres. En 1814, M. le duc d'Orlans -prit la cocarde blanche avec toute la France, et -M. le comte d'Artois l'habit de colonel-gnral de la garde -nationale. Le premier jour que M. le duc d'Orlans fut -chez M. le comte d'Artois, celui-ci lui dit: Donnez-moi -votre chapeau. Il le prit, le retourna, et jouant avec la -cocarde blanche dit: Ah! ah! mon cousin! qu'est-ce -que c'est donc que cette cocarde? Je croyais que vous ne -deviez jamais la porter?—Je le croyais aussi, Monsieur, -et je croyais en outre que vous ne deviez jamais porter -l'habit que je vous vois; je regrette bien que vous n'y -ayez pas joint la cocarde qu'il entrane.—Mon cher, -reprit Monsieur, ne vous y trompez pas: un habit ne -signifie rien. On le prend, on le quitte, et c'est assez gal. -Mais une cocarde, c'est diffrent: c'est un symbole de -parti, un signe de ralliement, et votre signe particulier ne -devait pas tre vaincu. Ce que j'ai aim chez le Roi, qui -avait la bont de me raconter cette scne, c'est qu'il s'est -<span class="pagenum"><a id="Page_299"> 299</a></span> -ht d'ajouter: Eh bien, madame, Charles X avait raison, -et il avait trouv l une explication plus spirituelle -qu'on ne l'aurait attendue.—Le Roi dit vrai, ai-je -repris, l'explication de Charles X tait celle d'un gentilhomme -et d'un chevalier, et il est certain qu'il avait de -l'un et de l'autre.—Oui, srement, a ajout le Roi, -et mme il a trs bon cœur. J'ai t bien aise de voir -cette justice rendue l.</p> - -<p>A neuf heures, j'ai t avec Mme Mollien chez la comtesse -de Boigne. Elle tait venue la premire chez moi et -m'avait fait dire, par Mme Mollien, qu'elle serait trs -flatte si je voulais venir quelquefois chez elle le soir. -C'est le salon important du moment; la seule maison -comme il faut, qui appartienne, je ne dirais pas la Cour, -mais au Ministre, comme celle de Mme de Flahaut appartient - M. le duc d'Orlans et celle de Mme de Massa la -Cour proprement dite. Il n'y en a pas une quatrime. -Chez Mme de Boigne, qui reoit tous les soirs, on s'occupe -avant tout de politique, on en parle toujours; la -conversation m'a paru tendue, assez incommode par les -questions directes pousses jusqu' l'indiscrtion, qu'on -se jette la tte: Le duc de Wellington se maintiendra-t-il? -Croyez-vous que M. Stanley se joindra sir Robert -Peel? S'ils croulent, cela tournera-t-il au profit des whigs -ou des radicaux? Pensez-vous que lord Grey veuille se -rconcilier avec lord Brougham? Voil par quelles questions -j'ai t navement assaillie. Je me suis tire d'affaire -en plaidant ignorance complte, et en finissant par -dire, en riant, que je ne m'attendais pas, dans une belle -<span class="pagenum"><a id="Page_300"> 300</a></span> -soire, rpondre des <i>questions de conscience</i>. Cela a -fini l, mais je n'en avais pas moins reu une impression -dsagrable, malgr les excessives gracieusets de la matresse -de maison, et j'ai t bien aise de m'en aller.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 14 dcembre 1834.</i>—Hier, lady Clanricarde a -djeun chez moi, et nous sommes parties onze heures -et demie pour l'Acadmie franaise. M. Thiers, le rcipiendaire, -nous avait fait garder les meilleures places, et, ce -dont je lui ai su gr, loin de sa famille, qui tait dans une -petite tribune du haut avec la duchesse de Massa. Il n'y -avait, dans notre groupe, que Mme de Boigne, M. et -Mme de Rambuteau, le marchal Grard, M. Mol, M. de -Celles et Mme de Castellane. Celle-ci est engraisse, -paissie, alourdie, mais elle a toujours une physionomie -agrable, et de jolis mouvements dans le bas du visage. -Elle a eu l'air si ravie, si mue, si touche de me revoir -(j'ai t intimement lie avec elle, et au courant de ses -intrts un point incroyable pour l'imprudence de sa -brouillerie subsquente), que cette motion m'a gagne; -nous nous sommes serr la main. Elle m'a dit: Me permettez-vous -de revenir chez vous? J'ai dit: Oui, de -trs bon cœur.</p> - -<p>Voici notre histoire. Dans le moment du rcri des Tuileries -contre moi, sous la Restauration, Mme de Castellane -m'a renie et, sans se souvenir du tort qu'il tait en -mon pouvoir de lui faire, elle a rompu avec moi. J'ai t -amrement blesse parce que je l'aimais tendrement, mais -me venger et t une bassesse, et, travers toutes mes -<span class="pagenum"><a id="Page_301"> 301</a></span> -fautes, je suis incapable d'une vilenie; je crois qu'au fond -du cœur, elle m'a su gr de l'avoir mnage.</p> - -<p>M. de Talleyrand, comme membre de l'Institut, est -entr dans la salle, appuy sur le bras de M. de Valenay. -On ne saurait croire quel effet il a produit! Spontanment, -tout le monde s'est lev, dans les tribunes comme dans -l'enceinte, et cela, avec un certain mouvement de curiosit -sans doute, mais aussi de considration, auquel il a -t trs sensible. J'ai su que, malgr la foule qui obstruait -les avenues, tout le monde lui avait fait faire place.</p> - -<p>A une heure, la sance a commenc. M. Thiers est si -petit qu'entour de Villemain, de Cousin et de quelques -autres, il est entr sans qu'on l'ait vu venir; on ne l'a -aperu que lorsque, seul, debout, il a commenc son discours. -Il l'a dit avec le meilleur accent, la prononciation -la plus nette; avec une voix soutenue, peu de gestes, pas -trop de volubilit. Il tait ple comme la mort, et, dans -les premiers moments, tremblant de la tte aux pieds, ce -qui lui a beaucoup mieux russi que s'il avait eu de cette -insolence qu'on lui reproche souvent. Malgr son mauvais -son de voix, il n'a jamais frapp l'oreille dsagrablement, -il n'a t ni monotone, ni glapissant, et enfin -lady Clanricarde en tait le trouver <i>beau</i>!</p> - -<p>M. de Talleyrand et M. Royer-Collard taient en face -de lui, et il semblait ne parler que pour eux! Son discours -est clatant. Je ne sais pas s'il est prcisment acadmique, -quoiqu'il soit plein d'esprit, de got et de beau -langage dans de certaines parties; mais ce qu'il est sans -aucun doute, c'est politique, et il l'a dit bien plus comme -<span class="pagenum"><a id="Page_302"> 302</a></span> -une improvisation que comme une lecture. Il a eu de ces -mouvements de tribune qui ont produit aussi, sur l'assemble, -un effet bien plus parlementaire que littraire, mais -toujours favorable, et, par moments, cela a t jusqu' -l'enthousiasme. M. de Talleyrand en tait l'motion, et -M. Royer-Collard faisait faire sa perruque des hauts et -des bas qui prouvaient la plus vive approbation! Le passage -sur la calomnie a t dit avec une conviction intime -qui a t contagieuse et a valu une salve d'applaudissements.</p> - -<p>Le discours est anti-rvolutionnaire au plus haut degr; -il est orthodoxe dans les principes littraires; il est—et -c'est ce que j'en aime surtout—il est travers d'un bout - l'autre par un sentiment honnte qui m'a fait plaisir et -qui doit tre utile M. Thiers dans le reste de sa carrire. -Enfin, ce beau discours, pour ressortir, pouvait se passer -de l'ennuyeuse rponse de M. Viennet, que personne n'a -coute et qui a permis tout le monde de s'apercevoir -qu'il tait tard et qu'il faisait une chaleur affreuse.</p> - -<p>On m'a dit que, pendant le discours de M. Thiers, -M. de Broglie faisait force quolibets; M. Guizot tait renfrogn, -et mdiocrement satisfait, je pense, de voir son -rival, dans la mme semaine, un double succs, politique -et littraire.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 16 dcembre 1834.</i>—Hier, j'ai fait quelques -visites; j'ai trouv Mme de Castellane qui ne m'avait pas -rencontre chez moi. Elle a voulu que j'entendisse son -histoire des douze dernires annes; elle la raconte bien. -<span class="pagenum"><a id="Page_303"> 303</a></span> -Il m'a sembl qu'elle avait d la roucouler ainsi d'autres -qu' moi. Elle n'a plus de jeunesse du tout, c'est une -grosse personne, courte, trapue; ce n'est plus du tout, au -sourire prs, celle que j'avais connue, au physique du -moins; moralement, il m'a paru qu'elle s'tait faite grave -plutt qu'elle n'tait devenue srieuse. Elle est spirituelle, -caressante, comme toujours; elle a beaucoup parl, moi -trs peu. J'avais le cœur serr par mille souvenirs du -pass, et, quoiqu'elle ait t douce, je n'ai pu reprendre -confiance, mais j'ai bien reu toutes ses paroles et je ne -suis pas fche de ne plus en tre l'amertume avec elle.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 17 dcembre 1834.</i>—Je me suis laiss dcider -par Mme Mollien, aller, hier, avec elle, la Cour des -Pairs, non pas dans une tribune en vidence, mais dans -une tribune retire d'o on voyait et entendait sans tre -vu, celle de la duchesse Decazes. Je n'y avais jamais t, -les sances n'tant pas publiques avant 1830. La journe -d'hier tait fort annonce et excitait la curiosit gnrale; -aussi la salle tait remplie.</p> - -<p>A quelque poque qu'on arrive Paris, on est toujours -sr d'y trouver quelque drame scandaleux qui amuse le -public. Hier, c'tait le procs contre Armand Carrel du -<i>National</i>.</p> - -<p>M. Carrel n'a nullement rpondu mon attente. Il a -t impertinent, il est vrai, mais sans cette espce d'insolence -courageuse et nergique, sans cette verve de talent -qui frappe, mme alors que le sujet en lui-mme dplat. -Il n'a produit que peu d'effet par son discours crit, et a -<span class="pagenum"><a id="Page_304"> 304</a></span> -trs positivement choqu, dans sa mauvaise improvisation. -C'est le gnral Exelmans qui a vocifr sur l'<i>assassinat</i> -du marchal Ney, au scandale de tout le monde, car il y -allait comme un homme ivre; il tait hors de lui, et cela -tait d'autant plus ridicule qu'on ne pouvait s'empcher -de se souvenir de ses platitudes pendant la Restauration, -qu'on a, du reste, assur lui avoir t trs durement reproches, -hier au soir, chez le ministre de la Marine. Le -matin, la Chambre des Pairs, il n'a t soutenu que par -M. de Flahaut, qui s'agitait beaucoup et dont le maintien -a t trs inconvenant; il a rvolt tout le monde par ses -cris de: <i>Continuez, continuez</i>, adresss Carrel, lorsque -le Prsident lui tait la parole. C'est mme cet encouragement -qui a fait rsister Carrel et qui l'a fait argumenter -avec M. Pasquier, sur ce que celui-ci n'avait pas le droit -de lui ter la parole, lorsqu'un membre de la Chambre, un -de ses juges enfin, l'engageait continuer.</p> - -<p>A cette occasion, j'ai appris de toutes les bouches que -M. de Flahaut tait insupportable tout le monde, par son -arrogance, son humeur, son aigreur et son ignorance; il -deviendra bientt aussi <i>impopular</i> que sa femme.</p> - -<p>M. Pasquier a prsid avec fermet, mesure, dignit et -sang-froid, mais j'avoue que je partage l'opinion de ceux -qui auraient prfr qu'il arrtt M. Carrel, lorsqu'il a -parl des <i>jeunes gens qui avaient glorieusement combattu -dans les troubles d'avril</i>, au lieu de le faire propos du -procs du marchal Ney: la premire question, touchant - des intrts matriels, aurait trouv, ce me semble, plus -d'cho au dehors comme au dedans.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_305"> 305</a></span> -Nous avions du monde dner hier: une douzaine de -personnes; Pauline, ma fille, faisait la douzime. Il n'y a -pas de mal ce qu'elle apprenne couter sans ennui de -la conversation srieuse; elle a bon maintien dans le -monde, o elle me parat plaire par sa physionomie ouverte -et ses manires bienveillantes. Aprs le dner, les -visites ont recommenc, comme si nous tions des ministres. -Le fait est que c'tait jeudi, jour de rception aux -Affaires trangres et la Marine, et que, sur le chemin -des deux, on nous a pris, je suppose, en allant et en -venant.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 19 dcembre 1834.</i>—M. le duc d'Orlans est -revenu de Bruxelles: il est venu me voir, hier, et m'a -invite un bal qu'il donne le 29. Il n'est rest qu'un -instant, le Roi l'ayant envoy chercher; j'ai su, plus tard, - quel propos.</p> - -<p>M. Guizot est venu ensuite; il avait l'air moins son -aise que de coutume; il a cherch s'y mettre en faisant -de la doctrine sur l'Angleterre, sur la France, sur toutes -choses, mais il m'aura trouve peu digne de l'entendre; -en effet, j'coutais froidement, parce que c'tait parfaitement -ennuyeux, et il est parti.</p> - -<p>Mme de Castellane m'est arrive, tout essouffle, de la -part de M. Mol, pour que je prvienne M. de Talleyrand -de ce qui se passait. M. le duc d'Orlans, entran par -cette dplorable influence Flahaut, se proposait aujourd'hui, - l'ouverture de la sance de la Chambre des Pairs, -et la lecture du procs-verbal de la sance d'hier, de -<span class="pagenum"><a id="Page_306"> 306</a></span> -protester, avec son groupe, contre l'<i>assassinat</i> du marchal -Ney, et de demander la revision du procs. Heureusement -que M. Decazes en a t averti; il a t en prvenir -M. Pasquier, celui-ci a couru chez M. Mol, un des -vingt-trois Pairs restants du procs du Marchal. Grande et -juste rumeur dans le camp; on a t Thiers, celui-ci a -couru chez le Roi, qui ignorait tout et qui est entr en -grande colre. Il a fait chercher son fils partout, et, aprs -une scne trs vive, lui a dfendu toute dmarche. Son -grand argument a t celui-ci: Si vous demandez la -revision du procs du marchal Ney, que rpondrez-vous - tel ou tel Pair carliste qui viendra (et il s'en trouvera) -demander la revision du procs de Louis XVI, bien autrement -un assassinat? J'ai su cette dernire partie de l'incident -par M. Thiers, qui est venu chez M. de Talleyrand, -tout la fin de la matine. Bertin de Veaux, qui avait eu -vent de la chose, arrivait aussi tout pouff.</p> - -<p>Enfin le bon sens du Roi a arrt cette belle quipe; -mais qu'elle se soit prsente l'esprit de quelqu'un, -et de qui? est une des grandes trangets du -temps!</p> - -<p class="section"><i>Paris, 20 dcembre 1834.</i>—J'ai reu hier une lettre -de Londres, du 18, et l'ai porte tout de suite M. de -Talleyrand. Je lui ai lu ce qui tait relatif l'effroi caus -par ce nom de M. de Broglie comme ambassadeur Londres, -et la ncessit de nommer un successeur M. de -Talleyrand. Il a trs bien senti cela, et a crit immdiatement -qu'il dsirait voir le Roi. A ce moment est arriv -<span class="pagenum"><a id="Page_307"> 307</a></span> -M. de Rigny, lui apportant une autre lettre particulire. -M. de Talleyrand a insist sur le choix de Rayneval, ce -qui n'a pas plu, je crois, M. de Rigny, si j'en juge par ce -que celui-ci m'a dit dner: Il y a un inconvnient -immense envoyer M. de Rayneval Londres, mais c'est -le secret du ministre des Affaires trangres; si c'tait le -secret de l'amiral, je vous le dirais. Je n'ai pas insist.</p> - -<p>Je sais que chez le Roi, cinq heures, il a t convenu -que Rigny crirait Londres une lettre la fois ostensible -et confidentielle, dans laquelle on dirait que le Roi portera -son choix sur Mol, Sainte-Aulaire ou Rayneval et qu'on -serait bien aise de savoir lequel de ces trois noms serait -le plus agrable au duc de Wellington. Je me suis permis -de dire M. de Talleyrand que cela me paraissait fort -maladroit, puisque si le choix du Duc porte sur Rayneval, -on sera trs embarrass ici de ne pas le nommer, et cependant -on me parat dcid ne pas le faire; que si le -Duc dsire Mol, on prouvera un refus de ce dernier, et, -qu'en dfinitive, il faudra nommer Sainte-Aulaire, qui -n'est dsir ni par le Roi, ni par le Conseil, ni par le Duc. -Comme tout est mal dirig et mal conduit ici! Il n'y a -nulle part ni bon sens, ni simplicit, ni lvation, et on -prtend, cependant, gouverner non seulement trente-deux -millions de sujets, mais encore l'Europe tout entire!</p> - -<p class="section"><i>Paris, 21 dcembre 1834.</i>—J'ai su, de bien bonne -part, ces trois faits: que l'on ne veut pas envoyer Rayneval -comme ambassadeur Londres, et que c'est la -<span class="pagenum"><a id="Page_308"> 308</a></span> -fraction doctrinaire et Broglie en sous-main qui s'y opposent; -que l'on a, officiellement, propose hier Londres -Mol, qui l'a officiellement et formellement refus; et -qu'enfin ce matin, on en tait Sbastiani, sans rien d'arrt -cependant.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 24 dcembre 1834.</i>—On parlait de Sbastiani, -hier, comme devant tre dans le <i>Moniteur</i> de demain, -mais mesure que ce nom circule dans le public, il excite -une vritable rumeur. M. de Rigny grille de se dmettre -de son ministre pour demander l'ambassade de Londres, -mais on craint de voir la machine, ici, se dtraquer sur -nouveaux frais, par la sortie d'un des membres importants -du Cabinet. Il parat que c'est l'tat des affaires financires -de Rayneval qui empche de songer lui; on le dit cribl -de dettes et presque en banqueroute.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 28 dcembre 1834.</i>—J'ai su, par M. Mol, que -M. de Broglie avait une influence tonnante dans le ministre -actuel, dont le Roi ne se doutait pas; que M. Decazes -allait, chaque matin, lui rendre compte de ce qui se passait -au ministre; que M. de Rigny et M. Guizot se laissaient -beaucoup influencer par lui, et qu'aucun choix ne -se faisait sans lui avoir t pralablement soumis.</p> - -<p>Comment comprendre que dans le <i>Journal des Dbats</i> -on traduise tout le discours de sir Robert Peel et qu'on en -retranche, quoi? Le passage flatteur pour le duc de Wellington -et qui, certes, n'avait rien de choquant pour la -France! Et cela quand le Duc est ministre des Affaires -<span class="pagenum"><a id="Page_309"> 309</a></span> -trangres, qu'il est merveille pour la France et que les -<i>Dbats</i> sont rputs organe officieux du gouvernement! -On est ici, malgr tout l'esprit franais, d'une merveilleuse -gaucherie!</p> - -<p class="section"><i>Paris, 29 dcembre 1834.</i>—Cette pauvre petite -Mme de Chalais est morte cette nuit. Elle tait si heureuse, -de ce bonheur honnte et rgulier qu'il n'est donn qu' -certaines femmes de rencontrer! La vie se retire toujours -trop lentement de ceux qui sont fatigus de leur plerinage, -toujours trop rapidement de ceux qui la parcourent -joyeusement. Sous quelque forme qu'on implore la Providence, -soit qu'on l'importune de ses prires, soit qu'on -se laisse deviner dans un discret silence, elle dit presque -toujours non, et le plus souvent un non irrvocable.</p> - -<p>Quelle douleur Saint-Aignan! Elle y tait l'enfant de -tous les habitants. Il me semble que j'entends les cris de -tous ses vieux serviteurs, que je connais et pour qui elle -tait la troisime gnration qu'ils servaient. Les pauvres, -les malades, les gens aiss, tous la chrissaient. Elle tait -si secourable, si obligeante, si gracieuse! C'est plus -qu'une mort: c'est la destruction d'un jeune bonheur et -d'une race antique et illustre! Je suis vraiment branle -trs profondment.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 31 dcembre 1834.</i>—J'ai eu, hier matin, une -bonne longue visite de M. Royer-Collard. Il m'a racont -toute l'histoire de son professorat; il m'a montr un coin -de son systme philosophique, puis il m'a beaucoup parl -<span class="pagenum"><a id="Page_310"> 310</a></span> -de Port-Royal. Ce sont vraiment des heures prcieuses -que celles qu'il me donne; trop rares et trop courtes pour -tout ce qu'il y a apprendre d'un esprit comme le sien.</p> - -<p>Mme de Castellane est venue ensuite; si je m'y prtais -le moins du monde, elle se ferait ma garde-malade! J'ai -su, par elle, que M. Mol crivait ses <i>Mmoires</i> et qu'il -y en avait dj cinq volumes.</p> - -<p>M. le duc d'Orlans m'est venu ensuite; il m'a racont -beaucoup de choses de son bal de la veille. Voici ce qui, -compar ce qui m'a t dit d'ailleurs, m'est rest: la -plus grande lgance, la plus grande recherche; de la -magnificence, du joli monde; un souper superbe, des -fleurs, des statues groupes avec art, des lumires -aveugler, du blanc et or partout; des livres neuves, des -valets de chambre en habits habills, l'pe au ct, vtus -de velours, tous poudrs blanc, et beaucoup de diamants -dans les parures des femmes; la Reine charme, -Madame Adlade pique, disant: C'est du Louis XV; tous -les hommes en uniforme, mais en pantalons et bottes, et -M. le duc de Nemours arrivant en habit d'officier gnral, -extrmement brod, en culottes courtes, bas et souliers, -joli, ce que l'on dit, ayant bonne grce et l'air fort -noble. M. le duc d'Orlans m'a demand si, pour un militaire, -je ne prfrais pas le pantalon et les bottes; voici -ma rponse: L'Empereur Napolon, qui a gagn quelques -batailles, tait tous les soirs, quand il dnait seul -avec l'Impratrice, en bas de soie et en souliers boucles.—Vraiment?—Oui, -Monseigneur!—Ah! c'est diffrent.</p> - -<p>Mais voici le revers de la mdaille: c'est que des dputs -<span class="pagenum"><a id="Page_311"> 311</a></span> -pris (je veux dire pris comme simples dputs, -car il y en avait d'autres comme ministres et gnraux), -comme simples dputs, donc, il n'y en avait que trois: -MM. Odilon Barrot, Bignon et tienne: le premier en -frac pour faire plus d'effet!</p> - -<p>Il y a de singuliers contrastes dans le Prince Royal: le -got et les prtentions aristocratiques dans ses habitudes -et une dtestable tendance dans la politique. Hier mme, -nous avons eu pour la premire fois maille partir ensemble - l'occasion du duc de Wellington. Il m'a dit: -<i>Vous voil comme le Roi.</i> Aussi mon pre sait-il que -vous me parlez toujours dans son sens et vous aime-t-il -beaucoup.—Monseigneur, je ne parle jamais que dans -mon propre sens et dans celui de votre intrt, mais je -n'en suis pas moins trs fire de l'approbation et de la -justice du Roi. Cela a, du reste, trs bien fini entre -nous, puisqu'il m'a demand la permission d'ajouter son -portrait ceux que j'ai runis Rochecotte.</p> - -<p>Me voici donc finissant l'anne 1834, mmorable dans -ma vie, puisqu'elle termine cette part de mon existence -consacre l'Angleterre. Ces quatre annes, que je viens -d'y passer, m'ont place dans un autre cadre, offert un -nouveau point de dpart, dirige vers une nouvelle srie -d'ides; elles ont modifi le jugement du monde sur moi. -Ce que je dois l'Angleterre ne me quittera plus, j'espre, -et traversera, avec moi, le reste de ma vie. Maintenant, -faisons des provisions de forces pour les mauvais jours -qui ne manqueront pas probablement et pour lesquels il -est convenable de se prparer.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_312"> 312</a></span></p> -<h2 class="normal">1835</h2> -</div> - -<p class="section"><i>Paris, le 3 janvier 1835.</i>—J'ai eu hier la visite du -duc de Noailles qui m'avait crit un billet fort aimable -pour me prier de le recevoir. Il est venu me parler de la -nice de sa femme, Mme de Chalais, qu'il aimait comme -son enfant et qu'il savait tre vivement regrette par moi. -Nous avons pleur ensemble; puis il m'a parl un peu de -politique avec bon sens et bon got; un peu de la socit; -beaucoup de Maintenon. Il est rest trs longtemps et -paraissait son aise et se plaire fort. Il m'a exprim le -dsir de me voir souvent et d'entrer un peu dans nos habitudes. -C'est un des hommes que M. Royer-Collard compte -davantage: il est fort laid et a l'air vieux sans l'tre; il -est studieux, distingu et de trs bonne compagnie. J'ai -beaucoup vu sa femme quand elle s'appelait Mlle Alicia de -Mortemart et qu'elle demeurait chez sa sœur la duchesse -de Beauvilliers, qu'elle suivait Saint-Aignan. Nous -sommes, d'ailleurs, fort parents des Mortemart, la vieille -princesse de Chalais, chez laquelle M. de Talleyrand a t -lev, tant Mortemart, fille de M. de Vivonne, frre de -Mme de Montespan.</p> - -<p>J'ai t hier la grande rception du soir aux Tuileries, -la Reine m'ayant fait dire par Mme Mollien que je pourrais -<span class="pagenum"><a id="Page_313"> 313</a></span> -arriver et m'en aller par les appartements particuliers, et, -par consquent, ne pas attendre ma voiture. C'tait le dernier -jour de rception; j'y ai men ma belle-fille, Mme de -Valenay. Le palais, clair, est vraiment superbe; beaucoup -de choses ont trs bon air; beaucoup d'autres font -contraste. Ainsi, par exemple, les fracs isols travers la -grande majorit des uniformes, quelques femmes fort -pares, puis d'autres en bonnet de comptoir; point de -dsordre, mais aucune distinction de salles, de places; on -ne dfile pas, c'est la Cour qui entre quand tout le monde -est arriv et qui fait le tour des dames, aprs quoi, les -hommes seuls dfilent; il y a un petit monsieur en uniforme -qui prcde et qui demande chaque dame son -nom, ce qui me parat pour les trois quarts et demi indispensable.</p> - -<p>On a t trs gracieux pour moi et je crois qu'on attachait -du prix ce que j'allasse un jour de grande rception -qu'on peut bien appeler <i>publique</i>. On craignait que je ne -voulusse me borner aux audiences particulires. C'et t, -ce me semble, de mauvais got; peut-tre aimerais-je -mieux ne pas aller du tout, mais, quand on trouve bon de -voir les gens en particulier, il ne faut pas avoir l'air de -s'en cacher et de les renier en public. Aussitt vue, la -Reine m'a elle-mme dit de m'en aller, on m'a fait ouvrir -la petite porte et je me suis sauve, ravie d'tre quitte de -cette corve!</p> - -<p class="section"><i>Paris, 7 janvier 1835.</i>—M. Mol est venu me voir -hier, il m'a dit bien des choses singulires, et entre autres, -<span class="pagenum"><a id="Page_314"> 314</a></span> -celle-ci, qu'il se croyait la mission de purger le gouvernement -de l'influence doctrinaire. Il a une terrible haine -pour les doctrinaires; car il sait har. Il m'a mme surprise - ce sujet et je me suis demand s'il savait aussi bien -aimer. Je suis reste embarrasse devant la rponse.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 8 janvier 1835.</i>—Madame Adlade m'ayant -demand de lui mener Pauline, je l'ai fait hier. Le Roi m'a -fait dire de l'attendre chez sa sœur, ce qui fait que j'y ai -pass trois heures. Le Roi venait d'apprendre la scne -trange qui a eu lieu parmi les amnistis du Mont-Saint-Michel: -le jour mme de leur dlivrance, tous les amnistis -rpublicains (les carlistes ont dit des prires et sont -retourns tranquillement dans la Vende) ont chant des -chansons atroces, et ont fini par jurer sur leurs couteaux -de table l'assassinat du Roi. Celui-ci avait sous les yeux -les rapports de police et nous en a dit tous les dtails.</p> - -<p>Il a caus longtemps, et de toutes choses; je dois dire -avec beaucoup de bon sens, d'esprit, de lucidit et de prudence; -comprenant parfaitement les destines anglaises, -jugeant bien l'Europe, parlant de son fils avec une grande -raison. Il m'a particulirement dit deux choses qui m'ont -frappe. La premire, c'est que, sans avoir t entran -aussi loin que son fils, il avait lui-mme, cependant, donn -dans de certaines erreurs dont la pratique l'avait guri. Il -est revenu sur la Rvolution de Juillet, et a mis du prix -s'en montrer tranger dans le principe, aussi m'a-t-il -racont que lors de la dcoration de Juillet, ses ministres -avaient voulu la lui faire porter, et qu'il s'y tait refus, -<span class="pagenum"><a id="Page_315"> 315</a></span> -disant qu'il ne la porterait jamais, n'y ayant eu aucune part -que celle d'en arrter les rsultats destructeurs. Il a -ajout: Madame, vous ne me l'avez jamais vu porter, -cette dcoration!</p> - -<p>Il est de plus en plus embarrass pour son ambassadeur - Londres, car les nouvelles reues hier matin mme de -Naples prouvent que Sbastiani est hors d'tat. Je crois que -le Roi aimerait M. de Latour-Maubourg, mais celui-ci est -malade et ne parle que de se retirer la campagne. M. de -Sainte-Aulaire arrivera dans trois ou quatre jours et je -m'imagine que la chance tournera vers lui. Il a t question, -entre le Roi et moi, de M. de Rigny pour Londres, -mais le Roi dit cela: Le seul ministre possible aux -Affaires trangres pour remplacer Rigny serait Mol, mais -Guizot n'oserait pas rester avec lui cause de la fureur de -Broglie, et on ne croit pas pouvoir se passer de Guizot la -Chambre. L'objection contre Sainte-Aulaire, c'est l'influence -qu'exerce sur lui M. Decazes, qui est mauvaise en -elle-mme et juste titre dsagrable au Roi.</p> - -<p>La lettre de M. de Talleyrand du 13 novembre a t -enfin lue au Conseil hier, elle paratra dans le <i>Moniteur</i> -d'aujourd'hui, et sa publication sera accompagne d'une -rponse trs polie de M. de Rigny. On a seulement demand -le changement d'un mot qui a t accord, parce qu'en -ralit, il ne fait qu'claircir la pense sans l'altrer. On a -pri M. de Talleyrand de permettre qu'on mt: <i>cet esprit -de propagande</i>, au lieu de <i>certaines doctrines</i>.</p> - -<p>J'ai t hier soir au grand bal des Tuileries. M. le duc -d'Orlans m'a encore attaque sur les lections anglaises: -<span class="pagenum"><a id="Page_316"> 316</a></span> -il a une peur trange qu'elles ne tournent au profit du -Cabinet tory. Voici la seconde fois que nous avons maille - partir ce sujet; hier, je cherchais dcliner la discussion, -mais lui a voulu l'entamer, disant que peut-tre je -le convertirais. A quoi j'ai rpondu: J'en serais d'autant -plus fire, Monseigneur, que ce serait vous convertir - votre propre cause.</p> - -<p>Il venait de relire la lettre de dmission de M. de Talleyrand. -Il a dit que c'tait un chef-d'œuvre, un vrai document -historique; qu'elle aurait un grand retentissement au -dehors; que rien ne pouvait tre si noble, si simple, si -bien pour le Roi que personne ici n'avait le courage de -louer; mais que M. de Talleyrand s'y montrait terriblement -conservatif, et que cela allait donner lieu une -grande controverse dans les journaux. Je lui ai rpondu: -Cela se peut, Monseigneur, mais qu'importe. Que M. de -Talleyrand parle ou se taise, il est toujours attaqu par la -mauvaise presse. A son ge, et quand on fait ses adieux -au public, on a bien le droit de le faire de manire se -satisfaire soi-mme et se montrer tel qu'on est, tel qu'on -a toujours t, un homme d'un bon esprit, ami de son pays -et du bon ordre, et qui plus est, un homme de sa caste, ce -qui n'implique pas ncessairement un homme prjugs. -Enfin, M. de Talleyrand, <i>seul</i>, dites-vous, a le courage ici -de louer le Roi, et pourquoi? Parce qu'il est un gentilhomme, -un grand seigneur, et par consquent un conservatif. -Il faudra toujours que la Royaut revienne ceux-l; -soyez-en bien sr. Il a repris: Oh! au dehors, cette -lettre sera extrmement admire.—Oui, Monseigneur, elle -<span class="pagenum"><a id="Page_317"> 317</a></span> -le sera au dehors, mais elle le sera aussi par tous les honntes -gens du dedans, et Monseigneur me permettra de ne -compter que ceux-l! Voil encore un chantillon de -mes conversations avec ce jeune Prince, qui ne manque -ni d'intelligence, ni de courage, ni de grce, mais dont le -jugement est encore bien dpourvu de prudence et d'quilibre.</p> - -<p>Le Roi qui, lui, est prudent par excellence, et de plus -fort gracieux pour moi, est venu moi et, en riant, m'a -dit: Avez-vous racont M. de Talleyrand notre longue -conversation?—Sans doute, Sire; elle tait trop riche et -trop curieuse pour que je ne lui procurasse pas le plaisir -d'en apprendre quelque chose.—Ah! ah! je suis sr que -vous n'aurez pas oubli mon anecdote sur la dcoration de -Juillet.—En effet, Sire, c'est la premire chose que j'ai -cite M. de Talleyrand; je la conterai mon fils, mon -petit-fils; je veux que mes descendants s'en souviennent -pour rpter un jour ce que je dis sans cesse, c'est que le -Roi a un <i>grand</i> esprit. Il y a longtemps qu'on a dit que, -lorsque la flatterie ne russissait pas, c'tait la faute du -flatteur et non de la flatterie; il me semble qu'hier, le -flatteur n'tait pas en dfaut.</p> - -<p class="section"><i>Rochecotte, 12 mars 1835.</i>—Nos lettres de Paris nous -disent que le refus de M. Thiers de rester au ministre, -avec le duc de Broglie, prsident du Conseil et ministre -des Affaires trangres, refus auquel le Roi ne veut pas -entendre pour ne pas se trouver livr si uniquement aux -doctrinaires, arrte de nouveau toute la machine. La -<span class="pagenum"><a id="Page_318"> 318</a></span> -Chambre des dputs commence s'mouvoir, et il est -impossible de bien apprcier o tout ceci prcipite.</p> - -<p>Il doit y avoir, Saint-Roch, une qute pour les salles -d'asile diriges par Madame Adlade, c'est donc elle qui -choisit les quteuses. Elle a dsign Mmes de Flahaut et -Thiers. La premire, furieuse, dit-on, du <i>pendant</i>, a -refus; et cette petite difficult a trouv moyen de se faire -remarquer travers toutes les grandes impossibilits du -moment.</p> - -<p class="section"><i>Rochecotte, 14 mars 1835.</i>—Les lettres d'hier ne -laissent plus aucun doute sur le dnouement de la crise -ministrielle.</p> - -<p>C'est, peu de chose prs, la rptition du mois de -novembre dernier: le marchal Grard fut alors remplac -par le marchal Mortier; aujourd'hui M. de Broglie remplace -Mortier la prsidence et Rigny lui cde les Affaires -trangres, pour prendre l'intrim de la Guerre, jusqu' -l'arrive de Maison, auquel on a envoy un courrier. Si -celui-ci accepte, l'ambassade de Ptersbourg serait donner, -mais on croit qu'il refusera. Alors Rigny restera-t-il -dfinitivement la Guerre ou ira-t-il Naples en cdant la -place quelque gnral secondaire? C'est ce qu'on ignore -encore. Ainsi, avec Broglie et Maison de plus et Rigny de -moins, ou peu prs, chacun reste son poste. C'tait -bien la peine de faire tant de bruit.</p> - -<p>Voici ce qu'on mande relativement M. Thiers, qui, -d'abord, s'tait refus entrer avec M. de Broglie. Il a t -travaill, tiraill en tous sens, Mignet et Cousin pour le -<span class="pagenum"><a id="Page_319"> 319</a></span> -dissuader, Salvandy pour le faire accepter. Pendant ce -temps-l, une runion nombreuse de dputs s'assemblait -chez M. Fulchiron. Thiers, le sachant, a dit que si cette -runion le demandait, il accepterait; Salvandy d'y courir -et de revenir avec une dputation, pour obtenir le consentement -de Thiers, qui, cette fois enfin, l'a donn pour -ne pas tre accus de faire manquer la seule combinaison -possible, et fort, d'ailleurs, d'une expression solennelle de -la majorit parlementaire. On croit qu'il ne tardera pas, -cependant, se repentir d'avoir cd... La balance n'est -plus en quilibre; ils vont tre deux contre un dans le -Conseil. Il n'y a pas l condition de dure.</p> - -<p>J'ai reu une lettre de M. Mol qui me mande: Vous -laissez ici un vide que rien ne peut ni ne saurait remplir; -personne ne l'a senti et n'en a souffert comme je l'ai fait -depuis quelques jours. J'ai l'esprance que vous m'auriez -approuv, j'ose dire que j'en suis sr; vous tes du trs -petit nombre pour lesquels je me pose la question avant -d'agir. Ce n'est plus pour des noms propres qu'on a lutt, -c'est pour l'amnistie. L'amnistie pleine et entire tait ma -condition; ceux qui se retiraient, pour s'imposer, ont provoqu, - la Chambre, un hourra contre; moi seul ai soutenu -qu'il tomberait devant la ralit. Quelques-uns, qui voulaient -l'amnistie avec moi, ont cependant perdu courage, -et, en ce moment, l'ancien ministre va se reformer sous -la prsidence de M. de Broglie. Plusieurs de ses membres -montrent en cela peu de fiert, tous acceptent une position -que l'avenir jugera, ainsi que bien d'autres choses.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_320"> 320</a></span> -<i>Rochecotte, 16 mars 1835.</i>—M. Royer-Collard m'crit -ceci, sur la dernire crise ministrielle: C'est mardi 10 -que le Roi a charg Guizot d'avertir M. de Broglie. Vous -vous attendez l'insolence d'un vainqueur? Point du tout. -M. de Broglie, instruit par Guizot, avait dpos, non seulement -son arrogance, mais cette dignit personnelle -laquelle il ne faut pas renoncer, mme pour tre prsident -du Conseil. Il s'est aussi excus fort humblement du pass, -il a promis d'tre sage l'avenir. Tenez cela pour certain, -l'orgueil Necker, qui est le type de l'orgueil Broglie, a -flchi.</p> - -<p>Plus loin, et propos du papier sign par la soi-disant -runion Fulchiron chez Thiers, il y a ceci: C'est sur -cette pice que Thiers a capitul; il rentre donc, mais -spar et dgag des doctrinaires qu'il a humilis. Il <i>rentre</i> -au lieu que Guizot <i>reste</i>. Personne ne gagne, je crois, ce -repltrage.</p> - -<p>Plus loin encore ceci: Quand M. Mol est entr hier -chez moi, je l'ai embrass comme un naufrag sauv. Il -sort de l plus considr, il s'est surpass.</p> - -<p class="section"><i>Rochecotte, 23 mars 1835.</i>—J'ai eu, hier soir, une -trs gracieuse rponse de la duchesse de Broglie la lettre -de flicitations que je lui avais adresse. Le triomphe politique -se dissimule sous d'humbles citations bibliques; la -bienveillance y domine, et, au fait, je suis contente d'elle, -elle est une personne de mrite.</p> - -<p>J'avais crit aussi M. Guizot, l'occasion de la mort -de son frre; il a attendu la fin de son deuil pour rpondre, -<span class="pagenum"><a id="Page_321"> 321</a></span> -mais enfin il a rpondu, et hier m'est arrive une lettre de -lui trs cajolante. Voici la seule phrase politique: Je -suis de ceux qui doivent dire que la crise est finie; mais je -suis aussi de ceux qui savent qu'il n'y a jamais rien de -fait en ce monde, et qu'il faut recommencer chaque jour. -Un effort continuel pour un succs toujours incomplet et -incertain, voil notre vie. Je l'accepte sans illusion, -comme sans dcouragement.</p> - -<p>J'ajouterai un extrait d'une lettre de M. Royer-Collard, -arrive aussi hier soir: Ce qui s'est pass est fort triste, -le dnouement comme la crise. Voyez-y le Roi et Thiers -vaincus par Guizot, et par contre-coup M. de Talleyrand -dans ce qui lui reste de vie politique. Il est vrai que cette -victoire n'a pas l'aspect et ne fait pas le bruit d'un -triomphe; elle est obscurcie par l'incertitude de la Chambre; -mais Guizot est savant dans l'intrigue et obstin de -toute la force de sa prsomption, de toute l'ardeur de sa -soif de domination personnelle: il ne s'arrtera que vaincu -lui-mme par la force des choses, et je ne sais pas s'il y a -quelque part aujourd'hui une telle force. Thiers a eu le -plaisir de se faire attendre trente-six heures et de se sparer - la tribune; mais il reste qu'il a recul, et que c'est la -peur que lui fait Guizot avec les petits doctrinaires qui l'a -empch d'entrer, malgr sa bonne volont, dans le ministre -Grard-Mol; jusqu' nouvelle circonstance, il est -absorb dans la soumission. M. Mol est sorti de ce chaos -avec un surcrot de considration, dont il vous doit, soyez-en -sre, une partie: vous lui avez apparu plus d'une fois -et vous l'avez secouru. Il vous aime fort et a besoin de -<span class="pagenum"><a id="Page_322"> 322</a></span> -votre approbation; ce qui me l'a tout fait donn, c'est -d'avoir contribu, ce qu'il croit, le rapprocher de -vous.</p> - -<p class="section"><i>Rochecotte, 10 mai 1835.</i>—J'ai reu, hier, un assez -curieux compte rendu de ce qui s'est pass au comit -secret de la Chambre des Pairs l'occasion de la forme du -jugement<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor"> [60]</a>. Plusieurs Pairs ont dclar qu'on ne pouvait -en finir en jugeant les prvenus par dfaut, c'est--dire en -jugeant les banquettes. De cet avis ont t MM. Barthe, -Sainte-Aulaire, Sguier et, ce que l'on croit, de Bastard. -M. Decazes et quelques autres ont prtendu qu'il fallait -les juger un un. M. Cousin a adress les plus violents -reproches M. Pasquier, pour n'avoir pas admis les -dfenseurs, et la Chambre pour avoir eu la faiblesse de -maintenir la dcision de son prsident. M. Pasquier, dans -sa rponse, a fait de la sensibilit, du pathtique. Mais -l'incident le plus grave est la dclaration de M. Mol, qui -a dit, formellement, que si on jugeait les prvenus en son -absence, il se rcuserait. Cette dclaration a fait le plus -grand effet, et plusieurs Pairs, parmi lesquels le duc de -Noailles, se sont rangs cette opinion. On ajoute ceci: -Vous voyez bien que dans cette dclaration, il y a le -noyau d'un nouveau ministre Mol, dans le cas o l'impossibilit -du procs forcerait les ministres actuels cder -<span class="pagenum"><a id="Page_323"> 323</a></span> -leurs places; mais, d'un autre ct, faiblir devant de tels -accuss serait si dangereux, que la ncessit de rsister -l'emportera sur toute autre considration: reste savoir -comment! Ce procs est une hydre!</p> - -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> - -<p class="section"><i>Langenau (Suisse), 18 aot 1835.</i>—Il y a quelque -temps que cette petite <i>Chronique</i> a t interrompue. J'ai -t souvent malade, toute application m'tait impossible; -ma paresse a augment, puis est survenu le dgot de la -plume et de rdiger ma propre pense, aprs avoir si -longtemps mis en œuvre celle des autres, ou, pour parler -plus exactement, leur avoir prt la mienne; puis les -dplacements, les voyages, tout enfin a concouru rompre -mes habitudes. Trop de tableaux nouveaux ont distrait -mon esprit, le temps m'a manqu pour la vie recueillie et -applique, toute inspiration d'ailleurs tait teinte. J'avais -vcu en prodigue pendant quatre annes; mes provisions -taient courtes, elles se sont trouves puises! Bref, pour -me servir du mot, peu filial, de M. Cousin parlant de son -pre, devenu imbcile, <i>l'animal seul est rest</i>.</p> - -<p>Mes lettres ont racont, dans le temps, le sjour de -M. le duc d'Orlans Valenay; le drame (je peux bien le -nommer ainsi) de la dmission de M. de Talleyrand de -son ambassade de Londres; le changement du ministre, - Paris, qui n'a eu que trois jours de dure; celui du -Cabinet anglais, qui, au bout de trois mois, s'est retir -devant un Parlement imprudemment renouvel; le mcontentement -de tous ces vnements autour de moi; l'intrigue -<span class="pagenum"><a id="Page_324"> 324</a></span> - facettes qui a fait Sbastiani ambassadeur -Londres, tandis que M. de Rigny y aspirait en cachette; -tout cela est bien connu, je n'en dirai donc plus rien.</p> - -<p>A Maintenon, o j'ai pass quelques heures chez le duc de -Noailles, j'ai eu plaisir entendre un long rcit du sjour -que Charles X y fit en 1830, en quittant Rambouillet pour -s'embarquer Cherbourg. Le duc de Noailles raconte -avec motion, et par consquent avec talent, cette scne -dramatique. Je ne l'ai malheureusement pas crite le -jour mme o il me l'a conte et aujourd'hui je craindrais -que ma mmoire ne la dfigurt. Je repasserai un -jour ou l'autre par Maintenon et, dfaut du rcit que je -n'entendrai plus, je dirai ce que cette ancienne et curieuse -demeure sera devenue entre les mains du duc de Noailles, -qui y fait beaucoup d'embellissements.</p> - -<p>Notre paisible sjour Rochecotte aurait pu aussi fournir -quelques pages, dues aux rcits piquants de M. de la Besnardire, - la correspondance souvent agite de Madame Adlade -pendant la rentre, en mars dernier, du ministre -doctrinaire, et quelques traits caractristiques de M. de -Talleyrand, aux prises avec une solitude comparative, -cherchant, presque toujours, mettre les autres dans leurs -torts pour se crer des motions, s'y plaant lui-mme et -guerroyant ainsi tout seul dans une atmosphre toute -pacifique.</p> - -<p>J'aurais d, pendant les jours que Mme de Balbi a passs -chez moi, crire les mille traits anims qui peignent -si bien son poque et son genre d'esprit. Sa conversation -en tait seme; ils se lient, presque toujours, des scnes, -<span class="pagenum"><a id="Page_325"> 325</a></span> - des personnages et des situations qui leur tent toute -trivialit et en font de vraies donnes historiques. Si -j'avais t en train alors, je n'aurais pas, certes, pass -sous silence l'apparition bavarde, pompeuse, mdisante, -en somme grotesque, quoique travaillant sur un fond -spirituel et anim, du comte Alexis de Saint-Priest, contraste -frappant avec la mesure, le bon got et la malice -incisive de Mme de Balbi. Le manque de toute convenance -est ce qui choque le plus dans M. de Saint-Priest, -qui se croit diplomate par droit de naissance et qui ne -l'est srement pas par temprament. Il s'occupe aussi de -littrature, de Mmoires historiques, pour lesquels il s'est -cru le droit de demander Mme de Balbi, ds le premier -jour de leur rencontre Rochecotte, de lui communiquer -les lettres que, sans doute, elle devait avoir, en grand -nombre, de Louis XVIII. La prtention tait trop forte pour -ne pas faire changer en srieux la gaiet habituelle de -Mme de Balbi, qui lui rpondit, fort schement, qu'elle -manquerait tous les sentiments de respect et de reconnaissance -qu'elle conservait pour le feu Roi, si une seule -de ces lettres tait publie ou seulement montre tant -qu'elle vivrait.</p> - -<p>Pendant le mois de juin, que j'ai pass Paris, Versailles, -que le Roi a eu la bont de nous montrer, aurait d -me donner le besoin de retracer ici l'impression profonde -que m'avait faite la pense premire et la restauration -actuelle. A Paris, o tout s'efface si vite, Versailles cependant -est rest net et blouissant dans ma pense, mais -c'tait le <i>trop dire</i> que j'ai craint. Il est douteux que je -<span class="pagenum"><a id="Page_326"> 326</a></span> -revoie ce chteau d'une manire aussi curieuse, entre -M. de Talleyrand qui refaisait le Versailles de Louis XV, -de Louis XVI et de l'Assemble constituante, et le Roi -Louis-Philippe, au milieu de la salle de 1792, report aux -premiers souvenirs de sa jeunesse, et les faisant revivre -par ses rcits aussi bien que par les beaux portraits et les -curieux tableaux qu'il leur a consacrs. Au mois -d'avril 1812, j'avais visit Versailles avec l'Empereur -Napolon, lorsque, rvant d'y tablir sa Cour, il tait all -y inspecter les travaux qu'il y faisait excuter et qui, les -premiers, ont retir Versailles du dsordre et de la destruction -que la Rvolution y avait ports! Cette premire -visite mritait bien de me revenir la mmoire lors de la -seconde. M. Fontaine, l'habile architecte, et moi, tions -les seuls qui pouvions faire le rapprochement de ces -deux restaurations.</p> - -<p class="section"><i>Berne, 19 aot 1835.</i>—Le mois de juin, pass Paris, -a t assez rempli d'vnements divers. Je me reproche -vraiment d'en avoir laiss l'impression s'affaiblir au -point d'en avoir peine conserv une trace lgre; plusieurs -conversations en tiers entre le Roi et Madame Adlade, -les petites intrigues des doctrinaires tournant avec -dfiance autour de moi, par l'entremise de M. Guizot, en -qui j'ai souvent remarqu une <i>hypocrisie dgage</i> qui me -parat tre un charlatanisme assez nouveau; les accs de -dcouragement et d'enivrement de M. Thiers; mille circonstances -enfin qui donnaient chaque jour un mouvement -particulier, auraient bien mrit quelques notes. -<span class="pagenum"><a id="Page_327"> 327</a></span> -J'aurais d dire un mot d'un dner la villa Orsini, chez -M. Thiers, o quinze personnes, bizarrement rapproches, -donnaient cette partie un cachet de mauvais got qui l'a -rendue embarrassante pour moi et qui a fait dire -M. de Talleyrand: Nous venons de faire un dner du -Directoire.</p> - -<p>Des intrts personnels aussi ont t touchs. La mort -de la jeune Marie Suchet, la douleur de sa mre; la confirmation -de ma fille Pauline, qui m'a fait rencontrer, -aprs cinq annes de sparation, Mgr l'archevque de -Paris, ont t autant d'vnements qui ont marqu les -jours, en les dtachant, pour ainsi dire, les uns des autres, -ne permettant pas de les confondre.</p> - -<p>J'ai t plus particulirement frappe de mon entrevue -avec M. de Qulen, parce qu'elle a amen une conversation -que je ne veux pas livrer l'oubli. L'Archevque, -revenant sur un sujet qui, de tout temps, l'a fortement -proccup, celui de la conversion de M. de Talleyrand, -m'en a reparl avec la mme vivacit que du temps de -M. le cardinal de Prigord. A tous ses vœux, l'assurance -que toutes les tribulations de sa vie piscopale avaient t -acceptes avec joie dans l'esprance d'obtenir de Dieu, -par ses propres souffrances, le retour de M. de Talleyrand -dans le sein de l'glise; d'instantes exhortations -pour me faire travailler une œuvre aussi mritoire, il a -ajout que, connaissant la sret de mon caractre, et -croyant, d'ailleurs, bien faire de me prvenir sur sa conduite -dans cette question, il devait me confier qu'ayant -cru trouver, dans la dernire phrase de la lettre de dmission -<span class="pagenum"><a id="Page_328"> 328</a></span> -de M. de Talleyrand, du 13 novembre dernier, un -retour vers des ides graves, il s'tait, lui, M. de Qulen, -flatt que le moment d'agir efficacement tait venu, et -qu'il avait alors crit Rome, directement au Pape, pour -demander quelle ligne le Saint-Pre lui tracerait: La -rponse du Saint-Pre ne s'est pas fait attendre, m'a dit -M. de Qulen, elle est en termes doux et affectueux pour -M. de Talleyrand; elle me donne le droit d'absoudre et de -rconcilier, et elle tend mme mes pouvoirs jusqu' me -permettre de les dlguer aux prlats dans les diocses -desquels M. de Talleyrand pourrait tre atteint de sa dernire -maladie, nommment aux archevques de Bourges -et de Tours; enfin le Pape m'a mme tmoign la disposition -d'crire lui-mme M. de Talleyrand. Mes rponses - M. de Qulen n'ont pu tre que dilatoires. J'ai -montr cependant d'une manire prcise que toute dmarche -directe provoquerait probablement un effet oppos - celui dsir et que, quant moi personnellement, je -ne pourrais jamais me renfermer que dans un rle purement -passif.</p> - -<p>Assurment, je ne puis que me tenir galement loigne -de toute action contraire au but dsir par l'glise, -et de toute action qui pourrait troubler un repos qui m'est -confi, sans amener le rsultat souhait. Si jamais ce -rsultat peut tre atteint, c'est une voix plus haute et -plus puissante que la voix humaine l'obtenir.</p> - -<p>L'Archevque m'a aussi parl de ses propres tribulations, -de celles qu'il a prouves depuis 1830: elles ont -t tranges et douloureuses. Je regrette que, dernirement, -<span class="pagenum"><a id="Page_329"> 329</a></span> -il ne les ait pas un peu plus oublies, lorsque, -retournant aux Tuileries aprs l'attentat du 28 juillet<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor"> [61]</a>, -et rouvrant Notre-Dame au Roi, il n'a pas accompagn ses -actes de paroles plus franches, plus nettement pacifiques. -Il aurait vit ainsi le reproche d'avoir parl deux -adresses, l'une Prague, l'autre Paris. Le malheur de -l'Archevque, c'est de n'avoir pas tout fait la porte -d'esprit ncessaire pour le rle difficile dans lequel les -circonstances l'ont plac; il n'a pas, non plus, le degr -d'nergie qui supple, souvent avec avantage, ce qui -manque l'esprit. Il n'est, certes, point dpourvu d'excellents -sentiments, ni des meilleures intentions; il est -doux, charitable, affectueux, reconnaissant, sincrement -attach ses devoirs et toujours prt au martyre; mais il -reoit trop facilement toutes les impressions. Il est ais -d'obtenir sa confiance et d'en abuser, en le poussant -dans une route dont il ne dcouvre pas assez vite le but; -il s'intimide du blme et sans cesse le provoque, par une -hsitation et un manque d'quilibre qui tiennent l'incertitude -de l'esprit et aux scrupules d'une conscience qui ne -sait jamais si le bien d'hier est encore le bien d'aujourd'hui. -Bon pasteur en temps ordinaire, il n'a eu, notre -poque, o personne ne semble fait pour la place qu'il -occupe, qu'une attitude sans force publique et sans tranquillit -prive. Cependant, comme il a beaucoup de -nobles et bonnes qualits et qu'il porte tout ce qui se -nomme Talleyrand un intrt extrme et qui lui fait honneur, -<span class="pagenum"><a id="Page_330"> 330</a></span> -puisqu'il est puis dans sa reconnaissance pour le -cardinal de Prigord, je lui souhaite de bien bon cœur -une vie plus douce que celle des dernires annes et la fin -de toutes ses tribulations. Un autre aurait su, peut-tre, -en tirer parti; il ne sait, lui, qu'y succomber...</p> - -<p>Le sjour de quatre semaines que j'ai fait dernirement - Baden-Baden m'a plu. J'y ai trouv d'anciennes connaissances, -j'y ai fait quelques rencontres agrables. C'est -bien l encore que j'aurais d fixer mes souvenirs par -quelques lignes consacres Mme la princesse d'Orange, -ce chef-d'œuvre d'ducation de princesse; au Roi de Wrtemberg, - ses filles les princesses Sophie et Marie, -l'hostilit assez mal dissimule entre Mmes de Lieven et -de Nesselrode, la douce philosophie de M. de Falk, au -bon langage de M. et de Mme de Zea, enfin tout ce qui, -en bien et en mal, m'a frappe dans cette runion de personnes -dont chacune avait sa part de distinction.</p> - -<p>Elles se groupaient toutes, plus ou moins, autour de -Mme de Lieven dont l'clat pass et l'infortune rcente (la -mort de ses deux plus jeunes fils dans la mme semaine), -excitaient l'intrt ou imposaient des devoirs. Elle m'a -fait grande piti et m'est apparue, d'ailleurs, comme un -grand enseignement. Droute, jete au hasard, sans rsignation, -ne se complaisant pas dans ses regrets, et ne -trouvant qu'un vide cruel dans des distractions qu'elle ne -se lasse pas de demander chacun, sans got d'occupation, -sans satisfaction pour elle-mme, elle vit dans la -rue, dans les promenades, cause sans suite, n'coute -gure, rit, sanglote, et fait, au hasard, des questions sans -<span class="pagenum"><a id="Page_331"> 331</a></span> -intrt. Cette douleur est d'autant plus lourde qu'elle est -sans patience au bout de quatre mois d'infortune. Elle -s'tonne dj de la dure de ses regrets; ne voulant pas -subir le mal, il ne s'use pas; elle le prolonge en luttant -avec hostilit. Dans le combat la douleur triomphe et la -victime crie, mais le son est discordant et ne fait vibrer -aucune corde sympathique dans l'me d'autrui. J'ai vu -chacun se lasser de la plaindre et de la soigner: elle s'en -apercevait et en tait humilie. Elle a paru me savoir gr -d'avoir eu pour elle des soins plus durables, et elle m'a -laiss la conviction de lui avoir t, non pas une consolation, -mais du moins une ressource, et j'en suis bien -aise.</p> - -<p>J'ai revu avec plaisir, il y a quelques jours, le beau lac -de Constance; j'y avais rv, il y a trois ans, un petit chteau: -il a brl. J'y rve maintenant une chaumire; je -serais fche qu'un asile manqut sur ce promontoire, -d'o la vue est si riche, si varie, si calme, o il serait si -doux de se reposer.</p> - -<p>Du Wolfsberg que j'habitais, j'ai t plusieurs fois -Arenenberg, chez la duchesse de Saint-Leu; elle m'a -paru un peu plus calme qu'il y a trois ans. L'lve prtentieuse -de Mme Campan, la Reine de thtre a fait -place une bonne grosse Suissesse, qui babille assez facilement, -reoit avec cordialit et sait gr ceux qui font -diversion sa solitude. Sa petite demeure est pittoresque, -mais elle n'est calcule que pour la belle saison; elle y -passe cependant presque toute l'anne. L'intrieur est -petit et rduit, et ne semble tre fait que pour des fleurs, -<span class="pagenum"><a id="Page_332"> 332</a></span> -des joncs, des nattes et des divans; ce n'est vraiment -qu'un pavillon. Les dbris des magnificences impriales -qui y sont entasss n'y font pas trop bien. La statue en -marbre de l'Impratrice Josphine, par Canova, aurait -besoin d'un plus grand cadre. J'aurais voulu, d'un coup -de baguette, transporter dans le muse de Versailles le -portrait de l'Empereur, comme gnral Bonaparte, par -Gros (sans contredit le plus admirable portrait moderne -que je connaisse); il devrait tre une proprit nationale, -car la vie guerrire et politique, et toutes les gloires et les -destines de la France se rattachent ce portrait, si parfait, -de Napolon. Dans un petit cabinet, sous un chssis -de glace, se trouvent quelques reliques prcieuses, mles - d'assez insignifiantes babioles. L'charpe de cachemire -porte par le gnral Bonaparte la bataille des -Pyramides, le portrait de l'Impratrice Marie-Louise et de -son fils sur lequel le dernier regard de l'exil de Sainte-Hlne -s'est port, et plusieurs autres souvenirs intressants, -sont runis l avec de mauvais petits scarabes et -mille petites nippes sans valeur et sans mrite: ainsi un -lorgnon oubli par l'Empereur Alexandre la Malmaison, -et un ventail donn par le citoyen Talleyrand Mlle Hortense -de Beauharnais, conservs au milieu des traditions -de l'Empire, prouvent une grande libert d'esprit et pas -mal d'insouciance, ou une grande facilit d'humeur et de -caractre.</p> - -<p>Il est vrai que j'ai vu l'Impratrice Josphine et Mme de -Saint-Leu demander tre reues par Louis XVIII quinze -jours aprs la chute de Napolon. J'ai vu, Londres, -<span class="pagenum"><a id="Page_333"> 333</a></span> -Lucien Bonaparte se faire prsenter par lady Aldborough -au duc de Wellington, et au congrs de Vienne, -Eugne de Beauharnais chanter des romances. Les -anciennes dynasties peuvent manquer d'habilet, les nouvelles -manquent toujours de dignit.</p> - -<p class="section"><i>Fribourg, 20 aot 1835.</i>—Il y aurait, ce me semble, -si ce n'est dignit, du moins bon got, de la part de -Mme de Saint-Leu, restituer la ville d'Aix-la-Chapelle -le magnifique reliquaire port par Charlemagne et trouv - son cou, lors de l'ouverture de son tombeau. Ce reliquaire, -qui sous un gros saphir contient un morceau de -la vraie Croix, a t donn l'Impratrice Josphine par -le Chapitre de la Cathdrale pour se la rendre favorable; -se sparer de cette relique a d tre un douloureux sacrifice. -Il y aurait eu dlicatesse et convenance le faire -cesser; ce qui pouvait convenir au successeur de Charlemagne -ne sied gure l'habitante d'Arenenberg!</p> - -<p>J'ai peu dire de la tourne qui m'a amene ici. Saint-Gall -est dans une position charmante, l'intrieur de la -ville assez laid, l'glise, reconstruite trop nouvellement -ainsi que les btiments qui y tiennent, et qui maintenant -servent de sige au gouvernement cantonal, ont manqu -leur effet sur moi. Rien n'y retrace la grande et singulire -existence des anciens princes-vques de Saint-Gall; -l'glise a cependant un beau vaisseau, mais rien -d'ancien, rien de recueilli. Le pont qu'on passe pour -prendre la route nouvellement trace qui conduit Heinrichsbad -est un accident pittoresque dans un pays bois.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_334"> 334</a></span> -Heinrichsbad est un tablissement tout nouveau; on y -prend des bains ferrugineux et la situation alpestre de -cette maison isole permet d'y faire des cures de petit-lait. -La partie de l'Appenzell qu'on traverse pour atteindre -Meynach m'a plus rappel les Pyrnes qu'aucune -autre partie de la Suisse.</p> - -<p>J'ai revu avec plaisir le lac de Zurich; celui de Zug, -que j'ai long le lendemain, plus ombrag, plus retir, -m'a sembl plus gracieux. On le voit presque en entier du -couvent des dames de Saint-Franois dont la maison -domine et la ville et le lac. Je suis arrive chez ces Dames -pendant une messe chante, mdiocrement, j'en conviens; -mais l'orgue, mais ces voix qui partent de lieux et de personnes -invisibles s'emparent toujours trop vivement de -moi pour me disposer la critique. Ces religieuses s'occupent -de l'ducation de la jeunesse; la sœur Sraphin, -qui m'a promene, parle bien le franais; sa cellule tait trs -propre. La rgle du couvent ne m'a pas paru trs austre.</p> - -<p>La chapelle de Kussnach, l'endroit mme o Gessler -fut tu par Guillaume Tell, a un mrite historique sans -doute, mais comme situation elle est fort infrieure -celle construite sur le lac des Quatre-Cantons, la place -o Tell, s'lanant hors de la barque de son perscuteur, -rejeta celle-ci dans l'orage et les flots.</p> - -<p>La position de Lucerne, que je connaissais, m'a encore -frappe par le tableau pittoresque qu'elle prsente. Le -lion, sculpt dans le roc, prs de Lucerne, d'aprs le -dessin de Thorwaldsen, est un monument imposant, une -belle pense bien rendue.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_335"> 335</a></span> -Berne, o je suis arrive par l'Immersthal, gracieuse -valle, riche de la plus belle vgtation et embellie de -charmants villages, a l'aspect grande ville, grce de -nombreux difices et la beaut des avenues. Mais la -ville est triste, et mme en t on sent combien elle doit -tre froide en hiver. La terrasse plante et suspendue -une grande hauteur sur le cours de l'Aar, en face des -montagnes et des glaciers de l'Oberland, est une belle -promenade, que l'Htel de la Monnaie d'un ct et la -Cathdrale de l'autre, terminent noblement.</p> - -<p>La route de Berne ici n'offre rien de remarquable. Fribourg -se prsente d'une faon assez frappante et originale. -Sa position pre et sauvage, les tours jetes sur les -hauteurs qui l'environnent, la profondeur de la rivire, -ou, pour mieux dire, du torrent qui coule au pied du -rocher sur lequel pose la ville, le pont suspendu qui -s'lve au-dessus de la ville, tout cela est pittoresque. -L'intrieur de la ville, avec ses nombreux couvents et sa -population de Jsuites longues robes noires et grands -chapeaux, ressemble un vaste monastre, auquel ne -manque mme pas, au besoin, une petite odeur d'Inquisition; -ce n'est pas sur ce point mystrieux et claustral de -la Suisse qu'on se sent respirer l'air de la libert classique -de l'Helvtie. Le nouveau collge des Jsuites, par -sa position, domine la ville, et, par son importance, y -exerce une grande influence. A en juger par le peu qu'il -est permis au voyageur de visiter, cet tablissement est -sur la plus grande chelle et parfaitement bien tenu; trois -cent cinquante enfants, la plupart franais, y sont levs; -<span class="pagenum"><a id="Page_336"> 336</a></span> -la maison me parat destine en contenir un plus grand -nombre. Outre ce grand pensionnat, les Jsuites ont -ct leur propre maison, et, de plus, une lieue de la -ville, une maison de campagne.</p> - -<p>J'ai t voir la Cathdrale, qui serait tout fait indigne -d'tre visite, sans un orgue dont on jouait au moment o -je suis entre et dont le son m'a paru le plus harmonieux -et le moins aigre et sifflant que j'aie entendu.</p> - -<p>Je suis fort aise d'avoir vu Fribourg; je l'avais travers, -il y a onze ans, pour l'examiner. Je comprends -mieux, maintenant, l'espce de rle que cette ville joue -dans l'histoire religieuse du temps actuel.</p> - -<p class="section"><i>Lausanne, 21 aot 1835.</i>—La route large et facile de -Fribourg traverse un pays bois en partie, cultiv aussi, -riant et vari, mais il n'est pas prcisment pittoresque, si -j'en excepte le point de Lussan. La nature ne se grandit -qu'au moment o la chane de montagnes qui couronne le -lac Lman apparat la sortie d'un bois de sapins, qui -cache assez longtemps le lac et la ville de Lausanne.</p> - -<p>Comme toutes les villes de Suisse, Lausanne est laid -au dedans, mais dans une situation pittoresque, sur un -terrain ingal, qui en rend l'habitation incommode, mais -qui offre plusieurs terrasses d'o la vue est fort belle: -celles de la Cathdrale et du Chteau sont les plus cites. -Je prfre celle de la promenade Montbadon, moins -leve, mais d'o l'on distingue mieux la campagne; les -toits tiennent trop de place dans les autres vues.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_337"> 337</a></span> -<i>Bex, 23 aot 1835.</i>—Un peu moins de murs et de -vignes, quelques arbres de plus, rendraient la route de -Lausanne Vevey charmante; ce n'est qu' Vevey que le -pays me plat tout fait. Chillon surtout m'a frappe par -sa position, et ses souvenirs. J'aurais voulu y relire les -vers de lord Byron en parcourant le fameux souterrain; -son nom, seul, barbouill avec du charbon sur un des -piliers de la prison, le mme auquel Franois de Bonnivard -a t attach pendant six ans, suffit dj rendre ce -cachot potique.</p> - -<p>On quitte le lac Lman Villeneuve pour s'enfoncer -dans une gorge troite et sauvage. La dentelure aigu et -bizarre des rochers entre lesquels passe la route est la -seule beaut des quatre grandes lieues aprs lesquelles on -arrive ici. Tout auprs, sur une saillie du rocher vein de -diverses couleurs, s'aperoit, demi cache dans une -touffe d'arbres, la ruine du chteau de Saint-Triphon, qui -m'a paru d'un bel effet.</p> - -<p>Bex mme est un village qui ne ressemble en rien aux -beaux villages suisses du canton de Berne. Tout se ressent -dj du voisinage pimontais. Nous sommes tous -l'auberge de l'Union, la seule du lieu, ni bonne, ni mauvaise. -L'tablissement des bains sulfureux ne s'est pas -soutenu, celui du petit-lait, pas davantage. En fait, c'est -un endroit dnu de ressources, et assez triste et sombre, -clair cependant pour moi par la bonne petite mine couleur -de rose de Pauline et par l'clat de ses beaux yeux -bleus; j'ai t charme de m'y trouver.</p> - -<p>On m'a remis ici une lettre que l'amiral de Rigny y -<span class="pagenum"><a id="Page_338"> 338</a></span> -avait laisse pour moi, en passant pour se rendre Naples. -Il me dit qu'il trouve partout sur sa route l'opinion fort -arrte que la duchesse de Berry tait le 24 Chambry, -et que le 30 Berryer, qui allait aux eaux d'Aix-en-Savoie, -en a disparu, quelques heures aprs l'attentat de -Paris, et qu'il a reparu ensuite, fort effar, Aix. J'ai -trouv, ainsi que M. de Rigny, cette version tablie partout. -Les journaux suisses signalent aussi Mme la duchesse -de Berry; il n'y a, cependant, rien de constat.</p> - -<p>Il vient d'y avoir, Maintenon, chez le duc de Noailles, -une runion de gens d'esprit et d'intrigue. M. de Chateaubriand, -Mme Rcamier, la vicomtesse de Noailles, M. Ampre, -enfin tout ce qui va, le matin, l'Abbaye-aux-Bois<a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor"> [62]</a>. -J'en suis fche; le duc de Noailles ne devrait -pas quitter une route large pour entrer dans un sentier.</p> - -<p>D'aprs ce que l'on me mande de Touraine, je vois que -les atrocits de Paris, du 28 juillet<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor"> [63]</a>, y ont cr de l'indignation, -mais une indignation qui craignait de se manifester -hautement et qui est peut-tre efface aujourd'hui. -Nous vivons dans un temps o l'on voit tant de monstruosits -sur la scne, les livres en sont tellement remplis, -elles descendent si rgulirement dans la rue, que -le peuple, blas sur l'horrible, y devient indiffrent et se -<span class="pagenum"><a id="Page_339"> 339</a></span> -trouve ainsi familiaris avec le crime. Cette ville de Tours, -dans le fond si calme, s'est signale cependant par le -refus d'adresses du Tribunal, du Conseil municipal, du -Conseil d'arrondissement. Il a suffi de deux hommes de -chicane, argumentant sur la lettre de la loi, pour mettre -leur aise tous les indiffrents. Il parat cependant que la -garde nationale s'est montre en grand nombre le jour -du service funbre et qu'elle a fait une adresse d'assez -bonne grce. Quand on voit, d'une part, les passions les -plus violentes et les plus criminelles, de l'autre des -masses paresseuses ou indiffrentes, on se demande si les -lois rpressives demandes par le ministre franais suffiront. -Peut-tre ne feront-elles qu'irriter!</p> - -<p>C'est un fort vilain temps que le ntre; les bons sicles -sont rares, mais il n'y a gure d'exemple d'un plus vilain -que celui-ci. Je plains de tout mon cœur ceux qui sont -chargs de le museler, M. Thiers, par exemple, dont la -fatigue et l'inquitude se montrent, dans une lettre que -j'ai reue de lui, hier, et dont voici un extrait. Aprs -m'avoir parl des dangers personnels auxquels il a -chapp lors de l'attentat du 28 juillet, il ajoute: Mais -le seul chagrin, chagrin accablant, c'est l'immense responsabilit -attache mes fonctions; je suis debout jour -et nuit. Je suis la Prfecture de police, aux Tuileries, -aux Chambres, sans me reposer jamais, et sans tre sr -d'avoir pourvu tout, car la fcondit du mal est infinie, -comme dans toute socit drgle, o on a donn tous -les bandits l'espoir d'arriver tout, en mettant le feu au -monde; les misrables feraient sauter la plante si on les -<span class="pagenum"><a id="Page_340"> 340</a></span> -laissait faire; ils n'avaient d'autre combinaison, le lendemain -de cette horrible boucherie, que celle-ci: Nous -verrons; c'est le principal assassin qui me l'a dit lui-mme. -Pour prix de tant de tourments, je ne sais quel -jour je me reposerai, ni par quelle issue j'chapperai -mon supplice.</p> - -<p>Un mot qui me parat digne de notre excellente Reine, -aussitt aprs l'explosion de la machine infernale, et -quand elle sut que le Roi et ses enfants n'avaient pas succomb, -a t celui-ci: Comment mes enfants se sont-ils -conduits? Les jeunes Princes ont t dvous et touchants. -Ils se sont serrs autour du Roi; le lendemain, -lorsqu'on reconnut la trace d'une balle sur le front du -Roi, le duc d'Orlans dit: Pourtant, hier, je me suis -fait <i>le plus grand</i> qu'il m'a t possible.</p> - -<p>Pendant que Mme Rcamier est Maintenon chez la -duchesse de Noailles, la princesse de Poix, ma belle-sœur, -va aux lundis de la duchesse d'Abrants, o on rencontre -Mme Victor Hugo! Le bel esprit et la politique ont trangement -confondu toutes les compagnies, bonnes et mauvaises!</p> - -<p>M. le duc de Nemours va faire une course Londres; -joli, srieux, digne et rserv, avec le plus grand air de -noblesse et de jeunesse possible, il me semble qu'il -devrait russir en Angleterre, mais son excessive timidit -lui te tellement toute facilit et toute grce dans la conversation, -qu'il sera peut-tre jug infrieur de beaucoup - ce qu'il vaut rellement.</p> - -<p>De toutes les lettres de flicitations crites au Roi des -<span class="pagenum"><a id="Page_341"> 341</a></span> -Franais par les souverains trangers, l'occasion de -l'attentat du 28 juillet, la meilleure, la plus bienveillante -est celle du Roi des Pays-Bas. C'est, ce me semble, de -trs bon got de sa part, et j'en suis fort aise; j'ai toujours -trouv que depuis ses malheurs, le Roi des Pays-Bas -avait montr de l'esprit, de l'-propos et une persvrance -qui, quel qu'en soit le succs dfinitif, lui assurera -une belle page dans l'histoire de nos jours, o j'en vois si -peu pour qui que ce soit.</p> - -<p>Pendant que le Roi des Franais se soumet aux escortes, -aux mesures de sret, des allures plus royales, son -prsident du Conseil vient dner aux Tuileries, des -dners d'ambassadeurs, en pantalon de couleur et sans -dcorations, et ce ministre est le duc de Broglie!</p> - -<p>Jrme Bonaparte, avec toute sa famille, a quitt Florence, -et se trouve maintenant Vevey; le cholra fait -refluer toute l'Italie en Suisse.</p> - -<p class="section"><i>Bex, 24 aot 1835.</i>—Le temps s'tant clairci, nous -avons t voir des salines prs de Bex: ce sont les seules -de la Suisse, et elles ne suffisent pas la consommation -du pays. Nous n'avons pas pntr fort avant dans la -mine, cause du froid humide dont nous nous sommes -sentis saisis, mais nous avons vu en dtail les tuves -de graduation. Le sel m'a paru tre d'une grande blancheur.</p> - -<p>On nous a ramens par la valle du Cretet, le long du -torrent de Davanson, qui est le plus abondant et le plus -imptueux que j'aie vu dans cette partie-ci des Alpes; son -<span class="pagenum"><a id="Page_342"> 342</a></span> -cours est assez long et sa pente extrmement rapide; il -est resserr dans une gorge troite, haute et boise. Il -sert faire aller beaucoup d'usines pour les besoins desquelles -il se divise en mille petits canaux et aqueducs. -Ces tablissements sont presque toujours suspendus sur -des quartiers de rocher qui semblent s'tre dtachs des -cimes suprieures et tre rests suspendus comme par -miracle sur l'abme. Toute cette route, jusqu'au petit -chteau de M. de Gautard, est charmante, et m'a un peu -rconcilie avec cette contre qui m'avait dsagrablement -surprise au premier aspect.</p> - -<p>Je reviens d'une course qui est pleine d'intrt. Le -but principal tait la cascade de Pisse-Vache, belle gerbe -d'eau, droite, cumeuse, jetant au loin autour d'elle une -poussire humide, s'lanant, en un seul jet, d'une brche -de rochers, dont les deux pointes se dressent en longues -aiguilles; l'eau de cette cascade se mle bientt celle du -Rhne, prs du pont sur lequel on passe ce fleuve, galement -imptueux depuis sa source jusqu' son embouchure; -il l'est remarquablement dans la gorge troite qu'il traverse -en quittant le Valais, pour entrer dans le canton de -Vaud. La limite est Saint-Maurice, village pittoresque -dont les couvents, le castel, la vieille tour, les fortifications -ingalement appuyes sur les flancs de rochers pic -sont d'un curieux aspect. La porte de ce bourg est, pour -ainsi dire, forme par l'troit passage que laissent entre eux -deux grands rochers qui sparent les deux cantons. De ce -point, on voit, droite, le canton de Vaud, termin, au -loin et par del le lac Lman, par le Jura, et gauche, le -<span class="pagenum"><a id="Page_343"> 343</a></span> -sauvage Valais, ferm par la chane neigeuse du Saint-Bernard.</p> - -<p>Ce qui, cependant, a fort gt cette course pour moi, a -t la nature de la population. Les crtins sont nombreux, -et ceux-l mme qui ne sont pas aussi infortuns, sont -encore affreusement dfigurs par des goitres; les femmes -surtout en ont jusqu' trois; les eaux, provenant des -neiges fondues, l'action incomplte du soleil, qui n'claire -que peu les troites gorges du Valais, y rendent cette infirmit -fort commune.</p> - -<p class="section"><i>Genve, 26 aot 1835.</i>—Partis de Bex ce matin, nous -avons long le Rhne jusqu'au point o il se jette dans -le lac Lman, de l Thonon; route charmante, hardie, -taille dans le roc, suspendue sur le lac, mlange pittoresque -de pelouses superbes, de chtaigniers admirables -et de rochers majestueux du plus bel effet. A partir de -Thonon, la route devient monotone jusqu' deux lieues de -Genve; aux beauts naturelles de la contre se joignent -alors les nombreux embellissements de jardins soigns -comme en Angleterre, de jolies maisons de campagne, -d'avenues superbes, le tout group, ainsi que la ville de -Genve, en amphithtre autour du lac.</p> - -<p>Nous sommes descendus l'Htel des Bergues. Ma -fentre donne sur un nouveau pont en fil de fer, qui, en -passant sur le Rhne, joint les deux parties de la ville et -conduit, en mme temps, une petite le sur laquelle se -trouve la statue de Jean-Jacques Rousseau, entoure d'un -bouquet de gros arbres. On aperoit aussi une grande -<span class="pagenum"><a id="Page_344"> 344</a></span> -partie du lac couvert de petites embarcations. Rien ne -saurait tre plus gai, plus anim.</p> - -<p class="section"><i>Genve, 27 aot 1835.</i>—Le duc de Prigord, que j'ai -rencontr hier, ici, et qui est une bonne autorit pour ce -qui regarde M. l'archevque de Paris, m'a expliqu, de la -manire suivante, le rapprochement de celui-ci avec le gouvernement -actuel. Aprs l'attentat du 28 juillet, le cur de -Saint-Roch, dont l'glise est devenue la paroisse de la famille -royale, depuis la destruction de Saint-Germain-l'Auxerrois, -s'est rendu chez le Roi, qui lui a dit ses intentions pour -un service funbre. Le cur, qui se nomme l'abb Olivier, -a fait alors observer au Roi, qu'aprs le service -funbre, un <i>Te Deum</i> en action de grces pour la conservation -du Roi et de ses enfants, serait aussi indiqu que -convenable. Le Roi a adopt cette ide, en ajoutant toutefois: -Ce <i>Te Deum</i> aura donc lieu Saint-Roch, puisque -l'Archevque continue son opposition mon gouvernement. -Le cur de Saint-Roch a aussitt prvenu l'Archevque -de l'innovation qu'allait entraner son loignement. -C'est alors que M. de Qulen s'est dcid aller -chez le Roi: il a t reu, et, depuis, il a offici aux Invalides -et Notre-Dame. Je saurai, plus tard, ce qui s'est -pass entre le Roi et lui.</p> - -<p>On m'crit de Paris, que le marchal Maison, qui ne -se mle pas des dbats de la Chambre, promne tous les -jours, la belle heure, en phaton, une demoiselle qu'il a -ramene de Saint-Ptersbourg. C'est l'lgant du ministre.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_345"> 345</a></span> -<i>Genve, 29 aot 1835.</i>—Les environs de Genve ont -autant gagn que l'intrieur de la ville; chaque anne, de -nouvelles maisons de campagne remplacent et augmentent -celles qui peuplaient les bords du lac. La plus -soigne appartient un banquier nomm Bartholony. -C'est le got italien qui domine dans la construction de -ces villas; les jardins et la disposition des fleurs rappellent -l'Angleterre; le cadre gnral seul reste suisse, et -l'on n'en saurait trouver un plus grandiose. Coppet, plus -loign de Genve, n'a aucun style; habit maintenant par -la jeune Mme de Stal, qui y vit dans toute l'austrit des -premires veuves chrtiennes, ce lieu semble dsert et -lugubre; le village spare le chteau du lac et en te -la vue. M. et Mme Necker et la fameuse Mme de Stal -reposent dans une partie du parc dfendue par des -broussailles qui en rendent les approches difficiles. -D'ailleurs, d'aprs l'ordre des dfunts, personne, pas -mme leurs enfants, ne peut franchir cette enceinte. Le -reste du parc est plein de beaux arbres, mais trop rapprochs: -ils manquent d'air et de soin, comme tout l'ensemble -de cette demeure. On n'y laisse plus pntrer les trangers. -J'y ai t jadis: les appartements sont bien distribus -et dans d'assez belles proportions, mais arrangs -sans got, sans lgance; c'est, tous les gards, l'tablissement -d'un banquier puritain: vaste et austre, ni -noble, ni imposant.</p> - -<p>La position de Ferney est trs agrable; les terrasses et -la vgtation embellissent cette demeure, qui, en elle-mme, -est petite; le tout est sur l'ancien modle franais -<span class="pagenum"><a id="Page_346"> 346</a></span> -du sicle dernier. Le salon et la chambre coucher de -M. de Voltaire sont rests seuls ouverts aux visiteurs et -consacrs au souvenir du grand esprit qui a fait, pendant -trente ans, de ce petit manoir, le foyer d'o sont parties -tant d'tincelles brlantes. Nous sommes rests longtemps - examiner toutes les petites reliques conserves par le -jardinier. Il avait quatorze ans la mort de M. de Voltaire; -il dbite assez bien sa leon: car je ne trouve pas que ses -rcits aient un caractre original.</p> - -<p>Il y a, dans une lettre que j'ai reue hier de M. le duc -d'Orlans, le passage suivant: C'est le jour o les lois en -discussion seront votes, o cette arme dangereuse sera -remise entre les mains du pouvoir, que commencera la -difficult. Ce n'est rien de les avoir fait voter, c'est tout de -les excuter. Saura-t-on suffire cette lutte de tous les -instants? Saura-t-on djouer chaque jour toutes les -ruses? rsister toute la tnacit que dploieront, dans la -dfense de leurs dernires ressources, des hommes pousss - bout, et n'ayant plus qu'une seule pense, qu'un seul -but? Les mauvaises langues, ici, prtendent qu'il est bien -plus difficile de gouverner rgulirement et avec suite, -que d'emporter d'assaut, coups de discours, des lois -nouvelles, lorsqu'on n'excute pas mme celles dont on -est arm. Pour ma part, je me borne dire, que maintenant -que les ministres nous ont engags dans la lutte si -grave que nous venons de commencer, je n'aurais pas de -mots pour qualifier leur conduite, s'ils n'usaient pas convenablement -de la force qu'ils ont cru devoir demander, -ou s'ils voulaient rejeter sur d'autres le fardeau d'excuter -<span class="pagenum"><a id="Page_347"> 347</a></span> -ce qu'eux seuls ont conu et exig dans ce qu'ils croyaient -tre leur propre intrt.</p> - -<p class="section"><i>Lons-le-Saulnier, 31 aot 1835.</i>—Je suis arrive ici -hier au soir, bien tard, aprs avoir travers le sauvage, -aride et triste Jura. De grands efforts y ont cr une route -facile, quoique lentement parcourue cause des montes -et des descentes continuelles; mais les chemins, arrachs - du roc pur, abrits par des encaissements habilement -pratiqus entre les infiltrations de l'eau, sont parfaitement -unis, larges et bien dfendus contre les dangers d'une -nature aussi pre. Des hauteurs de Saint-Cergues j'ai jet -un dernier regard sur le beau lac de Genve et des Alpes. -Ce grand tableau se dploie magnifiquement et laisse dans -le souvenir une belle image.</p> - -<p class="section"><i>Arlay, 1<sup>er</sup> septembre 1835.</i>—Ce lieu-ci, qui faisait -partie de l'ancien duch d'Isenghien, est venu au prince -Pierre d'Arenberg du fait de sa grand'mre maternelle, -hritire de la maison d'Isenghien, qui descendait de celles -de Chlons et d'Orange. Tout cela est fort noble d'origine, -et fort prsent la mmoire du propritaire actuel. La vue, -de ma chambre, et celle de toute la maison, est tendue -sans tre pittoresque, de mme que la maison, qui est -vaste et bien restaure, est un peu nue d'ameublement et -un peu froide, le coteau qui la domine l'abritant du midi.</p> - -<p>Au sommet de ce coteau se voient les restes du gothique -manoir tomb en ruines qui n'ont pas assez de caractre. -Les arrives sont courtes. Il n'y a pas d'autre avenue -<span class="pagenum"><a id="Page_348"> 348</a></span> -qu'une cour plante. Beaucoup de choses manquent -l'agrment et au bon air de l'tablissement, mais c'est un -bon dbris arrach au naufrage rvolutionnaire. Les -matres de la maison et la duchesse de Prigord m'ont -reue avec la plus parfaite obligeance.</p> - -<p>J'ai reu ici une lettre de M. Royer-Collard. Il retournait -chez lui, la campagne, aprs avoir acquitt la -Chambre ce qu'il croyait tre de son devoir et de son honneur, -et sans attendre le vote sur l'ensemble de la loi. -Son discours, que j'admire comme pense, comme sentiment, -comme langage (il n'a pas voulu en faire un discours -d'effet ou d'entranement), tait pour satisfaire un cri -de sa conscience, pour bien faire comprendre sa position, -qu'un long silence laissait incertaine dans l'esprit de plusieurs; -c'tait pour tracer nettement sa ligne d'opinion, -qu'il a, quoique fort souffrant, prononc ce discours peu -tendu, mais si plein de choses! Depuis cinq ans, c'est la -premire fois que, sans exciter des murmures, sans -paratre ridicule, hypocrite ou imprudent, on a lou, -dfendu, honor la Pairie, et que l'esprit religieux, les -mots de Dieu et de Providence se sont fait entendre dans -l'enceinte de la Chambre des dputs. Le respect avec -lequel de telles paroles ont t coutes me parat, plus -que toutes choses, placer M. Royer-Collard part, dans -la haute rgion qui lui appartient.</p> - -<p>L'homme qui semble avoir soudoy Fieschi, et qui se -nomme Ppin, avait t enfin arrt. C'tait une grosse -affaire, mais il s'est chapp! Sur un ordre du Parquet, ce -Ppin avait t extrait minuit, peu d'heures aprs son -<span class="pagenum"><a id="Page_349"> 349</a></span> -arrestation, de la Conciergerie o il avait t plac, afin de -faire, en sa prsence, des perquisitions dans sa maison. Il -a t conduit, par un commissaire de police et deux -hommes seulement; aussitt entr chez lui, il a disparu! -Un homme dont l'arrestation tait si importante conduit -<i>minuit</i> par deux gardes!... sans tre attach, et conduit -dans sa propre maison dont il connaissait des issues sans -doute inconnues ceux qui le menaient, c'est d'une -trange imprudence! Il parat que depuis les affaires du -6 juin 1832<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor"> [64]</a>, dans lesquelles cet homme avait t impliqu, -sa maison tait dispose pour lui fournir les moyens -de s'chapper. Le juge d'instruction qui a laiss chapper -Ppin, en ne le faisant pas mieux surveiller, se nomme -Legonidec; c'est un jeune juge d'instruction de la Cour -d'assises de Paris. Il y a des personnes qui croient qu'il -sera fortement compromis par la lgret, si ce n'est -plus, qu'il a apporte dans une circonstance aussi grave.</p> - -<p>On m'a mene voir les ruines du vieux chteau; elles -ont plus d'tendue et d'importance que je n'avais jug en -arrivant. C'tait une forteresse considrable, qui, sous -Louis XI, dans le temps des guerres contre les Bourguignons, -a t dmantele par les ordres de ce souverain.</p> - -<p class="section"><i>Dijon, 3 septembre 1835.</i>—J'ai quitt Arlay ce matin, -emportant un souvenir reconnaissant du bon accueil qui -nous y a t fait, Pauline et moi. La princesse d'Arenberg -<span class="pagenum"><a id="Page_350"> 350</a></span> -surtout m'a inspir une vritable amiti; sa politesse, -sa bienveillance, sa simplicit, jointes beaucoup -de raison et d'aplomb, embellies par l'instruction, des -talents, le tout se communiquant facilement, assurent -cette jeune femme une place distingue parmi les personnes -de son ge et de son rang, dont bien peu me -paraissent la valoir.</p> - -<p>J'ai parcouru la nouvelle route, qui passe par Saint-Jean-de-Losne -et abrge beaucoup. Le chemin est beau -et facile, mais le pays qu'il traverse, riche sans doute, et -bien cultiv, n'offre cependant rien de gracieux, et je -dirais mme rien d'intressant, sans un assez grand -nombre de chteaux, et le canal de Bourgogne orn de -beaux rideaux de peupliers.</p> - -<p>Pierres, le chteau de M. de Thiard, est le plus important -de ceux qui se trouvent sur cette route. Il m'a paru considrable -et noblement entour, mais dans une position peu -agrable; il est fcheux qu'on abatte celui de Seurre, -plac au bord de la Sane: il m'a sembl offrir une jolie -situation; Toiran, la Bretonnire et quelques autres, prouvent -que la province est bien habite.</p> - -<p>Je regrette d'tre arrive trop tard ici pour visiter -Dijon. Cette ville se prsente bien, elle renferme de beaux -difices, les rues sont animes; le parc, belle promenade -publique, un quart de lieue de la ville, et qui y tient par -de longues avenues, doit tre d'un grand agrment pour -les habitants.</p> - -<p class="section"><i>Tonnerre, 4 septembre 1835.</i>—La route de Dijon -<span class="pagenum"><a id="Page_351"> 351</a></span> -Montbard est unie, dpouille, fatigante l'œil. Montbard -est un vieux chteau fodal des duc de Bourgogne, plac -sur une hauteur considrable, et qui avait t donn -par Louis XV M. de Buffon; celui-ci possdait dj, au -bas du coteau, une assez grande et triste maison dans une -des rues de la petite ville. Il a continu d'habiter la -maison d'en bas; elle n'a rien d'intressant, si ce n'est un -assez beau portrait du clbre propritaire. Il fit dmolir -quatre tours sur les cinq qui restaient autour de l'enceinte -du vieux chteau; une seule subsiste donc ainsi que -d'normes murs de clture: ceux-ci n'enferment plus, -maintenant, qu'une espce de quinconce de beaux arbres -plants par M. de Buffon, avec de belles alles qui y -conduisent partir de la maison d'en bas. Les beaux -arbres offrent d'pais ombrages et une promenade agrable. -Au sommet du quinconce est une petite maisonnette qui -ne contient qu'une seule pice o M. de Buffon s'tablissait -chaque jour pendant plusieurs heures pour travailler sans -interruption. Il a fait construire une glise, sur une partie -d'anciennes fondations du chteau fort; c'est dans cette -glise qu'il est enterr. La maison de M. de Buffon est -habite par sa belle-fille, veuve sans enfants.</p> - -<p>Le pays devient plus vari, mesure qu'on s'approche -d'Ancy-le-Franc, grand et noble chteau construit au -seizime sicle par MM. de Clermont-Tonnerre, achet -depuis par le fameux Louvois, et appartenant encore un -de ses descendants. Ce chteau, parfaitement rgulier, se -compose de quatre corps de btiment joints chaque -angle par une tour carre; il n'y a pas d'escalier principal, -<span class="pagenum"><a id="Page_352"> 352</a></span> -chaque tour en contient un assez troit; les chambres -coucher sont dans de belles proportions, bien meubles, -mais le grand appartement est mal distribu, les pices -ne se lient pas, elles sont assez petites, surtout le salon, -que de riches dorures semblent encore rtrcir. Quelques -anciens plafonds et des lambris analogues donnent -quelques-unes des pices un caractre gothique et intressant. -Il entre peu de jour par les fentres, peu nombreuses -et assez troites; la cour intrieure est resserre -et sombre; le parc entoure tout le chteau, il est vaste et -bien plant; les eaux sont vilaines et bourbeuses; je n'ai -vu ni serres, ni fleurs, mais les dpendances sont considrables. -La grande route traverse l'avant-cour dix pas -du chteau, c'est pousser la facilit des communications -un peu trop loin.</p> - -<p>Ce qui me plat le moins dans cette demeure, c'est sa -position: le chteau, plac dans le fond d'un troit vallon, -manque de jour, d'air et de vue; le mot anglais <i>gloomy</i> -semble fait pour Ancy-le-Franc. La chapelle est belle. Il -est inutile de dire qu'il y a une salle de spectacle: comment -M. de Louvois d'aujourd'hui pourrait-il s'en passer?</p> - -<p>J'avais souvent entendu citer Ancy-le-Franc et Valenay -comme tant les deux chteaux les plus considrables et -les plus remarquables de France. Je ne puis admettre -aucune comparaison entre eux; Valenay est bien autrement -imposant, et, en mme temps, gai habiter: sa -situation est pittoresque et saine; le chteau est bien plus -riche d'ornements d'architecture, et sa belle partie qui est -du quinzime sicle, de cent ans plus ancienne, par consquent, -<span class="pagenum"><a id="Page_353"> 353</a></span> -qu'Ancy-le-Franc, est du pur style Renaissance.</p> - -<p>Je n'ai point vu de bibliothque chez M. de Louvois. -C'est une observation qui me revient seulement prsent: -je regrette de n'en avoir pas fait la remarque au concierge; -il avait cependant l'air de montrer en conscience.</p> - -<p>Je prfre non seulement Valenay Ancy-le-Franc, -mais mme, tradition part, Chenonceaux et Uss s'il -tait arrang et meubl.</p> - -<p class="section"><i>Melun, 6 septembre 1835.</i>—Les bords de l'Yonne -sont assez agrables, et reposent un peu de la triste route -de Dijon; il est fcheux, cependant, que la vgtation soit, -pour ainsi dire, factice, car je n'ai gure vu, jusqu' Sens, -d'autres arbres que des peupliers plants en quinconces -ou en alles; cela finit par tre extrmement monotone, -et par donner trop d'apprt et de raideur au paysage.</p> - -<p>La cathdrale de Sens est belle, dans de justes proportions; -deux objets de sculpture y attirent particulirement -l'attention: le mausole du Dauphin, pre de Louis XVI, -et l'autel de saint Leu, o ce bon vque de Sens est reprsent, -subissant son martyre, qui lui fut, en effet, impos - Sens mme; ce groupe en marbre blanc ne laisse pas -que de faire impression. Je trouve le mausole du Dauphin -lourd dans son ensemble, manquant de simplicit -dans sa composition, mais beau dans quelques-unes de -ses parties. Le trsor de la Cathdrale est non seulement -fort riche en reliques dont on peut contester l'authenticit, -mais encore en vieilleries qui m'ont intresse, parce -qu'elles portent un vrai cachet d'anciennet. Ainsi le sige -<span class="pagenum"><a id="Page_354"> 354</a></span> -de saint Leu, son anneau pastoral, sa mitre, l'anneau -pastoral de Grgoire VII, le peigne dont se servait saint -Leu aux ordinations, les vtements d'glise de Thomas -Beckett, qui, comme je l'ai lu dernirement encore dans -Lingard, s'tait, une premire perscution, rfugi sur -le Continent, et avait surtout rsid en France; ces vtements -sont renferms dans une caisse en fer, avec beaucoup -de soin. Un beau Christ en ivoire par Girardon vaut -bien la peine d'tre examin.</p> - -<p>Dans une lettre de la princesse de Lieven du 29 aot, -de Baden, que j'ai trouve Sens, il y a ceci: Les nouvelles -qui nous parviennent d'Angleterre sont tranges. -Les ministres auront-ils bien le courage de mettre excution -leurs menaces contre les Pairs? Ceux-ci flchiront-ils -devant ces menaces? J'en doute; mais voil la collision, -si longtemps diffre, qui arrive enfin.—En France -on marche parfaitement bien, le discours de M. de Broglie -est superbe. Lord William Russell ne cesse de dire: -<i>Our alliance is at an end</i>; la France rpudiant les principes -rvolutionnaires, et l'Angleterre avanant rapidement -dans cette carrire, ne peuvent plus s'entendre; -l'alliance tait une alliance de principes: cette identit de -principes n'existant plus, l'alliance est morte.</p> - -<p class="section"><i>Paris 7 septembre 1835.</i>—C'est toujours un grand -vnement pour moi que de rentrer dans Paris, o j'ai pass -tant de mauvais moments: tout mon pass se droule -devant moi, mesure que je traverse ces rues, ces places, -qui me rappellent des souvenirs presque tous pnibles.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_355"> 355</a></span> -En allant le long des boulevards, j'ai jet les yeux, en -frmissant, sur cette maison d'o Fieschi a commis son -crime. Elle est toute petite, de mauvaise apparence; la -trop fameuse fentre est ferme par des planches. Dans -quelques annes, cette maison sera peut-tre dmolie; -j'en serais fche. Un monument expiatoire qu'on lvera -pour l'abattre, au premier tour de girouette, parlera, ce -me semble, bien moins l'esprit que ne le fait la conservation -exacte des lieux: ils se mlent mieux la tradition -en la conservant; chacun en sait l'histoire, et peut y -trouver une leon. La rue de la Ferronnerie existe encore. -On a abattu la salle de l'Opra o M. le duc de Berry a t -assassin, pour dmolir ensuite la chapelle qui l'avait -remplace. Et cependant la chapelle d'o Charles IX tirait -sur le peuple est toujours l, toujours montre, toujours -cite. Pourquoi les crimes des Rois resteraient-ils visibles -et ceux des peuples ne le seraient-ils pas?</p> - -<p>Je vais tirer quelques extraits des lettres de M. de Talleyrand -qui m'attendaient Paris: Vous trouverez ici -dans le ministre plus de politesse que d'amiti. tre li -intimement avec M. Royer-Collard et ne pas l'avoir -empch de parler contre les lois de la presse, c'est bien -mal! Voil notre vritable dlit! Thiers mme n'est pas -venu ici depuis deux jours. Je ne l'ai pas regrett, parce -que je lui aurais dit, fort net, que je trouvais les articles -du <i>Journal de Paris</i>, qu'il fait ou qu'il inspire, fort inconvenants, -et qu'il devrait respecter assez M. Royer-Collard -pour garder au moins le silence. La confiance des Tuileries -est aussi une des causes du refroidissement ministriel... -<span class="pagenum"><a id="Page_356"> 356</a></span> -Thiers a beaucoup perdu aux dernires sances de -la Chambre! Arriver la tribune avec le <i>National</i> d'avant -1830 pour tablir qu'on n'a pas dit!!... c'est se placer bien -petitement. Les hommes qui n'ont pas eu une premire -ducation ont bien de la peine se grandir: la premire -contradiction le bout de l'oreille passe... Vous ne pouvez -trop louer le discours de M. de Broglie: tous les encensoirs -de Paris ont travers son salon... L'affaire de l'vasion -de Ppin a beaucoup diminu la consistance du -ministre; il s'est montr incapable dans une circonstance -grave, ce qui fait dire: Si le gouvernement ne sert pas -mieux que cela le Roi, o sera notre appui nous -autres? Thiers, au lieu d'employer son esprit faire -sa position, l'a employ la diminuer et la rduire seulement - de l'esprit. Il s'est mal tir des dernires sances -de la Chambre: d'abord il a t battu dans un amendement -de Firmin Didot, puis il a apport ses titres de journaliste - la tribune, ce qui a fait mauvais effet partout. Et -c'est cependant lui qui vaut le mieux dans le ministre, -parce qu'il a du cœur, outre tout son esprit: il aime ses -amis, il est bon enfant, dans la bonne acception du mot, -mais il aurait besoin d'tre bien entour et il l'est trs -mal... Souvenez-vous que l'espionnage, dans les Chambres, -dans les rues, dans les lettres, est pouss au dernier -degr... Le Roi, la Reine, Madame Adlade comptent le -plaisir de vous voir parmi leurs meilleures consolations. -Ils en ont besoin, car ils sont, je vous assure, bien -malheureux.—Les Guizot et Broglie vous parleront -peut-tre de ma froideur: vous pouvez leur dire que -<span class="pagenum"><a id="Page_357"> 357</a></span> -la froideur n'est pas venue de mon ct; je l'ai reue.</p> - -<p>Voici maintenant l'extrait d'une lettre de Mme de -Lieven, de Bade, du 2 septembre: J'ai lieu de croire, -d'aprs quelques mots reus d'Angleterre, que Peel et -lord Grey s'entendent; la querelle des deux Chambres -s'arrangera, ce que me mande lady Cowper. On trouve -en Angleterre M. le duc de Nemours trs bien.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 8 septembre 1835.</i>—M. Thiers est vieilli, souffrant; -il n'est malade que de fatigue et d'puisement, mais -aussi, quelle existence! Il en veut ses collgues de marchander -les jours de repos qu'il rclame; il les accuse -tout simplement de lchet, parce qu'ils reculent devant -trois semaines d'une responsabilit qui pse toute l'anne -sur lui, mais aussi, quelle responsabilit! Celle de prserver -le Roi des coups des assassins! chaque jour voit -surgir de nouveaux complots; les djouer efficacement -est une tche crasante.</p> - -<p>Jusqu' prsent, le crime de Fieschi ne se rattache -rien d'important; quelques obscurs complices de cabaret, -et voil tout; les ministres ne peuvent arriver rien de -plus lev. M. Thiers trouve mme que c'est l le plus -funeste symptme, que pareille atrocit soit le fruit, non -des passions exaltes, non du fanatisme, ni mme d'une -combinaison politique profonde, mais tout simplement le -produit de la licence et de l'anarchie qui rgnent dans les -esprits.</p> - -<p>Fieschi a rpondu, au mdecin qui le pressait sur le -motif qui lui avait fait commettre le crime: Je l'ai fait -<span class="pagenum"><a id="Page_358"> 358</a></span> -comme un gamin fait sauter un ptard. Horrible insouciance! -Il est positif que tous les clubs et socits secrtes, -carlistes et autres, taient informs que le 28 juillet il y -aurait une tentative faite pour tuer le Roi. Fieschi avait eu -des relations avec quelques brigands comme lui; ceux-ci -avaient parl leurs amis, et ainsi un bruit vague s'tait -rpandu dans le public, qui tait mme arriv jusqu'au -gouvernement, mais sans dtails, sans noms propres, sans -rien de prcis. Quant Fieschi mme, c'est tout simplement -une nature de sbire ou de bravo italien, qui prte -volontiers son bras pour commettre un crime, mme sans -grande rcompense.</p> - -<p>M. Guizot, qui a t charg d'annoncer l'vnement -la Reine, me disait qu'elle avait t saisie de maux de -nerfs; Madame Adlade d'un dsespoir et d'une sorte de -rage, qui lui avait t tout empire sur elle-mme, et qu' -la lettre, elle ne se connaissait plus. Quant la duchesse -de Broglie, qui tait aussi la Chancellerie, sur la place -Vendme, avec la Reine, elle avait t fort mue, mais -plus forte que son motion. A cette occasion, M. Guizot -m'a dit qu'il comparait l'me de Mme de Broglie un -grand dsert avec de belles oasis, qu'il y avait en elle de -grandes lacunes, mais cependant beaucoup de force et de -puissance.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 9 septembre 1835.</i>—Les ridicules de Sbastiani -se font jour jusque dans le cabinet de Madame Adlade; -ils paraissent tre, en effet, hors de proportions. -On se moque fort de lui Londres et il s'y dplat beaucoup. -<span class="pagenum"><a id="Page_359"> 359</a></span> -Il dit, avec sa parole dogmatique et paralytique: La -socit anglaise m'est indigeste. Quant sa femme, ses -btises et ses navets sont devenues proverbiales. Ils -reoivent peu, on les dlaisse; lord Palmerston est le -seul qui, pour faire contraste avec les insolences dont il -honorait M. de Talleyrand, soit aux petits soins avec le -gnral, lui fasse sans cesse des visites du matin, le tienne -au courant, avec empressement, de toutes les nouvelles -insignifiantes. Enfin, c'est du noir au blanc!</p> - -<p>La lgion anglaise souleve par le gnral Alava vient -d'tre battue en Espagne; cette abominable canaille qu'il -avait enrle a lch pied tout de suite.</p> - -<p>Le compromis entre les deux Chambres en Angleterre -a lieu: c'est une trve jusqu' la session prochaine.</p> - -<p>J'ai vu le Roi, qui m'a racont le 28 juillet. Ce qui est -fort singulier, c'est qu'il ait, ds la veille, averti ses -ministres qu'on tirerait sur lui par une fentre, parce que -cela serait plus sr pour l'assassiner. M. Thiers et le -gnral Athalin craignaient une attaque bout portant, et -dsiraient que le Roi prt des prcautions contre ce genre -de tentative, quoi il s'est absolument refus, comme -tant inutile. Ces messieurs se rendirent en partie l'avis -du Roi, mais dirent qu'ils croyaient que le coup, s'il avait -lieu, partirait d'une rue troite; le Roi, au contraire, soutint -qu'ils se trompaient, que la tentative aurait lieu sur le -boulevard, cause des arbres qui masqueraient mieux -l'assassin; enfin, toutes les prdictions du Roi se sont -vrifies. Il m'a dit que, dans une vie aussi remplie -que la sienne, le moment le plus cruel avait t celui o -<span class="pagenum"><a id="Page_360"> 360</a></span> -l'ordre de la revue l'ayant ramen au bout d'une demi-heure -sur la place mme du crime, il avait t oblig -de passer au milieu des mares de sang des morts et des -blesss, des cris et des larmes de cette population mitraille - cause de lui; son premier mot, en revoyant les siens, -a t, en fondant en larmes: Mon pauvre marchal -Mortier est mort. Il est impossible d'avoir t moins -occup de lui-mme, plus simplement courageux et -cependant plus mu des malheurs des autres: il a t -vraiment admirable et il n'y a qu'une voix ce sujet.</p> - -<p>L'Empereur de Russie s'est born faire faire un compliment -de condolances par un charg d'affaires, sans -crire lui-mme, ce qui est d'autant plus mal qu'il a crit -de sa propre main une lettre de condolances la veuve -du duc de Trvise, celui-ci ayant t ambassadeur -Ptersbourg. Plusieurs petits souverains se sont galement -tus. Les lettres de l'Autriche ont t cordiales, celles de la -Prusse excellentes, celles de la Saxe, tendres; de l'Angleterre, -convenables; de La Haye, aimables, d'ailleurs insignifiantes.</p> - -<p>Le Roi, qui, avec raison, craint toute secousse, dsire -garder le ministre actuel aussi longtemps que possible, -mais il croit dj remarquer quelques nouveaux germes de -division qu'il redoute de voir se dvelopper pendant le -cong de sant qu'a demand M. Thiers, et qu'il obtiendra. -La recomposition d'un nouveau Cabinet serait extrmement -difficile, la difficult gisant surtout dans la question -de la prsidence qui met toutes les vanits en jeu. Le Roi -voudrait abolir tout fait cette prsidence, et, pour cela, -<span class="pagenum"><a id="Page_361"> 361</a></span> -il voudrait la confier, momentanment, quelqu'un hors -de ligne, qui n'admettrait pas de concurrents et pas de -successeurs, et c'est alors qu'il pense M. de Talleyrand. -Du reste, le Roi a au moins autant d'aigreur que par le -pass contre le parti doctrinaire du Cabinet, et craint, -avant tout, que dans une dcomposition partielle, ce ne -soit cette fraction-l qui se recrute.</p> - -<p>Je suis toujours surprise du mensonge, quand il porte -sur des choses qui n'ont aucune utilit. Que les journalistes -s'amusent tromper le public, la bonne heure; -mais que les ministres s'amusent faire des contes, c'est -trange! Ainsi, M. Guizot m'a dit, avant-hier, que c'tait -lui qui avait annonc la Reine la catastrophe du 28 juillet - l'htel de la Chancellerie. Eh bien! c'est encore -aux Tuileries, et au moment de se rendre la Chancellerie, -que les Princesses ont t informes par deux aides -de camp envoys par le Roi du danger que celui-ci venait -de courir! La vanit fait faire de bien petites choses! Y -a-t-il rien de plus puril que de faire une histoire sur un -fait de ce genre?</p> - -<p class="section"><i>Paris, 10 septembre 1835.</i>—M. le duc d'Orlans -regrette le projet de mariage manqu en Wurtemberg. Il -veut, dit-il, avoir le cœur net l'gard de la princesse -Sophie, et passer par Stuttgart, au premier voyage en -Allemagne. Il dit que s'il en pousait une autre sans l'avoir -vue, il croirait avoir manqu sa destine.</p> - -<p>M. le duc d'Orlans est assez aigre sur le ministre en -gnral; la famille royale est dispose s'en prendre la -<span class="pagenum"><a id="Page_362"> 362</a></span> -ngligence, l'tourderie, si ce n'est pire, de la police. Il -est sr qu'elle n'a pas t bien habile depuis quelque -temps, mais quant l'vasion de Ppin, la faute en est -uniquement la ngligence de M. Pasquier qui donne, -ngligemment et rejet dans son fauteuil, des ordres -incomplets, et aussi un peu M. Martin du Nord qui les -transmet, avec encore moins de dtails, des agents infrieurs -qui les excutent avec paresse. M. Legonidec, pour -se disculper, porte des charges assez graves contre ses -suprieurs; aussi y a-t-il des personnes qui vont jusqu' -expliquer l'incurie de M. Pasquier, par sa crainte de trouver -quelque carliste au fond de l'affaire Fieschi. C'est tout ce -que dsirerait Madame Adlade, c'est tout ce que redouterait -la Reine. L'opinion du Roi est que le coup est rpublicain. -Arriver, s'il se peut, la vrit, voil l'essentiel, -et le parti-pris des ministres de ne voir dans toute cette -affaire qu'une conspiration de cabaret est peu propre -conduire de nouvelles dcouvertes.</p> - -<p>Le prince Lopold de Naples, dans la question de son -mariage, est accus d'une duplicit qui aurait pu en dgoter -toute autre que la princesse Marie, mais elle tient -s'tablir, il ne se prsente pas d'autre parti et, comme dit -le Roi: Vous ne savez donc pas qu'il faut absolument -marier des Princesses napolitaines. Sa fille l'est -moiti.</p> - -<p>L'ane de nos Princesses, la Reine des Belges, avait si -peu de got pouser le Roi, son mari, qu'elle ne veut -plus retourner Compigne, o son mariage a t clbr, -et c'est pour cela principalement qu'on arrange cette -<span class="pagenum"><a id="Page_363"> 363</a></span> -anne-ci un voyage Fontainebleau. Cependant, l'loignement -de la Reine Louise pour son mari s'est transform -depuis en une passion conjugale, au point qu'elle vit -peu prs enferme avec le Roi dans un tte--tte non interrompu, -pas mme par ses dames ou par le grand-matre -de la maison. Tout se traite par crit avec eux. Le -Roi et la Reine s'occupent dans deux cabinets contigus -dont la porte reste ouverte. Le Roi, casanier et mfiant, -aime assez cette vie qui est surtout du got de sa femme, -car elle n'est qu'aime, au lieu qu'elle adore. Je tiens ces -dtails de son frre, M. le duc d'Orlans.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 11 septembre 1835.</i>—Mon fils Alexandre, qui -arrive d'Italie, dit qu'elle est couverte de moines, fuyant -d'Espagne et apportant les richesses de leurs couvents: -les pierres prcieuses qui en proviennent se vendent vil -prix.</p> - -<p>La Reine des Franais, quoique d'une sant dlicate, se -couche tard; elle ne se met au lit qu'aprs avoir parcouru -elle-mme toutes les ptitions qui lui sont adresses, et -cela surtout par la crainte de manquer un avis utile pour -la sret du Roi, qui pourrait lui tre donn sous cette -forme.</p> - -<p>Au moment mme o le Roi a vu, le 28 juillet, ses trois -fils autour de lui, il s'est tourn vers Thiers et lui tendant -la main il lui a dit: Soyez tranquille, je vis et je me -porte bien. Ce sont des paroles de Henri IV!</p> - -<p class="section"><i>Maintenon, 12 septembre 1835.</i>—Ce lieu-ci est tout -<span class="pagenum"><a id="Page_364"> 364</a></span> -arrang, tout meubl; l'appartement est beau, l'tablissement -considrable, la rivire vive, les aqueducs grandioses; -pour qui n'a pas besoin de vue, et pour qui ne -craint pas l'humidit, ce vieux chteau, si riche en souvenirs, -est une des meilleures et des plus nobles habitations.</p> - -<p class="section"><i>Courtalin, 13 septembre 1835<a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor"> [65]</a>.</i>—Ici, o on est -fort au courant de ce qui se passe la Cour de Charles X, -on assure que le langage sur le crime du 28 juillet y a t -trs doux et trs convenable. Cette malheureuse Cour -exerce son animosit contre son propre intrieur dans une -sorte de guerre intestine; ce sont les mmes intrigues, les -mmes rivalits qu'autrefois Rome, la Cour du Prtendant.</p> - -<p class="section"><i>Rochecotte, 14 septembre 1835.</i>—J'ai t ce matin -voir le prince de Laval dans son joli manoir de Montigny, -qu'il arrange et qu'il orne merveille, en cherchant lui -conserver son caractre gothique. C'est un lieu qui sied -bien aux gots hraldiques du propritaire.</p> - -<p>J'ai trouv, Tours, le prfet un peu irrit d'un ordre -ministriel qui provoque un compte rendu exact des -journaux auxquels les employs de l'administration sont -abonns; en effet, cette petite inquisition sent un peu la -curiosit de la Restauration.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 15 septembre 1835.</i>—J'ai dn aujourd'hui - Beauregard, chez Mme de Sainte-Aldegonde; c'est un -<span class="pagenum"><a id="Page_365"> 365</a></span> -beau chteau, ancien rendez-vous de chasse de Franois -I<sup>er</sup>, lorsque, de Chambord, il allait courre le cerf dans -la fort de Rouss. Il y a une galerie avec cent vingt portraits, -assez mauvais, mais curieux, parce qu'ils reprsentent -tous les personnages clbres de l'poque dans -toute l'Europe. Cette galerie est carrele en faence du -temps. Le chteau renferme de vieux lambris et de vieux -meubles trs bien conservs par la propritaire actuelle.</p> - -<p>Je suis arrive tard Valenay, o j'ai trouv M. de -Talleyrand maigri, se plaignant de palpitations de cœur et -d'une gne assez pnible dans le bras gauche. Il venait de -recevoir une lettre du Roi, qui lui annonait la nomination -de M. de Bacourt au poste de ministre Carlsruhe. -Voici les expressions du Roi qui ont trait au peu de dfrence -de M. de Broglie pour lui<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor"> [66]</a>: Mon cher Prince, -le moyen auquel mon <i>impuissance</i> m'a dcid recourir -a eu un plein succs, et ce que vous dsiriez est fait: j'ai -voulu avoir au moins le plaisir de vous l'annoncer moi-mme -en vous renouvelant de tout mon cœur l'assurance -de cette vieille amiti qui vous est connue depuis si longtemps.</p> - -<p>Le Roi des Franais n'est pas le seul souverain qui -n'aime gure ses ministres; celui d'Angleterre dteste les -siens; il parle tout haut, table, contre eux, ainsi que -contre sa belle-sœur, la duchesse de Kent, qui, pendant -ce temps-l, promne sa fille de comt en comt, coute -les harangues, y rpond, et fait dj la Rgente.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_366"> 366</a></span> -<i>Valenay, 16 septembre 1835.</i>—Mlle Sabine de -Noailles a seize ans, de la grosse beaut, une voix -d'homme, de l'esprit, de l'instruction, de la mmoire -comme tous les Noailles, et enfin de la brusquerie dans -les manires. A dner, Courtalin, elle lve la voix et, -s'adressant M. de Talleyrand dont elle n'tait pas la voisine, -elle lui dit: Mon oncle, voulez-vous boire un verre -de vin avec moi?—Trs volontiers, mon neveu, lui -rpond M. de Talleyrand.</p> - -<p>Le duc de Modne fait le petit tyran dans ses tats. Une -de ses vexations les plus habituelles est de faire couper les -favoris et la moustache de ceux dont les passeports offrent -la moindre irrgularit; la mode du temps rend cette -tonte plus douloureuse que ne le serait la prison; celle-ci -y est, du reste, jointe assez ordinairement.</p> - -<p>La grand'mre du duc d'Arenberg actuel, amie intime -de Marie-Thrse, grande et noble dame tous gards, -vint en France sous le Consulat pour obtenir sa radiation -de la liste des migrs et la restitution de ses biens qui -taient encore sous le squestre. Elle vint demeurer chez -la marchale de Beauvau avec laquelle elle tait lie. Il -lui fallut crire Fouch et demander une audience; -celle-ci accorde, elle vint l'htel de police; on ne permit -pas sa voiture d'y entrer, elle fut oblige de descendre - la porte et de se crotter en traversant la cour. Le -ministre tant occup ne put recevoir la duchesse d'Arenberg -et la renvoya son premier commis. Celui-ci lui dit -qu'elle pouvait s'asseoir pendant qu'il chercherait le carton -qui contenait les papiers relatifs son affaire. Il se mit -<span class="pagenum"><a id="Page_367"> 367</a></span> - feuilleter un registre, puis s'cria: Mais votre affaire -est raye depuis quinze jours! Vous tes toute raye. Oh! -bien! citoyenne d'Arenberg, puisque je suis le premier -vous donner cette bonne nouvelle, il faut que je vous embrasse! -Et le voil prenant la duchesse par la tte et lui -baisant les joues. Mais Mme d'Arenberg n'tait point encore -au bas de l'escalier qu'il la rappelle en lui criant: -Eh! citoyenne d'Arenberg, je me suis tromp; ce n'est -pas vous, c'est une d'Alembert qui est raye! Et voil la -pauvre Duchesse revenant chez Mme de Beauvau aprs -avoir t embrasse et non raye! Le Premier Consul, qui -sut cette histoire le lendemain, fit aussitt rayer la Duchesse, -qui rentra dans ses biens.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 17 septembre 1835.</i>—La princesse de -Lieven a eu, Bade, une conversation assez curieuse avec -M. Berryer, l'avocat-dput: Que pensez-vous, monsieur, -des nouvelles lois proposes par le gouvernement -franais l'occasion de l'attentat du 28 juillet?—J'en -approuve le principe, et c'est pour cela que ne vais pas -siger la Chambre o, par ma situation, je serais oblig -de les combattre.—Croyez-vous la dure du gouvernement -actuel?—Non.—A la Rpublique?—Non.—A Henri -V?—Non.—Mais quoi croyez-vous donc?—A -rien; car, en France, rien n'est possible tablir! -M. Berryer est parti le lendemain pour Ischl y voir Mme la -duchesse de Berry, et de l Naples.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 18 septembre 1835.</i>—M. de Talleyrand -<span class="pagenum"><a id="Page_368"> 368</a></span> -m'inquite, non que je croie grave l'incommodit dont il -se plaint, mais il en est frapp. Il parle souvent de sa fin, -il en a videmment effroi, il en repousse l'image avec horreur. -Il soupire souvent et hier je l'ai entendu s'crier -avec une profonde tristesse: Ah! mon Dieu! Les nouvelles, -la politique l'intressent, mais nous ne sommes -pas en fonds pour cela ici.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 19 septembre 1835.</i>—Lord Alvanley, revenant -en fiacre du lieu o il s'tait battu avec le fils -d'O'Connell, donna une pice d'or au cocher; celui-ci, -surpris de cette gnrosit, dit: Comment, my lord, une -pice d'or pour vous avoir men si prs?—Non, mon -ami, mais pour m'en avoir ramen!</p> - -<p>Le bon et excellent docteur Bretonneau que j'ai appel, -de Tours, vient d'examiner M. de Talleyrand; il dclare -que son mal n'est que dans les muscles, tiraills et fatigus -par les efforts que M. de Talleyrand est oblig de -faire pour s'aider de ses bras, dfaut de ses jambes. De -plus, il le trouve dans un tat nerveux de langueur et -d'ennui, mais, enfin, rien de dangereux. Ce qu'il y a de -pis, c'est la faiblesse croissante des extrmits qui peut, -d'un instant l'autre, faire craindre une impotence complte. -Bref, toutes les conditions d'une existence difficile, -mais aucune d'une existence qui touche sa fin. J'espre -que la prsence et les douces et spirituelles paroles de -Bretonneau auront calm l'esprit de M. de Talleyrand.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 20 septembre 1835.</i>—Le gnral Sbastiani -<span class="pagenum"><a id="Page_369"> 369</a></span> -a manqu de sauter dans Manchester-Square Londres. -Un nouveau Fieschi y avait tabli une petite machine -infernale; une pauvre femme seule aurait t blesse, on -ne sait encore rien de plus. Tout est crime et mystre dans -le temps actuel!</p> - -<p>M. Royer-Collard nous a parl hier de son dernier discours - la Chambre des dputs. Il dit qu'il se serait cru -dshonor s'il s'tait tu, qu'il se serait fait porter la tribune -plutt que de se taire dans une circonstance qui intressait -la gloire de toute sa vie; enfin, qu'il serait mort -s'il n'avait pas parl, et qu'il ne se porte mieux que parce -qu'il a pu dire toute sa pense.</p> - -<p>J'ai eu le courage de toucher la question des cours prvtales<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor"> [67]</a> - l'poque de la seconde Restauration, qu'on -lui a tant reproches dernirement, et voici ce que M. Royer-Collard -m'a rpondu: J'ai t, en effet, nomm, avec -plusieurs conseillers d'tat, pour examiner le projet de -loi, avant que le ministre le portt la Chambre. M. Cuvier -et moi combattmes le projet dans son principe et -nous le fmes beaucoup modifier dans les dtails. M. de -Marbois, alors garde des sceaux, qui n'aimait gure cette -<span class="pagenum"><a id="Page_370"> 370</a></span> -loi, dsirant la faire porter aux Chambres par des hommes -qui y taient opposs, me nomma Commissaire du gouvernement -sans me consulter. Je ne l'appris que par le <i>Moniteur</i> -et je m'en plaignis avec amertume. Je n'ai point -paru la Chambre comme Commissaire pendant la discussion -de la loi, et je porte le dfi qui que ce soit de citer -un mot de moi en faveur de cette loi. Il a ajout que -M. Guizot, alors secrtaire gnral du ministre de la Justice, -n'aurait pas d se borner citer charitablement -ses collgues du Cabinet actuel le <i>Moniteur</i> qui contient -son nom, mais qu'il aurait d, en mme temps, dire de -quelle manire les choses s'taient passes. Si cette accusation, -au lieu d'tre porte simplement dans les journaux -ministriels, l'avait t la Chambre, M. Royer serait -mont la tribune pour rtablir la vrit des faits.</p> - -<p>Il est pein d'avoir bless M. Thiers dans son discours; -ce n'tait pas contre lui qu'il tait dirig, et il aurait dsir -pouvoir lui faire une place part.</p> - -<p>M. Royer, qui n'a pas toujours bien pens ni bien parl -du Roi Louis-Philippe, est fort revenu sur son compte. Il -disait, hier, devant le beau portrait du Roi qui est ici, -qu'il s'tait fort grandi dans sa pense, et tel point qu'il -n'aimait pas se l'avouer lui-mme, tant il se trouvait -en contradiction avec le pass cet gard, et sa raison en -opposition avec ses gots.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 21 septembre 1835.</i>—M. de Talleyrand, qui, -le premier jour, avait t rassur par le dire satisfaisant et -consciencieux de Bretonneau, est retomb dans ses proccupations -<span class="pagenum"><a id="Page_371"> 371</a></span> -sur sa sant. Il convient qu'il ne songe pas -autre chose et dit que cela tient l'ensemble de sa disposition -morale qui est triste et ennuye. En rentrant chez -lui, hier au soir, je l'ai trouv lisant des ouvrages de -mdecine, tudiant l'article des maladies de cœur et se -figurant y avoir un polype. Il souffre cependant fort peu, -de longs intervalles, et ses souffrances s'expliquent tout -naturellement. Ce qu'il a, c'est videmment, pour moi -qui m'y connais, mal aux nerfs. Cet trange Prote lui tait -inconnu, il le niait chez les autres, il le subit maintenant -sans vouloir le reconnatre.</p> - -<p>On dit le gnral Alava nomm prsident du Conseil -Madrid. Depuis un an, il n'avait, disait-il, accept la mission -de Londres que parce que le duc de Wellington tait -ministre; il y est rest, malgr la retraite du Duc, parce -que, disait-il, Martinez de la Rosa tait prsident du Conseil - Madrid; il n'a pas pu se retirer en mme temps que -Martinez de la Rosa parce que, disait-il, celui-ci a t remplac -par Toreno qui tait aussi son ami! Il a conduit lui-mme, -en Espagne, la lgion anglaise qu'il avait forme - Londres, aprs avoir jur de se dclarer pour don -Carlos, le jour o la Rgente appellerait un seul tranger - la dfense de sa cause, et enfin, il serait maintenant fait -chef du Cabinet espagnol par Mendizabal, qu'il chassait -jadis de chez lui parce qu'il tait un voleur et un coquin! -C'est, il faut en convenir, pousser la logique de l'inconsquence - ses dernires limites.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 22 septembre 1835.</i>—C'est la premire -<span class="pagenum"><a id="Page_372"> 372</a></span> -fois depuis vingt et un ans que cet anniversaire<a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor"> [68]</a> se passe -pour moi loin de M. de Talleyrand, qui est parti hier pour -le conseil gnral de Chteauroux. Je suis reste seule -avec la gnration qui est destine lui succder ici. Cela -m'a fait faire plus d'une rflexion, et surtout celle que le -jour o M. de Talleyrand ne serait plus, je viendrais bien -rarement Valenay, non pas que j'aie la crainte qu'on y -serait mal pour moi, mais parce que les souvenirs du -pass rendraient tout pnible et que le contraste que dj -je remarquais hier tendra toujours se marquer davantage. -Je ne me sentais point appele rgler, tenir le -salon, je n'tais point chez moi, et je voudrais avoir des -ailes dployer pour prendre mon vol vers Rochecotte.</p> - -<p>M. Mennechet, jusqu' prsent rdacteur de <i>la Mode</i>, -journal carliste, diffamateur par principe, a dit ceci: Figurez-vous -que depuis cinq ans que je combats sur la -brche pour le monde qui est Prague, je n'ai eu que -deux lettres de leur part: la premire du Roi Charles X, -qui se plaignait amrement des caricatures que nous lui -avions envoyes contre le Roi Louis-Philippe, et qui nous -recommandait de cesser d'en faire; la seconde est de -Madame la Dauphine, qui m'a crit il y a deux mois une -lettre extrmement svre, et qui m'a renvoy notre journal -en dclarant qu'elle cessait son abonnement parce que nous -avions insr un article dans lequel nous disions avoir <i>vu</i> -ou <i>reu</i> une lettre d'elle qui contenait de bonnes nouvelles -de M. le duc de Bordeaux. M. Mennechet, navr de ces -<span class="pagenum"><a id="Page_373"> 373</a></span> -deux lettres, a quitt la rdaction du journal. Je trouve les -lettres de Prague trs raisonnables, et trs honorables -pour ceux qui les ont crites.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 23 septembre 1835.</i>—J'attends avec impatience -le retour de M. de Talleyrand de Chteauroux. -Quoiqu'il soit devenu triste et irritable, sa prsence fait -bien ici; elle remplit ce grand chteau, elle y maintient le -bon langage et la bonne tenue. Je sais d'ailleurs, alors, -pourquoi je suis ici.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 24 septembre 1835.</i>—Le dire de Bretonneau -s'est vrifi. M. de Talleyrand est revenu de Chteauroux -ranim et satisfait de l'accueil du prfet, de l'empressement -de toute la ville et du succs d'une route qui -l'intresse.</p> - -<p>Madame Adlade me mande que la course que le Roi -vient de faire la ville d'Eu avait t non seulement bonne -pour sa sant, mais encore douce son cœur et consolante -pour tous les siens, par les tmoignages d'affection -impossibles dcrire qu'il a reus tout le long de sa -route.</p> - -<p>Ppin a t enfin repris le 22 au matin, ce que me -mande aussi Madame, mais elle venait de l'apprendre et -n'ajoute aucun dtail.</p> - -<p>M. de Rigny est signal Toulon, ce qui prouve qu'il -n'a pas russi dans la ngociation du mariage napolitain.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 28 septembre 1835.</i>—M. Brenier, qui -<span class="pagenum"><a id="Page_374"> 374</a></span> -arrive de Londres, me racontait hier que le gnral Sbastiani -a autant d'aversion pour la musique que sa femme, -au contraire, a de got et de plaisir l'entendre. Le mari -ne permet point sa femme d'aller l'Opra ni au concert. -Un jour cependant, aprs de longues instances, -Mme Sbastiani obtint la permission de se rendre un -concert chez lady Antrobus; c'tait le 18 juin. Le gnral -devait venir, plus tard, y reprendre sa femme. En effet, il -s'y rendit au moment o entrait le duc de Wellington, en -uniforme, entour de beaucoup d'officiers, qui venaient -tous du grand dner militaire donn l'occasion de l'anniversaire -de la bataille de Waterloo. Les chanteurs entonnent -alors un hymne en l'honneur du vainqueur. Sbastiani -furieux dit M. de Bourqueney, son premier -secrtaire d'ambassade, qui l'avait accompagn, d'avertir -Mme Sbastiani qu'il fallait se retirer. Celle-ci, qui n'entend -pas l'anglais et ne comprenait par consquent pas les -paroles de la cantate, se refusa d'abord quitter sa place; -mais M. de Bourqueney, encourag par les gestes du -gnral en colre, fit enjamber presque de force les banquettes - la pauvre femme. Ayant enfin rejoint son mari, -celui-ci lui dit, de l'air doctoral et sentencieux qui lui est -propre: Je vous avais bien dit, madame, que la musique -vous porterait malheur!</p> - -<p>C'est ce mme M. de Bourqueney, dont, il est ici question -et qui crivait dernirement dans le <i>Journal des Dbats</i>, -avant d'aller Londres avec Sbastiani, qui a eu le front -d'insinuer que c'tait lui qui avait, de Paris, prpar pour -M. de Talleyrand le discours que celui-ci a adress au Roi -<span class="pagenum"><a id="Page_375"> 375</a></span> -d'Angleterre, en lui remettant ses lettres de crance, en -1830. Voici toute l'histoire de ce discours. M. de Talleyrand, -achevant sa toilette pour se rendre chez le Roi, me -dit qu'il lui tait venu l'esprit qu'il serait convenable de -dire quelques mots, que c'tait l'ancien usage, et que dans -la circonstance particulire de l'poque, il y verrait de -l'avantage, mais qu'il manquait de temps pour prparer -quelque chose, puis il ajouta: Voyons, madame de -Dino, mettez-vous l et trouvez-moi deux ou trois phrases -que vous crirez de votre plus grosse criture. C'est ce -que je fis. Il changea deux ou trois mots mon brouillon; -je recopiai le tout pendant qu'on lui attachait ses dcorations -et qu'on lui donnait sa canne et son chapeau. Telle -est l'histoire exacte de ce petit discours qui, par des allusions -heureuses et un rapprochement entre 1688 et 1830, -fut assez remarqu dans le temps<a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor"> [69]</a>.</p> - -<p>Il en est de mme de la lettre de dmission que M. de -Talleyrand a crite il y a moins d'un an. On prtend gnralement -qu'elle est de M. Royer-Collard, et voici encore -ce qui s'est pass cet gard. J'avais, dans ma conscience, -reconnu qu'il tait d'une ncessit absolue pour M. de -Talleyrand de donner sa dmission; je familiarisai peu -peu M. de Talleyrand avec cette rsolution; je savais qu'il -<span class="pagenum"><a id="Page_376"> 376</a></span> -tait toujours difficile pour lui de rdiger sa pense, -et qu'il lui convenait mieux d'agir. Aussi depuis longtemps -j'avais cherch les paroles qu'il faudrait employer. -Un jour enfin, au mois de novembre de l'anne -dernire, dans notre solitude ici, je reparlai M. de Talleyrand -de la convenance qui, chaque jour, devenait plus -grande pour lui de donner cette dmission, devant laquelle -il reculait un peu. Il me dit alors que la lettre pour l'annoncer -serait trs difficile faire. Je rassemblais immdiatement -tout ce que j'avais prpar en pense, je le mis -par crit et retournant une demi-heure aprs chez M. de -Talleyrand, je le lui lus. Il en fut frapp, et l'adopta en totalit - l'exception de deux mots qu'il trouvait trop affects. -Je lui demandai alors de soumettre ce projet de lettre -M. Royer-Collard; il le voulut bien. Je partis le lendemain -pour Chteauvieux. M. Royer-Collard trouva la lettre bien, -seulement il mit la fin, <i>les penses qu'il suggre</i>, au lieu -de <i>les avertissements qu'il donne</i> que j'avais mis; puis, au -commencement, il changea une expression qu'il trouvait -trop pompeuse, et la remplaa par un mot de meilleur -got. Et c'est ainsi que, sans aucune nouvelle altration, -cette lettre parut ensuite au <i>Moniteur</i> d'o elle a, pendant -assez longtemps, occup le public. Toutes les lettres de -cette poque crites par M. de Talleyrand au Roi, Madame -Adlade et au duc de Wellington ont t d'abord jetes -sur le papier et remanies par M. de Talleyrand. La premire -seule, contenant la dmission, a t corrige par -M. Royer-Collard; les autres lui ont t simplement communiques, -il les a toutes approuves.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_377"> 377</a></span> -<i>Valenay, 1<sup>er</sup> octobre 1835.</i>—Hier, j'ai t Chteauvieux -par un temps pouvantable.</p> - -<p>M. Royer-Collard disait que les deux hommes les plus -semblables qu'il et rencontrs taient Charles X et M. de -la Fayette, tous deux galement fous, galement entts, -galement honntes. En parlant de M. Thiers, il a dit: -C'est un polisson, bon enfant, qui a beaucoup d'esprit, -quelques lueurs mme de grand esprit, mais bon surtout - perdre un Empire par son tourderie et son enivrement. -Revenant sur les dernires lois rpressives, il disait: Je -n'ai pas got la dictature, mais ma raison me dit qu'elle -peut parfois tre ncessaire. Nous sommes peut-tre dans -un de ces moments-l. Mais o prendre le Dictateur? Si -on proposait franchement le Roi, je comprendrais, mais -les ministres d'aujourd'hui!</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 4 octobre 1835.</i>—J'ai entendu conter hier -de singulires histoires sur M. Cousin dont les ides rvolutionnaires -d'autrefois sont changes en sentiments monarchiques -les plus exalts. On cite de lui des mots charmants - ce sujet. Il parat que cet illustre Pair a compos -un catchisme monarchique et catholique. L'ouvrage fait, -il va le porter M. Guizot qui l'approuve, ainsi que -M. Persil, ministre des cultes. On l'imprime, on l'envoie -aux collges en le recommandant tous les tablissements -de l'Universit. Tout cela fait, un pauvre prtre vient, le -livre la main, prouver que tous ces docteurs n'ont oubli -qu'un seul petit point de la doctrine catholique, celui du -Purgatoire, dont il n'tait pas fait la moindre mention -<span class="pagenum"><a id="Page_378"> 378</a></span> -dans le catchisme doctrinaire, vrifi et approuv par -M. Guizot qui est ministre de l'Instruction publique, et en -mme temps de la religion calviniste!</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 10 octobre 1835.</i>—Un prfet, pdant et -maussade, refusa de mauvaise grce M. de Talleyrand, -l'autorisation de planter un bouquet de bois, en disant -qu'il tait <i> cheval sur la loi</i>.—Ma foi! rpondit -M. de Talleyrand, vous montez une fire rosse!</p> - -<p>Le clbre Alfieri, aprs avoir donn dans les premires -ides de la Rvolution franaise, s'en dgota, au point -de vouloir quitter la France, parce qu'un matin, menant -lui-mme grandes guides quatre chevaux au bois de Boulogne, -on les lui avait pris violemment pour le service -public; le soir mme, il annona son dpart, et aux instances -qu'on lui faisait de rester en France, il rpondit: -Eh! que voulez-vous qu'on fasse dans un pays o les -nobles sont sans poignard et les prtres sans poison!</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 16 octobre 1835.</i>—Me voici entre dans de -nouveaux soucis. J'ai t avertie que la princesse de Talleyrand -tait dans un tait de sant alarmant, et qui menaait -d'une fin prochaine. La baronne de Talleyrand, qui -me le mande, me prie d'y prparer M. de Talleyrand. -J'avoue que j'ai recul devant cette mission. Les ides -sinistres auxquelles M. de Talleyrand revient si souvent -depuis quelque temps, la tristesse que lui inspire -son grand ge, l'inquitude qu'il manifeste chaque -petite souffrance, l'impression vive et pnible qu'il reoit -<span class="pagenum"><a id="Page_379"> 379</a></span> -de la mort de ses contemporains, m'ont fait redouter de -lui montrer celle de sa femme comme prochaine. Je ne -craignais pas d'affliger son cœur qui n'est nullement intress -dans cette circonstance; mais la disparition d'une -personne peu prs de son ge, avec laquelle il a vcu, -qu'il a jadis assez aime ou laquelle il a t assez soumis -pour lui donner son nom, tout cela m'a fait croire que le -danger de la Princesse lui causerait une impression profonde.</p> - -<p>Je me suis agite, tourmente pour trouver des insinuations -dtournes, afin d'aborder la question sans causer de -saisissement. Mes premires paroles ce sujet ont t -coutes en silence, sans rponse; puis M. de Talleyrand -a aussitt parl d'autre chose. Le lendemain cependant, il -m'en a reparl, mais uniquement, le cas chant, comme -d'un embarras de deuil, d'enterrement et de billets de -part. Il m'a dit que si la Princesse mourait, il irait passer -huit ou quinze jours hors de Paris, et tout cela, il l'a dit, -non seulement avec la plus grande libert d'esprit, mais -mme avec un soulagement visible. Il a immdiatement -abord les questions d'argent, assez importantes, qui se -lient pour lui la succession de sa femme, par laquelle il -rentrerait et dans la jouissance d'une rente viagre, et -encore dans d'autres sommes la proprit desquelles la -mort de la Princesse mettrait fin pour elle. Tout le reste -du jour, M. de Talleyrand a montr une sorte de srnit -et d'entrain, que je ne lui avais pas vue depuis longtemps, -et qui m'a tellement frappe que, l'entendant fredonner, -je n'ai pu m'empcher de lui demander si c'tait son -<span class="pagenum"><a id="Page_380"> 380</a></span> -prochain veuvage qui le mettait si fort en hilarit. Il m'a -fait la grimace, comme un enfant qui joue, et a continu - parler de ce qu'il y aurait faire si la Princesse mourait. -Outre la satisfaction de retrouver par l plus de facilit -dans son revenu qui, par plusieurs causes, a notablement -diminu depuis quelques annes, ce dont il dpitait -extrmement, il y a probablement, quoiqu'il n'en convienne -pas, mme avec moi, dans la perspective de cette -mort, le soulagement de voir briser un lien qui a t le -plus grand scandale de sa vie, parce qu'il a t le seul -irrmdiable.</p> - -<p class="section"><i>Valenay, 18 octobre 1835.</i>—Aprs plusieurs mois -de silence, pendant lesquels le gnral Alava a chou, -la tte des bandits anglais qu'il avait conduits en Espagne, -je reois une lettre de lui, de Madrid, du 6 octobre; elle -commence ainsi: Vous aviez raison, chre Duchesse, -de dire dans le temps que c'tait tenter la Providence que -d'aller en Espagne avec des troupes trangres. Cette -lettre finit par un nouveau retour vers ma prdiction, qui -parat s'tre ralise pour ce pauvre absurde Alava, beaucoup -plus qu'il ne peut le supporter. Il insiste cependant -sur ce que son honneur tait engag cette vie de partisan -qu'il ennoblit du titre de chevaleresque et qui n'est qu'un -mauvais don-quichottisme.</p> - -<p>Il n'a pas besoin d'expliquer pourquoi il a refus la -Prsidence, mais il dit avoir accept les Affaires trangres, -parce qu'il voyait la sret de la Rgente compromise, -sans dire en quoi. Puis il ajoute qu'aussitt qu'il a t rassur -<span class="pagenum"><a id="Page_381"> 381</a></span> -sur ce point, il s'est retir entirement du Cabinet, -qu'il ne songe plus qu' aller reprendre son poste Londres, -aussitt aprs la session des Corts. Il parat sentir -tout ce qu'il y a d'incertain dans cette marche, car il -s'crie: Dieu seul peut savoir ce qui, d'ici l, peut se -placer entre moi et Londres. Il termine en disant que s'il -peut se rendre en Angleterre, ce sera par mer, pour viter -Paris qui, d'aprs lui, est l'endroit le plus dangereux pour -un diplomate espagnol.</p> - -<p>A l'occasion de la France, il dit ceci: Puisqu'on a -attendu le <i>casus fœderis</i> pour agir, le <i>casus mortis</i> o nous -nous trouvons dispense de penser notre libration, car -les morts n'ont besoin de rien.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 23 octobre 1835.</i>—Nous sommes revenus -Paris depuis quelques jours.</p> - -<p>M. le duc d'Orlans, me parlant hier du mariage manqu - Naples pour sa sœur la princesse Marie, m'a dit qu'il -s'tait adress son beau-frre, le Roi des Belges, qui est -ici en ce moment, pour qu'il trouvt quelque cadet de -grande ligne en Allemagne, qui, en pousant la Princesse, -viendrait s'tablir Paris. La princesse Marie a de -l'esprit, mais une imagination vive et inquite, le got des -arts, trs peu l'habitude de la gne et de la reprsentation. -On verrait dans son tablissement Paris plus d'assurance -de bonheur pour elle, et plus de facilit que dans un tablissement -au dehors. Il ne s'en prsente aucun de cette dernire -espce, les chances mme paraissent s'loigner; la -Princesse a vingt-trois ans, la Reine s'afflige et s'inquite.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_382"> 382</a></span> -Les prtentions pour les enfants du Roi se sont, en -tout, fort amoindries, car M. Guizot disait l'autre jour -M. de Bacourt qui part pour Carlsruhe, o il faisait remarquer -qu'il n'y avait pas d'affaires, que cependant il y en -avait une, celle de conserver la dernire princesse de Bade -pour M. le duc d'Orlans. Cette Princesse est la fille de -Stphanie de Beauharnais. Je doute qu'un pareil mariage -plt au jeune Prince qui, hier encore, propos des Leuchtenberg, -ne s'est pas bien exprim sur les Beauharnais, -les taxant tous d'aimer l'intrigue, et ne voulant pas mme -faire une exception en faveur de la grande-duchesse Stphanie -de Bade qui, cependant, dans mon opinion, mrite -une place part, car elle a non seulement de la bont, -mais encore de l'lvation d'me, un peu trop d'activit -la vrit et un peu de prtention au bel esprit, mais ses -sentiments sont tous pris dans un ordre suprieur.</p> - -<p>La princesse de Talleyrand est mieux, et si peu occupe -de son tat qu'elle ne songe qu' se faire assurer de nouveaux -bienfaits aprs la mort de son mari.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 24 octobre 1835.</i>—M. Pasquier nous disait -hier que Fieschi, qui on a t oblig de couper la phalange -d'un doigt la suite des blessures causes par l'clat -de la machine infernale, avait, de l'autre main, pris le -doigt malade, avant que les chirurgiens s'en emparassent, -et le regardant, avait dit: Mon petit, j'en suis fch, -mais tu perdras ta tte avant que je perde la mienne. -Son sang-froid, son courage, sa force physique, ne sont -gals que par l'excs de sa vanit.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_383"> 383</a></span> -J'ai trouv les Tuileries tristes, Madame Adlade vieillie, -le Roi rouge et bouffi, tous deux affligs du dpart du -Prince Royal pour l'Algrie. Chtier un brigand africain -ne parat pas un motif suffisant pour exposer une vie aussi -prcieuse. Ils en veulent aux ministres d'avoir plutt encourag -qu'arrt le mouvement aventureux et fort naturel -du jeune Prince.</p> - -<p>Le cholra n'est fini ni Toulon ni en Afrique, il peut -en arriver quelque malheur au Roi. Le mariage manqu -Naples leur donne des regrets; la froideur extrme du -nouvel ambassadeur de Russie, tout les jette dans le dcouragement.</p> - -<p>L'Empereur de Russie, dans les trente-six heures passes - Vienne, en hommage apparent au dernier Empereur -d'Autriche, et en ralit pour charmer M. de Metternich -par sa femme, et l'archiduc Louis par l'archiduchesse -Sophie, a couru tout Vienne en fiacre, a forc le caveau o -le dernier Empereur est dpos, et a trouv moyen, en -trente-six heures, de changer quatre fois d'uniforme.</p> - -<p>Les carlistes, propos de la nomination du comte -Pahlen comme ambassadeur de Russie en France, disent -que rien ne prouve mieux le rapprochement de l'Empereur -Nicolas avec le Roi Louis-Philippe, que le choix d'un -fils d'assassin comme ambassadeur prs du fils d'un -rgicide.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 27 octobre 1835.</i>—M. de Talleyrand disait hier -qu' son retour d'Amrique, aprs toutes les horreurs de -la Rvolution, rencontrant Sieys, il lui demanda comment -<span class="pagenum"><a id="Page_384"> 384</a></span> -il avait travers cette cruelle poque, ce qu'il avait fait -pendant ces tristes annes. J'ai vcu, rpondit Sieys! -C'tait, en effet, ce qu'il y avait de mieux et de plus difficile - faire!</p> - -<p>Le gouvernement, dsirant arriver la mise en libert -des prisonniers de Ham<a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor"> [70]</a>, a saisi ardemment quelques -symptmes de drangement mental qui se manifestaient -chez M. de Chantelauze, pour atteindre ce but. En consquence, -M. Thiers, avec l'arrire-pense de faire changer -aux prisonniers, au bout de quelque temps, une maison -de sant pour les chteaux de quelques amis qui auraient -rpondu d'eux, avait nomm une commission de mdecins -clbres, pour constater l'tat de M. de Chantelauze -d'abord, et par occasion, celui des autres anciens ministres; -mais M. de Chantelauze, aussitt qu'il entendit parler -de l'arrive des mdecins, se hta de dclarer, positivement, -qu'il les recevrait poliment, comme gens de -mrite, mais nullement comme mdecins; qu'il ne rpondrait - aucune de leurs questions, et qu'il veut sa libert -pleine, entire, immdiate, ou rien du tout. Je ne pense -pas que ses compagnons d'infortune lui sachent bien bon -gr de cette humeur ddaigneuse.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 14 novembre 1835.</i>—Je viens de recevoir des -lettres de lord et de lady Grey, trs amicales. Ils sont fort -<span class="pagenum"><a id="Page_385"> 385</a></span> -occups de leur proprit de Howick, d'o ils m'crivent, -et paraissent compltement dtachs de la politique.</p> - -<p>Lady Grey dit une chose que je rpte de bon cœur -avec elle: If my friends will only love me, and that I -can possess a garden in summer, and an arm-chair in -winter, I am perfectly happy in leading the life of an oyster.—Don't -expose me to Mme de Lieven, she would think -me unfit to live!</p> - -<p class="section"><i>Paris, 16 novembre 1835.</i>—M. de Barante est venu -me dire adieu. Il part demain pour Ptersbourg, le cœur -gros, l'esprit proccup. Depuis le fameux discours de -l'Empereur Nicolas Varsovie<a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor"> [71]</a>, que Mme de Lieven -elle-mme appelle <i>une catastrophe</i>, et les articles du -<i>Journal des Dbats</i> qui ont comment ce discours, la position -de l'ambassadeur de France n'est pas rendue facile. -Il semble, du reste, dans une direction fort sage et d'autant -plus prudente qu'il l'a reue directement du Roi.</p> - -<p>Nous avons dn, hier, aux Tuileries; il n'y avait que -la famille royale, le service immdiat, et quelques lves, -amis des petits Princes. M. le duc d'Aumale venait d'tre -<span class="pagenum"><a id="Page_386"> 386</a></span> -premier, ce qui le mettait <i>in high spirits</i>. C'tait le seul -qui me part l'tre, de toute la compagnie.</p> - -<p>Le Roi a eu la bont de faire apporter pour moi un -portrait charmant de Marie Stuart, d'autant plus curieux -que son origine est touchante. Les femmes de Marie -Stuart passrent d'Angleterre en Belgique, aussitt aprs -l'excution de leur matresse; elles portrent avec elles -ce portrait, qu'elles placrent dans un difice public, o il -est encore. La Reine des Belges en a fait faire une copie -parfaite qu'elle a donne au Roi son pre, et c'est cette -copie que j'ai vue.</p> - -<p>Le Roi, dans le courant de la soire, a longtemps caus -avec M. de Talleyrand, et lui a demand de faire un -voyage Vienne, ce que celui-ci a dclin, en se rejetant -sur la saison, sur son ge et sur la prsence d'un autre -ambassadeur dj accrdit Vienne.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 20 novembre 1835.</i>—L'effet du fameux discours -de l'Empereur Nicolas la municipalit de Varsovie -a t non moins grand et non moins dsagrable Vienne -qu' Berlin. Les journaux anglais l'ont attaqu violemment: -le <i>Morning Chronicle</i>, qui est le journal du Cabinet -whig, a t bien plus violent encore que le <i>Journal -des Dbats</i>. A propos de celui-ci, il s'est pass quelque -chose de singulier. Le gouvernement, ennuy de toutes -les imprudences et inconvenances que commettent les -<i>Dbats</i>, et qui deviennent gnantes, cause de sa couleur -semi-officielle, a pens donner un peu plus d'importance -au <i>Moniteur</i>, y faire insrer des articles soigns, -<span class="pagenum"><a id="Page_387"> 387</a></span> -et ter ainsi aux <i>Dbats</i> de leur importance ministrielle. -Cette pense tait celle du Roi qui l'avait fait adopter par -son Cabinet, mais lorsqu'il s'est agi de savoir sous la -direction immdiate de qui se trouverait le <i>Moniteur</i>, le -duc de Broglie l'a rclam comme prsident du Conseil. -Le Roi a, alors, aussitt abandonn et fait abandonner le -projet et les choses sont demeures comme auparavant.</p> - -<p>Les lettres d'Angleterre disent le ministre anglais fort -embarrass. Le timide discours de lord John Russell -Bristol, sans satisfaire les conservatifs, a irrit les radicaux -et les catholiques d'Irlande un point extrme, et l'existence -du Cabinet parat srieusement menace, quoique la -solution soit ajourne jusqu' la runion du Parlement.</p> - -<p>Plus je vois le comte de Pahlen, le nouvel ambassadeur -de Russie, plus je lui trouve les allures d'un homme -comme il faut. Je vais en citer une preuve. Je sais de -source certaine qu'il a crit sa Cour en termes nets, -simples, droits, bienveillants sur ce qu'il a trouv et sur -ce qui s'est prsent lui dans ces derniers temps. Il n'a -pas laiss ignorer combien sa situation sociale souffrait -des instructions qu'il avait reues; il a ajout qu'il ne se -sentait pas appel rester dans une semblable position et -il a dclar nettement que son gouvernement devait ou -changer ses premires directions, ou le rappeler. C'est -hier que cette dclaration est partie. Le Roi et Madame Adlade -attendent avec impatience la rponse qui dcidera, -ncessairement, de la nature des relations futures entre -ce gouvernement et celui de Russie.</p> - -<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_388"> 388</a></span> -<i>Paris, 23 novembre 1835.</i>—Voici les traits saillants -d'une lettre que je viens de recevoir du duc de Wellington, -qui me devait une rponse depuis longtemps: Nous -sommes toujours sur la grande route o nous sommes -entrs il y a cinq ans; tout ce que nous pouvons esprer, -c'est que notre marche ne sera pas trop rapide. L'arrt et -le retour surtout sont impossibles. Robespierre tait au -moins honnte homme en fait d'argent; sa puissance -tait fonde sur le dsintressement; mais ceux qui veulent -et viendront nous gouverner, ne seront pas touchs -par la mme considration. Je le crains du moins.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 24 novembre 1835.</i>—J'ai pass hier une matine -singulire, dont je veux rendre un compte dtaill. Il -faut avant, pour l'intelligence du rcit, que je fasse une -petite prface.</p> - -<p>J'ai, de par le monde, une cousine qui s'appelle Louisa -de Chabannes. Dans sa premire jeunesse, elle avait t -fort jolie; chantant, dessinant, trs bien leve, mais -pauvre, elle ne trouva pas se marier, devint retire, -sauvage, souffrante et presque laide. Je la voyais jadis, -trois ou quatre fois l'an, et toujours j'tais frappe de -cette personne affaisse, maigrie, ternie, nerveuse, silencieuse. -Il y a sept ans, j'appris qu'elle tait entre aux -Grandes Carmlites. Je n'en fus pas surprise, car quoiqu'elle -n'et pas prcisment les allures dvotes, il tait -bien visible qu'elle se sentait froisse dans le monde; -mais, ainsi que tous ses parents, je fus bien convaincue -que les austrits de cet ordre rigoureux dtruiraient -<span class="pagenum"><a id="Page_389"> 389</a></span> -bientt cette organisation dlicate et souffrante. J'entendais -cependant, de loin en loin, son frre Alfred dire -qu'elle vivait et se portait mieux que dans le monde.</p> - -<p>Hier matin, on me remet une lettre commenant par: -Ma chre cousine, et finissant par: Sœur Thrse -de Jsus. Je fus d'abord un petit moment sans comprendre, -puis je me souvins de Louisa de Chabannes. -Elle me disait dans cette lettre, qu'ayant enfin obtenu de -ses Suprieures la permission de me voir, elle me suppliait -de venir aussitt, la journe d'hier tant une de -celles qui, en si petit nombre, sont accordes aux visiteurs; -elle ajoutait que, pour ne pas m'effaroucher, elle -avait, par grande faveur, obtenu de me voir visage dcouvert, -et sans tmoins. Je me serais fort reproch de dsappointer -cette pauvre fille, et une visite M. l'archevque -me conduisant dans ce quartier, je rsolus de faire les -deux choses le mme jour.</p> - -<p>Je suis sortie deux heures et me suis arrte au haut -de la rue d'Enfer devant un portail surmont d'une croix. -La tourire m'a dit que les vpres n'taient pas finies, car -ces religieuses disent chaque jour le grand office, je -devrais entrer la chapelle. Je m'y suis place. Au fond -du chœur est une grille arme de pointes en saillie, derrire -laquelle est un grand voile brun. C'est de l que -partaient les voix des Sœurs. Il n'y avait, en plus de moi, -que deux vieilles dames dans la chapelle, qui est orne -d'une statue du cardinal de Brulle agenouill, en marbre -blanc, et de plusieurs portraits de sainte Thrse. Je -n'avais pas vu ma cousine assez souvent pour reconnatre -<span class="pagenum"><a id="Page_390"> 390</a></span> -sa voix; d'ailleurs, l'office a fini presque aussitt. Je suis -rentre chez la tourire, o le mdecin du couvent est -arriv.</p> - -<p>Pendant qu'on allait avertir de sa prsence et de la -mienne, il a vu que je tremblais de froid, car, dans cette -maison, il n'y a jamais de feu qu' l'infirmerie et dans la -cuisine. Le docteur m'a parl alors du rgime intrieur, -qu'il prtend ne pas tre malsain, et, pour preuve, il me -disait qu'aprs beaucoup d'observations, il avait constat -que l'ge moyen auquel les femmes parvenaient dans le -monde tait trente-sept ans et que, chez les Carmlites, il -allait cinquante-quatre ans. Il m'a quitte pour aller -l'infirmerie, et bientt aprs, on m'a mene au parloir, -toujours sans feu. Un petit fauteuil de jonc, sous lequel -s'tendait une natte galement en jonc, tait plac auprs -d'une grille en fer, double de petits montants en bois, et -derrire cette double sparation un rideau de laine -brune.</p> - -<p>Au bout de quelques instants, j'ai entendu tourner un -verrou, quelqu'un s'avancer vers la grille, et une voix -trs claire dire: Deo gratias. Je ne savais ce qu'il fallait -rpondre, je me suis tue; la mme voix a repris: -Deo gratias. Alors, je me suis rsigne dire: Je -ne suis pas prvenue de ce qu'il faut rpondre. Un petit -clat de rire m'a dconcerte: Ma cousine, c'tait pour -m'assurer que vous tiez l! Le rideau a t tir, et je -me suis trouve en face d'un visage rond, frais, de deux -yeux bleus brillants, d'une bouche souriante. Au lieu -d'une voix teinte, j'ai entendu des accents timbrs, anims, -<span class="pagenum"><a id="Page_391"> 391</a></span> -une parole rapide, des penses douces et bienveillantes, -avec des assurances d'un bien-tre et d'une satisfaction -que ne dmentait pas l'aspect le plus consolant -qu'on pt avoir d'une religieuse svrement clotre. Elle -a quarante-huit ans, mais ne parat pas en avoir trente-six. -Elle m'a beaucoup remercie d'tre venue, m'a remis -une petite mdaille l'effigie de la sainte Vierge, en me -suppliant de la faire porter, son insu, par M. de Talleyrand. -Cette mdaille, a-t-elle dit, ramne la foi les -plus gars. Je ne l'ai pas refuse, je n'ai pas refus -d'en faire l'usage dsir, c'et t une duret odieuse. -D'ailleurs, il y a quelque chose de contagieux dans une -foi aussi sincre et aussi vive! J'ai dit que je guetterais un -moment favorable pour remplir ces saintes intentions.</p> - -<p>Je suis repartie fort touche, fort proccupe, aprs -avoir dit un adieu probablement ternel cette douce et -heureuse personne, qui couche sur une planche, ne se -chauffe jamais, fait maigre toute l'anne, et qui serait bien -fche de ne pas dire avec sainte Thrse: Souffrir ou -mourir.</p> - -<p>J'ai t, de l, rue Saint-Jacques, au couvent des -Dames Saint-Michel, pour voir Monseigneur l'Archevque, -auquel je voulais parler d'un projet de mariage pour mon -second fils avec Mlle de Fougres. J'ai t mene par une -des Sœurs, vtue de blanc de la tte aux pieds, dans un -petit btiment spar, qui donne sur l'immense jardin de -ces dames. C'est l que vit habituellement M. de Qulen, -depuis la destruction de son palais. L'appartement est -joli, propre, trs soign.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_392"> 392</a></span> -J'ai trouv l'Archevque en bonne sant et en bonne -disposition d'humeur, fort aise de ma visite. Il m'a aussitt -parl de mes enfants, de leur avenir, de leur mariage. -Je n'ai pas hsit entrer dans des dtails avec lui ce -sujet. Il a bien cout et m'a dit qu'il serait heureux en -toute circonstance de tmoigner l'intrt qu'il prenait la -famille de feu M. le cardinal de Prigord et particulirement - mes enfants; que je devais bien savoir qu'il avait -pour moi un intrt part, qui tenait mes qualits, et -ce qu'il avait toujours vu en moi l'instrument dont la Providence -se servirait probablement pour accomplir l'œuvre -de sa grce et de sa misricorde sur M. de Talleyrand. Je -l'ai engag venir quelquefois, le matin, de loin en loin, -chez M. de Talleyrand, comme il le faisait avant notre -dpart pour l'Angleterre. Quand je suis partie, il m'a dit: -Traitez-moi, comme jadis, en grand parent, si ce n'est -en ami, et laissez-moi croire que vous reviendrez me voir -aux approches du jour de l'an. J'ai dit que oui, et que -je lui demanderais alors de lui prsenter ma fille, qui -avait t baptise et confirme par lui. Et qui, je l'espre, -ne sera marie que par moi, a-t-il repris, et l-dessus -je me suis retire.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 6 dcembre 1835.</i>—Voici une histoire que -M. Mol m'a conte hier soir. Mme de Caulaincourt -(Mlle d'Aubusson) s'est marie en 1812. En sortant de la -crmonie, elle est rentre au couvent o elle avait t -leve et son mari est parti pour l'arme. Il a t tu la -bataille de la Moskowa, o son beau-frre, jeune page de -<span class="pagenum"><a id="Page_393"> 393</a></span> -l'Empereur, a disparu, sans qu'on ait pu constater son -sort. Mme de Caulaincourt, aprs son anne de veuvage, -est entre dans le monde, sans cependant y aller beaucoup. -Elle tenait la maison de son pre, veuf depuis longtemps. -Son frre an, peu de temps aprs avoir pous Mlle de -Boissy, est devenu fou furieux, et sa sœur, la duchesse de -Vantadour, languit dans une lente consomption. Le pre, -frapp ainsi dans tous ses enfants, a voulu se remarier. -Il a, en effet, pous Mme Greffulhe, mre de Mme de -Castellane. Mme de Caulaincourt s'est retire alors dans -un couvent, o elle voulait prendre le voile. Son pre s'y -opposa, et l'archevque de Paris, dont le consentement -tait ncessaire, n'ayant pas voulu le donner aussi longtemps -que M. d'Aubusson refusait le sien, Mme de Caulaincourt -fut oblige d'y renoncer. Elle suivait cependant -tous les exercices de la communaut, en portait l'habit, et -ne quittait le couvent que lorsque son pre tait malade. -Le chagrin de se voir contrarie dans sa vocation a min -sa sant, au point d'attaquer mortellement sa poitrine. -Sur son lit de mort, elle a enfin obtenu la permission de -son pre; alors, elle a fait demander l'Archevque et lui -a exprim le dsir de prendre le voile en recevant l'extrme-onction. -Cela a prouv quelques difficults, qui -cependant ont t leves, et quarante-huit heures avant -d'expirer, elle a reu les derniers sacrements et le voile -tant dsir! Hier matin elle est morte, jeune encore, en -vraie sainte.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 9 dcembre 1835.</i>—Mme la princesse de Talleyrand -<span class="pagenum"><a id="Page_394"> 394</a></span> -est morte il y a une heure. Je n'ai encore parl -M. de Talleyrand que d'agonie. L mme o il n'y a pas -d'affection, le mot <i>mort</i> est sinistre prononcer, et je -n'aime pas l'adresser quelqu'un d'g et de souffrant, -d'autant plus qu'en se rveillant, il a eu encore une petite -angoisse au cœur, qui a cd, du reste, quand il a mis -ses jambes dans la moutarde. Il s'est rendormi, et je ne -lui dirai la mort qu' son rveil. Du reste, il a, je crois, -grande hte d'tre, tout prix, hors des agitations de ces -derniers jours.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 15 dcembre 1835.</i>—M. Guizot, qui est venu, -hier, chez M. de Talleyrand, a racont qu'on avait trouv -dans les papiers de M. Ral, ancien chef de la police impriale, -le manuscrit original des <i>Mmoires</i> du cardinal de -Retz, ratur par les religieux de Saint-Mihiel; que le gouvernement -l'avait achet, remis au plus habile chimiste -de Paris, qui, aprs avoir essay, infructueusement, de -divers procds, en avait enfin trouv un, qui lui a permis -d'enlever les surcharges et de lire le texte primitif. -On va faire une nouvelle dition des <i>Mmoires</i> d'aprs ce -manuscrit.</p> - -<p>Mme d'Esclignac, qui se conduit fort mal propos de -la succession de la princesse de Talleyrand, a eu hier -une explication avec la duchesse de Poix. Celle-ci a essay -de lui faire sentir l'inconvenance de sa conduite, l'odieux -d'un procs et de la publicit, son ingratitude envers -M. de Talleyrand qui l'a dote et qui paye encore, en ce -moment, une pension sa nourrice qu'elle laissait mourir -<span class="pagenum"><a id="Page_395"> 395</a></span> -de faim. A tout cela, Mme d'Esclignac a rpondu: -Je ne crains pas le scandale pour moi, et je le dsire pour -mon oncle; j'aurai le faubourg Saint-Germain, puisque -j'ai fait administrer Mme de Talleyrand par l'archevque -de Paris.</p> - -<p class="section"><i>Paris, 21 dcembre 1835.</i>—Le comte de Pahlen a -reu, hier, de son gouvernement, des dpches fort satisfaisantes, -et dans lesquelles on l'assure qu'on ne confond -pas les extravagances du <i>Journal des Dbats</i> avec la pense -du Roi et de son Conseil. Ces dpches, arrives par la -poste, taient, bien dcidment, destines tre connues -du public. L'Ambassadeur attend, d'un jour l'autre, un -courrier, qui apportera sans doute, la pense secrte du -Czar.</p> - -<p>La princesse de Lieven, que j'ai rencontre hier chez -Mme Apponyi, m'a parl de ses propres affaires et m'a -dit que, depuis longtemps, son mari et elle avaient plac -toutes leurs conomies hors de Russie pour tre l'abri -des ukases.</p> - -<p>Le prince de Laval disait, hier, assez drlement que -l'esprit de M. de Montrond se nourrissait de chair -humaine! M. de Talleyrand trouvait cela <i>trs vrai</i> et <i>trs -joli</i>!</p> - -<p class="section"><i>Paris, 30 dcembre 1835.</i>—J'ai vu, hier, Madame Adlade -qui tait trs satisfaite de la sance d'ouverture des -Chambres, qui avait eu lieu ce matin mme. Elle tait -contente de l'accueil fait au Roi, l'arrive et la sortie, -<span class="pagenum"><a id="Page_396"> 396</a></span> -et, pendant toute sa route, par la garde nationale. On avait -eu beaucoup de peine s'entendre sur le discours de la -Couronne, auquel on travaillait encore, dix minutes avant -la sance. Les mots: L'an de ma race, qui font -grande sensation, qu'on trouve hardis, mais qui plaisent -au Corps diplomatique, et aux gens dont l'esprit veut de -la stabilit, ne sortent ni du Chteau, ni du Conseil. Ils -taient fondus dans une phrase entire que M. de Talleyrand -et moi avions rdige et que le Roi avait adopte -avec attendrissement, mais le Conseil n'a voulu garder -que les mots indiqus: L'an de ma race. Les carlistes -les trouvent insolents! Ils reculent, pouvants, -devant une quatrime race! Les rpublicains ne les -aiment gure mieux, peut-tre moins encore... Le reste -approuve beaucoup.</p> - -<p>Nous avions hier, dner, Mme de Lieven, M. Edouard -Ellice, le comte de Pahlen, Matuczewicz et M. Thiers, qui -tait <i>in high spirits</i> et fort brillant de conversation. Il m'a -dit, dans un coin, que le Bergeron, celui du Port-Royal, -avait voulu tenter une nouvelle entreprise; qu'il s'tait -dguis en femme, avec un de ses amis, que leur projet -tait que l'on prsenterait une ptition au Roi, pendant -que l'on tirerait bout portant. Le projet a manqu, -parce que le Roi, au lieu de se rendre cheval la Chambre, -comme il le devait, y a t en voiture, cause du -verglas. On a fait quelques arrestations, mais comme il -n'y a pas eu commencement d'excution, on suppose -qu'il faudra finir par relcher les gens arrts.</p> - -<p>On a t frapp des huit chevaux qui, pour la premire -<span class="pagenum"><a id="Page_397"> 397</a></span> -fois, taient attels la voiture du Roi. En voici la raison, -inconnue du public. Pour plus de sret, on a fait monter -le Roi (qui ne s'en doutait pas), dans l'ancienne voiture -de l'Empereur Napolon, qui tait toute double de fer, -pour le mettre l'abri des coups de feu; elle est extrmement -lourde et exige huit chevaux.</p> - -<p>Le comte de Pahlen a reu hier un courrier qui lui a -apport des modifications ses premires instructions, si -sches et qui rendaient sa position ici odieuse. Il parat -qu'on a bien compris cela Ptersbourg et qu'on lui -laisse plus de facilits. Cela mettait Mme de Lieven de -fort bonne humeur!</p> - -<p class="end">FIN DU TOME PREMIER</p> -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_398"> 398</a></span></p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_399"> 399</a></span></p> -<h2 class="normal">PICES JUSTIFICATIVES<br /> -<span class="medium">I</span><br /> -<span class="small">Page 375.</span></h2> - -<p class="hanging indent"><i>Discours adress au Roi d'Angleterre par M. de Talleyrand, -le 6 octobre 1830, en lui remettant les lettres de crance qui -l'accrditaient comme ambassadeur de France auprs de S. M. le -Roi d'Angleterre<a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor"> [72]</a>.</i></p> - -<p class="titre">Sire,</p> - -<p>Sa Majest le Roi des Franais m'a choisi pour tre l'interprte des -sentiments qui l'animent pour Votre Majest.</p> - -<p>J'ai accept avec joie une mission qui donnait un si noble but aux -derniers pas de ma longue carrire.</p> - -<p>Sire, de toutes les vicissitudes que mon grand ge a traverses, de -toutes les diverses fortunes auxquelles quarante annes, si fcondes en -vnements, ont ml ma vie, rien, peut-tre, n'avait aussi pleinement -satisfait mes vœux, qu'un choix qui me ramne dans cette -heureuse contre.—Mais quelle diffrence entre les poques! Les -jalousies, les prjugs qui divisrent si longtemps la France et l'Angleterre, -ont fait place aux sentiments d'une estime et d'une affection -claire. Des principes communs resserrent, encore plus troitement, -les liens des deux pays. L'Angleterre, au dehors, rpudie, comme la -France, le principe de l'intervention dans les affaires extrieures de -ses voisins, et l'ambassadeur d'une Royaut vote unanimement par -<span class="pagenum"><a id="Page_400"> 400</a></span> -un grand peuple, se sent l'aise, sur une terre de libert, et prs -d'un descendant de l'illustre maison de Brunswick.</p> - -<p>J'appelle avec confiance, Sire, votre bienveillance sur les relations -que je suis charg d'entretenir avec Votre Majest, et je la prie d'agrer -l'hommage de mon profond respect.</p> - -<p class="subh">II<br /> -<span class="small">Page 385.</span></p> - -<p><i>Discours adress par S. M. l'Empereur Nicolas au Corps municipal -de la ville de Varsovie, le 10 octobre 1835<a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor"> [73]</a>.</i></p> - -<p>Je sais, Messieurs, que vous avez voulu me parler; je connais -mme le contenu de votre discours, et c'est pour vous pargner un -mensonge, que je ne dsire pas qu'il me soit prononc.—Oui, Messieurs, -c'est pour vous pargner un mensonge, car je sais que vos -sentiments ne sont pas tels que vous voulez me les faire accroire.</p> - -<p>Et comment y pourrais-je ajouter foi, quand vous m'avez tenu ce -mme langage la veille de la Rvolution?—N'est-ce pas vous-mmes -qui me parliez, il y a cinq ans, il y a huit ans, de fidlit, de -dvouement, et qui me faisiez les plus belles protestations? Quinze -jours aprs, vous aviez viol vos serments, vous avez commis des -actions horribles.</p> - -<p>L'Empereur Alexandre, qui avait fait pour vous plus qu'un empereur -de Russie n'aurait d faire, a t pay de la plus noire ingratitude.</p> - -<p>Vous n'avez jamais pu vous contenter de la position la plus avantageuse, -et vous avez fini par briser vous-mme votre bonheur.—Je -vous dis ici la vrit, car je vous vois et je vous parle pour la -premire fois depuis les troubles.</p> - -<p>Messieurs, il faut des actions et non pas des paroles, il faut que le -repentir vienne du cœur; je vous parle sans m'chauffer; vous voyez -que je suis calme; je n'ai pas de rancune et je vous ferai du bien -malgr vous.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_401"> 401</a></span> -Le Marchal, que voici, remplit mes intentions, me seconde, dans -mes vues, et pense aussi votre bien-tre.</p> - -<p>(A ces mots, les membres de la dputation saluent le Marchal.)</p> - -<p>Eh bien, Messieurs, que signifient ces saluts? Avant tout, il faut -remplir ses devoirs, il faut se conduire en honntes gens.—Vous -avez, Messieurs, choisir entre deux partis: ou persister dans vos -illusions d'une Pologne indpendante, ou vivre tranquillement, en -sujets fidles, sous mon gouvernement.</p> - -<p>Si vous vous obstinez conserver vos rves de nationalit distincte, -de Pologne indpendante et de toutes ces chimres, vous ne -pouvez qu'attirer sur vous de grands malheurs. J'ai fait lever ici la -citadelle, et je vous dclare qu' la moindre meute, je ferai foudroyer -la ville, je dtruirai Varsovie, et, certes, ce n'est pas moi qui -la rebtirai.</p> - -<p>Il m'est bien pnible de vous parler ainsi; il est bien pnible un -souverain de traiter ainsi ses sujets, mais je vous le dis pour votre -bien.—C'est vous, Messieurs, de mriter l'oubli du pass; ce -n'est que par votre conduite, et par votre dvouement mon gouvernement -que vous pouvez y parvenir.</p> - -<p>Je sais qu'il y a des correspondances avec l'tranger, qu'on envoie -ici de mauvais crits et que l'on tche de pervertir les esprits; mais -la meilleure police du monde, avec une frontire comme vous en -avez une, ne peut empcher les relations clandestines; c'est vous-mmes - faire le police, carter le mal.</p> - -<p>C'est en levant bien vos enfants, en leur inculquant des principes -de religion et de fidlit leur souverain, que vous pouvez rester -dans le bon chemin.</p> - -<p>Et au milieu de tous ces troubles qui agitent l'Europe, et de toutes -ces doctrines qui branlent l'difice social, il n'y a que la Russie qui -reste forte et intacte.</p> - -<p>Croyez-moi, Messieurs, c'est un vrai bonheur d'appartenir ce -pays et de jouir de sa protection.—Si vous vous conduisez bien, si -vous remplissez tous vos devoirs, ma sollicitude paternelle s'tendra -sur vous tous, et, malgr tout ce qui s'est pass, mon gouvernement -pensera toujours votre bien-tre.</p> - -<p>Rappelez-vous bien ce que je vous ai dit!</p> -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_402"> 402</a></span></p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_403"> 403</a></span></p> -<h2 class="normal">INDEX BIOGRAPHIQUE<br /> -<span class="medium">DES NOMS DES PERSONNAGES MENTIONNS DANS CETTE CHRONIQUE</span></h2> -</div> - -<p class="alphabet">A</p> -<ul> -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">BERCROMBY</span> (George-Ralph), 1800-1852. -Colonel dans l'arme anglaise, -il fut aussi membre du Parlement -et lord-lieutenant. Il fit -partie du cabinet de lord Grey.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">BERDEEN</span> (George-Hamilton-Gordon, -lord), 1784-1860. Il servit avec -distinction dans la diplomatie anglaise; -fit partie de plusieurs ministres, -et, en 1852, fut appel -aux fonctions de premier ministre -qu'il exera pendant trois ans.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">BERGAVENNY</span> (Henry, comte), 1755-1843. -Il pousa, en 1781, Marie, -fille unique de lord Robinson. Le -nom de famille est Neville.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">BRANTS</span> (Laure de Saint-Martin-Permon, -duchesse D'), 1784-1838. -Par sa mre, elle descendait de -la famille impriale des Comnnes. -Ne Montpellier, elle -pousa le gnral Junot son retour -d'gypte, le suivit dans ses -campagnes, tudia et observa beaucoup, -et aprs la mort de son mari -en 1813, se voua l'ducation de -ses enfants. Elle composa plusieurs -romans, plus faits pour les cabinets -de lecture que pour les bibliothques.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">DLADE</span> D'<span class="cap">O</span><span class="smallc">RLANS</span> (Madame), 1777-1847. -Sœur cadette du roi Louis-Philippe, -dont elle fut constamment -l'amie dvoue. Cette princesse -exerait sur l'esprit de son -frre un grand ascendant, on la -surnommait son <i>Egrie</i>. Femme -de tte, elle contribua, sous la -Restauration, rallier autour de -Louis-Philippe les hommes les -plus distingus du parti libral, -et, en 1830, le dcider accepter -la couronne. Elle ne se -maria pas et laissa son immense -fortune ses neveux.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc"><a id="DELAIDE"></a>DLADE</span> (la reine), 1792-1849. Fille -du duc de Saxe-Meiningen, elle -pousa en 1818 le duc de Clarence -qui monta sur le trne d'Angleterre -sous le nom de Guillaume -IV.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">GOULT</span> (la vicomtesse D'), Anne-Henriette-Charlotte -de Choisy, morte -en 1841. Dame d'atour de Madame -la Dauphine, qu'elle suivit -dans son exil, elle mourut Goritz. -Elle avait pous le vicomte -Antoine-Jean d'Agoult qui mourut -en 1828. Il fut grand-croix de -l'ordre de Saint-Louis, gouverneur -de Saint-Cloud, pair de France en -1823 et chevalier du Saint-Esprit -en 1825.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">LAVA</span> (don Ricardo DE), 1780-1843. -<span class="pagenum"><a id="Page_404"> 404</a></span> -Lieutenant-gnral de l'arme espagnole. -Il fut, en mme temps -que le prince d'Orange, aide de -camp du duc de Wellington pendant -la guerre et contracta alors -avec le futur roi des Pays-Bas une -vive amiti. Il fut ministre plnipotentiaire -d'Espagne en Hollande, - Londres et Paris, aprs la -mort de Ferdinand VII. En 1834, -il fut fait snateur par la reine -rgente Marie-Christine. Aprs -l'insurrection de La Granja, il se -retira des affaires et vint se fixer -en France o il mourut.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">LBANY</span> (la comtesse D'), 1753-1824. -Caroline de Stolberg avait pous -en 1773 le prtendant Charles-Edouard, -qui avait pris le titre de -comte d'Albany. Elle s'en spara -en 1780 et vcut avec le pote -Alfieri qui elle avait inspir une -grande passion, et qui l'pousa -secrtement, aprs la mort du -comte d'Albany. Aprs qu'Alfieri -fut mort, la comtesse se retira -Florence, o elle se lia avec le -peintre franais Fabre.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">LCUDIA</span> (le comte D'). Homme d'tat -espagnol. Membre du ministre -Calomarde du vivant de Ferdinand -VII, il remplaait aux Affaires -trangres le ministre Salmon; -mais il fut toujours un personnage -secondaire, et perdit son poste -la mort de Calomarde.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">LDBOROUGH</span> (lady), Cornlie, fille -ane de Charles Landry, pousa -en 1804 lord Aldborough.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">LEXANDRE</span> le GRAND. Roi de Macdoine. -356-323 avant Jsus-Christ.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">LEXANDRE</span> I<sup>er</sup>. Empereur de Russie, -1777-1825. Fils an et successeur -de l'empereur Paul I<sup>er</sup>, il eut -soutenir de grandes luttes contre -Napolon I<sup>er</sup>.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">LFIERI</span> (le comte Victor), 1749-1803, -grand pote tragique italien; rest -orphelin trs jeune, son ducation -fut trs nglige, mais l'ge de -vingt-cinq ans, il se fit en lui une -mtamorphose subite. Pour plaire - la comtesse d'Albany, qui lui -avait inspir le got des lettres et -de la posie, il se jeta dans les -tudes les plus srieuses, cra un -systme de composition potique -nouveau et crivit, en prose, des -ouvrages qui devaient le placer -ct de Machiavel.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">LLEN</span> (George), 1770-1843. Mdecin -et rudit anglais, qui laissa des -ouvrages historiques, mtaphysiques -et physiologiques nombreux. -Trs li avec lord Holland, -Allen vivait chez lui.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">LTHORP</span> (John-Charles-Spencer, -lord), 1782-1845. Homme d'tat -anglais, il fut nomm chancelier -de l'chiquier, aprs avoir t ministre -de l'Intrieur et lord de -l'Amiraut. Mdiocrement dou -au point de vue de l'loquence et -des capacits financires, il fut un -ministre laborieux, consciencieux, -et d'une honntet politique proverbiale.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">LVANLEY</span> (lord), 1787-1849. Fils de -Richard Pepper-Arden, ministre -de la Justice, cr en 1801 lord -Alvanley, il eut un duel avec Morgan, -fils d'O'Connell.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">MLIE</span> D'<span class="cap">A</span><span class="smallc">NGLETERRE</span> (la princesse), -1783-1810. Elle tait la dernire -des quatorze enfants du roi -George III d'Angleterre, la favorite -<span class="pagenum"><a id="Page_405"> 405</a></span> -et la compagne de son pre. Elle -mourut vingt-sept ans sans s'tre -marie.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">MPRE</span> (Jean-Jacques), 1800-1864. -Professeur au Collge de France, -littrateur distingu, membre de -l'Acadmie des inscriptions et -belles-lettres et de l'Acadmie -franaise.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">NNE</span> D'<span class="cap">A</span><span class="smallc">UTRICHE</span>. Reine de France. -1602-1666. Fille ane de Philippe -II, roi d'Espagne, elle pousa -Louis XIII, roi de France, et, sa -mort, devint rgente pendant la -minorit de son fils Louis XIV.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">NNE</span> <span class="cap">P</span><span class="smallc"><a id="AULOWNA"></a>AULOWNA</span>. Reine des Pays-Bas, -1795-1865. Elle tait une des filles -de l'empereur Paul de Russie et -pousa en 1816 le roi Guillaume II -des Pays-Bas.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">NNE</span> <span class="cap">S</span><span class="smallc">TUART</span>. Reine d'Angleterre. -1665-1714. Fille de Jacques II. -Elle lutta contre Louis XIV et -runit l'cosse l'Angleterre.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">NTROBUS</span> (lady), 1800-1885. Anne, -fille unique de Hugh Lindsay, -pouse de sir Edmond Antrobus.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">PPONYI</span> (la comtesse), 1798-1874. -Elle tait fille du comte Nogarola; -elle pousa en 1818 le comte -Antoine Apponyi, qui fut pendant -de longues annes ambassadeur -d'Autriche Paris.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">RBUTHNOT</span> (Mrs), morte en 1834. -Mrs Arbuthnot et son mari Charles -Arbuthnot, surnomm <i>Gosch</i> dans -le monde, taient les amis les plus -intimes du duc de Wellington, -chez lequel ils vivaient, et trs -rpandus dans la haute socit de -Londres.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">RENBERG</span> (la duchesse D'), ne en -1730. Louise-Marguerite, fille -unique et hritire du dernier -comte de la Mark, pousa, en 1748, -le duc Charles d'Arenberg.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">RENBERG</span> (le duc D'), Prosper-Louis, -1785-1861. Il avait pous une -princesse Lobkowitz en 1819.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">RENBERG</span> (le prince Pierre D'), 1790-1877. -Il pousa en premires noces, -en 1829, Mlle de Talleyrand-Prigord, -qui mourut en 1842; en 1860, -il se remaria avec la fille du comte -Kannitz-Rietberg, veuve du comte -Antoine Starhemberg.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">RENBERG</span> (la princesse Pierre D'). -1808-1842. Alix-Marie-Charlotte, -fille du duc et de la duchesse de -Prigord.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">RGENSON</span> (le comte Voyer D'), 1771-1842. -Petit-fils de Marc-Pierre -d'Argenson, ministre de la guerre -sous Louis XV. Il tait entr au -service militaire en 1791. En 1809, -il fut prfet du dpartement des -Deux-Nthes (Anvers). Dput -sous la Restauration et le gouvernement -de Juillet, il se fit remarquer -par ses opinions librales. Il -avait pous la veuve du prince -Victor de Broglie, mre du duc -Victor.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">RNAULT</span> (Antoine-Vincent), 1766-1834. -Pote tragique et fabuliste -franais. Il s'attacha de bonne -heure Bonaparte, qu'il accompagna -en gypte et qui le nomma -gouverneur des les Ioniennes; -puis, il travailla l'organisation -de l'Instruction publique. Il fut -admis l'Institut ds 1799 et devint -en 1833 secrtaire perptuel -de l'Acadmie franaise.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">SHLEY</span> (sir Antoine), 1801-1881. -Homme politique et philanthrope -<span class="pagenum"><a id="Page_406"> 406</a></span> -anglais. En 1830, il pousa lady -Emilie Cooper et, en 1851, la -mort de son pre, devint <i>lord Shaftesbury</i>. -En 1826, il tait entr -la Chambre des communes, et -fit partie de plusieurs ministres.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">THALIN</span> (le baron Louis-Marie), 1784-1856. -Gnral du gnie en France, -il fit avec distinction les campagnes -de l'Empire, reut le titre de baron -aprs la bataille de Dresde et -devint, sous la Restauration, aide -de camp du duc d'Orlans. Il fut -charg de plusieurs missions diplomatiques -et nomm pair de -France quand Louis-Philippe monta -sur le trne. Aprs 1848, il rentra -dans la vie prive.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">UBUSSON DE LA</span> <span class="cap">F</span><span class="smallc">EUILLADE</span> (Pierre-Hector-Raymond, -comte D'), 1765-1848. -Sous le premier empire, il -fut chambellan de l'impratrice -Josphine, puis ministre plnipotentiaire -et ambassadeur. Il fut -nomm pair par l'empereur aux -Cent-Jours. La seconde Restauration -l'loigna: il ne rentra la -Chambre des pairs qu'en novembre -1831. Il tait pre de la duchesse -de Lvis; il fut le dernier -de son nom, ayant perdu en 1842 -son fils, devenu fou.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">UGEREAU</span> (Pierre-Franois-Charles), -1757-1816. Marchal de France -sous le premier empire, duc de -Castiglione, il se signala dans plusieurs -campagnes. Il excuta le -coup d'tat du 18 fructidor.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">UGUSTE</span> D'<span class="cap">A</span><span class="smallc">NGLETERRE</span> (la princesse), -fille du roi George III; elle ne se -maria jamais.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">UTRICHE</span> (l'empereur D'), Ferdinand -I<sup>er</sup>, 1793-1875. Fils de Franois -II, il monta sur le trne en -1835. Son incapacit et sa mauvaise -sant l'obligrent laisser le -gouvernement une rgence dirige -surtout par le prince de Metternich. -Il abdiqua, en 1848, en -faveur de son neveu Franois-Joseph -I<sup>er</sup>.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">UTRICHE</span> (l'archiduc Louis-Joseph -D'), 1784-1864, fils de l'empereur -Lopold II et de l'impratrice -Marie-Louise, fille du roi Charles -III d'Espagne. Il fut directeur -gnral de l'artillerie.</li> - -<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">UTRICHE</span> (l'archiduchesse Sophie D'), -1805-1872. Fille de Maximilien I<sup>er</sup>, -roi de Bavire, elle pousa en 1824 -l'archiduc Franois-Charles et fut -la mre de l'empereur Franois-Joseph -I<sup>er</sup>.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">B</p> - -<ul> -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ACKHOUSE</span> (John), mort en 1845. -Homme d'tat et crivain anglais. -Il fut, pendant quelques annes, -secrtaire particulier de Canning. -Il a t deux fois sous-secrtaire -aux Affaires trangres.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ACOURT</span> (Adolphe-Fourrier DE), 1801-1865. -Diplomate franais, pair de -France. Il fut envoy Londres -auprs du prince de Talleyrand -qui y tait ambassadeur du roi -Louis-Philippe. Il fut ensuite ministre - Carlsruhe, Washington -et ambassadeur Turin. Il dmissionna -en 1848.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">AILLOT</span>. Jeune officier, fils unique; -tu Paris dans l'meute du 13 avril -1834 par un coup de pistolet, -<span class="pagenum"><a id="Page_407"> 407</a></span> -bout portant, pendant qu'il portait -un ordre du marchal Lobau.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ALBI</span> (la comtesse DE), 1753-1839. -Elle tait fille du marquis de Caumont-La -Force et avait pous un -Gnois, le comte de Balbi. Dame -d'honneur de la comtesse de Provence, -elle fut honore de l'amiti -du comte de Provence (plus tard -Louis XVIII).</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ARANTE</span> (le baron DE), 1782-1866. Il -fut successivement auditeur au -Conseil d'tat, charg de missions -diplomatiques, prfet de la Vende, -puis de Nantes, dput, pair -de France et ambassadeur Saint-Ptersbourg. -Comme historien, il -obtint les plus grands succs et -entra l'Acadmie.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ARRINGTON</span> (Charles). Jeune Anglais, -de l'intimit de lord Holland vers -1832.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ARROT</span> (Odilon), 1781-1873. Homme -politique franais. Il commena sa -carrire dans le droit et prit une -part active la rvolution de 1830. -Sous le rgne de Louis-Philippe, il -fut le chef de la gauche dynastique.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ARTHE</span> (Flix), 1795-1863. Magistrat -et homme d'tat franais. Affili -aux <i>carbonari</i>, il fut un ennemi -vhment de la Restauration. Dput -en 1830, il fut ensuite ministre -de l'Instruction publique, -garde des Sceaux, prsident de la -Cour des comptes. En 1834, il fut -nomm pair. Dans le Cabinet Mol, -il fut ministre de la Justice. En -1852, il fut appel au Snat.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ARTHOLONY</span> (Franois), 1796-1881. -Riche financier genvois, un des -fondateurs de la Compagnie de chemins -de fer d'Orlans; il prit une -part active la cration du Crdit -foncier de France.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ASTARD</span> D'<span class="cap">E</span><span class="smallc">TANG</span> (le comte), 1794-1844. -Magistrat et homme politique -franais. Conseiller la Cour -en 1810, il fut appel en 1819 -la Chambre des pairs. Il instruisit -avec intgrit le procs de Louvel, -montra beaucoup d'indpendance -politique, et aprs 1830 fut un -des membres chargs de l'instruction -du procs des ministres de -Charles X.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ASSANO</span> (Hughes-Bernard Maret, duc -DE), 1763-1839. Commena par -tre avocat, et en 1789, publia -les bulletins de l'Assemble nationale, -fondant ainsi le <i>Moniteur -universel</i>. Bonaparte le nomma, -aprs le 18 Brumaire, secrtaire -gnral des consuls, puis ministre. -Il accompagna toujours l'empereur, -fut nomm en 1811 duc de -Bassano, et ministre des Affaires -trangres. Nomm pair de France -en 1831 par le roi Louis-Philippe, -il fut un instant ministre de l'Intrieur -et prsident du Conseil en -1834.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ASSANO</span> (duchesse DE), Mme Maret, -femme du duc de Bassano, fut -dame d'honneur des impratrices -Josphine et Marie-Louise.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ATHURST</span> (Henry, comte), 1762-1834. -Homme d'tat anglais, un des plus -minents du parti Tory. Il fut ministre -des Affaires trangres, de -la Guerre, du Commerce, des Colonies, -prsident du Conseil form -par le duc de Wellington dont il -tait l'ami intime, et se montra -l'ennemi acharn de Napolon I<sup>er</sup> -<span class="pagenum"><a id="Page_408"> 408</a></span> -qu'il fit relguer Sainte-Hlne.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ATTHYNY</span> (la comtesse), 1798-1840. -Elle tait ne baronne d'Ahrenfeldt -et avait pous le feld-marchal -comte Bubna. Devenue veuve -en 1825, elle se remaria en 1828 -avec le comte Gustave Batthyny -Strattman.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">AUDRAND</span> (Marie-tienne-Franois, -comte DE), 1774-1848. Gnral -franais, servit sous la Rpublique, -dans les armes du Rhin et d'Italie, -prit part comme chef d'tat-major - la bataille du Mont Saint-Jean, -devint pair de France sous -Louis-Philippe, aide de camp du -duc d'Orlans au sige d'Anvers -en 1832 et, en 1837, gouverneur -du comte de Paris.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">EAUHARNAIS</span> (Eugne DE), 1781-1824. -Fils du gnral de Beauharnais et -de Josphine Tascher de la Pagerie, -plus tard impratrice par son -second mariage avec Bonaparte, -Eugne de Beauharnais prit une -part active aux guerres de l'empire; -en 1805, il fut nomm vice-roi -d'Italie et en 1806 il pousa la -princesse Auguste, fille du roi de -Bavire. Aprs la chute de Napolon, -il se retira en Bavire, avec -le titre de duc de Leuchtenberg.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc"><a id="EAUHARNAIS"></a>EAUHARNAIS</span> (Hortense DE), 1783-1837. -Fille de l'impratrice Josphine, -elle pousa, en 1802, Louis -Bonaparte, roi de Hollande, et fut -mre de Napolon III. La Restauration -lui donna une pension et le -titre de duchesse de Saint-Leu.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">EAUHARNAIS</span> (Stphanie DE), 1789-1860. -Fille de Claude de Beauharnais, -chambellan de l'impratrice -Marie-Louise, elle avait pous en -1806 le grand-duc Charles-Louis-Frdric -de Bade, dont elle devint -veuve en 1818.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">EAUVEAU</span> (la marchale, princesse -DE), 1720-1807. Marie-Charlotte -de Rohan-Chabot avait d'abord -pous en 1749 J.-B. de Clermont -d'Amboise; devenue veuve, elle -se remaria en 1764 avec le prince -de Beauveau.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">EAUVILLIERS</span> (la duchesse DE), 1774-1824. -Elle tait la septime fille -du duc de Mortemart, et de son -premier mariage avec Mlle d'Harcourt. -Elle pousa le duc Franois -de Beauvilliers de Saint-Aignan, -pair de France.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">EDFORD</span> (John, duc DE), 1766-1839. -Il pousa d'abord une fille du vicomte -de Torrington, et en secondes -noces, une fille du duc de -Gordon. Son troisime fils fut lord -John Russell.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">EDFORD</span> (la duchesse DE), morte en -1853. Fille d'Alexandre, duc de -Gordon, elle pousa en 1803 le -duc de Bedford.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ERA</span> (la duchesse DE), 1793-1874. -Marie-Thrse, infante de Portugal, -devint veuve en 1813 de don -Pedro-Charles, infant d'Espagne, -se remaria l'infant don Carlos -d'Espagne en 1828 et en devint -veuve en 1855.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ELFAST</span> (lady), 1799-1860. Anne-Henriette, -fille ane de Richard, -comte de Glengall, pousa en 1822 -le baron de Belfast.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ELGES</span> (la reine des), Louise, princesse -d'Orlans, 1812-1850. Seconde -femme du roi Lopold I<sup>er</sup> -de Belgique et fille de Louis-Philippe, -roi des Franais. -<span class="pagenum"><a id="Page_409"> 409</a></span></li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ENKENDORFF</span> (Alexandre, comte), -1784-1844, officier russe. Lors de -la rbellion de 1825, il se montra -dvou l'empereur Nicolas, qui -le prit comme aide de camp, le fit -comte et snateur. Il tait frre -de la princesse de Lieven.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">RANGER</span> (Mme DE), morte en 1826. -Mlle de Lannois pousa en 1793 -le duc de Chtillon-Montmorency. -Devenue veuve, elle se remaria -en 1806 avec le comte du Gua de -Branger.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">RANGER</span> (Mlle lisabeth DE), fille -du second mariage de la duchesse -de Chtillon, elle pousa le comte -Charles de Vog, frre du marquis.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ERGAMI</span> (Barthlemy). Postillon italien -des curies de la Reine Caroline, -pouse de George IV d'Angleterre; -la reine l'leva au rang -de chambellan, aprs qu'elle eut -quitt l'Angleterre et se fut rfugie -en Italie. Il tait trs beau. -Il avait deux frres, Balloti et -Louis. La Princesse donna l'intendance -de sa maison celui-ci et -chargea l'autre de sa caisse; leur -sœur, qui avait pous un comte -Oldi, devint sa dame d'honneur.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ERGERON</span> (Louis), n en 1811. Journaliste -franais. Aprs 1830, il se -jeta dans le mouvement rpublicain -et fut accus, en novembre -1832, d'avoir tir sur Louis-Philippe; -il fut acquitt, mais en 1840, -ayant soufflet en plein Opra -M. de Girardin pour une question -de polmique, il fut condamn -trois ans de prison.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ERRY</span> (le duc DE), 1778-1820. Second -fils du comte d'Artois (Charles -X), il suivit sa famille dans -l'migration et revint en France -en 1814. En 1816 il pousa la -princesse Caroline de Naples. Il -fut assassin Paris, le 13 fvrier -1820, par Louvel, qui voulait -teindre en lui la race des Bourbons, -mais il laissa un fils posthume, -le duc de Bordeaux.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ERRY</span> (la duchesse DE), 1798-1870. -La princesse Caroline, fille de -Franois I<sup>er</sup>, roi des Deux-Siciles; -elle pousa, en 1816, le duc de -Berry, second fils de Charles X, et -fut la mre du duc de Bordeaux.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ERRYER</span> (Antoine), 1790-1868. Avocat -de premier ordre, orateur du -parti lgitimiste, il fut plusieurs -fois dput et entra l'Acadmie -en 1855. Il avait pous, vingt -ans, Mlle Caroline Gauthier. Ses -dernires annes se passrent dans -la retraite, dans sa terre d'Augerville.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">RULLE</span> (le cardinal Pierre DE), -1575-1629. Aussi distingu par -son caractre doux et conciliant -que par sa fermet religieuse et -l'tendue de son savoir, il seconda -puissamment le cardinal du Peyron -dans ses controverses avec les -protestants. Il tablit en France -l'ordre des Carmlites et fonda la -congrgation de l'Oratoire.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ERTIN</span> DE <span class="cap">V</span><span class="smallc">EAUX</span>. 1766-1842. N -Essonnes; il fonda en 1799 le -<i>Journal des Dbats</i> avec son frre. -Il fut conseiller d'tat, dput et -vice-prsident de la Chambre, -ministre La Haye et pair de -France.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">IGNON</span> (Louis-Pierre-douard, baron), -<span class="pagenum"><a id="Page_410"> 410</a></span> -1771-1841. Diplomate franais, -il fut secrtaire de lgation -en Suisse, en Sardaigne, en Prusse; -ministre Cassel, Carlsruhe; -administrateur en Pologne et en -Autriche sous le premier empire; -il fut dput en 1817 et pair de -France en 1837.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">IRON</span> (Armand-Louis, duc DE), 1747-1793. -Connu sous le nom de -Lauzun. Il fit la guerre de l'Indpendance -en Amrique. En 1792, -il fut nomm gnral en chef des -armes du Rhin. Accus de trahison -par le comit du Salut public -et traduit devant le tribunal rvolutionnaire, -il fut condamn mort -et excut.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">IRON</span>-<span class="cap">C</span><span class="smallc">OURLANDE</span> (la princesse Antoinette -DE), 1813-1881, pousa le -comte de Lazareff, colonel russe.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">JOERSTJERNA</span> (Magnus-Frdric-Ferdinand), -1779-1847. Aprs la bataille -d'Eckmhl, il fut envoy en -mission auprs de Napolon I<sup>er</sup>; il -fut, plus tard, ministre plnipotentiaire - Londres.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">LACAS</span> (Pierre-Louis-Jean, duc DE), -1770-1839. Il s'attacha la personne -de Louis XVIII pendant son -exil, et, la Restauration, il fut -nomm ministre de la maison du -roi. En 1815, il entra la Chambre -des pairs et fut envoy Naples -pour ngocier le mariage du duc -de Berry avec la princesse Caroline, -et Rome pour conclure un -concordat qui n'a jamais t appliqu.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">OIGNE</span> (la comtesse DE), 1780-1866. -Adle d'Osmond pousa en 1798, -pendant l'migration, le comte de -Boigne, qui, aprs une vie d'aventures, -tait revenu fort riche des -Indes. De 1814 1859, le salon -de Mme de Boigne fut, Paris, -l'un des plus importants du monde -aristocratique, diplomatique et politique. -Le duc Pasquier en tait -le plus fidle habitu.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">OISMILON</span> (Jacques-Dominique DE), -1795-1871. Professeur franais. Il -fut choisi comme secrtaire du -duc d'Orlans; plus tard, il fut attach -au comte de Paris et promu -officier de la Lgion d'honneur en -1845.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">OISSY</span> (Mlle Rouill DE). Sœur du -marquis de Boissy, pair de France, -elle avait pous le comte Pierre -d'Aubusson qui devint fou, et dont -elle devint veuve en 1842. Elle -mourut elle-mme en 1855.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">OLIVAR</span> (Simon), 1783-1830. Le librateur -de l'Amrique. Il affranchit -le Venezuela et la Nouvelle-Grenade, -qu'il unit, sous le nom de -Colombie, en une seule Rpublique.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ONAPARTE</span> (le gnral), voir <span class="cap">N</span><span class="smallc"><a href="#APOLEON">APOLON</a></span> -I<sup>er</sup>.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ONAPARTE</span> (Jrme), 1784-1860. Roi -de Westphalie. Il tait le plus -jeune frre de Napolon I<sup>er</sup>. Dans -sa jeunesse, il avait pous miss -Paterson dont l'Empereur le fora - divorcer pour pouser la princesse -Catherine de Wrtemberg.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ONAPARTE</span> (Lucien), 1773-1840. Troisime -frre de Napolon I<sup>er</sup>. Plein de -talents, mais d'un caractre indpendant, -il essuya la disgrce de -son frre et se retira Rome o -le pape Pie VII rigea en principaut -sa terre de Canino.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ONNIVARD</span> (Franois DE), 1494-1571. -<span class="pagenum"><a id="Page_411"> 411</a></span> -Chroniqueur et homme politique. -Prieur de Saint-Victor dans le territoire -de Genve. Il se ligua avec -les patriotes de cette ville contre -Charles III, duc de Savoie, qui en -convoitait la possession. Le duc, -devenu matre de Genve, emprisonna -Bonnivard Chillon o il -resta six ans. Lord Byron l'a mis -en scne dans son beau pome -<i>le Prisonnier de Chillon</i>.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ORDEAUX</span> (le duc DE), 1820-1883. -Fils du duc de Berry et petit-fils -de Charles X. Il vcut dans l'exil -avec sa famille partir de 1830, -soit Venise, soit Frohsdorf en -Styrie, o il portait le titre de -comte de Chambord. Il avait -pous une archiduchesse d'Autriche -et n'eut jamais d'enfant.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">OULE</span> (Andr-Charles), 1642-1732. -bniste dont les ouvrages sont -trs recherchs.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">OURQUENEY</span> (baron, puis comte DE), -1800-1869. Attach la rdaction -du <i>Journal des Dbats</i>, puis matre -des requtes au conseil d'tat, il -entra ensuite dans la diplomatie, -et fut secrtaire de l'ambassade -de Londres, puis en 1844 ambassadeur - Constantinople, et en -1859 Vienne. Il quitta bientt -aprs la carrire diplomatique -pour entrer au Snat.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">RAGANCE</span> (la duchesse DE), 1812-1873. -Amlie-Auguste, fille d'Eugne -de Beauharnais, vice-roi -d'Italie, et d'une princesse de Bavire, -fut la deuxime femme de -l'empereur du Brsil dom Pedro I<sup>er</sup>, -dont elle devint veuve en 1834.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">RENIER DE</span> <span class="cap">R</span><span class="smallc">ENAUDIRE</span> (le baron), -1807-1885. Il fut charg en 1828 -d'une mission en Grce, et plus -tard secrtaire d'ambassade -Londres, Lisbonne et Bruxelles. -En 1855, il tait ministre -Naples.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">RESSON</span> (Charles, comte), 1788-1847. -Diplomate franais, il fut -chef de division au ministre des -affaires trangres sous Napolon -I<sup>er</sup>. Nomm en 1833 premier -secrtaire Londres, il reut en -1836 le poste de ministre Berlin -o il rtablit les relations -d'amiti entre la France et la -Prusse. En 1841, il devint ambassadeur - Madrid, et, en 1847, -Naples o il se tua bientt, dans -un accs de dmence.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">RETONNEAU</span> (Pierre, docteur), 1778-1862. -Clbre mdecin franais, -rsidant Tours, son pays d'origine, -o il s'tait tabli, indiffrent - la renomme. Il fut une -des gloires mdicales de la France -et fit beaucoup de bien aux -pauvres.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ROGLIE</span> (le duc DE), Achille-Charles-Victor, -1785-1870. Membre de la -Chambre des pairs, il s'y honora -en dfendant le marchal Ney, -lors de son procs. Attach au -parti doctrinaire, il fut plusieurs -fois ministre sous Louis-Philippe. -Il fut membre de l'Acadmie franaise. -Il avait pous la fille de -Mme de Stal.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ROGLIE</span> (la duchesse DE), 1797-1840. -Albertine de Stal pousa en 1814 -le duc Victor de Broglie. Mme de -Broglie tait belle, srieuse, pieuse -et passait pour un peu svre.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ROOKE</span> (lord), n en 1818, il pousa -en 1852 Anne, fille du comte de -<span class="pagenum"><a id="Page_412"> 412</a></span> -Wemyss, et succda en 1853 -son pre comme lord Warwick.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ROUGHAM</span> (Henry, lord), 1778-1868. -Homme politique et crivain anglais, -il collabora avec clat la -<i>Revue d'Edimbourg</i> et fut, par de -grands succs au barreau, conduit -au Parlement en 1810. Il fut l'avocat -clbre et heureux de la reine -Caroline accuse d'adultre. Il se -distingua toujours par la dfense -des ides librales. Il devint pair -et chancelier sous le ministre de -lord Grey, en 1830.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ROUGHAM</span> (lady), morte en 1865. -Marie-Anne, fille de sir Thomas -Eden, avait pous d'abord lord -Spalding. Devenue veuve, elle -pousa lord Brougham en 1819. -Une seule fille naquit de ce mariage, -elle se nommait lonore, -et mourut dix-sept ans d'une -maladie de poitrine. Ce fut dans -l'espoir de la ramener la vie -que lord Brougham construisit, -dans le beau climat de Cannes, -une maison qui fut le commencement -de la prosprit de cet endroit.</li> - -<li><span class="cap">B</span>LOW (Henri, baron DE), 1790-1846. -Diplomate prussien. En 1827, il -fut nomm ministre en Angleterre -et prit part aux confrences de -Londres en 1831. Plus tard, il -fut charg du portefeuille des -Affaires trangres en Prusse. Il -avait pous la fille de Guillaume -de Humboldt.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">URGHERSH</span> (John, lord), 1811-1859. -Aprs la mort de son pre, comte -de Westmorland. Ancien aide de -camp du duc de Wellington, il -passa dans la diplomatie, fut ministre - Florence, Berlin, -Vienne. Grand musicien, il a compos -plusieurs opras.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">UTERA</span> (le prince DE), mort en -1841. Anglais, du nom de Wilding, -qui avait pous la princesse -de Butera, d'une grande famille -de Palerme. Par un dcret du roi -des Deux-Siciles, il fut autoris en -1822 ajouter ce titre son nom. -En 1835, un autre dcret lui accorda, -en toute proprit, le titre -de prince de Radoli qu'il porta -jusqu' sa mort. Il ne laissa point -d'enfant.</li> - -<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">YRON</span> (George-Gordon, lord), 1788-1824. -Clbre pote anglais. Au -moment de l'insurrection hellnique, -il se rendit en Grce et -mourut Missolonghi.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">C</p> - -<ul> -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ALOMARDE</span> (Franois-Thad), 1775-1842. -Homme d'tat espagnol qui -fut l'me de la politique de son -pays aprs le rtablissement de -Ferdinand VII. Il fit partie, en -1824, du ministre de grce et de -justice, o il sut se conserver une -influence prpondrante sur les -dterminations du roi. Il devint -l'me du parti rtrograde, prit -part au dcret par lequel Ferdinand -VII abolissait la loi salique -en Espagne, et fit punir svrement -les tentatives carlistes. Mais -lors de la grave maladie du Roi en -1832, o on le crut mort, Calomarde -fut le premier saluer don -Carlos du titre de Roi, et la reine -Christine devenue rgente l'exila -<span class="pagenum"><a id="Page_413"> 413</a></span> -dans ses terres. Il allait y tre -arrt lorsqu'il s'enfuit en France -o il vcut dans la retraite jusqu' -sa mort.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">AMBRIDGE</span> (la duchesse Auguste DE), -1797-1889. Elle tait fille du -landgrave Frdric de Hesse-Cassel, -et pousa en 1818 le duc -Adolphe-Frdric de Cambridge, -septime fils du roi George III -d'Angleterre. Elle devint veuve en -1857.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">AMPAN</span> (Mme), 1752-1822. Jeanne -Genest, devint quinze ans lectrice -de Mesdames, filles de -Louis XV. Elle pousa M. Campan -et devint premire femme de -chambre de Marie-Antoinette. -Pendant la Rvolution, retire -dans la valle de Chevreuse, elle -y fonda un pensionnat o Mme de -Beauharnais fit entrer sa fille. -Napolon I<sup>er</sup> nomma, plus tard, -Mme Campan surintendante de la -maison qu'il fonda Ecouen pour -l'ducation des filles de la Lgion -d'honneur.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ANINO</span> (Charles-Jules-Laurent, prince -DE), et de Musignano, 1803-1857. -Fils de Lucien Bonaparte, il pousa -une fille de Joseph Bonaparte. -Prsident de l'Assemble constituante -romaine en 1848, naturaliste -distingu, correspondant de -l'Institut de France.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ANIZZARO</span> (la duchesse DE). Elle tait -Anglaise, et avait pous Franois -de Plantamone, duc de Canizzaro, -qui fut pendant plusieurs annes -ministre des Deux-Siciles accrdit - la cour d'Angleterre.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ANNING</span> (George), 1770-1827. -Homme d'tat anglais. Il laissa le -barreau et se fit nommer la -Chambre des communes en 1793, -y soutint Pitt qui le fit nommer -sous-secrtaire d'tat. Plus tard, -il fut dans l'opposition; puis fut -ambassadeur Lisbonne. Il voyagea -sur le Continent et ses liaisons -avec les libraux de Paris -changrent ses principes. En 1822, -il fut appel au ministre des -Affaires trangres et s'employa, -depuis lors, des rformes librales. -Il fit des efforts gnreux -en faveur des catholiques.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ANNING</span> (Charles-John, comte), 1812-1862. -Homme d'tat anglais, fils -de G. Canning. Il entra en 1836 - la Chambre des communes du -ct de l'opposition dirige par -sir Robert Peel. A la mort de son -pre, il entra la Chambre des -lords et fut sous-secrtaire d'tat -aux Affaires trangres; en 1846, -il fut nomm directeur gnral -des Eaux et Forts; en 1852, directeur -gnral des Postes, puis -gouverneur des Indes, o il eut -lutter pendant deux ans contre -l'insurrection.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ANNING</span> (lady), 1817-1861. Fille -ane de lord Stuart de Rothesay, -elle pousa lord Canning en 1835 -et mourut sans laisser d'enfants.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ANOVA</span> (Antoine), 1757-1822. Clbre -sculpteur italien.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">APO</span> D'<span class="cap">I</span><span class="smallc">STRIA</span> (Jean-Antoine, comte), -1776-1831. N Corfou, il fit son -ducation en Italie et entra au -service russe. L'empereur Alexandre -I<sup>er</sup> l'employa plusieurs missions -en Allemagne, en Turquie, -en Suisse; il fut plnipotentiaire -au deuxime trait de Paris en -<span class="pagenum"><a id="Page_414"> 414</a></span> -1815. Plus tard, retir en Suisse, -il prta son appui aux Grecs rvolts. -Il fut assassin par les fils -du Bey des Mainotes.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ARLISLE</span> (Georges-William, vicomte -Morpeth, lord), 1802-1864. Petit-fils, -par sa mre, de la belle duchesse -de Devonshire; il remplit -avec distinction les fonctions de lord-lieutenant -d'Irlande, sous le ministre -libral de lord John Russell.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ARLOTTA</span> (l'infante), 1804-1844. Fille -du roi des Deux-Siciles, sœur de -la reine Marie-Christine d'Espagne -et pouse de don Francesco de -Paulo, infant d'Espagne.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">AROLINE</span> (la reine), 1781-1821. Fille -du duc de Brunswick, elle pousa -en 1795 le prince de Galles qui fut -rgent en 1810 et devint roi d'Angleterre -en 1820 sous le nom de -George IV. Son mari l'accusa -publiquement d'adultre dans un -procs clbre. L'enqute ne constata -que des inconsquences chez -cette Princesse.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ARRACHE</span> (Annibal), 1560-1609. Considr -comme le plus grand des -peintres de sa famille, o ils taient, -presque tous, des artistes distingus.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ARREL</span> (Armand), 1800-1836. Clbre -publiciste franais. Ancien -lve de Saint-Cyr, il prit une -part active aux conspirations semi-librales, -semi-bonapartistes sous -la Restauration, et, au moment de -la rvolution espagnole, alla secrtement -soutenir les constitutionnels. -Il quitta l'pe pour la -plume, devint rdacteur en chef -du <i>National</i>, journal fond par -MM. Thiers et Mignet dans le but -de hter la chute des Bourbons et -de prparer l'avnement de la -maison d'Orlans. Ce ne fut qu'en -1832 que le <i>National</i> arbora le -drapeau rpublicain. Carrel se -battit en duel avec M. de Girardin -et mourut quarante-huit heures -aprs, des suites de ses blessures.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ASTELLANE</span> (Andr, marquis DE), -1758-1837. Dput de la noblesse -en 1789, il s'unit au Tiers-tat et -fut secrtaire de l'Assemble constituante. -Jet en prison pendant la -Terreur il n'chappa la mort -que par la chute de Robespierre. -En 1802, il fut nomm prfet -des Basses-Pyrnes, et, ensuite, -matre des requtes au conseil -d'tat. Louis XVIII le nomma -pair de France en 1815 et lieutenant-gnral -l'anne suivante. Il -fut le pre du marchal de Castellane.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ASTELLANE</span> (comtesse DE), 1796-1847. -Cordelia Greffulhe, pousa -en 1813 le comte de Castellane, -plus tard marchal de France.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ASTLEREAGH</span> (Robert Stewart, marquis -de Londonderry, vicomte), -1769-1822. Entra de bonne heure - la Chambre des communes o il -soutint la politique de Pitt. Ennemi -acharn de la Rvolution franaise, -me des coalitions contre Napolon -I<sup>er</sup>, il fournit des subsides aux -puissances pendant qu'il tait ministre -de la guerre. Lors du congrs -de Vienne, en 1815, il sacrifia -la Pologne, la Belgique, la Saxe -et Gnes; sa conduite fut vivement -attaque au Parlement. Dans -un accs de dmence, il mit fin -ses jours. -<span class="pagenum"><a id="Page_415"> 415</a></span></li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ASTRIES</span> (Armand-Charles-Augustin -de la Croix, duc DE), 1756-1842. -Dput aux tats gnraux, il avait -fait comme colonel la guerre de -l'Indpendance en Amrique. Il -dfendit nergiquement les prrogatives -de la royaut et blessa -au bras Charles de Lameth dans -un duel n d'une discussion politique, -ce qui l'obligea passer en -Allemagne. En 1814, il fut nomm -pair de France, gnral de division. -Plus tard, il se rallia la -monarchie de Juillet.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ATHERINE</span> <span class="cap">D'</span><span class="smallc">ARAGON</span>, 1483-1536. Fille -de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle -de Castille, elle pousa successivement -Henri VII et Henri VIII -d'Angleterre. Ce dernier la rpudia -pour pouser Anne de Boleyn, -et ce divorce fut l'origine du -schisme en Angleterre.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ATHERINE</span> DE <span class="cap">M</span><span class="smallc">DICIS</span>, 1519-1589. -Reine de France. Fille de Laurent -II de Mdicis, elle pousa -Henri II, roi de France, et fut -rgente pendant la minorit de -son second fils Charles IX. Catherine -avait apport d'Italie le got -des arts, elle construisit le palais -des Tuileries et continua le -Louvre.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ATHERINE</span> <span class="cap">P</span><span class="smallc">AULOWNA</span> (la grande-duchesse), -1788-1819. Fille de l'empereur -Paul I<sup>er</sup> de Russie, elle -pousa d'abord le prince Pierre de -Holstein, puis Guillaume I<sup>er</sup>, roi -de Wrtemberg, dont elle eut une -fille.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">AULAINCOURT</span> (la comtesse DE), morte -en 1835. Blanche d'Aubusson, -pousa en 1812 Auguste-Jean-Gabriel -de Caulaincourt, qui fut tu - la bataille de la Moskova, et qui -tait frre du duc de Vicence.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ELLES</span> (Antoine-Charles, comte de -Visher DE), 1769-1841, d'une famille -illustre du Brabant, il fut -lu dput aux tats-gnraux de -cette province. Napolon I<sup>er</sup> le -nomma matre des requtes au -conseil d'tat et prfet de la Loire-Infrieure, -puis du Zuyderze. -Aprs 1814, devenu sujet du roi -des Pays-Bas, il fut lu pendant -quelque temps aux tats provinciaux. -Le roi Lopold l'ayant envoy -comme ministre plnipotentiaire -en France, M. de Celles se -fit naturaliser, et devint conseiller -d'tat en France en 1833. Il tait -le beau-frre du marchal Grard.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HABANNES</span> LA <span class="cap">P</span><span class="smallc">ALICE</span> (le comte Alfred -DE), 1799-1868. Il fut d'abord -garde du corps de Louis XVIII, -puis chef d'escadron et colonel -aprs le sige d'Anvers. Il devint -gnral de brigade et aide de -camp du roi Louis-Philippe en -1840. Il quitta le service en 1848 -et suivit la famille royale en exil.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HABANNES</span> (Louisa DE), 1791-1869. -Religieuse carmlite; elle fut suprieure -du couvent de Paris pendant -plusieurs annes, puis de -celui de Bruxelles o elle mourut.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HALAIS</span> (la princesse DE), Marie-Franoise -de Rochechouart-Mortemart, -pousa en premires noces -le marquis de Cany dont elle eut -une fille qui fut la grand'mre du -prince de Talleyrand. Elle pousa, -en secondes noces, Louis-Charles -de Talleyrand, prince de Chalais, -qui mourut en 1757. Elle tait -dame du palais de la Reine. -<span class="pagenum"><a id="Page_416"> 416</a></span></li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HALAIS</span> (la princesse DE), morte en -1834. lolie-Pauline Beauvilliers -de Saint-Aignan, pousa en 1832 -Hlie-Roger de Talleyrand-Prigord, -prince de Chalais, titre que -porte le fils an du chef de cette -maison.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HANTELAUZE</span> (Victor DE), 1787-1859. -Dput et dernier garde des Sceaux -de Charles X, il avait rdig les -fameuses ordonnances qui amenrent -la rvolution de Juillet; il -fut arrt et condamn la prison -perptuelle. L'amnistie de 1837 -le rendit la libert.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HARLEMAGNE</span>, 742-814. Roi des -Francs, chef de la dynastie des -Carolingiens; il succda son -pre Ppin le Bref en 768; en -800 le pape Lon III le couronna -empereur d'Occident.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HARLES</span> I<sup>er</sup>. Roi d'Angleterre, 1600-1649. -Fils de Jacques I<sup>er</sup>, il pousa -Henriette de France, fille du Roi -Henri IV et sœur de Louis XIII. -Victime de la Rvolution de 1648, -il fut condamn mort et mourut -sur l'chafaud.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HARLES</span> IX. Roi de France, 1550-1574. -Deuxime fils de Henri II -et de Catherine de Mdicis. Sous -son rgne, le royaume fut dchir -par les guerres de religion.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HARLES</span> X. Roi de France, 1757-1836. -Frre de Louis XVI et de -Louis XVIII qui il succda en -1824, il porta le titre de comte -d'Artois jusqu' son avnement; il -mourut Goritz en exil.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HARLES-</span><span class="cap">J</span><span class="smallc">EAN</span>. Roi de Sude, 1764-1844. -Gnral Bernadotte, prince -de Ponte-Corvo, marchal de -France, il pousa Mlle Clary, sœur -de la femme de Joseph Bonaparte. -Aprs la mort de Charles XIII de -Sude qui l'avait adopt, il devint -en 1818 roi de Sude et de Norvge.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HARLOTTE</span> DE <span class="cap">P</span><span class="smallc">RUSSE</span> (la princesse), -1798-1860. Fille du roi Frdric-Guillaume -III, elle pousa en 1817 -le grand-duc Nicolas de Russie -qui succda sur le trne son -frre Alexandre I<sup>er</sup>.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HATEAUBRIAND</span> (Franois-Ren, vicomte -DE), 1768-1848. Un des -plus illustres crivains franais du -dix-neuvime sicle. Il eut des -relations avec beaucoup de femmes -connues par leur talent, leur grce -ou leur beaut. Sous la Restauration, -il fut pendant quelques -annes dans la diplomatie, et, -comme ministre des Affaires trangres, -il prit une grande part la -guerre d'Espagne en 1822.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">H</span>TILLON-<span class="cap">M</span><span class="smallc">ONTMORENCY</span> (duc DE), -mari de Mlle de Lannois. Il prit -noy dans le naufrage de la frgate -<i>la Blanche</i> l'entre de -l'Elbe.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HODRON</span> (Jules), 1804-1870. Fils du -notaire du prince de Talleyrand, -qui obtint pour lui, du roi Louis-Philippe, -le nom de Courcel, il -entra dans la diplomatie, o il sut -se faire une position aussi honorable -que distingue. Son fils -fut pendant plusieurs annes ambassadeur - Berlin et Londres.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HOISEUL</span>-<span class="cap">S</span><span class="smallc">TAINVILLE</span> (tienne-Franois, -duc DE), 1719-1785. Homme -d'tat franais, ambassadeur, puis -ministre, de 1758 1770, sous -Louis XV, il fit conclure <i>le Pacte -de famille</i>. Une intrigue de cour -<span class="pagenum"><a id="Page_417"> 417</a></span> -le renversa parce qu'il ne voulait -pas plier devant la Dubarry. Relgu -dans sa terre de Chanteloup, -il y reut, malgr le roi, le tmoignage -de l'estime publique. Il -avait pous Mlle Crozat du Chtel, -qui paya les dettes que la gnrosit -de son mari lui avait fait contracter, -et passa les dernires -annes de sa vie, aprs son veuvage, -dans un pauvre couvent de -Paris.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">LANRICARDE</span> (marquis DE), 1802-1874. -Homme politique anglais. Il pousa -en 1825 la fille de Canning et fut -appel, l'anne suivante, siger - la Chambre des lords. Il fut sous-secrtaire -aux Affaires trangres -en 1826, ambassadeur en Russie -de 1838 1841, directeur gnral -des postes de 1846 1852 et lord -du Sceau priv en 1857.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">LANRICARDE</span> (lady), morte en 1876. -Henriette, fille unique de G. Canning, -pouse de lord Clanricarde.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">LARENCE</span> (duchesse DE), 1792-1849. -Voir <span class="cap">A</span><span class="smallc"><a href="#DELAIDE">DLADE</a></span> (la reine).</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">LARENDON</span> (Edouard-Hyde, comte), -1608-1674. Magistrat et historien -anglais. Lors de la guerre civile, -sous Charles I<sup>er</sup>, il prit le parti du -roi Charles II qui le nomma grand -chancelier. Il se retira en France -et mourut Rouen.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">LARENDON</span> (lord), 1800-1870. Ministre -d'Angleterre Madrid en -1833, plus tard ministre du Commerce -et lord-lieutenant d'Irlande. -En 1853, il devint ministre -des Affaires trangres, reprsenta -l'Angleterre au Congrs de Paris -en 1856, puis fut ambassadeur en -Italie en 1868.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">OBBETT</span> (William), 1766-1835. Dmagogue -anglais. Il passa plusieurs -annes aux tats-Unis; son retour -en Angleterre en 1804, il y -rdigea un journal radical qui fut -souvent poursuivi. lu en 1832 -la Chambre des communes, il y -appuya chaudement la rforme -parlementaire.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">OBOURG</span> (le prince Ferdinand DE), -1816-1888. Ce prince fut le -deuxime mari de la reine de Portugal, -doa Maria da Gloria, qu'il -pousa en 1836. Il reut le titre -de Roi en 1837. Veuf en 1853, il -fut rgent pendant la minorit de -son fils. En 1869, il contracta -un mariage morganatique avec -Mlle Hensler, qui fut faite comtesse -Elice d'Edla. Il tait frre -du roi Lopold de Belgique et de -la duchesse de Kent.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">OLMAGHI</span>. Marchand de tableaux et -de gravures Londres. L'origine -de cette maison, qui existe encore, -remonte 1750, lorsque Paul -Colmaghi, Italien venu de Paris -Londres, y ouvrit une boutique en -association avec M. Nolteno. Le -roi George IV en fut un constant -protecteur.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ONROY</span> (sir John), 1786-1854. Officier -anglais; il fut chevalier d'honneur -de la duchesse de Kent. A -son avnement, la reine Victoria -le fit baron. Il avait pous en -1808 la fille et hritire du major -Fisher, frre de l'vque de -Salisbury.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ONYNGHAM</span> (William, lord), 1765-1854. -Avocat irlandais, membre -de la Chambre des communes, il -appartenait au groupe libral de -<span class="pagenum"><a id="Page_418"> 418</a></span> -Burke; vers la fin de sa vie il -pencha vers les tories. Il fut lev - la Pairie.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ONYNGHAM</span> (Henri, baron), 1766-1832. -Il pousa la fille ane de -Joseph Denison.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ONYNGHAM</span> (lady). Morte en 1861. -lisabeth, fille de J. Denison, -banquier Londres, pousa en -1794 le baron Henri Conyngham, -qui fut cr marquis en 1816. -Amie intime du prince rgent -d'Angleterre, plus tard le roi -George IV, elle sut profiter de -son pouvoir sur lui.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ONYNGHAM</span> (Franois-Nathaniel, -marquis DE), 1797-1882. Il portait, -du vivant de son pre, le nom -de Mount-Charles. Il se signala -dans les affaires publiques par ses -ides librales, fut sous-secrtaire -d'tat aux Affaires trangres, -lord de la Trsorerie, directeur -des Postes en 1834, membre du -Conseil priv en 1835 et vice-amiral -de l'Ulster en 1849.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ORINNE</span>, femme pote de la Grce, -cinquime sicle avant Jsus-Christ.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">OUSIN</span> (Victor), 1792-1867. Philosophe -et crivain franais, pair de -France, directeur de l'cole normale -et membre de l'Acadmie -franaise. Il fut un instant ministre -de l'Instruction publique sous -M. Thiers en 1840.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">OWLEY</span> (lady), 1796-1860. Georgiana-Auguste, -fille ane du -marquis de Salisbury, pousa en -1816 l'Honorable Henry Wellesley, -cr en 1828 baron Cowley.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">OWPER</span> (lady), sœur de W. Lamb, -lord Melbourne. Elle pousa en -deuximes noces, en 1840, lord -Palmerston, l'ge de 50 ans.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">RANMER</span> (Thomas), 1489-1556. Archevque -de Canterbury, promoteur -de la Rforme en Angleterre. -Il pronona lui-mme le divorce -que le Pape avait refus Henri VIII -contre Catherine d'Aragon. A l'avnement -de la reine Marie Tudor, -il fut arrt comme hrtique -et mourut sur le bcher.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ROMWELL</span> (Olivier), 1599-1658. Protecteur -de la Rpublique d'Angleterre -en 1652, il amena la -ruine du parti royaliste et les infortunes -du roi Charles I<sup>er</sup>, qu'il fit -condamner mort.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">UMBERLAND</span> (Ernest-Auguste, duc -DE), 1771-1851. Le dernier des -fils de George III d'Angleterre. -En 1837, il monta sur le trne de -Hanovre.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">UMBERLAND</span> (duchesse DE), 1778-1841. -Frdrique, princesse de -Mecklembourg-Strlitz, sœur cadette -de la reine Louise de Prusse; -elle pousa, en 1793, le prince -Louis de Prusse, frre du roi Frdric-Guillaume -III. Devenue -veuve, elle pousa en deuximes -noces le prince Frdric-Guillaume -de Solms-Braunfels, et enfin en -troisimes noces le duc de Cumberland, -qui fut appel au trne -de Hanovre en 1837. Elle fut la -mre du roi Georges V de Hanovre.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">UVIER</span> (Georges), 1769-1838. Clbre -naturaliste, membre de -l'Acadmie franaise. Il fut conseiller -d'tat en 1814 et pair de -France en 1831.</li> - -<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ZARTORYSKI</span> (le prince Adam), 1770-1861. -<span class="pagenum"><a id="Page_419"> 419</a></span> -Fils d'Adam-Casimir Czartoryski, -qui, la mort d'Auguste III, -roi de Pologne, fut port candidat -au trne, mais que Catherine -II en fit carter au profit de -Stanislas Poniatowski. Envoy -comme otage Saint-Ptersbourg -aprs le partage de la Pologne, il -y jouit d'une grande faveur auprs -de l'empereur Alexandre I<sup>er</sup>, devint -ministre des Affaires trangres -de 1801 1805, et en 1815 -fut snateur-palatin de Pologne, -et curateur de l'Universit de -Vilna. Il se retira des affaires en -1821, et, aprs 1830, s'tablit -Paris. En 1817, il avait pous la -princesse Anna Sapieha.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">D</p> - -<ul> -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ACRE</span> (lord), 1774-1851. Thomas -Brand. Il pousa, en 1819, Barbe, -fille de sir C. Ogle.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ALBERG</span> (le duc DE), 1773-1833. Fils -du Primat et archichancelier de -ce nom; il fut membre du Conseil -provisoire Paris aprs la chute -de Napolon et plnipotentiaire -au congrs de Vienne.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">AUPHIN</span> DE <span class="cap">F</span><span class="smallc">RANCE</span>. Louis, fils de -Louis XV, 1729-1765. Il pousa -d'abord l'infante Marie d'Espagne -qui mourut bientt. De son second -mariage avec la princesse Jospha, -fille de l'lecteur de Saxe, roi de -Pologne, il eut plusieurs enfants. -Il ne rgna pas, mais fut le pre -des rois Louis XVI, Louis XVIII, -Charles X. Modle de toutes les -vertus, il vcut comme un saint.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">AURE</span> (M.). Rptiteur au collge -Henri IV, Paris; il crivait dans -le <i>Constitutionnel</i>.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">AVOUT</span> (Napolon-Louis), 1810-1853. -Fils du Marchal. Il fit partie de -l'tat-major du gnral Grard, -au sige d'Anvers. Il entra la -Chambre des Pairs en 1836. Il -portait le titre de prince d'Eckmhl.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">AWSON</span>-<span class="cap">D</span><span class="smallc">AMER</span> (George-Lionel), n -en 1788, colonel dans l'arme anglaise.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">AWSON</span>-<span class="cap">D</span><span class="smallc">AMER</span> (Mrs), morte en -1848. Nice et enfant adoptive de -Mrs Fitzherbert.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ECAZES</span> (lie, duc), 1780-1846. Il -fut d'abord avocat, puis attach -au service du roi Louis de Hollande. -Il fut fait ensuite ministre -et pair de France par Louis XVIII. -En 1820, il dut quitter le ministre, -les royalistes exalts ne -craignant pas de lui imputer l'assassinat -du duc de Berry; cr -duc, il fut envoy comme ambassadeur -en Angleterre. Aprs 1830, -il se rallia Louis-Philippe et fut -nomm grand rfrendaire de la -cour des Pairs.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ECAZES</span> (la duchesse). Fille du -comte de Saint-Aulaire et de -Mlle de Soycourt, petite-fille, par -sa mre, du dernier prince de Nassau-Sarbrck -et petite-nice de la -duchesse de Brunswick-Bevern, -qui obtint de Frdric VI, roi de -Danemark, la transmission du -duch de Glucksbourg en faveur -du duc et de la duchesse Decazes, - leur mariage en 1818. Elle fut -la deuxime femme du duc Decazes.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">EDEL</span> (Salomon), 1775-1846. Diplomate -danois; il fut ambassadeur -<span class="pagenum"><a id="Page_420"> 420</a></span> -en Sude, en Espagne, en -Angleterre. Il mourut Londres.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">EMION</span> (M.). Homme d'affaires de -la famille Montmorency, du prince -de Talleyrand et des James Rothschild. -Il administra pendant plusieurs -annes les terres de Valenay.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ENISON</span> (Albert), 1805-1860. Second -fils du marquis de Conyngham. -Par sa mre, il hrita des -grandes proprits de son oncle -Denison et prit alors ce nom. Il -fut cr baron de Londesborough -en 1850.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ESAGES</span> (mile), 1793-1850. Fils -d'un employ suprieur au ministre -des Affaires trangres, il -entra dans les bureaux de ce ministre -ds l'ge de seize ans. En -1820, il fut nomm secrtaire -l'ambassade de Constantinople. En -1830, le gnral Sbastiani, ministre -des Affaires trangres, l'appela - la tte de la direction politique -de ce dpartement. Il se -retira, aprs 1848, Menesele, -dans la Charente.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">EVONSHIRE</span> (William, duc DE), 1768-1835. -De la maison de Courthenay. -Le titre s'tant teint dans la -ligne ane, le duc parvint le -reprendre, aprs avoir tabli devant -la Chambre des lords en -1831 que, par ses lettres patentes -de 1553, la reine Marie avait stipul -que le titre, dfaut de -ligne directe, passerait aux hritiers -de la ligne collatrale.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">EVONSHIRE</span> (la marquise DE). Morte -en 1806. Fille de lord Spencer, -elle avait pous en 1774 le marquis -de Devonshire.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">IANE</span> DE <span class="cap">P</span><span class="smallc">OITIERS</span>, 1499-1586. Fille -ane de Jean de Poitiers, seigneur -de Saint-Vallier, Diane pousa -treize ans Louis de Brz. Elle fut -la favorite du roi Henri II, qui la fit -duchesse de Valentinois et lui -donna le chteau d'Anet, un des -plus beaux ouvrages de cette -poque.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">IDOT</span> (Firmin), 1764-1836. Il se -distingua de bonne heure par les -progrs qu'il fit faire la typographie, -dj illustre par son -pre et son frre an. Il fut lu -dput en 1827. Dcor de la -Lgion d'honneur, il fut nomm -par le roi Louis-Philippe imprimeur -du roi et de l'Institut de -France.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">INO</span> (duchesse DE), 1793-1862. Titre -que porta la comtesse Edmond -de Prigord depuis 1815. Il avait -t dcern par le roi de Naples -au prince de Talleyrand qui avait -si heureusement dfendu ses intrts -au Congrs de Vienne, et -M. de Talleyrand l'offrit galamment - sa nice.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">OLOMIEU</span> (la marquise DE), 1779-1849. -Dame d'honneur de la reine -Marie-Amlie, qui elle tait trs -dvoue. Mme de Dolomieu tait -la sœur de Mme de Montjoye, -dame de Madame Adlade.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">OM</span> <span class="cap">M</span><span class="smallc">IGUEL</span>, 1802-1866. Il fut rgent -du royaume de Portugal, -pendant la minorit de sa nice, -la reine doa Maria da Gloria; il -en profita pour s'emparer du -trne et se faire dclarer Roi en -1828. Dom Pedro I<sup>er</sup> revint alors -du Brsil, et aprs une lutte assez -vive il parvint reconqurir la -<span class="pagenum"><a id="Page_421"> 421</a></span> -couronne pour sa fille, et il fora -dom Miguel quitter le Portugal.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ON</span> <span class="cap">A</span><span class="smallc">NTONIO</span> (l'infant), 1755-1817. -Un des infants espagnols interns - Valenay par Napolon I<sup>er</sup>. En -revenant de sa captivit, il fut -nomm grand-amiral de Castille.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ON</span> <span class="cap">C</span><span class="smallc">ARLOS</span> de Bourbon, 1788-1855. -Second fils de Charles II et frre -de Ferdinand VII, roi d'Espagne, -il fut dtenu avec son frre Valenay. -Ferdinand VII ayant termin -son rgne en 1833 en abolissant -la loi d'hrdit et en lguant -sa couronne sa fille Isabelle, -don Carlos protesta, fut -exil, rentra en Espagne en 1834 -et commena la guerre civile. -Vaincu en 1839, il se rfugia en -France, puis en 1847 Trieste -o il mourut.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ON</span> FRANCESCO, 1794-1865. Infant -d'Espagne; il pousa en 1819 la -princesse Carlotta, fille du roi des -Deux-Siciles et sœur de la reine -Christine.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ONNADIEU</span> (Gabriel), 1777-1849. -Gnral franais. Il embrassa avec -ardeur les principes de la Rvolution, -s'enrla et fut attach -longtemps au corps d'arme de -Moreau. Souponn d'intrigues -sous le Consulat et l'Empire, il -passa plusieurs reprises de la -grce la disgrce. Il se rallia -Louis XVIII qui lui confra le -grade de lieutenant-gnral.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ORSET</span> (le duc DE), 1795-1815. Il -se tua en tombant de cheval, et ne -laissa pas d'enfants. Il tait le frre -de lady Plymouth. Le titre de -duc de Dorset a t donn la -famille Sackfield par la reine lisabeth -d'Angleterre.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ORSET</span> (Charles, vicomte de Sackfield, -duc DE), 1767-1843; oncle -du prcdent et hritier de son -titre. Il ne se maria jamais.—Il -tait trs li avec le roi Guillaume -IV d'Angleterre.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">OSNE</span> (Mme), Mlle Sophie-Eurydice -Matheron, pousa en 1816 M. Dosne, -agent de change. Elle tait -ne en 1788. Ses parents tenaient -un magasin de mercerie en gros -dans le faubourg Montmartre.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">OUGLAS</span> (le marquis DE), 1811-1863. -Plus tard duc de Hamilton. En -1843, il pousa la princesse Marie -de Bade. Il mourut Paris des -suites d'un accident.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ROUET</span> D'<span class="cap">E</span><span class="smallc">RLON</span>, 1765-1844. Marchal -de France; il s'tait enrl -sous la Rpublique et avait fait les -campagnes de l'Empire. Il fut un -des plus empresss reconnatre -Napolon I<sup>er</sup> son retour de l'le -d'Elbe, et commanda le premier -corps d'arme pendant les Cent-Jours. -Il combattit Waterloo. -Condamn par contumace, il trouva -un asile en Prusse et ne reprit de -service en France qu'en 1830. Il -fut nomm gouverneur d'Algrie -en 1834.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">UCHATEL</span> (Charles Tanneguy, comte), -1803-1867. Homme politique -franais. Il fut successivement -conseiller d'tat, dput, ministre. -Il fut membre de l'Acadmie -des sciences morales et politiques.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">UNCANNON</span> (John-William), 1781-1847. -Il avait pous, en 1805, -Marie, fille de lord Westmorland. -D'opinions trs librales, il fit -<span class="pagenum"><a id="Page_422"> 422</a></span> -partie en 1834 du ministre Melbourne -avec le portefeuille de -l'Intrieur; en 1835, il fut cr -lord Bessborough.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">UPERR</span> (l'amiral), 1775-1846. Il se -signala de bonne heure dans des -combats contre les Anglais, fut -fait contre-amiral et baron en -1811. Il conduisit, en 1830, la -flotte qui portait l'arme franaise -en Algrie et contribua la prise -d'Alger, ce qui le fit nommer -amiral et pair de France. Il fut -plusieurs fois ministre de la Marine.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">UPIN</span> (Andr-Marie), 1783-1865, -dit <i>Dupin l'an</i>; jurisconsulte et -magistrat franais, dput. Il prit -une part active l'lection de -Louis-Philippe comme roi des -Franais. De 1832 1840, il fut -prsident de la Chambre des dputs. -Sous le deuxime empire, -il fut appel au Snat.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">UPIN</span> (Pierre-Charles-Franois, baron), -1784-1873. Le dernier des -trois Dupin. Statisticien franais. -Membre de l'Institut, de la Chambre -des Pairs, il se montra galement -dvou la dynastie d'Orlans -et la Charte de 1830.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">URHAM</span> (John-Lambton, comte DE), -1792-1840. Gendre de lord Grey. -Il tait entr au Parlement et sigea -dans les rangs des Whigs -avancs. En collaboration avec -lord John Russell, il labora le -grand Bill de rforme en 1831; -il fut plus tard ambassadeur en -Russie et gouverneur du Canada.</li> - -<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">URHAM</span> (lady), 1816-1841. Louise-lisabeth, -fille de lord Grey, -deuxime femme de lord Durham.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">E</p> - -<ul> -<li><span class="cap">E</span><span class="smallc">ASTNOR</span> (lord), 1788-1873. Il avait -pous, en 1815, la fille de lord -Hardwick.</li> - -<li><span class="cap">E</span><span class="smallc">ASTNOR</span> (lady), morte en 1873. -Fille de lord Hardwick, elle tait -sœur de lady Stuart de Rothesay.</li> - -<li><span class="cap">E</span><span class="smallc">BRINGTON</span> (Hughes, comte de Fortescue, -lord), 1783-1861. Il entra -de bonne heure la Chambre des -communes. En 1839, il fut nomm -conseiller priv et vice-roi d'Irlande; -en 1846, grand-intendant -de la Couronne, et il se retira en -1850. Il appartint toujours au -parti whig.</li> - -<li><span class="cap"></span><span class="smallc">LISABETH</span>, reine d'Angleterre, 1533-1603. -Fille de Henri VIII et -d'Anne de Boleyn. Elle ne se maria -pas, et laissa sa couronne -Jacques I<sup>er</sup>, roi d'cosse et fils de -Marie Stuart.</li> - -<li><span class="cap">E</span><span class="smallc">LLICE</span> (l'honorable douard), 1787-1863, -gendre de lord Grey. Membre -de la Chambre des communes, -il contribua y faire voter le Bill -de rforme. Il fut secrtaire du -Trsor et de la Guerre. Riche -commerant, il possdait de vastes -proprits au Canada.</li> - -<li><span class="cap">E</span><span class="smallc">NTRAIGUES</span> (Amde Goveau D'), n -en 1785. Prfet Tours de 1830 - 1847. Il avait pous une princesse -Santa-Croce dont le pre -avait t ml aux vnements de -1798 qui enlevrent Rome au -Pape et y firent proclamer la Rpublique. -Ce prince avait confi -sa fille au prince de Talleyrand -qui la fit lever et la dota.</li> - -<li><span class="cap">E</span><span class="smallc">NTRAIGUES</span> (Jules D'), n en 1787 et -mort fort g. Frre du prfet -<span class="pagenum"><a id="Page_423"> 423</a></span> -de Tours, il possdait, dans les -environs de Valenay, un joli chteau -nomm <i>la Moustire</i>.</li> - -<li><span class="cap">E</span><span class="smallc">SCLIGNAC</span> (la duchesse D'), 1801-1868. -Georgine, fille du baron -Boson de Talleyrand-Prigord, -troisime frre du prince de Talleyrand, -et de Charlotte-Louise -de Puissigneux, elle avait pous -le duc d'Esclignac.</li> - -<li><span class="cap">E</span><span class="smallc">STERHAZY</span> (Paul-Antoine, prince), -1786-1866. Diplomate autrichien, -il fut ambassadeur Londres pendant -les confrences de 1831 et -membre du Ministre hongrois -Batthyny. Il fut toujours un ami -fidle de la duchesse de Dino.</li> - -<li><span class="cap"></span><span class="smallc">TIENNE</span> (Charles-Guillaume), 1777-1845. -Journaliste et auteur dramatique -franais; il devint dput -en 1832, vota avec les libraux et -obtint, en 1839, un sige la -Chambre des Pairs.</li> - -<li><span class="cap"></span><span class="smallc">TIENNE</span> DE <span class="cap">B</span><span class="smallc">LOIS</span>, roi d'Angleterre, -1105-1154. Il avait pour mre -une fille de Guillaume le Conqurant. -tienne de Blois pousa -l'hritire des comtes de Boulogne.</li> - -<li><span class="cap">E</span><span class="smallc">XELMANS</span> (Isidore, comte), 1775-1852. -Un des plus brillants gnraux -du premier Empire. Exil au -retour des Bourbons, il ne put rentrer -en France qu'en 1823. Nomm -pair de France par le roi Louis-Philippe, -il devint en 1849 grand -chancelier de la Lgion d'honneur, -et, en 1851, marchal de France. -Il mourut d'une chute de cheval.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">F</p> - -<ul> -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ABRE</span> (Franois-Xavier), 1766-1837. -Peintre franais, lve de David. -Il se lia, Florence, avec la comtesse -d'Albany, veuve du dernier -des Stuart et d'Alfieri, le clbre -pote italien, qu'elle avait pous -en secondes noces.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">AGEL</span> (le gnral Robert). D'une -famille nerlandaise, il combattit -contre la France pendant les -guerres de la Rpublique. Il fut -nomm ambassadeur des Pays-Bas -aux Tuileries sous la Restauration.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ALK</span> (Antoine-Reinhard), 1776-1843. -Homme d'tat hollandais; il fut -secrtaire de lgation Madrid; -plus tard, ministre des Affaires -trangres, de l'Instruction publique, -du Commerce, des Colonies. -En 1824, il fut envoy comme -ambassadeur Londres; aprs la -sparation de la Hollande et de la -Belgique, il fut ambassadeur -Bruxelles o il mourut.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ALK</span> (Mme), 1792-1851. Rose, baronne -de Roisin; elle tait demoiselle -d'honneur de la Reine des -Pays-Bas et pousa, en 1817, -M. Falk. Aprs la mort de son -mari, elle fut nomme grande -matresse de la princesse d'Orange, -et se dmit de ses fonctions en -1849 lorsque la Princesse monta -sur le trne.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ARNBOROUGH</span> (lord), 1761-1838. Ami -intime de Pitt, il fut matre gnral -des Postes.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ERDINAND</span> II, roi des Deux-Siciles, -1810-1859. Il monta sur le trne -en 1830, et amena par son impopularit -la chute de sa dynastie. -On l'avait surnomm <i>le roi Bomba</i>.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ERDINAND</span> VII, roi d'Espagne, 1784-1833. -<span class="pagenum"><a id="Page_424"> 424</a></span> -Fils an de Charles IV -et de Marie-Louise de Parme. -L'anne mme de son avnement, -en 1808, il fut intern Valenay, -mais remonta sur le trne en 1814.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ERGUSSON</span> (Robert Cutlat), 1768-1838. -Avocat et magistrat anglais. -Il passa vingt ans Calcutta, o il -fit une grosse fortune, et, en 1826, -revint en Angleterre, o il soutint -vigoureusement les rformes librales. -En 1830, il se fit l'avocat -de la Pologne. En 1831, il pousa -une Franaise, Mlle Auger, dont -il eut deux enfants.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ERRETTE</span> (tienne, bailli DE), 1747-1831. -Il tait dj bailli de l'ordre -de Malte en 1767 et ambassadeur -de cet ordre Paris. En 1805, -les domaines de Malte Heitersheim -ayant t sculariss et incorpors -au grand-duch de Bade, -le baron de Ferrette fut indemnis -par une pension viagre de -60,000 livres et nomm ministre -de Bade auprs de l'empereur -Napolon I<sup>er</sup>, plus tard, auprs de -Louis XVIII. Il dmissionna en -1830. Il avait beaucoup de relations - Paris et tait un ami du -prince de Talleyrand.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ERRERS</span> (lord), 1822-1859. Washington -Sewallis, comte Ferrers.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ERRERS</span> (lady), pousa en 1844 lord -Ferrers. Elle se nommait Arabella -et tait fille du marquis de -Donegall.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">IESCHI</span> (Joseph), 1790-1835; n -Murano (Corse); il tenta de faire -prir le roi Louis-Philippe pendant -une revue le 28 juillet 1835, - Paris, au moyen d'une machine -infernale dresse dans une -maison vers le milieu du boulevard -du Temple. Le Roi et les -Princes chapprent, mais vingt-deux -personnes furent blesses et -dix-huit tues, parmi lesquelles -le marchal Mortier, duc de Trvise, -ministre de la Guerre. Fieschi -fut condamn mort avec ses -complices Ppin et Morey.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ITZCLARENCE</span> (Adolphus, lord), 1802-1856. -Troisime fils illgitime du -roi Guillaume IV d'Angleterre et -de l'actrice Mrs Jordan. Il fut -contre-amiral et aide de camp -naval de la reine Victoria.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ITZ</span>-<span class="cap">P</span><span class="smallc">ATRICK</span> (Richard), 1747-1813. -Il fut gnral et se distingua -dans la guerre d'Amrique. Il -entra au Parlement en 1870, fut -secrtaire du duc de Portland, -lord-lieutenant d'Irlande, et, en -1783, secrtaire au ministre de -la Guerre; il fut un constant ami -de Fox.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ITZ</span>-<span class="cap">P</span><span class="smallc">ATRICK</span> (M.). N en 1809, il -pousa en 1830 la fille d'Auguste -Douglas. Il fut capitaine dans l'arme -anglaise et membre du Parlement.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ITZROY</span>-<span class="cap">S</span><span class="smallc">OMERSET</span> (lord), 1788-1855. -Plus tard lord Raglan. Fils cadet -du comte de Beaufort, aide de -camp du duc de Wellington, aux -cts de qui il perdit le bras -droit Waterloo. Il mourut du -cholra sous Sbastopol, o il commandait -l'arme anglaise.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ITZROY</span>-<span class="cap">S</span><span class="smallc">OMERSET</span> (lady), morte en -1881. Elle tait fille de lord Wellesley, -et nice du duc de Wellington, -chef et ami de lord Fitzroy-Somerset, -qu'elle pousa, en 1814. -<span class="pagenum"><a id="Page_425"> 425</a></span></li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">LAHAUT</span> (le gnral comte DE), -1785-1870. Aide de camp de Napolon -I<sup>er</sup>, il fut, sous Louis-Philippe, -pair de France, et sous -Napolon III ambassadeur et -snateur. Ses parents taient -pauvres, et le prince de Talleyrand -avait contribu en partie aux -frais de son ducation.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">LAHAUT</span> (la comtesse DE), morte en -1867. Elle tait fille de lord Keith -et Nairne, amiral anglais.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">OUCH</span> (Joseph), duc d'Otrante, -1763-1820. Matre de police sous -l'Empire; homme habile, mais -sans convictions et sans scrupules.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">OUGIRES</span> (Mlle DE). Elle pousa le -marquis Christian de Nicolay. -Son fils, Antoine, pousa Mlle de -Vog, et sa fille Aymardine, Paul -de Larges.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">OX</span> (Charles-Jacques), 1748-1806. -Un des plus grands orateurs de -l'Angleterre. Dput, il entra -dans l'opposition et fut bientt -la tte du parti whig. Dfenseur -de la tolrance et de la libert, il -se montra favorable la Rvolution -franaise et ne cessa de conseiller -la paix avec la France.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">RANOIS</span> <span class="cap">I</span><sup>er</sup>, Roi de France, 1494-1547. -Fils de Charles d'Orlans, -comte d'Angoulme, et de Louise -de Savoie, il succda, en 1515, au -roi Louis XII dont il avait pous -la fille Claude.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">RDRIC</span><span class="cap"> II</span> LE <span class="cap">G</span><span class="smallc">RAND</span>. Roi de Prusse, -1712-1786. Guerrier illustre, il -fonda la puissance militaire de -la Prusse. Amateur des lettres et -se piquant de philosophie, il -attira Voltaire sa cour et fut en -relation avec les encyclopdistes.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">RIAS</span> (le duc DE), 1783-1851. Don -Bernardino Fernandez Vilano, -comte de Haro, duc de Frias, duc -de Meda, marquis de Villena. -Depuis 1796, il servit dans la <i>Guardia -Volona</i> et devint capitaine. Il -pousa doa Marianna de Siloa, -fille du marquis de Santa-Cruz. -Le duc de Frias fut ambassadeur -d'Espagne Londres, et devint -ensuite prsident de la Chambre -haute tablie par la Charte qu'octroya -la reine Marie-Christine en -1834, et appele <i>El estatuto Real</i>. -Il tait homme de lettres et a -laiss des posies.</li> - -<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ULCHIRON</span> (Jean-Claude), 1774-1859. -Littrateur et homme politique -franais. lve de l'cole polytechnique, -il servit dans l'artillerie. -En 1831, lu dput, il se -montra, pendant quinze ans, le -constant dfenseur de la politique -conservatrice. Pair de France en -1845, il rentra dans la vie prive -en 1848.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">G</p> - -<ul> -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">ATE</span> (Martin-Charles Gaudin, duc -DE), 1756-1841. Ministre des -Finances sous Napolon I<sup>er</sup>, qui le -cra duc. Il fut dput sous la -Restauration, et, en 1820, gouverneur -de la Banque de France.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">ARCIA</span> (Manuel), 1775-1832. Compositeur -et artiste lyrique espagnol; -il fut le pre de Mme Malibran -et de Mme Viardot.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">ARRAUBE</span> (Jean-Alexandre Valleton -DE), 1790-1859. Il suivit la carrire -<span class="pagenum"><a id="Page_426"> 426</a></span> -militaire et se signala -d'abord par son zle lgitimiste. -Son dvouement pour la duchesse -d'Angoulme lui valut le surnom -de <i>Chevalier du Brassard</i>, et -une faveur qui, pendant quinze -ans, ne se dmentit pas. Il se rallia - Louis-Philippe en 1830. En -1831, il tait colonel et dput. Il -se montra, en gnral, fidle la -politique des doctrinaires. Il fut -admis la retraite en 1852 avec -le grade de gnral de brigade.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">ASTON</span> D'<span class="cap">O</span><span class="smallc">RLANS</span>, 1608-1660. Troisime -fils du roi Henri IV et -frre de Louis XIII. Il porta le -titre de duc d'Anjou jusqu'en -1624, o il reut en apanage le -duch d'Orlans. Il joua un rle -dplorable pendant la Fronde, -passant sans cesse d'un parti -un autre. C'tait, du reste, un -homme spirituel, ami des lettres -et des sciences. Il laissa une seule -fille, la clbre Mademoiselle, -duchesse de Montpensier.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">AUTARD</span> (M. DE), mort en 1839. Il -possdait, prs de Bex, le chteau -Grenier. Trs estim, il fut beaucoup -regrett quand il mourut -des suites d'un accident, l'esprit-de-vin -dont il dirigeait la fabrication -ayant pris feu et fait explosion.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">EORGE</span> <span class="cap">III</span>, Roi d'Angleterre, 1738-1820. -Il monta sur le trne en -1760, succdant son grand-pre -George II. Il tendit les conqutes -de l'Angleterre aux Indes et runit -dfinitivement l'Irlande. Il -combattit de tout son pouvoir la -Rvolution franaise, et devint fou -dix ans avant sa mort.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">EORGE</span> <span class="cap">IV</span>, Roi d'Angleterre, 1762-1830. -Une jeunesse dissipe, -l'normit de ses dettes et son -mariage avec une catholique, -Mrs Fitzherbert, lui alinrent -l'estime de sa nation. En 1795, il -pousa la princesse Caroline de -Brunswick, laquelle il intenta -plus tard un procs scandaleux. -En 1811, le Parlement lui donna -la Rgence par suite de la dmence -de son pre. Il monta sur -le trne eu 1820. Ce fut lui que -Napolon adressa sa lettre pour -rclamer l'hospitalit de l'Angleterre, -aprs sa seconde abdication.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">EORGE</span> <span class="cap">V</span>, Roi de Hanovre, 1819-1878. -Il succda son pre le -roi Ernest-Auguste en 1851, malgr -sa ccit. En 1866, il perdit -ses tats, qui passrent la Prusse, -aprs avoir absolument refus -toute entente avec elle.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">RARD</span> (tienne-Maurice, comte), -1773-1852. Ayant adopt la carrire -militaire, il fit toutes les campagnes -de la Rpublique et de -l'Empire. La Restauration l'loigna. -En 1830, il devint ministre -de la Guerre, et en 1831 marchal. -Commandant de l'expdition -de Belgique, il prit la citadelle -d'Anvers et fut lev la -Pairie en 1832.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">ESSLER</span> (Hermann). Bailli des cantons -de Schwytz et d'Uri pour -Albert I<sup>er</sup> d'Autriche; il fut, par -sa cruaut, cause de l'insurrection -du pays en 1307, et, selon la -tradition, prit de la main de -Guillaume Tell.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">ILLES</span> LE <span class="cap">G</span><span class="smallc">RAND</span>. Type de la comdie -bouffonne, tirant son nom d'un -<span class="pagenum"><a id="Page_427"> 427</a></span> -acteur clbre au dix-septime -sicle.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">IRARDON</span> (Franois), 1630-1715. -Sculpteur: protg par le chancelier -Sguier qui l'envoya tudier - Rome, il fit plusieurs ouvrages -trs estims.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">IROLLET</span> (Jean-Baptiste-Simon, abb), -1765-1836. Prtre bndictin de -la congrgation de Saint-Maur, -que la Rvolution fora d'migrer. -Il trouva en Pologne une situation -de prcepteur o il connut la princesse -Tyszkiewicz. Elle le recommanda -au prince de Talleyrand, -qui le fit nommer aumnier de la -Chambre des Pairs. Il fut trs ami -de la famille de Talleyrand. Vers -la fin de sa vie, il s'tablit Rochecotte, -o il fonda une cole qui -porte son nom.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">LOUCESTER</span> (Frdric, duc DE), -1776-1834. Fils du duc Guillaume-Henri -de Gloucester, mort en -1805, il avait pous en 1816 la -quatrime fille du roi George III, -et fut, cette occasion, lev au -rang de prince du sang.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">LOUCESTER</span> (la duchesse DE), 1776-1857. -Marie, fille de George III -d'Angleterre et de la princesse -Sophie-Charlotte de Mecklembourg-Strlitz, -pouse du duc de -Gloucester.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">ONTAUT</span>-<span class="cap">B</span><span class="smallc">IRON</span> (la duchesse DE), -1773-1858, ne Montault-Navailles, -gouvernante des enfants de France, -qu'elle suivit en exil. Charles X -l'avait cre duchesse en 1827: -c'tait un titre brevet.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">RAFTON</span> (Henry Fitzroy, duc DE), -1790-1863. Il entra en 1826 la -Chambre des communes parmi -les libraux et les promoteurs de -la rforme parlementaire. A la -mort de son pre, il entra la -Chambre des lords o il conserva -son attitude librale, suivant assez -fidlement la politique de lord -John Russell. Il avait pous une -fille de l'amiral Berkeley.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">RAHAM</span> (sir James), 1792-1861. Il -devint en 1836, la mort de son -pre, duc de Montrose et il sigea -alors la Chambre des lords dans -les rangs du parti conservateur. -En 1837, il devint chancelier de -l'Universit de Glascow; en 1852, -grand matre de la maison de la -reine: il fut aussi lord-lieutenant -et chancelier du duch de Lancastre.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">RANT</span> (Charles), plus tard lord Glenelg. -Il tait n en 1780, fut -membre de la Chambre des communes. -De 1817 1822, il fut -secrtaire d'tat pour l'Irlande. -En 1830, il fit partie du ministre -de lord Grey et, en 1835, de celui -de lord Melbourne.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">RANVILLE</span> (lord), 1775-1846. Fils -cadet du marquis de Stafford; il -reprsenta pendant de longues -annes l'Angleterre Paris, o il -sut se crer des amitis prcieuses. -Sa femme tait fille de la belle -duchesse de Devonshire.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">RANVILLE</span> (lady). Henriette-lisabeth -Cavendish, fille du duc de -Devonshire, pousa en 1809 lord -Granville et mourut en 1862.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">REFFULHE</span> (Mme), 1766-1859. Pauline -de Randan-Pully; elle pousa -en 1793 M. Louis Greffulhe, dont -elle eut une fille qui fut la comtesse -de Castellane. Devenue -<span class="pagenum"><a id="Page_428"> 428</a></span> -veuve en 1821, Mme Greffulhe -pousa en secondes noces le -comte d'Aubusson la Feuillade, -pair de France et ancien ambassadeur, -qui mourut en 1848.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">RENVILLE</span> (lord William Wyndham), -1759-1834; attach au -parti de Pitt dont il tait le parent, -il remplit plusieurs rles -politiques.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">REVILLE</span> (Henry). Il occupa un -emploi la cour vice-royale de -Dublin sous lord Clarendon; il -eut ensuite un poste au Foreign-office -et fut secrtaire priv du -duc de Wellington.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">REY</span> (Charles Howick, lord), 1764-1845. -Appartenant au parti libral, -lord Grey fut ministre avec -Fox et joua un grand rle dans le -procs de la reine Caroline et -aussi dans les affaires de Belgique -en 1830. C'est lui que -l'Angleterre dut sa rforme lectorale.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">REY</span> (lady), 1775-1861. Fille de -William Ponsonby et de Louise, -fille du vicomte Molesworth, elle -avait pous lord Grey en 1794.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">REY</span> (lady lisabeth), fille de lord -Grey; elle mourut sans s'tre -marie.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">REY</span> (lady Georgiana), sœur de la -prcdente; elle mourut en 1870 -sans avoir t marie.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">RISI</span> (Giulia), 1812-1869. Clbre -cantatrice, fille d'un officier italien -au service de la France et -nice de Mme Grassini. Elle naquit - Milan, entra de bonne -heure au Conservatoire et devint -une artiste renomme, admire -dans toute l'Europe et l'Amrique. -En 1836, elle pousa Paris le -comte Grard de Melcy, mais -cette union fut rompue peu aprs, - la suite d'un duel entre M. de -Melcy et lord Castlereagh, neveu -du clbre homme d'tat. Elle -se remaria plus tard avec son -camarade Mario, comte de Candia.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">ROSVENOR</span> (lady), ne en 1797; -lisabeth, fille cadette du duc de -Sutherland, pousa en 1819 le -duc de Westminster.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc"><a id="UILLAUME"></a>UILLAUME</span> <span class="cap">II</span>, Roi des Pays-Bas, -1792-1849. Il pousa, en 1816, -Anna Paulowna, fille de l'Empereur -Paul de Russie, et eut un -rgne paisible et conciliateur.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">UILLAUME</span> <span class="cap">IV</span>, Roi d'Angleterre, -1765-1837. Il monta sur le trne - l'ge de soixante-cinq ans, succdant - son frre George IV, et -rgna de 1830 1837. Il avait -pous, en 1818, Adlade, fille du -duc de Saxe-Meiningen.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">UILLAUME</span> LE <span class="cap">C</span><span class="smallc">ONQURANT</span> ou le Btard, -duc de Normandie, 1027-1087. -Il conquit l'Angleterre en -1066 et sut organiser fortement -son nouveau royaume en crant -une noblesse militaire hirarchise.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">UILLAUME TELL</span>, mort en 1354. Un -des chefs de la rvolution qui -affranchit la Suisse en 1307.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">UISE</span> (Henri de Lorraine, duc DE), -dit <i>le Balafr</i>; 1550-1588. Fils -an de Franois de Guise, chef -de la Ligue, il fut assassin au -chteau de Blois par ordre de -Henri III; il avait dirig le massacre -de la Saint-Barthlemy.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">UIZOT</span> (Franois-Pierre-Guillaume), -<span class="pagenum"><a id="Page_429"> 429</a></span> -1767-1874. Homme d'tat et -crivain franais; il fut ministre -sous Louis-Philippe. Ambassadeur - Londres et membre de l'Acadmie -franaise.</li> - -<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">UIZOT</span> (Mme), 1803-1833. lisa Dillon, -fut la deuxime femme de -M. Guizot, qu'elle pousa en 1828, -aprs la mort de sa premire -femme, Pauline de Meulan.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">H</p> - -<ul> -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">AENDEL</span> (Georges-Frdric), 1685-1759. -Compositeur allemand, n - Halle en Saxe, mort aveugle -Londres.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ALFORD</span> (sir Henry Wangham), -1766-1844. Premier mdecin du -roi George III d'Angleterre, -jouissant d'une grande rputation. -En 1809, il fut cr baron. Il -avait pous, en 1795, la deuxime -fille de lord Blestow.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ARDWICK</span> (lady), 1763-1858. lisabeth, -fille du comte de Balcarres, -pousa, en 1782, Charles-Philippe -Yorke, qui, la mort de son -oncle lord Hardwick, prit son -nom et son titre. Le mari de -lady Hardwick, amiral, fit partie -du ministre Derby en 1852.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ARDY</span> (miss mily), morte en 1866. -Elle pousa, en 1839, le Rv. -Francis Flewson de Rillarmes.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">AREWOOD</span> (lord Henry), 1767-1841. -Il avait pous lady Louise Thynne, -fille du marquis de Bath.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ARISPE</span> (le gnral), 1768-1854. Il -fit avec distinction les campagnes -de la Rvolution et de l'Empire. -cart par la Restauration, il fut -rappel en 1830, lev la Pairie -et fait marchal de France en 1851.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">AYDN</span> (Franois-Joseph), 1732-1809. -Compositeur allemand. Auteur de -symphonies et d'oratorios remarquables.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">LNE</span> DE <span class="cap">T</span><span class="smallc">ROIE</span>. Princesse grecque -clbre par sa beaut, et, selon -la fable, fille de Jupiter et de -Lda. pouse de Mnlas, elle fut -enleve par Pris, ce qui dtermina -l'expdition des Grecs contre -Troie.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ENRI</span> <span class="cap">III</span>, Roi d'Angleterre, 1216-1272. -Fils de Jean sans Terre, -auquel il succda l'ge de neuf -ans.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ENRI</span> <span class="cap">III</span>, Roi de France, 1551-1589. -Troisime fils de Henri II. Il -porta d'abord le titre de duc d'Anjou, -fut lu roi de Pologne, mais -abandonna ce royaume au bout de -quelques mois pour venir succder, -en France, son frre -Charles IX. Il fut assassin par -Jacques Clment, et avec lui -s'teignit la branche des Valois.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ENRI</span> <span class="cap">IV</span>, Roi de France, 1553-1610. -Fils d'Antoine de Bourbon et de -Jeanne d'Albret; il monta sur le -trne en 1589, et mourut assassin -par Ravaillac.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ENRI</span> <span class="cap">V</span>. Les lgitimistes appelaient -ainsi le duc de Bordeaux.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ENRI</span> <span class="cap">VIII</span>, Roi d'Angleterre, 1491-1547; -succda en 1509 son -pre Henri VII; il se pronona -pour Charles-Quint contre Franois -I<sup>er</sup> et rompit avec l'glise -catholique.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ERTFORD</span> (lady), morte en 1836. -Isabelle, fille ane de Charles-Ingram -Sheffield, vicomte Irvin, -<span class="pagenum"><a id="Page_430"> 430</a></span> -pousa Seymour Conway, marquis -de Hertford. Elle tait une -amie de George IV.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ESSE</span>-<span class="cap">D</span><span class="smallc">ARMSTADT</span> (le grand-duc DE), -1777-1848. Louis II; il pousa en -1830 une princesse Wilhelmine de -Bade, qui mourut en 1836.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ESSE</span>-<span class="cap">D</span><span class="smallc">ARMSTADT</span> (la grande-duchesse -DE), 1813-1842. Mathilde-Caroline, -fille du roi Louis de Bavire -et pouse du grand-duc -Louis III de Hesse-Darmstadt.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ESSE</span>-<span class="cap">H</span><span class="smallc">OMBOURG</span> (la Landgravine DE), -1770-1840. lisabeth, fille du roi -George III d'Angleterre, pousa, -en 1818, le landgrave Frdric-Joseph, -qui mourut en 1829.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ESSE</span>-<span class="cap">H</span><span class="smallc">OMBOURG</span> (la Landgravine DE), -ne en 1778. Auguste, fille du -duc de Nassau-Usingen, pousa en -1804 le landgrave Louis de Hesse-Hombourg.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">EYTESBURY</span> (lord William), 1779-1860. -Homme d'tat anglais; conseiller -priv, diplomate distingu; -son dernier poste d'ambassadeur -fut celui de Saint-Ptersbourg de -1828 1833. De 1844 1846, -il fut lord-lieutenant d'Irlande. -Il avait pous une fille de -W. Bouverie.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ILL</span> (lord Rowland), 1773-1842. -Gnral anglais. Il s'illustra dans -la guerre d'Espagne et la campagne -de 1815. En 1827, il -devint gouverneur de Plymouth, -et l'anne suivante il reut le -commandement en chef de l'arme -anglaise.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">OBHOUSE</span> (sir John Cam), 1785-1869. -crivain et homme politique -anglais. Condisciple de lord -Byron Cambridge, il conserva -toujours pour lui une vive amiti. -Ils visitrent ensemble une partie -de l'Orient et du Continent et sir -J. Hobhouse fit paratre en 1812 -un ouvrage, <i>Voyage travers l'Albanie</i>, -qui le fit nommer membre -de la Socit Royale de Londres. -S'tant trouv Paris lors du -retour de Napolon de l'le d'Elbe, -sir J. Hobhouse publia, aprs la -bataille de Waterloo, <i>Lettres -crites par un Anglais pendant les -Cent-Jours</i>, livre qui fit sensation, -car il y attaquait vivement le gouvernement -et y mettait des ides -librales. Hobhouse entra en 1820 - la Chambre des communes et -occupa ds lors plusieurs postes -administratifs. Il fut lev la -Pairie en 1851 sous le titre de -baron Broughton Gyfford.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">OHENTHAL</span> (la comtesse DE), 1808-1845. -Ne princesse Louise de -Biron-Courlande, sœur de la comtesse -de Lazareff et de Mme de -Boyen.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">OLLAND</span> (lord), 1772-1840. Neveu -de Fox, il fut, comme son oncle, -le champion des liberts publiques. -Il contribua, avec lady Holland, -adoucir le sort de Napolon -Sainte-Hlne.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">OLLAND</span> (lady), morte en 1840. -Elle fut en premires noces lady -Webster. Lord Holland l'avait -connue Florence et l'pousa -aprs avoir eu avec elle une liaison -antrieure, et aprs son divorce -d'avec sir Godfrey Webster. Lady -Holland tait trs spirituelle et -Holland-House fut pendant longtemps -le rendez-vous des notabilits -littraires de l'poque. -<span class="pagenum"><a id="Page_431"> 431</a></span></li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">OMRE</span>. Clbre pote grec, regard -comme l'auteur de l'<i>Iliade</i> et de -l'<i>Odysse</i>.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">OPE</span> (Thomas), 1774-1835. Riche et -amateur des arts, il voyagea beaucoup, -puis s'installa Londres o -il forma de riches galeries de -peinture et de sculpture.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">OWE</span> (Richard-William Penn, lord), -mort en 1870, fils du baron Curzon. -En 1831, il occupait une -charge la cour de la reine Adlade -d'Angleterre.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">OWICK</span> (Henry), 1802-1894. Fils -an de lord Grey et sous-secrtaire -d'tat aux colonies dans le -ministre de son pre en 1830. -En 1845, la mort de lord Grey, -il prit son titre et sa place la -Chambre des lords. Il avait des -opinions trs librales.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">UGO</span> (Mme Victor), ne en 1810; -elle se nommait Adle Foucher, -et tait la fille de Paul-Henry -Foucher, littrateur et homme -politique franais.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">UMANN</span> (Jean-Georges), 1780-1842. -Financier et homme d'tat franais. -Il sigea la Chambre des -dputs partir de 1820, fut un -des deux cent vingt et un signataires -qui amenrent la rvolution -de 1830, fut ministre des -Finances de 1832 1836 et de -1840 jusqu' sa mort.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">URE</span> (M.). Grand ami de Fox.</li> - -<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">USS</span> (Jean), 1373-1415. Thologien -hrsiarque, de Bohme. Excommuni -par le pape Alexandre V -pour avoir adopt les doctrines de -Wicleff, il en appela au Concile -de Trente, et, refusant de se rtracter, -il fut brl vif.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">I</p> - -<ul> -<li><span class="cap">I</span><span class="smallc">NS</span> DE <span class="cap">C</span><span class="smallc">ASTRO.</span>> Assassine en 1355. -Clbre par sa beaut et ses -malheurs; elle fut pouse par -l'Infant Pierre de Portugal. Ferreira -fit sur elle, au seizime -sicle, une tragdie.</li> - -<li><span class="cap">I</span><span class="smallc">SABELLE</span> (doa), 1801-1876. Rgente -de Portugal de 1826 -1828.</li> - -<li><span class="cap">I</span><span class="smallc">SABELLE</span> <span class="cap">II</span>, Reine d'Espagne, 1830-1904. -Elle succda son pre le -roi Ferdinand VII en 1833, sous -la tutelle de sa mre, la reine -Christine. Isabelle II pousa son -cousin germain, Franois d'Assise -de Bourbon, qui prit le titre -de roi. Elle abdiqua, en 1870, en -faveur de son fils Alphonse XII, -aprs avoir quitt l'Espagne par -suite de la rvolution de 1868.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">J</p> - -<ul> -<li><span class="cap">J</span><span class="smallc">ACOB</span> (Louis-Lon, comte), 1768-1854. -Marin franais. Il inventa -en 1805 les signaux smaphoriques, -devint contre-amiral en -1812. Il fut lev la Pairie -aprs 1830, et un moment ministre -de la Marine.</li> - -<li><span class="cap">J</span><span class="smallc">ACQUES</span> <span class="cap">I</span><sup>er</sup>, Roi d'cosse et d'Angleterre, -1566-1625. Fils de Marie -Stuart, il fut roi d'cosse un an, -en 1567, et roi d'Angleterre en -1603 la mort d'lisabeth.</li> - -<li><span class="cap">J</span><span class="smallc">AUCOURT</span> (la marquise DE), 1762-1848. -Mlle Charlotte de Bontemps -avait pous le marquis de Jaucourt, -petit-neveu du chevalier -de Jaucourt, rdacteur de l'<i>Encyclopdie</i>. -<span class="pagenum"><a id="Page_432"> 432</a></span></li> - -<li><span class="cap">J</span><span class="smallc">ERMINGHAM</span> (Miss). Fille ane du -baron Stafford, elle mourut en -1838.</li> - -<li><span class="cap">J</span><span class="smallc">ERSEY</span> (lady), 1787-1867. Sarah, fille -du comte de Westmorland. Lord -Jersey, son mari, remplit diverses -charges de cour et lady Jersey -tint longtemps, dans la socit de -Londres le sceptre de l'lgance.</li> - -<li><span class="cap">J</span><span class="smallc">OSPHINE</span> (l'impratrice), 1763-1814. -Ne la Martinique, Josphine -Tascher de la Pagerie pousa en -1779 le vicomte de Beauharnais, -qui mourut sur l'chafaud en -1794; en 1796, elle pousa le -gnral Bonaparte, et elle devint -Impratrice en 1804; mais, en -1809, Napolon divora et elle -mourut cinq ans aprs au chteau -de la Malmaison, prs de -Paris.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">K</p> - -<ul> -<li><span class="cap">K</span><span class="smallc">ENT</span> (la duchesse DE), 1786-1861. -Fille du duc de Saxe-Cobourg-Saalfeld -et mre de la reine Victoria -d'Angleterre. Elle avait -pous, en premires noces, le -prince Emich de Leiningen, et en -secondes noces, le duc de Kent, -quatrime fils du roi George III -d'Angleterre.</li> - -<li><span class="cap">K</span><span class="smallc">OREFF</span> (David-Ferdinand), 1783-1851. -Fils d'un mdecin juif, il -naquit Breslau, fit ses tudes -Halle, Berlin et Paris. Il voyagea -en Italie avec la famille de -Custine et se trouvant Vienne, en -1814, y fit la connaissance de Hardenberg, -chancelier du roi de -Prusse, qui l'engagea entrer au -service de l'tat prussien. Il se -fit alors baptiser. En 1821, il alla - Paris, puis passa quelques annes -en Angleterre.</li> - -<li><span class="cap">K</span>PER (le Rv. D<sup>r</sup> William), originaire -d'Allemagne et luthrien, il -fut pendant de longues annes -lecteur de la reine Adlade d'Angleterre. -Il eut pour fils l'amiral -Auguste-Lopold Kper.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">L</p> - -<ul> -<li>LA <span class="cap">B</span><span class="smallc">ESNARDIRE</span> (Jean-Baptiste Goney -DE), 1765-1843. En 1805 il accompagna -le prince de Talleyrand -la suite de la Grande Arme; pendant -les dernires annes de l'Empire, -il reprsenta au Conseil -d'tat, avec MM. d'Hauterive et -Dalberg, le ministre des Affaires -trangres; en 1814, il accompagna -le prince de Talleyrand -Vienne. En 1819, il se retira en -Touraine.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ABOUCHRE</span> (Henri), 1798-1861. Anglais, -d'une famille d'origine franaise, -il fut dput de Taunton -depuis 1830. Il tait le deuxime -fils de Pierre-Csar Labouchre, -associ de la maison Hope et C<sup>ie</sup>, -d'Amsterdam, et d'une fille de sir -Francis Baring. Il pousa une -Baring, sa cousine germaine. En -1858 il fut lev la Pairie sous -le titre de lord Taunton.</li> - -<li>LA <span class="cap">B</span><span class="smallc">RUYRE</span> (Jean DE), 1645-1696. -Moraliste franais; il fut le prcepteur -du petit-fils du grand -Cond et l'auteur des <i>Caractres</i>.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ACRETELLE</span> (Jean-Claude-Dominique -DE), 1766-1855. Auteur de -<span class="pagenum"><a id="Page_433"> 433</a></span> -plusieurs ouvrages historiques o -il se recommande plus par une -certaine habilet d'arrangement -que par la profondeur.</li> - -<li>LA <span class="cap">F</span><span class="smallc">AYETTE</span> (Gilbert Mortier, marquis -DE), 1757-1834. Aprs avoir -fait, fort jeune, la guerre d'Amrique, -il fut nomm en 1788 dput -aux tats gnraux: mis hors -la loi aprs le 20 juin 1792, il dut -s'enfuir, mais, arrt par les Autrichiens, -il resta cinq ans enferm - Olmtz. Dput en 1814, il vota -la dchance de l'Empereur; sous -la Restauration, il resta toujours -dans l'opposition. Chef des gardes -nationales en 1830, il contribua -l'avnement de Louis-Philippe.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">AGRANGE</span>-<span class="cap">C</span><span class="smallc">HANCEL</span> (Joseph DE), 1676-1758. -Littrateur franais, auteur -de tragdies assez faibles et des -<i>Philippiques</i>.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">AMB</span> (sir Frdric), 1782-1852. Diplomate -anglais; frre de lord -Melbourne, il fut ambassadeur -Venise, Mnich, en Espagne, et -entra en 1821 la Chambre des -lords sous le titre de lord Beauvale. -En 1848, il devint vicomte -Melbourne, la mort de son frre -William.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">AMENNAIS</span> (Hughes-Flicit-Robert, -abb DE), 1782-1854. crivain catholique, -philosophe rformateur, -journaliste rvolutionnaire, il rompit -avec l'glise, qui avait condamn -ses ouvrages.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ANGWARD</span>. Improvisateur allemand -peu clbre.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ANSDOWNE</span> (Henry, marquis DE), -1780-1863. Homme d'tat anglais. -Whig modr, il a laiss une rputation -mrite de droiture et -d'honntet politique. Il entra au -Parlement de 1802; il montra -beaucoup de zle pour l'abolition -de l'esclavage, et dfendit avec -ardeur les catholiques irlandais. -En 1830, il entra dans le Cabinet -rformiste de lord Grey, et devint -prsident du Conseil priv.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ANSDOWNE</span> (lady), morte en 1865. -Elle tait fille de sir Henry Vane -Tempest et pousa le marquis de -Lansdowne en 1819.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ARCHER</span> (Mlle Henriette), 1782-1860. -Elle tait Genevoise, et fut -la gouvernante de Mlle Pauline de -Prigord, plus tard marquise de -Castellane.</li> - -<li>LA <span class="cap">R</span><span class="smallc">EDOUTE</span> (Joseph-Charles-Maurice, -comte DE), 1804-1886. lve -de l'cole polytechnique, il devint -lieutenant en 1826 et fut nomm -officier d'ordonnance du duc d'Orlans, -en 1833. lu dput de -Carcassonne en 1835, il quitta la -carrire militaire; fut en 1840 -ambassadeur pendant quelques -mois, Madrid, et entra la -Chambre des pairs l'anne suivante.</li> - -<li>LA <span class="cap">R</span><span class="smallc">OCHEFOUCAULD</span> (la vicomtesse -Sosthne DE), 1790-1834. Elle -tait la fille unique du duc Mathieu -de Montmorency.</li> - -<li>LA <span class="cap">R</span><span class="smallc">ONCIRE</span> LE <span class="cap">N</span><span class="smallc">OURY</span> (mile-Clment -DE), 1804-1874. Fils du gnral -de la Roncire, il s'engagea - dix-sept ans dans la cavalerie et -fut dtach comme lieutenant -l'cole de Saumur en 1833. A la -suite d'un procs qui le condamna - dix ans de rclusion, il rentra -dans l'obscurit. Le second Empire -l'en fit sortir, et le nomma -<span class="pagenum"><a id="Page_434"> 434</a></span> -successivement inspecteur de la -colonisation en Algrie, chef de -service Chandernagor, puis aux -les Saint-Pierre-et-Miquelon.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ATOUR</span>-<span class="cap">M</span><span class="smallc">AUBOURG</span> (le marquis DE), -1781-1847. Diplomate franais; il -fut, sous le premier Empire, charg -d'affaires Constantinople, puis -ministre plnipotentiaire en Wrtemberg. -Sous la Restauration, il -devint successivement ministre en -Hanovre, en Saxe, ambassadeur -Constantinople en 1823, Naples -en 1830, et Rome en 1831. -Cette mme anne il fut appel -la Pairie.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">AURENCE</span> (Justin), 1794-1863. Fils -d'un orfvre de Mont-de-Marsan, -il fut le champion de l'opposition -librale dans son dpartement. -Tour tour conseiller de prfecture -des Landes, avocat gnral -la Cour royale de Pau, il fut lu -dput en 1831. En 1844, il fut -appel la Direction gnrale des -Contributions. La Rvolution de -1848 mit fin sa carrire politique.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">AUZUN</span> (le duc DE), 1632-1733. Joua -un rle brillant, mais aventureux, - la cour de Louis XIV. Il pousa -la Grande Mademoiselle, cousine -germaine du Roi.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">AVAL</span> (le prince Adrien DE), 1768-1837. -Pair de France, duc de -Fernando en Espagne; il fut ambassadeur -de France Rome. Il -avait pous sa cousine, Mlle de -Montmorency-Luxembourg.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">AVRADIO</span> (don Francisco de Almeida, -comte DE), 1796-1870. Portugais, -pair du royaume, conseiller d'tat, -il fut ministre en 1825 et en 1846. -En 1851, il fut ministre Londres -et il venait d'tre transfr - Rome lorsqu'il mourut.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">AZAREFF</span> (le comte Lazare DE), -1792-1871. Colonel russe; il -pousa la princesse Antoinette de -Biron-Courlande.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">EGONIDEC</span> (Joseph-Julien), 1763-1844. -Magistrat franais. Avocat -au Parlement de Paris, il passa -en Amrique le temps de la Rvolution -et ne revint en France -qu'en 1797. En 1815, la Restauration -le nomma conseiller la -Cour de cassation o il sigeait -encore au moment de sa mort -comme doyen de la Chambre civile.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">E</span> <span class="cap">H</span><span class="smallc">ON</span> (le comte Charles), 1792-1868. -N Tournay, en Belgique, -il joua dans son pays un rle d'opposition -avant 1830. Il fut ensuite, -pendant de longues annes, ministre -de Belgique Paris o il -resta jusqu'en 1852.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">EHZEN</span> (Mlle Louise) morte en -1870. Fille d'un pasteur protestant -hanovrien, elle vint en Angleterre -en 1818 pour tre gouvernante -de la princesse Fodore -de Leiningen, fille du premier -mariage de la duchesse de Kent; -elle prit les mmes fonctions auprs -de la princesse Victoria, plus -tard Reine d'Angleterre. En 1827, -le Roi George IV lui confra le -titre de baronne. Elle resta la -cour d'Angleterre jusqu'en 1849 -et retourna alors en Allemagne.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">EICESTER</span> (Richard Dudley, comte -DE), 1531-1588. Jouissant d'un -grand crdit sur la reine lisabeth -d'Angleterre, le comte de -<span class="pagenum"><a id="Page_435"> 435</a></span> -Leicester fut combl de ses faveurs.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ENORMAND</span> (Marie-Anne), 1772-1843. -Clbre devineresse. Elle -fut leve chez les bndictines -d'Alenon, o elle commena son -rle de prophtesse, vint ensuite - Paris en 1790; elle se mit y -prdire l'avenir, par les cartes, -et fut consulte par l'impratrice -Josphine et d'autres personnages -de distinction.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ON</span> (la princesse DE), morte en 1815. -Elle se nommait, avant son mariage, -Mlle de Sran. Elle mourut -d'un accident, sa robe ayant pris -feu. Son mari entra dans les ordres -trois ans plus tard; il fut -successivement appel aux vchs -d'Auch et de Besanon et, -en 1830, il reut le chapeau de -cardinal. Aprs la mort de son -pre, le prince de Lon avait pris -le titre de duc de Rohan.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ON</span> (l'vque DE). Don Joachim -Albarca y Blanqus, 1781-1844. -Un des conseillers du prtendant -don Carlos, qu'il accompagna -Londres en 1834, et qui le nomma -plus tard son ministre de grce et -de justice. Il mourut Turin. Il -avait pris possession du sige piscopal -de Lon en 1825.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OPOLD</span> <span class="cap">I</span><sup>er</sup>, Roi des Belges, 1790-1865. -Georges-Chrtien-Frdric, -prince de Cobourg-Gotha, fut lu -roi des Belges en 1831. Il avait -pous, en premires noces, en -1816, la princesse Charlotte d'Angleterre, -et en deuximes noces, -la princesse Louise d'Orlans, fille -du Roi Louis-Philippe.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ESLIE</span> (Charles-Robert), 1794-1839. -Peintre anglais; artiste remarquable, -excellant surtout reproduire -sur la toile les crivains -qui il empruntait gnralement -ses tableaux, Shakespeare, Cervantes, -Molire, Sterne, Walter -Scott.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">EUCHTENBERG</span> (le prince Auguste-Charles -DE), 1807-1835. Il pousa, -en 1835, doa Maria, reine de -Portugal, et mourut la mme anne.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">EUCHTENBERG</span> (le prince Max DE), -1817-1852. Fils d'Eugne de -Beauharnais; il pousa, en 1839, -la grande-duchesse Marie, fille de -l'Empereur Nicolas I<sup>er</sup> de Russie.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">EZAY</span>-MARNESIA (Albert, comte DE), -1722-1857. Il occupa plusieurs -prfectures, entre autres celle du -Loir-et-Cher, dont il tait titulaire -en 1834.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ICHTENSTEIN</span> (Aloys-Joseph, prince -DE), 1796-1858. Diplomate autrichien; -il fut attach aux ambassades -de Londres, de La Haye et -de Dresde. Il avait pous une -comtesse Kinsky.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">IEVEN</span> (Christophe, prince DE), -1770-1839. Gnral russe; il fut -ambassadeur Paris et Londres, -puis, en 1834, gouverneur du -grand-duc hritier de Russie, plus -tard Alexandre II.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">IEVEN</span> (la princesse DE), 1784-1857. -Dorothe de Benkendorff, pouse -du prince Christophe de Lieven, -ambassadeur Londres; remarquable -par son esprit et son jugement, -elle fit de son salon Londres -le rendez-vous des hommes -les plus distingus, et passa les -dernires annes de sa vie Paris, -<span class="pagenum"><a id="Page_436"> 436</a></span> -o elle se vit recherche par les -plus hauts personnages politiques.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ITTLETON</span> (douard-John Walhouse), -1791-1863. Cr baron Hatherton -en 1835. Membre du Parlement -anglais. En 1812, il pousa une -fille du marquis de Wellesley, et -en 1858, en secondes noces, la -veuve d'douard Davenport.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ONDONDERRY</span> (Charles-William, lord), -1778-1854. Soldat et diplomate -anglais, il fut ambassadeur -Vienne, gnral et lord-lieutenant. -Il pousa en premires noces une -fille de lord Darnley, et en -deuximes noces, une fille de sir -Henry Vane Tempest.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ONDONDERRY</span> (lady), morte en 1865. -Fille de sir H. Vane Tempest, elle -pousa lord Londonderry en -1819.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUIS</span> (le baron), 1755-1837. Ministre -des Finances en France. Il -avait reu les ordres et tait trs -li avec le prince de Talleyrand. -Depuis 1815, il sigea comme dput -dans presque toutes les assembles -lgislatives, o il se fit -remarquer par la modration et -la sagesse de ses vues.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUIS</span> <span class="cap">XI</span>, Roi de France, 1423-1483. -Fils de Charles VII; aucun prince -de son temps ne connut mieux les -ruses de la politique et l'art de -dominer les hommes.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUIS</span> <span class="cap">XII</span>, Roi de France, 1462-1515. -D'abord connu sous le titre -de duc d'Orlans, il succda comme -roi de France Charles VIII.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUIS</span> <span class="cap">XIII</span>, Roi de France, 1601-1643. -Fils de Henri IV et de Marie -de Mdicis, sous la rgence -de qui il rgna d'abord. Il pousa -Anne d'Autriche.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUIS</span> <span class="cap">XIV</span>, Roi de France, 1638-1715. -Fils de Louis XIII, il n'avait -pas cinq ans, lorsqu'il succda -son pre sous la rgence de sa -mre Anne d'Autriche; il pousa -l'infante Marie-Thrse, et plus -tard, secrtement, Mme de Maintenon.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUIS</span> <span class="cap">XV</span>, Roi de France, 1710-1774. -Fils du duc de Bourgogne -et de la princesse Adlade de -Savoie, il succda sur le trne -son aeul Louis XIV.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUIS</span> <span class="cap">XVI</span>, Roi de France, 1754-1793. -Une des premires victimes -de la Rvolution, qui le fit prir -sur l'chafaud.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUIS</span> <span class="cap">XVIII</span>, Roi de France, 1755-1824. -Il porta, d'abord, le titre -de comte de Provence et pousa, -en 1771, Louise-Marie-Josphine -de Savoie; son rgne ne commena -qu'en 1814.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUIS</span>-<span class="cap">P</span><span class="smallc">HILIPPE</span> <span class="cap">I</span><sup>er</sup>, Roi des Franais, -1773-1849. Fils de Philippe-galit, -duc d'Orlans; il fut proclam -Roi aprs la rvolution de -1830 et l'abdication de Charles X, -et oblig, lui aussi, d'abdiquer, -la rvolution de 1848.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUISE</span>, Reine de Prusse, 1776-1810. -Fille du grand-duc de Mecklembourg-Strlitz -et pouse du roi -Frdric-Guillaume III de Prusse. -Elle fut la mre des rois Frdric-Guillaume -IV et Guillaume I<sup>er</sup>, -qui, en 1870, fut proclam empereur -d'Allemagne.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUL</span> (la marquise DE), 1806-1857. -Anne, infante de Portugal, marie -en 1827 Mendoa, marquis de -<span class="pagenum"><a id="Page_437"> 437</a></span> -Loul, ministre d'tat. Le marquis -fut cr duc, mais ses enfants -ne jouirent jamais d'aucun -privilge royal.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUVOIS</span> (le marquis DE), 1639-1691. -Homme d'tat franais, ministre -de la guerre sous Louis XIV; il -tait fils du chancelier Le Tellier.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUVOIS</span> (le marquis DE), 1783-1844. -Il entra dans la carrire, puis devint -chambellan de l'empereur -Napolon I<sup>er</sup>. Il tablit Ancy-le-Franc -des hauts-fourneaux, une -verrerie, un moulin, des scieries -qui amenrent la prosprit dans -ce pays. Il fut fait pair de France -sous la Restauration.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">UDOLF</span> (Guillaume-Constantin, -comte), 1759-1839. Ministre du -roi de Naples Londres durant -de longues annes; sa famille tait -d'origine autrichienne.</li> - -<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">YNDHURST</span> (lady), Sarah Grey; veuve -du lieutenant-colonel Charles-Thomas, -qui tomba Waterloo, -elle pousa en 1819 lord Lyndhurst -dont elle fut la deuxime -femme; elle tait d'origine juive.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">M</p> - -<ul> -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">AINTENON</span> (la marquise DE), 1635-1719. -Franoise d'Aubign, pousa, -en 1652, le pote Scarron. Devenue -veuve, elle fut charge d'lever -les enfants de Louis XIV et de -Mme de Montespan. Aprs la mort -de la Reine, Louis XIV s'unit -Mme de Maintenon par un mariage -secret.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">AISON</span> (le marchal), 1771-1840. Il -fit, avec distinction, les guerres -de la Rpublique et de l'Empire; -fut fait pair de France sous la -Restauration. Charg en 1828 de -l'expdition de More, il y obtint -plein succs et fut cr marchal. -Sous Louis-Philippe, il fut tour -tour ministre des Affaires trangres, -de la Guerre, ambassadeur - Vienne et en Russie.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ALIBRAN</span> (Mme Marie-Flicit), -1808-1836. Clbre cantatrice, -fille de Manuel Garcia. Elle pousa -en premires noces le banquier -Malibran et en secondes noces le -violoniste de Briot.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARBOIS</span> (le marquis Franois -DE <span class="smallc">B</span><span class="smallc">ARB</span>-), 1745-1837. Il remplit -avant la Rvolution plusieurs missions -diplomatiques; la Rvolution, -il fut dport la Guyane, -et n'en revint qu'aprs le 18 Brumaire. -Le premier Consul le -nomma prsident de la Cour des -comptes. La Restauration le fit -pair et ministre de la Justice. -Plus tard, il reprit ses fonctions -de prsident de la Cour des -comptes, qu'il exera jusqu'en -1834.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">AREUIL</span> (Joseph-Durand, comte DE), -1769-1855. Diplomate franais. A -la seconde Restauration, il fut -nomm conseiller d'tat, et charg -de diverses missions. Nomm pair -de France en 1833 et grand-cordon -de la Lgion d'honneur en -1834, il fut envoy Naples -comme ambassadeur; rappel dix-huit -mois plus tard, il vcut depuis -lors dans la retraite.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARIE</span> (l'infante), 1793-1874. Fille -de Jean VI de Portugal, elle -<span class="pagenum"><a id="Page_438"> 438</a></span> -pousa en premires noces l'infant -dom Pedro et plus tard don Carlos, -infant d'Espagne.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARIE</span> <span class="cap">II</span> ou <span class="cap">M</span><span class="smallc">ARIA</span> -DA <span class="cap">G</span><span class="smallc">LORIA</span>. Reine -de Portugal, 1819-1853. Fille de -dom Pedro I<sup>er</sup>, qui, reconnaissant -l'impossibilit de garder ensemble -les deux trnes de Brsil et de -Portugal, abdiqua celui de Portugal -en faveur de son second enfant, -doa Maria, aprs avoir octroy - ce Royaume une charte -librale. Doa Maria pousa en -premires noces le duc de Leuchtenberg, -et, en secondes noces, le -prince Ferdinand de Cobourg.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARIE</span>-<span class="cap">A</span><span class="smallc">MLIE</span> (la Reine), 1782-1866; -Fille de Ferdinand I<sup>er</sup>, Roi des -Deux-Siciles, elle pousa en 1809 -le duc d'Orlans, qui fut plus tard -Louis-Philippe, roi des Franais.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARIE</span>-<span class="cap">C</span><span class="smallc">ASIMIRE</span> D'<span class="cap">A</span><span class="smallc">RQUIEN</span>, 1635-1716. -Fille du marquis de La Grange -d'Arquien, elle avait accompagn -en Pologne la reine Marie-Gonzague. -Marie d'abord Zamoyski, -elle pousa en secondes noces le -roi Jean Sobieski. Devenue veuve, -elle se retira d'abord Rome, puis - Blois o elle mourut.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARIE</span> DE <span class="cap">M</span><span class="smallc">DICIS</span>, -Reine de France, -1573-1642. Fille du grand-duc -Franois I<sup>er</sup> de Toscane, elle pousa -le Roi de France Henri IV, fut la -mre de Louis XIII et exera la -Rgence pendant la minorit de -son fils.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARIE</span> D'<span class="cap">O</span><span class="smallc">RLANS</span> -(la princesse), 1813-1839. -Fille du Roi Louis-Philippe, -elle pousa le prince Alexandre -de Wrtemberg. Elle avait du talent -pour la sculpture et est l'auteur -d'une statue de Jeanne d'Arc -place dans la cour de l'Htel de -ville Orlans.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARIE</span>-<span class="cap">L</span><span class="smallc">OUISE</span> (l'Impratrice), 1791-1847. -Fille de l'Empereur Franois -II d'Autriche, elle pousa en -1810 l'Empereur Napolon I<sup>er</sup>.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARIE</span> <span class="cap">S</span><span class="smallc">TUART</span>, 1542-1587. Reine -d'cosse. Elle pousa Franois II, -roi de France, dont elle devint -veuve en 1560. De retour en -cosse, elle eut lutter contre la -Rforme et les agissements secrets -de la reine lisabeth d'Angleterre -qui la fit emprisonner puis excuter -aprs dix-huit ans de captivit.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARIE</span>-<span class="cap">T</span><span class="smallc">HRSE</span> (l'Impratrice), 1717-1780. -Fille de l'Empereur Charles -VI, elle lui succda sur le -trne d'Autriche et eut lutter -contre le Roi de Prusse, Frdric -II, qui lui enleva la Silsie. -Elle avait pous Franois de -Lorraine.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARTIN</span> (M.). lve de l'cole normale, -il devint professeur dans un -collge de Paris o le prince de -Talleyrand le prit pour le charger -de l'ducation de ses deux neveux -Louis et Alexandre de Prigord; -il devint plus tard recteur de -l'Acadmie d'Amiens.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARTIN</span> DU <span class="cap">N</span><span class="smallc">ORD</span> (Nicolas-Ferdinand), -1789-1862. Littrateur et homme -d'tat franais; lu dput en 1830, -il sigea dans les rangs des conservateurs, -il fut avocat gnral la -Cour de cassation en 1842, puis -procureur gnral la Cour royale -de Paris. En 1834, il devint ministre -des Travaux publics; en -1839, ministre de la Justice et -des Cultes. -<span class="pagenum"><a id="Page_439"> 439</a></span></li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARTINEZ</span> DE LA <span class="cap">R</span><span class="smallc">OSA</span> (Franois), -1789-1862. Littrateur et homme -d'tat espagnol. Dput aux Corts -en 1812, il y soutint les ides -les plus avances, qui le firent -condamner dix ans d'emprisonnement -au Maroc; la rvolution -de 1820 lui rendit la libert, et -il devint prsident du conseil. -Sous la Reine rgente, il devint -chef d'un Cabinet constitutionnel, -qui signa la Quadruple Alliance, -mais il se retira en 1835. Il fut, -depuis, ambassadeur Paris, -Rome, et prsident des Corts.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ASSA</span> (la duchesse DE), ne en -1792; fille du duc de Tarente, elle -avait pous Rgnier, duc de -Massa, dont elle devint veuve en -1814.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ATUCZEWICZ</span> (le comte Andr-Joseph), -1790-1842. Diplomate au -service russe, Polonais de naissance. -Il fut ministre intrimaire -de Russie en Angleterre, ministre - Naples et Stockolm.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">AUGUIN</span> (Franois), 1785-1854. Libral -ardent, il fut lu dput en -1827 et joua un rle actif jusqu'en -1848. Aprs le coup d'tat de -1851, il se retira Saumur, chez -sa fille, la comtesse de Rochefort.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">EDEM</span> (le comte Paul), 1800-1854. -Diplomate russe. Charg d'affaires - Paris, puis Londres, et, en -1839, ministre Stuttgart.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ELBOURNE</span> (lord), 1779-1848. William -Lamb. Homme d'tat anglais; -il fut appel, en 1830, par lord -Grey, au ministre de l'Intrieur; -whig modr, il s'est acquitt -avec beaucoup de tact et de dvouement -du soin qui lui incombait -d'initier la jeune reine Victoria - ses devoirs de souveraine.—Spar -de sa femme, lady Catherine -Ponsonby, connue par sa -liaison avec lord Byron, lord Melbourne -eut une liaison avec -Mrs Norton, qui aboutit, en 1836, - un procs en divorce dont le -scandale fut grand.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ENDELSLOH</span> (le comte Charles-Auguste-Franois -DE, 1788-1852. -Diplomate wrtembergeois; il fut, -successivement, ministre Saint-Ptersbourg, - Londres et -Vienne.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ENDIZABAL</span> (don Juan Alvarez y), -1790-1853. Homme d'tat espagnol. -Fils d'un pauvre fripier, il -gagna une grosse fortune dans le -commerce. Il devint ministre des -Finances en 1835, mais dut se retirer -bientt.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ENNECHET</span> (douard), 1794-1845. -Littrateur franais. Il fut secrtaire -particulier du duc de Duras, -qui le fit connatre Louis XVIII; -celui-ci le nomma chef de son bureau; -Mennechet remplit ensuite -les mmes fonctions auprs de -Charles X.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ETTERNICH</span> (Clment-Wenceslas-Lothaire, -comte, puis prince DE), -1773-1859. Homme d'tat autrichien. -Il fut ministre La Haye, - Dresde, Berlin, Paris. En -1809, il fut ministre des Affaires -trangres d'Autriche, et resta au -pouvoir jusqu'en 1848 o la rvolution -l'obligea fuir.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">IAOULIS</span> (Andr), 1771-1835. Amiral -grec; il commanda en chef la -flotte des insurgs en 1821, battit -les Turcs Patras, mit le feu aux -<span class="pagenum"><a id="Page_440"> 440</a></span> -navires d'Ibrahim-Pacha Modon, -mais ne put empcher la chute de -Missolonghi. En 1831, il se mit -la tte des Hydriotes rvolts -contre le prsident Capo d'Istria.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">IGNET</span> (Franois-Auguste-Marie), -1796-1884. Historien franais, -membre de l'Acadmie franaise, -directeur des Archives du ministre -des Affaires trangres.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">INA</span> (don Francisco Espozy), 1781-1836. -Fameux chef de partisans -en Espagne. En 1809, il se mit -la tte d'une bande de gurillas, -au moment de l'invasion franaise, -et en entrava les oprations pendant -cinq annes. En 1820, pendant -la rvolution d'Espagne, il -tint tte au marchal Moncey. En -1834, il dfendit le trne constitutionnel -contre les prtentions de -don Carlos.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">IRABEAU</span> (Victor Riquetti, marquis -DE), 1749-1791. L'orateur le plus -minent de la Rvolution franaise. -En 1789, il fut dput du Tiers -aux tats gnraux, et il contribua -par son loquence aux succs de -la Constituante.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">IRAFLORS</span> (don Manuel, marquis -DE), 1792-1867. Issu d'une famille -de marchands (Pando) enrichie -dans les guerres du dix-huitime -sicle, il fut anobli et reut la -grandesse. Il fut ambassadeur -Londres, et, en 1834, y signa le -fameux trait de la Quadruple -Alliance. En 1846, il devint grand -chambellan de la reine Isabelle, -et, en 1864, prsident du Conseil -des ministres. Littrateur minent, -il fut membre de l'Acadmie d'histoire -de Madrid.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">IRAFLORS</span> (la marquise DE), 1795-1867. -Doa Vicenta Monina y -Pontejos, hritire et nice du -fameux comte de Florida-Blanca, -elle pousa, en 1814, le marquis -de Miraflors.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ODNE</span> (le duc DE), 1779-1846. -Franois IV de Modne tait fils -de l'archiduc Ferdinand d'Autriche; -il pousa la princesse -Marie-Batrice, fille de Victor-Emmanuel, -roi de Sardaigne.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">OL</span> (le comte Mathieu), 1781-1855. -Issu d'une famille parlementaire; -il remplaa en 1813 le -duc de Massa comme ministre de -la Justice, et reut alors le titre -de comte de l'Empire; il se rallia - Louis-Philippe, fut nomm pair, -et reut en 1830 le ministre des -Affaires trangres. En 1840, il -fut nomm membre de l'Acadmie -franaise.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">OL</span> (la comtesse), morte en 1845. -Mlle Caroline de la Briche, rencontra, -dans le salon de sa mre, -le jeune comte Mol, qu'elle pousa -en 1798. La comtesse Mol a publi, -sous le voile de l'anonyme, -plusieurs ouvrages traduits de -l'anglais.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">OLLIEN</span> (le comte Franois), 1758-1850. -Habile financier, il fut -nomm, en 1806, ministre du Trsor. -Louis XVIII l'appela en 1819 - la Chambre des pairs.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">OLLIEN</span> (la comtesse), 1785-1878. -Mlle Juliette Dutilleul, pouse de -Franois Mollien. Mme Mollien, -personne attachante et distingue, -fut dame du palais de la -Reine Marie-Amlie.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ONSON</span> (lord), 1809-1841. Fils du -<span class="pagenum"><a id="Page_441"> 441</a></span> -premier mariage de lady Warwick, -il ne laissa point d'enfants -et son hritage passa son cousin.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ONSON</span> (lady), Theodosia, fille de -Latham Blacker, pousa en 1832 -lord Monson.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ONTESPAN</span> (la marquise DE), 1641-1707. -Franoise-Athnas de Rochechouart; -favorite de Louis XIV.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ONTMORENCY</span> (Raoul, baron DE), -1790-1862. Il prit le titre de duc -en 1846, la mort de son pre. -Il pousa Euphmie de Harchies, -dont il n'eut pas d'enfants; il tait -frre de la princesse de Bauffremont-Courtenay -et de la duchesse -de Valenay.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ONTMORENCY</span> (la duchesse DE), 1774-1846. -Anne-Louise-Caroline de -Matignon; mre de Raoul de Montmorency, -de la princesse de Bauffremont -et de la duchesse de -Valenay.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ONTPENSIER</span> (la duchesse DE), 1627-1693. -Anne-Marie-Louise d'Orlans, -connue sous le nom de la -Grande Mademoiselle, tait la fille -unique de Gaston d'Orlans. Elle -fut plusieurs fois au moment de -faire les alliances les plus brillantes, -sans y jamais russir; quarante-deux -ans, elle conut une -passion violente pour un simple -gentilhomme, le comte de Lauzun, -qu'elle pousa secrtement. Elle -avait pris une part trs vive la -Fronde.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ONTROND</span> (le comte Casimir DE), -1757-1843. Ami de M. de Talleyrand -et habitu de sa maison. -Napolon I<sup>er</sup>, son retour de l'le -d'Elbe, l'expdia Vienne, o sigeait -le Congrs, avec la mission -de persuader M. de Talleyrand de -se tourner vers lui, mais M. de -Talleyrand fut inflexible et resta -fidle Louis XVIII.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ONTROND</span> (la comtesse DE), 1769-1820. -Aime de Coigny, qui inspira - Chnier <i>la Jeune Captive</i>, -avait pous en premires noces -le duc de Fleury et divora pour -pouser le comte de Montrond.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ORELL</span> (la baronne DE). Mlle de -Mornay, sœur du marquis et du -comte de Mornay, pousa le gnral -baron de Morell, qui commandait, -en 1834, l'cole de cavalerie -de Saumur.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ORELL</span> (Mlle Marie DE), ne en 1818, -connue pour sa beaut, tait la -fille du gnral baron de Morell; -elle pousa le marquis d'Eyragues, -qui a rempli divers postes -diplomatiques sous le rgne de -Louis-Philippe.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ORELLET</span> (l'abb Andr), 1727-1819. -Li d'amiti avec les hommes -les plus minents de son sicle, -l'abb Morellet se distingua surtout -par son esprit fin et railleur. -Il fut un laborieux collaborateur -de l'<i>Encyclopdie</i> et du dictionnaire -de l'Acadmie, dont il sauva -les archives pendant la Rvolution.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ORNAY</span> (le comte Charles DE), 1803-1878. -Pair de France, ambassadeur -en Sude, frre du marquis -Jules de Mornay, dput de -l'Oise. Dvou la monarchie de -Juillet, il fut lev la Pairie en -1845 et fait grand officier de la -Lgion d'honneur. En 1848, il -rentra dans la vie prive. -<span class="pagenum"><a id="Page_442"> 442</a></span></li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ORNINGTON</span> (lady), 1742-1831. Anne, -fille ane du vicomte Duncannon, -pousa en 1759 le comte Mornington. -Un de ses fils fut le clbre -duc de Wellington.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc"><a id="ORTEMART"></a>ORTEMART</span> (Mlle Alicia DE), 1800-1887. -Fille du duc de Mortemart -et de sa seconde femme, ne de -Coss-Brissac, elle pousa en 1823 -le duc Paul de Noailles.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc"><a id="ORTIER"></a>ORTIER</span> (le marchal), duc de Trvise, -1768-1835. Fit avec distinction -les campagnes de la Rpublique -et de l'Empire. Dput et -pair de France en 1834, il accepta -le ministre de la Guerre avec la -prsidence du Conseil. Il fut tu -par l'explosion de la machine infernale -de Fieschi, aux cts -mmes de Louis-Philippe.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">OSKOWA</span> (le prince de la), 1803-1857. -Fils an du marchal Ney, -il entra d'abord au service de -Sude et ne revint en France -qu'aprs la rvolution de Juillet. -Il fut fait pair de France sous -Louis-Philippe. Il avait pous la -fille de Jacques Lafitte.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">OTTEUX</span> (M.). Il tait, Londres, -un habitu de Holland-House, et -trs bien vu chez le prince de -Talleyrand. Trs lie avec lady -Cowper (plus tard lady Palmerston), -il laissa toute sa fortune -son second fils.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ONT</span>-<span class="cap">E</span><span class="smallc">DGECUMBE</span> (lord Richard), -1764-1839. Un des intimes du roi -Guillaume IV d'Angleterre; il avait -pous, en 1789, une fille du -comte de Buckinghamshire.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ULGRAVE</span> (lord), 1797-1863. Constantin-Henry -Phipps, plus tard -lord Normanby. Il fit partie du -ministre whig de lord Melbourne, -fut gouverneur de la -Jamaque, puis lord-lieutenant -d'Irlande. En 1846, il fut envoy - Paris comme ambassadeur, puis -en Toscane.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">UNIER</span> DE LA <span class="cap">C</span><span class="smallc">ONVERSERIE</span> (le gnral -comte), 1766-1837.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">UNSTER</span>-<span class="cap">L</span><span class="smallc">EDENBURG</span> (le comte Ernest-Frdric-Herbert -DE), 1766-1839. -Il contribua, comme envoy -de l'lecteur de Hanovre, roi -d'Angleterre, former plusieurs -coalitions contre la France. Il fut -ministre de Hanovre Londres.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">UNSTER</span>-<span class="cap">L</span><span class="smallc">EDENBURG</span> (la comtesse -DE), 1783-1858. Wilhelmine-Charlotte, -comtesse de Lippe, sœur -du duc de Schœnburg-Lippe, -pousa en 1814 le comte de -Munster-Ledenburg.</li> - -<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">USSET</span> (Alfred DE), 1810-1857. -Pote franais, fils d'un chef de -bureau au ministre de la Guerre; -il fut le condisciple du duc d'Orlans -au collge Henri IV et -devint son ami.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">N</p> - -<ul> -<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">ANTES</span> (Mlle DE), 1673-1743. Quatrime -enfant de Louis XIV et de -Mme de Montespan, lgitime par -lettres patentes du roi, et marie -en 1785 au duc de Bourbon.</li> - -<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">APLES</span> (la princesse Marie DE), -1820-1861. Elle pousa en 1850, -Charles de Bourbon, comte de -Montemolin.</li> - -<li><span class="cap">N</span><span class="smallc"><a id="APOLEON"></a>APOLON</span> <span class="cap">I</span><sup>er</sup>, Empereur des Franais, -1769-1821. Deuxime fils -de Charles Bonaparte et de Ltitia -<span class="pagenum"><a id="Page_443"> 443</a></span> -Ramolino. Mari en premires -noces avec Josphine Tascher de -la Pagerie, veuve du gnral de -Beauharnais, il divora en 1810 -et pousa Marie-Louise, archiduchesse -d'Autriche, dont il eut un -fils.</li> - -<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">ASSAU</span> (Guillaume-Georges-Auguste, -duc DE), 1732-1839.</li> - -<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">ECKER</span> (Jacques), 1732-1804. Banquier -genevois qui devint directeur -des finances de France sous -Louis XVI. Il fut le pre de -Mme de Stal.</li> - -<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">ECKER</span> (Mme), 1739-1794. Suzanne -Curchot, fille d'un pasteur calviniste -suisse, pousa Jacques Necker. -Elle fut clbre par sa beaut, -son esprit, sa bienfaisance.</li> - -<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">EELD</span> (lady Caroline), morte en -1869. Fille du comte de Shaftsbury, -elle pousa en 1831 Joseph -Neeld, comte de Grittelton.</li> - -<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">EMOURS</span> (le duc DE), 1814-1896. -Louis-Charles d'Orlans, un des -fils du roi Louis-Philippe; il -pousa une princesse de Saxe-Cobourg-Cohari.</li> - -<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">ESSELRODE</span> (le comte DE), 1780-1862. -D'une famille originaire de -Westphalie, dont une branche -s'tait tablie en Livonie, il entra -dans la diplomatie russe; il fut -attach diffrentes ambassades, -notamment celle de Paris, puis -devint chancelier de l'empire de -Russie.</li> - -<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">ESSELRODE</span> (la comtesse DE), morte -en 1849; elle tait la fille du -comte Gourieff, qui fut ministre -des finances russes.</li> - -<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">EY</span> (Michel), 1769-1815. Duc d'Elchingen, -prince de la Moskowa, -marchal de France; il se couvrit -de gloire dans les guerres de la -Rvolution et de l'Empire. Napolon -l'avait surnomm <i>le brave -des braves</i>. Cr pair de France -par Louis XVIII, il se dclara pour -Napolon aux Cent-Jours; la -seconde Restauration, il fut condamn - mort par la Cour des -Pairs et fusill.</li> - -<li><span class="cap">N</span><span class="smallc"><a id="ICOLAS"></a>ICOLAS</span> <span class="cap">I</span><sup>er</sup>, Empereur de Russie, -1776-1855. Troisime fils de -Paul I<sup>er</sup>, il monta sur le trne en -1825, succdant son frre -Alexandre I<sup>er</sup>, et aprs que son -frre, le grand-duc Constantin, y -eut renonc.</li> - -<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">OAILLES</span> (le duc Paul DE), 1802-1885. -Il prta serment au gouvernement -de Louis-Philippe et -prit souvent la parole dans des -discussions importantes de la -chambre des Pairs. La rvolution -de 1848 le rendit la vie prive, -et il s'occupa ds lors de travaux -littraires. Il entra l'Acadmie -en 1849.</li> - -<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">OAILLES</span> (la duchesse DE), voir <a href="#ORTEMART">MORTEMART</a>.</li> - -<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">OAILLES</span> (la vicomtesse DE), 1792-1851. -Charlotte-Marie-Antoinette, -fille du duc de Poix, pousa son -cousin, le vicomte Alfred de -Noailles, qui mourut en 1812 au -passage de la Brsina.</li> - -<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">OAILLES</span> (Mlle Sabine DE), 1819-1870. -Marie en 1846 Lionel -Wildrington Standish.</li> - -<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">ORFOLK</span> (le duc DE), 1791-1856; il -pousa, en 1814, Charlotte-Sophie, -fille du duc de Sutherland. Guillaume -IV lui confra l'ordre de la -Jarretire en 1834. -<span class="pagenum"><a id="Page_444"> 444</a></span></li> - -<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">ORTHUMBERLAND</span> (la duchesse DE), -morte en 1848; elle tait ne -Louisa Stuart Wartley.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">O</p> - -<ul> -<li><span class="cap">O'</span><span class="cap">C</span><span class="smallc">ONNELL</span> (Daniel), 1775-1847. Il -s'affilia de bonne heure aux associations -qui avaient pour but -l'mancipation de l'Irlande. En -1823, il posa les bases d'une association -catholique qui s'tendit -dans toute l'Irlande. Membre de -la Chambre des communes, il y -tablit une puissante influence, -amena le triomphe des whigs et -vota, avec eux, la rforme parlementaire; -il obtint l'abolition des -lois vexatoires pour les Irlandais.</li> - -<li><span class="cap">O</span><span class="smallc">LIVIER</span> (l'abb Nicolas-Thodore), -n en 1798; il fut cur de Saint-Roch - Paris, et en 1841 vque -d'vreux.</li> - -<li><span class="cap">O</span><span class="smallc">MPTEDA</span> (baron Charles-Georges D'), -1767-1857. Diplomate hanovrien; -ministre d'tat et chef de cabinet -en Hanovre en 1823, il fut, -depuis 1831, accrdit Londres -auprs du roi Guillaume IV. Il -dmissionna la mort de ce souverain.</li> - -<li><span class="cap">O</span><span class="smallc">MPTEDA</span> (la baronne D'), 1767-1843. -Frdrique-Christine, comtesse de -Schlippenbach; elle avait pous -en premires noces le comte de -Solms-Sonnenwald, et en deuximes -noces, elle pousa le baron d'Ompteda.</li> - -<li><span class="cap">O</span><span class="smallc">RANGE</span> (le prince Guillaume D'), -1793-1849; il monta en 1840 sur -le trne de Hollande. Il avait -pous en 1816 Anna Paulowna.</li> - -<li><span class="cap">O</span><span class="smallc">RANGE</span> (la princesse D'), voir <span class="cap">A</span><span class="smallc">NNE</span> -<span class="cap">P</span><span class="smallc"><a href="#AULOWNA">AULOWNA</a>.</span></li> - -<li><span class="cap">O</span><span class="smallc">RLANS</span> (le duc D'), 1741-1793. -Louis-Philippe-Joseph, connu sous -le nom de <span class="cap">P</span><span class="smallc">HILIPPE</span>-<span class="cap"></span><span class="smallc">GALIT</span>, fit, -toute sa vie, une opposition systmatique - la Cour et devint, en -1787, le chef de tous les mcontents. -Dput aux tats-gnraux, -il devint membre du Club des -Jacobins, ce qui ne l'empcha pas -d'tre guillotin.</li> - -<li><span class="cap">O</span><span class="smallc">RLANS</span> (le duc D'), 1810-1842. -Ferdinand, fils an du roi Louis-Philippe -et de la reine Marie-Amlie. -Il servit sous le marchal -Grard en Belgique, commanda -des campagnes en Algrie; il -mourut d'un accident de voiture, -prs de Paris.</li> - -<li><span class="cap">O</span><span class="smallc">RSAY</span> (le comte Alfred D'), 1801-1852; -surnomm le <i>Roi de la -Mode</i>. La beaut tait hrditaire -chez les d'Orsay. Le comte -Alfred avait la vocation du <i>dandysme</i> -et alla de bonne heure -Londres, regarde alors comme -le conservatoire de l'lgance -masculine. lgant, artiste, il se -ruina et mourut misrablement -d'une maladie de la moelle pinire.</li> - -<li><span class="cap">O</span><span class="smallc">SSULSTON</span> (lord), n en 1810, il -pousa la fille du duc de Manchester -et devint, en 1859, lord -Tankerville.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">P</p> - -<ul> -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">AHLEN</span> (le comte Pierre). N en -1775. Gnral russe; il prit une -part glorieuse aux campagnes de -<span class="pagenum"><a id="Page_445"> 445</a></span> -1812, 1813, 1814; il fut ambassadeur -de Russie Paris de 1835 - 1841; fut ensuite nomm -membre du conseil de l'Empire -et Inspecteur gnral de la cavalerie.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ALAFOX</span> (don Jos DE), 1780-1847. -L'intrpide dfenseur de Saragosse; -il accompagna en 1808, -Bayonne, la famille royale d'Espagne, -comme officier, et s'vada -ds qu'il vit Ferdinand VII retenu -prisonnier. Il souleva l'Aragon et, -aprs une vigoureuse dfense dans -Saragosse, fora les Franais -s'en loigner, mais ils revinrent -la charge avec toutes leurs forces -et le contraignirent capituler. -Palafox contribua puissamment -rtablir Ferdinand VII sur le -trne. S'tant, en 1820, prononc -pour la Constitution, il fut -disgraci et vcut, depuis lors, -dans la retraite: Marie-Christine, - son avnement comme Rgente, -le cra duc de Saragosse et grand -d'Espagne.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ALMELLA</span> (duc P. de Souza-Holstein -DE), 1786-1850. Homme d'tat -portugais. Il fut rgent de Portugal -en 1830 et fit prvaloir la -cause de doa Maria sur celle de -dom Miguel. Il fut un des plnipotentiaires -du Congrs de Vienne -en 1815.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ALMERSTON</span> (lord), 1784-1865. -Homme d'tat anglais. lu aux -Communes en 1807, il fut lord de -l'Amiraut en 1808, secrtaire -la Guerre de 1809 1828, secrtaire -d'tat aux Affaires trangres -de 1830 1841, puis de -1846 1851; ministre de l'Intrieur -de 1852 1855, lord de la -Trsorerie de 1855 1858, et de -1859 jusqu' sa mort.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ALMERSTON</span> (lady), 1787-1869. Elle -tait sœur de lord Melbourne, et -avait pous, en premires noces, -lord Cowper; en secondes noces, -elle pousa lord Palmerston.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ALMYRE</span> (Mlle). La plus grande couturire -de Paris sous Louis-Philippe.</li> - -<li><span class="cap">P</span>RIS. Second fils de Priam et d'Hcube; -c'est lui qui dcerna -Vnus la pomme de discorde, -choix qui suscita contre Troie la -haine de Junon et de Minerve.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ARRY</span> (sir William Edward), 1790-1855. -Navigateur anglais, connu -par ses expditions au Ple Nord. -Il tait hydrographe l'Amiraut -et accompagna Ross dans son -premier voyage de dcouvertes.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ASQUIER</span> (tienne, duc), 1767-1862. -Nomm par Napolon matre des -requtes, puis conseiller d'tat, -il se rallia aux Bourbons en 1814, -fut, en 1815, charg des Sceaux; -plus tard membre de la Chambre -des pairs, il en reut la Prsidence -sous Louis-Philippe. Il fut -lev la dignit de Chancelier -en 1837.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ASSY</span> (Hippolyte-Philibert), 1793-1880. -Homme politique franais, -membre de l'Institut. lu dput -en 1830, il fut appel en 1834 -dans le Cabinet phmre du duc -de Bassano. En 1838, il remplaa -le prince de Talleyrand comme -membre de l'Acadmie des -sciences morales et politiques.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ASTA</span> (Judith), 1798-1865. Chanteuse -italienne, d'origine juive. -<span class="pagenum"><a id="Page_446"> 446</a></span> -En 1821 elle vint Paris et s'y -fit une grande renomme. En -1849 elle se retira, dans sa belle -maison de campagne, prs du lac -de Cme.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">AYS</span>-<span class="smallc">B</span><span class="smallc">AS</span> (le Roi DES). Voir <span class="cap">G</span><span class="smallc"><a href="#UILLAUME">UILLAUME</a></span> -<span class="cap">II</span>.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">AYS</span>-<span class="cap">B</span><span class="smallc">AS</span> (le prince Frdric DES), -1797-1881. Amiral de la flotte. -En 1825, il avait pous la princesse -Louise de Prusse.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">AYS</span>-<span class="cap">B</span><span class="smallc">AS</span> (la princesse Frdric DES), -1808-1870. Louise, princesse de -Prusse, fille du roi Frdric-Guillaume -III.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">EDRO</span> <span class="cap">I</span><sup>er</sup> (dom), 1798-1834. Empereur -du Brsil et roi de Portugal, -pre de la reine doa Maria de -Portugal.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">EEL</span> (sir Robert), 1788-1850. -Homme d'tat anglais. lu aux -Communes en 1809, il fut ministre -de l'Intrieur en 1822. -Conservateur pour tout ce qui -touchait au systme politique, il -se montra libral en ce qui concernait -la lgislation criminelle et -l'administration. Il fit partie de -plusieurs ministres et sut, en -1848, rtablir l'quilibre financier, -que les whigs avaient laiss -avec un dficit de 30 millions, par -la mesure de l'<i>income-tax</i>, en -ouvrant de nouvelles sources de -revenus par l'abolition des lois de -prohibition sur les crales.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">EEL</span> (lady), morte en 1849. Julie, -fille du gnral sir John Floyd -Bart, pousa, en 1820, sir Robert -Peel.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">PIN</span>, 1780-1836. picier de la -place de la Bastille, Paris, -Ppin fut lu capitaine de la garde -nationale aprs les journes de -juillet 1830; impliqu dans l'attentat -Fieschi en 1835, il fut -arrt, condamn mort et excut.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ERIER</span> (Casimir), 1777-1832. Il -entra en 1817 dans la vie politique. -Aprs 1830, il fut lu prsident -de la Chambre des dputs, -et, peu aprs, ministre sans portefeuille. -En 1831, il fut prsident -du Conseil et gouverna en -homme ferme et rsolu. Il succomba -aux atteintes du cholra -la suite d'une visite faite avec le -duc d'Orlans l'Htel-Dieu.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">RIGORD</span> (le duc DE), 1788-1879. -Augustin-Marie-lie-Charles de -Talleyrand-Prigord, Grand d'Espagne -de premire classe.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">RIGORD</span> (la duchesse DE), 1789-1866. -Marie-Nicolette, fille du -comte de Choiseul-Praslin, pousa, -en 1807, le duc de Prigord.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">RIGORD</span> (le comte Alexandre DE), -plus tard duc de Dino, 1813-1894. -Second fils du duc de Talleyrand -et de la princesse Dorothe de -Courlande. Alexandre de Prigord -servit d'abord dans la marine, -mais abandonna bientt cette -carrire; en 1849, il fit la campagne -du Pimont contre l'Autriche, -dans l'tat-major du Roi -Charles-Albert, et, pendant la -guerre de Crime, il fut attach -au corps d'arme sarde comme -commissaire franais. Il avait -pous Mlle Valentine de Sainte-Aldegonde.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">RIGORD</span> (Mlle Pauline DE), 1820-1890. -Fille du duc de Talleyrand et -de l'auteur de la <i>Chronique</i> que -<span class="pagenum"><a id="Page_447"> 447</a></span> -nous publions. Elle pousa, en 1839, -le marquis Henri de Castellane, -dont elle devint veuve en 1847. -Depuis lors, elle vcut retire du -monde; et adonne la pratique -des plus hautes vertus; elle -demeurait, la plus grande partie -de l'anne, dans son domaine de -Rochecotte, dans la valle de la -Loire.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ERSIL</span> (Jean-Charles), 1785-1870. -Magistrat et homme d'tat franais. -Nomm dput en 1830, il -attaqua aussitt le ministre Polignac -en protestant contre les -ordonnances. Il fut ministre de la -justice en 1834, mais ayant eu -des divergences avec M. Mol, il -dmissionna. En 1839, il entra -la Chambre des pairs et prit la -direction de l'Htel des Monnaies. -Napolon III le nomma membre -du conseil d'tat.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ETER</span> (Mme), dame anglaise, fort -connue dans la socit de Londres -vers 1835 et amie de plusieurs -hommes d'tat.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ETIT</span> (le gnral), 1772-1856. Il fit -avec distinction les campagnes de -la Rpublique et de l'Empire. -C'est lui qui reut, Fontainebleau, -avec la dernire accolade -de l'Empereur, ces adieux touchants -qui s'adressaient toute -l'arme. Il fut fait Pair de France -en 1838.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">IRON</span> (M.), 1802-1865. Fils d'un -propritaire du Nivernais, il reut -une bonne ducation et occupa -une situation considrable dans -l'administration des postes. Ses -fonctions l'avaient fait entrer en -rapport avec le personnel des -postes anglaises, et il connaissait -bien l'Angleterre. En 1834, M. Dupin, -Nivernais lui aussi, l'emmena -avec lui pendant son voyage -Londres, afin de lui servir de -guide dans la socit anglaise, o -Piron avait d'anciennes relations, -entre autres avec le duc de Richmond -(ancien ministre des Postes -de son pays) et lord Brougham. -La mort prmature d'un fils qui -tait tout son orgueil fut un tel -coup pour M. Piron, qu'il en -mourut aussi, terrass par une -attaque quelques semaines plus -tard.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ITT</span> (William), 1759-1806. Il suivit -les traces de son pre, clbre -homme d'tat anglais. Il manifesta, -aprs la Rvolution franaise, -une grande haine la -France et soudoya contre elle -trois coalitions. Il fut un trs -habile administrateur.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">LANTAGENET</span>. Dynastie qui occupa -le trne d'Angleterre, depuis -Henri II jusqu' l'avnement de -Henri VII. Au quatorzime sicle, -elle se spara en deux branches -rivales, d'o naquit la guerre des -Deux Roses.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">LYMOUTH</span> (lady), 1792-1864. Elle -tait fille du duc de Dorset, et -pousa en premires noces, en -1811, lord Plymouth. Devenue -veuve, elle pousa William Pitt, -lord Amherst. Elle mourut sans -laisser d'enfants.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">OIX</span> (la duchesse-princesse DE), 1785-1862. -Mlanie de Prigord, fille -du duc de Talleyrand et de Mlle de -Senozan, pousa en 1809 le comte -Just de Noailles, prince de Poix. -<span class="pagenum"><a id="Page_448"> 448</a></span> -La duchesse de Poix avait t -dame du palais de la duchesse de -Berry.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">OLIGNAC</span> (Jules-Armand, prince DE), -1780-1847. Prsident du conseil -et ministre des Affaires trangres - la fin du rgne de -Charles X. Il signa, le 29 juillet -1830, les fameuses ordonnances -qui amenrent la rvolution et la -dchance de la branche ane des -Bourbons.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">OLIGNAC</span> (princesse DE). Ne miss -Barbara Campbell, cossaise; trs -belle et trs riche mais sans naissance; -elle dut abjurer le protestantisme -et se convertir au catholicisme -pour pouser le prince de -Polignac. Elle mourut en 1819.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ONIATOWSKI</span> (le prince Joseph), -1762-1803. Gnral polonais; il -servit dans la lgion polonaise -sous les ordres de Napolon I<sup>er</sup>, -fut fait marchal de France -Leipzig et prit dans les eaux de -l'Ulster. Sa bravoure chevaleresque -l'avait fait surnommer <i>le Bayard -polonais</i>.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ONSONBY</span> (lord), 1770-1855. Beau-frre -de lord Grey, il fut ambassadeur - Constantinople de 1822 1827.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ORCHESTER</span> (lord), 1800-1849. -Henry-John-Charles, comte de -Carnarvon; il pousa en 1830 la -fille de lord Molyneux.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">OTOCKI</span> (le comte Stanislas), 1757-1821. -Il combattit contre la Russie -en 1792, quitta la Pologne en -1793, devint, lors de la cration -du grand-duch de Varsovie par -Napolon I<sup>er</sup>, snateur palatin et -chef du conseil d'tat. Maintenu -aux affaires par l'empereur -Alexandre I<sup>er</sup>, lors de la formation -du nouveau royaume de Pologne, -le comte Potocki fut -nomm ministre des Cultes et de -l'Instruction publique, puis prsident -du conseil d'tat.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">OZZO</span> DI <span class="cap">B</span><span class="smallc">ORGO</span> (le comte), 1764-1842. -Originaire de Corse, il servit -diffrentes puissances, et, en -dernier lieu, la Russie. Il fut un -des reprsentants de l'empereur -de Russie au Congrs de Vienne, -et plus tard, ambassadeur.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">RINCE</span> <span class="cap">N</span><span class="smallc">OIR</span> (LE), 1330-1376. -douard, Prince de Galles, surnomm -le Prince Noir pour la -couleur de son armure; il tait -fils d'douard III et de Philippa -de Hainaut, et s'immortalisa par -ses exploits. Il mourut avant son -pre, mais un de ses fils monta -sur le trne sous le nom de Richard -II.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ROTE</span>. Dieu marin qui changeait -de forme volont.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">RUDHON</span> (Pierre), 1760-1822. Peintre -franais; il passa plusieurs annes - Rome o il se lia avec Canova; -ce fut lui que choisit Napolon I<sup>er</sup> -pour donner des leons l'impratrice -Marie-Louise.</li> - -<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">RUSSE</span> (le prince Louis DE), 1773-1796. -Frre du Roi Frdric-Guillaume -III, il avait pous la -princesse Frdrique de Mecklembourg-Strlitz, -sœur de la reine -Louise de Prusse.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">Q</p> - -<ul> -<li><span class="cap">Q</span><span class="smallc">ULEN</span> (le comte DE), 1778-1839. -D'une famille de Bretagne, il -<span class="pagenum"><a id="Page_449"> 449</a></span> -entra de bonne heure dans les -ordres; le cardinal Fesch le distingua, -se l'attacha comme secrtaire; -devenu sous la Restauration -coadjuteur du cardinal de -Talleyrand-Prigord, il lui succda -en 1821, comme archevque -de Paris. En 1831, une -insurrection saccagea l'archevch. -Lors du cholra de 1832, -Mgr de Qulen montra le plus -admirable dvouement. Ses mandements -et plusieurs oraisons funbres, -crites avec lgance, lui -valurent l'entre de l'Acadmie -franaise.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">R</p> - -<ul> -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">ADNOR</span> (lord William), 1779-1869. -Membre du Parlement anglais et -ami de lord Brougham. Il se -maria trois fois; en 1814 avec la -fille du duc de Montrose, en 1837 -avec mily Bagot et enfin avec -Fanny Royd-Rice.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">AMBUTEAU</span> (Claude-Philibert Barthelot, -comte DE), 1781-1869. Chambellan -de Napolon I<sup>er</sup> en 1809, -pair de France en 1835, membre -de l'acadmie des Beaux-Arts en -1843. En 1833, Louis-Philippe -l'avait nomm prfet de la Seine -et il conserva ce poste durant -quinze ans.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">AMBUTEAU</span> (la comtesse DE). Fille -du comte Louis de Narbonne, elle -pousa, en 1809, le comte de Rambuteau.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">APHAEL</span> <span class="cap">S</span><span class="smallc">ANZIO</span>, 1483-1520. Clbre -peintre de l'cole romaine de la -Renaissance.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">AULLIN</span> (M.). Fils d'un employ au -ministre des Affaires trangres -que le prince de Talleyrand estimait. -Il fut conseiller d'tat.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">AYNEVAL</span> (Maximilien DE), 1778-1836. -Diplomate franais. Secrtaire -d'ambassade Lisbonne, -puis Saint-Ptersbourg, il fut -nomm, sous la Restauration, consul -gnral Londres, puis, successivement, -sous-secrtaire d'tat -aux Affaires trangres, ambassadeur - Berlin, en Suisse, -Vienne, Madrid, et partout il -rendit d'minents services qui -lui valurent le titre de comte et -la Pairie.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">AL</span> (le comte), 1765-1834. Procureur -au Chtelet avant la Rvolution, -conseiller d'tat aprs le -18 Brumaire, prfet de police -durant les Cent-Jours, il fut proscrit -par la seconde Restauration -et ne revint en France qu'en 1818. -En 1830, il eut une fonction -auprs du prfet de police, puis -vcut dans la retraite.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">CAMIER</span> (Mme), 1777-1849. Julie -Bernard pousa seize ans un -riche banquier de Paris, M. Rcamier. -Spirituelle et bonne, elle -sut runir dans son salon, sous le -Consulat et l'Empire, une foule de -personnages distingus. Exile de -Paris, elle y rentra aprs la chute -de Napolon I<sup>er</sup>. Mme Rcamier -se retira en 1819 l'Abbaye-aux-Bois, -o elle continua recevoir -toutes les clbrits de l'poque.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">GENT</span> (LE), Philippe d'Orlans, -1674-1723; il gouverna la France -pendant la minorit du Roi -Louis XV. -<span class="pagenum"><a id="Page_450"> 450</a></span></li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">MUSAT</span> (le comte Charles DE), 1797-1875. -crivain et homme politique -franais, membre de l'Institut, -ancien ministre.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">ETZ</span> (le cardinal DE), 1614-1679, -Jean-Franois-Paul de Gondi, joua -un rle clbre dans les troubles -de la Fronde, qui le fora -s'exiler jusqu' la mort de Mazarin. -Il a laiss des <i>Mmoires</i> qui -sont un des chefs-d'œuvre de la -langue franaise.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">ICHMOND</span> (le duc DE), 1799-1860. -Charles Lennox; officier anglais, -lord-lieutenant du comt de Sussex; -dans le ministre rformiste -de 1830, il devint directeur gnral -des postes. Il avait pous -lady Paget, fille du marquis d'Anglesea.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">IGNY</span> (Henri-Gauthier, comte DE), -1783-1835. Entr dans la marine -en 1798, il prit part aux -campagnes du premier Empire, -fut fait contre-amiral sous la Restauration, -et en 1827 se conduisit -brillamment Navarin; il reut -alors, avec le titre de comte, la -prfecture maritime de Toulon; il -devint ministre de la Marine en -1831, puis ministre des Affaires -trangres et ensuite ambassadeur - Naples.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">IPON</span> (lord), 1781-1859. Il fut -chancelier de l'chiquier en 1833. -Il appartenait au parti tory, mais -passa plus tard aux whigs.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">OBESPIERRE</span> (Maximilien), 1758-1794. -Avocat et conventionnel; il -rgna par la terreur, au moyen -du Comit du salut public, mais -la raction le fit prir sur l'chafaud.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">OBSART</span> (Amy), 1532-1560. Elle -pousa, en 1550, Robert Dudley, -comte de Leicester, et s'en spara -bientt. Un jour, elle fut trouve -morte, sans qu'on pt savoir si -elle avait elle-mme mis fin ses -jours, ou si Leicester l'avait fait -prir dans l'espoir d'pouser la -Reine lisabeth. Amy Robsart est -l'hrone du roman de Walter -Scott, <i>le Chteau de Kenilworth</i>.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">ODIL</span> (le marquis DE), 1789-1853. -Don Jos Ronion Rodil s'engagea -dans le bataillon nomm <i>des cadets -littraires</i> en 1808 au moment -de l'invasion franaise en -Espagne. En 1816 il s'embarqua -pour les colonies insurges de -l'Amrique du Sud, et acquit de -la renomme dans la dfense de -Callao. Il rentra en Espagne en -1825, et, en 1833, vint en aide, -en Portugal, au roi dom Pedro, -contre dom Miguel et don Carlos. -En 1836, il fut, pour peu de mois, -ministre de la Guerre. De 1840 -1843, sous la rgence d'Espartero, -il fut prsident du Conseil -du dernier ministre.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">OGERS</span> (Samuel), 1763-1855. Pote -anglais. Il avait des habitudes de -sarcasme qui n'pargnaient personne, -malgr de la gnrosit et -de la bout.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">OLAND</span> (Mme), 1754-1793. Manon -Phlipon, femme d'une haute intelligence -et pouse d'un conventionnel. -Elle mourut sur l'chafaud.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">OMERO</span>-<span class="cap">A</span><span class="smallc">LPUENDE</span>. Dput espagnol. -Il tait un libral outr, une tte -exalte; son rle fut peu important. -<span class="pagenum"><a id="Page_451"> 451</a></span></li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">OSS</span> (sir John), 1777-1856. Fils du -Rv. Andr Ross et capitaine de -la marine royale anglaise, il se -rendit clbre par deux expditions -dans les mers polaires arctiques -qu'il fit avec sir Edward -Parry en 1818 et 1819. Sir John -Ross fit sa seconde expdition -ses frais, trouva le ple magntique -boral, perdit son navire, et -ce ne fut que le quatrime hiver -qu'un vaisseau de Hull vint le dlivrer -et le ramena en Angleterre.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">OTHSCHILD</span> (Nathan), 1777-1826. -Troisime fils de Mayer-Anselme -Rothschild, fondateur de la clbre -maison de banque, il tait chef de -la maison de Londres.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">OTHSCHILD</span> (Mme Salomon DE), 1774-1855, -pouse de Mayer-Anselme -Rothschild, qui fonda Vienne -une succursale et partagea avec -son frre Anselme les affaires -d'Allemagne. Vers 1835, ayant -abandonn son fils la direction -des affaires de Vienne, Salomon -de Rothschild vint, avec sa femme, -rejoindre Paris son frre James.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">OUSSIN</span> (l'amiral), 1781-1854. Capitaine -de vaisseau en 1814, il rectifia -les cartes des ctes de l'Afrique -et du Brsil; contre-amiral -en 1822, il fit partie en 1824 du -conseil d'amiraut; en 1831, il -commanda l'escadre charge d'exiger -du Portugal la rparation des -insultes faites aux rsidents franais, -il fora l'entre du Tage, -rpute inexpugnable et obtint -tout ce qu'il demandait. A la -suite de cette glorieuse expdition, -Louis-Philippe l'leva la Pairie -avec le titre de baron, en -1832.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">OYER</span>-<span class="cap">C</span><span class="smallc">OLLARD</span> (Pierre-Paul), 1763-1845. -Philosophe et homme -d'tat franais; il fut avocat, -dput au conseil des Cinq-Cents -en 1797. Sous le premier Empire, -il renona la politique, pour ne -s'occuper que de ses tudes philosophiques -et il fut reu l'Acadmie -franaise en 1827. M. Royer-Collard -habitait Chteauvieux, prs -de Valenay, et tait trs li avec -le prince de Talleyrand et la -duchesse de Dino.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">UBINI</span> (Jean-Baptiste), 1795-1854. -Clbre chanteur italien. Les -opras de Bellini lui doivent une -grande part de leurs succs.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">USSELL</span> (lord William), 1799-1846. -Diplomate anglais; il fut, pendant -quelques annes, ambassadeur -Berlin; il avait pous lisabeth -Rawdon, nice du marquis de -Hastings.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">USSELL</span> (lord John), 1792-1878. -Homme d'tat anglais, troisime -fils du duc de Bedford; il fut un -des auteurs du clbre Bill de -rforme; en 1831 il fut ministre -de l'Intrieur, des Colonies; -chef du cabinet whig, ministre -des Affaires trangres en 1859, -et, de nouveau, chef du cabinet -aprs la mort de lord Palmerston.</li> - -<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">USSIE</span> (l'Empereur DE), voir <span class="cap">N</span><span class="smallc"><a href="#ICOLAS">ICOLAS</a></span> -<span class="cap">I</span><sup>er</sup>.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">S</p> - -<ul> -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">ACKFIELD</span>. Nom de famille des ducs -de Dorset. -<span class="pagenum"><a id="Page_452"> 452</a></span></li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AINTE</span>-<span class="cap">A</span><span class="smallc">LDEGONDE</span> (la comtesse DE), -1793-1869. Elle tait ne de Chavagnes. -Crole d'origine, elle -pousa Augereau, duc de Castiglione, -qui mourut en 1816. En -1817, elle se remaria avec le -comte de Sainte-Aldegonde; elle -eut deux filles, dont la seconde -pousa Alexandre de Prigord, -duc de Dino.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AINTE</span>-<span class="cap">A</span><span class="smallc">ULAIRE</span> (le comte Louis -Beaupoil DE), 1778-1854. Il fut -chambellan de Napolon I<sup>er</sup>, prfet -sous Louis XVIII et dput; -aprs 1830, il fut un des plus -habiles appuis de la monarchie -de Juillet. Il fut, successivement, -ambassadeur Rome, Vienne et - Londres, et fut lev la Pairie.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AINTE</span> <span class="cap">T</span><span class="smallc">HRSE</span>, 1515-1582. D'une -riche et noble famille d'Avila, -dans la Vieille Castille, Thrse -rforma l'ordre des Carmlites, -et, inspir par elle, saint Jean de -la Croix rforma celui des Carmes. -Elle fut canonise en 1621. Ses -nombreux crits la firent appeler -par les papes Grgoire XV et -Urbain VIII un docteur de l'glise.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AINT</span> <span class="cap">L</span><span class="smallc">EU</span> ou saint Loup, 573-623. -Archevque de Sens depuis 609, -il se distingua par sa charit. Le -roi Clotaire II, tromp par de -faux rapports, l'exila en Picardie -en 613, mais mieux instruit, il le -rappela l'anne suivante et le -combla d'honneurs.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AINT</span>-<span class="cap">L</span><span class="smallc">EU</span> (la duchesse DE), voir -<span class="cap">B</span><span class="smallc"><a href="#EAUHARNAIS">EAUHARNAIS</a></span> (Hortense DE).</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AINT</span>-<span class="cap">P</span><span class="smallc">AUL</span> (Vergibier DE), gnral -franais; il commandait les troupes -de l'Indre en 1834.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AINT</span>-<span class="cap">P</span><span class="smallc">RIEST</span> (le comte Alexis DE), -1805-1851. Fils du comte de -Saint-Priest, gouverneur d'Odessa -et d'une princesse Galitzin. Il ne -vint en France qu'en 1822, et -s'y fit beaucoup remarquer par -son got pour les lettres; trs li -avec le duc d'Orlans, il entra -dans la diplomatie en 1833 et -devint ministre de France au Brsil, - Lisbonne, Copenhague. Il -fut nomm pair de France en -1841 et membre de l'Acadmie -franaise en 1849. Il avait pous -Mlle de La Guiche.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">ALISBURY</span> (la marquise DE), 1750-1835. -Marie-Amlie, fille du marquis -de Devonshire. Elle s'tait -marie en 1773 et fut brle dans -l'incendie de Hatfield-House.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">ALVANDY</span> (le comte DE), 1795-1856. Il -fit, comme militaire, les campagnes -de 1813 et 1814, et se retira du -service sous la Restauration, pendant -laquelle il occupa plusieurs -fonctions auprs de Louis XVIII; -il dmissionna en 1823 et se -tourna vers la littrature. Nomm -dput aprs 1830, il devint ministre -de l'Instruction publique -de 1837 1839, ambassadeur -Madrid en 1841, Turin en 1843, -et, en 1845, de nouveau ministre -de l'Instruction publique jusqu'en -1848. Il tait membre de l'Acadmie -franaise depuis 1835.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AMPAO</span> (Antonio-Rodriguez), 1806-1882. -Journaliste et homme d'tat -portugais qui dfendit toujours les -ides librales.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AND</span> (George), 1804-1876. Aurore -Dupin, baronne Dudevant, fut, -sous le pseudonyme de George -<span class="pagenum"><a id="Page_453"> 453</a></span> -Sand, un des meilleurs crivains -du dix-neuvime sicle.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">ARAVA</span> (Antonio-Ribeira), 1800-1890. -Diplomate portugais. Pendant -la rgence de dom Miguel, il -fut envoy en mission secrte en -Espagne et en Angleterre. Partisan -fanatique du pouvoir absolu, -il ne retourna plus en Portugal -aprs la chute du prtendant, et -demeura Londres jusqu' sa -mort.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">ARMENTO</span> (M. DE). Diplomate portugais, -reprsentant de dom Pedro - Londres lors des confrences -aprs 1830.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AUZET</span> (Paul), 1800-1877. Avocat -au barreau de Lyon, il fut lu -dput en 1834, et deux ans plus -tard, nomm ministre de la Justice -dans le ministre Thiers.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AXE</span> (Maurice, comte DE), 1695-1750. -Marchal de France, il se -couvrit de gloire pendant la guerre -de la succession d'Autriche, et, en -rcompense de ses services, le -roi Louis XV lui donna le chteau -de Chambord et 40,000 livres -de rente. Il tait le fils naturel -d'Auguste II, lecteur de Saxe, et -de la comtesse Aurore de Kœnigsmark.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AXE</span>-<span class="cap">M</span><span class="smallc">EININGEN</span> (Bernard, duc DE), -1800-1882. Frre de la reine -Adlade d'Angleterre. En 1866, -il abdiqua en faveur de son fils, -le duc Georges II.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">CHEFFER</span> (Ary), 1785-1858. Peintre -franais, d'une famille originaire -d'Allemagne. Il tait trs protg -par le Roi Louis-Philippe et sa -famille.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">BASTIANI</span> DE LA <span class="cap">P</span><span class="smallc">ORTA</span> (le marchal), -1775-1851. Originaire de la Corse, -il se distingua l'arme d'Italie. -En 1806, envoy comme ambassadeur - Constantinople, il dcida -le sultan Selim dclarer la -guerre aux Russes et dirigea les -oprations qui contraignirent la -flotte anglaise repasser les -Dardanelles. Aprs Waterloo, il -fut un des commissaires dsigns -pour traiter la paix. Sous Louis-Philippe, -il fut ministre des -Affaires trangres, puis ambassadeur - Naples et Londres. Il -avait pous Fanny de Coigny, qui -mourut en 1807 en donnant le -jour une fille, qui pousa le duc -de Praslin.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">EFTON</span> (lord), 1772-1838. Cr pair -et baron en 1831. Il avait pous -une fille de lord Craven.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">EFTON</span> (lady), morte en 1851. Marie-Marguerite, -fille de lord Craven, -pousa en 1791 lord William -Sefton.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">GUIER</span> (le comte), 1768-1848. migr -pendant la Rvolution, il -rentra en 1800 et, grce Cambacrs, -se fit une belle carrire -dans la magistrature sous l'Empire. -En 1815, Louis XVIII le fit pair -de France et le chargea d'instruire -le procs du marchal Ney. -Il se rallia Louis-Philippe en -1830.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">GUR</span> (Louis-Philippe, comte DE), -1753-1833. Il prit part la guerre -d'Amrique en 1781, fut ambassadeur - Saint-Ptersbourg, vcut -de sa plume pendant la Rvolution, -fut appel ensuite au Corps lgislatif -par le Premier Consul et -devint grand matre des crmonies -<span class="pagenum"><a id="Page_454"> 454</a></span> -de la cour impriale. Depuis -1803, il tait membre de l'Acadmie -franaise, et Louis XVIII -l'avait fait pair.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">MONVILLE</span> (le marquis DE), 1754-1839. -Il fut charg d'abord de -plusieurs missions l'tranger. -Pair de France en 1814, il reut le -premier le titre de grand rfrendaire -de la Cour des Pairs et ne se -dmit de ses fonctions que sous -Louis-Philippe en 1834.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">VIGN</span> (la marquise DE), 1626-1696. -Marie de Rabutin-Chantal, une -des femmes les plus distingues du -dix-septime sicle, clbre par -les lettres qu'elle crivait sa -fille, Mme de Grignan. Elle avait -t marie en 1644 au marquis de -Svign, qui, tu en duel, la -laissa veuve vingt-cinq ans.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">GRICCI</span> (Thomas), 1788-1836. Clbre -improvisateur italien et -grand rudit. Il rvla sa prodigieuse -facilit de versification -un bal masqu, o, costum en -Pythonisse, il rendit ses oracles -en vers, avec une promptitude et -une aisance admirables.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">HAFTSBURY</span> (Cropley-Ashley), 1768-1851, -membre de la Chambre des -lords, il pousa Anne, fille du -duc de Marlborough.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">IDNEY</span> (lord, John-Robert), n en -1805. Il tait lord-chambellan, et -pousa en 1832, Emily-Caroline, -fille du marquis d'Anglesey.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">IDNEY</span> (lady Sophie), morte en 1837. -Lady Fitzclarence, fille naturelle -du roi Guillaume IV d'Angleterre, -pousa en 1825 Philippe-Charles -Sidney, baron de l'Isle et de -Dudley.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">IEYS</span> (l'abb), 1748-1836. Il fut -vicaire gnral de Chartres, et -l'un des grands politiques de son -temps. Il fit comprendre la puissance -du Tiers, et amena plusieurs -des mesures les plus importantes -de la Rvolution. Il fit partie du -conseil des Cinq-Cents, fut fait -snateur et comte par Napolon.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">OBIESKI</span> (Jean III), Roi de Pologne, -1629-1696. Un des hros nationaux -de son pays; il vainquit les -Turcs et dlivra Vienne assige -par Kara-Mustapha.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">OMERSET</span> (le duc DE), 1773-1855. -douard Saint-Maur, baron Seymour; -il avait pous lady Hamilton.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">OPHIE</span> D'<span class="cap">A</span><span class="smallc">NGLETERRE</span> (la princesse), -1777-1848. Une des filles du roi -George III d'Angleterre; elle ne -se maria jamais.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">OULT</span> (Nicolas-Jean de Dieu) 1769-1852. -Il fit toutes les campagnes -de la Rvolution et de l'Empire: -la prise de Kœnigsberg lui valut le -titre de duc de Dalmatie; exil -sous la seconde Restauration, il -s'attacha au gouvernement de 1830 -et prit deux reprises le ministre -de la Guerre et la prsidence -du Conseil.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">PRING</span>-<span class="cap">R</span><span class="smallc">ICE</span> (sir Thomas), 1790-1866. -Il fut lev la pairie en 1839 -sous le titre de lord Monteagle de -Brandon. Il fut sous-secrtaire -l'Intrieur en 1827, puis secrtaire -de la Trsorerie, et, en 1834, -secrtaire des Colonies. En 1835, -il devint chancelier de l'chiquier. -Il tait membre de la Socit -royale et de la Socit astronomique. -<span class="pagenum"><a id="Page_455"> 455</a></span></li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">TAL</span> (Mme DE), 1766-1817. Ne -Necker. Clbre par ses talents -et son exil.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">TAL</span> (la baronne de), Adlade -Vernet, petite-fille du professeur -suisse Pictet, pousa, en 1826, -le baron Auguste de Stal, fils de -la clbre Mme de Stal.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">TANLEY</span> (douard-Geoffroy), 1799-1869. -Homme d'tat anglais, plus -connu sous le nom de <i>comte de -Derby</i> qu'il prit en 1831. Il fut -sous-secrtaire d'tat aux Colonies -en 1827, puis premier secrtaire -pour l'Irlande de 1830 -1833, ministre des Colonies en -1833; il fit passer le bill de l'mancipation -des esclaves. En 1858, -il pacifia les Indes et en rorganisa -l'administration. Il avait -pous, en 1825, la seconde fille -de lord Skelmersdale.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">TANLEY</span> (douard-Jules, baron), -1801-1869. Membre du Parlement -anglais depuis 1831, il fut sous-secrtaire -d'tat, sous-secrtaire -aux Affaires trangres et matre -gnral des Postes. Il avait pous -en 1826 la fille du vicomte Dillon.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">TEVENS</span> (Catherine), 1794-1872. -Cantatrice anglaise trs admire, -qui se fit entendre Covent-Garden, -puis Drury Lane. Elle -rentra dans la vie prive en 1815 -et pousa, en 1838, le comte -d'Essex.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">TRATFORT</span> <span class="cap">C</span><span class="smallc">ANNING</span> (sir), 1788-1880. -Cousin du clbre Canning et -diplomate anglais. Il fut ministre -plnipotentiaire en Suisse, assista -au Congrs de Vienne en 1815, -fut lu ambassadeur auprs de la -Porte ottomane en 1851, jusqu' -1858, poque de sa retraite. La -Reine l'avait nomm vicomte de -Redcliffe.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">TUART</span> DE <span class="cap">R</span><span class="smallc">OTHESAY</span> (lady), 1789-1867. -Fille de lord Hardwick, elle -s'tait marie en 1816.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">URREY</span> (le comte DE), 1815-1860. -Fils an du duc de Norfolk, il -fut dput au Parlement en 1837 -et se posa en catholique zl. En -1839 il pousa une fille de lord -Lyons, et, en 1856, la mort de -son pre, il prit le titre de duc -de Norfolk.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">USSEX</span> (Auguste-Frdric, duc DE), -1773-1843. Un des fils du Roi -George III d'Angleterre. Il fut -grand matre de la Maonnerie -dans ce pays.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">UCHET</span> (Marie), 1820-1835. Fille du -marchal Suchet, duc d'Albufra. -Amie intime de Mlle Pauline de -Prigord, elle mourut prmaturment.</li> - -<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">UTHERLAND</span> (la duchesse DE), morte -en 1868. Fille de lord Carlisle, -elle pousa, en 1823, le duc de -Sutherland. La duchesse fut <i>mistress -of the robes</i> de la Reine -Victoria.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">T</p> - -<ul> -<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">AHMASP</span>-<span class="cap">K</span><span class="smallc">OULI</span>-<span class="cap">K</span><span class="smallc">HAN.</span> Nadir-Shah, -roi de Perse, 1688-1747. Conducteur -de chameaux, puis brigand, -il entra au service de Tahmasp II, -mit les affaires du Prince dans -l'tat le plus florissant et battit -les Turcs, puis il fit dposer -Tahmasp et se fit, aprs une -rgence, proclamer schah de -Perse. Il marcha contre les -<span class="pagenum"><a id="Page_456"> 456</a></span> -Afghans rebelles et attaqua l'empire -du Grand Mogol; la Perse, -opprime, le dtestait et il fut -tu par ses propres gnraux.</li> - -<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ALLEYRAND</span>-<span class="cap">P</span><span class="smallc">RIGORD</span> (le cardinal -DE), 1636-1821. Alexandre-Anglique, -second fils de Daniel de -Talleyrand-Prigord et de Marie -de Chamillart, dame du palais de -la Reine, embrassa l'tat ecclsiastique, -fut nomm aumnier -du Roi, grand-vicaire Verdun, -et, en 1766, coadjuteur de l'archevque -de Reims auquel il -succda en 1777. Dput aux -tats-Gnraux de 1789, il lutta -contre les innovations et migra. -Conseiller de Louis XVIII Mittau, -Mgr de Prigord devint, en -1808 son grand aumnier, fut -inscrit le premier sur la liste des -pairs en 1814, et obtint en 1817 -le chapeau de cardinal et l'archevch -de Paris.</li> - -<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ALLEYRAND</span> (le prince DE), 1754-1838. -Charles-Maurice de Talleyrand-Prigord, -prince de Bnvent, -duc de Dino, pair, grand -chambellan de France, membre -de l'Institut. Boiteux par accident -de naissance, il fut destin -l'glise quoique l'an de sa famille. -Elve de Saint-Sulpice, il y fit ses -tudes ecclsiastiques et fut d'abord -connu sous le nom d'abb -de Prigord; en 1788, il fut -vque d'Autun; en 1789, membre -des tats gnraux; il fut plus -tard oblig de se rfugier en -Amrique; de retour en 1797 il -fut nomm ministre des Affaires -trangres par le Directoire, et, -pendant huit ans, dirigea la politique -extrieure de la France. En -qualit de vice-grand-lecteur de -l'Empire, il put, en 1814, convoquer -le Snat et faire proclamer -la dchance de l'Empereur. Il -reprsenta Louis XVIII au Congrs -de Vienne. En 1830, Louis-Philippe -le nomma ambassadeur - Londres. Son dernier acte politique -fut la conclusion de la -Quadruple Alliance entre la France, -l'Angleterre, l'Espagne et le Portugal.</li> - -<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ALLEYRAND</span> (la princesse DE), 1762-1835. -Fille du capitaine de vaisseau -Werle et de Laurence -Allany, elle tait ne dans les -Indes sur la cte de Coromandel; - quinze ans, elle pousa, Calcutta, -un employ civil, George -Grant, mais divora un an aprs. -Vers 1780, Mme Grant s'embarqua -pour l'Europe, s'tablit Paris, -et pousa le prince de Talleyrand -en 1802. Aprs sa sparation -d'avec son mari, elle se retira -Auteuil. Elle mourut en 1835 et -fut enterre Montparnasse, avec -cette inscription: <i>Veuve de -M. Grant, plus tard civilement -marie avec le prince de Talleyrand</i>.</li> - -<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ALLEYRAND</span>-<span class="cap">P</span><span class="smallc">RIGORD</span> (la baronne DE), -1800-1873. Charlotte-Alix-Sarah, -pouse du baron Alexandre-Daniel -de Talleyrand, conseiller d'tat, -dont elle eut trois enfants.</li> - -<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ALLEYRAND</span>-<span class="cap">P</span><span class="smallc">RIGORD</span> (le comte -Edmond DE), 1787-1872. Duc de -Dino depuis 1817 et duc de Talleyrand -depuis la mort de son pre -en 1838. Il pousa, en 1809, la -princesse Dorothe de Courlande. -<span class="pagenum"><a id="Page_457"> 457</a></span> -Brave officier, bon camarade, cit -avec loges parmi les aides de camp -du major-gnral Berthier, il fit les -campagnes de la Grande-Arme. -Il tait commandeur de l'ordre de -Saint-Louis, grand-officier de la -Lgion d'honneur, grand-croix de -l'ordre de Saint-Ferdinand d'Espagne. -Il passa les quarante dernires -annes de sa vie Florence, -o il mourut.</li> - -<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ALMA</span> (Franois-Joseph), 1766-1826. -Clbre tragdien. Napolon l'aimait -beaucoup et paya plusieurs -fois ses dettes.</li> - -<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ANKERVILLE</span> (lady), morte en 1865. -Fille du duc Antoine de Gramont, -elle pousa en 1806 lord Tankerville.</li> - -<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">AYLOR</span> (sir Herbert), 1775-1839. -D'abord officier, il devint secrtaire -particulier du duc d'York, -dont il tait l'ami, et passa en -cette mme qualit auprs du -roi George III; il fut charg de -plusieurs missions dlicates en -Sude et en Hollande. Il avait -pous la fille d'Edouard Disbrowe.</li> - -<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ERCEIRE</span> (le duc DE). Marquis de -Villaflor, 1790-1860, gnral portugais; -il s'tait mis la tte des -partisans de dom Pedro, l'aida -chasser dom Miguel. Il avait pous, -en deuximes noces, la fille du -marquis de Loul.</li> - -<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ESTE</span> (Jean-Baptiste), 1780-1852. -Jurisconsulte franais. Dput en -1831, il fit partie des libraux. -En 1839, il devint ministre de la -Justice, en 1840 des Travaux publics. -En 1843, il fut nomm pair -de France et prsident de la Cour -de cassation, mais la fin de sa vie -fut attriste par un lamentable -procs dans lequel il fut compromis.</li> - -<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">HIARD</span> DE <span class="cap">B</span><span class="smallc">USSY</span> (le comte DE), 1772-1852. -Gnral franais. Chambellan -de Napolon en 1884, il le -suivit comme aide de camp dans -les campagnes de 1805 1807, -mais dmissionna ensuite. -Louis XVIII le nomma marchal -de camp. Devenu dput en 1815, -il sigea presque sans interruption -jusqu'en 1848, puis fut, pendant -une anne, ministre en Suisse.</li> - -<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">HIERS</span> (Adolphe), 1797-1877. -Homme d'tat et historien franais. -Il dbuta Paris dans le -journalisme, fonda le <i>National</i> en -1830, devint ministre en 1832 et -prsident du Conseil en 1836 et -1840. Comme dput, il s'opposa -vainement la guerre de 1870. -Prsident de la Rpublique en -1871, il attacha son nom la libration -du territoire.</li> - -<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">HIERS</span> (Mme), 1815-1880. lise -Dosne n'avait que seize ans lorsqu'elle -pousa M. Thiers, auquel -elle apporta une grosse fortune.</li> - -<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">HORWALDSEN</span> (Barthlemy), 1769-1844. -Clbre sculpteur danois. -Fils d'un pauvre marin de Copenhague, -il fit de longs sjours en -Italie o il travailla beaucoup. Il -a fond, Copenhague, un muse -et a laiss son immense fortune -cet tablissement.</li> - -<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ORENO</span> (le comte Jos DE), 1786-1843. -Homme d'tat espagnol, -dput aux Corts depuis 1811, il -provoqua l'abolition de l'Inquisition. -En 1834, il fut nomm ministre -des Finances, puis prsident -<span class="pagenum"><a id="Page_458"> 458</a></span> -du Conseil avec le portefeuille des -Affaires trangres; il se retira -de la vie publique en 1835.</li> - -<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">RAJAN</span> (l'empereur), n en Espagne -en 52, il fut empereur Rome de -98 117. Il fut vainqueur des -Daces et des Parthes, et excellent -administrateur.</li> - -<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">RVISE</span> (duc DE), voir <span class="cap">M</span><span class="smallc"><a href="#ORTIER">ORTIER</a></span>.</li> - -<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ULLEMARE</span> (lady), morte et 1848, -elle s'tait marie en 1821. C'tait -la sœur du duc d'Argyll.</li> - -<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">YSZKIEWICZ</span> (la princesse), 1765-1834. -Marie-Thrse, fille du -prince Andr Poniatowski, second -frre du Roi; elle pousa le comte -Vincent Tyszkiewicz, mais garda -son titre de princesse. Son mari -tait rfrendaire du grand-duch -de Lithuanie. La Princesse tait -trs lie avec le prince de Talleyrand. -Elle habita presque toujours -la France et est enterre Valenay.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">V</p> - -<ul> -<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">ALENAY</span> (le duc DE), 1811-1898. -Louis de Talleyrand-Prigord, duc -de Talleyrand et de Valenay, duc -de Sagan aprs la mort de sa -mre. Fils du duc Edmond de -Talleyrand et de la princesse Dorothe -de Courlande; chevalier de -la Toison d'or d'Espagne et de -l'Aigle noir de Prusse. Il pousa -d'abord, en 1829, Alix, fille du -duc de Montmorency, puis la comtesse -de Hatzfeld, fille du marchal -de Castellane. Le duc de Valenay -tait le fils an de la duchesse -de Dino.</li> - -<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">ALENAY</span> (la duchesse DE), 1810-1858. -Alix, fille du duc de Montmorency -et de Caroline de Matignon.</li> - -<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">ALOIS</span> (les), famille issue des Captiens, -qui monta sur le trne de -France en 1328 avec Philippe VI, -pour finir avec Henri III en -1576.</li> - -<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">AN</span> <span class="cap">D</span><span class="smallc">YCK</span> (Antoine), 1599-1641. -Peintre flamand, lve de Rubens; -il voyagea en Italie, en Hollande, -en France, en Angleterre o il -fut appel par le roi Charles I<sup>er</sup> -et se fixa.</li> - -<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">ANTADOUR</span> (la duchesse DE), 1799-1863. -Fille du comte d'Aubusson -la Feuillade et de son premier -mariage avec Mlle de Refouville, -elle pousa le duc de Lvis et de -Vantadour.</li> - -<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">AUDMONT</span> (la princesse DE), 1763-1832. -Elise-Marie-Colette de Montmorency-Logn, -pousa en 1778 -le prince Joseph de Vaudmont, -de la maison de Lorraine, dont -elle devint veuve en 1812. Amie -intime de M. de Talleyrand, elle -tait bonne, trs recherche, et -l'on retrouvait, chez elle, les habitudes -de l'ancien rgime.</li> - -<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">ICTORIA</span> <span class="cap">I</span><sup>re</sup> (la Reine), 1819-1901. -Fille du quatrime fils du roi -d'Angleterre George III, le duc -de Kent, qui mourut en 1820. -Elle monta sur le trne en 1837, - la mort de son oncle Guillaume IV. -En 1840, la jeune Reine pousa -son cousin germain, le prince Albert -de Saxe-Cobourg-Gotha, qui -fut dclar prince Consort en -1857.</li> - -<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">IENNET</span> (Jean-Guillaume), 1777-1868. -<span class="pagenum"><a id="Page_459"> 459</a></span> -Littrateur franais; il entra - l'Acadmie en 1830.</li> - -<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">ILLEMAIN</span> (Abel-Franois), 1790-1870. -Professeur, crivain et -homme politique franais, membre -de l'Acadmie franaise depuis -1822, pair de France; il fut, -deux reprises, ministre de l'Instruction -publique et, depuis 1835, -secrtaire perptuel de l'Acadmie.</li> - -<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">ISCONTI</span>-<span class="cap">A</span><span class="smallc">YMI</span> (la marquise), morte -en 1831 Paris. Ne Carcano, -elle avait appartenu la socit la -plus lgante de Milan l'poque -de la vice-royaut d'Eugne de -Beauharnais. En premires noces -elle avait pous le comte Sopranzi, -dont elle eut un fils, qui -fut aide de camp du marchal -Berthier, avec qui elle tait trs -lie.</li> - -<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">ITROLLES</span> (Eugne d'Arnaud, baron -DE), 1774-1854. Il servit dans l'arme -de Cond, fut nomm ministre -d'tat en 1814, mais se -montra si violent que Louis XVIII -le priva de ses fonctions. A son -avnement, Charles X le nomma -ambassadeur Turin. Il avait -pous, en 1795, Mlle de Folleville.</li> - -<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">IVONNE</span> (Louis-Victor de Rochechouart, -comte DE), 1636-1688; -plus tard duc de Mortemart et -marchal de France; la faveur de -sa sœur, Mme de Montespan, lui -valut un avancement rapide; il -tait connu pour son esprit, ses -bons mots et son embonpoint.</li> - -<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">OG</span> (le comte Charles DE), mari - Mlle de Branger. Il tait frre -du marquis de Vog.</li> - -<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">OLTAIRE</span> (M. DE). 1694-1778. Franois-Marie-Arouet -de Voltaire, fils -d'un trsorier de la Chambre des -comptes; il exera une immense -influence sur le dix-huitime sicle -littraire et philosophique.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">W</p> - -<ul> -<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ABURTON.</span> Aubergiste anglais du -<i>Ship</i> Douvres.</li> - -<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ALTER</span> <span class="cap">S</span><span class="smallc">COTT</span>, 1771-1832. Pote et -romancier cossais.</li> - -<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ARD</span> (sir Henry-George), 1798-1860. -Gendre de lord Grey. Il -entra dans la diplomatie anglaise -en 1816, comme attach d'ambassade - Stockolm, puis La Haye et - Madrid. Il entra au Parlement -en 1832, fut nomm commissaire -des les Ioniennes en 1849. De -1856 jusqu' sa mort il fut gouverneur -de Ceylan.</li> - -<li><span class="cap">W</span><span class="smallc"><a id="ARWICK"></a>ARWICK</span> (Guy, comte DE), mort en -1471, surnomm le <i>Faiseur de -rois</i>. Beau-frre de Richard -d'York, il le poussa revendiquer -le trne d'Angleterre, puis fit proclamer -Edouard IV, ce qui ne -l'empcha pas plus tard de faire -rtablir Henri VI sur le trne et -de se faire nommer gouverneur -du royaume.</li> - -<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ARWICK</span> (lord), 1779-1853. Henri -Richard Greville, comte de Brooke, -descendant, par les femmes, des -anciens Beauchamp.</li> - -<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ARWICK</span> (lady), morte en 1851. -Sarah, fille de lord Mexborough, -pousa, en premires noces, lord -Monson, et, en deuximes noces, -lord Warwick. -<span class="pagenum"><a id="Page_460"> 460</a></span></li> - -<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">EIMAR</span> (le duc Charles-Bernard DE), -1792-1862. Gnral au service -des Pays-Bas; il avait pous, en -1815, la princesse Ida de Saxe-Meiningen. -Son fils, le prince -douard de Weimar, entra au -service de l'Angleterre.</li> - -<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">EIMAR</span> (la duchesse Bernard DE), -1794-1852, ne princesse de Saxe-Meiningen -et sœur de la reine -Adlade d'Angleterre.</li> - -<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ELLESLEY</span> (le marquis DE), 1760-1842. -Richard, comte de Mornington, -frre an du duc de -Wellington; gouverneur des Indes -en 1797, il devint, en 1810, ministre -des Affaires trangres, en -1822 lord-lieutenant d'Irlande et, -en 1833, vice-roi de ce pays.</li> - -<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ELLINGTON</span> (le duc DE), 1769-1852. -Troisime fils du vicomte Wellesley, -il servit en 1797 dans l'arme -des Indes, revint en Angleterre -en 1805; il dirigea l'arme anglaise -en Portugal, en Espagne, -et fut le vainqueur de Napolon -Waterloo. Il fit partie de plusieurs -ministres.</li> - -<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ERTHER</span> (le baron Wilhelm DE), -1772-1859. Diplomate prussien; -il fut ministre Paris de 1824 -1837, et de 1837 1841 ministre -des Affaires trangres Berlin.</li> - -<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ERTHER</span> (la baronne DE), 1778-1853. -La comtesse Sophie Sandizell, -Bavaroise, pouse du baron -de Werther.</li> - -<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ESSENBERG</span>-<span class="cap">A</span><span class="smallc">MPRINGEN</span> (le baron), -1773-1858. Diplomate autrichien; -il assista, en 1830, aux confrences -de Londres, et fut en 1848, -pendant peu de temps, ministre -des Affaires trangres.</li> - -<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">EYER</span> (Sylvan VAN DE), 1803-1874. -Homme d'Etat et littrateur belge. -Charg d'une importante mission - Londres, il russit par faire -agrer la proposition d'y runir -une confrence pour consolider -la nouvelle constitution belge; -il parvint faire accepter le -prince Lopold de Cobourg comme -roi des Belges. En 1845, il fut -rappel pour prendre la tte du -cabinet, puis, en 1846, reprit ses -fonctions d'ambassadeur Londres -jusqu'en 1867, lorsqu'il se -retira des affaires.</li> - -<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ILLOUGHBY</span>-<span class="cap">C</span><span class="smallc">OTTON</span> (sir Henry), -1796-1865. Dput la Chambre -des communes.</li> - -<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">INCHELSEA</span> (lord), 1791-1858. -George-William Hatton. Sa premire -femme tait une fille du -duc de Montrose. En 1829, il eut -un duel clbre avec le duc de -Wellington; le duc de Wellington -manqua son adversaire, lord Winchelsea -tira en l'air.</li> - -<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ORONZOFF</span> (la comtesse), morte en -1832 Londres; Catherine Siniavin, -pouse du gnral Woronzoff.</li> - -<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">URTEMBERG</span> (le roi DE), 1781-1864. -Guillaume I<sup>er</sup>; il monta sur le -trne en 1816. Il avait pous en -premires noces la grande-duchesse -Catherine de Russie, et, -en deuximes noces, sa cousine, -la duchesse Pauline de Wrtemberg.</li> - -<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">URTEMBERG</span> (la princesse Marie DE), -1816-1863. Fille du roi Guillaume -I<sup>er</sup>, elle pousa, en 1840, -le major-gnral comte de Neipperg. -<span class="pagenum"><a id="Page_461"> 461</a></span></li> - -<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">URTEMBERG</span> (la princesse Sophie -DE), 1818-1877. Sœur de la prcdente; -elle pousa, en 1839, -Guillaume III, Roi des Pays-Bas.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">Y</p> - -<ul> -<li><span class="cap">Y</span><span class="smallc">ARBOROUGH</span> (lord), 1812-1851. Frre -de lord Garbowy, et, en 1831, -capitaine dans la maison royale -d'Angleterre.</li> - -<li><span class="cap">Y</span><span class="smallc">ORK</span> (le duc D'), 1763-1827. Frre -des rois George IV et Guillaume IV -d'Angleterre; il pousa la princesse -Frdrique de Prusse.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">Z</p> - -<ul> -<li><span class="cap">Z</span><span class="smallc">EA</span>-<span class="cap">B</span><span class="smallc">ERMEDEZ</span> (don Francisco), 1772-1850. -Diplomate espagnol. De -1809 1820, il fut charg d'affaires -auprs de l'empereur -Alexandre I<sup>er</sup>, puis ambassadeur -Constantinople. En 1824, il fut -nomm ministre des Affaires -trangres, puis en 1825, il fut -ambassadeur Dresde; de 1828 -1833, ambassadeur Londres. Depuis -1834, il habita presque toujours -Paris o il mourut.</li> - -<li><span class="cap">Z</span><span class="smallc">EA</span>-<span class="cap">B</span><span class="smallc">ERMEDEZ</span> (Mme), femme du ministre. -Elle tait trs recherche -dans la socit par sa distinction -et son amabilit. Sa ville natale -tait Malaga.</li> - -<li><span class="cap">Z</span><span class="smallc">UMALACARREGUY</span> (Thomas), 1789-1835. -Gnral espagnol, commandant -la garde royale la mort de -Ferdinand VII. Il se dmit de ses -fonctions pour suivre don Carlos, -et fit une terrible guerre aux -Christinos.</li> - -<li><span class="cap">Z</span><span class="smallc">UYLEN</span> VAN <span class="cap">N</span><span class="smallc">IJEVELT</span> (le baron Hugo -DE), 1781-1853. Homme d'Etat -hollandais; il prit une part active -aux efforts qui furent faits dans -son pays pour secouer le joug de -Napolon I<sup>er</sup>. Il fut ambassadeur -Paris, Madrid, Stockolm, -Constantinople, revint La Haye -en 1829 et dploya une rare activit -lors de la rvolution belge -en 1830. Il fut ensuite envoy, -avec Falk, la confrence de -Londres. De 1833 1848, il reut -plusieurs portefeuilles, puis rentra -dans la vie prive.</li> -</ul> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_462"> 462</a></span> -<span class="pagenumh"><a id="Page_463"> 463</a></span></p> - -<div class="chapter"> -<div class="footnotes"> -<h2 class="normal">NOTES:</h2> -<div class="footnote"> - -<p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1" class="label">[1]</a> Couronnement du roi Guillaume IV.</p> - -<p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2" class="label">[2]</a> Eridge Castle est situ dans le comt de Sussex. Il appartient encore -aux Abergavenny.</p> - -<p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3" class="label">[3]</a> Varsovie, capitale du grand-duch de ce nom, avait t cde aux -Russes en 1815. En novembre 1830, il y clata une insurrection terrible -qui affranchit pour quelques mois la Pologne; mais, malgr une glorieuse -campagne contre Diebitsch, Varsovie finit par tre reprise par -Paskwitch le 8 septembre 1831.</p> - -<p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4" class="label">[4]</a> Stocke est situ dans le comt de Stafford et possde une grande -manufacture de porcelaine cre par Wedgwood.</p> - -<p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5" class="label">[5]</a> Les enfants taient: 1<sup>o</sup> Doa Jennaria, ne en 1819; 2<sup>o</sup> Doa Paula, -ne en 1823; 3<sup>o</sup> Doa Francisca, ne en 1824; 4<sup>o</sup> Dom Pedro, n en 1825, -qui devint en 1831 empereur du Brsil, sous une rgence.</p> -</div> -<div class="footnote"> - -<p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6" class="label">[6]</a> La rvolution franaise de 1830 fut pour la Suisse l'occasion d'agitations -nouvelles. Ble se morcela en 1832 en Ble-Ville et Ble-Campagne.</p> - -<p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7" class="label">[7]</a> Miaoulis s'tait retir Poros o il s'tait mis la tte des Hydriotes -rvolts.</p> - -<p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8" class="label">[8]</a> De mars septembre 1831, l'insurrection, ou tout au moins l'agitation -et le tumulte furent peu prs permanents dans les rues de Paris.</p> - -<p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9" class="label">[9]</a> M. de Courcel.</p> - -<p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10" class="label">[10]</a> Lopold I<sup>er</sup>, lu Roi des Belges en 1831, avait pous, en 1832, -Louise, princesse d'Orlans, fille de Louis-Philippe, Roi des Franais.</p> - -<p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11" class="label">[11]</a> En 1832, le Roi Ferdinand VII tomba si gravement malade, qu'on le -crut mort. Calomarde se runit alors aux partisans pour faire signer au -moribond un dcret mettant nant la dclaration de 1830, par laquelle -le Roi abolissait la loi salique en Espagne.</p> - -<p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12" class="label">[12]</a> Valenay, o la duchesse de Dino venait de se transporter, est situ -dans le dpartement de l'Indre. Le chteau et le parc en sont magnifiques, -avec de belles eaux. Le chteau fut bti au seizime sicle par la famille -d'tampes, d'aprs les dessins de Philibert Delorme. Il servit de prison -d'tat de 1808 1814 pour Ferdinand VII et les Infants d'Espagne, par -ordre de Napolon I<sup>er</sup>. Le prince de Talleyrand, qui s'en tait rendu propritaire - la fin du dix-huitime sicle, aimait ce sjour et l'habita beaucoup.</p> - -<p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13" class="label">[13]</a> Les trois grandes puissances allies, l'Autriche, la Prusse et la -Russie, se runirent plusieurs annes de suite, soit Tplitz, soit Mnchengraetz, -pour y dlibrer ensemble sur la situation de l'Europe. Elles -y tombrent d'accord pour se garantir, par un nouveau pacte secret, leurs -possessions respectives en Pologne, soit contre une agression venant du -dehors, soit contre un mouvement rvolutionnaire intrieur. Elles s'y -occuprent galement des affaires de France et d'Italie, du travail continuel -des sectes et des rfugis italiens sur le sol franais, qui inspiraient -alors de grandes inquitudes au sujet de la tranquillit de la Pninsule. On -finit par y dcider que les Cabinets d'Autriche, de Prusse et de Russie -enverraient chacun une note spare au gouvernement du Roi Louis-Philippe, -pour l'engager surveiller avec plus d'attention les menes rvolutionnaires.</p> - -<p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14" class="label">[14]</a> Louis-Antoine, duc d'Angoulme (1773-1844) fils an du Roi -Charles X, avait pous en 1799, durant l'migration, sa cousine Marie-Thrse-Charlotte, -fille du Roi Louis XVI et de la Reine Marie-Antoinette, -dont il n'eut pas d'enfant. Aprs 1830, le duc d'Angoulme cda ses droits - son neveu, le duc de Bordeaux (comte de Chambord), et vcut en simple -particulier.</p> - -<p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15" class="label">[15]</a> Antique manoir, jadis une forteresse imprenable.</p> - -<p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16" class="label">[16]</a> Leamington est un petit endroit de bains, situ sur le Leam, dans -le comt de Warwick. Il doit toute sa renomme des sources minrales -et ferrugineuses, dcouvertes en 1797.</p> - -<p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17" class="label">[17]</a> Voir l'index biographique: <a href="#ARWICK">WARWICK</a> (Guy, comte DE)</p> - -<p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18" class="label">[18]</a> Une fille de service demande une place dans une famille o il y a -un valet de pied.</p> - -<p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19" class="label">[19]</a> Mme de Gontaut fut une victime de la petite Cour de Charles X -o deux partis divisaient les fidles: d'un ct les partisans de l'inertie -non rsigne, et, de l'autre, les partisans de l'action. Une lettre o -Mme de Gontaut exprimait son mcontentement sa fille, Mme de Rohan, -fut saisie. Le Roi, qui y tait accus de faiblesse, fit de violents reproches - Mme de Gontaut, qui quitta Prague et la Cour aprs cet entretien.</p> - -<p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20" class="label">[20]</a> Woburn Abbey est situe dans le comt de Bedford; il s'y trouve un -magnifique chteau moderne, appartenant aux ducs de Bedford, bti sur -l'emplacement d'une abbaye de Cisterciens fonde en 1445.</p> - -<p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21" class="label">[21]</a> Disciple de Socin, qui ne reconnat ni la Trinit, ni la divinit du -Christ.</p> - -<p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22" class="label">[22]</a> Cette maison, o se trouvait alors l'ambassade de France, tait -situe dans Hanover-Square, n<sup>o</sup> 21.</p> - -<p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23" class="label">[23]</a> Explication rationnelle de ce qui fit l'tonnement du public, quand, -en 1891, les <i>Mmoires</i> du prince de Talleyrand parurent, par les soins -du duc de Broglie. La polmique qui s'leva alors, sur le point de savoir -si M. de Bacourt n'avait pas tronqu le texte de ces <i>Mmoires</i>, ne peut -recevoir une plus prcise rponse que celle donne par cette <i>Chronique</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24" class="label">[24]</a> Le duc de Fleury, petit-neveu du Cardinal.</p> - -<p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25" class="label">[25]</a> Almacks tait une acadmie mondaine, qui rassemblait le haut monde -de Londres et tait patronne par six dames de la haute socit. Le dbut - l'Almacks sacrait l'homme du monde.</p> - -<p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26" class="label">[26]</a> Lady Jersey tait, par sa mre, petite-fille du banquier Robert -Child.</p> - -<p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27" class="label">[27]</a> Cette campagne appartient encore la famille Hope. La maison -contient une galerie de tableaux remarquable. Le parc et les jardins -l'italienne sont parmi les plus beaux de l'Angleterre.</p> - -<p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28" class="label">[28]</a> Denbies appartient maintenant M. G. Cubitt. Cette habitation est -situe prs de Dorking dans le comt de Surrey.</p> - -<p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29" class="label">[29]</a> Le Cabinet de lord Grey tait ainsi compos: Premier lord de la -Trsorerie, le comte Grey. Lord Chancelier, lord Brougham. Prsident -du conseil priv, marquis Lansdowne. Sceau priv, comte Durham. Chancelier -de l'Echiquier, lord Althorp. Intrieur, vicomte Melbourne. Affaires -trangres, vicomte Palmerston. Colonies, vicomte Goderick. Commerce, -lord Auckland. Amiraut, sir James Graham. Postes, duc de Richmond. -Irlande, M. Stanley. Trsorerie gnrale, lord John Russell. Contrle, -M. Charles Grant. Chancelier du duch de Lancastre, lord Holland.</p> - -<p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30" class="label">[30]</a> Ou Bill des dmes.</p> - -<p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31" class="label">[31]</a> Le nouveau Cabinet fut ainsi constitu: Premier lord de la Trsorerie, -lord Melbourne. Chancelier, lord Brougham. Prsident du conseil, -marquis Lansdowne. Affaires trangres, vicomte Palmerston. Colonies, -M. Spring Rice. Chancelier de l'chiquier, lord Althorp. Amiraut, lord -Auckland. Postes, marquis de Conyngham. Payeur gnral de l'Arme, -lord John Russell. Irlande, M. Littleton. Chancelier du duch de Lancastre, -lord Holland. Intrieur, vicomte Duncannon. Conseil du Contrle, -M. Charles Grant. Commerce, M. Poulett Thomson. Guerre, M. Ellice. -Sceau priv, lord Mulgrave. La plupart de ces ministres avaient fait partie -du Cabinet prcdent.</p> - -<p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32" class="label">[32]</a> Le marchal Soult tait Prsident du Conseil depuis 1832. Il quitta -ces fonctions en juillet 1834.</p> - -<p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33" class="label">[33]</a> Kew est situ sur la rive droite de la Tamise. Ce chteau fut pendant -quelque temps la demeure du duc et de la duchesse de Cumberland, -avant qu'ils n'hritassent du trne de Hanovre. Il y a Kew un observatoire -et un jardin botanique crs par le Roi George III.</p> - -<p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34" class="label">[34]</a> Myrza-Rhyza-Kan, envoy extraordinaire de Seth-Ali, Schah de -Perse, prs de Napolon I<sup>er</sup>, Varsovie, en mars 1807.</p> - -<p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35" class="label">[35]</a> Eminin-Effendi, accrdit par le Sultan Mustapha IV auprs de -l'Empereur Napolon I<sup>er</sup>, Varsovie, en mars 1807.</p> - -<p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36" class="label">[36]</a> Les Tuileries.</p> - -<p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37" class="label">[37]</a> Compromis dans la conjuration de Cellamare, Lagrange-Chancel -lana contre Philippe d'Orlans trois virulents pamphlets en vers, bientt -suivis de deux autres. (<i>Philippiques</i>, 1720).</p> - -<p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38" class="label">[38]</a> Rochecotte est un chteau bti la fin du dix-huitime sicle, que -la duchesse de Dino acheta en 1825, qu'elle agrandit et perfectionna -beaucoup. En 1847, elle en fit cadeau sa fille la marquise de Castellane.—Rochecotte -est situ mi-cte, d'une manire charmante, dans la -valle de la Loire, dominant le village de Saint-Patrice, dans le dpartement -d'Indre-et-Loire.</p> - -<p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39" class="label">[39]</a> Langeais est un gros bourg, un peu plus de deux lieux de Rochecotte, -et situ sur la rive droite de la Loire. Il est domin par un chteau -bti en 992 et rdifi au treizime sicle par Pierre de la Brosse. En -1491, le mariage du Roi Charles VIII et d'Anne de Bretagne y fut -clbr.</p> - -<p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40" class="label">[40]</a> Mlle Henriette Larcher, gouvernante de Mlle Pauline de Prigord.</p> - -<p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41" class="label">[41]</a> Cette lettre a dj t publie dans le livre que la comtesse de -Mirabeau a donn en 1890, sous ce titre: <i>le Prince de Talleyrand et -la Maison d'Orlans</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42" class="label">[42]</a> Voir la <i>Chronique</i> du 6 aot 1834, p. <a href="#Page_211">211</a>.</p> - -<p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43" class="label">[43]</a> Concierge du chteau de Valenay.</p> - -<p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44" class="label">[44]</a> Scipion Piattoli, qui avait t prcepteur de l'auteur de cette <i>Chronique</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45" class="label">[45]</a> En 1793, Montrond s'tait rfugi en Angleterre, et s'y tait mis -sous la protection de M. de Talleyrand; de l provenait leur longue -amiti.</p> - -<p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46" class="label">[46]</a> Madame Adlade avait fait offrir sa main au baron de Montmorency, -mais la condition qu'elle ne changerait point son nom, ce que -M. de Montmorency refusa.</p> - -<p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47" class="label">[47]</a> Veuil domine la valle du Nahon, et fut runi la seigneurie de -Valenay en 1787 par M. de Luay qui en tait alors propritaire. Le -chteau, qui devait tre remarquablement joli, est maintenant une ruine, -dont une partie seulement peut tre habite par un fermier.</p> - -<p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48" class="label">[48]</a> M. Amde d'Entraigues.</p> - -<p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49" class="label">[49]</a> Le comte de Lezay-Marnsia.</p> - -<p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50" class="label">[50]</a> La duchesse de Dino n'est jamais retourne en Angleterre malgr le -bon souvenir qu'elle gardait ce pays.</p> - -<p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51" class="label">[51]</a> En entrant dans cette bonneterie, fort clbre alors en France, on -pouvait voir, surmontes d'une inscription portant leurs noms, les jambes -moules de toutes les amies du prince de Talleyrand, que ces dames -avaient fait faire, afin de donner un modle exact au fabricant de Valenay.</p> - -<p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52" class="label">[52]</a></p> - -<p class="quote">Souvent femme varie,<br /> -Bien fol est qui s'y fie!</p> - -<p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53" class="label">[53]</a> Marie-Casimire d'Arquien, morte en 1716.</p> - -<p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54" class="label">[54]</a> Cette affaire amena un procs criminel qui fit grand bruit. mile -de La Roncire fut traduit devant le jury d'Angers en 1835, et malgr -l'habilet de son dfenseur, M<sup>e</sup> Chaix-d'Est-Ange, il fut condamn dix -ans de rclusion. En 1843, le Roi Louis-Philippe lui fit remise de deux -annes de dtention qui lui restaient encore faire.</p> - -<p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55" class="label">[55]</a> Cette lettre, dont il n'est cit ici qu'une partie, a t donne tout -entire par la comtesse de Mirabeau dans son livre: <i>Le prince de Talleyrand -et la Maison d'Orlans</i>, et se trouve aussi dans le tome V des <i>Mmoires</i> -du prince de Talleyrand, parus en 1892.</p> - -<p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56" class="label">[56]</a> Voici, en entier, cette lettre de dmission, quoiqu'elle ait dj -paru dans les <i>Mmoires</i> de M. de Talleyrand:</p> - -<p><i>Lettre du prince de Talleyrand M. le ministre des Affaires trangres.</i></p> - -<p><span class="smallc">Monsieur le Ministre</span>,</p> - -<p>Lorsque la confiance du Roi m'appela, il y a quatre ans, l'ambassade -de Londres, la difficult mme me fit obir; je crois l'avoir accomplie -utilement pour la France et pour le Roi, deux intrts toujours prsents - ma pense. Dans ces quatre annes, la paix gnrale maintenue a -permis toutes nos relations de se simplifier; notre politique, d'isole -qu'elle tait, s'est mle celle des autres nations; elle a t accepte, -apprcie, honore par tous les honntes gens de tous les pays. La -coopration que nous avons obtenue de l'Angleterre n'a rien cot ni -notre indpendance, ni nos susceptibilits nationales; et tel a t notre -respect pour le droit de chacun, telle a t la franchise de nos procds, -que loin d'inspirer de la mfiance, c'est notre garantie que l'on rclame -aujourd'hui, contre cet esprit de propagandisme qui inquite la vieille -Europe. C'est assurment la haute sagesse du Roi, sa grande habilet, -qu'il faut attribuer des rsultats aussi satisfaisants. Je ne rclame pour -moi-mme d'autre mrite que celui d'avoir devin, avant tous, la pense -profonde du Roi, et de l'avoir annonce ceux qui se sont convaincus, -depuis, de la vrit de mes paroles. Mais aujourd'hui que l'Europe connat -et admire le Roi; que, par cela mme, les principales difficults sont surmontes; -aujourd'hui que l'Angleterre a, peut-tre, un besoin gal au -ntre, de notre alliance mutuelle, et que la route qu'elle parat vouloir -suivre doit lui faire prfrer un esprit traditions moins anciennes que le -mien; aujourd'hui, je crois pouvoir, sans manquer de dvouement au Roi -et la France, supplier respectueusement Sa Majest d'accepter ma -dmission, et vous prie, Monsieur le Ministre, de la lui prsenter. Mon -grand ge, les infirmits qui en sont la suite naturelle, le repos qu'il -conseille, les penses qu'il suggre, rendent ma dmarche bien simple, ne -la justifient que trop, et en font mme un devoir. Je me confie l'quitable -bont du Roi pour en juger.</p> - -<p>Agrez, Monsieur le Ministre, l'assurance de ma trs haute considration.</p> - -<p><span class="i9">Le prince DE</span> <span class="cap">T</span><span class="smallc">ALLEYRAND</span></p> - -<p class="date">Valenay, 13 novembre 1834.</p> - -<p>(Le <i>Moniteur universel</i> du 7 janvier 1835 donna cette lettre.)</p> - -<p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57" class="label">[57]</a> Le Cabinet whig, prsid par lord Melbourne, tait tomb le 15 novembre, -et fit place un ministre tory, qui ne devait pas, d'ailleurs, -durer plus de trois mois. Il tait prsid par sir Robert Peel et, au ministre -des Affaires trangres, le duc de Wellington remplaait lord Palmerston.</p> - -<p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58" class="label">[58]</a> D'Armand Carrel, du <i>National</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59" class="label">[59]</a> Cette lettre, dont on ne cite ici que le commencement, porte la date -du 25 novembre, et a t donne tout entire dans le livre de la comtesse -de Mirabeau: <i>Le prince de Talleyrand et la Maison d'Orlans</i>; elle se -trouve aussi dans le V<sup>e</sup> volume des <i>Mmoires</i> du Prince.</p> - -<p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60" class="label">[60]</a> Une ordonnance royale avait charg la Cour des Pairs de juger les -auteurs des insurrections rpublicaines qui eurent lieu du 7 au 13 avril 1834 -dans plusieurs villes de province et Paris. Les arrts de condamnation -ne furent rendus qu'en dcembre 1835 et janvier 1836.</p> - -<p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61" class="label">[61]</a> Tentative criminelle de Fieschi, pour tuer le Roi Louis-Philippe.</p> - -<p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62" class="label">[62]</a> L'Abbaye-aux-Bois tait une communaut religieuse de femmes, -situe Paris, rue de Svres, l'angle de la rue de la Chaise. Elle servit -de prison d'arrt pendant la Rvolution. Rendue, plus tard, sa destination -premire, elle offrit, en dehors du clotre rserv aux religieuses, un -asile paisible des dames du grand monde: c'est l que Mme Rcamier -vint s'tablir.</p> - -<p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63" class="label">[63]</a> Attentat Fieschi.</p> - -<p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64" class="label">[64]</a> L'enterrement du gnral Lamarque, mort du cholra, le 2 juin, -avait eu lieu le 5 juin, et avait t l'occasion d'une insurrection qui se continua -pendant toute la journe du 6.</p> - -<p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65" class="label">[65]</a> Ce chteau appartenait au duc de Montmorency.</p> - -<p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66" class="label">[66]</a> Allusion la dmarche que le prince de Talleyrand avait faite -auprs du Roi pour faire nommer M. de Bacourt Carlsruhe.</p> - -<p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67" class="label">[67]</a> Les cours prvtales taient, en 1789, des tribunaux chargs de -punir, promptement et sans appel, certains crimes et dlits dfinis par une -ordonnance de 1731. Sous le Consulat et l'Empire, on institua, sous le -mme nom, des juridictions exceptionnelles pour les dsertions, les insoumissions, -les dlits politiques et la contrebande. Les cours prvtales de -la Restauration, composes de juges de tribunaux de premire instance, -et diriges par un prvt, officier suprieur de l'arme, jugrent, de 1815 - 1817, sans appel et avec rtroactivit, les crimes et dlits portant -atteinte la sret publique. Elles furent un instrument de raction et de -vengeances politiques.</p> - -<p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68" class="label">[68]</a> Le 22 septembre, jour de la Saint-Maurice, tait la fte de M. de -Talleyrand, dont ce saint tait le patron.</p> - -<p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69" class="label">[69]</a> Ce discours se trouve aux pices justificatives de ce volume. J'en -dtache seulement ici la phrase laquelle l'auteur fait allusion: L'Angleterre, -au dehors, rpudie comme la France le principe de l'intervention -dans les affaires extrieures de ses voisins; et l'ambassadeur d'une -royaut vote unanimement par un grand peuple, se sent l'aise sur une -terre de libert, et prs d'un descendant de l'illustre maison de Brunswick.</p> - -<p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70" class="label">[70]</a> En 1830, les signataires des fameuses ordonnances qui amenrent -la chute de Charles X, MM. de Polignac, de Peyronnet, Guernon de -Ranville et Chantelauze, furent traduits devant la Cour des Pairs, privs -de tous leurs titres et condamns la prison perptuelle. Ils taient alors -enferms Ham.</p> - -<p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71" class="label">[71]</a> Le discours dont il est ici question a t prononc le 10 octobre 1835 - Varsovie, par l'Empereur Nicolas, en prsence du Corps municipal de -cette ville auquel il tait adress. Les paroles de l'Empereur taient remplies -de menaces et de reproches l'adresse des Polonais, et formules -dans des termes si violents qu'elles firent l'tonnement de l'Europe, o -l'on douta mme de leur authenticit. Les allusions aux relations clandestines -entretenues par l'insurrection polonaise avec l'tranger embarrassrent -plus d'un diplomate et plus d'un gouvernement. Ce discours fut -publi par le <i>Journal des Dbats</i> du 11 novembre 1835. On le trouvera -aux pices justificatives de ce volume.</p> - -<p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72" class="label">[72]</a> Ce discours fut d'abord insr dans le <i>National</i>; le <i>Moniteur</i> le reproduisit -quelques jours aprs.</p> - -<p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73" class="label">[73]</a> Nous reproduisons cette pice d'aprs le <i>Journal des Dbats</i> du -11 novembre 1835.</p> - </div> - </div> -</div> - - -<hr class="deco" /> -<p class="end1"><span class="medium">PARIS</span><br /> -<span class="small">TYPOGRAPHIE PLON-NOURRIT ET C<sup>ie</sup></span><br /> -<span class="xs">Rue Garancire, 8</span></p> -<hr class="deco" /> - - - - - - - - -<pre> - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Chronique de 1831 1862. T. 1/4, by -Dorothe de Dino - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CHRONIQUE DE 1831 1862. T. 1/4 *** - -***** This file should be named 52380-h.htm or 52380-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/2/3/8/52380/ - -Produced by Clarity, Hlne de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries) - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm -concept and trademark. 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