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-Project Gutenberg's Chronique de 1831 à 1862. T. 1/4, by Dorothée de Dino
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
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-
-Title: Chronique de 1831 à 1862. T. 1/4
-
-Author: Dorothée de Dino
-
-Editor: Marie Dorothea Radziwill
-
-Release Date: June 19, 2016 [EBook #52380]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CHRONIQUE DE 1831 1862. T. 1/4 ***
-
-
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-
-Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
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-Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le
-typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et
-n'a pas été harmonisée.
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-
- CHRONIQUE
- DE
- 1831 A 1862
-
-
-
-
-[Illustration: DUCHESSE DE DINO
-PUIS DUCHESSE DE TALLEYRAND ET DE SAGAN
-D'après une miniature d'Agricola, faite pendant le Congrès de Vienne de
-1815, appartenant à la princesse Antoine Radziwill]
-
-
-
-
- DUCHESSE DE DINO
-
- (PUIS DUCHESSE DE TALLEYRAND ET DE SAGAN)
-
- CHRONIQUE
-
- DE
-
- 1831 A 1862
-
- _Publiée avec des annotations et un Index biographique_
-
- PAR
-
- LA PRINCESSE RADZIWILL
-
- NÉE CASTELLANE
-
- I
-
- 1831-1835
-
- _Avec un portrait en héliogravure_
-
- Troisième édition
-
- [Logo]
-
- PARIS
-
- LIBRAIRIE PLON
-
- PLON-NOURRIT ET CIE, IMPRIMEURS-ÉDITEURS
-
- 8, RUE GARANCIÈRE--6e
-
- 1909
-
-
-
-
-Tous droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays.
-
-
-Published 2 December 1908.
-
-Privilege of copyright in the United States reserved under the Act
-approved March 3d 1905 by Plon-Nourrit et Cie.
-
-
-
-
-Cette _Chronique_ a été composée avec des notes recueillies en
-Angleterre, durant l'ambassade du prince de Talleyrand, et ensuite avec
-les fragments extraits des lettres adressées pendant trente ans, par Mme
-la duchesse de Dino (plus tard duchesse de Talleyrand et de Sagan), à M.
-Adolphe de Bacourt, qui me l'a remise en mains propres, par ordre de ma
-grand'mère.
-
-Quelques mois avant sa mort, en 1862, ma grand'mère, qui ne se faisait
-plus aucune illusion sur l'état de sa santé, me prévint elle-même du don
-précieux qui me serait remis après elle, par son exécuteur testamentaire,
-M. de Bacourt, y ajoutant ses instructions et ses conseils.
-
-Le recul des années étant nécessaire à l'homme pour devenir à peu près
-juste à l'égard des sentiments et des actes des personnes qui ont marqué
-d'un trait spécial, j'aurais voulu retarder encore la publication de
-cette _Chronique_, mais ma nièce, la comtesse Jean de Castellane, ayant,
-il y a quelques mois, fait paraître le _Récit des premières années_ de la
-duchesse de Dino, qui finissait trop tôt, au gré de plus d'un lecteur, il
-me semble à propos de ne plus en faire attendre la continuation.
-
-Cette continuation se trouve, presque tout entière, dans cette
-_Chronique_.
-
-Ce livre, où les dernières années du prince de Talleyrand sont mieux
-mises en lumière que par toutes les publications faites jusqu'à ce jour,
-parle trop par lui-même pour que j'aie besoin d'y ajouter un seul mot. La
-place que la duchesse de Dino a occupée dans la société européenne de la
-première partie du siècle dernier est aussi trop connue pour la rappeler
-ici. Ses attraits, comme ses dons, furent rarement égalés, mais ce qui
-est moins connu, c'est la séduction morale qu'elle exerçait sur tous ceux
-qui l'approchaient. Si l'intelligence est une puissance, l'élévation de
-l'âme en est une plus grande encore et celle-ci a certainement aidé la
-duchesse de Dino à traverser bien des phases difficiles dans sa vie.
-
-C'est ce qui me semble tout particulièrement ressortir de cette
-_Chronique_ où on sent planer une âme supérieure.
-
- CASTELLANE, Princesse RADZIWILL.
-
- Kleinitz, 1er septembre 1908.
-
-
-
-
-DUCHESSE DE DINO
-
-CHRONIQUE
-
-
-
-
-1831
-
-
-_Paris, 9 mai 1831._--Je suis si étourdie du bruit de Paris, j'y ai tant
-entendu dire de paroles, tant de figures ont déjà passé sous mes yeux,
-que j'ai peine à me reconnaître, à rassembler mes idées et à leur
-demander de me dire où j'en suis, où en sont les autres; si ce pays-ci
-est en bonne ou mauvaise route; si les médecins sont suffisamment
-habiles, ou plutôt si la maladie ne bravera pas la science du médecin!
-
-J'ai déjà vingt fois arrêté ma pensée sur Madère; quelquefois aussi elle
-s'est reposée sur Valençay. Mais elle ne se fixe nulle part, et il me
-semble tout à fait déraisonnable de rien préjuger avant cette grande
-crise électorale à laquelle je vois que tout le monde se réfère. A tout
-on dit ici: «Après les élections,» comme, à Londres, le monde frivole
-disait: «Après Pâques.»
-
-Il y avait un petit article dans le _Moniteur_ d'hier: la disposition
-ministérielle, la disposition du public en général, est équitable et
-honorable pour M. de Talleyrand, mais la raison n'est pas à la mode, et
-dans ce pays-ci moins qu'ailleurs. En vérité, si je voulais faire
-promener ma pensée sur les mille et une petites complications qui gênent
-et entravent tout, je ne pourrais arriver qu'à ce résultat: c'est que ce
-pays-ci est fort malade, mais que le médecin est bon!...
-
-
-_Londres, 10 septembre 1831._--Les lettres de Paris disent que l'éternel
-bailli de Ferrette s'est enfin éteint et que Mme Visconti, autre
-merveille du temps passé, en a fait autant.
-
-On me parle d'émeutes féminines; il y a eu quinze cents de ces horribles
-créatures qui ont fait du train. La garde nationale, à cause de leur
-sexe, n'a pas voulu user de force; heureusement que la pluie en a fait
-justice.
-
-Il est arrivé hier une estafette avec quelques rabâchages sur la
-Belgique, demandant que les Hollandais se retirent encore davantage; que
-Maëstricht n'ait que des Hollandais seuls pour garnison; notant
-l'impatience de ce que le général Baudrand ait eu des entretiens directs
-et particuliers avec les ministres anglais et le rappelant sur-le-champ.
-Il ne partira cependant qu'après le «Drawing-room».
-
-Rien de nouveau sur la Pologne.
-
-Le _Times_ raconte l'infortunée tentative portugaise. Maudit dom Miguel!
-Quelle horreur que son triomphe!
-
-A Londres il n'y a qu'une seule nouvelle: c'est qu'à l'occasion du
-couronnement[1], le Roi a autorisé les évêques à quitter leurs vilaines
-perruques; les voilà tous méconnaissables pour huit jours; ils se sont
-tellement pressés de profiter de la permission qu'ils n'ont pas donné à
-leurs cheveux le temps de repousser, cela fait qu'ils ont de drôles de
-figures et qu'au grand dîner du Roi, ils ont fait la joie de tous les
-convives.
-
- [1] Couronnement du roi Guillaume IV.
-
-
-_Londres, 11 septembre 1831._--Les conversations tournent encore toutes
-sur le couronnement; la rentrée pédestre et crottée du duc de Devonshire,
-les faits, gestes, figures et paroles de chacun, sont commentés,
-embellis, défigurés, passés en revue avec plus ou moins de charité,
-c'est-à-dire sans charité aucune. Il n'y a que la Reine à laquelle
-personne ne touche; tout le monde dit qu'elle était la perfection et on a
-bien raison.
-
-J'ai vu hier le duc de Gloucester auquel je n'ai rien tiré, si ce n'est
-qu'au grand dîner diplomatique que nous avons aujourd'hui à Saint-James,
-on avait cherché le moyen d'éviter le Van de Weyer qui fait tomber la
-duchesse de Saxe-Weimar en défaillance. On a, en conséquence, imaginé de
-n'inviter, hors les ambassadeurs, que ceux des ministres qui sont mariés:
-l'expédient me paraît un peu stupide.
-
-Toutes les vieilles antiquités disparaissent; voilà lady Mornington, mère
-du duc de Wellington, qui est morte hier à 90 ans: cela ne fait pas
-grand'chose à son fils.
-
-La Landgravine de Hesse-Hombourg et le duc de Saxe-Meiningen sont partis
-hier par le bateau à vapeur pour Rotterdam; la duchesse de Cambridge part
-aujourd'hui pour la Haye par Bruges. La grande affaire de tout ce monde
-est d'éviter Bruxelles!
-
-Lady Belfast raconte fort drôlement la visite et la réception des yachts
-anglais à Cherbourg. Les autorités les ont reçus et n'ont jamais pu
-comprendre ce que c'était qu'un _Gentlemen's Yacht Club_ dans lequel le
-gouvernement n'intervenait nullement; elles ont presque pris ces
-messieurs pour des pirates. Cependant on leur a donné un dîner et un bal.
-Lord Yarborough a voulu les leur rendre à bord de son yacht, mais toutes
-les belles dames de province ont déclaré que rien ne les ferait danser
-sur mer, qu'assurément elles auraient toutes des maux de cœur horribles,
-que cette proposition était tout à fait barbare, et enfin lord Yarborough
-a été obligé de céder et de donner un bal dans une guinguette de
-Cherbourg, où il a cependant trouvé moyen de dépenser dix mille francs
-dans une seule soirée.
-
-
-_Londres, 13 septembre 1831._--Le «Drawing-room» d'hier était plus
-nombreux que jamais, par conséquent si long et si fatigant qu'il a
-successivement mis le Mexique, l'Espagne et Naples hors de combat. Après
-les évanouissements successifs des trois représentantes, nos rangs
-étaient si clairsemés qu'il a fallu d'autant plus payer de sa personne.
-
-Mme de Lieven s'est bravement assise sur les marches du trône et, de là,
-elle a passé dans le cabinet du Roi où elle a fait _lunch_; elle est
-ensuite revenue nous dire qu'elle n'était pas fatiguée et qu'elle n'avait
-pas faim. Elle était tentée d'ajouter que nos jambes devaient être
-reposées du repos des siennes et notre estomac satisfait de savoir le
-sien restauré.
-
-Les Pairesses, dans leur costume, avaient en général bon air. Il y en a
-une, pauvre malheureuse, qui a payé cher le plaisir d'user du droit de
-Pairesse: celui d'aller chez le Roi en dépit du Roi lui-même. Lady
-Ferrers avait été une femme entretenue, ou à peu près, et la maîtresse de
-son mari avant d'être sa femme. Lord Howe a dit à lord Ferrers que la
-Reine ne recevrait pas sa femme, mais lord Ferrers ayant répondu que le
-droit des Pairesses était d'entrer chez la Reine, on n'a pas pu s'y
-opposer. Seulement on l'a prévenu que la Reine détournerait la tête
-lorsqu'elle passerait; c'est ce qui a eu lieu. Mais je dois dire que le
-bon cœur de la Reine a paru encore dans cette circonstance. Elle a eu
-l'air de commencer à causer avec la princesse Auguste avant que lady
-Ferrers fût devant elle; elle n'a pas interrompu sa conversation et on
-pouvait croire que la pauvre proscrite était passée inaperçue et non pas
-insultée. J'en ai su bon gré à la Reine.
-
-Le dîner était magnifique et le Roi dans un train de bonne humeur
-vraiment comique. Il a fait des _speeches français_ étonnants. On dit
-qu'après le départ des dames il a donné dans le graveleux à un point
-inouï. Jamais je ne l'ai vu si en gaieté. Je crois qu'un courrier arrivé
-de Paris un peu avant le dîner, qui a apporté à lord Palmerston et à M.
-de Talleyrand la nouvelle que les troupes françaises commenceraient à
-évacuer la Belgique le 27 et seraient toutes rentrées en France le 30,
-était pour quelque chose dans l'hilarité du Roi. Lord Grey en était
-rayonnant.
-
-Les nouvelles du choléra sont mauvaises: il arrive en Suède par la
-Finlande, et, en trois jours, sur soixante malades à Berlin, trente en
-sont morts.
-
-Il y a eu assez de bruit à Paris pour que M. Perier s'y soit porté
-lui-même à cheval, en habit de ministre; sa présence a bien fait.
-
-Il paraît que les affaires belges sont décidément finies et M. de
-Talleyrand disait hier qu'il serait en France à la fin d'octobre; mais
-j'ai déjà vu tant de hauts et de bas dans ces affaires que je ne sais
-plus rien prévoir à huit jours de distance.
-
-
-_Cambridge-Wells, 16 septembre 1831._--Je viens de visiter Eridge
-Castle[2], qui appartient à un richard misanthrope, octogénaire, que le
-malheur a poursuivi, dont le titre est celui de Earl of Abergavenny, mais
-dont le nom de famille est Neville; c'est un des cousins de lord Warwick.
-Le fameux Guy, Earl of Warwick, surnommé «The King's Maker», était un
-Neville. Eridge Castle lui appartenait. Plus tard la reine Elisabeth y
-fut fêtée.
-
- [2] Eridge Castle est situé dans le comté de Sussex. Il
- appartient encore aux Abergavenny.
-
-Le château, sur les fondations antiques, a été rebâti dans l'ancien style
-avec un soin particulier par le propriétaire actuel. Tout est
-parfaitement d'accord, tout est élégant, riche; la perfection des
-boiseries et la beauté des vitraux de couleur, remarquables;
-l'appartement particulier de lord Abergavenny, extrêmement lugubre. Le
-château est sur un point très élevé, avec un lac de vingt arpents au pied
-de la colline, mais ce vallon est encadré de collines plus élevées encore
-que celle du centre sur laquelle est le château, et elles sont toutes
-couvertes d'arbres si beaux et en si grande quantité, qui se prolongent
-pendant tant de milles, que cela forme une véritable forêt. C'est la vue
-la plus boisée, la plus romantique et, en même temps, la plus
-profondément mélancolique que j'aie jamais rencontrée. Ce n'est pas de
-l'Angleterre, c'est encore moins de la France; c'est la Forêt Noire,
-c'est la Bohême. Je n'ai jamais vu de lierres comparables à ceux qui
-tapissent les tours, les balcons et toute cette demeure; enfin, j'en ai
-eu la tête tournée.
-
-Dans le parc est un bouquet de sapins, bien hauts, bien sombres, qui
-entourent une source d'eau minérale parfaitement semblable à celle de
-Tunbridge. Non seulement le parc est rempli de daims, mais il y a aussi
-des cerfs, et quantité de vaches, de moutons et un beau troupeau de
-buffles.
-
-Lord Abergavenny est très charitable. Cent vingt ouvriers sont toujours
-employés par lui. Depuis que les baigneurs de Tunbridge sont venus
-dévaster son jardin, il ne permet à qui que ce soit de voir le parc ou la
-maison. Il en a même refusé l'entrée, il y a quelque temps, à la
-princesse de Lieven. Un billet touchant de la comtesse Batthyány et de
-moi l'a attendri; il est sorti, après avoir laissé des ordres à ses gens
-de nous tout montrer, et un homme à cheval nous a guidés dans les bois.
-Ses gens l'aiment beaucoup, en disent mille biens et racontent fort bien
-les malheurs qui ont frappé ce pauvre vieux homme.
-
-
-_Londres, 17 septembre 1831._--En revenant de Tunbridge hier, j'ai visité
-Knowles. C'est un des châteaux les plus anciens de l'Angleterre; bâti par
-le Roi Jean-Sans-Terre, la plus ancienne partie de ce bâtiment est encore
-de cette époque. Les archevêques de Cantorbéry ont longtemps possédé
-Knowles, mais Cranmer, ayant trouvé que sa magnificence excitait les
-murmures populaires, rendit Knowles à la Couronne. Élisabeth le donna aux
-Sackfield, dont elle fit l'aîné comte de Dorset. Knowles est resté dans
-cette famille jusqu'à présent et vient de passer aux mains de lady
-Plymouth, sœur du duc de Dorset, qui a péri à la chasse sans laisser
-d'enfants. Le vieux duc de Dorset actuel est un oncle du dernier; il a
-hérité du titre, mais non de l'_Estate_ qui a passé aux femmes.
-
-A mon tour, je sais faire aussi de la pédanterie: j'ai daigné consulter
-un guide de voyage et j'ai trouvé une _housekeeper_! Cette vieille fée
-montre fort bien l'antique et lugubre demeure de Knowles, dont la
-tristesse est incomparable; je n'en excepte même pas la partie arrangée
-par les propriétaires actuels, à plus forte raison celle qui est
-consacrée aux souvenirs et à la tradition. Il n'y a là aucune imitation:
-tout est ancien et original; on y voit cinq ou six chambres à coucher, le
-Hall, trois galeries et un salon avec les meubles du temps de Jacques
-Ier. Boiseries, meubles, tableaux, tout est authentiquement de cette
-époque. L'appartement dans lequel Jacques Ier fut reçu par le premier
-comte de Dorset est magnifique, orné de glaces de Venise, d'un lit en
-brocard d'or et d'argent, d'une toilette en filigrane, de cabinets en
-ivoire et en ébène, enfin de choses belles et curieuses. Des portraits de
-toute l'Angleterre, et parmi cette immense quantité de croûtes, une
-douzaine de peintures superbes de Van Dyck et de sir Robert Leslie. Le
-parc est grand, mais il n'a rien de remarquable; il n'est bon qu'à
-parcourir un peu vite.
-
-
-_Londres, 19 septembre 1831._--Mes retours à Londres ne sont pas heureux.
-Je reviens avant-hier pour apprendre la prise de Varsovie[3], et
-aujourd'hui j'arrive de Stocke[4] pour apprendre les nouveaux et sérieux
-désordres qui ont eu lieu à Paris, à l'occasion de la défaite des
-Polonais. L'état de Paris était grave au départ des lettres; aux détails
-contenus dans le _Times_ de ce matin, j'ajouterai que M. Casimir Perier a
-courageusement tiré Sébastiani de danger en le mettant dans sa voiture;
-arrivés à la place Vendôme, ils ont été obligés de se réfugier à l'hôtel
-de l'État-Major. Les cris de «A bas Louis-Philippe» ont été vifs.
-
- [3] Varsovie, capitale du grand-duché de ce nom, avait été cédée
- aux Russes en 1815. En novembre 1830, il y éclata une
- insurrection terrible qui affranchit pour quelques mois la
- Pologne; mais, malgré une glorieuse campagne contre Diebitsch,
- Varsovie finit par être reprise par Paskéwitch le 8 septembre
- 1831.
-
- [4] Stocke est situé dans le comté de Stafford et possède une
- grande manufacture de porcelaine créée par Wedgwood.
-
-C'est aujourd'hui que probablement le sort du ministère se sera décidé à
-la Chambre. Je sais que M. de Rigny était fort inquiet; la dernière
-séance avait été très mauvaise.
-
-J'ai aussi reçu une lettre très triste de M. Pasquier... Nos prévisions
-auront été vraies et justes: Madère!
-
-
-_Londres, 20 septembre 1831._--Le comte Paul Medem est arrivé hier et a
-passé une grande partie de la journée avec moi.
-
-Il avait quitté Paris le samedi soir. Je l'ai questionné à mon aise et je
-l'ai trouvé avec son bon et froid jugement habituel; ne regardant rien
-comme perdu, ni rien comme sauvé en France. Tout lui paraît livré au
-hasard: la confiance est impossible; il dit de mauvaises paroles sur
-l'impopularité du Roi, sur l'ignorance et la présomption de tous. Le seul
-dont il fasse cas, c'est M. Perier, mais celui-ci est fort dégoûté et ne
-se cache pas du manque de concours. Il fait un triste tableau de l'état
-commercial et social de Paris. Tout y est méconnaissable: costumes,
-manières, ton, mœurs et langage, tout est changé; les hommes ne vivent
-plus guère qu'au café et les femmes ont disparu.
-
-On a adopté de nouvelles locutions: on n'appelle plus la Chambre des
-députés que _la Reine Législative_; la Chambre des pairs s'appelle
-_l'Ancienne Chambre_; celle-ci n'existe plus comme pouvoir, pour
-personne. On dit que c'est le Roi qui a le plus facilement abandonné
-l'hérédité de la Pairie, espérant par là se populariser et obtenir une
-meilleure liste civile: on ne suppose pas qu'elle excède douze millions;
-en attendant, il touche chaque mois quinze cent mille francs.
-
-Plusieurs théâtres sont fermés; l'Opéra et les Italiens attirent encore
-du monde; mais si les premiers sujets continuent à jouer sur la scène,
-dans les loges on ne voit plus guère que les doublures du beau monde.
-
-Il paraît que l'Empereur Nicolas ne fera exécuter en Pologne que ceux
-qui, dans les scènes sanglantes des clubs, ont assassiné les prisonniers
-russes; la Sibérie s'ouvrira pour les autres. Quelle quantité de
-malheureux nous allons voir faire irruption sur l'Europe et surtout en
-France! Quoiqu'il soit bien naturel de leur offrir asile, je dois
-convenir cependant que, dans la situation actuelle de la France, ce sont
-de nouveaux éléments de désordre qu'on va y introduire. On dit que, dans
-les émeutes, les réfugiés de tous les pays jouent un rôle premier.
-
-Les nouvelles de Rio-de-Janeiro sont mauvaises pour les enfants que dom
-Pedro y a laissés[5]; une révolte des hommes de couleur y a produit de
-grands désordres.
-
- [5] Les enfants étaient: 1º Doña Jennaria, née en 1819; 2º Doña
- Paula, née en 1823; 3º Doña Francisca, née en 1824; 4º Dom Pedro,
- né en 1825, qui devint en 1831 empereur du Brésil, sous une
- régence.
-
-Les scènes en Suisse sont déplorables[6].
-
- [6] La révolution française de 1830 fut pour la Suisse l'occasion
- d'agitations nouvelles. Bâle se morcela en 1832 en Bâle-Ville et
- Bâle-Campagne.
-
-Il y a eu du mouvement à Bordeaux.
-
-Miaoulis a fait sauter sa flotte pour ne pas obéir à Capo d'Istria[7].
-
- [7] Miaoulis s'était retiré à Poros où il s'était mis à la tête
- des Hydriotes révoltés.
-
-
-_Londres, 21 septembre 1831._--L'émeute a recommencé dimanche soir à
-Paris et a duré toute la matinée du lundi[8], et il y avait de mauvais
-symptômes de tous les genres; l'aspect de la ville était grave à tous
-égards, et si les interpellations annoncées par Mauguin et Laurence
-avaient été remises de vingt-quatre heures, c'est qu'on croyait à une
-dislocation immédiate du ministère, si ce n'est entière, du moins
-partielle. Bonté divine! Où en sommes-nous et où allons-nous?
-
- [8] De mars à septembre 1831, l'insurrection, ou tout au moins
- l'agitation et le tumulte furent à peu près permanents dans les
- rues de Paris.
-
-A propos de cela, on assure que les troupes qui sont à Madère sont prêtes
-à faire leur soumission à doña Maria. Ce nom de Madère, prononcé, jeté
-pour ainsi dire, il y a six mois sans grande réflexion, aura été une
-prédiction. C'est là que nous chercherons refuge!
-
-C'est Jules Chodron[9] qui est nommé second secrétaire de légation à
-Bruxelles.
-
- [9] M. de Courcel.
-
-
-_Londres, 22 septembre 1831._--Les lettres de Vienne disent que le
-choléra y a paru le 9 de ce mois, et dans les premières vingt-quatre
-heures y a enlevé cinquante personnes.
-
-Bülow a des nouvelles de Berlin du 16: il y avait eu jusqu'à ce jour-là
-trois cents malades sur lesquels deux cents avaient succombé. Il a beau
-s'étendre, ce vilain mal, il ne paraît pas s'endormir.
-
-M. Martin, qui nous est arrivé hier, dit grand mal du Midi de la France:
-tout s'y divise en carlisme, bigotisme, républicanisme; de la raison,
-nulle part; une absence d'autorité locale déplorable, une confusion, une
-anarchie qui laisse le champ libre à tous les délits. Pauvre France!
-
-Ici, on n'est guère mieux. J'ai été hier au soir à Holland-House où le
-ministère avait l'air consterné. Il se sent, je crois, un peu coupable;
-car, si ce pays-ci est menacé de scènes révolutionnaires, c'est que le
-ministère l'aura voulu. Pour intimider la Chambre des pairs et lui
-arracher le «Bill de réforme», il excite les meetings et les mouvements
-menaçants qui se préparent.
-
-Lord Grey était particulièrement soucieux d'une réunion qui aurait eu
-lieu hier chez le duc de Wellington. Il ne sait pas s'il osera faire des
-pairs sans perdre des voix sur lesquelles il comptait, et qui se
-retireraient de lui si la Pairie était prostituée. Enfin, les embarras,
-d'une espèce et d'une autre, couvrent la terre.
-
-Dimanche soir, on a promené dans Paris des bonnets de la liberté sur des
-piques et on a fait d'autres gentillesses du même genre. Les lettres de
-lundi, à deux heures, mandent que, dans la crainte de voir former des
-barricades, on avait enlevé tous les matériaux qui se trouvaient sur la
-place Louis XV et qu'on les avait entassés dans les cours des maisons
-voisines.
-
-
-_Londres, 23 septembre 1831._--Il a fait assez beau temps hier pour la
-fête de Woolwich à laquelle j'ai assisté. C'est très imposant de voir
-lancer un grand bâtiment de guerre et de le voir entrer ensuite dans le
-bassin où il doit être mâté.
-
-Nous étions dans une tribune près de celle du Roi; il y avait du monde
-par torrents; des bateaux à vapeur, des barques en multitude, beaucoup de
-musiques, de cloches, de coups de canon, presque du soleil, des
-uniformes, de la parure, enfin de tout ce qui donne un grand air de fête.
-
-Le Roi a mené un petit détachement du Corps diplomatique, dont je faisais
-partie, voir une frégate en miniature destinée en cadeau au Roi de Prusse
-et qui est charmante: toute en bois d'acajou et en cuivre. Puis il nous a
-conduits déjeuner à bord du _Royal Sovereign_, vieux yacht doré et
-chamarré du temps de George III. Le Roi m'a adressé un toast pour le Roi
-des Français, et à Bülow un autre toast pour Sa Majesté Prussienne. Il a
-oublié Mme Falk; la duchesse de Saxe-Weimar, qui ne prenait pas cet oubli
-en patience, s'est mise à fondre en larmes, ce qui a fait revenir la
-mémoire au Roi, et il a fait alors des excuses à Mme Falk en buvant à la
-santé du Roi de Hollande.
-
-J'ai dîné avec le duc de Wellington, qui était de très bonne humeur; il
-espère que le «Bill de réforme» sera rejeté par la Chambre des pairs, à
-la seconde lecture qui aura lieu le 3 octobre. Lord Winchelsea a déclaré
-qu'il voterait contre; le ministère lui a alors demandé la démission de
-sa charge de Cour, que le Roi n'a pas voulu accepter.
-
-Il est arrivé hier soir une estafette de Paris, du 20, pour dire que les
-émeutes étaient finies et que le ministère avait eu l'avantage dans la
-Chambre des députés; mais en même temps, on mande que ce qui s'est passé
-prouve qu'il faut avoir le traité belge sur les bases qui ont été
-proposées dans la dépêche du 12.
-
-
-_Londres, 25 septembre 1831._--Nous avons reçu les détails de la séance
-de la Chambre des députés dans laquelle le ministère a triomphé. Ce
-triomphe a été un ordre du jour, motivé d'une manière honorable pour le
-gouvernement, qui a eu une majorité de 85 voix. 357 votants: 221 pour M.
-Perier, 136 contre. Voilà, pour le moment, les choses remises dans une
-sorte d'équilibre, mais elles ne m'inspirent aucune confiance, car cette
-nouvelle Chambre a encore des preuves à donner, dans les questions de
-l'hérédité de la Pairie, de la liste civile, du budget, et je ne la
-trouve nullement préparée à bien dire ni à bien faire.
-
-On écrit encore en rendant justice au courage de lion de M. Perier, en
-représentant le pays comme bien malade et Pozzo fort inquiet malgré le
-mariage de son neveu, qui le ravit.
-
-Nous avons eu à dîner trois messieurs d'Arras, recommandés par le baron
-de Talleyrand, des Français, de ceux qui s'appellent de la _classe
-moyenne_, à laquelle ils se font gloire d'appartenir: parmi les trois, il
-y avait un petit monsieur de dix-sept ans, élève de rhétorique au lycée
-Louis-le-Grand, qui vient ici pour ses vacances et qui est déjà aussi
-bavard et aussi tranchant qu'on peut le souhaiter: il donne tout plein
-d'espérance d'être un jour un des hurleurs de la Chambre.
-
-
-_Londres, 27 septembre 1831._--Hier, la Conférence a adopté un protocole
-qui va produire Dieu sait quoi! Les Hollandais et les Belges n'ayant pu
-s'entendre en aucune manière, ni même se rapprocher, la Conférence, pour
-éviter la reprise des hostilités, terminer enfin cette difficile,
-délicate et dangereuse question, et arrêter la conflagration qu'elle est
-toujours au moment de produire, s'est constituée hier arbitre et va
-procéder à cet arbitrage, dont le résultat sera pris sous sa protection
-et garantie. Comment cela va-t-il être pris à Paris? M. de Talleyrand
-croit qu'on se fâchera d'abord, puis qu'on cédera, et que d'ailleurs il
-n'y avait pas de choix: «Ceci, dit-il, est la seule et unique manière
-d'en finir.»
-
-
-_Londres, 29 septembre 1831._--M. de Montrond est arrivé hier; il parle
-avec le dernier mépris de Paris et de tout ce qui s'y passe. Il annonce
-que le Roi va demeurer aux Tuileries, après une bataille très rude livrée
-par ses ministres, qui lui ont encore, dans cette occasion-ci, mis le
-marché à la main. Il leur a fallu aussi persuader la Reine qui y avait
-grande répugnance; cependant, ils ont vaincu toutes les déplaisances et
-cela va se faire.
-
-Il paraît qu'au Palais-Royal, le Roi ne peut plus bouger sans être
-accueilli par les mots les plus durs; on lui crie: «_Bavard...
-Avare..._»; on passe à travers la petite grille intérieure des couteaux
-avec lesquels on le menace, enfin des horreurs!
-
-
-
-
-1832
-
-
-_Londres, 23 mai 1832._--Hier, j'ai eu une longue visite du duc de
-Wellington. Il m'a dit qu'il regrettait que les convenances personnelles
-de M. de Talleyrand le décidassent à quitter l'Angleterre, même
-momentanément; qu'un remplaçant, quel qu'il fût, ne pourrait jamais
-maintenir les choses au point où M. de Talleyrand les avait conduites;
-qu'ici, il avait une position première et une influence prépondérante,
-non seulement sur ses confrères diplomatiques, mais encore sur le Cabinet
-anglais; qu'il était, en général, extrêmement considéré dans le pays, où
-on lui savait gré de se tenir éloigné de toute intrigue; qu'il était le
-seul qui pût maintenir, «sous quelque ministère que ce fût», l'union de
-la France et de l'Angleterre; que lui, duc de Wellington, craignait que
-les autres membres de la Conférence ne prissent le haut ton avec le
-remplaçant de M. de Talleyrand, et qu'à son retour, celui-ci ne trouvât
-un état de choses différent, et le terrain perdu difficile à ressaisir;
-qu'enfin, si M. de Talleyrand ne revenait pas à Londres, on ne pouvait
-plus compter sur la durée de la paix.
-
-Il a ajouté que l'aspect des deux pays était bien grave, que toutes les
-prévisions étaient insuffisantes, et que qui que ce soit ne pouvait dire
-ce qu'apporteraient et «la réforme» par ses résultats futurs, et les
-moyens révolutionnaires qui ont été mis en jeu pour l'obtenir, ni quelles
-seraient les fantaisies royales, le «Bill de réforme» une fois passé.
-
-Le duc de Wellington a été, comme toujours, fort naturel, fort simple, de
-très bon sens, et, à sa façon, qui n'est pas phraseuse, très amical.
-
-
-_Londres, 24 mai 1832._--M. de Rémusat est ici, il a, pour M. de
-Talleyrand, une lettre du général Sébastiani qu'il n'a pas encore remise.
-
-Il m'en a envoyé une du duc de Broglie qui partait pour la campagne,
-assez soucieux, ce me semble, de l'état de décomposition de toutes choses
-en France. Il me réfère à ce que M. de Rémusat me dira, mais je connais
-celui-ci: il a de l'esprit, mais c'est un esprit dédaigneux, dénigrant,
-tout emmailloté de formes doctrinaires; même dans le temps où je voyais
-le plus les personnes de cette société, je le trouvais, lui,
-singulièrement désagréable, et je n'ai pas idée qu'il me fasse
-aujourd'hui une autre impression.
-
-
-_Londres, 25 mai 1832._--M. de Rémusat, que j'avais vu hier soir, m'avait
-annoncé sa visite pour ce matin, _pour m'apprendre Paris_, m'a-t-il dit.
-On sait que les doctrinaires enseignent toujours quelque chose! Il sort
-de chez moi. C'est très long à apprendre, la France, car il me l'a
-enseignée pendant plus de deux heures.
-
-Ce qui m'en reste, c'est que le voyage de M. de Rémusat ici est une sorte
-de mission, qui lui a été confiée par les honnêtes gens du juste milieu,
-tels que MM. Royer-Collard, Guizot, Broglie, Bertin de Veaux, même
-Sébastiani, qui est en guerre ouverte avec Rigny. Cette mission consiste
-à décider M. de Talleyrand à accepter la présidence du Conseil, ou, si
-cela ne se peut, à être le patron d'un nouveau ministère dans lequel
-Sébastiani serait conservé et qu'on fortifierait en y faisant entrer
-Guizot, Thiers, Dupin. Tel qu'il est, décomposé et désuni, le ministère
-ne saurait durer; mais il faut décider le Roi à choisir des hommes plus
-forts, résolus à suivre le système de M. Perier et capables, par leur
-talent, d'en imposer à la Chambre. On voudrait que M. de Talleyrand, à
-Paris, fît assez sentir au Roi le péril de sa situation pour le
-déterminer à pareille chose. Voilà ce que M. de Rémusat est chargé
-d'obtenir de M. de Talleyrand, et sur quoi il s'est donné la peine de
-m'endoctriner. M. de Talleyrand est beaucoup trop déterminé à ne faire
-partie d'aucune administration pour être ébranlé sur ce point. Certes,
-son intention a toujours été de parler au Roi selon sa conscience, mais
-qu'en obtiendrait-il?... Pas grand'chose peut-être...
-
-
-_Londres, 29 mai 1832._--Quelle journée que celle d'hier! Le
-«Drawing-room» qui a duré jusqu'à plus de cinq heures! C'était
-l'anniversaire du jour de naissance du Roi, qui, ayant appris que la
-princesse de Lieven et moi ne dînions pas chez lord Palmerston, nous a
-choisies pour représenter le Corps diplomatique à son dîner.
-
-Il n'y avait à ce dîner, excepté la famille légitime et illégitime, que
-le strict service et quelques vieux amis du Roi, comme le duc de Dorset
-et lord Mount-Edgecumbe.
-
-Le Roi ne s'est pas fait faute de toasts: le premier à Mme de Lieven, sur
-ce qu'après les longues années pendant lesquelles elle avait représenté à
-Londres une Cour toujours amie de celle de la Grande-Bretagne, il la
-regardait comme une amie personnelle. Puis à moi: «Je vous connais depuis
-moins de temps, Madame, mais vous nous laissez ici des souvenirs qui nous
-font désirer votre retour et que vous nous reveniez avec la bonne santé
-que vous allez chercher aux eaux. Les circonstances délicates et
-difficiles dans lesquelles votre oncle s'est trouvé ici, et pendant
-lesquelles il a montré tant de loyauté, d'intégrité et d'habileté, me
-font attacher beaucoup de prix à ce qu'il nous revienne et je vous prie
-de le lui dire.» Puis à Mme de Woronzoff, sur ce que, par son mari, elle
-était aussi Anglaise que Russe.
-
-Mme de Lieven a répondu par un mot de reconnaissance, et moi de même,
-mais cette pauvre Mme de Woronzoff, en voulant aussi exprimer ses
-remerciements, s'est embrouillée de telle sorte que le Roi a repris la
-parole et j'ai cru que ce dialogue ne finirait plus.
-
-Après la santé de la Reine, le Roi a remercié pour elle en anglais, en
-ajoutant qu'aucune Princesse ne méritait davantage le respect et
-l'attachement de ceux qui la connaissaient, car personne ne savait mieux
-remplir les devoirs de sa position. Il a alors donné le signal de se
-lever, et immédiatement celui de se rasseoir, et s'adressant à la
-duchesse de Kent, il a porté la santé de la princesse Victoria, comme
-étant la seule qui, par la divine Providence et les lois du pays, devait
-lui succéder, et à laquelle il comptait laisser les trois Royaumes, avec
-leurs droits, leurs privilèges et leur constitution intacte comme il les
-avait lui-même recueillis. Tout cela était accompagné de tant
-d'assurances d'une bonne santé personnelle, de force, de volonté de vivre
-et de se bien porter, et de la nécessité qu'il y avait que, dans les
-circonstances difficiles du présent, il n'y eût pas de minorité, que tout
-le monde s'est demandé s'il avait voulu être agréable ou désagréable à la
-duchesse de Kent, qui était pâle comme la mort; ou bien si, à cause des
-Fitzclarence qui se mêlent d'avoir des prétentions princières, il a voulu
-établir qu'il ne reconnaissait d'héritier possible que la jeune
-Princesse. D'autres prétendent que le tout était dirigé contre le duc de
-Sussex, qui était absent puisqu'on lui a défendu la Cour. Il paraît que
-le parti populaire voudrait le porter au trône ou que du moins le Roi se
-l'imagine et que c'est là ce qui nous a valu ce très long speech.
-
-Avant la fin de la soirée, le Roi est venu deux fois à moi pour me dire
-qu'il ne fallait pas que M. de Talleyrand s'absentât longtemps, que la
-paix du monde dépendait de sa présence à Londres, et sur cela force
-éloges et gracieusetés. On n'a pas idée de ce qu'on nous montre, de tous
-côtés, de regrets obligeants qui ont l'air sincères.
-
-
-_Londres, 30 mai 1832._--M. de Talleyrand a reçu des lettres du Roi et de
-Sébastiani, écrites au moment du départ pour Compiègne: ils assurent
-qu'ils useront de tout leur crédit sur le roi Léopold pour le déterminer
-à se soumettre pleinement à la Conférence, afin de laisser aux Hollandais
-tout l'odieux du refus; mais ils veulent que M. de Talleyrand emporte ici
-l'évacuation d'Anvers, à laquelle ils ne veulent entendre qu'après que
-toutes les autres questions seront terminées. En apparence, les
-entêtements hollandais ne diminuent pas et le mauvais esprit se ranime en
-Belgique.
-
-M. de Talleyrand partira aussitôt après l'arrivée de M. de Mareuil, et
-espère, avant cela, être arrivé à établir une certaine force armée qu'on
-appellerait l'armée combinée anglo-française et qui serait chargée de
-couper le nœud gordien.
-
-
-_Paris, 20 juin 1832._--J'attends M. de Talleyrand après-demain soir.
-
-Je vois bien du monde maintenant: on m'assomme, à la lettre. Que
-d'absurdités, de fautes, de passions! Pauvre M. de Talleyrand! Dans quel
-gâchis et dans combien d'intrigues ne va-t-il pas tomber!
-
-Du reste, l'état de choses actuel, que tout le monde condamne, doit
-nécessairement changer, au moins ministériellement; car le _tollé_ contre
-le ministère est général et l'effroi se propage. La Vendée cependant
-touche à sa fin et on croit la duchesse de Berry sauvée: ce serait un
-point essentiel. Mais l'état du Cabinet est pitoyable; sa marche
-saccadée, hésitante, des gaucheries sans nombre, tout assure sa
-dissolution. On attend M. de Talleyrand pour frapper les grands coups:
-pauvre homme!
-
-La vraie difficulté est dans le caractère du chef suprême. Que tout ceci
-est laid! Sébastiani s'en va chaque jour davantage; il m'a fait pitié
-hier; il se rend compte de son état et il en est profondément malheureux.
-Je vais ce soir avec lui à Saint-Cloud et je tremble qu'il ne tombe mort
-à côté de moi dans la voiture.
-
-Wessenberg m'écrit de Londres que le ministère y est triste, inquiet,
-embarrassé de son triomphe et redoutant une chute prochaine. Je vois
-qu'en Angleterre on est inquiet de l'état de l'Allemagne: le Corps
-diplomatique se plaint ici du double jeu de Sébastiani à propos de ce qui
-se passe sur le Rhin. Bref, personne n'est content, personne n'est
-tranquille; c'est une singulière époque!...
-
-
-_Paris, 6 septembre 1832._--On écrit à M. de Talleyrand que les
-coquetteries qu'on avait faites à Pétersbourg avaient pour objet de
-détacher l'Angleterre de notre alliance; qu'on avait été jusqu'à proposer
-de remettre Anvers aux Anglais. Tout cela n'a pas pris, et la froideur a
-succédé aux gentillesses. Toutes les difficultés de la Conférence
-viennent maintenant de Bruxelles, où le mariage a exalté toutes les têtes
-et où ils se croient en état de forcer la main à la France[10].
-
- [10] Léopold Ier, élu Roi des Belges en 1831, avait épousé, en
- 1832, Louise, princesse d'Orléans, fille de Louis-Philippe, Roi
- des Français.
-
-
-_Paris, 21 septembre 1832._--Il paraît que M. de Montrond est en
-espérance de Pondichéry et fort désireux d'y aller. Les amis de
-Sébastiani le disent entièrement rétabli depuis Bourbonne et naviguant
-avec adresse au milieu des écueils que rencontre sa route ministérielle.
-
-Le Roi des Pays-Bas fait le méchant, celui des Belges n'est pas plus
-doux. La Conférence se fatigue, et a, dit-on, grand besoin de M. de
-Talleyrand pour reprendre son ensemble.
-
-On dit tous les Cabinets fort ébouriffés de ce qui se passe entre
-l'Égypte et la Porte ottomane. Chacun recule, plus ou moins, devant les
-résultats prochains du Nord, du Midi, du Couchant et du Levant, car
-partout il en faut prévoir, sans que personne ait le courage d'y mettre
-la main.
-
-
-_Paris, 23 septembre 1832._--Voilà l'horizon qui se rembrunit de toutes
-parts: aux singuliers événements d'Orient, à l'état précaire de
-l'Allemagne et de l'Italie, au désaccord qui règne dans le Cabinet
-français, à l'approche des Chambres françaises et à celle du Parlement,
-aux complications portugaises, à l'obstination toujours croissante de la
-Hollande, voici qu'il faut joindre le coup de foudre de la mort de
-Ferdinand VII; guerre de succession et, par conséquent, guerre civile,
-entre les partisans de don Carlos et ceux de la petite Infante; peut-être
-intervention de l'Espagne en Portugal, et, par conséquent, apparition de
-la France et de l'Angleterre dans la Péninsule.
-
-D'un autre côté, changement de ministère à Bruxelles, et départs, si
-précipités, du duc d'Orléans, du maréchal Gérard et de M. Le Hon pour la
-Belgique. Ne sommes-nous pas, plus que jamais, dans le grabuge?
-
-M. de Talleyrand reçoit force lettres, tant de Paris que de Londres, pour
-presser son départ.
-
-
-_Paris, 27 septembre 1832._--Quelle mystification que cette résurrection
-de Ferdinand VII[11]! Au fait, c'est très heureux, car assurément les
-complications ne manquent point, et une de moins, c'est quelque chose!
-
- [11] En 1832, le Roi Ferdinand VII tomba si gravement malade,
- qu'on le crut mort. Calomarde se réunit alors aux partisans pour
- faire signer au moribond un décret mettant à néant la déclaration
- de 1830, par laquelle le Roi abolissait la loi salique en
- Espagne.
-
-
-
-
-1833
-
-
-_Valençay[12], 12 octobre 1833._--M. Royer-Collard a passé une partie de
-la matinée ici: original et piquant, grave et animé tout à la fois, fort
-affectueux pour moi et aimable pour M. de Talleyrand. Le temps actuel,
-qu'il ne fronde cependant pas publiquement, lui déplaît au fond et il en
-médit dans sa solitude.
-
- [12] Valençay, où la duchesse de Dino venait de se transporter,
- est situé dans le département de l'Indre. Le château et le parc
- en sont magnifiques, avec de belles eaux. Le château fut bâti au
- seizième siècle par la famille d'Étampes, d'après les dessins de
- Philibert Delorme. Il servit de prison d'État de 1808 à 1814 pour
- Ferdinand VII et les Infants d'Espagne, par ordre de Napoléon
- Ier. Le prince de Talleyrand, qui s'en était rendu propriétaire à
- la fin du dix-huitième siècle, aimait ce séjour et l'habita
- beaucoup.
-
-Une lettre de Vienne de M. de Saint-Aulaire dit ceci: «Mes vacances
-d'été, que je viens de passer à Baden, n'ont pas été troublées par les
-réunions de Téplitz et de Münchengraetz[13], parce qu'on ne m'a rien
-donné à faire et que, pour ma part, je ne concevais aucune inquiétude.
-Voici M. de Metternich qui revient à Vienne, il faudra régler nos
-comptes, et mes vacances vont finir.--Les mesures qu'on juge à propos de
-prendre pour l'Allemagne seront apparemment très incisives; s'il n'en
-était pas ainsi, la tentative serait niaise. La France restera-t-elle
-spectatrice inerte? Oui, si l'on m'en croit; du moins tant que quelque
-Prince directement intéressé n'appellera pas au secours pour le maintien
-de son indépendance. Le Roi de Hanovre serait un bon chef de file; s'il
-ne veut pas se porter en avant, je ne compte guère sur le prince
-Lichtenstein. Je sais qu'on croit en Angleterre que M. de Metternich
-s'est moqué de nous et qu'il était de moitié avec la Russie pour le
-traité de Constantinople du 8 juillet dernier: je persiste à soutenir
-qu'il était dupe et non complice, et je voudrais qu'on ne s'y trompât
-pas, moins pour l'honneur de mon amour-propre que parce que la partie me
-semble différente à jouer, suivant que la bonne intelligence sera réelle
-ou apparente entre l'Autriche et la Russie. Frédéric Lamb m'a conté hier,
-en détail, la campagne du duc de Leuchtenberg en Belgique, dont je savais
-quelque chose par les bruits de ville; pas un mot par le ministère, car
-on a la mauvaise habitude de nous tenir toujours les plus mal informés,
-entre les diplomates de tous les pays.»
-
- [13] Les trois grandes puissances alliées, l'Autriche, la Prusse
- et la Russie, se réunirent plusieurs années de suite, soit à
- Téplitz, soit à Münchengraetz, pour y délibérer ensemble sur la
- situation de l'Europe. Elles y tombèrent d'accord pour se
- garantir, par un nouveau pacte secret, leurs possessions
- respectives en Pologne, soit contre une agression venant du
- dehors, soit contre un mouvement révolutionnaire intérieur. Elles
- s'y occupèrent également des affaires de France et d'Italie, du
- travail continuel des sectes et des réfugiés italiens sur le sol
- français, qui inspiraient alors de grandes inquiétudes au sujet
- de la tranquillité de la Péninsule. On finit par y décider que
- les Cabinets d'Autriche, de Prusse et de Russie enverraient
- chacun une note séparée au gouvernement du Roi Louis-Philippe,
- pour l'engager à surveiller avec plus d'attention les menées
- révolutionnaires.
-
-
-_Valençay, 23 octobre 1833._--La duchesse de Montmorency est toute
-fraîche sur Prague, à cause de ce que sa fille aînée lui en a conté.
-C'est Charles X qui a été mener ses deux petits-enfants à leur mère, à
-Leoben, précisément pour empêcher Mme la duchesse de Berry d'aller à
-Prague; il paraît que, de Leoben, elle retournera en Italie. M. le
-Dauphin et Mme la Dauphine n'ont pas voulu être du voyage[14].
-
- [14] Louis-Antoine, duc d'Angoulême (1773-1844) fils aîné du Roi
- Charles X, avait épousé en 1799, durant l'émigration, sa cousine
- Marie-Thérèse-Charlotte, fille du Roi Louis XVI et de la Reine
- Marie-Antoinette, dont il n'eut pas d'enfant. Après 1830, le duc
- d'Angoulême céda ses droits à son neveu, le duc de Bordeaux
- (comte de Chambord), et vécut en simple particulier.
-
-On dit Charles X extrêmement cassé, Mme la Dauphine vieillie, maigrie,
-nerveuse, pleurant sur tout et toujours. Certes, quelque force d'âme
-qu'elle puisse avoir, ses infortunes ont été d'un genre à briser le cœur
-le plus haut et l'esprit le plus mâle: c'est, incontestablement, la
-personne la plus poursuivie par le sort que l'histoire puisse offrir.
-
-M. de Blacas est le grand directeur de toute cette petite cour, et le
-plus opposé à ce que Mme la duchesse de Berry s'y établisse.
-
-J'ai vu une lettre de M. Thiers, qui dit à propos de son mariage: «Mon
-grand moment approche; je suis agité, comme il convient, et j'aime ma
-jeune femme, plus qu'il ne convient, à mon âge; j'ai donc bien fait d'en
-finir à 35 ans plutôt qu'à 40, car j'en aurais été plus ridicule. Au
-surplus, peu m'importe; je sais mettre de côté les fausses hontes. Mais
-une chose m'est insupportable, c'est de livrer des êtres qui me sont
-chers aux indignités et à la malice du monde. Pour moi, je suis aguerri,
-mais je ne m'aguerrirai jamais et j'aurais cependant grand besoin de
-m'aguerrir pour les gens que j'aime. Il faut bien que le monde aille son
-train; il serait bien sot de vouloir qu'une si grosse machine changeât,
-pour soi, son éternelle marche.»
-
-Je désire sincèrement que sa philosophie ne soit pas mise à de trop rudes
-épreuves, mais, comme dit le proverbe: «On est puni par où on a péché.»
-
-
-_Valençay, 3 novembre 1833._--Je ne suis pas peu surprise que le duc de
-Broglie n'ait pas écrit une seule fois à M. de Talleyrand; il m'a écrit
-trois fois sur des affaires privées, annonçant chaque fois une lettre
-pour M. de Talleyrand et cette lettre n'est jamais venue.
-
-Mme Adélaïde a écrit deux fois, très bien, avec des désirs exprimés de
-voir M. de Talleyrand retourner à Londres, mais sans interpellation
-positive; je crois, cependant, qu'elle et le Roi le désirent bien
-davantage que M. de Broglie, et je crois qu'il faut s'en prendre à
-quelque intrigue entre lord Granville et lord Palmerston, si le désir du
-Roi n'est pas plus nettement exprimé jusqu'à présent.
-
-M. de Talleyrand n'est décidé à rien; il y a tant d'inconvénients réels à
-entrer dans le mouvement actif de la politique, mais d'un autre côté, il
-y a tant d'inconvénients réels à rester en France, que, lors même que je
-voudrais donner un conseil, je ne saurais celui, qu'en conscience, dans
-l'intérêt bien entendu de M. de Talleyrand, je devrais lui offrir. Il
-est effrayé, et je le suis pour lui, de l'isolement, de l'ennui, de la
-langueur de la province ou de la campagne, mais il est convaincu aussi de
-l'impossibilité de Paris, où il porterait, aux yeux du public, une
-responsabilité politique dont il n'aurait ni l'intérêt, ni le pouvoir. Il
-ne se dissimule pas davantage la gravité et la complication des affaires
-qu'il retrouverait à Londres, augmentées par la nature des individus avec
-lesquels il se trouverait en rapport, des deux côtés de la Manche; enfin,
-il comprend à merveille qu'il peut reperdre sur une seule carte tout ce
-qu'il a si miraculeusement gagné depuis trois ans.
-
-Il est fort agité de tout ceci, et je le suis pour lui encore plus que
-lui-même. C'est bien le cas de répéter, en nous l'appliquant, ce que
-disait M. Royer-Collard au mois de juin 1830, en parlant de la lutte
-entre le ministère Polignac et la France: «Une fin? sûrement. Une issue?
-Je n'en vois pas.»
-
-
-_Valençay, 10 novembre 1833._--M. de Talleyrand vient de recevoir des
-lettres de Broglie et du Roi Léopold. Le premier lui dit que le Roi des
-Pays-Bas fait la démarche à Francfort; que la confédération germanique et
-le duc de Nassau disent _oui_ à la première sommation; qu'il est certain
-que Dedel recevra, d'ici à quinze jours, les instructions nécessaires
-pour rentrer activement dans la Conférence; que lui Broglie, ainsi que le
-Roi, désirent vivement que M. de Talleyrand soit à cette époque à Paris,
-pour y convenir de toutes choses; pour y apprendre, de plus, les détails
-de la Conférence de Münchengraetz sur les affaires d'Espagne, et pour
-retourner ensuite à Londres.
-
-La lettre du Roi Léopold est pour dire que la Belgique ne veut rien payer
-à la Hollande: cette espèce de déclaration est enveloppée de gracieusetés
-mielleuses.
-
-
-_Valençay, 11 novembre 1833._--Voici le sens, à peu près, de la réponse
-de M. de Talleyrand au duc de Broglie: «Mon cher Duc, vous avez trop
-bonne opinion de ma santé, mais vous aurez toujours raison d'en avoir une
-excellente de mon amitié pour vous et de mon dévouement au Roi. Je ne
-puis vous en donner une meilleure preuve qu'en tirant, au milieu de
-l'hiver, mes quatre-vingt-deux ans, de mon repos et de ma paresse
-actuels, pour arriver à Paris le 4 décembre, ce que je vous promets.
-Quant à aller à Londres, je n'en vois pas trop la nécessité: je suis bien
-vieux, tout autre y fera maintenant aussi bien, si ce n'est mieux que
-moi.
-
-Nous causerons à Paris, et ma vieille expérience, que vous faites
-l'honneur de consulter, vous dira franchement ce qu'elle pense sur ce que
-vous lui apprendrez du monde politique; je ne suis plus bon qu'à cela.
-Mais si, cependant, par impossible, vous parvenez à égarer assez mon
-amour-propre, jusqu'à lui persuader que je suis, pour quelque temps
-encore, indispensable, ou à peu près, à vos affaires, alors, sans doute,
-je croirai de mon devoir de m'y livrer, jusqu'à ce qu'elles soient
-accomplies, mais aussitôt après je retournerai à ma tanière, pour rentrer
-dans l'engourdissement qui seul me convient maintenant. Quoi qu'il en
-soit, d'ici à quelques semaines, rien ne périclite entre les mains de M.
-de Bacourt, qui, j'en suis convaincu, justifie de plus en plus, par son
-activité et sa sagesse, tout le bien que je vous ai dit de lui. Adieu!»
-
-
-_Valençay, 12 novembre 1833._--On commence à être inquiet des affaires
-d'Espagne: les provinces du Nord sont toutes à don Carlos; Madrid,
-Barcelone, Cadix et presque tout le Midi sont à la Reine à la condition
-que la révolution sera complète; c'est ce qui inquiète le plus le
-gouvernement français.
-
-L'attente des Chambres trouble un peu; le ministère s'y présentera tel
-qu'il est, mais non sans crainte, car il y a bien quelques difficultés à
-se présenter devant une Chambre qui doit vouloir se populariser, dans
-l'espérance d'être réélue. Les énormes dépenses du maréchal Soult, peu ou
-point de diminution de dépenses dans les autres ministères, sont des
-difficultés qui pourront devenir de sérieux embarras.
-
-
-_Paris, 9 décembre 1833._--Notre retour à Londres est décidé. Je suis
-arrivée hier ici; j'ai trouvé, en arrivant, M. de Montrond sur le perron,
-M. Raullin sur l'escalier, et, dans le cabinet, Pozzo chez lequel je dois
-dîner demain. Celui-ci a l'air soucieux; il est fulminant contre lord
-Palmerston, qu'on dit n'être à la mode nulle part. M. de Talleyrand n'est
-pas d'avis que le duc de Broglie se laisse entraîner par lord Granville
-autant que celui-ci le voudrait et il s'est nettement exprimé à cet
-égard.
-
-M. de Talleyrand ne croit pas à d'autres chances de guerre qu'entre
-l'Angleterre et la Russie, et apportera tous ses efforts à la prévenir.
-Il me paraît être au mieux avec Pozzo; il est aussi à merveille avec le
-Roi et Madame Adélaïde qui commencent a être en défiance de lord
-Palmerston, de lord Granville et à trouver que Broglie n'est pas assez
-éclairé; d'ailleurs, qu'il les traite lestement et dédaigneusement; il se
-montre aussi fort cachottier et défiant à l'égard de M. de Talleyrand. Il
-faut pourtant parler en détail de sa fortune à ceux auxquels on veut
-confier son argent.
-
-Lady Jersey a été aux Tuileries; Mgr le duc d'Orléans a été tout à fait à
-ses ordres ici. Au Château, où, en effet, on est un peu près de ses
-pièces, en fait de beau monde, on a été charmé de l'arrivée de cette
-aristocrate d'outre-mer. Cela a fait événement.
-
-Le faubourg Saint-Germain est plus récalcitrant que jamais. L'Empereur
-Napoléon avait des places à donner, des biens à rendre, des confiscations
-dont il pouvait menacer; rien de tout cela maintenant. Aussi boude-t-on
-avec une aisance et une insolence inimaginables. Le fait est que, quand
-on n'y est pas obligé, la Cour est trop mêlée pour être tentante. J'en
-suis fâchée pour la Reine que j'aime et que j'honore.
-
-Il paraît que le baron de Werther a prodigieusement d'humeur contre lord
-Palmerston et le duc de Broglie; il y a certainement bien de la mauvaise
-humeur dans l'air, mais M. de Talleyrand dit encore qu'elle n'éclatera
-pas en boulets rouges.
-
-
-_Paris, 11 décembre 1833._--J'ai été hier dîner, avec M. de Talleyrand,
-chez Thiers; il n'y avait que lui, sa femme, son beau-père, sa
-belle-mère, Mignet, qui disait des pauvretés sur l'Espagne, et Bertin de
-Veaux, qui ne parlait que des combats de taureaux qu'il avait vus à
-Saint-Sébastien.
-
-Mme Thiers, qui n'a que seize ans, paraît en avoir dix-neuf: elle a de
-belles couleurs, de beaux cheveux, de jolis membres bien attachés, de
-grands yeux qui ne disent rien encore, la bouche désagréable, le sourire
-sans grâce et le front trop saillant; elle ne parle pas, répond à peine,
-et semblait nous porter tous sur ses épaules. Elle n'a aucun maintien,
-aucun usage du monde, mais tout cela peut venir; elle ne fera peut-être
-que trop de frais pour d'autres que pour son petit mari, qui est très
-amoureux, très jaloux, mais jaloux honteux, à ce qu'il m'a avoué. Les
-regards de la jeune femme pour lui sont bien froids; elle n'est pas
-timide, mais elle a l'air boudeur, et n'a aucune prévenance.
-
-Je croyais à Mme Dosne des restes de beauté, mais il m'a paru qu'elle
-n'avait jamais pu être jolie; elle a un rire déplaisant, qui a de
-l'ironie sans gaieté; sa conversation est spirituelle et animée. Sa
-toilette était d'un rose, d'un jeune, d'une simplicité affectée qui m'a
-étonnée.
-
-
-_Paris, 15 décembre 1833._--J'ai dîné hier chez le Roi. M. de Talleyrand
-dînait chez le Prince royal. Pendant le dîner, le Roi ne m'a parlé que de
-traditions, de souvenirs, de vieux châteaux; j'étais sur mon terrain.
-Nous avons d'abord parlé à fond de la Touraine; il a promis des vitraux
-de couleur et des portraits de Louis XI et de Louis XII pour Amboise, il
-rachètera les restes de Montrichard et empêchera la ruine du château de
-Langeais. S'il fait tout cela, mon dîner n'aura pas été perdu. Puis, il
-m'a conté les restaurations qu'il faisait faire à Fontainebleau, et il a
-fini par me développer son grand plan pour Versailles, qui est vraiment
-grand, beau et digne d'un arrière-petit-fils de Louis XIV. Mais cela se
-réalisera-t-il? Cette conversation nous a conduits aux nouveaux travaux
-qu'il a fait exécuter aux Tuileries mêmes. Il a ordonné qu'on illuminât
-tout, et, en sortant de table, il a parcouru tout le Château avec moi.
-
-Tout est vraiment beau, très beau; et si l'escalier, qui est riche et
-élégant, avait un peu plus de largeur, ce serait parfait. Cette promenade
-nous a conduits du pavillon de Flore au pavillon de Marsan. Le Roi m'a
-demandé, alors, si je voulais faire une visite à son fils; j'ai dit,
-comme de raison, que je suivrais le Roi partout. Nous avons trouvé Mgr le
-duc d'Orléans jouant au whist avec M. de Talleyrand; les amis de celui-ci
-avaient été réunis au dîner par le Prince.
-
-L'appartement du Prince royal est trop bien arrangé pour être celui d'un
-homme. C'est le seul reproche qu'on puisse lui faire, car, du reste, il
-est plein de belles choses trouvées dans le garde-meuble de la Couronne,
-où la Révolution avait relégué les beaux meubles de Louis XIV. La
-Restauration n'avait pas songé à les en tirer; M. le duc d'Orléans en a
-placé une grande partie dans son appartement. C'est fort curieux; j'ai
-été bien souvent aux Tuileries sans me douter des choses intéressantes
-qui s'y trouvaient réunies; ainsi, j'ai vu, cette fois-ci, dans le
-cabinet du Roi, parmi des choses que je ne connaissais pas, un portrait
-de Louis XIV enfant, sous les traits de l'Amour endormi, et celui de la
-reine Anne d'Autriche peinte en Minerve, et aussi des boiseries
-emblématiques du temps de Catherine de Médicis, qui a fait construire les
-Tuileries.
-
-Le Roi est un admirable cicerone de ses châteaux: je me suis émerveillée
-tout le temps qu'on pût si bien connaître les traditions de sa famille,
-en être aussi fier, et... enfin!
-
-Je pars après-demain pour Londres.
-
-
-
-
-1834
-
-
-_Londres, 27 janvier 1834._--Sir Henry Halford vient de me raconter que
-le feu roi George IV, dont il était le premier médecin, lui ayant
-demandé, sur l'honneur, deux jours avant sa mort, si son état était
-désespéré, et sir Henry, avec une figure très significative, lui ayant
-répondu qu'il était dans un état très grave, le Roi le remercia par un
-signe de tête, demanda à communier, et le fit très religieusement; il
-engagea même sir Henry à prendre part au sacrement. Lady Coningham était
-dans la chambre à côté. Ainsi, aucun des intérêts humains ne fut banni de
-la chambre de ce Roi moribond, charlatan, et communiant.
-
-
-_Londres, 7 février 1834._--J'étais hier soir chez lady Holland, qui, en
-finissant je ne sais quelle histoire qu'elle me contait, m'a dit: «Ce
-n'est pas lady Keith (Mme de Flahaut) qui me mande cela, car il y a plus
-de deux mois qu'elle ne m'a écrit.» Puis, elle ajouta: «Saviez-vous
-qu'elle détestait le ministère français actuel?--Mais, Madame,» ai-je
-répondu, «c'est vous qui avez appris il y a dix-huit mois à M. de
-Talleyrand, tout le mal qu'elle disait ici du Cabinet français, au moment
-de son origine.--C'est vrai, je m'en souviens; mais il faut néanmoins
-que ce Cabinet dure. Lord Granville écrit à lord Holland que nous ne
-devons pas croire tout ce que lady Keith nous mandera de la mauvaise
-position de M. de Broglie, puisqu'elle est très hostile pour celui-ci et
-désireuse de sa chute.» Je n'ai rien répliqué et cela en est resté là. Et
-puis, parlez-moi des amitiés du monde!
-
-Au reste, voici un assez drôle de mot qu'on écrit, de Paris, sur M. et
-Mme de Flahaut: on prétend que leur faveur n'est plus aussi grande aux
-Tuileries, où on dit que «lui, est une vieille coquette et, elle, un
-vieux intrigant.»
-
-
-_Warwick Castle[15], 10 février 1834._--J'ai quitté Londres avant-hier,
-et suis venue ce jour-là jusqu'à Stony-Stratfort, où je n'engage personne
-à jamais coucher: les lits y sont mauvais, même pour l'Angleterre; j'ai
-réellement cru m'étendre sur une couchette de trappiste. J'en suis
-repartie hier matin, par un brouillard bien froid, bien épais. Il n'y
-avait pas moyen de juger le pays, qui à travers quelques éclaircies,
-cependant, m'a semblé plutôt agréable; surtout à Iston Hall, beau lieu
-qui appartient à lord Porchester. On passe devant une superbe grille d'où
-on plonge dans un parc immense, par delà lequel on découvre un vallon qui
-m'a semblé joli. Leamington[16], à deux lieues d'ici, est bien bâti et
-gai.
-
- [15] Antique manoir, jadis une forteresse imprenable.
-
- [16] Leamington est un petit endroit de bains, situé sur le Leam,
- dans le comté de Warwick. Il doit toute sa renommée à des sources
- minérales et ferrugineuses, découvertes en 1797.
-
-Quant à Warwick même, où je suis arrivée hier dans la matinée, on y
-pénètre par une entrée de château-fort: il offre l'aspect le plus
-austère, la cour la plus sombre, le _Hall_ le plus vaste, les meubles les
-plus gothiques, la tenue la plus soignée qu'on puisse imaginer, tout cela
-dans le genre féodal. Une rivière impétueuse et considérable baigne le
-pied de vieilles tours crénelées, noires, hautes et imposantes; elle fait
-un bruit monotone auquel répond celui d'arbres entiers, qui éclatent en
-brûlant dans des cheminées de géants. Des souches énormes sont empilées
-sur des tréteaux dans le _Hall_; il faut deux hommes pour les prendre et
-les jeter dans l'âtre; ces tréteaux sont établis sur des dalles de marbre
-poli.
-
-Je n'ai encore jeté qu'un rapide coup d'œil sur les vitraux de couleur
-des grandes et larges croisées qui répondent aux cheminées, sur les
-armures, les bois de cerf et les autres curiosités du _Hall_, sur les
-beaux portraits de famille des trois grands salons. Je ne connais bien
-encore que ma chambre, toute meublée de Boule, de noyer ciselé et pleine
-de conforts modernes à travers toutes ces vieilles grandeurs!
-
-Le boudoir de lady Warwick est aussi rempli de curiosités. Elle est venue
-me prendre, hier, dans ma chambre, et après m'avoir montré ce boudoir,
-elle m'a menée dans le petit salon où j'ai trouvé le fils de son premier
-mariage, lord Monson, petite figure d'homme ou plutôt d'enfant, timide et
-silencieux, par embarras de sa petite taille et de sa faiblesse de corps;
-puis lady Monson, contraste frappant de son mari, grande et blonde
-Anglaise, raide, osseuse, avec de longs traits, de larges mains, une
-large poitrine plate, un air de vieille fille, des mouvements anguleux,
-tout d'une pièce, mais polie et attentive; ensuite lady Eastnor, sœur de
-lady Stuart de Rothesay, laide comme on l'est dans sa famille, et bien
-élevée, comme le sont aussi toutes les filles de lady Hardwick; lord
-Eastnor, grand chasseur, grand mangeur, grand buveur; son frère, un
-_révérend_, qui, je crois, ne s'était pas rasé depuis Noël et qui n'a
-ouvert la bouche que pour manger; lord Brooke, fils de la maison, du
-second mariage, âgé de quinze ans, d'une très jolie figure; son
-précepteur, silencieux et humble comme de raison; et, enfin _the striking
-figure_ de lady Caroline Neeld, sœur des Ashley et fille de lord
-Shaftesbury. Elle est célèbre par un procès contre son mari, dont les
-journaux retentissaient l'année dernière; elle est l'amie de lady
-Warwick, protégée, recueillie, défendue par elle. C'est une personne
-bruyante, hardie, mal disante, avec des façons familières et un ton
-risqué; elle a une jolie taille, de la blancheur, de beaux cheveux
-blonds, ni cils ni sourcils, une figure longue et étroite, rien dans les
-yeux, un nez et une bouche qui font penser à ce que Mme de Sévigné disait
-de Mme de Sforze, qui était _un perroquet mangeant une cerise_.
-
-Lord Warwick, retenu dans sa chambre par un rhumatisme goutteux, ne
-semblait faire faute à personne.
-
-La maîtresse de la maison est la moins convenable possible pour le lieu
-qu'elle habite. Elle a été jolie, sans être belle; elle est naturellement
-spirituelle, sans rien d'acquis. Elle ne sait pas même un mot de la
-tradition de son château; elle a un tour d'esprit drôle et nullement
-posé, ses habitudes de corps sont nonchalantes, et cette petite femme,
-grasse, paresseuse, oisive, ne paraît nullement appelée à gouverner et à
-remplir cette vaste, sérieuse et presque formidable demeure. D'ailleurs,
-tout le monde me semble pygmée dans ce lieu-ci et il faudrait des gens
-plus grands que nature, tels qu'étaient les _faiseurs de Rois_[17] pour
-la remplir: notre génération est trop mesquine dans ses proportions pour
-de tels lieux.
-
- [17] Voir à l'index biographique: Warwick (Guy, comte de)
-
-La salle à manger est belle, mais moins grandiose que le reste. En
-sortant de table, très longtemps avant les hommes, on nous a conduites
-dans le grand salon, qui est placé entre un petit et un moyen. Dans ce
-grand salon sont des Van Dyck superbes; une boiserie tout entière en bois
-de cèdre dans sa couleur naturelle, l'odeur en est assez forte et
-agréable; le meuble est en damas velouté où le gros rouge domine; force
-meubles de Boule vraiment magnifiques, quelques marbres rapportés
-d'Italie; deux énormes croisées faisant renfoncement et cabinets, sans
-rideaux et seulement entourées de grands cadres cerclés en cèdre. Pour
-tout cela, il y avait une vingtaine de bougies, qui me faisaient l'effet
-de feux-follets, trompant l'œil plutôt qu'elles n'éclairaient la
-chambre. Je n'ai, de ma vie, rien vu de si triste et de si _chilling_ que
-ce salon; une conversation de femmes, très languissante... il me semblait
-toujours que le portrait de Charles Ier et le buste du Prince Noir
-allaient venir se mêler à nous, et prendre leur café devant la cheminée.
-Les hommes sont enfin arrivés, le thé ensuite; à dix heures une espèce de
-souper; à onze heures retraite générale, qui m'a semblé être un
-soulagement pour tous.
-
-J'ai, dans cette longue soirée, vingt fois pensé à la description que
-Corinne fait du château de sa belle-mère.
-
-A dîner, on n'a parlé que des _county-balls_, des _Leamington-spas_ et
-des commérages du Comté: c'était, trait pour trait, la description de Mme
-de Staël.
-
-Ce matin, j'ai parcouru avec lady Warwick le château, que je connaîtrais
-mieux si j'avais été livrée à moi-même, ou seulement aux prises avec une
-des deux _housekeepers_ dont la plus ancienne a quatre-vingt-treize ans.
-A la voir, on croirait qu'elle va vous parler de tous les York et
-Lancastre. La maîtresse de la maison ne se soucie pas le moins du monde
-de toutes les curieuses antiquités dont ce lieu-ci abonde et qu'il m'a
-fallu voir en courant.
-
-Je me suis cependant arrêtée devant la selle et le caparaçon du cheval de
-la Reine Élisabeth, par lequel elle est venue de Kenilworth ici, puis je
-me suis emparée du luth offert par lord Leicester à la Reine Élisabeth,
-merveilleusement sculpté, en bois, avec l'écusson de la Reine en cuivre
-doré, par-dessus et tout à côté de celui du favori, ce qui m'a paru assez
-familier. J'ai remarqué un curieux portrait de la Reine Élisabeth dans
-ses habits de couronnement et dans lequel elle ressemblait terriblement à
-son terrible père. Lord Monson, à l'occasion de ce portrait, m'a conté un
-détail que j'ignorais: c'est que la Reine Élisabeth, qui voulait toujours
-paraître jeune, n'a jamais permis qu'on fît son portrait autrement qu'en
-face, et éclairé de façon à empêcher que les ombres ne portassent sur ses
-traits, craignant que les ombres, en marquant les traits, ne marquassent
-aussi les années. On dit que cette idée lui était si constamment
-présente, qu'elle se mettait aussi toujours en face du jour, quand elle
-donnait ses audiences.
-
-La bibliothèque ici n'est pas très remarquable et ne me paraît pas très
-fréquentée. La chambre à coucher de la Reine Anne avec le lit de l'époque
-est une belle pièce.
-
-A dix heures, nous sommes montées en calèche, lady Warwick et moi,
-escortées par lady Monson et lord Brooke à cheval, et nous avons été, par
-un pays assez médiocre, aux fameuses ruines de Kenilworth. Là, j'ai
-éprouvé un mécompte réel; non pas que ces ruines ne donnent l'idée d'une
-noble et vaste demeure, mais le pays est si plat, l'absence d'arbres est
-si complète, que le pittoresque disparaît; à la vérité, le lierre y est
-partout superbe, ce qui fait bien, mais ce qui n'est pas suffisant.
-
-Lady Monson, moins ignorante de la localité que sa belle-mère, m'a fait
-remarquer la salle des banquets; la chambre de la Reine Élisabeth; les
-bâtiments construits par Leicester, et qui sont plus détériorés que ceux
-des Lancaster, quoique plus modernes; le pavillon d'entrée sous lequel a
-passé le cortège de la Reine et qui avait été bâti exprès: il est encore
-en bon état, un fermier de lord Clarendon, auquel appartiennent les
-ruines, l'habite. Il y a, dans l'intérieur de ce pavillon, un chambranle
-de cheminée avec les chiffres et devise de Leicester. Le pavillon où
-Walter Scott fait arriver Amy Robsard, est rendu célèbre par le
-romancier, mais ne l'est pas dans l'histoire.
-
-On ne m'a pas permis de monter sur les tours; depuis l'accident arrivé
-l'année dernière à la nièce de lady Sefton, les ruines sont en mauvais
-renom comme solidité; d'ailleurs, on m'a assuré que la vue n'en était
-point remarquable.
-
-Nous avons pris le chemin le plus long pour revenir et nous avons
-traversé Leamington dans toute sa longueur. L'établissement des bains m'a
-semblé joli, ainsi que toute la ville, animée maintenant par beaucoup de
-gentlemen chasseurs, qui y vivent un peu comme à Melton Mowbray.
-
-Il ne faisait pas encore sombre quand nous sommes revenues, et lady
-Warwick m'a menée voir, au bout du parc de Warwick, qui est très bien
-planté, une jolie vue de la rivière Avon, des serres qui ne sont ni très
-soignées, ni très fleuries, mais dans lequelles se trouve le _Warwick
-vase_: c'est un vase dans des proportions colossales, en marbre blanc,
-d'une superbe forme, avec de beaux détails; il a été rapporté d'Italie et
-du jardin de Trajan par le père du lord Warwick actuel.
-
-Je retourne demain à Londres.
-
-
-_Londres, 12 février 1834._--M. de Talleyrand m'a raconté qu'hier soir,
-jouant au whist avec Mme de Lieven qui était partner de lord Sefton, la
-Princesse, dans ses distractions habituelles, avait renoncé deux fois;
-sur quoi lord Sefton a fait doucement remarquer qu'il était tout simple
-que ces diables de Dardanelles fissent souvent renoncer Mme de Lieven:
-cela a fait rire tous les assistants.
-
-J'ai reçu de M. Royer-Collard une lettre dans laquelle je trouve la
-phrase suivante: «Monsieur de Bacourt m'a extrêmement plu; sa
-conversation nette, simple, judicieuse, m'a charmé; je n'en rencontre
-guère ici d'aussi bonne. Nous nous entendons de tous points.»
-
-
-_Londres, 15 février 1834._--La duchesse comtesse de Sutherland est venue
-me prendre hier, et nous a menées Pauline et moi au _Panorama of the
-North Pole_ où le capitaine Ross joue un grand rôle. Comme peinture et
-perspective, c'est au-dessous de tout ce que j'ai vu dans ce genre; mais
-tout ce qui se rapporte à d'aussi rudes épreuves et à des souffrances
-aussi prolongées, est d'un véritable intérêt.
-
-Un des matelots, qui avaient été d'abord avec le capitaine Parry sur la
-_Furia_, puis ensuite avec le capitaine Ross, se trouvait, par hasard, à
-ce Panorama. Il a donné à Pauline un petit morceau de la fourrure dont il
-s'était couvert chez les Esquimaux, et à moi, un petit morceau de granit,
-pris au point le plus nord de l'expédition. Nous l'avons beaucoup
-questionné; il est revenu bien souvent sur le moment où ils ont aperçu
-l'_Isabella_, qui les a rendus à leur patrie: c'était le 26 août. Il a
-ajouté que, tant qu'il vivrait, il boirait chaque année, ce jour-là, au
-souvenir de cette heureuse apparition.
-
-Nous avons eu, hier soir, un raout chez nous. Il n'avait rien de
-remarquable comme toilettes, comme beautés, ni comme ridicules. Le
-marquis de Douglas était beau à ravir: miss Emily Hardy m'en a paru
-frappée.
-
-Le ministère était représenté par lord Grey, lord Lansdowne, lord
-Melbourne. Ce ministère est fort embarrassé, car il se passe chaque jour,
-aux Communes, des incidents qui font éclater le schisme trop réel parmi
-eux; la figure de lord Grey en portait hier une visible empreinte.
-
-
-_Londres, 20 février 1834._--Il y a une nouvelle histoire, fort vilaine,
-qui circule sur M. le comte Alfred d'Orsay. La voici: sir Willoughby
-Cotton écrit, le même jour, de Brighton, à M. le comte d'Orsay et à lady
-Fitzroy-Somerset; il se trompe d'adresse et voilà M. d'Orsay qui, en
-ouvrant celle qui lui arrive, au lieu de reconnaître sa méprise à la
-première ligne, qui commence par «_Dear Lady Fitzroy_», lit jusqu'au
-bout, y trouve tous les commérages de Brighton, entre autres des
-plaisanteries sur lady Tullemore et un de ses amoureux, et, je ne sais
-encore à quel propos, un mot piquant sur M. d'Orsay lui-même. Que fait
-celui-ci? Il va au club, et, devant tout le monde, lit cette lettre, la
-met ensuite sous l'adresse de lord Tullemore auquel il l'envoie. Il a
-failli en résulter plusieurs duels. Lady Tullemore est très malade, le
-coupable parti subitement pour Paris. On est intervenu, on a assoupi
-beaucoup de choses, pour l'honneur des dames, mais tout l'odieux est
-resté sur M. d'Orsay.
-
-
-_Londres, 27 février 1834._--On s'amuse à répandre le bruit du mariage
-de lord Palmerston avec miss Jermingham: elle était hier à l'ambassade de
-Russie, chamarrée et bigarrée, à son ordinaire: elle y a été l'objet des
-moqueries de Mme de Lieven, qui, cependant, n'a pas cru pouvoir se
-dispenser de l'inviter. Pour se venger, peut-être, de cette nécessité,
-elle disait, assez haut, que miss Jermingham lui rappelait
-l'avertissement du journal le _Times_ que voici: _A house-maid wants a
-situation in a family where a footman is kept_[18]. C'est assez joli,
-assez vrai, mais peu charitable... Elle ajoutait avec complaisance, à
-cette occasion, que les journaux satiriques avaient donné à lord
-Palmerston le surnom de _venerable cupid_...
-
- [18] Une fille de service demande une place dans une famille où
- il y a un valet de pied.
-
-_Londres, 1er mai 1834._--M. Salomon Dedel est arrivé ce matin de la
-Haye, il m'a apporté une lettre du général Fagel. J'y trouve ce qui suit:
-«Quelqu'un a su que lord Grey avait manifesté l'espoir que Dedel
-reparaîtrait à Londres, muni d'instructions pour en finir. Dedel en parle
-au Roi et celui-ci lui répond: «Votre absence a eu pour motif de venir
-voir vos parents et vos amis, et vous pourrez en donner des nouvelles si
-on vous en demande.»
-
-Plus loin je trouve dans la même lettre: «Nous voulons être forcés par
-les cinq puissances; nous ne tiendrons aucun compte d'une contrainte
-partielle comme celle de 1832; sans cette unanimité, nous nous refuserons
-toujours à un arrangement définitif. On prendrait, de guerre lasse,
-plutôt la route de Silésie, que de reconnaître Léopold.»
-
-Mme de Jaucourt, en parlant de l'esprit de parti furibond qui règne en
-France en ce moment, mande à M. de Talleyrand que M. de Thiard, son
-frère, a dit, l'autre jour, chez elle: «Je donnerais mon bras droit pour
-que Charles X fût encore à la place d'où nous l'avons chassé.»
-
-N'est-il pas singulier que le jeune Baillot, qui vient de périr assassiné
-dans les derniers troubles de Paris, se soit souvent vanté d'avoir, lors
-des journées de juillet 1830, tué plusieurs individus, exactement de la
-même manière que celle dont lui-même a péri?
-
-On m'a raconté un mot amusant de la vieille marquise de Salisbury. Elle a
-été, dimanche dernier, à l'église, ce qui lui arrive rarement; le
-prédicateur, parlant du péché originel, a dit qu'Adam, en s'excusant,
-s'était écrié: «_Seigneur, c'est la femme qui m'a tenté._» A cette
-citation, lady Salisbury, qui paraissait entendre tout cela pour la
-première fois, a sauté sur son banc, en disant: «_Shabby fellow,
-indeed!_»
-
-Je viens d'une visite du matin chez la Reine, je l'ai trouvée agitée,
-inquiète et cependant heureuse de son prochain voyage en Allemagne. Le
-Roi l'a arrangé, à son insu; il est entré dans les plus petits détails;
-c'est lui qui a nommé la suite d'honneur, les domestiques, choisi les
-voitures. Tout cela est arrivé si subitement que la Reine n'en est point
-encore remise; elle ne sait si elle doit se réjouir de revoir sa mère qui
-est âgée et infirme ou se tourmenter de laisser le Roi seul, pendant six
-semaines. Elle m'a dit que le Roi avait voulu inviter M. de Talleyrand et
-moi à Windsor, pendant notre séjour à Salthill, mais qu'elle-même l'en
-avait détourné, comme tirant à conséquence, et obligeant à d'autres
-invitations, entre autres celle de la princesse de Lieven, dont le Roi ne
-se souciait pas.
-
-La Reine tousse et se croit assez malade; elle compte sur l'air natal
-pour se rétablir.
-
-Il est impossible, chaque fois qu'on a l'honneur de voir cette Princesse,
-de ne pas être frappé de la parfaite simplicité, vérité et droiture de
-son âme. J'ai rarement vu une personne sur laquelle le sentiment du
-devoir eût plus de puissance, qui, dans tout ce qu'elle dit et fait,
-parût plus d'accord avec elle-même. Elle a de la gaieté, de la
-bienveillance et quoiqu'elle manque de beauté, sa grâce est parfaite, le
-ton de sa voix malheureusement nasillard, mais il y a tant de bon sens et
-de vraie bonté dans ce qu'elle dit, qu'on l'écoute avec plaisir. La
-satisfaction qu'elle éprouve à parler allemand est bien naturelle, elle
-me touche, chaque fois, sensiblement; cependant, je voudrais que devant
-les Anglais elle s'y livrât moins: je voudrais, dans l'intérêt de sa
-situation, peut-être un peu plus d'anglais en elle; on ne saurait être
-restée plus Allemande qu'elle l'est; je crains qu'on ne le lui reproche
-parfois. Que ne reproche-t-on pas aux souverains maintenant? Responsables
-de toutes choses, ils sont sans cesse menacés d'expiations, bien ou mal
-fondées. La pauvre Reine a déjà éprouvé toute l'amertume de
-l'impopularité, de la calomnie. Elle y a opposé beaucoup de valeur, de
-dignité, et je suis convaincue qu'elle est en fonds de courage pour les
-dangers.
-
-C'était aujourd'hui la Saint-Philippe; nous avions à dîner les Lieven et
-lady Cowper; le prince Esterhazy est venu nous voir après le dîner. Je
-remarque, depuis quelque temps, une certaine aigreur dans sa façon d'être
-avec les Lieven, qui ne lui est pas habituelle; sa plaisanterie, en
-s'adressant à la Princesse, tourne promptement à l'ironie. Je crois que,
-de son côté, elle regrettera peu son départ; elle n'a jamais pu le
-subjuguer; il coule et s'échappe de ses mains; les arlequinades, toujours
-fines, quelquefois malicieuses, d'Esterhazy la gênent et la déroutent;
-ils ont toujours l'air d'être sur le qui-vive l'un avec l'autre, et ils
-se dédommagent de cette contrainte par des coups de patte assez
-fréquents.
-
-La Reine m'a dit qu'à Windsor, dernièrement, Esterhazy lui avait parlé de
-M. de Talleyrand avec un attachement particulier, lui disant que son plus
-grand plaisir était de venir l'écouter. Il a ajouté, qu'en rentrant chez
-lui, il écrivait souvent ce qu'il avait entendu de M. de Talleyrand. Il
-paraît qu'Esterhazy tient un journal fort exact; il l'a dit à la Reine,
-lui racontant que cette habitude est si ancienne qu'il a déjà rempli de
-gros volumes, qu'il se plaît à relire. La Reine s'étonnait, avec raison,
-de cette habitude suivie et sédentaire chez quelqu'un dont les allures
-sont si peu posées et l'esprit souvent distrait.
-
-Lord Palmerston, qui, depuis notre dernier retour de France, n'a pas une
-seule fois accepté de dîner chez nous, qui n'est pas venu à une seule de
-nos soirées, était encore invité aujourd'hui, et la présence de lady
-Cowper nous faisait croire à la sienne, mais il s'est fait excuser au
-dernier moment.
-
-
-_Londres, vendredi 2 mai 1834._--Alava m'écrit qu'il reçoit des lettres
-du ministre d'Espagne à Londres, le marquis de Miraflorès, qui est son
-neveu, dans lesquelles il lui parle des éloges que lord Palmerston ne
-cesse de lui prodiguer sur son début diplomatique ici, qu'il dit être
-extrêmement brillant. Le Marquis, qui est un sot, ne voit pas la cause de
-ces éloges, qui proviennent de ce traité de la Quadruple Alliance,
-proposé par Miraflorès à l'instigation de lord Palmerston lui-même, et
-dont les résultats, bien obscurs encore, pourront devenir plus
-embarrassants qu'utiles à son inventeur et aussi à la France.
-
-M. de Montrond a écrit à M. de Talleyrand pour lui dire qu'ayant fait
-exprimer à M. de Rigny son désir de venir à Londres, celui-ci avait
-trouvé, qu'avant de lui en faciliter les moyens, il fallait d'abord
-savoir si M. de Talleyrand serait satisfait de ce voyage. Ce doute choque
-beaucoup M. de Montrond, et moi je sais bon gré à M. de Rigny de l'avoir
-admis. Au fait, l'année dernière, M. de Montrond, se disant ici chargé
-d'une correspondance secrète et diplomatique, était un personnage gênant.
-L'humeur qu'il avait, et qu'il montrait, de n'être mis dans aucun des
-secrets de l'ambassade, lui faisait manquer, le plus souvent, aux
-convenances, blessait M. de Talleyrand dans les siennes, et importunait
-les spectateurs. Depuis dix-huit mois, M. de Montrond touche mille louis
-par an sur les fonds secrets du ministère des affaires étrangères: je
-doute qu'il leur rende jamais la monnaie de leur pièce!
-
-Tous les ouvriers, à Londres, sont en révolte: les tailleurs ne peuvent
-plus travailler, faute d'ouvriers; on prétend que, sur les cartes
-d'invitation du bal de lady Lansdowne, il y avait: _The gentlemen to
-appear in their old coats_. Les blanchisseuses s'en mêlent, et, bientôt,
-il nous faudra laver notre linge comme les Princesses de l'Odyssée!
-
-
-_Londres, 3 mai 1834._--M. de Talleyrand dit que lord Holland a _une
-bienveillance perturbatrice_. C'est d'autant mieux dit que rien n'est
-plus vrai. Avec la plus parfaite douceur de manières, l'humeur la plus
-égale, l'esprit le plus gai, l'abord le plus obligeant, il est toujours
-prêt à mettre partout le feu à la mèche révolutionnaire; il y fait, en
-conscience, ce qu'il peut, et quand il n'y réussit pas, il en a du
-chagrin, autant qu'il en peut avoir.
-
-J'ai dîné hier chez sir Stratford Canning. Sa maison est singulière,
-jolie, bien arrangée, remplie de souvenirs rapportés de Constantinople et
-d'Espagne. Lui-même a de la politesse, de l'instruction, de l'esprit dans
-sa conversation, et sans une certaine contraction des lèvres qui nuit à
-une assez belle figure, sans l'air opprimé de sa femme, on aurait peine à
-comprendre la réputation de mauvais caractère qui lui est assez
-généralement acquise. C'est sous ce prétexte-là, du moins, que l'Empereur
-de Russie a refusé, l'année dernière, de le recevoir à Pétersbourg, comme
-ambassadeur.
-
-
-_Londres, 4 mai 1834._--Il y a une vanterie habituelle et une curiosité
-indiscrète dans Koreff, qui m'a quelquefois frappée sur le Continent, et
-qui, ici, m'inspire une défiance extrême. Son esprit, son instruction
-disparaissent à travers les inconvénients de son caractère, et le rendent
-souvent très importun. Il vit de commérages de toutes sortes, publics ou
-privés; la médecine n'arrive qu'en désespoir de cause; et quand il
-consent à être médecin, il parle de lui comme d'une divinité. Alors, il a
-sauvé un malade abandonné de tous, fait une découverte miraculeuse:
-magnétisme, homéopathie, le vrai, le faux, le naturel, le surnaturel, le
-possible, l'impossible, tout lui est bon pour augmenter son importance,
-faire disparaître le pauvre diable, et s'entourer de merveilleux à défaut
-de considération.
-
-Il a dîné chez nous avec sir Henry Halford; il me semble qu'ils ne se
-sont pas pris de goût l'un pour l'autre; et, en effet, quels peuvent être
-leurs _atomes crochus_? La science? Oui, sans doute, si elle se formulait
-de même pour l'un que pour l'autre. Sir Henry Halford, homme doux, poli,
-mesuré, discret, fin, souple, respectueux, parfait courtisan, riche,
-considéré, et grand praticien, n'a jamais cherché à être autre chose que
-le médecin des grands, et s'est ainsi trouvé, sans le chercher, dans les
-secrets des affaires et des familles. Koreff, au contraire, a voulu être
-littérateur, homme d'État, et a dégoûté les gens dans les grandes
-affaires de le conserver pour médecin. C'est ainsi qu'il s'est perdu à
-Berlin, il se relèvera difficilement à Paris, et ne réussira pas à
-Londres, à ce que je crois.
-
-A propos de bavardages et d'indiscrètes curiosités, je ne veux pas
-oublier une réflexion très vraie que le duc de Wellington vient de me
-faire sur Alava: «Quiconque», a-t-il dit, «veut être dans la confidence
-de tous, est obligé de donner la sienne à plusieurs, et cela se passe
-habituellement aux dépens des tiers.» Il y a un admirable bon sens et
-droiture de jugement dans le Duc. Nous avons beaucoup causé aujourd'hui
-ensemble à dîner; je voudrais me souvenir de tout ce qu'il m'a dit: le
-vrai, le simple, deviennent si rares, qu'on voudrait en ramasser les
-miettes.
-
-Le duc de Wellington a une mémoire très sûre: il ne cite jamais
-inexactement; il n'oublie rien, n'exagère rien; et s'il y a quelque chose
-d'un peu haché, de sec et de militaire dans sa conversation, elle est
-néanmoins attachante par son naturel, sa justesse, et par une parfaite
-convenance. Il a un ton excellent, et une femme n'a jamais à se tenir en
-garde de la tournure que peut prendre la conversation. Il est bien plus
-réservé, à cet égard, que ne l'est lord Grey, quoique celui-ci ait une
-éducation, sous plusieurs rapports, bien plus soignée et l'esprit plus
-cultivé.
-
-Le duc de Wellington m'a dit une chose assez remarquable sur le caractère
-anglais: c'est que, nulle part, le peuple n'était plus ennemi du sang
-qu'en Angleterre; un meurtre y est découvert avec une extrême
-promptitude, chacun se met à la recherche de l'assassin, le suit à la
-piste, le dénonce et veut que justice soit faite. Il m'a assuré que le
-soldat anglais était le moins cruel de tous, et que la bataille finie,
-il ne commettait presque jamais de violence: pillard à l'excès;
-sanguinaire, non.
-
-L'extrême et naïve vanité de lady Jersey, dont le Duc s'est amusé, nous a
-conduits à parler de Mme de Staël que le Duc a beaucoup connue et dont
-les ridicules et les prétentions l'ont plus frappé encore que sa verve et
-son éloquence ne l'ont ébloui. Mme de Staël, qui voulait apparaître au
-Duc sous toutes les formes, même sous la plus féminine, lui dit, un jour,
-que ce qu'il y avait pour elle de plus doux à entendre, c'était une
-déclaration d'amour; elle était si peu jeune, et si laide, que le Duc ne
-put s'empêcher de lui dire: «Oui, quand on peut la croire vraie.»
-
-Lady Londonderry, fort connue pour ses bizarreries, étant près
-d'accoucher et se persuadant qu'elle aurait un garçon, commande un petit
-costume de hussard, uniforme du régiment de son mari. En le commandant,
-elle dit au tailleur: «Pour un enfant de _six jours_.--De _six ans_, veut
-dire milady?» reprend le tailleur.--«Non, vraiment; de _six jours_. Ce
-sera le costume de baptême!»
-
-Le duc de Cumberland était assez en faveur près de George IV, dans les
-dernières années de celui-ci, et c'est cependant à cette époque que le
-duc de Wellington, demandant au Roi pourquoi le duc de Cumberland était
-si universellement impopulaire, George IV répondit: «C'est qu'il n'y a ni
-amant et maîtresse, ni frère et sœur, ni père et enfants, ni amis que le
-duc de Cumberland ne parvienne à brouiller s'il s'approche d'eux.» On
-prétend, cependant, que le duc de Cumberland a de l'esprit, mais il est
-si de travers qu'il n'est bon à rien et est nuisible à tout.
-
-Le prochain départ de la Reine d'Angleterre pour l'Allemagne inquiète les
-vrais amis du Roi; il paraît que ce Prince, qui a le meilleur cœur du
-monde, a quelquefois des accès d'emportement singuliers, qu'il se met des
-idées étranges dans l'esprit, et qu'il se trouve parfois dans un si
-bizarre état d'excitation que l'équilibre menace de se perdre tout à
-fait. La Reine, avec son attentive douceur et son grand bon sens, veille
-sur lui dans ces moments de crise, en abrège la durée, le modère, le
-calme, et lui fait reprendre une assiette convenable.
-
-Le Roi, en ce moment, a beaucoup d'humeur contre dom Pedro, à cause du
-dernier règlement commercial qui a été publié en Portugal, la veille même
-du jour de la signature du traité de la Quadruple Alliance à Londres.
-Cette humeur n'ira probablement pas jusqu'à refuser de ratifier le
-traité, car ce pauvre Roi est la meilleure créature possible, mais non
-pas très _consistent_, comme on dit ici.
-
-On m'a assuré que la vanité de lord Durham avait été tellement exaltée
-par l'accueil qui lui avait été préparé, il y a deux ans, à Pétersbourg,
-par les soins de Mme de Lieven, et par celui que les lettres de M. de
-Talleyrand lui avaient valu dernièrement à Paris, qu'il ne croit pas
-qu'il puisse se permettre de rester dans une situation privée. Son
-projet, assez avoué, est de culbuter lord Grey, son beau-père, et de se
-mettre à sa place, ou, du moins, d'entrer avec un portefeuille au
-Conseil, ce qui ferait déserter tous les autres membres. Il
-consentirait, peut-être, à n'être que vice-Roi d'Irlande, ou, comme
-pis-aller, à accepter l'ambassade de Paris; mais, si toutes ces chances
-venaient à lui manquer, il déclare qu'alors, il veut se faire le chef
-avoué de tous les radicaux et faire guerre à mort à tout ce qui existe.
-
-Je sais que Pozzo écrit des hymnes sur le Roi des Français; le reflet
-s'en retrouve dans le discours qu'il vient de faire à l'occasion de la
-Saint-Philippe. Il prend M. de Rigny en bonne part, puisque, de fait,
-c'est le Roi qui est maintenant son propre ministre des affaires
-étrangères. Pozzo se montre surtout singulièrement soulagé d'être
-débarrassé de M. de Broglie, dont l'esprit argumentateur, les formes
-dédaigneuses, et l'exclusif abandon avec lord Granville, rendaient les
-rapports avec le reste du Corps diplomatique peu faciles et peu
-agréables.
-
-Pozzo, comme beaucoup d'autres, ne croit pas la France tirée des crises
-révolutionnaires, il témoigne de l'inquiétude sur l'avenir, et je crois
-que c'est la disposition de ceux qu'une colossale présomption sur les
-destinées de la France n'aveugle pas.
-
-
-_Londres, le 5 mai 1834._--Je viens de recevoir une bien triste nouvelle,
-celle de la maladie grave de mon excellent ami, l'abbé Girollet: je
-n'aurai bientôt plus personne à aimer, plus personne dans l'affection de
-qui je puisse avoir foi. Ce cher abbé tient une si bonne place à
-Rochecotte, dans sa jolie demeure, au milieu de ses livres, de ses
-fleurs, des pauvres, des voisins! C'est un touchant tableau dont j'ai
-peu joui et que je ne retrouverai probablement plus: ce sera un rêve que
-mon absence a rendu fort incomplet, mais dont le souvenir me sera doux
-toute ma vie, car il sera consacré au plus pur, au plus fidèle des
-serviteurs de Dieu, au plus sincère, au plus discret, au plus dévoué des
-amis, au plus tolérant des hommes!
-
-La duchesse de Kent a donné hier, en l'honneur de son frère, le duc
-Ferdinand de Saxe-Cobourg, une soirée, qui, par la foule réunie,
-ressemblait à un «Drawing-room» de la Reine. La jeune princesse Victoria
-m'a frappée, dès l'abord, comme étant un peu grandie, pâlie, amincie,
-fort à son avantage, quoique encore trop petite pour les quinze ans
-qu'elle aura dans trois semaines. Cette petite Reine future a un beau
-teint, des cheveux châtains superbes; malgré le peu d'élévation de sa
-taille, elle est bien faite; elle aura de jolies épaules, de beaux bras,
-l'expression de son visage est douce et bienveillante, ses manières le
-sont aussi; elle parle fort bien plusieurs langues et on assure que son
-éducation est très soignée; sa mère et la baronne Lehzen, une Allemande,
-s'occupent l'une et l'autre de la Princesse; la duchesse de
-Northumberland ne remplit ses fonctions de gouvernante qu'aux grandes
-occasions d'apparat. J'ai entendu reprocher à la duchesse de Kent de trop
-entourer sa fille d'Allemands et qu'il en résulte qu'elle n'a pas un bon
-accent anglais.
-
-
-_Londres, 6 mai 1834._--J'ai dîné hier chez lord Sefton. Il revenait de
-la Chambre des Pairs, où lord Londonderry avait renouvelé la même attaque
-qu'il a déjà soulevée, il y a quelques années, accusant, à propos de la
-politique extérieure, le ministère anglais d'être mené et abusé par
-l'esprit rusé de M. de Talleyrand, _this wily politician_. Il ne varie ni
-dans son opinion, ni même dans ses expressions, car ce sont les mêmes que
-celles dont il se servait il y a trois ans. Il fut alors fortement relevé
-par le duc de Wellington, qui, quoique du même parti que lui, prit
-occasion des paroles désobligeantes de lord Londonderry pour rendre le
-témoignage le plus honorable à M. de Talleyrand. Il paraît que lord Grey
-en a fait autant hier; c'est plus simple, puisqu'il défendait sa propre
-cause; néanmoins, je lui en sais bon gré, quoique je n'assimile pas son
-procédé à celui du duc de Wellington.
-
-J'ai accompagné lady Sefton à l'opéra d'_Othello_. C'était, autrefois,
-mon opéra favori, il m'a fait moins d'impression hier: Rubini, plein
-d'expression et de grâce dans son chant, manque de cette force vibrante
-qui rendait Garcia incomparable dans le rôle d'Othello. L'orchestre était
-trop maigre, les morceaux d'ensemble n'étaient pas assez enlevés; Mlle
-Grisi a bien joué, bien chanté; je l'ai trouvée supérieure à Mme
-Malibran, mais ce n'est point encore cette sublime simplicité et cette
-grandeur de Mme Pasta! Il y a de plus belles voix, de plus belles femmes,
-mais la _Muse tragique_, c'est toujours Pasta: personne ne la détrônera
-dans mon admiration ni dans mon souvenir. Lorsqu'elle débuta à Paris,
-Talma, qui vivait alors, fut transporté de ses accents, de ses poses, de
-ses gestes, il s'écria: «Cette femme a deviné dès le premier jour ce que
-je cherche depuis trente ans.»
-
-
-_Londres, 8 mai 1834._--J'ai déjà parlé du bon procédé du duc de
-Wellington, en répondant il y a trois ans à lord Londonderry, qui
-attaquait M. de Talleyrand; il l'a complété avant-hier en montrant
-ouvertement par des _hear, hear_ multipliés, combien il partageait la
-haute opinion que lord Grey a exprimée de M. de Talleyrand. Plusieurs
-personnes ont saisi, avec un obligeant empressement, cette occasion de
-témoigner leurs bons sentiments pour M. de Talleyrand. Le prince de
-Lieven et le prince Esterhazy ont, tous deux, hier, au Lever du Roi,
-remercié lord Grey de la justice rendue à leur collègue vétéran.
-
-M. de Rigny a écrit, confidentiellement, à M. de Talleyrand, que le
-mariage de la princesse Marie d'Orléans avec le second frère du Roi de
-Naples était décidé, qu'on allait s'occuper de dresser le contrat avec le
-prince Butera, qui venait d'arriver à Paris. L'Amiral a l'air de croire
-que quelques discussions d'intérêt retarderaient la conclusion de cette
-affaire; j'en serais fâchée, car les princesses d'Orléans, tout
-agréables, bien élevées, grandes dames et riches qu'elles sont, n'en
-restent pas moins difficiles à marier. Il y a, autour d'elles, un petit
-reflet d'usurpation, dont quelques familles princières reculent à prendre
-leur part d'alliance. Il est singulier que le Roi Louis-Philippe, qui a,
-pour ses enfants, l'espèce de tendresse que l'on est convenu d'appeler
-bourgeoise, se montre si difficile à couvrir par de riches dots,
-auxquelles les Princesses, ses filles, ont droit, la gêne de leur
-position. La princesse Marie sera bien mieux établie en Italie, qu'elle
-n'aurait pu l'être partout ailleurs; elle a beaucoup d'imagination, de
-vivacité, peu de maintien, et, malgré une éducation qui a dû assurer ses
-principes, elle a une facilité de conversation et de manières, qui
-pourrait faire douter de leur solidité, quoique sans le moindre
-fondement.
-
-Nous avons réalisé, aujourd'hui, un projet formé depuis plus d'un an,
-celui de visiter Eltham, une grange qui servait jadis de salle de
-banquets aux Rois d'Angleterre. Depuis Henri III jusqu'à Cromwell, ils
-ont souvent habité le palais dont cette salle faisait partie; elle est
-dans de belles proportions, mais il n'est plus guère possible de juger de
-ses ornements: quelques pans de muraille et les fossés plantés maintenant
-et arrosés par un joli ruisseau, un pont gothique fort pittoresque et
-couvert de lierre indiquent l'étendue qu'avait autrefois ce royal manoir.
-
-Nous avons dîné hier chez la duchesse de Kent: l'odeur très forte des
-fleurs dont on avait encombré son appartement, qui est bas et petit, le
-rendait malsain sans l'égayer.
-
-Tout, d'ailleurs, dans ce dîner destiné à réunir la famille royale,
-quelques grands du pays et le haut Corps diplomatique, était aussi raide
-que sombre. Le peu de bienveillance des Princes entre eux, le
-mécontentement du Roi contre la duchesse de Kent, l'absence du duc de
-Cumberland que sa belle-sœur n'avait pas prié, pour la très bonne raison
-qu'à son retour de Berlin, il a négligé de venir chez elle, enfin,
-jusqu'à la disposition des fauteuils, qui rendait toute conversation
-impossible; la longueur, la chaleur, le malaise visible de la maîtresse
-de la maison, qui ne manque pas de politesse, mais qui a un certain air
-emprunté, pédant et gauche, tout a rendu ce dîner fatigant. Le duc de
-Somerset est le seul qui ait pris le bon parti, celui de s'endormir
-derrière un pilastre durant tout l'après-dîner.
-
-Il y avait un besoin général de blâmer qui se faisait jour sans trop de
-déguisement. La Reine se plaignait de la chaleur, et, au dessert, a dit à
-la duchesse de Kent, que si elle ne mangeait plus, ce serait une grande
-charité de quitter la table. Le Roi disait à ses voisins, que le dîner
-était à l'entreprise, et prétendait ne pouvoir comprendre un seul mot de
-ce que le duc Ferdinand de Saxe-Cobourg lui disait. Ce Prince, frère de
-la duchesse de Kent, est laid, gauche, embarrassé; il n'a pas grand
-succès ici, fort peu surtout du Roi, auquel il n'a montré aucun
-empressement d'être présenté; celui-ci, à son tour, l'a fait attendre
-fort longtemps avant de le recevoir, ce qui a mis la duchesse de Kent de
-fort mauvaise humeur.
-
-Mme de Lieven me faisait remarquer l'espèce de familiarité de langage et
-de manières d'Esterhazy avec la famille royale, dont elle se montrait
-fort scandalisée; la raison de parenté, que j'ai alléguée, lui a semblé
-une très mauvaise explication. Il y a toujours une rivalité de position
-entre eux, qui était, surtout, très sensible, dit-on, sous le feu Roi. La
-princesse de Lieven, à force de coquetteries et de soins pour lady
-Hertford, et ensuite pour lady Conyngham, et grâce à sa maigreur, qui
-rassurait l'embonpoint des favorites, fut introduite par elles dans
-l'intimité du Roi; elle établissait, par là, une certaine balance avec
-les Esterhazy, que leur bonne humeur, leur grande position et leur
-parenté avec la famille royale rapprochaient, naturellement, davantage
-de la Cour.
-
-On remarquait l'absence de lord Palmerston, qui aurait dû faire partie de
-ce dîner auquel assistaient les ambassadeurs. On prétend qu'il est dans
-les fortes déplaisances de la duchesse de Kent, qui, lorsqu'il lui fait
-la révérence, dans les «Drawing-rooms», ne lui adresse jamais la parole.
-On s'étonnait aussi de n'y pas voir le ministre de Saxe, ministre de
-famille pour la Reine, pour la duchesse de Kent elle-même, et notamment
-aussi pour le duc Ferdinand de Saxe-Cobourg, que, d'office, il accompagne
-partout. La duchesse de Gloucester ne pouvait s'empêcher de terminer une
-phrase doucereuse et apologétique par la charitable remarque de la
-gaucherie innée de la duchesse de Kent; et la princesse de Lieven
-risquait de rappeler que George IV, lorsqu'il parlait de sa belle-sœur,
-la nommait _la gouvernante suisse_.
-
-Quelque tort qu'on trouve à la duchesse de Kent, on ne saurait lui
-refuser le mérite de beaucoup de prudence dans sa conduite politique.
-Appelée, comme elle le sera sans doute, à la Régence, ce point n'est pas
-indifférent. Il n'y a personne qui sache de quel parti ses opinions
-politiques la rapprochent; elle les invite et les confond chez elle, et
-maintient parfaitement l'équilibre. Son obstination dans sa conduite
-envers les Fitzclarence est d'un petit esprit: elle se met, pour
-l'expliquer, sur un terrain de pruderie assez ridicule; je sais, que,
-pour répondre aux observations que lord Grey lui faisait à ce sujet, elle
-lui dit assez sottement: «Mais, my lord, comment voulez-vous que j'expose
-ma fille à entendre parler de bâtards, et à m'en demander
-l'explication?--Alors, madame», réplique lord Grey, «ne permettez pas à
-la Princesse de lire l'histoire du pays qu'elle est appelée à gouverner,
-car la première page lui apprendra que Guillaume de Normandie avait le
-surnom de Bâtard avant celui de Conquérant.» On dit que cette réponse a
-laissé une impression fâcheuse contre lord Grey, à la duchesse de Kent.
-
-
-_Londres, 9 mai 1834._--On mande, de Paris, à M. de Talleyrand, par
-dépêche télégraphique, qu'un secrétaire d'ambassade, arrivant d'Espagne,
-apporte la nouvelle que don Carlos quitte la Péninsule et s'embarque pour
-l'Angleterre, qu'il veut, dit-on, choisir pour arbitre, dans son grand
-procès de famille et de couronne. Cette nouvelle paraît peu probable, et
-tout le monde attend sa confirmation pour y croire.
-
-L'espèce de curiosité et d'intérêt qu'excite la personne de M. de
-Talleyrand en Angleterre ne s'use pas. En descendant de voiture l'autre
-jour à Kensington, nous avons vu des femmes soulevées dans les bras de
-leurs maris, afin qu'elles pussent mieux regarder M. de Talleyrand. Son
-portrait, par Scheffer, est maintenant chez le marchand de gravures
-Colmaghi pour être gravé; il y attire beaucoup de curieux; les boutiques
-devant lesquelles s'arrête la voiture de M. de Talleyrand sont aussitôt
-entourées de monde. A propos de son portrait, il est placé, chez
-Colmaghi, à côté de celui de M. Pitt. Un des curieux qui les examinaient
-tous les deux, dit, l'autre jour, en montrant celui de M. Pitt: «Voilà
-quelqu'un qui a créé de grands événements; celui-ci (en indiquant M. de
-Talleyrand), a su les prévoir, les guetter et en profiter.»
-
-M. de Talleyrand me racontait, hier, que lorsqu'il se fut débarrassé de
-sa prêtrise, il se sentit un désir incroyable de se battre en duel; il
-passa deux mois à en chercher soigneusement l'occasion, et avait avisé le
-duc de Castries actuel, qui était à la fois colère et borné, comme
-l'homme avec lequel il était le plus aisé d'avoir une querelle. Ils
-étaient, tous deux, du club des Échecs; un jour qu'ils y étaient
-ensemble, M. de Castries se met à lire tout haut une brochure contre la
-minorité de la noblesse. L'occasion parut belle à M. de Talleyrand, qui
-pria M. de Castries de ne pas continuer une lecture qui lui était
-personnellement injurieuse. M. de Castries répliqua, que, dans un club,
-tout le monde avait le droit de lire et de faire ce qui lui convenait: «A
-la bonne heure!» dit M. de Talleyrand, et, s'emparant d'une table de
-trictrac, il se plaça auprès de M. de Castries, fit sauter, avec un
-fracas épouvantable, les dames qui s'y trouvaient, de façon à ce que la
-voix de M. de Castries fût entièrement couverte. La querelle et les coups
-d'épée paraissaient immanquables; M. de Talleyrand était ravi d'y toucher
-de si près, mais M. de Castries se borna à rougir, à froncer le sourcil,
-et finit sa lecture en sortant du club sans rien dire; c'est que,
-probablement, pour M. de Castries, M. de Talleyrand ne pouvait cesser
-d'être prêtre!
-
-
-_Londres, 10 mai 1834._--J'ai lu hier, fort vite, le dernier ouvrage de
-M. de Lamennais, les _Paroles d'un Croyant_: c'est l'Apocalypse d'un
-Jacobin. De plus, c'est fort ennuyeux, et c'est ce qui m'a étonnée, car
-M. de Lamennais est un homme de beaucoup d'esprit et d'un talent
-incontestable. Il venait de se réconcilier avec Rome, mais voilà de quoi
-rompre la paix, car cette guerre jurée à tout pouvoir temporel ne saurait
-convenir à aucun souverain, pas plus au Pape qu'à un autocrate.
-
-On se disait beaucoup, tout bas, hier, que le Roi d'Angleterre ressentait
-plus vivement que de coutume l'influence printanière pendant laquelle il
-éprouve, tous les ans, un manque d'équilibre, physique et moral, assez
-marqué. Avec les précédents de la maison de Brunswick, il y a de quoi
-s'alarmer.
-
-Je n'ai jamais entendu parler, sur le continent, d'une maladie connue ici
-sous le nom de _hay fever_ (fièvre de fenaison), et qui se déclare au
-moment de la récolte des foins. Beaucoup de personnes, entre autres le
-duc de Devonshire et lady Grosvenor, éprouvent alors de la fièvre, de
-l'insomnie, de l'agitation, et une grande souffrance nerveuse. Ceux qui
-sont sujets à cette maladie rentrent en ville, évitent les prairies et
-l'odeur du foin.
-
-Mais au malaise physique du Roi d'Angleterre se mêlent une agitation
-d'esprit et une loquacité étranges; si cet état fâcheux n'était pas bien
-fini avant le mois de juillet, je suis convaincue que la Reine
-désobéirait au Roi et ne partirait pas pour l'Allemagne; elle seule peut
-avoir une action salutaire et modératrice sur lui, dans de semblables
-moments.
-
-On me mande, de Paris, le mariage d'Élisabeth de Béranger, avec un de
-mes cousins, riche et bien élevé, Charles de Vogüé. Elle était fort
-recherchée, car, à de la naissance et de la fortune, elle joint de la
-beauté et des talents. Je l'ai beaucoup connue dans son enfance; elle
-était alors fort gentille, très vive, et pas mal indépendante, ce qui,
-dans une fille unique, idolâtrée par son père, a dû fort augmenter depuis
-la mort de sa mère. Celle-ci était une des plus aimables femmes que j'aie
-connues, par son esprit, son caractère et ses manières; elle avait été
-très belle, on le voyait bien. Ses façons étaient caressantes et douces;
-elle parlait avec une élégance et une correction remarquables; amie
-dévouée, je n'ai vu personne, excepté Mme de Vaudémont, laisser un vide
-aussi senti et des regrets aussi prolongés; ses ennemis (la distinction
-en a toujours) prétendaient que la douceur de ses manières l'avait
-entraînée fort loin, pendant son veuvage du duc de Châtillon; qu'elle
-était devenue plus tard bel esprit, et quelques critiques prétendaient
-aussi qu'il y avait, dans sa conversation, une éloquence étudiée qui la
-rendait fatigante; je ne m'en suis jamais aperçue; je me plaisais
-beaucoup dans sa société, elle m'a toujours laissé l'idée qu'elle se
-plaisait dans la mienne; nous avions des amitiés communes, qui nous
-attachaient par un lien de bienveillance, et, dans le monde, c'est chose
-rare, car on y est, malheureusement, bien plus souvent rapproché par des
-haines semblables que par des affections communes; c'est, je crois, ce
-qui rend les amitiés du monde si peu durables et si peu sûres; elles
-reposent souvent, trop souvent, sur une mauvaise base.
-
-J'ai appris encore un autre mariage, celui de ma nièce à la mode de
-Bretagne, la princesse Biron, avec un Arménien, le colonel Lazareff, au
-service de Russie. On le dit d'une richesse fabuleuse, possédant des
-palais en Orient, des pierreries, des trésors enfin; je ne sais ce qui
-l'a conduit à Dresde, où il a fait la connaissance de ma jeune parente,
-qui vit près de sa sœur, la comtesse de Hohenthal. On la dit éblouie et
-passionnée; j'avoue que cette origine arménienne, cette magnificence à la
-façon des _Mille et une nuits_, m'étonnent, m'inquiètent un peu: les
-sorciers, les diseurs de bonne aventure, les chevaliers d'industrie, ont
-souvent les pays peu connus pour berceau; leurs pierreries tombent
-souvent en poussière de charbon, ils supportent rarement le grand jour!
-En un mot, j'aurais préféré pour ma cousine un peu plus de naissance, un
-peu moins de fortune, et quelque chose de moins oriental et de plus
-européen.
-
-
-_Londres, 12 mai 1834._--L'état fébrile et nerveux du roi d'Angleterre se
-manifeste de plus en plus; il dit vraiment des choses fort bizarres. Au
-bal de la Cour, il a dit à Mme de Lieven que les têtes se dérangeaient
-beaucoup depuis quelque temps, et, en indiquant son cousin, le duc de
-Gloucester, il a ajouté: «Celui-là, par exemple, croit à la
-transmigration des âmes: il croit que l'âme d'Alexandre le Grand et celle
-de Charles Ier ont passé dans la sienne.» La Princesse a ajouté assez
-légèrement: «Ah! les pauvres défunts doivent s'étonner beaucoup de s'être
-nichés là.» Le Roi l'a regardée avec un air incertain, puis il a ajouté,
-ce qui, pour lui, n'est vraiment pas trop mal trouvé: «Heureusement, il
-n'a pas assez d'esprit pour porter sa tête sur l'échafaud.»
-
-Ce qui est plus fâcheux que ces propos ridicules, c'est qu'il dort peu,
-qu'il se met dans de fréquentes colères, qu'il a une manie guerrière,
-étrange et puérile: ainsi il va dans les casernes, fait manœuvrer un à
-un les soldats, donne les ordres les plus absurdes sans consulter les
-chefs, porte le désordre dans les régiments et s'expose à la risée des
-soldats. Le duc de Wellington, le duc de Gloucester, tous deux
-feld-maréchaux, et lord Hill, commandant en chef de l'armée, ont cru
-qu'il était de leur devoir de faire ensemble des représentations
-respectueuses, mais sérieuses: ils ont été très mal reçus; lord Hill a
-été le plus maltraité, et il en est resté consterné. On assurait que si
-cette pauvre tête royale partait tout à fait, ce serait à l'occasion de
-l'armée, car il se croit de grands talents militaires; ou sur le chapitre
-des femmes, près desquelles il se croit des mérites particuliers. On
-prétend qu'il n'est si pressé de faire partir la Reine que pour passer
-six semaines en garçon.
-
-Il a déjà porté avant-hier, à la Reine, tous les cadeaux qu'elle sera
-dans le cas de faire sur le Continent; il pousse le temps par les
-épaules. La famille royale est fort inquiète, ou voudrait empêcher le Roi
-de s'exposer autant à la chaleur, de boire autant de vin de Xérès, de
-réunir autant de monde autour de lui; on voudrait enfin l'engager à mener
-une vie plus retirée jusqu'à ce que cette crise, plus forte que les
-autres, fût entièrement passée; mais il est peu gouvernable.
-
-Parmi ses propos les plus bizarres, je dois citer celui d'avoir demandé
-au prince Esterhazy «_si on se mariait en Grèce?_» Et, sur l'air étonné
-du Prince, il a ajouté: «_Mais oui, car, en Russie, vous savez bien qu'on
-ne se marie pas._»
-
-Le bon duc de Gloucester, qui est très attaché au Roi, est sincèrement
-affligé; quant au duc de Cumberland, il s'en va, tout simplement, crier,
-dans les clubs, que le Roi est fou, et que c'est tout juste comme son
-père, ce qui est, à la fois, peu fraternel et peu filial. Quelques
-personnes songent déjà à qui irait la Régence, si ce triste état se
-prolongeait, ou se confirmait; car c'est encore un état fiévreux plus que
-ce n'est de la vraie démence. La duchesse de Kent n'est rien, aussi
-longtemps que le Roi marié vit et peut avoir des enfants; la princesse
-Victoria, héritière présomptive, n'est pas majeure; la question se
-débattrait donc entre la Reine et le duc de Cumberland, deux chances
-presque également défavorables au Cabinet actuel; aussi laissera-t-on le
-mal prendre un haut degré d'influence avant de l'avouer. Lord Grey
-mettait, hier, une affectation marquée à dire que le Roi ne s'était
-jamais mieux porté.
-
-Quand on a su ici que Jérôme Bonaparte se disposait à y venir, on a
-prévenu la Cour de Wurtemberg, qu'il serait à désirer qu'il n'amenât pas
-la Princesse sa femme, parce que, malgré la proche parenté, on ne
-pourrait la recevoir. Jérôme est donc venu seul, et nonobstant
-l'avertissement, il n'en a pas moins désiré une audience du Roi
-d'Angleterre que M. de Mendelsloh, le ministre de Wurtemberg, a eu la
-sottise de demander. Au premier mot le Roi a dit: «Qu'il aille au
-diable!» Il est si vif sur la question des Bonaparte, qu'il a été au
-moment de défendre la Cour au duc de Sussex, pour avoir reçu Lucien, et
-qu'il a trouvé très mauvais que le Chancelier eût exposé le duc de
-Gloucester à rencontrer le prince de Canino à une soirée de lady
-Brougham.
-
-Lord Durham a dîné, hier, chez nous, pour la première fois, et c'est pour
-la première fois aussi que j'ai causé avec lui directement. J'ai examiné
-les mouvements de sa figure: elle est très vantée, et, sans doute, avec
-raison, mais elle ne s'embellit pas lorsqu'il parle; le sourire surtout
-lui sied mal; le trait marquant de ses lèvres, c'est l'amertume; tous les
-reflets intérieurs déparent sa beauté. Un visage peut rester beau, lors
-même qu'il n'exprime pas la bienveillance, mais le rire qui n'est pas bon
-enfant me repousse singulièrement.
-
-Lord Durham passe pour être spirituel, ambitieux, colère et surtout
-enfant gâté, le plus susceptible et le plus vaniteux des hommes. Avec des
-prétentions nobiliaires qui lui font reculer son origine jusqu'aux
-Saxons, tandis que lord Grey, son beau-père, ne se réclame que de la
-conquête, lord Durham n'en est pas moins dans toutes les doctrines les
-plus radicales. Ce n'est, dit-on, pour lui, qu'un moyen d'arriver au
-pouvoir; Dieu veuille que ce n'en soit pas un de le détruire.
-
-
-_Londres, 13 mai 1834._--Charles X a dit à Mme de Gontaut, le 25 avril:
-«L'éducation de Louise étant finie, je vous prie de partir après-demain
-27.» Mademoiselle, qui aime beaucoup Mme de Gontaut, a été au
-désespoir[19].
-
- [19] Mme de Gontaut fut une victime de la petite Cour de Charles X
- où deux partis divisaient les fidèles: d'un côté les partisans
- de l'inertie non résignée, et, de l'autre, les partisans
- de l'action. Une lettre où Mme de Gontaut exprimait son
- mécontentement à sa fille, Mme de Rohan, fut saisie. Le Roi, qui
- y était accusé de faiblesse, fit de violents reproches à Mme de
- Gontaut, qui quitta Prague et la Cour après cet entretien.
-
-La duchesse de Gontaut a été très courageuse, elle a passé la journée du
-26 à essayer de consoler Mademoiselle, mais sans succès. La vicomtesse
-d'Agoult remplace, dit-on, momentanément, Mme de Gontaut: c'est une
-sainte à la place d'une personne d'esprit. Cela s'est passé avant
-l'arrivée, à Prague, de Mme la duchesse de Berry, qui n'a dû y être que
-le 7 mai.
-
-On m'a dit que Jérôme Bonaparte faisait le Roi tant qu'il pouvait. A
-l'Opéra, il est seul sur le devant de sa loge, et deux messieurs, qui
-l'accompagnent, sont debout derrière son fauteuil.
-
-J'ai été, hier, passer plus d'une heure chez Mme la princesse Sophie
-d'Angleterre; elle est instruite, causante, animée, ce qui ne l'empêche
-pas, sous le prétexte de sa mauvaise santé, de vivre dans une assez
-grande retraite. La princesse Sophie passe pour avoir le talent d'imiter
-(si tant est que cela en soit un) à un haut degré, comme l'avait aussi le
-feu roi George IV. On dit qu'ils se divertissaient fort ensemble, et se
-mettaient, réciproquement, très en valeur. Hier, en effet, la
-conversation étant tombée sur Mme d'Ompteda, bonne femme, mais au moins
-singulière, si ce n'est ridicule, la princesse a voulu me répéter une
-plainte que Mme d'Ompteda lui a adressée, contre une personne de la
-Cour, et m'a donné la plus parfaite représentation comique que j'aie vue;
-je me roulais de rire à un tel point, que j'en ai demandé pardon à la
-Princesse; elle n'a pas paru trop en colère de mon manque de maintien.
-
-
-_Londres, 14 mai 1834._--M. Dupin l'aîné a écrit à M. de Talleyrand, pour
-lui annoncer son arrivée ici; il finit sa lettre par: «Votre affectionné,
-Dupin.» M. Dupin a souvent plaidé pour M. de Talleyrand, et, je crois,
-fort bien, mais alors, sa formule était moins royale.
-
-On sait que le traité de la Quadruple Alliance est arrivé à Lisbonne,
-qu'il y a été approuvé, et on en attend, à tout instant, la ratification,
-malgré la folle colère de dom Pedro, qui a trouvé fort mauvais que la
-France, l'Angleterre et l'Espagne se soient permis de donner le titre
-d'Infant à dom Miguel, que lui, dom Pedro, lui avait ôté par décret.
-
-
-_Londres, 15 mai 1834._--On assure que M. Dupin vient à Londres pour se
-montrer, voulant accoutumer l'Europe à son importance; car il rêve, à ce
-qu'il paraît, de réunir entre ses mains, à la session prochaine, la
-présidence du Conseil et le ministère des Affaires étrangères. Dans un
-temps comme celui-ci, on n'est vraiment plus en droit de taxer de chimère
-l'idée la plus étrange! Ce n'est pas la première fois que M. Dupin désire
-le portefeuille des Affaires étrangères: il a cherché à l'emporter de
-vive force il y a deux ans, et le Roi ayant essayé, alors, de lui faire
-comprendre qu'il ne serait peut-être pas tout à fait propre à ce genre
-d'affaires, M. Dupin eut une grande explosion de colère, et, prenant un
-de ses pieds entre ses mains, en montrant la semelle de son soulier au
-Roi, il lui dit: «Ah! Ah! c'est donc parce que j'ai des clous à mes
-souliers, que je ne puis traiter avec _Monsieur Lord_ Granville!» C'est à
-la suite de cette explication, qui devint de plus en plus insolente de la
-part de M. Dupin, que le Roi, en dépit de son indulgence et de ses
-habitudes, se prit, à son tour, d'une telle rage, que, saisissant M.
-Dupin par le collet, et appuyant son poing fermé sur sa poitrine, il le
-poussa hors de sa chambre. Je tiens tout ceci d'un témoin. La
-réconciliation se fit bientôt après; on s'est revu sans embarras;
-l'épiderme n'est pas sensible à Paris!
-
-_La Quotidienne_ a d'abord loué le dernier ouvrage de M. de Lamennais; le
-faubourg Saint-Germain a hésité pendant quelque temps, enfin il a pris le
-parti de blâmer. On a même été demander à M. de Chateaubriand de prendre
-la plume pour le réfuter; mais il a répondu que, pour lui, il l'admirait
-dans toutes ses pages, dans toutes ses lignes, et que s'il se décidait à
-dire au public ce qu'il pensait de cet ouvrage, ce serait pour lui faire
-rendre l'honneur qui lui est dû. M. de Chateaubriand tourne, ou affecte
-de tourner de plus en plus au républicanisme; il dit que toute forme
-monarchique est devenue impossible en France.
-
-Les carlistes iront aux élections, et enverront, tant qu'ils pourront,
-des républicains à la Chambre, lorsqu'ils ne pourront pas réussir pour
-eux-mêmes. Ces mots de république, de républicains, ont cours partout
-maintenant, sans plus choquer personne: les oreilles y sont façonnées!
-
-
-_Londres, 16 mai 1834._--Voici le joli moment de parcourir Londres; cette
-multitude de squares, si verts, si fleuris, ces parcs si riches de
-végétation, toutes ces vérandahs suspendues aux maisons et couvertes de
-fleurs, ces plantes grimpantes qui tapissent les murs de beaucoup de
-maisons jusqu'au second étage, tout cela est d'un coup d'œil si doux
-qu'on regrette un peu moins le soleil qui aurait rapidement fait justice
-de tant de fraîcheur.
-
-J'appliquais presque la même observation, hier matin au «Drawing-room» de
-la Reine, où l'éclat des beaux teints anglais, les beaux cheveux blonds
-tombant en longs anneaux sur les joues les plus roses et les cous les
-plus blancs, ne permettaient pas trop de regretter le manque d'expression
-et de mouvement de ces transparentes beautés. Il est convenu de reprocher
-aux Anglaises de manquer de tournure: elles marchent mal, cela est vrai;
-au repos, leur nonchalance a de la grâce, elles sont généralement bien
-faites, moins pincées dans leurs ajustements que ne le sont les
-Françaises, leurs formes sont plus développées et plus belles. Elles
-s'habillent parfois sans beaucoup de goût, mais du moins, chacun
-s'arrangeant ici comme il l'entend, il y a une diversité dans les
-toilettes, qui les fait mieux valoir une à une. Les épaules découvertes,
-les coiffures plates et les cheveux longs des jeunes filles, ici,
-seraient assez déplacés en France, où les très jeunes personnes sont
-presque toutes petites, noires et maigres.
-
-Ce que je dis des jardins et de la beauté des femmes, je serais tentée de
-l'appliquer, moralement, aux Anglais. Il y a, dans leur conversation,
-une réserve, une froideur, un manque d'imagination, qui ennuie pendant
-assez longtemps, mais cet ennui fait place à un véritable attrait, si on
-se donne le soin de chercher tout ce qu'il y a de bon sens, de droiture,
-d'instruction et de finesse cachés sous ces dehors embarrassés et
-silencieux; on ne se repent presque jamais d'avoir encouragé leur
-timidité, car ils ne deviennent jamais ni familiers, ni importuns, et ils
-vous témoignent, de les avoir devinés, et d'être venu au secours de leur
-fausse honte, une reconnaissance qui, à elle seule, est une véritable
-récompense. Je voudrais seulement qu'en Angleterre, on n'exposât pas de
-pauvres orangers aux brouillards épais de l'atmosphère, que les femmes ne
-s'ajustassent jamais d'après le journal des modes de Paris et que les
-hommes prissent les allures plus vives et plus libres de la conversation
-sur le Continent. Détestables caricatures quand ils copient, les Anglais
-sont excellents quand ils sont eux-mêmes; ils sont si bien faits pour
-leur propre région, qu'il ne faut les juger que sur leur sol natal. Un
-Anglais, sur le Continent, est tellement hors de sa sphère, qu'il est
-exposé à passer pour un imbécile ou pour un extravagant.
-
-
-_Londres, 17 mai 1834._--Le ministre de Suède, M. de Bjoerstjerna, qui
-veut toujours faire valoir son souverain, même sous les rapports les plus
-frivoles, vantait, l'autre jour, à M. de Talleyrand, la force, la grâce
-et la jeunesse que le Roi Charles-Jean a conservées à son âge avancé. Il
-se répandait surtout en admiration sur la quantité de cheveux qu'a le
-Roi, et sur ce qu'ils étaient noirs comme du jais, sans qu'il y en eût un
-blanc. «Cela paraît, en effet, merveilleux», dit M. de Talleyrand, qui
-demanda «si, par hasard, le Roi ne teignait pas ses cheveux?--Non,
-vraiment», répliqua le Suédois, «il n'y a rien de factice dans cette
-belle couleur noire.--Alors, c'est en effet, bien extraordinaire», dit M.
-de Talleyrand.--«Oui, sûrement», reprit M. de Bjoerstjerna, «aussi
-l'homme qui arrache, chaque matin, les cheveux blancs du Roi est fort
-adroit». Il y a mille histoires de ce genre sur M. de Bjoerstjerna, qui
-cherche à donner crédit au dire populaire qui désigne les Suédois comme
-étant les Gascons du Nord.
-
-Samuel Rogers, le poète, a assurément beaucoup d'esprit, mais il est
-tourné à la malignité et parfois même à la méchanceté. Quelqu'un lui
-ayant demandé pourquoi il ne parlait guère que pour dire du mal de son
-prochain, il répondit: «J'ai le son de voix si faible, que, dans le
-monde, je n'étais jamais ni entendu, ni écouté; cela m'impatientait.
-J'essayai alors de dire des méchancetés, et je fus écouté: tout le monde
-a des oreilles pour le mal qui se dit d'autrui». Il passe sa vie chez
-lady Holland, dont il se moque, et dont il se plaît à exagérer et à
-exciter les terreurs de la maladie et de la mort. Pendant le choléra,
-lady Holland était saisie d'inexprimables angoisses: elle songeait sans
-cesse à toutes les mesures de précaution, et, racontant à Samuel Rogers
-toutes celles qu'elle avait réunies autour d'elle, elle énumérait tous
-les remèdes qu'elle avait fait placer dans la chambre voisine: bains,
-appareils fumigatoires, couvertures de laine, sinapismes, drogues de
-tous genres. «Vous avez oublié l'essentiel», dit M. Rogers.--«Et quoi
-donc?--Un cercueil!...» Lady Holland s'évanouit...
-
-Le comte Pahlen revient de Paris, où il a vu le Roi, le soir, en famille,
-n'ayant pas d'uniforme pour une présentation en règle; le Roi lui ayant
-dit qu'il voulait qu'il vînt à un des grands bals du Château, le Comte
-s'en excusa sur le manque d'uniforme. «Oh! qu'à cela ne tienne», reprit
-le Roi, «vous y viendrez en frac, _en député de l'opposition_!» En effet,
-M. de Pahlen fut à ce bal (matériellement magnifique), et se vit, lui
-seul, avec un groupe de députés opposants, en frac, à travers le Corps
-diplomatique et ce qu'on appelle la Cour, en uniforme.
-
-Le prince Esterhazy nous a fait ses adieux hier. Il était visiblement ému
-en quittant M. de Talleyrand, qui ne l'était pas moins; on ne se sépare
-pas de quelqu'un de l'âge de M. de Talleyrand sans une pensée
-d'inquiétude, et il y a, dans l'adieu que dit un vieillard, un retour sur
-lui-même qui n'échappe pas aux assistants.
-
-Le prince Esterhazy est généralement aimé et regretté ici, et avec
-raison; son retour est vivement désiré; la finesse de son esprit ne nuit
-en rien à la droiture de son caractère, la sûreté parfaite de son
-commerce est inappréciable, et, malgré un certain décousu dans ses façons
-et dans son maintien, il reste, toujours, un grand seigneur.
-
-
-_Londres, 18 mai 1834._--Cette semaine-ci, le Roi d'Angleterre a semblé
-mieux; le temps est moins chaud; la grande excitation qu'il éprouvait a
-fait place, au contraire, à une sorte d'affaissement; on lui a vu bien
-souvent des larmes dans les yeux: c'est aussi du manque d'équilibre, mais
-de moins mauvais augure que la grande irritation qu'il témoignait la
-semaine passée.
-
-
-_Woburn Abbey, 19 mai 1834[20]._--Cette demeure-ci est, certainement, une
-des plus belles, des plus magnifiques, des plus grandes et des plus
-complètes de l'Angleterre. L'extérieur du château cependant est sans
-caractère, et sa situation basse, et même, je crois, un peu humide; mais
-les Anglais détestent d'être vus et renoncent volontiers, à leur tour, à
-voir par-delà de l'enceinte la plus limitée; il y a rarement, des
-châteaux d'Angleterre, d'autre vue que celle de l'entourage le plus
-immédiat; aussi le mouvement des passants, des voyageurs, des paysans
-travaillant dans les champs, la perspective des villages, des lieux
-environnants, il ne faut pas espérer en jouir. De verts gazons, des
-fleurs dans le pourtour de la maison et des arbres superbes qui
-interceptent toute échappée de vue, voilà ce qu'ils aiment, et ce qu'on
-trouve ici presque partout; je ne connais jusqu'à présent que Windsor et
-Warwick qui fassent exception.
-
- [20] Woburn Abbey est située dans le comté de Bedford; il s'y
- trouve un magnifique château moderne, appartenant aux ducs de
- Bedford, bâti sur l'emplacement d'une abbaye de Cisterciens
- fondée en 1445.
-
-Les hôtes qui se trouvent à Woburn, en ce moment, sont à peu près les
-mêmes que ceux que j'y ai rencontrés, lors de mon premier séjour: lord et
-lady Grey et lady Georgina, leur fille; lord et lady Sefton, M. Ellice;
-lord Ossulston; les maîtres de la maison, trois de leurs fils, une de
-leurs filles, M. de Talleyrand et moi.
-
-Il y a, dans toutes ces personnes, des gens fort distingués, de l'esprit,
-de l'instruction, d'excellentes manières, mais j'ai déjà remarqué qu'à
-Woburn la réserve anglaise était poussée plus loin qu'ailleurs, et cela
-en dépit du langage presque hardi de la duchesse de Bedford, qui
-contraste avec la timidité silencieuse du Duc et du reste de la famille.
-Il y a, aussi, dans la pompe, l'étendue, la magnificence de la demeure,
-quelque chose qui jette du froid, de la raideur et du décousu dans la
-société; d'ailleurs, le dimanche, quoiqu'on ne l'ait pas tenu
-rigoureusement puisqu'on a fait jouer M. de Talleyrand, est toujours plus
-sérieux que tout autre jour.
-
-
-_Woburn Abbey, 20 mai 1834._--Le Chancelier est venu augmenter le nombre
-des visiteurs. En parlant des grandes existences aristocratiques du pays,
-il m'a dit que le duc de Devonshire avec ses cent quarante mille livres
-sterling de rente, ses châteaux et ses huit membres du Parlement, était,
-_avant la réforme_, aussi puissant que le Roi lui-même. Cet _avant la
-réforme_ est bien l'aveu du coup porté, par cette réforme, à l'ancienne
-constitution du pays. J'en ai fait convenir lord Brougham, qui, tout en
-soutenant qu'elle était nécessaire, et ayant commencé sa phrase en disant
-qu'on n'avait fait que couper des ailes qui étaient tant soit peu trop
-longues, l'a finie en disant qu'ils avaient fait une révolution
-_complète_, mais sans effusion de sang. «Et notre grande journée
-révolutionnaire», a-t-il dit encore avec une satisfaction apparente, «a
-été celle du mois de 1831 où nous avons dissous le Parlement qui avait
-osé repousser notre Bill; le peuple est impérissable, comme le sol, c'est
-donc à son profit qu'à la longue doivent tourner toutes les
-modifications, et une aristocratie qui a duré cinq siècles a duré tout ce
-qu'elle pouvait durer!» Voilà la pensée dominante de sa conversation qui
-m'a frappée, et d'autant plus, qu'elle avait commencé de sa part par une
-sorte d'hypocrisie qui s'est dissipée avant la mienne; il avait commencé
-avec quelques ménagements pour mes préjugés aristocratiques que je lui ai
-rendus par de petits ménagements pour sa passion nivelante. Cinq minutes
-de tête-à-tête de plus, et nous serions arrivés, lui à 1640, et moi à
-1660.
-
-
-_Londres, 21 mai 1834._--On nous a montré un petit coin du parc de Woburn
-que je ne reconnaissais pas, et qui est joli dans le moment actuel de la
-floraison; cela se nomme _The Thornery_, à cause de la multitude
-d'aubépines que renferme cet enclos agreste, au milieu duquel se trouve
-une chaumière ornée, fort jolie.
-
-Lord Holland avait recommandé au duc de Bedford de nous conduire à
-Ampthill, qui lui appartient, et qui n'est qu'à sept milles de Woburn.
-Lady Holland tenait aussi à ce que nous y vissions un beau portrait
-d'elle qui la représente en Vierge du soleil; il est beau, agréable et a
-dû être ressemblant.
-
-La maison d'Ampthill est triste, humide, mal meublée, mal tenue, et en
-contraste avec un des plus jolis parcs qu'on puisse voir. Le pays est
-joli, accidenté, riant et boisé.
-
-Ampthill n'est pas sans quelques traditions. C'est là que s'est retirée
-Catherine d'Aragon après son divorce. Il ne reste plus rien de l'ancien
-château qui était sur le haut de la montagne, et non pas au fond de la
-vallée comme l'est la maison actuelle. Une croix gothique est placée là
-où était l'ancienne demeure, et sur le piédestal se trouvent quelques
-vers assez médiocres en souvenir des cruautés d'Henri VIII; ces vers
-n'ont pas même le mérite d'être du temps. Une autre curiosité du lieu,
-c'est un certain nombre d'arbres tellement vieux, que du temps même de
-Cromwell, on ne les trouvait plus propres à la marine; ils ont
-entièrement perdu leur beauté et ressembleront bientôt à ce qu'on appelle
-des truisses en Touraine.
-
-Lord Sefton remarquait hier devant lord Brougham que tous les défenseurs
-de la Reine Caroline d'Angleterre étaient parvenus aux plus hautes
-dignités du pays, lord Grey, lord Brougham, etc... Ce qui m'a fait dire
-au Chancelier qu'il n'y avait donc plus d'inconvénient pour lui, à avouer
-qu'il avait défendu alors une bien mauvaise cause. Il n'a jamais voulu en
-convenir, et a cherché à nous persuader que si la Reine avait eu des
-amants, Bergami n'était pas du nombre. Il voulait nous faire croire que
-telle, du moins, était sa conviction, et, à l'appui de cette assertion,
-que personne, pas plus que lui-même je crois, ne prenait au sérieux, il
-nous a raconté que, pendant les trois dernières heures de la vie de la
-Reine, durant lesquelles le délire le plus marqué s'était emparé d'elle,
-elle avait beaucoup parlé du prince Louis de Prusse, de l'enfant de
-Bergami nommée Victorine et de plusieurs autres personnes, mais qu'elle
-n'avait pas une seule fois prononcé le nom de Bergami. Il m'a semblé que
-pour un aussi grand jurisconsulte, la preuve était par trop négative et
-peu concluante.
-
-
-_Londres, 22 mai 1834._--En revenant hier en ville, nous y avons appris
-la nouvelle du rappel du prince de Lieven. C'est quelque chose dans la
-politique, c'est beaucoup dans la société de Londres. L'excellent
-caractère, le bon esprit, les manières parfaites de M. de Lieven, lui
-conciliaient la bienveillance et l'estime générale, et la femme la plus
-redoutée, la plus comptée, la plus entourée et la plus soignée est Mme de
-Lieven. Son importance politique, que beaucoup de mouvement d'esprit et
-de savoir-faire justifiaient, marchait de front avec une autorité
-incontestée par la société. On se plaignait quelquefois de sa tyrannie,
-de son humeur exclusive, mais elle maintenait, par cela même, une
-barrière utile entre la haute et exquise société et celle qui l'était
-moins. Sa maison était la plus recherchée, celle où on attachait le plus
-de prix à être admis. Le grand air, peut-être même un peu raide, de Mme
-de Lieven, faisait très bien dans les grandes occasions. Je ne me fais
-pas une idée d'un «Drawing-room» sans elle. A l'exception de lord
-Palmerston, qui, par son arrogance obstinée dans l'affaire de sir
-Stratford Canning, a amené le départ de M. et de Mme de Lieven, je suis
-sûre que personne ne sera bien aise de ce départ; peut-être, cependant,
-M. de Bülow, aussi, se sentira-t-il soulagé d'échapper au joug et à la
-surveillance de la Princesse devant laquelle son rôle, quelquefois double
-et triple, jamais simple, n'était pas facile à jouer.
-
-M. de Lieven est nommé gouverneur du jeune Grand-Duc, héritier de Russie.
-On dit qu'il y a là tout ce qui peut flatter et consoler; pour lui oui,
-mais non pour elle, qui retombera difficilement après vingt-deux ans de
-séjour en Angleterre et des agitations politiques de tous genres, dans
-les glaces et les nullités de Saint-Pétersbourg.
-
-Il paraîtrait que les trois Cours du Nord, en opposition à la Quadruple
-Alliance méridionale, sont assez disposées à conclure un engagement
-séparé avec la Hollande. Le fait est qu'on se ménage en paroles, mais
-qu'on aiguise ses armes en silence.
-
-Les Cortès sont convoquées pour le 24 juillet. La nouvelle télégraphique
-d'Espagne de l'autre jour, qui n'a conduit qu'à un jeu de bourse, s'est
-évaporée assez honteusement. On mande, de Paris, que le général Harispe a
-été prié de ne plus donner, télégraphiquement, des nouvelles douteuses,
-et que le président du Conseil a été engagé à ne pas répandre les
-nouvelles de ce genre avant confirmation.
-
-L'amiral Roussin a refusé le ministère de la marine. Il était question
-d'y appeler l'amiral Jacob. M. de Rigny avait laissé le Conseil
-parfaitement libre, en ce qui le concerne personnellement, de le nommer,
-soit à la marine, soit aux Affaires étrangères; la décision n'est point
-encore connue.
-
-A propos du départ des Lieven, voici ce que la Princesse m'a raconté: Il
-y a plusieurs semaines déjà, au retour de lord Heytesbury de Pétersbourg,
-lord Palmerston dit à M. de Lieven qu'il comptait nommer sir Stratford
-Canning à Pétersbourg; le prince de Lieven en écrivit à sa Cour, et M. de
-Nesselrode répondit, au nom de l'Empereur, que le caractère entier,
-l'esprit anguleux et l'emportement de sir S. Canning lui étant
-personnellement désagréables, il désirait un autre ambassadeur, ne
-donnant d'exclusion qu'à celui-là. Lord Palmerston, à son tour, exposa
-tous les motifs qui lui faisaient désirer de vaincre cette opposition. M.
-de Lieven écouta les raisons de lord Palmerston et lui promit de les
-faire valoir près de l'Empereur. Dès le lendemain, il expédia un
-courrier, à cet effet, à Pétersbourg, mais le courrier n'était pas
-embarqué que la nomination de sir S. Canning, au poste de Pétersbourg,
-parut officiellement dans la _Gazette de Londres_. Ce manque d'égards
-rendit l'opposition russe décisive d'une part, et l'obstination de lord
-Palmerston plus invétérée de l'autre; le Cabinet anglais se prétendit
-maître de nommer qui il lui plaisait aux postes diplomatiques; l'Empereur
-Nicolas, sans contester ce droit, dit qu'il avait, lui, celui de ne
-recevoir chez lui que ceux qui lui plaisaient. La brèche a toujours été
-ainsi, en s'élargissant, et l'opposition des systèmes politiques, jointe
-à l'hostilité des individus, ne présage pas, dans l'état actuel si
-compliqué du monde, une paix bien solide ni bien prolongée.
-
-
-_Londres, 23 mai 1834._--Je crois le Cabinet de Londres embarrassé du
-départ de M. de Lieven, et lord Grey personnellement peiné. Lord
-Brougham paraît aussi en sentir tous les inconvénients. J'ai reçu de l'un
-et de l'autre de longs billets, fort curieux à ce sujet, et que je
-conserverai soigneusement.
-
-Voilà M. de La Fayette mort. Quoiqu'il ait été, toute sa vie, _Gilles le
-Grand_ pour M. de Talleyrand, sa mort ne lui a pas été indifférente. A
-plus de quatre-vingts ans, il semble que tout contemporain soit un ami.
-
-
-_Londres, 24 mai 1834._--Lord Grey est venu me faire une longue et très
-amicale visite; je l'ai trouvé très peiné du départ des Lieven, mais
-mettant du soin à détruire l'opinion que lord Palmerston, par ses
-mauvaises façons, l'eût provoqué. J'ai vu qu'il désirait vivement que les
-semences d'aigreur entre M. de Talleyrand et lord Palmerston ne
-germassent pas. Il est impossible de montrer plus de bienveillance
-personnelle pour nous qu'il ne m'en a témoigné.
-
-Nous avons dîné à Richmond chez cette pauvre princesse de Lieven, qui
-fait vraiment grande pitié. Je crains, pour elle, que les choses ne
-soient encore pires, en réalité, qu'elles ne le sont en apparence. Je
-crois qu'elle se flatte de rester au courant de toutes choses, et par la
-confiance de l'Empereur, et par l'amitié de M. de Nesselrode, comme par
-l'espèce de faveur dont jouit son frère, le général de Benkendorff. Je
-crains, au contraire, pour elle, qu'elle ne perde bientôt la carte de
-l'Europe ou qu'elle ne la voie plus que par une lunette fort réduite, ce
-qui serait certainement pour elle une sorte de mort morale. Ses
-espérances, ses regrets, tout cela s'exprimait avec vivacité et naturel;
-elle m'a semblé plus aimable que de coutume, parce qu'elle était tout en
-dehors, avec abandon et simplicité. Ce laisser-aller des personnes
-habituellement contenues a toujours quelque chose de particulièrement
-piquant.
-
-L'abominable article du _Times_ sur elle, qui est vraiment honteux pour
-le pays, l'a d'abord fait pleurer; elle en est convenue, en disant
-qu'elle avait été navrée de penser que c'étaient là les adieux que lui
-faisait le public anglais, à elle, qui quittait ce pays-ci avec tant de
-chagrin, mais elle a senti bientôt que rien n'était plus méprisable et
-plus généralement méprisé. Elle a fini par si bien reprendre sa belle
-humeur qu'elle nous a raconté, le plus drôlement du monde, car elle
-raconte parfaitement, une petite scène fort ridicule du marquis de
-Miraflorès. Ce petit homme, qui m'a tout de suite paru d'une fatuité
-insupportable, et dont la figure plaisait à Mme de Lieven et me
-déplaisait souverainement, a été s'asseoir à côté d'elle au bal de
-l'Almacks. La princesse lui ayant demandé s'il n'était pas frappé de la
-beauté des jeunes Anglaises, il a répondu, avec un air sentimental, un
-son de voix ému et un regard prolongé et significatif, qu'il n'aimait pas
-les femmes trop jeunes, qu'il préférait celles qui cessaient de l'être et
-qu'on appelait des _femmes passées_.
-
-La duchesse de Kent a vraiment un talent remarquable pour aviser toujours
-si juste une gaucherie qu'elle n'en manque pas une. C'est aujourd'hui le
-jour de naissance de sa fille, qu'elle devait, à cette occasion, mener
-pour la première fois à Windsor, où cet anniversaire devait se fêter en
-famille. La mort du petit prince de Belgique, à peine âgé d'un an, et que
-ni sa tante, ni sa cousine n'avaient vu, a fait renoncer la duchesse de
-Kent à cette petite fête de famille. Rien ne pouvait être plus
-désobligeant pour le Roi.
-
-
-_Londres, 25 mai 1834._--Le Roi Léopold paraît disposé à appeler ses
-neveux à la succession du trône de Belgique. Est-ce à dire qu'il ne
-compte plus sur sa descendance directe? On en a de l'humeur aux
-Tuileries; je crois que ce sera assez indifférent partout ailleurs, où ce
-nouveau royaume et cette nouvelle dynastie ne sont guère encore pris au
-sérieux.
-
-L'exposition de peinture, à Somerset-House, est bien médiocre, plus
-encore que celle de l'année dernière; celle de sculpture encore plus
-pauvre. Les Anglais excellent dans les arts d'imitation, mais ils restent
-les derniers dans les arts d'imagination; c'est par ce côté surtout que
-le manque de soleil se fait sentir. Entourés des chefs-d'œuvre enlevés
-au Continent, ils ne produisent rien qui puisse leur être comparé! Rien
-ne se colore à travers le voile brumeux qui les enveloppe!
-
-
-_Londres, 26 mai 1834._--Lord Grey est au moment de voir son
-administration se décomposer, par la retraite de M. Stanley et celle de
-sir James Graham, s'il fait de nouvelles concessions aux catholiques
-irlandais au détriment de l'Église anglicane. S'il se refuse à ces
-concessions pour conserver M. Stanley, dont le talent parlementaire est
-de premier ordre, il est à supposer que le Cabinet restera en minorité
-aux Communes, et que la chute de tout le ministère en sera le résultat.
-C'était, du moins, ce qu'on disait et croyait, hier, et la figure
-soucieuse de lord Grey, à dîner, chez lord Durham, ainsi que quelques
-propos échappés à la naïve niaiserie de lady Tankerville, confirmaient
-assez ce bruit. La question se videra demain, mardi 27, à l'occasion de
-la motion de M. Ward.
-
-Mme de Lieven ne m'a pas caché son espoir, que si le Cabinet change, soit
-en tout, soit en partie, et que lord Palmerston soit du nombre des
-sortants, elle pourrait bien rester ici, se flattant que la première
-démarche du nouveau ministre des Affaires étrangères serait une demande à
-Pétersbourg à l'effet de garder M. de Lieven ici. Elle compterait, dans
-cette circonstance, a-t-elle ajouté, sur l'influence de M. de Talleyrand
-auprès du nouveau ministre, quel qu'il fût, pour le décider à cette
-démarche.
-
-
-_Londres, 27 mai 1834._--Il est singulier que le fils du maréchal Ney,
-qui est à Londres, ait désiré se faire présenter à la Cour d'Angleterre,
-qui a abandonné son père qu'elle aurait pu sauver; de s'y faire présenter
-par M. de Talleyrand, sous le ministère duquel le maréchal a été arrêté
-et accusé, le même jour que M. Dupin, le défenseur du maréchal, doit
-également être présenté, et le tout en face du duc de Wellington, qui, en
-maintenant strictement les termes de la capitulation de Paris, aurait pu
-peut-être couvrir de son égide l'accusé, qu'il n'a pas cru devoir
-protéger. Le jeune prince de la Moskowa n'a sans doute pas fait tous ces
-rapprochements, mais M. de Talleyrand, qui a compris que d'autres les
-feraient, qu'ils ne seraient agréables pour personne, et moins encore
-pour le jeune homme que pour qui que ce soit, a décliné cette
-présentation sous le prétexte du peu de temps qui restait entre la
-demande et la réception, et qui ne lui laissait pas le temps de remplir
-les formalités voulues.
-
-Hier, à sept heures du soir, j'ai reçu un billet assez curieux d'un des
-amis et confidents du ministre: «Rien n'est changé depuis hier; aucune
-amélioration ne s'est établie dans la situation des choses; on va
-employer la soirée à obtenir que la question reste ouverte, c'est-à-dire
-qu'elle ne soit pas regardée comme une question de Cabinet, que chacun
-soit libre de tout engagement et puisse voter comme il lui plaira. Le
-Chancelier s'emploie fort à faire adopter ce biais, mais lord Grey, qui
-paraît évidemment désireux de se retirer des affaires, pourra bien faire
-manquer cette combinaison.»
-
-
-_Londres, 28 mai 1834._--Après beaucoup d'agitations et d'incertitudes,
-lord Grey s'est décidé à laisser sortir du ministère M. Stanley et sir
-James Graham, dont l'exemple sera probablement suivi par le duc de
-Richmond et lord Ripon; et lui, lord Grey, reste, en se rangeant du côté
-de la motion de M. Ward. Il avait eu, un moment, le bon instinct de se
-retirer aussi, mais M. Ellice, qui le gouverne maintenant, l'a poussé
-dans une autre voie, et le Chancelier a fortement agi sur le Roi, qui, à
-son tour, a prié lord Grey de rester.
-
-Hier, les ministres se louaient du Roi avec des attendrissements infinis.
-Ce pauvre Roi a soutenu «la réforme» malgré tous ses scrupules
-politiques: il abandonne aujourd'hui le clergé, malgré ses scrupules de
-conscience; aussi le Chancelier disait-il, hier, que c'était un grand
-Roi, et ajoutait, avec une satisfaction joyeuse et l'enivrement de
-paroles qui lui est propre, que la journée d'hier était la seconde grande
-journée révolutionnaire bénigne des annales de l'Angleterre moderne. Cet
-étrange Chancelier, sans dignité, sans convenance, sale, cynique,
-grossier, se grisant de vin et de paroles, vulgaire dans ses propos,
-malappris dans ses façons, venait dîner ici, hier, en redingote, mangeant
-avec ses doigts, me tapant sur l'épaule et racontant cinquante ordures.
-Sans les facultés extraordinaires qui le distinguent comme mémoire,
-instruction, éloquence et activité, personne ne le repousserait plus
-vivement que lord Grey. Je ne connais pas deux natures qui me paraissent
-plus diamétralement opposées. Lord Brougham, merveilleux aux Communes,
-est un perpétuel objet de scandale à la Chambre Haute, où il met tout
-sens dessus dessous, où lui, _Chancelier_, est souvent rappelé à l'ordre,
-où il embarrasse lord Grey à tout instant par ses incartades; aussi, il
-ne s'y sent pas sur son terrain, et je crois que le jour où il pourrait
-ensevelir la Pairie de ses propres mains, il ne s'en ferait pas faute.
-
-Il dînait hier ici avec M. Dupin, autre produit grossier de l'époque,
-sentencieux et criard comme un vrai procureur, avec la plus lourde vanité
-plébéienne qui apparaît à tout instant. Le premier mot qu'il a dit au
-Chancelier, qui se souvenait de l'avoir vu il y a quelques années, a été
-celui-ci: «Oui, quand nous étions avocats tous deux...»
-
-Lord Althorp a demandé, hier, aux Communes, l'ajournement de la motion de
-M. Ward, pour avoir le temps de remplir les vides laissés par la retraite
-de quelques membres du Cabinet, ce qui a été accordé.
-
-On ne peut imaginer ce qui inspire à la duchesse de Kent une mauvaise
-grâce aussi continue contre la Reine. Malgré son refus de conduire la
-princesse Victoria à Windsor, la Reine a voulu aller la voir à Kensington
-avant-hier au soir. La duchesse de Kent a refusé, sous le plus léger
-prétexte, de recevoir la Reine; celle-ci en est péniblement affectée.
-Personne ne peut comprendre le motif d'une semblable conduite. Lord Grey,
-hier, l'attribuait à sir John Conroy, le chevalier d'honneur de la
-Duchesse, qu'on dit fort ambitieux, fort borné, et très puissant auprès
-d'elle. Il croit que sous la Régence de la Duchesse, il est appelé à
-jouer un grand rôle, qu'il veut escompter dès à présent, et s'imaginant
-avoir été blessé dans je ne sais quelle occasion par la Cour de
-Saint-James, il s'en venge en semant l'aigreur et la discorde dans la
-famille royale. J'ai su la dernière scène de Kensington par le Dr Küper,
-chapelain allemand de la Reine, qui, en sortant, hier matin, de chez Sa
-Majesté, est venu me parler de l'affliction de cette bonne Princesse.
-Lord Grey, à qui j'en parlais, hier à dîner, m'a dit que le Roi Léopold,
-en quittant l'Angleterre, lui avait dit qu'il était inquiet de laisser sa
-sœur livrée aux conseils d'un aussi mauvais esprit que celui de ce
-chevalier Conroy; qu'heureusement la princesse Victoria ayant quinze
-ans, et devant être majeure à dix-huit, la régence de la duchesse de Kent
-serait, ou bien nulle, ou du moins fort courte.
-
-
-_Londres, 29 mai 1834._--La princesse Victoria ne paraît encore qu'aux
-deux «Drawing-rooms» qui sont destinés à fêter les jours de naissance du
-Roi et de la Reine. J'ai trouvé à celui d'hier, qui, par parenthèse, a
-duré trois grandes heures, pendant lesquelles la défilade a été de plus
-de dix-huit cents personnes, que cette jeune princesse avait vraiment
-beaucoup gagné depuis trois mois. Ses manières sont parfaites, et elle
-sera, un jour, assez agréable pour être presque jolie. Elle aura, comme
-tous les Princes, le don de se tenir longtemps sur ses jambes sans
-fatigue ni impatience. Nous succombions, hier, toutes, tour à tour; la
-femme du nouveau ministre grec, seule, que son culte habitue à rester
-longtemps debout, a très bien supporté cette corvée! Elle est d'ailleurs
-soutenue par la curiosité et la surprise; elle s'étonne de tout, fait des
-questions naïves, des réflexions et des méprises amusantes. C'est ainsi
-que, voyant le Chancelier passer en grande robe et perruque, et portant
-le sac brodé qui contient les sceaux, elle l'a pris pour un évêque
-portant l'Évangile, ce qui, appliqué à lord Brougham, était
-particulièrement comique.
-
-La princesse de Lieven a paru, hier, pour la première fois, dans le
-costume national russe, qui est nouvellement adopté, à Saint-Pétersbourg,
-pour les occasions d'apparat. Ce costume est si noble, si riche, si
-gracieux, qu'il va bien à toutes les femmes, ou, pour mieux dire, qu'il
-ne va mal à aucune. Celui de la Princesse était particulièrement bien
-arrangé et lui allait bien, le voile dissimulant la maigreur de son col.
-
-On ne parlait hier, à la Cour et ailleurs, que de la retraite des quatre
-membres du ministère, qui lui ôte une grande force morale, surtout celle
-de M. Stanley, à cause de ses grands talents, et celle du duc de
-Richmond, à cause de sa considération personnelle. Les conservatifs sont
-fort satisfaits; ils voient, par là, leurs rangs se grossir, ceux de
-leurs adversaires, si ce n'est s'affaiblir numériquement, du moins se mal
-recruter. On parlait de lord Mulgrave, lord Ebrington, Mr Abercromby, Mr
-Spring Rice pour entrer au Cabinet, mais rien n'était encore décidé.
-
-Au grand dîner diplomatique qui, pour la fête du Roi, a eu lieu chez le
-ministre des Affaires étrangères, lord Palmerston avait, pour la première
-fois, invité des femmes. Assis entre la princesse de Lieven et moi, il
-était en froideur à droite, en fraîcheur à gauche; il était évidemment
-mal à l'aise, quoique son embarras ne fût nullement augmenté de n'avoir
-pas été dans son salon, à l'arrivée des dames, d'y être venu tout à son
-aise et sans même nous faire la plus petite excuse.
-
-M. Dupin, fort bien traité ici par un monde brillant et élevé, y prend
-assez de goût pour faire le difficile sur celui de Paris. Ne s'avise-t-il
-pas de trouver, lui, que la Cour des Tuileries manque de dignité, que les
-femmes n'y sont pas assez bien mises, que tout y est trop confondu et que
-le Roi Louis-Philippe ne _trône_ pas assez! Allant à des dîners, aux
-«Drawing-rooms», à la Cour, aux soirées, aux concerts, à l'Opéra, au bal,
-aux courses, M. Dupin est lancé dans un train de dissipations qui en fera
-une espèce de dandy fort grotesque, je m'en flatte, et qui étonnera un
-peu Paris.
-
-Mme de Lieven, qui parle volontiers du feu roi George IV, me disait qu'il
-avait une telle aversion pour la roture, qu'il n'avait jamais fait aucune
-politesse à M. Decazes, qu'il ne l'avait vu qu'une seule fois, et cela à
-l'occasion des lettres de créance qu'il lui a présentées. Quant à Mme
-Decazes, n'ayant pas eu de «Drawing-room» pendant la durée du séjour
-qu'elle a fait à Londres, il a pu se dispenser de la recevoir, et on n'a
-jamais pu le décider à lui accorder une audience particulière ou à
-l'inviter à Carlton-House. Il en a agi presque aussi rudement avec la
-princesse de Polignac, dont l'obscure origine anglaise lui était
-importune. Quant à Mme Falk, le motif pour lequel elle n'a pas vu le feu
-Roi est plus singulier encore: Mme Falk a une grosse beauté flamande
-fortement développée qui offusquait particulièrement lady Conyngham,
-comme trop dans les goûts du Roi; elle a toujours empêché qu'elle ne fût
-reçue.
-
-M. Dupin a été si frappé du beau costume des femmes, à la Cour
-d'Angleterre, qu'il m'a fait, à ce sujet, une phrase vraiment amusante:
-«Il faudrait que la Reine des Français établît aussi un costume de Cour:
-on prélèverait ainsi sur nos _vanités bourgeoises_, qui ont la rage de se
-montrer à la Cour, l'impôt d'un grand habit.»
-
-
-_Londres, 30 mai 1834._--Les ratifications portugaises au traité de la
-Quadruple Alliance sont enfin arrivées, mais inexactes et incomplètes. Le
-préambule en entier du traité est passé sous silence; il est donc peu à
-supposer qu'il n'y ait là que de l'oubli et pas de mauvaise volonté.
-L'avocat de la Couronne a été appelé au Foreign-Office, pour aider à
-trouver un biais qui rendît l'échange possible; on n'a rien trouvé qui
-fût sans inconvénient. Cependant, lord Palmerston penchait vers l'échange
-en laissant de côté le préambule, ce qui ôterait pourtant à son traité la
-force morale, la seule peut-être qu'il ait réellement; on ne doit prendre
-à cet égard de détermination que ce matin.
-
-J'ai souvent entendu dire que personne ne pouvait être aussi astucieux
-qu'un fou: ce qu'on vient de me raconter me le ferait croire. En réponse
-aux félicitations des évêques pour son jour de naissance, le Roi les a
-assurés en pleurant, que, se sentant vieux et près de porter son âme
-devant Dieu, il ne voudrait pas charger sa conscience d'un tort vis-à-vis
-de l'Église, et qu'il soutiendrait de toute sa puissance les droits et
-privilèges du clergé anglican. Ceci s'est dit dans la même journée où le
-Roi demandait à lord Grey de ne pas se retirer et de laisser aller M.
-Stanley.
-
-Hier au soir, le remaniement du ministère n'était pas encore arrêté. Ce
-qui semble prouvé, c'est que personne ne veut de lord Durham. Il s'est,
-dit-on, livré à une rage épouvantable; lady Durham, qu'il a traitée avec
-brutalité, ce qui arrive chaque fois qu'il est mécontent de lord Grey,
-s'est évanouie, à dîner, chez sa mère, sans que son mari ait seulement
-daigné tourner les yeux de son côté.
-
-Le marquis de Lansdowne qui s'est, tout dernièrement encore, exprimé au
-Parlement comme favorable à l'Église, pourrait bien, dit-on, selon ce qui
-se passera lundi prochain aux Communes, se retirer également du Cabinet.
-Sur cette nouvelle, lady Holland a été, en toute hâte, chez lord
-Brougham, lui dire que cette retraite lui paraîtrait un grand malheur et
-qu'il faudrait l'éviter à tout prix! Le Chancelier, que la modération de
-lord Lansdowne ne satisfait point, a répondu qu'il trouvait, au
-contraire, que cette retraite était très avantageuse, et qu'il y aiderait
-plutôt que de l'empêcher. Là-dessus, lady Holland s'est animée, et, en
-énumérant tous les mérites de son ami, elle a demandé au Chancelier s'il
-songeait bien à tout ce que représentait le marquis de Lansdowne. «Oui,»
-a répondu lord Brougham, «je sais qu'il représente parfaitement toutes
-les vieilles femmes de l'Angleterre.»
-
-
-_Londres, 31 mai 1834._--Le ministère anglais est rajusté, sans avoir
-pris une couleur plus marquée dans aucun sens.
-
-Grâce à des déclarations et à des réserves, on va procéder à l'échange
-des ratifications portugaises.
-
-Il me semble que toute la besogne de la semaine est assez pauvre et que
-les résultats en seront à l'avenant.
-
-
-_Londres, 1er juin 1834._--J'ai rencontré hier des ministres sortants et
-des entrants. Les premiers me paraissent plus satisfaits que les autres,
-et, je crois, avec raison.
-
-Lady Cowper, malgré son esprit fin et délicat, a cependant une extrême
-nonchalance et naïveté, qui lui fait dire parfois des choses singulières
-par leur trop grand abandon. C'est ainsi qu'elle dit hier matin à Mme de
-Lieven: «Je vous assure que lord Palmerston regrette en vous une ancienne
-et agréable connaissance, qu'il rend justice à toutes les excellentes
-qualités de votre mari, et qu'il convient que la Russie ne saurait être
-plus dignement représentée que par lui; mais voyez-vous, c'est par cela
-même que l'Angleterre ne saurait que gagner à votre départ.» Mme de
-Lieven m'a semblé également frappée de la sincérité de l'aveu, et
-mécontente de son résultat.
-
-Lady Cowper lui a montré aussi, sans beaucoup de réflexion, une lettre de
-Mme de Flahaut, dans laquelle, après avoir exprimé quelques regrets polis
-sur le rappel de M. de Lieven, elle se lamente sur le choix du chargé
-d'affaires; elle dit que c'est une petite guêpe venimeuse, malfaisante,
-un Russe enragé, un ardent ennemi des Polonais, et que, pour tout résumer
-en un mot, c'est le cousin germain de Mme de Dino,--ce qui,
-ajoute-t-elle, est positivement très nuisible à l'intérêt de
-l'Angleterre, puisque celle-ci doit au contraire attacher du prix à ce
-que la France et la Russie ne s'entendent pas.
-
-On dit, au reste, que Pozzo est enchanté de l'éloignement de Paris de mon
-cousin Medem; il l'a toujours fort loué et bien traité, mais il se
-pourrait que la liaison directe et intime de Paul avec M. de Nesselrode
-ait fini par gêner Pozzo; je ne le crois cependant pas.
-
-Hier, à dîner, chez lord Holland, M. Dupin a an peu trop fait le
-législateur; le pauvre lord Melbourne surtout, à moitié distrait, à
-moitié endormi, était ennuyé d'une longue dissertation sur le divorce,
-qui venait d'autant plus mal à propos, que sa femme, après l'avoir fait
-enrager pendant longtemps, est morte folle et enfermée. Lord Holland, qui
-aime facilement tous ceux que, politiquement, il ne voudrait pas faire
-pendre, m'a cependant dit que M. Dupin lui déplaisait souverainement, et
-qu'il lui trouvait tous les inconvénients de lord Brougham, sans la
-compensation des facultés variées et surabondantes de celui-ci.
-
-A propos du Chancelier, il m'en a assez mal parlé comme caractère, me
-disant, par exemple, que c'était lui, lord Holland, qui avait forcé la
-main au duc de Bedford pour le faire entrer au Parlement et qu'aussitôt
-après, lord Brougham avait passé quatre années sans mettre les pieds chez
-lord Holland; qu'à la vérité, il y était revenu sans motif, sans embarras
-et sans excuses. La faculté dominante chez le Chancelier, c'est cette
-promptitude d'esprit et de souvenir, qui lui fait rassembler
-immédiatement et trouver sous sa main tous les faits, tous les arguments,
-tous les tenants et aboutissants relatifs à l'objet dont il veut parler.
-Aussi M. Allen dit-il du Chancelier qu'il a toujours une légion de démons
-de toutes couleurs à ses ordres dont lui-même est le chef; aucun scrupule
-ne l'arrête, disait lord Holland. Lady Sefton me confiait, l'autre jour,
-qu'il n'était ni sincère, ni fidèle en amitié; lady Grey dit, tout
-simplement, que c'est un monstre, et c'est ainsi qu'en parlent les gens
-de son parti et de son intimité.
-
-
-_Hylands, 2 juin 1834._--Les républicains en veulent à M. de La Fayette
-d'avoir choisi pour sa sépulture le cimetière aristocratique de Picpus,
-et de la quantité de prêtres réunis à la maison mortuaire pour recevoir
-le corps. Il s'est fait enterrer avec un tonneau de terre des États-Unis,
-mêlée à celle dont on l'a recouvert. A propos de M. de La Fayette, j'ai
-entendu plusieurs fois raconter par M. de Talleyrand, qu'ayant été, de
-bonne heure, le 7 octobre 1789, chez M. de La Fayette avec le marquis de
-Castellane, autre membre de l'Assemblée constituante, pour proposer
-quelques arrangements à prendre pour la sûreté de Louis XVI, transporté
-la veille aux Tuileries, ils l'avaient trouvé, après les terribles
-quarante-huit heures qui venaient de se passer, tranquillement occupé à
-se faire peindre.
-
-Nous sommes ici à Hylands chez un ancien et aimable ami, M. Labouchère.
-C'est bien riant, et remarquable par la culture des fleurs et la
-recherche des potagers. Labouchère, qui est un peu de tous les pays, a
-réuni autour de lui des souvenirs de différents lieux; on voit cependant
-que la Hollande domine, car c'est surtout dans le parterre de fleurs
-qu'on dépense le plus de soins et d'argent.
-
-
-_Hylands, 3 juin 1834._--Un billet de lord Sefton, écrit hier de la
-Chambre des lords, avant la fin de la séance dont nous ignorons encore le
-résultat, m'apprend que la commission d'enquête proposée par lord Althorp
-pour examiner l'état de l'Église d'Irlande, ne satisfait pas les
-exigences de M. Ward et des siens. M. Stanley et sir James Graham se
-moquent de cette commission et demandent la question préalable; sir
-Robert Peel se tient en arrière; lord Grey est abattu, et le Roi, tout
-prêt, soit à la soutenir, soit à former un autre Cabinet: poussé par les
-difficultés du moment, il est sans principes et sans affections, ce qui
-me paraît être la position commune de tous les Rois.
-
-
-_Londres, 4 juin 1834._--Il paraît que dom Miguel est hors de combat, et
-qu'il met bas les armes, en quittant la Péninsule; il me semble que les
-signataires de la Quadruple Alliance attribuent cette soumission à la
-nouvelle de la signature de leur traité; si tel est le cas, cet effet
-moral est d'autant plus heureux, que le résultat matériel n'aurait,
-probablement, pas été aussi effectif.
-
-Au Parlement anglais, M. Ward n'ayant pas voulu se tenir satisfait de la
-commission d'enquête, lord Althorp a demandé la question préalable; il a
-été soutenu par M. Stanley, qui a admirablement parlé sur la propriété
-inviolable de l'Église, et par tous les Tories. La question préalable a
-été adoptée à une grande majorité: elle ne saurait plaire au ministère
-qui n'a dû ce vote qu'à ses ennemis auxquels elle sert de triomphe, et
-principalement à celui des quatre ministres sortants. L'opinion réelle
-du Cabinet, les différentes combinaisons qui l'ont fractionnée et fait
-agir, tout cela est si confondu, si mêlé, qu'on ne saurait bien
-comprendre la pensée véritable qui a présidé à la marche saccadée et
-inconséquente de ce Cabinet.
-
-Aux Communes, lord Palmerston s'est élevé contre le principe soutenu par
-lord Lansdowne à la Chambre Haute où on a été surpris d'entendre celui-ci
-s'exprimer favorablement pour le clergé, lui qui est _socinien_[21]
-reconnu. Tout est contradiction dans cette question. Lord Grey a flotté,
-incertain entre tous les combattants, ne primant pas les uns,
-n'entraînant pas les autres, heurté, poussé, ballotté par tout le monde;
-aussi il sort tout meurtri de cette échauffourée, et si, aux yeux de ses
-amis, il reste une bonne et honnête créature, aux yeux du public il n'est
-plus qu'un pauvre vieux homme, un ministre épuisé.
-
- [21] Disciple de Socin, qui ne reconnaît ni la Trinité, ni la
- divinité du Christ.
-
-Lady Holland, qui, en général, fait tout ce que les autres évitent, a été
-guetter, à une fenêtre de Downing Street, les membres du Parlement qui se
-sont rendus, il y a deux jours, au meeting de lord Althorp, afin de
-faire, avec plus de sûreté, ses spéculations sur les individus,
-spéculations qui sont rarement charitables. Elle croit se faire pardonner
-son inconcevable égoïsme en le rendant déhonté et en se proclamant
-elle-même un vieux enfant gâté. Elle exploite les autres à son profit,
-sans aucun ménagement; les traite bien ou mal, par des calculs plus ou
-moins personnels; ne voit jamais un obstacle à ses désirs dans les
-convenances d'autrui. C'est à peine si on peut lui faire honneur de
-quelques qualités, car elles ont, presque toutes, un motif intéressé pour
-base. Quand elle a lassé, à force de caprices et d'exigences, la patience
-de ses connaissances, elle cherche à la regagner par d'assez nombreuses
-bassesses. Elle abuse de sa fausse position sociale, que les gens de bon
-goût ont à cœur de ne pas blesser, pour les soumettre et les opprimer: y
-être parvenue, au point où elle y est arrivée, c'est, il faut en
-convenir, la meilleure preuve de son habileté et de son esprit. Elle a
-fait, dans sa vie, des choses inouïes, qui lui sont toutes pardonnées:
-elle a fait, par exemple, passer sa fille aînée pour morte, afin de ne
-pas être obligée de la rendre à son premier mari: quand elle ne s'est
-plus souciée de cette enfant, elle l'a ressuscitée, et, pour prouver
-qu'elle n'avait pas été enterrée, on a ouvert la fosse et la bière, et on
-y a, en effet, trouvé le squelette d'un chevreau. La plaisanterie est un
-peu forte! Cependant elle règne en despote dans la société, qui est
-nombreuse. Cela tient, peut-être, à ce qu'elle ne cherche pas à forcer
-les portes des autres, et qu'elle domine le préjugé plutôt que de lutter
-contre lui. M. de Talleyrand la tient assez bien en bride et devient
-ainsi le vengeur de tout son cercle. C'est une joie générale quand lady
-Holland es un peu malmenée; personne ne vient à son secours, lord Holland
-et M. Allen moins que les autres.
-
-Lady Aldborough s'adressa un jour à lady Lyndhurst, en lui demandant de
-vouloir bien savoir de son mari, qui était alors Chancelier, quelles
-étaient les démarches qu'elle devait faire dans un procès important.
-Lady Lyndhurst refusa, avec les façons rudes, grossières et vulgaires qui
-lui étaient propres, de se charger de demander ces renseignements,
-ajoutant qu'elle ne se mêlait jamais d'aussi ennuyeuses besognes: «Very
-true, my lady,» répondit lady Aldborough, «I quite forgot that you are
-not in the civil line.» Lady Aldborough est spirituelle, elle a du trait,
-même en français, elle est souvent un peu trop libre et hardie; c'est
-ainsi qu'en apprenant la mort de la princesse de Léon, qui avait péri
-brûlée et qu'on disait n'avoir trouvé, dans son mari, qu'un frère et non
-pas un époux, lady Aldborough s'écria: «Quoi! Vierge et martyre? Ah!
-c'est trop!»
-
-L'état du Cabinet anglais est bien étrange. Sir Robert Peel a déclaré à
-la Chambre n'y rien comprendre, cela met le manque d'intelligence de tout
-le monde fort à l'aise. Ce qui paraît clair à tous, c'est que si aucun
-membre du Cabinet n'est absolument détruit, tous sont blessés, on prétend
-même à mort; pour énervés, du moins, c'est évident. J'en suis peinée pour
-lord Grey, auquel je suis réellement attachée; pour le reste, je n'y
-prends pas le plus petit intérêt. Ce n'est pas par lord Palmerston que
-l'éclat leur reviendra. M. de Talleyrand a beau dire qu'il déblaye
-facilement de la besogne, qu'il parle et écrit bien le français, c'est un
-esprit court, présomptueux; il a l'humeur arrogante et le caractère sans
-droiture. Chaque jour fournit une preuve plus ou moins évidente de sa
-duplicité: par exemple, qu'est-ce qui peut faire que lorsque lord Grey
-s'explique hautement contre l'idée du Roi Léopold de se choisir un
-successeur, et que lord Palmerston semble être du même avis, il écrit des
-lettres particulières à lord Granville, pour soutenir la pensée de
-Léopold? Cela met une gêne continuelle dans toutes les relations des
-ambassadeurs avec lui, et cela en établit surtout une très pénible pour
-M. de Talleyrand.
-
-
-_Londres, 5 juin 1834._--M. le duc d'Orléans m'a écrit, sans provocation
-de ma part, ni motif bien apparent, une lettre qui me paraît avoir eu
-pour but la phrase suivante, qui semble vouloir établir qu'il n'approuve
-pas la marche des ministres du Roi son père: «Je vois déjà un symptôme
-rassurant dans cette disposition à circonscrire les querelles de parti
-dans les limites d'un collège électoral et à ne se livrer bataille qu'à
-coup de bulletins. Puisse cette direction des esprits remplacer tout à
-fait le système de force brutale que je vois avec douleur prévaloir
-aujourd'hui dans tous les partis, et être l'argument favori non seulement
-des hommes d'opposition, mais aussi des hommes de pouvoir.» Il me semble
-qu'il y a bon sens et bon sentiment dans cette réflexion.
-
-Si M. le duc d'Orléans était bien entouré, j'aurais confiance dans son
-avenir: il a de l'intelligence, du courage, de la grâce, de l'instruction
-et de l'entreprise; ce sont des dons de Prince, fort heureux, et qui,
-mûris par l'âge, peuvent faire de lui un bon Roi. Mais l'entourage est si
-petit, si médiocre, en hommes et en femmes; il n'y a là, depuis la mort
-de Mme de Vaudémont, rien de distingué, de noble ni d'élevé.
-
-Lady Granville a donné un bal, à Paris, pour le jour de naissance du Roi
-d'Angleterre. Elle avait rempli la galerie d'orangers et on devait valser
-autour; on avait dissimulé les lampes derrière des fleurs, de manière
-qu'on y voyait à peine: rien de plus favorable aux conversations
-particulières. Huit voleurs, mis à merveille, sont entrés par le jardin;
-cette quantité d'hommes inconnus a frappé, on en a parlé trop tôt; ils
-ont vu qu'ils étaient remarqués et se sont évadés. Il paraît que leur
-projet était d'arracher les diamants aux femmes, lorsqu'elles seraient
-allées dans le jardin qu'on allait illuminer.
-
-
-_Londres, 6 juin 1834._--Le Cabinet anglais, si petitement rajusté, ne
-porte pas la tête bien haute; tous les honneurs sont pour les ministres
-sortants. Lord Grey ne s'y trompe pas et ne s'enorgueillit nullement de
-la grande majorité de lundi dernier, car, comme me le disait un de ses
-amis: «Cette majorité n'est pas le résultat d'une affection pour les
-ministres, mais de la crainte de voir venir les Tories qui dissoudraient
-le Parlement actuel.» Je crois que rien n'est plus vrai. Au reste, le
-Cabinet sent déjà le besoin de se fortifier. On dit que lord Radnor, ami
-du Chancelier et grand aboyeur radical, sera Lord du Sceau privé.
-
-Il paraît certain que dom Miguel et don Carlos quittent, décidément, la
-Péninsule, le premier pour venir ici, le second pour aller en Hollande.
-
-Le prince de la Moskova ayant persisté dans son désir d'être présenté, il
-l'a été hier, ainsi que le prince d'Eckmühl. Ce désir était si vif,
-qu'ils allaient chercher à se faire présenter par M. Ellice, en l'absence
-de M. de Talleyrand, comme si cela eût été possible, lors même que cela
-n'aurait pas été inconvenant. Les jeunes Français n'ont, vraiment, idée
-de rien; et M. Ellice, qui n'est _gentleman_ que d'hier, s'était mis de
-moitié dans cette belle combinaison.
-
-On appelle, ici, assez drôlement lord Durham et M. Ellice _l'Ours et le
-Pacha_.
-
-
-_Londres, 7 juin 1834._--Voilà Lucien Bonaparte, qui, après avoir adressé
-une lettre aux députés de France, l'année dernière, et avoir, ensuite,
-disparu pendant plusieurs mois, puis s'être trouvé, dit-on, secrètement
-en France, durant les derniers troubles de Lyon et de Paris, est enfin
-revenu ici d'où il s'adresse maintenant aux électeurs de France. Sa
-nouvelle lettre, plus boursouflée encore et plus remplie d'affectation
-littéraire que la première, est en outre de la plus grande bassesse et du
-plus mauvais goût.
-
-Lucien, que je n'avais jamais vu, avant son arrivée en Angleterre,
-puisqu'il était en disgrâce auprès de l'Empereur, passait pour avoir
-autant d'esprit au moins que son frère et beaucoup de décision. J'ai
-entendu dire qu'au 18 Brumaire, c'était lui qui avait sauvé Napoléon;
-enfin, je l'avais entendu fort louer. Sa connaissance personnelle, comme
-il arrive souvent, n'a pas répondu à mon attente; il m'a semblé, humble
-dans ses manières, terne dans sa conversation, faux dans son regard,
-ressemblant à Napoléon par les contours extérieurs de ses traits,
-nullement par l'expression. Je l'ai vu, l'année dernière, à un concert
-chez la duchesse de Canizzaro, prier celle-ci de le présenter au duc de
-Wellington qui était dans le salon, traverser la chambre et venir, avec
-des courbettes, se faire nommer au vainqueur de Waterloo, dont l'accueil
-a eu toute la froideur que méritait une telle platitude.
-
-Puisque j'habite, à Londres, une maison célèbre pour un vol considérable
-fait à la vieille marquise de Devonshire, qui en est propriétaire[22], et
-pour un fantôme qui y est apparu à lord Grey et à sa fille, je veux
-conter ici ce que lord Grey et lady Georgiana, sa fille, m'en ont dit à
-plusieurs reprises et devant des témoins, lord Grey avec sérieux et
-détails, lady Georgiana avec répugnance et hésitation. Lord Grey, donc,
-un soir qu'il traversait la salle à manger du rez-de-chaussée pour aller,
-armé d'un bougeoir, de la pièce qui donne sur le square à son propre
-appartement, vit, au fond de la pièce et derrière une des colonnes qui
-divisent cette salle, le visage pâle et triste d'un homme âgé, dont
-cependant les yeux et les cheveux étaient très noirs. Le premier
-mouvement de lord Grey fut de reculer, puis, relevant les yeux, il vit
-encore ce même visage qui le fixait tristement, pendant que le corps
-semblait caché par la colonne, mais qui disparut au premier mouvement que
-fit lord Grey pour avancer. Il fit quelques recherches sans rien trouver.
-Il y a deux petites portes derrière les colonnes et une grande glace
-entre elles; je ne sais jusqu'à quel point la disposition des lieux
-n'offre pas une explication simple à cette vision, que lord Grey
-cependant n'admet avoir été ni celle d'un voleur ni l'effet du reflet de
-sa propre figure dans la glace. A la vérité, il était blond alors et ses
-yeux sont bleus. Tant il y a que, le lendemain matin à déjeuner, il
-raconta à sa famille ce qu'il avait vu la veille en allant se coucher.
-Lady Grey et sa fille lady Georgiana se regardèrent aussitôt avec une
-expression singulière, dont lord Grey demanda l'explication. On lui dit
-ce qu'on lui avait caché jusque-là pour ne pas se faire moquer de soi,
-c'est qu'une nuit, lady Georgiana s'était éveillée sous l'impression d'un
-souffle qui passait sur son visage; elle ouvrit les yeux et vit une
-figure d'homme se pencher sur elle; elle les ferma croyant rêver, mais
-les rouvrant aussitôt, elle revit la même figure; le cri qu'elle poussa
-alors fit disparaître la vision. Elle se jeta en bas de son lit, courut
-dans la chambre à côté, et fermant à clef sur elle la porte de cette
-chambre, elle se précipita, à moitié morte, sur le lit de sa sœur lady
-Élisabeth; elle lui raconta ce qui venait de lui arriver. Lady Élisabeth
-voulut entrer dans la chambre au fantôme pour l'examiner, mais lady
-Georgiana s'y opposa de toutes ses forces. Le lendemain matin, fenêtres,
-volets et portes étaient en bon ordre, et la vision fut déclarée avoir
-été celle d'un fantôme, quoiqu'une partie plate du toit arrivant jusqu'à
-une des fenêtres, ait fait supposer aux moins incrédules qu'un
-domestique, épris d'une des femmes de chambre, avait été le héros de
-cette aventure nocturne.
-
- [22] Cette maison, où se trouvait alors l'ambassade de France,
- était située dans Hanover-Square, no 21.
-
-La maison n'en est pas moins restée en très mauvais renom. Je couche
-dans la chambre où on a enlevé les diamants de lady Devonshire, et ma
-fille dans celle du revenant de lady Georgiana. Quand nous sommes entrés
-dans cette maison, j'ai vu des gens qui, très sérieusement, s'étonnaient
-de notre courage; dans les premiers temps, les domestiques tremblaient en
-circulant le soir et les servantes ne voulaient aller que deux à deux.
-L'avouerai-je? A force d'avoir entendu lord Grey et sa fille raconter
-avec conviction les apparitions, je me suis sentie gagnée d'un certain
-malaise qui a eu de la peine à s'user.
-
-Depuis près de trois ans que nous occupons cette maison, on n'y a rien
-volé et rien n'y est apparu. Toutefois, pendant un de nos voyages en
-France, et lorsque la porte de mon appartement était fermée à clef, la
-femme de charge, le portier et les filles de service ont juré avoir
-entendu sonner très fort la sonnette dont le cordon est au fond de mon
-lit, avoir couru à ma porte, l'avoir trouvée fermée à clef, comme cela se
-devait, et, après l'avoir ouverte, n'avoir rien aperçu qui eût pu donner
-lieu à ce bruit. On avait voulu me faire croire que ce coup de sonnette
-avait retenti précisément le 27 juillet 1832, jour où j'ai été si
-cruellement versée à Baden-Baden. Une petite souris aura, probablement,
-été le vrai coupable.
-
-On dit que le père de lord Grey a eu une vision fort étrange, et que le
-fils, outre celle de Hanover-Square, en a eu une autre, plus curieuse, à
-Howick, dont il n'aime pas à parler, ce qui fait que je me suis abstenue
-de toute question; mais il en a circulé quelques versions qui ont prêté
-depuis à des caricatures.
-
-
-_Londres, 8 juin 1834._--Les prétentions exagérées de lord Radnor ont
-fait abandonner l'idée de le faire entrer au ministère. On songe
-maintenant à lord Dacre, qui satisferait, à ce que l'on croit, les
-_Dissenters_. Le _Privy Seal_, que lord Carlisle ne tient que
-provisoirement, est destiné au nouvel arrivant.
-
-Je suis arrivée, hier matin, chez Mme de Lieven, au moment où elle venait
-de recevoir des lettres de Pétersbourg, qui lui donnent enfin une idée
-plus précise de ce que sera sa nouvelle position en Russie. Elle prend,
-ce me semble, un aspect plus favorable: au lieu de n'être qu'une poupée
-de cour et de succomber sous l'esclavage et la contrainte d'une
-représentation perpétuelle, la Princesse aura une maison à elle;
-l'Empereur désire que ce soit là que son fils apprenne à connaître la
-société, se forme au monde et à la conversation.
-
-Ce projet, expliqué avec une grâce et une obligeance parfaites, dans une
-lettre de l'Impératrice, pleine d'esprit, de naturel, de bons sentiments
-et d'heureuses expressions, devient, nécessairement, d'un grand intérêt
-et est une grande consolation pour Mme de Lieven. Elle se voit avec une
-influence directe, et aussi indépendante qu'elle peut l'être en Russie.
-Son imagination développe et féconde ce nouveau but d'activité, et je
-dois cette justice à la Princesse qu'elle n'a pas laissé échapper la plus
-petite puérilité ou petitesse de conception dans le plan qu'elle s'est
-tracé tout de suite; non, tout était large et bien compris. Le plaisir de
-son importance personnelle était visible, mais le contraire eût été de
-l'hypocrisie, et je lui ai su gré de se l'être épargné devant moi! Le
-désir vif de rendre au jeune Grand-Duc le service immense de l'accoutumer
-à la grande et noble compagnie, de rendre son salon assez distingué et
-assez agréable pour accoutumer jusqu'à l'Empereur et l'Impératrice à y
-jouir plus du plaisir de la conversation que des divertissements pour
-lesquels ils ne sont peut-être plus assez jeunes; l'ambition de rendre,
-s'il se peut, à cette Cour, le grandiose et la civilisation
-intellectuelle dont elle brillait sous la grande Catherine; l'espérance
-d'y attirer, ainsi, des étrangers, en excitant leur curiosité et en ayant
-de quoi la satisfaire; tout cela occupe l'activité de la Princesse. Elle
-a, en elle, de quoi fort bien remplir ce rôle, difficile partout, et plus
-encore dans un pays où la pensée même est aussi enchaînée que l'est la
-parole.
-
-J'ai trouvé, dans la lettre de l'Impératrice et dans celle de M. de
-Nesselrode, quelque chose de raisonnable et de délicat, et dans tout ce
-que j'entends dire de l'Empereur Nicolas, quelque chose qui peut faire
-espérer de bons résultats de cette seconde éducation de l'héritier d'un
-trône de glace. J'ai surtout été satisfaite de voir que la franchise avec
-laquelle Mme de Lieven avait témoigné à l'Impératrice ses regrets de
-quitter l'Angleterre ait été bien prise. Elle m'a dit à ce sujet: «Ceci
-me prouve qu'on peut être sincère, chez nous, sans se casser le cou.»
-J'espère qu'elle s'en convaincra de plus en plus, mais il sera longtemps
-nécessaire d'envelopper cette sincérité de beaucoup de coton.
-
-Elle m'a extrêmement vanté l'Empereur, comme un homme fortement doué et
-destiné à devenir la grande figure historique du temps. A cela, je lui
-ai répondu en lui disant un mot de M. de Talleyrand qui l'a charmée. M.
-de Talleyrand m'a, en effet, dit ceci: «Le seul Cabinet qui n'ait pas
-fait une faute depuis quatre ans, c'est le Cabinet russe. Et savez-vous
-pourquoi? C'est qu'il n'est pas pressé.»
-
-La Reine d'Angleterre a témoigné beaucoup de cette obligeance qui lui est
-naturelle à Mme de Lieven, à l'occasion de son rappel, quoiqu'elle ait eu
-beaucoup de peine à oublier le peu de cas que la Princesse faisait
-d'elle, pendant la vie de George IV et celle du duc d'York, et surtout le
-manque d'égards des patronnesses de l'Almacks, Mme de Lieven en tête, au
-seul bal de ce genre où elle avait été, comme duchesse de Clarence. J'ai
-entendu même la Reine, un jour, en faire souvenir Mme de Lieven, d'une
-façon à beaucoup embarrasser celle-ci; mais enfin, ces anciens petits
-griefs sont effacés et, à l'occasion du départ actuel, la Reine a été
-parfaite. Quant au Roi, c'est différent; il n'a pas même dit à M. ou à
-Mme de Lieven qu'il savait leur rappel: ils s'en prennent à lord
-Palmerston, et je crois que ce n'est pas sans cause.
-
-
-_Londres, 9 juin 1834._--J'ai trouvé hier la duchesse-comtesse de
-Sutherland fort occupée de réunir vingt dames qui, ensemble, offriraient
-à Mme de Lieven un souvenir durable des regrets que son départ laisse ici
-aux femmes de sa société particulière. Cette pensée, qui est tout
-anglaise, car l'esprit d'association se retrouve partout ici, jusque dans
-les choses purement de grâce et d'obligeance, m'a paru devoir être
-agréable et flatteuse pour la Princesse, et j'ai mis avec plaisir mon nom
-sur la liste. Dix guinées est le tribut de chacune, et un beau bracelet à
-l'intérieur duquel, si cela se peut, nos noms seront inscrits, me paraît
-être l'objet sur lequel le choix s'est fixé.
-
-M. de Montrond est revenu de Paris. Son esprit prompt et incisif est
-toujours le même, et quoique assurément il ne soit rien moins
-qu'ennuyeux, je me sens reprise de cette espèce de malaise qu'éprouvent
-souvent ceux qui sont dans l'atmosphère d'un être venimeux, dont la
-piqûre est à redouter. Le charme qui a longtemps fasciné M. de
-Talleyrand, à son égard, n'existe plus et a d'autant mieux fait place à
-un sentiment de fatigue et d'oppression que l'ancienneté de leurs
-relations, et leur intimité passée, ne permettent pas d'en secouer
-entièrement le joug.
-
-Il ne me semble pas que M. de Montrond apprenne rien de nouveau de Paris.
-Il parle de l'habileté du Roi, personne ne la conteste; que le Roi parle
-toujours, et toujours de lui-même, c'est également connu. M. de Montrond
-se plaint de la destruction de toute société à Paris, de l'esprit de
-division qui la brise et qui ne s'adoucit point. Il raconte assez
-drôlement les embarras de famille de Thiers, les prétentions
-diplomatiques du maréchal Soult pour son fils, les craintes qu'inspire à
-Rigny, et à d'autres, l'espèce d'effet que produit ici, à ce qu'ils
-croient, M. Dupin. Ils y voient le symptôme d'une entrée future au
-ministère et en veulent presque à M. de Talleyrand des politesses qu'il
-lui fait. Ils ne sentent pas que le bon accueil qu'on fait ici à M.
-Dupin (l'homme le moins propre, par lui-même, à plaire à la bonne
-compagnie anglaise) n'est dû qu'au désir de nous être agréable, et que le
-prix que nous y mettons ne tient qu'à faire tourner les grosses phrases
-redondantes de M. Dupin à l'avantage de l'alliance anglaise dont il était
-le vif adversaire.
-
-J'ai trouvé lord Grey, hier, d'un découragement point du tout dissimulé:
-c'est un mal contagieux et qui semble avoir atteint tous ses adhérents.
-Cette lassitude, ce dégoût de lord Grey, me semble le plus fâcheux
-symptôme de l'affaiblissement du Cabinet actuel. Les coups, qui sont
-portés dans le _Times_ par lord Durham à lord Grey, blessent celui-ci au
-cœur. Les conservatifs comme les radicaux exploitent déjà la succession
-des Whigs; il est impossible de ne pas voir que le moment est critique
-pour tous.
-
-En causant, hier, avec un de mes amis, je me suis souvenue qu'ayant eu, à
-l'âge de dix-sept ans, comme beaucoup d'autres femmes de Paris à cette
-époque, la fantaisie, ou la faiblesse, de consulter Mlle Lenormand, qui
-était alors fort en vogue, je pris, d'abord, toutes les précautions que
-je crus suffisantes pour ne pas être connue d'elle. Il fallait lui
-demander et son jour et son heure; je le fis faire, pour moi, par ma
-femme de chambre, sous des noms et des demeures supposés; elle répondit,
-et je fus, au jour fixé, à deux heures après midi, avec ma femme de
-chambre, dans un fiacre pris à une certaine distance de chez moi, jusqu'à
-la rue de Tournon où demeurait la devineresse. Sa maison n'avait pas
-mauvaise apparence; l'appartement était propre, et même assez orné. Il
-fallut attendre le départ d'un monsieur à moustaches que nous vîmes
-sortir du cabinet où la sibylle rendait ses oracles. J'y fis entrer ma
-femme de chambre avant moi, mon tour vint ensuite. Après quelques
-questions sur le mois, le jour et l'heure de ma naissance, sur l'animal,
-la fleur et la couleur que je préférais, et sur les mêmes objets qui me
-déplaisaient particulièrement, après m'avoir demandé si je voulais
-qu'elle fît pour moi la grande ou la petite cabale dont le prix
-différait, elle arriva enfin à ma destinée, dont elle me dit ce qui suit;
-je laisse juger à ceux qui me connaissent bien si ce qu'elle me prédit
-alors s'est vérifié, en tout ou en partie; l'avenir laisse d'ailleurs
-encore de la marge aux événements qu'elle a signalés et qui, sans s'être
-réalisés jusqu'à présent, paraissent moins invraisemblables qu'ils ne me
-l'ont semblé alors. Peut-être ai-je oublié quelques détails
-insignifiants, mais voici les traits principaux de cette prédiction, que
-j'ai racontée, depuis, à plusieurs personnes, entre autres à ma mère et à
-M. de Talleyrand.
-
-Elle me dit donc que j'étais mariée; qu'il existait entre moi et un grand
-personnage un lien spirituel (j'ai expliqué ceci parce que mon fils aîné
-était le filleul de l'Empereur Napoléon); que je me séparerais de mon
-mari après de nombreux embarras et tourments; que mes chagrins ne
-cesseraient que neuf années après cette séparation; que ces neuf années
-seraient marquées par des épreuves et des calamités de tous genres pour
-moi; elle m'a dit aussi que je deviendrais veuve, que je ne serais plus
-jeune alors, sans cependant être trop vieille et que je me remarierais;
-qu'elle me voyait, pendant beaucoup d'années, fort rapprochée d'un
-personnage qui, par sa position et son influence, m'obligerait à jouer
-une espèce de rôle politique et me donnerait assez de crédit pour sauver
-la liberté et la vie de quelqu'un. Elle m'a dit encore que je vivrais
-dans des temps fort orageux, difficiles et pendant lesquels il y aurait
-de grands bouleversements; qu'un jour, même, je serais éveillée à cinq
-heures du matin par des hommes armés de piques et de haches, qui
-entoureraient ma demeure pour me faire périr, que je parviendrais
-cependant à me sauver de ce danger auquel j'aurais été exposée par mes
-opinions et mon rôle politiques; que je m'échapperais déguisée; qu'elle
-me voyait encore en vie à soixante-trois ans et sur ma demande si c'était
-là le terme assigné à mon existence, elle m'a répondu: «Je ne prétends
-pas que vous mourrez à soixante-trois ans, je veux dire seulement que je
-vous vois vivante encore alors; plus tard, je ne sais rien de vous ni de
-votre destinée.»
-
-Les circonstances principales de cette prédiction me parurent, alors,
-trop hors du cours probable des événements pour qu'elles me rendissent
-inquiète ou soucieuse; je le répétai à mes amis plutôt pour jeter du
-ridicule sur ma propre faiblesse qui m'avait conduite en si étrange
-compagnie, et quoique le moins vraisemblable de cette prédiction se soit
-vérifié, tels que ma séparation, de longs chagrins, l'intérêt que j'ai
-été forcée de prendre aux événements publics, par celui qu'ils
-inspiraient à M. de Talleyrand, j'avoue qu'à moins du récit d'une autre
-prédiction, je ne songe que fort rarement à celle de Mlle Lenormand, pas
-plus qu'à sa personne, qui était, cependant, assez étrange pour ne pas
-être oubliée. Elle avait l'air d'être âgée de plus de cinquante ans,
-lorsque je la vis; sa taille était plutôt élevée, ses façons brusques, sa
-robe noire lâche et traînante; son visage d'une mauvaise couleur mêlée,
-ses dents gâtées, ses yeux petits, vifs et sauvages, sa physionomie rude
-et curieuse tout à la fois, sa tête découverte, ses cheveux gris,
-hérissés et en désordre, achevaient de la rendre repoussante. Je fus
-soulagée en la quittant.
-
-Je n'ai jamais eu semblable curiosité depuis; mais si je ne l'ai pas
-éprouvée, c'est bien plutôt par une certaine terreur de ce qui pourrait
-m'être annoncé, et par un certain dégoût pour l'espèce de monde dont
-c'est l'industrie, que par usage de ma raison. Si j'avouais toutes mes
-superstitions, je ferais grand tort à mon bon sens!
-
-Ces oracles de Mlle Lenormand me revinrent cependant à la mémoire
-lorsqu'en juillet 1830, seule à Rochecotte, entourée d'incendies, et
-recevant les nouvelles des journées de Paris, je vis passer sous mes
-fenêtres les régiments que le général Donnadieu dirigeaient sur la
-Vendée, où on croyait que Charles X se rendrait. J'entendais les uns
-hurler contre les Jésuites, qu'ils accusaient bêtement de jeter des
-mèches inflammables dans leurs maisons et dans leurs champs; les autres
-crier contre les _mal pensants_ tels que moi. Le curé vint se réfugier
-chez moi, pendant que le maire me demandait si je ne croyais pas qu'il
-fallût chasser de la commune cette soutane noire, qui, selon lui, sentait
-le soufre. Je me voyais déjà cernée par des piques et des haches, et me
-sauvant, comme je pouvais, en bonnet rond et en blouse. Je m'en suis
-tirée alors, mais quelquefois je me suis dit: «C'est partie remise, tu
-n'y échapperas pas.»
-
-
-_Londres, 10 juin 1834._--Lord Dacre, qui devait entrer au ministère, a
-fait une chute de cheval, causée par un coup de sang, qui le met hors de
-cause. On songe, maintenant, à mettre M. Abercromby à la tête de la
-Monnaie, en lui donnant entrée au Conseil.
-
-Nous avions hier un dîner arlequin: M. Dupin, les jeunes Ney et Davoust,
-M. Bignon et le général Munier de la Converserie. Si de dire du mal de
-tout le monde est une manière de dire du bien de soi, M. Dupin n'y a pas
-manqué; il a indignement traité Roi et ministres, hommes et femmes de
-Paris. Les uns sont avares, bavards, sans tenue; les autres sont des
-brigands, des contrebandiers, des sapajous, que sais-je? Les mauvaises
-mœurs ont eu leur diatribe; c'était la justice armée d'un glaive
-exterminateur. M. Piron, le cicerone de M. Dupin et son très humble
-serviteur, me donnait la petite pièce par les formules multipliées de son
-adulation; il louait surtout M. Dupin de la manière lucide et détaillée,
-dont il expliquait aux ministres anglais les embarras et les dangers de
-leur position. Je crois qu'ils auraient autant aimé qu'on ne vînt pas
-d'outre-mer leur dire ce qu'ils savaient de reste.
-
-Après le dîner, il m'a fallu subir la doucereuse fausseté de M. Bignon.
-Il me rappelle le mielleux et le subalterne de Vitrolles; il en a un peu
-la figure, beaucoup le parler et surtout le maintien. Je trouve,
-cependant, la conversation de M. de Vitrolles plus animée, et son
-imagination plus brillante. Du reste, j'ai causé avec M. Bignon, hier,
-pour la première fois, et j'aurais tort de le juger sur cette seule
-conversation; mais il est impossible de ne pas être frappé de sa manière
-calme et soumise qui met, tout d'abord, en défiance.
-
-
-_Londres, 11 juin 1834._--La nomination de M. Abercromby est dans le
-_Globe_ d'hier soir; nous verrons si cela adoucira le ton du _Times_ qui,
-hier matin encore, malmenait cruellement le pauvre lord Grey.
-
-Dans la quantité de mots cités de M. de Talleyrand, il en est un fort
-joli, et peu connu, que voici: M. de Montrond lui disait, l'année
-dernière, que Thiers était un bon enfant, et pas trop impertinent pour un
-parvenu. «Je vais vous en dire la raison», reprit M. de Talleyrand,
-«c'est que Thiers n'est pas _parvenu_, il est _arrivé_.» J'ai peur que ce
-mot, si délicat, ne perde un peu le mérite de la vérité, mais la faute en
-serait à M. Thiers. L'impertinence lui devient familière; depuis son
-mariage, il vit dans une sorte de solidarité avec les plus petites gens
-du monde, mal famés, prétentieux, _parvenus_ pour le coup, et non pas
-_arrivés_! Il est impossible que, malgré tout le déluge d'esprit dont il
-inonde la boue qui l'environne, il ne finisse pas par en être, si ce
-n'est étouffé, du moins bien éclaboussé. C'est vraiment grand dommage!
-
-
-_Londres, 12 juin 1834._--J'ai entendu raconter, hier, à Holland-House,
-que l'abbé Morellet se plaignant au marquis de Lansdowne d'avoir perdu
-ses pensions et ses bénéfices à la Révolution, pour laquelle il avait,
-cependant, et tant parlé, et tant écrit, le Marquis lui répondit: «Que
-voulez-vous, mon cher; il y a toujours quelques soldats blessés dans les
-armées victorieuses.»
-
-
-_Londres, 13 juin 1834._--On répand le bruit que dom Miguel s'est évadé,
-qu'une conspiration a éclaté à Lisbonne contre dom Pedro; on ajoute mille
-détails sinistres. Il paraît que tout ceci n'est que jeu de bourse, et
-que le vrai est réduit à quelques démonstrations fâcheuses pour dom
-Pedro, lorsqu'il s'est montré au spectacle. Ce serait, du reste, la
-meilleure conclusion de ce grand drame que l'expulsion simultanée des
-deux rivaux.
-
-On s'étonne un peu que dom Miguel ne soit point encore débarqué en
-Angleterre. Don Carlos est arrivé hier à Portsmouth sur le _Donegal_.
-
-L'Espagne se choque, avec raison, que le duc de Terceire et le
-commissaire anglais qui ont fait signer à dom Miguel des garanties contre
-son retour, n'en aient pas réclamé de don Carlos. On voudrait,
-maintenant, que l'Angleterre et la France prissent des mesures contre don
-Carlos, de façon à le mettre au ban de l'Europe: mais cela n'est pas
-admissible, malgré les notes du marquis de Miraflorès et les diatribes de
-lord Holland.
-
-Il se tient d'étranges discours à Holland-House. Le petit Charles
-Barrington y disant l'autre jour qu'il n'avait pu monter à âne parce que
-c'était dimanche et que la religion défendait de monter à âne le
-dimanche, M. Allen lui répondit en grommelant: «Never mind; the religion
-is only for the donkeys themselves.»
-
-M. Spring Rice vient d'être élu à Cambridge, mais à une petite majorité,
-ce qui ne plaît guère au ministère.
-
-Sir Henry Halford, M. Dedel, la princesse de Lieven sont revenus émus,
-ravis, enivrés des brillantes journées d'Oxford pour la réception du duc
-de Wellington comme Chancelier de l'Université. Cette solennité était
-vraiment unique dans son genre; le caractère et le passé du duc de
-Wellington qui, il y a quatre ans encore, avait été lapidé à Oxford, pour
-avoir fait passer le Bill de l'émancipation des catholiques, la
-magnificence de la cérémonie, le nombre et la qualité des spectateurs,
-les traditions séculaires qui s'y sont reproduites, les émotions de tous,
-l'unanimité des applaudissements, enfin tout était remarquable et ne se
-renouvellera plus. Le duc de Cumberland, si généralement impopulaire, a
-trouvé là un bon accueil. Les idées religieuses anglicanes y dominaient;
-toutes les préventions personnelles disparaissent, devant les dangers
-dont l'Église est menacée, ce qui a fait juger avec faveur tous ceux que
-l'on croit disposés à la défendre. C'était moins le grand capitaine qu'on
-applaudissait dans le duc de Wellington que le défenseur de la foi.
-
-Il est fâcheux qu'au milieu de la licence qu'on accorde, dans semblables
-occasions, aux étudiants, ils se soient permis de huer les noms de lord
-Grey et d'autres, qu'ils proféraient à haute voix, pour avoir ensuite le
-plaisir de les siffler. Le duc de Wellington a témoigné, chaque fois,
-que de telles manifestations lui déplaisaient; mais, malgré les signes
-d'improbation, elles se sont plusieurs fois reproduites.
-
-On dit qu'au moment où le Duc a pris la main de lord Winchelsea, auquel
-il venait de donner le bonnet de docteur, le souvenir de leur ancien duel
-est venu à la pensée de tous, et que c'est là ce qui a provoqué le plus
-d'applaudissements. Ils ont été non moins vifs cependant, et plus
-touchants peut-être, lorsque lord Fitzroy-Somerset s'est approché du Duc,
-et que, ne pouvant lui offrir la main droite, perdue à Waterloo, ce
-fidèle ami et compagnon lui a tendu la gauche. Mais ce qui paraît avoir
-excité un enthousiasme inouï, et avoir fait retentir la salle d'un éclat
-extraordinaire et prolongé à l'infini, c'est la strophe d'une ode
-adressée au Duc qui finissait par deux vers dont voici le sens: «Quel est
-celui, qui, seul, a su résister à ce sombre et ténébreux génie, qui avait
-bouleversé le monde, et le vaincre? C'est toi, vainqueur à Waterloo.»
-Tout l'auditoire alors s'est levé spontanément, les cris, les pleurs, les
-acclamations ont été électriques, et comme disait Mme de Lieven, «le duc
-de Wellington peut mourir aujourd'hui et moi partir demain, car j'ai
-assisté à ce que j'ai vu de plus merveilleux dans les vingt-deux années
-que j'ai passées en Angleterre».
-
-
-_Londres, 14 juin 1834._--Un improvisateur allemand, qui se nomme
-Langsward, m'a été recommandé par Mme de Dolomieu. Il a fallu lui faire
-honneur et réunir, assez péniblement, tous ceux qui, ici, savent quelque
-peu l'allemand, pour entendre ce poète. Ce n'était pas mauvais: des
-bouts-rimés, assez heureusement remplis; un morceau, en vers, sur Inès de
-Castro, et plus tard, en prose, une scène populaire viennoise, indiquent
-certainement de la verve et du talent. D'ailleurs, le don de
-l'improvisation poétique indique, presque toujours, une faculté à part,
-même dans les gens du Midi, dont la langue est, par ses seuls accents,
-une vraie harmonie; à plus forte raison y a-t-il difficulté vaincue à
-être poétiquement inspiré, à travers les accents moins flexibles des
-langues du Nord. Cependant, les improvisateurs, même Sgricci, m'ont
-toujours paru plus ou moins froids ou ridicules. Leur enthousiasme est
-outré et factice, les étroits salons dans lesquels ils sont renfermés, et
-qui n'inspirent, ni le poète, ni les spectateurs, rien en eux, ni autour
-d'eux, ne monte au diapason poétique. Il me semble qu'il faudrait, pour
-que l'enthousiasme puisse être contagieux, la campagne pour théâtre, le
-soleil pour lumière, un rocher pour siège, une lyre pour accompagnement,
-des événements d'un intérêt général et rapproché pour sujets, enfin un
-peuple tout entier pour auditoire: Corinne si l'on veut, Homère avant
-tout! Mais un monsieur en frac, dans un petit salon de Londres, devant
-quelques femmes qui cherchent à s'échapper, pour aller au bal, et
-quelques hommes, dont les uns songent aux protocoles de la Belgique, et
-les autres aux courses d'Ascot, ne sera jamais qu'une espèce de mannequin
-rimeur, fastidieux et déplacé.
-
-Mme de Lieven m'a montré, hier, une lettre de M. de Nesselrode, dans
-laquelle il se plaint du mauvais esprit tracassier et agitateur de lord
-Ponsonby, qui, ajoute-t-il, fait enrager le pauvre Divan. L'amiral
-Roussin y est, comparativement, trouvé charmant.
-
-Dom Miguel est, décidément, embarqué, et se rend à Gênes.
-
-
-_Londres, 15 juin 1834._--A peine dom Pedro se sent-il délivré de la
-présence de son frère, et point encore sous les yeux des Cortès, qu'il se
-hâte de détruire couvents, moines et religieuses. Je ne sais si cela sera
-encore admiré à Holland-House, mais cela me fait l'effet d'être une folie
-impie dont il pourrait bien ne pas tarder à se repentir.
-
-Les Rothschild, qui prétendent tout savoir, sont venus dire à M. de
-Talleyrand, que le marquis de Miraflorès venait de partir pour
-Portsmouth, afin d'y offrir de l'argent à don Carlos, sous la condition
-qu'il signerait des engagements semblables à ceux acceptés par don
-Miguel.
-
-M. Bignon, le jour où il a dîné, avec M. de Talleyrand, chez lord
-Palmerston, a dit au premier qu'il désirait lui parler, et, avec un air
-et un ton mystérieux et intime, il lui a dit: «Maintenant que j'ai dîné
-chez lord Palmerston, on ne dira plus à Paris que je ne puis pas être
-ministre.» Cette étrange conclusion a été suivie de blâmes indiscrets
-contre le Cabinet français, et d'un peu de surprise que M. Dupin n'eût
-pas fait à M. de Talleyrand des ouvertures du même genre. Il faut
-convenir que rien ne saurait être plus présomptueux que cet esprit, soit
-qu'il prenne la forme doucereuse et souple de M. Bignon, soit qu'il
-revête la forme doctorale et rude de M. Dupin.
-
-
-_Londres, 16 juin 1834._--A propos de M. Dupin, sa mère étant morte, à
-Clamecy en Nivernais, il y a quelque temps, il a fait graver sur sa
-tombe: «_Ci-gît la mère des trois Dupin._»
-
-Il y a d'assez bons contes ici sur lui et sur son cicerone, l'aimable
-Piron. M. Ellice les menant un jour, tous deux, voir je ne sais quelle
-curiosité de Londres, M. Dupin déploya, dans la voiture, un grand
-mouchoir de poche, à carreaux, bien commun, et, après l'avoir étendu à
-quelque distance de son visage, il cracha dedans, en visant assez juste
-le milieu du mouchoir. M. Piron lui dit alors, tout haut, et avec un air
-fort capable: «Monsieur, dans ce pays-ci, on ne crache pas devant le
-monde.»
-
-Le choix de M. Fergusson, pour une des places de haute magistrature,
-donne de plus en plus une couleur radicale au Cabinet anglais. Lord Grey,
-sans presque s'en douter, est ainsi entraîné vers un abîme, dans lequel
-le pousse sa faiblesse et que ses instincts et ses tendances naturelles
-repoussent. Lord Brougham se vante d'avoir tout rajusté; lord Durham dit,
-au contraire, que c'est lui seul qui a décidé tous les nouveaux arrivants
-à accepter, probablement pour lui frayer la route. Celui-ci s'est, pour
-le moment, retiré dans sa villa, près de Londres, d'où il dit: «J'ai fait
-des Rois et n'ai pas voulu l'être.»
-
-Le marquis de Conyngham est désigné, dit-on, pour les Postes, sans entrée
-au Conseil; c'est un choix de société dans lequel la politique semble
-être hors de cause.
-
-Au dîner high-tory que le Lord-maire donne le 22 au duc de Gloucester,
-le duc de Richmond a accepté d'être présent. Le duc de Wellington, qui,
-depuis l'indigne conduite de la Cité à son égard en 1830, a juré de n'y
-plus reparaître, s'est fait excuser, sans cacher son motif. Pourtant, ce
-n'est plus le même Lord-maire, et probablement le Duc recevrait
-aujourd'hui un accueil très flatteur, mais enfin il a fait un serment et
-il veut le tenir.
-
-M. Backhouse, le sous-secrétaire d'État au ministère des Affaires
-étrangères, a été envoyé à Portsmouth pour prendre les ordres de l'infant
-don Carlos, sur tout ce qui pourrait lui être agréable, excepté cependant
-de lui offrir de l'argent, cette réserve paraissant être la seule manière
-d'appuyer efficacement la négociation du marquis de Miraflorès, qui, lui,
-est chargé d'offrir à l'Infant, de la part de son gouvernement, une
-pension annuelle de trente mille livres sterling, sous la condition de
-prendre des engagements semblables à ceux de dom Miguel. On suppose que
-la misère absolue dans laquelle l'Infant, sa femme, ses enfants, la
-duchesse de Beïra, sept prêtres et beaucoup de dames, en tout
-soixante-douze personnes, qui sont à bord du _Donegal_, se trouvent
-réduits, et qui est telle qu'ils n'ont pas de quoi changer de linge,
-rendra la négociation assez facile. On ne sait point encore quels sont
-les projets de don Carlos, les uns disent qu'il veut se retirer en
-Hollande, d'autres nomment Vienne, d'autres enfin parlent de Rome; ce
-dernier projet paraît être particulièrement désagréable au gouvernement
-actuel d'Espagne, mais personne n'a le droit d'influencer ce choix.
-
-On attend, ici, assez prochainement, M. de Palmella, qui s'y annonce
-pour terminer des affaires personnelles, mais on suppose assez
-généralement que c'est pour aviser aux moyens de se débarrasser de dom
-Pedro dont les absurdes folies ne satisfont personne. Ce serait alors le
-moment de choisir un mari à doña Maria da Gloria, et la manière,
-peut-être, de débourrer cette jeune Princesse, qui n'a, encore, que les
-allures d'un jeune éléphant.
-
-Lord Palmerston, selon ses bonnes et courtoises habitudes, avait envoyé
-M. Backhouse à Portsmouth, sans en dire mot à M. de Talleyrand, qui ne
-l'a appris que par le bruit public. Cela a amené un petit bout
-d'explication entre lord Grey et moi. Il faut convenir qu'il est
-impossible d'être meilleur, plus plein de candeur, de sincérité et de
-bonnes intentions que lord Grey. Je suis sans cesse touchée de ses
-qualités d'homme et frappée de son incapacité d'homme politique. Il a
-encore couru après moi, sur son escalier, pour justifier lord Palmerston
-sur le fait de toute mauvaise intention et pour me prier de l'excuser
-près de M. de Talleyrand. J'ai répondu à cela, par le vieux dicton
-français que l'enfer était pavé de bonnes intentions et j'ai ajouté en
-anglais: «Well, I promise you to tell to M. de Talleyrand that lord
-Palmerston is as innocent as an unborn child, but I don't believe a word
-of it.» Cela a fait rire lord Grey, qui a pris le tout à merveille de ma
-part, ce qu'il fait toujours.
-
-
-_Londres, 17 juin 1834._--Don Carlos n'a pas voulu voir M. de Miraflorès,
-il n'a reçu que M. Backhouse, auquel il a fait comprendre qu'il
-n'accepterait pas un écu à condition de céder le plus petit de ses
-droits. Il a chargé M. Sampaïo, l'ancien consul de dom Miguel à Londres,
-de lui chercher une maison à Portsmouth, où il veut se reposer pendant
-quinze jours, puis de lui en trouver une près de Londres pour y passer
-quelque temps.
-
-Le gouvernement anglais attribue le refus de don Carlos à un crédit d'un
-million, qu'il croit être sûr que l'Infant a trouvé à Londres chez M.
-Saraiva, l'ancien ministre de dom Miguel en Angleterre: on prétend même,
-ce qui est peu vraisemblable, que ce crédit lui a été ouvert par le duc
-de Blacas. L'évêque de Léon, qu'on dit être un assez mauvais homme, mais
-habile, à la façon d'un moine espagnol, est avec l'Infant; c'est lui qui
-est le conseil et l'âme de cette cour fugitive.
-
-Le marquis de Conyngham, fils de la célèbre favorite de George IV,
-succède décidément, à la direction des Postes, à son beau-frère, le duc
-de Richmond; il est jeune, beau, élégant, homme à bonnes fortunes,
-recevant et écrivant plus de billets que de lettres; aussi dit-on qu'il
-est le _Post-master general of the two penny Post_.
-
-
-_Londres, 18 juin 1834._--Il y a toujours une grande confusion, et un
-conflit de juridiction, dans toutes les réunions de dames, et malgré la
-présidence de la duchesse-comtesse de Sutherland, il y a eu bien des
-discussions et des hésitations pour ce bracelet à offrir à Mme de Lieven.
-Quelques dames se sont retirées par économie, d'autres parce qu'elles
-n'étaient pas directrices de l'affaire, enfin, il en reste trente. Le
-choix des pierres et la façon de les monter ont été un autre chapitre
-difficile: point d'opales, la Princesse ne les aime pas; pas de rubis,
-ils sont trop chers; les turquoises viennent de Russie, ce serait envoyer
-de l'eau à la rivière; les améthystes de même; les saphirs, la Princesse
-en possède de superbes; l'émeraude peut-être; mais non--mais oui--mais
-cependant--pourquoi pas?--ce ne sera pas ce que je croyais--le péridot
-n'est pas assez distingué; il faut demander à la Princesse elle-même...
-C'est ce que l'on a fait; voilà le mystère éventé, la surprise finie et
-une grosse perle choisie.
-
-Vient ensuite la question plus délicate, plus littéraire, celle de
-l'inscription dédicatoire. Ces dames tiennent à ce que les mots gravés
-soient en anglais; alors, en ma qualité d'étrangère, je me retire. On me
-témoigne des regrets obligeants; je persiste, comme de raison, et me
-voilà hors de cause. Je reste comme simple spectatrice et je ne m'en
-amuse pas moins. On essaye de vingt rédactions différentes, les
-poétiques, les symboliques: les unes veulent jouer sur l'image de la
-perle, et disent que la perle a été choisie parce que la Princesse est la
-perle des femmes, les autres trouvent que l'image ne serait pas assez
-exacte pour l'adopter: on veut y mêler un petit mot adressé aux talents
-politiques de la Princesse, ce qui fait rappeler à l'ordre. Il faut
-encore trouver un moyen de rappeler les noms des donatrices sans blesser
-les autres dames de la société anglaise. Aussi on me consulte; je réponds
-que je ne sais pas assez d'anglais pour avoir un avis; on me demande ce
-que je mettrais si c'était en français, je le dis, et, de guerre lasse,
-on se décide à le traduire en anglais et à l'adopter. Ce sont quelques
-mots fort simples: «Testimony of regard, regret and affection presented
-to the princess Lieven on her departure, by some english ladies of her
-particular aquaintance. July 1834.»
-
-
-_Londres, 19 juin 1834._--Mme de Lieven, qui est venue hier matin chez
-moi, et qui est dans une émotion toujours croissante à mesure que son
-départ approche, emportée par l'espèce de fièvre qu'elle éprouve, m'a dit
-avec amertume qu'elle était sûre qu'il y avait, outre lord Palmerston,
-une seconde personne soulagée de son départ, et que c'était le Roi
-d'Angleterre; qu'il s'était refusé à écrire la lettre autographe qui,
-tout en mettant l'amour-propre de son ministre à couvert, aurait pu faire
-revenir sur le rappel de M. de Lieven; que Palmerston avait endoctriné le
-Roi sur les inconvénients qu'il y avait à la trop longue résidence des
-ambassadeurs étrangers à sa Cour; qu'ils y devenaient trop initiés et y
-acquéraient même une puissance réelle et importante; bref, le Roi est
-charmé du départ de Mme de Lieven, et elle en fait honneur à Palmerston,
-ce qui n'augmente pas son goût pour lui. Elle trouverait une consolation
-à la pensée de l'abîme qui s'ouvre sous ses pieds; en effet, le
-ministère, tout entier, ne paraît rien moins que solide, et le plus
-ébranlé d'entre ses membres est sans doute lord Palmerston. Ses collègues
-n'en font plus grand cas. Lord Grey convient qu'il parle mal aux
-Communes, le Corps diplomatique déteste son arrogance, les Anglais le
-trouvent mal élevé. Son seul mérite paraît, après tout, ne consister que
-dans une facilité remarquable à parler et à écrire le français. Le départ
-des Lieven, qui fait de la peine à tout le monde et très certainement à
-lord Grey, est si généralement attribué à l'entêtement impertinent de
-lord Palmerston, que personne ne cherche à dissimuler cette conviction,
-pas même les ministres, ses collègues. Aussi, dans les nombreux dîners et
-les réunions d'adieu qu'on offre aux Lieven, personne n'invite lord
-Palmerston; c'est d'autant plus remarquable que lady Cowper est
-nécessairement de tous. Il n'a pas laissé que d'en être très piqué,
-surtout de la part de lord Grey. Celui-ci s'en est fait un petit mérite
-près de Mme de Lieven en lui disant: «Vous voyez, j'ai réuni vos amis et
-j'ai évité Palmerston.» La pauvre lady Cowper a le reflet de toute
-l'humeur de lord Palmerston; on dit qu'il la lui témoigne rudement.
-
-Le duc de Saxe-Meiningen est arrivé, sur l'invitation du Roi, pour
-escorter la Reine, sa sœur, pendant son voyage en Allemagne. Elle part,
-dit-on, le 4 juillet; le Roi insiste pour que ce soit le 2: il est si
-étrangement pressé de ce départ qu'il a arrangé à lui tout seul, que
-beaucoup de gens croient qu'il ne laissera pas revenir la Reine de sitôt,
-et que personne ne doute du plaisir qu'il anticipe à reprendre la vie de
-garçon. Tout le monde tremble de ce qu'il va imaginer pour se divertir:
-le genre de ses plaisirs, l'ordre des personnes qu'il y appellera, tout
-cela donne à penser aux gens comme il faut, et les inquiète. Il a,
-sûrement, de singulières fantaisies en tête, puisque l'autre jour, à
-dîner, il a interpellé tout haut un vieux amiral qu'il a beaucoup connu
-jadis, en lui demandant s'il était toujours aussi gaillard qu'il l'avait
-connu; et l'amiral lui ayant répondu que l'âge des folies était passé, le
-Roi a repris que, quant à lui, _il comptait bien s'y remettre_!
-
-C'est toujours un événement pour moi que l'arrivée d'une lettre de M.
-Royer-Collard, d'abord parce que je lui suis fort attachée, puis parce
-qu'il dit beaucoup en peu de mots, toujours d'une manière frappante, et
-avec un ton qui n'appartient qu'à lui et qui donne longtemps à penser.
-C'est ainsi que dans la lettre que je viens de recevoir, il y a ceci
-plein de vérité et d'une malice de bon goût: «Il a bien de l'esprit
-(c'est de Thiers dont il s'agit); il lui manque du monde, et l'expérience
-que le monde donne, de la gravité et quelques _principes_; en écrivant ce
-mot, il me vient à l'esprit que vous me prendrez pour un _doctrinaire_,
-ce serait bien injuste, car ils sont bien exempts de _ce faible-là_.»
-
-
-_Londres, 20 juin 1834._--Des lettres tombées en mains peu sûres ont
-appris que le duc de Leuchtenberg, fatigué de l'éclat qu'avaient eu les
-projets de la sœur de la duchesse de Bragance, pour lui faire épouser
-doña Maria, priait la Duchesse d'y renoncer désormais, parce qu'ils
-avaient inspiré trop de méfiance pour qu'ils puissent réussir; mais il
-engage, en même temps, sa sœur, à songer à leur jeune frère Max qui n'a
-pas éveillé de soupçons, et qu'il serait plus aisé de faire arriver au
-but. Maintenant que ce second projet est dévoilé, il est probable que
-son exécution sera aussi vivement contrariée que l'a été la première
-intrigue de cette ex-impératrice. On la dit singulièrement active et
-ambitieuse, sous des dehors très doux, très agréables et surtout très
-simples.
-
-La conversation ayant tourné, hier au soir, dans notre salon, sur le
-caractère et la position de Mirabeau, j'ai entendu M. de Talleyrand
-répéter un fait curieux: c'est qu'à la Restauration, ayant été, pendant
-la durée du gouvernement provisoire, en possession des archives les plus
-secrètes de la Révolution, il y avait trouvé la quittance en règle donnée
-par Mirabeau de l'argent reçu de la Cour. Cette quittance était motivée
-et précisait les services qu'il s'engageait à rendre. M. de Talleyrand a
-ajouté que, malgré cette transaction d'argent, il serait injuste de dire
-que Mirabeau se fût _vendu_; que tout en recevant le prix des services
-qu'il promettait, il n'y sacrifiait cependant pas son opinion; il voulait
-servir la France, autant que le monarque, et se réservait la liberté de
-pensée, d'action et de moyens, tout en se liant pour le résultat. D'après
-cela, sans mériter le jugement extrême de bassesse et d'avilissement que
-plusieurs ont porté contre Mirabeau, on peut, cependant, se permettre de
-trouver que son caractère était infiniment moins élevé que son esprit. Il
-appartenait, d'ailleurs, à une mauvaise race; le père, la mère, le frère,
-la sœur, tous étaient ou fous, ou méchants, ou livrés à mille
-turpitudes. Et cependant, malgré une déplorable réputation, arrivant
-partout comme une espèce de forçat libéré, d'une laideur remarquable et
-habituellement sans argent, quelle influence magique n'exerce-t-il pas?
-Elle est telle, que son souvenir même l'exerce encore; que cette
-prodigieuse organisation en impose; que cette verve surabondante ravit et
-attache même à travers les formes ennuyeuses et fatigantes dont on l'a
-emmaillotée, dans le livre que son fils adoptif vient de faire paraître.
-L'authenticité des matériaux, l'abondance des citations originales, et
-leur intérêt merveilleux, dédommagent souvent de la gaucherie et de la
-pesanteur de la mise en œuvre.
-
-Il a d'ailleurs, pour moi, un mérite particulier, celui d'éclairer mon
-ignorance. Je n'avais qu'une idée très vague de Mirabeau, il était resté
-voilé pour moi qui connais si imparfaitement la Révolution française.
-Elle est trop près de moi, pour en avoir fait l'objet d'études
-historiques, et elle ne m'a pas été assez contemporaine, pour avoir
-appris à la connaître pendant sa durée; quelques récits de M. de
-Talleyrand, les _Mémoires_ de Mme Roland, voilà tout ce que j'en sais.
-D'ailleurs, j'ai une répugnance si vive pour cette dégoûtante et terrible
-époque, que je n'ai jamais eu le courage d'y arrêter ma pensée, et que
-j'ai presque toujours sauté à pieds joints l'abîme qui sépare 1789 de
-l'Empire. Les _Mémoires_ de M. de Talleyrand auraient pu m'éclairer sans
-doute, mais je me suis trouvée trop préoccupée de l'individu pour bien
-saisir la question générale. M. de Talleyrand, dans ses _Mémoires_,
-apprend beaucoup mieux ce qui a amené la catastrophe qu'il n'en donne les
-détails. Il était, d'ailleurs, hors de France pendant les années les plus
-critiques. Son séjour en Amérique est un des épisodes les plus agréables
-de ses souvenirs; c'est, pour le lecteur comme pour lui-même, un temps
-de halte et de repos, qui met à l'abri des horreurs de la Convention et
-fait reprendre haleine avant d'arriver aux bouleversements armés de
-l'Empire.
-
-M. de Talleyrand a ajouté, au sujet de la quittance de Mirabeau, que, la
-regardant comme un papier de famille et ne se sentant pas en droit de la
-garder, il l'avait remise à Louis XVIII lui-même et qu'il ignorait ce
-qu'elle était devenue.
-
-
-_Londres, 21 juin 1834._--M. de Talleyrand avait plus de cinquante-cinq
-ans lorsqu'il a commencé à écrire ses _Mémoires_ ou plutôt un petit
-volume sur M. le duc de Choiseul. Partant en 1809 pour les eaux de
-Bourbon-l'Archambault, il demanda à Mme de Rémusat de lui prêter un livre
-à lire en route: elle lui donna l'_Histoire du dix-huitième siècle_, par
-Lacretelle, ouvrage inexact et incomplet. M. de Talleyrand, impatienté
-des erreurs et de l'ignorance qu'il y trouvait, mit les loisirs des eaux
-à profit pour tracer un tableau rapide, vrai et parfaitement vif et animé
-d'une des époques particulièrement dénaturées par Lacretelle. L'extrême
-plaisir que ce petit morceau fit aux personnes qui en eurent connaissance
-et l'intérêt que M. de Talleyrand trouva à l'écrire, lui donnèrent l'idée
-de grouper les événements subséquents autour d'un autre personnage qu'il
-avait beaucoup connu; il fit alors son morceau sur M. le duc d'Orléans,
-non moins curieux que le premier, mais qu'il a, depuis, refondu aux trois
-quarts dans ses propres _Mémoires_. Ceux-ci vinrent, tout naturellement,
-compléter, par des souvenirs plus personnels encore, les récits des deux
-époques, dont l'une avait vu préparer, et l'autre s'accomplir, la crise
-dans laquelle M. de Talleyrand a pris sa place historique. C'est pendant
-les quatre années de sa disgrâce près de l'Empereur Napoléon qu'il a le
-plus, et j'ajouterais, le plus brillamment écrit. De 1814 à 1816, il n'a
-presque rien fait pour ses _Mémoires_; plus tard, et jusqu'en 1830, il a
-revu, corrigé, ajouté, complété; il a lié son morceau sur Erfurth et un
-autre sur la catastrophe d'Espagne, qui a conduit Ferdinand VII à
-Valençay, au corps principal de ses _Mémoires_; il les a poussés
-jusqu'après la Restauration, mais toute sa correspondance durant le
-Congrès de Vienne, dont les originaux sont aux Affaires étrangères, et
-qui forme un curieux document, lui ayant été soustraite (c'est-à-dire les
-copies), il s'est trouvé sans matériaux et sans notes pour cette époque
-intéressante, et cela se sent parfois dans les _Mémoires_.
-
-En général, il est fâcheux que M. de Talleyrand n'ayant jamais fait de
-journal ou pris des notes, et ayant la plus monstrueuse incurie et
-négligence pour ses papiers, se soit trouvé, le jour où il a voulu
-rassembler ses souvenirs, sans aucun autre moyen de les retrouver et d'en
-suivre exactement les détails, que sa mémoire, fort bonne assurément,
-mais nécessairement trop surchargée pour ne pas laisser quelquefois des
-lacunes regrettables[23].
-
- [23] Explication rationnelle de ce qui fit l'étonnement du
- public, quand, en 1891, les _Mémoires_ du prince de Talleyrand
- parurent, par les soins du duc de Broglie. La polémique qui
- s'éleva alors, sur le point de savoir si M. de Bacourt n'avait
- pas tronqué le texte de ces _Mémoires_, ne peut recevoir une plus
- précise réponse que celle donnée par cette _Chronique_.
-
-J'ai souvent entendu M. de Talleyrand raconter des anecdotes très
-piquantes, qui sont omises dans ses _Mémoires_, parce que, dans le moment
-où il écrivait, il n'y songeait plus. J'ai eu, moi-même, le tort de ne
-pas les écrire à mesure, et de m'en fier aussi à ma seule mémoire et la
-mémoire est souvent bien trompeuse pour soi-même et insuffisante pour les
-autres.
-
-M. de Talleyrand a fait, malheureusement, trop souvent, et à toute sorte
-de monde, la lecture de ses _Mémoires_ ou plutôt de telle ou telle partie
-de ses _Mémoires_; il les a dictés et fait recopier, tantôt à l'un,
-tantôt à l'autre: cela en a publié l'existence et a éveillé l'inquiétude
-politique des uns, la jalousie littéraire des autres; l'infidélité, la
-cupidité ont spéculé sur leur importance. On assure, et je suis portée à
-le croire, que plusieurs copies tronquées et envenimées par l'esprit
-libellique et haineux de ceux qui les possèdent, existent et doivent être
-publiées un jour; ce serait un malheur, non seulement à propos des
-mauvaises passions que cela mettrait en jeu, mais aussi parce que ces
-copies infidèles ôteraient du mérite, de la nouveauté et de la curiosité
-aux _Mémoires_ authentiques, lorsqu'un jour ils paraîtront. Ils seront
-comme déflorés d'avance.
-
-Je n'en connais pas de moins libelliques que ceux-ci. Je ne dis pas qu'il
-ne s'y retrouve parfois de cette malice fine et gaie, qui est si
-naturelle à l'esprit de M. de Talleyrand, mais il n'y a rien de méchant,
-rien d'insultant; moins de scandale que dans aucun écrit de ce genre.
-Les femmes, qui ont tenu cependant tant de place dans les habitudes
-sociales de M. de Talleyrand, sont traitées par lui avec respect, ou au
-moins avec grâce, mesure et indulgence. On voit qu'il est resté
-reconnaissant du charme qu'elles ont répandu sur son existence; et si, un
-jour, les hommes graves trouvent ces _Mémoires_ incomplets pour
-l'histoire, si les hommes curieux n'y trouvent pas toutes les révélations
-qu'ils y cherchaient, ils pourront peut-être en accuser l'insouciante
-paresse de M. de Talleyrand; mais les femmes devront toujours lui savoir
-gré de cette retenue de bon ton qui a refusé à l'insolence, à la
-grossièreté, au cynisme des publicistes libelliques du temps actuel, de
-nouvelles armes pour calomnier ou médire.
-
-
-_Londres, 22 juin 1834._--Sir Robert Peel, chez lequel j'ai dîné hier, me
-faisait observer que M. Dupin, qui y dînait aussi, ressemblait bien plus
-à un Américain qu'à un Français. C'est à peu près le plus mauvais
-compliment qui puisse sortir de la bouche d'un Anglais bien élevé! Sir
-Robert Peel m'a paru être tout particulièrement _in good spirits_. Le
-soin qu'il a mis à me questionner sur les membres du ministère français,
-et à insister sur son goût et son admiration pour M. de Talleyrand, m'a
-fait penser qu'il pouvait bien y avoir là quelque idée d'être bientôt en
-position d'avoir des affaires à traiter directement avec eux. J'ai
-demandé à sir Robert Peel s'il trouvait les allures et le ton de
-discussion changés, depuis le Parlement réformé. Il m'a répondu que oui,
-jusqu'à un certain point; mais que ce qui le frappait surtout, c'était
-le manque absolu de talents nouveaux, dans cette nouvelle émission de
-membres, dans la Chambre des Communes. Il m'a semblé en être au moins
-aussi satisfait que surpris; il a, en effet, de fort bonnes raisons pour
-désirer que les anciennes célébrités parlementaires ne soient pas
-effacées.
-
-Sa maison est une des plus jolies, des mieux arrangées, des plus
-heureusement situées de Londres; pleine de beaux tableaux, de meubles
-précieux, sans faste, sans ostentation; le meilleur goût a présidé à tout
-et ne laisse percevoir aucune trace de l'obscure origine de sir Robert.
-La modeste et noble figure de lady Peel, le calme et la douceur de ses
-manières, les intelligentes figures de ses enfants, le luxe des fleurs
-dont la maison est parfumée, le grand balcon d'où on domine la Tamise,
-d'où on aperçoit Saint-Paul et Westminster, tout ajoute à l'ensemble et
-le rend aussi agréable que complet. Hier, par une belle soirée, vraiment
-chaude, avec la double lumière d'un beau clair de lune, et du gaz
-éclairant tant d'édifices et de ponts, dont les arches se reflétaient
-dans la rivière, on pouvait se croire partout ailleurs que dans la
-brumeuse Angleterre.
-
-
-_Londres, 23 juin 1834._--Lord Clanricarde, gendre de M. Canning, qui
-avait une place dans la maison du Roi, a donné sa démission, par humeur
-de n'avoir pas les Postes, qu'on a donné à lord Conyngham.
-
-Le grand dîner conservatif de la Cité, d'avant-hier, a été remarquable
-surtout par la présence du duc de Richmond et sa réponse au Lord-maire,
-lorsque celui-ci a porté la santé du duc de Wellington et des nobles
-Pairs présents; le duc de Richmond a répondu par une sorte de profession
-de foi de son attachement _to Church and State_, et, lorsque le
-Lord-maire a porté la santé du comte de Surrey, fils aîné du duc de
-Norfolk, membre de la Chambre des communes, mais qui n'est pas
-conservatif et qui est catholique, le Comte a répondu qu'il avait la
-conviction que la Chambre des communes ne se montrerait pas moins zélée
-que la Chambre Haute, pour le maintien _de l'Église; oui, de l'Église et
-de l'ancienne constitution du pays_. Les applaudissements ont été
-immenses.
-
-Il paraît que tout tend, de plus en plus, à rapprocher M. Stanley de sir
-Robert Peel, et qu'on espère que cette réunion, qui est déjà fort
-avancée, amènera une dissolution du Cabinet actuel; mais on ne veut pas
-de trop brusques transitions, pour ne pas effaroucher John Bull, qui
-n'aime pas les Cabinets de coalition.
-
-
-_Londres, 25 juin 1834._--Il y a, chaque année, dans les grandes villes
-des Comtés d'Angleterre, ce qu'on appelle ici des _musical festivals_: on
-y exécute, en général, de grands oratorios; les artistes célèbres, de
-tous les pays, y sont appelés et payés très chèrement. Ces fêtes durent
-plusieurs jours; tout le beau monde se rend des différents points du
-Comté au chef-lieu; cela se passe dans les églises, où on se rassemble le
-matin, et les soirées sont consacrées à des divertissements plus
-mondains. Ces fêtes sont, après les courses de chevaux, ce qui attire le
-plus de monde.
-
-A Londres, ce festival n'a lieu que tous les cinquante ans: c'était hier
-cet anniversaire. Toute la Cour y a été, solennellement, et doit y
-retourner les trois autres jours. Westminster était rempli, et quoique
-moins imposant qu'au couronnement du Roi, le coup d'œil était cependant
-fort brillant encore; les arrangements bien pris, point de foule, ni
-d'embarras; c'était très bien. Le nombre des musiciens était énorme: tant
-chanteurs qu'instrumentistes, il y en avait sept cents. Mais,
-malheureusement, l'église de Westminster est si haute, et construite si
-en opposition avec tout effet musical, que ce nombre prodigieux de voix
-et d'instruments qui, disait-on, ferait crouler l'édifice, ne le
-remplissait même pas assez. C'est surtout pendant la première partie de
-la _Création_, de Haydn, que c'était extrêmement sensible. Le _Samson_,
-de Haendel, d'une création plus large et plus puissante, convenait mieux
-à la circonstance. La _Marche funèbre_ m'a fait beaucoup d'impression, et
-l'air de la fin, chanté par miss Stevens, avec accompagnement obligé de
-trompettes admirablement exécuté, a été une belle chose. Mais le grand
-tort, pour l'effet général, a été d'avoir placé les chanteurs si bas, que
-leurs voix étaient perdues, avant d'avoir pu s'élever vers la voûte, et
-d'y avoir trouvé leur point de répulsion. Je crois, aussi, que l'orgue
-peut, seul, suffisamment remplir les vastes cathédrales; tous les
-orchestres du monde restent maigres, et hors du style voulu, et j'ai
-regretté qu'on ne l'eût pas employé hier, pour l'effet de l'ensemble,
-qui aurait été plus riche et plus frappant. J'ai été jusqu'à trouver
-quelque chose de choquant à cette musique de concert dans une église;
-cela m'a produit l'effet que pourrait faire un éloge académique, quelque
-noble et beau qu'il pût être, en chaire, à la place d'une oraison
-funèbre.
-
-
-_Londres, 24 juin 1834._--M. de Talleyrand disait hier, à propos de
-quelques Français: «C'est prodigieux, ce que la vanité dévore d'esprit.»
-Il me semble que rien n'est plus vrai, surtout dans l'application qu'il
-en faisait.
-
-On annonce à M. de Talleyrand l'ordre du Sauveur, de Grèce, et celui du
-Christ, de Portugal. A l'occasion de ce dernier, il m'a raconté que, du
-temps de l'Empire, lorsque les ordres pleuvaient sur lui de toutes parts,
-le comte de Ségur, grand maître des cérémonies, se montrant un peu triste
-de n'en recevoir aucun, M. de Talleyrand pria l'Empereur de lui permettre
-de donner à M. de Ségur celui du Christ, qu'il venait de recevoir; ce qui
-fut fait, et à la grande satisfaction de M. de Ségur, qui, depuis, ne
-manquait jamais de se parer de son grand cordon.
-
-
-_Londres, 2 juin 1834._--Feu lord Castlereagh parlait un français très
-original: il disait à Mme de Lieven que ce qui lui faisait trouver le
-plus de plaisir dans sa conversation, c'est que son esprit devenait
-_liquide_ près d'elle; et lui parlant, un jour, de l'union qui régnait
-entre les grandes puissances, il lui dit qu'il était charmé qu'elles
-fussent toutes _dans le même potage_, traduction un peu trop littérale de
-l'anglais, _in the same mess_!
-
-J'ai causé longtemps, hier, avec mon cousin Paul Medem; il comprend fort
-bien les difficultés de sa position, qui commencent par les regrets si
-vifs qu'éprouvent M. et Mme de Lieven à lui céder la place. Ce qui les
-aplanira en partie, c'est la recommandation fort sage de l'Empereur de
-Russie, de rester parfaitement étranger à la politique intérieure de
-l'Angleterre, de ne se faire ni whig, ni tory; et, à cette occasion, il
-m'a dit aussi que le vrai motif qui l'avait fait préférer à Matuczewicz,
-pour succéder à M. de Lieven, c'était la couleur marquée et tranchante
-que celui-là avait pris en Angleterre, où il avait fait de la politique
-anglaise comme John Bull lui-même.
-
-
-_Londres, 28 juin 1834._--Le Roi d'Angleterre est souffrant, et la hâte
-qu'il avait de voir partir la Reine s'est, tout à coup, changée en un vif
-regret de son éloignement. Elle a fait alors l'impossible pour qu'il lui
-permît de rester, mais le Roi a répondu qu'il était trop tard pour
-changer d'avis, que tout était prêt, il fallait partir; que de rester
-maintenant prêterait à mille conjectures fâcheuses qu'il fallait éviter;
-«d'ailleurs», a-t-il ajouté, «s'il y a bientôt quelque changement
-ministériel, il vaut mieux que vous soyez absente, pour qu'on ne puisse
-pas dire, comme on l'a fait il y a quelques années, que vous m'aviez
-influencé.» Le Roi a dit, le même jour, en parlant de ses ministres: «_I
-am tired to death by those people_,» et, sur l'observation qu'il était
-alors bien singulier qu'il les gardât, il a répliqué, avec assez de bon
-sens: «Mais lorsque, il y a deux ans, j'ai appelé les _tories_, ils m'ont
-planté là au bout de vingt-quatre heures et m'ont rejeté aux _whigs_;
-c'est ce qui ne doit pas arriver une seconde fois; aussi ne ferai-je plus
-rien, ni pour ni contre, et je les laisse se débattre comme ils
-l'entendent.» Et cela n'arriverait plus comme la dernière fois, car c'est
-le refus de sir Robert Peel d'entrer alors au ministère, qui a fait
-échouer la combinaison; aujourd'hui, il est prêt à accepter l'héritage,
-et le public assez bien préparé à le lui voir saisir.
-
-Il est fort question de la guerre intestine du Cabinet. Il paraît que
-lord Lansdowne ne veut pas rester avec M. Ellice, surtout après la
-déclaration faite par celui-ci, qu'il partageait les principes de M.
-O'Connell. On dit aussi que lord Grey ne s'arrange pas de M. Abercromby.
-Enfin, le manque d'ensemble dans le Cabinet est sensible pour le public,
-et je crois qu'il est assez habilement exploité par le parti
-conservateur. Le prince de Lieven a présenté hier Paul Medem à lord Grey,
-qui s'est montré très embarrassé, et qui, après un assez long silence,
-n'a trouvé à lui parler que de la France, de M. de Broglie, de M. de
-Rigny, des élections, etc., enfin, comme il aurait pu faire avec un
-chargé d'affaires de France; mais pour celui de Russie, arrivant de
-Pétersbourg, c'était vraiment étrange. Lord Grey a fait des éloges
-excessifs de Broglie, et des questions froides et défiantes sur Rigny.
-
-
-_Londres, 29 juin 1834._--Il est assez singulier que, dans les
-circonstances actuelles, lady Holland, qui a, du reste, toujours fait
-profession d'amitié pour lord Aberdeen, malgré la différence de leur
-politique, ait demandé à M. de Talleyrand de le rencontrer, à dîner, chez
-elle!
-
-J'ai pris, hier, congé de la Reine: tout m'a semblé irrévocablement fixé
-pour son départ.
-
-Don Carlos et sa suite sont établis à Gloucester-Lodge, jolie maison
-située dans un des faubourgs de Londres, qu'on appelle Old Brompton.
-Cette maison, qui appartient maintenant à je ne sais qui, a été bâtie par
-la mère du duc de Gloucester actuel, d'où lui vient le nom qu'elle porte.
-Cette grande proximité de Londres, dans laquelle don Carlos s'est placé,
-gêne et embarrasse tous les membres du Corps diplomatique, dont les Cours
-ont laissé dans le vague les relations avec l'Espagne. Les signataires de
-la Quadruple Alliance sont, nécessairement, hors de cause.
-
-
-_Londres, 30 juin 1834._--Le marquis de Miraflorès ne fait pas de grands
-progrès dans le _démené_ du monde. L'autre jour encore, il en a
-singulièrement manqué: c'était chez le Chancelier, lord Brougham; il
-venait de causer avec M. de Talleyrand qui, en se retournant pour s'en
-aller, se trouva en face de Lucien Bonaparte. On se salue et on se
-demande réciproquement, poliment, mais froidement, des nouvelles l'un de
-l'autre. M. de Talleyrand allait avancer pour se retirer, quand il se
-sent arrêté par le ministre d'Espagne qui, très haut, demande à
-l'ambassadeur de France de le présenter à Lucien Bonaparte! Rien n'y
-manque!
-
-Le duc de Wellington, que j'ai vu hier à un concert en l'honneur de Mme
-Malibran, m'a dit qu'il avait été le matin chez don Carlos, avec lequel
-il avait eu une très étrange conversation. Il n'a pas pu me la raconter,
-à cause de tout ce qui nous entourait et nous écoutait, mais il m'a dit
-cependant que rien n'égalait la saleté, la pauvreté et le désordre de ce
-Roi et de cette Reine d'Espagne et des Indes! Cela étonnait d'autant plus
-le Duc, qu'ayant trouvé de l'argent ici, ils auraient bien pu acheter
-quelque peu de linge et de savon. Le Duc ne m'a dit, de leur
-conversation, que ceci: c'est que, d'abord, il leur avait dit la vérité,
-ce que le Duc fait toujours, et qu'ayant rencontré là un prêtre, il lui
-avait dit: «Voyez-vous, le bon Dieu fait sûrement beaucoup pour ceux qui
-l'invoquent, mais il fait encore plus pour ceux qui font quelque chose
-eux-mêmes pour leur propre service.» Le prêtre n'a rien répondu, si ce
-n'est qu'ils avaient un proverbe espagnol qui disait la même chose.
-
-
-_Londres, 1er juillet 1834._--Nous avons reçu hier la nouvelle de la mort
-de Mme Sosthène de La Rochefoucauld, événement qui prouve que j'ai raison
-de soutenir qu'il n'y pas de malades imaginaires. En effet, rien n'est si
-ennuyeux et si fatigant pour soi-même que de s'observer, de se priver et
-de se plaindre; comment, à la longue, jouer un pareil rôle, sans y être
-condamné par quelque avertissement intérieur et douloureux? Mais il y a
-deux choses que le monde conteste toujours: ce sont les chagrins et les
-souffrances d'autrui, tant on craint d'être obligé de plaindre et de
-soigner; il est plus commode de nier un fait que de lui porter un
-sacrifice. J'ai passé ma vie à entendre grogner contre Mme Sosthène; on
-l'appelait une langoureuse, une plaignante, qui, au fond, était forte
-comme un Turc. Lorsqu'on n'a pas les apparences délicates, et même
-souvent lorsqu'on les a, il faut mourir pour qu'on consente à croire que
-vous étiez réellement malade. Le monde ne vous gratifie que trop de sa
-curiosité, de son indiscrétion, de ses jugements téméraires et
-calomnieux, mais sa compassion, comme son indulgence, n'arrive qu'après
-coup et lorsque vous n'en avez plus que faire.
-
-M. de Montrond parle de retourner à Louèche pour mettre sa pauvre machine
-dans une piscine, dans laquelle il ne serait pas mal de plonger aussi son
-âme, si faire se pouvait. Il a fait _fiasco_ ici à ce voyage, bien plus
-encore que l'année dernière. Quand on se survit à soi-même, comme
-fortune, santé, esprit et agrément, et qu'il ne reste pas même un peu de
-considération, comme reflet du passé qui vous échappe, on offre le plus
-déplorable spectacle. Je disais un jour à M. de Talleyrand, qu'il me
-semblait qu'il ne restait plus à M. de Montrond qu'à se brûler la
-cervelle: il me répondit qu'il n'en ferait rien, parce qu'il n'avait
-jamais pu s'imposer la moindre privation, et qu'il ne s'imposerait pas
-plus la privation de la vie que toute autre.
-
-Mme de Montrond, qui avait divorcé d'avec son premier mari[24] pour
-épouser M. de Montrond, me racontait un jour, après son second divorce,
-et lorsqu'elle avait repris son nom d'Aimée de Coigny, que, se promenant,
-une fois, en phaéton avec M. de Montrond qui conduisait lui-même, elle
-admirait ses deux jolis chevaux anglais, louait la promenade, la voiture,
-le conducteur: «Quel triste plaisir», reprit-il, «c'est par deux jeunes
-tigres qu'il faudrait se faire traîner; les exciter, les dompter et les
-tuer ensuite.» C'est bien là le langage d'une nature insatiable.
-
- [24] Le duc de Fleury, petit-neveu du Cardinal.
-
-
-_Londres, 2 juillet 1834._--La Reine part décidément le 5; elle
-s'embarque sur le yacht _Royal-George_, que l'on va voir, par curiosité,
-ainsi que deux superbes bateaux à vapeur destinés à remorquer au besoin
-le yacht de la Reine. Tout le Yacht-Club doit l'escorter, ce qui couvrira
-la mer du Nord d'une charmante petite flottille. La Reine doit débarquer
-à Rotterdam, dans la journée du 6, et aller incognito le même soir chez
-sa sœur, la duchesse de Weimar, qui habite dans les faubourgs de la
-Haye. Je sais que le prince d'Orange doit s'y trouver, comme par hasard;
-la princesse d'Orange est en Allemagne chez sa sœur.
-
-
-_Londres, 3 juillet 1834._--Lord Grey est devenu extrêmement irritable et
-nerveux: hier, à dîner, chez lord Sefton, il était, comme on dit ici,
-tout à fait _cross_, parce qu'on dînait plus tard que de coutume, parce
-que lady Cowley, personne spirituelle et causante, mais grande _tory_,
-était là, et parce qu'enfin tout le monde était très paré pour aller au
-bal du duc de Wellington. Il est vraiment singulier qu'un homme de la
-position élevée et du très noble caractère de lord Grey, soit aussi
-sensible à des petitesses, et d'une susceptibilité nerveuse aussi
-puérile.
-
-Le duc de Wellington a donné un fort beau bal, magnifique, brillant et
-très bien ordonné. Chacun avait fait de son mieux pour ne pas le déparer,
-et il m'a paru qu'on y avait réussi.
-
-M. Royer-Collard m'écrit ceci: «L'aspect des élections est trompeur;
-elles sont en réalité beaucoup moins ministérielles qu'elles ne le
-paraissent; la prochaine session sera laborieuse; le Ministère s'y
-attend. Le grand nombre des coalitions est un symptôme très grave. Quelle
-doit être la violence des haines qui ont formé cette alliance!» Plus bas,
-il dit ceci: «On sait à peu près ce que dira ou fera une personne connue,
-dans des circonstances données: M. Dupin échappe à cette divination. La
-témérité de ses paroles ne se peut prévoir; elle est ici la même qu'à
-Londres, et elle rend impossible qu'il arrive jamais aux affaires.»
-
-
-_Londres, 4 juillet 1834._--La Reine a dit l'autre jour quelque chose qui
-a paru assez ridicule à la personne à laquelle elle l'a dit et que je
-comprends, moi, à merveille, probablement de par l'_allemanderie_, comme
-dirait M. de Talleyrand. Elle disait donc que, pendant les seize heures
-qu'elle a passées la semaine dernière à l'abbaye de Westminster, durant
-les grands oratorios qu'on y a exécutés, elle avait eu plus de temps et
-de recueillement pour réfléchir sur sa position et faire des retours sur
-elle-même qu'elle n'en avait dans l'habitude de sa vie, et qu'elle en
-avait retire et fait des découvertes: qu'elle avait trouvé, par
-exemple, qu'elle était plus attachée au Roi qu'elle ne le savait
-peut-être elle-même, qu'elle se croyait aussi plus nécessaire à son mari
-qu'elle ne l'avait supposé, et qu'elle avait compris, enfin, que sa vraie
-et seule patrie était désormais l'Angleterre; que tout cela lui rendait
-son départ particulièrement pénible, mais qu'elle avait cependant une
-consolation: c'était de penser que le Roi serait d'autant plus disposé à
-seconder un changement de ministère, qu'on ne pourrait pas supposer qu'il
-cédât à son influence à elle. Il y a beaucoup, et peut-être un peu trop
-de sincérité dans de pareilles ouvertures de cœur, mais en elles-mêmes,
-je trouve toutes ces pensées très naturelles, et je comprends
-parfaitement qu'elles aient été inspirées par les lieux et les
-circonstances indiqués plus haut.
-
-Du reste, le Roi, de son côté, donne aussi d'assez étranges explications
-de ses regrets du départ de la Reine, qui deviennent, de moment en
-moment, plus vifs. C'est ainsi qu'il disait hier à Mme de Lieven: «Je ne
-pourrais jamais vous faire comprendre, Madame, tous les genres d'utilité
-dont la Reine est pour moi.» La rédaction est bizarre et pas mal
-ridicule. Le Roi a une goutte molle dans les mains, qui lui en rend
-l'usage difficile, l'empêche de monter à cheval, souvent d'écrire, le
-fait beaucoup souffrir quand il est obligé de donner un grand nombre de
-signatures, et le rend, pour les détails les plus intimes, dépendant de
-son valet de chambre. Tous ses beaux projets de reprendre la vie de
-garçon et de se divertir à tort et à travers, il n'en est plus question,
-et si peu, que le Roi a fini ses épanchements à Mme de Lieven en lui
-disant qu'aussitôt la Reine partie, il allait s'établir à Windsor, pour
-n'en pas sortir, et y vivre en ermite, jusqu'au retour de la Reine.
-
-Le départ de cette Princesse, qui a lieu demain matin à Wolwich, sera
-vraiment magnifique, puisque, outre son vaisseau, les deux grands bateaux
-à vapeur et tout le Yacht Club, le Lord-maire, avec toutes les
-corporations de la Cité, dans leurs barges de gala, accompagneront la
-Reine, pour lui faire honneur, jusqu'à l'endroit de la rivière où la
-juridiction finit. On dit aussi qu'une flottille hollandaise doit venir à
-sa rencontre.
-
-Almacks, le célèbre Almacks[25], qui depuis vingt ans fait le désespoir
-du petit monde, l'objet de l'émulation et des désirs de tant de jeunes
-personnes de la province; Almacks, qui donne ou refuse le brevet de la
-mode; Almacks, gouvernement absolu par excellence, modèle du despotisme
-et du bon plaisir de six dames les plus exclusives de Londres; Almacks,
-comme toutes les institutions modernes, porte en lui le germe de sa
-destruction. Après le relâchement dans sa police intérieure, est venue
-une violation de ses privilèges, puisque le duc de Wellington a osé
-donner un bal le mercredi, jour sacré, voué exclusivement à Almacks; et
-enfin la désunion et les conflits de juridiction s'étant élevés dans le
-_Conseil des six_, nous sommes menacés de voir crouler, avec la
-Constitution de l'État et celle de l'Église, si ébranlées en ce moment,
-cet Almacks où les jeunes personnes trouvaient des maris, les femmes un
-théâtre pour leurs prétentions, les romanciers les scènes les plus
-piquantes de leurs récits, les étrangers leurs données sur la société, et
-tout le monde enfin un intérêt plus ou moins avouable pendant la saison
-par excellence.
-
- [25] Almacks était une académie mondaine, qui rassemblait le haut
- monde de Londres et était patronnée par six dames de la haute
- société. Le début à l'Almacks sacrait l'homme du monde.
-
-C'est lady Jersey qu'on accuse d'avoir été l'esprit subversif. Les chefs
-d'accusation contre elle sont nombreux: s'être refusée à l'admission de
-nouvelles patronnesses, qui, plus jeunes et plus gaies que les anciennes,
-auraient ranimé la mode qui pâlit; avoir donné avec une facilité très
-coupable des billets à des gens peu élégants; avoir soustrait ses listes
-à l'investigation de ses collègues, et, après avoir elle-même introduit
-du pauvre monde à ces bals, les avoir décriés; ne s'y être plus rendue
-elle-même, malgré sa qualité de patronnesse; avoir décidé le duc de
-Wellington à donner une fête un mercredi; avoir voulu forcer les autres
-patronnesses à remettre Almacks à un autre jour; et enfin, non contente
-d'avoir bouleversé ainsi toutes les traditions les plus sacrées de
-l'institution, d'avoir écrit un billet, ou plutôt un manifeste arrogant
-et ridicule, à la spirituelle lady Cowper, pour se plaindre qu'au mépris
-de ses intentions, Almacks eût eu lieu concurremment avec le bal du duc
-de Wellington, et pour menacer le Comité de son indignation et de sa
-retraite! On s'attend qu'à la première réunion de ces dames, il y aura un
-beau tapage féminin. J'avoue que s'il y avait là une tribune pour le
-public, j'y porterais ma curiosité.
-
-Il faut convenir que lady Jersey porte l'aveuglement de sa vanité au delà
-de toutes les bornes: un manque complet d'esprit, une origine
-bourgeoise[26], des richesses mal gouvernées, un mari trop doux, une
-beauté plus conservée que parfaite, une santé inaltérable, une activité
-fatigante, lui ont persuadé qu'elle avait assez d'argent pour se passer
-toutes ses fantaisies, assez de beauté pour désespérer ou combler les
-désirs de tous les hommes qui l'environnent, assez d'esprit pour
-gouverner le monde, et assez d'autorité pour être toujours, partout et
-sans concurrence, la première, dans la faveur des Princes, dans la
-confiance des hommes d'État, dans le cœur des jeunes gens, dans
-l'opinion même de ses rivales. Elle se croit une existence incontestable
-en supériorité, qui rendrait la modestie oiseuse et la ferait paraître de
-l'hypocrisie; aussi elle s'en dispense parfaitement. Elle parle de sa
-beauté, qu'elle détaille avec complaisance, comme de celle de la fameuse
-Hélène des Troyens; son esprit, sa vertu, sa sensibilité, tout a son
-tour; sa piété même arrive correctement le dimanche et finit le lundi;
-sans mesure, sans esprit, sans générosité, sans bienveillance, sans
-grâce, sans droiture, sans dignité, elle est moquée ou détestée, évitée
-ou redoutée; à mon gré, une mauvaise personne pour le cœur, une sotte
-personne pour l'esprit, une dangereuse personne pour le caractère, une
-fatigante personne pour la société, mais au demeurant, comme on dit, la
-meilleure fille du monde.
-
- [26] Lady Jersey était, par sa mère, petite-fille du banquier
- Robert Child.
-
-
-_Londres, 6 juillet 1834._--Les démentis un peu rudes qui ont été
-échangés à la Chambre des Communes entre M. Littleton, secrétaire pour
-l'Irlande, et M. O'Connell, n'ont pas eu bien bonne grâce et ont mis
-l'indiscrétion du premier et le manque de délicatesse du second fort au
-jour! On s'attendait qu'après de pareilles scènes, il y aurait une petite
-explication armée entre les deux champions, et que M. Littleton donnerait
-sa démission ou serait congédié. Mais l'épiderme politique n'est ni bien
-fin ni bien sensible; le calus se forme trop vite dans les habitudes
-parlementaires; l'ambition et l'intrigue détrônent promptement toute
-délicatesse, parfois tout honneur.
-
-M. Stanley, dans l'éternelle question du clergé d'Irlande, a fait encore
-un grand discours avant-hier, et pour le coup en cassant les vitres, et
-en jetant le gant au ministère, dont il faisait naguère partie. C'était
-si naturel à prévoir que je me suis émerveillée de la niaiserie des
-ministres et de leurs amis, qui soutenaient, à perdre haleine, que M.
-Stanley resterait leur ami et leur défenseur, après sa retraite comme
-avant. Comme s'il n'y avait d'autres liens parmi les hommes politiques
-que celui d'une ambition commune!
-
-Le ministre de Naples a cru devoir se rendre chez don Carlos près duquel
-il a été appelé, mais bien décidé à ne pas préjuger les intentions de sa
-Cour et à ne donner à don Carlos que le titre de «Monseigneur»; mais,
-arrivé à Gloucester-Lodge, il a été solennellement introduit auprès du
-Prince, qui se tenait debout, au milieu de toute sa Cour, les Princesses
-à ses côtés, si noires, si laides, avec des yeux si africains, que le
-pauvre vieux Ludolf s'est troublé et qu'entendant tout le monde crier
-«_le Roi_» et voyant ces quatre terribles yeux noirs de bêtes féroces
-féminines se fixer sur lui avec fureur, il a cru que, s'il se bornait au
-«Monseigneur», il verrait son heure dernière, ce qui lui a fait donner du
-_Roi_ et de la _Majesté_ à tour de bras, heureux d'être échappé sain et
-sauf de cette tanière!
-
-La princesse de Lieven nous a fait passer une très agréable journée,
-hier, à la campagne. La société était de bonne humeur et de bon goût: la
-Princesse, lady Clanricarde, M. Dedel, le comte Pahlen, lord John Russell
-et moi. Le temps était superbe, à deux pluies d'orage près, que la
-compagnie a prises en bonne humeur. Nous avons dîné à Burford-Bridge,
-jolie petite auberge au pied de Box-Hill, que la chaleur ne nous a permis
-de gravir qu'à moitié. Nous avons aussi visité _the Deepdene_[27],
-campagne de M. Hope, qui mérite bien son nom: la végétation est belle,
-mais le lieu est bas et triste; la maison a des prétentions égyptiennes
-grotesques et laides.
-
- [27] Cette campagne appartient encore à la famille Hope. La
- maison contient une galerie de tableaux remarquable. Le parc et
- les jardins à l'italienne sont parmi les plus beaux de
- l'Angleterre.
-
-Denbies[28] à M. Denison, où nous avons été ensuite, est admirable de
-position; la vue est riche et variée, mais la maison est peu de chose, du
-moins à l'extérieur. Tout ce côté-là est assez pittoresque et même
-beaucoup pour être si près d'une grande ville comme Londres. La partie
-sans contredit fut agréable, et le souvenir m'en plaît.
-
- [28] Denbies appartient maintenant à M. G. Cubitt. Cette
- habitation est située près de Dorking dans le comté de Surrey.
-
-
-_Londres, 7 juillet 1834._--Le duc de Cumberland annonce l'intention
-d'aller chez don Carlos, ce qui déplaît fort au Roi. Le duc de Gloucester
-en serait tenté aussi, mais il n'a pas voulu y aller sans prévenir le
-Roi, qui l'a prié de n'en rien faire.
-
-Voici exactement ce qui s'est passé entre l'infant don Carlos et le duc
-de Wellington. L'Infant avait d'abord envoyé l'évêque de Léon au Duc,
-auquel il a paru un gros prêtre assez commun, mais avec plus de bon sens
-que le reste de la compagnie. L'évêque a engagé le Duc à venir voir son
-maître et à lui donner ses avis. Le Duc a décliné de donner des avis sur
-une position dont les détails et les ressources lui étaient inconnus,
-mais il n'a pas cru pouvoir refuser d'aller chez don Carlos. Il y a été,
-et le singulier dialogue suivant s'est passé entre eux:
-
-DON CARLOS.--Me conseillez-vous d'aller, par mer, rejoindre
-Zumalacarreguy en Biscaye?
-
-DUC DE WELLINGTON.--Mais avez-vous les moyens de vous y transporter?
-(_Point de réponse..._) Avez-vous un port de mer à vous, où vous soyez
-sûr de pouvoir débarquer?
-
-D. C.--Zumalacarreguy m'en prendra un.
-
-D. DE W.--Mais, pour cela, il lui faudra quitter la Biscaye. Et
-d'ailleurs, n'oubliez pas que, d'après le Traité de la Quadruple
-Alliance, l'Angleterre ne vous laissera pas reprendre la route d'Espagne,
-puisqu'elle s'est engagée à vous expulser de ce pays.
-
-D. C.--Eh bien! j'irai par la France.
-
-D. DE W.--Mais la France a pris les mêmes engagements.
-
-D. C.--Que ferait donc la France si je la traversais?
-
-D. DE W.--Elle vous arrêterait.
-
-D. C.--Quel effet cela ferait-il auprès des autres puissances?
-
-D. DE W.--Celui d'un Prince aux arrêts.
-
-D. C.--Mais s'il y avait un changement de ministère, ici, on me
-rétablirait en Espagne.
-
-D. DE W.--Beaucoup d'intrigants, et du plus haut rang, chercheront à vous
-le persuader, et je ne puis trop vous prémunir contre de semblables
-illusions. L'Angleterre a reconnu Isabelle II et ne peut plus revenir sur
-cette reconnaissance, ni sur les engagements pris par le traité. Je vous
-dis, peut-être, des choses désagréables, mais je crois que c'est le plus
-grand service à vous rendre. Je connais bien ce pays-ci; vous n'avez rien
-à en attendre. Je suis même étonné que vous l'ayez choisi pour votre
-résidence après le traité que mon gouvernement a signé. Vous seriez, ce
-me semble, à beaucoup d'égards, infiniment mieux en Allemagne. Je ne
-connais pas la force de votre parti en Espagne, ni ses chances de succès;
-mais je ne crois pas qu'il vous vienne jamais d'équitables et efficaces
-secours que de l'Espagne elle-même.»
-
-Telle est cette conversation qui m'a paru très curieuse, parce qu'elle
-témoigne de l'étrange ignorance de l'un, et de la simple droiture de
-l'autre. Le Duc a été extrêmement frappé de l'espèce de crétinisme de ce
-malheureux Prince, qui n'a rien su, rien appris, rien compris; qui n'a ni
-dignité, ni courage, ni adresse, ni intelligence, et qui semble
-réellement être à la dernière marche de l'échelle humaine. On dit que
-les Princesses, les enfants, tous ceux enfin qui sont autour de lui, sont
-à peu près de la même sorte. Cela fait beaucoup de pitié.
-
-Le duc de Wellington ne croit pas au million envoyé par M. de Blacas; il
-pense que c'est plutôt le clergé espagnol qui aura envoyé quelque argent.
-
-J'ai dit au Duc que j'avais vu beaucoup de personnes extrêmement
-curieuses de savoir quel titre il avait donné à don Carlos, lorsqu'il
-avait été chez lui; il m'a dit alors: «Vous voyez, par ce que je viens de
-vous raconter, que je pourrais faire imprimer la conversation que j'ai
-eue avec ce Prince: elle n'a rien de choquant pour personne. Du reste,
-cette curiosité me rappelle celle qu'avaient tous les Espagnols, pendant
-la guerre de la Péninsule, de savoir de quelle manière je qualifiais
-Joseph Bonaparte, lorsque je communiquais avec lui, ce qui m'arrivait
-souvent. Ses correspondances françaises étaient souvent interceptées, et
-on me les apportait; elles contenaient beaucoup d'informations qu'il ne
-fallait pas qu'il reçût, mais il s'y trouvait aussi des nouvelles de sa
-femme et de ses enfants dont je n'aurais pas voulu le priver, et que je
-lui faisais passer par les avant-postes français. J'écrivais alors au
-général français et je lui disais: «Faites savoir au Roi que sa femme, ou
-sa fille aînée, ou sa fille cadette, va mieux, ou moins bien; qu'elles
-sont parties pour la campagne», ou autres choses semblables; je ne disais
-jamais _Roi d'Espagne_ et j'adressais mes messages à des généraux
-français, mais non à des généraux espagnols joséphinos. Ainsi, il n'y
-avait, dans ce titre de Roi, aucune reconnaissance à inférer. C'était
-une politesse et voilà tout: elle ne pouvait tirer à conséquence.» Le Duc
-m'a laissé ainsi à mes propres conclusions sur la manière dont, en voyant
-don Carlos, il l'a nommé.
-
-Tous ces pauvres Espagnols ont été hier au Grand Opéra, où ils ont, comme
-de raison, excité une grande curiosité!
-
-On me mande, de Paris, qu'on y est en enfantement d'un gouverneur
-d'Alger. Le maréchal Soult voudrait y envoyer un maréchal de France,
-d'autres veulent un personnage de l'ordre civil pour y placer le duc
-Decazes qui le demande à cor et à cri et auquel Thiers, notamment, l'a
-promis. C'est assez drôle, un favori de Louis XVIII se rabattre sur
-Alger! Je me souviens d'un temps où on songeait aussi à le transporter
-fort loin, et où Alger, avec son dey, son esclavage et son cordon, aurait
-paru une assez bonne combinaison au Pavillon Marsan. Oh! les drôleries,
-les singularités, les contrastes, les catastrophes, n'ont pas manqué dans
-les années que j'ai vues se succéder, et dont le nombre me paraît souvent
-doublé et triplé, quand je songe à l'immensité de faits accomplis, de
-destinées détruites, de bouleversements et de réédifications qui les ont
-signalées.
-
-
-_Londres, 8 juillet 1834._--Le ministère anglais ne sait ni vivre ni
-mourir. Chaque jour démolit une partie de l'édifice; il est impossible
-que le Cabinet ne se sente pas ébranlé dans ses fondements et cependant,
-contre toutes les traditions parlementaires, il reste en dépit des
-démentis, des indiscrétions, des petites lâchetés des uns, des petites
-trahisons des autres. Les faussetés royales même ne manquent pas; les
-conservateurs sont prêts à recueillir une succession que tout leur
-promet, mais dont ils aiment mieux hériter par voie de douceur que de
-l'arracher aux mourants. En attendant, rien ne se fait, rien ne se
-décide, et le public étonné regarde, attend et ne comprend pas. Lord
-Althorp annonce que M. Littleton a offert sa démission qui n'est point
-acceptée par lord Grey; celui-ci nie telle déclaration du Cabinet, que le
-duc de Richmond déclare avoir été prise, chose qu'il affirme,
-ajoute-t-il, avec la permission même du Roi. Cet incident singulier
-devrait, naturellement, amener quelque solution grave, si les choses se
-passaient encore suivant les anciennes habitudes du Parlement, mais
-aujourd'hui, on ne s'attend plus qu'à quelque pauvre replâtrage entre les
-ministres. Pendant qu'on les voit ainsi marchander leur existence au
-dedans, on voit lord Palmerston trancher péremptoirement toutes les
-questions du dehors, refuser aux uns des explications, ne pas écouter
-celles des autres, ne céder aux avis de personne, inquiéter, irriter tout
-le monde; ce n'est, assurément, pas le cas de dire avec Jean Huss, qui
-allant au supplice et voyant une pauvre vieille femme courir avec un zèle
-aveugle, et, pour la gloire de Dieu, jeter un fagot de plus sur le bûcher
-où il devait être brûlé, s'écria: «_Sancta simplicitas!_»
-
-A propos de lord Palmerston, et de sa réputation parmi ceux-là même qui
-ont un certain besoin de lui, je citerai le dire de lord William Russell,
-le plus tranquille et le plus modéré des hommes. Mme de Lieven lui
-exprimant le désir de le voir bientôt ambassadeur à Pétersbourg:
-«Assurément, rien ne serait plus heureux et plus brillant pour ma
-carrière, et cependant, si lord Palmerston y pensait, je refuserais; car
-il ne lui faut pas des agents éclairés et véridiques, mais des gens qui
-sacrifient la vérité à ses préventions. Tout langage, toute opinion
-indépendante l'irrite, il ne songe alors qu'à se défaire de vous et à
-vous perdre. Ma manière de voir, à Lisbonne, n'ayant pas été la même que
-la sienne, il a cherché à nuire à la réputation de ma femme, et si, de
-Pétersbourg, je lui donnais d'autres renseignements que ceux qui lui
-conviennent, il dirait tout simplement que je suis acheté par la Russie
-et essayerait ainsi de me déshonorer. Un _gentleman_ ne peut jamais, à la
-longue, consentir à traiter des affaires avec lui.»
-
-
-_Londres, 9 juillet 1834._--Paul Medem nous disait, hier, que rien
-n'était si étrange que l'excès du goût du duc de Broglie, lorsqu'il était
-ministre, pour lord Granville. La préférence donnée à l'ambassadeur
-d'Angleterre, sur tout le reste du Corps diplomatique, dans les
-circonstances données, paraissait simple; cependant, cette préférence
-était non seulement exclusive, mais inquiète, jalouse, absorbante; elle
-était devenue ridicule, gênante et souvent nuisible.
-
-Un autre fait qui n'a pas semblé moins étrange, c'est que, le lendemain
-du jour où M. de Broglie est sorti du ministère, faisant sa tournée
-d'ambassadeurs, et leur expliquant les motifs de sa retraite, il
-ajoutait à chacun, pour adoucir ce qu'il supposait, à tort, être un
-regret pour eux, que sa pensée et son système ne restaient pas moins
-personnifiés dans le Cabinet, par son élève, M. Duchâtel, qu'il y avait
-fait entrer, après l'avoir initié aux grandes affaires qu'il ne
-quitterait plus désormais, et l'avoir formé à être un homme d'État de
-première distinction. Ce legs, si pompeusement annoncé, n'a pas semblé
-d'aussi grande importance aux héritiers qu'au testateur.
-
-
-_Londres, 10 juillet 1834._--Le _Times_ m'a appris, hier, qu'après avoir
-demandé l'ajournement de plusieurs lois à la Chambre des Lords, et avoir
-réuni un conseil fort prolongé, lord Grey et lord Althorp avaient remis
-leurs démissions au Roi qui les avait immédiatement acceptées[29].
-
- [29] Le Cabinet de lord Grey était ainsi composé: Premier lord de
- la Trésorerie, le comte Grey. Lord Chancelier, lord Brougham.
- Président du conseil privé, marquis Lansdowne. Sceau privé, comte
- Durham. Chancelier de l'Echiquier, lord Althorp. Intérieur,
- vicomte Melbourne. Affaires étrangères, vicomte Palmerston.
- Colonies, vicomte Goderick. Commerce, lord Auckland. Amirauté,
- sir James Graham. Postes, duc de Richmond. Irlande, M. Stanley.
- Trésorerie générale, lord John Russell. Contrôle, M. Charles
- Grant. Chancelier du duché de Lancastre, lord Holland.
-
-Je suis partie, ne sachant rien de plus, et je suis allée avec la
-duchesse-comtesse de Sutherland et la comtesse Batthyány, passer la
-matinée à Bromley-Hill, ravissante maison de campagne, où lord
-Farnborough, ancien ami de M. Pitt, vit habituellement, uniquement occupé
-de cette charmante demeure, belle par sa situation, ses beaux ormes, ses
-fleurs, ses eaux superbes, son bon goût parfait, et un soin extrême.
-Nous avons été ravis de ce charmant établissement, et c'est avec regret
-que nous sommes rentrés dans la fumée et la politique de Londres.
-
-On n'y savait rien de plus sur le grand événement du jour, si ce n'est le
-simple fait du message du Roi à lord Melbourne, sans qu'on eût encore
-rien appris sur ce qui s'était dit entre le Roi et lui. Nous avons été le
-soir chez lord Grey que nous avons trouvé en famille. Ses enfants m'ont
-paru abattus, sa femme en irritation, lui seul gai, simple, amical, avec
-ce maintien plein de noblesse et de candeur qui lui est propre, et qui a
-quelque chose de fort touchant. Il nous a dit, très naturellement, qu'à
-travers une série de difficultés et de désagréments sans cesse
-renaissants depuis le début de la session, le dernier fait de
-l'imprudente bêtise de M. Littleton, si faiblement expliquée par lord
-Althorp aux Communes, rendait la démission de M. Littleton insuffisante,
-et la sienne et celle de lord Althorp nécessaires.
-
-Il m'a semblé, que, dans la famille de lord Grey, la grande haine était
-contre M. Stanley, dont la retraite, suivie d'un si rude discours, a, de
-fait, porté au ministère un coup dont l'incident Littleton n'a été que la
-dernière crise. Les Communes, peu satisfaites de ce que leur a dit lord
-Althorp à ce sujet, se sont fractionnées en de trop fortes minorités pour
-n'avoir pas prouvé leur mécontentement, et c'est ce qui a fixé les
-longues incertitudes de lord Grey. Il nous a semblé content de l'effet
-produit par l'explication qu'il venait de donner de toute sa conduite à
-la Chambre des Pairs.
-
-M. Ward, son gendre, est venu lui porter des nouvelles de la Chambre des
-Communes, où il paraissait que les explications de lord Althorp auraient
-été reçues assez froidement. L'impression y était qu'outre lord Grey et
-lord Althorp, MM. Abercromby, Grant et Spring-Rice s'étaient également
-retirés du ministère; à quoi lord Grey a repris que cela n'était pas
-exact, qu'il n'y avait que lui et lord Althorp qui eussent réellement
-donné leurs démissions, et à telles enseignes, que le Chancelier, à la
-Chambre des Pairs, avait même dit qu'il ne comptait point quitter, et
-qu'il ne rendrait les Sceaux que sur un ordre formel du Roi. A cela, je
-me suis permis de demander si la retraite du premier ministre
-n'entraînait pas, nécessairement, celle de tous les autres membres du
-Cabinet: «--En droit, oui, mais en fait, non;» m'a dit lord Grey, «mais
-vous avez raison, c'est l'usage habituel. A vrai dire, mon administration
-est dissoute; cependant, ces Messieurs, individuellement, peuvent rester
-dans le nouveau Cabinet.» Sa réponse était évidemment gênée et
-embarrassée.
-
-Nous avons été ensuite chez lord Holland; il était infiniment plus abattu
-que lord Grey, fort irrité de l'attaque que le duc de Wellington avait
-faite contre le Cabinet, au Parlement, et qu'il qualifiait de mauvais
-goût et de méchant esprit. Il a dit que les Tories semblaient tout
-préparés à recueillir la succession, mais qu'il espérait que le discours
-du Chancelier les dégoûterait de la tâche en leur montrant les
-difficultés énormes; que, d'ailleurs, «on ne se mettait pas à table sans
-être invité à s'y placer», et que, jusqu'à présent, le Roi n'avait point
-appelé les Tories, qu'il avait fait chercher lord Melbourne, mais que,
-néanmoins, il ignorait ce qui s'était dit entre eux.
-
-Sur notre question de savoir si le Cabinet était entièrement ou seulement
-partiellement dissous, lord Holland a dit que le Roi devait se croire
-sans ministres, et que lui, lord Holland, quoique n'ayant pas donné sa
-démission, se regardait cependant comme _out of office_. Il règne sur
-cette question une incertitude qui prouve l'attachement de ces Messieurs
-à leurs places et la répugnance qu'ils éprouvent à les quitter. Lord
-Melbourne est arrivé pendant que nous étions là, nous nous sommes retirés
-par discrétion, guère plus avancés à la fin de la journée qu'à son début.
-
-Il paraît que rien ne s'éclaircit en Espagne. Le choléra y répand un
-effroi dont la Régente essaye de profiter pour se séquestrer dans un
-moment qu'on dit être embarrassant pour elle. Il est fâcheux pour cette
-Princesse de s'être déconsidérée aux yeux d'un public, dont il serait si
-désireux pour elle d'obtenir l'estime et la bienveillance. Le choléra et
-la retraite de la Reine jettent un grand décousu dans la marche des
-affaires et du gouvernement. On parle de changer le lieu de rassemblement
-des Cortès.
-
-On assure que l'infant don Francesco, resté à Madrid avec sa femme,
-l'infante Carlotta, sœur de la Régente, mais brouillé avec elle, songe,
-à l'instigation de son épouse, à s'assurer la Régence, et même peut-être
-plus que cela. La guerre civile est toujours très vive dans le nord de
-l'Espagne; il est impossible de prévoir ce qu'un tel état de choses, dans
-la position particulière des acteurs principaux, pourra amener pour le
-midi de l'Europe.
-
-
-_Londres, 11 juillet 1834._--Le Roi, en faisant chercher, avant-hier,
-lord Melbourne, lui a parlé de son désir d'arriver à un ministère de
-coalition, et l'a prié de s'en occuper, mais lord Melbourne a dû, hier
-matin, écrire au Roi que pareille tâche lui était impossible. En même
-temps, lord Brougham, qui ne cache pas son désir de rester aux affaires
-et de les diriger, a écrit aussi au Roi, pour lui dire que rien n'était
-plus aisé que de reconstruire une nouvelle administration avec les débris
-de l'ancienne, et de continuer à gouverner dans le même système. Deux
-Tories principaux dans leur parti ont dit à Mme de Lieven que s'ils
-étaient appelés par le Roi, ils accepteraient, que leur plan était fait
-et à la question de savoir s'ils ne s'effrayaient pas de dissoudre la
-Chambre des Communes et d'en appeler une autre, ils ont dit qu'ils ne
-dissoudraient pas, parce qu'ils resteraient, à ce qu'ils croyaient,
-maîtres de la Chambre actuelle, toute mauvaise qu'elle est. Ils se sont
-aussi fort bien expliqués sur l'alliance avec la France, et
-particulièrement sur M. de Talleyrand, dont le système conservateur leur
-inspire confiance, au point, disent-ils, que c'est le seul ambassadeur
-français qui puisse leur convenir.
-
-Hier, à dîner, chez nous, il n'y avait que quelques débris du ministère
-déchu; on parlait assez librement de ce qui a amené la catastrophe, qu'il
-faut rattacher à une série de petites trahisons intestines, ou, comme
-disait lady Holland, _à de grandes trahisons_.
-
-Lord Brougham, que lord Durham qualifiait, avec raison peut-être, de
-fourbe et de fou, paraît être le grand coupable. Il a entretenu une
-correspondance secrète avec le marquis de Wellesley, vice-Roi d'Irlande,
-pour l'engager à faire à lord Grey des rapports, qui, différents des
-précédents, devaient le déterminer à abandonner le «Bill de coercition».
-D'un autre côté, la consultation demandée aux juges d'Irlande sur l'état
-du pays, et sur les mesures convenables à adopter, n'ayant pas été telle
-que la désirait le Chancelier, n'est jamais parvenue à lord Grey et
-paraît avoir été supprimée; les indiscrétions de M. Littleton, le manque
-d'énergie de lord Althorp, les difficultés des choses en elles-mêmes,
-tout cela réuni a fixé les irrésolutions de lord Grey, qui était décidé
-depuis longtemps à ne pas affronter la session prochaine du Parlement. Il
-voulait se retirer après celle-ci, mais en choisissant ses successeurs.
-Je crois qu'il est sincèrement aise d'être hors de la bagarre, mais qu'il
-regrette d'avoir quitté sur un terrain miné par la trahison et sans
-savoir en quelles mains va tomber le pouvoir. Il est plein de dignité,
-mais sa femme regrette avec irritation toutes les ressources que le
-ministère offrait pour établir ses enfants.
-
-Lady Holland est abattue et regrette le bien-être que le duché de
-Lancastre procurait à son propre individu. Lord Holland parle de tout
-ceci avec un mélange de bonhomie, d'insouciance, de chagrin et de gaieté,
-qui est rare, drôle et surprenant.
-
-Personne ne sait, ne prévoit, ni ne présume même ce qui résultera de
-toute cette crise.
-
-Le Roi est à Windsor, assez petitement entouré de parents légitimes et
-illégitimes qui n'ont ni esprit ni consistance, qui ne sont, d'ailleurs,
-pas d'accord entre eux, et dont on ne saurait compter l'influence, ni
-dans un sens, ni dans l'autre. La présence de la Reine aurait eu plus
-d'importance, mais je suis heureuse de penser que par son éloignement
-elle échappe à toute responsabilité. Le Roi en avait la prévision, qu'il
-a plusieurs fois manifestée, et elle-même se consolait de le quitter par
-la pensée de ne pouvoir être accusée d'influencer à distance les
-décisions royales.
-
-
-_Londres, 13 juillet 1834._--Il est évident que, dans cette semaine, il y
-a eu des dupes de différents côtés. Les plus surpris, les plus déroutés
-sont sans doute les conservatifs: ils se sont toujours imaginé, et le
-public avec eux, que le Roi, trop faible pour renvoyer son ministère,
-serait cependant charmé d'en être débarrassé et saisirait avec
-empressement le premier joint pour rappeler les Tories, et cependant les
-heures et les jours se passent sans qu'on les demande.
-
-J'ai dîné hier avec eux; ils avaient, évidemment, l'apparence de gens
-désappointés et le duc de Wellington, qui était mon voisin à table, chez
-lady Jersey, en a causé tout librement avec moi. J'ai été parfaitement de
-son avis sur le résultat inévitable de la conduite du Roi. Lord Grey
-était le dernier échelon entre l'innovation et la révolution, et le Roi
-laissant échapper une occasion naturelle et décente, sans remonter
-l'échelle, sautera infailliblement la dernière marche qui le sépare de
-l'abîme destiné à engloutir le sort de la Royauté, du pays; le
-retentissement d'un pareil événement sera incalculable en Europe.
-
-Quelqu'un qui dînait, hier, dans le camp opposé, m'a rapporté que les
-Whigs se croyaient sûrs que le Roi était venu en ville pour laisser lord
-Melbourne libre de composer un ministère à sa guise, puisqu'il avait
-refusé d'en former un de coalition. Ce qui confirmerait cette
-supposition, c'est que plusieurs membres influents des Communes ont
-rendez-vous ce matin, chez lord Melbourne. Il paraît que la question est
-de savoir si on conservera ou si on abandonnera les clauses sévères du
-«Bill de coercition» sur l'Irlande. Lord Melbourne veut les conserver,
-mais alors il faut se passer de lord Althorp, qui semble cependant être
-le seul qui puisse diriger la Chambre des Communes. Il est probable que
-la journée actuelle dissipera tous les doutes, et que demain on aura une
-administration recomposée, ou du moins rajustée, replâtrée et d'avance
-frappée à mort. Ce que j'ai cru depuis longtemps et dit quelquefois,
-semble s'être vérifié.
-
-Sir Herbert Taylor, le secrétaire particulier de George III et l'homme
-qui, jadis, avait inspiré une grande passion à la belle princesse Amélie,
-réputé insignifiant sous le feu Roi George III, cité et estimé sous
-George IV pour sa discrétion, remplit encore les mêmes fonctions sous le
-Roi actuel. Je l'ai toujours soupçonné d'être un ami dévoué des Whigs et
-surtout de lord Palmerston. Il était le seul, à Windsor, auquel le Roi,
-dans ses jours de crise, ait pu parler, et par lequel d'ailleurs, toutes
-les communications aient pu passer; c'est à ses inspirations et à son
-travail sourd et cependant actif, et depuis longtemps préparé, qu'on s'en
-prend maintenant de ce qui se passe.
-
-Les dires se détruisent en se succédant; l'esprit se fatigue d'une
-curiosité qui n'est ni satisfaite ni justifiée. On revient sur
-l'assurance que lord Melbourne aurait liberté entière de former un
-ministère à sa guise. On dit que le Roi, qui, décidément, n'a pas quitté
-Windsor, a envoyé sir Herbert Taylor chez sir Robert Peel.
-
-On dit aussi dom Pedro mort et don Carlos parti. Enfin, la cité et les
-clubs sèment, à l'envi, pour passer le temps, je suppose, les nouvelles
-les plus bizarres et les plus contradictoires. On finit par ne plus rien
-croire, par ne guère écouter et par attendre assez patiemment, dans une
-sorte de lassitude, que la gazette proclame, officiellement, le
-successeur du lourd et dangereux héritage du ministère.
-
-Pendant ce temps, lord Grey va faire des dîners de gourmand à Greenwich;
-il y porte le poids de sa déchéance et de la perfidie de ses amis, Mme de
-Lieven celui de son brillant exil, et M. de Talleyrand les tiraillements
-d'une ambition encore vivace et d'une attention fatiguée. Lord Grey a
-fort bien dit, l'autre jour, en faisant ses adieux au Parlement, qu'à son
-âge de soixante-dix ans, on pouvait avec une certaine fraîcheur d'esprit
-conduire encore fort utilement les affaires, en temps ordinaire; mais
-qu'il fallait, à une période aussi critique que celle-ci, toute
-l'activité et l'énergie qui n'appartenaient qu'à la jeunesse.
-
-Cette vérité, j'en ai fait l'application fort près de moi, et j'ai senti
-que, dans une carrière publique, il fallait surtout s'appliquer à choisir
-un bon terrain de retraite, à n'en pas perdre l'à-propos, et à quitter
-ainsi la scène politique de bon air et de bonne grâce, afin d'emporter
-encore les applaudissements des spectateurs et d'éviter leurs sifflets.
-
-
-_Londres, 14 juillet 1834._--On écrivait ce matin de Windsor à Londres,
-pour savoir des nouvelles. Le silence observé par le Roi était absolu, et
-dans les longues promenades avec sa sœur, la princesse Auguste, ou avec
-sa fille, lady Sophia Sidney, toute conversation politique était
-soigneusement évitée et la pluie, le beau temps, le voyage de la Reine,
-les seuls sujets traités.
-
-Le voyage de la Reine a éprouvé quelques embarras. Lord Adolphus
-Fitzclarence, qui n'est pas, à ce qu'il semble, un marin fort habile, n'a
-pu trouver aisément son chemin; le yacht royal prenait d'ailleurs trop
-d'eau. Heureusement que le duc et la duchesse de Saxe-Weimar, le prince
-et la princesse des Pays-Bas, ayant été sur un steamer hollandais à la
-rencontre de la Reine, celle-ci a pu passer à leur bord avec sa femme de
-chambre et se rendre directement à la Haye; la suite a eu de la peine à
-gagner Rotterdam.
-
-Il est très heureux, à ce qu'il paraît, que la Reine ait pu éviter cette
-dernière ville, où l'irritation contre l'Angleterre est assez vive pour
-qu'on ait voulu y préparer un vilain charivari à la pauvre Reine. Il
-était convenu, ici, qu'elle ne verrait ni le Roi, ni la Reine des
-Pays-Bas, condition fortement imposée par le Roi d'Angleterre; on parlait
-cependant d'une rencontre fortuite qui pouvait avoir lieu au château du
-Loo.
-
-Sir Herbert Taylor ayant été le point de mire de bien des gens dans ces
-derniers jours, il en a été question dans beaucoup de conversations, et
-j'ai appris ainsi que lorsqu'on le proposa pour secrétaire intime à
-Georges III devenu aveugle, on pensa en même temps en faire un Conseiller
-privé. George III se mit en grande colère contre une pareille idée, et,
-devant tous ses ministres, il dit à M. Taylor: _Remember, Sir, that you
-are to be my pen, and my eye, but nothing else; that if you should
-presume, but once, to remember what you hear, read or write, to human
-opinion of your own, or to give an advice, we would part for ever_. En
-effet, sous George III et plus tard sous George IV, M. Taylor n'a jamais
-été qu'une sorte de mannequin, sans oreilles pour écouter, sans yeux pour
-voir, sans mémoire pour se souvenir. On dit qu'il n'en est plus de même
-maintenant, quoique les apparences soient toujours celles de la plus
-grande réserve et discrétion. Il m'a été dit, aussi, à cette occasion,
-que George III, jusqu'au jour de sa cécité, ne s'était jamais servi de
-secrétaire, pas même pour faire les enveloppes ou cacheter ses lettres.
-Sa correspondance était aussi étendue que secrète: il savait toutes les
-nouvelles de la société, toutes les intrigues politiques, et quand il
-était mécontent de ses ministres, ou en méfiance de quelques-unes de
-leurs mesures, il lui est arrivé de consulter en cachette l'opposition.
-Il n'était jamais pris au dépourvu; il connaissait l'opinion publique et
-joignait à beaucoup d'instruction beaucoup de tenue et de dignité.
-
-Depuis avant-hier, le bruit s'est répandu que don Carlos avait quitté
-furtivement Londres, et qu'il avait déjà touché le sol français lorsqu'on
-le supposait indisposé à Gloucester-Lodge; cependant, ce fait, qui est
-généralement admis, n'est point encore démontré. Ce qui en fait douter,
-c'est que M. de Miraflorès le soutient vrai, et se vante d'y avoir fait
-entraîner don Carlos par un agent à sa solde, qui aurait décidé ce
-malheureux Prince à cette démarche, pour le livrer ainsi au premier poste
-espagnol, qui en ferait courte justice; cette singulière et atroce
-vanterie, dans la bouche de tout autre, il faudrait la prendre au
-sérieux, mais M. de Miraflorès est aussi fat en politique qu'en
-galanterie, et il est très permis de douter de l'histoire en elle-même,
-ou bien de supposer que l'agent, censé avoir mystifié le Prince, n'a
-peut-être mystifié que le diplomate.
-
-Hier au soir, la convenance, l'intérêt, la curiosité, l'affection, enfin
-les bons et les mauvais sentiments, avaient conduit un nombre inaccoutumé
-de personnes à la soirée du dimanche, supposé être le dernier de lady
-Grey. On y disait, à mots couverts, mais de façon cependant à laisser
-bien peu de doutes, que lord Melbourne était revenu de Windsor premier
-ministre, et maître de former, avec les éléments du premier Cabinet, une
-nouvelle administration dans laquelle lord Grey, seul, ne rentrerait pas.
-C'est monter en scène avec une vilaine couleur de trahison pour les uns;
-c'est, pour l'autre, en sortir avec la triste figure d'une dupe; c'est,
-de la part du Roi, préférer, par faiblesse, un replâtrage à quelques
-jours d'énergie, difficiles sans doute, mais dignes au moins, et
-certainement salutaires pour le pays. Les Tories ne lui pardonneront
-jamais d'avoir reculé, et la postérité le condamnera pour sa faiblesse.
-
-Il semblait, hier au soir, que tout se fût tout à coup amoindri, affaissé
-et sali dans cette grande Angleterre; le Corps diplomatique se
-fractionnait en groupes d'expressions frappantes: la nouvelle Espagne, le
-nouveau Portugal, la Belgique à peine ébauchée, tout ce qui a besoin du
-désordre et de la faiblesse des grandes puissances pour se sauver des
-mauvaises conditions de son origine, regardaient lord Palmerston avec des
-regards d'angoisse qui, bientôt, et lorsqu'on a supposé qu'il restait aux
-affaires, se sont changés en regards d'amour et de triomphe; le mépris,
-joint à la haine, contractait toutes les fibres de la princesse de
-Lieven; l'ambassadeur de France, qui n'est ni rétrograde, comme le Nord,
-ni propagandiste comme l'Angleterre, semblait plus soucieux qu'irrité,
-plus affligé qu'étonné, et comme arrivé au point où, le rôle des honnêtes
-gens finissant, le sien devait se terminer, et où l'heure d'une retraite
-convenable et décente avait sonné. Les Anglais, eux-mêmes, paraissaient
-humiliés, et point dupes de l'apparence de modération sous laquelle on
-cherche à cacher sa faiblesse. En effet, le replâtrage actuel conduira,
-un peu plus lentement, mais par une décomposition aussi absolue, vers la
-destruction, qu'aurait pu le faire l'arrivée, de plein saut, au pouvoir,
-de lord Durham et de M. O'Connell.
-
-Plus on scrute la conduite de lord Brougham dans tout ceci, et plus on
-est frappé de l'indélicatesse de sa nature; le vieux et grave lord
-Harewood lui ayant demandé avant-hier où on en était, et si le ministère
-se recomposait, le Chancelier lui a répondu: «Où nous en sommes? Et où
-voulez-vous que nous en soyons, lorsque, dans un moment aussi critique
-que celui-ci, on a à traiter avec des hommes qui imaginent de venir vous
-parler de leur honneur? Comme si l'honneur avait quelque chose à faire
-dans un moment pareil.»
-
-Si l'honneur ne le gêne pas, il paraît que le maintien de sa dignité ne
-le préoccupe guère non plus, car hier dimanche, à travers les mille
-agitations de tous, et malgré la règle établie pour les Chanceliers
-d'Angleterre, d'assister tous les dimanches à l'office divin dans la
-chapelle du Temple, il a imaginé d'accompagner Mme Peter à la messe
-catholique et de l'écouter dans le banc de cette belle dame, à laquelle
-il fait une cour non moins assidue que celle de son collègue lord
-Palmerston.
-
-On dit, ce matin, que pour se débarrasser de lord Durham, en lui donnant
-un os à ronger, on l'envoie vice-Roi en Irlande, et qu'en même temps, le
-ministère, renaissant de ses cendres, renoncera au Bill de coercition sur
-l'Irlande[30]; si c'est le cas, on aura sacré M. O'Connell Roi d'Irlande
-le jour anniversaire de la prise de la Bastille. Décidément, le 14
-juillet est le jour par excellence, dans les annales révolutionnaires de
-l'histoire moderne!
-
- [30] Ou Bill des dîmes.
-
-J'ai rencontré, tout à l'heure, un Pair conservatif, homme d'esprit et de
-cœur, qui m'a remuée fortement: de grosses larmes roulaient dans ses
-yeux; il déplorait l'abaissement de son pays, l'écroulement de ce vieux
-et grand édifice. Il prévoyait la terrible lutte qui, tout d'abord, peut
-s'engager entre les deux Chambres; le radicalisme qui, bon gré mal gré,
-va devenir le guide du ministère d'aujourd'hui et de tous ceux qui lui
-succéderont rapidement; le ministère du moment n'est, aux yeux de tout le
-monde, qu'un mort-né; aussi on est surpris que l'intelligente et bonne
-nature de lord Melbourne se soumette à une semblable comédie. Sa sœur
-cherchait à l'expliquer en disant qu'il fallait savoir se sacrifier pour
-sauver la patrie, mais Mme de Lieven lui a répondu en lui disant: «Ce
-n'est pas par des hommes qui se déshonorent que la patrie peut être
-sauvée.»
-
-Les amis de lord Melbourne, qui le connaissent bien, prétendent que la
-paresse prendra le dessus au premier jour, et qu'après un _Goddam_ bien
-vigoureux, il enverra tout paître. En effet, il est étrange de voir, dans
-le moment le plus critique du pays, l'homme le plus nonchalant de
-l'Angleterre appelé à en diriger les destinées.
-
-
-_Londres, 15 juillet 1834._--Lord Grey est venu me faire une longue
-visite. Nous avons parlé de la dernière crise, comme si c'était déjà de
-l'histoire ancienne, avec le même dégagement et la même sincérité. Il n'a
-que faiblement, et comme par acquit de conscience, combattu mes tristes
-prévisions; il défendait ses successeurs en masse, et les abandonnait en
-détail, ou, du moins, il convenait de la difficulté de leur position et
-du mauvais vernis avec lequel ils reparaîtraient sur la scène. Il s'est
-tu lorsque je lui ai dit que l'opinion publique assignait à M. Littleton
-le rôle de la bêtise, à lord Althorp celui de la faiblesse, au
-Chancelier celui de la perfidie! Il a haussé les épaules, lorsque je lui
-ai cité un propos tenu par M. Ellice, son beau-frère, la veille, dans le
-salon de lady Grey; en effet, ce propos était étrange. Le voici: En
-répondant aux regrets que quelqu'un lui exprimait de la retraite de lord
-Grey: «Sûrement, dit-il, c'est fâcheux sous plusieurs rapports; mais cela
-ne pouvait tarder d'arriver, avec le dégoût des affaires qui s'était
-emparé de lui; et, du moins, cela aura-t-il l'avantage de nous faire
-marcher dans une route plus large, de rendre nos allures plus franches et
-de nous tirer de ce juste milieu qui n'est plus possible maintenant.»
-
-Lord Grey m'a répété plusieurs fois qu'il ne regrettait ni le pouvoir, ni
-les affaires; que, depuis quelques mois, il s'était senti affaibli, sans
-intérêt pour rien, ne faisant les choses qu'avec une extrême répugnance
-et lassitude. Il m'a avoué que ce qui l'avait le plus rempli d'amertume,
-c'était la conduite de plusieurs des siens, et surtout celle de lord
-Durham, dont la violence, la hauteur, l'ambition, l'intrigue, l'avaient
-d'autant plus fait souffrir que sa fille en était la première victime, et
-qu'il ne pouvait douter que la dernière fausse couche de lady Durham ne
-provînt de la brutalité de son mari. Il m'a dit que, malgré l'extrême
-effroi que ce caractère inspire, il était question de lui donner, dans le
-nouveau Cabinet, la place que lord Melbourne, passant à la Trésorerie,
-laissait vacante; l'ambition et la mauvaise activité de lord Durham le
-rendent tellement incommode à un ministère dont il ne fait pas partie,
-qu'on se demande s'il ne vaut pas mieux l'admettre dans celui-ci, pour
-essayer, par ce moyen, de neutraliser ses mauvaises dispositions. Lord
-Grey doutait pourtant qu'on s'y décidât, tant il est détesté par tous.
-
-Lord Grey était sûr d'avoir décidé lord Althorp à passer sur tous les
-embarras de sa position et de lui faire reprendre sa place dans le
-Cabinet[31]. Il dit que sans lord Althorp, on ne pourrait jamais
-gouverner la Chambre des Communes; il se flattait aussi de décider lord
-Lansdowne à rester en place, mais cela n'était pas certain. Enfin, dans
-sa persuasion, fondée ou non, que l'arrivée des tories ou celle des
-radicaux amènerait une révolution, il faisait sincèrement, et avec le
-plus grand zèle, tous ses efforts pour rajuster ce même misérable Cabinet
-par lequel il vient d'être trahi, ne sentant pas, ou ne voulant pas
-comprendre, que c'est, nécessairement, sous un très léger masque, du
-radicalisme, tout aussi bien que si on en était déjà à un ministère
-O'Connell ou Cobbett.
-
- [31] Le nouveau Cabinet fut ainsi constitué: Premier lord de la
- Trésorerie, lord Melbourne. Chancelier, lord Brougham. Président
- du conseil, marquis Lansdowne. Affaires étrangères, vicomte
- Palmerston. Colonies, M. Spring Rice. Chancelier de l'Échiquier,
- lord Althorp. Amirauté, lord Auckland. Postes, marquis de
- Conyngham. Payeur général de l'Armée, lord John Russell. Irlande,
- M. Littleton. Chancelier du duché de Lancastre, lord Holland.
- Intérieur, vicomte Duncannon. Conseil du Contrôle, M. Charles
- Grant. Commerce, M. Poulett Thomson. Guerre, M. Ellice. Sceau
- privé, lord Mulgrave. La plupart de ces ministres avaient fait
- partie du Cabinet précédent.
-
-J'ai dîné à côté du Chancelier chez la duchesse-comtesse de Sutherland.
-Il était de fort bonne humeur et m'a proposé de boire à la date du jour,
-le 14 juillet. «Au dessert!» lui ai-je répondu, sachant bien que sa
-mobilité d'esprit lui ferait oublier son toast; et, en effet, il n'y a
-plus songé! J'aurais été, en tout cas, incapable de l'accepter, car
-cette date, déjà si malheureuse, ne s'est, certes, pas purifiée hier.
-
-Le Chancelier m'a demandé si j'avais vu lord Grey, si je n'avais pas été
-frappée de sa naïveté, qui est telle, me dit-il, qu'il ne sait rien
-cacher, rien dissimuler, rien contenir: c'est un enfant pour la candeur,
-pour l'imprévoyance, cédant à toutes les impressions du moment. «C'est
-une très noble nature, une âme bien pure», ai-je répliqué.--«Oui, oui,
-assurément,» a-t-il repris, «celle d'un charmant enfant, et cela me fait
-souvenir que M. Hure, un ami de M. Fox, de Fitz-Patrick et de Grey,
-n'appelait jamais celui-ci autrement que _Baby Grey_.»
-
-Don Carlos est décidément parti. Les uns disent qu'il s'est embarqué sur
-la Tamise, pendant qu'on le croyait à l'Opéra, et qu'il va débarquer sur
-un des points de l'Espagne où on lui suppose des intelligences; les
-autres prétendent, et ceci est la version de M. de Miraflorès, qu'il a
-passé par la France, que c'est M. Calomarde qui, de Paris, a mené toute
-cette intrigue, mais par l'instigation de lui, Miraflorès, pour faire
-tomber don Carlos dans un piège. Tant il y a qu'il est parti, et que,
-quel que soit le résultat de son entreprise, elle ne saurait, en
-elle-même, être indifférente.
-
-
-_Londres, 16 juillet 1834._--Le successeur de lord Melbourne, au
-ministère de l'Intérieur, est connu; c'est lord Duncannon qui passe à
-cette place de la Direction des Eaux et Forêts, qu'il abandonne à sir
-John Cam-Hobhouse. Celui-ci est connu par ses relations avec lord Byron,
-ses voyages en Orient et ses opinions très libérales, moins cependant que
-celles de lord Duncannon, qu'on dit être des plus vives. Il est donc bien
-évident que le Cabinet a pris une couleur plus tranchée et plus avancée
-en tendance révolutionnaire.
-
-Si, hier matin, le départ de Londres de don Carlos était hors de doute,
-le soir, son arrivée en Espagne était certaine. Les tories prétendent
-savoir qu'il est arrivé en Navarre, après avoir traversé toute la France;
-c'est aussi la version de M. de Miraflorès, qui regrette peut-être
-maintenant de s'être vanté de lui avoir tendu des pièges et de l'avoir
-entouré d'espions, qui devaient, disait-il, le livrer au premier poste
-espagnol ennemi; mais voici qu'au contraire, il est parvenu sain et sauf
-au milieu des siens, dont on assure qu'il a été très joyeusement reçu.
-
-Le ministère anglais se disait, hier, instruit de son arrivée en Espagne,
-qui aurait eu lieu le 9: mais il prétend que don Carlos a débarqué dans
-un des ports de la Biscaye, et qu'il y est arrivé n'ayant avec lui qu'un
-seul Français; que ses partisans lui avaient fait grand accueil. On
-assure qu'il ne s'est rendu en Espagne que sur l'invitation des provinces
-du Nord, et sur la menace de celles-ci de se déclarer indépendantes de
-l'Espagne et de se constituer en République, si leur chef naturel ne se
-rendait pas au milieu d'elles. Il est évident qu'il fallait de grandes
-espérances d'une part, et de grandes craintes d'une autre, pour décider
-un homme aussi timide et aussi inhabile que don Carlos à courir de
-semblables hasards. Du reste, sa conversation avec le duc de Wellington,
-que j'ai rapportée plus haut, prouve que le projet d'aller en Espagne
-occupait son esprit depuis plusieurs semaines.
-
-
-_Londres, 17 juillet 1834._--Les amis du nouveau ministère s'évertuent à
-assurer que le système d'alliance avec la France n'éprouvera aucune
-altération. Je le crois, mais j'aurais préféré, pour les deux pays, que
-cette alliance s'affermît sur un terrain de bon ordre, au lieu de ne se
-continuer que par des sympathies révolutionnaires. Celles-ci inquiètent,
-à juste titre, le reste de l'Europe, et peuvent amener des crises dans
-lesquelles il serait difficile de désigner d'avance les vainqueurs.
-
-Nous sommes de plus en plus décidés à retourner en France, aussitôt après
-la clôture du Parlement, peut-être même avant.
-
-Notre avenir plus éloigné, je ne le prévois point encore, mais l'exemple
-de lord Grey est une preuve de plus que, pour bien finir, les grandes
-figures historiques doivent choisir elles-mêmes le terrain de leur
-retraite, et ne pas attendre qu'il leur soit imposé par les fautes ou par
-la perfidie d'autrui.
-
-Nous avons reçu, hier, les deux premiers volumes d'un livre qui a pour
-titre: _Monsieur de Talleyrand_. J'y ai à peine regardé, mais M. de
-Talleyrand l'a lu. Il dit que rien n'est si bête, si faux, si ennuyeux,
-si mal inventé, et qu'il ne donnerait pas cinq shellings pour que ce
-livre n'eût pas été publié. J'avoue que je suis moins philosophe et que
-dans des occasions de ce genre, qui sont si fréquentes à une époque
-aussi libellique que la nôtre, je me souviens toujours d'un mot de La
-Bruyère, qui m'a beaucoup frappée par sa justesse. Il dit: «Il reste
-toujours quelque chose de l'excès de la calomnie, ainsi que de l'excès de
-la louange.» En effet, le monde se partage entre les malveillants et les
-imbéciles, c'est ce qui fait qu'il y a toujours des gens pour croire
-l'invraisemblable, surtout quand il est hostile.
-
-
-_Londres, 18 juillet 1834._--La fatuité est, chez les hommes, le résultat
-d'une disposition qui s'étend d'un point à tous les autres. M. de
-Miraflorès, fort avantageux et pas mal ridicule auprès des femmes, n'est
-pas moins présomptueux en politique; il s'y lance en enfant perdu, et
-s'attribue, avec une simplicité toute naïve, des succès qu'il n'a dû
-qu'aux passions personnelles des autres, et que, d'ailleurs, les
-résultats définitifs ne se chargeront peut-être pas de justifier; c'est
-ainsi qu'il se proclame l'inventeur de la Quadruple Alliance dont l'idée
-première lui a été inspirée par lord Palmerston. Maintenant que la
-rentrée de don Carlos sur le territoire espagnol renouvelle les
-difficultés, le petit Marquis, _proprio motu_ et sans attendre les ordres
-de son gouvernement, fait, par une note, chef-d'œuvre de ridicule,
-véritable _olla podrida_, un appel à l'Angleterre et à la France, pour
-étendre les termes du traité dont on croyait l'objet accompli.
-
-Les circonstances actuelles sont cependant fort différentes. Il y a trois
-mois, les deux prétendants, Miguel et Carlos, étaient, l'un et l'autre,
-acculés dans un petit coin de Portugal, et, par le fait, plus
-spécialement du ressort de l'Angleterre; maintenant, c'est dans le Nord
-de l'Espagne qu'est don Carlos, près des frontières de France.
-L'Angleterre poussera-t-elle ses passions révolutionnaires jusqu'à
-laisser entrer les armées françaises dans la Péninsule, et ne sera-ce pas
-pour lord Palmerston le signal de sa sortie du ministère? D'autre part,
-la France peut-elle, après s'être prononcée contre don Carlos, lui
-laisser ressaisir un pouvoir qu'il emploiera contre elle? Ce n'est pas
-que le gouvernement, de plus en plus anarchique, de la Régente offre un
-voisinage bien rassurant. Le Roi Louis-Philippe se trouve donc placé
-ainsi dans la double alternative d'avoir à redouter, de l'autre côté des
-Pyrénées, le principe républicain ou le principe légitimiste; le _mezzo
-termine_ ne peut se soutenir que par la force armée, la conquête, enfin!
-
-Cela me rappelle un mot bien vrai de M. de Talleyrand qui m'est souvent
-revenu à l'esprit depuis quatre ans: il a été dit au travers de
-l'enivrement des grandes journées de 1830. M. de Talleyrand répondit
-alors à quelqu'un qui était tout en espérances et en illusions, en
-phrases patriotiques et en attendrissements sur la scène de l'Hôtel de
-ville, les accolades La Fayette et la popularité de Louis-Philippe:
-«Monsieur, ce qui manque à tout ceci, c'est un peu de conquête.»
-
-On dit Martinez de la Rosa dépassé en Espagne et ne pouvant plus se
-soutenir au ministère: il serait remplacé par Toreno et passerait à la
-Présidence de la Chambre des Pairs. On dit aussi que la Régente l'a nommé
-Marquis de l'Alliance.
-
-
-_Londres, 19 juillet 1834._--Tout ce qui se passe ici fait reporter la
-pensée vers les premières scènes de la Révolution française. L'analogie
-est frappante, c'est presque une copie trop servile; les aristocrates, la
-minorité de la noblesse, le tiers état, il y a de tout cela dans les
-tories, les whigs, les radicaux. Les jalousies, les ambitions
-personnelles aveuglent les whigs, qui ne veulent voir d'autres ennemis
-que les tories, qui n'aperçoivent d'autres courants que de ce côté, et
-qui, pour échapper à des rivaux de pouvoir, se précipitent, eux et toute
-leur caste, dans l'abîme creusé par les radicaux.
-
-En causant, hier, de tout cela, M. de Talleyrand rappelait un mot que lui
-disait l'abbé Sieyès pendant l'Assemblée constituante. «Oui, nous nous
-entendons fort bien maintenant qu'il ne s'agit que de _liberté_, mais
-quand nous arriverons sur le terrain de _l'égalité_, c'est alors que nous
-nous brouillerons.»
-
-A la séance très vive d'avant-hier, à la Chambre des Lords, le ministère
-a bien nettement marqué la ligne qu'il veut suivre, et les mêmes hommes,
-qui, sous lord Grey, tenaient, il y a moins de quinze jours, les clauses
-répressives du «Bill de coercition» pour indispensables, sont venus en
-annoncer l'abandon, au milieu des injures, des moqueries de la Chambre!
-C'était déclarer que le Cabinet, pour vivre, se plaçait aux ordres de la
-majorité radicale des Communes, ne comptait l'opposition des Lords pour
-rien, et prendrait tous les moyens pour l'annuler. L'irritation qui en
-résulte est, comme de raison, vivement exprimée par les Lords. Les
-ministres n'ont que les éloges gracieusement accordés par O'Connell pour
-les encourager et les consoler.
-
-
-_Londres, 20 juillet 1834._--Je préfère, de beaucoup, le second discours
-de lord Grey, prononcé avant-hier, à la Chambre des Pairs, pour bien
-éclaircir sa position, qui avait été mal représentée par les deux côtés
-de la Chambre, au premier discours dans lequel il avait annoncé sa
-retraite. Je trouvais celui-ci trop long, trop larmoyant, entrant dans
-des détails trop minutieux de ses affaires de famille. Dans le discours
-d'avant-hier, plus laconique, plus serré, il est d'une dignité
-remarquable, et tout en évitant des personnalités aigres, tout en se
-mettant au-dessus de ressentiments personnels, il montre quel a été le
-mauvais jeu devant lequel il s'est retiré; il reste indulgent pour les
-plus coupables, bienveillant pour ses successeurs comme individus, mais
-il se sépare de leur système. Il rentre dans ses propres instincts aux
-acclamations des gens sensés, à l'humiliation de ceux qui l'ont quitté, à
-la grande déplaisance de tous ceux qui sont les vrais fléaux de l'ordre
-social.
-
-Il faut en convenir, il y a quinze jours, lord Grey n'apparaissait plus
-que comme un vieux homme éteint, miné, tiraillé, presque au moment d'être
-déconsidéré. Depuis sa retraite, un beau rayon de lumière a éclairé ses
-derniers actes politiques; son beau talent oratoire, si longtemps exercé
-dans l'opposition, reprend, en y rentrant, toute son énergie, et il est
-vrai de dire que lord Grey, tombé de chute en chute, vient de remonter à
-la première place, depuis qu'il s'est dégagé des honteuses entraves, par
-lesquelles il s'était laissé garrotter. Le Cabinet le redoute beaucoup
-maintenant; et, en effet, il tomberait bien bas, si lord Grey ne jetait,
-miséricordieusement, sur eux, le manteau de sa charité! Ses collègues,
-qui, naguère, parlaient de lui avec plus de pitié que de respect,
-tremblent, aujourd'hui, devant ses paroles. Ah! que l'on fait bien de ne
-pas se survivre, et que l'à-propos est nécessaire, surtout dans la vie
-politique!
-
-Une retraite à la fois moins importante et moins honorable, c'est celle
-du maréchal Soult[32]. Des querelles intestines sur le choix d'un
-gouverneur civil ou militaire de l'Algérie, sur un discours de la
-Couronne plus ou moins détaillé au 31 juillet prochain, mais surtout la
-terreur du budget de la Guerre, que le Maréchal aurait des raisons pour
-ne pas affronter à la prochaine session, voilà les motifs, assure-t-on,
-de cette démission, acceptée par le Roi, peu regrettée dans le Cabinet,
-en général, et dont on veut offrir la vacance au maréchal Gérard.
-
- [32] Le maréchal Soult était Président du Conseil depuis 1832. Il
- quitta ces fonctions en juillet 1834.
-
-Il paraît que fort heureusement pour la régente d'Espagne, elle a éprouvé
-un accident qui lui permettra de se montrer à l'ouverture des Cortès.
-Elle a bien besoin que quelque bon hasard vienne rétablir sa position, si
-étrangement compromise par ses légèretés et ses inconséquences.
-
-Lord Howick, fils aîné de lord Grey, dont l'esprit est aussi de travers
-que le corps est repoussant, et dont le public ne pensait pas grand
-bien, vient aussi de se relever en quittant sa place de sous-secrétaire
-d'État au ministère de l'Intérieur, et de suivre ainsi l'exemple et la
-destinée de son père. C'est la seule fidélité à sa fortune qu'aura
-trouvée lord Grey.
-
-J'ai rencontré, hier, lady Cowper chez elle; elle m'a paru triste et
-soucieuse. Il est difficile, en effet, qu'avec son esprit intelligent
-elle ne soit pas affligée de voir ses parents et ses amis dans une route
-si peu honorable. Elle me faisait remarquer, avec raison, l'aspect si
-différent de la société et de la vie de Londres, le soin qu'on met à
-s'éviter, l'hostilité du langage, l'inquiétude des esprits, la défiance
-du présent, les tristes prévisions de l'avenir, le décousu général,
-l'éparpillement du Corps diplomatique et l'absence de tout gouvernement
-et de toute autorité. Ce langage était frappant de la part de la sœur du
-premier ministre et de l'ami intime du ministre des Affaires étrangères.
-
-Elle a mis du prix à me persuader que tous les sujets de plainte donnés
-par celui-ci au Corps diplomatique, et à M. de Talleyrand en particulier,
-ne devaient être attribués à aucune mauvaise intention, mais seulement à
-quelques négligences dans les formes, excusables chez un homme accablé de
-travail. Elle m'a paru surtout embarrassée de l'idée que M. de Talleyrand
-pourrait donner la conduite de lord Palmerston, envers lui, comme raison
-de sa retraite; enfin elle a mis tout son esprit, son bon goût et sa
-grâce, et elle a beaucoup de tout cela, à servir ses amis et à diminuer
-l'amertume qu'ils ont provoquée. Je l'ai quittée, parfaitement contente
-de ses expressions, mais peu convertie sur le fond des questions.
-
-
-_Londres, 21 juillet 1834._--Le besoin qu'a le ministère anglais actuel
-de quelque orateur à la Chambre Haute moins discrédité que le Chancelier,
-plus habile que ses collègues pairs et ministres, a inspiré la plus
-inconcevable des propositions, produite par le manque absolu de bon sens,
-et l'absence de toute élévation, qui caractérisent Holland-House. C'est
-très sérieusement qu'on est venu proposer à lord Grey de rester, non
-comme chef, mais comme garde du Sceau privé. Il a eu le bon goût d'en
-rire, comme d'une chose trop grotesque pour s'en fâcher. Mais de quel air
-a-t-on pu lui adresser une pareille demande?
-
-Du reste, tout est si étrange en ce moment qu'il ne faut plus s'étonner
-de rien. Voici, par exemple, le récit exact de la manière dont lord
-Melbourne s'est acquitté de l'ordre du Roi, de chercher par tous les
-moyens à arriver à un ministère de coalition, où tous les partis fussent
-représentés. Je comprends que la chose fût impraticable, mais il faut
-convenir que lord Melbourne s'est acquitté d'une singulière façon de
-cette mission royale. Il a écrit au duc de Wellington et à sir Robert
-Peel, de la part du Roi, pour leur dire de quelle commission il était
-chargé, en ajoutant que, pour leur éviter la fatigue des détails, il leur
-envoyait, en même temps, une copie de la lettre qu'il venait d'écrire au
-Roi sur sa manière personnelle d'envisager la question. Cette lettre ne
-contenait autre chose que la plus forte argumentation contre tout
-rapprochement et l'énumération de toutes les difficultés qui rendaient le
-projet de coalition impossible. La réponse du duc de Wellington et de sir
-Robert Peel n'est qu'un accusé de réception, avec un remerciement
-respectueux de la communication qui leur était faite au nom du Roi. Le
-Roi, s'étant étonné que ces messieurs ne fussent entrés dans aucun autre
-détail, leur a fait dire qu'il demandait leurs observations: «Elles sont
-toutes contenues dans la lettre de lord Melbourne au Roi, nous n'avons
-rien à y ajouter,» ont-ils répondu; et c'est ainsi que s'est terminée
-cette singulière négociation.
-
-
-_Londres, 22 juillet 1834._--L'espèce de calme et de bonne mine qu'avait
-repris le gouvernement français, semble un peu troublé par les
-discussions des ministres entre eux, qui ont amené la retraite du
-maréchal Soult. Il paraît qu'on s'inquiète et se divise aussi sur le plus
-ou moins de durée et d'importance de la petite session annoncée pour le
-31 juillet. Elle arrive mal à propos, pour discuter les événements de la
-Péninsule, et embarrasser le gouvernement par tout le bavardage de la
-tribune. Le triomphe de don Carlos fixerait un ennemi personnel sur nos
-frontières; celui de la Régente, qu'elle ne peut obtenir qu'en se jetant,
-de plus en plus, dans le _mouvement_, nous donnerait un voisinage de
-révolution et d'anarchie. Cela ne saurait être indifférent à notre
-gouvernement, qui n'a déjà que trop à lutter contre de semblables
-éléments. Il paraît, du reste, que les deux armées étaient trop en
-regard l'une de l'autre, pour qu'elles n'en vinssent pas aux prises, et
-le premier succès éclatant restant à l'un ou à l'autre des deux
-compétiteurs fixera, probablement, leurs destinées ultérieures. Aussi en
-attend-on l'issue avec une grande et inquiète curiosité.
-
-Maintenant que la querelle ne se règle plus en Portugal, mais en Espagne,
-les Anglais se mettent sur le second plan et ne donneront que de légers
-secours à leur cher petit Miraflorès; le grand fardeau est réservé à la
-France, et il se présente hérissé de difficultés.
-
-On répandait, hier, à la Cité, la nouvelle de la mort de la Reine
-régente. Les uns disaient qu'elle avait péri par le poison, d'autres à la
-suite de l'accident qui l'avait conduite dans la retraite. La nouvelle
-est probablement fausse, mais dans un semblable pays, à travers la guerre
-civile, le fanatisme religieux, les querelles et les jalousies de
-famille, les passions de toute espèce qui y sont déchaînées, des crimes
-ne sont pas plus invraisemblables que les folies et les désordres qui s'y
-passent journellement.
-
-Le ministre Stanley qui remplace lord Howick, comme sous-secrétaire
-d'État au ministère de l'intérieur, et qui n'a rien de commun avec le M.
-Stanley dernièrement ministre, est une espèce de _faux dandy_
-parfaitement radical et de la plus mauvaise et vulgaire sorte. Il a été,
-un moment, secrétaire particulier de lord Durham.
-
-Celui-ci a dédaigneusement refusé l'ambassade de Paris, qu'on ne lui
-offrait, à ce qu'il a bien compris, que pour se débarrasser de lui ici.
-Il a répondu qu'il n'accepterait aucun emploi d'un Cabinet qui refusait
-de le recevoir dans son sein. Lord Carlisle a donné sa démission de lord
-du Sceau privé.
-
-
-_Londres, 24 juillet 1834._--On disait assez généralement, hier, que
-l'infante Marie, princesse de Portugal, femme de l'infant don Carlos,
-avait, secrètement aussi, quitté l'Angleterre, pour suivre son mari en
-Espagne, laissant ses enfants ici, à la duchesse de Beïra, sa sœur. On
-dit que l'infante Marie a beaucoup de courage et de décision.
-Probablement, elle s'en croit plus qu'à son mari, et elle pense que sa
-présence près de lui inspirera au prétendant toute l'énergie dont il a
-besoin dans la crise actuelle. Toutes ces Princesses de Portugal sont des
-démons, en politique ou en galanterie, et quelquefois les deux ensemble.
-L'aventure qui a fait, d'une de ces Princesses, une marquise de Loulé,
-explique l'éclat qu'elle vient de donner à Lisbonne, à l'occasion d'un
-officier de la marine anglaise. M. de Loulé s'est fâché, et a renvoyé sa
-femme en gardant les enfants. Dom Pedro a exigé que son beau-frère reprit
-sa femme; je ne sais comment cela a fini.
-
-L'Infante Isabelle, qui pendant sa régence a aussi fait parler d'elle, et
-que dom Miguel a voulu, dit-on, faire empoisonner avec un bouillon aux
-herbes, est maintenant à Lisbonne, réunie au reste de sa famille, ou pour
-mieux dire, de ses parents, car il règne des affections et des haines si
-également dénaturées dans cette maison de Bragance, qu'il ne peut être
-question pour elle des liens naturels de famille.
-
-A propos de prétendants et de mœurs singulières, lord Burghersh m'a
-beaucoup parlé, hier, de la comtesse d'Albany, qu'il a connue à Florence.
-Elle y avait, pour cavalier servant, M. Fabre, le peintre, qui, depuis la
-mort d'Alfieri, demeurait chez elle. Ils se promenaient seuls, n'ayant
-que le grand chien de M. Fabre en tiers, ils dînaient seuls. De huit à
-onze heures, Mme d'Albany recevait tout Florence. M. Fabre allait,
-pendant ce temps-là, chez une maîtresse d'un ordre inférieur. A onze
-heures, il reparaissait chez la Comtesse, ce qui était le signal de la
-retraite pour tout le monde, afin de les laisser souper tête à tête.
-Jamais on ne les invitait l'un sans l'autre, ce qui est d'étiquette en
-Italie, et poussé à un point de naïveté étrange. En voici un exemple:
-lord Burghersh, ministre d'Angleterre à Florence, ouvrit sa maison par un
-grand bal, où il crut avoir prié toute la grande compagnie, mais, n'étant
-pas encore très au fait des relations de la société, il oublia d'inviter
-un monsieur attaché à une belle dame; le matin du bal, le maître d'hôtel
-vint chez my lord avec une lettre ouverte, qu'il venait de recevoir, et
-qu'il pria son maître de parcourir; lord Burghersh y lut ce qui suit:
-«_Sapete, caro Matteo, che sono servita, da il cavalier un tel_; il n'est
-pas invité chez lord Burghersh, ce qui, comme vous le sentez, me met dans
-l'impossibilité d'aller à son bal: faites réparer cette erreur, je vous
-prie.» Elle le fut en effet, et lord Burghersh n'oublia pas la leçon. Le
-_sapete_, adressé à un valet, le _sono servita_, tout est d'une naïveté
-incroyable, et néanmoins parfaitement dans les convenances italiennes.
-Mais, pour en revenir à la comtesse d'Albany et à M. Fabre, la Comtesse
-étant morte, M. Fabre fit le portrait du chien, le compagnon de leurs
-promenades, le fit graver, et en envoya une épreuve à chacun des amis de
-la Comtesse, avec l'inscription suivante: «Aux amis de la comtesse
-d'Albany, le chien de M. Fabre.»
-
-
-_Londres, 25 juillet 1834._--Le ministère devient bien aigre pour lord
-Grey: on lui sait mauvais gré de sa noble retraite, de son juste dédain
-pour cette absurde proposition du Sceau privé. On le dit faible,
-incapable, capricieux, enfin on joint l'outrage à la perfidie, et le
-voile léger dont on couvre cette déloyale conduite ne la dérobe pas
-assez, aux yeux de lord Grey, pour qu'il ne commence aussi à en être
-aigri. Je sais qu'il a dit que si ses successeurs faisaient un pas de
-plus dans la route révolutionnaire, il cesserait non seulement de voter
-pour eux, mais encore se déclarerait contre eux. Décidément, il est
-rentré dans ses vrais instincts, et je crois qu'il aura à cœur de se
-laver, autant que cela se pourra, de l'imputation d'avoir entraîné
-l'Angleterre dans une route de perdition.
-
-Lord John Russell, le plus doux, le plus spirituel, le plus honorable, le
-plus aimable des Jacobins; le plus naïf, le plus candide des
-révolutionnaires; le plus agréable, mais aussi, par son honnêteté même,
-le plus dangereux des ministres, me disait, hier, qu'il avait eu, il y a
-quelques mois, une violente discussion avec lord Grey, à propos d'une
-mesure sur laquelle ils n'étaient pas d'accord, et à l'occasion de
-laquelle lord Grey lui déclara que jamais il ne consentirait à mettre
-son nom à un acte révolutionnaire. Lord John ajouta, avec son petit air
-doux: «C'était, après la réforme, une grande faiblesse et une
-inconséquence.--Vous auriez raison,» ai-je repris, «si lord Grey, en vous
-laissant faire la réforme, en eût prévu toutes les conséquences; mais
-vous conviendrez avec moi qu'il ne les a pas aperçues, et que vous vous
-êtes bien gardé de les lui signaler _in time_.» Lord John s'est mis à
-rire et m'a dit, de fort bonne grâce: «Vous n'exigez pas que je me
-confesse?» Si tous les révolutionnaires étaient de l'espèce de Cobbett et
-O'Connell, ou de l'inconvenante et cynique nature de lord Brougham, on se
-tiendrait plus aisément en garde; mais dans la spirituelle et délicate
-personne du fils du duc de Bedford, comment soupçonner de tels travers
-dans le jugement, et dans la nature physique la plus frêle, et, en
-apparence, la plus éteinte, comment s'attendre à une semblable
-persévérance dans la pensée et à une telle violence dans l'action.
-
-
-_Londres, 29 juillet 1834._--Une course à Woburn Abbey a interrompu ce
-journal. Ce troisième séjour que j'ai fait dans ce bel endroit, beaucoup
-plus agréable pour moi, personnellement, que les deux premiers, ne m'a
-cependant rien fourni à ajouter aux descriptions que j'en ai faites. Il
-ne s'y est rien passé non plus, qui sortît du cours habituel de la vie de
-château en Angleterre. Grande et large hospitalité, avec un peu plus de
-pompe et de parure qu'il ne faut dans la vie de campagne, telle qu'on la
-comprend sur le Continent!
-
-Un voyage, à Woburn surtout, est une chose arrangée, comme l'est un dîner
-en ville. Vingt ou trente personnes qui se connaissent, mais sans
-familiarité, sont invitées à se réunir pendant deux ou trois jours; les
-maîtres de la maison se rendent chez eux, exprès pour y recevoir leurs
-hôtes et s'en retournent à leur suite; ils paraissent, ainsi, y être
-eux-mêmes en visite. Mais enfin, il y a tant à voir, tant à admirer, le
-duc de Bedford est si poli, si parfaitement grand seigneur, la Duchesse
-si attentive, qu'il est impossible de ne pas rester sous une impression
-agréable. La mienne l'a été, beaucoup, et cela en dépit du voile assez
-triste qui couvrait quelques-unes des figures principales, lord Grey par
-exemple, qui s'est affaissé tout à coup d'une manière frappante,
-souffrant et abattu, et ne se donnant aucune peine pour dissimuler ses
-dispositions, qui deviennent de plus en plus amères. Les abdications les
-plus volontaires sont toujours suivies de regrets; on mourrait dans la
-tourmente, on s'éteint dans le repos. C'est si difficile d'être satisfait
-de soi-même et des autres!
-
-Mme de Lieven aussi, malgré tous ses efforts, succombait sous le poids
-des adieux, du départ, de l'absence; elle est vraiment fort malheureuse
-et me fait grande pitié. Elle est bien plus à plaindre, encore, que toute
-autre ne le serait en pareille situation, car jamais personne d'esprit
-n'a trouvé moins de ressources en elle-même. Elle les demande constamment
-à ses alentours. Le mouvement des nouvelles et de la conversation lui est
-indispensable, et elle ne connaît d'autre emploi à la solitude que le
-sommeil. Elle pleure de quitter l'Angleterre, elle redoute Pétersbourg,
-mais sa plus grande terreur, c'est celle de la traversée, huit jours de
-solitude! car son mari et ses enfants ne comptent pas pour elle. Elle
-s'arrêtera un jour à Hambourg, uniquement pour échanger quelques paroles
-avec des visages nouveaux; elle a saisi avec avidité l'idée de lui
-assurer la visite du baron et de la baronne de Talleyrand qu'elle n'a
-jamais vus et qu'elle sait ne pas être amusants! Elle a éprouvé un
-soulagement évident en décidant lord Alvanley à prendre sa route pour
-Carlsbad, par Hambourg, dans le même bateau qu'elle, et cela quoique lord
-Alvanley la prévînt que le mal de mer le rendait de fort mauvaise
-compagnie; enfin l'ennui fait, chez elle, l'effet de la mauvaise
-conscience: elle ne songe qu'à se fuir elle-même.
-
-En revenant à Londres, nous avons appris les massacres de Madrid:
-toujours cette horrible fable des puits empoisonnés, qui, partout où le
-choléra fait des ravages, a excité l'ignorance populaire et l'a changée
-en fureur et en atrocités. Les moines en ont été victimes, et, malgré le
-fanatisme religieux, les couvents ont été pillés. L'autorité a été
-faible, et par conséquent impuissante; le gouvernement était retiré à
-Saint-Ildephonse, terrifié et hésitant, ne sachant si, dans ces tristes
-circonstances d'épidémie, de désordre et de guerre civile, il devait
-proroger les Cortès ou les réunir, ni dans quels lieux, ni sous quels
-auspices! Il est impossible d'imaginer un plus triste concours de
-circonstances fatales pour l'Espagne et un voisinage plus incommode pour
-la France.
-
-Louis-Philippe a grande répugnance à intervenir ostensiblement et
-directement dans les destinées de l'Espagne. Il a même assez montré son
-éloignement à cet égard, pour en avoir laissé comprendre le secret par
-les ambassadeurs à Paris, qui s'en prévalent puissamment. Le ministère
-français, qui compte davantage avec les vanités et les susceptibilités
-nationales, s'est moins nettement prononcé. C'est ainsi qu'on doit
-paraître après-demain devant les Chambres.
-
-Un des principaux motifs indiqués de la retraite du maréchal Soult était
-son insistance pour qu'on envoyât un gouverneur militaire à Alger, en
-opposition avec le reste du Cabinet, qui exigeait que ce fût un
-gouverneur civil. Il paraît que les exigences du maréchal Gérard ont
-porté sur le même objet, et que, fort de l'amitié du Roi, il l'a emporté,
-car c'est le général Drouet d'Erlon qui vient d'être nommé à cet emploi.
-
-
-_Londres, 31 juillet 1834._--L'année dernière le Roi d'Angleterre disait
-à M. de Talleyrand à son départ pour le Continent: «Quand
-reviendrez-vous?» L'année d'avant, il lui avait dit: «J'ai chargé mon
-ambassadeur à Paris de dire à votre gouvernement que je tiens à vous
-conserver ici.» Cette année-ci, il dit: «Quand partez-vous?» Il me semble
-qu'on peut retrouver, dans ses expressions si différentes, la trace des
-influences _palmerstoniennes_.
-
-Hier au Lever du Roi, lord Mulgrave a reçu le Sceau privé abandonné par
-lord Carlisle.
-
-On parlait, dans notre salon, du talent de certaines personnes pour
-raconter des histoires de revenants. Cela m'a rappelé l'intérêt avec
-lequel j'avais entendu, il y a deux ans, à Kew[33], Mme la duchesse de
-Cumberland nous conter une apparition qu'elle avait vue elle-même et dont
-le souvenir paraissait encore l'émouvoir beaucoup. Elle nous fit d'autant
-mieux participer à ses impressions qu'il était tard et qu'un gros orage
-bien effrayant grondait au dehors.
-
- [33] Kew est situé sur la rive droite de la Tamise. Ce château
- fut pendant quelque temps la demeure du duc et de la duchesse de
- Cumberland, avant qu'ils n'héritassent du trône de Hanovre. Il y
- a à Kew un observatoire et un jardin botanique créés par le Roi
- George III.
-
-Voici cette histoire; elle se passa à Darmstadt, où Mme la duchesse de
-Cumberland, alors princesse Louis de Prusse, était allée voir sa famille
-du côté maternel. Elle fut logée dans un appartement d'apparat du
-château, qui n'était habité que rarement, et dont l'ameublement, quoique
-magnifique, était resté le même depuis trois générations. Fatiguée de sa
-route, elle ne tarda pas à s'endormir, mais elle ne tarda pas, non plus,
-à sentir passer sur son visage un souffle qui l'éveilla; elle ouvrit les
-yeux, et vit la figure d'une vieille dame qui se penchait sur la sienne.
-Saisie de cette apparition, elle tira bien vite sa couverture sur ses
-yeux, et resta quelques instants immobile; mais le manque d'air lui fit
-changer de position, et la curiosité la pressant, elle rouvrit les yeux
-et vit la même figure vénérable, pâle et douce, la fixer encore. Alors,
-elle se mit à crier bien fort, et la nourrice du prince Frédéric de
-Prusse, qui couchait avec l'enfant, dans la pièce voisine, dont les
-portes étaient ouvertes, accourut et trouva sa maîtresse baignée dans
-une sueur froide; elle demeura près d'elle tout le reste de la nuit. Le
-lendemain, la Princesse raconta à sa famille l'événement de la nuit, et
-demanda instamment de changer d'appartement, ce qui eut lieu. Du reste,
-son récit n'étonna personne, car il était admis dans la famille, que
-chaque fois qu'une personne, descendante de la vieille duchesse de
-Darmstadt, qui avait habité cet appartement, s'y trouvait couchée, cette
-vieille aïeule venait faire visite à ses arrière-petits-enfants, et on
-citait, à l'appui de cette tradition, l'exemple du duc de Weimar et de
-plusieurs autres Princes. Beaucoup d'années plus tard, la duchesse de
-Cumberland, princesse de Solms, et habitant Francfort, fut invitée par
-son cousin, le grand-duc de Hesse-Darmstadt, à venir assister à une
-grande fête qu'il préparait. La Princesse s'y rendit, mais avec
-l'intention de revenir la même nuit chez elle à Francfort. Le souper
-fini, elle passa dans une pièce où on avait préparé sa robe de voyage et
-où, pendant sa toilette, elle fut suivie par sa cousine, la jeune
-Grande-Duchesse nouvellement mariée: celle-ci demanda à la princesse de
-Solms si ce qu'elle avait entendu raconter de l'apparition était vrai.
-Elle désira en avoir le récit détaillé et, après l'avoir entendu, elle
-voulut savoir si l'impression avait été assez forte pour que la Princesse
-se souvînt encore des traits de leur vieille aïeule: «Oui, certainement,»
-assura la Princesse.--«Eh bien!» dit la Grande-Duchesse, «son portrait
-est dans la chambre où nous nous trouvons, avec deux autres portraits de
-famille de la même époque. Prenez la lumière, approchez-vous, et
-dites-moi lequel vous croyez être celui de l'apparition; je verrai si
-vous devinez juste.» Au moment où la Princesse, non sans quelque
-répugnance, s'approcha des portraits et reconnut celui de la vieille
-grand'mère, il se fit au-dessus de la chambre un bruit épouvantable, le
-cadre et le portrait se détachèrent, et sans leur fuite précipitée, les
-curieuses eussent été tuées par la chute du tableau.
-
-Je ne sais si cette histoire est bien belle en elle-même, mais je sais
-qu'elle me fit beaucoup d'impression, parce qu'elle fut très bien
-racontée, et que, dans ce genre de choses, quand on entend dire: «J'ai
-vu, j'ai entendu,» on ne se permet plus de tourner la chose en moquerie.
-D'ailleurs, le sérieux de la Duchesse était parfait, et son émotion vive,
-de sorte que je ne me suis jamais permis de douter de l'exactitude du
-récit.
-
-L'absence de Mme la duchesse de Cumberland a laissé, pour moi du moins,
-un vide sensible à Londres. Elle a de l'esprit, de l'instruction, les
-plus belles manières, les plus royales, de la grâce, de la douceur, des
-restes de beauté, surtout dans la taille. Elle m'a traitée avec une bonté
-d'autant plus parfaite qu'elle l'a reportée, depuis, sur mon second fils.
-Enfin, quelque jugement qu'on porte sur son caractère, qui n'est pas
-également honoré par tout le monde, il est impossible de ne pas lui
-reconnaître de grandes qualités, et de ne pas être touché de la grande
-affliction dont elle est frappée, dans l'infirmité de son fils, le prince
-George. Celui-ci est un aimable et beau jeune homme, privé à l'âge de
-quinze ans, et après de vives douleurs, de la vue; c'est un objet tout à
-la fois de pitié et d'admiration, résigné comme un ange, sans impatience,
-sans regrets, sans humeur, dissimulant sa tristesse à sa mère. Il
-soutient le courage de ceux qui l'entourent, par celui qu'il témoigne
-lui-même, et il inspire déjà dans son jeune âge tout le respect d'une
-grande vertu. L'improvisation sur le piano est la distraction à laquelle
-il préfère se livrer; ses mélodies sont toujours tristes et graves, mais
-lorsqu'il reconnaît le pas de sa mère, il passe à un thème gai et animé
-pour lui donner le change sur ses impressions. Aussi longtemps que, par
-des remèdes, on a espéré lui rendre la vue et arrêter les progrès de
-l'inflammation, on a suspendu son éducation; mais lorsque son précepteur,
-qui est un homme excellent, a jugé que l'éducation en souffrait sans que
-la vue y gagnât, il a proposé au jeune Prince de reprendre le cours de
-ses études, et lui a soumis un plan, pour continuer autant que cela se
-pouvait, sans le secours de la vue. Le Prince s'est tu pendant quelques
-instants, puis, d'un air pénétré, il a dit: «Oui, Monsieur, vous avez
-raison, je suivrai vos avis; car je sens que, quoiqu'une porte se soit
-fermée pour moi, il faut que je cherche avec d'autant plus de soin à en
-ouvrir une autre.»
-
-
-_Londres, 1er août 1834._--Quel triste dîner que celui d'hier chez lord
-Palmerston! Dîner d'adieu pour la princesse de Lieven, où elle est venue
-malgré elle, où nous n'allions qu'à cause d'elle, où lady Cowper faisait
-de visibles efforts pour paraître à son aise, où lady Holland voulait
-des explications sur les derniers torts de lord Palmerston envers M. de
-Talleyrand, où chacun pressentait que notre départ serait aussi définitif
-que celui de cette pauvre Princesse. M. de Bülow, pâle et embarrassé,
-avait l'air d'un filou pris sur le fait; le pauvre Dedel avait, lui,
-l'air d'un orphelin qui voit enterrer ses parents; lord Melbourne ne
-faisait à personne, avec sa grosse tournure de fermier normand, l'effet
-d'un premier ministre.
-
-L'échec _volontaire_ éprouvé la veille par le ministère à la Chambre des
-Communes, où il s'est laissé battre par les radicaux, dans la question du
-Clergé irlandais, ne donnait pas bonne mine à ces messieurs. Enfin il y
-avait, sur tout et sur tous, une gêne lugubre répandue qui m'oppressait à
-un point extrême.
-
-Je ne me sens pas le courage d'aller, ce matin, dire un dernier adieu à
-cette pauvre Princesse, tuée de fatigues et d'émotions. C'est un bon
-procédé que ne pas augmenter son agitation. Ce départ qui me peine,
-puisqu'il éloigne, sans grandes chances de revoir, une personne
-distinguée, m'afflige encore par les retours qu'il me fait faire sur tous
-les changements qui se sont opérés ici depuis quatre ans, et qui, tous,
-les uns après les autres, ont tendu à ternir cette belle et brillante
-Angleterre. Dans le Corps diplomatique seul, que de pertes! M. Falk, si
-aimable, si doux, si fin, si spirituel, si instruit, remplacé d'abord par
-l'âcre M. de Zuylen, l'est maintenant par le bon mais insignifiant Dedel.
-La bonne humeur, l'entrain ouvert et naïf de Mme Falk a fait faute aussi.
-M. et Mme de Zea étaient gens plus intelligents, de beaucoup, que les
-lilliputiens de Miraflorès. M. et Mme de Münster étaient fort supérieurs
-aux Ompteda à tous égards. L'excellente Mme de Bülow n'a pu être
-remplacée pour moi, et je crois, d'ailleurs, que son absence a trop
-laissé les mauvaises tendances de son mari sans le contrepoids que la
-simple et honnête nature de sa femme leur opposait. Esterhazy est l'objet
-d'un regret universel: sa parfaite bonne humeur, sa sûreté sociale, sa
-facilité de caractère, ses habitudes de grand seigneur, la finesse de son
-esprit, la droiture de son jugement, la bienveillance de son cœur, tout
-le faisait chérir ici et rien ne saurait l'y faire oublier. Wessenberg
-aussi a laissé une place vacante qui n'a pas été remplie. Le départ des
-Lieven élargit la brèche sociale et le nôtre achèvera cette démolition
-générale. Le terrain neutre des maisons diplomatiques est surtout
-appréciable dans un pays divisé par l'esprit de parti, et où, la
-politique ayant rompu tant d'autres liens, la société ne saurait plus se
-réunir sous les anciens auspices.
-
-Nous avons appris, hier, télégraphiquement, que la Reine régente
-d'Espagne avait ouvert elle-même les Cortès le 24, à Madrid, que la ville
-était tranquille, que le choléra y diminuait un peu et que don Carlos se
-retirait de plus en plus vers la frontière de France.
-
-
-_Londres, 3 août 1834._--Il me semble que rien ne témoigne mieux de
-l'état dans lequel est tombée la politique intérieure du gouvernement
-anglais que ce que disait, hier, lord Sefton: «Savez-vous,» me disait-il,
-«que malgré mon admiration pour lord Grey, je trouve que nous en sommes
-venus à un point où il est non seulement heureux pour lui-même, mais
-encore fort avantageux pour le pays qu'il se soit retiré? Jamais il
-n'aurait consenti à la moindre courtoisie, encore moins à un peu de
-flatterie pour O'Connell et ses amis, et cependant il n'y a plus moyen de
-ne pas les satisfaire; il est urgent de les adoucir par les bassesses
-contre lesquelles lord Grey se serait révolté, et qui répugnent moins à
-ses successeurs, à commencer par mon ami le Chancelier. Ainsi vous voyez
-qu'il est heureux que nous ayons pour gouvernants des gens tout disposés
-à faire les bassesses nécessaires!»
-
-Il me semble qu'on s'accorde à beaucoup louer le discours de la Reine
-d'Espagne. Pour l'apprécier il faudrait connaître, mieux que je ne puis
-le faire, l'état de ce pays; tout ce que je puis lui souhaiter de mieux,
-c'est qu'elle ne soit plus dans le cas d'en faire de si longs et dans de
-semblables circonstances. On dit qu'elle l'a prononcé de fort bonne
-grâce. On doit lui savoir gré d'avoir repris courage et d'être rentrée
-dans la contagion pour le prononcer.
-
-Le choléra enlève beaucoup de monde à Madrid; la police sanitaire y est
-mauvaise, la chaleur extrême, la propreté nulle. Les femmes y sont
-atteintes dans une proportion double des hommes. La mère de Mme de
-Miraflorès est parmi les victimes.
-
-Don Carlos est, à ce qu'il paraît, sur le point de repasser la frontière;
-il en est même, dit-on, assez près pour que les vedettes françaises
-aperçoivent les siennes.
-
-Je ne sais quel mauvais vent souffle sur Paris, mais je serais disposée à
-croire que tout n'y est pas aussi tranquille en réalité qu'en apparence.
-Voici, à cet égard, ce que je trouve dans une lettre de Bertin de Veaux:
-«Il paraît qu'il est dans la destinée du prince de Talleyrand, et dans la
-vôtre, de ne venir à Paris que pendant les crises ministérielles, car
-notre ministère n'est pas plus solide que celui de Londres. Au surplus,
-dans ce pays-ci, on a pris son parti de vivre au jour le jour; excepté
-les acteurs, personne ne pense à la pièce. Cependant, quand vous
-arriverez, votre salon sera bientôt plein, et c'est devant vous et devant
-le Prince, que tous les acteurs, grands et petits, iront _poser_, comme
-on dit à présent.»
-
-Dans une autre lettre, il est fort question des dangers du jour, de ceux
-du lendemain, de vœux apparents, de velléités sourdes, de
-mésintelligences, d'associations, de la grande ambition de certains
-petits hommes, de l'humeur et de la bouderie des autres. A propos de
-mécomptes éprouvés par M. Decazes, on ajoute: «Ce pauvre M. Decazes a
-beau frapper la terre de tous côtés, il n'en peut rien faire sortir; on
-dit qu'il veut maintenant la place de Semonville, et qu'il a peut-être
-quelques chances, parce que Semonville est très commode à désobliger; il
-ne fait peur à personne. Cette mode d'enterrer les gens, avant qu'ils ne
-soient morts, ne me plaît guère; je croyais qu'on en était dégoûté depuis
-l'épreuve faite sur MM. de Marbois et Gaëte, qui n'a pas eu de succès
-dans le public. Comme, en rentrant chez soi, on se trouve bien de ne
-pouvoir être dépossédé de rien!»
-
-
-_Londres, 4 août 1834._--Il paraît certain que, la veille de l'ouverture
-des Cortès, on a découvert une conspiration républicaine fort étendue,
-dans laquelle beaucoup de personnes marquantes auraient été compromises.
-Palafox et Romero sont arrêtés; on dit que c'est en Galice surtout qu'ils
-avaient le plus de partisans; dans l'Aragon et la Catalogne ce sont les
-carlistes qui dominent et s'agitent. Ainsi, voilà trois drapeaux
-différents, sous lesquels l'Espagne se range et se divise.
-
-Quand M. Backhouse a été trouver don Carlos sur le _Donegal_, celui-ci
-lui a dit qu'il avait entendu parler du traité de la Quadruple Alliance,
-mais qu'il désirait en connaître le texte. L'ayant lu, il l'a remis à M.
-Backhouse, sans réflexions, mais avec un sourire très ironique, qui est
-devenu un rire dédaigneux lorsque M. Backhouse lui a dit qu'il croyait
-qu'il se faisait illusion sur la force de son parti en Espagne. A cela
-près, le Prince a été poli et doux dans son accueil et même obligeant.
-
-On avait annoncé la clôture du Parlement pour le 12, et la plus grande
-partie des membres comptaient quitter Londres même avant ce jour-là,
-quand le duc de Wellington a réuni, avant-hier, tous ceux de son parti
-chez lui; il les a priés dans l'intérêt et _pour le salut de la Patrie_
-de rester à leur poste et de profiter de leur majorité, reconnue
-imposante dans la question des _dissenters_ pour défendre encore l'Église
-à l'occasion des autres mesures qui restent en discussion. La crainte de
-laisser le Clergé protestant d'Irlande sans aucun moyen d'existence, si
-le «Bill sur les dîmes», œuvre d'O'Connell, est rejeté, laisse, à la
-vérité, quelques doutes sur la marche définitive que la Chambre Haute
-adoptera, mais les évêques paraissent croire que ce Bill serait aussi
-pernicieux pour eux que l'absence de toutes mesures pécuniaires. Il est
-certain que la semaine actuelle est une des plus critiques; si ce Bill
-est rejeté, les deux Chambres se trouveront en collision. Le ministère
-quittera-t-il? ou bien demandera-t-il carte blanche au Roi? avancera-t-il
-ainsi dans la route révolutionnaire? ou bien s'en tiendra-t-il, comme le
-Chancelier le disait hier, à laisser le Clergé protestant d'Irlande
-mourir de faim? Lord Grey disait que ce ne serait pas si aisé de laisser
-ces prêtres mourir de faim, puisqu'une loi obligeait de pourvoir à leur
-existence, soit en prélevant les dîmes, soit de toute autre manière. Et
-quant à une fournée de Pairs, sur l'observation qu'il en faudrait nommer
-cent cinquante, lord Grey a dit que deux cents ne suffiraient pas, parce
-que toute l'ancienne Pairie, lui en tête, se révolterait contre un
-gouvernement assez fou et assez mauvais pour se porter à une telle
-extrémité. Il resterait d'ailleurs à savoir si le Roi y consentirait.
-Celui-ci est souffrant, triste, abattu; il en convient et surtout de sa
-préoccupation morale, qu'il ne cherche pas à cacher. On remarque en lui
-une oppression extrême et particulièrement l'affaiblissement d'un œil
-qu'il ne peut presque plus ouvrir.
-
-Voici ce qui s'est passé à l'occasion de la Jarretière, vacante par la
-mort de lord Bathurst: le Roi l'a envoyée à lord Melbourne, comme étant
-son premier ministre. Celui-ci l'a respectueusement refusée, en disant
-qu'il suppliait le Roi de la donner à celui auquel lord Grey aurait
-désiré qu'elle arrivât, c'est-à-dire au duc de Grafton. Le Roi l'a, en
-effet, envoyée au Duc, mais celui-ci, vivement affecté de la mort de son
-fils favori, se sentant, d'ailleurs, âgé et hors du monde, a prié le Roi
-de la donner à quelqu'un qui pourrait se montrer plus souvent à ses yeux
-et qui serait plus utile à son service. On suppose qu'elle ira au duc de
-Norfolk; mais il est catholique, et ce serait le premier exemple de cette
-grâce donnée à un dissident religieux.
-
-Un rude coup vient de frapper le duc de Wellington, au milieu des soucis
-multipliés de chef de l'opposition: Mme Arbuthnot, femme d'esprit et de
-sens, discrète et dévouée, amie fidèle du Duc, vient de mourir en peu de
-jours d'une maladie vive. Elle était dans toute la force de l'âge et
-d'une santé jusque-là très robuste. Le Duc a donc perdu, dans la même
-semaine, lord Bathurst, son plus ancien ami, et Mme Arbuthnot, sa
-confidente, sa consolation, son _home_! Les morts, les départs rendent
-Londres bien triste en ce moment; tout le monde a la mine longue et
-déconfite; on est consterné de cette mauvaise veine, qui fait que chaque
-jour est marqué par une catastrophe.
-
-
-_Londres, 5 août 1834._--Dom Miguel a, décidément, signé sa protestation.
-Le duc d'Alcudia et M. de Lavradio sont près de lui; ils se disposent
-tous à venir rejoindre don Carlos, au moindre succès de celui-ci.
-
-Lady Holland et lady Cowper font tous leurs efforts pour que M. de
-Talleyrand et lord Palmerston se quittent sur de bons termes. Je
-comprends que les amis de celui-ci le désirent, et qu'il leur importe,
-d'une part, que l'on ne puisse pas s'en prendre aux inconvénients
-personnels de lord Palmerston de la dispersion totale du haut Corps
-diplomatique, et que, de l'autre, le mauvais renom du ministère anglais
-dans toute l'Europe ne soit pas fortifié du langage de M. de Talleyrand
-sur lui à Paris. On arrivera, en effet, à faire qu'ils se quitteront
-poliment, sans éclat, sans rupture; mais il est impossible qu'un levain
-qui fermente depuis si longtemps, ne laisse pas un germe de mal-être,
-d'embarras et de rancune. M. de Talleyrand ne saurait oublier qu'il a été
-traité légèrement par plus jeune et moins capable que lui. Lord
-Palmerston, moins impertinent, peut-être, dans les formes, s'en vengerait
-sur le fond des choses, et d'autant plus aisément que l'âge et la paresse
-de M. de Talleyrand le rendraient, chaque jour, plus facile à entraîner
-dans de fausses démarches. Rien ne serait donc plus mal avisé que de se
-remettre en présence, et malgré tous les souvenirs si doux et si
-satisfaisants qui m'attachent à l'Angleterre, j'avoue que j'éprouverai, à
-l'égard de M. de Talleyrand, un soulagement véritable à le voir hors des
-affaires publiques.
-
-
-_Londres, 6 août 1834._--C'est décidément le duc de Norfolk qui a la
-Jarretière.
-
-L'Espagne demande des articles additionnels au Traité du 22 avril, dit de
-la «Quadruple Alliance». Elle demande à l'Angleterre des vaisseaux en
-croisière sur les côtes de la Biscaye; au Portugal, un corps d'armée; à
-la France, de l'argent, des munitions, des troupes sur la frontière
-française; et à ses alliés réunis, l'appui moral d'une déclaration
-favorable à la cause de la Régence, et qui étendrait et expliquerait
-plus amplement le but du premier Traité.
-
-L'incertitude et l'ignorance prolongée des mouvements de Rodil inquiètent
-sur ses succès, et on attribue à l'alarme qui en résulte la baisse des
-fonds à Paris, les malheurs particuliers qui en sont résultés et qui ont
-amené de sinistres catastrophes. Les Rothschild, qui avaient inondé
-l'Europe d'effets espagnols, et qui en étaient restés eux-mêmes assez
-encombrés, sont de très mauvaise humeur et prodigieusement inquiets.
-
-Il y a des gens d'esprit qui prétendent que le grand danger pour la
-Régente n'est pas dans don Carlos, mais dans le parti dit du _mouvement_.
-On est bien disposé à se ranger à cette opinion quand on songe à
-l'horrible propos tenu par Romero Alpuende, qui appelait les massacres du
-17 juillet à Madrid: «_Un léger soulagement patriotique._»
-
-
-_Londres, 8 août 1834._--Rodil paraît avoir obtenu, décidément, un succès
-très marqué sur toute la ligue des carlistes. Dans une guerre régulière
-cela pourrait mettre fin à la lutte, mais dans une guerre civile les
-règles communes ne s'appliquent plus et ce qu'on croit anéanti
-aujourd'hui reparaît demain.
-
-M. de Talleyrand a pris congé du Roi avant-hier. Le Roi a été gracieux
-pour lui et pour moi, regrettant qu'en l'absence de la Reine, sa vie de
-garçon l'empêchât de m'engager à aller à Windsor où il aurait été charmé
-de me voir avant mon départ. Ceci est plus obligeant qu'exact, car la
-princesse Auguste fait les honneurs du château, des dames y sont
-invitées, entre autres lady Grey et sa fille; mais enfin la rédaction est
-gracieuse et, dans le monde, c'est tout ce qu'on peut exiger.
-
-Le Roi a beaucoup dit encore que les affaires étaient bien sérieuses et
-les cartes bien mêlées, ce à quoi M. de Talleyrand a répondu: «Quant à
-nous, Sire, nous jouons nos cartes sur la table de Votre Majesté.»
-
-
-_Londres, 9 août 1834._--Je ne connais rien de si embarrassant pour des
-maîtres de maison que l'hostilité montrée et rapprochée des convives
-entre eux. Le Chancelier, auquel nous espérions avoir échappé, nous est
-arrivé hier au dessert. Il a prolongé notre dîner en mangeant fort à son
-aise et avec sa saleté ordinaire; il parlait en mangeant, touchant à tous
-les sujets, comme à tous les plats, sans arrêt, sans délicatesse. Nous en
-souffrions, surtout pour lord et lady Grey. Enfin il nous a mis tous bien
-mal à l'aise et a augmenté, s'il est possible, mon dégoût et mon mépris
-pour lui.
-
-Lord John Russell, qui dînait chez nous, est aussi un petit radical,
-mais, du moins, il a toutes les habitudes de bon goût et de bonne grâce
-qui distinguent son père.
-
-A propos de popularité et des frais qu'il est convenable que les grands
-seigneurs fassent pour les classes secondaires de la société, lord John
-me disait, hier, que rien ne pouvait vaincre la répugnance du duc de
-Bedford pour le petit monde de son entourage, et qu'un jour l'intendant,
-du Duc lui ayant demandé d'inviter ce monde à dîner et le Duc s'y étant
-refusé, l'homme d'affaires lui dit: «Mais, monsieur le Duc, par ces
-politesses vous épargnerez peut-être quinze mille louis aux élections
-prochaines.--Cela se peut, répondit le Duc, mais l'argent dépensé à
-m'éviter de l'ennui et de la déplaisance me paraîtra fort bien employé.
-Je payerai les quinze mille louis, mais je ne donnerai pas de dîner.» Le
-duc de Bedford est cependant très magnifique, très charitable, faisant
-faire des travaux considérables uniquement pour employer les pauvres du
-Comté. Eh bien! il n'y est pas populaire; l'amour-propre blessé des
-classes intermédiaires se fait plus sentir que les besoins satisfaits des
-indigents ne se font jour.
-
-Lord, lady Grey, leurs enfants, avaient, disaient-ils, envie de se
-distraire, de changer le cours de leurs idées, d'aller en France et de
-nous y faire visite; mais l'espèce de triomphe qui y serait décerné à
-lord Grey a épouvanté le ministère actuel, qui aurait craint la
-comparaison entre les honneurs rendus à leur victime et la
-déconsidération sous laquelle ils gémissent. Aussi a-t-on persuadé à lord
-Grey que s'il se rendait en France maintenant, il aurait l'air d'y aller
-pour chercher une ovation et que ce serait manquer de délicatesse; nous
-ne l'y verrons donc pas. Je le regrette pour lui; je crains que dans la
-disposition irritée et pénible dans laquelle il se trouve, la solitude et
-l'ennui ne lui fassent un mal réel, ainsi qu'à sa femme, qui est plus
-blessée et plus profondément atteinte que lui-même. Lord Grey s'est,
-moralement et physiquement, détruit aux affaires; quelle différence s'il
-s'en était éloigné six semaines plus tôt, en même temps que les quatre
-membres vraiment distingues et honorables du Cabinet! Lord Grey se
-serait alors retiré avec tous les honneurs de la guerre au lieu de mettre
-bas les armes!
-
-Le goût des voyages a, du reste, gagné tout le monde, et le Chancelier,
-comme les autres, voulait employer ses vacances à faire un pèlerinage
-pittoresque et amoureux aux bords du Rhin, à la suite de Mrs Peter. Mais,
-à ce qu'il m'a dit, hier, lui-même, le Roi n'a pas voulu le lui
-permettre; depuis lord Clarendon, aucun Chancelier d'Angleterre n'a
-quitté le pays, et ce précédent n'est pas encourageant, car ce
-Chancelier-là n'était en voyage que parce que son Roi était en fuite.
-D'autres personnes disent que le Roi n'est pour rien dans les changements
-de projets de lord Brougham, mais que l'obligation de céder quatorze
-cents louis de son traitement pour établir une Commission des sceaux en
-son absence est la véritable cause qui le fait rester.
-
-
-_Londres, 11 août 1834._--Lord Palmerston nous a donné un dîner d'adieu.
-C'est dans son goût: il aime à fêter les partants; mais il ne s'était pas
-donné grand'peine pour la réunion. Il n'y avait, outre quelques
-diplomates inférieurs, que Mrs Peter; pas un Anglais considérable,
-personne de ceux réputés nos amis. C'était un acquit de conscience, ou
-plutôt de mauvaise conscience, et voilà tout. Peut-être lord Palmerston
-a-t-il plus de haine contre les Lieven que contre nous, mais il affichera
-autant de dédain pour les uns que pour les autres.
-
-A dîner, il a amené, à propos des Flahaut, une petite explication sur ce
-qu'il n'avait accepté aucune de nos invitations. Je lui ai dit à ce
-sujet, moitié riant, moitié aigrement, quelques petites vérités qui ont
-assez bien passé! Il y a eu beaucoup de sous-entendus, de _hints_, de
-coups de patte, dans notre conversation, qui m'a rappelé celles du bal de
-l'Opéra où la pensée est d'autant plus vraie que l'apparence est plus
-voilée et dissimulée. Je me suis amusée aussi à faire peur au _jeune
-homme_, comme l'appelait Mme de Lieven. Il a cru qu'il devait se montrer
-fort désireux de notre prompt retour; je l'ai pris au mot, en lui disant
-que j'allais plus loin que lui, et que j'étais d'avis que M. de
-Talleyrand ne partît pas du tout. Il a pris, alors, une figure toute
-sotte et, revirant de bord, il n'a cessé de dire que le changement d'air
-était nécessaire, indispensable, qu'on avait besoin de se renouveler au
-physique et au moral; enfin, il ne voulait plus que nous faire partir au
-plus vite.
-
-Je l'ai regardé, et de près, hier; il est rare d'avoir, aussi bien que
-lui, le visage de son caractère. Les yeux sont ternes et fauves; son nez
-retroussé, impertinent; son sourire amer, son rire forcé; rien d'ouvert,
-ni de digne, ni de comme il faut, ni dans ses traits, ni dans sa
-tournure; sa conversation est sèche, mais, je l'avoue, elle ne manque pas
-d'esprit. Il y a, en lui, une empreinte d'obstination, d'arrogance et de
-mauvaise foi que je crois être un reflet exact de sa nature véritable.
-
-
-_Londres, 12 août 1834._--Il est difficile, malgré le peu de progrès de
-don Carlos, d'être rassuré sur l'état de l'Espagne. Le général Alava, qui
-y retourne après beaucoup d'années d'exil, paraît frappé de la
-démoralisation et de la confusion qu'il y remarque; tous les liens
-naturels sont détruits par l'esprit de parti; la férocité et la violence
-de ces fanatiques méridionaux ne se tournent plus contre l'étranger, mais
-se replient cruellement sur eux-mêmes. L'esprit républicain gagne partout
-où l'esprit religieux n'appuie pas le parti légitimiste; il apparaît,
-avec tout le pathos, devenu trivial, du langage révolutionnaire dans
-l'adresse des Procuradores à la Régente. Déjà, le ministère est en lutte,
-dès le début des Cortès, avec cette seconde Chambre, et on ne saurait
-imaginer comment le faible gouvernement d'une telle régence pourra
-triompher de tant de mauvaises conditions.
-
-J'ai vu, dernièrement, chez lord Palmerston, auquel la Régente l'a
-envoyé, un portrait de la petite Reine Isabelle II. Elle n'a, sur ce
-portrait, aucune des grâces de l'enfance; elle paraît avoir des yeux
-insignifiants et la méchante bouche de son père; c'est, en tout, une
-laide petite Princesse. C'est dommage, les femmes destinées au trône, et
-surtout aux trônes contestés, ne sauraient presque, sans péril, se passer
-de beauté.
-
-L'espèce de banqueroute déclarée par M. de Toreno et qui atteint, d'une
-manière si fatale, une foule de petits rentiers, à Paris, y dépopularise
-la cause de la petite Reine. Il me semble que c'est une sorte de bonheur;
-car si la vanité et la _furia francese_ avaient poussé le gouvernement à
-prendre une part trop effective au succès de cette petite voisine, il se
-serait trouvé entraîné dans une série d'embarras et dans une solidarité
-de dangers, dont les conséquences eussent été incalculables. Le Roi
-Louis-Philippe a tout ce qu'il faut de discernement et d'éveil sur ses
-propres intérêts dynastiques pour ne pas rester froid et en arrière dans
-cette lutte qui ne peut, en définitive, tourner que désagréablement pour
-lui, soit que l'anarchie triomphe sous le drapeau d'Isabelle II, soit que
-la légitimité l'emporte avec don Carlos. Dans cette double et importune
-alternative, il ne serait pas convenable de heurter, par une intervention
-précise, nos autres voisins, car nous avons des voisins et non pas des
-alliés. L'Angleterre, seule, est en alliance avec nous, mais, ruinée
-comme elle l'est par tant de plaies intérieures, peut-elle peser encore
-de tout son poids dans les destinées européennes? Non, sans doute, et il
-faut bien qu'elle en ait la conscience, puisque ni dans la question
-d'Orient, ni dans aucune de celles qui se sont présentées depuis deux
-ans, l'Angleterre n'a soutenu, par ses actions, la jactance de son
-langage.
-
-Le choléra continue ses ravages à Madrid: il atteint surtout les classes
-élevées et particulièrement les femmes. Il reparaît aussi, quoique
-légèrement, à Paris et à Londres.
-
-
-_Londres, 13 août 1834._--Le «Bill sur les dîmes d'Irlande» a été rejeté,
-comme on s'y attendait à la Chambre des Pairs, à une si grande majorité
-qu'il est difficile de créer assez de nouveaux Pairs pour changer la
-balance. Et cependant comment se figurer la prochaine session s'ouvrant
-avec la même Chambre Haute et avec le même ministère? Celui-ci déclare
-ne vouloir pas quitter la partie, ne compter pour rien la Chambre des
-Pairs, marcher uniquement avec les Communes et ne se soucier ni du
-Clergé, ni de la Pairie, et probablement fort peu de la Royauté. Ce sera
-à celle-ci de se prononcer. Hélas! elle est bien peu éclairée!
-
-Lord Grey me disait qu'il ne partageait pas l'opinion du Chancelier, qui
-ne voulait voir d'autres obstacles que ceux venant de la Chambre Haute;
-il croit qu'il y en aura aussi de très vifs aux Communes où M. Stanley,
-l'ex-ministre, se prépare, dit-on, à faire la guerre la plus acharnée à
-l'administration actuelle. Lord Grey s'est abstenu de paraître à la
-Chambre des Pairs; il a cru qu'il serait peut-être obligé de parler, et
-que, ne pouvant s'empêcher d'exprimer son aversion pour l'alliance du
-Cabinet avec O'Connell, il aurait fait évidemment un tort au ministère
-dont il ne veut pas être coupable.
-
-
-_Londres, 14 août 1834._--Les Grands d'Espagne ont, à ce qu'il paraît, le
-ton fort libre et fort dégagé avec leurs souverains, avec lesquels ils
-fument des cigares et dont, souvent, ils achèvent ceux commencés: le duc
-de Frias, jadis ambassadeur ici, distrait, bizarre, ridicule et ne se
-gênant avec personne, est revenu, il y a quelque temps, passer quatre
-jours à Londres; il a voulu aller au Lever du Roi et, approchant sa
-grotesque petite figure, il a dit au Roi: «Vous devez me connaître.» Le
-Roi, qui d'abord ne se souvenait pas trop de lui, et choqué de cette
-façon dégagée, répondit: «Non, je ne vous connais pas.--J'étais
-ambassadeur ici quand vous n'étiez _que_ duc de Clarence,» répliqua le
-petit Duc. Sur quoi le Roi, presque en colère et faisant un geste pour le
-faire passer, répéta vivement: «Non, non, je ne vous connais pas.» Et,
-s'adressant au ministre des Pays-Bas qui suivait, il lui demanda tout
-haut: «Quel est cet arlequin?» Cela a fait une assez drôle de scène.
-
-
-_Londres, 18 août 1834._--Depuis plusieurs jours, soumise à l'influence
-cholérique qui domine à Londres, vivement agitée de la maladie de mes
-amis, importunée de tous les préparatifs de mon prochain départ, j'ai
-négligé mes notes. J'aurais voulu y retracer quelques-uns de mes derniers
-souvenirs de Londres, qui se sont obscurcis par la maladie, l'inquiétude,
-les regrets, mais qui ne m'en sont pas moins précieux.
-
-J'ai vu le duc de Wellington et lord Grey me dire adieu avec une
-expression d'amitié et d'estime qui m'est très honorable. Je laisse ce
-dernier, cherchant, pour échapper à des retours pénibles sur lui-même, à
-se faire quelque illusion sur la marche trop rapide des affaires du pays;
-il les a mises dans une voie dont ses successeurs accélèrent la pente.
-
-Le duc de Wellington voit les choses aussi sombres qu'elles le sont, mais
-décidé à lutter jusqu'à la dernière minute, il ne sait pas ce que c'est
-que le découragement; non pas qu'il veuille faire de l'opposition à
-toutes les propositions du ministère, non pas que, systématiquement, il
-veuille entraver l'administration et arrêter les rouages du
-gouvernement; il est trop honnête homme pour cela; mais il croit de son
-devoir, et de celui de la Chambre Haute, de se placer comme une digue et
-une barrière protectrice des bases anciennes et fondamentales de la
-Constitution. La personnalité du Roi est un obstacle à presque toutes les
-chances de salut; le successeur, une enfant, présente encore plus
-d'inconvénients peut-être, et d'autant plus, que sa mère, Régente future,
-paraît joindre beaucoup d'obstination à des idées fort étroites.
-
-Il est impossible de ne pas songer avec effroi à l'avenir de ce grand
-pays, si brillant encore, si fier, il y a quatre ans, quand j'y suis
-arrivée, si terni aujourd'hui que je le quitte, peut-être pour toujours.
-
-Je n'admets pas la chance d'y voir revenir M. de Talleyrand: trop de
-bonnes raisons se pressent pour l'en détourner; je les ai détaillées dans
-une lettre que je lui ai écrite et qui peint assez exactement sa
-position, aussi je veux, pour la conserver, l'insérer ici:
-
-«J'ai de grands devoirs à remplir envers vous; je n'en suis jamais plus
-pénétrée que lorsque votre gloire me paraît compromise. Je vous irrite
-parfois un peu en vous parlant, je me tais alors, avant d'avoir dit toute
-ma pensée, toute la vérité. Permettez-moi donc de vous l'écrire, et
-veuillez passer sur ce que les mots pourraient avoir de déplaisant, en
-faveur du dévouement consciencieux qui les dicte. Sans prétendre,
-d'ailleurs, m'attribuer une grande part d'intelligence, je ne puis la
-croire bornée, lorsqu'il s'agit de vous que je connais si bien et dont je
-suis placée pour juger les difficultés et apprécier les embarras. Ce
-n'est donc pas légèrement que je vous engage à quitter les affaires et à
-vous retirer de la scène où une société en désordre se donne tristement
-en spectacle. Ne restez pas plus longtemps à un poste où vous seriez,
-nécessairement, appelé à démolir l'édifice que vous avez soutenu avec
-tant de peines. Vous savez à quel point j'éprouvais, dès l'année
-dernière, des craintes, en vous voyant revenir en Angleterre. Je
-pressentais tout ce que votre tâche, avec les instruments donnés, pouvait
-vous préparer de dégoûts; mes prévisions, convenez-en, se sont réalisées
-en grande partie. Cette année-ci la question s'est encore aggravée de
-mille incidents fâcheux: songez aux circonstances dont vous seriez
-entouré! Et permettez-moi de vous les signaler. Que voyons-nous en
-Angleterre? Une société divisée par l'esprit de parti, agitée par toutes
-les passions qu'il inspire, perdant chaque jour de son éclat, de sa
-douceur, de sa sûreté; un Roi sans volonté, principalement influencé par
-celui de ses ministres dont vous avez le plus à vous plaindre; et ce
-ministre, léger, présomptueux, arrogant, n'ayant pour vous aucun des
-égards que votre âge et votre position exigent, quelles entraves ne
-met-il pas aux affaires? Sa pensée unique est de faire triompher ses
-propres idées, bien loin de s'éclairer des vôtres; il vous promène
-d'incertitudes en incertitudes, vous jette dans la contradiction,
-l'ignorance et le vague, fait à côté de vous les affaires qu'il devrait
-faire avec vous, et se glorifie ensuite du succès de sa fausseté ou de
-son dédain. Est-ce avec un pareil homme que vous conserveriez plus
-longtemps l'attitude imposante qu'il vous convient de garder? Ne
-sentez-vous pas qu'elle est déjà changée dans le fond, qu'elle ne
-tarderait pas à l'être aux yeux du public? Croyez-vous, d'ailleurs, que
-le rôle d'ambassadeur grand seigneur, d'homme de _conservation_ tel que
-vous, puisse convenir auprès d'un gouvernement entraîné par le mouvement
-révolutionnaire, lorsque vous n'avez déjà que trop à lutter avec un
-mouvement analogue dans le pays que vous représentez? L'alliance établie
-par vous sur la base du bon ordre, de l'équilibre, de la conservation,
-pourrait-il vous plaire de la continuer sur celle des sympathies
-anarchiques? Ne perdez pas de vue, non plus, que l'appui et la
-consolation que vous avez trouvés, pendant plusieurs années, dans
-l'amitié, la confiance, le respect, le bon esprit de vos collègues, vous
-manqueraient, maintenant que le Corps diplomatique de Londres n'est plus
-le même. La nouvelle Espagne, le nouveau Portugal, l'informe Belgique y
-paraissent seuls, et sous des formes impertinentes ou vulgaires. Vous
-trouvant ainsi isolé en Angleterre, et soumis à tant de mauvaises
-conditions, sur quoi vous appuieriez-vous? Est-ce sur le gouvernement que
-vous représentez? Les petitesses, les indiscrétions, la vanité,
-l'intrigue qui règnent à Paris, vous n'avez pu les dominer que du haut de
-votre position à Londres; mais ce n'est pas avec le soutien de nos petits
-ministres, qui sont plus à lord Granville qu'à nous, que vous en
-imposeriez ici. Vous y êtes venu, il y a quatre ans, non pour faire votre
-fortune, votre carrière, votre réputation; tout cela était fait depuis
-longtemps; vous y êtes venu, non pas davantage par affection pour les
-individus qui nous gouvernent, et que vous n'aimez, ni n'estimez guère;
-vous n'y êtes venu que pour rendre, à travers un tremblement de terre, un
-grand service à votre pays! L'entreprise était périlleuse à votre âge!
-Après quinze ans de retraite, reparaître au moment de l'orage et le
-conjurer était une œuvre hardie! Vous l'avez accomplie, que cela vous
-suffise; vous ne pourriez désormais qu'en affaiblir l'importance.
-Souvenez-vous des paroles, si vraies, de lord Grey: _A un âge avancé,
-quand on a conservé sa santé et ses facultés, on peut encore en temps
-ordinaire, s'occuper utilement des affaires publiques; mais il faut, dans
-les temps de crise, comme ceux dans lesquels nous vivons, un degré
-d'attention, d'activité et d'énergie, qui n'appartient qu'à la force de
-la vie et non à son déclin_. En effet, dans la jeunesse, tout moment est
-bon pour entrer en lice; dans la vieillesse, il ne s'agit plus que de
-bien choisir celui pour en sortir. Lord Grey offrait ici une dernière
-digue, déjà trop faible, à l'esprit révolutionnaire; vous y avez été la
-dernière digue aux luttes des puissances entre elles. Lord Grey a senti
-trop tard qu'il était emporté par le torrent, ne sentez pas trop tard,
-vous, que votre influence est devenue aussi insuffisante que la sienne.
-Un dernier rayon de lumière est venu éclairer les nobles et touchants
-adieux de lord Grey, sa retraite est devenue un triomphe; un jour de
-plus, il était effacé! Que les deux derniers champions de la vieille
-Europe quittent donc en même temps la scène publique; qu'ils emportent,
-dans la retraite, la conscience de leurs efforts et de leurs services,
-et que l'histoire fasse, un jour, ce rapprochement honorable pour tous
-deux. C'est ainsi, mais ce n'est qu'ainsi, que je comprends le dénouement
-de votre vie politique. Toutes les considérations qui pourraient vous le
-faire envisager différemment me paraîtraient indignes de vous.
-Pourriez-vous, en effet, faire entrer dans la balance un peu plus ou un
-peu moins d'amusement et de ressources sociales? Faut-il compter pour
-quelque chose la petite agitation des dépêches, des courriers, des
-nouvelles? L'intérêt qui en résulte n'est que trop souvent le hochet d'un
-enfant. Devrions-nous, même, songer au plus ou moins de tranquillité
-matérielle? Les secousses, les tourmentes révolutionnaires sont-elles
-finies en France? Je n'en sais rien. Sont-elles plus ou moins prochaines
-en Angleterre? Je l'ignore. Faudra-t-il redouter la solitude? Chercher la
-distraction des voyages? Quels seront, en un mot, les détails de la vie
-privée? Peu nous importe. Je suis plus jeune que vous, et je pourrais
-plus naturellement, peut-être, y faire quelque attention; mais je
-croirais indigne de votre confiance, et de la vérité que j'ose vous dire
-aujourd'hui, si un retour quelconque sur mes convenances personnelles me
-faisait vous la dissimuler. Quand, comme vous, on appartient à
-l'histoire, on ne doit pas songer à un autre avenir qu'à celui qu'elle
-prépare. Elle juge plus sévèrement, vous le savez, la fin de la vie que
-son début. Si, comme j'ai l'orgueil de le croire, vous attachez du prix à
-mon jugement autant qu'à mon affection, vous serez aussi vrai avec
-vous-même que je me permets de l'être en ce moment, vous renoncerez aux
-illusions volontaires, aux arguties spécieuses, aux subtilités de
-l'amour-propre, et vous mettrez fin à une situation qui bientôt vous
-déplacerait autant aux yeux des autres qu'aux miens. Ne marchandez pas
-avec le public. Imposez-lui son jugement, ne le subissez pas;
-déclarez-vous vieux, pour qu'on ne vous trouve pas vieilli; dites
-noblement, simplement, avant tout le monde: _l'heure a sonné!_»
-
-
-Dom Miguel est parti de Gênes, on l'a rencontré à Savone: cela déplaît
-tout particulièrement à lord Palmerston!
-
-
-_Londres, 19 août 1834._--Il paraît que pendant que dom Miguel était à
-Savone, on a vu en mer plusieurs bâtiments, qui ont arboré le pavillon
-anglais, et qui ont fait force signaux, d'après lesquels dom Miguel
-serait retourné à Gênes: voilà ce qu'on disait hier sans y joindre
-d'autre explication.
-
-
-_Londres, 20 août 1834._--M. de Talleyrand a quitté, hier, Londres,
-probablement pour ne plus y revenir; c'était, du moins, ce qu'il disait.
-
-Il y a toujours quelque chose de solennel et de singulièrement pénible à
-faire une chose pour la dernière fois, à quitter, à s'absenter, à dire
-adieu, quand on a quatre-vingts ans. Je crois qu'il en avait le
-sentiment; je suis sûre de l'avoir eu pour lui. D'ailleurs, entourée de
-malades, malade moi-même, touchant à l'anniversaire de la mort de ma
-mère qui est aujourd'hui, me souvenant de tout ce qui m'est arrivé de si
-heureux et de si doux en Angleterre, et me voyant à la veille de tout
-quitter, je me suis sentie extrêmement faible et découragée; j'ai dit
-adieu à M. de Talleyrand avec le même serrement de cœur que si je ne
-devais pas le revoir dans quatre jours, et j'aurais pu lui dire aussi
-comme je disais à Mme de Lieven: «Je pleure mon départ dans le vôtre.»
-
-Les dernières impressions que M. de Talleyrand a emportées de sa vie
-publique ici n'ont pas été précisément agréables. Après un grand nombre
-d'heures passées au Foreign Office, en regard de M. de Miraflorès, de M.
-de Sarmento et de lord Palmerston, qui s'est fait beaucoup attendre,
-comme à son ordinaire, ils ont enfin signé, au milieu de la nuit, des
-articles additionnels assez peu importants, au traité du 22 avril de la
-Quadruple Alliance. Lord Palmerston aurait voulu donner plus d'extension
-à ce traité, tandis que M. de Talleyrand, au contraire, désirait plutôt
-en restreindre les obligations. L'absence de Paris de lord Granville
-avait laissé le gouvernement français libre de toute obsession de ce
-côté, aussi il a tenu bon; il a autorisé M. de Talleyrand à rester dans
-la mesure qu'il voulait et lord Palmerston en a été pour ses velléités,
-lord Holland pour sa rédaction et Miraflorès pour ses sauteries.
-
-Il y a deux anecdotes que j'ai trop souvent entendu conter à M. de
-Talleyrand pour qu'elles aient encore le même mérite pour moi, mais elles
-m'ont paru assez piquantes, la première fois que je les ai entendues,
-pour que je veuille les écrire ici. Elles se rattachent, toutes les
-deux, aux campagnes de l'Empereur Napoléon qui ont fini par la paix de
-Tilsitt.
-
-L'Empereur reçut à Varsovie, où il s'arrêta pendant une partie de l'hiver
-de 1806 à 1807, un ambassadeur persan[34], qui, à ce qu'il paraît, était
-homme d'esprit. Du moins, M. de Talleyrand prétend que l'Empereur
-Napoléon ayant demandé au Persan s'il n'était pas un peu surpris de
-trouver un Empereur d'Occident si près de l'Orient, l'ambassadeur
-répondit: «Non, Sire, car Tahmasp-Kouli-Khan a été encore plus loin.»
-J'ai toujours soupçonné la réalité de cette réplique que je crois avoir
-été inventée par M. de Talleyrand, dans un de ses moments d'humeur contre
-l'Empereur, humeur qu'il répandait en petites malices, et le plus qu'il
-pouvait, en les mettant dans la bouche d'autrui. Il y en a d'autres,
-cependant, dont il n'a pas renié la paternité, et que je lui ai entendu
-dire de premier jet, entre autres ce mot dit en 1812, si souvent répété
-depuis, appliqué à tant de choses, qui est devenu du domaine public, et
-presqu'une locution commune: «_C'est le commencement de la fin!_» Cette
-malheureuse campagne de 1812 inspira plus d'un mot piquant à M. de
-Talleyrand. Je me souviens qu'un jour, M. de Dalberg vint dire, chez ma
-mère, que tout le matériel de l'armée était perdu: «Non pas,» dit M. de
-Talleyrand, «car le duc de Bassano vient d'arriver.» Le duc de Bassano
-était, tout particulièrement alors, l'objet de la déplaisance de M. de
-Talleyrand, et cela se comprend. L'Empereur avait désiré rappeler M. de
-Talleyrand aux affaires; il avait été convenu que celui-ci le suivrait à
-Varsovie, mais cela devait rester secret jusqu'au jour du départ.
-L'Empereur en prévint, cependant, le duc de Bassano, qui, inquiet d'un
-retour de faveur qui pouvait menacer la sienne, vint le dire à sa femme;
-celle-ci se chargea de faire manquer la chose: elle se servit pour cela
-de M. de Rambuteau, bavard, important et mielleux, prétentieux et souple,
-qui se croyait amoureux de la Duchesse et valetaillait auprès du mari. M.
-de Rambuteau donc, bien endoctriné par la duchesse de Bassano, s'en fut
-partout colporter la nouvelle du voyage à Varsovie, disant que M. de
-Talleyrand s'en vantait et le confiait à tout le monde. L'Empereur en
-prit de l'humeur, et M. de Talleyrand resta en France, à préparer ses
-représailles...
-
- [34] Myrza-Rhyza-Kan, envoyé extraordinaire de Seth-Ali, Schah de
- Perse, près de Napoléon Ier, à Varsovie, en mars 1807.
-
-Mais pour en revenir à la seconde histoire que M. de Talleyrand raconte
-souvent, la voici. Il dit que cet ambassadeur persan, qui faisait des
-réponses si spirituelles et si fines à l'Empereur Napoléon, était un
-homme de haute taille, de belle mine, de beaucoup de dignité et de
-présence d'esprit, tandis qu'un autre ambassadeur d'Orient, celui de
-Turquie[35], qui avait été aussi à Varsovie complimenter l'Empereur
-Napoléon, était un petit homme court, épais, commun et ridicule. A un
-grand bal chez le comte Potocki, ces deux ambassadeurs montant en même
-temps l'escalier, le petit Turc s'élança pour entrer dans la salle de
-bal avant son collègue; celui-ci, se voyant dépassé, étendit son bras de
-façon à en faire une espèce de joug, sous lequel il laissa alors
-tranquillement passer le Musulman.
-
- [35] Eminin-Effendi, accrédité par le Sultan Mustapha IV auprès
- de l'Empereur Napoléon Ier, à Varsovie, en mars 1807.
-
-
-_Londres, 22 août 1834._--Les ministres anglais ont voulu insérer dans le
-discours prononcé par le Roi, à la clôture du Parlement, une phrase très
-offensante pour la Chambre Haute, en punition de son rejet du «Bill sur
-les dissenters», et de celui «sur les dîmes du clergé protestant
-d'Irlande». Mais le Roi s'y est opposé, et avec assez de fermeté pour
-qu'après une lutte plutôt vive et prolongée, qui a retardé l'heure de la
-séance royale, cette phrase ait été abandonnée.
-
-La Reine est revenue de son voyage. Elle a été reçue avec pompe et
-cordialité par la ville de Londres, dont les premiers magistrats ont été
-à sa rencontre. Sa santé est meilleure. Je pense avec plaisir à toutes
-les consolations que la Providence, dans son équité, lui réserve.
-
-M. de Bülow annonce qu'il a demandé un congé pour affaires de famille et
-qu'il est sûr de l'obtenir. Il dit vouloir aller à La Haye, pour y faire
-tête à l'orage, et, après l'avoir conjuré là, aller affronter plus
-hautement celui qu'il prévoit à Berlin. Je crois, en effet, qu'il ira à
-La Haye, mais bien plus pour rentrer en grâce par quelques platitudes que
-pour vider la querelle à coups de lance; il ne veut arriver à Berlin
-qu'après avoir été gracié à La Haye; c'est du moins là mon opinion.
-
-
-_Londres, 23 août 1834._--Je termine ici mon journal de Londres avec le
-regret de ne l'avoir pas commencé plus tôt. Il aurait eu peut-être plus
-d'intérêt. Mais je n'avais, il y a quatre ans, quand je suis arrivée dans
-cette ville, ni bons souvenirs du passé, ni intérêt au présent, ni pensée
-d'avenir; ne demandant alors aux journées, à mesure qu'elles se
-succédaient, qu'un peu de distraction, je ne songeais pas à ce qui les
-marquait plus particulièrement l'une après l'autre...
-
-
-_Douvres, 24 août 1834._--J'ai été tout étonnée de trouver qu'on
-m'attendait ici et tout le long de la route. Le duc de Wellington, qui la
-suit pour se rendre à Walmer Castle, sa résidence comme gouverneur des
-Cinq Ports, m'avait annoncée. Une même famille Wright, gens tout à fait
-comme il faut, tient presque toutes les auberges sur cette route.
-
-L'année dernière, j'avais été, après une tempête, recueillie ici par une
-très jolie Mrs Wright, qui tenait l'hôtel du _Ship_; elle avait l'air
-d'une reine; ce n'est qu'aujourd'hui que j'ai appris qu'elle l'avait été,
-mais de théâtre, et que ses extravagances avaient ruiné son mari. L'hôtel
-est tenu maintenant par des gens nommés Waburton qui y mettent de la
-magnificence. J'ai encore été frappée de la respectueuse politesse avec
-laquelle on est accueilli en Angleterre dans les auberges, aux relais de
-poste; du bon langage, des manières convenables, chez les gens les plus
-inférieurs. Sur la route, on me parlait du duc de Wellington, de la mort
-de Mrs Arbuthnot, du passage de M. de Talleyrand, du désir de nous voir
-revenir en Angleterre, et de tout cela dans une mesure charmante.
-
-Je vais partir sur un paquebot français; le temps est beau, la mer est
-calme. Adieu donc à l'Angleterre, mais non pas au souvenir des quatre
-belles années que j'y ai vécu, et qui ont passé avec une rapidité qui
-s'explique par l'intérêt des événements et les motifs particuliers de
-satisfaction et de douceur que j'y ai trouvés! Adieu encore à cette terre
-hospitalière dont je ne m'éloigne qu'avec les regrets de la
-reconnaissance!
-
-
-_Paris, 27 août 1834._--Je suis arrivée ici hier au soir à dix heures.
-J'ai trouvé M. de Talleyrand qui m'attendait. L'impression générale qu'il
-m'a faite, était d'être assez triste et ennuyé; cependant il se dit fort
-content du Château[36], où il paraît être très à la mode. Il dit aussi
-qu'il est tellement populaire à Paris, que les passants s'arrêtent devant
-sa voiture et lui tirent leur chapeau; mais malgré tout cela, il répète
-qu'il ne connaît personne ici, qu'il s'y ennuie, que tout le monde est
-vieilli, usé.
-
- [36] Les Tuileries.
-
-_Paris, 28 août 1834._--J'ai été hier à Saint-Cloud: le Roi m'a fait
-l'honneur de causer beaucoup avec moi, peut-être trop, car il m'a fallu
-dire quelque chose de mon côté, et c'est un lieu où je n'ai jamais qu'une
-envie, celle de me taire. Cependant cette conversation a eu beaucoup
-d'intérêt, car le Roi qui a de l'esprit sur tout, et de l'intelligence
-de tout, a parlé aussi de tout: l'Angleterre actuelle, dont la
-dégringolade n'est pas rassurante pour ses voisins; la retraite de lord
-Grey, qui a affligé ici; le départ de don Carlos d'Angleterre; le plus ou
-moins de part qu'y avait eu le duc de Wellington, qu'on en suppose
-l'auteur, ce que j'ai vivement réfuté, croyant ma conscience engagée à le
-faire; puis l'intervention en Espagne, puis la loi salique; enfin, tout
-ce qui préoccupe en ce moment, le Roi en a parlé, et fort bien parlé. Il
-a beaucoup insisté sur ce qu'à lui seul, il s'était opposé à
-l'intervention immédiate que voulaient les ministres; en me disant cela,
-il fermait sa grosse main, et me montrant le poignet: «Voyez-vous bien,
-madame? Il m'a fallu retenir, par les crins, des chevaux qui n'ont ni
-bouche ni bride.»
-
-A propos de la loi salique, il m'a dit: «Je suis «loi salique» jusqu'au
-bout des doigts: les Ducs d'Orléans l'ont toujours été, ma protestation
-en fait foi; mais quand je luttais pour elle, on trouvait que c'était
-m'ôter des chances que de la détruire, aussi tout le monde s'est prêté à
-sa destruction, au lieu de m'aider à la faire maintenir; on m'a laissé
-seul contre les vanités et les ignorances françaises et toutes les autres
-difficultés; puis, maintenant, on me reproche d'avoir abandonné ma propre
-cause dans celle de don Carlos. Je n'ai aucune haine contre lui, aucune
-affection pour Isabelle, mais on a voulu que les choses tournassent comme
-elles l'ont fait. Ce sont les deux années qui ont précédé mon règne qui
-ont préparé ce qui se passe aujourd'hui dans la Péninsule et qui est
-déplorable. Du reste, que ce soit l'anarchie sous Isabelle, ou
-l'Inquisition sous don Carlos qui triomphe, je puis être importuné, mais
-non pas ébranlé par ce voisinage. Nous avons fait des progrès immenses au
-dedans, mais je conviens qu'il reste beaucoup à faire encore, et avec
-quels instruments!»
-
-Le Roi est alors entré dans beaucoup de détails sur la pesanteur de sa
-charge, et il a fini par dire: «Madame, songez donc qu'il faut, pour que
-les choses aillent, que je sois le _Directeur de tout et le Maître de
-rien_.»
-
-A propos de l'état de l'Angleterre, et des complications qui y
-surviendront par suite de l'âge et du sexe de l'héritière du trône, le
-Roi a dit: «Quelle déplorable chose, dans un temps comme celui-ci, que
-toutes ces petites filles Rois!!» Il est parti de là pour faire un
-morceau, vraiment très éloquent, sur les inconvénients des règnes de
-femmes; puis, tout à coup, il s'est arrêté, m'a fait une phrase polie,
-avec une sorte d'excuse qui n'était nullement nécessaire, et je lui ai
-dit que je croyais qu'on pouvait dire des femmes cc que M. de Talleyrand
-disait de l'esprit, que _servant à tout, elles ne suffisaient à rien_.
-
-Le Roi m'a longuement entretenue ensuite des restaurations de Versailles
-et de Fontainebleau. Il a fait remeubler la chambre de Louis XIV, à
-Versailles, telle qu'elle était, c'est-à-dire avec une tenture brodée par
-les demoiselles de Saint-Cyr. Un panneau représente le sacrifice
-d'Abraham; le second, celui d'Iphigénie; le troisième, les amours
-d'Armide. Le Roi a fait replacer, dans cette même chambre, un portrait de
-Mme de Maintenon donnant une leçon à Mlle de Nantes. Versailles sera le
-vrai musée de l'histoire de France. Je sais gré au Roi de son respect
-pour la tradition; les monuments historiques lui devront beaucoup.
-
-Quelle triste lettre que celle qu'Alava m'écrit de Madrid. Il fait de
-l'Espagne le plus déplorable tableau et ne prévoit qu'une série de
-circonstances plus fatales les unes que les autres. Il me dit que
-l'ignorance et la présomption y sont poussées au dernier degré, et que le
-demi-savoir, importé de France et d'Angleterre, y fait peut-être encore
-plus de mal que l'ignorance complète. La banqueroute est flagrante, le
-choléra y a été plus hideux qu'ailleurs, augmenté par la stupidité du
-peuple, qu'on voyait aux enterrements des cholériques manger des
-concombres et des tomates crus, tandis que la Junte de santé, à Ségovie
-par exemple, ordonnait que, dans toute maison frappée par l'épidémie,
-tous les meubles du décédé seraient brûlés, tous les survivants enfermés
-à l'hôpital, y compris le prêtre qui aurait assisté le mourant.
-
-
-_Paris, 29 août 1834._--Que tout le monde est agité, affairé à Paris!
-comme les esprits travaillent! comme la tranquillité, le calme sont
-choses inconnues ici! Cependant, il y a des progrès, des améliorations,
-mais sans régularité, sans mesure! Tant de petites intrigues, de petites
-passions, de petites combinaisons travaillent les hommes, qui ne savent
-jouir de rien de ce qui est bon, ni reposer leur pensée dans un avenir de
-quiétude! Cette vie fiévreuse est dévorante, et je trouve tous les
-membres du Cabinet français vieillis d'une façon effrayante! Ce sont tous
-de petits vieillards, qui ont la plus triste mine du monde!
-
-M. Thiers a passé par une série de dégoûts et d'embarras qui lui ont fait
-désirer sa retraite; il s'est senti humilié et découragé. Le Roi l'a
-soutenu, remonté, protégé, et n'a pas été fâché de faire sentir cette
-protection; il a même dit: «Il n'y a pas de mal que messieurs les gens
-d'esprit s'aperçoivent de temps en temps qu'ils ont besoin du Roi.»
-
-M. le duc d'Orléans est venu passer une heure chez moi. Il est désireux
-de se marier et décidé à le faire; fatigué tout à la fois de la vie
-dissipée et des frivolités de jeune homme qui lui nuisent et le
-diminuent, dégoûté de l'inactivité réelle de sa vie publique, il désire
-un intérieur, une maison; il veut prendre racine, grouper autour de lui,
-se fixer, s'asseoir; se vieillir enfin. Toutes ces vues sont sages et
-convenables.
-
-Le choix pour sa femme est d'autant plus difficile à faire, qu'il y a
-plus de préventions que jamais à vaincre. La grande-duchesse de Russie
-serait ce qu'il y aurait de plus éclatant, mais voudrait-on de lui? Puis,
-il y a quelques regrets poétiques donnés ici à la Pologne, qui ne
-rendraient ce mariage ni agréable en France, ni peut-être possible en
-Russie. Une archiduchesse d'Autriche ne serait pas bien facile non plus à
-obtenir et, d'ailleurs, il semble qu'il y ait quelque mauvais sort
-attaché à ces alliances-là. La nièce du Roi de Prusse, pour laquelle
-penche Louis-Philippe, paraît d'un extérieur chétif, d'une santé
-délicate, les habitudes de son éducation sont rétrécies, et les sujets de
-collision qui peuvent naître entre deux puissances qui se disputent le
-Rhin, éloignent M. le duc d'Orléans de la princesse de Prusse. Celle
-qui, par les rapports qui en ont été faits, plaît davantage au jeune
-Prince, c'est la seconde fille du Roi de Würtemberg: elle est grande,
-bien faite, jolie, spirituelle, animée. Elle a de qui tenir: sa mère, la
-grande-duchesse Catherine de Russie, était une des femmes les plus
-distinguées de son temps, et, quand elle le voulait, parfaitement
-agréable; mais aussi, elle était ambitieuse, intrigante, agitée, et
-j'espère que la ressemblance de la fille à la mère n'est pas générale. M.
-le duc d'Orléans a voulu l'avis de M. de Talleyrand et le mien; nous
-avons demandé quelque temps de réflexion.
-
-Le Prince s'est annoncé à Valençay pour le commencement d'octobre, afin
-de reparler plus à notre aise de tout ceci. Il a de la raison, de la
-justesse d'esprit, de l'ambition, de fort bonnes qualités, mais ce qu'il
-y a de bien comme ce qui lui manque exige également que sa femme soit
-distinguée.
-
-On dit le maréchal Gérard peu satisfait de son poste de ministre de la
-Guerre. Il paraît qu'il ne l'a occupé que sur la promesse d'un
-portefeuille pour son beau-frère, M. de Celles; idée folle et
-impraticable, mais sur laquelle on s'était engagé afin de le décider, et
-après, on ne s'est pas fait scrupule de lui manquer de parole.
-
-Quant au mariage du Prince Royal, je vois que la question de religion
-est, pour lui, une chose indifférente, secondaire pour le Roi, et que la
-Reine seule tiendrait à une conversion préalable; mais ce ne sera jamais
-sur ce point qu'il y aura rupture.
-
-Les exigences exagérées du Roi de Naples pour les conditions dotales de
-la princesse Marie ont suspendu toute idée de mariage de ce côté-là.
-C'est un regret général dans la famille royale, excepté de la part de la
-Princesse elle-même, qui rêve de continuer ici l'existence de sa tante,
-qu'elle trouve charmante.
-
-
-_Paris, le 30 août 1834._--D'après ce que m'a dit M. Thiers, le Roi, à la
-retraite du maréchal Soult, a pensé à appeler M. de Talleyrand à la
-présidence du Conseil. Cette idée se présente même encore à son esprit
-lorsqu'il songe à la retraite probable du maréchal Gérard. Mais M. de
-Talleyrand n'accepterait à aucune condition, et pour le coup, comme l'a
-dit Thiers au Roi, «Mme de Dino ne le voudrait pas».
-
-A dîner hier à Saint-Cloud, le Roi m'a parlé avec une grande aigreur du
-duc de Broglie, comme ayant voulu le rendre étranger à toutes les
-affaires. Il s'en est plaint vivement. Il se plaint de pas mal de monde;
-il s'arrange de Rigny et compte sur M. Thiers.
-
-M. de Talleyrand est on ne peut plus à la mode au Château, parce qu'il
-répète beaucoup qu'il faut laisser faire le Roi. J'y suis aussi, parce
-que j'écoute et que je dis de même, ce que je pense du reste, que le Roi
-est le plus habile homme de France. Le Roi parle de tout très bien,
-longuement, beaucoup; il s'écoute, et a, au moins, la conscience de sa
-capacité. Il aime le souvenir de M. le Régent; Saint-Cloud l'y ramène
-tout naturellement. Il me racontait que Louis XVIII aimait la mémoire du
-Régent, montrait une grande horreur pour les calomnies dont il avait été
-l'objet, et ajoutait: «Sa meilleure justification, c'est moi.» Mais quand
-Louis XVIII racontait tout cela, il finissait singulièrement, car après
-avoir insisté sur l'horreur des calomnies, il disait: «Mais néanmoins les
-vers de Lagrange-Chancel sont si beaux, que je les ai retenus et que
-j'aime à les réciter[37].» Ce qu'il faisait alors, en s'adressant au Roi
-actuel: c'était une singulière conclusion!
-
- [37] Compromis dans la conjuration de Cellamare, Lagrange-Chancel
- lança contre Philippe d'Orléans trois virulents pamphlets en
- vers, bientôt suivis de deux autres. (_Philippiques_, 1720).
-
-
-_Paris, le 1er septembre 1834._--J'ai vu ce matin M. de Rigny, il m'a dit
-que les nouvelles d'Espagne étaient fort embarrassantes. Martinez de la
-Rosa commence à dire que sans l'intervention armée de la France, tout ira
-à la diable. Le Roi est, au plus haut degré, contre cette intervention,
-beaucoup plus que ses ministres, qui me paraissent être très agités de ce
-terrible voisinage.
-
-La haine contre lord Palmerston est si générale ici, que personne ne se
-gêne pour l'exprimer. M. de Rigny en est assourdi de tous les côtés. Il
-m'a dit à ce sujet que les arrogances de Palmerston, et ses
-démonstrations hostiles n'ayant jamais été suivies d'aucune action
-véritable, elles ne faisaient plus d'impression, et qu'au dehors, on se
-bornait à dire: «Ah! c'est une boutade de Palmerston!» puis on n'y pense
-plus.
-
-M. Guizot a succédé chez moi à Rigny; il est fort content de l'état
-intérieur du pays, mais il dit, avec raison, que s'il faut avoir, avec
-les difficultés du dedans, à se mêler d'une révolution en Espagne, et en
-voir venir une en Angleterre, il n'y aura plus moyen de se tirer
-d'affaire. Il paraît certain que la Chambre des députés nouvelle vaut
-infiniment mieux que la précédente, qu'elle est prise dans un ordre moins
-bas; les progrès matériels aussi sont sensibles. La France livrée à
-elle-même, sans embarras extérieurs, est évidemment dans une fort bonne
-voie.
-
-Le prince Czartoryski est venu à son tour, assez languissant, comme
-toujours, et décidément fixé à Paris.
-
-Enfin, j'ai pu sortir, et aller chez les Werther, où j'ai entendu de
-nouvelles plaintes contre le Palmerston. En rentrant, M. de Talleyrand
-m'a fait ranger des papiers; j'y ai retrouvé une lettre curieuse, signée:
-«Ferdinand, Carlos, Antonio,» écrite, par ces trois Princes, de Valençay,
-à M. de Talleyrand pour lui exprimer leur reconnaissance et affection.
-
-
-_Paris, 2 septembre 1834._--J'ai eu la visite de M. Thiers, qui m'a conté
-ceci. Tous les rapports d'Espagne s'accordent à dire que don Carlos aura
-autant d'hommes que de fusils, et qu'il n'attend qu'un arrivage d'armes
-pour marcher sur Madrid, où tout va à la diable; que dom Miguel se
-prépare à reparaître, à son tour, dans la Péninsule. Si donc le blocus
-n'est pas assez effectif pour empêcher le secours d'armes, la cause de la
-Reine est désespérée, à moins que la France ne se mêle activement des
-affaires d'Espagne. D'un instant à l'autre, cette question peut se
-présenter, et il y a, là-dessus, forte division. Bertin de Veaux et
-quelques autres sont pour l'intervention armée, dans le cas où elle
-deviendrait nécessaire pour sauver la Reine, parce que, disent-ils, si
-don Carlos triomphe, le carlisme, de partout, redevient audacieux, que la
-France aura un ennemi implacable sur ses frontières, et qu'avec un danger
-aussi réel derrière elle, tous ses mouvements restent paralysés et ses
-chances plus mauvaises, dans une guerre qu'on sera d'autant plus tenté de
-lui faire. Le Roi et M. de Talleyrand disent à cela: «Mais la guerre,
-vous l'aurez bien plutôt si vous intervenez! d'ailleurs, avec qui
-marcherez-vous? L'Angleterre, dévorée par ses plaies intérieures,
-pourra-t-elle vous aider?» A cela on réplique: «Sa neutralité nous
-suffit.--Bon! mais pouvez-vous y compter, sur cette neutralité? Ne
-dépend-elle pas de la durée et de la composition du Cabinet actuel, dont
-l'existence est fort douteuse?»
-
-M. de Rigny est très tiraillé entre ces avis si divers: c'est un embarras
-énorme; je les vois, tous, se cassant la tête, pour trouver un expédient.
-
-
-_Rochecotte, 7 septembre 1834._--Le temps, qui était mauvais depuis deux
-jours, s'est remis hier, et j'ai eu, en arrivant, mon soleil
-d'Austerlitz, qui perçait les nuages pour me souhaiter la bienvenue[38].
-A Langeais[39], j'ai eu ma voiture entourée de toute la ville et tout le
-long du chemin jusqu'ici force coups de chapeau et mines réjouies, ce qui
-m'a touchée.
-
- [38] Rochecotte est un château bâti à la fin du dix-huitième
- siècle, que la duchesse de Dino acheta en 1825, qu'elle agrandit
- et perfectionna beaucoup. En 1847, elle en fit cadeau à sa fille
- la marquise de Castellane.--Rochecotte est situé à mi-côte, d'une
- manière charmante, dans la vallée de la Loire, dominant le
- village de Saint-Patrice, dans le département d'Indre-et-Loire.
-
- [39] Langeais est un gros bourg, à un peu plus de deux lieux de
- Rochecotte, et situé sur la rive droite de la Loire. Il est
- dominé par un château bâti en 992 et réédifié au treizième siècle
- par Pierre de la Brosse. En 1491, le mariage du Roi Charles VIII
- et d'Anne de Bretagne y fut célébré.
-
-La vallée est très fraîche, la Loire pleine, et la culture admirable de
-soins et de richesse, les chanvres, une des industries du pays, élevés
-comme des plantes du Tropique; enfin, je suis très satisfaite de tout ce
-que je vois.
-
-
-_Rochecotte, 8 septembre 1834._--Ma vie, ici, n'est ni politique, ni
-sociale; elle ne peut être d'aucun intérêt général, mais je n'en noterai
-pas moins les petits incidents qui me touchent.
-
-Hier, après le déjeuner, pendant que je reposais ma pauvre tête enrhumée
-sur une chaise longue du salon, l'abbé Girollet, assis à côté de moi,
-dans un grand fauteuil, m'a dit qu'il avait une grâce à me demander:
-c'était que je restasse seule chargée de sa succession, qui n'était rien
-comme valeur et dont les charges absorberaient au moins la totalité mais
-qu'il n'y avait que moi qui lui inspirât assez de confiance pour qu'il
-mourût tranquille sur le sort de ses domestiques et de ses pauvres. Je
-lui ai dit que je le priais de faire ce qui lui conviendrait, de disposer
-de moi comme il l'entendrait, mais de m'épargner des détails qui
-m'étaient pénibles et que j'apprendrais toujours trop tôt. Il m'a demandé
-ma main, m'a beaucoup remerciée de ce qu'il appelle mes bontés pour lui,
-puis, après cet effort momentané, il est retombé dans un état de silence
-et presque de somnolence, dont il ne sort qu'à de rares intervalles.
-
-
-_Valençay, 11 septembre 1834._--Je suis arrivée hier soir ici, après
-m'être arrêtée quelques instants à la jolie campagne de Bretonneau, près
-de Tours, et avoir parcouru et admiré la charmante route de Tours à
-Blois, qui est si pleine de souvenirs. Il faisait nuit, au clair de lune
-près, quand j'ai atteint le relais de Selles, où on savait que j'allais
-passer. Au premier coup de fouet du postillon, chaque fenêtre s'est
-éclairée des chandelles des habitants, cela a fait comme une jolie
-illumination; pendant qu'on relayait, ma voiture a été entourée par toute
-la population, avec des cris infinis de bienvenue. Jusqu'à la Sœur
-Supérieure de l'hôpital, une de mes anciennes amies, qui est venue à ma
-portière quoiqu'il fût neuf heures du soir. J'étais toute assourdie et
-ahurie, mais, en même temps, fort touchée. Il y avait plus de quatre ans
-que je n'avais passé par là, et j'étais loin de m'attendre qu'on s'y
-souviendrait de quelques bons offices que j'y ai rendus dans les temps
-passés.
-
-Enfin, à dix heures, je suis entrée, par le plus beau clair de lune, dans
-les belles cours de Valençay. M. de Talleyrand, Pauline, Mlle
-Henriette[40], Demion et tous les domestiques étaient sous les arcades
-avec force lumières. Cela faisait un joli tableau.
-
- [40] Mlle Henriette Larcher, gouvernante de Mlle Pauline de
- Périgord.
-
-
-_Valençay, 12 septembre 1834._--Voici le principal passage d'une lettre
-adressée par Madame Adélaïde à M. de Talleyrand: «Vous vous rappellerez
-sûrement la discussion qui a eu lieu dans mon cabinet, sur le ridicule,
-le danger et l'inutilité de faire une déclaration de guerre à don Carlos.
-Il paraît, néanmoins, qu'on veut remettre cette question sur le tapis.
-Vous l'avez, en ma présence, traitée d'une manière si lucide et si
-convaincante, qu'on ne devait pas craindre qu'on s'en occupât davantage.
-Cependant, je crois bien faire de vous avertir qu'il faut y prendre
-garde, et que vous ferez bien de faire sentir en Angleterre le danger de
-cette fausse démarche, qui ne peut conduire qu'à du mal. Il paraît qu'on
-est embarrassé en Angleterre, de la promesse de fournir une force navale
-à l'Espagne, et que, pour s'en tirer, on a songé à cette absurdité. Je
-crois donc que vous feriez bien d'écrire tout de suite en Angleterre sur
-cela. J'y tiens beaucoup, parce que personne ne peut le faire aussi bien
-et d'une manière plus efficace.»
-
-Voici maintenant la réponse de M. de Talleyrand[41]: «Je conjure le Roi
-de persister dans son refus de déclaration de guerre contre don Carlos;
-je trouve que ce serait la plus déplorable manière, pour nous, d'aplanir
-les embarras des ministres anglais. Je ne suis nullement surpris de ceux
-qu'ils éprouvent; il y a si longtemps que je les prévois! et je n'ai
-jamais compris la légèreté avec laquelle, depuis deux ans, ils se sont
-jetés dans toutes les difficultés de la Péninsule. En 1830, Londres était
-le véritable terrain, le seul convenable pour les grandes négociations;
-mais aujourd'hui qu'on y est d'autant plus près du désordre que la France
-s'en éloigne davantage, ce n'est plus à Londres, c'est à Paris qu'il faut
-les ramener, et c'est sous l'œil d'aigle du Roi qu'il faut qu'elles
-soient conduites. L'Angleterre n'osera pas se risquer seule, et les
-autres puissances se rangeront de notre côté pour désapprouver la
-déclaration de guerre; ainsi nous ne risquerons rien à la repousser. Il
-n'y a pas de mal à gagner du temps et l'absence de lord Granville, de
-Paris, peut nous servir de prétexte pour ajourner une réponse
-péremptoire. Si j'hésite à obéir à Madame et à écrire sur ce sujet en
-Angleterre, c'est que je dois supposer que ma lettre y produirait l'effet
-contraire à celui que je désirerais obtenir. Le Cabinet anglais m'a
-trouvé, dans les derniers temps, réservé et froid, évitant avec soin
-d'engager mon gouvernement dans toutes les fâcheuses complications de la
-Péninsule. Je ne puis douter qu'on ne se soit méfié de moi dans toutes
-les transactions qu'on a faites, qu'on ne m'en ait voulu de ma tiédeur,
-et qu'aujourd'hui que les ministres anglais sont embarrassés des
-engagements que je leur ai laissé prendre, sans vouloir y faire
-participer la France, ils recevraient avec d'autant plus d'humeur mes
-conseils et mes avertissements.»
-
- [41] Cette lettre a déjà été publiée dans le livre que la
- comtesse de Mirabeau a donné en 1890, sous ce titre: _le Prince
- de Talleyrand et la Maison d'Orléans_.
-
-Mme de Lieven m'écrit des tendresses de Pétersbourg; elle va bientôt
-rester seule, avec son élève qui lui plaît fort. L'Empereur va à Moscou,
-l'impératrice à Berlin, et c'est alors que les Lieven entreront en
-fonctions, et qu'ils seront établis chez eux, ce dont elle me paraît,
-avec raison, très pressée. Elle me semble déjà sur les dents, quoique
-consolée par ses augustes hôtes.
-
-
-_Valençay, 16 septembre 1834._--Labouchère, qui est arrivé ici hier, dit
-que rien n'est comparable à la conduite de M. de Toreno, que celle des
-Rothschild[42]. Le premier, avant de déclarer la banqueroute du
-gouvernement espagnol, a vendu énormément d'effets; il a fait la
-spéculation inverse des Juifs, et, comme il était dans le secret, il a
-changé sa position personnelle, qui était fort dérangée, en des profits
-énormes, tandis que presque toutes les places de l'Europe sont frappées
-de la façon la plus déplorable.
-
- [42] Voir la _Chronique_ du 6 août 1834, p. 211.
-
-
-_Valençay, 25 septembre 1834._--Voici l'extrait d'une lettre de M. de
-Rigny à M. de Talleyrand: «On s'est calmé à Constantinople, mais
-Méhémet-Ali est furieux, lui, des velléités qu'a montrées la Porte et il
-parle d'indépendance; nous allons tâcher de calmer cet accès de fièvre.
-Toreno, d'adversaire qu'il était des créanciers français, s'est fait
-presque leur champion; nous saurons demain ou après la résolution adoptée
-par les Cortès. Mais, en attendant, les choses ne vont pas mieux en
-Espagne, et on commence à parler fort haut à Madrid de la nécessité de
-notre intervention. On voulait remplacer Rodil par Mina.
-
-«Maison s'est mis fort en froid à la Cour de Saint-Pétersbourg pour
-n'avoir pas voulu assister à l'inauguration de la colonne.
-
-«J'ai vu, hier, une lettre de lord Holland, qui se félicite de l'assiette
-du ministère anglais; je ne sais quelle valeur cela peut avoir.
-
-«Semonville a donné sa démission par écrit; il aurait voulu être remplacé
-par Bassano, il l'est par Decazes, ce que vous ne trouverez peut-être pas
-mieux. Molé refuse d'être vice-président; il est blessé de ce qu'on ait
-mis Broglie avant lui, c'est là toute sa raison; est-ce bien de la
-raison? Villemain ne veut pas être secrétaire perpétuel à la place
-d'Arnaud: «Ce serait, dit-il, abdiquer toutes les _chances politiques_».
-Par contre, Viennet abandonnerait volontiers les siennes pour le fauteuil
-à perpétuité.
-
-«Nous venons d'avoir deux ou trois mauvaises élections. Quant à
-l'amnistie, elle est négativement décidée; je crains qu'on ne regrette ce
-parti, lorsque nous serons au milieu du feu croisé du procès, des
-avocats, de la tribune, des journaux. Il faut voir les choses quelques
-mois en avant dans ce pays-ci!»
-
-Une lettre de lady Jersey mande que lord Palmerston a refusé le
-gouvernement général de l'Inde et que Mme la duchesse de Berry est au
-moment d'accoucher, mais, pour le coup, d'un enfant légitime.
-
-
-_Valençay, 28 septembre 1834._--En rentrant hier de la promenade, nous
-avons trouvé le château rempli de visiteurs, hommes et femmes, venus en
-poste et visitant toutes choses en curieux. Le régisseur nous a dit que
-c'était Mme Dudevant avec M. Alfred de Musset et leur compagnie. A ce nom
-de Dudevant, les Entraigues ont fait des exclamations auxquelles je
-n'entendais rien et qu'ils m'ont expliquées: c'est que Mme Dudevant n'est
-autre que l'auteur d'_Indiana_, _Valentine_, _Leone Leoni_, George Sand
-enfin!... Elle habite le Berry, quand elle ne court pas le monde, ce qui
-lui arrive souvent. Elle a un château près de La Châtre, où son mari
-habite toute l'année et fait de l'agriculture. C'est lui qui élève les
-deux enfants qu'il a de cette virtuose. Elle-même est la fille d'une
-fille naturelle du maréchal de Saxe; elle est souvent vêtue en homme,
-mais elle ne l'était pas hier. En entrant dans mon appartement, j'ai
-trouvé toute cette compagnie parlementant avec Joseph[43], pour le voir,
-ce qui n'est pas trop permis quand je suis au château. Dans cette
-occasion cependant, j'ai voulu être polie pour des voisins: j'ai moi-même
-ouvert, montré, expliqué l'appartement et je les ai reconduits jusqu'au
-grand salon, où l'héroïne de la troupe s'est vue obligée, à propos de mon
-portrait par Prud'hon, de me faire force compliments. Elle est petite,
-brune, d'un extérieur insignifiant, entre trente et quarante ans, d'assez
-beaux yeux; une coiffure prétentieuse, et ce qu'on appelle en style de
-théâtre, _classique_. Elle a un ton sec, tranché, un jugement absolu sur
-les arts, auquel le buste de Napoléon et le Pâris de Canova, le buste
-d'Alexandre par Thorwaldsen et une copie de Raphaël par Annibal Carrache
-(que la belle dame a pris pour un original) ont fort prêté. Son langage
-est recherché. A tout prendre, peu de grâces; le reste de sa compagnie
-d'un commun achevé, de tournure au moins, car aucun n'a dit un mot.
-
- [43] Concierge du château de Valençay.
-
-J'ai eu, dans la soirée, une autre visite qui m'a été droit au cœur:
-celle d'une Sœur de l'Ordre des religieuses qui sont à Valençay. Elle y
-a fait son noviciat, et, quoiqu'elle n'ait que trente-trois ans, elle est
-déjà première assistante de la maison mère, d'où elle vient en inspection
-ici. Elle regarde Valençay comme son berceau; elle y est venue, à
-l'époque où j'ai fondé ce petit établissement; elle était alors d'une
-beauté et d'une fraîcheur remarquables; maintenant, elle est maigre et
-pâle, mais toujours avec le plus doux regard. Malgré sa sainteté, qui l'a
-élevée si vite dans son ordre, elle m'aime beaucoup, et m'a embrassée
-comme si j'en étais digne, avec la plus grande joie du monde de retrouver
-une pauvre pécheresse telle que moi!
-
-
-_Valençay, 7 octobre 1834._--J'ai eu, hier, une longue conversation avec
-M. de Talleyrand sur ses projets de retraite; elle m'a conduite à traiter
-avec lui plusieurs points importants de sa position, et à lui parler avec
-sincérité. J'ai eu le courage de lui dire la vérité; il en faut toujours
-pour la dire à un homme de son grand âge.
-
-C'est pourtant une utile chose que la vérité, ce premier des biens,
-toujours inconnu par les âmes qui ne sont pas fortement trempées; que
-l'esprit dédaigne souvent, que les caractères élevés savent seuls
-apprécier; qui effarouche la jeunesse, qui effraye la vieillesse; qu'on
-n'aime et qu'on n'accueille que lorsqu'on joint aux leçons de
-l'expérience toute la vigueur de l'âge et de la santé. Que de réflexions
-j'ai faites, depuis hier, sur ce sujet! et que j'ai béni l'homme, habile
-et bon[44], qui a guidé mes premières années, et qui m'a donné cette
-habitude précieuse, devenue depuis un besoin, de me rendre un compte
-sévère de moi-même, d'être la première à me maltraiter; c'est ce qui a
-sauvé mon âme, car cela m'a toujours empêchée de confondre le bien avec
-le mal; je ne les ai jamais mis à la place l'un de l'autre dans mon
-esprit, ni dans ma conscience, et si j'ai chargé celle-ci de fautes, je
-l'ai, du moins, tenue libre d'erreurs. Grande différence, qui permet
-toujours de revenir sur ses pas; car, ce qui perd, c'est la _fausse
-conscience_. Vérité de l'esprit, vérité du cœur, voilà ce qu'il s'agit
-de préserver: c'est ce qui conserve de la dignité au caractère, et fait
-arriver au terme, non sans fautes, mais bien sans lâchetés.
-
- [44] Scipion Piattoli, qui avait été précepteur de l'auteur de
- cette _Chronique_.
-
-
-_Valençay, 9 octobre 1834._--M. de Montrond, qui est ici depuis plusieurs
-jours, a demandé hier matin à me voir, pour me parler d'une chose
-importante. Je l'ai vu, et après quelques plaisanteries que j'ai reçues
-assez froidement, il m'a dit qu'il venait pour m'annoncer son départ; que
-je ne serais probablement pas étonnée, d'après la manière inconcevable
-dont M. de Talleyrand le traitait. Il s'est fort étendu en plaintes, en
-aigreurs; il est profondément blessé et cela lui fait dire beaucoup de
-mauvaises choses. Il a ajouté qu'il savait bien que je ne l'aimais guère,
-mais que j'avais, cependant, été polie et obligeante pour lui, qu'il
-venait m'en remercier et me dire que, quoiqu'il pensât bien que je ne
-voudrais pas en convenir, il était impossible que je ne m'ennuyasse pas à
-la mort, et que la vie que je menais devait m'être insupportable,
-quoiqu'il fût difficile de la prendre de meilleure grâce. Enfin, il a
-mis, je ne sais trop pourquoi, du prix à se faire bien venir de moi.
-
-J'avoue que je me suis sentie fort mal à mon aise pendant ce discours,
-qui, quoique haché et saccadé, à sa manière, a été long. Voici en résumé,
-ma ou mes réponses: «Que je regrettais tout ce qui ressemblait à de la
-brouillerie, parce que je ne la trouvais bonne pour personne, mauvaise
-surtout pour lui, M. de Montrond, à qui le monde donnerait tort, puisque
-son ton rude avec M. de Talleyrand expliquerait le manque de patience de
-celui-ci; que, de se plaindre, et d'expliquer ses griefs par les motifs
-qu'il venait de me donner serait de bien mauvais goût, et qu'il y avait
-de certaines choses, qui, lors même qu'elles auraient une apparence de
-vérité, ne se disaient pas, ou ne devaient jamais se dire, après quarante
-années d'une liaison qui, du côté de M. de Talleyrand, pouvait s'appeler
-du patronage; que pour ce qui me regardait, je ne pouvais m'ennuyer, au
-centre de mes devoirs et de mes intérêts de famille; que, d'ailleurs, il
-y avait fort longtemps que ma vie, mes habitudes, et toute mon
-existence, étaient absorbées dans les convenances de M. de Talleyrand;
-que c'était là ma destinée, que je m'en satisfaisais très fort et que je
-n'en admettais pas d'autre.»
-
-A cela, il a repris: «Il est clair que vous êtes destinée à l'enterrer;
-puis, vous avez beaucoup d'esprit, un grand savoir-faire et savoir-dire,
-et vous êtes assez grande dame pour savoir prendre les choses d'une
-certaine manière; mais quant à moi, je n'ai qu'à m'en aller.»
-
-J'ai répliqué alors: «Vous avez quelque chose de plus à faire, c'est de
-vous en aller poliment, sans esclandre, et de ne dire à personne que vous
-l'avez fait par humeur; vous avez, surtout, à ne jamais parler, je ne dis
-pas seulement mal, mais encore légèrement de M. de Talleyrand.» Il a dit:
-«Vous faites de fort jolis discours ce matin; mais si je fais ce que vous
-voulez, que ferez-vous de moi?--Je vous garderai le secret sur la vraie
-raison de votre départ.--Vous êtes trop habile, madame de Dino.--Je suis
-de bon conseil.» Il m'a demandé si je voulais lui donner la main, et lui
-promettre d'être _good-natured_ pour lui. «Oui, si vous ne parlez pas de
-travers de M. de Talleyrand.--Alors, je n'irai pas tout droit à Paris; je
-vais aller aux Ormes, chez d'Argenson, me faire passer la bile, et quand
-j'aurai retrouvé _ma nature d'agneau_, j'irai causer avec le Roi, et
-m'excuser sur quelque affaire de n'avoir pas attendu son fils
-ici.--Faites ce que vous voudrez, mais faites ce qui convient à un
-_gentleman_.» Il est parti.
-
-A déjeuner, il a dit qu'il avait reçu une lettre qui l'obligeait à partir
-aujourd'hui.
-
-Le fait est que je m'attendais à quelque chose de semblable. M. de
-Talleyrand, après des années d'une longanimité déplacée, a versé
-subitement vers l'autre extrémité, sans mesure aucune; et, avant-hier, il
-lui a si fort indiqué qu'il était de trop ici, qu'il a bien fallu
-comprendre. Il est possible que M. de Montrond prenne quelques
-précautions de langage, tout juste ce qu'il faudra pour ne pas être tracé
-comme mauvais procédé, mais il me paraît impossible qu'il n'y ait pas
-quelque vengeance sourde, car il est blessé et dérangé. Partir la veille
-de l'arrivée d'une nombreuse société anglaise, à laquelle il se préparait
-à faire les honneurs de Valençay, ne pas être ici quand M. le duc
-d'Orléans y est attendu, voilà deux sensibles mécomptes, qu'il ne
-pardonnera pas à M. de Talleyrand.
-
-Dans la première et très virulente partie de sa conversation, le nom du
-Roi et celui de M. de Flahaut sont revenus fort souvent, et de façon à me
-persuader qu'il va se ranger absolument du côté du dernier, pour rendre
-auprès du premier de mauvais offices à M. de Talleyrand. Qu'attendre d'un
-pareil être? Mais aussi quel enfantillage de perdre patience au bout de
-quarante ans![45] M. de Montrond me disait: «Il devait me traiter avec la
-douceur et l'intimité d'une ancienne amitié, ou bien avec la politesse
-d'un maître de maison.» Mais à cela, j'ai répliqué: «M. de Talleyrand
-n'aurait-il pas aussi le droit de vous dire qu'il n'a trouvé en vous, ni
-la déférence due à un hôte, ni la bonne grâce due à son âge et à vos
-anciens rapports? Dans quelle autre maison auriez-vous blâmé toutes
-choses comme vous le faites ici? Vous avez critiqué ses voisins, ses
-domestiques, son vin, ses chevaux, toutes choses enfin. S'il a été rude,
-vous avez été hargneux; et, en vérité, il y a trop de témoins de votre
-perpétuelle contradiction, pour que vous puissiez vous plaindre de
-l'humeur qu'elle a causée.»
-
- [45] En 1793, Montrond s'était réfugié en Angleterre, et s'y
- était mis sous la protection de M. de Talleyrand; de là provenait
- leur longue amitié.
-
-
-_Valençay, 14 octobre 1834._--Nous avons en visite lady Clanricarde, M.
-et Mme Dawson Damer et M. Henry Greville. Je me suis longtemps promenée
-en calèche hier avec lady Clanricarde; j'ai beaucoup causé avec elle de
-son père, le célèbre M. Canning; de sa mère, non moins distinguée, mais
-que sa fille paraît aimer peu. Lady Clanricarde a de l'esprit, de la
-mesure, du bon goût, de la dignité, mais, à ce qu'il semble, assez de
-sécheresse de cœur, et un peu de raideur d'esprit; ses manières, son
-caractère, je crois, ont une valeur réelle, sans abandon, ni séduction;
-mais, à tout prendre, c'est assurément une personne distinguée, et de la
-meilleure et plus exquise compagnie. Quant à Mme Damer, c'est une bonne
-enfant, mais rien que cela.
-
-
-_Valençay, 18 octobre 1834._--En causant avec lady Clanricarde de lord
-Palmerston et de lady Cowper, nous sommes arrivées à nous demander ce
-qui faisait conserver à de certaines personnes tant d'influence sur
-telles autres. Je lui ai fait alors une observation sur la justesse de
-laquelle elle s'est récriée. Je lui disais que «c'était par l'exigence
-que les hommes conservaient leur influence sur les femmes, mais que
-c'était par des concessions que celles-ci conservaient la leur sur les
-hommes.»
-
-
-_Valençay, 21 octobre 1834._--On a reçu, hier, la nouvelle du terrible
-incendie de Westminster à Londres. C'est une horrible catastrophe, et qui
-semble d'un caractère tout _ominous_; l'édifice matériel croulant avec
-l'édifice politique! Ces vieilles murailles ne voulant plus se déshonorer
-en prêtant asile aux profanes doctrines du temps! Il y a là de quoi
-frapper, non seulement l'esprit de la multitude, mais encore celui de
-toute personne sérieuse.
-
-Les Anglais qui sont ici sont tentés de croire à la malveillance comme
-cause de ce feu, parce qu'il a commencé par la Chambre des Pairs. Le
-_Globe_, qu'on avait envoyé à M. de Talleyrand, nous a tous fait veiller
-fort tard, car nous avons voulu connaître toutes les versions. Il paraît
-que la perte en papiers et documents a été énorme, non seulement par le
-feu, mais aussi par l'éparpillement. Quel dommage! On dit que cela va
-jeter du trouble et de grandes lacunes dans le cours de la justice.
-
-J'ai mené, hier, lady Clanricarde et Mme Damer voir le petit couvent,
-l'école et tout le petit établissement des Sœurs de Valençay; c'est un
-genre de choses qui touche peu les Anglaises; elles ont beau avoir de
-l'esprit, de la bonté, elles ne sont pas charitables dans le vrai sens du
-mot; elles ont une aversion singulière pour se mettre en contact avec la
-pauvreté, la misère, le malheur, la maladie, la souffrance, et cet
-éloignement, de leur part, pour les petites gens, qui, socialement, a
-tant d'avantages, me glace et me froisse quand je le vois s'étendre
-jusqu'à l'indigence. Ainsi, lady Clanricarde, si agréable en société, n'a
-rien trouvé à dire à mes pauvres Sœurs, si simples et si dévouées; elle
-a à peine mis le nez à la porte de l'école, et rangeait sa belle robe,
-pour ne pas être froissée par les petites filles qui étaient à l'entrée
-de la classe; ces deux dames n'en revenaient pas de tout ce que j'avais
-trouvé à dire, et elles étaient surtout fort surprises de m'avoir vue
-arrêtée plusieurs fois dans le bourg par des gens qui voulaient me parler
-de leurs affaires. Cette façon de vivre est complètement incompréhensible
-pour une Anglaise, et, dans ce moment-là, lady Clanricarde, malgré tout
-son esprit et sa bienveillance pour moi, s'est étonnée, j'en suis sûre,
-que je susse manger proprement à table, et que je portasse une robe faite
-par Mlle Palmyre.
-
-
-_Valençay, 23 octobre 1834._--Il a plu outrageusement hier toute la
-journée; il n'y a pas eu moyen de sortir. Nos Anglais ont fait une
-musique assez barbare pendant toute la matinée; le soir sont arrivées
-trois lettres au château. L'une, de lord Sidney à Henry Greville, disant
-que M. de Montrond était de retour à Paris, y répétant à tout le monde
-que Valençay était devenu inhabitable, que les Damer et Greville s'y
-ennuieraient à la mort, que lady Clanricarde seule s'en arrangerait. H.
-Greville a lu cela à demi-voix: lady Clanricarde a repris tout haut, M.
-de Talleyrand a demandé ce que c'était, on lui a lu tout le passage.
-
-La seconde lettre, de M. de Montrond à M. Damer, pour lui demander
-comment il se trouvait à Valençay; que quant à H. Greville, qui aimait
-les caquets, il n'en était pas inquiet, parce qu'il y trouverait de quoi
-se satisfaire: ceci a été lu tout haut par M. Damer.
-
-La troisième lettre, de M. de Montrond à moi, calme au possible. Je
-l'avais passée à M. de Talleyrand, qui, d'humeur de ce qu'il venait
-d'entendre, a lu, à son tour, tout haut. Cela m'a fait souvenir du billet
-de Célimène! Je ne sais quelles réflexions cette petite scène aura
-provoquées, car j'ai été me coucher aussitôt après.
-
-
-_Valençay, 26 octobre 1834._--Le temps s'est un peu rajusté hier: en ce
-moment, il fait un froid vif, mais sec, avec un soleil éclatant. Pourvu
-que cela dure pour l'arrivée de M. le duc d'Orléans que nous attendons ce
-soir! Car les populations d'une quarantaine de communes, et du monde de
-Châteauroux, même d'Issoudun, à dix ou douze lieues d'ici, sont en
-mouvement. Le dimanche facilite cette satisfaction de curiosité, et, quoi
-qu'en disent les journaux, nous n'aurons d'autres magnificences, d'autres
-fêtes, d'autres préparatifs que ceux du nombre. Je crois que M. le duc
-d'Orléans sera très bien reçu par les populations rurales. Jamais, depuis
-la Grande Mademoiselle, aucun Prince, d'aucune dynastie, n'est venu ici:
-tout le pays entre Blois et Châteauroux, si bien traité par les Valois,
-était comme frappé de disgrâce, d'oubli; jamais aucune des
-administrations n'a voulu rien faire pour ce coin de Berry. Quand je suis
-venue ici pour la première fois, tout y était, en fait de civilisation,
-comme au temps de Louis XIII. M. de Talleyrand, et même moi, lui avons
-fait faire quelques progrès; ce n'est cependant que cette année que nous
-avons une poste aux chevaux organisée; il n'y a pas même encore de
-diligences, et les communications ont lieu, pour bien du monde, même
-aisé, en pataches, c'est-à-dire en voitures non suspendues. Dans un pays
-aussi reculé, un Prince est encore _quelqu'un_; nos communes sont
-flattées qu'il s'en égare un dans nos sauvageries, et elles crieront:
-_Vive le Roi!_ avec fureur: c'est tout ce qu'il y a de mieux.
-
-Parmi les arrivants au château, hier soir, nous avons eu le baron de
-Montmorency et Mme la comtesse Camille de Sainte-Aldegonde. Le baron de
-Montmorency a été, autrefois, au moment d'être le Lauzun de la
-Mademoiselle du temps[46], et, quoiqu'il ait décliné l'honneur de
-l'alliance, il est resté fort intime avec Neuilly. Mme de
-Sainte-Aldegonde habite un joli château entre ici et Blois; elle est Dame
-de la Reine, et grande amie du baron de Montmorency. Elle a été, d'abord,
-la femme du général Augereau; elle est du même âge que moi, et nous avons
-fait notre entrée dans le monde à la même époque. Nous avons, toutes
-deux, été Dames du Palais de l'Impératrice Marie-Louise; nous ne nous
-sommes, cependant, pas vues beaucoup, parce qu'elle suivait son mari à
-l'armée et ne venait guère à la Cour. A la chute de l'Empire, nous nous
-sommes perdues de vue complètement. Mme de Sainte-Aldegonde a été
-extrêmement belle, et si elle avait une expression plus agréable, elle le
-serait encore; mais elle n'a jamais eu l'air doux, grâce à des sourcils
-trop noirs et remontés; le moelleux de la première jeunesse étant passé,
-il en résulte quelque chose de cru qui n'est pas attirant. Elle a le
-verbe un peu haut, et quoique polie et assez bien élevée, elle manque de
-cette aisance et de cette obligeance faciles qui ne s'acquièrent que dans
-les premières habitudes élégantes de la vie: quand elles manquent au
-berceau, on peut être convenable, on n'est jamais distingué; mais enfin,
-à tout prendre, elle est bien.
-
- [46] Madame Adélaïde avait fait offrir sa main au baron de
- Montmorency, mais à la condition qu'elle ne changerait point son
- nom, ce que M. de Montmorency refusa.
-
-
-_Valençay, 27 octobre 1834._--M. le duc d'Orléans est arrivé hier par un
-assez mauvais temps, et une heure plus tôt qu'il ne s'était annoncé, ce
-qui a fort dérangé les curieux ainsi que nous. Cependant, il a trouvé
-notre petite garde nationale, le corps municipal, et pas mal de monde sur
-son passage. Il n'y a point eu de harangue, ce qui, je crois, l'a
-soulagé.
-
-M. le duc d'Orléans a commencé par causer un instant dans le salon avec
-M. de Talleyrand, M. et Mme de Valençay et moi. Il m'a annoncé, à ma
-grande surprise, que nous allions avoir MM. de Rigny, Thiers et Guizot;
-ma surprise n'a pas diminué, lorsque Monseigneur m'a dit que le Roi
-poussait beaucoup ses ministres à venir ici, parce que c'était une bonne
-excuse pour suspendre, pendant quelques jours, les Conseils; que ceux-ci
-étaient devenus impossibles par les fureurs du maréchal Gérard; qu'une
-crise était inévitable, mais qu'on désirait la retarder, et, pour cela,
-ne pas mettre le Cabinet en présence; que, du reste, le maréchal Gérard
-était seul de son bord d'un côté, et les autres ministres, jusqu'à
-présent, réunis de l'autre.
-
-Quand Monseigneur s'est retiré chez lui, j'ai été faire ma toilette, et
-suis redescendue tout de suite pour être la première au salon. J'y ai
-trouvé le général Petit, commandant de la 5e division militaire, puis le
-général Saint-Paul, commandant du département de l'Indre, et, de la suite
-du Prince, le général Baudrand et M. de Boismilon, son secrétaire.
-
-Après le dîner, il y a eu un peu de solennel que j'ai bientôt rompu, en
-me mettant tout simplement à mon ouvrage, comme de coutume, ce dont le
-Prince m'a fort remerciée. Tout le monde, alors, s'est groupé, arrangé.
-Plus tard, M. de Talleyrand a fait sa promenade accoutumée du soir; en
-rentrant il nous a trouvés jouant, lady Clanricarde, le Prince, H.
-Greville et moi, à un whist assez gai, la musique jouant dans le
-vestibule; enfin la glace s'était rompue.
-
-Après le thé, le Prince s'est éclipsé, et à onze heures tout le monde est
-allé se coucher.
-
-
-_Valençay, 28 octobre 1834._--Voici l'emploi de la journée d'hier: après
-le déjeuner, M. le duc d'Orléans a vu le château et ses entours
-immédiats, mon fils et moi les lui montrant; tous ceux de nos hôtes pour
-qui c'était une nouveauté suivaient.
-
-En rentrant, trois calèches, un phaéton et six chevaux de selle
-attendaient. Chacun s'est casé: M. le duc d'Orléans, la marquise de
-Clanricarde, le baron de Montmorency et moi dans la première calèche; M.
-de Talleyrand, Mme de Sainte-Aldegonde, le général Baudrand et M. Jules
-d'Entraigues dans la seconde, et ainsi de suite. Après avoir traversé le
-parc et une partie détachée de la forêt, nous nous sommes arrêtés à un
-joli pavillon, d'où la vue est belle. La musique militaire était cachée
-derrière les arbres, qui ont encore beaucoup de feuilles; le concours de
-monde était considérable; c'était une très jolie scène forestière. Nous
-nous sommes ensuite lancés dans la forêt même et ne sommes revenus que
-pour notre toilette du dîner.
-
-Après le dîner, nous avons mené le Prince au bal de l'Orangerie: les
-cours, le donjon, les grilles étaient illuminés et d'un très bel effet;
-la salle fort bien décorée, remplie de monde au point de pouvoir à peine
-passer; mais il n'y avait pas d'empressement grossier, tout au contraire,
-et des cris à se boucher les oreilles, mais qui font toujours plaisir aux
-Princes. Il a parcouru toutes les parties de la salle; il a beaucoup
-salué, un peu causé; enfin, on en a été fort content, et, quoiqu'il n'y
-soit pas resté plus d'une heure, on a été si satisfait de lui qu'à deux
-heures du matin, on criait encore sous ses fenêtres.
-
-
-_Valençay, 29 octobre 1834._--Hier, avant le déjeuner, notre Royal
-visiteur a été, avec son aide de camp, mon fils et le baron de
-Montmorency, visiter la filature et les carrières d'où on a extrait les
-pierres dont le château est bâti; il a trouvé ces carrières superbes.
-
-Après le déjeuner nous l'avons mené aux forges. Il y avait de la foule,
-des cris; les ouvriers ont bien fait leur besogne; on a coulé, forgé, et
-dans l'intérieur du bâtiment où l'on coule la gueuse et qui est très
-beau, on a opéré, à deux reprises, des feux d'artifice, avec la fonte en
-fusion, liquide et enflammée. C'était joli et a fort amusé nos dames
-anglaises. En revenant, nous avons fait un petit détour qui nous a
-conduits aux ruines de Veuil[47]. La musique était cachée dans une des
-vieilles tours, un grand feu était allumé dans la seule chambre qui reste
-intacte et où on avait servi un goûter. Dans la cour, et à travers des
-arceaux à moitié détruits, des gardes nationaux et des paysans criaient
-en jetant leurs chapeaux en l'air. Cette petite station a été vraiment
-très jolie, malgré le temps couvert; le soleil l'aurait complétée, ou
-plutôt la lune.
-
- [47] Veuil domine la vallée du Nahon, et fut réuni à la
- seigneurie de Valençay en 1787 par M. de Luçay qui en était alors
- propriétaire. Le château, qui devait être remarquablement joli,
- est maintenant une ruine, dont une partie seulement peut être
- habitée par un fermier.
-
-A dîner, outre les convives de la ville, nous avons eu les Préfets
-d'Indre-et-Loire[48], de Loir-et-Cher[49], le général Ornano et le
-colonel Garraube, député, celui qui nous a envoyé la musique qui fait
-nos délices. Après le dîner, le whist, quelques tours de valse, etc...
-
- [48] M. Amédée d'Entraigues.
-
- [49] Le comte de Lezay-Marnésia.
-
-Il y a eu, le soir, un vrai bal avec souper pour les gens de l'office, en
-l'honneur des gens du Prince Royal; il a été vraiment très joli.
-
-A dîner, hier, j'ai été un peu surprise de ce que m'a dit mon Royal
-voisin. Il m'a demandé quand nous allions à Rochecotte.--«Je l'ignore,
-Monseigneur.--Mais vous ne pouvez passer tout l'hiver dans ce lieu-ci qui
-est bien froid.--Il n'a jamais été question que nous y passions tout
-l'hiver.--Viendrez-vous à Paris?--Je n'en sais rien.--Car pour
-l'Angleterre, il ne peut plus en être question, puisque lord Palmerston
-ne va pas aux Indes.» J'ai regardé le Prince entre les deux yeux, avec un
-peu de surprise, et je lui ait dit: «Je crois, en effet, que le départ de
-lord Palmerston aurait rappelé les ambassadeurs à Londres, et que, lui
-restant, cela les en éloignera; mais les projets de M. de Talleyrand sont
-très incertains, et soumis d'ailleurs aux désirs du Roi.--Votre oncle m'a
-dit qu'il croyait que nous avions tiré de l'Angleterre tout ce qu'elle
-pouvait nous donner; que ce ne serait plus à Londres que se traiteraient
-les grandes affaires; qu'il fallait les appeler à Paris auprès de mon
-père.--En effet, c'est là la pensée de M. de Talleyrand, parce que
-l'habileté et la sagesse du Roi ont inspiré à l'Europe de la confiance,
-en raison inverse de la méfiance que la politique anglaise des derniers
-mois a généralement propagée.--Mon père désire beaucoup que M. de
-Talleyrand retourne en Angleterre, mais avant de causer avec votre oncle
-à ce sujet, j'avais dit au Roi que ce retour me paraissait
-impossible.--En effet, Monseigneur, il est difficile.--Mais vous, madame,
-que désirez-vous?--Ce qui sera agréable au Roi, Monseigneur; et si M. de
-Talleyrand ne retourne pas à Londres, c'est qu'il sera persuadé qu'avec
-les données actuelles, il ne saurait y être utile. Personnellement,
-j'aime extrêmement l'Angleterre; mille liens de reconnaissance et
-d'admiration m'y attachent, surtout les bontés de la Reine, l'amitié de
-lord Grey et du duc de Wellington; mais il y a de certains amis qu'on ne
-perd pas pour les avoir quittés, et j'espère bien, dans le cours des
-années, aller remercier ceux que j'ai eus en Angleterre, de toutes leurs
-bontés pour moi pendant les quatre dernières années[50].--Mais, quittant
-l'ambassade, que fera M. de Talleyrand?--Ce qui plaira au Roi: si le Roi
-désire le voir, il ira lui offrir ses hommages; si Sa Majesté lui permet
-de se reposer, il restera dans la retraite, à soigner ses jambes, qui,
-comme vous le voyez, sont bien faibles et bien douloureuses; en un mot,
-Monseigneur, il sera toujours le serviteur dévoué du Roi.» Et nous en
-sommes restés là, de cette conversation assez singulière.
-
- [50] La duchesse de Dino n'est jamais retournée en Angleterre
- malgré le bon souvenir qu'elle gardait à ce pays.
-
-
-_Valençay, 30 octobre 1834._--Hier matin, tous les voisins de Tours, de
-Blois, des environs, sont partis de bonne heure, ainsi que M. Motteux,
-qui a laissé un joli chien anglais à M. de Talleyrand. Ce bon petit
-Motteux nous a quittés avec des regrets infinis, s'étant parfaitement
-amusé ici, passant sa vie à la cuisine, au pressoir, au marché; ne
-causant guère, mais n'étant ni indiscret, ni importun, ni mal disant.
-
-Avant le déjeuner, M. le duc d'Orléans a visité les deux ateliers de
-bonneterie[51], y a acheté et fait des commandes. Après le déjeuner, il a
-voulu voir nos écoles et l'établissement des Sœurs; il a beaucoup donné
-pour les pauvres. Il a paru vraiment frappé de la bonne tenue du petit
-couvent, et particulièrement des manières de la Supérieure. A cette
-occasion, il m'a raconté qu'un de ses aïeux, ayant prêté de l'argent au
-Saint-Siège, que celui-ci n'avait pas rendu au terme indiqué, le Pape
-envoya, en compensation, une Bulle par laquelle il créait tous les
-descendants mâles de la famille _sous-diacres-nés_, et chanoines de
-Saint-Martin de Tours, avec le droit de toucher, sans gants, aux vases
-sacrés, et de se placer à l'église du côté de l'évangile, au lieu du côté
-de l'épître. Le Roi Louis-Philippe a été reçu chanoine de Tours, à l'âge
-de sept ans.
-
- [51] En entrant dans cette bonneterie, fort célèbre alors en
- France, on pouvait voir, surmontées d'une inscription portant
- leurs noms, les jambes moulées de toutes les amies du prince de
- Talleyrand, que ces dames avaient fait faire, afin de donner un
- modèle exact au fabricant de Valençay.
-
-Plus tard nous avons conduit le Prince aux étangs de la forêt, auprès
-desquels était un grand feu de bivouac.
-
-Avant le dîner, le Prince a encore voulu causer seul avec M. Talleyrand,
-puis avec moi. Après, on a joué une poule au billard, cela a été très
-animé; les dames étaient de la partie. Le thé pris, et les lettres
-arrivées par la poste reçues, celles-ci annonçant la retraite du maréchal
-Gérard, M. le duc d'Orléans est rentré chez lui, a mis son costume de
-voyage, et à onze heures et demie, après force gracieusetés, il est
-parti.
-
-Quoique tout se soit bien passé pendant son séjour ici, et que le Prince
-ait vraiment été à merveille pour tout le monde, je n'en suis pas moins
-singulièrement soulagée de son départ. Je craignais à chaque instant
-quelque accident, ce qui m'a fait m'opposer formellement à toute chasse;
-je craignais les mauvais cris, le mauvais temps, mille choses, et enfin,
-j'étais harassée de fatigue.
-
-Comme je le prévoyais, le voyage de M. le duc d'Orléans a éclairci notre
-avenir, en ce sens que M. de Talleyrand a dit au Prince qu'il n'y avait
-plus rien à faire pour lui à Londres, que le caractère personnel de lord
-Palmerston, la route actuelle suivie par le Cabinet anglais, l'absence de
-tout le haut Corps diplomatique de Londres, et la tendance évidente de
-toutes les Cours de retirer leur action de cette capitale et de
-centraliser la haute politique ailleurs; que, par-dessus tout cela, la
-fatigue de ses jambes lui faisait une nécessité de ne plus retourner en
-Angleterre, à moins d'une réaction qui le rendît, lui, M. de Talleyrand,
-plus propre que tout autre à y traiter les affaires de la France; mais
-que pour le moment, il croyait que n'importe qui ferait aussi bien, si ce
-n'est mieux que lui. M. le duc d'Orléans nous a positivement dit qu'il
-avait été chargé par le Roi de connaître les intentions de M. de
-Talleyrand, et, en même temps, de lui exprimer, s'il ne retournait pas à
-Londres, le désir de le voir à Paris pour causer avec lui; qu'il tenait
-beaucoup à ce que M. de Talleyrand n'eût pas l'air de retirer son
-intérêt et sa participation à l'œuvre à laquelle il avait tant
-travaillé.
-
-M. le duc d'Orléans m'a raconté un petit fait curieux: c'est que Lucien
-Bonaparte lui avait écrit, il y a dix-huit mois, une lettre assez plate
-pour le prier d'obtenir pour lui le poste de ministre de France à
-Florence!
-
-J'apprends, à l'instant, que le Roi a positivement refusé d'appeler le
-duc de Broglie à la présidence du Conseil, en remplacement du maréchal
-Gérard. Il est évident que c'est la crise ministérielle qui a empêché les
-trois ministres qui devaient venir ici de s'y rendre. Je n'en suis pas
-fâchée, car cela a ôté tout caractère politique au séjour du Prince.
-
-Il m'a parlé beaucoup de Rochecotte et de son désir d'y revenir l'été
-prochain.
-
-
-_Valençay, 31 octobre 1834._--Nous avions ici M. le comte de la Redorte.
-C'est un homme qui a du savoir positif; il a beaucoup étudié, beaucoup
-voyagé; il se souvient de tout, mais, malheureusement, au lieu d'attendre
-qu'on frappe à sa porte, comme ferait un Anglais, il l'ouvre toute grande
-et force les gens à y entrer. Quoique d'une belle figure, et de manières
-douces, avec un charmant son de voix, il est tout simplement assommant,
-et par les faits, les dates, les chiffres dont il remplit sa
-conversation, les détails minutieux dans lesquels il entre, les lourds
-sujets d'économie politique dans lesquels il se plonge, tête baissée, il
-fatigue, éteint, écrase ses auditeurs. Avec cela des opinions faites sur
-tout, des jugements absolus, des rédactions arrangées d'avance; c'est
-d'un ennui à périr! Nos Anglais, ici, le portaient sur leurs épaules! Il
-est parti après le déjeuner. Au moment où il est sorti, M. de Talleyrand
-a dit: «Voilà un esprit arrêté avant d'être arrivé.» Il a dit aussi un
-mot assez piquant sur Mme de Sainte-Aldegonde, qui est également partie
-ce matin. A propos de ses sourcils si noirs qui surmontent des yeux sans
-beaucoup d'expression: «Ce sont», a-t-il dit, «des arcs sans flèches».
-
-Voici l'extrait d'une lettre reçue de Paris hier soir; elle est du 29:
-«Les chevaux de poste étaient, dimanche 26, dans la cour de M. de Rigny,
-qui allait partir avec Bertin de Veaux, lorsque le Roi l'a fait chercher,
-et lui a ordonné de différer son départ d'un jour; le moment opportun
-pour partir ne s'est plus retrouvé. Hier, à quatre heures, le maréchal
-Gérard a forcé le Roi à accepter sa démission. La résolution de M. de
-Rigny est de ne pas accepter la Présidence qu'on veut bien lui offrir; il
-ne se reconnaît ni les talents, ni la consistance nécessaires pour
-remplir ce poste. Il ne peut pas se dissimuler que l'embarras seul d'un
-choix le fait porter sur lui, et si ce refus doit lui faire perdre sa
-place, il s'en consolerait, en pensant qu'il vaut mieux quitter les
-affaires sur une pareille question que d'en sortir plus tard moins
-honorablement. Mais comment cela va-t-il finir? Ce qui paraît le plus
-vraisemblable, c'est l'entrée de M. Molé au ministère. M. Thiers voudrait
-bien arriver à la Présidence, mais il n'ose pas encore y prétendre
-formellement. M. Molé ne resterait pas longtemps; ses moyens, son
-caractère, son entourage, tout le fera promptement tomber; ce sera
-suffisant à M. Thiers pour arriver à son but, du moins il s'en flatte.
-Il eût bien mieux aimé cependant que M. de Rigny se fût chargé du rôle
-qu'il destine à M. Molé; mais là, toute son éloquence a échoué!»
-
-
-_Valençay, 1er novembre 1834._--On m'écrit, de Paris, qu'un article très
-injurieux pour M. de Talleyrand et pour moi vient de paraître dans une
-revue périodique; il y a bien des années que je suis agonisée d'injures,
-de libelles, de mille saletés, calomnies et horreurs, et j'en aurai ainsi
-pour le reste de ma vie. Vivant dans la maison et dans la confiance de M.
-de Talleyrand, me trouvant, d'ailleurs, à l'époque la plus libellique, la
-plus vaniteuse, comment aurais-je échappé à la licence de la presse, à
-ses attaques, à ses injures? J'ai été longtemps à m'y accoutumer: j'en ai
-été cruellement atteinte, bouleversée, malheureuse; je n'arriverai même
-jamais à y rester indifférente. Une femme ne saurait l'être, et aurait,
-ce me semble, mauvaise grâce à le devenir; mais comme il serait également
-absurde de laisser son repos à la merci des gens qu'on méprise, j'ai pris
-le parti de ne rien lire en ce genre, et plus j'y suis directement
-intéressée, plus je désire ignorer. Je ne veux pas savoir le mal qu'on
-pense, qu'on dit ou qu'on écrit de moi ou de mes amis. Si ceux-ci font
-des fautes, ou que moi j'aie des torts, je les connais de reste, et
-désire les oublier. Quant à la calomnie, elle me dégoûte et m'indigne, et
-je ne vois pas pourquoi j'en recevrais les éclaboussures dans mes
-affections et dans mes intérêts les plus chers. Si on pouvait lutter,
-combattre et éclairer, à la bonne heure; il faudrait alors savoir pour
-être en état de répondre; mais comme répondre serait déplorable et que le
-silence est prescrit, ne vaut-il pas mieux éviter une connaissance
-pénible et stérile? Les peines, les amertumes sont si nombreuses dans la
-vie, il en est un si grand nombre d'inévitables, que je ne songe plus
-qu'à en écarter le plus que je puis, sûre qu'il restera toujours
-suffisamment de quoi exercer mon courage et ma résignation.
-
-Un autre de mes motifs pour ne pas approfondir la malveillance, c'est que
-j'ai trop de peine à la pardonner; car si la reconnaissance est une des
-qualités les plus profondément gravées dans la bonne partie de ma nature,
-je crains toujours que la rancune lui serve de contrepoids: je n'ai
-jamais oublié ni un service, ni un mot d'amitié, mais je me suis trop
-souvent peut-être souvenue d'une injure ou d'une parole hostile. Ce n'est
-pas, Dieu merci, que la rancune me conduise à la vengeance, non; ma
-mémoire, quelque amère qu'elle puisse rester, ne m'a jamais inspirée
-hostilement contre ceux qui m'ont offensée; mais alors c'est moi-même qui
-souffre; je ne connais rien de plus douloureux au monde que d'éprouver de
-la malveillance, et tout inoffensive et silencieuse qu'elle reste au
-dehors, elle me ronge en dedans, et me fait mal en rongeant l'âme et
-rompant l'équilibre.
-
-Je n'ai eu, hélas! que trop d'occasions de scruter, d'analyser,
-d'anatomiser, de disséquer mon _moi moral_. Qui est-ce qui n'a pas sa
-maladie chronique morale, comme sa maladie physique? Et qui est-ce qui, à
-un certain âge, ne sait pas ou ne doit pas savoir le régime qui convient
-le mieux à son esprit comme à son corps?
-
-
-_Valençay, 4 novembre 1834._--J'arrive d'une course que nous avons faite
-à Blois et dans les environs, avec nos Anglais qui retournaient à Paris.
-Avant-hier, nous avons visité Chambord, qui a paru, ce qu'il est en
-effet, bizarre, original, curieux, riche de détails, du reste dans un
-assez vilain pays et dans un état déplorable. La fenêtre de l'oratoire de
-Diane de Poitiers, sur laquelle François Ier avait écrit ses deux vers
-impertinents sur les femmes, existe encore[52], mais les carreaux sont
-brisés; ces vers étaient peu honorables pour un Roi chevalier. Le lieu où
-le _Bourgeois gentilhomme_ fut représenté pour la première fois devant
-Louis XIV existe aussi, ainsi que la table sur laquelle on a ouvert et
-embaumé le corps du maréchal de Saxe qui est mort à Chambord; c'est même
-le seul objet mobilier qui soit resté dans le château.
-
- [52] Souvent femme varie,
- Bien fol est qui s'y fie!
-
-Nous sommes revenus assez tard à Blois, et hier, dans la matinée, nous
-avons visité le château de Blois, maintenant une caserne, et certes, un
-des plus curieux monuments de France. Bâti des quatre côtés, il offre
-quatre architectures différentes. La partie la plus ancienne date
-d'Étienne de Blois, Roi d'Angleterre, souche des Plantagenet; la seconde
-de Louis XII, où son emblème, un porc-épic avec le motto: _Qui s'y
-frotte, s'y pique_, se trouve encore. Puis la partie François Ier, avec
-tout l'élégant cachet de la Renaissance; c'est là que le duc de Guise a
-été assassiné, que Catherine de Médicis est morte; c'est là qu'est la
-salle des fameux États généraux de Blois: on voit la cheminée dans
-laquelle on a brûlé le corps de Guise et le cachot où le cardinal et
-l'archevêque de Lyon ont été enfermés; la petite niche où Henri III a
-placé les moines auxquels il ordonnait de prier pour le succès de
-l'assassinat; la fenêtre par laquelle Marie de Médicis s'est sauvée, et
-l'appartement où la veuve de Jean Sobieski est morte[53]. Le quatrième
-côté enfin, bâti par Gaston d'Orléans dans le style des Tuileries, n'a
-jamais été achevé. Près du château est un vieux pavillon où étaient les
-bains de Catherine de Médicis; à côté, une vieille masure qui servait de
-retraite aux mignons de Henri III.
-
- [53] Marie-Casimire d'Arquien, morte en 1716.
-
-En revenant de cette course ici, j'ai eu la triste nouvelle de la mort de
-la princesse Tyszkiewicz, qui a expiré avant-hier à Tours. C'est moi qui
-ai dû l'apprendre à M. de Talleyrand. A son âge, de semblables pertes
-frappent davantage la pensée que le cœur; on y voit plutôt un
-avertissement personnel qu'on n'y trouve une affliction. Il était plus
-saisi que moi; moi plus affligée que lui, car j'aimais réellement la
-Princesse; je lui étais profondément reconnaissante de tout ce qu'elle a,
-jadis, été pour moi et, quoiqu'elle se soit survécu à elle-même, je ne
-puis songer sans peine à toute cette partie du passé qui s'enterre avec
-elle. Car on perd, avec des amis, non seulement eux-mêmes, mais encore
-une partie de soi-même.
-
-M. de Talleyrand a été du même avis que moi, qu'il ne fallait pas laisser
-reposer au milieu d'étrangers cette pauvre et illustre personne, nièce du
-dernier Roi de Pologne, sœur unique de l'infortuné maréchal prince
-Poniatowski: elle sera enterrée à Valençay.
-
-Une lettre arrivée hier soir ici, de Paris, disait ceci: «Il n'y a rien
-de fait pour le ministère; cela finit par être extrêmement ridicule; les
-intrigues se continuent. Avant-hier, on croyait tout fait et que Thiers
-partait pour Valençay; hier tout était changé, et on en est au même
-point. Il n'y a jamais eu un dissolvant pareil à Thiers; nous payons cher
-son talent de parole; il faudrait cependant bien en finir. M. de Rigny
-est tout prêt à se retirer, M. Guizot porte toujours Broglie pour la
-présidence du Conseil et Thiers pousse Molé.»
-
-
-_Valençay, 6 novembre 1834._--L'autre jour, M. Royer-Collard m'a raconté
-quelque chose d'amusant, parce que cela le peint très bien. Il me disait
-que la seconde Mme Guizot lui reprochait vivement de renier la
-_doctrine_, de se refuser à en être le père, l'appui, le défenseur, et de
-ce qu'en se plaignant, comme il le faisait, d'être réclamé par eux, il
-causait beaucoup d'embarras à ceux qui en étaient; que c'était mal et
-qu'elle le priait, par cette considération, de ne plus les attaquer, les
-tourner en ridicule et les renier, comme il le faisait à chaque occasion:
-«Ah! madame! vous voulez donc qu'en laissant le public dans l'erreur, je
-me prive de ma consolation et de ma vengeance!» Elle était furieuse... La
-seule, mais très vive irritation de M. Royer-Collard est contre tout ce
-qui touche à M. Guizot et tout ce qui en porte le nom; cette irritation
-n'est peut-être pas sans quelque fondement. M. Royer n'a aucun goût pour
-M. de Broglie, dont la haute vertu ne lui a pas paru être à la hauteur
-des dernières circonstances; et quant à Mme de Broglie, il l'aime encore
-moins, parce que sa dévotion ne la préserve d'aucune des agitations et
-même des intrigues politiques; le contraste que cela produit lui déplaît.
-
-
-_Valençay, 7 novembre 1834._--Voici une anecdote parfaitement certaine
-qui m'a été contée par un témoin oculaire et qui m'a beaucoup frappée. M.
-Casimir Perier est mort, comme on sait, du choléra; mais en outre il
-était complètement fou dans les derniers dix jours de sa vie, disposition
-qui s'était déjà manifestée chez plusieurs membres de sa famille. Eh
-bien! quelques heures avant sa mort, deux des ministres ses collègues,
-avec deux de ses frères, causaient dans un coin de sa chambre des
-embarras que l'arrivée de Mme la duchesse de Berry produisait en Vendée,
-des difficultés qui en résultaient pour le gouvernement, du parti qu'il y
-aurait à prendre, de la responsabilité qui en résulterait, et de la
-terreur de chacun de l'affronter. Cette conversation fut, tout à coup,
-interrompue par le malade, qui, se dressant sur son lit, s'écria: «Ah! si
-le président du Conseil n'était pas fou!» Puis, retombant sur son
-oreiller, il se tut et mourut bientôt après. Cela n'est-il pas frappant
-et ne fait-il pas frissonner comme le _Roi Lear_?
-
-
-_Valençay, 9 novembre 1834._--J'ai été hier à Châteauvieux voir M.
-Royer-Collard. Il avait reçu des lettres de plusieurs des ministres
-démissionnaires. On lui mande qu'aussitôt les cinq démissions données,
-toutes cinq _galamment_ acceptées, le Roi a fait chercher M. Molé, et lui
-a confié, avec la présidence du Conseil, la recomposition totale du
-Cabinet. M. Molé a demandé vingt-quatre heures pour réfléchir sur
-lui-même et voir avec qui il pourrait s'entendre, mais chacun ayant
-décliné le fardeau dont il offrait le partage, il a été obligé de s'y
-soustraire également, et tout était retombé dans le vague et peut-être
-l'impossible.
-
-Il y a un déchaînement nouveau dans presque tous les journaux contre M.
-de Talleyrand; les uns le tuent, les autres le disent malade de corps et
-d'esprit, d'autres l'injurient grossièrement et salement. M.
-Royer-Collard explique cette nouvelle reprise de fureur par la crainte
-que la présidence du Conseil ne soit offerte à M. de Talleyrand et
-acceptée par lui. Il paraît que beaucoup de gens, frappés de la pénurie
-d'hommes, voudraient qu'on s'adressât ici, et que la terreur que cela
-inspire à de certains autres envenime toutes leurs démarches, leurs
-paroles et leurs écrits. Quel triste honneur que d'être ainsi le
-pis-aller de quelques-uns et l'objet de la haine de plusieurs autres, et
-cela à un âge où le besoin seul du repos doit dominer et où la seule et
-dernière condition permise est de finir honorablement!
-
-
-_Valençay, 10 novembre 1834._--Voici l'extrait d'une lettre que j'ai
-reçue hier de M. Royer-Collard: «Je dirai fort sérieusement à M. de
-Talleyrand, qu'après quatre années d'absence, je ne m'étonne pas qu'il
-mette plus d'importance aux articles de journaux qu'ils n'en ont
-réellement aujourd'hui. Il ne sait pas à quel point le prestige de la
-presse est usé comme tous les autres; qui répondrait à un journal après
-deux ou trois jours ne serait pas compris, on aurait oublié. Il n'est
-plus donné à la témérité des paroles d'élever ou d'abaisser un
-personnage; dans le débordement de la louange, comme de l'injure, on
-reste ce que l'on est. C'est le procès de nos mauvais jours!
-
-«Non, il n'y a rien de fait à Paris; c'est que rien de spécieux n'est
-possible. Ici se révèlent les véritables conséquences de la dernière
-révolution. M. de Talleyrand a eu l'habileté et le bonheur de la faire
-tourner à sa gloire, mais il ne recommencerait pas ce miracle. Sa
-dernière habileté sera de finir à temps, je dirais volontiers de rompre à
-la fois avec l'Angleterre et la France, telles que cette année-ci les a
-faites. Je reviens souvent à l'idée qu'il aurait fallu dénouer dès
-l'année dernière, et se mettre en sûreté; il était naturel de s'y
-tromper, je m'y suis trompé aussi. Vous seule, madame la Duchesse, disiez
-vrai. Dans ce même fauteuil d'où je vous écris aujourd'hui, je vous
-combattais en aveugle, car vous seule pouviez bien savoir, bien juger.
-J'ai eu tort; c'est un hommage de plus que j'aime à vous rendre.»
-
-
-_Valençay, 11 novembre 1834._--M. Damer mande de Paris ce qui suit:
-«Avez-vous entendu une horrible histoire relative à Mme et à Mlle de
-Morell, sœur et nièce de M. Charles de Mornay, et qui est arrivée à
-l'École militaire de Saumur[54]? Un jeune homme de cette ville, nommé M.
-de La Roncière, assez mauvaise tête, est devenu amoureux de Mme de
-Morell; elle a fait, ou non, quelques coquetteries pour lui, c'est ce que
-je ne sais pas exactement, mais finalement, elle lui a donné son congé.
-Il a résolu alors de se venger, et a fait la cour à la fille, jeune
-personne de dix-sept ans; il lui écrivait continuellement et la menaçait
-de tuer son père et sa mère si elle ne l'écoutait pas. Elle a été
-trouvée, une nuit, dans une espèce d'état de folie. Le jeune homme, ayant
-appris son état, s'est enfui de l'École, mais a été arrêté depuis. Il a
-montré alors des lettres, supposées ou non, qu'il prétend lui avoir été
-écrites par la mère et par la fille et qui les compromettraient
-gravement. On dit que Charles de Mornay est arrivé à Paris à cause de
-cette affaire.»
-
- [54] Cette affaire amena un procès criminel qui fit grand bruit.
- Émile de La Roncière fut traduit devant le jury d'Angers en 1835,
- et malgré l'habileté de son défenseur, Me Chaix-d'Est-Ange, il
- fut condamné à dix ans de réclusion. En 1843, le Roi
- Louis-Philippe lui fit remise de deux années de détention qui lui
- restaient encore à faire.
-
-
-_Valençay, 12 novembre 1834._--Une lettre écrite avant-hier de Paris,
-pendant que le Roi signait, dans le cabinet voisin, l'ordonnance
-créatrice du nouveau ministère, qui n'a pu paraître que dans les journaux
-d'hier matin, nous est arrivée ici hier soir. Elle apporte des noms
-inattendus et presque nouveaux. Il n'y aurait peut-être pas grand mal à
-cela, s'ils l'étaient tous également, mais il en est un, vieilli dans
-les fastes de l'Empire, et auquel on en a attribué la perte, le duc de
-Bassano; il en est un autre, celui de M. Bresson, qui ébahira
-probablement, et qui, pour l'invraisemblable, aurait mérité la fameuse
-lettre sur le mariage de M. de Lauzun. Je n'ai pas besoin de dire les
-réflexions qu'il nous a fait faire, à nous, gens de Londres, qui avons vu
-naître, se perdre et ressusciter l'individu, le tout avec une si
-merveilleuse rapidité! Je n'ai pas besoin de dire, non plus, que cette
-solution ministérielle fixe toutes les irrésolutions de M. de Talleyrand
-et donnera des ailes à sa démission de l'ambassade de Londres.
-
-
-_Valençay, 13 novembre 1834._--Voici l'impression produite sur M.
-Royer-Collard par la nouvelle phase ministérielle: «Mais c'est un
-ministère Polignac! Je m'attendais à tout plutôt qu'à cette aventure. Je
-suis bien étonné que M. Passy, qui a du mérite et de l'avenir, se soit
-enrôlé dans cette troupe. Voilà l'ancien Cabinet jeté dans l'opposition;
-mais soit qu'il attaque, soit qu'il appuie traîtreusement, il se fraye un
-chemin au retour; il reviendra, cela me paraît infaillible.» Le mot
-_aventure_ est le mot propre, car assurément, ce que tout ceci est le
-moins, c'est une _combinaison_.
-
-
-_Valençay, 16 novembre 1834._--Nous avons appris, par le courrier d'hier
-au soir, que le ministère de fantaisie avait vécu «ce que vivent les
-roses, l'espace d'un matin». La comparaison n'est pas choquante. Ce sont
-MM. Teste et Passy qui, le 13 au soir, sont venus remettre au Roi leur
-démission, motivée sur la situation pécuniaire du duc de Bassano. Ces
-démissions devaient entraîner les autres, et, en effet, le lendemain
-matin, M. Charles Dupin est venu offrir la sienne, et M. de Bassano a
-reconnu qu'il ne pouvait plus rien faire et que, dès lors, «tout était
-dit et fini».
-
-Avant-hier 14, à quatre heures du soir, rien n'était arrangé, ni projeté,
-ni espéré. Quelle cruelle et déplorable situation pour le Roi! Si on
-voulait faire une pièce de théâtre de cette crise ministérielle, on ne
-pourrait même pas lui appliquer la règle des vingt-quatre heures!
-
-Je trouve la conduite de MM. Teste et Passy impardonnable! Il paraît que
-c'est eux qui avaient le plus insisté, dans l'origine, pour que le duc de
-Bassano obtînt la Présidence avec le ministère de l'Intérieur, et,
-certes, ils n'en étaient pas alors à apprendre la situation pécuniaire de
-M. de Bassano; car, depuis deux ans, elle était connue de tout le monde.
-
-
-_Valençay, 18 novembre 1834._--Voici le passage important d'une lettre
-écrite hier par M. de Talleyrand à Madame Adélaïde: «Quel soulagement! Je
-remercie de bon cœur le maréchal Mortier d'avoir accepté la présidence
-du Conseil! Je voudrais faire comme lui, et remonter à la brèche; mais
-l'Angleterre pour moi est hors de question! Vienne me plairait, sans
-doute, à beaucoup d'égards, et conviendrait d'ailleurs à Mme de Dino, que
-tout son dévouement pour moi console difficilement de quitter Londres, où
-elle a été si bien appréciée; mais, à mon âge, on ne va plus chercher
-les affaires si loin de ses foyers! S'il ne s'agissait que d'une mission
-spéciale, auprès d'un Congrès; d'une réunion telle que celles de Vérone
-et d'Aix-la-Chapelle, je serais prêt. Et si pareille circonstance, qui
-n'est rien moins qu'invraisemblable, se présentait et que le Roi me crût
-encore capable de bien représenter la France, qu'il me donne ses ordres
-et je pars à l'instant, heureux de lui consacrer mes derniers jours. Mais
-une mission permanente ne peut plus me convenir, à Vienne surtout, où
-l'on m'a vu, il y a vingt ans, l'homme de la Restauration. Mademoiselle
-a-t-elle bien songé à un pareil rapprochement? Et cela en regard de
-Charles X, de Madame la Dauphine qui vient souvent à Vienne, et qui
-reçoit tous les honneurs dus à son rang, à ses malheurs, et à sa proche
-parenté? Simples particuliers en Angleterre, les Bourbons de la branche
-aînée sont des Princes, presque des prétendants en Autriche; c'est, pour
-l'ambassadeur du Roi, une énorme différence; peu sensible peut-être pour
-tel ou tel, mais décisive pour moi dans la vie duquel 1814 reste écrit en
-gros caractères.--Non, Madame, il n'y a plus pour moi d'autre existence
-que celle d'une retraite sincère et complète, d'une vie privée simple et
-paisible. Ceux qui voudront me supposer quelque arrière-pensée seront de
-mauvaise foi: à mon âge, on ne s'occupe plus que de ses souvenirs,
-etc.[55]...»
-
- [55] Cette lettre, dont il n'est cité ici qu'une partie, a été
- donnée tout entière par la comtesse de Mirabeau dans son livre:
- _Le prince de Talleyrand et la Maison d'Orléans_, et se trouve
- aussi dans le tome V des _Mémoires_ du prince de Talleyrand,
- parus en 1892.
-
-Le _Journal des Débats_ annonce la démission de M. de Talleyrand, et,
-dans son intrigue, cherche à la rattacher au ministère Bassano[56].
-Assurément, de tout, c'est ce qui l'aurait le mieux expliquée, mais elle
-n'a été motivée par aucun des noms français qui ont successivement occupé
-le public depuis quinze jours. Il y avait une manière plus convenable,
-plus élevée, plus vraie d'en parler; mais l'esprit de parti dénature tout
-à son propre profit! A la bonne heure, nous n'avons plus à y regarder.
-
- [56] Voici, en entier, cette lettre de démission, quoiqu'elle ait
- déjà paru dans les _Mémoires_ de M. de Talleyrand:
-
- _Lettre du prince de Talleyrand à M. le ministre des Affaires
- étrangères._
-
-
- MONSIEUR LE MINISTRE,
-
- Lorsque la confiance du Roi m'appela, il y a quatre ans, à
- l'ambassade de Londres, la difficulté même me fit obéir; je crois
- l'avoir accomplie utilement pour la France et pour le Roi, deux
- intérêts toujours présents à ma pensée. Dans ces quatre années, la
- paix générale maintenue a permis à toutes nos relations de se
- simplifier; notre politique, d'isolée qu'elle était, s'est mêlée à
- celle des autres nations; elle a été acceptée, appréciée, honorée
- par tous les honnêtes gens de tous les pays. La coopération que
- nous avons obtenue de l'Angleterre n'a rien coûté ni à notre
- indépendance, ni à nos susceptibilités nationales; et tel a été
- notre respect pour le droit de chacun, telle a été la franchise de
- nos procédés, que loin d'inspirer de la méfiance, c'est notre
- garantie que l'on réclame aujourd'hui, contre cet esprit de
- propagandisme qui inquiète la vieille Europe. C'est assurément à la
- haute sagesse du Roi, à sa grande habileté, qu'il faut attribuer des
- résultats aussi satisfaisants. Je ne réclame pour moi-même d'autre
- mérite que celui d'avoir deviné, avant tous, la pensée profonde du
- Roi, et de l'avoir annoncée à ceux qui se sont convaincus, depuis,
- de la vérité de mes paroles. Mais aujourd'hui que l'Europe connaît
- et admire le Roi; que, par cela même, les principales difficultés
- sont surmontées; aujourd'hui que l'Angleterre a, peut-être, un
- besoin égal au nôtre, de notre alliance mutuelle, et que la route
- qu'elle paraît vouloir suivre doit lui faire préférer un esprit à
- traditions moins anciennes que le mien; aujourd'hui, je crois
- pouvoir, sans manquer de dévouement au Roi et à la France, supplier
- respectueusement Sa Majesté d'accepter ma démission, et vous prie,
- Monsieur le Ministre, de la lui présenter. Mon grand âge, les
- infirmités qui en sont la suite naturelle, le repos qu'il conseille,
- les pensées qu'il suggère, rendent ma démarche bien simple, ne la
- justifient que trop, et en font même un devoir. Je me confie à
- l'équitable bonté du Roi pour en juger.
-
- Agréez, Monsieur le Ministre, l'assurance de ma très haute
- considération.
-
- Le prince DE TALLEYRAND.
-
- Valençay, 13 novembre 1834.
-
-(Le _Moniteur universel_ du 7 janvier 1835 donna cette lettre.)
-
-On assure que, pendant la crise ministérielle, M. de Rigny s'est conduit
-avec fermeté, dignité et convenance. Il n'en a pas été ainsi de tout le
-monde, et voici un détail curieux sur l'exactitude duquel on peut
-compter. Dans ce fameux Conseil d'il y a dix jours, dans lequel chacun a
-jeté son masque et où M. Guizot a voulu imposer M. de Broglie au Roi,
-comme ministre des Affaires étrangères, le Roi a dit en levant la main:
-«Jamais cette main ne signera l'ordonnance qui rappellera M. de Broglie
-aux Affaires étrangères.» Alors M. Guizot a sommé le Roi de déclarer
-pourquoi il s'y refusait: «Parce que, a répondu celui-ci, M. de Broglie a
-failli me brouiller avec l'Europe. J'en appelle au témoignage de M. de
-Rigny ici présent (lequel a fait silencieusement un signe
-d'acquiescement), et si on voulait me faire violence, je parlerais.--Et
-nous, Sire, nous écrirons,» a repris M. Guizot... Peut-on rien imaginer
-de semblable? Et voit-on après cela toutes ces mêmes figures assises au
-même tapis vert et réglant, d'un commun accord, les destinées de
-l'Europe?
-
-
-_Valençay, 19 novembre 1834._--Nous avons appris, hier au soir, par une
-lettre de Londres, le grand événement du changement de ministère en
-Angleterre, et le retour des Tories au pouvoir[57]. Ce matin déjà, un
-courrier du Roi est arrivé ici, porteur d'une lettre de la main même de
-Sa Majesté, et d'une de Mademoiselle. Caresses, prières, supplications,
-il y a de tout dans ces lettres. Mon nom même, répété sans cesse, est
-appelé à l'aide. Tout cela est employé pour déterminer M. de Talleyrand à
-reprendre son ambassade de Londres. Le Prince royal m'écrit dans ce sens
-de la manière la plus pressante; toutes les autres lettres reçues par la
-poste sont dans le même esprit. Mme Dawson Damer m'écrit qu'elle espère
-que le changement du Cabinet anglais fera retirer la démission de M. de
-Talleyrand, et que la Reine d'Angleterre ne me pardonnerait pas s'il en
-était autrement. Lady Clanricarde me dit qu'elle a d'autant plus peur de
-voir échouer les Tories dans leur essai, que cela ferait retomber
-l'Angleterre dans les griffes de lord Durham, et qu'elle ne voit qu'un
-côté agréable à tout ceci, c'est la presque certitude de mon retour à
-Londres. C'est fort gracieux, mais nullement concluant.
-
- [57] Le Cabinet whig, présidé par lord Melbourne, était tombé le
- 15 novembre, et fit place à un ministère tory, qui ne devait pas,
- d'ailleurs, durer plus de trois mois. Il était présidé par sir
- Robert Peel et, au ministère des Affaires étrangères, le duc de
- Wellington remplaçait lord Palmerston.
-
-M. de Rigny m'écrit des excuses de son long silence et me paraît fort en
-dégoût de la dernière quinzaine, peu rassuré sur les chances futures du
-ministère français, quoique M. Humann eût accepté et que le replâtrage
-fût consommé; puis il ajoute le morceau obligé sur l'_impossibilité_
-pour nous de ne pas retourner à Londres, et sur la _volonté_ positive du
-Roi à cet égard.
-
-M. Raullin, de son petit coin, croit aussi devoir faire sa petite hymne
-d'occasion; il dit que les doctrinaires, chez Mme de Broglie, en disaient
-autant, mais que, du reste, toute cette coterie, ainsi que la Bourse et
-les Boulevards, étaient dans la plus grande agitation des nouvelles
-d'Angleterre. Il me mande des drôleries sur le duc de Bassano et sur M.
-Humann. Le courrier qui est parti pour aller trouver celui-ci l'a trouvé
-à Bar; il a dit qu'il ne répondrait que de Strasbourg. J'aime ce flegme
-alsacien.
-
-On dit aussi que l'amiral Duperré se fait tirer l'oreille pour accepter
-la marine. Jusqu'à hier matin, il n'y avait que des ministres _in petto_.
-M. de Bassano signait imperturbablement et travaillait au ministère de
-l'intérieur avec la plus belle ardeur.
-
-M. de Talleyrand a reçu aussi beaucoup de lettres. M. Pasquier, en
-réponse à la lettre d'excuse de ne pouvoir assister au procès[58],
-insinue une phrase sur les immenses services qu'on est encore appelé à
-rendre. Mme de Jaucourt écrit quatre lignes sous la dictée de M. de
-Rigny, pour dire: «Venez, on ne peut se passer de vous; sauvez-nous.» Et
-enfin M. de Montrond, qui se taisait depuis longtemps, mande que les
-nouvelles d'Angleterre sont venues tomber sur tout le monde comme des
-flots d'eau bouillante, qu'on déraisonne à l'envi, que lord Granville
-prend le changement chez lui de travers. Il se dit aussi chargé par le
-Roi de nous faire comprendre la _nécessité_ de notre retour en
-Angleterre; que MM. Thiers et de Rigny le désirent comme leur salut.
-
- [58] D'Armand Carrel, du _National_.
-
-
-_Valençay, 24 novembre 1834._--M. de Talleyrand persiste, heureusement,
-dans sa démission; mais tel est le singulier prestige qui s'attache à lui
-que la Bourse de Paris baisse ou se relève selon les chances plus ou
-moins probables de son départ pour Londres, que les lettres de toutes
-parts l'appellent au secours, et que des gens que nous ne connaissons pas
-même de nom, lui écrivent pour le supplier de ne pas abandonner la
-France. Cela tient évidemment à deux choses: c'est que le public français
-ne veut jamais voir dans le duc de Wellington qu'un croquemitaine en
-personne, et dans M. de Talleyrand que quelqu'un que le diable emportera
-un jour, mais qui, en attendant, grâce au pacte qu'ils ont ensemble,
-ensorcelle à son gré l'univers. Que c'est bête, le public! Il est si
-crédule dans sa foi! si cruel dans les vengeances de ses mécomptes!
-
-
-_Valençay, 27 novembre 1834._--Une lettre du Roi, arrivée hier et qui est
-la réponse à celle où M. de Talleyrand persistait dans sa démission, dit,
-entre autres choses ceci: «Mon cher Prince, je n'ai rien vu de plus
-parfait, de plus noble, de plus honorable, de mieux exprimé que la lettre
-que je viens de recevoir de vous. J'en suis profondément touché. Sans
-doute, il m'en coûte beaucoup de reconnaître la justesse de la plupart de
-vos motifs pour ne pas retourner à Londres, mais je suis trop sincère et
-trop ami de mes amis pour ne pas dire que vous avez raison[59].»
-
- [59] Cette lettre, dont on ne cite ici que le commencement, porte
- la date du 25 novembre, et a été donnée tout entière dans le
- livre de la comtesse de Mirabeau: _Le prince de Talleyrand et la
- Maison d'Orléans_; elle se trouve aussi dans le Ve volume des
- _Mémoires_ du Prince.
-
-A la suite de cet exorde vient une nouvelle invitation à arriver au plus
-vite à Paris, pour causer de toutes choses. M. Bresson écrit à M. de
-Talleyrand une lettre fort spirituelle et fort habile, où il lui demande
-de vouloir bien lui écrire toutes les moqueries que, sans doute, sa
-_gloire rapide_ lui aura inspirées; il n'en veut perdre aucune.
-
-M. de Montrond mande que le Roi dit qu'il n'y a rien de plus beau que la
-lettre de M. de Talleyrand et qu'il faut se rendre à ses raisons; que du
-reste, les embarras sont grands; que l'on regrette le maréchal Soult;
-qu'on cherche à le ravoir. Quelle nouvelle ignominie pour nos petits
-ministres! Il paraît que l'armée se désorganise.
-
-Les Polonais qui sont venus ici pour l'enterrement de la princesse
-Tyszkiewicz disent, à ce qu'il paraît, du bien de nous à Paris. Il n'y a
-qu'auprès du Prince Royal que Valençay ait eu un succès contesté par
-l'influence Flahaut; M. de Montrond enrage du bien qu'on dit de Valençay,
-dont il a fait tant de moqueries!
-
-
-_Valençay, 1er décembre 1834._--Lorsque je passai, il y a trois mois, à
-Paris, j'y vis M. Daure qui écrivait, en assez mauvaise compagnie, dans
-le _Constitutionnel_ et me parut assez pauvre garçon. Je lui offris de
-m'intéresser auprès de M. Guizot pour lui faire obtenir de l'emploi dans
-la recherche des anciens manuscrits et chartiers du Midi, dont le
-ministère de l'Instruction publique s'occupe. Je fis en effet ma demande;
-elle fut bien accueillie. Je partis pour ici et n'entendis plus parler de
-Daure ni de ma demande à M. Guizot; mais, il y a quinze jours, je reçus
-une lettre de ce dernier pour m'annoncer la nomination de Daure à la
-place que j'avais demandée pour lui. J'écrivis tout de suite à Daure en
-lui envoyant la lettre ministérielle, mais ne connaissant pas son
-adresse, je fis faire à Paris des démarches qui restèrent infructueuses
-et ma lettre attendait quelques lumières sur ce pauvre homme, lorsque
-hier au soir j'ai reçu deux lettres, timbrées de Montauban, l'une de
-l'écriture de Daure, l'autre inconnue. J'ouvris d'abord cette dernière:
-elle est d'un abbé, ami de Daure, qui d'après les dernières volontés de
-ce malheureux, m'annonce sa mort; mais quelle mort! Le suicide! La lettre
-de Daure, écrite peu avant cet acte de folie, est la plus touchante, je
-dirai même la plus honorable pour moi. Il y a un mot sur ceux qu'il
-aimait à Londres. Je me reproche très vivement de ne l'avoir point engagé
-à venir ici cette année, cela l'aurait sans doute détourné de cette
-cruelle fin!
-
-Il m'est revenu cette nuit à l'esprit que l'automne dernier, à
-Rochecotte, marchant avec lui tête à tête en allant visiter mes écoles,
-je lui parlais de sa destinée, de son avenir, je le prêchais sur son
-désordre, sur son manque d'économie. Il me répondit avec beaucoup de
-reconnaissance, en me priant de n'être nullement inquiète de lui, qu'il
-avait une ressource en réserve dont il ne pouvait parler à personne, qui
-était préparée depuis longtemps, et qui lui demeurerait, tout le reste
-manquant; qu'il n'était pas aussi imprévoyant qu'il en avait l'air, et
-qu'il était sans souci de l'avenir parce qu'il pouvait l'être. Je crus,
-tout bonnement, qu'il avait amassé un peu d'argent... Sotte que j'étais!
-Il s'est tué précisément au moment où nous enterrions ici la pauvre
-princesse Tyszkiewicz. Quel triste mois de novembre!
-
-Voici un petit passage de politique, extrait d'une lettre d'hier: «La
-position des ministres français sera décidée dans huit jours; ils
-comptent profiter de la première petite circonstance et elle ne tardera
-pas à se présenter, pour parler franchement de tout ce qu'ils ont fait,
-de tout ce qui s'est passé, de manière à arranger leur position pour
-qu'elle soit tolérable, ou bien pour se retirer tout à fait. Ils ne
-tiennent pas à rester au pouvoir, de la manière dont ils sont abreuvés de
-dégoûts. Il faut voir ce que la Chambre va faire et quelle sera son
-attitude. Il avait été question de faire un discours du trône, mais il a
-été décidé que cela ne serait pas, et je crois qu'on a sagement fait.»
-
-
-_Valençay, 2 décembre 1834._--Me voici à la veille d'une nouvelle peine:
-la mort, probable, du duc de Gloucester m'en sera une réelle. Comment ne
-pas regretter une estime, une confiance, une amitié aussi sincères, aussi
-solidement éprouvées?
-
-M. Daure a aussi écrit à M. Raullin. Il paraît qu'il était
-particulièrement préoccupé de l'idée de ne pas reposer dans un
-cimetière; il a cherché un lieu isolé et désert. Il finit sa lettre à
-Raullin par le salut des gladiateurs au peuple romain: «_Ave, morituri te
-salutant!_» Ses dernières lettres ne sont rien moins que d'un fou, et
-cependant, comment ne pas supposer du désordre de tête? car il était
-religieux, il avait toujours la Bible dans sa poche et la lisait souvent.
-Il faut que son imagination inquiète et maladive ait un instant égaré son
-courage et obscurci sa foi.
-
-On m'écrit de Paris qu'on ne nommera de nouvel ambassadeur pour Londres
-que quand sir Robert Peel aura constitué un gouvernement. Il a dû
-traverser Paris hier, à ce que l'on croyait. Une autre raison pour
-laquelle on ne nommera pas de huit à dix jours, c'est que personne ne se
-soucierait d'accepter, avant que le sort des ministres français ne soit
-éclairci, et il est des plus précaires. On remarque le peu d'empressement
-que mettent les députés à se rendre à la Chambre, comme symptôme du peu
-de goût qu'ils ont à s'occuper des querelles des ministres. Celles-ci
-sont sourdes, mais réelles; toujours même révolte contre l'orgueil
-pédantesque de l'un et les intrigues croisées de l'autre; l'effroi seul
-de la Chambre les fait encore aller ensemble.
-
-On dit le Roi fort attristé, et peut-être ces messieurs ne doivent-ils
-leur conservation qu'à ce que la peur de la Chambre agit sur lui comme
-sur eux. Il paraît qu'on se moque beaucoup à Paris d'une lettre de M.
-Bresson en réponse à un mot de _la Quotidienne_. On me mande sur cette
-lettre: «Voilà M. Bresson qui nous fait sa généalogie et qui nous
-apprend qu'il a toujours été un homme important depuis le jour où il
-remettait les dépêches au _malheureux et trop méconnu Bolivar_, jusqu'à
-celui où il a failli être ministre des Affaires étrangères! Nous voilà
-bien heureux d'être représentés à Berlin par quelqu'un d'aussi
-considérable! Comprenez-vous cette manie de correspondre avec les
-journaux? Et puis on s'étonne de la prodigieuse importance de ceux-ci!»
-
-M. de Talleyrand est dans une véritable colère de ce que les
-communications diplomatiques se colportent à la Bourse et à l'Opéra.
-C'est ce qui, avec tant d'autres choses, rend de certaines gens
-impossibles à servir.
-
-
-_Paris, 7 décembre 1834._--Nous voici rentrés dans ce Paris dont la vie
-dévorante et hachée convient si peu à M. de Talleyrand et à moi-même.
-Hier déjà nous avons été envahis par mille devoirs et visites.
-
-A midi, j'ai reçu M. Royer-Collard qui, en allant à la Chambre, venait
-savoir de mes nouvelles. Il n'a fait qu'entrer et sortir, et n'était venu
-réellement, je crois, que pour s'acquitter d'une commission de M. Molé.
-Celui-ci l'a chargé de me dire qu'il désirait revenir chez nous, mais,
-pour début, venir d'abord chez moi et me trouver seule. Ce rendez-vous a
-été fixé à demain lundi, entre quatre et cinq heures.
-
-M. Royer-Collard sorti, M. le duc d'Orléans est arrivé, et, à peine
-assis, il est revenu sur un commérage de Mme de Flahaut. Tout cela s'est
-passé de fort belle humeur, de fort bonne grâce, mais sans que j'aie, ce
-me semble, perdu de mes avantages. J'ai été douce, mesurée, à mille
-lieues de l'hostilité. Mon terrain principal a été celui-ci: «Les propos
-de Mme de Flahaut sur moi ne sauraient m'atteindre, je n'y regarde pas;
-il n'y a pas chance que des personnes de mondes, d'habitudes et de
-situations si différents qu'elle et moi, puissions jamais nous combattre,
-ni moi être heurtée par elle. Je ne lui en veux que du tort qu'elle vous
-fait à vous, Monseigneur.--Mais ma principale raison pour l'aimer, c'est
-qu'elle ne l'est par personne.--Ah! si c'est comme calcul de proportion,
-Monseigneur doit en effet l'adorer!» Nous nous sommes mis à rire et tout
-a fini là.
-
-Il m'a parlé d'autre chose, par exemple du tort qu'il avait eu d'être
-resté si longtemps sans nous écrire, après son voyage à Valençay. J'ai
-répondu: «En effet, Monseigneur, cela n'était pas trop bien élevé de la
-part de votre jeunesse, à l'égard du grand âge de M. de Talleyrand, mais
-il y a une grâce et une franchise dans vos procédés, qui font qu'on est
-ravi de vous pardonner.»
-
-Il est arrivé alors aux questions générales. Il est fort embarrassé et
-peiné de l'état des choses, irrité contre son cher ami Dupin de l'étrange
-façon dont, la veille, il avait traité la Royauté, étonné de lord
-Brougham dont il m'a rapporté le fait suivant. Le jour de l'arrivée de
-lord Brougham à Paris, M. le duc d'Orléans l'a rencontré chez lord
-Granville; il fut question (je ne trouve pas que le lieu fût bien
-convenable) de l'amnistie, dont l'ex-Chancelier se déclara le partisan
-violent. Le duc d'Orléans contesta, mais sans, du moins en apparence, le
-convaincre. Le lendemain, aux Tuileries, lord Brougham tira un papier de
-sa poche et, en montrant un coin au Prince Royal, lui dit: «Voici mes
-réflexions sur l'amnistie, que je vais montrer au Roi.» (Autre manque de
-convenances de la part d'un étranger.) Il remit en effet ce papier.
-C'était le plaidoyer le plus animé contre l'amnistie! Quand la mobilité
-va jusqu'à un certain point, elle est, ce me semble, un symptôme évident
-de démence!
-
-M. le duc d'Orléans a fini sa visite chez moi en voulant me faire sentir
-l'indispensable obligation dans laquelle était M. de Talleyrand de se
-rattacher d'une manière publique au gouvernement. J'ai répondu par l'état
-de ses jambes. Nous nous sommes fort bien quittés.
-
-En redescendant, j'ai trouvé l'entresol plein: Frédéric Lamb, Pozzo,
-Mollien, Bertin de Veaux, le général Baudrand. Malgré ces échantillons si
-divers, on parlait aussi librement de toutes choses que si on eût été sur
-la place publique. Le plus vif était Pozzo, déversant un inconcevable
-mépris sur le ministère français, plaignant le Roi et en parlant très
-bien, gémissant sur les embarras de ses ambassadeurs au dehors à travers
-tout ce qui se passe ici, et fort irrité de certains passages du discours
-prononcé la veille par M. Thiers.
-
-Nous avons été plus tard dîner chez le comte Mollien où se trouvaient M.
-Pasquier, le baron Louis, Bertin de Veaux et M. de Rigny qui est arrivé
-tard, apportant le vote de la Chambre; vote favorable si on veut, mais
-qu'on fera payer cher au ministère, et dont M. de Rigny, du moins, a le
-bon sens de ne rien conclure pour le courant de la session.
-
-Il paraît qu'après le discours de M. Sauzet, qui a été admirable, à ce
-que l'on dit, la Chambre a été hésitante, et que le ministère s'est cru
-perdu. M. Thiers n'osait plus se risquer; cependant, il l'a fait, presque
-en désespoir de cause, et il a, dit-on, parlé _miraculeusement_ et fait
-virer de bord tout le monde. La veille, il avait fait _fiasco_, et les
-Anglais surtout jettent feu et flamme contre lui de sa très singulière
-phrase sur l'Angleterre qui, en effet, est inconcevable; mais hier, il a
-eu évidemment le triomphe le plus complet.
-
-Un fait singulier, et dont je suis certaine, c'est celui-ci: M. Dupin
-avait promis au Roi, il y a trois jours, de soutenir l'ordre du jour
-motivé. Avant-hier, il a voté contre; hier il a parlé encore une fois
-contre, et... il a voté pour!--Pourquoi? Parce qu'après le discours de M.
-Sauzet, les ministres, se croyant perdus, ont été dire à M. Dupin:
-«Monsieur le Président, préparez-vous à aller chez le Roi, et ayez votre
-Cabinet tout prêt, car d'ici à une heure, nous aurons donné nos
-démissions.» M. Dupin, très empêtré, a dit: «Mais je ne croyais pas que
-tout ceci deviendrait si sérieux; je ne veux pas votre chute, car je ne
-me soucie nullement que le «paquet» me retombe sur les bras.» En disant
-cela, il cherchait à s'esquiver, et à laisser un vice-président à sa
-place, lorsque Thiers, le prenant par le bras, lui a dit: «Non, monsieur
-le Président, vous ne sortirez pas d'ici que la question ne soit vidée;
-si elle l'est contre nous, vous n'irez pas ailleurs que chez le Roi où
-vous serez condamné à être ministre.» C'est, sans doute, fort curieux;
-mais quel monde! Quelles gens!
-
-
-_Paris, 8 décembre 1834._--Hier, en rentrant chez moi, à quatre heures,
-j'ai été étonnée d'y voir arriver le duc d'Orléans, que je croyais déjà
-sur la route de Bruxelles; mais il ne devait partir qu'une heure plus
-tard, et il était venu pour me dire que sir Robert Peel avait passé par
-Paris et avait envoyé son frère, à lui, duc d'Orléans, qu'il connaît
-beaucoup, prier le Prince Royal de l'excuser auprès du Roi, s'il ne
-demandait pas à avoir l'honneur de lui faire sa cour, mais Sa Majesté
-comprendrait aisément que dans les circonstances actuelles, les heures
-étaient des siècles. Nous avons conclu deux choses de cette démarche. La
-première, c'est que sir Robert Peel était décidé à accepter le ministère,
-puisqu'un simple particulier ne se serait pas cru assez d'importance pour
-envoyer un tel message; et la seconde, c'est que la courtoisie des
-paroles prouvait plutôt de bonnes dispositions pour la France que le
-contraire.
-
-A propos de sir Robert Peel, j'ai reçu hier une lettre de lui, écrite de
-Rome, à l'occasion du ministère Bassano, très polie, obligeante, et dans
-laquelle il dit que ce qui l'effraye le plus dans cette combinaison,
-c'est la crainte qu'elle n'empêche M. de Talleyrand de retourner à
-Londres.
-
-
-_Paris, 9 décembre 1834._--Frédéric Lamb, qui est venu chez moi hier
-matin, m'a raconté des choses fort curieuses; il m'a appris encore pis
-que ce que je savais déjà sur lord Palmerston; des détails inconcevables,
-par exemple, sur la conduite de celui-ci dans la question d'Orient, dont
-nous n'avions pu, nous autres, à Londres, juger que la superficie, et sur
-mille autres choses. Il m'a dit que, lors de la querelle entre
-l'Angleterre et la Russie, à propos de sir Stratford Canning, Mme de
-Lieven avait désiré que la chose pût s'arranger, de façon à ce que
-Frédéric Lamb fût à Pétersbourg et sir Stratford Canning à Vienne. Cela
-fut proposé au prince de Metternich qui répondit: «Cet arrangement
-n'arrangera rien, car le seul ambassadeur que nous soyons décidés à ne
-jamais recevoir, c'est sir Stratford Canning.»
-
-Il m'a dit encore que M. de Metternich disait de lord Palmerston: «C'est
-un tyran, et nous ne sommes plus au siècle de la tyrannie.»
-
-Frédéric Lamb déteste lord Granville; du reste, il ne croit pas au succès
-du Cabinet tory, mais il ne croit pas non plus que son héritage tombe
-nécessairement aux radicaux. Il croit à la rentrée de lord Grey et
-cherche les moyens d'évincer lord Palmerston et lord Holland. Il dit,
-comme Pozzo, comme M. Molé, des choses inouïes de M. de Broglie; jamais
-on n'a fait plus de fautes que celui-ci, à les en croire.
-
-En rentrant chez moi, hier à quatre heures, j'ai reçu M. Molé. Tout s'est
-passé comme si nous nous étions vus la veille: lui, me parlant, comme
-jadis, de lui, de ses affections, intimités, dispositions d'esprit, avec
-ce charme qui lui est propre. Il m'a dit que j'étais beaucoup plus
-aimable qu'il y a quatre ans; il est resté près d'une heure. J'ai
-toujours trouvé qu'on ne causait avec personne aussi parfaitement bien,
-rapidement, agréablement, qu'avec lui; il est de très bon goût, à une
-époque à laquelle personne ne l'est plus; il n'a, peut-être, pas l'âme
-assez haute pour dominer, mais il a l'esprit assez élevé pour ne pas se
-dégrader, et c'est déjà beaucoup.
-
-Bien des noms propres, bien des faits et des choses ont repassé devant
-nos yeux dans cette heure, et j'ai été très satisfaite du naturel avec
-lequel il a tout abordé. Il m'a dit que j'avais dans l'esprit une équité
-qui rassurait toujours, ceux même qui pourraient craindre mon inimitié;
-enfin, tout a été pour le mieux. Je ne suis pas sûre que cela se passe
-aussi bien entre M. de Talleyrand et lui. Je suis chargée d'arranger leur
-entrevue, et tous deux, ce qui est assez drôle, m'ont priée d'être
-présente à cette première rencontre.
-
-M. Molé m'a raconté avoir, la veille, écrit à M. Dupin pour refuser de
-dîner chez lui, en motivant son refus sur la manière dont celui-ci avait,
-à la tribune, travesti les rapports purement officieux et nullement
-officiels qu'ils avaient eus ensemble, il y a quinze jours. M. Molé m'a
-dit encore qu'il ne songeait pas du tout, comme quelques personnes le
-prétendaient, à l'ambassade d'Angleterre, parce qu'il ne voulait rien
-accepter du ministère actuel.
-
-Il ne voit plus du tout le duc de Broglie. Il croit que Rayneval est le
-seul ambassadeur possible à Londres en ce moment et compte aussi en
-parler au Roi, avec lequel il dit qu'il est très bien. Il salue à peine
-Guizot et n'est que très froidement avec Thiers.
-
-
-_Paris, 10 décembre 1834._--C'était, hier soir, une défilade
-assourdissante de visites chez M. de Talleyrand. Il s'est dit beaucoup de
-choses, dont voici les seules qui m'ont paru piquantes.
-
-C'est Frédéric Lamb, qui est venu le premier, et avec lequel nous avons
-été assez longtemps seuls, qui nous les a contées. Il nous a beaucoup
-parlé de M. de Metternich et de son dire, il y a quatre mois, sur le Roi
-Louis-Philippe: «Je l'ai cru un intrigant, mais je vois bien que c'est un
-Roi.» Il nous a dit encore que le jour de la chute du dernier ministère
-anglais, lord Palmerston en avait mandé la nouvelle au chargé d'affaires
-d'Angleterre, à Vienne, en l'invitant à la transmettre à M. de
-Metternich, et en ajoutant: «Vous ne serez jamais dans le cas de faire à
-M. de Metternich une communication qui lui fasse plus de joie.» Le chargé
-d'affaires porte cette dépêche au Prince, et, je ne sais pourquoi, la lit
-tout entière, même cette dernière phrase. M. de Metternich a répondu
-ceci, que je trouve de très bon goût: «Voici une nouvelle preuve de
-l'ignorance dans laquelle lord Palmerston est des hommes et des choses;
-car je ne puis me réjouir d'un événement dont je ne puis mesurer encore
-les conséquences. Dites-lui que ce n'est pas avec joie que je l'accepte,
-mais bien avec espérance.»
-
-
-_Paris, 12 décembre 1834._--Nous avons dîné hier aux Tuileries, M. de
-Talleyrand, les Mollien, les Valençay, le baron de Montmorency et moi.
-J'étais assise entre le Roi et le duc de Nemours; ce dernier a un peu
-vaincu sa timidité; il lui en reste cependant beaucoup. Il est blanc,
-blond, rose, mince et transparent comme une jeune fille, pas joli à mon
-gré.
-
-On ne saurait avoir une conversation plus intéressante que celle du Roi,
-surtout lorsque, laissant la politique de côté, il veut bien fouiller
-dans les nombreux souvenirs de son extraordinaire vie. J'ai été frappée
-de deux anecdotes qu'il m'a racontées à merveille, et quoique je craigne
-de les défigurer en les racontant moins bien, je veux cependant les dire.
-Un portrait de M. de Biron, duc de Lauzun, qu'il vient de faire copier
-sur celui que M. de Talleyrand lui a prêté, était là, et a fait
-naturellement parler de l'original. A ce sujet, le Roi m'a conté qu'en
-revenant à Paris en 1814, à sa première réception, il vit approcher un
-homme âgé qui lui demanda de vouloir bien lui accorder quelques minutes
-d'entretien un peu à part de la foule. Le Roi se plaça dans l'embrasure
-d'une croisée, et là, l'inconnu tira de sa poche une bague montée avec le
-portrait de M. le duc d'Orléans, père du Roi, et dit: «Lorsque le duc de
-Lauzun fut condamné à mort, j'étais au Tribunal révolutionnaire; en
-sortant, M. de Biron s'arrêta devant moi qu'il avait quelquefois
-rencontré, et me dit: «Monsieur, prenez cette bague et promettez-moi que,
-si jamais l'occasion s'en présente, vous la remettrez aux enfants de M.
-le duc d'Orléans, en les assurant que je meurs fidèle ami de leur père et
-serviteur dévoué de leur maison.» Le Roi fut, comme de raison, touché du
-scrupule avec lequel, après tant d'années, la mission avait été
-accomplie. Il demanda à l'inconnu de se nommer; il s'y refusa en disant:
-«Mon nom ne peut vous être utile à savoir; il réveillerait peut-être des
-souvenirs fâcheux; j'ai acquitté ma parole donnée à un mourant, vous ne
-me reverrez ni n'entendrez jamais parler de moi.» En effet, il ne s'est
-jamais manifesté depuis.
-
-Voici la seconde anecdote. Lorsque le Roi actuel était encore en
-Angleterre, ainsi que Louis XVIII et M. le comte d'Artois, celui-ci
-voulait absolument obliger son cousin à porter l'uniforme des émigrés
-français et notamment la cocarde blanche, ce à quoi M. le duc d'Orléans
-s'est constamment refusé, disant que jamais il ne la prendrait. Il était
-toujours en frac; cela avait même donné lieu à quelques explications
-assez aigres. En 1814, M. le duc d'Orléans prit la cocarde blanche avec
-toute la France, et M. le comte d'Artois l'habit de colonel-général de la
-garde nationale. Le premier jour que M. le duc d'Orléans fut chez M. le
-comte d'Artois, celui-ci lui dit: «Donnez-moi votre chapeau.» Il le prit,
-le retourna, et jouant avec la cocarde blanche dit: «Ah! ah! mon cousin!
-qu'est-ce que c'est donc que cette cocarde? Je croyais que vous ne deviez
-jamais la porter?--Je le croyais aussi, Monsieur, et je croyais en outre
-que vous ne deviez jamais porter l'habit que je vous vois; je regrette
-bien que vous n'y ayez pas joint la cocarde qu'il entraîne.--Mon cher,»
-reprit Monsieur, «ne vous y trompez pas: un habit ne signifie rien. On le
-prend, on le quitte, et c'est assez égal. Mais une cocarde, c'est
-différent: c'est un symbole de parti, un signe de ralliement, et votre
-signe particulier ne devait pas être vaincu.» Ce que j'ai aimé chez le
-Roi, qui avait la bonté de me raconter cette scène, c'est qu'il s'est
-hâté d'ajouter: «Eh bien, madame, Charles X avait raison, et il avait
-trouvé là une explication plus spirituelle qu'on ne l'aurait
-attendue.--Le Roi dit vrai,» ai-je repris, «l'explication de Charles X
-était celle d'un gentilhomme et d'un chevalier, et il est certain qu'il
-avait de l'un et de l'autre.--Oui, sûrement,» a ajouté le Roi, «et même
-il a très bon cœur.» J'ai été bien aise de voir cette justice rendue là.
-
-A neuf heures, j'ai été avec Mme Mollien chez la comtesse de Boigne. Elle
-était venue la première chez moi et m'avait fait dire, par Mme Mollien,
-qu'elle serait très flattée si je voulais venir quelquefois chez elle le
-soir. C'est le salon important du moment; la seule maison comme il faut,
-qui appartienne, je ne dirais pas à la Cour, mais au Ministère, comme
-celle de Mme de Flahaut appartient à M. le duc d'Orléans et celle de Mme
-de Massa à la Cour proprement dite. Il n'y en a pas une quatrième. Chez
-Mme de Boigne, qui reçoit tous les soirs, on s'occupe avant tout de
-politique, on en parle toujours; la conversation m'a paru tendue, assez
-incommode par les questions directes poussées jusqu'à l'indiscrétion,
-qu'on se jette à la tête: «Le duc de Wellington se maintiendra-t-il?
-Croyez-vous que M. Stanley se joindra à sir Robert Peel? S'ils croulent,
-cela tournera-t-il au profit des whigs ou des radicaux? Pensez-vous que
-lord Grey veuille se réconcilier avec lord Brougham?» Voilà par quelles
-questions j'ai été naïvement assaillie. Je me suis tirée d'affaire en
-plaidant ignorance complète, et en finissant par dire, en riant, que je
-ne m'attendais pas, dans une belle soirée, à répondre à des _questions
-de conscience_. Cela a fini là, mais je n'en avais pas moins reçu une
-impression désagréable, malgré les excessives gracieusetés de la
-maîtresse de maison, et j'ai été bien aise de m'en aller.
-
-
-_Paris, 14 décembre 1834._--Hier, lady Clanricarde a déjeuné chez moi, et
-nous sommes parties à onze heures et demie pour l'Académie française. M.
-Thiers, le récipiendaire, nous avait fait garder les meilleures places,
-et, ce dont je lui ai su gré, loin de sa famille, qui était dans une
-petite tribune du haut avec la duchesse de Massa. Il n'y avait, dans
-notre groupe, que Mme de Boigne, M. et Mme de Rambuteau, le maréchal
-Gérard, M. Molé, M. de Celles et Mme de Castellane. Celle-ci est
-engraissée, épaissie, alourdie, mais elle a toujours une physionomie
-agréable, et de jolis mouvements dans le bas du visage. Elle a eu l'air
-si ravie, si émue, si touchée de me revoir (j'ai été intimement liée avec
-elle, et au courant de ses intérêts à un point incroyable pour
-l'imprudence de sa brouillerie subséquente), que cette émotion m'a
-gagnée; nous nous sommes serré la main. Elle m'a dit: «Me permettez-vous
-de revenir chez vous?» J'ai dit: «Oui, de très bon cœur.»
-
-Voici notre histoire. Dans le moment du récri des Tuileries contre moi,
-sous la Restauration, Mme de Castellane m'a reniée et, sans se souvenir
-du tort qu'il était en mon pouvoir de lui faire, elle a rompu avec moi.
-J'ai été amèrement blessée parce que je l'aimais tendrement, mais me
-venger eût été une bassesse, et, à travers toutes mes fautes, je suis
-incapable d'une vilenie; je crois qu'au fond du cœur, elle m'a su gré de
-l'avoir ménagée.
-
-M. de Talleyrand, comme membre de l'Institut, est entré dans la salle,
-appuyé sur le bras de M. de Valençay. On ne saurait croire quel effet il
-a produit! Spontanément, tout le monde s'est levé, dans les tribunes
-comme dans l'enceinte, et cela, avec un certain mouvement de curiosité
-sans doute, mais aussi de considération, auquel il a été très sensible.
-J'ai su que, malgré la foule qui obstruait les avenues, tout le monde lui
-avait fait faire place.
-
-A une heure, la séance a commencé. M. Thiers est si petit qu'entouré de
-Villemain, de Cousin et de quelques autres, il est entré sans qu'on l'ait
-vu venir; on ne l'a aperçu que lorsque, seul, debout, il a commencé son
-discours. Il l'a dit avec le meilleur accent, la prononciation la plus
-nette; avec une voix soutenue, peu de gestes, pas trop de volubilité. Il
-était pâle comme la mort, et, dans les premiers moments, tremblant de la
-tête aux pieds, ce qui lui a beaucoup mieux réussi que s'il avait eu de
-cette insolence qu'on lui reproche souvent. Malgré son mauvais son de
-voix, il n'a jamais frappé l'oreille désagréablement, il n'a été ni
-monotone, ni glapissant, et enfin lady Clanricarde en était à le trouver
-_beau_!
-
-M. de Talleyrand et M. Royer-Collard étaient en face de lui, et il
-semblait ne parler que pour eux! Son discours est éclatant. Je ne sais
-pas s'il est précisément académique, quoiqu'il soit plein d'esprit, de
-goût et de beau langage dans de certaines parties; mais ce qu'il est sans
-aucun doute, c'est politique, et il l'a dit bien plus comme une
-improvisation que comme une lecture. Il a eu de ces mouvements de tribune
-qui ont produit aussi, sur l'assemblée, un effet bien plus parlementaire
-que littéraire, mais toujours favorable, et, par moments, cela a été
-jusqu'à l'enthousiasme. M. de Talleyrand en était à l'émotion, et M.
-Royer-Collard faisait faire à sa perruque des hauts et des bas qui
-prouvaient la plus vive approbation! Le passage sur la calomnie a été dit
-avec une conviction intime qui a été contagieuse et a valu une salve
-d'applaudissements.
-
-Le discours est anti-révolutionnaire au plus haut degré; il est orthodoxe
-dans les principes littéraires; il est--et c'est ce que j'en aime
-surtout--il est traversé d'un bout à l'autre par un sentiment honnête qui
-m'a fait plaisir et qui doit être utile à M. Thiers dans le reste de sa
-carrière. Enfin, ce beau discours, pour ressortir, pouvait se passer de
-l'ennuyeuse réponse de M. Viennet, que personne n'a écoutée et qui a
-permis à tout le monde de s'apercevoir qu'il était tard et qu'il faisait
-une chaleur affreuse.
-
-On m'a dit que, pendant le discours de M. Thiers, M. de Broglie faisait
-force quolibets; M. Guizot était renfrogné, et médiocrement satisfait, je
-pense, de voir à son rival, dans la même semaine, un double succès,
-politique et littéraire.
-
-
-_Paris, 16 décembre 1834._--Hier, j'ai fait quelques visites; j'ai trouvé
-Mme de Castellane qui ne m'avait pas rencontrée chez moi. Elle a voulu
-que j'entendisse son histoire des douze dernières années; elle la raconte
-bien. Il m'a semblé qu'elle avait dû la roucouler ainsi à d'autres qu'à
-moi. Elle n'a plus de jeunesse du tout, c'est une grosse personne,
-courte, trapue; ce n'est plus du tout, au sourire près, celle que j'avais
-connue, au physique du moins; moralement, il m'a paru qu'elle s'était
-faite grave plutôt qu'elle n'était devenue sérieuse. Elle est
-spirituelle, caressante, comme toujours; elle a beaucoup parlé, moi très
-peu. J'avais le cœur serré par mille souvenirs du passé, et, quoiqu'elle
-ait été douce, je n'ai pu reprendre confiance, mais j'ai bien reçu toutes
-ses paroles et je ne suis pas fâchée de ne plus en être à l'amertume avec
-elle.
-
-
-_Paris, 17 décembre 1834._--Je me suis laissé décider par Mme Mollien, à
-aller, hier, avec elle, à la Cour des Pairs, non pas dans une tribune en
-évidence, mais dans une tribune retirée d'où on voyait et entendait sans
-être vu, celle de la duchesse Decazes. Je n'y avais jamais été, les
-séances n'étant pas publiques avant 1830. La journée d'hier était fort
-annoncée et excitait la curiosité générale; aussi la salle était remplie.
-
-A quelque époque qu'on arrive à Paris, on est toujours sûr d'y trouver
-quelque drame scandaleux qui amuse le public. Hier, c'était le procès
-contre Armand Carrel du _National_.
-
-M. Carrel n'a nullement répondu à mon attente. Il a été impertinent, il
-est vrai, mais sans cette espèce d'insolence courageuse et énergique,
-sans cette verve de talent qui frappe, même alors que le sujet en
-lui-même déplaît. Il n'a produit que peu d'effet par son discours écrit,
-et a très positivement choqué, dans sa mauvaise improvisation. C'est le
-général Exelmans qui a vociféré sur l'_assassinat_ du maréchal Ney, au
-scandale de tout le monde, car il y allait comme un homme ivre; il était
-hors de lui, et cela était d'autant plus ridicule qu'on ne pouvait
-s'empêcher de se souvenir de ses platitudes pendant la Restauration,
-qu'on a, du reste, assuré lui avoir été très durement reprochées, hier au
-soir, chez le ministre de la Marine. Le matin, à la Chambre des Pairs, il
-n'a été soutenu que par M. de Flahaut, qui s'agitait beaucoup et dont le
-maintien a été très inconvenant; il a révolté tout le monde par ses cris
-de: «_Continuez, continuez_,» adressés à Carrel, lorsque le Président lui
-ôtait la parole. C'est même cet encouragement qui a fait résister Carrel
-et qui l'a fait argumenter avec M. Pasquier, sur ce que celui-ci n'avait
-pas le droit de lui ôter la parole, lorsqu'un membre de la Chambre, un de
-ses juges enfin, l'engageait à continuer.
-
-A cette occasion, j'ai appris de toutes les bouches que M. de Flahaut
-était insupportable à tout le monde, par son arrogance, son humeur, son
-aigreur et son ignorance; il deviendra bientôt aussi _impopular_ que sa
-femme.
-
-M. Pasquier a présidé avec fermeté, mesure, dignité et sang-froid, mais
-j'avoue que je partage l'opinion de ceux qui auraient préféré qu'il
-arrêtât M. Carrel, lorsqu'il a parlé des _jeunes gens qui avaient
-glorieusement combattu dans les troubles d'avril_, au lieu de le faire à
-propos du procès du maréchal Ney: la première question, touchant à des
-intérêts matériels, aurait trouvé, ce me semble, plus d'écho au dehors
-comme au dedans.
-
-Nous avions du monde à dîner hier: une douzaine de personnes; Pauline, ma
-fille, faisait la douzième. Il n'y a pas de mal à ce qu'elle apprenne à
-écouter sans ennui de la conversation sérieuse; elle a bon maintien dans
-le monde, où elle me paraît plaire par sa physionomie ouverte et ses
-manières bienveillantes. Après le dîner, les visites ont recommencé,
-comme si nous étions des ministres. Le fait est que c'était jeudi, jour
-de réception aux Affaires étrangères et à la Marine, et que, sur le
-chemin des deux, on nous a pris, je suppose, en allant et en venant.
-
-
-_Paris, 19 décembre 1834._--M. le duc d'Orléans est revenu de Bruxelles:
-il est venu me voir, hier, et m'a invitée à un bal qu'il donne le 29. Il
-n'est resté qu'un instant, le Roi l'ayant envoyé chercher; j'ai su, plus
-tard, à quel propos.
-
-M. Guizot est venu ensuite; il avait l'air moins à son aise que de
-coutume; il a cherché à s'y mettre en faisant de la doctrine sur
-l'Angleterre, sur la France, sur toutes choses, mais il m'aura trouvée
-peu digne de l'entendre; en effet, j'écoutais froidement, parce que
-c'était parfaitement ennuyeux, et il est parti.
-
-Mme de Castellane m'est arrivée, tout essoufflée, de la part de M. Molé,
-pour que je prévienne M. de Talleyrand de ce qui se passait. M. le duc
-d'Orléans, entraîné par cette déplorable influence Flahaut, se proposait
-aujourd'hui, à l'ouverture de la séance de la Chambre des Pairs, et à la
-lecture du procès-verbal de la séance d'hier, de protester, avec son
-groupe, contre l'_assassinat_ du maréchal Ney, et de demander la revision
-du procès. Heureusement que M. Decazes en a été averti; il a été en
-prévenir M. Pasquier, celui-ci a couru chez M. Molé, un des vingt-trois
-Pairs restants du procès du Maréchal. Grande et juste rumeur dans le
-camp; on a été à Thiers, celui-ci a couru chez le Roi, qui ignorait tout
-et qui est entré en grande colère. Il a fait chercher son fils partout,
-et, après une scène très vive, lui a défendu toute démarche. Son grand
-argument a été celui-ci: «Si vous demandez la revision du procès du
-maréchal Ney, que répondrez-vous à tel ou tel Pair carliste qui viendra
-(et il s'en trouvera) demander la revision du procès de Louis XVI, bien
-autrement un assassinat?» J'ai su cette dernière partie de l'incident par
-M. Thiers, qui est venu chez M. de Talleyrand, tout à la fin de la
-matinée. Bertin de Veaux, qui avait eu vent de la chose, arrivait aussi
-tout épouffé.
-
-Enfin le bon sens du Roi a arrêté cette belle équipée; mais qu'elle se
-soit présentée à l'esprit de quelqu'un, et de qui? est une des grandes
-étrangetés du temps!
-
-
-_Paris, 20 décembre 1834._--J'ai reçu hier une lettre de Londres, du 18,
-et l'ai portée tout de suite à M. de Talleyrand. Je lui ai lu ce qui
-était relatif à l'effroi causé par ce nom de M. de Broglie comme
-ambassadeur à Londres, et à la nécessité de nommer un successeur à M. de
-Talleyrand. Il a très bien senti cela, et a écrit immédiatement qu'il
-désirait voir le Roi. A ce moment est arrivé M. de Rigny, lui apportant
-une autre lettre particulière. M. de Talleyrand a insisté sur le choix de
-Rayneval, ce qui n'a pas plu, je crois, à M. de Rigny, si j'en juge par
-ce que celui-ci m'a dit à dîner: «Il y a un inconvénient immense à
-envoyer M. de Rayneval à Londres, mais c'est le secret du ministre des
-Affaires étrangères; si c'était le secret de l'amiral, je vous le
-dirais.» Je n'ai pas insisté.
-
-Je sais que chez le Roi, à cinq heures, il a été convenu que Rigny
-écrirait à Londres une lettre à la fois ostensible et confidentielle,
-dans laquelle on dirait que le Roi portera son choix sur Molé,
-Sainte-Aulaire ou Rayneval et qu'on serait bien aise de savoir lequel de
-ces trois noms serait le plus agréable au duc de Wellington. Je me suis
-permis de dire à M. de Talleyrand que cela me paraissait fort maladroit,
-puisque si le choix du Duc porte sur Rayneval, on sera très embarrassé
-ici de ne pas le nommer, et cependant on me paraît décidé à ne pas le
-faire; que si le Duc désire Molé, on éprouvera un refus de ce dernier,
-et, qu'en définitive, il faudra nommer Sainte-Aulaire, qui n'est désiré
-ni par le Roi, ni par le Conseil, ni par le Duc. Comme tout est mal
-dirigé et mal conduit ici! Il n'y a nulle part ni bon sens, ni
-simplicité, ni élévation, et on prétend, cependant, gouverner non
-seulement trente-deux millions de sujets, mais encore l'Europe tout
-entière!
-
-
-_Paris, 21 décembre 1834._--J'ai su, de bien bonne part, ces trois faits:
-que l'on ne veut pas envoyer Rayneval comme ambassadeur à Londres, et que
-c'est la fraction doctrinaire et Broglie en sous-main qui s'y opposent;
-que l'on a, officiellement, propose hier Londres à Molé, qui l'a
-officiellement et formellement refusé; et qu'enfin ce matin, on en était
-à Sébastiani, sans rien d'arrêté cependant.
-
-
-_Paris, 24 décembre 1834._--On parlait de Sébastiani, hier, comme devant
-être dans le _Moniteur_ de demain, mais à mesure que ce nom circule dans
-le public, il excite une véritable rumeur. M. de Rigny grille de se
-démettre de son ministère pour demander l'ambassade de Londres, mais on
-craint de voir la machine, ici, se détraquer sur nouveaux frais, par la
-sortie d'un des membres importants du Cabinet. Il paraît que c'est l'état
-des affaires financières de Rayneval qui empêche de songer à lui; on le
-dit criblé de dettes et presque en banqueroute.
-
-
-_Paris, 28 décembre 1834._--J'ai su, par M. Molé, que M. de Broglie avait
-une influence étonnante dans le ministère actuel, dont le Roi ne se
-doutait pas; que M. Decazes allait, chaque matin, lui rendre compte de ce
-qui se passait au ministère; que M. de Rigny et M. Guizot se laissaient
-beaucoup influencer par lui, et qu'aucun choix ne se faisait sans lui
-avoir été préalablement soumis.
-
-Comment comprendre que dans le _Journal des Débats_ on traduise tout le
-discours de sir Robert Peel et qu'on en retranche, quoi? Le passage
-flatteur pour le duc de Wellington et qui, certes, n'avait rien de
-choquant pour la France! Et cela quand le Duc est ministre des Affaires
-étrangères, qu'il est à merveille pour la France et que les _Débats_
-sont réputés organe officieux du gouvernement! On est ici, malgré tout
-l'esprit français, d'une merveilleuse gaucherie!
-
-
-_Paris, 29 décembre 1834._--Cette pauvre petite Mme de Chalais est morte
-cette nuit. Elle était si heureuse, de ce bonheur honnête et régulier
-qu'il n'est donné qu'à certaines femmes de rencontrer! La vie se retire
-toujours trop lentement de ceux qui sont fatigués de leur pèlerinage,
-toujours trop rapidement de ceux qui la parcourent joyeusement. Sous
-quelque forme qu'on implore la Providence, soit qu'on l'importune de ses
-prières, soit qu'on se laisse deviner dans un discret silence, elle dit
-presque toujours non, et le plus souvent un non irrévocable.
-
-Quelle douleur à Saint-Aignan! Elle y était l'enfant de tous les
-habitants. Il me semble que j'entends les cris de tous ses vieux
-serviteurs, que je connais et pour qui elle était la troisième génération
-qu'ils servaient. Les pauvres, les malades, les gens aisés, tous la
-chérissaient. Elle était si secourable, si obligeante, si gracieuse!
-C'est plus qu'une mort: c'est la destruction d'un jeune bonheur et d'une
-race antique et illustre! Je suis vraiment ébranlée très profondément.
-
-
-_Paris, 31 décembre 1834._--J'ai eu, hier matin, une bonne longue visite
-de M. Royer-Collard. Il m'a raconté toute l'histoire de son professorat;
-il m'a montré un coin de son système philosophique, puis il m'a beaucoup
-parlé de Port-Royal. Ce sont vraiment des heures précieuses que celles
-qu'il me donne; trop rares et trop courtes pour tout ce qu'il y a à
-apprendre d'un esprit comme le sien.
-
-Mme de Castellane est venue ensuite; si je m'y prêtais le moins du monde,
-elle se ferait ma garde-malade! J'ai su, par elle, que M. Molé écrivait
-ses _Mémoires_ et qu'il y en avait déjà cinq volumes.
-
-M. le duc d'Orléans m'est venu ensuite; il m'a raconté beaucoup de choses
-de son bal de la veille. Voici ce qui, comparé à ce qui m'a été dit
-d'ailleurs, m'est resté: la plus grande élégance, la plus grande
-recherche; de la magnificence, du joli monde; un souper superbe, des
-fleurs, des statues groupées avec art, des lumières à aveugler, du blanc
-et or partout; des livrées neuves, des valets de chambre en habits
-habillés, l'épée au côté, vêtus de velours, tous poudrés à blanc, et
-beaucoup de diamants dans les parures des femmes; la Reine charmée,
-Madame Adélaïde piquée, disant: «C'est du Louis XV»; tous les hommes en
-uniforme, mais en pantalons et bottes, et M. le duc de Nemours arrivant
-en habit d'officier général, extrêmement brodé, en culottes courtes, bas
-et souliers, joli, à ce que l'on dit, ayant bonne grâce et l'air fort
-noble. M. le duc d'Orléans m'a demandé si, pour un militaire, je ne
-préférais pas le pantalon et les bottes; voici ma réponse: «L'Empereur
-Napoléon, qui a gagné quelques batailles, était tous les soirs, quand il
-dînait seul avec l'Impératrice, en bas de soie et en souliers à
-boucles.--Vraiment?--Oui, Monseigneur!--Ah! c'est différent.»
-
-Mais voici le revers de la médaille: c'est que des députés priés (je
-veux dire priés comme simples députés, car il y en avait d'autres comme
-ministres et généraux), comme simples députés, donc, il n'y en avait que
-trois: MM. Odilon Barrot, Bignon et Étienne: le premier en frac pour
-faire plus d'effet!
-
-Il y a de singuliers contrastes dans le Prince Royal: le goût et les
-prétentions aristocratiques dans ses habitudes et une détestable tendance
-dans la politique. Hier même, nous avons eu pour la première fois maille
-à partir ensemble à l'occasion du duc de Wellington. Il m'a dit: «_Vous
-voilà comme le Roi._ Aussi mon père sait-il que vous me parlez toujours
-dans son sens et vous aime-t-il beaucoup.--Monseigneur, je ne parle
-jamais que dans mon propre sens et dans celui de votre intérêt, mais je
-n'en suis pas moins très fière de l'approbation et de la justice du Roi.»
-Cela a, du reste, très bien fini entre nous, puisqu'il m'a demandé la
-permission d'ajouter son portrait à ceux que j'ai réunis à Rochecotte.
-
-Me voici donc finissant l'année 1834, mémorable dans ma vie, puisqu'elle
-termine cette part de mon existence consacrée à l'Angleterre. Ces quatre
-années, que je viens d'y passer, m'ont placée dans un autre cadre, offert
-un nouveau point de départ, dirigée vers une nouvelle série d'idées;
-elles ont modifié le jugement du monde sur moi. Ce que je dois à
-l'Angleterre ne me quittera plus, j'espère, et traversera, avec moi, le
-reste de ma vie. Maintenant, faisons des provisions de forces pour les
-mauvais jours qui ne manqueront pas probablement et pour lesquels il est
-convenable de se préparer.
-
-
-
-
-1835
-
-
-_Paris, le 3 janvier 1835._--J'ai eu hier la visite du duc de Noailles
-qui m'avait écrit un billet fort aimable pour me prier de le recevoir. Il
-est venu me parler de la nièce de sa femme, Mme de Chalais, qu'il aimait
-comme son enfant et qu'il savait être vivement regrettée par moi. Nous
-avons pleuré ensemble; puis il m'a parlé un peu de politique avec bon
-sens et bon goût; un peu de la société; beaucoup de Maintenon. Il est
-resté très longtemps et paraissait à son aise et se plaire fort. Il m'a
-exprimé le désir de me voir souvent et d'entrer un peu dans nos
-habitudes. C'est un des hommes que M. Royer-Collard compte davantage: il
-est fort laid et a l'air vieux sans l'être; il est studieux, distingué
-et de très bonne compagnie. J'ai beaucoup vu sa femme quand elle
-s'appelait Mlle Alicia de Mortemart et qu'elle demeurait chez sa sœur la
-duchesse de Beauvilliers, qu'elle suivait à Saint-Aignan. Nous sommes,
-d'ailleurs, fort parents des Mortemart, la vieille princesse de Chalais,
-chez laquelle M. de Talleyrand a été élevé, étant Mortemart, fille de M.
-de Vivonne, frère de Mme de Montespan.
-
-J'ai été hier à la grande réception du soir aux Tuileries, la Reine
-m'ayant fait dire par Mme Mollien que je pourrais arriver et m'en aller
-par les appartements particuliers, et, par conséquent, ne pas attendre ma
-voiture. C'était le dernier jour de réception; j'y ai mené ma
-belle-fille, Mme de Valençay. Le palais, éclairé, est vraiment superbe;
-beaucoup de choses ont très bon air; beaucoup d'autres font contraste.
-Ainsi, par exemple, les fracs isolés à travers la grande majorité des
-uniformes, quelques femmes fort parées, puis d'autres en bonnet de
-comptoir; point de désordre, mais aucune distinction de salles, de
-places; on ne défile pas, c'est la Cour qui entre quand tout le monde est
-arrivé et qui fait le tour des dames, après quoi, les hommes seuls
-défilent; il y a un petit monsieur en uniforme qui précède et qui demande
-à chaque dame son nom, ce qui me paraît pour les trois quarts et demi
-indispensable.
-
-On a été très gracieux pour moi et je crois qu'on attachait du prix à ce
-que j'allasse un jour de grande réception qu'on peut bien appeler
-_publique_. On craignait que je ne voulusse me borner aux audiences
-particulières. C'eût été, ce me semble, de mauvais goût; peut-être
-aimerais-je mieux ne pas aller du tout, mais, quand on trouve bon de voir
-les gens en particulier, il ne faut pas avoir l'air de s'en cacher et de
-les renier en public. Aussitôt vue, la Reine m'a elle-même dit de m'en
-aller, on m'a fait ouvrir la petite porte et je me suis sauvée, ravie
-d'être quitte de cette corvée!
-
-
-_Paris, 7 janvier 1835._--M. Molé est venu me voir hier, il m'a dit bien
-des choses singulières, et entre autres, celle-ci, qu'il se croyait «la
-mission de purger le gouvernement de l'influence doctrinaire». Il a une
-terrible haine pour les doctrinaires; car il sait haïr. Il m'a même
-surprise à ce sujet et je me suis demandé s'il savait aussi bien aimer.
-Je suis restée embarrassée devant la réponse.
-
-
-_Paris, 8 janvier 1835._--Madame Adélaïde m'ayant demandé de lui mener
-Pauline, je l'ai fait hier. Le Roi m'a fait dire de l'attendre chez sa
-sœur, ce qui fait que j'y ai passé trois heures. Le Roi venait
-d'apprendre la scène étrange qui a eu lieu parmi les amnistiés du
-Mont-Saint-Michel: le jour même de leur délivrance, tous les amnistiés
-républicains (les carlistes ont dit des prières et sont retournés
-tranquillement dans la Vendée) ont chanté des chansons atroces, et ont
-fini par jurer sur leurs couteaux de table l'assassinat du Roi. Celui-ci
-avait sous les yeux les rapports de police et nous en a dit tous les
-détails.
-
-Il a causé longtemps, et de toutes choses; je dois dire avec beaucoup de
-bon sens, d'esprit, de lucidité et de prudence; comprenant parfaitement
-les destinées anglaises, jugeant bien l'Europe, parlant de son fils avec
-une grande raison. Il m'a particulièrement dit deux choses qui m'ont
-frappée. La première, c'est que, sans avoir été entraîné aussi loin que
-son fils, il avait lui-même, cependant, donné dans de certaines erreurs
-dont la pratique l'avait guéri. Il est revenu sur la Révolution de
-Juillet, et a mis du prix à s'en montrer étranger dans le principe, aussi
-m'a-t-il raconté que lors de la décoration de Juillet, ses ministres
-avaient voulu la lui faire porter, et qu'il s'y était refusé, disant
-qu'il ne la porterait jamais, n'y ayant eu aucune part que celle d'en
-arrêter les résultats destructeurs. Il a ajouté: «Madame, vous ne me
-l'avez jamais vu porter, cette décoration!»
-
-Il est de plus en plus embarrassé pour son ambassadeur à Londres, car les
-nouvelles reçues hier matin même de Naples prouvent que Sébastiani est
-hors d'état. Je crois que le Roi aimerait M. de Latour-Maubourg, mais
-celui-ci est malade et ne parle que de se retirer à la campagne. M. de
-Sainte-Aulaire arrivera dans trois ou quatre jours et je m'imagine que la
-chance tournera vers lui. Il a été question, entre le Roi et moi, de M.
-de Rigny pour Londres, mais le Roi dit à cela: «Le seul ministre possible
-aux Affaires étrangères pour remplacer Rigny serait Molé, mais Guizot
-n'oserait pas rester avec lui à cause de la fureur de Broglie, et on ne
-croit pas pouvoir se passer de Guizot à la Chambre.» L'objection contre
-Sainte-Aulaire, c'est l'influence qu'exerce sur lui M. Decazes, qui est
-mauvaise en elle-même et à juste titre désagréable au Roi.
-
-La lettre de M. de Talleyrand du 13 novembre a été enfin lue au Conseil
-hier, elle paraîtra dans le _Moniteur_ d'aujourd'hui, et sa publication
-sera accompagnée d'une réponse très polie de M. de Rigny. On a seulement
-demandé le changement d'un mot qui a été accordé, parce qu'en réalité, il
-ne fait qu'éclaircir la pensée sans l'altérer. On a prié M. de Talleyrand
-de permettre qu'on mît: _cet esprit de propagande_, au lieu de _certaines
-doctrines_.
-
-J'ai été hier soir au grand bal des Tuileries. M. le duc d'Orléans m'a
-encore attaquée sur les élections anglaises: il a une peur étrange
-qu'elles ne tournent au profit du Cabinet tory. Voici la seconde fois que
-nous avons maille à partir à ce sujet; hier, je cherchais à décliner la
-discussion, mais lui a voulu l'entamer, disant que «peut-être je le
-convertirais». A quoi j'ai répondu: «J'en serais d'autant plus fière,
-Monseigneur, que ce serait vous convertir à votre propre cause.»
-
-Il venait de relire la lettre de démission de M. de Talleyrand. Il a dit
-que c'était un chef-d'œuvre, un vrai document historique; qu'elle aurait
-un grand retentissement au dehors; que rien ne pouvait être si noble, si
-simple, si bien pour le Roi que personne ici n'avait le courage de louer;
-mais que M. de Talleyrand s'y montrait terriblement conservatif, et que
-cela allait donner lieu à une grande controverse dans les journaux. Je
-lui ai répondu: «Cela se peut, Monseigneur, mais qu'importe. Que M. de
-Talleyrand parle ou se taise, il est toujours attaqué par la mauvaise
-presse. A son âge, et quand on fait ses adieux au public, on a bien le
-droit de le faire de manière à se satisfaire soi-même et à se montrer tel
-qu'on est, tel qu'on a toujours été, un homme d'un bon esprit, ami de son
-pays et du bon ordre, et qui plus est, un homme de sa caste, ce qui
-n'implique pas nécessairement un homme à préjugés. Enfin, M. de
-Talleyrand, _seul_, dites-vous, a le courage ici de louer le Roi, et
-pourquoi? Parce qu'il est un gentilhomme, un grand seigneur, et par
-conséquent un conservatif. Il faudra toujours que la Royauté revienne à
-ceux-là; soyez-en bien sûr.» Il a repris: «Oh! au dehors, cette lettre
-sera extrêmement admirée.--Oui, Monseigneur, elle le sera au dehors,
-mais elle le sera aussi par tous les honnêtes gens du dedans, et
-Monseigneur me permettra de ne compter que ceux-là!» Voilà encore un
-échantillon de mes conversations avec ce jeune Prince, qui ne manque ni
-d'intelligence, ni de courage, ni de grâce, mais dont le jugement est
-encore bien dépourvu de prudence et d'équilibre.
-
-Le Roi qui, lui, est prudent par excellence, et de plus fort gracieux
-pour moi, est venu à moi et, en riant, m'a dit: «Avez-vous raconté à M.
-de Talleyrand notre longue conversation?--Sans doute, Sire; elle était
-trop riche et trop curieuse pour que je ne lui procurasse pas le plaisir
-d'en apprendre quelque chose.--Ah! ah! je suis sûr que vous n'aurez pas
-oublié mon anecdote sur la décoration de Juillet.--En effet, Sire, c'est
-la première chose que j'ai citée à M. de Talleyrand; je la conterai à mon
-fils, à mon petit-fils; je veux que mes descendants s'en souviennent pour
-répéter un jour ce que je dis sans cesse, c'est que le Roi a un _grand_
-esprit.» Il y a longtemps qu'on a dit que, lorsque la flatterie ne
-réussissait pas, c'était la faute du flatteur et non de la flatterie; il
-me semble qu'hier, le flatteur n'était pas en défaut.
-
-
-_Rochecotte, 12 mars 1835._--Nos lettres de Paris nous disent que le
-refus de M. Thiers de rester au ministère, avec le duc de Broglie,
-président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, refus auquel le
-Roi ne veut pas entendre pour ne pas se trouver livré si uniquement aux
-doctrinaires, arrête de nouveau toute la machine. La Chambre des députés
-commence à s'émouvoir, et il est impossible de bien apprécier où tout
-ceci précipite.
-
-Il doit y avoir, à Saint-Roch, une quête pour les salles d'asile dirigées
-par Madame Adélaïde, c'est donc elle qui choisit les quêteuses. Elle a
-désigné Mmes de Flahaut et Thiers. La première, furieuse, dit-on, du
-_pendant_, a refusé; et cette petite difficulté a trouvé moyen de se
-faire remarquer à travers toutes les grandes impossibilités du moment.
-
-
-_Rochecotte, 14 mars 1835._--Les lettres d'hier ne laissent plus aucun
-doute sur le dénouement de la crise ministérielle.
-
-C'est, à peu de chose près, la répétition du mois de novembre dernier: le
-maréchal Gérard fut alors remplacé par le maréchal Mortier; aujourd'hui
-M. de Broglie remplace Mortier à la présidence et Rigny lui cède les
-Affaires étrangères, pour prendre l'intérim de la Guerre, jusqu'à
-l'arrivée de Maison, auquel on a envoyé un courrier. Si celui-ci accepte,
-l'ambassade de Pétersbourg serait à donner, mais on croit qu'il refusera.
-Alors Rigny restera-t-il définitivement à la Guerre ou ira-t-il à Naples
-en cédant la place à quelque général secondaire? C'est ce qu'on ignore
-encore. Ainsi, avec Broglie et Maison de plus et Rigny de moins, ou à peu
-près, chacun reste à son poste. C'était bien la peine de faire tant de
-bruit.
-
-Voici ce qu'on mande relativement à M. Thiers, qui, d'abord, s'était
-refusé à entrer avec M. de Broglie. Il a été travaillé, tiraillé en tous
-sens, Mignet et Cousin pour le dissuader, Salvandy pour le faire
-accepter. Pendant ce temps-là, une réunion nombreuse de députés
-s'assemblait chez M. Fulchiron. Thiers, le sachant, a dit que si cette
-réunion le demandait, il accepterait; Salvandy d'y courir et de revenir
-avec une députation, pour obtenir le consentement de Thiers, qui, cette
-fois enfin, l'a donné pour ne pas être accusé de faire manquer la seule
-combinaison possible, et fort, d'ailleurs, d'une expression solennelle de
-la majorité parlementaire. On croit qu'il ne tardera pas, cependant, à se
-repentir d'avoir cédé... La balance n'est plus en équilibre; ils vont
-être deux contre un dans le Conseil. Il n'y a pas là condition de durée.
-
-J'ai reçu une lettre de M. Molé qui me mande: «Vous laissez ici un vide
-que rien ne peut ni ne saurait remplir; personne ne l'a senti et n'en a
-souffert comme je l'ai fait depuis quelques jours. J'ai l'espérance que
-vous m'auriez approuvé, j'ose dire que j'en suis sûr; vous êtes du très
-petit nombre pour lesquels je me pose la question avant d'agir. Ce n'est
-plus pour des noms propres qu'on a lutté, c'est pour l'amnistie.
-L'amnistie pleine et entière était ma condition; ceux qui se retiraient,
-pour s'imposer, ont provoqué, à la Chambre, un hourra contre; moi seul ai
-soutenu qu'il tomberait devant la réalité. Quelques-uns, qui voulaient
-l'amnistie avec moi, ont cependant perdu courage, et, en ce moment,
-l'ancien ministère va se reformer sous la présidence de M. de Broglie.
-Plusieurs de ses membres montrent en cela peu de fierté, tous acceptent
-une position que l'avenir jugera, ainsi que bien d'autres choses.»
-
-
-_Rochecotte, 16 mars 1835._--M. Royer-Collard m'écrit ceci, sur la
-dernière crise ministérielle: «C'est mardi 10 que le Roi a chargé Guizot
-d'avertir M. de Broglie. Vous vous attendez à l'insolence d'un vainqueur?
-Point du tout. M. de Broglie, instruit par Guizot, avait déposé, non
-seulement son arrogance, mais cette dignité personnelle à laquelle il ne
-faut pas renoncer, même pour être président du Conseil. Il s'est aussi
-excusé fort humblement du passé, il a promis d'être sage à l'avenir.
-Tenez cela pour certain, l'orgueil Necker, qui est le type de l'orgueil
-Broglie, a fléchi.»
-
-Plus loin, et à propos du papier signé par la soi-disant réunion
-Fulchiron chez Thiers, il y a ceci: «C'est sur cette pièce que Thiers a
-capitulé; il rentre donc, mais séparé et dégagé des doctrinaires qu'il a
-humiliés. Il _rentre_ au lieu que Guizot _reste_. Personne ne gagne, je
-crois, à ce replâtrage.»
-
-Plus loin encore ceci: «Quand M. Molé est entré hier chez moi, je l'ai
-embrassé comme un naufragé sauvé. Il sort de là plus considéré, il s'est
-surpassé.»
-
-
-_Rochecotte, 23 mars 1835._--J'ai eu, hier soir, une très gracieuse
-réponse de la duchesse de Broglie à la lettre de félicitations que je lui
-avais adressée. Le triomphe politique se dissimule sous d'humbles
-citations bibliques; la bienveillance y domine, et, au fait, je suis
-contente d'elle, elle est une personne de mérite.
-
-J'avais écrit aussi à M. Guizot, à l'occasion de la mort de son frère; il
-a attendu la fin de son deuil pour répondre, mais enfin il a répondu, et
-hier m'est arrivée une lettre de lui très cajolante. Voici la seule
-phrase politique: «Je suis de ceux qui doivent dire que la crise est
-finie; mais je suis aussi de ceux qui savent qu'il n'y a jamais rien de
-fait en ce monde, et qu'il faut recommencer chaque jour. Un effort
-continuel pour un succès toujours incomplet et incertain, voilà notre
-vie. Je l'accepte sans illusion, comme sans découragement.»
-
-J'ajouterai un extrait d'une lettre de M. Royer-Collard, arrivée aussi
-hier soir: «Ce qui s'est passé est fort triste, le dénouement comme la
-crise. Voyez-y le Roi et Thiers vaincus par Guizot, et par contre-coup M.
-de Talleyrand dans ce qui lui reste de vie politique. Il est vrai que
-cette victoire n'a pas l'aspect et ne fait pas le bruit d'un triomphe;
-elle est obscurcie par l'incertitude de la Chambre; mais Guizot est
-savant dans l'intrigue et obstiné de toute la force de sa présomption, de
-toute l'ardeur de sa soif de domination personnelle: il ne s'arrêtera que
-vaincu lui-même par la force des choses, et je ne sais pas s'il y a
-quelque part aujourd'hui une telle force. Thiers a eu le plaisir de se
-faire attendre trente-six heures et de se séparer à la tribune; mais il
-reste qu'il a reculé, et que c'est la peur que lui fait Guizot avec les
-petits doctrinaires qui l'a empêché d'entrer, malgré sa bonne volonté,
-dans le ministère Gérard-Molé; jusqu'à nouvelle circonstance, il est
-absorbé dans la soumission. M. Molé est sorti de ce chaos avec un
-surcroît de considération, dont il vous doit, soyez-en sûre, une partie:
-vous lui avez apparu plus d'une fois et vous l'avez secouru. Il vous aime
-fort et a besoin de votre approbation; ce qui me l'a tout à fait donné,
-c'est d'avoir contribué, à ce qu'il croit, à le rapprocher de vous.»
-
-
-_Rochecotte, 10 mai 1835._--J'ai reçu, hier, un assez curieux compte
-rendu de ce qui s'est passé au comité secret de la Chambre des Pairs à
-l'occasion de la forme du jugement[60]. Plusieurs Pairs ont déclaré qu'on
-ne pouvait en finir en jugeant les prévenus par défaut, c'est-à-dire en
-jugeant les banquettes. De cet avis ont été MM. Barthe, Sainte-Aulaire,
-Séguier et, à ce que l'on croit, de Bastard. M. Decazes et quelques
-autres ont prétendu qu'il fallait les juger un à un. M. Cousin a adressé
-les plus violents reproches à M. Pasquier, pour n'avoir pas admis les
-défenseurs, et à la Chambre pour avoir eu la faiblesse de maintenir la
-décision de son président. M. Pasquier, dans sa réponse, a fait de la
-sensibilité, du pathétique. Mais l'incident le plus grave est la
-déclaration de M. Molé, qui a dit, formellement, que si on jugeait les
-prévenus en son absence, il se récuserait. Cette déclaration a fait le
-plus grand effet, et plusieurs Pairs, parmi lesquels le duc de Noailles,
-se sont rangés à cette opinion. On ajoute ceci: «Vous voyez bien que dans
-cette déclaration, il y a le noyau d'un nouveau ministère Molé, dans le
-cas où l'impossibilité du procès forcerait les ministres actuels à céder
-leurs places; mais, d'un autre côté, faiblir devant de tels accusés
-serait si dangereux, que la nécessité de résister l'emportera sur toute
-autre considération: reste à savoir comment! Ce procès est une hydre!»
-
- [60] Une ordonnance royale avait chargé la Cour des Pairs de
- juger les auteurs des insurrections républicaines qui eurent lieu
- du 7 au 13 avril 1834 dans plusieurs villes de province et à
- Paris. Les arrêts de condamnation ne furent rendus qu'en décembre
- 1835 et janvier 1836.
-
- * * * * *
-
-
-_Langenau (Suisse), 18 août 1835._--Il y a quelque temps que cette petite
-_Chronique_ a été interrompue. J'ai été souvent malade, toute application
-m'était impossible; ma paresse a augmenté, puis est survenu le dégoût de
-la plume et de rédiger ma propre pensée, après avoir si longtemps mis en
-œuvre celle des autres, ou, pour parler plus exactement, leur avoir
-prêté la mienne; puis les déplacements, les voyages, tout enfin a
-concouru à rompre mes habitudes. Trop de tableaux nouveaux ont distrait
-mon esprit, le temps m'a manqué pour la vie recueillie et appliquée,
-toute inspiration d'ailleurs était éteinte. J'avais vécu en prodigue
-pendant quatre années; mes provisions étaient courtes, elles se sont
-trouvées épuisées! Bref, pour me servir du mot, peu filial, de M. Cousin
-parlant de son père, devenu imbécile, _l'animal seul est resté_.
-
-Mes lettres ont raconté, dans le temps, le séjour de M. le duc d'Orléans
-à Valençay; le drame (je peux bien le nommer ainsi) de la démission de M.
-de Talleyrand de son ambassade de Londres; le changement du ministère, à
-Paris, qui n'a eu que trois jours de durée; celui du Cabinet anglais,
-qui, au bout de trois mois, s'est retiré devant un Parlement imprudemment
-renouvelé; le mécontentement de tous ces événements autour de moi;
-l'intrigue à facettes qui a fait Sébastiani ambassadeur à Londres,
-tandis que M. de Rigny y aspirait en cachette; tout cela est bien connu,
-je n'en dirai donc plus rien.
-
-A Maintenon, où j'ai passé quelques heures chez le duc de Noailles, j'ai
-eu plaisir à entendre un long récit du séjour que Charles X y fit en
-1830, en quittant Rambouillet pour s'embarquer à Cherbourg. Le duc de
-Noailles raconte avec émotion, et par conséquent avec talent, cette scène
-dramatique. Je ne l'ai malheureusement pas écrite le jour même où il me
-l'a contée et aujourd'hui je craindrais que ma mémoire ne la défigurât.
-Je repasserai un jour ou l'autre par Maintenon et, à défaut du récit que
-je n'entendrai plus, je dirai ce que cette ancienne et curieuse demeure
-sera devenue entre les mains du duc de Noailles, qui y fait beaucoup
-d'embellissements.
-
-Notre paisible séjour à Rochecotte aurait pu aussi fournir quelques
-pages, dues aux récits piquants de M. de la Besnardière, à la
-correspondance souvent agitée de Madame Adélaïde pendant la rentrée, en
-mars dernier, du ministère doctrinaire, et à quelques traits
-caractéristiques de M. de Talleyrand, aux prises avec une solitude
-comparative, cherchant, presque toujours, à mettre les autres dans leurs
-torts pour se créer des émotions, s'y plaçant lui-même et guerroyant
-ainsi tout seul dans une atmosphère toute pacifique.
-
-J'aurais dû, pendant les jours que Mme de Balbi a passés chez moi, écrire
-les mille traits animés qui peignent si bien son époque et son genre
-d'esprit. Sa conversation en était semée; ils se lient, presque toujours,
-à des scènes, à des personnages et à des situations qui leur ôtent toute
-trivialité et en font de vraies données historiques. Si j'avais été en
-train alors, je n'aurais pas, certes, passé sous silence l'apparition
-bavarde, pompeuse, médisante, en somme grotesque, quoique travaillant sur
-un fond spirituel et animé, du comte Alexis de Saint-Priest, contraste
-frappant avec la mesure, le bon goût et la malice incisive de Mme de
-Balbi. Le manque de toute convenance est ce qui choque le plus dans M. de
-Saint-Priest, qui se croit diplomate par droit de naissance et qui ne
-l'est sûrement pas par tempérament. Il s'occupe aussi de littérature, de
-Mémoires historiques, pour lesquels il s'est cru le droit de demander à
-Mme de Balbi, dès le premier jour de leur rencontre à Rochecotte, de lui
-communiquer les lettres que, sans doute, elle devait avoir, en grand
-nombre, de Louis XVIII. La prétention était trop forte pour ne pas faire
-changer en sérieux la gaieté habituelle de Mme de Balbi, qui lui
-répondit, fort sèchement, qu'elle manquerait à tous les sentiments de
-respect et de reconnaissance qu'elle conservait pour le feu Roi, si une
-seule de ces lettres était publiée ou seulement montrée tant qu'elle
-vivrait.
-
-Pendant le mois de juin, que j'ai passé à Paris, Versailles, que le Roi a
-eu la bonté de nous montrer, aurait dû me donner le besoin de retracer
-ici l'impression profonde que m'avait faite la pensée première et la
-restauration actuelle. A Paris, où tout s'efface si vite, Versailles
-cependant est resté net et éblouissant dans ma pensée, mais c'était le
-_trop à dire_ que j'ai craint. Il est douteux que je revoie ce château
-d'une manière aussi curieuse, entre M. de Talleyrand qui refaisait le
-Versailles de Louis XV, de Louis XVI et de l'Assemblée constituante, et
-le Roi Louis-Philippe, au milieu de la salle de 1792, reporté aux
-premiers souvenirs de sa jeunesse, et les faisant revivre par ses récits
-aussi bien que par les beaux portraits et les curieux tableaux qu'il leur
-a consacrés. Au mois d'avril 1812, j'avais visité Versailles avec
-l'Empereur Napoléon, lorsque, rêvant d'y établir sa Cour, il était allé y
-inspecter les travaux qu'il y faisait exécuter et qui, les premiers, ont
-retiré Versailles du désordre et de la destruction que la Révolution y
-avait portés! Cette première visite méritait bien de me revenir à la
-mémoire lors de la seconde. M. Fontaine, l'habile architecte, et moi,
-étions les seuls qui pouvions faire le rapprochement de ces deux
-restaurations.
-
-
-_Berne, 19 août 1835._--Le mois de juin, passé à Paris, a été assez
-rempli d'événements divers. Je me reproche vraiment d'en avoir laissé
-l'impression s'affaiblir au point d'en avoir à peine conservé une trace
-légère; plusieurs conversations en tiers entre le Roi et Madame Adélaïde,
-les petites intrigues des doctrinaires tournant avec défiance autour de
-moi, par l'entremise de M. Guizot, en qui j'ai souvent remarqué une
-_hypocrisie dégagée_ qui me paraît être un charlatanisme assez nouveau;
-les accès de découragement et d'enivrement de M. Thiers; mille
-circonstances enfin qui donnaient à chaque jour un mouvement particulier,
-auraient bien mérité quelques notes. J'aurais dû dire un mot d'un dîner
-à la villa Orsini, chez M. Thiers, où quinze personnes, bizarrement
-rapprochées, donnaient à cette partie un cachet de mauvais goût qui l'a
-rendue embarrassante pour moi et qui a fait dire à M. de Talleyrand:
-«Nous venons de faire un dîner du Directoire.»
-
-Des intérêts personnels aussi ont été touchés. La mort de la jeune Marie
-Suchet, la douleur de sa mère; la confirmation de ma fille Pauline, qui
-m'a fait rencontrer, après cinq années de séparation, Mgr l'archevêque de
-Paris, ont été autant d'événements qui ont marqué les jours, en les
-détachant, pour ainsi dire, les uns des autres, ne permettant pas de les
-confondre.
-
-J'ai été plus particulièrement frappée de mon entrevue avec M. de Quélen,
-parce qu'elle a amené une conversation que je ne veux pas livrer à
-l'oubli. L'Archevêque, revenant sur un sujet qui, de tout temps, l'a
-fortement préoccupé, celui de la conversion de M. de Talleyrand, m'en a
-reparlé avec la même vivacité que du temps de M. le cardinal de Périgord.
-A tous ses vœux, à l'assurance que toutes les tribulations de sa vie
-épiscopale avaient été acceptées avec joie dans l'espérance d'obtenir de
-Dieu, par ses propres souffrances, le retour de M. de Talleyrand dans le
-sein de l'Église; à d'instantes exhortations pour me faire travailler à
-une œuvre aussi méritoire, il a ajouté que, connaissant la sûreté de mon
-caractère, et croyant, d'ailleurs, bien faire de me prévenir sur sa
-conduite dans cette question, il devait me confier qu'ayant cru trouver,
-dans la dernière phrase de la lettre de démission de M. de Talleyrand,
-du 13 novembre dernier, un retour vers des idées graves, il s'était, lui,
-M. de Quélen, flatté que le moment d'agir efficacement était venu, et
-qu'il avait alors écrit à Rome, directement au Pape, pour demander quelle
-ligne le Saint-Père lui tracerait: «La réponse du Saint-Père ne s'est pas
-fait attendre», m'a dit M. de Quélen, «elle est en termes doux et
-affectueux pour M. de Talleyrand; elle me donne le droit d'absoudre et de
-réconcilier, et elle étend même mes pouvoirs jusqu'à me permettre de les
-déléguer aux prélats dans les diocèses desquels M. de Talleyrand pourrait
-être atteint de sa dernière maladie, nommément aux archevêques de Bourges
-et de Tours; enfin le Pape m'a même témoigné la disposition d'écrire
-lui-même à M. de Talleyrand.» Mes réponses à M. de Quélen n'ont pu être
-que dilatoires. J'ai montré cependant d'une manière précise que toute
-démarche directe provoquerait probablement un effet opposé à celui désiré
-et que, quant à moi personnellement, je ne pourrais jamais me renfermer
-que dans un rôle purement passif.
-
-Assurément, je ne puis que me tenir également éloignée de toute action
-contraire au but désiré par l'Église, et de toute action qui pourrait
-troubler un repos qui m'est confié, sans amener le résultat souhaité. Si
-jamais ce résultat peut être atteint, c'est à une voix plus haute et plus
-puissante que la voix humaine à l'obtenir.
-
-L'Archevêque m'a aussi parlé de ses propres tribulations, de celles qu'il
-a éprouvées depuis 1830: elles ont été étranges et douloureuses. Je
-regrette que, dernièrement, il ne les ait pas un peu plus oubliées,
-lorsque, retournant aux Tuileries après l'attentat du 28 juillet[61], et
-rouvrant Notre-Dame au Roi, il n'a pas accompagné ses actes de paroles
-plus franches, plus nettement pacifiques. Il aurait évité ainsi le
-reproche d'avoir parlé à deux adresses, l'une à Prague, l'autre à Paris.
-Le malheur de l'Archevêque, c'est de n'avoir pas tout à fait la portée
-d'esprit nécessaire pour le rôle difficile dans lequel les circonstances
-l'ont placé; il n'a pas, non plus, le degré d'énergie qui supplée,
-souvent avec avantage, à ce qui manque à l'esprit. Il n'est, certes,
-point dépourvu d'excellents sentiments, ni des meilleures intentions; il
-est doux, charitable, affectueux, reconnaissant, sincèrement attaché à
-ses devoirs et toujours prêt au martyre; mais il reçoit trop facilement
-toutes les impressions. Il est aisé d'obtenir sa confiance et d'en
-abuser, en le poussant dans une route dont il ne découvre pas assez vite
-le but; il s'intimide du blâme et sans cesse le provoque, par une
-hésitation et un manque d'équilibre qui tiennent à l'incertitude de
-l'esprit et aux scrupules d'une conscience qui ne sait jamais si le bien
-d'hier est encore le bien d'aujourd'hui. Bon pasteur en temps ordinaire,
-il n'a eu, à notre époque, où personne ne semble fait pour la place qu'il
-occupe, qu'une attitude sans force publique et sans tranquillité privée.
-Cependant, comme il a beaucoup de nobles et bonnes qualités et qu'il
-porte à tout ce qui se nomme Talleyrand un intérêt extrême et qui lui
-fait honneur, puisqu'il est puisé dans sa reconnaissance pour le
-cardinal de Périgord, je lui souhaite de bien bon cœur une vie plus
-douce que celle des dernières années et la fin de toutes ses
-tribulations. Un autre aurait su, peut-être, en tirer parti; il ne sait,
-lui, qu'y succomber...
-
- [61] Tentative criminelle de Fieschi, pour tuer le Roi
- Louis-Philippe.
-
-Le séjour de quatre semaines que j'ai fait dernièrement à Baden-Baden m'a
-plu. J'y ai trouvé d'anciennes connaissances, j'y ai fait quelques
-rencontres agréables. C'est bien là encore que j'aurais dû fixer mes
-souvenirs par quelques lignes consacrées à Mme la princesse d'Orange, ce
-chef-d'œuvre d'éducation de princesse; au Roi de Würtemberg, à ses
-filles les princesses Sophie et Marie, à l'hostilité assez mal dissimulée
-entre Mmes de Lieven et de Nesselrode, à la douce philosophie de M. de
-Falk, au bon langage de M. et de Mme de Zea, enfin à tout ce qui, en bien
-et en mal, m'a frappée dans cette réunion de personnes dont chacune avait
-sa part de distinction.
-
-Elles se groupaient toutes, plus ou moins, autour de Mme de Lieven dont
-l'éclat passé et l'infortune récente (la mort de ses deux plus jeunes
-fils dans la même semaine), excitaient l'intérêt ou imposaient des
-devoirs. Elle m'a fait grande pitié et m'est apparue, d'ailleurs, comme
-un grand enseignement. Déroutée, jetée au hasard, sans résignation, ne se
-complaisant pas dans ses regrets, et ne trouvant qu'un vide cruel dans
-des distractions qu'elle ne se lasse pas de demander à chacun, sans goût
-d'occupation, sans satisfaction pour elle-même, elle vit dans la rue,
-dans les promenades, cause sans suite, n'écoute guère, rit, sanglote, et
-fait, au hasard, des questions sans intérêt. Cette douleur est d'autant
-plus lourde qu'elle est sans patience au bout de quatre mois d'infortune.
-Elle s'étonne déjà de la durée de ses regrets; ne voulant pas subir le
-mal, il ne s'use pas; elle le prolonge en luttant avec hostilité. Dans le
-combat la douleur triomphe et la victime crie, mais le son est discordant
-et ne fait vibrer aucune corde sympathique dans l'âme d'autrui. J'ai vu
-chacun se lasser de la plaindre et de la soigner: elle s'en apercevait et
-en était humiliée. Elle a paru me savoir gré d'avoir eu pour elle des
-soins plus durables, et elle m'a laissé la conviction de lui avoir été,
-non pas une consolation, mais du moins une ressource, et j'en suis bien
-aise.
-
-J'ai revu avec plaisir, il y a quelques jours, le beau lac de Constance;
-j'y avais rêvé, il y a trois ans, un petit château: il a brûlé. J'y rêve
-maintenant une chaumière; je serais fâchée qu'un asile manquât sur ce
-promontoire, d'où la vue est si riche, si variée, si calme, où il serait
-si doux de se reposer.
-
-Du Wolfsberg que j'habitais, j'ai été plusieurs fois à Arenenberg, chez
-la duchesse de Saint-Leu; elle m'a paru un peu plus calme qu'il y a trois
-ans. L'élève prétentieuse de Mme Campan, la Reine de théâtre a fait place
-à une bonne grosse Suissesse, qui babille assez facilement, reçoit avec
-cordialité et sait gré à ceux qui font diversion à sa solitude. Sa petite
-demeure est pittoresque, mais elle n'est calculée que pour la belle
-saison; elle y passe cependant presque toute l'année. L'intérieur est
-petit et réduit, et ne semble être fait que pour des fleurs, des joncs,
-des nattes et des divans; ce n'est vraiment qu'un pavillon. Les débris
-des magnificences impériales qui y sont entassés n'y font pas trop bien.
-La statue en marbre de l'Impératrice Joséphine, par Canova, aurait besoin
-d'un plus grand cadre. J'aurais voulu, d'un coup de baguette, transporter
-dans le musée de Versailles le portrait de l'Empereur, comme général
-Bonaparte, par Gros (sans contredit le plus admirable portrait moderne
-que je connaisse); il devrait être une propriété nationale, car la vie
-guerrière et politique, et toutes les gloires et les destinées de la
-France se rattachent à ce portrait, si parfait, de Napoléon. Dans un
-petit cabinet, sous un châssis de glace, se trouvent quelques reliques
-précieuses, mêlées à d'assez insignifiantes babioles. L'écharpe de
-cachemire portée par le général Bonaparte à la bataille des Pyramides, le
-portrait de l'Impératrice Marie-Louise et de son fils sur lequel le
-dernier regard de l'exilé de Sainte-Hélène s'est porté, et plusieurs
-autres souvenirs intéressants, sont réunis là avec de mauvais petits
-scarabées et mille petites nippes sans valeur et sans mérite: ainsi un
-lorgnon oublié par l'Empereur Alexandre à la Malmaison, et un éventail
-donné par le citoyen Talleyrand à Mlle Hortense de Beauharnais, conservés
-au milieu des traditions de l'Empire, prouvent une grande liberté
-d'esprit et pas mal d'insouciance, ou une grande facilité d'humeur et de
-caractère.
-
-Il est vrai que j'ai vu l'Impératrice Joséphine et Mme de Saint-Leu
-demander à être reçues par Louis XVIII quinze jours après la chute de
-Napoléon. J'ai vu, à Londres, Lucien Bonaparte se faire présenter par
-lady Aldborough au duc de Wellington, et au congrès de Vienne, Eugène de
-Beauharnais chanter des romances. Les anciennes dynasties peuvent manquer
-d'habileté, les nouvelles manquent toujours de dignité.
-
-
-_Fribourg, 20 août 1835._--Il y aurait, ce me semble, si ce n'est
-dignité, du moins bon goût, de la part de Mme de Saint-Leu, à restituer à
-la ville d'Aix-la-Chapelle le magnifique reliquaire porté par Charlemagne
-et trouvé à son cou, lors de l'ouverture de son tombeau. Ce reliquaire,
-qui sous un gros saphir contient un morceau de la vraie Croix, a été
-donné à l'Impératrice Joséphine par le Chapitre de la Cathédrale pour se
-la rendre favorable; se séparer de cette relique a dû être un douloureux
-sacrifice. Il y aurait eu délicatesse et convenance à le faire cesser; ce
-qui pouvait convenir au successeur de Charlemagne ne sied guère à
-l'habitante d'Arenenberg!
-
-J'ai peu à dire de la tournée qui m'a amenée ici. Saint-Gall est dans une
-position charmante, l'intérieur de la ville assez laid, l'église,
-reconstruite trop nouvellement ainsi que les bâtiments qui y tiennent, et
-qui maintenant servent de siège au gouvernement cantonal, ont manqué leur
-effet sur moi. Rien n'y retrace la grande et singulière existence des
-anciens princes-évêques de Saint-Gall; l'église a cependant un beau
-vaisseau, mais rien d'ancien, rien de recueilli. Le pont qu'on passe pour
-prendre la route nouvellement tracée qui conduit à Heinrichsbad est un
-accident pittoresque dans un pays boisé.
-
-Heinrichsbad est un établissement tout nouveau; on y prend des bains
-ferrugineux et la situation alpestre de cette maison isolée permet d'y
-faire des cures de petit-lait. La partie de l'Appenzell qu'on traverse
-pour atteindre Meynach m'a plus rappelé les Pyrénées qu'aucune autre
-partie de la Suisse.
-
-J'ai revu avec plaisir le lac de Zurich; celui de Zug, que j'ai longé le
-lendemain, plus ombragé, plus retiré, m'a semblé plus gracieux. On le
-voit presque en entier du couvent des dames de Saint-François dont la
-maison domine et la ville et le lac. Je suis arrivée chez ces Dames
-pendant une messe chantée, médiocrement, j'en conviens; mais l'orgue,
-mais ces voix qui partent de lieux et de personnes invisibles s'emparent
-toujours trop vivement de moi pour me disposer à la critique. Ces
-religieuses s'occupent de l'éducation de la jeunesse; la sœur Séraphin,
-qui m'a promenée, parle bien le français; sa cellule était très propre.
-La règle du couvent ne m'a pas paru très austère.
-
-La chapelle de Kussnach, à l'endroit même où Gessler fut tué par
-Guillaume Tell, a un mérite historique sans doute, mais comme situation
-elle est fort inférieure à celle construite sur le lac des
-Quatre-Cantons, à la place où Tell, s'élançant hors de la barque de son
-persécuteur, rejeta celle-ci dans l'orage et les flots.
-
-La position de Lucerne, que je connaissais, m'a encore frappée par le
-tableau pittoresque qu'elle présente. Le lion, sculpté dans le roc, près
-de Lucerne, d'après le dessin de Thorwaldsen, est un monument imposant,
-une belle pensée bien rendue.
-
-Berne, où je suis arrivée par l'Immersthal, gracieuse vallée, riche de la
-plus belle végétation et embellie de charmants villages, a l'aspect
-grande ville, grâce à de nombreux édifices et à la beauté des avenues.
-Mais la ville est triste, et même en été on sent combien elle doit être
-froide en hiver. La terrasse plantée et suspendue à une grande hauteur
-sur le cours de l'Aar, en face des montagnes et des glaciers de
-l'Oberland, est une belle promenade, que l'Hôtel de la Monnaie d'un côté
-et la Cathédrale de l'autre, terminent noblement.
-
-La route de Berne ici n'offre rien de remarquable. Fribourg se présente
-d'une façon assez frappante et originale. Sa position âpre et sauvage,
-les tours jetées sur les hauteurs qui l'environnent, la profondeur de la
-rivière, ou, pour mieux dire, du torrent qui coule au pied du rocher sur
-lequel pose la ville, le pont suspendu qui s'élève au-dessus de la ville,
-tout cela est pittoresque. L'intérieur de la ville, avec ses nombreux
-couvents et sa population de Jésuites à longues robes noires et à grands
-chapeaux, ressemble à un vaste monastère, auquel ne manque même pas, au
-besoin, une petite odeur d'Inquisition; ce n'est pas sur ce point
-mystérieux et claustral de la Suisse qu'on se sent respirer l'air de la
-liberté classique de l'Helvétie. Le nouveau collège des Jésuites, par sa
-position, domine la ville, et, par son importance, y exerce une grande
-influence. A en juger par le peu qu'il est permis au voyageur de visiter,
-cet établissement est sur la plus grande échelle et parfaitement bien
-tenu; trois cent cinquante enfants, la plupart français, y sont élevés;
-la maison me paraît destinée à en contenir un plus grand nombre. Outre
-ce grand pensionnat, les Jésuites ont à côté leur propre maison, et, de
-plus, à une lieue de la ville, une maison de campagne.
-
-J'ai été voir la Cathédrale, qui serait tout à fait indigne d'être
-visitée, sans un orgue dont on jouait au moment où je suis entrée et dont
-le son m'a paru le plus harmonieux et le moins aigre et sifflant que
-j'aie entendu.
-
-Je suis fort aise d'avoir vu Fribourg; je l'avais traversé, il y a onze
-ans, pour l'examiner. Je comprends mieux, maintenant, l'espèce de rôle
-que cette ville joue dans l'histoire religieuse du temps actuel.
-
-
-_Lausanne, 21 août 1835._--La route large et facile de Fribourg traverse
-un pays boisé en partie, cultivé aussi, riant et varié, mais il n'est pas
-précisément pittoresque, si j'en excepte le point de Lussan. La nature ne
-se grandit qu'au moment où la chaîne de montagnes qui couronne le lac
-Léman apparaît à la sortie d'un bois de sapins, qui cache assez longtemps
-le lac et la ville de Lausanne.
-
-Comme toutes les villes de Suisse, Lausanne est laid au dedans, mais dans
-une situation pittoresque, sur un terrain inégal, qui en rend
-l'habitation incommode, mais qui offre plusieurs terrasses d'où la vue
-est fort belle: celles de la Cathédrale et du Château sont les plus
-citées. Je préfère celle de la promenade Montbadon, moins élevée, mais
-d'où l'on distingue mieux la campagne; les toits tiennent trop de place
-dans les autres vues.
-
-
-_Bex, 23 août 1835._--Un peu moins de murs et de vignes, quelques arbres
-de plus, rendraient la route de Lausanne à Vevey charmante; ce n'est qu'à
-Vevey que le pays me plaît tout à fait. Chillon surtout m'a frappée par
-sa position, et ses souvenirs. J'aurais voulu y relire les vers de lord
-Byron en parcourant le fameux souterrain; son nom, seul, barbouillé avec
-du charbon sur un des piliers de la prison, le même auquel François de
-Bonnivard a été attaché pendant six ans, suffit déjà à rendre ce cachot
-poétique.
-
-On quitte le lac Léman à Villeneuve pour s'enfoncer dans une gorge
-étroite et sauvage. La dentelure aiguë et bizarre des rochers entre
-lesquels passe la route est la seule beauté des quatre grandes lieues
-après lesquelles on arrive ici. Tout auprès, sur une saillie du rocher
-veiné de diverses couleurs, s'aperçoit, à demi cachée dans une touffe
-d'arbres, la ruine du château de Saint-Triphon, qui m'a paru d'un bel
-effet.
-
-Bex même est un village qui ne ressemble en rien aux beaux villages
-suisses du canton de Berne. Tout se ressent déjà du voisinage piémontais.
-Nous sommes tous à l'auberge de l'Union, la seule du lieu, ni bonne, ni
-mauvaise. L'établissement des bains sulfureux ne s'est pas soutenu, celui
-du petit-lait, pas davantage. En fait, c'est un endroit dénué de
-ressources, et assez triste et sombre, éclairé cependant pour moi par la
-bonne petite mine couleur de rose de Pauline et par l'éclat de ses beaux
-yeux bleus; j'ai été charmée de m'y trouver.
-
-On m'a remis ici une lettre que l'amiral de Rigny y avait laissée pour
-moi, en passant pour se rendre à Naples. Il me dit qu'il trouve partout
-sur sa route l'opinion fort arrêtée que la duchesse de Berry était le 24
-à Chambéry, et que le 30 Berryer, qui allait aux eaux d'Aix-en-Savoie, en
-a disparu, quelques heures après l'attentat de Paris, et qu'il a reparu
-ensuite, fort effaré, à Aix. J'ai trouvé, ainsi que M. de Rigny, cette
-version établie partout. Les journaux suisses signalent aussi Mme la
-duchesse de Berry; il n'y a, cependant, rien de constaté.
-
-Il vient d'y avoir, à Maintenon, chez le duc de Noailles, une réunion de
-gens d'esprit et d'intrigue. M. de Chateaubriand, Mme Récamier, la
-vicomtesse de Noailles, M. Ampère, enfin tout ce qui va, le matin, à
-l'Abbaye-aux-Bois[62]. J'en suis fâchée; le duc de Noailles ne devrait
-pas quitter une route large pour entrer dans un sentier.
-
- [62] L'Abbaye-aux-Bois était une communauté religieuse de femmes,
- située à Paris, rue de Sèvres, à l'angle de la rue de la Chaise.
- Elle servit de prison d'arrêt pendant la Révolution. Rendue, plus
- tard, à sa destination première, elle offrit, en dehors du
- cloître réservé aux religieuses, un asile paisible à des dames du
- grand monde: c'est là que Mme Récamier vint s'établir.
-
-D'après ce que l'on me mande de Touraine, je vois que les atrocités de
-Paris, du 28 juillet[63], y ont créé de l'indignation, mais une
-indignation qui craignait de se manifester hautement et qui est peut-être
-effacée aujourd'hui. Nous vivons dans un temps où l'on voit tant de
-monstruosités sur la scène, les livres en sont tellement remplis, elles
-descendent si régulièrement dans la rue, que le peuple, blasé sur
-l'horrible, y devient indifférent et se trouve ainsi familiarisé avec le
-crime. Cette ville de Tours, dans le fond si calme, s'est signalée
-cependant par le refus d'adresses du Tribunal, du Conseil municipal, du
-Conseil d'arrondissement. Il a suffi de deux hommes de chicane,
-argumentant sur la lettre de la loi, pour mettre à leur aise tous les
-indifférents. Il paraît cependant que la garde nationale s'est montrée en
-grand nombre le jour du service funèbre et qu'elle a fait une adresse
-d'assez bonne grâce. Quand on voit, d'une part, les passions les plus
-violentes et les plus criminelles, de l'autre des masses paresseuses ou
-indifférentes, on se demande si les lois répressives demandées par le
-ministère français suffiront. Peut-être ne feront-elles qu'irriter!
-
- [63] Attentat Fieschi.
-
-C'est un fort vilain temps que le nôtre; les bons siècles sont rares,
-mais il n'y a guère d'exemple d'un plus vilain que celui-ci. Je plains de
-tout mon cœur ceux qui sont chargés de le museler, M. Thiers, par
-exemple, dont la fatigue et l'inquiétude se montrent, dans une lettre que
-j'ai reçue de lui, hier, et dont voici un extrait. Après m'avoir parlé
-des dangers personnels auxquels il a échappé lors de l'attentat du 28
-juillet, il ajoute: «Mais le seul chagrin, chagrin accablant, c'est
-l'immense responsabilité attachée à mes fonctions; je suis debout jour et
-nuit. Je suis à la Préfecture de police, aux Tuileries, aux Chambres,
-sans me reposer jamais, et sans être sûr d'avoir pourvu à tout, car la
-fécondité du mal est infinie, comme dans toute société déréglée, où on a
-donné à tous les bandits l'espoir d'arriver à tout, en mettant le feu au
-monde; les misérables feraient sauter la planète si on les laissait
-faire; ils n'avaient d'autre combinaison, le lendemain de cette horrible
-boucherie, que celle-ci: «Nous «verrons;» c'est le principal assassin qui
-me l'a dit lui-même. Pour prix de tant de tourments, je ne sais quel jour
-je me reposerai, ni par quelle issue j'échapperai à mon supplice.»
-
-Un mot qui me paraît digne de notre excellente Reine, aussitôt après
-l'explosion de la machine infernale, et quand elle sut que le Roi et ses
-enfants n'avaient pas succombé, a été celui-ci: «Comment mes enfants se
-sont-ils conduits?» Les jeunes Princes ont été dévoués et touchants. Ils
-se sont serrés autour du Roi; le lendemain, lorsqu'on reconnut la trace
-d'une balle sur le front du Roi, le duc d'Orléans dit: «Pourtant, hier,
-je me suis fait _le plus grand_ qu'il m'a été possible.»
-
-Pendant que Mme Récamier est à Maintenon chez la duchesse de Noailles, la
-princesse de Poix, ma belle-sœur, va aux lundis de la duchesse
-d'Abrantès, où on rencontre Mme Victor Hugo! Le bel esprit et la
-politique ont étrangement confondu toutes les compagnies, bonnes et
-mauvaises!
-
-M. le duc de Nemours va faire une course à Londres; joli, sérieux, digne
-et réservé, avec le plus grand air de noblesse et de jeunesse possible,
-il me semble qu'il devrait réussir en Angleterre, mais son excessive
-timidité lui ôte tellement toute facilité et toute grâce dans la
-conversation, qu'il sera peut-être jugé inférieur de beaucoup à ce qu'il
-vaut réellement.
-
-De toutes les lettres de félicitations écrites au Roi des Français par
-les souverains étrangers, à l'occasion de l'attentat du 28 juillet, la
-meilleure, la plus bienveillante est celle du Roi des Pays-Bas. C'est, ce
-me semble, de très bon goût de sa part, et j'en suis fort aise; j'ai
-toujours trouvé que depuis ses malheurs, le Roi des Pays-Bas avait montré
-de l'esprit, de l'à-propos et une persévérance qui, quel qu'en soit le
-succès définitif, lui assurera une belle page dans l'histoire de nos
-jours, où j'en vois si peu pour qui que ce soit.
-
-Pendant que le Roi des Français se soumet aux escortes, aux mesures de
-sûreté, à des allures plus royales, son président du Conseil vient dîner
-aux Tuileries, à des dîners d'ambassadeurs, en pantalon de couleur et
-sans décorations, et ce ministre est le duc de Broglie!
-
-Jérôme Bonaparte, avec toute sa famille, a quitté Florence, et se trouve
-maintenant à Vevey; le choléra fait refluer toute l'Italie en Suisse.
-
-
-_Bex, 24 août 1835._--Le temps s'étant éclairci, nous avons été voir des
-salines près de Bex: ce sont les seules de la Suisse, et elles ne
-suffisent pas à la consommation du pays. Nous n'avons pas pénétré fort
-avant dans la mine, à cause du froid humide dont nous nous sommes sentis
-saisis, mais nous avons vu en détail les étuves de graduation. Le sel m'a
-paru être d'une grande blancheur.
-
-On nous a ramenés par la vallée du Cretet, le long du torrent de
-Davanson, qui est le plus abondant et le plus impétueux que j'aie vu dans
-cette partie-ci des Alpes; son cours est assez long et sa pente
-extrêmement rapide; il est resserré dans une gorge étroite, haute et
-boisée. Il sert à faire aller beaucoup d'usines pour les besoins
-desquelles il se divise en mille petits canaux et aqueducs. Ces
-établissements sont presque toujours suspendus sur des quartiers de
-rocher qui semblent s'être détachés des cimes supérieures et être restés
-suspendus comme par miracle sur l'abîme. Toute cette route, jusqu'au
-petit château de M. de Gautard, est charmante, et m'a un peu réconciliée
-avec cette contrée qui m'avait désagréablement surprise au premier
-aspect.
-
-Je reviens d'une course qui est pleine d'intérêt. Le but principal était
-la cascade de Pisse-Vache, belle gerbe d'eau, droite, écumeuse, jetant au
-loin autour d'elle une poussière humide, s'élançant, en un seul jet,
-d'une brèche de rochers, dont les deux pointes se dressent en longues
-aiguilles; l'eau de cette cascade se mêle bientôt à celle du Rhône, près
-du pont sur lequel on passe ce fleuve, également impétueux depuis sa
-source jusqu'à son embouchure; il l'est remarquablement dans la gorge
-étroite qu'il traverse en quittant le Valais, pour entrer dans le canton
-de Vaud. La limite est à Saint-Maurice, village pittoresque dont les
-couvents, le castel, la vieille tour, les fortifications inégalement
-appuyées sur les flancs de rochers à pic sont d'un curieux aspect. La
-porte de ce bourg est, pour ainsi dire, formée par l'étroit passage que
-laissent entre eux deux grands rochers qui séparent les deux cantons. De
-ce point, on voit, à droite, le canton de Vaud, terminé, au loin et par
-delà le lac Léman, par le Jura, et à gauche, le sauvage Valais, fermé
-par la chaîne neigeuse du Saint-Bernard.
-
-Ce qui, cependant, a fort gâté cette course pour moi, a été la nature de
-la population. Les crétins sont nombreux, et ceux-là même qui ne sont pas
-aussi infortunés, sont encore affreusement défigurés par des goitres; les
-femmes surtout en ont jusqu'à trois; les eaux, provenant des neiges
-fondues, l'action incomplète du soleil, qui n'éclaire que peu les
-étroites gorges du Valais, y rendent cette infirmité fort commune.
-
-
-_Genève, 26 août 1835._--Partis de Bex ce matin, nous avons longé le
-Rhône jusqu'au point où il se jette dans le lac Léman, de là à Thonon;
-route charmante, hardie, taillée dans le roc, suspendue sur le lac,
-mélange pittoresque de pelouses superbes, de châtaigniers admirables et
-de rochers majestueux du plus bel effet. A partir de Thonon, la route
-devient monotone jusqu'à deux lieues de Genève; aux beautés naturelles de
-la contrée se joignent alors les nombreux embellissements de jardins
-soignés comme en Angleterre, de jolies maisons de campagne, d'avenues
-superbes, le tout groupé, ainsi que la ville de Genève, en amphithéâtre
-autour du lac.
-
-Nous sommes descendus à l'Hôtel des Bergues. Ma fenêtre donne sur un
-nouveau pont en fil de fer, qui, en passant sur le Rhône, joint les deux
-parties de la ville et conduit, en même temps, à une petite île sur
-laquelle se trouve la statue de Jean-Jacques Rousseau, entourée d'un
-bouquet de gros arbres. On aperçoit aussi une grande partie du lac
-couvert de petites embarcations. Rien ne saurait être plus gai, plus
-animé.
-
-
-_Genève, 27 août 1835._--Le duc de Périgord, que j'ai rencontré hier,
-ici, et qui est une bonne autorité pour ce qui regarde M. l'archevêque de
-Paris, m'a expliqué, de la manière suivante, le rapprochement de celui-ci
-avec le gouvernement actuel. Après l'attentat du 28 juillet, le curé de
-Saint-Roch, dont l'église est devenue la paroisse de la famille royale,
-depuis la destruction de Saint-Germain-l'Auxerrois, s'est rendu chez le
-Roi, qui lui a dit ses intentions pour un service funèbre. Le curé, qui
-se nomme l'abbé Olivier, a fait alors observer au Roi, qu'après le
-service funèbre, un _Te Deum_ en action de grâces pour la conservation du
-Roi et de ses enfants, serait aussi indiqué que convenable. Le Roi a
-adopté cette idée, en ajoutant toutefois: «Ce _Te Deum_ aura donc lieu à
-Saint-Roch, puisque l'Archevêque continue son opposition à mon
-gouvernement.» Le curé de Saint-Roch a aussitôt prévenu l'Archevêque de
-l'innovation qu'allait entraîner son éloignement. C'est alors que M. de
-Quélen s'est décidé à aller chez le Roi: il a été reçu, et, depuis, il a
-officié aux Invalides et à Notre-Dame. Je saurai, plus tard, ce qui s'est
-passé entre le Roi et lui.
-
-On m'écrit de Paris, que le maréchal Maison, qui ne se mêle pas des
-débats de la Chambre, promène tous les jours, à la belle heure, en
-phaéton, une demoiselle qu'il a ramenée de Saint-Pétersbourg. C'est
-l'élégant du ministère.
-
-
-_Genève, 29 août 1835._--Les environs de Genève ont autant gagné que
-l'intérieur de la ville; chaque année, de nouvelles maisons de campagne
-remplacent et augmentent celles qui peuplaient les bords du lac. La plus
-soignée appartient à un banquier nommé Bartholony. C'est le goût italien
-qui domine dans la construction de ces villas; les jardins et la
-disposition des fleurs rappellent l'Angleterre; le cadre général seul
-reste suisse, et l'on n'en saurait trouver un plus grandiose. Coppet,
-plus éloigné de Genève, n'a aucun style; habité maintenant par la jeune
-Mme de Staël, qui y vit dans toute l'austérité des premières veuves
-chrétiennes, ce lieu semble désert et lugubre; le village sépare le
-château du lac et en ôte la vue. M. et Mme Necker et la fameuse Mme de
-Staël reposent dans une partie du parc défendue par des broussailles qui
-en rendent les approches difficiles. D'ailleurs, d'après l'ordre des
-défunts, personne, pas même leurs enfants, ne peut franchir cette
-enceinte. Le reste du parc est plein de beaux arbres, mais trop
-rapprochés: ils manquent d'air et de soin, comme tout l'ensemble de cette
-demeure. On n'y laisse plus pénétrer les étrangers. J'y ai été jadis: les
-appartements sont bien distribués et dans d'assez belles proportions,
-mais arrangés sans goût, sans élégance; c'est, à tous les égards,
-l'établissement d'un banquier puritain: vaste et austère, ni noble, ni
-imposant.
-
-La position de Ferney est très agréable; les terrasses et la végétation
-embellissent cette demeure, qui, en elle-même, est petite; le tout est
-sur l'ancien modèle français du siècle dernier. Le salon et la chambre à
-coucher de M. de Voltaire sont restés seuls ouverts aux visiteurs et
-consacrés au souvenir du grand esprit qui a fait, pendant trente ans, de
-ce petit manoir, le foyer d'où sont parties tant d'étincelles brûlantes.
-Nous sommes restés longtemps à examiner toutes les petites reliques
-conservées par le jardinier. Il avait quatorze ans à la mort de M. de
-Voltaire; il débite assez bien sa leçon: car je ne trouve pas que ses
-récits aient un caractère original.
-
-Il y a, dans une lettre que j'ai reçue hier de M. le duc d'Orléans, le
-passage suivant: «C'est le jour où les lois en discussion seront votées,
-où cette arme dangereuse sera remise entre les mains du pouvoir, que
-commencera la difficulté. Ce n'est rien de les avoir fait voter, c'est
-tout de les exécuter. Saura-t-on suffire à cette lutte de tous les
-instants? Saura-t-on déjouer chaque jour toutes les ruses? résister à
-toute la ténacité que déploieront, dans la défense de leurs dernières
-ressources, des hommes poussés à bout, et n'ayant plus qu'une seule
-pensée, qu'un seul but? Les mauvaises langues, ici, prétendent qu'il est
-bien plus difficile de gouverner régulièrement et avec suite, que
-d'emporter d'assaut, à coups de discours, des lois nouvelles, lorsqu'on
-n'exécute pas même celles dont on est armé. Pour ma part, je me borne à
-dire, que maintenant que les ministres nous ont engagés dans la lutte si
-grave que nous venons de commencer, je n'aurais pas de mots pour
-qualifier leur conduite, s'ils n'usaient pas convenablement de la force
-qu'ils ont cru devoir demander, ou s'ils voulaient rejeter sur d'autres
-le fardeau d'exécuter ce qu'eux seuls ont conçu et exigé dans ce qu'ils
-croyaient être leur propre intérêt.»
-
-
-_Lons-le-Saulnier, 31 août 1835._--Je suis arrivée ici hier au soir, bien
-tard, après avoir traversé le sauvage, aride et triste Jura. De grands
-efforts y ont créé une route facile, quoique lentement parcourue à cause
-des montées et des descentes continuelles; mais les chemins, arrachés à
-du roc pur, abrités par des encaissements habilement pratiqués entre les
-infiltrations de l'eau, sont parfaitement unis, larges et bien défendus
-contre les dangers d'une nature aussi âpre. Des hauteurs de Saint-Cergues
-j'ai jeté un dernier regard sur le beau lac de Genève et des Alpes. Ce
-grand tableau se déploie magnifiquement et laisse dans le souvenir une
-belle image.
-
-
-_Arlay, 1er septembre 1835._--Ce lieu-ci, qui faisait partie de l'ancien
-duché d'Isenghien, est venu au prince Pierre d'Arenberg du fait de sa
-grand'mère maternelle, héritière de la maison d'Isenghien, qui descendait
-de celles de Châlons et d'Orange. Tout cela est fort noble d'origine, et
-fort présent à la mémoire du propriétaire actuel. La vue, de ma chambre,
-et celle de toute la maison, est étendue sans être pittoresque, de même
-que la maison, qui est vaste et bien restaurée, est un peu nue
-d'ameublement et un peu froide, le coteau qui la domine l'abritant du
-midi.
-
-Au sommet de ce coteau se voient les restes du gothique manoir tombé en
-ruines qui n'ont pas assez de caractère. Les arrivées sont courtes. Il
-n'y a pas d'autre avenue qu'une cour plantée. Beaucoup de choses
-manquent à l'agrément et au bon air de l'établissement, mais c'est un bon
-débris arraché au naufrage révolutionnaire. Les maîtres de la maison et
-la duchesse de Périgord m'ont reçue avec la plus parfaite obligeance.
-
-J'ai reçu ici une lettre de M. Royer-Collard. Il retournait chez lui, à
-la campagne, «après avoir acquitté à la Chambre ce qu'il croyait être de
-son devoir et de son honneur», et sans attendre le vote sur l'ensemble de
-la loi. Son discours, que j'admire comme pensée, comme sentiment, comme
-langage (il n'a pas voulu en faire un discours d'effet ou
-d'entraînement), était pour satisfaire un cri de sa conscience, pour bien
-faire comprendre sa position, qu'un long silence laissait incertaine dans
-l'esprit de plusieurs; c'était pour tracer nettement sa ligne d'opinion,
-qu'il a, quoique fort souffrant, prononcé ce discours peu étendu, mais si
-plein de choses! Depuis cinq ans, c'est la première fois que, sans
-exciter des murmures, sans paraître ridicule, hypocrite ou imprudent, on
-a loué, défendu, honoré la Pairie, et que l'esprit religieux, les mots de
-Dieu et de Providence se sont fait entendre dans l'enceinte de la Chambre
-des députés. Le respect avec lequel de telles paroles ont été écoutées me
-paraît, plus que toutes choses, placer M. Royer-Collard à part, dans la
-haute région qui lui appartient.
-
-L'homme qui semble avoir soudoyé Fieschi, et qui se nomme Pépin, avait
-été enfin arrêté. C'était une grosse affaire, mais il s'est échappé! Sur
-un ordre du Parquet, ce Pépin avait été extrait à minuit, peu d'heures
-après son arrestation, de la Conciergerie où il avait été placé, afin de
-faire, en sa présence, des perquisitions dans sa maison. Il a été
-conduit, par un commissaire de police et deux hommes seulement; aussitôt
-entré chez lui, il a disparu! Un homme dont l'arrestation était si
-importante conduit à _minuit_ par deux gardes!... sans être attaché, et
-conduit dans sa propre maison dont il connaissait des issues sans doute
-inconnues à ceux qui le menaient, c'est d'une étrange imprudence! Il
-paraît que depuis les affaires du 6 juin 1832[64], dans lesquelles cet
-homme avait été impliqué, sa maison était disposée pour lui fournir les
-moyens de s'échapper. Le juge d'instruction qui a laissé échapper Pépin,
-en ne le faisant pas mieux surveiller, se nomme Legonidec; c'est un jeune
-juge d'instruction de la Cour d'assises de Paris. Il y a des personnes
-qui croient qu'il sera fortement compromis par la légèreté, si ce n'est
-plus, qu'il a apportée dans une circonstance aussi grave.
-
- [64] L'enterrement du général Lamarque, mort du choléra, le 2
- juin, avait eu lieu le 5 juin, et avait été l'occasion d'une
- insurrection qui se continua pendant toute la journée du 6.
-
-On m'a menée voir les ruines du vieux château; elles ont plus d'étendue
-et d'importance que je n'avais jugé en arrivant. C'était une forteresse
-considérable, qui, sous Louis XI, dans le temps des guerres contre les
-Bourguignons, a été démantelée par les ordres de ce souverain.
-
-
-_Dijon, 3 septembre 1835._--J'ai quitté Arlay ce matin, emportant un
-souvenir reconnaissant du bon accueil qui nous y a été fait, à Pauline et
-à moi. La princesse d'Arenberg surtout m'a inspiré une véritable amitié;
-sa politesse, sa bienveillance, sa simplicité, jointes à beaucoup de
-raison et d'aplomb, embellies par l'instruction, des talents, le tout se
-communiquant facilement, assurent à cette jeune femme une place
-distinguée parmi les personnes de son âge et de son rang, dont bien peu
-me paraissent la valoir.
-
-J'ai parcouru la nouvelle route, qui passe par Saint-Jean-de-Losne et
-abrège beaucoup. Le chemin est beau et facile, mais le pays qu'il
-traverse, riche sans doute, et bien cultivé, n'offre cependant rien de
-gracieux, et je dirais même rien d'intéressant, sans un assez grand
-nombre de châteaux, et le canal de Bourgogne orné de beaux rideaux de
-peupliers.
-
-Pierres, le château de M. de Thiard, est le plus important de ceux qui se
-trouvent sur cette route. Il m'a paru considérable et noblement entouré,
-mais dans une position peu agréable; il est fâcheux qu'on abatte celui de
-Seurre, placé au bord de la Saône: il m'a semblé offrir une jolie
-situation; Toiran, la Bretonnière et quelques autres, prouvent que la
-province est bien habitée.
-
-Je regrette d'être arrivée trop tard ici pour visiter Dijon. Cette ville
-se présente bien, elle renferme de beaux édifices, les rues sont animées;
-le parc, belle promenade publique, à un quart de lieue de la ville, et
-qui y tient par de longues avenues, doit être d'un grand agrément pour
-les habitants.
-
-
-_Tonnerre, 4 septembre 1835._--La route de Dijon à Montbard est unie,
-dépouillée, fatigante à l'œil. Montbard est un vieux château féodal des
-duc de Bourgogne, placé sur une hauteur considérable, et qui avait été
-donné par Louis XV à M. de Buffon; celui-ci possédait déjà, au bas du
-coteau, une assez grande et triste maison dans une des rues de la petite
-ville. Il a continué d'habiter la maison d'en bas; elle n'a rien
-d'intéressant, si ce n'est un assez beau portrait du célèbre
-propriétaire. Il fit démolir quatre tours sur les cinq qui restaient
-autour de l'enceinte du vieux château; une seule subsiste donc ainsi que
-d'énormes murs de clôture: ceux-ci n'enferment plus, maintenant, qu'une
-espèce de quinconce de beaux arbres plantés par M. de Buffon, avec de
-belles allées qui y conduisent à partir de la maison d'en bas. Les beaux
-arbres offrent d'épais ombrages et une promenade agréable. Au sommet du
-quinconce est une petite maisonnette qui ne contient qu'une seule pièce
-où M. de Buffon s'établissait chaque jour pendant plusieurs heures pour
-travailler sans interruption. Il a fait construire une église, sur une
-partie d'anciennes fondations du château fort; c'est dans cette église
-qu'il est enterré. La maison de M. de Buffon est habitée par sa
-belle-fille, veuve sans enfants.
-
-Le pays devient plus varié, à mesure qu'on s'approche d'Ancy-le-Franc,
-grand et noble château construit au seizième siècle par MM. de
-Clermont-Tonnerre, acheté depuis par le fameux Louvois, et appartenant
-encore à un de ses descendants. Ce château, parfaitement régulier, se
-compose de quatre corps de bâtiment joints à chaque angle par une tour
-carrée; il n'y a pas d'escalier principal, chaque tour en contient un
-assez étroit; les chambres à coucher sont dans de belles proportions,
-bien meublées, mais le grand appartement est mal distribué, les pièces ne
-se lient pas, elles sont assez petites, surtout le salon, que de riches
-dorures semblent encore rétrécir. Quelques anciens plafonds et des
-lambris analogues donnent à quelques-unes des pièces un caractère
-gothique et intéressant. Il entre peu de jour par les fenêtres, peu
-nombreuses et assez étroites; la cour intérieure est resserrée et sombre;
-le parc entoure tout le château, il est vaste et bien planté; les eaux
-sont vilaines et bourbeuses; je n'ai vu ni serres, ni fleurs, mais les
-dépendances sont considérables. La grande route traverse l'avant-cour à
-dix pas du château, c'est pousser la facilité des communications un peu
-trop loin.
-
-Ce qui me plaît le moins dans cette demeure, c'est sa position: le
-château, placé dans le fond d'un étroit vallon, manque de jour, d'air et
-de vue; le mot anglais _gloomy_ semble fait pour Ancy-le-Franc. La
-chapelle est belle. Il est inutile de dire qu'il y a une salle de
-spectacle: comment M. de Louvois d'aujourd'hui pourrait-il s'en passer?
-
-J'avais souvent entendu citer Ancy-le-Franc et Valençay comme étant les
-deux châteaux les plus considérables et les plus remarquables de France.
-Je ne puis admettre aucune comparaison entre eux; Valençay est bien
-autrement imposant, et, en même temps, gai à habiter: sa situation est
-pittoresque et saine; le château est bien plus riche d'ornements
-d'architecture, et sa belle partie qui est du quinzième siècle, de cent
-ans plus ancienne, par conséquent, qu'Ancy-le-Franc, est du pur style
-Renaissance.
-
-Je n'ai point vu de bibliothèque chez M. de Louvois. C'est une
-observation qui me revient seulement à présent: je regrette de n'en avoir
-pas fait la remarque au concierge; il avait cependant l'air de montrer en
-conscience.
-
-Je préfère non seulement Valençay à Ancy-le-Franc, mais même, tradition à
-part, Chenonceaux et Ussé s'il était arrangé et meublé.
-
-
-_Melun, 6 septembre 1835._--Les bords de l'Yonne sont assez agréables, et
-reposent un peu de la triste route de Dijon; il est fâcheux, cependant,
-que la végétation soit, pour ainsi dire, factice, car je n'ai guère vu,
-jusqu'à Sens, d'autres arbres que des peupliers plantés en quinconces ou
-en allées; cela finit par être extrêmement monotone, et par donner trop
-d'apprêt et de raideur au paysage.
-
-La cathédrale de Sens est belle, dans de justes proportions; deux objets
-de sculpture y attirent particulièrement l'attention: le mausolée du
-Dauphin, père de Louis XVI, et l'autel de saint Leu, où ce bon évêque de
-Sens est représenté, subissant son martyre, qui lui fut, en effet, imposé
-à Sens même; ce groupe en marbre blanc ne laisse pas que de faire
-impression. Je trouve le mausolée du Dauphin lourd dans son ensemble,
-manquant de simplicité dans sa composition, mais beau dans quelques-unes
-de ses parties. Le trésor de la Cathédrale est non seulement fort riche
-en reliques dont on peut contester l'authenticité, mais encore en
-vieilleries qui m'ont intéressée, parce qu'elles portent un vrai cachet
-d'ancienneté. Ainsi le siège de saint Leu, son anneau pastoral, sa
-mitre, l'anneau pastoral de Grégoire VII, le peigne dont se servait saint
-Leu aux ordinations, les vêtements d'église de Thomas Beckett, qui, comme
-je l'ai lu dernièrement encore dans Lingard, s'était, à une première
-persécution, réfugié sur le Continent, et avait surtout résidé en France;
-ces vêtements sont renfermés dans une caisse en fer, avec beaucoup de
-soin. Un beau Christ en ivoire par Girardon vaut bien la peine d'être
-examiné.
-
-Dans une lettre de la princesse de Lieven du 29 août, de Baden, que j'ai
-trouvée à Sens, il y a ceci: «Les nouvelles qui nous parviennent
-d'Angleterre sont étranges. Les ministres auront-ils bien le courage de
-mettre à exécution leurs menaces contre les Pairs? Ceux-ci fléchiront-ils
-devant ces menaces? J'en doute; mais voilà la collision, si longtemps
-différée, qui arrive enfin.--En France on marche parfaitement bien, le
-discours de M. de Broglie est superbe. Lord William Russell ne cesse de
-dire: _Our alliance is at an end_; la France répudiant les principes
-révolutionnaires, et l'Angleterre avançant rapidement dans cette
-carrière, ne peuvent plus s'entendre; l'alliance était une alliance de
-principes: cette identité de principes n'existant plus, l'alliance est
-morte.»
-
-
-_Paris 7 septembre 1835._--C'est toujours un grand événement pour moi que
-de rentrer dans Paris, où j'ai passé tant de mauvais moments: tout mon
-passé se déroule devant moi, à mesure que je traverse ces rues, ces
-places, qui me rappellent des souvenirs presque tous pénibles.
-
-En allant le long des boulevards, j'ai jeté les yeux, en frémissant, sur
-cette maison d'où Fieschi a commis son crime. Elle est toute petite, de
-mauvaise apparence; la trop fameuse fenêtre est fermée par des planches.
-Dans quelques années, cette maison sera peut-être démolie; j'en serais
-fâchée. Un monument expiatoire qu'on élèvera pour l'abattre, au premier
-tour de girouette, parlera, ce me semble, bien moins à l'esprit que ne le
-fait la conservation exacte des lieux: ils se mêlent mieux à la tradition
-en la conservant; chacun en sait l'histoire, et peut y trouver une leçon.
-La rue de la Ferronnerie existe encore. On a abattu la salle de l'Opéra
-où M. le duc de Berry a été assassiné, pour démolir ensuite la chapelle
-qui l'avait remplacée. Et cependant la chapelle d'où Charles IX tirait
-sur le peuple est toujours là, toujours montrée, toujours citée. Pourquoi
-les crimes des Rois resteraient-ils visibles et ceux des peuples ne le
-seraient-ils pas?
-
-Je vais tirer quelques extraits des lettres de M. de Talleyrand qui
-m'attendaient à Paris: «Vous trouverez ici dans le ministère plus de
-politesse que d'amitié. Être lié intimement avec M. Royer-Collard et ne
-pas l'avoir empêché de parler contre les lois de la presse, c'est bien
-mal! Voilà notre véritable délit! Thiers même n'est pas venu ici depuis
-deux jours. Je ne l'ai pas regretté, parce que je lui aurais dit, fort
-net, que je trouvais les articles du _Journal de Paris_, qu'il fait ou
-qu'il inspire, fort inconvenants, et qu'il devrait respecter assez M.
-Royer-Collard pour garder au moins le silence. La confiance des Tuileries
-est aussi une des causes du refroidissement ministériel... Thiers a
-beaucoup perdu aux dernières séances de la Chambre! Arriver à la tribune
-avec le _National_ d'avant 1830 pour établir qu'on n'a pas dit!!... c'est
-se placer bien petitement. Les hommes qui n'ont pas eu une première
-éducation ont bien de la peine à se grandir: à la première contradiction
-le bout de l'oreille passe... Vous ne pouvez trop louer le discours de M.
-de Broglie: tous les encensoirs de Paris ont traversé son salon...
-L'affaire de l'évasion de Pépin a beaucoup diminué la consistance du
-ministère; il s'est montré incapable dans une circonstance grave, ce qui
-fait dire: «Si le gouvernement ne sert pas mieux que cela le Roi, où sera
-notre appui à nous autres?» Thiers, au lieu d'employer son esprit à faire
-sa position, l'a employé à la diminuer et à la réduire seulement à de
-l'esprit. Il s'est mal tiré des dernières séances de la Chambre: d'abord
-il a été battu dans un amendement de Firmin Didot, puis il a apporté ses
-titres de journaliste à la tribune, ce qui a fait mauvais effet partout.
-Et c'est cependant lui qui vaut le mieux dans le ministère, parce qu'il a
-du cœur, outre tout son esprit: il aime ses amis, il est bon enfant,
-dans la bonne acception du mot, mais il aurait besoin d'être bien entouré
-et il l'est très mal... Souvenez-vous que l'espionnage, dans les
-Chambres, dans les rues, dans les lettres, est poussé au dernier degré...
-Le Roi, la Reine, Madame Adélaïde comptent le plaisir de vous voir parmi
-leurs meilleures consolations. Ils en ont besoin, car ils sont, je vous
-assure, bien malheureux.--Les Guizot et Broglie vous parleront peut-être
-de ma froideur: vous pouvez leur dire que la froideur n'est pas venue de
-mon côté; je l'ai reçue.»
-
-Voici maintenant l'extrait d'une lettre de Mme de Lieven, de Bade, du 2
-septembre: «J'ai lieu de croire, d'après quelques mots reçus
-d'Angleterre, que Peel et lord Grey s'entendent; la querelle des deux
-Chambres s'arrangera, à ce que me mande lady Cowper. On trouve en
-Angleterre M. le duc de Nemours très bien.»
-
-
-_Paris, 8 septembre 1835._--M. Thiers est vieilli, souffrant; il n'est
-malade que de fatigue et d'épuisement, mais aussi, quelle existence! Il
-en veut à ses collègues de marchander les jours de repos qu'il réclame;
-il les accuse tout simplement de lâcheté, parce qu'ils reculent devant
-trois semaines d'une responsabilité qui pèse toute l'année sur lui, mais
-aussi, quelle responsabilité! Celle de préserver le Roi des coups des
-assassins! chaque jour voit surgir de nouveaux complots; les déjouer
-efficacement est une tâche écrasante.
-
-Jusqu'à présent, le crime de Fieschi ne se rattache à rien d'important;
-quelques obscurs complices de cabaret, et voilà tout; les ministres ne
-peuvent arriver à rien de plus élevé. M. Thiers trouve même que c'est là
-le plus funeste symptôme, que pareille atrocité soit le fruit, non des
-passions exaltées, non du fanatisme, ni même d'une combinaison politique
-profonde, mais tout simplement le produit de la licence et de l'anarchie
-qui règnent dans les esprits.
-
-Fieschi a répondu, au médecin qui le pressait sur le motif qui lui avait
-fait commettre le crime: «Je l'ai fait comme un gamin fait sauter un
-pétard.» Horrible insouciance! Il est positif que tous les clubs et
-sociétés secrètes, carlistes et autres, étaient informés que le 28
-juillet il y aurait une tentative faite pour tuer le Roi. Fieschi avait
-eu des relations avec quelques brigands comme lui; ceux-ci avaient parlé
-à leurs amis, et ainsi un bruit vague s'était répandu dans le public, qui
-était même arrivé jusqu'au gouvernement, mais sans détails, sans noms
-propres, sans rien de précis. Quant à Fieschi même, c'est tout simplement
-une nature de sbire ou de bravo italien, qui prête volontiers son bras
-pour commettre un crime, même sans grande récompense.
-
-M. Guizot, qui a été chargé d'annoncer l'événement à la Reine, me disait
-qu'elle avait été saisie de maux de nerfs; Madame Adélaïde d'un désespoir
-et d'une sorte de rage, qui lui avait ôté tout empire sur elle-même, et
-qu'à la lettre, elle ne se connaissait plus. Quant à la duchesse de
-Broglie, qui était aussi à la Chancellerie, sur la place Vendôme, avec la
-Reine, elle avait été fort émue, mais plus forte que son émotion. A cette
-occasion, M. Guizot m'a dit qu'il comparait l'âme de Mme de Broglie à un
-grand désert avec de belles oasis, qu'il y avait en elle de grandes
-lacunes, mais cependant beaucoup de force et de puissance.
-
-
-_Paris, 9 septembre 1835._--Les ridicules de Sébastiani se font jour
-jusque dans le cabinet de Madame Adélaïde; ils paraissent être, en effet,
-hors de proportions. On se moque fort de lui à Londres et il s'y déplaît
-beaucoup. Il dit, avec sa parole dogmatique et paralytique: «La société
-anglaise m'est indigeste.» Quant à sa femme, ses bêtises et ses naïvetés
-sont devenues proverbiales. Ils reçoivent peu, on les délaisse; lord
-Palmerston est le seul qui, pour faire contraste avec les insolences dont
-il honorait M. de Talleyrand, soit aux petits soins avec le général, lui
-fasse sans cesse des visites du matin, le tienne au courant, avec
-empressement, de toutes les nouvelles insignifiantes. Enfin, c'est du
-noir au blanc!
-
-La légion anglaise soulevée par le général Alava vient d'être battue en
-Espagne; cette abominable canaille qu'il avait enrôlée a lâché pied tout
-de suite.
-
-Le compromis entre les deux Chambres en Angleterre a lieu: c'est une
-trève jusqu'à la session prochaine.
-
-J'ai vu le Roi, qui m'a raconté le 28 juillet. Ce qui est fort singulier,
-c'est qu'il ait, dès la veille, averti ses ministres qu'on tirerait sur
-lui par une fenêtre, parce que cela serait plus sûr pour l'assassiner. M.
-Thiers et le général Athalin craignaient une attaque à bout portant, et
-désiraient que le Roi prît des précautions contre ce genre de tentative,
-à quoi il s'est absolument refusé, comme étant inutile. Ces messieurs se
-rendirent en partie à l'avis du Roi, mais dirent qu'ils croyaient que le
-coup, s'il avait lieu, partirait d'une rue étroite; le Roi, au contraire,
-soutint qu'ils se trompaient, que la tentative aurait lieu sur le
-boulevard, à cause des arbres qui masqueraient mieux l'assassin; enfin,
-toutes les prédictions du Roi se sont vérifiées. Il m'a dit que, dans une
-vie aussi remplie que la sienne, le moment le plus cruel avait été celui
-où l'ordre de la revue l'ayant ramené au bout d'une demi-heure sur la
-place même du crime, il avait été obligé de passer au milieu des mares de
-sang des morts et des blessés, des cris et des larmes de cette population
-mitraillée à cause de lui; son premier mot, en revoyant les siens, a été,
-en fondant en larmes: «Mon pauvre maréchal Mortier est mort.» Il est
-impossible d'avoir été moins occupé de lui-même, plus simplement
-courageux et cependant plus ému des malheurs des autres: il a été
-vraiment admirable et il n'y a qu'une voix à ce sujet.
-
-L'Empereur de Russie s'est borné à faire faire un compliment de
-condoléances par un chargé d'affaires, sans écrire lui-même, ce qui est
-d'autant plus mal qu'il a écrit de sa propre main une lettre de
-condoléances à la veuve du duc de Trévise, celui-ci ayant été ambassadeur
-à Pétersbourg. Plusieurs petits souverains se sont également tus. Les
-lettres de l'Autriche ont été cordiales, celles de la Prusse excellentes,
-celles de la Saxe, tendres; de l'Angleterre, convenables; de La Haye,
-aimables, d'ailleurs insignifiantes.
-
-Le Roi, qui, avec raison, craint toute secousse, désire garder le
-ministère actuel aussi longtemps que possible, mais il croit déjà
-remarquer quelques nouveaux germes de division qu'il redoute de voir se
-développer pendant le congé de santé qu'a demandé M. Thiers, et qu'il
-obtiendra. La recomposition d'un nouveau Cabinet serait extrêmement
-difficile, la difficulté gisant surtout dans la question de la présidence
-qui met toutes les vanités en jeu. Le Roi voudrait abolir tout à fait
-cette présidence, et, pour cela, il voudrait la confier, momentanément,
-à quelqu'un hors de ligne, qui n'admettrait pas de concurrents et pas de
-successeurs, et c'est alors qu'il pense à M. de Talleyrand. Du reste, le
-Roi a au moins autant d'aigreur que par le passé contre le parti
-doctrinaire du Cabinet, et craint, avant tout, que dans une décomposition
-partielle, ce ne soit cette fraction-là qui se recrute.
-
-Je suis toujours surprise du mensonge, quand il porte sur des choses qui
-n'ont aucune utilité. Que les journalistes s'amusent à tromper le public,
-à la bonne heure; mais que les ministres s'amusent à faire des contes,
-c'est étrange! Ainsi, M. Guizot m'a dit, avant-hier, que c'était lui qui
-avait annoncé à la Reine la catastrophe du 28 juillet à l'hôtel de la
-Chancellerie. Eh bien! c'est encore aux Tuileries, et au moment de se
-rendre à la Chancellerie, que les Princesses ont été informées par deux
-aides de camp envoyés par le Roi du danger que celui-ci venait de courir!
-La vanité fait faire de bien petites choses! Y a-t-il rien de plus puéril
-que de faire une histoire sur un fait de ce genre?
-
-
-_Paris, 10 septembre 1835._--M. le duc d'Orléans regrette le projet de
-mariage manqué en Wurtemberg. Il veut, dit-il, avoir le cœur net à
-l'égard de la princesse Sophie, et passer par Stuttgart, au premier
-voyage en Allemagne. Il dit que s'il en épousait une autre sans l'avoir
-vue, il croirait avoir manqué sa destinée.
-
-M. le duc d'Orléans est assez aigre sur le ministère en général; la
-famille royale est disposée à s'en prendre à la négligence, à
-l'étourderie, si ce n'est pire, de la police. Il est sûr qu'elle n'a pas
-été bien habile depuis quelque temps, mais quant à l'évasion de Pépin, la
-faute en est uniquement à la négligence de M. Pasquier qui donne,
-négligemment et rejeté dans son fauteuil, des ordres incomplets, et aussi
-un peu à M. Martin du Nord qui les transmet, avec encore moins de
-détails, à des agents inférieurs qui les exécutent avec paresse. M.
-Legonidec, pour se disculper, porte des charges assez graves contre ses
-supérieurs; aussi y a-t-il des personnes qui vont jusqu'à expliquer
-l'incurie de M. Pasquier, par sa crainte de trouver quelque carliste au
-fond de l'affaire Fieschi. C'est tout ce que désirerait Madame Adélaïde,
-c'est tout ce que redouterait la Reine. L'opinion du Roi est que le coup
-est républicain. Arriver, s'il se peut, à la vérité, voilà l'essentiel,
-et le parti-pris des ministres de ne voir dans toute cette affaire qu'une
-conspiration de cabaret est peu propre à conduire à de nouvelles
-découvertes.
-
-Le prince Léopold de Naples, dans la question de son mariage, est accusé
-d'une duplicité qui aurait pu en dégoûter toute autre que la princesse
-Marie, mais elle tient à s'établir, il ne se présente pas d'autre parti
-et, comme dit le Roi: «Vous ne savez donc pas qu'il faut absolument
-marier des Princesses napolitaines.» Sa fille l'est à moitié.
-
-L'aînée de nos Princesses, la Reine des Belges, avait si peu de goût à
-épouser le Roi, son mari, qu'elle ne veut plus retourner à Compiègne, où
-son mariage a été célébré, et c'est pour cela principalement qu'on
-arrange cette année-ci un voyage à Fontainebleau. Cependant,
-l'éloignement de la Reine Louise pour son mari s'est transformé depuis en
-une passion conjugale, au point qu'elle vit à peu près enfermée avec le
-Roi dans un tête-à-tête non interrompu, pas même par ses dames ou par le
-grand-maître de la maison. Tout se traite par écrit avec eux. Le Roi et
-la Reine s'occupent dans deux cabinets contigus dont la porte reste
-ouverte. Le Roi, casanier et méfiant, aime assez cette vie qui est
-surtout du goût de sa femme, car elle n'est qu'aimée, au lieu qu'elle
-adore. Je tiens ces détails de son frère, M. le duc d'Orléans.
-
-
-_Paris, 11 septembre 1835._--Mon fils Alexandre, qui arrive d'Italie, dit
-qu'elle est couverte de moines, fuyant d'Espagne et apportant les
-richesses de leurs couvents: les pierres précieuses qui en proviennent se
-vendent à vil prix.
-
-La Reine des Français, quoique d'une santé délicate, se couche tard; elle
-ne se met au lit qu'après avoir parcouru elle-même toutes les pétitions
-qui lui sont adressées, et cela surtout par la crainte de manquer un avis
-utile pour la sûreté du Roi, qui pourrait lui être donné sous cette
-forme.
-
-Au moment même où le Roi a vu, le 28 juillet, ses trois fils autour de
-lui, il s'est tourné vers Thiers et lui tendant la main il lui a dit:
-«Soyez tranquille, je vis et je me porte bien.» Ce sont des paroles de
-Henri IV!
-
-
-_Maintenon, 12 septembre 1835._--Ce lieu-ci est tout arrangé, tout
-meublé; l'appartement est beau, l'établissement considérable, la rivière
-vive, les aqueducs grandioses; pour qui n'a pas besoin de vue, et pour
-qui ne craint pas l'humidité, ce vieux château, si riche en souvenirs,
-est une des meilleures et des plus nobles habitations.
-
-
-_Courtalin, 13 septembre 1835[65]._--Ici, où on est fort au courant de ce
-qui se passe à la Cour de Charles X, on assure que le langage sur le
-crime du 28 juillet y a été très doux et très convenable. Cette
-malheureuse Cour exerce son animosité contre son propre intérieur dans
-une sorte de guerre intestine; ce sont les mêmes intrigues, les mêmes
-rivalités qu'autrefois à Rome, à la Cour du Prétendant.
-
- [65] Ce château appartenait au duc de Montmorency.
-
-
-_Rochecotte, 14 septembre 1835._--J'ai été ce matin voir le prince de
-Laval dans son joli manoir de Montigny, qu'il arrange et qu'il orne à
-merveille, en cherchant à lui conserver son caractère gothique. C'est un
-lieu qui sied bien aux goûts héraldiques du propriétaire.
-
-J'ai trouvé, à Tours, le préfet un peu irrité d'un ordre ministériel qui
-provoque un compte rendu exact des journaux auxquels les employés de
-l'administration sont abonnés; en effet, cette petite inquisition sent un
-peu la curiosité de la Restauration.
-
-
-_Valençay, 15 septembre 1835._--J'ai dîné aujourd'hui à Beauregard, chez
-Mme de Sainte-Aldegonde; c'est un beau château, ancien rendez-vous de
-chasse de François Ier, lorsque, de Chambord, il allait courre le cerf
-dans la forêt de Roussé. Il y a une galerie avec cent vingt portraits,
-assez mauvais, mais curieux, parce qu'ils représentent tous les
-personnages célèbres de l'époque dans toute l'Europe. Cette galerie est
-carrelée en faïence du temps. Le château renferme de vieux lambris et de
-vieux meubles très bien conservés par la propriétaire actuelle.
-
-Je suis arrivée tard à Valençay, où j'ai trouvé M. de Talleyrand maigri,
-se plaignant de palpitations de cœur et d'une gêne assez pénible dans le
-bras gauche. Il venait de recevoir une lettre du Roi, qui lui annonçait
-la nomination de M. de Bacourt au poste de ministre à Carlsruhe. Voici
-les expressions du Roi qui ont trait au peu de déférence de M. de Broglie
-pour lui[66]: «Mon cher Prince, le moyen auquel mon _impuissance_ m'a
-décidé à recourir a eu un plein succès, et ce que vous désiriez est fait:
-j'ai voulu avoir au moins le plaisir de vous l'annoncer moi-même en vous
-renouvelant de tout mon cœur l'assurance de cette vieille amitié qui
-vous est connue depuis si longtemps.»
-
- [66] Allusion à la démarche que le prince de Talleyrand avait
- faite auprès du Roi pour faire nommer M. de Bacourt à Carlsruhe.
-
-Le Roi des Français n'est pas le seul souverain qui n'aime guère ses
-ministres; celui d'Angleterre déteste les siens; il parle tout haut, à
-table, contre eux, ainsi que contre sa belle-sœur, la duchesse de Kent,
-qui, pendant ce temps-là, promène sa fille de comté en comté, écoute les
-harangues, y répond, et fait déjà la Régente.
-
-
-_Valençay, 16 septembre 1835._--Mlle Sabine de Noailles a seize ans, de
-la grosse beauté, une voix d'homme, de l'esprit, de l'instruction, de la
-mémoire comme tous les Noailles, et enfin de la brusquerie dans les
-manières. A dîner, à Courtalin, elle élève la voix et, s'adressant à M.
-de Talleyrand dont elle n'était pas la voisine, elle lui dit: «Mon oncle,
-voulez-vous boire un verre de vin avec moi?--Très volontiers, mon neveu,»
-lui répond M. de Talleyrand.
-
-Le duc de Modène fait le petit tyran dans ses États. Une de ses vexations
-les plus habituelles est de faire couper les favoris et la moustache de
-ceux dont les passeports offrent la moindre irrégularité; la mode du
-temps rend cette tonte plus douloureuse que ne le serait la prison;
-celle-ci y est, du reste, jointe assez ordinairement.
-
-La grand'mère du duc d'Arenberg actuel, amie intime de Marie-Thérèse,
-grande et noble dame à tous égards, vint en France sous le Consulat pour
-obtenir sa radiation de la liste des émigrés et la restitution de ses
-biens qui étaient encore sous le séquestre. Elle vint demeurer chez la
-maréchale de Beauvau avec laquelle elle était liée. Il lui fallut écrire
-à Fouché et demander une audience; celle-ci accordée, elle vint à l'hôtel
-de police; on ne permit pas à sa voiture d'y entrer, elle fut obligée de
-descendre à la porte et de se crotter en traversant la cour. Le ministre
-étant occupé ne put recevoir la duchesse d'Arenberg et la renvoya à son
-premier commis. Celui-ci lui dit qu'elle pouvait s'asseoir pendant qu'il
-chercherait le carton qui contenait les papiers relatifs à son affaire.
-Il se mit à feuilleter un registre, puis s'écria: «Mais votre affaire
-est rayée depuis quinze jours! Vous êtes toute rayée. Oh! bien! citoyenne
-d'Arenberg, puisque je suis le premier à vous donner cette bonne
-nouvelle, il faut que je vous embrasse!» Et le voilà prenant la duchesse
-par la tête et lui baisant les joues. Mais Mme d'Arenberg n'était point
-encore au bas de l'escalier qu'il la rappelle en lui criant: «Eh!
-citoyenne d'Arenberg, je me suis trompé; ce n'est pas vous, c'est une
-d'Alembert qui est rayée!» Et voilà la pauvre Duchesse revenant chez Mme
-de Beauvau après avoir été embrassée et non rayée! Le Premier Consul, qui
-sut cette histoire le lendemain, fit aussitôt rayer la Duchesse, qui
-rentra dans ses biens.
-
-
-_Valençay, 17 septembre 1835._--La princesse de Lieven a eu, à Bade, une
-conversation assez curieuse avec M. Berryer, l'avocat-député: «Que
-pensez-vous, monsieur, des nouvelles lois proposées par le gouvernement
-français à l'occasion de l'attentat du 28 juillet?--J'en approuve le
-principe, et c'est pour cela que ne vais pas siéger à la Chambre où, par
-ma situation, je serais obligé de les combattre.--Croyez-vous à la durée
-du gouvernement actuel?--Non.--A la République?--Non.--A Henri
-V?--Non.--Mais à quoi croyez-vous donc?--A rien; car, en France, rien
-n'est possible à établir!» M. Berryer est parti le lendemain pour Ischl y
-voir Mme la duchesse de Berry, et de là à Naples.
-
-
-_Valençay, 18 septembre 1835._--M. de Talleyrand m'inquiète, non que je
-croie grave l'incommodité dont il se plaint, mais il en est frappé. Il
-parle souvent de sa fin, il en a évidemment effroi, il en repousse
-l'image avec horreur. Il soupire souvent et hier je l'ai entendu s'écrier
-avec une profonde tristesse: «Ah! mon Dieu!» Les nouvelles, la politique
-l'intéressent, mais nous ne sommes pas en fonds pour cela ici.
-
-
-_Valençay, 19 septembre 1835._--Lord Alvanley, revenant en fiacre du lieu
-où il s'était battu avec le fils d'O'Connell, donna une pièce d'or au
-cocher; celui-ci, surpris de cette générosité, dit: «Comment, my lord,
-une pièce d'or pour vous avoir mené si près?--Non, mon ami, mais pour
-m'en avoir ramené!»
-
-Le bon et excellent docteur Bretonneau que j'ai appelé, de Tours, vient
-d'examiner M. de Talleyrand; il déclare que son mal n'est que dans les
-muscles, tiraillés et fatigués par les efforts que M. de Talleyrand est
-obligé de faire pour s'aider de ses bras, à défaut de ses jambes. De
-plus, il le trouve dans un état nerveux de langueur et d'ennui, mais,
-enfin, rien de dangereux. Ce qu'il y a de pis, c'est la faiblesse
-croissante des extrémités qui peut, d'un instant à l'autre, faire
-craindre une impotence complète. Bref, toutes les conditions d'une
-existence difficile, mais aucune d'une existence qui touche à sa fin.
-J'espère que la présence et les douces et spirituelles paroles de
-Bretonneau auront calmé l'esprit de M. de Talleyrand.
-
-
-_Valençay, 20 septembre 1835._--Le général Sébastiani a manqué de sauter
-dans Manchester-Square à Londres. Un nouveau Fieschi y avait établi une
-petite machine infernale; une pauvre femme seule aurait été blessée, on
-ne sait encore rien de plus. Tout est crime et mystère dans le temps
-actuel!
-
-M. Royer-Collard nous a parlé hier de son dernier discours à la Chambre
-des députés. Il dit qu'il se serait cru déshonoré s'il s'était tu, qu'il
-se serait fait porter à la tribune plutôt que de se taire dans une
-circonstance qui intéressait la gloire de toute sa vie; enfin, qu'il
-serait mort s'il n'avait pas parlé, et qu'il ne se porte mieux que parce
-qu'il a pu dire toute sa pensée.
-
-J'ai eu le courage de toucher la question des cours prévôtales[67] à
-l'époque de la seconde Restauration, qu'on lui a tant reprochées
-dernièrement, et voici ce que M. Royer-Collard m'a répondu: «J'ai été, en
-effet, nommé, avec plusieurs conseillers d'État, pour examiner le projet
-de loi, avant que le ministère le portât à la Chambre. M. Cuvier et moi
-combattîmes le projet dans son principe et nous le fîmes beaucoup
-modifier dans les détails. M. de Marbois, alors garde des sceaux, qui
-n'aimait guère cette loi, désirant la faire porter aux Chambres par des
-hommes qui y étaient opposés, me nomma Commissaire du gouvernement sans
-me consulter. Je ne l'appris que par le _Moniteur_ et je m'en plaignis
-avec amertume. Je n'ai point paru à la Chambre comme Commissaire pendant
-la discussion de la loi, et je porte le défi à qui que ce soit de citer
-un mot de moi en faveur de cette loi.» Il a ajouté que M. Guizot, alors
-secrétaire général du ministère de la Justice, n'aurait pas dû se borner
-à citer charitablement à ses collègues du Cabinet actuel le _Moniteur_
-qui contient son nom, mais qu'il aurait dû, en même temps, dire de quelle
-manière les choses s'étaient passées. Si cette accusation, au lieu d'être
-portée simplement dans les journaux ministériels, l'avait été à la
-Chambre, M. Royer serait monté à la tribune pour rétablir la vérité des
-faits.
-
- [67] Les cours prévôtales étaient, en 1789, des tribunaux chargés
- de punir, promptement et sans appel, certains crimes et délits
- définis par une ordonnance de 1731. Sous le Consulat et l'Empire,
- on institua, sous le même nom, des juridictions exceptionnelles
- pour les désertions, les insoumissions, les délits politiques et
- la contrebande. Les cours prévôtales de la Restauration,
- composées de juges de tribunaux de première instance, et dirigées
- par un prévôt, officier supérieur de l'armée, jugèrent, de 1815 à
- 1817, sans appel et avec rétroactivité, les crimes et délits
- portant atteinte à la sûreté publique. Elles furent un instrument
- de réaction et de vengeances politiques.
-
-Il est peiné d'avoir blessé M. Thiers dans son discours; ce n'était pas
-contre lui qu'il était dirigé, et il aurait désiré pouvoir lui faire une
-place à part.
-
-M. Royer, qui n'a pas toujours bien pensé ni bien parlé du Roi
-Louis-Philippe, est fort revenu sur son compte. Il disait, hier, devant
-le beau portrait du Roi qui est ici, qu'il s'était fort grandi dans sa
-pensée, et à tel point qu'il n'aimait pas à se l'avouer à lui-même, tant
-il se trouvait en contradiction avec le passé à cet égard, et sa raison
-en opposition avec ses goûts.
-
-
-_Valençay, 21 septembre 1835._--M. de Talleyrand, qui, le premier jour,
-avait été rassuré par le dire satisfaisant et consciencieux de
-Bretonneau, est retombé dans ses préoccupations sur sa santé. Il
-convient qu'il ne songe pas à autre chose et dit que cela tient à
-l'ensemble de sa disposition morale qui est triste et ennuyée. En
-rentrant chez lui, hier au soir, je l'ai trouvé lisant des ouvrages de
-médecine, étudiant l'article des maladies de cœur et se figurant y avoir
-un polype. Il souffre cependant fort peu, à de longs intervalles, et ses
-souffrances s'expliquent tout naturellement. Ce qu'il a, c'est
-évidemment, pour moi qui m'y connais, mal aux nerfs. Cet étrange Protée
-lui était inconnu, il le niait chez les autres, il le subit maintenant
-sans vouloir le reconnaître.
-
-On dit le général Alava nommé président du Conseil à Madrid. Depuis un
-an, il n'avait, disait-il, accepté la mission de Londres que parce que le
-duc de Wellington était ministre; il y est resté, malgré la retraite du
-Duc, parce que, disait-il, Martinez de la Rosa était président du Conseil
-à Madrid; il n'a pas pu se retirer en même temps que Martinez de la Rosa
-parce que, disait-il, celui-ci a été remplacé par Toreno qui était aussi
-son ami! Il a conduit lui-même, en Espagne, la légion anglaise qu'il
-avait formée à Londres, après avoir juré de se déclarer pour don Carlos,
-le jour où la Régente appellerait un seul étranger à la défense de sa
-cause, et enfin, il serait maintenant fait chef du Cabinet espagnol par
-Mendizabal, qu'il chassait jadis de chez lui parce qu'il était un voleur
-et un coquin! C'est, il faut en convenir, pousser la logique de
-l'inconséquence à ses dernières limites.
-
-
-_Valençay, 22 septembre 1835._--C'est la première fois depuis vingt et
-un ans que cet anniversaire[68] se passe pour moi loin de M. de
-Talleyrand, qui est parti hier pour le conseil général de Châteauroux. Je
-suis restée seule avec la génération qui est destinée à lui succéder ici.
-Cela m'a fait faire plus d'une réflexion, et surtout celle que le jour où
-M. de Talleyrand ne serait plus, je viendrais bien rarement à Valençay,
-non pas que j'aie la crainte qu'on y serait mal pour moi, mais parce que
-les souvenirs du passé rendraient tout pénible et que le contraste que
-déjà je remarquais hier tendra toujours à se marquer davantage. Je ne me
-sentais point appelée à régler, à tenir le salon, je n'étais point chez
-moi, et je voudrais avoir des ailes à déployer pour prendre mon vol vers
-Rochecotte.
-
- [68] Le 22 septembre, jour de la Saint-Maurice, était la fête de
- M. de Talleyrand, dont ce saint était le patron.
-
-M. Mennechet, jusqu'à présent rédacteur de _la Mode_, journal carliste,
-diffamateur par principe, a dit ceci: «Figurez-vous que depuis cinq ans
-que je combats sur la brèche pour le monde qui est à Prague, je n'ai eu
-que deux lettres de leur part: la première du Roi Charles X, qui se
-plaignait amèrement des caricatures que nous lui avions envoyées contre
-le Roi Louis-Philippe, et qui nous recommandait de cesser d'en faire; la
-seconde est de Madame la Dauphine, qui m'a écrit il y a deux mois une
-lettre extrêmement sévère, et qui m'a renvoyé notre journal en déclarant
-qu'elle cessait son abonnement parce que nous avions inséré un article
-dans lequel nous disions avoir _vu_ ou _reçu_ une lettre d'elle qui
-contenait de bonnes nouvelles de M. le duc de Bordeaux.» M. Mennechet,
-navré de ces deux lettres, a quitté la rédaction du journal. Je trouve
-les lettres de Prague très raisonnables, et très honorables pour ceux qui
-les ont écrites.
-
-
-_Valençay, 23 septembre 1835._--J'attends avec impatience le retour de M.
-de Talleyrand de Châteauroux. Quoiqu'il soit devenu triste et irritable,
-sa présence fait bien ici; elle remplit ce grand château, elle y
-maintient le bon langage et la bonne tenue. Je sais d'ailleurs, alors,
-pourquoi je suis ici.
-
-
-_Valençay, 24 septembre 1835._--Le dire de Bretonneau s'est vérifié. M.
-de Talleyrand est revenu de Châteauroux ranimé et satisfait de l'accueil
-du préfet, de l'empressement de toute la ville et du succès d'une route
-qui l'intéresse.
-
-Madame Adélaïde me mande que la course que le Roi vient de faire à la
-ville d'Eu avait été non seulement bonne pour sa santé, mais encore douce
-à son cœur et consolante pour tous les siens, par les témoignages
-d'affection impossibles à décrire qu'il a reçus tout le long de sa route.
-
-Pépin a été enfin repris le 22 au matin, à ce que me mande aussi Madame,
-mais elle venait de l'apprendre et n'ajoute aucun détail.
-
-M. de Rigny est signalé à Toulon, ce qui prouve qu'il n'a pas réussi dans
-la négociation du mariage napolitain.
-
-
-_Valençay, 28 septembre 1835._--M. Brenier, qui arrive de Londres, me
-racontait hier que le général Sébastiani a autant d'aversion pour la
-musique que sa femme, au contraire, a de goût et de plaisir à l'entendre.
-Le mari ne permet point à sa femme d'aller à l'Opéra ni au concert. Un
-jour cependant, après de longues instances, Mme Sébastiani obtint la
-permission de se rendre à un concert chez lady Antrobus; c'était le 18
-juin. Le général devait venir, plus tard, y reprendre sa femme. En effet,
-il s'y rendit au moment où entrait le duc de Wellington, en uniforme,
-entouré de beaucoup d'officiers, qui venaient tous du grand dîner
-militaire donné à l'occasion de l'anniversaire de la bataille de
-Waterloo. Les chanteurs entonnent alors un hymne en l'honneur du
-vainqueur. Sébastiani furieux dit à M. de Bourqueney, son premier
-secrétaire d'ambassade, qui l'avait accompagné, d'avertir Mme Sébastiani
-qu'il fallait se retirer. Celle-ci, qui n'entend pas l'anglais et ne
-comprenait par conséquent pas les paroles de la cantate, se refusa
-d'abord à quitter sa place; mais M. de Bourqueney, encouragé par les
-gestes du général en colère, fit enjamber presque de force les banquettes
-à la pauvre femme. Ayant enfin rejoint son mari, celui-ci lui dit, de
-l'air doctoral et sentencieux qui lui est propre: «Je vous avais bien
-dit, madame, que la musique vous porterait malheur!»
-
-C'est ce même M. de Bourqueney, dont, il est ici question et qui écrivait
-dernièrement dans le _Journal des Débats_, avant d'aller à Londres avec
-Sébastiani, qui a eu le front d'insinuer que c'était lui qui avait, de
-Paris, préparé pour M. de Talleyrand le discours que celui-ci a adressé
-au Roi d'Angleterre, en lui remettant ses lettres de créance, en 1830.
-Voici toute l'histoire de ce discours. M. de Talleyrand, achevant sa
-toilette pour se rendre chez le Roi, me dit qu'il lui était venu à
-l'esprit qu'il serait convenable de dire quelques mots, que c'était
-l'ancien usage, et que dans la circonstance particulière de l'époque, il
-y verrait de l'avantage, mais qu'il manquait de temps pour préparer
-quelque chose, puis il ajouta: «Voyons, madame de Dino, mettez-vous là et
-trouvez-moi deux ou trois phrases que vous écrirez de votre plus grosse
-écriture.» C'est ce que je fis. Il changea deux ou trois mots à mon
-brouillon; je recopiai le tout pendant qu'on lui attachait ses
-décorations et qu'on lui donnait sa canne et son chapeau. Telle est
-l'histoire exacte de ce petit discours qui, par des allusions heureuses
-et un rapprochement entre 1688 et 1830, fut assez remarqué dans le
-temps[69].
-
- [69] Ce discours se trouve aux pièces justificatives de ce
- volume. J'en détache seulement ici la phrase à laquelle l'auteur
- fait allusion: «L'Angleterre, au dehors, répudie comme la France
- le principe de l'intervention dans les affaires extérieures de
- ses voisins; et l'ambassadeur d'une royauté votée unanimement par
- un grand peuple, se sent à l'aise sur une terre de liberté, et
- près d'un descendant de l'illustre maison de Brunswick.»
-
-Il en est de même de la lettre de démission que M. de Talleyrand a écrite
-il y a moins d'un an. On prétend généralement qu'elle est de M.
-Royer-Collard, et voici encore ce qui s'est passé à cet égard. J'avais,
-dans ma conscience, reconnu qu'il était d'une nécessité absolue pour M.
-de Talleyrand de donner sa démission; je familiarisai peu à peu M. de
-Talleyrand avec cette résolution; je savais qu'il était toujours
-difficile pour lui de rédiger sa pensée, et qu'il lui convenait mieux
-d'agir. Aussi depuis longtemps j'avais cherché les paroles qu'il faudrait
-employer. Un jour enfin, au mois de novembre de l'année dernière, dans
-notre solitude ici, je reparlai à M. de Talleyrand de la convenance qui,
-chaque jour, devenait plus grande pour lui de donner cette démission,
-devant laquelle il reculait un peu. Il me dit alors que la lettre pour
-l'annoncer serait très difficile à faire. Je rassemblais immédiatement
-tout ce que j'avais préparé en pensée, je le mis par écrit et retournant
-une demi-heure après chez M. de Talleyrand, je le lui lus. Il en fut
-frappé, et l'adopta en totalité à l'exception de deux mots qu'il trouvait
-trop affectés. Je lui demandai alors de soumettre ce projet de lettre à
-M. Royer-Collard; il le voulut bien. Je partis le lendemain pour
-Châteauvieux. M. Royer-Collard trouva la lettre bien, seulement il mit à
-la fin, _les pensées qu'il suggère_, au lieu de _les avertissements qu'il
-donne_ que j'avais mis; puis, au commencement, il changea une expression
-qu'il trouvait trop pompeuse, et la remplaça par un mot de meilleur goût.
-Et c'est ainsi que, sans aucune nouvelle altération, cette lettre parut
-ensuite au _Moniteur_ d'où elle a, pendant assez longtemps, occupé le
-public. Toutes les lettres de cette époque écrites par M. de Talleyrand
-au Roi, à Madame Adélaïde et au duc de Wellington ont été d'abord jetées
-sur le papier et remaniées par M. de Talleyrand. La première seule,
-contenant la démission, a été corrigée par M. Royer-Collard; les autres
-lui ont été simplement communiquées, il les a toutes approuvées.
-
-
-_Valençay, 1er octobre 1835._--Hier, j'ai été à Châteauvieux par un temps
-épouvantable.
-
-M. Royer-Collard disait que les deux hommes les plus semblables qu'il eût
-rencontrés étaient Charles X et M. de la Fayette, tous deux également
-fous, également entêtés, également honnêtes. En parlant de M. Thiers, il
-a dit: «C'est un polisson, bon enfant, qui a beaucoup d'esprit, quelques
-lueurs même de grand esprit, mais bon surtout à perdre un Empire par son
-étourderie et son enivrement.» Revenant sur les dernières lois
-répressives, il disait: «Je n'ai pas goût à la dictature, mais ma raison
-me dit qu'elle peut parfois être nécessaire. Nous sommes peut-être dans
-un de ces moments-là. Mais où prendre le Dictateur? Si on proposait
-franchement le Roi, je comprendrais, mais les ministres d'aujourd'hui!»
-
-
-_Valençay, 4 octobre 1835._--J'ai entendu conter hier de singulières
-histoires sur M. Cousin dont les idées révolutionnaires d'autrefois sont
-changées en sentiments monarchiques les plus exaltés. On cite de lui des
-mots charmants à ce sujet. Il paraît que cet illustre Pair a composé un
-catéchisme monarchique et catholique. L'ouvrage fait, il va le porter à
-M. Guizot qui l'approuve, ainsi que M. Persil, ministre des cultes. On
-l'imprime, on l'envoie aux collèges en le recommandant à tous les
-établissements de l'Université. Tout cela fait, un pauvre prêtre vient,
-le livre à la main, prouver que tous ces docteurs n'ont oublié qu'un seul
-petit point de la doctrine catholique, celui du Purgatoire, dont il
-n'était pas fait la moindre mention dans le catéchisme doctrinaire,
-vérifié et approuvé par M. Guizot qui est ministre de l'Instruction
-publique, et en même temps de la religion calviniste!
-
-
-_Valençay, 10 octobre 1835._--Un préfet, pédant et maussade, refusa de
-mauvaise grâce à M. de Talleyrand, l'autorisation de planter un bouquet
-de bois, en disant qu'il était _à cheval sur la loi_.--«Ma foi!» répondit
-M. de Talleyrand, «vous montez une fière rosse!»
-
-Le célèbre Alfieri, après avoir donné dans les premières idées de la
-Révolution française, s'en dégoûta, au point de vouloir quitter la
-France, parce qu'un matin, menant lui-même à grandes guides quatre
-chevaux au bois de Boulogne, on les lui avait pris violemment pour le
-service public; le soir même, il annonça son départ, et aux instances
-qu'on lui faisait de rester en France, il répondit: «Eh! que voulez-vous
-qu'on fasse dans un pays où les nobles sont sans poignard et les prêtres
-sans poison!»
-
-
-_Valençay, 16 octobre 1835._--Me voici entrée dans de nouveaux soucis.
-J'ai été avertie que la princesse de Talleyrand était dans un était de
-santé alarmant, et qui menaçait d'une fin prochaine. La baronne de
-Talleyrand, qui me le mande, me prie d'y préparer M. de Talleyrand.
-J'avoue que j'ai reculé devant cette mission. Les idées sinistres
-auxquelles M. de Talleyrand revient si souvent depuis quelque temps, la
-tristesse que lui inspire son grand âge, l'inquiétude qu'il manifeste à
-chaque petite souffrance, l'impression vive et pénible qu'il reçoit de
-la mort de ses contemporains, m'ont fait redouter de lui montrer celle de
-sa femme comme prochaine. Je ne craignais pas d'affliger son cœur qui
-n'est nullement intéressé dans cette circonstance; mais la disparition
-d'une personne à peu près de son âge, avec laquelle il a vécu, qu'il a
-jadis assez aimée ou à laquelle il a été assez soumis pour lui donner son
-nom, tout cela m'a fait croire que le danger de la Princesse lui
-causerait une impression profonde.
-
-Je me suis agitée, tourmentée pour trouver des insinuations détournées,
-afin d'aborder la question sans causer de saisissement. Mes premières
-paroles à ce sujet ont été écoutées en silence, sans réponse; puis M. de
-Talleyrand a aussitôt parlé d'autre chose. Le lendemain cependant, il
-m'en a reparlé, mais uniquement, le cas échéant, comme d'un embarras de
-deuil, d'enterrement et de billets de part. Il m'a dit que si la
-Princesse mourait, il irait passer huit ou quinze jours hors de Paris, et
-tout cela, il l'a dit, non seulement avec la plus grande liberté
-d'esprit, mais même avec un soulagement visible. Il a immédiatement
-abordé les questions d'argent, assez importantes, qui se lient pour lui à
-la succession de sa femme, par laquelle il rentrerait et dans la
-jouissance d'une rente viagère, et encore dans d'autres sommes à la
-propriété desquelles la mort de la Princesse mettrait fin pour elle. Tout
-le reste du jour, M. de Talleyrand a montré une sorte de sérénité et
-d'entrain, que je ne lui avais pas vue depuis longtemps, et qui m'a
-tellement frappée que, l'entendant fredonner, je n'ai pu m'empêcher de
-lui demander «si c'était son prochain veuvage qui le mettait si fort en
-hilarité». Il m'a fait la grimace, comme un enfant qui joue, et a
-continué à parler de ce qu'il y aurait à faire si la Princesse mourait.
-Outre la satisfaction de retrouver par là plus de facilité dans son
-revenu qui, par plusieurs causes, a notablement diminué depuis quelques
-années, ce dont il dépitait extrêmement, il y a probablement, quoiqu'il
-n'en convienne pas, même avec moi, dans la perspective de cette mort, le
-soulagement de voir briser un lien qui a été le plus grand scandale de sa
-vie, parce qu'il a été le seul irrémédiable.
-
-
-_Valençay, 18 octobre 1835._--Après plusieurs mois de silence, pendant
-lesquels le général Alava a échoué, à la tête des bandits anglais qu'il
-avait conduits en Espagne, je reçois une lettre de lui, de Madrid, du 6
-octobre; elle commence ainsi: «Vous aviez raison, chère Duchesse, de dire
-dans le temps que c'était tenter la Providence que d'aller en Espagne
-avec des troupes étrangères.» Cette lettre finit par un nouveau retour
-vers ma prédiction, qui paraît s'être réalisée pour ce pauvre absurde
-Alava, beaucoup plus qu'il ne peut le supporter. Il insiste cependant sur
-ce que son honneur était engagé à cette vie de partisan qu'il ennoblit du
-titre de chevaleresque et qui n'est qu'un mauvais don-quichottisme.
-
-Il n'a pas besoin d'expliquer pourquoi il a refusé la Présidence, mais il
-dit avoir accepté les Affaires étrangères, parce qu'il voyait la sûreté
-de la Régente compromise, sans dire en quoi. Puis il ajoute qu'aussitôt
-qu'il a été rassuré sur ce point, il s'est retiré entièrement du
-Cabinet, qu'il ne songe plus qu'à aller reprendre son poste à Londres,
-aussitôt après la session des Cortès. Il paraît sentir tout ce qu'il y a
-d'incertain dans cette marche, car il s'écrie: «Dieu seul peut savoir ce
-qui, d'ici là, peut se placer entre moi et Londres.» Il termine en disant
-que s'il peut se rendre en Angleterre, ce sera par mer, pour éviter Paris
-qui, d'après lui, est l'endroit le plus dangereux pour un diplomate
-espagnol.
-
-A l'occasion de la France, il dit ceci: «Puisqu'on a attendu le _casus
-fœderis_ pour agir, le _casus mortis_ où nous nous trouvons dispense de
-penser à notre libération, car les morts n'ont besoin de rien.»
-
-
-_Paris, 23 octobre 1835._--Nous sommes revenus à Paris depuis quelques
-jours.
-
-M. le duc d'Orléans, me parlant hier du mariage manqué à Naples pour sa
-sœur la princesse Marie, m'a dit qu'il s'était adressé à son beau-frère,
-le Roi des Belges, qui est ici en ce moment, pour qu'il trouvât quelque
-cadet de grande lignée en Allemagne, qui, en épousant la Princesse,
-viendrait s'établir à Paris. La princesse Marie a de l'esprit, mais une
-imagination vive et inquiète, le goût des arts, très peu l'habitude de la
-gêne et de la représentation. On verrait dans son établissement à Paris
-plus d'assurance de bonheur pour elle, et plus de facilité que dans un
-établissement au dehors. Il ne s'en présente aucun de cette dernière
-espèce, les chances même paraissent s'éloigner; la Princesse a
-vingt-trois ans, la Reine s'afflige et s'inquiète.
-
-Les prétentions pour les enfants du Roi se sont, en tout, fort
-amoindries, car M. Guizot disait l'autre jour à M. de Bacourt qui part
-pour Carlsruhe, où il faisait remarquer qu'il n'y avait pas d'affaires,
-que cependant il y en avait une, celle de conserver la dernière princesse
-de Bade pour M. le duc d'Orléans. Cette Princesse est la fille de
-Stéphanie de Beauharnais. Je doute qu'un pareil mariage plût au jeune
-Prince qui, hier encore, à propos des Leuchtenberg, ne s'est pas bien
-exprimé sur les Beauharnais, les taxant tous d'aimer l'intrigue, et ne
-voulant pas même faire une exception en faveur de la grande-duchesse
-Stéphanie de Bade qui, cependant, dans mon opinion, mérite une place à
-part, car elle a non seulement de la bonté, mais encore de l'élévation
-d'âme, un peu trop d'activité à la vérité et un peu de prétention au bel
-esprit, mais ses sentiments sont tous pris dans un ordre supérieur.
-
-La princesse de Talleyrand est mieux, et si peu occupée de son état
-qu'elle ne songe qu'à se faire assurer de nouveaux bienfaits après la
-mort de son mari.
-
-
-_Paris, 24 octobre 1835._--M. Pasquier nous disait hier que Fieschi, à
-qui on a été obligé de couper la phalange d'un doigt à la suite des
-blessures causées par l'éclat de la machine infernale, avait, de l'autre
-main, pris le doigt malade, avant que les chirurgiens s'en emparassent,
-et le regardant, avait dit: «Mon petit, j'en suis fâché, mais tu perdras
-ta tête avant que je perde la mienne.» Son sang-froid, son courage, sa
-force physique, ne sont égalés que par l'excès de sa vanité.
-
-J'ai trouvé les Tuileries tristes, Madame Adélaïde vieillie, le Roi rouge
-et bouffi, tous deux affligés du départ du Prince Royal pour l'Algérie.
-Châtier un brigand africain ne paraît pas un motif suffisant pour exposer
-une vie aussi précieuse. Ils en veulent aux ministres d'avoir plutôt
-encouragé qu'arrêté le mouvement aventureux et fort naturel du jeune
-Prince.
-
-Le choléra n'est fini ni à Toulon ni en Afrique, il peut en arriver
-quelque malheur au Roi. Le mariage manqué à Naples leur donne des
-regrets; la froideur extrême du nouvel ambassadeur de Russie, tout les
-jette dans le découragement.
-
-L'Empereur de Russie, dans les trente-six heures passées à Vienne, en
-hommage apparent au dernier Empereur d'Autriche, et en réalité pour
-charmer M. de Metternich par sa femme, et l'archiduc Louis par
-l'archiduchesse Sophie, a couru tout Vienne en fiacre, a forcé le caveau
-où le dernier Empereur est déposé, et a trouvé moyen, en trente-six
-heures, de changer quatre fois d'uniforme.
-
-Les carlistes, à propos de la nomination du comte Pahlen comme
-ambassadeur de Russie en France, disent que rien ne prouve mieux le
-rapprochement de l'Empereur Nicolas avec le Roi Louis-Philippe, que le
-choix d'un fils d'assassin comme ambassadeur près du fils d'un régicide.
-
-
-_Paris, 27 octobre 1835._--M. de Talleyrand disait hier qu'à son retour
-d'Amérique, après toutes les horreurs de la Révolution, rencontrant
-Sieyès, il lui demanda comment il avait traversé cette cruelle époque,
-ce qu'il avait fait pendant ces tristes années. «J'ai vécu,» répondit
-Sieyès! C'était, en effet, ce qu'il y avait de mieux et de plus difficile
-à faire!
-
-Le gouvernement, désirant arriver à la mise en liberté des prisonniers de
-Ham[70], a saisi ardemment quelques symptômes de dérangement mental qui
-se manifestaient chez M. de Chantelauze, pour atteindre ce but. En
-conséquence, M. Thiers, avec l'arrière-pensée de faire échanger aux
-prisonniers, au bout de quelque temps, une maison de santé pour les
-châteaux de quelques amis qui auraient répondu d'eux, avait nommé une
-commission de médecins célèbres, pour constater l'état de M. de
-Chantelauze d'abord, et par occasion, celui des autres anciens ministres;
-mais M. de Chantelauze, aussitôt qu'il entendit parler de l'arrivée des
-médecins, se hâta de déclarer, positivement, qu'il les recevrait
-poliment, comme gens de mérite, mais nullement comme médecins; qu'il ne
-répondrait à aucune de leurs questions, et qu'il veut sa liberté pleine,
-entière, immédiate, ou rien du tout. Je ne pense pas que ses compagnons
-d'infortune lui sachent bien bon gré de cette humeur dédaigneuse.
-
- [70] En 1830, les signataires des fameuses ordonnances qui
- amenèrent la chute de Charles X, MM. de Polignac, de Peyronnet,
- Guernon de Ranville et Chantelauze, furent traduits devant la
- Cour des Pairs, privés de tous leurs titres et condamnés à la
- prison perpétuelle. Ils étaient alors enfermés à Ham.
-
-
-_Paris, 14 novembre 1835._--Je viens de recevoir des lettres de lord et
-de lady Grey, très amicales. Ils sont fort occupés de leur propriété de
-Howick, d'où ils m'écrivent, et paraissent complètement détachés de la
-politique.
-
-Lady Grey dit une chose que je répète de bon cœur avec elle: «If my
-friends will only love me, and that I can possess a garden in summer, and
-an arm-chair in winter, I am perfectly happy in leading the life of an
-oyster.--Don't expose me to Mme de Lieven, she would think me unfit to
-live!»
-
-
-_Paris, 16 novembre 1835._--M. de Barante est venu me dire adieu. Il part
-demain pour Pétersbourg, le cœur gros, l'esprit préoccupé. Depuis le
-fameux discours de l'Empereur Nicolas à Varsovie[71], que Mme de Lieven
-elle-même appelle _une catastrophe_, et les articles du _Journal des
-Débats_ qui ont commenté ce discours, la position de l'ambassadeur de
-France n'est pas rendue facile. Il semble, du reste, dans une direction
-fort sage et d'autant plus prudente qu'il l'a reçue directement du Roi.
-
- [71] Le discours dont il est ici question a été prononcé le 10
- octobre 1835 à Varsovie, par l'Empereur Nicolas, en présence du
- Corps municipal de cette ville auquel il était adressé. Les
- paroles de l'Empereur étaient remplies de menaces et de reproches
- à l'adresse des Polonais, et formulées dans des termes si
- violents qu'elles firent l'étonnement de l'Europe, où l'on
- douta même de leur authenticité. Les allusions aux relations
- clandestines entretenues par l'insurrection polonaise avec
- l'étranger embarrassèrent plus d'un diplomate et plus d'un
- gouvernement. Ce discours fut publié par le _Journal des Débats_
- du 11 novembre 1835. On le trouvera aux pièces justificatives de
- ce volume.
-
-Nous avons dîné, hier, aux Tuileries; il n'y avait que la famille royale,
-le service immédiat, et quelques élèves, amis des petits Princes. M. le
-duc d'Aumale venait d'être premier, ce qui le mettait _in high spirits_.
-C'était le seul qui me parût l'être, de toute la compagnie.
-
-Le Roi a eu la bonté de faire apporter pour moi un portrait charmant de
-Marie Stuart, d'autant plus curieux que son origine est touchante. Les
-femmes de Marie Stuart passèrent d'Angleterre en Belgique, aussitôt après
-l'exécution de leur maîtresse; elles portèrent avec elles ce portrait,
-qu'elles placèrent dans un édifice public, où il est encore. La Reine des
-Belges en a fait faire une copie parfaite qu'elle a donnée au Roi son
-père, et c'est cette copie que j'ai vue.
-
-Le Roi, dans le courant de la soirée, a longtemps causé avec M. de
-Talleyrand, et lui a demandé de faire un voyage à Vienne, ce que celui-ci
-a décliné, en se rejetant sur la saison, sur son âge et sur la présence
-d'un autre ambassadeur déjà accrédité à Vienne.
-
-
-_Paris, 20 novembre 1835._--L'effet du fameux discours de l'Empereur
-Nicolas à la municipalité de Varsovie a été non moins grand et non moins
-désagréable à Vienne qu'à Berlin. Les journaux anglais l'ont attaqué
-violemment: le _Morning Chronicle_, qui est le journal du Cabinet whig, a
-été bien plus violent encore que le _Journal des Débats_. A propos de
-celui-ci, il s'est passé quelque chose de singulier. Le gouvernement,
-ennuyé de toutes les imprudences et inconvenances que commettent les
-_Débats_, et qui deviennent gênantes, à cause de sa couleur
-semi-officielle, a pensé à donner un peu plus d'importance au _Moniteur_,
-à y faire insérer des articles soignés, et à ôter ainsi aux _Débats_ de
-leur importance ministérielle. Cette pensée était celle du Roi qui
-l'avait fait adopter par son Cabinet, mais lorsqu'il s'est agi de savoir
-sous la direction immédiate de qui se trouverait le _Moniteur_, le duc de
-Broglie l'a réclamé comme président du Conseil. Le Roi a, alors, aussitôt
-abandonné et fait abandonner le projet et les choses sont demeurées comme
-auparavant.
-
-Les lettres d'Angleterre disent le ministère anglais fort embarrassé. Le
-timide discours de lord John Russell à Bristol, sans satisfaire les
-conservatifs, a irrité les radicaux et les catholiques d'Irlande à un
-point extrême, et l'existence du Cabinet paraît sérieusement menacée,
-quoique la solution soit ajournée jusqu'à la réunion du Parlement.
-
-Plus je vois le comte de Pahlen, le nouvel ambassadeur de Russie, plus je
-lui trouve les allures d'un homme comme il faut. Je vais en citer une
-preuve. Je sais de source certaine qu'il a écrit à sa Cour en termes
-nets, simples, droits, bienveillants sur ce qu'il a trouvé et sur ce qui
-s'est présenté à lui dans ces derniers temps. Il n'a pas laissé ignorer
-combien sa situation sociale souffrait des instructions qu'il avait
-reçues; il a ajouté qu'il ne se sentait pas appelé à rester dans une
-semblable position et il a déclaré nettement que son gouvernement devait
-ou changer ses premières directions, ou le rappeler. C'est hier que cette
-déclaration est partie. Le Roi et Madame Adélaïde attendent avec
-impatience la réponse qui décidera, nécessairement, de la nature des
-relations futures entre ce gouvernement et celui de Russie.
-
-
-_Paris, 23 novembre 1835._--Voici les traits saillants d'une lettre que
-je viens de recevoir du duc de Wellington, qui me devait une réponse
-depuis longtemps: «Nous sommes toujours sur la grande route où nous
-sommes entrés il y a cinq ans; tout ce que nous pouvons espérer, c'est
-que notre marche ne sera pas trop rapide. L'arrêt et le retour surtout
-sont impossibles. Robespierre était au moins honnête homme en fait
-d'argent; sa puissance était fondée sur le désintéressement; mais ceux
-qui veulent et viendront à nous gouverner, ne seront pas touchés par la
-même considération. Je le crains du moins.»
-
-
-_Paris, 24 novembre 1835._--J'ai passé hier une matinée singulière, dont
-je veux rendre un compte détaillé. Il faut avant, pour l'intelligence du
-récit, que je fasse une petite préface.
-
-J'ai, de par le monde, une cousine qui s'appelle Louisa de Chabannes.
-Dans sa première jeunesse, elle avait été fort jolie; chantant,
-dessinant, très bien élevée, mais pauvre, elle ne trouva pas à se marier,
-devint retirée, sauvage, souffrante et presque laide. Je la voyais jadis,
-trois ou quatre fois l'an, et toujours j'étais frappée de cette personne
-affaissée, maigrie, ternie, nerveuse, silencieuse. Il y a sept ans,
-j'appris qu'elle était entrée aux Grandes Carmélites. Je n'en fus pas
-surprise, car quoiqu'elle n'eût pas précisément les allures dévotes, il
-était bien visible qu'elle se sentait froissée dans le monde; mais, ainsi
-que tous ses parents, je fus bien convaincue que les austérités de cet
-ordre rigoureux détruiraient bientôt cette organisation délicate et
-souffrante. J'entendais cependant, de loin en loin, son frère Alfred dire
-qu'elle vivait et se portait mieux que dans le monde.
-
-Hier matin, on me remet une lettre commençant par: «Ma chère cousine,» et
-finissant par: «Sœur Thérèse de Jésus.» Je fus d'abord un petit moment
-sans comprendre, puis je me souvins de Louisa de Chabannes. Elle me
-disait dans cette lettre, qu'ayant enfin obtenu de ses Supérieures la
-permission de me voir, elle me suppliait de venir aussitôt, la journée
-d'hier étant une de celles qui, en si petit nombre, sont accordées aux
-visiteurs; elle ajoutait que, pour ne pas m'effaroucher, elle avait, par
-grande faveur, obtenu de me voir à visage découvert, et sans témoins. Je
-me serais fort reproché de désappointer cette pauvre fille, et une visite
-à M. l'archevêque me conduisant dans ce quartier, je résolus de faire les
-deux choses le même jour.
-
-Je suis sortie à deux heures et me suis arrêtée au haut de la rue d'Enfer
-devant un portail surmonté d'une croix. La tourière m'a dit que les
-vêpres n'étaient pas finies, car ces religieuses disent chaque jour le
-grand office, je devrais entrer à la chapelle. Je m'y suis placée. Au
-fond du chœur est une grille armée de pointes en saillie, derrière
-laquelle est un grand voile brun. C'est de là que partaient les voix des
-Sœurs. Il n'y avait, en plus de moi, que deux vieilles dames dans la
-chapelle, qui est ornée d'une statue du cardinal de Bérulle agenouillé,
-en marbre blanc, et de plusieurs portraits de sainte Thérèse. Je n'avais
-pas vu ma cousine assez souvent pour reconnaître sa voix; d'ailleurs,
-l'office a fini presque aussitôt. Je suis rentrée chez la tourière, où le
-médecin du couvent est arrivé.
-
-Pendant qu'on allait avertir de sa présence et de la mienne, il a vu que
-je tremblais de froid, car, dans cette maison, il n'y a jamais de feu
-qu'à l'infirmerie et dans la cuisine. Le docteur m'a parlé alors du
-régime intérieur, qu'il prétend ne pas être malsain, et, pour preuve, il
-me disait qu'après beaucoup d'observations, il avait constaté que l'âge
-moyen auquel les femmes parvenaient dans le monde était trente-sept ans
-et que, chez les Carmélites, il allait à cinquante-quatre ans. Il m'a
-quittée pour aller à l'infirmerie, et bientôt après, on m'a menée au
-parloir, toujours sans feu. Un petit fauteuil de jonc, sous lequel
-s'étendait une natte également en jonc, était placé auprès d'une grille
-en fer, doublée de petits montants en bois, et derrière cette double
-séparation un rideau de laine brune.
-
-Au bout de quelques instants, j'ai entendu tourner un verrou, quelqu'un
-s'avancer vers la grille, et une voix très claire dire: «Deo gratias». Je
-ne savais ce qu'il fallait répondre, je me suis tue; la même voix a
-repris: «Deo gratias». Alors, je me suis résignée à dire: «Je ne suis pas
-prévenue de ce qu'il faut répondre.» Un petit éclat de rire m'a
-déconcertée: «Ma cousine, c'était pour m'assurer que vous étiez là!» Le
-rideau a été tiré, et je me suis trouvée en face d'un visage rond, frais,
-de deux yeux bleus brillants, d'une bouche souriante. Au lieu d'une voix
-éteinte, j'ai entendu des accents timbrés, animés, une parole rapide,
-des pensées douces et bienveillantes, avec des assurances d'un bien-être
-et d'une satisfaction que ne démentait pas l'aspect le plus consolant
-qu'on pût avoir d'une religieuse sévèrement cloîtrée. Elle a
-quarante-huit ans, mais ne paraît pas en avoir trente-six. Elle m'a
-beaucoup remerciée d'être venue, m'a remis une petite médaille à
-l'effigie de la sainte Vierge, en me suppliant de la faire porter, à son
-insu, par M. de Talleyrand. «Cette médaille, a-t-elle dit, ramène à la
-foi les plus égarés.» Je ne l'ai pas refusée, je n'ai pas refusé d'en
-faire l'usage désiré, c'eût été une dureté odieuse. D'ailleurs, il y a
-quelque chose de contagieux dans une foi aussi sincère et aussi vive!
-J'ai dit que je guetterais un moment favorable pour remplir ces saintes
-intentions.
-
-Je suis repartie fort touchée, fort préoccupée, après avoir dit un adieu
-probablement éternel à cette douce et heureuse personne, qui couche sur
-une planche, ne se chauffe jamais, fait maigre toute l'année, et qui
-serait bien fâchée de ne pas dire avec sainte Thérèse: «Souffrir ou
-mourir.»
-
-J'ai été, de là, rue Saint-Jacques, au couvent des Dames Saint-Michel,
-pour voir Monseigneur l'Archevêque, auquel je voulais parler d'un projet
-de mariage pour mon second fils avec Mlle de Fougères. J'ai été menée par
-une des Sœurs, vêtue de blanc de la tête aux pieds, dans un petit
-bâtiment séparé, qui donne sur l'immense jardin de ces dames. C'est là
-que vit habituellement M. de Quélen, depuis la destruction de son palais.
-L'appartement est joli, propre, très soigné.
-
-J'ai trouvé l'Archevêque en bonne santé et en bonne disposition d'humeur,
-fort aise de ma visite. Il m'a aussitôt parlé de mes enfants, de leur
-avenir, de leur mariage. Je n'ai pas hésité à entrer dans des détails
-avec lui à ce sujet. Il a bien écouté et m'a dit qu'il serait heureux en
-toute circonstance de témoigner l'intérêt qu'il prenait à la famille de
-feu M. le cardinal de Périgord et particulièrement à mes enfants; que je
-devais bien savoir qu'il avait pour moi un intérêt à part, qui tenait à
-mes qualités, et à ce qu'il avait toujours vu en moi l'instrument dont la
-Providence se servirait probablement pour accomplir l'œuvre de sa grâce
-et de sa miséricorde sur M. de Talleyrand. Je l'ai engagé à venir
-quelquefois, le matin, de loin en loin, chez M. de Talleyrand, comme il
-le faisait avant notre départ pour l'Angleterre. Quand je suis partie, il
-m'a dit: «Traitez-moi, comme jadis, en grand parent, si ce n'est en ami,
-et laissez-moi croire que vous reviendrez me voir aux approches du jour
-de l'an.» J'ai dit que oui, et que je lui demanderais alors de lui
-présenter ma fille, qui avait été baptisée et confirmée par lui. «Et qui,
-je l'espère, ne sera mariée que par moi», a-t-il repris, et là-dessus je
-me suis retirée.
-
-
-_Paris, 6 décembre 1835._--Voici une histoire que M. Molé m'a contée hier
-soir. Mme de Caulaincourt (Mlle d'Aubusson) s'est mariée en 1812. En
-sortant de la cérémonie, elle est rentrée au couvent où elle avait été
-élevée et son mari est parti pour l'armée. Il a été tué à la bataille de
-la Moskowa, où son beau-frère, jeune page de l'Empereur, a disparu, sans
-qu'on ait pu constater son sort. Mme de Caulaincourt, après son année de
-veuvage, est entrée dans le monde, sans cependant y aller beaucoup. Elle
-tenait la maison de son père, veuf depuis longtemps. Son frère aîné, peu
-de temps après avoir épousé Mlle de Boissy, est devenu fou furieux, et sa
-sœur, la duchesse de Vantadour, languit dans une lente consomption. Le
-père, frappé ainsi dans tous ses enfants, a voulu se remarier. Il a, en
-effet, épousé Mme Greffulhe, mère de Mme de Castellane. Mme de
-Caulaincourt s'est retirée alors dans un couvent, où elle voulait prendre
-le voile. Son père s'y opposa, et l'archevêque de Paris, dont le
-consentement était nécessaire, n'ayant pas voulu le donner aussi
-longtemps que M. d'Aubusson refusait le sien, Mme de Caulaincourt fut
-obligée d'y renoncer. Elle suivait cependant tous les exercices de la
-communauté, en portait l'habit, et ne quittait le couvent que lorsque son
-père était malade. Le chagrin de se voir contrariée dans sa vocation a
-miné sa santé, au point d'attaquer mortellement sa poitrine. Sur son lit
-de mort, elle a enfin obtenu la permission de son père; alors, elle a
-fait demander l'Archevêque et lui a exprimé le désir de prendre le voile
-en recevant l'extrême-onction. Cela a éprouvé quelques difficultés, qui
-cependant ont été levées, et quarante-huit heures avant d'expirer, elle a
-reçu les derniers sacrements et le voile tant désiré! Hier matin elle est
-morte, jeune encore, en vraie sainte.
-
-
-_Paris, 9 décembre 1835._--Mme la princesse de Talleyrand est morte il y
-a une heure. Je n'ai encore parlé à M. de Talleyrand que d'agonie. Là
-même où il n'y a pas d'affection, le mot _mort_ est sinistre à prononcer,
-et je n'aime pas à l'adresser à quelqu'un d'âgé et de souffrant, d'autant
-plus qu'en se réveillant, il a eu encore une petite angoisse au cœur,
-qui a cédé, du reste, quand il a mis ses jambes dans la moutarde. Il
-s'est rendormi, et je ne lui dirai la mort qu'à son réveil. Du reste, il
-a, je crois, grande hâte d'être, à tout prix, hors des agitations de ces
-derniers jours.
-
-
-_Paris, 15 décembre 1835._--M. Guizot, qui est venu, hier, chez M. de
-Talleyrand, a raconté qu'on avait trouvé dans les papiers de M. Réal,
-ancien chef de la police impériale, le manuscrit original des _Mémoires_
-du cardinal de Retz, raturé par les religieux de Saint-Mihiel; que le
-gouvernement l'avait acheté, remis au plus habile chimiste de Paris, qui,
-après avoir essayé, infructueusement, de divers procédés, en avait enfin
-trouvé un, qui lui a permis d'enlever les surcharges et de lire le texte
-primitif. On va faire une nouvelle édition des _Mémoires_ d'après ce
-manuscrit.
-
-Mme d'Esclignac, qui se conduit fort mal à propos de la succession de la
-princesse de Talleyrand, a eu hier une explication avec la duchesse de
-Poix. Celle-ci a essayé de lui faire sentir l'inconvenance de sa
-conduite, l'odieux d'un procès et de la publicité, son ingratitude envers
-M. de Talleyrand qui l'a dotée et qui paye encore, en ce moment, une
-pension à sa nourrice qu'elle laissait mourir de faim. A tout cela, Mme
-d'Esclignac a répondu: «Je ne crains pas le scandale pour moi, et je le
-désire pour mon oncle; j'aurai le faubourg Saint-Germain, puisque j'ai
-fait administrer Mme de Talleyrand par l'archevêque de Paris.»
-
-
-_Paris, 21 décembre 1835._--Le comte de Pahlen a reçu, hier, de son
-gouvernement, des dépêches fort satisfaisantes, et dans lesquelles on
-l'assure qu'on ne confond pas les extravagances du _Journal des Débats_
-avec la pensée du Roi et de son Conseil. Ces dépêches, arrivées par la
-poste, étaient, bien décidément, destinées à être connues du public.
-L'Ambassadeur attend, d'un jour à l'autre, un courrier, qui apportera
-sans doute, la pensée secrète du Czar.
-
-La princesse de Lieven, que j'ai rencontrée hier chez Mme Apponyi, m'a
-parlé de ses propres affaires et m'a dit que, depuis longtemps, son mari
-et elle avaient placé toutes leurs économies hors de Russie pour être à
-l'abri des ukases.
-
-Le prince de Laval disait, hier, assez drôlement que l'esprit de M. de
-Montrond «se nourrissait de chair humaine!» M. de Talleyrand trouvait
-cela _très vrai_ et _très joli_!
-
-
-_Paris, 30 décembre 1835._--J'ai vu, hier, Madame Adélaïde qui était très
-satisfaite de la séance d'ouverture des Chambres, qui avait eu lieu ce
-matin même. Elle était contente de l'accueil fait au Roi, à l'arrivée et
-à la sortie, et, pendant toute sa route, par la garde nationale. On
-avait eu beaucoup de peine à s'entendre sur le discours de la Couronne,
-auquel on travaillait encore, dix minutes avant la séance. Les mots:
-«L'aîné de ma race», qui font grande sensation, qu'on trouve hardis, mais
-qui plaisent au Corps diplomatique, et aux gens dont l'esprit veut de la
-stabilité, ne sortent ni du Château, ni du Conseil. Ils étaient fondus
-dans une phrase entière que M. de Talleyrand et moi avions rédigée et que
-le Roi avait adoptée avec attendrissement, mais le Conseil n'a voulu
-garder que les mots indiqués: «L'aîné de ma race». Les carlistes les
-trouvent insolents! Ils reculent, épouvantés, devant une quatrième race!
-Les républicains ne les aiment guère mieux, peut-être moins encore... Le
-reste approuve beaucoup.
-
-Nous avions hier, à dîner, Mme de Lieven, M. Edouard Ellice, le comte de
-Pahlen, Matuczewicz et M. Thiers, qui était _in high spirits_ et fort
-brillant de conversation. Il m'a dit, dans un coin, que le Bergeron,
-celui du Port-Royal, avait voulu tenter une nouvelle entreprise; qu'il
-s'était déguisé en femme, avec un de ses amis, que leur projet était que
-l'on présenterait une pétition au Roi, pendant que l'on tirerait à bout
-portant. Le projet a manqué, parce que le Roi, au lieu de se rendre à
-cheval à la Chambre, comme il le devait, y a été en voiture, à cause du
-verglas. On a fait quelques arrestations, mais comme il n'y a pas eu
-commencement d'exécution, on suppose qu'il faudra finir par relâcher les
-gens arrêtés.
-
-On a été frappé des huit chevaux qui, pour la première fois, étaient
-attelés à la voiture du Roi. En voici la raison, inconnue du public. Pour
-plus de sûreté, on a fait monter le Roi (qui ne s'en doutait pas), dans
-l'ancienne voiture de l'Empereur Napoléon, qui était toute doublée de
-fer, pour le mettre à l'abri des coups de feu; elle est extrêmement
-lourde et exige huit chevaux.
-
-Le comte de Pahlen a reçu hier un courrier qui lui a apporté des
-modifications à ses premières instructions, si sèches et qui rendaient sa
-position ici odieuse. Il paraît qu'on a bien compris cela à Pétersbourg
-et qu'on lui laisse plus de facilités. Cela mettait Mme de Lieven de fort
-bonne humeur!
-
-
-FIN DU TOME PREMIER
-
-
-
-
-PIÈCES JUSTIFICATIVES
-
-
-
-
-I
-
-Page 375.
-
- _Discours adressé au Roi d'Angleterre par M. de Talleyrand, le 6
- octobre 1830, en lui remettant les lettres de créance qui
- l'accréditaient comme ambassadeur de France auprès de S. M. le Roi
- d'Angleterre[72]._
-
- [72] Ce discours fut d'abord inséré dans le _National_; le
- _Moniteur_ le reproduisit quelques jours après.
-
- Sire,
-
-Sa Majesté le Roi des Français m'a choisi pour être l'interprète des
-sentiments qui l'animent pour Votre Majesté.
-
-J'ai accepté avec joie une mission qui donnait un si noble but aux
-derniers pas de ma longue carrière.
-
-Sire, de toutes les vicissitudes que mon grand âge a traversées, de
-toutes les diverses fortunes auxquelles quarante années, si fécondes en
-événements, ont mêlé ma vie, rien, peut-être, n'avait aussi pleinement
-satisfait mes vœux, qu'un choix qui me ramène dans cette heureuse
-contrée.--Mais quelle différence entre les époques! Les jalousies, les
-préjugés qui divisèrent si longtemps la France et l'Angleterre, ont fait
-place aux sentiments d'une estime et d'une affection éclairée. Des
-principes communs resserrent, encore plus étroitement, les liens des deux
-pays. L'Angleterre, au dehors, répudie, comme la France, le principe de
-l'intervention dans les affaires extérieures de ses voisins, et
-l'ambassadeur d'une Royauté votée unanimement par un grand peuple, se
-sent à l'aise, sur une terre de liberté, et près d'un descendant de
-l'illustre maison de Brunswick.
-
-J'appelle avec confiance, Sire, votre bienveillance sur les relations que
-je suis chargé d'entretenir avec Votre Majesté, et je la prie d'agréer
-l'hommage de mon profond respect.
-
-
-II
-
-Page 385.
-
-_Discours adressé par S. M. l'Empereur Nicolas au Corps municipal de la
-ville de Varsovie, le 10 octobre 1835[73]._
-
-Je sais, Messieurs, que vous avez voulu me parler; je connais même le
-contenu de votre discours, et c'est pour vous épargner un mensonge, que
-je ne désire pas qu'il me soit prononcé.--Oui, Messieurs, c'est pour vous
-épargner un mensonge, car je sais que vos sentiments ne sont pas tels que
-vous voulez me les faire accroire.
-
-Et comment y pourrais-je ajouter foi, quand vous m'avez tenu ce même
-langage la veille de la Révolution?--N'est-ce pas vous-mêmes qui me
-parliez, il y a cinq ans, il y a huit ans, de fidélité, de dévouement, et
-qui me faisiez les plus belles protestations? Quinze jours après, vous
-aviez violé vos serments, vous avez commis des actions horribles.
-
-L'Empereur Alexandre, qui avait fait pour vous plus qu'un empereur de
-Russie n'aurait dû faire, a été payé de la plus noire ingratitude.
-
-Vous n'avez jamais pu vous contenter de la position la plus avantageuse,
-et vous avez fini par briser vous-même votre bonheur.--Je vous dis ici la
-vérité, car je vous vois et je vous parle pour la première fois depuis
-les troubles.
-
-Messieurs, il faut des actions et non pas des paroles, il faut que le
-repentir vienne du cœur; je vous parle sans m'échauffer; vous voyez que
-je suis calme; je n'ai pas de rancune et je vous ferai du bien malgré
-vous.
-
- [73] Nous reproduisons cette pièce d'après le _Journal des
- Débats_ du 11 novembre 1835.
-
-Le Maréchal, que voici, remplit mes intentions, me seconde, dans mes
-vues, et pense aussi à votre bien-être.
-
-(A ces mots, les membres de la députation saluent le Maréchal.)
-
-Eh bien, Messieurs, que signifient ces saluts? Avant tout, il faut
-remplir ses devoirs, il faut se conduire en honnêtes gens.--Vous avez,
-Messieurs, à choisir entre deux partis: ou persister dans vos illusions
-d'une Pologne indépendante, ou vivre tranquillement, en sujets fidèles,
-sous mon gouvernement.
-
-Si vous vous obstinez à conserver vos rêves de nationalité distincte, de
-Pologne indépendante et de toutes ces chimères, vous ne pouvez qu'attirer
-sur vous de grands malheurs. J'ai fait élever ici la citadelle, et je
-vous déclare qu'à la moindre émeute, je ferai foudroyer la ville, je
-détruirai Varsovie, et, certes, ce n'est pas moi qui la rebâtirai.
-
-Il m'est bien pénible de vous parler ainsi; il est bien pénible à un
-souverain de traiter ainsi ses sujets, mais je vous le dis pour votre
-bien.--C'est à vous, Messieurs, de mériter l'oubli du passé; ce n'est que
-par votre conduite, et par votre dévouement à mon gouvernement que vous
-pouvez y parvenir.
-
-Je sais qu'il y a des correspondances avec l'étranger, qu'on envoie ici
-de mauvais écrits et que l'on tâche de pervertir les esprits; mais la
-meilleure police du monde, avec une frontière comme vous en avez une, ne
-peut empêcher les relations clandestines; c'est à vous-mêmes à faire le
-police, à écarter le mal.
-
-C'est en élevant bien vos enfants, en leur inculquant des principes de
-religion et de fidélité à leur souverain, que vous pouvez rester dans le
-bon chemin.
-
-Et au milieu de tous ces troubles qui agitent l'Europe, et de toutes ces
-doctrines qui ébranlent l'édifice social, il n'y a que la Russie qui
-reste forte et intacte.
-
-Croyez-moi, Messieurs, c'est un vrai bonheur d'appartenir à ce pays et de
-jouir de sa protection.--Si vous vous conduisez bien, si vous remplissez
-tous vos devoirs, ma sollicitude paternelle s'étendra sur vous tous, et,
-malgré tout ce qui s'est passé, mon gouvernement pensera toujours à votre
-bien-être.
-
-Rappelez-vous bien ce que je vous ai dit!
-
-
-
-
-INDEX BIOGRAPHIQUE
-
-DES NOMS DES PERSONNAGES MENTIONNÉS DANS CETTE CHRONIQUE
-
-
-A
-
- ABERCROMBY (George-Ralph), 1800-1852. Colonel dans l'armée
- anglaise, il fut aussi membre du Parlement et lord-lieutenant. Il
- fit partie du cabinet de lord Grey.
-
- ABERDEEN (George-Hamilton-Gordon, lord), 1784-1860. Il servit avec
- distinction dans la diplomatie anglaise; fit partie de plusieurs
- ministères, et, en 1852, fut appelé aux fonctions de premier
- ministre qu'il exerça pendant trois ans.
-
- ABERGAVENNY (Henry, comte), 1755-1843. Il épousa, en 1781, Marie,
- fille unique de lord Robinson. Le nom de famille est Neville.
-
- ABRANTÈS (Laure de Saint-Martin-Permon, duchesse D'), 1784-1838.
- Par sa mère, elle descendait de la famille impériale des Comnènes.
- Née à Montpellier, elle épousa le général Junot à son retour
- d'Égypte, le suivit dans ses campagnes, étudia et observa beaucoup,
- et après la mort de son mari en 1813, se voua à l'éducation de ses
- enfants. Elle composa plusieurs romans, plus faits pour les
- cabinets de lecture que pour les bibliothèques.
-
- ADÉLAÏDE D'ORLÉANS (Madame), 1777-1847. Sœur cadette du roi
- Louis-Philippe, dont elle fut constamment l'amie dévouée. Cette
- princesse exerçait sur l'esprit de son frère un grand ascendant, on
- la surnommait son _Egérie_. Femme de tête, elle contribua, sous la
- Restauration, à rallier autour de Louis-Philippe les hommes les
- plus distingués du parti libéral, et, en 1830, à le décider à
- accepter la couronne. Elle ne se maria pas et laissa son immense
- fortune à ses neveux.
-
- ADÉLAÏDE (la reine), 1792-1849. Fille du duc de Saxe-Meiningen,
- elle épousa en 1818 le duc de Clarence qui monta sur le trône
- d'Angleterre sous le nom de Guillaume IV.
-
- AGOULT (la vicomtesse D'), Anne-Henriette-Charlotte de Choisy,
- morte en 1841. Dame d'atour de Madame la Dauphine, qu'elle suivit
- dans son exil, elle mourut à Goritz. Elle avait épousé le vicomte
- Antoine-Jean d'Agoult qui mourut en 1828. Il fut grand-croix de
- l'ordre de Saint-Louis, gouverneur de Saint-Cloud, pair de France
- en 1823 et chevalier du Saint-Esprit en 1825.
-
- ALAVA (don Ricardo DE), 1780-1843. Lieutenant-général de l'armée
- espagnole. Il fut, en même temps que le prince d'Orange, aide de
- camp du duc de Wellington pendant la guerre et contracta alors avec
- le futur roi des Pays-Bas une vive amitié. Il fut ministre
- plénipotentiaire d'Espagne en Hollande, à Londres et à Paris, après
- la mort de Ferdinand VII. En 1834, il fut fait sénateur par la reine
- régente Marie-Christine. Après l'insurrection de La Granja, il se
- retira des affaires et vint se fixer en France où il mourut.
-
- ALBANY (la comtesse D'), 1753-1824. Caroline de Stolberg avait épousé
- en 1773 le prétendant Charles-Edouard, qui avait pris le titre de
- comte d'Albany. Elle s'en sépara en 1780 et vécut avec le poète
- Alfieri à qui elle avait inspiré une grande passion, et qui l'épousa
- secrètement, après la mort du comte d'Albany. Après qu'Alfieri fut
- mort, la comtesse se retira à Florence, où elle se lia avec le
- peintre français Fabre.
-
- ALCUDIA (le comte D'). Homme d'État espagnol. Membre du ministère
- Calomarde du vivant de Ferdinand VII, il remplaçait aux Affaires
- étrangères le ministre Salmon; mais il fut toujours un personnage
- secondaire, et perdit son poste à la mort de Calomarde.
-
- ALDBOROUGH (lady), Cornélie, fille aînée de Charles Landry, épousa en
- 1804 lord Aldborough.
-
- ALEXANDRE LE GRAND. Roi de Macédoine. 356-323 avant Jésus-Christ.
-
- ALEXANDRE Ier. Empereur de Russie, 1777-1825. Fils aîné et successeur
- de l'empereur Paul Ier, il eut à soutenir de grandes luttes contre
- Napoléon Ier.
-
- ALFIERI (le comte Victor), 1749-1803, grand poète tragique italien;
- resté orphelin très jeune, son éducation fut très négligée, mais à
- l'âge de vingt-cinq ans, il se fit en lui une métamorphose subite.
- Pour plaire à la comtesse d'Albany, qui lui avait inspiré le goût
- des lettres et de la poésie, il se jeta dans les études les plus
- sérieuses, créa un système de composition poétique nouveau et
- écrivit, en prose, des ouvrages qui devaient le placer à côté de
- Machiavel.
-
- ALLEN (George), 1770-1843. Médecin et érudit anglais, qui laissa des
- ouvrages historiques, métaphysiques et physiologiques nombreux. Très
- lié avec lord Holland, Allen vivait chez lui.
-
- ALTHORP (John-Charles-Spencer, lord), 1782-1845. Homme d'État
- anglais, il fut nommé chancelier de l'Échiquier, après avoir été
- ministre de l'Intérieur et lord de l'Amirauté. Médiocrement doué au
- point de vue de l'éloquence et des capacités financières, il fut un
- ministre laborieux, consciencieux, et d'une honnêteté politique
- proverbiale.
-
- ALVANLEY (lord), 1787-1849. Fils de Richard Pepper-Arden, ministre de
- la Justice, créé en 1801 lord Alvanley, il eut un duel avec Morgan,
- fils d'O'Connell.
-
- AMÉLIE D'ANGLETERRE (la princesse), 1783-1810. Elle était la dernière
- des quatorze enfants du roi George III d'Angleterre, la favorite et
- la compagne de son père. Elle mourut à vingt-sept ans sans s'être
- mariée.
-
- AMPÈRE (Jean-Jacques), 1800-1864. Professeur au Collège de France,
- littérateur distingué, membre de l'Académie des inscriptions et
- belles-lettres et de l'Académie française.
-
- ANNE D'AUTRICHE. Reine de France. 1602-1666. Fille aînée de Philippe
- II, roi d'Espagne, elle épousa Louis XIII, roi de France, et, à sa
- mort, devint régente pendant la minorité de son fils Louis XIV.
-
- ANNE PAULOWNA. Reine des Pays-Bas, 1795-1865. Elle était une des
- filles de l'empereur Paul de Russie et épousa en 1816 le roi
- Guillaume II des Pays-Bas.
-
- ANNE STUART. Reine d'Angleterre. 1665-1714. Fille de Jacques II. Elle
- lutta contre Louis XIV et réunit l'Écosse à l'Angleterre.
-
- ANTROBUS (lady), 1800-1885. Anne, fille unique de Hugh Lindsay,
- épouse de sir Edmond Antrobus.
-
- APPONYI (la comtesse), 1798-1874. Elle était fille du comte Nogarola;
- elle épousa en 1818 le comte Antoine Apponyi, qui fut pendant de
- longues années ambassadeur d'Autriche à Paris.
-
- ARBUTHNOT (Mrs), morte en 1834. Mrs Arbuthnot et son mari Charles
- Arbuthnot, surnommé _Gosch_ dans le monde, étaient les amis les plus
- intimes du duc de Wellington, chez lequel ils vivaient, et très
- répandus dans la haute société de Londres.
-
- ARENBERG (la duchesse D'), née en 1730. Louise-Marguerite, fille
- unique et héritière du dernier comte de la Mark, épousa, en 1748, le
- duc Charles d'Arenberg.
-
- ARENBERG (le duc D'), Prosper-Louis, 1785-1861. Il avait épousé une
- princesse Lobkowitz en 1819.
-
- ARENBERG (le prince Pierre D'), 1790-1877. Il épousa en premières
- noces, en 1829, Mlle de Talleyrand-Périgord, qui mourut en 1842; en
- 1860, il se remaria avec la fille du comte Kannitz-Rietberg, veuve
- du comte Antoine Starhemberg.
-
- ARENBERG (la princesse Pierre D'). 1808-1842. Alix-Marie-Charlotte,
- fille du duc et de la duchesse de Périgord.
-
- ARGENSON (le comte Voyer D'), 1771-1842. Petit-fils de Marc-Pierre
- d'Argenson, ministre de la guerre sous Louis XV. Il était entré au
- service militaire en 1791. En 1809, il fut préfet du département des
- Deux-Nèthes (Anvers). Député sous la Restauration et le gouvernement
- de Juillet, il se fit remarquer par ses opinions libérales. Il avait
- épousé la veuve du prince Victor de Broglie, mère du duc Victor.
-
- ARNAULT (Antoine-Vincent), 1766-1834. Poète tragique et fabuliste
- français. Il s'attacha de bonne heure à Bonaparte, qu'il accompagna
- en Égypte et qui le nomma gouverneur des îles Ioniennes; puis, il
- travailla à l'organisation de l'Instruction publique. Il fut admis à
- l'Institut dès 1799 et devint en 1833 secrétaire perpétuel de
- l'Académie française.
-
- ASHLEY (sir Antoine), 1801-1881. Homme politique et philanthrope
- anglais. En 1830, il épousa lady Emilie Cooper et, en 1851, à la
- mort de son père, devint _lord Shaftesbury_. En 1826, il était entré
- à la Chambre des communes, et fit partie de plusieurs ministères.
-
- ATHALIN (le baron Louis-Marie), 1784-1856. Général du génie en
- France, il fit avec distinction les campagnes de l'Empire, reçut le
- titre de baron après la bataille de Dresde et devint, sous la
- Restauration, aide de camp du duc d'Orléans. Il fut chargé de
- plusieurs missions diplomatiques et nommé pair de France quand
- Louis-Philippe monta sur le trône. Après 1848, il rentra dans la vie
- privée.
-
- AUBUSSON DE LA FEUILLADE (Pierre-Hector-Raymond, comte D'),
- 1765-1848. Sous le premier empire, il fut chambellan de
- l'impératrice Joséphine, puis ministre plénipotentiaire et
- ambassadeur. Il fut nommé pair par l'empereur aux Cent-Jours. La
- seconde Restauration l'éloigna: il ne rentra à la Chambre des pairs
- qu'en novembre 1831. Il était père de la duchesse de Lévis; il fut
- le dernier de son nom, ayant perdu en 1842 son fils, devenu fou.
-
- AUGEREAU (Pierre-François-Charles), 1757-1816. Maréchal de France
- sous le premier empire, duc de Castiglione, il se signala dans
- plusieurs campagnes. Il exécuta le coup d'État du 18 fructidor.
-
- AUGUSTE D'ANGLETERRE (la princesse), fille du roi George III; elle ne
- se maria jamais.
-
- AUTRICHE (l'empereur D'), Ferdinand Ier, 1793-1875. Fils de François
- II, il monta sur le trône en 1835. Son incapacité et sa mauvaise
- santé l'obligèrent à laisser le gouvernement à une régence dirigée
- surtout par le prince de Metternich. Il abdiqua, en 1848, en faveur
- de son neveu François-Joseph Ier.
-
- AUTRICHE (l'archiduc Louis-Joseph D'), 1784-1864, fils de l'empereur
- Léopold II et de l'impératrice Marie-Louise, fille du roi Charles
- III d'Espagne. Il fut directeur général de l'artillerie.
-
- AUTRICHE (l'archiduchesse Sophie D'), 1805-1872. Fille de Maximilien
- Ier, roi de Bavière, elle épousa en 1824 l'archiduc François-Charles
- et fut la mère de l'empereur François-Joseph Ier.
-
-
-B
-
- BACKHOUSE (John), mort en 1845. Homme d'État et écrivain anglais.
- Il fut, pendant quelques années, secrétaire particulier de Canning.
- Il a été deux fois sous-secrétaire aux Affaires étrangères.
-
- BACOURT (Adolphe-Fourrier DE), 1801-1865. Diplomate français, pair
- de France. Il fut envoyé à Londres auprès du prince de Talleyrand
- qui y était ambassadeur du roi Louis-Philippe. Il fut ensuite
- ministre à Carlsruhe, à Washington et ambassadeur à Turin. Il
- démissionna en 1848.
-
- BAILLOT. Jeune officier, fils unique; tué à Paris dans l'émeute du 13
- avril 1834 par un coup de pistolet, à bout portant, pendant qu'il
- portait un ordre du maréchal Lobau.
-
- BALBI (la comtesse DE), 1753-1839. Elle était fille du marquis de
- Caumont-La Force et avait épousé un Génois, le comte de Balbi. Dame
- d'honneur de la comtesse de Provence, elle fut honorée de l'amitié du
- comte de Provence (plus tard Louis XVIII).
-
- BARANTE (le baron DE), 1782-1866. Il fut successivement auditeur au
- Conseil d'État, chargé de missions diplomatiques, préfet de la
- Vendée, puis de Nantes, député, pair de France et ambassadeur à
- Saint-Pétersbourg. Comme historien, il obtint les plus grands succès
- et entra à l'Académie.
-
- BARRINGTON (Charles). Jeune Anglais, de l'intimité de lord Holland
- vers 1832.
-
- BARROT (Odilon), 1781-1873. Homme politique français. Il commença sa
- carrière dans le droit et prit une part active à la révolution de
- 1830. Sous le règne de Louis-Philippe, il fut le chef de la gauche
- dynastique.
-
- BARTHE (Félix), 1795-1863. Magistrat et homme d'État français.
- Affilié aux _carbonari_, il fut un ennemi véhément de la
- Restauration. Député en 1830, il fut ensuite ministre de
- l'Instruction publique, garde des Sceaux, président de la Cour des
- comptes. En 1834, il fut nommé pair. Dans le Cabinet Molé, il fut
- ministre de la Justice. En 1852, il fut appelé au Sénat.
-
- BARTHOLONY (François), 1796-1881. Riche financier genévois, un des
- fondateurs de la Compagnie de chemins de fer d'Orléans; il prit une
- part active à la création du Crédit foncier de France.
-
- BASTARD D'ETANG (le comte), 1794-1844. Magistrat et homme politique
- français. Conseiller à la Cour en 1810, il fut appelé en 1819 à la
- Chambre des pairs. Il instruisit avec intégrité le procès de Louvel,
- montra beaucoup d'indépendance politique, et après 1830 fut un
- des membres chargés de l'instruction du procès des ministres de
- Charles X.
-
- BASSANO (Hughes-Bernard Maret, duc DE), 1763-1839. Commença par être
- avocat, et en 1789, publia les bulletins de l'Assemblée nationale,
- fondant ainsi le _Moniteur universel_. Bonaparte le nomma, après le
- 18 Brumaire, secrétaire général des consuls, puis ministre. Il
- accompagna toujours l'empereur, fut nommé en 1811 duc de Bassano, et
- ministre des Affaires étrangères. Nommé pair de France en 1831 par le
- roi Louis-Philippe, il fut un instant ministre de l'Intérieur et
- président du Conseil en 1834.
-
- BASSANO (duchesse DE), Mme Maret, femme du duc de Bassano, fut dame
- d'honneur des impératrices Joséphine et Marie-Louise.
-
- BATHURST (Henry, comte), 1762-1834. Homme d'État anglais, un des plus
- éminents du parti Tory. Il fut ministre des Affaires étrangères, de
- la Guerre, du Commerce, des Colonies, président du Conseil formé par
- le duc de Wellington dont il était l'ami intime, et se montra
- l'ennemi acharné de Napoléon Ier qu'il fit reléguer à Sainte-Hélène.
-
- BATTHYÁNY (la comtesse), 1798-1840. Elle était née baronne
- d'Ahrenfeldt et avait épousé le feld-maréchal comte Bubna. Devenue
- veuve en 1825, elle se remaria en 1828 avec le comte Gustave
- Batthyány Strattman.
-
- BAUDRAND (Marie-Étienne-François, comte DE), 1774-1848. Général
- français, servit sous la République, dans les armées du Rhin et
- d'Italie, prit part comme chef d'état-major à la bataille du Mont
- Saint-Jean, devint pair de France sous Louis-Philippe, aide de camp
- du duc d'Orléans au siège d'Anvers en 1832 et, en 1837, gouverneur
- du comte de Paris.
-
- BEAUHARNAIS (Eugène DE), 1781-1824. Fils du général de Beauharnais et
- de Joséphine Tascher de la Pagerie, plus tard impératrice par son
- second mariage avec Bonaparte, Eugène de Beauharnais prit une part
- active aux guerres de l'empire; en 1805, il fut nommé vice-roi
- d'Italie et en 1806 il épousa la princesse Auguste, fille du roi de
- Bavière. Après la chute de Napoléon, il se retira en Bavière, avec
- le titre de duc de Leuchtenberg.
-
- BEAUHARNAIS (Hortense DE), 1783-1837. Fille de l'impératrice
- Joséphine, elle épousa, en 1802, Louis Bonaparte, roi de Hollande,
- et fut mère de Napoléon III. La Restauration lui donna une pension
- et le titre de duchesse de Saint-Leu.
-
- BEAUHARNAIS (Stéphanie DE), 1789-1860. Fille de Claude de
- Beauharnais, chambellan de l'impératrice Marie-Louise, elle avait
- épousé en 1806 le grand-duc Charles-Louis-Frédéric de Bade, dont
- elle devint veuve en 1818.
-
- BEAUVEAU (la maréchale, princesse DE), 1720-1807. Marie-Charlotte de
- Rohan-Chabot avait d'abord épousé en 1749 J.-B. de Clermont
- d'Amboise; devenue veuve, elle se remaria en 1764 avec le prince de
- Beauveau.
-
- BEAUVILLIERS (la duchesse DE), 1774-1824. Elle était la septième
- fille du duc de Mortemart, et de son premier mariage avec Mlle
- d'Harcourt. Elle épousa le duc François de Beauvilliers de
- Saint-Aignan, pair de France.
-
- BEDFORD (John, duc DE), 1766-1839. Il épousa d'abord une fille du
- vicomte de Torrington, et en secondes noces, une fille du duc de
- Gordon. Son troisième fils fut lord John Russell.
-
- BEDFORD (la duchesse DE), morte en 1853. Fille d'Alexandre, duc de
- Gordon, elle épousa en 1803 le duc de Bedford.
-
- BEÏRA (la duchesse DE), 1793-1874. Marie-Thérèse, infante de
- Portugal, devint veuve en 1813 de don Pedro-Charles, infant
- d'Espagne, se remaria à l'infant don Carlos d'Espagne en 1828 et en
- devint veuve en 1855.
-
- BELFAST (lady), 1799-1860. Anne-Henriette, fille aînée de Richard,
- comte de Glengall, épousa en 1822 le baron de Belfast.
-
- BELGES (la reine des), Louise, princesse d'Orléans, 1812-1850.
- Seconde femme du roi Léopold Ier de Belgique et fille de
- Louis-Philippe, roi des Français.
-
- BENKENDORFF (Alexandre, comte), 1784-1844, officier russe. Lors de la
- rébellion de 1825, il se montra dévoué à l'empereur Nicolas, qui le
- prit comme aide de camp, le fit comte et sénateur. Il était frère de
- la princesse de Lieven.
-
- BÉRANGER (Mme DE), morte en 1826. Mlle de Lannois épousa en 1793 le
- duc de Châtillon-Montmorency. Devenue veuve, elle se remaria en 1806
- avec le comte du Gua de Béranger.
-
- BÉRANGER (Mlle Élisabeth DE), fille du second mariage de la duchesse
- de Châtillon, elle épousa le comte Charles de Vogüé, frère du
- marquis.
-
- BERGAMI (Barthélemy). Postillon italien des écuries de la Reine
- Caroline, épouse de George IV d'Angleterre; la reine l'éleva au rang
- de chambellan, après qu'elle eut quitté l'Angleterre et se fut
- réfugiée en Italie. Il était très beau. Il avait deux frères,
- Balloti et Louis. La Princesse donna l'intendance de sa maison à
- celui-ci et chargea l'autre de sa caisse; leur sœur, qui avait
- épousé un comte Oldi, devint sa dame d'honneur.
-
- BERGERON (Louis), né en 1811. Journaliste français. Après 1830, il se
- jeta dans le mouvement républicain et fut accusé, en novembre 1832,
- d'avoir tiré sur Louis-Philippe; il fut acquitté, mais en 1840,
- ayant souffleté en plein Opéra M. de Girardin pour une question de
- polémique, il fut condamné à trois ans de prison.
-
- BERRY (le duc DE), 1778-1820. Second fils du comte d'Artois (Charles
- X), il suivit sa famille dans l'émigration et revint en France en
- 1814. En 1816 il épousa la princesse Caroline de Naples. Il fut
- assassiné à Paris, le 13 février 1820, par Louvel, qui voulait
- éteindre en lui la race des Bourbons, mais il laissa un fils
- posthume, le duc de Bordeaux.
-
- BERRY (la duchesse DE), 1798-1870. La princesse Caroline, fille de
- François Ier, roi des Deux-Siciles; elle épousa, en 1816, le duc de
- Berry, second fils de Charles X, et fut la mère du duc de Bordeaux.
-
- BERRYER (Antoine), 1790-1868. Avocat de premier ordre, orateur du
- parti légitimiste, il fut plusieurs fois député et entra à
- l'Académie en 1855. Il avait épousé, à vingt ans, Mlle Caroline
- Gauthier. Ses dernières années se passèrent dans la retraite, dans
- sa terre d'Augerville.
-
- BÉRULLE (le cardinal Pierre DE), 1575-1629. Aussi distingué par son
- caractère doux et conciliant que par sa fermeté religieuse et
- l'étendue de son savoir, il seconda puissamment le cardinal du
- Peyron dans ses controverses avec les protestants. Il établit en
- France l'ordre des Carmélites et fonda la congrégation de
- l'Oratoire.
-
- BERTIN DE VEAUX. 1766-1842. Né à Essonnes; il fonda en 1799 le
- _Journal des Débats_ avec son frère. Il fut conseiller d'État,
- député et vice-président de la Chambre, ministre à La Haye et pair
- de France.
-
- BIGNON (Louis-Pierre-Édouard, baron),
- 1771-1841. Diplomate français, il fut secrétaire de légation en
- Suisse, en Sardaigne, en Prusse; ministre à Cassel, à Carlsruhe;
- administrateur en Pologne et en Autriche sous le premier empire; il
- fut député en 1817 et pair de France en 1837.
-
- BIRON (Armand-Louis, duc DE), 1747-1793. Connu sous le nom de Lauzun.
- Il fit la guerre de l'Indépendance en Amérique. En 1792, il fut
- nommé général en chef des armées du Rhin. Accusé de trahison par le
- comité du Salut public et traduit devant le tribunal révolutionnaire
- il fut condamné à mort et exécuté.
-
- BIRON-COURLANDE (la princesse Antoinette DE), 1813-1881, épousa le
- comte de Lazareff, colonel russe.
-
- BJOERSTJERNA (Magnus-Frédéric-Ferdinand), 1779-1847. Après la
- bataille d'Eckmühl, il fut envoyé en mission auprès de Napoléon Ier;
- il fut, plus tard, ministre plénipotentiaire à Londres.
-
- BLACAS (Pierre-Louis-Jean, duc DE), 1770-1839. Il s'attacha à la
- personne de Louis XVIII pendant son exil, et, à la Restauration, il
- fut nommé ministre de la maison du roi. En 1815, il entra à la
- Chambre des pairs et fut envoyé à Naples pour négocier le mariage du
- duc de Berry avec la princesse Caroline, et à Rome pour conclure un
- concordat qui n'a jamais été appliqué.
-
- BOIGNE (la comtesse DE), 1780-1866. Adèle d'Osmond épousa en 1798,
- pendant l'émigration, le comte de Boigne, qui, après une vie
- d'aventures, était revenu fort riche des Indes. De 1814 à 1859, le
- salon de Mme de Boigne fut, à Paris, l'un des plus importants du
- monde aristocratique, diplomatique et politique. Le duc Pasquier en
- était le plus fidèle habitué.
-
- BOISMILON (Jacques-Dominique DE), 1795-1871. Professeur français. Il
- fut choisi comme secrétaire du duc d'Orléans; plus tard, il fut
- attaché au comte de Paris et promu officier de la Légion d'honneur
- en 1845.
-
- BOISSY (Mlle Rouillé DE). Sœur du marquis de Boissy, pair de France,
- elle avait épousé le comte Pierre d'Aubusson qui devint fou, et dont
- elle devint veuve en 1842. Elle mourut elle-même en 1855.
-
- BOLIVAR (Simon), 1783-1830. Le libérateur de l'Amérique. Il
- affranchit le Venezuela et la Nouvelle-Grenade, qu'il unit, sous le
- nom de Colombie, en une seule République.
-
- BONAPARTE (le général), voir à $1er.
-
- BONAPARTE (Jérôme), 1784-1860. Roi de Westphalie. Il était le plus
- jeune frère de Napoléon Ier. Dans sa jeunesse, il avait épousé miss
- Paterson dont l'Empereur le força à divorcer pour épouser la
- princesse Catherine de Würtemberg.
-
- BONAPARTE (Lucien), 1773-1840. Troisième frère de Napoléon Ier. Plein
- de talents, mais d'un caractère indépendant, il essuya la disgrâce
- de son frère et se retira à Rome où le pape Pie VII érigea en
- principauté sa terre de Canino.
-
- BONNIVARD (François DE), 1494-1571. Chroniqueur et homme politique.
- Prieur de Saint-Victor dans le territoire de Genève. Il se ligua
- avec les patriotes de cette ville contre Charles III, duc de Savoie,
- qui en convoitait la possession. Le duc, devenu maître de Genève,
- emprisonna Bonnivard à Chillon où il resta six ans. Lord Byron l'a
- mis en scène dans son beau poème _le Prisonnier de Chillon_.
-
- BORDEAUX (le duc DE), 1820-1883. Fils du duc de Berry et petit-fils
- de Charles X. Il vécut dans l'exil avec sa famille à partir de 1830,
- soit à Venise, soit à Frohsdorf en Styrie, où il portait le titre de
- comte de Chambord. Il avait épousé une archiduchesse d'Autriche et
- n'eut jamais d'enfant.
-
- BOULE (André-Charles), 1642-1732. Ébéniste dont les ouvrages sont
- très recherchés.
-
- BOURQUENEY (baron, puis comte DE), 1800-1869. Attaché à la rédaction
- du _Journal des Débats_, puis maître des requêtes au conseil
- d'État, il entra ensuite dans la diplomatie, et fut secrétaire de
- l'ambassade de Londres, puis en 1844 ambassadeur à Constantinople,
- et en 1859 à Vienne. Il quitta bientôt après la carrière
- diplomatique pour entrer au Sénat.
-
- BRAGANCE (la duchesse DE), 1812-1873. Amélie-Auguste, fille d'Eugène
- de Beauharnais, vice-roi d'Italie, et d'une princesse de Bavière,
- fut la deuxième femme de l'empereur du Brésil dom Pedro Ier, dont
- elle devint veuve en 1834.
-
- BRENIER DE RENAUDIÈRE (le baron), 1807-1885. Il fut chargé en 1828
- d'une mission en Grèce, et plus tard secrétaire d'ambassade à
- Londres, Lisbonne et Bruxelles. En 1855, il était ministre à Naples.
-
- BRESSON (Charles, comte), 1788-1847. Diplomate français, il fut chef
- de division au ministère des affaires étrangères sous Napoléon Ier.
- Nommé en 1833 premier secrétaire à Londres, il reçut en 1836 le
- poste de ministre à Berlin où il rétablit les relations d'amitié
- entre la France et la Prusse. En 1841, il devint ambassadeur à
- Madrid, et, en 1847, à Naples où il se tua bientôt, dans un accès
- de démence.
-
- BRETONNEAU (Pierre, docteur), 1778-1862. Célèbre médecin français,
- résidant à Tours, son pays d'origine, où il s'était établi,
- indifférent à la renommée. Il fut une des gloires médicales de la
- France et fit beaucoup de bien aux pauvres.
-
- BROGLIE (le duc DE), Achille-Charles-Victor, 1785-1870. Membre de la
- Chambre des pairs, il s'y honora en défendant le maréchal Ney, lors
- de son procès. Attaché au parti doctrinaire, il fut plusieurs fois
- ministre sous Louis-Philippe. Il fut membre de l'Académie française.
- Il avait épousé la fille de Mme de Staël.
-
- BROGLIE (la duchesse DE), 1797-1840. Albertine de Staël épousa en
- 1814 le duc Victor de Broglie. Mme de Broglie était belle, sérieuse,
- pieuse et passait pour un peu sévère.
-
- BROOKE (lord), né en 1818, il épousa en 1852 Anne, fille du comte de
- Wemyss, et succéda en 1853 à son père comme lord Warwick.
-
- BROUGHAM (Henry, lord), 1778-1868. Homme politique et écrivain
- anglais, il collabora avec éclat à la _Revue d'Edimbourg_ et fut,
- par de grands succès au barreau, conduit au Parlement en 1810. Il
- fut l'avocat célèbre et heureux de la reine Caroline accusée
- d'adultère. Il se distingua toujours par la défense des idées
- libérales. Il devint pair et chancelier sous le ministère de lord
- Grey, en 1830.
-
- BROUGHAM (lady), morte en 1865. Marie-Anne, fille de sir Thomas Eden,
- avait épousé d'abord lord Spalding. Devenue veuve, elle épousa lord
- Brougham en 1819. Une seule fille naquit de ce mariage, elle se
- nommait Éléonore, et mourut à dix-sept ans d'une maladie de poitrine.
- Ce fut dans l'espoir de la ramener à la vie que lord Brougham
- construisit, dans le beau climat de Cannes, une maison qui fut le
- commencement de la prospérité de cet endroit.
-
- BÜLOW (Henri, baron DE), 1790-1846. Diplomate prussien. En 1827, il
- fut nommé ministre en Angleterre et prit part aux conférences de
- Londres en 1831. Plus tard, il fut chargé du portefeuille des
- Affaires étrangères en Prusse. Il avait épousé la fille de Guillaume
- de Humboldt.
-
- BURGHERSH (John, lord), 1811-1859. Après la mort de son père, comte
- de Westmorland. Ancien aide de camp du duc de Wellington, il passa
- dans la diplomatie, fut ministre à Florence, à Berlin, à Vienne.
- Grand musicien, il a composé plusieurs opéras.
-
- BUTERA (le prince DE), mort en 1841. Anglais, du nom de Wilding, qui
- avait épousé la princesse de Butera, d'une grande famille de Palerme.
- Par un décret du roi des Deux-Siciles, il fut autorisé en 1822 à
- ajouter ce titre à son nom. En 1835, un autre décret lui accorda, en
- toute propriété, le titre de prince de Radoli qu'il porta jusqu'à sa
- mort. Il ne laissa point d'enfant.
-
- BYRON (George-Gordon, lord), 1788-1824. Célèbre poète anglais. Au
- moment de l'insurrection hellénique, il se rendit en Grèce et mourut
- à Missolonghi.
-
-
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-
- CALOMARDE (François-Thadé), 1775-1842. Homme d'État espagnol qui
- fut l'âme de la politique de son pays après le rétablissement de
- Ferdinand VII. Il fit partie, en 1824, du ministère de grâce et de
- justice, où il sut se conserver une influence prépondérante sur les
- déterminations du roi. Il devint l'âme du parti rétrograde, prit
- part au décret par lequel Ferdinand VII abolissait la loi salique en
- Espagne, et fit punir sévèrement les tentatives carlistes. Mais lors
- de la grave maladie du Roi en 1832, où on le crut mort, Calomarde
- fut le premier à saluer don Carlos du titre de Roi, et la reine
- Christine devenue régente l'exila dans ses terres. Il allait y être
- arrêté lorsqu'il s'enfuit en France où il vécut dans la retraite
- jusqu'à sa mort.
-
- CAMBRIDGE (la duchesse Auguste DE), 1797-1889. Elle était fille du
- landgrave Frédéric de Hesse-Cassel, et épousa en 1818 le duc
- Adolphe-Frédéric de Cambridge, septième fils du roi George III
- d'Angleterre. Elle devint veuve en 1857.
-
- CAMPAN (Mme), 1752-1822. Jeanne Genest, devint à quinze ans lectrice
- de Mesdames, filles de Louis XV. Elle épousa M. Campan et devint
- première femme de chambre de Marie-Antoinette. Pendant la
- Révolution, retirée dans la vallée de Chevreuse, elle y fonda un
- pensionnat où Mme de Beauharnais fit entrer sa fille. Napoléon Ier
- nomma, plus tard, Mme Campan surintendante de la maison qu'il fonda
- à Ecouen pour l'éducation des filles de la Légion d'honneur.
-
- CANINO (Charles-Jules-Laurent, prince DE), et de Musignano,
- 1803-1857. Fils de Lucien Bonaparte, il épousa une fille de Joseph
- Bonaparte. Président de l'Assemblée constituante romaine en 1848,
- naturaliste distingué, correspondant de l'Institut de France.
-
- CANIZZARO (la duchesse DE). Elle était Anglaise, et avait épousé
- François de Plantamone, duc de Canizzaro, qui fut pendant plusieurs
- années ministre des Deux-Siciles accrédité à la cour d'Angleterre.
-
- CANNING (George), 1770-1827. Homme d'État anglais. Il laissa le
- barreau et se fit nommer à la Chambre des communes en 1793, y
- soutint Pitt qui le fit nommer sous-secrétaire d'État. Plus tard,
- il fut dans l'opposition; puis fut ambassadeur à Lisbonne. Il
- voyagea sur le Continent et ses liaisons avec les libéraux de Paris
- changèrent ses principes. En 1822, il fut appelé au ministère des
- Affaires étrangères et s'employa, depuis lors, à des réformes
- libérales. Il fit des efforts généreux en faveur des catholiques.
-
- CANNING (Charles-John, comte), 1812-1862. Homme d'État anglais, fils
- de G. Canning. Il entra en 1836 à la Chambre des communes du côté de
- l'opposition dirigée par sir Robert Peel. A la mort de son père, il
- entra à la Chambre des lords et fut sous-secrétaire d'État aux
- Affaires étrangères; en 1846, il fut nommé directeur général des
- Eaux et Forêts; en 1852, directeur général des Postes, puis
- gouverneur des Indes, où il eut à lutter pendant deux ans contre
- l'insurrection.
-
- CANNING (lady), 1817-1861. Fille aînée de lord Stuart de Rothesay,
- elle épousa lord Canning en 1835 et mourut sans laisser d'enfants.
-
- CANOVA (Antoine), 1757-1822. Célèbre sculpteur italien.
-
- CAPO D'ISTRIA (Jean-Antoine, comte), 1776-1831. Né à Corfou, il fit
- son éducation en Italie et entra au service russe. L'empereur
- Alexandre Ier l'employa à plusieurs missions en Allemagne, en
- Turquie, en Suisse; il fut plénipotentiaire au deuxième traité de
- Paris en 1815. Plus tard, retiré en Suisse, il prêta son appui aux
- Grecs révoltés. Il fut assassiné par les fils du Bey des Mainotes.
-
- CARLISLE (Georges-William, vicomte Morpeth, lord), 1802-1864.
- Petit-fils, par sa mère, de la belle duchesse de Devonshire; il
- remplit avec distinction les fonctions de lord-lieutenant d'Irlande,
- sous le ministère libéral de lord John Russell.
-
- CARLOTTA (l'infante), 1804-1844. Fille du roi des Deux-Siciles, sœur
- de la reine Marie-Christine d'Espagne et épouse de don Francesco de
- Paulo, infant d'Espagne.
-
- CAROLINE (la reine), 1781-1821. Fille du duc de Brunswick, elle
- épousa en 1795 le prince de Galles qui fut régent en 1810 et devint
- roi d'Angleterre en 1820 sous le nom de George IV. Son mari l'accusa
- publiquement d'adultère dans un procès célèbre. L'enquête ne
- constata que des inconséquences chez cette Princesse.
-
- CARRACHE (Annibal), 1560-1609. Considéré comme le plus grand des
- peintres de sa famille, où ils étaient, presque tous, des artistes
- distingués.
-
- CARREL (Armand), 1800-1836. Célèbre publiciste français. Ancien élève
- de Saint-Cyr, il prit une part active aux conspirations
- semi-libérales, semi-bonapartistes sous la Restauration, et, au
- moment de la révolution espagnole, alla secrètement soutenir les
- constitutionnels. Il quitta l'épée pour la plume, devint rédacteur
- en chef du _National_, journal fondé par MM. Thiers et Mignet dans
- le but de hâter la chute des Bourbons et de préparer l'avènement de
- la maison d'Orléans. Ce ne fut qu'en 1832 que le _National_ arbora
- le drapeau républicain. Carrel se battit en duel avec M. de Girardin
- et mourut quarante-huit heures après, des suites de ses blessures.
-
- CASTELLANE (André, marquis DE), 1758-1837. Député de la noblesse en
- 1789, il s'unit au Tiers-État et fut secrétaire de l'Assemblée
- constituante. Jeté en prison pendant la Terreur il n'échappa à la
- mort que par la chute de Robespierre. En 1802, il fut nommé préfet
- des Basses-Pyrénées, et, ensuite, maître des requêtes au conseil
- d'État. Louis XVIII le nomma pair de France en 1815 et
- lieutenant-général l'année suivante. Il fut le père du maréchal de
- Castellane.
-
- CASTELLANE (comtesse DE), 1796-1847. Cordelia Greffulhe, épousa en
- 1813 le comte de Castellane, plus tard maréchal de France.
-
- CASTLEREAGH (Robert Stewart, marquis de Londonderry, vicomte),
- 1769-1822. Entra de bonne heure à la Chambre des communes où il
- soutint la politique de Pitt. Ennemi acharné de la Révolution
- française, âme des coalitions contre Napoléon Ier, il fournit des
- subsides aux puissances pendant qu'il était ministre de la guerre.
- Lors du congrès de Vienne, en 1815, il sacrifia la Pologne, la
- Belgique, la Saxe et Gênes; sa conduite fut vivement attaquée au
- Parlement. Dans un accès de démence, il mit fin à ses jours.
-
- CASTRIES (Armand-Charles-Augustin de la Croix, duc DE), 1756-1842.
- Député aux États généraux, il avait fait comme colonel la guerre de
- l'Indépendance en Amérique. Il défendit énergiquement les
- prérogatives de la royauté et blessa au bras Charles de Lameth dans
- un duel né d'une discussion politique, ce qui l'obligea à passer en
- Allemagne. En 1814, il fut nommé pair de France, général de
- division. Plus tard, il se rallia à la monarchie de Juillet.
-
- CATHERINE D'ARAGON, 1483-1536. Fille de Ferdinand d'Aragon et
- d'Isabelle de Castille, elle épousa successivement Henri VII et
- Henri VIII d'Angleterre. Ce dernier la répudia pour épouser Anne
- de Boleyn, et ce divorce fut l'origine du schisme en Angleterre.
-
- CATHERINE DE MÉDICIS, 1519-1589. Reine de France. Fille de Laurent II
- de Médicis, elle épousa Henri II, roi de France, et fut régente
- pendant la minorité de son second fils Charles IX. Catherine avait
- apporté d'Italie le goût des arts, elle construisit le palais des
- Tuileries et continua le Louvre.
-
- CATHERINE PAULOWNA (la grande-duchesse), 1788-1819. Fille de
- l'empereur Paul Ier de Russie, elle épousa d'abord le prince Pierre
- de Holstein, puis Guillaume Ier, roi de Würtemberg, dont elle eut
- une fille.
-
- CAULAINCOURT (la comtesse DE), morte en 1835. Blanche d'Aubusson,
- épousa en 1812 Auguste-Jean-Gabriel de Caulaincourt, qui fut tué à
- la bataille de la Moskova, et qui était frère du duc de Vicence.
-
- CELLES (Antoine-Charles, comte de Visher DE), 1769-1841, d'une
- famille illustre du Brabant, il fut élu député aux États-généraux
- de cette province. Napoléon Ier le nomma maître des requêtes au
- conseil d'État et préfet de la Loire-Inférieure, puis du Zuyderzée.
- Après 1814, devenu sujet du roi des Pays-Bas, il fut élu pendant
- quelque temps aux États provinciaux. Le roi Léopold l'ayant envoyé
- comme ministre plénipotentiaire en France, M. de Celles se fit
- naturaliser, et devint conseiller d'État en France en 1833. Il était
- le beau-frère du maréchal Gérard.
-
- CHABANNES LA PALICE (le comte Alfred DE), 1799-1868. Il fut d'abord
- garde du corps de Louis XVIII, puis chef d'escadron et colonel après
- le siège d'Anvers. Il devint général de brigade et aide de camp du
- roi Louis-Philippe en 1840. Il quitta le service en 1848 et suivit
- la famille royale en exil.
-
- CHABANNES (Louisa DE), 1791-1869. Religieuse carmélite; elle fut
- supérieure du couvent de Paris pendant plusieurs années, puis de
- celui de Bruxelles où elle mourut.
-
- CHALAIS (la princesse DE), Marie-Françoise de Rochechouart-Mortemart,
- épousa en premières noces le marquis de Cany dont elle eut une fille
- qui fut la grand'mère du prince de Talleyrand. Elle épousa, en
- secondes noces, Louis-Charles de Talleyrand, prince de Chalais, qui
- mourut en 1757. Elle était dame du palais de la Reine.
-
- CHALAIS (la princesse DE), morte en 1834. Élolie-Pauline Beauvilliers
- de Saint-Aignan, épousa en 1832 Hélie-Roger de Talleyrand-Périgord,
- prince de Chalais, titre que porte le fils aîné du chef de cette
- maison.
-
- CHANTELAUZE (Victor DE), 1787-1859. Député et dernier garde des
- Sceaux de Charles X, il avait rédigé les fameuses ordonnances qui
- amenèrent la révolution de Juillet; il fut arrêté et condamné à la
- prison perpétuelle. L'amnistie de 1837 le rendit à la liberté.
-
- CHARLEMAGNE, 742-814. Roi des Francs, chef de la dynastie des
- Carolingiens; il succéda à son père Pépin le Bref en 768; en 800 le
- pape Léon III le couronna empereur d'Occident.
-
- CHARLES Ier. Roi d'Angleterre, 1600-1649. Fils de Jacques Ier, il
- épousa Henriette de France, fille du Roi Henri IV et sœur de Louis
- XIII. Victime de la Révolution de 1648, il fut condamné à mort et
- mourut sur l'échafaud.
-
- CHARLES IX. Roi de France, 1550-1574. Deuxième fils de Henri II et de
- Catherine de Médicis. Sous son règne, le royaume fut déchiré par les
- guerres de religion.
-
- CHARLES X. Roi de France, 1757-1836. Frère de Louis XVI et de Louis
- XVIII à qui il succéda en 1824, il porta le titre de comte d'Artois
- jusqu'à son avènement; il mourut à Goritz en exil.
-
- CHARLES-JEAN. Roi de Suède, 1764-1844. Général Bernadotte, prince de
- Ponte-Corvo, maréchal de France, il épousa Mlle Clary, sœur de la
- femme de Joseph Bonaparte. Après la mort de Charles XIII de Suède
- qui l'avait adopté, il devint en 1818 roi de Suède et de Norvège.
-
- CHARLOTTE DE PRUSSE (la princesse), 1798-1860. Fille du roi
- Frédéric-Guillaume III, elle épousa en 1817 le grand-duc Nicolas de
- Russie qui succéda sur le trône à son frère Alexandre Ier.
-
- CHATEAUBRIAND (François-René, vicomte DE), 1768-1848. Un des plus
- illustres écrivains français du dix-neuvième siècle. Il eut des
- relations avec beaucoup de femmes connues par leur talent, leur
- grâce ou leur beauté. Sous la Restauration, il fut pendant quelques
- années dans la diplomatie, et, comme ministre des Affaires
- étrangères, il prit une grande part à la guerre d'Espagne en 1822.
-
- CHÂTILLON-MONTMORENCY (duc DE), mari de Mlle de Lannois. Il périt
- noyé dans le naufrage de la frégate _la Blanche_ à l'entrée de
- l'Elbe.
-
- CHODRON (Jules), 1804-1870. Fils du notaire du prince de Talleyrand,
- qui obtint pour lui, du roi Louis-Philippe, le nom de Courcel, il
- entra dans la diplomatie, où il sut se faire une position aussi
- honorable que distinguée. Son fils fut pendant plusieurs années
- ambassadeur à Berlin et à Londres.
-
- CHOISEUL-STAINVILLE (Étienne-François, duc DE), 1719-1785. Homme
- d'État français, ambassadeur, puis ministre, de 1758 à 1770, sous
- Louis XV, il fit conclure _le Pacte de famille_. Une intrigue de
- cour le renversa parce qu'il ne voulait pas plier devant la Dubarry.
- Relégué dans sa terre de Chanteloup, il y reçut, malgré le roi, le
- témoignage de l'estime publique. Il avait épousé Mlle Crozat du
- Châtel, qui paya les dettes que la générosité de son mari lui avait
- fait contracter, et passa les dernières années de sa vie, après son
- veuvage, dans un pauvre couvent de Paris.
-
- CLANRICARDE (marquis DE), 1802-1874. Homme politique anglais. Il
- épousa en 1825 la fille de Canning et fut appelé, l'année suivante,
- à siéger à la Chambre des lords. Il fut sous-secrétaire aux Affaires
- étrangères en 1826, ambassadeur en Russie de 1838 à 1841, directeur
- général des postes de 1846 à 1852 et lord du Sceau privé en 1857.
-
- CLANRICARDE (lady), morte en 1876. Henriette, fille unique de G.
- Canning, épouse de lord Clanricarde.
-
- CLARENCE (duchesse DE), 1792-1849. Voir à ADÉLAÏDE (la reine).
-
- CLARENDON (Edouard-Hyde, comte), 1608-1674. Magistrat et historien
- anglais. Lors de la guerre civile, sous Charles Ier, il prit le
- parti du roi Charles II qui le nomma grand chancelier. Il se retira
- en France et mourut à Rouen.
-
- CLARENDON (lord), 1800-1870. Ministre d'Angleterre à Madrid en 1833,
- plus tard ministre du Commerce et lord-lieutenant d'Irlande. En
- 1853, il devint ministre des Affaires étrangères, représenta
- l'Angleterre au Congrès de Paris en 1856, puis fut ambassadeur en
- Italie en 1868.
-
- COBBETT (William), 1766-1835. Démagogue anglais. Il passa plusieurs
- années aux États-Unis; à son retour en Angleterre en 1804, il y
- rédigea un journal radical qui fut souvent poursuivi. Élu en 1832 à
- la Chambre des communes, il y appuya chaudement la réforme
- parlementaire.
-
- COBOURG (le prince Ferdinand DE), 1816-1888. Ce prince fut le
- deuxième mari de la reine de Portugal, doña Maria da Gloria, qu'il
- épousa en 1836. Il reçut le titre de Roi en 1837. Veuf en 1853, il
- fut régent pendant la minorité de son fils. En 1869, il contracta un
- mariage morganatique avec Mlle Hensler, qui fut faite comtesse Elice
- d'Edla. Il était frère du roi Léopold de Belgique et de la duchesse
- de Kent.
-
- COLMAGHI. Marchand de tableaux et de gravures à Londres. L'origine de
- cette maison, qui existe encore, remonte à 1750, lorsque Paul
- Colmaghi, Italien venu de Paris à Londres, y ouvrit une boutique en
- association avec M. Nolteno. Le roi George IV en fut un constant
- protecteur.
-
- CONROY (sir John), 1786-1854. Officier anglais; il fut chevalier
- d'honneur de la duchesse de Kent. A son avènement, la reine Victoria
- le fit baron. Il avait épousé en 1808 la fille et héritière du major
- Fisher, frère de l'évêque de Salisbury.
-
- CONYNGHAM (William, lord), 1765-1854. Avocat irlandais, membre de la
- Chambre des communes, il appartenait au groupe libéral de Burke;
- vers la fin de sa vie il pencha vers les tories. Il fut élevé à la
- Pairie.
-
- CONYNGHAM (Henri, baron), 1766-1832. Il épousa la fille aînée de
- Joseph Denison.
-
- CONYNGHAM (lady). Morte en 1861. Élisabeth, fille de J. Denison,
- banquier à Londres, épousa en 1794 le baron Henri Conyngham, qui fut
- créé marquis en 1816. Amie intime du prince régent d'Angleterre,
- plus tard le roi George IV, elle sut profiter de son pouvoir sur
- lui.
-
- CONYNGHAM (François-Nathaniel, marquis DE), 1797-1882. Il portait, du
- vivant de son père, le nom de Mount-Charles. Il se signala dans les
- affaires publiques par ses idées libérales, fut sous-secrétaire
- d'État aux Affaires étrangères, lord de la Trésorerie, directeur des
- Postes en 1834, membre du Conseil privé en 1835 et vice-amiral de
- l'Ulster en 1849.
-
- CORINNE, femme poète de la Grèce, cinquième siècle avant
- Jésus-Christ.
-
- COUSIN (Victor), 1792-1867. Philosophe et écrivain français, pair de
- France, directeur de l'École normale et membre de l'Académie
- française. Il fut un instant ministre de l'Instruction publique sous
- M. Thiers en 1840.
-
- COWLEY (lady), 1796-1860. Georgiana-Auguste, fille aînée du marquis
- de Salisbury, épousa en 1816 l'Honorable Henry Wellesley, créé en
- 1828 baron Cowley.
-
- COWPER (lady), sœur de W. Lamb, lord Melbourne. Elle épousa en
- deuxièmes noces, en 1840, lord Palmerston, à l'âge de 50 ans.
-
- CRANMER (Thomas), 1489-1556. Archevêque de Canterbury, promoteur de
- la Réforme en Angleterre. Il prononça lui-même le divorce que le
- Pape avait refusé à Henri VIII contre Catherine d'Aragon. A
- l'avènement de la reine Marie Tudor, il fut arrêté comme hérétique
- et mourut sur le bûcher.
-
- CROMWELL (Olivier), 1599-1658. Protecteur de la République
- d'Angleterre en 1652, il amena la ruine du parti royaliste et les
- infortunes du roi Charles Ier, qu'il fit condamner à mort.
-
- CUMBERLAND (Ernest-Auguste, duc DE), 1771-1851. Le dernier des fils
- de George III d'Angleterre. En 1837, il monta sur le trône de
- Hanovre.
-
- CUMBERLAND (duchesse DE), 1778-1841. Frédérique, princesse de
- Mecklembourg-Strélitz, sœur cadette de la reine Louise de Prusse;
- elle épousa, en 1793, le prince Louis de Prusse, frère du roi
- Frédéric-Guillaume III. Devenue veuve, elle épousa en deuxièmes
- noces le prince Frédéric-Guillaume de Solms-Braunfels, et enfin en
- troisièmes noces le duc de Cumberland, qui fut appelé au trône de
- Hanovre en 1837. Elle fut la mère du roi Georges V de Hanovre.
-
- CUVIER (Georges), 1769-1838. Célèbre naturaliste, membre de
- l'Académie française. Il fut conseiller d'État en 1814 et pair de
- France en 1831.
-
- CZARTORYSKI (le prince Adam), 1770-1861. Fils d'Adam-Casimir
- Czartoryski, qui, à la mort d'Auguste III, roi de Pologne, fut porté
- candidat au trône, mais que Catherine II en fit écarter au profit de
- Stanislas Poniatowski. Envoyé comme otage à Saint-Pétersbourg après
- le partage de la Pologne, il y jouit d'une grande faveur auprès de
- l'empereur Alexandre Ier, devint ministre des Affaires étrangères de
- 1801 à 1805, et en 1815 fut sénateur-palatin de Pologne, et curateur
- de l'Université de Vilna. Il se retira des affaires en 1821, et,
- après 1830, s'établit à Paris. En 1817, il avait épousé la princesse
- Anna Sapieha.
-
-
-D
-
- DACRE (lord), 1774-1851. Thomas Brand. Il épousa, en 1819, Barbe,
- fille de sir C. Ogle.
-
- DALBERG (le duc DE), 1773-1833. Fils du Primat et archichancelier
- de ce nom; il fut membre du Conseil provisoire à Paris après la
- chute de Napoléon et plénipotentiaire au congrès de Vienne.
-
- DAUPHIN DE FRANCE. Louis, fils de Louis XV, 1729-1765. Il épousa
- d'abord l'infante Marie d'Espagne qui mourut bientôt. De son second
- mariage avec la princesse Josépha, fille de l'électeur de Saxe, roi
- de Pologne, il eut plusieurs enfants. Il ne régna pas, mais fut le
- père des rois Louis XVI, Louis XVIII, Charles X. Modèle de toutes
- les vertus, il vécut comme un saint.
-
- DAURE (M.). Répétiteur au collège Henri IV, à Paris; il écrivait
- dans le _Constitutionnel_.
-
- DAVOUT (Napoléon-Louis), 1810-1853. Fils du Maréchal. Il fit partie
- de l'état-major du général Gérard, au siège d'Anvers. Il entra à la
- Chambre des Pairs en 1836. Il portait le titre de prince d'Eckmühl.
-
- DAWSON-DAMER (George-Lionel), né en 1788, colonel dans l'armée
- anglaise.
-
- DAWSON-DAMER (Mrs), morte en 1848. Nièce et enfant adoptive de Mrs
- Fitzherbert.
-
- DECAZES (Élie, duc), 1780-1846. Il fut d'abord avocat, puis attaché
- au service du roi Louis de Hollande. Il fut fait ensuite ministre
- et pair de France par Louis XVIII. En 1820, il dut quitter le
- ministère, les royalistes exaltés ne craignant pas de lui imputer
- l'assassinat du duc de Berry; créé duc, il fut envoyé comme
- ambassadeur en Angleterre. Après 1830, il se rallia à
- Louis-Philippe et fut nommé grand référendaire de la cour des
- Pairs.
-
- DECAZES (la duchesse). Fille du comte de Saint-Aulaire et de Mlle
- de Soycourt, petite-fille, par sa mère, du dernier prince de
- Nassau-Sarbrück et petite-nièce de la duchesse de
- Brunswick-Bevern, qui obtint de Frédéric VI, roi de Danemark, la
- transmission du duché de Glucksbourg en faveur du duc et de la
- duchesse Decazes, à leur mariage en 1818. Elle fut la deuxième
- femme du duc Decazes.
-
- DEDEL (Salomon), 1775-1846. Diplomate danois; il fut ambassadeur
- en Suède, en Espagne, en Angleterre. Il mourut à Londres.
-
- DEMION (M.). Homme d'affaires de la famille Montmorency, du prince de
- Talleyrand et des James Rothschild. Il administra pendant plusieurs
- années les terres de Valençay.
-
- DENISON (Albert), 1805-1860. Second fils du marquis de Conyngham. Par
- sa mère, il hérita des grandes propriétés de son oncle Denison et
- prit alors ce nom. Il fut créé baron de Londesborough en 1850.
-
- DESAGES (Émile), 1793-1850. Fils d'un employé supérieur au ministère
- des Affaires étrangères, il entra dans les bureaux de ce ministère
- dès l'âge de seize ans. En 1820, il fut nommé secrétaire à
- l'ambassade de Constantinople. En 1830, le général Sébastiani,
- ministre des Affaires étrangères, l'appela à la tête de la direction
- politique de ce département. Il se retira, après 1848, à Menesele,
- dans la Charente.
-
- DEVONSHIRE (William, duc DE), 1768-1835. De la maison de Courthenay.
- Le titre s'étant éteint dans la ligne aînée, le duc parvint à le
- reprendre, après avoir établi devant la Chambre des lords en 1831
- que, par ses lettres patentes de 1553, la reine Marie avait stipulé
- que le titre, à défaut de ligne directe, passerait aux héritiers de
- la ligne collatérale.
-
- DEVONSHIRE (la marquise DE). Morte en 1806. Fille de lord Spencer,
- elle avait épousé en 1774 le marquis de Devonshire.
-
- DIANE DE POITIERS, 1499-1586. Fille aînée de Jean de Poitiers,
- seigneur de Saint-Vallier, Diane épousa à treize ans Louis de Brézé.
- Elle fut la favorite du roi Henri II, qui la fit duchesse de
- Valentinois et lui donna le château d'Anet, un des plus beaux
- ouvrages de cette époque.
-
- DIDOT (Firmin), 1764-1836. Il se distingua de bonne heure par les
- progrès qu'il fit faire à la typographie, déjà illustrée par son
- père et son frère aîné. Il fut élu député en 1827. Décoré de la
- Légion d'honneur, il fut nommé par le roi Louis-Philippe imprimeur
- du roi et de l'Institut de France.
-
- DINO (duchesse DE), 1793-1862. Titre que porta la comtesse Edmond de
- Périgord depuis 1815. Il avait été décerné par le roi de Naples au
- prince de Talleyrand qui avait si heureusement défendu ses intérêts
- au Congrès de Vienne, et M. de Talleyrand l'offrit galamment à sa
- nièce.
-
- DOLOMIEU (la marquise DE), 1779-1849. Dame d'honneur de la reine
- Marie-Amélie, à qui elle était très dévouée. Mme de Dolomieu était
- la sœur de Mme de Montjoye, dame de Madame Adélaïde.
-
- DOM MIGUEL, 1802-1866. Il fut régent du royaume de Portugal, pendant
- la minorité de sa nièce, la reine doña Maria da Gloria; il en
- profita pour s'emparer du trône et se faire déclarer Roi en 1828.
- Dom Pedro Ier revint alors du Brésil, et après une lutte assez vive
- il parvint à reconquérir la couronne pour sa fille, et il força dom
- Miguel à quitter le Portugal.
-
- DON ANTONIO (l'infant), 1755-1817. Un des infants espagnols internés
- à Valençay par Napoléon Ier. En revenant de sa captivité, il fut
- nommé grand-amiral de Castille.
-
- DON CARLOS de Bourbon, 1788-1855. Second fils de Charles II et frère
- de Ferdinand VII, roi d'Espagne, il fut détenu avec son frère à
- Valençay. Ferdinand VII ayant terminé son règne en 1833 en
- abolissant la loi d'hérédité et en léguant sa couronne à sa fille
- Isabelle, don Carlos protesta, fut exilé, rentra en Espagne en 1834
- et commença la guerre civile. Vaincu en 1839, il se réfugia en
- France, puis en 1847 à Trieste où il mourut.
-
- DON FRANCESCO, 1794-1865. Infant d'Espagne; il épousa en 1819 la
- princesse Carlotta, fille du roi des Deux-Siciles et sœur de la
- reine Christine.
-
- DONNADIEU (Gabriel), 1777-1849. Général français. Il embrassa avec
- ardeur les principes de la Révolution, s'enrôla et fut attaché
- longtemps au corps d'armée de Moreau. Soupçonné d'intrigues sous le
- Consulat et l'Empire, il passa à plusieurs reprises de la grâce à la
- disgrâce. Il se rallia à Louis XVIII qui lui conféra le grade de
- lieutenant-général.
-
- DORSET (le duc DE), 1795-1815. Il se tua en tombant de cheval, et ne
- laissa pas d'enfants. Il était le frère de lady Plymouth. Le titre
- de duc de Dorset a été donné à la famille Sackfield par la reine
- Élisabeth d'Angleterre.
-
- DORSET (Charles, vicomte de Sackfield, duc DE), 1767-1843; oncle du
- précédent et héritier de son titre. Il ne se maria jamais.--Il était
- très lié avec le roi Guillaume IV d'Angleterre.
-
- DOSNE (Mme), Mlle Sophie-Eurydice Matheron, épousa en 1816 M. Dosne,
- agent de change. Elle était née en 1788. Ses parents tenaient un
- magasin de mercerie en gros dans le faubourg Montmartre.
-
- DOUGLAS (le marquis DE), 1811-1863. Plus tard duc de Hamilton. En
- 1843, il épousa la princesse Marie de Bade. Il mourut à Paris des
- suites d'un accident.
-
- DROUET D'ERLON, 1765-1844. Maréchal de France; il s'était enrôlé sous
- la République et avait fait les campagnes de l'Empire. Il fut un des
- plus empressés à reconnaître Napoléon Ier à son retour de l'île
- d'Elbe, et commanda le premier corps d'armée pendant les Cent-Jours.
- Il combattit à Waterloo. Condamné par contumace, il trouva un asile
- en Prusse et ne reprit de service en France qu'en 1830. Il fut nommé
- gouverneur d'Algérie en 1834.
-
- DUCHATEL (Charles Tanneguy, comte), 1803-1867. Homme politique
- français. Il fut successivement conseiller d'État, député, ministre.
- Il fut membre de l'Académie des sciences morales et politiques.
-
- DUNCANNON (John-William), 1781-1847. Il avait épousé, en 1805, Marie,
- fille de lord Westmorland. D'opinions très libérales, il fit partie
- en 1834 du ministère Melbourne avec le portefeuille de l'Intérieur;
- en 1835, il fut créé lord Bessborough.
-
- DUPERRÉ (l'amiral), 1775-1846. Il se signala de bonne heure dans des
- combats contre les Anglais, fut fait contre-amiral et baron en 1811.
- Il conduisit, en 1830, la flotte qui portait l'armée française en
- Algérie et contribua à la prise d'Alger, ce qui le fit nommer amiral
- et pair de France. Il fut plusieurs fois ministre de la Marine.
-
- DUPIN (André-Marie), 1783-1865, dit _Dupin l'aîné_; jurisconsulte et
- magistrat français, député. Il prit une part active à l'élection de
- Louis-Philippe comme roi des Français. De 1832 à 1840, il fut
- président de la Chambre des députés. Sous le deuxième empire, il fut
- appelé au Sénat.
-
- DUPIN (Pierre-Charles-François, baron), 1784-1873. Le dernier des
- trois Dupin. Statisticien français. Membre de l'Institut, de la
- Chambre des Pairs, il se montra également dévoué à la dynastie
- d'Orléans et à la Charte de 1830.
-
- DURHAM (John-Lambton, comte DE), 1792-1840. Gendre de lord Grey. Il
- était entré au Parlement et siégea dans les rangs des Whigs avancés.
- En collaboration avec lord John Russell, il élabora le grand Bill de
- réforme en 1831; il fut plus tard ambassadeur en Russie et
- gouverneur du Canada.
-
- DURHAM (lady), 1816-1841. Louise-Élisabeth, fille de lord Grey,
- deuxième femme de lord Durham.
-
-
-E
-
- EASTNOR (lord), 1788-1873. Il avait épousé, en 1815, la fille de
- lord Hardwick.
-
- EASTNOR (lady), morte en 1873. Fille de lord Hardwick, elle était
- sœur de lady Stuart de Rothesay.
-
- EBRINGTON (Hughes, comte de Fortescue, lord), 1783-1861. Il entra
- de bonne heure à la Chambre des communes. En 1839, il fut nommé
- conseiller privé et vice-roi d'Irlande; en 1846, grand-intendant de
- la Couronne, et il se retira en 1850. Il appartint toujours au
- parti whig.
-
- ÉLISABETH, reine d'Angleterre, 1533-1603. Fille de Henri VIII et
- d'Anne de Boleyn. Elle ne se maria pas, et laissa sa couronne à
- Jacques Ier, roi d'Écosse et fils de Marie Stuart.
-
- ELLICE (l'honorable Édouard), 1787-1863, gendre de lord Grey.
- Membre de la Chambre des communes, il contribua à y faire voter le
- Bill de réforme. Il fut secrétaire du Trésor et de la Guerre. Riche
- commerçant, il possédait de vastes propriétés au Canada.
-
- ENTRAIGUES (Amédée Goveau D'), né en 1785. Préfet à Tours de 1830 à
- 1847. Il avait épousé une princesse Santa-Croce dont le père avait
- été mêlé aux événements de 1798 qui enlevèrent Rome au Pape et y
- firent proclamer la République. Ce prince avait confié sa fille au
- prince de Talleyrand qui la fit élever et la dota.
-
- ENTRAIGUES (Jules D'), né en 1787 et mort fort âgé. Frère du préfet
- de Tours, il possédait, dans les environs de Valençay, un joli
- château nommé _la Moustière_.
-
- ESCLIGNAC (la duchesse D'), 1801-1868. Georgine, fille du baron Boson
- de Talleyrand-Périgord, troisième frère du prince de Talleyrand, et
- de Charlotte-Louise de Puissigneux, elle avait épousé le duc
- d'Esclignac.
-
- ESTERHAZY (Paul-Antoine, prince), 1786-1866. Diplomate autrichien, il
- fut ambassadeur à Londres pendant les conférences de 1831 et membre
- du Ministère hongrois Batthyány. Il fut toujours un ami fidèle de la
- duchesse de Dino.
-
- ÉTIENNE (Charles-Guillaume), 1777-1845. Journaliste et auteur
- dramatique français; il devint député en 1832, vota avec les
- libéraux et obtint, en 1839, un siège à la Chambre des Pairs.
-
- ÉTIENNE DE BLOIS, roi d'Angleterre, 1105-1154. Il avait pour mère une
- fille de Guillaume le Conquérant. Étienne de Blois épousa
- l'héritière des comtes de Boulogne.
-
- EXELMANS (Isidore, comte), 1775-1852. Un des plus brillants généraux
- du premier Empire. Exilé au retour des Bourbons, il ne put rentrer
- en France qu'en 1823. Nommé pair de France par le roi
- Louis-Philippe, il devint en 1849 grand chancelier de la Légion
- d'honneur, et, en 1851, maréchal de France. Il mourut d'une chute de
- cheval.
-
-
-F
-
- FABRE (François-Xavier), 1766-1837. Peintre français, élève de
- David. Il se lia, à Florence, avec la comtesse d'Albany, veuve du
- dernier des Stuart et d'Alfieri, le célèbre poète italien, qu'elle
- avait épousé en secondes noces.
-
- FAGEL (le général Robert). D'une famille néerlandaise, il combattit
- contre la France pendant les guerres de la République. Il fut nommé
- ambassadeur des Pays-Bas aux Tuileries sous la Restauration.
-
- FALK (Antoine-Reinhard), 1776-1843. Homme d'État hollandais; il fut
- secrétaire de légation à Madrid; plus tard, ministre des Affaires
- étrangères, de l'Instruction publique, du Commerce, des Colonies.
- En 1824, il fut envoyé comme ambassadeur à Londres; après la
- séparation de la Hollande et de la Belgique, il fut ambassadeur à
- Bruxelles où il mourut.
-
- FALK (Mme), 1792-1851. Rose, baronne de Roisin; elle était
- demoiselle d'honneur de la Reine des Pays-Bas et épousa, en 1817,
- M. Falk. Après la mort de son mari, elle fut nommée grande
- maîtresse de la princesse d'Orange, et se démit de ses fonctions en
- 1849 lorsque la Princesse monta sur le trône.
-
- FARNBOROUGH (lord), 1761-1838. Ami intime de Pitt, il fut maître
- général des Postes.
-
- FERDINAND II, roi des Deux-Siciles, 1810-1859. Il monta sur le
- trône en 1830, et amena par son impopularité la chute de sa
- dynastie. On l'avait surnommé _le roi Bomba_.
-
- FERDINAND VII, roi d'Espagne, 1784-1833. Fils aîné de Charles IV et de
- Marie-Louise de Parme. L'année même de son avènement, en 1808, il
- fut interné à Valençay, mais remonta sur le trône en 1814.
-
- FERGUSSON (Robert Cutlat), 1768-1838. Avocat et magistrat anglais. Il
- passa vingt ans à Calcutta, où il fit une grosse fortune, et, en
- 1826, revint en Angleterre, où il soutint vigoureusement les
- réformes libérales. En 1830, il se fit l'avocat de la Pologne. En
- 1831, il épousa une Française, Mlle Auger, dont il eut deux enfants.
-
- FERRETTE (Étienne, bailli DE), 1747-1831. Il était déjà bailli de
- l'ordre de Malte en 1767 et ambassadeur de cet ordre à Paris. En
- 1805, les domaines de Malte à Heitersheim ayant été sécularisés et
- incorporés au grand-duché de Bade, le baron de Ferrette fut
- indemnisé par une pension viagère de 60,000 livres et nommé ministre
- de Bade auprès de l'empereur Napoléon Ier, plus tard, auprès de
- Louis XVIII. Il démissionna en 1830. Il avait beaucoup de relations
- à Paris et était un ami du prince de Talleyrand.
-
- FERRERS (lord), 1822-1859. Washington Sewallis, comte Ferrers.
-
- FERRERS (lady), épousa en 1844 lord Ferrers. Elle se nommait Arabella
- et était fille du marquis de Donegall.
-
- FIESCHI (Joseph), 1790-1835; né à Murano (Corse); il tenta de faire
- périr le roi Louis-Philippe pendant une revue le 28 juillet 1835, à
- Paris, au moyen d'une machine infernale dressée dans une maison vers
- le milieu du boulevard du Temple. Le Roi et les Princes échappèrent,
- mais vingt-deux personnes furent blessées et dix-huit tuées, parmi
- lesquelles le maréchal Mortier, duc de Trévise, ministre de la
- Guerre. Fieschi fut condamné à mort avec ses complices Pépin et
- Morey.
-
- FITZCLARENCE (Adolphus, lord), 1802-1856. Troisième fils illégitime
- du roi Guillaume IV d'Angleterre et de l'actrice Mrs Jordan. Il fut
- contre-amiral et aide de camp naval de la reine Victoria.
-
- FITZ-PATRICK (Richard), 1747-1813. Il fut général et se distingua
- dans la guerre d'Amérique. Il entra au Parlement en 1870, fut
- secrétaire du duc de Portland, lord-lieutenant d'Irlande, et, en
- 1783, secrétaire au ministère de la Guerre; il fut un constant ami
- de Fox.
-
- FITZ-PATRICK (M.). Né en 1809, il épousa en 1830 la fille d'Auguste
- Douglas. Il fut capitaine dans l'armée anglaise et membre du
- Parlement.
-
- FITZROY-SOMERSET (lord), 1788-1855. Plus tard lord Raglan. Fils cadet
- du comte de Beaufort, aide de camp du duc de Wellington, aux côtés
- de qui il perdit le bras droit à Waterloo. Il mourut du choléra sous
- Sébastopol, où il commandait l'armée anglaise.
-
- FITZROY-SOMERSET (lady), morte en 1881. Elle était fille de lord
- Wellesley, et nièce du duc de Wellington, chef et ami de lord
- Fitzroy-Somerset, qu'elle épousa, en 1814.
-
- FLAHAUT (le général comte DE), 1785-1870. Aide de camp de Napoléon
- Ier, il fut, sous Louis-Philippe, pair de France, et sous Napoléon
- III ambassadeur et sénateur. Ses parents étaient pauvres, et le
- prince de Talleyrand avait contribué en partie aux frais de son
- éducation.
-
- FLAHAUT (la comtesse DE), morte en 1867. Elle était fille de lord
- Keith et Nairne, amiral anglais.
-
- FOUCHÉ (Joseph), duc d'Otrante, 1763-1820. Maître de police sous
- l'Empire; homme habile, mais sans convictions et sans scrupules.
-
- FOUGIÈRES (Mlle DE). Elle épousa le marquis Christian de Nicolay. Son
- fils, Antoine, épousa Mlle de Vogüé, et sa fille Aymardine, Paul de
- Larges.
-
- FOX (Charles-Jacques), 1748-1806. Un des plus grands orateurs de
- l'Angleterre. Député, il entra dans l'opposition et fut bientôt à la
- tête du parti whig. Défenseur de la tolérance et de la liberté, il
- se montra favorable à la Révolution française et ne cessa de
- conseiller la paix avec la France.
-
- FRANÇOIS Ier, Roi de France, 1494-1547. Fils de Charles d'Orléans,
- comte d'Angoulême, et de Louise de Savoie, il succéda, en 1515, au
- roi Louis XII dont il avait épousé la fille Claude.
-
- FRÉDÉRIC II LE GRAND. Roi de Prusse, 1712-1786. Guerrier illustre, il
- fonda la puissance militaire de la Prusse. Amateur des lettres et se
- piquant de philosophie, il attira Voltaire à sa cour et fut en
- relation avec les encyclopédistes.
-
- FRIAS (le duc DE), 1783-1851. Don Bernardino Fernandez Vilano, comte
- de Haro, duc de Frias, duc de Meda, marquis de Villena. Depuis 1796,
- il servit dans la _Guardia Volona_ et devint capitaine. Il épousa
- doña Marianna de Siloa, fille du marquis de Santa-Cruz. Le duc de
- Frias fut ambassadeur d'Espagne à Londres, et devint ensuite
- président de la Chambre haute établie par la Charte qu'octroya la
- reine Marie-Christine en 1834, et appelée _El estatuto Real_. Il
- était homme de lettres et a laissé des poésies.
-
- FULCHIRON (Jean-Claude), 1774-1859. Littérateur et homme politique
- français. Élève de l'École polytechnique, il servit dans
- l'artillerie. En 1831, élu député, il se montra, pendant quinze ans,
- le constant défenseur de la politique conservatrice. Pair de France
- en 1845, il rentra dans la vie privée en 1848.
-
-
-G
-
- GAËTE (Martin-Charles Gaudin, duc DE), 1756-1841. Ministre des
- Finances sous Napoléon Ier, qui le créa duc. Il fut député sous la
- Restauration, et, en 1820, gouverneur de la Banque de France.
-
- GARCIA (Manuel), 1775-1832. Compositeur et artiste lyrique
- espagnol; il fut le père de Mme Malibran et de Mme Viardot.
-
- GARRAUBE (Jean-Alexandre Valleton DE), 1790-1859. Il suivit la
- carrière militaire et se signala d'abord par son zèle légitimiste.
- Son dévouement pour la duchesse d'Angoulême lui valut le surnom de
- _Chevalier du Brassard_, et une faveur qui, pendant quinze ans, ne
- se démentit pas. Il se rallia à Louis-Philippe en 1830. En 1831, il
- était colonel et député. Il se montra, en général, fidèle à la
- politique des doctrinaires. Il fut admis à la retraite en 1852 avec
- le grade de général de brigade.
-
- GASTON D'ORLÉANS, 1608-1660. Troisième fils du roi Henri IV et frère
- de Louis XIII. Il porta le titre de duc d'Anjou jusqu'en 1624, où il
- reçut en apanage le duché d'Orléans. Il joua un rôle déplorable
- pendant la Fronde, passant sans cesse d'un parti à un autre.
- C'était, du reste, un homme spirituel, ami des lettres et des
- sciences. Il laissa une seule fille, la célèbre Mademoiselle,
- duchesse de Montpensier.
-
- GAUTARD (M. DE), mort en 1839. Il possédait, près de Bex, le château
- Grenier. Très estimé, il fut beaucoup regretté quand il mourut des
- suites d'un accident, l'esprit-de-vin dont il dirigeait la
- fabrication ayant pris feu et fait explosion.
-
- GEORGE III, Roi d'Angleterre, 1738-1820. Il monta sur le trône en
- 1760, succédant à son grand-père George II. Il étendit les conquêtes
- de l'Angleterre aux Indes et réunit définitivement l'Irlande. Il
- combattit de tout son pouvoir la Révolution française, et devint fou
- dix ans avant sa mort.
-
- GEORGE IV, Roi d'Angleterre, 1762-1830. Une jeunesse dissipée,
- l'énormité de ses dettes et son mariage avec une catholique, Mrs
- Fitzherbert, lui aliénèrent l'estime de sa nation. En 1795, il
- épousa la princesse Caroline de Brunswick, à laquelle il intenta
- plus tard un procès scandaleux. En 1811, le Parlement lui donna la
- Régence par suite de la démence de son père. Il monta sur le trône
- eu 1820. Ce fut à lui que Napoléon adressa sa lettre pour réclamer
- l'hospitalité de l'Angleterre, après sa seconde abdication.
-
- GEORGE V, Roi de Hanovre, 1819-1878. Il succéda à son père le roi
- Ernest-Auguste en 1851, malgré sa cécité. En 1866, il perdit ses
- États, qui passèrent à la Prusse, après avoir absolument refusé
- toute entente avec elle.
-
- GÉRARD (Étienne-Maurice, comte), 1773-1852. Ayant adopté la carrière
- militaire, il fit toutes les campagnes de la République et de
- l'Empire. La Restauration l'éloigna. En 1830, il devint ministre de
- la Guerre, et en 1831 maréchal. Commandant de l'expédition de
- Belgique, il prit la citadelle d'Anvers et fut élevé à la Pairie en
- 1832.
-
- GESSLER (Hermann). Bailli des cantons de Schwytz et d'Uri pour Albert
- Ier d'Autriche; il fut, par sa cruauté, cause de l'insurrection du
- pays en 1307, et, selon la tradition, périt de la main de Guillaume
- Tell.
-
- GILLES LE GRAND. Type de la comédie bouffonne, tirant son nom d'un
- acteur célèbre au dix-septième siècle.
-
- GIRARDON (François), 1630-1715. Sculpteur: protégé par le chancelier
- Séguier qui l'envoya étudier à Rome, il fit plusieurs ouvrages très
- estimés.
-
- GIROLLET (Jean-Baptiste-Simon, abbé), 1765-1836. Prêtre bénédictin
- de la congrégation de Saint-Maur, que la Révolution força d'émigrer.
- Il trouva en Pologne une situation de précepteur où il connut la
- princesse Tyszkiewicz. Elle le recommanda au prince de Talleyrand,
- qui le fit nommer aumônier de la Chambre des Pairs. Il fut très ami
- de la famille de Talleyrand. Vers la fin de sa vie, il s'établit à
- Rochecotte, où il fonda une école qui porte son nom.
-
- GLOUCESTER (Frédéric, duc DE), 1776-1834. Fils du duc
- Guillaume-Henri de Gloucester, mort en 1805, il avait épousé en 1816
- la quatrième fille du roi George III, et fut, à cette occasion,
- élevé au rang de prince du sang.
-
- GLOUCESTER (la duchesse DE), 1776-1857. Marie, fille de George
- III d'Angleterre et de la princesse Sophie-Charlotte de
- Mecklembourg-Strélitz, épouse du duc de Gloucester.
-
- GONTAUT-BIRON (la duchesse DE), 1773-1858, née Montault-Navailles,
- gouvernante des enfants de France, qu'elle suivit en exil. Charles X
- l'avait créée duchesse en 1827: c'était un titre à brevet.
-
- GRAFTON (Henry Fitzroy, duc DE), 1790-1863. Il entra en 1826 à la
- Chambre des communes parmi les libéraux et les promoteurs de la
- réforme parlementaire. A la mort de son père, il entra à la Chambre
- des lords où il conserva son attitude libérale, suivant assez
- fidèlement la politique de lord John Russell. Il avait épousé une
- fille de l'amiral Berkeley.
-
- GRAHAM (sir James), 1792-1861. Il devint en 1836, à la mort de son
- père, duc de Montrose et il siégea alors à la Chambre des lords dans
- les rangs du parti conservateur. En 1837, il devint chancelier de
- l'Université de Glascow; en 1852, grand maître de la maison de la
- reine: il fut aussi lord-lieutenant et chancelier du duché de
- Lancastre.
-
- GRANT (Charles), plus tard lord Glenelg. Il était né en 1780, fut
- membre de la Chambre des communes. De 1817 à 1822, il fut secrétaire
- d'État pour l'Irlande. En 1830, il fit partie du ministère de lord
- Grey et, en 1835, de celui de lord Melbourne.
-
- GRANVILLE (lord), 1775-1846. Fils cadet du marquis de Stafford; il
- représenta pendant de longues années l'Angleterre à Paris, où il sut
- se créer des amitiés précieuses. Sa femme était fille de la belle
- duchesse de Devonshire.
-
- GRANVILLE (lady). Henriette-Élisabeth Cavendish, fille du duc de
- Devonshire, épousa en 1809 lord Granville et mourut en 1862.
-
- GREFFULHE (Mme), 1766-1859. Pauline de Randan-Pully; elle épousa en
- 1793 M. Louis Greffulhe, dont elle eut une fille qui fut la comtesse
- de Castellane. Devenue veuve en 1821, Mme Greffulhe épousa en
- secondes noces le comte d'Aubusson la Feuillade, pair de France et
- ancien ambassadeur, qui mourut en 1848.
-
- GRENVILLE (lord William Wyndham), 1759-1834; attaché au parti de
- Pitt dont il était le parent, il remplit plusieurs rôles politiques.
-
- GREVILLE (Henry). Il occupa un emploi à la cour vice-royale de
- Dublin sous lord Clarendon; il eut ensuite un poste au
- Foreign-office et fut secrétaire privé du duc de Wellington.
-
- GREY (Charles Howick, lord), 1764-1845. Appartenant au parti
- libéral, lord Grey fut ministre avec Fox et joua un grand rôle dans
- le procès de la reine Caroline et aussi dans les affaires de
- Belgique en 1830. C'est à lui que l'Angleterre dut sa réforme
- électorale.
-
- GREY (lady), 1775-1861. Fille de William Ponsonby et de Louise,
- fille du vicomte Molesworth, elle avait épousé lord Grey en 1794.
-
- GREY (lady Élisabeth), fille de lord Grey; elle mourut sans s'être
- mariée.
-
- GREY (lady Georgiana), sœur de la précédente; elle mourut en 1870
- sans avoir été mariée.
-
- GRISI (Giulia), 1812-1869. Célèbre cantatrice, fille d'un officier
- italien au service de la France et nièce de Mme Grassini. Elle
- naquit à Milan, entra de bonne heure au Conservatoire et devint une
- artiste renommée, admirée dans toute l'Europe et l'Amérique. En
- 1836, elle épousa à Paris le comte Gérard de Melcy, mais cette union
- fut rompue peu après, à la suite d'un duel entre M. de Melcy et lord
- Castlereagh, neveu du célèbre homme d'État. Elle se remaria plus
- tard avec son camarade Mario, comte de Candia.
-
- GROSVENOR (lady), née en 1797; Élisabeth, fille cadette du duc de
- Sutherland, épousa en 1819 le duc de Westminster.
-
- GUILLAUME II, Roi des Pays-Bas, 1792-1849. Il épousa, en 1816, Anna
- Paulowna, fille de l'Empereur Paul de Russie, et eut un règne
- paisible et conciliateur.
-
- GUILLAUME IV, Roi d'Angleterre, 1765-1837. Il monta sur le trône à
- l'âge de soixante-cinq ans, succédant à son frère George IV, et
- régna de 1830 à 1837. Il avait épousé, en 1818, Adélaïde, fille du
- duc de Saxe-Meiningen.
-
- GUILLAUME LE CONQUÉRANT ou le Bâtard, duc de Normandie, 1027-1087.
- Il conquit l'Angleterre en 1066 et sut organiser fortement son
- nouveau royaume en créant une noblesse militaire hiérarchisée.
-
- GUILLAUME TELL, mort en 1354. Un des chefs de la révolution qui
- affranchit la Suisse en 1307.
-
- GUISE (Henri de Lorraine, duc DE), dit _le Balafré_; 1550-1588. Fils
- aîné de François de Guise, chef de la Ligue, il fut assassiné au
- château de Blois par ordre de Henri III; il avait dirigé le massacre
- de la Saint-Barthélemy.
-
- GUIZOT (François-Pierre-Guillaume), 1767-1874. Homme d'État et
- écrivain français; il fut ministre sous Louis-Philippe. Ambassadeur
- à Londres et membre de l'Académie française.
-
- GUIZOT (Mme), 1803-1833. Élisa Dillon, fut la deuxième femme de M.
- Guizot, qu'elle épousa en 1828, après la mort de sa première femme,
- Pauline de Meulan.
-
-
-H
-
- HAENDEL (Georges-Frédéric), 1685-1759. Compositeur allemand, né à
- Halle en Saxe, mort aveugle à Londres.
-
- HALFORD (sir Henry Wangham), 1766-1844. Premier médecin du roi
- George III d'Angleterre, jouissant d'une grande réputation. En
- 1809, il fut créé baron. Il avait épousé, en 1795, la deuxième
- fille de lord Blestow.
-
- HARDWICK (lady), 1763-1858. Élisabeth, fille du comte de Balcarres,
- épousa, en 1782, Charles-Philippe Yorke, qui, à la mort de son
- oncle lord Hardwick, prit son nom et son titre. Le mari de lady
- Hardwick, amiral, fit partie du ministère Derby en 1852.
-
- HARDY (miss Émily), morte en 1866. Elle épousa, en 1839, le Rév.
- Francis Flewson de Rillarmes.
-
- HAREWOOD (lord Henry), 1767-1841. Il avait épousé lady Louise
- Thynne, fille du marquis de Bath.
-
- HARISPE (le général), 1768-1854. Il fit avec distinction les
- campagnes de la Révolution et de l'Empire. Écarté par la
- Restauration, il fut rappelé en 1830, élevé à la Pairie et fait
- maréchal de France en 1851.
-
- HAYDN (François-Joseph), 1732-1809. Compositeur allemand. Auteur de
- symphonies et d'oratorios remarquables.
-
- HÉLÈNE DE TROIE. Princesse grecque célèbre par sa beauté, et, selon
- la fable, fille de Jupiter et de Léda. Épouse de Ménélas, elle fut
- enlevée par Pâris, ce qui détermina l'expédition des Grecs contre
- Troie.
-
- HENRI III, Roi d'Angleterre, 1216-1272. Fils de Jean sans Terre,
- auquel il succéda à l'âge de neuf ans.
-
- HENRI III, Roi de France, 1551-1589. Troisième fils de Henri II. Il
- porta d'abord le titre de duc d'Anjou, fut élu roi de Pologne, mais
- abandonna ce royaume au bout de quelques mois pour venir succéder,
- en France, à son frère Charles IX. Il fut assassiné par Jacques
- Clément, et avec lui s'éteignit la branche des Valois.
-
- HENRI IV, Roi de France, 1553-1610. Fils d'Antoine de Bourbon et de
- Jeanne d'Albret; il monta sur le trône en 1589, et mourut assassiné
- par Ravaillac.
-
- HENRI V. Les légitimistes appelaient ainsi le duc de Bordeaux.
-
- HENRI VIII, Roi d'Angleterre, 1491-1547; succéda en 1509 à son père
- Henri VII; il se prononça pour Charles-Quint contre François Ier et
- rompit avec l'Église catholique.
-
- HERTFORD (lady), morte en 1836. Isabelle, fille aînée de
- Charles-Ingram Sheffield, vicomte Irvin, épousa Seymour Conway,
- marquis de Hertford. Elle était une amie de George IV.
-
- HESSE-DARMSTADT (le grand-duc DE), 1777-1848. Louis II; il épousa en
- 1830 une princesse Wilhelmine de Bade, qui mourut en 1836.
-
- HESSE-DARMSTADT (la grande-duchesse DE), 1813-1842.
- Mathilde-Caroline, fille du roi Louis de Bavière et épouse du
- grand-duc Louis III de Hesse-Darmstadt.
-
- HESSE-HOMBOURG (la Landgravine DE), 1770-1840. Élisabeth, fille du
- roi George III d'Angleterre, épousa, en 1818, le landgrave
- Frédéric-Joseph, qui mourut en 1829.
-
- HESSE-HOMBOURG (la Landgravine DE), née en 1778. Auguste, fille du
- duc de Nassau-Usingen, épousa en 1804 le landgrave Louis de
- Hesse-Hombourg.
-
- HEYTESBURY (lord William), 1779-1860. Homme d'État anglais;
- conseiller privé, diplomate distingué; son dernier poste
- d'ambassadeur fut celui de Saint-Pétersbourg de 1828 à 1833. De 1844
- à 1846, il fut lord-lieutenant d'Irlande. Il avait épousé une fille
- de W. Bouverie.
-
- HILL (lord Rowland), 1773-1842. Général anglais. Il s'illustra dans
- la guerre d'Espagne et la campagne de 1815. En 1827, il devint
- gouverneur de Plymouth, et l'année suivante il reçut le commandement
- en chef de l'armée anglaise.
-
- HOBHOUSE (sir John Cam), 1785-1869. Écrivain et homme politique
- anglais. Condisciple de lord Byron à Cambridge, il conserva toujours
- pour lui une vive amitié. Ils visitèrent ensemble une partie de
- l'Orient et du Continent et sir J. Hobhouse fit paraître en 1812 un
- ouvrage, _Voyage à travers l'Albanie_, qui le fit nommer membre de
- la Société Royale de Londres. S'étant trouvé à Paris lors du retour
- de Napoléon de l'île d'Elbe, sir J. Hobhouse publia, après la
- bataille de Waterloo, _Lettres écrites par un Anglais pendant les
- Cent-Jours_, livre qui fit sensation, car il y attaquait vivement le
- gouvernement et y émettait des idées libérales. Hobhouse entra en
- 1820 à la Chambre des communes et occupa dès lors plusieurs postes
- administratifs. Il fut élevé à la Pairie en 1851 sous le titre de
- baron Broughton Gyfford.
-
- HOHENTHAL (la comtesse DE), 1808-1845. Née princesse Louise de
- Biron-Courlande, sœur de la comtesse de Lazareff et de Mme de
- Boyen.
-
- HOLLAND (lord), 1772-1840. Neveu de Fox, il fut, comme son oncle, le
- champion des libertés publiques. Il contribua, avec lady Holland, à
- adoucir le sort de Napoléon à Sainte-Hélène.
-
- HOLLAND (lady), morte en 1840. Elle fut en premières noces lady
- Webster. Lord Holland l'avait connue à Florence et l'épousa après
- avoir eu avec elle une liaison antérieure, et après son divorce
- d'avec sir Godfrey Webster. Lady Holland était très spirituelle et
- Holland-House fut pendant longtemps le rendez-vous des notabilités
- littéraires de l'époque.
-
- HOMÈRE. Célèbre poète grec, regardé comme l'auteur de l'_Iliade_ et
- de l'_Odyssée_.
-
- HOPE (Thomas), 1774-1835. Riche et amateur des arts, il voyagea
- beaucoup, puis s'installa à Londres où il forma de riches galeries
- de peinture et de sculpture.
-
- HOWE (Richard-William Penn, lord), mort en 1870, fils du baron
- Curzon. En 1831, il occupait une charge à la cour de la reine
- Adélaïde d'Angleterre.
-
- HOWICK (Henry), 1802-1894. Fils aîné de lord Grey et sous-secrétaire
- d'État aux colonies dans le ministère de son père en 1830. En 1845,
- à la mort de lord Grey, il prit son titre et sa place à la Chambre
- des lords. Il avait des opinions très libérales.
-
- HUGO (Mme Victor), née en 1810; elle se nommait Adèle Foucher, et
- était la fille de Paul-Henry Foucher, littérateur et homme politique
- français.
-
- HUMANN (Jean-Georges), 1780-1842. Financier et homme d'État
- français. Il siégea à la Chambre des députés à partir de 1820, fut
- un des deux cent vingt et un signataires qui amenèrent la révolution
- de 1830, fut ministre des Finances de 1832 à 1836 et de 1840 jusqu'à
- sa mort.
-
- HURE (M.). Grand ami de Fox.
-
- HUSS (Jean), 1373-1415. Théologien hérésiarque, de Bohême.
- Excommunié par le pape Alexandre V pour avoir adopté les doctrines
- de Wicleff, il en appela au Concile de Trente, et, refusant de se
- rétracter, il fut brûlé vif.
-
-
-I
-
- INÈS DE CASTRO. Assassinée en 1355. Célèbre par sa beauté et ses
- malheurs; elle fut épousée par l'Infant Pierre de Portugal.
- Ferreira fit sur elle, au seizième siècle, une tragédie.
-
- ISABELLE (doña), 1801-1876. Régente de Portugal de 1826 à 1828.
-
- ISABELLE II, Reine d'Espagne, 1830-1904. Elle succéda à son père le
- roi Ferdinand VII en 1833, sous la tutelle de sa mère, la reine
- Christine. Isabelle II épousa son cousin germain, François d'Assise
- de Bourbon, qui prit le titre de roi. Elle abdiqua, en 1870, en
- faveur de son fils Alphonse XII, après avoir quitté l'Espagne par
- suite de la révolution de 1868.
-
-
-J
-
- JACOB (Louis-Léon, comte), 1768-1854. Marin français. Il inventa en
- 1805 les signaux sémaphoriques, devint contre-amiral en 1812. Il
- fut élevé à la Pairie après 1830, et un moment ministre de la
- Marine.
-
- JACQUES Ier, Roi d'Écosse et d'Angleterre, 1566-1625. Fils de Marie
- Stuart, il fut roi d'Écosse à un an, en 1567, et roi d'Angleterre
- en 1603 à la mort d'Élisabeth.
-
- JAUCOURT (la marquise DE), 1762-1848. Mlle Charlotte de Bontemps
- avait épousé le marquis de Jaucourt, petit-neveu du chevalier de
- Jaucourt, rédacteur de l'_Encyclopédie_.
-
- JERMINGHAM (Miss). Fille aînée du baron Stafford, elle mourut en
- 1838.
-
- JERSEY (lady), 1787-1867. Sarah, fille du comte de Westmorland. Lord
- Jersey, son mari, remplit diverses charges de cour et lady Jersey
- tint longtemps, dans la société de Londres le sceptre de l'élégance.
-
- JOSÉPHINE (l'impératrice), 1763-1814. Née à la Martinique, Joséphine
- Tascher de la Pagerie épousa en 1779 le vicomte de Beauharnais, qui
- mourut sur l'échafaud en 1794; en 1796, elle épousa le général
- Bonaparte, et elle devint Impératrice en 1804; mais, en 1809,
- Napoléon divorça et elle mourut cinq ans après au château de la
- Malmaison, près de Paris.
-
-
-K
-
- KENT (la duchesse DE), 1786-1861. Fille du duc de
- Saxe-Cobourg-Saalfeld et mère de la reine Victoria d'Angleterre.
- Elle avait épousé, en premières noces, le prince Emich de
- Leiningen, et en secondes noces, le duc de Kent, quatrième fils du
- roi George III d'Angleterre.
-
- KOREFF (David-Ferdinand), 1783-1851. Fils d'un médecin juif, il
- naquit à Breslau, fit ses études à Halle, à Berlin et à Paris. Il
- voyagea en Italie avec la famille de Custine et se trouvant à
- Vienne, en 1814, y fit la connaissance de Hardenberg, chancelier du
- roi de Prusse, qui l'engagea à entrer au service de l'État
- prussien. Il se fit alors baptiser. En 1821, il alla à Paris, puis
- passa quelques années en Angleterre.
-
- KÜPER (le Rév. Dr William), originaire d'Allemagne et luthérien, il
- fut pendant de longues années lecteur de la reine Adélaïde
- d'Angleterre. Il eut pour fils l'amiral Auguste-Léopold Küper.
-
-
-L
-
- LA BESNARDIÈRE (Jean-Baptiste Goney DE), 1765-1843. En 1805 il
- accompagna le prince de Talleyrand à la suite de la Grande Armée;
- pendant les dernières années de l'Empire, il représenta au Conseil
- d'État, avec MM. d'Hauterive et Dalberg, le ministère des Affaires
- étrangères; en 1814, il accompagna le prince de Talleyrand à
- Vienne. En 1819, il se retira en Touraine.
-
- LABOUCHÈRE (Henri), 1798-1861. Anglais, d'une famille d'origine
- française, il fut député de Taunton depuis 1830. Il était le
- deuxième fils de Pierre-César Labouchère, associé de la maison Hope
- et Cie, d'Amsterdam, et d'une fille de sir Francis Baring. Il
- épousa une Baring, sa cousine germaine. En 1858 il fut élevé à la
- Pairie sous le titre de lord Taunton.
-
- LA BRUYÈRE (Jean DE), 1645-1696. Moraliste français; il fut le
- précepteur du petit-fils du grand Condé et l'auteur des
- _Caractères_.
-
- LACRETELLE (Jean-Claude-Dominique DE), 1766-1855. Auteur de
- plusieurs ouvrages historiques où il se recommande plus par une
- certaine habileté d'arrangement que par la profondeur.
-
- LA FAYETTE (Gilbert Mortier, marquis DE), 1757-1834. Après avoir
- fait, fort jeune, la guerre d'Amérique, il fut nommé en 1788 député
- aux États généraux: mis hors la loi après le 20 juin 1792, il dut
- s'enfuir, mais, arrêté par les Autrichiens, il resta cinq ans
- enfermé à Olmütz. Député en 1814, il vota la déchéance de
- l'Empereur; sous la Restauration, il resta toujours dans
- l'opposition. Chef des gardes nationales en 1830, il contribua à
- l'avènement de Louis-Philippe.
-
- LAGRANGE-CHANCEL (Joseph DE), 1676-1758. Littérateur français,
- auteur de tragédies assez faibles et des _Philippiques_.
-
- LAMB (sir Frédéric), 1782-1852. Diplomate anglais; frère de lord
- Melbourne, il fut ambassadeur à Venise, à Münich, en Espagne, et
- entra en 1821 à la Chambre des lords sous le titre de lord Beauvale.
- En 1848, il devint vicomte Melbourne, à la mort de son frère
- William.
-
- LAMENNAIS (Hughes-Félicité-Robert, abbé DE), 1782-1854. Écrivain
- catholique, philosophe réformateur, journaliste révolutionnaire, il
- rompit avec l'Église, qui avait condamné ses ouvrages.
-
- LANGWARD. Improvisateur allemand peu célèbre.
-
- LANSDOWNE (Henry, marquis DE), 1780-1863. Homme d'État anglais. Whig
- modéré, il a laissé une réputation méritée de droiture et
- d'honnêteté politique. Il entra au Parlement de 1802; il montra
- beaucoup de zèle pour l'abolition de l'esclavage, et défendit avec
- ardeur les catholiques irlandais. En 1830, il entra dans le Cabinet
- réformiste de lord Grey, et devint président du Conseil privé.
-
- LANSDOWNE (lady), morte en 1865. Elle était fille de sir Henry Vane
- Tempest et épousa le marquis de Lansdowne en 1819.
-
- LARCHER (Mlle Henriette), 1782-1860. Elle était Genevoise, et fut la
- gouvernante de Mlle Pauline de Périgord, plus tard marquise de
- Castellane.
-
- LA REDOUTE (Joseph-Charles-Maurice, comte DE), 1804-1886. Élève de
- l'École polytechnique, il devint lieutenant en 1826 et fut nommé
- officier d'ordonnance du duc d'Orléans, en 1833. Élu député de
- Carcassonne en 1835, il quitta la carrière militaire; fut en 1840
- ambassadeur pendant quelques mois, à Madrid, et entra à la Chambre
- des pairs l'année suivante.
-
- LA ROCHEFOUCAULD (la vicomtesse Sosthène DE), 1790-1834. Elle était
- la fille unique du duc Mathieu de Montmorency.
-
- LA RONCIÈRE LE NOURY (Émile-Clément DE), 1804-1874. Fils du général
- de la Roncière, il s'engagea à dix-sept ans dans la cavalerie et fut
- détaché comme lieutenant à l'école de Saumur en 1833. A la suite
- d'un procès qui le condamna à dix ans de réclusion, il rentra dans
- l'obscurité. Le second Empire l'en fit sortir, et le nomma
- successivement inspecteur de la colonisation en Algérie, chef de
- service à Chandernagor, puis aux îles Saint-Pierre-et-Miquelon.
-
- LATOUR-MAUBOURG (le marquis DE), 1781-1847. Diplomate français; il
- fut, sous le premier Empire, chargé d'affaires à Constantinople,
- puis ministre plénipotentiaire en Würtemberg. Sous la Restauration,
- il devint successivement ministre en Hanovre, en Saxe, ambassadeur à
- Constantinople en 1823, à Naples en 1830, et à Rome en 1831. Cette
- même année il fut appelé à la Pairie.
-
- LAURENCE (Justin), 1794-1863. Fils d'un orfèvre de Mont-de-Marsan,
- il fut le champion de l'opposition libérale dans son département.
- Tour à tour conseiller de préfecture des Landes, avocat général à la
- Cour royale de Pau, il fut élu député en 1831. En 1844, il fut
- appelé à la Direction générale des Contributions. La Révolution de
- 1848 mit fin à sa carrière politique.
-
- LAUZUN (le duc DE), 1632-1733. Joua un rôle brillant, mais
- aventureux, à la cour de Louis XIV. Il épousa la Grande
- Mademoiselle, cousine germaine du Roi.
-
- LAVAL (le prince Adrien DE), 1768-1837. Pair de France, duc de
- Fernando en Espagne; il fut ambassadeur de France à Rome. Il avait
- épousé sa cousine, Mlle de Montmorency-Luxembourg.
-
- LAVRADIO (don Francisco de Almeida, comte DE), 1796-1870. Portugais,
- pair du royaume, conseiller d'État, il fut ministre en 1825 et en
- 1846. En 1851, il fut ministre à Londres et il venait d'être
- transféré à Rome lorsqu'il mourut.
-
- LAZAREFF (le comte Lazare DE), 1792-1871. Colonel russe; il épousa
- la princesse Antoinette de Biron-Courlande.
-
- LEGONIDEC (Joseph-Julien), 1763-1844. Magistrat français. Avocat au
- Parlement de Paris, il passa en Amérique le temps de la Révolution
- et ne revint en France qu'en 1797. En 1815, la Restauration le nomma
- conseiller à la Cour de cassation où il siégeait encore au moment de
- sa mort comme doyen de la Chambre civile.
-
- LE HON (le comte Charles), 1792-1868. Né à Tournay, en Belgique, il
- joua dans son pays un rôle d'opposition avant 1830. Il fut ensuite,
- pendant de longues années, ministre de Belgique à Paris où il resta
- jusqu'en 1852.
-
- LEHZEN (Mlle Louise) morte en 1870. Fille d'un pasteur protestant
- hanovrien, elle vint en Angleterre en 1818 pour être gouvernante de
- la princesse Féodore de Leiningen, fille du premier mariage de la
- duchesse de Kent; elle prit les mêmes fonctions auprès de la
- princesse Victoria, plus tard Reine d'Angleterre. En 1827, le Roi
- George IV lui conféra le titre de baronne. Elle resta à la cour
- d'Angleterre jusqu'en 1849 et retourna alors en Allemagne.
-
- LEICESTER (Richard Dudley, comte DE), 1531-1588. Jouissant d'un
- grand crédit sur la reine Élisabeth d'Angleterre, le comte de
- Leicester fut comblé de ses faveurs.
-
- LENORMAND (Marie-Anne), 1772-1843. Célèbre devineresse. Elle fut
- élevée chez les bénédictines d'Alençon, où elle commença son rôle de
- prophétesse, vint ensuite à Paris en 1790; elle se mit à y prédire
- l'avenir, par les cartes, et fut consultée par l'impératrice
- Joséphine et d'autres personnages de distinction.
-
- LÉON (la princesse DE), morte en 1815. Elle se nommait, avant son
- mariage, Mlle de Séran. Elle mourut d'un accident, sa robe ayant
- pris feu. Son mari entra dans les ordres trois ans plus tard; il fut
- successivement appelé aux évêchés d'Auch et de Besançon et, en 1830,
- il reçut le chapeau de cardinal. Après la mort de son père, le
- prince de Léon avait pris le titre de duc de Rohan.
-
- LÉON (l'évêque DE). Don Joachim Albarca y Blanquès, 1781-1844. Un
- des conseillers du prétendant don Carlos, qu'il accompagna à Londres
- en 1834, et qui le nomma plus tard son ministre de grâce et de
- justice. Il mourut à Turin. Il avait pris possession du siège
- épiscopal de Léon en 1825.
-
- LÉOPOLD Ier, Roi des Belges, 1790-1865. Georges-Chrétien-Frédéric,
- prince de Cobourg-Gotha, fut élu roi des Belges en 1831. Il avait
- épousé, en premières noces, en 1816, la princesse Charlotte
- d'Angleterre, et en deuxièmes noces, la princesse Louise d'Orléans,
- fille du Roi Louis-Philippe.
-
- LESLIE (Charles-Robert), 1794-1839. Peintre anglais; artiste
- remarquable, excellant surtout à reproduire sur la toile les
- écrivains à qui il empruntait généralement ses tableaux,
- Shakespeare, Cervantes, Molière, Sterne, Walter Scott.
-
- LEUCHTENBERG (le prince Auguste-Charles DE), 1807-1835. Il épousa,
- en 1835, doña Maria, reine de Portugal, et mourut la même année.
-
- LEUCHTENBERG (le prince Max DE), 1817-1852. Fils d'Eugène de
- Beauharnais; il épousa, en 1839, la grande-duchesse Marie, fille de
- l'Empereur Nicolas Ier de Russie.
-
- LEZAY-MARNESIA (Albert, comte DE), 1722-1857. Il occupa plusieurs
- préfectures, entre autres celle du Loir-et-Cher, dont il était
- titulaire en 1834.
-
- LICHTENSTEIN (Aloys-Joseph, prince DE), 1796-1858. Diplomate
- autrichien; il fut attaché aux ambassades de Londres, de La Haye et
- de Dresde. Il avait épousé une comtesse Kinsky.
-
- LIEVEN (Christophe, prince DE), 1770-1839. Général russe; il fut
- ambassadeur à Paris et à Londres, puis, en 1834, gouverneur du
- grand-duc héritier de Russie, plus tard Alexandre II.
-
- LIEVEN (la princesse DE), 1784-1857. Dorothée de Benkendorff, épouse
- du prince Christophe de Lieven, ambassadeur à Londres; remarquable
- par son esprit et son jugement, elle fit de son salon à Londres le
- rendez-vous des hommes les plus distingués, et passa les dernières
- années de sa vie à Paris, où elle se vit recherchée par les plus
- hauts personnages politiques.
-
- LITTLETON (Édouard-John Walhouse), 1791-1863. Créé baron Hatherton
- en 1835. Membre du Parlement anglais. En 1812, il épousa une fille
- du marquis de Wellesley, et en 1858, en secondes noces, la veuve
- d'Édouard Davenport.
-
- LONDONDERRY (Charles-William, lord), 1778-1854. Soldat et diplomate
- anglais, il fut ambassadeur à Vienne, général et lord-lieutenant. Il
- épousa en premières noces une fille de lord Darnley, et en deuxièmes
- noces, une fille de sir Henry Vane Tempest.
-
- LONDONDERRY (lady), morte en 1865. Fille de sir H. Vane Tempest,
- elle épousa lord Londonderry en 1819.
-
- LOUIS (le baron), 1755-1837. Ministre des Finances en France. Il
- avait reçu les ordres et était très lié avec le prince de
- Talleyrand. Depuis 1815, il siégea comme député dans presque toutes
- les assemblées législatives, où il se fit remarquer par la
- modération et la sagesse de ses vues.
-
- LOUIS XI, Roi de France, 1423-1483. Fils de Charles VII; aucun
- prince de son temps ne connut mieux les ruses de la politique et
- l'art de dominer les hommes.
-
- LOUIS XII, Roi de France, 1462-1515. D'abord connu sous le titre de
- duc d'Orléans, il succéda comme roi de France à Charles VIII.
-
- LOUIS XIII, Roi de France, 1601-1643. Fils de Henri IV et de Marie
- de Médicis, sous la régence de qui il régna d'abord. Il épousa Anne
- d'Autriche.
-
- LOUIS XIV, Roi de France, 1638-1715. Fils de Louis XIII, il n'avait
- pas cinq ans, lorsqu'il succéda à son père sous la régence de sa
- mère Anne d'Autriche; il épousa l'infante Marie-Thérèse, et plus
- tard, secrètement, Mme de Maintenon.
-
- LOUIS XV, Roi de France, 1710-1774. Fils du duc de Bourgogne et de
- la princesse Adélaïde de Savoie, il succéda sur le trône à son aïeul
- Louis XIV.
-
- LOUIS XVI, Roi de France, 1754-1793. Une des premières victimes de
- la Révolution, qui le fit périr sur l'échafaud.
-
- LOUIS XVIII, Roi de France, 1755-1824. Il porta, d'abord, le titre
- de comte de Provence et épousa, en 1771, Louise-Marie-Joséphine de
- Savoie; son règne ne commença qu'en 1814.
-
- LOUIS-PHILIPPE Ier, Roi des Français, 1773-1849. Fils de
- Philippe-Égalité, duc d'Orléans; il fut proclamé Roi après la
- révolution de 1830 et l'abdication de Charles X, et obligé, lui
- aussi, d'abdiquer, à la révolution de 1848.
-
- LOUISE, Reine de Prusse, 1776-1810. Fille du grand-duc de
- Mecklembourg-Strélitz et épouse du roi Frédéric-Guillaume III de
- Prusse. Elle fut la mère des rois Frédéric-Guillaume IV et Guillaume
- Ier, qui, en 1870, fut proclamé empereur d'Allemagne.
-
- LOULÉ (la marquise DE), 1806-1857. Anne, infante de Portugal, mariée
- en 1827 à Mendoça, marquis de Loulé, ministre d'État. Le marquis fut
- créé duc, mais ses enfants ne jouirent jamais d'aucun privilège
- royal.
-
- LOUVOIS (le marquis DE), 1639-1691. Homme d'État français, ministre
- de la guerre sous Louis XIV; il était fils du chancelier Le Tellier.
-
- LOUVOIS (le marquis DE), 1783-1844. Il entra dans la carrière, puis
- devint chambellan de l'empereur Napoléon Ier. Il établit à
- Ancy-le-Franc des hauts-fourneaux, une verrerie, un moulin, des
- scieries qui amenèrent la prospérité dans ce pays. Il fut fait pair
- de France sous la Restauration.
-
- LUDOLF (Guillaume-Constantin, comte), 1759-1839. Ministre du roi de
- Naples à Londres durant de longues années; sa famille était
- d'origine autrichienne.
-
- LYNDHURST (lady), Sarah Grey; veuve du lieutenant-colonel
- Charles-Thomas, qui tomba à Waterloo, elle épousa en 1819 lord
- Lyndhurst dont elle fut la deuxième femme; elle était d'origine
- juive.
-
-
-M
-
- MAINTENON (la marquise DE), 1635-1719. Françoise d'Aubigné, épousa,
- en 1652, le poète Scarron. Devenue veuve, elle fut chargée d'élever
- les enfants de Louis XIV et de Mme de Montespan. Après la mort de
- la Reine, Louis XIV s'unit à Mme de Maintenon par un mariage
- secret.
-
- MAISON (le maréchal), 1771-1840. Il fit, avec distinction, les
- guerres de la République et de l'Empire; fut fait pair de France
- sous la Restauration. Chargé en 1828 de l'expédition de Morée, il y
- obtint plein succès et fut créé maréchal. Sous Louis-Philippe, il
- fut tour à tour ministre des Affaires étrangères, de la Guerre,
- ambassadeur à Vienne et en Russie.
-
- MALIBRAN (Mme Marie-Félicité), 1808-1836. Célèbre cantatrice, fille
- de Manuel Garcia. Elle épousa en premières noces le banquier
- Malibran et en secondes noces le violoniste de Bériot.
-
- MARBOIS (le marquis François $1-), 1745-1837. Il remplit avant la
- Révolution plusieurs missions diplomatiques; à la Révolution, il
- fut déporté à la Guyane, et n'en revint qu'après le 18 Brumaire. Le
- premier Consul le nomma président de la Cour des comptes. La
- Restauration le fit pair et ministre de la Justice. Plus tard, il
- reprit ses fonctions de président de la Cour des comptes, qu'il
- exerça jusqu'en 1834.
-
- MAREUIL (Joseph-Durand, comte DE), 1769-1855. Diplomate français. A
- la seconde Restauration, il fut nommé conseiller d'État, et chargé
- de diverses missions. Nommé pair de France en 1833 et grand-cordon
- de la Légion d'honneur en 1834, il fut envoyé à Naples comme
- ambassadeur; rappelé dix-huit mois plus tard, il vécut depuis lors
- dans la retraite.
-
- MARIE (l'infante), 1793-1874. Fille de Jean VI de Portugal, elle
- épousa en premières noces l'infant dom Pedro et plus tard don
- Carlos, infant d'Espagne.
-
- MARIE II ou MARIA DA GLORIA. Reine de Portugal, 1819-1853. Fille de
- dom Pedro Ier, qui, reconnaissant l'impossibilité de garder ensemble
- les deux trônes de Brésil et de Portugal, abdiqua celui de Portugal
- en faveur de son second enfant, doña Maria, après avoir octroyé à ce
- Royaume une charte libérale. Doña Maria épousa en premières noces le
- duc de Leuchtenberg, et, en secondes noces, le prince Ferdinand de
- Cobourg.
-
- MARIE-AMÉLIE (la Reine), 1782-1866; Fille de Ferdinand Ier, Roi des
- Deux-Siciles, elle épousa en 1809 le duc d'Orléans, qui fut plus
- tard Louis-Philippe, roi des Français.
-
- MARIE-CASIMIRE D'ARQUIEN, 1635-1716. Fille du marquis de La Grange
- d'Arquien, elle avait accompagné en Pologne la reine Marie-Gonzague.
- Mariée d'abord à Zamoyski, elle épousa en secondes noces le roi Jean
- Sobieski. Devenue veuve, elle se retira d'abord à Rome, puis à Blois
- où elle mourut.
-
- MARIE DE MÉDICIS, Reine de France, 1573-1642. Fille du grand-duc
- François Ier de Toscane, elle épousa le Roi de France Henri IV, fut
- la mère de Louis XIII et exerça la Régence pendant la minorité de
- son fils.
-
- MARIE D'ORLÉANS (la princesse), 1813-1839. Fille du Roi
- Louis-Philippe, elle épousa le prince Alexandre de Würtemberg. Elle
- avait du talent pour la sculpture et est l'auteur d'une statue de
- Jeanne d'Arc placée dans la cour de l'Hôtel de ville à Orléans.
-
- MARIE-LOUISE (l'Impératrice), 1791-1847. Fille de l'Empereur
- François II d'Autriche, elle épousa en 1810 l'Empereur Napoléon Ier.
-
- MARIE STUART, 1542-1587. Reine d'Écosse. Elle épousa François II,
- roi de France, dont elle devint veuve en 1560. De retour en Écosse,
- elle eut à lutter contre la Réforme et les agissements secrets de la
- reine Élisabeth d'Angleterre qui la fit emprisonner puis exécuter
- après dix-huit ans de captivité.
-
- MARIE-THÉRÈSE (l'Impératrice), 1717-1780. Fille de l'Empereur
- Charles VI, elle lui succéda sur le trône d'Autriche et eut à lutter
- contre le Roi de Prusse, Frédéric II, qui lui enleva la Silésie.
- Elle avait épousé François de Lorraine.
-
- MARTIN (M.). Élève de l'École normale, il devint professeur dans un
- collège de Paris où le prince de Talleyrand le prit pour le charger
- de l'éducation de ses deux neveux Louis et Alexandre de Périgord; il
- devint plus tard recteur de l'Académie d'Amiens.
-
- MARTIN DU NORD (Nicolas-Ferdinand), 1789-1862. Littérateur et homme
- d'État français; élu député en 1830, il siégea dans les rangs des
- conservateurs, il fut avocat général à la Cour de cassation en 1842,
- puis procureur général à la Cour royale de Paris. En 1834, il devint
- ministre des Travaux publics; en 1839, ministre de la Justice et des
- Cultes.
-
- MARTINEZ DE LA ROSA (François), 1789-1862. Littérateur et homme
- d'État espagnol. Député aux Cortès en 1812, il y soutint les
- idées les plus avancées, qui le firent condamner à dix ans
- d'emprisonnement au Maroc; la révolution de 1820 lui rendit la
- liberté, et il devint président du conseil. Sous la Reine régente,
- il devint chef d'un Cabinet constitutionnel, qui signa la Quadruple
- Alliance, mais il se retira en 1835. Il fut, depuis, ambassadeur à
- Paris, à Rome, et président des Cortès.
-
- MASSA (la duchesse DE), née en 1792; fille du duc de Tarente, elle
- avait épousé Régnier, duc de Massa, dont elle devint veuve en 1814.
-
- MATUCZEWICZ (le comte André-Joseph), 1790-1842. Diplomate au service
- russe, Polonais de naissance. Il fut ministre intérimaire de Russie
- en Angleterre, ministre à Naples et à Stockolm.
-
- MAUGUIN (François), 1785-1854. Libéral ardent, il fut élu député en
- 1827 et joua un rôle actif jusqu'en 1848. Après le coup d'État de
- 1851, il se retira à Saumur, chez sa fille, la comtesse de
- Rochefort.
-
- MEDEM (le comte Paul), 1800-1854. Diplomate russe. Chargé d'affaires
- à Paris, puis à Londres, et, en 1839, ministre à Stuttgart.
-
- MELBOURNE (lord), 1779-1848. William Lamb. Homme d'État anglais; il
- fut appelé, en 1830, par lord Grey, au ministère de l'Intérieur;
- whig modéré, il s'est acquitté avec beaucoup de tact et de
- dévouement du soin qui lui incombait d'initier la jeune reine
- Victoria à ses devoirs de souveraine.--Séparé de sa femme, lady
- Catherine Ponsonby, connue par sa liaison avec lord Byron, lord
- Melbourne eut une liaison avec Mrs Norton, qui aboutit, en 1836, à
- un procès en divorce dont le scandale fut grand.
-
- MENDELSLOH (le comte Charles-Auguste-François DE), 1788-1852.
- Diplomate würtembergeois; il fut, successivement, ministre à
- Saint-Pétersbourg, à Londres et à Vienne.
-
- MENDIZABAL (don Juan Alvarez y), 1790-1853. Homme d'État espagnol.
- Fils d'un pauvre fripier, il gagna une grosse fortune dans le
- commerce. Il devint ministre des Finances en 1835, mais dut se
- retirer bientôt.
-
- MENNECHET (Édouard), 1794-1845. Littérateur français. Il fut
- secrétaire particulier du duc de Duras, qui le fit connaître à Louis
- XVIII; celui-ci le nomma chef de son bureau; Mennechet remplit
- ensuite les mêmes fonctions auprès de Charles X.
-
- METTERNICH (Clément-Wenceslas-Lothaire, comte, puis prince DE),
- 1773-1859. Homme d'État autrichien. Il fut ministre à La Haye, à
- Dresde, à Berlin, à Paris. En 1809, il fut ministre des Affaires
- étrangères d'Autriche, et resta au pouvoir jusqu'en 1848 où la
- révolution l'obligea à fuir.
-
- MIAOULIS (André), 1771-1835. Amiral grec; il commanda en chef la
- flotte des insurgés en 1821, battit les Turcs à Patras, mit le feu
- aux navires d'Ibrahim-Pacha à Modon, mais ne put empêcher la chute
- de Missolonghi. En 1831, il se mit à la tête des Hydriotes révoltés
- contre le président Capo d'Istria.
-
- MIGNET (François-Auguste-Marie), 1796-1884. Historien français,
- membre de l'Académie française, directeur des Archives du ministère
- des Affaires étrangères.
-
- MINA (don Francisco Espozy), 1781-1836. Fameux chef de partisans en
- Espagne. En 1809, il se mit à la tête d'une bande de guérillas, au
- moment de l'invasion française, et en entrava les opérations pendant
- cinq années. En 1820, pendant la révolution d'Espagne, il tint tête
- au maréchal Moncey. En 1834, il défendit le trône constitutionnel
- contre les prétentions de don Carlos.
-
- MIRABEAU (Victor Riquetti, marquis DE), 1749-1791. L'orateur le plus
- éminent de la Révolution française. En 1789, il fut député du Tiers
- aux États généraux, et il contribua par son éloquence aux succès de
- la Constituante.
-
- MIRAFLORÈS (don Manuel, marquis DE), 1792-1867. Issu d'une famille
- de marchands (Pando) enrichie dans les guerres du dix-huitième
- siècle, il fut anobli et reçut la grandesse. Il fut ambassadeur à
- Londres, et, en 1834, y signa le fameux traité de la Quadruple
- Alliance. En 1846, il devint grand chambellan de la reine Isabelle,
- et, en 1864, président du Conseil des ministres. Littérateur
- éminent, il fut membre de l'Académie d'histoire de Madrid.
-
- MIRAFLORÈS (la marquise DE), 1795-1867. Doña Vicenta Monina y
- Pontejos, héritière et nièce du fameux comte de Florida-Blanca, elle
- épousa, en 1814, le marquis de Miraflorès.
-
- MODÈNE (le duc DE), 1779-1846. François IV de Modène était fils de
- l'archiduc Ferdinand d'Autriche; il épousa la princesse
- Marie-Béatrice, fille de Victor-Emmanuel, roi de Sardaigne.
-
- MOLÉ (le comte Mathieu), 1781-1855. Issu d'une famille parlementaire;
- il remplaça en 1813 le duc de Massa comme ministre de la Justice,
- et reçut alors le titre de comte de l'Empire; il se rallia à
- Louis-Philippe, fut nommé pair, et reçut en 1830 le ministère des
- Affaires étrangères. En 1840, il fut nommé membre de l'Académie
- française.
-
- MOLÉ (la comtesse), morte en 1845. Mlle Caroline de la Briche,
- rencontra, dans le salon de sa mère, le jeune comte Molé, qu'elle
- épousa en 1798. La comtesse Molé a publié, sous le voile de
- l'anonyme, plusieurs ouvrages traduits de l'anglais.
-
- MOLLIEN (le comte François), 1758-1850. Habile financier, il fut
- nommé, en 1806, ministre du Trésor. Louis XVIII l'appela en 1819 à
- la Chambre des pairs.
-
- MOLLIEN (la comtesse), 1785-1878. Mlle Juliette Dutilleul, épouse de
- François Mollien. Mme Mollien, personne attachante et distinguée,
- fut dame du palais de la Reine Marie-Amélie.
-
- MONSON (lord), 1809-1841. Fils du premier mariage de lady Warwick,
- il ne laissa point d'enfants et son héritage passa son cousin.
-
- MONSON (lady), Theodosia, fille de Latham Blacker, épousa en 1832
- lord Monson.
-
- MONTESPAN (la marquise DE), 1641-1707. Françoise-Athénaïs de
- Rochechouart; favorite de Louis XIV.
-
- MONTMORENCY (Raoul, baron DE), 1790-1862. Il prit le titre de duc en
- 1846, à la mort de son père. Il épousa Euphémie de Harchies, dont il
- n'eut pas d'enfants; il était frère de la princesse de
- Bauffremont-Courtenay et de la duchesse de Valençay.
-
- MONTMORENCY (la duchesse DE), 1774-1846. Anne-Louise-Caroline de
- Matignon; mère de Raoul de Montmorency, de la princesse de
- Bauffremont et de la duchesse de Valençay.
-
- MONTPENSIER (la duchesse DE), 1627-1693. Anne-Marie-Louise
- d'Orléans, connue sous le nom de la Grande Mademoiselle, était la
- fille unique de Gaston d'Orléans. Elle fut plusieurs fois au moment
- de faire les alliances les plus brillantes, sans y jamais réussir; à
- quarante-deux ans, elle conçut une passion violente pour un simple
- gentilhomme, le comte de Lauzun, qu'elle épousa secrètement. Elle
- avait pris une part très vive à la Fronde.
-
- MONTROND (le comte Casimir DE), 1757-1843. Ami de M. de Talleyrand
- et habitué de sa maison. Napoléon Ier, à son retour de l'île d'Elbe,
- l'expédia à Vienne, où siégeait le Congrès, avec la mission de
- persuader M. de Talleyrand de se tourner vers lui, mais M. de
- Talleyrand fut inflexible et resta fidèle à Louis XVIII.
-
- MONTROND (la comtesse DE), 1769-1820. Aimée de Coigny, qui inspira à
- Chénier _la Jeune Captive_, avait épousé en premières noces le duc
- de Fleury et divorça pour épouser le comte de Montrond.
-
- MORELL (la baronne DE). Mlle de Mornay, sœur du marquis et du comte
- de Mornay, épousa le général baron de Morell, qui commandait, en
- 1834, l'École de cavalerie de Saumur.
-
- MORELL (Mlle Marie DE), née en 1818, connue pour sa beauté, était la
- fille du général baron de Morell; elle épousa le marquis d'Eyragues,
- qui a rempli divers postes diplomatiques sous le règne de
- Louis-Philippe.
-
- MORELLET (l'abbé André), 1727-1819. Lié d'amitié avec les hommes les
- plus éminents de son siècle, l'abbé Morellet se distingua surtout
- par son esprit fin et railleur. Il fut un laborieux collaborateur de
- l'_Encyclopédie_ et du dictionnaire de l'Académie, dont il sauva les
- archives pendant la Révolution.
-
- MORNAY (le comte Charles DE), 1803-1878. Pair de France, ambassadeur
- en Suède, frère du marquis Jules de Mornay, député de l'Oise. Dévoué
- à la monarchie de Juillet, il fut élevé à la Pairie en 1845 et fait
- grand officier de la Légion d'honneur. En 1848, il rentra dans la
- vie privée.
-
- MORNINGTON (lady), 1742-1831. Anne, fille aînée du vicomte
- Duncannon, épousa en 1759 le comte Mornington. Un de ses fils fut le
- célèbre duc de Wellington.
-
- MORTEMART (Mlle Alicia DE), 1800-1887. Fille du duc de Mortemart et
- de sa seconde femme, née de Cossé-Brissac, elle épousa en 1823 le
- duc Paul de Noailles.
-
- MORTIER (le maréchal), duc de Trévise, 1768-1835. Fit avec
- distinction les campagnes de la République et de l'Empire. Député et
- pair de France en 1834, il accepta le ministère de la Guerre avec la
- présidence du Conseil. Il fut tué par l'explosion de la machine
- infernale de Fieschi, aux côtés mêmes de Louis-Philippe.
-
- MOSKOWA (le prince de la), 1803-1857. Fils aîné du maréchal Ney, il
- entra d'abord au service de Suède et ne revint en France qu'après la
- révolution de Juillet. Il fut fait pair de France sous
- Louis-Philippe. Il avait épousé la fille de Jacques Lafitte.
-
- MOTTEUX (M.). Il était, à Londres, un habitué de Holland-House, et
- très bien vu chez le prince de Talleyrand. Très liée avec lady
- Cowper (plus tard lady Palmerston), il laissa toute sa fortune à son
- second fils.
-
- MONT-EDGECUMBE (lord Richard), 1764-1839. Un des intimes du roi
- Guillaume IV d'Angleterre; il avait épousé, en 1789, une fille du
- comte de Buckinghamshire.
-
- MULGRAVE (lord), 1797-1863. Constantin-Henry Phipps, plus tard lord
- Normanby. Il fit partie du ministère whig de lord Melbourne, fut
- gouverneur de la Jamaïque, puis lord-lieutenant d'Irlande. En 1846,
- il fut envoyé à Paris comme ambassadeur, puis en Toscane.
-
- MUNIER DE LA CONVERSERIE (le général comte), 1766-1837.
-
- MUNSTER-LEDENBURG (le comte Ernest-Frédéric-Herbert DE), 1766-1839.
- Il contribua, comme envoyé de l'électeur de Hanovre, roi
- d'Angleterre, à former plusieurs coalitions contre la France. Il fut
- ministre de Hanovre à Londres.
-
- MUNSTER-LEDENBURG (la comtesse DE), 1783-1858. Wilhelmine-Charlotte,
- comtesse de Lippe, sœur du duc de Schœnburg-Lippe, épousa en 1814
- le comte de Munster-Ledenburg.
-
- MUSSET (Alfred DE), 1810-1857. Poète français, fils d'un chef de
- bureau au ministère de la Guerre; il fut le condisciple du duc
- d'Orléans au collège Henri IV et devint son ami.
-
-
-N
-
- NANTES (Mlle DE), 1673-1743. Quatrième enfant de Louis XIV et de
- Mme de Montespan, légitimée par lettres patentes du roi, et mariée
- en 1785 au duc de Bourbon.
-
- NAPLES (la princesse Marie DE), 1820-1861. Elle épousa en 1850,
- Charles de Bourbon, comte de Montemolin.
-
- NAPOLÉON Ier, Empereur des Français, 1769-1821. Deuxième fils de
- Charles Bonaparte et de Lætitia Ramolino. Marié en premières noces
- avec Joséphine Tascher de la Pagerie, veuve du général de
- Beauharnais, il divorça en 1810 et épousa Marie-Louise,
- archiduchesse d'Autriche, dont il eut un fils.
-
- NASSAU (Guillaume-Georges-Auguste, duc DE), 1732-1839.
-
- NECKER (Jacques), 1732-1804. Banquier genevois qui devint directeur
- des finances de France sous Louis XVI. Il fut le père de Mme de
- Staël.
-
- NECKER (Mme), 1739-1794. Suzanne Curchot, fille d'un pasteur
- calviniste suisse, épousa Jacques Necker. Elle fut célèbre par sa
- beauté, son esprit, sa bienfaisance.
-
- NEELD (lady Caroline), morte en 1869. Fille du comte de Shaftsbury,
- elle épousa en 1831 Joseph Neeld, comte de Grittelton.
-
- NEMOURS (le duc DE), 1814-1896. Louis-Charles d'Orléans, un des
- fils du roi Louis-Philippe; il épousa une princesse de
- Saxe-Cobourg-Cohari.
-
- NESSELRODE (le comte DE), 1780-1862. D'une famille originaire de
- Westphalie, dont une branche s'était établie en Livonie, il entra
- dans la diplomatie russe; il fut attaché à différentes ambassades,
- notamment à celle de Paris, puis devint chancelier de l'empire de
- Russie.
-
- NESSELRODE (la comtesse DE), morte en 1849; elle était la fille du
- comte Gourieff, qui fut ministre des finances russes.
-
- NEY (Michel), 1769-1815. Duc d'Elchingen, prince de la Moskowa,
- maréchal de France; il se couvrit de gloire dans les guerres de la
- Révolution et de l'Empire. Napoléon l'avait surnommé _le brave des
- braves_. Créé pair de France par Louis XVIII, il se déclara pour
- Napoléon aux Cent-Jours; à la seconde Restauration, il fut condamné
- à mort par la Cour des Pairs et fusillé.
-
- NICOLAS Ier, Empereur de Russie, 1776-1855. Troisième fils de Paul
- Ier, il monta sur le trône en 1825, succédant à son frère Alexandre
- Ier, et après que son frère, le grand-duc Constantin, y eut renoncé.
-
- NOAILLES (le duc Paul DE), 1802-1885. Il prêta serment au
- gouvernement de Louis-Philippe et prit souvent la parole dans des
- discussions importantes de la chambre des Pairs. La révolution de
- 1848 le rendit à la vie privée, et il s'occupa dès lors de travaux
- littéraires. Il entra à l'Académie en 1849.
-
- NOAILLES (la duchesse DE), voir MORTEMART.
-
- NOAILLES (la vicomtesse DE), 1792-1851. Charlotte-Marie-Antoinette,
- fille du duc de Poix, épousa son cousin, le vicomte Alfred de
- Noailles, qui mourut en 1812 au passage de la Bérésina.
-
- NOAILLES (Mlle Sabine DE), 1819-1870. Mariée en 1846 à Lionel
- Wildrington Standish.
-
- NORFOLK (le duc DE), 1791-1856; il épousa, en 1814,
- Charlotte-Sophie, fille du duc de Sutherland. Guillaume IV lui
- conféra l'ordre de la Jarretière en 1834.
-
- NORTHUMBERLAND (la duchesse DE), morte en 1848; elle était née
- Louisa Stuart Wartley.
-
-
-O
-
- O'CONNELL (Daniel), 1775-1847. Il s'affilia de bonne heure aux
- associations qui avaient pour but l'émancipation de l'Irlande. En
- 1823, il posa les bases d'une association catholique qui s'étendit
- dans toute l'Irlande. Membre de la Chambre des communes, il y
- établit une puissante influence, amena le triomphe des whigs et
- vota, avec eux, la réforme parlementaire; il obtint l'abolition des
- lois vexatoires pour les Irlandais.
-
- OLIVIER (l'abbé Nicolas-Théodore), né en 1798; il fut curé de
- Saint-Roch à Paris, et en 1841 évêque d'Évreux.
-
- OMPTEDA (baron Charles-Georges D'), 1767-1857. Diplomate hanovrien;
- ministre d'État et chef de cabinet en Hanovre en 1823, il fut,
- depuis 1831, accrédité à Londres auprès du roi Guillaume IV. Il
- démissionna à la mort de ce souverain.
-
- OMPTEDA (la baronne D'), 1767-1843. Frédérique-Christine, comtesse
- de Schlippenbach; elle avait épousé en premières noces le comte de
- Solms-Sonnenwald, et en deuxièmes noces, elle épousa le baron
- d'Ompteda.
-
- ORANGE (le prince Guillaume D'), 1793-1849; il monta en 1840 sur le
- trône de Hollande. Il avait épousé en 1816 Anna Paulowna.
-
- ORANGE (la princesse D'), voir à $1.
-
- ORLÉANS (le duc D'), 1741-1793. Louis-Philippe-Joseph, connu sous
- le nom de PHILIPPE-ÉGALITÉ, fit, toute sa vie, une opposition
- systématique à la Cour et devint, en 1787, le chef de tous les
- mécontents. Député aux États-généraux, il devint membre du Club des
- Jacobins, ce qui ne l'empêcha pas d'être guillotiné.
-
- ORLÉANS (le duc D'), 1810-1842. Ferdinand, fils aîné du roi
- Louis-Philippe et de la reine Marie-Amélie. Il servit sous le
- maréchal Gérard en Belgique, commanda des campagnes en Algérie; il
- mourut d'un accident de voiture, près de Paris.
-
- ORSAY (le comte Alfred D'), 1801-1852; surnommé le _Roi de la
- Mode_. La beauté était héréditaire chez les d'Orsay. Le comte
- Alfred avait la vocation du _dandysme_ et alla de bonne heure à
- Londres, regardée alors comme le conservatoire de l'élégance
- masculine. Élégant, artiste, il se ruina et mourut misérablement
- d'une maladie de la moelle épinière.
-
- OSSULSTON (lord), né en 1810, il épousa la fille du duc de
- Manchester et devint, en 1859, lord Tankerville.
-
-
-P
-
- PAHLEN (le comte Pierre). Né en 1775. Général russe; il prit une
- part glorieuse aux campagnes de 1812, 1813, 1814; il fut
- ambassadeur de Russie à Paris de 1835 à 1841; fut ensuite nommé
- membre du conseil de l'Empire et Inspecteur général de la cavalerie.
-
- PALAFOX (don José DE), 1780-1847. L'intrépide défenseur de
- Saragosse; il accompagna en 1808, à Bayonne, la famille royale
- d'Espagne, comme officier, et s'évada dès qu'il vit Ferdinand VII
- retenu prisonnier. Il souleva l'Aragon et, après une vigoureuse
- défense dans Saragosse, força les Français à s'en éloigner, mais ils
- revinrent à la charge avec toutes leurs forces et le contraignirent
- à capituler. Palafox contribua puissamment à rétablir Ferdinand VII
- sur le trône. S'étant, en 1820, prononcé pour la Constitution, il
- fut disgracié et vécut, depuis lors, dans la retraite:
- Marie-Christine, à son avènement comme Régente, le créa duc de
- Saragosse et grand d'Espagne.
-
- PALMELLA (duc P. de Souza-Holstein DE), 1786-1850. Homme d'État
- portugais. Il fut régent de Portugal en 1830 et fit prévaloir la
- cause de doña Maria sur celle de dom Miguel. Il fut un des
- plénipotentiaires du Congrès de Vienne en 1815.
-
- PALMERSTON (lord), 1784-1865. Homme d'État anglais. Élu aux Communes
- en 1807, il fut lord de l'Amirauté en 1808, secrétaire à la Guerre
- de 1809 à 1828, secrétaire d'État aux Affaires étrangères de 1830 à
- 1841, puis de 1846 à 1851; ministre de l'Intérieur de 1852 à 1855,
- lord de la Trésorerie de 1855 à 1858, et de 1859 jusqu'à sa mort.
-
- PALMERSTON (lady), 1787-1869. Elle était sœur de lord Melbourne, et
- avait épousé, en premières noces, lord Cowper; en secondes noces,
- elle épousa lord Palmerston.
-
- PALMYRE (Mlle). La plus grande couturière de Paris sous
- Louis-Philippe.
-
- PÂRIS. Second fils de Priam et d'Hécube; c'est lui qui décerna à
- Vénus la pomme de discorde, choix qui suscita contre Troie la haine
- de Junon et de Minerve.
-
- PARRY (sir William Edward), 1790-1855. Navigateur anglais, connu par
- ses expéditions au Pôle Nord. Il était hydrographe à l'Amirauté et
- accompagna Ross dans son premier voyage de découvertes.
-
- PASQUIER (Étienne, duc), 1767-1862. Nommé par Napoléon maître des
- requêtes, puis conseiller d'État, il se rallia aux Bourbons en 1814,
- fut, en 1815, chargé des Sceaux; plus tard membre de la Chambre des
- pairs, il en reçut la Présidence sous Louis-Philippe. Il fut élevé à
- la dignité de Chancelier en 1837.
-
- PASSY (Hippolyte-Philibert), 1793-1880. Homme politique français,
- membre de l'Institut. Élu député en 1830, il fut appelé en 1834 dans
- le Cabinet éphémère du duc de Bassano. En 1838, il remplaça le
- prince de Talleyrand comme membre de l'Académie des sciences morales
- et politiques.
-
- PASTA (Judith), 1798-1865. Chanteuse italienne, d'origine juive.
- En 1821 elle vint à Paris et s'y fit une grande renommée. En 1849
- elle se retira, dans sa belle maison de campagne, près du lac de
- Côme.
-
- PAYS-BAS (le Roi DES). Voir à $1.
-
- PAYS-BAS (le prince Frédéric DES), 1797-1881. Amiral de la flotte.
- En 1825, il avait épousé la princesse Louise de Prusse.
-
- PAYS-BAS (la princesse Frédéric DES), 1808-1870. Louise, princesse
- de Prusse, fille du roi Frédéric-Guillaume III.
-
- PEDRO Ier (dom), 1798-1834. Empereur du Brésil et roi de Portugal,
- père de la reine doña Maria de Portugal.
-
- PEEL (sir Robert), 1788-1850. Homme d'État anglais. Élu aux Communes
- en 1809, il fut ministre de l'Intérieur en 1822. Conservateur pour
- tout ce qui touchait au système politique, il se montra libéral en
- ce qui concernait la législation criminelle et l'administration. Il
- fit partie de plusieurs ministères et sut, en 1848, rétablir
- l'équilibre financier, que les whigs avaient laissé avec un déficit
- de 30 millions, par la mesure de l'_income-tax_, en ouvrant de
- nouvelles sources de revenus par l'abolition des lois de prohibition
- sur les céréales.
-
- PEEL (lady), morte en 1849. Julie, fille du général sir John Floyd
- Bart, épousa, en 1820, sir Robert Peel.
-
- PÉPIN, 1780-1836. Épicier de la place de la Bastille, à Paris, Pépin
- fut élu capitaine de la garde nationale après les journées de
- juillet 1830; impliqué dans l'attentat Fieschi en 1835, il fut
- arrêté, condamné à mort et exécuté.
-
- PERIER (Casimir), 1777-1832. Il entra en 1817 dans la vie politique.
- Après 1830, il fut élu président de la Chambre des députés, et, peu
- après, ministre sans portefeuille. En 1831, il fut président du
- Conseil et gouverna en homme ferme et résolu. Il succomba aux
- atteintes du choléra à la suite d'une visite faite avec le duc
- d'Orléans à l'Hôtel-Dieu.
-
- PÉRIGORD (le duc DE), 1788-1879. Augustin-Marie-Élie-Charles de
- Talleyrand-Périgord, Grand d'Espagne de première classe.
-
- PÉRIGORD (la duchesse DE), 1789-1866. Marie-Nicolette, fille du
- comte de Choiseul-Praslin, épousa, en 1807, le duc de Périgord.
-
- PÉRIGORD (le comte Alexandre DE), plus tard duc de Dino, 1813-1894.
- Second fils du duc de Talleyrand et de la princesse Dorothée de
- Courlande. Alexandre de Périgord servit d'abord dans la marine, mais
- abandonna bientôt cette carrière; en 1849, il fit la campagne du
- Piémont contre l'Autriche, dans l'état-major du Roi Charles-Albert,
- et, pendant la guerre de Crimée, il fut attaché au corps d'armée
- sarde comme commissaire français. Il avait épousé Mlle Valentine de
- Sainte-Aldegonde.
-
- PÉRIGORD (Mlle Pauline DE), 1820-1890. Fille du duc de Talleyrand et
- de l'auteur de la _Chronique_ que nous publions. Elle épousa, en
- 1839, le marquis Henri de Castellane, dont elle devint veuve en
- 1847. Depuis lors, elle vécut retirée du monde; et adonnée à la
- pratique des plus hautes vertus; elle demeurait, la plus grande
- partie de l'année, dans son domaine de Rochecotte, dans la vallée de
- la Loire.
-
- PERSIL (Jean-Charles), 1785-1870. Magistrat et homme d'État
- français. Nommé député en 1830, il attaqua aussitôt le ministère
- Polignac en protestant contre les ordonnances. Il fut ministre de la
- justice en 1834, mais ayant eu des divergences avec M. Molé, il
- démissionna. En 1839, il entra à la Chambre des pairs et prit la
- direction de l'Hôtel des Monnaies. Napoléon III le nomma membre du
- conseil d'État.
-
- PETER (Mme), dame anglaise, fort connue dans la société de Londres
- vers 1835 et amie de plusieurs hommes d'État.
-
- PETIT (le général), 1772-1856. Il fit avec distinction les campagnes
- de la République et de l'Empire. C'est lui qui reçut, à
- Fontainebleau, avec la dernière accolade de l'Empereur, ces adieux
- touchants qui s'adressaient à toute l'armée. Il fut fait Pair de
- France en 1838.
-
- PIRON (M.), 1802-1865. Fils d'un propriétaire du Nivernais, il reçut
- une bonne éducation et occupa une situation considérable dans
- l'administration des postes. Ses fonctions l'avaient fait entrer en
- rapport avec le personnel des postes anglaises, et il connaissait
- bien l'Angleterre. En 1834, M. Dupin, Nivernais lui aussi, l'emmena
- avec lui pendant son voyage à Londres, afin de lui servir de guide
- dans la société anglaise, où Piron avait d'anciennes relations,
- entre autres avec le duc de Richmond (ancien ministre des Postes de
- son pays) et lord Brougham. La mort prématurée d'un fils qui était
- tout son orgueil fut un tel coup pour M. Piron, qu'il en mourut
- aussi, terrassé par une attaque quelques semaines plus tard.
-
- PITT (William), 1759-1806. Il suivit les traces de son père, célèbre
- homme d'État anglais. Il manifesta, après la Révolution française,
- une grande haine à la France et soudoya contre elle trois
- coalitions. Il fut un très habile administrateur.
-
- PLANTAGENET. Dynastie qui occupa le trône d'Angleterre, depuis Henri
- II jusqu'à l'avènement de Henri VII. Au quatorzième siècle, elle se
- sépara en deux branches rivales, d'où naquit la guerre des Deux
- Roses.
-
- PLYMOUTH (lady), 1792-1864. Elle était fille du duc de Dorset, et
- épousa en premières noces, en 1811, lord Plymouth. Devenue veuve,
- elle épousa William Pitt, lord Amherst. Elle mourut sans laisser
- d'enfants.
-
- POIX (la duchesse-princesse DE), 1785-1862. Mélanie de Périgord,
- fille du duc de Talleyrand et de Mlle de Senozan, épousa en 1809 le
- comte Just de Noailles, prince de Poix. La duchesse de Poix avait
- été dame du palais de la duchesse de Berry.
-
- POLIGNAC (Jules-Armand, prince DE), 1780-1847. Président du conseil
- et ministre des Affaires étrangères à la fin du règne de Charles X.
- Il signa, le 29 juillet 1830, les fameuses ordonnances qui amenèrent
- la révolution et la déchéance de la branche aînée des Bourbons.
-
- POLIGNAC (princesse DE). Née miss Barbara Campbell, Écossaise; très
- belle et très riche mais sans naissance; elle dut abjurer le
- protestantisme et se convertir au catholicisme pour épouser le
- prince de Polignac. Elle mourut en 1819.
-
- PONIATOWSKI (le prince Joseph), 1762-1803. Général polonais; il
- servit dans la légion polonaise sous les ordres de Napoléon Ier, fut
- fait maréchal de France à Leipzig et périt dans les eaux de
- l'Ulster. Sa bravoure chevaleresque l'avait fait surnommer _le
- Bayard polonais_.
-
- PONSONBY (lord), 1770-1855. Beau-frère de lord Grey, il fut
- ambassadeur à Constantinople de 1822 à 1827.
-
- PORCHESTER (lord), 1800-1849. Henry-John-Charles, comte de
- Carnarvon; il épousa en 1830 la fille de lord Molyneux.
-
- POTOCKI (le comte Stanislas), 1757-1821. Il combattit contre la
- Russie en 1792, quitta la Pologne en 1793, devint, lors de la
- création du grand-duché de Varsovie par Napoléon Ier, sénateur
- palatin et chef du conseil d'État. Maintenu aux affaires par
- l'empereur Alexandre Ier, lors de la formation du nouveau royaume de
- Pologne, le comte Potocki fut nommé ministre des Cultes et de
- l'Instruction publique, puis président du conseil d'État.
-
- POZZO DI BORGO (le comte), 1764-1842. Originaire de Corse, il servit
- différentes puissances, et, en dernier lieu, la Russie. Il fut un
- des représentants de l'empereur de Russie au Congrès de Vienne, et
- plus tard, ambassadeur.
-
- PRINCE NOIR (LE), 1330-1376. Édouard, Prince de Galles, surnommé le
- Prince Noir pour la couleur de son armure; il était fils d'Édouard
- III et de Philippa de Hainaut, et s'immortalisa par ses exploits. Il
- mourut avant son père, mais un de ses fils monta sur le trône sous
- le nom de Richard II.
-
- PROTÉE. Dieu marin qui changeait de forme à volonté.
-
- PRUDHON (Pierre), 1760-1822. Peintre français; il passa plusieurs
- années à Rome où il se lia avec Canova; ce fut lui que choisit
- Napoléon Ier pour donner des leçons à l'impératrice Marie-Louise.
-
- PRUSSE (le prince Louis DE), 1773-1796. Frère du Roi
- Frédéric-Guillaume III, il avait épousé la princesse Frédérique de
- Mecklembourg-Strélitz, sœur de la reine Louise de Prusse.
-
-
-Q
-
- QUÉLEN (le comte DE), 1778-1839. D'une famille de Bretagne, il
- entra de bonne heure dans les ordres; le cardinal Fesch le
- distingua, se l'attacha comme secrétaire; devenu sous la
- Restauration coadjuteur du cardinal de Talleyrand-Périgord, il lui
- succéda en 1821, comme archevêque de Paris. En 1831, une
- insurrection saccagea l'archevêché. Lors du choléra de 1832, Mgr de
- Quélen montra le plus admirable dévouement. Ses mandements et
- plusieurs oraisons funèbres, écrites avec élégance, lui valurent
- l'entrée de l'Académie française.
-
-
-R
-
- RADNOR (lord William), 1779-1869. Membre du Parlement anglais et
- ami de lord Brougham. Il se maria trois fois; en 1814 avec la fille
- du duc de Montrose, en 1837 avec Émily Bagot et enfin avec Fanny
- Royd-Rice.
-
- RAMBUTEAU (Claude-Philibert Barthelot, comte DE), 1781-1869.
- Chambellan de Napoléon Ier en 1809, pair de France en 1835, membre
- de l'académie des Beaux-Arts en 1843. En 1833, Louis-Philippe
- l'avait nommé préfet de la Seine et il conserva ce poste durant
- quinze ans.
-
- RAMBUTEAU (la comtesse DE). Fille du comte Louis de Narbonne, elle
- épousa, en 1809, le comte de Rambuteau.
-
- RAPHAEL SANZIO, 1483-1520. Célèbre peintre de l'École romaine de la
- Renaissance.
-
- RAULLIN (M.). Fils d'un employé au ministère des Affaires
- étrangères que le prince de Talleyrand estimait. Il fut conseiller
- d'État.
-
- RAYNEVAL (Maximilien DE), 1778-1836. Diplomate français. Secrétaire
- d'ambassade à Lisbonne, puis à Saint-Pétersbourg, il fut nommé,
- sous la Restauration, consul général à Londres, puis,
- successivement, sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères,
- ambassadeur à Berlin, en Suisse, à Vienne, à Madrid, et partout il
- rendit d'éminents services qui lui valurent le titre de comte et la
- Pairie.
-
- RÉAL (le comte), 1765-1834. Procureur au Châtelet avant la
- Révolution, conseiller d'État après le 18 Brumaire, préfet de
- police durant les Cent-Jours, il fut proscrit par la seconde
- Restauration et ne revint en France qu'en 1818. En 1830, il eut une
- fonction auprès du préfet de police, puis vécut dans la retraite.
-
- RÉCAMIER (Mme), 1777-1849. Julie Bernard épousa à seize ans un
- riche banquier de Paris, M. Récamier. Spirituelle et bonne, elle
- sut réunir dans son salon, sous le Consulat et l'Empire, une foule
- de personnages distingués. Exilée de Paris, elle y rentra après la
- chute de Napoléon Ier. Mme Récamier se retira en 1819 à
- l'Abbaye-aux-Bois, où elle continua à recevoir toutes les
- célébrités de l'époque.
-
- RÉGENT (LE), Philippe d'Orléans, 1674-1723; il gouverna la France
- pendant la minorité du Roi Louis XV.
-
- RÉMUSAT (le comte Charles DE), 1797-1875. Écrivain et homme
- politique français, membre de l'Institut, ancien ministre.
-
- RETZ (le cardinal DE), 1614-1679, Jean-François-Paul de Gondi, joua
- un rôle célèbre dans les troubles de la Fronde, qui le força à
- s'exiler jusqu'à la mort de Mazarin. Il a laissé des _Mémoires_ qui
- sont un des chefs-d'œuvre de la langue française.
-
- RICHMOND (le duc DE), 1799-1860. Charles Lennox; officier anglais,
- lord-lieutenant du comté de Sussex; dans le ministère réformiste de
- 1830, il devint directeur général des postes. Il avait épousé lady
- Paget, fille du marquis d'Anglesea.
-
- RIGNY (Henri-Gauthier, comte DE), 1783-1835. Entré dans la marine en
- 1798, il prit part aux campagnes du premier Empire, fut fait
- contre-amiral sous la Restauration, et en 1827 se conduisit
- brillamment à Navarin; il reçut alors, avec le titre de comte, la
- préfecture maritime de Toulon; il devint ministre de la Marine en
- 1831, puis ministre des Affaires étrangères et ensuite ambassadeur à
- Naples.
-
- RIPON (lord), 1781-1859. Il fut chancelier de l'Échiquier en 1833.
- Il appartenait au parti tory, mais passa plus tard aux whigs.
-
- ROBESPIERRE (Maximilien), 1758-1794. Avocat et conventionnel; il
- régna par la terreur, au moyen du Comité du salut public, mais la
- réaction le fit périr sur l'échafaud.
-
- ROBSART (Amy), 1532-1560. Elle épousa, en 1550, Robert Dudley, comte
- de Leicester, et s'en sépara bientôt. Un jour, elle fut trouvée
- morte, sans qu'on pût savoir si elle avait elle-même mis fin à ses
- jours, ou si Leicester l'avait fait périr dans l'espoir d'épouser la
- Reine Élisabeth. Amy Robsart est l'héroïne du roman de Walter Scott,
- _le Château de Kenilworth_.
-
- RODIL (le marquis DE), 1789-1853. Don José Ronion Rodil s'engagea
- dans le bataillon nommé _des cadets littéraires_ en 1808 au moment
- de l'invasion française en Espagne. En 1816 il s'embarqua pour les
- colonies insurgées de l'Amérique du Sud, et acquit de la renommée
- dans la défense de Callao. Il rentra en Espagne en 1825, et, en
- 1833, vint en aide, en Portugal, au roi dom Pedro, contre dom Miguel
- et don Carlos. En 1836, il fut, pour peu de mois, ministre de la
- Guerre. De 1840 à 1843, sous la régence d'Espartero, il fut
- président du Conseil du dernier ministère.
-
- ROGERS (Samuel), 1763-1855. Poète anglais. Il avait des habitudes de
- sarcasme qui n'épargnaient personne, malgré de la générosité et de
- la bouté.
-
- ROLAND (Mme), 1754-1793. Manon Phlipon, femme d'une haute
- intelligence et épouse d'un conventionnel. Elle mourut sur
- l'échafaud.
-
- ROMERO-ALPUENDE. Député espagnol. Il était un libéral outré, une
- tête exaltée; son rôle fut peu important.
-
- ROSS (sir John), 1777-1856. Fils du Rév. André Ross et capitaine de
- la marine royale anglaise, il se rendit célèbre par deux expéditions
- dans les mers polaires arctiques qu'il fit avec sir Edward Parry en
- 1818 et 1819. Sir John Ross fit sa seconde expédition à ses frais,
- trouva le pôle magnétique boréal, perdit son navire, et ce ne fut
- que le quatrième hiver qu'un vaisseau de Hull vint le délivrer et le
- ramena en Angleterre.
-
- ROTHSCHILD (Nathan), 1777-1826. Troisième fils de Mayer-Anselme
- Rothschild, fondateur de la célèbre maison de banque, il était chef
- de la maison de Londres.
-
- ROTHSCHILD (Mme Salomon DE), 1774-1855, épouse de Mayer-Anselme
- Rothschild, qui fonda à Vienne une succursale et partagea avec son
- frère Anselme les affaires d'Allemagne. Vers 1835, ayant abandonné à
- son fils la direction des affaires de Vienne, Salomon de Rothschild
- vint, avec sa femme, rejoindre à Paris son frère James.
-
- ROUSSIN (l'amiral), 1781-1854. Capitaine de vaisseau en 1814, il
- rectifia les cartes des côtes de l'Afrique et du Brésil;
- contre-amiral en 1822, il fit partie en 1824 du conseil d'amirauté;
- en 1831, il commanda l'escadre chargée d'exiger du Portugal la
- réparation des insultes faites aux résidents français, il força
- l'entrée du Tage, réputée inexpugnable et obtint tout ce qu'il
- demandait. A la suite de cette glorieuse expédition, Louis-Philippe
- l'éleva à la Pairie avec le titre de baron, en 1832.
-
- ROYER-COLLARD (Pierre-Paul), 1763-1845. Philosophe et homme d'État
- français; il fut avocat, député au conseil des Cinq-Cents en 1797.
- Sous le premier Empire, il renonça à la politique, pour ne s'occuper
- que de ses études philosophiques et il fut reçu à l'Académie
- française en 1827. M. Royer-Collard habitait Châteauvieux, près de
- Valençay, et était très lié avec le prince de Talleyrand et la
- duchesse de Dino.
-
- RUBINI (Jean-Baptiste), 1795-1854. Célèbre chanteur italien. Les
- opéras de Bellini lui doivent une grande part de leurs succès.
-
- RUSSELL (lord William), 1799-1846. Diplomate anglais; il fut,
- pendant quelques années, ambassadeur à Berlin; il avait épousé
- Élisabeth Rawdon, nièce du marquis de Hastings.
-
- RUSSELL (lord John), 1792-1878. Homme d'État anglais, troisième fils
- du duc de Bedford; il fut un des auteurs du célèbre Bill de réforme;
- en 1831 il fut ministre de l'Intérieur, des Colonies; chef du
- cabinet whig, ministre des Affaires étrangères en 1859, et, de
- nouveau, chef du cabinet après la mort de lord Palmerston.
-
- RUSSIE (l'Empereur DE), voir Nicolas 1er.
-
-
-S
-
- SACKFIELD. Nom de famille des ducs de Dorset.
-
-
- SAINTE-ALDEGONDE (la comtesse DE), 1793-1869. Elle était née de
- Chavagnes. Créole d'origine, elle épousa Augereau, duc de
- Castiglione, qui mourut en 1816. En 1817, elle se remaria avec le
- comte de Sainte-Aldegonde; elle eut deux filles, dont la seconde
- épousa Alexandre de Périgord, duc de Dino.
-
- SAINTE-AULAIRE (le comte Louis Beaupoil DE), 1778-1854. Il fut
- chambellan de Napoléon Ier, préfet sous Louis XVIII et député; après
- 1830, il fut un des plus habiles appuis de la monarchie de Juillet.
- Il fut, successivement, ambassadeur à Rome, à Vienne et à Londres,
- et fut élevé à la Pairie.
-
- SAINTE THÉRÈSE, 1515-1582. D'une riche et noble famille d'Avila,
- dans la Vieille Castille, Thérèse réforma l'ordre des Carmélites,
- et, inspiré par elle, saint Jean de la Croix réforma celui des
- Carmes. Elle fut canonisée en 1621. Ses nombreux écrits la firent
- appeler par les papes Grégoire XV et Urbain VIII un docteur de
- l'Église.
-
- SAINT LEU ou saint Loup, 573-623. Archevêque de Sens depuis 609, il
- se distingua par sa charité. Le roi Clotaire II, trompé par de faux
- rapports, l'exila en Picardie en 613, mais mieux instruit, il le
- rappela l'année suivante et le combla d'honneurs.
-
- SAINT-LEU (la duchesse DE), voir à BEAUHARNAIS (Hortense DE).
-
- SAINT-PAUL (Vergibier DE), général français; il commandait les
- troupes de l'Indre en 1834.
-
- SAINT-PRIEST (le comte Alexis DE), 1805-1851. Fils du comte de
- Saint-Priest, gouverneur d'Odessa et d'une princesse Galitzin. Il ne
- vint en France qu'en 1822, et s'y fit beaucoup remarquer par son
- goût pour les lettres; très lié avec le duc d'Orléans, il entra dans
- la diplomatie en 1833 et devint ministre de France au Brésil, à
- Lisbonne, à Copenhague. Il fut nommé pair de France en 1841 et
- membre de l'Académie française en 1849. Il avait épousé Mlle de La
- Guiche.
-
- SALISBURY (la marquise DE), 1750-1835. Marie-Amélie, fille du
- marquis de Devonshire. Elle s'était mariée en 1773 et fut brûlée
- dans l'incendie de Hatfield-House.
-
- SALVANDY (le comte DE), 1795-1856. Il fit, comme militaire, les
- campagnes de 1813 et 1814, et se retira du service sous la
- Restauration, pendant laquelle il occupa plusieurs fonctions auprès
- de Louis XVIII; il démissionna en 1823 et se tourna vers la
- littérature. Nommé député après 1830, il devint ministre de
- l'Instruction publique de 1837 à 1839, ambassadeur à Madrid en 1841,
- à Turin en 1843, et, en 1845, de nouveau ministre de l'Instruction
- publique jusqu'en 1848. Il était membre de l'Académie française
- depuis 1835.
-
- SAMPAÏO (Antonio-Rodriguez), 1806-1882. Journaliste et homme d'État
- portugais qui défendit toujours les idées libérales.
-
- SAND (George), 1804-1876. Aurore Dupin, baronne Dudevant, fut, sous
- le pseudonyme de George Sand, un des meilleurs écrivains du
- dix-neuvième siècle.
-
- SARAÏVA (Antonio-Ribeira), 1800-1890. Diplomate portugais. Pendant
- la régence de dom Miguel, il fut envoyé en mission secrète en
- Espagne et en Angleterre. Partisan fanatique du pouvoir absolu, il
- ne retourna plus en Portugal après la chute du prétendant, et
- demeura à Londres jusqu'à sa mort.
-
- SARMENTO (M. DE). Diplomate portugais, représentant de dom Pedro à
- Londres lors des conférences après 1830.
-
- SAUZET (Paul), 1800-1877. Avocat au barreau de Lyon, il fut élu
- député en 1834, et deux ans plus tard, nommé ministre de la Justice
- dans le ministère Thiers.
-
- SAXE (Maurice, comte DE), 1695-1750. Maréchal de France, il se
- couvrit de gloire pendant la guerre de la succession d'Autriche, et,
- en récompense de ses services, le roi Louis XV lui donna le château
- de Chambord et 40,000 livres de rente. Il était le fils naturel
- d'Auguste II, électeur de Saxe, et de la comtesse Aurore de
- Kœnigsmark.
-
- SAXE-MEININGEN (Bernard, duc DE), 1800-1882. Frère de la reine
- Adélaïde d'Angleterre. En 1866, il abdiqua en faveur de son fils, le
- duc Georges II.
-
- SCHEFFER (Ary), 1785-1858. Peintre français, d'une famille
- originaire d'Allemagne. Il était très protégé par le Roi
- Louis-Philippe et sa famille.
-
- SÉBASTIANI DE LA PORTA (le maréchal), 1775-1851. Originaire de la
- Corse, il se distingua à l'armée d'Italie. En 1806, envoyé comme
- ambassadeur à Constantinople, il décida le sultan Selim à déclarer
- la guerre aux Russes et dirigea les opérations qui contraignirent la
- flotte anglaise à repasser les Dardanelles. Après Waterloo, il fut
- un des commissaires désignés pour traiter la paix. Sous
- Louis-Philippe, il fut ministre des Affaires étrangères, puis
- ambassadeur à Naples et à Londres. Il avait épousé Fanny de Coigny,
- qui mourut en 1807 en donnant le jour à une fille, qui épousa le duc
- de Praslin.
-
- SEFTON (lord), 1772-1838. Créé pair et baron en 1831. Il avait
- épousé une fille de lord Craven.
-
- SEFTON (lady), morte en 1851. Marie-Marguerite, fille de lord
- Craven, épousa en 1791 lord William Sefton.
-
- SÉGUIER (le comte), 1768-1848. Émigré pendant la Révolution, il
- rentra en 1800 et, grâce à Cambacérès, se fit une belle carrière
- dans la magistrature sous l'Empire. En 1815, Louis XVIII le fit pair
- de France et le chargea d'instruire le procès du maréchal Ney. Il se
- rallia à Louis-Philippe en 1830.
-
- SÉGUR (Louis-Philippe, comte DE), 1753-1833. Il prit part à la
- guerre d'Amérique en 1781, fut ambassadeur à Saint-Pétersbourg,
- vécut de sa plume pendant la Révolution, fut appelé ensuite au Corps
- législatif par le Premier Consul et devint grand maître des
- cérémonies de la cour impériale. Depuis 1803, il était membre de
- l'Académie française, et Louis XVIII l'avait fait pair.
-
- SÉMONVILLE (le marquis DE), 1754-1839. Il fut chargé d'abord de
- plusieurs missions à l'étranger. Pair de France en 1814, il reçut le
- premier le titre de grand référendaire de la Cour des Pairs et ne se
- démit de ses fonctions que sous Louis-Philippe en 1834.
-
- SÉVIGNÉ (la marquise DE), 1626-1696. Marie de Rabutin-Chantal, une
- des femmes les plus distinguées du dix-septième siècle, célèbre par
- les lettres qu'elle écrivait à sa fille, Mme de Grignan. Elle avait
- été mariée en 1644 au marquis de Sévigné, qui, tué en duel, la
- laissa veuve à vingt-cinq ans.
-
- SGRICCI (Thomas), 1788-1836. Célèbre improvisateur italien et grand
- érudit. Il révéla sa prodigieuse facilité de versification à un bal
- masqué, où, costumé en Pythonisse, il rendit ses oracles en vers,
- avec une promptitude et une aisance admirables.
-
- SHAFTSBURY (Cropley-Ashley), 1768-1851, membre de la Chambre des
- lords, il épousa Anne, fille du duc de Marlborough.
-
- SIDNEY (lord, John-Robert), né en 1805. Il était lord-chambellan, et
- épousa en 1832, Emily-Caroline, fille du marquis d'Anglesey.
-
- SIDNEY (lady Sophie), morte en 1837. Lady Fitzclarence, fille
- naturelle du roi Guillaume IV d'Angleterre, épousa en 1825
- Philippe-Charles Sidney, baron de l'Isle et de Dudley.
-
- SIEYÈS (l'abbé), 1748-1836. Il fut vicaire général de Chartres, et
- l'un des grands politiques de son temps. Il fit comprendre la
- puissance du Tiers, et amena plusieurs des mesures les plus
- importantes de la Révolution. Il fit partie du conseil des
- Cinq-Cents, fut fait sénateur et comte par Napoléon.
-
- SOBIESKI (Jean III), Roi de Pologne, 1629-1696. Un des héros
- nationaux de son pays; il vainquit les Turcs et délivra Vienne
- assiégée par Kara-Mustapha.
-
- SOMERSET (le ducDE), 1773-1855. Édouard Saint-Maur, baron Seymour;
- il avait épousé lady Hamilton.
-
- SOPHIE D'ANGLETERRE (la princesse), 1777-1848. Une des filles du roi
- George III d'Angleterre; elle ne se maria jamais.
-
- SOULT (Nicolas-Jean de Dieu) 1769-1852. Il fit toutes les campagnes
- de la Révolution et de l'Empire: la prise de Kœnigsberg lui valut
- le titre de duc de Dalmatie; exilé sous la seconde Restauration, il
- s'attacha au gouvernement de 1830 et prit à deux reprises le
- ministère de la Guerre et la présidence du Conseil.
-
- SPRING-RICE (sir Thomas), 1790-1866. Il fut élevé à la pairie en
- 1839 sous le titre de lord Monteagle de Brandon. Il fut
- sous-secrétaire à l'Intérieur en 1827, puis secrétaire de la
- Trésorerie, et, en 1834, secrétaire des Colonies. En 1835, il devint
- chancelier de l'Échiquier. Il était membre de la Société royale et
- de la Société astronomique.
-
- STAËL (Mme DE), 1766-1817. Née Necker. Célèbre par ses talents et
- son exil.
-
- STAËL (la baronne de), Adélaïde Vernet, petite-fille du professeur
- suisse Pictet, épousa, en 1826, le baron Auguste de Staël, fils de
- la célèbre Mme de Staël.
-
- STANLEY (Édouard-Geoffroy), 1799-1869. Homme d'État anglais, plus
- connu sous le nom de _comte de Derby_ qu'il prit en 1831. Il fut
- sous-secrétaire d'État aux Colonies en 1827, puis premier secrétaire
- pour l'Irlande de 1830 à 1833, ministre des Colonies en 1833; il fit
- passer le bill de l'émancipation des esclaves. En 1858, il pacifia
- les Indes et en réorganisa l'administration. Il avait épousé, en
- 1825, la seconde fille de lord Skelmersdale.
-
- STANLEY (Édouard-Jules, baron), 1801-1869. Membre du Parlement
- anglais depuis 1831, il fut sous-secrétaire d'État, sous-secrétaire
- aux Affaires étrangères et maître général des Postes. Il avait
- épousé en 1826 la fille du vicomte Dillon.
-
- STEVENS (Catherine), 1794-1872. Cantatrice anglaise très admirée,
- qui se fit entendre à Covent-Garden, puis à Drury Lane. Elle rentra
- dans la vie privée en 1815 et épousa, en 1838, le comte d'Essex.
-
- STRATFORT CANNING (sir), 1788-1880. Cousin du célèbre Canning et
- diplomate anglais. Il fut ministre plénipotentiaire en Suisse,
- assista au Congrès de Vienne en 1815, fut élu ambassadeur auprès de
- la Porte ottomane en 1851, jusqu'à 1858, époque de sa retraite. La
- Reine l'avait nommé vicomte de Redcliffe.
-
- STUART DE ROTHESAY (lady), 1789-1867. Fille de lord Hardwick, elle
- s'était mariée en 1816.
-
- SURREY (le comte DE), 1815-1860. Fils aîné du duc de Norfolk, il fut
- député au Parlement en 1837 et se posa en catholique zélé. En 1839
- il épousa une fille de lord Lyons, et, en 1856, à la mort de son
- père, il prit le titre de duc de Norfolk.
-
- SUSSEX (Auguste-Frédéric, duc DE), 1773-1843. Un des fils du Roi
- George III d'Angleterre. Il fut grand maître de la Maçonnerie dans
- ce pays.
-
- SUCHET (Marie), 1820-1835. Fille du maréchal Suchet, duc d'Albuféra.
- Amie intime de Mlle Pauline de Périgord, elle mourut prématurément.
-
- SUTHERLAND (la duchesse DE), morte en 1868. Fille de lord Carlisle,
- elle épousa, en 1823, le duc de Sutherland. La duchesse fut
- _mistress of the robes_ de la Reine Victoria.
-
-
-T
-
- TAHMASP-KOULI-KHAN. Nadir-Shah, roi de Perse, 1688-1747. Conducteur
- de chameaux, puis brigand, il entra au service de Tahmasp II, mit
- les affaires du Prince dans l'état le plus florissant et battit les
- Turcs, puis il fit déposer Tahmasp et se fit, après une régence,
- proclamer schah de Perse. Il marcha contre les Afghans rebelles et
- attaqua l'empire du Grand Mogol; la Perse, opprimée, le détestait et
- il fut tué par ses propres généraux.
-
- TALLEYRAND-PÉRIGORD (le cardinal DE), 1636-1821.
- Alexandre-Angélique, second fils de Daniel de Talleyrand-Périgord et
- de Marie de Chamillart, dame du palais de la Reine, embrassa l'état
- ecclésiastique, fut nommé aumônier du Roi, grand-vicaire à Verdun,
- et, en 1766, coadjuteur de l'archevêque de Reims auquel il succéda
- en 1777. Député aux États-Généraux de 1789, il lutta contre les
- innovations et émigra. Conseiller de Louis XVIII à Mittau, Mgr de
- Périgord devint, en 1808 son grand aumônier, fut inscrit le premier
- sur la liste des pairs en 1814, et obtint en 1817 le chapeau de
- cardinal et l'archevêché de Paris.
-
- TALLEYRAND (le prince DE), 1754-1838. Charles-Maurice de
- Talleyrand-Périgord, prince de Bénévent, duc de Dino, pair, grand
- chambellan de France, membre de l'Institut. Boiteux par accident de
- naissance, il fut destiné à l'Église quoique l'aîné de sa famille.
- Elève de Saint-Sulpice, il y fit ses études ecclésiastiques et fut
- d'abord connu sous le nom d'abbé de Périgord; en 1788, il fut évêque
- d'Autun; en 1789, membre des États généraux; il fut plus tard obligé
- de se réfugier en Amérique; de retour en 1797 il fut nommé ministre
- des Affaires étrangères par le Directoire, et, pendant huit ans,
- dirigea la politique extérieure de la France. En qualité de
- vice-grand-électeur de l'Empire, il put, en 1814, convoquer le Sénat
- et faire proclamer la déchéance de l'Empereur. Il représenta Louis
- XVIII au Congrès de Vienne. En 1830, Louis-Philippe le nomma
- ambassadeur à Londres. Son dernier acte politique fut la conclusion
- de la Quadruple Alliance entre la France, l'Angleterre, l'Espagne et
- le Portugal.
-
- TALLEYRAND (la princesse DE), 1762-1835. Fille du capitaine de
- vaisseau Werlée et de Laurence Allany, elle était née dans les Indes
- sur la côte de Coromandel; à quinze ans, elle épousa, à Calcutta, un
- employé civil, George Grant, mais divorça un an après. Vers 1780,
- Mme Grant s'embarqua pour l'Europe, s'établit à Paris, et épousa le
- prince de Talleyrand en 1802. Après sa séparation d'avec son mari,
- elle se retira à Auteuil. Elle mourut en 1835 et fut enterrée à
- Montparnasse, avec cette inscription: _Veuve de M. Grant, plus tard
- civilement mariée avec le prince de Talleyrand_.
-
- TALLEYRAND-PÉRIGORD (la baronne DE), 1800-1873.
- Charlotte-Alix-Sarah, épouse du baron Alexandre-Daniel de
- Talleyrand, conseiller d'État, dont elle eut trois enfants.
-
- TALLEYRAND-PÉRIGORD (le comte Edmond DE), 1787-1872. Duc de Dino
- depuis 1817 et duc de Talleyrand depuis la mort de son père en 1838.
- Il épousa, en 1809, la princesse Dorothée de Courlande. Brave
- officier, bon camarade, cité avec éloges parmi les aides de camp du
- major-général Berthier, il fit les campagnes de la Grande-Armée. Il
- était commandeur de l'ordre de Saint-Louis, grand-officier de la
- Légion d'honneur, grand-croix de l'ordre de Saint-Ferdinand
- d'Espagne. Il passa les quarante dernières années de sa vie à
- Florence, où il mourut.
-
- TALMA (François-Joseph), 1766-1826. Célèbre tragédien. Napoléon
- l'aimait beaucoup et paya plusieurs fois ses dettes.
-
- TANKERVILLE (lady), morte en 1865. Fille du duc Antoine de Gramont,
- elle épousa en 1806 lord Tankerville.
-
- TAYLOR (sir Herbert), 1775-1839. D'abord officier, il devint
- secrétaire particulier du duc d'York, dont il était l'ami, et passa
- en cette même qualité auprès du roi George III; il fut chargé de
- plusieurs missions délicates en Suède et en Hollande. Il avait
- épousé la fille d'Edouard Disbrowe.
-
- TERCEIRE (le duc DE). Marquis de Villaflor, 1790-1860, général
- portugais; il s'était mis à la tête des partisans de dom Pedro,
- l'aida à chasser dom Miguel. Il avait épousé, en deuxièmes noces, la
- fille du marquis de Loulé.
-
- TESTE (Jean-Baptiste), 1780-1852. Jurisconsulte français. Député en
- 1831, il fit partie des libéraux. En 1839, il devint ministre de la
- Justice, en 1840 des Travaux publics. En 1843, il fut nommé pair de
- France et président de la Cour de cassation, mais la fin de sa vie
- fut attristée par un lamentable procès dans lequel il fut compromis.
-
- THIARD DE BUSSY (le comte DE), 1772-1852. Général français.
- Chambellan de Napoléon en 1884, il le suivit comme aide de camp dans
- les campagnes de 1805 à 1807, mais démissionna ensuite. Louis XVIII
- le nomma maréchal de camp. Devenu député en 1815, il siégea presque
- sans interruption jusqu'en 1848, puis fut, pendant une année,
- ministre en Suisse.
-
- THIERS (Adolphe), 1797-1877. Homme d'État et historien français. Il
- débuta à Paris dans le journalisme, fonda le _National_ en 1830,
- devint ministre en 1832 et président du Conseil en 1836 et 1840.
- Comme député, il s'opposa vainement à la guerre de 1870. Président
- de la République en 1871, il attacha son nom à la libération du
- territoire.
-
- THIERS (Mme), 1815-1880. Élise Dosne n'avait que seize ans
- lorsqu'elle épousa M. Thiers, auquel elle apporta une grosse
- fortune.
-
- THORWALDSEN (Barthélemy), 1769-1844. Célèbre sculpteur danois. Fils
- d'un pauvre marin de Copenhague, il fit de longs séjours en Italie
- où il travailla beaucoup. Il a fondé, à Copenhague, un musée et a
- laissé son immense fortune à cet établissement.
-
- TORENO (le comte José DE), 1786-1843. Homme d'État espagnol, député
- aux Cortès depuis 1811, il provoqua l'abolition de l'Inquisition. En
- 1834, il fut nommé ministre des Finances, puis président du
- Conseil avec le portefeuille des Affaires étrangères; il se retira
- de la vie publique en 1835.
-
- TRAJAN (l'empereur), né en Espagne en 52, il fut empereur à Rome de
- 98 à 117. Il fut vainqueur des Daces et des Parthes, et excellent
- administrateur.
-
- TRÉVISE (duc DE), voir à MORTIER.
-
- TULLEMARE (lady), morte et 1848, elle s'était mariée en 1821.
- C'était la sœur du duc d'Argyll.
-
- TYSZKIEWICZ (la princesse), 1765-1834. Marie-Thérèse, fille du prince
- André Poniatowski, second frère du Roi; elle épousa le comte Vincent
- Tyszkiewicz, mais garda son titre de princesse. Son mari était
- référendaire du grand-duché de Lithuanie. La Princesse était très
- liée avec le prince de Talleyrand. Elle habita presque toujours la
- France et est enterrée à Valençay.
-
-
-V
-
- VALENÇAY (le duc DE), 1811-1898. Louis de Talleyrand-Périgord, duc
- de Talleyrand et de Valençay, duc de Sagan après la mort de sa
- mère. Fils du duc Edmond de Talleyrand et de la princesse Dorothée
- de Courlande; chevalier de la Toison d'or d'Espagne et de l'Aigle
- noir de Prusse. Il épousa d'abord, en 1829, Alix, fille du duc de
- Montmorency, puis la comtesse de Hatzfeld, fille du maréchal de
- Castellane. Le duc de Valençay était le fils aîné de la duchesse de
- Dino.
-
- VALENÇAY (la duchesse DE), 1810-1858. Alix, fille du duc de
- Montmorency et de Caroline de Matignon.
-
- VALOIS (les), famille issue des Capétiens, qui monta sur le trône
- de France en 1328 avec Philippe VI, pour finir avec Henri III en
- 1576.
-
- VAN DYCK (Antoine), 1599-1641. Peintre flamand, élève de Rubens; il
- voyagea en Italie, en Hollande, en France, en Angleterre où il fut
- appelé par le roi Charles Ier et se fixa.
-
- VANTADOUR (la duchesse DE), 1799-1863. Fille du comte d'Aubusson la
- Feuillade et de son premier mariage avec Mlle de Refouville, elle
- épousa le duc de Lévis et de Vantadour.
-
- VAUDÉMONT (la princesse DE), 1763-1832. Elise-Marie-Colette de
- Montmorency-Lognÿ, épousa en 1778 le prince Joseph de Vaudémont, de
- la maison de Lorraine, dont elle devint veuve en 1812. Amie intime
- de M. de Talleyrand, elle était bonne, très recherchée, et l'on
- retrouvait, chez elle, les habitudes de l'ancien régime.
-
- VICTORIA Ire (la Reine), 1819-1901. Fille du quatrième fils du roi
- d'Angleterre George III, le duc de Kent, qui mourut en 1820. Elle
- monta sur le trône en 1837, à la mort de son oncle Guillaume IV. En
- 1840, la jeune Reine épousa son cousin germain, le prince Albert de
- Saxe-Cobourg-Gotha, qui fut déclaré prince Consort en 1857.
-
- VIENNET (Jean-Guillaume), 1777-1868.
- Littérateur français; il entra à l'Académie en 1830.
-
- VILLEMAIN (Abel-François), 1790-1870. Professeur, écrivain et homme
- politique français, membre de l'Académie française depuis 1822, pair
- de France; il fut, à deux reprises, ministre de l'Instruction
- publique et, depuis 1835, secrétaire perpétuel de l'Académie.
-
- VISCONTI-AYMI (la marquise), morte en 1831 à Paris. Née Carcano,
- elle avait appartenu à la société la plus élégante de Milan à
- l'époque de la vice-royauté d'Eugène de Beauharnais. En premières
- noces elle avait épousé le comte Sopranzi, dont elle eut un fils,
- qui fut aide de camp du maréchal Berthier, avec qui elle était très
- liée.
-
- VITROLLES (Eugène d'Arnaud, baron DE), 1774-1854. Il servit dans
- l'armée de Condé, fut nommé ministre d'État en 1814, mais se montra
- si violent que Louis XVIII le priva de ses fonctions. A son
- avènement, Charles X le nomma ambassadeur à Turin. Il avait épousé,
- en 1795, Mlle de Folleville.
-
- VIVONNE (Louis-Victor de Rochechouart, comte DE), 1636-1688; plus
- tard duc de Mortemart et maréchal de France; la faveur de sa sœur,
- Mme de Montespan, lui valut un avancement rapide; il était connu
- pour son esprit, ses bons mots et son embonpoint.
-
- VOGÜÉ (le comte Charles DE), marié à Mlle de Béranger. Il était
- frère du marquis de Vogüé.
-
- VOLTAIRE (M. DE). 1694-1778. François-Marie-Arouet de Voltaire, fils
- d'un trésorier de la Chambre des comptes; il exerça une immense
- influence sur le dix-huitième siècle littéraire et philosophique.
-
-
-W
-
- WABURTON. Aubergiste anglais du _Ship_ à Douvres.
-
- WALTER SCOTT, 1771-1832. Poète et romancier écossais.
-
- WARD (sir Henry-George), 1798-1860. Gendre de lord Grey. Il entra
- dans la diplomatie anglaise en 1816, comme attaché d'ambassade à
- Stockolm, puis à La Haye et à Madrid. Il entra au Parlement en
- 1832, fut nommé commissaire des îles Ioniennes en 1849. De 1856
- jusqu'à sa mort il fut gouverneur de Ceylan.
-
- WARWICK (Guy, comte DE), mort en 1471, surnommé le _Faiseur de
- rois_. Beau-frère de Richard d'York, il le poussa à revendiquer le
- trône d'Angleterre, puis fit proclamer Edouard IV, ce qui ne
- l'empêcha pas plus tard de faire rétablir Henri VI sur le trône et
- de se faire nommer gouverneur du royaume.
-
- WARWICK (lord), 1779-1853. Henri Richard Greville, comte de Brooke,
- descendant, par les femmes, des anciens Beauchamp.
-
- WARWICK (lady), morte en 1851. Sarah, fille de lord Mexborough,
- épousa, en premières noces, lord Monson, et, en deuxièmes noces,
- lord Warwick.
-
- WEIMAR (le duc Charles-Bernard DE), 1792-1862. Général au service
- des Pays-Bas; il avait épousé, en 1815, la princesse Ida de
- Saxe-Meiningen. Son fils, le prince Édouard de Weimar, entra au
- service de l'Angleterre.
-
- WEIMAR (la duchesse Bernard DE), 1794-1852, née princesse de
- Saxe-Meiningen et sœur de la reine Adélaïde d'Angleterre.
-
- WELLESLEY (le marquis DE), 1760-1842. Richard, comte de Mornington,
- frère aîné du duc de Wellington; gouverneur des Indes en 1797, il
- devint, en 1810, ministre des Affaires étrangères, en 1822
- lord-lieutenant d'Irlande et, en 1833, vice-roi de ce pays.
-
- WELLINGTON (le duc DE), 1769-1852. Troisième fils du vicomte
- Wellesley, il servit en 1797 dans l'armée des Indes, revint en
- Angleterre en 1805; il dirigea l'armée anglaise en Portugal, en
- Espagne, et fut le vainqueur de Napoléon à Waterloo. Il fit partie
- de plusieurs ministères.
-
- WERTHER (le baron Wilhelm DE), 1772-1859. Diplomate prussien; il fut
- ministre à Paris de 1824 à 1837, et de 1837 à 1841 ministre des
- Affaires étrangères à Berlin.
-
- WERTHER (la baronne DE), 1778-1853. La comtesse Sophie Sandizell,
- Bavaroise, épouse du baron de Werther.
-
- WESSENBERG-AMPRINGEN (le baron), 1773-1858. Diplomate autrichien; il
- assista, en 1830, aux conférences de Londres, et fut en 1848,
- pendant peu de temps, ministre des Affaires étrangères.
-
- WEYER (Sylvan VAN DE), 1803-1874. Homme d'Etat et littérateur belge.
- Chargé d'une importante mission à Londres, il réussit par faire
- agréer la proposition d'y réunir une conférence pour consolider la
- nouvelle constitution belge; il parvint à faire accepter le prince
- Léopold de Cobourg comme roi des Belges. En 1845, il fut rappelé
- pour prendre la tête du cabinet, puis, en 1846, reprit ses fonctions
- d'ambassadeur à Londres jusqu'en 1867, lorsqu'il se retira des
- affaires.
-
- WILLOUGHBY-COTTON (sir Henry), 1796-1865. Député à la Chambre des
- communes.
-
- WINCHELSEA (lord), 1791-1858. George-William Hatton. Sa première
- femme était une fille du duc de Montrose. En 1829, il eut un duel
- célèbre avec le duc de Wellington; le duc de Wellington manqua son
- adversaire, lord Winchelsea tira en l'air.
-
- WORONZOFF (la comtesse), morte en 1832 à Londres; Catherine Siniavin,
- épouse du général Woronzoff.
-
- WURTEMBERG (le roi DE), 1781-1864. Guillaume Ier; il monta sur le
- trône en 1816. Il avait épousé en premières noces la grande-duchesse
- Catherine de Russie, et, en deuxièmes noces, sa cousine, la duchesse
- Pauline de Würtemberg.
-
- WURTEMBERG (la princesse Marie DE), 1816-1863. Fille du roi Guillaume
- Ier, elle épousa, en 1840, le major-général comte de Neipperg.
-
- WURTEMBERG (la princesse Sophie DE), 1818-1877. Sœur de la
- précédente; elle épousa, en 1839, Guillaume III, Roi des Pays-Bas.
-
-
-Y
-
- YARBOROUGH (lord), 1812-1851. Frère de lord Garbowy, et, en 1831,
- capitaine dans la maison royale d'Angleterre.
-
- YORK (le duc d'), 1763-1827. Frère des rois George IV et Guillaume IV
- d'Angleterre; il épousa la princesse Frédérique de Prusse.
-
-
-Z
-
- ZEA-BERMEDEZ (don Francisco), 1772-1850. Diplomate espagnol. De 1809
- à 1820, il fut chargé d'affaires auprès de l'empereur Alexandre Ier,
- puis ambassadeur à Constantinople. En 1824, il fut nommé ministre
- des Affaires étrangères, puis en 1825, il fut ambassadeur à Dresde;
- de 1828 à 1833, ambassadeur à Londres. Depuis 1834, il habita
- presque toujours Paris où il mourut.
-
- ZEA-BERMEDEZ (Mme), femme du ministre. Elle était très recherchée
- dans la société par sa distinction et son amabilité. Sa ville natale
- était Malaga.
-
- ZUMALACARREGUY (Thomas), 1789-1835. Général espagnol, commandant la
- garde royale à la mort de Ferdinand VII. Il se démit de ses
- fonctions pour suivre don Carlos, et fit une terrible guerre aux
- Christinos.
-
- ZUYLEN VAN NIJEVELT (le baron Hugo DE), 1781-1853. Homme d'Etat
- hollandais; il prit une part active aux efforts qui furent faits
- dans son pays pour secouer le joug de Napoléon Ier. Il fut
- ambassadeur à Paris, à Madrid, à Stockolm, à Constantinople, revint
- à La Haye en 1829 et déploya une rare activité lors de la révolution
- belge en 1830. Il fut ensuite envoyé, avec Falk, à la conférence de
- Londres. De 1833 à 1848, il reçut plusieurs portefeuilles, puis
- rentra dans la vie privée.
-
-
- PARIS
- TYPOGRAPHIE PLON-NOURRIT ET Cie
- Rue Garancière, 8
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Chronique de 1831 à 1862. T. 1/4, by
-Dorothée de Dino
-
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-<pre>
-
-Project Gutenberg's Chronique de 1831 1862. T. 1/4, by Dorothe de Dino
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
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-
-Title: Chronique de 1831 1862. T. 1/4
-
-Author: Dorothe de Dino
-
-Editor: Marie Dorothea Radziwill
-
-Release Date: June 19, 2016 [EBook #52380]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CHRONIQUE DE 1831 1862. T. 1/4 ***
-
-
-
-
-Produced by Clarity, Hlne de Mink, and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
-
-<div class="tnote">
-<p>Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges.
-L'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise.
-Les numros des pages blanches n'ont pas t repris.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_I"> I</a></span></p>
-
-
-<h1><span class="xlarge">CHRONIQUE</span><br />
-<span class="xs">DE</span><br />
-<span class="large">1831 A 1862</span></h1>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_II"> II</a></span>
-<span class="pagenumh"><a id="Page_III"> III</a></span>
-<span class="pagenumh"><a id="Page_IV"> IV</a></span></p>
-
-<div class="figcenter">
-<img src="images/frontispiece.jpg" width="372" height="470" alt="" />
-</div>
-<p class="caption">DUCHESSE DE DINO<br />
-PUIS DUCHESSE DE TALLEYRAND ET DE SAGAN</p>
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_V"> V</a></span>
-<span class="pagenumh"><a id="Page_VI"> VI</a></span></p>
-<p class="caption">D'aprs une miniature d'Agricola,<br />
-faite pendant le Congrs de Vienne de 1815,<br />
-appartenant la princesse Antoine Radziwill</p>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_VII"> VII</a></span></p>
-
-<div class="topspace titlepage">
-<p><span class="large">DUCHESSE DE DINO</span><br />
-<span class="xs">(PUIS DUCHESSE DE TALLEYRAND ET DE SAGAN)</span></p>
-
-<p class="space"><span class="xlarge">CHRONIQUE</span><br />
-<span class="medium">DE</span><br />
-<span class="large">1831 A 1862</span></p>
-
-<hr class="deco" />
-<p class="space"><span class="small"><i>Publie avec des annotations et un Index biographique</i></span><br />
-<span class="small">PAR</span><br />
-<span class="large">LA PRINCESSE RADZIWILL</span><br />
-<span class="xs">NE CASTELLANE</span></p>
-
-<p class="medium">I<br />
-1831-1835</p>
-<hr class="deco" />
-<p class="small"><i>Avec un portrait en hliogravure</i></p>
-
-<p class="xs">Troisime dition</p>
-<div class="figcenter">
-<img src="images/logo.jpg" width="120" height="142" alt="logo" />
-</div>
-
-<p class="space"><span class="large">PARIS</span><br />
-<span class="medium">LIBRAIRIE PLON</span><br />
-<span class="medium">PLON-NOURRIT et C<sup>ie</sup>, IMPRIMEURS-DITEURS</span><br />
-<span class="xs">8, RUE GARANCIRE&mdash;6<sup>e</sup></span></p>
-
-<hr class="deco" />
-<p class="small">1909</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_VIII"> VIII</a></span></p>
-
-<div class="topspace frontmatter">
-<p class="small">Tous droits de reproduction et de traduction
-rservs pour tous pays.<br />
-Published 2 December 1908.<br />
-Privilege of copyright in the United States reserved under the Act approved March 3<sup>d</sup><br />
-by Plon-Nourrit et C<sup>ie</sup>.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_IX"> IX</a></span></p>
-
-<p class="section">
-Cette <i>Chronique</i> a t compose avec des notes
-recueillies en Angleterre, durant l'ambassade du
-prince de Talleyrand, et ensuite avec les fragments
-extraits des lettres adresses pendant trente ans, par
-Mme la duchesse de Dino (plus tard duchesse de
-Talleyrand et de Sagan), M. Adolphe de Bacourt,
-qui me l'a remise en mains propres, par ordre de ma
-grand'mre.</p>
-
-<p>Quelques mois avant sa mort, en 1862, ma grand'mre,
-qui ne se faisait plus aucune illusion sur l'tat
-de sa sant, me prvint elle-mme du don prcieux
-qui me serait remis aprs elle, par son excuteur
-testamentaire, M. de Bacourt, y ajoutant ses instructions
-et ses conseils.</p>
-
-<p>Le recul des annes tant ncessaire l'homme
-pour devenir peu prs juste l'gard des sentiments
-<span class="pagenum"><a id="Page_X"> X</a></span>
-et des actes des personnes qui ont marqu d'un trait
-spcial, j'aurais voulu retarder encore la publication de
-cette <i>Chronique</i>, mais ma nice, la comtesse Jean de
-Castellane, ayant, il y a quelques mois, fait paratre
-le <i>Rcit des premires annes</i> de la duchesse de Dino,
-qui finissait trop tt, au gr de plus d'un lecteur, il
-me semble propos de ne plus en faire attendre la
-continuation.</p>
-
-<p>Cette continuation se trouve, presque tout entire,
-dans cette <i>Chronique</i>.</p>
-
-<p>Ce livre, o les dernires annes du prince de
-Talleyrand sont mieux mises en lumire que par
-toutes les publications faites jusqu' ce jour, parle
-trop par lui-mme pour que j'aie besoin d'y ajouter
-un seul mot. La place que la duchesse de Dino a
-occupe dans la socit europenne de la premire
-partie du sicle dernier est aussi trop connue pour la
-rappeler ici. Ses attraits, comme ses dons, furent
-rarement gals, mais ce qui est moins connu, c'est
-la sduction morale qu'elle exerait sur tous ceux qui
-l'approchaient. Si l'intelligence est une puissance,
-l'lvation de l'me en est une plus grande encore et
-celle-ci a certainement aid la duchesse de Dino
-traverser bien des phases difficiles dans sa vie.</p>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_XI"> XI</a></span>
-C'est ce qui me semble tout particulirement
-ressortir de cette <i>Chronique</i> o on sent planer une
-me suprieure.</p>
-
-<p class="signature"><span class="cap1">C</span><span class="smallc1">ASTELLANE</span>, <span class="cap1">P</span><span class="smallc1">rincesse</span>
-<span class="cap1">R</span><span class="smallc1">adziwill</span>.</p>
-
-<p class="date">Kleinitz, 1<sup>er</sup> septembre 1908.</p>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_XII"> XII</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_1"> 1</a></span></p>
-<p class="extra">DUCHESSE DE DINO<br />
-<span class="xlarge">CHRONIQUE</span></p>
-<hr class="deco" />
-<h2 class="normal">1831</h2>
-</div>
-
-<p class="section"><i>Paris, 9 mai 1831.</i>&mdash;Je suis si tourdie du bruit de
-Paris, j'y ai tant entendu dire de paroles, tant de figures
-ont dj pass sous mes yeux, que j'ai peine me reconnatre,
- rassembler mes ides et leur demander de me
-dire o j'en suis, o en sont les autres; si ce pays-ci est
-en bonne ou mauvaise route; si les mdecins sont suffisamment
-habiles, ou plutt si la maladie ne bravera pas
-la science du mdecin!</p>
-
-<p>J'ai dj vingt fois arrt ma pense sur Madre;
-quelquefois aussi elle s'est repose sur Valenay. Mais elle
-ne se fixe nulle part, et il me semble tout fait draisonnable
-de rien prjuger avant cette grande crise lectorale
- laquelle je vois que tout le monde se rfre. A tout on
-dit ici: Aprs les lections, comme, Londres, le
-monde frivole disait: Aprs Pques.</p>
-
-<p>Il y avait un petit article dans le <i>Moniteur</i> d'hier: la
-disposition ministrielle, la disposition du public en
-<span class="pagenum"><a id="Page_2"> 2</a></span>
-gnral, est quitable et honorable pour M. de Talleyrand,
-mais la raison n'est pas la mode, et dans ce pays-ci
-moins qu'ailleurs. En vrit, si je voulais faire promener
-ma pense sur les mille et une petites complications qui
-gnent et entravent tout, je ne pourrais arriver qu' ce
-rsultat: c'est que ce pays-ci est fort malade, mais que le
-mdecin est bon!...</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 10 septembre 1831.</i>&mdash;Les lettres de Paris
-disent que l'ternel bailli de Ferrette s'est enfin teint et
-que Mme Visconti, autre merveille du temps pass, en a
-fait autant.</p>
-
-<p>On me parle d'meutes fminines; il y a eu quinze
-cents de ces horribles cratures qui ont fait du train.
-La garde nationale, cause de leur sexe, n'a pas voulu
-user de force; heureusement que la pluie en a fait
-justice.</p>
-
-<p>Il est arriv hier une estafette avec quelques rabchages
-sur la Belgique, demandant que les Hollandais se
-retirent encore davantage; que Mastricht n'ait que des
-Hollandais seuls pour garnison; notant l'impatience de
-ce que le gnral Baudrand ait eu des entretiens directs
-et particuliers avec les ministres anglais et le rappelant
-sur-le-champ. Il ne partira cependant qu'aprs le Drawing-room.</p>
-
-<p>Rien de nouveau sur la Pologne.</p>
-
-<p>Le <i>Times</i> raconte l'infortune tentative portugaise.
-Maudit dom Miguel! Quelle horreur que son triomphe!</p>
-
-<p class="section">A Londres il n'y a qu'une seule nouvelle: c'est qu'
-<span class="pagenum"><a id="Page_3"> 3</a></span>
-l'occasion du couronnement<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">&nbsp;[1]</a>, le Roi a autoris les
-vques quitter leurs vilaines perruques; les voil tous
-mconnaissables pour huit jours; ils se sont tellement
-presss de profiter de la permission qu'ils n'ont pas donn
- leurs cheveux le temps de repousser, cela fait qu'ils ont
-de drles de figures et qu'au grand dner du Roi, ils ont
-fait la joie de tous les convives.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 11 septembre 1831.</i>&mdash;Les conversations
-tournent encore toutes sur le couronnement; la rentre
-pdestre et crotte du duc de Devonshire, les faits, gestes,
-figures et paroles de chacun, sont comments, embellis,
-dfigurs, passs en revue avec plus ou moins de charit,
-c'est--dire sans charit aucune. Il n'y a que la Reine
-laquelle personne ne touche; tout le monde dit qu'elle
-tait la perfection et on a bien raison.</p>
-
-<p>J'ai vu hier le duc de Gloucester auquel je n'ai rien
-tir, si ce n'est qu'au grand dner diplomatique que nous
-avons aujourd'hui Saint-James, on avait cherch le
-moyen d'viter le Van de Weyer qui fait tomber la duchesse
-de Saxe-Weimar en dfaillance. On a, en consquence,
-imagin de n'inviter, hors les ambassadeurs, que ceux
-des ministres qui sont maris: l'expdient me parat un
-peu stupide.</p>
-
-<p>Toutes les vieilles antiquits disparaissent; voil lady
-Mornington, mre du duc de Wellington, qui est morte
-hier 90 ans: cela ne fait pas grand'chose son fils.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_4"> 4</a></span>
-La Landgravine de Hesse-Hombourg et le duc de
-Saxe-Meiningen sont partis hier par le bateau vapeur
-pour Rotterdam; la duchesse de Cambridge part aujourd'hui
-pour la Haye par Bruges. La grande affaire de tout
-ce monde est d'viter Bruxelles!</p>
-
-<p>Lady Belfast raconte fort drlement la visite et la
-rception des yachts anglais Cherbourg. Les autorits
-les ont reus et n'ont jamais pu comprendre ce que c'tait
-qu'un <i>Gentlemen's Yacht Club</i> dans lequel le gouvernement
-n'intervenait nullement; elles ont presque pris ces
-messieurs pour des pirates. Cependant on leur a donn un
-dner et un bal. Lord Yarborough a voulu les leur rendre
- bord de son yacht, mais toutes les belles dames de province
-ont dclar que rien ne les ferait danser sur mer,
-qu'assurment elles auraient toutes des maux de c&oelig;ur
-horribles, que cette proposition tait tout fait barbare, et
-enfin lord Yarborough a t oblig de cder et de donner
-un bal dans une guinguette de Cherbourg, o il a cependant
-trouv moyen de dpenser dix mille francs dans une
-seule soire.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 13 septembre 1831.</i>&mdash;Le Drawing-room
-d'hier tait plus nombreux que jamais, par consquent si
-long et si fatigant qu'il a successivement mis le Mexique,
-l'Espagne et Naples hors de combat. Aprs les vanouissements
-successifs des trois reprsentantes, nos rangs taient
-si clairsems qu'il a fallu d'autant plus payer de sa personne.</p>
-
-<p>Mme de Lieven s'est bravement assise sur les marches
-<span class="pagenum"><a id="Page_5"> 5</a></span>
-du trne et, de l, elle a pass dans le cabinet du Roi o
-elle a fait <i>lunch</i>; elle est ensuite revenue nous dire qu'elle
-n'tait pas fatigue et qu'elle n'avait pas faim. Elle tait
-tente d'ajouter que nos jambes devaient tre reposes du
-repos des siennes et notre estomac satisfait de savoir le
-sien restaur.</p>
-
-<p>Les Pairesses, dans leur costume, avaient en gnral
-bon air. Il y en a une, pauvre malheureuse, qui a pay
-cher le plaisir d'user du droit de Pairesse: celui d'aller
-chez le Roi en dpit du Roi lui-mme. Lady Ferrers avait
-t une femme entretenue, ou peu prs, et la matresse
-de son mari avant d'tre sa femme. Lord Howe a dit
-lord Ferrers que la Reine ne recevrait pas sa femme, mais
-lord Ferrers ayant rpondu que le droit des Pairesses tait
-d'entrer chez la Reine, on n'a pas pu s'y opposer. Seulement
-on l'a prvenu que la Reine dtournerait la tte
-lorsqu'elle passerait; c'est ce qui a eu lieu. Mais je
-dois dire que le bon c&oelig;ur de la Reine a paru encore dans
-cette circonstance. Elle a eu l'air de commencer causer
-avec la princesse Auguste avant que lady Ferrers ft
-devant elle; elle n'a pas interrompu sa conversation et on
-pouvait croire que la pauvre proscrite tait passe
-inaperue et non pas insulte. J'en ai su bon gr la
-Reine.</p>
-
-<p>Le dner tait magnifique et le Roi dans un train de
-bonne humeur vraiment comique. Il a fait des <i>speeches
-franais</i> tonnants. On dit qu'aprs le dpart des dames il
-a donn dans le graveleux un point inou. Jamais je ne
-l'ai vu si en gaiet. Je crois qu'un courrier arriv de Paris
-<span class="pagenum"><a id="Page_6"> 6</a></span>
-un peu avant le dner, qui a apport lord Palmerston et
- M. de Talleyrand la nouvelle que les troupes franaises
-commenceraient vacuer la Belgique le 27 et seraient
-toutes rentres en France le 30, tait pour quelque chose
-dans l'hilarit du Roi. Lord Grey en tait rayonnant.</p>
-
-<p>Les nouvelles du cholra sont mauvaises: il arrive en
-Sude par la Finlande, et, en trois jours, sur soixante
-malades Berlin, trente en sont morts.</p>
-
-<p>Il y a eu assez de bruit Paris pour que M. Perier s'y
-soit port lui-mme cheval, en habit de ministre; sa
-prsence a bien fait.</p>
-
-<p>Il parat que les affaires belges sont dcidment finies
-et M. de Talleyrand disait hier qu'il serait en France la
-fin d'octobre; mais j'ai dj vu tant de hauts et de bas dans
-ces affaires que je ne sais plus rien prvoir huit jours de
-distance.</p>
-
-<p class="section"><i>Cambridge-Wells, 16 septembre 1831.</i>&mdash;Je viens de
-visiter Eridge Castle<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">&nbsp;[2]</a>, qui appartient un richard
-misanthrope, octognaire, que le malheur a poursuivi,
-dont le titre est celui de Earl of Abergavenny, mais dont le
-nom de famille est Neville; c'est un des cousins de lord
-Warwick. Le fameux Guy, Earl of Warwick, surnomm
-The King's Maker, tait un Neville. Eridge Castle lui
-appartenait. Plus tard la reine Elisabeth y fut fte.</p>
-
-<p>Le chteau, sur les fondations antiques, a t rebti
-dans l'ancien style avec un soin particulier par le propritaire
-<span class="pagenum"><a id="Page_7"> 7</a></span>
-actuel. Tout est parfaitement d'accord, tout est
-lgant, riche; la perfection des boiseries et la beaut des
-vitraux de couleur, remarquables; l'appartement particulier
-de lord Abergavenny, extrmement lugubre. Le chteau
-est sur un point trs lev, avec un lac de vingt arpents
-au pied de la colline, mais ce vallon est encadr de
-collines plus leves encore que celle du centre sur
-laquelle est le chteau, et elles sont toutes couvertes
-d'arbres si beaux et en si grande quantit, qui se prolongent
-pendant tant de milles, que cela forme une vritable
-fort. C'est la vue la plus boise, la plus romantique et,
-en mme temps, la plus profondment mlancolique que
-j'aie jamais rencontre. Ce n'est pas de l'Angleterre, c'est
-encore moins de la France; c'est la Fort Noire, c'est la
-Bohme. Je n'ai jamais vu de lierres comparables ceux
-qui tapissent les tours, les balcons et toute cette demeure;
-enfin, j'en ai eu la tte tourne.</p>
-
-<p>Dans le parc est un bouquet de sapins, bien hauts, bien
-sombres, qui entourent une source d'eau minrale parfaitement
-semblable celle de Tunbridge. Non seulement le
-parc est rempli de daims, mais il y a aussi des cerfs, et
-quantit de vaches, de moutons et un beau troupeau de
-buffles.</p>
-
-<p>Lord Abergavenny est trs charitable. Cent vingt
-ouvriers sont toujours employs par lui. Depuis que les
-baigneurs de Tunbridge sont venus dvaster son jardin, il
-ne permet qui que ce soit de voir le parc ou la maison. Il
-en a mme refus l'entre, il y a quelque temps, la princesse
-de Lieven. Un billet touchant de la comtesse Batthyny
-<span class="pagenum"><a id="Page_8"> 8</a></span>
-et de moi l'a attendri; il est sorti, aprs avoir laiss
-des ordres ses gens de nous tout montrer, et un homme
- cheval nous a guids dans les bois. Ses gens l'aiment
-beaucoup, en disent mille biens et racontent fort bien les
-malheurs qui ont frapp ce pauvre vieux homme.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 17 septembre 1831.</i>&mdash;En revenant de Tunbridge
-hier, j'ai visit Knowles. C'est un des chteaux les
-plus anciens de l'Angleterre; bti par le Roi Jean-Sans-Terre,
-la plus ancienne partie de ce btiment est encore
-de cette poque. Les archevques de Cantorbry ont
-longtemps possd Knowles, mais Cranmer, ayant trouv
-que sa magnificence excitait les murmures populaires,
-rendit Knowles la Couronne. lisabeth le donna aux
-Sackfield, dont elle fit l'an comte de Dorset. Knowles est
-rest dans cette famille jusqu' prsent et vient de passer
-aux mains de lady Plymouth, s&oelig;ur du duc de Dorset, qui
-a pri la chasse sans laisser d'enfants. Le vieux duc de
-Dorset actuel est un oncle du dernier; il a hrit du titre,
-mais non de l'<i>Estate</i> qui a pass aux femmes.</p>
-
-<p>A mon tour, je sais faire aussi de la pdanterie: j'ai
-daign consulter un guide de voyage et j'ai trouv une
-<i>housekeeper</i>! Cette vieille fe montre fort bien l'antique et
-lugubre demeure de Knowles, dont la tristesse est incomparable;
-je n'en excepte mme pas la partie arrange par
-les propritaires actuels, plus forte raison celle qui est
-consacre aux souvenirs et la tradition. Il n'y a l
-aucune imitation: tout est ancien et original; on y voit
-cinq ou six chambres coucher, le Hall, trois galeries et
-<span class="pagenum"><a id="Page_9"> 9</a></span>
-un salon avec les meubles du temps de Jacques I<sup>er</sup>. Boiseries,
-meubles, tableaux, tout est authentiquement de
-cette poque. L'appartement dans lequel Jacques I<sup>er</sup> fut
-reu par le premier comte de Dorset est magnifique, orn
-de glaces de Venise, d'un lit en brocard d'or et d'argent,
-d'une toilette en filigrane, de cabinets en ivoire et en
-bne, enfin de choses belles et curieuses. Des portraits
-de toute l'Angleterre, et parmi cette immense quantit de
-crotes, une douzaine de peintures superbes de Van Dyck
-et de sir Robert Leslie. Le parc est grand, mais il n'a
-rien de remarquable; il n'est bon qu' parcourir un peu
-vite.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 19 septembre 1831.</i>&mdash;Mes retours Londres
-ne sont pas heureux. Je reviens avant-hier pour apprendre
-la prise de Varsovie<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">&nbsp;[3]</a>, et aujourd'hui j'arrive de
-Stocke<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">&nbsp;[4]</a> pour apprendre les nouveaux et srieux dsordres
-qui ont eu lieu Paris, l'occasion de la dfaite
-des Polonais. L'tat de Paris tait grave au dpart des
-lettres; aux dtails contenus dans le <i>Times</i> de ce matin,
-j'ajouterai que M. Casimir Perier a courageusement tir
-Sbastiani de danger en le mettant dans sa voiture;
-arrivs la place Vendme, ils ont t obligs de se rfugier
-<span class="pagenum"><a id="Page_10"> 10</a></span>
- l'htel de l'tat-Major. Les cris de A bas Louis-Philippe
-ont t vifs.</p>
-
-<p>C'est aujourd'hui que probablement le sort du ministre
-se sera dcid la Chambre. Je sais que M. de Rigny
-tait fort inquiet; la dernire sance avait t trs mauvaise.</p>
-
-<p>J'ai aussi reu une lettre trs triste de M. Pasquier...
-Nos prvisions auront t vraies et justes: Madre!</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 20 septembre 1831.</i>&mdash;Le comte Paul Medem
-est arriv hier et a pass une grande partie de la journe
-avec moi.</p>
-
-<p>Il avait quitt Paris le samedi soir. Je l'ai questionn
-mon aise et je l'ai trouv avec son bon et froid jugement
-habituel; ne regardant rien comme perdu, ni rien comme
-sauv en France. Tout lui parat livr au hasard: la confiance
-est impossible; il dit de mauvaises paroles sur
-l'impopularit du Roi, sur l'ignorance et la prsomption
-de tous. Le seul dont il fasse cas, c'est M. Perier, mais
-celui-ci est fort dgot et ne se cache pas du manque de
-concours. Il fait un triste tableau de l'tat commercial et
-social de Paris. Tout y est mconnaissable: costumes,
-manires, ton, m&oelig;urs et langage, tout est chang; les
-hommes ne vivent plus gure qu'au caf et les femmes
-ont disparu.</p>
-
-<p>On a adopt de nouvelles locutions: on n'appelle plus
-la Chambre des dputs que <i>la Reine Lgislative</i>; la
-Chambre des pairs s'appelle <i>l'Ancienne Chambre</i>; celle-ci
-n'existe plus comme pouvoir, pour personne. On dit que
-<span class="pagenum"><a id="Page_11"> 11</a></span>
-c'est le Roi qui a le plus facilement abandonn l'hrdit
-de la Pairie, esprant par l se populariser et obtenir une
-meilleure liste civile: on ne suppose pas qu'elle excde
-douze millions; en attendant, il touche chaque mois
-quinze cent mille francs.</p>
-
-<p>Plusieurs thtres sont ferms; l'Opra et les Italiens
-attirent encore du monde; mais si les premiers sujets
-continuent jouer sur la scne, dans les loges on ne voit
-plus gure que les doublures du beau monde.</p>
-
-<p>Il parat que l'Empereur Nicolas ne fera excuter en
-Pologne que ceux qui, dans les scnes sanglantes des
-clubs, ont assassin les prisonniers russes; la Sibrie
-s'ouvrira pour les autres. Quelle quantit de malheureux
-nous allons voir faire irruption sur l'Europe et surtout en
-France! Quoiqu'il soit bien naturel de leur offrir asile, je
-dois convenir cependant que, dans la situation actuelle de
-la France, ce sont de nouveaux lments de dsordre
-qu'on va y introduire. On dit que, dans les meutes, les
-rfugis de tous les pays jouent un rle premier.</p>
-
-<p>Les nouvelles de Rio-de-Janeiro sont mauvaises pour
-les enfants que dom Pedro y a laisss<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">&nbsp;[5]</a>; une rvolte
-des hommes de couleur y a produit de grands dsordres.</p>
-
-<p>Les scnes en Suisse sont dplorables<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">&nbsp;[6]</a>.</p>
-
-<p>Il y a eu du mouvement Bordeaux.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_12"> 12</a></span>
-Miaoulis a fait sauter sa flotte pour ne pas obir
-Capo d'Istria<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">&nbsp;[7]</a>.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 21 septembre 1831.</i>&mdash;L'meute a recommenc
-dimanche soir Paris et a dur toute la matine
-du lundi<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">&nbsp;[8]</a>, et il y avait de mauvais symptmes de tous
-les genres; l'aspect de la ville tait grave tous gards, et
-si les interpellations annonces par Mauguin et Laurence
-avaient t remises de vingt-quatre heures, c'est qu'on
-croyait une dislocation immdiate du ministre, si ce
-n'est entire, du moins partielle. Bont divine! O en
-sommes-nous et o allons-nous?</p>
-
-<p>A propos de cela, on assure que les troupes qui sont
-Madre sont prtes faire leur soumission doa Maria.
-Ce nom de Madre, prononc, jet pour ainsi dire, il y a
-six mois sans grande rflexion, aura t une prdiction.
-C'est l que nous chercherons refuge!</p>
-
-<p>C'est Jules Chodron<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">&nbsp;[9]</a> qui est nomm second secrtaire
-de lgation Bruxelles.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 22 septembre 1831.</i>&mdash;Les lettres de Vienne
-disent que le cholra y a paru le 9 de ce mois, et dans
-les premires vingt-quatre heures y a enlev cinquante
-personnes.</p>
-
-<p>Blow a des nouvelles de Berlin du 16: il y avait eu
-jusqu' ce jour-l trois cents malades sur lesquels deux
-<span class="pagenum"><a id="Page_13"> 13</a></span>
-cents avaient succomb. Il a beau s'tendre, ce vilain mal,
-il ne parat pas s'endormir.</p>
-
-<p>M. Martin, qui nous est arriv hier, dit grand mal du
-Midi de la France: tout s'y divise en carlisme, bigotisme,
-rpublicanisme; de la raison, nulle part; une absence
-d'autorit locale dplorable, une confusion, une anarchie
-qui laisse le champ libre tous les dlits. Pauvre France!</p>
-
-<p>Ici, on n'est gure mieux. J'ai t hier au soir
-Holland-House o le ministre avait l'air constern. Il se
-sent, je crois, un peu coupable; car, si ce pays-ci est
-menac de scnes rvolutionnaires, c'est que le ministre
-l'aura voulu. Pour intimider la Chambre des pairs et lui
-arracher le Bill de rforme, il excite les meetings et
-les mouvements menaants qui se prparent.</p>
-
-<p>Lord Grey tait particulirement soucieux d'une runion
-qui aurait eu lieu hier chez le duc de Wellington. Il
-ne sait pas s'il osera faire des pairs sans perdre des voix
-sur lesquelles il comptait, et qui se retireraient de lui si la
-Pairie tait prostitue. Enfin, les embarras, d'une espce
-et d'une autre, couvrent la terre.</p>
-
-<p>Dimanche soir, on a promen dans Paris des bonnets de
-la libert sur des piques et on a fait d'autres gentillesses
-du mme genre. Les lettres de lundi, deux heures,
-mandent que, dans la crainte de voir former des barricades,
-on avait enlev tous les matriaux qui se trouvaient
-sur la place Louis XV et qu'on les avait entasss dans les
-cours des maisons voisines.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 23 septembre 1831.</i>&mdash;Il a fait assez beau
-<span class="pagenum"><a id="Page_14"> 14</a></span>
-temps hier pour la fte de Woolwich laquelle j'ai
-assist. C'est trs imposant de voir lancer un grand btiment
-de guerre et de le voir entrer ensuite dans le bassin
-o il doit tre mt.</p>
-
-<p>Nous tions dans une tribune prs de celle du Roi; il y
-avait du monde par torrents; des bateaux vapeur, des
-barques en multitude, beaucoup de musiques, de cloches,
-de coups de canon, presque du soleil, des uniformes, de
-la parure, enfin de tout ce qui donne un grand air de fte.</p>
-
-<p>Le Roi a men un petit dtachement du Corps diplomatique,
-dont je faisais partie, voir une frgate en miniature
-destine en cadeau au Roi de Prusse et qui est charmante:
-toute en bois d'acajou et en cuivre. Puis il nous a conduits
-djeuner bord du <i>Royal Sovereign</i>, vieux yacht dor et
-chamarr du temps de George III. Le Roi m'a adress un
-toast pour le Roi des Franais, et Blow un autre toast
-pour Sa Majest Prussienne. Il a oubli Mme Falk; la
-duchesse de Saxe-Weimar, qui ne prenait pas cet oubli en
-patience, s'est mise fondre en larmes, ce qui a fait
-revenir la mmoire au Roi, et il a fait alors des excuses
-Mme Falk en buvant la sant du Roi de Hollande.</p>
-
-<p>J'ai dn avec le duc de Wellington, qui tait de trs
-bonne humeur; il espre que le Bill de rforme sera
-rejet par la Chambre des pairs, la seconde lecture qui
-aura lieu le 3 octobre. Lord Winchelsea a dclar qu'il
-voterait contre; le ministre lui a alors demand la dmission
-de sa charge de Cour, que le Roi n'a pas voulu accepter.</p>
-
-<p>Il est arriv hier soir une estafette de Paris, du 20, pour
-dire que les meutes taient finies et que le ministre
-<span class="pagenum"><a id="Page_15"> 15</a></span>
-avait eu l'avantage dans la Chambre des dputs; mais en
-mme temps, on mande que ce qui s'est pass prouve
-qu'il faut avoir le trait belge sur les bases qui ont t
-proposes dans la dpche du 12.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 25 septembre 1831.</i>&mdash;Nous avons reu les dtails
-de la sance de la Chambre des dputs dans laquelle
-le ministre a triomph. Ce triomphe a t un ordre du
-jour, motiv d'une manire honorable pour le gouvernement,
-qui a eu une majorit de 85 voix. 357 votants:
-221 pour M. Perier, 136 contre. Voil, pour le moment,
-les choses remises dans une sorte d'quilibre, mais elles ne
-m'inspirent aucune confiance, car cette nouvelle Chambre
-a encore des preuves donner, dans les questions de l'hrdit
-de la Pairie, de la liste civile, du budget, et je ne
-la trouve nullement prpare bien dire ni bien faire.</p>
-
-<p>On crit encore en rendant justice au courage de lion
-de M. Perier, en reprsentant le pays comme bien malade
-et Pozzo fort inquiet malgr le mariage de son neveu, qui
-le ravit.</p>
-
-<p>Nous avons eu dner trois messieurs d'Arras, recommands
-par le baron de Talleyrand, des Franais, de
-ceux qui s'appellent de la <i>classe moyenne</i>, laquelle ils se
-font gloire d'appartenir: parmi les trois, il y avait un
-petit monsieur de dix-sept ans, lve de rhtorique au
-lyce Louis-le-Grand, qui vient ici pour ses vacances et
-qui est dj aussi bavard et aussi tranchant qu'on peut le
-souhaiter: il donne tout plein d'esprance d'tre un jour
-un des hurleurs de la Chambre.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_16"> 16</a></span>
-<i>Londres, 27 septembre 1831.</i>&mdash;Hier, la Confrence a
-adopt un protocole qui va produire Dieu sait quoi! Les
-Hollandais et les Belges n'ayant pu s'entendre en aucune
-manire, ni mme se rapprocher, la Confrence, pour
-viter la reprise des hostilits, terminer enfin cette difficile,
-dlicate et dangereuse question, et arrter la conflagration
-qu'elle est toujours au moment de produire, s'est
-constitue hier arbitre et va procder cet arbitrage, dont
-le rsultat sera pris sous sa protection et garantie. Comment
-cela va-t-il tre pris Paris? M. de Talleyrand croit
-qu'on se fchera d'abord, puis qu'on cdera, et que
-d'ailleurs il n'y avait pas de choix: Ceci, dit-il, est la
-seule et unique manire d'en finir.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 29 septembre 1831.</i>&mdash;M. de Montrond est
-arriv hier; il parle avec le dernier mpris de Paris et
-de tout ce qui s'y passe. Il annonce que le Roi va demeurer
-aux Tuileries, aprs une bataille trs rude livre par ses
-ministres, qui lui ont encore, dans cette occasion-ci, mis
-le march la main. Il leur a fallu aussi persuader la
-Reine qui y avait grande rpugnance; cependant, ils ont
-vaincu toutes les dplaisances et cela va se faire.</p>
-
-<p>Il parat qu'au Palais-Royal, le Roi ne peut plus bouger
-sans tre accueilli par les mots les plus durs; on lui crie:
-<i>Bavard... Avare...</i>; on passe travers la petite grille
-intrieure des couteaux avec lesquels on le menace, enfin
-des horreurs!</p>
-
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_17"> 17</a></span></p>
-<h2 class="normal">1832</h2>
-</div>
-
-<p class="section"><i>Londres, 23 mai 1832.</i>&mdash;Hier, j'ai eu une longue
-visite du duc de Wellington. Il m'a dit qu'il regrettait que
-les convenances personnelles de M. de Talleyrand le dcidassent
- quitter l'Angleterre, mme momentanment;
-qu'un remplaant, quel qu'il ft, ne pourrait jamais
-maintenir les choses au point o M. de Talleyrand les
-avait conduites; qu'ici, il avait une position premire
-et une influence prpondrante, non seulement sur ses
-confrres diplomatiques, mais encore sur le Cabinet
-anglais; qu'il tait, en gnral, extrmement considr
-dans le pays, o on lui savait gr de se tenir loign de
-toute intrigue; qu'il tait le seul qui pt maintenir, sous
-quelque ministre que ce ft, l'union de la France et de
-l'Angleterre; que lui, duc de Wellington, craignait que
-les autres membres de la Confrence ne prissent le haut
-ton avec le remplaant de M. de Talleyrand, et qu' son
-retour, celui-ci ne trouvt un tat de choses diffrent, et
-le terrain perdu difficile ressaisir; qu'enfin, si M. de
-Talleyrand ne revenait pas Londres, on ne pouvait plus
-compter sur la dure de la paix.</p>
-
-<p>Il a ajout que l'aspect des deux pays tait bien grave,
-que toutes les prvisions taient insuffisantes, et que qui
-<span class="pagenum"><a id="Page_18"> 18</a></span>
-que ce soit ne pouvait dire ce qu'apporteraient et la
-rforme par ses rsultats futurs, et les moyens rvolutionnaires
-qui ont t mis en jeu pour l'obtenir, ni quelles
-seraient les fantaisies royales, le Bill de rforme une
-fois pass.</p>
-
-<p>Le duc de Wellington a t, comme toujours, fort naturel,
-fort simple, de trs bon sens, et, sa faon, qui
-n'est pas phraseuse, trs amical.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 24 mai 1832.</i>&mdash;M. de Rmusat est ici, il a,
-pour M. de Talleyrand, une lettre du gnral Sbastiani
-qu'il n'a pas encore remise.</p>
-
-<p>Il m'en a envoy une du duc de Broglie qui partait pour
-la campagne, assez soucieux, ce me semble, de l'tat de
-dcomposition de toutes choses en France. Il me rfre
-ce que M. de Rmusat me dira, mais je connais celui-ci:
-il a de l'esprit, mais c'est un esprit ddaigneux, dnigrant,
-tout emmaillot de formes doctrinaires; mme
-dans le temps o je voyais le plus les personnes de cette
-socit, je le trouvais, lui, singulirement dsagrable, et
-je n'ai pas ide qu'il me fasse aujourd'hui une autre
-impression.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 25 mai 1832.</i>&mdash;M. de Rmusat, que j'avais
-vu hier soir, m'avait annonc sa visite pour ce matin,
-<i>pour m'apprendre Paris</i>, m'a-t-il dit. On sait que les doctrinaires
-enseignent toujours quelque chose! Il sort de
-chez moi. C'est trs long apprendre, la France, car
-il me l'a enseigne pendant plus de deux heures.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_19"> 19</a></span>
-Ce qui m'en reste, c'est que le voyage de M. de Rmusat
-ici est une sorte de mission, qui lui a t confie par
-les honntes gens du juste milieu, tels que MM. Royer-Collard,
-Guizot, Broglie, Bertin de Veaux, mme Sbastiani,
-qui est en guerre ouverte avec Rigny. Cette mission
-consiste dcider M. de Talleyrand accepter la prsidence
-du Conseil, ou, si cela ne se peut, tre le patron
-d'un nouveau ministre dans lequel Sbastiani serait conserv
-et qu'on fortifierait en y faisant entrer Guizot,
-Thiers, Dupin. Tel qu'il est, dcompos et dsuni, le
-ministre ne saurait durer; mais il faut dcider le Roi
-choisir des hommes plus forts, rsolus suivre le systme
-de M. Perier et capables, par leur talent, d'en imposer
-la Chambre. On voudrait que M. de Talleyrand, Paris,
-ft assez sentir au Roi le pril de sa situation pour le dterminer
- pareille chose. Voil ce que M. de Rmusat est
-charg d'obtenir de M. de Talleyrand, et sur quoi il s'est
-donn la peine de m'endoctriner. M. de Talleyrand est
-beaucoup trop dtermin ne faire partie d'aucune administration
-pour tre branl sur ce point. Certes, son
-intention a toujours t de parler au Roi selon sa conscience,
-mais qu'en obtiendrait-il?... Pas grand'chose
-peut-tre...</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 29 mai 1832.</i>&mdash;Quelle journe que celle
-d'hier! Le Drawing-room qui a dur jusqu' plus de
-cinq heures! C'tait l'anniversaire du jour de naissance
-du Roi, qui, ayant appris que la princesse de Lieven et
-moi ne dnions pas chez lord Palmerston, nous a choisies
-<span class="pagenum"><a id="Page_20"> 20</a></span>
-pour reprsenter le Corps diplomatique son dner.</p>
-
-<p>Il n'y avait ce dner, except la famille lgitime et
-illgitime, que le strict service et quelques vieux amis
-du Roi, comme le duc de Dorset et lord Mount-Edgecumbe.</p>
-
-<p>Le Roi ne s'est pas fait faute de toasts: le premier
-Mme de Lieven, sur ce qu'aprs les longues annes pendant
-lesquelles elle avait reprsent Londres une Cour
-toujours amie de celle de la Grande-Bretagne, il la regardait
-comme une amie personnelle. Puis moi: Je vous
-connais depuis moins de temps, Madame, mais vous nous
-laissez ici des souvenirs qui nous font dsirer votre retour
-et que vous nous reveniez avec la bonne sant que vous
-allez chercher aux eaux. Les circonstances dlicates et
-difficiles dans lesquelles votre oncle s'est trouv ici, et
-pendant lesquelles il a montr tant de loyaut, d'intgrit
-et d'habilet, me font attacher beaucoup de prix ce qu'il
-nous revienne et je vous prie de le lui dire. Puis
-Mme de Woronzoff, sur ce que, par son mari, elle tait
-aussi Anglaise que Russe.</p>
-
-<p>Mme de Lieven a rpondu par un mot de reconnaissance,
-et moi de mme, mais cette pauvre Mme de
-Woronzoff, en voulant aussi exprimer ses remerciements,
-s'est embrouille de telle sorte que le Roi a repris la
-parole et j'ai cru que ce dialogue ne finirait plus.</p>
-
-<p>Aprs la sant de la Reine, le Roi a remerci pour elle
-en anglais, en ajoutant qu'aucune Princesse ne mritait
-davantage le respect et l'attachement de ceux qui la connaissaient,
-car personne ne savait mieux remplir les
-<span class="pagenum"><a id="Page_21"> 21</a></span>
-devoirs de sa position. Il a alors donn le signal de se
-lever, et immdiatement celui de se rasseoir, et s'adressant
- la duchesse de Kent, il a port la sant de la princesse
-Victoria, comme tant la seule qui, par la divine
-Providence et les lois du pays, devait lui succder, et
-laquelle il comptait laisser les trois Royaumes, avec leurs
-droits, leurs privilges et leur constitution intacte comme
-il les avait lui-mme recueillis. Tout cela tait accompagn
-de tant d'assurances d'une bonne sant personnelle,
-de force, de volont de vivre et de se bien porter, et de la
-ncessit qu'il y avait que, dans les circonstances difficiles
-du prsent, il n'y et pas de minorit, que tout le
-monde s'est demand s'il avait voulu tre agrable ou
-dsagrable la duchesse de Kent, qui tait ple comme
-la mort; ou bien si, cause des Fitzclarence qui se mlent
-d'avoir des prtentions princires, il a voulu tablir qu'il
-ne reconnaissait d'hritier possible que la jeune Princesse.
-D'autres prtendent que le tout tait dirig contre le duc de
-Sussex, qui tait absent puisqu'on lui a dfendu la Cour.
-Il parat que le parti populaire voudrait le porter au trne
-ou que du moins le Roi se l'imagine et que c'est l ce qui
-nous a valu ce trs long speech.</p>
-
-<p>Avant la fin de la soire, le Roi est venu deux fois
-moi pour me dire qu'il ne fallait pas que M. de Talleyrand
-s'absentt longtemps, que la paix du monde dpendait
-de sa prsence Londres, et sur cela force loges et
-gracieusets. On n'a pas ide de ce qu'on nous montre,
-de tous cts, de regrets obligeants qui ont l'air sincres.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_22"> 22</a></span>
-<i>Londres, 30 mai 1832.</i>&mdash;M. de Talleyrand a reu des
-lettres du Roi et de Sbastiani, crites au moment du
-dpart pour Compigne: ils assurent qu'ils useront de
-tout leur crdit sur le roi Lopold pour le dterminer se
-soumettre pleinement la Confrence, afin de laisser aux
-Hollandais tout l'odieux du refus; mais ils veulent que
-M. de Talleyrand emporte ici l'vacuation d'Anvers,
-laquelle ils ne veulent entendre qu'aprs que toutes les
-autres questions seront termines. En apparence, les
-enttements hollandais ne diminuent pas et le mauvais
-esprit se ranime en Belgique.</p>
-
-<p>M. de Talleyrand partira aussitt aprs l'arrive de
-M. de Mareuil, et espre, avant cela, tre arriv tablir
-une certaine force arme qu'on appellerait l'arme combine
-anglo-franaise et qui serait charge de couper le
-n&oelig;ud gordien.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 20 juin 1832.</i>&mdash;J'attends M. de Talleyrand
-aprs-demain soir.</p>
-
-<p>Je vois bien du monde maintenant: on m'assomme,
-la lettre. Que d'absurdits, de fautes, de passions! Pauvre
-M. de Talleyrand! Dans quel gchis et dans combien d'intrigues
-ne va-t-il pas tomber!</p>
-
-<p>Du reste, l'tat de choses actuel, que tout le monde
-condamne, doit ncessairement changer, au moins ministriellement;
-car le <i>toll</i> contre le ministre est gnral
-et l'effroi se propage. La Vende cependant touche sa
-fin et on croit la duchesse de Berry sauve: ce serait un
-point essentiel. Mais l'tat du Cabinet est pitoyable; sa
-<span class="pagenum"><a id="Page_23"> 23</a></span>
-marche saccade, hsitante, des gaucheries sans nombre,
-tout assure sa dissolution. On attend M. de Talleyrand
-pour frapper les grands coups: pauvre homme!</p>
-
-<p>La vraie difficult est dans le caractre du chef suprme.
-Que tout ceci est laid! Sbastiani s'en va chaque jour
-davantage; il m'a fait piti hier; il se rend compte de son
-tat et il en est profondment malheureux. Je vais ce soir
-avec lui Saint-Cloud et je tremble qu'il ne tombe mort
-ct de moi dans la voiture.</p>
-
-<p>Wessenberg m'crit de Londres que le ministre y est
-triste, inquiet, embarrass de son triomphe et redoutant
-une chute prochaine. Je vois qu'en Angleterre on est
-inquiet de l'tat de l'Allemagne: le Corps diplomatique se
-plaint ici du double jeu de Sbastiani propos de ce qui
-se passe sur le Rhin. Bref, personne n'est content, personne
-n'est tranquille; c'est une singulire poque!...</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 6 septembre 1832.</i>&mdash;On crit M. de Talleyrand
-que les coquetteries qu'on avait faites Ptersbourg
-avaient pour objet de dtacher l'Angleterre de notre
-alliance; qu'on avait t jusqu' proposer de remettre
-Anvers aux Anglais. Tout cela n'a pas pris, et la froideur
-a succd aux gentillesses. Toutes les difficults de la
-Confrence viennent maintenant de Bruxelles, o le
-mariage a exalt toutes les ttes et o ils se croient en
-tat de forcer la main la France<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">&nbsp;[10]</a>.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 21 septembre 1832.</i>&mdash;Il parat que M. de
-<span class="pagenum"><a id="Page_24"> 24</a></span>
-Montrond est en esprance de Pondichry et fort dsireux
-d'y aller. Les amis de Sbastiani le disent entirement
-rtabli depuis Bourbonne et naviguant avec adresse au
-milieu des cueils que rencontre sa route ministrielle.</p>
-
-<p>Le Roi des Pays-Bas fait le mchant, celui des Belges
-n'est pas plus doux. La Confrence se fatigue, et a, dit-on,
-grand besoin de M. de Talleyrand pour reprendre son
-ensemble.</p>
-
-<p>On dit tous les Cabinets fort bouriffs de ce qui se
-passe entre l'gypte et la Porte ottomane. Chacun recule,
-plus ou moins, devant les rsultats prochains du Nord,
-du Midi, du Couchant et du Levant, car partout il en faut
-prvoir, sans que personne ait le courage d'y mettre la
-main.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 23 septembre 1832.</i>&mdash;Voil l'horizon qui se
-rembrunit de toutes parts: aux singuliers vnements
-d'Orient, l'tat prcaire de l'Allemagne et de l'Italie, au
-dsaccord qui rgne dans le Cabinet franais, l'approche
-des Chambres franaises et celle du Parlement, aux
-complications portugaises, l'obstination toujours croissante
-de la Hollande, voici qu'il faut joindre le coup de
-foudre de la mort de Ferdinand VII; guerre de succession
-et, par consquent, guerre civile, entre les partisans de
-don Carlos et ceux de la petite Infante; peut-tre intervention
-de l'Espagne en Portugal, et, par consquent,
-apparition de la France et de l'Angleterre dans la Pninsule.</p>
-
-<p>D'un autre ct, changement de ministre Bruxelles,
-<span class="pagenum"><a id="Page_25"> 25</a></span>
-et dparts, si prcipits, du duc d'Orlans, du marchal
-Grard et de M. Le Hon pour la Belgique. Ne sommes-nous
-pas, plus que jamais, dans le grabuge?</p>
-
-<p>M. de Talleyrand reoit force lettres, tant de Paris que
-de Londres, pour presser son dpart.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 27 septembre 1832.</i>&mdash;Quelle mystification que
-cette rsurrection de Ferdinand VII<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">&nbsp;[11]</a>! Au fait, c'est trs
-heureux, car assurment les complications ne manquent
-point, et une de moins, c'est quelque chose!</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_26"> 26</a></span></p>
-<h2 class="normal">1833</h2>
-
-<p class="section"><i>Valenay<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">&nbsp;[12]</a>, 12 octobre 1833.</i>&mdash;M. Royer-Collard a
-pass une partie de la matine ici: original et piquant,
-grave et anim tout la fois, fort affectueux pour moi et
-aimable pour M. de Talleyrand. Le temps actuel, qu'il
-ne fronde cependant pas publiquement, lui dplat au
-fond et il en mdit dans sa solitude.</p>
-</div>
-
-<p>Une lettre de Vienne de M. de Saint-Aulaire dit ceci:
-Mes vacances d't, que je viens de passer Baden, n'ont
-pas t troubles par les runions de Tplitz et de Mnchengraetz<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">&nbsp;[13]</a>,
-parce qu'on ne m'a rien donn faire et
-<span class="pagenum"><a id="Page_27"> 27</a></span>
-que, pour ma part, je ne concevais aucune inquitude.
-Voici M. de Metternich qui revient Vienne, il faudra
-rgler nos comptes, et mes vacances vont finir.&mdash;Les
-mesures qu'on juge propos de prendre pour l'Allemagne
-seront apparemment trs incisives; s'il n'en tait pas ainsi,
-la tentative serait niaise. La France restera-t-elle spectatrice
-inerte? Oui, si l'on m'en croit; du moins tant que
-quelque Prince directement intress n'appellera pas au
-secours pour le maintien de son indpendance. Le Roi de
-Hanovre serait un bon chef de file; s'il ne veut pas se
-porter en avant, je ne compte gure sur le prince Lichtenstein.
-Je sais qu'on croit en Angleterre que M. de Metternich
-s'est moqu de nous et qu'il tait de moiti avec la
-Russie pour le trait de Constantinople du 8 juillet dernier:
-je persiste soutenir qu'il tait dupe et non complice,
-et je voudrais qu'on ne s'y trompt pas, moins pour
-l'honneur de mon amour-propre que parce que la partie
-me semble diffrente jouer, suivant que la bonne intelligence
-sera relle ou apparente entre l'Autriche et la Russie.
-Frdric Lamb m'a cont hier, en dtail, la campagne du
-duc de Leuchtenberg en Belgique, dont je savais quelque
-chose par les bruits de ville; pas un mot par le ministre,
-car on a la mauvaise habitude de nous tenir toujours les
-plus mal informs, entre les diplomates de tous les pays.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 23 octobre 1833.</i>&mdash;La duchesse de Montmorency
-<span class="pagenum"><a id="Page_28"> 28</a></span>
-est toute frache sur Prague, cause de ce que
-sa fille ane lui en a cont. C'est Charles X qui a t
-mener ses deux petits-enfants leur mre, Leoben, prcisment
-pour empcher Mme la duchesse de Berry d'aller
- Prague; il parat que, de Leoben, elle retournera en
-Italie. M. le Dauphin et Mme la Dauphine n'ont pas
-voulu tre du voyage<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">&nbsp;[14]</a>.</p>
-
-<p>On dit Charles X extrmement cass, Mme la Dauphine
-vieillie, maigrie, nerveuse, pleurant sur tout et toujours.
-Certes, quelque force d'me qu'elle puisse avoir, ses infortunes
-ont t d'un genre briser le c&oelig;ur le plus haut et
-l'esprit le plus mle: c'est, incontestablement, la personne
-la plus poursuivie par le sort que l'histoire puisse
-offrir.</p>
-
-<p>M. de Blacas est le grand directeur de toute cette petite
-cour, et le plus oppos ce que Mme la duchesse de Berry
-s'y tablisse.</p>
-
-<p>J'ai vu une lettre de M. Thiers, qui dit propos de son
-mariage: Mon grand moment approche; je suis agit,
-comme il convient, et j'aime ma jeune femme, plus qu'il
-ne convient, mon ge; j'ai donc bien fait d'en finir
-35 ans plutt qu' 40, car j'en aurais t plus ridicule. Au
-surplus, peu m'importe; je sais mettre de ct les fausses
-hontes. Mais une chose m'est insupportable, c'est de
-<span class="pagenum"><a id="Page_29"> 29</a></span>
-livrer des tres qui me sont chers aux indignits et la
-malice du monde. Pour moi, je suis aguerri, mais je ne
-m'aguerrirai jamais et j'aurais cependant grand besoin de
-m'aguerrir pour les gens que j'aime. Il faut bien que le
-monde aille son train; il serait bien sot de vouloir qu'une
-si grosse machine changet, pour soi, son ternelle
-marche.</p>
-
-<p>Je dsire sincrement que sa philosophie ne soit pas
-mise de trop rudes preuves, mais, comme dit le proverbe:
-On est puni par o on a pch.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 3 novembre 1833.</i>&mdash;Je ne suis pas peu surprise
-que le duc de Broglie n'ait pas crit une seule fois
-M. de Talleyrand; il m'a crit trois fois sur des affaires
-prives, annonant chaque fois une lettre pour M. de Talleyrand
-et cette lettre n'est jamais venue.</p>
-
-<p>Mme Adlade a crit deux fois, trs bien, avec des
-dsirs exprims de voir M. de Talleyrand retourner
-Londres, mais sans interpellation positive; je crois,
-cependant, qu'elle et le Roi le dsirent bien davantage que
-M. de Broglie, et je crois qu'il faut s'en prendre quelque
-intrigue entre lord Granville et lord Palmerston, si le dsir
-du Roi n'est pas plus nettement exprim jusqu' prsent.</p>
-
-<p>M. de Talleyrand n'est dcid rien; il y a tant d'inconvnients
-rels entrer dans le mouvement actif de la
-politique, mais d'un autre ct, il y a tant d'inconvnients
-rels rester en France, que, lors mme que je voudrais
-donner un conseil, je ne saurais celui, qu'en conscience, dans
-l'intrt bien entendu de M. de Talleyrand, je devrais lui
-<span class="pagenum"><a id="Page_30"> 30</a></span>
-offrir. Il est effray, et je le suis pour lui, de l'isolement,
-de l'ennui, de la langueur de la province ou de la campagne,
-mais il est convaincu aussi de l'impossibilit de
-Paris, o il porterait, aux yeux du public, une responsabilit
-politique dont il n'aurait ni l'intrt, ni le pouvoir. Il
-ne se dissimule pas davantage la gravit et la complication
-des affaires qu'il retrouverait Londres, augmentes par
-la nature des individus avec lesquels il se trouverait en
-rapport, des deux cts de la Manche; enfin, il comprend
- merveille qu'il peut reperdre sur une seule carte tout ce
-qu'il a si miraculeusement gagn depuis trois ans.</p>
-
-<p>Il est fort agit de tout ceci, et je le suis pour lui encore
-plus que lui-mme. C'est bien le cas de rpter, en nous
-l'appliquant, ce que disait M. Royer-Collard au mois de
-juin 1830, en parlant de la lutte entre le ministre Polignac
-et la France: Une fin? srement. Une issue? Je
-n'en vois pas.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 10 novembre 1833.</i>&mdash;M. de Talleyrand
-vient de recevoir des lettres de Broglie et du Roi Lopold.
-Le premier lui dit que le Roi des Pays-Bas fait la dmarche
- Francfort; que la confdration germanique et le duc
-de Nassau disent <i>oui</i> la premire sommation; qu'il est
-certain que Dedel recevra, d'ici quinze jours, les instructions
-ncessaires pour rentrer activement dans la Confrence;
-que lui Broglie, ainsi que le Roi, dsirent vivement
-que M. de Talleyrand soit cette poque Paris,
-pour y convenir de toutes choses; pour y apprendre, de
-plus, les dtails de la Confrence de Mnchengraetz sur
-<span class="pagenum"><a id="Page_31"> 31</a></span>
-les affaires d'Espagne, et pour retourner ensuite
-Londres.</p>
-
-<p>La lettre du Roi Lopold est pour dire que la Belgique
-ne veut rien payer la Hollande: cette espce de dclaration
-est enveloppe de gracieusets mielleuses.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 11 novembre 1833.</i>&mdash;Voici le sens, peu
-prs, de la rponse de M. de Talleyrand au duc de Broglie:
-Mon cher Duc, vous avez trop bonne opinion de ma
-sant, mais vous aurez toujours raison d'en avoir une
-excellente de mon amiti pour vous et de mon dvouement
-au Roi. Je ne puis vous en donner une meilleure
-preuve qu'en tirant, au milieu de l'hiver, mes quatre-vingt-deux
-ans, de mon repos et de ma paresse actuels,
-pour arriver Paris le 4 dcembre, ce que je vous promets.
-Quant aller Londres, je n'en vois pas trop la
-ncessit: je suis bien vieux, tout autre y fera maintenant
-aussi bien, si ce n'est mieux que moi.</p>
-
-<p>Nous causerons Paris, et ma vieille exprience, que
-vous faites l'honneur de consulter, vous dira franchement
-ce qu'elle pense sur ce que vous lui apprendrez du monde
-politique; je ne suis plus bon qu' cela. Mais si, cependant,
-par impossible, vous parvenez garer assez mon
-amour-propre, jusqu' lui persuader que je suis, pour
-quelque temps encore, indispensable, ou peu prs,
-vos affaires, alors, sans doute, je croirai de mon devoir
-de m'y livrer, jusqu' ce qu'elles soient accomplies, mais
-aussitt aprs je retournerai ma tanire, pour rentrer
-dans l'engourdissement qui seul me convient maintenant.
-<span class="pagenum"><a id="Page_32"> 32</a></span>
-Quoi qu'il en soit, d'ici quelques semaines, rien ne priclite
-entre les mains de M. de Bacourt, qui, j'en suis convaincu,
-justifie de plus en plus, par son activit et sa
-sagesse, tout le bien que je vous ai dit de lui. Adieu!</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 12 novembre 1833.</i>&mdash;On commence tre
-inquiet des affaires d'Espagne: les provinces du Nord sont
-toutes don Carlos; Madrid, Barcelone, Cadix et presque
-tout le Midi sont la Reine la condition que la rvolution
-sera complte; c'est ce qui inquite le plus le gouvernement
-franais.</p>
-
-<p>L'attente des Chambres trouble un peu; le ministre
-s'y prsentera tel qu'il est, mais non sans crainte, car il y
-a bien quelques difficults se prsenter devant une
-Chambre qui doit vouloir se populariser, dans l'esprance
-d'tre rlue. Les normes dpenses du marchal Soult,
-peu ou point de diminution de dpenses dans les autres
-ministres, sont des difficults qui pourront devenir de
-srieux embarras.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 9 dcembre 1833.</i>&mdash;Notre retour Londres est
-dcid. Je suis arrive hier ici; j'ai trouv, en arrivant,
-M. de Montrond sur le perron, M. Raullin sur l'escalier,
-et, dans le cabinet, Pozzo chez lequel je dois dner demain.
-Celui-ci a l'air soucieux; il est fulminant contre lord Palmerston,
-qu'on dit n'tre la mode nulle part. M. de Talleyrand
-n'est pas d'avis que le duc de Broglie se laisse
-entraner par lord Granville autant que celui-ci le voudrait
-et il s'est nettement exprim cet gard.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_33"> 33</a></span>
-M. de Talleyrand ne croit pas d'autres chances de
-guerre qu'entre l'Angleterre et la Russie, et apportera tous
-ses efforts la prvenir. Il me parat tre au mieux avec
-Pozzo; il est aussi merveille avec le Roi et Madame Adlade
-qui commencent a tre en dfiance de lord Palmerston,
-de lord Granville et trouver que Broglie n'est pas
-assez clair; d'ailleurs, qu'il les traite lestement et ddaigneusement;
-il se montre aussi fort cachottier et dfiant
- l'gard de M. de Talleyrand. Il faut pourtant parler
-en dtail de sa fortune ceux auxquels on veut confier
-son argent.</p>
-
-<p>Lady Jersey a t aux Tuileries; Mgr le duc d'Orlans a
-t tout fait ses ordres ici. Au Chteau, o, en effet, on
-est un peu prs de ses pices, en fait de beau monde, on a
-t charm de l'arrive de cette aristocrate d'outre-mer.
-Cela a fait vnement.</p>
-
-<p>Le faubourg Saint-Germain est plus rcalcitrant que
-jamais. L'Empereur Napolon avait des places donner,
-des biens rendre, des confiscations dont il pouvait menacer;
-rien de tout cela maintenant. Aussi boude-t-on
-avec une aisance et une insolence inimaginables. Le fait est
-que, quand on n'y est pas oblig, la Cour est trop mle
-pour tre tentante. J'en suis fche pour la Reine que
-j'aime et que j'honore.</p>
-
-<p>Il parat que le baron de Werther a prodigieusement
-d'humeur contre lord Palmerston et le duc de Broglie; il
-y a certainement bien de la mauvaise humeur dans l'air,
-mais M. de Talleyrand dit encore qu'elle n'clatera pas en
-boulets rouges.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_34"> 34</a></span>
-<i>Paris, 11 dcembre 1833.</i>&mdash;J'ai t hier dner, avec
-M. de Talleyrand, chez Thiers; il n'y avait que lui, sa
-femme, son beau-pre, sa belle-mre, Mignet, qui disait
-des pauvrets sur l'Espagne, et Bertin de Veaux, qui ne
-parlait que des combats de taureaux qu'il avait vus Saint-Sbastien.</p>
-
-<p>Mme Thiers, qui n'a que seize ans, parat en avoir dix-neuf:
-elle a de belles couleurs, de beaux cheveux, de
-jolis membres bien attachs, de grands yeux qui ne disent
-rien encore, la bouche dsagrable, le sourire sans grce
-et le front trop saillant; elle ne parle pas, rpond peine,
-et semblait nous porter tous sur ses paules. Elle n'a aucun
-maintien, aucun usage du monde, mais tout cela peut
-venir; elle ne fera peut-tre que trop de frais pour d'autres
-que pour son petit mari, qui est trs amoureux, trs
-jaloux, mais jaloux honteux, ce qu'il m'a avou. Les
-regards de la jeune femme pour lui sont bien froids; elle
-n'est pas timide, mais elle a l'air boudeur, et n'a aucune
-prvenance.</p>
-
-<p>Je croyais Mme Dosne des restes de beaut, mais il m'a
-paru qu'elle n'avait jamais pu tre jolie; elle a un rire dplaisant,
-qui a de l'ironie sans gaiet; sa conversation est
-spirituelle et anime. Sa toilette tait d'un rose, d'un
-jeune, d'une simplicit affecte qui m'a tonne.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 15 dcembre 1833.</i>&mdash;J'ai dn hier chez le Roi.
-M. de Talleyrand dnait chez le Prince royal. Pendant le
-dner, le Roi ne m'a parl que de traditions, de souvenirs,
-de vieux chteaux; j'tais sur mon terrain. Nous avons
-<span class="pagenum"><a id="Page_35"> 35</a></span>
-d'abord parl fond de la Touraine; il a promis des vitraux
-de couleur et des portraits de Louis XI et de Louis XII
-pour Amboise, il rachtera les restes de Montrichard et
-empchera la ruine du chteau de Langeais. S'il fait tout
-cela, mon dner n'aura pas t perdu. Puis, il m'a cont
-les restaurations qu'il faisait faire Fontainebleau, et il a
-fini par me dvelopper son grand plan pour Versailles,
-qui est vraiment grand, beau et digne d'un arrire-petit-fils
-de Louis XIV. Mais cela se ralisera-t-il? Cette conversation
-nous a conduits aux nouveaux travaux qu'il a fait
-excuter aux Tuileries mmes. Il a ordonn qu'on illumint
-tout, et, en sortant de table, il a parcouru tout le
-Chteau avec moi.</p>
-
-<p>Tout est vraiment beau, trs beau; et si l'escalier, qui
-est riche et lgant, avait un peu plus de largeur, ce serait
-parfait. Cette promenade nous a conduits du pavillon de
-Flore au pavillon de Marsan. Le Roi m'a demand, alors,
-si je voulais faire une visite son fils; j'ai dit, comme de
-raison, que je suivrais le Roi partout. Nous avons trouv
-Mgr le duc d'Orlans jouant au whist avec M. de Talleyrand;
-les amis de celui-ci avaient t runis au dner par
-le Prince.</p>
-
-<p>L'appartement du Prince royal est trop bien arrang
-pour tre celui d'un homme. C'est le seul reproche qu'on
-puisse lui faire, car, du reste, il est plein de belles choses
-trouves dans le garde-meuble de la Couronne, o la Rvolution
-avait relgu les beaux meubles de Louis XIV.
-La Restauration n'avait pas song les en tirer; M. le duc
-d'Orlans en a plac une grande partie dans son appartement.
-<span class="pagenum"><a id="Page_36"> 36</a></span>
-C'est fort curieux; j'ai t bien souvent aux Tuileries
-sans me douter des choses intressantes qui s'y
-trouvaient runies; ainsi, j'ai vu, cette fois-ci, dans le
-cabinet du Roi, parmi des choses que je ne connaissais
-pas, un portrait de Louis XIV enfant, sous les traits de
-l'Amour endormi, et celui de la reine Anne d'Autriche
-peinte en Minerve, et aussi des boiseries emblmatiques
-du temps de Catherine de Mdicis, qui a fait construire les
-Tuileries.</p>
-
-<p>Le Roi est un admirable cicerone de ses chteaux: je
-me suis merveille tout le temps qu'on pt si bien connatre
-les traditions de sa famille, en tre aussi fier, et...
-enfin!</p>
-
-<p>Je pars aprs-demain pour Londres.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_37"> 37</a></span></p>
-<h2 class="normal">1834</h2>
-</div>
-
-<p class="section"><i>Londres, 27 janvier 1834.</i>&mdash;Sir Henry Halford vient
-de me raconter que le feu roi George IV, dont il tait le
-premier mdecin, lui ayant demand, sur l'honneur, deux
-jours avant sa mort, si son tat tait dsespr, et sir
-Henry, avec une figure trs significative, lui ayant rpondu
-qu'il tait dans un tat trs grave, le Roi le remercia
-par un signe de tte, demanda communier, et le fit
-trs religieusement; il engagea mme sir Henry prendre
-part au sacrement. Lady Coningham tait dans la chambre
- ct. Ainsi, aucun des intrts humains ne fut banni
-de la chambre de ce Roi moribond, charlatan, et communiant.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 7 fvrier 1834.</i>&mdash;J'tais hier soir chez lady
-Holland, qui, en finissant je ne sais quelle histoire qu'elle
-me contait, m'a dit: Ce n'est pas lady Keith (Mme de
-Flahaut) qui me mande cela, car il y a plus de deux mois
-qu'elle ne m'a crit. Puis, elle ajouta: Saviez-vous qu'elle
-dtestait le ministre franais actuel?&mdash;Mais, Madame,
-ai-je rpondu, c'est vous qui avez appris il y a dix-huit
-mois M. de Talleyrand, tout le mal qu'elle disait ici du
-Cabinet franais, au moment de son origine.&mdash;C'est vrai,
-<span class="pagenum"><a id="Page_38"> 38</a></span>
-je m'en souviens; mais il faut nanmoins que ce Cabinet
-dure. Lord Granville crit lord Holland que nous ne
-devons pas croire tout ce que lady Keith nous mandera de
-la mauvaise position de M. de Broglie, puisqu'elle est trs
-hostile pour celui-ci et dsireuse de sa chute. Je n'ai
-rien rpliqu et cela en est rest l. Et puis, parlez-moi
-des amitis du monde!</p>
-
-<p>Au reste, voici un assez drle de mot qu'on crit, de
-Paris, sur M. et Mme de Flahaut: on prtend que leur
-faveur n'est plus aussi grande aux Tuileries, o on dit
-que lui, est une vieille coquette et, elle, un vieux intrigant.</p>
-
-<p class="section"><i>Warwick Castle<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">&nbsp;[15]</a>, 10 fvrier 1834.</i>&mdash;J'ai quitt
-Londres avant-hier, et suis venue ce jour-l jusqu' Stony-Stratfort,
-o je n'engage personne jamais coucher: les
-lits y sont mauvais, mme pour l'Angleterre; j'ai rellement
-cru m'tendre sur une couchette de trappiste. J'en
-suis repartie hier matin, par un brouillard bien froid, bien
-pais. Il n'y avait pas moyen de juger le pays, qui travers
-quelques claircies, cependant, m'a sembl plutt
-agrable; surtout Iston Hall, beau lieu qui appartient
-lord Porchester. On passe devant une superbe grille d'o
-on plonge dans un parc immense, par del lequel on dcouvre
-un vallon qui m'a sembl joli. Leamington<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">&nbsp;[16]</a>,
-deux lieues d'ici, est bien bti et gai.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_39"> 39</a></span>
-Quant Warwick mme, o je suis arrive hier dans la
-matine, on y pntre par une entre de chteau-fort: il
-offre l'aspect le plus austre, la cour la plus sombre, le
-<i>Hall</i> le plus vaste, les meubles les plus gothiques, la tenue
-la plus soigne qu'on puisse imaginer, tout cela dans le
-genre fodal. Une rivire imptueuse et considrable
-baigne le pied de vieilles tours crneles, noires, hautes
-et imposantes; elle fait un bruit monotone auquel rpond
-celui d'arbres entiers, qui clatent en brlant dans
-des chemines de gants. Des souches normes sont empiles
-sur des trteaux dans le <i>Hall</i>; il faut deux hommes
-pour les prendre et les jeter dans l'tre; ces trteaux sont
-tablis sur des dalles de marbre poli.</p>
-
-<p>Je n'ai encore jet qu'un rapide coup d'&oelig;il sur les vitraux
-de couleur des grandes et larges croises qui rpondent
-aux chemines, sur les armures, les bois de cerf et
-les autres curiosits du <i>Hall</i>, sur les beaux portraits de
-famille des trois grands salons. Je ne connais bien encore
-que ma chambre, toute meuble de Boule, de noyer cisel
-et pleine de conforts modernes travers toutes ces vieilles
-grandeurs!</p>
-
-<p>Le boudoir de lady Warwick est aussi rempli de curiosits.
-Elle est venue me prendre, hier, dans ma chambre,
-et aprs m'avoir montr ce boudoir, elle m'a mene dans
-le petit salon o j'ai trouv le fils de son premier mariage,
-lord Monson, petite figure d'homme ou plutt d'enfant,
-timide et silencieux, par embarras de sa petite taille et de
-sa faiblesse de corps; puis lady Monson, contraste frappant
-de son mari, grande et blonde Anglaise, raide,
-<span class="pagenum"><a id="Page_40"> 40</a></span>
-osseuse, avec de longs traits, de larges mains, une large
-poitrine plate, un air de vieille fille, des mouvements anguleux,
-tout d'une pice, mais polie et attentive; ensuite
-lady Eastnor, s&oelig;ur de lady Stuart de Rothesay, laide
-comme on l'est dans sa famille, et bien leve, comme le
-sont aussi toutes les filles de lady Hardwick; lord Eastnor,
-grand chasseur, grand mangeur, grand buveur; son frre,
-un <i>rvrend</i>, qui, je crois, ne s'tait pas ras depuis Nol
-et qui n'a ouvert la bouche que pour manger; lord Brooke,
-fils de la maison, du second mariage, g de quinze ans,
-d'une trs jolie figure; son prcepteur, silencieux et
-humble comme de raison; et, enfin <i>the striking figure</i> de
-lady Caroline Neeld, s&oelig;ur des Ashley et fille de lord
-Shaftesbury. Elle est clbre par un procs contre son
-mari, dont les journaux retentissaient l'anne dernire;
-elle est l'amie de lady Warwick, protge, recueillie, dfendue
-par elle. C'est une personne bruyante, hardie, mal
-disante, avec des faons familires et un ton risqu; elle a
-une jolie taille, de la blancheur, de beaux cheveux blonds,
-ni cils ni sourcils, une figure longue et troite, rien dans
-les yeux, un nez et une bouche qui font penser ce que
-Mme de Svign disait de Mme de Sforze, qui tait <i>un perroquet
-mangeant une cerise</i>.</p>
-
-<p>Lord Warwick, retenu dans sa chambre par un rhumatisme
-goutteux, ne semblait faire faute personne.</p>
-
-<p>La matresse de la maison est la moins convenable possible
-pour le lieu qu'elle habite. Elle a t jolie, sans tre
-belle; elle est naturellement spirituelle, sans rien d'acquis.
-Elle ne sait pas mme un mot de la tradition de son
-<span class="pagenum"><a id="Page_41"> 41</a></span>
-chteau; elle a un tour d'esprit drle et nullement pos,
-ses habitudes de corps sont nonchalantes, et cette petite
-femme, grasse, paresseuse, oisive, ne parat nullement
-appele gouverner et remplir cette vaste, srieuse et
-presque formidable demeure. D'ailleurs, tout le monde
-me semble pygme dans ce lieu-ci et il faudrait des gens
-plus grands que nature, tels qu'taient les <i>faiseurs de
-Rois</i><a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">&nbsp;[17]</a> pour la remplir: notre gnration est trop mesquine
-dans ses proportions pour de tels lieux.</p>
-
-<p>La salle manger est belle, mais moins grandiose que
-le reste. En sortant de table, trs longtemps avant les
-hommes, on nous a conduites dans le grand salon, qui
-est plac entre un petit et un moyen. Dans ce grand salon
-sont des Van Dyck superbes; une boiserie tout entire en
-bois de cdre dans sa couleur naturelle, l'odeur en est
-assez forte et agrable; le meuble est en damas velout o
-le gros rouge domine; force meubles de Boule vraiment
-magnifiques, quelques marbres rapports d'Italie; deux
-normes croises faisant renfoncement et cabinets, sans
-rideaux et seulement entoures de grands cadres cercls
-en cdre. Pour tout cela, il y avait une vingtaine de bougies,
-qui me faisaient l'effet de feux-follets, trompant l'&oelig;il
-plutt qu'elles n'clairaient la chambre. Je n'ai, de ma
-vie, rien vu de si triste et de si <i>chilling</i> que ce salon; une
-conversation de femmes, trs languissante... il me semblait
-toujours que le portrait de Charles I<sup>er</sup> et le buste du
-Prince Noir allaient venir se mler nous, et prendre
-<span class="pagenum"><a id="Page_42"> 42</a></span>
-leur caf devant la chemine. Les hommes sont enfin
-arrivs, le th ensuite; dix heures une espce de souper;
- onze heures retraite gnrale, qui m'a sembl tre un
-soulagement pour tous.</p>
-
-<p>J'ai, dans cette longue soire, vingt fois pens la description
-que Corinne fait du chteau de sa belle-mre.</p>
-
-<p>A dner, on n'a parl que des <i>county-balls</i>, des <i>Leamington-spas</i>
-et des commrages du Comt: c'tait, trait
-pour trait, la description de Mme de Stal.</p>
-
-<p>Ce matin, j'ai parcouru avec lady Warwick le chteau,
-que je connatrais mieux si j'avais t livre moi-mme,
-ou seulement aux prises avec une des deux <i>housekeepers</i>
-dont la plus ancienne a quatre-vingt-treize ans. A la voir,
-on croirait qu'elle va vous parler de tous les York et Lancastre.
-La matresse de la maison ne se soucie pas le
-moins du monde de toutes les curieuses antiquits dont ce
-lieu-ci abonde et qu'il m'a fallu voir en courant.</p>
-
-<p>Je me suis cependant arrte devant la selle et le caparaon
-du cheval de la Reine lisabeth, par lequel elle est
-venue de Kenilworth ici, puis je me suis empare du luth
-offert par lord Leicester la Reine lisabeth, merveilleusement
-sculpt, en bois, avec l'cusson de la Reine en
-cuivre dor, par-dessus et tout ct de celui du favori,
-ce qui m'a paru assez familier. J'ai remarqu un curieux
-portrait de la Reine lisabeth dans ses habits de couronnement
-et dans lequel elle ressemblait terriblement son
-terrible pre. Lord Monson, l'occasion de ce portrait,
-m'a cont un dtail que j'ignorais: c'est que la Reine
-lisabeth, qui voulait toujours paratre jeune, n'a jamais
-<span class="pagenum"><a id="Page_43"> 43</a></span>
-permis qu'on ft son portrait autrement qu'en face, et
-clair de faon empcher que les ombres ne portassent
-sur ses traits, craignant que les ombres, en marquant les
-traits, ne marquassent aussi les annes. On dit que cette
-ide lui tait si constamment prsente, qu'elle se mettait
-aussi toujours en face du jour, quand elle donnait ses
-audiences.</p>
-
-<p>La bibliothque ici n'est pas trs remarquable et ne me
-parat pas trs frquente. La chambre coucher de la
-Reine Anne avec le lit de l'poque est une belle pice.</p>
-
-<p>A dix heures, nous sommes montes en calche, lady
-Warwick et moi, escortes par lady Monson et lord Brooke
- cheval, et nous avons t, par un pays assez mdiocre,
-aux fameuses ruines de Kenilworth. L, j'ai prouv un
-mcompte rel; non pas que ces ruines ne donnent l'ide
-d'une noble et vaste demeure, mais le pays est si plat,
-l'absence d'arbres est si complte, que le pittoresque disparat;
- la vrit, le lierre y est partout superbe, ce
-qui fait bien, mais ce qui n'est pas suffisant.</p>
-
-<p>Lady Monson, moins ignorante de la localit que sa
-belle-mre, m'a fait remarquer la salle des banquets;
-la chambre de la Reine lisabeth; les btiments construits
-par Leicester, et qui sont plus dtriors que ceux des
-Lancaster, quoique plus modernes; le pavillon d'entre
-sous lequel a pass le cortge de la Reine et qui avait t
-bti exprs: il est encore en bon tat, un fermier de lord
-Clarendon, auquel appartiennent les ruines, l'habite. Il y
-a, dans l'intrieur de ce pavillon, un chambranle de chemine
-avec les chiffres et devise de Leicester. Le pavillon
-<span class="pagenum"><a id="Page_44"> 44</a></span>
-o Walter Scott fait arriver Amy Robsard, est rendu
-clbre par le romancier, mais ne l'est pas dans l'histoire.</p>
-
-<p>On ne m'a pas permis de monter sur les tours; depuis
-l'accident arriv l'anne dernire la nice de lady Sefton,
-les ruines sont en mauvais renom comme solidit; d'ailleurs,
-on m'a assur que la vue n'en tait point remarquable.</p>
-
-<p>Nous avons pris le chemin le plus long pour revenir et
-nous avons travers Leamington dans toute sa longueur.
-L'tablissement des bains m'a sembl joli, ainsi que toute
-la ville, anime maintenant par beaucoup de gentlemen
-chasseurs, qui y vivent un peu comme Melton Mowbray.</p>
-
-<p>Il ne faisait pas encore sombre quand nous sommes
-revenues, et lady Warwick m'a mene voir, au bout du
-parc de Warwick, qui est trs bien plant, une jolie vue
-de la rivire Avon, des serres qui ne sont ni trs soignes,
-ni trs fleuries, mais dans lequelles se trouve le <i>Warwick
-vase</i>: c'est un vase dans des proportions colossales, en
-marbre blanc, d'une superbe forme, avec de beaux
-dtails; il a t rapport d'Italie et du jardin de Trajan
-par le pre du lord Warwick actuel.</p>
-
-<p>Je retourne demain Londres.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 12 fvrier 1834.</i>&mdash;M. de Talleyrand m'a
-racont qu'hier soir, jouant au whist avec Mme de Lieven
-qui tait partner de lord Sefton, la Princesse, dans ses
-distractions habituelles, avait renonc deux fois; sur quoi
-lord Sefton a fait doucement remarquer qu'il tait tout
-<span class="pagenum"><a id="Page_45"> 45</a></span>
-simple que ces diables de Dardanelles fissent souvent
-renoncer Mme de Lieven: cela a fait rire tous les assistants.</p>
-
-<p>J'ai reu de M. Royer-Collard une lettre dans laquelle
-je trouve la phrase suivante: Monsieur de Bacourt m'a
-extrmement plu; sa conversation nette, simple, judicieuse,
-m'a charm; je n'en rencontre gure ici d'aussi
-bonne. Nous nous entendons de tous points.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 15 fvrier 1834.</i>&mdash;La duchesse comtesse de
-Sutherland est venue me prendre hier, et nous a menes
-Pauline et moi au <i>Panorama of the North Pole</i> o le
-capitaine Ross joue un grand rle. Comme peinture et
-perspective, c'est au-dessous de tout ce que j'ai vu dans
-ce genre; mais tout ce qui se rapporte d'aussi rudes
-preuves et des souffrances aussi prolonges, est d'un
-vritable intrt.</p>
-
-<p>Un des matelots, qui avaient t d'abord avec le capitaine
-Parry sur la <i>Furia</i>, puis ensuite avec le capitaine
-Ross, se trouvait, par hasard, ce Panorama. Il a donn
- Pauline un petit morceau de la fourrure dont il s'tait
-couvert chez les Esquimaux, et moi, un petit morceau
-de granit, pris au point le plus nord de l'expdition. Nous
-l'avons beaucoup questionn; il est revenu bien souvent
-sur le moment o ils ont aperu l'<i>Isabella</i>, qui les
-a rendus leur patrie: c'tait le 26 aot. Il a ajout que,
-tant qu'il vivrait, il boirait chaque anne, ce jour-l, au
-souvenir de cette heureuse apparition.</p>
-
-<p>Nous avons eu, hier soir, un raout chez nous. Il n'avait
-<span class="pagenum"><a id="Page_46"> 46</a></span>
-rien de remarquable comme toilettes, comme beauts, ni
-comme ridicules. Le marquis de Douglas tait beau
-ravir: miss Emily Hardy m'en a paru frappe.</p>
-
-<p>Le ministre tait reprsent par lord Grey, lord Lansdowne,
-lord Melbourne. Ce ministre est fort embarrass,
-car il se passe chaque jour, aux Communes, des incidents
-qui font clater le schisme trop rel parmi eux; la figure
-de lord Grey en portait hier une visible empreinte.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 20 fvrier 1834.</i>&mdash;Il y a une nouvelle histoire,
-fort vilaine, qui circule sur M. le comte Alfred
-d'Orsay. La voici: sir Willoughby Cotton crit, le mme
-jour, de Brighton, M. le comte d'Orsay et lady Fitzroy-Somerset;
-il se trompe d'adresse et voil M. d'Orsay qui,
-en ouvrant celle qui lui arrive, au lieu de reconnatre sa
-mprise la premire ligne, qui commence par <i>Dear Lady
-Fitzroy</i>, lit jusqu'au bout, y trouve tous les commrages
-de Brighton, entre autres des plaisanteries sur lady Tullemore
-et un de ses amoureux, et, je ne sais encore quel
-propos, un mot piquant sur M. d'Orsay lui-mme. Que
-fait celui-ci? Il va au club, et, devant tout le monde, lit
-cette lettre, la met ensuite sous l'adresse de lord Tullemore
-auquel il l'envoie. Il a failli en rsulter plusieurs
-duels. Lady Tullemore est trs malade, le coupable parti
-subitement pour Paris. On est intervenu, on a assoupi
-beaucoup de choses, pour l'honneur des dames, mais
-tout l'odieux est rest sur M. d'Orsay.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 27 fvrier 1834.</i>&mdash;On s'amuse rpandre le
-<span class="pagenum"><a id="Page_47"> 47</a></span>
-bruit du mariage de lord Palmerston avec miss Jermingham:
-elle tait hier l'ambassade de Russie, chamarre
-et bigarre, son ordinaire: elle y a t l'objet des
-moqueries de Mme de Lieven, qui, cependant, n'a pas cru
-pouvoir se dispenser de l'inviter. Pour se venger, peut-tre,
-de cette ncessit, elle disait, assez haut, que miss
-Jermingham lui rappelait l'avertissement du journal le
-<i>Times</i> que voici: <i>A house-maid wants a situation in a
-family where a footman is kept</i><a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">&nbsp;[18]</a>. C'est assez joli, assez
-vrai, mais peu charitable... Elle ajoutait avec complaisance,
- cette occasion, que les journaux satiriques avaient
-donn lord Palmerston le surnom de <i>venerable cupid</i>...</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 1<sup>er</sup> mai 1834.</i>&mdash;M. Salomon Dedel est
-arriv ce matin de la Haye, il m'a apport une lettre du
-gnral Fagel. J'y trouve ce qui suit: Quelqu'un a su
-que lord Grey avait manifest l'espoir que Dedel reparatrait
- Londres, muni d'instructions pour en finir. Dedel en
-parle au Roi et celui-ci lui rpond: Votre absence a eu
-pour motif de venir voir vos parents et vos amis, et vous
-pourrez en donner des nouvelles si on vous en demande.</p>
-
-<p>Plus loin je trouve dans la mme lettre: Nous voulons
-tre forcs par les cinq puissances; nous ne tiendrons
-aucun compte d'une contrainte partielle comme celle de
-1832; sans cette unanimit, nous nous refuserons toujours
- un arrangement dfinitif. On prendrait, de guerre lasse,
-plutt la route de Silsie, que de reconnatre Lopold.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_48"> 48</a></span>
-Mme de Jaucourt, en parlant de l'esprit de parti furibond
-qui rgne en France en ce moment, mande M. de
-Talleyrand que M. de Thiard, son frre, a dit, l'autre
-jour, chez elle: Je donnerais mon bras droit pour que
-Charles X ft encore la place d'o nous l'avons chass.</p>
-
-<p>N'est-il pas singulier que le jeune Baillot, qui vient de
-prir assassin dans les derniers troubles de Paris, se soit
-souvent vant d'avoir, lors des journes de juillet 1830,
-tu plusieurs individus, exactement de la mme manire
-que celle dont lui-mme a pri?</p>
-
-<p>On m'a racont un mot amusant de la vieille marquise
-de Salisbury. Elle a t, dimanche dernier, l'glise, ce
-qui lui arrive rarement; le prdicateur, parlant du pch
-originel, a dit qu'Adam, en s'excusant, s'tait cri:
-<i>Seigneur, c'est la femme qui m'a tent.</i> A cette citation,
-lady Salisbury, qui paraissait entendre tout cela pour la
-premire fois, a saut sur son banc, en disant: <i>Shabby
-fellow, indeed!</i></p>
-
-<p>Je viens d'une visite du matin chez la Reine, je l'ai
-trouve agite, inquite et cependant heureuse de son
-prochain voyage en Allemagne. Le Roi l'a arrang, son
-insu; il est entr dans les plus petits dtails; c'est lui qui
-a nomm la suite d'honneur, les domestiques, choisi les
-voitures. Tout cela est arriv si subitement que la Reine
-n'en est point encore remise; elle ne sait si elle doit se
-rjouir de revoir sa mre qui est ge et infirme ou se
-tourmenter de laisser le Roi seul, pendant six semaines.
-Elle m'a dit que le Roi avait voulu inviter M. de Talleyrand
-et moi Windsor, pendant notre sjour Salthill,
-<span class="pagenum"><a id="Page_49"> 49</a></span>
-mais qu'elle-mme l'en avait dtourn, comme tirant
-consquence, et obligeant d'autres invitations, entre
-autres celle de la princesse de Lieven, dont le Roi ne se
-souciait pas.</p>
-
-<p>La Reine tousse et se croit assez malade; elle compte
-sur l'air natal pour se rtablir.</p>
-
-<p>Il est impossible, chaque fois qu'on a l'honneur de
-voir cette Princesse, de ne pas tre frapp de la parfaite
-simplicit, vrit et droiture de son me. J'ai rarement vu
-une personne sur laquelle le sentiment du devoir et plus
-de puissance, qui, dans tout ce qu'elle dit et fait, part
-plus d'accord avec elle-mme. Elle a de la gaiet, de la
-bienveillance et quoiqu'elle manque de beaut, sa grce
-est parfaite, le ton de sa voix malheureusement nasillard,
-mais il y a tant de bon sens et de vraie bont dans ce
-qu'elle dit, qu'on l'coute avec plaisir. La satisfaction
-qu'elle prouve parler allemand est bien naturelle, elle
-me touche, chaque fois, sensiblement; cependant, je voudrais
-que devant les Anglais elle s'y livrt moins: je voudrais,
-dans l'intrt de sa situation, peut-tre un peu plus
-d'anglais en elle; on ne saurait tre reste plus Allemande
-qu'elle l'est; je crains qu'on ne le lui reproche parfois. Que
-ne reproche-t-on pas aux souverains maintenant? Responsables
-de toutes choses, ils sont sans cesse menacs
-d'expiations, bien ou mal fondes. La pauvre Reine a dj
-prouv toute l'amertume de l'impopularit, de la calomnie.
-Elle y a oppos beaucoup de valeur, de dignit, et je suis
-convaincue qu'elle est en fonds de courage pour les dangers.</p>
-
-<p>C'tait aujourd'hui la Saint-Philippe; nous avions
-<span class="pagenum"><a id="Page_50"> 50</a></span>
-dner les Lieven et lady Cowper; le prince Esterhazy est
-venu nous voir aprs le dner. Je remarque, depuis
-quelque temps, une certaine aigreur dans sa faon d'tre
-avec les Lieven, qui ne lui est pas habituelle; sa plaisanterie,
-en s'adressant la Princesse, tourne promptement
-l'ironie. Je crois que, de son ct, elle regrettera peu son
-dpart; elle n'a jamais pu le subjuguer; il coule et
-s'chappe de ses mains; les arlequinades, toujours fines,
-quelquefois malicieuses, d'Esterhazy la gnent et la
-droutent; ils ont toujours l'air d'tre sur le qui-vive l'un
-avec l'autre, et ils se ddommagent de cette contrainte
-par des coups de patte assez frquents.</p>
-
-<p>La Reine m'a dit qu' Windsor, dernirement, Esterhazy
-lui avait parl de M. de Talleyrand avec un attachement
-particulier, lui disant que son plus grand plaisir
-tait de venir l'couter. Il a ajout, qu'en rentrant chez
-lui, il crivait souvent ce qu'il avait entendu de M. de Talleyrand.
-Il parat qu'Esterhazy tient un journal fort exact;
-il l'a dit la Reine, lui racontant que cette habitude est
-si ancienne qu'il a dj rempli de gros volumes, qu'il se
-plat relire. La Reine s'tonnait, avec raison, de cette
-habitude suivie et sdentaire chez quelqu'un dont les
-allures sont si peu poses et l'esprit souvent distrait.</p>
-
-<p>Lord Palmerston, qui, depuis notre dernier retour de
-France, n'a pas une seule fois accept de dner chez nous,
-qui n'est pas venu une seule de nos soires, tait encore
-invit aujourd'hui, et la prsence de lady Cowper nous
-faisait croire la sienne, mais il s'est fait excuser au dernier
-moment.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_51"> 51</a></span>
-<i>Londres, vendredi 2 mai 1834.</i>&mdash;Alava m'crit qu'il
-reoit des lettres du ministre d'Espagne Londres, le
-marquis de Miraflors, qui est son neveu, dans lesquelles
-il lui parle des loges que lord Palmerston ne cesse de lui
-prodiguer sur son dbut diplomatique ici, qu'il dit tre
-extrmement brillant. Le Marquis, qui est un sot, ne
-voit pas la cause de ces loges, qui proviennent de ce
-trait de la Quadruple Alliance, propos par Miraflors
-l'instigation de lord Palmerston lui-mme, et dont les
-rsultats, bien obscurs encore, pourront devenir plus
-embarrassants qu'utiles son inventeur et aussi la
-France.</p>
-
-<p>M. de Montrond a crit M. de Talleyrand pour lui
-dire qu'ayant fait exprimer M. de Rigny son dsir de
-venir Londres, celui-ci avait trouv, qu'avant de lui en
-faciliter les moyens, il fallait d'abord savoir si M. de Talleyrand
-serait satisfait de ce voyage. Ce doute choque
-beaucoup M. de Montrond, et moi je sais bon gr M. de
-Rigny de l'avoir admis. Au fait, l'anne dernire, M. de
-Montrond, se disant ici charg d'une correspondance
-secrte et diplomatique, tait un personnage gnant.
-L'humeur qu'il avait, et qu'il montrait, de n'tre mis
-dans aucun des secrets de l'ambassade, lui faisait manquer,
-le plus souvent, aux convenances, blessait M. de
-Talleyrand dans les siennes, et importunait les spectateurs.
-Depuis dix-huit mois, M. de Montrond touche
-mille louis par an sur les fonds secrets du ministre des
-affaires trangres: je doute qu'il leur rende jamais la
-monnaie de leur pice!</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_52"> 52</a></span>
-Tous les ouvriers, Londres, sont en rvolte: les tailleurs
-ne peuvent plus travailler, faute d'ouvriers; on prtend
-que, sur les cartes d'invitation du bal de lady Lansdowne,
-il y avait: <i>The gentlemen to appear in their old coats</i>.
-Les blanchisseuses s'en mlent, et, bientt, il nous faudra
-laver notre linge comme les Princesses de l'Odysse!</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 3 mai 1834.</i>&mdash;M. de Talleyrand dit que
-lord Holland a <i>une bienveillance perturbatrice</i>. C'est
-d'autant mieux dit que rien n'est plus vrai. Avec la plus
-parfaite douceur de manires, l'humeur la plus gale,
-l'esprit le plus gai, l'abord le plus obligeant, il est toujours
-prt mettre partout le feu la mche rvolutionnaire;
-il y fait, en conscience, ce qu'il peut, et
-quand il n'y russit pas, il en a du chagrin, autant
-qu'il en peut avoir.</p>
-
-<p>J'ai dn hier chez sir Stratford Canning. Sa maison est
-singulire, jolie, bien arrange, remplie de souvenirs
-rapports de Constantinople et d'Espagne. Lui-mme a de
-la politesse, de l'instruction, de l'esprit dans sa conversation,
-et sans une certaine contraction des lvres qui nuit
- une assez belle figure, sans l'air opprim de sa femme,
-on aurait peine comprendre la rputation de mauvais
-caractre qui lui est assez gnralement acquise. C'est
-sous ce prtexte-l, du moins, que l'Empereur de Russie
-a refus, l'anne dernire, de le recevoir Ptersbourg,
-comme ambassadeur.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 4 mai 1834.</i>&mdash;Il y a une vanterie habituelle
-<span class="pagenum"><a id="Page_53"> 53</a></span>
-et une curiosit indiscrte dans Koreff, qui m'a quelquefois
-frappe sur le Continent, et qui, ici, m'inspire une
-dfiance extrme. Son esprit, son instruction disparaissent
- travers les inconvnients de son caractre, et le
-rendent souvent trs importun. Il vit de commrages de
-toutes sortes, publics ou privs; la mdecine n'arrive qu'en
-dsespoir de cause; et quand il consent tre mdecin, il
-parle de lui comme d'une divinit. Alors, il a sauv un
-malade abandonn de tous, fait une dcouverte miraculeuse:
-magntisme, homopathie, le vrai, le faux, le
-naturel, le surnaturel, le possible, l'impossible, tout lui
-est bon pour augmenter son importance, faire disparatre
-le pauvre diable, et s'entourer de merveilleux
-dfaut de considration.</p>
-
-<p>Il a dn chez nous avec sir Henry Halford; il me
-semble qu'ils ne se sont pas pris de got l'un pour l'autre;
-et, en effet, quels peuvent tre leurs <i>atomes crochus</i>? La
-science? Oui, sans doute, si elle se formulait de mme
-pour l'un que pour l'autre. Sir Henry Halford, homme
-doux, poli, mesur, discret, fin, souple, respectueux,
-parfait courtisan, riche, considr, et grand praticien, n'a
-jamais cherch tre autre chose que le mdecin des
-grands, et s'est ainsi trouv, sans le chercher, dans les
-secrets des affaires et des familles. Koreff, au contraire, a
-voulu tre littrateur, homme d'tat, et a dgot les
-gens dans les grandes affaires de le conserver pour
-mdecin. C'est ainsi qu'il s'est perdu Berlin, il se relvera
-difficilement Paris, et ne russira pas Londres,
- ce que je crois.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_54"> 54</a></span>
-A propos de bavardages et d'indiscrtes curiosits, je
-ne veux pas oublier une rflexion trs vraie que le duc de
-Wellington vient de me faire sur Alava: Quiconque,
-a-t-il dit, veut tre dans la confidence de tous, est oblig
-de donner la sienne plusieurs, et cela se passe habituellement
-aux dpens des tiers. Il y a un admirable bon
-sens et droiture de jugement dans le Duc. Nous avons
-beaucoup caus aujourd'hui ensemble dner; je voudrais
-me souvenir de tout ce qu'il m'a dit: le vrai, le
-simple, deviennent si rares, qu'on voudrait en ramasser
-les miettes.</p>
-
-<p>Le duc de Wellington a une mmoire trs sre: il ne
-cite jamais inexactement; il n'oublie rien, n'exagre
-rien; et s'il y a quelque chose d'un peu hach, de sec et
-de militaire dans sa conversation, elle est nanmoins attachante
-par son naturel, sa justesse, et par une parfaite
-convenance. Il a un ton excellent, et une femme n'a
-jamais se tenir en garde de la tournure que peut prendre
-la conversation. Il est bien plus rserv, cet gard, que
-ne l'est lord Grey, quoique celui-ci ait une ducation,
-sous plusieurs rapports, bien plus soigne et l'esprit plus
-cultiv.</p>
-
-<p>Le duc de Wellington m'a dit une chose assez remarquable
-sur le caractre anglais: c'est que, nulle part, le
-peuple n'tait plus ennemi du sang qu'en Angleterre; un
-meurtre y est dcouvert avec une extrme promptitude,
-chacun se met la recherche de l'assassin, le suit la
-piste, le dnonce et veut que justice soit faite. Il m'a
-assur que le soldat anglais tait le moins cruel de tous,
-<span class="pagenum"><a id="Page_55"> 55</a></span>
-et que la bataille finie, il ne commettait presque jamais de
-violence: pillard l'excs; sanguinaire, non.</p>
-
-<p>L'extrme et nave vanit de lady Jersey, dont le Duc
-s'est amus, nous a conduits parler de Mme de Stal que
-le Duc a beaucoup connue et dont les ridicules et les prtentions
-l'ont plus frapp encore que sa verve et son loquence
-ne l'ont bloui. Mme de Stal, qui voulait apparatre
-au Duc sous toutes les formes, mme sous la plus
-fminine, lui dit, un jour, que ce qu'il y avait pour elle
-de plus doux entendre, c'tait une dclaration d'amour;
-elle tait si peu jeune, et si laide, que le Duc ne put s'empcher
-de lui dire: Oui, quand on peut la croire
-vraie.</p>
-
-<p>Lady Londonderry, fort connue pour ses bizarreries,
-tant prs d'accoucher et se persuadant qu'elle aurait un
-garon, commande un petit costume de hussard, uniforme
-du rgiment de son mari. En le commandant, elle dit au
-tailleur: Pour un enfant de <i>six jours</i>.&mdash;De <i>six ans</i>, veut
-dire milady? reprend le tailleur.&mdash;Non, vraiment; de
-<i>six jours</i>. Ce sera le costume de baptme!</p>
-
-<p>Le duc de Cumberland tait assez en faveur prs de
-George IV, dans les dernires annes de celui-ci, et c'est
-cependant cette poque que le duc de Wellington,
-demandant au Roi pourquoi le duc de Cumberland tait
-si universellement impopulaire, George IV rpondit:
-C'est qu'il n'y a ni amant et matresse, ni frre et s&oelig;ur,
-ni pre et enfants, ni amis que le duc de Cumberland ne
-parvienne brouiller s'il s'approche d'eux. On prtend,
-cependant, que le duc de Cumberland a de l'esprit, mais
-<span class="pagenum"><a id="Page_56"> 56</a></span>
-il est si de travers qu'il n'est bon rien et est nuisible
-tout.</p>
-
-<p>Le prochain dpart de la Reine d'Angleterre pour l'Allemagne
-inquite les vrais amis du Roi; il parat que ce
-Prince, qui a le meilleur c&oelig;ur du monde, a quelquefois
-des accs d'emportement singuliers, qu'il se met des ides
-tranges dans l'esprit, et qu'il se trouve parfois dans un
-si bizarre tat d'excitation que l'quilibre menace de se
-perdre tout fait. La Reine, avec son attentive douceur
-et son grand bon sens, veille sur lui dans ces moments de
-crise, en abrge la dure, le modre, le calme, et lui fait
-reprendre une assiette convenable.</p>
-
-<p>Le Roi, en ce moment, a beaucoup d'humeur contre
-dom Pedro, cause du dernier rglement commercial qui
-a t publi en Portugal, la veille mme du jour de la
-signature du trait de la Quadruple Alliance Londres.
-Cette humeur n'ira probablement pas jusqu' refuser de
-ratifier le trait, car ce pauvre Roi est la meilleure crature
-possible, mais non pas trs <i>consistent</i>, comme on dit
-ici.</p>
-
-<p>On m'a assur que la vanit de lord Durham avait t
-tellement exalte par l'accueil qui lui avait t prpar,
-il y a deux ans, Ptersbourg, par les soins de Mme de
-Lieven, et par celui que les lettres de M. de Talleyrand
-lui avaient valu dernirement Paris, qu'il ne croit pas
-qu'il puisse se permettre de rester dans une situation
-prive. Son projet, assez avou, est de culbuter lord
-Grey, son beau-pre, et de se mettre sa place, ou, du
-moins, d'entrer avec un portefeuille au Conseil, ce qui
-<span class="pagenum"><a id="Page_57"> 57</a></span>
-ferait dserter tous les autres membres. Il consentirait,
-peut-tre, n'tre que vice-Roi d'Irlande, ou, comme pis-aller,
- accepter l'ambassade de Paris; mais, si toutes ces
-chances venaient lui manquer, il dclare qu'alors, il
-veut se faire le chef avou de tous les radicaux et faire
-guerre mort tout ce qui existe.</p>
-
-<p>Je sais que Pozzo crit des hymnes sur le Roi des
-Franais; le reflet s'en retrouve dans le discours qu'il
-vient de faire l'occasion de la Saint-Philippe. Il prend
-M. de Rigny en bonne part, puisque, de fait, c'est le Roi
-qui est maintenant son propre ministre des affaires trangres.
-Pozzo se montre surtout singulirement soulag
-d'tre dbarrass de M. de Broglie, dont l'esprit argumentateur,
-les formes ddaigneuses, et l'exclusif abandon
-avec lord Granville, rendaient les rapports avec le reste
-du Corps diplomatique peu faciles et peu agrables.</p>
-
-<p>Pozzo, comme beaucoup d'autres, ne croit pas la
-France tire des crises rvolutionnaires, il tmoigne de
-l'inquitude sur l'avenir, et je crois que c'est la disposition
-de ceux qu'une colossale prsomption sur les destines
-de la France n'aveugle pas.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, le 5 mai 1834.</i>&mdash;Je viens de recevoir une
-bien triste nouvelle, celle de la maladie grave de mon
-excellent ami, l'abb Girollet: je n'aurai bientt plus personne
- aimer, plus personne dans l'affection de qui je
-puisse avoir foi. Ce cher abb tient une si bonne place
-Rochecotte, dans sa jolie demeure, au milieu de ses livres,
-de ses fleurs, des pauvres, des voisins! C'est un touchant
-<span class="pagenum"><a id="Page_58"> 58</a></span>
-tableau dont j'ai peu joui et que je ne retrouverai probablement
-plus: ce sera un rve que mon absence a rendu
-fort incomplet, mais dont le souvenir me sera doux toute
-ma vie, car il sera consacr au plus pur, au plus fidle
-des serviteurs de Dieu, au plus sincre, au plus discret, au
-plus dvou des amis, au plus tolrant des hommes!</p>
-
-<p>La duchesse de Kent a donn hier, en l'honneur de son
-frre, le duc Ferdinand de Saxe-Cobourg, une soire, qui,
-par la foule runie, ressemblait un Drawing-room
-de la Reine. La jeune princesse Victoria m'a frappe, ds
-l'abord, comme tant un peu grandie, plie, amincie, fort
- son avantage, quoique encore trop petite pour les quinze
-ans qu'elle aura dans trois semaines. Cette petite Reine
-future a un beau teint, des cheveux chtains superbes;
-malgr le peu d'lvation de sa taille, elle est bien faite;
-elle aura de jolies paules, de beaux bras, l'expression de
-son visage est douce et bienveillante, ses manires le sont
-aussi; elle parle fort bien plusieurs langues et on assure
-que son ducation est trs soigne; sa mre et la baronne
-Lehzen, une Allemande, s'occupent l'une et l'autre de la
-Princesse; la duchesse de Northumberland ne remplit ses
-fonctions de gouvernante qu'aux grandes occasions d'apparat.
-J'ai entendu reprocher la duchesse de Kent de
-trop entourer sa fille d'Allemands et qu'il en rsulte qu'elle
-n'a pas un bon accent anglais.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 6 mai 1834.</i>&mdash;J'ai dn hier chez lord Sefton.
-Il revenait de la Chambre des Pairs, o lord Londonderry
-avait renouvel la mme attaque qu'il a dj souleve, il y
-<span class="pagenum"><a id="Page_59"> 59</a></span>
-a quelques annes, accusant, propos de la politique
-extrieure, le ministre anglais d'tre men et abus par
-l'esprit rus de M. de Talleyrand, <i>this wily politician</i>. Il
-ne varie ni dans son opinion, ni mme dans ses expressions,
-car ce sont les mmes que celles dont il se servait il
-y a trois ans. Il fut alors fortement relev par le duc de
-Wellington, qui, quoique du mme parti que lui, prit occasion
-des paroles dsobligeantes de lord Londonderry pour
-rendre le tmoignage le plus honorable M. de Talleyrand.
-Il parat que lord Grey en a fait autant hier; c'est
-plus simple, puisqu'il dfendait sa propre cause; nanmoins,
-je lui en sais bon gr, quoique je n'assimile pas son
-procd celui du duc de Wellington.</p>
-
-<p>J'ai accompagn lady Sefton l'opra d'<i>Othello</i>. C'tait,
-autrefois, mon opra favori, il m'a fait moins d'impression
-hier: Rubini, plein d'expression et de grce dans son
-chant, manque de cette force vibrante qui rendait Garcia
-incomparable dans le rle d'Othello. L'orchestre tait trop
-maigre, les morceaux d'ensemble n'taient pas assez
-enlevs; Mlle Grisi a bien jou, bien chant; je l'ai trouve
-suprieure Mme Malibran, mais ce n'est point encore
-cette sublime simplicit et cette grandeur de Mme Pasta!
-Il y a de plus belles voix, de plus belles femmes, mais la
-<i>Muse tragique</i>, c'est toujours Pasta: personne ne la dtrnera
-dans mon admiration ni dans mon souvenir. Lorsqu'elle
-dbuta Paris, Talma, qui vivait alors, fut transport
-de ses accents, de ses poses, de ses gestes, il s'cria:
-Cette femme a devin ds le premier jour ce que je
-cherche depuis trente ans.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_60"> 60</a></span>
-<i>Londres, 8 mai 1834.</i>&mdash;J'ai dj parl du bon procd
-du duc de Wellington, en rpondant il y a trois ans
- lord Londonderry, qui attaquait M. de Talleyrand; il
-l'a complt avant-hier en montrant ouvertement par des
-<i>hear, hear</i> multiplis, combien il partageait la haute opinion
-que lord Grey a exprime de M. de Talleyrand. Plusieurs
-personnes ont saisi, avec un obligeant empressement,
-cette occasion de tmoigner leurs bons sentiments
-pour M. de Talleyrand. Le prince de Lieven et le prince
-Esterhazy ont, tous deux, hier, au Lever du Roi, remerci
-lord Grey de la justice rendue leur collgue vtran.</p>
-
-<p>M. de Rigny a crit, confidentiellement, M. de Talleyrand,
-que le mariage de la princesse Marie d'Orlans
-avec le second frre du Roi de Naples tait dcid, qu'on
-allait s'occuper de dresser le contrat avec le prince Butera,
-qui venait d'arriver Paris. L'Amiral a l'air de croire que
-quelques discussions d'intrt retarderaient la conclusion
-de cette affaire; j'en serais fche, car les princesses
-d'Orlans, tout agrables, bien leves, grandes dames et
-riches qu'elles sont, n'en restent pas moins difficiles
-marier. Il y a, autour d'elles, un petit reflet d'usurpation,
-dont quelques familles princires reculent prendre leur
-part d'alliance. Il est singulier que le Roi Louis-Philippe,
-qui a, pour ses enfants, l'espce de tendresse que l'on est
-convenu d'appeler bourgeoise, se montre si difficile
-couvrir par de riches dots, auxquelles les Princesses, ses
-filles, ont droit, la gne de leur position. La princesse
-Marie sera bien mieux tablie en Italie, qu'elle n'aurait pu
-l'tre partout ailleurs; elle a beaucoup d'imagination, de
-<span class="pagenum"><a id="Page_61"> 61</a></span>
-vivacit, peu de maintien, et, malgr une ducation qui a
-d assurer ses principes, elle a une facilit de conversation
-et de manires, qui pourrait faire douter de leur solidit,
-quoique sans le moindre fondement.</p>
-
-<p>Nous avons ralis, aujourd'hui, un projet form depuis
-plus d'un an, celui de visiter Eltham, une grange qui servait
-jadis de salle de banquets aux Rois d'Angleterre. Depuis
-Henri III jusqu' Cromwell, ils ont souvent habit le
-palais dont cette salle faisait partie; elle est dans de belles
-proportions, mais il n'est plus gure possible de juger de
-ses ornements: quelques pans de muraille et les fosss
-plants maintenant et arross par un joli ruisseau, un
-pont gothique fort pittoresque et couvert de lierre indiquent
-l'tendue qu'avait autrefois ce royal manoir.</p>
-
-<p>Nous avons dn hier chez la duchesse de Kent: l'odeur
-trs forte des fleurs dont on avait encombr son appartement,
-qui est bas et petit, le rendait malsain sans l'gayer.</p>
-
-<p>Tout, d'ailleurs, dans ce dner destin runir la
-famille royale, quelques grands du pays et le haut Corps
-diplomatique, tait aussi raide que sombre. Le peu de
-bienveillance des Princes entre eux, le mcontentement
-du Roi contre la duchesse de Kent, l'absence du duc de
-Cumberland que sa belle-s&oelig;ur n'avait pas pri, pour la
-trs bonne raison qu' son retour de Berlin, il a nglig de
-venir chez elle, enfin, jusqu' la disposition des fauteuils,
-qui rendait toute conversation impossible; la longueur, la
-chaleur, le malaise visible de la matresse de la maison,
-qui ne manque pas de politesse, mais qui a un certain air
-emprunt, pdant et gauche, tout a rendu ce dner fatigant.
-<span class="pagenum"><a id="Page_62"> 62</a></span>
-Le duc de Somerset est le seul qui ait pris le bon
-parti, celui de s'endormir derrire un pilastre durant tout
-l'aprs-dner.</p>
-
-<p>Il y avait un besoin gnral de blmer qui se faisait jour
-sans trop de dguisement. La Reine se plaignait de la chaleur,
-et, au dessert, a dit la duchesse de Kent, que si elle
-ne mangeait plus, ce serait une grande charit de quitter
-la table. Le Roi disait ses voisins, que le dner tait
-l'entreprise, et prtendait ne pouvoir comprendre un seul
-mot de ce que le duc Ferdinand de Saxe-Cobourg lui
-disait. Ce Prince, frre de la duchesse de Kent, est laid,
-gauche, embarrass; il n'a pas grand succs ici, fort peu
-surtout du Roi, auquel il n'a montr aucun empressement
-d'tre prsent; celui-ci, son tour, l'a fait attendre fort
-longtemps avant de le recevoir, ce qui a mis la duchesse
-de Kent de fort mauvaise humeur.</p>
-
-<p>Mme de Lieven me faisait remarquer l'espce de familiarit
-de langage et de manires d'Esterhazy avec la
-famille royale, dont elle se montrait fort scandalise; la
-raison de parent, que j'ai allgue, lui a sembl une trs
-mauvaise explication. Il y a toujours une rivalit de position
-entre eux, qui tait, surtout, trs sensible, dit-on,
-sous le feu Roi. La princesse de Lieven, force de coquetteries
-et de soins pour lady Hertford, et ensuite pour
-lady Conyngham, et grce sa maigreur, qui rassurait
-l'embonpoint des favorites, fut introduite par elles
-dans l'intimit du Roi; elle tablissait, par l, une certaine
-balance avec les Esterhazy, que leur bonne humeur,
-leur grande position et leur parent avec la famille royale
-<span class="pagenum"><a id="Page_63"> 63</a></span>
-rapprochaient, naturellement, davantage de la Cour.</p>
-
-<p>On remarquait l'absence de lord Palmerston, qui aurait
-d faire partie de ce dner auquel assistaient les ambassadeurs.
-On prtend qu'il est dans les fortes dplaisances
-de la duchesse de Kent, qui, lorsqu'il lui fait la rvrence,
-dans les Drawing-rooms, ne lui adresse jamais la
-parole. On s'tonnait aussi de n'y pas voir le ministre de
-Saxe, ministre de famille pour la Reine, pour la duchesse
-de Kent elle-mme, et notamment aussi pour le duc Ferdinand
-de Saxe-Cobourg, que, d'office, il accompagne partout.
-La duchesse de Gloucester ne pouvait s'empcher de
-terminer une phrase doucereuse et apologtique par la
-charitable remarque de la gaucherie inne de la duchesse
-de Kent; et la princesse de Lieven risquait de rappeler
-que George IV, lorsqu'il parlait de sa belle-s&oelig;ur, la nommait
-<i>la gouvernante suisse</i>.</p>
-
-<p>Quelque tort qu'on trouve la duchesse de Kent, on
-ne saurait lui refuser le mrite de beaucoup de prudence
-dans sa conduite politique. Appele, comme elle le
-sera sans doute, la Rgence, ce point n'est pas indiffrent.
-Il n'y a personne qui sache de quel parti ses opinions
-politiques la rapprochent; elle les invite et les
-confond chez elle, et maintient parfaitement l'quilibre.
-Son obstination dans sa conduite envers les Fitzclarence
-est d'un petit esprit: elle se met, pour l'expliquer, sur un
-terrain de pruderie assez ridicule; je sais, que, pour
-rpondre aux observations que lord Grey lui faisait ce
-sujet, elle lui dit assez sottement: Mais, my lord, comment
-voulez-vous que j'expose ma fille entendre parler
-<span class="pagenum"><a id="Page_64"> 64</a></span>
-de btards, et m'en demander l'explication?&mdash;Alors,
-madame, rplique lord Grey, ne permettez pas la Princesse
-de lire l'histoire du pays qu'elle est appele gouverner,
-car la premire page lui apprendra que Guillaume
-de Normandie avait le surnom de Btard avant celui de
-Conqurant. On dit que cette rponse a laiss une impression
-fcheuse contre lord Grey, la duchesse de Kent.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 9 mai 1834.</i>&mdash;On mande, de Paris, M. de
-Talleyrand, par dpche tlgraphique, qu'un secrtaire
-d'ambassade, arrivant d'Espagne, apporte la nouvelle que
-don Carlos quitte la Pninsule et s'embarque pour l'Angleterre,
-qu'il veut, dit-on, choisir pour arbitre, dans son
-grand procs de famille et de couronne. Cette nouvelle
-parat peu probable, et tout le monde attend sa confirmation
-pour y croire.</p>
-
-<p>L'espce de curiosit et d'intrt qu'excite la personne
-de M. de Talleyrand en Angleterre ne s'use pas. En descendant
-de voiture l'autre jour Kensington, nous avons vu
-des femmes souleves dans les bras de leurs maris, afin
-qu'elles pussent mieux regarder M. de Talleyrand. Son
-portrait, par Scheffer, est maintenant chez le marchand
-de gravures Colmaghi pour tre grav; il y attire beaucoup
-de curieux; les boutiques devant lesquelles s'arrte la voiture
-de M. de Talleyrand sont aussitt entoures de
-monde. A propos de son portrait, il est plac, chez Colmaghi,
- ct de celui de M. Pitt. Un des curieux qui les
-examinaient tous les deux, dit, l'autre jour, en montrant
-celui de M. Pitt: Voil quelqu'un qui a cr de grands
-<span class="pagenum"><a id="Page_65"> 65</a></span>
-vnements; celui-ci (en indiquant M. de Talleyrand), a
-su les prvoir, les guetter et en profiter.</p>
-
-<p>M. de Talleyrand me racontait, hier, que lorsqu'il se
-fut dbarrass de sa prtrise, il se sentit un dsir incroyable
-de se battre en duel; il passa deux mois en chercher
-soigneusement l'occasion, et avait avis le duc de Castries
-actuel, qui tait la fois colre et born, comme l'homme
-avec lequel il tait le plus ais d'avoir une querelle. Ils
-taient, tous deux, du club des checs; un jour qu'ils y
-taient ensemble, M. de Castries se met lire tout haut
-une brochure contre la minorit de la noblesse. L'occasion
-parut belle M. de Talleyrand, qui pria M. de Castries de
-ne pas continuer une lecture qui lui tait personnellement
-injurieuse. M. de Castries rpliqua, que, dans un club,
-tout le monde avait le droit de lire et de faire ce qui lui
-convenait: A la bonne heure! dit M. de Talleyrand,
-et, s'emparant d'une table de trictrac, il se plaa auprs de
-M. de Castries, fit sauter, avec un fracas pouvantable, les
-dames qui s'y trouvaient, de faon ce que la voix de
-M. de Castries ft entirement couverte. La querelle et les
-coups d'pe paraissaient immanquables; M. de Talleyrand
-tait ravi d'y toucher de si prs, mais M. de Castries
-se borna rougir, froncer le sourcil, et finit sa lecture
-en sortant du club sans rien dire; c'est que, probablement,
-pour M. de Castries, M. de Talleyrand ne pouvait cesser
-d'tre prtre!</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 10 mai 1834.</i>&mdash;J'ai lu hier, fort vite, le
-dernier ouvrage de M. de Lamennais, les <i>Paroles d'un</i>
-<span class="pagenum"><a id="Page_66"> 66</a></span>
-<i>Croyant</i>: c'est l'Apocalypse d'un Jacobin. De plus, c'est
-fort ennuyeux, et c'est ce qui m'a tonne, car M. de Lamennais
-est un homme de beaucoup d'esprit et d'un talent
-incontestable. Il venait de se rconcilier avec Rome, mais
-voil de quoi rompre la paix, car cette guerre jure tout
-pouvoir temporel ne saurait convenir aucun souverain,
-pas plus au Pape qu' un autocrate.</p>
-
-<p>On se disait beaucoup, tout bas, hier, que le Roi d'Angleterre
-ressentait plus vivement que de coutume l'influence
-printanire pendant laquelle il prouve, tous les
-ans, un manque d'quilibre, physique et moral, assez
-marqu. Avec les prcdents de la maison de Brunswick,
-il y a de quoi s'alarmer.</p>
-
-<p>Je n'ai jamais entendu parler, sur le continent, d'une
-maladie connue ici sous le nom de <i>hay fever</i> (fivre de
-fenaison), et qui se dclare au moment de la rcolte des
-foins. Beaucoup de personnes, entre autres le duc de Devonshire
-et lady Grosvenor, prouvent alors de la fivre,
-de l'insomnie, de l'agitation, et une grande souffrance
-nerveuse. Ceux qui sont sujets cette maladie rentrent
-en ville, vitent les prairies et l'odeur du foin.</p>
-
-<p>Mais au malaise physique du Roi d'Angleterre se mlent
-une agitation d'esprit et une loquacit tranges; si cet tat
-fcheux n'tait pas bien fini avant le mois de juillet, je suis
-convaincue que la Reine dsobirait au Roi et ne partirait
-pas pour l'Allemagne; elle seule peut avoir une action
-salutaire et modratrice sur lui, dans de semblables
-moments.</p>
-
-<p>On me mande, de Paris, le mariage d'lisabeth de
-<span class="pagenum"><a id="Page_67"> 67</a></span>
-Branger, avec un de mes cousins, riche et bien lev,
-Charles de Vog. Elle tait fort recherche, car, de
-la naissance et de la fortune, elle joint de la beaut et des
-talents. Je l'ai beaucoup connue dans son enfance; elle
-tait alors fort gentille, trs vive, et pas mal indpendante,
-ce qui, dans une fille unique, idoltre par son pre, a d
-fort augmenter depuis la mort de sa mre. Celle-ci tait
-une des plus aimables femmes que j'aie connues, par son
-esprit, son caractre et ses manires; elle avait t trs
-belle, on le voyait bien. Ses faons taient caressantes et
-douces; elle parlait avec une lgance et une correction
-remarquables; amie dvoue, je n'ai vu personne, except
-Mme de Vaudmont, laisser un vide aussi senti et des
-regrets aussi prolongs; ses ennemis (la distinction en a
-toujours) prtendaient que la douceur de ses manires
-l'avait entrane fort loin, pendant son veuvage du duc de
-Chtillon; qu'elle tait devenue plus tard bel esprit, et
-quelques critiques prtendaient aussi qu'il y avait, dans
-sa conversation, une loquence tudie qui la rendait fatigante;
-je ne m'en suis jamais aperue; je me plaisais beaucoup
-dans sa socit, elle m'a toujours laiss l'ide qu'elle
-se plaisait dans la mienne; nous avions des amitis communes,
-qui nous attachaient par un lien de bienveillance,
-et, dans le monde, c'est chose rare, car on y est, malheureusement,
-bien plus souvent rapproch par des haines
-semblables que par des affections communes; c'est, je
-crois, ce qui rend les amitis du monde si peu durables et
-si peu sres; elles reposent souvent, trop souvent, sur
-une mauvaise base.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_68"> 68</a></span>
-J'ai appris encore un autre mariage, celui de ma nice
- la mode de Bretagne, la princesse Biron, avec un Armnien,
-le colonel Lazareff, au service de Russie. On le dit
-d'une richesse fabuleuse, possdant des palais en Orient,
-des pierreries, des trsors enfin; je ne sais ce qui l'a
-conduit Dresde, o il a fait la connaissance de ma jeune
-parente, qui vit prs de sa s&oelig;ur, la comtesse de Hohenthal.
-On la dit blouie et passionne; j'avoue que cette
-origine armnienne, cette magnificence la faon des
-<i>Mille et une nuits</i>, m'tonnent, m'inquitent un peu: les
-sorciers, les diseurs de bonne aventure, les chevaliers
-d'industrie, ont souvent les pays peu connus pour berceau;
-leurs pierreries tombent souvent en poussire de charbon,
-ils supportent rarement le grand jour! En un mot, j'aurais
-prfr pour ma cousine un peu plus de naissance, un
-peu moins de fortune, et quelque chose de moins oriental
-et de plus europen.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 12 mai 1834.</i>&mdash;L'tat fbrile et nerveux du
-roi d'Angleterre se manifeste de plus en plus; il dit vraiment
-des choses fort bizarres. Au bal de la Cour, il a dit
-Mme de Lieven que les ttes se drangeaient beaucoup
-depuis quelque temps, et, en indiquant son cousin, le
-duc de Gloucester, il a ajout: Celui-l, par exemple, croit
- la transmigration des mes: il croit que l'me d'Alexandre
-le Grand et celle de Charles I<sup>er</sup> ont pass dans la sienne.
-La Princesse a ajout assez lgrement: Ah! les pauvres
-dfunts doivent s'tonner beaucoup de s'tre nichs l.
-Le Roi l'a regarde avec un air incertain, puis il a ajout,
-<span class="pagenum"><a id="Page_69"> 69</a></span>
-ce qui, pour lui, n'est vraiment pas trop mal trouv:
-Heureusement, il n'a pas assez d'esprit pour porter sa
-tte sur l'chafaud.</p>
-
-<p>Ce qui est plus fcheux que ces propos ridicules, c'est
-qu'il dort peu, qu'il se met dans de frquentes colres, qu'il
-a une manie guerrire, trange et purile: ainsi il va dans
-les casernes, fait man&oelig;uvrer un un les soldats, donne
-les ordres les plus absurdes sans consulter les chefs, porte
-le dsordre dans les rgiments et s'expose la rise des
-soldats. Le duc de Wellington, le duc de Gloucester, tous
-deux feld-marchaux, et lord Hill, commandant en chef
-de l'arme, ont cru qu'il tait de leur devoir de faire ensemble
-des reprsentations respectueuses, mais srieuses:
-ils ont t trs mal reus; lord Hill a t le plus maltrait,
-et il en est rest constern. On assurait que si cette pauvre
-tte royale partait tout fait, ce serait l'occasion de
-l'arme, car il se croit de grands talents militaires; ou sur
-le chapitre des femmes, prs desquelles il se croit des
-mrites particuliers. On prtend qu'il n'est si press de
-faire partir la Reine que pour passer six semaines en garon.</p>
-
-<p>Il a dj port avant-hier, la Reine, tous les cadeaux
-qu'elle sera dans le cas de faire sur le Continent; il pousse
-le temps par les paules. La famille royale est fort inquite,
-ou voudrait empcher le Roi de s'exposer autant la chaleur,
-de boire autant de vin de Xrs, de runir autant de
-monde autour de lui; on voudrait enfin l'engager mener
-une vie plus retire jusqu' ce que cette crise, plus forte
-que les autres, ft entirement passe; mais il est peu
-gouvernable.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_70"> 70</a></span>
-Parmi ses propos les plus bizarres, je dois citer celui
-d'avoir demand au prince Esterhazy <i>si on se mariait en
-Grce?</i> Et, sur l'air tonn du Prince, il a ajout: <i>Mais
-oui, car, en Russie, vous savez bien qu'on ne se marie pas.</i></p>
-
-<p>Le bon duc de Gloucester, qui est trs attach au Roi,
-est sincrement afflig; quant au duc de Cumberland, il
-s'en va, tout simplement, crier, dans les clubs, que le
-Roi est fou, et que c'est tout juste comme son pre, ce
-qui est, la fois, peu fraternel et peu filial. Quelques personnes
-songent dj qui irait la Rgence, si ce triste tat
-se prolongeait, ou se confirmait; car c'est encore un tat
-fivreux plus que ce n'est de la vraie dmence. La
-duchesse de Kent n'est rien, aussi longtemps que le Roi
-mari vit et peut avoir des enfants; la princesse Victoria,
-hritire prsomptive, n'est pas majeure; la question se
-dbattrait donc entre la Reine et le duc de Cumberland,
-deux chances presque galement dfavorables au Cabinet
-actuel; aussi laissera-t-on le mal prendre un haut degr
-d'influence avant de l'avouer. Lord Grey mettait, hier, une
-affectation marque dire que le Roi ne s'tait jamais
-mieux port.</p>
-
-<p>Quand on a su ici que Jrme Bonaparte se disposait
-y venir, on a prvenu la Cour de Wurtemberg, qu'il serait
- dsirer qu'il n'ament pas la Princesse sa femme, parce
-que, malgr la proche parent, on ne pourrait la recevoir.
-Jrme est donc venu seul, et nonobstant l'avertissement,
-il n'en a pas moins dsir une audience du Roi d'Angleterre
-que M. de Mendelsloh, le ministre de Wurtemberg,
-a eu la sottise de demander. Au premier mot le Roi a dit:
-<span class="pagenum"><a id="Page_71"> 71</a></span>
-Qu'il aille au diable! Il est si vif sur la question des
-Bonaparte, qu'il a t au moment de dfendre la Cour au
-duc de Sussex, pour avoir reu Lucien, et qu'il a trouv
-trs mauvais que le Chancelier et expos le duc de Gloucester
- rencontrer le prince de Canino une soire de
-lady Brougham.</p>
-
-<p>Lord Durham a dn, hier, chez nous, pour la premire
-fois, et c'est pour la premire fois aussi que j'ai caus avec
-lui directement. J'ai examin les mouvements de sa figure:
-elle est trs vante, et, sans doute, avec raison, mais elle
-ne s'embellit pas lorsqu'il parle; le sourire surtout lui
-sied mal; le trait marquant de ses lvres, c'est l'amertume;
-tous les reflets intrieurs dparent sa beaut. Un
-visage peut rester beau, lors mme qu'il n'exprime pas la
-bienveillance, mais le rire qui n'est pas bon enfant me
-repousse singulirement.</p>
-
-<p>Lord Durham passe pour tre spirituel, ambitieux,
-colre et surtout enfant gt, le plus susceptible et le plus
-vaniteux des hommes. Avec des prtentions nobiliaires qui
-lui font reculer son origine jusqu'aux Saxons, tandis que
-lord Grey, son beau-pre, ne se rclame que de la conqute,
-lord Durham n'en est pas moins dans toutes les doctrines
-les plus radicales. Ce n'est, dit-on, pour lui, qu'un moyen
-d'arriver au pouvoir; Dieu veuille que ce n'en soit pas un
-de le dtruire.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 13 mai 1834.</i>&mdash;Charles X a dit Mme de
-Gontaut, le 25 avril: L'ducation de Louise tant finie,
-je vous prie de partir aprs-demain 27. Mademoiselle,
-<span class="pagenum"><a id="Page_72"> 72</a></span>
-qui aime beaucoup Mme de Gontaut, a t au dsespoir<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">&nbsp;[19]</a>.</p>
-
-<p>La duchesse de Gontaut a t trs courageuse, elle a
-pass la journe du 26 essayer de consoler Mademoiselle,
-mais sans succs. La vicomtesse d'Agoult remplace,
-dit-on, momentanment, Mme de Gontaut: c'est une
-sainte la place d'une personne d'esprit. Cela s'est pass
-avant l'arrive, Prague, de Mme la duchesse de Berry,
-qui n'a d y tre que le 7 mai.</p>
-
-<p>On m'a dit que Jrme Bonaparte faisait le Roi tant
-qu'il pouvait. A l'Opra, il est seul sur le devant de sa
-loge, et deux messieurs, qui l'accompagnent, sont debout
-derrire son fauteuil.</p>
-
-<p>J'ai t, hier, passer plus d'une heure chez Mme la
-princesse Sophie d'Angleterre; elle est instruite, causante,
-anime, ce qui ne l'empche pas, sous le prtexte de sa
-mauvaise sant, de vivre dans une assez grande retraite.
-La princesse Sophie passe pour avoir le talent d'imiter
-(si tant est que cela en soit un) un haut degr, comme
-l'avait aussi le feu roi George IV. On dit qu'ils se divertissaient
-fort ensemble, et se mettaient, rciproquement,
-trs en valeur. Hier, en effet, la conversation tant tombe
-sur Mme d'Ompteda, bonne femme, mais au moins singulire,
-si ce n'est ridicule, la princesse a voulu me rpter
-une plainte que Mme d'Ompteda lui a adresse, contre une
-<span class="pagenum"><a id="Page_73"> 73</a></span>
-personne de la Cour, et m'a donn la plus parfaite reprsentation
-comique que j'aie vue; je me roulais de rire un
-tel point, que j'en ai demand pardon la Princesse; elle
-n'a pas paru trop en colre de mon manque de maintien.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 14 mai 1834.</i>&mdash;M. Dupin l'an a crit
-M. de Talleyrand, pour lui annoncer son arrive ici; il
-finit sa lettre par: Votre affectionn, Dupin. M. Dupin
-a souvent plaid pour M. de Talleyrand, et, je crois, fort
-bien, mais alors, sa formule tait moins royale.</p>
-
-<p>On sait que le trait de la Quadruple Alliance est arriv
- Lisbonne, qu'il y a t approuv, et on en attend,
-tout instant, la ratification, malgr la folle colre de dom
-Pedro, qui a trouv fort mauvais que la France, l'Angleterre
-et l'Espagne se soient permis de donner le titre d'Infant
- dom Miguel, que lui, dom Pedro, lui avait t par
-dcret.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 15 mai 1834.</i>&mdash;On assure que M. Dupin
-vient Londres pour se montrer, voulant accoutumer
-l'Europe son importance; car il rve, ce qu'il parat,
-de runir entre ses mains, la session prochaine, la prsidence
-du Conseil et le ministre des Affaires trangres.
-Dans un temps comme celui-ci, on n'est vraiment plus en
-droit de taxer de chimre l'ide la plus trange! Ce n'est
-pas la premire fois que M. Dupin dsire le portefeuille
-des Affaires trangres: il a cherch l'emporter de vive
-force il y a deux ans, et le Roi ayant essay, alors, de lui
-faire comprendre qu'il ne serait peut-tre pas tout fait
-<span class="pagenum"><a id="Page_74"> 74</a></span>
-propre ce genre d'affaires, M. Dupin eut une grande
-explosion de colre, et, prenant un de ses pieds entre ses
-mains, en montrant la semelle de son soulier au Roi, il
-lui dit: Ah! Ah! c'est donc parce que j'ai des clous
-mes souliers, que je ne puis traiter avec <i>Monsieur Lord</i>
-Granville! C'est la suite de cette explication, qui devint
-de plus en plus insolente de la part de M. Dupin, que le
-Roi, en dpit de son indulgence et de ses habitudes, se
-prit, son tour, d'une telle rage, que, saisissant M. Dupin
-par le collet, et appuyant son poing ferm sur sa poitrine,
-il le poussa hors de sa chambre. Je tiens tout ceci d'un
-tmoin. La rconciliation se fit bientt aprs; on s'est
-revu sans embarras; l'piderme n'est pas sensible Paris!</p>
-
-<p><i>La Quotidienne</i> a d'abord lou le dernier ouvrage de
-M. de Lamennais; le faubourg Saint-Germain a hsit
-pendant quelque temps, enfin il a pris le parti de blmer.
-On a mme t demander M. de Chateaubriand de
-prendre la plume pour le rfuter; mais il a rpondu que,
-pour lui, il l'admirait dans toutes ses pages, dans toutes
-ses lignes, et que s'il se dcidait dire au public ce qu'il
-pensait de cet ouvrage, ce serait pour lui faire rendre l'honneur
-qui lui est d. M. de Chateaubriand tourne, ou affecte
-de tourner de plus en plus au rpublicanisme; il dit que
-toute forme monarchique est devenue impossible en France.</p>
-
-<p>Les carlistes iront aux lections, et enverront, tant qu'ils
-pourront, des rpublicains la Chambre, lorsqu'ils ne
-pourront pas russir pour eux-mmes. Ces mots de rpublique,
-de rpublicains, ont cours partout maintenant,
-sans plus choquer personne: les oreilles y sont faonnes!</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_75"> 75</a></span>
-<i>Londres, 16 mai 1834.</i>&mdash;Voici le joli moment de
-parcourir Londres; cette multitude de squares, si verts,
-si fleuris, ces parcs si riches de vgtation, toutes ces
-vrandahs suspendues aux maisons et couvertes de fleurs,
-ces plantes grimpantes qui tapissent les murs de beaucoup
-de maisons jusqu'au second tage, tout cela est d'un
-coup d'&oelig;il si doux qu'on regrette un peu moins le soleil
-qui aurait rapidement fait justice de tant de fracheur.</p>
-
-<p>J'appliquais presque la mme observation, hier matin au
-Drawing-room de la Reine, o l'clat des beaux teints
-anglais, les beaux cheveux blonds tombant en longs
-anneaux sur les joues les plus roses et les cous les plus
-blancs, ne permettaient pas trop de regretter le manque
-d'expression et de mouvement de ces transparentes
-beauts. Il est convenu de reprocher aux Anglaises de
-manquer de tournure: elles marchent mal, cela est vrai;
-au repos, leur nonchalance a de la grce, elles sont gnralement
-bien faites, moins pinces dans leurs ajustements
-que ne le sont les Franaises, leurs formes sont
-plus dveloppes et plus belles. Elles s'habillent parfois
-sans beaucoup de got, mais du moins, chacun s'arrangeant
-ici comme il l'entend, il y a une diversit dans
-les toilettes, qui les fait mieux valoir une une. Les
-paules dcouvertes, les coiffures plates et les cheveux
-longs des jeunes filles, ici, seraient assez dplacs en
-France, o les trs jeunes personnes sont presque toutes
-petites, noires et maigres.</p>
-
-<p>Ce que je dis des jardins et de la beaut des femmes, je
-serais tente de l'appliquer, moralement, aux Anglais. Il y
-<span class="pagenum"><a id="Page_76"> 76</a></span>
-a, dans leur conversation, une rserve, une froideur, un
-manque d'imagination, qui ennuie pendant assez longtemps,
-mais cet ennui fait place un vritable attrait, si
-on se donne le soin de chercher tout ce qu'il y a de bon
-sens, de droiture, d'instruction et de finesse cachs sous
-ces dehors embarrasss et silencieux; on ne se repent
-presque jamais d'avoir encourag leur timidit, car ils ne
-deviennent jamais ni familiers, ni importuns, et ils vous
-tmoignent, de les avoir devins, et d'tre venu au secours
-de leur fausse honte, une reconnaissance qui, elle
-seule, est une vritable rcompense. Je voudrais seulement
-qu'en Angleterre, on n'expost pas de pauvres orangers
-aux brouillards pais de l'atmosphre, que les femmes ne
-s'ajustassent jamais d'aprs le journal des modes de Paris
-et que les hommes prissent les allures plus vives et plus
-libres de la conversation sur le Continent. Dtestables caricatures
-quand ils copient, les Anglais sont excellents quand
-ils sont eux-mmes; ils sont si bien faits pour leur propre
-rgion, qu'il ne faut les juger que sur leur sol natal. Un
-Anglais, sur le Continent, est tellement hors de sa sphre,
-qu'il est expos passer pour un imbcile ou pour un
-extravagant.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 17 mai 1834.</i>&mdash;Le ministre de Sude, M. de
-Bjoerstjerna, qui veut toujours faire valoir son souverain,
-mme sous les rapports les plus frivoles, vantait, l'autre
-jour, M. de Talleyrand, la force, la grce et la jeunesse
-que le Roi Charles-Jean a conserves son ge avanc. Il
-se rpandait surtout en admiration sur la quantit de cheveux
-<span class="pagenum"><a id="Page_77"> 77</a></span>
-qu'a le Roi, et sur ce qu'ils taient noirs comme du
-jais, sans qu'il y en et un blanc. Cela parat, en effet,
-merveilleux, dit M. de Talleyrand, qui demanda si,
-par hasard, le Roi ne teignait pas ses cheveux?&mdash;Non,
-vraiment, rpliqua le Sudois, il n'y a rien de factice
-dans cette belle couleur noire.&mdash;Alors, c'est en effet,
-bien extraordinaire, dit M. de Talleyrand.&mdash;Oui, srement,
-reprit M. de Bjoerstjerna, aussi l'homme qui
-arrache, chaque matin, les cheveux blancs du Roi est fort
-adroit. Il y a mille histoires de ce genre sur M. de
-Bjoerstjerna, qui cherche donner crdit au dire populaire
-qui dsigne les Sudois comme tant les Gascons du Nord.</p>
-
-<p>Samuel Rogers, le pote, a assurment beaucoup d'esprit,
-mais il est tourn la malignit et parfois mme la
-mchancet. Quelqu'un lui ayant demand pourquoi il ne
-parlait gure que pour dire du mal de son prochain, il
-rpondit: J'ai le son de voix si faible, que, dans le
-monde, je n'tais jamais ni entendu, ni cout; cela m'impatientait.
-J'essayai alors de dire des mchancets, et je
-fus cout: tout le monde a des oreilles pour le mal qui se
-dit d'autrui. Il passe sa vie chez lady Holland, dont il se
-moque, et dont il se plat exagrer et exciter les terreurs
-de la maladie et de la mort. Pendant le cholra,
-lady Holland tait saisie d'inexprimables angoisses: elle
-songeait sans cesse toutes les mesures de prcaution, et,
-racontant Samuel Rogers toutes celles qu'elle avait runies
-autour d'elle, elle numrait tous les remdes qu'elle
-avait fait placer dans la chambre voisine: bains, appareils
-fumigatoires, couvertures de laine, sinapismes, drogues
-<span class="pagenum"><a id="Page_78"> 78</a></span>
-de tous genres. Vous avez oubli l'essentiel, dit M. Rogers.&mdash;Et
-quoi donc?&mdash;Un cercueil!... Lady Holland
-s'vanouit...</p>
-
-<p>Le comte Pahlen revient de Paris, o il a vu le Roi, le
-soir, en famille, n'ayant pas d'uniforme pour une prsentation
-en rgle; le Roi lui ayant dit qu'il voulait qu'il vnt
- un des grands bals du Chteau, le Comte s'en excusa sur
-le manque d'uniforme. Oh! qu' cela ne tienne, reprit
-le Roi, vous y viendrez en frac, <i>en dput de l'opposition</i>!
-En effet, M. de Pahlen fut ce bal (matriellement
-magnifique), et se vit, lui seul, avec un groupe de dputs
-opposants, en frac, travers le Corps diplomatique et ce
-qu'on appelle la Cour, en uniforme.</p>
-
-<p>Le prince Esterhazy nous a fait ses adieux hier. Il tait
-visiblement mu en quittant M. de Talleyrand, qui ne
-l'tait pas moins; on ne se spare pas de quelqu'un de l'ge
-de M. de Talleyrand sans une pense d'inquitude, et il y a,
-dans l'adieu que dit un vieillard, un retour sur lui-mme
-qui n'chappe pas aux assistants.</p>
-
-<p>Le prince Esterhazy est gnralement aim et regrett
-ici, et avec raison; son retour est vivement dsir; la
-finesse de son esprit ne nuit en rien la droiture de son
-caractre, la sret parfaite de son commerce est inapprciable,
-et, malgr un certain dcousu dans ses faons et
-dans son maintien, il reste, toujours, un grand seigneur.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 18 mai 1834.</i>&mdash;Cette semaine-ci, le Roi
-d'Angleterre a sembl mieux; le temps est moins chaud;
-la grande excitation qu'il prouvait a fait place, au contraire,
-<span class="pagenum"><a id="Page_79"> 79</a></span>
- une sorte d'affaissement; on lui a vu bien souvent
-des larmes dans les yeux: c'est aussi du manque d'quilibre,
-mais de moins mauvais augure que la grande irritation
-qu'il tmoignait la semaine passe.</p>
-
-<p class="section"><i>Woburn Abbey, 19 mai 1834<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">&nbsp;[20]</a>.</i>&mdash;Cette demeure-ci
-est, certainement, une des plus belles, des plus magnifiques,
-des plus grandes et des plus compltes de l'Angleterre.
-L'extrieur du chteau cependant est sans caractre,
-et sa situation basse, et mme, je crois, un peu humide;
-mais les Anglais dtestent d'tre vus et renoncent volontiers,
- leur tour, voir par-del de l'enceinte la plus
-limite; il y a rarement, des chteaux d'Angleterre, d'autre
-vue que celle de l'entourage le plus immdiat; aussi le
-mouvement des passants, des voyageurs, des paysans travaillant
-dans les champs, la perspective des villages, des
-lieux environnants, il ne faut pas esprer en jouir. De
-verts gazons, des fleurs dans le pourtour de la maison et
-des arbres superbes qui interceptent toute chappe de
-vue, voil ce qu'ils aiment, et ce qu'on trouve ici presque
-partout; je ne connais jusqu' prsent que Windsor et
-Warwick qui fassent exception.</p>
-
-<p>Les htes qui se trouvent Woburn, en ce moment,
-sont peu prs les mmes que ceux que j'y ai rencontrs,
-lors de mon premier sjour: lord et lady Grey et lady
-Georgina, leur fille; lord et lady Sefton, M. Ellice; lord
-<span class="pagenum"><a id="Page_80"> 80</a></span>
-Ossulston; les matres de la maison, trois de leurs fils,
-une de leurs filles, M. de Talleyrand et moi.</p>
-
-<p>Il y a, dans toutes ces personnes, des gens fort distingus,
-de l'esprit, de l'instruction, d'excellentes manires,
-mais j'ai dj remarqu qu' Woburn la rserve anglaise
-tait pousse plus loin qu'ailleurs, et cela en dpit du langage
-presque hardi de la duchesse de Bedford, qui contraste
-avec la timidit silencieuse du Duc et du reste de la
-famille. Il y a, aussi, dans la pompe, l'tendue, la magnificence
-de la demeure, quelque chose qui jette du froid,
-de la raideur et du dcousu dans la socit; d'ailleurs, le
-dimanche, quoiqu'on ne l'ait pas tenu rigoureusement
-puisqu'on a fait jouer M. de Talleyrand, est toujours plus
-srieux que tout autre jour.</p>
-
-<p class="section"><i>Woburn Abbey, 20 mai 1834.</i>&mdash;Le Chancelier est
-venu augmenter le nombre des visiteurs. En parlant
-des grandes existences aristocratiques du pays, il m'a dit
-que le duc de Devonshire avec ses cent quarante mille
-livres sterling de rente, ses chteaux et ses huit membres
-du Parlement, tait, <i>avant la rforme</i>, aussi puissant que
-le Roi lui-mme. Cet <i>avant la rforme</i> est bien l'aveu du
-coup port, par cette rforme, l'ancienne constitution du
-pays. J'en ai fait convenir lord Brougham, qui, tout en
-soutenant qu'elle tait ncessaire, et ayant commenc sa
-phrase en disant qu'on n'avait fait que couper des ailes
-qui taient tant soit peu trop longues, l'a finie en disant
-qu'ils avaient fait une rvolution <i>complte</i>, mais sans effusion
-de sang. Et notre grande journe rvolutionnaire,
-<span class="pagenum"><a id="Page_81"> 81</a></span>
-a-t-il dit encore avec une satisfaction apparente, a t
-celle du mois de 1831 o nous avons dissous le Parlement
-qui avait os repousser notre Bill; le peuple est imprissable,
-comme le sol, c'est donc son profit qu' la longue
-doivent tourner toutes les modifications, et une aristocratie
-qui a dur cinq sicles a dur tout ce qu'elle pouvait
-durer! Voil la pense dominante de sa conversation qui
-m'a frappe, et d'autant plus, qu'elle avait commenc de
-sa part par une sorte d'hypocrisie qui s'est dissipe avant
-la mienne; il avait commenc avec quelques mnagements
-pour mes prjugs aristocratiques que je lui ai rendus par
-de petits mnagements pour sa passion nivelante. Cinq
-minutes de tte--tte de plus, et nous serions arrivs, lui
- 1640, et moi 1660.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 21 mai 1834.</i>&mdash;On nous a montr un petit
-coin du parc de Woburn que je ne reconnaissais pas, et
-qui est joli dans le moment actuel de la floraison; cela se
-nomme <i>The Thornery</i>, cause de la multitude d'aubpines
-que renferme cet enclos agreste, au milieu duquel
-se trouve une chaumire orne, fort jolie.</p>
-
-<p>Lord Holland avait recommand au duc de Bedford de
-nous conduire Ampthill, qui lui appartient, et qui n'est
-qu' sept milles de Woburn. Lady Holland tenait aussi
-ce que nous y vissions un beau portrait d'elle qui la reprsente
-en Vierge du soleil; il est beau, agrable et a d
-tre ressemblant.</p>
-
-<p>La maison d'Ampthill est triste, humide, mal meuble,
-mal tenue, et en contraste avec un des plus jolis parcs
-<span class="pagenum"><a id="Page_82"> 82</a></span>
-qu'on puisse voir. Le pays est joli, accident, riant et
-bois.</p>
-
-<p>Ampthill n'est pas sans quelques traditions. C'est l
-que s'est retire Catherine d'Aragon aprs son divorce. Il
-ne reste plus rien de l'ancien chteau qui tait sur le haut
-de la montagne, et non pas au fond de la valle comme
-l'est la maison actuelle. Une croix gothique est place l
-o tait l'ancienne demeure, et sur le pidestal se trouvent
-quelques vers assez mdiocres en souvenir des cruauts
-d'Henri VIII; ces vers n'ont pas mme le mrite d'tre du
-temps. Une autre curiosit du lieu, c'est un certain nombre
-d'arbres tellement vieux, que du temps mme de Cromwell,
-on ne les trouvait plus propres la marine; ils ont
-entirement perdu leur beaut et ressembleront bientt
-ce qu'on appelle des truisses en Touraine.</p>
-
-<p>Lord Sefton remarquait hier devant lord Brougham que
-tous les dfenseurs de la Reine Caroline d'Angleterre taient
-parvenus aux plus hautes dignits du pays, lord Grey,
-lord Brougham, etc... Ce qui m'a fait dire au Chancelier
-qu'il n'y avait donc plus d'inconvnient pour lui, avouer
-qu'il avait dfendu alors une bien mauvaise cause. Il n'a
-jamais voulu en convenir, et a cherch nous persuader
-que si la Reine avait eu des amants, Bergami n'tait pas
-du nombre. Il voulait nous faire croire que telle, du moins,
-tait sa conviction, et, l'appui de cette assertion, que
-personne, pas plus que lui-mme je crois, ne prenait au
-srieux, il nous a racont que, pendant les trois dernires
-heures de la vie de la Reine, durant lesquelles le dlire le
-plus marqu s'tait empar d'elle, elle avait beaucoup
-<span class="pagenum"><a id="Page_83"> 83</a></span>
-parl du prince Louis de Prusse, de l'enfant de Bergami
-nomme Victorine et de plusieurs autres personnes, mais
-qu'elle n'avait pas une seule fois prononc le nom de Bergami.
-Il m'a sembl que pour un aussi grand jurisconsulte,
-la preuve tait par trop ngative et peu concluante.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 22 mai 1834.</i>&mdash;En revenant hier en ville,
-nous y avons appris la nouvelle du rappel du prince de
-Lieven. C'est quelque chose dans la politique, c'est beaucoup
-dans la socit de Londres. L'excellent caractre, le
-bon esprit, les manires parfaites de M. de Lieven, lui
-conciliaient la bienveillance et l'estime gnrale, et la
-femme la plus redoute, la plus compte, la plus entoure
-et la plus soigne est Mme de Lieven. Son importance
-politique, que beaucoup de mouvement d'esprit et de
-savoir-faire justifiaient, marchait de front avec une autorit
-inconteste par la socit. On se plaignait quelquefois
-de sa tyrannie, de son humeur exclusive, mais elle maintenait,
-par cela mme, une barrire utile entre la haute et
-exquise socit et celle qui l'tait moins. Sa maison tait la
-plus recherche, celle o on attachait le plus de prix
-tre admis. Le grand air, peut-tre mme un peu raide,
-de Mme de Lieven, faisait trs bien dans les grandes occasions.
-Je ne me fais pas une ide d'un Drawing-room
-sans elle. A l'exception de lord Palmerston, qui, par son
-arrogance obstine dans l'affaire de sir Stratford Canning, a
-amen le dpart de M. et de Mme de Lieven, je suis sre
-que personne ne sera bien aise de ce dpart; peut-tre,
-cependant, M. de Blow, aussi, se sentira-t-il soulag
-<span class="pagenum"><a id="Page_84"> 84</a></span>
-d'chapper au joug et la surveillance de la Princesse
-devant laquelle son rle, quelquefois double et triple,
-jamais simple, n'tait pas facile jouer.</p>
-
-<p>M. de Lieven est nomm gouverneur du jeune Grand-Duc,
-hritier de Russie. On dit qu'il y a l tout ce qui peut
-flatter et consoler; pour lui oui, mais non pour elle, qui
-retombera difficilement aprs vingt-deux ans de sjour en
-Angleterre et des agitations politiques de tous genres, dans
-les glaces et les nullits de Saint-Ptersbourg.</p>
-
-<p>Il paratrait que les trois Cours du Nord, en opposition
- la Quadruple Alliance mridionale, sont assez disposes
- conclure un engagement spar avec la Hollande. Le fait
-est qu'on se mnage en paroles, mais qu'on aiguise ses
-armes en silence.</p>
-
-<p>Les Corts sont convoques pour le 24 juillet. La nouvelle
-tlgraphique d'Espagne de l'autre jour, qui n'a conduit
-qu' un jeu de bourse, s'est vapore assez honteusement.
-On mande, de Paris, que le gnral Harispe a t
-pri de ne plus donner, tlgraphiquement, des nouvelles
-douteuses, et que le prsident du Conseil a t engag
-ne pas rpandre les nouvelles de ce genre avant confirmation.</p>
-
-<p>L'amiral Roussin a refus le ministre de la marine. Il
-tait question d'y appeler l'amiral Jacob. M. de Rigny
-avait laiss le Conseil parfaitement libre, en ce qui le concerne
-personnellement, de le nommer, soit la marine,
-soit aux Affaires trangres; la dcision n'est point encore
-connue.</p>
-
-<p>A propos du dpart des Lieven, voici ce que la Princesse
-<span class="pagenum"><a id="Page_85"> 85</a></span>
-m'a racont: Il y a plusieurs semaines dj, au retour de
-lord Heytesbury de Ptersbourg, lord Palmerston dit
-M. de Lieven qu'il comptait nommer sir Stratford Canning
- Ptersbourg; le prince de Lieven en crivit sa Cour, et
-M. de Nesselrode rpondit, au nom de l'Empereur, que le
-caractre entier, l'esprit anguleux et l'emportement de
-sir S. Canning lui tant personnellement dsagrables, il
-dsirait un autre ambassadeur, ne donnant d'exclusion
-qu' celui-l. Lord Palmerston, son tour, exposa tous
-les motifs qui lui faisaient dsirer de vaincre cette opposition.
-M. de Lieven couta les raisons de lord Palmerston
-et lui promit de les faire valoir prs de l'Empereur. Ds le
-lendemain, il expdia un courrier, cet effet, Ptersbourg,
-mais le courrier n'tait pas embarqu que la nomination
-de sir S. Canning, au poste de Ptersbourg, parut
-officiellement dans la <i>Gazette de Londres</i>. Ce manque
-d'gards rendit l'opposition russe dcisive d'une part, et
-l'obstination de lord Palmerston plus invtre de l'autre;
-le Cabinet anglais se prtendit matre de nommer qui il lui
-plaisait aux postes diplomatiques; l'Empereur Nicolas,
-sans contester ce droit, dit qu'il avait, lui, celui de ne
-recevoir chez lui que ceux qui lui plaisaient. La brche a
-toujours t ainsi, en s'largissant, et l'opposition des systmes
-politiques, jointe l'hostilit des individus, ne prsage
-pas, dans l'tat actuel si compliqu du monde, une
-paix bien solide ni bien prolonge.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 23 mai 1834.</i>&mdash;Je crois le Cabinet de
-Londres embarrass du dpart de M. de Lieven, et lord
-<span class="pagenum"><a id="Page_86"> 86</a></span>
-Grey personnellement pein. Lord Brougham parat aussi
-en sentir tous les inconvnients. J'ai reu de l'un et de
-l'autre de longs billets, fort curieux ce sujet, et que je
-conserverai soigneusement.</p>
-
-<p>Voil M. de La Fayette mort. Quoiqu'il ait t, toute sa
-vie, <i>Gilles le Grand</i> pour M. de Talleyrand, sa mort ne lui
-a pas t indiffrente. A plus de quatre-vingts ans, il semble
-que tout contemporain soit un ami.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 24 mai 1834.</i>&mdash;Lord Grey est venu me faire
-une longue et trs amicale visite; je l'ai trouv trs pein
-du dpart des Lieven, mais mettant du soin dtruire
-l'opinion que lord Palmerston, par ses mauvaises faons,
-l'et provoqu. J'ai vu qu'il dsirait vivement que les
-semences d'aigreur entre M. de Talleyrand et lord Palmerston
-ne germassent pas. Il est impossible de montrer
-plus de bienveillance personnelle pour nous qu'il ne m'en
-a tmoign.</p>
-
-<p>Nous avons dn Richmond chez cette pauvre princesse
-de Lieven, qui fait vraiment grande piti. Je crains,
-pour elle, que les choses ne soient encore pires, en ralit,
-qu'elles ne le sont en apparence. Je crois qu'elle se
-flatte de rester au courant de toutes choses, et par la confiance
-de l'Empereur, et par l'amiti de M. de Nesselrode,
-comme par l'espce de faveur dont jouit son frre, le gnral
-de Benkendorff. Je crains, au contraire, pour elle,
-qu'elle ne perde bientt la carte de l'Europe ou qu'elle ne
-la voie plus que par une lunette fort rduite, ce qui serait
-certainement pour elle une sorte de mort morale. Ses
-<span class="pagenum"><a id="Page_87"> 87</a></span>
-esprances, ses regrets, tout cela s'exprimait avec vivacit
-et naturel; elle m'a sembl plus aimable que de coutume,
-parce qu'elle tait tout en dehors, avec abandon et simplicit.
-Ce laisser-aller des personnes habituellement contenues
-a toujours quelque chose de particulirement piquant.</p>
-
-<p>L'abominable article du <i>Times</i> sur elle, qui est vraiment
-honteux pour le pays, l'a d'abord fait pleurer; elle
-en est convenue, en disant qu'elle avait t navre de
-penser que c'taient l les adieux que lui faisait le public
-anglais, elle, qui quittait ce pays-ci avec tant de chagrin,
-mais elle a senti bientt que rien n'tait plus mprisable
-et plus gnralement mpris. Elle a fini par si bien
-reprendre sa belle humeur qu'elle nous a racont, le plus
-drlement du monde, car elle raconte parfaitement, une
-petite scne fort ridicule du marquis de Miraflors. Ce
-petit homme, qui m'a tout de suite paru d'une fatuit
-insupportable, et dont la figure plaisait Mme de Lieven
-et me dplaisait souverainement, a t s'asseoir ct
-d'elle au bal de l'Almacks. La princesse lui ayant demand
-s'il n'tait pas frapp de la beaut des jeunes Anglaises, il
-a rpondu, avec un air sentimental, un son de voix mu
-et un regard prolong et significatif, qu'il n'aimait pas les
-femmes trop jeunes, qu'il prfrait celles qui cessaient de
-l'tre et qu'on appelait des <i>femmes passes</i>.</p>
-
-<p>La duchesse de Kent a vraiment un talent remarquable
-pour aviser toujours si juste une gaucherie qu'elle n'en
-manque pas une. C'est aujourd'hui le jour de naissance
-de sa fille, qu'elle devait, cette occasion, mener pour la
-premire fois Windsor, o cet anniversaire devait se
-<span class="pagenum"><a id="Page_88"> 88</a></span>
-fter en famille. La mort du petit prince de Belgique,
-peine g d'un an, et que ni sa tante, ni sa cousine
-n'avaient vu, a fait renoncer la duchesse de Kent cette
-petite fte de famille. Rien ne pouvait tre plus dsobligeant
-pour le Roi.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 25 mai 1834.</i>&mdash;Le Roi Lopold parat dispos
- appeler ses neveux la succession du trne de
-Belgique. Est-ce dire qu'il ne compte plus sur sa descendance
-directe? On en a de l'humeur aux Tuileries; je
-crois que ce sera assez indiffrent partout ailleurs, o ce
-nouveau royaume et cette nouvelle dynastie ne sont gure
-encore pris au srieux.</p>
-
-<p>L'exposition de peinture, Somerset-House, est bien
-mdiocre, plus encore que celle de l'anne dernire; celle
-de sculpture encore plus pauvre. Les Anglais excellent
-dans les arts d'imitation, mais ils restent les derniers dans
-les arts d'imagination; c'est par ce ct surtout que le
-manque de soleil se fait sentir. Entours des chefs-d'&oelig;uvre
-enlevs au Continent, ils ne produisent rien qui
-puisse leur tre compar! Rien ne se colore travers le
-voile brumeux qui les enveloppe!</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 26 mai 1834.</i>&mdash;Lord Grey est au moment
-de voir son administration se dcomposer, par la retraite
-de M. Stanley et celle de sir James Graham, s'il fait de
-nouvelles concessions aux catholiques irlandais au dtriment
-de l'glise anglicane. S'il se refuse ces concessions
-pour conserver M. Stanley, dont le talent parlementaire
-<span class="pagenum"><a id="Page_89"> 89</a></span>
-est de premier ordre, il est supposer que le Cabinet restera
-en minorit aux Communes, et que la chute de tout
-le ministre en sera le rsultat. C'tait, du moins, ce qu'on
-disait et croyait, hier, et la figure soucieuse de lord Grey,
- dner, chez lord Durham, ainsi que quelques propos
-chapps la nave niaiserie de lady Tankerville, confirmaient
-assez ce bruit. La question se videra demain, mardi
-27, l'occasion de la motion de M. Ward.</p>
-
-<p>Mme de Lieven ne m'a pas cach son espoir, que si le
-Cabinet change, soit en tout, soit en partie, et que lord
-Palmerston soit du nombre des sortants, elle pourrait bien
-rester ici, se flattant que la premire dmarche du nouveau
-ministre des Affaires trangres serait une demande
-Ptersbourg l'effet de garder M. de Lieven ici. Elle
-compterait, dans cette circonstance, a-t-elle ajout, sur
-l'influence de M. de Talleyrand auprs du nouveau ministre,
-quel qu'il ft, pour le dcider cette dmarche.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 27 mai 1834.</i>&mdash;Il est singulier que le fils
-du marchal Ney, qui est Londres, ait dsir se faire
-prsenter la Cour d'Angleterre, qui a abandonn son
-pre qu'elle aurait pu sauver; de s'y faire prsenter par
-M. de Talleyrand, sous le ministre duquel le marchal a
-t arrt et accus, le mme jour que M. Dupin, le dfenseur
-du marchal, doit galement tre prsent, et le tout
-en face du duc de Wellington, qui, en maintenant strictement
-les termes de la capitulation de Paris, aurait pu
-peut-tre couvrir de son gide l'accus, qu'il n'a pas cru
-devoir protger. Le jeune prince de la Moskowa n'a sans
-<span class="pagenum"><a id="Page_90"> 90</a></span>
-doute pas fait tous ces rapprochements, mais M. de Talleyrand,
-qui a compris que d'autres les feraient, qu'ils ne
-seraient agrables pour personne, et moins encore pour le
-jeune homme que pour qui que ce soit, a dclin cette
-prsentation sous le prtexte du peu de temps qui restait
-entre la demande et la rception, et qui ne lui laissait pas
-le temps de remplir les formalits voulues.</p>
-
-<p>Hier, sept heures du soir, j'ai reu un billet assez
-curieux d'un des amis et confidents du ministre: Rien
-n'est chang depuis hier; aucune amlioration ne s'est
-tablie dans la situation des choses; on va employer la
-soire obtenir que la question reste ouverte, c'est--dire
-qu'elle ne soit pas regarde comme une question de Cabinet,
-que chacun soit libre de tout engagement et puisse
-voter comme il lui plaira. Le Chancelier s'emploie fort
-faire adopter ce biais, mais lord Grey, qui parat videmment
-dsireux de se retirer des affaires, pourra bien faire
-manquer cette combinaison.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 28 mai 1834.</i>&mdash;Aprs beaucoup d'agitations
-et d'incertitudes, lord Grey s'est dcid laisser sortir du
-ministre M. Stanley et sir James Graham, dont l'exemple
-sera probablement suivi par le duc de Richmond et lord
-Ripon; et lui, lord Grey, reste, en se rangeant du ct de
-la motion de M. Ward. Il avait eu, un moment, le bon
-instinct de se retirer aussi, mais M. Ellice, qui le gouverne
-maintenant, l'a pouss dans une autre voie, et le
-Chancelier a fortement agi sur le Roi, qui, son tour, a
-pri lord Grey de rester.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_91"> 91</a></span>
-Hier, les ministres se louaient du Roi avec des attendrissements
-infinis. Ce pauvre Roi a soutenu la rforme
-malgr tous ses scrupules politiques: il abandonne aujourd'hui
-le clerg, malgr ses scrupules de conscience;
-aussi le Chancelier disait-il, hier, que c'tait un grand Roi,
-et ajoutait, avec une satisfaction joyeuse et l'enivrement
-de paroles qui lui est propre, que la journe d'hier tait
-la seconde grande journe rvolutionnaire bnigne des
-annales de l'Angleterre moderne. Cet trange Chancelier,
-sans dignit, sans convenance, sale, cynique, grossier, se
-grisant de vin et de paroles, vulgaire dans ses propos,
-malappris dans ses faons, venait dner ici, hier, en
-redingote, mangeant avec ses doigts, me tapant sur
-l'paule et racontant cinquante ordures. Sans les facults
-extraordinaires qui le distinguent comme mmoire, instruction,
-loquence et activit, personne ne le repousserait
-plus vivement que lord Grey. Je ne connais pas deux
-natures qui me paraissent plus diamtralement opposes.
-Lord Brougham, merveilleux aux Communes, est un perptuel
-objet de scandale la Chambre Haute, o il met
-tout sens dessus dessous, o lui, <i>Chancelier</i>, est souvent
-rappel l'ordre, o il embarrasse lord Grey tout instant
-par ses incartades; aussi, il ne s'y sent pas sur son terrain,
-et je crois que le jour o il pourrait ensevelir la Pairie de
-ses propres mains, il ne s'en ferait pas faute.</p>
-
-<p>Il dnait hier ici avec M. Dupin, autre produit grossier
-de l'poque, sentencieux et criard comme un vrai procureur,
-avec la plus lourde vanit plbienne qui apparat
-tout instant. Le premier mot qu'il a dit au Chancelier, qui
-<span class="pagenum"><a id="Page_92"> 92</a></span>
-se souvenait de l'avoir vu il y a quelques annes, a t
-celui-ci: Oui, quand nous tions avocats tous deux...</p>
-
-<p>Lord Althorp a demand, hier, aux Communes, l'ajournement
-de la motion de M. Ward, pour avoir le temps de
-remplir les vides laisss par la retraite de quelques membres
-du Cabinet, ce qui a t accord.</p>
-
-<p>On ne peut imaginer ce qui inspire la duchesse de
-Kent une mauvaise grce aussi continue contre la Reine.
-Malgr son refus de conduire la princesse Victoria
-Windsor, la Reine a voulu aller la voir Kensington
-avant-hier au soir. La duchesse de Kent a refus, sous le
-plus lger prtexte, de recevoir la Reine; celle-ci en est
-pniblement affecte. Personne ne peut comprendre le
-motif d'une semblable conduite. Lord Grey, hier, l'attribuait
- sir John Conroy, le chevalier d'honneur de la Duchesse,
-qu'on dit fort ambitieux, fort born, et trs puissant
-auprs d'elle. Il croit que sous la Rgence de la Duchesse,
-il est appel jouer un grand rle, qu'il veut escompter
-ds prsent, et s'imaginant avoir t bless
-dans je ne sais quelle occasion par la Cour de Saint-James,
-il s'en venge en semant l'aigreur et la discorde dans la
-famille royale. J'ai su la dernire scne de Kensington par
-le D<sup>r</sup> Kper, chapelain allemand de la Reine, qui, en sortant,
-hier matin, de chez Sa Majest, est venu me parler
-de l'affliction de cette bonne Princesse. Lord Grey, qui
-j'en parlais, hier dner, m'a dit que le Roi Lopold, en
-quittant l'Angleterre, lui avait dit qu'il tait inquiet de
-laisser sa s&oelig;ur livre aux conseils d'un aussi mauvais
-esprit que celui de ce chevalier Conroy; qu'heureusement
-<span class="pagenum"><a id="Page_93"> 93</a></span>
-la princesse Victoria ayant quinze ans, et devant tre majeure
- dix-huit, la rgence de la duchesse de Kent serait,
-ou bien nulle, ou du moins fort courte.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 29 mai 1834.</i>&mdash;La princesse Victoria ne
-parat encore qu'aux deux Drawing-rooms qui sont destins
- fter les jours de naissance du Roi et de la Reine.
-J'ai trouv celui d'hier, qui, par parenthse, a dur
-trois grandes heures, pendant lesquelles la dfilade a t
-de plus de dix-huit cents personnes, que cette jeune princesse
-avait vraiment beaucoup gagn depuis trois mois. Ses
-manires sont parfaites, et elle sera, un jour, assez agrable
-pour tre presque jolie. Elle aura, comme tous les Princes,
-le don de se tenir longtemps sur ses jambes sans fatigue
-ni impatience. Nous succombions, hier, toutes, tour
-tour; la femme du nouveau ministre grec, seule, que son
-culte habitue rester longtemps debout, a trs bien
-support cette corve! Elle est d'ailleurs soutenue par la
-curiosit et la surprise; elle s'tonne de tout, fait des
-questions naves, des rflexions et des mprises amusantes.
-C'est ainsi que, voyant le Chancelier passer en
-grande robe et perruque, et portant le sac brod qui contient
-les sceaux, elle l'a pris pour un vque portant
-l'vangile, ce qui, appliqu lord Brougham, tait particulirement
-comique.</p>
-
-<p>La princesse de Lieven a paru, hier, pour la premire
-fois, dans le costume national russe, qui est nouvellement
-adopt, Saint-Ptersbourg, pour les occasions d'apparat.
-Ce costume est si noble, si riche, si gracieux, qu'il va
-<span class="pagenum"><a id="Page_94"> 94</a></span>
-bien toutes les femmes, ou, pour mieux dire, qu'il ne
-va mal aucune. Celui de la Princesse tait particulirement
-bien arrang et lui allait bien, le voile dissimulant
-la maigreur de son col.</p>
-
-<p>On ne parlait hier, la Cour et ailleurs, que de la retraite
-des quatre membres du ministre, qui lui te une grande
-force morale, surtout celle de M. Stanley, cause de ses
-grands talents, et celle du duc de Richmond, cause de sa
-considration personnelle. Les conservatifs sont fort satisfaits;
-ils voient, par l, leurs rangs se grossir, ceux de leurs
-adversaires, si ce n'est s'affaiblir numriquement, du
-moins se mal recruter. On parlait de lord Mulgrave, lord
-Ebrington, M<sup>r</sup> Abercromby, M<sup>r</sup> Spring Rice pour entrer
-au Cabinet, mais rien n'tait encore dcid.</p>
-
-<p>Au grand dner diplomatique qui, pour la fte du Roi,
-a eu lieu chez le ministre des Affaires trangres, lord
-Palmerston avait, pour la premire fois, invit des femmes.
-Assis entre la princesse de Lieven et moi, il tait en froideur
- droite, en fracheur gauche; il tait videmment
-mal l'aise, quoique son embarras ne ft nullement
-augment de n'avoir pas t dans son salon, l'arrive
-des dames, d'y tre venu tout son aise et sans mme
-nous faire la plus petite excuse.</p>
-
-<p>M. Dupin, fort bien trait ici par un monde brillant et
-lev, y prend assez de got pour faire le difficile sur celui
-de Paris. Ne s'avise-t-il pas de trouver, lui, que la Cour
-des Tuileries manque de dignit, que les femmes n'y sont
-pas assez bien mises, que tout y est trop confondu et que
-le Roi Louis-Philippe ne <i>trne</i> pas assez! Allant des
-<span class="pagenum"><a id="Page_95"> 95</a></span>
-dners, aux Drawing-rooms, la Cour, aux soires, aux
-concerts, l'Opra, au bal, aux courses, M. Dupin est
-lanc dans un train de dissipations qui en fera une espce
-de dandy fort grotesque, je m'en flatte, et qui tonnera un
-peu Paris.</p>
-
-<p>Mme de Lieven, qui parle volontiers du feu roi
-George IV, me disait qu'il avait une telle aversion pour la
-roture, qu'il n'avait jamais fait aucune politesse M. Decazes,
-qu'il ne l'avait vu qu'une seule fois, et cela
-l'occasion des lettres de crance qu'il lui a prsentes.
-Quant Mme Decazes, n'ayant pas eu de Drawing-room
-pendant la dure du sjour qu'elle a fait Londres, il a
-pu se dispenser de la recevoir, et on n'a jamais pu le
-dcider lui accorder une audience particulire ou l'inviter
- Carlton-House. Il en a agi presque aussi rudement
-avec la princesse de Polignac, dont l'obscure origine anglaise
-lui tait importune. Quant Mme Falk, le motif
-pour lequel elle n'a pas vu le feu Roi est plus singulier
-encore: Mme Falk a une grosse beaut flamande fortement
-dveloppe qui offusquait particulirement lady
-Conyngham, comme trop dans les gots du Roi; elle a
-toujours empch qu'elle ne ft reue.</p>
-
-<p>M. Dupin a t si frapp du beau costume des femmes,
- la Cour d'Angleterre, qu'il m'a fait, ce sujet, une
-phrase vraiment amusante: Il faudrait que la Reine des
-Franais tablt aussi un costume de Cour: on prlverait
-ainsi sur nos <i>vanits bourgeoises</i>, qui ont la rage de se
-montrer la Cour, l'impt d'un grand habit.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_96"> 96</a></span>
-<i>Londres, 30 mai 1834.</i>&mdash;Les ratifications portugaises
-au trait de la Quadruple Alliance sont enfin arrives,
-mais inexactes et incompltes. Le prambule en entier du
-trait est pass sous silence; il est donc peu supposer
-qu'il n'y ait l que de l'oubli et pas de mauvaise volont.
-L'avocat de la Couronne a t appel au Foreign-Office,
-pour aider trouver un biais qui rendt l'change possible;
-on n'a rien trouv qui ft sans inconvnient.
-Cependant, lord Palmerston penchait vers l'change en
-laissant de ct le prambule, ce qui terait pourtant
-son trait la force morale, la seule peut-tre qu'il ait rellement;
-on ne doit prendre cet gard de dtermination
-que ce matin.</p>
-
-<p>J'ai souvent entendu dire que personne ne pouvait tre
-aussi astucieux qu'un fou: ce qu'on vient de me raconter
-me le ferait croire. En rponse aux flicitations des
-vques pour son jour de naissance, le Roi les a assurs
-en pleurant, que, se sentant vieux et prs de porter son
-me devant Dieu, il ne voudrait pas charger sa conscience
-d'un tort vis--vis de l'glise, et qu'il soutiendrait de
-toute sa puissance les droits et privilges du clerg anglican.
-Ceci s'est dit dans la mme journe o le Roi demandait
- lord Grey de ne pas se retirer et de laisser aller
-M. Stanley.</p>
-
-<p>Hier au soir, le remaniement du ministre n'tait pas
-encore arrt. Ce qui semble prouv, c'est que personne
-ne veut de lord Durham. Il s'est, dit-on, livr une rage
-pouvantable; lady Durham, qu'il a traite avec brutalit,
-ce qui arrive chaque fois qu'il est mcontent de lord Grey,
-<span class="pagenum"><a id="Page_97"> 97</a></span>
-s'est vanouie, dner, chez sa mre, sans que son mari
-ait seulement daign tourner les yeux de son ct.</p>
-
-<p>Le marquis de Lansdowne qui s'est, tout dernirement
-encore, exprim au Parlement comme favorable l'glise,
-pourrait bien, dit-on, selon ce qui se passera lundi prochain
-aux Communes, se retirer galement du Cabinet.
-Sur cette nouvelle, lady Holland a t, en toute hte, chez
-lord Brougham, lui dire que cette retraite lui paratrait un
-grand malheur et qu'il faudrait l'viter tout prix! Le
-Chancelier, que la modration de lord Lansdowne ne
-satisfait point, a rpondu qu'il trouvait, au contraire, que
-cette retraite tait trs avantageuse, et qu'il y aiderait
-plutt que de l'empcher. L-dessus, lady Holland s'est
-anime, et, en numrant tous les mrites de son ami,
-elle a demand au Chancelier s'il songeait bien tout ce
-que reprsentait le marquis de Lansdowne. Oui,
-a rpondu lord Brougham, je sais qu'il reprsente parfaitement
-toutes les vieilles femmes de l'Angleterre.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 31 mai 1834.</i>&mdash;Le ministre anglais est
-rajust, sans avoir pris une couleur plus marque dans
-aucun sens.</p>
-
-<p>Grce des dclarations et des rserves, on va procder
- l'change des ratifications portugaises.</p>
-
-<p>Il me semble que toute la besogne de la semaine est
-assez pauvre et que les rsultats en seront l'avenant.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 1<sup>er</sup> juin 1834.</i>&mdash;J'ai rencontr hier des
-ministres sortants et des entrants. Les premiers me
-<span class="pagenum"><a id="Page_98"> 98</a></span>
-paraissent plus satisfaits que les autres, et, je crois, avec
-raison.</p>
-
-<p>Lady Cowper, malgr son esprit fin et dlicat, a cependant
-une extrme nonchalance et navet, qui lui fait dire
-parfois des choses singulires par leur trop grand abandon.
-C'est ainsi qu'elle dit hier matin Mme de Lieven:
-Je vous assure que lord Palmerston regrette en vous
-une ancienne et agrable connaissance, qu'il rend justice
- toutes les excellentes qualits de votre mari, et qu'il
-convient que la Russie ne saurait tre plus dignement
-reprsente que par lui; mais voyez-vous, c'est par
-cela mme que l'Angleterre ne saurait que gagner
-votre dpart. Mme de Lieven m'a sembl galement
-frappe de la sincrit de l'aveu, et mcontente de son
-rsultat.</p>
-
-<p>Lady Cowper lui a montr aussi, sans beaucoup de
-rflexion, une lettre de Mme de Flahaut, dans laquelle,
-aprs avoir exprim quelques regrets polis sur le rappel
-de M. de Lieven, elle se lamente sur le choix du charg
-d'affaires; elle dit que c'est une petite gupe venimeuse,
-malfaisante, un Russe enrag, un ardent ennemi des Polonais,
-et que, pour tout rsumer en un mot, c'est le cousin
-germain de Mme de Dino,&mdash;ce qui, ajoute-t-elle, est
-positivement trs nuisible l'intrt de l'Angleterre,
-puisque celle-ci doit au contraire attacher du prix ce
-que la France et la Russie ne s'entendent pas.</p>
-
-<p>On dit, au reste, que Pozzo est enchant de l'loignement
-de Paris de mon cousin Medem; il l'a toujours fort
-lou et bien trait, mais il se pourrait que la liaison
-<span class="pagenum"><a id="Page_99"> 99</a></span>
-directe et intime de Paul avec M. de Nesselrode ait fini par
-gner Pozzo; je ne le crois cependant pas.</p>
-
-<p>Hier, dner, chez lord Holland, M. Dupin a an peu
-trop fait le lgislateur; le pauvre lord Melbourne surtout,
- moiti distrait, moiti endormi, tait ennuy d'une
-longue dissertation sur le divorce, qui venait d'autant plus
-mal propos, que sa femme, aprs l'avoir fait enrager
-pendant longtemps, est morte folle et enferme. Lord
-Holland, qui aime facilement tous ceux que, politiquement,
-il ne voudrait pas faire pendre, m'a cependant dit
-que M. Dupin lui dplaisait souverainement, et qu'il lui
-trouvait tous les inconvnients de lord Brougham, sans
-la compensation des facults varies et surabondantes de
-celui-ci.</p>
-
-<p>A propos du Chancelier, il m'en a assez mal parl
-comme caractre, me disant, par exemple, que c'tait lui,
-lord Holland, qui avait forc la main au duc de Bedford
-pour le faire entrer au Parlement et qu'aussitt aprs,
-lord Brougham avait pass quatre annes sans mettre les
-pieds chez lord Holland; qu' la vrit, il y tait revenu
-sans motif, sans embarras et sans excuses. La facult
-dominante chez le Chancelier, c'est cette promptitude
-d'esprit et de souvenir, qui lui fait rassembler immdiatement
-et trouver sous sa main tous les faits, tous les arguments,
-tous les tenants et aboutissants relatifs l'objet
-dont il veut parler. Aussi M. Allen dit-il du Chancelier
-qu'il a toujours une lgion de dmons de toutes couleurs
- ses ordres dont lui-mme est le chef; aucun scrupule ne
-l'arrte, disait lord Holland. Lady Sefton me confiait,
-<span class="pagenum"><a id="Page_100"> 100</a></span>
-l'autre jour, qu'il n'tait ni sincre, ni fidle en amiti;
-lady Grey dit, tout simplement, que c'est un monstre,
-et c'est ainsi qu'en parlent les gens de son parti et de son
-intimit.</p>
-
-<p class="section"><i>Hylands, 2 juin 1834.</i>&mdash;Les rpublicains en veulent
- M. de La Fayette d'avoir choisi pour sa spulture
-le cimetire aristocratique de Picpus, et de la quantit
-de prtres runis la maison mortuaire pour recevoir
-le corps. Il s'est fait enterrer avec un tonneau de terre des
-tats-Unis, mle celle dont on l'a recouvert. A propos
-de M. de La Fayette, j'ai entendu plusieurs fois raconter
-par M. de Talleyrand, qu'ayant t, de bonne heure, le
-7 octobre 1789, chez M. de La Fayette avec le marquis de
-Castellane, autre membre de l'Assemble constituante,
-pour proposer quelques arrangements prendre pour la
-sret de Louis XVI, transport la veille aux Tuileries, ils
-l'avaient trouv, aprs les terribles quarante-huit heures
-qui venaient de se passer, tranquillement occup se
-faire peindre.</p>
-
-<p>Nous sommes ici Hylands chez un ancien et aimable
-ami, M. Labouchre. C'est bien riant, et remarquable par
-la culture des fleurs et la recherche des potagers. Labouchre,
-qui est un peu de tous les pays, a runi autour de
-lui des souvenirs de diffrents lieux; on voit cependant
-que la Hollande domine, car c'est surtout dans le parterre
-de fleurs qu'on dpense le plus de soins et d'argent.</p>
-
-<p class="section"><i>Hylands, 3 juin 1834.</i>&mdash;Un billet de lord Sefton,
-<span class="pagenum"><a id="Page_101"> 101</a></span>
-crit hier de la Chambre des lords, avant la fin de la
-sance dont nous ignorons encore le rsultat, m'apprend
-que la commission d'enqute propose par lord Althorp
-pour examiner l'tat de l'glise d'Irlande, ne satisfait pas
-les exigences de M. Ward et des siens. M. Stanley et sir
-James Graham se moquent de cette commission et demandent
-la question pralable; sir Robert Peel se tient en
-arrire; lord Grey est abattu, et le Roi, tout prt, soit la
-soutenir, soit former un autre Cabinet: pouss par les
-difficults du moment, il est sans principes et sans affections,
-ce qui me parat tre la position commune de tous
-les Rois.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 4 juin 1834.</i>&mdash;Il parat que dom Miguel est
-hors de combat, et qu'il met bas les armes, en quittant la
-Pninsule; il me semble que les signataires de la Quadruple
-Alliance attribuent cette soumission la nouvelle
-de la signature de leur trait; si tel est le cas, cet effet
-moral est d'autant plus heureux, que le rsultat matriel
-n'aurait, probablement, pas t aussi effectif.</p>
-
-<p>Au Parlement anglais, M. Ward n'ayant pas voulu se
-tenir satisfait de la commission d'enqute, lord Althorp a
-demand la question pralable; il a t soutenu par
-M. Stanley, qui a admirablement parl sur la proprit
-inviolable de l'glise, et par tous les Tories. La question
-pralable a t adopte une grande majorit: elle ne
-saurait plaire au ministre qui n'a d ce vote qu' ses
-ennemis auxquels elle sert de triomphe, et principalement
- celui des quatre ministres sortants. L'opinion
-<span class="pagenum"><a id="Page_102"> 102</a></span>
-relle du Cabinet, les diffrentes combinaisons qui l'ont
-fractionne et fait agir, tout cela est si confondu, si ml,
-qu'on ne saurait bien comprendre la pense vritable qui
-a prsid la marche saccade et inconsquente de ce
-Cabinet.</p>
-
-<p>Aux Communes, lord Palmerston s'est lev contre le
-principe soutenu par lord Lansdowne la Chambre Haute
-o on a t surpris d'entendre celui-ci s'exprimer favorablement
-pour le clerg, lui qui est <i>socinien</i><a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">&nbsp;[21]</a> reconnu.
-Tout est contradiction dans cette question. Lord Grey a
-flott, incertain entre tous les combattants, ne primant
-pas les uns, n'entranant pas les autres, heurt, pouss,
-ballott par tout le monde; aussi il sort tout meurtri de
-cette chauffoure, et si, aux yeux de ses amis, il reste une
-bonne et honnte crature, aux yeux du public il n'est
-plus qu'un pauvre vieux homme, un ministre puis.</p>
-
-<p>Lady Holland, qui, en gnral, fait tout ce que les
-autres vitent, a t guetter, une fentre de Downing
-Street, les membres du Parlement qui se sont rendus, il y
-a deux jours, au meeting de lord Althorp, afin de faire,
-avec plus de sret, ses spculations sur les individus,
-spculations qui sont rarement charitables. Elle croit se
-faire pardonner son inconcevable gosme en le rendant
-dhont et en se proclamant elle-mme un vieux enfant
-gt. Elle exploite les autres son profit, sans aucun
-mnagement; les traite bien ou mal, par des calculs plus
-ou moins personnels; ne voit jamais un obstacle ses
-<span class="pagenum"><a id="Page_103"> 103</a></span>
-dsirs dans les convenances d'autrui. C'est peine si on
-peut lui faire honneur de quelques qualits, car elles ont,
-presque toutes, un motif intress pour base. Quand elle
-a lass, force de caprices et d'exigences, la patience de
-ses connaissances, elle cherche la regagner par d'assez
-nombreuses bassesses. Elle abuse de sa fausse position
-sociale, que les gens de bon got ont c&oelig;ur de ne pas
-blesser, pour les soumettre et les opprimer: y tre parvenue,
-au point o elle y est arrive, c'est, il faut en convenir,
-la meilleure preuve de son habilet et de son
-esprit. Elle a fait, dans sa vie, des choses inoues, qui lui
-sont toutes pardonnes: elle a fait, par exemple, passer
-sa fille ane pour morte, afin de ne pas tre oblige de la
-rendre son premier mari: quand elle ne s'est plus soucie
-de cette enfant, elle l'a ressuscite, et, pour prouver
-qu'elle n'avait pas t enterre, on a ouvert la fosse et la
-bire, et on y a, en effet, trouv le squelette d'un chevreau.
-La plaisanterie est un peu forte! Cependant elle
-rgne en despote dans la socit, qui est nombreuse. Cela
-tient, peut-tre, ce qu'elle ne cherche pas forcer les
-portes des autres, et qu'elle domine le prjug plutt que
-de lutter contre lui. M. de Talleyrand la tient assez bien
-en bride et devient ainsi le vengeur de tout son cercle.
-C'est une joie gnrale quand lady Holland es un peu malmene;
-personne ne vient son secours, lord Holland et
-M. Allen moins que les autres.</p>
-
-<p>Lady Aldborough s'adressa un jour lady Lyndhurst, en
-lui demandant de vouloir bien savoir de son mari, qui
-tait alors Chancelier, quelles taient les dmarches qu'elle
-<span class="pagenum"><a id="Page_104"> 104</a></span>
-devait faire dans un procs important. Lady Lyndhurst
-refusa, avec les faons rudes, grossires et vulgaires qui
-lui taient propres, de se charger de demander ces renseignements,
-ajoutant qu'elle ne se mlait jamais d'aussi
-ennuyeuses besognes: Very true, my lady, rpondit
-lady Aldborough, I quite forgot that you are not in the
-civil line. Lady Aldborough est spirituelle, elle a du
-trait, mme en franais, elle est souvent un peu trop
-libre et hardie; c'est ainsi qu'en apprenant la mort de la
-princesse de Lon, qui avait pri brle et qu'on disait
-n'avoir trouv, dans son mari, qu'un frre et non pas un
-poux, lady Aldborough s'cria: Quoi! Vierge et martyre?
-Ah! c'est trop!</p>
-
-<p>L'tat du Cabinet anglais est bien trange. Sir Robert
-Peel a dclar la Chambre n'y rien comprendre, cela
-met le manque d'intelligence de tout le monde fort l'aise.
-Ce qui parat clair tous, c'est que si aucun membre du
-Cabinet n'est absolument dtruit, tous sont blesss, on
-prtend mme mort; pour nervs, du moins, c'est
-vident. J'en suis peine pour lord Grey, auquel je suis
-rellement attache; pour le reste, je n'y prends pas le
-plus petit intrt. Ce n'est pas par lord Palmerston que
-l'clat leur reviendra. M. de Talleyrand a beau dire qu'il
-dblaye facilement de la besogne, qu'il parle et crit bien
-le franais, c'est un esprit court, prsomptueux; il a l'humeur
-arrogante et le caractre sans droiture. Chaque jour
-fournit une preuve plus ou moins vidente de sa duplicit:
-par exemple, qu'est-ce qui peut faire que lorsque lord
-Grey s'explique hautement contre l'ide du Roi Lopold de
-<span class="pagenum"><a id="Page_105"> 105</a></span>
-se choisir un successeur, et que lord Palmerston semble
-tre du mme avis, il crit des lettres particulires lord
-Granville, pour soutenir la pense de Lopold? Cela met
-une gne continuelle dans toutes les relations des ambassadeurs
-avec lui, et cela en tablit surtout une trs pnible
-pour M. de Talleyrand.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 5 juin 1834.</i>&mdash;M. le duc d'Orlans m'a
-crit, sans provocation de ma part, ni motif bien apparent,
-une lettre qui me parat avoir eu pour but la phrase
-suivante, qui semble vouloir tablir qu'il n'approuve pas
-la marche des ministres du Roi son pre: Je vois dj
-un symptme rassurant dans cette disposition circonscrire
-les querelles de parti dans les limites d'un collge
-lectoral et ne se livrer bataille qu' coup de bulletins.
-Puisse cette direction des esprits remplacer tout fait le
-systme de force brutale que je vois avec douleur prvaloir
-aujourd'hui dans tous les partis, et tre l'argument
-favori non seulement des hommes d'opposition, mais aussi
-des hommes de pouvoir. Il me semble qu'il y a bon sens
-et bon sentiment dans cette rflexion.</p>
-
-<p>Si M. le duc d'Orlans tait bien entour, j'aurais confiance
-dans son avenir: il a de l'intelligence, du courage,
-de la grce, de l'instruction et de l'entreprise; ce sont des
-dons de Prince, fort heureux, et qui, mris par l'ge,
-peuvent faire de lui un bon Roi. Mais l'entourage est si
-petit, si mdiocre, en hommes et en femmes; il n'y a l,
-depuis la mort de Mme de Vaudmont, rien de distingu,
-de noble ni d'lev.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_106"> 106</a></span>
-Lady Granville a donn un bal, Paris, pour le jour de
-naissance du Roi d'Angleterre. Elle avait rempli la galerie
-d'orangers et on devait valser autour; on avait dissimul
-les lampes derrire des fleurs, de manire qu'on y voyait
- peine: rien de plus favorable aux conversations particulires.
-Huit voleurs, mis merveille, sont entrs par le
-jardin; cette quantit d'hommes inconnus a frapp, on
-en a parl trop tt; ils ont vu qu'ils taient remarqus et
-se sont vads. Il parat que leur projet tait d'arracher
-les diamants aux femmes, lorsqu'elles seraient alles dans
-le jardin qu'on allait illuminer.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 6 juin 1834.</i>&mdash;Le Cabinet anglais, si petitement
-rajust, ne porte pas la tte bien haute; tous les
-honneurs sont pour les ministres sortants. Lord Grey ne
-s'y trompe pas et ne s'enorgueillit nullement de la grande
-majorit de lundi dernier, car, comme me le disait un de
-ses amis: Cette majorit n'est pas le rsultat d'une affection
-pour les ministres, mais de la crainte de voir venir
-les Tories qui dissoudraient le Parlement actuel. Je
-crois que rien n'est plus vrai. Au reste, le Cabinet sent
-dj le besoin de se fortifier. On dit que lord Radnor, ami
-du Chancelier et grand aboyeur radical, sera Lord du Sceau
-priv.</p>
-
-<p>Il parat certain que dom Miguel et don Carlos quittent,
-dcidment, la Pninsule, le premier pour venir ici, le
-second pour aller en Hollande.</p>
-
-<p>Le prince de la Moskova ayant persist dans son dsir
-d'tre prsent, il l'a t hier, ainsi que le prince d'Eckmhl.
-<span class="pagenum"><a id="Page_107"> 107</a></span>
-Ce dsir tait si vif, qu'ils allaient chercher se
-faire prsenter par M. Ellice, en l'absence de M. de Talleyrand,
-comme si cela et t possible, lors mme que
-cela n'aurait pas t inconvenant. Les jeunes Franais
-n'ont, vraiment, ide de rien; et M. Ellice, qui n'est <i>gentleman</i>
-que d'hier, s'tait mis de moiti dans cette belle
-combinaison.</p>
-
-<p>On appelle, ici, assez drlement lord Durham et M. Ellice
-<i>l'Ours et le Pacha</i>.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 7 juin 1834.</i>&mdash;Voil Lucien Bonaparte, qui,
-aprs avoir adress une lettre aux dputs de France,
-l'anne dernire, et avoir, ensuite, disparu pendant plusieurs
-mois, puis s'tre trouv, dit-on, secrtement en
-France, durant les derniers troubles de Lyon et de Paris,
-est enfin revenu ici d'o il s'adresse maintenant aux lecteurs
-de France. Sa nouvelle lettre, plus boursoufle
-encore et plus remplie d'affectation littraire que la premire,
-est en outre de la plus grande bassesse et du plus
-mauvais got.</p>
-
-<p>Lucien, que je n'avais jamais vu, avant son arrive en
-Angleterre, puisqu'il tait en disgrce auprs de l'Empereur,
-passait pour avoir autant d'esprit au moins que son
-frre et beaucoup de dcision. J'ai entendu dire qu'au
-18 Brumaire, c'tait lui qui avait sauv Napolon; enfin,
-je l'avais entendu fort louer. Sa connaissance personnelle,
-comme il arrive souvent, n'a pas rpondu mon attente;
-il m'a sembl, humble dans ses manires, terne dans sa
-conversation, faux dans son regard, ressemblant Napolon
-<span class="pagenum"><a id="Page_108"> 108</a></span>
-par les contours extrieurs de ses traits, nullement
-par l'expression. Je l'ai vu, l'anne dernire, un concert
-chez la duchesse de Canizzaro, prier celle-ci de le prsenter
-au duc de Wellington qui tait dans le salon, traverser
-la chambre et venir, avec des courbettes, se faire
-nommer au vainqueur de Waterloo, dont l'accueil a eu
-toute la froideur que mritait une telle platitude.</p>
-
-<p>Puisque j'habite, Londres, une maison clbre pour
-un vol considrable fait la vieille marquise de Devonshire,
-qui en est propritaire<a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">&nbsp;[22]</a>, et pour un fantme qui
-y est apparu lord Grey et sa fille, je veux conter ici ce
-que lord Grey et lady Georgiana, sa fille, m'en ont dit
-plusieurs reprises et devant des tmoins, lord Grey avec
-srieux et dtails, lady Georgiana avec rpugnance et hsitation.
-Lord Grey, donc, un soir qu'il traversait la salle
-manger du rez-de-chausse pour aller, arm d'un bougeoir,
-de la pice qui donne sur le square son propre
-appartement, vit, au fond de la pice et derrire une des
-colonnes qui divisent cette salle, le visage ple et triste
-d'un homme g, dont cependant les yeux et les cheveux
-taient trs noirs. Le premier mouvement de lord Grey
-fut de reculer, puis, relevant les yeux, il vit encore ce
-mme visage qui le fixait tristement, pendant que le corps
-semblait cach par la colonne, mais qui disparut au premier
-mouvement que fit lord Grey pour avancer. Il fit
-quelques recherches sans rien trouver. Il y a deux petites
-portes derrire les colonnes et une grande glace entre
-<span class="pagenum"><a id="Page_109"> 109</a></span>
-elles; je ne sais jusqu' quel point la disposition des lieux
-n'offre pas une explication simple cette vision, que lord
-Grey cependant n'admet avoir t ni celle d'un voleur ni
-l'effet du reflet de sa propre figure dans la glace. A la
-vrit, il tait blond alors et ses yeux sont bleus. Tant il y
-a que, le lendemain matin djeuner, il raconta sa
-famille ce qu'il avait vu la veille en allant se coucher.
-Lady Grey et sa fille lady Georgiana se regardrent aussitt
-avec une expression singulire, dont lord Grey demanda
-l'explication. On lui dit ce qu'on lui avait cach
-jusque-l pour ne pas se faire moquer de soi, c'est qu'une
-nuit, lady Georgiana s'tait veille sous l'impression d'un
-souffle qui passait sur son visage; elle ouvrit les yeux et
-vit une figure d'homme se pencher sur elle; elle les ferma
-croyant rver, mais les rouvrant aussitt, elle revit
-la mme figure; le cri qu'elle poussa alors fit disparatre
-la vision. Elle se jeta en bas de son lit, courut dans la
-chambre ct, et fermant clef sur elle la porte de cette
-chambre, elle se prcipita, moiti morte, sur le lit de sa
-s&oelig;ur lady lisabeth; elle lui raconta ce qui venait de lui
-arriver. Lady lisabeth voulut entrer dans la chambre au
-fantme pour l'examiner, mais lady Georgiana s'y opposa
-de toutes ses forces. Le lendemain matin, fentres, volets
-et portes taient en bon ordre, et la vision fut dclare
-avoir t celle d'un fantme, quoiqu'une partie plate du toit
-arrivant jusqu' une des fentres, ait fait supposer aux moins
-incrdules qu'un domestique, pris d'une des femmes de
-chambre, avait t le hros de cette aventure nocturne.</p>
-
-<p>La maison n'en est pas moins reste en trs mauvais
-<span class="pagenum"><a id="Page_110"> 110</a></span>
-renom. Je couche dans la chambre o on a enlev les diamants
-de lady Devonshire, et ma fille dans celle du revenant
-de lady Georgiana. Quand nous sommes entrs dans
-cette maison, j'ai vu des gens qui, trs srieusement,
-s'tonnaient de notre courage; dans les premiers temps,
-les domestiques tremblaient en circulant le soir et les servantes
-ne voulaient aller que deux deux. L'avouerai-je?
-A force d'avoir entendu lord Grey et sa fille raconter
-avec conviction les apparitions, je me suis sentie gagne
-d'un certain malaise qui a eu de la peine s'user.</p>
-
-<p>Depuis prs de trois ans que nous occupons cette maison,
-on n'y a rien vol et rien n'y est apparu. Toutefois,
-pendant un de nos voyages en France, et lorsque la porte
-de mon appartement tait ferme clef, la femme de
-charge, le portier et les filles de service ont jur avoir
-entendu sonner trs fort la sonnette dont le cordon est au
-fond de mon lit, avoir couru ma porte, l'avoir trouve
-ferme clef, comme cela se devait, et, aprs l'avoir ouverte,
-n'avoir rien aperu qui et pu donner lieu ce
-bruit. On avait voulu me faire croire que ce coup de sonnette
-avait retenti prcisment le 27 juillet 1832, jour o
-j'ai t si cruellement verse Baden-Baden. Une petite
-souris aura, probablement, t le vrai coupable.</p>
-
-<p>On dit que le pre de lord Grey a eu une vision fort
-trange, et que le fils, outre celle de Hanover-Square, en
-a eu une autre, plus curieuse, Howick, dont il n'aime
-pas parler, ce qui fait que je me suis abstenue de toute
-question; mais il en a circul quelques versions qui ont
-prt depuis des caricatures.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_111"> 111</a></span>
-<i>Londres, 8 juin 1834.</i>&mdash;Les prtentions exagres de
-lord Radnor ont fait abandonner l'ide de le faire entrer
-au ministre. On songe maintenant lord Dacre, qui satisferait,
- ce que l'on croit, les <i>Dissenters</i>. Le <i>Privy Seal</i>,
-que lord Carlisle ne tient que provisoirement, est destin
-au nouvel arrivant.</p>
-
-<p>Je suis arrive, hier matin, chez Mme de Lieven, au
-moment o elle venait de recevoir des lettres de Ptersbourg,
-qui lui donnent enfin une ide plus prcise de ce
-que sera sa nouvelle position en Russie. Elle prend, ce me
-semble, un aspect plus favorable: au lieu de n'tre qu'une
-poupe de cour et de succomber sous l'esclavage et la
-contrainte d'une reprsentation perptuelle, la Princesse
-aura une maison elle; l'Empereur dsire que ce soit l
-que son fils apprenne connatre la socit, se forme au
-monde et la conversation.</p>
-
-<p>Ce projet, expliqu avec une grce et une obligeance
-parfaites, dans une lettre de l'Impratrice, pleine d'esprit,
-de naturel, de bons sentiments et d'heureuses expressions,
-devient, ncessairement, d'un grand intrt et est une
-grande consolation pour Mme de Lieven. Elle se voit avec
-une influence directe, et aussi indpendante qu'elle peut
-l'tre en Russie. Son imagination dveloppe et fconde ce
-nouveau but d'activit, et je dois cette justice la Princesse
-qu'elle n'a pas laiss chapper la plus petite purilit
-ou petitesse de conception dans le plan qu'elle s'est
-trac tout de suite; non, tout tait large et bien compris.
-Le plaisir de son importance personnelle tait visible, mais
-le contraire et t de l'hypocrisie, et je lui ai su gr de se
-<span class="pagenum"><a id="Page_112"> 112</a></span>
-l'tre pargn devant moi! Le dsir vif de rendre au jeune
-Grand-Duc le service immense de l'accoutumer la grande
-et noble compagnie, de rendre son salon assez distingu
-et assez agrable pour accoutumer jusqu' l'Empereur et
-l'Impratrice y jouir plus du plaisir de la conversation
-que des divertissements pour lesquels ils ne sont peut-tre
-plus assez jeunes; l'ambition de rendre, s'il se peut,
-cette Cour, le grandiose et la civilisation intellectuelle
-dont elle brillait sous la grande Catherine; l'esprance d'y
-attirer, ainsi, des trangers, en excitant leur curiosit et
-en ayant de quoi la satisfaire; tout cela occupe l'activit
-de la Princesse. Elle a, en elle, de quoi fort bien remplir
-ce rle, difficile partout, et plus encore dans un pays o
-la pense mme est aussi enchane que l'est la parole.</p>
-
-<p>J'ai trouv, dans la lettre de l'Impratrice et dans celle
-de M. de Nesselrode, quelque chose de raisonnable et de
-dlicat, et dans tout ce que j'entends dire de l'Empereur
-Nicolas, quelque chose qui peut faire esprer de bons
-rsultats de cette seconde ducation de l'hritier d'un
-trne de glace. J'ai surtout t satisfaite de voir que la
-franchise avec laquelle Mme de Lieven avait tmoign
-l'Impratrice ses regrets de quitter l'Angleterre ait t
-bien prise. Elle m'a dit ce sujet: Ceci me prouve qu'on
-peut tre sincre, chez nous, sans se casser le cou.
-J'espre qu'elle s'en convaincra de plus en plus, mais il
-sera longtemps ncessaire d'envelopper cette sincrit de
-beaucoup de coton.</p>
-
-<p>Elle m'a extrmement vant l'Empereur, comme un
-homme fortement dou et destin devenir la grande
-<span class="pagenum"><a id="Page_113"> 113</a></span>
-figure historique du temps. A cela, je lui ai rpondu en
-lui disant un mot de M. de Talleyrand qui l'a charme.
-M. de Talleyrand m'a, en effet, dit ceci: Le seul Cabinet
-qui n'ait pas fait une faute depuis quatre ans, c'est le
-Cabinet russe. Et savez-vous pourquoi? C'est qu'il n'est
-pas press.</p>
-
-<p>La Reine d'Angleterre a tmoign beaucoup de cette
-obligeance qui lui est naturelle Mme de Lieven, l'occasion
-de son rappel, quoiqu'elle ait eu beaucoup de peine
- oublier le peu de cas que la Princesse faisait d'elle, pendant
-la vie de George IV et celle du duc d'York, et surtout
-le manque d'gards des patronnesses de l'Almacks, Mme de
-Lieven en tte, au seul bal de ce genre o elle avait t,
-comme duchesse de Clarence. J'ai entendu mme la Reine,
-un jour, en faire souvenir Mme de Lieven, d'une faon
-beaucoup embarrasser celle-ci; mais enfin, ces anciens
-petits griefs sont effacs et, l'occasion du dpart actuel,
-la Reine a t parfaite. Quant au Roi, c'est diffrent; il n'a
-pas mme dit M. ou Mme de Lieven qu'il savait leur
-rappel: ils s'en prennent lord Palmerston, et je crois
-que ce n'est pas sans cause.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 9 juin 1834.</i>&mdash;J'ai trouv hier la duchesse-comtesse
-de Sutherland fort occupe de runir vingt dames
-qui, ensemble, offriraient Mme de Lieven un souvenir
-durable des regrets que son dpart laisse ici aux femmes
-de sa socit particulire. Cette pense, qui est tout anglaise,
-car l'esprit d'association se retrouve partout ici,
-jusque dans les choses purement de grce et d'obligeance,
-<span class="pagenum"><a id="Page_114"> 114</a></span>
-m'a paru devoir tre agrable et flatteuse pour la Princesse,
-et j'ai mis avec plaisir mon nom sur la liste. Dix
-guines est le tribut de chacune, et un beau bracelet
-l'intrieur duquel, si cela se peut, nos noms seront
-inscrits, me parat tre l'objet sur lequel le choix s'est
-fix.</p>
-
-<p>M. de Montrond est revenu de Paris. Son esprit prompt
-et incisif est toujours le mme, et quoique assurment il
-ne soit rien moins qu'ennuyeux, je me sens reprise de
-cette espce de malaise qu'prouvent souvent ceux qui
-sont dans l'atmosphre d'un tre venimeux, dont la piqre
-est redouter. Le charme qui a longtemps fascin
-M. de Talleyrand, son gard, n'existe plus et a d'autant
-mieux fait place un sentiment de fatigue et d'oppression
-que l'anciennet de leurs relations, et leur intimit passe,
-ne permettent pas d'en secouer entirement le joug.</p>
-
-<p>Il ne me semble pas que M. de Montrond apprenne rien
-de nouveau de Paris. Il parle de l'habilet du Roi, personne
-ne la conteste; que le Roi parle toujours, et toujours
-de lui-mme, c'est galement connu. M. de Montrond
-se plaint de la destruction de toute socit Paris,
-de l'esprit de division qui la brise et qui ne s'adoucit
-point. Il raconte assez drlement les embarras de famille
-de Thiers, les prtentions diplomatiques du marchal
-Soult pour son fils, les craintes qu'inspire Rigny, et
-d'autres, l'espce d'effet que produit ici, ce qu'ils croient,
-M. Dupin. Ils y voient le symptme d'une entre future au
-ministre et en veulent presque M. de Talleyrand des
-politesses qu'il lui fait. Ils ne sentent pas que le bon
-<span class="pagenum"><a id="Page_115"> 115</a></span>
-accueil qu'on fait ici M. Dupin (l'homme le moins
-propre, par lui-mme, plaire la bonne compagnie
-anglaise) n'est d qu'au dsir de nous tre agrable, et
-que le prix que nous y mettons ne tient qu' faire tourner
-les grosses phrases redondantes de M. Dupin l'avantage
-de l'alliance anglaise dont il tait le vif adversaire.</p>
-
-<p>J'ai trouv lord Grey, hier, d'un dcouragement point
-du tout dissimul: c'est un mal contagieux et qui semble
-avoir atteint tous ses adhrents. Cette lassitude, ce dgot
-de lord Grey, me semble le plus fcheux symptme de
-l'affaiblissement du Cabinet actuel. Les coups, qui sont
-ports dans le <i>Times</i> par lord Durham lord Grey, blessent
-celui-ci au c&oelig;ur. Les conservatifs comme les radicaux
-exploitent dj la succession des Whigs; il est impossible
-de ne pas voir que le moment est critique pour tous.</p>
-
-<p>En causant, hier, avec un de mes amis, je me suis souvenue
-qu'ayant eu, l'ge de dix-sept ans, comme beaucoup
-d'autres femmes de Paris cette poque, la fantaisie,
-ou la faiblesse, de consulter Mlle Lenormand, qui tait
-alors fort en vogue, je pris, d'abord, toutes les prcautions
-que je crus suffisantes pour ne pas tre connue d'elle.
-Il fallait lui demander et son jour et son heure; je le fis
-faire, pour moi, par ma femme de chambre, sous des
-noms et des demeures supposs; elle rpondit, et je fus,
-au jour fix, deux heures aprs midi, avec ma femme de
-chambre, dans un fiacre pris une certaine distance de
-chez moi, jusqu' la rue de Tournon o demeurait la devineresse.
-Sa maison n'avait pas mauvaise apparence; l'appartement
-tait propre, et mme assez orn. Il fallut
-<span class="pagenum"><a id="Page_116"> 116</a></span>
-attendre le dpart d'un monsieur moustaches que nous
-vmes sortir du cabinet o la sibylle rendait ses oracles.
-J'y fis entrer ma femme de chambre avant moi, mon tour
-vint ensuite. Aprs quelques questions sur le mois, le jour
-et l'heure de ma naissance, sur l'animal, la fleur et la
-couleur que je prfrais, et sur les mmes objets qui me
-dplaisaient particulirement, aprs m'avoir demand si
-je voulais qu'elle ft pour moi la grande ou la petite
-cabale dont le prix diffrait, elle arriva enfin ma destine,
-dont elle me dit ce qui suit; je laisse juger ceux
-qui me connaissent bien si ce qu'elle me prdit alors s'est
-vrifi, en tout ou en partie; l'avenir laisse d'ailleurs
-encore de la marge aux vnements qu'elle a signals et
-qui, sans s'tre raliss jusqu' prsent, paraissent moins
-invraisemblables qu'ils ne me l'ont sembl alors. Peut-tre
-ai-je oubli quelques dtails insignifiants, mais voici les
-traits principaux de cette prdiction, que j'ai raconte,
-depuis, plusieurs personnes, entre autres ma mre et
- M. de Talleyrand.</p>
-
-<p>Elle me dit donc que j'tais marie; qu'il existait entre
-moi et un grand personnage un lien spirituel (j'ai expliqu
-ceci parce que mon fils an tait le filleul de l'Empereur
-Napolon); que je me sparerais de mon mari aprs de
-nombreux embarras et tourments; que mes chagrins ne
-cesseraient que neuf annes aprs cette sparation; que
-ces neuf annes seraient marques par des preuves et des
-calamits de tous genres pour moi; elle m'a dit aussi que
-je deviendrais veuve, que je ne serais plus jeune alors,
-sans cependant tre trop vieille et que je me remarierais;
-<span class="pagenum"><a id="Page_117"> 117</a></span>
-qu'elle me voyait, pendant beaucoup d'annes, fort rapproche
-d'un personnage qui, par sa position et son influence,
-m'obligerait jouer une espce de rle politique
-et me donnerait assez de crdit pour sauver la libert et la
-vie de quelqu'un. Elle m'a dit encore que je vivrais dans
-des temps fort orageux, difficiles et pendant lesquels il y
-aurait de grands bouleversements; qu'un jour, mme, je
-serais veille cinq heures du matin par des hommes
-arms de piques et de haches, qui entoureraient ma demeure
-pour me faire prir, que je parviendrais cependant
- me sauver de ce danger auquel j'aurais t expose par
-mes opinions et mon rle politiques; que je m'chapperais
-dguise; qu'elle me voyait encore en vie soixante-trois
-ans et sur ma demande si c'tait l le terme assign
-mon existence, elle m'a rpondu: Je ne prtends pas
-que vous mourrez soixante-trois ans, je veux dire seulement
-que je vous vois vivante encore alors; plus tard, je
-ne sais rien de vous ni de votre destine.</p>
-
-<p>Les circonstances principales de cette prdiction me
-parurent, alors, trop hors du cours probable des vnements
-pour qu'elles me rendissent inquite ou soucieuse;
-je le rptai mes amis plutt pour jeter du ridicule sur
-ma propre faiblesse qui m'avait conduite en si trange
-compagnie, et quoique le moins vraisemblable de cette
-prdiction se soit vrifi, tels que ma sparation, de longs
-chagrins, l'intrt que j'ai t force de prendre aux vnements
-publics, par celui qu'ils inspiraient M. de Talleyrand,
-j'avoue qu' moins du rcit d'une autre prdiction,
-je ne songe que fort rarement celle de Mlle Lenormand,
-<span class="pagenum"><a id="Page_118"> 118</a></span>
-pas plus qu' sa personne, qui tait, cependant, assez
-trange pour ne pas tre oublie. Elle avait l'air d'tre
-ge de plus de cinquante ans, lorsque je la vis; sa taille
-tait plutt leve, ses faons brusques, sa robe noire
-lche et tranante; son visage d'une mauvaise couleur
-mle, ses dents gtes, ses yeux petits, vifs et sauvages,
-sa physionomie rude et curieuse tout la fois, sa tte
-dcouverte, ses cheveux gris, hrisss et en dsordre,
-achevaient de la rendre repoussante. Je fus soulage en la
-quittant.</p>
-
-<p>Je n'ai jamais eu semblable curiosit depuis; mais si je
-ne l'ai pas prouve, c'est bien plutt par une certaine
-terreur de ce qui pourrait m'tre annonc, et par un certain
-dgot pour l'espce de monde dont c'est l'industrie,
-que par usage de ma raison. Si j'avouais toutes mes superstitions,
-je ferais grand tort mon bon sens!</p>
-
-<p>Ces oracles de Mlle Lenormand me revinrent cependant
- la mmoire lorsqu'en juillet 1830, seule Rochecotte,
-entoure d'incendies, et recevant les nouvelles des journes
-de Paris, je vis passer sous mes fentres les rgiments que
-le gnral Donnadieu dirigeaient sur la Vende, o on
-croyait que Charles X se rendrait. J'entendais les uns
-hurler contre les Jsuites, qu'ils accusaient btement de
-jeter des mches inflammables dans leurs maisons et dans
-leurs champs; les autres crier contre les <i>mal pensants</i> tels
-que moi. Le cur vint se rfugier chez moi, pendant que
-le maire me demandait si je ne croyais pas qu'il fallt
-chasser de la commune cette soutane noire, qui, selon lui,
-sentait le soufre. Je me voyais dj cerne par des piques
-<span class="pagenum"><a id="Page_119"> 119</a></span>
-et des haches, et me sauvant, comme je pouvais, en bonnet
-rond et en blouse. Je m'en suis tire alors, mais quelquefois
-je me suis dit: C'est partie remise, tu n'y chapperas
-pas.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 10 juin 1834.</i>&mdash;Lord Dacre, qui devait
-entrer au ministre, a fait une chute de cheval, cause par
-un coup de sang, qui le met hors de cause. On songe,
-maintenant, mettre M. Abercromby la tte de la Monnaie,
-en lui donnant entre au Conseil.</p>
-
-<p>Nous avions hier un dner arlequin: M. Dupin, les
-jeunes Ney et Davoust, M. Bignon et le gnral Munier de
-la Converserie. Si de dire du mal de tout le monde est une
-manire de dire du bien de soi, M. Dupin n'y a pas manqu;
-il a indignement trait Roi et ministres, hommes et femmes
-de Paris. Les uns sont avares, bavards, sans tenue; les
-autres sont des brigands, des contrebandiers, des sapajous,
-que sais-je? Les mauvaises m&oelig;urs ont eu leur diatribe;
-c'tait la justice arme d'un glaive exterminateur. M. Piron,
-le cicerone de M. Dupin et son trs humble serviteur, me
-donnait la petite pice par les formules multiplies de son
-adulation; il louait surtout M. Dupin de la manire lucide
-et dtaille, dont il expliquait aux ministres anglais les
-embarras et les dangers de leur position. Je crois qu'ils
-auraient autant aim qu'on ne vnt pas d'outre-mer leur
-dire ce qu'ils savaient de reste.</p>
-
-<p>Aprs le dner, il m'a fallu subir la doucereuse fausset
-de M. Bignon. Il me rappelle le mielleux et le subalterne
-de Vitrolles; il en a un peu la figure, beaucoup le parler
-<span class="pagenum"><a id="Page_120"> 120</a></span>
-et surtout le maintien. Je trouve, cependant, la conversation
-de M. de Vitrolles plus anime, et son imagination
-plus brillante. Du reste, j'ai caus avec M. Bignon, hier,
-pour la premire fois, et j'aurais tort de le juger sur cette
-seule conversation; mais il est impossible de ne pas tre
-frapp de sa manire calme et soumise qui met, tout d'abord,
-en dfiance.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 11 juin 1834.</i>&mdash;La nomination de M. Abercromby
-est dans le <i>Globe</i> d'hier soir; nous verrons si cela
-adoucira le ton du <i>Times</i> qui, hier matin encore, malmenait
-cruellement le pauvre lord Grey.</p>
-
-<p>Dans la quantit de mots cits de M. de Talleyrand, il
-en est un fort joli, et peu connu, que voici: M. de Montrond
-lui disait, l'anne dernire, que Thiers tait un bon
-enfant, et pas trop impertinent pour un parvenu. Je vais
-vous en dire la raison, reprit M. de Talleyrand, c'est
-que Thiers n'est pas <i>parvenu</i>, il est <i>arriv</i>. J'ai peur que
-ce mot, si dlicat, ne perde un peu le mrite de la vrit,
-mais la faute en serait M. Thiers. L'impertinence lui
-devient familire; depuis son mariage, il vit dans une sorte
-de solidarit avec les plus petites gens du monde, mal
-fams, prtentieux, <i>parvenus</i> pour le coup, et non pas
-<i>arrivs</i>! Il est impossible que, malgr tout le dluge d'esprit
-dont il inonde la boue qui l'environne, il ne finisse
-pas par en tre, si ce n'est touff, du moins bien clabouss.
-C'est vraiment grand dommage!</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 12 juin 1834.</i>&mdash;J'ai entendu raconter, hier,
-<span class="pagenum"><a id="Page_121"> 121</a></span>
- Holland-House, que l'abb Morellet se plaignant au marquis
-de Lansdowne d'avoir perdu ses pensions et ses
-bnfices la Rvolution, pour laquelle il avait, cependant,
-et tant parl, et tant crit, le Marquis lui rpondit: Que
-voulez-vous, mon cher; il y a toujours quelques soldats
-blesss dans les armes victorieuses.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 13 juin 1834.</i>&mdash;On rpand le bruit que dom
-Miguel s'est vad, qu'une conspiration a clat Lisbonne
-contre dom Pedro; on ajoute mille dtails sinistres. Il
-parat que tout ceci n'est que jeu de bourse, et que le vrai
-est rduit quelques dmonstrations fcheuses pour dom
-Pedro, lorsqu'il s'est montr au spectacle. Ce serait, du
-reste, la meilleure conclusion de ce grand drame que
-l'expulsion simultane des deux rivaux.</p>
-
-<p>On s'tonne un peu que dom Miguel ne soit point encore
-dbarqu en Angleterre. Don Carlos est arriv hier Portsmouth
-sur le <i>Donegal</i>.</p>
-
-<p>L'Espagne se choque, avec raison, que le duc de Terceire
-et le commissaire anglais qui ont fait signer dom
-Miguel des garanties contre son retour, n'en aient pas
-rclam de don Carlos. On voudrait, maintenant, que
-l'Angleterre et la France prissent des mesures contre don
-Carlos, de faon le mettre au ban de l'Europe: mais cela
-n'est pas admissible, malgr les notes du marquis de Miraflors
-et les diatribes de lord Holland.</p>
-
-<p>Il se tient d'tranges discours Holland-House. Le petit
-Charles Barrington y disant l'autre jour qu'il n'avait pu
-monter ne parce que c'tait dimanche et que la religion
-<span class="pagenum"><a id="Page_122"> 122</a></span>
-dfendait de monter ne le dimanche, M. Allen lui
-rpondit en grommelant: Never mind; the religion is
-only for the donkeys themselves.</p>
-
-<p>M. Spring Rice vient d'tre lu Cambridge, mais
-une petite majorit, ce qui ne plat gure au ministre.</p>
-
-<p>Sir Henry Halford, M. Dedel, la princesse de Lieven
-sont revenus mus, ravis, enivrs des brillantes journes
-d'Oxford pour la rception du duc de Wellington comme
-Chancelier de l'Universit. Cette solennit tait vraiment
-unique dans son genre; le caractre et le pass du duc de
-Wellington qui, il y a quatre ans encore, avait t lapid
- Oxford, pour avoir fait passer le Bill de l'mancipation
-des catholiques, la magnificence de la crmonie, le
-nombre et la qualit des spectateurs, les traditions sculaires
-qui s'y sont reproduites, les motions de tous, l'unanimit
-des applaudissements, enfin tout tait remarquable
-et ne se renouvellera plus. Le duc de Cumberland, si
-gnralement impopulaire, a trouv l un bon accueil. Les
-ides religieuses anglicanes y dominaient; toutes les prventions
-personnelles disparaissent, devant les dangers
-dont l'glise est menace, ce qui a fait juger avec faveur
-tous ceux que l'on croit disposs la dfendre. C'tait
-moins le grand capitaine qu'on applaudissait dans le duc
-de Wellington que le dfenseur de la foi.</p>
-
-<p>Il est fcheux qu'au milieu de la licence qu'on accorde,
-dans semblables occasions, aux tudiants, ils se soient
-permis de huer les noms de lord Grey et d'autres, qu'ils
-profraient haute voix, pour avoir ensuite le plaisir de
-les siffler. Le duc de Wellington a tmoign, chaque fois,
-<span class="pagenum"><a id="Page_123"> 123</a></span>
-que de telles manifestations lui dplaisaient; mais, malgr
-les signes d'improbation, elles se sont plusieurs fois reproduites.</p>
-
-<p>On dit qu'au moment o le Duc a pris la main de lord
-Winchelsea, auquel il venait de donner le bonnet de docteur,
-le souvenir de leur ancien duel est venu la pense
-de tous, et que c'est l ce qui a provoqu le plus d'applaudissements.
-Ils ont t non moins vifs cependant, et plus
-touchants peut-tre, lorsque lord Fitzroy-Somerset s'est
-approch du Duc, et que, ne pouvant lui offrir la main
-droite, perdue Waterloo, ce fidle ami et compagnon
-lui a tendu la gauche. Mais ce qui parat avoir excit un
-enthousiasme inou, et avoir fait retentir la salle d'un clat
-extraordinaire et prolong l'infini, c'est la strophe d'une
-ode adresse au Duc qui finissait par deux vers dont voici
-le sens: Quel est celui, qui, seul, a su rsister ce
-sombre et tnbreux gnie, qui avait boulevers le monde,
-et le vaincre? C'est toi, vainqueur Waterloo. Tout
-l'auditoire alors s'est lev spontanment, les cris, les
-pleurs, les acclamations ont t lectriques, et comme
-disait Mme de Lieven, le duc de Wellington peut mourir
-aujourd'hui et moi partir demain, car j'ai assist ce que
-j'ai vu de plus merveilleux dans les vingt-deux annes
-que j'ai passes en Angleterre.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 14 juin 1834.</i>&mdash;Un improvisateur allemand,
-qui se nomme Langsward, m'a t recommand par
-Mme de Dolomieu. Il a fallu lui faire honneur et runir,
-assez pniblement, tous ceux qui, ici, savent quelque peu
-<span class="pagenum"><a id="Page_124"> 124</a></span>
-l'allemand, pour entendre ce pote. Ce n'tait pas mauvais:
-des bouts-rims, assez heureusement remplis; un
-morceau, en vers, sur Ins de Castro, et plus tard, en
-prose, une scne populaire viennoise, indiquent certainement
-de la verve et du talent. D'ailleurs, le don de l'improvisation
-potique indique, presque toujours, une facult
-part, mme dans les gens du Midi, dont la langue est, par
-ses seuls accents, une vraie harmonie; plus forte raison
-y a-t-il difficult vaincue tre potiquement inspir,
-travers les accents moins flexibles des langues du Nord.
-Cependant, les improvisateurs, mme Sgricci, m'ont toujours
-paru plus ou moins froids ou ridicules. Leur enthousiasme
-est outr et factice, les troits salons dans lesquels
-ils sont renferms, et qui n'inspirent, ni le pote, ni les
-spectateurs, rien en eux, ni autour d'eux, ne monte au
-diapason potique. Il me semble qu'il faudrait, pour que
-l'enthousiasme puisse tre contagieux, la campagne pour
-thtre, le soleil pour lumire, un rocher pour sige, une
-lyre pour accompagnement, des vnements d'un intrt
-gnral et rapproch pour sujets, enfin un peuple tout
-entier pour auditoire: Corinne si l'on veut, Homre avant
-tout! Mais un monsieur en frac, dans un petit salon de
-Londres, devant quelques femmes qui cherchent s'chapper,
-pour aller au bal, et quelques hommes, dont les
-uns songent aux protocoles de la Belgique, et les autres
-aux courses d'Ascot, ne sera jamais qu'une espce de
-mannequin rimeur, fastidieux et dplac.</p>
-
-<p>Mme de Lieven m'a montr, hier, une lettre de M. de
-Nesselrode, dans laquelle il se plaint du mauvais esprit
-<span class="pagenum"><a id="Page_125"> 125</a></span>
-tracassier et agitateur de lord Ponsonby, qui, ajoute-t-il,
-fait enrager le pauvre Divan. L'amiral Roussin y est, comparativement,
-trouv charmant.</p>
-
-<p>Dom Miguel est, dcidment, embarqu, et se rend
-Gnes.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 15 juin 1834.</i>&mdash;A peine dom Pedro se sent-il
-dlivr de la prsence de son frre, et point encore sous
-les yeux des Corts, qu'il se hte de dtruire couvents,
-moines et religieuses. Je ne sais si cela sera encore admir
- Holland-House, mais cela me fait l'effet d'tre une folie
-impie dont il pourrait bien ne pas tarder se repentir.</p>
-
-<p>Les Rothschild, qui prtendent tout savoir, sont venus
-dire M. de Talleyrand, que le marquis de Miraflors
-venait de partir pour Portsmouth, afin d'y offrir de l'argent
- don Carlos, sous la condition qu'il signerait des
-engagements semblables ceux accepts par don Miguel.</p>
-
-<p>M. Bignon, le jour o il a dn, avec M. de Talleyrand,
-chez lord Palmerston, a dit au premier qu'il dsirait lui
-parler, et, avec un air et un ton mystrieux et intime, il
-lui a dit: Maintenant que j'ai dn chez lord Palmerston,
-on ne dira plus Paris que je ne puis pas tre ministre.
-Cette trange conclusion a t suivie de blmes indiscrets
-contre le Cabinet franais, et d'un peu de surprise que
-M. Dupin n'et pas fait M. de Talleyrand des ouvertures
-du mme genre. Il faut convenir que rien ne saurait tre
-plus prsomptueux que cet esprit, soit qu'il prenne la
-forme doucereuse et souple de M. Bignon, soit qu'il revte
-la forme doctorale et rude de M. Dupin.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_126"> 126</a></span>
-<i>Londres, 16 juin 1834.</i>&mdash;A propos de M. Dupin, sa
-mre tant morte, Clamecy en Nivernais, il y a quelque
-temps, il a fait graver sur sa tombe: <i>Ci-gt la mre des
-trois Dupin.</i></p>
-
-<p>Il y a d'assez bons contes ici sur lui et sur son cicerone,
-l'aimable Piron. M. Ellice les menant un jour, tous
-deux, voir je ne sais quelle curiosit de Londres, M. Dupin
-dploya, dans la voiture, un grand mouchoir de poche,
-carreaux, bien commun, et, aprs l'avoir tendu quelque
-distance de son visage, il cracha dedans, en visant
-assez juste le milieu du mouchoir. M. Piron lui dit alors,
-tout haut, et avec un air fort capable: Monsieur, dans
-ce pays-ci, on ne crache pas devant le monde.</p>
-
-<p>Le choix de M. Fergusson, pour une des places de
-haute magistrature, donne de plus en plus une couleur
-radicale au Cabinet anglais. Lord Grey, sans presque s'en
-douter, est ainsi entran vers un abme, dans lequel le
-pousse sa faiblesse et que ses instincts et ses tendances
-naturelles repoussent. Lord Brougham se vante d'avoir
-tout rajust; lord Durham dit, au contraire, que c'est lui
-seul qui a dcid tous les nouveaux arrivants accepter,
-probablement pour lui frayer la route. Celui-ci s'est, pour
-le moment, retir dans sa villa, prs de Londres, d'o il
-dit: J'ai fait des Rois et n'ai pas voulu l'tre.</p>
-
-<p>Le marquis de Conyngham est dsign, dit-on, pour
-les Postes, sans entre au Conseil; c'est un choix de
-socit dans lequel la politique semble tre hors de
-cause.</p>
-
-<p>Au dner high-tory que le Lord-maire donne le 22 au
-<span class="pagenum"><a id="Page_127"> 127</a></span>
-duc de Gloucester, le duc de Richmond a accept d'tre
-prsent. Le duc de Wellington, qui, depuis l'indigne conduite
-de la Cit son gard en 1830, a jur de n'y plus
-reparatre, s'est fait excuser, sans cacher son motif.
-Pourtant, ce n'est plus le mme Lord-maire, et probablement
-le Duc recevrait aujourd'hui un accueil trs flatteur,
-mais enfin il a fait un serment et il veut le tenir.</p>
-
-<p>M. Backhouse, le sous-secrtaire d'tat au ministre
-des Affaires trangres, a t envoy Portsmouth pour
-prendre les ordres de l'infant don Carlos, sur tout ce qui
-pourrait lui tre agrable, except cependant de lui offrir
-de l'argent, cette rserve paraissant tre la seule manire
-d'appuyer efficacement la ngociation du marquis de Miraflors,
-qui, lui, est charg d'offrir l'Infant, de la part de
-son gouvernement, une pension annuelle de trente mille
-livres sterling, sous la condition de prendre des engagements
-semblables ceux de dom Miguel. On suppose que
-la misre absolue dans laquelle l'Infant, sa femme, ses
-enfants, la duchesse de Bera, sept prtres et beaucoup de
-dames, en tout soixante-douze personnes, qui sont bord
-du <i>Donegal</i>, se trouvent rduits, et qui est telle qu'ils
-n'ont pas de quoi changer de linge, rendra la ngociation
-assez facile. On ne sait point encore quels sont les projets
-de don Carlos, les uns disent qu'il veut se retirer en
-Hollande, d'autres nomment Vienne, d'autres enfin parlent
-de Rome; ce dernier projet parat tre particulirement
-dsagrable au gouvernement actuel d'Espagne,
-mais personne n'a le droit d'influencer ce choix.</p>
-
-<p>On attend, ici, assez prochainement, M. de Palmella,
-<span class="pagenum"><a id="Page_128"> 128</a></span>
-qui s'y annonce pour terminer des affaires personnelles,
-mais on suppose assez gnralement que c'est pour aviser
-aux moyens de se dbarrasser de dom Pedro dont les
-absurdes folies ne satisfont personne. Ce serait alors le
-moment de choisir un mari doa Maria da Gloria, et la
-manire, peut-tre, de dbourrer cette jeune Princesse,
-qui n'a, encore, que les allures d'un jeune lphant.</p>
-
-<p>Lord Palmerston, selon ses bonnes et courtoises habitudes,
-avait envoy M. Backhouse Portsmouth, sans en
-dire mot M. de Talleyrand, qui ne l'a appris que par le
-bruit public. Cela a amen un petit bout d'explication
-entre lord Grey et moi. Il faut convenir qu'il est impossible
-d'tre meilleur, plus plein de candeur, de sincrit et
-de bonnes intentions que lord Grey. Je suis sans cesse
-touche de ses qualits d'homme et frappe de son incapacit
-d'homme politique. Il a encore couru aprs moi,
-sur son escalier, pour justifier lord Palmerston sur le fait
-de toute mauvaise intention et pour me prier de l'excuser
-prs de M. de Talleyrand. J'ai rpondu cela, par le vieux
-dicton franais que l'enfer tait pav de bonnes intentions
-et j'ai ajout en anglais: Well, I promise you to tell to
-M. de Talleyrand that lord Palmerston is as innocent as
-an unborn child, but I don't believe a word of it. Cela a
-fait rire lord Grey, qui a pris le tout merveille de ma
-part, ce qu'il fait toujours.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 17 juin 1834.</i>&mdash;Don Carlos n'a pas voulu
-voir M. de Miraflors, il n'a reu que M. Backhouse,
-auquel il a fait comprendre qu'il n'accepterait pas un
-<span class="pagenum"><a id="Page_129"> 129</a></span>
-cu condition de cder le plus petit de ses droits. Il a
-charg M. Sampao, l'ancien consul de dom Miguel
-Londres, de lui chercher une maison Portsmouth, o il
-veut se reposer pendant quinze jours, puis de lui en trouver
-une prs de Londres pour y passer quelque temps.</p>
-
-<p>Le gouvernement anglais attribue le refus de don
-Carlos un crdit d'un million, qu'il croit tre sr que
-l'Infant a trouv Londres chez M. Saraiva, l'ancien
-ministre de dom Miguel en Angleterre: on prtend mme,
-ce qui est peu vraisemblable, que ce crdit lui a t ouvert
-par le duc de Blacas. L'vque de Lon, qu'on dit tre un
-assez mauvais homme, mais habile, la faon d'un moine
-espagnol, est avec l'Infant; c'est lui qui est le conseil et
-l'me de cette cour fugitive.</p>
-
-<p>Le marquis de Conyngham, fils de la clbre favorite
-de George IV, succde dcidment, la direction des
-Postes, son beau-frre, le duc de Richmond; il est
-jeune, beau, lgant, homme bonnes fortunes, recevant
-et crivant plus de billets que de lettres; aussi dit-on qu'il
-est le <i>Post-master general of the two penny Post</i>.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 18 juin 1834.</i>&mdash;Il y a toujours une grande
-confusion, et un conflit de juridiction, dans toutes les
-runions de dames, et malgr la prsidence de la duchesse-comtesse
-de Sutherland, il y a eu bien des discussions
-et des hsitations pour ce bracelet offrir Mme de Lieven.
-Quelques dames se sont retires par conomie,
-d'autres parce qu'elles n'taient pas directrices de l'affaire,
-enfin, il en reste trente. Le choix des pierres et la faon
-<span class="pagenum"><a id="Page_130"> 130</a></span>
-de les monter ont t un autre chapitre difficile: point
-d'opales, la Princesse ne les aime pas; pas de rubis, ils
-sont trop chers; les turquoises viennent de Russie, ce
-serait envoyer de l'eau la rivire; les amthystes de
-mme; les saphirs, la Princesse en possde de superbes;
-l'meraude peut-tre; mais non&mdash;mais oui&mdash;mais
-cependant&mdash;pourquoi pas?&mdash;ce ne sera pas ce que je
-croyais&mdash;le pridot n'est pas assez distingu; il faut
-demander la Princesse elle-mme... C'est ce que l'on a
-fait; voil le mystre vent, la surprise finie et une
-grosse perle choisie.</p>
-
-<p>Vient ensuite la question plus dlicate, plus littraire,
-celle de l'inscription ddicatoire. Ces dames tiennent ce
-que les mots gravs soient en anglais; alors, en ma qualit
-d'trangre, je me retire. On me tmoigne des
-regrets obligeants; je persiste, comme de raison, et me
-voil hors de cause. Je reste comme simple spectatrice et
-je ne m'en amuse pas moins. On essaye de vingt rdactions
-diffrentes, les potiques, les symboliques: les unes
-veulent jouer sur l'image de la perle, et disent que la
-perle a t choisie parce que la Princesse est la perle des
-femmes, les autres trouvent que l'image ne serait pas
-assez exacte pour l'adopter: on veut y mler un petit mot
-adress aux talents politiques de la Princesse, ce qui fait
-rappeler l'ordre. Il faut encore trouver un moyen de
-rappeler les noms des donatrices sans blesser les autres
-dames de la socit anglaise. Aussi on me consulte; je
-rponds que je ne sais pas assez d'anglais pour avoir un
-avis; on me demande ce que je mettrais si c'tait en franais,
-<span class="pagenum"><a id="Page_131"> 131</a></span>
-je le dis, et, de guerre lasse, on se dcide le traduire
-en anglais et l'adopter. Ce sont quelques mots fort simples:
-Testimony of regard, regret and affection presented
-to the princess Lieven on her departure, by some
-english ladies of her particular aquaintance. July 1834.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 19 juin 1834.</i>&mdash;Mme de Lieven, qui est
-venue hier matin chez moi, et qui est dans une motion
-toujours croissante mesure que son dpart approche,
-emporte par l'espce de fivre qu'elle prouve, m'a dit
-avec amertume qu'elle tait sre qu'il y avait, outre lord
-Palmerston, une seconde personne soulage de son dpart,
-et que c'tait le Roi d'Angleterre; qu'il s'tait refus
-crire la lettre autographe qui, tout en mettant l'amour-propre
-de son ministre couvert, aurait pu faire revenir
-sur le rappel de M. de Lieven; que Palmerston avait
-endoctrin le Roi sur les inconvnients qu'il y avait la
-trop longue rsidence des ambassadeurs trangers sa
-Cour; qu'ils y devenaient trop initis et y acquraient
-mme une puissance relle et importante; bref, le Roi
-est charm du dpart de Mme de Lieven, et elle en fait
-honneur Palmerston, ce qui n'augmente pas son got
-pour lui. Elle trouverait une consolation la pense de
-l'abme qui s'ouvre sous ses pieds; en effet, le ministre,
-tout entier, ne parat rien moins que solide, et le plus
-branl d'entre ses membres est sans doute lord Palmerston.
-Ses collgues n'en font plus grand cas. Lord Grey
-convient qu'il parle mal aux Communes, le Corps diplomatique
-dteste son arrogance, les Anglais le trouvent
-<span class="pagenum"><a id="Page_132"> 132</a></span>
-mal lev. Son seul mrite parat, aprs tout, ne consister
-que dans une facilit remarquable parler et crire le
-franais. Le dpart des Lieven, qui fait de la peine tout
-le monde et trs certainement lord Grey, est si gnralement
-attribu l'enttement impertinent de lord Palmerston,
-que personne ne cherche dissimuler cette conviction,
-pas mme les ministres, ses collgues. Aussi,
-dans les nombreux dners et les runions d'adieu qu'on
-offre aux Lieven, personne n'invite lord Palmerston; c'est
-d'autant plus remarquable que lady Cowper est ncessairement
-de tous. Il n'a pas laiss que d'en tre trs piqu,
-surtout de la part de lord Grey. Celui-ci s'en est fait un
-petit mrite prs de Mme de Lieven en lui disant: Vous
-voyez, j'ai runi vos amis et j'ai vit Palmerston. La
-pauvre lady Cowper a le reflet de toute l'humeur de lord
-Palmerston; on dit qu'il la lui tmoigne rudement.</p>
-
-<p>Le duc de Saxe-Meiningen est arriv, sur l'invitation
-du Roi, pour escorter la Reine, sa s&oelig;ur, pendant son
-voyage en Allemagne. Elle part, dit-on, le 4 juillet; le
-Roi insiste pour que ce soit le 2: il est si trangement
-press de ce dpart qu'il a arrang lui tout seul, que
-beaucoup de gens croient qu'il ne laissera pas revenir la
-Reine de sitt, et que personne ne doute du plaisir qu'il
-anticipe reprendre la vie de garon. Tout le monde
-tremble de ce qu'il va imaginer pour se divertir: le genre
-de ses plaisirs, l'ordre des personnes qu'il y appellera,
-tout cela donne penser aux gens comme il faut, et les
-inquite. Il a, srement, de singulires fantaisies en tte,
-puisque l'autre jour, dner, il a interpell tout haut un
-<span class="pagenum"><a id="Page_133"> 133</a></span>
-vieux amiral qu'il a beaucoup connu jadis, en lui demandant
-s'il tait toujours aussi gaillard qu'il l'avait connu;
-et l'amiral lui ayant rpondu que l'ge des folies tait
-pass, le Roi a repris que, quant lui, <i>il comptait bien
-s'y remettre</i>!</p>
-
-<p>C'est toujours un vnement pour moi que l'arrive
-d'une lettre de M. Royer-Collard, d'abord parce que je lui
-suis fort attache, puis parce qu'il dit beaucoup en peu de
-mots, toujours d'une manire frappante, et avec un ton
-qui n'appartient qu' lui et qui donne longtemps penser.
-C'est ainsi que dans la lettre que je viens de recevoir, il y
-a ceci plein de vrit et d'une malice de bon got: Il a
-bien de l'esprit (c'est de Thiers dont il s'agit); il lui manque
-du monde, et l'exprience que le monde donne, de la
-gravit et quelques <i>principes</i>; en crivant ce mot, il me
-vient l'esprit que vous me prendrez pour un <i>doctrinaire</i>,
-ce serait bien injuste, car ils sont bien exempts de
-<i>ce faible-l</i>.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 20 juin 1834.</i>&mdash;Des lettres tombes en
-mains peu sres ont appris que le duc de Leuchtenberg,
-fatigu de l'clat qu'avaient eu les projets de la s&oelig;ur de la
-duchesse de Bragance, pour lui faire pouser doa Maria,
-priait la Duchesse d'y renoncer dsormais, parce qu'ils
-avaient inspir trop de mfiance pour qu'ils puissent
-russir; mais il engage, en mme temps, sa s&oelig;ur,
-songer leur jeune frre Max qui n'a pas veill de soupons,
-et qu'il serait plus ais de faire arriver au but.
-Maintenant que ce second projet est dvoil, il est probable
-<span class="pagenum"><a id="Page_134"> 134</a></span>
-que son excution sera aussi vivement contrarie que
-l'a t la premire intrigue de cette ex-impratrice. On la
-dit singulirement active et ambitieuse, sous des dehors
-trs doux, trs agrables et surtout trs simples.</p>
-
-<p>La conversation ayant tourn, hier au soir, dans notre
-salon, sur le caractre et la position de Mirabeau, j'ai
-entendu M. de Talleyrand rpter un fait curieux: c'est
-qu' la Restauration, ayant t, pendant la dure du gouvernement
-provisoire, en possession des archives les plus
-secrtes de la Rvolution, il y avait trouv la quittance en
-rgle donne par Mirabeau de l'argent reu de la Cour.
-Cette quittance tait motive et prcisait les services qu'il
-s'engageait rendre. M. de Talleyrand a ajout que,
-malgr cette transaction d'argent, il serait injuste de dire
-que Mirabeau se ft <i>vendu</i>; que tout en recevant le prix
-des services qu'il promettait, il n'y sacrifiait cependant
-pas son opinion; il voulait servir la France, autant que le
-monarque, et se rservait la libert de pense, d'action et
-de moyens, tout en se liant pour le rsultat. D'aprs cela,
-sans mriter le jugement extrme de bassesse et d'avilissement
-que plusieurs ont port contre Mirabeau, on peut,
-cependant, se permettre de trouver que son caractre
-tait infiniment moins lev que son esprit. Il appartenait,
-d'ailleurs, une mauvaise race; le pre, la mre, le
-frre, la s&oelig;ur, tous taient ou fous, ou mchants, ou
-livrs mille turpitudes. Et cependant, malgr une dplorable
-rputation, arrivant partout comme une espce de
-forat libr, d'une laideur remarquable et habituellement
-sans argent, quelle influence magique n'exerce-t-il
-<span class="pagenum"><a id="Page_135"> 135</a></span>
-pas? Elle est telle, que son souvenir mme l'exerce
-encore; que cette prodigieuse organisation en impose;
-que cette verve surabondante ravit et attache mme travers
-les formes ennuyeuses et fatigantes dont on l'a
-emmaillote, dans le livre que son fils adoptif vient de
-faire paratre. L'authenticit des matriaux, l'abondance
-des citations originales, et leur intrt merveilleux,
-ddommagent souvent de la gaucherie et de la pesanteur
-de la mise en &oelig;uvre.</p>
-
-<p>Il a d'ailleurs, pour moi, un mrite particulier, celui
-d'clairer mon ignorance. Je n'avais qu'une ide trs
-vague de Mirabeau, il tait rest voil pour moi qui connais
-si imparfaitement la Rvolution franaise. Elle est
-trop prs de moi, pour en avoir fait l'objet d'tudes historiques,
-et elle ne m'a pas t assez contemporaine, pour
-avoir appris la connatre pendant sa dure; quelques
-rcits de M. de Talleyrand, les <i>Mmoires</i> de Mme Roland,
-voil tout ce que j'en sais. D'ailleurs, j'ai une rpugnance
-si vive pour cette dgotante et terrible poque, que je
-n'ai jamais eu le courage d'y arrter ma pense, et que
-j'ai presque toujours saut pieds joints l'abme qui
-spare 1789 de l'Empire. Les <i>Mmoires</i> de M. de Talleyrand
-auraient pu m'clairer sans doute, mais je me suis
-trouve trop proccupe de l'individu pour bien saisir la
-question gnrale. M. de Talleyrand, dans ses <i>Mmoires</i>,
-apprend beaucoup mieux ce qui a amen la catastrophe
-qu'il n'en donne les dtails. Il tait, d'ailleurs, hors de
-France pendant les annes les plus critiques. Son sjour
-en Amrique est un des pisodes les plus agrables de ses
-<span class="pagenum"><a id="Page_136"> 136</a></span>
-souvenirs; c'est, pour le lecteur comme pour lui-mme,
-un temps de halte et de repos, qui met l'abri des horreurs
-de la Convention et fait reprendre haleine avant
-d'arriver aux bouleversements arms de l'Empire.</p>
-
-<p>M. de Talleyrand a ajout, au sujet de la quittance de
-Mirabeau, que, la regardant comme un papier de famille
-et ne se sentant pas en droit de la garder, il l'avait remise
- Louis XVIII lui-mme et qu'il ignorait ce qu'elle tait
-devenue.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 21 juin 1834.</i>&mdash;M. de Talleyrand avait plus
-de cinquante-cinq ans lorsqu'il a commenc crire ses
-<i>Mmoires</i> ou plutt un petit volume sur M. le duc de
-Choiseul. Partant en 1809 pour les eaux de Bourbon-l'Archambault,
-il demanda Mme de Rmusat de lui
-prter un livre lire en route: elle lui donna l'<i>Histoire
-du dix-huitime sicle</i>, par Lacretelle, ouvrage inexact et
-incomplet. M. de Talleyrand, impatient des erreurs et de
-l'ignorance qu'il y trouvait, mit les loisirs des eaux profit
-pour tracer un tableau rapide, vrai et parfaitement vif et
-anim d'une des poques particulirement dnatures par
-Lacretelle. L'extrme plaisir que ce petit morceau fit aux
-personnes qui en eurent connaissance et l'intrt que
-M. de Talleyrand trouva l'crire, lui donnrent l'ide
-de grouper les vnements subsquents autour d'un autre
-personnage qu'il avait beaucoup connu; il fit alors son
-morceau sur M. le duc d'Orlans, non moins curieux que
-le premier, mais qu'il a, depuis, refondu aux trois quarts
-dans ses propres <i>Mmoires</i>. Ceux-ci vinrent, tout
-<span class="pagenum"><a id="Page_137"> 137</a></span>
-naturellement, complter, par des souvenirs plus personnels
-encore, les rcits des deux poques, dont l'une avait
-vu prparer, et l'autre s'accomplir, la crise dans laquelle
-M. de Talleyrand a pris sa place historique. C'est pendant
-les quatre annes de sa disgrce prs de l'Empereur Napolon
-qu'il a le plus, et j'ajouterais, le plus brillamment
-crit. De 1814 1816, il n'a presque rien fait pour ses
-<i>Mmoires</i>; plus tard, et jusqu'en 1830, il a revu, corrig,
-ajout, complt; il a li son morceau sur Erfurth et un
-autre sur la catastrophe d'Espagne, qui a conduit Ferdinand
-VII Valenay, au corps principal de ses <i>Mmoires</i>;
-il les a pousss jusqu'aprs la Restauration, mais toute sa
-correspondance durant le Congrs de Vienne, dont les
-originaux sont aux Affaires trangres, et qui forme un
-curieux document, lui ayant t soustraite (c'est--dire les
-copies), il s'est trouv sans matriaux et sans notes pour
-cette poque intressante, et cela se sent parfois dans les
-<i>Mmoires</i>.</p>
-
-<p>En gnral, il est fcheux que M. de Talleyrand n'ayant
-jamais fait de journal ou pris des notes, et ayant la plus
-monstrueuse incurie et ngligence pour ses papiers, se
-soit trouv, le jour o il a voulu rassembler ses souvenirs,
-sans aucun autre moyen de les retrouver et d'en suivre
-exactement les dtails, que sa mmoire, fort bonne assurment,
-mais ncessairement trop surcharge pour ne pas
-laisser quelquefois des lacunes regrettables<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">&nbsp;[23]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_138"> 138</a></span>
-J'ai souvent entendu M. de Talleyrand raconter des
-anecdotes trs piquantes, qui sont omises dans ses
-<i>Mmoires</i>, parce que, dans le moment o il crivait, il n'y
-songeait plus. J'ai eu, moi-mme, le tort de ne pas les
-crire mesure, et de m'en fier aussi ma seule mmoire
-et la mmoire est souvent bien trompeuse pour soi-mme
-et insuffisante pour les autres.</p>
-
-<p>M. de Talleyrand a fait, malheureusement, trop souvent,
-et toute sorte de monde, la lecture de ses <i>Mmoires</i>
-ou plutt de telle ou telle partie de ses <i>Mmoires</i>; il les a
-dicts et fait recopier, tantt l'un, tantt l'autre: cela
-en a publi l'existence et a veill l'inquitude politique
-des uns, la jalousie littraire des autres; l'infidlit, la
-cupidit ont spcul sur leur importance. On assure, et je
-suis porte le croire, que plusieurs copies tronques et
-envenimes par l'esprit libellique et haineux de ceux qui
-les possdent, existent et doivent tre publies un jour;
-ce serait un malheur, non seulement propos des mauvaises
-passions que cela mettrait en jeu, mais aussi parce
-que ces copies infidles teraient du mrite, de la nouveaut
-et de la curiosit aux <i>Mmoires</i> authentiques, lorsqu'un
-jour ils paratront. Ils seront comme dflors
-d'avance.</p>
-
-<p>Je n'en connais pas de moins libelliques que ceux-ci.
-Je ne dis pas qu'il ne s'y retrouve parfois de cette malice
-fine et gaie, qui est si naturelle l'esprit de M. de Talleyrand,
-mais il n'y a rien de mchant, rien d'insultant;
-<span class="pagenum"><a id="Page_139"> 139</a></span>
-moins de scandale que dans aucun crit de ce genre. Les
-femmes, qui ont tenu cependant tant de place dans les
-habitudes sociales de M. de Talleyrand, sont traites par
-lui avec respect, ou au moins avec grce, mesure et indulgence.
-On voit qu'il est rest reconnaissant du charme
-qu'elles ont rpandu sur son existence; et si, un jour, les
-hommes graves trouvent ces <i>Mmoires</i> incomplets pour
-l'histoire, si les hommes curieux n'y trouvent pas toutes
-les rvlations qu'ils y cherchaient, ils pourront peut-tre
-en accuser l'insouciante paresse de M. de Talleyrand; mais
-les femmes devront toujours lui savoir gr de cette retenue
-de bon ton qui a refus l'insolence, la grossiret, au
-cynisme des publicistes libelliques du temps actuel, de
-nouvelles armes pour calomnier ou mdire.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 22 juin 1834.</i>&mdash;Sir Robert Peel, chez lequel
-j'ai dn hier, me faisait observer que M. Dupin, qui y
-dnait aussi, ressemblait bien plus un Amricain qu' un
-Franais. C'est peu prs le plus mauvais compliment
-qui puisse sortir de la bouche d'un Anglais bien lev!
-Sir Robert Peel m'a paru tre tout particulirement <i>in
-good spirits</i>. Le soin qu'il a mis me questionner sur les
-membres du ministre franais, et insister sur son got
-et son admiration pour M. de Talleyrand, m'a fait penser
-qu'il pouvait bien y avoir l quelque ide d'tre bientt
-en position d'avoir des affaires traiter directement avec
-eux. J'ai demand sir Robert Peel s'il trouvait les
-allures et le ton de discussion changs, depuis le Parlement
-rform. Il m'a rpondu que oui, jusqu' un certain
-<span class="pagenum"><a id="Page_140"> 140</a></span>
-point; mais que ce qui le frappait surtout, c'tait le
-manque absolu de talents nouveaux, dans cette nouvelle
-mission de membres, dans la Chambre des Communes.
-Il m'a sembl en tre au moins aussi satisfait que surpris;
-il a, en effet, de fort bonnes raisons pour dsirer que les
-anciennes clbrits parlementaires ne soient pas effaces.</p>
-
-<p>Sa maison est une des plus jolies, des mieux arranges,
-des plus heureusement situes de Londres; pleine
-de beaux tableaux, de meubles prcieux, sans faste, sans
-ostentation; le meilleur got a prsid tout et ne laisse
-percevoir aucune trace de l'obscure origine de sir Robert.
-La modeste et noble figure de lady Peel, le calme et la
-douceur de ses manires, les intelligentes figures de ses
-enfants, le luxe des fleurs dont la maison est parfume, le
-grand balcon d'o on domine la Tamise, d'o on aperoit
-Saint-Paul et Westminster, tout ajoute l'ensemble
-et le rend aussi agrable que complet. Hier, par une
-belle soire, vraiment chaude, avec la double lumire
-d'un beau clair de lune, et du gaz clairant tant d'difices
-et de ponts, dont les arches se refltaient dans la rivire,
-on pouvait se croire partout ailleurs que dans la brumeuse
-Angleterre.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 23 juin 1834.</i>&mdash;Lord Clanricarde, gendre
-de M. Canning, qui avait une place dans la maison du
-Roi, a donn sa dmission, par humeur de n'avoir pas les
-Postes, qu'on a donn lord Conyngham.</p>
-
-<p>Le grand dner conservatif de la Cit, d'avant-hier, a
-<span class="pagenum"><a id="Page_141"> 141</a></span>
-t remarquable surtout par la prsence du duc de Richmond
-et sa rponse au Lord-maire, lorsque celui-ci a
-port la sant du duc de Wellington et des nobles Pairs
-prsents; le duc de Richmond a rpondu par une sorte de
-profession de foi de son attachement <i>to Church and State</i>,
-et, lorsque le Lord-maire a port la sant du comte de
-Surrey, fils an du duc de Norfolk, membre de la
-Chambre des communes, mais qui n'est pas conservatif et
-qui est catholique, le Comte a rpondu qu'il avait la conviction
-que la Chambre des communes ne se montrerait
-pas moins zle que la Chambre Haute, pour le maintien
-<i>de l'glise; oui, de l'glise et de l'ancienne constitution
-du pays</i>. Les applaudissements ont t immenses.</p>
-
-<p>Il parat que tout tend, de plus en plus, rapprocher
-M. Stanley de sir Robert Peel, et qu'on espre que cette
-runion, qui est dj fort avance, amnera une dissolution
-du Cabinet actuel; mais on ne veut pas de trop brusques
-transitions, pour ne pas effaroucher John Bull, qui
-n'aime pas les Cabinets de coalition.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 25 juin 1834.</i>&mdash;Il y a, chaque anne, dans
-les grandes villes des Comts d'Angleterre, ce qu'on
-appelle ici des <i>musical festivals</i>: on y excute, en gnral,
-de grands oratorios; les artistes clbres, de tous les pays,
-y sont appels et pays trs chrement. Ces ftes durent
-plusieurs jours; tout le beau monde se rend des diffrents
-points du Comt au chef-lieu; cela se passe dans les
-glises, o on se rassemble le matin, et les soires sont
-consacres des divertissements plus mondains. Ces
-<span class="pagenum"><a id="Page_142"> 142</a></span>
-ftes sont, aprs les courses de chevaux, ce qui attire le
-plus de monde.</p>
-
-<p>A Londres, ce festival n'a lieu que tous les cinquante
-ans: c'tait hier cet anniversaire. Toute la Cour y a t,
-solennellement, et doit y retourner les trois autres jours.
-Westminster tait rempli, et quoique moins imposant
-qu'au couronnement du Roi, le coup d'&oelig;il tait cependant
-fort brillant encore; les arrangements bien pris, point de
-foule, ni d'embarras; c'tait trs bien. Le nombre des
-musiciens tait norme: tant chanteurs qu'instrumentistes,
-il y en avait sept cents. Mais, malheureusement,
-l'glise de Westminster est si haute, et construite si en
-opposition avec tout effet musical, que ce nombre prodigieux
-de voix et d'instruments qui, disait-on, ferait
-crouler l'difice, ne le remplissait mme pas assez. C'est
-surtout pendant la premire partie de la <i>Cration</i>, de
-Haydn, que c'tait extrmement sensible. Le <i>Samson</i>, de
-Haendel, d'une cration plus large et plus puissante, convenait
-mieux la circonstance. La <i>Marche funbre</i> m'a
-fait beaucoup d'impression, et l'air de la fin, chant par
-miss Stevens, avec accompagnement oblig de trompettes
-admirablement excut, a t une belle chose. Mais le
-grand tort, pour l'effet gnral, a t d'avoir plac les
-chanteurs si bas, que leurs voix taient perdues, avant
-d'avoir pu s'lever vers la vote, et d'y avoir trouv leur
-point de rpulsion. Je crois, aussi, que l'orgue peut, seul,
-suffisamment remplir les vastes cathdrales; tous les
-orchestres du monde restent maigres, et hors du style
-voulu, et j'ai regrett qu'on ne l'et pas employ hier,
-<span class="pagenum"><a id="Page_143"> 143</a></span>
-pour l'effet de l'ensemble, qui aurait t plus riche et
-plus frappant. J'ai t jusqu' trouver quelque chose de
-choquant cette musique de concert dans une glise;
-cela m'a produit l'effet que pourrait faire un loge acadmique,
-quelque noble et beau qu'il pt tre, en chaire,
-la place d'une oraison funbre.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 24 juin 1834.</i>&mdash;M. de Talleyrand disait
-hier, propos de quelques Franais: C'est prodigieux,
-ce que la vanit dvore d'esprit. Il me semble que rien
-n'est plus vrai, surtout dans l'application qu'il en faisait.</p>
-
-<p>On annonce M. de Talleyrand l'ordre du Sauveur,
-de Grce, et celui du Christ, de Portugal. A l'occasion de
-ce dernier, il m'a racont que, du temps de l'Empire,
-lorsque les ordres pleuvaient sur lui de toutes parts, le
-comte de Sgur, grand matre des crmonies, se montrant
-un peu triste de n'en recevoir aucun, M. de Talleyrand
-pria l'Empereur de lui permettre de donner M. de
-Sgur celui du Christ, qu'il venait de recevoir; ce qui fut
-fait, et la grande satisfaction de M. de Sgur, qui,
-depuis, ne manquait jamais de se parer de son grand
-cordon.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 2 juin 1834.</i>&mdash;Feu lord Castlereagh parlait
-un franais trs original: il disait Mme de Lieven
-que ce qui lui faisait trouver le plus de plaisir dans sa
-conversation, c'est que son esprit devenait <i>liquide</i> prs
-d'elle; et lui parlant, un jour, de l'union qui rgnait
-entre les grandes puissances, il lui dit qu'il tait charm
-<span class="pagenum"><a id="Page_144"> 144</a></span>
-qu'elles fussent toutes <i>dans le mme potage</i>, traduction
-un peu trop littrale de l'anglais, <i>in the same mess</i>!</p>
-
-<p>J'ai caus longtemps, hier, avec mon cousin Paul
-Medem; il comprend fort bien les difficults de sa position,
-qui commencent par les regrets si vifs qu'prouvent
-M. et Mme de Lieven lui cder la place. Ce qui les
-aplanira en partie, c'est la recommandation fort sage de
-l'Empereur de Russie, de rester parfaitement tranger la
-politique intrieure de l'Angleterre, de ne se faire ni
-whig, ni tory; et, cette occasion, il m'a dit aussi que le
-vrai motif qui l'avait fait prfrer Matuczewicz, pour
-succder M. de Lieven, c'tait la couleur marque et
-tranchante que celui-l avait pris en Angleterre, o il
-avait fait de la politique anglaise comme John Bull lui-mme.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 28 juin 1834.</i>&mdash;Le Roi d'Angleterre est souffrant,
-et la hte qu'il avait de voir partir la Reine s'est,
-tout coup, change en un vif regret de son loignement.
-Elle a fait alors l'impossible pour qu'il lui permt
-de rester, mais le Roi a rpondu qu'il tait trop tard pour
-changer d'avis, que tout tait prt, il fallait partir; que de
-rester maintenant prterait mille conjectures fcheuses
-qu'il fallait viter; d'ailleurs, a-t-il ajout, s'il y a
-bientt quelque changement ministriel, il vaut mieux
-que vous soyez absente, pour qu'on ne puisse pas dire,
-comme on l'a fait il y a quelques annes, que vous m'aviez
-influenc. Le Roi a dit, le mme jour, en parlant de ses
-ministres: <i>I am tired to death by those people</i>, et, sur
-<span class="pagenum"><a id="Page_145"> 145</a></span>
-l'observation qu'il tait alors bien singulier qu'il les
-gardt, il a rpliqu, avec assez de bon sens: Mais
-lorsque, il y a deux ans, j'ai appel les <i>tories</i>, ils m'ont
-plant l au bout de vingt-quatre heures et m'ont rejet
-aux <i>whigs</i>; c'est ce qui ne doit pas arriver une seconde
-fois; aussi ne ferai-je plus rien, ni pour ni contre, et je
-les laisse se dbattre comme ils l'entendent. Et cela
-n'arriverait plus comme la dernire fois, car c'est le refus
-de sir Robert Peel d'entrer alors au ministre, qui a fait
-chouer la combinaison; aujourd'hui, il est prt accepter
-l'hritage, et le public assez bien prpar le lui voir saisir.</p>
-
-<p>Il est fort question de la guerre intestine du Cabinet. Il
-parat que lord Lansdowne ne veut pas rester avec M. Ellice,
-surtout aprs la dclaration faite par celui-ci, qu'il
-partageait les principes de M. O'Connell. On dit aussi que
-lord Grey ne s'arrange pas de M. Abercromby. Enfin, le
-manque d'ensemble dans le Cabinet est sensible pour le
-public, et je crois qu'il est assez habilement exploit par
-le parti conservateur. Le prince de Lieven a prsent hier
-Paul Medem lord Grey, qui s'est montr trs embarrass,
-et qui, aprs un assez long silence, n'a trouv lui parler
-que de la France, de M. de Broglie, de M. de Rigny, des
-lections, etc., enfin, comme il aurait pu faire avec un
-charg d'affaires de France; mais pour celui de Russie,
-arrivant de Ptersbourg, c'tait vraiment trange. Lord
-Grey a fait des loges excessifs de Broglie, et des questions
-froides et dfiantes sur Rigny.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 29 juin 1834.</i>&mdash;Il est assez singulier que,
-<span class="pagenum"><a id="Page_146"> 146</a></span>
-dans les circonstances actuelles, lady Holland, qui a, du
-reste, toujours fait profession d'amiti pour lord Aberdeen,
-malgr la diffrence de leur politique, ait demand M. de
-Talleyrand de le rencontrer, dner, chez elle!</p>
-
-<p>J'ai pris, hier, cong de la Reine: tout m'a sembl irrvocablement
-fix pour son dpart.</p>
-
-<p>Don Carlos et sa suite sont tablis Gloucester-Lodge,
-jolie maison situe dans un des faubourgs de Londres,
-qu'on appelle Old Brompton. Cette maison, qui appartient
-maintenant je ne sais qui, a t btie par la mre du duc
-de Gloucester actuel, d'o lui vient le nom qu'elle porte.
-Cette grande proximit de Londres, dans laquelle don
-Carlos s'est plac, gne et embarrasse tous les membres
-du Corps diplomatique, dont les Cours ont laiss dans le
-vague les relations avec l'Espagne. Les signataires de la
-Quadruple Alliance sont, ncessairement, hors de cause.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 30 juin 1834.</i>&mdash;Le marquis de Miraflors ne
-fait pas de grands progrs dans le <i>dmen</i> du monde.
-L'autre jour encore, il en a singulirement manqu: c'tait
-chez le Chancelier, lord Brougham; il venait de causer
-avec M. de Talleyrand qui, en se retournant pour s'en
-aller, se trouva en face de Lucien Bonaparte. On se salue
-et on se demande rciproquement, poliment, mais froidement,
-des nouvelles l'un de l'autre. M. de Talleyrand allait
-avancer pour se retirer, quand il se sent arrt par le ministre
-d'Espagne qui, trs haut, demande l'ambassadeur
-de France de le prsenter Lucien Bonaparte! Rien n'y
-manque!</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_147"> 147</a></span>
-Le duc de Wellington, que j'ai vu hier un concert en
-l'honneur de Mme Malibran, m'a dit qu'il avait t le
-matin chez don Carlos, avec lequel il avait eu une trs
-trange conversation. Il n'a pas pu me la raconter, cause
-de tout ce qui nous entourait et nous coutait, mais il m'a
-dit cependant que rien n'galait la salet, la pauvret et
-le dsordre de ce Roi et de cette Reine d'Espagne et des
-Indes! Cela tonnait d'autant plus le Duc, qu'ayant trouv
-de l'argent ici, ils auraient bien pu acheter quelque peu de
-linge et de savon. Le Duc ne m'a dit, de leur conversation,
-que ceci: c'est que, d'abord, il leur avait dit la vrit, ce
-que le Duc fait toujours, et qu'ayant rencontr l un prtre,
-il lui avait dit: Voyez-vous, le bon Dieu fait srement
-beaucoup pour ceux qui l'invoquent, mais il fait encore
-plus pour ceux qui font quelque chose eux-mmes pour
-leur propre service. Le prtre n'a rien rpondu, si ce
-n'est qu'ils avaient un proverbe espagnol qui disait la
-mme chose.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 1<sup>er</sup> juillet 1834.</i>&mdash;Nous avons reu hier la
-nouvelle de la mort de Mme Sosthne de La Rochefoucauld,
-vnement qui prouve que j'ai raison de soutenir qu'il n'y
-pas de malades imaginaires. En effet, rien n'est si ennuyeux
-et si fatigant pour soi-mme que de s'observer, de
-se priver et de se plaindre; comment, la longue, jouer un
-pareil rle, sans y tre condamn par quelque avertissement
-intrieur et douloureux? Mais il y a deux choses que
-le monde conteste toujours: ce sont les chagrins et les
-souffrances d'autrui, tant on craint d'tre oblig de plaindre
-<span class="pagenum"><a id="Page_148"> 148</a></span>
-et de soigner; il est plus commode de nier un fait que
-de lui porter un sacrifice. J'ai pass ma vie entendre
-grogner contre Mme Sosthne; on l'appelait une langoureuse,
-une plaignante, qui, au fond, tait forte comme un
-Turc. Lorsqu'on n'a pas les apparences dlicates, et mme
-souvent lorsqu'on les a, il faut mourir pour qu'on consente
- croire que vous tiez rellement malade. Le monde ne
-vous gratifie que trop de sa curiosit, de son indiscrtion,
-de ses jugements tmraires et calomnieux, mais sa compassion,
-comme son indulgence, n'arrive qu'aprs coup
-et lorsque vous n'en avez plus que faire.</p>
-
-<p>M. de Montrond parle de retourner Louche pour
-mettre sa pauvre machine dans une piscine, dans laquelle
-il ne serait pas mal de plonger aussi son me, si faire se
-pouvait. Il a fait <i>fiasco</i> ici ce voyage, bien plus encore
-que l'anne dernire. Quand on se survit soi-mme,
-comme fortune, sant, esprit et agrment, et qu'il ne reste
-pas mme un peu de considration, comme reflet du pass
-qui vous chappe, on offre le plus dplorable spectacle. Je
-disais un jour M. de Talleyrand, qu'il me semblait qu'il
-ne restait plus M. de Montrond qu' se brler la cervelle:
-il me rpondit qu'il n'en ferait rien, parce qu'il
-n'avait jamais pu s'imposer la moindre privation, et qu'il
-ne s'imposerait pas plus la privation de la vie que toute
-autre.</p>
-
-<p>Mme de Montrond, qui avait divorc d'avec son premier
-mari<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">&nbsp;[24]</a> pour pouser M. de Montrond, me racontait un
-<span class="pagenum"><a id="Page_149"> 149</a></span>
-jour, aprs son second divorce, et lorsqu'elle avait repris
-son nom d'Aime de Coigny, que, se promenant, une fois,
-en phaton avec M. de Montrond qui conduisait lui-mme,
-elle admirait ses deux jolis chevaux anglais, louait la promenade,
-la voiture, le conducteur: Quel triste plaisir,
-reprit-il, c'est par deux jeunes tigres qu'il faudrait se
-faire traner; les exciter, les dompter et les tuer ensuite.
-C'est bien l le langage d'une nature insatiable.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 2 juillet 1834.</i>&mdash;La Reine part dcidment
-le 5; elle s'embarque sur le yacht <i>Royal-George</i>, que
-l'on va voir, par curiosit, ainsi que deux superbes bateaux
- vapeur destins remorquer au besoin le yacht de la
-Reine. Tout le Yacht-Club doit l'escorter, ce qui couvrira
-la mer du Nord d'une charmante petite flottille. La Reine
-doit dbarquer Rotterdam, dans la journe du 6, et aller
-incognito le mme soir chez sa s&oelig;ur, la duchesse de Weimar,
-qui habite dans les faubourgs de la Haye. Je sais que
-le prince d'Orange doit s'y trouver, comme par hasard;
-la princesse d'Orange est en Allemagne chez sa s&oelig;ur.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 3 juillet 1834.</i>&mdash;Lord Grey est devenu
-extrmement irritable et nerveux: hier, dner, chez lord
-Sefton, il tait, comme on dit ici, tout fait <i>cross</i>, parce
-qu'on dnait plus tard que de coutume, parce que lady
-Cowley, personne spirituelle et causante, mais grande
-<i>tory</i>, tait l, et parce qu'enfin tout le monde tait trs
-par pour aller au bal du duc de Wellington. Il est vraiment
-singulier qu'un homme de la position leve et du
-<span class="pagenum"><a id="Page_150"> 150</a></span>
-trs noble caractre de lord Grey, soit aussi sensible des
-petitesses, et d'une susceptibilit nerveuse aussi purile.</p>
-
-<p>Le duc de Wellington a donn un fort beau bal, magnifique,
-brillant et trs bien ordonn. Chacun avait fait de
-son mieux pour ne pas le dparer, et il m'a paru qu'on y
-avait russi.</p>
-
-<p>M. Royer-Collard m'crit ceci: L'aspect des lections
-est trompeur; elles sont en ralit beaucoup moins ministrielles
-qu'elles ne le paraissent; la prochaine session
-sera laborieuse; le Ministre s'y attend. Le grand nombre
-des coalitions est un symptme trs grave. Quelle doit
-tre la violence des haines qui ont form cette alliance!
-Plus bas, il dit ceci: On sait peu prs ce que dira ou
-fera une personne connue, dans des circonstances donnes:
-M. Dupin chappe cette divination. La tmrit de
-ses paroles ne se peut prvoir; elle est ici la mme qu'
-Londres, et elle rend impossible qu'il arrive jamais aux
-affaires.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 4 juillet 1834.</i>&mdash;La Reine a dit l'autre jour
-quelque chose qui a paru assez ridicule la personne
-laquelle elle l'a dit et que je comprends, moi, merveille,
-probablement de par l'<i>allemanderie</i>, comme dirait M. de
-Talleyrand. Elle disait donc que, pendant les seize heures
-qu'elle a passes la semaine dernire l'abbaye de Westminster,
-durant les grands oratorios qu'on y a excuts,
-elle avait eu plus de temps et de recueillement pour rflchir
-sur sa position et faire des retours sur elle-mme
-qu'elle n'en avait dans l'habitude de sa vie, et qu'elle en
-<span class="pagenum"><a id="Page_151"> 151</a></span>
-avait retire et fait des dcouvertes: qu'elle avait trouv,
-par exemple, qu'elle tait plus attache au Roi qu'elle ne
-le savait peut-tre elle-mme, qu'elle se croyait aussi plus
-ncessaire son mari qu'elle ne l'avait suppos, et qu'elle
-avait compris, enfin, que sa vraie et seule patrie tait
-dsormais l'Angleterre; que tout cela lui rendait son dpart
-particulirement pnible, mais qu'elle avait cependant une
-consolation: c'tait de penser que le Roi serait d'autant
-plus dispos seconder un changement de ministre,
-qu'on ne pourrait pas supposer qu'il cdt son influence
- elle. Il y a beaucoup, et peut-tre un peu trop de sincrit
-dans de pareilles ouvertures de c&oelig;ur, mais en elles-mmes,
-je trouve toutes ces penses trs naturelles, et je
-comprends parfaitement qu'elles aient t inspires par
-les lieux et les circonstances indiqus plus haut.</p>
-
-<p>Du reste, le Roi, de son ct, donne aussi d'assez tranges
-explications de ses regrets du dpart de la Reine, qui
-deviennent, de moment en moment, plus vifs. C'est ainsi
-qu'il disait hier Mme de Lieven: Je ne pourrais jamais
-vous faire comprendre, Madame, tous les genres d'utilit
-dont la Reine est pour moi. La rdaction est bizarre et
-pas mal ridicule. Le Roi a une goutte molle dans les
-mains, qui lui en rend l'usage difficile, l'empche de
-monter cheval, souvent d'crire, le fait beaucoup souffrir
-quand il est oblig de donner un grand nombre de
-signatures, et le rend, pour les dtails les plus intimes,
-dpendant de son valet de chambre. Tous ses beaux projets
-de reprendre la vie de garon et de se divertir tort
-et travers, il n'en est plus question, et si peu, que le Roi
-<span class="pagenum"><a id="Page_152"> 152</a></span>
-a fini ses panchements Mme de Lieven en lui disant
-qu'aussitt la Reine partie, il allait s'tablir Windsor,
-pour n'en pas sortir, et y vivre en ermite, jusqu'au retour
-de la Reine.</p>
-
-<p>Le dpart de cette Princesse, qui a lieu demain matin
- Wolwich, sera vraiment magnifique, puisque, outre son
-vaisseau, les deux grands bateaux vapeur et tout le Yacht
-Club, le Lord-maire, avec toutes les corporations de la
-Cit, dans leurs barges de gala, accompagneront la Reine,
-pour lui faire honneur, jusqu' l'endroit de la rivire o
-la juridiction finit. On dit aussi qu'une flottille hollandaise
-doit venir sa rencontre.</p>
-
-<p>Almacks, le clbre Almacks<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">&nbsp;[25]</a>, qui depuis vingt ans
-fait le dsespoir du petit monde, l'objet de l'mulation et
-des dsirs de tant de jeunes personnes de la province;
-Almacks, qui donne ou refuse le brevet de la mode;
-Almacks, gouvernement absolu par excellence, modle du
-despotisme et du bon plaisir de six dames les plus exclusives
-de Londres; Almacks, comme toutes les institutions
-modernes, porte en lui le germe de sa destruction. Aprs
-le relchement dans sa police intrieure, est venue une
-violation de ses privilges, puisque le duc de Wellington
-a os donner un bal le mercredi, jour sacr, vou exclusivement
- Almacks; et enfin la dsunion et les conflits de
-juridiction s'tant levs dans le <i>Conseil des six</i>, nous
-sommes menacs de voir crouler, avec la Constitution de
-<span class="pagenum"><a id="Page_153"> 153</a></span>
-l'tat et celle de l'glise, si branles en ce moment, cet
-Almacks o les jeunes personnes trouvaient des maris, les
-femmes un thtre pour leurs prtentions, les romanciers
-les scnes les plus piquantes de leurs rcits, les trangers
-leurs donnes sur la socit, et tout le monde enfin un
-intrt plus ou moins avouable pendant la saison par excellence.</p>
-
-<p>C'est lady Jersey qu'on accuse d'avoir t l'esprit subversif.
-Les chefs d'accusation contre elle sont nombreux:
-s'tre refuse l'admission de nouvelles patronnesses,
-qui, plus jeunes et plus gaies que les anciennes, auraient
-ranim la mode qui plit; avoir donn avec une facilit
-trs coupable des billets des gens peu lgants; avoir
-soustrait ses listes l'investigation de ses collgues, et,
-aprs avoir elle-mme introduit du pauvre monde ces bals,
-les avoir dcris; ne s'y tre plus rendue elle-mme, malgr
-sa qualit de patronnesse; avoir dcid le duc de Wellington
- donner une fte un mercredi; avoir voulu forcer
-les autres patronnesses remettre Almacks un autre
-jour; et enfin, non contente d'avoir boulevers ainsi toutes
-les traditions les plus sacres de l'institution, d'avoir crit
-un billet, ou plutt un manifeste arrogant et ridicule, la
-spirituelle lady Cowper, pour se plaindre qu'au mpris de
-ses intentions, Almacks et eu lieu concurremment avec
-le bal du duc de Wellington, et pour menacer le Comit
-de son indignation et de sa retraite! On s'attend qu' la
-premire runion de ces dames, il y aura un beau tapage
-fminin. J'avoue que s'il y avait l une tribune pour le
-public, j'y porterais ma curiosit.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_154"> 154</a></span>
-Il faut convenir que lady Jersey porte l'aveuglement de
-sa vanit au del de toutes les bornes: un manque complet
-d'esprit, une origine bourgeoise<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">&nbsp;[26]</a>, des richesses mal
-gouvernes, un mari trop doux, une beaut plus conserve
-que parfaite, une sant inaltrable, une activit fatigante,
-lui ont persuad qu'elle avait assez d'argent pour se passer
-toutes ses fantaisies, assez de beaut pour dsesprer ou
-combler les dsirs de tous les hommes qui l'environnent,
-assez d'esprit pour gouverner le monde, et assez d'autorit
-pour tre toujours, partout et sans concurrence, la premire,
-dans la faveur des Princes, dans la confiance des
-hommes d'tat, dans le c&oelig;ur des jeunes gens, dans l'opinion
-mme de ses rivales. Elle se croit une existence
-incontestable en supriorit, qui rendrait la modestie
-oiseuse et la ferait paratre de l'hypocrisie; aussi elle s'en
-dispense parfaitement. Elle parle de sa beaut, qu'elle
-dtaille avec complaisance, comme de celle de la fameuse
-Hlne des Troyens; son esprit, sa vertu, sa sensibilit,
-tout a son tour; sa pit mme arrive correctement le
-dimanche et finit le lundi; sans mesure, sans esprit, sans
-gnrosit, sans bienveillance, sans grce, sans droiture,
-sans dignit, elle est moque ou dteste, vite ou redoute;
- mon gr, une mauvaise personne pour le c&oelig;ur, une
-sotte personne pour l'esprit, une dangereuse personne
-pour le caractre, une fatigante personne pour la socit,
-mais au demeurant, comme on dit, la meilleure fille du
-monde.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_155"> 155</a></span>
-<i>Londres, 6 juillet 1834.</i>&mdash;Les dmentis un peu rudes
-qui ont t changs la Chambre des Communes entre
-M. Littleton, secrtaire pour l'Irlande, et M. O'Connell,
-n'ont pas eu bien bonne grce et ont mis l'indiscrtion
-du premier et le manque de dlicatesse du second fort au
-jour! On s'attendait qu'aprs de pareilles scnes, il y
-aurait une petite explication arme entre les deux champions,
-et que M. Littleton donnerait sa dmission ou serait
-congdi. Mais l'piderme politique n'est ni bien fin ni
-bien sensible; le calus se forme trop vite dans les habitudes
-parlementaires; l'ambition et l'intrigue dtrnent
-promptement toute dlicatesse, parfois tout honneur.</p>
-
-<p>M. Stanley, dans l'ternelle question du clerg d'Irlande,
-a fait encore un grand discours avant-hier, et pour le coup
-en cassant les vitres, et en jetant le gant au ministre,
-dont il faisait nagure partie. C'tait si naturel prvoir
-que je me suis merveille de la niaiserie des ministres et
-de leurs amis, qui soutenaient, perdre haleine, que
-M. Stanley resterait leur ami et leur dfenseur, aprs sa
-retraite comme avant. Comme s'il n'y avait d'autres
-liens parmi les hommes politiques que celui d'une ambition
-commune!</p>
-
-<p>Le ministre de Naples a cru devoir se rendre chez don
-Carlos prs duquel il a t appel, mais bien dcid ne pas
-prjuger les intentions de sa Cour et ne donner don
-Carlos que le titre de Monseigneur; mais, arriv
-Gloucester-Lodge, il a t solennellement introduit auprs
-du Prince, qui se tenait debout, au milieu de toute sa Cour,
-les Princesses ses cts, si noires, si laides, avec des
-<span class="pagenum"><a id="Page_156"> 156</a></span>
-yeux si africains, que le pauvre vieux Ludolf s'est troubl
-et qu'entendant tout le monde crier <i>le Roi</i> et voyant ces
-quatre terribles yeux noirs de btes froces fminines se
-fixer sur lui avec fureur, il a cru que, s'il se bornait au
-Monseigneur, il verrait son heure dernire, ce qui lui
-a fait donner du <i>Roi</i> et de la <i>Majest</i> tour de bras, heureux
-d'tre chapp sain et sauf de cette tanire!</p>
-
-<p>La princesse de Lieven nous a fait passer une trs
-agrable journe, hier, la campagne. La socit tait de
-bonne humeur et de bon got: la Princesse, lady Clanricarde,
-M. Dedel, le comte Pahlen, lord John Russell et
-moi. Le temps tait superbe, deux pluies d'orage prs,
-que la compagnie a prises en bonne humeur. Nous avons
-dn Burford-Bridge, jolie petite auberge au pied de
-Box-Hill, que la chaleur ne nous a permis de gravir qu'
-moiti. Nous avons aussi visit <i>the Deepdene</i><a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">&nbsp;[27]</a>, campagne
-de M. Hope, qui mrite bien son nom: la vgtation
-est belle, mais le lieu est bas et triste; la maison a des
-prtentions gyptiennes grotesques et laides.</p>
-
-<p>Denbies<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">&nbsp;[28]</a> M. Denison, o nous avons t ensuite, est
-admirable de position; la vue est riche et varie, mais la
-maison est peu de chose, du moins l'extrieur. Tout ce
-ct-l est assez pittoresque et mme beaucoup pour tre
-si prs d'une grande ville comme Londres. La partie
-sans contredit fut agrable, et le souvenir m'en plat.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_157"> 157</a></span>
-<i>Londres, 7 juillet 1834.</i>&mdash;Le duc de Cumberland
-annonce l'intention d'aller chez don Carlos, ce qui dplat
-fort au Roi. Le duc de Gloucester en serait tent aussi,
-mais il n'a pas voulu y aller sans prvenir le Roi, qui l'a
-pri de n'en rien faire.</p>
-
-<p>Voici exactement ce qui s'est pass entre l'infant don
-Carlos et le duc de Wellington. L'Infant avait d'abord
-envoy l'vque de Lon au Duc, auquel il a paru un gros
-prtre assez commun, mais avec plus de bon sens que le
-reste de la compagnie. L'vque a engag le Duc venir
-voir son matre et lui donner ses avis. Le Duc a dclin
-de donner des avis sur une position dont les dtails et les
-ressources lui taient inconnus, mais il n'a pas cru pouvoir
-refuser d'aller chez don Carlos. Il y a t, et le singulier
-dialogue suivant s'est pass entre eux:</p>
-
-<p><span class="cap1">D</span><span class="smallc1">ON</span> <span class="cap1">C</span><span class="smallc1">ARLOS</span>.&mdash;Me conseillez-vous d'aller, par mer,
-rejoindre Zumalacarreguy en Biscaye?</p>
-
-<p><span class="cap1">D</span><span class="smallc1">UC</span> de <span class="cap1">W</span><span class="smallc1">ELLINGTON</span>.&mdash;Mais avez-vous les moyens de
-vous y transporter? (<i>Point de rponse...</i>) Avez-vous un port
-de mer vous, o vous soyez sr de pouvoir dbarquer?</p>
-
-<p><span class="cap1">D. C.</span>&mdash;Zumalacarreguy m'en prendra un.</p>
-
-<p><span class="cap1">D.</span> de <span class="cap1">W</span>.&mdash;Mais, pour cela, il lui faudra quitter la
-Biscaye. Et d'ailleurs, n'oubliez pas que, d'aprs le Trait
-de la Quadruple Alliance, l'Angleterre ne vous laissera pas
-reprendre la route d'Espagne, puisqu'elle s'est engage
-vous expulser de ce pays.</p>
-
-<p><span class="cap1">D. C.</span>&mdash;Eh bien! j'irai par la France.</p>
-
-<p><span class="cap1">D.</span> de <span class="cap1">W</span>.&mdash;Mais la France a pris les mmes engagements.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_158"> 158</a></span>
-<span class="cap1">D. C.</span>&mdash;Que ferait donc la France si je la traversais?</p>
-
-<p><span class="cap1">D.</span> de <span class="cap1">W</span>.&mdash;Elle vous arrterait.</p>
-
-<p><span class="cap1">D. C.</span>&mdash;Quel effet cela ferait-il auprs des autres puissances?</p>
-
-<p><span class="cap1">D.</span> de <span class="cap1">W</span>.&mdash;Celui d'un Prince aux arrts.</p>
-
-<p><span class="cap1">D. C.</span>.&mdash;Mais s'il y avait un changement de ministre,
-ici, on me rtablirait en Espagne.</p>
-
-<p><span class="cap1">D.</span> de <span class="cap1">W</span>.&mdash;Beaucoup d'intrigants, et du plus haut
-rang, chercheront vous le persuader, et je ne puis trop
-vous prmunir contre de semblables illusions. L'Angleterre
-a reconnu Isabelle II et ne peut plus revenir sur cette reconnaissance,
-ni sur les engagements pris par le trait. Je
-vous dis, peut-tre, des choses dsagrables, mais je crois
-que c'est le plus grand service vous rendre. Je connais
-bien ce pays-ci; vous n'avez rien en attendre. Je suis
-mme tonn que vous l'ayez choisi pour votre rsidence
-aprs le trait que mon gouvernement a sign. Vous
-seriez, ce me semble, beaucoup d'gards, infiniment
-mieux en Allemagne. Je ne connais pas la force de votre
-parti en Espagne, ni ses chances de succs; mais je ne
-crois pas qu'il vous vienne jamais d'quitables et efficaces
-secours que de l'Espagne elle-mme.</p>
-
-<p>Telle est cette conversation qui m'a paru trs curieuse,
-parce qu'elle tmoigne de l'trange ignorance de l'un, et
-de la simple droiture de l'autre. Le Duc a t extrmement
-frapp de l'espce de crtinisme de ce malheureux
-Prince, qui n'a rien su, rien appris, rien compris; qui n'a
-ni dignit, ni courage, ni adresse, ni intelligence, et qui
-semble rellement tre la dernire marche de l'chelle
-<span class="pagenum"><a id="Page_159"> 159</a></span>
-humaine. On dit que les Princesses, les enfants, tous ceux
-enfin qui sont autour de lui, sont peu prs de la mme
-sorte. Cela fait beaucoup de piti.</p>
-
-<p>Le duc de Wellington ne croit pas au million envoy
-par M. de Blacas; il pense que c'est plutt le clerg espagnol
-qui aura envoy quelque argent.</p>
-
-<p>J'ai dit au Duc que j'avais vu beaucoup de personnes
-extrmement curieuses de savoir quel titre il avait donn
- don Carlos, lorsqu'il avait t chez lui; il m'a dit alors:
-Vous voyez, par ce que je viens de vous raconter, que
-je pourrais faire imprimer la conversation que j'ai eue
-avec ce Prince: elle n'a rien de choquant pour personne.
-Du reste, cette curiosit me rappelle celle qu'avaient tous
-les Espagnols, pendant la guerre de la Pninsule, de savoir
-de quelle manire je qualifiais Joseph Bonaparte, lorsque
-je communiquais avec lui, ce qui m'arrivait souvent. Ses
-correspondances franaises taient souvent interceptes,
-et on me les apportait; elles contenaient beaucoup d'informations
-qu'il ne fallait pas qu'il ret, mais il s'y trouvait
-aussi des nouvelles de sa femme et de ses enfants
-dont je n'aurais pas voulu le priver, et que je lui faisais
-passer par les avant-postes franais. J'crivais alors au
-gnral franais et je lui disais: Faites savoir au Roi
-que sa femme, ou sa fille ane, ou sa fille cadette, va
-mieux, ou moins bien; qu'elles sont parties pour la
-campagne, ou autres choses semblables; je ne disais
-jamais <i>Roi d'Espagne</i> et j'adressais mes messages des
-gnraux franais, mais non des gnraux espagnols
-josphinos. Ainsi, il n'y avait, dans ce titre de Roi, aucune
-<span class="pagenum"><a id="Page_160"> 160</a></span>
-reconnaissance infrer. C'tait une politesse et voil
-tout: elle ne pouvait tirer consquence. Le Duc m'a
-laiss ainsi mes propres conclusions sur la manire
-dont, en voyant don Carlos, il l'a nomm.</p>
-
-<p>Tous ces pauvres Espagnols ont t hier au Grand
-Opra, o ils ont, comme de raison, excit une grande
-curiosit!</p>
-
-<p>On me mande, de Paris, qu'on y est en enfantement
-d'un gouverneur d'Alger. Le marchal Soult voudrait y
-envoyer un marchal de France, d'autres veulent un personnage
-de l'ordre civil pour y placer le duc Decazes qui
-le demande cor et cri et auquel Thiers, notamment,
-l'a promis. C'est assez drle, un favori de Louis XVIII se
-rabattre sur Alger! Je me souviens d'un temps o on songeait
-aussi le transporter fort loin, et o Alger, avec son
-dey, son esclavage et son cordon, aurait paru une assez
-bonne combinaison au Pavillon Marsan. Oh! les drleries,
-les singularits, les contrastes, les catastrophes, n'ont pas
-manqu dans les annes que j'ai vues se succder, et dont
-le nombre me parat souvent doubl et tripl, quand je
-songe l'immensit de faits accomplis, de destines
-dtruites, de bouleversements et de rdifications qui les
-ont signales.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 8 juillet 1834.</i>&mdash;Le ministre anglais ne
-sait ni vivre ni mourir. Chaque jour dmolit une partie de
-l'difice; il est impossible que le Cabinet ne se sente pas
-branl dans ses fondements et cependant, contre toutes
-les traditions parlementaires, il reste en dpit des dmentis,
-<span class="pagenum"><a id="Page_161"> 161</a></span>
-des indiscrtions, des petites lchets des uns, des
-petites trahisons des autres. Les faussets royales mme
-ne manquent pas; les conservateurs sont prts recueillir
-une succession que tout leur promet, mais dont ils aiment
-mieux hriter par voie de douceur que de l'arracher aux
-mourants. En attendant, rien ne se fait, rien ne se dcide,
-et le public tonn regarde, attend et ne comprend pas.
-Lord Althorp annonce que M. Littleton a offert sa dmission
-qui n'est point accepte par lord Grey; celui-ci nie
-telle dclaration du Cabinet, que le duc de Richmond
-dclare avoir t prise, chose qu'il affirme, ajoute-t-il,
-avec la permission mme du Roi. Cet incident singulier
-devrait, naturellement, amener quelque solution grave, si
-les choses se passaient encore suivant les anciennes habitudes
-du Parlement, mais aujourd'hui, on ne s'attend plus
-qu' quelque pauvre repltrage entre les ministres. Pendant
-qu'on les voit ainsi marchander leur existence au
-dedans, on voit lord Palmerston trancher premptoirement
-toutes les questions du dehors, refuser aux uns des
-explications, ne pas couter celles des autres, ne cder
-aux avis de personne, inquiter, irriter tout le monde; ce
-n'est, assurment, pas le cas de dire avec Jean Huss, qui
-allant au supplice et voyant une pauvre vieille femme
-courir avec un zle aveugle, et, pour la gloire de Dieu,
-jeter un fagot de plus sur le bcher o il devait tre
-brl, s'cria: <i>Sancta simplicitas!</i></p>
-
-<p>A propos de lord Palmerston, et de sa rputation parmi
-ceux-l mme qui ont un certain besoin de lui, je citerai
-le dire de lord William Russell, le plus tranquille et le
-<span class="pagenum"><a id="Page_162"> 162</a></span>
-plus modr des hommes. Mme de Lieven lui exprimant
-le dsir de le voir bientt ambassadeur Ptersbourg:
-Assurment, rien ne serait plus heureux et plus brillant
-pour ma carrire, et cependant, si lord Palmerston y pensait,
-je refuserais; car il ne lui faut pas des agents clairs
-et vridiques, mais des gens qui sacrifient la vrit ses
-prventions. Tout langage, toute opinion indpendante
-l'irrite, il ne songe alors qu' se dfaire de vous et vous
-perdre. Ma manire de voir, Lisbonne, n'ayant pas t
-la mme que la sienne, il a cherch nuire la rputation
-de ma femme, et si, de Ptersbourg, je lui donnais
-d'autres renseignements que ceux qui lui conviennent, il
-dirait tout simplement que je suis achet par la Russie et
-essayerait ainsi de me dshonorer. Un <i>gentleman</i> ne peut
-jamais, la longue, consentir traiter des affaires avec
-lui.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 9 juillet 1834.</i>&mdash;Paul Medem nous disait,
-hier, que rien n'tait si trange que l'excs du got
-du duc de Broglie, lorsqu'il tait ministre, pour lord
-Granville. La prfrence donne l'ambassadeur d'Angleterre,
-sur tout le reste du Corps diplomatique, dans les
-circonstances donnes, paraissait simple; cependant, cette
-prfrence tait non seulement exclusive, mais inquite,
-jalouse, absorbante; elle tait devenue ridicule, gnante
-et souvent nuisible.</p>
-
-<p>Un autre fait qui n'a pas sembl moins trange, c'est
-que, le lendemain du jour o M. de Broglie est sorti du
-ministre, faisant sa tourne d'ambassadeurs, et leur
-<span class="pagenum"><a id="Page_163"> 163</a></span>
-expliquant les motifs de sa retraite, il ajoutait chacun,
-pour adoucir ce qu'il supposait, tort, tre un regret pour
-eux, que sa pense et son systme ne restaient pas moins
-personnifis dans le Cabinet, par son lve, M. Duchtel,
-qu'il y avait fait entrer, aprs l'avoir initi aux grandes
-affaires qu'il ne quitterait plus dsormais, et l'avoir form
- tre un homme d'tat de premire distinction. Ce legs,
-si pompeusement annonc, n'a pas sembl d'aussi grande
-importance aux hritiers qu'au testateur.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 10 juillet 1834.</i>&mdash;Le <i>Times</i> m'a appris,
-hier, qu'aprs avoir demand l'ajournement de plusieurs
-lois la Chambre des Lords, et avoir runi un conseil fort
-prolong, lord Grey et lord Althorp avaient remis leurs
-dmissions au Roi qui les avait immdiatement acceptes<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">&nbsp;[29]</a>.</p>
-
-<p>Je suis partie, ne sachant rien de plus, et je suis alle
-avec la duchesse-comtesse de Sutherland et la comtesse
-Batthyny, passer la matine Bromley-Hill, ravissante
-maison de campagne, o lord Farnborough, ancien ami
-de M. Pitt, vit habituellement, uniquement occup de cette
-charmante demeure, belle par sa situation, ses beaux
-ormes, ses fleurs, ses eaux superbes, son bon got parfait,
-<span class="pagenum"><a id="Page_164"> 164</a></span>
-et un soin extrme. Nous avons t ravis de ce charmant
-tablissement, et c'est avec regret que nous sommes
-rentrs dans la fume et la politique de Londres.</p>
-
-<p>On n'y savait rien de plus sur le grand vnement du
-jour, si ce n'est le simple fait du message du Roi lord
-Melbourne, sans qu'on et encore rien appris sur ce qui
-s'tait dit entre le Roi et lui. Nous avons t le soir chez
-lord Grey que nous avons trouv en famille. Ses enfants
-m'ont paru abattus, sa femme en irritation, lui seul gai,
-simple, amical, avec ce maintien plein de noblesse et de
-candeur qui lui est propre, et qui a quelque chose de fort
-touchant. Il nous a dit, trs naturellement, qu' travers
-une srie de difficults et de dsagrments sans cesse
-renaissants depuis le dbut de la session, le dernier fait
-de l'imprudente btise de M. Littleton, si faiblement explique
-par lord Althorp aux Communes, rendait la dmission
-de M. Littleton insuffisante, et la sienne et celle de
-lord Althorp ncessaires.</p>
-
-<p>Il m'a sembl, que, dans la famille de lord Grey, la
-grande haine tait contre M. Stanley, dont la retraite,
-suivie d'un si rude discours, a, de fait, port au ministre
-un coup dont l'incident Littleton n'a t que la dernire
-crise. Les Communes, peu satisfaites de ce que leur
-a dit lord Althorp ce sujet, se sont fractionnes en de
-trop fortes minorits pour n'avoir pas prouv leur mcontentement,
-et c'est ce qui a fix les longues incertitudes
-de lord Grey. Il nous a sembl content de l'effet produit
-par l'explication qu'il venait de donner de toute sa conduite
- la Chambre des Pairs.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_165"> 165</a></span>
-M. Ward, son gendre, est venu lui porter des nouvelles
-de la Chambre des Communes, o il paraissait que les
-explications de lord Althorp auraient t reues assez froidement.
-L'impression y tait qu'outre lord Grey et lord
-Althorp, MM. Abercromby, Grant et Spring-Rice s'taient
-galement retirs du ministre; quoi lord Grey a repris
-que cela n'tait pas exact, qu'il n'y avait que lui et lord
-Althorp qui eussent rellement donn leurs dmissions,
-et telles enseignes, que le Chancelier, la Chambre des
-Pairs, avait mme dit qu'il ne comptait point quitter, et
-qu'il ne rendrait les Sceaux que sur un ordre formel du
-Roi. A cela, je me suis permis de demander si la retraite
-du premier ministre n'entranait pas, ncessairement,
-celle de tous les autres membres du Cabinet: &mdash;En
-droit, oui, mais en fait, non; m'a dit lord Grey, mais
-vous avez raison, c'est l'usage habituel. A vrai dire, mon
-administration est dissoute; cependant, ces Messieurs,
-individuellement, peuvent rester dans le nouveau Cabinet.
-Sa rponse tait videmment gne et embarrasse.</p>
-
-<p>Nous avons t ensuite chez lord Holland; il tait infiniment
-plus abattu que lord Grey, fort irrit de l'attaque que
-le duc de Wellington avait faite contre le Cabinet, au Parlement,
-et qu'il qualifiait de mauvais got et de mchant
-esprit. Il a dit que les Tories semblaient tout prpars
-recueillir la succession, mais qu'il esprait que le discours
-du Chancelier les dgoterait de la tche en leur montrant
-les difficults normes; que, d'ailleurs, on ne se mettait
-pas table sans tre invit s'y placer, et que, jusqu'
-prsent, le Roi n'avait point appel les Tories, qu'il avait
-<span class="pagenum"><a id="Page_166"> 166</a></span>
-fait chercher lord Melbourne, mais que, nanmoins, il
-ignorait ce qui s'tait dit entre eux.</p>
-
-<p>Sur notre question de savoir si le Cabinet tait entirement
-ou seulement partiellement dissous, lord Holland a
-dit que le Roi devait se croire sans ministres, et que lui,
-lord Holland, quoique n'ayant pas donn sa dmission, se
-regardait cependant comme <i>out of office</i>. Il rgne sur cette
-question une incertitude qui prouve l'attachement de ces
-Messieurs leurs places et la rpugnance qu'ils prouvent
- les quitter. Lord Melbourne est arriv pendant que
-nous tions l, nous nous sommes retirs par discrtion,
-gure plus avancs la fin de la journe qu' son dbut.</p>
-
-<p>Il parat que rien ne s'claircit en Espagne. Le cholra
-y rpand un effroi dont la Rgente essaye de profiter pour
-se squestrer dans un moment qu'on dit tre embarrassant
-pour elle. Il est fcheux pour cette Princesse de s'tre
-dconsidre aux yeux d'un public, dont il serait si dsireux
-pour elle d'obtenir l'estime et la bienveillance. Le
-cholra et la retraite de la Reine jettent un grand dcousu
-dans la marche des affaires et du gouvernement. On parle
-de changer le lieu de rassemblement des Corts.</p>
-
-<p>On assure que l'infant don Francesco, rest Madrid
-avec sa femme, l'infante Carlotta, s&oelig;ur de la Rgente, mais
-brouill avec elle, songe, l'instigation de son pouse,
-s'assurer la Rgence, et mme peut-tre plus que cela. La
-guerre civile est toujours trs vive dans le nord de l'Espagne;
-il est impossible de prvoir ce qu'un tel tat de
-choses, dans la position particulire des acteurs principaux,
-pourra amener pour le midi de l'Europe.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_167"> 167</a></span>
-<i>Londres, 11 juillet 1834.</i>&mdash;Le Roi, en faisant chercher,
-avant-hier, lord Melbourne, lui a parl de son dsir d'arriver
- un ministre de coalition, et l'a pri de s'en occuper,
-mais lord Melbourne a d, hier matin, crire au Roi que
-pareille tche lui tait impossible. En mme temps, lord
-Brougham, qui ne cache pas son dsir de rester aux affaires
-et de les diriger, a crit aussi au Roi, pour lui dire que
-rien n'tait plus ais que de reconstruire une nouvelle
-administration avec les dbris de l'ancienne, et de continuer
- gouverner dans le mme systme. Deux Tories principaux
-dans leur parti ont dit Mme de Lieven que s'ils
-taient appels par le Roi, ils accepteraient, que leur plan
-tait fait et la question de savoir s'ils ne s'effrayaient pas
-de dissoudre la Chambre des Communes et d'en appeler
-une autre, ils ont dit qu'ils ne dissoudraient pas, parce
-qu'ils resteraient, ce qu'ils croyaient, matres de la
-Chambre actuelle, toute mauvaise qu'elle est. Ils se sont
-aussi fort bien expliqus sur l'alliance avec la France, et
-particulirement sur M. de Talleyrand, dont le systme
-conservateur leur inspire confiance, au point, disent-ils,
-que c'est le seul ambassadeur franais qui puisse leur convenir.</p>
-
-<p>Hier, dner, chez nous, il n'y avait que quelques
-dbris du ministre dchu; on parlait assez librement de
-ce qui a amen la catastrophe, qu'il faut rattacher une
-srie de petites trahisons intestines, ou, comme disait lady
-Holland, <i> de grandes trahisons</i>.</p>
-
-<p>Lord Brougham, que lord Durham qualifiait, avec raison
-peut-tre, de fourbe et de fou, parat tre le grand coupable.
-<span class="pagenum"><a id="Page_168"> 168</a></span>
-Il a entretenu une correspondance secrte avec le
-marquis de Wellesley, vice-Roi d'Irlande, pour l'engager
- faire lord Grey des rapports, qui, diffrents des prcdents,
-devaient le dterminer abandonner le Bill de
-coercition. D'un autre ct, la consultation demande aux
-juges d'Irlande sur l'tat du pays, et sur les mesures convenables
- adopter, n'ayant pas t telle que la dsirait le
-Chancelier, n'est jamais parvenue lord Grey et parat
-avoir t supprime; les indiscrtions de M. Littleton, le
-manque d'nergie de lord Althorp, les difficults des choses
-en elles-mmes, tout cela runi a fix les irrsolutions de
-lord Grey, qui tait dcid depuis longtemps ne pas
-affronter la session prochaine du Parlement. Il voulait se
-retirer aprs celle-ci, mais en choisissant ses successeurs.
-Je crois qu'il est sincrement aise d'tre hors de la bagarre,
-mais qu'il regrette d'avoir quitt sur un terrain min par
-la trahison et sans savoir en quelles mains va tomber le
-pouvoir. Il est plein de dignit, mais sa femme regrette
-avec irritation toutes les ressources que le ministre offrait
-pour tablir ses enfants.</p>
-
-<p>Lady Holland est abattue et regrette le bien-tre que le
-duch de Lancastre procurait son propre individu. Lord
-Holland parle de tout ceci avec un mlange de bonhomie,
-d'insouciance, de chagrin et de gaiet, qui est rare, drle
-et surprenant.</p>
-
-<p>Personne ne sait, ne prvoit, ni ne prsume mme ce
-qui rsultera de toute cette crise.</p>
-
-<p>Le Roi est Windsor, assez petitement entour de
-parents lgitimes et illgitimes qui n'ont ni esprit ni consistance,
-<span class="pagenum"><a id="Page_169"> 169</a></span>
-qui ne sont, d'ailleurs, pas d'accord entre eux,
-et dont on ne saurait compter l'influence, ni dans un sens,
-ni dans l'autre. La prsence de la Reine aurait eu plus
-d'importance, mais je suis heureuse de penser que par son
-loignement elle chappe toute responsabilit. Le Roi en
-avait la prvision, qu'il a plusieurs fois manifeste, et elle-mme
-se consolait de le quitter par la pense de ne pouvoir
-tre accuse d'influencer distance les dcisions royales.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 13 juillet 1834.</i>&mdash;Il est vident que, dans
-cette semaine, il y a eu des dupes de diffrents cts. Les
-plus surpris, les plus drouts sont sans doute les conservatifs:
-ils se sont toujours imagin, et le public avec eux,
-que le Roi, trop faible pour renvoyer son ministre, serait
-cependant charm d'en tre dbarrass et saisirait avec
-empressement le premier joint pour rappeler les Tories, et
-cependant les heures et les jours se passent sans qu'on les
-demande.</p>
-
-<p>J'ai dn hier avec eux; ils avaient, videmment, l'apparence
-de gens dsappoints et le duc de Wellington,
-qui tait mon voisin table, chez lady Jersey, en a caus
-tout librement avec moi. J'ai t parfaitement de son avis
-sur le rsultat invitable de la conduite du Roi. Lord Grey
-tait le dernier chelon entre l'innovation et la rvolution,
-et le Roi laissant chapper une occasion naturelle et
-dcente, sans remonter l'chelle, sautera infailliblement la
-dernire marche qui le spare de l'abme destin engloutir
-le sort de la Royaut, du pays; le retentissement d'un
-pareil vnement sera incalculable en Europe.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_170"> 170</a></span>
-Quelqu'un qui dnait, hier, dans le camp oppos, m'a
-rapport que les Whigs se croyaient srs que le Roi tait
-venu en ville pour laisser lord Melbourne libre de composer
-un ministre sa guise, puisqu'il avait refus d'en
-former un de coalition. Ce qui confirmerait cette supposition,
-c'est que plusieurs membres influents des Communes
-ont rendez-vous ce matin, chez lord Melbourne. Il parat
-que la question est de savoir si on conservera ou si on
-abandonnera les clauses svres du Bill de coercition
-sur l'Irlande. Lord Melbourne veut les conserver, mais
-alors il faut se passer de lord Althorp, qui semble cependant
-tre le seul qui puisse diriger la Chambre des Communes.
-Il est probable que la journe actuelle dissipera
-tous les doutes, et que demain on aura une administration
-recompose, ou du moins rajuste, repltre et d'avance
-frappe mort. Ce que j'ai cru depuis longtemps et dit
-quelquefois, semble s'tre vrifi.</p>
-
-<p>Sir Herbert Taylor, le secrtaire particulier de George III
-et l'homme qui, jadis, avait inspir une grande passion
-la belle princesse Amlie, rput insignifiant sous le feu
-Roi George III, cit et estim sous George IV pour sa discrtion,
-remplit encore les mmes fonctions sous le Roi
-actuel. Je l'ai toujours souponn d'tre un ami dvou
-des Whigs et surtout de lord Palmerston. Il tait le seul,
-Windsor, auquel le Roi, dans ses jours de crise, ait pu parler,
-et par lequel d'ailleurs, toutes les communications
-aient pu passer; c'est ses inspirations et son travail
-sourd et cependant actif, et depuis longtemps prpar,
-qu'on s'en prend maintenant de ce qui se passe.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_171"> 171</a></span>
-Les dires se dtruisent en se succdant; l'esprit se
-fatigue d'une curiosit qui n'est ni satisfaite ni justifie.
-On revient sur l'assurance que lord Melbourne aurait
-libert entire de former un ministre sa guise. On dit
-que le Roi, qui, dcidment, n'a pas quitt Windsor, a
-envoy sir Herbert Taylor chez sir Robert Peel.</p>
-
-<p>On dit aussi dom Pedro mort et don Carlos parti. Enfin,
-la cit et les clubs sment, l'envi, pour passer le temps,
-je suppose, les nouvelles les plus bizarres et les plus contradictoires.
-On finit par ne plus rien croire, par ne gure
-couter et par attendre assez patiemment, dans une sorte
-de lassitude, que la gazette proclame, officiellement, le
-successeur du lourd et dangereux hritage du ministre.</p>
-
-<p>Pendant ce temps, lord Grey va faire des dners de
-gourmand Greenwich; il y porte le poids de sa dchance
-et de la perfidie de ses amis, Mme de Lieven celui de son
-brillant exil, et M. de Talleyrand les tiraillements d'une
-ambition encore vivace et d'une attention fatigue. Lord
-Grey a fort bien dit, l'autre jour, en faisant ses adieux au
-Parlement, qu' son ge de soixante-dix ans, on pouvait
-avec une certaine fracheur d'esprit conduire encore fort
-utilement les affaires, en temps ordinaire; mais qu'il fallait,
- une priode aussi critique que celle-ci, toute l'activit
-et l'nergie qui n'appartenaient qu' la jeunesse.</p>
-
-<p>Cette vrit, j'en ai fait l'application fort prs de moi, et
-j'ai senti que, dans une carrire publique, il fallait surtout
-s'appliquer choisir un bon terrain de retraite, n'en pas
-perdre l'-propos, et quitter ainsi la scne politique de
-bon air et de bonne grce, afin d'emporter encore les
-<span class="pagenum"><a id="Page_172"> 172</a></span>
-applaudissements des spectateurs et d'viter leurs sifflets.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 14 juillet 1834.</i>&mdash;On crivait ce matin de
-Windsor Londres, pour savoir des nouvelles. Le silence
-observ par le Roi tait absolu, et dans les longues promenades
-avec sa s&oelig;ur, la princesse Auguste, ou avec sa fille,
-lady Sophia Sidney, toute conversation politique tait soigneusement
-vite et la pluie, le beau temps, le voyage de
-la Reine, les seuls sujets traits.</p>
-
-<p>Le voyage de la Reine a prouv quelques embarras.
-Lord Adolphus Fitzclarence, qui n'est pas, ce qu'il
-semble, un marin fort habile, n'a pu trouver aisment son
-chemin; le yacht royal prenait d'ailleurs trop d'eau. Heureusement
-que le duc et la duchesse de Saxe-Weimar, le
-prince et la princesse des Pays-Bas, ayant t sur un steamer
-hollandais la rencontre de la Reine, celle-ci a pu
-passer leur bord avec sa femme de chambre et se rendre
-directement la Haye; la suite a eu de la peine gagner
-Rotterdam.</p>
-
-<p>Il est trs heureux, ce qu'il parat, que la Reine ait pu
-viter cette dernire ville, o l'irritation contre l'Angleterre
-est assez vive pour qu'on ait voulu y prparer un
-vilain charivari la pauvre Reine. Il tait convenu, ici,
-qu'elle ne verrait ni le Roi, ni la Reine des Pays-Bas, condition
-fortement impose par le Roi d'Angleterre; on parlait
-cependant d'une rencontre fortuite qui pouvait avoir
-lieu au chteau du Loo.</p>
-
-<p>Sir Herbert Taylor ayant t le point de mire de bien
-des gens dans ces derniers jours, il en a t question dans
-<span class="pagenum"><a id="Page_173"> 173</a></span>
-beaucoup de conversations, et j'ai appris ainsi que lorsqu'on
-le proposa pour secrtaire intime Georges III
-devenu aveugle, on pensa en mme temps en faire un
-Conseiller priv. George III se mit en grande colre
-contre une pareille ide, et, devant tous ses ministres, il
-dit M. Taylor: <i>Remember, Sir, that you are to be my
-pen, and my eye, but nothing else; that if you should presume,
-but once, to remember what you hear, read or
-write, to human opinion of your own, or to give an advice,
-we would part for ever</i>. En effet, sous George III et plus
-tard sous George IV, M. Taylor n'a jamais t qu'une
-sorte de mannequin, sans oreilles pour couter, sans yeux
-pour voir, sans mmoire pour se souvenir. On dit qu'il
-n'en est plus de mme maintenant, quoique les apparences
-soient toujours celles de la plus grande rserve et discrtion.
-Il m'a t dit, aussi, cette occasion, que
-George III, jusqu'au jour de sa ccit, ne s'tait jamais
-servi de secrtaire, pas mme pour faire les enveloppes ou
-cacheter ses lettres. Sa correspondance tait aussi tendue
-que secrte: il savait toutes les nouvelles de la socit,
-toutes les intrigues politiques, et quand il tait mcontent
-de ses ministres, ou en mfiance de quelques-unes de
-leurs mesures, il lui est arriv de consulter en cachette
-l'opposition. Il n'tait jamais pris au dpourvu; il connaissait
-l'opinion publique et joignait beaucoup d'instruction
-beaucoup de tenue et de dignit.</p>
-
-<p>Depuis avant-hier, le bruit s'est rpandu que don Carlos
-avait quitt furtivement Londres, et qu'il avait dj
-touch le sol franais lorsqu'on le supposait indispos
-<span class="pagenum"><a id="Page_174"> 174</a></span>
-Gloucester-Lodge; cependant, ce fait, qui est gnralement
-admis, n'est point encore dmontr. Ce qui en fait
-douter, c'est que M. de Miraflors le soutient vrai, et se
-vante d'y avoir fait entraner don Carlos par un agent sa
-solde, qui aurait dcid ce malheureux Prince cette
-dmarche, pour le livrer ainsi au premier poste espagnol,
-qui en ferait courte justice; cette singulire et atroce vanterie,
-dans la bouche de tout autre, il faudrait la prendre
-au srieux, mais M. de Miraflors est aussi fat en politique
-qu'en galanterie, et il est trs permis de douter de l'histoire
-en elle-mme, ou bien de supposer que l'agent, cens avoir
-mystifi le Prince, n'a peut-tre mystifi que le diplomate.</p>
-
-<p>Hier au soir, la convenance, l'intrt, la curiosit,
-l'affection, enfin les bons et les mauvais sentiments,
-avaient conduit un nombre inaccoutum de personnes
-la soire du dimanche, suppos tre le dernier de lady
-Grey. On y disait, mots couverts, mais de faon cependant
- laisser bien peu de doutes, que lord Melbourne
-tait revenu de Windsor premier ministre, et matre de
-former, avec les lments du premier Cabinet, une nouvelle
-administration dans laquelle lord Grey, seul, ne
-rentrerait pas. C'est monter en scne avec une vilaine
-couleur de trahison pour les uns; c'est, pour l'autre, en
-sortir avec la triste figure d'une dupe; c'est, de la part du
-Roi, prfrer, par faiblesse, un repltrage quelques
-jours d'nergie, difficiles sans doute, mais dignes au
-moins, et certainement salutaires pour le pays. Les Tories
-ne lui pardonneront jamais d'avoir recul, et la postrit
-le condamnera pour sa faiblesse.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_175"> 175</a></span>
-Il semblait, hier au soir, que tout se ft tout coup
-amoindri, affaiss et sali dans cette grande Angleterre; le
-Corps diplomatique se fractionnait en groupes d'expressions
-frappantes: la nouvelle Espagne, le nouveau Portugal,
-la Belgique peine bauche, tout ce qui a besoin
-du dsordre et de la faiblesse des grandes puissances pour
-se sauver des mauvaises conditions de son origine, regardaient
-lord Palmerston avec des regards d'angoisse qui,
-bientt, et lorsqu'on a suppos qu'il restait aux affaires, se
-sont changs en regards d'amour et de triomphe; le mpris,
-joint la haine, contractait toutes les fibres de la princesse
-de Lieven; l'ambassadeur de France, qui n'est ni
-rtrograde, comme le Nord, ni propagandiste comme l'Angleterre,
-semblait plus soucieux qu'irrit, plus afflig
-qu'tonn, et comme arriv au point o, le rle des honntes
-gens finissant, le sien devait se terminer, et o
-l'heure d'une retraite convenable et dcente avait sonn.
-Les Anglais, eux-mmes, paraissaient humilis, et point
-dupes de l'apparence de modration sous laquelle on
-cherche cacher sa faiblesse. En effet, le repltrage actuel
-conduira, un peu plus lentement, mais par une dcomposition
-aussi absolue, vers la destruction, qu'aurait pu le
-faire l'arrive, de plein saut, au pouvoir, de lord Durham
-et de M. O'Connell.</p>
-
-<p>Plus on scrute la conduite de lord Brougham dans tout
-ceci, et plus on est frapp de l'indlicatesse de sa nature;
-le vieux et grave lord Harewood lui ayant demand avant-hier
-o on en tait, et si le ministre se recomposait, le
-Chancelier lui a rpondu: O nous en sommes? Et o
-<span class="pagenum"><a id="Page_176"> 176</a></span>
-voulez-vous que nous en soyons, lorsque, dans un moment
-aussi critique que celui-ci, on a traiter avec des
-hommes qui imaginent de venir vous parler de leur honneur?
-Comme si l'honneur avait quelque chose faire
-dans un moment pareil.</p>
-
-<p>Si l'honneur ne le gne pas, il parat que le maintien de
-sa dignit ne le proccupe gure non plus, car hier
-dimanche, travers les mille agitations de tous, et malgr
-la rgle tablie pour les Chanceliers d'Angleterre, d'assister
-tous les dimanches l'office divin dans la chapelle du
-Temple, il a imagin d'accompagner Mme Peter la messe
-catholique et de l'couter dans le banc de cette belle dame,
- laquelle il fait une cour non moins assidue que celle de
-son collgue lord Palmerston.</p>
-
-<p>On dit, ce matin, que pour se dbarrasser de lord
-Durham, en lui donnant un os ronger, on l'envoie vice-Roi
-en Irlande, et qu'en mme temps, le ministre, renaissant
-de ses cendres, renoncera au Bill de coercition sur
-l'Irlande<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">&nbsp;[30]</a>; si c'est le cas, on aura sacr M. O'Connell
-Roi d'Irlande le jour anniversaire de la prise de la Bastille.
-Dcidment, le 14 juillet est le jour par excellence,
-dans les annales rvolutionnaires de l'histoire moderne!</p>
-
-<p>J'ai rencontr, tout l'heure, un Pair conservatif,
-homme d'esprit et de c&oelig;ur, qui m'a remue fortement:
-de grosses larmes roulaient dans ses yeux; il dplorait
-l'abaissement de son pays, l'croulement de ce vieux et
-grand difice. Il prvoyait la terrible lutte qui, tout
-<span class="pagenum"><a id="Page_177"> 177</a></span>
-d'abord, peut s'engager entre les deux Chambres; le radicalisme
-qui, bon gr mal gr, va devenir le guide du ministre
-d'aujourd'hui et de tous ceux qui lui succderont
-rapidement; le ministre du moment n'est, aux yeux de
-tout le monde, qu'un mort-n; aussi on est surpris que
-l'intelligente et bonne nature de lord Melbourne se soumette
- une semblable comdie. Sa s&oelig;ur cherchait l'expliquer
-en disant qu'il fallait savoir se sacrifier pour
-sauver la patrie, mais Mme de Lieven lui a rpondu en
-lui disant: Ce n'est pas par des hommes qui se dshonorent
-que la patrie peut tre sauve.</p>
-
-<p>Les amis de lord Melbourne, qui le connaissent bien,
-prtendent que la paresse prendra le dessus au premier
-jour, et qu'aprs un <i>Goddam</i> bien vigoureux, il enverra
-tout patre. En effet, il est trange de voir, dans le moment
-le plus critique du pays, l'homme le plus nonchalant de
-l'Angleterre appel en diriger les destines.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 15 juillet 1834.</i>&mdash;Lord Grey est venu me
-faire une longue visite. Nous avons parl de la dernire
-crise, comme si c'tait dj de l'histoire ancienne, avec le
-mme dgagement et la mme sincrit. Il n'a que faiblement,
-et comme par acquit de conscience, combattu mes
-tristes prvisions; il dfendait ses successeurs en masse,
-et les abandonnait en dtail, ou, du moins, il convenait
-de la difficult de leur position et du mauvais vernis avec
-lequel ils reparatraient sur la scne. Il s'est tu lorsque je
-lui ai dit que l'opinion publique assignait M. Littleton le
-rle de la btise, lord Althorp celui de la faiblesse, au
-<span class="pagenum"><a id="Page_178"> 178</a></span>
-Chancelier celui de la perfidie! Il a hauss les paules,
-lorsque je lui ai cit un propos tenu par M. Ellice, son
-beau-frre, la veille, dans le salon de lady Grey; en effet,
-ce propos tait trange. Le voici: En rpondant aux regrets
-que quelqu'un lui exprimait de la retraite de lord
-Grey: Srement, dit-il, c'est fcheux sous plusieurs rapports;
-mais cela ne pouvait tarder d'arriver, avec le dgot
-des affaires qui s'tait empar de lui; et, du moins, cela
-aura-t-il l'avantage de nous faire marcher dans une route
-plus large, de rendre nos allures plus franches et de nous
-tirer de ce juste milieu qui n'est plus possible maintenant.</p>
-
-<p>Lord Grey m'a rpt plusieurs fois qu'il ne regrettait
-ni le pouvoir, ni les affaires; que, depuis quelques mois,
-il s'tait senti affaibli, sans intrt pour rien, ne faisant
-les choses qu'avec une extrme rpugnance et lassitude.
-Il m'a avou que ce qui l'avait le plus rempli d'amertume,
-c'tait la conduite de plusieurs des siens, et surtout celle
-de lord Durham, dont la violence, la hauteur, l'ambition,
-l'intrigue, l'avaient d'autant plus fait souffrir que sa fille
-en tait la premire victime, et qu'il ne pouvait douter que
-la dernire fausse couche de lady Durham ne provnt de
-la brutalit de son mari. Il m'a dit que, malgr l'extrme
-effroi que ce caractre inspire, il tait question de lui
-donner, dans le nouveau Cabinet, la place que lord Melbourne,
-passant la Trsorerie, laissait vacante; l'ambition
-et la mauvaise activit de lord Durham le rendent tellement
-incommode un ministre dont il ne fait pas partie,
-qu'on se demande s'il ne vaut pas mieux l'admettre dans
-<span class="pagenum"><a id="Page_179"> 179</a></span>
-celui-ci, pour essayer, par ce moyen, de neutraliser ses
-mauvaises dispositions. Lord Grey doutait pourtant qu'on
-s'y dcidt, tant il est dtest par tous.</p>
-
-<p>Lord Grey tait sr d'avoir dcid lord Althorp passer
-sur tous les embarras de sa position et de lui faire reprendre
-sa place dans le Cabinet<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">&nbsp;[31]</a>. Il dit que sans lord
-Althorp, on ne pourrait jamais gouverner la Chambre des
-Communes; il se flattait aussi de dcider lord Lansdowne
- rester en place, mais cela n'tait pas certain. Enfin,
-dans sa persuasion, fonde ou non, que l'arrive des tories
-ou celle des radicaux amnerait une rvolution, il faisait
-sincrement, et avec le plus grand zle, tous ses efforts
-pour rajuster ce mme misrable Cabinet par lequel il
-vient d'tre trahi, ne sentant pas, ou ne voulant pas comprendre,
-que c'est, ncessairement, sous un trs lger
-masque, du radicalisme, tout aussi bien que si on en
-tait dj un ministre O'Connell ou Cobbett.</p>
-
-<p>J'ai dn ct du Chancelier chez la duchesse-comtesse
-de Sutherland. Il tait de fort bonne humeur et m'a propos
-de boire la date du jour, le 14 juillet. Au dessert!
-lui ai-je rpondu, sachant bien que sa mobilit
-d'esprit lui ferait oublier son toast; et, en effet, il n'y a
-<span class="pagenum"><a id="Page_180"> 180</a></span>
-plus song! J'aurais t, en tout cas, incapable de l'accepter,
-car cette date, dj si malheureuse, ne s'est, certes,
-pas purifie hier.</p>
-
-<p>Le Chancelier m'a demand si j'avais vu lord Grey, si je
-n'avais pas t frappe de sa navet, qui est telle, me
-dit-il, qu'il ne sait rien cacher, rien dissimuler, rien contenir:
-c'est un enfant pour la candeur, pour l'imprvoyance,
-cdant toutes les impressions du moment.
-C'est une trs noble nature, une me bien pure, ai-je
-rpliqu.&mdash;Oui, oui, assurment, a-t-il repris,
-celle d'un charmant enfant, et cela me fait souvenir que
-M. Hure, un ami de M. Fox, de Fitz-Patrick et de Grey,
-n'appelait jamais celui-ci autrement que <i>Baby Grey</i>.</p>
-
-<p>Don Carlos est dcidment parti. Les uns disent qu'il
-s'est embarqu sur la Tamise, pendant qu'on le croyait
-l'Opra, et qu'il va dbarquer sur un des points de l'Espagne
-o on lui suppose des intelligences; les autres
-prtendent, et ceci est la version de M. de Miraflors,
-qu'il a pass par la France, que c'est M. Calomarde qui,
-de Paris, a men toute cette intrigue, mais par l'instigation
-de lui, Miraflors, pour faire tomber don Carlos dans
-un pige. Tant il y a qu'il est parti, et que, quel que soit
-le rsultat de son entreprise, elle ne saurait, en elle-mme,
-tre indiffrente.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 16 juillet 1834.</i>&mdash;Le successeur de lord
-Melbourne, au ministre de l'Intrieur, est connu; c'est
-lord Duncannon qui passe cette place de la Direction
-des Eaux et Forts, qu'il abandonne sir John Cam-Hobhouse.
-<span class="pagenum"><a id="Page_181"> 181</a></span>
-Celui-ci est connu par ses relations avec lord
-Byron, ses voyages en Orient et ses opinions trs librales,
-moins cependant que celles de lord Duncannon,
-qu'on dit tre des plus vives. Il est donc bien vident que
-le Cabinet a pris une couleur plus tranche et plus
-avance en tendance rvolutionnaire.</p>
-
-<p>Si, hier matin, le dpart de Londres de don Carlos
-tait hors de doute, le soir, son arrive en Espagne tait
-certaine. Les tories prtendent savoir qu'il est arriv en
-Navarre, aprs avoir travers toute la France; c'est aussi
-la version de M. de Miraflors, qui regrette peut-tre
-maintenant de s'tre vant de lui avoir tendu des piges et
-de l'avoir entour d'espions, qui devaient, disait-il, le
-livrer au premier poste espagnol ennemi; mais voici
-qu'au contraire, il est parvenu sain et sauf au milieu des
-siens, dont on assure qu'il a t trs joyeusement reu.</p>
-
-<p>Le ministre anglais se disait, hier, instruit de son
-arrive en Espagne, qui aurait eu lieu le 9: mais il prtend
-que don Carlos a dbarqu dans un des ports de la
-Biscaye, et qu'il y est arriv n'ayant avec lui qu'un seul
-Franais; que ses partisans lui avaient fait grand accueil.
-On assure qu'il ne s'est rendu en Espagne que sur l'invitation
-des provinces du Nord, et sur la menace de celles-ci
-de se dclarer indpendantes de l'Espagne et de se constituer
-en Rpublique, si leur chef naturel ne se rendait
-pas au milieu d'elles. Il est vident qu'il fallait de grandes
-esprances d'une part, et de grandes craintes d'une autre,
-pour dcider un homme aussi timide et aussi inhabile que
-don Carlos courir de semblables hasards. Du reste, sa
-<span class="pagenum"><a id="Page_182"> 182</a></span>
-conversation avec le duc de Wellington, que j'ai rapporte
-plus haut, prouve que le projet d'aller en Espagne occupait
-son esprit depuis plusieurs semaines.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 17 juillet 1834.</i>&mdash;Les amis du nouveau
-ministre s'vertuent assurer que le systme d'alliance
-avec la France n'prouvera aucune altration. Je le crois,
-mais j'aurais prfr, pour les deux pays, que cette
-alliance s'affermt sur un terrain de bon ordre, au lieu de
-ne se continuer que par des sympathies rvolutionnaires.
-Celles-ci inquitent, juste titre, le reste de l'Europe, et
-peuvent amener des crises dans lesquelles il serait difficile
-de dsigner d'avance les vainqueurs.</p>
-
-<p>Nous sommes de plus en plus dcids retourner en
-France, aussitt aprs la clture du Parlement, peut-tre
-mme avant.</p>
-
-<p>Notre avenir plus loign, je ne le prvois point encore,
-mais l'exemple de lord Grey est une preuve de plus que,
-pour bien finir, les grandes figures historiques doivent
-choisir elles-mmes le terrain de leur retraite, et ne pas
-attendre qu'il leur soit impos par les fautes ou par la
-perfidie d'autrui.</p>
-
-<p>Nous avons reu, hier, les deux premiers volumes d'un
-livre qui a pour titre: <i>Monsieur de Talleyrand</i>. J'y ai
-peine regard, mais M. de Talleyrand l'a lu. Il dit que
-rien n'est si bte, si faux, si ennuyeux, si mal invent, et
-qu'il ne donnerait pas cinq shellings pour que ce livre
-n'et pas t publi. J'avoue que je suis moins philosophe
-et que dans des occasions de ce genre, qui sont si frquentes
-<span class="pagenum"><a id="Page_183"> 183</a></span>
- une poque aussi libellique que la ntre, je me
-souviens toujours d'un mot de La Bruyre, qui m'a beaucoup
-frappe par sa justesse. Il dit: Il reste toujours
-quelque chose de l'excs de la calomnie, ainsi que de
-l'excs de la louange. En effet, le monde se partage
-entre les malveillants et les imbciles, c'est ce qui fait
-qu'il y a toujours des gens pour croire l'invraisemblable,
-surtout quand il est hostile.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 18 juillet 1834.</i>&mdash;La fatuit est, chez les
-hommes, le rsultat d'une disposition qui s'tend d'un
-point tous les autres. M. de Miraflors, fort avantageux
-et pas mal ridicule auprs des femmes, n'est pas moins
-prsomptueux en politique; il s'y lance en enfant perdu,
-et s'attribue, avec une simplicit toute nave, des succs
-qu'il n'a d qu'aux passions personnelles des autres, et
-que, d'ailleurs, les rsultats dfinitifs ne se chargeront
-peut-tre pas de justifier; c'est ainsi qu'il se proclame
-l'inventeur de la Quadruple Alliance dont l'ide premire
-lui a t inspire par lord Palmerston. Maintenant que la
-rentre de don Carlos sur le territoire espagnol renouvelle
-les difficults, le petit Marquis, <i>proprio motu</i> et sans
-attendre les ordres de son gouvernement, fait, par une
-note, chef-d'&oelig;uvre de ridicule, vritable <i>olla podrida</i>, un
-appel l'Angleterre et la France, pour tendre les termes
-du trait dont on croyait l'objet accompli.</p>
-
-<p>Les circonstances actuelles sont cependant fort diffrentes.
-Il y a trois mois, les deux prtendants, Miguel et
-Carlos, taient, l'un et l'autre, acculs dans un petit coin
-<span class="pagenum"><a id="Page_184"> 184</a></span>
-de Portugal, et, par le fait, plus spcialement du ressort
-de l'Angleterre; maintenant, c'est dans le Nord de l'Espagne
-qu'est don Carlos, prs des frontires de France.
-L'Angleterre poussera-t-elle ses passions rvolutionnaires
-jusqu' laisser entrer les armes franaises dans la Pninsule,
-et ne sera-ce pas pour lord Palmerston le signal de
-sa sortie du ministre? D'autre part, la France peut-elle,
-aprs s'tre prononce contre don Carlos, lui laisser ressaisir
-un pouvoir qu'il emploiera contre elle? Ce n'est pas
-que le gouvernement, de plus en plus anarchique, de la
-Rgente offre un voisinage bien rassurant. Le Roi Louis-Philippe
-se trouve donc plac ainsi dans la double alternative
-d'avoir redouter, de l'autre ct des Pyrnes, le
-principe rpublicain ou le principe lgitimiste; le <i>mezzo
-termine</i> ne peut se soutenir que par la force arme, la
-conqute, enfin!</p>
-
-<p>Cela me rappelle un mot bien vrai de M. de Talleyrand
-qui m'est souvent revenu l'esprit depuis quatre
-ans: il a t dit au travers de l'enivrement des grandes
-journes de 1830. M. de Talleyrand rpondit alors
-quelqu'un qui tait tout en esprances et en illusions, en
-phrases patriotiques et en attendrissements sur la scne
-de l'Htel de ville, les accolades La Fayette et la popularit
-de Louis-Philippe: Monsieur, ce qui manque
-tout ceci, c'est un peu de conqute.</p>
-
-<p>On dit Martinez de la Rosa dpass en Espagne et ne pouvant
-plus se soutenir au ministre: il serait remplac par
-Toreno et passerait la Prsidence de la Chambre des Pairs.
-On dit aussi que la Rgente l'a nomm Marquis de l'Alliance.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_185"> 185</a></span>
-<i>Londres, 19 juillet 1834.</i>&mdash;Tout ce qui se passe ici
-fait reporter la pense vers les premires scnes de la
-Rvolution franaise. L'analogie est frappante, c'est presque
-une copie trop servile; les aristocrates, la minorit
-de la noblesse, le tiers tat, il y a de tout cela dans les
-tories, les whigs, les radicaux. Les jalousies, les ambitions
-personnelles aveuglent les whigs, qui ne veulent
-voir d'autres ennemis que les tories, qui n'aperoivent
-d'autres courants que de ce ct, et qui, pour chapper
-des rivaux de pouvoir, se prcipitent, eux et toute leur
-caste, dans l'abme creus par les radicaux.</p>
-
-<p>En causant, hier, de tout cela, M. de Talleyrand rappelait
-un mot que lui disait l'abb Sieys pendant l'Assemble
-constituante. Oui, nous nous entendons fort bien
-maintenant qu'il ne s'agit que de <i>libert</i>, mais quand nous
-arriverons sur le terrain de <i>l'galit</i>, c'est alors que nous
-nous brouillerons.</p>
-
-<p>A la sance trs vive d'avant-hier, la Chambre des
-Lords, le ministre a bien nettement marqu la ligne qu'il
-veut suivre, et les mmes hommes, qui, sous lord Grey,
-tenaient, il y a moins de quinze jours, les clauses rpressives
-du Bill de coercition pour indispensables, sont
-venus en annoncer l'abandon, au milieu des injures, des
-moqueries de la Chambre! C'tait dclarer que le Cabinet,
-pour vivre, se plaait aux ordres de la majorit radicale
-des Communes, ne comptait l'opposition des Lords pour
-rien, et prendrait tous les moyens pour l'annuler. L'irritation
-qui en rsulte est, comme de raison, vivement
-exprime par les Lords. Les ministres n'ont que les loges
-<span class="pagenum"><a id="Page_186"> 186</a></span>
-gracieusement accords par O'Connell pour les encourager
-et les consoler.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 20 juillet 1834.</i>&mdash;Je prfre, de beaucoup,
-le second discours de lord Grey, prononc avant-hier,
-la Chambre des Pairs, pour bien claircir sa position, qui
-avait t mal reprsente par les deux cts de la Chambre,
-au premier discours dans lequel il avait annonc sa
-retraite. Je trouvais celui-ci trop long, trop larmoyant,
-entrant dans des dtails trop minutieux de ses affaires de
-famille. Dans le discours d'avant-hier, plus laconique,
-plus serr, il est d'une dignit remarquable, et tout en
-vitant des personnalits aigres, tout en se mettant au-dessus
-de ressentiments personnels, il montre quel a t
-le mauvais jeu devant lequel il s'est retir; il reste indulgent
-pour les plus coupables, bienveillant pour ses successeurs
-comme individus, mais il se spare de leur systme.
-Il rentre dans ses propres instincts aux acclamations des
-gens senss, l'humiliation de ceux qui l'ont quitt, la
-grande dplaisance de tous ceux qui sont les vrais flaux
-de l'ordre social.</p>
-
-<p>Il faut en convenir, il y a quinze jours, lord Grey n'apparaissait
-plus que comme un vieux homme teint, min,
-tiraill, presque au moment d'tre dconsidr. Depuis sa
-retraite, un beau rayon de lumire a clair ses derniers
-actes politiques; son beau talent oratoire, si longtemps
-exerc dans l'opposition, reprend, en y rentrant, toute
-son nergie, et il est vrai de dire que lord Grey, tomb
-de chute en chute, vient de remonter la premire place,
-<span class="pagenum"><a id="Page_187"> 187</a></span>
-depuis qu'il s'est dgag des honteuses entraves, par lesquelles
-il s'tait laiss garrotter. Le Cabinet le redoute beaucoup
-maintenant; et, en effet, il tomberait bien bas, si lord
-Grey ne jetait, misricordieusement, sur eux, le manteau
-de sa charit! Ses collgues, qui, nagure, parlaient de
-lui avec plus de piti que de respect, tremblent, aujourd'hui,
-devant ses paroles. Ah! que l'on fait bien de ne
-pas se survivre, et que l'-propos est ncessaire, surtout
-dans la vie politique!</p>
-
-<p>Une retraite la fois moins importante et moins honorable,
-c'est celle du marchal Soult<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">&nbsp;[32]</a>. Des querelles
-intestines sur le choix d'un gouverneur civil ou militaire
-de l'Algrie, sur un discours de la Couronne plus ou
-moins dtaill au 31 juillet prochain, mais surtout la terreur
-du budget de la Guerre, que le Marchal aurait des
-raisons pour ne pas affronter la prochaine session, voil
-les motifs, assure-t-on, de cette dmission, accepte par
-le Roi, peu regrette dans le Cabinet, en gnral, et dont
-on veut offrir la vacance au marchal Grard.</p>
-
-<p>Il parat que fort heureusement pour la rgente d'Espagne,
-elle a prouv un accident qui lui permettra de se
-montrer l'ouverture des Corts. Elle a bien besoin que
-quelque bon hasard vienne rtablir sa position, si trangement
-compromise par ses lgrets et ses inconsquences.</p>
-
-<p>Lord Howick, fils an de lord Grey, dont l'esprit est
-aussi de travers que le corps est repoussant, et dont le
-<span class="pagenum"><a id="Page_188"> 188</a></span>
-public ne pensait pas grand bien, vient aussi de se relever
-en quittant sa place de sous-secrtaire d'tat au ministre
-de l'Intrieur, et de suivre ainsi l'exemple et la destine
-de son pre. C'est la seule fidlit sa fortune qu'aura
-trouve lord Grey.</p>
-
-<p>J'ai rencontr, hier, lady Cowper chez elle; elle m'a
-paru triste et soucieuse. Il est difficile, en effet, qu'avec
-son esprit intelligent elle ne soit pas afflige de voir ses
-parents et ses amis dans une route si peu honorable. Elle
-me faisait remarquer, avec raison, l'aspect si diffrent de
-la socit et de la vie de Londres, le soin qu'on met
-s'viter, l'hostilit du langage, l'inquitude des esprits, la
-dfiance du prsent, les tristes prvisions de l'avenir, le
-dcousu gnral, l'parpillement du Corps diplomatique
-et l'absence de tout gouvernement et de toute autorit. Ce
-langage tait frappant de la part de la s&oelig;ur du premier
-ministre et de l'ami intime du ministre des Affaires trangres.</p>
-
-<p>Elle a mis du prix me persuader que tous les sujets
-de plainte donns par celui-ci au Corps diplomatique, et
-M. de Talleyrand en particulier, ne devaient tre attribus
- aucune mauvaise intention, mais seulement quelques
-ngligences dans les formes, excusables chez un homme
-accabl de travail. Elle m'a paru surtout embarrasse de
-l'ide que M. de Talleyrand pourrait donner la conduite
-de lord Palmerston, envers lui, comme raison de sa
-retraite; enfin elle a mis tout son esprit, son bon got et
-sa grce, et elle a beaucoup de tout cela, servir ses
-amis et diminuer l'amertume qu'ils ont provoque. Je
-<span class="pagenum"><a id="Page_189"> 189</a></span>
-l'ai quitte, parfaitement contente de ses expressions,
-mais peu convertie sur le fond des questions.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 21 juillet 1834.</i>&mdash;Le besoin qu'a le ministre
-anglais actuel de quelque orateur la Chambre
-Haute moins discrdit que le Chancelier, plus habile que
-ses collgues pairs et ministres, a inspir la plus inconcevable
-des propositions, produite par le manque absolu de
-bon sens, et l'absence de toute lvation, qui caractrisent
-Holland-House. C'est trs srieusement qu'on est
-venu proposer lord Grey de rester, non comme chef,
-mais comme garde du Sceau priv. Il a eu le bon got d'en
-rire, comme d'une chose trop grotesque pour s'en fcher.
-Mais de quel air a-t-on pu lui adresser une pareille
-demande?</p>
-
-<p>Du reste, tout est si trange en ce moment qu'il ne faut
-plus s'tonner de rien. Voici, par exemple, le rcit exact
-de la manire dont lord Melbourne s'est acquitt de
-l'ordre du Roi, de chercher par tous les moyens arriver
-un ministre de coalition, o tous les partis fussent reprsents.
-Je comprends que la chose ft impraticable, mais
-il faut convenir que lord Melbourne s'est acquitt d'une
-singulire faon de cette mission royale. Il a crit au duc
-de Wellington et sir Robert Peel, de la part du Roi,
-pour leur dire de quelle commission il tait charg, en
-ajoutant que, pour leur viter la fatigue des dtails, il
-leur envoyait, en mme temps, une copie de la lettre qu'il
-venait d'crire au Roi sur sa manire personnelle d'envisager
-la question. Cette lettre ne contenait autre chose
-<span class="pagenum"><a id="Page_190"> 190</a></span>
-que la plus forte argumentation contre tout rapprochement
-et l'numration de toutes les difficults qui rendaient
-le projet de coalition impossible. La rponse du
-duc de Wellington et de sir Robert Peel n'est qu'un
-accus de rception, avec un remerciement respectueux
-de la communication qui leur tait faite au nom du Roi.
-Le Roi, s'tant tonn que ces messieurs ne fussent
-entrs dans aucun autre dtail, leur a fait dire qu'il
-demandait leurs observations: Elles sont toutes contenues
-dans la lettre de lord Melbourne au Roi, nous
-n'avons rien y ajouter, ont-ils rpondu; et c'est ainsi
-que s'est termine cette singulire ngociation.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 22 juillet 1834.</i>&mdash;L'espce de calme et de
-bonne mine qu'avait repris le gouvernement franais,
-semble un peu troubl par les discussions des ministres
-entre eux, qui ont amen la retraite du marchal Soult. Il
-parat qu'on s'inquite et se divise aussi sur le plus ou
-moins de dure et d'importance de la petite session
-annonce pour le 31 juillet. Elle arrive mal propos,
-pour discuter les vnements de la Pninsule, et embarrasser
-le gouvernement par tout le bavardage de la tribune.
-Le triomphe de don Carlos fixerait un ennemi personnel
-sur nos frontires; celui de la Rgente, qu'elle ne
-peut obtenir qu'en se jetant, de plus en plus, dans le
-<i>mouvement</i>, nous donnerait un voisinage de rvolution et
-d'anarchie. Cela ne saurait tre indiffrent notre gouvernement,
-qui n'a dj que trop lutter contre de semblables
-lments. Il parat, du reste, que les deux armes
-<span class="pagenum"><a id="Page_191"> 191</a></span>
-taient trop en regard l'une de l'autre, pour qu'elles n'en
-vinssent pas aux prises, et le premier succs clatant restant
- l'un ou l'autre des deux comptiteurs fixera, probablement,
-leurs destines ultrieures. Aussi en attend-on
-l'issue avec une grande et inquite curiosit.</p>
-
-<p>Maintenant que la querelle ne se rgle plus en Portugal,
-mais en Espagne, les Anglais se mettent sur le second
-plan et ne donneront que de lgers secours leur cher
-petit Miraflors; le grand fardeau est rserv la France,
-et il se prsente hriss de difficults.</p>
-
-<p>On rpandait, hier, la Cit, la nouvelle de la mort de
-la Reine rgente. Les uns disaient qu'elle avait pri par le
-poison, d'autres la suite de l'accident qui l'avait conduite
-dans la retraite. La nouvelle est probablement fausse,
-mais dans un semblable pays, travers la guerre civile,
-le fanatisme religieux, les querelles et les jalousies de
-famille, les passions de toute espce qui y sont dchanes,
-des crimes ne sont pas plus invraisemblables que
-les folies et les dsordres qui s'y passent journellement.</p>
-
-<p>Le ministre Stanley qui remplace lord Howick, comme
-sous-secrtaire d'tat au ministre de l'intrieur, et qui
-n'a rien de commun avec le M. Stanley dernirement
-ministre, est une espce de <i>faux dandy</i> parfaitement
-radical et de la plus mauvaise et vulgaire sorte. Il a
-t, un moment, secrtaire particulier de lord Durham.</p>
-
-<p>Celui-ci a ddaigneusement refus l'ambassade de Paris,
-qu'on ne lui offrait, ce qu'il a bien compris, que pour
-se dbarrasser de lui ici. Il a rpondu qu'il n'accepterait
-aucun emploi d'un Cabinet qui refusait de le recevoir
-<span class="pagenum"><a id="Page_192"> 192</a></span>
-dans son sein. Lord Carlisle a donn sa dmission de lord
-du Sceau priv.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 24 juillet 1834.</i>&mdash;On disait assez gnralement,
-hier, que l'infante Marie, princesse de Portugal,
-femme de l'infant don Carlos, avait, secrtement aussi,
-quitt l'Angleterre, pour suivre son mari en Espagne,
-laissant ses enfants ici, la duchesse de Bera, sa s&oelig;ur.
-On dit que l'infante Marie a beaucoup de courage et de
-dcision. Probablement, elle s'en croit plus qu' son
-mari, et elle pense que sa prsence prs de lui inspirera
-au prtendant toute l'nergie dont il a besoin dans la crise
-actuelle. Toutes ces Princesses de Portugal sont des
-dmons, en politique ou en galanterie, et quelquefois les
-deux ensemble. L'aventure qui a fait, d'une de ces Princesses,
-une marquise de Loul, explique l'clat qu'elle
-vient de donner Lisbonne, l'occasion d'un officier de
-la marine anglaise. M. de Loul s'est fch, et a renvoy
-sa femme en gardant les enfants. Dom Pedro a exig que
-son beau-frre reprit sa femme; je ne sais comment cela
-a fini.</p>
-
-<p>L'Infante Isabelle, qui pendant sa rgence a aussi fait
-parler d'elle, et que dom Miguel a voulu, dit-on, faire
-empoisonner avec un bouillon aux herbes, est maintenant
- Lisbonne, runie au reste de sa famille, ou pour mieux
-dire, de ses parents, car il rgne des affections et des
-haines si galement dnatures dans cette maison de Bragance,
-qu'il ne peut tre question pour elle des liens
-naturels de famille.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_193"> 193</a></span>
-A propos de prtendants et de m&oelig;urs singulires, lord
-Burghersh m'a beaucoup parl, hier, de la comtesse d'Albany,
-qu'il a connue Florence. Elle y avait, pour cavalier
-servant, M. Fabre, le peintre, qui, depuis la mort
-d'Alfieri, demeurait chez elle. Ils se promenaient seuls,
-n'ayant que le grand chien de M. Fabre en tiers, ils
-dnaient seuls. De huit onze heures, Mme d'Albany
-recevait tout Florence. M. Fabre allait, pendant ce temps-l,
-chez une matresse d'un ordre infrieur. A onze heures,
-il reparaissait chez la Comtesse, ce qui tait le signal de la
-retraite pour tout le monde, afin de les laisser souper tte
- tte. Jamais on ne les invitait l'un sans l'autre, ce qui
-est d'tiquette en Italie, et pouss un point de navet
-trange. En voici un exemple: lord Burghersh, ministre
-d'Angleterre Florence, ouvrit sa maison par un grand
-bal, o il crut avoir pri toute la grande compagnie, mais,
-n'tant pas encore trs au fait des relations de la socit,
-il oublia d'inviter un monsieur attach une belle dame;
-le matin du bal, le matre d'htel vint chez my lord avec
-une lettre ouverte, qu'il venait de recevoir, et qu'il pria
-son matre de parcourir; lord Burghersh y lut ce qui suit:
-<i>Sapete, caro Matteo, che sono servita, da il cavalier un
-tel</i>; il n'est pas invit chez lord Burghersh, ce qui, comme
-vous le sentez, me met dans l'impossibilit d'aller son
-bal: faites rparer cette erreur, je vous prie. Elle le fut
-en effet, et lord Burghersh n'oublia pas la leon. Le
-<i>sapete</i>, adress un valet, le <i>sono servita</i>, tout est d'une
-navet incroyable, et nanmoins parfaitement dans les
-convenances italiennes. Mais, pour en revenir la comtesse
-<span class="pagenum"><a id="Page_194"> 194</a></span>
-d'Albany et M. Fabre, la Comtesse tant morte,
-M. Fabre fit le portrait du chien, le compagnon de leurs
-promenades, le fit graver, et en envoya une preuve
-chacun des amis de la Comtesse, avec l'inscription suivante:
-Aux amis de la comtesse d'Albany, le chien de
-M. Fabre.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 25 juillet 1834.</i>&mdash;Le ministre devient bien
-aigre pour lord Grey: on lui sait mauvais gr de sa noble
-retraite, de son juste ddain pour cette absurde proposition
-du Sceau priv. On le dit faible, incapable, capricieux,
-enfin on joint l'outrage la perfidie, et le voile lger dont
-on couvre cette dloyale conduite ne la drobe pas assez,
-aux yeux de lord Grey, pour qu'il ne commence aussi en
-tre aigri. Je sais qu'il a dit que si ses successeurs faisaient
-un pas de plus dans la route rvolutionnaire, il cesserait
-non seulement de voter pour eux, mais encore se dclarerait
-contre eux. Dcidment, il est rentr dans ses vrais
-instincts, et je crois qu'il aura c&oelig;ur de se laver, autant
-que cela se pourra, de l'imputation d'avoir entran l'Angleterre
-dans une route de perdition.</p>
-
-<p>Lord John Russell, le plus doux, le plus spirituel, le
-plus honorable, le plus aimable des Jacobins; le plus
-naf, le plus candide des rvolutionnaires; le plus agrable,
-mais aussi, par son honntet mme, le plus dangereux
-des ministres, me disait, hier, qu'il avait eu, il y a
-quelques mois, une violente discussion avec lord Grey,
-propos d'une mesure sur laquelle ils n'taient pas d'accord,
-et l'occasion de laquelle lord Grey lui dclara que
-<span class="pagenum"><a id="Page_195"> 195</a></span>
-jamais il ne consentirait mettre son nom un acte rvolutionnaire.
-Lord John ajouta, avec son petit air doux:
-C'tait, aprs la rforme, une grande faiblesse et une
-inconsquence.&mdash;Vous auriez raison, ai-je repris, si
-lord Grey, en vous laissant faire la rforme, en et prvu
-toutes les consquences; mais vous conviendrez avec moi
-qu'il ne les a pas aperues, et que vous vous tes bien
-gard de les lui signaler <i>in time</i>. Lord John s'est mis
-rire et m'a dit, de fort bonne grce: Vous n'exigez pas
-que je me confesse? Si tous les rvolutionnaires taient
-de l'espce de Cobbett et O'Connell, ou de l'inconvenante
-et cynique nature de lord Brougham, on se tiendrait plus
-aisment en garde; mais dans la spirituelle et dlicate
-personne du fils du duc de Bedford, comment souponner
-de tels travers dans le jugement, et dans la nature physique
-la plus frle, et, en apparence, la plus teinte, comment
-s'attendre une semblable persvrance dans la
-pense et une telle violence dans l'action.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 29 juillet 1834.</i>&mdash;Une course Woburn
-Abbey a interrompu ce journal. Ce troisime sjour que
-j'ai fait dans ce bel endroit, beaucoup plus agrable pour
-moi, personnellement, que les deux premiers, ne m'a
-cependant rien fourni ajouter aux descriptions que j'en
-ai faites. Il ne s'y est rien pass non plus, qui sortt du
-cours habituel de la vie de chteau en Angleterre. Grande
-et large hospitalit, avec un peu plus de pompe et de
-parure qu'il ne faut dans la vie de campagne, telle qu'on
-la comprend sur le Continent!</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_196"> 196</a></span>
-Un voyage, Woburn surtout, est une chose arrange,
-comme l'est un dner en ville. Vingt ou trente personnes
-qui se connaissent, mais sans familiarit, sont invites
-se runir pendant deux ou trois jours; les matres de la
-maison se rendent chez eux, exprs pour y recevoir leurs
-htes et s'en retournent leur suite; ils paraissent, ainsi,
-y tre eux-mmes en visite. Mais enfin, il y a tant voir,
-tant admirer, le duc de Bedford est si poli, si parfaitement
-grand seigneur, la Duchesse si attentive, qu'il est
-impossible de ne pas rester sous une impression agrable.
-La mienne l'a t, beaucoup, et cela en dpit du voile
-assez triste qui couvrait quelques-unes des figures principales,
-lord Grey par exemple, qui s'est affaiss tout coup
-d'une manire frappante, souffrant et abattu, et ne se
-donnant aucune peine pour dissimuler ses dispositions,
-qui deviennent de plus en plus amres. Les abdications
-les plus volontaires sont toujours suivies de regrets; on
-mourrait dans la tourmente, on s'teint dans le repos.
-C'est si difficile d'tre satisfait de soi-mme et des autres!</p>
-
-<p>Mme de Lieven aussi, malgr tous ses efforts, succombait
-sous le poids des adieux, du dpart, de l'absence; elle
-est vraiment fort malheureuse et me fait grande piti.
-Elle est bien plus plaindre, encore, que toute autre ne
-le serait en pareille situation, car jamais personne d'esprit
-n'a trouv moins de ressources en elle-mme. Elle les
-demande constamment ses alentours. Le mouvement des
-nouvelles et de la conversation lui est indispensable, et
-elle ne connat d'autre emploi la solitude que le sommeil.
-Elle pleure de quitter l'Angleterre, elle redoute Ptersbourg,
-<span class="pagenum"><a id="Page_197"> 197</a></span>
-mais sa plus grande terreur, c'est celle de la traverse,
-huit jours de solitude! car son mari et ses enfants
-ne comptent pas pour elle. Elle s'arrtera un jour Hambourg,
-uniquement pour changer quelques paroles avec
-des visages nouveaux; elle a saisi avec avidit l'ide
-de lui assurer la visite du baron et de la baronne de Talleyrand
-qu'elle n'a jamais vus et qu'elle sait ne pas tre amusants!
-Elle a prouv un soulagement vident en dcidant
-lord Alvanley prendre sa route pour Carlsbad, par Hambourg,
-dans le mme bateau qu'elle, et cela quoique lord
-Alvanley la prvnt que le mal de mer le rendait de fort
-mauvaise compagnie; enfin l'ennui fait, chez elle, l'effet
-de la mauvaise conscience: elle ne songe qu' se fuir elle-mme.</p>
-
-<p>En revenant Londres, nous avons appris les massacres
-de Madrid: toujours cette horrible fable des puits empoisonns,
-qui, partout o le cholra fait des ravages, a
-excit l'ignorance populaire et l'a change en fureur et en
-atrocits. Les moines en ont t victimes, et, malgr le
-fanatisme religieux, les couvents ont t pills. L'autorit
-a t faible, et par consquent impuissante; le gouvernement
-tait retir Saint-Ildephonse, terrifi et hsitant, ne
-sachant si, dans ces tristes circonstances d'pidmie, de
-dsordre et de guerre civile, il devait proroger les Corts
-ou les runir, ni dans quels lieux, ni sous quels auspices!
-Il est impossible d'imaginer un plus triste concours de
-circonstances fatales pour l'Espagne et un voisinage plus
-incommode pour la France.</p>
-
-<p>Louis-Philippe a grande rpugnance intervenir ostensiblement
-<span class="pagenum"><a id="Page_198"> 198</a></span>
-et directement dans les destines de l'Espagne.
-Il a mme assez montr son loignement cet gard, pour
-en avoir laiss comprendre le secret par les ambassadeurs
- Paris, qui s'en prvalent puissamment. Le ministre
-franais, qui compte davantage avec les vanits et les
-susceptibilits nationales, s'est moins nettement prononc.
-C'est ainsi qu'on doit paratre aprs-demain devant les
-Chambres.</p>
-
-<p>Un des principaux motifs indiqus de la retraite du
-marchal Soult tait son insistance pour qu'on envoyt un
-gouverneur militaire Alger, en opposition avec le reste
-du Cabinet, qui exigeait que ce ft un gouverneur civil. Il
-parat que les exigences du marchal Grard ont port sur
-le mme objet, et que, fort de l'amiti du Roi, il l'a
-emport, car c'est le gnral Drouet d'Erlon qui vient
-d'tre nomm cet emploi.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 31 juillet 1834.</i>&mdash;L'anne dernire le Roi
-d'Angleterre disait M. de Talleyrand son dpart pour le
-Continent: Quand reviendrez-vous? L'anne d'avant,
-il lui avait dit: J'ai charg mon ambassadeur Paris de
-dire votre gouvernement que je tiens vous conserver
-ici. Cette anne-ci, il dit: Quand partez-vous? Il me
-semble qu'on peut retrouver, dans ses expressions si
-diffrentes, la trace des influences <i>palmerstoniennes</i>.</p>
-
-<p>Hier au Lever du Roi, lord Mulgrave a reu le Sceau
-priv abandonn par lord Carlisle.</p>
-
-<p>On parlait, dans notre salon, du talent de certaines
-personnes pour raconter des histoires de revenants. Cela
-<span class="pagenum"><a id="Page_199"> 199</a></span>
-m'a rappel l'intrt avec lequel j'avais entendu, il y a
-deux ans, Kew<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">&nbsp;[33]</a>, Mme la duchesse de Cumberland
-nous conter une apparition qu'elle avait vue elle-mme et
-dont le souvenir paraissait encore l'mouvoir beaucoup.
-Elle nous fit d'autant mieux participer ses impressions
-qu'il tait tard et qu'un gros orage bien effrayant grondait
-au dehors.</p>
-
-<p>Voici cette histoire; elle se passa Darmstadt, o
-Mme la duchesse de Cumberland, alors princesse Louis
-de Prusse, tait alle voir sa famille du ct maternel.
-Elle fut loge dans un appartement d'apparat du chteau,
-qui n'tait habit que rarement, et dont l'ameublement,
-quoique magnifique, tait rest le mme depuis trois
-gnrations. Fatigue de sa route, elle ne tarda pas
-s'endormir, mais elle ne tarda pas, non plus, sentir
-passer sur son visage un souffle qui l'veilla; elle ouvrit
-les yeux, et vit la figure d'une vieille dame qui se penchait
-sur la sienne. Saisie de cette apparition, elle tira bien vite
-sa couverture sur ses yeux, et resta quelques instants
-immobile; mais le manque d'air lui fit changer de position,
-et la curiosit la pressant, elle rouvrit les yeux et vit la
-mme figure vnrable, ple et douce, la fixer encore.
-Alors, elle se mit crier bien fort, et la nourrice du prince
-Frdric de Prusse, qui couchait avec l'enfant, dans la
-pice voisine, dont les portes taient ouvertes, accourut
-<span class="pagenum"><a id="Page_200"> 200</a></span>
-et trouva sa matresse baigne dans une sueur froide; elle
-demeura prs d'elle tout le reste de la nuit. Le lendemain,
-la Princesse raconta sa famille l'vnement de la nuit,
-et demanda instamment de changer d'appartement, ce
-qui eut lieu. Du reste, son rcit n'tonna personne,
-car il tait admis dans la famille, que chaque fois
-qu'une personne, descendante de la vieille duchesse
-de Darmstadt, qui avait habit cet appartement, s'y
-trouvait couche, cette vieille aeule venait faire visite
- ses arrire-petits-enfants, et on citait, l'appui de cette
-tradition, l'exemple du duc de Weimar et de plusieurs
-autres Princes. Beaucoup d'annes plus tard, la duchesse
-de Cumberland, princesse de Solms, et habitant Francfort,
-fut invite par son cousin, le grand-duc de Hesse-Darmstadt,
- venir assister une grande fte qu'il prparait. La
-Princesse s'y rendit, mais avec l'intention de revenir la
-mme nuit chez elle Francfort. Le souper fini, elle passa
-dans une pice o on avait prpar sa robe de voyage et
-o, pendant sa toilette, elle fut suivie par sa cousine, la
-jeune Grande-Duchesse nouvellement marie: celle-ci
-demanda la princesse de Solms si ce qu'elle avait
-entendu raconter de l'apparition tait vrai. Elle dsira en
-avoir le rcit dtaill et, aprs l'avoir entendu, elle voulut
-savoir si l'impression avait t assez forte pour que la
-Princesse se souvnt encore des traits de leur vieille
-aeule: Oui, certainement, assura la Princesse.&mdash;Eh
-bien! dit la Grande-Duchesse, son portrait est dans la
-chambre o nous nous trouvons, avec deux autres portraits
-de famille de la mme poque. Prenez la lumire,
-<span class="pagenum"><a id="Page_201"> 201</a></span>
-approchez-vous, et dites-moi lequel vous croyez tre celui
-de l'apparition; je verrai si vous devinez juste. Au moment
-o la Princesse, non sans quelque rpugnance, s'approcha
-des portraits et reconnut celui de la vieille grand'mre,
-il se fit au-dessus de la chambre un bruit pouvantable,
-le cadre et le portrait se dtachrent, et sans leur
-fuite prcipite, les curieuses eussent t tues par la
-chute du tableau.</p>
-
-<p>Je ne sais si cette histoire est bien belle en elle-mme,
-mais je sais qu'elle me fit beaucoup d'impression, parce
-qu'elle fut trs bien raconte, et que, dans ce genre de
-choses, quand on entend dire: J'ai vu, j'ai entendu,
-on ne se permet plus de tourner la chose en moquerie.
-D'ailleurs, le srieux de la Duchesse tait parfait, et son
-motion vive, de sorte que je ne me suis jamais permis de
-douter de l'exactitude du rcit.</p>
-
-<p>L'absence de Mme la duchesse de Cumberland a laiss,
-pour moi du moins, un vide sensible Londres. Elle a de
-l'esprit, de l'instruction, les plus belles manires, les plus
-royales, de la grce, de la douceur, des restes de beaut,
-surtout dans la taille. Elle m'a traite avec une bont
-d'autant plus parfaite qu'elle l'a reporte, depuis, sur mon
-second fils. Enfin, quelque jugement qu'on porte sur son
-caractre, qui n'est pas galement honor par tout le
-monde, il est impossible de ne pas lui reconnatre de
-grandes qualits, et de ne pas tre touch de la grande
-affliction dont elle est frappe, dans l'infirmit de son fils,
-le prince George. Celui-ci est un aimable et beau jeune
-homme, priv l'ge de quinze ans, et aprs de vives
-<span class="pagenum"><a id="Page_202"> 202</a></span>
-douleurs, de la vue; c'est un objet tout la fois de piti
-et d'admiration, rsign comme un ange, sans impatience,
-sans regrets, sans humeur, dissimulant sa tristesse sa
-mre. Il soutient le courage de ceux qui l'entourent, par
-celui qu'il tmoigne lui-mme, et il inspire dj dans
-son jeune ge tout le respect d'une grande vertu. L'improvisation
-sur le piano est la distraction laquelle il prfre
-se livrer; ses mlodies sont toujours tristes et graves,
-mais lorsqu'il reconnat le pas de sa mre, il passe un
-thme gai et anim pour lui donner le change sur ses impressions.
-Aussi longtemps que, par des remdes, on a
-espr lui rendre la vue et arrter les progrs de l'inflammation,
-on a suspendu son ducation; mais lorsque son
-prcepteur, qui est un homme excellent, a jug que l'ducation
-en souffrait sans que la vue y gagnt, il a propos
-au jeune Prince de reprendre le cours de ses tudes, et
-lui a soumis un plan, pour continuer autant que cela se
-pouvait, sans le secours de la vue. Le Prince s'est tu pendant
-quelques instants, puis, d'un air pntr, il a dit: Oui,
-Monsieur, vous avez raison, je suivrai vos avis; car je sens
-que, quoiqu'une porte se soit ferme pour moi, il faut que
-je cherche avec d'autant plus de soin en ouvrir une
-autre.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 1<sup>er</sup> aot 1834.</i>&mdash;Quel triste dner que celui
-d'hier chez lord Palmerston! Dner d'adieu pour la princesse
-de Lieven, o elle est venue malgr elle, o nous
-n'allions qu' cause d'elle, o lady Cowper faisait de visibles
-efforts pour paratre son aise, o lady Holland voulait
-<span class="pagenum"><a id="Page_203"> 203</a></span>
-des explications sur les derniers torts de lord Palmerston
-envers M. de Talleyrand, o chacun pressentait que notre
-dpart serait aussi dfinitif que celui de cette pauvre Princesse.
-M. de Blow, ple et embarrass, avait l'air d'un
-filou pris sur le fait; le pauvre Dedel avait, lui, l'air d'un
-orphelin qui voit enterrer ses parents; lord Melbourne ne
-faisait personne, avec sa grosse tournure de fermier
-normand, l'effet d'un premier ministre.</p>
-
-<p>L'chec <i>volontaire</i> prouv la veille par le ministre
-la Chambre des Communes, o il s'est laiss battre par les
-radicaux, dans la question du Clerg irlandais, ne donnait
-pas bonne mine ces messieurs. Enfin il y avait, sur tout
-et sur tous, une gne lugubre rpandue qui m'oppressait
- un point extrme.</p>
-
-<p>Je ne me sens pas le courage d'aller, ce matin, dire un
-dernier adieu cette pauvre Princesse, tue de fatigues et
-d'motions. C'est un bon procd que ne pas augmenter
-son agitation. Ce dpart qui me peine, puisqu'il loigne,
-sans grandes chances de revoir, une personne distingue,
-m'afflige encore par les retours qu'il me fait faire sur tous
-les changements qui se sont oprs ici depuis quatre ans,
-et qui, tous, les uns aprs les autres, ont tendu ternir
-cette belle et brillante Angleterre. Dans le Corps diplomatique
-seul, que de pertes! M. Falk, si aimable, si doux, si
-fin, si spirituel, si instruit, remplac d'abord par l'cre
-M. de Zuylen, l'est maintenant par le bon mais insignifiant
-Dedel. La bonne humeur, l'entrain ouvert et naf de
-Mme Falk a fait faute aussi. M. et Mme de Zea taient gens
-plus intelligents, de beaucoup, que les lilliputiens de Miraflors.
-<span class="pagenum"><a id="Page_204"> 204</a></span>
-M. et Mme de Mnster taient fort suprieurs aux
-Ompteda tous gards. L'excellente Mme de Blow n'a pu
-tre remplace pour moi, et je crois, d'ailleurs, que son
-absence a trop laiss les mauvaises tendances de son mari
-sans le contrepoids que la simple et honnte nature de sa
-femme leur opposait. Esterhazy est l'objet d'un regret
-universel: sa parfaite bonne humeur, sa sret sociale, sa
-facilit de caractre, ses habitudes de grand seigneur, la
-finesse de son esprit, la droiture de son jugement, la bienveillance
-de son c&oelig;ur, tout le faisait chrir ici et rien ne
-saurait l'y faire oublier. Wessenberg aussi a laiss une
-place vacante qui n'a pas t remplie. Le dpart des Lieven
-largit la brche sociale et le ntre achvera cette dmolition
-gnrale. Le terrain neutre des maisons diplomatiques
-est surtout apprciable dans un pays divis par l'esprit de
-parti, et o, la politique ayant rompu tant d'autres liens,
-la socit ne saurait plus se runir sous les anciens auspices.</p>
-
-<p>Nous avons appris, hier, tlgraphiquement, que la
-Reine rgente d'Espagne avait ouvert elle-mme les Corts
-le 24, Madrid, que la ville tait tranquille, que le cholra
-y diminuait un peu et que don Carlos se retirait de
-plus en plus vers la frontire de France.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 3 aot 1834.</i>&mdash;Il me semble que rien ne
-tmoigne mieux de l'tat dans lequel est tombe la politique
-intrieure du gouvernement anglais que ce que disait,
-hier, lord Sefton: Savez-vous, me disait-il, que
-malgr mon admiration pour lord Grey, je trouve que nous
-<span class="pagenum"><a id="Page_205"> 205</a></span>
-en sommes venus un point o il est non seulement heureux
-pour lui-mme, mais encore fort avantageux pour le
-pays qu'il se soit retir? Jamais il n'aurait consenti la
-moindre courtoisie, encore moins un peu de flatterie
-pour O'Connell et ses amis, et cependant il n'y a plus
-moyen de ne pas les satisfaire; il est urgent de les adoucir
-par les bassesses contre lesquelles lord Grey se serait
-rvolt, et qui rpugnent moins ses successeurs, commencer
-par mon ami le Chancelier. Ainsi vous voyez
-qu'il est heureux que nous ayons pour gouvernants des
-gens tout disposs faire les bassesses ncessaires!</p>
-
-<p>Il me semble qu'on s'accorde beaucoup louer le discours
-de la Reine d'Espagne. Pour l'apprcier il faudrait
-connatre, mieux que je ne puis le faire, l'tat de ce pays;
-tout ce que je puis lui souhaiter de mieux, c'est qu'elle
-ne soit plus dans le cas d'en faire de si longs et dans de
-semblables circonstances. On dit qu'elle l'a prononc de
-fort bonne grce. On doit lui savoir gr d'avoir repris courage
-et d'tre rentre dans la contagion pour le prononcer.</p>
-
-<p>Le cholra enlve beaucoup de monde Madrid; la
-police sanitaire y est mauvaise, la chaleur extrme, la propret
-nulle. Les femmes y sont atteintes dans une proportion
-double des hommes. La mre de Mme de Miraflors
-est parmi les victimes.</p>
-
-<p>Don Carlos est, ce qu'il parat, sur le point de repasser
-la frontire; il en est mme, dit-on, assez prs pour
-que les vedettes franaises aperoivent les siennes.</p>
-
-<p>Je ne sais quel mauvais vent souffle sur Paris, mais je
-serais dispose croire que tout n'y est pas aussi tranquille
-<span class="pagenum"><a id="Page_206"> 206</a></span>
-en ralit qu'en apparence. Voici, cet gard, ce que je
-trouve dans une lettre de Bertin de Veaux: Il parat
-qu'il est dans la destine du prince de Talleyrand, et dans
-la vtre, de ne venir Paris que pendant les crises ministrielles,
-car notre ministre n'est pas plus solide que celui
-de Londres. Au surplus, dans ce pays-ci, on a pris son
-parti de vivre au jour le jour; except les acteurs, personne
-ne pense la pice. Cependant, quand vous arriverez,
-votre salon sera bientt plein, et c'est devant vous et
-devant le Prince, que tous les acteurs, grands et petits,
-iront <i>poser</i>, comme on dit prsent.</p>
-
-<p>Dans une autre lettre, il est fort question des dangers
-du jour, de ceux du lendemain, de v&oelig;ux apparents, de
-vellits sourdes, de msintelligences, d'associations, de la
-grande ambition de certains petits hommes, de l'humeur
-et de la bouderie des autres. A propos de mcomptes
-prouvs par M. Decazes, on ajoute: Ce pauvre M. Decazes
-a beau frapper la terre de tous cts, il n'en peut rien
-faire sortir; on dit qu'il veut maintenant la place de Semonville,
-et qu'il a peut-tre quelques chances, parce que
-Semonville est trs commode dsobliger; il ne fait peur
- personne. Cette mode d'enterrer les gens, avant qu'ils
-ne soient morts, ne me plat gure; je croyais qu'on en
-tait dgot depuis l'preuve faite sur MM. de Marbois et
-Gate, qui n'a pas eu de succs dans le public. Comme,
-en rentrant chez soi, on se trouve bien de ne pouvoir tre
-dpossd de rien!</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 4 aot 1834.</i>&mdash;Il parat certain que, la veille
-<span class="pagenum"><a id="Page_207"> 207</a></span>
-de l'ouverture des Corts, on a dcouvert une conspiration
-rpublicaine fort tendue, dans laquelle beaucoup de personnes
-marquantes auraient t compromises. Palafox et
-Romero sont arrts; on dit que c'est en Galice surtout
-qu'ils avaient le plus de partisans; dans l'Aragon et la Catalogne
-ce sont les carlistes qui dominent et s'agitent.
-Ainsi, voil trois drapeaux diffrents, sous lesquels l'Espagne
-se range et se divise.</p>
-
-<p>Quand M. Backhouse a t trouver don Carlos sur le
-<i>Donegal</i>, celui-ci lui a dit qu'il avait entendu parler du
-trait de la Quadruple Alliance, mais qu'il dsirait en connatre
-le texte. L'ayant lu, il l'a remis M. Backhouse,
-sans rflexions, mais avec un sourire trs ironique, qui
-est devenu un rire ddaigneux lorsque M. Backhouse lui a
-dit qu'il croyait qu'il se faisait illusion sur la force de son
-parti en Espagne. A cela prs, le Prince a t poli et doux
-dans son accueil et mme obligeant.</p>
-
-<p>On avait annonc la clture du Parlement pour le 12,
-et la plus grande partie des membres comptaient quitter
-Londres mme avant ce jour-l, quand le duc de Wellington
-a runi, avant-hier, tous ceux de son parti chez lui; il
-les a pris dans l'intrt et <i>pour le salut de la Patrie</i> de
-rester leur poste et de profiter de leur majorit, reconnue
-imposante dans la question des <i>dissenters</i> pour dfendre
-encore l'glise l'occasion des autres mesures qui restent
-en discussion. La crainte de laisser le Clerg protestant
-d'Irlande sans aucun moyen d'existence, si le Bill sur les
-dmes, &oelig;uvre d'O'Connell, est rejet, laisse, la vrit,
-quelques doutes sur la marche dfinitive que la Chambre
-<span class="pagenum"><a id="Page_208"> 208</a></span>
-Haute adoptera, mais les vques paraissent croire que ce
-Bill serait aussi pernicieux pour eux que l'absence de
-toutes mesures pcuniaires. Il est certain que la semaine
-actuelle est une des plus critiques; si ce Bill est rejet, les
-deux Chambres se trouveront en collision. Le ministre
-quittera-t-il? ou bien demandera-t-il carte blanche au Roi?
-avancera-t-il ainsi dans la route rvolutionnaire? ou bien
-s'en tiendra-t-il, comme le Chancelier le disait hier,
-laisser le Clerg protestant d'Irlande mourir de faim? Lord
-Grey disait que ce ne serait pas si ais de laisser ces prtres
-mourir de faim, puisqu'une loi obligeait de pourvoir
-leur existence, soit en prlevant les dmes, soit de toute
-autre manire. Et quant une fourne de Pairs, sur l'observation
-qu'il en faudrait nommer cent cinquante, lord
-Grey a dit que deux cents ne suffiraient pas, parce que
-toute l'ancienne Pairie, lui en tte, se rvolterait contre
-un gouvernement assez fou et assez mauvais pour se porter
- une telle extrmit. Il resterait d'ailleurs savoir si
-le Roi y consentirait. Celui-ci est souffrant, triste, abattu;
-il en convient et surtout de sa proccupation morale, qu'il
-ne cherche pas cacher. On remarque en lui une oppression
-extrme et particulirement l'affaiblissement d'un
-&oelig;il qu'il ne peut presque plus ouvrir.</p>
-
-<p>Voici ce qui s'est pass l'occasion de la Jarretire,
-vacante par la mort de lord Bathurst: le Roi l'a envoye
-lord Melbourne, comme tant son premier ministre. Celui-ci
-l'a respectueusement refuse, en disant qu'il suppliait
-le Roi de la donner celui auquel lord Grey aurait dsir
-qu'elle arrivt, c'est--dire au duc de Grafton. Le Roi l'a,
-<span class="pagenum"><a id="Page_209"> 209</a></span>
-en effet, envoye au Duc, mais celui-ci, vivement affect
-de la mort de son fils favori, se sentant, d'ailleurs, g et
-hors du monde, a pri le Roi de la donner quelqu'un qui
-pourrait se montrer plus souvent ses yeux et qui serait
-plus utile son service. On suppose qu'elle ira au duc de
-Norfolk; mais il est catholique, et ce serait le premier
-exemple de cette grce donne un dissident religieux.</p>
-
-<p>Un rude coup vient de frapper le duc de Wellington, au
-milieu des soucis multiplis de chef de l'opposition:
-Mme Arbuthnot, femme d'esprit et de sens, discrte et
-dvoue, amie fidle du Duc, vient de mourir en peu de
-jours d'une maladie vive. Elle tait dans toute la force de
-l'ge et d'une sant jusque-l trs robuste. Le Duc a donc
-perdu, dans la mme semaine, lord Bathurst, son plus
-ancien ami, et Mme Arbuthnot, sa confidente, sa consolation,
-son <i>home</i>! Les morts, les dparts rendent Londres
-bien triste en ce moment; tout le monde a la mine longue
-et dconfite; on est constern de cette mauvaise veine, qui
-fait que chaque jour est marqu par une catastrophe.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 5 aot 1834.</i>&mdash;Dom Miguel a, dcidment,
-sign sa protestation. Le duc d'Alcudia et M. de Lavradio
-sont prs de lui; ils se disposent tous venir rejoindre
-don Carlos, au moindre succs de celui-ci.</p>
-
-<p>Lady Holland et lady Cowper font tous leurs efforts pour
-que M. de Talleyrand et lord Palmerston se quittent sur
-de bons termes. Je comprends que les amis de celui-ci le
-dsirent, et qu'il leur importe, d'une part, que l'on ne
-puisse pas s'en prendre aux inconvnients personnels de
-<span class="pagenum"><a id="Page_210"> 210</a></span>
-lord Palmerston de la dispersion totale du haut Corps diplomatique,
-et que, de l'autre, le mauvais renom du ministre
-anglais dans toute l'Europe ne soit pas fortifi du langage
-de M. de Talleyrand sur lui Paris. On arrivera, en
-effet, faire qu'ils se quitteront poliment, sans clat, sans
-rupture; mais il est impossible qu'un levain qui fermente
-depuis si longtemps, ne laisse pas un germe de mal-tre,
-d'embarras et de rancune. M. de Talleyrand ne saurait
-oublier qu'il a t trait lgrement par plus jeune et
-moins capable que lui. Lord Palmerston, moins impertinent,
-peut-tre, dans les formes, s'en vengerait sur le fond
-des choses, et d'autant plus aisment que l'ge et la paresse
-de M. de Talleyrand le rendraient, chaque jour, plus facile
- entraner dans de fausses dmarches. Rien ne serait donc
-plus mal avis que de se remettre en prsence, et malgr
-tous les souvenirs si doux et si satisfaisants qui m'attachent
- l'Angleterre, j'avoue que j'prouverai, l'gard de M. de
-Talleyrand, un soulagement vritable le voir hors des
-affaires publiques.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 6 aot 1834.</i>&mdash;C'est dcidment le duc de
-Norfolk qui a la Jarretire.</p>
-
-<p>L'Espagne demande des articles additionnels au Trait
-du 22 avril, dit de la Quadruple Alliance. Elle demande
- l'Angleterre des vaisseaux en croisire sur les ctes de la
-Biscaye; au Portugal, un corps d'arme; la France, de
-l'argent, des munitions, des troupes sur la frontire franaise;
-et ses allis runis, l'appui moral d'une dclaration
-favorable la cause de la Rgence, et qui tendrait et
-<span class="pagenum"><a id="Page_211"> 211</a></span>
-expliquerait plus amplement le but du premier Trait.</p>
-
-<p>L'incertitude et l'ignorance prolonge des mouvements
-de Rodil inquitent sur ses succs, et on attribue l'alarme
-qui en rsulte la baisse des fonds Paris, les malheurs
-particuliers qui en sont rsults et qui ont amen de
-sinistres catastrophes. Les Rothschild, qui avaient inond
-l'Europe d'effets espagnols, et qui en taient rests eux-mmes
-assez encombrs, sont de trs mauvaise humeur et
-prodigieusement inquiets.</p>
-
-<p>Il y a des gens d'esprit qui prtendent que le grand
-danger pour la Rgente n'est pas dans don Carlos, mais
-dans le parti dit du <i>mouvement</i>. On est bien dispos se
-ranger cette opinion quand on songe l'horrible propos
-tenu par Romero Alpuende, qui appelait les massacres
-du 17 juillet Madrid: <i>Un lger soulagement patriotique.</i></p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 8 aot 1834.</i>&mdash;Rodil parat avoir obtenu,
-dcidment, un succs trs marqu sur toute la ligue des
-carlistes. Dans une guerre rgulire cela pourrait mettre
-fin la lutte, mais dans une guerre civile les rgles communes
-ne s'appliquent plus et ce qu'on croit ananti aujourd'hui
-reparat demain.</p>
-
-<p>M. de Talleyrand a pris cong du Roi avant-hier. Le
-Roi a t gracieux pour lui et pour moi, regrettant qu'en
-l'absence de la Reine, sa vie de garon l'empcht de
-m'engager aller Windsor o il aurait t charm de
-me voir avant mon dpart. Ceci est plus obligeant qu'exact,
-car la princesse Auguste fait les honneurs du chteau, des
-<span class="pagenum"><a id="Page_212"> 212</a></span>
-dames y sont invites, entre autres lady Grey et sa fille;
-mais enfin la rdaction est gracieuse et, dans le monde,
-c'est tout ce qu'on peut exiger.</p>
-
-<p>Le Roi a beaucoup dit encore que les affaires taient
-bien srieuses et les cartes bien mles, ce quoi M. de
-Talleyrand a rpondu: Quant nous, Sire, nous jouons
-nos cartes sur la table de Votre Majest.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 9 aot 1834.</i>&mdash;Je ne connais rien de si embarrassant
-pour des matres de maison que l'hostilit
-montre et rapproche des convives entre eux. Le Chancelier,
-auquel nous esprions avoir chapp, nous est arriv
-hier au dessert. Il a prolong notre dner en mangeant
-fort son aise et avec sa salet ordinaire; il parlait en
-mangeant, touchant tous les sujets, comme tous les
-plats, sans arrt, sans dlicatesse. Nous en souffrions, surtout
-pour lord et lady Grey. Enfin il nous a mis tous bien
-mal l'aise et a augment, s'il est possible, mon dgot
-et mon mpris pour lui.</p>
-
-<p>Lord John Russell, qui dnait chez nous, est aussi un
-petit radical, mais, du moins, il a toutes les habitudes de
-bon got et de bonne grce qui distinguent son pre.</p>
-
-<p>A propos de popularit et des frais qu'il est convenable
-que les grands seigneurs fassent pour les classes secondaires
-de la socit, lord John me disait, hier, que rien ne
-pouvait vaincre la rpugnance du duc de Bedford pour le
-petit monde de son entourage, et qu'un jour l'intendant,
-du Duc lui ayant demand d'inviter ce monde dner et le
-Duc s'y tant refus, l'homme d'affaires lui dit: Mais,
-<span class="pagenum"><a id="Page_213"> 213</a></span>
-monsieur le Duc, par ces politesses vous pargnerez peut-tre
-quinze mille louis aux lections prochaines.&mdash;Cela
-se peut, rpondit le Duc, mais l'argent dpens m'viter
-de l'ennui et de la dplaisance me paratra fort bien employ.
-Je payerai les quinze mille louis, mais je ne donnerai
-pas de dner. Le duc de Bedford est cependant trs
-magnifique, trs charitable, faisant faire des travaux considrables
-uniquement pour employer les pauvres du
-Comt. Eh bien! il n'y est pas populaire; l'amour-propre
-bless des classes intermdiaires se fait plus sentir que les
-besoins satisfaits des indigents ne se font jour.</p>
-
-<p>Lord, lady Grey, leurs enfants, avaient, disaient-ils,
-envie de se distraire, de changer le cours de leurs ides,
-d'aller en France et de nous y faire visite; mais l'espce
-de triomphe qui y serait dcern lord Grey a pouvant
-le ministre actuel, qui aurait craint la comparaison entre
-les honneurs rendus leur victime et la dconsidration
-sous laquelle ils gmissent. Aussi a-t-on persuad lord
-Grey que s'il se rendait en France maintenant, il aurait
-l'air d'y aller pour chercher une ovation et que ce serait
-manquer de dlicatesse; nous ne l'y verrons donc pas. Je
-le regrette pour lui; je crains que dans la disposition
-irrite et pnible dans laquelle il se trouve, la solitude et
-l'ennui ne lui fassent un mal rel, ainsi qu' sa femme,
-qui est plus blesse et plus profondment atteinte que lui-mme.
-Lord Grey s'est, moralement et physiquement,
-dtruit aux affaires; quelle diffrence s'il s'en tait loign
-six semaines plus tt, en mme temps que les quatre
-membres vraiment distingues et honorables du Cabinet!
-<span class="pagenum"><a id="Page_214"> 214</a></span>
-Lord Grey se serait alors retir avec tous les honneurs de
-la guerre au lieu de mettre bas les armes!</p>
-
-<p>Le got des voyages a, du reste, gagn tout le monde,
-et le Chancelier, comme les autres, voulait employer ses
-vacances faire un plerinage pittoresque et amoureux
-aux bords du Rhin, la suite de Mrs Peter. Mais, ce qu'il
-m'a dit, hier, lui-mme, le Roi n'a pas voulu le lui permettre;
-depuis lord Clarendon, aucun Chancelier d'Angleterre
-n'a quitt le pays, et ce prcdent n'est pas encourageant,
-car ce Chancelier-l n'tait en voyage que parce
-que son Roi tait en fuite. D'autres personnes disent que
-le Roi n'est pour rien dans les changements de projets de
-lord Brougham, mais que l'obligation de cder quatorze
-cents louis de son traitement pour tablir une Commission
-des sceaux en son absence est la vritable cause qui le fait
-rester.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 11 aot 1834.</i>&mdash;Lord Palmerston nous a
-donn un dner d'adieu. C'est dans son got: il aime
-fter les partants; mais il ne s'tait pas donn grand'peine
-pour la runion. Il n'y avait, outre quelques diplomates
-infrieurs, que Mrs Peter; pas un Anglais considrable,
-personne de ceux rputs nos amis. C'tait un
-acquit de conscience, ou plutt de mauvaise conscience,
-et voil tout. Peut-tre lord Palmerston a-t-il plus de haine
-contre les Lieven que contre nous, mais il affichera autant
-de ddain pour les uns que pour les autres.</p>
-
-<p>A dner, il a amen, propos des Flahaut, une petite
-explication sur ce qu'il n'avait accept aucune de nos invitations.
-<span class="pagenum"><a id="Page_215"> 215</a></span>
-Je lui ai dit ce sujet, moiti riant, moiti aigrement,
-quelques petites vrits qui ont assez bien pass! Il
-y a eu beaucoup de sous-entendus, de <i>hints</i>, de coups de
-patte, dans notre conversation, qui m'a rappel celles du
-bal de l'Opra o la pense est d'autant plus vraie que
-l'apparence est plus voile et dissimule. Je me suis amuse
-aussi faire peur au <i>jeune homme</i>, comme l'appelait
-Mme de Lieven. Il a cru qu'il devait se montrer fort dsireux
-de notre prompt retour; je l'ai pris au mot, en lui
-disant que j'allais plus loin que lui, et que j'tais d'avis
-que M. de Talleyrand ne partt pas du tout. Il a pris, alors,
-une figure toute sotte et, revirant de bord, il n'a cess de
-dire que le changement d'air tait ncessaire, indispensable,
-qu'on avait besoin de se renouveler au physique et
-au moral; enfin, il ne voulait plus que nous faire partir
-au plus vite.</p>
-
-<p>Je l'ai regard, et de prs, hier; il est rare d'avoir,
-aussi bien que lui, le visage de son caractre. Les yeux
-sont ternes et fauves; son nez retrouss, impertinent; son
-sourire amer, son rire forc; rien d'ouvert, ni de digne,
-ni de comme il faut, ni dans ses traits, ni dans sa tournure;
-sa conversation est sche, mais, je l'avoue, elle ne
-manque pas d'esprit. Il y a, en lui, une empreinte d'obstination,
-d'arrogance et de mauvaise foi que je crois tre
-un reflet exact de sa nature vritable.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 12 aot 1834.</i>&mdash;Il est difficile, malgr le peu
-de progrs de don Carlos, d'tre rassur sur l'tat de
-l'Espagne. Le gnral Alava, qui y retourne aprs beaucoup
-<span class="pagenum"><a id="Page_216"> 216</a></span>
-d'annes d'exil, parat frapp de la dmoralisation et
-de la confusion qu'il y remarque; tous les liens naturels
-sont dtruits par l'esprit de parti; la frocit et la violence
-de ces fanatiques mridionaux ne se tournent plus contre
-l'tranger, mais se replient cruellement sur eux-mmes.
-L'esprit rpublicain gagne partout o l'esprit religieux
-n'appuie pas le parti lgitimiste; il apparat, avec tout le
-pathos, devenu trivial, du langage rvolutionnaire dans
-l'adresse des Procuradores la Rgente. Dj, le ministre
-est en lutte, ds le dbut des Corts, avec cette seconde
-Chambre, et on ne saurait imaginer comment le faible
-gouvernement d'une telle rgence pourra triompher de
-tant de mauvaises conditions.</p>
-
-<p>J'ai vu, dernirement, chez lord Palmerston, auquel la
-Rgente l'a envoy, un portrait de la petite Reine Isabelle
-II. Elle n'a, sur ce portrait, aucune des grces de
-l'enfance; elle parat avoir des yeux insignifiants et la
-mchante bouche de son pre; c'est, en tout, une laide
-petite Princesse. C'est dommage, les femmes destines au
-trne, et surtout aux trnes contests, ne sauraient presque,
-sans pril, se passer de beaut.</p>
-
-<p>L'espce de banqueroute dclare par M. de Toreno et
-qui atteint, d'une manire si fatale, une foule de petits
-rentiers, Paris, y dpopularise la cause de la petite
-Reine. Il me semble que c'est une sorte de bonheur; car
-si la vanit et la <i>furia francese</i> avaient pouss le gouvernement
- prendre une part trop effective au succs de
-cette petite voisine, il se serait trouv entran dans une
-srie d'embarras et dans une solidarit de dangers, dont
-<span class="pagenum"><a id="Page_217"> 217</a></span>
-les consquences eussent t incalculables. Le Roi Louis-Philippe
-a tout ce qu'il faut de discernement et d'veil sur
-ses propres intrts dynastiques pour ne pas rester froid
-et en arrire dans cette lutte qui ne peut, en dfinitive,
-tourner que dsagrablement pour lui, soit que l'anarchie
-triomphe sous le drapeau d'Isabelle II, soit que la lgitimit
-l'emporte avec don Carlos. Dans cette double et importune
-alternative, il ne serait pas convenable de heurter,
-par une intervention prcise, nos autres voisins, car
-nous avons des voisins et non pas des allis. L'Angleterre,
-seule, est en alliance avec nous, mais, ruine comme elle
-l'est par tant de plaies intrieures, peut-elle peser encore
-de tout son poids dans les destines europennes? Non,
-sans doute, et il faut bien qu'elle en ait la conscience,
-puisque ni dans la question d'Orient, ni dans aucune de
-celles qui se sont prsentes depuis deux ans, l'Angleterre
-n'a soutenu, par ses actions, la jactance de son langage.</p>
-
-<p>Le cholra continue ses ravages Madrid: il atteint
-surtout les classes leves et particulirement les femmes.
-Il reparat aussi, quoique lgrement, Paris et Londres.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 13 aot 1834.</i>&mdash;Le Bill sur les dmes d'Irlande
-a t rejet, comme on s'y attendait la Chambre
-des Pairs, une si grande majorit qu'il est difficile de
-crer assez de nouveaux Pairs pour changer la balance.
-Et cependant comment se figurer la prochaine session
-s'ouvrant avec la mme Chambre Haute et avec le mme
-<span class="pagenum"><a id="Page_218"> 218</a></span>
-ministre? Celui-ci dclare ne vouloir pas quitter la partie,
-ne compter pour rien la Chambre des Pairs, marcher
-uniquement avec les Communes et ne se soucier ni du
-Clerg, ni de la Pairie, et probablement fort peu de la
-Royaut. Ce sera celle-ci de se prononcer. Hlas! elle est
-bien peu claire!</p>
-
-<p>Lord Grey me disait qu'il ne partageait pas l'opinion du
-Chancelier, qui ne voulait voir d'autres obstacles que ceux
-venant de la Chambre Haute; il croit qu'il y en aura aussi
-de trs vifs aux Communes o M. Stanley, l'ex-ministre,
-se prpare, dit-on, faire la guerre la plus acharne
-l'administration actuelle. Lord Grey s'est abstenu de paratre
- la Chambre des Pairs; il a cru qu'il serait peut-tre
-oblig de parler, et que, ne pouvant s'empcher
-d'exprimer son aversion pour l'alliance du Cabinet avec
-O'Connell, il aurait fait videmment un tort au ministre
-dont il ne veut pas tre coupable.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 14 aot 1834.</i>&mdash;Les Grands d'Espagne ont,
- ce qu'il parat, le ton fort libre et fort dgag avec leurs
-souverains, avec lesquels ils fument des cigares et dont,
-souvent, ils achvent ceux commencs: le duc de Frias,
-jadis ambassadeur ici, distrait, bizarre, ridicule et ne se
-gnant avec personne, est revenu, il y a quelque temps,
-passer quatre jours Londres; il a voulu aller au Lever du
-Roi et, approchant sa grotesque petite figure, il a dit au
-Roi: Vous devez me connatre. Le Roi, qui d'abord
-ne se souvenait pas trop de lui, et choqu de cette faon
-dgage, rpondit: Non, je ne vous connais pas.&mdash;J'tais
-<span class="pagenum"><a id="Page_219"> 219</a></span>
-ambassadeur ici quand vous n'tiez <i>que</i> duc de
-Clarence, rpliqua le petit Duc. Sur quoi le Roi, presque
-en colre et faisant un geste pour le faire passer, rpta
-vivement: Non, non, je ne vous connais pas. Et,
-s'adressant au ministre des Pays-Bas qui suivait, il lui
-demanda tout haut: Quel est cet arlequin? Cela a fait
-une assez drle de scne.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 18 aot 1834.</i>&mdash;Depuis plusieurs jours,
-soumise l'influence cholrique qui domine Londres,
-vivement agite de la maladie de mes amis, importune
-de tous les prparatifs de mon prochain dpart, j'ai nglig
-mes notes. J'aurais voulu y retracer quelques-uns de
-mes derniers souvenirs de Londres, qui se sont obscurcis
-par la maladie, l'inquitude, les regrets, mais qui ne
-m'en sont pas moins prcieux.</p>
-
-<p>J'ai vu le duc de Wellington et lord Grey me dire adieu
-avec une expression d'amiti et d'estime qui m'est trs
-honorable. Je laisse ce dernier, cherchant, pour chapper
- des retours pnibles sur lui-mme, se faire quelque
-illusion sur la marche trop rapide des affaires du pays; il
-les a mises dans une voie dont ses successeurs acclrent
-la pente.</p>
-
-<p>Le duc de Wellington voit les choses aussi sombres
-qu'elles le sont, mais dcid lutter jusqu' la dernire
-minute, il ne sait pas ce que c'est que le dcouragement;
-non pas qu'il veuille faire de l'opposition toutes les propositions
-du ministre, non pas que, systmatiquement,
-il veuille entraver l'administration et arrter les rouages
-<span class="pagenum"><a id="Page_220"> 220</a></span>
-du gouvernement; il est trop honnte homme pour cela;
-mais il croit de son devoir, et de celui de la Chambre
-Haute, de se placer comme une digue et une barrire protectrice
-des bases anciennes et fondamentales de la Constitution.
-La personnalit du Roi est un obstacle presque
-toutes les chances de salut; le successeur, une enfant,
-prsente encore plus d'inconvnients peut-tre, et d'autant
-plus, que sa mre, Rgente future, parat joindre
-beaucoup d'obstination des ides fort troites.</p>
-
-<p>Il est impossible de ne pas songer avec effroi l'avenir
-de ce grand pays, si brillant encore, si fier, il y a quatre
-ans, quand j'y suis arrive, si terni aujourd'hui que je le
-quitte, peut-tre pour toujours.</p>
-
-<p>Je n'admets pas la chance d'y voir revenir M. de Talleyrand:
-trop de bonnes raisons se pressent pour l'en
-dtourner; je les ai dtailles dans une lettre que je lui ai
-crite et qui peint assez exactement sa position, aussi je
-veux, pour la conserver, l'insrer ici:</p>
-
-<p>J'ai de grands devoirs remplir envers vous; je
-n'en suis jamais plus pntre que lorsque votre gloire
-me parat compromise. Je vous irrite parfois un peu en
-vous parlant, je me tais alors, avant d'avoir dit toute ma
-pense, toute la vrit. Permettez-moi donc de vous
-l'crire, et veuillez passer sur ce que les mots pourraient
-avoir de dplaisant, en faveur du dvouement
-consciencieux qui les dicte. Sans prtendre, d'ailleurs,
-m'attribuer une grande part d'intelligence, je ne puis
-la croire borne, lorsqu'il s'agit de vous que je connais
-si bien et dont je suis place pour juger les difficults
-<span class="pagenum"><a id="Page_221"> 221</a></span>
-et apprcier les embarras. Ce n'est donc pas lgrement
-que je vous engage quitter les affaires et
-vous retirer de la scne o une socit en dsordre se
-donne tristement en spectacle. Ne restez pas plus longtemps
- un poste o vous seriez, ncessairement, appel
- dmolir l'difice que vous avez soutenu avec tant de
-peines. Vous savez quel point j'prouvais, ds l'anne
-dernire, des craintes, en vous voyant revenir en
-Angleterre. Je pressentais tout ce que votre tche, avec
-les instruments donns, pouvait vous prparer de
-dgots; mes prvisions, convenez-en, se sont ralises
-en grande partie. Cette anne-ci la question s'est encore
-aggrave de mille incidents fcheux: songez aux circonstances
-dont vous seriez entour! Et permettez-moi de
-vous les signaler. Que voyons-nous en Angleterre? Une
-socit divise par l'esprit de parti, agite par toutes les
-passions qu'il inspire, perdant chaque jour de son clat,
-de sa douceur, de sa sret; un Roi sans volont, principalement
-influenc par celui de ses ministres dont vous
-avez le plus vous plaindre; et ce ministre, lger, prsomptueux,
-arrogant, n'ayant pour vous aucun des gards
-que votre ge et votre position exigent, quelles entraves
-ne met-il pas aux affaires? Sa pense unique est de faire
-triompher ses propres ides, bien loin de s'clairer des
-vtres; il vous promne d'incertitudes en incertitudes,
-vous jette dans la contradiction, l'ignorance et le vague,
-fait ct de vous les affaires qu'il devrait faire avec
-vous, et se glorifie ensuite du succs de sa fausset ou de
-son ddain. Est-ce avec un pareil homme que vous conserveriez
-<span class="pagenum"><a id="Page_222"> 222</a></span>
-plus longtemps l'attitude imposante qu'il vous
-convient de garder? Ne sentez-vous pas qu'elle est dj
-change dans le fond, qu'elle ne tarderait pas l'tre aux
-yeux du public? Croyez-vous, d'ailleurs, que le rle d'ambassadeur
-grand seigneur, d'homme de <i>conservation</i> tel
-que vous, puisse convenir auprs d'un gouvernement
-entran par le mouvement rvolutionnaire, lorsque vous
-n'avez dj que trop lutter avec un mouvement analogue
-dans le pays que vous reprsentez? L'alliance tablie
-par vous sur la base du bon ordre, de l'quilibre, de la
-conservation, pourrait-il vous plaire de la continuer sur
-celle des sympathies anarchiques? Ne perdez pas de vue,
-non plus, que l'appui et la consolation que vous avez
-trouvs, pendant plusieurs annes, dans l'amiti, la confiance,
-le respect, le bon esprit de vos collgues, vous
-manqueraient, maintenant que le Corps diplomatique de
-Londres n'est plus le mme. La nouvelle Espagne, le
-nouveau Portugal, l'informe Belgique y paraissent seuls,
-et sous des formes impertinentes ou vulgaires. Vous trouvant
-ainsi isol en Angleterre, et soumis tant de mauvaises
-conditions, sur quoi vous appuieriez-vous? Est-ce
-sur le gouvernement que vous reprsentez? Les petitesses,
-les indiscrtions, la vanit, l'intrigue qui rgnent Paris,
-vous n'avez pu les dominer que du haut de votre position
- Londres; mais ce n'est pas avec le soutien de nos petits
-ministres, qui sont plus lord Granville qu' nous, que
-vous en imposeriez ici. Vous y tes venu, il y a quatre
-ans, non pour faire votre fortune, votre carrire, votre
-rputation; tout cela tait fait depuis longtemps; vous y
-<span class="pagenum"><a id="Page_223"> 223</a></span>
-tes venu, non pas davantage par affection pour les individus
-qui nous gouvernent, et que vous n'aimez, ni n'estimez
-gure; vous n'y tes venu que pour rendre,
-travers un tremblement de terre, un grand service votre
-pays! L'entreprise tait prilleuse votre ge! Aprs
-quinze ans de retraite, reparatre au moment de l'orage
-et le conjurer tait une &oelig;uvre hardie! Vous l'avez accomplie,
-que cela vous suffise; vous ne pourriez dsormais
-qu'en affaiblir l'importance. Souvenez-vous des paroles,
-si vraies, de lord Grey: <i>A un ge avanc, quand on a
-conserv sa sant et ses facults, on peut encore en temps
-ordinaire, s'occuper utilement des affaires publiques;
-mais il faut, dans les temps de crise, comme ceux dans
-lesquels nous vivons, un degr d'attention, d'activit et
-d'nergie, qui n'appartient qu' la force de la vie et non
- son dclin</i>. En effet, dans la jeunesse, tout moment
-est bon pour entrer en lice; dans la vieillesse, il ne
-s'agit plus que de bien choisir celui pour en sortir.
-Lord Grey offrait ici une dernire digue, dj trop faible,
- l'esprit rvolutionnaire; vous y avez t la dernire
-digue aux luttes des puissances entre elles. Lord Grey
-a senti trop tard qu'il tait emport par le torrent, ne
-sentez pas trop tard, vous, que votre influence est devenue
-aussi insuffisante que la sienne. Un dernier rayon de
-lumire est venu clairer les nobles et touchants adieux
-de lord Grey, sa retraite est devenue un triomphe; un
-jour de plus, il tait effac! Que les deux derniers champions
-de la vieille Europe quittent donc en mme temps la
-scne publique; qu'ils emportent, dans la retraite, la
-<span class="pagenum"><a id="Page_224"> 224</a></span>
-conscience de leurs efforts et de leurs services, et que
-l'histoire fasse, un jour, ce rapprochement honorable
-pour tous deux. C'est ainsi, mais ce n'est qu'ainsi, que je
-comprends le dnouement de votre vie politique. Toutes
-les considrations qui pourraient vous le faire envisager
-diffremment me paratraient indignes de vous. Pourriez-vous,
-en effet, faire entrer dans la balance un peu plus
-ou un peu moins d'amusement et de ressources sociales?
-Faut-il compter pour quelque chose la petite agitation des
-dpches, des courriers, des nouvelles? L'intrt qui en
-rsulte n'est que trop souvent le hochet d'un enfant.
-Devrions-nous, mme, songer au plus ou moins de tranquillit
-matrielle? Les secousses, les tourmentes rvolutionnaires
-sont-elles finies en France? Je n'en sais rien.
-Sont-elles plus ou moins prochaines en Angleterre? Je
-l'ignore. Faudra-t-il redouter la solitude? Chercher la
-distraction des voyages? Quels seront, en un mot, les
-dtails de la vie prive? Peu nous importe. Je suis plus
-jeune que vous, et je pourrais plus naturellement, peut-tre,
-y faire quelque attention; mais je croirais indigne
-de votre confiance, et de la vrit que j'ose vous dire
-aujourd'hui, si un retour quelconque sur mes convenances
-personnelles me faisait vous la dissimuler. Quand, comme
-vous, on appartient l'histoire, on ne doit pas songer
-un autre avenir qu' celui qu'elle prpare. Elle juge plus
-svrement, vous le savez, la fin de la vie que son dbut.
-Si, comme j'ai l'orgueil de le croire, vous attachez du
-prix mon jugement autant qu' mon affection, vous
-serez aussi vrai avec vous-mme que je me permets de
-<span class="pagenum"><a id="Page_225"> 225</a></span>
-l'tre en ce moment, vous renoncerez aux illusions volontaires,
-aux arguties spcieuses, aux subtilits de l'amour-propre,
-et vous mettrez fin une situation qui bientt
-vous dplacerait autant aux yeux des autres qu'aux miens.
-Ne marchandez pas avec le public. Imposez-lui son jugement,
-ne le subissez pas; dclarez-vous vieux, pour qu'on
-ne vous trouve pas vieilli; dites noblement, simplement,
-avant tout le monde: <i>l'heure a sonn!</i></p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p>Dom Miguel est parti de Gnes, on l'a rencontr
-Savone: cela dplat tout particulirement lord Palmerston!</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 19 aot 1834.</i>&mdash;Il parat que pendant que
-dom Miguel tait Savone, on a vu en mer plusieurs btiments,
-qui ont arbor le pavillon anglais, et qui ont fait
-force signaux, d'aprs lesquels dom Miguel serait retourn
- Gnes: voil ce qu'on disait hier sans y joindre d'autre
-explication.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 20 aot 1834.</i>&mdash;M. de Talleyrand a quitt,
-hier, Londres, probablement pour ne plus y revenir;
-c'tait, du moins, ce qu'il disait.</p>
-
-<p>Il y a toujours quelque chose de solennel et de singulirement
-pnible faire une chose pour la dernire fois,
- quitter, s'absenter, dire adieu, quand on a quatre-vingts
-ans. Je crois qu'il en avait le sentiment; je suis
-sre de l'avoir eu pour lui. D'ailleurs, entoure de malades,
-malade moi-mme, touchant l'anniversaire de la
-<span class="pagenum"><a id="Page_226"> 226</a></span>
-mort de ma mre qui est aujourd'hui, me souvenant de
-tout ce qui m'est arriv de si heureux et de si doux en
-Angleterre, et me voyant la veille de tout quitter, je me
-suis sentie extrmement faible et dcourage; j'ai dit
-adieu M. de Talleyrand avec le mme serrement de
-c&oelig;ur que si je ne devais pas le revoir dans quatre jours,
-et j'aurais pu lui dire aussi comme je disais Mme de
-Lieven: Je pleure mon dpart dans le vtre.</p>
-
-<p>Les dernires impressions que M. de Talleyrand a
-emportes de sa vie publique ici n'ont pas t prcisment
-agrables. Aprs un grand nombre d'heures passes
-au Foreign Office, en regard de M. de Miraflors, de
-M. de Sarmento et de lord Palmerston, qui s'est fait beaucoup
-attendre, comme son ordinaire, ils ont enfin sign,
-au milieu de la nuit, des articles additionnels assez peu
-importants, au trait du 22 avril de la Quadruple Alliance.
-Lord Palmerston aurait voulu donner plus d'extension
-ce trait, tandis que M. de Talleyrand, au contraire, dsirait
-plutt en restreindre les obligations. L'absence de
-Paris de lord Granville avait laiss le gouvernement franais
-libre de toute obsession de ce ct, aussi il a tenu
-bon; il a autoris M. de Talleyrand rester dans la
-mesure qu'il voulait et lord Palmerston en a t pour ses
-vellits, lord Holland pour sa rdaction et Miraflors pour
-ses sauteries.</p>
-
-<p>Il y a deux anecdotes que j'ai trop souvent entendu
-conter M. de Talleyrand pour qu'elles aient encore le
-mme mrite pour moi, mais elles m'ont paru assez
-piquantes, la premire fois que je les ai entendues, pour
-<span class="pagenum"><a id="Page_227"> 227</a></span>
-que je veuille les crire ici. Elles se rattachent, toutes les
-deux, aux campagnes de l'Empereur Napolon qui ont
-fini par la paix de Tilsitt.</p>
-
-<p>L'Empereur reut Varsovie, o il s'arrta pendant
-une partie de l'hiver de 1806 1807, un ambassadeur
-persan<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">&nbsp;[34]</a>, qui, ce qu'il parat, tait homme d'esprit.
-Du moins, M. de Talleyrand prtend que l'Empereur
-Napolon ayant demand au Persan s'il n'tait pas un
-peu surpris de trouver un Empereur d'Occident si prs de
-l'Orient, l'ambassadeur rpondit: Non, Sire, car Tahmasp-Kouli-Khan
-a t encore plus loin. J'ai toujours
-souponn la ralit de cette rplique que je crois avoir
-t invente par M. de Talleyrand, dans un de ses
-moments d'humeur contre l'Empereur, humeur qu'il
-rpandait en petites malices, et le plus qu'il pouvait,
-en les mettant dans la bouche d'autrui. Il y en a d'autres,
-cependant, dont il n'a pas reni la paternit, et que je lui
-ai entendu dire de premier jet, entre autres ce mot dit
-en 1812, si souvent rpt depuis, appliqu tant de
-choses, qui est devenu du domaine public, et presqu'une
-locution commune: <i>C'est le commencement de la fin!</i>
-Cette malheureuse campagne de 1812 inspira plus d'un
-mot piquant M. de Talleyrand. Je me souviens qu'un
-jour, M. de Dalberg vint dire, chez ma mre, que tout le
-matriel de l'arme tait perdu: Non pas, dit M. de
-Talleyrand, car le duc de Bassano vient d'arriver.
-Le duc de Bassano tait, tout particulirement alors,
-<span class="pagenum"><a id="Page_228"> 228</a></span>
-l'objet de la dplaisance de M. de Talleyrand, et cela se
-comprend. L'Empereur avait dsir rappeler M. de Talleyrand
-aux affaires; il avait t convenu que celui-ci le
-suivrait Varsovie, mais cela devait rester secret jusqu'au
-jour du dpart. L'Empereur en prvint, cependant, le duc
-de Bassano, qui, inquiet d'un retour de faveur qui pouvait
-menacer la sienne, vint le dire sa femme; celle-ci
-se chargea de faire manquer la chose: elle se servit pour
-cela de M. de Rambuteau, bavard, important et mielleux,
-prtentieux et souple, qui se croyait amoureux de la
-Duchesse et valetaillait auprs du mari. M. de Rambuteau
-donc, bien endoctrin par la duchesse de Bassano, s'en
-fut partout colporter la nouvelle du voyage Varsovie,
-disant que M. de Talleyrand s'en vantait et le confiait
-tout le monde. L'Empereur en prit de l'humeur, et M. de
-Talleyrand resta en France, prparer ses reprsailles...</p>
-
-<p>Mais pour en revenir la seconde histoire que M. de
-Talleyrand raconte souvent, la voici. Il dit que cet ambassadeur
-persan, qui faisait des rponses si spirituelles et si
-fines l'Empereur Napolon, tait un homme de haute
-taille, de belle mine, de beaucoup de dignit et de prsence
-d'esprit, tandis qu'un autre ambassadeur d'Orient,
-celui de Turquie<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">&nbsp;[35]</a>, qui avait t aussi Varsovie complimenter
-l'Empereur Napolon, tait un petit homme
-court, pais, commun et ridicule. A un grand bal chez le
-comte Potocki, ces deux ambassadeurs montant en mme
-temps l'escalier, le petit Turc s'lana pour entrer dans la
-<span class="pagenum"><a id="Page_229"> 229</a></span>
-salle de bal avant son collgue; celui-ci, se voyant
-dpass, tendit son bras de faon en faire une espce
-de joug, sous lequel il laissa alors tranquillement passer
-le Musulman.</p>
-
-<p class="section"><i>Londres, 22 aot 1834.</i>&mdash;Les ministres anglais ont
-voulu insrer dans le discours prononc par le Roi, la
-clture du Parlement, une phrase trs offensante pour la
-Chambre Haute, en punition de son rejet du Bill sur les
-dissenters, et de celui sur les dmes du clerg protestant
-d'Irlande. Mais le Roi s'y est oppos, et avec assez
-de fermet pour qu'aprs une lutte plutt vive et prolonge,
-qui a retard l'heure de la sance royale, cette phrase
-ait t abandonne.</p>
-
-<p>La Reine est revenue de son voyage. Elle a t reue
-avec pompe et cordialit par la ville de Londres, dont les
-premiers magistrats ont t sa rencontre. Sa sant est
-meilleure. Je pense avec plaisir toutes les consolations
-que la Providence, dans son quit, lui rserve.</p>
-
-<p>M. de Blow annonce qu'il a demand un cong pour
-affaires de famille et qu'il est sr de l'obtenir. Il dit vouloir
-aller La Haye, pour y faire tte l'orage, et, aprs
-l'avoir conjur l, aller affronter plus hautement celui
-qu'il prvoit Berlin. Je crois, en effet, qu'il ira La
-Haye, mais bien plus pour rentrer en grce par quelques
-platitudes que pour vider la querelle coups de lance; il
-ne veut arriver Berlin qu'aprs avoir t graci La
-Haye; c'est du moins l mon opinion.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_230"> 230</a></span>
-<i>Londres, 23 aot 1834.</i>&mdash;Je termine ici mon journal
-de Londres avec le regret de ne l'avoir pas commenc
-plus tt. Il aurait eu peut-tre plus d'intrt. Mais je
-n'avais, il y a quatre ans, quand je suis arrive dans cette
-ville, ni bons souvenirs du pass, ni intrt au prsent,
-ni pense d'avenir; ne demandant alors aux journes,
-mesure qu'elles se succdaient, qu'un peu de distraction,
-je ne songeais pas ce qui les marquait plus particulirement
-l'une aprs l'autre...</p>
-
-<p class="section"><i>Douvres, 24 aot 1834.</i>&mdash;J'ai t tout tonne de
-trouver qu'on m'attendait ici et tout le long de la route.
-Le duc de Wellington, qui la suit pour se rendre Walmer
-Castle, sa rsidence comme gouverneur des Cinq
-Ports, m'avait annonce. Une mme famille Wright, gens
-tout fait comme il faut, tient presque toutes les auberges
-sur cette route.</p>
-
-<p>L'anne dernire, j'avais t, aprs une tempte, recueillie
-ici par une trs jolie Mrs Wright, qui tenait l'htel
-du <i>Ship</i>; elle avait l'air d'une reine; ce n'est qu'aujourd'hui
-que j'ai appris qu'elle l'avait t, mais de thtre, et
-que ses extravagances avaient ruin son mari. L'htel est
-tenu maintenant par des gens nomms Waburton qui y
-mettent de la magnificence. J'ai encore t frappe de la
-respectueuse politesse avec laquelle on est accueilli en
-Angleterre dans les auberges, aux relais de poste; du bon
-langage, des manires convenables, chez les gens les plus
-infrieurs. Sur la route, on me parlait du duc de Wellington,
-de la mort de Mrs Arbuthnot, du passage de M. de
-<span class="pagenum"><a id="Page_231"> 231</a></span>
-Talleyrand, du dsir de nous voir revenir en Angleterre,
-et de tout cela dans une mesure charmante.</p>
-
-<p>Je vais partir sur un paquebot franais; le temps est
-beau, la mer est calme. Adieu donc l'Angleterre, mais
-non pas au souvenir des quatre belles annes que j'y ai
-vcu, et qui ont pass avec une rapidit qui s'explique
-par l'intrt des vnements et les motifs particuliers de
-satisfaction et de douceur que j'y ai trouvs! Adieu encore
- cette terre hospitalire dont je ne m'loigne qu'avec les
-regrets de la reconnaissance!</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 27 aot 1834.</i>&mdash;Je suis arrive ici hier au soir
- dix heures. J'ai trouv M. de Talleyrand qui m'attendait.
-L'impression gnrale qu'il m'a faite, tait d'tre assez
-triste et ennuy; cependant il se dit fort content du Chteau<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">&nbsp;[36]</a>,
-o il parat tre trs la mode. Il dit aussi qu'il
-est tellement populaire Paris, que les passants s'arrtent
-devant sa voiture et lui tirent leur chapeau; mais malgr
-tout cela, il rpte qu'il ne connat personne ici, qu'il s'y
-ennuie, que tout le monde est vieilli, us.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 28 aot 1834.</i>&mdash;J'ai t hier Saint-Cloud: le
-Roi m'a fait l'honneur de causer beaucoup avec moi, peut-tre
-trop, car il m'a fallu dire quelque chose de mon ct,
-et c'est un lieu o je n'ai jamais qu'une envie, celle de me
-taire. Cependant cette conversation a eu beaucoup d'intrt,
-car le Roi qui a de l'esprit sur tout, et de l'intelligence
-<span class="pagenum"><a id="Page_232"> 232</a></span>
-de tout, a parl aussi de tout: l'Angleterre actuelle,
-dont la dgringolade n'est pas rassurante pour ses voisins;
-la retraite de lord Grey, qui a afflig ici; le dpart de don
-Carlos d'Angleterre; le plus ou moins de part qu'y avait
-eu le duc de Wellington, qu'on en suppose l'auteur, ce que
-j'ai vivement rfut, croyant ma conscience engage le
-faire; puis l'intervention en Espagne, puis la loi salique;
-enfin, tout ce qui proccupe en ce moment, le Roi en a
-parl, et fort bien parl. Il a beaucoup insist sur ce qu'
-lui seul, il s'tait oppos l'intervention immdiate que
-voulaient les ministres; en me disant cela, il fermait sa
-grosse main, et me montrant le poignet: Voyez-vous
-bien, madame? Il m'a fallu retenir, par les crins, des chevaux
-qui n'ont ni bouche ni bride.</p>
-
-<p>A propos de la loi salique, il m'a dit: Je suis loi
-salique jusqu'au bout des doigts: les Ducs d'Orlans l'ont
-toujours t, ma protestation en fait foi; mais quand je
-luttais pour elle, on trouvait que c'tait m'ter des chances
-que de la dtruire, aussi tout le monde s'est prt sa destruction,
-au lieu de m'aider la faire maintenir; on m'a
-laiss seul contre les vanits et les ignorances franaises
-et toutes les autres difficults; puis, maintenant, on me
-reproche d'avoir abandonn ma propre cause dans celle de
-don Carlos. Je n'ai aucune haine contre lui, aucune affection
-pour Isabelle, mais on a voulu que les choses tournassent
-comme elles l'ont fait. Ce sont les deux annes
-qui ont prcd mon rgne qui ont prpar ce qui se passe
-aujourd'hui dans la Pninsule et qui est dplorable. Du
-reste, que ce soit l'anarchie sous Isabelle, ou l'Inquisition
-<span class="pagenum"><a id="Page_233"> 233</a></span>
-sous don Carlos qui triomphe, je puis tre importun, mais
-non pas branl par ce voisinage. Nous avons fait des progrs
-immenses au dedans, mais je conviens qu'il reste
-beaucoup faire encore, et avec quels instruments!</p>
-
-<p>Le Roi est alors entr dans beaucoup de dtails sur la
-pesanteur de sa charge, et il a fini par dire: Madame,
-songez donc qu'il faut, pour que les choses aillent, que je
-sois le <i>Directeur de tout et le Matre de rien</i>.</p>
-
-<p>A propos de l'tat de l'Angleterre, et des complications
-qui y surviendront par suite de l'ge et du sexe de l'hritire
-du trne, le Roi a dit: Quelle dplorable chose,
-dans un temps comme celui-ci, que toutes ces petites filles
-Rois!! Il est parti de l pour faire un morceau, vraiment
-trs loquent, sur les inconvnients des rgnes de femmes;
-puis, tout coup, il s'est arrt, m'a fait une phrase polie,
-avec une sorte d'excuse qui n'tait nullement ncessaire,
-et je lui ai dit que je croyais qu'on pouvait dire des femmes
-cc que M. de Talleyrand disait de l'esprit, que <i>servant
-tout, elles ne suffisaient rien</i>.</p>
-
-<p>Le Roi m'a longuement entretenue ensuite des restaurations
-de Versailles et de Fontainebleau. Il a fait remeubler
-la chambre de Louis XIV, Versailles, telle qu'elle
-tait, c'est--dire avec une tenture brode par les demoiselles
-de Saint-Cyr. Un panneau reprsente le sacrifice
-d'Abraham; le second, celui d'Iphignie; le troisime, les
-amours d'Armide. Le Roi a fait replacer, dans cette mme
-chambre, un portrait de Mme de Maintenon donnant une
-leon Mlle de Nantes. Versailles sera le vrai muse de
-l'histoire de France. Je sais gr au Roi de son respect pour
-<span class="pagenum"><a id="Page_234"> 234</a></span>
-la tradition; les monuments historiques lui devront beaucoup.</p>
-
-<p>Quelle triste lettre que celle qu'Alava m'crit de Madrid.
-Il fait de l'Espagne le plus dplorable tableau et ne prvoit
-qu'une srie de circonstances plus fatales les unes que les
-autres. Il me dit que l'ignorance et la prsomption y sont
-pousses au dernier degr, et que le demi-savoir, import
-de France et d'Angleterre, y fait peut-tre encore plus de
-mal que l'ignorance complte. La banqueroute est flagrante,
-le cholra y a t plus hideux qu'ailleurs, augment
-par la stupidit du peuple, qu'on voyait aux enterrements
-des cholriques manger des concombres et des
-tomates crus, tandis que la Junte de sant, Sgovie par
-exemple, ordonnait que, dans toute maison frappe par
-l'pidmie, tous les meubles du dcd seraient brls,
-tous les survivants enferms l'hpital, y compris le
-prtre qui aurait assist le mourant.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 29 aot 1834.</i>&mdash;Que tout le monde est agit,
-affair Paris! comme les esprits travaillent! comme la
-tranquillit, le calme sont choses inconnues ici! Cependant,
-il y a des progrs, des amliorations, mais sans
-rgularit, sans mesure! Tant de petites intrigues, de
-petites passions, de petites combinaisons travaillent les
-hommes, qui ne savent jouir de rien de ce qui est bon, ni
-reposer leur pense dans un avenir de quitude! Cette vie
-fivreuse est dvorante, et je trouve tous les membres du
-Cabinet franais vieillis d'une faon effrayante! Ce sont tous
-de petits vieillards, qui ont la plus triste mine du monde!</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_235"> 235</a></span>
-M. Thiers a pass par une srie de dgots et d'embarras
-qui lui ont fait dsirer sa retraite; il s'est senti
-humili et dcourag. Le Roi l'a soutenu, remont, protg,
-et n'a pas t fch de faire sentir cette protection;
-il a mme dit: Il n'y a pas de mal que messieurs les
-gens d'esprit s'aperoivent de temps en temps qu'ils ont
-besoin du Roi.</p>
-
-<p>M. le duc d'Orlans est venu passer une heure chez
-moi. Il est dsireux de se marier et dcid le faire;
-fatigu tout la fois de la vie dissipe et des frivolits de
-jeune homme qui lui nuisent et le diminuent, dgot de
-l'inactivit relle de sa vie publique, il dsire un intrieur,
-une maison; il veut prendre racine, grouper autour de lui,
-se fixer, s'asseoir; se vieillir enfin. Toutes ces vues sont
-sages et convenables.</p>
-
-<p>Le choix pour sa femme est d'autant plus difficile
-faire, qu'il y a plus de prventions que jamais vaincre.
-La grande-duchesse de Russie serait ce qu'il y aurait de
-plus clatant, mais voudrait-on de lui? Puis, il y a quelques
-regrets potiques donns ici la Pologne, qui ne rendraient
-ce mariage ni agrable en France, ni peut-tre
-possible en Russie. Une archiduchesse d'Autriche ne serait
-pas bien facile non plus obtenir et, d'ailleurs, il semble
-qu'il y ait quelque mauvais sort attach ces alliances-l.
-La nice du Roi de Prusse, pour laquelle penche Louis-Philippe,
-parat d'un extrieur chtif, d'une sant dlicate,
-les habitudes de son ducation sont rtrcies, et les sujets
-de collision qui peuvent natre entre deux puissances qui
-se disputent le Rhin, loignent M. le duc d'Orlans de la
-<span class="pagenum"><a id="Page_236"> 236</a></span>
-princesse de Prusse. Celle qui, par les rapports qui en ont
-t faits, plat davantage au jeune Prince, c'est la seconde
-fille du Roi de Wrtemberg: elle est grande, bien faite,
-jolie, spirituelle, anime. Elle a de qui tenir: sa mre, la
-grande-duchesse Catherine de Russie, tait une des femmes
-les plus distingues de son temps, et, quand elle le voulait,
-parfaitement agrable; mais aussi, elle tait ambitieuse,
-intrigante, agite, et j'espre que la ressemblance
-de la fille la mre n'est pas gnrale. M. le duc d'Orlans
-a voulu l'avis de M. de Talleyrand et le mien; nous
-avons demand quelque temps de rflexion.</p>
-
-<p>Le Prince s'est annonc Valenay pour le commencement
-d'octobre, afin de reparler plus notre aise de tout
-ceci. Il a de la raison, de la justesse d'esprit, de l'ambition,
-de fort bonnes qualits, mais ce qu'il y a de bien
-comme ce qui lui manque exige galement que sa femme
-soit distingue.</p>
-
-<p>On dit le marchal Grard peu satisfait de son poste de
-ministre de la Guerre. Il parat qu'il ne l'a occup que sur
-la promesse d'un portefeuille pour son beau-frre, M. de
-Celles; ide folle et impraticable, mais sur laquelle on
-s'tait engag afin de le dcider, et aprs, on ne s'est pas
-fait scrupule de lui manquer de parole.</p>
-
-<p>Quant au mariage du Prince Royal, je vois que la question
-de religion est, pour lui, une chose indiffrente,
-secondaire pour le Roi, et que la Reine seule tiendrait
-une conversion pralable; mais ce ne sera jamais sur ce
-point qu'il y aura rupture.</p>
-
-<p>Les exigences exagres du Roi de Naples pour les conditions
-<span class="pagenum"><a id="Page_237"> 237</a></span>
-dotales de la princesse Marie ont suspendu toute
-ide de mariage de ce ct-l. C'est un regret gnral dans
-la famille royale, except de la part de la Princesse elle-mme,
-qui rve de continuer ici l'existence de sa tante,
-qu'elle trouve charmante.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, le 30 aot 1834.</i>&mdash;D'aprs ce que m'a dit
-M. Thiers, le Roi, la retraite du marchal Soult, a pens
- appeler M. de Talleyrand la prsidence du Conseil.
-Cette ide se prsente mme encore son esprit lorsqu'il
-songe la retraite probable du marchal Grard. Mais
-M. de Talleyrand n'accepterait aucune condition, et pour
-le coup, comme l'a dit Thiers au Roi, Mme de Dino ne
-le voudrait pas.</p>
-
-<p>A dner hier Saint-Cloud, le Roi m'a parl avec une
-grande aigreur du duc de Broglie, comme ayant voulu le
-rendre tranger toutes les affaires. Il s'en est plaint vivement.
-Il se plaint de pas mal de monde; il s'arrange de
-Rigny et compte sur M. Thiers.</p>
-
-<p>M. de Talleyrand est on ne peut plus la mode au
-Chteau, parce qu'il rpte beaucoup qu'il faut laisser
-faire le Roi. J'y suis aussi, parce que j'coute et que je dis
-de mme, ce que je pense du reste, que le Roi est le plus
-habile homme de France. Le Roi parle de tout trs bien,
-longuement, beaucoup; il s'coute, et a, au moins, la
-conscience de sa capacit. Il aime le souvenir de M. le Rgent;
-Saint-Cloud l'y ramne tout naturellement. Il me
-racontait que Louis XVIII aimait la mmoire du Rgent,
-montrait une grande horreur pour les calomnies dont il
-<span class="pagenum"><a id="Page_238"> 238</a></span>
-avait t l'objet, et ajoutait: Sa meilleure justification,
-c'est moi. Mais quand Louis XVIII racontait tout cela, il
-finissait singulirement, car aprs avoir insist sur l'horreur
-des calomnies, il disait: Mais nanmoins les vers
-de Lagrange-Chancel sont si beaux, que je les ai retenus
-et que j'aime les rciter<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">&nbsp;[37]</a>. Ce qu'il faisait alors, en
-s'adressant au Roi actuel: c'tait une singulire conclusion!</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, le 1<sup>er</sup> septembre 1834.</i>&mdash;J'ai vu ce matin M. de
-Rigny, il m'a dit que les nouvelles d'Espagne taient fort
-embarrassantes. Martinez de la Rosa commence dire que
-sans l'intervention arme de la France, tout ira la diable.
-Le Roi est, au plus haut degr, contre cette intervention,
-beaucoup plus que ses ministres, qui me paraissent tre
-trs agits de ce terrible voisinage.</p>
-
-<p>La haine contre lord Palmerston est si gnrale ici, que
-personne ne se gne pour l'exprimer. M. de Rigny en est
-assourdi de tous les cts. Il m'a dit ce sujet que les
-arrogances de Palmerston, et ses dmonstrations hostiles
-n'ayant jamais t suivies d'aucune action vritable, elles
-ne faisaient plus d'impression, et qu'au dehors, on se bornait
- dire: Ah! c'est une boutade de Palmerston!
-puis on n'y pense plus.</p>
-
-<p>M. Guizot a succd chez moi Rigny; il est fort content
-de l'tat intrieur du pays, mais il dit, avec raison,
-<span class="pagenum"><a id="Page_239"> 239</a></span>
-que s'il faut avoir, avec les difficults du dedans, se
-mler d'une rvolution en Espagne, et en voir venir une
-en Angleterre, il n'y aura plus moyen de se tirer d'affaire.
-Il parat certain que la Chambre des dputs nouvelle
-vaut infiniment mieux que la prcdente, qu'elle est
-prise dans un ordre moins bas; les progrs matriels aussi
-sont sensibles. La France livre elle-mme, sans embarras
-extrieurs, est videmment dans une fort bonne voie.</p>
-
-<p>Le prince Czartoryski est venu son tour, assez languissant,
-comme toujours, et dcidment fix Paris.</p>
-
-<p>Enfin, j'ai pu sortir, et aller chez les Werther, o j'ai
-entendu de nouvelles plaintes contre le Palmerston. En
-rentrant, M. de Talleyrand m'a fait ranger des papiers;
-j'y ai retrouv une lettre curieuse, signe: Ferdinand,
-Carlos, Antonio, crite, par ces trois Princes, de Valenay,
- M. de Talleyrand pour lui exprimer leur reconnaissance
-et affection.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 2 septembre 1834.</i>&mdash;J'ai eu la visite de
-M. Thiers, qui m'a cont ceci. Tous les rapports d'Espagne
-s'accordent dire que don Carlos aura autant
-d'hommes que de fusils, et qu'il n'attend qu'un arrivage
-d'armes pour marcher sur Madrid, o tout va la diable;
-que dom Miguel se prpare reparatre, son tour, dans
-la Pninsule. Si donc le blocus n'est pas assez effectif
-pour empcher le secours d'armes, la cause de la Reine
-est dsespre, moins que la France ne se mle activement
-des affaires d'Espagne. D'un instant l'autre, cette
-question peut se prsenter, et il y a, l-dessus, forte division.
-<span class="pagenum"><a id="Page_240"> 240</a></span>
-Bertin de Veaux et quelques autres sont pour l'intervention
-arme, dans le cas o elle deviendrait ncessaire
-pour sauver la Reine, parce que, disent-ils, si don
-Carlos triomphe, le carlisme, de partout, redevient audacieux,
-que la France aura un ennemi implacable sur ses
-frontires, et qu'avec un danger aussi rel derrire elle,
-tous ses mouvements restent paralyss et ses chances
-plus mauvaises, dans une guerre qu'on sera d'autant plus
-tent de lui faire. Le Roi et M. de Talleyrand disent
-cela: Mais la guerre, vous l'aurez bien plutt si vous
-intervenez! d'ailleurs, avec qui marcherez-vous? L'Angleterre,
-dvore par ses plaies intrieures, pourra-t-elle
-vous aider? A cela on rplique: Sa neutralit nous suffit.&mdash;Bon!
-mais pouvez-vous y compter, sur cette neutralit?
-Ne dpend-elle pas de la dure et de la composition du
-Cabinet actuel, dont l'existence est fort douteuse?</p>
-
-<p>M. de Rigny est trs tiraill entre ces avis si divers:
-c'est un embarras norme; je les vois, tous, se cassant
-la tte, pour trouver un expdient.</p>
-
-<p class="section"><i>Rochecotte, 7 septembre 1834.</i>&mdash;Le temps, qui tait
-mauvais depuis deux jours, s'est remis hier, et j'ai eu, en
-arrivant, mon soleil d'Austerlitz, qui perait les nuages
-pour me souhaiter la bienvenue<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">&nbsp;[38]</a>. A Langeais<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">&nbsp;[39]</a>, j'ai
-<span class="pagenum"><a id="Page_241"> 241</a></span>
-eu ma voiture entoure de toute la ville et tout le long du
-chemin jusqu'ici force coups de chapeau et mines
-rjouies, ce qui m'a touche.</p>
-
-<p>La valle est trs frache, la Loire pleine, et la culture
-admirable de soins et de richesse, les chanvres, une des
-industries du pays, levs comme des plantes du Tropique;
-enfin, je suis trs satisfaite de tout ce que je vois.</p>
-
-<p class="section"><i>Rochecotte, 8 septembre 1834.</i>&mdash;Ma vie, ici, n'est ni
-politique, ni sociale; elle ne peut tre d'aucun intrt
-gnral, mais je n'en noterai pas moins les petits incidents
-qui me touchent.</p>
-
-<p>Hier, aprs le djeuner, pendant que je reposais ma
-pauvre tte enrhume sur une chaise longue du salon,
-l'abb Girollet, assis ct de moi, dans un grand fauteuil,
-m'a dit qu'il avait une grce me demander: c'tait
-que je restasse seule charge de sa succession, qui n'tait
-rien comme valeur et dont les charges absorberaient au
-moins la totalit mais qu'il n'y avait que moi qui lui
-inspirt assez de confiance pour qu'il mourt tranquille
-sur le sort de ses domestiques et de ses pauvres. Je lui ai
-dit que je le priais de faire ce qui lui conviendrait, de
-disposer de moi comme il l'entendrait, mais de m'pargner
-des dtails qui m'taient pnibles et que j'apprendrais
-toujours trop tt. Il m'a demand ma main, m'a
-<span class="pagenum"><a id="Page_242"> 242</a></span>
-beaucoup remercie de ce qu'il appelle mes bonts pour
-lui, puis, aprs cet effort momentan, il est retomb dans
-un tat de silence et presque de somnolence, dont il
-ne sort qu' de rares intervalles.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 11 septembre 1834.</i>&mdash;Je suis arrive hier
-soir ici, aprs m'tre arrte quelques instants la jolie
-campagne de Bretonneau, prs de Tours, et avoir parcouru
-et admir la charmante route de Tours Blois, qui est si
-pleine de souvenirs. Il faisait nuit, au clair de lune prs,
-quand j'ai atteint le relais de Selles, o on savait que j'allais
-passer. Au premier coup de fouet du postillon,
-chaque fentre s'est claire des chandelles des habitants,
-cela a fait comme une jolie illumination; pendant qu'on
-relayait, ma voiture a t entoure par toute la population,
-avec des cris infinis de bienvenue. Jusqu' la S&oelig;ur
-Suprieure de l'hpital, une de mes anciennes amies, qui
-est venue ma portire quoiqu'il ft neuf heures du soir.
-J'tais toute assourdie et ahurie, mais, en mme temps,
-fort touche. Il y avait plus de quatre ans que je n'avais
-pass par l, et j'tais loin de m'attendre qu'on s'y souviendrait
-de quelques bons offices que j'y ai rendus dans
-les temps passs.</p>
-
-<p>Enfin, dix heures, je suis entre, par le plus beau
-clair de lune, dans les belles cours de Valenay. M. de
-Talleyrand, Pauline, Mlle Henriette<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">&nbsp;[40]</a>, Demion et tous les
-domestiques taient sous les arcades avec force lumires.
-Cela faisait un joli tableau.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_243"> 243</a></span>
-<i>Valenay, 12 septembre 1834.</i>&mdash;Voici le principal
-passage d'une lettre adresse par Madame Adlade M. de
-Talleyrand: Vous vous rappellerez srement la discussion
-qui a eu lieu dans mon cabinet, sur le ridicule, le
-danger et l'inutilit de faire une dclaration de guerre
-don Carlos. Il parat, nanmoins, qu'on veut remettre
-cette question sur le tapis. Vous l'avez, en ma prsence,
-traite d'une manire si lucide et si convaincante, qu'on
-ne devait pas craindre qu'on s'en occupt davantage.
-Cependant, je crois bien faire de vous avertir qu'il faut y
-prendre garde, et que vous ferez bien de faire sentir en
-Angleterre le danger de cette fausse dmarche, qui ne
-peut conduire qu' du mal. Il parat qu'on est embarrass
-en Angleterre, de la promesse de fournir une force navale
- l'Espagne, et que, pour s'en tirer, on a song cette
-absurdit. Je crois donc que vous feriez bien d'crire tout
-de suite en Angleterre sur cela. J'y tiens beaucoup, parce
-que personne ne peut le faire aussi bien et d'une manire
-plus efficace.</p>
-
-<p>Voici maintenant la rponse de M. de Talleyrand<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">&nbsp;[41]</a>: Je
-conjure le Roi de persister dans son refus de dclaration
-de guerre contre don Carlos; je trouve que ce serait la
-plus dplorable manire, pour nous, d'aplanir les embarras
-des ministres anglais. Je ne suis nullement surpris de
-ceux qu'ils prouvent; il y a si longtemps que je les prvois!
-et je n'ai jamais compris la lgret avec laquelle,
-<span class="pagenum"><a id="Page_244"> 244</a></span>
-depuis deux ans, ils se sont jets dans toutes les difficults
-de la Pninsule. En 1830, Londres tait le vritable terrain,
-le seul convenable pour les grandes ngociations;
-mais aujourd'hui qu'on y est d'autant plus prs du dsordre
-que la France s'en loigne davantage, ce n'est plus
-Londres, c'est Paris qu'il faut les ramener, et c'est sous
-l'&oelig;il d'aigle du Roi qu'il faut qu'elles soient conduites.
-L'Angleterre n'osera pas se risquer seule, et les autres
-puissances se rangeront de notre ct pour dsapprouver
-la dclaration de guerre; ainsi nous ne risquerons rien
-la repousser. Il n'y a pas de mal gagner du temps et
-l'absence de lord Granville, de Paris, peut nous servir de
-prtexte pour ajourner une rponse premptoire. Si j'hsite
- obir Madame et crire sur ce sujet en Angleterre,
-c'est que je dois supposer que ma lettre y produirait
-l'effet contraire celui que je dsirerais obtenir. Le
-Cabinet anglais m'a trouv, dans les derniers temps,
-rserv et froid, vitant avec soin d'engager mon gouvernement
-dans toutes les fcheuses complications de la
-Pninsule. Je ne puis douter qu'on ne se soit mfi de moi
-dans toutes les transactions qu'on a faites, qu'on ne m'en
-ait voulu de ma tideur, et qu'aujourd'hui que les ministres
-anglais sont embarrasss des engagements que je
-leur ai laiss prendre, sans vouloir y faire participer la
-France, ils recevraient avec d'autant plus d'humeur mes
-conseils et mes avertissements.</p>
-
-<p>Mme de Lieven m'crit des tendresses de Ptersbourg;
-elle va bientt rester seule, avec son lve qui lui plat
-fort. L'Empereur va Moscou, l'impratrice Berlin, et
-<span class="pagenum"><a id="Page_245"> 245</a></span>
-c'est alors que les Lieven entreront en fonctions, et qu'ils
-seront tablis chez eux, ce dont elle me parat, avec raison,
-trs presse. Elle me semble dj sur les dents,
-quoique console par ses augustes htes.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 16 septembre 1834.</i>&mdash;Labouchre, qui est
-arriv ici hier, dit que rien n'est comparable la conduite
-de M. de Toreno, que celle des Rothschild<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">&nbsp;[42]</a>. Le
-premier, avant de dclarer la banqueroute du gouvernement
-espagnol, a vendu normment d'effets; il a fait la
-spculation inverse des Juifs, et, comme il tait dans le
-secret, il a chang sa position personnelle, qui tait fort
-drange, en des profits normes, tandis que presque
-toutes les places de l'Europe sont frappes de la faon la
-plus dplorable.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 25 septembre 1834.</i>&mdash;Voici l'extrait d'une
-lettre de M. de Rigny M. de Talleyrand: On s'est
-calm Constantinople, mais Mhmet-Ali est furieux,
-lui, des vellits qu'a montres la Porte et il parle d'indpendance;
-nous allons tcher de calmer cet accs de
-fivre. Toreno, d'adversaire qu'il tait des cranciers
-franais, s'est fait presque leur champion; nous saurons
-demain ou aprs la rsolution adopte par les Corts.
-Mais, en attendant, les choses ne vont pas mieux en
-Espagne, et on commence parler fort haut Madrid de
-la ncessit de notre intervention. On voulait remplacer
-Rodil par Mina.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_246"> 246</a></span>
-Maison s'est mis fort en froid la Cour de Saint-Ptersbourg
-pour n'avoir pas voulu assister l'inauguration
-de la colonne.</p>
-
-<p>J'ai vu, hier, une lettre de lord Holland, qui se
-flicite de l'assiette du ministre anglais; je ne sais quelle
-valeur cela peut avoir.</p>
-
-<p>Semonville a donn sa dmission par crit; il aurait
-voulu tre remplac par Bassano, il l'est par Decazes,
-ce que vous ne trouverez peut-tre pas mieux. Mol
-refuse d'tre vice-prsident; il est bless de ce qu'on ait
-mis Broglie avant lui, c'est l toute sa raison; est-ce
-bien de la raison? Villemain ne veut pas tre secrtaire
-perptuel la place d'Arnaud: Ce serait, dit-il, abdiquer
-toutes les <i>chances politiques</i>. Par contre, Viennet
-abandonnerait volontiers les siennes pour le fauteuil
-perptuit.</p>
-
-<p>Nous venons d'avoir deux ou trois mauvaises lections.
-Quant l'amnistie, elle est ngativement dcide;
-je crains qu'on ne regrette ce parti, lorsque nous serons
-au milieu du feu crois du procs, des avocats, de la tribune,
-des journaux. Il faut voir les choses quelques mois
-en avant dans ce pays-ci!</p>
-
-<p>Une lettre de lady Jersey mande que lord Palmerston a
-refus le gouvernement gnral de l'Inde et que Mme la
-duchesse de Berry est au moment d'accoucher, mais, pour
-le coup, d'un enfant lgitime.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 28 septembre 1834.</i>&mdash;En rentrant hier de
-la promenade, nous avons trouv le chteau rempli de
-<span class="pagenum"><a id="Page_247"> 247</a></span>
-visiteurs, hommes et femmes, venus en poste et visitant
-toutes choses en curieux. Le rgisseur nous a dit que
-c'tait Mme Dudevant avec M. Alfred de Musset et leur
-compagnie. A ce nom de Dudevant, les Entraigues ont
-fait des exclamations auxquelles je n'entendais rien et
-qu'ils m'ont expliques: c'est que Mme Dudevant n'est
-autre que l'auteur d'<i>Indiana</i>, <i>Valentine</i>, <i>Leone Leoni</i>,
-George Sand enfin!... Elle habite le Berry, quand elle ne
-court pas le monde, ce qui lui arrive souvent. Elle a un
-chteau prs de La Chtre, o son mari habite toute l'anne
-et fait de l'agriculture. C'est lui qui lve les deux
-enfants qu'il a de cette virtuose. Elle-mme est la fille
-d'une fille naturelle du marchal de Saxe; elle est souvent
-vtue en homme, mais elle ne l'tait pas hier. En entrant
-dans mon appartement, j'ai trouv toute cette compagnie
-parlementant avec Joseph<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">&nbsp;[43]</a>, pour le voir, ce qui n'est
-pas trop permis quand je suis au chteau. Dans cette
-occasion cependant, j'ai voulu tre polie pour des voisins:
-j'ai moi-mme ouvert, montr, expliqu l'appartement et
-je les ai reconduits jusqu'au grand salon, o l'hrone de
-la troupe s'est vue oblige, propos de mon portrait par
-Prud'hon, de me faire force compliments. Elle est petite,
-brune, d'un extrieur insignifiant, entre trente et quarante
-ans, d'assez beaux yeux; une coiffure prtentieuse,
-et ce qu'on appelle en style de thtre, <i>classique</i>. Elle a
-un ton sec, tranch, un jugement absolu sur les arts,
-auquel le buste de Napolon et le Pris de Canova, le
-<span class="pagenum"><a id="Page_248"> 248</a></span>
-buste d'Alexandre par Thorwaldsen et une copie de
-Raphal par Annibal Carrache (que la belle dame a pris
-pour un original) ont fort prt. Son langage est recherch.
-A tout prendre, peu de grces; le reste de sa compagnie
-d'un commun achev, de tournure au moins, car
-aucun n'a dit un mot.</p>
-
-<p>J'ai eu, dans la soire, une autre visite qui m'a t
-droit au c&oelig;ur: celle d'une S&oelig;ur de l'Ordre des religieuses
-qui sont Valenay. Elle y a fait son noviciat, et,
-quoiqu'elle n'ait que trente-trois ans, elle est dj premire
-assistante de la maison mre, d'o elle vient en inspection
-ici. Elle regarde Valenay comme son berceau;
-elle y est venue, l'poque o j'ai fond ce petit tablissement;
-elle tait alors d'une beaut et d'une fracheur
-remarquables; maintenant, elle est maigre et ple, mais
-toujours avec le plus doux regard. Malgr sa saintet, qui
-l'a leve si vite dans son ordre, elle m'aime beaucoup,
-et m'a embrasse comme si j'en tais digne, avec la plus
-grande joie du monde de retrouver une pauvre pcheresse
-telle que moi!</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 7 octobre 1834.</i>&mdash;J'ai eu, hier, une longue
-conversation avec M. de Talleyrand sur ses projets de
-retraite; elle m'a conduite traiter avec lui plusieurs
-points importants de sa position, et lui parler avec sincrit.
-J'ai eu le courage de lui dire la vrit; il en faut
-toujours pour la dire un homme de son grand ge.</p>
-
-<p>C'est pourtant une utile chose que la vrit, ce premier
-des biens, toujours inconnu par les mes qui ne sont pas
-<span class="pagenum"><a id="Page_249"> 249</a></span>
-fortement trempes; que l'esprit ddaigne souvent, que les
-caractres levs savent seuls apprcier; qui effarouche la
-jeunesse, qui effraye la vieillesse; qu'on n'aime et qu'on
-n'accueille que lorsqu'on joint aux leons de l'exprience
-toute la vigueur de l'ge et de la sant. Que de rflexions
-j'ai faites, depuis hier, sur ce sujet! et que j'ai bni
-l'homme, habile et bon<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">&nbsp;[44]</a>, qui a guid mes premires
-annes, et qui m'a donn cette habitude prcieuse, devenue
-depuis un besoin, de me rendre un compte svre de
-moi-mme, d'tre la premire me maltraiter; c'est ce
-qui a sauv mon me, car cela m'a toujours empche
-de confondre le bien avec le mal; je ne les ai jamais mis
-la place l'un de l'autre dans mon esprit, ni dans ma conscience,
-et si j'ai charg celle-ci de fautes, je l'ai, du
-moins, tenue libre d'erreurs. Grande diffrence, qui permet
-toujours de revenir sur ses pas; car, ce qui perd,
-c'est la <i>fausse conscience</i>. Vrit de l'esprit, vrit du
-c&oelig;ur, voil ce qu'il s'agit de prserver: c'est ce qui conserve
-de la dignit au caractre, et fait arriver au terme,
-non sans fautes, mais bien sans lchets.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 9 octobre 1834.</i>&mdash;M. de Montrond, qui est
-ici depuis plusieurs jours, a demand hier matin me
-voir, pour me parler d'une chose importante. Je l'ai
-vu, et aprs quelques plaisanteries que j'ai reues assez
-froidement, il m'a dit qu'il venait pour m'annoncer son
-dpart; que je ne serais probablement pas tonne,
-<span class="pagenum"><a id="Page_250"> 250</a></span>
-d'aprs la manire inconcevable dont M. de Talleyrand le
-traitait. Il s'est fort tendu en plaintes, en aigreurs; il est
-profondment bless et cela lui fait dire beaucoup de mauvaises
-choses. Il a ajout qu'il savait bien que je ne
-l'aimais gure, mais que j'avais, cependant, t polie et
-obligeante pour lui, qu'il venait m'en remercier et me
-dire que, quoiqu'il penst bien que je ne voudrais pas
-en convenir, il tait impossible que je ne m'ennuyasse
-pas la mort, et que la vie que je menais devait m'tre
-insupportable, quoiqu'il ft difficile de la prendre de
-meilleure grce. Enfin, il a mis, je ne sais trop pourquoi,
-du prix se faire bien venir de moi.</p>
-
-<p>J'avoue que je me suis sentie fort mal mon aise pendant
-ce discours, qui, quoique hach et saccad, sa
-manire, a t long. Voici en rsum, ma ou mes
-rponses: Que je regrettais tout ce qui ressemblait de
-la brouillerie, parce que je ne la trouvais bonne pour personne,
-mauvaise surtout pour lui, M. de Montrond, qui
-le monde donnerait tort, puisque son ton rude avec M. de
-Talleyrand expliquerait le manque de patience de celui-ci;
-que, de se plaindre, et d'expliquer ses griefs par les
-motifs qu'il venait de me donner serait de bien mauvais
-got, et qu'il y avait de certaines choses, qui, lors mme
-qu'elles auraient une apparence de vrit, ne se disaient
-pas, ou ne devaient jamais se dire, aprs quarante annes
-d'une liaison qui, du ct de M. de Talleyrand, pouvait
-s'appeler du patronage; que pour ce qui me regardait, je
-ne pouvais m'ennuyer, au centre de mes devoirs et de
-mes intrts de famille; que, d'ailleurs, il y avait fort
-<span class="pagenum"><a id="Page_251"> 251</a></span>
-longtemps que ma vie, mes habitudes, et toute mon
-existence, taient absorbes dans les convenances de
-M. de Talleyrand; que c'tait l ma destine, que je
-m'en satisfaisais trs fort et que je n'en admettais pas
-d'autre.</p>
-
-<p>A cela, il a repris: Il est clair que vous tes destine
- l'enterrer; puis, vous avez beaucoup d'esprit, un grand
-savoir-faire et savoir-dire, et vous tes assez grande dame
-pour savoir prendre les choses d'une certaine manire;
-mais quant moi, je n'ai qu' m'en aller.</p>
-
-<p>J'ai rpliqu alors: Vous avez quelque chose de plus
- faire, c'est de vous en aller poliment, sans esclandre, et
-de ne dire personne que vous l'avez fait par humeur;
-vous avez, surtout, ne jamais parler, je ne dis pas seulement
-mal, mais encore lgrement de M. de Talleyrand.
-Il a dit: Vous faites de fort jolis discours ce
-matin; mais si je fais ce que vous voulez, que ferez-vous
-de moi?&mdash;Je vous garderai le secret sur la vraie raison
-de votre dpart.&mdash;Vous tes trop habile, madame de
-Dino.&mdash;Je suis de bon conseil. Il m'a demand si je
-voulais lui donner la main, et lui promettre d'tre <i>good-natured</i>
-pour lui. Oui, si vous ne parlez pas de travers
-de M. de Talleyrand.&mdash;Alors, je n'irai pas tout droit
-Paris; je vais aller aux Ormes, chez d'Argenson, me faire
-passer la bile, et quand j'aurai retrouv <i>ma nature
-d'agneau</i>, j'irai causer avec le Roi, et m'excuser sur quelque
-affaire de n'avoir pas attendu son fils ici.&mdash;Faites ce
-que vous voudrez, mais faites ce qui convient un
-<i>gentleman</i>. Il est parti.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_252"> 252</a></span>
-A djeuner, il a dit qu'il avait reu une lettre qui
-l'obligeait partir aujourd'hui.</p>
-
-<p>Le fait est que je m'attendais quelque chose de semblable.
-M. de Talleyrand, aprs des annes d'une longanimit
-dplace, a vers subitement vers l'autre extrmit,
-sans mesure aucune; et, avant-hier, il lui a si fort indiqu
-qu'il tait de trop ici, qu'il a bien fallu comprendre. Il
-est possible que M. de Montrond prenne quelques prcautions
-de langage, tout juste ce qu'il faudra pour ne
-pas tre trac comme mauvais procd, mais il me parat
-impossible qu'il n'y ait pas quelque vengeance sourde,
-car il est bless et drang. Partir la veille de l'arrive
-d'une nombreuse socit anglaise, laquelle il se prparait
- faire les honneurs de Valenay, ne pas tre ici
-quand M. le duc d'Orlans y est attendu, voil deux sensibles
-mcomptes, qu'il ne pardonnera pas M. de
-Talleyrand.</p>
-
-<p>Dans la premire et trs virulente partie de sa conversation,
-le nom du Roi et celui de M. de Flahaut sont
-revenus fort souvent, et de faon me persuader qu'il va
-se ranger absolument du ct du dernier, pour rendre
-auprs du premier de mauvais offices M. de Talleyrand.
-Qu'attendre d'un pareil tre? Mais aussi quel enfantillage
-de perdre patience au bout de quarante ans!<a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">&nbsp;[45]</a> M. de
-Montrond me disait: Il devait me traiter avec la douceur
-et l'intimit d'une ancienne amiti, ou bien avec la politesse
-<span class="pagenum"><a id="Page_253"> 253</a></span>
-d'un matre de maison. Mais cela, j'ai rpliqu:
-M. de Talleyrand n'aurait-il pas aussi le droit de vous
-dire qu'il n'a trouv en vous, ni la dfrence due un
-hte, ni la bonne grce due son ge et vos anciens
-rapports? Dans quelle autre maison auriez-vous blm
-toutes choses comme vous le faites ici? Vous avez critiqu
-ses voisins, ses domestiques, son vin, ses chevaux, toutes
-choses enfin. S'il a t rude, vous avez t hargneux; et,
-en vrit, il y a trop de tmoins de votre perptuelle contradiction,
-pour que vous puissiez vous plaindre de l'humeur
-qu'elle a cause.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 14 octobre 1834.</i>&mdash;Nous avons en visite
-lady Clanricarde, M. et Mme Dawson Damer et M. Henry
-Greville. Je me suis longtemps promene en calche hier
-avec lady Clanricarde; j'ai beaucoup caus avec elle de
-son pre, le clbre M. Canning; de sa mre, non moins
-distingue, mais que sa fille parat aimer peu. Lady
-Clanricarde a de l'esprit, de la mesure, du bon got, de la
-dignit, mais, ce qu'il semble, assez de scheresse de
-c&oelig;ur, et un peu de raideur d'esprit; ses manires, son
-caractre, je crois, ont une valeur relle, sans abandon,
-ni sduction; mais, tout prendre, c'est assurment une
-personne distingue, et de la meilleure et plus exquise
-compagnie. Quant Mme Damer, c'est une bonne enfant,
-mais rien que cela.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 18 octobre 1834.</i>&mdash;En causant avec lady
-Clanricarde de lord Palmerston et de lady Cowper, nous
-<span class="pagenum"><a id="Page_254"> 254</a></span>
-sommes arrives nous demander ce qui faisait conserver
- de certaines personnes tant d'influence sur telles autres.
-Je lui ai fait alors une observation sur la justesse de
-laquelle elle s'est rcrie. Je lui disais que c'tait par
-l'exigence que les hommes conservaient leur influence sur
-les femmes, mais que c'tait par des concessions que
-celles-ci conservaient la leur sur les hommes.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 21 octobre 1834.</i>&mdash;On a reu, hier, la nouvelle
-du terrible incendie de Westminster Londres.
-C'est une horrible catastrophe, et qui semble d'un caractre
-tout <i>ominous</i>; l'difice matriel croulant avec l'difice
-politique! Ces vieilles murailles ne voulant plus se
-dshonorer en prtant asile aux profanes doctrines du
-temps! Il y a l de quoi frapper, non seulement l'esprit
-de la multitude, mais encore celui de toute personne
-srieuse.</p>
-
-<p>Les Anglais qui sont ici sont tents de croire la malveillance
-comme cause de ce feu, parce qu'il a commenc
-par la Chambre des Pairs. Le <i>Globe</i>, qu'on avait envoy
-M. de Talleyrand, nous a tous fait veiller fort tard, car
-nous avons voulu connatre toutes les versions. Il parat
-que la perte en papiers et documents a t norme, non
-seulement par le feu, mais aussi par l'parpillement.
-Quel dommage! On dit que cela va jeter du trouble et de
-grandes lacunes dans le cours de la justice.</p>
-
-<p>J'ai men, hier, lady Clanricarde et Mme Damer voir le
-petit couvent, l'cole et tout le petit tablissement des
-S&oelig;urs de Valenay; c'est un genre de choses qui touche peu
-<span class="pagenum"><a id="Page_255"> 255</a></span>
-les Anglaises; elles ont beau avoir de l'esprit, de la bont,
-elles ne sont pas charitables dans le vrai sens du mot;
-elles ont une aversion singulire pour se mettre en contact
-avec la pauvret, la misre, le malheur, la maladie,
-la souffrance, et cet loignement, de leur part, pour les
-petites gens, qui, socialement, a tant d'avantages, me
-glace et me froisse quand je le vois s'tendre jusqu' l'indigence.
-Ainsi, lady Clanricarde, si agrable en socit,
-n'a rien trouv dire mes pauvres S&oelig;urs, si simples et
-si dvoues; elle a peine mis le nez la porte de l'cole,
-et rangeait sa belle robe, pour ne pas tre froisse par les
-petites filles qui taient l'entre de la classe; ces deux
-dames n'en revenaient pas de tout ce que j'avais trouv
-dire, et elles taient surtout fort surprises de m'avoir vue
-arrte plusieurs fois dans le bourg par des gens qui voulaient
-me parler de leurs affaires. Cette faon de vivre est
-compltement incomprhensible pour une Anglaise, et,
-dans ce moment-l, lady Clanricarde, malgr tout son
-esprit et sa bienveillance pour moi, s'est tonne, j'en suis
-sre, que je susse manger proprement table, et que je
-portasse une robe faite par Mlle Palmyre.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 23 octobre 1834.</i>&mdash;Il a plu outrageusement
-hier toute la journe; il n'y a pas eu moyen de sortir. Nos
-Anglais ont fait une musique assez barbare pendant toute
-la matine; le soir sont arrives trois lettres au chteau.
-L'une, de lord Sidney Henry Greville, disant que M. de
-Montrond tait de retour Paris, y rptant tout le
-monde que Valenay tait devenu inhabitable, que les
-<span class="pagenum"><a id="Page_256"> 256</a></span>
-Damer et Greville s'y ennuieraient la mort, que lady
-Clanricarde seule s'en arrangerait. H. Greville a lu cela
-demi-voix: lady Clanricarde a repris tout haut, M. de
-Talleyrand a demand ce que c'tait, on lui a lu tout le
-passage.</p>
-
-<p>La seconde lettre, de M. de Montrond M. Damer, pour
-lui demander comment il se trouvait Valenay; que
-quant H. Greville, qui aimait les caquets, il n'en tait
-pas inquiet, parce qu'il y trouverait de quoi se satisfaire:
-ceci a t lu tout haut par M. Damer.</p>
-
-<p>La troisime lettre, de M. de Montrond moi, calme
-au possible. Je l'avais passe M. de Talleyrand, qui,
-d'humeur de ce qu'il venait d'entendre, a lu, son tour,
-tout haut. Cela m'a fait souvenir du billet de Climne! Je
-ne sais quelles rflexions cette petite scne aura provoques,
-car j'ai t me coucher aussitt aprs.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 26 octobre 1834.</i>&mdash;Le temps s'est un peu
-rajust hier: en ce moment, il fait un froid vif, mais sec,
-avec un soleil clatant. Pourvu que cela dure pour l'arrive
-de M. le duc d'Orlans que nous attendons ce soir!
-Car les populations d'une quarantaine de communes, et
-du monde de Chteauroux, mme d'Issoudun, dix ou
-douze lieues d'ici, sont en mouvement. Le dimanche facilite
-cette satisfaction de curiosit, et, quoi qu'en disent les
-journaux, nous n'aurons d'autres magnificences, d'autres
-ftes, d'autres prparatifs que ceux du nombre. Je crois
-que M. le duc d'Orlans sera trs bien reu par les populations
-rurales. Jamais, depuis la Grande Mademoiselle,
-<span class="pagenum"><a id="Page_257"> 257</a></span>
-aucun Prince, d'aucune dynastie, n'est venu ici: tout le
-pays entre Blois et Chteauroux, si bien trait par les
-Valois, tait comme frapp de disgrce, d'oubli; jamais
-aucune des administrations n'a voulu rien faire pour ce
-coin de Berry. Quand je suis venue ici pour la premire
-fois, tout y tait, en fait de civilisation, comme au temps
-de Louis XIII. M. de Talleyrand, et mme moi, lui avons
-fait faire quelques progrs; ce n'est cependant que cette
-anne que nous avons une poste aux chevaux organise;
-il n'y a pas mme encore de diligences, et les communications
-ont lieu, pour bien du monde, mme ais, en
-pataches, c'est--dire en voitures non suspendues. Dans
-un pays aussi recul, un Prince est encore <i>quelqu'un</i>; nos
-communes sont flattes qu'il s'en gare un dans nos sauvageries,
-et elles crieront: <i>Vive le Roi!</i> avec fureur: c'est
-tout ce qu'il y a de mieux.</p>
-
-<p>Parmi les arrivants au chteau, hier soir, nous avons
-eu le baron de Montmorency et Mme la comtesse Camille
-de Sainte-Aldegonde. Le baron de Montmorency a t,
-autrefois, au moment d'tre le Lauzun de la Mademoiselle
-du temps<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">&nbsp;[46]</a>, et, quoiqu'il ait dclin l'honneur de l'alliance,
-il est rest fort intime avec Neuilly. Mme de Sainte-Aldegonde
-habite un joli chteau entre ici et Blois; elle
-est Dame de la Reine, et grande amie du baron de
-Montmorency. Elle a t, d'abord, la femme du gnral
-Augereau; elle est du mme ge que moi, et nous avons
-<span class="pagenum"><a id="Page_258"> 258</a></span>
-fait notre entre dans le monde la mme poque.
-Nous avons, toutes deux, t Dames du Palais de l'Impratrice
-Marie-Louise; nous ne nous sommes, cependant,
-pas vues beaucoup, parce qu'elle suivait son mari
-l'arme et ne venait gure la Cour. A la chute de l'Empire,
-nous nous sommes perdues de vue compltement.
-Mme de Sainte-Aldegonde a t extrmement belle, et si
-elle avait une expression plus agrable, elle le serait
-encore; mais elle n'a jamais eu l'air doux, grce des
-sourcils trop noirs et remonts; le moelleux de la premire
-jeunesse tant pass, il en rsulte quelque chose de cru
-qui n'est pas attirant. Elle a le verbe un peu haut, et
-quoique polie et assez bien leve, elle manque de cette
-aisance et de cette obligeance faciles qui ne s'acquirent
-que dans les premires habitudes lgantes de la vie:
-quand elles manquent au berceau, on peut tre convenable,
-on n'est jamais distingu; mais enfin, tout
-prendre, elle est bien.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 27 octobre 1834.</i>&mdash;M. le duc d'Orlans est
-arriv hier par un assez mauvais temps, et une heure plus
-tt qu'il ne s'tait annonc, ce qui a fort drang les
-curieux ainsi que nous. Cependant, il a trouv notre petite
-garde nationale, le corps municipal, et pas mal de monde
-sur son passage. Il n'y a point eu de harangue, ce qui, je
-crois, l'a soulag.</p>
-
-<p>M. le duc d'Orlans a commenc par causer un instant
-dans le salon avec M. de Talleyrand, M. et Mme de
-Valenay et moi. Il m'a annonc, ma grande surprise,
-<span class="pagenum"><a id="Page_259"> 259</a></span>
-que nous allions avoir MM. de Rigny, Thiers et Guizot;
-ma surprise n'a pas diminu, lorsque Monseigneur m'a
-dit que le Roi poussait beaucoup ses ministres venir ici,
-parce que c'tait une bonne excuse pour suspendre, pendant
-quelques jours, les Conseils; que ceux-ci taient
-devenus impossibles par les fureurs du marchal Grard;
-qu'une crise tait invitable, mais qu'on dsirait la
-retarder, et, pour cela, ne pas mettre le Cabinet en prsence;
-que, du reste, le marchal Grard tait seul de son
-bord d'un ct, et les autres ministres, jusqu' prsent,
-runis de l'autre.</p>
-
-<p>Quand Monseigneur s'est retir chez lui, j'ai t faire ma
-toilette, et suis redescendue tout de suite pour tre la premire
-au salon. J'y ai trouv le gnral Petit, commandant
-de la 5<sup>e</sup> division militaire, puis le gnral Saint-Paul,
-commandant du dpartement de l'Indre, et, de la suite du
-Prince, le gnral Baudrand et M. de Boismilon, son
-secrtaire.</p>
-
-<p>Aprs le dner, il y a eu un peu de solennel que j'ai
-bientt rompu, en me mettant tout simplement mon
-ouvrage, comme de coutume, ce dont le Prince m'a fort
-remercie. Tout le monde, alors, s'est group, arrang.
-Plus tard, M. de Talleyrand a fait sa promenade accoutume
-du soir; en rentrant il nous a trouvs jouant, lady
-Clanricarde, le Prince, H. Greville et moi, un whist
-assez gai, la musique jouant dans le vestibule; enfin la
-glace s'tait rompue.</p>
-
-<p>Aprs le th, le Prince s'est clips, et onze heures
-tout le monde est all se coucher.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_260"> 260</a></span>
-<i>Valenay, 28 octobre 1834.</i>&mdash;Voici l'emploi de la
-journe d'hier: aprs le djeuner, M. le duc d'Orlans a
-vu le chteau et ses entours immdiats, mon fils et moi
-les lui montrant; tous ceux de nos htes pour qui c'tait
-une nouveaut suivaient.</p>
-
-<p>En rentrant, trois calches, un phaton et six chevaux
-de selle attendaient. Chacun s'est cas: M. le duc d'Orlans,
-la marquise de Clanricarde, le baron de Montmorency
-et moi dans la premire calche; M. de Talleyrand,
-Mme de Sainte-Aldegonde, le gnral Baudrand et M. Jules
-d'Entraigues dans la seconde, et ainsi de suite. Aprs
-avoir travers le parc et une partie dtache de la fort,
-nous nous sommes arrts un joli pavillon, d'o la vue
-est belle. La musique militaire tait cache derrire les
-arbres, qui ont encore beaucoup de feuilles; le concours de
-monde tait considrable; c'tait une trs jolie scne forestire.
-Nous nous sommes ensuite lancs dans la fort mme
-et ne sommes revenus que pour notre toilette du dner.</p>
-
-<p>Aprs le dner, nous avons men le Prince au bal de
-l'Orangerie: les cours, le donjon, les grilles taient illumins
-et d'un trs bel effet; la salle fort bien dcore,
-remplie de monde au point de pouvoir peine passer;
-mais il n'y avait pas d'empressement grossier, tout au
-contraire, et des cris se boucher les oreilles, mais qui
-font toujours plaisir aux Princes. Il a parcouru toutes les
-parties de la salle; il a beaucoup salu, un peu caus;
-enfin, on en a t fort content, et, quoiqu'il n'y soit pas
-rest plus d'une heure, on a t si satisfait de lui qu'
-deux heures du matin, on criait encore sous ses fentres.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_261"> 261</a></span>
-<i>Valenay, 29 octobre 1834.</i>&mdash;Hier, avant le djeuner,
-notre Royal visiteur a t, avec son aide de camp, mon
-fils et le baron de Montmorency, visiter la filature et les
-carrires d'o on a extrait les pierres dont le chteau est
-bti; il a trouv ces carrires superbes.</p>
-
-<p>Aprs le djeuner nous l'avons men aux forges. Il y
-avait de la foule, des cris; les ouvriers ont bien fait leur
-besogne; on a coul, forg, et dans l'intrieur du btiment
-o l'on coule la gueuse et qui est trs beau, on a
-opr, deux reprises, des feux d'artifice, avec la fonte
-en fusion, liquide et enflamme. C'tait joli et a fort amus
-nos dames anglaises. En revenant, nous avons fait un
-petit dtour qui nous a conduits aux ruines de Veuil<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">&nbsp;[47]</a>.
-La musique tait cache dans une des vieilles tours, un
-grand feu tait allum dans la seule chambre qui reste
-intacte et o on avait servi un goter. Dans la cour, et
-travers des arceaux moiti dtruits, des gardes nationaux
-et des paysans criaient en jetant leurs chapeaux en l'air.
-Cette petite station a t vraiment trs jolie, malgr le
-temps couvert; le soleil l'aurait complte, ou plutt la
-lune.</p>
-
-<p>A dner, outre les convives de la ville, nous avons eu
-les Prfets d'Indre-et-Loire<a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">&nbsp;[48]</a>, de Loir-et-Cher<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">&nbsp;[49]</a>, le
-gnral Ornano et le colonel Garraube, dput, celui qui
-<span class="pagenum"><a id="Page_262"> 262</a></span>
-nous a envoy la musique qui fait nos dlices. Aprs le
-dner, le whist, quelques tours de valse, etc...</p>
-
-<p>Il y a eu, le soir, un vrai bal avec souper pour les gens
-de l'office, en l'honneur des gens du Prince Royal; il a
-t vraiment trs joli.</p>
-
-<p>A dner, hier, j'ai t un peu surprise de ce que m'a
-dit mon Royal voisin. Il m'a demand quand nous allions
- Rochecotte.&mdash;Je l'ignore, Monseigneur.&mdash;Mais
-vous ne pouvez passer tout l'hiver dans ce lieu-ci qui est
-bien froid.&mdash;Il n'a jamais t question que nous y
-passions tout l'hiver.&mdash;Viendrez-vous Paris?&mdash;Je
-n'en sais rien.&mdash;Car pour l'Angleterre, il ne peut
-plus en tre question, puisque lord Palmerston ne va pas
-aux Indes. J'ai regard le Prince entre les deux yeux,
-avec un peu de surprise, et je lui ait dit: Je crois, en
-effet, que le dpart de lord Palmerston aurait rappel les
-ambassadeurs Londres, et que, lui restant, cela les en
-loignera; mais les projets de M. de Talleyrand sont trs
-incertains, et soumis d'ailleurs aux dsirs du Roi.&mdash;Votre
-oncle m'a dit qu'il croyait que nous avions tir de l'Angleterre
-tout ce qu'elle pouvait nous donner; que ce ne serait
-plus Londres que se traiteraient les grandes affaires;
-qu'il fallait les appeler Paris auprs de mon pre.&mdash;En
-effet, c'est l la pense de M. de Talleyrand, parce que
-l'habilet et la sagesse du Roi ont inspir l'Europe de la
-confiance, en raison inverse de la mfiance que la politique
-anglaise des derniers mois a gnralement propage.&mdash;Mon
-pre dsire beaucoup que M. de Talleyrand retourne
-en Angleterre, mais avant de causer avec votre oncle ce
-<span class="pagenum"><a id="Page_263"> 263</a></span>
-sujet, j'avais dit au Roi que ce retour me paraissait impossible.&mdash;En
-effet, Monseigneur, il est difficile.&mdash;Mais
-vous, madame, que dsirez-vous?&mdash;Ce qui sera agrable
-au Roi, Monseigneur; et si M. de Talleyrand ne retourne
-pas Londres, c'est qu'il sera persuad qu'avec les donnes
-actuelles, il ne saurait y tre utile. Personnellement,
-j'aime extrmement l'Angleterre; mille liens de reconnaissance
-et d'admiration m'y attachent, surtout les bonts de
-la Reine, l'amiti de lord Grey et du duc de Wellington;
-mais il y a de certains amis qu'on ne perd pas pour les
-avoir quitts, et j'espre bien, dans le cours des annes,
-aller remercier ceux que j'ai eus en Angleterre, de toutes
-leurs bonts pour moi pendant les quatre dernires
-annes<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">&nbsp;[50]</a>.&mdash;Mais, quittant l'ambassade, que fera M. de
-Talleyrand?&mdash;Ce qui plaira au Roi: si le Roi dsire le
-voir, il ira lui offrir ses hommages; si Sa Majest lui
-permet de se reposer, il restera dans la retraite, soigner
-ses jambes, qui, comme vous le voyez, sont bien faibles
-et bien douloureuses; en un mot, Monseigneur, il sera
-toujours le serviteur dvou du Roi. Et nous en sommes
-rests l, de cette conversation assez singulire.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 30 octobre 1834.</i>&mdash;Hier matin, tous les
-voisins de Tours, de Blois, des environs, sont partis de
-bonne heure, ainsi que M. Motteux, qui a laiss un joli chien
-anglais M. de Talleyrand. Ce bon petit Motteux nous a
-quitts avec des regrets infinis, s'tant parfaitement
-<span class="pagenum"><a id="Page_264"> 264</a></span>
-amus ici, passant sa vie la cuisine, au pressoir, au
-march; ne causant gure, mais n'tant ni indiscret, ni
-importun, ni mal disant.</p>
-
-<p>Avant le djeuner, M. le duc d'Orlans a visit les deux
-ateliers de bonneterie<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">&nbsp;[51]</a>, y a achet et fait des commandes.
-Aprs le djeuner, il a voulu voir nos coles et
-l'tablissement des S&oelig;urs; il a beaucoup donn pour les
-pauvres. Il a paru vraiment frapp de la bonne tenue du
-petit couvent, et particulirement des manires de la Suprieure.
-A cette occasion, il m'a racont qu'un de ses aeux,
-ayant prt de l'argent au Saint-Sige, que celui-ci n'avait
-pas rendu au terme indiqu, le Pape envoya, en compensation,
-une Bulle par laquelle il crait tous les descendants
-mles de la famille <i>sous-diacres-ns</i>, et chanoines de Saint-Martin
-de Tours, avec le droit de toucher, sans gants,
-aux vases sacrs, et de se placer l'glise du ct de
-l'vangile, au lieu du ct de l'ptre. Le Roi Louis-Philippe
-a t reu chanoine de Tours, l'ge de sept ans.</p>
-
-<p>Plus tard nous avons conduit le Prince aux tangs de
-la fort, auprs desquels tait un grand feu de bivouac.</p>
-
-<p>Avant le dner, le Prince a encore voulu causer seul
-avec M. Talleyrand, puis avec moi. Aprs, on a jou une
-poule au billard, cela a t trs anim; les dames taient
-de la partie. Le th pris, et les lettres arrives par la poste
-reues, celles-ci annonant la retraite du marchal Grard,
-<span class="pagenum"><a id="Page_265"> 265</a></span>
-M. le duc d'Orlans est rentr chez lui, a mis son costume
-de voyage, et onze heures et demie, aprs force gracieusets,
-il est parti.</p>
-
-<p>Quoique tout se soit bien pass pendant son sjour ici,
-et que le Prince ait vraiment t merveille pour tout le
-monde, je n'en suis pas moins singulirement soulage
-de son dpart. Je craignais chaque instant quelque
-accident, ce qui m'a fait m'opposer formellement toute
-chasse; je craignais les mauvais cris, le mauvais temps,
-mille choses, et enfin, j'tais harasse de fatigue.</p>
-
-<p>Comme je le prvoyais, le voyage de M. le duc d'Orlans
-a clairci notre avenir, en ce sens que M. de Talleyrand
-a dit au Prince qu'il n'y avait plus rien faire
-pour lui Londres, que le caractre personnel de lord Palmerston,
-la route actuelle suivie par le Cabinet anglais,
-l'absence de tout le haut Corps diplomatique de Londres,
-et la tendance vidente de toutes les Cours de retirer leur
-action de cette capitale et de centraliser la haute politique
-ailleurs; que, par-dessus tout cela, la fatigue de ses jambes
-lui faisait une ncessit de ne plus retourner en Angleterre,
- moins d'une raction qui le rendt, lui, M. de Talleyrand,
-plus propre que tout autre y traiter les affaires
-de la France; mais que pour le moment, il croyait que
-n'importe qui ferait aussi bien, si ce n'est mieux que lui.
-M. le duc d'Orlans nous a positivement dit qu'il avait t
-charg par le Roi de connatre les intentions de M. de Talleyrand,
-et, en mme temps, de lui exprimer, s'il ne
-retournait pas Londres, le dsir de le voir Paris pour
-causer avec lui; qu'il tenait beaucoup ce que M. de
-<span class="pagenum"><a id="Page_266"> 266</a></span>
-Talleyrand n'et pas l'air de retirer son intrt et sa participation
- l'&oelig;uvre laquelle il avait tant travaill.</p>
-
-<p>M. le duc d'Orlans m'a racont un petit fait curieux:
-c'est que Lucien Bonaparte lui avait crit, il y a dix-huit
-mois, une lettre assez plate pour le prier d'obtenir pour
-lui le poste de ministre de France Florence!</p>
-
-<p>J'apprends, l'instant, que le Roi a positivement refus
-d'appeler le duc de Broglie la prsidence du Conseil, en
-remplacement du marchal Grard. Il est vident que c'est
-la crise ministrielle qui a empch les trois ministres qui
-devaient venir ici de s'y rendre. Je n'en suis pas fche,
-car cela a t tout caractre politique au sjour du Prince.</p>
-
-<p>Il m'a parl beaucoup de Rochecotte et de son dsir
-d'y revenir l't prochain.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 31 octobre 1834.</i>&mdash;Nous avions ici M. le
-comte de la Redorte. C'est un homme qui a du savoir
-positif; il a beaucoup tudi, beaucoup voyag; il se souvient
-de tout, mais, malheureusement, au lieu d'attendre
-qu'on frappe sa porte, comme ferait un Anglais, il
-l'ouvre toute grande et force les gens y entrer. Quoique
-d'une belle figure, et de manires douces, avec un charmant
-son de voix, il est tout simplement assommant, et par les
-faits, les dates, les chiffres dont il remplit sa conversation,
-les dtails minutieux dans lesquels il entre, les lourds
-sujets d'conomie politique dans lesquels il se plonge,
-tte baisse, il fatigue, teint, crase ses auditeurs. Avec
-cela des opinions faites sur tout, des jugements absolus, des
-rdactions arranges d'avance; c'est d'un ennui prir!
-<span class="pagenum"><a id="Page_267"> 267</a></span>
-Nos Anglais, ici, le portaient sur leurs paules! Il est
-parti aprs le djeuner. Au moment o il est sorti, M. de
-Talleyrand a dit: Voil un esprit arrt avant d'tre
-arriv. Il a dit aussi un mot assez piquant sur Mme de
-Sainte-Aldegonde, qui est galement partie ce matin. A
-propos de ses sourcils si noirs qui surmontent des yeux
-sans beaucoup d'expression: Ce sont, a-t-il dit, des
-arcs sans flches.</p>
-
-<p>Voici l'extrait d'une lettre reue de Paris hier soir; elle
-est du 29: Les chevaux de poste taient, dimanche 26,
-dans la cour de M. de Rigny, qui allait partir avec Bertin de
-Veaux, lorsque le Roi l'a fait chercher, et lui a ordonn de
-diffrer son dpart d'un jour; le moment opportun pour
-partir ne s'est plus retrouv. Hier, quatre heures, le
-marchal Grard a forc le Roi accepter sa dmission.
-La rsolution de M. de Rigny est de ne pas accepter la
-Prsidence qu'on veut bien lui offrir; il ne se reconnat ni
-les talents, ni la consistance ncessaires pour remplir ce
-poste. Il ne peut pas se dissimuler que l'embarras seul
-d'un choix le fait porter sur lui, et si ce refus doit lui faire
-perdre sa place, il s'en consolerait, en pensant qu'il vaut
-mieux quitter les affaires sur une pareille question que
-d'en sortir plus tard moins honorablement. Mais comment
-cela va-t-il finir? Ce qui parat le plus vraisemblable,
-c'est l'entre de M. Mol au ministre. M. Thiers voudrait
-bien arriver la Prsidence, mais il n'ose pas encore y
-prtendre formellement. M. Mol ne resterait pas longtemps;
-ses moyens, son caractre, son entourage, tout le
-fera promptement tomber; ce sera suffisant M. Thiers
-<span class="pagenum"><a id="Page_268"> 268</a></span>
-pour arriver son but, du moins il s'en flatte. Il et bien
-mieux aim cependant que M. de Rigny se ft charg du
-rle qu'il destine M. Mol; mais l, toute son loquence
-a chou!</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 1<sup>er</sup> novembre 1834.</i>&mdash;On m'crit, de Paris,
-qu'un article trs injurieux pour M. de Talleyrand et pour
-moi vient de paratre dans une revue priodique; il y a
-bien des annes que je suis agonise d'injures, de libelles,
-de mille salets, calomnies et horreurs, et j'en aurai ainsi
-pour le reste de ma vie. Vivant dans la maison et dans la
-confiance de M. de Talleyrand, me trouvant, d'ailleurs,
-l'poque la plus libellique, la plus vaniteuse, comment
-aurais-je chapp la licence de la presse, ses attaques,
- ses injures? J'ai t longtemps m'y accoutumer: j'en
-ai t cruellement atteinte, bouleverse, malheureuse;
-je n'arriverai mme jamais y rester indiffrente. Une
-femme ne saurait l'tre, et aurait, ce me semble, mauvaise
-grce le devenir; mais comme il serait galement
-absurde de laisser son repos la merci des gens
-qu'on mprise, j'ai pris le parti de ne rien lire en ce
-genre, et plus j'y suis directement intresse, plus je
-dsire ignorer. Je ne veux pas savoir le mal qu'on
-pense, qu'on dit ou qu'on crit de moi ou de mes amis.
-Si ceux-ci font des fautes, ou que moi j'aie des torts,
-je les connais de reste, et dsire les oublier. Quant la
-calomnie, elle me dgote et m'indigne, et je ne vois pas
-pourquoi j'en recevrais les claboussures dans mes affections
-et dans mes intrts les plus chers. Si on pouvait
-<span class="pagenum"><a id="Page_269"> 269</a></span>
-lutter, combattre et clairer, la bonne heure; il faudrait
-alors savoir pour tre en tat de rpondre; mais comme
-rpondre serait dplorable et que le silence est prescrit,
-ne vaut-il pas mieux viter une connaissance pnible et
-strile? Les peines, les amertumes sont si nombreuses
-dans la vie, il en est un si grand nombre d'invitables,
-que je ne songe plus qu' en carter le plus que je puis,
-sre qu'il restera toujours suffisamment de quoi exercer
-mon courage et ma rsignation.</p>
-
-<p>Un autre de mes motifs pour ne pas approfondir la
-malveillance, c'est que j'ai trop de peine la pardonner;
-car si la reconnaissance est une des qualits les plus profondment
-graves dans la bonne partie de ma nature, je
-crains toujours que la rancune lui serve de contrepoids: je
-n'ai jamais oubli ni un service, ni un mot d'amiti, mais
-je me suis trop souvent peut-tre souvenue d'une injure
-ou d'une parole hostile. Ce n'est pas, Dieu merci, que la
-rancune me conduise la vengeance, non; ma mmoire,
-quelque amre qu'elle puisse rester, ne m'a jamais inspire
-hostilement contre ceux qui m'ont offense; mais
-alors c'est moi-mme qui souffre; je ne connais rien de
-plus douloureux au monde que d'prouver de la malveillance,
-et tout inoffensive et silencieuse qu'elle reste au
-dehors, elle me ronge en dedans, et me fait mal en rongeant
-l'me et rompant l'quilibre.</p>
-
-<p>Je n'ai eu, hlas! que trop d'occasions de scruter, d'analyser,
-d'anatomiser, de dissquer mon <i>moi moral</i>. Qui
-est-ce qui n'a pas sa maladie chronique morale, comme
-sa maladie physique? Et qui est-ce qui, un certain ge,
-<span class="pagenum"><a id="Page_270"> 270</a></span>
-ne sait pas ou ne doit pas savoir le rgime qui convient le
-mieux son esprit comme son corps?</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 4 novembre 1834.</i>&mdash;J'arrive d'une course
-que nous avons faite Blois et dans les environs, avec nos
-Anglais qui retournaient Paris. Avant-hier, nous avons
-visit Chambord, qui a paru, ce qu'il est en effet, bizarre,
-original, curieux, riche de dtails, du reste dans un assez
-vilain pays et dans un tat dplorable. La fentre de l'oratoire
-de Diane de Poitiers, sur laquelle Franois I<sup>er</sup> avait
-crit ses deux vers impertinents sur les femmes, existe
-encore<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">&nbsp;[52]</a>, mais les carreaux sont briss; ces vers taient
-peu honorables pour un Roi chevalier. Le lieu o le
-<i>Bourgeois gentilhomme</i> fut reprsent pour la premire
-fois devant Louis XIV existe aussi, ainsi que la table sur
-laquelle on a ouvert et embaum le corps du marchal de
-Saxe qui est mort Chambord; c'est mme le seul objet
-mobilier qui soit rest dans le chteau.</p>
-
-<p>Nous sommes revenus assez tard Blois, et hier, dans
-la matine, nous avons visit le chteau de Blois, maintenant
-une caserne, et certes, un des plus curieux monuments
-de France. Bti des quatre cts, il offre quatre
-architectures diffrentes. La partie la plus ancienne date
-d'tienne de Blois, Roi d'Angleterre, souche des Plantagenet;
-la seconde de Louis XII, o son emblme, un
-porc-pic avec le motto: <i>Qui s'y frotte, s'y pique</i>, se
-trouve encore. Puis la partie Franois I<sup>er</sup>, avec tout l'lgant
-<span class="pagenum"><a id="Page_271"> 271</a></span>
-cachet de la Renaissance; c'est l que le duc de
-Guise a t assassin, que Catherine de Mdicis est morte;
-c'est l qu'est la salle des fameux tats gnraux de Blois:
-on voit la chemine dans laquelle on a brl le corps de
-Guise et le cachot o le cardinal et l'archevque de Lyon
-ont t enferms; la petite niche o Henri III a plac les
-moines auxquels il ordonnait de prier pour le succs de
-l'assassinat; la fentre par laquelle Marie de Mdicis s'est
-sauve, et l'appartement o la veuve de Jean Sobieski est
-morte<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">&nbsp;[53]</a>. Le quatrime ct enfin, bti par Gaston d'Orlans
-dans le style des Tuileries, n'a jamais t achev.
-Prs du chteau est un vieux pavillon o taient les
-bains de Catherine de Mdicis; ct, une vieille masure
-qui servait de retraite aux mignons de Henri III.</p>
-
-<p>En revenant de cette course ici, j'ai eu la triste nouvelle
-de la mort de la princesse Tyszkiewicz, qui a expir
-avant-hier Tours. C'est moi qui ai d l'apprendre
-M. de Talleyrand. A son ge, de semblables pertes frappent
-davantage la pense que le c&oelig;ur; on y voit plutt un
-avertissement personnel qu'on n'y trouve une affliction.
-Il tait plus saisi que moi; moi plus afflige que lui, car
-j'aimais rellement la Princesse; je lui tais profondment
-reconnaissante de tout ce qu'elle a, jadis, t pour moi et,
-quoiqu'elle se soit survcu elle-mme, je ne puis songer
-sans peine toute cette partie du pass qui s'enterre avec
-elle. Car on perd, avec des amis, non seulement eux-mmes,
-mais encore une partie de soi-mme.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_272"> 272</a></span>
-M. de Talleyrand a t du mme avis que moi, qu'il ne
-fallait pas laisser reposer au milieu d'trangers cette pauvre
-et illustre personne, nice du dernier Roi de Pologne,
-s&oelig;ur unique de l'infortun marchal prince Poniatowski:
-elle sera enterre Valenay.</p>
-
-<p>Une lettre arrive hier soir ici, de Paris, disait ceci: Il
-n'y a rien de fait pour le ministre; cela finit par tre
-extrmement ridicule; les intrigues se continuent. Avant-hier,
-on croyait tout fait et que Thiers partait pour Valenay;
-hier tout tait chang, et on en est au mme
-point. Il n'y a jamais eu un dissolvant pareil Thiers;
-nous payons cher son talent de parole; il faudrait cependant
-bien en finir. M. de Rigny est tout prt se retirer,
-M. Guizot porte toujours Broglie pour la prsidence du
-Conseil et Thiers pousse Mol.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 6 novembre 1834.</i>&mdash;L'autre jour, M. Royer-Collard
-m'a racont quelque chose d'amusant, parce que
-cela le peint trs bien. Il me disait que la seconde
-Mme Guizot lui reprochait vivement de renier la <i>doctrine</i>,
-de se refuser en tre le pre, l'appui, le dfenseur, et de
-ce qu'en se plaignant, comme il le faisait, d'tre rclam
-par eux, il causait beaucoup d'embarras ceux qui en
-taient; que c'tait mal et qu'elle le priait, par cette considration,
-de ne plus les attaquer, les tourner en ridicule
-et les renier, comme il le faisait chaque occasion: Ah!
-madame! vous voulez donc qu'en laissant le public dans
-l'erreur, je me prive de ma consolation et de ma vengeance!
-Elle tait furieuse... La seule, mais trs vive
-<span class="pagenum"><a id="Page_273"> 273</a></span>
-irritation de M. Royer-Collard est contre tout ce qui touche
- M. Guizot et tout ce qui en porte le nom; cette irritation
-n'est peut-tre pas sans quelque fondement. M. Royer n'a
-aucun got pour M. de Broglie, dont la haute vertu ne lui
-a pas paru tre la hauteur des dernires circonstances;
-et quant Mme de Broglie, il l'aime encore moins, parce
-que sa dvotion ne la prserve d'aucune des agitations et
-mme des intrigues politiques; le contraste que cela produit
-lui dplat.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 7 novembre 1834.</i>&mdash;Voici une anecdote
-parfaitement certaine qui m'a t conte par un tmoin
-oculaire et qui m'a beaucoup frappe. M. Casimir Perier
-est mort, comme on sait, du cholra; mais en outre il tait
-compltement fou dans les derniers dix jours de sa vie,
-disposition qui s'tait dj manifeste chez plusieurs membres
-de sa famille. Eh bien! quelques heures avant sa
-mort, deux des ministres ses collgues, avec deux de ses
-frres, causaient dans un coin de sa chambre des embarras
-que l'arrive de Mme la duchesse de Berry produisait en
-Vende, des difficults qui en rsultaient pour le gouvernement,
-du parti qu'il y aurait prendre, de la responsabilit
-qui en rsulterait, et de la terreur de chacun de l'affronter.
-Cette conversation fut, tout coup, interrompue
-par le malade, qui, se dressant sur son lit, s'cria: Ah!
-si le prsident du Conseil n'tait pas fou! Puis, retombant
-sur son oreiller, il se tut et mourut bientt aprs.
-Cela n'est-il pas frappant et ne fait-il pas frissonner comme
-le <i>Roi Lear</i>?</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_274"> 274</a></span>
-<i>Valenay, 9 novembre 1834.</i>&mdash;J'ai t hier Chteauvieux
-voir M. Royer-Collard. Il avait reu des lettres de
-plusieurs des ministres dmissionnaires. On lui mande
-qu'aussitt les cinq dmissions donnes, toutes cinq <i>galamment</i>
-acceptes, le Roi a fait chercher M. Mol, et lui
-a confi, avec la prsidence du Conseil, la recomposition
-totale du Cabinet. M. Mol a demand vingt-quatre heures
-pour rflchir sur lui-mme et voir avec qui il pourrait
-s'entendre, mais chacun ayant dclin le fardeau dont il
-offrait le partage, il a t oblig de s'y soustraire galement,
-et tout tait retomb dans le vague et peut-tre
-l'impossible.</p>
-
-<p>Il y a un dchanement nouveau dans presque tous les
-journaux contre M. de Talleyrand; les uns le tuent, les
-autres le disent malade de corps et d'esprit, d'autres l'injurient
-grossirement et salement. M. Royer-Collard
-explique cette nouvelle reprise de fureur par la crainte
-que la prsidence du Conseil ne soit offerte M. de Talleyrand
-et accepte par lui. Il parat que beaucoup de gens,
-frapps de la pnurie d'hommes, voudraient qu'on s'adresst
-ici, et que la terreur que cela inspire de certains
-autres envenime toutes leurs dmarches, leurs paroles et
-leurs crits. Quel triste honneur que d'tre ainsi le pis-aller
-de quelques-uns et l'objet de la haine de plusieurs
-autres, et cela un ge o le besoin seul du repos doit
-dominer et o la seule et dernire condition permise est
-de finir honorablement!</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 10 novembre 1834.</i>&mdash;Voici l'extrait d'une
-<span class="pagenum"><a id="Page_275"> 275</a></span>
-lettre que j'ai reue hier de M. Royer-Collard: Je dirai
-fort srieusement M. de Talleyrand, qu'aprs quatre
-annes d'absence, je ne m'tonne pas qu'il mette plus
-d'importance aux articles de journaux qu'ils n'en ont rellement
-aujourd'hui. Il ne sait pas quel point le prestige
-de la presse est us comme tous les autres; qui rpondrait
- un journal aprs deux ou trois jours ne serait pas compris,
-on aurait oubli. Il n'est plus donn la tmrit des
-paroles d'lever ou d'abaisser un personnage; dans le
-dbordement de la louange, comme de l'injure, on reste
-ce que l'on est. C'est le procs de nos mauvais jours!</p>
-
-<p>Non, il n'y a rien de fait Paris; c'est que rien de
-spcieux n'est possible. Ici se rvlent les vritables consquences
-de la dernire rvolution. M. de Talleyrand a eu
-l'habilet et le bonheur de la faire tourner sa gloire,
-mais il ne recommencerait pas ce miracle. Sa dernire
-habilet sera de finir temps, je dirais volontiers de
-rompre la fois avec l'Angleterre et la France, telles que
-cette anne-ci les a faites. Je reviens souvent l'ide qu'il
-aurait fallu dnouer ds l'anne dernire, et se mettre en
-sret; il tait naturel de s'y tromper, je m'y suis tromp
-aussi. Vous seule, madame la Duchesse, disiez vrai. Dans
-ce mme fauteuil d'o je vous cris aujourd'hui, je vous
-combattais en aveugle, car vous seule pouviez bien savoir,
-bien juger. J'ai eu tort; c'est un hommage de plus que
-j'aime vous rendre.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 11 novembre 1834.</i>&mdash;M. Damer mande de
-Paris ce qui suit: Avez-vous entendu une horrible histoire
-<span class="pagenum"><a id="Page_276"> 276</a></span>
-relative Mme et Mlle de Morell, s&oelig;ur et nice de
-M. Charles de Mornay, et qui est arrive l'cole militaire
-de Saumur<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">&nbsp;[54]</a>? Un jeune homme de cette ville,
-nomm M. de La Roncire, assez mauvaise tte, est devenu
-amoureux de Mme de Morell; elle a fait, ou non, quelques
-coquetteries pour lui, c'est ce que je ne sais pas exactement,
-mais finalement, elle lui a donn son cong. Il a
-rsolu alors de se venger, et a fait la cour la fille, jeune
-personne de dix-sept ans; il lui crivait continuellement
-et la menaait de tuer son pre et sa mre si elle ne l'coutait
-pas. Elle a t trouve, une nuit, dans une espce
-d'tat de folie. Le jeune homme, ayant appris son tat,
-s'est enfui de l'cole, mais a t arrt depuis. Il a montr
-alors des lettres, supposes ou non, qu'il prtend lui avoir
-t crites par la mre et par la fille et qui les compromettraient
-gravement. On dit que Charles de Mornay est arriv
- Paris cause de cette affaire.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 12 novembre 1834.</i>&mdash;Une lettre crite
-avant-hier de Paris, pendant que le Roi signait, dans le
-cabinet voisin, l'ordonnance cratrice du nouveau ministre,
-qui n'a pu paratre que dans les journaux d'hier
-matin, nous est arrive ici hier soir. Elle apporte des noms
-inattendus et presque nouveaux. Il n'y aurait peut-tre pas
-grand mal cela, s'ils l'taient tous galement, mais il en
-<span class="pagenum"><a id="Page_277"> 277</a></span>
-est un, vieilli dans les fastes de l'Empire, et auquel on en
-a attribu la perte, le duc de Bassano; il en est un autre,
-celui de M. Bresson, qui bahira probablement, et qui,
-pour l'invraisemblable, aurait mrit la fameuse lettre sur
-le mariage de M. de Lauzun. Je n'ai pas besoin de dire les
-rflexions qu'il nous a fait faire, nous, gens de Londres,
-qui avons vu natre, se perdre et ressusciter l'individu, le
-tout avec une si merveilleuse rapidit! Je n'ai pas besoin
-de dire, non plus, que cette solution ministrielle fixe
-toutes les irrsolutions de M. de Talleyrand et donnera
-des ailes sa dmission de l'ambassade de Londres.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 13 novembre 1834.</i>&mdash;Voici l'impression
-produite sur M. Royer-Collard par la nouvelle phase ministrielle:
-Mais c'est un ministre Polignac! Je m'attendais
- tout plutt qu' cette aventure. Je suis bien
-tonn que M. Passy, qui a du mrite et de l'avenir, se
-soit enrl dans cette troupe. Voil l'ancien Cabinet jet
-dans l'opposition; mais soit qu'il attaque, soit qu'il appuie
-tratreusement, il se fraye un chemin au retour; il reviendra,
-cela me parat infaillible. Le mot <i>aventure</i> est le
-mot propre, car assurment, ce que tout ceci est le moins,
-c'est une <i>combinaison</i>.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 16 novembre 1834.</i>&mdash;Nous avons appris,
-par le courrier d'hier au soir, que le ministre de fantaisie
-avait vcu ce que vivent les roses, l'espace d'un
-matin. La comparaison n'est pas choquante. Ce sont
-MM. Teste et Passy qui, le 13 au soir, sont venus remettre
-<span class="pagenum"><a id="Page_278"> 278</a></span>
-au Roi leur dmission, motive sur la situation pcuniaire
-du duc de Bassano. Ces dmissions devaient entraner les
-autres, et, en effet, le lendemain matin, M. Charles Dupin
-est venu offrir la sienne, et M. de Bassano a reconnu qu'il
-ne pouvait plus rien faire et que, ds lors, tout tait dit
-et fini.</p>
-
-<p>Avant-hier 14, quatre heures du soir, rien n'tait arrang,
-ni projet, ni espr. Quelle cruelle et dplorable
-situation pour le Roi! Si on voulait faire une pice de
-thtre de cette crise ministrielle, on ne pourrait mme
-pas lui appliquer la rgle des vingt-quatre heures!</p>
-
-<p>Je trouve la conduite de MM. Teste et Passy impardonnable!
-Il parat que c'est eux qui avaient le plus insist,
-dans l'origine, pour que le duc de Bassano obtnt la Prsidence
-avec le ministre de l'Intrieur, et, certes, ils n'en
-taient pas alors apprendre la situation pcuniaire de
-M. de Bassano; car, depuis deux ans, elle tait connue de
-tout le monde.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 18 novembre 1834.</i>&mdash;Voici le passage important
-d'une lettre crite hier par M. de Talleyrand
-Madame Adlade: Quel soulagement! Je remercie de
-bon c&oelig;ur le marchal Mortier d'avoir accept la prsidence
-du Conseil! Je voudrais faire comme lui, et remonter
- la brche; mais l'Angleterre pour moi est hors de
-question! Vienne me plairait, sans doute, beaucoup
-d'gards, et conviendrait d'ailleurs Mme de Dino, que
-tout son dvouement pour moi console difficilement de
-quitter Londres, o elle a t si bien apprcie; mais,
-<span class="pagenum"><a id="Page_279"> 279</a></span>
-mon ge, on ne va plus chercher les affaires si loin de ses
-foyers! S'il ne s'agissait que d'une mission spciale, auprs
-d'un Congrs; d'une runion telle que celles de Vrone
-et d'Aix-la-Chapelle, je serais prt. Et si pareille circonstance,
-qui n'est rien moins qu'invraisemblable, se
-prsentait et que le Roi me crt encore capable de bien
-reprsenter la France, qu'il me donne ses ordres et je pars
- l'instant, heureux de lui consacrer mes derniers jours.
-Mais une mission permanente ne peut plus me convenir,
- Vienne surtout, o l'on m'a vu, il y a vingt ans, l'homme
-de la Restauration. Mademoiselle a-t-elle bien song un
-pareil rapprochement? Et cela en regard de Charles X, de
-Madame la Dauphine qui vient souvent Vienne, et qui
-reoit tous les honneurs dus son rang, ses malheurs,
-et sa proche parent? Simples particuliers en Angleterre,
-les Bourbons de la branche ane sont des Princes,
-presque des prtendants en Autriche; c'est, pour l'ambassadeur
-du Roi, une norme diffrence; peu sensible peut-tre
-pour tel ou tel, mais dcisive pour moi dans la vie
-duquel 1814 reste crit en gros caractres.&mdash;Non, Madame,
-il n'y a plus pour moi d'autre existence que celle
-d'une retraite sincre et complte, d'une vie prive simple
-et paisible. Ceux qui voudront me supposer quelque
-arrire-pense seront de mauvaise foi: mon ge, on ne
-s'occupe plus que de ses souvenirs, etc.<a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">&nbsp;[55]</a>...</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_280"> 280</a></span>
-Le <i>Journal des Dbats</i> annonce la dmission de M. de
-Talleyrand, et, dans son intrigue, cherche la rattacher
-au ministre Bassano<a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">&nbsp;[56]</a>. Assurment, de tout, c'est ce
-<span class="pagenum"><a id="Page_281"> 281</a></span>
-qui l'aurait le mieux explique, mais elle n'a t motive
-par aucun des noms franais qui ont successivement
-occup le public depuis quinze jours. Il y avait une
-manire plus convenable, plus leve, plus vraie d'en
-parler; mais l'esprit de parti dnature tout son propre
-profit! A la bonne heure, nous n'avons plus y regarder.</p>
-
-<p>On assure que, pendant la crise ministrielle, M. de
-Rigny s'est conduit avec fermet, dignit et convenance.
-Il n'en a pas t ainsi de tout le monde, et voici un dtail
-curieux sur l'exactitude duquel on peut compter. Dans ce
-fameux Conseil d'il y a dix jours, dans lequel chacun a
-jet son masque et o M. Guizot a voulu imposer M. de
-Broglie au Roi, comme ministre des Affaires trangres,
-le Roi a dit en levant la main: Jamais cette main ne
-signera l'ordonnance qui rappellera M. de Broglie aux
-Affaires trangres. Alors M. Guizot a somm le Roi de
-dclarer pourquoi il s'y refusait: Parce que, a rpondu
-celui-ci, M. de Broglie a failli me brouiller avec l'Europe.
-J'en appelle au tmoignage de M. de Rigny ici prsent
-(lequel a fait silencieusement un signe d'acquiescement),
-et si on voulait me faire violence, je parlerais.&mdash;Et nous,
-Sire, nous crirons, a repris M. Guizot... Peut-on rien
-imaginer de semblable? Et voit-on aprs cela toutes ces
-mmes figures assises au mme tapis vert et rglant, d'un
-commun accord, les destines de l'Europe?</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 19 novembre 1834.</i>&mdash;Nous avons appris,
-hier au soir, par une lettre de Londres, le grand vnement
-<span class="pagenum"><a id="Page_282"> 282</a></span>
-du changement de ministre en Angleterre, et le
-retour des Tories au pouvoir<a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">&nbsp;[57]</a>. Ce matin dj, un courrier
-du Roi est arriv ici, porteur d'une lettre de la main
-mme de Sa Majest, et d'une de Mademoiselle. Caresses,
-prires, supplications, il y a de tout dans ces lettres. Mon
-nom mme, rpt sans cesse, est appel l'aide. Tout
-cela est employ pour dterminer M. de Talleyrand
-reprendre son ambassade de Londres. Le Prince royal
-m'crit dans ce sens de la manire la plus pressante;
-toutes les autres lettres reues par la poste sont dans le
-mme esprit. Mme Dawson Damer m'crit qu'elle espre
-que le changement du Cabinet anglais fera retirer la dmission
-de M. de Talleyrand, et que la Reine d'Angleterre ne
-me pardonnerait pas s'il en tait autrement. Lady Clanricarde
-me dit qu'elle a d'autant plus peur de voir chouer
-les Tories dans leur essai, que cela ferait retomber l'Angleterre
-dans les griffes de lord Durham, et qu'elle ne voit
-qu'un ct agrable tout ceci, c'est la presque certitude
-de mon retour Londres. C'est fort gracieux, mais nullement
-concluant.</p>
-
-<p>M. de Rigny m'crit des excuses de son long silence et
-me parat fort en dgot de la dernire quinzaine, peu
-rassur sur les chances futures du ministre franais,
-quoique M. Humann et accept et que le repltrage ft
-consomm; puis il ajoute le morceau oblig sur l'<i>impossibilit</i>
-<span class="pagenum"><a id="Page_283"> 283</a></span>
-pour nous de ne pas retourner Londres, et sur
-la <i>volont</i> positive du Roi cet gard.</p>
-
-<p>M. Raullin, de son petit coin, croit aussi devoir faire sa
-petite hymne d'occasion; il dit que les doctrinaires, chez
-Mme de Broglie, en disaient autant, mais que, du reste,
-toute cette coterie, ainsi que la Bourse et les Boulevards,
-taient dans la plus grande agitation des nouvelles d'Angleterre.
-Il me mande des drleries sur le duc de Bassano
-et sur M. Humann. Le courrier qui est parti pour aller
-trouver celui-ci l'a trouv Bar; il a dit qu'il ne rpondrait
-que de Strasbourg. J'aime ce flegme alsacien.</p>
-
-<p>On dit aussi que l'amiral Duperr se fait tirer l'oreille
-pour accepter la marine. Jusqu' hier matin, il n'y avait
-que des ministres <i>in petto</i>. M. de Bassano signait imperturbablement
-et travaillait au ministre de l'intrieur avec
-la plus belle ardeur.</p>
-
-<p>M. de Talleyrand a reu aussi beaucoup de lettres.
-M. Pasquier, en rponse la lettre d'excuse de ne pouvoir
-assister au procs<a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">&nbsp;[58]</a>, insinue une phrase sur les immenses
-services qu'on est encore appel rendre. Mme de Jaucourt
-crit quatre lignes sous la dicte de M. de Rigny,
-pour dire: Venez, on ne peut se passer de vous; sauvez-nous.
-Et enfin M. de Montrond, qui se taisait depuis
-longtemps, mande que les nouvelles d'Angleterre sont
-venues tomber sur tout le monde comme des flots d'eau
-bouillante, qu'on draisonne l'envi, que lord Granville
-prend le changement chez lui de travers. Il se dit aussi
-<span class="pagenum"><a id="Page_284"> 284</a></span>
-charg par le Roi de nous faire comprendre la <i>ncessit</i> de
-notre retour en Angleterre; que MM. Thiers et de Rigny le
-dsirent comme leur salut.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 24 novembre 1834.</i>&mdash;M. de Talleyrand persiste,
-heureusement, dans sa dmission; mais tel est le
-singulier prestige qui s'attache lui que la Bourse de
-Paris baisse ou se relve selon les chances plus ou moins
-probables de son dpart pour Londres, que les lettres de
-toutes parts l'appellent au secours, et que des gens que
-nous ne connaissons pas mme de nom, lui crivent pour
-le supplier de ne pas abandonner la France. Cela tient videmment
- deux choses: c'est que le public franais ne
-veut jamais voir dans le duc de Wellington qu'un croquemitaine
-en personne, et dans M. de Talleyrand que quelqu'un
-que le diable emportera un jour, mais qui, en attendant,
-grce au pacte qu'ils ont ensemble, ensorcelle son
-gr l'univers. Que c'est bte, le public! Il est si crdule
-dans sa foi! si cruel dans les vengeances de ses mcomptes!</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 27 novembre 1834.</i>&mdash;Une lettre du Roi,
-arrive hier et qui est la rponse celle o M. de Talleyrand
-persistait dans sa dmission, dit, entre autres choses
-ceci: Mon cher Prince, je n'ai rien vu de plus parfait,
-de plus noble, de plus honorable, de mieux exprim que
-la lettre que je viens de recevoir de vous. J'en suis profondment
-touch. Sans doute, il m'en cote beaucoup de
-reconnatre la justesse de la plupart de vos motifs pour ne
-<span class="pagenum"><a id="Page_285"> 285</a></span>
-pas retourner Londres, mais je suis trop sincre et trop
-ami de mes amis pour ne pas dire que vous avez raison<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">&nbsp;[59]</a>.</p>
-
-<p>A la suite de cet exorde vient une nouvelle invitation
-arriver au plus vite Paris, pour causer de toutes choses.
-M. Bresson crit M. de Talleyrand une lettre fort spirituelle
-et fort habile, o il lui demande de vouloir bien lui
-crire toutes les moqueries que, sans doute, sa <i>gloire rapide</i>
-lui aura inspires; il n'en veut perdre aucune.</p>
-
-<p>M. de Montrond mande que le Roi dit qu'il n'y a rien de
-plus beau que la lettre de M. de Talleyrand et qu'il faut se
-rendre ses raisons; que du reste, les embarras sont
-grands; que l'on regrette le marchal Soult; qu'on cherche
- le ravoir. Quelle nouvelle ignominie pour nos petits ministres!
-Il parat que l'arme se dsorganise.</p>
-
-<p>Les Polonais qui sont venus ici pour l'enterrement de
-la princesse Tyszkiewicz disent, ce qu'il parat, du bien
-de nous Paris. Il n'y a qu'auprs du Prince Royal que
-Valenay ait eu un succs contest par l'influence Flahaut;
-M. de Montrond enrage du bien qu'on dit de Valenay, dont
-il a fait tant de moqueries!</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 1<sup>er</sup> dcembre 1834.</i>&mdash;Lorsque je passai, il
-y a trois mois, Paris, j'y vis M. Daure qui crivait, en
-assez mauvaise compagnie, dans le <i>Constitutionnel</i> et me
-<span class="pagenum"><a id="Page_286"> 286</a></span>
-parut assez pauvre garon. Je lui offris de m'intresser
-auprs de M. Guizot pour lui faire obtenir de l'emploi dans
-la recherche des anciens manuscrits et chartiers du Midi,
-dont le ministre de l'Instruction publique s'occupe. Je
-fis en effet ma demande; elle fut bien accueillie. Je partis
-pour ici et n'entendis plus parler de Daure ni de ma demande
- M. Guizot; mais, il y a quinze jours, je reus une
-lettre de ce dernier pour m'annoncer la nomination de
-Daure la place que j'avais demande pour lui. J'crivis
-tout de suite Daure en lui envoyant la lettre ministrielle,
-mais ne connaissant pas son adresse, je fis faire Paris des
-dmarches qui restrent infructueuses et ma lettre attendait
-quelques lumires sur ce pauvre homme, lorsque hier
-au soir j'ai reu deux lettres, timbres de Montauban,
-l'une de l'criture de Daure, l'autre inconnue. J'ouvris
-d'abord cette dernire: elle est d'un abb, ami de Daure,
-qui d'aprs les dernires volonts de ce malheureux,
-m'annonce sa mort; mais quelle mort! Le suicide! La
-lettre de Daure, crite peu avant cet acte de folie, est la plus
-touchante, je dirai mme la plus honorable pour moi. Il y
-a un mot sur ceux qu'il aimait Londres. Je me reproche
-trs vivement de ne l'avoir point engag venir ici cette
-anne, cela l'aurait sans doute dtourn de cette cruelle
-fin!</p>
-
-<p>Il m'est revenu cette nuit l'esprit que l'automne dernier,
- Rochecotte, marchant avec lui tte tte en allant
-visiter mes coles, je lui parlais de sa destine, de son
-avenir, je le prchais sur son dsordre, sur son manque
-d'conomie. Il me rpondit avec beaucoup de reconnaissance,
-<span class="pagenum"><a id="Page_287"> 287</a></span>
-en me priant de n'tre nullement inquite de lui,
-qu'il avait une ressource en rserve dont il ne pouvait
-parler personne, qui tait prpare depuis longtemps, et
-qui lui demeurerait, tout le reste manquant; qu'il n'tait
-pas aussi imprvoyant qu'il en avait l'air, et qu'il tait sans
-souci de l'avenir parce qu'il pouvait l'tre. Je crus, tout
-bonnement, qu'il avait amass un peu d'argent... Sotte
-que j'tais! Il s'est tu prcisment au moment o nous
-enterrions ici la pauvre princesse Tyszkiewicz. Quel triste
-mois de novembre!</p>
-
-<p>Voici un petit passage de politique, extrait d'une lettre
-d'hier: La position des ministres franais sera dcide
-dans huit jours; ils comptent profiter de la premire petite
-circonstance et elle ne tardera pas se prsenter, pour
-parler franchement de tout ce qu'ils ont fait, de tout ce qui
-s'est pass, de manire arranger leur position pour
-qu'elle soit tolrable, ou bien pour se retirer tout fait.
-Ils ne tiennent pas rester au pouvoir, de la manire dont
-ils sont abreuvs de dgots. Il faut voir ce que la Chambre
-va faire et quelle sera son attitude. Il avait t question
-de faire un discours du trne, mais il a t dcid que cela
-ne serait pas, et je crois qu'on a sagement fait.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 2 dcembre 1834.</i>&mdash;Me voici la veille
-d'une nouvelle peine: la mort, probable, du duc de Gloucester
-m'en sera une relle. Comment ne pas regretter une
-estime, une confiance, une amiti aussi sincres, aussi
-solidement prouves?</p>
-
-<p>M. Daure a aussi crit M. Raullin. Il parat qu'il tait
-<span class="pagenum"><a id="Page_288"> 288</a></span>
-particulirement proccup de l'ide de ne pas reposer
-dans un cimetire; il a cherch un lieu isol et dsert. Il
-finit sa lettre Raullin par le salut des gladiateurs au
-peuple romain: <i>Ave, morituri te salutant!</i> Ses dernires
-lettres ne sont rien moins que d'un fou, et cependant,
-comment ne pas supposer du dsordre de tte? car il tait
-religieux, il avait toujours la Bible dans sa poche et la lisait
-souvent. Il faut que son imagination inquite et maladive
-ait un instant gar son courage et obscurci sa foi.</p>
-
-<p>On m'crit de Paris qu'on ne nommera de nouvel ambassadeur
-pour Londres que quand sir Robert Peel aura
-constitu un gouvernement. Il a d traverser Paris hier,
- ce que l'on croyait. Une autre raison pour laquelle on
-ne nommera pas de huit dix jours, c'est que personne
-ne se soucierait d'accepter, avant que le sort des ministres
-franais ne soit clairci, et il est des plus prcaires. On
-remarque le peu d'empressement que mettent les dputs
- se rendre la Chambre, comme symptme du peu de
-got qu'ils ont s'occuper des querelles des ministres.
-Celles-ci sont sourdes, mais relles; toujours mme rvolte
-contre l'orgueil pdantesque de l'un et les intrigues croises
-de l'autre; l'effroi seul de la Chambre les fait encore
-aller ensemble.</p>
-
-<p>On dit le Roi fort attrist, et peut-tre ces messieurs ne
-doivent-ils leur conservation qu' ce que la peur de la
-Chambre agit sur lui comme sur eux. Il parat qu'on se
-moque beaucoup Paris d'une lettre de M. Bresson en
-rponse un mot de <i>la Quotidienne</i>. On me mande sur
-cette lettre: Voil M. Bresson qui nous fait sa gnalogie
-<span class="pagenum"><a id="Page_289"> 289</a></span>
-et qui nous apprend qu'il a toujours t un homme
-important depuis le jour o il remettait les dpches au
-<i>malheureux et trop mconnu Bolivar</i>, jusqu' celui o
-il a failli tre ministre des Affaires trangres! Nous voil
-bien heureux d'tre reprsents Berlin par quelqu'un
-d'aussi considrable! Comprenez-vous cette manie de correspondre
-avec les journaux? Et puis on s'tonne de la
-prodigieuse importance de ceux-ci!</p>
-
-<p>M. de Talleyrand est dans une vritable colre de ce
-que les communications diplomatiques se colportent la
-Bourse et l'Opra. C'est ce qui, avec tant d'autres choses,
-rend de certaines gens impossibles servir.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 7 dcembre 1834.</i>&mdash;Nous voici rentrs dans ce
-Paris dont la vie dvorante et hache convient si peu
-M. de Talleyrand et moi-mme. Hier dj nous avons
-t envahis par mille devoirs et visites.</p>
-
-<p>A midi, j'ai reu M. Royer-Collard qui, en allant la
-Chambre, venait savoir de mes nouvelles. Il n'a fait qu'entrer
-et sortir, et n'tait venu rellement, je crois, que pour
-s'acquitter d'une commission de M. Mol. Celui-ci l'a
-charg de me dire qu'il dsirait revenir chez nous, mais,
-pour dbut, venir d'abord chez moi et me trouver seule.
-Ce rendez-vous a t fix demain lundi, entre quatre et
-cinq heures.</p>
-
-<p>M. Royer-Collard sorti, M. le duc d'Orlans est arriv,
-et, peine assis, il est revenu sur un commrage de
-Mme de Flahaut. Tout cela s'est pass de fort belle humeur,
-de fort bonne grce, mais sans que j'aie, ce me semble,
-<span class="pagenum"><a id="Page_290"> 290</a></span>
-perdu de mes avantages. J'ai t douce, mesure, mille
-lieues de l'hostilit. Mon terrain principal a t celui-ci:
-Les propos de Mme de Flahaut sur moi ne sauraient
-m'atteindre, je n'y regarde pas; il n'y a pas chance que
-des personnes de mondes, d'habitudes et de situations si
-diffrents qu'elle et moi, puissions jamais nous combattre,
-ni moi tre heurte par elle. Je ne lui en veux que du tort
-qu'elle vous fait vous, Monseigneur.&mdash;Mais ma principale
-raison pour l'aimer, c'est qu'elle ne l'est par personne.&mdash;Ah!
-si c'est comme calcul de proportion, Monseigneur
-doit en effet l'adorer! Nous nous sommes mis
- rire et tout a fini l.</p>
-
-<p>Il m'a parl d'autre chose, par exemple du tort qu'il
-avait eu d'tre rest si longtemps sans nous crire, aprs
-son voyage Valenay. J'ai rpondu: En effet, Monseigneur,
-cela n'tait pas trop bien lev de la part de votre
-jeunesse, l'gard du grand ge de M. de Talleyrand,
-mais il y a une grce et une franchise dans vos procds,
-qui font qu'on est ravi de vous pardonner.</p>
-
-<p>Il est arriv alors aux questions gnrales. Il est fort
-embarrass et pein de l'tat des choses, irrit contre son
-cher ami Dupin de l'trange faon dont, la veille, il avait
-trait la Royaut, tonn de lord Brougham dont il m'a
-rapport le fait suivant. Le jour de l'arrive de lord Brougham
- Paris, M. le duc d'Orlans l'a rencontr chez lord
-Granville; il fut question (je ne trouve pas que le lieu ft
-bien convenable) de l'amnistie, dont l'ex-Chancelier se dclara
-le partisan violent. Le duc d'Orlans contesta, mais
-sans, du moins en apparence, le convaincre. Le lendemain,
-<span class="pagenum"><a id="Page_291"> 291</a></span>
-aux Tuileries, lord Brougham tira un papier de sa
-poche et, en montrant un coin au Prince Royal, lui dit:
-Voici mes rflexions sur l'amnistie, que je vais montrer
-au Roi. (Autre manque de convenances de la part d'un
-tranger.) Il remit en effet ce papier. C'tait le plaidoyer
-le plus anim contre l'amnistie! Quand la mobilit va jusqu'
-un certain point, elle est, ce me semble, un symptme
-vident de dmence!</p>
-
-<p>M. le duc d'Orlans a fini sa visite chez moi en voulant
-me faire sentir l'indispensable obligation dans laquelle
-tait M. de Talleyrand de se rattacher d'une manire publique
-au gouvernement. J'ai rpondu par l'tat de ses
-jambes. Nous nous sommes fort bien quitts.</p>
-
-<p>En redescendant, j'ai trouv l'entresol plein: Frdric
-Lamb, Pozzo, Mollien, Bertin de Veaux, le gnral Baudrand.
-Malgr ces chantillons si divers, on parlait aussi
-librement de toutes choses que si on et t sur la place
-publique. Le plus vif tait Pozzo, dversant un inconcevable
-mpris sur le ministre franais, plaignant le Roi et
-en parlant trs bien, gmissant sur les embarras de ses
-ambassadeurs au dehors travers tout ce qui se passe ici,
-et fort irrit de certains passages du discours prononc la
-veille par M. Thiers.</p>
-
-<p>Nous avons t plus tard dner chez le comte Mollien o
-se trouvaient M. Pasquier, le baron Louis, Bertin de
-Veaux et M. de Rigny qui est arriv tard, apportant le vote
-de la Chambre; vote favorable si on veut, mais qu'on fera
-payer cher au ministre, et dont M. de Rigny, du moins, a
-le bon sens de ne rien conclure pour le courant de la session.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_292"> 292</a></span>
-Il parat qu'aprs le discours de M. Sauzet, qui a t
-admirable, ce que l'on dit, la Chambre a t hsitante,
-et que le ministre s'est cru perdu. M. Thiers n'osait plus
-se risquer; cependant, il l'a fait, presque en dsespoir de
-cause, et il a, dit-on, parl <i>miraculeusement</i> et fait virer
-de bord tout le monde. La veille, il avait fait <i>fiasco</i>, et les
-Anglais surtout jettent feu et flamme contre lui de sa trs
-singulire phrase sur l'Angleterre qui, en effet, est inconcevable;
-mais hier, il a eu videmment le triomphe le plus
-complet.</p>
-
-<p>Un fait singulier, et dont je suis certaine, c'est celui-ci:
-M. Dupin avait promis au Roi, il y a trois jours, de soutenir
-l'ordre du jour motiv. Avant-hier, il a vot contre;
-hier il a parl encore une fois contre, et... il a vot pour!&mdash;Pourquoi?
-Parce qu'aprs le discours de M. Sauzet,
-les ministres, se croyant perdus, ont t dire M. Dupin:
-Monsieur le Prsident, prparez-vous aller chez le Roi,
-et ayez votre Cabinet tout prt, car d'ici une heure, nous
-aurons donn nos dmissions. M. Dupin, trs emptr,
-a dit: Mais je ne croyais pas que tout ceci deviendrait si
-srieux; je ne veux pas votre chute, car je ne me soucie
-nullement que le paquet me retombe sur les bras.
-En disant cela, il cherchait s'esquiver, et laisser un
-vice-prsident sa place, lorsque Thiers, le prenant par
-le bras, lui a dit: Non, monsieur le Prsident, vous ne
-sortirez pas d'ici que la question ne soit vide; si elle l'est
-contre nous, vous n'irez pas ailleurs que chez le Roi o
-vous serez condamn tre ministre. C'est, sans doute,
-fort curieux; mais quel monde! Quelles gens!</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_293"> 293</a></span>
-<i>Paris, 8 dcembre 1834.</i>&mdash;Hier, en rentrant chez
-moi, quatre heures, j'ai t tonne d'y voir arriver le
-duc d'Orlans, que je croyais dj sur la route de Bruxelles;
-mais il ne devait partir qu'une heure plus tard, et il
-tait venu pour me dire que sir Robert Peel avait pass
-par Paris et avait envoy son frre, lui, duc d'Orlans,
-qu'il connat beaucoup, prier le Prince Royal de l'excuser
-auprs du Roi, s'il ne demandait pas avoir l'honneur de
-lui faire sa cour, mais Sa Majest comprendrait aisment
-que dans les circonstances actuelles, les heures taient
-des sicles. Nous avons conclu deux choses de cette
-dmarche. La premire, c'est que sir Robert Peel tait
-dcid accepter le ministre, puisqu'un simple particulier
-ne se serait pas cru assez d'importance pour envoyer
-un tel message; et la seconde, c'est que la courtoisie des
-paroles prouvait plutt de bonnes dispositions pour la
-France que le contraire.</p>
-
-<p>A propos de sir Robert Peel, j'ai reu hier une lettre de
-lui, crite de Rome, l'occasion du ministre Bassano,
-trs polie, obligeante, et dans laquelle il dit que ce qui
-l'effraye le plus dans cette combinaison, c'est la crainte
-qu'elle n'empche M. de Talleyrand de retourner Londres.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 9 dcembre 1834.</i>&mdash;Frdric Lamb, qui est
-venu chez moi hier matin, m'a racont des choses fort
-curieuses; il m'a appris encore pis que ce que je savais
-dj sur lord Palmerston; des dtails inconcevables, par
-exemple, sur la conduite de celui-ci dans la question
-<span class="pagenum"><a id="Page_294"> 294</a></span>
-d'Orient, dont nous n'avions pu, nous autres, Londres,
-juger que la superficie, et sur mille autres choses. Il m'a
-dit que, lors de la querelle entre l'Angleterre et la Russie,
- propos de sir Stratford Canning, Mme de Lieven avait
-dsir que la chose pt s'arranger, de faon ce que Frdric
-Lamb ft Ptersbourg et sir Stratford Canning
-Vienne. Cela fut propos au prince de Metternich qui
-rpondit: Cet arrangement n'arrangera rien, car le seul
-ambassadeur que nous soyons dcids ne jamais recevoir,
-c'est sir Stratford Canning.</p>
-
-<p>Il m'a dit encore que M. de Metternich disait de lord
-Palmerston: C'est un tyran, et nous ne sommes plus au
-sicle de la tyrannie.</p>
-
-<p>Frdric Lamb dteste lord Granville; du reste, il ne
-croit pas au succs du Cabinet tory, mais il ne croit pas
-non plus que son hritage tombe ncessairement aux radicaux.
-Il croit la rentre de lord Grey et cherche les
-moyens d'vincer lord Palmerston et lord Holland. Il
-dit, comme Pozzo, comme M. Mol, des choses inoues de
-M. de Broglie; jamais on n'a fait plus de fautes que
-celui-ci, les en croire.</p>
-
-<p>En rentrant chez moi, hier quatre heures, j'ai reu
-M. Mol. Tout s'est pass comme si nous nous tions vus
-la veille: lui, me parlant, comme jadis, de lui, de ses
-affections, intimits, dispositions d'esprit, avec ce charme
-qui lui est propre. Il m'a dit que j'tais beaucoup plus
-aimable qu'il y a quatre ans; il est rest prs d'une
-heure. J'ai toujours trouv qu'on ne causait avec personne
-aussi parfaitement bien, rapidement, agrablement,
-<span class="pagenum"><a id="Page_295"> 295</a></span>
-qu'avec lui; il est de trs bon got, une poque
-laquelle personne ne l'est plus; il n'a, peut-tre, pas
-l'me assez haute pour dominer, mais il a l'esprit assez
-lev pour ne pas se dgrader, et c'est dj beaucoup.</p>
-
-<p>Bien des noms propres, bien des faits et des choses ont
-repass devant nos yeux dans cette heure, et j'ai t trs
-satisfaite du naturel avec lequel il a tout abord. Il m'a dit
-que j'avais dans l'esprit une quit qui rassurait toujours,
-ceux mme qui pourraient craindre mon inimiti; enfin,
-tout a t pour le mieux. Je ne suis pas sre que cela se
-passe aussi bien entre M. de Talleyrand et lui. Je suis
-charge d'arranger leur entrevue, et tous deux, ce qui est
-assez drle, m'ont prie d'tre prsente cette premire
-rencontre.</p>
-
-<p>M. Mol m'a racont avoir, la veille, crit M. Dupin
-pour refuser de dner chez lui, en motivant son refus sur
-la manire dont celui-ci avait, la tribune, travesti les
-rapports purement officieux et nullement officiels qu'ils
-avaient eus ensemble, il y a quinze jours. M. Mol m'a dit
-encore qu'il ne songeait pas du tout, comme quelques
-personnes le prtendaient, l'ambassade d'Angleterre,
-parce qu'il ne voulait rien accepter du ministre actuel.</p>
-
-<p>Il ne voit plus du tout le duc de Broglie. Il croit que
-Rayneval est le seul ambassadeur possible Londres en
-ce moment et compte aussi en parler au Roi, avec lequel
-il dit qu'il est trs bien. Il salue peine Guizot et n'est que
-trs froidement avec Thiers.</p>
-
-<p ><i>Paris, 10 dcembre 1834.</i>&mdash;C'tait, hier soir, une
-<span class="pagenum"><a id="Page_296"> 296</a></span>
-dfilade assourdissante de visites chez M. de Talleyrand.
-Il s'est dit beaucoup de choses, dont voici les seules qui
-m'ont paru piquantes.</p>
-
-<p>C'est Frdric Lamb, qui est venu le premier, et avec
-lequel nous avons t assez longtemps seuls, qui nous les
-a contes. Il nous a beaucoup parl de M. de Metternich
-et de son dire, il y a quatre mois, sur le Roi Louis-Philippe:
-Je l'ai cru un intrigant, mais je vois bien que
-c'est un Roi. Il nous a dit encore que le jour de la chute
-du dernier ministre anglais, lord Palmerston en avait
-mand la nouvelle au charg d'affaires d'Angleterre,
-Vienne, en l'invitant la transmettre M. de Metternich,
-et en ajoutant: Vous ne serez jamais dans le cas de faire
- M. de Metternich une communication qui lui fasse plus
-de joie. Le charg d'affaires porte cette dpche au
-Prince, et, je ne sais pourquoi, la lit tout entire, mme
-cette dernire phrase. M. de Metternich a rpondu
-ceci, que je trouve de trs bon got: Voici une nouvelle
-preuve de l'ignorance dans laquelle lord Palmerston est
-des hommes et des choses; car je ne puis me rjouir d'un
-vnement dont je ne puis mesurer encore les consquences.
-Dites-lui que ce n'est pas avec joie que je l'accepte,
-mais bien avec esprance.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 12 dcembre 1834.</i>&mdash;Nous avons dn hier aux
-Tuileries, M. de Talleyrand, les Mollien, les Valenay, le
-baron de Montmorency et moi. J'tais assise entre le Roi
-et le duc de Nemours; ce dernier a un peu vaincu sa timidit;
-il lui en reste cependant beaucoup. Il est blanc,
-<span class="pagenum"><a id="Page_297"> 297</a></span>
-blond, rose, mince et transparent comme une jeune fille,
-pas joli mon gr.</p>
-
-<p>On ne saurait avoir une conversation plus intressante
-que celle du Roi, surtout lorsque, laissant la politique de
-ct, il veut bien fouiller dans les nombreux souvenirs de
-son extraordinaire vie. J'ai t frappe de deux anecdotes
-qu'il m'a racontes merveille, et quoique je craigne de
-les dfigurer en les racontant moins bien, je veux cependant
-les dire. Un portrait de M. de Biron, duc de Lauzun,
-qu'il vient de faire copier sur celui que M. de Talleyrand
-lui a prt, tait l, et a fait naturellement parler de l'original.
-A ce sujet, le Roi m'a cont qu'en revenant Paris
-en 1814, sa premire rception, il vit approcher un
-homme g qui lui demanda de vouloir bien lui accorder
-quelques minutes d'entretien un peu part de la foule.
-Le Roi se plaa dans l'embrasure d'une croise, et l,
-l'inconnu tira de sa poche une bague monte avec le portrait
-de M. le duc d'Orlans, pre du Roi, et dit: Lorsque
-le duc de Lauzun fut condamn mort, j'tais au Tribunal
-rvolutionnaire; en sortant, M. de Biron s'arrta
-devant moi qu'il avait quelquefois rencontr, et me dit:
-Monsieur, prenez cette bague et promettez-moi que, si
-jamais l'occasion s'en prsente, vous la remettrez aux
-enfants de M. le duc d'Orlans, en les assurant que je
-meurs fidle ami de leur pre et serviteur dvou de leur
-maison. Le Roi fut, comme de raison, touch du scrupule
-avec lequel, aprs tant d'annes, la mission avait t
-accomplie. Il demanda l'inconnu de se nommer; il s'y
-refusa en disant: Mon nom ne peut vous tre utile
-<span class="pagenum"><a id="Page_298"> 298</a></span>
-savoir; il rveillerait peut-tre des souvenirs fcheux; j'ai
-acquitt ma parole donne un mourant, vous ne me
-reverrez ni n'entendrez jamais parler de moi. En effet,
-il ne s'est jamais manifest depuis.</p>
-
-<p>Voici la seconde anecdote. Lorsque le Roi actuel tait
-encore en Angleterre, ainsi que Louis XVIII et M. le comte
-d'Artois, celui-ci voulait absolument obliger son cousin
-porter l'uniforme des migrs franais et notamment la
-cocarde blanche, ce quoi M. le duc d'Orlans s'est constamment
-refus, disant que jamais il ne la prendrait. Il
-tait toujours en frac; cela avait mme donn lieu quelques
-explications assez aigres. En 1814, M. le duc d'Orlans
-prit la cocarde blanche avec toute la France, et
-M. le comte d'Artois l'habit de colonel-gnral de la garde
-nationale. Le premier jour que M. le duc d'Orlans fut
-chez M. le comte d'Artois, celui-ci lui dit: Donnez-moi
-votre chapeau. Il le prit, le retourna, et jouant avec la
-cocarde blanche dit: Ah! ah! mon cousin! qu'est-ce
-que c'est donc que cette cocarde? Je croyais que vous ne
-deviez jamais la porter?&mdash;Je le croyais aussi, Monsieur,
-et je croyais en outre que vous ne deviez jamais porter
-l'habit que je vous vois; je regrette bien que vous n'y
-ayez pas joint la cocarde qu'il entrane.&mdash;Mon cher,
-reprit Monsieur, ne vous y trompez pas: un habit ne
-signifie rien. On le prend, on le quitte, et c'est assez gal.
-Mais une cocarde, c'est diffrent: c'est un symbole de
-parti, un signe de ralliement, et votre signe particulier ne
-devait pas tre vaincu. Ce que j'ai aim chez le Roi, qui
-avait la bont de me raconter cette scne, c'est qu'il s'est
-<span class="pagenum"><a id="Page_299"> 299</a></span>
-ht d'ajouter: Eh bien, madame, Charles X avait raison,
-et il avait trouv l une explication plus spirituelle
-qu'on ne l'aurait attendue.&mdash;Le Roi dit vrai, ai-je
-repris, l'explication de Charles X tait celle d'un gentilhomme
-et d'un chevalier, et il est certain qu'il avait de
-l'un et de l'autre.&mdash;Oui, srement, a ajout le Roi,
-et mme il a trs bon c&oelig;ur. J'ai t bien aise de voir
-cette justice rendue l.</p>
-
-<p>A neuf heures, j'ai t avec Mme Mollien chez la comtesse
-de Boigne. Elle tait venue la premire chez moi et
-m'avait fait dire, par Mme Mollien, qu'elle serait trs
-flatte si je voulais venir quelquefois chez elle le soir.
-C'est le salon important du moment; la seule maison
-comme il faut, qui appartienne, je ne dirais pas la Cour,
-mais au Ministre, comme celle de Mme de Flahaut appartient
- M. le duc d'Orlans et celle de Mme de Massa la
-Cour proprement dite. Il n'y en a pas une quatrime.
-Chez Mme de Boigne, qui reoit tous les soirs, on s'occupe
-avant tout de politique, on en parle toujours; la
-conversation m'a paru tendue, assez incommode par les
-questions directes pousses jusqu' l'indiscrtion, qu'on
-se jette la tte: Le duc de Wellington se maintiendra-t-il?
-Croyez-vous que M. Stanley se joindra sir Robert
-Peel? S'ils croulent, cela tournera-t-il au profit des whigs
-ou des radicaux? Pensez-vous que lord Grey veuille se
-rconcilier avec lord Brougham? Voil par quelles questions
-j'ai t navement assaillie. Je me suis tire d'affaire
-en plaidant ignorance complte, et en finissant par
-dire, en riant, que je ne m'attendais pas, dans une belle
-<span class="pagenum"><a id="Page_300"> 300</a></span>
-soire, rpondre des <i>questions de conscience</i>. Cela a
-fini l, mais je n'en avais pas moins reu une impression
-dsagrable, malgr les excessives gracieusets de la matresse
-de maison, et j'ai t bien aise de m'en aller.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 14 dcembre 1834.</i>&mdash;Hier, lady Clanricarde a
-djeun chez moi, et nous sommes parties onze heures
-et demie pour l'Acadmie franaise. M. Thiers, le rcipiendaire,
-nous avait fait garder les meilleures places, et, ce
-dont je lui ai su gr, loin de sa famille, qui tait dans une
-petite tribune du haut avec la duchesse de Massa. Il n'y
-avait, dans notre groupe, que Mme de Boigne, M. et
-Mme de Rambuteau, le marchal Grard, M. Mol, M. de
-Celles et Mme de Castellane. Celle-ci est engraisse,
-paissie, alourdie, mais elle a toujours une physionomie
-agrable, et de jolis mouvements dans le bas du visage.
-Elle a eu l'air si ravie, si mue, si touche de me revoir
-(j'ai t intimement lie avec elle, et au courant de ses
-intrts un point incroyable pour l'imprudence de sa
-brouillerie subsquente), que cette motion m'a gagne;
-nous nous sommes serr la main. Elle m'a dit: Me permettez-vous
-de revenir chez vous? J'ai dit: Oui, de
-trs bon c&oelig;ur.</p>
-
-<p>Voici notre histoire. Dans le moment du rcri des Tuileries
-contre moi, sous la Restauration, Mme de Castellane
-m'a renie et, sans se souvenir du tort qu'il tait en
-mon pouvoir de lui faire, elle a rompu avec moi. J'ai t
-amrement blesse parce que je l'aimais tendrement, mais
-me venger et t une bassesse, et, travers toutes mes
-<span class="pagenum"><a id="Page_301"> 301</a></span>
-fautes, je suis incapable d'une vilenie; je crois qu'au fond
-du c&oelig;ur, elle m'a su gr de l'avoir mnage.</p>
-
-<p>M. de Talleyrand, comme membre de l'Institut, est
-entr dans la salle, appuy sur le bras de M. de Valenay.
-On ne saurait croire quel effet il a produit! Spontanment,
-tout le monde s'est lev, dans les tribunes comme dans
-l'enceinte, et cela, avec un certain mouvement de curiosit
-sans doute, mais aussi de considration, auquel il a
-t trs sensible. J'ai su que, malgr la foule qui obstruait
-les avenues, tout le monde lui avait fait faire place.</p>
-
-<p>A une heure, la sance a commenc. M. Thiers est si
-petit qu'entour de Villemain, de Cousin et de quelques
-autres, il est entr sans qu'on l'ait vu venir; on ne l'a
-aperu que lorsque, seul, debout, il a commenc son discours.
-Il l'a dit avec le meilleur accent, la prononciation
-la plus nette; avec une voix soutenue, peu de gestes, pas
-trop de volubilit. Il tait ple comme la mort, et, dans
-les premiers moments, tremblant de la tte aux pieds, ce
-qui lui a beaucoup mieux russi que s'il avait eu de cette
-insolence qu'on lui reproche souvent. Malgr son mauvais
-son de voix, il n'a jamais frapp l'oreille dsagrablement,
-il n'a t ni monotone, ni glapissant, et enfin
-lady Clanricarde en tait le trouver <i>beau</i>!</p>
-
-<p>M. de Talleyrand et M. Royer-Collard taient en face
-de lui, et il semblait ne parler que pour eux! Son discours
-est clatant. Je ne sais pas s'il est prcisment acadmique,
-quoiqu'il soit plein d'esprit, de got et de beau
-langage dans de certaines parties; mais ce qu'il est sans
-aucun doute, c'est politique, et il l'a dit bien plus comme
-<span class="pagenum"><a id="Page_302"> 302</a></span>
-une improvisation que comme une lecture. Il a eu de ces
-mouvements de tribune qui ont produit aussi, sur l'assemble,
-un effet bien plus parlementaire que littraire, mais
-toujours favorable, et, par moments, cela a t jusqu'
-l'enthousiasme. M. de Talleyrand en tait l'motion, et
-M. Royer-Collard faisait faire sa perruque des hauts et
-des bas qui prouvaient la plus vive approbation! Le passage
-sur la calomnie a t dit avec une conviction intime
-qui a t contagieuse et a valu une salve d'applaudissements.</p>
-
-<p>Le discours est anti-rvolutionnaire au plus haut degr;
-il est orthodoxe dans les principes littraires; il est&mdash;et
-c'est ce que j'en aime surtout&mdash;il est travers d'un bout
- l'autre par un sentiment honnte qui m'a fait plaisir et
-qui doit tre utile M. Thiers dans le reste de sa carrire.
-Enfin, ce beau discours, pour ressortir, pouvait se passer
-de l'ennuyeuse rponse de M. Viennet, que personne n'a
-coute et qui a permis tout le monde de s'apercevoir
-qu'il tait tard et qu'il faisait une chaleur affreuse.</p>
-
-<p>On m'a dit que, pendant le discours de M. Thiers,
-M. de Broglie faisait force quolibets; M. Guizot tait renfrogn,
-et mdiocrement satisfait, je pense, de voir son
-rival, dans la mme semaine, un double succs, politique
-et littraire.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 16 dcembre 1834.</i>&mdash;Hier, j'ai fait quelques
-visites; j'ai trouv Mme de Castellane qui ne m'avait pas
-rencontre chez moi. Elle a voulu que j'entendisse son
-histoire des douze dernires annes; elle la raconte bien.
-<span class="pagenum"><a id="Page_303"> 303</a></span>
-Il m'a sembl qu'elle avait d la roucouler ainsi d'autres
-qu' moi. Elle n'a plus de jeunesse du tout, c'est une
-grosse personne, courte, trapue; ce n'est plus du tout, au
-sourire prs, celle que j'avais connue, au physique du
-moins; moralement, il m'a paru qu'elle s'tait faite grave
-plutt qu'elle n'tait devenue srieuse. Elle est spirituelle,
-caressante, comme toujours; elle a beaucoup parl, moi
-trs peu. J'avais le c&oelig;ur serr par mille souvenirs du
-pass, et, quoiqu'elle ait t douce, je n'ai pu reprendre
-confiance, mais j'ai bien reu toutes ses paroles et je ne
-suis pas fche de ne plus en tre l'amertume avec elle.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 17 dcembre 1834.</i>&mdash;Je me suis laiss dcider
-par Mme Mollien, aller, hier, avec elle, la Cour des
-Pairs, non pas dans une tribune en vidence, mais dans
-une tribune retire d'o on voyait et entendait sans tre
-vu, celle de la duchesse Decazes. Je n'y avais jamais t,
-les sances n'tant pas publiques avant 1830. La journe
-d'hier tait fort annonce et excitait la curiosit gnrale;
-aussi la salle tait remplie.</p>
-
-<p>A quelque poque qu'on arrive Paris, on est toujours
-sr d'y trouver quelque drame scandaleux qui amuse le
-public. Hier, c'tait le procs contre Armand Carrel du
-<i>National</i>.</p>
-
-<p>M. Carrel n'a nullement rpondu mon attente. Il a
-t impertinent, il est vrai, mais sans cette espce d'insolence
-courageuse et nergique, sans cette verve de talent
-qui frappe, mme alors que le sujet en lui-mme dplat.
-Il n'a produit que peu d'effet par son discours crit, et a
-<span class="pagenum"><a id="Page_304"> 304</a></span>
-trs positivement choqu, dans sa mauvaise improvisation.
-C'est le gnral Exelmans qui a vocifr sur l'<i>assassinat</i>
-du marchal Ney, au scandale de tout le monde, car il y
-allait comme un homme ivre; il tait hors de lui, et cela
-tait d'autant plus ridicule qu'on ne pouvait s'empcher
-de se souvenir de ses platitudes pendant la Restauration,
-qu'on a, du reste, assur lui avoir t trs durement reproches,
-hier au soir, chez le ministre de la Marine. Le
-matin, la Chambre des Pairs, il n'a t soutenu que par
-M. de Flahaut, qui s'agitait beaucoup et dont le maintien
-a t trs inconvenant; il a rvolt tout le monde par ses
-cris de: <i>Continuez, continuez</i>, adresss Carrel, lorsque
-le Prsident lui tait la parole. C'est mme cet encouragement
-qui a fait rsister Carrel et qui l'a fait argumenter
-avec M. Pasquier, sur ce que celui-ci n'avait pas le droit
-de lui ter la parole, lorsqu'un membre de la Chambre, un
-de ses juges enfin, l'engageait continuer.</p>
-
-<p>A cette occasion, j'ai appris de toutes les bouches que
-M. de Flahaut tait insupportable tout le monde, par son
-arrogance, son humeur, son aigreur et son ignorance; il
-deviendra bientt aussi <i>impopular</i> que sa femme.</p>
-
-<p>M. Pasquier a prsid avec fermet, mesure, dignit et
-sang-froid, mais j'avoue que je partage l'opinion de ceux
-qui auraient prfr qu'il arrtt M. Carrel, lorsqu'il a
-parl des <i>jeunes gens qui avaient glorieusement combattu
-dans les troubles d'avril</i>, au lieu de le faire propos du
-procs du marchal Ney: la premire question, touchant
- des intrts matriels, aurait trouv, ce me semble, plus
-d'cho au dehors comme au dedans.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_305"> 305</a></span>
-Nous avions du monde dner hier: une douzaine de
-personnes; Pauline, ma fille, faisait la douzime. Il n'y a
-pas de mal ce qu'elle apprenne couter sans ennui de
-la conversation srieuse; elle a bon maintien dans le
-monde, o elle me parat plaire par sa physionomie ouverte
-et ses manires bienveillantes. Aprs le dner, les
-visites ont recommenc, comme si nous tions des ministres.
-Le fait est que c'tait jeudi, jour de rception aux
-Affaires trangres et la Marine, et que, sur le chemin
-des deux, on nous a pris, je suppose, en allant et en
-venant.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 19 dcembre 1834.</i>&mdash;M. le duc d'Orlans est
-revenu de Bruxelles: il est venu me voir, hier, et m'a
-invite un bal qu'il donne le 29. Il n'est rest qu'un
-instant, le Roi l'ayant envoy chercher; j'ai su, plus tard,
- quel propos.</p>
-
-<p>M. Guizot est venu ensuite; il avait l'air moins son
-aise que de coutume; il a cherch s'y mettre en faisant
-de la doctrine sur l'Angleterre, sur la France, sur toutes
-choses, mais il m'aura trouve peu digne de l'entendre;
-en effet, j'coutais froidement, parce que c'tait parfaitement
-ennuyeux, et il est parti.</p>
-
-<p>Mme de Castellane m'est arrive, tout essouffle, de la
-part de M. Mol, pour que je prvienne M. de Talleyrand
-de ce qui se passait. M. le duc d'Orlans, entran par
-cette dplorable influence Flahaut, se proposait aujourd'hui,
- l'ouverture de la sance de la Chambre des Pairs,
-et la lecture du procs-verbal de la sance d'hier, de
-<span class="pagenum"><a id="Page_306"> 306</a></span>
-protester, avec son groupe, contre l'<i>assassinat</i> du marchal
-Ney, et de demander la revision du procs. Heureusement
-que M. Decazes en a t averti; il a t en prvenir
-M. Pasquier, celui-ci a couru chez M. Mol, un des
-vingt-trois Pairs restants du procs du Marchal. Grande et
-juste rumeur dans le camp; on a t Thiers, celui-ci a
-couru chez le Roi, qui ignorait tout et qui est entr en
-grande colre. Il a fait chercher son fils partout, et, aprs
-une scne trs vive, lui a dfendu toute dmarche. Son
-grand argument a t celui-ci: Si vous demandez la
-revision du procs du marchal Ney, que rpondrez-vous
- tel ou tel Pair carliste qui viendra (et il s'en trouvera)
-demander la revision du procs de Louis XVI, bien autrement
-un assassinat? J'ai su cette dernire partie de l'incident
-par M. Thiers, qui est venu chez M. de Talleyrand,
-tout la fin de la matine. Bertin de Veaux, qui avait eu
-vent de la chose, arrivait aussi tout pouff.</p>
-
-<p>Enfin le bon sens du Roi a arrt cette belle quipe;
-mais qu'elle se soit prsente l'esprit de quelqu'un,
-et de qui? est une des grandes trangets du
-temps!</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 20 dcembre 1834.</i>&mdash;J'ai reu hier une lettre
-de Londres, du 18, et l'ai porte tout de suite M. de
-Talleyrand. Je lui ai lu ce qui tait relatif l'effroi caus
-par ce nom de M. de Broglie comme ambassadeur Londres,
-et la ncessit de nommer un successeur M. de
-Talleyrand. Il a trs bien senti cela, et a crit immdiatement
-qu'il dsirait voir le Roi. A ce moment est arriv
-<span class="pagenum"><a id="Page_307"> 307</a></span>
-M. de Rigny, lui apportant une autre lettre particulire.
-M. de Talleyrand a insist sur le choix de Rayneval, ce
-qui n'a pas plu, je crois, M. de Rigny, si j'en juge par ce
-que celui-ci m'a dit dner: Il y a un inconvnient
-immense envoyer M. de Rayneval Londres, mais c'est
-le secret du ministre des Affaires trangres; si c'tait le
-secret de l'amiral, je vous le dirais. Je n'ai pas insist.</p>
-
-<p>Je sais que chez le Roi, cinq heures, il a t convenu
-que Rigny crirait Londres une lettre la fois ostensible
-et confidentielle, dans laquelle on dirait que le Roi portera
-son choix sur Mol, Sainte-Aulaire ou Rayneval et qu'on
-serait bien aise de savoir lequel de ces trois noms serait
-le plus agrable au duc de Wellington. Je me suis permis
-de dire M. de Talleyrand que cela me paraissait fort
-maladroit, puisque si le choix du Duc porte sur Rayneval,
-on sera trs embarrass ici de ne pas le nommer, et cependant
-on me parat dcid ne pas le faire; que si le
-Duc dsire Mol, on prouvera un refus de ce dernier, et,
-qu'en dfinitive, il faudra nommer Sainte-Aulaire, qui
-n'est dsir ni par le Roi, ni par le Conseil, ni par le Duc.
-Comme tout est mal dirig et mal conduit ici! Il n'y a
-nulle part ni bon sens, ni simplicit, ni lvation, et on
-prtend, cependant, gouverner non seulement trente-deux
-millions de sujets, mais encore l'Europe tout entire!</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 21 dcembre 1834.</i>&mdash;J'ai su, de bien bonne
-part, ces trois faits: que l'on ne veut pas envoyer Rayneval
-comme ambassadeur Londres, et que c'est la
-<span class="pagenum"><a id="Page_308"> 308</a></span>
-fraction doctrinaire et Broglie en sous-main qui s'y opposent;
-que l'on a, officiellement, propose hier Londres
-Mol, qui l'a officiellement et formellement refus; et
-qu'enfin ce matin, on en tait Sbastiani, sans rien d'arrt
-cependant.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 24 dcembre 1834.</i>&mdash;On parlait de Sbastiani,
-hier, comme devant tre dans le <i>Moniteur</i> de demain,
-mais mesure que ce nom circule dans le public, il excite
-une vritable rumeur. M. de Rigny grille de se dmettre
-de son ministre pour demander l'ambassade de Londres,
-mais on craint de voir la machine, ici, se dtraquer sur
-nouveaux frais, par la sortie d'un des membres importants
-du Cabinet. Il parat que c'est l'tat des affaires financires
-de Rayneval qui empche de songer lui; on le dit cribl
-de dettes et presque en banqueroute.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 28 dcembre 1834.</i>&mdash;J'ai su, par M. Mol, que
-M. de Broglie avait une influence tonnante dans le ministre
-actuel, dont le Roi ne se doutait pas; que M. Decazes
-allait, chaque matin, lui rendre compte de ce qui se passait
-au ministre; que M. de Rigny et M. Guizot se laissaient
-beaucoup influencer par lui, et qu'aucun choix ne
-se faisait sans lui avoir t pralablement soumis.</p>
-
-<p>Comment comprendre que dans le <i>Journal des Dbats</i>
-on traduise tout le discours de sir Robert Peel et qu'on en
-retranche, quoi? Le passage flatteur pour le duc de Wellington
-et qui, certes, n'avait rien de choquant pour la
-France! Et cela quand le Duc est ministre des Affaires
-<span class="pagenum"><a id="Page_309"> 309</a></span>
-trangres, qu'il est merveille pour la France et que les
-<i>Dbats</i> sont rputs organe officieux du gouvernement!
-On est ici, malgr tout l'esprit franais, d'une merveilleuse
-gaucherie!</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 29 dcembre 1834.</i>&mdash;Cette pauvre petite
-Mme de Chalais est morte cette nuit. Elle tait si heureuse,
-de ce bonheur honnte et rgulier qu'il n'est donn qu'
-certaines femmes de rencontrer! La vie se retire toujours
-trop lentement de ceux qui sont fatigus de leur plerinage,
-toujours trop rapidement de ceux qui la parcourent
-joyeusement. Sous quelque forme qu'on implore la Providence,
-soit qu'on l'importune de ses prires, soit qu'on
-se laisse deviner dans un discret silence, elle dit presque
-toujours non, et le plus souvent un non irrvocable.</p>
-
-<p>Quelle douleur Saint-Aignan! Elle y tait l'enfant de
-tous les habitants. Il me semble que j'entends les cris de
-tous ses vieux serviteurs, que je connais et pour qui elle
-tait la troisime gnration qu'ils servaient. Les pauvres,
-les malades, les gens aiss, tous la chrissaient. Elle tait
-si secourable, si obligeante, si gracieuse! C'est plus
-qu'une mort: c'est la destruction d'un jeune bonheur et
-d'une race antique et illustre! Je suis vraiment branle
-trs profondment.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 31 dcembre 1834.</i>&mdash;J'ai eu, hier matin, une
-bonne longue visite de M. Royer-Collard. Il m'a racont
-toute l'histoire de son professorat; il m'a montr un coin
-de son systme philosophique, puis il m'a beaucoup parl
-<span class="pagenum"><a id="Page_310"> 310</a></span>
-de Port-Royal. Ce sont vraiment des heures prcieuses
-que celles qu'il me donne; trop rares et trop courtes pour
-tout ce qu'il y a apprendre d'un esprit comme le sien.</p>
-
-<p>Mme de Castellane est venue ensuite; si je m'y prtais
-le moins du monde, elle se ferait ma garde-malade! J'ai
-su, par elle, que M. Mol crivait ses <i>Mmoires</i> et qu'il
-y en avait dj cinq volumes.</p>
-
-<p>M. le duc d'Orlans m'est venu ensuite; il m'a racont
-beaucoup de choses de son bal de la veille. Voici ce qui,
-compar ce qui m'a t dit d'ailleurs, m'est rest: la
-plus grande lgance, la plus grande recherche; de la
-magnificence, du joli monde; un souper superbe, des
-fleurs, des statues groupes avec art, des lumires
-aveugler, du blanc et or partout; des livres neuves, des
-valets de chambre en habits habills, l'pe au ct, vtus
-de velours, tous poudrs blanc, et beaucoup de diamants
-dans les parures des femmes; la Reine charme,
-Madame Adlade pique, disant: C'est du Louis XV; tous
-les hommes en uniforme, mais en pantalons et bottes, et
-M. le duc de Nemours arrivant en habit d'officier gnral,
-extrmement brod, en culottes courtes, bas et souliers,
-joli, ce que l'on dit, ayant bonne grce et l'air fort
-noble. M. le duc d'Orlans m'a demand si, pour un militaire,
-je ne prfrais pas le pantalon et les bottes; voici
-ma rponse: L'Empereur Napolon, qui a gagn quelques
-batailles, tait tous les soirs, quand il dnait seul
-avec l'Impratrice, en bas de soie et en souliers boucles.&mdash;Vraiment?&mdash;Oui,
-Monseigneur!&mdash;Ah! c'est diffrent.</p>
-
-<p>Mais voici le revers de la mdaille: c'est que des dputs
-<span class="pagenum"><a id="Page_311"> 311</a></span>
-pris (je veux dire pris comme simples dputs,
-car il y en avait d'autres comme ministres et gnraux),
-comme simples dputs, donc, il n'y en avait que trois:
-MM. Odilon Barrot, Bignon et tienne: le premier en
-frac pour faire plus d'effet!</p>
-
-<p>Il y a de singuliers contrastes dans le Prince Royal: le
-got et les prtentions aristocratiques dans ses habitudes
-et une dtestable tendance dans la politique. Hier mme,
-nous avons eu pour la premire fois maille partir ensemble
- l'occasion du duc de Wellington. Il m'a dit:
-<i>Vous voil comme le Roi.</i> Aussi mon pre sait-il que
-vous me parlez toujours dans son sens et vous aime-t-il
-beaucoup.&mdash;Monseigneur, je ne parle jamais que dans
-mon propre sens et dans celui de votre intrt, mais je
-n'en suis pas moins trs fire de l'approbation et de la
-justice du Roi. Cela a, du reste, trs bien fini entre
-nous, puisqu'il m'a demand la permission d'ajouter son
-portrait ceux que j'ai runis Rochecotte.</p>
-
-<p>Me voici donc finissant l'anne 1834, mmorable dans
-ma vie, puisqu'elle termine cette part de mon existence
-consacre l'Angleterre. Ces quatre annes, que je viens
-d'y passer, m'ont place dans un autre cadre, offert un
-nouveau point de dpart, dirige vers une nouvelle srie
-d'ides; elles ont modifi le jugement du monde sur moi.
-Ce que je dois l'Angleterre ne me quittera plus, j'espre,
-et traversera, avec moi, le reste de ma vie. Maintenant,
-faisons des provisions de forces pour les mauvais jours
-qui ne manqueront pas probablement et pour lesquels il
-est convenable de se prparer.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_312"> 312</a></span></p>
-<h2 class="normal">1835</h2>
-</div>
-
-<p class="section"><i>Paris, le 3 janvier 1835.</i>&mdash;J'ai eu hier la visite du
-duc de Noailles qui m'avait crit un billet fort aimable
-pour me prier de le recevoir. Il est venu me parler de la
-nice de sa femme, Mme de Chalais, qu'il aimait comme
-son enfant et qu'il savait tre vivement regrette par moi.
-Nous avons pleur ensemble; puis il m'a parl un peu de
-politique avec bon sens et bon got; un peu de la socit;
-beaucoup de Maintenon. Il est rest trs longtemps et
-paraissait son aise et se plaire fort. Il m'a exprim le
-dsir de me voir souvent et d'entrer un peu dans nos habitudes.
-C'est un des hommes que M. Royer-Collard compte
-davantage: il est fort laid et a l'air vieux sans l'tre; il
-est studieux, distingu et de trs bonne compagnie. J'ai
-beaucoup vu sa femme quand elle s'appelait Mlle Alicia de
-Mortemart et qu'elle demeurait chez sa s&oelig;ur la duchesse
-de Beauvilliers, qu'elle suivait Saint-Aignan. Nous
-sommes, d'ailleurs, fort parents des Mortemart, la vieille
-princesse de Chalais, chez laquelle M. de Talleyrand a t
-lev, tant Mortemart, fille de M. de Vivonne, frre de
-Mme de Montespan.</p>
-
-<p>J'ai t hier la grande rception du soir aux Tuileries,
-la Reine m'ayant fait dire par Mme Mollien que je pourrais
-<span class="pagenum"><a id="Page_313"> 313</a></span>
-arriver et m'en aller par les appartements particuliers, et,
-par consquent, ne pas attendre ma voiture. C'tait le dernier
-jour de rception; j'y ai men ma belle-fille, Mme de
-Valenay. Le palais, clair, est vraiment superbe; beaucoup
-de choses ont trs bon air; beaucoup d'autres font
-contraste. Ainsi, par exemple, les fracs isols travers la
-grande majorit des uniformes, quelques femmes fort
-pares, puis d'autres en bonnet de comptoir; point de
-dsordre, mais aucune distinction de salles, de places; on
-ne dfile pas, c'est la Cour qui entre quand tout le monde
-est arriv et qui fait le tour des dames, aprs quoi, les
-hommes seuls dfilent; il y a un petit monsieur en uniforme
-qui prcde et qui demande chaque dame son
-nom, ce qui me parat pour les trois quarts et demi indispensable.</p>
-
-<p>On a t trs gracieux pour moi et je crois qu'on attachait
-du prix ce que j'allasse un jour de grande rception
-qu'on peut bien appeler <i>publique</i>. On craignait que je ne
-voulusse me borner aux audiences particulires. C'et t,
-ce me semble, de mauvais got; peut-tre aimerais-je
-mieux ne pas aller du tout, mais, quand on trouve bon de
-voir les gens en particulier, il ne faut pas avoir l'air de
-s'en cacher et de les renier en public. Aussitt vue, la
-Reine m'a elle-mme dit de m'en aller, on m'a fait ouvrir
-la petite porte et je me suis sauve, ravie d'tre quitte de
-cette corve!</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 7 janvier 1835.</i>&mdash;M. Mol est venu me voir
-hier, il m'a dit bien des choses singulires, et entre autres,
-<span class="pagenum"><a id="Page_314"> 314</a></span>
-celle-ci, qu'il se croyait la mission de purger le gouvernement
-de l'influence doctrinaire. Il a une terrible haine
-pour les doctrinaires; car il sait har. Il m'a mme surprise
- ce sujet et je me suis demand s'il savait aussi bien
-aimer. Je suis reste embarrasse devant la rponse.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 8 janvier 1835.</i>&mdash;Madame Adlade m'ayant
-demand de lui mener Pauline, je l'ai fait hier. Le Roi m'a
-fait dire de l'attendre chez sa s&oelig;ur, ce qui fait que j'y ai
-pass trois heures. Le Roi venait d'apprendre la scne
-trange qui a eu lieu parmi les amnistis du Mont-Saint-Michel:
-le jour mme de leur dlivrance, tous les amnistis
-rpublicains (les carlistes ont dit des prires et sont
-retourns tranquillement dans la Vende) ont chant des
-chansons atroces, et ont fini par jurer sur leurs couteaux
-de table l'assassinat du Roi. Celui-ci avait sous les yeux
-les rapports de police et nous en a dit tous les dtails.</p>
-
-<p>Il a caus longtemps, et de toutes choses; je dois dire
-avec beaucoup de bon sens, d'esprit, de lucidit et de prudence;
-comprenant parfaitement les destines anglaises,
-jugeant bien l'Europe, parlant de son fils avec une grande
-raison. Il m'a particulirement dit deux choses qui m'ont
-frappe. La premire, c'est que, sans avoir t entran
-aussi loin que son fils, il avait lui-mme, cependant, donn
-dans de certaines erreurs dont la pratique l'avait guri. Il
-est revenu sur la Rvolution de Juillet, et a mis du prix
-s'en montrer tranger dans le principe, aussi m'a-t-il
-racont que lors de la dcoration de Juillet, ses ministres
-avaient voulu la lui faire porter, et qu'il s'y tait refus,
-<span class="pagenum"><a id="Page_315"> 315</a></span>
-disant qu'il ne la porterait jamais, n'y ayant eu aucune part
-que celle d'en arrter les rsultats destructeurs. Il a
-ajout: Madame, vous ne me l'avez jamais vu porter,
-cette dcoration!</p>
-
-<p>Il est de plus en plus embarrass pour son ambassadeur
- Londres, car les nouvelles reues hier matin mme de
-Naples prouvent que Sbastiani est hors d'tat. Je crois que
-le Roi aimerait M. de Latour-Maubourg, mais celui-ci est
-malade et ne parle que de se retirer la campagne. M. de
-Sainte-Aulaire arrivera dans trois ou quatre jours et je
-m'imagine que la chance tournera vers lui. Il a t question,
-entre le Roi et moi, de M. de Rigny pour Londres,
-mais le Roi dit cela: Le seul ministre possible aux
-Affaires trangres pour remplacer Rigny serait Mol, mais
-Guizot n'oserait pas rester avec lui cause de la fureur de
-Broglie, et on ne croit pas pouvoir se passer de Guizot la
-Chambre. L'objection contre Sainte-Aulaire, c'est l'influence
-qu'exerce sur lui M. Decazes, qui est mauvaise en
-elle-mme et juste titre dsagrable au Roi.</p>
-
-<p>La lettre de M. de Talleyrand du 13 novembre a t
-enfin lue au Conseil hier, elle paratra dans le <i>Moniteur</i>
-d'aujourd'hui, et sa publication sera accompagne d'une
-rponse trs polie de M. de Rigny. On a seulement demand
-le changement d'un mot qui a t accord, parce qu'en
-ralit, il ne fait qu'claircir la pense sans l'altrer. On a
-pri M. de Talleyrand de permettre qu'on mt: <i>cet esprit
-de propagande</i>, au lieu de <i>certaines doctrines</i>.</p>
-
-<p>J'ai t hier soir au grand bal des Tuileries. M. le duc
-d'Orlans m'a encore attaque sur les lections anglaises:
-<span class="pagenum"><a id="Page_316"> 316</a></span>
-il a une peur trange qu'elles ne tournent au profit du
-Cabinet tory. Voici la seconde fois que nous avons maille
- partir ce sujet; hier, je cherchais dcliner la discussion,
-mais lui a voulu l'entamer, disant que peut-tre je
-le convertirais. A quoi j'ai rpondu: J'en serais d'autant
-plus fire, Monseigneur, que ce serait vous convertir
- votre propre cause.</p>
-
-<p>Il venait de relire la lettre de dmission de M. de Talleyrand.
-Il a dit que c'tait un chef-d'&oelig;uvre, un vrai document
-historique; qu'elle aurait un grand retentissement au
-dehors; que rien ne pouvait tre si noble, si simple, si
-bien pour le Roi que personne ici n'avait le courage de
-louer; mais que M. de Talleyrand s'y montrait terriblement
-conservatif, et que cela allait donner lieu une
-grande controverse dans les journaux. Je lui ai rpondu:
-Cela se peut, Monseigneur, mais qu'importe. Que M. de
-Talleyrand parle ou se taise, il est toujours attaqu par la
-mauvaise presse. A son ge, et quand on fait ses adieux
-au public, on a bien le droit de le faire de manire se
-satisfaire soi-mme et se montrer tel qu'on est, tel qu'on
-a toujours t, un homme d'un bon esprit, ami de son pays
-et du bon ordre, et qui plus est, un homme de sa caste, ce
-qui n'implique pas ncessairement un homme prjugs.
-Enfin, M. de Talleyrand, <i>seul</i>, dites-vous, a le courage ici
-de louer le Roi, et pourquoi? Parce qu'il est un gentilhomme,
-un grand seigneur, et par consquent un conservatif.
-Il faudra toujours que la Royaut revienne ceux-l;
-soyez-en bien sr. Il a repris: Oh! au dehors, cette
-lettre sera extrmement admire.&mdash;Oui, Monseigneur, elle
-<span class="pagenum"><a id="Page_317"> 317</a></span>
-le sera au dehors, mais elle le sera aussi par tous les honntes
-gens du dedans, et Monseigneur me permettra de ne
-compter que ceux-l! Voil encore un chantillon de
-mes conversations avec ce jeune Prince, qui ne manque
-ni d'intelligence, ni de courage, ni de grce, mais dont le
-jugement est encore bien dpourvu de prudence et d'quilibre.</p>
-
-<p>Le Roi qui, lui, est prudent par excellence, et de plus
-fort gracieux pour moi, est venu moi et, en riant, m'a
-dit: Avez-vous racont M. de Talleyrand notre longue
-conversation?&mdash;Sans doute, Sire; elle tait trop riche et
-trop curieuse pour que je ne lui procurasse pas le plaisir
-d'en apprendre quelque chose.&mdash;Ah! ah! je suis sr que
-vous n'aurez pas oubli mon anecdote sur la dcoration de
-Juillet.&mdash;En effet, Sire, c'est la premire chose que j'ai
-cite M. de Talleyrand; je la conterai mon fils, mon
-petit-fils; je veux que mes descendants s'en souviennent
-pour rpter un jour ce que je dis sans cesse, c'est que le
-Roi a un <i>grand</i> esprit. Il y a longtemps qu'on a dit que,
-lorsque la flatterie ne russissait pas, c'tait la faute du
-flatteur et non de la flatterie; il me semble qu'hier, le
-flatteur n'tait pas en dfaut.</p>
-
-<p class="section"><i>Rochecotte, 12 mars 1835.</i>&mdash;Nos lettres de Paris nous
-disent que le refus de M. Thiers de rester au ministre,
-avec le duc de Broglie, prsident du Conseil et ministre
-des Affaires trangres, refus auquel le Roi ne veut pas
-entendre pour ne pas se trouver livr si uniquement aux
-doctrinaires, arrte de nouveau toute la machine. La
-<span class="pagenum"><a id="Page_318"> 318</a></span>
-Chambre des dputs commence s'mouvoir, et il est
-impossible de bien apprcier o tout ceci prcipite.</p>
-
-<p>Il doit y avoir, Saint-Roch, une qute pour les salles
-d'asile diriges par Madame Adlade, c'est donc elle qui
-choisit les quteuses. Elle a dsign Mmes de Flahaut et
-Thiers. La premire, furieuse, dit-on, du <i>pendant</i>, a
-refus; et cette petite difficult a trouv moyen de se faire
-remarquer travers toutes les grandes impossibilits du
-moment.</p>
-
-<p class="section"><i>Rochecotte, 14 mars 1835.</i>&mdash;Les lettres d'hier ne
-laissent plus aucun doute sur le dnouement de la crise
-ministrielle.</p>
-
-<p>C'est, peu de chose prs, la rptition du mois de
-novembre dernier: le marchal Grard fut alors remplac
-par le marchal Mortier; aujourd'hui M. de Broglie remplace
-Mortier la prsidence et Rigny lui cde les Affaires
-trangres, pour prendre l'intrim de la Guerre, jusqu'
-l'arrive de Maison, auquel on a envoy un courrier. Si
-celui-ci accepte, l'ambassade de Ptersbourg serait donner,
-mais on croit qu'il refusera. Alors Rigny restera-t-il
-dfinitivement la Guerre ou ira-t-il Naples en cdant la
-place quelque gnral secondaire? C'est ce qu'on ignore
-encore. Ainsi, avec Broglie et Maison de plus et Rigny de
-moins, ou peu prs, chacun reste son poste. C'tait
-bien la peine de faire tant de bruit.</p>
-
-<p>Voici ce qu'on mande relativement M. Thiers, qui,
-d'abord, s'tait refus entrer avec M. de Broglie. Il a t
-travaill, tiraill en tous sens, Mignet et Cousin pour le
-<span class="pagenum"><a id="Page_319"> 319</a></span>
-dissuader, Salvandy pour le faire accepter. Pendant ce
-temps-l, une runion nombreuse de dputs s'assemblait
-chez M. Fulchiron. Thiers, le sachant, a dit que si cette
-runion le demandait, il accepterait; Salvandy d'y courir
-et de revenir avec une dputation, pour obtenir le consentement
-de Thiers, qui, cette fois enfin, l'a donn pour
-ne pas tre accus de faire manquer la seule combinaison
-possible, et fort, d'ailleurs, d'une expression solennelle de
-la majorit parlementaire. On croit qu'il ne tardera pas,
-cependant, se repentir d'avoir cd... La balance n'est
-plus en quilibre; ils vont tre deux contre un dans le
-Conseil. Il n'y a pas l condition de dure.</p>
-
-<p>J'ai reu une lettre de M. Mol qui me mande: Vous
-laissez ici un vide que rien ne peut ni ne saurait remplir;
-personne ne l'a senti et n'en a souffert comme je l'ai fait
-depuis quelques jours. J'ai l'esprance que vous m'auriez
-approuv, j'ose dire que j'en suis sr; vous tes du trs
-petit nombre pour lesquels je me pose la question avant
-d'agir. Ce n'est plus pour des noms propres qu'on a lutt,
-c'est pour l'amnistie. L'amnistie pleine et entire tait ma
-condition; ceux qui se retiraient, pour s'imposer, ont provoqu,
- la Chambre, un hourra contre; moi seul ai soutenu
-qu'il tomberait devant la ralit. Quelques-uns, qui voulaient
-l'amnistie avec moi, ont cependant perdu courage,
-et, en ce moment, l'ancien ministre va se reformer sous
-la prsidence de M. de Broglie. Plusieurs de ses membres
-montrent en cela peu de fiert, tous acceptent une position
-que l'avenir jugera, ainsi que bien d'autres choses.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_320"> 320</a></span>
-<i>Rochecotte, 16 mars 1835.</i>&mdash;M. Royer-Collard m'crit
-ceci, sur la dernire crise ministrielle: C'est mardi 10
-que le Roi a charg Guizot d'avertir M. de Broglie. Vous
-vous attendez l'insolence d'un vainqueur? Point du tout.
-M. de Broglie, instruit par Guizot, avait dpos, non seulement
-son arrogance, mais cette dignit personnelle
-laquelle il ne faut pas renoncer, mme pour tre prsident
-du Conseil. Il s'est aussi excus fort humblement du pass,
-il a promis d'tre sage l'avenir. Tenez cela pour certain,
-l'orgueil Necker, qui est le type de l'orgueil Broglie, a
-flchi.</p>
-
-<p>Plus loin, et propos du papier sign par la soi-disant
-runion Fulchiron chez Thiers, il y a ceci: C'est sur
-cette pice que Thiers a capitul; il rentre donc, mais
-spar et dgag des doctrinaires qu'il a humilis. Il <i>rentre</i>
-au lieu que Guizot <i>reste</i>. Personne ne gagne, je crois, ce
-repltrage.</p>
-
-<p>Plus loin encore ceci: Quand M. Mol est entr hier
-chez moi, je l'ai embrass comme un naufrag sauv. Il
-sort de l plus considr, il s'est surpass.</p>
-
-<p class="section"><i>Rochecotte, 23 mars 1835.</i>&mdash;J'ai eu, hier soir, une
-trs gracieuse rponse de la duchesse de Broglie la lettre
-de flicitations que je lui avais adresse. Le triomphe politique
-se dissimule sous d'humbles citations bibliques; la
-bienveillance y domine, et, au fait, je suis contente d'elle,
-elle est une personne de mrite.</p>
-
-<p>J'avais crit aussi M. Guizot, l'occasion de la mort
-de son frre; il a attendu la fin de son deuil pour rpondre,
-<span class="pagenum"><a id="Page_321"> 321</a></span>
-mais enfin il a rpondu, et hier m'est arrive une lettre de
-lui trs cajolante. Voici la seule phrase politique: Je
-suis de ceux qui doivent dire que la crise est finie; mais je
-suis aussi de ceux qui savent qu'il n'y a jamais rien de
-fait en ce monde, et qu'il faut recommencer chaque jour.
-Un effort continuel pour un succs toujours incomplet et
-incertain, voil notre vie. Je l'accepte sans illusion,
-comme sans dcouragement.</p>
-
-<p>J'ajouterai un extrait d'une lettre de M. Royer-Collard,
-arrive aussi hier soir: Ce qui s'est pass est fort triste,
-le dnouement comme la crise. Voyez-y le Roi et Thiers
-vaincus par Guizot, et par contre-coup M. de Talleyrand
-dans ce qui lui reste de vie politique. Il est vrai que cette
-victoire n'a pas l'aspect et ne fait pas le bruit d'un
-triomphe; elle est obscurcie par l'incertitude de la Chambre;
-mais Guizot est savant dans l'intrigue et obstin de
-toute la force de sa prsomption, de toute l'ardeur de sa
-soif de domination personnelle: il ne s'arrtera que vaincu
-lui-mme par la force des choses, et je ne sais pas s'il y a
-quelque part aujourd'hui une telle force. Thiers a eu le
-plaisir de se faire attendre trente-six heures et de se sparer
- la tribune; mais il reste qu'il a recul, et que c'est la
-peur que lui fait Guizot avec les petits doctrinaires qui l'a
-empch d'entrer, malgr sa bonne volont, dans le ministre
-Grard-Mol; jusqu' nouvelle circonstance, il est
-absorb dans la soumission. M. Mol est sorti de ce chaos
-avec un surcrot de considration, dont il vous doit, soyez-en
-sre, une partie: vous lui avez apparu plus d'une fois
-et vous l'avez secouru. Il vous aime fort et a besoin de
-<span class="pagenum"><a id="Page_322"> 322</a></span>
-votre approbation; ce qui me l'a tout fait donn, c'est
-d'avoir contribu, ce qu'il croit, le rapprocher de
-vous.</p>
-
-<p class="section"><i>Rochecotte, 10 mai 1835.</i>&mdash;J'ai reu, hier, un assez
-curieux compte rendu de ce qui s'est pass au comit
-secret de la Chambre des Pairs l'occasion de la forme du
-jugement<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">&nbsp;[60]</a>. Plusieurs Pairs ont dclar qu'on ne pouvait
-en finir en jugeant les prvenus par dfaut, c'est--dire en
-jugeant les banquettes. De cet avis ont t MM. Barthe,
-Sainte-Aulaire, Sguier et, ce que l'on croit, de Bastard.
-M. Decazes et quelques autres ont prtendu qu'il fallait
-les juger un un. M. Cousin a adress les plus violents
-reproches M. Pasquier, pour n'avoir pas admis les
-dfenseurs, et la Chambre pour avoir eu la faiblesse de
-maintenir la dcision de son prsident. M. Pasquier, dans
-sa rponse, a fait de la sensibilit, du pathtique. Mais
-l'incident le plus grave est la dclaration de M. Mol, qui
-a dit, formellement, que si on jugeait les prvenus en son
-absence, il se rcuserait. Cette dclaration a fait le plus
-grand effet, et plusieurs Pairs, parmi lesquels le duc de
-Noailles, se sont rangs cette opinion. On ajoute ceci:
-Vous voyez bien que dans cette dclaration, il y a le
-noyau d'un nouveau ministre Mol, dans le cas o l'impossibilit
-du procs forcerait les ministres actuels cder
-<span class="pagenum"><a id="Page_323"> 323</a></span>
-leurs places; mais, d'un autre ct, faiblir devant de tels
-accuss serait si dangereux, que la ncessit de rsister
-l'emportera sur toute autre considration: reste savoir
-comment! Ce procs est une hydre!</p>
-
-<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p>
-
-<p class="section"><i>Langenau (Suisse), 18 aot 1835.</i>&mdash;Il y a quelque
-temps que cette petite <i>Chronique</i> a t interrompue. J'ai
-t souvent malade, toute application m'tait impossible;
-ma paresse a augment, puis est survenu le dgot de la
-plume et de rdiger ma propre pense, aprs avoir si
-longtemps mis en &oelig;uvre celle des autres, ou, pour parler
-plus exactement, leur avoir prt la mienne; puis les
-dplacements, les voyages, tout enfin a concouru rompre
-mes habitudes. Trop de tableaux nouveaux ont distrait
-mon esprit, le temps m'a manqu pour la vie recueillie et
-applique, toute inspiration d'ailleurs tait teinte. J'avais
-vcu en prodigue pendant quatre annes; mes provisions
-taient courtes, elles se sont trouves puises! Bref, pour
-me servir du mot, peu filial, de M. Cousin parlant de son
-pre, devenu imbcile, <i>l'animal seul est rest</i>.</p>
-
-<p>Mes lettres ont racont, dans le temps, le sjour de
-M. le duc d'Orlans Valenay; le drame (je peux bien le
-nommer ainsi) de la dmission de M. de Talleyrand de
-son ambassade de Londres; le changement du ministre,
- Paris, qui n'a eu que trois jours de dure; celui du
-Cabinet anglais, qui, au bout de trois mois, s'est retir
-devant un Parlement imprudemment renouvel; le mcontentement
-de tous ces vnements autour de moi; l'intrigue
-<span class="pagenum"><a id="Page_324"> 324</a></span>
- facettes qui a fait Sbastiani ambassadeur
-Londres, tandis que M. de Rigny y aspirait en cachette;
-tout cela est bien connu, je n'en dirai donc plus rien.</p>
-
-<p>A Maintenon, o j'ai pass quelques heures chez le duc de
-Noailles, j'ai eu plaisir entendre un long rcit du sjour
-que Charles X y fit en 1830, en quittant Rambouillet pour
-s'embarquer Cherbourg. Le duc de Noailles raconte
-avec motion, et par consquent avec talent, cette scne
-dramatique. Je ne l'ai malheureusement pas crite le
-jour mme o il me l'a conte et aujourd'hui je craindrais
-que ma mmoire ne la dfigurt. Je repasserai un
-jour ou l'autre par Maintenon et, dfaut du rcit que je
-n'entendrai plus, je dirai ce que cette ancienne et curieuse
-demeure sera devenue entre les mains du duc de Noailles,
-qui y fait beaucoup d'embellissements.</p>
-
-<p>Notre paisible sjour Rochecotte aurait pu aussi fournir
-quelques pages, dues aux rcits piquants de M. de la Besnardire,
- la correspondance souvent agite de Madame Adlade
-pendant la rentre, en mars dernier, du ministre
-doctrinaire, et quelques traits caractristiques de M. de
-Talleyrand, aux prises avec une solitude comparative,
-cherchant, presque toujours, mettre les autres dans leurs
-torts pour se crer des motions, s'y plaant lui-mme et
-guerroyant ainsi tout seul dans une atmosphre toute
-pacifique.</p>
-
-<p>J'aurais d, pendant les jours que Mme de Balbi a passs
-chez moi, crire les mille traits anims qui peignent
-si bien son poque et son genre d'esprit. Sa conversation
-en tait seme; ils se lient, presque toujours, des scnes,
-<span class="pagenum"><a id="Page_325"> 325</a></span>
- des personnages et des situations qui leur tent toute
-trivialit et en font de vraies donnes historiques. Si
-j'avais t en train alors, je n'aurais pas, certes, pass
-sous silence l'apparition bavarde, pompeuse, mdisante,
-en somme grotesque, quoique travaillant sur un fond
-spirituel et anim, du comte Alexis de Saint-Priest, contraste
-frappant avec la mesure, le bon got et la malice
-incisive de Mme de Balbi. Le manque de toute convenance
-est ce qui choque le plus dans M. de Saint-Priest,
-qui se croit diplomate par droit de naissance et qui ne
-l'est srement pas par temprament. Il s'occupe aussi de
-littrature, de Mmoires historiques, pour lesquels il s'est
-cru le droit de demander Mme de Balbi, ds le premier
-jour de leur rencontre Rochecotte, de lui communiquer
-les lettres que, sans doute, elle devait avoir, en grand
-nombre, de Louis XVIII. La prtention tait trop forte pour
-ne pas faire changer en srieux la gaiet habituelle de
-Mme de Balbi, qui lui rpondit, fort schement, qu'elle
-manquerait tous les sentiments de respect et de reconnaissance
-qu'elle conservait pour le feu Roi, si une seule
-de ces lettres tait publie ou seulement montre tant
-qu'elle vivrait.</p>
-
-<p>Pendant le mois de juin, que j'ai pass Paris, Versailles,
-que le Roi a eu la bont de nous montrer, aurait d
-me donner le besoin de retracer ici l'impression profonde
-que m'avait faite la pense premire et la restauration
-actuelle. A Paris, o tout s'efface si vite, Versailles cependant
-est rest net et blouissant dans ma pense, mais
-c'tait le <i>trop dire</i> que j'ai craint. Il est douteux que je
-<span class="pagenum"><a id="Page_326"> 326</a></span>
-revoie ce chteau d'une manire aussi curieuse, entre
-M. de Talleyrand qui refaisait le Versailles de Louis XV,
-de Louis XVI et de l'Assemble constituante, et le Roi
-Louis-Philippe, au milieu de la salle de 1792, report aux
-premiers souvenirs de sa jeunesse, et les faisant revivre
-par ses rcits aussi bien que par les beaux portraits et les
-curieux tableaux qu'il leur a consacrs. Au mois
-d'avril 1812, j'avais visit Versailles avec l'Empereur
-Napolon, lorsque, rvant d'y tablir sa Cour, il tait all
-y inspecter les travaux qu'il y faisait excuter et qui, les
-premiers, ont retir Versailles du dsordre et de la destruction
-que la Rvolution y avait ports! Cette premire
-visite mritait bien de me revenir la mmoire lors de la
-seconde. M. Fontaine, l'habile architecte, et moi, tions
-les seuls qui pouvions faire le rapprochement de ces
-deux restaurations.</p>
-
-<p class="section"><i>Berne, 19 aot 1835.</i>&mdash;Le mois de juin, pass Paris,
-a t assez rempli d'vnements divers. Je me reproche
-vraiment d'en avoir laiss l'impression s'affaiblir au
-point d'en avoir peine conserv une trace lgre; plusieurs
-conversations en tiers entre le Roi et Madame Adlade,
-les petites intrigues des doctrinaires tournant avec
-dfiance autour de moi, par l'entremise de M. Guizot, en
-qui j'ai souvent remarqu une <i>hypocrisie dgage</i> qui me
-parat tre un charlatanisme assez nouveau; les accs de
-dcouragement et d'enivrement de M. Thiers; mille circonstances
-enfin qui donnaient chaque jour un mouvement
-particulier, auraient bien mrit quelques notes.
-<span class="pagenum"><a id="Page_327"> 327</a></span>
-J'aurais d dire un mot d'un dner la villa Orsini, chez
-M. Thiers, o quinze personnes, bizarrement rapproches,
-donnaient cette partie un cachet de mauvais got qui l'a
-rendue embarrassante pour moi et qui a fait dire
-M. de Talleyrand: Nous venons de faire un dner du
-Directoire.</p>
-
-<p>Des intrts personnels aussi ont t touchs. La mort
-de la jeune Marie Suchet, la douleur de sa mre; la confirmation
-de ma fille Pauline, qui m'a fait rencontrer,
-aprs cinq annes de sparation, Mgr l'archevque de
-Paris, ont t autant d'vnements qui ont marqu les
-jours, en les dtachant, pour ainsi dire, les uns des autres,
-ne permettant pas de les confondre.</p>
-
-<p>J'ai t plus particulirement frappe de mon entrevue
-avec M. de Qulen, parce qu'elle a amen une conversation
-que je ne veux pas livrer l'oubli. L'Archevque,
-revenant sur un sujet qui, de tout temps, l'a fortement
-proccup, celui de la conversion de M. de Talleyrand,
-m'en a reparl avec la mme vivacit que du temps de
-M. le cardinal de Prigord. A tous ses v&oelig;ux, l'assurance
-que toutes les tribulations de sa vie piscopale avaient t
-acceptes avec joie dans l'esprance d'obtenir de Dieu,
-par ses propres souffrances, le retour de M. de Talleyrand
-dans le sein de l'glise; d'instantes exhortations
-pour me faire travailler une &oelig;uvre aussi mritoire, il a
-ajout que, connaissant la sret de mon caractre, et
-croyant, d'ailleurs, bien faire de me prvenir sur sa conduite
-dans cette question, il devait me confier qu'ayant
-cru trouver, dans la dernire phrase de la lettre de dmission
-<span class="pagenum"><a id="Page_328"> 328</a></span>
-de M. de Talleyrand, du 13 novembre dernier, un
-retour vers des ides graves, il s'tait, lui, M. de Qulen,
-flatt que le moment d'agir efficacement tait venu, et
-qu'il avait alors crit Rome, directement au Pape, pour
-demander quelle ligne le Saint-Pre lui tracerait: La
-rponse du Saint-Pre ne s'est pas fait attendre, m'a dit
-M. de Qulen, elle est en termes doux et affectueux pour
-M. de Talleyrand; elle me donne le droit d'absoudre et de
-rconcilier, et elle tend mme mes pouvoirs jusqu' me
-permettre de les dlguer aux prlats dans les diocses
-desquels M. de Talleyrand pourrait tre atteint de sa dernire
-maladie, nommment aux archevques de Bourges
-et de Tours; enfin le Pape m'a mme tmoign la disposition
-d'crire lui-mme M. de Talleyrand. Mes rponses
- M. de Qulen n'ont pu tre que dilatoires. J'ai
-montr cependant d'une manire prcise que toute dmarche
-directe provoquerait probablement un effet oppos
- celui dsir et que, quant moi personnellement, je
-ne pourrais jamais me renfermer que dans un rle purement
-passif.</p>
-
-<p>Assurment, je ne puis que me tenir galement loigne
-de toute action contraire au but dsir par l'glise,
-et de toute action qui pourrait troubler un repos qui m'est
-confi, sans amener le rsultat souhait. Si jamais ce
-rsultat peut tre atteint, c'est une voix plus haute et
-plus puissante que la voix humaine l'obtenir.</p>
-
-<p>L'Archevque m'a aussi parl de ses propres tribulations,
-de celles qu'il a prouves depuis 1830: elles ont
-t tranges et douloureuses. Je regrette que, dernirement,
-<span class="pagenum"><a id="Page_329"> 329</a></span>
-il ne les ait pas un peu plus oublies, lorsque,
-retournant aux Tuileries aprs l'attentat du 28 juillet<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">&nbsp;[61]</a>,
-et rouvrant Notre-Dame au Roi, il n'a pas accompagn ses
-actes de paroles plus franches, plus nettement pacifiques.
-Il aurait vit ainsi le reproche d'avoir parl deux
-adresses, l'une Prague, l'autre Paris. Le malheur de
-l'Archevque, c'est de n'avoir pas tout fait la porte
-d'esprit ncessaire pour le rle difficile dans lequel les
-circonstances l'ont plac; il n'a pas, non plus, le degr
-d'nergie qui supple, souvent avec avantage, ce qui
-manque l'esprit. Il n'est, certes, point dpourvu d'excellents
-sentiments, ni des meilleures intentions; il est
-doux, charitable, affectueux, reconnaissant, sincrement
-attach ses devoirs et toujours prt au martyre; mais il
-reoit trop facilement toutes les impressions. Il est ais
-d'obtenir sa confiance et d'en abuser, en le poussant
-dans une route dont il ne dcouvre pas assez vite le but;
-il s'intimide du blme et sans cesse le provoque, par une
-hsitation et un manque d'quilibre qui tiennent l'incertitude
-de l'esprit et aux scrupules d'une conscience qui ne
-sait jamais si le bien d'hier est encore le bien d'aujourd'hui.
-Bon pasteur en temps ordinaire, il n'a eu, notre
-poque, o personne ne semble fait pour la place qu'il
-occupe, qu'une attitude sans force publique et sans tranquillit
-prive. Cependant, comme il a beaucoup de
-nobles et bonnes qualits et qu'il porte tout ce qui se
-nomme Talleyrand un intrt extrme et qui lui fait honneur,
-<span class="pagenum"><a id="Page_330"> 330</a></span>
-puisqu'il est puis dans sa reconnaissance pour le
-cardinal de Prigord, je lui souhaite de bien bon c&oelig;ur
-une vie plus douce que celle des dernires annes et la fin
-de toutes ses tribulations. Un autre aurait su, peut-tre,
-en tirer parti; il ne sait, lui, qu'y succomber...</p>
-
-<p>Le sjour de quatre semaines que j'ai fait dernirement
- Baden-Baden m'a plu. J'y ai trouv d'anciennes connaissances,
-j'y ai fait quelques rencontres agrables. C'est
-bien l encore que j'aurais d fixer mes souvenirs par
-quelques lignes consacres Mme la princesse d'Orange,
-ce chef-d'&oelig;uvre d'ducation de princesse; au Roi de Wrtemberg,
- ses filles les princesses Sophie et Marie,
-l'hostilit assez mal dissimule entre Mmes de Lieven et
-de Nesselrode, la douce philosophie de M. de Falk, au
-bon langage de M. et de Mme de Zea, enfin tout ce qui,
-en bien et en mal, m'a frappe dans cette runion de personnes
-dont chacune avait sa part de distinction.</p>
-
-<p>Elles se groupaient toutes, plus ou moins, autour de
-Mme de Lieven dont l'clat pass et l'infortune rcente (la
-mort de ses deux plus jeunes fils dans la mme semaine),
-excitaient l'intrt ou imposaient des devoirs. Elle m'a
-fait grande piti et m'est apparue, d'ailleurs, comme un
-grand enseignement. Droute, jete au hasard, sans rsignation,
-ne se complaisant pas dans ses regrets, et ne
-trouvant qu'un vide cruel dans des distractions qu'elle ne
-se lasse pas de demander chacun, sans got d'occupation,
-sans satisfaction pour elle-mme, elle vit dans la
-rue, dans les promenades, cause sans suite, n'coute
-gure, rit, sanglote, et fait, au hasard, des questions sans
-<span class="pagenum"><a id="Page_331"> 331</a></span>
-intrt. Cette douleur est d'autant plus lourde qu'elle est
-sans patience au bout de quatre mois d'infortune. Elle
-s'tonne dj de la dure de ses regrets; ne voulant pas
-subir le mal, il ne s'use pas; elle le prolonge en luttant
-avec hostilit. Dans le combat la douleur triomphe et la
-victime crie, mais le son est discordant et ne fait vibrer
-aucune corde sympathique dans l'me d'autrui. J'ai vu
-chacun se lasser de la plaindre et de la soigner: elle s'en
-apercevait et en tait humilie. Elle a paru me savoir gr
-d'avoir eu pour elle des soins plus durables, et elle m'a
-laiss la conviction de lui avoir t, non pas une consolation,
-mais du moins une ressource, et j'en suis bien
-aise.</p>
-
-<p>J'ai revu avec plaisir, il y a quelques jours, le beau lac
-de Constance; j'y avais rv, il y a trois ans, un petit chteau:
-il a brl. J'y rve maintenant une chaumire; je
-serais fche qu'un asile manqut sur ce promontoire,
-d'o la vue est si riche, si varie, si calme, o il serait si
-doux de se reposer.</p>
-
-<p>Du Wolfsberg que j'habitais, j'ai t plusieurs fois
-Arenenberg, chez la duchesse de Saint-Leu; elle m'a
-paru un peu plus calme qu'il y a trois ans. L'lve prtentieuse
-de Mme Campan, la Reine de thtre a fait
-place une bonne grosse Suissesse, qui babille assez facilement,
-reoit avec cordialit et sait gr ceux qui font
-diversion sa solitude. Sa petite demeure est pittoresque,
-mais elle n'est calcule que pour la belle saison; elle y
-passe cependant presque toute l'anne. L'intrieur est
-petit et rduit, et ne semble tre fait que pour des fleurs,
-<span class="pagenum"><a id="Page_332"> 332</a></span>
-des joncs, des nattes et des divans; ce n'est vraiment
-qu'un pavillon. Les dbris des magnificences impriales
-qui y sont entasss n'y font pas trop bien. La statue en
-marbre de l'Impratrice Josphine, par Canova, aurait
-besoin d'un plus grand cadre. J'aurais voulu, d'un coup
-de baguette, transporter dans le muse de Versailles le
-portrait de l'Empereur, comme gnral Bonaparte, par
-Gros (sans contredit le plus admirable portrait moderne
-que je connaisse); il devrait tre une proprit nationale,
-car la vie guerrire et politique, et toutes les gloires et les
-destines de la France se rattachent ce portrait, si parfait,
-de Napolon. Dans un petit cabinet, sous un chssis
-de glace, se trouvent quelques reliques prcieuses, mles
- d'assez insignifiantes babioles. L'charpe de cachemire
-porte par le gnral Bonaparte la bataille des
-Pyramides, le portrait de l'Impratrice Marie-Louise et de
-son fils sur lequel le dernier regard de l'exil de Sainte-Hlne
-s'est port, et plusieurs autres souvenirs intressants,
-sont runis l avec de mauvais petits scarabes et
-mille petites nippes sans valeur et sans mrite: ainsi un
-lorgnon oubli par l'Empereur Alexandre la Malmaison,
-et un ventail donn par le citoyen Talleyrand Mlle Hortense
-de Beauharnais, conservs au milieu des traditions
-de l'Empire, prouvent une grande libert d'esprit et pas
-mal d'insouciance, ou une grande facilit d'humeur et de
-caractre.</p>
-
-<p>Il est vrai que j'ai vu l'Impratrice Josphine et Mme de
-Saint-Leu demander tre reues par Louis XVIII quinze
-jours aprs la chute de Napolon. J'ai vu, Londres,
-<span class="pagenum"><a id="Page_333"> 333</a></span>
-Lucien Bonaparte se faire prsenter par lady Aldborough
-au duc de Wellington, et au congrs de Vienne,
-Eugne de Beauharnais chanter des romances. Les
-anciennes dynasties peuvent manquer d'habilet, les nouvelles
-manquent toujours de dignit.</p>
-
-<p class="section"><i>Fribourg, 20 aot 1835.</i>&mdash;Il y aurait, ce me semble,
-si ce n'est dignit, du moins bon got, de la part de
-Mme de Saint-Leu, restituer la ville d'Aix-la-Chapelle
-le magnifique reliquaire port par Charlemagne et trouv
- son cou, lors de l'ouverture de son tombeau. Ce reliquaire,
-qui sous un gros saphir contient un morceau de
-la vraie Croix, a t donn l'Impratrice Josphine par
-le Chapitre de la Cathdrale pour se la rendre favorable;
-se sparer de cette relique a d tre un douloureux sacrifice.
-Il y aurait eu dlicatesse et convenance le faire
-cesser; ce qui pouvait convenir au successeur de Charlemagne
-ne sied gure l'habitante d'Arenenberg!</p>
-
-<p>J'ai peu dire de la tourne qui m'a amene ici. Saint-Gall
-est dans une position charmante, l'intrieur de la
-ville assez laid, l'glise, reconstruite trop nouvellement
-ainsi que les btiments qui y tiennent, et qui maintenant
-servent de sige au gouvernement cantonal, ont manqu
-leur effet sur moi. Rien n'y retrace la grande et singulire
-existence des anciens princes-vques de Saint-Gall;
-l'glise a cependant un beau vaisseau, mais rien
-d'ancien, rien de recueilli. Le pont qu'on passe pour
-prendre la route nouvellement trace qui conduit Heinrichsbad
-est un accident pittoresque dans un pays bois.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_334"> 334</a></span>
-Heinrichsbad est un tablissement tout nouveau; on y
-prend des bains ferrugineux et la situation alpestre de
-cette maison isole permet d'y faire des cures de petit-lait.
-La partie de l'Appenzell qu'on traverse pour atteindre
-Meynach m'a plus rappel les Pyrnes qu'aucune
-autre partie de la Suisse.</p>
-
-<p>J'ai revu avec plaisir le lac de Zurich; celui de Zug,
-que j'ai long le lendemain, plus ombrag, plus retir,
-m'a sembl plus gracieux. On le voit presque en entier du
-couvent des dames de Saint-Franois dont la maison
-domine et la ville et le lac. Je suis arrive chez ces Dames
-pendant une messe chante, mdiocrement, j'en conviens;
-mais l'orgue, mais ces voix qui partent de lieux et de personnes
-invisibles s'emparent toujours trop vivement de
-moi pour me disposer la critique. Ces religieuses s'occupent
-de l'ducation de la jeunesse; la s&oelig;ur Sraphin,
-qui m'a promene, parle bien le franais; sa cellule tait trs
-propre. La rgle du couvent ne m'a pas paru trs austre.</p>
-
-<p>La chapelle de Kussnach, l'endroit mme o Gessler
-fut tu par Guillaume Tell, a un mrite historique sans
-doute, mais comme situation elle est fort infrieure
-celle construite sur le lac des Quatre-Cantons, la place
-o Tell, s'lanant hors de la barque de son perscuteur,
-rejeta celle-ci dans l'orage et les flots.</p>
-
-<p>La position de Lucerne, que je connaissais, m'a encore
-frappe par le tableau pittoresque qu'elle prsente. Le
-lion, sculpt dans le roc, prs de Lucerne, d'aprs le
-dessin de Thorwaldsen, est un monument imposant, une
-belle pense bien rendue.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_335"> 335</a></span>
-Berne, o je suis arrive par l'Immersthal, gracieuse
-valle, riche de la plus belle vgtation et embellie de
-charmants villages, a l'aspect grande ville, grce de
-nombreux difices et la beaut des avenues. Mais la
-ville est triste, et mme en t on sent combien elle doit
-tre froide en hiver. La terrasse plante et suspendue
-une grande hauteur sur le cours de l'Aar, en face des
-montagnes et des glaciers de l'Oberland, est une belle
-promenade, que l'Htel de la Monnaie d'un ct et la
-Cathdrale de l'autre, terminent noblement.</p>
-
-<p>La route de Berne ici n'offre rien de remarquable. Fribourg
-se prsente d'une faon assez frappante et originale.
-Sa position pre et sauvage, les tours jetes sur les
-hauteurs qui l'environnent, la profondeur de la rivire,
-ou, pour mieux dire, du torrent qui coule au pied du
-rocher sur lequel pose la ville, le pont suspendu qui
-s'lve au-dessus de la ville, tout cela est pittoresque.
-L'intrieur de la ville, avec ses nombreux couvents et sa
-population de Jsuites longues robes noires et grands
-chapeaux, ressemble un vaste monastre, auquel ne
-manque mme pas, au besoin, une petite odeur d'Inquisition;
-ce n'est pas sur ce point mystrieux et claustral de
-la Suisse qu'on se sent respirer l'air de la libert classique
-de l'Helvtie. Le nouveau collge des Jsuites, par
-sa position, domine la ville, et, par son importance, y
-exerce une grande influence. A en juger par le peu qu'il
-est permis au voyageur de visiter, cet tablissement est
-sur la plus grande chelle et parfaitement bien tenu; trois
-cent cinquante enfants, la plupart franais, y sont levs;
-<span class="pagenum"><a id="Page_336"> 336</a></span>
-la maison me parat destine en contenir un plus grand
-nombre. Outre ce grand pensionnat, les Jsuites ont
-ct leur propre maison, et, de plus, une lieue de la
-ville, une maison de campagne.</p>
-
-<p>J'ai t voir la Cathdrale, qui serait tout fait indigne
-d'tre visite, sans un orgue dont on jouait au moment o
-je suis entre et dont le son m'a paru le plus harmonieux
-et le moins aigre et sifflant que j'aie entendu.</p>
-
-<p>Je suis fort aise d'avoir vu Fribourg; je l'avais travers,
-il y a onze ans, pour l'examiner. Je comprends
-mieux, maintenant, l'espce de rle que cette ville joue
-dans l'histoire religieuse du temps actuel.</p>
-
-<p class="section"><i>Lausanne, 21 aot 1835.</i>&mdash;La route large et facile de
-Fribourg traverse un pays bois en partie, cultiv aussi,
-riant et vari, mais il n'est pas prcisment pittoresque, si
-j'en excepte le point de Lussan. La nature ne se grandit
-qu'au moment o la chane de montagnes qui couronne le
-lac Lman apparat la sortie d'un bois de sapins, qui
-cache assez longtemps le lac et la ville de Lausanne.</p>
-
-<p>Comme toutes les villes de Suisse, Lausanne est laid
-au dedans, mais dans une situation pittoresque, sur un
-terrain ingal, qui en rend l'habitation incommode, mais
-qui offre plusieurs terrasses d'o la vue est fort belle:
-celles de la Cathdrale et du Chteau sont les plus cites.
-Je prfre celle de la promenade Montbadon, moins
-leve, mais d'o l'on distingue mieux la campagne; les
-toits tiennent trop de place dans les autres vues.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_337"> 337</a></span>
-<i>Bex, 23 aot 1835.</i>&mdash;Un peu moins de murs et de
-vignes, quelques arbres de plus, rendraient la route de
-Lausanne Vevey charmante; ce n'est qu' Vevey que le
-pays me plat tout fait. Chillon surtout m'a frappe par
-sa position, et ses souvenirs. J'aurais voulu y relire les
-vers de lord Byron en parcourant le fameux souterrain;
-son nom, seul, barbouill avec du charbon sur un des
-piliers de la prison, le mme auquel Franois de Bonnivard
-a t attach pendant six ans, suffit dj rendre ce
-cachot potique.</p>
-
-<p>On quitte le lac Lman Villeneuve pour s'enfoncer
-dans une gorge troite et sauvage. La dentelure aigu et
-bizarre des rochers entre lesquels passe la route est la
-seule beaut des quatre grandes lieues aprs lesquelles on
-arrive ici. Tout auprs, sur une saillie du rocher vein de
-diverses couleurs, s'aperoit, demi cache dans une
-touffe d'arbres, la ruine du chteau de Saint-Triphon, qui
-m'a paru d'un bel effet.</p>
-
-<p>Bex mme est un village qui ne ressemble en rien aux
-beaux villages suisses du canton de Berne. Tout se ressent
-dj du voisinage pimontais. Nous sommes tous
-l'auberge de l'Union, la seule du lieu, ni bonne, ni mauvaise.
-L'tablissement des bains sulfureux ne s'est pas
-soutenu, celui du petit-lait, pas davantage. En fait, c'est
-un endroit dnu de ressources, et assez triste et sombre,
-clair cependant pour moi par la bonne petite mine couleur
-de rose de Pauline et par l'clat de ses beaux yeux
-bleus; j'ai t charme de m'y trouver.</p>
-
-<p>On m'a remis ici une lettre que l'amiral de Rigny y
-<span class="pagenum"><a id="Page_338"> 338</a></span>
-avait laisse pour moi, en passant pour se rendre Naples.
-Il me dit qu'il trouve partout sur sa route l'opinion fort
-arrte que la duchesse de Berry tait le 24 Chambry,
-et que le 30 Berryer, qui allait aux eaux d'Aix-en-Savoie,
-en a disparu, quelques heures aprs l'attentat de
-Paris, et qu'il a reparu ensuite, fort effar, Aix. J'ai
-trouv, ainsi que M. de Rigny, cette version tablie partout.
-Les journaux suisses signalent aussi Mme la duchesse
-de Berry; il n'y a, cependant, rien de constat.</p>
-
-<p>Il vient d'y avoir, Maintenon, chez le duc de Noailles,
-une runion de gens d'esprit et d'intrigue. M. de Chateaubriand,
-Mme Rcamier, la vicomtesse de Noailles, M. Ampre,
-enfin tout ce qui va, le matin, l'Abbaye-aux-Bois<a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">&nbsp;[62]</a>.
-J'en suis fche; le duc de Noailles ne devrait
-pas quitter une route large pour entrer dans un sentier.</p>
-
-<p>D'aprs ce que l'on me mande de Touraine, je vois que
-les atrocits de Paris, du 28 juillet<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">&nbsp;[63]</a>, y ont cr de l'indignation,
-mais une indignation qui craignait de se manifester
-hautement et qui est peut-tre efface aujourd'hui.
-Nous vivons dans un temps o l'on voit tant de monstruosits
-sur la scne, les livres en sont tellement remplis,
-elles descendent si rgulirement dans la rue, que
-le peuple, blas sur l'horrible, y devient indiffrent et se
-<span class="pagenum"><a id="Page_339"> 339</a></span>
-trouve ainsi familiaris avec le crime. Cette ville de Tours,
-dans le fond si calme, s'est signale cependant par le
-refus d'adresses du Tribunal, du Conseil municipal, du
-Conseil d'arrondissement. Il a suffi de deux hommes de
-chicane, argumentant sur la lettre de la loi, pour mettre
-leur aise tous les indiffrents. Il parat cependant que la
-garde nationale s'est montre en grand nombre le jour
-du service funbre et qu'elle a fait une adresse d'assez
-bonne grce. Quand on voit, d'une part, les passions les
-plus violentes et les plus criminelles, de l'autre des
-masses paresseuses ou indiffrentes, on se demande si les
-lois rpressives demandes par le ministre franais suffiront.
-Peut-tre ne feront-elles qu'irriter!</p>
-
-<p>C'est un fort vilain temps que le ntre; les bons sicles
-sont rares, mais il n'y a gure d'exemple d'un plus vilain
-que celui-ci. Je plains de tout mon c&oelig;ur ceux qui sont
-chargs de le museler, M. Thiers, par exemple, dont la
-fatigue et l'inquitude se montrent, dans une lettre que
-j'ai reue de lui, hier, et dont voici un extrait. Aprs
-m'avoir parl des dangers personnels auxquels il a
-chapp lors de l'attentat du 28 juillet, il ajoute: Mais
-le seul chagrin, chagrin accablant, c'est l'immense responsabilit
-attache mes fonctions; je suis debout jour
-et nuit. Je suis la Prfecture de police, aux Tuileries,
-aux Chambres, sans me reposer jamais, et sans tre sr
-d'avoir pourvu tout, car la fcondit du mal est infinie,
-comme dans toute socit drgle, o on a donn tous
-les bandits l'espoir d'arriver tout, en mettant le feu au
-monde; les misrables feraient sauter la plante si on les
-<span class="pagenum"><a id="Page_340"> 340</a></span>
-laissait faire; ils n'avaient d'autre combinaison, le lendemain
-de cette horrible boucherie, que celle-ci: Nous
-verrons; c'est le principal assassin qui me l'a dit lui-mme.
-Pour prix de tant de tourments, je ne sais quel
-jour je me reposerai, ni par quelle issue j'chapperai
-mon supplice.</p>
-
-<p>Un mot qui me parat digne de notre excellente Reine,
-aussitt aprs l'explosion de la machine infernale, et
-quand elle sut que le Roi et ses enfants n'avaient pas succomb,
-a t celui-ci: Comment mes enfants se sont-ils
-conduits? Les jeunes Princes ont t dvous et touchants.
-Ils se sont serrs autour du Roi; le lendemain,
-lorsqu'on reconnut la trace d'une balle sur le front du
-Roi, le duc d'Orlans dit: Pourtant, hier, je me suis
-fait <i>le plus grand</i> qu'il m'a t possible.</p>
-
-<p>Pendant que Mme Rcamier est Maintenon chez la
-duchesse de Noailles, la princesse de Poix, ma belle-s&oelig;ur,
-va aux lundis de la duchesse d'Abrants, o on rencontre
-Mme Victor Hugo! Le bel esprit et la politique ont trangement
-confondu toutes les compagnies, bonnes et mauvaises!</p>
-
-<p>M. le duc de Nemours va faire une course Londres;
-joli, srieux, digne et rserv, avec le plus grand air de
-noblesse et de jeunesse possible, il me semble qu'il
-devrait russir en Angleterre, mais son excessive timidit
-lui te tellement toute facilit et toute grce dans la conversation,
-qu'il sera peut-tre jug infrieur de beaucoup
- ce qu'il vaut rellement.</p>
-
-<p>De toutes les lettres de flicitations crites au Roi des
-<span class="pagenum"><a id="Page_341"> 341</a></span>
-Franais par les souverains trangers, l'occasion de
-l'attentat du 28 juillet, la meilleure, la plus bienveillante
-est celle du Roi des Pays-Bas. C'est, ce me semble, de
-trs bon got de sa part, et j'en suis fort aise; j'ai toujours
-trouv que depuis ses malheurs, le Roi des Pays-Bas
-avait montr de l'esprit, de l'-propos et une persvrance
-qui, quel qu'en soit le succs dfinitif, lui assurera
-une belle page dans l'histoire de nos jours, o j'en vois si
-peu pour qui que ce soit.</p>
-
-<p>Pendant que le Roi des Franais se soumet aux escortes,
-aux mesures de sret, des allures plus royales, son
-prsident du Conseil vient dner aux Tuileries, des
-dners d'ambassadeurs, en pantalon de couleur et sans
-dcorations, et ce ministre est le duc de Broglie!</p>
-
-<p>Jrme Bonaparte, avec toute sa famille, a quitt Florence,
-et se trouve maintenant Vevey; le cholra fait
-refluer toute l'Italie en Suisse.</p>
-
-<p class="section"><i>Bex, 24 aot 1835.</i>&mdash;Le temps s'tant clairci, nous
-avons t voir des salines prs de Bex: ce sont les seules
-de la Suisse, et elles ne suffisent pas la consommation
-du pays. Nous n'avons pas pntr fort avant dans la
-mine, cause du froid humide dont nous nous sommes
-sentis saisis, mais nous avons vu en dtail les tuves
-de graduation. Le sel m'a paru tre d'une grande blancheur.</p>
-
-<p>On nous a ramens par la valle du Cretet, le long du
-torrent de Davanson, qui est le plus abondant et le plus
-imptueux que j'aie vu dans cette partie-ci des Alpes; son
-<span class="pagenum"><a id="Page_342"> 342</a></span>
-cours est assez long et sa pente extrmement rapide; il
-est resserr dans une gorge troite, haute et boise. Il
-sert faire aller beaucoup d'usines pour les besoins desquelles
-il se divise en mille petits canaux et aqueducs.
-Ces tablissements sont presque toujours suspendus sur
-des quartiers de rocher qui semblent s'tre dtachs des
-cimes suprieures et tre rests suspendus comme par
-miracle sur l'abme. Toute cette route, jusqu'au petit
-chteau de M. de Gautard, est charmante, et m'a un peu
-rconcilie avec cette contre qui m'avait dsagrablement
-surprise au premier aspect.</p>
-
-<p>Je reviens d'une course qui est pleine d'intrt. Le
-but principal tait la cascade de Pisse-Vache, belle gerbe
-d'eau, droite, cumeuse, jetant au loin autour d'elle une
-poussire humide, s'lanant, en un seul jet, d'une brche
-de rochers, dont les deux pointes se dressent en longues
-aiguilles; l'eau de cette cascade se mle bientt celle du
-Rhne, prs du pont sur lequel on passe ce fleuve, galement
-imptueux depuis sa source jusqu' son embouchure;
-il l'est remarquablement dans la gorge troite qu'il traverse
-en quittant le Valais, pour entrer dans le canton de
-Vaud. La limite est Saint-Maurice, village pittoresque
-dont les couvents, le castel, la vieille tour, les fortifications
-ingalement appuyes sur les flancs de rochers pic
-sont d'un curieux aspect. La porte de ce bourg est, pour
-ainsi dire, forme par l'troit passage que laissent entre eux
-deux grands rochers qui sparent les deux cantons. De ce
-point, on voit, droite, le canton de Vaud, termin, au
-loin et par del le lac Lman, par le Jura, et gauche, le
-<span class="pagenum"><a id="Page_343"> 343</a></span>
-sauvage Valais, ferm par la chane neigeuse du Saint-Bernard.</p>
-
-<p>Ce qui, cependant, a fort gt cette course pour moi, a
-t la nature de la population. Les crtins sont nombreux,
-et ceux-l mme qui ne sont pas aussi infortuns, sont
-encore affreusement dfigurs par des goitres; les femmes
-surtout en ont jusqu' trois; les eaux, provenant des
-neiges fondues, l'action incomplte du soleil, qui n'claire
-que peu les troites gorges du Valais, y rendent cette infirmit
-fort commune.</p>
-
-<p class="section"><i>Genve, 26 aot 1835.</i>&mdash;Partis de Bex ce matin, nous
-avons long le Rhne jusqu'au point o il se jette dans
-le lac Lman, de l Thonon; route charmante, hardie,
-taille dans le roc, suspendue sur le lac, mlange pittoresque
-de pelouses superbes, de chtaigniers admirables
-et de rochers majestueux du plus bel effet. A partir de
-Thonon, la route devient monotone jusqu' deux lieues de
-Genve; aux beauts naturelles de la contre se joignent
-alors les nombreux embellissements de jardins soigns
-comme en Angleterre, de jolies maisons de campagne,
-d'avenues superbes, le tout group, ainsi que la ville de
-Genve, en amphithtre autour du lac.</p>
-
-<p>Nous sommes descendus l'Htel des Bergues. Ma
-fentre donne sur un nouveau pont en fil de fer, qui, en
-passant sur le Rhne, joint les deux parties de la ville et
-conduit, en mme temps, une petite le sur laquelle se
-trouve la statue de Jean-Jacques Rousseau, entoure d'un
-bouquet de gros arbres. On aperoit aussi une grande
-<span class="pagenum"><a id="Page_344"> 344</a></span>
-partie du lac couvert de petites embarcations. Rien ne
-saurait tre plus gai, plus anim.</p>
-
-<p class="section"><i>Genve, 27 aot 1835.</i>&mdash;Le duc de Prigord, que j'ai
-rencontr hier, ici, et qui est une bonne autorit pour ce
-qui regarde M. l'archevque de Paris, m'a expliqu, de la
-manire suivante, le rapprochement de celui-ci avec le gouvernement
-actuel. Aprs l'attentat du 28 juillet, le cur de
-Saint-Roch, dont l'glise est devenue la paroisse de la famille
-royale, depuis la destruction de Saint-Germain-l'Auxerrois,
-s'est rendu chez le Roi, qui lui a dit ses intentions pour
-un service funbre. Le cur, qui se nomme l'abb Olivier,
-a fait alors observer au Roi, qu'aprs le service
-funbre, un <i>Te Deum</i> en action de grces pour la conservation
-du Roi et de ses enfants, serait aussi indiqu que
-convenable. Le Roi a adopt cette ide, en ajoutant toutefois:
-Ce <i>Te Deum</i> aura donc lieu Saint-Roch, puisque
-l'Archevque continue son opposition mon gouvernement.
-Le cur de Saint-Roch a aussitt prvenu l'Archevque
-de l'innovation qu'allait entraner son loignement.
-C'est alors que M. de Qulen s'est dcid aller
-chez le Roi: il a t reu, et, depuis, il a offici aux Invalides
-et Notre-Dame. Je saurai, plus tard, ce qui s'est
-pass entre le Roi et lui.</p>
-
-<p>On m'crit de Paris, que le marchal Maison, qui ne
-se mle pas des dbats de la Chambre, promne tous les
-jours, la belle heure, en phaton, une demoiselle qu'il a
-ramene de Saint-Ptersbourg. C'est l'lgant du ministre.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_345"> 345</a></span>
-<i>Genve, 29 aot 1835.</i>&mdash;Les environs de Genve ont
-autant gagn que l'intrieur de la ville; chaque anne, de
-nouvelles maisons de campagne remplacent et augmentent
-celles qui peuplaient les bords du lac. La plus
-soigne appartient un banquier nomm Bartholony.
-C'est le got italien qui domine dans la construction de
-ces villas; les jardins et la disposition des fleurs rappellent
-l'Angleterre; le cadre gnral seul reste suisse, et
-l'on n'en saurait trouver un plus grandiose. Coppet, plus
-loign de Genve, n'a aucun style; habit maintenant par
-la jeune Mme de Stal, qui y vit dans toute l'austrit des
-premires veuves chrtiennes, ce lieu semble dsert et
-lugubre; le village spare le chteau du lac et en te
-la vue. M. et Mme Necker et la fameuse Mme de Stal
-reposent dans une partie du parc dfendue par des
-broussailles qui en rendent les approches difficiles.
-D'ailleurs, d'aprs l'ordre des dfunts, personne, pas
-mme leurs enfants, ne peut franchir cette enceinte. Le
-reste du parc est plein de beaux arbres, mais trop rapprochs:
-ils manquent d'air et de soin, comme tout l'ensemble
-de cette demeure. On n'y laisse plus pntrer les trangers.
-J'y ai t jadis: les appartements sont bien distribus
-et dans d'assez belles proportions, mais arrangs
-sans got, sans lgance; c'est, tous les gards, l'tablissement
-d'un banquier puritain: vaste et austre, ni
-noble, ni imposant.</p>
-
-<p>La position de Ferney est trs agrable; les terrasses et
-la vgtation embellissent cette demeure, qui, en elle-mme,
-est petite; le tout est sur l'ancien modle franais
-<span class="pagenum"><a id="Page_346"> 346</a></span>
-du sicle dernier. Le salon et la chambre coucher de
-M. de Voltaire sont rests seuls ouverts aux visiteurs et
-consacrs au souvenir du grand esprit qui a fait, pendant
-trente ans, de ce petit manoir, le foyer d'o sont parties
-tant d'tincelles brlantes. Nous sommes rests longtemps
- examiner toutes les petites reliques conserves par le
-jardinier. Il avait quatorze ans la mort de M. de Voltaire;
-il dbite assez bien sa leon: car je ne trouve pas que ses
-rcits aient un caractre original.</p>
-
-<p>Il y a, dans une lettre que j'ai reue hier de M. le duc
-d'Orlans, le passage suivant: C'est le jour o les lois en
-discussion seront votes, o cette arme dangereuse sera
-remise entre les mains du pouvoir, que commencera la
-difficult. Ce n'est rien de les avoir fait voter, c'est tout de
-les excuter. Saura-t-on suffire cette lutte de tous les
-instants? Saura-t-on djouer chaque jour toutes les
-ruses? rsister toute la tnacit que dploieront, dans la
-dfense de leurs dernires ressources, des hommes pousss
- bout, et n'ayant plus qu'une seule pense, qu'un seul
-but? Les mauvaises langues, ici, prtendent qu'il est bien
-plus difficile de gouverner rgulirement et avec suite,
-que d'emporter d'assaut, coups de discours, des lois
-nouvelles, lorsqu'on n'excute pas mme celles dont on
-est arm. Pour ma part, je me borne dire, que maintenant
-que les ministres nous ont engags dans la lutte si
-grave que nous venons de commencer, je n'aurais pas de
-mots pour qualifier leur conduite, s'ils n'usaient pas convenablement
-de la force qu'ils ont cru devoir demander,
-ou s'ils voulaient rejeter sur d'autres le fardeau d'excuter
-<span class="pagenum"><a id="Page_347"> 347</a></span>
-ce qu'eux seuls ont conu et exig dans ce qu'ils croyaient
-tre leur propre intrt.</p>
-
-<p class="section"><i>Lons-le-Saulnier, 31 aot 1835.</i>&mdash;Je suis arrive ici
-hier au soir, bien tard, aprs avoir travers le sauvage,
-aride et triste Jura. De grands efforts y ont cr une route
-facile, quoique lentement parcourue cause des montes
-et des descentes continuelles; mais les chemins, arrachs
- du roc pur, abrits par des encaissements habilement
-pratiqus entre les infiltrations de l'eau, sont parfaitement
-unis, larges et bien dfendus contre les dangers d'une
-nature aussi pre. Des hauteurs de Saint-Cergues j'ai jet
-un dernier regard sur le beau lac de Genve et des Alpes.
-Ce grand tableau se dploie magnifiquement et laisse dans
-le souvenir une belle image.</p>
-
-<p class="section"><i>Arlay, 1<sup>er</sup> septembre 1835.</i>&mdash;Ce lieu-ci, qui faisait
-partie de l'ancien duch d'Isenghien, est venu au prince
-Pierre d'Arenberg du fait de sa grand'mre maternelle,
-hritire de la maison d'Isenghien, qui descendait de celles
-de Chlons et d'Orange. Tout cela est fort noble d'origine,
-et fort prsent la mmoire du propritaire actuel. La vue,
-de ma chambre, et celle de toute la maison, est tendue
-sans tre pittoresque, de mme que la maison, qui est
-vaste et bien restaure, est un peu nue d'ameublement et
-un peu froide, le coteau qui la domine l'abritant du midi.</p>
-
-<p>Au sommet de ce coteau se voient les restes du gothique
-manoir tomb en ruines qui n'ont pas assez de caractre.
-Les arrives sont courtes. Il n'y a pas d'autre avenue
-<span class="pagenum"><a id="Page_348"> 348</a></span>
-qu'une cour plante. Beaucoup de choses manquent
-l'agrment et au bon air de l'tablissement, mais c'est un
-bon dbris arrach au naufrage rvolutionnaire. Les
-matres de la maison et la duchesse de Prigord m'ont
-reue avec la plus parfaite obligeance.</p>
-
-<p>J'ai reu ici une lettre de M. Royer-Collard. Il retournait
-chez lui, la campagne, aprs avoir acquitt la
-Chambre ce qu'il croyait tre de son devoir et de son honneur,
-et sans attendre le vote sur l'ensemble de la loi.
-Son discours, que j'admire comme pense, comme sentiment,
-comme langage (il n'a pas voulu en faire un discours
-d'effet ou d'entranement), tait pour satisfaire un cri
-de sa conscience, pour bien faire comprendre sa position,
-qu'un long silence laissait incertaine dans l'esprit de plusieurs;
-c'tait pour tracer nettement sa ligne d'opinion,
-qu'il a, quoique fort souffrant, prononc ce discours peu
-tendu, mais si plein de choses! Depuis cinq ans, c'est la
-premire fois que, sans exciter des murmures, sans
-paratre ridicule, hypocrite ou imprudent, on a lou,
-dfendu, honor la Pairie, et que l'esprit religieux, les
-mots de Dieu et de Providence se sont fait entendre dans
-l'enceinte de la Chambre des dputs. Le respect avec
-lequel de telles paroles ont t coutes me parat, plus
-que toutes choses, placer M. Royer-Collard part, dans
-la haute rgion qui lui appartient.</p>
-
-<p>L'homme qui semble avoir soudoy Fieschi, et qui se
-nomme Ppin, avait t enfin arrt. C'tait une grosse
-affaire, mais il s'est chapp! Sur un ordre du Parquet, ce
-Ppin avait t extrait minuit, peu d'heures aprs son
-<span class="pagenum"><a id="Page_349"> 349</a></span>
-arrestation, de la Conciergerie o il avait t plac, afin de
-faire, en sa prsence, des perquisitions dans sa maison. Il
-a t conduit, par un commissaire de police et deux
-hommes seulement; aussitt entr chez lui, il a disparu!
-Un homme dont l'arrestation tait si importante conduit
-<i>minuit</i> par deux gardes!... sans tre attach, et conduit
-dans sa propre maison dont il connaissait des issues sans
-doute inconnues ceux qui le menaient, c'est d'une
-trange imprudence! Il parat que depuis les affaires du
-6 juin 1832<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">&nbsp;[64]</a>, dans lesquelles cet homme avait t impliqu,
-sa maison tait dispose pour lui fournir les moyens
-de s'chapper. Le juge d'instruction qui a laiss chapper
-Ppin, en ne le faisant pas mieux surveiller, se nomme
-Legonidec; c'est un jeune juge d'instruction de la Cour
-d'assises de Paris. Il y a des personnes qui croient qu'il
-sera fortement compromis par la lgret, si ce n'est
-plus, qu'il a apporte dans une circonstance aussi grave.</p>
-
-<p>On m'a mene voir les ruines du vieux chteau; elles
-ont plus d'tendue et d'importance que je n'avais jug en
-arrivant. C'tait une forteresse considrable, qui, sous
-Louis XI, dans le temps des guerres contre les Bourguignons,
-a t dmantele par les ordres de ce souverain.</p>
-
-<p class="section"><i>Dijon, 3 septembre 1835.</i>&mdash;J'ai quitt Arlay ce matin,
-emportant un souvenir reconnaissant du bon accueil qui
-nous y a t fait, Pauline et moi. La princesse d'Arenberg
-<span class="pagenum"><a id="Page_350"> 350</a></span>
-surtout m'a inspir une vritable amiti; sa politesse,
-sa bienveillance, sa simplicit, jointes beaucoup
-de raison et d'aplomb, embellies par l'instruction, des
-talents, le tout se communiquant facilement, assurent
-cette jeune femme une place distingue parmi les personnes
-de son ge et de son rang, dont bien peu me
-paraissent la valoir.</p>
-
-<p>J'ai parcouru la nouvelle route, qui passe par Saint-Jean-de-Losne
-et abrge beaucoup. Le chemin est beau
-et facile, mais le pays qu'il traverse, riche sans doute, et
-bien cultiv, n'offre cependant rien de gracieux, et je
-dirais mme rien d'intressant, sans un assez grand
-nombre de chteaux, et le canal de Bourgogne orn de
-beaux rideaux de peupliers.</p>
-
-<p>Pierres, le chteau de M. de Thiard, est le plus important
-de ceux qui se trouvent sur cette route. Il m'a paru considrable
-et noblement entour, mais dans une position peu
-agrable; il est fcheux qu'on abatte celui de Seurre,
-plac au bord de la Sane: il m'a sembl offrir une jolie
-situation; Toiran, la Bretonnire et quelques autres, prouvent
-que la province est bien habite.</p>
-
-<p>Je regrette d'tre arrive trop tard ici pour visiter
-Dijon. Cette ville se prsente bien, elle renferme de beaux
-difices, les rues sont animes; le parc, belle promenade
-publique, un quart de lieue de la ville, et qui y tient par
-de longues avenues, doit tre d'un grand agrment pour
-les habitants.</p>
-
-<p class="section"><i>Tonnerre, 4 septembre 1835.</i>&mdash;La route de Dijon
-<span class="pagenum"><a id="Page_351"> 351</a></span>
-Montbard est unie, dpouille, fatigante l'&oelig;il. Montbard
-est un vieux chteau fodal des duc de Bourgogne, plac
-sur une hauteur considrable, et qui avait t donn
-par Louis XV M. de Buffon; celui-ci possdait dj, au
-bas du coteau, une assez grande et triste maison dans une
-des rues de la petite ville. Il a continu d'habiter la
-maison d'en bas; elle n'a rien d'intressant, si ce n'est un
-assez beau portrait du clbre propritaire. Il fit dmolir
-quatre tours sur les cinq qui restaient autour de l'enceinte
-du vieux chteau; une seule subsiste donc ainsi que
-d'normes murs de clture: ceux-ci n'enferment plus,
-maintenant, qu'une espce de quinconce de beaux arbres
-plants par M. de Buffon, avec de belles alles qui y
-conduisent partir de la maison d'en bas. Les beaux
-arbres offrent d'pais ombrages et une promenade agrable.
-Au sommet du quinconce est une petite maisonnette qui
-ne contient qu'une seule pice o M. de Buffon s'tablissait
-chaque jour pendant plusieurs heures pour travailler sans
-interruption. Il a fait construire une glise, sur une partie
-d'anciennes fondations du chteau fort; c'est dans cette
-glise qu'il est enterr. La maison de M. de Buffon est
-habite par sa belle-fille, veuve sans enfants.</p>
-
-<p>Le pays devient plus vari, mesure qu'on s'approche
-d'Ancy-le-Franc, grand et noble chteau construit au
-seizime sicle par MM. de Clermont-Tonnerre, achet
-depuis par le fameux Louvois, et appartenant encore un
-de ses descendants. Ce chteau, parfaitement rgulier, se
-compose de quatre corps de btiment joints chaque
-angle par une tour carre; il n'y a pas d'escalier principal,
-<span class="pagenum"><a id="Page_352"> 352</a></span>
-chaque tour en contient un assez troit; les chambres
-coucher sont dans de belles proportions, bien meubles,
-mais le grand appartement est mal distribu, les pices
-ne se lient pas, elles sont assez petites, surtout le salon,
-que de riches dorures semblent encore rtrcir. Quelques
-anciens plafonds et des lambris analogues donnent
-quelques-unes des pices un caractre gothique et intressant.
-Il entre peu de jour par les fentres, peu nombreuses
-et assez troites; la cour intrieure est resserre
-et sombre; le parc entoure tout le chteau, il est vaste et
-bien plant; les eaux sont vilaines et bourbeuses; je n'ai
-vu ni serres, ni fleurs, mais les dpendances sont considrables.
-La grande route traverse l'avant-cour dix pas
-du chteau, c'est pousser la facilit des communications
-un peu trop loin.</p>
-
-<p>Ce qui me plat le moins dans cette demeure, c'est sa
-position: le chteau, plac dans le fond d'un troit vallon,
-manque de jour, d'air et de vue; le mot anglais <i>gloomy</i>
-semble fait pour Ancy-le-Franc. La chapelle est belle. Il
-est inutile de dire qu'il y a une salle de spectacle: comment
-M. de Louvois d'aujourd'hui pourrait-il s'en passer?</p>
-
-<p>J'avais souvent entendu citer Ancy-le-Franc et Valenay
-comme tant les deux chteaux les plus considrables et
-les plus remarquables de France. Je ne puis admettre
-aucune comparaison entre eux; Valenay est bien autrement
-imposant, et, en mme temps, gai habiter: sa
-situation est pittoresque et saine; le chteau est bien plus
-riche d'ornements d'architecture, et sa belle partie qui est
-du quinzime sicle, de cent ans plus ancienne, par consquent,
-<span class="pagenum"><a id="Page_353"> 353</a></span>
-qu'Ancy-le-Franc, est du pur style Renaissance.</p>
-
-<p>Je n'ai point vu de bibliothque chez M. de Louvois.
-C'est une observation qui me revient seulement prsent:
-je regrette de n'en avoir pas fait la remarque au concierge;
-il avait cependant l'air de montrer en conscience.</p>
-
-<p>Je prfre non seulement Valenay Ancy-le-Franc,
-mais mme, tradition part, Chenonceaux et Uss s'il
-tait arrang et meubl.</p>
-
-<p class="section"><i>Melun, 6 septembre 1835.</i>&mdash;Les bords de l'Yonne
-sont assez agrables, et reposent un peu de la triste route
-de Dijon; il est fcheux, cependant, que la vgtation soit,
-pour ainsi dire, factice, car je n'ai gure vu, jusqu' Sens,
-d'autres arbres que des peupliers plants en quinconces
-ou en alles; cela finit par tre extrmement monotone,
-et par donner trop d'apprt et de raideur au paysage.</p>
-
-<p>La cathdrale de Sens est belle, dans de justes proportions;
-deux objets de sculpture y attirent particulirement
-l'attention: le mausole du Dauphin, pre de Louis XVI,
-et l'autel de saint Leu, o ce bon vque de Sens est reprsent,
-subissant son martyre, qui lui fut, en effet, impos
- Sens mme; ce groupe en marbre blanc ne laisse pas
-que de faire impression. Je trouve le mausole du Dauphin
-lourd dans son ensemble, manquant de simplicit
-dans sa composition, mais beau dans quelques-unes de
-ses parties. Le trsor de la Cathdrale est non seulement
-fort riche en reliques dont on peut contester l'authenticit,
-mais encore en vieilleries qui m'ont intresse, parce
-qu'elles portent un vrai cachet d'anciennet. Ainsi le sige
-<span class="pagenum"><a id="Page_354"> 354</a></span>
-de saint Leu, son anneau pastoral, sa mitre, l'anneau
-pastoral de Grgoire VII, le peigne dont se servait saint
-Leu aux ordinations, les vtements d'glise de Thomas
-Beckett, qui, comme je l'ai lu dernirement encore dans
-Lingard, s'tait, une premire perscution, rfugi sur
-le Continent, et avait surtout rsid en France; ces vtements
-sont renferms dans une caisse en fer, avec beaucoup
-de soin. Un beau Christ en ivoire par Girardon vaut
-bien la peine d'tre examin.</p>
-
-<p>Dans une lettre de la princesse de Lieven du 29 aot,
-de Baden, que j'ai trouve Sens, il y a ceci: Les nouvelles
-qui nous parviennent d'Angleterre sont tranges.
-Les ministres auront-ils bien le courage de mettre excution
-leurs menaces contre les Pairs? Ceux-ci flchiront-ils
-devant ces menaces? J'en doute; mais voil la collision,
-si longtemps diffre, qui arrive enfin.&mdash;En France
-on marche parfaitement bien, le discours de M. de Broglie
-est superbe. Lord William Russell ne cesse de dire:
-<i>Our alliance is at an end</i>; la France rpudiant les principes
-rvolutionnaires, et l'Angleterre avanant rapidement
-dans cette carrire, ne peuvent plus s'entendre;
-l'alliance tait une alliance de principes: cette identit de
-principes n'existant plus, l'alliance est morte.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris 7 septembre 1835.</i>&mdash;C'est toujours un grand
-vnement pour moi que de rentrer dans Paris, o j'ai pass
-tant de mauvais moments: tout mon pass se droule
-devant moi, mesure que je traverse ces rues, ces places,
-qui me rappellent des souvenirs presque tous pnibles.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_355"> 355</a></span>
-En allant le long des boulevards, j'ai jet les yeux, en
-frmissant, sur cette maison d'o Fieschi a commis son
-crime. Elle est toute petite, de mauvaise apparence; la
-trop fameuse fentre est ferme par des planches. Dans
-quelques annes, cette maison sera peut-tre dmolie;
-j'en serais fche. Un monument expiatoire qu'on lvera
-pour l'abattre, au premier tour de girouette, parlera, ce
-me semble, bien moins l'esprit que ne le fait la conservation
-exacte des lieux: ils se mlent mieux la tradition
-en la conservant; chacun en sait l'histoire, et peut y
-trouver une leon. La rue de la Ferronnerie existe encore.
-On a abattu la salle de l'Opra o M. le duc de Berry a t
-assassin, pour dmolir ensuite la chapelle qui l'avait
-remplace. Et cependant la chapelle d'o Charles IX tirait
-sur le peuple est toujours l, toujours montre, toujours
-cite. Pourquoi les crimes des Rois resteraient-ils visibles
-et ceux des peuples ne le seraient-ils pas?</p>
-
-<p>Je vais tirer quelques extraits des lettres de M. de Talleyrand
-qui m'attendaient Paris: Vous trouverez ici
-dans le ministre plus de politesse que d'amiti. tre li
-intimement avec M. Royer-Collard et ne pas l'avoir
-empch de parler contre les lois de la presse, c'est bien
-mal! Voil notre vritable dlit! Thiers mme n'est pas
-venu ici depuis deux jours. Je ne l'ai pas regrett, parce
-que je lui aurais dit, fort net, que je trouvais les articles
-du <i>Journal de Paris</i>, qu'il fait ou qu'il inspire, fort inconvenants,
-et qu'il devrait respecter assez M. Royer-Collard
-pour garder au moins le silence. La confiance des Tuileries
-est aussi une des causes du refroidissement ministriel...
-<span class="pagenum"><a id="Page_356"> 356</a></span>
-Thiers a beaucoup perdu aux dernires sances de
-la Chambre! Arriver la tribune avec le <i>National</i> d'avant
-1830 pour tablir qu'on n'a pas dit!!... c'est se placer bien
-petitement. Les hommes qui n'ont pas eu une premire
-ducation ont bien de la peine se grandir: la premire
-contradiction le bout de l'oreille passe... Vous ne pouvez
-trop louer le discours de M. de Broglie: tous les encensoirs
-de Paris ont travers son salon... L'affaire de l'vasion
-de Ppin a beaucoup diminu la consistance du
-ministre; il s'est montr incapable dans une circonstance
-grave, ce qui fait dire: Si le gouvernement ne sert pas
-mieux que cela le Roi, o sera notre appui nous
-autres? Thiers, au lieu d'employer son esprit faire
-sa position, l'a employ la diminuer et la rduire seulement
- de l'esprit. Il s'est mal tir des dernires sances
-de la Chambre: d'abord il a t battu dans un amendement
-de Firmin Didot, puis il a apport ses titres de journaliste
- la tribune, ce qui a fait mauvais effet partout. Et
-c'est cependant lui qui vaut le mieux dans le ministre,
-parce qu'il a du c&oelig;ur, outre tout son esprit: il aime ses
-amis, il est bon enfant, dans la bonne acception du mot,
-mais il aurait besoin d'tre bien entour et il l'est trs
-mal... Souvenez-vous que l'espionnage, dans les Chambres,
-dans les rues, dans les lettres, est pouss au dernier
-degr... Le Roi, la Reine, Madame Adlade comptent le
-plaisir de vous voir parmi leurs meilleures consolations.
-Ils en ont besoin, car ils sont, je vous assure, bien
-malheureux.&mdash;Les Guizot et Broglie vous parleront
-peut-tre de ma froideur: vous pouvez leur dire que
-<span class="pagenum"><a id="Page_357"> 357</a></span>
-la froideur n'est pas venue de mon ct; je l'ai reue.</p>
-
-<p>Voici maintenant l'extrait d'une lettre de Mme de
-Lieven, de Bade, du 2 septembre: J'ai lieu de croire,
-d'aprs quelques mots reus d'Angleterre, que Peel et
-lord Grey s'entendent; la querelle des deux Chambres
-s'arrangera, ce que me mande lady Cowper. On trouve
-en Angleterre M. le duc de Nemours trs bien.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 8 septembre 1835.</i>&mdash;M. Thiers est vieilli, souffrant;
-il n'est malade que de fatigue et d'puisement, mais
-aussi, quelle existence! Il en veut ses collgues de marchander
-les jours de repos qu'il rclame; il les accuse
-tout simplement de lchet, parce qu'ils reculent devant
-trois semaines d'une responsabilit qui pse toute l'anne
-sur lui, mais aussi, quelle responsabilit! Celle de prserver
-le Roi des coups des assassins! chaque jour voit
-surgir de nouveaux complots; les djouer efficacement
-est une tche crasante.</p>
-
-<p>Jusqu' prsent, le crime de Fieschi ne se rattache
-rien d'important; quelques obscurs complices de cabaret,
-et voil tout; les ministres ne peuvent arriver rien de
-plus lev. M. Thiers trouve mme que c'est l le plus
-funeste symptme, que pareille atrocit soit le fruit, non
-des passions exaltes, non du fanatisme, ni mme d'une
-combinaison politique profonde, mais tout simplement le
-produit de la licence et de l'anarchie qui rgnent dans les
-esprits.</p>
-
-<p>Fieschi a rpondu, au mdecin qui le pressait sur le
-motif qui lui avait fait commettre le crime: Je l'ai fait
-<span class="pagenum"><a id="Page_358"> 358</a></span>
-comme un gamin fait sauter un ptard. Horrible insouciance!
-Il est positif que tous les clubs et socits secrtes,
-carlistes et autres, taient informs que le 28 juillet il y
-aurait une tentative faite pour tuer le Roi. Fieschi avait eu
-des relations avec quelques brigands comme lui; ceux-ci
-avaient parl leurs amis, et ainsi un bruit vague s'tait
-rpandu dans le public, qui tait mme arriv jusqu'au
-gouvernement, mais sans dtails, sans noms propres, sans
-rien de prcis. Quant Fieschi mme, c'est tout simplement
-une nature de sbire ou de bravo italien, qui prte
-volontiers son bras pour commettre un crime, mme sans
-grande rcompense.</p>
-
-<p>M. Guizot, qui a t charg d'annoncer l'vnement
-la Reine, me disait qu'elle avait t saisie de maux de
-nerfs; Madame Adlade d'un dsespoir et d'une sorte de
-rage, qui lui avait t tout empire sur elle-mme, et qu'
-la lettre, elle ne se connaissait plus. Quant la duchesse
-de Broglie, qui tait aussi la Chancellerie, sur la place
-Vendme, avec la Reine, elle avait t fort mue, mais
-plus forte que son motion. A cette occasion, M. Guizot
-m'a dit qu'il comparait l'me de Mme de Broglie un
-grand dsert avec de belles oasis, qu'il y avait en elle de
-grandes lacunes, mais cependant beaucoup de force et de
-puissance.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 9 septembre 1835.</i>&mdash;Les ridicules de Sbastiani
-se font jour jusque dans le cabinet de Madame Adlade;
-ils paraissent tre, en effet, hors de proportions.
-On se moque fort de lui Londres et il s'y dplat beaucoup.
-<span class="pagenum"><a id="Page_359"> 359</a></span>
-Il dit, avec sa parole dogmatique et paralytique: La
-socit anglaise m'est indigeste. Quant sa femme, ses
-btises et ses navets sont devenues proverbiales. Ils
-reoivent peu, on les dlaisse; lord Palmerston est le
-seul qui, pour faire contraste avec les insolences dont il
-honorait M. de Talleyrand, soit aux petits soins avec le
-gnral, lui fasse sans cesse des visites du matin, le tienne
-au courant, avec empressement, de toutes les nouvelles
-insignifiantes. Enfin, c'est du noir au blanc!</p>
-
-<p>La lgion anglaise souleve par le gnral Alava vient
-d'tre battue en Espagne; cette abominable canaille qu'il
-avait enrle a lch pied tout de suite.</p>
-
-<p>Le compromis entre les deux Chambres en Angleterre
-a lieu: c'est une trve jusqu' la session prochaine.</p>
-
-<p>J'ai vu le Roi, qui m'a racont le 28 juillet. Ce qui est
-fort singulier, c'est qu'il ait, ds la veille, averti ses
-ministres qu'on tirerait sur lui par une fentre, parce que
-cela serait plus sr pour l'assassiner. M. Thiers et le
-gnral Athalin craignaient une attaque bout portant, et
-dsiraient que le Roi prt des prcautions contre ce genre
-de tentative, quoi il s'est absolument refus, comme
-tant inutile. Ces messieurs se rendirent en partie l'avis
-du Roi, mais dirent qu'ils croyaient que le coup, s'il avait
-lieu, partirait d'une rue troite; le Roi, au contraire, soutint
-qu'ils se trompaient, que la tentative aurait lieu sur le
-boulevard, cause des arbres qui masqueraient mieux
-l'assassin; enfin, toutes les prdictions du Roi se sont
-vrifies. Il m'a dit que, dans une vie aussi remplie
-que la sienne, le moment le plus cruel avait t celui o
-<span class="pagenum"><a id="Page_360"> 360</a></span>
-l'ordre de la revue l'ayant ramen au bout d'une demi-heure
-sur la place mme du crime, il avait t oblig
-de passer au milieu des mares de sang des morts et des
-blesss, des cris et des larmes de cette population mitraille
- cause de lui; son premier mot, en revoyant les siens,
-a t, en fondant en larmes: Mon pauvre marchal
-Mortier est mort. Il est impossible d'avoir t moins
-occup de lui-mme, plus simplement courageux et
-cependant plus mu des malheurs des autres: il a t
-vraiment admirable et il n'y a qu'une voix ce sujet.</p>
-
-<p>L'Empereur de Russie s'est born faire faire un compliment
-de condolances par un charg d'affaires, sans
-crire lui-mme, ce qui est d'autant plus mal qu'il a crit
-de sa propre main une lettre de condolances la veuve
-du duc de Trvise, celui-ci ayant t ambassadeur
-Ptersbourg. Plusieurs petits souverains se sont galement
-tus. Les lettres de l'Autriche ont t cordiales, celles de la
-Prusse excellentes, celles de la Saxe, tendres; de l'Angleterre,
-convenables; de La Haye, aimables, d'ailleurs insignifiantes.</p>
-
-<p>Le Roi, qui, avec raison, craint toute secousse, dsire
-garder le ministre actuel aussi longtemps que possible,
-mais il croit dj remarquer quelques nouveaux germes de
-division qu'il redoute de voir se dvelopper pendant le
-cong de sant qu'a demand M. Thiers, et qu'il obtiendra.
-La recomposition d'un nouveau Cabinet serait extrmement
-difficile, la difficult gisant surtout dans la question
-de la prsidence qui met toutes les vanits en jeu. Le Roi
-voudrait abolir tout fait cette prsidence, et, pour cela,
-<span class="pagenum"><a id="Page_361"> 361</a></span>
-il voudrait la confier, momentanment, quelqu'un hors
-de ligne, qui n'admettrait pas de concurrents et pas de
-successeurs, et c'est alors qu'il pense M. de Talleyrand.
-Du reste, le Roi a au moins autant d'aigreur que par le
-pass contre le parti doctrinaire du Cabinet, et craint,
-avant tout, que dans une dcomposition partielle, ce ne
-soit cette fraction-l qui se recrute.</p>
-
-<p>Je suis toujours surprise du mensonge, quand il porte
-sur des choses qui n'ont aucune utilit. Que les journalistes
-s'amusent tromper le public, la bonne heure;
-mais que les ministres s'amusent faire des contes, c'est
-trange! Ainsi, M. Guizot m'a dit, avant-hier, que c'tait
-lui qui avait annonc la Reine la catastrophe du 28 juillet
- l'htel de la Chancellerie. Eh bien! c'est encore
-aux Tuileries, et au moment de se rendre la Chancellerie,
-que les Princesses ont t informes par deux aides
-de camp envoys par le Roi du danger que celui-ci venait
-de courir! La vanit fait faire de bien petites choses! Y
-a-t-il rien de plus puril que de faire une histoire sur un
-fait de ce genre?</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 10 septembre 1835.</i>&mdash;M. le duc d'Orlans
-regrette le projet de mariage manqu en Wurtemberg. Il
-veut, dit-il, avoir le c&oelig;ur net l'gard de la princesse
-Sophie, et passer par Stuttgart, au premier voyage en
-Allemagne. Il dit que s'il en pousait une autre sans l'avoir
-vue, il croirait avoir manqu sa destine.</p>
-
-<p>M. le duc d'Orlans est assez aigre sur le ministre en
-gnral; la famille royale est dispose s'en prendre la
-<span class="pagenum"><a id="Page_362"> 362</a></span>
-ngligence, l'tourderie, si ce n'est pire, de la police. Il
-est sr qu'elle n'a pas t bien habile depuis quelque
-temps, mais quant l'vasion de Ppin, la faute en est
-uniquement la ngligence de M. Pasquier qui donne,
-ngligemment et rejet dans son fauteuil, des ordres
-incomplets, et aussi un peu M. Martin du Nord qui les
-transmet, avec encore moins de dtails, des agents infrieurs
-qui les excutent avec paresse. M. Legonidec, pour
-se disculper, porte des charges assez graves contre ses
-suprieurs; aussi y a-t-il des personnes qui vont jusqu'
-expliquer l'incurie de M. Pasquier, par sa crainte de trouver
-quelque carliste au fond de l'affaire Fieschi. C'est tout ce
-que dsirerait Madame Adlade, c'est tout ce que redouterait
-la Reine. L'opinion du Roi est que le coup est rpublicain.
-Arriver, s'il se peut, la vrit, voil l'essentiel,
-et le parti-pris des ministres de ne voir dans toute cette
-affaire qu'une conspiration de cabaret est peu propre
-conduire de nouvelles dcouvertes.</p>
-
-<p>Le prince Lopold de Naples, dans la question de son
-mariage, est accus d'une duplicit qui aurait pu en dgoter
-toute autre que la princesse Marie, mais elle tient
-s'tablir, il ne se prsente pas d'autre parti et, comme dit
-le Roi: Vous ne savez donc pas qu'il faut absolument
-marier des Princesses napolitaines. Sa fille l'est
-moiti.</p>
-
-<p>L'ane de nos Princesses, la Reine des Belges, avait si
-peu de got pouser le Roi, son mari, qu'elle ne veut
-plus retourner Compigne, o son mariage a t clbr,
-et c'est pour cela principalement qu'on arrange cette
-<span class="pagenum"><a id="Page_363"> 363</a></span>
-anne-ci un voyage Fontainebleau. Cependant, l'loignement
-de la Reine Louise pour son mari s'est transform
-depuis en une passion conjugale, au point qu'elle vit
-peu prs enferme avec le Roi dans un tte--tte non interrompu,
-pas mme par ses dames ou par le grand-matre
-de la maison. Tout se traite par crit avec eux. Le
-Roi et la Reine s'occupent dans deux cabinets contigus
-dont la porte reste ouverte. Le Roi, casanier et mfiant,
-aime assez cette vie qui est surtout du got de sa femme,
-car elle n'est qu'aime, au lieu qu'elle adore. Je tiens ces
-dtails de son frre, M. le duc d'Orlans.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 11 septembre 1835.</i>&mdash;Mon fils Alexandre, qui
-arrive d'Italie, dit qu'elle est couverte de moines, fuyant
-d'Espagne et apportant les richesses de leurs couvents:
-les pierres prcieuses qui en proviennent se vendent vil
-prix.</p>
-
-<p>La Reine des Franais, quoique d'une sant dlicate, se
-couche tard; elle ne se met au lit qu'aprs avoir parcouru
-elle-mme toutes les ptitions qui lui sont adresses, et
-cela surtout par la crainte de manquer un avis utile pour
-la sret du Roi, qui pourrait lui tre donn sous cette
-forme.</p>
-
-<p>Au moment mme o le Roi a vu, le 28 juillet, ses trois
-fils autour de lui, il s'est tourn vers Thiers et lui tendant
-la main il lui a dit: Soyez tranquille, je vis et je me
-porte bien. Ce sont des paroles de Henri IV!</p>
-
-<p class="section"><i>Maintenon, 12 septembre 1835.</i>&mdash;Ce lieu-ci est tout
-<span class="pagenum"><a id="Page_364"> 364</a></span>
-arrang, tout meubl; l'appartement est beau, l'tablissement
-considrable, la rivire vive, les aqueducs grandioses;
-pour qui n'a pas besoin de vue, et pour qui ne
-craint pas l'humidit, ce vieux chteau, si riche en souvenirs,
-est une des meilleures et des plus nobles habitations.</p>
-
-<p class="section"><i>Courtalin, 13 septembre 1835<a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">&nbsp;[65]</a>.</i>&mdash;Ici, o on est
-fort au courant de ce qui se passe la Cour de Charles X,
-on assure que le langage sur le crime du 28 juillet y a t
-trs doux et trs convenable. Cette malheureuse Cour
-exerce son animosit contre son propre intrieur dans une
-sorte de guerre intestine; ce sont les mmes intrigues, les
-mmes rivalits qu'autrefois Rome, la Cour du Prtendant.</p>
-
-<p class="section"><i>Rochecotte, 14 septembre 1835.</i>&mdash;J'ai t ce matin
-voir le prince de Laval dans son joli manoir de Montigny,
-qu'il arrange et qu'il orne merveille, en cherchant lui
-conserver son caractre gothique. C'est un lieu qui sied
-bien aux gots hraldiques du propritaire.</p>
-
-<p>J'ai trouv, Tours, le prfet un peu irrit d'un ordre
-ministriel qui provoque un compte rendu exact des
-journaux auxquels les employs de l'administration sont
-abonns; en effet, cette petite inquisition sent un peu la
-curiosit de la Restauration.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 15 septembre 1835.</i>&mdash;J'ai dn aujourd'hui
- Beauregard, chez Mme de Sainte-Aldegonde; c'est un
-<span class="pagenum"><a id="Page_365"> 365</a></span>
-beau chteau, ancien rendez-vous de chasse de Franois
-I<sup>er</sup>, lorsque, de Chambord, il allait courre le cerf dans
-la fort de Rouss. Il y a une galerie avec cent vingt portraits,
-assez mauvais, mais curieux, parce qu'ils reprsentent
-tous les personnages clbres de l'poque dans
-toute l'Europe. Cette galerie est carrele en faence du
-temps. Le chteau renferme de vieux lambris et de vieux
-meubles trs bien conservs par la propritaire actuelle.</p>
-
-<p>Je suis arrive tard Valenay, o j'ai trouv M. de
-Talleyrand maigri, se plaignant de palpitations de c&oelig;ur et
-d'une gne assez pnible dans le bras gauche. Il venait de
-recevoir une lettre du Roi, qui lui annonait la nomination
-de M. de Bacourt au poste de ministre Carlsruhe.
-Voici les expressions du Roi qui ont trait au peu de dfrence
-de M. de Broglie pour lui<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">&nbsp;[66]</a>: Mon cher Prince,
-le moyen auquel mon <i>impuissance</i> m'a dcid recourir
-a eu un plein succs, et ce que vous dsiriez est fait: j'ai
-voulu avoir au moins le plaisir de vous l'annoncer moi-mme
-en vous renouvelant de tout mon c&oelig;ur l'assurance
-de cette vieille amiti qui vous est connue depuis si longtemps.</p>
-
-<p>Le Roi des Franais n'est pas le seul souverain qui
-n'aime gure ses ministres; celui d'Angleterre dteste les
-siens; il parle tout haut, table, contre eux, ainsi que
-contre sa belle-s&oelig;ur, la duchesse de Kent, qui, pendant
-ce temps-l, promne sa fille de comt en comt, coute
-les harangues, y rpond, et fait dj la Rgente.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_366"> 366</a></span>
-<i>Valenay, 16 septembre 1835.</i>&mdash;Mlle Sabine de
-Noailles a seize ans, de la grosse beaut, une voix
-d'homme, de l'esprit, de l'instruction, de la mmoire
-comme tous les Noailles, et enfin de la brusquerie dans
-les manires. A dner, Courtalin, elle lve la voix et,
-s'adressant M. de Talleyrand dont elle n'tait pas la voisine,
-elle lui dit: Mon oncle, voulez-vous boire un verre
-de vin avec moi?&mdash;Trs volontiers, mon neveu, lui
-rpond M. de Talleyrand.</p>
-
-<p>Le duc de Modne fait le petit tyran dans ses tats. Une
-de ses vexations les plus habituelles est de faire couper les
-favoris et la moustache de ceux dont les passeports offrent
-la moindre irrgularit; la mode du temps rend cette
-tonte plus douloureuse que ne le serait la prison; celle-ci
-y est, du reste, jointe assez ordinairement.</p>
-
-<p>La grand'mre du duc d'Arenberg actuel, amie intime
-de Marie-Thrse, grande et noble dame tous gards,
-vint en France sous le Consulat pour obtenir sa radiation
-de la liste des migrs et la restitution de ses biens qui
-taient encore sous le squestre. Elle vint demeurer chez
-la marchale de Beauvau avec laquelle elle tait lie. Il
-lui fallut crire Fouch et demander une audience;
-celle-ci accorde, elle vint l'htel de police; on ne permit
-pas sa voiture d'y entrer, elle fut oblige de descendre
- la porte et de se crotter en traversant la cour. Le
-ministre tant occup ne put recevoir la duchesse d'Arenberg
-et la renvoya son premier commis. Celui-ci lui dit
-qu'elle pouvait s'asseoir pendant qu'il chercherait le carton
-qui contenait les papiers relatifs son affaire. Il se mit
-<span class="pagenum"><a id="Page_367"> 367</a></span>
- feuilleter un registre, puis s'cria: Mais votre affaire
-est raye depuis quinze jours! Vous tes toute raye. Oh!
-bien! citoyenne d'Arenberg, puisque je suis le premier
-vous donner cette bonne nouvelle, il faut que je vous embrasse!
-Et le voil prenant la duchesse par la tte et lui
-baisant les joues. Mais Mme d'Arenberg n'tait point encore
-au bas de l'escalier qu'il la rappelle en lui criant:
-Eh! citoyenne d'Arenberg, je me suis tromp; ce n'est
-pas vous, c'est une d'Alembert qui est raye! Et voil la
-pauvre Duchesse revenant chez Mme de Beauvau aprs
-avoir t embrasse et non raye! Le Premier Consul, qui
-sut cette histoire le lendemain, fit aussitt rayer la Duchesse,
-qui rentra dans ses biens.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 17 septembre 1835.</i>&mdash;La princesse de
-Lieven a eu, Bade, une conversation assez curieuse avec
-M. Berryer, l'avocat-dput: Que pensez-vous, monsieur,
-des nouvelles lois proposes par le gouvernement
-franais l'occasion de l'attentat du 28 juillet?&mdash;J'en
-approuve le principe, et c'est pour cela que ne vais pas
-siger la Chambre o, par ma situation, je serais oblig
-de les combattre.&mdash;Croyez-vous la dure du gouvernement
-actuel?&mdash;Non.&mdash;A la Rpublique?&mdash;Non.&mdash;A Henri
-V?&mdash;Non.&mdash;Mais quoi croyez-vous donc?&mdash;A
-rien; car, en France, rien n'est possible tablir!
-M. Berryer est parti le lendemain pour Ischl y voir Mme la
-duchesse de Berry, et de l Naples.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 18 septembre 1835.</i>&mdash;M. de Talleyrand
-<span class="pagenum"><a id="Page_368"> 368</a></span>
-m'inquite, non que je croie grave l'incommodit dont il
-se plaint, mais il en est frapp. Il parle souvent de sa fin,
-il en a videmment effroi, il en repousse l'image avec horreur.
-Il soupire souvent et hier je l'ai entendu s'crier
-avec une profonde tristesse: Ah! mon Dieu! Les nouvelles,
-la politique l'intressent, mais nous ne sommes
-pas en fonds pour cela ici.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 19 septembre 1835.</i>&mdash;Lord Alvanley, revenant
-en fiacre du lieu o il s'tait battu avec le fils
-d'O'Connell, donna une pice d'or au cocher; celui-ci,
-surpris de cette gnrosit, dit: Comment, my lord, une
-pice d'or pour vous avoir men si prs?&mdash;Non, mon
-ami, mais pour m'en avoir ramen!</p>
-
-<p>Le bon et excellent docteur Bretonneau que j'ai appel,
-de Tours, vient d'examiner M. de Talleyrand; il dclare
-que son mal n'est que dans les muscles, tiraills et fatigus
-par les efforts que M. de Talleyrand est oblig de
-faire pour s'aider de ses bras, dfaut de ses jambes. De
-plus, il le trouve dans un tat nerveux de langueur et
-d'ennui, mais, enfin, rien de dangereux. Ce qu'il y a de
-pis, c'est la faiblesse croissante des extrmits qui peut,
-d'un instant l'autre, faire craindre une impotence complte.
-Bref, toutes les conditions d'une existence difficile,
-mais aucune d'une existence qui touche sa fin. J'espre
-que la prsence et les douces et spirituelles paroles de
-Bretonneau auront calm l'esprit de M. de Talleyrand.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 20 septembre 1835.</i>&mdash;Le gnral Sbastiani
-<span class="pagenum"><a id="Page_369"> 369</a></span>
-a manqu de sauter dans Manchester-Square Londres.
-Un nouveau Fieschi y avait tabli une petite machine
-infernale; une pauvre femme seule aurait t blesse, on
-ne sait encore rien de plus. Tout est crime et mystre dans
-le temps actuel!</p>
-
-<p>M. Royer-Collard nous a parl hier de son dernier discours
- la Chambre des dputs. Il dit qu'il se serait cru
-dshonor s'il s'tait tu, qu'il se serait fait porter la tribune
-plutt que de se taire dans une circonstance qui intressait
-la gloire de toute sa vie; enfin, qu'il serait mort
-s'il n'avait pas parl, et qu'il ne se porte mieux que parce
-qu'il a pu dire toute sa pense.</p>
-
-<p>J'ai eu le courage de toucher la question des cours prvtales<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">&nbsp;[67]</a>
- l'poque de la seconde Restauration, qu'on
-lui a tant reproches dernirement, et voici ce que M. Royer-Collard
-m'a rpondu: J'ai t, en effet, nomm, avec
-plusieurs conseillers d'tat, pour examiner le projet de
-loi, avant que le ministre le portt la Chambre. M. Cuvier
-et moi combattmes le projet dans son principe et
-nous le fmes beaucoup modifier dans les dtails. M. de
-Marbois, alors garde des sceaux, qui n'aimait gure cette
-<span class="pagenum"><a id="Page_370"> 370</a></span>
-loi, dsirant la faire porter aux Chambres par des hommes
-qui y taient opposs, me nomma Commissaire du gouvernement
-sans me consulter. Je ne l'appris que par le <i>Moniteur</i>
-et je m'en plaignis avec amertume. Je n'ai point
-paru la Chambre comme Commissaire pendant la discussion
-de la loi, et je porte le dfi qui que ce soit de citer
-un mot de moi en faveur de cette loi. Il a ajout que
-M. Guizot, alors secrtaire gnral du ministre de la Justice,
-n'aurait pas d se borner citer charitablement
-ses collgues du Cabinet actuel le <i>Moniteur</i> qui contient
-son nom, mais qu'il aurait d, en mme temps, dire de
-quelle manire les choses s'taient passes. Si cette accusation,
-au lieu d'tre porte simplement dans les journaux
-ministriels, l'avait t la Chambre, M. Royer serait
-mont la tribune pour rtablir la vrit des faits.</p>
-
-<p>Il est pein d'avoir bless M. Thiers dans son discours;
-ce n'tait pas contre lui qu'il tait dirig, et il aurait dsir
-pouvoir lui faire une place part.</p>
-
-<p>M. Royer, qui n'a pas toujours bien pens ni bien parl
-du Roi Louis-Philippe, est fort revenu sur son compte. Il
-disait, hier, devant le beau portrait du Roi qui est ici,
-qu'il s'tait fort grandi dans sa pense, et tel point qu'il
-n'aimait pas se l'avouer lui-mme, tant il se trouvait
-en contradiction avec le pass cet gard, et sa raison en
-opposition avec ses gots.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 21 septembre 1835.</i>&mdash;M. de Talleyrand, qui,
-le premier jour, avait t rassur par le dire satisfaisant et
-consciencieux de Bretonneau, est retomb dans ses proccupations
-<span class="pagenum"><a id="Page_371"> 371</a></span>
-sur sa sant. Il convient qu'il ne songe pas
-autre chose et dit que cela tient l'ensemble de sa disposition
-morale qui est triste et ennuye. En rentrant chez
-lui, hier au soir, je l'ai trouv lisant des ouvrages de
-mdecine, tudiant l'article des maladies de c&oelig;ur et se
-figurant y avoir un polype. Il souffre cependant fort peu,
-de longs intervalles, et ses souffrances s'expliquent tout
-naturellement. Ce qu'il a, c'est videmment, pour moi
-qui m'y connais, mal aux nerfs. Cet trange Prote lui tait
-inconnu, il le niait chez les autres, il le subit maintenant
-sans vouloir le reconnatre.</p>
-
-<p>On dit le gnral Alava nomm prsident du Conseil
-Madrid. Depuis un an, il n'avait, disait-il, accept la mission
-de Londres que parce que le duc de Wellington tait
-ministre; il y est rest, malgr la retraite du Duc, parce
-que, disait-il, Martinez de la Rosa tait prsident du Conseil
- Madrid; il n'a pas pu se retirer en mme temps que
-Martinez de la Rosa parce que, disait-il, celui-ci a t remplac
-par Toreno qui tait aussi son ami! Il a conduit lui-mme,
-en Espagne, la lgion anglaise qu'il avait forme
- Londres, aprs avoir jur de se dclarer pour don
-Carlos, le jour o la Rgente appellerait un seul tranger
- la dfense de sa cause, et enfin, il serait maintenant fait
-chef du Cabinet espagnol par Mendizabal, qu'il chassait
-jadis de chez lui parce qu'il tait un voleur et un coquin!
-C'est, il faut en convenir, pousser la logique de l'inconsquence
- ses dernires limites.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 22 septembre 1835.</i>&mdash;C'est la premire
-<span class="pagenum"><a id="Page_372"> 372</a></span>
-fois depuis vingt et un ans que cet anniversaire<a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">&nbsp;[68]</a> se passe
-pour moi loin de M. de Talleyrand, qui est parti hier pour
-le conseil gnral de Chteauroux. Je suis reste seule
-avec la gnration qui est destine lui succder ici. Cela
-m'a fait faire plus d'une rflexion, et surtout celle que le
-jour o M. de Talleyrand ne serait plus, je viendrais bien
-rarement Valenay, non pas que j'aie la crainte qu'on y
-serait mal pour moi, mais parce que les souvenirs du
-pass rendraient tout pnible et que le contraste que dj
-je remarquais hier tendra toujours se marquer davantage.
-Je ne me sentais point appele rgler, tenir le
-salon, je n'tais point chez moi, et je voudrais avoir des
-ailes dployer pour prendre mon vol vers Rochecotte.</p>
-
-<p>M. Mennechet, jusqu' prsent rdacteur de <i>la Mode</i>,
-journal carliste, diffamateur par principe, a dit ceci: Figurez-vous
-que depuis cinq ans que je combats sur la
-brche pour le monde qui est Prague, je n'ai eu que
-deux lettres de leur part: la premire du Roi Charles X,
-qui se plaignait amrement des caricatures que nous lui
-avions envoyes contre le Roi Louis-Philippe, et qui nous
-recommandait de cesser d'en faire; la seconde est de
-Madame la Dauphine, qui m'a crit il y a deux mois une
-lettre extrmement svre, et qui m'a renvoy notre journal
-en dclarant qu'elle cessait son abonnement parce que nous
-avions insr un article dans lequel nous disions avoir <i>vu</i>
-ou <i>reu</i> une lettre d'elle qui contenait de bonnes nouvelles
-de M. le duc de Bordeaux. M. Mennechet, navr de ces
-<span class="pagenum"><a id="Page_373"> 373</a></span>
-deux lettres, a quitt la rdaction du journal. Je trouve les
-lettres de Prague trs raisonnables, et trs honorables
-pour ceux qui les ont crites.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 23 septembre 1835.</i>&mdash;J'attends avec impatience
-le retour de M. de Talleyrand de Chteauroux.
-Quoiqu'il soit devenu triste et irritable, sa prsence fait
-bien ici; elle remplit ce grand chteau, elle y maintient le
-bon langage et la bonne tenue. Je sais d'ailleurs, alors,
-pourquoi je suis ici.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 24 septembre 1835.</i>&mdash;Le dire de Bretonneau
-s'est vrifi. M. de Talleyrand est revenu de Chteauroux
-ranim et satisfait de l'accueil du prfet, de l'empressement
-de toute la ville et du succs d'une route qui
-l'intresse.</p>
-
-<p>Madame Adlade me mande que la course que le Roi
-vient de faire la ville d'Eu avait t non seulement bonne
-pour sa sant, mais encore douce son c&oelig;ur et consolante
-pour tous les siens, par les tmoignages d'affection
-impossibles dcrire qu'il a reus tout le long de sa
-route.</p>
-
-<p>Ppin a t enfin repris le 22 au matin, ce que me
-mande aussi Madame, mais elle venait de l'apprendre et
-n'ajoute aucun dtail.</p>
-
-<p>M. de Rigny est signal Toulon, ce qui prouve qu'il
-n'a pas russi dans la ngociation du mariage napolitain.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 28 septembre 1835.</i>&mdash;M. Brenier, qui
-<span class="pagenum"><a id="Page_374"> 374</a></span>
-arrive de Londres, me racontait hier que le gnral Sbastiani
-a autant d'aversion pour la musique que sa femme,
-au contraire, a de got et de plaisir l'entendre. Le mari
-ne permet point sa femme d'aller l'Opra ni au concert.
-Un jour cependant, aprs de longues instances,
-Mme Sbastiani obtint la permission de se rendre un
-concert chez lady Antrobus; c'tait le 18 juin. Le gnral
-devait venir, plus tard, y reprendre sa femme. En effet, il
-s'y rendit au moment o entrait le duc de Wellington, en
-uniforme, entour de beaucoup d'officiers, qui venaient
-tous du grand dner militaire donn l'occasion de l'anniversaire
-de la bataille de Waterloo. Les chanteurs entonnent
-alors un hymne en l'honneur du vainqueur. Sbastiani
-furieux dit M. de Bourqueney, son premier
-secrtaire d'ambassade, qui l'avait accompagn, d'avertir
-Mme Sbastiani qu'il fallait se retirer. Celle-ci, qui n'entend
-pas l'anglais et ne comprenait par consquent pas les
-paroles de la cantate, se refusa d'abord quitter sa place;
-mais M. de Bourqueney, encourag par les gestes du
-gnral en colre, fit enjamber presque de force les banquettes
- la pauvre femme. Ayant enfin rejoint son mari,
-celui-ci lui dit, de l'air doctoral et sentencieux qui lui est
-propre: Je vous avais bien dit, madame, que la musique
-vous porterait malheur!</p>
-
-<p>C'est ce mme M. de Bourqueney, dont, il est ici question
-et qui crivait dernirement dans le <i>Journal des Dbats</i>,
-avant d'aller Londres avec Sbastiani, qui a eu le front
-d'insinuer que c'tait lui qui avait, de Paris, prpar pour
-M. de Talleyrand le discours que celui-ci a adress au Roi
-<span class="pagenum"><a id="Page_375"> 375</a></span>
-d'Angleterre, en lui remettant ses lettres de crance, en
-1830. Voici toute l'histoire de ce discours. M. de Talleyrand,
-achevant sa toilette pour se rendre chez le Roi, me
-dit qu'il lui tait venu l'esprit qu'il serait convenable de
-dire quelques mots, que c'tait l'ancien usage, et que dans
-la circonstance particulire de l'poque, il y verrait de
-l'avantage, mais qu'il manquait de temps pour prparer
-quelque chose, puis il ajouta: Voyons, madame de
-Dino, mettez-vous l et trouvez-moi deux ou trois phrases
-que vous crirez de votre plus grosse criture. C'est ce
-que je fis. Il changea deux ou trois mots mon brouillon;
-je recopiai le tout pendant qu'on lui attachait ses dcorations
-et qu'on lui donnait sa canne et son chapeau. Telle
-est l'histoire exacte de ce petit discours qui, par des allusions
-heureuses et un rapprochement entre 1688 et 1830,
-fut assez remarqu dans le temps<a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">&nbsp;[69]</a>.</p>
-
-<p>Il en est de mme de la lettre de dmission que M. de
-Talleyrand a crite il y a moins d'un an. On prtend gnralement
-qu'elle est de M. Royer-Collard, et voici encore
-ce qui s'est pass cet gard. J'avais, dans ma conscience,
-reconnu qu'il tait d'une ncessit absolue pour M. de
-Talleyrand de donner sa dmission; je familiarisai peu
-peu M. de Talleyrand avec cette rsolution; je savais qu'il
-<span class="pagenum"><a id="Page_376"> 376</a></span>
-tait toujours difficile pour lui de rdiger sa pense,
-et qu'il lui convenait mieux d'agir. Aussi depuis longtemps
-j'avais cherch les paroles qu'il faudrait employer.
-Un jour enfin, au mois de novembre de l'anne
-dernire, dans notre solitude ici, je reparlai M. de Talleyrand
-de la convenance qui, chaque jour, devenait plus
-grande pour lui de donner cette dmission, devant laquelle
-il reculait un peu. Il me dit alors que la lettre pour l'annoncer
-serait trs difficile faire. Je rassemblais immdiatement
-tout ce que j'avais prpar en pense, je le mis
-par crit et retournant une demi-heure aprs chez M. de
-Talleyrand, je le lui lus. Il en fut frapp, et l'adopta en totalit
- l'exception de deux mots qu'il trouvait trop affects.
-Je lui demandai alors de soumettre ce projet de lettre
-M. Royer-Collard; il le voulut bien. Je partis le lendemain
-pour Chteauvieux. M. Royer-Collard trouva la lettre bien,
-seulement il mit la fin, <i>les penses qu'il suggre</i>, au lieu
-de <i>les avertissements qu'il donne</i> que j'avais mis; puis, au
-commencement, il changea une expression qu'il trouvait
-trop pompeuse, et la remplaa par un mot de meilleur
-got. Et c'est ainsi que, sans aucune nouvelle altration,
-cette lettre parut ensuite au <i>Moniteur</i> d'o elle a, pendant
-assez longtemps, occup le public. Toutes les lettres de
-cette poque crites par M. de Talleyrand au Roi, Madame
-Adlade et au duc de Wellington ont t d'abord jetes
-sur le papier et remanies par M. de Talleyrand. La premire
-seule, contenant la dmission, a t corrige par
-M. Royer-Collard; les autres lui ont t simplement communiques,
-il les a toutes approuves.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_377"> 377</a></span>
-<i>Valenay, 1<sup>er</sup> octobre 1835.</i>&mdash;Hier, j'ai t Chteauvieux
-par un temps pouvantable.</p>
-
-<p>M. Royer-Collard disait que les deux hommes les plus
-semblables qu'il et rencontrs taient Charles X et M. de
-la Fayette, tous deux galement fous, galement entts,
-galement honntes. En parlant de M. Thiers, il a dit:
-C'est un polisson, bon enfant, qui a beaucoup d'esprit,
-quelques lueurs mme de grand esprit, mais bon surtout
- perdre un Empire par son tourderie et son enivrement.
-Revenant sur les dernires lois rpressives, il disait: Je
-n'ai pas got la dictature, mais ma raison me dit qu'elle
-peut parfois tre ncessaire. Nous sommes peut-tre dans
-un de ces moments-l. Mais o prendre le Dictateur? Si
-on proposait franchement le Roi, je comprendrais, mais
-les ministres d'aujourd'hui!</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 4 octobre 1835.</i>&mdash;J'ai entendu conter hier
-de singulires histoires sur M. Cousin dont les ides rvolutionnaires
-d'autrefois sont changes en sentiments monarchiques
-les plus exalts. On cite de lui des mots charmants
- ce sujet. Il parat que cet illustre Pair a compos
-un catchisme monarchique et catholique. L'ouvrage fait,
-il va le porter M. Guizot qui l'approuve, ainsi que
-M. Persil, ministre des cultes. On l'imprime, on l'envoie
-aux collges en le recommandant tous les tablissements
-de l'Universit. Tout cela fait, un pauvre prtre vient, le
-livre la main, prouver que tous ces docteurs n'ont oubli
-qu'un seul petit point de la doctrine catholique, celui du
-Purgatoire, dont il n'tait pas fait la moindre mention
-<span class="pagenum"><a id="Page_378"> 378</a></span>
-dans le catchisme doctrinaire, vrifi et approuv par
-M. Guizot qui est ministre de l'Instruction publique, et en
-mme temps de la religion calviniste!</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 10 octobre 1835.</i>&mdash;Un prfet, pdant et
-maussade, refusa de mauvaise grce M. de Talleyrand,
-l'autorisation de planter un bouquet de bois, en disant
-qu'il tait <i> cheval sur la loi</i>.&mdash;Ma foi! rpondit
-M. de Talleyrand, vous montez une fire rosse!</p>
-
-<p>Le clbre Alfieri, aprs avoir donn dans les premires
-ides de la Rvolution franaise, s'en dgota, au point
-de vouloir quitter la France, parce qu'un matin, menant
-lui-mme grandes guides quatre chevaux au bois de Boulogne,
-on les lui avait pris violemment pour le service
-public; le soir mme, il annona son dpart, et aux instances
-qu'on lui faisait de rester en France, il rpondit:
-Eh! que voulez-vous qu'on fasse dans un pays o les
-nobles sont sans poignard et les prtres sans poison!</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 16 octobre 1835.</i>&mdash;Me voici entre dans de
-nouveaux soucis. J'ai t avertie que la princesse de Talleyrand
-tait dans un tait de sant alarmant, et qui menaait
-d'une fin prochaine. La baronne de Talleyrand, qui
-me le mande, me prie d'y prparer M. de Talleyrand.
-J'avoue que j'ai recul devant cette mission. Les ides
-sinistres auxquelles M. de Talleyrand revient si souvent
-depuis quelque temps, la tristesse que lui inspire
-son grand ge, l'inquitude qu'il manifeste chaque
-petite souffrance, l'impression vive et pnible qu'il reoit
-<span class="pagenum"><a id="Page_379"> 379</a></span>
-de la mort de ses contemporains, m'ont fait redouter de
-lui montrer celle de sa femme comme prochaine. Je ne
-craignais pas d'affliger son c&oelig;ur qui n'est nullement intress
-dans cette circonstance; mais la disparition d'une
-personne peu prs de son ge, avec laquelle il a vcu,
-qu'il a jadis assez aime ou laquelle il a t assez soumis
-pour lui donner son nom, tout cela m'a fait croire que le
-danger de la Princesse lui causerait une impression profonde.</p>
-
-<p>Je me suis agite, tourmente pour trouver des insinuations
-dtournes, afin d'aborder la question sans causer de
-saisissement. Mes premires paroles ce sujet ont t
-coutes en silence, sans rponse; puis M. de Talleyrand
-a aussitt parl d'autre chose. Le lendemain cependant, il
-m'en a reparl, mais uniquement, le cas chant, comme
-d'un embarras de deuil, d'enterrement et de billets de
-part. Il m'a dit que si la Princesse mourait, il irait passer
-huit ou quinze jours hors de Paris, et tout cela, il l'a dit,
-non seulement avec la plus grande libert d'esprit, mais
-mme avec un soulagement visible. Il a immdiatement
-abord les questions d'argent, assez importantes, qui se
-lient pour lui la succession de sa femme, par laquelle il
-rentrerait et dans la jouissance d'une rente viagre, et
-encore dans d'autres sommes la proprit desquelles la
-mort de la Princesse mettrait fin pour elle. Tout le reste
-du jour, M. de Talleyrand a montr une sorte de srnit
-et d'entrain, que je ne lui avais pas vue depuis longtemps,
-et qui m'a tellement frappe que, l'entendant fredonner,
-je n'ai pu m'empcher de lui demander si c'tait son
-<span class="pagenum"><a id="Page_380"> 380</a></span>
-prochain veuvage qui le mettait si fort en hilarit. Il m'a
-fait la grimace, comme un enfant qui joue, et a continu
- parler de ce qu'il y aurait faire si la Princesse mourait.
-Outre la satisfaction de retrouver par l plus de facilit
-dans son revenu qui, par plusieurs causes, a notablement
-diminu depuis quelques annes, ce dont il dpitait
-extrmement, il y a probablement, quoiqu'il n'en convienne
-pas, mme avec moi, dans la perspective de cette
-mort, le soulagement de voir briser un lien qui a t le
-plus grand scandale de sa vie, parce qu'il a t le seul
-irrmdiable.</p>
-
-<p class="section"><i>Valenay, 18 octobre 1835.</i>&mdash;Aprs plusieurs mois
-de silence, pendant lesquels le gnral Alava a chou,
-la tte des bandits anglais qu'il avait conduits en Espagne,
-je reois une lettre de lui, de Madrid, du 6 octobre; elle
-commence ainsi: Vous aviez raison, chre Duchesse,
-de dire dans le temps que c'tait tenter la Providence que
-d'aller en Espagne avec des troupes trangres. Cette
-lettre finit par un nouveau retour vers ma prdiction, qui
-parat s'tre ralise pour ce pauvre absurde Alava, beaucoup
-plus qu'il ne peut le supporter. Il insiste cependant
-sur ce que son honneur tait engag cette vie de partisan
-qu'il ennoblit du titre de chevaleresque et qui n'est qu'un
-mauvais don-quichottisme.</p>
-
-<p>Il n'a pas besoin d'expliquer pourquoi il a refus la
-Prsidence, mais il dit avoir accept les Affaires trangres,
-parce qu'il voyait la sret de la Rgente compromise,
-sans dire en quoi. Puis il ajoute qu'aussitt qu'il a t rassur
-<span class="pagenum"><a id="Page_381"> 381</a></span>
-sur ce point, il s'est retir entirement du Cabinet,
-qu'il ne songe plus qu' aller reprendre son poste Londres,
-aussitt aprs la session des Corts. Il parat sentir
-tout ce qu'il y a d'incertain dans cette marche, car il
-s'crie: Dieu seul peut savoir ce qui, d'ici l, peut se
-placer entre moi et Londres. Il termine en disant que s'il
-peut se rendre en Angleterre, ce sera par mer, pour viter
-Paris qui, d'aprs lui, est l'endroit le plus dangereux pour
-un diplomate espagnol.</p>
-
-<p>A l'occasion de la France, il dit ceci: Puisqu'on a
-attendu le <i>casus f&oelig;deris</i> pour agir, le <i>casus mortis</i> o nous
-nous trouvons dispense de penser notre libration, car
-les morts n'ont besoin de rien.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 23 octobre 1835.</i>&mdash;Nous sommes revenus
-Paris depuis quelques jours.</p>
-
-<p>M. le duc d'Orlans, me parlant hier du mariage manqu
- Naples pour sa s&oelig;ur la princesse Marie, m'a dit qu'il
-s'tait adress son beau-frre, le Roi des Belges, qui est
-ici en ce moment, pour qu'il trouvt quelque cadet de
-grande ligne en Allemagne, qui, en pousant la Princesse,
-viendrait s'tablir Paris. La princesse Marie a de
-l'esprit, mais une imagination vive et inquite, le got des
-arts, trs peu l'habitude de la gne et de la reprsentation.
-On verrait dans son tablissement Paris plus d'assurance
-de bonheur pour elle, et plus de facilit que dans un tablissement
-au dehors. Il ne s'en prsente aucun de cette dernire
-espce, les chances mme paraissent s'loigner; la
-Princesse a vingt-trois ans, la Reine s'afflige et s'inquite.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_382"> 382</a></span>
-Les prtentions pour les enfants du Roi se sont, en
-tout, fort amoindries, car M. Guizot disait l'autre jour
-M. de Bacourt qui part pour Carlsruhe, o il faisait remarquer
-qu'il n'y avait pas d'affaires, que cependant il y en
-avait une, celle de conserver la dernire princesse de Bade
-pour M. le duc d'Orlans. Cette Princesse est la fille de
-Stphanie de Beauharnais. Je doute qu'un pareil mariage
-plt au jeune Prince qui, hier encore, propos des Leuchtenberg,
-ne s'est pas bien exprim sur les Beauharnais,
-les taxant tous d'aimer l'intrigue, et ne voulant pas mme
-faire une exception en faveur de la grande-duchesse Stphanie
-de Bade qui, cependant, dans mon opinion, mrite
-une place part, car elle a non seulement de la bont,
-mais encore de l'lvation d'me, un peu trop d'activit
-la vrit et un peu de prtention au bel esprit, mais ses
-sentiments sont tous pris dans un ordre suprieur.</p>
-
-<p>La princesse de Talleyrand est mieux, et si peu occupe
-de son tat qu'elle ne songe qu' se faire assurer de nouveaux
-bienfaits aprs la mort de son mari.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 24 octobre 1835.</i>&mdash;M. Pasquier nous disait
-hier que Fieschi, qui on a t oblig de couper la phalange
-d'un doigt la suite des blessures causes par l'clat
-de la machine infernale, avait, de l'autre main, pris le
-doigt malade, avant que les chirurgiens s'en emparassent,
-et le regardant, avait dit: Mon petit, j'en suis fch,
-mais tu perdras ta tte avant que je perde la mienne.
-Son sang-froid, son courage, sa force physique, ne sont
-gals que par l'excs de sa vanit.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_383"> 383</a></span>
-J'ai trouv les Tuileries tristes, Madame Adlade vieillie,
-le Roi rouge et bouffi, tous deux affligs du dpart du
-Prince Royal pour l'Algrie. Chtier un brigand africain
-ne parat pas un motif suffisant pour exposer une vie aussi
-prcieuse. Ils en veulent aux ministres d'avoir plutt encourag
-qu'arrt le mouvement aventureux et fort naturel
-du jeune Prince.</p>
-
-<p>Le cholra n'est fini ni Toulon ni en Afrique, il peut
-en arriver quelque malheur au Roi. Le mariage manqu
-Naples leur donne des regrets; la froideur extrme du
-nouvel ambassadeur de Russie, tout les jette dans le dcouragement.</p>
-
-<p>L'Empereur de Russie, dans les trente-six heures passes
- Vienne, en hommage apparent au dernier Empereur
-d'Autriche, et en ralit pour charmer M. de Metternich
-par sa femme, et l'archiduc Louis par l'archiduchesse
-Sophie, a couru tout Vienne en fiacre, a forc le caveau o
-le dernier Empereur est dpos, et a trouv moyen, en
-trente-six heures, de changer quatre fois d'uniforme.</p>
-
-<p>Les carlistes, propos de la nomination du comte
-Pahlen comme ambassadeur de Russie en France, disent
-que rien ne prouve mieux le rapprochement de l'Empereur
-Nicolas avec le Roi Louis-Philippe, que le choix d'un
-fils d'assassin comme ambassadeur prs du fils d'un
-rgicide.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 27 octobre 1835.</i>&mdash;M. de Talleyrand disait hier
-qu' son retour d'Amrique, aprs toutes les horreurs de
-la Rvolution, rencontrant Sieys, il lui demanda comment
-<span class="pagenum"><a id="Page_384"> 384</a></span>
-il avait travers cette cruelle poque, ce qu'il avait fait
-pendant ces tristes annes. J'ai vcu, rpondit Sieys!
-C'tait, en effet, ce qu'il y avait de mieux et de plus difficile
- faire!</p>
-
-<p>Le gouvernement, dsirant arriver la mise en libert
-des prisonniers de Ham<a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">&nbsp;[70]</a>, a saisi ardemment quelques
-symptmes de drangement mental qui se manifestaient
-chez M. de Chantelauze, pour atteindre ce but. En consquence,
-M. Thiers, avec l'arrire-pense de faire changer
-aux prisonniers, au bout de quelque temps, une maison
-de sant pour les chteaux de quelques amis qui auraient
-rpondu d'eux, avait nomm une commission de mdecins
-clbres, pour constater l'tat de M. de Chantelauze
-d'abord, et par occasion, celui des autres anciens ministres;
-mais M. de Chantelauze, aussitt qu'il entendit parler
-de l'arrive des mdecins, se hta de dclarer, positivement,
-qu'il les recevrait poliment, comme gens de
-mrite, mais nullement comme mdecins; qu'il ne rpondrait
- aucune de leurs questions, et qu'il veut sa libert
-pleine, entire, immdiate, ou rien du tout. Je ne pense
-pas que ses compagnons d'infortune lui sachent bien bon
-gr de cette humeur ddaigneuse.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 14 novembre 1835.</i>&mdash;Je viens de recevoir des
-lettres de lord et de lady Grey, trs amicales. Ils sont fort
-<span class="pagenum"><a id="Page_385"> 385</a></span>
-occups de leur proprit de Howick, d'o ils m'crivent,
-et paraissent compltement dtachs de la politique.</p>
-
-<p>Lady Grey dit une chose que je rpte de bon c&oelig;ur
-avec elle: If my friends will only love me, and that I
-can possess a garden in summer, and an arm-chair in
-winter, I am perfectly happy in leading the life of an oyster.&mdash;Don't
-expose me to Mme de Lieven, she would think
-me unfit to live!</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 16 novembre 1835.</i>&mdash;M. de Barante est venu
-me dire adieu. Il part demain pour Ptersbourg, le c&oelig;ur
-gros, l'esprit proccup. Depuis le fameux discours de
-l'Empereur Nicolas Varsovie<a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">&nbsp;[71]</a>, que Mme de Lieven
-elle-mme appelle <i>une catastrophe</i>, et les articles du
-<i>Journal des Dbats</i> qui ont comment ce discours, la position
-de l'ambassadeur de France n'est pas rendue facile.
-Il semble, du reste, dans une direction fort sage et d'autant
-plus prudente qu'il l'a reue directement du Roi.</p>
-
-<p>Nous avons dn, hier, aux Tuileries; il n'y avait que
-la famille royale, le service immdiat, et quelques lves,
-amis des petits Princes. M. le duc d'Aumale venait d'tre
-<span class="pagenum"><a id="Page_386"> 386</a></span>
-premier, ce qui le mettait <i>in high spirits</i>. C'tait le seul
-qui me part l'tre, de toute la compagnie.</p>
-
-<p>Le Roi a eu la bont de faire apporter pour moi un
-portrait charmant de Marie Stuart, d'autant plus curieux
-que son origine est touchante. Les femmes de Marie
-Stuart passrent d'Angleterre en Belgique, aussitt aprs
-l'excution de leur matresse; elles portrent avec elles
-ce portrait, qu'elles placrent dans un difice public, o il
-est encore. La Reine des Belges en a fait faire une copie
-parfaite qu'elle a donne au Roi son pre, et c'est cette
-copie que j'ai vue.</p>
-
-<p>Le Roi, dans le courant de la soire, a longtemps caus
-avec M. de Talleyrand, et lui a demand de faire un
-voyage Vienne, ce que celui-ci a dclin, en se rejetant
-sur la saison, sur son ge et sur la prsence d'un autre
-ambassadeur dj accrdit Vienne.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 20 novembre 1835.</i>&mdash;L'effet du fameux discours
-de l'Empereur Nicolas la municipalit de Varsovie
-a t non moins grand et non moins dsagrable Vienne
-qu' Berlin. Les journaux anglais l'ont attaqu violemment:
-le <i>Morning Chronicle</i>, qui est le journal du Cabinet
-whig, a t bien plus violent encore que le <i>Journal
-des Dbats</i>. A propos de celui-ci, il s'est pass quelque
-chose de singulier. Le gouvernement, ennuy de toutes
-les imprudences et inconvenances que commettent les
-<i>Dbats</i>, et qui deviennent gnantes, cause de sa couleur
-semi-officielle, a pens donner un peu plus d'importance
-au <i>Moniteur</i>, y faire insrer des articles soigns,
-<span class="pagenum"><a id="Page_387"> 387</a></span>
-et ter ainsi aux <i>Dbats</i> de leur importance ministrielle.
-Cette pense tait celle du Roi qui l'avait fait adopter par
-son Cabinet, mais lorsqu'il s'est agi de savoir sous la
-direction immdiate de qui se trouverait le <i>Moniteur</i>, le
-duc de Broglie l'a rclam comme prsident du Conseil.
-Le Roi a, alors, aussitt abandonn et fait abandonner le
-projet et les choses sont demeures comme auparavant.</p>
-
-<p>Les lettres d'Angleterre disent le ministre anglais fort
-embarrass. Le timide discours de lord John Russell
-Bristol, sans satisfaire les conservatifs, a irrit les radicaux
-et les catholiques d'Irlande un point extrme, et l'existence
-du Cabinet parat srieusement menace, quoique la
-solution soit ajourne jusqu' la runion du Parlement.</p>
-
-<p>Plus je vois le comte de Pahlen, le nouvel ambassadeur
-de Russie, plus je lui trouve les allures d'un homme
-comme il faut. Je vais en citer une preuve. Je sais de
-source certaine qu'il a crit sa Cour en termes nets,
-simples, droits, bienveillants sur ce qu'il a trouv et sur
-ce qui s'est prsent lui dans ces derniers temps. Il n'a
-pas laiss ignorer combien sa situation sociale souffrait
-des instructions qu'il avait reues; il a ajout qu'il ne se
-sentait pas appel rester dans une semblable position et
-il a dclar nettement que son gouvernement devait ou
-changer ses premires directions, ou le rappeler. C'est
-hier que cette dclaration est partie. Le Roi et Madame Adlade
-attendent avec impatience la rponse qui dcidera,
-ncessairement, de la nature des relations futures entre
-ce gouvernement et celui de Russie.</p>
-
-<p class="section"><span class="pagenum"><a id="Page_388"> 388</a></span>
-<i>Paris, 23 novembre 1835.</i>&mdash;Voici les traits saillants
-d'une lettre que je viens de recevoir du duc de Wellington,
-qui me devait une rponse depuis longtemps: Nous
-sommes toujours sur la grande route o nous sommes
-entrs il y a cinq ans; tout ce que nous pouvons esprer,
-c'est que notre marche ne sera pas trop rapide. L'arrt et
-le retour surtout sont impossibles. Robespierre tait au
-moins honnte homme en fait d'argent; sa puissance
-tait fonde sur le dsintressement; mais ceux qui veulent
-et viendront nous gouverner, ne seront pas touchs
-par la mme considration. Je le crains du moins.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 24 novembre 1835.</i>&mdash;J'ai pass hier une matine
-singulire, dont je veux rendre un compte dtaill. Il
-faut avant, pour l'intelligence du rcit, que je fasse une
-petite prface.</p>
-
-<p>J'ai, de par le monde, une cousine qui s'appelle Louisa
-de Chabannes. Dans sa premire jeunesse, elle avait t
-fort jolie; chantant, dessinant, trs bien leve, mais
-pauvre, elle ne trouva pas se marier, devint retire,
-sauvage, souffrante et presque laide. Je la voyais jadis,
-trois ou quatre fois l'an, et toujours j'tais frappe de
-cette personne affaisse, maigrie, ternie, nerveuse, silencieuse.
-Il y a sept ans, j'appris qu'elle tait entre aux
-Grandes Carmlites. Je n'en fus pas surprise, car quoiqu'elle
-n'et pas prcisment les allures dvotes, il tait
-bien visible qu'elle se sentait froisse dans le monde;
-mais, ainsi que tous ses parents, je fus bien convaincue
-que les austrits de cet ordre rigoureux dtruiraient
-<span class="pagenum"><a id="Page_389"> 389</a></span>
-bientt cette organisation dlicate et souffrante. J'entendais
-cependant, de loin en loin, son frre Alfred dire
-qu'elle vivait et se portait mieux que dans le monde.</p>
-
-<p>Hier matin, on me remet une lettre commenant par:
-Ma chre cousine, et finissant par: S&oelig;ur Thrse
-de Jsus. Je fus d'abord un petit moment sans comprendre,
-puis je me souvins de Louisa de Chabannes.
-Elle me disait dans cette lettre, qu'ayant enfin obtenu de
-ses Suprieures la permission de me voir, elle me suppliait
-de venir aussitt, la journe d'hier tant une de
-celles qui, en si petit nombre, sont accordes aux visiteurs;
-elle ajoutait que, pour ne pas m'effaroucher, elle
-avait, par grande faveur, obtenu de me voir visage dcouvert,
-et sans tmoins. Je me serais fort reproch de dsappointer
-cette pauvre fille, et une visite M. l'archevque
-me conduisant dans ce quartier, je rsolus de faire les
-deux choses le mme jour.</p>
-
-<p>Je suis sortie deux heures et me suis arrte au haut
-de la rue d'Enfer devant un portail surmont d'une croix.
-La tourire m'a dit que les vpres n'taient pas finies, car
-ces religieuses disent chaque jour le grand office, je
-devrais entrer la chapelle. Je m'y suis place. Au fond
-du ch&oelig;ur est une grille arme de pointes en saillie, derrire
-laquelle est un grand voile brun. C'est de l que
-partaient les voix des S&oelig;urs. Il n'y avait, en plus de moi,
-que deux vieilles dames dans la chapelle, qui est orne
-d'une statue du cardinal de Brulle agenouill, en marbre
-blanc, et de plusieurs portraits de sainte Thrse. Je
-n'avais pas vu ma cousine assez souvent pour reconnatre
-<span class="pagenum"><a id="Page_390"> 390</a></span>
-sa voix; d'ailleurs, l'office a fini presque aussitt. Je suis
-rentre chez la tourire, o le mdecin du couvent est
-arriv.</p>
-
-<p>Pendant qu'on allait avertir de sa prsence et de la
-mienne, il a vu que je tremblais de froid, car, dans cette
-maison, il n'y a jamais de feu qu' l'infirmerie et dans la
-cuisine. Le docteur m'a parl alors du rgime intrieur,
-qu'il prtend ne pas tre malsain, et, pour preuve, il me
-disait qu'aprs beaucoup d'observations, il avait constat
-que l'ge moyen auquel les femmes parvenaient dans le
-monde tait trente-sept ans et que, chez les Carmlites, il
-allait cinquante-quatre ans. Il m'a quitte pour aller
-l'infirmerie, et bientt aprs, on m'a mene au parloir,
-toujours sans feu. Un petit fauteuil de jonc, sous lequel
-s'tendait une natte galement en jonc, tait plac auprs
-d'une grille en fer, double de petits montants en bois, et
-derrire cette double sparation un rideau de laine
-brune.</p>
-
-<p>Au bout de quelques instants, j'ai entendu tourner un
-verrou, quelqu'un s'avancer vers la grille, et une voix
-trs claire dire: Deo gratias. Je ne savais ce qu'il fallait
-rpondre, je me suis tue; la mme voix a repris:
-Deo gratias. Alors, je me suis rsigne dire: Je
-ne suis pas prvenue de ce qu'il faut rpondre. Un petit
-clat de rire m'a dconcerte: Ma cousine, c'tait pour
-m'assurer que vous tiez l! Le rideau a t tir, et je
-me suis trouve en face d'un visage rond, frais, de deux
-yeux bleus brillants, d'une bouche souriante. Au lieu
-d'une voix teinte, j'ai entendu des accents timbrs, anims,
-<span class="pagenum"><a id="Page_391"> 391</a></span>
-une parole rapide, des penses douces et bienveillantes,
-avec des assurances d'un bien-tre et d'une satisfaction
-que ne dmentait pas l'aspect le plus consolant
-qu'on pt avoir d'une religieuse svrement clotre. Elle
-a quarante-huit ans, mais ne parat pas en avoir trente-six.
-Elle m'a beaucoup remercie d'tre venue, m'a remis
-une petite mdaille l'effigie de la sainte Vierge, en me
-suppliant de la faire porter, son insu, par M. de Talleyrand.
-Cette mdaille, a-t-elle dit, ramne la foi les
-plus gars. Je ne l'ai pas refuse, je n'ai pas refus
-d'en faire l'usage dsir, c'et t une duret odieuse.
-D'ailleurs, il y a quelque chose de contagieux dans une
-foi aussi sincre et aussi vive! J'ai dit que je guetterais un
-moment favorable pour remplir ces saintes intentions.</p>
-
-<p>Je suis repartie fort touche, fort proccupe, aprs
-avoir dit un adieu probablement ternel cette douce et
-heureuse personne, qui couche sur une planche, ne se
-chauffe jamais, fait maigre toute l'anne, et qui serait bien
-fche de ne pas dire avec sainte Thrse: Souffrir ou
-mourir.</p>
-
-<p>J'ai t, de l, rue Saint-Jacques, au couvent des
-Dames Saint-Michel, pour voir Monseigneur l'Archevque,
-auquel je voulais parler d'un projet de mariage pour mon
-second fils avec Mlle de Fougres. J'ai t mene par une
-des S&oelig;urs, vtue de blanc de la tte aux pieds, dans un
-petit btiment spar, qui donne sur l'immense jardin de
-ces dames. C'est l que vit habituellement M. de Qulen,
-depuis la destruction de son palais. L'appartement est
-joli, propre, trs soign.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_392"> 392</a></span>
-J'ai trouv l'Archevque en bonne sant et en bonne
-disposition d'humeur, fort aise de ma visite. Il m'a aussitt
-parl de mes enfants, de leur avenir, de leur mariage.
-Je n'ai pas hsit entrer dans des dtails avec lui ce
-sujet. Il a bien cout et m'a dit qu'il serait heureux en
-toute circonstance de tmoigner l'intrt qu'il prenait la
-famille de feu M. le cardinal de Prigord et particulirement
- mes enfants; que je devais bien savoir qu'il avait
-pour moi un intrt part, qui tenait mes qualits, et
-ce qu'il avait toujours vu en moi l'instrument dont la Providence
-se servirait probablement pour accomplir l'&oelig;uvre
-de sa grce et de sa misricorde sur M. de Talleyrand. Je
-l'ai engag venir quelquefois, le matin, de loin en loin,
-chez M. de Talleyrand, comme il le faisait avant notre
-dpart pour l'Angleterre. Quand je suis partie, il m'a dit:
-Traitez-moi, comme jadis, en grand parent, si ce n'est
-en ami, et laissez-moi croire que vous reviendrez me voir
-aux approches du jour de l'an. J'ai dit que oui, et que
-je lui demanderais alors de lui prsenter ma fille, qui
-avait t baptise et confirme par lui. Et qui, je l'espre,
-ne sera marie que par moi, a-t-il repris, et l-dessus
-je me suis retire.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 6 dcembre 1835.</i>&mdash;Voici une histoire que
-M. Mol m'a conte hier soir. Mme de Caulaincourt
-(Mlle d'Aubusson) s'est marie en 1812. En sortant de la
-crmonie, elle est rentre au couvent o elle avait t
-leve et son mari est parti pour l'arme. Il a t tu la
-bataille de la Moskowa, o son beau-frre, jeune page de
-<span class="pagenum"><a id="Page_393"> 393</a></span>
-l'Empereur, a disparu, sans qu'on ait pu constater son
-sort. Mme de Caulaincourt, aprs son anne de veuvage,
-est entre dans le monde, sans cependant y aller beaucoup.
-Elle tenait la maison de son pre, veuf depuis longtemps.
-Son frre an, peu de temps aprs avoir pous Mlle de
-Boissy, est devenu fou furieux, et sa s&oelig;ur, la duchesse de
-Vantadour, languit dans une lente consomption. Le pre,
-frapp ainsi dans tous ses enfants, a voulu se remarier.
-Il a, en effet, pous Mme Greffulhe, mre de Mme de
-Castellane. Mme de Caulaincourt s'est retire alors dans
-un couvent, o elle voulait prendre le voile. Son pre s'y
-opposa, et l'archevque de Paris, dont le consentement
-tait ncessaire, n'ayant pas voulu le donner aussi longtemps
-que M. d'Aubusson refusait le sien, Mme de Caulaincourt
-fut oblige d'y renoncer. Elle suivait cependant
-tous les exercices de la communaut, en portait l'habit, et
-ne quittait le couvent que lorsque son pre tait malade.
-Le chagrin de se voir contrarie dans sa vocation a min
-sa sant, au point d'attaquer mortellement sa poitrine.
-Sur son lit de mort, elle a enfin obtenu la permission de
-son pre; alors, elle a fait demander l'Archevque et lui
-a exprim le dsir de prendre le voile en recevant l'extrme-onction.
-Cela a prouv quelques difficults, qui
-cependant ont t leves, et quarante-huit heures avant
-d'expirer, elle a reu les derniers sacrements et le voile
-tant dsir! Hier matin elle est morte, jeune encore, en
-vraie sainte.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 9 dcembre 1835.</i>&mdash;Mme la princesse de Talleyrand
-<span class="pagenum"><a id="Page_394"> 394</a></span>
-est morte il y a une heure. Je n'ai encore parl
-M. de Talleyrand que d'agonie. L mme o il n'y a pas
-d'affection, le mot <i>mort</i> est sinistre prononcer, et je
-n'aime pas l'adresser quelqu'un d'g et de souffrant,
-d'autant plus qu'en se rveillant, il a eu encore une petite
-angoisse au c&oelig;ur, qui a cd, du reste, quand il a mis
-ses jambes dans la moutarde. Il s'est rendormi, et je ne
-lui dirai la mort qu' son rveil. Du reste, il a, je crois,
-grande hte d'tre, tout prix, hors des agitations de ces
-derniers jours.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 15 dcembre 1835.</i>&mdash;M. Guizot, qui est venu,
-hier, chez M. de Talleyrand, a racont qu'on avait trouv
-dans les papiers de M. Ral, ancien chef de la police impriale,
-le manuscrit original des <i>Mmoires</i> du cardinal de
-Retz, ratur par les religieux de Saint-Mihiel; que le gouvernement
-l'avait achet, remis au plus habile chimiste
-de Paris, qui, aprs avoir essay, infructueusement, de
-divers procds, en avait enfin trouv un, qui lui a permis
-d'enlever les surcharges et de lire le texte primitif.
-On va faire une nouvelle dition des <i>Mmoires</i> d'aprs ce
-manuscrit.</p>
-
-<p>Mme d'Esclignac, qui se conduit fort mal propos de
-la succession de la princesse de Talleyrand, a eu hier
-une explication avec la duchesse de Poix. Celle-ci a essay
-de lui faire sentir l'inconvenance de sa conduite, l'odieux
-d'un procs et de la publicit, son ingratitude envers
-M. de Talleyrand qui l'a dote et qui paye encore, en ce
-moment, une pension sa nourrice qu'elle laissait mourir
-<span class="pagenum"><a id="Page_395"> 395</a></span>
-de faim. A tout cela, Mme d'Esclignac a rpondu:
-Je ne crains pas le scandale pour moi, et je le dsire pour
-mon oncle; j'aurai le faubourg Saint-Germain, puisque
-j'ai fait administrer Mme de Talleyrand par l'archevque
-de Paris.</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 21 dcembre 1835.</i>&mdash;Le comte de Pahlen a
-reu, hier, de son gouvernement, des dpches fort satisfaisantes,
-et dans lesquelles on l'assure qu'on ne confond
-pas les extravagances du <i>Journal des Dbats</i> avec la pense
-du Roi et de son Conseil. Ces dpches, arrives par la
-poste, taient, bien dcidment, destines tre connues
-du public. L'Ambassadeur attend, d'un jour l'autre, un
-courrier, qui apportera sans doute, la pense secrte du
-Czar.</p>
-
-<p>La princesse de Lieven, que j'ai rencontre hier chez
-Mme Apponyi, m'a parl de ses propres affaires et m'a
-dit que, depuis longtemps, son mari et elle avaient plac
-toutes leurs conomies hors de Russie pour tre l'abri
-des ukases.</p>
-
-<p>Le prince de Laval disait, hier, assez drlement que
-l'esprit de M. de Montrond se nourrissait de chair
-humaine! M. de Talleyrand trouvait cela <i>trs vrai</i> et <i>trs
-joli</i>!</p>
-
-<p class="section"><i>Paris, 30 dcembre 1835.</i>&mdash;J'ai vu, hier, Madame Adlade
-qui tait trs satisfaite de la sance d'ouverture des
-Chambres, qui avait eu lieu ce matin mme. Elle tait
-contente de l'accueil fait au Roi, l'arrive et la sortie,
-<span class="pagenum"><a id="Page_396"> 396</a></span>
-et, pendant toute sa route, par la garde nationale. On avait
-eu beaucoup de peine s'entendre sur le discours de la
-Couronne, auquel on travaillait encore, dix minutes avant
-la sance. Les mots: L'an de ma race, qui font
-grande sensation, qu'on trouve hardis, mais qui plaisent
-au Corps diplomatique, et aux gens dont l'esprit veut de
-la stabilit, ne sortent ni du Chteau, ni du Conseil. Ils
-taient fondus dans une phrase entire que M. de Talleyrand
-et moi avions rdige et que le Roi avait adopte
-avec attendrissement, mais le Conseil n'a voulu garder
-que les mots indiqus: L'an de ma race. Les carlistes
-les trouvent insolents! Ils reculent, pouvants,
-devant une quatrime race! Les rpublicains ne les
-aiment gure mieux, peut-tre moins encore... Le reste
-approuve beaucoup.</p>
-
-<p>Nous avions hier, dner, Mme de Lieven, M. Edouard
-Ellice, le comte de Pahlen, Matuczewicz et M. Thiers, qui
-tait <i>in high spirits</i> et fort brillant de conversation. Il m'a
-dit, dans un coin, que le Bergeron, celui du Port-Royal,
-avait voulu tenter une nouvelle entreprise; qu'il s'tait
-dguis en femme, avec un de ses amis, que leur projet
-tait que l'on prsenterait une ptition au Roi, pendant
-que l'on tirerait bout portant. Le projet a manqu,
-parce que le Roi, au lieu de se rendre cheval la Chambre,
-comme il le devait, y a t en voiture, cause du
-verglas. On a fait quelques arrestations, mais comme il
-n'y a pas eu commencement d'excution, on suppose
-qu'il faudra finir par relcher les gens arrts.</p>
-
-<p>On a t frapp des huit chevaux qui, pour la premire
-<span class="pagenum"><a id="Page_397"> 397</a></span>
-fois, taient attels la voiture du Roi. En voici la raison,
-inconnue du public. Pour plus de sret, on a fait monter
-le Roi (qui ne s'en doutait pas), dans l'ancienne voiture
-de l'Empereur Napolon, qui tait toute double de fer,
-pour le mettre l'abri des coups de feu; elle est extrmement
-lourde et exige huit chevaux.</p>
-
-<p>Le comte de Pahlen a reu hier un courrier qui lui a
-apport des modifications ses premires instructions, si
-sches et qui rendaient sa position ici odieuse. Il parat
-qu'on a bien compris cela Ptersbourg et qu'on lui
-laisse plus de facilits. Cela mettait Mme de Lieven de
-fort bonne humeur!</p>
-
-<p class="end">FIN DU TOME PREMIER</p>
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_398"> 398</a></span></p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_399"> 399</a></span></p>
-<h2 class="normal">PICES JUSTIFICATIVES<br />
-<span class="medium">I</span><br />
-<span class="small">Page 375.</span></h2>
-
-<p class="hanging indent"><i>Discours adress au Roi d'Angleterre par M. de Talleyrand,
-le 6 octobre 1830, en lui remettant les lettres de crance qui
-l'accrditaient comme ambassadeur de France auprs de S. M. le
-Roi d'Angleterre<a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">&nbsp;[72]</a>.</i></p>
-
-<p class="titre">Sire,</p>
-
-<p>Sa Majest le Roi des Franais m'a choisi pour tre l'interprte des
-sentiments qui l'animent pour Votre Majest.</p>
-
-<p>J'ai accept avec joie une mission qui donnait un si noble but aux
-derniers pas de ma longue carrire.</p>
-
-<p>Sire, de toutes les vicissitudes que mon grand ge a traverses, de
-toutes les diverses fortunes auxquelles quarante annes, si fcondes en
-vnements, ont ml ma vie, rien, peut-tre, n'avait aussi pleinement
-satisfait mes v&oelig;ux, qu'un choix qui me ramne dans cette
-heureuse contre.&mdash;Mais quelle diffrence entre les poques! Les
-jalousies, les prjugs qui divisrent si longtemps la France et l'Angleterre,
-ont fait place aux sentiments d'une estime et d'une affection
-claire. Des principes communs resserrent, encore plus troitement,
-les liens des deux pays. L'Angleterre, au dehors, rpudie, comme la
-France, le principe de l'intervention dans les affaires extrieures de
-ses voisins, et l'ambassadeur d'une Royaut vote unanimement par
-<span class="pagenum"><a id="Page_400"> 400</a></span>
-un grand peuple, se sent l'aise, sur une terre de libert, et prs
-d'un descendant de l'illustre maison de Brunswick.</p>
-
-<p>J'appelle avec confiance, Sire, votre bienveillance sur les relations
-que je suis charg d'entretenir avec Votre Majest, et je la prie d'agrer
-l'hommage de mon profond respect.</p>
-
-<p class="subh">II<br />
-<span class="small">Page 385.</span></p>
-
-<p><i>Discours adress par S. M. l'Empereur Nicolas au Corps municipal
-de la ville de Varsovie, le 10 octobre 1835<a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">&nbsp;[73]</a>.</i></p>
-
-<p>Je sais, Messieurs, que vous avez voulu me parler; je connais
-mme le contenu de votre discours, et c'est pour vous pargner un
-mensonge, que je ne dsire pas qu'il me soit prononc.&mdash;Oui, Messieurs,
-c'est pour vous pargner un mensonge, car je sais que vos
-sentiments ne sont pas tels que vous voulez me les faire accroire.</p>
-
-<p>Et comment y pourrais-je ajouter foi, quand vous m'avez tenu ce
-mme langage la veille de la Rvolution?&mdash;N'est-ce pas vous-mmes
-qui me parliez, il y a cinq ans, il y a huit ans, de fidlit, de
-dvouement, et qui me faisiez les plus belles protestations? Quinze
-jours aprs, vous aviez viol vos serments, vous avez commis des
-actions horribles.</p>
-
-<p>L'Empereur Alexandre, qui avait fait pour vous plus qu'un empereur
-de Russie n'aurait d faire, a t pay de la plus noire ingratitude.</p>
-
-<p>Vous n'avez jamais pu vous contenter de la position la plus avantageuse,
-et vous avez fini par briser vous-mme votre bonheur.&mdash;Je
-vous dis ici la vrit, car je vous vois et je vous parle pour la
-premire fois depuis les troubles.</p>
-
-<p>Messieurs, il faut des actions et non pas des paroles, il faut que le
-repentir vienne du c&oelig;ur; je vous parle sans m'chauffer; vous voyez
-que je suis calme; je n'ai pas de rancune et je vous ferai du bien
-malgr vous.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_401"> 401</a></span>
-Le Marchal, que voici, remplit mes intentions, me seconde, dans
-mes vues, et pense aussi votre bien-tre.</p>
-
-<p>(A ces mots, les membres de la dputation saluent le Marchal.)</p>
-
-<p>Eh bien, Messieurs, que signifient ces saluts? Avant tout, il faut
-remplir ses devoirs, il faut se conduire en honntes gens.&mdash;Vous
-avez, Messieurs, choisir entre deux partis: ou persister dans vos
-illusions d'une Pologne indpendante, ou vivre tranquillement, en
-sujets fidles, sous mon gouvernement.</p>
-
-<p>Si vous vous obstinez conserver vos rves de nationalit distincte,
-de Pologne indpendante et de toutes ces chimres, vous ne
-pouvez qu'attirer sur vous de grands malheurs. J'ai fait lever ici la
-citadelle, et je vous dclare qu' la moindre meute, je ferai foudroyer
-la ville, je dtruirai Varsovie, et, certes, ce n'est pas moi qui
-la rebtirai.</p>
-
-<p>Il m'est bien pnible de vous parler ainsi; il est bien pnible un
-souverain de traiter ainsi ses sujets, mais je vous le dis pour votre
-bien.&mdash;C'est vous, Messieurs, de mriter l'oubli du pass; ce
-n'est que par votre conduite, et par votre dvouement mon gouvernement
-que vous pouvez y parvenir.</p>
-
-<p>Je sais qu'il y a des correspondances avec l'tranger, qu'on envoie
-ici de mauvais crits et que l'on tche de pervertir les esprits; mais
-la meilleure police du monde, avec une frontire comme vous en
-avez une, ne peut empcher les relations clandestines; c'est vous-mmes
- faire le police, carter le mal.</p>
-
-<p>C'est en levant bien vos enfants, en leur inculquant des principes
-de religion et de fidlit leur souverain, que vous pouvez rester
-dans le bon chemin.</p>
-
-<p>Et au milieu de tous ces troubles qui agitent l'Europe, et de toutes
-ces doctrines qui branlent l'difice social, il n'y a que la Russie qui
-reste forte et intacte.</p>
-
-<p>Croyez-moi, Messieurs, c'est un vrai bonheur d'appartenir ce
-pays et de jouir de sa protection.&mdash;Si vous vous conduisez bien, si
-vous remplissez tous vos devoirs, ma sollicitude paternelle s'tendra
-sur vous tous, et, malgr tout ce qui s'est pass, mon gouvernement
-pensera toujours votre bien-tre.</p>
-
-<p>Rappelez-vous bien ce que je vous ai dit!</p>
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_402"> 402</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_403"> 403</a></span></p>
-<h2 class="normal">INDEX BIOGRAPHIQUE<br />
-<span class="medium">DES NOMS DES PERSONNAGES MENTIONNS DANS CETTE CHRONIQUE</span></h2>
-</div>
-
-<p class="alphabet">A</p>
-<ul>
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">BERCROMBY</span> (George-Ralph), 1800-1852.
-Colonel dans l'arme anglaise,
-il fut aussi membre du Parlement
-et lord-lieutenant. Il fit
-partie du cabinet de lord Grey.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">BERDEEN</span> (George-Hamilton-Gordon,
-lord), 1784-1860. Il servit avec
-distinction dans la diplomatie anglaise;
-fit partie de plusieurs ministres,
-et, en 1852, fut appel
-aux fonctions de premier ministre
-qu'il exera pendant trois ans.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">BERGAVENNY</span> (Henry, comte), 1755-1843.
-Il pousa, en 1781, Marie,
-fille unique de lord Robinson. Le
-nom de famille est Neville.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">BRANTS</span> (Laure de Saint-Martin-Permon,
-duchesse D'), 1784-1838.
-Par sa mre, elle descendait de
-la famille impriale des Comnnes.
-Ne Montpellier, elle
-pousa le gnral Junot son retour
-d'gypte, le suivit dans ses
-campagnes, tudia et observa beaucoup,
-et aprs la mort de son mari
-en 1813, se voua l'ducation de
-ses enfants. Elle composa plusieurs
-romans, plus faits pour les cabinets
-de lecture que pour les bibliothques.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">DLADE</span> D'<span class="cap">O</span><span class="smallc">RLANS</span> (Madame), 1777-1847.
-S&oelig;ur cadette du roi Louis-Philippe,
-dont elle fut constamment
-l'amie dvoue. Cette princesse
-exerait sur l'esprit de son
-frre un grand ascendant, on la
-surnommait son <i>Egrie</i>. Femme
-de tte, elle contribua, sous la
-Restauration, rallier autour de
-Louis-Philippe les hommes les
-plus distingus du parti libral,
-et, en 1830, le dcider accepter
-la couronne. Elle ne se
-maria pas et laissa son immense
-fortune ses neveux.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc"><a id="DELAIDE"></a>DLADE</span> (la reine), 1792-1849. Fille
-du duc de Saxe-Meiningen, elle
-pousa en 1818 le duc de Clarence
-qui monta sur le trne d'Angleterre
-sous le nom de Guillaume
-IV.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">GOULT</span> (la vicomtesse D'), Anne-Henriette-Charlotte
-de Choisy, morte
-en 1841. Dame d'atour de Madame
-la Dauphine, qu'elle suivit
-dans son exil, elle mourut Goritz.
-Elle avait pous le vicomte
-Antoine-Jean d'Agoult qui mourut
-en 1828. Il fut grand-croix de
-l'ordre de Saint-Louis, gouverneur
-de Saint-Cloud, pair de France en
-1823 et chevalier du Saint-Esprit
-en 1825.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">LAVA</span> (don Ricardo DE), 1780-1843.
-<span class="pagenum"><a id="Page_404"> 404</a></span>
-Lieutenant-gnral de l'arme espagnole.
-Il fut, en mme temps
-que le prince d'Orange, aide de
-camp du duc de Wellington pendant
-la guerre et contracta alors
-avec le futur roi des Pays-Bas une
-vive amiti. Il fut ministre plnipotentiaire
-d'Espagne en Hollande,
- Londres et Paris, aprs la
-mort de Ferdinand VII. En 1834,
-il fut fait snateur par la reine
-rgente Marie-Christine. Aprs
-l'insurrection de La Granja, il se
-retira des affaires et vint se fixer
-en France o il mourut.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">LBANY</span> (la comtesse D'), 1753-1824.
-Caroline de Stolberg avait pous
-en 1773 le prtendant Charles-Edouard,
-qui avait pris le titre de
-comte d'Albany. Elle s'en spara
-en 1780 et vcut avec le pote
-Alfieri qui elle avait inspir une
-grande passion, et qui l'pousa
-secrtement, aprs la mort du
-comte d'Albany. Aprs qu'Alfieri
-fut mort, la comtesse se retira
-Florence, o elle se lia avec le
-peintre franais Fabre.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">LCUDIA</span> (le comte D'). Homme d'tat
-espagnol. Membre du ministre
-Calomarde du vivant de Ferdinand
-VII, il remplaait aux Affaires
-trangres le ministre Salmon;
-mais il fut toujours un personnage
-secondaire, et perdit son poste
-la mort de Calomarde.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">LDBOROUGH</span> (lady), Cornlie, fille
-ane de Charles Landry, pousa
-en 1804 lord Aldborough.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">LEXANDRE</span> le GRAND. Roi de Macdoine.
-356-323 avant Jsus-Christ.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">LEXANDRE</span> I<sup>er</sup>. Empereur de Russie,
-1777-1825. Fils an et successeur
-de l'empereur Paul I<sup>er</sup>, il eut
-soutenir de grandes luttes contre
-Napolon I<sup>er</sup>.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">LFIERI</span> (le comte Victor), 1749-1803,
-grand pote tragique italien; rest
-orphelin trs jeune, son ducation
-fut trs nglige, mais l'ge de
-vingt-cinq ans, il se fit en lui une
-mtamorphose subite. Pour plaire
- la comtesse d'Albany, qui lui
-avait inspir le got des lettres et
-de la posie, il se jeta dans les
-tudes les plus srieuses, cra un
-systme de composition potique
-nouveau et crivit, en prose, des
-ouvrages qui devaient le placer
-ct de Machiavel.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">LLEN</span> (George), 1770-1843. Mdecin
-et rudit anglais, qui laissa des
-ouvrages historiques, mtaphysiques
-et physiologiques nombreux.
-Trs li avec lord Holland,
-Allen vivait chez lui.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">LTHORP</span> (John-Charles-Spencer,
-lord), 1782-1845. Homme d'tat
-anglais, il fut nomm chancelier
-de l'chiquier, aprs avoir t ministre
-de l'Intrieur et lord de
-l'Amiraut. Mdiocrement dou
-au point de vue de l'loquence et
-des capacits financires, il fut un
-ministre laborieux, consciencieux,
-et d'une honntet politique proverbiale.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">LVANLEY</span> (lord), 1787-1849. Fils de
-Richard Pepper-Arden, ministre
-de la Justice, cr en 1801 lord
-Alvanley, il eut un duel avec Morgan,
-fils d'O'Connell.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">MLIE</span> D'<span class="cap">A</span><span class="smallc">NGLETERRE</span> (la princesse),
-1783-1810. Elle tait la dernire
-des quatorze enfants du roi
-George III d'Angleterre, la favorite
-<span class="pagenum"><a id="Page_405"> 405</a></span>
-et la compagne de son pre. Elle
-mourut vingt-sept ans sans s'tre
-marie.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">MPRE</span> (Jean-Jacques), 1800-1864.
-Professeur au Collge de France,
-littrateur distingu, membre de
-l'Acadmie des inscriptions et
-belles-lettres et de l'Acadmie
-franaise.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">NNE</span> D'<span class="cap">A</span><span class="smallc">UTRICHE</span>. Reine de France.
-1602-1666. Fille ane de Philippe
-II, roi d'Espagne, elle pousa
-Louis XIII, roi de France, et, sa
-mort, devint rgente pendant la
-minorit de son fils Louis XIV.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">NNE</span> <span class="cap">P</span><span class="smallc"><a id="AULOWNA"></a>AULOWNA</span>. Reine des Pays-Bas,
-1795-1865. Elle tait une des filles
-de l'empereur Paul de Russie et
-pousa en 1816 le roi Guillaume II
-des Pays-Bas.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">NNE</span> <span class="cap">S</span><span class="smallc">TUART</span>. Reine d'Angleterre.
-1665-1714. Fille de Jacques II.
-Elle lutta contre Louis XIV et
-runit l'cosse l'Angleterre.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">NTROBUS</span> (lady), 1800-1885. Anne,
-fille unique de Hugh Lindsay,
-pouse de sir Edmond Antrobus.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">PPONYI</span> (la comtesse), 1798-1874.
-Elle tait fille du comte Nogarola;
-elle pousa en 1818 le comte
-Antoine Apponyi, qui fut pendant
-de longues annes ambassadeur
-d'Autriche Paris.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">RBUTHNOT</span> (Mrs), morte en 1834.
-Mrs Arbuthnot et son mari Charles
-Arbuthnot, surnomm <i>Gosch</i> dans
-le monde, taient les amis les plus
-intimes du duc de Wellington,
-chez lequel ils vivaient, et trs
-rpandus dans la haute socit de
-Londres.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">RENBERG</span> (la duchesse D'), ne en
-1730. Louise-Marguerite, fille
-unique et hritire du dernier
-comte de la Mark, pousa, en 1748,
-le duc Charles d'Arenberg.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">RENBERG</span> (le duc D'), Prosper-Louis,
-1785-1861. Il avait pous une
-princesse Lobkowitz en 1819.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">RENBERG</span> (le prince Pierre D'), 1790-1877.
-Il pousa en premires noces,
-en 1829, Mlle de Talleyrand-Prigord,
-qui mourut en 1842; en 1860,
-il se remaria avec la fille du comte
-Kannitz-Rietberg, veuve du comte
-Antoine Starhemberg.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">RENBERG</span> (la princesse Pierre D').
-1808-1842. Alix-Marie-Charlotte,
-fille du duc et de la duchesse de
-Prigord.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">RGENSON</span> (le comte Voyer D'), 1771-1842.
-Petit-fils de Marc-Pierre
-d'Argenson, ministre de la guerre
-sous Louis XV. Il tait entr au
-service militaire en 1791. En 1809,
-il fut prfet du dpartement des
-Deux-Nthes (Anvers). Dput
-sous la Restauration et le gouvernement
-de Juillet, il se fit remarquer
-par ses opinions librales. Il
-avait pous la veuve du prince
-Victor de Broglie, mre du duc
-Victor.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">RNAULT</span> (Antoine-Vincent), 1766-1834.
-Pote tragique et fabuliste
-franais. Il s'attacha de bonne
-heure Bonaparte, qu'il accompagna
-en gypte et qui le nomma
-gouverneur des les Ioniennes;
-puis, il travailla l'organisation
-de l'Instruction publique. Il fut
-admis l'Institut ds 1799 et devint
-en 1833 secrtaire perptuel
-de l'Acadmie franaise.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">SHLEY</span> (sir Antoine), 1801-1881.
-Homme politique et philanthrope
-<span class="pagenum"><a id="Page_406"> 406</a></span>
-anglais. En 1830, il pousa lady
-Emilie Cooper et, en 1851, la
-mort de son pre, devint <i>lord Shaftesbury</i>.
-En 1826, il tait entr
-la Chambre des communes, et
-fit partie de plusieurs ministres.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">THALIN</span> (le baron Louis-Marie), 1784-1856.
-Gnral du gnie en France,
-il fit avec distinction les campagnes
-de l'Empire, reut le titre de baron
-aprs la bataille de Dresde et
-devint, sous la Restauration, aide
-de camp du duc d'Orlans. Il fut
-charg de plusieurs missions diplomatiques
-et nomm pair de
-France quand Louis-Philippe monta
-sur le trne. Aprs 1848, il rentra
-dans la vie prive.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">UBUSSON DE LA</span> <span class="cap">F</span><span class="smallc">EUILLADE</span> (Pierre-Hector-Raymond,
-comte D'), 1765-1848.
-Sous le premier empire, il
-fut chambellan de l'impratrice
-Josphine, puis ministre plnipotentiaire
-et ambassadeur. Il fut
-nomm pair par l'empereur aux
-Cent-Jours. La seconde Restauration
-l'loigna: il ne rentra la
-Chambre des pairs qu'en novembre
-1831. Il tait pre de la duchesse
-de Lvis; il fut le dernier
-de son nom, ayant perdu en 1842
-son fils, devenu fou.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">UGEREAU</span> (Pierre-Franois-Charles),
-1757-1816. Marchal de France
-sous le premier empire, duc de
-Castiglione, il se signala dans plusieurs
-campagnes. Il excuta le
-coup d'tat du 18 fructidor.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">UGUSTE</span> D'<span class="cap">A</span><span class="smallc">NGLETERRE</span> (la princesse),
-fille du roi George III; elle ne se
-maria jamais.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">UTRICHE</span> (l'empereur D'), Ferdinand
-I<sup>er</sup>, 1793-1875. Fils de Franois
-II, il monta sur le trne en
-1835. Son incapacit et sa mauvaise
-sant l'obligrent laisser le
-gouvernement une rgence dirige
-surtout par le prince de Metternich.
-Il abdiqua, en 1848, en
-faveur de son neveu Franois-Joseph
-I<sup>er</sup>.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">UTRICHE</span> (l'archiduc Louis-Joseph
-D'), 1784-1864, fils de l'empereur
-Lopold II et de l'impratrice
-Marie-Louise, fille du roi Charles
-III d'Espagne. Il fut directeur
-gnral de l'artillerie.</li>
-
-<li><span class="cap">A</span><span class="smallc">UTRICHE</span> (l'archiduchesse Sophie D'),
-1805-1872. Fille de Maximilien I<sup>er</sup>,
-roi de Bavire, elle pousa en 1824
-l'archiduc Franois-Charles et fut
-la mre de l'empereur Franois-Joseph
-I<sup>er</sup>.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">B</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ACKHOUSE</span> (John), mort en 1845.
-Homme d'tat et crivain anglais.
-Il fut, pendant quelques annes,
-secrtaire particulier de Canning.
-Il a t deux fois sous-secrtaire
-aux Affaires trangres.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ACOURT</span> (Adolphe-Fourrier DE), 1801-1865.
-Diplomate franais, pair de
-France. Il fut envoy Londres
-auprs du prince de Talleyrand
-qui y tait ambassadeur du roi
-Louis-Philippe. Il fut ensuite ministre
- Carlsruhe, Washington
-et ambassadeur Turin. Il dmissionna
-en 1848.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">AILLOT</span>. Jeune officier, fils unique;
-tu Paris dans l'meute du 13 avril
-1834 par un coup de pistolet,
-<span class="pagenum"><a id="Page_407"> 407</a></span>
-bout portant, pendant qu'il portait
-un ordre du marchal Lobau.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ALBI</span> (la comtesse DE), 1753-1839.
-Elle tait fille du marquis de Caumont-La
-Force et avait pous un
-Gnois, le comte de Balbi. Dame
-d'honneur de la comtesse de Provence,
-elle fut honore de l'amiti
-du comte de Provence (plus tard
-Louis XVIII).</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ARANTE</span> (le baron DE), 1782-1866. Il
-fut successivement auditeur au
-Conseil d'tat, charg de missions
-diplomatiques, prfet de la Vende,
-puis de Nantes, dput, pair
-de France et ambassadeur Saint-Ptersbourg.
-Comme historien, il
-obtint les plus grands succs et
-entra l'Acadmie.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ARRINGTON</span> (Charles). Jeune Anglais,
-de l'intimit de lord Holland vers
-1832.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ARROT</span> (Odilon), 1781-1873. Homme
-politique franais. Il commena sa
-carrire dans le droit et prit une
-part active la rvolution de 1830.
-Sous le rgne de Louis-Philippe, il
-fut le chef de la gauche dynastique.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ARTHE</span> (Flix), 1795-1863. Magistrat
-et homme d'tat franais. Affili
-aux <i>carbonari</i>, il fut un ennemi
-vhment de la Restauration. Dput
-en 1830, il fut ensuite ministre
-de l'Instruction publique,
-garde des Sceaux, prsident de la
-Cour des comptes. En 1834, il fut
-nomm pair. Dans le Cabinet Mol,
-il fut ministre de la Justice. En
-1852, il fut appel au Snat.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ARTHOLONY</span> (Franois), 1796-1881.
-Riche financier genvois, un des
-fondateurs de la Compagnie de chemins
-de fer d'Orlans; il prit une
-part active la cration du Crdit
-foncier de France.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ASTARD</span> D'<span class="cap">E</span><span class="smallc">TANG</span> (le comte), 1794-1844.
-Magistrat et homme politique
-franais. Conseiller la Cour
-en 1810, il fut appel en 1819
-la Chambre des pairs. Il instruisit
-avec intgrit le procs de Louvel,
-montra beaucoup d'indpendance
-politique, et aprs 1830 fut un
-des membres chargs de l'instruction
-du procs des ministres de
-Charles X.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ASSANO</span> (Hughes-Bernard Maret, duc
-DE), 1763-1839. Commena par
-tre avocat, et en 1789, publia
-les bulletins de l'Assemble nationale,
-fondant ainsi le <i>Moniteur
-universel</i>. Bonaparte le nomma,
-aprs le 18 Brumaire, secrtaire
-gnral des consuls, puis ministre.
-Il accompagna toujours l'empereur,
-fut nomm en 1811 duc de
-Bassano, et ministre des Affaires
-trangres. Nomm pair de France
-en 1831 par le roi Louis-Philippe,
-il fut un instant ministre de l'Intrieur
-et prsident du Conseil en
-1834.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ASSANO</span> (duchesse DE), Mme Maret,
-femme du duc de Bassano, fut
-dame d'honneur des impratrices
-Josphine et Marie-Louise.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ATHURST</span> (Henry, comte), 1762-1834.
-Homme d'tat anglais, un des plus
-minents du parti Tory. Il fut ministre
-des Affaires trangres, de
-la Guerre, du Commerce, des Colonies,
-prsident du Conseil form
-par le duc de Wellington dont il
-tait l'ami intime, et se montra
-l'ennemi acharn de Napolon I<sup>er</sup>
-<span class="pagenum"><a id="Page_408"> 408</a></span>
-qu'il fit relguer Sainte-Hlne.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ATTHYNY</span> (la comtesse), 1798-1840.
-Elle tait ne baronne d'Ahrenfeldt
-et avait pous le feld-marchal
-comte Bubna. Devenue veuve
-en 1825, elle se remaria en 1828
-avec le comte Gustave Batthyny
-Strattman.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">AUDRAND</span> (Marie-tienne-Franois,
-comte DE), 1774-1848. Gnral
-franais, servit sous la Rpublique,
-dans les armes du Rhin et d'Italie,
-prit part comme chef d'tat-major
- la bataille du Mont Saint-Jean,
-devint pair de France sous
-Louis-Philippe, aide de camp du
-duc d'Orlans au sige d'Anvers
-en 1832 et, en 1837, gouverneur
-du comte de Paris.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">EAUHARNAIS</span> (Eugne DE), 1781-1824.
-Fils du gnral de Beauharnais et
-de Josphine Tascher de la Pagerie,
-plus tard impratrice par son
-second mariage avec Bonaparte,
-Eugne de Beauharnais prit une
-part active aux guerres de l'empire;
-en 1805, il fut nomm vice-roi
-d'Italie et en 1806 il pousa la
-princesse Auguste, fille du roi de
-Bavire. Aprs la chute de Napolon,
-il se retira en Bavire, avec
-le titre de duc de Leuchtenberg.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc"><a id="EAUHARNAIS"></a>EAUHARNAIS</span> (Hortense DE), 1783-1837.
-Fille de l'impratrice Josphine,
-elle pousa, en 1802, Louis
-Bonaparte, roi de Hollande, et fut
-mre de Napolon III. La Restauration
-lui donna une pension et le
-titre de duchesse de Saint-Leu.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">EAUHARNAIS</span> (Stphanie DE), 1789-1860.
-Fille de Claude de Beauharnais,
-chambellan de l'impratrice
-Marie-Louise, elle avait pous en
-1806 le grand-duc Charles-Louis-Frdric
-de Bade, dont elle devint
-veuve en 1818.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">EAUVEAU</span> (la marchale, princesse
-DE), 1720-1807. Marie-Charlotte
-de Rohan-Chabot avait d'abord
-pous en 1749 J.-B. de Clermont
-d'Amboise; devenue veuve, elle
-se remaria en 1764 avec le prince
-de Beauveau.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">EAUVILLIERS</span> (la duchesse DE), 1774-1824.
-Elle tait la septime fille
-du duc de Mortemart, et de son
-premier mariage avec Mlle d'Harcourt.
-Elle pousa le duc Franois
-de Beauvilliers de Saint-Aignan,
-pair de France.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">EDFORD</span> (John, duc DE), 1766-1839.
-Il pousa d'abord une fille du vicomte
-de Torrington, et en secondes
-noces, une fille du duc de
-Gordon. Son troisime fils fut lord
-John Russell.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">EDFORD</span> (la duchesse DE), morte en
-1853. Fille d'Alexandre, duc de
-Gordon, elle pousa en 1803 le
-duc de Bedford.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ERA</span> (la duchesse DE), 1793-1874.
-Marie-Thrse, infante de Portugal,
-devint veuve en 1813 de don
-Pedro-Charles, infant d'Espagne,
-se remaria l'infant don Carlos
-d'Espagne en 1828 et en devint
-veuve en 1855.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ELFAST</span> (lady), 1799-1860. Anne-Henriette,
-fille ane de Richard,
-comte de Glengall, pousa en 1822
-le baron de Belfast.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ELGES</span> (la reine des), Louise, princesse
-d'Orlans, 1812-1850. Seconde
-femme du roi Lopold I<sup>er</sup>
-de Belgique et fille de Louis-Philippe,
-roi des Franais.
-<span class="pagenum"><a id="Page_409"> 409</a></span></li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ENKENDORFF</span> (Alexandre, comte),
-1784-1844, officier russe. Lors de
-la rbellion de 1825, il se montra
-dvou l'empereur Nicolas, qui
-le prit comme aide de camp, le fit
-comte et snateur. Il tait frre
-de la princesse de Lieven.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">RANGER</span> (Mme DE), morte en 1826.
-Mlle de Lannois pousa en 1793
-le duc de Chtillon-Montmorency.
-Devenue veuve, elle se remaria
-en 1806 avec le comte du Gua de
-Branger.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">RANGER</span> (Mlle lisabeth DE), fille
-du second mariage de la duchesse
-de Chtillon, elle pousa le comte
-Charles de Vog, frre du marquis.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ERGAMI</span> (Barthlemy). Postillon italien
-des curies de la Reine Caroline,
-pouse de George IV d'Angleterre;
-la reine l'leva au rang
-de chambellan, aprs qu'elle eut
-quitt l'Angleterre et se fut rfugie
-en Italie. Il tait trs beau.
-Il avait deux frres, Balloti et
-Louis. La Princesse donna l'intendance
-de sa maison celui-ci et
-chargea l'autre de sa caisse; leur
-s&oelig;ur, qui avait pous un comte
-Oldi, devint sa dame d'honneur.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ERGERON</span> (Louis), n en 1811. Journaliste
-franais. Aprs 1830, il se
-jeta dans le mouvement rpublicain
-et fut accus, en novembre
-1832, d'avoir tir sur Louis-Philippe;
-il fut acquitt, mais en 1840,
-ayant soufflet en plein Opra
-M. de Girardin pour une question
-de polmique, il fut condamn
-trois ans de prison.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ERRY</span> (le duc DE), 1778-1820. Second
-fils du comte d'Artois (Charles
-X), il suivit sa famille dans
-l'migration et revint en France
-en 1814. En 1816 il pousa la
-princesse Caroline de Naples. Il
-fut assassin Paris, le 13 fvrier
-1820, par Louvel, qui voulait
-teindre en lui la race des Bourbons,
-mais il laissa un fils posthume,
-le duc de Bordeaux.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ERRY</span> (la duchesse DE), 1798-1870.
-La princesse Caroline, fille de
-Franois I<sup>er</sup>, roi des Deux-Siciles;
-elle pousa, en 1816, le duc de
-Berry, second fils de Charles X, et
-fut la mre du duc de Bordeaux.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ERRYER</span> (Antoine), 1790-1868. Avocat
-de premier ordre, orateur du
-parti lgitimiste, il fut plusieurs
-fois dput et entra l'Acadmie
-en 1855. Il avait pous, vingt
-ans, Mlle Caroline Gauthier. Ses
-dernires annes se passrent dans
-la retraite, dans sa terre d'Augerville.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">RULLE</span> (le cardinal Pierre DE),
-1575-1629. Aussi distingu par
-son caractre doux et conciliant
-que par sa fermet religieuse et
-l'tendue de son savoir, il seconda
-puissamment le cardinal du Peyron
-dans ses controverses avec les
-protestants. Il tablit en France
-l'ordre des Carmlites et fonda la
-congrgation de l'Oratoire.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ERTIN</span> DE <span class="cap">V</span><span class="smallc">EAUX</span>. 1766-1842. N
-Essonnes; il fonda en 1799 le
-<i>Journal des Dbats</i> avec son frre.
-Il fut conseiller d'tat, dput et
-vice-prsident de la Chambre,
-ministre La Haye et pair de
-France.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">IGNON</span> (Louis-Pierre-douard, baron),
-<span class="pagenum"><a id="Page_410"> 410</a></span>
-1771-1841. Diplomate franais,
-il fut secrtaire de lgation
-en Suisse, en Sardaigne, en Prusse;
-ministre Cassel, Carlsruhe;
-administrateur en Pologne et en
-Autriche sous le premier empire;
-il fut dput en 1817 et pair de
-France en 1837.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">IRON</span> (Armand-Louis, duc DE), 1747-1793.
-Connu sous le nom de
-Lauzun. Il fit la guerre de l'Indpendance
-en Amrique. En 1792,
-il fut nomm gnral en chef des
-armes du Rhin. Accus de trahison
-par le comit du Salut public
-et traduit devant le tribunal rvolutionnaire,
-il fut condamn mort
-et excut.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">IRON</span>-<span class="cap">C</span><span class="smallc">OURLANDE</span> (la princesse Antoinette
-DE), 1813-1881, pousa le
-comte de Lazareff, colonel russe.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">JOERSTJERNA</span> (Magnus-Frdric-Ferdinand),
-1779-1847. Aprs la bataille
-d'Eckmhl, il fut envoy en
-mission auprs de Napolon I<sup>er</sup>; il
-fut, plus tard, ministre plnipotentiaire
- Londres.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">LACAS</span> (Pierre-Louis-Jean, duc DE),
-1770-1839. Il s'attacha la personne
-de Louis XVIII pendant son
-exil, et, la Restauration, il fut
-nomm ministre de la maison du
-roi. En 1815, il entra la Chambre
-des pairs et fut envoy Naples
-pour ngocier le mariage du duc
-de Berry avec la princesse Caroline,
-et Rome pour conclure un
-concordat qui n'a jamais t appliqu.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">OIGNE</span> (la comtesse DE), 1780-1866.
-Adle d'Osmond pousa en 1798,
-pendant l'migration, le comte de
-Boigne, qui, aprs une vie d'aventures,
-tait revenu fort riche des
-Indes. De 1814 1859, le salon
-de Mme de Boigne fut, Paris,
-l'un des plus importants du monde
-aristocratique, diplomatique et politique.
-Le duc Pasquier en tait
-le plus fidle habitu.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">OISMILON</span> (Jacques-Dominique DE),
-1795-1871. Professeur franais. Il
-fut choisi comme secrtaire du
-duc d'Orlans; plus tard, il fut attach
-au comte de Paris et promu
-officier de la Lgion d'honneur en
-1845.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">OISSY</span> (Mlle Rouill DE). S&oelig;ur du
-marquis de Boissy, pair de France,
-elle avait pous le comte Pierre
-d'Aubusson qui devint fou, et dont
-elle devint veuve en 1842. Elle
-mourut elle-mme en 1855.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">OLIVAR</span> (Simon), 1783-1830. Le librateur
-de l'Amrique. Il affranchit
-le Venezuela et la Nouvelle-Grenade,
-qu'il unit, sous le nom de
-Colombie, en une seule Rpublique.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ONAPARTE</span> (le gnral), voir <span class="cap">N</span><span class="smallc"><a href="#APOLEON">APOLON</a></span>
-I<sup>er</sup>.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ONAPARTE</span> (Jrme), 1784-1860. Roi
-de Westphalie. Il tait le plus
-jeune frre de Napolon I<sup>er</sup>. Dans
-sa jeunesse, il avait pous miss
-Paterson dont l'Empereur le fora
- divorcer pour pouser la princesse
-Catherine de Wrtemberg.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ONAPARTE</span> (Lucien), 1773-1840. Troisime
-frre de Napolon I<sup>er</sup>. Plein de
-talents, mais d'un caractre indpendant,
-il essuya la disgrce de
-son frre et se retira Rome o
-le pape Pie VII rigea en principaut
-sa terre de Canino.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ONNIVARD</span> (Franois DE), 1494-1571.
-<span class="pagenum"><a id="Page_411"> 411</a></span>
-Chroniqueur et homme politique.
-Prieur de Saint-Victor dans le territoire
-de Genve. Il se ligua avec
-les patriotes de cette ville contre
-Charles III, duc de Savoie, qui en
-convoitait la possession. Le duc,
-devenu matre de Genve, emprisonna
-Bonnivard Chillon o il
-resta six ans. Lord Byron l'a mis
-en scne dans son beau pome
-<i>le Prisonnier de Chillon</i>.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ORDEAUX</span> (le duc DE), 1820-1883.
-Fils du duc de Berry et petit-fils
-de Charles X. Il vcut dans l'exil
-avec sa famille partir de 1830,
-soit Venise, soit Frohsdorf en
-Styrie, o il portait le titre de
-comte de Chambord. Il avait
-pous une archiduchesse d'Autriche
-et n'eut jamais d'enfant.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">OULE</span> (Andr-Charles), 1642-1732.
-bniste dont les ouvrages sont
-trs recherchs.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">OURQUENEY</span> (baron, puis comte DE),
-1800-1869. Attach la rdaction
-du <i>Journal des Dbats</i>, puis matre
-des requtes au conseil d'tat, il
-entra ensuite dans la diplomatie,
-et fut secrtaire de l'ambassade
-de Londres, puis en 1844 ambassadeur
- Constantinople, et en
-1859 Vienne. Il quitta bientt
-aprs la carrire diplomatique
-pour entrer au Snat.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">RAGANCE</span> (la duchesse DE), 1812-1873.
-Amlie-Auguste, fille d'Eugne
-de Beauharnais, vice-roi
-d'Italie, et d'une princesse de Bavire,
-fut la deuxime femme de
-l'empereur du Brsil dom Pedro I<sup>er</sup>,
-dont elle devint veuve en 1834.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">RENIER DE</span> <span class="cap">R</span><span class="smallc">ENAUDIRE</span> (le baron),
-1807-1885. Il fut charg en 1828
-d'une mission en Grce, et plus
-tard secrtaire d'ambassade
-Londres, Lisbonne et Bruxelles.
-En 1855, il tait ministre
-Naples.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">RESSON</span> (Charles, comte), 1788-1847.
-Diplomate franais, il fut
-chef de division au ministre des
-affaires trangres sous Napolon
-I<sup>er</sup>. Nomm en 1833 premier
-secrtaire Londres, il reut en
-1836 le poste de ministre Berlin
-o il rtablit les relations
-d'amiti entre la France et la
-Prusse. En 1841, il devint ambassadeur
- Madrid, et, en 1847,
-Naples o il se tua bientt, dans
-un accs de dmence.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">RETONNEAU</span> (Pierre, docteur), 1778-1862.
-Clbre mdecin franais,
-rsidant Tours, son pays d'origine,
-o il s'tait tabli, indiffrent
- la renomme. Il fut une
-des gloires mdicales de la France
-et fit beaucoup de bien aux
-pauvres.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ROGLIE</span> (le duc DE), Achille-Charles-Victor,
-1785-1870. Membre de la
-Chambre des pairs, il s'y honora
-en dfendant le marchal Ney,
-lors de son procs. Attach au
-parti doctrinaire, il fut plusieurs
-fois ministre sous Louis-Philippe.
-Il fut membre de l'Acadmie franaise.
-Il avait pous la fille de
-Mme de Stal.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ROGLIE</span> (la duchesse DE), 1797-1840.
-Albertine de Stal pousa en 1814
-le duc Victor de Broglie. Mme de
-Broglie tait belle, srieuse, pieuse
-et passait pour un peu svre.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ROOKE</span> (lord), n en 1818, il pousa
-en 1852 Anne, fille du comte de
-<span class="pagenum"><a id="Page_412"> 412</a></span>
-Wemyss, et succda en 1853
-son pre comme lord Warwick.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ROUGHAM</span> (Henry, lord), 1778-1868.
-Homme politique et crivain anglais,
-il collabora avec clat la
-<i>Revue d'Edimbourg</i> et fut, par de
-grands succs au barreau, conduit
-au Parlement en 1810. Il fut l'avocat
-clbre et heureux de la reine
-Caroline accuse d'adultre. Il se
-distingua toujours par la dfense
-des ides librales. Il devint pair
-et chancelier sous le ministre de
-lord Grey, en 1830.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">ROUGHAM</span> (lady), morte en 1865.
-Marie-Anne, fille de sir Thomas
-Eden, avait pous d'abord lord
-Spalding. Devenue veuve, elle
-pousa lord Brougham en 1819.
-Une seule fille naquit de ce mariage,
-elle se nommait lonore,
-et mourut dix-sept ans d'une
-maladie de poitrine. Ce fut dans
-l'espoir de la ramener la vie
-que lord Brougham construisit,
-dans le beau climat de Cannes,
-une maison qui fut le commencement
-de la prosprit de cet endroit.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span>LOW (Henri, baron DE), 1790-1846.
-Diplomate prussien. En 1827, il
-fut nomm ministre en Angleterre
-et prit part aux confrences de
-Londres en 1831. Plus tard, il
-fut charg du portefeuille des
-Affaires trangres en Prusse. Il
-avait pous la fille de Guillaume
-de Humboldt.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">URGHERSH</span> (John, lord), 1811-1859.
-Aprs la mort de son pre, comte
-de Westmorland. Ancien aide de
-camp du duc de Wellington, il
-passa dans la diplomatie, fut ministre
- Florence, Berlin,
-Vienne. Grand musicien, il a compos
-plusieurs opras.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">UTERA</span> (le prince DE), mort en
-1841. Anglais, du nom de Wilding,
-qui avait pous la princesse
-de Butera, d'une grande famille
-de Palerme. Par un dcret du roi
-des Deux-Siciles, il fut autoris en
-1822 ajouter ce titre son nom.
-En 1835, un autre dcret lui accorda,
-en toute proprit, le titre
-de prince de Radoli qu'il porta
-jusqu' sa mort. Il ne laissa point
-d'enfant.</li>
-
-<li><span class="cap">B</span><span class="smallc">YRON</span> (George-Gordon, lord), 1788-1824.
-Clbre pote anglais. Au
-moment de l'insurrection hellnique,
-il se rendit en Grce et
-mourut Missolonghi.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">C</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ALOMARDE</span> (Franois-Thad), 1775-1842.
-Homme d'tat espagnol qui
-fut l'me de la politique de son
-pays aprs le rtablissement de
-Ferdinand VII. Il fit partie, en
-1824, du ministre de grce et de
-justice, o il sut se conserver une
-influence prpondrante sur les
-dterminations du roi. Il devint
-l'me du parti rtrograde, prit
-part au dcret par lequel Ferdinand
-VII abolissait la loi salique
-en Espagne, et fit punir svrement
-les tentatives carlistes. Mais
-lors de la grave maladie du Roi en
-1832, o on le crut mort, Calomarde
-fut le premier saluer don
-Carlos du titre de Roi, et la reine
-Christine devenue rgente l'exila
-<span class="pagenum"><a id="Page_413"> 413</a></span>
-dans ses terres. Il allait y tre
-arrt lorsqu'il s'enfuit en France
-o il vcut dans la retraite jusqu'
-sa mort.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">AMBRIDGE</span> (la duchesse Auguste DE),
-1797-1889. Elle tait fille du
-landgrave Frdric de Hesse-Cassel,
-et pousa en 1818 le duc
-Adolphe-Frdric de Cambridge,
-septime fils du roi George III
-d'Angleterre. Elle devint veuve en
-1857.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">AMPAN</span> (Mme), 1752-1822. Jeanne
-Genest, devint quinze ans lectrice
-de Mesdames, filles de
-Louis XV. Elle pousa M. Campan
-et devint premire femme de
-chambre de Marie-Antoinette.
-Pendant la Rvolution, retire
-dans la valle de Chevreuse, elle
-y fonda un pensionnat o Mme de
-Beauharnais fit entrer sa fille.
-Napolon I<sup>er</sup> nomma, plus tard,
-Mme Campan surintendante de la
-maison qu'il fonda Ecouen pour
-l'ducation des filles de la Lgion
-d'honneur.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ANINO</span> (Charles-Jules-Laurent, prince
-DE), et de Musignano, 1803-1857.
-Fils de Lucien Bonaparte, il pousa
-une fille de Joseph Bonaparte.
-Prsident de l'Assemble constituante
-romaine en 1848, naturaliste
-distingu, correspondant de
-l'Institut de France.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ANIZZARO</span> (la duchesse DE). Elle tait
-Anglaise, et avait pous Franois
-de Plantamone, duc de Canizzaro,
-qui fut pendant plusieurs annes
-ministre des Deux-Siciles accrdit
- la cour d'Angleterre.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ANNING</span> (George), 1770-1827.
-Homme d'tat anglais. Il laissa le
-barreau et se fit nommer la
-Chambre des communes en 1793,
-y soutint Pitt qui le fit nommer
-sous-secrtaire d'tat. Plus tard,
-il fut dans l'opposition; puis fut
-ambassadeur Lisbonne. Il voyagea
-sur le Continent et ses liaisons
-avec les libraux de Paris
-changrent ses principes. En 1822,
-il fut appel au ministre des
-Affaires trangres et s'employa,
-depuis lors, des rformes librales.
-Il fit des efforts gnreux
-en faveur des catholiques.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ANNING</span> (Charles-John, comte), 1812-1862.
-Homme d'tat anglais, fils
-de G. Canning. Il entra en 1836
- la Chambre des communes du
-ct de l'opposition dirige par
-sir Robert Peel. A la mort de son
-pre, il entra la Chambre des
-lords et fut sous-secrtaire d'tat
-aux Affaires trangres; en 1846,
-il fut nomm directeur gnral
-des Eaux et Forts; en 1852, directeur
-gnral des Postes, puis
-gouverneur des Indes, o il eut
-lutter pendant deux ans contre
-l'insurrection.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ANNING</span> (lady), 1817-1861. Fille
-ane de lord Stuart de Rothesay,
-elle pousa lord Canning en 1835
-et mourut sans laisser d'enfants.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ANOVA</span> (Antoine), 1757-1822. Clbre
-sculpteur italien.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">APO</span> D'<span class="cap">I</span><span class="smallc">STRIA</span> (Jean-Antoine, comte),
-1776-1831. N Corfou, il fit son
-ducation en Italie et entra au
-service russe. L'empereur Alexandre
-I<sup>er</sup> l'employa plusieurs missions
-en Allemagne, en Turquie,
-en Suisse; il fut plnipotentiaire
-au deuxime trait de Paris en
-<span class="pagenum"><a id="Page_414"> 414</a></span>
-1815. Plus tard, retir en Suisse,
-il prta son appui aux Grecs rvolts.
-Il fut assassin par les fils
-du Bey des Mainotes.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ARLISLE</span> (Georges-William, vicomte
-Morpeth, lord), 1802-1864. Petit-fils,
-par sa mre, de la belle duchesse
-de Devonshire; il remplit
-avec distinction les fonctions de lord-lieutenant
-d'Irlande, sous le ministre
-libral de lord John Russell.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ARLOTTA</span> (l'infante), 1804-1844. Fille
-du roi des Deux-Siciles, s&oelig;ur de
-la reine Marie-Christine d'Espagne
-et pouse de don Francesco de
-Paulo, infant d'Espagne.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">AROLINE</span> (la reine), 1781-1821. Fille
-du duc de Brunswick, elle pousa
-en 1795 le prince de Galles qui fut
-rgent en 1810 et devint roi d'Angleterre
-en 1820 sous le nom de
-George IV. Son mari l'accusa
-publiquement d'adultre dans un
-procs clbre. L'enqute ne constata
-que des inconsquences chez
-cette Princesse.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ARRACHE</span> (Annibal), 1560-1609. Considr
-comme le plus grand des
-peintres de sa famille, o ils taient,
-presque tous, des artistes distingus.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ARREL</span> (Armand), 1800-1836. Clbre
-publiciste franais. Ancien
-lve de Saint-Cyr, il prit une
-part active aux conspirations semi-librales,
-semi-bonapartistes sous
-la Restauration, et, au moment de
-la rvolution espagnole, alla secrtement
-soutenir les constitutionnels.
-Il quitta l'pe pour la
-plume, devint rdacteur en chef
-du <i>National</i>, journal fond par
-MM. Thiers et Mignet dans le but
-de hter la chute des Bourbons et
-de prparer l'avnement de la
-maison d'Orlans. Ce ne fut qu'en
-1832 que le <i>National</i> arbora le
-drapeau rpublicain. Carrel se
-battit en duel avec M. de Girardin
-et mourut quarante-huit heures
-aprs, des suites de ses blessures.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ASTELLANE</span> (Andr, marquis DE),
-1758-1837. Dput de la noblesse
-en 1789, il s'unit au Tiers-tat et
-fut secrtaire de l'Assemble constituante.
-Jet en prison pendant la
-Terreur il n'chappa la mort
-que par la chute de Robespierre.
-En 1802, il fut nomm prfet
-des Basses-Pyrnes, et, ensuite,
-matre des requtes au conseil
-d'tat. Louis XVIII le nomma
-pair de France en 1815 et lieutenant-gnral
-l'anne suivante. Il
-fut le pre du marchal de Castellane.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ASTELLANE</span> (comtesse DE), 1796-1847.
-Cordelia Greffulhe, pousa
-en 1813 le comte de Castellane,
-plus tard marchal de France.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ASTLEREAGH</span> (Robert Stewart, marquis
-de Londonderry, vicomte),
-1769-1822. Entra de bonne heure
- la Chambre des communes o il
-soutint la politique de Pitt. Ennemi
-acharn de la Rvolution franaise,
-me des coalitions contre Napolon
-I<sup>er</sup>, il fournit des subsides aux
-puissances pendant qu'il tait ministre
-de la guerre. Lors du congrs
-de Vienne, en 1815, il sacrifia
-la Pologne, la Belgique, la Saxe
-et Gnes; sa conduite fut vivement
-attaque au Parlement. Dans
-un accs de dmence, il mit fin
-ses jours.
-<span class="pagenum"><a id="Page_415"> 415</a></span></li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ASTRIES</span> (Armand-Charles-Augustin
-de la Croix, duc DE), 1756-1842.
-Dput aux tats gnraux, il avait
-fait comme colonel la guerre de
-l'Indpendance en Amrique. Il
-dfendit nergiquement les prrogatives
-de la royaut et blessa
-au bras Charles de Lameth dans
-un duel n d'une discussion politique,
-ce qui l'obligea passer en
-Allemagne. En 1814, il fut nomm
-pair de France, gnral de division.
-Plus tard, il se rallia la
-monarchie de Juillet.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ATHERINE</span> <span class="cap">D'</span><span class="smallc">ARAGON</span>, 1483-1536. Fille
-de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle
-de Castille, elle pousa successivement
-Henri VII et Henri VIII
-d'Angleterre. Ce dernier la rpudia
-pour pouser Anne de Boleyn,
-et ce divorce fut l'origine du
-schisme en Angleterre.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ATHERINE</span> DE <span class="cap">M</span><span class="smallc">DICIS</span>, 1519-1589.
-Reine de France. Fille de Laurent
-II de Mdicis, elle pousa
-Henri II, roi de France, et fut
-rgente pendant la minorit de
-son second fils Charles IX. Catherine
-avait apport d'Italie le got
-des arts, elle construisit le palais
-des Tuileries et continua le
-Louvre.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ATHERINE</span> <span class="cap">P</span><span class="smallc">AULOWNA</span> (la grande-duchesse),
-1788-1819. Fille de l'empereur
-Paul I<sup>er</sup> de Russie, elle
-pousa d'abord le prince Pierre de
-Holstein, puis Guillaume I<sup>er</sup>, roi
-de Wrtemberg, dont elle eut une
-fille.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">AULAINCOURT</span> (la comtesse DE), morte
-en 1835. Blanche d'Aubusson,
-pousa en 1812 Auguste-Jean-Gabriel
-de Caulaincourt, qui fut tu
- la bataille de la Moskova, et qui
-tait frre du duc de Vicence.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ELLES</span> (Antoine-Charles, comte de
-Visher DE), 1769-1841, d'une famille
-illustre du Brabant, il fut
-lu dput aux tats-gnraux de
-cette province. Napolon I<sup>er</sup> le
-nomma matre des requtes au
-conseil d'tat et prfet de la Loire-Infrieure,
-puis du Zuyderze.
-Aprs 1814, devenu sujet du roi
-des Pays-Bas, il fut lu pendant
-quelque temps aux tats provinciaux.
-Le roi Lopold l'ayant envoy
-comme ministre plnipotentiaire
-en France, M. de Celles se
-fit naturaliser, et devint conseiller
-d'tat en France en 1833. Il tait
-le beau-frre du marchal Grard.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HABANNES</span> LA <span class="cap">P</span><span class="smallc">ALICE</span> (le comte Alfred
-DE), 1799-1868. Il fut d'abord
-garde du corps de Louis XVIII,
-puis chef d'escadron et colonel
-aprs le sige d'Anvers. Il devint
-gnral de brigade et aide de
-camp du roi Louis-Philippe en
-1840. Il quitta le service en 1848
-et suivit la famille royale en exil.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HABANNES</span> (Louisa DE), 1791-1869.
-Religieuse carmlite; elle fut suprieure
-du couvent de Paris pendant
-plusieurs annes, puis de
-celui de Bruxelles o elle mourut.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HALAIS</span> (la princesse DE), Marie-Franoise
-de Rochechouart-Mortemart,
-pousa en premires noces
-le marquis de Cany dont elle eut
-une fille qui fut la grand'mre du
-prince de Talleyrand. Elle pousa,
-en secondes noces, Louis-Charles
-de Talleyrand, prince de Chalais,
-qui mourut en 1757. Elle tait
-dame du palais de la Reine.
-<span class="pagenum"><a id="Page_416"> 416</a></span></li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HALAIS</span> (la princesse DE), morte en
-1834. lolie-Pauline Beauvilliers
-de Saint-Aignan, pousa en 1832
-Hlie-Roger de Talleyrand-Prigord,
-prince de Chalais, titre que
-porte le fils an du chef de cette
-maison.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HANTELAUZE</span> (Victor DE), 1787-1859.
-Dput et dernier garde des Sceaux
-de Charles X, il avait rdig les
-fameuses ordonnances qui amenrent
-la rvolution de Juillet; il
-fut arrt et condamn la prison
-perptuelle. L'amnistie de 1837
-le rendit la libert.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HARLEMAGNE</span>, 742-814. Roi des
-Francs, chef de la dynastie des
-Carolingiens; il succda son
-pre Ppin le Bref en 768; en
-800 le pape Lon III le couronna
-empereur d'Occident.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HARLES</span> I<sup>er</sup>. Roi d'Angleterre, 1600-1649.
-Fils de Jacques I<sup>er</sup>, il pousa
-Henriette de France, fille du Roi
-Henri IV et s&oelig;ur de Louis XIII.
-Victime de la Rvolution de 1648,
-il fut condamn mort et mourut
-sur l'chafaud.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HARLES</span> IX. Roi de France, 1550-1574.
-Deuxime fils de Henri II
-et de Catherine de Mdicis. Sous
-son rgne, le royaume fut dchir
-par les guerres de religion.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HARLES</span> X. Roi de France, 1757-1836.
-Frre de Louis XVI et de
-Louis XVIII qui il succda en
-1824, il porta le titre de comte
-d'Artois jusqu' son avnement; il
-mourut Goritz en exil.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HARLES-</span><span class="cap">J</span><span class="smallc">EAN</span>. Roi de Sude, 1764-1844.
-Gnral Bernadotte, prince
-de Ponte-Corvo, marchal de
-France, il pousa Mlle Clary, s&oelig;ur
-de la femme de Joseph Bonaparte.
-Aprs la mort de Charles XIII de
-Sude qui l'avait adopt, il devint
-en 1818 roi de Sude et de Norvge.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HARLOTTE</span> DE <span class="cap">P</span><span class="smallc">RUSSE</span> (la princesse),
-1798-1860. Fille du roi Frdric-Guillaume
-III, elle pousa en 1817
-le grand-duc Nicolas de Russie
-qui succda sur le trne son
-frre Alexandre I<sup>er</sup>.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HATEAUBRIAND</span> (Franois-Ren, vicomte
-DE), 1768-1848. Un des
-plus illustres crivains franais du
-dix-neuvime sicle. Il eut des
-relations avec beaucoup de femmes
-connues par leur talent, leur grce
-ou leur beaut. Sous la Restauration,
-il fut pendant quelques
-annes dans la diplomatie, et,
-comme ministre des Affaires trangres,
-il prit une grande part la
-guerre d'Espagne en 1822.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">H</span>TILLON-<span class="cap">M</span><span class="smallc">ONTMORENCY</span> (duc DE),
-mari de Mlle de Lannois. Il prit
-noy dans le naufrage de la frgate
-<i>la Blanche</i> l'entre de
-l'Elbe.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HODRON</span> (Jules), 1804-1870. Fils du
-notaire du prince de Talleyrand,
-qui obtint pour lui, du roi Louis-Philippe,
-le nom de Courcel, il
-entra dans la diplomatie, o il sut
-se faire une position aussi honorable
-que distingue. Son fils
-fut pendant plusieurs annes ambassadeur
- Berlin et Londres.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">HOISEUL</span>-<span class="cap">S</span><span class="smallc">TAINVILLE</span> (tienne-Franois,
-duc DE), 1719-1785. Homme
-d'tat franais, ambassadeur, puis
-ministre, de 1758 1770, sous
-Louis XV, il fit conclure <i>le Pacte
-de famille</i>. Une intrigue de cour
-<span class="pagenum"><a id="Page_417"> 417</a></span>
-le renversa parce qu'il ne voulait
-pas plier devant la Dubarry. Relgu
-dans sa terre de Chanteloup,
-il y reut, malgr le roi, le tmoignage
-de l'estime publique. Il
-avait pous Mlle Crozat du Chtel,
-qui paya les dettes que la gnrosit
-de son mari lui avait fait contracter,
-et passa les dernires
-annes de sa vie, aprs son veuvage,
-dans un pauvre couvent de
-Paris.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">LANRICARDE</span> (marquis DE), 1802-1874.
-Homme politique anglais. Il pousa
-en 1825 la fille de Canning et fut
-appel, l'anne suivante, siger
- la Chambre des lords. Il fut sous-secrtaire
-aux Affaires trangres
-en 1826, ambassadeur en Russie
-de 1838 1841, directeur gnral
-des postes de 1846 1852 et lord
-du Sceau priv en 1857.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">LANRICARDE</span> (lady), morte en 1876.
-Henriette, fille unique de G. Canning,
-pouse de lord Clanricarde.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">LARENCE</span> (duchesse DE), 1792-1849.
-Voir <span class="cap">A</span><span class="smallc"><a href="#DELAIDE">DLADE</a></span> (la reine).</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">LARENDON</span> (Edouard-Hyde, comte),
-1608-1674. Magistrat et historien
-anglais. Lors de la guerre civile,
-sous Charles I<sup>er</sup>, il prit le parti du
-roi Charles II qui le nomma grand
-chancelier. Il se retira en France
-et mourut Rouen.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">LARENDON</span> (lord), 1800-1870. Ministre
-d'Angleterre Madrid en
-1833, plus tard ministre du Commerce
-et lord-lieutenant d'Irlande.
-En 1853, il devint ministre
-des Affaires trangres, reprsenta
-l'Angleterre au Congrs de Paris
-en 1856, puis fut ambassadeur en
-Italie en 1868.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">OBBETT</span> (William), 1766-1835. Dmagogue
-anglais. Il passa plusieurs
-annes aux tats-Unis; son retour
-en Angleterre en 1804, il y
-rdigea un journal radical qui fut
-souvent poursuivi. lu en 1832
-la Chambre des communes, il y
-appuya chaudement la rforme
-parlementaire.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">OBOURG</span> (le prince Ferdinand DE),
-1816-1888. Ce prince fut le
-deuxime mari de la reine de Portugal,
-doa Maria da Gloria, qu'il
-pousa en 1836. Il reut le titre
-de Roi en 1837. Veuf en 1853, il
-fut rgent pendant la minorit de
-son fils. En 1869, il contracta
-un mariage morganatique avec
-Mlle Hensler, qui fut faite comtesse
-Elice d'Edla. Il tait frre
-du roi Lopold de Belgique et de
-la duchesse de Kent.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">OLMAGHI</span>. Marchand de tableaux et
-de gravures Londres. L'origine
-de cette maison, qui existe encore,
-remonte 1750, lorsque Paul
-Colmaghi, Italien venu de Paris
-Londres, y ouvrit une boutique en
-association avec M. Nolteno. Le
-roi George IV en fut un constant
-protecteur.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ONROY</span> (sir John), 1786-1854. Officier
-anglais; il fut chevalier d'honneur
-de la duchesse de Kent. A
-son avnement, la reine Victoria
-le fit baron. Il avait pous en
-1808 la fille et hritire du major
-Fisher, frre de l'vque de
-Salisbury.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ONYNGHAM</span> (William, lord), 1765-1854.
-Avocat irlandais, membre
-de la Chambre des communes, il
-appartenait au groupe libral de
-<span class="pagenum"><a id="Page_418"> 418</a></span>
-Burke; vers la fin de sa vie il
-pencha vers les tories. Il fut lev
- la Pairie.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ONYNGHAM</span> (Henri, baron), 1766-1832.
-Il pousa la fille ane de
-Joseph Denison.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ONYNGHAM</span> (lady). Morte en 1861.
-lisabeth, fille de J. Denison,
-banquier Londres, pousa en
-1794 le baron Henri Conyngham,
-qui fut cr marquis en 1816.
-Amie intime du prince rgent
-d'Angleterre, plus tard le roi
-George IV, elle sut profiter de
-son pouvoir sur lui.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ONYNGHAM</span> (Franois-Nathaniel,
-marquis DE), 1797-1882. Il portait,
-du vivant de son pre, le nom
-de Mount-Charles. Il se signala
-dans les affaires publiques par ses
-ides librales, fut sous-secrtaire
-d'tat aux Affaires trangres,
-lord de la Trsorerie, directeur
-des Postes en 1834, membre du
-Conseil priv en 1835 et vice-amiral
-de l'Ulster en 1849.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ORINNE</span>, femme pote de la Grce,
-cinquime sicle avant Jsus-Christ.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">OUSIN</span> (Victor), 1792-1867. Philosophe
-et crivain franais, pair de
-France, directeur de l'cole normale
-et membre de l'Acadmie
-franaise. Il fut un instant ministre
-de l'Instruction publique sous
-M. Thiers en 1840.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">OWLEY</span> (lady), 1796-1860. Georgiana-Auguste,
-fille ane du
-marquis de Salisbury, pousa en
-1816 l'Honorable Henry Wellesley,
-cr en 1828 baron Cowley.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">OWPER</span> (lady), s&oelig;ur de W. Lamb,
-lord Melbourne. Elle pousa en
-deuximes noces, en 1840, lord
-Palmerston, l'ge de 50 ans.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">RANMER</span> (Thomas), 1489-1556. Archevque
-de Canterbury, promoteur
-de la Rforme en Angleterre.
-Il pronona lui-mme le divorce
-que le Pape avait refus Henri VIII
-contre Catherine d'Aragon. A l'avnement
-de la reine Marie Tudor,
-il fut arrt comme hrtique
-et mourut sur le bcher.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ROMWELL</span> (Olivier), 1599-1658. Protecteur
-de la Rpublique d'Angleterre
-en 1652, il amena la
-ruine du parti royaliste et les infortunes
-du roi Charles I<sup>er</sup>, qu'il fit
-condamner mort.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">UMBERLAND</span> (Ernest-Auguste, duc
-DE), 1771-1851. Le dernier des
-fils de George III d'Angleterre.
-En 1837, il monta sur le trne de
-Hanovre.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">UMBERLAND</span> (duchesse DE), 1778-1841.
-Frdrique, princesse de
-Mecklembourg-Strlitz, s&oelig;ur cadette
-de la reine Louise de Prusse;
-elle pousa, en 1793, le prince
-Louis de Prusse, frre du roi Frdric-Guillaume
-III. Devenue
-veuve, elle pousa en deuximes
-noces le prince Frdric-Guillaume
-de Solms-Braunfels, et enfin en
-troisimes noces le duc de Cumberland,
-qui fut appel au trne
-de Hanovre en 1837. Elle fut la
-mre du roi Georges V de Hanovre.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">UVIER</span> (Georges), 1769-1838. Clbre
-naturaliste, membre de
-l'Acadmie franaise. Il fut conseiller
-d'tat en 1814 et pair de
-France en 1831.</li>
-
-<li><span class="cap">C</span><span class="smallc">ZARTORYSKI</span> (le prince Adam), 1770-1861.
-<span class="pagenum"><a id="Page_419"> 419</a></span>
-Fils d'Adam-Casimir Czartoryski,
-qui, la mort d'Auguste III,
-roi de Pologne, fut port candidat
-au trne, mais que Catherine
-II en fit carter au profit de
-Stanislas Poniatowski. Envoy
-comme otage Saint-Ptersbourg
-aprs le partage de la Pologne, il
-y jouit d'une grande faveur auprs
-de l'empereur Alexandre I<sup>er</sup>, devint
-ministre des Affaires trangres
-de 1801 1805, et en 1815
-fut snateur-palatin de Pologne,
-et curateur de l'Universit de
-Vilna. Il se retira des affaires en
-1821, et, aprs 1830, s'tablit
-Paris. En 1817, il avait pous la
-princesse Anna Sapieha.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">D</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ACRE</span> (lord), 1774-1851. Thomas
-Brand. Il pousa, en 1819, Barbe,
-fille de sir C. Ogle.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ALBERG</span> (le duc DE), 1773-1833. Fils
-du Primat et archichancelier de
-ce nom; il fut membre du Conseil
-provisoire Paris aprs la chute
-de Napolon et plnipotentiaire
-au congrs de Vienne.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">AUPHIN</span> DE <span class="cap">F</span><span class="smallc">RANCE</span>. Louis, fils de
-Louis XV, 1729-1765. Il pousa
-d'abord l'infante Marie d'Espagne
-qui mourut bientt. De son second
-mariage avec la princesse Jospha,
-fille de l'lecteur de Saxe, roi de
-Pologne, il eut plusieurs enfants.
-Il ne rgna pas, mais fut le pre
-des rois Louis XVI, Louis XVIII,
-Charles X. Modle de toutes les
-vertus, il vcut comme un saint.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">AURE</span> (M.). Rptiteur au collge
-Henri IV, Paris; il crivait dans
-le <i>Constitutionnel</i>.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">AVOUT</span> (Napolon-Louis), 1810-1853.
-Fils du Marchal. Il fit partie de
-l'tat-major du gnral Grard,
-au sige d'Anvers. Il entra la
-Chambre des Pairs en 1836. Il
-portait le titre de prince d'Eckmhl.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">AWSON</span>-<span class="cap">D</span><span class="smallc">AMER</span> (George-Lionel), n
-en 1788, colonel dans l'arme anglaise.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">AWSON</span>-<span class="cap">D</span><span class="smallc">AMER</span> (Mrs), morte en
-1848. Nice et enfant adoptive de
-Mrs Fitzherbert.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ECAZES</span> (lie, duc), 1780-1846. Il
-fut d'abord avocat, puis attach
-au service du roi Louis de Hollande.
-Il fut fait ensuite ministre
-et pair de France par Louis XVIII.
-En 1820, il dut quitter le ministre,
-les royalistes exalts ne
-craignant pas de lui imputer l'assassinat
-du duc de Berry; cr
-duc, il fut envoy comme ambassadeur
-en Angleterre. Aprs 1830,
-il se rallia Louis-Philippe et fut
-nomm grand rfrendaire de la
-cour des Pairs.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ECAZES</span> (la duchesse). Fille du
-comte de Saint-Aulaire et de
-Mlle de Soycourt, petite-fille, par
-sa mre, du dernier prince de Nassau-Sarbrck
-et petite-nice de la
-duchesse de Brunswick-Bevern,
-qui obtint de Frdric VI, roi de
-Danemark, la transmission du
-duch de Glucksbourg en faveur
-du duc et de la duchesse Decazes,
- leur mariage en 1818. Elle fut
-la deuxime femme du duc Decazes.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">EDEL</span> (Salomon), 1775-1846. Diplomate
-danois; il fut ambassadeur
-<span class="pagenum"><a id="Page_420"> 420</a></span>
-en Sude, en Espagne, en
-Angleterre. Il mourut Londres.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">EMION</span> (M.). Homme d'affaires de
-la famille Montmorency, du prince
-de Talleyrand et des James Rothschild.
-Il administra pendant plusieurs
-annes les terres de Valenay.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ENISON</span> (Albert), 1805-1860. Second
-fils du marquis de Conyngham.
-Par sa mre, il hrita des
-grandes proprits de son oncle
-Denison et prit alors ce nom. Il
-fut cr baron de Londesborough
-en 1850.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ESAGES</span> (mile), 1793-1850. Fils
-d'un employ suprieur au ministre
-des Affaires trangres, il
-entra dans les bureaux de ce ministre
-ds l'ge de seize ans. En
-1820, il fut nomm secrtaire
-l'ambassade de Constantinople. En
-1830, le gnral Sbastiani, ministre
-des Affaires trangres, l'appela
- la tte de la direction politique
-de ce dpartement. Il se
-retira, aprs 1848, Menesele,
-dans la Charente.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">EVONSHIRE</span> (William, duc DE), 1768-1835.
-De la maison de Courthenay.
-Le titre s'tant teint dans la
-ligne ane, le duc parvint le
-reprendre, aprs avoir tabli devant
-la Chambre des lords en
-1831 que, par ses lettres patentes
-de 1553, la reine Marie avait stipul
-que le titre, dfaut de
-ligne directe, passerait aux hritiers
-de la ligne collatrale.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">EVONSHIRE</span> (la marquise DE). Morte
-en 1806. Fille de lord Spencer,
-elle avait pous en 1774 le marquis
-de Devonshire.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">IANE</span> DE <span class="cap">P</span><span class="smallc">OITIERS</span>, 1499-1586. Fille
-ane de Jean de Poitiers, seigneur
-de Saint-Vallier, Diane pousa
-treize ans Louis de Brz. Elle fut
-la favorite du roi Henri II, qui la fit
-duchesse de Valentinois et lui
-donna le chteau d'Anet, un des
-plus beaux ouvrages de cette
-poque.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">IDOT</span> (Firmin), 1764-1836. Il se
-distingua de bonne heure par les
-progrs qu'il fit faire la typographie,
-dj illustre par son
-pre et son frre an. Il fut lu
-dput en 1827. Dcor de la
-Lgion d'honneur, il fut nomm
-par le roi Louis-Philippe imprimeur
-du roi et de l'Institut de
-France.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">INO</span> (duchesse DE), 1793-1862. Titre
-que porta la comtesse Edmond
-de Prigord depuis 1815. Il avait
-t dcern par le roi de Naples
-au prince de Talleyrand qui avait
-si heureusement dfendu ses intrts
-au Congrs de Vienne, et
-M. de Talleyrand l'offrit galamment
- sa nice.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">OLOMIEU</span> (la marquise DE), 1779-1849.
-Dame d'honneur de la reine
-Marie-Amlie, qui elle tait trs
-dvoue. Mme de Dolomieu tait
-la s&oelig;ur de Mme de Montjoye,
-dame de Madame Adlade.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">OM</span> <span class="cap">M</span><span class="smallc">IGUEL</span>, 1802-1866. Il fut rgent
-du royaume de Portugal,
-pendant la minorit de sa nice,
-la reine doa Maria da Gloria; il
-en profita pour s'emparer du
-trne et se faire dclarer Roi en
-1828. Dom Pedro I<sup>er</sup> revint alors
-du Brsil, et aprs une lutte assez
-vive il parvint reconqurir la
-<span class="pagenum"><a id="Page_421"> 421</a></span>
-couronne pour sa fille, et il fora
-dom Miguel quitter le Portugal.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ON</span> <span class="cap">A</span><span class="smallc">NTONIO</span> (l'infant), 1755-1817.
-Un des infants espagnols interns
- Valenay par Napolon I<sup>er</sup>. En
-revenant de sa captivit, il fut
-nomm grand-amiral de Castille.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ON</span> <span class="cap">C</span><span class="smallc">ARLOS</span> de Bourbon, 1788-1855.
-Second fils de Charles II et frre
-de Ferdinand VII, roi d'Espagne,
-il fut dtenu avec son frre Valenay.
-Ferdinand VII ayant termin
-son rgne en 1833 en abolissant
-la loi d'hrdit et en lguant
-sa couronne sa fille Isabelle,
-don Carlos protesta, fut
-exil, rentra en Espagne en 1834
-et commena la guerre civile.
-Vaincu en 1839, il se rfugia en
-France, puis en 1847 Trieste
-o il mourut.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ON</span> FRANCESCO, 1794-1865. Infant
-d'Espagne; il pousa en 1819 la
-princesse Carlotta, fille du roi des
-Deux-Siciles et s&oelig;ur de la reine
-Christine.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ONNADIEU</span> (Gabriel), 1777-1849.
-Gnral franais. Il embrassa avec
-ardeur les principes de la Rvolution,
-s'enrla et fut attach
-longtemps au corps d'arme de
-Moreau. Souponn d'intrigues
-sous le Consulat et l'Empire, il
-passa plusieurs reprises de la
-grce la disgrce. Il se rallia
-Louis XVIII qui lui confra le
-grade de lieutenant-gnral.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ORSET</span> (le duc DE), 1795-1815. Il
-se tua en tombant de cheval, et ne
-laissa pas d'enfants. Il tait le frre
-de lady Plymouth. Le titre de
-duc de Dorset a t donn la
-famille Sackfield par la reine lisabeth
-d'Angleterre.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ORSET</span> (Charles, vicomte de Sackfield,
-duc DE), 1767-1843; oncle
-du prcdent et hritier de son
-titre. Il ne se maria jamais.&mdash;Il
-tait trs li avec le roi Guillaume
-IV d'Angleterre.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">OSNE</span> (Mme), Mlle Sophie-Eurydice
-Matheron, pousa en 1816 M. Dosne,
-agent de change. Elle tait
-ne en 1788. Ses parents tenaient
-un magasin de mercerie en gros
-dans le faubourg Montmartre.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">OUGLAS</span> (le marquis DE), 1811-1863.
-Plus tard duc de Hamilton. En
-1843, il pousa la princesse Marie
-de Bade. Il mourut Paris des
-suites d'un accident.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">ROUET</span> D'<span class="cap">E</span><span class="smallc">RLON</span>, 1765-1844. Marchal
-de France; il s'tait enrl
-sous la Rpublique et avait fait les
-campagnes de l'Empire. Il fut un
-des plus empresss reconnatre
-Napolon I<sup>er</sup> son retour de l'le
-d'Elbe, et commanda le premier
-corps d'arme pendant les Cent-Jours.
-Il combattit Waterloo.
-Condamn par contumace, il trouva
-un asile en Prusse et ne reprit de
-service en France qu'en 1830. Il
-fut nomm gouverneur d'Algrie
-en 1834.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">UCHATEL</span> (Charles Tanneguy, comte),
-1803-1867. Homme politique
-franais. Il fut successivement
-conseiller d'tat, dput, ministre.
-Il fut membre de l'Acadmie
-des sciences morales et politiques.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">UNCANNON</span> (John-William), 1781-1847.
-Il avait pous, en 1805,
-Marie, fille de lord Westmorland.
-D'opinions trs librales, il fit
-<span class="pagenum"><a id="Page_422"> 422</a></span>
-partie en 1834 du ministre Melbourne
-avec le portefeuille de
-l'Intrieur; en 1835, il fut cr
-lord Bessborough.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">UPERR</span> (l'amiral), 1775-1846. Il se
-signala de bonne heure dans des
-combats contre les Anglais, fut
-fait contre-amiral et baron en
-1811. Il conduisit, en 1830, la
-flotte qui portait l'arme franaise
-en Algrie et contribua la prise
-d'Alger, ce qui le fit nommer
-amiral et pair de France. Il fut
-plusieurs fois ministre de la Marine.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">UPIN</span> (Andr-Marie), 1783-1865,
-dit <i>Dupin l'an</i>; jurisconsulte et
-magistrat franais, dput. Il prit
-une part active l'lection de
-Louis-Philippe comme roi des
-Franais. De 1832 1840, il fut
-prsident de la Chambre des dputs.
-Sous le deuxime empire,
-il fut appel au Snat.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">UPIN</span> (Pierre-Charles-Franois, baron),
-1784-1873. Le dernier des
-trois Dupin. Statisticien franais.
-Membre de l'Institut, de la Chambre
-des Pairs, il se montra galement
-dvou la dynastie d'Orlans
-et la Charte de 1830.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">URHAM</span> (John-Lambton, comte DE),
-1792-1840. Gendre de lord Grey.
-Il tait entr au Parlement et sigea
-dans les rangs des Whigs
-avancs. En collaboration avec
-lord John Russell, il labora le
-grand Bill de rforme en 1831;
-il fut plus tard ambassadeur en
-Russie et gouverneur du Canada.</li>
-
-<li><span class="cap">D</span><span class="smallc">URHAM</span> (lady), 1816-1841. Louise-lisabeth,
-fille de lord Grey,
-deuxime femme de lord Durham.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">E</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">E</span><span class="smallc">ASTNOR</span> (lord), 1788-1873. Il avait
-pous, en 1815, la fille de lord
-Hardwick.</li>
-
-<li><span class="cap">E</span><span class="smallc">ASTNOR</span> (lady), morte en 1873.
-Fille de lord Hardwick, elle tait
-s&oelig;ur de lady Stuart de Rothesay.</li>
-
-<li><span class="cap">E</span><span class="smallc">BRINGTON</span> (Hughes, comte de Fortescue,
-lord), 1783-1861. Il entra
-de bonne heure la Chambre des
-communes. En 1839, il fut nomm
-conseiller priv et vice-roi d'Irlande;
-en 1846, grand-intendant
-de la Couronne, et il se retira en
-1850. Il appartint toujours au
-parti whig.</li>
-
-<li><span class="cap"></span><span class="smallc">LISABETH</span>, reine d'Angleterre, 1533-1603.
-Fille de Henri VIII et
-d'Anne de Boleyn. Elle ne se maria
-pas, et laissa sa couronne
-Jacques I<sup>er</sup>, roi d'cosse et fils de
-Marie Stuart.</li>
-
-<li><span class="cap">E</span><span class="smallc">LLICE</span> (l'honorable douard), 1787-1863,
-gendre de lord Grey. Membre
-de la Chambre des communes,
-il contribua y faire voter le Bill
-de rforme. Il fut secrtaire du
-Trsor et de la Guerre. Riche
-commerant, il possdait de vastes
-proprits au Canada.</li>
-
-<li><span class="cap">E</span><span class="smallc">NTRAIGUES</span> (Amde Goveau D'), n
-en 1785. Prfet Tours de 1830
- 1847. Il avait pous une princesse
-Santa-Croce dont le pre
-avait t ml aux vnements de
-1798 qui enlevrent Rome au
-Pape et y firent proclamer la Rpublique.
-Ce prince avait confi
-sa fille au prince de Talleyrand
-qui la fit lever et la dota.</li>
-
-<li><span class="cap">E</span><span class="smallc">NTRAIGUES</span> (Jules D'), n en 1787 et
-mort fort g. Frre du prfet
-<span class="pagenum"><a id="Page_423"> 423</a></span>
-de Tours, il possdait, dans les
-environs de Valenay, un joli chteau
-nomm <i>la Moustire</i>.</li>
-
-<li><span class="cap">E</span><span class="smallc">SCLIGNAC</span> (la duchesse D'), 1801-1868.
-Georgine, fille du baron
-Boson de Talleyrand-Prigord,
-troisime frre du prince de Talleyrand,
-et de Charlotte-Louise
-de Puissigneux, elle avait pous
-le duc d'Esclignac.</li>
-
-<li><span class="cap">E</span><span class="smallc">STERHAZY</span> (Paul-Antoine, prince),
-1786-1866. Diplomate autrichien,
-il fut ambassadeur Londres pendant
-les confrences de 1831 et
-membre du Ministre hongrois
-Batthyny. Il fut toujours un ami
-fidle de la duchesse de Dino.</li>
-
-<li><span class="cap"></span><span class="smallc">TIENNE</span> (Charles-Guillaume), 1777-1845.
-Journaliste et auteur dramatique
-franais; il devint dput
-en 1832, vota avec les libraux et
-obtint, en 1839, un sige la
-Chambre des Pairs.</li>
-
-<li><span class="cap"></span><span class="smallc">TIENNE</span> DE <span class="cap">B</span><span class="smallc">LOIS</span>, roi d'Angleterre,
-1105-1154. Il avait pour mre
-une fille de Guillaume le Conqurant.
-tienne de Blois pousa
-l'hritire des comtes de Boulogne.</li>
-
-<li><span class="cap">E</span><span class="smallc">XELMANS</span> (Isidore, comte), 1775-1852.
-Un des plus brillants gnraux
-du premier Empire. Exil au
-retour des Bourbons, il ne put rentrer
-en France qu'en 1823. Nomm
-pair de France par le roi Louis-Philippe,
-il devint en 1849 grand
-chancelier de la Lgion d'honneur,
-et, en 1851, marchal de France.
-Il mourut d'une chute de cheval.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">F</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ABRE</span> (Franois-Xavier), 1766-1837.
-Peintre franais, lve de David.
-Il se lia, Florence, avec la comtesse
-d'Albany, veuve du dernier
-des Stuart et d'Alfieri, le clbre
-pote italien, qu'elle avait pous
-en secondes noces.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">AGEL</span> (le gnral Robert). D'une
-famille nerlandaise, il combattit
-contre la France pendant les
-guerres de la Rpublique. Il fut
-nomm ambassadeur des Pays-Bas
-aux Tuileries sous la Restauration.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ALK</span> (Antoine-Reinhard), 1776-1843.
-Homme d'tat hollandais; il fut
-secrtaire de lgation Madrid;
-plus tard, ministre des Affaires
-trangres, de l'Instruction publique,
-du Commerce, des Colonies.
-En 1824, il fut envoy comme
-ambassadeur Londres; aprs la
-sparation de la Hollande et de la
-Belgique, il fut ambassadeur
-Bruxelles o il mourut.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ALK</span> (Mme), 1792-1851. Rose, baronne
-de Roisin; elle tait demoiselle
-d'honneur de la Reine des
-Pays-Bas et pousa, en 1817,
-M. Falk. Aprs la mort de son
-mari, elle fut nomme grande
-matresse de la princesse d'Orange,
-et se dmit de ses fonctions en
-1849 lorsque la Princesse monta
-sur le trne.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ARNBOROUGH</span> (lord), 1761-1838. Ami
-intime de Pitt, il fut matre gnral
-des Postes.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ERDINAND</span> II, roi des Deux-Siciles,
-1810-1859. Il monta sur le trne
-en 1830, et amena par son impopularit
-la chute de sa dynastie.
-On l'avait surnomm <i>le roi Bomba</i>.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ERDINAND</span> VII, roi d'Espagne, 1784-1833.
-<span class="pagenum"><a id="Page_424"> 424</a></span>
-Fils an de Charles IV
-et de Marie-Louise de Parme.
-L'anne mme de son avnement,
-en 1808, il fut intern Valenay,
-mais remonta sur le trne en 1814.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ERGUSSON</span> (Robert Cutlat), 1768-1838.
-Avocat et magistrat anglais.
-Il passa vingt ans Calcutta, o il
-fit une grosse fortune, et, en 1826,
-revint en Angleterre, o il soutint
-vigoureusement les rformes librales.
-En 1830, il se fit l'avocat
-de la Pologne. En 1831, il pousa
-une Franaise, Mlle Auger, dont
-il eut deux enfants.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ERRETTE</span> (tienne, bailli DE), 1747-1831.
-Il tait dj bailli de l'ordre
-de Malte en 1767 et ambassadeur
-de cet ordre Paris. En 1805,
-les domaines de Malte Heitersheim
-ayant t sculariss et incorpors
-au grand-duch de Bade,
-le baron de Ferrette fut indemnis
-par une pension viagre de
-60,000 livres et nomm ministre
-de Bade auprs de l'empereur
-Napolon I<sup>er</sup>, plus tard, auprs de
-Louis XVIII. Il dmissionna en
-1830. Il avait beaucoup de relations
- Paris et tait un ami du
-prince de Talleyrand.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ERRERS</span> (lord), 1822-1859. Washington
-Sewallis, comte Ferrers.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ERRERS</span> (lady), pousa en 1844 lord
-Ferrers. Elle se nommait Arabella
-et tait fille du marquis de
-Donegall.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">IESCHI</span> (Joseph), 1790-1835; n
-Murano (Corse); il tenta de faire
-prir le roi Louis-Philippe pendant
-une revue le 28 juillet 1835,
- Paris, au moyen d'une machine
-infernale dresse dans une
-maison vers le milieu du boulevard
-du Temple. Le Roi et les
-Princes chapprent, mais vingt-deux
-personnes furent blesses et
-dix-huit tues, parmi lesquelles
-le marchal Mortier, duc de Trvise,
-ministre de la Guerre. Fieschi
-fut condamn mort avec ses
-complices Ppin et Morey.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ITZCLARENCE</span> (Adolphus, lord), 1802-1856.
-Troisime fils illgitime du
-roi Guillaume IV d'Angleterre et
-de l'actrice Mrs Jordan. Il fut
-contre-amiral et aide de camp
-naval de la reine Victoria.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ITZ</span>-<span class="cap">P</span><span class="smallc">ATRICK</span> (Richard), 1747-1813.
-Il fut gnral et se distingua
-dans la guerre d'Amrique. Il
-entra au Parlement en 1870, fut
-secrtaire du duc de Portland,
-lord-lieutenant d'Irlande, et, en
-1783, secrtaire au ministre de
-la Guerre; il fut un constant ami
-de Fox.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ITZ</span>-<span class="cap">P</span><span class="smallc">ATRICK</span> (M.). N en 1809, il
-pousa en 1830 la fille d'Auguste
-Douglas. Il fut capitaine dans l'arme
-anglaise et membre du Parlement.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ITZROY</span>-<span class="cap">S</span><span class="smallc">OMERSET</span> (lord), 1788-1855.
-Plus tard lord Raglan. Fils cadet
-du comte de Beaufort, aide de
-camp du duc de Wellington, aux
-cts de qui il perdit le bras
-droit Waterloo. Il mourut du
-cholra sous Sbastopol, o il commandait
-l'arme anglaise.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ITZROY</span>-<span class="cap">S</span><span class="smallc">OMERSET</span> (lady), morte en
-1881. Elle tait fille de lord Wellesley,
-et nice du duc de Wellington,
-chef et ami de lord Fitzroy-Somerset,
-qu'elle pousa, en 1814.
-<span class="pagenum"><a id="Page_425"> 425</a></span></li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">LAHAUT</span> (le gnral comte DE),
-1785-1870. Aide de camp de Napolon
-I<sup>er</sup>, il fut, sous Louis-Philippe,
-pair de France, et sous
-Napolon III ambassadeur et
-snateur. Ses parents taient
-pauvres, et le prince de Talleyrand
-avait contribu en partie aux
-frais de son ducation.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">LAHAUT</span> (la comtesse DE), morte en
-1867. Elle tait fille de lord Keith
-et Nairne, amiral anglais.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">OUCH</span> (Joseph), duc d'Otrante,
-1763-1820. Matre de police sous
-l'Empire; homme habile, mais
-sans convictions et sans scrupules.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">OUGIRES</span> (Mlle DE). Elle pousa le
-marquis Christian de Nicolay.
-Son fils, Antoine, pousa Mlle de
-Vog, et sa fille Aymardine, Paul
-de Larges.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">OX</span> (Charles-Jacques), 1748-1806.
-Un des plus grands orateurs de
-l'Angleterre. Dput, il entra
-dans l'opposition et fut bientt
-la tte du parti whig. Dfenseur
-de la tolrance et de la libert, il
-se montra favorable la Rvolution
-franaise et ne cessa de conseiller
-la paix avec la France.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">RANOIS</span> <span class="cap">I</span><sup>er</sup>, Roi de France, 1494-1547.
-Fils de Charles d'Orlans,
-comte d'Angoulme, et de Louise
-de Savoie, il succda, en 1515, au
-roi Louis XII dont il avait pous
-la fille Claude.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">RDRIC</span><span class="cap"> II</span> LE <span class="cap">G</span><span class="smallc">RAND</span>. Roi de Prusse,
-1712-1786. Guerrier illustre, il
-fonda la puissance militaire de
-la Prusse. Amateur des lettres et
-se piquant de philosophie, il
-attira Voltaire sa cour et fut en
-relation avec les encyclopdistes.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">RIAS</span> (le duc DE), 1783-1851. Don
-Bernardino Fernandez Vilano,
-comte de Haro, duc de Frias, duc
-de Meda, marquis de Villena.
-Depuis 1796, il servit dans la <i>Guardia
-Volona</i> et devint capitaine. Il
-pousa doa Marianna de Siloa,
-fille du marquis de Santa-Cruz.
-Le duc de Frias fut ambassadeur
-d'Espagne Londres, et devint
-ensuite prsident de la Chambre
-haute tablie par la Charte qu'octroya
-la reine Marie-Christine en
-1834, et appele <i>El estatuto Real</i>.
-Il tait homme de lettres et a
-laiss des posies.</li>
-
-<li><span class="cap">F</span><span class="smallc">ULCHIRON</span> (Jean-Claude), 1774-1859.
-Littrateur et homme politique
-franais. lve de l'cole polytechnique,
-il servit dans l'artillerie.
-En 1831, lu dput, il se
-montra, pendant quinze ans, le
-constant dfenseur de la politique
-conservatrice. Pair de France en
-1845, il rentra dans la vie prive
-en 1848.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">G</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">ATE</span> (Martin-Charles Gaudin, duc
-DE), 1756-1841. Ministre des
-Finances sous Napolon I<sup>er</sup>, qui le
-cra duc. Il fut dput sous la
-Restauration, et, en 1820, gouverneur
-de la Banque de France.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">ARCIA</span> (Manuel), 1775-1832. Compositeur
-et artiste lyrique espagnol;
-il fut le pre de Mme Malibran
-et de Mme Viardot.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">ARRAUBE</span> (Jean-Alexandre Valleton
-DE), 1790-1859. Il suivit la carrire
-<span class="pagenum"><a id="Page_426"> 426</a></span>
-militaire et se signala
-d'abord par son zle lgitimiste.
-Son dvouement pour la duchesse
-d'Angoulme lui valut le surnom
-de <i>Chevalier du Brassard</i>, et
-une faveur qui, pendant quinze
-ans, ne se dmentit pas. Il se rallia
- Louis-Philippe en 1830. En
-1831, il tait colonel et dput. Il
-se montra, en gnral, fidle la
-politique des doctrinaires. Il fut
-admis la retraite en 1852 avec
-le grade de gnral de brigade.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">ASTON</span> D'<span class="cap">O</span><span class="smallc">RLANS</span>, 1608-1660. Troisime
-fils du roi Henri IV et
-frre de Louis XIII. Il porta le
-titre de duc d'Anjou jusqu'en
-1624, o il reut en apanage le
-duch d'Orlans. Il joua un rle
-dplorable pendant la Fronde,
-passant sans cesse d'un parti
-un autre. C'tait, du reste, un
-homme spirituel, ami des lettres
-et des sciences. Il laissa une seule
-fille, la clbre Mademoiselle,
-duchesse de Montpensier.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">AUTARD</span> (M. DE), mort en 1839. Il
-possdait, prs de Bex, le chteau
-Grenier. Trs estim, il fut beaucoup
-regrett quand il mourut
-des suites d'un accident, l'esprit-de-vin
-dont il dirigeait la fabrication
-ayant pris feu et fait explosion.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">EORGE</span> <span class="cap">III</span>, Roi d'Angleterre, 1738-1820.
-Il monta sur le trne en
-1760, succdant son grand-pre
-George II. Il tendit les conqutes
-de l'Angleterre aux Indes et runit
-dfinitivement l'Irlande. Il
-combattit de tout son pouvoir la
-Rvolution franaise, et devint fou
-dix ans avant sa mort.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">EORGE</span> <span class="cap">IV</span>, Roi d'Angleterre, 1762-1830.
-Une jeunesse dissipe,
-l'normit de ses dettes et son
-mariage avec une catholique,
-Mrs Fitzherbert, lui alinrent
-l'estime de sa nation. En 1795, il
-pousa la princesse Caroline de
-Brunswick, laquelle il intenta
-plus tard un procs scandaleux.
-En 1811, le Parlement lui donna
-la Rgence par suite de la dmence
-de son pre. Il monta sur
-le trne eu 1820. Ce fut lui que
-Napolon adressa sa lettre pour
-rclamer l'hospitalit de l'Angleterre,
-aprs sa seconde abdication.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">EORGE</span> <span class="cap">V</span>, Roi de Hanovre, 1819-1878.
-Il succda son pre le
-roi Ernest-Auguste en 1851, malgr
-sa ccit. En 1866, il perdit
-ses tats, qui passrent la Prusse,
-aprs avoir absolument refus
-toute entente avec elle.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">RARD</span> (tienne-Maurice, comte),
-1773-1852. Ayant adopt la carrire
-militaire, il fit toutes les campagnes
-de la Rpublique et de
-l'Empire. La Restauration l'loigna.
-En 1830, il devint ministre
-de la Guerre, et en 1831 marchal.
-Commandant de l'expdition
-de Belgique, il prit la citadelle
-d'Anvers et fut lev la
-Pairie en 1832.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">ESSLER</span> (Hermann). Bailli des cantons
-de Schwytz et d'Uri pour
-Albert I<sup>er</sup> d'Autriche; il fut, par
-sa cruaut, cause de l'insurrection
-du pays en 1307, et, selon la
-tradition, prit de la main de
-Guillaume Tell.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">ILLES</span> LE <span class="cap">G</span><span class="smallc">RAND</span>. Type de la comdie
-bouffonne, tirant son nom d'un
-<span class="pagenum"><a id="Page_427"> 427</a></span>
-acteur clbre au dix-septime
-sicle.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">IRARDON</span> (Franois), 1630-1715.
-Sculpteur: protg par le chancelier
-Sguier qui l'envoya tudier
- Rome, il fit plusieurs ouvrages
-trs estims.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">IROLLET</span> (Jean-Baptiste-Simon, abb),
-1765-1836. Prtre bndictin de
-la congrgation de Saint-Maur,
-que la Rvolution fora d'migrer.
-Il trouva en Pologne une situation
-de prcepteur o il connut la princesse
-Tyszkiewicz. Elle le recommanda
-au prince de Talleyrand,
-qui le fit nommer aumnier de la
-Chambre des Pairs. Il fut trs ami
-de la famille de Talleyrand. Vers
-la fin de sa vie, il s'tablit Rochecotte,
-o il fonda une cole qui
-porte son nom.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">LOUCESTER</span> (Frdric, duc DE),
-1776-1834. Fils du duc Guillaume-Henri
-de Gloucester, mort en
-1805, il avait pous en 1816 la
-quatrime fille du roi George III,
-et fut, cette occasion, lev au
-rang de prince du sang.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">LOUCESTER</span> (la duchesse DE), 1776-1857.
-Marie, fille de George III
-d'Angleterre et de la princesse
-Sophie-Charlotte de Mecklembourg-Strlitz,
-pouse du duc de
-Gloucester.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">ONTAUT</span>-<span class="cap">B</span><span class="smallc">IRON</span> (la duchesse DE),
-1773-1858, ne Montault-Navailles,
-gouvernante des enfants de France,
-qu'elle suivit en exil. Charles X
-l'avait cre duchesse en 1827:
-c'tait un titre brevet.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">RAFTON</span> (Henry Fitzroy, duc DE),
-1790-1863. Il entra en 1826 la
-Chambre des communes parmi
-les libraux et les promoteurs de
-la rforme parlementaire. A la
-mort de son pre, il entra la
-Chambre des lords o il conserva
-son attitude librale, suivant assez
-fidlement la politique de lord
-John Russell. Il avait pous une
-fille de l'amiral Berkeley.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">RAHAM</span> (sir James), 1792-1861. Il
-devint en 1836, la mort de son
-pre, duc de Montrose et il sigea
-alors la Chambre des lords dans
-les rangs du parti conservateur.
-En 1837, il devint chancelier de
-l'Universit de Glascow; en 1852,
-grand matre de la maison de la
-reine: il fut aussi lord-lieutenant
-et chancelier du duch de Lancastre.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">RANT</span> (Charles), plus tard lord Glenelg.
-Il tait n en 1780, fut
-membre de la Chambre des communes.
-De 1817 1822, il fut
-secrtaire d'tat pour l'Irlande.
-En 1830, il fit partie du ministre
-de lord Grey et, en 1835, de celui
-de lord Melbourne.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">RANVILLE</span> (lord), 1775-1846. Fils
-cadet du marquis de Stafford; il
-reprsenta pendant de longues
-annes l'Angleterre Paris, o il
-sut se crer des amitis prcieuses.
-Sa femme tait fille de la belle
-duchesse de Devonshire.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">RANVILLE</span> (lady). Henriette-lisabeth
-Cavendish, fille du duc de
-Devonshire, pousa en 1809 lord
-Granville et mourut en 1862.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">REFFULHE</span> (Mme), 1766-1859. Pauline
-de Randan-Pully; elle pousa
-en 1793 M. Louis Greffulhe, dont
-elle eut une fille qui fut la comtesse
-de Castellane. Devenue
-<span class="pagenum"><a id="Page_428"> 428</a></span>
-veuve en 1821, Mme Greffulhe
-pousa en secondes noces le
-comte d'Aubusson la Feuillade,
-pair de France et ancien ambassadeur,
-qui mourut en 1848.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">RENVILLE</span> (lord William Wyndham),
-1759-1834; attach au
-parti de Pitt dont il tait le parent,
-il remplit plusieurs rles
-politiques.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">REVILLE</span> (Henry). Il occupa un
-emploi la cour vice-royale de
-Dublin sous lord Clarendon; il
-eut ensuite un poste au Foreign-office
-et fut secrtaire priv du
-duc de Wellington.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">REY</span> (Charles Howick, lord), 1764-1845.
-Appartenant au parti libral,
-lord Grey fut ministre avec
-Fox et joua un grand rle dans le
-procs de la reine Caroline et
-aussi dans les affaires de Belgique
-en 1830. C'est lui que
-l'Angleterre dut sa rforme lectorale.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">REY</span> (lady), 1775-1861. Fille de
-William Ponsonby et de Louise,
-fille du vicomte Molesworth, elle
-avait pous lord Grey en 1794.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">REY</span> (lady lisabeth), fille de lord
-Grey; elle mourut sans s'tre
-marie.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">REY</span> (lady Georgiana), s&oelig;ur de la
-prcdente; elle mourut en 1870
-sans avoir t marie.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">RISI</span> (Giulia), 1812-1869. Clbre
-cantatrice, fille d'un officier italien
-au service de la France et
-nice de Mme Grassini. Elle naquit
- Milan, entra de bonne
-heure au Conservatoire et devint
-une artiste renomme, admire
-dans toute l'Europe et l'Amrique.
-En 1836, elle pousa Paris le
-comte Grard de Melcy, mais
-cette union fut rompue peu aprs,
- la suite d'un duel entre M. de
-Melcy et lord Castlereagh, neveu
-du clbre homme d'tat. Elle
-se remaria plus tard avec son
-camarade Mario, comte de Candia.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">ROSVENOR</span> (lady), ne en 1797;
-lisabeth, fille cadette du duc de
-Sutherland, pousa en 1819 le
-duc de Westminster.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc"><a id="UILLAUME"></a>UILLAUME</span> <span class="cap">II</span>, Roi des Pays-Bas,
-1792-1849. Il pousa, en 1816,
-Anna Paulowna, fille de l'Empereur
-Paul de Russie, et eut un
-rgne paisible et conciliateur.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">UILLAUME</span> <span class="cap">IV</span>, Roi d'Angleterre,
-1765-1837. Il monta sur le trne
- l'ge de soixante-cinq ans, succdant
- son frre George IV, et
-rgna de 1830 1837. Il avait
-pous, en 1818, Adlade, fille du
-duc de Saxe-Meiningen.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">UILLAUME</span> LE <span class="cap">C</span><span class="smallc">ONQURANT</span> ou le Btard,
-duc de Normandie, 1027-1087.
-Il conquit l'Angleterre en
-1066 et sut organiser fortement
-son nouveau royaume en crant
-une noblesse militaire hirarchise.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">UILLAUME TELL</span>, mort en 1354. Un
-des chefs de la rvolution qui
-affranchit la Suisse en 1307.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">UISE</span> (Henri de Lorraine, duc DE),
-dit <i>le Balafr</i>; 1550-1588. Fils
-an de Franois de Guise, chef
-de la Ligue, il fut assassin au
-chteau de Blois par ordre de
-Henri III; il avait dirig le massacre
-de la Saint-Barthlemy.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">UIZOT</span> (Franois-Pierre-Guillaume),
-<span class="pagenum"><a id="Page_429"> 429</a></span>
-1767-1874. Homme d'tat et
-crivain franais; il fut ministre
-sous Louis-Philippe. Ambassadeur
- Londres et membre de l'Acadmie
-franaise.</li>
-
-<li><span class="cap">G</span><span class="smallc">UIZOT</span> (Mme), 1803-1833. lisa Dillon,
-fut la deuxime femme de
-M. Guizot, qu'elle pousa en 1828,
-aprs la mort de sa premire
-femme, Pauline de Meulan.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">H</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">AENDEL</span> (Georges-Frdric), 1685-1759.
-Compositeur allemand, n
- Halle en Saxe, mort aveugle
-Londres.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ALFORD</span> (sir Henry Wangham),
-1766-1844. Premier mdecin du
-roi George III d'Angleterre,
-jouissant d'une grande rputation.
-En 1809, il fut cr baron. Il
-avait pous, en 1795, la deuxime
-fille de lord Blestow.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ARDWICK</span> (lady), 1763-1858. lisabeth,
-fille du comte de Balcarres,
-pousa, en 1782, Charles-Philippe
-Yorke, qui, la mort de son
-oncle lord Hardwick, prit son
-nom et son titre. Le mari de
-lady Hardwick, amiral, fit partie
-du ministre Derby en 1852.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ARDY</span> (miss mily), morte en 1866.
-Elle pousa, en 1839, le Rv.
-Francis Flewson de Rillarmes.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">AREWOOD</span> (lord Henry), 1767-1841.
-Il avait pous lady Louise Thynne,
-fille du marquis de Bath.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ARISPE</span> (le gnral), 1768-1854. Il
-fit avec distinction les campagnes
-de la Rvolution et de l'Empire.
-cart par la Restauration, il fut
-rappel en 1830, lev la Pairie
-et fait marchal de France en 1851.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">AYDN</span> (Franois-Joseph), 1732-1809.
-Compositeur allemand. Auteur de
-symphonies et d'oratorios remarquables.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">LNE</span> DE <span class="cap">T</span><span class="smallc">ROIE</span>. Princesse grecque
-clbre par sa beaut, et, selon
-la fable, fille de Jupiter et de
-Lda. pouse de Mnlas, elle fut
-enleve par Pris, ce qui dtermina
-l'expdition des Grecs contre
-Troie.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ENRI</span> <span class="cap">III</span>, Roi d'Angleterre, 1216-1272.
-Fils de Jean sans Terre,
-auquel il succda l'ge de neuf
-ans.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ENRI</span> <span class="cap">III</span>, Roi de France, 1551-1589.
-Troisime fils de Henri II. Il
-porta d'abord le titre de duc d'Anjou,
-fut lu roi de Pologne, mais
-abandonna ce royaume au bout de
-quelques mois pour venir succder,
-en France, son frre
-Charles IX. Il fut assassin par
-Jacques Clment, et avec lui
-s'teignit la branche des Valois.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ENRI</span> <span class="cap">IV</span>, Roi de France, 1553-1610.
-Fils d'Antoine de Bourbon et de
-Jeanne d'Albret; il monta sur le
-trne en 1589, et mourut assassin
-par Ravaillac.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ENRI</span> <span class="cap">V</span>. Les lgitimistes appelaient
-ainsi le duc de Bordeaux.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ENRI</span> <span class="cap">VIII</span>, Roi d'Angleterre, 1491-1547;
-succda en 1509 son
-pre Henri VII; il se pronona
-pour Charles-Quint contre Franois
-I<sup>er</sup> et rompit avec l'glise
-catholique.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ERTFORD</span> (lady), morte en 1836.
-Isabelle, fille ane de Charles-Ingram
-Sheffield, vicomte Irvin,
-<span class="pagenum"><a id="Page_430"> 430</a></span>
-pousa Seymour Conway, marquis
-de Hertford. Elle tait une
-amie de George IV.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ESSE</span>-<span class="cap">D</span><span class="smallc">ARMSTADT</span> (le grand-duc DE),
-1777-1848. Louis II; il pousa en
-1830 une princesse Wilhelmine de
-Bade, qui mourut en 1836.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ESSE</span>-<span class="cap">D</span><span class="smallc">ARMSTADT</span> (la grande-duchesse
-DE), 1813-1842. Mathilde-Caroline,
-fille du roi Louis de Bavire
-et pouse du grand-duc
-Louis III de Hesse-Darmstadt.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ESSE</span>-<span class="cap">H</span><span class="smallc">OMBOURG</span> (la Landgravine DE),
-1770-1840. lisabeth, fille du roi
-George III d'Angleterre, pousa,
-en 1818, le landgrave Frdric-Joseph,
-qui mourut en 1829.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ESSE</span>-<span class="cap">H</span><span class="smallc">OMBOURG</span> (la Landgravine DE),
-ne en 1778. Auguste, fille du
-duc de Nassau-Usingen, pousa en
-1804 le landgrave Louis de Hesse-Hombourg.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">EYTESBURY</span> (lord William), 1779-1860.
-Homme d'tat anglais; conseiller
-priv, diplomate distingu;
-son dernier poste d'ambassadeur
-fut celui de Saint-Ptersbourg de
-1828 1833. De 1844 1846,
-il fut lord-lieutenant d'Irlande.
-Il avait pous une fille de
-W. Bouverie.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">ILL</span> (lord Rowland), 1773-1842.
-Gnral anglais. Il s'illustra dans
-la guerre d'Espagne et la campagne
-de 1815. En 1827, il
-devint gouverneur de Plymouth,
-et l'anne suivante il reut le
-commandement en chef de l'arme
-anglaise.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">OBHOUSE</span> (sir John Cam), 1785-1869.
-crivain et homme politique
-anglais. Condisciple de lord
-Byron Cambridge, il conserva
-toujours pour lui une vive amiti.
-Ils visitrent ensemble une partie
-de l'Orient et du Continent et sir
-J. Hobhouse fit paratre en 1812
-un ouvrage, <i>Voyage travers l'Albanie</i>,
-qui le fit nommer membre
-de la Socit Royale de Londres.
-S'tant trouv Paris lors du
-retour de Napolon de l'le d'Elbe,
-sir J. Hobhouse publia, aprs la
-bataille de Waterloo, <i>Lettres
-crites par un Anglais pendant les
-Cent-Jours</i>, livre qui fit sensation,
-car il y attaquait vivement le gouvernement
-et y mettait des ides
-librales. Hobhouse entra en 1820
- la Chambre des communes et
-occupa ds lors plusieurs postes
-administratifs. Il fut lev la
-Pairie en 1851 sous le titre de
-baron Broughton Gyfford.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">OHENTHAL</span> (la comtesse DE), 1808-1845.
-Ne princesse Louise de
-Biron-Courlande, s&oelig;ur de la comtesse
-de Lazareff et de Mme de
-Boyen.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">OLLAND</span> (lord), 1772-1840. Neveu
-de Fox, il fut, comme son oncle,
-le champion des liberts publiques.
-Il contribua, avec lady Holland,
-adoucir le sort de Napolon
-Sainte-Hlne.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">OLLAND</span> (lady), morte en 1840.
-Elle fut en premires noces lady
-Webster. Lord Holland l'avait
-connue Florence et l'pousa
-aprs avoir eu avec elle une liaison
-antrieure, et aprs son divorce
-d'avec sir Godfrey Webster. Lady
-Holland tait trs spirituelle et
-Holland-House fut pendant longtemps
-le rendez-vous des notabilits
-littraires de l'poque.
-<span class="pagenum"><a id="Page_431"> 431</a></span></li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">OMRE</span>. Clbre pote grec, regard
-comme l'auteur de l'<i>Iliade</i> et de
-l'<i>Odysse</i>.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">OPE</span> (Thomas), 1774-1835. Riche et
-amateur des arts, il voyagea beaucoup,
-puis s'installa Londres o
-il forma de riches galeries de
-peinture et de sculpture.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">OWE</span> (Richard-William Penn, lord),
-mort en 1870, fils du baron Curzon.
-En 1831, il occupait une
-charge la cour de la reine Adlade
-d'Angleterre.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">OWICK</span> (Henry), 1802-1894. Fils
-an de lord Grey et sous-secrtaire
-d'tat aux colonies dans le
-ministre de son pre en 1830.
-En 1845, la mort de lord Grey,
-il prit son titre et sa place la
-Chambre des lords. Il avait des
-opinions trs librales.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">UGO</span> (Mme Victor), ne en 1810;
-elle se nommait Adle Foucher,
-et tait la fille de Paul-Henry
-Foucher, littrateur et homme
-politique franais.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">UMANN</span> (Jean-Georges), 1780-1842.
-Financier et homme d'tat franais.
-Il sigea la Chambre des
-dputs partir de 1820, fut un
-des deux cent vingt et un signataires
-qui amenrent la rvolution
-de 1830, fut ministre des
-Finances de 1832 1836 et de
-1840 jusqu' sa mort.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">URE</span> (M.). Grand ami de Fox.</li>
-
-<li><span class="cap">H</span><span class="smallc">USS</span> (Jean), 1373-1415. Thologien
-hrsiarque, de Bohme. Excommuni
-par le pape Alexandre V
-pour avoir adopt les doctrines de
-Wicleff, il en appela au Concile
-de Trente, et, refusant de se rtracter,
-il fut brl vif.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">I</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">I</span><span class="smallc">NS</span> DE <span class="cap">C</span><span class="smallc">ASTRO.</span>> Assassine en 1355.
-Clbre par sa beaut et ses
-malheurs; elle fut pouse par
-l'Infant Pierre de Portugal. Ferreira
-fit sur elle, au seizime
-sicle, une tragdie.</li>
-
-<li><span class="cap">I</span><span class="smallc">SABELLE</span> (doa), 1801-1876. Rgente
-de Portugal de 1826
-1828.</li>
-
-<li><span class="cap">I</span><span class="smallc">SABELLE</span> <span class="cap">II</span>, Reine d'Espagne, 1830-1904.
-Elle succda son pre le
-roi Ferdinand VII en 1833, sous
-la tutelle de sa mre, la reine
-Christine. Isabelle II pousa son
-cousin germain, Franois d'Assise
-de Bourbon, qui prit le titre
-de roi. Elle abdiqua, en 1870, en
-faveur de son fils Alphonse XII,
-aprs avoir quitt l'Espagne par
-suite de la rvolution de 1868.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">J</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">J</span><span class="smallc">ACOB</span> (Louis-Lon, comte), 1768-1854.
-Marin franais. Il inventa
-en 1805 les signaux smaphoriques,
-devint contre-amiral en
-1812. Il fut lev la Pairie
-aprs 1830, et un moment ministre
-de la Marine.</li>
-
-<li><span class="cap">J</span><span class="smallc">ACQUES</span> <span class="cap">I</span><sup>er</sup>, Roi d'cosse et d'Angleterre,
-1566-1625. Fils de Marie
-Stuart, il fut roi d'cosse un an,
-en 1567, et roi d'Angleterre en
-1603 la mort d'lisabeth.</li>
-
-<li><span class="cap">J</span><span class="smallc">AUCOURT</span> (la marquise DE), 1762-1848.
-Mlle Charlotte de Bontemps
-avait pous le marquis de Jaucourt,
-petit-neveu du chevalier
-de Jaucourt, rdacteur de l'<i>Encyclopdie</i>.
-<span class="pagenum"><a id="Page_432"> 432</a></span></li>
-
-<li><span class="cap">J</span><span class="smallc">ERMINGHAM</span> (Miss). Fille ane du
-baron Stafford, elle mourut en
-1838.</li>
-
-<li><span class="cap">J</span><span class="smallc">ERSEY</span> (lady), 1787-1867. Sarah, fille
-du comte de Westmorland. Lord
-Jersey, son mari, remplit diverses
-charges de cour et lady Jersey
-tint longtemps, dans la socit de
-Londres le sceptre de l'lgance.</li>
-
-<li><span class="cap">J</span><span class="smallc">OSPHINE</span> (l'impratrice), 1763-1814.
-Ne la Martinique, Josphine
-Tascher de la Pagerie pousa en
-1779 le vicomte de Beauharnais,
-qui mourut sur l'chafaud en
-1794; en 1796, elle pousa le
-gnral Bonaparte, et elle devint
-Impratrice en 1804; mais, en
-1809, Napolon divora et elle
-mourut cinq ans aprs au chteau
-de la Malmaison, prs de
-Paris.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">K</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">K</span><span class="smallc">ENT</span> (la duchesse DE), 1786-1861.
-Fille du duc de Saxe-Cobourg-Saalfeld
-et mre de la reine Victoria
-d'Angleterre. Elle avait
-pous, en premires noces, le
-prince Emich de Leiningen, et en
-secondes noces, le duc de Kent,
-quatrime fils du roi George III
-d'Angleterre.</li>
-
-<li><span class="cap">K</span><span class="smallc">OREFF</span> (David-Ferdinand), 1783-1851.
-Fils d'un mdecin juif, il
-naquit Breslau, fit ses tudes
-Halle, Berlin et Paris. Il voyagea
-en Italie avec la famille de
-Custine et se trouvant Vienne, en
-1814, y fit la connaissance de Hardenberg,
-chancelier du roi de
-Prusse, qui l'engagea entrer au
-service de l'tat prussien. Il se
-fit alors baptiser. En 1821, il alla
- Paris, puis passa quelques annes
-en Angleterre.</li>
-
-<li><span class="cap">K</span>PER (le Rv. D<sup>r</sup> William), originaire
-d'Allemagne et luthrien, il
-fut pendant de longues annes
-lecteur de la reine Adlade d'Angleterre.
-Il eut pour fils l'amiral
-Auguste-Lopold Kper.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">L</p>
-
-<ul>
-<li>LA <span class="cap">B</span><span class="smallc">ESNARDIRE</span> (Jean-Baptiste Goney
-DE), 1765-1843. En 1805 il accompagna
-le prince de Talleyrand
-la suite de la Grande Arme; pendant
-les dernires annes de l'Empire,
-il reprsenta au Conseil
-d'tat, avec MM. d'Hauterive et
-Dalberg, le ministre des Affaires
-trangres; en 1814, il accompagna
-le prince de Talleyrand
-Vienne. En 1819, il se retira en
-Touraine.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ABOUCHRE</span> (Henri), 1798-1861. Anglais,
-d'une famille d'origine franaise,
-il fut dput de Taunton
-depuis 1830. Il tait le deuxime
-fils de Pierre-Csar Labouchre,
-associ de la maison Hope et C<sup>ie</sup>,
-d'Amsterdam, et d'une fille de sir
-Francis Baring. Il pousa une
-Baring, sa cousine germaine. En
-1858 il fut lev la Pairie sous
-le titre de lord Taunton.</li>
-
-<li>LA <span class="cap">B</span><span class="smallc">RUYRE</span> (Jean DE), 1645-1696.
-Moraliste franais; il fut le prcepteur
-du petit-fils du grand
-Cond et l'auteur des <i>Caractres</i>.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ACRETELLE</span> (Jean-Claude-Dominique
-DE), 1766-1855. Auteur de
-<span class="pagenum"><a id="Page_433"> 433</a></span>
-plusieurs ouvrages historiques o
-il se recommande plus par une
-certaine habilet d'arrangement
-que par la profondeur.</li>
-
-<li>LA <span class="cap">F</span><span class="smallc">AYETTE</span> (Gilbert Mortier, marquis
-DE), 1757-1834. Aprs avoir
-fait, fort jeune, la guerre d'Amrique,
-il fut nomm en 1788 dput
-aux tats gnraux: mis hors
-la loi aprs le 20 juin 1792, il dut
-s'enfuir, mais, arrt par les Autrichiens,
-il resta cinq ans enferm
- Olmtz. Dput en 1814, il vota
-la dchance de l'Empereur; sous
-la Restauration, il resta toujours
-dans l'opposition. Chef des gardes
-nationales en 1830, il contribua
-l'avnement de Louis-Philippe.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">AGRANGE</span>-<span class="cap">C</span><span class="smallc">HANCEL</span> (Joseph DE), 1676-1758.
-Littrateur franais, auteur
-de tragdies assez faibles et des
-<i>Philippiques</i>.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">AMB</span> (sir Frdric), 1782-1852. Diplomate
-anglais; frre de lord
-Melbourne, il fut ambassadeur
-Venise, Mnich, en Espagne, et
-entra en 1821 la Chambre des
-lords sous le titre de lord Beauvale.
-En 1848, il devint vicomte
-Melbourne, la mort de son frre
-William.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">AMENNAIS</span> (Hughes-Flicit-Robert,
-abb DE), 1782-1854. crivain catholique,
-philosophe rformateur,
-journaliste rvolutionnaire, il rompit
-avec l'glise, qui avait condamn
-ses ouvrages.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ANGWARD</span>. Improvisateur allemand
-peu clbre.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ANSDOWNE</span> (Henry, marquis DE),
-1780-1863. Homme d'tat anglais.
-Whig modr, il a laiss une rputation
-mrite de droiture et
-d'honntet politique. Il entra au
-Parlement de 1802; il montra
-beaucoup de zle pour l'abolition
-de l'esclavage, et dfendit avec
-ardeur les catholiques irlandais.
-En 1830, il entra dans le Cabinet
-rformiste de lord Grey, et devint
-prsident du Conseil priv.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ANSDOWNE</span> (lady), morte en 1865.
-Elle tait fille de sir Henry Vane
-Tempest et pousa le marquis de
-Lansdowne en 1819.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ARCHER</span> (Mlle Henriette), 1782-1860.
-Elle tait Genevoise, et fut
-la gouvernante de Mlle Pauline de
-Prigord, plus tard marquise de
-Castellane.</li>
-
-<li>LA <span class="cap">R</span><span class="smallc">EDOUTE</span> (Joseph-Charles-Maurice,
-comte DE), 1804-1886. lve
-de l'cole polytechnique, il devint
-lieutenant en 1826 et fut nomm
-officier d'ordonnance du duc d'Orlans,
-en 1833. lu dput de
-Carcassonne en 1835, il quitta la
-carrire militaire; fut en 1840
-ambassadeur pendant quelques
-mois, Madrid, et entra la
-Chambre des pairs l'anne suivante.</li>
-
-<li>LA <span class="cap">R</span><span class="smallc">OCHEFOUCAULD</span> (la vicomtesse
-Sosthne DE), 1790-1834. Elle
-tait la fille unique du duc Mathieu
-de Montmorency.</li>
-
-<li>LA <span class="cap">R</span><span class="smallc">ONCIRE</span> LE <span class="cap">N</span><span class="smallc">OURY</span> (mile-Clment
-DE), 1804-1874. Fils du gnral
-de la Roncire, il s'engagea
- dix-sept ans dans la cavalerie et
-fut dtach comme lieutenant
-l'cole de Saumur en 1833. A la
-suite d'un procs qui le condamna
- dix ans de rclusion, il rentra
-dans l'obscurit. Le second Empire
-l'en fit sortir, et le nomma
-<span class="pagenum"><a id="Page_434"> 434</a></span>
-successivement inspecteur de la
-colonisation en Algrie, chef de
-service Chandernagor, puis aux
-les Saint-Pierre-et-Miquelon.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ATOUR</span>-<span class="cap">M</span><span class="smallc">AUBOURG</span> (le marquis DE),
-1781-1847. Diplomate franais; il
-fut, sous le premier Empire, charg
-d'affaires Constantinople, puis
-ministre plnipotentiaire en Wrtemberg.
-Sous la Restauration, il
-devint successivement ministre en
-Hanovre, en Saxe, ambassadeur
-Constantinople en 1823, Naples
-en 1830, et Rome en 1831.
-Cette mme anne il fut appel
-la Pairie.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">AURENCE</span> (Justin), 1794-1863. Fils
-d'un orfvre de Mont-de-Marsan,
-il fut le champion de l'opposition
-librale dans son dpartement.
-Tour tour conseiller de prfecture
-des Landes, avocat gnral
-la Cour royale de Pau, il fut lu
-dput en 1831. En 1844, il fut
-appel la Direction gnrale des
-Contributions. La Rvolution de
-1848 mit fin sa carrire politique.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">AUZUN</span> (le duc DE), 1632-1733. Joua
-un rle brillant, mais aventureux,
- la cour de Louis XIV. Il pousa
-la Grande Mademoiselle, cousine
-germaine du Roi.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">AVAL</span> (le prince Adrien DE), 1768-1837.
-Pair de France, duc de
-Fernando en Espagne; il fut ambassadeur
-de France Rome. Il
-avait pous sa cousine, Mlle de
-Montmorency-Luxembourg.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">AVRADIO</span> (don Francisco de Almeida,
-comte DE), 1796-1870. Portugais,
-pair du royaume, conseiller d'tat,
-il fut ministre en 1825 et en 1846.
-En 1851, il fut ministre Londres
-et il venait d'tre transfr
- Rome lorsqu'il mourut.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">AZAREFF</span> (le comte Lazare DE),
-1792-1871. Colonel russe; il
-pousa la princesse Antoinette de
-Biron-Courlande.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">EGONIDEC</span> (Joseph-Julien), 1763-1844.
-Magistrat franais. Avocat
-au Parlement de Paris, il passa
-en Amrique le temps de la Rvolution
-et ne revint en France
-qu'en 1797. En 1815, la Restauration
-le nomma conseiller la
-Cour de cassation o il sigeait
-encore au moment de sa mort
-comme doyen de la Chambre civile.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">E</span> <span class="cap">H</span><span class="smallc">ON</span> (le comte Charles), 1792-1868.
-N Tournay, en Belgique,
-il joua dans son pays un rle d'opposition
-avant 1830. Il fut ensuite,
-pendant de longues annes, ministre
-de Belgique Paris o il
-resta jusqu'en 1852.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">EHZEN</span> (Mlle Louise) morte en
-1870. Fille d'un pasteur protestant
-hanovrien, elle vint en Angleterre
-en 1818 pour tre gouvernante
-de la princesse Fodore
-de Leiningen, fille du premier
-mariage de la duchesse de Kent;
-elle prit les mmes fonctions auprs
-de la princesse Victoria, plus
-tard Reine d'Angleterre. En 1827,
-le Roi George IV lui confra le
-titre de baronne. Elle resta la
-cour d'Angleterre jusqu'en 1849
-et retourna alors en Allemagne.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">EICESTER</span> (Richard Dudley, comte
-DE), 1531-1588. Jouissant d'un
-grand crdit sur la reine lisabeth
-d'Angleterre, le comte de
-<span class="pagenum"><a id="Page_435"> 435</a></span>
-Leicester fut combl de ses faveurs.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ENORMAND</span> (Marie-Anne), 1772-1843.
-Clbre devineresse. Elle
-fut leve chez les bndictines
-d'Alenon, o elle commena son
-rle de prophtesse, vint ensuite
- Paris en 1790; elle se mit y
-prdire l'avenir, par les cartes,
-et fut consulte par l'impratrice
-Josphine et d'autres personnages
-de distinction.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ON</span> (la princesse DE), morte en 1815.
-Elle se nommait, avant son mariage,
-Mlle de Sran. Elle mourut
-d'un accident, sa robe ayant pris
-feu. Son mari entra dans les ordres
-trois ans plus tard; il fut
-successivement appel aux vchs
-d'Auch et de Besanon et,
-en 1830, il reut le chapeau de
-cardinal. Aprs la mort de son
-pre, le prince de Lon avait pris
-le titre de duc de Rohan.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ON</span> (l'vque DE). Don Joachim
-Albarca y Blanqus, 1781-1844.
-Un des conseillers du prtendant
-don Carlos, qu'il accompagna
-Londres en 1834, et qui le nomma
-plus tard son ministre de grce et
-de justice. Il mourut Turin. Il
-avait pris possession du sige piscopal
-de Lon en 1825.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OPOLD</span> <span class="cap">I</span><sup>er</sup>, Roi des Belges, 1790-1865.
-Georges-Chrtien-Frdric,
-prince de Cobourg-Gotha, fut lu
-roi des Belges en 1831. Il avait
-pous, en premires noces, en
-1816, la princesse Charlotte d'Angleterre,
-et en deuximes noces,
-la princesse Louise d'Orlans, fille
-du Roi Louis-Philippe.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ESLIE</span> (Charles-Robert), 1794-1839.
-Peintre anglais; artiste remarquable,
-excellant surtout reproduire
-sur la toile les crivains
-qui il empruntait gnralement
-ses tableaux, Shakespeare, Cervantes,
-Molire, Sterne, Walter
-Scott.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">EUCHTENBERG</span> (le prince Auguste-Charles
-DE), 1807-1835. Il pousa,
-en 1835, doa Maria, reine de
-Portugal, et mourut la mme anne.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">EUCHTENBERG</span> (le prince Max DE),
-1817-1852. Fils d'Eugne de
-Beauharnais; il pousa, en 1839,
-la grande-duchesse Marie, fille de
-l'Empereur Nicolas I<sup>er</sup> de Russie.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">EZAY</span>-MARNESIA (Albert, comte DE),
-1722-1857. Il occupa plusieurs
-prfectures, entre autres celle du
-Loir-et-Cher, dont il tait titulaire
-en 1834.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ICHTENSTEIN</span> (Aloys-Joseph, prince
-DE), 1796-1858. Diplomate autrichien;
-il fut attach aux ambassades
-de Londres, de La Haye et
-de Dresde. Il avait pous une
-comtesse Kinsky.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">IEVEN</span> (Christophe, prince DE),
-1770-1839. Gnral russe; il fut
-ambassadeur Paris et Londres,
-puis, en 1834, gouverneur du
-grand-duc hritier de Russie, plus
-tard Alexandre II.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">IEVEN</span> (la princesse DE), 1784-1857.
-Dorothe de Benkendorff, pouse
-du prince Christophe de Lieven,
-ambassadeur Londres; remarquable
-par son esprit et son jugement,
-elle fit de son salon Londres
-le rendez-vous des hommes
-les plus distingus, et passa les
-dernires annes de sa vie Paris,
-<span class="pagenum"><a id="Page_436"> 436</a></span>
-o elle se vit recherche par les
-plus hauts personnages politiques.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ITTLETON</span> (douard-John Walhouse),
-1791-1863. Cr baron Hatherton
-en 1835. Membre du Parlement
-anglais. En 1812, il pousa une
-fille du marquis de Wellesley, et
-en 1858, en secondes noces, la
-veuve d'douard Davenport.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ONDONDERRY</span> (Charles-William, lord),
-1778-1854. Soldat et diplomate
-anglais, il fut ambassadeur
-Vienne, gnral et lord-lieutenant.
-Il pousa en premires noces une
-fille de lord Darnley, et en
-deuximes noces, une fille de sir
-Henry Vane Tempest.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">ONDONDERRY</span> (lady), morte en 1865.
-Fille de sir H. Vane Tempest, elle
-pousa lord Londonderry en
-1819.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUIS</span> (le baron), 1755-1837. Ministre
-des Finances en France. Il
-avait reu les ordres et tait trs
-li avec le prince de Talleyrand.
-Depuis 1815, il sigea comme dput
-dans presque toutes les assembles
-lgislatives, o il se fit
-remarquer par la modration et
-la sagesse de ses vues.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUIS</span> <span class="cap">XI</span>, Roi de France, 1423-1483.
-Fils de Charles VII; aucun prince
-de son temps ne connut mieux les
-ruses de la politique et l'art de
-dominer les hommes.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUIS</span> <span class="cap">XII</span>, Roi de France, 1462-1515.
-D'abord connu sous le titre
-de duc d'Orlans, il succda comme
-roi de France Charles VIII.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUIS</span> <span class="cap">XIII</span>, Roi de France, 1601-1643.
-Fils de Henri IV et de Marie
-de Mdicis, sous la rgence
-de qui il rgna d'abord. Il pousa
-Anne d'Autriche.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUIS</span> <span class="cap">XIV</span>, Roi de France, 1638-1715.
-Fils de Louis XIII, il n'avait
-pas cinq ans, lorsqu'il succda
-son pre sous la rgence de sa
-mre Anne d'Autriche; il pousa
-l'infante Marie-Thrse, et plus
-tard, secrtement, Mme de Maintenon.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUIS</span> <span class="cap">XV</span>, Roi de France, 1710-1774.
-Fils du duc de Bourgogne
-et de la princesse Adlade de
-Savoie, il succda sur le trne
-son aeul Louis XIV.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUIS</span> <span class="cap">XVI</span>, Roi de France, 1754-1793.
-Une des premires victimes
-de la Rvolution, qui le fit prir
-sur l'chafaud.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUIS</span> <span class="cap">XVIII</span>, Roi de France, 1755-1824.
-Il porta, d'abord, le titre
-de comte de Provence et pousa,
-en 1771, Louise-Marie-Josphine
-de Savoie; son rgne ne commena
-qu'en 1814.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUIS</span>-<span class="cap">P</span><span class="smallc">HILIPPE</span> <span class="cap">I</span><sup>er</sup>, Roi des Franais,
-1773-1849. Fils de Philippe-galit,
-duc d'Orlans; il fut proclam
-Roi aprs la rvolution de
-1830 et l'abdication de Charles X,
-et oblig, lui aussi, d'abdiquer,
-la rvolution de 1848.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUISE</span>, Reine de Prusse, 1776-1810.
-Fille du grand-duc de Mecklembourg-Strlitz
-et pouse du roi
-Frdric-Guillaume III de Prusse.
-Elle fut la mre des rois Frdric-Guillaume
-IV et Guillaume I<sup>er</sup>,
-qui, en 1870, fut proclam empereur
-d'Allemagne.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUL</span> (la marquise DE), 1806-1857.
-Anne, infante de Portugal, marie
-en 1827 Mendoa, marquis de
-<span class="pagenum"><a id="Page_437"> 437</a></span>
-Loul, ministre d'tat. Le marquis
-fut cr duc, mais ses enfants
-ne jouirent jamais d'aucun
-privilge royal.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUVOIS</span> (le marquis DE), 1639-1691.
-Homme d'tat franais, ministre
-de la guerre sous Louis XIV; il
-tait fils du chancelier Le Tellier.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">OUVOIS</span> (le marquis DE), 1783-1844.
-Il entra dans la carrire, puis devint
-chambellan de l'empereur
-Napolon I<sup>er</sup>. Il tablit Ancy-le-Franc
-des hauts-fourneaux, une
-verrerie, un moulin, des scieries
-qui amenrent la prosprit dans
-ce pays. Il fut fait pair de France
-sous la Restauration.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">UDOLF</span> (Guillaume-Constantin,
-comte), 1759-1839. Ministre du
-roi de Naples Londres durant
-de longues annes; sa famille tait
-d'origine autrichienne.</li>
-
-<li><span class="cap">L</span><span class="smallc">YNDHURST</span> (lady), Sarah Grey; veuve
-du lieutenant-colonel Charles-Thomas,
-qui tomba Waterloo,
-elle pousa en 1819 lord Lyndhurst
-dont elle fut la deuxime
-femme; elle tait d'origine juive.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">M</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">AINTENON</span> (la marquise DE), 1635-1719.
-Franoise d'Aubign, pousa,
-en 1652, le pote Scarron. Devenue
-veuve, elle fut charge d'lever
-les enfants de Louis XIV et de
-Mme de Montespan. Aprs la mort
-de la Reine, Louis XIV s'unit
-Mme de Maintenon par un mariage
-secret.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">AISON</span> (le marchal), 1771-1840. Il
-fit, avec distinction, les guerres
-de la Rpublique et de l'Empire;
-fut fait pair de France sous la
-Restauration. Charg en 1828 de
-l'expdition de More, il y obtint
-plein succs et fut cr marchal.
-Sous Louis-Philippe, il fut tour
-tour ministre des Affaires trangres,
-de la Guerre, ambassadeur
- Vienne et en Russie.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ALIBRAN</span> (Mme Marie-Flicit),
-1808-1836. Clbre cantatrice,
-fille de Manuel Garcia. Elle pousa
-en premires noces le banquier
-Malibran et en secondes noces le
-violoniste de Briot.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARBOIS</span> (le marquis Franois
-DE <span class="smallc">B</span><span class="smallc">ARB</span>-), 1745-1837. Il remplit
-avant la Rvolution plusieurs missions
-diplomatiques; la Rvolution,
-il fut dport la Guyane,
-et n'en revint qu'aprs le 18 Brumaire.
-Le premier Consul le
-nomma prsident de la Cour des
-comptes. La Restauration le fit
-pair et ministre de la Justice.
-Plus tard, il reprit ses fonctions
-de prsident de la Cour des
-comptes, qu'il exera jusqu'en
-1834.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">AREUIL</span> (Joseph-Durand, comte DE),
-1769-1855. Diplomate franais. A
-la seconde Restauration, il fut
-nomm conseiller d'tat, et charg
-de diverses missions. Nomm pair
-de France en 1833 et grand-cordon
-de la Lgion d'honneur en
-1834, il fut envoy Naples
-comme ambassadeur; rappel dix-huit
-mois plus tard, il vcut depuis
-lors dans la retraite.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARIE</span> (l'infante), 1793-1874. Fille
-de Jean VI de Portugal, elle
-<span class="pagenum"><a id="Page_438"> 438</a></span>
-pousa en premires noces l'infant
-dom Pedro et plus tard don Carlos,
-infant d'Espagne.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARIE</span> <span class="cap">II</span> ou <span class="cap">M</span><span class="smallc">ARIA</span>
-DA <span class="cap">G</span><span class="smallc">LORIA</span>. Reine
-de Portugal, 1819-1853. Fille de
-dom Pedro I<sup>er</sup>, qui, reconnaissant
-l'impossibilit de garder ensemble
-les deux trnes de Brsil et de
-Portugal, abdiqua celui de Portugal
-en faveur de son second enfant,
-doa Maria, aprs avoir octroy
- ce Royaume une charte
-librale. Doa Maria pousa en
-premires noces le duc de Leuchtenberg,
-et, en secondes noces, le
-prince Ferdinand de Cobourg.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARIE</span>-<span class="cap">A</span><span class="smallc">MLIE</span> (la Reine), 1782-1866;
-Fille de Ferdinand I<sup>er</sup>, Roi des
-Deux-Siciles, elle pousa en 1809
-le duc d'Orlans, qui fut plus tard
-Louis-Philippe, roi des Franais.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARIE</span>-<span class="cap">C</span><span class="smallc">ASIMIRE</span> D'<span class="cap">A</span><span class="smallc">RQUIEN</span>, 1635-1716.
-Fille du marquis de La Grange
-d'Arquien, elle avait accompagn
-en Pologne la reine Marie-Gonzague.
-Marie d'abord Zamoyski,
-elle pousa en secondes noces le
-roi Jean Sobieski. Devenue veuve,
-elle se retira d'abord Rome, puis
- Blois o elle mourut.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARIE</span> DE <span class="cap">M</span><span class="smallc">DICIS</span>,
-Reine de France,
-1573-1642. Fille du grand-duc
-Franois I<sup>er</sup> de Toscane, elle pousa
-le Roi de France Henri IV, fut la
-mre de Louis XIII et exera la
-Rgence pendant la minorit de
-son fils.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARIE</span> D'<span class="cap">O</span><span class="smallc">RLANS</span>
-(la princesse), 1813-1839.
-Fille du Roi Louis-Philippe,
-elle pousa le prince Alexandre
-de Wrtemberg. Elle avait du talent
-pour la sculpture et est l'auteur
-d'une statue de Jeanne d'Arc
-place dans la cour de l'Htel de
-ville Orlans.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARIE</span>-<span class="cap">L</span><span class="smallc">OUISE</span> (l'Impratrice), 1791-1847.
-Fille de l'Empereur Franois
-II d'Autriche, elle pousa en
-1810 l'Empereur Napolon I<sup>er</sup>.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARIE</span> <span class="cap">S</span><span class="smallc">TUART</span>, 1542-1587. Reine
-d'cosse. Elle pousa Franois II,
-roi de France, dont elle devint
-veuve en 1560. De retour en
-cosse, elle eut lutter contre la
-Rforme et les agissements secrets
-de la reine lisabeth d'Angleterre
-qui la fit emprisonner puis excuter
-aprs dix-huit ans de captivit.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARIE</span>-<span class="cap">T</span><span class="smallc">HRSE</span> (l'Impratrice), 1717-1780.
-Fille de l'Empereur Charles
-VI, elle lui succda sur le
-trne d'Autriche et eut lutter
-contre le Roi de Prusse, Frdric
-II, qui lui enleva la Silsie.
-Elle avait pous Franois de
-Lorraine.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARTIN</span> (M.). lve de l'cole normale,
-il devint professeur dans un
-collge de Paris o le prince de
-Talleyrand le prit pour le charger
-de l'ducation de ses deux neveux
-Louis et Alexandre de Prigord;
-il devint plus tard recteur de
-l'Acadmie d'Amiens.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARTIN</span> DU <span class="cap">N</span><span class="smallc">ORD</span> (Nicolas-Ferdinand),
-1789-1862. Littrateur et homme
-d'tat franais; lu dput en 1830,
-il sigea dans les rangs des conservateurs,
-il fut avocat gnral la
-Cour de cassation en 1842, puis
-procureur gnral la Cour royale
-de Paris. En 1834, il devint ministre
-des Travaux publics; en
-1839, ministre de la Justice et
-des Cultes.
-<span class="pagenum"><a id="Page_439"> 439</a></span></li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARTINEZ</span> DE LA <span class="cap">R</span><span class="smallc">OSA</span> (Franois),
-1789-1862. Littrateur et homme
-d'tat espagnol. Dput aux Corts
-en 1812, il y soutint les ides
-les plus avances, qui le firent
-condamner dix ans d'emprisonnement
-au Maroc; la rvolution
-de 1820 lui rendit la libert, et
-il devint prsident du conseil.
-Sous la Reine rgente, il devint
-chef d'un Cabinet constitutionnel,
-qui signa la Quadruple Alliance,
-mais il se retira en 1835. Il fut,
-depuis, ambassadeur Paris,
-Rome, et prsident des Corts.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ASSA</span> (la duchesse DE), ne en
-1792; fille du duc de Tarente, elle
-avait pous Rgnier, duc de
-Massa, dont elle devint veuve en
-1814.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ATUCZEWICZ</span> (le comte Andr-Joseph),
-1790-1842. Diplomate au
-service russe, Polonais de naissance.
-Il fut ministre intrimaire
-de Russie en Angleterre, ministre
- Naples et Stockolm.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">AUGUIN</span> (Franois), 1785-1854. Libral
-ardent, il fut lu dput en
-1827 et joua un rle actif jusqu'en
-1848. Aprs le coup d'tat de
-1851, il se retira Saumur, chez
-sa fille, la comtesse de Rochefort.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">EDEM</span> (le comte Paul), 1800-1854.
-Diplomate russe. Charg d'affaires
- Paris, puis Londres, et, en
-1839, ministre Stuttgart.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ELBOURNE</span> (lord), 1779-1848. William
-Lamb. Homme d'tat anglais;
-il fut appel, en 1830, par lord
-Grey, au ministre de l'Intrieur;
-whig modr, il s'est acquitt
-avec beaucoup de tact et de dvouement
-du soin qui lui incombait
-d'initier la jeune reine Victoria
- ses devoirs de souveraine.&mdash;Spar
-de sa femme, lady Catherine
-Ponsonby, connue par sa
-liaison avec lord Byron, lord Melbourne
-eut une liaison avec
-Mrs Norton, qui aboutit, en 1836,
- un procs en divorce dont le
-scandale fut grand.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ENDELSLOH</span> (le comte Charles-Auguste-Franois
-DE, 1788-1852.
-Diplomate wrtembergeois; il fut,
-successivement, ministre Saint-Ptersbourg,
- Londres et
-Vienne.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ENDIZABAL</span> (don Juan Alvarez y),
-1790-1853. Homme d'tat espagnol.
-Fils d'un pauvre fripier, il
-gagna une grosse fortune dans le
-commerce. Il devint ministre des
-Finances en 1835, mais dut se retirer
-bientt.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ENNECHET</span> (douard), 1794-1845.
-Littrateur franais. Il fut secrtaire
-particulier du duc de Duras,
-qui le fit connatre Louis XVIII;
-celui-ci le nomma chef de son bureau;
-Mennechet remplit ensuite
-les mmes fonctions auprs de
-Charles X.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ETTERNICH</span> (Clment-Wenceslas-Lothaire,
-comte, puis prince DE),
-1773-1859. Homme d'tat autrichien.
-Il fut ministre La Haye,
- Dresde, Berlin, Paris. En
-1809, il fut ministre des Affaires
-trangres d'Autriche, et resta au
-pouvoir jusqu'en 1848 o la rvolution
-l'obligea fuir.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">IAOULIS</span> (Andr), 1771-1835. Amiral
-grec; il commanda en chef la
-flotte des insurgs en 1821, battit
-les Turcs Patras, mit le feu aux
-<span class="pagenum"><a id="Page_440"> 440</a></span>
-navires d'Ibrahim-Pacha Modon,
-mais ne put empcher la chute de
-Missolonghi. En 1831, il se mit
-la tte des Hydriotes rvolts
-contre le prsident Capo d'Istria.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">IGNET</span> (Franois-Auguste-Marie),
-1796-1884. Historien franais,
-membre de l'Acadmie franaise,
-directeur des Archives du ministre
-des Affaires trangres.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">INA</span> (don Francisco Espozy), 1781-1836.
-Fameux chef de partisans
-en Espagne. En 1809, il se mit
-la tte d'une bande de gurillas,
-au moment de l'invasion franaise,
-et en entrava les oprations pendant
-cinq annes. En 1820, pendant
-la rvolution d'Espagne, il
-tint tte au marchal Moncey. En
-1834, il dfendit le trne constitutionnel
-contre les prtentions de
-don Carlos.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">IRABEAU</span> (Victor Riquetti, marquis
-DE), 1749-1791. L'orateur le plus
-minent de la Rvolution franaise.
-En 1789, il fut dput du Tiers
-aux tats gnraux, et il contribua
-par son loquence aux succs de
-la Constituante.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">IRAFLORS</span> (don Manuel, marquis
-DE), 1792-1867. Issu d'une famille
-de marchands (Pando) enrichie
-dans les guerres du dix-huitime
-sicle, il fut anobli et reut la
-grandesse. Il fut ambassadeur
-Londres, et, en 1834, y signa le
-fameux trait de la Quadruple
-Alliance. En 1846, il devint grand
-chambellan de la reine Isabelle,
-et, en 1864, prsident du Conseil
-des ministres. Littrateur minent,
-il fut membre de l'Acadmie d'histoire
-de Madrid.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">IRAFLORS</span> (la marquise DE), 1795-1867.
-Doa Vicenta Monina y
-Pontejos, hritire et nice du
-fameux comte de Florida-Blanca,
-elle pousa, en 1814, le marquis
-de Miraflors.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ODNE</span> (le duc DE), 1779-1846.
-Franois IV de Modne tait fils
-de l'archiduc Ferdinand d'Autriche;
-il pousa la princesse
-Marie-Batrice, fille de Victor-Emmanuel,
-roi de Sardaigne.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">OL</span> (le comte Mathieu), 1781-1855.
-Issu d'une famille parlementaire;
-il remplaa en 1813 le
-duc de Massa comme ministre de
-la Justice, et reut alors le titre
-de comte de l'Empire; il se rallia
- Louis-Philippe, fut nomm pair,
-et reut en 1830 le ministre des
-Affaires trangres. En 1840, il
-fut nomm membre de l'Acadmie
-franaise.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">OL</span> (la comtesse), morte en 1845.
-Mlle Caroline de la Briche, rencontra,
-dans le salon de sa mre,
-le jeune comte Mol, qu'elle pousa
-en 1798. La comtesse Mol a publi,
-sous le voile de l'anonyme,
-plusieurs ouvrages traduits de
-l'anglais.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">OLLIEN</span> (le comte Franois), 1758-1850.
-Habile financier, il fut
-nomm, en 1806, ministre du Trsor.
-Louis XVIII l'appela en 1819
- la Chambre des pairs.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">OLLIEN</span> (la comtesse), 1785-1878.
-Mlle Juliette Dutilleul, pouse de
-Franois Mollien. Mme Mollien,
-personne attachante et distingue,
-fut dame du palais de la
-Reine Marie-Amlie.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ONSON</span> (lord), 1809-1841. Fils du
-<span class="pagenum"><a id="Page_441"> 441</a></span>
-premier mariage de lady Warwick,
-il ne laissa point d'enfants
-et son hritage passa son cousin.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ONSON</span> (lady), Theodosia, fille de
-Latham Blacker, pousa en 1832
-lord Monson.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ONTESPAN</span> (la marquise DE), 1641-1707.
-Franoise-Athnas de Rochechouart;
-favorite de Louis XIV.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ONTMORENCY</span> (Raoul, baron DE),
-1790-1862. Il prit le titre de duc
-en 1846, la mort de son pre.
-Il pousa Euphmie de Harchies,
-dont il n'eut pas d'enfants; il tait
-frre de la princesse de Bauffremont-Courtenay
-et de la duchesse
-de Valenay.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ONTMORENCY</span> (la duchesse DE), 1774-1846.
-Anne-Louise-Caroline de
-Matignon; mre de Raoul de Montmorency,
-de la princesse de Bauffremont
-et de la duchesse de
-Valenay.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ONTPENSIER</span> (la duchesse DE), 1627-1693.
-Anne-Marie-Louise d'Orlans,
-connue sous le nom de la
-Grande Mademoiselle, tait la fille
-unique de Gaston d'Orlans. Elle
-fut plusieurs fois au moment de
-faire les alliances les plus brillantes,
-sans y jamais russir; quarante-deux
-ans, elle conut une
-passion violente pour un simple
-gentilhomme, le comte de Lauzun,
-qu'elle pousa secrtement. Elle
-avait pris une part trs vive la
-Fronde.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ONTROND</span> (le comte Casimir DE),
-1757-1843. Ami de M. de Talleyrand
-et habitu de sa maison.
-Napolon I<sup>er</sup>, son retour de l'le
-d'Elbe, l'expdia Vienne, o sigeait
-le Congrs, avec la mission
-de persuader M. de Talleyrand de
-se tourner vers lui, mais M. de
-Talleyrand fut inflexible et resta
-fidle Louis XVIII.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ONTROND</span> (la comtesse DE), 1769-1820.
-Aime de Coigny, qui inspira
- Chnier <i>la Jeune Captive</i>,
-avait pous en premires noces
-le duc de Fleury et divora pour
-pouser le comte de Montrond.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ORELL</span> (la baronne DE). Mlle de
-Mornay, s&oelig;ur du marquis et du
-comte de Mornay, pousa le gnral
-baron de Morell, qui commandait,
-en 1834, l'cole de cavalerie
-de Saumur.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ORELL</span> (Mlle Marie DE), ne en 1818,
-connue pour sa beaut, tait la
-fille du gnral baron de Morell;
-elle pousa le marquis d'Eyragues,
-qui a rempli divers postes
-diplomatiques sous le rgne de
-Louis-Philippe.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ORELLET</span> (l'abb Andr), 1727-1819.
-Li d'amiti avec les hommes
-les plus minents de son sicle,
-l'abb Morellet se distingua surtout
-par son esprit fin et railleur.
-Il fut un laborieux collaborateur
-de l'<i>Encyclopdie</i> et du dictionnaire
-de l'Acadmie, dont il sauva
-les archives pendant la Rvolution.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ORNAY</span> (le comte Charles DE), 1803-1878.
-Pair de France, ambassadeur
-en Sude, frre du marquis
-Jules de Mornay, dput de
-l'Oise. Dvou la monarchie de
-Juillet, il fut lev la Pairie en
-1845 et fait grand officier de la
-Lgion d'honneur. En 1848, il
-rentra dans la vie prive.
-<span class="pagenum"><a id="Page_442"> 442</a></span></li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ORNINGTON</span> (lady), 1742-1831. Anne,
-fille ane du vicomte Duncannon,
-pousa en 1759 le comte Mornington.
-Un de ses fils fut le clbre
-duc de Wellington.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc"><a id="ORTEMART"></a>ORTEMART</span> (Mlle Alicia DE), 1800-1887.
-Fille du duc de Mortemart
-et de sa seconde femme, ne de
-Coss-Brissac, elle pousa en 1823
-le duc Paul de Noailles.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc"><a id="ORTIER"></a>ORTIER</span> (le marchal), duc de Trvise,
-1768-1835. Fit avec distinction
-les campagnes de la Rpublique
-et de l'Empire. Dput et
-pair de France en 1834, il accepta
-le ministre de la Guerre avec la
-prsidence du Conseil. Il fut tu
-par l'explosion de la machine infernale
-de Fieschi, aux cts
-mmes de Louis-Philippe.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">OSKOWA</span> (le prince de la), 1803-1857.
-Fils an du marchal Ney,
-il entra d'abord au service de
-Sude et ne revint en France
-qu'aprs la rvolution de Juillet.
-Il fut fait pair de France sous
-Louis-Philippe. Il avait pous la
-fille de Jacques Lafitte.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">OTTEUX</span> (M.). Il tait, Londres,
-un habitu de Holland-House, et
-trs bien vu chez le prince de
-Talleyrand. Trs lie avec lady
-Cowper (plus tard lady Palmerston),
-il laissa toute sa fortune
-son second fils.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ONT</span>-<span class="cap">E</span><span class="smallc">DGECUMBE</span> (lord Richard),
-1764-1839. Un des intimes du roi
-Guillaume IV d'Angleterre; il avait
-pous, en 1789, une fille du
-comte de Buckinghamshire.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">ULGRAVE</span> (lord), 1797-1863. Constantin-Henry
-Phipps, plus tard
-lord Normanby. Il fit partie du
-ministre whig de lord Melbourne,
-fut gouverneur de la
-Jamaque, puis lord-lieutenant
-d'Irlande. En 1846, il fut envoy
- Paris comme ambassadeur, puis
-en Toscane.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">UNIER</span> DE LA <span class="cap">C</span><span class="smallc">ONVERSERIE</span> (le gnral
-comte), 1766-1837.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">UNSTER</span>-<span class="cap">L</span><span class="smallc">EDENBURG</span> (le comte Ernest-Frdric-Herbert
-DE), 1766-1839.
-Il contribua, comme envoy
-de l'lecteur de Hanovre, roi
-d'Angleterre, former plusieurs
-coalitions contre la France. Il fut
-ministre de Hanovre Londres.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">UNSTER</span>-<span class="cap">L</span><span class="smallc">EDENBURG</span> (la comtesse
-DE), 1783-1858. Wilhelmine-Charlotte,
-comtesse de Lippe, s&oelig;ur
-du duc de Sch&oelig;nburg-Lippe,
-pousa en 1814 le comte de
-Munster-Ledenburg.</li>
-
-<li><span class="cap">M</span><span class="smallc">USSET</span> (Alfred DE), 1810-1857.
-Pote franais, fils d'un chef de
-bureau au ministre de la Guerre;
-il fut le condisciple du duc d'Orlans
-au collge Henri IV et
-devint son ami.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">N</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">ANTES</span> (Mlle DE), 1673-1743. Quatrime
-enfant de Louis XIV et de
-Mme de Montespan, lgitime par
-lettres patentes du roi, et marie
-en 1785 au duc de Bourbon.</li>
-
-<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">APLES</span> (la princesse Marie DE),
-1820-1861. Elle pousa en 1850,
-Charles de Bourbon, comte de
-Montemolin.</li>
-
-<li><span class="cap">N</span><span class="smallc"><a id="APOLEON"></a>APOLON</span> <span class="cap">I</span><sup>er</sup>, Empereur des Franais,
-1769-1821. Deuxime fils
-de Charles Bonaparte et de Ltitia
-<span class="pagenum"><a id="Page_443"> 443</a></span>
-Ramolino. Mari en premires
-noces avec Josphine Tascher de
-la Pagerie, veuve du gnral de
-Beauharnais, il divora en 1810
-et pousa Marie-Louise, archiduchesse
-d'Autriche, dont il eut un
-fils.</li>
-
-<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">ASSAU</span> (Guillaume-Georges-Auguste,
-duc DE), 1732-1839.</li>
-
-<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">ECKER</span> (Jacques), 1732-1804. Banquier
-genevois qui devint directeur
-des finances de France sous
-Louis XVI. Il fut le pre de
-Mme de Stal.</li>
-
-<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">ECKER</span> (Mme), 1739-1794. Suzanne
-Curchot, fille d'un pasteur calviniste
-suisse, pousa Jacques Necker.
-Elle fut clbre par sa beaut,
-son esprit, sa bienfaisance.</li>
-
-<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">EELD</span> (lady Caroline), morte en
-1869. Fille du comte de Shaftsbury,
-elle pousa en 1831 Joseph
-Neeld, comte de Grittelton.</li>
-
-<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">EMOURS</span> (le duc DE), 1814-1896.
-Louis-Charles d'Orlans, un des
-fils du roi Louis-Philippe; il
-pousa une princesse de Saxe-Cobourg-Cohari.</li>
-
-<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">ESSELRODE</span> (le comte DE), 1780-1862.
-D'une famille originaire de
-Westphalie, dont une branche
-s'tait tablie en Livonie, il entra
-dans la diplomatie russe; il fut
-attach diffrentes ambassades,
-notamment celle de Paris, puis
-devint chancelier de l'empire de
-Russie.</li>
-
-<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">ESSELRODE</span> (la comtesse DE), morte
-en 1849; elle tait la fille du
-comte Gourieff, qui fut ministre
-des finances russes.</li>
-
-<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">EY</span> (Michel), 1769-1815. Duc d'Elchingen,
-prince de la Moskowa,
-marchal de France; il se couvrit
-de gloire dans les guerres de la
-Rvolution et de l'Empire. Napolon
-l'avait surnomm <i>le brave
-des braves</i>. Cr pair de France
-par Louis XVIII, il se dclara pour
-Napolon aux Cent-Jours; la
-seconde Restauration, il fut condamn
- mort par la Cour des
-Pairs et fusill.</li>
-
-<li><span class="cap">N</span><span class="smallc"><a id="ICOLAS"></a>ICOLAS</span> <span class="cap">I</span><sup>er</sup>, Empereur de Russie,
-1776-1855. Troisime fils de
-Paul I<sup>er</sup>, il monta sur le trne en
-1825, succdant son frre
-Alexandre I<sup>er</sup>, et aprs que son
-frre, le grand-duc Constantin, y
-eut renonc.</li>
-
-<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">OAILLES</span> (le duc Paul DE), 1802-1885.
-Il prta serment au gouvernement
-de Louis-Philippe et
-prit souvent la parole dans des
-discussions importantes de la
-chambre des Pairs. La rvolution
-de 1848 le rendit la vie prive,
-et il s'occupa ds lors de travaux
-littraires. Il entra l'Acadmie
-en 1849.</li>
-
-<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">OAILLES</span> (la duchesse DE), voir <a href="#ORTEMART">MORTEMART</a>.</li>
-
-<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">OAILLES</span> (la vicomtesse DE), 1792-1851.
-Charlotte-Marie-Antoinette,
-fille du duc de Poix, pousa son
-cousin, le vicomte Alfred de
-Noailles, qui mourut en 1812 au
-passage de la Brsina.</li>
-
-<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">OAILLES</span> (Mlle Sabine DE), 1819-1870.
-Marie en 1846 Lionel
-Wildrington Standish.</li>
-
-<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">ORFOLK</span> (le duc DE), 1791-1856; il
-pousa, en 1814, Charlotte-Sophie,
-fille du duc de Sutherland. Guillaume
-IV lui confra l'ordre de la
-Jarretire en 1834.
-<span class="pagenum"><a id="Page_444"> 444</a></span></li>
-
-<li><span class="cap">N</span><span class="smallc">ORTHUMBERLAND</span> (la duchesse DE),
-morte en 1848; elle tait ne
-Louisa Stuart Wartley.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">O</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">O'</span><span class="cap">C</span><span class="smallc">ONNELL</span> (Daniel), 1775-1847. Il
-s'affilia de bonne heure aux associations
-qui avaient pour but
-l'mancipation de l'Irlande. En
-1823, il posa les bases d'une association
-catholique qui s'tendit
-dans toute l'Irlande. Membre de
-la Chambre des communes, il y
-tablit une puissante influence,
-amena le triomphe des whigs et
-vota, avec eux, la rforme parlementaire;
-il obtint l'abolition des
-lois vexatoires pour les Irlandais.</li>
-
-<li><span class="cap">O</span><span class="smallc">LIVIER</span> (l'abb Nicolas-Thodore),
-n en 1798; il fut cur de Saint-Roch
- Paris, et en 1841 vque
-d'vreux.</li>
-
-<li><span class="cap">O</span><span class="smallc">MPTEDA</span> (baron Charles-Georges D'),
-1767-1857. Diplomate hanovrien;
-ministre d'tat et chef de cabinet
-en Hanovre en 1823, il fut,
-depuis 1831, accrdit Londres
-auprs du roi Guillaume IV. Il
-dmissionna la mort de ce souverain.</li>
-
-<li><span class="cap">O</span><span class="smallc">MPTEDA</span> (la baronne D'), 1767-1843.
-Frdrique-Christine, comtesse de
-Schlippenbach; elle avait pous
-en premires noces le comte de
-Solms-Sonnenwald, et en deuximes
-noces, elle pousa le baron d'Ompteda.</li>
-
-<li><span class="cap">O</span><span class="smallc">RANGE</span> (le prince Guillaume D'),
-1793-1849; il monta en 1840 sur
-le trne de Hollande. Il avait
-pous en 1816 Anna Paulowna.</li>
-
-<li><span class="cap">O</span><span class="smallc">RANGE</span> (la princesse D'), voir <span class="cap">A</span><span class="smallc">NNE</span>
-<span class="cap">P</span><span class="smallc"><a href="#AULOWNA">AULOWNA</a>.</span></li>
-
-<li><span class="cap">O</span><span class="smallc">RLANS</span> (le duc D'), 1741-1793.
-Louis-Philippe-Joseph, connu sous
-le nom de <span class="cap">P</span><span class="smallc">HILIPPE</span>-<span class="cap"></span><span class="smallc">GALIT</span>, fit,
-toute sa vie, une opposition systmatique
- la Cour et devint, en
-1787, le chef de tous les mcontents.
-Dput aux tats-gnraux,
-il devint membre du Club des
-Jacobins, ce qui ne l'empcha pas
-d'tre guillotin.</li>
-
-<li><span class="cap">O</span><span class="smallc">RLANS</span> (le duc D'), 1810-1842.
-Ferdinand, fils an du roi Louis-Philippe
-et de la reine Marie-Amlie.
-Il servit sous le marchal
-Grard en Belgique, commanda
-des campagnes en Algrie; il
-mourut d'un accident de voiture,
-prs de Paris.</li>
-
-<li><span class="cap">O</span><span class="smallc">RSAY</span> (le comte Alfred D'), 1801-1852;
-surnomm le <i>Roi de la
-Mode</i>. La beaut tait hrditaire
-chez les d'Orsay. Le comte
-Alfred avait la vocation du <i>dandysme</i>
-et alla de bonne heure
-Londres, regarde alors comme
-le conservatoire de l'lgance
-masculine. lgant, artiste, il se
-ruina et mourut misrablement
-d'une maladie de la moelle pinire.</li>
-
-<li><span class="cap">O</span><span class="smallc">SSULSTON</span> (lord), n en 1810, il
-pousa la fille du duc de Manchester
-et devint, en 1859, lord
-Tankerville.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">P</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">AHLEN</span> (le comte Pierre). N en
-1775. Gnral russe; il prit une
-part glorieuse aux campagnes de
-<span class="pagenum"><a id="Page_445"> 445</a></span>
-1812, 1813, 1814; il fut ambassadeur
-de Russie Paris de 1835
- 1841; fut ensuite nomm
-membre du conseil de l'Empire
-et Inspecteur gnral de la cavalerie.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ALAFOX</span> (don Jos DE), 1780-1847.
-L'intrpide dfenseur de Saragosse;
-il accompagna en 1808,
-Bayonne, la famille royale d'Espagne,
-comme officier, et s'vada
-ds qu'il vit Ferdinand VII retenu
-prisonnier. Il souleva l'Aragon et,
-aprs une vigoureuse dfense dans
-Saragosse, fora les Franais
-s'en loigner, mais ils revinrent
-la charge avec toutes leurs forces
-et le contraignirent capituler.
-Palafox contribua puissamment
-rtablir Ferdinand VII sur le
-trne. S'tant, en 1820, prononc
-pour la Constitution, il fut
-disgraci et vcut, depuis lors,
-dans la retraite: Marie-Christine,
- son avnement comme Rgente,
-le cra duc de Saragosse et grand
-d'Espagne.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ALMELLA</span> (duc P. de Souza-Holstein
-DE), 1786-1850. Homme d'tat
-portugais. Il fut rgent de Portugal
-en 1830 et fit prvaloir la
-cause de doa Maria sur celle de
-dom Miguel. Il fut un des plnipotentiaires
-du Congrs de Vienne
-en 1815.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ALMERSTON</span> (lord), 1784-1865.
-Homme d'tat anglais. lu aux
-Communes en 1807, il fut lord de
-l'Amiraut en 1808, secrtaire
-la Guerre de 1809 1828, secrtaire
-d'tat aux Affaires trangres
-de 1830 1841, puis de
-1846 1851; ministre de l'Intrieur
-de 1852 1855, lord de la
-Trsorerie de 1855 1858, et de
-1859 jusqu' sa mort.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ALMERSTON</span> (lady), 1787-1869. Elle
-tait s&oelig;ur de lord Melbourne, et
-avait pous, en premires noces,
-lord Cowper; en secondes noces,
-elle pousa lord Palmerston.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ALMYRE</span> (Mlle). La plus grande couturire
-de Paris sous Louis-Philippe.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span>RIS. Second fils de Priam et d'Hcube;
-c'est lui qui dcerna
-Vnus la pomme de discorde,
-choix qui suscita contre Troie la
-haine de Junon et de Minerve.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ARRY</span> (sir William Edward), 1790-1855.
-Navigateur anglais, connu
-par ses expditions au Ple Nord.
-Il tait hydrographe l'Amiraut
-et accompagna Ross dans son
-premier voyage de dcouvertes.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ASQUIER</span> (tienne, duc), 1767-1862.
-Nomm par Napolon matre des
-requtes, puis conseiller d'tat,
-il se rallia aux Bourbons en 1814,
-fut, en 1815, charg des Sceaux;
-plus tard membre de la Chambre
-des pairs, il en reut la Prsidence
-sous Louis-Philippe. Il fut
-lev la dignit de Chancelier
-en 1837.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ASSY</span> (Hippolyte-Philibert), 1793-1880.
-Homme politique franais,
-membre de l'Institut. lu dput
-en 1830, il fut appel en 1834
-dans le Cabinet phmre du duc
-de Bassano. En 1838, il remplaa
-le prince de Talleyrand comme
-membre de l'Acadmie des
-sciences morales et politiques.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ASTA</span> (Judith), 1798-1865. Chanteuse
-italienne, d'origine juive.
-<span class="pagenum"><a id="Page_446"> 446</a></span>
-En 1821 elle vint Paris et s'y
-fit une grande renomme. En
-1849 elle se retira, dans sa belle
-maison de campagne, prs du lac
-de Cme.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">AYS</span>-<span class="smallc">B</span><span class="smallc">AS</span> (le Roi DES). Voir <span class="cap">G</span><span class="smallc"><a href="#UILLAUME">UILLAUME</a></span>
-<span class="cap">II</span>.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">AYS</span>-<span class="cap">B</span><span class="smallc">AS</span> (le prince Frdric DES),
-1797-1881. Amiral de la flotte.
-En 1825, il avait pous la princesse
-Louise de Prusse.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">AYS</span>-<span class="cap">B</span><span class="smallc">AS</span> (la princesse Frdric DES),
-1808-1870. Louise, princesse de
-Prusse, fille du roi Frdric-Guillaume
-III.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">EDRO</span> <span class="cap">I</span><sup>er</sup> (dom), 1798-1834. Empereur
-du Brsil et roi de Portugal,
-pre de la reine doa Maria de
-Portugal.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">EEL</span> (sir Robert), 1788-1850.
-Homme d'tat anglais. lu aux
-Communes en 1809, il fut ministre
-de l'Intrieur en 1822.
-Conservateur pour tout ce qui
-touchait au systme politique, il
-se montra libral en ce qui concernait
-la lgislation criminelle et
-l'administration. Il fit partie de
-plusieurs ministres et sut, en
-1848, rtablir l'quilibre financier,
-que les whigs avaient laiss
-avec un dficit de 30 millions, par
-la mesure de l'<i>income-tax</i>, en
-ouvrant de nouvelles sources de
-revenus par l'abolition des lois de
-prohibition sur les crales.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">EEL</span> (lady), morte en 1849. Julie,
-fille du gnral sir John Floyd
-Bart, pousa, en 1820, sir Robert
-Peel.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">PIN</span>, 1780-1836. picier de la
-place de la Bastille, Paris,
-Ppin fut lu capitaine de la garde
-nationale aprs les journes de
-juillet 1830; impliqu dans l'attentat
-Fieschi en 1835, il fut
-arrt, condamn mort et excut.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ERIER</span> (Casimir), 1777-1832. Il
-entra en 1817 dans la vie politique.
-Aprs 1830, il fut lu prsident
-de la Chambre des dputs,
-et, peu aprs, ministre sans portefeuille.
-En 1831, il fut prsident
-du Conseil et gouverna en
-homme ferme et rsolu. Il succomba
-aux atteintes du cholra
-la suite d'une visite faite avec le
-duc d'Orlans l'Htel-Dieu.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">RIGORD</span> (le duc DE), 1788-1879.
-Augustin-Marie-lie-Charles de
-Talleyrand-Prigord, Grand d'Espagne
-de premire classe.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">RIGORD</span> (la duchesse DE), 1789-1866.
-Marie-Nicolette, fille du
-comte de Choiseul-Praslin, pousa,
-en 1807, le duc de Prigord.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">RIGORD</span> (le comte Alexandre DE),
-plus tard duc de Dino, 1813-1894.
-Second fils du duc de Talleyrand
-et de la princesse Dorothe de
-Courlande. Alexandre de Prigord
-servit d'abord dans la marine,
-mais abandonna bientt cette
-carrire; en 1849, il fit la campagne
-du Pimont contre l'Autriche,
-dans l'tat-major du Roi
-Charles-Albert, et, pendant la
-guerre de Crime, il fut attach
-au corps d'arme sarde comme
-commissaire franais. Il avait
-pous Mlle Valentine de Sainte-Aldegonde.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">RIGORD</span> (Mlle Pauline DE), 1820-1890.
-Fille du duc de Talleyrand et
-de l'auteur de la <i>Chronique</i> que
-<span class="pagenum"><a id="Page_447"> 447</a></span>
-nous publions. Elle pousa, en 1839,
-le marquis Henri de Castellane,
-dont elle devint veuve en 1847.
-Depuis lors, elle vcut retire du
-monde; et adonne la pratique
-des plus hautes vertus; elle
-demeurait, la plus grande partie
-de l'anne, dans son domaine de
-Rochecotte, dans la valle de la
-Loire.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ERSIL</span> (Jean-Charles), 1785-1870.
-Magistrat et homme d'tat franais.
-Nomm dput en 1830, il
-attaqua aussitt le ministre Polignac
-en protestant contre les
-ordonnances. Il fut ministre de la
-justice en 1834, mais ayant eu
-des divergences avec M. Mol, il
-dmissionna. En 1839, il entra
-la Chambre des pairs et prit la
-direction de l'Htel des Monnaies.
-Napolon III le nomma membre
-du conseil d'tat.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ETER</span> (Mme), dame anglaise, fort
-connue dans la socit de Londres
-vers 1835 et amie de plusieurs
-hommes d'tat.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ETIT</span> (le gnral), 1772-1856. Il fit
-avec distinction les campagnes de
-la Rpublique et de l'Empire.
-C'est lui qui reut, Fontainebleau,
-avec la dernire accolade
-de l'Empereur, ces adieux touchants
-qui s'adressaient toute
-l'arme. Il fut fait Pair de France
-en 1838.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">IRON</span> (M.), 1802-1865. Fils d'un
-propritaire du Nivernais, il reut
-une bonne ducation et occupa
-une situation considrable dans
-l'administration des postes. Ses
-fonctions l'avaient fait entrer en
-rapport avec le personnel des
-postes anglaises, et il connaissait
-bien l'Angleterre. En 1834, M. Dupin,
-Nivernais lui aussi, l'emmena
-avec lui pendant son voyage
-Londres, afin de lui servir de
-guide dans la socit anglaise, o
-Piron avait d'anciennes relations,
-entre autres avec le duc de Richmond
-(ancien ministre des Postes
-de son pays) et lord Brougham.
-La mort prmature d'un fils qui
-tait tout son orgueil fut un tel
-coup pour M. Piron, qu'il en
-mourut aussi, terrass par une
-attaque quelques semaines plus
-tard.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ITT</span> (William), 1759-1806. Il suivit
-les traces de son pre, clbre
-homme d'tat anglais. Il manifesta,
-aprs la Rvolution franaise,
-une grande haine la
-France et soudoya contre elle
-trois coalitions. Il fut un trs
-habile administrateur.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">LANTAGENET</span>. Dynastie qui occupa
-le trne d'Angleterre, depuis
-Henri II jusqu' l'avnement de
-Henri VII. Au quatorzime sicle,
-elle se spara en deux branches
-rivales, d'o naquit la guerre des
-Deux Roses.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">LYMOUTH</span> (lady), 1792-1864. Elle
-tait fille du duc de Dorset, et
-pousa en premires noces, en
-1811, lord Plymouth. Devenue
-veuve, elle pousa William Pitt,
-lord Amherst. Elle mourut sans
-laisser d'enfants.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">OIX</span> (la duchesse-princesse DE), 1785-1862.
-Mlanie de Prigord, fille
-du duc de Talleyrand et de Mlle de
-Senozan, pousa en 1809 le comte
-Just de Noailles, prince de Poix.
-<span class="pagenum"><a id="Page_448"> 448</a></span>
-La duchesse de Poix avait t
-dame du palais de la duchesse de
-Berry.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">OLIGNAC</span> (Jules-Armand, prince DE),
-1780-1847. Prsident du conseil
-et ministre des Affaires trangres
- la fin du rgne de
-Charles X. Il signa, le 29 juillet
-1830, les fameuses ordonnances
-qui amenrent la rvolution et la
-dchance de la branche ane des
-Bourbons.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">OLIGNAC</span> (princesse DE). Ne miss
-Barbara Campbell, cossaise; trs
-belle et trs riche mais sans naissance;
-elle dut abjurer le protestantisme
-et se convertir au catholicisme
-pour pouser le prince de
-Polignac. Elle mourut en 1819.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ONIATOWSKI</span> (le prince Joseph),
-1762-1803. Gnral polonais; il
-servit dans la lgion polonaise
-sous les ordres de Napolon I<sup>er</sup>,
-fut fait marchal de France
-Leipzig et prit dans les eaux de
-l'Ulster. Sa bravoure chevaleresque
-l'avait fait surnommer <i>le Bayard
-polonais</i>.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ONSONBY</span> (lord), 1770-1855. Beau-frre
-de lord Grey, il fut ambassadeur
- Constantinople de 1822 1827.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ORCHESTER</span> (lord), 1800-1849.
-Henry-John-Charles, comte de
-Carnarvon; il pousa en 1830 la
-fille de lord Molyneux.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">OTOCKI</span> (le comte Stanislas), 1757-1821.
-Il combattit contre la Russie
-en 1792, quitta la Pologne en
-1793, devint, lors de la cration
-du grand-duch de Varsovie par
-Napolon I<sup>er</sup>, snateur palatin et
-chef du conseil d'tat. Maintenu
-aux affaires par l'empereur
-Alexandre I<sup>er</sup>, lors de la formation
-du nouveau royaume de Pologne,
-le comte Potocki fut
-nomm ministre des Cultes et de
-l'Instruction publique, puis prsident
-du conseil d'tat.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">OZZO</span> DI <span class="cap">B</span><span class="smallc">ORGO</span> (le comte), 1764-1842.
-Originaire de Corse, il servit
-diffrentes puissances, et, en
-dernier lieu, la Russie. Il fut un
-des reprsentants de l'empereur
-de Russie au Congrs de Vienne,
-et plus tard, ambassadeur.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">RINCE</span> <span class="cap">N</span><span class="smallc">OIR</span> (LE), 1330-1376.
-douard, Prince de Galles, surnomm
-le Prince Noir pour la
-couleur de son armure; il tait
-fils d'douard III et de Philippa
-de Hainaut, et s'immortalisa par
-ses exploits. Il mourut avant son
-pre, mais un de ses fils monta
-sur le trne sous le nom de Richard
-II.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">ROTE</span>. Dieu marin qui changeait
-de forme volont.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">RUDHON</span> (Pierre), 1760-1822. Peintre
-franais; il passa plusieurs annes
- Rome o il se lia avec Canova;
-ce fut lui que choisit Napolon I<sup>er</sup>
-pour donner des leons l'impratrice
-Marie-Louise.</li>
-
-<li><span class="cap">P</span><span class="smallc">RUSSE</span> (le prince Louis DE), 1773-1796.
-Frre du Roi Frdric-Guillaume
-III, il avait pous la
-princesse Frdrique de Mecklembourg-Strlitz,
-s&oelig;ur de la reine
-Louise de Prusse.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">Q</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">Q</span><span class="smallc">ULEN</span> (le comte DE), 1778-1839.
-D'une famille de Bretagne, il
-<span class="pagenum"><a id="Page_449"> 449</a></span>
-entra de bonne heure dans les
-ordres; le cardinal Fesch le distingua,
-se l'attacha comme secrtaire;
-devenu sous la Restauration
-coadjuteur du cardinal de
-Talleyrand-Prigord, il lui succda
-en 1821, comme archevque
-de Paris. En 1831, une
-insurrection saccagea l'archevch.
-Lors du cholra de 1832,
-Mgr de Qulen montra le plus
-admirable dvouement. Ses mandements
-et plusieurs oraisons funbres,
-crites avec lgance, lui
-valurent l'entre de l'Acadmie
-franaise.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">R</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">ADNOR</span> (lord William), 1779-1869.
-Membre du Parlement anglais et
-ami de lord Brougham. Il se
-maria trois fois; en 1814 avec la
-fille du duc de Montrose, en 1837
-avec mily Bagot et enfin avec
-Fanny Royd-Rice.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">AMBUTEAU</span> (Claude-Philibert Barthelot,
-comte DE), 1781-1869. Chambellan
-de Napolon I<sup>er</sup> en 1809,
-pair de France en 1835, membre
-de l'acadmie des Beaux-Arts en
-1843. En 1833, Louis-Philippe
-l'avait nomm prfet de la Seine
-et il conserva ce poste durant
-quinze ans.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">AMBUTEAU</span> (la comtesse DE). Fille
-du comte Louis de Narbonne, elle
-pousa, en 1809, le comte de Rambuteau.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">APHAEL</span> <span class="cap">S</span><span class="smallc">ANZIO</span>, 1483-1520. Clbre
-peintre de l'cole romaine de la
-Renaissance.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">AULLIN</span> (M.). Fils d'un employ au
-ministre des Affaires trangres
-que le prince de Talleyrand estimait.
-Il fut conseiller d'tat.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">AYNEVAL</span> (Maximilien DE), 1778-1836.
-Diplomate franais. Secrtaire
-d'ambassade Lisbonne,
-puis Saint-Ptersbourg, il fut
-nomm, sous la Restauration, consul
-gnral Londres, puis, successivement,
-sous-secrtaire d'tat
-aux Affaires trangres, ambassadeur
- Berlin, en Suisse,
-Vienne, Madrid, et partout il
-rendit d'minents services qui
-lui valurent le titre de comte et
-la Pairie.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">AL</span> (le comte), 1765-1834. Procureur
-au Chtelet avant la Rvolution,
-conseiller d'tat aprs le
-18 Brumaire, prfet de police
-durant les Cent-Jours, il fut proscrit
-par la seconde Restauration
-et ne revint en France qu'en 1818.
-En 1830, il eut une fonction
-auprs du prfet de police, puis
-vcut dans la retraite.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">CAMIER</span> (Mme), 1777-1849. Julie
-Bernard pousa seize ans un
-riche banquier de Paris, M. Rcamier.
-Spirituelle et bonne, elle
-sut runir dans son salon, sous le
-Consulat et l'Empire, une foule de
-personnages distingus. Exile de
-Paris, elle y rentra aprs la chute
-de Napolon I<sup>er</sup>. Mme Rcamier
-se retira en 1819 l'Abbaye-aux-Bois,
-o elle continua recevoir
-toutes les clbrits de l'poque.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">GENT</span> (LE), Philippe d'Orlans,
-1674-1723; il gouverna la France
-pendant la minorit du Roi
-Louis XV.
-<span class="pagenum"><a id="Page_450"> 450</a></span></li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">MUSAT</span> (le comte Charles DE), 1797-1875.
-crivain et homme politique
-franais, membre de l'Institut,
-ancien ministre.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">ETZ</span> (le cardinal DE), 1614-1679,
-Jean-Franois-Paul de Gondi, joua
-un rle clbre dans les troubles
-de la Fronde, qui le fora
-s'exiler jusqu' la mort de Mazarin.
-Il a laiss des <i>Mmoires</i> qui
-sont un des chefs-d'&oelig;uvre de la
-langue franaise.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">ICHMOND</span> (le duc DE), 1799-1860.
-Charles Lennox; officier anglais,
-lord-lieutenant du comt de Sussex;
-dans le ministre rformiste
-de 1830, il devint directeur gnral
-des postes. Il avait pous
-lady Paget, fille du marquis d'Anglesea.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">IGNY</span> (Henri-Gauthier, comte DE),
-1783-1835. Entr dans la marine
-en 1798, il prit part aux
-campagnes du premier Empire,
-fut fait contre-amiral sous la Restauration,
-et en 1827 se conduisit
-brillamment Navarin; il reut
-alors, avec le titre de comte, la
-prfecture maritime de Toulon; il
-devint ministre de la Marine en
-1831, puis ministre des Affaires
-trangres et ensuite ambassadeur
- Naples.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">IPON</span> (lord), 1781-1859. Il fut
-chancelier de l'chiquier en 1833.
-Il appartenait au parti tory, mais
-passa plus tard aux whigs.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">OBESPIERRE</span> (Maximilien), 1758-1794.
-Avocat et conventionnel; il
-rgna par la terreur, au moyen
-du Comit du salut public, mais
-la raction le fit prir sur l'chafaud.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">OBSART</span> (Amy), 1532-1560. Elle
-pousa, en 1550, Robert Dudley,
-comte de Leicester, et s'en spara
-bientt. Un jour, elle fut trouve
-morte, sans qu'on pt savoir si
-elle avait elle-mme mis fin ses
-jours, ou si Leicester l'avait fait
-prir dans l'espoir d'pouser la
-Reine lisabeth. Amy Robsart est
-l'hrone du roman de Walter
-Scott, <i>le Chteau de Kenilworth</i>.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">ODIL</span> (le marquis DE), 1789-1853.
-Don Jos Ronion Rodil s'engagea
-dans le bataillon nomm <i>des cadets
-littraires</i> en 1808 au moment
-de l'invasion franaise en
-Espagne. En 1816 il s'embarqua
-pour les colonies insurges de
-l'Amrique du Sud, et acquit de
-la renomme dans la dfense de
-Callao. Il rentra en Espagne en
-1825, et, en 1833, vint en aide,
-en Portugal, au roi dom Pedro,
-contre dom Miguel et don Carlos.
-En 1836, il fut, pour peu de mois,
-ministre de la Guerre. De 1840
-1843, sous la rgence d'Espartero,
-il fut prsident du Conseil
-du dernier ministre.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">OGERS</span> (Samuel), 1763-1855. Pote
-anglais. Il avait des habitudes de
-sarcasme qui n'pargnaient personne,
-malgr de la gnrosit et
-de la bout.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">OLAND</span> (Mme), 1754-1793. Manon
-Phlipon, femme d'une haute intelligence
-et pouse d'un conventionnel.
-Elle mourut sur l'chafaud.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">OMERO</span>-<span class="cap">A</span><span class="smallc">LPUENDE</span>. Dput espagnol.
-Il tait un libral outr, une tte
-exalte; son rle fut peu important.
-<span class="pagenum"><a id="Page_451"> 451</a></span></li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">OSS</span> (sir John), 1777-1856. Fils du
-Rv. Andr Ross et capitaine de
-la marine royale anglaise, il se
-rendit clbre par deux expditions
-dans les mers polaires arctiques
-qu'il fit avec sir Edward
-Parry en 1818 et 1819. Sir John
-Ross fit sa seconde expdition
-ses frais, trouva le ple magntique
-boral, perdit son navire, et
-ce ne fut que le quatrime hiver
-qu'un vaisseau de Hull vint le dlivrer
-et le ramena en Angleterre.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">OTHSCHILD</span> (Nathan), 1777-1826.
-Troisime fils de Mayer-Anselme
-Rothschild, fondateur de la clbre
-maison de banque, il tait chef de
-la maison de Londres.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">OTHSCHILD</span> (Mme Salomon DE), 1774-1855,
-pouse de Mayer-Anselme
-Rothschild, qui fonda Vienne
-une succursale et partagea avec
-son frre Anselme les affaires
-d'Allemagne. Vers 1835, ayant
-abandonn son fils la direction
-des affaires de Vienne, Salomon
-de Rothschild vint, avec sa femme,
-rejoindre Paris son frre James.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">OUSSIN</span> (l'amiral), 1781-1854. Capitaine
-de vaisseau en 1814, il rectifia
-les cartes des ctes de l'Afrique
-et du Brsil; contre-amiral
-en 1822, il fit partie en 1824 du
-conseil d'amiraut; en 1831, il
-commanda l'escadre charge d'exiger
-du Portugal la rparation des
-insultes faites aux rsidents franais,
-il fora l'entre du Tage,
-rpute inexpugnable et obtint
-tout ce qu'il demandait. A la
-suite de cette glorieuse expdition,
-Louis-Philippe l'leva la Pairie
-avec le titre de baron, en
-1832.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">OYER</span>-<span class="cap">C</span><span class="smallc">OLLARD</span> (Pierre-Paul), 1763-1845.
-Philosophe et homme
-d'tat franais; il fut avocat,
-dput au conseil des Cinq-Cents
-en 1797. Sous le premier Empire,
-il renona la politique, pour ne
-s'occuper que de ses tudes philosophiques
-et il fut reu l'Acadmie
-franaise en 1827. M. Royer-Collard
-habitait Chteauvieux, prs
-de Valenay, et tait trs li avec
-le prince de Talleyrand et la
-duchesse de Dino.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">UBINI</span> (Jean-Baptiste), 1795-1854.
-Clbre chanteur italien. Les
-opras de Bellini lui doivent une
-grande part de leurs succs.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">USSELL</span> (lord William), 1799-1846.
-Diplomate anglais; il fut, pendant
-quelques annes, ambassadeur
-Berlin; il avait pous lisabeth
-Rawdon, nice du marquis de
-Hastings.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">USSELL</span> (lord John), 1792-1878.
-Homme d'tat anglais, troisime
-fils du duc de Bedford; il fut un
-des auteurs du clbre Bill de
-rforme; en 1831 il fut ministre
-de l'Intrieur, des Colonies;
-chef du cabinet whig, ministre
-des Affaires trangres en 1859,
-et, de nouveau, chef du cabinet
-aprs la mort de lord Palmerston.</li>
-
-<li><span class="cap">R</span><span class="smallc">USSIE</span> (l'Empereur DE), voir <span class="cap">N</span><span class="smallc"><a href="#ICOLAS">ICOLAS</a></span>
-<span class="cap">I</span><sup>er</sup>.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">S</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">ACKFIELD</span>. Nom de famille des ducs
-de Dorset.
-<span class="pagenum"><a id="Page_452"> 452</a></span></li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AINTE</span>-<span class="cap">A</span><span class="smallc">LDEGONDE</span> (la comtesse DE),
-1793-1869. Elle tait ne de Chavagnes.
-Crole d'origine, elle
-pousa Augereau, duc de Castiglione,
-qui mourut en 1816. En
-1817, elle se remaria avec le
-comte de Sainte-Aldegonde; elle
-eut deux filles, dont la seconde
-pousa Alexandre de Prigord,
-duc de Dino.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AINTE</span>-<span class="cap">A</span><span class="smallc">ULAIRE</span> (le comte Louis
-Beaupoil DE), 1778-1854. Il fut
-chambellan de Napolon I<sup>er</sup>, prfet
-sous Louis XVIII et dput;
-aprs 1830, il fut un des plus
-habiles appuis de la monarchie
-de Juillet. Il fut, successivement,
-ambassadeur Rome, Vienne et
- Londres, et fut lev la Pairie.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AINTE</span> <span class="cap">T</span><span class="smallc">HRSE</span>, 1515-1582. D'une
-riche et noble famille d'Avila,
-dans la Vieille Castille, Thrse
-rforma l'ordre des Carmlites,
-et, inspir par elle, saint Jean de
-la Croix rforma celui des Carmes.
-Elle fut canonise en 1621. Ses
-nombreux crits la firent appeler
-par les papes Grgoire XV et
-Urbain VIII un docteur de l'glise.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AINT</span> <span class="cap">L</span><span class="smallc">EU</span> ou saint Loup, 573-623.
-Archevque de Sens depuis 609,
-il se distingua par sa charit. Le
-roi Clotaire II, tromp par de
-faux rapports, l'exila en Picardie
-en 613, mais mieux instruit, il le
-rappela l'anne suivante et le
-combla d'honneurs.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AINT</span>-<span class="cap">L</span><span class="smallc">EU</span> (la duchesse DE), voir
-<span class="cap">B</span><span class="smallc"><a href="#EAUHARNAIS">EAUHARNAIS</a></span> (Hortense DE).</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AINT</span>-<span class="cap">P</span><span class="smallc">AUL</span> (Vergibier DE), gnral
-franais; il commandait les troupes
-de l'Indre en 1834.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AINT</span>-<span class="cap">P</span><span class="smallc">RIEST</span> (le comte Alexis DE),
-1805-1851. Fils du comte de
-Saint-Priest, gouverneur d'Odessa
-et d'une princesse Galitzin. Il ne
-vint en France qu'en 1822, et
-s'y fit beaucoup remarquer par
-son got pour les lettres; trs li
-avec le duc d'Orlans, il entra
-dans la diplomatie en 1833 et
-devint ministre de France au Brsil,
- Lisbonne, Copenhague. Il
-fut nomm pair de France en
-1841 et membre de l'Acadmie
-franaise en 1849. Il avait pous
-Mlle de La Guiche.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">ALISBURY</span> (la marquise DE), 1750-1835.
-Marie-Amlie, fille du marquis
-de Devonshire. Elle s'tait
-marie en 1773 et fut brle dans
-l'incendie de Hatfield-House.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">ALVANDY</span> (le comte DE), 1795-1856. Il
-fit, comme militaire, les campagnes
-de 1813 et 1814, et se retira du
-service sous la Restauration, pendant
-laquelle il occupa plusieurs
-fonctions auprs de Louis XVIII;
-il dmissionna en 1823 et se
-tourna vers la littrature. Nomm
-dput aprs 1830, il devint ministre
-de l'Instruction publique
-de 1837 1839, ambassadeur
-Madrid en 1841, Turin en 1843,
-et, en 1845, de nouveau ministre
-de l'Instruction publique jusqu'en
-1848. Il tait membre de l'Acadmie
-franaise depuis 1835.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AMPAO</span> (Antonio-Rodriguez), 1806-1882.
-Journaliste et homme d'tat
-portugais qui dfendit toujours les
-ides librales.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AND</span> (George), 1804-1876. Aurore
-Dupin, baronne Dudevant, fut,
-sous le pseudonyme de George
-<span class="pagenum"><a id="Page_453"> 453</a></span>
-Sand, un des meilleurs crivains
-du dix-neuvime sicle.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">ARAVA</span> (Antonio-Ribeira), 1800-1890.
-Diplomate portugais. Pendant
-la rgence de dom Miguel, il
-fut envoy en mission secrte en
-Espagne et en Angleterre. Partisan
-fanatique du pouvoir absolu,
-il ne retourna plus en Portugal
-aprs la chute du prtendant, et
-demeura Londres jusqu' sa
-mort.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">ARMENTO</span> (M. DE). Diplomate portugais,
-reprsentant de dom Pedro
- Londres lors des confrences
-aprs 1830.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AUZET</span> (Paul), 1800-1877. Avocat
-au barreau de Lyon, il fut lu
-dput en 1834, et deux ans plus
-tard, nomm ministre de la Justice
-dans le ministre Thiers.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AXE</span> (Maurice, comte DE), 1695-1750.
-Marchal de France, il se
-couvrit de gloire pendant la guerre
-de la succession d'Autriche, et, en
-rcompense de ses services, le
-roi Louis XV lui donna le chteau
-de Chambord et 40,000 livres
-de rente. Il tait le fils naturel
-d'Auguste II, lecteur de Saxe, et
-de la comtesse Aurore de K&oelig;nigsmark.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">AXE</span>-<span class="cap">M</span><span class="smallc">EININGEN</span> (Bernard, duc DE),
-1800-1882. Frre de la reine
-Adlade d'Angleterre. En 1866,
-il abdiqua en faveur de son fils,
-le duc Georges II.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">CHEFFER</span> (Ary), 1785-1858. Peintre
-franais, d'une famille originaire
-d'Allemagne. Il tait trs protg
-par le Roi Louis-Philippe et sa
-famille.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">BASTIANI</span> DE LA <span class="cap">P</span><span class="smallc">ORTA</span> (le marchal),
-1775-1851. Originaire de la Corse,
-il se distingua l'arme d'Italie.
-En 1806, envoy comme ambassadeur
- Constantinople, il dcida
-le sultan Selim dclarer la
-guerre aux Russes et dirigea les
-oprations qui contraignirent la
-flotte anglaise repasser les
-Dardanelles. Aprs Waterloo, il
-fut un des commissaires dsigns
-pour traiter la paix. Sous Louis-Philippe,
-il fut ministre des
-Affaires trangres, puis ambassadeur
- Naples et Londres. Il
-avait pous Fanny de Coigny, qui
-mourut en 1807 en donnant le
-jour une fille, qui pousa le duc
-de Praslin.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">EFTON</span> (lord), 1772-1838. Cr pair
-et baron en 1831. Il avait pous
-une fille de lord Craven.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">EFTON</span> (lady), morte en 1851. Marie-Marguerite,
-fille de lord Craven,
-pousa en 1791 lord William
-Sefton.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">GUIER</span> (le comte), 1768-1848. migr
-pendant la Rvolution, il
-rentra en 1800 et, grce Cambacrs,
-se fit une belle carrire
-dans la magistrature sous l'Empire.
-En 1815, Louis XVIII le fit pair
-de France et le chargea d'instruire
-le procs du marchal Ney.
-Il se rallia Louis-Philippe en
-1830.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">GUR</span> (Louis-Philippe, comte DE),
-1753-1833. Il prit part la guerre
-d'Amrique en 1781, fut ambassadeur
- Saint-Ptersbourg, vcut
-de sa plume pendant la Rvolution,
-fut appel ensuite au Corps lgislatif
-par le Premier Consul et
-devint grand matre des crmonies
-<span class="pagenum"><a id="Page_454"> 454</a></span>
-de la cour impriale. Depuis
-1803, il tait membre de l'Acadmie
-franaise, et Louis XVIII
-l'avait fait pair.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">MONVILLE</span> (le marquis DE), 1754-1839.
-Il fut charg d'abord de
-plusieurs missions l'tranger.
-Pair de France en 1814, il reut le
-premier le titre de grand rfrendaire
-de la Cour des Pairs et ne se
-dmit de ses fonctions que sous
-Louis-Philippe en 1834.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">VIGN</span> (la marquise DE), 1626-1696.
-Marie de Rabutin-Chantal, une
-des femmes les plus distingues du
-dix-septime sicle, clbre par
-les lettres qu'elle crivait sa
-fille, Mme de Grignan. Elle avait
-t marie en 1644 au marquis de
-Svign, qui, tu en duel, la
-laissa veuve vingt-cinq ans.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">GRICCI</span> (Thomas), 1788-1836. Clbre
-improvisateur italien et
-grand rudit. Il rvla sa prodigieuse
-facilit de versification
-un bal masqu, o, costum en
-Pythonisse, il rendit ses oracles
-en vers, avec une promptitude et
-une aisance admirables.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">HAFTSBURY</span> (Cropley-Ashley), 1768-1851,
-membre de la Chambre des
-lords, il pousa Anne, fille du
-duc de Marlborough.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">IDNEY</span> (lord, John-Robert), n en
-1805. Il tait lord-chambellan, et
-pousa en 1832, Emily-Caroline,
-fille du marquis d'Anglesey.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">IDNEY</span> (lady Sophie), morte en 1837.
-Lady Fitzclarence, fille naturelle
-du roi Guillaume IV d'Angleterre,
-pousa en 1825 Philippe-Charles
-Sidney, baron de l'Isle et de
-Dudley.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">IEYS</span> (l'abb), 1748-1836. Il fut
-vicaire gnral de Chartres, et
-l'un des grands politiques de son
-temps. Il fit comprendre la puissance
-du Tiers, et amena plusieurs
-des mesures les plus importantes
-de la Rvolution. Il fit partie du
-conseil des Cinq-Cents, fut fait
-snateur et comte par Napolon.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">OBIESKI</span> (Jean III), Roi de Pologne,
-1629-1696. Un des hros nationaux
-de son pays; il vainquit les
-Turcs et dlivra Vienne assige
-par Kara-Mustapha.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">OMERSET</span> (le duc DE), 1773-1855.
-douard Saint-Maur, baron Seymour;
-il avait pous lady Hamilton.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">OPHIE</span> D'<span class="cap">A</span><span class="smallc">NGLETERRE</span> (la princesse),
-1777-1848. Une des filles du roi
-George III d'Angleterre; elle ne
-se maria jamais.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">OULT</span> (Nicolas-Jean de Dieu) 1769-1852.
-Il fit toutes les campagnes
-de la Rvolution et de l'Empire:
-la prise de K&oelig;nigsberg lui valut le
-titre de duc de Dalmatie; exil
-sous la seconde Restauration, il
-s'attacha au gouvernement de 1830
-et prit deux reprises le ministre
-de la Guerre et la prsidence
-du Conseil.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">PRING</span>-<span class="cap">R</span><span class="smallc">ICE</span> (sir Thomas), 1790-1866.
-Il fut lev la pairie en 1839
-sous le titre de lord Monteagle de
-Brandon. Il fut sous-secrtaire
-l'Intrieur en 1827, puis secrtaire
-de la Trsorerie, et, en 1834,
-secrtaire des Colonies. En 1835,
-il devint chancelier de l'chiquier.
-Il tait membre de la Socit
-royale et de la Socit astronomique.
-<span class="pagenum"><a id="Page_455"> 455</a></span></li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">TAL</span> (Mme DE), 1766-1817. Ne
-Necker. Clbre par ses talents
-et son exil.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">TAL</span> (la baronne de), Adlade
-Vernet, petite-fille du professeur
-suisse Pictet, pousa, en 1826,
-le baron Auguste de Stal, fils de
-la clbre Mme de Stal.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">TANLEY</span> (douard-Geoffroy), 1799-1869.
-Homme d'tat anglais, plus
-connu sous le nom de <i>comte de
-Derby</i> qu'il prit en 1831. Il fut
-sous-secrtaire d'tat aux Colonies
-en 1827, puis premier secrtaire
-pour l'Irlande de 1830
-1833, ministre des Colonies en
-1833; il fit passer le bill de l'mancipation
-des esclaves. En 1858,
-il pacifia les Indes et en rorganisa
-l'administration. Il avait
-pous, en 1825, la seconde fille
-de lord Skelmersdale.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">TANLEY</span> (douard-Jules, baron),
-1801-1869. Membre du Parlement
-anglais depuis 1831, il fut sous-secrtaire
-d'tat, sous-secrtaire
-aux Affaires trangres et matre
-gnral des Postes. Il avait pous
-en 1826 la fille du vicomte Dillon.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">TEVENS</span> (Catherine), 1794-1872.
-Cantatrice anglaise trs admire,
-qui se fit entendre Covent-Garden,
-puis Drury Lane. Elle
-rentra dans la vie prive en 1815
-et pousa, en 1838, le comte
-d'Essex.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">TRATFORT</span> <span class="cap">C</span><span class="smallc">ANNING</span> (sir), 1788-1880.
-Cousin du clbre Canning et
-diplomate anglais. Il fut ministre
-plnipotentiaire en Suisse, assista
-au Congrs de Vienne en 1815,
-fut lu ambassadeur auprs de la
-Porte ottomane en 1851, jusqu'
-1858, poque de sa retraite. La
-Reine l'avait nomm vicomte de
-Redcliffe.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">TUART</span> DE <span class="cap">R</span><span class="smallc">OTHESAY</span> (lady), 1789-1867.
-Fille de lord Hardwick, elle
-s'tait marie en 1816.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">URREY</span> (le comte DE), 1815-1860.
-Fils an du duc de Norfolk, il
-fut dput au Parlement en 1837
-et se posa en catholique zl. En
-1839 il pousa une fille de lord
-Lyons, et, en 1856, la mort de
-son pre, il prit le titre de duc
-de Norfolk.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">USSEX</span> (Auguste-Frdric, duc DE),
-1773-1843. Un des fils du Roi
-George III d'Angleterre. Il fut
-grand matre de la Maonnerie
-dans ce pays.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">UCHET</span> (Marie), 1820-1835. Fille du
-marchal Suchet, duc d'Albufra.
-Amie intime de Mlle Pauline de
-Prigord, elle mourut prmaturment.</li>
-
-<li><span class="cap">S</span><span class="smallc">UTHERLAND</span> (la duchesse DE), morte
-en 1868. Fille de lord Carlisle,
-elle pousa, en 1823, le duc de
-Sutherland. La duchesse fut <i>mistress
-of the robes</i> de la Reine
-Victoria.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">T</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">AHMASP</span>-<span class="cap">K</span><span class="smallc">OULI</span>-<span class="cap">K</span><span class="smallc">HAN.</span> Nadir-Shah,
-roi de Perse, 1688-1747. Conducteur
-de chameaux, puis brigand,
-il entra au service de Tahmasp II,
-mit les affaires du Prince dans
-l'tat le plus florissant et battit
-les Turcs, puis il fit dposer
-Tahmasp et se fit, aprs une
-rgence, proclamer schah de
-Perse. Il marcha contre les
-<span class="pagenum"><a id="Page_456"> 456</a></span>
-Afghans rebelles et attaqua l'empire
-du Grand Mogol; la Perse,
-opprime, le dtestait et il fut
-tu par ses propres gnraux.</li>
-
-<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ALLEYRAND</span>-<span class="cap">P</span><span class="smallc">RIGORD</span> (le cardinal
-DE), 1636-1821. Alexandre-Anglique,
-second fils de Daniel de
-Talleyrand-Prigord et de Marie
-de Chamillart, dame du palais de
-la Reine, embrassa l'tat ecclsiastique,
-fut nomm aumnier
-du Roi, grand-vicaire Verdun,
-et, en 1766, coadjuteur de l'archevque
-de Reims auquel il
-succda en 1777. Dput aux
-tats-Gnraux de 1789, il lutta
-contre les innovations et migra.
-Conseiller de Louis XVIII Mittau,
-Mgr de Prigord devint, en
-1808 son grand aumnier, fut
-inscrit le premier sur la liste des
-pairs en 1814, et obtint en 1817
-le chapeau de cardinal et l'archevch
-de Paris.</li>
-
-<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ALLEYRAND</span> (le prince DE), 1754-1838.
-Charles-Maurice de Talleyrand-Prigord,
-prince de Bnvent,
-duc de Dino, pair, grand
-chambellan de France, membre
-de l'Institut. Boiteux par accident
-de naissance, il fut destin
-l'glise quoique l'an de sa famille.
-Elve de Saint-Sulpice, il y fit ses
-tudes ecclsiastiques et fut d'abord
-connu sous le nom d'abb
-de Prigord; en 1788, il fut
-vque d'Autun; en 1789, membre
-des tats gnraux; il fut plus
-tard oblig de se rfugier en
-Amrique; de retour en 1797 il
-fut nomm ministre des Affaires
-trangres par le Directoire, et,
-pendant huit ans, dirigea la politique
-extrieure de la France. En
-qualit de vice-grand-lecteur de
-l'Empire, il put, en 1814, convoquer
-le Snat et faire proclamer
-la dchance de l'Empereur. Il
-reprsenta Louis XVIII au Congrs
-de Vienne. En 1830, Louis-Philippe
-le nomma ambassadeur
- Londres. Son dernier acte politique
-fut la conclusion de la
-Quadruple Alliance entre la France,
-l'Angleterre, l'Espagne et le Portugal.</li>
-
-<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ALLEYRAND</span> (la princesse DE), 1762-1835.
-Fille du capitaine de vaisseau
-Werle et de Laurence
-Allany, elle tait ne dans les
-Indes sur la cte de Coromandel;
- quinze ans, elle pousa, Calcutta,
-un employ civil, George
-Grant, mais divora un an aprs.
-Vers 1780, Mme Grant s'embarqua
-pour l'Europe, s'tablit Paris,
-et pousa le prince de Talleyrand
-en 1802. Aprs sa sparation
-d'avec son mari, elle se retira
-Auteuil. Elle mourut en 1835 et
-fut enterre Montparnasse, avec
-cette inscription: <i>Veuve de
-M. Grant, plus tard civilement
-marie avec le prince de Talleyrand</i>.</li>
-
-<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ALLEYRAND</span>-<span class="cap">P</span><span class="smallc">RIGORD</span> (la baronne DE),
-1800-1873. Charlotte-Alix-Sarah,
-pouse du baron Alexandre-Daniel
-de Talleyrand, conseiller d'tat,
-dont elle eut trois enfants.</li>
-
-<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ALLEYRAND</span>-<span class="cap">P</span><span class="smallc">RIGORD</span> (le comte
-Edmond DE), 1787-1872. Duc de
-Dino depuis 1817 et duc de Talleyrand
-depuis la mort de son pre
-en 1838. Il pousa, en 1809, la
-princesse Dorothe de Courlande.
-<span class="pagenum"><a id="Page_457"> 457</a></span>
-Brave officier, bon camarade, cit
-avec loges parmi les aides de camp
-du major-gnral Berthier, il fit les
-campagnes de la Grande-Arme.
-Il tait commandeur de l'ordre de
-Saint-Louis, grand-officier de la
-Lgion d'honneur, grand-croix de
-l'ordre de Saint-Ferdinand d'Espagne.
-Il passa les quarante dernires
-annes de sa vie Florence,
-o il mourut.</li>
-
-<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ALMA</span> (Franois-Joseph), 1766-1826.
-Clbre tragdien. Napolon l'aimait
-beaucoup et paya plusieurs
-fois ses dettes.</li>
-
-<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ANKERVILLE</span> (lady), morte en 1865.
-Fille du duc Antoine de Gramont,
-elle pousa en 1806 lord Tankerville.</li>
-
-<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">AYLOR</span> (sir Herbert), 1775-1839.
-D'abord officier, il devint secrtaire
-particulier du duc d'York,
-dont il tait l'ami, et passa en
-cette mme qualit auprs du
-roi George III; il fut charg de
-plusieurs missions dlicates en
-Sude et en Hollande. Il avait
-pous la fille d'Edouard Disbrowe.</li>
-
-<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ERCEIRE</span> (le duc DE). Marquis de
-Villaflor, 1790-1860, gnral portugais;
-il s'tait mis la tte des
-partisans de dom Pedro, l'aida
-chasser dom Miguel. Il avait pous,
-en deuximes noces, la fille du
-marquis de Loul.</li>
-
-<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ESTE</span> (Jean-Baptiste), 1780-1852.
-Jurisconsulte franais. Dput en
-1831, il fit partie des libraux.
-En 1839, il devint ministre de la
-Justice, en 1840 des Travaux publics.
-En 1843, il fut nomm pair
-de France et prsident de la Cour
-de cassation, mais la fin de sa vie
-fut attriste par un lamentable
-procs dans lequel il fut compromis.</li>
-
-<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">HIARD</span> DE <span class="cap">B</span><span class="smallc">USSY</span> (le comte DE), 1772-1852.
-Gnral franais. Chambellan
-de Napolon en 1884, il le
-suivit comme aide de camp dans
-les campagnes de 1805 1807,
-mais dmissionna ensuite.
-Louis XVIII le nomma marchal
-de camp. Devenu dput en 1815,
-il sigea presque sans interruption
-jusqu'en 1848, puis fut, pendant
-une anne, ministre en Suisse.</li>
-
-<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">HIERS</span> (Adolphe), 1797-1877.
-Homme d'tat et historien franais.
-Il dbuta Paris dans le
-journalisme, fonda le <i>National</i> en
-1830, devint ministre en 1832 et
-prsident du Conseil en 1836 et
-1840. Comme dput, il s'opposa
-vainement la guerre de 1870.
-Prsident de la Rpublique en
-1871, il attacha son nom la libration
-du territoire.</li>
-
-<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">HIERS</span> (Mme), 1815-1880. lise
-Dosne n'avait que seize ans lorsqu'elle
-pousa M. Thiers, auquel
-elle apporta une grosse fortune.</li>
-
-<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">HORWALDSEN</span> (Barthlemy), 1769-1844.
-Clbre sculpteur danois.
-Fils d'un pauvre marin de Copenhague,
-il fit de longs sjours en
-Italie o il travailla beaucoup. Il
-a fond, Copenhague, un muse
-et a laiss son immense fortune
-cet tablissement.</li>
-
-<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ORENO</span> (le comte Jos DE), 1786-1843.
-Homme d'tat espagnol,
-dput aux Corts depuis 1811, il
-provoqua l'abolition de l'Inquisition.
-En 1834, il fut nomm ministre
-des Finances, puis prsident
-<span class="pagenum"><a id="Page_458"> 458</a></span>
-du Conseil avec le portefeuille des
-Affaires trangres; il se retira
-de la vie publique en 1835.</li>
-
-<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">RAJAN</span> (l'empereur), n en Espagne
-en 52, il fut empereur Rome de
-98 117. Il fut vainqueur des
-Daces et des Parthes, et excellent
-administrateur.</li>
-
-<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">RVISE</span> (duc DE), voir <span class="cap">M</span><span class="smallc"><a href="#ORTIER">ORTIER</a></span>.</li>
-
-<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">ULLEMARE</span> (lady), morte et 1848,
-elle s'tait marie en 1821. C'tait
-la s&oelig;ur du duc d'Argyll.</li>
-
-<li><span class="cap">T</span><span class="smallc">YSZKIEWICZ</span> (la princesse), 1765-1834.
-Marie-Thrse, fille du
-prince Andr Poniatowski, second
-frre du Roi; elle pousa le comte
-Vincent Tyszkiewicz, mais garda
-son titre de princesse. Son mari
-tait rfrendaire du grand-duch
-de Lithuanie. La Princesse tait
-trs lie avec le prince de Talleyrand.
-Elle habita presque toujours
-la France et est enterre Valenay.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">V</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">ALENAY</span> (le duc DE), 1811-1898.
-Louis de Talleyrand-Prigord, duc
-de Talleyrand et de Valenay, duc
-de Sagan aprs la mort de sa
-mre. Fils du duc Edmond de
-Talleyrand et de la princesse Dorothe
-de Courlande; chevalier de
-la Toison d'or d'Espagne et de
-l'Aigle noir de Prusse. Il pousa
-d'abord, en 1829, Alix, fille du
-duc de Montmorency, puis la comtesse
-de Hatzfeld, fille du marchal
-de Castellane. Le duc de Valenay
-tait le fils an de la duchesse
-de Dino.</li>
-
-<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">ALENAY</span> (la duchesse DE), 1810-1858.
-Alix, fille du duc de Montmorency
-et de Caroline de Matignon.</li>
-
-<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">ALOIS</span> (les), famille issue des Captiens,
-qui monta sur le trne de
-France en 1328 avec Philippe VI,
-pour finir avec Henri III en
-1576.</li>
-
-<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">AN</span> <span class="cap">D</span><span class="smallc">YCK</span> (Antoine), 1599-1641.
-Peintre flamand, lve de Rubens;
-il voyagea en Italie, en Hollande,
-en France, en Angleterre o il
-fut appel par le roi Charles I<sup>er</sup>
-et se fixa.</li>
-
-<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">ANTADOUR</span> (la duchesse DE), 1799-1863.
-Fille du comte d'Aubusson
-la Feuillade et de son premier
-mariage avec Mlle de Refouville,
-elle pousa le duc de Lvis et de
-Vantadour.</li>
-
-<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">AUDMONT</span> (la princesse DE), 1763-1832.
-Elise-Marie-Colette de Montmorency-Logn,
-pousa en 1778
-le prince Joseph de Vaudmont,
-de la maison de Lorraine, dont
-elle devint veuve en 1812. Amie
-intime de M. de Talleyrand, elle
-tait bonne, trs recherche, et
-l'on retrouvait, chez elle, les habitudes
-de l'ancien rgime.</li>
-
-<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">ICTORIA</span> <span class="cap">I</span><sup>re</sup> (la Reine), 1819-1901.
-Fille du quatrime fils du roi
-d'Angleterre George III, le duc
-de Kent, qui mourut en 1820.
-Elle monta sur le trne en 1837,
- la mort de son oncle Guillaume IV.
-En 1840, la jeune Reine pousa
-son cousin germain, le prince Albert
-de Saxe-Cobourg-Gotha, qui
-fut dclar prince Consort en
-1857.</li>
-
-<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">IENNET</span> (Jean-Guillaume), 1777-1868.
-<span class="pagenum"><a id="Page_459"> 459</a></span>
-Littrateur franais; il entra
- l'Acadmie en 1830.</li>
-
-<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">ILLEMAIN</span> (Abel-Franois), 1790-1870.
-Professeur, crivain et
-homme politique franais, membre
-de l'Acadmie franaise depuis
-1822, pair de France; il fut,
-deux reprises, ministre de l'Instruction
-publique et, depuis 1835,
-secrtaire perptuel de l'Acadmie.</li>
-
-<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">ISCONTI</span>-<span class="cap">A</span><span class="smallc">YMI</span> (la marquise), morte
-en 1831 Paris. Ne Carcano,
-elle avait appartenu la socit la
-plus lgante de Milan l'poque
-de la vice-royaut d'Eugne de
-Beauharnais. En premires noces
-elle avait pous le comte Sopranzi,
-dont elle eut un fils, qui
-fut aide de camp du marchal
-Berthier, avec qui elle tait trs
-lie.</li>
-
-<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">ITROLLES</span> (Eugne d'Arnaud, baron
-DE), 1774-1854. Il servit dans l'arme
-de Cond, fut nomm ministre
-d'tat en 1814, mais se
-montra si violent que Louis XVIII
-le priva de ses fonctions. A son
-avnement, Charles X le nomma
-ambassadeur Turin. Il avait
-pous, en 1795, Mlle de Folleville.</li>
-
-<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">IVONNE</span> (Louis-Victor de Rochechouart,
-comte DE), 1636-1688;
-plus tard duc de Mortemart et
-marchal de France; la faveur de
-sa s&oelig;ur, Mme de Montespan, lui
-valut un avancement rapide; il
-tait connu pour son esprit, ses
-bons mots et son embonpoint.</li>
-
-<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">OG</span> (le comte Charles DE), mari
- Mlle de Branger. Il tait frre
-du marquis de Vog.</li>
-
-<li><span class="cap">V</span><span class="smallc">OLTAIRE</span> (M. DE). 1694-1778. Franois-Marie-Arouet
-de Voltaire, fils
-d'un trsorier de la Chambre des
-comptes; il exera une immense
-influence sur le dix-huitime sicle
-littraire et philosophique.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">W</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ABURTON.</span> Aubergiste anglais du
-<i>Ship</i> Douvres.</li>
-
-<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ALTER</span> <span class="cap">S</span><span class="smallc">COTT</span>, 1771-1832. Pote et
-romancier cossais.</li>
-
-<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ARD</span> (sir Henry-George), 1798-1860.
-Gendre de lord Grey. Il
-entra dans la diplomatie anglaise
-en 1816, comme attach d'ambassade
- Stockolm, puis La Haye et
- Madrid. Il entra au Parlement
-en 1832, fut nomm commissaire
-des les Ioniennes en 1849. De
-1856 jusqu' sa mort il fut gouverneur
-de Ceylan.</li>
-
-<li><span class="cap">W</span><span class="smallc"><a id="ARWICK"></a>ARWICK</span> (Guy, comte DE), mort en
-1471, surnomm le <i>Faiseur de
-rois</i>. Beau-frre de Richard
-d'York, il le poussa revendiquer
-le trne d'Angleterre, puis fit proclamer
-Edouard IV, ce qui ne
-l'empcha pas plus tard de faire
-rtablir Henri VI sur le trne et
-de se faire nommer gouverneur
-du royaume.</li>
-
-<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ARWICK</span> (lord), 1779-1853. Henri
-Richard Greville, comte de Brooke,
-descendant, par les femmes, des
-anciens Beauchamp.</li>
-
-<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ARWICK</span> (lady), morte en 1851.
-Sarah, fille de lord Mexborough,
-pousa, en premires noces, lord
-Monson, et, en deuximes noces,
-lord Warwick.
-<span class="pagenum"><a id="Page_460"> 460</a></span></li>
-
-<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">EIMAR</span> (le duc Charles-Bernard DE),
-1792-1862. Gnral au service
-des Pays-Bas; il avait pous, en
-1815, la princesse Ida de Saxe-Meiningen.
-Son fils, le prince
-douard de Weimar, entra au
-service de l'Angleterre.</li>
-
-<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">EIMAR</span> (la duchesse Bernard DE),
-1794-1852, ne princesse de Saxe-Meiningen
-et s&oelig;ur de la reine
-Adlade d'Angleterre.</li>
-
-<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ELLESLEY</span> (le marquis DE), 1760-1842.
-Richard, comte de Mornington,
-frre an du duc de
-Wellington; gouverneur des Indes
-en 1797, il devint, en 1810, ministre
-des Affaires trangres, en
-1822 lord-lieutenant d'Irlande et,
-en 1833, vice-roi de ce pays.</li>
-
-<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ELLINGTON</span> (le duc DE), 1769-1852.
-Troisime fils du vicomte Wellesley,
-il servit en 1797 dans l'arme
-des Indes, revint en Angleterre
-en 1805; il dirigea l'arme anglaise
-en Portugal, en Espagne,
-et fut le vainqueur de Napolon
-Waterloo. Il fit partie de plusieurs
-ministres.</li>
-
-<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ERTHER</span> (le baron Wilhelm DE),
-1772-1859. Diplomate prussien;
-il fut ministre Paris de 1824
-1837, et de 1837 1841 ministre
-des Affaires trangres Berlin.</li>
-
-<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ERTHER</span> (la baronne DE), 1778-1853.
-La comtesse Sophie Sandizell,
-Bavaroise, pouse du baron
-de Werther.</li>
-
-<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ESSENBERG</span>-<span class="cap">A</span><span class="smallc">MPRINGEN</span> (le baron),
-1773-1858. Diplomate autrichien;
-il assista, en 1830, aux confrences
-de Londres, et fut en 1848,
-pendant peu de temps, ministre
-des Affaires trangres.</li>
-
-<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">EYER</span> (Sylvan VAN DE), 1803-1874.
-Homme d'Etat et littrateur belge.
-Charg d'une importante mission
- Londres, il russit par faire
-agrer la proposition d'y runir
-une confrence pour consolider
-la nouvelle constitution belge;
-il parvint faire accepter le
-prince Lopold de Cobourg comme
-roi des Belges. En 1845, il fut
-rappel pour prendre la tte du
-cabinet, puis, en 1846, reprit ses
-fonctions d'ambassadeur Londres
-jusqu'en 1867, lorsqu'il se
-retira des affaires.</li>
-
-<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ILLOUGHBY</span>-<span class="cap">C</span><span class="smallc">OTTON</span> (sir Henry),
-1796-1865. Dput la Chambre
-des communes.</li>
-
-<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">INCHELSEA</span> (lord), 1791-1858.
-George-William Hatton. Sa premire
-femme tait une fille du
-duc de Montrose. En 1829, il eut
-un duel clbre avec le duc de
-Wellington; le duc de Wellington
-manqua son adversaire, lord Winchelsea
-tira en l'air.</li>
-
-<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">ORONZOFF</span> (la comtesse), morte en
-1832 Londres; Catherine Siniavin,
-pouse du gnral Woronzoff.</li>
-
-<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">URTEMBERG</span> (le roi DE), 1781-1864.
-Guillaume I<sup>er</sup>; il monta sur le
-trne en 1816. Il avait pous en
-premires noces la grande-duchesse
-Catherine de Russie, et,
-en deuximes noces, sa cousine,
-la duchesse Pauline de Wrtemberg.</li>
-
-<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">URTEMBERG</span> (la princesse Marie DE),
-1816-1863. Fille du roi Guillaume
-I<sup>er</sup>, elle pousa, en 1840,
-le major-gnral comte de Neipperg.
-<span class="pagenum"><a id="Page_461"> 461</a></span></li>
-
-<li><span class="cap">W</span><span class="smallc">URTEMBERG</span> (la princesse Sophie
-DE), 1818-1877. S&oelig;ur de la prcdente;
-elle pousa, en 1839,
-Guillaume III, Roi des Pays-Bas.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">Y</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">Y</span><span class="smallc">ARBOROUGH</span> (lord), 1812-1851. Frre
-de lord Garbowy, et, en 1831,
-capitaine dans la maison royale
-d'Angleterre.</li>
-
-<li><span class="cap">Y</span><span class="smallc">ORK</span> (le duc D'), 1763-1827. Frre
-des rois George IV et Guillaume IV
-d'Angleterre; il pousa la princesse
-Frdrique de Prusse.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">Z</p>
-
-<ul>
-<li><span class="cap">Z</span><span class="smallc">EA</span>-<span class="cap">B</span><span class="smallc">ERMEDEZ</span> (don Francisco), 1772-1850.
-Diplomate espagnol. De
-1809 1820, il fut charg d'affaires
-auprs de l'empereur
-Alexandre I<sup>er</sup>, puis ambassadeur
-Constantinople. En 1824, il fut
-nomm ministre des Affaires
-trangres, puis en 1825, il fut
-ambassadeur Dresde; de 1828
-1833, ambassadeur Londres. Depuis
-1834, il habita presque toujours
-Paris o il mourut.</li>
-
-<li><span class="cap">Z</span><span class="smallc">EA</span>-<span class="cap">B</span><span class="smallc">ERMEDEZ</span> (Mme), femme du ministre.
-Elle tait trs recherche
-dans la socit par sa distinction
-et son amabilit. Sa ville natale
-tait Malaga.</li>
-
-<li><span class="cap">Z</span><span class="smallc">UMALACARREGUY</span> (Thomas), 1789-1835.
-Gnral espagnol, commandant
-la garde royale la mort de
-Ferdinand VII. Il se dmit de ses
-fonctions pour suivre don Carlos,
-et fit une terrible guerre aux
-Christinos.</li>
-
-<li><span class="cap">Z</span><span class="smallc">UYLEN</span> VAN <span class="cap">N</span><span class="smallc">IJEVELT</span> (le baron Hugo
-DE), 1781-1853. Homme d'Etat
-hollandais; il prit une part active
-aux efforts qui furent faits dans
-son pays pour secouer le joug de
-Napolon I<sup>er</sup>. Il fut ambassadeur
-Paris, Madrid, Stockolm,
-Constantinople, revint La Haye
-en 1829 et dploya une rare activit
-lors de la rvolution belge
-en 1830. Il fut ensuite envoy,
-avec Falk, la confrence de
-Londres. De 1833 1848, il reut
-plusieurs portefeuilles, puis rentra
-dans la vie prive.</li>
-</ul>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_462"> 462</a></span>
-<span class="pagenumh"><a id="Page_463"> 463</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-<div class="footnotes">
-<h2 class="normal">NOTES:</h2>
-<div class="footnote">
-
-<p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1" class="label">[1]</a> Couronnement du roi Guillaume IV.</p>
-
-<p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2" class="label">[2]</a> Eridge Castle est situ dans le comt de Sussex. Il appartient encore
-aux Abergavenny.</p>
-
-<p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3" class="label">[3]</a> Varsovie, capitale du grand-duch de ce nom, avait t cde aux
-Russes en 1815. En novembre 1830, il y clata une insurrection terrible
-qui affranchit pour quelques mois la Pologne; mais, malgr une glorieuse
-campagne contre Diebitsch, Varsovie finit par tre reprise par
-Paskwitch le 8 septembre 1831.</p>
-
-<p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4" class="label">[4]</a> Stocke est situ dans le comt de Stafford et possde une grande
-manufacture de porcelaine cre par Wedgwood.</p>
-
-<p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5" class="label">[5]</a> Les enfants taient: 1<sup>o</sup> Doa Jennaria, ne en 1819; 2<sup>o</sup> Doa Paula,
-ne en 1823; 3<sup>o</sup> Doa Francisca, ne en 1824; 4<sup>o</sup> Dom Pedro, n en 1825,
-qui devint en 1831 empereur du Brsil, sous une rgence.</p>
-</div>
-<div class="footnote">
-
-<p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6" class="label">[6]</a> La rvolution franaise de 1830 fut pour la Suisse l'occasion d'agitations
-nouvelles. Ble se morcela en 1832 en Ble-Ville et Ble-Campagne.</p>
-
-<p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7" class="label">[7]</a> Miaoulis s'tait retir Poros o il s'tait mis la tte des Hydriotes
-rvolts.</p>
-
-<p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8" class="label">[8]</a> De mars septembre 1831, l'insurrection, ou tout au moins l'agitation
-et le tumulte furent peu prs permanents dans les rues de Paris.</p>
-
-<p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9" class="label">[9]</a> M. de Courcel.</p>
-
-<p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10" class="label">[10]</a> Lopold I<sup>er</sup>, lu Roi des Belges en 1831, avait pous, en 1832,
-Louise, princesse d'Orlans, fille de Louis-Philippe, Roi des Franais.</p>
-
-<p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11" class="label">[11]</a> En 1832, le Roi Ferdinand VII tomba si gravement malade, qu'on le
-crut mort. Calomarde se runit alors aux partisans pour faire signer au
-moribond un dcret mettant nant la dclaration de 1830, par laquelle
-le Roi abolissait la loi salique en Espagne.</p>
-
-<p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12" class="label">[12]</a> Valenay, o la duchesse de Dino venait de se transporter, est situ
-dans le dpartement de l'Indre. Le chteau et le parc en sont magnifiques,
-avec de belles eaux. Le chteau fut bti au seizime sicle par la famille
-d'tampes, d'aprs les dessins de Philibert Delorme. Il servit de prison
-d'tat de 1808 1814 pour Ferdinand VII et les Infants d'Espagne, par
-ordre de Napolon I<sup>er</sup>. Le prince de Talleyrand, qui s'en tait rendu propritaire
- la fin du dix-huitime sicle, aimait ce sjour et l'habita beaucoup.</p>
-
-<p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13" class="label">[13]</a> Les trois grandes puissances allies, l'Autriche, la Prusse et la
-Russie, se runirent plusieurs annes de suite, soit Tplitz, soit Mnchengraetz,
-pour y dlibrer ensemble sur la situation de l'Europe. Elles
-y tombrent d'accord pour se garantir, par un nouveau pacte secret, leurs
-possessions respectives en Pologne, soit contre une agression venant du
-dehors, soit contre un mouvement rvolutionnaire intrieur. Elles s'y
-occuprent galement des affaires de France et d'Italie, du travail continuel
-des sectes et des rfugis italiens sur le sol franais, qui inspiraient
-alors de grandes inquitudes au sujet de la tranquillit de la Pninsule. On
-finit par y dcider que les Cabinets d'Autriche, de Prusse et de Russie
-enverraient chacun une note spare au gouvernement du Roi Louis-Philippe,
-pour l'engager surveiller avec plus d'attention les menes rvolutionnaires.</p>
-
-<p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14" class="label">[14]</a> Louis-Antoine, duc d'Angoulme (1773-1844) fils an du Roi
-Charles X, avait pous en 1799, durant l'migration, sa cousine Marie-Thrse-Charlotte,
-fille du Roi Louis XVI et de la Reine Marie-Antoinette,
-dont il n'eut pas d'enfant. Aprs 1830, le duc d'Angoulme cda ses droits
- son neveu, le duc de Bordeaux (comte de Chambord), et vcut en simple
-particulier.</p>
-
-<p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15" class="label">[15]</a> Antique manoir, jadis une forteresse imprenable.</p>
-
-<p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16" class="label">[16]</a> Leamington est un petit endroit de bains, situ sur le Leam, dans
-le comt de Warwick. Il doit toute sa renomme des sources minrales
-et ferrugineuses, dcouvertes en 1797.</p>
-
-<p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17" class="label">[17]</a> Voir l'index biographique: <a href="#ARWICK">WARWICK</a> (Guy, comte DE)</p>
-
-<p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18" class="label">[18]</a> Une fille de service demande une place dans une famille o il y a
-un valet de pied.</p>
-
-<p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19" class="label">[19]</a> Mme de Gontaut fut une victime de la petite Cour de Charles X
-o deux partis divisaient les fidles: d'un ct les partisans de l'inertie
-non rsigne, et, de l'autre, les partisans de l'action. Une lettre o
-Mme de Gontaut exprimait son mcontentement sa fille, Mme de Rohan,
-fut saisie. Le Roi, qui y tait accus de faiblesse, fit de violents reproches
- Mme de Gontaut, qui quitta Prague et la Cour aprs cet entretien.</p>
-
-<p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20" class="label">[20]</a> Woburn Abbey est situe dans le comt de Bedford; il s'y trouve un
-magnifique chteau moderne, appartenant aux ducs de Bedford, bti sur
-l'emplacement d'une abbaye de Cisterciens fonde en 1445.</p>
-
-<p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21" class="label">[21]</a> Disciple de Socin, qui ne reconnat ni la Trinit, ni la divinit du
-Christ.</p>
-
-<p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22" class="label">[22]</a> Cette maison, o se trouvait alors l'ambassade de France, tait
-situe dans Hanover-Square, n<sup>o</sup> 21.</p>
-
-<p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23" class="label">[23]</a> Explication rationnelle de ce qui fit l'tonnement du public, quand,
-en 1891, les <i>Mmoires</i> du prince de Talleyrand parurent, par les soins
-du duc de Broglie. La polmique qui s'leva alors, sur le point de savoir
-si M. de Bacourt n'avait pas tronqu le texte de ces <i>Mmoires</i>, ne peut
-recevoir une plus prcise rponse que celle donne par cette <i>Chronique</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24" class="label">[24]</a> Le duc de Fleury, petit-neveu du Cardinal.</p>
-
-<p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25" class="label">[25]</a> Almacks tait une acadmie mondaine, qui rassemblait le haut monde
-de Londres et tait patronne par six dames de la haute socit. Le dbut
- l'Almacks sacrait l'homme du monde.</p>
-
-<p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26" class="label">[26]</a> Lady Jersey tait, par sa mre, petite-fille du banquier Robert
-Child.</p>
-
-<p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27" class="label">[27]</a> Cette campagne appartient encore la famille Hope. La maison
-contient une galerie de tableaux remarquable. Le parc et les jardins
-l'italienne sont parmi les plus beaux de l'Angleterre.</p>
-
-<p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28" class="label">[28]</a> Denbies appartient maintenant M. G. Cubitt. Cette habitation est
-situe prs de Dorking dans le comt de Surrey.</p>
-
-<p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29" class="label">[29]</a> Le Cabinet de lord Grey tait ainsi compos: Premier lord de la
-Trsorerie, le comte Grey. Lord Chancelier, lord Brougham. Prsident
-du conseil priv, marquis Lansdowne. Sceau priv, comte Durham. Chancelier
-de l'Echiquier, lord Althorp. Intrieur, vicomte Melbourne. Affaires
-trangres, vicomte Palmerston. Colonies, vicomte Goderick. Commerce,
-lord Auckland. Amiraut, sir James Graham. Postes, duc de Richmond.
-Irlande, M. Stanley. Trsorerie gnrale, lord John Russell. Contrle,
-M. Charles Grant. Chancelier du duch de Lancastre, lord Holland.</p>
-
-<p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30" class="label">[30]</a> Ou Bill des dmes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31" class="label">[31]</a> Le nouveau Cabinet fut ainsi constitu: Premier lord de la Trsorerie,
-lord Melbourne. Chancelier, lord Brougham. Prsident du conseil,
-marquis Lansdowne. Affaires trangres, vicomte Palmerston. Colonies,
-M. Spring Rice. Chancelier de l'chiquier, lord Althorp. Amiraut, lord
-Auckland. Postes, marquis de Conyngham. Payeur gnral de l'Arme,
-lord John Russell. Irlande, M. Littleton. Chancelier du duch de Lancastre,
-lord Holland. Intrieur, vicomte Duncannon. Conseil du Contrle,
-M. Charles Grant. Commerce, M. Poulett Thomson. Guerre, M. Ellice.
-Sceau priv, lord Mulgrave. La plupart de ces ministres avaient fait partie
-du Cabinet prcdent.</p>
-
-<p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32" class="label">[32]</a> Le marchal Soult tait Prsident du Conseil depuis 1832. Il quitta
-ces fonctions en juillet 1834.</p>
-
-<p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33" class="label">[33]</a> Kew est situ sur la rive droite de la Tamise. Ce chteau fut pendant
-quelque temps la demeure du duc et de la duchesse de Cumberland,
-avant qu'ils n'hritassent du trne de Hanovre. Il y a Kew un observatoire
-et un jardin botanique crs par le Roi George III.</p>
-
-<p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34" class="label">[34]</a> Myrza-Rhyza-Kan, envoy extraordinaire de Seth-Ali, Schah de
-Perse, prs de Napolon I<sup>er</sup>, Varsovie, en mars 1807.</p>
-
-<p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35" class="label">[35]</a> Eminin-Effendi, accrdit par le Sultan Mustapha IV auprs de
-l'Empereur Napolon I<sup>er</sup>, Varsovie, en mars 1807.</p>
-
-<p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36" class="label">[36]</a> Les Tuileries.</p>
-
-<p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37" class="label">[37]</a> Compromis dans la conjuration de Cellamare, Lagrange-Chancel
-lana contre Philippe d'Orlans trois virulents pamphlets en vers, bientt
-suivis de deux autres. (<i>Philippiques</i>, 1720).</p>
-
-<p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38" class="label">[38]</a> Rochecotte est un chteau bti la fin du dix-huitime sicle, que
-la duchesse de Dino acheta en 1825, qu'elle agrandit et perfectionna
-beaucoup. En 1847, elle en fit cadeau sa fille la marquise de Castellane.&mdash;Rochecotte
-est situ mi-cte, d'une manire charmante, dans la
-valle de la Loire, dominant le village de Saint-Patrice, dans le dpartement
-d'Indre-et-Loire.</p>
-
-<p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39" class="label">[39]</a> Langeais est un gros bourg, un peu plus de deux lieux de Rochecotte,
-et situ sur la rive droite de la Loire. Il est domin par un chteau
-bti en 992 et rdifi au treizime sicle par Pierre de la Brosse. En
-1491, le mariage du Roi Charles VIII et d'Anne de Bretagne y fut
-clbr.</p>
-
-<p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40" class="label">[40]</a> Mlle Henriette Larcher, gouvernante de Mlle Pauline de Prigord.</p>
-
-<p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41" class="label">[41]</a> Cette lettre a dj t publie dans le livre que la comtesse de
-Mirabeau a donn en 1890, sous ce titre: <i>le Prince de Talleyrand et
-la Maison d'Orlans</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42" class="label">[42]</a> Voir la <i>Chronique</i> du 6 aot 1834, p. <a href="#Page_211">211</a>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43" class="label">[43]</a> Concierge du chteau de Valenay.</p>
-
-<p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44" class="label">[44]</a> Scipion Piattoli, qui avait t prcepteur de l'auteur de cette <i>Chronique</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45" class="label">[45]</a> En 1793, Montrond s'tait rfugi en Angleterre, et s'y tait mis
-sous la protection de M. de Talleyrand; de l provenait leur longue
-amiti.</p>
-
-<p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46" class="label">[46]</a> Madame Adlade avait fait offrir sa main au baron de Montmorency,
-mais la condition qu'elle ne changerait point son nom, ce que
-M. de Montmorency refusa.</p>
-
-<p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47" class="label">[47]</a> Veuil domine la valle du Nahon, et fut runi la seigneurie de
-Valenay en 1787 par M. de Luay qui en tait alors propritaire. Le
-chteau, qui devait tre remarquablement joli, est maintenant une ruine,
-dont une partie seulement peut tre habite par un fermier.</p>
-
-<p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48" class="label">[48]</a> M. Amde d'Entraigues.</p>
-
-<p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49" class="label">[49]</a> Le comte de Lezay-Marnsia.</p>
-
-<p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50" class="label">[50]</a> La duchesse de Dino n'est jamais retourne en Angleterre malgr le
-bon souvenir qu'elle gardait ce pays.</p>
-
-<p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51" class="label">[51]</a> En entrant dans cette bonneterie, fort clbre alors en France, on
-pouvait voir, surmontes d'une inscription portant leurs noms, les jambes
-moules de toutes les amies du prince de Talleyrand, que ces dames
-avaient fait faire, afin de donner un modle exact au fabricant de Valenay.</p>
-
-<p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52" class="label">[52]</a></p>
-
-<p class="quote">Souvent femme varie,<br />
-Bien fol est qui s'y fie!</p>
-
-<p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53" class="label">[53]</a> Marie-Casimire d'Arquien, morte en 1716.</p>
-
-<p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54" class="label">[54]</a> Cette affaire amena un procs criminel qui fit grand bruit. mile
-de La Roncire fut traduit devant le jury d'Angers en 1835, et malgr
-l'habilet de son dfenseur, M<sup>e</sup> Chaix-d'Est-Ange, il fut condamn dix
-ans de rclusion. En 1843, le Roi Louis-Philippe lui fit remise de deux
-annes de dtention qui lui restaient encore faire.</p>
-
-<p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55" class="label">[55]</a> Cette lettre, dont il n'est cit ici qu'une partie, a t donne tout
-entire par la comtesse de Mirabeau dans son livre: <i>Le prince de Talleyrand
-et la Maison d'Orlans</i>, et se trouve aussi dans le tome V des <i>Mmoires</i>
-du prince de Talleyrand, parus en 1892.</p>
-
-<p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56" class="label">[56]</a> Voici, en entier, cette lettre de dmission, quoiqu'elle ait dj
-paru dans les <i>Mmoires</i> de M. de Talleyrand:</p>
-
-<p><i>Lettre du prince de Talleyrand M. le ministre des Affaires trangres.</i></p>
-
-<p><span class="smallc">Monsieur le Ministre</span>,</p>
-
-<p>Lorsque la confiance du Roi m'appela, il y a quatre ans, l'ambassade
-de Londres, la difficult mme me fit obir; je crois l'avoir accomplie
-utilement pour la France et pour le Roi, deux intrts toujours prsents
- ma pense. Dans ces quatre annes, la paix gnrale maintenue a
-permis toutes nos relations de se simplifier; notre politique, d'isole
-qu'elle tait, s'est mle celle des autres nations; elle a t accepte,
-apprcie, honore par tous les honntes gens de tous les pays. La
-coopration que nous avons obtenue de l'Angleterre n'a rien cot ni
-notre indpendance, ni nos susceptibilits nationales; et tel a t notre
-respect pour le droit de chacun, telle a t la franchise de nos procds,
-que loin d'inspirer de la mfiance, c'est notre garantie que l'on rclame
-aujourd'hui, contre cet esprit de propagandisme qui inquite la vieille
-Europe. C'est assurment la haute sagesse du Roi, sa grande habilet,
-qu'il faut attribuer des rsultats aussi satisfaisants. Je ne rclame pour
-moi-mme d'autre mrite que celui d'avoir devin, avant tous, la pense
-profonde du Roi, et de l'avoir annonce ceux qui se sont convaincus,
-depuis, de la vrit de mes paroles. Mais aujourd'hui que l'Europe connat
-et admire le Roi; que, par cela mme, les principales difficults sont surmontes;
-aujourd'hui que l'Angleterre a, peut-tre, un besoin gal au
-ntre, de notre alliance mutuelle, et que la route qu'elle parat vouloir
-suivre doit lui faire prfrer un esprit traditions moins anciennes que le
-mien; aujourd'hui, je crois pouvoir, sans manquer de dvouement au Roi
-et la France, supplier respectueusement Sa Majest d'accepter ma
-dmission, et vous prie, Monsieur le Ministre, de la lui prsenter. Mon
-grand ge, les infirmits qui en sont la suite naturelle, le repos qu'il
-conseille, les penses qu'il suggre, rendent ma dmarche bien simple, ne
-la justifient que trop, et en font mme un devoir. Je me confie l'quitable
-bont du Roi pour en juger.</p>
-
-<p>Agrez, Monsieur le Ministre, l'assurance de ma trs haute considration.</p>
-
-<p><span class="i9">Le prince DE</span> <span class="cap">T</span><span class="smallc">ALLEYRAND</span></p>
-
-<p class="date">Valenay, 13 novembre 1834.</p>
-
-<p>(Le <i>Moniteur universel</i> du 7 janvier 1835 donna cette lettre.)</p>
-
-<p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57" class="label">[57]</a> Le Cabinet whig, prsid par lord Melbourne, tait tomb le 15 novembre,
-et fit place un ministre tory, qui ne devait pas, d'ailleurs,
-durer plus de trois mois. Il tait prsid par sir Robert Peel et, au ministre
-des Affaires trangres, le duc de Wellington remplaait lord Palmerston.</p>
-
-<p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58" class="label">[58]</a> D'Armand Carrel, du <i>National</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59" class="label">[59]</a> Cette lettre, dont on ne cite ici que le commencement, porte la date
-du 25 novembre, et a t donne tout entire dans le livre de la comtesse
-de Mirabeau: <i>Le prince de Talleyrand et la Maison d'Orlans</i>; elle se
-trouve aussi dans le V<sup>e</sup> volume des <i>Mmoires</i> du Prince.</p>
-
-<p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60" class="label">[60]</a> Une ordonnance royale avait charg la Cour des Pairs de juger les
-auteurs des insurrections rpublicaines qui eurent lieu du 7 au 13 avril 1834
-dans plusieurs villes de province et Paris. Les arrts de condamnation
-ne furent rendus qu'en dcembre 1835 et janvier 1836.</p>
-
-<p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61" class="label">[61]</a> Tentative criminelle de Fieschi, pour tuer le Roi Louis-Philippe.</p>
-
-<p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62" class="label">[62]</a> L'Abbaye-aux-Bois tait une communaut religieuse de femmes,
-situe Paris, rue de Svres, l'angle de la rue de la Chaise. Elle servit
-de prison d'arrt pendant la Rvolution. Rendue, plus tard, sa destination
-premire, elle offrit, en dehors du clotre rserv aux religieuses, un
-asile paisible des dames du grand monde: c'est l que Mme Rcamier
-vint s'tablir.</p>
-
-<p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63" class="label">[63]</a> Attentat Fieschi.</p>
-
-<p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64" class="label">[64]</a> L'enterrement du gnral Lamarque, mort du cholra, le 2 juin,
-avait eu lieu le 5 juin, et avait t l'occasion d'une insurrection qui se continua
-pendant toute la journe du 6.</p>
-
-<p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65" class="label">[65]</a> Ce chteau appartenait au duc de Montmorency.</p>
-
-<p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66" class="label">[66]</a> Allusion la dmarche que le prince de Talleyrand avait faite
-auprs du Roi pour faire nommer M. de Bacourt Carlsruhe.</p>
-
-<p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67" class="label">[67]</a> Les cours prvtales taient, en 1789, des tribunaux chargs de
-punir, promptement et sans appel, certains crimes et dlits dfinis par une
-ordonnance de 1731. Sous le Consulat et l'Empire, on institua, sous le
-mme nom, des juridictions exceptionnelles pour les dsertions, les insoumissions,
-les dlits politiques et la contrebande. Les cours prvtales de
-la Restauration, composes de juges de tribunaux de premire instance,
-et diriges par un prvt, officier suprieur de l'arme, jugrent, de 1815
- 1817, sans appel et avec rtroactivit, les crimes et dlits portant
-atteinte la sret publique. Elles furent un instrument de raction et de
-vengeances politiques.</p>
-
-<p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68" class="label">[68]</a> Le 22 septembre, jour de la Saint-Maurice, tait la fte de M. de
-Talleyrand, dont ce saint tait le patron.</p>
-
-<p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69" class="label">[69]</a> Ce discours se trouve aux pices justificatives de ce volume. J'en
-dtache seulement ici la phrase laquelle l'auteur fait allusion: L'Angleterre,
-au dehors, rpudie comme la France le principe de l'intervention
-dans les affaires extrieures de ses voisins; et l'ambassadeur d'une
-royaut vote unanimement par un grand peuple, se sent l'aise sur une
-terre de libert, et prs d'un descendant de l'illustre maison de Brunswick.</p>
-
-<p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70" class="label">[70]</a> En 1830, les signataires des fameuses ordonnances qui amenrent
-la chute de Charles X, MM. de Polignac, de Peyronnet, Guernon de
-Ranville et Chantelauze, furent traduits devant la Cour des Pairs, privs
-de tous leurs titres et condamns la prison perptuelle. Ils taient alors
-enferms Ham.</p>
-
-<p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71" class="label">[71]</a> Le discours dont il est ici question a t prononc le 10 octobre 1835
- Varsovie, par l'Empereur Nicolas, en prsence du Corps municipal de
-cette ville auquel il tait adress. Les paroles de l'Empereur taient remplies
-de menaces et de reproches l'adresse des Polonais, et formules
-dans des termes si violents qu'elles firent l'tonnement de l'Europe, o
-l'on douta mme de leur authenticit. Les allusions aux relations clandestines
-entretenues par l'insurrection polonaise avec l'tranger embarrassrent
-plus d'un diplomate et plus d'un gouvernement. Ce discours fut
-publi par le <i>Journal des Dbats</i> du 11 novembre 1835. On le trouvera
-aux pices justificatives de ce volume.</p>
-
-<p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72" class="label">[72]</a> Ce discours fut d'abord insr dans le <i>National</i>; le <i>Moniteur</i> le reproduisit
-quelques jours aprs.</p>
-
-<p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73" class="label">[73]</a> Nous reproduisons cette pice d'aprs le <i>Journal des Dbats</i> du
-11 novembre 1835.</p>
- </div>
- </div>
-</div>
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-
-<hr class="deco" />
-<p class="end1"><span class="medium">PARIS</span><br />
-<span class="small">TYPOGRAPHIE PLON-NOURRIT ET C<sup>ie</sup></span><br />
-<span class="xs">Rue Garancire, 8</span></p>
-<hr class="deco" />
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-<pre>
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-
-End of the Project Gutenberg EBook of Chronique de 1831 1862. T. 1/4, by
-Dorothe de Dino
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CHRONIQUE DE 1831 1862. T. 1/4 ***
-
-***** This file should be named 52380-h.htm or 52380-h.zip *****
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